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Full text of "Encyclopédie, ou, Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers \"

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OU 

DICTIONNAIRE    RAISONNÉ 


SCIENCES, 


DES    ARTS    ET    DES    METIERS, 

PAR   UNE  SOCIETE  DE  GENS  DE  LETTRES. 
MIS    EN   ORDRE   ET   PUBLIÉ    PAR    M'.  ***. 

Tantùm  fines  jun&araque  pollet  > 
Tamum  de  medio  firniptis  accedlt  honoris  !   HoRAT» 

TOME    QUINZIEME. 


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uJumjii.iBJHHBnBk 


SEN=:TCH 


A    NEUFCHASTEL, 

Chez    SAMUEL    FAULCHE&  Compagnie ,  Libraires  &  Imprimeurs. 

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M.    D  C  C.    L  X  Y. 


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mellire  de  diilance  dont  on  le 
fert  dans  le  royaume  de  Siam. 
QuÂtrefen  font  le  jod,  &  vingt- 
cinq  jods  !a  roe-neug  ,  c'eft-à- 
dire  la  lieue  fiamoife  ,  qui  con- 
tient un  peu  moins  que  deux 
S^^t^Xi^ii^à  mille  de  nos  toifes.  {D.J.) 

^ SENA  ,  (  Géog.  anc.  )  i«.  île 

de  la  mer  Britannique  près  de  la  côte  des  Ofifmiens. 
Pomponius  Mcla,//V.  ///.  ch.vj.  dit  que  les  Gaulois 
avoient  dans  cette  île  un  oracle  célèbre.  On  n'y  voit 
aujourd'hui  rien  de  remarquable.  Elle  eft  à  l'oppofite 
de  la  ville  de  Breft. 

2°.  Fleuve  d'Italie  dans  l'Umbrie  ,  entre  le  Maau- 
rus  &  le  Mi  fus.  Silius  Italicus ,  lii'.  FUI.  v.  433.  après 
avoir  nommé  quelques  fleuves  ,  dit  : 

Et  Clanis  j  &  Rubico,  &  Sinonum  de  nominc  Sena. 

C'eft  ainfi  qu'il  faut  lire  ;  car  il  eft  queflion  dans  cçt 
endroit  de  fleuves  &  non  de  villes  ;  encore  moins  cela 
regarde-t-il  la  ville  de  Senna  en  Tofcane.  Lucain ,  Ub. 
II.  V.  406".  écrit  Stnna  : 

Et  junBiis  Sap'is  Ifauro 
Senna^we  ,  &  Hadriacas  qui  vcrbcnit  aujidus  undas- 

Cluvier  dit  que  c'eil  aujourd'hui  le  Céfano  ,  qui 
coule  quatre  milles  au-deffus  de  Sinigaglia  ;  car  le 
fleuve  qui  arrofe  S&na  ,  Gallica  ou  Senogallia  efl:  ap- 
pelle Mifus  dans  la  table  de  Peutinger  ,  &  à-préfent 
Mifa  par  quelques  -  uns  ,  quoiqu'on  le  nomme  aflez 
communément  Nigola. 

3°.  Sena-Gailica,  ville  d'Italie  dans  l'Umbrie.  Pto- 
lomée  ,  liv.  III.  c.j.  la  donne  aux  peuples  Senoms  , 
de  qui  elle  tiroit  Ion  nom. 

4°.  Sena  Julia  ,  ville  d'Italie  dans  l'Etrurie.,  à  l'o- 
rient d'été  de  VoLaterrce  ;  c'efl  aujourd'hui  la  ville  de 
Sienne.  (  D.  /.) 

SEN  ABRI  A  ,  LAC  ,  (  Gèog.  mod.  )  ou  lac  Sana- 
bria  ;  lac  d'Efpagne  au  royaume  de  Léon  ,  au  midi 
d'Aftorga.  Sa  longueur  ell  d'une  lieue  ,  &  l'a  largeur 
de  demi-lieue.  Il  eft  formé  parla  rivière  de  Tera  ,  & 
appartient  à  des  moines.  (  Z?.  7.  ) 

SÉNACULE  ,  f.  m.  (  Antiq.  rom.  )  fenactilurn  ; 
lieu  où  fe  tenoit  le  fénat  de  Rome.  Il  y  avoit  trois 
j'InacuUs  ,  ou  trois  endroits  oii  ce  corps  illuftre  s'af- 
fembloit ;  l'un  entre  le  capitole  &  le  forum,  un  autre 
à  la  porte  Capène  ,  &  letroifieme  près  du  temple  de 
Bellone  dans  le  cirque  Flaminien.  L'empereur  Hé- 
liogabale  fit  bâtir  un  lieu  pour  l'affemblée  des  dames  , 
&  ce  lieu  fut  appelléyi/z^a^/u/w  matronarum.  {D.  7.) 

SÉNAGE  ,  f.  m.  (  impôt  de  France.  )  droit  qui  fe 
paye  en  quelques  lieux  de  Bretagne  ,  particulière- 
ment à  Nantes  fur  le  polffon  de  mer  frais  venant  de 
la  mer ,  entrant  &  paflant  le  trépas  de  S.  Nazaire  ,  à 
commencer  depuis  le  premier  jour  de  carême  jufqu'à 
la  vigile  de  Pâques.  (  Z),  /.  ) 

-  SÉNAT  ROMAIN  ,  (  Gouvzrn.  de  Rome.  )  tem- 
ple de  faintetc  ,  de  majefté,  de  fagelTe  ,  la  tête  de  la 
république,  l'autel  des  nations  alliées  de  Rome  ,  l'ef- 
poir  &  le  refuge  de  tous  les  autres  peuples  ;  c'efl 
Cicéron  qui  donne  cette  belle  définition  Awfénat  dans 
fon  oraifon  pour  Milon.  Voici  fes  propres  paroles  : 
timpLum  fan'ditatis  ,  ainplitudinis  ,  mentis  ,  conjniique 
publia  Romani ,  caput  orbis  ^  ara  fociorum  ,  portuj'que 
omnium  gentium. 

Tel  étoit  en  efl'et  ce  corps  refpeûable  dans  fon  inf- 
tltution  ,  &  fous  les  beaux  jours  de  la  répubiiqi  e. 
Nous  allons  indiquer  quelle  fut  fon  origine ,  la  conf- 
Tome  Xy. 


tltution  ,  fa  jurifdldion  ,  fa  puifîiince ,  les  lieux  où  il 
s'afTemliloit ,  le  tems  &  la  durée  de  fes  afTemblées» 

Les  citoyens  qui  compofoient  le  fcnat  fe  nom- 
mo'içnt  fénateurs  i  nous  détaillerons  ,  fous  ce  mot, 
leur  nombre  ,  leurs  devoirs  ,  leur  état ,  leur  rang  , 
leurs  honneurs  &  leur  dignité. 

Les  délibérations  ,  ou  les  décrets  qu'ils  rendoient, 
s'appclloïent fénatus-confuùci.  ^oy^^SÉNATUS-CON- 
SULTE. 

Lefénat  compreno't  la  noblefTe  &  le  facerdoce  ;  il 
comprenoit  la  nobleffe,  &  Tacite  Vappdlefeminariunt 
omnium  dignitatum ,  quoique  la  plupart  des  quefleurs 
&  des  tribuns  qui  y  étoient  admis  ,  à  raifon  de  la 
magiflrature  qu'ils  avoient  exercée ,  étoient  fouvent 
tirés  des  familles  plébéiennes.  Lefénat  comprenoit 
auffi  le  facerdoce;  c'efl-à-dire  que  quoique  les  miniA 
très  de  la  religion  ne  fuffent  pas  membres  de  ce  corps, 
à  l'exception  du  flamine  Dial ,  ilspouvoient  être  fé- 
nateurs &  devenir  pontifes  ,  augures  &  flamines.  lis 
ajoutoient  dans  ce  cas  à  leurs  titres  le  caraâ:ere  de 
lénateurs. 

L'opinion  commune  efl  que  fous  les  rois  de  Ro- 
me ,  réleélion  &c  le  choix  de  tous  les  fénateurs ,  dé^ 
pendoit  uniquement  de  la  volonté  du  prince  ,  fans 
que  le  peuple  eût  droit  d'y  prendre  part  direftement 
ou  indiredement  ;  que  les  confals  quifuccéderentaii 
pouvoir  des  rois,  eurent  la  même  prérogative  jufqu'à 
la  création  des  cenfeurs  qui  depuis  jouirent  du  droit 
particulier  de  nommer  les  membres  àwfénat ,  ou  de 
les  priver  de  ce  rang.  M.  Middleton  penfe  au  contrai^ 
re  que  les  rois  ,  les  confuls  ,  les  cenfeurs  agiffoient 
dans  cette  affaire  en  qualité  de  miniflres  ,  &  fubor- 
donnément  à  la  volonté  fuprème  du  peuple  ,  en  qui 
le  pouvoir  ablolu  de  créer  les  fénateurs  a  toujours 
réfidé.  Nous  croyons  aulfi  cette  opinion  la  plus  vraif- 
femblabie  ,  parce  qu'elle  elt  fondée  fur  l'autorité  de 
Denis  d'Halicarnafie  ,  quis'efl  donné  la  peine  d'écri- 
re pour  rinflruftion  des  étrangers,  &  d'expliquer  en 
antiquaire  exaft,  ainli  qu'en  hiflorien  hdele  ,  le  gou" 
vernement  civil  de  Rome  &  l'origine  de  fes  lois. 

Ce  célèbre  auteur  nous  affure  que  quand  Roniulus 
eut  formé  le  projet  de  compoler  un  fénat  qui  devoit 
être  de  cent  fénateurs ,  il  fe  referva  feulement  l'élec- 
tion du  premier  ou  du  préfident  de  l'afTembléc ,  & 
qu'il  laifla  l'éleftion  des  autres  au  peuple,  puifqu'clle 
fefit  par  les  fuifragcs  ,  &:  de  l'avis  des  tribus  &;  des 
curies. 

Le  même  Denis  nous  apprend  que  depuis  l'alliance 
faite  entre  Romulus  &Tatius  roi  des  Sabins,le  nom- 
bre des  fénateurs  fut  doublé  par  l'addition  de  cent 
nouveavix  membres  que  l'on  prit  des  familles  des  Sa- 
bins  ,  &  que  le  peuple  les  choifit  dans  l'ancienne  '6c 
même  forme. 

Lorfque  fous  le  règne  de  TuUus  Hoflilius  la  ville 
d'Albe  fut  démolie  ,  quelques-unes  des  familles  de 
cette  cité  furent  également  infcrites  dans  le  fénat  ; 
Tite-Live  en  compte  fix  ;  mais  ce  qu'il  y  a  de  plus 
probable  ,  &  que  l'on  doit  fuppofer,  c'efl  qu'il  n'en- 
tra dans  le  y?«^/ que  le  nombre  d'albains  nécellaire 
pour  remplir  les  places  vacantes  ,  afin  que  ce  corps 
fut  complet ,  &  qu'il  le  trouvât  fixéî\  zoo  perfonnes, 
ce  qui  ne  fut  point  fait  fans  le  confentement  dw  fénat 
&  du  peuple. 

La  dernière  augmentation  du  fénat  ,  fous  le  règne 
des  rois  ,  fut  faite  par  Tarquin  l'ancien.  Il  ajouta  cent 
nouveaux  membres  A  ce  corps  ,  6c  il  les  tira  des  fa- 
milles plébéiennes.  Il  porta  le  nombre  des  fénateurs 
julquà  300,  au  rapport  de  Tite-Llvc  :  ce  prince  en 
açîitainfi  dans  les  vues  d'un  intérêt  particulier,  fiC 

A 


î  s  E  N 

poifr  s'afTiircr  une  ta«aion  puiffante  dans  la  perfonne 
des  nouvctnux  l'cnatcurs  l'es  créatures. 

Depuis  rexpulhon  des  rois  julciu'A  rétabliflemcnt 
de  la  cenùire ,  c'eiî-à-dire  pentlaiit  un  intervalle  de 
plus  de  60  ans  ,  nous  ignorons  de  miellé  manière  on 
rcmplilToit  les  places  vacantes  des  fcnateurs  ;  mais  s'il 
clî  vrai  que  \cfénjt  commença  dès-lors  à  ctre  renou- 
velle par  les  magiftrats  annuels ,  qui  vers  ce  même 
tcms  hirent  choilis  par  le  peuple  ,  c'ell  qu'il  y  avoit 
deux  quelleurs  pris  dans  les  t'amilles  patriciennes, 
cinq  tribuns  du  peuple ,  &  deux  édiles  plébéiens ,  qui 
en  vertu  de  leurs  charges  ,  curent  l'entrée  Awfénat , 
&  complétèrent  les  places  qui  vaquoient  ordiiftire- 
ment  dans  ce  corps. 

Dans  le  cas  des  vuidcs  extraordinaires  occafion- 
nés  par  les  malheurs  de  la  guerre  du  dehors ,  les  dif- 
fentions  domeftiques  ou  autres  accidcns  ,  le  fénat 
avoit  befoin  d'une  augmentation  plus  confidéral)le 
que  celle  qu'il  pouvoit  tirer  des  magiltratures  publi- 
ques. Or  pour  remplir  les  places  vacantes  dans  de 
tels  cas  ,  il  elî  vraisemblable  que  les  confuls  choilil- 
loient  dans  l'ordre  équeftre  un  certain  nombre  de 
citoyens  d'une  probité  reconnue  qu'ils  propofoicnt 
au  peuple  dans  les  aiTemblées  générales,  pour  en  faire 
l'éleftion  ,  ou  pour  l'approuver  ;  &  le  peuple  de  fon 
côté, pour autorifer  la  lille  qu'on  lui  prérentoit,don- 
noit  i\  ceux  qui  y  étoient  nommés  ,1e  rang  &c  le  titre 
delénateurs  à  vie. 

Lorfque  la  cenfure  fut  établie ,  l'an  de  Rome  311, 
pour  foulager  les  confuls  du  poids  de  leur  adminlf- 
tration,  &:  pour  examiner  les  mœurs  de  tous  les  ci- 
toyens ,  plufieurs  fénateurs  furent  chaffés  du  fériat 
par  les  cenleurs  ,  prefque  toujours  pour  des  raifons 
Juftos  ;  quelquefois  cependant  par  un  efprit  d'envie  , 
ou  par  un  motif  de  vengeance  :  mais  dans  des  cir- 
conllances  de  cette  efpece,  on  avoit  toujours  la  li- 
berté d'appellerde  ce  jugement  à  celui  du  peuple;  de 
forte  que  le  pouvoir  des  cenfeurs,  à  proprement  par- 
ler ,  n'étoit  pas  celui  de  faire  des  fénpTeurs  ,  ou  de 
les  priver  de  leur  rang ,  mais  feulement  d'infcrire 
ceux  que  le  peuple  avoit  choifis  de  veiller  fur  leur 
conduite,  &  de  cenfurer  leurs  défauts  ,  objets  fur 
lefquels  ils  avoient  reçu  du  peuple  une  jurifdiftion 
exprefTe.  Cet  ufage  de  cenfurer  les  mœurs  paroît 
fondé  fur  une  ancienne  maxime  de  la  politique  ro- 
maine ,  qui  exigeoit  que  Iq  fénat  fût  exempt  de  toute 
tache  ,  &  que  les  membres  de  ce  corps  donnaffent  un 
exemple  de  bonnes  mœurs  à  tous  les  autres  ordres 
de  l'état. 

Après  avoir  parlé  de  la  création  du  fénat  &  de  la 
manière  d'en  remplir  les  places  vacantes ,  il  faut  faire 
connoître  le  pouvoir  &  la  jurifdiftion  de  cet  ilhdlre 
corps.  Les  anciens  auteurs  qui  ont  traité  des  avions 
publiques  ,  s'accordent  tous  à  dire  que  \g  fénat  don- 
noit  (on  attache  ou  drcrétoit ,  &  que  le  peuple  or- 
donnoitou  commandoittel  ou  tel  a£le.  Ainn  puii'que 
rien  de  ce  qui  regardoit  le  gouvernement  ne  pou- 
voit être  porté  devant  le  peuple  avant  qu'il  n'eût  été 
examiné  par  ïc fénat  :  dans  plufieurs  autres  occafions 
cil  la  célérité  6c  le  fecrct  étoient  requis  ,  &  lorfque 
les  décifions  de  ce  corps  étoient  fi  iuftes&  fi  pruden- 
tes ,  que  le  confentement  du  peuple  pouvoit  fe  pré- 
finiier  ;  dans  ces  occafions  ,  dis-je,  \e  fénat  ne  pre- 
noit  pas  le  foin  de  convoquer  le  peuple  ,  de  peur  de 
le  déranger  de  fes  affaires  particulières  en  le  rafl'em- 
blant  inutilement  ;  &  ce  qui  dans  les  premiers  tems 
n'avoiteu  lieu  que  pour  des  affaires  de  peu  deconfé- 
quence  ,  fut  obfervé  dans  les  fuites  lors  des  affaires 
les  plus  fériculcs  &  les  plus  importantes.  Le  fénat  ac- 
quit donc  ainfi  une  jurifdiclion  particulière  ,  &  la 
connoiffancc  de  quelques  matières  k  l'cxclufion  du 
peuple  ,  dont  le  pouvoir  abfolu  s'étendoit  fur-tout, 
fuivantlcs  lois  ÔC  la  conftitution  du  gouvcriiement  ; 
par  exemple  : 


S  E  N 

i**.  Lt  fénat  prit  pour  lui  l'infpedlion  &  la  furintdlï* 
dance  de  la  religion  ,  de  lorte  qu'on  ne  pouvoit  ad- 
mettre quelque  nouvcîL'  divinité,  ni  leur  ériger  d'au- 
tel ,  ni  coftlulter  les  livres  fibyllins  fans  l'ordre  ex- 
près dw  fénat. 

1".  Lune  des  prérogatives  de  ce  corps  fut  de  fixer 
le  nombre  6c  la  condition  des  provinces  étrangères  , 
qui  tous  les  ans  étoient  affignées  aux  magiflrats  ;  c'é- 
toiî  à  lui  de  déclarer  quelles  de  ces  provinces  étoient 
les  conlulaires,  &  quelles  étoient  les  prétoriennes. 

3".  Le  fénat  avoit  entre  fes  mains  la  difrribution 
du  tréfor  public.  Il  ordonnoit  toutes  les  dépenfes  du 
gouvernement  ;  il  affignoit  les  appoinîemens  des  gé- 
néraux ,  déterminoit  le  nombre  de  leurs  lieutcnans  , 
de  leurs  troupes ,  des  fournitures  ,  des  munitions  & 
des  vêtemens  de  l'armée.  Il  pouvoit ,  à  fa  volonté  , 
confirmer  ou  cailer  les  ordonnances  des  généraux ,  & 
prendre  au  tréfor  l'argent  néceffaire  pour  les  triom- 
phes qu'il  avoit  accordés  ;  en  un  mot ,  \e  fénat  avoit 
l'autorité  dans  toutes  les  affaires  militaires. 

4*'.  Il  nommoit  les  ambaffadeurs  que  R.omc  cn- 
voyoit ,  &  fourniffoit  les  fecours  néceffaires  aux 
peuples  Indigcns.  Il  ordonnoit  la  manière  dont  on 
devoit  recevoir  &  renvoyer  les  miniftres  étrangers  , 
&  rédigeoit  ce  qu'on  devoit  leur  dire  ou  leur  repon- 
dre ,  de  forte  que  pendant  l'abfence  des  confuls  la  ré- 
publique parut  toujours  gouvernée  par  le  fénat.  Il 
pouvoit ,  au  bout  de  l'an  ,  prolonger  le  commande- 
ment aux  confuls  ,  &  le  donner  à  d'autres.  Tiberius 
Gracchus  voulant  diminuer  l'autorité  du  f<:nat ,  fit 
palier  la  loi  que  dans  la  fuite  la  fénat  ne  pourroit  pas 
permettre  que  perfonne  gouvernât  plus  d'un  an  une 
province  confulaire.  Mais  il  femble  que  les  Grac- 
ches  augmentèrent  par  ce  moyen  plutôt  qu'ils  ne  di- 
minuèrent l'autorité  diifénat ,  puilque  parla  \o\fim- 
pronia  ,  dont  parle  Cicéron  ,  Caius  Gracchus  ftatua 
que  le  gouvernement  des  provinces  feroit  toujours 
donné  annuellement  par  \e  fénat. 

•)°.  Il  avoit  le  droit  d'ordonner  des  prières  publi- 
ques, des  aûions  de  grâces  aux  dieux  pour  les  viôoi- 
res  obtenues  ,  ainfi  que  le  droit  de  conférer  l'hon- 
neur de  l'ovation  ou  du  triomphe  ,  avec  le  titre  d'e/Tz- 
pereurzux  généraux  viftorieux. 

6°.  Une  de  fes  affaires  &  de  fes  foins  étoit  d'exa- 
miner les  délits  publics,  de  rechercher  les  félonies  ou 
les  trahilôns  ,  tant  à  Rome  que  dans  les  autres  par- 
ties de  l'itjilie  ,  de  juger  les  conteftations  entre  les 
alliés  6c  les  villes  dépendantes.  Cependant  quand  il 
s'agiffoit  de  juger  des  crimes,  capitaux  ,  le  Jénat  ne 
fe  croyoit  pas  le  feul  juge.  En  effet  ,  lors  du  facrile- 
ge  de  Clodius ,  quand  les  myiîeres  de  la  bonne  déefle 
furent  profanes  ,  les  confuls  demandèrent  la  jonction 
du  peuple  pour  décider  de  cette  aiFairc;  &  il  fut  dé- 
terminé par  un  fenatus-confulte  que  Clodius  ne  pou- 
voit être  jugé  que  par  les  tribus  affe.-nblées. 

7°.  Il  exerçoit  non-leulement  le  pouvoir  d'inter- 
préter les  lois  ,  mais  encore  de  les  abroger  ,  &  de 
dil'penfer  les  citoyens  de  les  fuivre. 

H**.  Dans  le  cas  des  dlffentions  civiles,  des  tumul- 
tes dangereux  de  l'intérieur  de  Rome  ,  &  dans  tou- 
tes les  affaires  très-importantes  ,  le  Jénat  pouvoit  ac- 
corder aux  confuls  un  pouvoir  illimité  pour  le  gou- 
vernement de  la  république  ,  par  cette  formule  que 
Céfar  appelle  la  dernière  reffource  de  l'état  ,  que  Us 
confuls  eiijjéntfoin  qu'il  n'arrivât  aucun  dommage  à  la 
république.  Ces  paroles  donnoicnt  une  telle  autorité 
aux  confuls  ,  qu'ils  étoient  en  droit  de  lever  des  trou- 
pes comme  b«n  leur  fembleroit,  faire  la  guerre ,  & 
forcer  les  fcnateurs  6l  le  peuple  ;  ce  qu'ils  ne  pou- 
voient  pas  exécuter  ,  au  rapport  de  Saluffe  ,  fans  la 
fonraile  exprefîe  dont  nous  venons  de  parler. 

cf  .Le  fénat  étoit  le  maître  de  proroger,  ou  de  ren- 
voyer les  affemblées  du  peuple  ,  d'accorder  le  titre 
de  roi  à  quelque  prince  ,  ou  à  ceux  qu'il  lui  plaifoijt 


s. EN 

ûe  favôrifeî'.  Cctoit  à  ce  corjys  de  dc^ferei-  les  actions 
de  i^races  ou  les  éloges  à  ceux  qui  les  avoicnt  mé- 
•ritcs  ;  le  pardon  &  la  réconipenie  aux  ennemis  ,  ou 
à  ceux  qui  avoient  découvert  quelque  trahifon  ;  il 
avoit  le  droit  de  déclarer  quelqu'un  ennemi  de  la 
patrie  ,  &  de  prefcrire  un  changement  général  d'ha- 
bits dans  le  cas  de  quelque  danger,  ou  de  quelque 
■malheur  preffanî. 

io".Tels  étolent  les  principaux  chefs  dans  lerqutls 
\q  fénat  avoit  conftamment  exercé  une  jurildiction 
particulière  à  l'exception  du  peuple.  Ce  n'étoit  pas 
en  coniéquence  de  quelque  loi  exprefTe  ;  m. lis  en  le 
conformant  aux  coutumes  &  aux  anciens  ufages  qui 
avoient  eu  lieu  dès  les  premiers  tems  ;  &  comme  on 
cprouvoit ,  par  une  longue  expérience,  que  c'étoit 
la  manière  la  plus  utile  de  régler  les  affaires  publi- 
ques ,  &  la  plus  convenable  pour  maintenir  la  tran- 
quillité &  le  bonheur  des  citoyens  ,  cette  jurJfdi£iion 
fut ,  du  confentement  tacite  du  peuple  ,  lailTée  entre 
les  mains  àwfinat ,  bien  plus  comme  une  choie  de 
convenance  que  de  droit.  Ainfi,  dans  l'objet  du  bien 
public  ,  cet  ufage  fut  plutôt  approuvé  &  toléré 
qu'il  ne  fut  accordé. 

Mais  toutes  les  fois  qu'un  tribun  entfeprenànt ,  ou 

que  quelque  magillrat  fadieux  mécontent  d'obtenir 

félon  l'ufage  les  dignités  de  la  république  ,  que  le 

l'cnat  étoit  difpofé  à  lui  accorder  ,  fe  dérerminoit  à 

recourir  à  l'autorité  du  peuple  ,  jwur  obtenir  quelque 

diftindlion  particulière  ;  dans  ce  cas  ,  le  peuple  excité 

par  les  intrigues  &.  l'artifice  de  ces  hommes  fadieux 

quife  déclaroient  leurs  chefs  ,  chcrchoit  à  reprendre 

les  différentes  parties  de  cette  jiirifdidion  dont  j'ai 

parlé  ,  &  qui  avoit  toujours  été  adminiflrée  par  le 

fénat.  Depuis  que  cette  méthode  avoit  été  emplovée 

avec  fuccès  dans  quelques  cas ,  elle  devint  infenfible- 

ment  le  recours  de  tous  ceux  qui ,  pour  fatisfaire  leur 

ambition ,  affeûoient  un  caradere  de  popularité.  Elle 

flit  portée  fi  loin  à  la  fin  ,  que  \q  fénat  fut  dépouillé 

de  tout  fon  pouvoir  ik  de  toute  l'influence  qu'il  avoit 

dans  les  affaires  publiques. 

PafTons  à  la  convocation  &  aux  lieux  d'afTemblées 
du  fénat, 

hç  fénat  étoit  toujours  convoqué  par  le  didlateur 
lorfqu'on  le  créoit  dans  quelque  conjoni-l-ure  criti- 
que ;  mais  dans  tous  les  autres  cas  ,  le  droit  de  con- 
voquer ie  fénat  appartenoit  aux  conluls  ,  fuprèmes 
magiUrats  de  la  république.  Dans  leur  abfencc  ,  ce 
droit  étoit  dévolu  ,  félon  les  lois  ,  aux  magiflrats  fu^ 
bordonnés  ,  tels  que  les  préteurs  &  les  tribuns.  11  ell 
vrai  que  ces  derniers  fe  croyoient  fondés  à  convo- 
quer le  fénat  dans  quelque  tems  que  ce  fut ,  &  lorf- 
c[ue  les  intérêts  du  peuple  le  requéroient  ;  mais  mal- 
gré cette  prétention  ,  par  relpeft  pour  l'autorité  con- 
lulaire  ,  on  ne  convoqua  jamais  de  cette  manière  le 
fénat ,  cuelorfque  les  conluls  étoient  abfens  ;  ù  moins 
que  ce  ne  iitt  dans  des  affaires  d'importance  &  dans 
des  cas  imprévus  ,  où  il  falloit  prendre  une  prompte 
détermination.  Enfin  ,   lorlque  les  dccemvirs  ,  les 
entre-rois  ou  les  t  -iumvirs  furent  établis  pour  gou- 
verner la  répubUque  ,  ce  n'éîoit  qu'à  eux  qu'il  ap- 
partenoit  de  convoquer  le yi;'//.^/ ,  comme  Aulugelle 
le  rapporte  après  Varron* 

Dans  les  premiers  tems  de  Rome,  lorfque  l'en- 
ceinte de  la  ville  étoit  peu  confidérable ,  les  ienateurs 
étoient  appelles  perfonnellcmcnt  par  un  appariteur, 
ou  par  un  courier  ,  quelquefois  par  un  crieur  pu- 
blic ,  quand  les  affaires  cxigeoient  une  expédhion 
immédiate.  Mais  dans  les  tems  poftérieurs ,  on  les 
convoquoit  d'ordinaire  par  le  nn^yen  d'un  cdit  qui 
afF.gnoit  le  ternsôc  le  lieu  de  l'aflcmblée  ,  6c  que  l'on 
publioit  quelques  jours  auparavant ,  afin  que  la  con- 
noiffance  &  la  notoriété  en  fuflent  publiques.  Ces 
cdits  n'avoient  communément  lieu  que  pour  ceux 
qui  réfidoient  à  Rome  ,  ou  qui  en  étoiçnt  peu  élui- 


S  EN      ,       I 

giles.  Cependant  quand  ils'agiitoît  Retrait?*  tj'J.êîquS 
aîfdire  extraordinaire  j  il  paroît  qu^iis  étoièïlt  iaûiïi 
publiés  dans  les  autres  villes  d'Italie.  Si  'q\iël<^,ilè  ît- 
nateur  refufbit  ou  négligeoit  d'obéir  k  l'Iappel,  îé 
eouful  i'obligeoit  de  donner  des  fûretés  pour  k  paye- 
ment d'une  certaine  fomme  ,  au  cas  que  les  ïAifohs 
de  fbn  abfence  ne  fuffent  point  reçues.  Mais  dès  qliè 
les  Ienateurs  étoient  parvenus  à  l'âge  defoi'xariteanSi 
ils  n'étoient  plus  aifujettis  à  cette  peine  ,  &  ils  û'é-" 
toient  plus  obligés  de  le  rendre  dans  les  affemblées  > 
que  lorf  jU'ils  le  vouloient  bien. 

Dans  les  anciens  tems  ,  au  rapport  de  Valérius  j 
les  Ienateurs  étoient  fi  occupés  du  bien  public  ,  qUô 
fans  attendre  un  édit,  ils  étoient  dans  l'habitude  dé 
le  raffembler  d'eux-mêmes  fous  un  certain  portique 
près  le  palais  dufJnai ,  d'où  ils  pouvoicnt  s'y  rendre 
proHiptement  ,  des  que  le  conful  étoit  arrivé.  Ils 
croyoient  à  peine  digne  d'éloge  le'ur  attention  à  s'ac- 
quitter des  devoirs  de  leur  éfat  6c  de  leurs  oblifa-s 
tions  envers  la  patrie  ,  li  ce  n  etoit  volontairement 
te  de  leur  propre  gré ,  &  s'ils  attendoient  le  com- 
mandement d  autrui ,  ou  l'intimation  qui  leur  en  fe- 
roit  faite.  Mais  oii  s'afiembloient  ils  ? 

Les  anciens  Romains  ,  p'eins  de  religion  &  dé 
venu  ,  avoient  coutume  d'aflémbler  lnfén.it  dans 
un  lieu  facré  dédié  aux  aufpices  ,  afin  que  la  pré- 
fence  de  la  divinité  lervit  à  taire  rentrer  en  eux-mê- 
mes ceux  qui  fongeroient  à  s'écartei'  dés  règles  de  la 
probité.  Ron\uius  le  convoquoit  hors  de  la  ville  dans 
le  temple  de  Vuicain  ,  6c  Holfilius  dans  la  curie  Hof- 
tilic.  Nous  lifons  ,  dans  les- anciens  auteur-s ,  qu'après 
i'expullion  des  rois  ,  {(t  fénat  s'aflembloit  tantôt  dans 
les  temples  de  Jupiter,  d'Apollon  ,  de  Mu-s  ,  de  Bêl- 
ions ,  dé  Callor  ,  de  la  Concorde  ,  de  la  Vertu ,  de  la 
l'idélité  ,  &  tantôt  dans  les  curies  Hoflilienne  Si 
Pompéienne  ,  dans  kiqu^Les  l?s  augures  avoient  fait 
bâiir  des  temples  pour  cet  effet.  Tous  ces  tem.pîeâ 
foi  moient  les  lieux  d'all'amblée  dufénut,  P''oje^  Tem- 
PLtS  d^is  ajfembléts  dujénat. 

Il  y  âvoit  des  tems  marqués  polir  affembler  le  fé- 
nat ,  favoir  les  calendes  ,  les  nones  &  .l?s  ides  ,  ex- 
cepté les  jours  des  comices  ,  pendant  lefquels  ori 
traitoit  avec  le  peuple.  Dans  ces  jours  là  ,  la  loi  Pa- 
pia  défendoit-d'airvimbler  \q  fénat ,  afin  que-les  i'én^ 
teurs  ne>  fufîént  point  dillraits  dans  leurs  fuftrages  ^ 
mais  fuivant  la  lai  Gabinia  ,  les  fénateurs  dévoient 
s'alfembler  pendant  tout  le  mois  de  Février  pour  ré- 
pondre aux  gouverneurs  de  provinces  &C  recevoir  les 
ambafïadeurs.  Lorfque  le  Jéna:  s'affembîoit  dans  les 
jours  fixés  marqués  ci-deffus  ,  on  l'appelldit  le  vrai 
Jénat  ;  loriqu'il  s'aflembloit  hors  de  ce  tem's-^à  ,  & 
extraordinaircment  pour  traiter  de  quelque  atfaire 
de  coniéquence  &  inopinée  ,  on  le  nomxwoit  fénat 
convoqué  ;  &  il  l'étoit  alors  par  le  premier  magif* 
trat.  De-là  cette  diflindHon  de  fénat  ordinaire  &  ds 
fénat  convoqué  ,  que  nous  liions  dans  Capitolaia  , 
cité  par  Gordianus. 

he  fénat ,  fclon  l'ufage  ,  s'affembîoit  toujours  le 
premier  de  Janvier,pour  l'inauguration  des  nouveaux 
conluls,  qui  prenoient  alors  poirelfion  de  leurs  char-* 
ges.  Il  s'aliembloit  auffi  quelques  autres  jours  du 
même  mois ,  félon  les  anciens  auteurs  ,  &  il  n'y 
avoit  d'exceptés  ,  qu'un  ou  deux  jo>irs  de  ce  mois 
jufqu'au  quinzième.  La  dernière  partie  de  Janvier 
étoit  probablement  deflinée  pour  les  alfemblées  du 
peuple  ;  le  mois  de  Février  étoit  rcfervé  tout  entier 
par  l'ancien  ulage  au  fin.it ,  pour  donner  audience 
aux  ambafiadeurs  étrangers;  mais  dans  tous  ces  mois 
généralement ,  il  y  avoit  trois  jours  qui  piroifTent 
avoir  été  dcftinés  d'une  façon  plus  particulière  aux 
affemblées  dw  fénat.  Ces  trois  jours  étoient  les  ca- 
lendes,les  noncs  &  les  idcs;c'cflce  qu'on  préjuge  des 
fréquentes  alfemhlées  tenues  dans  ces  jours  ,  C5c  qui 
font  rappo/tévS  d.ms  l'iùlloirç  j  mais  dans  la  fuite 

Aij 


4  S  E  N 

des  teras  Augvifte  ordonna,  par  une  loi ,  que  Xcfénac 
ne  pût  régulièrement  s'aficmbler  que  deux  jours  du 
mois  ,  les  calendes  &  les  ides. 

On  n'aficnibloit  que  très-rarement  le  fcnat  pen- 
dant les  têtes  publiques  ,  deftinées  à  des  jeux  ,  & 
confacrécs  aux  pompes  de  la  religion  ,  telles  que  les 
iaturnales  ,  que  l'on  célébroit  dans  le  mois  de  Dé- 
cembre ,  &  qui  duroient  plulieurs  jours  confécutits. 
Cicéron  ,  lorlqu'il  rapporte  les  difputes  élevées  dans 
\çfénat  en  prélencc  de  deux  cens  lénateurs  ,  appelle 
l'alTemblée  teiuie  dans  cette  occafion,  une  aflemblée 
plus  nombreuie  qu'il  n'auroit  cru  qu'elle  dût  l'être, 
lorlque  les  jours  laints  étoient  déjà  commencés. 

LcfiriiU  ,  dans  les  jours  d'an'emblce  ,  ne  mettoit 
fur  le  tapis  aucune  affaire  avant  le  jour  ,  &C  ne  la  ter- 
minoit  point  après  le  coucher  du  folcil.  Toute  affaire 
j)ropolée  &:  conclue  avant  ou  après  ce  tems  ,  ctoit 
nulle  &  fujette  à  calfation  ,  &  celui  qui  l'avoit  pro- 
polée  étoit  fournis  k  la  cenfure  ;  de  forte  que  ce  fut 
une  règle  fiable ,  qu'on  ne  propofat  aucune  affaire 
dans  le  Jcnat  après  la  quatrième  heure  de  l'après- 
dînéc  ;  ce  qui  fait  que  Cicéron  cenfure  certains  dé- 
crets prononcés  par  Antoine  dans  fon  confulat ,  com- 
me rendus  trop  avant  dans  la  nuit ,  &  qui  par  cette 
raifon  n'avoient  aucune  autorité. 

On  voit  cependant  un  exemple  d'une  affemblée 
(\u  final  tenue  à  minuit ,  l'an  de  Rome  290  ,  à  caufe 
de  l'arrivée  d'un  exprès  envoyé  par  l'un  des  con- 
fuls  ,  pour  informer  lejenat  qu'il  fe  trouvoit  affiégé 
par  les  Eques  &  les  Volfques ,  dont  les  forces  étoient 
fupérieures  ,  &c  qu'il  rifquoit  de  périr  avec  toute  fon 
armée  ,  fi  on  ne  lui  envoyoit  un  prompt  fecours  ;  ce 
qui  lui  fut  accordé  tout  de  fuite  par  un  décret.  C'cft 
Denis  d'Halicarnaffe,  /.  IX.  c.  /a///',  qui  le  dit. 

Le  fînai  étant  affemblé  ,  le  ledeur  fera  fans  doute 
bien  aifc  de  lavoir  la  méthode  que  cette  compagnie 
célèbre  obfervoit  dans  fes  délibérations. 

Il  faut  d'abord  fe  repréfenter  qu'à  la  tête  du  fénat 
étoient  placés  le  didateur  &  les  confuls  dans  des 
lièges  dilfingués  ,  élevés  ,  ainfi  que  nous  le  croyons , 
de  quelques  degrés  au-defTus  des  autres  bancs.  Par 
égard  pour  la  dignité  de  ces  premiers  magiflrats  , 
lorfqu'ils  entroient  dans  la  curie  ,  tous  les  fénateurs 
étoient  dans  l'ufage  de  fe  lever  de  leurs  fieges.  Le 
préteur  Décius  ayant  manqué  à  ce  devoir  ,  un  jour 
que  le  confid  Scaurus  pafi'oit  près  de  lui ,  ce  coniiil 
le  punit  d'avoir  méprifé  fa  dignité  ,  &  ordonna 
qu'on  ne  plaideroit  plus  à  fon  tribunal. 

Manuce  croit  que  les  magiftrats  inférieurs  étoient 
placés  à  côté  les  uns  des  autres,  au-deffous  des  lices 
des  confuls ,  chacun  fuivant  fon  rang  ;  les  préteurs  , 
les  cenfeurs  ,  les  édiles,  les  tribuns  &  les  quefleurs. 
Il  ert  toujours  vrai  que  les  fénateurs  fur  leurs 
fieges  ,  gardoient  entr'eux  un  ordre  de  préféance , 
pris  de  la  dignité  de  la  magiftrature  qu'ils  avoient 
auparavant  remplie.  Lorfque  Cicéron  en  parle  ,  il 
iudique  cet  ordre.  C'étoit  aufu  celui  que  gardoient 
les  magiflrats  en  fe  plaçant ,  &  lorfqu'il  s'agifî'oit  de 
propoler  leur  opinion ,  chacun  dans  Ion  rang  &  à  fon 
tour. 

Quelques  favans  conjecturent  que  les  édiles  ,  les 
tribuns  6c  les  quefîeurs,  étoient  affis  fur  des  bancs 
fcparés  ;  avec  cette  ditrérence  ,  que  ceux  des  rragif- 
trats  curulcs  étoient  un  peu  plus  élevés  que  les  au- 
tres. Il  femblc  que  Juvcnal  indique  cette  différence 
dans  {^.fuiirejx.  62.  contre  celui  qui  veut  faire  voir 
qu'il  a  une  dignité  curulc.  Ces  bancs  étoient  en  quel- 
t[ue  forte  femblables  à  nos  petites  chaifes  fans  dof- 
fier.  Suétone, dans  fa  vie  de  Claude, c.j:jr/zy.  dit  que 
quand  cet  empereur  avoit  quelque  grande  affaire  à 
propofer  zn  fénat ,  il  s'affeyoit  fur  un  banc  des  tri- 
buns ,  placé  entre  les  chaires  curules  des  deux  con- 
fuls. Mais  il  falloit  aufTi  qu'il  y  eût  d'autres  bancs 
longs ,  de  manière  que  plulieurs  fénateurs  pouvoient 


S  E 

s'y  placer  ;  car  Cicéron  rapporte  ,  dans  fes  êpït.  fa- 
mil,  iij.c).  que  Pompée  appelloit  les  décifions  dujénar^ 
le  jugement  dis  longs  bancs  ,  pour  le  diiimgucr  des 
tribunaux  particuliers  de  jullice. 

Indépendamment  de  la  diverfité  des  bancs  ,  &des 
places  allignées  à  chaque  ordre  de  fénateurs ,  l'un 
des  membres  de  ce  corps  augufte  étoit  toujours 
diftingué  des  autres  par  le  titre  de  prince  du  fénat. 
Cette'^difiincfion  ,  qui  avoit  commencé  fous  les  rois, 
eut  lieu  dans  tous  les  tems  de  la  république.  On  vou- 
lut conierver  cette  première  forme  établie  par  le 
fondateur  de  Rome ,  qui  s'étoit  refervé  en  propre 
le  choix  &  la  nomination  du  principal  fénatcur ,  qui, 
dans  fon  abfence  &  dans  celle  des  rois,  devoit  pré- 
lider  dans  cette  affemblée  ;  le  titre  de  prince  6x\  fénat 
étoit  dans  les  règles ,  &  par  voix  de  conféquence 
donné  à  celui  dont  le  nom  étoit  placé  le  premier  dans 
la  lille  de  ce  corps  ,  toutes  les  fois  que  les  cenfeurs 
la  renouvelloient.  On  eut  attention  de  le  donner 
toujours  à  un  fénateur  confulaire  ,  qui  avoit  été  re- 
vêtu de  la  dignité  de  cenfeur.  On  choififlbit  l'im  de 
ceux  que  fa  probité  &fafagefre  rendoient  recomman- 
dable  ;  &  ce  titre  étoit  tellement  refpeûé  ,que  celui 
qui  l'avoit  porté  étoit  appelle  de  ce  nom  par  préfé- 
rence à  celui  de  quelque  autre  dignité  C|ue  ce  fût , 
dont  il  fe  feroit  trouvé  revêtu.  Il  n'y  avoit  cepen- 
dant aucun  droit  lucratif  attaché  à  ce  titre  ,  &  il  ne 
donnoit  d'autre  avantage  ,  qu'une  autorité  qui  fem- 
bloit  naturellement  annoncer  un  mérite  fupérieur 
dans  la  perfonne  de  ceux  qui  en  étoient  honorés. 
Mais  voyei  Prince  du  sénat. 

Le  fénat  étant  affemblé  ,  les  confuls  ou  les  magif- 
trats qui  en  avoient  fait  la  convocation  par  leur  au- 
torité ,  prenoient  avant  tout  les  aufpices ,  &  après 
avoir  rempli  les  devoirs  ordinaires  de  la  religion  par 
des  facrifices  &  des  prières  ,  ils  étoient  dans  l'ufage 
de  déclarer  le  motif  de  la  convocation  de  cette  affem- 
blée ,  &  de  propofer  les  matières  des  délibérations 
de  ce  jour.  Par  préférence  à  tout ,  on  cxpédioit  d'a- 
bord &  fans  délai  les  affaires  de  la  religion  &  qui 
concernoient  le  culte  des  dieux.  Lorfque  le  conful 
avoit  foumis  à  l'examen  quelque  point ,  on  le  difcu- 
toit  ;  s'il  étoit  queftion  de  rendre  im  décret ,  il  difoit 
fon  opinion  à  cet  égard ,  &  parloit  aufTi  long-tems 
qu'il  le  vouloit  ;  11  demandoit  enfuite  les  opinions 
des  autres  fénateurs  ,  en  les  appellant  par  leurs  noms, 
&  fuivant  l'ordre  dans  lequel  ils  étoient  placés  ;  il 
co.nmençoit  par  les  fénateurs  confulaires ,  &  conti- 
nuoit  par  les  prétoriens. 

Originairement  on  étoit  dans  l'ufage  d'interroger 
le  prince  àa  fénat  le  premier;  mais  bientôt  on  ne  fe 
conduifit  plus  ainfi ,  &  cette  politeffe  fut  accordée  à 
quelque  vieux  fénatcur  confulaire ,  diftingué  par  fes> 
vertus  ,  jufqu'aux  derniers  tems  de  la  république , 
que  s'introduifit  la  coutume  fixe  de  donner  cette 
marque  de  refpe£f  à  fes  parens ,  à  fes  amis  particu- 
liers, ou  il  ceux  que  l'on  croyoit  vraiffemblablement 
d'un  avis  conforme  h  (es  propres  vues  &  à  fes  fenti- 
mens  fur  la  queffion  propofée. 

Quelque  ordre  que  les  confuls  obfervaffcnt ,  en 
demandant  les  opinions  le  premier  de  Janvier  ,  ils  le 
gardoient  pendant  tout  le  refte  de  l'année.  C.  Céfar , 
d  la  vérité ,  fe  mit  au-deffus  de  cette  règle  &  en 
changea  l'ufage  ;  car  quoiqu'il  eût  au  commence- 
ment de  fon  confulat  interrogé  Craffus  le  premier , 
cependant  ayant  marié  fa  fille  à  Pompée  ,  dans  le 
cours  de  cette  magiffrature  ,  il  donna  cette  marque 
de  prééminence  à  fon  gendre  ;  politeffe  dont  il  fit 
enfuite  excufe  au  fénat. 

Cet  honneur  d'être  interrogé  d'une  manière  ex- 
traordinaire ,  &  par  préférence  à  tous  les  autres  fé- 
nateurs du  même  rang,  quoique  d'âge  &de  nobleffe 
plus  ancienne  ,  paroît  ne  s'être  étendu  qu'à  quatre 
ou  cinq  perfonnages  confulaires.  Tous  les  autres  fé- 


s  E 

nateurs  étoient  interroges  iliivant  l'ancienneté  de  leur 
èoe  ;  cette  méthode  étoit  généralement  obfervée 
pendant  l'année  ,  jufqu'à  l'éleftion  des  confuls  fui- 
Vans  ,  qui  le  l'aifoit  d'ordinaire  vers  le  mois  d'Aoûr. 
De  ce  moment  jusqu'au  premier  Janvier ,  en  conlé- 
quence  d'un  ufage  conftamment  fuivi  ,  on  deman- 
doit  aux  confuls  dcfignés  leurs  avis  ,  avant  de  le  de- 
mander aux  autres  fcnatein-s. 

Comme  ils  étoient  follicités  de  parler  fuivant  leur 
rang ,  il  n'étoit  auffi  permis  à  perfonne  de  le  faire 
avant  fon  tour,  à  l'exception  des  magiftrats ,  qui  fem- 
blent  avoir  eu  le  droit  de  parler  dans  toutes  les  occa- 
fions ,  &  toutes  les  fois  qu'ils  le  croyoient  nccefl'aire; 
c'efl:  par  cette  raifon  fans  doute  qu'ils  n'étoient  pas 
interrogés  en  particulier  par  le  conful.  Cicéron  dit , 
à  la  vérité,  que  dans  certaines  occafions  il  fut  inter- 
rogé le  premier  de  tous  les  fénatcurs  privés  ;  ce  qui 
veut  dire  que  quelqu'un  des  magilîrats  avoit  été  in- 
terrogé avant  lui  ;  mais  alors  ils  l'étoient  par  le  tri- 
bun du  peuple  qui  avoit  convoqué  l'aflemblée ,  & 
qui  donnoit  naturellement  cette  préférence  aux  ma- 
giflrats  fupérieurs  qui  s'y  trouvoient  préfens.  Mais 
on  ne  trouve  point  qu'im  conful  interrogeât  d'abord 
quelqu'autre  qu'un  fénateur  confulaire ,  ou  les  con- 
fuls défignés. 

Quoique  chaque  fénateur  fût  obligé  de  dire  fon 
avis  ,  lorfque  le  conful  le  lui  demandoit ,  il  n'étoit 
cependant  pas  reftreint  à  la  feule  queftion  qui  fe  dif- 
cutoit  alors  ;  il  pouvoit  pafler  à  quelqu'autre  ma- 
tière ,  la  traiter  au/ïi  longuement  qu'il  vouloit  ;  & 
quoiqu'il  pût  dire  librement  fon  avis ,  lorfque  c'étolt 
fon  tour  ,\cfcnat  ne  s'occupoit  pointa  le  réfuter  ,& 
ne  traitoit  pas  cette  queflion  épifodique  ,  à  moins 
que  quelqu'un  des  magillrats  ne  la  propolât  dans  la 
même  affcmblée.  Ils  avoient  feuls  le  privilège  de  de- 
mander qu'on  opinât  fur  quelque  queflion ,  ainfi  que 
le  droit  de  renvoyer  celle  qui  fe  traitoit.  Toutes  les 
fois  qu'un  fénateur  donnoit  fon  avis ,  il  fe  levoit  de 
fon  fiege  ,  &  demeuroit  debout  jufqu'à  ce  qu'il  eût 
achevé  de  parler  ;  mais  quand  il  ne  failoit  que  fe 
ranger  à  l'avis  des  autres  ,  il  demeuroit  a  fa  place. 

Les  magiflrats  ,  dans  la  même  féance ,  avoient  la 
liberté  de  propofér  des  avis  différens  ,  &  de  traiter 
différentes  queftions  dans  lefénat.  Si  par  hafard  on 
vouloit  remettre  fur  le  tapis  quelque  affaire  d'impor- 
tance ,  &  que  les  confuls  eufîent  négligé  de  la  pro- 
pofér ,  ou  qu'ils  fufTent  éloignés  de  le  faire ,  l'ufage 
étoit  que  lejénat ,  par  certaine  acclamation ,  &  qui 
devenoit  générale,  excitoit  à  la  propofér  ;  &  lorf- 
qu'ils  refufoient  de  le  faire  ,  les  autres  magiflrats 
avoient  ce  droit ,  même  malgré  eux. 

Si  quelque  opinion  propofceà  VatÇemhlée  du  fé/iat 
renfermoit  différens  chefs  ,  dont  les  uns  pouvoient 
être  approuvés  &  les  autres  rejettes  ,  c'étoit  encore 
l'ufage  de  demander  qu'elle  fût  divifée  ;  quelquefois 
d'un  accord  unanime ,  &  par  un  cri  général  de  l'af- 
lemblée exprimé  par  ces  mots  ,  divide  ,  divide  ;  ou  fi 
dans  la  difcufTion  des  affaires  il  y  avoit  eu  différens 
avis  ,  fi  chacun  de  ces  avis  avoit  été  appuyé  par  un 
nombre  confidérable  de  fénateurs  ,  le  conful ,  fur  la 
fin  ,  étoit  dans  l'ufage  de  les  rappeller  tous  ,  pour 
que  lefénat  traitât  féparément  chacune  de  ces  opi- 
nions ;  mais  en  même  tems  ce  magiflrat  préféroit  , 
félon  qu'il  lui  paroiffoit  convenable  ,  l'opinion  la 
plus  favorable  à  la  fienne;  il  fupprimoit  alors  ,  ou  ne 
parloit  pas  de  celle  qu'il  defapprouvoit.  Dans  le  cas 
toutefois  où  il  ne  paroiffoit  ni  difficulté  ni  oppofition, 
on  rendoit  le  décret  fans  demander  &  fans  donner 
les  avis  h  cet  égard. 

Quand  une  queflion  avoit  été  décidée  par  le  fcru- 
tin  ,  on  fcparoit  les  parties  oppofécs  dans  les  diffé- 
rens côtés  de  la  curie  ou  lieu  d'affemblée  ;  ce  que  le 
conful  ou  magiflrat  qui  préfidoit  en  fon  abfence,  fai- 
foit  de  cette  manière  :  «  Que  ceux  qui  font  de  tel 


S  E  N 


$ 


»  avis ,  pafTent  de  ce  côté  ;  &  que  ceux  qui  penfent 
»  différemment  j  paffent  de  celui-ci  >».  L'avis  que  le 
plus  grand  nombre  de  fénateurs  approuvoit  s'cxpri- 
moit  dans  un  décret  qui  d'ordinaire  étoit  conçu  dans 
les  termes  didés  par  le  premier  de  ceux  qui  avoient 
traité  la  queflion,  ou  par  le  principal  orateuren  fa- 
veur de  cette  opinion;  lequel,  après  avoir  dit  tout 
ce  qu'il  croyoit  propre  à  la  rendre  agréable  au  fé- 
nat ,  terminoit  fon  difcours  dans  la  forme  du  décret 
qu'il  vouloit  obtenir.  Ce  décret  qu'on  nomnioityè;^^-^ 
iufconfidu ,  étoit  toujours  foufcrit  par  un  nombre 
confidérable  de  fénateurs,  en  témoignage  de  leur  ap- 
probation particulière.  Voye^^  Sénatusconsulte. 

La  république  ayant  été  opprimée  par  Jules-Çéfar, 
il  formoit  tout  feul  les  fénatufconf  ultes ,  &  les  fouf- 
crivoit  du  nom  des  premiers  fénatcurs  qui  lui  ve* 
noient  dans  l'efprit.  Lefénat(e  vit  fans  fondions,  fans 
crédit  &  fans  gloire.  Enfuite  fous  le  règne  des  em- 
pereurs, ce  même/e/2flr,  jadis  fi  rcfpeftable,  tomba 
dans  la  fervitude  la  plus  balîe.  Il  porta  l'adulation  juf* 
qu'à  encenfer  les  folies  de  Caligula,  &  jufqu'à  décei  * 
ner  des  honneurs  exceffifs  à  Palias  affranchi  de  Claude. 
Pline  le  jeune  parlant  de  l'état  de  ce  corps  immédia- 
tement avant  le  règne  de  Trajan ,  avoue  qu'il  étoit 
toujours  muet;  parce  qu'on  ne  pouvoit  y  dire  fans 
péril  ce  qu'on  penfoit  &  fans  infamie  ce  qu'on  ne 
penfoit  pas.  Mais  j'ai  cru  devoir  me  borner  à  crayon- 
ner l'hiftoire  dufénat  dans  le  tems  de  fes  beaux  jours; 
le  ledleur  peut  confulter  les  favans  qui  ont  le  mieux 
approfondi  cette  matière  ,  Manuce ,  Sigonius ,  Hot- 
man ,  Zamoléus  ,  &  récemment  MM.  Midleton  èc 
Chapman ,  dans  de  petits  ouvrages  pleins  de  goût , 
de  recherches  &  de  précifion.  (Ze  chevalier  de  Jau- 

COURT.) 

Sénat  des  cinq  cens,  (  ////?.  d'Jthhies.')  fénat 
d'Athènes,  lorfque  cette  ville  eut  été  divifée  en  dix 
tribus.  Onélifoittous  les  ans  dans  chaque  tribu  cin- 
quante hommes  qui  tous  enfemble  compofoient  le 
jénat  des  cinq  cens.  Ce  fut  Solon  qui  l'inflitua  ,  &  qui 
établit  que  chaque  tribu  aurolt  tour-à-tour  la  prc- 
féance  dans  l'aflemblée,  &  la  céderoit  fucceffivc- 
ment  à  la  fuivante.  Qç.  jénat  étoit  compofé  de  pry- 
tanes ,  de  proëdres  &  d'un  épiflate.  Voye^  Épis- 
TATE,  Proedre  6"  Prytane.  (Z>.  /.) 

SÉNAT  DES  QUATRE  CENS,  {Hifl. d' Athlms.')  an- 
cien jaiat  d'Athènes ,  lorfque  cette  ville  n'étoit  di- 
vifée qu'en  quatre  tribus.  On  élifoit  dans  chaque 
tribu  cent  hommes  qui  tous  enfemble  compofoient 
Iq  Jcnat  des  quatre  cens.  Ce  fénat  dura  jufqu'à  Solon 
qui  inflitua  le  fénat  des  cinq  cens  dont  nous  avons 
parlé.  {D.  J.) 

SÉNAT  DE  Venise,  (ffijl.  de  Fenife.^  Foyei  Prb- 
GADI.   {D.  /.) 

SÉNATEUR  ROMAIN,  (^Gouvemem.  de  Rome.) 
membre  du  fénat  de  Rome ,  c'efl-à-dire ,  de  ce  corps 
augufle  qui  étoit  l'appui,  le  défenfeur  &  le  confer- 
vateur  perpétuel  de  la  république.  On  efl  avide  de 
favoir  quel  étoit  le  nombre  des  membres  d'un  corps 
qui  tenoit  dans  fes  mains  les  rênes  d'un  fi  puiffant 
empire,  qui  régloit  toutes  les  affaires  avec  les  étran- 
gers ,  &  qui  dans  fon  luflre  préfidoit  à  toute  la  terre. 
On  demande  à  quel  âge  on  pouvoit  AevcniT fénateur, 
quelle  qualité  de  biens  ils  dévoient  avoir  aux  ter- 
mes de  la  loi,  quels  étoient  leurs  devoirs, les  hon- 
neurs de  leur  charge ,  &:  leurs  privilèges  ;  tâchons 
de  fatisfaire  à  toutes  ces  queflions  curieufes. 

Quant  au  nombre  des  fénateurs  .^  l'opinion  géné- 
rale efl  qu'il  fut  borné  à  300,  depuis  le  tems  des 
rois  jufqu'à  celui  des  Gracques  ;  mais  on  ne  doit 
pas  prendre  cette  fixation  à  la  rigueur,  parce  que 
quelquefois  ce  nombre  peut  avoir  été  moindre  ;  <k. 
dans  le  cas  d'une  grande  diminution  imprévue,  on 
completoit  de  nouveau  les  places  vacantes  par  une 
promotion  extraordinaire.  Ainfi,  comme  lenombsc 


6  S  E  N 

tles  ma<^irtrats  augmentoit  dans  les  ncxivclles  con- 
ouctes  cie  la  république,  &:  dans  les  accroiliemens 
Gu'elle  tallbit  à  Ion  domaine ,  de  mcme  le  nombre 
2qs  lenatiurs  a  dii  varier;  &  par  plufieurs  accidens, 
ex^oicQ  à  des  vuidos.  Le  didlatcur  Silla ,  lorfque  ce 
corps  fe  trouva  comme  épuilé  par  les  prolcrjptions 
&  les  f.ierres  civiles,  créa  300  membres  en  une 
leule  fois.  Il  les  prit  de  l'ordre  cqueltrc.  Cette  aug- 
mentation fit  probablement  monter  le  nombre  entier 
des  lenateurs  i\  environ  500.  Il  paroît  que  le  lonat 
s'cil  maintenu  dans  cet  état  juiqu'à  la  ruine  de  la 
liberté  par  Caïus  Cciar;  puifque  Ciccron  dans  un 
récit  cu'il  t'ait  d'une  affaire  pariiculierc ,  dit  à  Atti- 
cus ,  que  4 1  5  finattws  y  avoient  affifté,  ce  qu'il  ap- 
pelle \e  plan  fînat. 

Lcsanciens  auteurs  nous  indiquent  clairement  qu'il 
ctoit  néceflaire  d'avoir  un  certain  âge  pour  ctrey^'- 
natcur^  quoiqu'aucun  d'eux  ne  nous  ait  précifémcnt 
marqué  quel  devoir  être  cet  âge.  Il  fut  tîxc  par  les 
lois  fous  le  règne  de  ServiusTuUius,  à  17  ans  pour 
entrer  dans  le  fervice  militaire;  &  chaque  citoyen, 
■  au  rapport  de  Polybe ,  étoit  obligé  de  fervir  dix  ans 
dms  les  guerres,  avant  que  de  pouvoir  prétendre 
i\  aucune  magiilraîure  civile.  Ce  qui  fert  à  déter- 
miner l'âge  auquel  on  pouvoit  demander  la  quefture 
ou  le  premier  grade  des  honneurs ,  c'eft-à-dire  l'âge 
^c  i8  ans;  or  comme  cette  magiftrature  donnoit  en- 
trée dans  le  fénat ,  la  plus  grande  partie  des  favans 
paroît  avoir  fixé  l'obtention  du  rang  de  finauur  à 
l'âge  de  28  ans. 

X  la  vérité  quelques  écrivains,  d'après  Tautorité 
de  Dion  CafTuis ,  ont  penfé  que  l'âge  d'admiifion 
dans  ce  corps  étoit  de  25  ans;  ne  faifant  pas  atten- 
tion que  Dion  ne  rapporte  ce  fait  que  comme  une 
règle  propofée  à  Auguile  par  fon  favori  Mécène  ; 
mais  à  en  juger  par  l'ufage  de  la  république  en  ces 
derniers  tcms ,  l'âge  pour  être  quefteur,  ainfi  que 
pour  vtrcjinaîcnr,  étoit  de  30  ans  accomplis  ,  parce 
que  Cicéron  qui  déclare  dans  quelques-unes  de  fes 
oraifons  ,  qu'il  avoit  obtenu  les  honneurs  de  la  répu- 
blique, fans  avoir  efTuyé  aucun  refus ,  chacun  de  ces 
honneurs  dans  fâge  requis  par  la  loi ,  n'obtint  en 
eflét  la  quefture  qu'à  30  ans  paffés;  6c  lorfque  Pom- 
pée flit  créé  conful  d'une  manière  extraordinaire  à 
i'âoe  de  36  ans,  fans  avoir  palTé  par  les  grades  infé- 
rieurs, Cicéron  obferve  à  cet  égard  qu'il  fut  élevé 
à  la  plus  haute  magiftrature,  avant  eue  les  lois  lui 
permifîént  d'obtenir  les  moins  confidérables;  ce  qui 
regarde  l'édilité  qui  étoit  le  premier  emploi ,  ap- 
pelle proprement  magifirature  ^6c  qui  ne  pouvoit  être 
obtenu  qu'après  un  intervalle  de  cinq  ans  entre  cette 
charge  6c  la  quefture. 

Mais  l'opinion  que  nous  adoptons,  femble  confir- 
mée par  la  difpofuion  de  certaines  lois ,  que  donnè- 
rent en  divers  tems  les  gouverneurs  de  Rome  aux 
nations  étrangères,  fur  les  rcglemens  de  leurs  petits 
fénats.  Par  exemple,  lorfque  les  Halaifins,  peuples 
de  la  Sicile,  eurent  de  grandes  conteftations  entr'eux 
fur  rélecticn  Ags  Jinatturs ^  ils  requirent  le  fénat  de 
Rome  de  les  diriger  à  cet  égard;  6l  le  préteur  Caïus 
Claudius  leur  envoya  des  lois  &  des  réglemens  con- 
venables. L'im  de  ces  réglemens  étoit,  que  l'on  ne 
put  devenir yf/7^««/-  avant  l'âge  de  30  ans  ,  Se  qu'on 
ne  reçût  perlbnne  qui  exerçât  quelque  métier ,  ou 
qui  n'eut  une  certaine  quantité  de  biens.  Scipion 
prefcrivit  les  mêmes  lois  au  peuple  d'Agrigcnte. 

Enfin, Pline  fait  mention  d'une  loi  donnée  en  pareille 
occafion  aux  Bythinicnspar  Pompée  le  grand.  Cette 
loi  défcndoit  la  réception  dans  le  fénat  avant  l'âge 
de  30  ans  :  elle  ordonnoit  de  plus,  que  tous  ceux 
qui  avoient  exercé  une  magiftrature,  fuftent  confé- 
qucmment  admis  dans  ce  corps.  Ces  divers  régle- 
mens indiquent  d'une  manière  affez  claire  la  fource 
«loni  ils  étoicnt  émanés ,  &  prouvent  que  le  magif- 


S  E 


N 


trat  romain  avoit  naturellement  donné  aux  autres 
peuples  les  ulagcs  établis  dans  la  république. 

Cicéron  prétend  que  les  lois  pour  régler  l'âge  des 
magifîrats,  n'étoient  pas  bien  anciennes  ;  qu'on  les 
fit  pour  mettre  un  frein  à  l'ambition  dcmclurée  dos 
nobles,  &  rendre  tous  les  citoyens  égaux  dans  la 
recherche  des  honneurs  ;  &C  Titc-Live  nous  apprend 
que  L.  Villius,  tribun  du  peuple ,  fut  le  premier  qui 
les  introduifit ,  l'an  de  Rome  573  ,  ce  qui  lui  fit  don- 
ner le  furnom  à^annain.  Mais  bien  du  tems  avant 
cette  époque,  on  trouve  que  ces  lois  &:  ces  ufages 
avoient  lieu  à  Rome ,  dans  l'enfance  même  de  la 
république.  Par  exemple,  lorlque  les  tribuns  furent 
inftitués,  les  confuls  déclarèrent  dans  le  fénat,  que 
dans  peu  de  tcms  ils  corrigerolent  la  pétulance  des 
jeunes  nobles, au  moyen  d  une  loi  qu'ils  avoient  pré- 
parée pour  régler  l'âge  àc^  j'en  a  tcms. 

Il  y  avoit  une  autre  qualité  requife,  &  regardée 
comme  néceft"aire  A  wnfiiuitcur.  On  cxlgeoitun  fonds 
de  biens  confidérablc  pour  le  maintien  de  cette  di- 
gnité ,  &  cette  quantité  de  biens  étoit  établie  par  les 
lois.  Mais  on  ne  trouve  en  aucun  endroit  le  tcms 
de  cet  établiflcmcnt ,  ni  à  quelle  lomme  ces  biens 
dévoient  monter.. Suétone  elt  le  premier  des  auteurs 
qui  en  ait  parlé,  &  qui  nous  apprend  que  la  quo- 
tité des  biens  étoit  fixée  à  800  feflcrces  avant  le 
règne  d'Augufte  ;  ce  qui  luivant  le  calcul  de  la  mon- 
noie  angloife ,  monte  de  fix  à  fepî  m. Ile  liv.  Cette 
fomme,ainfi  que  quelques  auteurs  l'ont  prétendu, 
ne  devoit  pas  être  regardée  comme  nnt  rente  an- 
nuelle,  mais  comme  le  fonds  des  b;ens  à\\n  fcna- 
tcur,  fonds  réel,  appartenant  en  lui  en  propre  &  cf- 
timé  ou  évalué  par  les  cenleurs.  Celte  quantité  de 
biens  paroîtra  peut-être  trop  peu  confidérable ,  & 
on  ne  la  trouvera  pas  proportionnée  au  rang  &  à 
la  dignité  d'un  fénaieur  romain.  Mais  on  doit  fiiire 
attention  que  c'étoit  la  moindre  quantité  de  biens 
qu'on  pût  avoir  pour  parvenir  à  ce  gr^de.  En  effet, 
lorfquïl  arrivoit  que  les  fenauurs  polfédoient  moins 
que  cette  fomme ,  ils  perdolent  leur  place  dans  le 
fénat. 

D'ailleurs  ,  quelque  peu  confidérable  que  paroifte 
aujourd'hui  cette  proportion  de  biens, 'il  eft  certain 
qu'elle  fuffifoit  pour  maintenir  un  fcnateur  convena- 
blement à  fon  rang  ,  fans  qu'il  fût  forcé  de  s'occuper 
de  quelque  profelfion  vile  &  lucrative  ,  qui  lui  étoit 
interdite  par  la  loi.  Mais  la  conftitution  en  elle-mê- 
me ne  paroît  pas  avoir  été  bien  ancienne  ,  ce  qu'on 
peut  ailé.ment  fe  perfuader ,  puifque  dans  les  pre- 
miers tems,  le  principaux  magiftrats  étoient  tires,  de 
la  charrue.  Corn.  Rufinus,  qui  avoit  été  diûatcur  & 
deux  fois  conful ,  fut  chafl'é  du  fénat  l'an  de  Rome 
43  3  ,  par  le  cenfeur  Ç.  Fabricius ,  parce  qu'on  trou- 
va dans  fa  maifon  des  vafes  d'argent  du  poids  de  dix 
livres.  On  ne  donnoit  donc  pas  alors  dans  l'éledioa 
A\in  fénatcur  ,\^  préférence  à  la  quantité  des  biens. 
Nous  voyons  en  eft"et  Pline  fe  plaindre  de  la  vicilïï- 
tude  des  tems  ,  &  déplorer  le  changement  qui  s'étoit 
introduit  dans  le  choix  à.esJtnateuTs,àfis  juges  &  des 
magiftrats  qu'on  élifoit ,  félon  le  calcul  de  leurs  biens, 
époque  à  laquelle  on  commença  de  n'avoir  plus  d'é- 
gard au  vrai  mérite. 

Cicéron  dans  une  de  fes  lettres  écrites  lors  de  Tad- 
miniftration  de  C.  Céfar ,  rend  un  témoignage  aftiiré 
de  la  quotité  des  biens  que  devoit  avoir  un  fcnateur; 
il  prie  un  de  fes  amis, qui  avoit  alors  du  crédit, d'em- 
pêcher que  certaines  terres  ne  foient  enlevées  par 
les  foldats  à  Curtius  ,  qui  fans  (es  biens  ne  pourroit 
conferver  le  rang  de  fcnateur ,  auquel  Céfar  l'avoir 
lui-même  élevé. 

Ce  n'étoit  pas  affez  zuxfénateurs  d'avoir  une  cer- 
taine quotité  de  biens  ;  il  falloit  encore  qu'ils  don- 
nafiént  un  exemple  de  bonnes  mœurs  à  tous  les  ordres 
de  l'état  ;  mais  indépendamment  de  cette  régidarité 


s  E 

de  ifnœiirs  qu'on  &xigeoit  d'eux  ,  Cic  Jron  nous  parle 
encore  des  devons  auxquels  ils  étoicnt  affujcttis;  l'un 
de  ces  devoirs  ,  ctoit  l'obligation  d'eîre  affidu.  La 
liberté  qu'ils  avoient  d'aller  à  la  campagne  ,  dans  les 
intervalles  d'une  afiemblce  à  Fautre  ,  ayant  dégénéré 
en  abus  ,  les  confuls  leur  déti.-ndirejit  dans  plufieurs 
eirconllances  de  s'abicnter  de  Rome  plus  de  trois  à 
la  fois  ,  &  de  s'éloigner  de  manière  qu'ils  ne  puficnt 
revenir  dans  le  jour.  Le  fécond  devoir  confuioit  à  ne 
parler  qu'à  fon  tour.  La  troifieme  règle  de  difcipline 
étoit  de  ne  pas  étendre  fon  avis  au-delà  des  bornes  ; 
mais  cette  règle  eut  fouvent  fes  exceptions.  Au  refle, 
un  pnateur  perdo'it  fon  état  lorfqu'il  fe  dégradoit  lui- 
même  ,  en  montant  fur  le  théâtre  ,  ou  en  del'cendant 
dans  l'asene. 

Il  arrivoit  auiîl  que  les  illufires  membres  d'un  con- 
fei!  fuprème ,  qui  tcnoiî  dans  fes  mains  les  renés  d'un 
aufii  puilîant  empire  ,  qui  regloit  toutes  les  affaires 
avec  les  étrangers ,  &i  qui  dans  fon  luftre  préfidoit  à 
toute  la  terre ,  étoit  regardé  partout ,  avec  la  plus 
grande  diftin£tion.  Nous  voyons  en  effet ,  que  plu- 
fieurs d'entr'eux  avoient  fous  leur  protedHon  paf  ti- 
culicre  ,  des  rois ,  des  viiles  &  des  nations. 

Cicéron  rendant  compte  des  avantages  cVvinférza- 
teiir  fur  les  membres  des  autres  ordres  de  la  républi- 
que ,  dit  qu'il  avoit  l'autorité  &  Tétat  dans  Rome  , 
le  nom  &  la  faveur  chez  l'étranger.  Il  jouifToit  du  pri- 
vilège de  prendre  place  dans  les  affemblées  des  fénats 
des  provinces  alliées  à  la  république.  Quelle  efl  la 
ville,  ajoute  Cicéron  ,  dans  les  parties  les  plus  éloi- 
gnées de  la  terre  ,  quelque  puifianîe  &  quelque  libre 
qu'elle  foit  ,  quelque  rudelTe  &  quelque  barbarie 
qu'elle  puifTe  avoir  ;  quel  eft  le  roi  qui  ne  fe  falTe  un 
plaifir  d'accueillir  &  de  bien  traiter  chez  lui  unfJna- 
teur  du  peuple  romain  ?     ; 

Parmi  les  membres  de  cet  ordre  feulement ,  on 
choififlbit  tous  les  ambaffadeurs  ,  &  ceux  qu'on  em- 
ployoit  dans  les  états  étrangers  ;  &.  lorfqu'ilb  avoient 
quelque  raotifparîiculierde  voyager  au  dehors, même 
pour  leurs  propres  intérêts  ,  ils  obtenoient  du  fcnat 
le  privilège  d'une  légation  libre.  Ce  privilège  leur 
civjnnoit  le  droit  d'être  traités  partout  avec  les  hon- 
neurs dus  à  un  ambaffadeur  ,  &  d'être  fournis  pen- 
dant leur  route  d'une  certaine  quantité  de  vivres , 
&:  de  choies  qui  pouvoient  leur  être  néceffaireSjainfi 
qu'à  leurs  gens.  De  plus  ,  pendant  tout  le  tems  qu'ils 
réfidoient  dans  les  provinces  de  la  république ,  les 
gouvernevirs  de  ces  provinces  étoient  dans  l'ufage 
de  leur  donner  les  licleurs  qui  lesprécédoient.  S'ils 
avoient  quelque  procès  ,  ou  quelque  diicufTion  d'in- 
térêt dans  ces  provinces  ,  il  paroît  qu'ils  jouiffoient 
du  droit  de  demander  leur  renvoi  à  Rome.  . 

»I1- n'ctoient  pas  moins  difîingués  des  autres  ci- 
toyens dans  cette  capitale  ,  par  des  privilèges  &  dis 
lionneurs  particuhers  ;  puifque  dans  les  fêtes  &  les 
jeux  publics  ils  avoient  des  places  qui  leur  étoient 
affignées  ilans  le  Jieu  le  plus  commode  &  le  plus  ho- 
norable. Lorfqu'on  offroit  des  facrifices  à  Jupiter,  ils 
jouiffoient  feuls  du  droit  de  donner  des  fêtes  publi- 
ques dans  le  capitole  ,  revêtus  de  leurs  habits  de  cé- 
rémonie ,  ou  des  habits  propres  aux  charg,cs  qu'ils 
avoient  exercées. 

Ils  étoient  d'ailleurs  diftingnés  des  autres  citoyens 
par  les  ornemens  de  leurs  habits  ordinaires  ,  ainfi  que 
par  leur  tunique  ,  par  la  matière ,  &  la  forme  de  leurs 
îoulicrs  ,  dont  les  anciens  auteurs  rendent  compte. 
L'ornement  de  leur  tunique  étoit  le  laticlave.  Voyc^^ 
Laticlave. 

La  forme  de  leurs  foulicrs  étoit  particulière  ,  & 
différente  de  celle  des  autres  citoyens.  Cicéron  par- 
lant d'un  certain  Afmius  ,  qui ,  dans  le  defordte  gé- 
néral caufé  par  la  mort  de  Céfar  ,  s'étoit  introduit 
dans  le  fcnat ,  dit  que  voyant  la  cour  ouverte ,  il 
changea  de  chauilure  ,  &:  devint  tout  d'un  trait /tf- 


E  H 


7 


nàviir ;  cette  différence  confifloit  dans  îa  f:ouieur  < 
dans  la  forme  ,  &  dans  rorncnient  de  ces  i'ouliers. 
Leur  couleur  étoit  noire,  tandis  que  ceux-  des  autres 
citoyens  n' avoient  pas  une  couleur  particulière  ,  & 
qu'elle  dépendoit  de  leur  fanîaifie.  La  forme  en  étoit 
en  quelque  lorte  femblable  à  nos  brodequins.  Ils 
remontoient  jufqu'au  milieu  de  la  jambe,  amfi  qu'on 
le  voit  dans  quelques  flatues  antiques  ,  &  dans  des 
bas-reliefs ,  &  ils  étoient  ornés  de  la  figure  d'une 
demi-lune ,  coufue  &  attachée  fur  la  partie  de  de- 
vant ,  près  la  cheville  du  pié. 

Plutarque  dans  fes  queflions  romaines  ,  donne  di- 
verfes  raifons  de  cette  figure  emblématique.  Mais 
d'autres  auteurs  difent  que  cela  n'avoit  aucun  rap- 
port avec  la  lune  ,  quoiqu'il  parût  que  la  figure  le 
dénotât ,  mais  qu'elle  fervoit  leulement  à  exprimer 
la  lettre  C,  comme  un  figne  numératif,  &  comme 
la  lettre  initiale  du  mot  ccntum  ,  nombre  fixe  à^sfé- 
nnuurs  dans  leur  première  inllitu.tion  par  Romu-^ 
lus. 

La  toge  &  la  robe  à\\n  finateur  or 6\n^\rQ ,  ne  dlf"- 
féroient  point  de  celle  des  autres  citoyens;  mais  les 
confuls  ,  les  préteurs  ,  les  édiles  ,  les  tribuns  ,  &ci, 
portoient  toujours  dans  l'année  de  leur  magiftiature, 
la  prétexte  ,  qui  étoit -iine  robe  bordée  d'une  bande 
de  pourpre  ;  &  e'eft  auffi  l'habit  que  tout  le  refre  du 
fénat  qui  avoit  déjà  rempli  les  grandes  charges ,  por- 
toit  aux  fêtes  &  aux  folemnitcs. 

Dans  les  commencemens  de  la  république  ,  îeS 
finauuTs  n'ofoient  quitter  en  aucun  lieu  les  marques 
diltinûives  de  leur  rang  ;  mais  dans  la  fuite  on  ie  n"é- 
ghgea  fur  ces  bienféances  refpeftables.  C'eft  à  cette 
époque  qu'il  faut  rapporter  le  trait  fatyrique  de  Ju- 
vénal  contre  \<is  finatiurs  de  fon  tems  :  il  dit  qu'ils 
aiment  à  paroître  tous  nuds  en  plein  fénat ,  parce 
que  la  folie  eft  moins  honteufe  que  la  moUeffe.  Le 
luxe  vint  encore  au  fecours  de  l'indécence, &  l'aima- 
ble fimplicité  des  premiers  romains  fut  entièrement 
bannie  ;  nous  laifiérons-là  le  tableau  de  CQsfénateuis 
efféminés, plus  immodeftesque  les  courtifanes:  nous 
nous  fommes  propofé  de  ne  préfenter  aux  yeux  des 
lefteurs  que  l'hiftoire  d'un  corps  augufte  ,  digne  de 
nous  être  tranfmife,lorfque  ce  corps  au  comble  de  fa 
çloire  &  de  fon  pouvoir  ,  étoit  également  vertueux 
&  libre  dans  fes  délibérations.  (le  chiralUrDEJAU^ 

COU,RT.') 

SÉNATEUR  pÉdaire  ,  {Hi(î.  rom.^  Ce  nom  fut 
donné  aux  chevaliers  qui  entrèrent  dans  le  fénat,  pour 
lesdiûm^iier  des finateurs d\m  rangfapérieur,qui  lui- 
vant  les  commentaires  de  Gabius  Bazius  ,  avoient  le 
privilège  de  venir  au  fénat  en  voiture.  Pline ,  hijî. 
nat.  L  VU.  c,  xluj .  nous  apprend  que  cet  honneurfm- 
gulier  fut  accordé  à  Métellus  ,  qui  avoit  perdu  la  vue 
pour  fauver  d'une  incendie  le  palladium  dépofé  au 
temple  de  Vslta.  Les  féndunts  pLialns  furent  ainll 
nommés  ,  parce  qu'ils  ne  parloient  point ,  &C  qu'ils 
exprimoient  leurs  fuffrages  ,  s'il  y  avoit  unc<livilion 
dans  l'affcmblée  ,  en  paffant  du  côté  de  ceux  dont 
ils  approuvoient  l'avis.  Ainfi  pour  faire  allufion  à  cet 
ufage  ,  qui  femble  toutefois  avoir  entièrement  ceffo- 
dans  les  derniers  tems  de  la  république,  cette  partie 
du  fénat  qui  ne  difoit  pas  fon  avis  ,  fut  toujours  qua- 
lifiée du  nom  depcdalrc.  Il  eft  aifé  de  le  voir  dans  le 
rapport  que  fait  Cicéron  à.Atticus ,  de  certaines  dif- 
nutes  ,  ti  d'un  décret  du  fénat  à  cet  égard  ;  il  dit  que 
cela  fut  fait  par  le  concours  général  d^s  pcd.iircs  f 
quoique  contre  l'autorité  des  confulaires.  (/?.  /-) 

Sénateurs  de  Pologne  ,  {Hift.  moJcrne.)  c'eft 
ainfi  que  l'on  nomme  en  Pologne  les  grands  du  royau- 
me qui  forment  un  corps  de  i  28  peribnnes,  delhné 
à  mettre  des  bornes  à  l'autorité  royale  &  empêcher" 
le  monarque  d'empiéter  fur  les  droits  de  fês  lujets* 

!On  diftingue  les  jcnatcurs  en  grands  &c  en  petits.  Les 
grandsyc/zd/iari  font,  i*'.  vinjjt-trois  palatini  ou  way- 


3 

natiurs 


8  S  E  N 

•vrodcs  ,  c'cft-à-dire  ,  gouvernairs  de  province.^  ;  i°.  les 
trois  calUUans  de  Cràcovlc  ,  de  Vilna  ,  6i  deTroki; 
le  ilarortc  de  Samogitie.  Les  29  autres  fi- 
s'appellent  petits  finattuis  ^  quoique  Ton 
compte  parmi  eux  des  archevêques  ,  des  évoques  6c 
d'autres  perlonnes  tmincntes  par  leurs  di^jnitcs  & 
leur  nallTance. 

Ce  ibnt  les  fèrutmrs  qui  forment  en  Pologne  l'al- 
feniblcc  ,  que  l'on  nommç  feriatus-conjiltum. 

SÉNATEUR  DE  SUEDF. ,  {Hij}.  de  Suéde.)  Itsféna- 
tettrsde  Suéde  font  des  pcrfonnes  de  qualité  &  de  mé- 
rite ,  qui  aident  fa  majclté  fuédoife  h  gouverner  le 
royauine  ,  Ck  de  qui  le  roi  prend  l'agrcm^ent ,  pour 
toutes  les  grandes  atfaircs  qu'il  fouhaite  d'entrepren- 
dre. Entre  les /'inatairs  ,  il  y  en  a  cinq  qui  font  tu- 
teurs du  prince  pendant  fa  minorité  ,  6c  k  qui  dans 
les  réiblutions  des  diètes  ,  on  a  donné  le  titre  de 
gouverneurs  du  royaume.  Mais  en  général  les  fenateurs 
ibnt  appelles  les  fenateurs  du  roi  6-  du  royaume.  Leur 
nombre  fut  autrefoit  rixéà  i  2,enfaite  à  14,  &  main- 
tenant ils'étcnd  à  40.  Leurs  charges  ne  font  ni  vénales, 
ni  héréditaires;  quand  on  leur  parle  ,  ou  qu'on  leur 
écrit ,  on  les  traite  A\xcel!ence.  (^D.J.) 

SENATUSCONSILIUM,  {Hijî.mod.)  on  défi- 
gne  fous  ce  nom  en  Pclogne  l'aiTcmblée  des  fena- 
teurs du  royaume,  dans  laquelle,  au  défaut  de  la 
diète  ,  on  délibère  fur  les  affaires  de  l'état. 

SÉN.ATUS  -  CONSULTE  romain  ,  (  Couver,  de 
Rom'..')  fenatus-confiiltutn  ;  décret ,  délibération  ,  ar- 
rêt du  fénat  romain  fur  quelque  quefiion  ,  quelque 
point  de  droit ,  quelque  fait ,  ou  quelque  règlement 
concernant  l'état.  Voyons  comment  fe  formoient  ces 
décrets ,  &  quelle  en  étoit  la  force. 

Un  décret  du  fénat  étoit  toujours  foufcrit  &  at- 
tefté  par  un  nombre  confidérable  de  fenateurs ,  qui 
avoienî  voulu  intervenir  à  tout  ce  qui  avcit  été  fait 
pour  y  ajouter  leurs  noms,  comme  un  témoignage 
de  l'approbation  particulière  qu'ils  donnoient  à  cette 
affaire  ,  ainfi  que  du  refpeft  pour  la  perfonne  ,  par 
l'autorité,  ou  en  faveur  de  qui  ce  décret  avoit  été 
rendu. 

Ces  foufcriptlons  ou  fignatures  étoient  appellées 
les  autorités  àcsfénatns-confultes  ,  Si  telle  étoit  leur 
forme  ,  in  feitatu  fuerunt  CCCLXXXLLL.  on  met- 
toit  les  noms  des  fenateurs  ,  celui  de  la  tribu  dont  ils 
étoient.  ^oye{  le  décret  du  fénat  rapporté  dans  fa 
véritable  forme  dans  une  lettre  de  Célius  à  Cicéron  , 
alors  proconlul  de  Cilicie. 

Lorfque  l'on  découvroit  que  le  fénat  étoit  difpofé 
à  rendre  un  décret ,  il  dépendoit  de  quelqu'un  des 
tribuns  du  peuple  d'Jntcrpofer  fon  autorité  ,  &  de 
renvcrfer  ci  un  feul  mot  tout  ce  qui  avoit  été  réfolu 
par  la  fimple  oppofition,  fans  en  rendre  aucun  raifon. 
La  loi  générale  de  ces  interventions  ,  étoit  que  cha- 
que magiftrat  eût  le  pouvoir  de  s'oppofer  aux  a6tes 
de  fon  collègue,  ou  des  magiftrats  qui  lui  étoient  fu- 
bordoniTés.  Les  tribuns  avoient  encore  la  prérogative 
de  s'oppofer  aux  aâes  des  autres  magiftrats,  quoique 
perfonne  ne  fût  en  droit  de  contredire  les  leurs. 

Mais  dans  tous  les  cas  où  les  déterminations  du  fé- 
nat étoient  renverfées  par  la  fimple  oppofit-ion  d'un 
tribun  ,  ce  dont  on  trouve  des  exemples  fans  nom- 
bre ,  fi  le  fénat  étoit  unanime  dans  fes  fuffVages  ,  6z 
qu'il  fiit  difpofé  à  rendre  le  décret ,  on  fe  lervoit  d'u- 
ne formule  ordinaire  ,  &  le  décret  changeoit  de  nom; 
il  étoit  appelle  Vuuiorité  dufinat. 

On  le  mettoit  alors  dans  les  regiflres  de  ce  corps  , 
quoiqu'il  ne  fervît  qu'ii  rendre  témoignage  de  la  fa- 
çon de  penfcr  du  fénat  fur  cette  queition  particulière, 
èç  à  faire  retomber  fur  le  tribun  qui  l'avôit  empêche 
la  haine  de  l'oppofition  faite  à  un  afte  avantageux. 
Ainfi  pour  tenir  chaque  magirtrat  éloigné  d'une  con- 
duite tadicufc  dans  des  affaires  d'importance  ,  ceux 
qui  étoient  d'avis  de  rendre  le  décret  3  y  ajoutoient 


S  E  N 


que  fi  quelqu'un  fongcoit  à  s'y  oppofer ,  on  le  regnv- 
deroît  comme  ayaat  travaillé  contre  les  intérêts  de  la 
république. 

Cette  claufe  néanmoins  fcrvoit  rarement  à  mettre 
un  frein  ;\  rentreprilc  des  tribuns  ,  accoutumés  à  faire 
leur  oppoiition  avec  la  m.ême  liberté  que  dans  lesoc- 
cafions  les  plus  indifférentes.  Les  fenateurs  les  moins 
confidérables  ,  les  faflieux  &c  les  chefs  de  parti , 
avoient  encore  différens  moyens  d'empêcher  ou  de 
renvoyer  un  décret  fous  plufieurs  prétextes  &  par  les 
obftacles  qu'ils  y  mettoicnt.  Tantôt  par  des  fcrupu- 
les  en  matière  de  religion,  ils  fuppofoient  que  les  au- 
gures n'éîoient  pas  favorables  ,  &  qu'ils  n'avo'.tnt 
pas  été  pris  légitimement,  ce  qui  étant  confirmé  par 
les  augures  ,  rctardoit  l'affaire  pour  quelques  jours  ; 
tantôt  ils  inliftoient  fur  quelque  prétendu  paffage  dos 
livres  fîby  llins ,  qu'il  falloit  alors  confulter ,  &  qu'ils 
intcrprétoient  félon  leurs  vues. 

Ainfi ,  dans  une  contedation  qui  s'éleva  fur  la  pro- 
pofition  faite  de  remettre  le  roi  Ptolomée  fur  le  trône 
d'Egypte,  le  tribun  Caton  qui  s'y  oppofoit,  rapporta 
quelques  vers  des  livres  fibyllins  ,  qui  avertiffoient 
de  ne  rétablir  fur  fon  trône  aucun  roi  d'Egypte  avec 
une  armée,  ce  qui  fit  qu'on  décida  dans  cette  occa- 
fion  qu'n  étoit  dangereux  de  donner  à  ce  roi  une  ar- 
mée pour  rentrer  dans  fon  royaume. 

Mais  la  m.éthode  la  plus  ordinaire  d''cmpêcher  la 
décifion  d'une  affaire  ,  étoit  celle  d'employer  le  jour 
entier  à  parler  deux  ou  trois  heures  de  fuite,  de  fa- 
çon qu'il  ne  refiât  pas  affcz  de  tems  ce  jour-h\.  Oa 
trouve  dans  les  anciens  auteurs  des  exemples  de  cette 
conduite  ;  &  lorfque  quelqu'un  des  magiih'ats  les  plus 
féditieux  abufoit  trop  ouvertement  de  ce  droit  contre 
le  penchant  général  de  l'affemblée  ,  les  fenateurs 
étoient  alors  fi  impatiens,  qu'ils  lui  impofoient  filen- 
ce  ,  pour  ainfi  dire ,  par  la  force  ;  &  ils  le  troubloient 
de  telle  manière  par  leurs  clameurs  ,  leurs  huées  ,  &C 
leurs  fifîlemens  ,  qu'ils  l'obligeoient  à  fe  défiiter. 

Il  efl  probable  que  les  lois  exigeoient  la  préfence 
d'un  certain  nombre  de  fenateurs  pour  rendre  un  acte 
légitime  ,  &  donner  de  la  force  à  un  décret ,  puif- 
qu'on  s'oppofe  quelquefois  aux  confuls  pour  avoir 
pourfuivis  des  décrets  fubreptices  fecrétemcnt  dans 
une  aiTembiée  qui  n'étciî  pas  affez  nombreule  ;  & 
nous  y  voyons  que  le  fénat  avoit  renvoyé  quelques 
affaires  ,  lorfqu'il  ne  s'étoit  pas  trouvé  un  nombre 
fuffifant  de  fenateurs  pour  la  décider.  Ainli ,  lorfque 
dans  une  affemblée  qui  étoit  imparfaite  ,  un  des  fe- 
nateurs avoit  deffein d'empêcher  le  jugement  de  quel- 
que affaire ,  il  intimoit  le  conful  de  compter  le  fénat, 
en  lui  adreffant  ces  mots,  numera  fenatum  ,  comptez 
les  fenateurs. 

On  ne  voit  à  la  vérité  dans  aucun  des  anciens  att- 
teurs  qu'il  fallût  un  nombre  déterminé  de  fenateurs  , 
fi  ce  n'eft  dans  un  ou  deux  cas  particvdicrs.  Par  exem- 
ple ,  lorfque  les  bacchanales  furent  défendues  à  Ro- 
me, on  ordonna  que  perfonne  n'osât  les  céltbrer  fans 
une  permilfion  particulière  accordée  à  cet  effet  par 
le  fénat ,  compolé  au-m.oins  de  cent  fenateurs  ;  & 
peut-être  dans  ce  tems  ,  étoit-ce  le  nombre  jufle  &: 
requis  dans  tous  les  cas  ,  &  lorfque  le  fénat  n'étoit 
compolé  que  de  trois  cens  perlonnes  ?  Le  fenatus- 
con,ulte  dont  nous  parlons  fut  fait  dans  le  temple  de 
Bellone  ,  l'an  568  de  Pcome ,  fous  le  confulat  de  Pof- 
thumius  ,'&  de  Q.  Marins  Philippus.  Qçfénatus-con- 
fulte  eff  en  ancienne  langue  ofque.  On  le  trouvera 
rapporté  en  entier  dans  Vhifloire  de  la  jurifprudence 
romaine ,  par  M.  Terraffon. 

Environ  un  fiecle  après,  lorfque  le  nombre  des 
fenateurs  augmenta,  &  fut  porté  jufqu'à  500,  Caïus 
Cornélius  ,  tribun  du  peuple  ,  donna  lieu  à  l'établif- 
fement  d'une  loi ,  qui  ôtoit  au  fénat  le  pouvoir  d'ab- 
foudre  qui  que  ce  fût  de  l'obligation  des  lois,  fi  200 
fenateurs  au-moins  n'avoient  été  préfens  au  décret 

d'exemptioiî. 


s  E  N 

d'exemption.  Ce  Cornélius  voulut  rétablir  la  jurif- 
prudcnce  dos  premiers  tems  de  la  république ,  fui- 
vant  laquelle  le  Icnat  n'accordoit  point  dedirpenle  , 
où  la  claufe  de  la  faire  agréer  au  peuple  ne  tut  infér- 
rée.  Cette  claufe  ,  qui  n'étoit  plus  que  de  llyle  ,  nc- 
glii^ée  incme  depuis  quelque-tcms  dans  les  difpenfcs, 
dont  un  très-petit  nombre  de  fénateurs  s'étoient  ren- 
dus les  maîtres  ,  déplaifoit  au  fénat.  Il  fut  cependant 
forcé  après  une  pénible  réfilîance  ,  l'an  688  ,  fous  le 
confulat  de  L.  C.  Calpurnius  Fifo ,  d'accueillir  cette 
loi  dans  les  comices.  On  fit  en  mcme  tems  dcfenfes 
à  celui  qui  auroit  obtenu  la  dif])enie  ,  de  s'oppoler  à 
ce  qui  en  feroit  ordonné  par  le  peuple ,  lorlque  le 
décret  d'exemption  lui  feroit  rapporté. 

Aorès  tout,  il  eft  affez  difficile  de  décider  quel 
nombre  de  fénateurs  étoit  requis  pour  porter  un  y^- 
natus-confuUe.  Les  anciens  auteurs  ne  nous  en  ap- 
prennent rien  exaâ:ement,  &  par  conféquent  nous 
ne  faifons  que  deviner.  Denys  d'Halicarnaffe  a  écrit 
qu'Augufte  voyant  que  les  lénateurs  étoient  en  petit 
nombre,  régla  qu'on  pouvoir  porter  à^^  femnus-con- 
fultes ^  quoiqu'il  n'y  eût  pas  400  lénateurs  préfens. 
Anciennement,  dit  Prudence  ,  il  n'étoit  pas  permis 
déporter  àt  J'cnaïus-confuLes  c^vHil  n'y  eût  300  pè- 
res confcrits  du  même  fentiment  ;  mais  ce  palîage 
paroît  plutôt  fe  rapporter  au  nombre  des  avis  qu'au 
nombre  des  fénateurs.  Il  efl  cependant  certain  qu'il  y 
avoltun  nombre  fixe  de  fénateurs  néceffaires  pour  les 
fcnatus-confulus ;  car,  comme  je  l'ai  remarqué,  tout 
fénateur  qui  vouloit  empêcher  de  porter  Aq  jena- 
tui'confulus  ,  pouvoit  dire  au  conlul  ,  compui^  les 
jhiatturs. 

Les  décrets  du  fénat  éîolent  d'ordinaire  lus  &  pu- 
bliés dès  qu'ils  avoienr  été  rendus  ,  &  l'on  en  dépo- 
foit  toujours  une  copie  authentique  dansletréfor  pu- 
blic ,  qui  étoit  au  capitole ,  au  lieu  où  l'on  voit  à  pré- 
fent  le  palais  àx  confervateur. 

Sans  ce  préalable,  on  ne  les  regardolt  pas  com- 
me des  décrets  valides ,  &  rendus  lelon  la  forme  des 
lois  :  lorfque  l'affaire  dont  on  traitoit  dans  le  jour 
étoit  finie  ,  le  conful  ou  quflqu'autre  magillrat,  qui 
avoit  convoqué  l'afTemblée,  étoit  dans  l'ulage  de  la 
féparer ,  &  de  la  rompre  par  ces  paroles  ,  pcns  conf- 
crits ,  il  n'eft  plus  befoin  de  vous  retenir  ici ,  ou  bien 
il  n'y  a  plus  rien  ici  qui  vous  retienne. 

Il  ell  encore  bien  difficile  de  dire  précifément 
quelle  étoit  la  force  des  décrets  du  fcnat.  Il  efl  cer- 
tain qu'ils  n'étoient  pas  regardés  comme  des  lois  ; 
mais  il  paroît  qu'originairement ,  ils  avoient  été  ren- 
dus dans  l'objet  de  préparer  la  loi  dont  ils  étoient 
comme  le  fonds  &  la  bafe  principale.  Ils  avoient  une 
elpece  de  force  &  d'autorité  provifionnelle,  jufqu'à 
ce  que  le  peuple  eût  fait  une  loi  félon  les  formes  pref- 
crites  &  ordinaires  ;  car  dans  tous  les  fiecles  de  la 
république  on  ne  fit  jamais  aucune  loi  fans  le  confen- 
tement  général  du  peuple. 

Les  décrets  duyc'/z^/ regardoient  principalement  la 
partie  exécutrice  du  gouvernement,  la  deflination 
des  provinces  à  leurs  magiftrats  ,  la  quotité  des  ap- 
pointera cns  des  généraux.  Ils  portoient  auffi  fur  le 
nombre  des  foldats  qu'on  leur  donnoit  à  comman- 
der ;  fur  toutes  les  aSfaircs  imprévues,  &  de  hafard, 
fur  lefquelles  on  n'avoir  fait  aucun  règlement ,  &  qui 
en  requéroient  un  ;  de  forte  que  l'autorité  de  la  plu- 
part de  ces  décrets  ,  n'étoit  que  paflagere  &  momen- 
tanée; qu'ils  n'avoient  ni  force  ni  vigueur  ,  fi  ce  n'efi: 
dans  les  occafionS  particulières  ,  &  pour  lefquelles 
ils  avoient  été  faits.  Mais  quoiqu'en  rigueur  ils  n'euf- 
fent  point  force  de  loi ,  ils  étoient  cependant  regar- 
dés comme  obligatoires  ,  &  l'on  y  obéiiîbit. 

Tous  les  ordres  des  citoyens  s'y  foumettoient , 
jufqu'à  ce  qu'ils  cufleut  été  annuités  par  quelqu'au- 
tre  décret ,  ou  renverlé  par  l'établillement  de  quel- 
que loi.  Il  eft  vrai  que  le  refpcûqu'cnavoitpour  eux, 
ToimXF, 


S  E  N  9 

étoit  plutôt  la  fuite  d'un  ufage  reçu  ,  &  venoit  plus 
de  l'eilime  générale  des  citoyens  pour  l'autorité  de 
ce  confeil  fuprème  ,  que  de  quelque  obligation  priie 
de  la  tbrme  du  gouvernement,  puifquedans  les  tems 
les  plus  reculés  ,  lorsqu'il  nailfoit  quelque  difficulté 
fur  un  décret  particulier,  nous  trouvons  que  les  con- 
fuls  auxquels  l'exécution  en  étoit  confiée  ,  &  qui 
ne  vouloient  pas  leur  donner  force  de  loi ,  fe  fon- 
doient  fur  ce  qu'ils  étoient  faits  par  leurs  prédécel- 
feurs  ,  &  donnoient  pour  ralfon  que  les  décrets  du 
fénat  ne  dévoient  avoir  lieu  qu'une  année  feule- 
ment ,  &  pendant  la  durée  de  la  magiflrature  de  ceux 
qui  les  avoient  rendus. 

Cicéron  dans  un  cas  pareil ,  lorfqu'il  plaidoit  la 
caufc  d'un  de  fes  clicns  qu'il  défendoit  furie  mépris 
qu'il  avoit  marqué  pour  un  décret  An  fénat  ^  déclara 
que  ce  décret  ne  devoit  avoir  aucun  effet  ,  parce 
qu'il  n'avoit  jam.ais  été  porté  au  peuple  pour  lui  don- 
ner l'autorité  d'une  loi.  Dans  ces  deux  cas  ,  quoique 
le  conful  &  Cicéron  ne  diffent  rien  qui  ne  iivx.  affé- 
rant ,  &  qui  ne  convînt  à  la  nature  de  la  caufe,  ils  le 
difoient  cependant ,  peut-être  plus  par  néceffité  ,  & 
à  raifon  de  l'intérêt  particulier  qu'ils  y  avoient ,  qu'ils 
ne  l'auroient  fait  dans  d'autres  circonlîances  ;  les 
confulslefaifoient  pour  éviter  l'exécution  d'un  ade 
qui  ne  leur  plaifoit  pas  ;  &  Cicéron  pour  la  défen- 
fe  d'un  client  qui  lé  trouvoit  dans  le  plus  grand 
danger. 

Mais  véritablement  dans  toutes  les  occafions  ,  les 
magiftrats  principaux,  foit  de  Rome,  foitdu  dehors, 
paroifîl-nt  avoir  eu  plus  ou  moins  de  relpeft  pour  les 
décrets  Aw  fénat  ^  félon  qu'ils  étoient  plus  ou  moins 
avantageux  <i  Icvn-  intérêt  particulier  ;  à  leur  penchant 
ou  au  parti  qu'ils  avoient  embrallé  dans  la  républi- 
que. Dans  les  derniers  tems ,  lorfque  le  pouvoir  fu- 
prème ufurpé  par  quelqu'un  de  ces  chefs  ,  eut  fur- 
monté  tous  les  obftacles  ,  &  eut  mis  à  l'écart  toutes 
fortes  de  coutumes  &  de  lois ,  dont  le  maintien  &  la 
confervation  pouvoit  nuire  à  leurs  vues  ambitieufes  , 
nous  trouvons  que  les  décrets  àx\  fénat  étoient  trai- 
tés avec  beaucoup  de  mépris  par  eux  &  par  leurs 
créatures ,  tandis  qu'ils  avoient  à  leurs  ordres  une  po- 
pulace fubordonnée  ,  auffi  corrompue  que  prompte 
à  leur  accorder  tout  ce  qu'ils  demandoient ,  jufqu'à 
la  ruine  entière  de  la  liberté  publique.  (  Le.  ChevalUr 

DE  JaVCOURT.) 

SÉNATUS  CONSULTEyèfre/ ,  {Hif.  rom.")  fenatus- 
conjultiim  tac'itum.  C'étoit  une  délibération  fecrette, 
à  laquelle  les  anciens  fénateurs  feulement  étoient 
d'ordinaite  appelles  dans  les  premiers  tems  de  la  ré- 
publique. 

C.  Capitolinus  nous  apprend  que  cet  ufage  éma- 
noit  de  la  néceiîité  publique,  lorfque  dans  quelques 
dangers  prefTans  de  la  part  des  ennemis  ,  le  fénat  fe 
trouvoit  forcé  de  prendre  de  prompts  expédiens  , 
qu'il  falloit  employer  avant  que  de  les  divulguer  , 
&  qu'on  vouloit  tenir  cachés  à  fes  meilleurs  amis. 
Dans  ces  fortes  d'occafions  ,  le  fénat  formoit  un  dé- 
cret tacite.  Pour  y  parvenir  ,  l'on  excluoit  alors  de 
l'afTemblée  les  greffiers  ;  &  les  fénateurs  fc  char- 
geoient  eux-mêmes  de  leur  emploi ,  afin  que  rien  ne 
tranfpirât  au-dehors.  On  voit  dans  les  tems  les  plus 
recidés  de  la  répubUque  divers  exemples  de  ces  afl'em- 
blées  fecrettes  ,  où  n'affiftolent ,  &:  ne  pouvoient 
être  admis  que  les  vieux  fénateurs.  Ces  afîemblées 
convoquées  par  les  confuls,  fe  tenoient  dans  leurs 
propres  maifons  ,  ce  dont  les  tribuns  faifoient  de 
grandes  plaintes.  Voye\  Denys  d'HalicarnafTe ,  /.  X, 
c.  xxxx  ,  /.  XI.  c.  Iv.  &c.  (Z?.  y.) 

SÉNATUS  -  CONSULTE   MACEDONIEN,   {Hiftoire 

rom.^  c'étoit  \\n  fénatus-confuUi  ,  par  lequel  il  étoit 

ordonné  que  toute  adion  fiit  déniée  à  celui  qui  prê- 

teroit  de  l'argent  à  un  fils  en  puiflance  de  père.  Ce 

fénatus-confuUi  n'efl  point  reçu  en  pays  coutumier  , 

B 


lo  s  E  N 

&  les  cnfans  de  famille  le  peuvent  valablement  obli- 
ger pour  prêt  d'argent,  s'ils  l'ont  majeurs;  &:  s'ils 
îont  mineurs  ,  ils  peuvent  recourir  au  bcncrice  de 
rellitutions.  (/?./.) 

Sknatus-consulteVelléifn,  {Drohcourum.) 

c'eft  par  ce  Jïr.atiis-conJ'utu  (\\\c  les  femmes  ne  peu- 
vent pas  s'obliger  \'alablemcnt  pour  d'autres  ;  en 
forte  que  fi  elles  le  ibnt  chargées  de  quelque  obliga- 
tion contradéc  par  une  autre  pcrlbnne  ,  comme  1er- 
vant  de  caution  ou  autrement,  elles  ne  peuvent  être 
valablement  pourlliivies ,  pour  railbn  de  telles  obll- 
cacions.  Ce  finatus-confulte  a  été  long  -  tems  obfervé 
dans  toute  la  France  ;  mais  ibus  Henri  IV.  par  un 
cdit  du  mois  d'Août  1 606 ,  la  dilpofition  fut  abrogée  ; 
cependant  on  l'a  conCervée  en  Normandie  ,  où  le 
cautionnement  des  femmes  eft  nul  de  droit.  (Z).  7.) 

SENAU  ,  r.  m.  {M.irinc.  )  barque  longue ,  dont  les 
Flamans  le  fervent  pour  la  courle  ,  &  qui  ne  portte 
que  vingt-cinq  hommes. 

SEND  ,  (  Giogr.  mod.  )  ce  terme  des  géographes 
orientaux  ,  dcfigne  le  pays  qui  efl:  au-deçà  de  l'occi- 
dent ,  &  au-del.\  ù  l'orient  du  fleuve  Indus.  Ils  difent 
que  le  pays  de  Scnd  a  à  l'orient  celui  de  Hend  ,  qui 
eft  la  partie  des  Indes  de  deçà  &:  de  delà  le  Gange.  Ils 
le  bornent  i\  l'occident  par  les  provinces  de  Kerman , 
Makeran  ,  &  de  Segeftan.  Ses  limites  du  côté  du 
ieptentrion  font  le  Touran  ou  Turqueftan  ,  que  nos 
géographes  nomment  Indo-fcythia.  Enfin  la  mer  de 
Perie  le  borne  en  forme  de  golphe  au  midi. 

SENDO ,  f.  m.  (  Phyfiqui  &  hifl.  nat.  )  ce  mot 
fignifieyt'/-/7t'A2/ dans  la  langue  des  Abylîins  ;  ils  s'en 
fervent  pour  défigner  un  vent  impétueux  qui  foufle 
en  do  certains  tems  avec  une  telle  violence ,  qu'il  ar- 
rache les  arbres  ,  renverfe  les  édifices ,  &:  quelque- 
fols  même  fouleve  &  fait  tourner  en  l'air  les  quar- 
tiers de  roches  qu'il  rencontre.  On  prétend  que  l'on 
diltlngue  à  l'œil  ce  vent  qui  rafe  la  terre  ,  &  for- 
me des  ondulations  femblables  à  celles  d'un  grand 
ferpent. 

SENDOMIR  owSANDOMIR,  de  Palatinat  , 
(  Gcogr.  mod.  )  palatinat  de  la  petite  Pologne.  Il  efl 
borné  au  nord  par  ceux  de  Rava  ,  de  Mazovic,  &  de 
Lencizca  ,  au  midi  &  au  couchant  par  celui  de  Cra- 
covie  ,  à  l'orient  par  ceux  de  Lublin  &  de  Rufîle.  Il 
y  a  des  mines  d'or ,  d'argent ,  de  cuivre  ,  de  plomb , 
&  de  fer.  Les  fruits  qu'on  y  recueille ,  font  excellens. 
Ce  palatinat  prend  le  nom  de  fa  capitale ,  &  eft  divifé 
€n  huit  territoires.  (  Z>.  /.  ) 

Sendomir  ou  Sandomir,  (  Géogr.  mod.^  ville 
de  Pologne,  capitale  du  palatinat  du  même  nom  ,  à 
l'embouchure  du  San  dans  la  Vlllule,  &  à  vingt-huit 
lieues  au  levant  de  Cracovie.  C'elt  une  ville  fortifiée , 
&:  le  fiege  du  tribunal  de  la  province;  les  jéfuites  y 
ont  un  collège.  Les  Suédois  prirent  cette  ville  en  16  5  5, 
&  la  réduinrent  prefque  en  cendres.  Long.  4^  ,  5o. 
latït.  3c  ,  2^.  (^D.  J.^ 

SÈ^È,fina  ,  f.  m.  {ff'ft.  nat.  Bot.)  genre  de  plante , 
dont  la  fleur  efl  compolée  ordinairement  de  cinq  pé- 
tales difpofés  en  rond.  Le  piftil  de  cette  fleur  de- 
vient dans  la  fuite  une  fdique  prefque  plate ,  courbe 
&  compoiée  de  deux  membranes  ,  entre  lefquelles 
on  trouve  des  femences  t\\.n  relTemblent  à  des  pé- 
pins de  ralfms  ,  &  qui  font  féparées  les  unes  des  au- 
tres par  de  petites  cloilons.  Tournefort,  injî.  rei  herb. 
Voyei  Plante. 

SÉNÉ,  (  Mat.  mèd.  )  On  trouve  fous  ce  nom  dans 
les  boutiques  de  petites  feuilles  feches  aflez  épallî'es, 
fermes  ,  pointues  en  forme  de  lance  ,  d'un  vcrd  jau- 
nâtre ,  qui  ont  une  odeur  légère  &  qui  n'efl:  point  dé- 
fa.;rcable,  d'un  goût  un  peu  acre,  amer  &  naufca- 
lond. 

On  nous  apporte  deux  fortes  à^féné ;  favoir  celui 
d'Alexandrie,  ou  fénc de  Seyde  ou  de  la  paltc,  alnfi 
appelle  du  nom  d'un  impôt  que  le  grand-feigneur  a 


S  E 


N 


mU  fur  cette  feuille  ;  &C  celui  qui  s'appelle  fénê  de 
Trlpoly.  Outre  ces  deux  fortes  de  fé/ié ,  on  trouve 
encore  \ej'cru  de  Mocha  ,  &  Iç/cné  d'Italie.  Ces  deux 
dernières  efpeces  fe  trouvent  beaucoup  plus  rare- 
ment dans  les  boutiques,  &  elles  font  bien  moins  ef- 
ficaces que  les  deux  précédentes. 

Le  fcné  d'Alexandrie  efl  celui  qu'on  doit  préférer , 
&  qu'on  doit  choifir  récent ,  odorant,  doux  au  tou- 
ché ,  dont  les  feuilles  font  entières  &c  ne  font  point 
tachées. 

Les  fruits  du  fcné (ont  auflî  en  ufage  en  Médecine; 
ce  font  des  goufies  oblongues  ,  recourbées  ,  lifTes , 
applatles  ,  d'un  vcrd  roufsâtre  ou  noirâtre  ,  qui  con- 
tiennent des  femences  prefque  femblables  aux  pépins 
de  railm,  &  qui  font  applatles  ,  pâles  ou  noirâtres  : 
c'efl:  ce  qu'on  appelle  dans  les  howûqiies  follicules  de 
fénê. 

Les  anciens  médecins  grecs  &  latins  n'ont  point 
connu  leféné  ;  l'ufage  de  cette  plante  eft  dû  aux  Ara- 
bes. Seraplon  eft  le  premier  qui  l'ait  fait  connoître  y 
&  après  lui  Mefué.  Parmi  les  nouveaux  grecs,  Adua- 
rlus  eft  le  premier  qui  en  ait  fi^it  mention  ,  &  qui  en 
ait  expofé  les  vertus.  Extrait  de  Geoffroi ,  Mat.  med. 

Les  feuilles  de  fcné  contiennent,  félon  M.  Carrheu- 
fer  ,  une  huile  efientielle  ,  mais  en  très-petite  quan- 
tité ,  &  une  huile  qu'il  appelle  craffius  unguinofum  , 
&  qui  eft  de  l'efpece  des  huiles  végétales  que  nous 
avons  appellées  beurre  ou  huile  féparable  par  la  dé- 
coûion.   Foye^  à  Vartick  Huile. 

Cet  auteur  a  retiré  environ  fept  grains  de  cette 
matière  d'une  once  de  feuilles  de  fini.  Ces  feuilles 
contiennent  aufTi  une  partie  odorante  proprement 
dite  ;  car ,  félon  le  même  chimifte  ,  elles  donnent 
une  eau  diftlUée  d'une  faveur  &  d'une  odeur  nau- 
féeufe. 

Il  paroît  que  la  vertu  principale  dwféné  dépend  de 
cette  partie  volatile  ;  car  non-feulement  fon  goût  & 
fon  odeur  annoncent  des  propriétés  médicinales , 
mais  il  eft^endftre  obfervé  que  leféné  eft  dépouillé  en 
très-grande  partie  de  fa  vertu  ,  lorfqu'il  a  été  foumis 
à  une  longue  ébuUition.  Ceci  eft  affez  conforme  à 
l'opinion  la  plus  répandue  ;  car  on  a  coutume  de  ne 
donner  leféné  qu'en  infufion  ,  ou  d'en  employer  une 
plus  grande  dofe  lorfqu'on  veut  le  faire  bouillir  ,  &C 
cela  préclfément  dans  la  vue  de  ménager  cette  partie 
mobile,  ou  de  la  compenfer.  M.  Cartheuler  dit  que 
la  partie  du  féné  qu'il  appelle  gomrmufe  ,  c'eft-à-dlre 
la  partie  fixe  qu'on  en  retire  par  le  menftrue  aqueux, 
eft  plutôt  diurétique  que  purgative  ,  &  que  la  partie 
réfineufe  qu'on  en  fépare  par  l'efprit-de-vin ,  caufe 
de  vives  tranchées,  mais  ne  purge  point;. ce  qui  con- 
firme le  fentlment  commun  que  nous  avons  embraffé. 
Au  refle  M.  Cartheufer  compte  encore  parmi  les 
principes  médicamenteux  d'une  infullon  de  féné  ^  fon 
huile  eflbntielle  &  fon  huile  onguincufc  ou  butynufe  ; 
mais  que  ces  principes  pofTedent  ou  non  une  vertu 
femblable  à  celle  de  l'intlifion  du.  féné-,  il  eft  siir  qu'ils 
ne  contribuent  en  rien  à  l'efticaclté  de  cette  infufion, 
puifque  cette  infufion  ne  les  contient  pas.  Tout  ce 
que  nous  venons  de  dire  des  feuilles  de  féné  ;  convient 
auffi  très-vralflemblablement  aux  follicules. 

Les  feuilles  &  les  follicules  de  Jéné  fournifTent  un 
purgatif  très-efficace ,  quoique  fon  aftion  ne  folt  point 
violente  :  l'une  ou  l'autre  de  ces  matières  fait  la  baie 
des  potions  purgatives  le  plus  communément  ufitées* 
On  les  ordonne  dans  ces  potions  depuis  un  gros  juf- 
qu'à  demi-once.  On  emploie  aufiî  quelquefois  leféné 
en  fubftance  &  en  poudre  ,  mais  feulement  ou  du- 
moins  prefque  uniquement  dans  les  élcftualres  offi- 
cinaux ;  car  on  l'emploie  bien  quelquefois  fous  cette 
forme  dans  des  remèdes  folides  maglllraux ,  mais  très- 
rarement. 

Leféné  caufe  fouvent  des  tranchées  :  on  croit  que 
cet  accident  eft  moins  à  craindre  fi  ça  a  foin  de  l« 


s  E  N 

monder  exa£lemenî  des  queues  ou  pMituîes  clés 
tcniHes  ;  on  a  taché  d'ailleurs  de  corriger  ce  mauvais 
ciFct  eu  mêlant  avec  le  fine  diverles  lubilaiiccs  aro- 
matiques ,  fortifiantes  ou  canr.inatives  ,  comme  le 
gingembre,  le  nard  ,  l'anls,  le  fenouil,  ia  coriandre, 
&c.  On  la  fait  infufer  encore  dans  la  dcco£lion  des 
fruits  fecs  &:  fucrés ,  tels  que  les  raiiins  lecs ,  les  fi- 
gues ,  les  jujubes  ,  les  dattes ,  &c.  ou  de  quelques  ra^ 
cines  fiicrées  ou  mucilagineufes  ,  comme  celles  du 
pol)pode  ,  de  réglifie  ,  de  guimauve  ,  tant  pour  châ- 
trer ia  trop  grande  adivitc  ,  que  pour  mafquer  fon 
anauvais  goùî.  Foyei  Correctif. 

Certains  lels  ,  foit  alkalis ,  foit  neutres  ,  tels  que  le 
fel  de  tartre,  le  nitre  ,  le  Ici  végétal ,  le  l'el  de  fei- 
gnette,  le  tartre  vitriolé  ,  &c.  difTous  d'avance  dans 
la  liqueur  deflinée  à  tirer  l'infufion  du  fin  J ,  font  re- 
gardés comme  favorifant  l'aflion  menfiruelle  de  ceîre 
liqueur,  &  comme  corrigeant  le  principe  dii/^VzJdont 
elle  f'e  charge.  Ces  deux  effets  de  ces  fels  font  égale- 
ment peu  confiâtes. 

Dans  un  mémoire  de  l  acadîmie  royale  des  Scieices  , 
année  lyoi  ,  par  M.  Marchand,  il  cû  rapporté  que 
les  feuilles  de  la  fcrophulaire  acjuatique  étant  mêlées 
en  partie  égale  avec  le  fine,  &  infulces  er:femble  ,  en 
corrioeolent  le  mauvais  goût  d'une  manière  fin "u lie- 
re;  cette  efpece  de  correûion  eift  cependant  abfblu- 
ment  hors  d'ufage. 

C'eft  au  contraire  une  pratique  très-commune  de 
mêler  aux  infufions  de  fine  du  jus  de  citron  :  cette  in- 
tiifion  ,  defrinée  à  être  prife  en  plufieurs  verres  ,  & 
qui  porte  alors  le  nom  de  cijane  royah  ,  eif  ordinaire- 
ment chargée  d'une  bonne  quantité  de  jus  de  ci- 
trons. 

Il  efl  obfervé  que  le/e/?e'efl  dangereux  dans  les  ma- 
ladies inflammatoires  cxqulfes,  &  fur-tout  dans  les 
hémorrhagies.  Il  efl:  donc  prudent  de  ne  pas  employer 
ce  purgatif  dans  ces  cas.  On  penfe  communément  que 
les  foUicules  dey^.ie  font  beaucoup  plus  foibles  que 
les  feuilles  ;  &:  comme  la  plupart  des  malades  ,  & 
fur-tout  dans  les  grandes  villes ,  fe  font  une  efpece  de 
gloire  d'être  foibles  &  délicats  ,  tout  le  monde  veut 
être  purgé  avec  des  follicules  ;  il  feroit  même  mal- 
honnête d'ordonner  des  feuilles  de  fine  aux  per- 
fonnes  d'un  certain  rang.  Il  y  a  peu  d'inconvénient  à 
fe  prêter  à  leur  fantaifie  fur  ce  poiut  :  les  follicules 
font  réellement  im  peu  moins  adives  que  les  feuilles, 
mais  la  différence  n'efl  pas  très-grande.  Au  refle  les 
Médecins  ont  été  divifés  fur  ce  problèmic  ,fiivoir  i'il 
falioit  toujours  préfirer  les  feuilles  de  {Lwé^  ,  o«  bien  les 
follicules. 

Les  follicules  ont  eu  des  partifans  d'un  grand  nom, 
tels  que  Sérapion ,  Mefué ,  Aûuarlus  ,  Fernel ,  &c. 
Geoirroi  dit  que  tous  les  médecins  de  fon  tems  étoient 
décidés  pour  les  feuilles  :  le  tour  des  follicules  efl  re- 
venu depuis. 

Le  féné  entre  dans  le  firop  de  pommes  compofé  , 
dans  celui  de  rofes  pâles  compofé;  l'extrait  panchy- 
magogue  ,  le  lénitif ,  le  cuholicurn  ,  la  confeftion  ha- 
mech  ,  les  pilules /?/ze  qnibus  ^  la  poudre  purgative 
contre  la  goutte ,  ô-c.  (  ^  ) 

SÉNÉCHAL  ,f.  m.  (  Gram.  &  Jurifprud.  ^fenifia- 
hii£,fenefialeus,fenefcallus  dapifer ,  efr  un  ofHcier  dont 
les  fondions  ont  été  différentes  félon  les  tems. 

Il  paroît  que  dans  l'origine  c'étoit  le  phis  ancien 
cfTicier  d'une  maifon,  lequel  en  avoit  le  gouverne- 
ment. 

Il  y  en  avoit  non-feulem'ent  chez  les  rois  &  les 
grands  ,  mais  même  chez  les  particuliers. 

Mais  on  diflinguoit  deux  fortes  de  finéchaux ,  les 
petits  ou  communs  ,  &  les  grands. 

Les  premiers  étoient  ceux  qui  avoient  l'intendance 
de  la  maifon  de  quelque  particulier. 

Les  grands/eWc/zawj;  étoient  ceux  qui  étoient  chez 
les  princes ,  ils  avpiçnÇ  l'ÏBtçndançe  (Je  leur  «laifon 


S  E  N 


îJ: 


en  général ,  &r  fmgulicrement  de  Icilr  table  ;  cit  qui 
leuriit  donner  le  ïwcQd^dapifcr-.W?,  croient  à  cet  égard 
ce  que  l'on  appelle  aujourd'hui  gr.ind  maître  de  là. 
maijon  chez  les  princes ,  ou  niakn  d'hôtel  chez  les 
autres  feigneurs  :  mais  l$s  grands  fénéchaux  ne  por~ 
toient  les  plats  cjue  dans  les  grandes  cérémonies  » 
comme  au  couronnement  du  roi ,  ou  aux  cours  pîc- 
nicres  ;  &  hors  ces  cas  ,  cette  fonû:ion  étoit  laiiTée 
aux  fénéchaux  ordinaires. 

Le  ^nmdfinéekal  ne  portoit  même  que  le  premief 
plat  ;  6c  l'on  voit  en  plufieurs  occafions  qu'il  fervoit 
à  cheval  :  l'intendance  qu'ils  avoient  de  lu.  maifon  du 
prince  comprenoit  l'adminiflration  des  finances  ,  ce 
qui  les  rendoit  comptables. 

Ils  avoient  en  outre  le  commandement  des  armées  ^ 
&:  c'étoient  eux  qui  portoient  à  l'armée  &  dans  les 
combats  la  bannière  du  roi  ,  ce  qui  rendoit  ceitâ 
place  fort  conlidérable. 

Sous  la  première  race  de  nos  rois  ,  l^s  fénéchaux 
étoient  du  nombre  des  grands  du  royaume  ;  ils  afîif"- 
toient  aux  plaids  du  roi ,  &:  fbufcrivoient  les  chartes 
qu'il  donnoit.  On  troitve  des  exemples  qu'il  y  en 
avoit  quelquefois  deux  en  même  tems. 

Il  y  en  avoit  auffi  fous  la  féconde  &  la  troifiem.e 
race  de  nos  rois.  Ils  font  nomm.és  dans  les  a£tes  après 
le  comte  ou  maire  du  palais  ,  &  avant  tous  les  autres 
grands  officiers. 

La  dignité  de  maire  du  palais  ayant  été  éteinte , 
celle  de  e^rznd-finéchal  de  France  prit  la  place.  Ce 
^\-:Anl-finéchal  avoit  fous  lui  undxxtvQfinéchal,  qu'on 
appelloit  îiva^lcmznt  finéchal  de  France.  Le  dernier 
qui  remplit  la  place  de  grandfi?icchal  fut  Thibaut  dit 
le  Bon ,  comte  de  Bloîs  Se  de  Chartres  fous  Louis  Vil, 
il  mourut  en  1 191. 

Toutes  les  chartes  données  par  nos  rois  jufqu'en 
1x62.  font  mention  qu'il  n'y  avoit  point  de  grand 
fénéchal  ,  dapifero  nullo  ,  comme  fi  cette  charge 
n'eiic  pas  encore  été  éteinte  ,  mais  feulement  vacan- 
te :,  quoi  qu'il  en  foit  ,  celle  de  grand-maître  de  la 
maifon  du  roi  paroît  lui  avoir  fuccédé. 

Enfin  l'une  des  principales  fondions  du  grand-y?- 
nichai  étoit  Qelle  de  rendre  la  jufïice  aux  fujets  du 
prince  ,  &  en  cette  qualité  il  étoit  prépofé  au-deflus 
de  tous  les  autres  juges. 

Les  fouverains  qui  pofTédoicnt  les  provinces  de 
droit  4crit  avoient  chacun  leur finéc/ial;  celui  d'A- 
quitaine avoit  fous  lui  trois  fous  -  fénéchaux  ,  qui 
étoient  ceux  de  Saintonge ,  de  Quercy  &c  du  Li- 
mo  fui. 

Lorfque  ces  provinces  ont  été  réunies  à  la  cou- 
ronne ,  leur  premier  officier  de  juflice  a  confervé  le 
ûtreAcfinéc/ial  ;  au-lieu  que  dans  les  pays  de  cou- 
tume nos  rois  ont  établi  des  baillifi ,  dont  la  fonûion 
répond  à  celle  de  fénéchal. 

Qaelq\ies-uns  prétendent  que  les  fénéchaux  de 
province  &  les  baillis  n'étoient  au  commencement 
que  de  fimples  comaiifTaires  que  le  roi  envoyoit 
dans  les  prosànces  ,  pour  voir  fi  la  juflice  étoit  bien 
rendue  par  les  prévôts  ,  vicomtes  &  viguiers.  Quoi 
qu'il  en  foit ,  fous  la  troifieme  race  ils  étoient  érigés 
en  titre  d^ofice  ;  &  depuis  Louis  XI.  n'étant  plus  ré- 
vocables ,  il;  travaillèrent  à  fe  rendre  héréditaires. 

Ils  ont  toujours  été  ofîiciers  d'épée  ,  &  ont,' 
comme  les  baillis  d'épée  , -le  commandement  des 
armes  ;  mais  on  ne  leur  a  laiifé  que  la  conduite 
du  ban  &^  de  l'arriere-ban ,  on  leur  a  aufTi  ôté  le  ma- 
niement des  finances  ,  on  leur  a  auiTi  donné  des  lieu- 
tenans  de  robe  longud^  pour  rendre  la  jullice  en  leur 
nom.  Ils  choifilioient  eux-mêmes  ces  lieutenans  jui- 
qu'en  1491  ;  prélentemcnt  il  ne  leur  lelle  plus  de 
même  qu'aux  baillis  ,  que  la  fc.ince  ù  l'audience  &C 
l'honneur  que  les  fentences  &  contrats  paffés  fous  ' 
le  fcel  de  la  Icncchaufîée  font  intitulés  de  leur  noir^ 
Les  comtes  d'Anjou  ,  les  ducs  de  Normandie  ^ 

Cij 


12 


S  E  N 


d'Aquitaine,  &  autres  grands  loigncuvs,  ont  aufli  eu 
leuvs  Jir:cc/unx  ;  cette  place  ctoit  mcMnc  hcrcditaire 
dans  certaines  familles  nobles.  Voyc^  le  recueil  dis 
ordonnances  de  lu  trolfienu  race^  Vcdit  de  Cremicn  ,  ce- 
lui de  Crepy ,  Jolv  /Loylifiu  ,  le  s,lofùri  de  Ducan- 
ge ,  &:  les  v;<»/i  BÂiLUS,  Bailliage.  (^A^ 

SÉN£CHAL  AU  DUC,  {HilUmod.)  c'etoit  un  grand 
officier  créé  par  les  ducs  do  Normandie  ,  qui  jugeoit 
les  affaires  pendant  la  celVation  de  Icchiquier.  11  rc- 
voyoit  les  jugomens  rendus  par  les  baillis  ,  &  pou- 
voir les  reformer.  Il  avoit  loin  de  maintenir  l'exer- 
cice de  la  jutllce  6c  des  lois  par  toute  la  province  de 
Normandie.  Par  les  lettres  qui  rendirent  l'échiquier 
îîxe  &  perpétuel  fous  Louis  XII.  en  1499  ,  il  eil  por- 
té qu'arrivant  le  décès  du  Q^rand-JenécLil  de  Brezc , 
celte  charge  demeureroit  éteinte  ,  6c  que  fa  jurifdic- 
tion  leroit  abolie.  Supp.  de  Moréri ,  tornc  II. 

SÉNÉCHAL  d'AnGLF.TERRE  ,  (Hijl.  d' Angleterre.) 
le  s^rznd-jënécltul  d'Angleterre  éroit  autrefois  le  pre- 
mier officier  de  la  couronne  ;  mais  cette  charge  fut 
lupprimée  par  Henri  IV.  parce  qu'il  en  trouva  l'au- 
torité trop  dangereufe.  Aujourd'hui  l'on  en  crée  un 
nouveau  ou  quand  il  faut  couronner  le  roi ,  ou  quand 
il  s'agit  de  juger  un  pair  du  royaume  accufé  de  crimç 
capital.  (  V.  ./.  ") 

SÉNÉCHAUSSÉE,  f.  m.  {Jurlfprud.)  eu  la  jurif- 
dittion  du  fénéchal,  l'étendue  de  cette  jurifdiftion. 

•Il  y  a  des  fénkhauffees  royales  &  àesfénéckaujfées 
feigneuriales  :  ces  cfeux  fortes  de  fénéchaujjées  lont 
réglées  comme  les  bailliages.  Foyei  Bailliage.  (/4) 

SÉNÉCHAUX  ,  {Hiji.  mod.  )  en  France  officiers 
qui  avoient  autrefois  une  très-grande  autorité  ,  puil- 
qu'elle  s'étendoit  fur  les  lois  ,  les  armes  &:  les  finan- 
ces. Les  ducss'étant  emparés  du  pouvoir,  d'adminif- 
trer  la  juftice  ,  &  ne  voulant  pas  l'exercer  en  per- 
fonne  ,  établirent  des  officiers  pour  la  rendre  en  leur 
nom  &  fous  leur  autorité  :  ils  les  appelloient  baillis 
en  certains  lieux ,  &:  en  A^diWXresfénéchaux.  Mais  lorf- 
que  les  rois  de  la  troifieme  race  commencèrent  à 
réunir  à  la  couronne  les  villes  qui  en  avoient  été 
démembrées,  particulièrement  du  tems  de  Hugues 
Capet ,  ils  attribuèrent  aux  juges  ordinaires  ,  c'eft- 
à-dire  aux  baillis  &:  aux  fénéchaux  la  connoifTance 
des  cas  royaux  6c  des  caufes  d'appel  du  territoire  des 
comtes.  Sous  la  féconde  race,  c'étoicnt  des  commif- 
faires  ou  mijffi  dominici ,  que  les  vieux  hiftoriens  ap- 
pellent mcjjagèl-s ,  qui  jugeoient  ces  caufes  d'appel 
dévolues  au  roi.  Ainft  ces  baillis  &C  fénéchaux  ^(ous  la 
troifieme  race ,  flirent  revêtus  non- feulement  du  pou- 
voir des  commiiTaires  royaux  ou  mij/i  dominici,  mais 
ils  fuccéderent  en  quelque  forte  à  toute  l'autorité  des 
ducs  ôc  des  comtes  ,  enforte  qu'ils  avoient  l'admi- 
nlftration  de  la  juftice  ,  des  armes  &  des  finances.  Ils 
ju^eoienL  en  dernier  reflbrt ,  ce  qui  a  duré  julqu'au 
tems  où  le  parlement  fut  rendu  fédentaire  fous  Phi- 
lippe le  Bel.  Avant  cela  ,  on  ne  remarque  aucun  ar- 
rêt rendu  fur  des  appellations  des  jugemens  pronon- 
cés par  les  baillis  ou  fénéchaux  :  mais  toutes  les 
charges  étant  devenues  perpétuelles  par  l'ordon- 
nance*de  Louis  XI.  les  baillis  6i.  fénéchaux  non-con- 
tens  de  n'être  plus  révocables  ,  tâchèrent  encore  de 
devenir  héréditaires.  C'eft  pourquoi  les  rois  appré- 
hendant qu'ils  n'ufurpaffent  l'autorité  fouveraine , 
comme  avoient  fait  les  ducs  ÔC  les  comtes ,  leur  ôte- 
rent  d'abord  le  maniement  des  finances  ,  ôc  cnfuite  le 
commandement  des  armes  en  établiflant  dc^  gouver- 
neurs. On  leur  laiffa  feulement  la  conduite  de  l'ar- 
riere-ban  ,  pour  marque  de  Iwir  ancien  pouvoir.  It 
ne  kur  refte  que  la  fimple  léance  à  l'audience  ,  & 
l'honneur  que  les  lentences  &  contrats  font  intitulés 
en  leur  nom.  Lorfque  le  fénéchal  eft  préfent  ,  fon 
lieutenant  prononce  ,  monfuur  dit ,  6c  lorlqu'il  eft 
^^Icnt ,  nous  difons.  La  plupart  des  fénéchauflees  ont 
été  réunies  fucceffivement  à  la  couronne.  Les  pre- 


S  E 

mlers  rois  de  la  troifieme  race  n'avoient  même  con- 
fervé  fous  ce  titre  que  Paris  ,  la  Beauce ,  la  Sologne , 
la  Picardie ,  &  une  partie  de  la  Bourgogne.  Le  féné- 
chal de  Bourdcaux  eft  grand-fénéchal  de  Guyenne. 
La  Provence  eft  divifée  en  newï fénéchaujféc s  fous  un 
grand-lénéchal.  II  y  a  un  fénéchal  particulier  dans 
chaque  lénéchauftec.  François  de  Roye  ,  in  tract,  de 
miffi  dominici  ;  Piganlol  de  la  Force  ,  nouv.  defcrip, 
de  la  France  ;fupplém.  de  Moréri ,  tome  II. 

SENEÇON  ,  f.  m.fenecio  ,  (Hifi.  nat.  Bot.)  genre 
de  plante  à  Heurs  en  fleurons  profondément  décou- 
pée ,  portés  lur  un  embryon  ,  6c  foutenus  par  un  ca- 
lice d'une  feule  feuille  ,  qui  eft  d'abord  cyliadrique 
&  découpé  en  plufieurs  parties,  ôcqui  prend  cnfuite 
une  forme  conique.  L'embryon  devient  dans  la  fuite 
une  femence  garnie  d'une  aigrette  ;  alors  le  calice 
eft  communément  replié  en-deflbus.  Tournefort, 
inp.  rei  herh.   Foye^  PLANTE. 

Entre  les  quatre  efpeces  de  ce  genre  de  plante,  la 
petite  eft  connue  de  tout  le  monde  ;  c'eft  \e  fenecio 
minor  vulgaris  C.  B.  P.  iji.  I.  R'  H.  ^56.  en  anglois  , 
the  commonjmall  grounJfcL 

Cette  plante  a  une  pe^te  racine  fibrée  ,  blanchâ- 
tre ;  elle  poufle  même  une  ou  plufieurs  tiges  à  la  hau- 
teur d'environ  unpié  ,  rondes  ,  cannelées  ,  creufes 
en-dedans ,  quelquefois  rougeâtres  ,  rameufes  ,  ve- 
lues dans  de  certains  endroits  expofés  au  folcil, 
chargées  de  feuilles  oblongues  d'un  verd  obfcur  , 
découpées  ,  dentelées  ,  rangées  alternativenient,  at- 
tachées par  une  bafe  allez  large  fans  queues  ,  Se  ter- 
minées par  une  pointe  obtufe.  Les  fommités  de  la 
tige  &  des  rameaux  portent  des  fleurs  en  bouquets, 
compofées  chacunp  de  plufieurs  fleurons  jaunes,  dif- 
pofés  en  étoile ,  &  foutenues  par  un  calice  d'une  feule 
pièce ,  avec  cinq  petite^  étamines  à  fommets  cylin- 
driques dans  leur  milieu.  Après  que  leurs  fleurs  font 
tombées ,  il  leur  fuccede  plufieurs  graines  ovales  , 
couronnées  d'aigrettes  longues  ,  qui  forment  toutes 
enfemble  une  tête  blanche. 

Cette  plante  croît  par-tout  dans  les  champs ,  le 
long  des  chemins  ,  dans  les  vignes  ,  dans  les  jardins, 
aux  endroits  fablonneux  &  expofés  au  foleil  ;  elle  fe 
reproduit  continuellement ,  ôc  refte  verte  toute  l'an- 
née :  elle  fleurit  dans  toutes  les  faifons ,  même  en  hi- 
ver ,  ôc  eft  déjà  vieille  au  printems.  (Z).  /.) 

Séneçon  ,  (  Mat.  méd.  )  cette  plante  eft  fort  peu 
ufitée  intérieurement  ;  plufieurs  auteurs  affùrent 
pourtant  que  fa  décoftlon  purge  légèrement  ,  ôc: 
même  qu'elle  fait  vomir.  Mais  encore  un  coup ,  le 
feneçon  eft  abfolument  inufité  pour  l'intérieur. 

Son  ufage  le  phis  ordinaire  eft  d'entrer  ,  ôc  même 
aflez  mal-à-propos ,  dans  la  décoûion  pour  les  clifte- 
res  appelles  émolUens  ;  car  le  feneçon  ne  peut  pas 
être  proprement  appelle  émollient.    Voye^  Emol- 

LIENT. 

On  le  fait  entrer  aufîl  quelquefois  dans  les  cata- 
plafmes  réfolutifs'  ÔC  maturatifs  ;  mais  il  poflTede  la 
vertu  réfolutive  dans  un  degré  aflez  foible.  (^) 

SENÉE,  adj.  (^Gram.  &  Littér.)  nme  fcnée ,  terme 
de  l'ancienne  poéfiefrançoKe  ;  c'eft  une  forte  d'acrof- 
tiche  ,  où  tous  les  mots  commencent  par  une  même 
lettre  ,  ardeur  ,  amour  ,  adorable  ,  angelique.  DiclTon, 
de  Trévoux. 

SENEF  ou  SENEFFE,  (^Géog.mod.)  village  des 
Pays-bas  dans  le  Brabant ,  à  deux  petites  lieues  de 
Nivelle  vers  le  midi.  Ce  village  eft  célèbre  par  la  ba- 
taille qui  s'y  donna  le  11  Août  1674,  entre  M.  le 
prince  de  Condé  ôc  le  prince  d'Orange  ,  depuis  roi 
d'Angleterre.  Cette  bataille  fut  afFréufe  ,  ou  plutôt 
ce  fut  l'aflemblage  de  plufieurs  grands  combats.  On 
rapporte  qu'il  y  eut  «nviron  27000  corps  d'enterrés 
dans  un  elpace  de  deux  lieues.  Les  François  fe  van- 
tèrent de  la  viftoire  ,  parce  que  le  champ  de  bataille 
leur  refta  j  mais  les  alliés  prirent  dans  cette  campa- 


s  E  N 

gne  depuis  le  jour  de  la  bataille,  Dlnan,  Grave  & 
Huy.  {D.J.) 

SÉNÉGAL,  LE  ROYAUME  DE,  {Géog.  mod.)  OU 
royaume  de  Sénéga  ;  royaume  d'Afrique  dans  la  haute 
Guinée  .,  le  long  du  fleuve  Sénégal ,  où  il  s'étend  l'ef- 
pace  d'environ  40  lieues.  Son  roi  tributaire  d'un  au- 
tre ,  s'appelle  hrac  ,  mot  qui  veut  dire  ,  roi  des  rois  ; 
mais  ce  louverain  n'efl:  qu'un  miférable  ,  qui  le  plus 
fouvent  n'a  pas  de  mil  à  manger  ,  &  qui  pille  les  vil- 
la<:;es  de  ion  domaine ,  efcorté  par  une  centaine  de 
coquins  qui  font  fes  gardes.  Ses  fujets  ne  valent  pas 
mieux  ;  ilsfe  volent  réciproquement,  &  tâchent  de 
fe  vendre  les  uns  les  autres  aux  Européens  qui  font 
commerce  d'efclaves  fur  leurs  côtes.  Leurs  maifons, 
comme  celle  de  leur  roi ,  font  de  paille  &  d'entrela- 
cemens  de  palmier,  fans  portes,  ni  fenêtres,  &  n'ayant 
■qu'un  trou  pour  ouverture.  Le  bas  de  ces  chaumières 
elt  un  plancher  de  lable,  où  l'on  enfonce  à  mi-jambe. 
Leurs  lits  fonts  faits  de  quantité  de  petits  bâtons  joints 
cnfemble  par  deux  cordes ,  à-peu-près  comme  une 
claie.  Quant  aux  produftions  de  ce  pays  &  aux  au- 
tres détails  qui  le  regardent ,  je  renvoie  le  ledeur  à 
Vhifloirc  naturelle  du  Sénégal  ^  par  M.  Adançon  ;  elle 
efl  imprimée  à  Paris,  //2-4°.  2  vol.  ZMtcfig.  (Z).  7.) 

S  É  N  É  G  A  L ,  //t; ,  (  Géog.  mod.  )  autrement  îk  de 
Saint-Louis  par  les  François  ;  petite  île  d'Afrique ,  à 
l'embouchure  de  la  rivière  de  Sénégal  ^  à  deux  lieues 
au-deflbus  de  la  grande  île  de  Bifeche,  &  environ  à 
trois  quarts  de  lieue  au-deffus  de  VHlet  aux  Anglois. 
Les  François  y  bâtirent  un  fort  dans  le  dernier  fiecle, 
■&  c'étoit-là  le  principal  comptoir  de  la  compagnie 
dite  du  Sénégal.  Cette  petite  île  qui  n'a  pas  une  lieue 
de  circuit,  efl  à  i  5  ^.  57.  de  latitude  feptentrionaïe , 
au  milieu  de  la  rivière  de  Sénégal.  (Z?.  /.) 

SÉNÉGAL,  riv/ere  de^  (  Géog.  mod.  )  rivière  4'Afri- 
que.  Elle  prend  fa  fource  dans  le  milieu  de  la  Nigri- 
lie ,  coule  vers  le  couchant ,  forme  à  fon  embouchu- 
re la  petite  île  de  Sénégal ,  &  vient  fe  rendre  dans 
l'Océan ,  après  un  cours  de  trois  à  quatre  cens  lieues. 
Cette  grande  rivière  fépare  les  Maures  ou  bazanés 
d'avec  les  Nègres  ;  de  façon  que  d'un  côté  du  fleuve 
ce  font  des  maures  jaunâtres  ,  &  de  l'autre,  des 
hommes  parfaitement  noirs  ;  les  premiers  font  errans 
&  libres  ;  les  Nègres  font  fédentaires,  &  ont  des  rois 
qui  les  font  efclaves.  Les  Maures  font  petits,  maigres, 
d'un  efprit  fin  &  délié  :  les  Nègres  font  grands ,  gras, 
fans  génie.  (Z>./.) 

SÉNÉGAL,  gomme  du  ,  (  Hifl.  des  drogues  exot.^ 
gomme  entièrement  femblable  à  la  gomme  arabique. 
On  l'appelle  gomme  du  Sénégal ,  parce  qu'on  l'appor- 
te de  la  province  des  Nègres ,  fituée  fur  le  bord  du 
fleuve  Sénégal.  On  en  trouve  préfenîement  une  gran- 
de quantité  dans  les  boutiques,  &  en  plus  grands 
morceaux  que  la  gomme  arabique  ;  mais  on  ne  fait 
pas  de  quel  arbre  elle  découle,  à  moins  que  ce  ne  foit 
de  quelque  efpece  d'acacia.  On  en  vend  fouvent  des 
.  morceaux  blancs  &  tranfparens  ,  pour  la  véritable 
gomme  arabique;  on  ne  peut  les  en  diftinguer  en  au- 
cune manière  ;  &  ces  gommes  ne  paroifTent  point 
différentes  pour  les  vertus  &  les  qualités.  Les  Nègres 
fe  nourriilent  fouvent  de  cette  gomme  dilïbute  & 
bouillie  avec  du  lait.  Geoffroy.  (^D.  J.^ 

SENÉKA  ,  LE ,  (  Botan.  exot.  )  on  l'appelle  en 
anglois  the  rattle-fnake-root ,  racine  de  ferpentA  fon- 
nettes  ;  c'eft  la  racine  de  polygala  de  Virginie  ,  dont 
on  doit  la  connoiffance  à  M.Téinnint ,  médecin  écof- 
fois. 

Au  commencement  de  1738  ,  l'académie  des 
Sciences  de  Paris  reçut  une  lettre  de  ce  médecin ,  par 
laquelle  il  lui  faifoit  part  de  fes  obfervationsàla  côte 
de  Virginie  fur  Tufage  de  la  racine  d'une  plante 
nommée  /énéku  ,  ou  feroka  dans  le  pays  ,  &  qu'il 
avoir ,  difoit-il,  employée  avec  beaucoup  de  fuccès 
pourla-guériibn  des  maladies  inflammatoires  de  la 


S  E 


lî 


poitrine.  M.  Teinnint  joignit  à  fa  lettre  le  deffein 
de  la  plante  ,  &  environ  une  demi-once  de  cette  ra- 
cine qu'il  avoit  fi  heureufement  mis  en  ufas;e  ,  tantôt 
en  fubflaiîce  à  la  dofe  de  trente-cinq  grains  (ce  qu'il 
répétoit  plufieurs  jours  de  fuite  )  ,  tantôt  en  infufion 
à  la  dofe  de  trois  onces  bouillies  dans  deux  pintes 
d'eau ,  dont  il  donnoit  au  malade  trois  cueiilerées 
par  jour. 

Gronovius  &  Miller  nomment  la  plante ,  polygala. 
virginiana  ,  foliis  alternis ,  intcgerrimis ,  racemo  termi- 
nairice  ereclo  ,  Gron.  flor.  virg.  polygala  virginiana  , 
foliis  oblongis  ,jloribusin  thyrfo  candidis .,  radice  alexi- 
pharmacd ,  Miller.  Sa  racine  efl:  vivace ,  longue  d'un 
demi-empan  ou  d'un  empan ,  de  la  groffeur  environ 
du  petit  doigt ,  plus  ou  moins ,  félon  que  la  plante 
efl;  plus  ou  moins  avancée,  tortueufe,  partagée  en 
pluiicurs  branches  garnies  défibres  latérales,  &  d'un 
côté  faillantes ,  qui  s'étendent  dans  toute  fa  lon- 
gueur ;  elle  eil  jaunâtre  en-dehors ,  blanche  en-dft- 
dans  ,  d'un  goût  acre ,  un  peu  amer  ,  &  le  germe  efl: 
aromatique. 

Les  tiges  qui  en  partent,  font  nombreufes;  les 
unes  droites ,  &  les  autres  couchées  fur  terre  ,  me- 
nues, jaunâtres  ,  Amples,  fans  branches,  cylindri- 
ques ,  lifles  ,  foibles  ,  &  d'environ  un  pié  de  lon- 
gueur. Ces  tiges  fojit  chargées  de  feuilles  ovales  , 
pointues,  alternes,  longues  d'environ  un  pouce, 
lifles  ,  entières;  elles  deviennent  plus  grandes  à  me- 
fure  qu'elles  approchent  du  fommét ,  &  paroiffent 
n'avoir  point  de  queue.  Les  mêmes  tiges  font  termi- 
nées par  un  petit  épi  de  fleurs ,  clair-femées ,  fem.bla- 
bles  à  celles  du  polygala  ordinaire  ,  mais  plus  pe- 
tites ,  alternes  ,  &  fans  pédicules.  On  diflingu^a  ra- 
cine du/énéka  par  une  côte  membraneufe  ,  faillante, 
qui  règne  d'un  feul  côté  dans  toute  fa  longueur. 

M.  Teinnint  dans  fon  efl'ai  on  the  pleurefy  ,  attri- 
bue à  cette  racine  non-feulement  les  qualités  diapho- 
rétiques  ,  mais  encore  la  vertu  de  réfoudre  le  fang 
vifqueux,  tenace  &  inflammatoire  ,  celle  de  purger, 
&  d'exciter  quelquefois  le  vomifl^ement  ;  il  ajoute 
que  les  Indiens  la  regardent  comme  un  puiflTant  re- 
mède contre  le  venin  du  ferpcnt  à  fonnettes. 

M.  Orry  ,  contrôleur  général ,  ayant  fait  venir  en 
France  une  quantité  conlidérable  de  cette  racine,  la 
fit  diflribuer  à  quelques  médecins  de  Paris  ,  qui  en- 
chantés de  la  nouveauté  ,  en  rendirent  un  compte  fî 
favorable ,  que  l'hiftorien  de  l'académie  des  Sciences 
appuyé  de  leur  témoignage  ,  mit  le  Jénéka  au  rang 
des  fpécifiques  du  nouveau  monde  ;  mais  cette  gloire 
qu'on  lui  attribuoit  d'opérer  des  merveilles  dansl'hy- 
dropifie  &  les  maladies  inflammatoires  de  la  poitri- 
ne ,  s'eft  évanouie.  Tous  les  exemples  rapportés  par 
M.  Bouvard  ,  un  des  grands  partifans  de  ce  remède, 
annoncent  d'autant  moins  fes  vertus  dans  les  mala- 
dies chroniques  ,  qu'il  avoue  lui-même  qiie  de  cinq 
hydropiques  auxquels  il  a  donné  le  polygala  de  Vir- 
ginie ,  il  n'y  en  a  pas  un  feul  qui  ait  été  guéri  radi- 
calement. Elle  n'a  pas  été  plus  efiîcace  dans  les  ma- 
ladies inflammatoires  de  la  poitrine.  Le  médecin  écof- 
fois  parle  du  polygala  de  Virginie  comme  purgeant 
légèrement  ;  &  le  médecin  françois  prétend  qu'il 
purge  très-abondamment. 

Dans  cette  contrariété  d'avis,  il  faut  que  les  ex- 
périences de  l'un  ou  de  l'autre  médecin  mal  faites 
nous  aient  également  été  données  pour  des  vérités. 
Enfin  ce  nouveau  remède  a  de  grands  inconvéniens  ; 
il  ne  peut  être  employé  à  caufc  de  fon  adivité ,  qu'a- 
vec beaucoup  de  circonfpcdion  ,  fans  quoi,  il  ne 
manqueroit  pas  de  caufcr  plufieurs  défordres  dans  la 
machine,  de  l'aveu  de  fes  proterteurs  ;  la  chaleur 
brûlante  qu'il  fait  fentir  à  la  région  de  l'efliomac, 
lorfqu'on  s'en  fcrt  en  bol,  prouve  qu'il  pofl'ede  une 
âcreté  corrofive  ,  &  par  conléquent  dangereufe , 
môme  dans  les  premières  voies  ;  c'en  efl  allez  pour 


14  S  E  N 

fcnur  la  t'.iuflctc  clos  louantes  prcmatwrécs  prodj- 
giices  en  1744  A  cotte  racine  de  l'Aménque.  (>9.  J.) 
SENEMBI,  r.ni.  (  UifL  nat.  )  nom  d'un  lézard  de 
rAmériquc ,  long  d'environ  quatre  pies ,  &  Inr^e  d'un 
tlcmi-plo;  il  eirécaillé  ,  d'un  beau  verd  ,  marqueté 
de  taches  blanches  is:  noirâtres  ;  il  a  la  tête  longue 
d'environ  deux  doigts  ,  les  yeux  grands ,  vifs,  noirs , 
le  niuCeau  &  la  langue  gros  ;  les  dents  petites  &  noi- 
res ;  on  trouve  dans  la  tète  de  petites  pierres  ,  &i  iur- 
tout  une  grolTe  dans  ion  efloinac  ;  il  a  le  cou  gros  ik 
long  ;  il  a  tant  de  vie  qu'il  remue  après  qu'on  Ta  dé- 
pouillé de  l'a  pciui ,  6c  qu'on  lui  a  coupé  la  tctc  ;  on 
nie  des  pierres  qu'on  trouve  dans  la  tète  ,  contre  la 
gravelle  ^  le  calcul  de  la  veille  &  des  reins. 

SÉNESTRÉ ,  adj.  (  t.-rmc  de  BLifon.  )  il  le  dit  d'une 
•pièce  de  l'écu  qui  etl  accompagnée  à  gauche  ou  à 
Jcnejlrc  de  qiielqu'autrc.  La  ville  de  Narbonne  porte 
de  gueules  à  la  croix  patriarchale  d'or  ,  fcnejlrcc  d'une 
clé  d'argent.  (  D.  J.  ) 

SENESTROCHEllE  ,  {terme  de  BLifon.)\\k  dit 
de  la  figure  d'un  bras  gauche  qu'on  reprélcntc  ("tir 
l'écu,  ëc  qui  eft  oppoi'é  à  dexti-ochcre,  qui  le  dit  du 
bras  droit.  {D.  J.) 

SÉNEVÉ  ,  f.  m.  (  Jardinage.  )  plante  qui  produit 
une  grr.ine  appellée  alFez  ccmmunément  la  graine  de 
moutarde ,  parce  qu'elle  entre  elFedivement  dans  la 
compofition  de  la  moutarde. 

Il  y  a  trois  fortes  de  fenevé  ,  fa  voir  loferievê  fauva- 
«e,  celui  des  jardins,  6i.  unetrolficme  forte  qui  tient 
des  deux  autres.  Le/t'/z^-v'^  des  deux  dernières  efpeces 
le  feme  ;  celui  qui  vient  dans  les  jardins ,  porte  une 
graine  noire  qui  entre  dans  la  compofition  de  la  mou- 
tard^ 

Il  n'eft  pas  permis  aux  marchands  grenetiers  de 
faire  venir ,  ni  û'expofer  en  vente  du/enevé,  à  moins 
qu'il  n'ait  été  vifité  par  les  jurés  vinaigriers ,  &  ne 
peuvent  même  en  acheter  que  quand  les  Vinaigriers 
en  font  fournis,  f^oyei  Moutarde  &  Vinaigrier. 
SENIA  ,  (  Gcog.  anc.  )  ville  de  la  Liburnie  ,  dans 
riilyrie.  Ptolomée  ,  /.  U.c.  xvj.  la  marque  fur  la  cô- 
te, entre  Velcena  &  Lopcica.  C'efl 'aujourd'hui  la 
ville  de  Ségna.  {  D.J.) 

SÉNT'.Z  ou  SÉNÉS  ,  (  Géog.  mod.  )  en  latin  mo- 
derne, Sanuium^SanitienJium  urbs,  &Lc.  petite  ville, 
ou  plutôt  méchante  bourgade  de  France,  en  Proven- 
ce ,  fituée  dans  un  terrein  froid  èz  llérile  ,  entre  des 
montagnes,  avec  un  évêchc  à  quatre  Leues  de  Digne, 
à  égale  diftance  de  Callellane ,  &  à  quatorze  d'Am- 
brun.  L'évêchè  de  Séne^  n'eft  connu  que  depuis  le 
vj.  fiecle  ;  il  eft  fufFragant  d'Ambrun,  6c  vaut  envi- 
ron douze  mille  livres  de  rente.  La  modicité  de  l'on 
revenu  a  fait  qu'on  a  parlé  quelquefois  de  l'unir  à  ce- 
lui de  Vence  ;  mais  elt-il  néccflaire  que  tous  les  évê- 
chés  foient  riches  &  confidcrables.  Long,  de  Séne^ 
■24..  18.  latit.  4.3.  S4.  {D.  y.) 

SENGLONS  ,  f..m.  terme  de  galère  ,  pièces  de  bois 
qu'on  met  à  l'intrade  de  proue  6c  l'aifiade  de  poupe  , 
d'un  côté  &  d'autre,  &  à  même  dlftance. 

SEN-KI ,  f.  m.  (  Médecine.  )  maladie  particulière 
au  Japon,  &  fi  commune  dans  ce  pays  ,  qu'il  n'y  a 
prefque  perfonne  qui  n'en  ait  refienti  les  atteintes; 
Le  fiege  de  cette  maladie  ell  dans  les  muicles  &  dans 
les  inteftins  du  bas-ventre  ;  elle  y  caufe  des  tiraille- 
mcns  &  des  douleurs  infupportables ,  furtout  dans  les 
aines  &  dans  les  parties  voifincs  ,oii  louvent  il  fc  for- 
me des  tumeurs  &  desabfcès.  Cernai  cruel  efi;  caufe 
par  l'ul'age  immodéré  du  facki  qui  eft  une  bieretrès- 
tôrtc  faite  avec  le  ris. 

SENLIS  ,  (Gtog.  r/iod.)  par  les  Romains  Augafio- 
magns ,  Augujlomagiwi,  Atrebatum  civitas  ;  ville  de 
l'ile  de  France, fur  la  petite  rivière  de  Nonnette  ,  à 
deux  lieues  de  Chantilly,  &  à  dix  de  Paris.  Il  y  a 
dans  cette  ville  fixparoilies, bailliage, prévôté  roya- 
le, préfidial,  élection,  grcn'icr  àfcl,  marécha>iil"ée 


S  E  N 

vZ  capilaincrie  de  chaffe.  Cette  ville  eu  réglée  en 
])artie  par  la  coutume  de  Ion  nom ,  qui  fut  rédigée 
en  l'an  1 530,  &  en  partie  par  la  coutume  du  Vexin 
f  rancols.  Le  château  où  le  préfulial  tient  fes  féances,  a 
été  bâti  par  S.  Louis ,  6c  quelques  cnfans  de  France  y 
ont  été  élevés. 

L'évêchè  de  Scn/is  c([  fulTragant  de  Rheims  ,  &  a 
été  établi ,  à  ce  qu'on  dit,  wvs  le  milieu  du  iij.  fie- 
cle. Le  chapitre  de  la  cathédrale  efl  compofc  de  trois 
dignités  &  de  vingt-quatre  canonicats;  ce  chapitre  a 
le  privilège  de  committimus  ,  par  lettres  patentes  du 
mois  de  Janvier  1550,  rcgiltrécs  au  parlement  le  20 
Mai  1 560. 

.Vc/2//Vefi  aujourd'hui  un  gouvernement  particulier 
de  l'île  de  France.  Elle  étoir  autrefois  de  la  féconde 
Belgique  ,  &  les  Romains  qui  l'ont  bâtie  ,  lui  attri- 
buèrent un  teri'itoire.  Hugues  Capet  étoit  déjà  pro- 
priétaire de  cette  ville,  lorfqu'il  fut  élu  roi.  Longit. 
îuivantCafîini,  /^.  ;^6'.  jo.  lat.  ^c).  t2.  26". 

Goulan  (Simon),  un  des  plus  infatigables  écri- 
vains d'entre  les  Proteflans,  étoit  natif  de  Senlis  y  & 
fut  miniftre  à  Genève.  Peu  de  gens  ont  exercé  cet 
emploi  aufii  long-tems  cjue  lui,  car  il  fuccédaà  Cal- 
vin l'an  1564,  mourut  l'an  1628,  âgé  de  86  ans,  & 
il  avoit  prêché  fept  jours  avant  fa  mort.  Il  étoit  tel- 
lement au  fait  de  tout  ce  qui  fe  pafToit  en  matière  de 
librairie,  qu'Henri  lll.  defirant  connoître  l'auteur 
qui  fe  déguifa  fous  le  nom  de  Stephanus  Junius  Bru- 
/K.v,pour  débiter  fa  doclrine  républicaine,  envoya 
un  homme  exprès  à  Simon  Goulart,  afin  de  s'en  in- 
former ;  mais  Goulart  qui  favoit  en  effet  tout  le  my- 
ftère  ,  n'eut  garde  de  le  découvrir. 

La  Croix  du  Maine  vous  indiquera  pluficurs  tra- 
duftions  françoifes  compofées  par  notre  feniifien. 
Ajou^ez-y  la  vcrfion  de  toutes  les  œuvres  de  Séne- 
que  ,  '&  les  méditations  hiftoriques  de  Camérarius. 

Scaliger  efiimoit  beaucoup  les  ouvrages  de  M. 
Goulart.  Son  Cyprien  efl  fi  bien  &  fi  joliment  tra- 
vaillé, dit-il,  que  je  l'ai  lu  tout  d'une  haleine. .Quand 
il  ne  metîoit  pas  ion  nom  à  vm  livre  ,  il  le  defignoit 
par  ces  trois  lettres  initiales  S.  G.  S.  qui  vouloient 
dire ,  Simon  Goulart  fenlijien.  C'efl:  à  cette  marque  que 
le  P.  Labbe  croit,  avec  raifon,  l'avoir  reconnu  pour 
l'auteur  des  notes  marginales  ,  &  des  fommaires  qui 
accompagnent  les  annales  de  Nlcetas  Chômâtes ,  dans 
l'édition  de  Genève  1593. 

Pajot  (  François  ) ,  plus  connu  fous  le  nom  du  poè- 
te Liniere,  étoit  furnommé  de  Ion  tems  V athée  de  Sen- 
lis. Il  étoit  bien  fait  de  fa  perfonne,  &  né  avec  d'a- 
gréables qualités.  Il  avoit  de  l'efprit ,  de  la  vivacité 
éc  du  talent  pour  la  poéfie  aifée  ;  mais  fatyrique,  li- 
bertin, débauché.  Il  acheva  de  fe  gâter  par  la  crapu- 
le. Il  ne  réuifiifi'oit  pas  mal  à  des  couplets  fatyriques, 
&  fur-tout  à  des  chanfons  impies ,  ce  qui  fit  que  Def- 
préaux  lui  dit  un  jour ,  </w'i/  n  avoit  de  fefprit  qui  con- 
tre Dieu. 

Madame  Deshoulieres  ,  qui  prend  quelquefois  le 
parti  des  mauvais  poètes,  s'eft  efforcée  autant  qu'el- 
le l'a  pu,  de  juftifier  Liniere  du  reproche  d'irréligion 
&  de  libertinage  ,  quoiqu'il  eût  entrepris  une  criti-- 
que  abominable  du  nouveau  Tefiament.  Voici  les 
propres  vers  de  cette  dame. 

On  le  croit  indévot ,  mais ,  quoique  Von  en  die  , 
Je  crois  que  dans  le  fond  Tirfis  n  efl  pas  impie. 
QjLoiquil  raille  fouvent  des  articles  de  foi  , 
Je  crois  quil  efl  autant   catholique  que  moi. . . . 

Ce  dernier  vers  ne  donneroit  pas  une  haute  idée  de 
la  catholicité  de  la  belle  mufe  françoife;  mais  Linie- 
re lui-même  n'en  ■avoue  pas  tant  dans  fon  propre  por- 
trait, où  il  s'explique  ainfi  fur  les  fentimens  qu'il 
avoit  de  la  religion. 

La  lecture  a  rendu  mon  efprit  affe^  fort 
Contre  touds  les  peurs  que  Von  a  de  la  mort  ;, 


s  E  N 

Et  me.  rdîglon  na  rien  qui  m'embarraffc ; 

Je  nie  ris  du  J crapule ,  &  je  hais  la  grimace ,  &c. 

Il  mourut  en  1704 ,  âgé  de  76  ans.  On  volt  de  lui  di- 
verics  pièces  dans  les  volumes  de  pocfies  chollles , 
imprimées  chez  Serci.  Il  en  court  auiTi  beaucoup  de 
manulcrltes.  (/?.  /.) 

SENNAR,  ROYAUME  DE ,  (  Géog.  tnod.')  royau- 
me d'Afrique ,  dans  la  Nubie  au  midi ,  borné  à  l'oueft 
par  celui  de  Sudan.  Ge  royaume,  autrefois  tributaire 
de  l'empereur  des  AbyfTins  ,  eil  aujourd'hui  dépen- 
dant du  roi  de  Fungi.  Les  peuples  de  cet  état  ont  le 
vifage  noir,  les  lèvres  épaifles  &  le  nez  écrafé.  Les 
femmes  riches  font  couvertes  d'une  toile  de  coton. 
Leurs  cheveux  font  treffés  ,  &  chargés  comme  leurs 
bras,  leurs  jambes  &  leurs  oreilles,  d'anneaux  d'ar- 
gent ,  de  cuivre ,  de  laiton ,  ou  de  verre  de  diverfes 
couleurs  ;  mais  les  pauvres  filles  n'ont  rien  de  tout 
cela ,  &  n'ont  pour  vêtement  qu'une  petite  pièce  de 
toile  ,  depuis  la  ceinture  jufqu'aux  genoux.  Les  en- 
fans  vont  tout  nus.  La  chaufl'ure  des  hommes  &  des 
femmes  confifre  en  une  fimple  femelle  attachée  aux 
pies  avec  des  courroies  ou  des  cordons.  Les  chaleurs 
du  pays  font  infuportables  depuis  le  mois  de  Janvier 
jufqu'à  la  fin  d'Avril  ;  elles  font  fulvies  de  pluies 
abondantes  qui  durent  trois  mois,&  qui  infeûent 
l'air.  Les  habitans  vivent  de  pain  fait  d'une  graine 
appellée  dora.  Leurs  maifons  font  de  terre,  baffes  & 
couvertes  de  feuillages.  Le  palais  de  leur  roi  eft  en- 
touré de  murs  de  briques  cuites  au  foleil.  Ce  prince 
eft  vêtu  d'une  robe  de  foie ,  &  ceint  d'une  efpece  d'é- 
charpe  de  toile  de  coton.  Il  a  fur  la  tête  un  turban 
blanc ,  &  paroît  toujours  en  public  ayant  le  vifage 
couvert  d'une  gaze  de  foie.  On  tire  du  royaume  de 
Senna  des  dents  d'éléphant ,  du  tamarin ,  de  la  pou- 
dre d'or  &  des  efclaves.  Sa  capitale ,  ou  plutôt  la  feule 
ville  de  ce  pays  s'appelle  Sennar.  Foye^en  l'article, 

Sennar ,  ( Géogr.  tooJ.)  ville  d'Afrique ,  capitale 
du  royaume  de  môme  nom ,  fur  une  hauteur ,  au  cou- 
chant &  près  du  Nil.  Ses  maifons  n'ont  qu'un  étage 
&  font  mal  bâties  ;  celles  des  fauxbourgs  ne  font  que 
de  méchantes  cabanes  faites  de  cannes  :  mais  la  fitua- 
îion  de  la  ville  eft  très-favorable,  &tous  les  vivres  y 
font  à  grand  marché.  Long.  60.  24.  latit.  feptentrio- 
nale ,  fulvant  les  obfervations  du  P.  Brevedent',  /  j .  4. 
(Z?./.) 

SENNE,  (Pèche.')  VoyeiSEinv-.  6* Seinette. 
Senne  ,  la  ,  {Géog.  mod.)  rivière  des  Pays-bas. 
Elle  prend  fa  fource  dans  leHainaut,  entre  le  Roeulx 
&  Soignes,  coide  à  Soigueis,  à  Halle,  à  Bruxelles,  à 
Vilvorden  ,  à  Helléin ,  Bc  de-là  elle  va  fe  perdre  dans 
la  Dyle ,  à  une  grande  lieue  au-deffus  de  Malines. 
{D.J.) 

SENONES ,  (Géog.  a/zc.)  1°.  Peuples  de  la  Gaule 
Celtique  ou  Lyonnolie ,  vers  l'embouchure  de  l'Yon- 
ne. Ptolomée ,  lih.  II.  c.  viij.  nomme  leur  capitale 
Jgedicum  ou  Agendicum  ,  aujourd'hui  Provins. 

2°.  Peuples  d'Italie  dans  la  Gaule  Cifpadane,fur  le 
bord  de  la  mer  Adriatique.  Ces  peuples  gaulois  d'o- 
rigine, ne  s'étoient  point  avifés  de  paffer  les  Alpes, 
aux  quatre  premières  migrations  des  Gaulois  fous 
Bellovèfe.Ilsn'y  penferent  qu'environ  2,00  ans  après, 
à  la  follicitatlon  d'Aruns  qui  vouloit  fe  venger  de 
Lucumon.  Celui-ci  parmi  tous  les  peuples  de  la  Gaule 
Celtique,  choifit  les  i'cV/o/îo/i ,  peut-être  parce  que 
leur  pays  étolt  moins  épuifé  d'hommes;  pulfque  les 
Sénonois  n'avolent  point  fulvi  Bellovèfe.  Il  leur  van- 
ta l'abondance  dont  ils  jouiroient  en  Itahe ,  &  leur  fit 
goûter  du  vin  qu'il  en  avolt  apporté.  Les  Sénonois  fe 
déterminèrent  à  le  fuivre,  oL  leur  armée  fut  très- 
nombreufe. 

Après  avoir  paffé  les  Alpes ,  ils  n'attaquèrent  point 
les  Cekes,  mais  alle;-cnt  fç  jctter  fur  l'Umbrie,  qui 


S  E  N 


15 


n'a  voit  encore  été  que  peu  entamée.  Ils  s'y  établi- 
rent ,  félon  Polybe  &  Tite-Live  ,  depuis  l'Utcus  juf- 
qu'à r^fis,  &  depuis  la  mer  Adriatique  jufque  vers 
l'Apennin.  Ils  mirent  environ  fix  ans  à  cet  éîabllne- 
ment.  Au  bout  de  ce  tems,  &  de  l'année  de  Rome 
36Z  ,  Aruns  les  condulfit  devant  Clufmm,  pour  affié- 
ger  cette  place ,  où  fa  femme  &  fon  raviffeur  s'é- 
toient enfermés.  Les  Romains  Inquiets  du  voifinage 
de  ces  peuples ,  offrirent  de  terminer  le  différend  à 
l'amiable  par  leur  médiation;  cette  médiation  fut  re- 
jetîée. 

Les  ambaffadeurs  romains,  de  pacificateurs  étant 
alors  devenus  ennemis ,  les  Sénonois  qui  s'en  apperçu- 
rent ,  en  envoyèrent  demander  juftice  à  la  république  ; 
&  comme  elle  refufa  de  leur  donner  la  fatlsfadion 
qu'Us  exlgeolent ,  ils  marchèrent  droit  à  Rome.  Ils 
défirent ,  chemin  faifant,  l'armée  romaine  &  entrè- 
rent quelques  jours  après  dans  Rome ,  qu'ils  pillè- 
rent &  reduifirent  en  cendres ,  à  l'exception  du  ca- 
pitole  qu'ils  tentèrent  inutilement  d'emporter  ;  & 
dont  la  réfiftance  facilita  aux  Romains  le  moyen  de 
chaffer  à  la  fin  leurs  ennemis. 

Environ  100  ans  après  cette  grande  expédition, 
les  Sénonois  furent,  félon  Strabon  ,  lib.  V.  extermi- 
nés par  les  Romains;  mais  Polybe,  lih.  II.  plus  exaft 
dans  cet  endroit  que  Strabon ,  dit  qu'ils  furent  chaffés 
du  pays  qu'ils  occupoient ,  par  M.  Curlus  Dentatus, 
conful  avec  P.  Cornélius  RufinuSjl'an  de  Rome  463. 
Ce  ne  fut  que  7  ans  après ,  à  ce  que  nous  appren- 
nent Polybe  ,  Denis  d'HallcarnafTc  &  Florus ,  que  les 
Sénonois  furent  exterminés  par  le  conful  Dolabella. 
Ils  furent  alors  tellement  anéantis ,  qu'à  peine  refla- 
t-11  dans  l'Italie  quelques  veftlges  de  cette  nation  que 
la  prife  de  Rome  avolt  fi  fort  dlftlnguée.  Dès  lecon- 
fulat  de  M.  Curlus  Dentatus ,  ils  avoient  perdu  la 
plus  grande  partie  de  leur  pays,  depuis  l'^Efis  juf- 
qu'au  Rubicon,  &  les  Romains  avoient  envoyé  une 
colonie  à  Sena  gallica.^  aujourd'hui  Sinigag/ia.  Ils  oc- 
cupoient le  refle  dupays  depuis  le  Rubicon  jufqu'à  l'U- 
teus ,  lorfque  P.  Cornélius  Dolabella  les  défit  fur  les 
bords  du  lac  de  Vadlmon  en  Etrurie.  (D  ./.) 

SÉNONOIS  LE  ,  (  Géogr.  mod.  )  pays  de  France 
le  long  de  la  rivière  d'Yonne ,  faifant  partie  du  grand 
gouvernement  de  Champagne.  Il  eil  très-difiicllc  d'en 
déterminer  les  bornes  ;  ceux  qui  font  les  plus  éclai- 
rés fur  cette  matière ,  par  la  connoifiance  qu'ils  ont 
du  pays  dans  lequel  ils  demeurent,  ne  donnant  rien 
fur  quoi  on  puiffe  fatisfaire  la  curiofitédu  ledeur.  Ce 
fut  en  partie  la  demeure  des  anciens  Sénones ,  peu- 
ples puiffans  de  la  Gaule  Celtique  ,  dont  Céfar  dans 
fes  commentaires ,  fait  un  grand  éloge  en  difant  :  ci- 
vitas  imprimis  firnia  ,  &  magnes  inter  G  allas  autoritatis. 
Il  faut  remarquer  que  cirieas,  dans  Céfar,  fe  prend 
très-fouvent  pour  le  peuple  dépendant  d'un  pays. 
Ainfi  les  Scnones  au  jugement  de  Céfar ,  avoient  une 
valeur  qui  les  accréditoit  beaucoup  parmi  les  Gau- 
lois. 

Les  Sénonois  étolent  néanmoins  infide  Mduorum:^ 
ce  qu'il  faut  entendre  d'une  efpece  de  ligue  offenfiva 
&  défenfive  qui  étolt  entre  ces  peuples.  Mais  l'an- 
cienne étendue  efl  Impénétrable  ;  il  faut  fe  contenter 
de  celle  de  nos  jours ,  qui  ne  va  pas  d'un  côté  jufqu'i 
Joigny ,  &  de  l'autre  va  beaucoup  au-delà. 

■  Pour  éviter  le  fabuleux ,  il  efr  bon  de  ne  pas  pouf- 
fer plus  loin  les  bornes  de  ce  pays.  Les  Séquaniens 
&  les  Sénonois  étolent  deux  peuples  dlflingués  ;  & 
pour  peu  qu'on  life  Florus  avec  attention  ,  on  verra 
qu'il  ne  confond  point  ces  deux  peuples.  Cet  hlfto- 
rien  dit  d'une  manière  fort  claire,  que  les  Sénonois 
étolent  des  peuples  de  la  Gaule ,  qui  étolent  venus 
s'établir  entre  les  Alpes  &  le  Pô.  Ainfi  une  colonie 
des  Sénonois.,  ou  les  Sénonois  domic'û'iés ,  doivent  en- 
core être  diflingués.  Voici  comme  s'expliqiue  Florus, 
/.  /,  t.  xiij.  Ili  )  id  ejl  Scnonts  gaili ,  quondum  ah  uln- 


i5 


S  E  N 


mis  tcrrarum  oiis ,  &  clngcnte  omrùa.  Occano ,  ingcnii 
afimine  profccli ,  qtiUmjam  mtd'ia  vafiiijjcnt ,  pojuis  inur 
Àlpts  &  Padum  l'cdib:ts  ^  ne  his  i/iuJcr;!  conicnti  ,  per 
Jt.diam  vagalhiniur.  Florusdans  un  autre  endroit  allu- 
re que  cette  colonie  tut  entièrement  détruite  i>ar  la 
valeur  des  Romains.  (  D.  J.  ) 

SENS  ,  i.  ni.  {Grawrn.)  ce  mot  eft  louvcnt  l'yno- 
nymc  Aej/gnijùuiion  &  d'acception  ;  6c  quand  on  n'a 
qu'à  indiciuer  d'une  manière  vague  &  indéfinie  la  re- 
prélentatlon  dont  les  mots  font  charges  ,  on  peut  le 
Icrvlr  indltt'ércmmcnt  de  l'un  ou  de  l'autre  de  ces 
trois  termes.  Mais  il  y  a  bien  des  circonftances  oii  le 
choix  n'en  cft  pas  indlH'ércnt ,  parce  qu'ils  Ion t  dli- 
tingués  l'un  de  l'autre  par  des  idées  accelioires  qu'il 
ne  Vaut  pas  contbndre  ,  il  l'on  veut  donner  au  langa- 
ge grammatical  le  mérite  de  lajulleire,  dont  on  ne 
iaurolt  faire  alloi  de  cas.  Il  ell  donc  imponant  d'exa- 
miner les  différences  de  ces  lynonymes  ;  je  conunen- 
cerai  par  les  deux  moxs  Jignification  6c  acception  ,  & 
je  palVerai  enhiite  au  détail  des  différcnsyè/2i  que  le 
grammairien  peut  envilager  dans  les  mots  ou  dans 
les  phrafes. 

Chaque  mot  a  d'abord  une  Jîgnification  primitive 
&  fondamentale ,  qui  lui  vient  de  la  décifion  conf- 
iante de  Tufage ,  &  qui  doit  être  le  principal  objet 
à  déterminer  dans  un  dictionnaire,  alnfi  que  dans  la 
iradudlon  littérale  d'une  langue  en  une  autre  ;  mais 
quelquefois  le  mot  ell  pris  avec  abllradtion  de  l'objet 
qu'il  repréfente  ,  pour  n'être  confidéré  que  dans  les 
clémens  matériels  dont  il  peut  être  compofé,  ou  pour 
être  rapporté  à  la  claiîc  de  mots  à  laquelle  il  appar- 
tient :  fi  l'on  dit ,  par  exemple  ,  qu'un  rudiment  ell 
im  livre  qui  contient  les  élcmens  de  la  langue  latine, 
choifis  avec  fageffe,  difpofés  avec  intelligence,  énon- 
cés avec  clarté,  c'ell  faire  connoître  la^/%////ri;fl//o/2 
primitive  &  fondamentale  du  mot  ;  mais  il  l'on  dit 
que  rudiment  ell  un  mot  de  trois  fyllabes  ,  ou  un  nom 
du  genre  mafculin  ,  c'ell  prendre  alors  le  mot  avec 
abllradion  de  tonîc Jîi^nijication  déterminée  ,  quoi- 
qu'on ne  puilTe  le  conlidércr  comme  mot  fans  lui  en 
ïiippofer  wnç.  Ces  deux  diverfcs  manières  d'envifa- 
§er  la  fignlficûtlon  primitiv^e  d'un  mot ,  en  font  des 
acceptions  différentes  ,  parce  que  le  mot  cil  pris,  acci- 
pitur,  ou  pour  lui-même  ou  pour  ce  dont  il  ell  le  fi- 
«ne.  Si  la. /îgnificati on  primitive  du  mot  y  ell  direéle- 
jTient  &  déterminément  envifagce  ,  le  mot  ell  pris 
<lans  une  acception  formelle  ;  telle  ell  \  acception  du  mot 
rudiment  dans  le  premier  exemple:  fi  la  fignification 
primitive  du  mot  n'y  efl  point  envlfagée  déterminé- 
ment ,  qu'elle  n'y  foit  que  luppofée ,  que  l'on  en 
falTe  abilra£lion  ,  &  que  l'attention  ne  lolt  fixée  im- 
médiatement que  fur.  le  matériel  du  mot ,  il  ell  pris 
•alors  dans  une  acception  matèricLle  ;  telle  ell  Vac- 
ccption  du  mot  rudiment  dans  le  fccond  exemple. 

En  m'expliqunnt ,  arùçle  Mot  ,  fur  ce  qui  concer- 
ne la /îgnijication  primitive  des  mots,  j'y  ai  dillingiié 
\a  Jîgnification  objedlive  ,  &  la  /igni/icution  formelle  ; 
ce  que  je  rappelle  ,  afin  de  faire  obferver  la  différen- 
ce qu'il  y  a  entre  lajignification  8i  V acception  formel- 
le. La  J.'gnification  objedlve  ,  c'ell  l'idée  fondamen- 
tale qui  cil  l'objet  individuel  de  la  fignification  du 
mot  ,  &  qui  peut  être  reprélentée  par  des  mots  de 
différentes  efpeces  ;  la  fgnif cation  formelle,  c'efl  la 
manière  particulière  dont  le  mot  préfente  à  l'cfprlt 
l'objet  dont  il  ell  le  figne ,  laquelle  cil  commune  à 
tous  les  mots  de  la  même  efpece  ,  &C  ne  peut  conve- 
nir à  ceux  des  autres  efpeces  :  la  ftgnif  cation  objec- 
tive &  la  fignif cation  formelle,  conflituent  la  figni- 
fxation  primitive  &  totale  du  mot.  Or,  il  s'agit  tou- 
jours de  CQiKt  fignification  totale  dans  V acception^  foit 
formelle  ,  foit  matérielle  du  mot,  félon  que  cettajî- 
gnification  totale  y  ell  envlfagée  déterminément,  ou 
■que  l'on  en  fait  abllraclion  pour  ne  s'occuper  déter- 
r.iinémcnt  que  du  matériel  du  mot. 


S    E 

Mais  la  Jîgnification  objeftive  efl  elle-même  fiijet- 
te  à  différentes  acceptions ,  parce  que  le  môme  mot 
matériel  peut  être  delllné  par  l'ufage  à  être,  félon  la 
divcrlité  des  occurrences  ,  le  figne  primitif  de  diver- 
fes  idées  fondamentales.  Par  exemple  ,  le  mot  fran- 
çois  coin  exprime  quelquefois  une  forte  de  fruit  , 
malum  cydonium  ;  d'autres  fois  un  angle  ,  angulus  ; 
tantôt  un  inllrument  méchanlque  pour  fendre  ,  cu- 
neiis  ;  &c  tantôt  un  autre  inllrument  delllné  à  mar- 
quer les  médailles  &  la  monnoie  ,  tjpus  :  ce  font 
autant  (Vaccepcions  différentes  du  mot  coin  ,  parce 
qu'il  ell  tondamcntalement  le  figne  primitif  de  cha- 
cun de  ces  objets ,  que  l'on  ne  déligne  dans  notre 
langue  par  aucun  autre  nom.  Chacune  de  ces  accep- 
tions elt  rôrmclle  ,  puifqu'on  y  envllage  direclemeat 
la  fignijication  primitive  du  mot  ;  mais  on  peut  les 
nommer  dijlinctives  ,  puifqu'on  y  dlllingue  l'une  des 
Jî'^nificutions  primitives  que  l'ufage  a  attachées  au 
mot ,  de  toutes  les  autres  dont  il  ell  fufceptible.  Il 
ne  lauTe  pas  d'y  avoir  dans  notre  langue  ,  &  appa- 
remment dans  toutes  les  autres  ,  bien  des  mots  luf- 
ceptibles  de  plufieurs  accep tioi s  ô^i^m^iy es  :  mais  il 
ncn  réfulte  aucune  équivoque ,  parce  que  les  cir- 
conllances  fixent  allez  l'acception  précife  qui  y  con- 
vient ,  &  que  l'ufage  n'a  mis  dans  ce  cas  aucun  des 
mots  qui  font  fréquemment  néceiTaircs  dans  le  dif- 
cours.  Voici ,  par  exemple ,  quatre  ])hrafes  dilféren- 
tes  :  /'esprit  eji  ejfentiellement  indivijîble  ;  la  lettre 
tue  &  l' ESPRIT  vivifie  ;  reprenez  vos  ESPRl  TS  ;  ce  fœ- 
tus a  été  confervé dans  pESPRIT-de-vin  :  le  mot  efprit 
y  a  quatre  acceptions  diftindivcs  qui  fe  prcfentïnt 
fans  équivoque  à  quiconque  fait  la  langue  trançol- 
fe  ,  &  que  ,  par  cette  raifon  même  ,  je  me  dlfpenfc- 
rai  d'indiquer  plus  amplement.  Foyei  Esprit. 

Outre  toutes  les  acaptions  dont  on  vient  de  par- 
ler ,  les  mots  qui  ont  u  le  fignification  générale  , 
comme  les  noms  appelUtifs ,  les  adjectifs  6c  les  ver- 
bes ,  font  encore  fufceptlbles  d'une  autre  efpece  d'^c- 
cepiions  que  l'on  'peut  nommer  déterminatives. 

Les  acceptions  déterminatives  des  noms  appellatifs 
dépendent  de  la  manière  dont  ils  font  employés  ,  & 
qui  fait  qu'ils  préfcntcnt  à  l'eiprlt  ou  l'idée  abllrai- 
te  de  la  nature  commune  qui  conllitue  Izwx fignfica- 
tion  primitive  ,  ou  la  totalité  des  individus  en  qui  fe 
trouve  cette  nature  ,  ou  feulement  une  partie  indéfi- 
nie de  ces  individus  ;  ou  enfin  un  ou  plufieurs  de  ces 
individus  précilément  déterminés  :  félon  ces  diffé- 
rens  afpefts  ,  Vacception  ell  owfpécifique  ou  nniverfel- 
le  ,  ou  particulière  on  finguUere.  Ainfi  quand  on  dit  , 
agir  en  HOMME  ^  on  prend  le  nom  homme  dans  une 
acception  fpécifique ,  puifqu'on  n'envifage  que  l'idée 
de  la  nature  humaine  ;  fi  l'on  dit ,  tous  les  hommes 
font  avides  de  bonheur^  le  même  nom  homme  a  une 
acception  univerfelle ,  parce  qu'il  défigne  tous  les  in- 
dividus de  l'efpece  humaine  ;  quelques  hommes  ont 
Came  élevée ,  ici  le  nom  homme  ell  pris  dans  une  ac- 
ception particulière  ,  parce  qu'on  n'indique  qu'une 
partie  indéfinie  de  la  totalité  des  individus  de  l'efpe- 
ce ;  cet  HOMME  (  en  parlant  de  Célar  )  avoit  un  gé- 
nie fupéricur  ;  ces  douie  HOMMES  (  en  parlant  des 
Apôtres  )  navoient  par  eux-mêmes  rien  de  ce  qui  peut 
a'J'urer  lefucces  (T  un  projet  auji  vafie*que  rétablijjement 
du  Chriflianifne  :  le  nom  homme  dans  ces  deux  exem- 
ples a  une  acception  finguliere  ,  parce  qu'il  fert  à  dé- 
terminer précilément ,  dans  l'une  des  phrafes  ,  un 
individu  ,  &  dans  l'autre  douze  individus  de  l'efpece 
humaine.  On  peut  voir  au  mot  Nom  ,  art.  i.  §.  /. 
n.  3.  les  différens  moyens  de  modifier  ainfx  l'éten- 
due des  noms  appellatifs. 

Plufieurs  adjedllfs  ,  des  verbes  &  des  adverbes 
font  également  fufceptlbles  de  différentes  acceptions 
déterminatives  ,  c[ul  font  toujours  indiquées  par  les 
complémens  qui  les  accompagnent  ,  ÔC  dont  l'effet 
ell  da  reilraindre  la  fignification  primitive  &  fonda- 
mentale 


s  E  N 

•mentale  de  ces  mots  :  un  homme  savant  ^  un  homme 
SAVANT  en  grammaire  ,  un  homme  trcs-S AVANT  ,  un 
homme  plus  SAVANT  quun  autre  ;  voilà  l'adjeftify^î- 
varit  pris  fous  quatre  acceptions  différentes ,  en  con- 
fervant  toujours  la  même  Jignijicaiion.  Il  en  feroit  de 
même  des  adxerbes  &  des  verbes ,  félon  qu'ils  au- 
roient  tel  ou  tel  complément ,  ou  qu'ils  n'en  auroient 
point,   royei  RÉGIME. 

Il  paroît  évidemment  par  tout  ce  qui  vient  d'être 
dit ,  que  toutes  les  eipcces  d'acceptions ,  dont  les  mots 
en  général  &  les  différentes  fortes  de  mots  en  par- 
ticulier peuvent  être  fufceptibles  ,  ne  font  que  diffé- 
rens  afpefts  de  la  fignification  primitive  &  fonda- 
mentale :  qu'elle  eft  fuppofée  ,  mais  qu'on  en  fait 
•abllraftion  dans  Vaccepdon  matériellerqu'elle  eft  choi- 
fie  entre  plufieurs  dans  les  acceptions  diftinftives  : 
qu'elle  eft  déterminée  à  la  fimple  défignation  de  la 
nature  commune  dans  V acception  fpécifîque  ;  à  celle 
de  tous  les  individus  de  l'efpece  dans  V acception  uni- 
verfelle  ;  à  l'indication  d'une  partie  indéfinie  des  in- 
dividus de  l'efpece  dans  Vacccption  particulière  ;  & 
à  celle  d'un  ou  de  plufieurs  de  ces  individus  précifé- 
inent  déterminés  dans  Vacccption  fmguliere  :  en  un 
anot ,  hfignlfication  primitive  eft  toujours  l'objet  im- 
anédiat  des  diverfcs  acceptions. 

I.  Sens  propre ,  sens  figuré.  Il  n'en  eft  pas  ainfi 
a  l'égard  des  différens/£/25  dont  un  mot  efl:  fufccpti- 
ble  :  \-à  fignif.cation  primitive  en  eft  plutôt  le  fonde- 
ment que  l'objet,  fi  ce  n'eft  lorfque  le  mot  eft  em- 
ployé pour  lignifier  ce  poiu-  quoi  il  a  été  d'abord  éta- 
bli par  l'ufege  ,  fous  quelqu'une  des  acceptions  qui 
viennent  d'être  détaillées  ;  on  dit  alors  que  le  mot 
eft  employé  dans  le  sens  propre  ,  comme  quand  on 
dit ,  le  feu  briile,  la  lumière  nous  éclaire  ,  la  clarté  du 
jour  ;  car  tous  ces  mots  confervent  dans  ces  phrafes 
leur  Jignification  primitive  fans  aucune  altération  , 
c'cft  pourquoi  ils  font  dans  le  fens  propre. 

«  Mais,  dit  îvl.  du  Marfais  ,  Trop.  Part.  I.  art.  vj. 
*>  quand  un  mot  eft  pris  dans  un  ■è.wXxe  fens ,  il  paroît 
*>  alors  ,  pour  ainfi  dire ,  fous  une  forme  empruntée, 
*>  fous  une  figure  qui  n'eft  pas  fa  figure  naturelle  , 
»  c'eft-à-dire  celle  qu'il  a  eue  d'abord  ;  alors  on  dit 
■î»  que  ce  mot  eft  dans  un  SENS  figuré  ,  quel  que  puif- 
»  fe  être  le  nom  que  l'on  donne  enfuite  à  cette  fi- 
»  gure  particulière  :  par  exemple  .,  le  F  e  u  de  vos 
»  yeux  ^  le  FEU  de  r  imagination  ,  la  LUMIERE  de 
»>  Cefprit ,  la  C  LART  k  d'un  difcours ....   La  liaifon  , 
»  continue  ce  grammairien  ,  ibid.  art.  vij.  §.  ;.  qu'il 
»  y  a  entre  les  idées  acceftbires  ,  je  veux  dire ,  en- 
»  tre  les  idées  qui  ont  rapport  les  unes  auX  autres  , 
»  eft  la  fource  &  le  principe  de  divers /c/25  figurés 
»  que  Ton  donne  aux  mots.  Les  objets  qui  font  fur 
v>  nous  des  impreftions  ,  font  toujours  accompagnés 
»  de  différentes  circonftances  qui  nous  frappent ,  & 
»  par  lefquellcs  nous  défignons  fouvent ,  ou  les  ob- 
>»  jets  mêmes  qu'elles  n'ont  fait  qu'accompagner,  ou 
»  ceux  dont  elles  nous  rappellent  le  fouvenir . . .  Sou- 
*>  vent  les  idées  acceftbires ,  défignant  les  objets  avec 
»  plus  de  circonftances  que  ne  feroient  les  noms  pro- 
»  près  de  ces  objets ,  les  peignent  ou  avec  plus  d'é- 
»  nergie  ou  avec  plus  d'agrément.  De -là  le  figne 
♦>  pour  la  chofe  fignifiée ,  la  caufe  pour  l'effet,  la  par- 
»  tie  pour  le  tout ,  l'antécédent  pour  le  conféquent 
»  &  les  autres  tropes  ,  voye^  Tropf..  Comme  l'une 
»>  de  ces  idées  ne  fauroit  être  réveillée  ûms  exciter 
»  l'autre  ,  il  arrive  que  l'expreflion  figurée  eft  auftl 
»>  facilement  entendue  que  fi  l'on  fe  fervoit  du  mot 
»>  propre  ;  elle  eft  même  ordinairement  plus  vive  & 
>>  plus  agréable  quand  elle  eft  employée  à-propos  , 
»>  parce  qu'elle  réveille  plus  d'une  image  ;  elle  atta- 
»  che  ou  amufe  l'imagination ,  &  donne  aifément  à 
»  deviner  à  l'efprit. 

»  Il  n'y  a  peut-être  point  de  mot  ,  dit-il  ailleurs , 
»  §.  4.  qui  ne  fe  prenne  en  quelque  fens  figuré  , 
Jome  Xr. 


S  EN 


17 


»  c'eft-à-dire  ,  éloigné  de  (^  Jignification  propre  & 
M  primitive.  Les  mots  les  plus  communs,  6c  qui  re- 
»  viennent  fouvent  dans  le  difcours,  font  ceux  qui 
»  foîît  pris  le  plus  fréquemment  dans  un  fens  figuré  , 
»  &  qui  ont  un  plus  grand  nombre  de  ces  fortes  de 
»  fens  :  tels  font  corps  ,  ame  ,  tête ,  couleur  ,  avoir  , 
»  Jaire  ,  &C. 

»  Un  mot  ne  conferve  pas  dans  la  traduôion  tous 
w  les  fens  figurés  qu'il  a  dans  la  langue  originale  : 
»  chaque  langue  a  des  expreffions  figurées  qui  lui 
»  font  particulières ,  foit  parce  que  ces  exprefîions 
»  font  tirées  de  certains  ufages  établis  dans  un  pays  , 
w  &  inconnus  dans  un  autre;  foit  par  quelqu'autrc 
»  raifon  purement  arbitraire.  . .  .  Nous  difons  porter 
»  envie ,  ce  qui  ne  feroit  pas  entendu  en  latin  ^ar  ferre 
»  invidiam  ;  au  contraire ,  morem  gcrere  alicui ,  eft 
»  une  façon  de  parler  latine,  qui  ne  feroit  pas  en- 
»  tendue  en  françois  ;  lî  on  fe  contentoit  de  la  ren- 
»  dre  mot-à-mot ,  &  que  l'on  traduisît ,  porter  la  cou- 
»  tume  à  quelqu'un^  au-lieu  de  dire  ,  faire  voira  quel- 
»  qu'un  qu'on  fe  conforme  à  fon  goût ,  à  fa  manière 

>»  de  vivre  ,  être  complaifant,  lui  obéir ainli 

»  quand  il  s'agit  de  traduire  en  une  autre  langue  quel- 
»  que  expreflion  figurée ,  le  tradufteur  trouve  fou- 
»  vent  que  fa  langue  n'adopte  point  la  figure  de  la 
w  langue  originale  ;  alors  il  doit  avoir  recours  à  quel- 
»  qu'autre  expreflion  figurée  de  fa  propre  langue  , 
»  qui  réponde  ,  s'il  eft  poflible  ,  à  celle  de  fon  au- 
»  teur.  Le  but  de  ces  fortes  de  traduôions  n'eft  que 
»  de  faire  entendre  la  penfée  d'un  auteur  ;  ainfi  on 
»  doit  alors  s'attacher  à  la  penfée  &  non  à  la  lettre, 
»  &  parler  comme  l'auteur  lui-même  auroit  parlé ,  fi 
»  la  langue  dans  laquelle  on  le  traduit ,  avoit  été  fa 
»  langue  naturelle  ;  mais  quand  il  s'agit  de  faire  en- 
»  tendre  une  langue  étrangère  ,  on  doit  alors  tradui- 
»  re  littéralement ,  afin  de  faire  comprendre  le  tour 
»  original  de  cette  langue. 

»  Nos  didionnaires,  §.  5.  n'ont  point  aftezremar- 
»  que  ces  différences,  je  veux  dire,  les  àivtrs  fens 
»  que  l'on  donne  par  figure  à  un  même  mot  dans  una 
»  même  langue  ,  &  les  à^i&éxeniQs  fignifications  que 
»  celui  qui  traduit  eft  obligé  de  donner  à  un  même 
»  mot  ou  à  une  même  expreflion ,  pout  faire  enten- 
»  dre  la  penfée  de  fon  auteur.  Ce  font  deux  idées 
»  fort  différentes  que  nos  diftionnaires  confondent; 
»  ce  qui  les  rend  moins  vitiles  &  fouvent  nuifibles 
»  aux  commençans.  Je  vais  faire  entendre  ma  penfée 
n  par  cet  exemple. 

»  Porter  fe  rend  en  latin  dansleyê/75  propre  par 
»  ferre  :  mais  quand  nous  difons  porter  envie  ,  porter 
»  la  parole  ,  fe  porter  bien  ou  mal  ^  &c.  on  ne  fe  fert 
»  plus  déferre  pour  rendre  ces  façons  de  parler  en 
»  latin  ;  la  langue  latine  a  fesexprelïïons  particulie- 
»  res  pour  les  exprimer  ;  porter  ou  ferre  ne  font  plus 
»  alors  dans  l'imagination  de  celui  qui  parle  latin  : 
»  ainu  quand  on  confidere/'orr^r,  tout  feul  &féparé 
»  des  autres  mots  qui  lui  donnent  un  fens  figuré ,  oa 
»  manqueroit  d'exaditude  dans  les  didionnaires  fran- 
»  çois-latins,  fi  l'on  difoit  d'abord  fimplement ,  que 
»  porter  (e  rend  en  latin  par  ferre  ^  invidere  y  alloqui, 
t>   vulere,  &C. 

»  Pourquoi  donc  tombe-t-on  dans  la  même  faute 
»  dans  les  diftionnaires  latin-françois ,  quand  il  s'a- 
»  git  de  traduire  un  mot  latin  ?  Pourquoi  joint-on 
»  à  la  fignification  propre  d'un  mot  ,  quelqu'autrc 
»  fignification  figurée  ,  qu'il  n'a  jamais  tout  feul  en 
♦>  latin  ?  La  figure  n'eft  que  dans  notre  françois  , 
»  parce  que  nous  nous  fervons  d'une  autre  image, 
>)  &  par  conféquent  de  mots  tout  diffcrens.  (  ^'«'jf^ 
»  le  di£lionnaire  latin-françois,  imprimé  fous  le  nom 
»  de  R.  P. Tachait ,  en  1717,  &  quelqu'autres  dic- 
>»  tionnaires  nouveaux.)  Muicrc ,  par  exemple  ,  fig- 
»  nific  ,  y  dit-on  ,  envoyer  ,  retenir  ,  arrèur  ,  écrire  ; 
»  n'eft-ce  pas  comme  'î\  l'on  difoit  dans  le  didion- 


% 


s  E  N 


*>  p?>c  trançois-latin ,  qu^"  porter  fe  rend  on  latirtpa»- 
t*  ferre  ,  invUcrc  ,  alloqui  ,  valcn  .-J  jamais  mittere 
■»  n'a  en  la  Jignijic.itiori  de  ««/?/> ,  d'arrêter ,  <f  Arirt- , 
>»  dans  l'imagination  d'un  homme  qui  parloit  latui- 
•M  Quand  Tcrcncc  a  dit ,  {Adclph.  lll.  ij.  3 7.)  l^icry- 
>»  rn.^sn:i:ce,  6l  {Hec.  ^./y.  /4-)  mijjflirn  irarn  fuciet-: 
»  w/V.vru-  avoir  toujours  dans  Ion  clprit  la  ilgnirica- 
M  tlon  d't-/7vo)-crr ;  tv/iY)y<;(  loin  de  vous  vos  larmes, 

V  votre  colère  ,  comme  on  renvoie  tout  ce  dont  on 
■>»  veut  W  dctaire  :  que  fi  en  ces  occalions  nous  dllons 
'>  p'i'.Uut ,  retenei  vos  larmes^  rctcnc^  votre  colère,  c'eft 
>•  que  pour  exprimer  ce /è/zi,  nous  avons  recours  à 
»»  une  métaphore  prilc  de  TadHon  que  l'on  fait  quand 
»  on  retient  un  cheval  avec  le  tVcin  ,  ou  quand 
»  on  empêche  qu'une  chofe  ne  tombe  ou  ne  s'é- 
-»»  chappe  :  ainll  il  taut  toujours  dlltingucr  deux 
w  fortes  de  traduaions.(vc>y^^TRADUCTiON,VER- 
M  SION  ,  /'jn.  )  Quand  on  ne  traduit  que  pour  faire 
i>  entendre  la  penfée  d'un  auteur ,  on  doit  rendre,  s'il 
i)  cÛ  polBblc ,  figure  par  figure ,  ians  s'attacher  à  tra- 
»>  duire  littéraJement  ;  mais  quand  il  s'agit  de  donner 
».  l'inteUlgence  d'une  langue  ,  ce  qui  ell  le  but  des 
»)  didionnaircs,  on  doit  traduire  littéralement,  afin 
»  de  taire  entendre  \e  J'ens  figuré  qui  eft  en  uiage  dans 
»  cette  langue  à  l'égard  d'un  certain  mot  ;  autrement 

V  c'ell  touf  confondre. 

»  Je  voudrois  donc  que  nos  didtionnaires  don- 
y>  nallent  d'abord  à  un  mot  latin  la  fgnification  pro- 
»  pre  que  ce  mot  aw)it  dans  l'imagination  des  au- 
»  teurs  latins  :  qu'cnfuitc  ils  ajoutaient  les  divers 
»>  fcns  figurés  que  les  latins  donnoient  à  ce  mot  ;  mais 
»  quand  il  arrive  qu'un  mot  joint  à  im  autre ,  forme 
>♦  une  exprellion  figurée  ,  un  J'ens  ,  une  penlée  que 
»  nous  rendons  en  notre  langue  par  une  image  difFé- 
»  rente  de  celle  qui  étoit  en  ufage  en  latin  ;  alors  je 
»  voudrois  dlftinguer  :  1°.  fi  l'explication  littérale 
»  qu'on  a  déjà  donnée  du  mot  latin,  fuffit  pour  faire 
»  entendre  à  la  lettre  l'exprefîion  figurée ,  ou  lapen- 
»  fée  littérale  du  latin  ;  en  ce  cas  ,  je  me  contente- 
»>  rois  de  rendre  la  penfée  à  notre  manière  ;  par 
»>  exemple  ,  mittere  ,  envoyer  ;  mitte  iram  ,  retenez 
i>  votre  colère  ;  mittere  epiflolam  alicui ,  écrire  une 
>»  lettre  à  quelqu'un.  1°.  Mais  lorfque  la  façon  de 
»  parler  latine ,  ell:  trop  éloignée  de  la  françoife, 
»  6<:  que  la  lettre  n'en  peut  pas  être  aifément  enten- 
»  due  ,  les  didionnaircs  devroient  l'expliquer  d'a- 
»  bord  littéralement ,  &  enfuite  ajouter  la  phrafe 
»  françoife  qui  répond  à  la  latine  ;  par  exemple,  la- 
y>  terern  cruium  lavare  ,  laver  une  brique  crue  ,  c'eft- 
»  à-dire ,  perdre  fon  tems  &  fa  peine  ,  perdre  fon 
>»  latin  ;  qui  laverolt  une  brique  avant  qu'blle  fût 
»  cuite ,  ne  ferolt  que  de  la  boue  ,  &:  perdroit  la 
»  brique  ;  on  ne  doit  pas  conclure  de  cet  exemple  , 
>»  que  jamais  Lavart  ait  fignifié  en  latin  ,  perdre  ;  ni 
»»  later  ,  tems  ou  peine. 

W.Slns  déterminé,  SENS  indéterminé.  Quoique  ch  a- 
■que  mot  ait  néceflairement  dans  le  difcours  une 
li'crnificaiion  fixe  ,  &  une  acception  déterminée  ,  il 
"il^peut  néanmoins  avoir  un  fcns  indéterminé  ,  en 
ce  qu'il  peut  encore  laiffer  dans  l'efi)rit  quelque 
incertitude  fur  la  détermination  préclfe  &  indivi- 
<iuelle  des  fujets  dont  on  parle,  des  objets  que  l'on 

«léfigne. 

Que  l'on  dife ,  par  exemple ,  des  hommes  ont  cru 
que  les  animaux  font  de  pures  machines  ;  un  HOMME 
<i'unc  naijfance  incertaine  ,  jetta  Us  premiers  fonde- 
riens  de  la  capitale  du  monde  :  le  nom  homme  ,  qui  a 
dans  ces  deux  exemples  une fignification  fixe,  qui 
y  cft  pris  fous  une  acception  formelle  &  détermi- 
natlve  ,  y  confcrve  encore  un  fens  indéterminé  , 
parce  que  la  détermination  individuelle  des  fujets 
qu'il  y  défigne  ,  n'y  eft  pas  allez  complctte  ;  11 
peut  y  avoir  encore  de  l'incertitude  fur  cette  dé- 
termination totale  ,  pour  ce  ux  dumoini  qui  igno- 


'\ 


S  E  N 

-rrroient  Thlllolre  du  cartéfianifme  &  celle  de  Rô^" 
jne  ;  ce  qui  prouve  que  la  lumière  de  ceux  qui  ne 
rclleroient  point  indécis  à  cet  égard  ,  après  avoir 
entendu  ces  deuv  propofitions ,  ne  leur  viendroit 
d'ailleurs  que  duyt://v  incme  du  mot  homme. 

Maisfi  l'on  dit,  les  Cartésiens  ont  cru  que  les  ani^^ 
maux  font  de  pures  machines  ;  RoMULU  S  jetta  les  pre- 
miers fondemens  de  la  capitale  du  monde  :  ces  deux  pro'- 
pofitlons  ne  laiflcnt  plus  aucune  incertitude  fur  la  dé- 
termination individuelle  des  hommes  dont  il  y  eft 
qucftion  ;  X^fens  en  cil  totalement  déterminé. 

m.  Sens  aciif,  sens pa£if.  Un  mot  eft  employé 
dansun/tf/z5a£tif,  quandle  fuj et  auquel  il  fe  rapporte, 
ell  envlfagé  comme  le  principe  de  l'aftion  énoncée 
par  ce  mot  ;  il  eit  employé  dans  le  fens  pafîif ,  quand 
le  fujet  auquel  il  a  rapport,  eil  confideré  comme  le 
terme  de  l'impreiTion  produite  par  l'aûlon  que  ce 
mot  énonce:  par  exemple  les  mots  aide  écfecours 
font  pris  dans  un  fens  aftif ,  quand  on  dit,  mon  ai  de^ 
ou  mon  SECOURS  vous  efl  inutile  ;  car  c'eft  comme  fi 
l'on  difoit ,  L'aide  ,  ou  le  secours  que  je  vous  donne- 
Tois^vous  eflinutile  :  mais  ces  mêmes  mots  font  dans  un 
l'cns  paifit,  Il  l'on  dit,  accoure^  à  mon  AIDE,  venei  à  mon 
SECOURS  ;  car  ces  mots  marquent  alors  Vaide  ou  lé 
ficours  que  l'on  me  donnera  ,  dont  je  fuis  le  terme  &: 
non  pas  le  principe.  (  ^qye^  Vaugelas  ,  Rem.  i4/.) 
Cet  enfant  SE  G  A  TE ,  pour  dire  qu'il  tache  fes  hardes  , 
eft  une  phrafe  oii  les  deux  mots  fe  gâte  ,  ont  le  fcns 
adif,  parce  que  V  enfant  auquel  ils  fe  rapportent,  eft 
envlfagé  comme  principe  de  l'aftlon  de  gâter  :  cette 
robe  SE  GATE,  eft  une  autre  phrafe  où  les  deux  mê- 
mes mots  ont  le  fens  paftif ,  parce  que  la  robe  à  laquelle 
ils  ont  rapport ,  eft  confiderée  comme  le  terme  de 
rimpreftîon  produite  par  l'adion  de  gâter.  Voyt^ 
Passif. 

«  Simon,  dansl'Andrienne,(/.//./7.)  rappelle  à 
»  Sofie  les  bienfaits  dont  il  l'a  comblé  :  me  remettre 
»  ainfi  vos  bienfaits  devant  les  yeux  ,  lui  dit  Sofie  , 
»  cef:  me  reprocher  que  je  les  ai  oubliés  ;  (  ifthsec  com- 
»  memoratio  quafi  exprobratio  eft  immemoris  be*- 
»  neficii.)  Les  interprètes,d'accord  entr'eux  pour  le 
»  fond  de  la  penfée,  ne  le  font  pas  pour  lefensd^im- 
»  memoris  :  fe  doit-il  prendre  dans  vxnfens  aftif ,  ou 
»  dans  un  fens  paflif  ?  Mad'.  Dacler  dit  que  ce  mot 
n  peut  être  expliqué  des  deux  manières:  exprobratio 
»  mei  IMMEMORIS ,  &  alors  immemoris  eft  aftif;  ou 
»  h\en,exprobratio beneficii /MM£MOil/>S,lereproche 
»  d'un  bienfait  oublié ,  &  alors  immemoris  eft  paftîf. 
»  Selon  cette  explication  ,  quand  immemor  veut  dire 
»  celui  qui  oublie  ,  il  eft  pris  dans  un  fens  aftif;  au-» 
»  lieu  que  quand  il  fignifie  ce  qui  efl  oublié ,  il  eft 
»  dans  un  J'ens  paftif ,  du  moins  par  rapport  à  notre 
»  manière  de  traduire  littéralement.  »  (  f^oyei  Mé 
duMarfais  ,  Trop. pare.  II J.  an.  iij.  )  Ciceron  a  dit, 
dans  le  fens-àQiii ,  adeonè  immemor  rerum  à  mcgefla- 
rum  cffi  videor  ;  &C  Tacite  a  dit  bien  décidément  dans 
lefns  palfif,  immemor  beneficium.  C'eft  la  mêmechc^ 
fe  du  mot  oppofé  memor.  Plaute  l'emploie  dans  le  fens 
adlf,  a^u^nA\l  (ÏMJac fis promiffi  MEMOR  ;  (Pfeud.) 
6CMEMOREM  /wo/iei,(Capt.)au  contraire , Horace 
l'emploie  dans  le  J'ens  paftif,  lorfqu'il  dit  : 

Impreffît  MEMOREM  dente  labris  notant. 

I.Od.  13; 

M.  du  Marfais,  (  Loc.  cit.)  tire  de  ce  double  J'ens 
de  ces  mots  ,  une  coniéquence  que  je  ne  crois  point 
jufte  ;  c'eft  qu'en  latin  ils  feroicnt  dans  un  fens  neu- 
tre. Il  me  femble  que  cet  habile  grammairien  oublie 
ici  la  fîgnification  du  mot  de  neutre  ,  c'eft-à-dlre,  fé- 
lon lui-même,  ni  aftlf  ni  pallif  :  or  on  ne  peut  pas 
dire  qu'un  mot  qui  peut  fe  prendre  alternativement 
dans  un  fens  aéVit  &  dans  un  fens  paftif,  ait  un  fens 
neutre  ,  de  même  qu'on  ne  peut  pas  dire  qu'un  nom 
cowïmi  Ji  ni  s  y  tantôt  mafculin  6i.  tantôt  féminin,  foiî 


s  E  N' 

du  genre  neutre.  U  faut  dire  que  dans  telle  ])hraf'(?,  l(t 
mot  a  unjins  actif;  dans  telle  autre  ,  un  fens  paffif, 
êi  qu'en  iiii-mênie  il  eil  lulceptible  dds  d^^ax/'éns  , 
(  utnul'qut  &c  non  pas  neutrius.  )  C'eft peut-être  alors 
qu'il  faut  dire  que  hfens  tn  eit  par  lui-mâme  indé- 
terminé ,  6c  qu'il  devient  déterminé  par  Fufage  que 
l'on  en  fait. 

D'aprts  les  notions  que  j'ai  données  du  fens  a£l:if 
ii  Aiijèns  pdTû\  fi  l'on  vouloit  reconnoître  un  fc.ii 
neutre  ,  il  faudrolt  l'attribuer  à  lin  mot  effeiitielie- 
ment  aftif,  dont  le  fujetne  ferolt  envifagé  ni  comine 
principe  ,  ni  comme  terme  de  l'aftion  énoncée  par  ce 
mot:  or  cela  eil:  abfolument  impoiîible,  parce  que 
tout  fujet  auquel  fe  rapporte  une  aftion  ,  en  eft  né- 
ceiïkirement  le  principe  ou  le  terme. 

Une  des  câufes  qui  a  jette  M.  du  Marfais  dans  cette 
tnéprife,  c'eft  qu'il  a  confondu  y^/zi  &  Jignificannn  ; 
te  qui  eft  pourtant  fort  différent  :  tout  mot  pris  dans 
une  acception  formelle  ,  a  une  fîgnificaùon  aftive,  ou 
palHve  ,  ou  neutre  ,  félon  qu'il  exprlaie  une  a(?lion , 
une  paffion  ,  ou  quelque  cfiofe  qui  n'ell  ni  aûion  , 
ni  paillon;  mais  il  a  CQtteJîgniJicaùo>i  par  lui-même  , 
&  indépendamment  des  circonflances  des  phrafcs  : 
auJicu  que  les  mots  fufceptibles  du  fens  aftii ,  ou  du 
fens  paffif ,  ne  le  font  qu'en  vertu  des  circonftances 
de  la  phrafe ,  hors  de- là  ,  ils  font  indéterminés  à  cet 
égard. 

rv.  Sens  abfolu  ,  ses' s  relatif.  J'en  ai  parlé  ail- 
leurs, &  je  n'ai  rien  à  en  dire  de  plus.  F.  Relatif  , 
art.  IL 

V.  Sens  collectif  y  sens  diflnbutif.  Ceci  ne  peut 
res;arderque  les  mots  pris  dans  une  acception  univcr- 
felle  :  or  il  faut  diftinguer  deux  fortes  d'univerfalité , 
l'une  métaphyfique ,  &  l'autfe  morale.  L'univerfali- 
té  eil  métaphyfique  quand  elle  efl  fans  exception  , 
comme  tout  homme  efl  mortel.  L'univerfalité  efl  mo- 
rale ,  quand  elle  eil  iufceptible  de  quelques  excep- 
tions,  comme  tout  vieillard  loue  U  téms pajj'é. 
C'eft  donc  à  l'égard  des  mots  pris  dans  une  acception 
univerfelle  ,  qu'il  y  zfens  colle£lif ,  ou  fens  diftribu- 
tif.  Ils  font  dans  un  fens  coUeftif,  quand  ils  énoncent 
la  totalité  des  individus  ,  fimplcment  comme  totalité: 
Hs  font  dans  un  fens  dlflributif,  quand  on  y  enyifage 
chacun  des  individus  féparément.  Par  exemple,  quand 
on  dit  en  France  que  les  Èveq^ues  jugeniinfailUbk- 
iiient  en  matière  de  foi ,  le  nom  évêquis  y  eft  pris  feule- 
ment dans  le  fens  colle£lif,  parce  que  la  propolition 
n'ell  vraie  que  du  corps  épifcopal  ,  &  non  pas  de 
chaque  évêque  en  particulier  ,  ce  qui  eft  Içfens  dif- 
trlbutif.  Lorfque  l'univerfalité  eft  morale  ,  il  n'y  a 
de  même  que  le  fens  coUeftif  qui  puifTe  être  regar- 
dé comme  vrai  ;  le  fens  diftributif  y  eft  nécefTaire- 
ment  faux  à  caufe  des  exceptions  :  ainfi  dans  cette 
propolition,  fout  vieillard  Loue  le  tems  paffè  ^  il 
n'y  a  de  vrai  que  le  fens  colle£lif ,  parce  que  cela  eft 
afîez  généralement  vrai ,  utplurimàm  ;  le  fens  diftri- 
butif en  eft  faux,  parce  qu'il  fe  trouve  des  vieillards 
équitables  qui  ne  louent  que  ce  qui  mérite  d'être 
loué.  Lorfque  l'univerfalité  eft  métaphyfique ,  & 
qu'elle  n'indique  pas  individuellement  la  totalité  ,  il 
y  a  vérité  dans  la:  fens  colleftif  &  dans  le  fens  diftri- 
butif, parce  que  l'énoncé  eft  vrai  de  tous  &  de  cha- 
cun des  individus  ;  comme  tout  homme  ejl  mortel. 

VI.  Sens  compojé ,  sens  divifé.  Je  vais  tranfcrire 
ici  ce  qu'en  a  dit  M.  du  Marfais  ,  Trop,  part,  III. 
AT  t.  viij. 

«  Quand  l'évangile  dit  ,  Mat.  xj.  à.  les  ÂVEU- 
n  GLES  voyent ,  les  Bol  TEUX  marchent ,  ces  termes , 
♦>  les  aveugles  ,  les  boiteux ,  fe  prennent  en  cette  oc- 
»  caiion  dans  lefns  divifé  ;  c'eft-à-dire  ,  que  ce  mot 
y>  aveugles  (q  dit  là  de  ceux  qui  étoient  aveugles  & 
«  qui  ne  le  font  plus  ;  ils  font  divifés  ,  pour  ainfi 
w  dire  ,  de  leur  aveuglement  j  car  les  aveugles,  en 
Tome  XK, 


S  E  N 


19 


«  tant  qu'aveuglés  (  ce  qui  feroit  le  fens  compofé  ), 
»  ne  voyent  pas. 

»  L'évangile  ,  Mat.  xxvj.  G.  parle  d'un  certain 
»  Simon  appelle  le  Lépreux  ,  parce  qu'il  lavoit  été  ; 
»  c'eft  le  fens  divifé. 

»  Ainli  quand  S.  Paul  a  dit ,  /.  Cor,  vj.  ç) ,  que  Les 
»  IDOLATRES  n'entreront  point  dans  Le  royaume  des 
»  deux , il  a  parlé  des  idolâtres  dans  le  fens  compofé  , 
»  c'efl-à-dire  ,  de  ceux  qui  demeureront  dans  i'ido- 
»  latrie.  Les  idolâtres,  en  tant  qu'idolâtres  ,  n'entre- 
yy  ront  pas  dans  le  royaume  des  cieux  ;  c'eft  le  fens 
»  compofé  :  mais  les  idolâtres  .qui  auront  quitté  l'i- 
»  doiâtrié ,  &  qui  auront  fait  pénitence  ,  entreront 
»  dans  le  royaume  des  cieux  ;  c'eft  le  fens  divifé. 

»  Apelle  ayant  expofé  ,  félon  fa  coutume  ,  un  ta- 
»  bleau  à  la  critique  du  public  ,  un  cordonnier  cen- 
M  fura  la  chaufture  d'une  figure  de  ce  tableau  :  Apelle 
»  réforma  ce  que  le  cordonnier  avoit  blâmé.  Mais  le 
»  lendemain  le  cordonnier  ayant  trouvé  à  redire  à 
»  une  jambe  ,  Apelle  lui  dit  qu'un  cordonnier  ne 
»  devoit  juger  que  de  la  chauffure  ;  d'où  eft  venu  le 
»  proverbe ,  nefutor  ultra  crepidam  ,  (nxp^léeijudicet. 
»  La  rcculation  qu'Apelle  fit  de  ce  Cordonnier,  étoit 
»  plus  piquante  que  railonnable  :  un  cordonnier,  en 
»  tant  que  cordonnier  ,  ne  doit  juger  que  de  ce  qui 
»  eft  de  fon  n.éàer  ;  mais  fi  ce  cordonnier  a  d'autres 
»  lumières ,  il  ne  doit  point  être  récufé  ,  par  celafeul 
»  qu'il  efl  cordonnier  :  en  tant  que  cordonnier ,  (  ce 
»  qui  eft  le  fens  compofé  ) ,  il  juge  fi  un  foulier  eft  bien 
»  fait  &  bien  peint  ;  &:  en  tant  qu'il  a  des  connoiiTan- 
»  CCS  fiipéricures  àfon  métier  ,  il  eft  juge  compétent 
»fur  d'autres  points  ;  il  juge  alors  dans  le  yi/zi  di- 
»  vifé  ,  par  rapport  à  fon  métier  de  cordonnier. 

»  Cvide  parlant  du  facrifice  d'Iphigénie ,  Alet.  xij. 
>>  2j} .  dit  que  V intérêt  public  triompha  de  La  tendrejfe 
»  paternelle  ,  [  &  que  ]  le  roi  vainquit  Le  père  :  poji- 
»  quam  pietatem  publica  caufa  ,  rex  que  patrem  vicit. 
»  Ces  dernières  paroles  font  dans  un  fens  divifé. 
»  Agamemnon  fe  regardant  comme  roi ,  étouffe  les 
»  fentimens  qu'il  reffent  comme  père. 

»  Dans  le  fens  compofé  ,  un  mot  conferve  (difigni- 
%tfication  à  tous  égards ,  &  celle  fignification  entre 
»  dans  la  compofition  au  fens  de  toute  la  phrafe  :  au 
»  lieu  que  dans  le  fens  divifé  ,  ce  n'eft  qu'en  un  cer- 
»  idxnfns  ,  &  avec  reftriflion ,  qu'un  mot  conferve 
»  fon  ancienne  figrjjication  ». 

VII.  Sens  littéral  ,  SENS  fpirltuel.  C'eft  encore 
M.  du  Marfais  qui  va  parler.  Ibid.  art.  ix. 

«  Le  fins  littéral  eft  celui  que  les  mots  excitent 
»  d'abord  dans  l'cfprit  de  ceux  qui  entendent  une 
»  langue  ;  c'eft  le  fins  qui  fe  préfente  naturellement 
»  à  l'efprit.  Entendre  une  exprefTion  littéralement , 
»  c'eft  la  prendre  au  pié  de  la  lettre.  Quœ  dicla  funt 
>■>  ficundùm  litieram  accipere  ,  id  e/î  ,  non  aliter  intel- 
»  Ugere  quàm  Littera  fonat  ;  Aug.  Gen.  ad.  Litt.  Lib. 
»  FUI.  c.  ij..  tom.  m.  C'eft  le  fins  que  les  paroles 
»  fignifîent  immédiatement ,  is  quem  verba  immédiate 
»fignificant, 

»  Le  fens  fpirltuel  eft  celui  que  le  fins  littéral  ren- 
»  ferme  ;  il  eft  enté ,  pour  ainli  dire  ,  fur  le  fins  lit- 
»  téral  ;  c'eft  celui  que  les  chofes  fignifiées  par  le 
»  fins  l'iiiér al  font  naître  dans  l'efprit.  Ainfi  dans  les 
»  paraboles  ,  dans  les  fables ,  dans  les  allc-gories ,  il 
»  y  a  d'abord  un  fens  littéral  :  on  dit ,  par  exem- 
»  pie  ,  qu'un  loup  &  un  agneau  vinrent  boire  à  un 
»  même  raiffeau  ;  que  le  loup  ayant  cherché  querelle 
»  à  l'agneau  ,  il  le  dévora.  Si  vous  vous  attachez  fim- 
»  plemeut  à  la  lettre  ,  vous  ne  verrez  dans  ces  pa- 
w  rôles  qu'une  fimple  avanture  arrivée  à  deux  ani- 
>»  maux  :  mais  cette  narration  a  un  autre  objet ,  on  a 
>»  deflcin  de  vous  taire  voir  que  les  foibles  font  quel- 
»  quefois  opprimés  par  ceux  qui  font  plus  pulfTans  : 
»  &  voilà  le  fens  fpirituel ,  qui  eft  toujours  fondé  fur 
»  leyZvw  littéral  w, 

C,j 


20  S  E  N 

§.  I.  Dlvifion  du  S  ES  S  iinêral.  «  Le/cnJ  littéral 
»  ell  donc  de  deux  ibrtes. 

1.  »)  Il  y  a  wnfins  littéral  rigoureux  ;  c'cft  le  fcns 
»  propre  d'un  mot ,  c'cit  la  lettre  priic  à  la  rij;ueur, 

2.  "  La  lecondc  efpcce  do  fins  littéral ,  c'eft  celui 
»  que  lesexprelFions  tii^uréeb  dont  nous  avons  parlé, 
y>  préléntent  naturellcnieiu  à  l'elprit  de  ceux  qui  en- 
»tendçnt  bien  une  langue  ;  c'elt  un  Jcns  littéral>- 
»>  gurî:  par  exemple  ,  quand  on  dit  d'un  politique, 
>»  q\i'/7  finie  à  propos  la  Jivijlon  entre  fcs  propres 
y,  ennemis  ,  jhner  ne  le  doit  pas  entendre  à  la  rigueur 
»  félon  ley^/Ji  propre  ,  6i  de  la  même  manière  qu'on 
».  dity^'Wc'-  Ju  bU  :  mais  ce  mot  ne  laifle  pas  d'avoir 
ysww fins  littéral,  qui  eltun^c'/zi  figuré  qui  le  pré- 
>.  fente  naturellement  à  l'elprit.  La  lettre  ne  doit  pas 
»  toujours  être  prile  à  la  rigueur  ;  elle  tue ,  dit  laint 
»  Paul  ,  //.  Cor.  iij.  6'.  On  ne  doit  point  exclure 
»  toute  /îgnijicaàon  métaphorique  &  rigurée.  Il  faut 
»  bien  le  garder  ,  dit  S.  Auguftin  ,  d<i  doclr.  chrijl. 
>»  /.  ///.  c.  V.  tom.  III.  Paris,  1685  ,  de  prendre  à 
»  la  lettre  une  façon  de  parler  figurée  ;  6c  c'eft  à  cela 
>»  qu'il  faut  appliquer  ce  palfage  de  S.  Paul ,  la  lettre 
»  tue  &  fejprit  donne  la  vie.  In  principio  cavcnJum 
y,  eft  ne  fi^uratam  locutionsm  ad  litterain  accipias  ;  & 
»  ad  hoc  eriim  ptrtinct  quod  ait  apojlolus  ,  littera  oc- 
»  cidit ,  fpiritus  autem  vivifîcat. 

>»  Il  faut  s'attacher  zwfens  que  les  mots  excitent 
»  naturellement  dans  notre  efprit  ,  quand  nous  ne 
»  fommcs  point  prévenus  &  que  nous  fommes  dans 
»  l'état  tranquille  de  la  raifon  :  voilà  le  véritabIey?/25 
>»  littéral  hguré  ;  c'elt  celui-là  qu'il  faut  donner  aux 
»»  lois  ,  aux  canons ,  aux  textes  des  coutumes  ,  & 
»>  même  à  l'Ecriture-fainte. 

>►  Quand  J.  C.  a  dit ,  Luc.  ix.  S-i..  celui  qui  met  la 
\t  main  a  la  charrue  &  qui  regarde  derrière  lui^  riefl 
»>  point  propre  pour  Le  royaume  de  Dieu  ,  on  voit 
M  bien  qu'il  n'a  pas  voulu  dire  qu'un  laboureur  qui 
»»  en  travaillant  tourne  quelquefois  la  tête  ,  n'eft  pas 
»>  propre  pour  le  ciel  ;  le  vrai  fens  que  ces  paroles 
»  préléntent  naturellement  à  l'elprit ,  c'eft  que  ceux 
V  qui  ont  commencé  à  mener  une  vie  chrétienne  & 
»  à  être  les  dilciples  de  Jelus-Chrill ,  ne  doivent  pas 
w  changer  de  conduite  ni  de  doârine  ,  s'ils  veulent 
»  être  lauvés  :  c'eft  donc  là  \\x\  fens  littéral  figuré.  Il 
»'en  eft  de  mcme  des  autres  palTages  de  l'évangile  , 
»  où  Jefus-Chriltdit ,  Mat.  v.  jc)  ,  de  préfenter  la 
»»  joue  gauche  à  celui  oui  nous  a  frappé  fur  la  droite  , 
»  &  ,  ib.  29.  50.  de  s'arracher  la  main  ou  l'oeil  qui 
»  cil  \m  fujet  de  fcandale  :  il  faut  entendre  ces  paro- 
»  les  de  la  même  manière  qu'on  entend  toutes  les 
M  exprelTions  métaphoriques  &:  figurées  ;  ce  ne  feroit 
»  pas  leur  donner  leur  vrai/i.v;j  ,  que  de  les  entendre 
»  félon  le  fens  littéral  pris  à  la  rigueur  ;  elles  doi- 
»  vent  être  entendues  lelon  la  féconde  forte  de  fens 
M  littéral ,  qui  réduit  toutes  ces  façons  de  parler  fi- 
>♦  gurées  à  leur  julle  valeur  ,  c'eft  -  à  -  dire  ,  au  fens 
>»  qu'elles  avoient  dans  l'efprit  de  celui  qui  a  parlé  , 
»>  &:  qu'elles  excitent  dans  l'efprit  de  ceux  qui  entcn- 
»  dent  la  langue  où  l'exprelTion  figurée  eft  autorifée 
»  par  l'ufage.  Lorfque  nous  donnons  au  blé  le  nom  de 
y»  Ccrcs  ,  dit  Cicéron  ,  de  ruit.  deor.  lib.  III.  n'^.  41. 
»  à  lin.  xvj.  ù  au  vin  le  nom  de  Bacchus  ,  nous  nous 
y)  fervons  d^ une  façon  de  parler  ujitée  en  notre  Langue  , 
y,  tf  ptrfonne  nefl  ajje^  dépourvu  de  izns  pour  prendre 
»  ces  paroles  à  la  rigueur  de  la  lettre.  .  .  . 

»  Il  y  a  fouvent  dans  le  langage  des  hommes  un 
y  fens  littéral  qui  eft  caché,  6c  que  les  circonftances 
>»  des  chofes  découvrent  :  ainli  il  arrive  Ibuvent  que 
M  la  même  propofition  a  un  nA  fens  dans  la  bouche 
♦»  ou  dans  les  écrits  d'un  certain  homme  ,  &  qu'elle 
»  en  a  un  autre  dans  les  difcours  &:  dans  les  ouvrages 
♦♦  d'un  autre  homme  ;  mais  11  ne  faut  pas  légèrement 
»  donner  An  fens  délavantajjcux  aux  paroles  de  ceux 


S  E  N 

M  qtii  ne  penfent  pas  en  tout  comme  nous  ;  il  faut 
»  que  ces  fens  cachés  foi«nt  li  facilement  développés 
»  par  les  circonftances ,  qu'un  homme  de  bon  fens 
»  qui  n'cft  pas  prévenu  ne  puifle  pas  s'y  méprendre. 
»>  Nos  préventions  nous  rendent  toujours  injuftes  , 
»  6c  nous  font  fouvent  prêter  aux  autres  des  fenti- 
»  mens  qu'ils  détellent  aulfi  finceremcnt  que  nous 
»  les  déteftons. 

»  Au  refte ,  je  viens  d'obfcrver  que  le  fns  littéral 
»  figuré  eft  celui  que  les  paroles  excitent  naturellc- 
»  ment  dans  l'elprit  de  ceux  qui  entendent  la  langue 
»  oùl'exprefllon  figurée  eft  autorifée  par  l'ufage  :  ainli 
»  [)our  bien  entendre  le  véritable  /tf/^i  littéral  d'un  au- 
»  teur,  ilnefuftit  pas  d'entendre  les  mots  particuliers 
»  dontils'eft  fervi,  il  faut  encore  bien  entendre  Icsfa- 
M  çons  de  parler  ufitées  dans  le  langage  de  cet  auteur; 
»  fans  quoi ,  ou  l'on  n'entendra  point  le  paftage  ,  ou 
»  l'on  tombera  dans  des  contre  -fens.  En  françois  , 
»  donner  parole  ,  veut  dire  promettre  ;  en  latin  ,  vcrha 
»  dare  ,  lignifie  tromper  :  pœnas  dare  alicui ,  ne  veut 
»  pas  dire  donner  de  la  peine  à  quelquun  ,  lui  faire  de  la 
»  peine  ,  il  veut  dire  au  contraire  ,  être  puni  par 
»  quelquun  ,  lui  donner  la  latisfaftion  qu'il  exige  de 
»  nous  ,  lui  donner  notre  fupplice  en  payement , 
»  comme  on  paye  une  amende.  Quand  Properce  dit 
»  à  Cinthie  ,  dabis  milii  perfida  pœnas  ,  //.  eUg.  v.  j. 
»  il  ne  veut  pas  dire,  perjide  ,  vous  m'alk:^  cai  fer  bien 
>*  des  tourmtns  ,  il  lui  dit  au  contraire  ,  qu'il  la  fera 
»  repentir  de  la  perfidie.  Perfide  ,  vous  me  le  payt- 
>*rei  :  voilà  peut-être  ce  qui  répond  le  plus  exaéte- 
»  ment  au  dabis  mihi  panas  de  Properce. 

»  Il  n'eft  pas  poflible  d'entendre  le  fens  littéral  de 
»  l'Ecriture  lainte ,  fi  l'on  n'a  aucune  connoilTance 
>»  des  hébraïfmes  6c  des  hellénifmes  ,  c'eft-à-dire ,  des 
»  façons  de  parler  de  la  langue  hébraïque  6c  de  la 
»  langue  grecque.  Lorfque  les  interprètes  traduifent 
»  à  la  rigueur  de  la  lettre  ,  ils  rendent  les  mots  & 
»  non  le  véritable  fiens.  De-là  vient  qu'il  y  a  ,  par 
»  exemple  ,  dans  les  pfeaumes  ,  plufieurs  verfets  qui 
»  ne  font  pas  intelligibles  en  latin.  Montes  Du  ,  pfi, 
»  j3  ,  ne  veut  pas  dire  des  montagnes  confiacrèes  à 
»  Dieu  ,  mais  de  hautes  montagnes  ».  Foye:^  IDIO- 
TISME &  Superlatif, 

»  Dans  le  nouveau  Teftament  même  il  y  a  plufieurs 
»  partages  qui  ne  fanroient  être  entendus ,  fans  la 
»  connoifî'ance  des  idiotilmes  ,  c'eft-à-dire  ,  des  fa- 
»  çons  de  parier  des  auteurs  originaux.  Le  mot  hé- 
»  breu  qui  répond  au  mot  latin  verbum  ,  fe  prend  or- 
»  dinairement  en  hébreu  pour  chofi  lignifiée  par  la 
»  parole  ;  c'eft  le  mot  générique  qui  répond  à  nege- 
»  tium  ou  res  des  Latins.  Tranfeamus  ufique  BethLem  , 
»  &■  videamus  hoc  V ERBVM  quod fiaclum  efi.  Luc  ij. 
»  16.  Paftbns  jufqu'à  Bethléem  ,  &  voyons  ce  qui  y 
»  eft  arrivé.  Ainfi  lorfqu'au  troifieme  verfet ,  du  cha- 
»  pitre  8  du  Deutéronome  ,  il  eft  dit  (  Deus  )  dédit 
»  tibi  cibum  manna  quod  ignorahas  tu  <■>  patres  tui  , 
»  ut  oflenderet  tibi  quod  non  infiolo  pane  vivat  Homo  y 
yifiei  in  omni  verbo  quod  e^reditur  de  ore  Dei.  Vous 
»  voyez  que  in  omni  verbo  fignifie  in  omni  re  ,  c'eft- 
»  à-dire ,  de  tout  ce  que  Dieu  dit ,  ou  veut  qui  fierve  de 
y,  nourriture.  C'eft  dans  ce  même  fiens  que  Jefus- 
»  Chrift  a  cité  ce  partage  :  le  démon  lui  propofoit  de 
M  changer  les  pierres  en  pain  ;  il  n'eft  pas  nécefliiire 
»  de  faire  ce  changement,  répond  Jelus-Chrift  ,  car 
»  r homme  ne  vit  pas  fitulement  de  pain  ,  il  fe  nourrit 
»  encore  de  tout  ce  qui  plaît  à  Dieu  de  lui  donner  pour 
»  nourriture  ,  de  tout  ce  que  Dieu  dit  qui  fiervira  de 
y>  nourriture.  Mat,  iv.  4,  Voilà  la  fiens  littéral  ;  celui 
»  qu'on  donne  communément  à  ces  paroles,  n'eft 
»  qu'un  /c/25  moral  ». 

§.  2.  Divfion  du  SENS  fipirituel.  «  Le  fiens  fpiri- 
»  tuel  eft  auiîi  de  plufieurs  fortes,  i.  Le  sens  moral. 
»  2.  Le  SENS  allégorique.  3.  Le  SENS  anagogique. 
1 ,  S£NS  moral.  »  hç. finis  moral  eft  une  interpré- 


s  E  N 


S  E  N 


II 


»  tatîon  félon  laquelle  on  tire  quelque  înftru^^îon 
»  pour  les  mœurs.  On  tire  un  feas  moral  des  hill:oi- 
>»  res  ,  dos  fables  ,  &c.  Il  n'y  a  rien  de  iî  profane  dont 
M  on  ne  puifle  tirer  des  moralités ,  ni  rien  de  fi  i'é- 
»  rieux  qu'on  ne  puifle  tourner  en  burlefque.  Telle 
»  c^  la  liaifon  que  les  idées  ont  les  unes  avec  les  au- 
»  très  :  le  moindre  rapport  réveille  une  idée  de  mo- 
»  ralité  dans  un  homme  dont  le  goût  ell  tourné  du 
»  côté  de  la  morale  ;  &  au  contraire  celui  dont  l'i- 
»  magination  aime  le  burlelque ,  trouve  du  burlef- 
»  que  par-tout. 

»  Thomas  Walleis  ,  jacobin  anglois  ,  fît  impri- 
»  mer  vers  la  fin  du  xv.  fiecle  ,  à  l'ufage  des  prédi- 
»  cateurs  ,  une  explication  morale  des  métamor- 
»phofes  d'Ovide.  Nous  avonsle  Virgile  travefti  de 
»  Scaron.  Ovide  n'avoit  point  penfé  à  la  morale  que 
>>  Wallcis  lui  prête  ,  &  Virgile  n'a  jamais  eu  les  idées 
»  burlefques  que  Scaron  a  trouvées  dans  fon  Enéide. 
»  11  n'en  efl:  pas  de  même  des  fables  morales  ;  leurs 
»  auteurs  mêmes  nous  en  découvrent  les  moralités  ; 
»  elles  font  tirées  du  texte  comme  une  conféquence 
M  eft  tirée  de  fon  principe. 

a.  Sens  allégorique.  »>  hefens  allégorique  fe  tire 
»  d'un  difcours,  qui ,  à  le  prendre  dans  {on  fins  pro- 
»  pre  ,  fignifie  toute  autre  chofe  :  c'eft  une  hiftoire 
»  qui  eft  l'image  d'une  autre  hiftoire  ,  ou  de  quel- 
>>  qu'autre  penfée.  Foye^  Allégorie. 

»  L'elprit  humain  a  bien  de  la  peine  à  demeurer 
»  injdétermlné  fur  les  caufes  dont  il  voit  ou  dont  il 
»  relient  les  effets  ;  ainfi  lorfqu'il  ne  connoxt  pas  les 
»  caufes ,  il  en  imagine  &  le  voilà fatisfait.  Les  payens 
»  imaginèrent  d'abord  des  caufes  frivoles  de  la  plû- 
»>  part  des  effets  naturels  :  l'amour  flit  l'effet  d'une 
»  divinité  particulière  :  Prométhée  vola  le  feu  du 
»  ciel  :  Céres  inventa  le  blé  ,  Bacchus  le  vin,  &c. 
»  Les  recherches  exaftes  font  trop  pénibles  ,  &  ne 
»>  font  pas  à  la  portée  de  tout  le  monde.  Quoi  qu'il 
»  en  loit  ,.  k  vulgaire  fuperjîitieux  ,  dit  le  P.  Sanadon , 
v>  focues  d  Hor.  t.  I.  pag.  S04  ,  fut  la  dupe,  des  vi- 
)>j:oiinaires  qui  inventèrent  toutes  ces  fables. 

»  Dans  la  fuite  ,  quand  les  payens  commencèrent 
»  à  fe  policer  &  à  faire  des  réflexions  fur  ces  hlftoires 
»  fabuleufes  ,  il  fe  trouva  parmi  eux  des  myftiques, 
»  qui  en  enveloppèrent  les  abfurdltés  fous  le  voile  des 
»  allégories  &  des  fins  figurés ,  auxquels  les  premiers 
»  auteurs  de  ces  fables  n'a  voient  jamais  penfé. 

»  Il  y  a  des  pièces  allégoriques  en  profe  &  en  vers  : 
>»  les  auteurs  de  ces  ouvrages  ont  prétendu  qu'on  leur 
«  donnât  un  fins  allégorique  ;  mais  dans  leshifîoires, 
»  &  dans  les  autres  ouvrages  dans  lefquels  il  ne  pa- 
»  roît  pas  que  l'auteur  ait  longé  à  l'allégorie  ,  il  eff 
>y  inutile  d'y  en  chercher.  Il  faut  que  leshiftoires  dont 
»  on  tire  enfuite  les  allégories ,  ayent  été  compofées 
»  dans  la  vue  de  l'allégorie  ;  autrement  les  explica- 
»  tions  allégoriques  qu'on  leur*  donne  ne  prouvent 
»  rien  ,  &C  ne  font  que  des  explications  arbritraires 
»  dont  il  eft  libre  à  chacun  de  s'amufer  comme  il  lui 
»  plaît ,  pourvu  qu'on  n'en  tire  pas  des  conféquen- 
»  cesdangereufes. 

»  Quelques  auteurs  ,  Indiculus  hijlorico-chronolo- 
»  gicus^  in  fabri  thefiauro  ,  ont  trouvé  une  image  des 
»  révolutions  arrivées  à  la  langue  latine ,  dans  la  fta- 
>>tue  que  Nabuchodonofor  vit  en  fonge  ;  Dan.  ij. 
»3/.  ils  trouvent  dans  ce  longe  une  allégorie  de  ce 
»  qui  devoit  arriver  à  la  langue  latine. 

»  Cette  flatue  étoit  cxtraordinalrcment  grande  ; 
»  la  langue  latine  n'étoit-elle  pas  répandue  prefque 
»  par-tout  ? 

»  La  tête  de  cette  llatue  étoit  d'or  ,  c'eft  le  fiecle 
»  d'or  de  la  langue  latine  ;  c'cft  le  tems  de  Térence  , 
»  de  Ccfar,  de  Cicéron,  de  Virgile  ;  en  un  mot,c'ell 
>>  le  fiecle  d'Augufle. 

»  La  poitrine  &  les  bras  de  la  flatue  étoient  d*ar- 
»  geat  ;  c'ell  le  fiecle  d'argent  de  la  langue  latine  ; 


»  c'eft  depiiîs  la  mort  d'Augufle  jufqu'à  la  mort  de 
»  l'empereur  Trajan,  c'eft-à-dire  jufqu'environ  cent 
»  ans  après  Augufle. 

»  Le  ventre  &  les  cuiffes  de  la  flatuc  étoient  d'ai- 
»  rain  ;  c'efl  le  fiecle  d'airain  de  la  langue  latine  ^ 
»  qui  comprend  depuis  la  mort  de  Trajan,  jufqu'à  la 
»  priié  de  Rome  par  les  Goths,  en  410. 

»  Les  jambes  de  la  flatue  étoient  cie  fer ,  &  les  pies 
w  partie  de  fer  &  partie  de  terre  ;  c'efi  le  liecle  de  fer 
»  de  la  langue  latine  ,  pendant  lequel  les  différentes 
>>  incurfions  des  barbares  plongèrent  les  hommes 
»  dans  une  extrême  ignorance  ;  à-peine  la  langue  la- 
n  tine  fe  conferva-t-elle  dans  le  langage  de  l'Eglife» 

»  Enfin  une  pierre  abattit  la  flatue  ;  c'efl  la  langue 
»  latine  qui  ceffa  d'être  une  langue  vivante. 

»  C'efl  ainfi  qu'on  rapporte  tout  aux  idées  dont  on 

»  efl  préoccupé. 

»  Lesfens  allégoriques  ont  été  autrefois  fort  à  la  mo- 

»  de,&  ils  le  font  encore  en  orient;on  en  trouvoitpar* 

»  tout  jufaue  dans  les  nombres.  Métrodore  deLamo- 

fi.  ^  ^  ^  L 

M  faque ,  au  rapport  de  Tatien  ,  avoit  îotirne  Homère 
»  tout  entier  en  allégories.  On  aime  mieux  aujour- 
»  d'hui  la  réalité  du/è/25  littéral.  Les  explications  myf- 
»  tiques  de  l'Ecriture-fainte  qui  ne  font  point  fixées 
»  par  les  apôtres  ,  ni  éîabUes  clairement  par  la  revé- 
»  lation  ,  font  fujettes  à  des  illufions  qui  mènent  au 
»  fanatifme.  Foye^^  Huet ,  Origenianor.  lib.  II.  quctfi 
»  / j .  pag.  iyi.6i  le  livre  intitulé ,  Traite  du  fens  lit~ 
»  téral  &  du  fens  myfiique  .,  félon  la  doctrine  des  pères. 
3.  Sens  <z/zû^(7g'i^ae.«Leyè-'25anagogiquen'efl  guère. 
»  en  ufage  que  lorfqu'il  s'agit  de  différensy^/zi^  de  l'E- 
»  criture-fainte.  Ce  mot  anagogique  vient  du  grec 
»  àvctyoùyii  ,  qui  veut  dire  élévation  :  «Va  ,  dans  la 
»  compofition  des  mots  ,  fignifie  fcRivent  au-dcffus  , 
»  en-haut ,  ctyvy»  veut  dire  conduite  ;  de  uyu> ,  je  con- 
»  duis  :  ainfi  Ic/^/w  anagogique  de  l'Ecriture-fainte  efl 
»  unyè/zjmyftique  qui  élevé  l'efprit  aux  objets  célef- 
»  tes  &  divins  de  la  vie  éternelle  dont  les  faints  jouif- 
»  fent  dans  le  ciel. 

»  Le  fens  littéral  efl  le  fondement  des  zutres  fins 
»  de  l'Ecriture-fainte.  Si  les  explications  qu'on  ea 
»  donne  ont  rapport  aux  mœurs  ,  c'efl  le  fins  moral. 
»  Si  les  explications  des  paflages  de  l'ancien  Tefla- 
»  ment  regardent  l'Eghfe  &  les  myfleres  de  notre  rc- 
»  llgion  par  analogie  ou  refiTemblance ,  c'efl  le  fins  al- 
»  légorique  ;  ainfi  le  facrifice  de  l'agneau  pafcal ,  le 
»  ferpent  d'airain  élevé  dans  le  defert ,  étoient  autant 
»  de  figures  du  facrifice  de  la  croix. 

»  Enfin  lorfque  ces  explications  regardent  l'Eglif© 
»  triomphante  &  la  vie  des  bienheureux  dans  le  ciel, 
»  c'efl  \efins  anagogique  ;  c'eft  ainfi  que  le  fabbat  des 
»  Juifs  efl  regardé  comme  l'image  du  repos  éternel 
»  des  bienheureux.  Ces  difierens  fens  qui  ne  font 
»  point  le /ê/25  littéral,  ni  le  fins  moral,  s'appellent 
»  aufli  en  général  Sens  tropologique ,  c'efi-à-dire/c/2.s 
»  figuré.  Mais  ,  comme  je  l'ai  déjà  remarqué  ,  il  faut 
»  fuivredans  le/e/25  allégorique  éc  dans  X^fins  anago- 
»  gique  ce  que  la  révéhtion  nous  en  apprend ,  &:  s'ap- 
»  pliquer  fur-tout  à  l'intelligence  dujens  littéral,  qui 
»  efl  la  règle  infaillible  de  ce  que  nous  devons  croire 
»  &  pratiquer  pour  être  fauves  ». 

VIII.  Sens  adapté.  C'efl  encore  M.  du  Marfais 
qui  va  nous  inflruire ,  Ib.  art.  x. 

«  Quelquefois  on  fe  fert  des  paroles  de  l'EcrlturC" 
»  fainte  ou  de  quelque  auteur  profane  ,  pour  en  faire 
M  une  application  particulière  qui  convient  au  fujet 
»  dont  on  veut  parler  ,  mais  qui  n'cfl  pas  le  fins  na- 
»  turel  &  littéral  de  l'auteur  dont  on  les  emprunte  ; 
»  c'efl  ce  qu'on  appelle  finfus  accommodatitius  ,  fins 
»  adapté. 

»  Dans  les  panégyriques  des  faints  &  dans  les  orai- 
»  fons  funèbres,  le  texte  du  difcours  efl  pris  ordinai- 
»  rement  dans  Xçfins  dont  nous  parlons.  NI.  Fléchicr, 
»  dans  fon  oraifon  funèbre  de  M.  de  Turennc  ,  apj 


22 


S  E  N 


"  pliqiic  à  fon  héros  ce  qni  cil  dit  dans  rEcriturc  à 
»  rocc.inon  de  Judai  Machabcc  qui  tut  tue  dans  une 
»»  bataille. 

V  Le  perc  le  Jeune  de  l'oratoire  ,  fameux  mifïïon- 
M  nairc  ,  s'appelloit  Juin  ;  il  ctoit  devenu  aveugle  : 
».  il  tilt  nommé  pour  prêcher  le  carême  à  Marleille 

V  aux  Acoides  ;  voici  le  texte  de  fon  premier  fermon: 

V  Fuit  hoii.o  mijfus  à  Dco  ,  cuï  nomcn  crai  Joannes  ; 
M  non  crat  ilU  lux  ,  fcd  ut  ttjlimomorn  pcrhibcret  de  lu- 
»  mine  ,  Joan./.  6.  On  voit  qu'ilfaifoitallufionàfon 

V  nom  &:  A  fon  aveuglement. 

•»  H  y  a  quelques  pallagcs  des  auteurs  profanes  qui 
»  font  c(Miime  partes  en  proverbes  ,  &  auxquels  on 
»  donne  communément  un  j'tns  détourné  ,  qui  n'eft 
M  pas  précilément  le  même  /i'/zi  que  celui  qu'ils  ont 
M  dans  l'auteur  d'oii  ils  font  tirés;  en  voici  des  exem- 
»  pies  : 

I.  »  Quand  on  veut  animer  un  jeune  homme  à 
»  faire  parade  de  ce  qu'il  lait  ,  ou  blâmer  un  favant 
»  de  ce  qu'il  le  tient  dans  l'obfcurité  ,  on  lui  dit  ce 
»  vers  de  Perfe  ^fat.  j.  27 .  Scirt  tuum  nihïl  eji ,  niji  te 
rfcirc  hocfciat  altcr.  Toute  votre  fcience  n'clt  rien ,  li 
r>  les  autres  ne  favent  pas  combien  vous  êtes  favant. 
»  La  pcn(éc  de  Perfe  eft  pourtant  de  blâmer  ceux  qui 
•>  n'fetuditntqne  pour  faire  enfuite  parade  decequ'ils 
M  favent  : 

En  pallor ^f'in'iumque  :  0  morcs  !  ufque  adeone 
Siire  luurn  nihil  eji  ,  niji  tefctre  hocfciat  altcr  ? 

»  Il  y  a  une  interrogation  &  une  furprife  dans  le 
«texte  ,  &  l'on  cite  le  vers  dans  un  fens  abfolu. 

1.  »  On  dit  d'un  homme  qui  parle  avec  emphafe , 
»  d'un  fîyle  ampoulé  &  recherché  ,  que 

Projicit  ampullas  &  fcfquipedalia  vcrba  : 

»  il  jette  ,  il  fait  fortir  de  fa  bouche  des  paroles  en- 
»  fiées  &  des  mots  d'un  pie  &  demi.  Cependant  ce 
»  vers  a  wnfens  tout  contraire  dans  Horace,  Anpoët. 
MO".  La  tragédie,  dit  ce  poëte  ,  ne  s'exprime  pas 
»  toujours  d'un  Ûyle  pompeux  6c  élevé  :  Télephe  & 
»  Pélce  ,  tous  deux  pauvres  ,  tous  deux  chafTés  de 
>»  leurs  pays  ,  ne  doivent  pas  recourir  à  des  termes 
»  enflés ,  ni  fc  lervir  de  grands  mots  :  il  faut  qu'ils 
M  fartent  parler  leur  douleur  d'un  ilyle  fimple  6i  na- 
»  turel ,  s'ils  veulent  nous  toucher ,  &  que  nous  nous 
»  intérertions  à  leur  mauvaife  fortune  ;  ainii  proji- 
»  clt ,  dans  Horace  ,  veut  dire  il  rejette. 

El  tragicusplerumque  doletfermone  pedejlri 
Telephus  &  Peleus ,  ciim  pauper  &  cxul  uterque 
Projicit  ampullas  &  fefquipedaiia.  verba  , 
Si  curât  cor  fpeclantis  tetigiffe  quereld. 
»  M.  Eoileau  ,  Art  poétiq.  ch.  III.  nous  donne  le 
»>  même  précepte  : 

Q^ue  devant  Troie  enflamme  ,  Hècubc  defolce 
Ne  vienne  pas  ponjjer  une  plainte  ampoulée. 

>»  Cette  remarque  ,  qui  fe  trouve  dans  la  plupart 
»  des  commentateurs  d'Horace  ,  ne  devoit  point 
»  échapper  aux  auteurs  des  didionnaires  fur  le  mot 
»  projicere. 

3.  »  Souvent  pour  excufer  les  fautes  d'un  habile 
»  homme  ,  on  cite  ce  mot  d'Horace  ,  Art poèt.  359. 
»  Quandoque  bonus  dormitat  Homerus  ;  comme  fi 
>»  Horace  avoit  voulu  dire  que  le  bon  Homère  s'en- 
»  dort  quelquefois.  Mais  quandoque  eft  là  pour  quan- 
»  documqut ,  (  toutes  les  fois  que  )  ;  &  bonus  ell  pris 
»  en  bonne  part.  Je  luis  fâché  ,  dit  Horace  ,  toutes 
»  les  fois  que  je  m'appcrçois  qu'Homère  ,  cet  cxcel- 
»  lent  poëte  ,  s'endort ,  fe  néglige  ,  ne  fe  foutient 

V  pas. 

Indignor  quandoque  bonus  dormitat  Homerus. 

>•  M.  Danet  s'eft  trompé  dans  l'explication  qu'il 
»  donne  de  ce  paflTage  dans  fon  didionnaire  latin- 
«  frajKois  fur  ce  mot  quandoque. 


S  E  N 

4.  »  Enfin  pour  s'excufer  quand  on  ert:  tombé  dans 
»  quelque  faute ,  on  cite  ce  vers  dcTérence  ,  Heaut. 
>»  l.j.  zS. 

Homofum  ,  humani  nihil  à  me  alienum puto  , 

»  comme  fi  Térence  avoit  voulu  dire  ^  Je  fuis  homme , 
>yje  ne  fuis  point  exempt  desfoiblefjes  de  T humanité  ;  ce 
»  n'eft  pas  l;\  \Qfens  de  Térence.  Chrêmes ,  touché  de 
»  l'afflidion  où  il  volt  Ménédème  fon  voifin,  vient  lui 
»  demander  quelle  peut  être  la  caufe  de  fon  chagrin, 
»  ëc  des  peines  qu'il  fe  donne  :  Ménédème  lui  dit 
»  brufquement,  qu'il  faut  qu'il  ait  bien  du  loifir  pour 
»  venir  fe  mêler  des  affaires  d'autrur.  Je  fuis  hornme  ^ 
>►  répond  tranquillement  Chrêmes  ;  a«/z  de  tout  ce  qui 
»  regarde  les  autres  hommes  n'ejl  étranger  pour  moi  ,  jc 
»  m'intérejfe  à  tout  ce  qui  regarde  mon  prochain. 

»  On  doit  s'étonrter ,  dit  madame  Dacier  ,  que  ce 
»  vers  ait  été  fi  mal  entendu ,  après  ce  que  Cicéron  en 
»  a  dit  dans  le  premier  livre  des  Offices. 

»  Voici  les  paroles  de  Cicéron  ,  /.  Offic.  n.  2^. 
»  à  lin.  [IX.  Efl  enim  difficilis  cura,  rerum  alienarum  , 
»  quunquam  Terentianus  ille  Chrêmes  humani  nihil  à  fi 
»  alienum  putat.  J'ajouterai  un  paflfage  de  Séneque, 
»  qui  ert:  un  commentaire  encore  plus  clair  de  cespa- 
»  rôles  deTérence.  Séneque  ce  philofophe  payen,ex- 
»  plique  dans  unedefes  lettres  comment  les  hommes 
»  doivent  honorer  la  majellé  des  dieux  :  il  dit  que  ce 
»  n'efl  qu'en  croyant  à  eux ,  en  pratiquant  de  bon- 
»  nés  oeuvres  ,  &  en  tâchant  de  les  imiter  dans  leurs 
»  perfeftions,  qu'on  peut  leur  rendre  un  culte  agréa- 
>»  ble  ;  il  parle  enfuite  de  ce  crue  les  hommes  fe  doi- 
»  vent  les  uns  aux  autres.  Nous  devons  tous  nous 
»  regarder  ,  dit-il ,  comme  étant  les  membres  d'un 
»  grand  corps  ;  la  nature  nous  a  tirés  de  la  même  four- 
»  ce  ,  &  par-là  nous  a  tous  faits  parens  les  uns  des 
»  autres  ;  c'efl  elle  qui  a  établi  l'équité  &  la  jufiice. 
»  Selon  l'inftitution  de  la  nature ,  on  efl  plus  à  plaindre 
»  quand  on  nuit  aux  autres  ,  que  quand  on  en  reçoit 
»  du  dommage.  La  nature  nous  a  donné  des  mains 
»  pour  nous  aider  les  uns  les  autres;  ainfi  ayons  tou- 
»  jours  dans  la  bouche  &  dans  le  cœur  ce  vers  deTé- 
>yrç.nz(i\  je  fuis  homme  ,  rien  de  tout  ce  qui  regarde  Us 
»  hommes  n'ejl  étranger  pour  moi  ». 

Membrafumus  corporis  magni  ,  natura  nos  cognatos 
edidit  ,  cùm  ex  iïfdem  &  in  idem  gign:ret.  Haec  nobis 
amorem  indidit  mutuum  &  fociabiles  ftcit  ;  illa  ctquum 
juflumque  compofuit  :  ex  illius  conftitutione  miferius  efl 
nocere  quam  Icedi  ;  &  illius  imperio  paraice  funt  ad  ju~ 
vandum  manus.  IJie  verfus  &  in  peclore  &  in  orejît , 
Homo  fum  ,  humani  nihil  à  me  alienum  puto.  Ha" 
beamus  in  commune  ,  quod  nati  fumus  ,  Sénec.  ep^ 
xcv. 

«  Il  efl  vrai  en  général  que  les  citations  &  les  ap- 
»  pHcations  doivent  être  jultes  autant  qu'il  efl  pofîî- 
»ble  ,  puifqu'autremeht  elles  ne  prouvent  rien  ,  & 
»  ne  fervent  qu'à  montrer  une  fauffe  érudition  :  mais 
»  il  y  auroit  du  rigorifme  à  condamner  tout  fens 
»  adapté.  • 

»  11  y  a  bien  de  la  différence  entre  rapporter  un 
»  paffage  comme  une  autorité  qui  prouve ,  ou  fim- 
»  plement  comme  des  paroles  connues  ,  auxquelles 
»  on  donne  un  fens  nouveau  qui  convient  au  fujet 
»  dont  on  veut  parler  :  dans  le  premier  cas ,  il  faut  con- 
»  ferver  hfens  de  l'auteur  ;  mais  dans  le  fécond  cas  ^ 
w  les  partages  auxquels  on  donne  un  fens  différent  de 
»  celui  qu'ils  ont  dans  leur  auteur ,  font  repardés 
»  comme  autant  de  parodies  ,  &c  comme  une  forte 
»  de  jeu  dont  il  eft  fouvent  permis  de  faire  ufage  ». 

IX.  Sens  louche ,  Sens  équivoque,  hefens  louche 
naît  plutôt  de  la  difpofition  particuherc  des  mots  qui 
entrent  dans  unephrafe  ,  que  de  ce  que  les  termes  en 
font  équivoques  en  loi.  Ainfi  ce  feroit  plutôt  la  phrafe 
qui  devroit  être  appellée  louche ,  fi  l'on  vouloit  s'en 
lenir  au  fens  littéral  de  la  métaphore  :  «  car ,  dit  M, 


'SE  N 


>dii  Marfiiis,  Trop.  part.  III.  art.  vj.  Mmmeles  per- 
»  fonncs  louches  paroiffent  regarder  d'un  côté  pen- 
»  dant  qu'elles  regerdent  d'un  autre  ,  de  même  dans 
»)  les  conftrudlions  louches  ,  les  mots  femblent  avoir 
»  un  certain  rapport  pendant  qu'ils  en  ont  un  autre»>: 
par  conféquent  c'eil:  la  phrafe  même  qui  a  le  vice 
(d'être  louche;  &  comme  les  obie<s  vus  par  les  per- 
ibimes  louches  ne  l'ont  point  louches  pour  cela  ,  mais 
feulement  incertains  i\  l'égard  des  autres,  de  même  le 
f:ns  louche  ne  peut  pas  être  regardé  proprement 
comme  louche ,  il  n'eft  qu'incertain  pour  ceux  qui 
entendent  ou  qui  lilent  la  phrafe.  Si  donc  on  donne 
He  nom  de /èr:s  louche  à  celui  qui  réfulte  d'une  difpo- 
lition  louche  de  la  phrale  ,  c'ert  par  métonymie  que 
Ton  tranCporte  à  la  chofe  fignifiée  le  nom  métapho- 
rique donné  d'abord  au  ligne.  Voici  un  exemple  de 
fonftnidion  &  de/ens  lotiche  ,  pris  par  M.  du  Mar- 
iais, dans  cette  chanfbnii  connue  d'un  de  nos  meil- 
leurs opéra  : 

Tu  fais  charmer  ^ 
Tu  fais  défarmer 
Le  dieu  de  la  guerre  .• 


^  E  N 


i| 


Le  dieu  du  tonnerre 
Se  lai£e  enjîammen 

^  L«  dieu  du  tonnerrre^  dit  notre  grammairien ,  paroît 
v  d'abord  être  le  terme  de  l'aftion  de  charmer  &  de 
9>  défarmer  .^  aulîi  bien  que  le  dieu  de  la.  guerre  :  cepen- 
>>  dant  quand  on  continue  à  lire  ,  on  voit  ailément 
»  que  le  dieu  du  tonnerre  eu  le  nominatif  ou  le  fujet 
»>  dey^  lai£c  enflammer  ».        .  . 

Voici  un  autre  exemple  cité  par  Vaugelas  ,  Rem. 
iic).  «  Germanicus ,  (  en  parlant  d'Alexandre)  û  égalé 
^}fa  vertu  ,   &  fon  bonheur  ri" a  jamais  eu  de  pareil .... 
»  On  appelle  cela  ,  dit  il, une  conftruction  louche^  par- 
»  ce  qu'elle  lemble  regarder  d'un  côté  ,  &  elle  re- 
»>  garde  de  l'autre  ».  On  voit  que  ce  purifie  célèbre 
fait  tomber  en  effet  la  quaUfîcation  de  louche  fur  la 
conftruûion  plutôt  que  fur  le  f  eus  de  la  phrafe  ,  con- 
formément à  ce  que  j'ai  remarqué.  «  Je  fais  bien  , 
ajoute-t-il  en  parlant  de  ce  vice   d'élocution  ;  & 
j'adopte  volontiers  fa  remarque  :  »  je  fais  bien  qu'il  y 
»  aura  affez  de  gens  qui  nommeront  ceci  lînfcrupule 
»  ik.  non  pas  une  faute ,  parce  que  la  lefture  de  toute 
»  la  période  fait  entendre  lefens ,  &  ne  permet  d'en 
»  douter  ;  mais  toujours  ils  ne  peuvent  pas  nier  que 
»  le  le£teur  &  l'auditeur  n'y  foient  trompés  d'abord , 
*>  &  quoiqu'ils  ne  le  foient  pas  long  tems  ,  il  eil  cer- 
M  tain  qu'ils  ne  font  pas  bien-aifes  de  l'avoir  été,  & 
*>  que  naturellement  on  n'aime  pas  à  fe  méprendre  : 
♦>  enfin  e''eû  une  imperfeftion  qu'il  faut  éviter,  pour 
»  petite  qu'elle  foit,  s'il  eu  vrai  qu'il  faille  toujours 
♦>  faire  les  chofes^-de  la  façon  la  plus  parfaite  qu'il  fe 
«  peut,  fur-tout  lorfqu'en  matière  de  langage  il  s'agit 
»>  de  la  clarté  de  l'expreffion  ». 

Lefens  louche  naît  donc  de  l'incertitude  de  la  re- 
lation grammaticale  de  quelqu'un  des  mots  qui  com- 
pofent  la  phrafe.  Mais  que  faut-il  entendre  par  un 
fens  équivoque  ,  &  quelle  en  efl:  l'origine  .<*  Car  ces 
deux  expreiîions  ne  font  pas  identiques,  quoique 
M.  du  Marfais  femble  les  avoir  confondues  (^loc.  cit.^ 
Le  fens  équivoque  me  paroît  venir  fur-tout  de  l'in- 
détermination efîcntielle  à  certains  mots ,  lorfqu'ils 
font  employés  de  manière  que  l'application  aftuelle 
n'en  efl  pas  fixée  avec  affez  de  précilion.  Tels  font 
les  adje^ltifs  conjonftifs^KÏ  &  ^«e,  &  l'adverbe  con- 
jonQïf  donc  ;  parce  que  n'ayant  par  eux-mêmes  ni 
hombre  ni  genre  déterminé  ,  la  relation  en  devient 
n^ceffairem.ent  douteufe  ,  pour  le  peu  qu'ils  ne  tien- 
nent pas  immédiatement  à  leur  antécédent.  Tels  font 
nos  pronoms  de  la  troifieme  perlonne  ;  /7,  lui,  elle, 
ia,  le ,  les,  ils  .^  eux,  elles,  leur;  parce  que  tous  les 
objets  dont  on  parle  étant  de  la  troifieme  perfonne, 
il  doit  y  avoir  incertitude  fur  la  relation  de  tes  mots, 


des  qu  il  y  a  dans  le  même  difcours  pîufieurs  nômS 
du  même  genre  &  du  même  nombre ,  fi  l'on  n'a  foin 
de  rendre  cette  relation  bien  fenfibie  par  quelques^ 
uns  de  ces  moyens  qui  ne  manquent  guère  à  coufc 
qui  lavent  écrire.  Tels  font  enfin  les  articles  polTef- 
fifs  de  la  troifieme  perfonne ,y^/2  Jajes,  leur,  leurs  - 
&  \es  purs  adjedhis  poffeffifs  de  la  même  perfonne  ., 
f  en  fienne ,  fiens  ,  fiennes  ;  parce  que  la  troifieme 
perfonne  déterminée  à  laquelle  ils  doivent  fe  rap- 
porter ,  peut  être  incertaine  à  leur  égard  comme  à 
l'égard  des  pronoms  perfonnels ,  &  pour  la  même 
raifon. 

Je  ne  citerai  point  ici  une  longue  fuite  d'exemples  > 
je  renverrai  ceux  qui  en  défirent ,  à  la  remarque  64^ 
de  Vaugelas ,  où  ils  en  trouveront  de  toutes  les  ef- 
peces  avec  les  correûifs  qui  y  conviennent  ;  mais  je 
finirai  par  deux  obfervations. 

^  La  première  ,  c'eft  que  phrafe  louche  &  p'hfafè 
équivoque  ,  font  des  expreffions  ,  comme  je  l'ai  déjà 
remarqué,  fynonymes  fi  l'on  veut,  mais  non  pas 
identiques  ;  elles  énoncent  le  même  défaut  de  net- 
teté ,  mais  elles  en  indiquent  des  fources  différentes. 
Phrafe  amphibologique,  eff  une  expreffiôn  plus  géné- 
rale ,  qui  comprend  fous  foi  les  deux  premières  , 
comme  le  genre  comprend  les  efpeces  ;  elle  indique 
encore  le  même  défaut  de  netteté  ,  mais  faûs  en  affi- 
gnerla  caufe.  Ainfi,  les  impreffwns  qu  il  prit  depuis  ^ 
qu'il  tacha  de  communiquer  aux  fiens  ,   &c,   c'ell  une 
phrafe  louche,  parce  qu'il  femble  d'abord   qu'on 
veuille  dire ,  depuis  le  tems  quil  tâcha  ,  au  lieu-  que 
depuis  ell  employé  abfolument,  &  qu'on  a  voulu 
dire  ,  lefquelles  il  tâcha;  incertitude  que  l'on  auroit 
levée  par  un  &  avant  quil  tâchât.  Lifias  promit  à  fori 
père  de  n  abandonner  jamais  f es  amis ,  c'eft  une  phrafe 
équivoque  ,  parce  qu'on  ne  fait  s'il  s'agit  des  amis  de 
Lyfias ,  ou  de  ceux  de  fon  père  :  toutes  deux  font 
amphibologiques. 

La  féconde  remarque ,  c'eft  que  M.  du  Marfais  n'a 
pas  dû  citer  comme  une  phrafe  amphibologique,  ce 
vers  de  la  première  édition  du  Cid.  (  ///.  6^.  ) 

U amour  n  efl  quun  plaifir,  &  l'honneur  un  devoir, 

La  conftruftion  de  cette  phrafe  met  néceffairement 
de  niveau  V amour  &  l'honneur ,  &  prélente  l'un  &: 
l'autre  conime  également  rnéprifables  :  en  un  mot  ^ 
eWe  a. le  même  fens  que  ceile-ci. 

V  amour  n'efl  quun  plaifir  y  r honneur  nefi  quuri 
devoir. 

Il  eft  certain  que  ce  n'étoit  pas  l'intention  de  Cor-" 
heille ,  &  M.  du  Marfais  en  convient  ;  mais  la  feule 
chofe  qui  s'enfuive  de-là  ,  c'eft  que  ce  grand  poète 
a  lait  un  contre-fens ,  &  non  pas  une  amphibologie  ;  Se 
l'académie  a  exprimé  le  vrai  fens  de  l'auteur,  quand 
elle  a  dit  : 

L'amour  n^efi  quun  plaifir ^  V  honneur  efl  un  devoir'. 

Il  faut  donc  prendre  garde  encore  de  confondre 
amphibologie  &  contre-fens  :  \ amphibologie  eft  dans! 
une  phrafe  qui  peut  également  fervir  à  énoncer 
pîufieurs /è/z^  diffcrens ,  &  que  rieri  de  ce  qui  la  con- 
ftitue ,  ne  détermine  à  l'un  plutôt  qu'à  l'autre  :  le 
contre-fens  eft  dans  une  phrafe  qui  ne  peut  avoir  qu'uni 
fms ,  mais  qui  auroit  dû  être  cônftruite  de  manière 
à  en  avoir  un  autre.  Voye^  Contre-Sens. 

Èéfumons.  Va  fignification  eft  l'idée  totale  dont 
un  mot  eft  le  figne  primitif  par  la  décifion  unanime 
de  l'ufage; 

Vacceptiori  eft  un  afpeft  particulier  fous  lequel  Ia 
fignif  cation  primitive  eft  envifagée  dans  Une  phrafe^ 

Lefens  eft  une  autre  fignification  différente  de  la 
primitive,  qui  eft  entée ,  pour  ainfi  dire,  fiir  cette 
première,  qui  lui  eft  ou  analogue  ou  actcffoiite,  H 


54  S  E  N 

qui  cil  moins  indiquée  par  le  mot  m^mc  que  par  fa 
<oinbinailon  avec  les  autres  quiconltituent  la  phral'e. 
Celt  pourquoi  l'on  dit  également  lejens  d'un  mot , 
&  [ejens  d'une  phraie  ;  au  lieu  qu'on  ne  dit  pas  de 
mC-nu'    la  f-^r.':ti:ation  ou  Vucccpnon   d'une    phraie. 

Sens  ,  (  Mecaphyfiquc.  )jens  eft  une  faculté  de  l'a- 
mc,  par  laquelle  elle  appcrçoit  les  objets  extérieurs, 
moyennant  quelque atlion  ouiniprelTion  faite  en  cer- 
taines parties  du  corps,  que  l'on  appelle /ei  organes 
disfini,(\\\\  communiquent  cette  imprelîîon  au  cer- 
veau. 

Quelques-uns  prennent  le  mot  fcns  dans  une  plus 
grande  étendue  ;  ils  le  dcHniircnt  une  faculté  par  la- 
quelle l'anic  apperçoit  les  idées  ou  les  images  des 
obiets,foit  qu'elles  lui  viennent  de  dehors  ,  par  l'im- 
prelîion  des  objets  mêmes  ,  foit  qu'elles  foient  occa- 
lionnées  par  quelque  action  de  l'ame  iur  elle-même. 
En  confulerant  fous  ce  point  de  vue  le  mot  fens  , 
on  en  doit  dillinguer  à^  deux  efpeccs  ,  d'extérieurs 
&:  d'intérieurs;  qui  corrcfpondent  aux  deux  différen- 
ces manières  dont  les  images  des  objets  que  nous  ap- 
percevons ,  font  occafionnées  &  préfentées  à  l'ef- 
prit ,  toit  immédiatement  du  dehors ,  c'efl-à-dire ,  par 
les  cinqyè/2i  extérieurs ,  l'ouie  ,  la  vue  ,  le  goiit ,  le 
tad  ,  &  l'odorat  ;  foit  immédiatement  du  dedans  , 
c'eft-à-dire  ,  par  \esj'cns  internes,  tels  que  l'imagina- 
tion ,  la  mémoire ,  l'attention ,  &c.  auxquelles  on 
peut  joindre  lafaim  ,  la  foif,  la  douleur,  &c. 

Les  f:ns  extérieurs  font  des  moyens  par  lefquels 
l'ame  a  la  perception  ou  prend  connoiffance  des  ob- 
jets extérieurs.  Ces  moyens  peuvent  être  confidérés 
tant  du  côté  de  l'cfprit,  que  du  côté  du  corps.  Les 
moyens  du  côté  de  l'efprit  font  toujours  les  mêmes  : 
c'elt  toujours  la  même  faculté  par  laquelle  on  voit , 
on  entend.  Les  moyens  du  côté  du  corps  font  auffi 
différens,  que  les  différens  objets  qu'il  nous  Importe 
d'apperccvoir.  Ue-Ià  ces  ditférens  organes  du  fenti- 
ment;  chacun  defquels  eft  conllitué  de  manière  à 
donner  à  l'ame  quelque  repréfentation  &  quelque 
avertiflement  de  l'état  des  chofcs  extérieures  ,  de  leur 
proximité ,  de  leur  convenance ,  de  leur  diiconve- 
nance  ,  &  de  leurs  autres  qualités  ;  &  de  plus  à  don- 
ner des  avis  diflerens  ,  fuivant  le  degré  ,  l'éloigne- 
iTient ,  ou  la  proximité  du  danger  ou  de  l'avantage  ; 
&  c'efl  de-là  que  viennent  les  différentes  fondions 
de  ces  organes,  comme  d'entendre,  devoir,  de  fen- 
tir  ou  flairer ,  de  goûter ,  de  toucher. 

Un  excellent  auteur  moderne  nous  donne  une  no- 
tion <lu/i/25  très-ingénieufe;  félon  fes  principes ,  on 
doit  définir  \q  fcns  une  puifTance  d'appercevoir ,  ou 
une  puiffance  de  recevoir  des  idées.  En  quelques  oc- 
cafions  ,  au  lieu  de  puilfancc,  il  aime  mieux  l'appel- 
1er  une  détermination  de  l'efprit  à  recevoir  des  idée^  ; 
il  appelle  fcnfations ,  les  idées  qui  font  ainfi  apper- 
çues  ,  ou  qui  s'élèvent  dans  l'efprit. 

Les/ins  extérieurs  font  par  conféquent  des  puif- 
fances  de  recevoir  des  idées  ,  à  la  préfence  des  ob- 
jetscxtérieurs.  En  ces  occafions  on  trouve  que  l'ame 
eft  purement  palTive  ,  &  qu'elle  n'a  point  direde- 
ment  la  puiffance  de  prévenir  la  perception  ou  l'i- 
dée ,  &  de  la  changer  ou  de  la  varier  à  fa  réception, 
pendant  tout  le  tems  que  le  corps  continue  d'être  en 
état  de  recevoir  les  impreffions  des  objets  exté- 
rieurs. 

Quand  deux  perceptions  font  entièrement  diffé- 
rentes Tune  de  l'autre ,  ou  qu'elles  ne  lé  conviennent 
que  fous  l'idée  générale  de  f enfation  ,  on  défigne  par 
ditférens  fens  la  puiffaa«e  qu'a  l'ame  de  recevoir  ces 
différentes  perceptions.  Ainfi  la  vue  &c  l'ouie  déno- 
tent différentes  puiffanccs  de  recevoir  les  idées  de 
couleurs  &  de  fbns;  &  quoique  les  couleurs  comme 
les  fbns  ,  ayent  entre  elles  de  très-grandes  différen- 
ces i  xiéaniiioins  il  y  a  beaucoup  plus  de  rapport 


S  E  N 

entre  les  couleurs  les  plus  oppofécs ,  qu'entre  une 
couleur  tk  union  :  &  c'efl  pourquoi  l'on  regarde  les 
couleurs  comme  des  perceptions  qui  appartiennent 
à  un  même  fcns  ;  tous  \esjens  femblent  avoir  des  or- 
ganes diflingués,  excepté  celui  du  toucher,  qui  eft 
répandu  plus  ou  moins  par  tout  le  corps. 

Les  fens  intérieurs  font  des  puifl'ances  ou  des  dé- 
terminations de  ref'prit ,  qui  fe  repofe  fur  certaines 
idées  qui  f c  préf  entent  ù  nous ,  lorfquc  nous  apper- 
cevons  les  objets  pavlesfcns  extérieurs.  Il  y  en  a  de 
deux  efpeces  différentes,  qui  font  diflinguées  par  les 
différens  objets  de  plaifir  ,c'eft-à-dire ,  par  les  formes 
agréables  ou  belles  des  objets  naturels  ,  &  par  des 
adions  belles. 

En  réflchiffant  furnosyè/25  extérieurs,  nous  voyons 
évidemment  que  nos  perceptions  de  plaifir  &  de 
douleur ,  ne  dépendent  pas  diredlement  de  notre  vo- 
lonté. Les  objets  ne  nous  plaifent  pas  comme  nous 
le  fouhaiterions  :  il  y  a  des  objets  ,  dont  la  préfence 
nous  efi  néceffairement  agréable  ;  &  d'autres  qui  nous 
déplaifent  malgré  nous  :  &  nous  ne  pouvons ,  par 
notre  propre  volonté,  recevoir  du  plaisir  &  éloigner 
le  mal,  qu'en  nous  procurant  la  première  cfpece 
d'objets,  &  qu'en  nous  mettant  à  couvert  de  la  der- 
nière. Par  la  conft itution  même  de  notre  nature ,  l'un 
eff  occafion  du  plaifir ,  &  l'autre  du  mal-être.  En  ef- 
fet ,  nos  perceptions  fenfitives  nous  affeûent  bien  ou 
mal ,  immédiatement ,  &  fans  que  nous  ayons  au- 
cune connoiffance  du  fujet  de  ce  bien  ou  de  ce  mal , 
de  la  manière  dont  cela  fe  fait  fentir ,  &  des  occa- 
fions qui  le  font  naître ,  fans  voir  l'utilité  ou  les  in- 
convéniens,  dontl'ufage  de  ces  objets  peut  être  la 
caufe  dans  la  fuite.  La  connoiffance  la  plus  parfaite 
de  ces  chofes  ne  changeroit  pas  le  plaifir  ou  la  dou- 
leur de  la  fenfation  ;  quoique  cela  pût   donner  un 
plaifir  qui  fe  tait  fentir  à  la  raif  on ,  très-diftinft  du 
plaifir  lenfible,  ou  que  cela  pût  caufer  une  joie  di- 
fHnde,  parla  confidération  d'un  avantage  que  l'on 
pourroit  attendre  de  l'objet,  ou  exciter  un  fentimenc 
d'averfion  ,  par  l'appréhenfion  du  mal. 

Il  n'y  a  prefque  point  d'objet,  dont  notre  amtf 
s'occupe ,  qui  ne  foit  une  occafion  de  bien  ou  de  mal- 
être :  ainfi  nous  nous  trouverons  agréablement  affe- 
dés  d'une  forme  régulière,  d'une  pièce  d'architedure 
ou  de  peinture  ,  d'un  morceau  de  mufique  ;  &  nous 
fentons  intérieurement  que  ce  plaifir  nous  vient  na- 
turellement de  la  contemplation  de  l'idée  qui  eft  alors 
préfente  à  notre  efprit,  avec  toutes  fes  circonftan- 
ces  ;  quoique  quelques-unes  de  ces  idées  ne  renfer- 
ment rien  en  elles  de  ce  que  nous  appelions  percep' 
don  fcnjîble  ;  &  dans  celles  qui  le  renferment,  le  plai- 
fir vient  de  quelque  uniformité,  ordre,  arrangement 
ou  imitation ,  &  non  pas  des  fimples  idées  de  cou- 
leur, defon. 

Il  paroît  qu'il  s'enfuit  de-là  ,  que,  quand  l'inftru- 
dion ,  l'éducation,  ou  quelque  préjugé,  nous  fait 
naître  des  defirs  ou  des  répugnances  par  rapport  à 
un  objet;  ce  defir  ou  cette  averfion  font  fondés  fur 
l'opinion  de  quelque  perfedion  ou  de  quelque  dé- 
faut ,  que  nous  imaginons  dans  ces  qualités.  Par  con- 
féquent ,  fi  quelqu'un  privé  àwfins  de  la  vue ,  eft  af- 
fedé  du  defir  de  beauté,  ce  defir  doit  naître  de  ce 
qu'il  fent  quelque  régularité  dans  la  figure,  quelque 
grâce  dans  la  voix,  quelque  douceur,  quelque  mol- 
leffe,  ou  quelques  autres  qualités  ,  qui  ne  font  per- 
ceptibles que  par  les/£//5  différens  de  la  vue,  fans  au- 
cun rapport  aux  idées  de  couleur. 

Le  leul  plaifir  de  fentiment ,  que  nos  philofophes 
femblent  confidérer,  eft  celui  qui  accompagne  les 
fimpIes  idées  de  fenfation.  Mais  il  y  a  un  très-grand 
nombre  de  féntimens  agréables  ,  dans  ces  idées  com- 
plexes des  objets  ,  auxquels  nous  donnons  les  noms 
de  beaux  &  A' harmonieux-^  que  l'on  appelle  ces  idées 
de  beauté  &  d'harmonie ,  des  perceptions  des  fcns 

extérieurs 


s  E  N 

extérieurs  de  la  vue  &:  de  l'ouie,  ou  non  ,  cela  n'y 
fait  rien  :  on  devroit  plutôt  les  appelier  unfens  in- 
terne ^  ou  un  fentimeni  intérieur  ,  *ne  fùt-ce  feulement 
que  pour  les  diftinguer  des  autres  fenfaiions  de  la 
vue  &c  de  l'ouie  ,  que  l'on  peut  avoir  fans  aucune 
perception  de  beauté  &  d'harmonie. 

Ici  fe  prcfente  une  queftion ,  favoir  ,  fi  les  fens  font 
pour  nous  une  règle  de  vérité.  Cela  dépend  de  la  ma- 
nière dont  nous  les  envifageons.  Quand  nous  vou- 
lons donner  aux  autres  la  plus  grande  preuve  qu'ils 
attendent  de  nous  touchant  la  vérité  d'une  chofe , 
nous  difons  que  nous  l'avons  vue  de  nos  yeux;  &fi 
l'on  fuppofe  que  nous  l'avons  vue  en  eftet,  on  ne 
peut  manquer  d'y  ajouter  foi;  le  témoignage  desfens 
€i\  donc  par  cet  endroit  une  première  vérité,  puif- 
qu'alors  il  tient  lieu  de  premier  principe  ,  fans  qu'on 
remonte,  ou  qu'on  penle  vouloir  remonter  plus  haut: 
c'eft  de  quoi  tous  conviennent  unanimement.  D'un 
autre  côté  ,  tous  conviennent  auffi  que  les  fins  font 
trompeurs;  &  l'expérience  ne  permet  pas  d'en  dou- 
ter. Cependant  û  nous  fommes  certains  d'une  chofe 
dès-là  que  nous  l'avons  vue  ,  comment  le  fens  de  la 
vue  peut-il  nous  tromper  ;  6c  s'il  peut  nous  tromper, 
comment  fommes-nous  certains  d'une  chofe  pour  l'a- 
voir vue  ? 

La  réponfe  ordinaire  à  cette  difficulté ,  c'efl  que 
notre  vue  &  nos Jens  nous  peuvent  tromper,  quand 
ils  ne  font  pas  exercés  avec  les  conditions  requifes  ; 
favoir  que  l'organe  foit  bien  difpofé  ,  &  que  l'objet 
foit  dans  une  jufte  diftance.  Mais  ce  n'eft  rien  dire  là. 
En  effet ,  à  quoi  fert  de  marquer  pour  r'-.s  règles  qui 
juftifîent  le  témoignage  de  nos  fens,  des  conditions 
que  nous  ne  faurions  nous-mêmes  juftiner ,  pour  fa- 
voir quand  elles  fe  rencontrent  ?  Quelle  règle  infail- 
lible me  donne-t-on  pour  juger  que  l'organe  de  ma 
vue ,  de  mon  ouïe,  de  mon  odorat,  eft  actuellement 
bien  difpolc  ?  Nos  organes  ne  nous  donnent  une  cer- 
titude parfaite  que  quand  ils  font  parfaitement  for-» 
mes;  mais  ils  ne  le  ibnt  que  pour  des  tempéramens 
parfaits  ;  &  comme  ceux-ci  lont  très-rares ,  il  s'en- 
fuit qu'il  n'eft  prefque  aucun  de  nos  organes  qui  ne 
foit  défedueux  par  quelque  endroit. 

Cependant  quelque  évidente  que  cette  conclufion 
paroifle  ,  elle  ne  détruit  point  une  autre  vérité ,  fa- 
voir que  l'on  efl  certain  de  ce  que  l'on  voit.  Cette 
contrariété  montre  qu'on  a  laifTé  ici  quelque  chofe  à 
démêler,  puifqu'une  m.axime  fenfée  ne  iauroitêtre 
contraire  à  une  maxime  fenfée.  Pour  développer  la 
chofe  ,  examinons  en  quoi  nos  fens  ne  font  point  rè- 
gle de  vérité,  &  en  quoi  ils  le  lont. 

1°.  Nos  (ens  ne  nous  apprennent  point  en  quoi 
confifle  cette  difpofition  des  corps  appellée  qualité , 
qui  fait  telle  impreffion  iur  moi.  J'apperçois  évidem- 
ment qu'il  fe  trouve  dans  un  tel  corps  une  difpofi- 
tion qui  caufe  en  moi  le  fentlment  de  chaleur  Ô£  de 
pefanteur  ;  mais  cette  difpofition,  dans  ce  qu'elle  eil 
€n  elle-même,  échappe  ordinairement  à  mes  fens , 
&  fouvent  même  à  ma  raifon.  J'entrevois  qu'avec 
certain  arrangement  &  certain  mouvement  dans  les 
plus  petites  parties  de  ce  corps  ,  il  fc  trouve  de  la 
convenance  entre  ce  corps  &  l'imprefTion  qu'il  fait  ■ 
fur  moi.  Ainfi  je  conjeûure  que  la  faculté  qu'a  le  fo- 
leii  d'exciter  en  moi  un  fentiment  de  lumière,  con- 
fifte  dans  certain  mouvement  ou  impulfion  de  petits 
corps  au-travers  des  pores  de  l'air  vers  la  rétine  de 
mon  œil;  mais  c'cft  cette  faculté  même,  où  mes  yeux 
ne  voyent  goutte,  &  où  ma  railon  ne  voit  guère  da- 
vantage. 

1°.  hes  fens  ne  nous  rendent  aucun  témoignage 
d'un  nombre  infini  de  difpofitions  même  antérieures 
qui  fe  trouvent  dans  les  objets,  ik'  gui  furpaifent  la 
Sagacité  de  notre  vue  ,  de  notre  ouïe ,  de  notre  odo- 
rat. La  chofe  fe  vérifie  manifeftemcnt  par  les  microf- 
copes  ;  ils  nous  ont  fait  découvrir  dans  l'objet  de  la 
Tçrne  X  K. 


S  E  N 


25 


vue  une  inanité  de  difpofitions  extérieures ,  qui 
marquent  une  égale  différence  dans  les  parties  inté- 
rieures, &  qui  forment  autant  de  différentes  quaii- 
tés.  Des  microfcopes  plus  parfaits  nous  feroient  dé- 
couvrir d'autres  difpofitions ,  dont  nous  n'avons  ni 
la  perception  ni  l'idée. 

3°.  Les  fens  ne  nous  apprennent  point  l'imprefTion 
précife  qui  fe  fait  par  leur  canal  en  d'autres  hommes 
que  nous.  Ces  effets  dépendent  de  la  difpofition  de 
nos  organes  ,  laquelle  efl  à-peu-près  aufîi  différente 
dans  les  hommes  que  leurs  tempéramens  ou  leurs  vi- 
fages  ;  une  même  qualité  extérieure  doit  faire  auffi 
différentes  imprcffions  de  fenfation  en  différcns  hom- 
mes :  c'efl  ce  que  l'on  voit  tous  les  jours.  La  même 
liqueur  caufe  dans  moi  une  fenfation  defagréable  , 
&  dans  une  autre  une  fenfation  agréable;  je  ne  puis 
donc  m'affurer  que  tel  corps  faille  précifcment  fur 
tout  autre  que  moi ,  l'impreffion  qu'il  fait  fur  moi- 
même.  Je  ne  puis  favoir  aulli  fi  ce  qui  efl:  couleur 
blanche  pour  moi ,  n'efl  point  du  rouge  pour  un  au- 
tre que  pour  moi. 

4**.  La  raifon  &  l'expérience  nous  apprenant  que 
les  corps  font  dans  un  mouvement  ou  changement 
continuel ,  quoique  fouvent  imperceptible  dans  leurs 
plus  petites  parties,  nous  ne  pouvons  juger  sûrement 
qu'un  corps  d'un  jour  à  l'autre  ait  précifément  la 
même  qualité,  ou  la  même  difpofition  à  faire  l'im- 
preffion qu'il  faifoit  auparavant  llir  nous  ;  de.fon  cô- 
té il  lui  arrive  de  l'altération  ,  &  il  m'en  arrive  du 
mien.  Je  pourrai  bien  m'appercevoir  du  changement 
d'ippreffion ,  mais  de  favoir  à  quoi  ilf  !Ut  l'attribuer, 
fi  c'efl  à  l'objet  ou  à  moi ,  c'efl  ce  que  je  ne  puis  fai- 
re par  le  feul  témoignage  de  l'organe  de  mes  fens. 

5^^.  Nous  ne  pouvons  juger  par  lesy^/25  ni  de  la 
grandeur  abfolue  des  corps  ,  ni  de  leur  mouvement 
abfolu.  La  raifon  en  efl  bien  claire.  Comme  nos  yeux 
ne  font  point  difpofés  de  la  même  façon ,  nous  ne  de- 
vons pas  avoir  la  même  idée  fenfible  de  l'ct.ndue 
d'un  corps.  Nous  devons  confidérer  que  nos  yeux  ne 
font  que  des  lunettes  naturelles  ,  que  leurs  humeurs 
font  le  même  effet  que  les  verres  dans  les  lunettes , 
&  que  félon  la  fituation  qu'ils  gardent  entr'eux  ,  & 
félon  la  figure  du  cryffallin  &  de  fon  éloignement  de 
la  rétine  ,  nous  Voyons  les  objets  différemment  ;  de 
forte  qu'on  ne  peut  pas  affurer  qu'il  y  ait  au  monde 
deux  hommes  qui  les  voyent  précifément  de  la  mê- 
me grandeur  ,  ou  compofés  de  femblables  parties  , 
puilqu'on  ne  peut  pas  affurer  que  leurs  yeuxfoient 
tout-à-fait  femblables.  Une  conféqucnce  auffi  natu- 
relle ,  c'eff  que  nous  ne  pouvons  connoître  la  gran- 
deur véritable  ou  abfolue  des  mouvemens  du  corps , 
mais  feulement  le  rapport  que  ces  mouvemens  ont 
les  uns  avec  les  autres.  Il  efl  confiant  que  nous  ne 
faurions  juger  de  la  grandeur  d'un  mouvement  d'un 
corps  que  par  la  longueur  de  l'efpace  que  ce  même 
corps  a  parcouru.  Ainfi  puifque  nos  yeux  ne  nous 
font  point  voir  la  véritable  longueur  de  l'efpace  par- 
couru, il  s'enfuit  qu'ils  ne  peuvent  pas  nous  faire 
connoitre  la  véritable  grandeur  du  mouvement. 

Voyons  maintenant  ce  qui  peut  nous  tenir  lieu  de 
premières  vérités  dans  le  témoignage  de  nos  fens.  On 
peut  réduire  principalement  à  trois  chefs  les  premiè- 
res vérités  dontnos/e/zi  nous  inflruifent.  i".  ils  rap- 
portent toujours  très-fidelcment  ce  qui  leur  paroit. 
2°.  Ce  qui  leur  paroit  efl  prefque  toujours  conforme 
à  la  vérité  dans  les  choies  qu'il  importe  aux  hommes 
en  général  de  favoir ,  à  moins  qu'il  ne  s'offre  quelque 
fujet  raifonnable  d'en  douter.  3".  On  peut  diicerner 
ailément  quand  le  témoignage  des  fens  ell  douteux  , 
par  les  réflexions  que  nous  marquerons. 

1°.  LesytV25  rapportent  toujours  fidellemcntce  qui 
leur  paroit  ;  la  chofe  ell  manifefle  ,  puifque  ce  font 
des  facultés  naturelles  qui  agiffent  par  l'imprcfficn 
néceflaire  des  objets,  à  laquelle  le  rapport  ûesfcr.s 

D 


'#• 


i6 


s  E  N 


cft  toujours  conforme.  L'œil  placé  fur  un  vaifteau  qui 
avance  avec  rapidité  ,  rapporte  qu'il  lui  paroîtque  le 
rivage  avance  du  côté  oppol'é  ;  c'eft  ce  qui  lui  doit 
paraître  :  car  dans  les  circonflances  l'œil  reçoit  les 
nicmcs  iinprcfllous  que  U  le  rivage  &c  le  vailléau 
avançoicnt  chacun  d'un  côté  oppoic  ,  comme  l'en- 
Icignent  &  les  oblervations  de  la  Phylîque  ,  &  les 
règles  de  l'Optique.  A  prendre  la  choie  de  ce  biais  , 
jamais  les  Jcns  ne  nous  trompent  ;  c'eft  nous  qui 
nous  trompons  par  notre  imprudence,  fur  leur  rap- 
port fidèle.  Leur  fidélité  ne  confiftc  pas  à  avertir  l'ame 
de  ce  qui  ell ,  mais  de  ce  qui  leur  paroît  ;  c'ell  à  elle 
de  démêler  ce  qui  en  eu. 

2°.  Ce  qui  paroît  à  nos  fcns  cft  prefque  toujours 
conforme  à  la  vérité  ,  dans  les  conjonftures  où  il  s'a- 
»;it  de  la  conduite  &  des  bcfoins  ordinaires  de  la  vie. 
Ainli ,  par  rapport  à  la  nourriture ,  \tsjins  nous  fonir 
fufliiamment  difccrner  les  befoins  qui  y  font  d'ufage  : 
cniorte  que  plus  ime  chofe  nous  ell  lalutaire,  plus 
aufll  eft  grand  ordinairement  le  nombre  des  fenfa- 
tions  différentes  qui  nous  aident  à  la  difcerner  ;  &  ce 
que  nous  ne  difcernons  pas  avec  leur  fccoui'^  ,  c'cit 
ce  qui  n'appartient  plus  à  nos  befoins ,  mais  à  notre 
curiofité. 

3°.  Le  témoignage  ^Qsfens  eft  infaillible ,  quand  il 
n'ert  contredit  dans  nous  ni  par  notre  propre  raifcn, 
ni  par  un  témoignage  précédent  des  mcmes  fens  ,  ni 
par  un  témoignage  aduel  d'un  autre  de  nos  fins  ,  ni 
par  le  témoignage  dss  Jins  des  autres  hommes, 

1°.  Quand  notre  raiibn ,  inftruite  d'ailleurs  par  cer- 
tains faits  &  certaines  réflexions,  nous  fait  juger  mani- 
feftement  le  contraire  de  ce  qui  paroît  à  nosjcns,  leur 
témoignage  n'eft  nullement  en  ce  point  règle  de  vérité. 
Ainfi,  bien  que  le  foleil  ne  paroifî'e  large  que  de  deux 
pies,  &  les  étoiles  d'un  pouce  de  diamètre,  la  raifon 
inftruite  d'ailleurs  par  des  faits  inconteflables,  &  par 
des  connoiffances  évidentes  ,  nous  apprend  que  ces 
aftres  font  infiniment  plus  grands  qu'ils  ne  nous  pa- 
roilTent. 

1°.  Quand  ce  qui  paroît  aftuellement  à  nos fens  efl 
contraire  à  ce  qui  leur  a  autrefois  paru  ;  car  on  a  fu- 
jet  alors  de  juger  ou  que  l'objet  n'eft  pas  à  portée , 
ou  qu'il  s'eft  fait  quelque  changement  foit  dans  l'objet 
même  ,  loit  dans  notre  organe  :  en  ces  occafions  on 
doit  prendre  le  parti  de  ne  point  juger ,  plutôt  que  de 
juger  rien  de  faux. 

L'ufagc  6i.  l'expérience  fervent  à  difcerner  le  témoi- 
gnage des  /^/«.  Un  enfant  qui  apperçolt  fon  image 
lur  le  bord  de  l'eau  ou  dans  un  miroir ,  la  prend  pour 
un  autre  enfant  qui  eft  dans  l'eau  ou  au-dedans  du 
miroir;  mais  l'expérience  lui  ayant  fait  porter  la  main 
dans  l'eau  ou  fur  le  miroir  ,  il  réforme  bientôt  le  fens 
de  la  vue  par  celui  du  toucher,  &  il  fe  convainc  avec 
le  tems  qu'il  n'y  a  point  d'enfant  à  l'endroit  oîi  il 
croyoit  le  voir.  Il  arrive  encore  à  un  indien  dans  le 
pays  duquel  il  ne  gelc  point,  de  prendre  d'abord  en 
ces  pays-ci  un  morceau  de  glace  pour  une  pierre  ; 
mais  l'expérience  lui  ayarrt  fait  voir  le  morceau  de 
glace  qui  le  fond  en  eau  ,  il  réforme  au/Ii-tôt  Icfens 
du  toucher  par  la  vue. 

La  troifieme  règle  efl:  quand  ce  qui  paroît  à  nos 
fans  eft  contraire  à  ce  qui  paroît  aux  fins  des  autres 
hommes,  que  nous  avons  fujetde  croire  auflî-bicn 
organifés  que  nous.  Si  mes  yeux  me  font  un  rapport 
contraire  à  celui  des  yeux  de  tous  les  autres  ,  je  dois 
croire  que  c'eft  moi  plutôt  qui  fuis  en  particulier 
trompé ,  que  non  pas  eux  tous  en  général  :  autrement 
ce  feroit  la  nature  qui  mencroit  au  faux  le  plus  grand 
nombre  des  hommes  ;  ce  qu'on  ne  peut  juger  railon- 
nablcment.  f^ojei  logique  du  P.  Buffier,  à  VarticU  des 
premières  vérités. 

Quelques  philofophes  ,  continue  le  même  auteur 
que  nous  venons  de  citer,  fe  font  occupés  à  montrer 
que  nos  yeux  nous  portent  continuellement  à  Ter- 


S  E  N 

rcur,  parce  que  leur  rapport  eft  ordinairement  fau?L 
fur  la  véritable  grandeur  ;  mais  je  demanderois  vo- 
lontiers h.  ces  philofophes  fi  les  yeux  nous  ont  été 
donnés  pour  nous  faire  abfolument  juger  de  la  gran- 
deur des  objets  ?  Qui  ne  fait  que  fon  objet  propre  6c 
particulier  font  les  couleurs  ?  Il  eft  vrai  que  par  ac- 
cident ,  félon  les  angles  difî'érens  que  font  llir  la  rétine 
les  rayons  de  la  lumière,  l'efprit  prend  occafion  de 
former  un  jugement  de  conjeftures  touchant  la  dif- 
tancc  &  la  grandeur  des  objets;  mais  ce  jugement 
n'eft  pas  plus  an  fcns  de  la  vue ,  que  àwfins  de  l'ouie. 
Ce  dernier,  par  fon  organe,  ne  laiftTepas  aufîl  de  ren- 
dre témoignage ,  comme  par  accident,  à  la  grandeur 
&  à  la  diftance  des  corps  Ibnorcs ,  puifqu'ils  caufent 
dans  l'air  de  plus  fortes  ou  de  plus  foibles  ondula- 
tions ,  dont  l'oreille  eft  plus  ou  moins  frappée.  Se- 
roit-on  bien  fondé  pour  cela  à  démontrer  les  erreurs 
desyi^i ,  parce  que  l'oreille  ne  nous  fait  pas  juger 
fort  jufte  de  la  grandeur  &  de  la  diftance  des  objets } 
il  me  femble  que  non  ;  parce  qu'en  ces  occafions  l'o- 
reille ne  fait  point  la  fonction  particulière  de  l'organe 
&  an  fins  de  l'ouie ,  mais  fupplée  comme  par  acci- 
dent à  la  fonétion  du  toucher,  auquel  il  appartient 
proprement  d'appercevoir  la  grandeur  &  la  diftance 
des  objets. 

C'cft  de  quoi  l'ufage  univerfel  peut  nous  convain- 
cre. On  a  établi  pour  les  vraies  mefures  de  la  gran- 
deur ,  les  pouces ,  les  pies ,  les  palmes ,  les  coudées  , 
qui  font  les  parties  du  corps  humain.  Bien  que  l'or- 
gane du  toucher  foit  répandu  dans  toutes  les  parties 
du  corps,  il  réfide  néanmoins  plus  fenfiblement  dans  la 
main;  c'eft  à  elle  qu'il  appartient  proprement  de  me- 
furer  au  jufte  la  grandeur ,  en  mefurant  par  fon  éten- 
due propre  la  grandeur  de  l'objet  auquel  elle  eft  ap- 
pliquée. A  moins  donc  que  le  rapport  des  yeux  fur 
la  grandeur  ne  foit  vérifié  par  la  main ,  le  rapport  des 
yeux  fur  la  grandeur  doit  palTer  pour  lulpedl  :  cepen- 
dant Icfins  de  la  vue  n'en  eft  pas  plus  trompeur ,  ni 
fa  fondion  plus  imparfaite  ;  parce  que  d'elle-même 
&  par  l'inftitution  direûe  de  la  nature ,  elle  ne  s'étend 
qu'au  difcernement  des  couleurs  ,  &  feulement  par 
accident  au  difcernement  de  la  diftance  &  de  la  gran- 
deur des  objets. 

Mais  à  quoi  bon  citer  ici  l'exemple  de  la  mouche, 
dont  les  petits  yeux  verrolent  les  objets  d'une  gran- 
deur toute  autre  que  ne  feroient  les  yeux  d'un  élé- 
phant !  Qu'en  peut-on  conclure?  Si  la  mouche  &  l'é- 
léphant avoient  de  l'intelligence ,  ils  n'auroient  pour 
cela  ni  l'un  ni  l'autre  une  idée  fauffe  de  la  grandeur  ; 
car  toute  grandeur  étant  relative ,  ils  jugeroient  cha- 
cun de  la  grandeur  des  objets  fur  leur  propre  éten- 
due ,  dont  ils  auroient  lefentiment  :  ils  pourroient  fe 
dire ,  cet  objet  eft  tant  de  fois  plus  ou  moins  étendu 
que  mon  corps  ,  ou  que  telle  partie  de  mon  corps  ; 
&  en  cela  ,  malgré  la  différence  de  leurs  yeux  ,  leur 
jugement  fur  la  grandeur  feroit  toajours  également 
vrai  de  côté  éc  d'autre. 

C'eft  auffi  ce  qui  arrive  à  l'égard  des  hommes  ; 
quelque  différente  Imprefîlon  que  l'étendue  des  ob- 
jets faffe  fur  leurs  yeux  ,  les  uns  &  les  autres  ont  une 
idée  également  jufte  de  la  grandeur  des  objets  ;  parce 
qu'ils  la  mefurcnt  chacun  de  leur  côté ,  au  fentlment 
qu'ils  ont  de  leur  propre  étendue. 

On  peut  dire  de  nos  fins  ce  que  l'on  dit  de  la  rai- 
fon. Car  de  même  qu'elle  ne  peut  nous  tromper  , 
lorfqu'elle  eft  bien  dirigée  ,  c'elt-à-dire,  qu'elle  fuit 
la  lumière  naturelle  que  Dieu  lui  a  donnée ,  qu'elle 
ne  marche  qu'à  la  lueur  de  l'évidence ,  &  qu'elle 
s'arrête  là  où  les  idées  viennent  à  lui  manquer:  ainfi 
Xcsfins  ne  peuvent  nous  tromper  ,  lorfqu'ils  aglffent 
de  concert ,  qu'ils  fe  prêtent  des  fecours  mutuels  , 
&  qu'ils  s'aident  fur-tout  de  l'expérience.  C'eft  elle 
fur-tout  qui  nous  prémunit  contre  bien  des  erreurs  , 
que  les/e«î  (euls  occaûonneroient.  Cen'cftqueparun 


s  E  N 

long  ufage ,  que  nous  apprenons  à  juger  dcsclifîances 
parla  vue  ;  &  cela  en  examinant  par  le  tadUes  corps 
que  nous  voyons  ,  &  en  obfervant  ces  corps  pla- 
cés à  différentes  diftanccs  &  de  différentes  maniè- 
res ,  pendant  que  nous  (avons  que  ces  corps  n'é- 
prouvent aucun  changement. 

Tous  les  hommes  ont  appris  cet  art ,  dès  leur  pre- 
mière enfance  ;  ils  font  continuellement  obligés  de 
faire  attention  à  la  diftance  des  objets;  &;  ils  appren- 
nent infenfiblcment  à  en  juger ,  &  dans  la  fuite  ,  ils 
fe  perfuadent ,  que  ce  qui  eft  l'effet  d'un  long  exer- 
cice ,efl  un  don  de  la  nature.  La  manière  dont  fe  fait 
la  viiîon ,  prouve  bien  que  la  faculté  de  juger  des 
objets  que  nous  voyons  ,  eft  un  art ,  qu'on  apprend 
par  l'ulage  &  par  l'expérience.  S'il  rcfte  quelque 
doute  lur  ce  point,  il  fera  bientôt  détruit  par  l'exem- 
ple d'un  jeune  homme  d'environ  quatorze  ans  ,  qui 
ne  aveugle  ,  vit  la  lumière  pour  la  première  fois. 
Voici  l'hilloire  telle  qu'elle  ell  rapportée  par  M.  de 
Voltaire. 

«  En  1729  ,  M.  Chifelden  ,  un  de  ces  fameux 
»  chirurgiens  qui  joignent  l'adrefle  de  la  main  aux 
»  plus  grandes  lumières  de  l'efprit  ,  ayant  imaginé 
n  qu'on  pouvoit  donner  la  vue  à  un  aveugle  né  ,  en 
»  lui  abaiffant  ce  qu'on  appelle  des  cataractes  ,  qu'il 
»  foupçonnoit  formées  dans  fes  yeux  prefqu'au  mo- 
>»  ment  de  fa  naiffance  ,  il  propofa  l'opération.  L'a- 
»  veugle  eut  de  la  peine  à  y  confentir.  Il  ne  conce- 
»  voit  pas  trop  que  le  fins  de  la  vue  pût  beaucoup 
»  augmenter  les  plaifirs.  Sans  l'envie  qu'on  lui  infpira 
»  d'apprendre  à  lire  &  à  écrire ,  il  n'eûr  point  defiré 
»  de  voir.  Quoiqu'il  en  foit ,  l'opération  en  fut  faite 
»  &  réuffit.  Le  jeune  homme  d'environ  14  ans  ,  vit 
h  la  lumière  pour  la  première  tois.  Son  expérience 
»  confirma  tout  ce  que  Loke  &  Bardai  avoient  fi 
»  bien  prévu.  Il  ne  dillingua  de  long  -  tems  ni  gran- 
»  deurs  ,  ni  diitances,  ni  fituations  ,  ni  mcme  figu- 
»  res.  Un  objet  d'un  pouce  mis  devant  fon  œil ,  & 
»  qui  lui  cachoit  une   maifon  ,  lui  paroiffoit  aulîi 
»  grand  que  la  maifon.  Tout  ce  qu'il  voyoit ,  lui  fem- 
»  bloit  d'abord  être  fur  fes  yeux ,  &  les  toucher  con> 
»  me  les  objets  du  tact  touchent  la  peau.  Il  ne  pou- 
»  voit  diftinguer  ce  qu'il  avoit  jugé  rond  à  l'aide  de 
»>  fes  mains  ,  d'avec  ce  qu'il  avoit  jugé  angulaire  ,  ni 
»  difcerner   avec  fes  yeux  ,  fi  ce  que  fes  mains 
»  avoient  fenti  être  en  haut  ou  en  bas  ,  étoit  en 
»  effet  en  haut  ou  en  bas.  Il  étoit  fi  loin  de  connoître 
»  les  grandeurs ,  qu'après  avoir  enfin  conçu  par  la 
»  vue  que  fa  maifon  étoit  plus  grande  que  ta  chana- 
»  bre ,  il  ne  concevoit  pas  comment  la  vue  pouvoit 
»  donner  cette  idée.  Ce  ne  fut  qu'au  bout  de  deux 
»  mois  d'expérience  ,  qu'il  put  appercevoir  que  les 
»  tableaux  repréfentoient  des  corps  folides  ;  &  lorf- 
»  qu'après  ce  long  tâtonnement  d'un  fins  nouveau 
»  en  lui ,  il  eut  fenti  que  des  corps  £c  non  des  lurfa- 
»  ces  feules ,  étoient  peints  dans  les  tableaux  ;  il  y 
»  porta  la  main  ,.  &  fut  étonné  de  ne  point  trouver 
»  avec  fes  mains  ces  corps  folides  ,  dont  il  commen- 
9*  çoit  à  appercevoir  les  repréfentations.  Il  dcman- 
j»  doit  quel  étoit  le   trompeur,  àwfcns  du  toucher  , 
»  ou  àxxfens  de  la  vue.  » 

Si  au  témoignage  des  fie ns ,  nous  ajoutons  l'ana- 
logie ,  nous  y  trouverons  une  nouvelle  preuve  de  la 
l^érité  des  chofes.  L'analogie  a  pour  fondement  ce 
principe  extrêmement  funple  ,  que  Cunivers  eji  gou- 
verné par  des  lois  générales  &  confiantes.  C'tû.  en  vertu 
de  ce  raifonnement  que  nous  admettons  la  règle  fui- 
vante  ,  tjue  des  effets  fiemklablis  ont  les  mêmes  caufies. 

L'utilité  de  l'analogie  confifte  en  ce  qu'elle  nous 
épargne  mille  difcuffions  inutiles  ,  que  nous  ferions 
obligés  de  répéter  fur  chaque  corps  en  particuUer.  11 
fuffit  que  nous  fâchions  que  tout  ell  gouverné  par 
des  lois  générales  Se  conllantes  ,  pour  être  bien  fon- 
dés à  croire ,  que  les  corps  qui  nous  paroillent  fem- 
Tomc  XK, 


S  E  N 


17 


blables  ont  les  mêmes  propriétés,  que  les  fruits  d'un 
même  arbre  ont  le  même  goiit ,  &c.  La  certitude  qui 
accompagne  l'analogie  retombe  fur  \qs  fiens  mêmes  , 
qui  Un  prêtent  tous  les  raifonnemens  qu'elle  déduit. 
En  parlant  de  la  connoiffance  ,  nous  avons  dit , 
que  fans  le  fecours  des  J'ens  ,  les  hommes  ne  pour- 
roient  acquérir  aucune  connoiffance  des  chofes  cor- 
porelles; mais  nous  avons  en  même  tems  obfervé  , 
que  les  feulsyèwi  ne  leur  fuffifoient  pas  ,  n'y  ayant 
point  d'homme  au  monde  qui  puiffe  examiner  oar 
lui-même  toutes  les  chofes  qui  lui  font  néceffaires  à 
la  vie  ;  que,  par  conféquent ,  dans  un  nombre  infini 
d'occafions  :,  ils  avoient  befoin  de  s'inftruire  les  uns 
les  autres  ,  6i.  de  s'en  rapporter  à  leurs  obfervations 
mutuelles  ;  qu'autrement  ils  ne  pourroient  tirer  au- 
cune utilité  de  la  plupart  des  chofes  que  Dieu  leur  a 
accordées.  D'où  nous  avons  conclu  ,  que  Dieu  a 
voulu  que  le  témoignage  ,  quand  il  feroit  revêtu  de 
certaines  conditions  ,  fiit  auffiune  marque  de  la  vé- 
rité. Or ,  fi  le  témoignage  dans  certaines  circonf- 
tances  cft  infaillible ,  les  fiens  doivent  l'être  aulîi , 
puifque  le  témoignage  elf  fondé  fur  les  fiens.  Ainû 
prouver  que  le  témoignage  des  hommes  en  certaines 
circonfiances  ,  eft  une  règle  sure  de  vérité  ,  c'eil 
prouver  la  même  chofe  par  rapport  aux  fiens  ,  fur 
lefquels  il  ell  néceffairement  appuyé. 

Sens  commun;  par  \e fiens  commun  on  entend  la 
difpofition  que  la  nature  a  mife  dans  tous  les  hommes, 
ou  manifefiement  dans  la  pli^ipart  d'entr'eux  ,  pour 
leur  faire  porter  ,  quand  ils  ont  atteint  l'ufage  de  la 
raifon  ,  un  jugement  commun  &  uniforme  ,  fur  des 
objets  différens  du  fentiment  intime  de  leur  propre 
perception  ;  jugement  qui  n'efi:  point  la  conféquence 
d'aucun  principe  antérieur.  Si  l'on  veut  des  exem- 
ples de  jugemens  qui  fe  vérifient  principalement  par 
la  règle  &  par  la  force  Aw  fiens  commun ,  on  peut ,  ce 
femble,  citer  les  fui  vans. 

1°.  Il  y  a  £  autres  êtres  ^  &  d'autres  hommes  que  moi 
au  monde. 

%°.  Il  y  a  quelque  chofie  qui  s'appelle  vérité  ,  fageffe, 
prudence  ;  6-  cefi  quelque  chofie  qui  n'efl pas  purement 
arbitraire. 

3°.  Il  fie  trouve  dans  moi  quelque  chofe  que  fi  appelle 
intelligence,  &  quelque  chofe  qui  n'efi  point  inteUigenci 
&  qiHon  appelle  corps. 

4°.  Tous  les  hommes  ni fiont  point  d'accord  à  me  trom- 
per^ &  à  rncnfiane  accroire. 

5°.  Ce  qui  71  (fi point  intelligence  ne  fiauroit  produire 
tous  les  effets  de  C iiïtelligince  ,  ni  des  parcelles  de  matière 
remuées  au  hafiard  fiormer  un  ouvrage  d'un  ordre  &  d'un 
mouvement  régulier  ,  tel  qiiun  horloge. 

Tous  ces  jugemens  ,  qui  nous  font  diftés  par  le 
fiens  commun  ,  font  des  règles  de  vérité  aulîi  réelles 
&  auffi  fûres  que  la  règle  tirée  du  fentiment  intime 
de  notre  propre  perception  ;  non  pas  qu'elle  emporte 
notre  efprit  avec  la  même  vivacité  de  clarté  ,  mais 
avec  la  même  néceffité  de  confentement.  Comme  il 
m'ell  impoflible  de  juger  que  je  ne  penfe  pas  ,  lorfque 
je  penfe  aftuellement  ;  il  m'ell:  également  impolîible 
de  juger  férieufement  que  je  fois  le  feul  être  au  mon- 
de ;  que  tous  les  hommes  ont  confpiré  à  me  tromper 
dans  tout  ce  qu'ils  difent;  qu'un  ouvrage  de  l'induf- 
trie  humaine ,  tel  qu'un  horloge  qui  montre  réguUe- 
rcment  les  heures  ,  ell  le  pur  effet  du  hafard. 

Cependant  il  faut  avouer  qu'entre  le  genre  des 
premières  vérités  tirées  du  fentiment  intime  ,  &  tout 
autre  genre  de  premières  vérités,  il  fe  trouve  une 
différence  ;  c'eft  qu'à  l'égard  du  premier  on  ne  peut 
imaginer  qu'il  loit  fufceptible  d'aucune  ombre  de 
doute  ;  &  qu'à  l'égard  des  autres  ,  on  peut  alléguer 
qu'ils  n'ont  pas  une  évidence  du  genre  fuprème  d'é- 
vidence. Mais  il  faut  fe  fouvenir  que  ces  premières 
vérités  qui  ne  font  pas  du  premier  genre  ,  ne  tombant 
que  fur  des  objets  hors  de  nous ,  elles  ne  peuvent 

D  ij 


28 


s  EN 


taire  une  imprclfion  auiri  vive  fur  nous  ,  que  celles 
dont  l'objet  elt  en  nous-mcmes  :  de  forte  que  pour 
nier  les  premières  ,  il  laudroic  être  hors  de  loi  ;  & 
pour  nier  les  autres ,  il  ne  taut  qu'être  hors  de  la  rai- 
ion. 

Ccft  une  maxime  parmi  les  fnges  ,  dirc7.-vo«s,  &: 
comme  une  première  vérité  dans  la  morale  ,  cj^ue  Ar 
vîrhintjî point  pour  latiiulùtiuli.  Ainfi  il  ne  paroit  pas 
judicieux  d'établir  une  règle  de  vérité  fur  ce  qui  ell 
jui'é  vrai  par  le  p!us  grand  noml)rc.  Donc  le  fcns 
commun  n'ell  pouit  une  règle  iniaillible  de  la  vé- 
rité. 

Je  réponds  qu'une  vérité  précife  &  mctaphyfique 
ne  le  melurc  pas  A  des  maximes  comnumes  ,  dont  la 
vérité  ell  toujours  liijette  ;\  différentes  exceptions  : 
témoin  la  maxime  qui  avance  ,  que  la  voix  du  peuple 
tfl  la  voix  di  Diiu.  Il  s'en  faut  bien  qu'elle  foit  uni- 
verléllement  vraie  ;  bien  qu'elle  le  vérifie  îi-peu-près 
aulli  ibuvent  que  celle  qu'on  voudroit  obje6ter ,  que 
la  vériiî  nefl  point  pour  l.i  nndtiiud:.  Dans  le  l'ujet 
même  dont  il  s'agit ,  touchant  les  premiers  principes, 
cette  dernière  maxime  doit  palier  abloîument  pour 
être  faulVc,  En  eftét  ,  fi  les  premières  vérités  n'é- 
toient  répandues  dans  l'elprit  de  tous  les  hommes  ,  il 
leroit  impollible  de  les  faire  convenir  de  rien  ,  puif- 
qu'ils  auroient  des  principes  dilTérens  fur  toutes  for- 
tes de  fujets.  Lors  donc  qu'il  cfl  vrai  de  dire  que  la 
vcriti  ri  cil poirjt pour  Li  ruuUiiudi^  on  entend  une  forte 
de  vérité  ,  qui  ,  pour  être  apperçue ,  fuppofe  une 
attention  ,  une  capacité  &  une  expérience  particu- 
lières, prérogatives  qui  ne  font  pas  pourla  muhitude. 
Mais  ell-il  queltion  de  première  vérité ,  tous  font 
philofophes  à  cet  égard.  Le  philolbphe  contempla- 
tif avec  tous  fes  raifenncmens  n'ell  pas  plus  parfai- 
ten-.ent  convaincu  qu'il  exifte  &:  qu'il  penle  ,  que  l'ef- 
prit  le  plus  médiocre  &;  le  plus  fimple.  Dans  les  cho- 
fcs  où  il  faut  des  connoilfances  acquifes  par  le  rai- 
fonnement  ,  &  des  réflexions  particulières  ,  qui  fup- 
pofent  certaines  expériences  que  tous  ne  font  pas  ca- 
pables de  faire,un  philolbphe  ell  plus  croyable  qu'un 
autre  homme  :  mais  dans  une  choie  d'une  expérience 
manifelle ,  &  d'un  fentiment  commun  à  tous  les  hom- 
mes ,  tous  à  cet  égard  deviennent  philofophes:  de  for- 
te que  dans  les  premiers  principes  de  la  nature  &:  du 
fcns  ccmmun ,  un  philolbphe  oppofé  au  relie  dn  genre 
humain  ,  ellunphilofophe  oppofé  à  cent  mille  autres 
philofophes  ;  parce  qu'ils  font  aulH  bien  que  lui  inf- 
truits  des  premiers  principes  de  nos  fentimens  com- 
muns. Je  dis  plus  ;  l'ordinaire  des  hommes  cil  plus 
croyable  en  certaines  chofes  que  plufieurs  philofo- 
phes ;  parce  que  ceux-là  n'ont  point  cherché  à  forcer 
ou  à  défigurer  les  fentimens  èl  les  jugemcns  ,  que  la 
nature  infpire  univerfellement  à  tous  les  homm.es. 

Le  fentiment  commun  des  hommes  en  général , 
dit-on  ,  eu  que  le  foleil  n'a  pas  plus  de  deux  pies  de 
diamètre.  On  répond  qu'il  n'ell  pas  vrai  que  le  fen- 
timent commun  de  ceux  qui  font  à  portée  de  juger 
de  la  grandeur  du  foleil ,  îbit  qu'il  n'a  que  deux  ou 
trois  pies  de  diamètre.  Le  peuple  le  plus  grolTier  s'en 
rapporte  fur  ce  point  au  commim  ,  ou  à  la  totalité 
des  philofophes  ou  des  allronomes ,  plutôt  qu'au  té- 
moignage de  fes  propres  yeux.  Aulii  n'a-t-cn  jamais 
vu  de  gens  ,  même  parmi  le  peuple  ,  foutenir  iérieu- 
fement  qu'on  avoit  tort  de  croire  le  foleil  plus  grand 
Cfii'un  globe  de  quatre  pies.  En  effet ,  s'il  s'étoit  ja- 
mais trouvé  quelqu'un  affez  peu  éclairé  pour  cou- 
telier là-defl"us ,  la  contellation  auroit  pu  celTer  au 
moment  même ,  avec  le  fecours  de  l'expérience  ;  fai- 
fant  regarder  au  contredifant  un  objet  ordinaire,  qui, 
à  proportion  de  fon  éloignement,  paroît  aux  yeux 
incomparablement  moins  grand  ,  que  quand  on  s'en 
approche.  Ainfi  les  hommes  les  plus  llupides  font 
perfuadcs  que  leurs  propres  yeux  les  trompent  fur  la 
vraie  étendue  des  objets.  Ce  jugement  n'ell  donc 


S  E  N 

pas  un  fentiment  de  la  nature  ,puifqu'au  contraire  îl 
ell  univerfellement  démenti  par  le  fentiment  le  plus 
pur  de  la  nature  raifonnable,  qui  ell  celui  de  la  ré- 
llexion. 

Sens  moral  ,  (  Moral.')  nom  donné  par  le  favant 
Hutchefon  à  cette  faculté  de  notre  ame,  qui  difcer- 
ne  promptement  en  certains  cas  le  bien  &  le  mal 
moral  par  une  forte  de  fenfation  &  par  goût,  indé- 
[)endamment  du  raifonnement  &:  de  la  réflexion. 

C'ell-là  ce  que  les  autres  moralilles  appellent  i/;/?i/2c? 
moral  .f  fentiment,  efpece  de  penchant  ou  d'inclina- 
tion naturelle  qui  nous  porte  a  approuver  certaines 
chofes  comme  bonnes  ou  louables,  &  à  en  condam- 
ner d'autres  comme  mauvailes  &:  blâmables  ,  indé- 
pendamment de  tovite  réflexion. 

C'ell  ainfi  ,  qu'à  la  vue  d'un  homme  qui  fouffre  , 
nous  avons  d'abord  un  fentiment  de  compafîîon,  qui 
nous  fait  trouver  beau  Se  iigréable  de  le  fecourir. 
Le  premier  mouvement,  en  recevant  un  bienfait , 
ell  d'en  lavoir  gré  ,  &:  d'en  remercier  notre  bienfai- 
teur. Le  premier  &c  le  plus  pur  mouvement  d'un 
homme  envers  un  autre  ,  en  faifant  abllraftion  de 
toute  raifon  particulière  de  haine  ou  de  crainte  qu'il 
pourroit  avoir,  cil  un  fentiment  de  bienveillance  , 
comme  envers  fon  femblable  ,  avec  qui  la  conformi- 
té de  nature  &  de  belbins  lient.  On  voit  de  même 
que  ,  fans  aucun  raifonnement ,  un  homme  grolîler* 
le  récrie  lur  une  perfidie  comme  fur  ime  aftion  noire 
&  i.njulle  qui  le  blelTe.  Au  contraire  ,  tenir  fa  paro- 
le, reconnoitrc  un  bienfait,  rendre  à  chacun  ce  qui 
lui  efl  du  ,  Ibulager  ceux  qui  louurent ,  ce  font -là 
autant  d'aélions  qu'on  ne  peut  s'empêcher  d'approu- 
ver &  d'ellimer ,  comme  étant  juftes  ,  bonnes,  hon- 
nêtes &  utiles  au  genre  humain.  De-là  vient  que 
l'elprit  fe  plaît  à  voir  &  à  entendre  de  pareils  traits 
d'équité,  de  bonne-foi,  d'humanité  &  de  bénéficence; 
le  cœur  en  efl  touché  ,  attendri.  En  les  lilant  dans 
l'hilloire  on  les  admire,  t-i.  on  loue  le  bonheur  d'un 
fiecle,  d'une  nation ,  d'une  famille  où  de  fi  beaux 
exemples  fe  rencontrent.  Mais  pour  les  exemples  du 
crime  ,  on  ne  peut  ni  les  voir,  ni  en  entendre  par- 
ler fans  mépris  &  fans  indignation. 

Si  l'on  demande  d'où  vient  ce  mouvement  du 
cœur,  qui  le  porte  à  aimer  certaines  atlions ,  &  à 
en  dételler  d'autres  fans  raifonnement  &  fans  exa- 
men ,  le  ne  puis  dire  autre  choie  ,  fmon  que  ce  mou- 
vement vient  de  l'auteur  de  notre  être  ,  qui  nous  a' 
faits  de  cette  manière  ,  &  qui  a  voulu  que  notre  na- 
ture fût  telle  ,  que  la  différence  du  bien  ou  du  mal^ 
moral  nous  affedât  en  certains  cas  ,  ainfi  que  le  tait 
celle  du  mal  phyfique.  C'ell  do|fC  là  une  forte  d'info 
îin£l,  comme  la  nature  nous  en  a  donné  plufieurs 
autres  ,  afin  de  nous  déterminer  plus  vite&  plus  for- 
tement là  où  la  réflexion  feroittrop  lente.  C'ell  ainli 
que  nous  fommes  avertis  par  une  fenfation  intérieu- 
re de  nos  befoins  corporels  ,  pour  nous  porter  à 
fitire  promptement  &  machinalement  tout  ce  que 
demande  notre  confervation.  Tel  ell  auiîi  cet  inf- 
tin£l  qui  nous  attache  à  la  vie  ,  &  ce  dcfir  d'être  heu- 
reux ,  qui  ell  le  grand  mobile  de  nos  adions.  Telle 
ell  encore  la  tendreffe  prefqu'aveugle  ,  mais  très-né- 
ceffaire  ,  des  pères  &  des  mères  pour  leurs  cnfans. 
Les  befoins  preffans  &  indifpenfables  demandoient 
que  l'homme  fût  conduit  par  la  voie  du  fentiment, 
toujours  plus  vif  &  plus  prompt  que  n'eH  le  raifon- 
nement. 

Dieu  donc  a  jugé  à  propos  d'employer  aufli  cette 
voie  à  l'égard  de  la  conduite  morale  de  l'homme  , 
&c  cela  en  imprimant  en  nous  un  fentiment  ou  un 
goût  de  vertu  &:  de  juflice,  qui  décide  de  nos  pre- 
miers mouvemens  ,  &  qui  lupplée  heureufement 
chez  la  plupart  des  hommes  au  défaut  de  réflexion; 
car  comnien  de  gens  incapables  de  réfléchir,  &  qi;i 
font  remplis  de  ce  fentiraentde  jullice!  Il  étoltbieni 


s  E  N 

utile  que  le  Créateur  nous  donnât  un  dircernement 
du  bie.'i  &C  du  mal,  avec  l'amour  de  l'un  &  l'averuoa 
de  l'autre  par  une  forte  de  faculté  prompte  &  vive, 
qui  n'eut  pas  befoin  d'attendre  les  Ipéculations  de 
1  cfprit  ;  6c  c'eft-là  ce  que  le  doreur  Hutchefon  a 
nommé  judicieufementycrti  moral.  Princip.  du  droit 
naturel.  (Z?,  /.  ) 

Sens  de  l'Écriture  ,  (T/iéohg.)  eu  la  fignifica- 
tion  que  préfentent  ou  que  renferment  les  paroles 
de  l'Écriture  fainte. 

On  peut  diftinguer  cinc[  fins  dans  l'Ecriture  ;  i°. 
le/ens  grammatical  ;  x^.  iey^/zi  littéral  ou  hillorique; 
3".  Icjens  allégorique  ou  figuré  ;  4°.  le  fens  anago- 
gique  ;  5^*.  lejens  tropoiogique  ou  moral. 

I.  Le  fins  grammatical  eft  celui  que  les  termes  du 
texte  préfentent  à  l'efprit ,  fuivant  la  propre  fignifi- 
cation  des  termes.  Ainfi  quand  on  dit  que  Dieu  le 
repent ,  qu'il  fe  met  en  colère  ,  qu'il  monte  ,  qu'il 
defcend  ,  qu'il  a  les  yeux  ouverts  6c  les  oreilles  at- 
tentives ,  &c.  Le  fins  grammatical  conduiroit  à  croire 
que  Dieu  feroit  corporel  &  fujet  aux  mêmes  infirmi- 
tés que  nous  ,  mais  comme  la  fol  nous  apprend  qu'il 
n'a  aucune  de  nos  foiblefies  &  de  nos  imperfeftious, 
&  que  la  raifon  même  le  diâe  ,  on  n'en  demeure 
jamais  aw  fcns  grammaiical ,  &  l'on  penle  avec  fon- 
dement que  les  auteurs  facrés  n'ont  employé  ces  ex- 
prefilons  que  pour  fe  proportionner  à  la  foiblciTe  de 
notre  intelligence. 

II.  Le  fins  littéral  &  hifîorique  eft  celui  qui  s'at- 
tache à  l'hiftoire  ,  au  fait ,  au  fens  que  le  récit  Se  les 
termes  de  l'Ecriture  préfentent  d'abord  à  l'efprit. 
Ainfi  ,  quand  on  dit  qu'Abraham  époufa  Agar ,  qu'il 
la  renvoya  enfuite  ,  qu'Ifaac  naquit  de  Sara  ,  qu'il 
reçut  la  circoncifion  ,  &c.  tous  ces  faits  pris  dans  le 
fens  hiftorique  &  littéral  ne  difent  autre  chofe  finon 

ce  qui  ell  exprimé  dans  l'hilloire ,  le  mariage  d'Abra- 
ham avec  Agar,  la  répudiation  de  celle-ci ,  la  naif- 
lance  d'Ifaac  &c  fa  circoncifion. 

III.  Le  fens  allégorique  &  figuré  ell:  celui  qui  re- 
cherche ce  qui  eft  caché  fous  les  termes  ou  fous  l'é- 
vénement dont  il  eft  parlé  dans  l'hiftoire.  Ainfi  le 
inariage  d'Abraham  avec  Agar,  qui  fut  enfuite  répu- 
diée &  chafi"ée  à  caufe  de  fon  infolence  &  de  celle 
de  fon  fils ,  eft  une  figure  de  la  fynagogue  qui  n'a  été 
qu'une  efclave,  &  qui  a  été  reprouvée  à  caufe  de 
Ion  ingratitude  &  de  fon  infidélité.  Sara  eft  la  figure 
de  l'Eglife ,  &  Ifaac  la  figure  du  peuple  choifi. 

IV.  Le  fens  anagogique  ou  de  convenance  ,  eft 
celui  qui  rapporte  quelques  exprcfFions  de  l'Ecriture 
à  la  vie  éternelle  ,  à  la  béatitude  ,  à  caufe  de  la  con- 
formité ou  proportion  entre  les  termes  dont  on  fe 
fert  pour  exprimer  ce  qui  fe  pafTe  en  ce  monde ,  & 
ce  qui  arrivera  dans  le  ciel.  Par  exemple,  à  l'occa- 
fion  du  fabbat  ou  du  repos  qui  étoit  recommandé 
au  peuple  de  Dieu ,  on  parle  du  repos  dont  les  faints 
jouifijent  dans  le  ciel.  A  l'occafion  de  l'entrée  des  If- 
raélites  dans  la  terre  promife  ,  on  traite  de  l'entrée 
des  élus  dans  la  terre  des  vivans ,  ôx. 

V.  Le  fens  moral  ou  tropoiogique  eft  celui  qui  tire 
des  moralités  ou  des  réflexions  pour  la  conduite  de  la 
vie  &c  pour  la  réforme  des  mœurs ,  de  ce  qui  eft  dit 
&  raconté  hiftoriquement  ou  littéralement  dans  l'E- 
criture. Par  exemple  ,  à  l'occafion  de  ces  paroles  du 
Deutéronome,  ch.  xxv.  verf.  4.  f^ous  ne  liere^ point 
la  bouche  du  bœuf  qui  foule  le  grsin  ,  S.  Paul  dit  dans 
fa  première  épitrc  aux  Cotinthiens ,  ch.  ix.  verf  10. 
qu'il  faut  fournir  aux  prédicateurs  &  à  ceux  qui 
nous  inftruifent  de  quoi  fe  nourrir  &  s'entretenir. 

Le  fens  littéral  a  pour  objet  les  faits  de  l'hiftoire  ; 
l'allégorique  ,  ce  que  nous  croyons  ,  ou  les  myfteres 
de  notre  foi  ;  l'anagogique  ,  la  béatitude  &c  ce  qui  y 
a  rapport;  le  tropoiogique  ,  le  règlement  de  nos 
mœurs  :  ce  qu'on  a  compris  dans  ces  deux  vers  : 


S  E  N 

Lutera  gefla  docet  :  quid  crcdas  allegorla  ; 
Moralis  quid  agas ,  quo  tcndas  anagogia. 


ap 


On  peut  remarquer  les  cxno^fens  dons  nous  venons 
de  parler  dans  ie  feul  mot  Jhufalem  ;  félon  \efcns 
grammatical  il  fignifie  union  de  paix;  félon  le  littéral, 
une  ville  capitale  de  Judée  ■,{c\oi\  l'allégorique,  Vèglifc 
militante  ;  félon  l'anagogique  ,  \!igUfc  triomphante  ; 
félon  le  moral ,  Vame fidèle  ,  dont  JeruLlem  eft  une 
efpece  de  figure.  A'oye{  Allégorie,  Anagogique, 
Littéral  ,  Figuré  ,  Mystique  ,  &c. 

Tous  les  théologiens  conviennent  qu'on  ne  peut 
tirer  d'arguraens  direds  &  concluans  en  matière  de 
religion  que  du  {enlfens  littéral.  Jamais,  dit  S.  Jérô- 
me ,  les  paraboles  &  le  lens  douteux  des  énigmes, 
c  eu-a-due  ,  dîs allégories  que  cnacun  imagine  \  Ion 
gré  ,  ne  peuvent  fervir  pour  établir  les  dogmes  ;  6c 
S.  Auguitin  dans  fon  épitre  à  Vincent  le  donatifte  , 
reconiioît  qu'on  ne  peut  fe  fonder  fur  une  fimple  al- 
légorie ,  à  moins  qu'on  n'ait  des  témoignages  clairs 
pour  expliquer  ceux  qui  fout  obfcurs.   D'ailleurs  , 
comme  chacun  peut  iinagmer  des  fens  myftiques,  fé- 
lon fa  pénétration  ou  fa  piété,  chacun  par  la  même 
railon  a   droit  de  Ls  rejetter  ou  d'en  imaginer  de 
con.raires.  Il  faut  cependant  obferver  que  des  qu'un 
'  Jens  myftiqiie  eftautorifé  par  l'égiife  ou  par  le  concert 
unanime  des  p^res  ,  ou  qu'il  fuit  naturellement  du 
tixte,  &  que  l'Ecriture  même  le  favorife  ,  on  en  peut 
tirer  des  preuves  &  des  raifonnemens  folides.   Mais 
le  plus  fur  en  matière  de  conrroverfe  eft  de  s'attacher 
au  fins  littéral,  parce  qu'il  eft  fort  aifé  d'abuier  du  fens 
allégorique. 

Sens  EXTERNES  ,  (P/ij^o/.)  organes  corporels  ^ 
fur  lequels  les  objets  extérieurs  caufent  les  différen- 
tes elpeces  de  l'eniations  ,  que  nous  appelions  le  tou- 
cher ,  le  goût ,  l'odorat ,  l'ouie  ,  la  vue ,  ëcc.   L'auteur 
de   Vhijioire  naturelle   de  l^homme   vous    expliquera 
mieux  que  moi  comment  ces  différentes  elpeces  de 
lenfations  parviennent  à  l'ame.  Elles  lui  font  tranf- 
mlles  ,  nous  dit-il ,  par  les  nerfs  qui  forment  le  jeti 
de  toutes  les  parties  &  l'aftion  de  tous  les  mrmbres. 
Ce  font  eux  qui  font  l'organe  immédiat  du  fenti  nent 
qui  fe  diverfifie  &  change  ,  pour  ainfi  dire  ,  de  na- 
ture ,  fuivant  leur  différente  diipofition  ;  enforte  que^ 
félon  leur  nombre,  leur  finefle  ,  leur  arrangement, 
leur  qualité  ,  ils  portent  à  l'ame  des  efpeces  différen- 
tes de  manières  de  lentir  qu'on  a  diftinguées  par  le 
nom  defenfations  ,  qui  ferablent  n'avoir  rien  de  fem-r 
blable  entr'elles. 

Cependant  fi  l'on  fait  attention  que  tous  ces  fens 
externes  ont  un  fujet  commun  ,  6c  qu'ils  ne  font  que 
des  membranes  nerveules  ,  différemment  étendues  , 
difpofées  &  placées  ;  que  les  nerfs  font  l'organe  gé- 
néral du  fentiment  ;  que ,  dans  le  corps  animal ,  nul 
autre  corps  que  les  nerfs  n'a  cette  propriété  de  pro- 
duire le  fentiment,  on  fera  porté  à  croire  que  leijèns 
ayant  tous  un  principe  commun  ,  èi.  n'étant  que  des 
formes  variées  de  la  même  fubuance  ,  n'étant  en  un 
mot  que  des  nerfs  différemment  ordonnés  «Se  diipoy 
fés ,  les  fenfations  qui  en  réfuirent  ne  font  pas  aulTi 
eft'entiellement  différentes  entr'elles  qu'elle  le  pa- 
roiffent.  ■--, 

L'œil  doit  être  regardé  comme  une  expanfion  du 
nerf  optique  ,  ou  plutôt  l'œil  lui-même  n'cft  que  l'cr 
panouiffement  d'un  faifccau  de  nerfs,  qui  étant  expofé 
à  l'extérieur  plus  qu'aucun  autre  nerf,  eft  aulll  celui 
qui  a  le  fentiment  le  plus  vif  &  le  plus  délicat  ;  il  kr^ 
donc  ébranlé  par  les  plus  petites  parties  de  la  ma- 
tière telles  que  font  celles  de  la  lumière  ,  6l  il  nou* 
donnera  par  conféquent  une  fenlation  de  toutes  lès 
fubftances  les  plus  éloignées  , pourvu  qu'elle^  Iv'ient 
capables  de  produire  ou  de  réfléchir  ces  petites  paçr 


ticules  de  matière. 


,'-i  injra 


L'oreille  qui  n'eft  pas  un  organe  aufll  extérieur 


3û  S  E  N 

que  l'œil ,  &  dans  lequel  il  n'y  a  pas  un  auïïl  grand 
«?panoui(rementdenerf,  n'aura  pas  le  même  degré 
de  iVnlibilitc  ,  &:  ne  pourra  pas  être  aftcdée  par  des 
parties  de  matières  aiUn  ^jaitci  que  celles  ae  la  lu- 
mière ;  mais  elle  le  fera  par  des  parties  plus  greffes 
qui  fout  celles  qui  forment  le  Ton,  &  nous  donnera 
encore  une  renf;U:on  des  choies  cloignccs ,  qui  pour- 
ront mettre  en  mouvement  ces  parties  de  matières. 
Coi'ime  elles  ("ont  beaucoup  plus  groflcs  que  celles 
de  la  hmiiere  iV  qu'elles  ont  moins  de  vîteffe  ,  elles 
ne  pourront  s'étendre  qu'à  do  petites  didaiiccs  ,  & 
par  conléquent  l'oreille  ne  nous  donnera  la  fcnlation 
que  de  choies  beaucoup  moins  éloignées  que  celles 
dont  ''oeil  nous  donne  la  ienlation. 

La  membrane  qui  eft  le  liège  de  l'odorat  étant  en- 
core m-oins  fournie  de  nerfs  que  celle  qui  fait  le  fiege 
de  l'ouïe  ,  elle  ne  nous  donnera  la  Ienlation  que  des 
parties  de  inatiere  qui  font  plus  groiles  6l  moins  éloi- 
gnées ,  telles  que  lont  les  particules  odorantes  des 
corps  qui  font  probablement  celles  de  l'huile  efien- 
tieile  ,  qui  s'en  exhale  &L  fumage  ,  pour  ainfi  dire  , 
dans  l'air. 

Comme  les  nerfs  font  encore  en  moindre  quanti- 
té <:^:  plus  grolTiers  (iir  le  palais  &  fur  la  langue  ,  les 
particules  odorantes  ne  lont  pas  allez  fortes  pour 
ébranler  cet  organe  ;  il  faut  que  les  parties  huileufes 
^:  falines  le  dcfachent  des  autres  corps, &  s'arrêtent 
fur  la  lanr,ue  pour  produire  la  fenla'.ion  qu'on  ap- 
pelle le  go:}i ,  ?c  qui  diifere  principalement  de  l'o- 
dorrt ,  parce  que  ce  dernier /e/75  nous  donne  la  len- 
f.ition  des  choies  à  une  certaine  dillance  ,  &  que  le 
eoui  ne  peut  la  doimer  que  par  une  elpece  de  con- 
tai ,  qui  s'opère  au  moyen  de  la  fonte  de  certaines 
parties  de  matières ,  telles  que  les  fels ,  les  huiles ,  &c. 
Enlin  ,  comme  les  nerfs  font  le  plus  dlvifés  qu'il 
clt  polnble  6c  qu'ils  font  très-légerement  parfemés 
dans  la  peau ,  aucune  partie  aulii  petite  que  celles 
qui  forment  la  lumière  ,  les  fons  ,  les  odeurs  ,  les  fa- 
veurs, ne  pouira  les  ébranler,  ni  les  afte 61  er  d'une 
manière  fcnfible  ,  &  il  faudra  de  très-grofles  parties 
de  matière ,  c'el^à-dire  des  corps  folides  ,  pour  qu'ils 
puilL'nt  en  être  affcftés.  Aullî  le  fens  du  toucher  ne 
nous  donne  aucune  Ienlation  des  choies  éloignées  , 
mais  feulement  de  celles  dont  le  contad  eft  immé- 
diat. 

Il  paroît  donc  que  la  différence  qui  eff  entre  nos 
fens  vient  de  la  pofition  plus  ou  moins  extérieure 
des  nerfs ,  de  leur  vêtement,  de  leur  exilité,  de  leur 
quantité  plus  ou  moins  grande  ,  de  leur  épanouiffe- 
ment  dans  les  différentes  parties  qui  conftitucnt  les 
organes.  C'eft  par  cette  raifon  qu'un  nerf  ébranlé 
par  un  coup  ,  ou  découvert  par  une  bleffure  ,  nous 
donne  louvent  la  Ienlation  de  la  lumière  ,  fans  que 
l'œil  y  ait  part  ;  comme  on  a  fouvent  aulîl  par  la 
même  caufe  des  tintemens  &C  des  fenfations  des  fons, 
quoique  l'oreille  ne  foit  affedée  par  rien  d'exté- 
rieur. 

Lorfque  les  petites  particules  de  la  matière  lumi- 
neule  &:  lonore  le  trouvent  réunies  en  trcs-grandc 
quantité,  elles  forment  une  elpece  de  corps  lolide 
qui  produit  différentes  efpeccs  de  fenfations  ,  lef- 
quëlles  ne  paroiffcnt  avoir  aucun  rapport  avec  les 
premières  ;  car  toutes  les  fois  que  les  parties  qui 
compofcnt  la  lumière  font  en  très-grande  quantité , 
elles  affectent  non-feulement  les  yeux  ,  mais  auffi 
toutes  les  parties  ncrvcufes  de  la  peau  ;  &  elles  pro- 
duifcnt  dans  l'œil  la  Ienlation  de  la  lumière  ;  6c  dans 
le  relie  du  corps  ,  la  Ienlation  de  la  chaleur  qui  cft 
une  autre  elpece  de  lentir-cnt  différent  du  premier, 
<juoiou'il  loit  produit  par  la  même  caufe. 
"'J' La  chaleur  n'ell  donc  que  le  toucher  de  la  lumière 
qui  agit  comme  corps  folide,  ou  comme  une  maffe 
•de  mafitre  en  mouvement  ;  on  reconnoît  évidem- 
ment l'action  de  cette  malTc  en  mouvement ,  lorf- 


SE 

qu^on  expofe  les  matières  légères  au  foyer  d'un  boii 
miroir  ardent  ;  l'adion  da  la  lumière  réunie  leur 
coir;munique  ,  avant  même  que  de  les  échauffer ,  un 
mouvement  qui  les  pouffe  &  les  déplace  ;  la  chaleur 
agit  donc  comme  agiffent  les  corps  lolidcs  fur  les 
autres  corps  ,  puifqu'clle  eff  capable  de  les  dépla- 
cer en  communiquant  un  mouvement  d'impullion. 

De  même  lorfciue  les  parties  fonores  le  trouvent 
réunies  en  très-grande  quantité,  elles  produifcntune 
fec'ouffe  Si  un  ébranlement  trcs-lénfible  ;  6c  cet  ébran- 
lement cft  fort  différent  de  l'aâion  du  fon  fur  l'o- 
reille. Une  violente  explolion ,  un  grand  coup  de 
tonnerre  ébranle  les  mailons,nous  frappe  6c  commu- 
nique une  efpcce  de  tremblement  à  tous  les  corps 
vollins  ;  c'ell  par  cette  aftion  des  parties  fonores 
qu'une  corde  en  vibration  en  fait  remuer  une  au- 
tre ,  6c  c'cft  par  ce  toucher  du  fon  que  nous  fentons 
nous-mêmes ,  lorfque  le  bruit  cff  violent ,  une  elpece 
de  trémouffcment  fort  différent  de  la  fenfution  du 
fon  par  l'oreille ,  quoiqu'il  dépende  de  la  même 
caufe. 

Toute  la  différence  qui  fe  trouve  dans  nos  fenfa- 
tions ne  vient  donc  que  du  nombre  plus  ou  moins 
grand,  &  de  la  pofition  plus  ou  moins  extérieure  des 
nerfs.  C'eft  pourquoi  nous  ne  jugeons  des  choies 
que  d'après  l'imprclîion  que  les  objets  font  fur  eux  ; 
6c  comme  cette  impreffion  varie  avec  nos  difpoli- 
tions  ,  les  fins  nous  en  impolent  néceffairement  :  les 
phis  importans  ne  font  fouvent  que  de  légères  im- 
preffions  ;  &  pour  notre  malheur ,  le  méchanifme 
de  tout  le  mouvement  de  la  machine  dépend  de  ces 
refforts  délicats  qui  nous  échappent. 

Cependant  les  fans  nous  étoient  abfolument  nécef- 
faires  ,  &  pour  notre  être  &  pour  notre  bien-être  ; 
ce  font,  dit  M.  le  Cat ,  autant  de  fentinelles  qui  nous 
avertilfent  de  nos   befoins  &  qui  veillent  à  notre 
confervation.  Au  milieu  des  corps  utiles  &  nuifibles 
qui  nous  environnent,  ce  font  autant  de  portes  qui 
nous  font  ouvertes  pour  communiquer  avec  les  au- 
tres êtres  ,  &  pour  jouir  du  monde  où  nous  fommes 
placés.  Ils  ont  enfanté  des  arts  fans  nombre  pour  fa- 
tisfaire  leurs  délices  ,  &  fe  garantir  des  impreffions 
fâcheufes.  On  a  tâché  dans  cet  ouvrage  de  dévelop- 
per avec  brièveté  le  méchanifme  &  des  arts  &  des 
fens  ;  peut-être  même  trouvera-t-on  qu'on  s'y  eu.  trop 
étendu  ;  mais  quand  cela  feroit  vrai  ,  comment  ré- 
firter  au  torrent  des  choies  curieufes  qui  s'offrent  en 
foule  fur  leur  compte  ;  &  combien  n'en  a-t-on  pas 
fupprimé  avec  quelque  regret  ?  Car  enfin  les  arts 
font  précieux,  &  les  fens  offrent  le  fujet  le  plus  in- 
térelîant  de  la  phyfique ,  puifque  ce  font  nos  moyens 
de  commerce  avec  le  refte  de  l'univers. 

Ce  commerce  entre  l'univers  &  nous  fe  fait  tou- 
jours par  une  matière  qui  affefte  quelque  organe. 
Depuis  le  toucher  jufqu'à  la  vue,  cette  matière  ell 
de  plus  en  plus  lubtile  ,  de  plus  en  plus  répandue  loin 
de  nous ,  &  par-là  de  plus  en  plus  capable  d'étendre 
les  bornes  de  notre  commerce.  Des  corps ,  des  li- 
queurs, des  vapeurs ,  de  l'air  ,  de  la  lumière  ,  voilà 
la  gradation  de  fes  correfpondances  ;  6i  les  fens  par 
lefquels  elles  fe  font  nos  interprètes  &  nos  gazettiers. 
Plus  leurs  nouvelles  viennent  de  loin  ,  plus  il  faut 
s'en  défier.  Le  toucher  qui  eff  le  plus  borné  de^fens 
ell  auffi  le  plus  iïir  de  tous  ;  le  goût  &:  l'odorat  le 
font  encore  affez  ,  mais  l'ouïe  commence  à  nous 
tromper  très-fouvent  ;  pour  la  vue ,  elle  eft  fujette 
à  tant  d'erreurs  ,  que  l'induftrie  des  hommes  ,  qui 
fait  tirer  avantage  de  tout ,  en  a  compofé  un  art  d'en 
impofer  aux  yeux  ;  art  admirable  ,  &  pouffé  fi  loin 
par  les  peintres  ,  que  nous  y  aurions  peut-être  per- 
du à  avoir  des  fens  moins  trompeurs.  Mais  que  dire 
des  conjedhires  dans  lefquelles  ils  nous  entraînent? 
Par  exemple  ,  la  lumière,  fluide  particulier  qui  rend 
les  corps  vilibles  ,    nous  fait  conjedurer  un  îyi- 


s  E 

trcflviitlc  qui  les  rend  pefans ,  un  autre  qui  les  rend 
l'icflriques,  ou  qui  fait  tourner  la  bouflble  au  nord, 
^•■c.  Tant  de  fuppoûîions  prouvent  affez  que  ce  que 
\csfir2S  nous  montrent ,  elt  encore  tout  ce  que  nous 
ihvons  de  mieux. 

Qu'on  juge  par-là  des  bornes  étroites  &  du  peu 
de  certitude  de  nos  connoiffances  ,  qui  confirtent  h 
voir  une  partie  des  chofes  par  des  organes  infidèles 
&  à  deviner  le  refte.  J)'oii  vient,  direz^ous ,  cette 
nature  û  bonne  ,  li  libérale  ,  ne  nous  a-t-cUe  pas 
donné  àcsfens  pour  toutes  ces  chofes  que  nous  fom- 
mes  contraints  de  deviner  ,  par  exemple  ,  pour  ce 
fluide  qui  remue  la  boufîblc  ,  poqr  celui  qui  donne 
la  vie  aux  plantes  Se  aux  animaux  ?  C'étoit  le  plus 
court  moyen  de  nous  rendre  favans  fur  tous  ces 
phénomènes  qui  deviennent  fans  cela  des  énigmes  : 
car  enfin  les  cinq  efpeces  de  matières  qui  font  com- 
me députées  vers  nous  ,  des  états  du  monde  maté- 
lériel  ne  peuvent  nous  en   donner  qu'une  vaine 
ébauche  ;  imaginons  un  fouverain  qui  n'auroit  d'au- 
tre idée  de  tous  les  peuples  que  celles  que  lui  don- 
neroient  un  françois  ,  un  perfan  ,  un  égyptien  ,  un 
créole  ,  un  chinois  ,  qui  tous  cinq  feroient  lourds 
&  muets  ;  •  c'eft  ainfi  tout  au-moins  que  font  toutes 
ces  efpeces  de  matières.   En  vain  la  phyfique  mo- 
derne fait  fes  derniers  efforts  pour  interroger  ces  dé- 
putés ;  quand  on  fuppoferoit  qu'ils  diront  un  jour 
tout  ce  qu'ils  font  eux-mêmes ,  il  n'y  a  pas  d'appa- 
rence qu'ils  difent  jamais  ce  que  font  les  autres  peu- 
ples de  matière  dont  ils  ne  font  pas. 

Le  créateur  n'a  pas  vouhi  nous  donner  un  plus 
grand  nombre  defens  ou  des fens  plus  parfaits,  pour 
nous  faire  connoître  ces  autres  peuples  de  matière , 
ni  d'autres  modifications  dans  ceux-mêmes  que  nous 
connoifibns.  Il  nous  a  refufé  des  aîles  ,  il  a  fixé  la 
médiocrité  de  la  vue  qui  n'apperçoit  que  les  feules 
furfaces  des  corps.  Mais  de  plus  grandes  facultés 
enflent  été  inutiles  pour  notre  bonheur  &  pour  tout 
le  fyftème  du  monde.  Accuferons-nous  le  ciel  d'être 
cruel  envers  nous  &  envers  nous  feuls  ? 

Le  bonheur  de  l'homme ,  dit  Pope  ,  (  qui  emprun- 
te pour  le  peindre ,  le  langage  des  dieux  )  le  bonheur 
de  l'homme  ,  fi  l'orgueil  ne  nous  empê choit  point  de 
l'avouer ,  n'efl  pas  de  penfer  ou  d'agir  au-delà  de 
l'homme  même ,  d'avoir  des  puiffances  de  corps  & 
d'cfprit ,  au-delà  de  ce  qui  convient  à  fa  nature  &  à 
fon  état.  Pourquoi  l'homme  n'a-t-il  point  un  œil  mi- 
crofcopique  ?  C'eflpar  cette  raifon  bien  fimple  ,  que 
l'homme  n'efl;  point  une  mouche.  Et  quel  en  feroit 
l'ufage  ,  fi  l'homme  pouvoit  confidérer  un  ciron,  & 
que  fa  vue  ne  pût  s'étendre  jufqu'aux  cieux  ?  Quel 
feroit  celui  d'un  toucher  plus  délicat ,  fi  trop  fenfi- 
ble ,  &  toujours  tremblant ,  les  douleurs  &  les  ago- 
nies s'introduifoient  par  chaque  pore  ?  D'un  odorat 
plus  vif,  fi  les  parties  volatiles  d'une  rofe,  par  leurs 
vibrations  dans  le  cerveau,  nous  faifoient  mourir  de 
peines  aromatiques  ?  D'une  oreille  plus  fine ,  fi  la  na- 
ture fe  faifoit  toujours  entendre  avec  un  bruit  de 
tonnere,  &  qu'on  fe  trouvât  étourdi  parlamufique 
de  fes  fpheres  roulantes  ?  O  combien  nous  regrete- 
rions  alors  que  le  ciel  nous  eût  privé  du  doux  bruit 
des  zéphirs  &  du  murmure  des  ruiflTeaux  !  Qui  peut 
ne  pas  reconnoitre  la  bonté  &  la  fageflfe  de  la  Pro- 
vidence ,  également  &  dans  ce  qu'elle  donne,  &  dans 
ce  qu'elle  refufe  ? 

Regardons  pareillement  les  fcnfations  quiaflligent 
ou  qui  enchantent  l'ame  comme  de  vrais  prcfens  du 
ciel.  Les  fenfations  triflies  avcrtiflent  l'homme  de  fe 
mettre  en  garde  contre  l'ennemi  qui  menace  le  corps 
de  fa  perte.  Les  fenfations  agréables  l'invitent  à  la 
confervation  de  fon  individu  6c  de  fon  cfpece. 

Peut-être  que  des  Jais  plus  multipHés  que  les  nô- 
tres ,  fe  ftifl^ent  embarraflcs ,  ou  que  l'avide  curio- 
fité  qu'ils  nous  cuflentinfpiré,  nous  cùl  procure  plus 


S  E  N 


ti 


d'inquiétude  que  de  plaifir.  En  un  mot ,  le  bon  ufagé 
de  ceux  que  nous  avons ,  fuffit  à  notre  félicité.  Jouif- 
fons  donc  ,  comme  il  convient ,  des  fens  dont  la  na- 
ture a  bien  voulu  nous  gratifier  :  ceux  de  l'ouie  &  dé 
la  vue  me  femblent  être  les  plus  délicats  &  les  plus 
chartes  de  tous.  Les  plaifirs  qui  les  remuent,  font  les 
plus  innocens  ;  &  les  arts  à  qui  nous  devons  ces  plai- 
firs ,  méritent  une  place  diftiaguée  parmJ  les  arts  li- 
béraux, comme  étant  des  plus  ingénieux ,  pulfqu'on 
y  em.ploie  toute  la  fubtilité  des  combinaifons  m.athé^ 
matiques.  La  peinture  reveille  l'imagination  &  fixe 
la  mémoire  ;  la  mufique  agite  le  cœur  ,  &  fouleve 
les  partions.  Elles  font  pafler  les  plaifirs  dans  l'ame  : 
l'une  par  les  yeux ,  l'autre  par  l'oreille.  On  diroit 
même  que  les  pierreries  ont  un  charme  fingulier  , 
dont  la  mode  fe  fert  pour  fixer  la  curiofité.Il  le  faut 
bien  ;  car  fans  cet  éclat  impérieux  ,  notre  folie- auroit 
des  bornes, du  moins  celles  que  l'inconflance  a  foin 
de  mettre  à  tous  nos  goûts.  Ert-ce  que  ces  étincelles 
pures  qui  pétillent  au  fein  du  diamant ,  feroient  une 
efpece  de  collyre  pour  la  vue?  Les  lurtres  &  lesgla^ 
ces  feroient  à  ce  prix  une  merveiileufe  invention ,  &: 
peut-être  ces  chofes  ont-elles  avec  nous  une  douce 
fympathie ,  dont  nous  fentons  l'effet  fans  le  deviner? 
Les  plaifirs  des  autres /c/z.f  peuvent  être  plus  vifs, 
mais  je  les  crois  moins  dignes  de  l'homme.  Ils  s'c- 
mouflent ,  ils  fe  blafent ,  quand  on  les  irrite  ;  &  quand 
onenabufe,  ils  laiffent  dans  la  vieilleffe  un  trifle 
repentir  ou  de  fàcheufes  infirmités.  (  Z-e  chevalurDE 
J AU  COURT.  ) 

Sens  internes  ,  (  Phyfwl.  )  aaions  de  l'ame-ou 
de  l'intellea ,  auxquelles  il  eft  excité  par  la  percep- 
tion des  idées. 

Les  feules  voies  par  où  les  connoiflfances  arrivent 
dans  l'entendement  humain ,  les  feiils  paffages ,  com- 
me dit  Loke ,  par  lefquels  la  lumière  entre  dans  cette 
chambre  obfcure  ,  fontles/^/2i  externes  &  internes. 
hes  fins  internes  (ont  les  paffions,  l'attention,  l'i- 
magination &  la  mémoire.  Telle  eft  l'énumération 
ordinaire  ,  &  à  m.on  avis ,  peu  exafte ,  qu'on  fait  des 
fens  inurnes;  mais  ce  n'eft  pas  ici  le  lieu  de  la  recti- 
fier ;  nous  ne  traitons  qu'en  phyfiologifte ,  &  feule- 
ment ce  au'il  convient  au  médecin  de  connoître, 
pour  entendre ,  expliquer,  &  guérir ,  s'il  eft  poffible, 
les  fàcheufes  affedions  du  cerveau. 

11  femble  que  les  perceptions  de  notre  intelka 
naiffent  de  la  différence  des  nerfs  affedés  ,  de  la  dif- 
férente rtrudure  de  l'organe  du  fcntiment ,  des  diffé* 
rentes  parties  de  la  moelle  du  cerveau  d'où  les  nerfs 
prennent  leur  origine  ,  &  du  cours  différent^  des  ef- 
prits  animaux.  Nous  foir.mes  tellement  formés  ,  qu'à 
Toccafion  des  divers  états  de  l'ame  il  fe  fait  dans  le 
corps  des  mouvemens  mufculan'cs ,  une  circulation 
ou  une  rtagnation  d'humeurs  ,  de  lang  &  des  efprits. 
Les  mouvemens  mufculaires  dépendent  de  l'iniluK 
du  fuc  nerveux  que  le  cerveau  porte  dans  les  mul^- 
cles;  la  partie  du  cerveau  dnfinforiuni  commune,  oh 
les  efprits  animaux  fc  trouvent  raffemblés  ,  eft  peut- 
être  la  moelle  du  cerveau  dans  la  tête.  Cette  partie  a 
différens  territoires ,  dont  chacun  a  fon  nert&:  fa  lo- 
ge pour  les  idées  ;  le  nerf  optique  donne  l'idée  des 
couleurs  ;l'olfaaif,  des  odeurs  ;  les  nerfsmoteurs, 
ceux  des  mouvemens.  Une  goutte  de  liquide  ,  lang 
ou  autre  ,  épanchée  fur  l'organe  des  nerts  ,  produit 
l'apoplexie.  Dcs-lors  plus  d'idées  fimplesmaccefloi- 
res,  plus  de  mémoire ,  plus  de  paffion  ,  plus  de  fins 
internes,  plus  de  mouvemens  muiculaires  ,  fi  cen  elt 
dans  le  cœur  où  ils  font  paflbs.  Qu'on  ne  craigne 
point  qu'il  foit  trop  humiliant  pour  l'amourpropre, 
de  fivoir  que  l'efprit  eft  d'une  nature  fi  corporelle? 
Comme  les  femmes  iont  vaincs  de  leur  beautés  ,  ks 
beaux  efprits  feront  toujours  vains  du  bel-eipnt    ôc 
les  philofophes  ne  fe  montreront  jamais  aflez  philo - 
fophcs ,  pour  éviter  cet  écuc»!  umvcrfel,. 


31 


S  EN 


Les  paflions  font  des  atTedions  fortes  qui  impri- 
ment des  traces  fi  profondes  dans  le  cerveau  ,  que 
toute  l'économie  en  ell  boiilevcrfce  ,  ik.  ne  connoit 
plus  les  lois  de  la  raifon.  C'ert  un  ctat  violent  qui 
nous  entraîne  vers  fon  objet.  Les  pallions  fuppolcnt 
1°.  la  repréfentation  de  la  chofe  qui  clthors  de  nous  : 
a",  l'idte  qui  en  rcfultc  6c  qui  l'accompagne  ,  fait 
naître  l'aftlction  de  l'ame:  3°.  le  mouvement  des  ef- 
prits  ou  leur  ful'pcnfion  en  marque  les  effets.  Le  fiege 
des  affeftions  de  l'ame  elt  dans  Xcjcnjorium  commune. 
Un  fommeil  profond  fans  rcves  doit  donc  affoupir  , 
comme  il  arrive  ,  toute  palTion.  Un  homme  en  apo- 
plexie ou  en  léthargie  n'a  ni  joie  ni  triftcfl'e  ,  ni 
amour  ni  haine.  Après  avoir  paffé  deux  jours  dans  cet 
état ,  il  roffufcite,  &  n'a  pas  lenti  la  peine  de  mourir. 
Les  médecins  entendent  un  peu  l'effet  des  paffions 
fur  les  liquides  &:  lesfolides  du  corps  humain.  Ils  ex- 
pliquent affez  bien  leur  méchanifn'ie  fur  la  machine 
par  l'accélération  ou  le  retardement  dans  le  mou- 
vement du  fuc  nerveux  qui  agit  enfuite  fur  le  fang  , 
enforte  que  le  cours  du  fang  réglé  par  celui  des  ef- 
prits  s'augmente  &  fe  retarde  avec  lui.  Que  n'ont-ils 
le  fecret  du  remède  ! 

Chaqiiepaffion  a  fon  langage.  Datv-  la  colère,  cette 
courte  tureur,  fuivant  la  déhnition  d'Horace  ,  tous 
les  mouvemens  augmentent,  celui  de  la  circulation 
du  fang,  du  pouls ,  de  la  refpiration  ;  le  corps  de- 
vient chaud ,  rouge  ,  tremblant ,  tenté  tout-à-coup 
de  dépofer  quelque  fécrétion  qui  l'irrite.  De-là  ces 
inflammations  ,  ces  hémorrhagies  ,  ces  plaies  r'ou- 
vertes ,  ces  diarrhées,  ces  idères,  dont  parlent  les 
obfervations. 

Dans  la  terreur,  cette  padlon,  qui  en  ébranlant 
toute  la  machine  ,  la  met  quelquefois  cr  garde  pour 
fa  propre  défenfe ,  &  quelquefois  hors  d'état  d'y 
pourvoir,  naiffent  la  palpitation,  la  pâleur ,  le  fl-oid 
fubit,  le  tremblement ,  la  paralyfie  ,  répllepfie ,  le 
changement  de  couleur  des  cheveux ,  la  mort  fubite. 
Dans  la  peur,  diminutif  de  la  ten-eur ,  la  tranfpira- 
tion  diminuée  difpofe  le  corps  à  recevoir  les  miaf- 
mes  contagieux ,  produit  la  pâleur  ,  le  relâchement 
des  fphinders  &  les  excrétions. 

Dans  le  chagrin  ,  tous  les  mouvemens  vitaux  & 
animaux  font  retardés  ,  les  humeurs  croupiffent,  & 
produifent  des  obflru^Vions  ,  la  mélancolie  ,  la  jau- 
niffe ,  &  autres  femblables  maladies.  De  grands  cha- 
grins n'ont  que  trop  fouvent  caufé  la  mort. 

En  rapportant  tous  ces  effets  h  leurs  caufes  ,  on 
trouvera  que  dans  les  pafTions  dont  on  vient  de  par- 
ler ,  &  dans  toutes  les  autres  ,  dont  le  détail  nous  me- 
neroit  trop  loin ,  les  nerfs  doivent  néceffrùrement 
agir  fur  le  fang ,  &  produire  du  dérangement  dans  l'é- 
conomie animale.  Les  nerfs  qui  tiennent  les  artères 
comme  dans  des  filets ,  excitent  dans  la  colère  &  la 
joie,  la  circulation  du  fang  artériel,  en  animant  le 
reffort  des  artères;  le  fluide  nerveux  coule  aufli  plus 
promptement  ;  toutes  les  fibres  ont  plus  de  tenfion  ; 
la  vittffe  du  pouls  &:  de  la  refpiration  croiffent;  la 
rougeur,  l'augmentation  de  chaleur  &  de  force  en 
réiultent.  Les  panies  extérieures  fe  refferrent  dans 
la  terreur;  de  forte  que  les  vaiffcaux  comprimés  font 
refluer  le  fang  vers  l'intérieur  ,  &  dans  les  grands 
vaiffeaux  du  cœur  &  du  poumon;  d'où  naiflent  la 
palpitation  ,  la  pâleur,  le  froid  des  extrémités,  &c. 
Latrifleffe  fuipend  le  cours  des  efprits  ,  refferre  & 
comprime  les  filets  nerveux.  Or  oii  ne  trouvc-t-on 
pas  de  ces  filets  ?  Fidèles  compagnons  de  la  carotide 
interne ,  de  l'artère  temporale ,  de  la  grande  ménin- 
gienne  ,  de  la  vertébrale,  de  la  fouclaviere,  des  bra- 
chiales ,  de  la  céliaque  ,  de  la  méfentérique  ,  des  ar- 
tères qui  fortcnt  du  bafiîn,  ils  font  partout  capables 
d'être  léiés  ,  &  fuivant  leur  léfion  ,  de  produire  dif- 
férens  maux. 

La  pudeur ,  cette  honte  honnête  ,  qui  répand  fur 


S  E  N 

le  vifage  le  rouge  qu'on  a  nommé  le  vermillon  de  lu 
virtu  ,  eftune  dpcce  de  petite  crainte  qui  refferre  la 
veine  temporale  ,  là  oii  elle  eft  environnée  des  ra- 
meaux de  la  portion  dure  ;  &  par  leur  aftion ,  elle 
retient ,  fixe  6l  arrête  le  lang  au  vifage.  Il  efl:  donc 
vrai  que  les  médecins  éclahcs  de  la  connoiffance  du 
corps  humain  peuvent  fe  former  une  théorie  des  paf- 
lions  par  leurs  effets. 

L'attention  eft  l'imprcffion  des  objets  qui  frappent 
le  J'enjorium  commune, àw  moyen  des  efprits  animaux 
qui  s'y  portent  en  abondance.  L'attention  s'explique 
par  le  même  mcchanifme  que  Icspaffions;  fon  effet 
eft:  de  produire  une  idée  diltinfte,  vive  &  durable. 

Quand  les  fibres  du  cerveau  extrêmement  tendues 
(  comme  on  s'imaginoltles  voir  au-travers  de  laphi- 
fionomic  du  p.  Malebranche,  lorfqu'il  écoutoit  ) ,  ont 
mis  une  barrière  qui  ôte  tout  commerce  entre  l'ob- 
jet choifi  &  les  idées  indiicretcs  qui  s'empreffent  à 
le  troubler  ;  il  en  réfute  la  plus  claire  ,  la  plus  lumi- 
neufe  perception  qui  foit  poffible  :  c'eft  en  ce  fens 
que  l'attention  elt  la  mère  des  fciences ,  &  le  meil- 
leur moyen  pour  les  acquérir. 

Nous  ne  penfons  qu'à  une  feule  chofe  à  la  fois  dans 
le  même  tems  ;  enfuira  une  autre  idée  fuccede  à  la 
première  avec  une  viteffe  prodigieufe  ,  quoique  dif- 
férente ,  en  diverfes  perfonnes  &  fujets.  La  nouvelle 
idée  qui  fe  préfente  à  l'ame ,  en  ell  apperçue ,  fi  elle 
fuccede  ,  lorfque  la  première  a  difparu.  D'où  vient 
donc  la  promptitude  de  ceux  qui  réfolvent  fi  vite  les 
problèmes  les  plus  compolés  ?  De  la  facilité  avec  la- 
quelle leur  mémoire  retient  comme  vraie  la  propofi- 
tion  la  plus  proche  de  celle  qui  expofe  le  problème; 
ainfi  tandis  qu'ils  penient  à  la  onzième  propofition  , 
par  exemple  ,  ils  ne  s'inquiètent  plus  de  la  vérité  de 
la  dixième  ;  6c  ils  regardent  comme  un  axiome  les 
chofes  précédentes  démontrées  auparavant ,  &  dont 
ils  ont  un  recueil  clair  dans  la  tcte. 

C'eft  ainfi  qu'un  habile  médecin  voit  d'un  coup 
d'œil ,  les  fympîomcs ,  les  caufes  de  la  maladie ,  les 
remèdes  &  le  pronoftlc.  C'eff  par  cette  vigueur  des 
organes  du  cerveau,  qu'Archimede  ayant  découvert 
tout-à-coup  dans  le  bain  que  la  couronne  d'or  du  roi 
Hiéron  n'étoit  pas  entièrement  compofée  de  ce  mé- 
tal ,  s'écria  de  joierye  l'ai  trouvé.  Heureux  ceux  qui 
ont  reçu  de  la  nature  cette  prompte  facilité  de  com- 
biner une  foule  d'idées  &  de  propofitioris ,  qu'un  cer- 
veau borné  ne  pourroit  concevoir  qu'avec  le  tems , 
avec  beaucoup  de  peine  ,  &  feulement  Tune  après 
l'autre  !  Faut-il  qu'entre  deux  êtres  femblablcs,New- 
ton  &  fon  fecréîalre ,  l'un  ne  foit  qu'un  homme  du 
commun,  &  l'autre  paroiffe  d'une  organlfation pref- 
que  angélique  ?  L'éducation  feule  fait-elle  les  frais 
d'une  diverfité  fi  frappante?  Non  fans  doute  ! 

L'attention  profonde  &tropfuivie  détruit  la  force 
des  fibres,  caufe  des  maux  de  tcte  par  le  refferrement 
des  membranes  du  cerveau  ,  un  defféchement  dans 
le  fang  &  les  efprits,  &  finalement  une  imagination 
dépravée.  Voyons  donc  ce  que  c'efl  que  l'imagina- 
tion. 

L'imagination  efl  la  repréfentation  d'un  objet  ab- 
fent  par  des  images  tracées  dans  le  cerveau.  C'efl: 
une  perception  née  d'une  idée  que  des  caufes  inter- 
nes ont  produites,  femblables  à  quelques-unes  de 
celles  que  les  caufes  externes  ont  coutume  de  faire 
naître.  Haller  raconte  qu'ayant  la  fièvre,  il  voyoit , 
les  yeux  fermés,  de  terribles  incendies,  &  le  mon- 
de tomber  en  ruine  ;  il  dit  qu'il  n'étoit  pas  la  dupe 
de  ces  fortes  d'illufions  ,  qu'il  dilfipoit  d'ailleurs  en 
ouvrant  les  yeux,&  que  fes/ï/zj  externes  lui  dccou- 
vroient  l'erreur  de  fesyê«i  internes.  Son'inràgmaÙQix 
étoit  alors  échauffée  par  des  phanîômes ,  c'efl-à-di- 
re  ,  que  les  nerfs  agités  dans  leur  origine  augmen- 
toient  la  force  de  la  circulation  du  fang  dans  le  cer- 
veau. Pafchal  épuifé  d'étude  &deméditaîion,voyoit 

toujours , 


SE 

toujours,  étant  au  lit,  un  précipice  <Ie  feu  dont  iï 
falloit  le  garantir  par  quelque  rempart.  C'étoit-là 
une  forte  de  vertige  de  l'elpcce  de  celui  de  Haller 
ayant  la  fièvre.  Le  lang  agité  ,  épanché  ,  ou  prêt  à 
l'être,  donne  lieu  à  de  tels  Tpeétres.  Galien  ,  jeune 
encore ,  fe  fit  un  grand  honneur  à  Rome,  pour  avoir 
prédit  dans  une  pareille  circonflance  ,  une  hémor- 
rhagic  lalutaire. 

Quand  l'ame  ne  peut  fe  détromper  par  les  fins  ex- 
ternes, de  la  non-exiftence  des  phantômes  que  les 
fens  internes  lui  préfentent ,  comme  étoiî  celui  qui 
croyolt  avoir  un  nez  de  verre  ;  ceux  qui  fe  perfua- 
dent  être  obligés  de  fuivre  tel  régiment ,  dans  l'idée 
qu'ils  y  ont  été  engagés ,  &  autres  chimères  :  c'efl 
dans  ce  cas  une  efpece  de  manie ,  mal  qui  demande 
■des  remèdes,  &  qui  y  cède  quelquefois.  Quiconque 
jettera  les  yeux  fur  les  triftes  eifets  du  dérangement 
de  i'ima<Tinarion ,  comprendra  combien  elle  eft  cor- 
porelle ,  &  combien  ell  étroite  la  liaifon  qu'il  y  a 
entre  les  mouvemens  vitaux  &  les  mouvemens  ani- 
maux. 

La  mémoire  ,  qui  efl:  le  fouvenir  des  chofes  qui 
ont  fait  des  traces  dans  le  cerveau  ,  eft  un  quatrième 
fins  interne ,  fi  dépendant  des  organes  du  corps ,  qu'- 
elle fe  fortifie  ,  &  s'affoiblit ,  félon  les  changemens 
qui  arrivent  à  la  machine.  Ni  la  converfarion  ,  ni  la 
connolffance  des  chofes ,  ni  le  fentiment  interne  de 
notre  propre  exiftence  ne  peuvent  réfider  en  nous 
fans  la  mémoire.  Wepfer  parle  d'un  malade  qui  avoit 
perdu  les  idées  des  chofes  ;  il  prenoit  le  manche  pour 
le  creux  de  la  cueillere  ;  il  en  a  vu  un  autre  qui  ne 
pouvoit  jamais  finir  fa  phrafe ,  parce  qu'il  perdoit 
d'abord  la  mémoire  du  commencement  de  fon  idée. 
Il  donne  l'hiftoire  d'un  troifieme  ,  qui  voyant  les 
lettres  ,  ne  pouvoit  plus  les  épeler. 

Un  homme  qui  perdroit  toute  mémoire ,  ne  feroit 
pas  même  un  être  penfant  ;  car  peut  on  penfer  fans 
elle  ?  Cela  ne  répugne  point  aux  phénomènes  des 
maladies  dans  lefquelles  nous  voyons  les  malades 
faire  plufieursaftions,  dont  ils  n'ont  aucune  réminif- 
cence  ,  lorfqu'ils  font  rétablis  ;  or  ces  acHons  que 
l'ame  fait  fans  connolffance ,  lans  jugement,  doivent 
être  rangées  parmi  les  mouvemens  automatiques  qui 
fe  trouvent  partout  pour  conlerver  la  machine,  M. 
Jean  le  Clerc  fi  connu  dans  la  république  des  lettres, 
&  frère  de  M.  Daniel  le  Clerc  non  moins  célèbre  par 
fon  hijioire  de  la  Médecine  ,  a  écrit  que  la  fièvre  fuffi- 
foitpour  boulverfer  toutes  les  traces  des  images  dans 
le  cerveau ,  &  caufer  un  oubli  univerièl  ;  il  a  été  lui- 
même  un  trifte  exemple  de  cette  vérité  ;  après  une 
petite  fièvre  de  deux  ou  trois  jours,  il  tomba  dans 
l'oubli  total  de  tout  ce  qu'il  avoit  jamais  fait  &  fu  ; 
l'enfance  &  l'imbécillité  fuccéderent  ;  le  favant  ne 
fut  plus  qu'un  objet  de  pitié  ! 

Thucidide  raconte  que  dans  la  pefle  d'Afrique , 
plufieurs  perfonnes  perdirent  entièrement  la  mémoi- 
re. Mais  tous  les  jours  la  perte  de  cette  faculté  n'efl- 
elle  pas  dépendante  du  fommeil,  du  vin,de  l'apo- 
plexie, de  la  chaleur  exceffive  ?  Et  puis ,  elle  fe  ré- 
tablit avec  le  tems  par  des  remèdes  convenables.  En- 
fin l'hydrocéphale,  la  moUefle  aqueufe  du  cerveau, 
toutes  dégénérations  de  cette  partie ,  une  chute ,  un 
ulcère  trop  tôt  fermé ,  ces  caufes  &  plufieurs  autres , 
font  perdre  la  mémoire,  fuivant  l'obfervation  de 
tous  les  auteurs.  Cependant  puifqu'elle  revient  aufli 
méchaniquemcnt  qu'elle  fe  dilfipe,  elle  appartient 
donc  au  corps  ,  elle  efl  donc  prefque  corporelle. 
Mais  alors  quelle  place  infiniment  petite ,  tient  la 
mémoire  dans  le  fenforium  commune  ?  Cette  exilité 
infinie  effrayera  l'imagination  de  ceuxquicalculeront 
les  millions  de  mots,  de  faits,  de  dates,  de  choies 
différentes  ,  exiftantes  dans  le  cerveau  de  ces  hom- 
mes dont  parle  Baillet ,  fi  fameux  par  leur  mémoi- 
re, &  qui  fembloient  ne  rien  oublier.  Tant  de  chofes 
Tome  Xr^ 


S  E  N 


33 


ï'cfidoicnt  donc  dans  la  mocle  du  cerveau  de  ces 
gens-là,  &ne  l'occupoient  pas  même  toute  entière? 
Que  cette  faculté  elt  immenfe  ,  Si  qua  fon  domicile 
efl  réellement  borné  ! 

On  fait  bien  des  queftlons  Infolubles  flir  \Qsfens 
internes  ;  en  voici  quelques-unes  qu'il  femble  qu'on 
peut  réfoudre. 

Pourquoi  les  fîgnes  corporels  qui  n'ont  rien  que 
d'arbitraire  ,  affedent-ils  ,  changent-ils  li  fort  les 
idées  ?  Il  falloit  à  l'homme  un  grand  noqjbre  de  ter- 
mes pour  exprimer  la  foule  de  fes  idées  ;  ces  termes 
qui  font  arbitraires ,  deviennent  tellement  familiers 
par  l'habitude  où  l'on  efl  de  les  prononcer,  qu'on  ne 
fe  fouvient  pas  davantage  le  plus  fouvent  des  idées 
mêmes  des  chofes,  que  des  termes  qui  font  des  cara- 
ctères expreffifs  de  ces  idées  ;  &  les  mots  &  ces  idées 
font  fi  intimement  liés  enfemble ,  que  l'idée  ne  re- 
vient point  fans  fon  exprefîion  ,  ni  le  mot  fans  l'idée, 
t) 'ailleurs,  en  penfant  nous  fommes  moins  occupés 
des  mots  que  des  chofes  ,  parce  qu'il  en  coûte  à  l'i- 
magination pour  trouver  des  idées  complexes ,  au 
lieu  que  les  mots  fimples  &  faciles  ,  fe  préfentent 
d'eux-mêmes. 

D'où  vient  que  l'attention  ,  l'imagination  fufpen- 
dent  l'adion  des  Jïtis  externes  6c  les  mouvemens  du 
corps?  Parce  qu'alors  rien  ne  dlflrayant les yê/zj  ex- 
ternes ,  l'imagination  en  efl  plus  vive  &  la  mémoire 
plus  heureufe.  Ceux  qui  font  devenus  aveugles,  font 
fort  propres  à  combiner  à  la  fois  un  grand  nombre 
d'idées. 

Pourquoi  efl-on  fi  foible  lorfqu'on  a  trop  long- 
tems ,  ou  fortement  exercé  les  fens  internes  }  Parce 
qu'il  s'efl  fait  une  très-grande  confommation  des  ef- 
prits  du  cerveau  ;  &  par  la  même  raifon ,  toutes  les 
parties  du  corps  humain  trop  long-teuis  tendues  ,  fe 
fatiguent. 

Pourquoi  les  alimens ,  les  boiflbns,  les  médica- 
mens  ,  les  poifons,  les  paffions ,  le  repos ,  le  mouve- 
vement ,  l'air,  le  chaud ,  le  froid  ,  l'habitude ,  pour- 
quoi ,  dis-je ,  toutes  ces  chofes  ont-elles  tant  de  pou- 
voir fur  tous  Its  fens}  Parce  qu'ils  dépendent  du  bon 
état,  ou  du  mauvais  état  des  organes  du  corps.  Tout 
le  juflifie,  l'éducation,  les  mœurs  ,  les  lois  ,  les  cli- 
mats, les  breuvages,  les  maladies,  les  aveux  de  foi- 
bleffes  &  de  pafîions  qu'on  fait  aux  médecins  &  aux 
confcfTeurs  ,  les  remèdes  ,  les  poifons  ,  &c.  Tout  in- 
dique l'empire  de  ce  corps  terreflre  ;  tout  confirme 
l'efclavage ,  l'obfcurciilement  de  cette  ame  qui  de- 
vroit  lui  comnwnder. 

Eft-ce  là  ce  rayon  de  V effence  fuprhnc 
Q^uc  Von  nous  peint  fi  lumineux  ? 
Efl-ce  là  cet  efprit  furvivant  à  lui-même  ? 

Hélas  !  on  ne  reconoît  plus  fa  fpiritualité  au  milieu 
du  tumulte  des  appétits  corporels ,  du  feu  des  paf- 
fions ,  du  dérangement  de  l'économie  animale.  Quel 
flambeau  pour  nous  conduire ,  que  celui  qui  s'éteint 
à  chaque  pas  !  (Le  chevalier  DE  Jaucourt.^ 

Sens  (le  bon)  ,  Goût  (le  bon),  {Belles-Let- 
tres.^ le  bon  fens  &  le  bon  goût.,  ne  font  qu'une  même 
choie,  à  les  confidérer  du  côté  de  la  faculté.  Le  bon 
fens  efl  une  certaine  droiture  d'ame  qui  voit  le  vrai, 
le  jufle  &  s'y  attache  ;  le  bon  goût  efl  cette  même 
droiture,  par  laquelle  l'ame  voit  le  bon  &  l'approu- 
ve, La  difterence  de  ces  deux  chofes  ne  fe  tient  que 
du  côté  des  objets.  On  reflraint  ordinairement  le  bon 
fens  aux  chofes  plus  f'enfibles  ,  &  le  bon  goût  ;\  des  ob- 
jets plus  fiiis  &  plus  relevés.  Ainfi  le  bon  goût ,  pris 
dans  cette  idée,  n'efl  autre  chofè  que  le  bon  fens ^ 
raffiné  &  exercé  fur  des  objets  délicats  &  relevés  ; 
&  le  bon  fens  n'cfl  que  le  bon  goiit,  reflraint  aux  ol- 
jets  plus  fenfibles  &  plus  matériels.  Le  vrai  efl  l'ob- 
jet du  goût ,  auffi-bien  que  le  bon  ;  &:  l'efprit  a  fon 
goût,  aulfi-bien  que  le  cœur.  (  Z?.  /.  ) 


34 


S  E  N 


S  E 


SENS,  {Gcogr.  moJ.)  en  latin  ^gindlctim,  lif^cii- 
r.eum  ,  j4gcnniacum  ;  ville  de  France  en  Champagne , 
capitale  du  Scnonois ,  au  confluent  de  l'Yonne  &  de 
la  Vanne,  à  ii  lieues  au  nord  d'Aiixerre,  à  13  au 
couchant  de  Troyes  ,  6c  A  15  au  iud-eli  de  Paris. 

Cette;  ville  autrefois  capitale  du  peuple  Sénonois  , 
fort  peuplée  ^  connue  dos  Romains  ,  elt  aujourd'hui 
«lie/  chetivc,  în:  contient  à  peine  dans  toute  ion  éten- 
due lix  mille  habuans.  Ils  ne  purent  arrêter  les  pro- 
grès des  conquêtes  de  Célar  dans  les  Gaules ,  &  le 
Trouvèrent  mal  de  leur  révolte  contre  ce  général  ; 
niaii  l'empereur  .'ullen  n'étant  encore  que  ccl'ar,lbu- 
tint  avec  iuccès  un  llcsje  dans  cette  ville  contre  les 
Germains.  Toutes  les  antiquités  de  Sens  (e  bornent 
aujourd'hui  à  quelques  monnoies  de  Charleniagne& 
de  ia  poitérité,  qui  ont  été  battues  à  Sens. 

Vers  l'an  940  elle  étoit  au  pouvoir  de  Hugues  le 
fjrand ,  duc  de  France.  En  1015  le  roi  Robert  prit 
cette  ville,  &:  la  réunit  à  la  couronne.  L'archevêché 
<le  Sens  fut  érigé ,  félon  M.  de  Marca ,  vers  l'an  3  80  ; 
fon  archevêque  prend  le  titre  de  primat  des  Guu!^s, 
mais  la  primatie  ell  demeurée  provifionnellemcnt  à 
l'archevêque  de  Lyon.  Celui  de  Sens  n'a  pourluffra- 
gans  aftuels  que  les  évêques  de  Troyes,  d'Auxerre 
ik.  de  Nevers  ;  il  avolt  encore  autrefois  les  évêques 
de  Paris ,  de  Chartres ,  de  Meaux  Si  d'Orléans.  Son 
archevêché  vaut  au  moins  70000  livres  de  revenu , 
èc  fon  diocèfe  eft  d'une  grande  étendue  ;  car  il  ren- 
ferme lulvant  le  pouillé,  766  cures,  tant  féculieres 
que  régulières  ;  26  abbayes,  tant  d'hommes  que  de 
nlles  ;  &  1 1  chapitres  ,  fans  compter  ceUii  de  la 
métropole,  dont  l'églifea  quelques  privilèges  parti- 
culiers. 

Le  chapitre  de  Sens  a  une  bibliothèque  qui  renfer- 
me quelques  manufcrits  ,  &  entr'autres  l'original  de 
l'ancien  office  des  Fous ,  tel  qu'il  fe  chantoit  autre- 
fois dans  l'églife  de  Schs.  C'eft  un  in-folio  long  ck 
étroit ,  écrit  en  lettres  affez  menues ,  &  couvert  d'i- 
voire fculpté  :  on  y  voit  des  bacchanales  &  autres 
folies  de  lancienne  tête  des  Fous  repréfentés  groflie- 
rement;  on  y  lit  au  commencement  une  profe  rimée 
au  liijet  de  l'âne ,  qu'on  fêtoit  aufli  dans  quelques 
diocèles.  Le  refle  de  l'office  efi:  compofé  de  prières 
de  l'églife ,  confondues  les  unes  dans  les  autres,  pour 
répondre  au  titre  de  la  fête  des  Fous.  Foye^  Fête  des 
Fous. 

Entre  plufieurs  conciles  tenus  à  Sens.,\c  plus  célè- 
bre ert  le  premier ,  de  l'an  1 1 40.  Le  roi  Louis  le  jeune 
y  afiîlla  ,  &  S.  Bernard,  ennemi  d'Abailard  ,  ûi  con- 
damner dans  ce  concile  ce  fameux  dodeur  ,  qui  n'a- 
voit  aucun  tort  dans  fa  dodrine ,  &  qui  appella  de  fa 
condamnation  au  pape. 

Sens  eft  le  fiege  d'un  préfidial ,  d'une  élcftion  & 
d'un  bailliage.  Il  y  a  dans  cette  ville  deux  abbayes 
<ie  bénédictins,  \\\\  collège,  un  féminaire  dirigé  par 
les  PP.  de  la  mifTion ,  &  plufieurs  couvens.  La  fitua- 
îlon  de  Sens  feroit  très-propre  pour  le  commerce , 
ik.  cependant  il  ne  s'y  en  fait  pr«fque  aucun.  Long,  fui- 
vant  Caflini,  20. 4S.  jo.  lut.  48.  n. 

Malingre  (  Claude)  ,  né  à  Sens  dans  le  xvij.  fiecle, 
publia  fur  l'hlftoire  de  France,  un  grand  nombre 
çi'ouvrages  qui  ne  font  point  eftimés,&  qui  ne  l'ont 
jamais  été.  Le  premier  qu'il  mit  au  jour  en  1635,  ^^^ 
une  Hifloitc  des  dignités  honoraires  de  France.^  &  c'efl 
le  (eu!  de  fes  livres  qui  ait  une  certaine  utilité,  parce 
qu'il  a  eu  loin  de  citer  fes  garans.  Il  eft  mort  entre  les 
années  1651  &:  165  «5. 

Loifeaii  (Charles)  ,  fon  compatriote,  eft  un  des 
plus  habiles  jurifconlultes  de  la  France  ,  &  a  donné 
plufieurs  ouvrages  excellens  fur  des  matières  de  droit. 
11  elt  mort  à  Paris,  en  1627,  âgé  de  63  ans.  (Z>. ./.) 
SLNSAL  ,  adj.  (Comm.)  qu'on  écrit  plus  ordinai- 
rement cenj'al. 

C'cft  ainfi  qu'on  appelle  en  Provence,  en  quelques 


endroits  d'Italie  ,  &  dans  les  Echelles  du  Levant ,  ce 
qu'on  nomme  ailleurs  un  courtier.   /''oye^CENSAL  & 

C0URTIt,R. 

Tout  le  commerce  de  Livourne  fe  fint  par  la  voie 
dos  Jènjàux  ^  dont  les  journaux  font  foi  en  juftice.  Ils 
iont  tous  italiens  ou  juifs,  &  paient  au  grand  duc  une 
taxe,  plus  ou  moins  forte,  à  proportion  des  affaires 
qu'ils  ont  faites  pendant  le  tours  de  l'annce.  Dici.  de 
Comm. 

SENSATIONS,  f.  f.  (  Mkaphyfiq.  )  Içsfinfations 
font  des  imprcflions  qui  s'excitent  en  nous  à  l'occa- 
fion  des  objets  extérieurs.  Les  philofophes  m.odcr- 
nes  font  bien  revenus  de  l'erreur  grofliere  qui  revê- 
toit  autrefois  les  objets  qui  Ibnt  hors  de  nous  des  di- 
vçviii^Ja/Jatiuns  que  nous  éprouvons  à  leur  préfencc. 
Toute  Jcnjation  ell  une  perception  qui  ne  fauroit  fe 
trouver  ailleurs  que  dans  un  elprit ,  c'efl-à-dire ,  dans 
une  fubftance  qui  fe  fenl  elle-même,  &  qui  ne  peut 
agir  ou  pâtir  fans  s'en  appcrcevoir  immédiatement. 
Nos  philosophes  vont  plus  loin  ;  ils  vous  font  très- 
bien  remarquer  que  cette  cfpece  de  perception  que 
l'on  nomme  J'enJ'ation  ,  efl  très-différente  d'un  côté 
de  celle  c|u'un  nomme  idée  ,  d'autre  côté  des  adfes 
de  la  volonté  &  des  pafTions.  Les  paiTions  font  bien 
des  perceptions  confuies  qui  ne  repréfentent  aucun 
objet  ;  mais  ces  perceptions  fe  terminant  à  Tame  mê- 
me qui  les  produit  ,  î'ame  ne  les  rapporte  qu'à  elle- 
même  ,  elle  ne  s'apperçoit  alors  que  d'elle-même  , 
comme  étant  affedée  de  dittérentes  manières  ,  telles 
que  font  la  joie  ,  la  trifteHè ,  le  defir ,  la  haine  &  l'a- 
mour. Les  Jenjations  au  contraire  que  l'âme  éprouve 
en  loi ,  elle  les  rapporte  à  l'aôion  de  quelque  caufe 
extérieure  ,  &  d'ordinaire  elles  amènent  avec  elles 
l'idée  de  quelque  objet,  hesfenjations  font  aufîîtrès- 
diftinguées  des  idées. 

1°.  Nos  idées  font  claires  ;  elle?  nous  repréfentent 
diflindement  quelque  objet  qui  n'efl  pas  nous  :  au 
contraire ,  nos  fenfations  font  obfcures  ;  elles  ne  nous 
montrent  diflinftement  aucun  objet ,  quoiqu'elles  at- 
tirent notre  ame  comme  hors  d'elle-même  ;  car  toutes 
les  fois  que  nous  avons  ç^\t\(\\\e  fenfation  ,i\  nous  pa- 
roît  que  quelque  caufe  extérieure  agit  fur  notre 
ame. 

2°.  Nous  fommes  maîtres  de  l'attention  que  nous 
donnons  à  nos  idées  ;  nous  appelions  celle-ci ,  nous 
renvoyons  celle-là  ;  nous  la  rappelions ,  &  nous  la 
faifons  demeurer  tant  qu'il  nous  plaît  ;  nous  lui  don- 
nons tel  degré  d'attention  que  bon  nous  femble  : 
nous  difpofons  de  toutes  avec  un  empire  aufîl  fouve- 
rain  ,  qu'un  curieux  difpofe  des  tableaux  de  fon  ca- 
binet. Il  n'en  va  pas  alnii  de  nos  fenfations  ;  l'atten- 
tion que  nous  leur  donnons  eil  involontaire  ,  nous 
fommes  forcés  de  la  leur  donner  :  notre  ame  s'y  ap- 
plique, tantôt  plus,  tantôt  moins,  félon  que  lafen- 
Jation  elle-même  efl  ou  foible  ou  vive. 

3°.  Les  pures  idées  n'emportent  Tiwcwnç  fenfation  ^ 
pas  même  celles  qui  nous  repréfentent  les  corps  ; 
mais  lesfenfations  ont  toujours  un  certain  rapport  à 
l'idée  du  corps  ;  elles  font  infcparables  des  objets 
corporels  ,  &  l'on  convient  généralement  qu'elles 
naifient  à  l'occafion  de  quelque  mouvement  des 
corps  ,  &  en  particulier  de  celui  que  les  corps  exté- 
rieurs communiquent  au  nôtre. 

4°.  Nos  idées  font  fimples  ,  ou  fe  peuvent  réduire 
à  des  perceptions  fimples  ;  car  comme  ce  font  des 
perceptions  claires  qui  nous  offrent  diUinftement 
quelqu'objet  qui  n'eît  pas  nous,  nous  pouvons  les 
décompofer  jufqu'à  ce  que  nous  venions  à  la  per- 
ception d'un  objet  (impie  &  unique  ,  qui  efl:  comme 
un  point  que  nous  appercevons  tout  entier  d'une 
feule  vue.  ]>i  os  fenfations  au  contraire  font  confufes; 
&  c'efl  ce  qui  fait  conjefturer  ,  que  ce  ne  font  pas 
des  perceptions  fimples  ,  quoi  qu'en  dife  le  célèbre 
Locke.  Ce  qui  aide  à  la  conjedure ,  c'efl  que  nous 


s  E 

éprouvons  tous  les  jours  àcsfinfdtîons  quî  nous  pa- 
roilTent  fimples  dans  le  moment  même  ,  mais  que 
nous  découvrons  eafiiite  ne   l'être  nullement.  On 
fait ,  par  les  ingénieufes  expériences  que  le  fameux 
chevalier  Nev/ton  a  faites  avec  I;  prifme  ,  qu'il  n'y 
a  que  cinq  couleurs  primitives.  Cependant ,  du  diffé- 
rent mélange  de  ces  cinq  couleurs,  il  fe  forme  cette 
diverfité  infinie  de  couleurs  que  l'on  admire  dans  les 
ouvrages  de  la  nature  ,  &  dans  ceux  des  Peintres  , 
fcs  imitateurs  &  lés  rivaux,  quoique  leur  pinceau  le 
plus  ingénieux  ne  puifle  jamais  l'égaler.  A  cette  va- 
riété de  couleurs  ,  de  teintes  ,  de  nuances  ,  répon- 
dent autant  de  fcnfu/ions  diftlnftes  ,  que  nous  pren- 
drions pour  finjations  fîmples ,  auiîîi  bien  que  celles 
du  rouge  &  du  verd ,  fi  les  expériences  de  Neuton 
ïie  démontroient  que  ce  font  des  perceptions  com- 
pofées  de  celles  des  cinq  couleurs  originales;.   Il  en 
■«ft  de  même  des  tons  dans  la  mulique.  Deux  ou  plu- 
£eurs  tons  de  certaine  efpece  venant  à  frapper  en 
même  tems  l'oreille  ,  produifent  un  accord  :  une 
oreille  fine  apperçoit  à  la  fois  ces  tons  diiférens ,  fans 
îcs  bien  diftinguer  ;  ils  s'y  ûniffent  &  s'y  fondent 
l'un  dans  l'autre  ;  ce  n'eil:  proprement  aucun  de  ces 
deux  tons  qu'elle  entend  ;  c'eiî  un  mélange  agréable 
qui  le  fait  des  deux  ,  d'où  réfulte  une  troifieme  y^/s- 
Jadon ,  qui  s'appelle  accord  ,  fymphonic  :  un  homme 
qui  n'auroit  jamais  ouï  ces  tons  féparémenî ,  pren- 
droit  la  fcnfation  que  fait  naître  leur  accord  pour 
tine  fimple  perception.  Elle  ne  le  feroit  pourtant  pas 
plus  que  la  couleur  violette ,  qui  réfulte  du  rouge  & 
mi  bleu  mélangés  fur  une  furface  par  petites  portions 
égales.  Toute  fenfaiion  ,  celle  du  ton ,  par  exemple  , 
ou  de  la  lumière  en  général ,  quelque  fimple  ,  quel- 
que indivifible  qu'elle  nous  paroifle ,  efl  un  compofé 
d'idées ,  eft  un  affemblage  ou  amas  de  petites  per- 
ceptions qui  fuivent  dans  notre  ame  fi  rapidement , 
"&  dont  chacune  s'y  arrête  fi  peu ,  ou  qui  s'y  préfen- 
tent  à  la  fois  en  fi  grand  nombre  ,  que  l'ame  ne  pou- 
vant les  diftinguer  l'une  de  l'autre  ,  n'a  de  ce  com- 
'pofé  qu'une  feule  perception  très-confufe  ,  par  égard 
aux  petites  parties  ou  perceptions  qui  forment  ce 
compofé  ;  mais  d'autre  côté  ,  très-claire ,  en  ce  que 
i'ame  la  diftingue  nettement  de  toute  autre  fuite  ou 
jaflemblagé  de  perceptions  ;  d'où  vient  que  chaque 
fcnfation  confufe  ,  à  la  regarder  en  elle-même  ,  de- 
vient très-claire  ,  fi  vous  l'oppofez  à  uney^/?/^fio« 
différente.  Si  ces  perceptions  ne  fe  fuccédoient  pas 
fi  rapidement  l'un  à  l'autre,  fi  elles  ne  s'offroient  pas 
à  la  fols  en  fi  grand  nombre  ,  fi  l'ordre  dans  lequel 
elles  s'offrent  &  fe  fuccedent  ne  dépendoit  pas  de 
telui  des  mouvemens  extérieurs  ,  s'il  étoit  au  pou- 
voir de  l'ame  de  le  changer  ;  fi  tout  cela  étoit,  les 
fenfadons  ne  feroient  plus  que  de  pures  idées  ,  qui 
rcpréfenteroient  divers  ordres  de  mouvement.  L'ame 
fe  les  repréfente  bien  ,  mais  en  petit ,  m.ais  dans  une 
rapidité  &  une  abondance  qui  le  confond  ,  qui  l'em- 
pêche de  démêler  une  idée  d'avec  l'autre ,  quoi- 
qu'elle foit  vivement  frappée  du  tout  enfemble  ,  & 
qu'elle  diflingue  très-nettement  telle  fuite  de  mou- 
Vemens  d'avec  telle  autre  fuite  ,  tel  ordre  ,  tel  amas 
de  perceptions  d'avec  tel  autre  ordre  &  tel  autre 
amas. 

Outre  cette  première  queftion  ,  où  l'on  agite  fi 
les  l'tnfadons  font  des  idées ,  on  en  peut  former  plu- 
fieurs  autres  ,  tant  cette  matière  devient  féconde  , 
Q  land  on  la  creufe  de  plus  en  plus. 

1°.  Les  impreffions  que  notre  am,e  reçoit  à  l'occa- 
fion  des  objets  fenfibles  ,  f'jiu-elles  arbitraires?  ïl 
paroît  clairement  que  non  ,  dès  qu'il  y  a  une  analo- 
gie entre  nos  finfaiions  &  les  mouvemens  qui  les 
caufent ,  &  dès  que  ces  mouvemens  font ,  non  la 
fimple  occafion  ,  mais  l'objet  même  de  ces  percep- 
tions confufes.  Elle  paroîtra  cette  analogie  ,  fi  d'un 
côté  nous  comparons  c^s  fenfations  entr'elles  ,  ik.  (i 
Tonii  Xr, 


S  Ë  N  l\ 

d'autre  côté  nous  comparons  cntr'eux  leà  ôrèane? 
(iç  CCS  fenf;doms  ,  &c  l'imoreffion  qui  fe  fiit  fur  ce* 
différons  organes.  La  vue  efl  quelque  chofe  de  plus 
délicat  &  de  plus  habile  que  l'ouïe  ;  l'ouïe  a  vifible- 
ment  un  pareil  avantage  fur  l'odorat  &  fur  le  goût  ; 
&  ces  deux  derniers  genres  àtfcnfaùon  l'emportent 
par  le  mêm.e  endroit  fur  celui  du  toucher.  On  ob- 
lerve  les  mêmes  différences  entre  les  organes  de 
nos  fens  ,  pour  la  compofition  de  ces  organes  ,  oour 
ladéiicatciib  des  nerfs ,  pour  la  fubtilité^&:  la  vîteffe 
des  mouvemens ,  pour  la  groffeur  des  corps  exté- 
rieurs qui  iiffeftent  immédiatement  ces  organes.  L'im- 
preffion  corporelle  fur  les  organes  des  fens  ,  n'efl 
qu'un  tad  plus  ou  moins  fubtil  &  délicat ,  à  propor- 
tion de  la  nature  des  organes  qui  en  doivent  être 
affeftés.  Celui  qui  fait  la  vifion  eft  le  plus  léger  de 
tous  :  le  bruit  &  le  fon  nous  touchent  moins  délica- 
tement que  la  lumière  &  les  couleurs  ;  l'odeur  &  la 
faveur  encore  moins  délicatement  que  le  fon  ;  le  froid 
&  le  chaud ,  &  les  autres  qualités  îaftiles ,  font  l'im- 
prefTion  la  plus  forte  &  la  plus  rude.  Dans  tous ,  il  né 
faut  que  différens  degrés  de  la  même  forte  de  mou- 
vem.ent ,  pour  faire  paffer  l'ame  du  plaifir  à  la  dou- 
leur ;  preuve  que  le  plaifir  &  la  douleur  ,  ce  qu'il  y 
a  d'agréable  &  de  déiagréable  dans  nos  fenfadons  , 
efi  parfaitement  analogue  aux  mouvemens  qui  les 
produifent ,  ou  ,  pour  mieux  dire  ,  que  nos  fefffjtions 
ne  font  c|ue  la  perception  confufe  de  ces  divers  mou- 
vemens. D'ailleurs,  à  comparer nosye^rio/35 entre 
elles ,  on  y  découvre  des  rapports  &  des  différences 
qui  marquent  une  analogie  parfaite  avec  les  mouve- 
mens qui  les  produiferit ,  &  avec  les  organes  qui  re- 
çoivent ces  mouveniens.  "Par  exemple  ,  l'odorat  &: 
le  goût  s'avoifinent  beaucoup  ,  &  tiennent  aflez  de 
l'un  &  de  l'autre.  L'analogie  qui  fe  remarque  entre 
les  fens  &  les  couleurs  efl  beaucoup  plus  fenfible.  Il 
faut  à  préfent  venir  aux  autres  queftions ,  &  entrer 
de  plus  en  plus  dans  la  nature  des  fenfadons. 

Pourquoi,  dit-on,  l'ame  rapporte-t-elle  (es  fenfa- 
dons à  quelque  caufe  extérieure  .-*  Pourquoi  ces  fenfa- 
dons font-elles  inféparables  de  l'idée  de  certains  ob- 
jets ?  Pourquoi  nous  impriment -elles  fi  fortement 
ces  idées ,  &  nous  font  -  elles  regarder  ces  objets  ^ 
comme  exiflans  hors  de  nous  ?  Bien  plus ,  pourquoi 
regardons  -  nous  ces  objets  non-feulement  comme  là 
caufe  ,  mais  comme  le  fujet  de  ces  fenfadons  ?  D'où 
vient  enfin  que  la  fenfadon  efl  fi  mêlée  avec  l'idée  de 
l'objet  même  ,  que  <juoique  l'objet  foit  diflingué  de 
notre  amc  ,  &  que  Xz.  fenfadon  n'en  foit  point  dillin- 
guée  ,  il  efl  extrêmement  difficile  ,  ou  même  impof- 
fible  à  notre  ame  j  de  détacher  la  fenfadon  d'avec  l'i- 
dée de  cet  objet  ;  ce  qui  a  principalement  Heu  dans 
la  vifion.  On  ne  fauroit  prelque  pas  plus  s'empêcher  ^ 
quand  on  voit  un  cercle  rouge  ,  d'attribuer  au  cercle 
la  rougeur  qui  efl  notre  propre  fenfadon  ,  que  de  lui 
attribuer  la  fondeur  ,  qui  efl  la  propriété  du  cercle 
même.  Tant  de  queftions  à  éclaircir  touchant  lesjèn- 
fadons^  prouvent  affez  combien  cette  matière  eftépi- 
rieufe.  Voici  à-peu-près  ce  qu'on  y  peut  répondre  dé 
plus  raifonnable. 

\jcs  fenfadions  font  fortir  l'ame  hors  d'elle- même > 
en  lui  donnant  l'idée  confufe  d'une  caufe  extérieure 
qui  agit  fur  elle  ,  parce  que  Its  fenfadons  font  des  per- 
ceptions involontaires  ;  l'ame  en  tant  qu'elle  lent  efl 
paffive  ,  elle  eft  le  fujet  d'une  aftion  ;  il  y  à  donc 
hors  d'elle  un  agent.  Quel  fera  cet  agent  ?  Il  eft  rai- 
fonnable de  le  concevoir  proportionné  à  fon  adlion  , 
&  de  croire  qu'à  différens  effets  répondent  de  diffé- 
rentes caufes  ;  que  les  fenfadons  font  produites  pat 
des  caufes  auffi  divcrfes  entre  elles  ,  que  le  font  les 
fenfations  même.  Sur  ce  principe  ,  la  caufe  de  la  lu- 
mière doit  être  autre  que  la  caufe  du  feu  ;  celle  qui 
excite  en  moi  la  fcnfation  du  jaune  ,  doit  n'être  pas 
I    lamême  que  celle  qui  me  doniic  la  fcnfation  du  viol«î* 

&  ij 


36  S  E  N 

^o-ifinfadons  étant  des  perceptions  reprérer.tati- 
vcb  d'une  intlnité  de  petits  niovivemens  iudilceina- 
blcs  ,  il  eft  naturel  qu'elles  amènent  avec  elles  l'i- 
dée claire  ou  contulo  du  corps  dont  celle  du  mou- 
vement ell  iiU'cpar.'.blc ,  is:  que  nous  regardions  la 
matière  en  tant  qu'agitée  par  ces  divins  mou  vcmens, 
comme  la  caule  univerlelle  de  nos  finjutions ,  en 
même  tems  qu'elle  en  cil  l'objet. 

Vnc  autre  conlcquencc  qui  n'eft  pas  moins  natu- 
relle ,  c'eft  qu'il  arrive  de-l<\  que  nos  finjaiions  font 
la  preuve  la  plus  convaincante  que  nous  ayons  de 
l'exillencc  de  la  matière.  C'elt  par  elles  que  Dieu 
nous  avertit  de  notre  exlllencG  ;  car  quoique  Dieu 
Ibit  la  caule  univerCcUe  &:  immédiarc  qui  agit  liir 
notre  amc,  fur  laquelle,  quand  on  y^  penle  ,  on 
voit  bien  que  la  matière  ne  peut  agir  réellement  & 
phyliquement;  quoiqu'il  iiilînc  des  leules  fcnjutions 
que  nous  recevons  ;\  chaque  moment ,  pour  démon- 
trer qu'il  y  a  hors  de  nous  un  clprit  dont  le  pouvoir 
efl  inhni;  cependant  la  railbn  pour  laquelle  cet  eCprit 
tout-puilfant  ad'ujettit  notre  ame  à  cette  fuite  fi  va- 
riée, mais  fi  réglée,  de  perceptions  confufes ,  qui 
n'ont  que  des  mouvemens  pour  objet ,  cette  raifon 
ne  peut  étreprife  d'ailleurs,  que  de  ces  mouvemens 
mêmes  ,  qui  arrivent  en  effet  dans  la  matière  adlucl- 
lement  cxillante  ;  &:  le  but  de  l'efprit  infini  ,  qui 
n'agit  jamais  au  hafard,  ne  peut  être  autre  ,  que  de 
nous  manifefter  l'exillence  de  cette  matière  avec  ces 
divers  mouvemens.  Il  n'y  a  point  de  voie  plus  pro- 
pre pour  nous  inftruire  de  ce  fait.  L'idée  feule  de  la 
matière ,    nous  découvriroit  bien  fa  nature ,  mais  ne 
nous  apprendroit  jamais  fon  exilbnce  ,  puilqu'il  ne 
lui  eft  point  effentiel  d'exiller.  Mais  l'application  in- 
volontaire de  notre  ame  à  cette  idée,  revêtue  de  celle 
d'une  infinité  de  modifications  &:  de   mouvemens 
fuccelHis ,  qui  font  arbitraires  &  accidentels  à  cette 
idée ,  nous  conduit  infailliblement  à  croire  qu'elle 
€xirte  avec  toutes  fes  diverfes  modifications.  L'ame 
conduite  parle  créateur  dans  cette  fuite  réglée  de  per- 
ceptions, eft  convaincue  qu'il  doit  y  avoir  un  monde 
matériel  hors  d'elle  ,  qui  foit  le  fondement,  la  caufe 
exemplaire  de  cet  ordre,  &  avec  lequel  ces  percep- 
tions ayent  un  rapport  de  vérité.  Ainfi  ,  quoique 
dans  l'immenl'e  variété  d'objets  que  les  fens  préfen- 
tent  à  notre  efprit ,  Dieu  feul  agilfe  fur  notre  efprit , 
chaque  objet  fenfible  avec  toutes  fes  propriétés  , 
peut  pafler  pour  la  caufe  de  \aJcnfition  que  nous  en 
avons ,  parce  qu'il  eil  la  raifon  fuflifante  de  cette  per- 
ception ,  &  le  fondement  de  fa  vérité. 

Si  vous  m'en  demandez  la  raifon  ,  je  vous  répon- 
drai que  c'efl , 

1°.  Parce  que  nous  éprouvons  dans  mille  occa- 
fions  qu'il  y  a  des  fenfuùons  qui  entrent  par  force 
dans  notre  ame  ,  tandis  qu'il  y  en  a  d'autres  dont 
nous  difpofons  librement ,  foit  en  les  rappellant  , 
foit  en  les  écartant ,  félon  qu'il  nous  en  prend  en- 
vie. Si  à  midi  je  tourne  les  yeux  vers  le  foleil  ,  je  ne 
faurois  éviter  de  recevoir  les  idées  que  la  lumière  du 
foleil  produit  alors  en  moi  :  au  lieu  que  fi  je  ferme  les 
yeux  ,  ou  que  je  fois  dans  une  chambre  obfcure ,  je 
peux  rappeller  dans  mon  efpritquand  je  veuxles idées 
de  la  lumière  ou  du  foleil ,  que  des  fenfatlons  précé- 
dentes avoient  placées  dans  ma  mémoire  ;&  que  je 
peux  quitter  ces  idées  ,  quand  je  veux  ,  pour  me 
£xer  à  l'odeur  d'une  rofe  ,  ou  au  goût  du  fucre.  Il  efl 
évident  que  cette  diverfué  de  voies  par  lefquclles 
nosjcnfacions  s'introduifent  dans  l'ame  ,  fuppofe  que 
fes  unes  iont  produites  en  nous  par  la  vive  impref- 
fion  des  objets  extérieurs  ,  imprefîlon  qui  nous  maî- 
trife  ,  qui  nous  prévient,  tc  qui  nous  guide  de  gré  ou 
de  force  ;  &  les  autres  par  le  fimple  fouvenir  des 
imprefTions  qu'on  a  déjà  refTentics.  Outre  cela  il  n'y 
a  pcrfonne  ,  qui  ne  fente  en  elle-mC-nie  la  différence 
cjui  fc  trouve  entre  contempler  le  folti! ,  f.-lon  qu'il 


■    S  E  N 

en  a  l'idée  dans  fa  mémoire ,  &  le  regarder  adtueîle-» 
ment:  deux  choies ,  dont  la  perception  cflfi  diftindle 
dans  l'efprit ,  que  peu  de  ics  idées  font  plus  diflinc- 
tes  les  unes  des  autres,  il  reconnoît  donc  certaine- 
aient  qu'elle  ne  font  pas  toutes  deux  un  effet  de  l'a 
mémoire  ,  ou  des  productions  de  fon  efprit  ,  ou  de 
puics  fantalfies  formées  en  lui-même  :,  mais  que  la 
vue  du  foleil  eit  produite  par  une  caule. 

z".  Parce  qu'il  eft  évident  que  ceux  qui  font  def- 
titués  des  organes  d'un  certain  fens,  ne  peuvent  ja- 
mais faire  que  les  idées  qui  appartiennent  à  ce  fens  , 
foient  adtucUenient  produites  dans  leur  ei'prit.  C'efî 
nno.  vérité  fi  manifcfie  ,  qu'on  ne  peut  la  révoquer  en 
doute  ;  &  par  conféquent ,  nous  ne  pouvons  douter 
que  ces  perceptions  ne  nous  viennent  dans  l'efprit 
par  les  organes  de  ce  fens ,  &  non  par  aucune  autre 
voie:  il  ett  vifible  c[ue  les  organes  ne  les  produif'ent 
pas  ;  car  fi  cela  étoit,  les  yeu::  d'un  homme  produi- 
roient  des  couleurs  dans  les  ténèbres,  &  fon  nez  fen- 
tiroit  des  rofes  en  hiver.  Mais  nous  ne  voyons  pas 
que  perfonne  acquière  le  goCit  des  an.inas  ,  avant 
qu'il  aille  aux  Indes  où  fe  trouve  cet  excellent  fruit , 
&  qu'il  en  goûte  aduellemcnt. 

3^.  Parce  que  le  fentiment  du  plaifir  &  de  la  dou- 
leur nous  affede  bien  autrement,  que  le  fimple  fou- 
venir de  l'un  &  de  l'autre.  Nos  jïnfaùons  nous  don- 
nent une  certitude  évidente  de  quelqus  chofe  de 
plus  ,  que  d'une  fimple  perception  intime  :  &  ce  plus 
cfl  une  modification  ,  laquelle ,  outre  une  particu- 
lière vivacité  de  fentiment  ,  nous  exprime  l'idée 
d'un  être  qui  exifle  aftuellemcnt  hors  de  nous ,  & 
que  nous  appelions  corps.  Si  le  plaifir  ou  la  douleur 
n'étoient  pasoccafionnés  par  des  objets  extétieurs  , 
le  retour  des  mêmes  idées  devroit  toujours  être  ac- 
compagné des  mêmes  finf.itlons.  Or  cependant  cela 
n'arrive  point;  nous  nous  reirouvenons  de  la  dou- 
leur que  cauf  ent  la  faim ,  la  foif ,  &  le  mal  de  tête  , 
fans  en  refi'entir  aucune  incommodité;  nous  penfons 
aux  plaifirs  que  nous  avons  goûtés  ,  fans  être  péné- 
trés ni  remplis  par  des  fentimens  délicieux. 

4°.  Parce  que  nos  fens,  en  pluficurs  cas,  îz  ren- 
dent témoignage  l'un  à  l'autre  de  la  vérité  de  leurs 
rapports  touchant  l'exiflence  des  chofes  fenfibles  qui 
font  hors  de  nous.  Celui  qui  voit  le  feu,  peut  le 
fentir  ;  &  s'il  doute  que  ce  ne  foit  autre  chofe  qu'urie 
fimple  imagination ,  il  peut  s'en  convaincre  en  met- 
tant dans  le  feu  fa  propre  main,  qui  certainement 
ne  pourroit  jamais  refî'entir  une  douleur  fi  violente  à 
l'occafion  d'une  pure  idée  ou  d'un  fimple  fantôme; 
à-moins  que  cette  douleur  ne  foit  elle-même  une 
imagination,  qu'il  ne  pourroit  pourtant  pas  rappel- 
ler dans  fon  efprit,  en  fe  repréfentant  l'idée  de  la 
brûlure  après  qu'elle  a  été  guérie. 

Ainfi  ,  en  écrivant  ceci,  je  vois  que  je  puis  chan- 
ger les  apparences  du  papier,  &  en  traçant  des  let- 
tres ,  dire  d'avance  quelle  nouvelle  idée  il  préfentera 
à  l'efprit  dans  le  moment  htlvant ,  par  le  moyen  de 
quelques  traits  que  j'y  ferai  avec  la  plume;  mais 
j'aurai  beau  imaginer  ces  traits ,  ils  ne  paroîtront 
point,  fi  m.a  main  demeure  en  repos  ,  ou  fi  je  ferme 
les  yeux,  en  remuant  ma  main  :  &  ces  caracleres  up.e 
fois  tracés  fur  le  papier,  je  ne  puis  plus  éviter  de  les 
voir  tels  qu'ils  font,  c'cil  «-dire,  d'avoir  les  idées  c'e 
telles  &:  telles  lettres  que  j'ai  formées.  D'oii  il  s'ei> 
fuit  vifiblemenî  que  ce  r^'efl  pas  un  jeu  de  mon  ima- 
gination, puifque  je  trouve  que  les  caractères  qui 
ont  été  tracés  félon  la  fantaifie  de  mon  eij)rit,re 
dépendent  plus  de  cette  fantaifie,  tk  ne  cefiént  pc;s 
d'être,  dès  que  je  viens  à  me  figurer  qu'ils  ne  font 
plus  ;  mais  qu'au  contraire  ils  continuent  d'affeâer 
mes  fens  conftamrncnt  &  régulièrement,  félon  la 
figure  que  je  leur  ai  donnée.  Si  vous  ajoutez  à  cela  , 
que  la  vue  de  ces  caraderes  fera  prononcer  à  un  au- 
tre homme  les  mêmes  fons  que  je  m'étois  propolé 


î 


s  E  N 

de  leur  faire  figîiii'kr  ,  on  ne  pourra  clouter  que  ces 
mots  que  j'écris  ,  n'cxillent  réellement  hors  de  moi, 
juifq'.rils  produlfent  cette  longue  iuite  de  Tons  régu- 
iers  dont  mes  oreilles  font  aduellcmcnt  frappées, 
lefquels  ne  fauroient  être  un  efFct  de  mon  imagi- 
nation ,  Si.  que  ma  mémoire  ne  pourroit  jamais  rete- 
nir dans  cet  ordre. 

5°.  Parce  que  s'il  n'y  a  point  de  corps,  je  ne 
conc^ois  pas  pourquoi  ayant  ibagé  dans  le  tems  que 
j'appelle  vcUU,  que  quelqu'un  eft  mort,  jamais  il 
ne  m'arrivera  plus  de  fonger  qu'il  efl  vivant ,  que 
je  m'entretiens  &  que  je  mange  avec  lui,  pendant 
tout  le  tems  que  je  veillerai ,  &:  que  je  ferai  en  mon 
bon  fens.  Je  ne  comprends  pas  auffi, pourquoi  ayant 
commencé  à  fonger  que  je  voyage ,  mon  égarement 
enfantera  de  nouveaux  chemins,  de  nouvelles  vil- 
les ,  de  nouveaux  hôtes ,  de  nouvelles  maifons  ;  pour- 
quoi je  ne  croirai  jamais  me  trouver  dans  le  lieu 
d'où  il  femble  que  je  fols  parti.  Je  ne  fai  pas  mieux 
comment  ilfe  peut  faire  qu'en  croyant  lire  un  poome 
épique,  des  tragédies  &  des  comédies,  je  falfe  des 
vers  excellens  ,  &;  que  je  produile  une  infinité  de 
belles  penféés,  moi  dont  l'efprit  ell  fi  flérile  &:  û 
grofïïer  dans  tous  les  autres  tems.  Ce  qu'il  y  a  de 
plus  étonnant,  c'eft  qu'il  dépend  de  moi  de  renou- 
veller  toutes  ces  merveilles ,  quand  il  me  plaira. 
Que  mon  efprit  foit  bien  difpofé  ou  non ,  il  n'en 
penfera  pas  moins  bien  ,  pourvu  qu'il  s'imagine  lire 
dans  un  livre.  Cette  imagination  eft  toute  fa  ref- 
fource  ,  tout  fon  talent.  A  la  faveur  de  cette  il'u- 
iion,  je  lirai  tour-à-tour  Pafchal,  Bo'fuet,  Féneloa  , 
Corneille,  Racine,  Molière  ,  &c.  en  un  mot,  tous 
les  plus  beaux  génies, foit  anciens  ,  foit  modernes, 
qui  ne  doivent  être  pour  moi  que  des  hommes 
chimériques  ,  fuppofé  que  je  fois  le  feul  être  au 
monde,  &  qu'il  n'y  ait  point  de  corps.  Les  traités 
de  paix ,  les  guerres  qu'ils  terminent ,  le  feu ,  les 
remparts,  les  armes,  les  bleffures;  chimères  que 
tout  cela.  Tous  les  foins  qu'on  fe  donne  pour  s'avan- 
cer dans  la  connoifTance  des  métaux,des  plantes  &:  du 
corps  humain;tout  cela  ne  nous  fera  faire  des  progrès 
que  dans  le  pays  des  idées.  Il  n'y  a  ni  fibres ,  ni  fucs , 
ni  fermentations ,  ni  graines  ,  ni  animaux ,  ni  cou- 
teaux pour  les  difféquer,  ni  microfcope  pour  les 
voir  ;  mais  moyennant  l'idée  d'un  microfcope ,  il  naî- 
tra en  moi  des  idées  d'arrangemens  merveilleux  dans 
de  petites  parties  idéales. 

Je  ne  nie  pourtant  pas  qu'il  ne  puifTc  y  avoir  des 
hommes,  qui  dans  leurs  fombres  méditations ,  fe  font 
tellement  atïbiblis  l'efprit  par  des  abilraftions  conti- 
nuelles ,  &  ,  fi  je  l'oie  dire  ,  tellement  alambiqué  le 
cerveau  par  des  pofTibilités  métaphyfiques ,  qu'ils 
doutent  efFe£iivement  s'il  y  a  des  corps.  Tout  ce 
que  l'on  peut  dire  de  ces  contemplatifs ,  c'eft  qu'à 
force  de  réflexions  ils  ont  perdu  le  fens  commun , 
méconnoiffant  une  première  vérité  didée  par  le  fen- 
timent  de  la  nature,  &:  qui  fe  trouve  juflifîée  par  le 
concert  unanime  de  tous  les  hommes. 

Il  efl  vrai  qu'on  peut  former  des  difficultés  fur 
l'exiflence  de  la  matière  ;  mais  ces  difficultés  mon- 
trent feulement  les  bornes  de  l'efprit  iuunain  avec  la 
foiblefl'e  de  notre  imagination.  Combien  nous  pro- 
pofe-ton  de  raifonnemens  qui  confondent  les  nô- 
tres ,  &  qui  cependant  ne  font  &  ne  doivent  faire 
aucune  imprefîion  fur  le  fens  comm.un?  parce  eue 
ce  font  des  illufions,  dont  nous  pouvons  bien  apper- 
cevoir  la  fauffctc  par  un  fentiment  irréprochable  de 
la  nature  ;  mais  non  pas  toujours  la  demoiitrer  par 
tnie  exafte  analyfe  de  nos  penfées.  Rien  n'cfl  plus 
ridicule  que  la  vaine  confiance  de  certains  efprits 
qui  fe  prévalent  de  ce  que  nous  ne  pouvons  rien  ré- 
pondre à  des  objeftions ,  oii  nous  devons  être  per- 
iiiadés,fi  nous  fbmmes fenfés ,  que  nous  ne  pouvons 
rien  comprendre. 


S  E  N 


57 


N'efl-il  pas  bien  furprcnnnt  que  notre  efprit  fô 
perde  dans  Tidée  de  l'infini  ?  Un  hom.mc  tel  que 
Bayle  ,  auroit  prouvé  à  qui  l'eut  voulu  écouter  , 
que  la  vue  des  objets  terreflres  étoit  impofTible. 
Mais  fes  difficultés  n'auroicnt  pas  éteint  le  jour  ;  & 
l'on  n'en  eût  pas  moins  fait  ufage  du  fpeclacle  de 
la  nature ,  parce  que  les  raifonnemens  doivent  cé- 
der à  la  lumière.  Les  deux  ou  trois  tours  que  fit  dans 
Tciuditoire  Diogène  le  cynique ,  réfutent  mieux  les 
vaines  fiibtilités  qu'on  peut  oppofer  aU  mouvement  j 
que  toutes  fortes  de  raifonnemens. 

Il  efl  aflez  plaifant  de  voir  des  phiîofophes  faire 
toiïs  leurs  efforts  pour  nier  Taftioa  qui  leur  commu- 
nique, ou  qui  imprime  régulièrement  en  eux  la  vue 
de  la  nature,  &  douter  de  l'exiilence  des  lignes  & 
des  angles  fur  lefquels  ils  opèrent  tous  les  jours. 

En  admettant  une  fois  l'exiflence  des  corps  com- 
me une  fuite  naturelle  de  nos  dilFérentesy£/2/i;/o/zj, 
on  conçoit  pourquoi ,  bien  loin  qu'aucune  yt-zr/j/io/ï 
foit  feule  Se  féparée  de  toute  idée  ,  nous  avons  tant 
de  peine  à  diflinguer  l'idée  d'avec  la  fcnfaùon  d'un 
objet;  jufques-là,  que  par  une  efpece  de  contradic- 
tion ,  nous  revêtons  l'objet  même,  de  la  perception 
dont  il  efl  la  caufe ,  en  appellant  le  foleii  lumineux , 
&  regardant  l'émail  d'un  parterre  ,  comme  une  chofe 
qui  appartient  au  parterre  plutôt  qu'à  notre  ame  ; 
quoique  nous  ne  fuppofions  point  dans  les  fleurs  de 
ce  parterre  une  perception  femblable  à  celle  que 
nous  en  avons.  Voici  le  myftere.  La  couleur  n'efl 
qu'une  manière  d'appercevoir  les  fleurs  ;  c'ed  une 
modification  de  l'idée  que  nous  en  avons ,  en  tant 
que  cette  idée  appartient  à  notre  ame.  L'idée  de 
l'objet  n'efl  pas  l'objet  même.  Lidée  que  j'ai  d'un 
cercle  n'efl  pas  ce  cercle ,  puifique  ce  cercle  n'efl 
point  une  manière  d'être  de  mon  ame.  Si  donc  la 
couleur  fous  laquelle  je  vois  ce  cercle  ,  efl  aufïi  une 
perception  ou  manière  d'être  de  m.on  ame,  la  cou- 
leur appartient  à  mon  ame,  entant  qu'elle  apperçoit 
ce  cercle,  &  non  au  cercle  apperçu.  D'où  vient  donc 
que  j'attribue  la  rougeur  au  cercle  aulTl  bien  que  la 
rondeur,  n'y  auroit-il  pas  dans  ce  cercle  quelque 
chofe,  en  vertu  de  quoi  je  ne  le  vois  qu'avec  une 
fcnfation  de  couleur ,  &  de  la  couleur  rouge ,  plutôt 
que  de  \.\  couleur  violette?  Oui  fans  doute,  &  c'efl 
luie  certaine  modification  de  mouvement  imprimé 
fur  mon  œil ,  laquelle  ce  cercle  a  la  vertu  de  pro- 
duire ,  parce  que  fa  fuperlicie  ne  renvoyé  à  mon 
œil  que  les  rayons  propres  à  y  produire  des  fecouf- 
fes  ,  dont  la  perception  confule  efl  ce  qu'on  appelle 
rouge.  Jai  donc  à  la-fois  idée  &c  fcnfation  du  cercle. 
Par  l'idée  claire  &  diftincle ,  je  vois  le  cercle  étendu 
&  rond,  &:  je  lui  attribue  ce  que  j'y  vois  clairement, 
l'étendue  &  la  rondeur.  Par  layiv{/i«<?rz  j'apperçois 
confufément  une  multitude  ik.  une  fuite  de  petits  mou- 
vemens  que  je  ne  puis  difcerner ,  qui  iViO.  réveillent 
l'idée  claire  du  cercle  ,  mais  qui  me  le  montrent  agif- 
fant  fur  moi  d'une  certaine  manière.  Tout  cela  efl 
vrai  ;  mais  voici  l'erreur  :  dans  l'idée  claire  du  cercle 
je  didingue  le  cercle  de  la  perception  que  j'en  ai; 
mais  dans  la  perception  confufe  des  petits  mouve- 
mcns  du  nerf  optique,  caufés  parles  rayons  lumineux 
que  le  cercle  a  réfléchis  ,  comme  je  ne  vois  point 
d'objet  diflin£l ,  je  ne  puis  aifément  dillinguer  cet  ob- 
jet, c'efl-à-dire  cette  fuite  rapide  de  petites  fecouffes, 
d'avec  la  perception  que  j'en  ai  :  je  confonds  aulîi- 
tôt  ma  perception  avec  fon  objet  ;  &  comme  cet  ob- 
jet confus  ,  c'efl-à-dirc  cette  fuite  de  petits  mouve- 
mens  tient  à  l'objet  principal,  que  j'ai  raifon  defup- 
pofer  hors  de  moi  comme  caufe  de  ces  petits  mou- 
vemcns  ,  j'attache  auffi  la  perception  confufe  que 
j'en  ai  à  cet  objet  principal,  î?>:  je  le  revêts,  pour  ainli 
dire  ,  du  fentiment  de  couleur  qui  ell  dans  mon  ame, 
en  regardant  ce  fentiment  de  couleur  comme  une 
propriété  non  de  mon  ame, mais  de  cet  objet.  Ainli, 


^^ 


s  E  N 


S  E  N 


au  lieu  que  je  dcvrois  dire  le  rouge  cft  en  moi  une 
manicro  d'aiipcrccvoir  le  -cercle  ,  je  dis,  le  rouge  ell 
une  nisnicre  d'être  du  cercle  apperçu.  Les  couleurs 
^ont  un  enduit  dont  nous  couvrons  les  objets  corpo- 
rels ;  &  comme  les  corps  ("ont  le  loutien  de  ces  petits 
mouvemens  qui  nous  nianifeftcRt  leur  exillence  , 
nous  regardons  ces  mêmes  corps  comme  le  Ibutien 
■de  la  perception  contufe  que  nous  avons  de  ces  mou- 
vcmats  ,  ne  pouvant ,  comme  cela  arrive  toujours 
■dans  les  perceptions  contufes,  Icparer  l'objet  d'avec 
■4a  perception. 

La  remarque  que  nous  venons  de  faire  fur  Terreur 
•de  notre  jugement ,  par  rapport  aux  perceptions  con- 
fufes  ,  nous  aide  ù  comprendre  pourquoi  l'ame  a)^ant 
unetellcyC-'.y.'/^'o/i  de  fon  propre  corps  ,  fe  confond 
avec  lui ,  6c  lui  attribue  les  ^ro[nçsjcnfaiions.  Gcû 
que  d'un  côté  elle  a  l'idée  claire  de  fon  corps,  &  le 
dilHngue  aifémcnt  d'elle-même  ;  d'autre  côté  elle  a 
un  anias  de  perceptions  indillinclcs  qui  ont  pour  objet 
•l'économie  générale  des  mouvemens  qui  fc  partent 
dans  toutes  les  parties  de  ce  corps ,  de-là  vient  qu'elle 
attribue  au  corps  dont  elle  a  en  gros  l'idée  difVincte  , 
ces  mêmes  perceptions  confufes,  &  croit  que  le  corps 
fe  fent  lui-même  ,  tandis  que  c'eft  clic  qui  fent  le 
corp'î.DelAvicntqu'elles'imagineque l'oreille  entend, 
que  Focd  voit, que  le  doigt  fouffrc  la  douleur  d'une  pi- 
quùrc,  tandis  que  c'cii  l'amc  elle-m.ême,  entant  qu'at- 
tentive aux  mouvemens  du  corps ,  qui  fait  tout  cela. 

Pour  les  objets  extérieurs  ,  l'ame  n'a  avec  eux 
qu'une  union  midiate,qui  la  garantit  plus  oumoins  de 
l'erreur,  mais  qui  ne  l'en  fauve  pas  tout-à-fait.  Elle  les 
difcerne  d'avec  elle-même  ,  parce  qu'elle  les  regarde 
comme  les  caufes  des  divers  changcmens  qui  lui  ar- 
rivent ;  cependant  elle  fc  confond  encore  avec  eux  à 
quelques  égards  ,  en  leur  attribuant  (çsfenfations  de 
couleur ,  de  fon  ,  de  chaleur,  comme  leurs  propriétés 
Inhérentes, par  la  même  raifon  qulla faifoit  le  confon- 
dre elle-même  avec  fon  corps,  en  difant bonnement, 
c'eif  mon  œil  qui  voit  les  couleurs ,  c'eft  mon  oreille 
qui  entend  les  fons ,  &c. 

Mais  d'où  vient  qu'il  arrive  que  parmi  nos  fenja- 
tions  divcrfcs  ,  nous  attribuons  les  unes  aux  objets 
extérieurs,  d'autres  à  nous-mêmes,  &  que  par  rap- 
port à  quelques-unes  nous  fommes  indécis  ,  ne  fa- 
chant  trop  qu'en  croire ,  lorfque  nous  n'en  jugeons 
que  par  les  lens  ?  Le  P.  Mallebranche  diftingue  trois 
fortes  defen/luions  ;  les  unes  fortes  &  vives  ,  les  au- 
tres foibles  6c  langulflantes ,  &  enfin  des  moyennes 
entre  les  unes  &  les  autres.  Les  fcnfations  fortes  & 
vives  font  celles  qui  étonnent  l'efprlt  &  qui  le  ré- 
veillent avec  quelque  force  ,  par  ce  qu'elles  lui  font 
fort  agréables  ou  fort  incommodes  ;  or  l'ame  ne  peut 
s'empêcher  de  reconnoître  que  de  iéilis fcnfationsliù. 
appartiennent  en  quelque  façon.  Ainfi  elle  juge  que 
le  froid  &  le  chaud  ne  font  pas  feulement  dans  la 
glace  &  dans  le  feu  ,  mais  qu'ils  font  aulTi  dans  fes 
propres  mains.  Pour  les  finfadons  foibles  ,  qui  tou- 
chent fort  peu  l'ame  ,  nous  ne  croyons  pas  qu'elles 
nous  appartiennent  ,  ni  qu'elles  foient  dans  notre 
propre  corps  ,  mais  feulement  dans  les  objets  que 
nous  en  revêtons.  La  raiibn  pour  laquelle  nous  ne 
voyons  point  d'abord  que  les  couleurs  ,  les  odeurs , 
les  faveurs  ,  ôc  toutes  les  z\\Xtq%  fcnfations  ,  font  des 
modifications  de  notre  ame  ,  c'ell  que  nous  n'en 
avons  point  d'idée  claire  de  cette  ame.  Cette  igno- 
rance fait  que  nous  ne  favons  point  par  une  fimplc 
vue,  mais  parle  feulraifonncment,  fi  la  lumière,  les 
couleurs  ,  les  fons,  les  odeurs  ,  font  ou  ne  font  pas 
des  modifications  de  notre  ame.  Mais  pour  \qs  fcnfa- 
tions vives ,  nous  jugeons  facilement  qu'elles  font  en 
nous,  à  caufc  que  nous  fentons  bien  qu'elles  nous 
touchent ,  &  que  nous  n'avons  pas  befoin  de  les  con- 
noitre  par  leurs  idées  pour  favoir  qu'elles  nous  appar- 
tiennent. Vourles fcnfations  mitoyennes,  qui  touchent 
lame  médiocrement ,  comme  une  grande  lumière  , 


un  fon  violent ,  l'amc  s'y  trouve  fort  embarraiTé'è. 

Si  vous  demande/,  à  ce  pcre  pourquoi  cette  inllita- 
tion  du  créateur,  il  vous  répondra  que  les  fonçs fcn- 
fations étant  capables  de  nuire  à  nos  membres ,  11  cft 
à-propos  que  nous  foyons  avertis  quand  ils  en  font 
attaqués  ,  afin  d'enipêcher  qu'ils  n'en  foient  ofFenfés  ; 
mais  il  n'en  eft  pas  de  même  des  couleurs ,  qui  ne 
peuvent  d'ordinaire  bleflcr  le  fond  de  l'œil  où  elles 
fe  ralfemblent ,  &  par  conféquent  il  nous  eft  inutile 
de  favoir  qu'elles  y  font  peintes.  Ces  couleurs  ne 
nous  font  néccflaires  que  pour  connoître  plus  diftinc- 
temcnt  les  objers  ,  &  c'ell  pour  cela  que  nos  fens 
nous  portent  à  les  attribuer  feulement  aux  objets. 
Ainfi  les  jugemens,  cônclut-il,  auxquels  les  impref- 
fions  de  nos  fens  nous  portent,  font  très-juftes  ,  fi  ort 
les  confidere  par  rapport  à  la  confervation  du  corps  ; 
mais  tout-à-fait  bifarres  &  très-éloignés  de  la  vérité^ 
fi  on  les  confiderc  par  rapport  à  ce  que  les  corps  font 
en  eux-mêmes. 

SENSÉ ,  adj.  (  Gt/im.  )  qui  a  Tefprit  droit  &  jufte  ,' 
de  l'expérience ,  du  jugement ,  &  qui  eft  peu  fujet  à 
fe  tromper ,  folt  qu'il  parle ,  foit  qu'il  agiffe.  Si  ce  mot 
s'applique  à  une  chofe  ,  cette  chofe  fuppofera  toutes 
les  qualités  que  nous  venons  d'attribuer  à  la  perfon- 
ne.  On  dit  un  homme /^/lyè'.  L'autorité  d'un  homme 
fn/c  eft  en  certains  cas  de  fait  de  plus  grand  poids 
que  celle  de  vingt  hommes  d'efprit.  On  dit  une  ré- 
ponfc  fcnfc'e. 

SENSET  ,  LE  ,  ou  LA  SANSSE ,  (  Géog.  mod.^  pe- 
tite rivière  des  Pays-bas  ;  elle  prend  fa  fource  en 
Artois ,  auprès  du  village  de  Boilioux  ,  &  fe  perd  à 
Bouchain  dans  l'Efcaut.  (  Z>.  /.  ) 

SENSIBILITÉ,  SENTIMENT,  (il/e'd'mw)  la  fa- 
culté de  fentir  ,  le  principe  fenfitif ,  ou  le  fentiment 
même  des  parties ,  la  baie  &  l'agent  confervateur 
de  la  vie  ,  l'animalité  par  excellence ,  le  plus  beau  ^ 
le  plus  fingulier  phénomène  de  la  nature  ,  &c. 

La  fcnfibilité  eft  dans  le  corps  vivant ,  une  pro* 
prlété  qu'ont  certaines  parties  de  percevoir  les  im- 
preffions  des  objets  externes,  &  de  produire  en  con- 
féquence  des  mouvemens  proportionnés  au  degré 
d'intenfité  de  cette  perception. 

La  première  de  ces  aftions  eft  ce  qu'on  appelle  le 
fentiment  ^fcnfatio  ,  fcnfus  ,  à  l'égard  duquel  hxfenfi^ 
bilitl  n'eft  qu'une  faculté  ,  une  puiflance  réduite  en 
acte ,  potentia  in  aciuni  redacla ,  comme  on  parle  dans 
les  écoles  :  or  lejèmimcnt  fe  définit  une  fonftion  de 
l'animal ,  qui  le  conftitue  tel ,  &  diftinft  ,  par-  là ,  des 
êtres  inanimés  ;  il  confifte  elfentiellement  dans  une 
intelligence  purement  animale  ,  qui  difcerne  l'utile 
ou  le  nuifible,  des  objets  phyfiques. 

La  féconde  adion  ou  la  mobilité ,  n'eft  que  l'ex- 
prefiion  muette  de  ce  mcme fentiment,  c'eft-à-dire  , 
i'impulfion  qui  nous  porte  vers  ces  objets ,  ou  nous 
en  éloigne:  ainfi  l'araignée  fe  contrarie  toute  en  elle" 
même  ;  les  limaçons  retirent  foudainement  leurs  cor- 
nes, lorfqu'ilsfe  fentent  piqués  ou  bleftes  ;  au  con- 
traire ces  mêmes  animaux  fe  dilatent ,  s'épanouifTent, 
pour  ainfi  dire  ,  fe  dreffent ,  criguntur ,  à  l'approche 
des  objets  qu'ils  reconnoifTcnt  leur  être  utiles,  ou 
qui  flattent  agréablement  leur  fcnfibilité,  C'eft  dans 
ce  double  rapport  d'aftions  11  étroitement  liées  cn- 
tr'elles  ,  que  l'imagination  peut  feule  les  fulvre  ou 
les  dllîinguer ,  que  \a  fcnfibilité  doit  être  coniiderée  ^ 
&  fes  phénomènes  eftimés. 

Les  anciens  philofonhes  &  médecins  ont  parlé  de 
h  fcnfibilité  com.me  d'un  objet  qui  leur  étoit  familier, 
&  qui  fembloit  fait  pour  leur  génie  ,  c'eft  toujours  à 
un  principe  fentant  6c  fe  mouvant  en  foi ,  aux  facul- 
tés de  l'ame  animale  ou  corporelle  ,  que  font  livrées 
dans  la  plupart  de  leurs  écrits  ,  toutes  les  fondions 
du  corps  animal.  Les  différentes  (ci\es  ont  employé 
à  défigner  ce  principe  ,  des  exprelîions  conformes  à 
leur  enthoufiafme ,  ou  à  leur  manière  de  philofopher  ; 
tels  font  les  mots  op/j.»  n  ^impetus  ,  appetuioy  de  l'an- 


s  E  N 

cienne  acadciiiie  ;  ivcp;.(uv ,  impittim  facîens  ,  cî'Hîp- 
pocrate  ;  op^»  t"  ài^çoS'iTim',  incicado  Lihidïnis  d'Ariliote  ; 
anima  fcnjiùva  ,  vis  abdita  ^natura  ,  &c.  de  quelques 
autres  ;  à  quoi  reviennent  ley?r/f?a/72  6L/dxumdes  mé- 
thodiques ,  le  mouvement  tonique ,  le  mouvement 
fibrillaire  ,  le  fpalnie  ,  la  contraclilité ,  Vlrritabilué  des 
modernes,  &c.  qu'on  retrouve  à  chaque  infiant  dans 
les  ouvrages  de  Wepter  ,  Baglivi ,  Stahl ,  &  autres 
.Iblidirtes, 

La  première  notion  dans  l'animal ,  la  feule  qui 
vraisemblablement  foit  commune  aux  efpeces  de 
tous  les  genres ,  l'unique  peut-être  dans  un  très-grand 
nombre  ,  porte  iur  la  lenlation  intime  &  radicale  de 
ion  exigence,  fur  l'impreffion  de  cette  adivité,  de  ce 
principe  impulfif  infcparable  de  la  vie  ,  &  qui  dans 
chaque  individu  ell  la  fource  de  tous  les  mouvemens 
qui  confpirent  à  la  durée  de  l'être  &  à  fa  conferva- 
tion.  C'ell  fur  des  vues  aulîi  précieufes  à  l'animal , 
qu'eil  fondée  la  Jenfibilitè  ,  ainfi  que  Zt*non  l'a  re- 
connu ,  &  que  fes  difciples  le  répètent  dans  plii- 
lieurs  endroits  de  leur  doitrine. 

Les  animaux  ,  le  moins  animaux  qu'il  efl  poffible  , 
s'il  eft  permis  de  qualifier  ainfi  les  polypes,  &  quel- 
ques autres  qu'on  a  laifié  fur  la  ligne  de  féparation 
des  deux  règnes  animal  &  végétal  ,  donnent,  com^ 
me  l'ont  remarqué  plufieurs  oblervateurs  ,  les  plus 
grands  fignes  àt  fcnfibilité \  on  a  même  trouvé  que 
cette  propriété  étoit  pouffée  dans  le  polype  ,  jufqu'à 
le  faire  paroître  fenfible  aux  imprefTions  de  la  lumiè- 
re ;  ces  circonftances  fulïïroient  fans  doute  pour  ran- 
ger décidément  les  zoophites  du  côté  des  animaux  , 
s'il  n'y  avoit  eu  de  tout  tems  des  philofbphes ,  qui , 
frappés  de  la  manière  d'être  d'une  plante  ,  par  exem- 
ple la  fenlitive  ,  &  celle  d'exiiter  d'un  animal  ,  au- 
roient  prétendu  reculer  les  homes  de  h  fen/ibUité  ^ 
en  y  renfermant  les  végétaux  eux-mêmes  ;  enforte 
que  l'animal  le  plus  parfait ,  &  la  plante  la  plus  vile, 
donneroient  dans  ce  cas,  les  deux  extrêmes  de  hjcn- 
JibilUé  ;  la  fcnfibïlitè  ou  le  fcntïment  feroit  donc  en- 
core une  faculté  commune  à  tous  les  corps  organifés  ? 
Après  l'idée  que  nous  venons  de  tracer  de  la  fcn- 
Jibilïtc  &  de  l'étendue  de  fon  domaine  ,  il  paroit  à 
propos  d'examiner  quelle  efl  fon  effence  ou  fa  nature. 
La  nature  ou  l'efTence  de  \a.fcnjibilité  ^  a  toujours  été 
un  des  points  curieux  &  des  plus  agités  de  fon  hiiloi- 
re;  les  anciens  ne  concevant  pas  que  deux  contraires 
comme  l'ame  &  le  corps  ,  pufTent  être  joints  autre- 
ment que  par  un  milieu  ,  imaginèrent  ce  milieu  de 
plufieurs  façons;  ainfi  les  Platoniciens  voulurent  que 
ce  fût  un  Je  ne  fais  quoi ,  qu'ils  appelloient  ejprit  ;  les 
Péripatéticiens  ,  une  forme  ;  Dicéarque  ,  Pythago- 
re  ,  &  quelques  autres,  établifToient  des  harmonies, 
des  tempéramens  ,  qui  rendoient  le  corps  fufcepti- 
ble  àefentiment  &  d'aftivité  ,  &c.  à  toutes  ces  hy- 
pothèfes  on  peut  joindre  celle  des  efprits  animaux, 
naturels  ,  vitaux,  &c.  fi  accrédites  dans  les  écoles, 
les  démons  qu'un  auteur  moderne  (  le  P.  Bougeant  ) 
transforme  en  ame  des  bêtes ,  &c.  hypothèfes  qui , 
comme  on  voit ,  ne  préfentent  à  l'efprit  que  des  no- 
tions abflraites ,  &  auxquelles  nous  ne  croyons  pas, 
par  cette  raifon ,  qu'on  doive  du-tout  s'arrêter. 

Le  fyflème  de  l'ame  du  monde  ,  en  donnant  plus 
de  furface  ,  &  plus  de  liberté  aux  idées  fpéculatives , 
nous  a  fourni  fur  le  principe  fenfitif ,  des  choies 
bien  plus  pofitives  &  plus  fatisfaifantes ,  qu'on  ne 
peut  que  regretter  de  trouver  à  côté  des  dogmes  les 
plus  dangereux.  Les  Stoïciens  affuroient  donc  que 
ce  principe  étoit  de  feu  ;  Démocrite  ,  Heraclite  , 
Epicure ,  Diogène  Lacrce  ,  Lucrèce ,  &  tout  le  relie 
des  atomifles  ,  parmi  lefquels  on  peut  ranger  lespar- 
tifans  des  femences  ,  n'ont  pas  une  opinion  diflc- 
rente.  Hippocrate  &  Galien  penfent  tout  de  même. 
yoyei  fur-tout  Hippocrate  ,  de  carnibus  &  de  ratione 
vi&us ,  /ib,  I.  le  J'pirims  intus  alit ,  &c,  de  Virgi- 


S  E  N 


39 


le.  Le- témoignage  des  livres  facrcs  &  d'unnerede 
l'éghfe  (  S.  Auguflin  ) ,  font  encore  autant  d'autorités 
qui  miHtentpourla  matérialité  ou  fubflancei^née  ds 
Famé  fenfitive.  Enfin  Néméfuis  ,&  quelques  autres 
plus  modernes  ,  tels  que  Fernel  ,  Heurnius  ,  Hono- 
ré Fabri ,  le  fameux  chancelier  Bacon  ,  Vanhelmon'r 
Gaffendi ,  \Villis,  &c.  ont  adopté  la  même  lùé-cl 
mais  les  trois  derniers  méritent  des  diflintlions  fitr 
tous  les  autres,  en  ce  qu'ils  ont  fixé  les  principes  \A- 
guesdes  floiciens  &  des  atomifles  ,  par  des  méthod-.'s 
très-ingénieufes  ,  dont  ils  ont  fondé,  chacun  en  par- 
ticulier, un  corps  de  do£lrine.  Vanhelmont fur- tout 
&  Willis  ,  ont  traité  cette  matière  d'une  façon  îres- 
intéreffante  pour  nous  ,  en  la  confidérantdans  toutes 
(es  relations  avec  la  médecine  &  la  philofophie. 

L'ame  fenfitive  eft  donc ,  fuivant  ces  deux  auteurs 
une  lumière  ou  une  flamme  vitale  :  quoique  Willis 
défigne  plus  particulièrement  fous  ce  dernier  nom  la 
portion  de  l'ame  fenfitive  qui  réfide  dans  le  fan" 
elle  n'efl  pas  proprement  la  vie  ,  mais  elle  en  efl  l'at- 
tribut ,  comme  la  lumière  ou  l'éclat  efl  l'attribut  de 
la  flamme;  ils  s'accordent  d'ailleurs  à  dire  que  cette 
ame  rélide  dans  la  fubflance  la  plus  intime  de  nos 
parties  ,  &  qu'elle  y  efl  comme  l'écorce  ,  hfllquc 
de  l'ame  raifonnable;  ils  déduifent  de  leurs  théories 
des  conféquences  irès-avantageufes  à  l'explication 
des  phénomènes  de  l'économie  animale  ,  fur  lefqu el- 
les les  bornes  d'un  article  de  diftionnaire,  ne  nous 
permettent  pas  de  nous  étendre.  Tout  cela  mérite 
d'être  lu  dans  les  auteurs  mêmes.  Voyei  Vanhelmont 
P^iffim.,  &  principalement  J<r//^/rK,ï/r;  &  \yillis,  dl 
anima  bnitorum. 

Il  faut  néanmoins  convenir  que  Vanhelmont  a  re- 
pandupar  intervalle  dans  fon  fyflème,  des  idées  bien 
finguheres  ;  &  pour  nous  en  tenir  à  celles  qu'il  a  fur 
l'origine  de  cette  ame  fenfitive  ,  il  prétend  qu'avant 
le  péché  d'Adam  ,  l'homme  n'avoit  point  d'ame  fen- 
fitive, ante  lapfum  Ada  autem  ,  non  erat  anima  fenfiti- 
vainhomine,  defede  anima  ,  pag.  ty8.   L'ame  fen- 
fitive efl  entrée  avec  la  mort  dans  le  corps  de  l'hom- 
me ;  auparavant  l'ame  raifonnable  &  immortelle  étoit 
feule  chargée  des  fondions  de  la  vie  ,  &  elle  avoit 
a  fes  gages  ^archèe ,  qui  depuis  eft  pafle  au  fervice  de 
l'ame  fenfitive  ;  c'efl  pourquoi  nous  étions  immor- 
tels ,  &  les  ténèbres  de  l'inflinft  ou  de  l'ame  des  bru- 
tes ,  n'avoient  point  encore  obfcurci  nos  facultés  in- 
telleduelles  ,  neque  intelleclum  bdliiinœ  tenebrce  adhuc 
occuparant^   {ibidem.)  Enfuite  pour  repréfenter  de 
quelle  manière  l'homme  ,  après  le  péché,  fut  doué 
de  l'ame  fenfitive  ,  il  dit  que  cette  ame  fut  produite 
dans  l'homme  ,  comme  le  feu  eft  tiré  du  caillou  ,  tan- 
quam  àfdice  ignis  ,  {pag.  igg.dc  duumviratu  ).  Voi- 
la fans  doute  une  philofophie  qui  ne  fauroit  plaire  à 
bien  du  monde  ;  mais  tel  efl  ce  conflrafte  frappant 
dans  l'enthoufiafme  de  ce  grand  homme  ,  que  tantôt 
iloftre  à  fon  lefteur  le  fpeaacle  lumineux  de  mille 
créations  nouvelles,  tantôt  il  dilparoît  dans  l'obfcurité 
des  hypothèfes  les  plus  hafardées  &  les  plus  puériles. 

S'il  faut  fe  décider  fur  ces  matières  par  le  nombre 
&  le  poids  des  autorités ,  on  fera  porté  à  croire  que 
\penJibiHico\x  l'ame  fenfitive  eflfubftantielle  &  non- 
fimplement  formelle  à  l'animal  ;  cela  pofé,  &  en 
n'adoptant  ces  opinions  qu'à  titre  de  théories  lumi- 
neufes  ,  &  à  quelques  égards  même  fublimes  ,  il  efl 
à  préfumer  que  cette  fubflance  efl  un  compofc  d'a- 
tomes fubtils  &  légers  comme  ceux  du  feu,  ou  mê- 
me qui  feront  tout  de  feu  ,  non  de  ce  feu  grofîier  &: 
deflrufteur  ,  2i^^e\\c feu  éUmemaire  ^  mais'une éma- 
nation d'un  principe  plus  fublirae  ,  ou  le  feu  intelli- 
gent ,  imelligens ,  des  fl:oïciens. 

Ces  atomes  ainfi  animés  ,  comme  ceux  de  Démo- 
crite ,  s'infinueront  dans  la  texture  de  certaines  par- 
ties du  corps  diljîofées  à  les  admettre ,  enforte  qu'on 
pourroit  fe  repréfenter  raflTemblagc  diftnbutif  de  ces 


40  S  E  N 

otomes,  comme  im  tout  (îgurc  ou  modelé  lur  Ten- 
;femble  de  ces  mcmcs  parties  ;  «  Par-là  ,  dit  Bayle  , 
»  on  cil  ù  l'abri  de  l'objecHon  foudroyante  de  Ga- 
»  lien,  loriqu'il  interprète  CCS  paroles  d'Hippocra- 
»  te  ,  //  unum  cjj'ct  homo  ,  non  dolcrct,  quia  non  foret 
»  unJè  doUrct.»  rojt-^didion.  de  Bayle ,  vo/. //. 
art.  Eplcure. 

Du  rerte ,  on  fe  recriera  peut-être  lur  l'idée  de  cet- 
te figure  que  nous  alledons  ,  d'après  Willis,  ù  l'ame 
ienlîtive  ;  mais  ce  ne  fera  ,  fi  l'on  veut,  qu'une  mé- 
taphore qui  paroit  en  quelque  façon  julbhée  par  ce 
qui  fcmanifeliedu  principe  fcniitif  dans  les  pallions. 
C'eft  en  ctfet  le  relief  de  cette  ame  qui  lemble  va- 
rier celui  du  cori)S  fous  des  caradteres  relatifs  aux  af- 
fedions  qu'elle  éprouve  ;  fouvent  même  ces  carac- 
tères relient  repréfentés  fur  certaines  parties ,  quel- 
<Iiies  momens  après  la  mort  ;  ce  qui  rend  prefque 
applicables  à  des  êtres  réels,  les expreHions  figurées 
tles  hilloricns  &  des  poètes  ,  comme  par  exemple  , 
le  reUclœ  in  vtdtibus  mince  de  Florus  ,  lii\  I.  6c  le 
^  morio  anco  minaccia  ,  du  TalTc  ,  &c. 

De  tout  ce  que  nous  venons  de  dire  il  fuit ,  qu'on 
peut  regarder  le  fcntiincnt  dans  les  animaux,  comme 
une  palîion  phyfique  ou  de  la  matière  ,  fans  qu'il 
Ibit  befoin  ,  pour  rendre  raifon  des  fpafmes  aitreux 
que  peut  cauler  un  (Umulus  même  léger ,  de  recourir 
à  l'ame  fpirituelle  qui  juge  ,  ou  qui  eftime  les  fenfa- 
tions ,  comme  le  prétend  Stahl.  Vid.  Tluor.  ver.  tom. 
II.  capit.  de  fenjibilitate.  On  connoit  cette  hilloire 
de  Galien  ;  ce  grand  homme  racconte  qu'étant  tombé 
dangereufement  malade,&  entendant  que  deuxaffif- 
tans  de  fes  amis  s'entretenoient  de  quelque  mauvais  fi- 
gnequ'ils  venoient  de  reconnoître  en  lui  ,  il  s'écria 
qu'on  y  prît  bien  garde,qu'il  étoit  menacé  du  délire,& 
demanda  qu'on  lui  fit  des  remèdes  en  conféquence  ; 
cet  exemple  ell  remarquable  ,  il  n'en  efl"  point  qui 
établiffe  mieux  la  diilinftion  des  deux  âmes  dans 
l'homme  ,  favoir  la  raifonnable ,  &  la  fenlitive  ,  & 
les  différentes  fondions  de  chacune;  l'ame fenfitive 
de  (îalien  malade ,  eit  occupée  du  mal  qu'elle  relTent 
dans  fes  organes  ,  &  de  tout  le  danger  qui  menace  le 
coq)s ,  elle  en  eft  troublée  ,  ce  trouble,  cette  affec- 
tion le  manifelle  au  dehors  par  des  palpations  invo- 
lontaires ;  l'ame  raifonnable  paroît  au  contraire  in- 
différente à  cet  état  de  palHon  du  corps  ,  ou  de  l'ame 
fenfitive  ,  elle  attend  qu'on  l'en  avertiffe  ,  &c.  Ga- 
lien remarque  même  que  tel  étoit  dans  ces  momens, 
l'état  allure  de  fon  ame,  que  fa  raifon  n'avoit  rien 
perdu  de  fon  affiette  ordinaire  ,  ut  rationali  s  facilitas 
non  vacillarct.  Vid.  de  locis  ajfeclis,  lib.  IF.  cap.  ij . 
Charter ,  tom.  II.  On  fent  les  conféquences  qui  ré- 
fiiltent  de  ce  que  nous  venons  de  rapporter  ,  contre 
les  prétentions  trop  abfolues  des  flahliens. 

Ainfi  le  plailir  &  la  douleur  feront ,  en  fait  de  (qw- 
fation  ,  comme  les  données  ou  les  deux  fenfations 
élémentaires  dont  le  mode ,  le  ton ,  s'il  ell  permis  de 
le  dire,  ell  originairement  conçu  dans  l'ame  fenfitive; 
ce  fera  la  bafeou  la  gamme  de  toutes  les  autres  fenfa- 
tions qu'on  pourroit  appeller/«o/2^^/>ei,  &  dont  l'or- 
dre ,  la  férié  exifte  néceffairement  dans  des  relations 
infinies ,  tirées  de  l'habitude  des  individus  ou  de  la 
variété  des  efpeces. 

C'cll  donc  une  condition  inféparable  de  l'état  d'a- 
nimal, que  celle  de  percevoir  ou  de  fentir  matêriel- 
Umcnt ,  comme  on  dit ,  ou  dans  fa  fubftance.  L'ame 
raifonnable  peut  fans  doute  ajouter  à  ces  fenfations 
par  des circonllances  morales;  mais  encore  une  fois 
ces  circonllances  n'appartiennent  point  à  l'animal 
confidérc  comme  tel ,  &:  il  efl  même  probable  qu'el- 
les n'ont  point  lieu  clic/,  pluficurs. 

Refiera  toujours  cette  différence  notable  entre 
l'homme  &  la  brute  ,  que  dans  le  premier  \-Afcnfibi- 
liti  owCaiiirnalitc  eft  dirigée  ou  modérée  par  un  prin- 
cip»  Ipiriiucl  ÔC  immortel  qui  ell  l'ame  de  l'homme, 


S  E 

&  que  dans  la  brute  elle  tient  à  un  être  moins  par 
t'ait  &  périffable  appelle  injlinci  ou  ame  des  bêtes. 
Voye^  Ame.  Les  payens  eux-mêmes  ont  reconnu 
cette  dirtinâion  bicnfaifante  ,  qu'il  a  plii  au  Créateur 
d'établir  en  faveur  de  l'homme  ;  bejliis  autcm  ftnfunt 
&  rnoctim  dédit ,  &  cum  quodam  appctitu  acceffum  ai 
res  falutarcs  ,  à  pejîiferis  receffurn  ,  honiini  hoc  ampUùs 
quod  addidit  rationem  qiia  regercntur  animi  appetitus 
qui  tîim  rernitterentur  ,  ttirn  continerentur.  C'eft  dans 
ces  termes  que  Cicéron  en  parle  d'après  les  Stoï- 
ciens. Foye:;^  de  natura  deonim  ,  lib.  IL  §.  ^^, 

Jufqu'ici,  nous  ne  nous  fommes  occupés  de  Xzfen- 
Jlbilité  f  que  comme  d'un  objet  purement  métaphyfi- 
que,  ou  en  ne  la  prenant  que  du  côté  fpéculatif. 
Voyons  maintenant  ce  que  l'obfervation  nous  ap- 
prend de  fon  influx  fur  l'économie  animale  ,  &  par- 
courons-en pour  cet  effet,  les  principaux  phéno- 
mènes. 

Senfibilité  dans  Vernbryon.  Il  paroît  en  réfumant  un 
grand  nombre  d'expériences,que  l'embryon  faifi  dans 
ce  point  de  petitelîe  où  l'imagination  efl  obligée  de 
fuppléer  à  la  foiblelTe  des  fens  ;  il  paroît ,  dis-je ,  que 
l'embryon  ne  repréfente  dans  cet  état ,  qu'un  cylin- 
dre nerveux  d'une  ténuité  prefqu'infînie  ,  nageant 
ou  fe  mouvant  dans  un  fluide  muqueux.  Or  ce  cy- 
lindre elT:  déjà  fenfible  ,  puifqu'il  fe  meut  &  fe  con- 
trafte  par  l'effet  des  flimulans.  Voyei^  Harvée  ,  exer- 
citat.  âj. 

S'il  ell  permis  de  fe  livrer  aux  conje£lures  dans 
des  matières  d'une  fi  grande  obfcuritç  ,  apparem- 
ment que  la  première  étincelle  de  l'ame  fenfitive  au- 
ra pénétré  les  premiers  atomes  de  ce  cylindre  dans 
l'inilant  précis  de  fon  animation^  ou  même  aura  porté 
dans  cette  matière  le  caradere  (n'animante  requis 
pour  que  l'ame  raifonnable  puiffe  s'y  unir  ;  ce  qui 
revient  au  fentiment  de  Willis ,  qui  croit  que  cette 
particule  ignée  préexifle  dans  le  cylindre. 

Ce  cylindre  qu'on  pourroit  dès-lors  appeller  in- 
différemment^^r^  animale  ou  atome  animal,  doué  de 
l'ame  fpirituelle  dans  l'homme  ,  s'accroît  de  plus  en 
plus  ,  en  s'appropriant  les  molécules  du  fluide  qui 
l'environne  ;  il  fe  couvre  d'afperités  &  jette  de  tou- 
tes parts  de  petits  rameaux  dont  il  trace  les  délinéa- 
mens  des  parties ,  conformément  au  type  imprimé 
par  le  Créateur,  Enfin  tous  les  organes  fe  dévelop- 
pent fous  l'adivité  des  rejettons  de  ce  premier  & 
unique  nerf,  qui  travaillent  de  différentes  façons  1» 
mucus  de  fa  nature  trhs-ducîile  pour  s'en  conllruire  , 
comme  autant  de  domiciles. 

Cependant  la  maffe  du  principe  fenfitif  ou  de  l'a- 
me fenfitive  identifiée  avec  l'atome  animal ,  augmen- 
te en  proportion  de  la  maffe  de  ce  dernier  qu'elle 
anime  ;  il  en  émane  de  tous  côtés  comme  autant  de 
filets  fenfitifs ,  d'irradiations  qui  fuivent  les  rameaux 
nerveux  dans  le  développement  des  parties  :  d'où  il 
ell  clair  que  la  combinaifon  de  toutes  ces  émana- 
tions de  l'ame  fenfitive  répandues  avec  les  rameaux 
nerveux  dans  les  organes  ,  doit  y  établir  autant  de 
centres  de  fenjîbilité  dont  l'influx  fera  plus  ou  moins 
étendu  relativement  au  département  de  l'organe  , 
plus  ou  moins  vif,  fuivant  la  difpofition  des  parties 
nerveufes  de  cet  organe  ,  laquelle  peut  varier  par 
beaucoup  de  circonllances. 

Le  cœur  fera  vraiffemblablement  un  de  ces  pre- 
miers centres  ou  foyers  ,  qui  une  fois  mis  en  jeu  , 
continuera  d'attirer  ou  de  rejetter  par  fon  adivité , 
l'humeur  qui  y  aborde  ;  de-là  mille  petits  ruiffeaux 
qui  ,  comme  autant  de  colonnes  liquides  dirigées 
par  quelques  filamens  nerveux  ,  &  fuivant  les  rélif- 
tances ,  fe  répandront  par  tout  le  corps  pour  former 
le  fyflème  vafculaire  ,  &  fe  mouleront  en  allant  & 
venant  fans  ceffe  par  les  mêmes  endroits ,  des  canaux 
dans  le  tiffu  muqueux. 

Mais  tout  ce  qui  ne  vient  pas  originairement  dm 

cylindre 


s  E  N 

cylindre  nerveux  ou  n'eft  pas  de  fa  nature  ,  ne  pou- 
vant être  dilpofé  pour  admettre  Id-ferijibilué ,  fe  con- 
vertit en  un  organe  général  &  pafTif  appelle  tijjii  cel- 
lulaire ou  corps  mitqueux  ,  dont  le  principal  uf.ige 
efl:  de  contenir  les  fucs  aqueux  du  corps,  de  renfor- 
cer les  productions  de  la  fibre  animale ,  Ou  d'en  mo- 
difier la  yè/2/7^/7/7e  ,  &c. 

Voilà  à'peu-près  tout  ce  qu'on  peut  prcfumer  dé 
\di  fenjibUité  dans  l'état  de  limple  ébauche  où  i'e  trou- 
ve l'embryon  ;  ce  tableau  ,  tout  impartait  qu'il  eft  , 
ne  latffe  pourtant  pas  que  de  renfermer  des  vérités 
très-importantes  qu'on  peut  fe  repréfenter  par  autant 
de  corollaires. 

i".  On  voit  que  \z  fenJibUicé  ou  l'ame  fenfitive  eft 
une  avec  la  vie  de  l'animal ,  qu'elle  naît  avec  elle , 
&  eft  inhérente  à  la  fubftance  du  nerf  ou  des  parties 
nerveufes ,  à  l'exclufion  de  toutes  les  autres  fubftan- 
ccs  du  corps. 

2**,  Que  le  nerf  doit  compofer  effentiellement  l'a- 
nimal en  tant  qu'être  fenlible  ou  vivant  :  car  ce  que 
nous  avons  appelle  tijfu  cellulaire  n'appartient  pas 
plus  à  l'animal  proprement  dit  ,  que  la  terre  n'ap- 
partient à  la  plante  qui  y  vegcte  ;  ce  n'eft-là  que  l'é- 
corce,  l'enveloppe  de  l'animal ,  la  terre  dans  laquelle 
la  plante  nerveufe  fe  plaît  à  vivre  ;  enforte  que  l'hom- 
me phylîque  n'eft  à  cet  égard  que  le  fquelete  ner- 
veux ,  s'il  eft  permis  de  s'exprimer  ainii  ,  animé  de 
\dL  ferijîbiiué  &  plongé  ou  niché  dans  différens  tas  de 
matière  muqueufe ,  plus  ou  moins  compafte ,  luivant 
la  nature  des  organes  ;  ce  qui  revient  à-peu-près  à 
la  comparaifon  qu'Ifaac  fait  de  l'homme  à  un  arbre 
ï-enverfé  dont  le  cerveau  eft  la  racine  ,  ex  lïbris  Ga- 
leno  adfcriptis  ,  pa^.  ^5. 

3^*.  Les  nerfs  formant  &  la  bafe  &  l'effence  de 
tous  les  organes  ,  il  eft  clair  que  toute  partie  du 
corps  doit  être  douée  plus  ou  moins  de  fentimont , 
ou  At  fcnJibUicé  ,  de  mouvement  ou  de  mobilité.  Les 
feules  parties  purement  muqueufes  font  infenfibles 
&  immobiles ,  ou  du  moins  n'ont-elles  qu'un  lenti- 
ment  &  un  mouvement  empruntés  du  nerf;  car  leur 
tlifpofition  au  deftéchement  &  à  l'adhérence  propre 
à  tous  les  corps  muqueux  ,  ne  doit  pas  être  confon- 
due avec  la  faculté  animale  ou  vitale  propre  au  nerf, 
&c. 

Cette  fenjibilhé  générale  des  parties  eft  d'une  vé^ 
rite  conftante  en  Médecine.  Hippocrate  avoit  déjà 
remarqué  que  toutes  les  parties  de  l'animal  étoient 
animées  ,  animantur  animalium  omnes  partes.  Elles 
»nt ,  dit  Montagne  ,  des  pajjions  propres  qui  les  éveil' 
km  &  tes  endorment.  Voyez  E^ais  ,  Hb,  I.  c.  xx. 
Lucrèce  s'en  explique  plus  pofitivement  encore  dans 
fon  poëme. 

Senfus  jungitur  omnis 
Vifceribus ,  nervis  ,  venis  qiicecumque  videmus  , 
Mollia  mortali  conjijture  corpore  creta  , 

Lib.  I.  de  rerum  nat. 

j^°.  L'aftivité  de  l'ame  fenfitive  étant  une  pro- 
priété inféparable  de  cette  ame  ,  &  comme  fon  ar- 
chée  ,  &  la. /èrî/ibi/ité  ie  mefurant  elle-même  fur  la 
difpofition  des  partiesnerveufes ,  combien  n'en  doit- 
il  pas  réfulter  de  modifications  ou  de  nuances  de 
fenjibilité  6c  de  mobilité ,  conféquemment  au  plus  ou 
au  moins  de  corps  muqueux  qu'il  peut  y  avoir  dans 
une  partie  ,  &  aux  autres  variétés  de  l'organifation  ? 
De-là  peuvent  fe  déduire  les  différens  goûts  &c  ap- 
pétits des  nerfs,  ainfi  que  leurs  différens  ufage-;  ; 
pourquoi,  par  exemple,  le  fon  qui  frappe  les  nerfs 
de  l'oreille  y  caufe  un  fentlment  qu'il  ne  fauroit  pro- 
duire fur  l'œil,  &  que  la  lumière  fait  fur  celui-ci 
une  fenfation  qu'elle  ne  fauroit  faire  lur  l'autre  ? 
Pourquoi  de  même  l'eftomac  ne  peut  fupporter  le 
tartre  émétiquc  qui  ne  fait  rien  fur  l'œil ,  tandis  que 
l'huile  qui  efl  infupportable  aux  parties  fenfiblcs  de 
Tome  XK, 


S  E  N 


4t 


ce  dernier  organe ,  ne  fait  aucune  împrefîion  fur  l'ef- 
tomac }  Enfin  ,  pourquoi  tel  organe  eft  plus  mobile 
que  fenfible  ,  tel  autre  au  contraire  plus  fenlible  que 
mobile  ,  &c.  toutes  ces  différences  dérivant  naturel- 
lement de  cette  fpécifîcation  d'organifation  ,  il  eft 
donc  bien  inutile  de  créer  des  nerfs  de  plufieurs  for- 
tes ,  comme  le  font  ceux  qui  d'après  Erafiftrate  j  en 
veulent  pour  le  fentiment,  &  d'autres  pour  le  mouve- 
ment ,  fans  penier  que  le  même  nerf  réunit  néceffai- 
rement  les  deux  propriétés ,  &  qu'elles  font  enco- 
re une  fois  abfolument  dépendantes  6c  inféparables 
l'une  de  l'autre» 

Senjibilité  dans  le  fatus.  L'embryon  ayant  acquis 
toutes  fes  formes  au  point  de  donner  l'enfemble  ou  la 
figure  entière  de  l'animal ,  le  foetus  en  un  mot ,  ren- 
ferme dans  l'es  parties  l'appareil  économique  de  la 
vie  ou  de  la  fenjibilité  ;  il  vit  par  conféquent ,  néan- 
moins cette  vie  du  foetus  ne  peut  guère  être  qu'em- 
pruntée dès  qu'il  lui  manque  plufieurs  circonflances 
qu'il  ne  iauroit  trouver  que  hors  du  ventre  de  la 
mère  ,  pour  exercer  toutes  les  branches  de  la  fenfi~ 
biliié.  Il  n'y  aura  ^onc  que  quelques  centres ,  com- 
me le  cœur  &  certains  autres  organes  prépofés  à  la 
nutrition  &  à  l'accroiffement  du  foetus ,  qui  ,  aidés 
de  l'impreffion  de  la  vie  de  la  mère  ,  exerceront  ac- 
tuellement le  fentiment.  Tout  lerefte  de  hferzfibilité 
attendra  que  l'animal  jouiffe  de  la  lumière  pour  fe  dé- 
velopper fous  l'impreffion  des  agens  externes  ,  ôc 
établir  le  concours  des  fondions  d'où  dépend  la  vie 
générale  ,  ou  la  vie  proprement  dite.  Foye^  ce  qu'en 
dit  l'illuftre  auteur  de  Vidée  de  l'homme  phyfique  & 
moral, 

Senjîbilitc  dans  tetat  naturel  de  thomme  ,  ou  par 
rapport  à  la  Phyjlologie.  Dans  le  tems  marqué  par  la 
nature ,  le  fœtus  éprouve  l'effet  puiffant  d\inefenjî' 
bilité  étrangère  qui  le  met  au  jour.  Il  eft  d'abord  frap- 
pé du  nouvel  air  qui  l'environne.  Si.  on  fent  quelles 
révolutions  doit  éprouver  la  fenjîbilité  pour  que  la 
convenance  ou  le  rapport  des  températures  s'établifTe 
entre  elle  &  ce  fluide. 

Cette  première  impreffion  de  l'air  excite  fur-tout 
la  flamme  vitale  dans  les  poumons  ,  comme  par  une 
efpece  de  ventilation  ;  cette  a£f  ion  fe  communique  à 
plufieurs  autres  centres  dont  les  forces  &  l'adtivité  fé 
déployant  ,  tout  s'anime  ,  tout  fe  meut  dans  ce  nou- 
vel homme  ,  &  laffn/ibiliié]ou\ffànt  de  prefque  tous 
fes  droits  ,  ouvre  le  cercle  des  phénomènes  de  la 
vie. 

1°.  La  difpofition  &  la  fituation  favorables  des  or-' 
ganes  influant  fur  leur  fenJïbiUté  ,  1  arrive  qu'il  y  en 
a  qui  doivent  paroître  avoir  différens  mouvemens 
&  fentimens ,  &  plus  ou  moins  de  mouvement  &  de 
fentiment,  fuivant  qu'ils  font  plus  ou  moins  à  portée 
des  impreffions  externes.  Voilà  le  fondement  &  l'o- 
rigine des  cinq  fens  qui  radicalement  fe  rédulfent  à 
un  ,  c'eft-à-dlre  le  tacl. 

2°.  Mais  comme ,  alnfi  que  nous  l'avons  remarqué 
plus  haut  en  parlant  de  la  formation ,  il  fe  trouve  dans 
le  corps  différens  Centres  ou  foyers  àe  fenjibilité  qu'- 
on pourroit  évaluer  par  une  plus  grande  ou  une  moin- 
dre comblnalfon  de  filamens  nerveux  ou  de  lubftance 
nerveufe  ,  &  peut-être  encore  par  la  clrconlfance 
d'avoir  été  les  premiers  jouiflans  de  la/vy'/^/AV,  il 
fuit  que  les  principaux  de  ces  centres  doivent  abfbr- 
ber  à  eux  feuls  prefque  toute  l'adivité  de  famé  fenfi- 
tlve.  Tels  font ,  fuivant  des  obfervations  ailées  à  faire, 
la  tête  ,  le  cœur  ou  la  région  précordiale,  l'eftomac 
ou  la  région  épigaftique  ,  où  reviennent  très-bien  les 
divifions  que  les  anciens  avoient  faites  des  fondions 
en  animales,  vitales  6cnaturdUs,lt{c^\\çllii'i  fe  fbuticn- 
nent  réciproquement  les  unes  les  autres  ,  en  fe  vo- 
lant ou  1  e  prêtant  mutuellement  de  leur  activité  ;  ce 
qui  paroît  vifiblement  dans  le  fommell.  Ces  trois  fa* 
meux  centres  feront  donc  comme  le  triumvirat  ou  là 

F 


41  SE  N 

trcpié  (le  la  vîe ,  &  cette  clrcuîntion  (i*a£li vite  établira    | 
la  marche  des  tondions  qui ,  kiivant  Hippocrate  mu- 
nie, aheunt  in  circnluni. 

Ainli  ,  pour  nous  en  tenir  aux  principales  de  ces 
fondions  ,  qu'on  peut  regarder  comme  les  modèles 
de  toutes  les  autres,  la digelHon  ,  ou  ce  qu'elle  a  d'a- 
nim  d  ou  de  propre  au  corps  vivant ,  dépend  de  la 
jcr:iiyitt!Î\\r\^\\\\cï^  de  fello-iuic  ,  de  Ion  appétit  par- 
ticulier avi  moyeu  duquel  il  délire  6c  retient  les  ali- 
mens  qui  lui  plailent ,  &  cette  Jen/iHliic  qui  veille 
lans  celVe  s'oopol'e  en  même  tems  ou  du-moins  le  re- 
f'ule  h  ce  que  l'ellomac  le  rcmplifle  au-delà  de  ce 
qu'il  faut ,  6-c. 

Nous  verrons  également  les  lecrétions  &:  les  ex- 
crétions dépendre  de  cetteyi«///"'AV</quiaug,mente  le 
Tcllbrt  de  chaque  organe  lécrétoire  ,  y  occafionne 
une  forte  de  fp^lme  ou  d'ércclion  qui  conftitue  l'ei- 
f«:'nce  de  ces  deux  tbiictions,  de  même  que  le  goût  ou 
l'appétit  particulier  des  nerfs  de  l'organe  conltitue  le 
choix  qu'il  fait  des  humeurs  fecrétoires.  f^oyei  ce 
eue  nous  en  difons  au  mot  Sécrétions. 

Les  etTers  de  la  pnCibillté  le  ftianlfeflent  encore 
mieux  par  l'hiltoire  du  llux  menftruel  chez  les  fem- 
mes ;  ces  évacuations  ,  on  a  beau  dire  ,  ne  faiiroient 
s 


avoi 

ce  centre  qu 

ment,  6l  dont  tout  le  monde  connoît  le  grand  influx 

iiir  l'éconorcie  animale. 

La  fondion  du  cœur  &  'lu  fyllème  vafculaire  efl 
é'i'alcment  due  àracrivlté  de  ce  principe  feiifitlf  ,  qui 
en  le  portant  tantôt  plus  vers  les  parties  qui  font 
comme  l'écorce  du  corps,  &  tantôt  plus  vers  celles 
qui  en  font  le  centre ,  établit  entre  elles  un  antagonlf- 
me  qui  explique  tout  le  jeu  de  la  circulation.  Vous 
trouverez  qu'il  en  elt  de  même  de  la  relpiration,c'elî:- 
à-dire  ,  que  fon  méchanilme  conlifte  dans  l'adion  al- 
ternative des  parties  fenfibles  de  ces  organes  ,  prin- 
cipalement dans  celle  du  diaphragme,  qu'liippocrate 
&  de  bonnes  obiervations  mettent  avec  le  cœur  au 
nombre  des  parties  éminemment  fenfibles  :  cor  impii- 
mis  &  dlaphraonia  fcntïiint ,  dit  ce  père  de  la  Méde- 
cine ,  de  morbo  fucro  ,J'cci.  ïij .  pag.  ^oc).  f^oye;^  encore 
Vidée  de  l" homme  phjiqiie  &■  moral. 

Lcî  opérations  del'amc  ne  tiennent  pas  moins  à  la 
fcnphiruî.  Le  plallir  ,  le  chagrin  ,  toutes  les  pa;Tions 
femble.u  fe  peindre  dans  le  centre  remarquable  for- 
mé dans  la  région  épigalhùque  par  quantité  de  plexus 
nerveux  ;  &  certes  il  n'efi:  point  de  combinalfon  dii1i- 
Ic ,  d'afention  bien  forte  ,  point  d'ciFort  de  mémoi- 
re ,  qu'au  préalable  l'eftomac  &  tout  le  centre  épi- 
gaOrlque  ne  foienr  comme  prcflés  d'un  fentlment  de 
mal-aiîe  qui  dénote  l'aclion  de  ces  organes.  C'eft  une 
affaire  de  fentlment  pour  qui  veut  l'obferver. 

Ainfi  dans  le  plalnr ,  l'ame  fenfitive  agréablement 
émuedansle  principal  de  fes  centres, fcmble  vouloir 
s'élargir,  s'amplifier  pour  préfenter  piua  de  furface  à 
la  perception.  Cette  intumcfance ,  s'il  eft  permis  de 
ledire  ,  de  l'î-me  fenfible,  répand  dans  toutes  les 
parties  le  fentlment  agréable  d'un  furcroltd'exiften- 
ce  ;  tous  les  organes  montés  au  ton  de  cette  fenla- 
tion,  s'embeHillent,  &  Taniinal,  entraîné  par  la  dou- 
ie  violence  faite  aux  bornes  ordinaires  de  Ion  être, 
ne  veut  plus  ,  ne  fait  plus  que  fentir ,  &c. 

Dans  le  chagrin  au  contralie ,  ou  dans  la  trlflefic  , 
l'ame  lenfitive  fe  retire  de  plus  en  plus  vers  le  noyau 
du  corps  dont  elle  laiffe  languir  les  fonflions  ;  mais  fi 
la  paflîon  va  julqu'à  la  terreur  ,  c'efi  alors  une  irrup- 
tion foudaine  de  l'ame  vers  ce  noyau  oii  vous  diriez 
qu'elle  ié  comprime  tant  qu'elle  peut  pour  fe  garantir 
des  perceptions  :  bientôt  cependant  revenue  à  elle- 
jnême,  elle  fe  débande  en  portant  «\  la  circonférence 
du  corps  les  humeurs  qu'elle  y  avoit  concentrées  avec 
elle  ,  &  fi  quelque  partie  qui ,  durant  fa  retraite  , 


■  S  E  N 

n'avoît  point  l'exercice  du  fentlment,  a  été  olYenfée^ 
elle  ne  manque  pas  de  reconnoître  le  dommage  ,  ôc 
de  lé  jetteravcc  une  plus  ou  moins  grande  quantité 
d  humeurs  6c  de  force  dans  cette  partie  pour  le  ré- 
parer ,  &c.  Or  cette  colledion  d'humeurs,  de  forces 
£,:  de  fcnfibiliti  ,  ne  peut  fe  faire  fans  douleur;  &  il  y 
a  mciue  tout  lieu  de  penfer  qu'elle  en  elt  la  caufe ma- 
térielle. 

La  théorie  des  centres  de  l'ame  fenfitlve  &  des 
tranfj>orts  de  Ion  iidivité  ,  facilite  encore  l'explica- 
tion Je  beaucoup  d'autres  phénomènes,  comme  par 
exemple  ,  celle  des  tempéramens  qui  ,  fuivant  nos 
principes,  peuvent  être  regardés  comme  le  réfultat 
des  modilicalions  Imprimées  à  certains  organes  par 
un  furcroit  de  ferifibi/icé  6c  d'adion  habitué  à  ces  or- 
ganes; enfin  celle  des  différentes  habitudes  des  indi- 
vidus ,  dont  nous  aurons  occafion  de  parler  dans  la 
fuite  de  cet  article  ,  &  qui  ne  font  pas  afilirémcnt  un 
objet  à  négliger  dans  l'étude  de  l'économie  animale, 
&c. 

11  faut  donc  confidérer  la  finfibUlté  dans  l'état  na- 
turel de  l'homrne  comme  un  être  qui  ne  cherche,  qui 
ne  refpire  que  fentlment  &  mouvement ,  dont  la  na-» 
turc  ell  la  môme  dans  tous  les  fujets  ;  mais  dont  les 
effets  varient  conléquemment  à  la  difpofition  ou  à 
rindifpofition  des  organes  ,  à  qui  feule  on  doit  impu- 
ter les  atuxies  appartîntes  de  l'exercice  de  cette  ame 
fenfible  ;  c'ell  en  même  tems  ,  comme  nous  l'avons 
vu  ,  par  les  transports  de  fon  aéiivité  d'un  organe  à 
l'autre  ,  qu'elle  lé  procure  les  différentes  fcnfations, 
&  détermine  les  différens  appétits  qui  conftituent  & 
aiguillonnent  notre  cxilience;  en  quoi  fe  trouve  con- 
firmée cette  vérité  de  tous  les  liecles  ,  lavoir ,  que 
vivre  ,  c'eji  propreinenT/e/2«V. 

Senâbditi  dans  Cet  at  contre  nature^  ou  par  rapport 
à  la  Pathologie.  La  f  njibU;té,imv ant  tout  ce  que  nous 
venons  d'expolér ,  étant  dillribuée  par  dolés  à  toutes 
les  parties  organiques  du  corps,  chaque  organe  fent 
ou  vit  à  fa  manière  ,  &  le  concours  ou  la  lomme  de 
ces  vies  particulières  fait  la  vie  en  général ,  de  mê- 
me que  l'harmonie  ,  la  fymmétrie  6c  l'arrangement 
de  ces  petites  vies  fait  la  ianté. 

Mais  lorfque  cette  diftribution  &  cette  aftion 
économique  de  ïa/eri/îbi/ité  (e  trouvent  dérangées  à 
un  certain  point  par  rindifpofiticn  des  nerfs  ou  des 
parties  organiques  ,  ce  dérangement  ell  l'état  qu'on 
appelle  de  maladie  ,  ou  la  maladie  même,  laquelle  fe 
borne  pour  l'ordinaire  à  ce  dérangement,  fans  y  liip- 
pofcr  la  dcfirucHon  du  principe  lenfiîil. 

Néanmoins  cette  dellruclion  arrive  quelquefois 
lorfque  i'intenfité  des  caufes  nulfibles  venant  à  éloi- 
gner ou  à  fufpendre  trop  long-tems  la  préfcnce  ou 
l'exercice  de  IzfenJîhUité  dans  une  partie ,  cette  partie 
vient  à  fe  corrompre  phyfiquement,  comme  dans  la 
gangrené  ;  alnfi  par  le  progrès  de  cette  corruption  , 
la  maladie  amené  la  mort,  qui  confiiîe  dans  un  chan- 
gement du  corps  animal  en  corps  phyfique.  Voilà 
donc  pourquoi  l'animal  meurt ,  c'elt  qu'il  celle  d'a- 
voir dans  la  contexture  de  fes  parties  la  difpofition 
qui  y  fixoit  ou  entretenoit  la  flamme  lenfitive  qui  en 
faifolt  un  être  vivant;  voilii  pourquoi  les  parties  des 
animaux  morts  de  mort  violente  polîedent  pendant 
quelque  tems  un  relie  de  vie  ou  ùe  finJUnlité .,  parce 
que  les  filamens  nerveux  de  ces  parties  n'ont  pas  en- 
core reçu  le  coup  mortel  que  leur  porte  feulement 
le  commencenient  de  corruption  phyfique  ou  de 
putréfaélion  qui  cfi  direélemcnt  oppofée  à  la  vie. 

Ce  phénomène  de  la  palpitation  des  chairs  &  des 
vifceres  obfervé  de  tous  les  tems  ,  apperçu  même  par 
les  bouchers  ,  eft  égalemert  attribué  à  im  refic  du  feu 
fenfitlf  par  de  très-grands  &  très-anciens  philolo- 
phes.  f^oye:(^  Cicéron,  de  natura  deorum.  C'eft-là  cette 
prétendue  divinité  que  cherchoient  dans  les  entrail- 
les des  animaux  les  harufpices  des  anciens  ,  &  dont 


s  E  N 

les  volontés  étolent  annoncées  par  une  variété  lîn- 
ouliere  dans  les  mouvemens  des  fibres. 

Maintenant  ce  fond  de  vie  ou  ^q  fcnfibilïtc  donné  à 
chaque  individu  ,  ce  foyer  général  qui  cherche  tou- 
jours à  s'étendre  &  à  durer  jufqu'à  la  mort  naturelle , 
c'eil:  la  nature.  ,  mot  facré  en  Médecine  ,  &  qu'on 
comprend  mieux  qu'on  ne^peut  l'expliquer, 

La  nature  doncprife  comme  nous  la  prenons,  tend 
toujours  à  la  fanté,  ou  bien  la  dofe  ou  la  quantité  de 
ftnfikilïd  une  fois  donnée  au  nerf,  tend  toujours  à  fe 
répandre  dans  les  différentes  parties  de  ce  nerf;  c'eft 
ce  qu'on  remarque  évidemment  dans  les  phénomè- 
nes du  fommeil  ;  on  voit  donc  que  le  fommcil  qui  iuf- 
pend  la  plupart  des  fondions  par  le  tranfport  de  toute 
l'aftivité  de  l'ame  fenfitive  dans  quelques  centres  ,  fe 
détruit  infenfiblement  de  lui-même  en  reftituant  aux 
parties  le  furcroîtde/e/2/?^i/«cqu'avoient  reçu  ces  au- 
tres :  mais  ce  qui  eft  remarquable ,  c'efl  qu'il  met  un 
certain  tems  à  fe  difpofer  ,  à  durer  ,  &  à  fe  détruire. 
Il  en  eft  de  même  dans  toutes  les  maladies  qui  ont 
leurs  tems ,  leur  marche  &  leurs  périodes  qu'il  faut 
refpeûer  ,  comme  autant  de  pas  facrés  que  fait  la 
nature  vers  le  mieux  être  ,  ou  le  rétabliflément  de 
l'individu ,  &c. 

Dis  maladies  ,  ou  des  anomalies  dans  l^exercitc 
'de  lafenjîbiiué.  Les  unes  dépendent  des  imprelîions 
vicieufes  des  concepts  morbifiqiits  ,  pour  employer 
l'expreflion  de  Vanhelmont  ,  reçus  originairement 
par  les  fubftances  animées  du  principe  fenfitif ,  & 
qu'on  doit  foupçonner  dans  les  individus  mal  conf- 
titués  ;  ce  font  les  maladies  néceflaires  ,  &  qu'on  ne 
peut  pas  plus  ôter  ,  qu'on  ne  peut  remettre  un  bras 
lorfqu'il  a  été  emporté. 

D'autres  maladies  font  les  fuites  prefque  néceflai- 
res de  la  marche  de  la  vie  ,  les  phénomènes  des  dif- 
férens  âges  qu'Hippocrate  avoit  déjà  obfervés ,  qu'il 
faut  laiffer  s'ufer  à  mefure  que  l'individu  fe  renfor- 
ce ,  &  qu'on  ne  peut  pas  plus  guérir  qu'on  ne  peut 
d'un  vieillard  faire  un  enfant ,  ou  d'un  enfant  faire 
un  vieillard.  Ce  font  les  efforts  dé  l'ame  fenfitive  qui 
travaille  à  développer  ou  à  établir  quelque  centre  ; 
Vanhelmont  eût  dû  allumer  quelque  foyer  nécef- 
faire  pour  équilibrer  les  différens  départemens  ac- 
tifs de  l'ame  îenfitive  ,  &  compléter  l'enfemble  des 
vies  qui  forme  la  vie  générale  de  l'animal.  Tel  eft  , 
par  exemple  ,  ce  fameuK  centre  dont  le  développe- 
ment conftitue  la  puberté  ,  développement  qui  eft 
quelquefois  annoncé  par  des  révolutions  effrayantes 
dans  la  machine. 

Enfin  il  y  a  des  maladies  accidentelles  ,  paflage- 
res  ,  fondées  fur  la  préfence  ou  l'aûion  de  quelque 
caufe  qui  indifpofe  le  nerf  ou  l'organe,  &  interrompt 
l'aftivité  de  l'ame  fenfitive  dans  fa  marche.  Ce  font 
les  maladies  qui  font  du  domaine  de  l'art,  à  condition 
que  leurs  caufes  foient  amovibles  ,  ou  ptiiffent  être 
emportées  par  des  remèdes  appropriés. 

Les  parties  fenfibles  du  corps  pouvant,  au  moyen 
de  la  propriété  du  fentiment  ,  difcerner  plus  ou 
moins  les  différentes  qualités  de  la  caufe  des  mala- 
dies ,  ce  difcernement  en  varie  les  phénomènes  ; 
mais  il  eft  des  maladies  d'autant  plus  funeftcs ,  que 
leur  type  particulier  eft  de  ne  pas  en  avoir  ,  du- 
moins  de  régulier,  de  marcher  à  la  faveur  d'un  cal- 
me trompeur  ;  la  raifon  en  eft  qu'elles  font  d'ordi- 
naire occafionnées  par  des  efpeces  de  miafincs  ou 
êtres  morbifiques,  eiitia  morbofa,  qui  frappent  d'cn- 
gourdiffement  &  d'e  ftupeur  les  parties  Icnfiblcs,  & 
enchaînent  l'exercice  de  \-à  finfibïiul  dans  quelques- 
uns  de  fes  principaux  diftridts.  L'effet  de  l'opium 
nous  donne  un  exemple  de  ces  maladies.  Communé- 
ment cependant  ,  telle  eft  la  qualité  de  la  caufe  mor- 
bifique  qu'elle  foUicite  \&  fcnfibillté  de  la  fibre  animale 
dont  les  fecouffes ,  les  efforts  ,  l'aôcélération  des 
jnouvemens  font  ce  qu'on  appelle  \z fièvre. 
Tome  XF. 


S  E  N 


4Î 


Qu'eft-ce  donc  que  la  fièvre  ?  un  élan ,  un  fur- 
faut  général  de  l'ame  fenfitive  qui  agite  violemment 
les  nerfs  &  les  parties  nerveufes  ,  &  s'irrite  toute 
entière  par  ime  fenfation  fauffe  ou  contraire  aux  fen- 
fations  ordinaires  ;  c'eft-là  cette  difconvenaiice  ,  ce 
dérangement  dans  la  difpofitlon  des  principes  dont 
parle  Lucrèce,  &  qui  fait  que  les  humeurs  n'ont  plus 
un  goût  qui  fe  rapporte  au  fentiment  naturel  des  par- 
ties ,  ni  les  parties  un  ton  convenable  à  l'élaboration 
ordinaire  des  humeurs  : 

Qiiippe  ubi  cuifebris  ,  b'ili  fuperantt  ,  coorta ejl , 
Aut  alid  ratîone  aliqua  efl  vis  excita  morbi , 
Perturbatur  ibi  totumjam  corpus  ,  &  omnes 
Commutantur  ibi  pojiturce  principioriim  : 
Fit  prias  adfcnfum  ut  quce  corpora  conveniebant 
Nunc  non  convenlant  ;  &  cœterajint  ma  gis  apta 
Q^uce  penetrata  queuntfenfum  progignefe  acerbum. 

lib,  IV.  de  rer.  natur. 

Ainfi  dans  la  fièvre  humorale  ,  la  fibre  animale  fe 
fronce  fous  l'aftlon  de  cette  caufe  irritante  ,  fes  pro- 
ductions fe  hériffent ,  s'il  eft  permis  de  le  dire  ,  ainfi 
que  les  pattes  d'un  infefte  qu'on  inqulette;cependant 
toute  la  fenfibilitt  femble  fe  jetter  avec  fes  forces  fur 
les  fondions  vitales ,  c'eft-à-dlre  fi.ir  le  cœur  &  le 
,  fyftème  vafculaire  ,  &  négUger  entièrement  les  au- 
tres fondions  ;  les  humeurs  font  entraînées  de  la  cir- 
conférence au  centre ,  à-peu-près  comme  nous  l'a- 
vons vu  arriver  dans  la  terreur  ;  le  corps  pâlit  &  fri- 
fonne  ,  &  cet  état  violent  dure  jufqu'à  ce  que  par 
l'abord  d'un  fluide  fain  qui  eft  le  produit  de  cette 
commotion  générale  ,  le  fluide  de  Vather  foit  invif- 
qué  au  point  de  ne  plus  caufer  la  même  fenfation  aux 
parties  nerveufes  ;  d'où  vient  que  pour  lors  ces  par- 
ties fe  relâchent ,  ô'c.  &  comme  le  plus  fou  vent  cette 
caufe  réfide  dans  les  premières  voles  ou  aux  envi- 
rons ,  on  fent  jufqu'où  peuvent  aller  quelquefois  les 
fpafmes  ,  les  conftridions  des  produdions  nerveufes 
de  ce  fameux  centre  ,  dont  les  fuites  trop  ordinaires 
font  le  reflux  du  fang  dans  certaines  pairies  ,  des  en- 
gorgemens  de  vifceres ,  des  ftafes  d'humeurs  ,  &c. 
fources  funeftcs  de  tant  de  maladies. 

Il  en  eft  de  même  de  la  fièvre  qu'on  appelle  ner' 
veufe.  C'eft  toujours  l'irritation  de  l'ame  fenfitive,  un 
fpafme  des  organes  qui  en  refferre  toutes  les  voies 
excrétoires  ,  &  qui  peut  être  occafionné ,  ou  par 
une  caufe  matérielle  qui  a  pénétré  fort  avant  dans 
la  fubftance  de  ces  organes ,  &  qui  y  adhère  opiniâ- 
trement ,  ou  par  une  indifpofition  vlcleufe  que  l'ha- 
bitude ,&  les  pafllons  même,  font  capables  de  don- 
ner aux  nerfs,  é'c. 

On  voit  dans  cette  légère  image  de  toutes  les  fiè- 
vres &  de  toutes  les  maladies  ,  que  hjènjibiliié  eft 
toujours  le  même  principe  qui  agit  dans  ce  cas  ,  com- 
me il  agit  dans  la  fanté,  c'eft-à-dire  ,  relativement 
aux  difpofitions  des  parties  organiques  ;  mais  ce  qui 
mérite  une  confidération  particulière ,  on  a  dû  s'ap- 
percevolr  que  ce  principe  s'irrltant  plus  ou  moins  , 
&  augmentant  fes  forces  fuivant  les  réfiftances  $L  les 
variations  qu'éprouve  dans  fes  qualités  la  caufe  mor- 
bifique,  il  n'eft  pas  poffible  de  vouloir  adapter  les 
lois  méchaniques  à  de  pareils  phénomènes. 

En  continuant  d'après  cette  confidération,&  ferap- 
pellant  ce  que  nous  avons  dit  des  trois  tems  mar- 
qués dans  le  fommcil ,  on  trouvera  qu'il  arrive  dans 
le  cours  de  la  maladie  aux  parties  fenfibles  autant 
d'époques  remarquables  qui  l'ont  les  phafes  des  mala- 
dies ,  favoir  Virritation ,  dont  nous  avons  déjà  parlé, 
la  cocîion  &c  Vexcrctlon. 

La  codion  eft  donc  encore  l'ouvrage  de  Xàfinfihi' 
Vue  ,  du  moins  en  partie.  C'eft  elle  qui  difpofe  les 
nerfs  de  manière  à  les  faire  contribuer  à  ce  travail 
des  humeurs  qu'on  pourroit  affez  bien  comparer  à 
la  maturation  des  fruits. 


s  E  N 


4-4 

Les  crifes  ou  Tcxcrction  ne  lont  auffi  qu'un  appa- 
reil extraordinaire  de  toute  l'ame  renliti\e  prête  à  li- 
vrer combat,  comme  le  dilent  les  anciens,  ou  bien 
les  efforts  brulqucs  &:  redoublés  de  toutes  les  par- 
tics  lenlibles  ,  pour  le  rétablillement  de  l'exercice 
ceconomiquc  de  la  fcnJUnlitc,  tk.  rexpuHion  des  ma- 
tières qui  rcmbarraflentou  qui  lui  (ont  nuilibles.Ccs 
trois  phales,ces  trois  états,  vous  les  trouverez  dans 
toutes  les  maladies ,  &C  le  médecin  lage  n'a  rien  de 
mieux  i\  taire  qu'à  oblerver  ces  trois  tems  ,  &  à 
détourner  les  accidens  qui  les  empêchent  de  s'écou- 
ler. Pour  cet  eriet  on  ne  lauroit  trop  étudier  la  fé- 
meioùque  des  anciens  ,  6c  les  connoillUnccs  non 
moins  utiles  que  peut  fournir  la  dodrine  des  moder- 
nes lur  le  pouls. /%c^  Pouls. 

Nous  ne  pouvons  ici  que  donner  des  généralités; 
rinOammation  qu'elt-elle  autre  chofe  qu'un  nouveau 
centre  de  Jenjîbiiicé  qui  s'établit  autour  de  quelque 
obllaclc  contre  lequel  il  lémble  que  l'ame  fenfuive 
drcile  ou  érige  les  vailleaux  de  la  partie  ,  qui  admet- 
tent alors  plus  de  fang,  en  môme  tems  que  la  vibra- 
tion des  tîbrillcs  nerN^eufes  rayonne  l'obftacle  ?  Or 
cet  obfîaclcc'elHe  noyau  inflammatoire  qu'accom- 
pagnent la  douleur,  la  teniioo  ,  la  tumeur,  la  rou- 
geur ,  &c.  Telle  elt  Vépine  de  Vanhelmont ,  image 
fimple  qui  rend  la  nature  ,  &C  qui  par-là  mérite  d'c- 
tre  le  modèle  de  toutes  les  théories  de  ce  genre.  ' 
Fojci  Inflammation. 

L'irritation  des  parties  fenfibles  explique  égale- 
ment les  caulés  des  bonnes  ik  des  mauvailes  luppu- 
rations.  11  ell  tout  naturel  de  penfer  qu'une  partie 
irritée  jul'qu'àun  certain  point  ne  fauroit  bien  pré- 
parer les  lues  qui  y  abordent ,  puisqu'elle  n'efl:  plus 
au  ton  naturel  de  la  vie  ,  ÔC  que  ces  lues  de  plus  en 
plus  viciés  par  l'état  des  Iblidcs ,  ajoutent  encore  à 
cette  irritation;  mais  une  fois  ce  ton  reflitué  à  lapar- 
tie  ,  fon  aclioji  fur  les  humeurs  eu.  telle  qu'elles  en 
deviennent  de  plus  en  plus  douces  &  airmiilables  à  fa 
fubrtance  :  ce  qui  produit  infenfiblement  la  cica- 
trice ,  &c. 

Enrin ,  qiftnt  à  ce  qui  regarde  les  médicamens  , 
on  cft  prévenu  ù\ns  doute  que  le  goût,  la  difpofition 
particulière,  &C  l'irritation  des  organes  en  confé- 
quence  de  \e\.\Y  fcnfih'diti  ,  doit  en  fpéciiier  les  ver- 
tus tk.  diriger  les  effets  :  ce  qui  renferme  l'explica- 
tion de  ce  qu'on  appelle  la  vertu  ékciivc  des  nmedes^ 
c'ell-à-dire,  pourquoi,  par  exemple,  les  cantharides 
affectent  conllamrnent  les  voies  urinaires  ,  l'éméti- 
que  affefte  l'eftomac  ,  &c, 

La  théorie  des  centres ,  de  leurs  départemens  & 
de  la  circulation  des  forces  de  l'ame  feniiiive,  don- 
ne en  mênie  tems  la  raifon  qui  fait  qu'un  médicament 
à  peine  avalé  emporte  fur  le  champ  un  mal  de  tê- 
te ,  &c.  Elle  explique  encore  les  admirables  effets 
des  véficatoircs  ,  des  ullions,  des  fynapifmes  ,  des 
ventoufes  &  autres  femblables  remèdes  fi  vantés  par 
les  vrais  maîtres  de  l'art,  dont  toute  l'adion  con- 
fiée à  établir  des  centres  artificiels  dans  la  partie  fur 
laquelle  on  les  applique  ,  &  d'y  attirer  une  dériva- 
tion falutaire  de  fcnfibWné ,  de  forces  &  d'humeurs. 

Confultcz  fur  tout  ceci  les  diffcrens  ouvrages  de 
M.  Hordeu,  médecin  des  facultés  de  Montpellier  & 
<lc  Paris. 

Il  réfulte  de  l'idée  que  nous  venons  de  donner  de 
l'œconomic  animale,  que  tout  étan;  borné  dans  le 
corps  à  l'activité  de  cette  ame  fenfible ,  tant  dans  l'é- 
tat de  fanté  que  dans  l'état  de  maladie,  &  la  marche 
de  toutes  les  fondions,  foit  dans  l'état  naturel ,  foit 
dans  l'état  de  maladie,  étant  marquée  par  des  tems 
&  des  périodes  qui  doivent  néceflairement  avoir 
leurs  cours  ,  uC  qu'on  ne  peut  changer,  il  en  réfuhc, 
dis-je  ,  que  les  fecours  qu'on  a  à  elpérer  des  remè- 
des ,  fe  réduifent  à  bien  pcude  choie.  Il  n'ell  que 
i:o^  vrai  en  effet  que  la  plupart  des  remedcine  tien- 


S  E 

ncfit  pas  ce  que  des  enthoufiaftes  leur  font  promettre^' 
quoiqu'en  fait  de  médicamens,  il  faut  avouer  qu'il 
s'en  trouve  qui  maniés  par  un  médecin  habile ,  ôc 
combinés  avec  une  diette  convenable  ,  font  quelque- 
fois des  merveilles  ;  mais  ces  reniedes  font  en  très-pe- 
tit nombre;  &  quant  à  lafaignée,on  peut  ajouter,  i**., 
que  dans  beaucpiip  de  hialadies  aiguës  la  matière 
morbifique  rélidant  dans  le  tilîu  f  pongieux  ou  cellu- 
laire des  parties  ,  les  laignées  dont  l'indication  eft  le 
plus  ordinairement  fondée  chez  les  modernes  fur  la 
théorie  de  la  circulation  ,  ne  fauroient  entrer  dans  le 
traitement  de  ces  maladies;  2".  le  corps  animal  étant 
uncompofé  de  folides  &  de  fluides ,  qui  font  les  uns 
à  l'égard  des  autres  dans  une  réciprocité  abfolue  de 
befoins  &  d'utilité  ,  on  peut  en  inférer  que  des  fai- 
gnées  multipliées  dans  une  maladie  doivent  être  aux 
fluides  ce  que  la  mutilation  efl:  aux  folides.  En  vain 
prétendroit-on  juflifier  l'abus  de  ce  remède  par  des 
théories  &  des  exemples ,  en  imaginant  même  d'a- 
voir à  combattre  dans  les  humeurs  une  dépravatioa 
qui  équivaudroit  à  l'état  de  gangrené  dans  les  parties 
folides  d'un  membre  ;  l'on  ne  voit  pas  à  quoi  fervi- 
roient  quelques  poëlettes  de  fang  ,  le  vice  gangre- 
neux étant  fuppof é  infeder  toute  la  maffe  des  fluides. 
Ce  n'elt  pas  cependant  que  la  faignée  ne  produife 
d'admirables  effets  ,  lorfqu'elle  efl:  placée  à-propos, 
par  exemple ,  au  commencement  des  maladies  aiguës 
ou  dans  le  tems  d'irritation,  fuivant  la  pratique  des 
anciens  ,  dans  la  fupprelîion  des  règles  &  d'autres 
hémorrhagies  habituelles  ,  dans  certaines  douleurs 
vives  ,  dans  une  chaleur,  une  lourdeur  cxceflive  du 
corps,  &c.  Mais  dans  tous  ces  cas  même  il  n'efl:  per- 
mis d'ufer  de  ce  remède  que  très-modérément, /^^ra^ 
manu  ,  à  titre  d'adjuvant ,  adjuvans ,  &  jamais  à  titre 
de  curatif ,  comme  lorfqu'on  applique  des  émolliens 
furunabfcès  pour  en  aider  la  maturation,  qu'on  fait 
des fcarifîcations  à  une  partie, qu'on  emploie  les  vé-, 
ficatoires,6'c.  Car  le  corps  efl  le  même  à  l' intérieur  qu'à 
l'extérieur.  Voye^  là-deifus  un  excellent  ouvrage  in- 
titulé ,  les  abus  de  la  faignée  démontrés  ,  ècc. 

Effets  particuliers  de  la  finfibilité.  Nous  croyons 
avoir  fuffifamment  établi  l'influx  admirable  du  prin- 
cipe fenfitif  dans  les  trois  états  de  la  vie,  de  la  fan- 
té &  de  la  maladie.  Il  efl  pourtant  encore  des  difpo- 
fitions  ou  affedions  nerveufes  flngulieres  qui ,  com- 
me autant  de  bifarreries  dans  la  fenfibilité  ,  augmen» 
tent  fon  hifloire  de  quelques  autres  phénomènes. 

Ces  difpofitions  ou  affedions  nerveufes  tenant, 
fuivant  nos  principes  ,  à  des  concepts  dans  l'ame  fen- 
fitlve,  nous  en  reconnoiflbns,  comme  dans  l'hiftoirc 
des  maladies,d'originaires  &  d'accidentels,  quipeu» 
vent  fe  rapporter  plus  ou  moins  aux  trois  états  dont 
nous  venons  de  parler.  On  doit  placer  parmi  les  pre- 
miers quelques  antipathies  ,  fympathies,  &  autres, 
incommodités  dont  il  n'efl:  pas  toujours  prudent 
d'entreprendre  la  curation  ,  étant  identifiées  avec  la 
vie  ,  &  comme  autant  de  cbnftitutions  irrégulieres. 
Ainli  Pline  rapporte  d'après  Valere  Maxime,  que  le 
poète  Antipater  fidonien  avoit  la  fièvre  chaque  an- 
née, le  jour  delà  naiffance.  Voye^  hijl.  natur.  lib.  VU, 
pag.  40-?.  Schenckius  fournit  de  pareils  exemples 
dans  le  livre  VI.  de  fes  objervat.  médic.  On  a  vu  des 
perfonnes  qui  ont  eu  habituellement  la  fièvre  durant 
toute  leur  vie ,  &  qui  n'ont  pas  laiflé  que  de  parvenir 
à  une  vieillefié  très-avancée  ;  tel  a  été  l'illuflre  Mé- 
cène. 

Quant  aux  concepts  accidentels  ,  il  y  en  a  qu'on 
peut  regarder  comme  de  fortes  habitudes  nerveufes 
dégénérées  en  tempéramens  ,  &  qu'il  faut  traiter 
avec  la  même  circonfpedion  que  les  premiers.  D'au- 
tres font  dus  aux-  imprelfions  fàcheufes  de  quelque 
maladie  grave  qui  a  été  mal  jugée  ,  ou  interrompue 
dans  la  marche ,  ou  reconnoiftent  pour  caufe  quel- 
qu'auire  accident:  ceux-ci  admettent  le  plus  fouyçnx 


s  E  N 

les  fecours  de  l'art.  Kaw  Boërhaave  raconte  »  qu'un 
V  vieillard  nommé  Monroo,  parktne  fympathie  con- 
»  tradlée  depuis  l'enfance  ,  ne  pouvoit  regarder  per- 
»  fonne  dont  il  ne  tïit  obligé  d'imiter  tous  les  mou- 
»  vemens  corporels  ;  ce  pantomime  fmgulierportoit 
»  l'imitation  jufqu'à  rendre  fcrupuleuiementles  plus 
»  légers  mouvemens  des  yeux ,   des  lèvres ,  des 
»  mains ,  des  pies ,  &c.l\  le  couvroit  &  le  découvroit 
»  la  tête,  fuivant  qu'il  le  voyoit  faire  aux  autres , 
>>  avec  une  liberté  &  une  facilité  furprenantes;  lorf- 
»  qu'on  effayoit  de  lui  ôter  l'ufage  d'une  main,  tan- 
»  dis  qu'il  gefticuloit  de  l'autre ,  il  fe  débattoit  avec 
»  des  efforts  extraordinaires ,  &  la  raifon  qu'il  en 
»  donnoit ,  c'ell  qu'il  y  étoit  forcé  par  la  douleur 
»  qu'il  reffentoit  au  cerveau  &  au  cœur.  Enfin  ce 
»  pauvre  homme ,  en  conféquence  de  fon  incom- 
y>  modité  ,  n'alloit  jamais  dans  les  rues  que  les  yeux 
»  bandés  ;  &  lorlqu'il  lui  arrivoit  de  s'entretenir 
»  avec  fes  amis  ,  c'étoit  en  obfervant  la  précaution 
»  de  leur  tourner  le  dos.  Foye^  Kaw  Boërhaave  de 
impetum  fackntc  ,  feu  enormon  Hippocrat.  p-ag.  J^i. 
On  peut  conluiter  fur  les  autres  alîedioris  acciden- 
telles tous  les  livres  de  pratique.  Foye^^  encore  le^- 
nop.  mcdic.  de  Alkn^  tom.I.  page  /2  ,  oii  il  eft  parié 
d'un  théologien  nommé  Bulgin  ,  au  territoire  de 
Sommerfet ,  lequel  fut  attaqué  à  l'âge  de  3  4  ans,  d'u- 
ne fièvre  intermittente  quotidienne  qui  lui  dura  tout 
le  refle  de  fa  vie  ,  c'efl-à-dire  ,  60  ans  encore,  n'é- 
tant mort  qu'à  l'âge  de  94.  Locke  fait  encore  men- 
tion dans  fon  ouvrage  admirable  fur  l'entendement 
humain,  d^un  homme  qui  ayant  été  parfaitement  guéri 
de  la  rage  par  une  opération  extrêmement  fenfîblc  ,/é  re- 
connut obligé  toute  fa  vie  à  celui  qui  lui  avoit  rendu  ce 
fervice ,  quil  regardait  comme  le  plus  grand  qu'il  pût  ja- 
mais recevoir  ;  mais  malgré  tout  ce  que  la  reconnoiffance 
&  la  raifon  pouvaient  lui  fuggérer  ^il  ne  put  jamais fouf- 
frir  la  vue  de  C  opérateur  ;fon  image  lui  rappelloit  tou- 
jours ridée  de  C  extrême  douleur  quil  avoit  endurée  par 
fes  mains ,  idée  quil  ne  lui  étoit  pas  poffihle  de  fuppor- 
ter ,  tant  elle  fui]  oit  de  violentes  impreffons  fur  fon  ef 
prit  ;  nous  dirons  ,  nous ,  fur  fon  amefenjitive.  Foye^^ 
Locke ,  pag. 

Qui  ne  fait  combien  les  charmes  de  la  mufique  font 
puifTans  fur  certains  fujets  }  Qui  ne  connoit  pas  l'ef- 
fet de  la  beauté  fur  l'ame  fenfitive?  Enfin  qui  ne  s'eli 
pas  quelquefois  fcnti  épris  de  prédilection  ou  d'in- 
térêt, à  la  fimple  vue, pour  une  perfonne  plutôt  que 
pour  une  autre  qui  avoit  plus  de  droits  ,  fuivant  la 
raifon ,  à  nos  l'entimens  ?  Tout  cela  efl:  une  difpofi- 
tion  dans  les  organes, une  affaire  de  goiit  dans  l'ame 
leniitive  qui  s'aifefte  de  telle  ou  telle  manière  ,  fans 
qu'on  s'en  doute: ce  font-là  les /2<2«^5yic7c/5  qui  nous 
lient ,  qui  nous  entraînent  vers  les  objets ,•&  que  les 
Péripatéticiens  n'avoient  pas  tant  de  tort  de  mettre 
au  rang  de  leurs  qualités  occultes. 

Les  habitudes  particulières  à  certains  organes  ou 
diftrids  de  la  jenjihiliti  offrent  encore  des  variétés 
remarquables  ;  telle  perfonne ,  par  exemple ,  ne  i'au- 
roit paffer  l'heure  accoutumée  des  repas,  fansrsffen- 
tir  tous  les  tourmens  de  la  faim  ;  tel  autre  s'endort 
&  fe  réveille  conftamment  à  la  même  heure  tous  les 
jours  ;  les  fécrétions  &:  excrétions  fe  font  dans  cer- 
tains tempéramens  régulièrement  dans  le  même  or- 
dre ,  &c.  &  certes  il  y  auroit  beaucoup  de  danger 
pour  ces  perfonnes  ainfi  coutumieres  ,  à  s'écarter  de 
ces  habitudes  qui  font  devenues  chez  elle  luie  fécon- 
de nature  ,  luivant  l'axiome  vulgaire.  Les  tems  des 
paroximes  dans  certaines  maladies  font  également 
fubordonnés  aux  mêmes  lois  d'habitude  de  la  part  de 
lafenfbilité},  nous  croyons  inutile  d'en  rapporter  des 
exemples. 

Mais  fi  ces  habitudes  confiantes  font  communé- 
ment des  déterminations  invincibles  pour  l'exercice 
de  h  ftnjibilité  dans  les  organes  j  il  su.  auili.  des  cas 


S  E  N 


45 


où  par  la  raifon  des  contraires  ces  habitudes  anéan- 
tiflent  abl»-hunent  cet  exercice  dans  ces  mêmes  or- 
ganes. Un  chevalier  rom.ain  (  Julius  Viator  )  datoit 
l'abflinence  dans  laquelle  il  vivoit,  de  toute  boifTon, 
d'une  maladie  chronique  dans  le  traitement  de  la- 
quelle les  médecins  luiavoient  interdit  entièrement 
le  boire. 

Cette  habitude  des  organes  va  plus  loin  encore  , 
puisqu'elle  fc  proroge  au-delà  de  la  vie;  on  a  vu  des 
vipères  à  qui  on  avoit  coupé  la  tête  &:  enlevé  It-s  en- 
trailles ,  on  a  vu ,  dis-je  ,  ces  troncs  de  vipères  aller 
fe  cacher  fous  un  amas  de  pierres  où  l'animal  avoit 
coutume  de  fe  réfugier.  Foye^  Perault,  ej/lii  phyf. 
Boy  le  rapporte  que  les  mouches  s'accouplent  6'  font  des 
œuj} ,  après  qu'on  leur  a  coupé  la  tête.  Rien  de  11  com- 
mun que  des  exemples  de  cette  nature. 

De-là  peut  être  encore  ce  mouvement  aaimal tou- 
jours fondé  fur  l'habitude  de  notre  fenfîbilité .,  renou- 
vellée  par  fon  inftinft  en  préfence  d'un  objet  qui 
nous  efi  cher  ,  &  qu'un  changement  dans  les  traits 
déguife  à  nos  habitudes  intelleftuelles  ;  telle  efl  là 
fituation  d'une  mère  tendre  en  préfence  d'un  fils  qu'- 
elle ne  reconnoit  pas  encore  ,  &  vers  lequel  cepen- 
dant fon  ame  fenfiti^ve  femble  vouloir  s'envoler  :  fi- 
tuation qu'on  attribue  d'ordinaire  à  ce  qu'on  appelle 
lafjrce  dufung.  Ainfi  Mérope,  après  avoir  interrogé 
le  jeune  inconnu  qu'on  lui  a  amené ,  s'écrie  : 

Hélas  !  tandis  quil  771  a  parlé  y 
Sa  voix  m''attendrif[oit  ,  tout  mon  cœur  s'eli  troublé. 
Cr  es  fonte  .  .  .  à  ciel  !  . .  .  fai  cru  .  .  .  que  fen  rougis 

de  honte  ! 
Oui  j'' ai  cru  déttiêler  quelques  traits  de  Cresfonte. 

Aa.  II.  fcen.  IL 

La  théorie  des  convulfions  ,  desfpafmes*  &c.  nej 
préfente  pas  moins  de  fmgularités  dont  l'explication 
découle  naturellement  de  la  mêi^e  fource  ,  c'efl-à- 
dire  ,  des  affeftions  des  parties  nerveufes  ,  en  confé- 
quence de  leur  fenfibiUté ,  fans  qu'il  foit  befoin  de 
recourir  à  desdefTéchemens  &  aridités  des  nerfs  ,  ou 
à  Aqs  fimulus  caufés  par  des  acrimonies.  Car  enfin  , 
fi  le  premier  cas  avoit  lieu  ,  un  vieillard ,  ainfi  qua 
i'obferve  Vauhelmont  ,  devront  être  t^t  racourct 
par  un  fpafme  continuel.  Voyez  de  lithiafi.  Et  dans 
le  fécond ,  c'eft-à-dire  ,  dans  le  fyflèm.e  des  acrimo-, 
nies  ,  tous  les  vifceres  devroient  s'en  refTentir;  les 
plus  délicats  fur-tout ,  ou  les  plus  mois,  comme  le 
cerveau ,  feroient  anéantis  de  fpafmes  ou  de  con- 
tractures ;  mais  au  contraire  on  voit  bien  fouvent  que 
ces  fpafmes  n'aiïeâent  qu'un  feul  organe  ,  ou  partie 
même  de  cet  organe  :  ainfi  dans  quelques  angines  on 
remarque  qu'il  n'y  a  qu'un  côté  de  la  gorge  de  pris  ; 
dans  les  hydropifies  ,  ou  les  iftercs  commençans  , 
avant  même  qu'il  y  ait  le  moindre  fignc  d'épanche- 
ment  dans  le  bas-ventre,  il  arrive  quelquefois  d^es 
traclurjis  dans  un  feul  côté  du  ventre  ,  6l  en  confé- 
quence des  duretés  de  ce  même  côté ,  fouvent  en- 
core il  s'efl  vu  œdejnes  de  tout  le  côté  droit  du  corps  , 
occafionnés  par  une  affeftion  au  foie.  Les  paralyfies , 
quelles  fingularités  n'offrent-elles  pas  en  ce  genre  ? 
Il  femble  que  le  corps  j'oit  divifé  naturellement  en  deux 
parties  qui  fe  rencontrent  ou  fe  joignent  dans  le  miliea 
ou  dans  l'axe.  Voyez  Bordeu  ,  recherches  fur  le  pouls. 
Il  arrive  encore  que  \z  fenfibiUté  plus  ou  moins  aga- 
cée dans  certains  endroits  des  productions  nerveulés 
que  dans  d'autres ,  peut  faire  çà  &  là  ,  dans  le  même 
organe ,  de  petits  points  de  confiriction  qui  laifîeront 
entr'eux  des  efpaces  ,  fi  vous  voulez  ,  comme  des 
mailles  ;  ces  particularités  fe  rencontrent  plus  ordi- 
nairement dans  l'ellomac;  on  a  également  vu  iiirdes 
pleurétiqucs  la  plèvre  détachée  en  certains  endroits 
de  la  fiuface  des  côtes  ;  fans  doute  que  ces  décole- 
mens  de  la  plèvre  fc  trouvoient  dans  les  points  qui 
répondent  aux  fibrilles  nerveiiiV*  dilîribuccs  dans 


46 


S  E  N 


cette  toile  celluleufe.  Stahl  parle  encore  de  quelques 
fpalmcs  qui  le  bornent  à  la  cage  de  la  poitrine  ,  &c. 
Mais  ,  ce  qui  n'cft  pas  moins  digne  de  notre  atten- 
tion ,  il  le  trouve  de  ces  Ipalines  particuliers  qui  lont 
périodiques.  Hoffman  remarque  avec  étonnement , 
que  dans  quelques  coliques  néphrétiques  ,  la  caule 
de  la  douleur  ,c'cft-à-dire  le  calcul ,  étant  continuel- 
lement prclonte  dans  les  reins  ,  ces  coliques  ne  re- 
prennent dans  la  plupart  des  calculeux  que  par  in- 
tervalles ,  comme  il  la  Çcnfdnlitc  abandonnoit  &:  re- 
prenoit  alternativement  certaines  parties.  Nous  di- 
lions  donc  bien  que  chaque  organe  a  la  vie  ,  les  goûts 
&  les  palHons  qui  lui  l'ont  propres ,  indépendam- 
ment de  tout  ce  qui  peut  lui  revenir  de  Ion  confcnjus 
avec  les  autres  organes  ,  propria  vivit  quadra  ;  il  peut 
donc  le  faire  une  contraclurc  particulière  ^i  fpontanée 
dans  une  partie  ,  par  les  leules  facultés  de  cette  par- 
tie, qui  s'irritera  fous  une  caule  que  nous  ne  fpéci- 
fions  point ,  mais  qui  fera  vraifemblablement  de  la 
nature  de  celles  qui  produifent  des  fcnfations  défa- 
gréablcs  ,  ou  tout  limplcment  l'habitude. 

Néanmoins  il  n'cfl  pas  toujours  befoin  d'un  fenti- 
ment  contre  nature  ,  ou  de  douleur  dans  une  partie, 
porr  la  faire  contrnfter  ;  il  lui  fuffit  d'un  léger  mal- 
aife  ,  ou  d'un  initant  de  dlfpoûtion  linguliere  dans 
fes  nerfs  :  par  exemple, le /cro/K/n  ne  fe  contrafte-t-il 
pas  fans  douleur  ?  îk  n'en  eft-il  pas  de  rnême  des  in- 
teftins  ,  qui ,  fe^lables  à  un  animal  logé  dans  un  au- 
tre animal,  le  jettent  d'un  côté  &  d'autre  du  bas- 
ventre  avec  de  grands  mouvemens ,  &  même  avec 
une  efpece  de  rugllFement  ? 

Les  palTions  peuvent  encore  être  les  caufes  occa- 
fionnelles  de  ces  fpafmes  particuliers;  &  fi  l'on  con- 
lidere  les  diftérens  organes  qui  concourent  à  former 
le  centra  épigaftrique  ,les  gros  vailTeaux  qui  s'y  trou- 
vent,&:  dont  l:s  tuniques  lont  prefque  toutes  nerveu- 
fes,  il  fera  aile  de  fe  reprcfenter  les  accidens  qui  peu- 
vent réfulter  des  fréquentes  fecoufles  portées  à  ce 
centre;  car  vrailTemblablemcnt  il  cil  de  ces  organes  , 
qui  à  raifon  de  leur  plus  orzLnde  fenjibilité  ,  doivent 
retenir  les  imprelTions  fpapques  plus  long-tems  que 
les  autres  ,  ou  chez  lefquels  ces  imprelhons  doivent 
comme  fe  réfoudre  &  s'incorporer,  s'il  eft  permis 
d'ainfi  parleP,  avec  la  fubftance  nerveufe  d'où  l'on 
ell:  conduit  naturellement  à  reconnoître  la  caufe  de 
beaucoup  de  maladies  chroHiques  ,  des  tumeurs  ,  & 
cntr'autres  du  flux  hémorrhoidal ,  fur  lequel  Stahl 
nous  a  laifle  de  fi  belles  chofes  en  théorie  &  en  pra- 
tique. Foyc^^  Sthal ,  théor.  pathoLJ'ecl.  II.  pag.  i&i  & 
fcq.  ^oyei  encore  le  mot  HÉMORRHOÏDES. 

Ici  revient  ce  que  nous  avons  dit  de  la  circulation 
ou  des  tranfports  des  forces  du  principe  fenfitif ,  qui 
fe  cantonnent  quelcjucfois  dans  un  centre ,  en  ab- 
forbant  la  fomme  d'aftivité  des  autres  centres  qui 
correfpondent  à  celui-ci  ;  ce  qui  peut  même  fe  faire 
pai%un  acte  de  volonté  ,  comme  on  le  raconte  du 
colonclTou-nshend ,  chez. qui  le  mouvement  du  cœur 
ctoit  prefqu'arbitraire  ,  comme  il  l'eil;  dans  quelques 
animaux,  f^id.  lifler  de  cochUis  &  Ifinacibus  ,  pag.  jS. 

C'eft  ainfi  qu'un  homme  abforbé  dans  une  pro- 
fonde méditation  ,  ne  vit ,  pour  ainii  dire  ,  que  de  la 
tête  ;  tel  étoit  le  cas  d'Archimede  ,  lorfque  le  foldat 
de  Marcellus  lui  donna  le  coup  de  la  mort  ;  celui  de 
François  Victe  dans  les  deux  jours  qu'il  pafîa  ,  fans 
s'apnercevoir ,  ;\  l'explication  d'une  lettre  écrite  en 
chiftres;  &c  vrailTemblablement  encore  celui  de  beau- 
coup de  pcrlonjies  qui  fe  trouvent  dans  des  états 
contre  nature  ,  tels  que  les  mclancholiques  ,  les  ma- 
niaques ,  certains  fous  ,  &c.  qui  paroilfent  plus  ou 
moins  infenfibles.  C'eft  ce  que  Vanhelmont  a  très- 
bien  obfcrvé  ,  continu  naniquc  ,  dit-il  ,  Ji  forfitaa  fpi- 
t'uus  i":e  (  c'efl-àdire  ,  anima  J'en  fltiv  a  )  ,  ob  profun- 
das  fpeculdtioms  veL  infanïam  occupuur ,  qiiod  corpus 
dolorcni  non  J'cntiat  ^  fanuni  y  fri^ora ,  Jlcim.  de  lyihiafi  ^ 


S  E  N 

cap.  îx.  pag.  62.  Il  rapporte  à  ce  fujet ,  dansjlemême 
chapitre  ,  l'exemple  d'un  malfaiteur  ,  qui  éluda  plu- 
fieurs  fois  les  tourmens  de  la  queftion  ,  en  avalant  , 
quelques  inftans  avant  de  la  fubir ,  un  morceau  d'ail, 
&  buvant  par-delTus  un  coup  d'eau-de-vie  ;  mais  enfin 
la  petite  provifion  étant  confumée ,  le  malheureux: 
fut  obligé  d'avouer  fes  crimes  par  le  fentiment  des 
tortures. 

Tous  ces  phénomènes  rentrent  ,  comme  on  voit , 
dans  la  théorie  que  nous  avons  d'abord  établie  fur  les 
centres  &  leur  influx  ;  théorie  qui ,  outre  les  exem- 
ples extraordinaires  déjà  rapportés  ,  eft  confirmée 
journellement  fous  nos  yeux  par  ce  qui  .arrive  aux 
épileptiqucs,  aux  goutteux, é-c.  dont  les  paroxyfmes 
paroiflent  conflamment  déterminés  par  une  émotion 
préalable  dans  quelque  centre. 

De  la  même  théorie  peuvent  fe  déduire  les  fcnfa- 
tions que  rapportent  les  perfonnes  mutilées  au  mem- 
bre qu'elles  n'ont  plus  ;  car  un  centre  quelconque 
portant  vraifemblablement  en  lui  comme  l'empreinte 
ou  Varchçùpc  en  racourci  de  tout  fon  département, 
il  ell  à  préfumer  que  l'irradiation  fenfitive  deftinée 
au  membre  amputé  ,  fe  renouvelle  quelquefois  par 
l'habitude  ou  autres  accidens  ,  &:  produit  la  fenfa- 
tion  afîeftéeàl'exillence  du  membre.  On  expliquera 
également ,  par  ces  principes  ,  les  caufes  de  la  régé- 
nération des  os  ;  on  trouvera  toujours  que  c'efl  dans 
un  de  ces  centres  qu'il  faut  chercher  l'agent  plajli- 
que  f  qui  efi;  le  même  &  dans  la  formation  des  os  , 
&  dans  leur  régénération. 

Nous  avons  vu  que  la  terreur  étoit  capable  d'é- 
clipfer,  pour  quelque  tems,  Xzj'enJibiUté  ;  il  faut  en 
dire  autant,  d'une  douleur  extraordinaire  ,  qui  en 
cela  ne  diffère  point  des  extafes  procurées  par  la  joie 
&  par  le  plaifir  ;  les  excès  étant  les  points  par  où  fe 
touchent  tous  les  contraires,  ces  grandes  joies  &  ces 
grandes  douleurs  peuvent  également  aller  jufqu'à  la 
deflruftion  de  la  fenjibilité  ,  c'ell-à-dire  ,  jufqu'à  la 
mort  :  cela  s'ell  vu  plus  d'une  fois. 

La  fenjibilité  peut  le  trouver  bien  fouvent  fi  fort 
exaltée  dans  certains  fujets  chatouilleux  ,  qu'on  ne 
fauroit  même  les  menacer  de  les  approcher  fans  les 
jetter  dans  des  convulfions.  Mais  rien  qui  manifefte 
tant  ces  variétés  &  excès  négatifs  &  pofitifs  de  l'ame 
fenfible  ,  que  la  plupart  des  maladies  ,  telles  que  la 
rage  ,  le  chorea  fancti  viti  ^  certaines  manies ,  les  fuites 
de  la  morfure  ou  de  la  piquùre  de  certains  animaux  , 
comme  la  vipère ,  le  tarentule  ,  les  effets  de  quelqucis 
remèdes  ou  poifons  ,  &c,  la  lèpre  ,les  différentes  ef- 
p|;ces  d'apoplexie  ,  de  paralylie ,  &c.  les  affeftions 
vaporeufes  ,  le  pica  ,  le  malacia  ,  &c.  En  voilïl  déjà 
trop  fur  cette  matière. 

SenfibiUté  dans  les  différens  âges  ,  les  différensfcxes  , 
&c.  L'homme  efl  fans  contredit  l'animal  qui  doit 
pofTéder  la  fenJïbiUté  au  plus  haut  degré.  Il  peut  en 
effet  paffer  pour  le  chef-d'œuvre  des  âmes  fenfitives 
ou  animales  ,  par  l'arrangement  merveilleux  de  fes 
parties  &  la  prodigieufe  quantité  de  nerfs  qui  en- 
trent dans  leur  conllrudion.  Dilpofé  par  la  nature 
à  la  connoiffance  des  chofes  dont  le  concours  fait 
ce  qu'on  appelle  éducation  ,  11  c^x.  étonnant  avec 
quelle  facilité  fes  organes  le  plient  fous  les  habitudes 
de  rinftruclion  &  des  exemples  ;  au  contraire  il  faut 
des  foins  infinis  ,  des  peines  extrêmes  pour  faire  fur 
les  organes  d'une  brute  une  imprefïion  affcz  pro- 
fonde pour  lui  inculquer  les  documens  les  plus  faci- 
les ;  cependant  on  a  des  exemples  d'une  fagacité 
mcrveilleufe  dans  quelques  animaux  ,  comme  le 
chien  ,  le  fmge ,  &c.  &  même  quelques  poiffons  , 
comme  les  murènes  fi  chères  ,  à  ce  qu'on  prétend  , 
aux  Romains  ,  par  la  circonffance  de  reconnoître  la 
voix  de  leurs  maîtres  ,  &c. 

Parmi  les  hommes  ,  les  enfans ,  &  après  eux  les 
perfonnes  du  fexe ,  font  ceux  qui  font  le  plus  cmi- 


SË'N 

r.eiVin^éht  fehfibîcs  ,  ce  qui  cù.  uhé-/li:të  déjà  foù- 
pleflc  ,  h;  fraîcheur  &  h  ténuité  des  lames  du  tifiii 
mucjueux  ,  toujours  plus  comnaûe  dans  les  adultes  , 
&  parmi  ces  derniers  plus  dans  les  hommes  que  dans 
'les  femmes.  Cet  excès  de  fenjîbîllté  des  enfans  fur 
les  adultes  ,  explique  L-s  caufes  des  fréquentes  con- 
vulfions  &  fpalmes  qui  les  agi'ent  à  la  moindre  ma- 
ladie ,  à  h  moindre  pafTion.  De  célèbres  praticiens 
ont  très-bien  obfervé  que  cet  excès  même  chez  les 
enfans ,  en  les  rendant  plus  fouvent  malades  ,  les  ga- 
rantifioit  de  beaucoup  d'autres  plus  graves  maladies 
qui  af.'e£lent  les  adultes  ,  parce  que  chez  ces  derniers 
les  voies  qui  mènent  à  {^finjib'Uuc  étant moiiîs  faciles 
ou  plus  longues  ,  la  cauie  du  mal  avoit  plus  de  tems 
pour  s'clal)l:r  ou  fe  fortifier. 

Quant  aux  femmes  ,  leur  conflitution  approche 
beaucoup  ,  comme  on  fait ,  de  cc-Ue  des  enfîins  ;  les 
palîions  font  chez  elles  extrêmement  plus  vives  en 
général  que  chez  les  hommes.  Leur  g^vznde  fenjîl'iihé , 
dont  un  des  principaux  centres  eft  l'utérus,  les  jette 
auiTi  dans  des  maladies  que  la  nature  fernbloit  avoir 
aifefté  uniquement  aux  femmes ,  mais  dont  le  luxe 
&  la  mollelTe  ont  fait  préfent  aux  hommes  :  je  veux 
parler  des  vapeurs. 

Enfin  ,  comme  l'enfance  efl  le  premier  terme  de 
hifenjihinii  dans  f  homme  ,  de  même  l'âge  adulte  en 
peut  pafier  pour  le  moyen  ;  d'où  les  effets  de  la 
flamme  fenfitive  vont  en  diminuant  fous  la  quantité 
de  mucus  qui  empâte  les  nerfs  ,  &  qui  devient  de 
jour  en  jour  plus  compare  ,  jufqu'à  la  vieilleffe  qui 
eflla  dernière  époque  de  cette  flamme  fv-nlitive  qui 
luit  à  peine  dans  les  organes  les  plus  efientiels  à  la 
vie.  Ainfi  ,  par  la  raifon  des  contraires  ,  le  vieillard 
fe  rapproche  de  plus  en  plus  de  l'état  imparfait  par 
où  a  commencé  fon  ét<"e;  rien  n'efl  en  m^ême  tems  fi 
vrai,  comme  le  dit  Maci:obe ,  favoir  que  dans  les 
animaux  ,  l'ufage  de  l'ame  s'affoiblit  à  melure  que  le 
corps  devient  plus  denfe.  In  animalïhus  hcbzfcit  iifus 
nnbnx  duifitatt  cor/?ori.<-.Macrob.  ïn  fomn.  Cicer.  lih.  I. 
cap.  xjv.  Voilà  encore  pourquoi  le  tiffu  muqueux 
étant  en  moindre  quantité  &  denfrte  dans  quelques 
perfonnes  maigres  ,  elles  font  {\jïnjîbks ,  &  qu'au- 
contraire  celles  qui  ont  les  lames  de  ce  tlfîù  bien  ftr- 
rées  &  bien  battues  ,  font  ce  qu'on  appelle  dïins  , 
robufics  j  &c.  Les  lames  du  tiiTu  cellulaire  du  lion  , 
par  exemple ,  font  prefque  tendineufes  ,  fuivant  l'ob- 
lervation  de  M.  d'Aubenîon. 

Scnjîbii'uc  par  rapport  aux  qualités  de  Vair  &  à  rim- 
prefflonde  quelques  autres  corps  externes.  L'air  eftà  l'é- 
gard de  \i\.fen/ib  m  te  comme  un  médicament  dont  elle 
diftingue  &  évalue  les  bonnes  &  les  mauvaifes  qua- 
lités à  l'avantage  ou  au  préjudice  du  corps.  F,  Air. 

Il  femlile  que  les  méthodiques  foient  partis  de  ce 
principe  dans  l'attention  extrême  qu'ils  avoicnt  à  mé- 
hager  les  impreffions  de  VaïVi&c.  à  leurs  maladescon- 
fonnéir.cnt  à  la  nature  des  maladies.  Le  do£f  eur  Ar- 
buthnot  a  fort  bien  remarqué  que  (Jette  confidéra- 
tion  doit  néceffairement  entrer  dans  le  traitement 
des  fièvres  aiguës  :  en  effet  on  fent  combien  les  par- 
'ties  feufibles  occupées  entre  les  effets  de  la  maladie , 
&  l'aôion  coniinucUe  de  l'air  ,  peuvent  être  utiie- 
inent  ou  défavorablement  émues  par  Fimpreifion  de 
ce  fluide.  L'air  chaud  ou  froid  ,  ])ar  exemple ,  de 
quelle  influence  n'efl-il  pas  fur  l'opération  des  re- 
in ed  es  ,  en  évaporant,  ou  en  concentrant  l'aftivité 
de  l'ame  fenfible  ? 

L'obfcrvation  apprend  que  l'air  natal  cû  quelque- 
fois un  très-grand  remède  ;  mais  il  peut  fe  fuiLC  auffi 
qu'il  produife  des  révolutions  funefles  ,  lorfqu'on 
vient  à  le  refpirer  après  une  longue  abfence.  Ces  ré- 
concilatlons  de  l'air  natal  avec  la  fctijlbUité  indivi- 
duelle ,  font  pour  elle  une  épreuve  pareille  à  celle 
de  la  naifTance  ,  &  dont  les  parties  ncrveufcs  d'une 
perfonne  âgée  ne  s'accommodent  pas  aifémenî. 


S  Ë  k 


47 

.  C'efî  uiie  tradition  fort  ancienne  &  fort  répandue 
dans  nos  provinces  méridionales ,  que  i'air  vif  efl 
au<u  fùnefte  aux  perfonnes  attaquées  de  la  poitrine  , 
que  l'air  gras  leur  eft:  falutaire  ;  la  raifon  phyfique 
qu'on  en  donne  n'efl  rien  moins  que  faîisfaifante.: 
car  il  paroît  que  les  phihifiques  font  pour  le  moins 
en  aulîi  grand  nombre  à  Paris  ,  où  l'air  paffc  pour 
être  fort  gras  ,  que  dans  les  contrées  du  royaume  où 
l'air  efttrès-vif  II  faut  croire  que  le  moral ,  dans  les 
grandes  villes  où  la  tyrannie  des  pafTions  eft  portée  à 
l'excès  ,  influe  encore  plus  que  l'air  fur  cette  indlf- 
poficion  des  p-drûes  Je njï blés  qui  produit  in  recejfu  un 
vice  fpécial  dans  les  poumons. 

On  dit  encore  affez  communément  que  les  plaies 
de  la  tête  font  plus  dangereufes  à  Paris  qu'à  Mont- 
pellier ,  &  que  les  plaies  des  jambes,  font  récipro- 
quement plus  dangereufes  dans  cette  dernière  ville 
que  dans  la  capitale.  Nous  doutons  fort  que  les  per- 
fonnes de  l'art  qui  font  pour  l'afHrmative,  àyent  là- 
deffus  devers  elles  une  railbn  fufBfimte  d'expérience. 
Cette  queflion  qui,  en  1749  ,  lors  de  la  difpute  d'une 
chçire  vacante  à  MontpellJer,fut  donnée  à  traiter  par 
MM.  les  protefTeurs  de  cette  faculté  à  un  des  conten- 
dans  ,  n'a  pas  même  été  décidée  dans  les  thefes  de 
celui-ci.  Quoi  qu'il  en  foit ,  on  pourroit  concevoir 
que  l'aérion  de  la  Jenjibilité  produisît  des  effets  éga- 
lement mauvais  &  fur  les  plaies  des  organes  conti- 
nuellement enveloppés  d'un  air  épais  ,  froid  &  hu- 
mide ,  qui  concentre  la  tranfpiration  de  la  tête  ,  oc- 
caflonne  de  fréquentes  céphalalgies  ,  &c.  &  fur  des 
plaies  d'un  autre  organe  expofé  aux  influences  d'un 
air  vif  &  en  quelques  endroits  falé  ,  aux  exhalaifons 
d'un  terroir  kc  ,  aride  &  bridant  une  partie  de  l'an- 
née ,  qui  doivent  caufer  un  relâchement ,  une  raré- 
faction linguliere  à  la  fubtfance  des  parties  les  plus  à 
portée  des  imprefîlons  du  fol,  flir-tout  chez  îespa/- 
lans  ou  le  bas  peuple  qui  va  dans  ces  provinces  les 
jambes  nues  la  moitié  de  l'année.  On  pourroit  donc 
préfumer  que  ces  ditférentes  impreliions  de  l'air  font 
autant  de  préparations  funefres  pour  ces  organes  , 
indépendamment  des  raifons  tirées  de  la  différence 
des  climats ,  du  régime  de  vivre  ^  &c,  qui  influent 
tant ,  comme  on  fait ,  fur  le  bon  état  de  quelques 
principaux  centres  de  hfenJîbiUté  ,  dont  l'aûion  in- 
flue tant ,  à  fon  tour  ,  fur  les  plaies. 

n  eft  des  auteurs  qui  prétendent  que  les  émana- 
tions que  peuvent  fournir  les  corps  Aqs  perfonnes 
fraîches  &  vigoureufes  ,  des  jeunes  nourrices ,  par 
exemple ,  qu'on  fait  coucher  avec  d'autres  perfonnes 
exténuées  de  maladies ,  ou  abfolument  épuifées  d'ex- 
cès ou  de  vieilleffe;  que  ces  émanations,  dis-je ,  pro- 
duifenf  fur  ces  derniers  fujets  des  effets  admirables  : 
les  médecins  de  David  fe  fervirent  de  ce  moyen  pour 
réchaulFer  la  vieilleffe  du  prophète  roi ,  Si  Foreff  us  , 
auteur  refpedable  ,  ^Ipporte  qu'un  jeune  homme 
qui  étoit  dans  le  derni^degré  du  m.arafme  ,  fut  par- 
faitement guéri  par  le  même  remède.  Si  ces  faits  font 
vrais,  c 'eft  une  nouvelle  acquifition  au  domaine  de  la 
Jcnfihilitè,  La  modi^ation  que  peut  imprimer  à  l'at- 
niofphere  animale  du  vieillard  ou  du  malade,  la  chaleur 
exhalée  du  corps  fain,  eft  perçue  par  l'ame  fenfiîive. 
Or  il  faut  fe  rappeUer  que  cette  perception  fuppofe 
une  augmentation  ,  une  direclion  plus  exprefie ,  flii- 
vant  Stahl ,  du  ton  ou  des  forces  <sç.s  nerfs, laquelle 
aidée  vraiflemblablement  encore,  dans  le  cas  pré- 
lent ,  de  tout  ce  que  l'imagination  peut  prêter  aux 
fens  ,  comme  cela  eft  obfervé  à  l'article  lait ,  voyc^ 
Lait  ,  occafionnera  v^w  changement  favorable  dans 
l'économie  animale. 

Du  refte  ,  cette  théorie  nous  paroît  préférable  à 
celle  de  l'iulinuation  des  corpulcules  déliés  tenuiyimct 
cxliulantia  à-travers  le  corps  du  malade.  En  cifet,  de 
quelle  utilité  pourroient  être  des  corpufculcs  qui  ne 
font  que  les  débris,  rarucnta ,  ou  les  parties  ulèes  ds 


48 


s  F.  N 


nos  humcvirs ,  &C  qui  par  confcqnent  ne  font  plus 
propres  i\  notre  liiblknce  ?  D'ailleurs  ne  voit-on  pas 
que  lans  admcrtre  de  ces  inlinuations  ,  la  tcmpcra- 
turc  de  l'air  produit  leule  des  etfots  pareils  à  ceux  de 
certains  poilons  liirles  animaux  !  On  en  a  une  preuve 
convainquante  dans  les  i'ymptomcs  obiervcs  liir  le 
chien,  que  le  docleur  Hocrhaave  expola  à  la  chaleur 
d'une  railincrie  de  liicre ,  &C  dans  ce  qui  arrive  aux 
animaux  qu'on  ibumetaux  expériences  de  la  machine 
du  \uide. 

J>ans  les  endroits  oîi  il  y  a  des  mines  ,  des  vol- 
cans ,  &c.  dans  le  voilinage  des  marais  ,  des  camps  , 
des  hôpitaux  ,  des  grottes ,  comme  celle  du  chien , 
au  rovaumc  de  Naples ,  qui  exhalent  des  mouphc- 
tes ,  6-t.  l'air  ne  peut  que  fair«  des  imprellions  tu- 
neilcs  fur  le  corps ,  ou  plutôt  fur  les  organes  de  la 
firiJil'iUtî.  L'événement  des  priions  de  Ncwgatc  ;\  Lon- 
dres,  elt  encore  tout  récent.  L'explication  de  ces 
phénomènes  &  de  tant  d'autres  fur  leiquels  il  ne  nous 
eft  pas  poffible  de  nous  étendre  ,  va  d'elle  même  , 
pour  peu  qu'on  veuille  luivre  la  chaîne  de  nos  prin- 
cipes. 

Toutes  les  parties  du  corps  qui  vivent  d'une  dofe 
àç.  jcnfibïlïù  ,  doivent  participer  en  proportion  du 
goût  ou  de  l'inltinct  que  nous  reconnoifîbns  dans 
l'ame  lenfnive  ,  c"eÛ  une  vérité  déjà  établie  ;  mais 
cette  propriété  fe  manifeftera  toujours  mieux  dans 
les  parties  où  \d.  JcnJibUité  le  trouve  lans  cefTe  irritée 
par  l'indifpofition  ou  la  maladie  de  ces  mêmes  par- 
ties. Voilà  pourquoi  le  poumon  des  aflhmatiques , 
l'œil  d'un  ophtalmique  ,  &c.  dilcernent  li  bien  les 
bonnes  ou  les  mauvalfcs  cfualités  de  l'air  ,  fur-tout 
s'il  efi:  chargé  de  vapeurs  acres  ou  humides. 

La  peau ,  cette  toile  nerveufe  qui  forme  un  orga- 
ne général ,  &  dont  l'adion  contrebalance  celle  des 
organes  intérieurs  ,  la  peau  ell  encore  éminemment 
douée  de  cet  inftinc^  ;  Harvée  appuyé  de  quelques 
expériences  qu'il  halarda  fur  lui-même  ,  s'explique 
poiitivement  lut  ce  point.  Qitln  cam  ctiam  ipfa ,  dit-il , 
xcmnalum  à  non  vcncnato  facili  dijhn(^uit  ^ideoque  conj- 
tringit  pj'e  &  dcnfatur^  iindt  tumorcs  ^  phUgmonodes 
txcitantur  ut  vidcn  cfl  in  iclibus  apiim  ,  culicis ,  arand  , 
&c.  cxirc'natïo  3/.  pag.  ai^,  Vanhclmont  avoit 
déjà  parlé  de  ce  difcernement  de  l'ame  fenfitlve , 
qu'il  appelle  en  quelques  endroits  inurnam  thymojim 
faculiaiis  fcnfiiïvœ.  Voyez  le  chap.  ix  di  lythiajl ^ 
qu'Harvée  femble  avoir  copié  en  quelques  endroits. 

En  combinant  toutes  ces  propriétés  de  la  peau  ou 
de  {z  finfibUiù  fi  étroitem.ent  liée  à  celle  des  autres 
organes ,  on  voit  d'un  coup  d'œil  en  quoi  confifle 
l'aclion  des  topiques  ,  par  ex.  de  l'opium  &  de 
quelques  poifons  appliqués  extérieurement  ;  celle 
des  parties  volatiles  de  quelques  purgatifs  ,  par  lef- 
quclles  il  s'efl  vu  des  perlbnnnes  réellement  purgées , 
celle  fur -tout  du  mercure  employé  enfriftions  que 
nous  croyons  bien  moins  effimée  par  l'introdudion 
de  ce  minéral  dans  le  torrenWes  humeurs  ,  que  par 
fon  partage  à-travers  le  tifiii  cellulaire  dont  il  défobf- 
true  &  élargit  les  cellules  de  l'une  à  l'autre  ,  en  éten- 
dant fes  feuillets  ,  &  par  les  pe^s  étranglemens  ou 
Jiimilus  qu'il  caufe  aux  vailleaux  capillaires  ,  ou  à 
leurs  fibrilles  nerveufes  ,  d'où  naît  une  petite  nevre 
dépuratoire.  f^^yc^  là-delfus  une  diirertationy//r  l'u- 
fage  des  eaux  de  Baregcs  ^  &  du  mercure  pour  /ei  ccroucl- 
Us  ,  &c.  qui  a  remporté  un  prix  à  l'académie  royale 
de  Chirurgie  en  17^1,  par  M.  de  Bordeu.  On  verra 
fur  quoi  lont  tondes  les  fucces  merveilleux  des  bains , 
iiir-tout  des  froids  dans  les  fièvres  araentes ,  que 
quelques  malades  entraînés  par  le  feul  inftindl  de  la 
fcnjiiilitc,  le  lont  procuré  fi  avantageufement  ;  enfin 
les  bons  effets  de  toutes  les  reffburces  de  la  gymnaf- 
tique  qui  conlilfent  à  renouveller,  à  varier  agréa- 
blement ,  ou  à  multiplier  l'énergie  de  \a  Jenfibnité  , 
6c  dont  les  anciens  tiroient  un  li  grand  paru.  Mais  , 


S  E  N 

nous  le  répétons ,  11  ne  faut  jamais  perdre  de  vue  les 
dilpolitions  particulières  oii  peuvent  fe  trouver  les 
parties  lénlibles  en  conféquencc  de  l'habitude  ,  ou 
de  quelqu'autre  circonftance  ,  &  qui  font  autant 
d'exceptions  à  la  règle  générale.  Telle  efl  l'oblerva- 
tion  deM.Spon,  médecin  de  Lyon  ,  rapportée  dans 
le  journal  des  lavans  du  mois  de  Janvier  1684,  au 
fujet  d'une  fille  qui  ne  pouvoit  vivre  que  dans  l'hô- 
tel-dieu,&  qui  ne  manquolt  jamais  d'être  attaquée 
de  la  fièvre  ,  lorfqu'elle  fe  retiroit  à  la  ville ,  &  qu'elle 
refpiroit  un  air  plus  pur.  Il  croît  en  Penlilvanie  un 
arbre  empoifonné  ,  que  les  Anglols  nomment /"oZ/o;?- 
tree ,  dont  le  manlment,  ou  la  vapeur  apportée  par  le 
vent ,  caulé  des  accidens  étranges  à  certaines  per- 
fonncs ,  6c  ne  fait  rien  fur  d  autres.  On  voit  bien  lou- 
vent  des  maladies  contagieufes  attaquer  les  perfbn- 
nes  qui  s'oblervcnt  le  plus  ,  tandis  que  celles  qui 
approchent  fans  ménagement  des  malades  ,  n'en  re- 
çoivent aucune  incommodité.  Il  efl  quelquefois  arri- 
vé ,  au  rapport  de  Kirker  de pepe^Ject.  II.  cap.  Uj. 
pag.  ijc)  y  que  la  pelle  n'a  gagné  que  les  riches  ou 
les  nobles ,  &  a  épargné  le  bas  peuple  ou  les  pauvres. 
On  ne  finirolt  pas  de  rapporter  de  pareils  exemples. 

S cnJîbUiié  par  rapport  aux  influences  des  après.  Les 
plus  célèbres  médecins  ,  tant  anciens  que  modernes, 
le  font  occupés  de  l'influence  des  aflres  fur  le  corps 
humain.  On  fait  tout  ce  qu'Hippocrate  en  a  dit  dans 
les  ouvrages  ,  notamment  dans  celui  de  aëre,  locis  & 
aqiiis  qui  n'ell  pas  luppofé.  f^oye^  encore  ce  que  Gai- 
lien  a  écrit  fur  cette  matière ,  liv.  III.  proreticor.  Il 
eft  tout  fmiple  en  effet ,  en  confultant  l'adion  des 
différentes  planettes  fur  la  nôtre  ,  par  ex.  le  flux  & 
le  reflux  des  eaux  de  la  mer,  l'altération  que  reçoi- 
vent certaines  plantes  du  lever  &  du  coucher 
des  aftres ,  &c.  d'imaginer  les  changemens  que  de 
pareilles  caufes  peuvent  apporter  à  notre  frêle  ma- 
chine ,  qu'on  fait  d'ailleurs  être  fi  fenfible. 

Les  difïérens  poids  de  l'atmolphere  qui  varient  fous 
les  différens  alpecfs  des  aftres,  donnent  la  raifon  de 
plufieurs  phénomènes  extraordinaires  qu'on  remar- 
que dans  le  corps  humain.  La  lurface  du  corps  d'ua 
adulte  fupporte  ordinairement ,  fuivant  des  calculs 
très -bien  faits,  un  poids  d'environ  3  5  mille  livres. 
La  totalité  de  ce  poids  correlpond,  à-peu-près,  au 
degré  28  del'afcenlion  du  mercure  danslebaromettre; 
ce  rapport  ainfi  établi ,  on  obferve  que  la  variation 
d'une  ligne  au  baromettre  ,  à  compter  de  cette  gra- 
dation fixe  du  mercure,  en  efh  une  de  cent  livres  & 
au-delà  ,  dans  le  plus  ou  dans  le  moins  ,  pour  le  corps 
humain.  Ces  variations  font  ordinairement  plus  fen- 
fibles  vers  le  tems  des  équinoxes  &  des  folflices  ,  & 
par  conféquent  leurs  effets  fur  l'ame  fenfitive  plus  re- 
marquables. On  n'a  ,  pour  le  convaincre  de  cette  vé- 
rité ,  qu'à  jetter  les  yeux  fur  l'hifloire  ancienne  & 
moderne  des  épidémies.  L'écoulement  des  menftrues 
dans  les  femmes  ,  beaucoup  d'autres  évacuations 
encore ,  foit  périodiques  ,  loit  critiques  ,  tout  cela  eft 
plus  ou  moins  foumis  à  l'influence  des  afîres  fur  les 
corps  lublunaires.  Les  livres  lont  pleins  de  faits  fm- 
guliers,  dans  leiquels  cette  caufe  céleffe  intervient 
toujours  pour  quelque  chofe  ;  c'efl  ainfi  qu'on  pré- 
tend avoir  vu  des  perfonnes  être  privées  de  la  parole 
durai!  le  jour  ,  &  ne  la  recouvrer  que  le  folr.  L'ob- 
f  rv<  tlon  de  Baillou  au  fujet  de  la  à.-àmç  deVarades.,^^ 
coni  ue  de  tout  le  monde  ;  de  même  que  celle  que 
rapporî(  le  dofteur  Rlch  Mead  ,  d'un  enfant  qui  ha- 
bitoit  furies  bords  e  la  Tarn  lie  ,  &  qui  étolt  attaqué 
de  convulfions  ,dont  les  paroximes  étoient  réglés  fur 
le  flux  &  le  reflux  de  la  mer.  Charles  Pilon  avoit 
déjà  vu  un  cas  à  peu-près  lemblable  ,  hijl.  nat.  lib.  /. 
pag.  24.  Maurice  Hoffman  parle  d'une  jeune  fille 
cpileptique  âgée  de  14  ans,  dont  le  ventre  croiflblt 
&  décroiffoit  conformément  aux  différentes  phafes 
de  la  lune.  Voye^^  obfcrv.  161.  mifcdl.  cur.dec.  II.  ann. 

6. 


s  E  N 


C.  Ceux  qiû  fe  plaifent  au  merveilleux  do  ce  genre, 
pourront  conf'ulter  les  auteurs  que  nous  avons  cites  , 
en  outre  la  difiertarion  de  Frcd.  HofFman  ^e  fyderum 
influxu  in  corpcra  hiimana  ,  &  celle  de  M.  Sauvages  , 
célèbre  prcfeflcur  en  médecine  de  la  faculté  de  Mont- 
pellier, qui  a  pour  titre  :  de  aftrorum  influxu  in  homi- 
mm,  Monfpelii  iy6y.  Us  trouveront  dans  tous  ces  ou- 
vrapes  de  quoi  i"e  (atisfaire.  Voyei  Ikïldence  des 

ASTRES. 

L'ndion  des  corps  céleftes  fur  l'ame  fenfitive,  fe 
iTianifefte  fur-tout  dans  les  maladies  aiguës  ,  ainfi  que 
nous  l'apprenons  de  tous  les  bons  obicrvateurs  ;  ils 
nous  recommandent  encore  défaire  la  plus  grande  at- 
tention aux  changemens  des  tcms ,  des  faifons ,  &c. 
l'eflet  de  beaucoup  de  remèdes  étant  fubordonné  à 
ces  influences  qui  décident  ordinairement  de  la  plus 
grande  ou  de  la  moindre  fcnfibilité  des  organes.  Pra- 
cipuï  verb  maximœ.  anni ,  temporum  muiatioms  ohfcr- 
yandœ  funt ,  ut  ntqul  mcdicamcnmm  purgans  lubznicr 
exhiheamus  y  nequi  partes  circà  ventrein  uramus  autfece- 
mus  antï  dies  decem ,  aut  etiam  plures.  Hippocrate,yc)M. 
de  aère  ^  locis  &  aquis  ,  pûg.  zSS.  §.  lo.  Il  feroit  bien 
î\  defirer  eue  la  plupart  des  médecins  voulufTcnt  mé- 
diter fur  ce  paflage  du  père  de  la  médecine  ;  ils  ver- 
roient  qu'il  n'eft  pas  indifférent  de  favoir  placer  un 
inédicament  dans  un  tems  plutôt  que  dans  un  autre  , 
de  le  fulpendre  ou  de  le  fupprimer,  même  tout-à-fait, 
di;ns  quelques  circonftances  ;  mais  cette  fcience  eft 
le  fruit  de  l'obfervation ,  &  l'obfervatlon  eft  dure  , 
rebutante.  Des  connoiflances   purement  tradition- 
nelles, une  routine  qui  formule  toujours  ,  qui  court 
toujours  ,  qui  n'exige  qu'un  peu  d 'habitude  ou  de 
mémoire  ,  tout  cela  doit  naturellement  paroître  pré- 
férable ,  parce  qu'il  eft  plus  commode  ;  d'où  il  arri- 
ve que  les  larges  avenues  de  cette  médecine  fuffifent 
à  peine  à  la  foule  qui  s'y  jette ,  que  toutes  fortes  de 
gens  viennent  s'y  confondre  ,  tandis  au  contraire 
qu'on  diftingue  à  peine  quelques  génies  choifis  dans 
les  fentiers  pénibles  qui  mènent  aufanûuaire  de  l'art. 
Les  variations  des  vents  tiennent  de  trop  près  à 
l'aûion  des  aftres ,  pour  ne  pas  mériter  les  mêmes 
confidérations  ,  quant  à  {afenjîbilité.  Hippocrate  pré- 
tend que  dans  les  changemens  des  vents  les  enfans 
font  tres-fu jets  à  l'épilepfie.   Fojci  lih.  Vl.  &  lib.  IL 
ipidcm.  Les  impreflions  des  vents  du  nord  &  du  fud 
lur  l'ame  fenfitive ,  ont  cela  de  commun  avec  les  in- 
fluences des  faifons  ,  qu'elles  font  fpécifiées  par  les 
maladies  que  chacun  de  ces  vents  occafionne  en  par- 
ticulier. L'inftinâ:  fenïitif  va  même  jufqu'à  s'apper- 
cevoir  dvt  changement  prochain  d'un  vent  en  un  au- 
tre vent  ;  de  forte  qu'il  y  a  beaucoup  de  malades  ou 
de  perfonnes  à  incommodités ,  qui  à  cet  égard  pour- 
roient  pafl"er  pour  d'excellens  baromètres.  Lnfin, 
l'ame  fenlitive  de  certains  animaux  n'eft  pas  exemp- 
te, non  plus  que  celle  des  hommes  ,  des  effets  de  ces 
variations  :  Virgile  nous  apprend  que  les  corbeaux, 
par  exem.ple ,  en  font  notablement  affeftés.  Voye^  le 
livre  I.  des  Georgiques. 

VeriLTti  ubi  tempejtas  &  cœlimobiUs  hurtior 
Mutavere  vices  &  Jupiter  humidus  aujlri 
Denfat^  erant  quœ  rara  modb  6*  qiia  denÇa  relaxât^ 
Vertuntur  fpecies  animorum  ,  peciora  &  motus  ^ 
Nunc  alios ,  alios  dùm  nubilu  venius  agubat. 
Tels  font  en  général  les  effets  de  l'influx  des  aftres 
fur  l'ame  fenfibie  ,  &  dont  l'obfervation  avolt  porté 
les  anciens  à  foumettre  divers  organes  à  différentes 
planètes.  Leurs  prétentions  à  cet  égard  étoient  affû- 
rément  outrées  :  mais  nous  leur  oppofons  le  même 
excès  dans  notre  indifférence  fur  des  matières  les 
plus  faites  pour  exciter  notre  zclc  par  la  gloire  6c  l'a- 
vantage qui  en  reviendroient  à  l'art. 

Senjibilité  par  rapport  aux  climats.  Cette  matière 
eft  tellement  liée  aux  précédentes  ,  que  nous  aurions 
dû  les  confondre  enfemble,  lans  la  crainte  de  déro- 
Tome  XK 


S  E  N"  49 

ger  à  Tordre  que  nous  avons  fuivi  des  îe  coîr.nicnce- 
meat  ;  il  n'eft  pas  douteux  que  les  climats  n'iniluerit 
pour  beaucoup  iur  hfenfibiUté.  Les  différentes  tem- 
pératures dans  un  même  climat  variant  la  difpofitioiî 
oi-  le  tuui  de  nos  parties,  quelle  prodigleufe  diffé- 
rence ne  doit-il  pas  y  avoir  dans  les  effets  de  iT^fcnCi- 
bilue  par  rapport  aux  individus  d'un  climat ,  Compa- 
res à  ceux  d  un  autre  climat  ?  Voyei  Climat  ,  Mé- 
dzcinc.  C'eft  en  ce  {^n^  qu'on  pourroit  compter  des 
nuances  à&  fenjibilité ,  comme  on  en  compte  delà 
couleur  des  peuples  depuis  le  nord  jufqu'à  la  ligne  ; 
en  lorte  qu'un  habitant  de  ces  dernières  contrées, 
comparé  avec  un  lapon  ,  donnera  prefque  une  idée 
des  contraftes  en  fenfibillté  :  mais  en  évaluant  ainfi 
les  tempéramens  dc/£/2/i"/5///V^' par  les  différentes  lati- 
tudes, on  n'en  doit  jamais  féparer  l'idée  phyfique 
d  avec  l'idée  morale  ;  car  nous  croyons  pouvoir  nous 
dilpenler  ci'obferver  ici,  vu  la  publicité  du  livre  im- 
mortel as  VE /prit  des  lois,  combien  lesufa^es,  les 
coutumes  des  pays ,  &c.  méritent  de  confidérations 
dans  reitimation  des  facultés  fenfitives.  Il  eft  encore 
plus  important  de  ne  pas  perdre  de  vue  cette  aûivité 
originale  de  l'ame  fenlible ,  qui  eu  la  même  dans  tous 
les  individus  d'une  même  efpece ,  &  qui  ne  fauroit 
éprouver  des  variétés  que  dans  fes  organes  ;  un  ob- 
lervateur  exad  aura  tôt  ou  tard  occafion  de  s'en  con- 
vaincre. C'elî:  ainfi  qu'Hippocrate  a  obfervé  que  les 
criles  avoient  lieu  dans  l'ile  de  Thafe ,  qui  eft  voifine 
de  la  Thrace  ,  auffi-bien  que  dans  l'île  de  Cos  ;  deuf 
îles  dont  les  climats  font  tout  différens  ;  &  des  obfer- 
vations  modernes  ont  enfin  conftatc  que  les  crifes 
etoient  à-peu-prés  les  mêmes  dans  tous  les  climats; 
Il  en  eft,  ait  Hippocrate  (car  les  vues  fupérieures  de 
ce  grand  homme  fe  font  portées  fur  tout)  ;  il  en  eft 
des  conftitutions  des  individus  ,  comme  de  la  nature 
du  fol  qu'ils  habitent  ;  les  animaux  ,  les  plantes ,  & 
quelques  autres  produftions  de  la  terre,  ont  donc  à 
cet  égard  une  entière  conformité  de  fort  entre  eux  ; 
cela  n'a  pas  befoin  de  preuves. 

On  peut  encore  juger  de  cette  influence  des  cli- 
mats fur  les  effets  de  ia  ferifibilieé,  par  les  affeftions 
corporelles  qu'on  éprouve  dans  des  pays  d'une  tem- 
pérature différente  de  la  natale.  Il  fe  trouve,  par 
exemple,  des  montagnards  qui  ne  fauroient  habiter 
des  villes  lituées  dani  des  plaines  ;  dans  quelques- 
uns  même  un  pareil  féjour  développe  le  germe  de 
beaucoup  de  maladies  ,  comme  les  écrouelles  ,  que 
l'air  de  la  montagne  retenoit  dans  un  état  d'inertie.  Il 
faut  ajouter  que  les  mœurs  &  la  qualité  des  alim.ens, 
qui  font  autant  de  créatures  des  climats  ,  peuvent 
contribuer  encore  à  ce  développement.  Ceci  anaîy- 
fé  &  lùivi ,  donnera  la  raifon  des  maladies  endémi- 
ques, de  la  différence  des  vertus  dans  les  mêmes  re- 
mèdes ,  &  de  plufieurs  autres  objets  de  cette  nature  , 
fur  lefquels  on  ne  doit  pas  s'attendre  à  trouver  ici  un 
plus  long  détail. 

Nous  nous  fommes  trop  étendus  fur  cette  matière , 
pour  paffer  fous  filence  un  fyftème  qu'on  peut  re- 
garder comme  une  branche  égarée  de  l'ame  lenlitive, 
qui  cherche  à  fe  rejoindre  à  Ion  tronc,  dont  réelle- 
ment elle  ne  peut  pas  plus  être  féparée ,  que  l'effet 
ne  peut  l'être  de  La  caufe.  Nous  voulons  parler  du 
nouveau  fyftème  de  V irritabilité ,  fur  lequel  la  répu- 
tation méritée  de  fon  auteur  (  M.  le  baron  de  Kal- 
ler  ) ,  fes  talens  continuellement  employés  à  des  tra- 
vaux utiles  pour  l'art,  demandent  que  nous  entrions 
dans  quelques  dilcullions  qui  mettent  le  leileur  à 
portée  d'aii'eoir  un  jugement  fur  ce  fyftème. 

Pour  cet  effet,  nous  allons  voir  ce  que  cette  irri- 
tabilité ^  qu'il  l'eroit  peut-être  mieux  d'appcllcr  de 
Ion  ancien  nom  d'/mfizr/o/z ,  ainfi  que  nous  l'aVbns 
obfervé  à  l'article  SecrÉTION  (  '^oye:  ce  mm  )  ;  nous 
allons  voir,  dis-jc,  ce  qu'elle  a  d'effenticl  en  loi, 
pour  en  autorifer  les  réflexions  qu'elle  mus  don- 


5° 


S  E  N 


S  E 


ncra  lieu  de  faire ,  en  la  coafKlérant  dans  le  nouveau 
Jyftcme. 

VirricibilUé  n'cft  autre  chofe  que  la  mobilité  ou 
contranaiù  dont  il  a  été  quclHon  au  commencement 
de  cet  article  ,  «Se  que  nous  avons  dit  être  une  des 
deux  adioub  compriles  dans  l'exercice  de  hfinjibili- 
tc  ;  c'ert  toujours  l'expreluon  dulcntimcnt;maisune 
expreliîon  violonic  ,  attendu  qu'elle  cil  le  produit  de 
la yi/;//^/A/e  violemment  irritée  par  des  fiimulus  ;  aulii 
eft-eilc  quelquctbis  délignée  lous  le  nom  mcme  de 
(limiilus  chez  les  l^hiliologilies  ,  ou  (ous  celui  àç fibre 
motrice ,  &c.  On  ne  lauroit  douter  qu'elle  n'ait  été 
connue  de  tous  les  tems  :  les  plus  anciens  poètes  ,  à 
commencer  par  Homère  (  t'oyei  U  Vlll.  Livre  de 
rOdyJjéc)^  parlent  en  plullcurs  endroits  de  leurs  ou- 
vraoes,  de  chairs  palpitantes,  de  membres  à-demi  i\ni- 
més ,  Jeini-animis  iirtus . .  . .  E  U  fi  trépident  fiib  dcntibiis 
ûma,  fait  dire  Ovide  au  géant  Polyphème.  Foyci  Us 
Métarî:orphoJis.  Or  qui  pourroit  méconnoitre  la  con- 
tracîiliti  ou  Virritabiliié modurne  h  cette  palpitation, 
à  ce  tremblotement  de  chairs  ,  fous  des  dents  qui  les 
déchirent  ?  Nous  avons  vu  que  de  très-grands  phi- 
lofo')hes  avoient  même  été  julqu'à  expliquer  la  caufe 
de  cette  palpitation  par  un  relîe  deflûme  lenfillve  ou 
de  feu  vital.  Cicéron,  d'après  Clcanthes  lelîoicien, 
l'avance  pohtlvement  du  cœur  fraîchement  arraché 
de  la  poitrine  d'un  animal,  f^oye^  de  natiir.  deor.  Lib. 
II.  Pline  dit  encore  à  l'occafion  des  inieûes ,  nihil 
inùis ,  nifiadmodum  paiicis  intcjltnum  iuipacaium  ;  ita- 
que  divùljîs  pracipua  vivacités  &  pariium  palpitatio  , 
^uia  qmecunque  ejl  ratio  vila/ls ,  il/a  non  certis  intjl 
TTiembris  ,fed  toto  in  corpore.  Natur.  hijlor.  lib.  XI.  il 
eft  à  préfumer  que  l'ufage  des  facrlfices  avoit  appris 
aux  anciens  tout  ce  qu'on  peut  raifonnablement  fa- 
voir  fur  cette  matière.  Le  couteau  égaré  du  victimai- 
re  en  bleffant  quelque  organe  coniidcrable ,  dcvoit 
fouvent  y  produire  des  mouvemens  extraordinaires 
qui  n'échappoient  fans  doute  point  à  des  perfonnjs  fi 
iniérefiées  à  les  obierver.  Les  phdoiophes  ôd  méde- 
cins de  ces  premiers  tems  avoient  conçu ,  d'après 
ces  phénomènes  ,  les  grandes  idées  qu'ils  nous  ont 
tranfmifcs  fur  le  principe  qui  anime  les  corps  :  mais 
ils  ne  croyoicnt  pas  (leur  philofophic  étoit  en  ce 
point  au  niveau  de  leur  ame,dont  on  ne  ceifera  d'aJ- 
mirer  l'élévation  )  ,  ils  ne  croyoient  pis  qu'on  dut 
employer  le  manuel  des  expériences  à  crculer  plus 
avant  dans  les  mylleres  les  plus  profonds  de  la  natu- 
re. Les  Chinois  chez  qui  les  découvertes  les  plus 
nouvelles  pour  nous  ont  des  dates  fi  anciennes ,  ob- 
ftrventdans  l'acupuniture  des  règles  &  des  précau- 
tions qui  ne  perm  ttent  pas  de  douter  qu'ils  n'ayent 
acquis  depuis  long-tems  beaucoup  de  lumières  lur  les 
effets  de  \d,  fenfibiLitl  des  parties  ;  il  par  jît  mê:ne  que 
les  plus  grandes  vues  de  leur  pratique  s'y  rapportent 
direclement  :  «  A  la  Chine  on  pique  au  ventre  dans 
»  les  fufibcatlons  de  la  matrice,  dans  les  coliques, 
»>  dans  la  dyflènterie ,  &c.  On  y  pique  une  femme 
»  enceinte,  lorlque  le  foetus  fe  mouvant  avec  trop 
M  de  violence  ,  avant  que  le  tems  de  l'accouchement 
»  foit  venu  ,  caufe  à  la  mère  des  douleurs  fi  excefiî- 
y>  ves,  qu'elle  efl  en  danger  de  (a  vie  :  en  ce  cas  ,  on 
»  y  pique  même  le  fœtus,  afin  qu'étant  eflVayé  par 
»  celte  ponfl^ion  ,  il  ceflé  de  ié  remuer,  &c.  ».  Wil- 
Ulini^  tcn^  Rhine  ^  M.  d'  trans-ifalano  da  ventrienfis 
mantiffii  fciicmatica  de acupunclura.  Enfin,  dans  le  der- 
nier iiecle,  quelques  modernes  dccerminés  ou  par 
une  fimple  curiolité  d'érudition,  ou  par  des  vues 
pliiS^articulieres  ,  fefont  exercés  à  appliquer  divers 
^iimulans  h  dijférentes  parties  du  corps  ,  &  ont  ap- 
proprié les  phénomènes  de  cetre  irritation  faftice  à 
des  théories.  Tel  a  été  un  Vanhelmont ,  dont  les  pa- 
roles à  ce  fujct  méritent  d'être  rapportées  :  ani- 
madverti ,  dit-il ,  nimirum  Jedulb  contraciuram  in  uno 
qiinqui  proph  modumdolore  ;  adeh  ut  obLato  lœdcnte  oc- 
cafionaliyjldtiin  purs  lava  vilutper  crumpuin  contracta j 


corrtigataqut  doUretn  manifcjîet  ftiutn.  Voyez  de  H-» 
thiaji ,  cap.  ix.  p.  66.  Tels  ont  été  Harvée ,  voyc^^à 
l'articleSECRÉTios  ,Swammerdam,Gll{ron,  Peyer; 
voyci  Bohnius  ,  Baglivi ,  &  autres ,  dont  il  efl  fait 
mention  dans  les  oblérvations  du  dofteur  Robert 
Whitt ,  fur  V irritabilité,  page  263. 

Après  tout  ce  que  nous  venons  d'expofer  ,  il  eft 
évident  i"^.  que  V irritabilité  en  ce  qu'elle  a  de  réel  &C 
d'eilcntiel,  étoit  connue  des  anciens  ;  z*'.  qu'il  faut 
dater  de  plus  d'un  fiecle  les  premiers  travaux  qui  ont 
concouru  à  la  fondation  de  la  méthode  fyftématique 
qu'on  nous  préiente  aujourd'hui.  Tout  ledeur  im- 
partial en  jugera  lans  doute  de  même ,  &  il  eft  bien 
étonnant  que  M.Tiflbt ,  d'ailleurs  fi  louable  par  l'at- 
tachement qu'il  témoigne  pour  le  célèbre  M.  de 
Haller,  veuille  nous  perluader  que  cejlvéritublement 
M.  de  Haller  qui  a  découvert  &  mis  dans  tout  fan  jour 
l'irritabilité ,  p.  II.  du difcours  préliminaire  à  la  tra- 
dudlon  des  mémoires  fur  lirniabilité  &  la  finfibilité. 

Il  paroit  donc  qu'on  ne  peut  trouver  à  M.  de  Hal- 
ler des  droits  fur  V irritabilité ,  que  dans  la  partie  fy{- 
tématlque  dont,  à  la  vérité  ,  il  a  cxceifivement  éten- 
du &  défriché  en  beaucoup  d'endroits, le  terreln  déjà 
minié  avec  économie  par  Glifîbn  &  quelques  autres. 
Si  c'efl-là  une  propriété  que  M.  Tiiîot  reclame  en 
faveur  de  fon  illuftre  maître,  nous  convenons  qu'on 
ne  fauroit  la  lui  refufer.  Les  limites  refpeftives  ainft 
réglées  ,  parcourons  cette  nouvelle  édition  ,  s'il  eft 
permis  de  le  dire  ,  du  territoire  1)  ftématlque  de  l'ir- 
ritabilité ,  que  nous  venons  reconnoître  appartenir  à 
M.  de  Haller. 

M.  de  Haller  établit  d'abord  fa  théorie  fur  un  ap- 
pareil eifrayant  de  les  propres  expériences  &  de  cel- 
les de  quelques-uns  de  fes  dilciples.  Conduit ,  com- 
me d  l'annonce  lui-même,  par  l'envie  de  contribuer 
à  TutUile du  genre  humain, il  n'eft point d'inflrument 
de  douleur  ,  point  de  Ilimulus  qu'il  n'ait  employé  à 
varier  les  tounnens  d'un  nombre  infini  d'animaux 
qui  ont  été  fournis  à  (es  recherches ,  pour  en  arracher 
des  preuves  en  faveur  de  la  vérité.  11  réfulte  des  tra- 
vaux de  cet  homme  célèbre  une  dlvlfion  des  parties 
du  corps  en  pa-:t}Qsfenj7blcs,  infenfibles,  irritables  , 
aïrritables ,  6c  en  parties  qu'on  pourroit  appelles 
mixtes ,  c'efl-à-dlre  ,  qui  font  tout-à-la-fois  fenfibles 
&  irritables.  Son  traducleur,  M.  Tlffot,  a  même 
porté  fes  foins  pojur  la  commodité  du  leâeur  ,  juf- 
qu'à  drefTer  une  table  dans  laquelle  chaque  partie  du 
corps  humain  efl;  rangée  d'après  l'une  des  propriétés 
énoncées  dont  on  a  fait  autant  de  clalTes  ;  ainfi  ,  par 
exemple  ,  le  cerveau  ,  les  nerfs ,  les  mulcles ,  &c. 
font  dans  la  clafle  des  Jènjibles  ;  les  membranes  tant 
celles  qui  enveloppent  les  vlfceres  ,  que  celles  des 
articulations,  ta  dure-mere,  lesiigamens,le  péiiofte, 
ô-c.  dans  la  clafle  des  infenfibles  ;  le  diaphragme,  l'ef- 
tomac  ,  les  intelHns  ,  &c.  dans  celle  des  irritables  ; 
les  nerfs  ,  l'éplderme  ,  les  artères  ,  les  veines  ,  le  tiflli 
cellulaire  dans  les  aïrritables  ;  enfin  dans  la  clafle  des 
mixtes  ,  on  trouve  un  peu  de  tout ,  c'eft-à-dire  ,  les 
parties  qui  ont  des  nerfs  ,  des  fibres  mufculcufes  ,  lo 
cœur  ,  le  canal  alimentaire  ,  &c.  Ce  petit  précis  doit 
nous  fuffire  pour  découvrir  manifeflement  les  ufur- 
patlons  faites  kirl'ame  fenlitive  par  rirritabilité  dont 
M.  de  Haller  prétend  faire  un  être  abfolumentdiftind 
6i.  indépendant. 

Nous  ne  penfons  pas  devoir  employer  de  nouvel- 
les raifons  à  réfuter  le  paradoxe  de  M.  Haller  :  après 
celle  que  nous  avons  donné  de  rindivlflbilité  de  ces 
deux  effets  de  l'âme  lenfible  ,  il  efl  affurément  tout 
naturel  de  penfer  que  les  agens  employés  à  irriter 
une  partie,  n'étant ,  par  leur  a£llon,  que  caufe  oc- 
cafionelle  de  fa  mobilité  ,  il  faut  nécefl'aircment  que 
cette  aftion  (bit  perçue  ou  fentlc  par  la  partie ,  &  qui 
plus  efl, appropriée  au  lentiment  de  cette  même  par- 
tie ;  &  quelle  autre  puifl^ance  animale  que  \afenjîbi~ 
lité  i^oinrd  être  le  juj^e  des  corps  fenfibles  appliqués 


s  E  N  .    ■ 

à  un  corps  vivj<«t  ?  Le  taft  qu'ert-il ,  finon  le  fatellite 
universel  as  l'ame  fcnfitive  ?  Il  femble  que  cela  n'a 
pas  bcioin  d'une  plus  grande  démonftration.  f^oye:r^ 
encore  Vcxerc'uation  6y  d'Harvce. 

Quant  au  plus  ou  au  moins  de  fenfibilité  que  M. 
<ie  Haller  a  reconnu  dans  les  dilfcrens  organes  ,  c'ei'l, 
avons-nous  dit ,  une  liiite  nécefl'aire  de  leur  organi- 
fation  qui  ell  comme  Ipécifice  dans  chacun  d'eux  par 
une  quantité  de  tiffu  cellulaire  ,  &  la  manière  dont 
ce  tiffu  y  eft  employé  ,  par  leur  confmjus  avec  les 
oroanes  voifms  ,  par  leur  fituation,  &  une  multitude 
infinie  d'autres  circonflances  qu'on  peut  fe  repréfen- 
ter.  Du  refte  ,  on  doit  fe  rappeller  que  tous  ces  or- 
ganes font  effentiellement  formés  par  les  nerfs  ;  &  à 
l'égard  des  membranes ,  elles  font  pour  la  plupart  ou 
d'une  fubliance  toute  nerveufe  ,  ou  animée  en  quel- 
ques endroits  par  des  rameaux  nerveux  plus  ou  moins 
clairfemés,  qui  s'étendent  dans  le  tiffu  même  de  la 
membrane  ,  ou  qui  rampent  fur  (ts  vaiffcaux  ;  nous 
en  avons  pour  preuve  l'inflammation  qui  y  furvient 
quelquefois.    Les  membranes  du  fœtus  que  M.  de 
Haller  donne  pour  irritables  far  la  fimple  autorité  de 
Lups  ,  reçoivent  vraiffemblablement  des  nerfs  du 
cordon  ombilical,  ainfi  que  le  foupçonne  M.  Vhitt. 
Une  erreur  non  moins  confidérable  encore  ,  & 
contre  laquelle  nous  croyons  qu'on  ne  fauroit  être 
affez  prévenu  ,  c'eft  la  faculté  aïrritable  que  M.  de 
Haller  accorde  au  tiffu  cellulaire,  enforte  que  ce  qu'il 
y  a  de  vraiment  adif  dans  le  corps  humain,  eft  con- 
fondu avec  ce  qu'il  y  a  de  paffif.  Nous  avons  affez 
clairement  expofé ,  en  parlant  de  la  formation  ,  ce 
qui  eft  purement  phyfique  d'avec  ce  qui  eft  animal 
dans  le  corps  ,  pour  faire  fentir  l'inconvénient  qu'il 
y  auroit  à  ne  pas  diftinguer  ces  deux  chofes  ,  lorf- 
qu'on  expofe  les  parties  des  animaux  à  l'aftion  des 
acides  ,  ou  de  tel  autre  agent.  Encore  une  fois ,  tout 
ce  qui  eft  fufceptible  d'irritation  eft  dépendant  du 
principe  vital  ou  fenfitif.    Or  on  ne  fauroit  recon- 
noître  dans  le  tiffu  cellulaire  qu'une  difpofition  au 
defféchement,  &  à  l'adhérence  qui  lui  eft  commune 
avec  tous  les  corps  muqueux  ,  &  un  mouvement 
emprunté  de  l'aftion  des  parties  fenfibles  ,  &c.  ainfi, 
placer  dans  une  claffede  propriétés  le  nerf  au  même 
rang  que  le  tiffu  cellulaire ,  c'eft  y  placer  l'être  à  côté 
du  néant.  Toutes  ces  raifons  s'oppolent  encore  d'el- 
les-mêmes à  ce  que  le  figne  de  l'irritabilité  foit  dans  le 
gluten  de  nos  parties  ,  ainfi  que  le  prétend  M.  de 
Haller  :  il  y  a  plus  ;  ce  favant  auteur  femble  fe  con- 
tredire lui-même  dans  cette  prétention  ;  car  toutes 
nos  parties  étant  liées  par  ce  gluten  ,  toutes  devroient 
être  fufceptibles  d'irritabilité, comme  le  remarque  M. 
"Whitt;  cependant  dans  le  fyftème  de  M.  de  Haller  , 
la  plupart  font  privées  de  cette  faculté. 

C'eft  en  vain  qu'on  voudroit  argumenter  des  expé- 
riences de  M.  de  Hailer  pour  défendre  fon  fyftème. 
Cet  appareil  impofant  de  faits  ,  quelqu'exafts  ,  quel- 
que vrais  qu'ils  puiflént  être,  ne  fauroit  fubfifter, 
pour  peu  qu'on  faffe  d'attention  à  la  variété  des  dif- 
pofitions  dont  l'ame  fenfitive  eft  ft  fort  fufceptible  , 
&  qui  doit  néceffairement  entraîner  celle  des  pro- 
duits dans  les  mêmes  procédés  &c  les  mêmes  circonf- 
tances  appliquées  aux  individus  d'une  même  efpece. 
Voilà  la  fource  de  cette  contradiûion  qui  fe  trouve 
entre  les  expériences  de  M.  de  Haller ,  &  Iqs  mêmes 
expériences  répétées  par  MM.  Blanchi,  Lorri ,  Le- 
cat ,  Régis ,  Robert  Whitt ,  Tandon  ,  habile  anato- 
mifte  de  Montpellier,  &  quelques  autres.   Auffi  ces 
confidérations  n'ont-elles  point  échappé  à  M.  Whitt; 
il  en  a  tiré  autant  d'argumens  viftorieux  contre  M. 
de  Haller. ^oye^  les  ohfcrvatvonsfiirlaftnjibUitc&  C ir- 
ritabilité, 6cc.  à  Coccajîon  du  mcrnoire  de  M.  de  Haller; 
&  ce  qu'il  y  a  de  plus  heureux  ,  lorfqu'on  a  des  ad- 
veriaires  de  la  plus  grande  réputation  à  combattre  , 
Hippocrate  lui  a  fourni  les  premières  &  les  plus  for- 
Tome  Xr, 


S  E  N 


5î 


tQ%  arnies  dans  cet  aphôrlfme  ;  favoir ,  que  de  deu:îc 
douleurs  dans  diffcrens  endroits  du  corj^s  la  plus  forte 
remj)orte  fur  la  moindre:  duobus  dnloribusjimul  obor- 
tis ,  riorz  in  &od:m  loco  ,  vehementior  obj'airat  aïterum^ 
Aphorif.  lib.  IL-tP .  4&,  Cette  maxime  eft  confirmée 
par  Texpérience  journaliei  :*.  Une  piquure  qui  caufe 
une  douleur  vive  fait  ceffer  le  hoquet ,  &c.  on  ne  doit 
donc  pas  s'étonner  ,  dit  M.  Whitt  3  «  qu'âpres  la  fe- 
»  (flion  des  parties  plus  fe/ijîb/cs ,  les  animaux  qu'ou- 
»  vrolt  M.  de  Haller  ne  donn  <ffent  aucun  û-^^ne  de 
»  douleur  ,  quand  il  bleflbit  des  parties  qui  l'étoient 
»  moins. 

Lorfqu'on  bleffera  le  coeur  à  un  chien  après  avoir 
ouvert  la  poitrine,  l'irritation  de  ce  vifcere  fera  tou- 
jours moindre  ,  par  la  plus  grande  douleur  qu'aura 
d'abord  excitée  cette  ouverture.  D'ailleurs,  ne  feroit- 
il  pas  néceffaire ,  comme  on  la  déjà  dit ,  pour  bien 
conftater  l'irritation  du  cœur ,  d'appliquer  les Jli'nu- 
lus  dans  l'intérieur  même  des  ventricules  ?  Et  en  ce 
cas ,  pourroit-on  compter  fur  le  réfulrat  d'une  expé- 
rience qui  paroit  fufceptible  de  tant  d'inconvéniens? 
La  théorie  des  centres  &  des  trailfporîs  de  l'adivité 
de  YAxnefenflble ,  nous  a  fourni  pluiieurs  autres  exem* 
pies  du  rifque  qu'il  y  a  de  s'en  impoler  à  foi-même 
dans  les  épreuves  fur  les  animaux  ;  tel  eft  celui  du 
malfaiteur  dont  nous  avons  parle  d'après  Vanhel- 
mont;  l'obfervation  d'Hoffman  fur  le  retour  pério- 
dique des  coliques  néphrétique^  ,  &c.  Blanchi  a  re- 
marqué dans  fes  vivi-feclions  l'abfeace  &:  le  retour  de 
la    fenfibihté  ,  dans  l'intervalle    de  quelques   mo- 
mens  ,  fur  une  même  partie ,  &c.  La  crainte  dont 
les  animaux  font  fufceptibles  aufti-bien  que  les  hom- 
mes ,  influe  fmgulieremciit  fur  l'exercice  de  la  fenfi- 
bilité, comme  nous  l'avons  vu.  Mais  juiqu'où  n'iront 
pas  les  "effets  de  cette  pafïion  fous  les  couteaux  d'un 
difleûeur  ?    Koye^  de  contraclilitate  &Jenfibii!t.  thefes 
aliquot.  D.  D.  Francifco  de  Bordeu  ,  MonfpelU  ,   &c. 
On  doit  faire  encore  la  plus  grande  attention  au 
confenfus  de  la  peau  avec  les  parties  internes  ,  &  à 
celui  de  tous  les  organes  entr'eux  ;  par  exemple  ,  fi 
après  avoir  irrité  les  parties  de  la  région  épigaftri- 
que,  vous  portez  lejiimulus  fur  une  extrémité  ,  ou 
fur  une  partie  quelconque  qui  peut  être  du  départe- 
ment de  ce  centre  ,  l-à  fenJcbiUté  que  la  première  ir- 
ritation aura  ,  pour  ainfi  dire ,  toute  tranfportée  dans 
ce  foyer  général,  ne  (auroit  fe  trouver  en  affez  gran- 
de adivité  dans  la  partie  que  vous  irritez  en  fécond 
lieu  ,  pour  répondre  aux  agens  que  vous  y  em- 
ployez. Autre  exemple  du.  confenfus .;  dans  l'ouver- 
ture d'un  chien  vivant ,   après  avoir  fait  plufieursin- 
cifions  au  diaphragme  ,  on  a  vu  le  mefentere  fuivre 
les  mouvemens  des  lambeaux  de  ce  mufcle  ,  &  s'éle- 
ver en  forme  de  gerbe  ,  en  entraînant  le  refte  des  in- 
teftins  qui  n'étoient  pas  fortis  par  l'ouverture,  f^oye^ 
l'idée  de  C  homme  phyfique  &  moral ,  p.  1  oS.   CombicA 
d'obfervateurs  ont  vainement  tenté  d'irriter  le  me- 
fentere faute  de  cette  attention  au  conjenfus  de  la  par- 
tie avec  le  diaphragme  ?  &c.  L'antagonifme  des  pé- 
rioftes  interne  &  externe  entre  eux  6c  avec  la  peau, 
les  prolongemens ,  les  connexions  de  la  dure-mere 
avec  les  tégumens  de  la  tête  &c  de  certains  endroits 
de  la  face  ,  &c.  ne  font- ils  pas  d'une  confulération  cf- 
fentiellc  dans  les  expériences  qui  fe  font  dans  la  vue 
de  reconnoître  hfen/îbilité  de  ces  parties?  Ajoutez  à 
ces  raifons  rimpreffion  de  l'air  externe  fur  une  par- 
tie mifé  entièrement  à  nud  ,  fuivant  la  méthode  que 
prefcrit  M.  de  Haller ,  page  1  oS  de  ion  mémoire , 
l'altération  graduelle  qu'elle  éprouve  dans  la  diilec- 
tion  par  le  progrès  de  la  folution  de  continuité  ,  fl'C. 
la  différence  qu'il  doit  y  avoir  entre  la  fcnfibUité  des 
animaux  &  celle  de  l'homme,  il  fe  trouvera  qu'il  n'y 
a  pas  moyen  de  pofer  aucun  principe  fur  de  pareilles 
expériences. 

L'ulcère  fait  plus  eritore  fur  une  partie  que  les 

G:j 


51  s  E  N 

blcfl\ires  ou  les  dcchiruros  racontes  ;  il  ell  certain 
Que  les  humeurs  vicice.  d'une  vieille  plaie  ou  d  une 
Vieille  tumeur ,  conlidérées  dans  les  diveries  elpeces 
de  dcpravation  qu'elles  peuvent  avoir  ,  altcreroiit 
conhacrablement  l'or^aniiation  d'un  tendon  ou  de 
tel  autre  organe  ,  &c  des  parties  adjacentes  comme  la 
oe-iu     le  pcriorte  ,  &c.  dont  le  bon  état  de  chacun 
contribue  ,  ainli  qu'il  e(l  bi-n  aile  de  le  pcnler,  à 
l'exercice  de  l'ame   lenlitive.  C'elt  comme  un  poi- 
Ibn  qui  détruit  Iburdement  le  tillu  organique  qui 
conlUtuoit  dans  ces  parties  leur  aptitude  à  h  pijiùi- 
l'ii  ■  cette  aheratlon  peut  encore  moins  le  révoquer 
en  doute  lorlqu'.l  y  a  eu  précédemment  deseicharres. 
Il  n'eft  donc  pas  étonnant  que  le  tendon  ne  le  loit  pas 
trouvé  lenlible  dans  quelques  obkrvations  qu'on  a 
communiquées  A  M.  de  Haller  ,  ou  dans  celles  qu'il 
peut  avoir  lait  lui-même  ;  6c  que  MM.  Zimm  6c  Me- 
kel  aient  trouvé  la  dure-mcre  inleniiblc  dans  un  hom- 
me à  qui  la  carie  avoit  ouvert  le  crâne. 

Nous  ne  l'aurions  luivre  plus  loin  M.  de  Haller 
dans  le  détail  de  fon  fyftème  ;  M.  Whitt  l'a  fait  pour 
nous  dans  l'ouvraçre  dont  nous  avons  parlé  ,  &  dont 
nous  ne  pouvons  ici  que  recommander  la  ledure.  £n 
attendant ,  ce  petit  nombre  de  réflexions  pourra  faire 
connoitre  combien  les  expériences  les  mieux  laites 
font  inluffifantes  pour  avancer  dans  la  connoulance 
d'une  matière,  dont  les  objets  délicats  fe  dénaturent 
ou  difparoiilent  fous  la  m.ain  qui  cherche  à  les  travail- 
ler ;  c'etr-là  un  caradere  de  réprobation  attache  a 
toutes  les  tentatives  humaines  de  ce  genre  ;  parvenu 
-après  de  grands  efforts  aux  objets  qui  paroiilent  tou- 
cher le  plus  immédiatement  la  nature  ,  l'oblervateur 
le  plus  heureux  fe  trouve  n'avoir  que  quelques  pou- 
ces de  terrein  au-deffus  des  autres  ,  avantage  qui  ne 
peut  lui  fervir  qu'à  découvrir  une  plus  grande  dil- 
tance  du  point  où  il  ell  à  celui  où  il  fe  flatoit  d'être, 
&  qu'il  doit  défefpérer  de  pouvoir  jamais  atteindre. 
«  Combien  de  chofes  ,  diioit  Séneque  ,  fe  meuvent 
»  dans  les  ombres  d'un  fecret  impénétrable  ,  &  dont 
»  la  connoiffance  nous  fera  éternellement  dérobée  ? 
L.  ann(zi  Scneœ  ,  natur.  quitjî.  lïb.  Vil.  Il  faut  donc 
nous  contenter  de  quelques  rormes  fugitives  que  la 
nature  ,  comme  un  Prothée  qu'on  ne  lauroit  forcer  , 
veut  bien  de  tems  en  tems  le  lailTer  furprendre  ;  & 
celui-là  aura  vraiment  attrapé  le  but  qui  réulTiraà  le 
mieux  faifir.  Article  de  M.  FoUQUET  ,  docieur  en  mé- 
decine de  la  faculté  de  Monipdinr. 

SENSIBILITÉ  ,  (  Morale.  )  difpofuion  tendre  & 
délicate  de  l'ame,  qui  la  rend  facile  à  être  émue  ,  à 
être  touchée. 

La fenjlê'ilité d'ame ,  dit  très-bien  l'auteur  des  mœurs^ 
donne  une  forte  de  fagacité  fur  les  chofes  honnêtes  , 
&:  va  phis  loin  que  la  pénétration  de  l'efprlt  feul.  Les 
âmes  lenfibles  peuvent  par  vivacité  tomber  dans  des 
fautes  que  les  hommes  à  procédés  ne  coir.mettroient 
pas  ;  mais  elles  l'emportent  de  beaucoup  par  la  quan- 
tité des  biens  qu'elles  produifent.  Les  âmes  fenfibles 
ont  plus  d'exiftence  que  les  autres  :  les  biens  6c  les 
maux  fe  multiplient  à  leur  égard.  La  réflexion  peut 
faire  l'homme  de  probité  ;  mais  la  fenJibUué  fait 
l'homme  vertueux.  La  fcnfbllué  efl  la  mère  de  l'hu- 
manité ,  de  la  générofité  ;  elle  fert  le  mérite  ,  fecourt 
l'elprit ,  6l  entraîne  la  perfuafion  à  fa  fuite.  (£>.  J.^ 
SENSIBLE  ,  adj.  Foyei  les  amc/«  SENS  ,  SENSA- 
TION ,  &  Sensibilité. 

Sensible  ,  en  Mufique ,  voye{^  Accord  ,  Note 

SENSIBLE,  (i") 

Sensible  a  l'éperon,  (Maréchall.)  fe  dit  d'un 
cheval  qui  y  obéit  pour  peu  qu'il  le  lente. 

Sensible,  l'artre ,  (  Hi/l.  nue.  Botan.)  arbre  des 
Indes  orientales,  dont  le  nom  vient  de  ce  que  fon 
fruit  commence  à  fauter  pour  peu  qu'on  y  touche.  11 
eil.furprenant  que  Gautier  Schouten  foit  le  feul  voya- 
geur qui  ait  parlé  d'un  phénomène  fi  lingulicr ,  ce 
cjui  tenteroit  de  croire  que  cet  arbre  eft  fabuleux. 


S  E 

SENSILES ,  f.  f.  pi.  {Marine.)  nom  que  l'on  donne 
en  France  aux  galères  ordinaires  ,  à  la  différence  des 
plus  grolfes  ap^dlces  gaUres extraordinaires.  {D.J.) 

SÉNSiTlVE  ,  {Botan.)  plante  fort  connue  par  la 
propriété  qu'elle  a  de  donner  des  lignes  de  fenfibilité, 
&  pour  ainli  dire  de  vie  quand  on  la  touche.   On 
rapporte  qu'un  philofophe  de  Malabar  eft  devenu  fou 
à  examiner  les  lingularités  de  cette  plante  ,  &  à  en 
rechercher  la  caulc.  Je  ne  fâche  pas  que  cet  accident 
foit  arrivé  à  aucun  de  nos  phyliciens  de  l'Europe  ;  ils 
font  fi  accoutumés  à  ces  lortcs  de  phénomènes  ,  dif- 
ficiles à  expliquer  ,  qu'après  tout  celui-ci  ne  fera  ja- 
mais pour  eux  qu'un  feuillet  de  plus  à  ajouter  à  un 
grand  livre.  Tandis  que  nos  dames  ont  la  curiofité 
d'aller  voir  cette  merveille  végétale  dans  les  jardins 
où  elle  fe  trouve  ,  les  botanifces  qui  la  cultivent  la 
caraftérilent  de  la  manière  luivante. 

Ses  caractères.  Ses  fleurs  ,  ramaflees  en  têtes  ,  font 
monopétales ,  faites  en  forme  d'entonnoir  ,  ordinai- 
rement munies  d'un  grand  nombre  d'étamincs  dans  le 
centre.  Sa  filique  efl  ou  limple ,  à  deux  panneaux ,  & 
remplie  de  femences  oblongues  ;  ou  compofée  de 
plulieurs  parties  unies  par  des  nœuds  tranfverfes  , 
dont  chacun  contient  une  femence  arrondie.  Ses 
feuilles  ont  im  mouvement  de  fyftole  &  de  diaflole. 
Elle  s'appelle  en  latin  mimofa ,  frutex  j':nftb}r'>  herba 
viva.  On  en  compte  cinq  efpeces ,  qu'on  cultive  com- 
munément. Les  anciens  les  nommoient/'/a/z/^  afchy- 
nomena.  Décrivons  ici  l'efpece  ordinaire. 

Defcription  de  la  fenfitive  ordinaire.  Elle  pouffe  pîii- 
fieurs  tiges  ou  rameaux ,  la  plupart  rampans  &  incli- 
nés vers  terre ,  chargés  de  feuilles  longuettes ,  polies, 
étroites  à-peu-près  comme  celles  des  lentilles ,  ran- 
gées de  côté  &  d'autre  en  ordre  ou  par  paires  fur  une 
côte  ,  fe  rapprochant  l'une  de  l'autre  quand  on  les 
touche  ,  comme  fi  elles  avoient  de  la  fenfatlon.  Il 
fort  des  ailTeles  des  feuilles ,  des  pédicules  qui  foii- 
tiennent  chacun  un  bouquet  de  fleurs  fait  en  forme 
d'entonnoir ,  incarnates ,  agréables  à  la  vue ,  pouffant 
de  leurs  fonds  une  touffe  d'étamines  ,  &  une  filique 
à  deux  panneaux ,  qui  renferme  ordinairement  des 
femences  oblongues  &  plates.  Sa  racine  efl  petite. 

Cette  fjjante  merveilleufe  méritoit  un  traité  à  part 
par  la  fingularité  de  fes  phénomènes.  Hook  en  An- 
gleterre les  a  le  premier  examinés  avec  beaucoup 
d'attention  ;  mais  fon  examen  au  lieu  d'empêcher 
MM.  du  Fay  &  du  Hamel  d'en  faire  en  France  une 
étude  particulière  ,  les  y  a  invités.  Foyei  les  mém.  de 
Vacad.  des  Scicnc.  ann,  ly^  G. 

Plufieurs  plantes  ;  telles  que  les  acacias ,  les  cafTes, 
les  caffies  ,  ont  la  même  difpofition  de  feuilles  par* 
paires  fur  une  côte  ,  comme  à  la  fenjltive  ;  elles  fer- 
ment auffi  leurs  feuilles  le  foir  ,  &  les  r'ouvrent  le 
matin  ,  comme  Xà  fenjltive  fait  les  liennes.  Ce  n'eft  pas 
ce  mouvement  périodique  qui  fait  le  merveilleux  de 
\?L  fenjltive  ,  il  lui  eft  commun  avec  d'autres  plantes  ; 
c'eft  ce  même  mouvement  entant  qu'il  n'eft  point 
périodique  &  naturel ,  mais  accidentel  en  quelque 
forte  ,  parce  qu'on  n'a  qu'à  toucher  la  fenfuive  pour 
lui  faire  fermer  fes  feuilles  ,  qu'elle  r'ouvre  enfuite 
naturellement.  C'eft-là  ce  qui  lui  eft  particuUer  ,  & 
qui  lui  a  fait  donner  le  nom  de  mimofa  ,  imitatrice  , 
d'un  animal  qu'on  auroit  incommodé  ou  effrayé  en  le 
touchant.  Mais  ce  mouvement  eft  beaucoup  plus 
confidérable  que  nous  ne  difons  encore  ;  &  il  a  un 
grand  nombre  de  circonftances  dignes  d'attention* 
Voici  donc  les  principaux  faits  qui  attachent  nos  re- 
gards fur  cette  plante. 

Obfervations  décaillées  qui  la  concernent,  i.  Il  eft 
difficile  de  toucher  une  feuille  d'une  fenfitive  vigou- 
reufe  &  bien  faine,  fi  légèrement  &  fi  délicatement, 
qu'elle  ne  le  fente  pas  &:  ne  fe  ferme  :  la  plus  grofle 
nervure  étant  prife  pour  fon  milieu  ,  c'eft  fur  ce  mi- 
lieu ,  comme  fur  une  charnière ,  que  les  deux  moitiés 


s  E  N 

fe  meuvent  en  s'approcha  nt  l'une  de  l'autre,  jurqu'à  ce 
qu'elles  le  l'oient  ap  pliquées  l'une  contre  l'autre  exac- 
tement. Si  l'attouch  tnient  a  été  un  peu  fort,  la  feuille 
Oppofée  6c  de  la  me  me  paire  ,  en  fait  autant  par  une 
eipece  de  fympathie. 

z.  Quand  une  feuille  fc  ferme  ,  non- feulement  fes 
deux  moitiés  vont  l'une  vers  l'autre,  mais  en  même 
tems  le  pédicule  de  la  feuille  va  vers  la  côte  feuillée 
d'où  il  fort,  fait  avec  elle  un  moindre  angle  qu'il  ne 
ïaifoit  auparavant,  6z  s'en  rapproche  plus  ou  moins. Le 
mouvement  total  de  la  feuille  eit  donc  compofé  de 
celui-là  &  du  fien  propre. 

3.  Si  l'attouchement  a  été  plus  fort,  toutes  les 
feuilles  de  la  même  côte  s'en  relîentent  &  fe  ferment. 
A  un  plus  grand  degré  de  force,  la  côte  elle-même 
s'en  relient ,  &  fe  ferme  à  fa  manière  ,  c'eft-à-dire  fe 
rapproche  du  rameau  d'où  elle  ibrt.  Et  enfin  la  force 
de  l'attouchement  peut  être  telle ,  qu'aux  mouve- 
mens  précédens  s'ajoutera  encore  celui  par  lequel  les 
rameaux  fe  rapprochent  de  la  groffe  branche  d'où  ils 
fortent ,  &  toute  la  plante  paroitra  fe  vouloir  réduire 
en  un  faifceau  long  &  étroit ,  &  s'y  réduira  jufqu'à 
un  certain  point. 

4.  Le  mouvement  qui  fait  le  plus  grand  effet ,  eft 
une  efpece  de  fecouffe. 

5.  Trois  des  mouvemens  de  la  plante  fe  font  fur 
autant  d'articulations  fenfibles  ;  le  premier  fur  l'arti- 
culation du  pédicule  de  la  feuille  avec  la  côte  feuil- 
lée ;  le  fécond  fur  l'articulation  de  cette  côte  avec 
ion  rameau  ;  le  troifieme  fur  celle  du  rameau  avec 
fa  groffe  branche  ;  un  quatrième  mouvement,  le  pre- 
mier de  rous  ,  celui  par  lequel  la  feuille  fe  plie  &  fe 
ferme  ,  doit  fe  faire  auffi  fur  une  efpece  d'articulation 
qui  fera  au  milieu  de  la  feuille,  mais  fans  être  auffi 
fenfible  que  les  autres. 

6.  Ces  mouvemens  font  indépendans  les  uns  des 
autres ,  &  fi  indépendans  ,  que  quoiqu'il  femble  que 
quand  un  rameau  fe  pUe  ou  fe  ferm.e ,  à  plus  forte 
raifon  fes  feuilles  fe  plieront  &  fe  fermeront.  Il  eft 
cependant  poffible  de  toucher  le  rameau  fi  délicate- 
ment ,  que  lui  feul  recevra  une  impreffion  de  mouve- 
ment ;  mais  il  faut  de  plus  que  le  rameau  en  fe  pliant 
n'aille  pas  porter  fes  feuilles  contre  quelqu'autre  par- 
tie de  la  plante  ,  car  dès  qu'elles  en  feroient  touchées 
elles  s'en  reffentiroient. 

7.  Des  feuilles  entièrement  fanées  &  jaunes  ,  ou 
plutôt  blanches  &  prêtes  à  mourir ,  confervent  en- 
core leur  fenfibiliîé  ,  ce  qui  confirme  qu'elle  réfide 
principalement  dans  les  articulations. 

8.  Le  vent  &c  la  pluie  font  fermer  la.  fenjiiive  ,  par 
l'agitation  qu'ils  lui  ca:ufent  ;  une  pluie  douce  &  fine 
n'y  fait  rien. 

9.  Les  parties  de  la  plante  qui  ont  reçu  du  mouve- 
ment, &c  qui  fe  font  fermées  chacune  à  fa  manière  ,  fe 
r'ouvrent  enluite  d'elles-mêmes  ,  &  fe  rétablilTent 
dans  leur  premier  état.  Le  tems  néceffaire  pour  ce  réta- 
blilTement  eft  inégal ,  fulvant  différentes  circonftan- 
ces  ,  la  vigueur  de  la  plante  ,  la  faifon  ,  l'heure  du 
jour  :  quelquefois  11  faut  30  minutes  ,  quelquefois 
moins  de  10.  L'ordre  dans  lequel  le  fait  le  rétabliffe- 
ment ,  varie  auffi  ;  quelquefois  il  commence  par  les 
feuilles  ou  les  côtes  feuillées  ,  quelquefois  par  les  ra- 
meaux ,  bien  entendu  qu'alors  toute  la  plante  a  été  en 
mouvement. 

10.  Si  l'on  Veut  fe  faire  une  idée  ,  quoique  fort 
vague  &  fort  fuperficielle,  de  la  caufe  des  mouvemens 
que  nous  avons  décrits,il  paroîtra  qu'ils  s'exécutent  fur 
desefpecesde  charnières  très-déliées,  qui  communi- 
quent enfemble  par  des  petites  cordes  extrêmement  fi- 
nes, qui  les  tirent  ôc  les  font  jouer  dès  qu'elles  Ibnt  fuffi- 
femment  ébranlées  ;  6c  ce  qui  le  confirme  affez ,  c'eft 
que  des  feuilles  fanées  &  prêtes  à  mourir  ,  font  en- 
core fenfibles  ;  elles  n'ont  plus  de  fuc  nourricier ,  plus 
de  parenchime ,  plus  de  chair ,  mais  elles  ont  confér- 
ée leur  charpente  folide,  c^  petit  appareil,  &  cçtte 


S  E  N 


î^ 


difpofition  particulière  des  cordagesqul  fait  tout  le  j«ù. 

1 1.  Ces  mouvemens  que  nous  avons  appelles  acci- 
dentels ,  parce  qu'ils  peuvent  être  imprimés  à  la  plante 
par  une  caufe  étrangère  vifible,  nelaiffent  pas  d'être 
naturels  auffi,  comme  nous  l'avons  dit  d'abord  ;  ils  ac- 
compagnent celui  par  lequel  elle  fe  ferme  naturelle- 
ment le  foir,  &  fe  r'ouvre  le  matin, mais  ils  font  ordi- 
nairement plus  foibles  que  quand  ils  font  accidentels. 
La  caufe  étrangère  peut  être  dès  qu'elle  le  veut,  &  eff 
prefque  toujours  plus  forte  que  la  caufe  naturelle. 

Nous  allons  rapporter  maintenant  les  principales 
circonffances  du  mouvement  total  naturel  de  hft:nji- 
tive. 

1 2.  Il  a  été  dit  dans  Yhijloire  dz  tacadèmh  dzs  Scien- 
ces ,  année  1  y  j  c)  ^  que  dans  un  lieu  obfcur  6l  d'une 
température  allez  uniforme  ,  \?ijenjîtive  ne  laiffe  pas 
d'avoir  le  mouvement  périodique  de  fe  fermer  le  foir, 
&  de  fe  r'ouvrir  le  matin.  Cela  n'eff  pas  conforme 
aux  obfervations  de  MM.  du  Fay  &  du  Hamel,  Un 
pot  àcfenfuïve  étant  porté  au  mois  d'Août  dans  une 
cave  plus  obfcure ,  &  d'une  température  plus  égale 
que  le  lieu  des  obfervations  de  1739  ,  ^^  plante  fe 
ferma  à  la  vérité ,  m.ais  ce  fut ,  félon  toutes  apparen- 
ces ,  par  le  mouvement  du  tranfport ,  elle  fe  r'ouvric 
le  lendemain  au  bout  de  14  heures  à-peu-près  ,  & 
demeura  près  de  trois  jours  continuellement  ouverte 
quoiqu'un  peu  moins  que  dans  fon  état  naturel.  Elle 
fut  rapportée  à  l'air  libre  ,  où  elle  fe  tint  encore  ou- 
verte pendant  la  première  nuit  qu'elle  y  paffa ,  après 
quoi  elle  fe  remit  dans  fa  règle  ordinaire ,  fans  avoir 
été  aucunem.ent  affoiblie  par  le  tems  de  ce  déréole- 
ment  forcé  ,  fans  avoir  été  pendant  tout  ce  tems-là 
que  très-peu  moins  fenfible. 

13.  De  cette  expérience ,  qui  n'a  pas  été  la  feule 
il  fuit  que  ce  n'eft  pas  la  clarté  du  jour  qui  ouvre  la 
fenjitive  ,  ni  l'obfcurité  de  la  nuit  qui  la  ferme  :  ce  ne 
font  pas  non  plus  le  chaud  &  le  froid  alternatifs  du 
jour  &  de  la  nuit  ;  elle  fe  ferme  pendant  des  nuits  plus 
chaudes  que  les  jours  où  elle  avoit  été  ouverte.  Dans 
un  lieu  qu'on  aura  fort  échauffé  ,  &  où  le  thermomè- 
tre apporté  de  dehors  hauffe  très-promptem^it  & 
d'un  grand  nombre  de  degrés  ,  elle  ne  s'en  ferme  pas 
plus  tard  qu'elle  n'eût  fait  à  l'air  libre  ,  peut-être  mê- 
me plutôt  :  d'où  l'on  pourroit  foupçonner  que  c'efl 
le  grand  &  foudain  changement  de  température  d'air 
qui  agit  fur  elle  ;  &  ce  qui  aideroit  à  le  croire  ,  c'ell 
que  fi  on  levé  une  cloche  de  verre ,  où  elle  étoit  bien 
expofée  au  foleil  &  bien  échauffée  ,  elle  fe  ferme 
prefque  dans  le  moment  à  un  air  moins  chaud. 

14.  Cependant  il  faut  que  le  chaud  &  le  froid  con- 
tribuent de  quelque  chofc  par  eux  -  mêmes  à  fon 
mouvement  alternatif;  elle  eli  certainement  moirli 
fenfible  ,  plus  pareffeufe  en  hiver  qu'en  été  ;  elle  fe 
reflént  de  l'hiver  même  dans  de  bonnes  ferres  ,  où 
elle  fait  fes  fondions  avec  moins  de  vivacité. 

I  5.  Le  grand  chaud,  celui  de  midi  des  jours  bien 
ardens,  lui  fait  prefque  le  même  effet  que  le  froid  ; 
elle  fe  ferme  ordinairement  un  peu.  Le  bon  tems  pour 
l'obferver  eft  fur  les  neuf  heures  du  matin  d'un  jour 
bien  chaud,  &  le  foleil  étant  un  peu  couvert. 

16.  Un  rameau  coupé  &  détaché  de  la  plante, 
continue  encore  à  fe  fermer,  foit  quand  on  le  tou- 
che ,  foit  à  l'approche  de  la  nuit  ;  il  fe  r'ouvre  enfui- 
te.  Il  a  quelque  analogie  avec  ces  parties  d'animaux 
retranchées  qui  fe  meuvent  encore.  Il  confervera 
plus  long-tems  fa  vie ,  s'il  trempe  dans  l'eau  par  un 
bout. 

17.  La  nuit  lorfque  \^  fenjinve  efl  fermée,  &  qu'il 
n'y  a  que  fes  feuilles  qui  le  foient,  fi  on  les  touche, 
les  côtes  feuillées  &  les  rameaux  fe  ferment ,  fe  plient 
comme  ils  euflént  fait  pendant  le  jour,  &  quelquefois 
avec  plus  de  force. 

1 8.  Il  n'importe  avec  quel  corps  on  tcAiche  la  plan- 
te, il  y  a  dans  les  articulations  des  feuilles  un  petit 
endroit ,  reconnoiffable  à  fa  couleur  blanchàtrd,  q\i 


H 


S  E  N 


il  paroit  que  icfidc  fa  plus  grande  Icnfibilitc. 

1 9.  La  l'cnfltlve  pUMigcf  dans  l'eau  ,  terme  Tes  feuil- 
les &  par  rattoucheniem,  &  par  le  froid  de  l'eau.  En- 
fuitc  elle  les  rouvre,  &  fi  en  cet  état  on  les  touche  , 
elles  fo  referment,  comme  elles  eufTeiU  fait  ;\  l'air; 
mais  non  pas  avec  tant  de  vivacité.  11  en  va  de  même 
des  ramcauv.  Du  jour  au  lendemain  la  plante  fe  ré- 
tablit dans  le  même  état  que  fi  elle  n'avoit  pas  été 
tirée  de  fon  élément  naturel. 

20.  Si  on  brûle  ou  avec  une  bougie ,  ou  avec  un 
miroir  ardent ,  ou  avec  une  pince  chaude ,  re,\tré- 
mité  d'une  feuille,  elle  fe  ferme  aulfitôt,  &  dans  le 
même  moment  fon  oppofée  ;  après  quoi  toute  la  cô- 
te téuillée ,  &  les  autres  côtes  ,  même  le  rameau,  & 
même  les  autres  rameaux  de  la  branche  en  font  au- 
tant ,  fi  l'tmprelïïon  de  la  l)rCdure  a  été  aflez  forte ,  & 
félon  qu'elle  l'a  été  plus  ou  moins  :  cela  marque  une 
communication ,  une  correipondance  bien  fine  & 
bien  étroite  entre  les  parties  de  la  plante.  On  pour- 
roit  croire  que  la  chaleur  les  a  toutes  trappées;  mais 
on  peut  faire  enibrte  qu'elle  ne  frappe  que  l'extrémi- 
té de  la  feuille  brûlée  :  on  fera  pail'er  l'adHon  du  feu 
par  un  petit  trou  étroit  d'ime  plaque  fol'de,  qui  en 
garantira  tout  le  relie  de  la  plante,  &:  l'effet  fera  pref- 
que  entièrement  le  même. 

21.  Une  goutte  d'eau-forte  étant  mife  fur  une 
feuille,  allez  adroiteivient  pour  ne  la  pas  ébranler ,  la 
j'cnfuivi  ne  s'en  apperij-oit  point ,  jufqu'à  ce  qiie  l'eau- 

tbrte  ait  commencé  à  ronger  la  feuille  ;  alors  toutes 
celles  du  rjmeau  fe  ferment.  La  vapeur  du  foufre 
brillant  fait  dans  le  moment  cet  elfet  fur  un  grand 
nombre  de  feuilles ,  félon  qu'elles  y  font  plus  ou 
moins  expofées.  La  plante  ne  paroît  pas  avoir  fouf- 
Icrt  de  cette  expérience.  Une  bouteille  d'cfprit  de 
vitriol  très-fulphureux  &  très-volatil,  placée  fous 
une  branche  ,  n'a  caufé  aucnn  mouvement.  11  n'y  en 
a  eu  non  plus  aucune  altération  à  la  plante,  quand 
les  feuilles  ont  été  frottées  d'ej'prit  de  vin;  ni  même 
quand  elles  l'ont  été  d'huile  d'amande  douce  ,  quoi- 
que cette  huile  agifle  fi  fortement  fur  plufieurs  plan- 
tes, qu'elle  les  fait  périr. 

22.  Un  rameau  dont  on  avoit  coupé  ,  mais  avec 
la  dextérité  requlfe ,  les  trois  quarts  du  diamètre ,  ne 
laifTa  pas  de  faire  fur  le  champ  l'on  jeu  ordinaire;  il  fe 
plia ,  les  feuilles  fe  fermèrent  &:  puis  fe  rouvrirent , 
&  il  conferva  dans  la  fuite  toute  fa  fenfibillté.  Il  efl 
pourtant  difficile  de  concevoir  qu'une  fi  grande  blcf- 
furc  ne  lui  ait  point  fait  de  mal. 

23.  Lorfqu'on  coupe  une  groffe  branche  de  fenji- 
tivz  ,  avec  un  canif  tranchant  &  bien  poli ,  la  lame 
refte  teinte  d'une  tache  rouge  qui  s'en  va  facilement 
à  l'eau,  &:  qui  efl  acre  fur  la  langue.  Cette  liqueur 
blanchit  en  féchant ,  &  s'épaiflit  en  forme  de  muci- 
lage. M.  Hook  rapporte  que  fi  l'on  arrache  une  bran- 
che de/- /2/i"r/ve  lorf  que  les  feuilles  font  fermées,  il 
ne  lort  point  de  liqueur  par  la  partie  arrachée  ;  mais 
que  fi  on  l'arrache  adroitement  fans  faire  fermer  les 
feuilles ,  il  en  fort  une  goutte.  MM.  du  Fay  &:  du  Ha- 
mel  ont  fait  cette  ex[)ericnce  avec  foin  ;  mais  il  leur 
a  paru  que  la  goutte  de  liqueur  fôrtoit  toujours, foit 
que  les  feuilles  fufTcnt  ouvertes  ou  fermées  lorfque 
Ion  coupe  ou  que  l'on  arrache  la  branche;  cepen- 
dant ce  qui  efl:  arrivé  dans  le  cas  rapporté  par  M. 
Hook,  dépend  peut-être  de  quelque  autre  circonflan- 
ce,  comme  de  la  grolTeur  de  la  branche,  ou  du  plus 
ou  moins  de  vigueur  de  la  plante  ;  d'ailleurs  cette  ex- 
périence n'efl  pas  facile  à  exécuter ,  parce  qu'il  faut 
uler  de  beaucoup  de  précautions,  pour  couper  ou 
arracher  une  branche  fans  faire  fermer  les  tl-uilles. 

24.  La  vapeur  de  l'eau  bouillante  dirigée  fous  les 
bouts  des  feuilles  ,  fait  le  même  effet  que  fi  on  les 
brûloit ,  ou  fi  on  les  coupoit  ;  mais  fon  effet  s'étend 
lur  toutes  les  feuilles  voifines,  &  elles  font  ensour- 
Oies  pendant  plufieurs  heures  ,  &  même  ne  fe  rou- 
vrent pas  entièrement  du  relie  de  la  journée. 


S  E  N 

25.  La  tranfpiration  de  la  plante  empêchée  ou  dl-' 
minuée  par  une  cloche  de  verre,  dont  elle  fera  cou- 
verte ,  ne  nuit  point  à  fon  mouvement  périodique. 

26.  11  eft  troublé,  déréglé  par  le  vuide  de  la  ma- 
chine pneumatique,  mais  non  pas  anéanti;  a  plante 
tombe  en  langueur,  comme  toute  autre  y  îomberoit. 

Explications  itnaginces  de  Jes  phénomènes.  Tels  font 
les  faits  réfûltans  des  obfervations  faites  en  France 
fur  la  finjiavc  :  on  a  tenté  de  les  expliquer  fans  les 
connoître ,  &  cela  n'efl  ni  rare  ni  nouveau. 

M.  Parent  dit  que  ce  font  des  mouvemens  convul- 
fifs;  il  imagine  qu'il  y  a  dans  cette  plante  un  fluide 
très-fubtll  comme  des  efprits  ,  que  l'impreiîion  reçue 
de  dehors  agite  plus  qu'à  l'ordinaire,  &  détermine  à 
couler  plus  abondamment  dans  certains  canaux.  Mais 
cette  idée  n'approfondit  rien,  &  n'efl  qu'un  jeu 
d'efprit. 

Miller  a  recours  à  la  flruclure  des  fibres ,  des  nerfs, 
des  valvules  &c  «les  pores  de  la  plante.  Son  explica- 
tion plaît,  parce  qu'elle  paroît  méchamque;  cepen- 
dant dans  rexpolltion ,  elle  efl  fi  confufe  &.  û  chargée 
d'autres  fuppofitions  ,  que  je  n'ai  pas  le  courage  de 
les  dérailler.  D'ailleurs  il  efl  certain  que  toutes  les 
explications  ne  peuvent  être  qu'imparfaites  &  fauf- 
fcs ,  fi  elles  ne  font  auparavant  appuyées  fur  la  con- 
noiflance  des  faits  &  des  expériences  multipliées. 
MM.  Hook,  du  Fay  &  du  Hamel,  ont  montré  l'e- 
xemple; ils  fe  font  attachés  à  l'obfervation  des  phéno- 
mènes de  lafenjîcive;  mais  il  y  en  a  peut-être  d'autres 
aufli  importantes  qui  leur  ont  échappé  ,  &:  qui  nous 
font  encore  inconnus.  Enfin  quand  on  les  connoîtra 
tous ,  les  expiiquera-t-on  ? 

De  lu  culture  de  cette  plante.  En  attendant  l'évé- 
nement, cette  plante  par  fa  fmgularité  mérite  ,  plus 
qu'aucune  autre,  d'être  cultivée  dans  les  jardins  des 
curieux  ;  &  voici  la  méthode  de  s'y  prendre ,  avec  des 
remarques  particulières  fiir  la  plupart  de  fes  efpeces. 

Les  fenjîtives  fe  multiplient  toutes  de  graines,  qui 
doivent  être  femées  fur  couche  de  bonne  heure  au 
printems  ;  &  quand  elles  ont  pouffé,  être  tranfpjan- 
tées  dans  de  petits  pots  remplis  de  bonne  terre  légè- 
re. On  plongera  ces  pots  dans  un  lit  chaud  préparé, 
&  l'on  aura  foin  d'arrofer  &:  d'abricr  les  plantes ,  juf- 
qu'à ce  qu'elles  aient  pris  racine.  Alors  on  les  arro- 
fera  plus  ibuveut ,  &  l'on  leur  donnera  de  l'air  à  pro- 
portion de  la  chaleur  de  la  faifon.  On  obfervera  tou- 
jours de  leur  conferver  une  bonne  chaleur,  &  de 
couvrir  les  verres  tous  les  foirs  avec  des  nattes  ,  ce 
qui  contribuera  fort  à  l'accroiffemcnt  de  ces  plantes. 

De  cette  manière  dans  l'efpace  d'un  mois ,  leurs 
racines  rempliront  les  pots  ;  c'efl  pourquoi  il  faudra 
les  tranfplanter  dans  de  plus  grands ,  en  faifànt  fortir 
les  plantes  par  fecouffes  des  petits  pots  oii  elles 
ètoient,  avec  la  terre  qui  fe  trouvera  attachée  à  leurs 
racines.  On  continuera  de  les  tenir  dans  un  lit  chaud, 
de  les  arrolér ,  &  de  leur  donner  de  l'air  à  propor- 
tion que  la  faifon  deviendra  plus  chaude  ;  mais  il  ne 
faut  pas  les  expofer  trop  long-tems  à  l'air ,  parce  qu'il 
détruiroit  leur  qualité  fenfitive. 

La  première  des  efpeces  dont  nous  avons  parlé, 
étant  ainfifoignéc,  croîtra  dans  le  terme  d'une  faifon, 
à  8  ou  9  pies  de  haut,  &  produira  abondance  de 
fleurs  ;  mais  fa  graine  vient  rarement  en  maturité  , 
excepté  que  l'automne  ne  foit  chaude  ;  6c  comme 
cette  efpece  efl  plus  délicate  que  lesaiures,  on  a  de 
la  peine  à  la  conferver  pendant  l'hiver. 

La  féconde  efpece  ,  mimofa  humilis ,  fpinofa  ,  fra- 
tefccns .,  efl  beaucoup  plus  petite,  s'élevant  rarement 
au-deffus  de  deux  pies  de  haut;  mais  elle  efl  épineu- 
fe,  &  pouffe  plufieurs  rameaux  Elle  fid^fifle  2  ou  5- 
ans  ,  fi  on  la  tient  dans  une  bonne  ferre  ,  &  produit 
coutumierement  des  graines  chaque  année  :  c'efl  la 
plus  commune  dans  les  jardins  de  France  &  d'Angle- 
terre ,  la  plus  facile  à  conferver,  &  la  plus  abondante 
en  graines. 


s  E 


S  Ë  N 


îî 


Là  troîiîcmè  efpece ,  mimofu  fp'ims  horridinfculai, 
n  des  feuilles  larges  &.eft  armée  d'épines  pointues; 
elle  s'élève  à  la  hauteur  de  5  ou  6  pies ,  pouiTe  des 
tiges  trcs-délices.  Elle  graine  rarement  dans  nos  pays. 
La  quatrième  eipece ,  mimojli  lucifoliu ,  paroît  C(  l'e 
dfe  toutes  la  plus  ienfible.  Elle  reflemble  à  la  troilie- 
me,  excepte  qu^'elle  eu  plus  droite,  qu'elle  a  moins 
d'épines  &:  qu'elle  produit  des  fleurs  d'une  couleur 
différehte.  On  apporte  louvent  de  fa  graine  en  An- 
gleterre de  l'île  àas  Barbades ,  d'où  l'on  juge  que  c'eft 
l'efpece  la  plus  commune  de  tout  ce  pays-là. 

La  cinquième  eipece,  mimofafpuria  ^  italica  dicta  ; 
n'efl:  cultivée  dans  les  jardins  que  pour  l'amour  de  la 
variété ,  car  elle  eft  moins  eiiimée  que  les  autres , 
parce  qu'elle  n'a  aucun  mouvement  de  contraftion 
quand  on  la  touche. 

On  croyoit  autrefois  que  ces  plantes  étoient  an- 
nuelles ,  parce  qu'elles  périffoient  à  l'approche  de 
l'hiver  ;  mais  depuis  l'invention  des  lits  de  tan  & 
(les  ferres  ,  la  plupart  de  ces  eijoeces  fe  confervent 
fort  bien  deux  ou  trois  ans ,  &  produifent  des  femen- 
ces. 

La  ferre  dans  laquelle  on  mettra  ces  plantes  en  hi- 
ver ,  doit  être  graduée  à  la  chaleur  des  ananas  ;  on  les 
arrofera  fréquemment,  mais  en  petite  quantité  d'une 
eau  un  peu  tiède.  On  aura  encore  foin  d'émonder  tou- 
tes les  feuilles  flétries  ,  qui  ne  feroient  que  fervir  de 
nid  aux  infeftes,  &  porter  préjudice. 

Si  l'on  manque  de  ferres  pour  conferver  ces  plan- 
tes pendant  l'hiver,  il  faut  en  élever  chaque  année 
de  graine,  «Se  les  tenir  dans  un  lit  chaud,  où  elles  fub- 
fifteront  jufqu'au  froid  de  l'automne  ;  ainfi  que  divers 
particuliers  le  pratiquent. 

Des  fenlitives  étranoeres.  Ce  font  là  les  fenjîtives 
les  plus  communes  qu'on  cultive  en  Europe,  il  y  en 
a  beaucoup  d'autres  efpeccs  dans  les  Indes  orientales 
&  en  Amérique ,  que  nous  ne  connoiiTons  point.  Les 
voyageurs  difjnt  qu'à  Toqué  près  de  Panama ,  on  en 
trouve  des  champs  couverts. 

Chrifl;oph!e  de  la  Cofte  (^Chnjiophorus  à  Cofla) , 
décrit  dans  ion  Traité  des  drogues  d' Amérique ,  une  ef- 
pece de /tv/yf/ive  rampante,  qui  s'appuie  fur  les  ar- 
brifl^eaux  &:  fur  les  murailles  voiflnes;  fa  tige  efl  me- 
nue, prefque  ronde,  d'une  belle  couleur  verte,  par- 
femée  par  intervalles  de  petites  épines  piquantes; 
fes  feuilles  d'en-haut  refl^emblent  à  cellcsde  la  fougère 
femelle,  &  ont  l'odeur  &  le  goût  de  la  réglifle  ;  la  ra- 
cine eft  longue.  Cette  fenjînve  croît  dans  les  jardins , 
aux  lieux  humides  &C  pierreux. 

On  parle  d'une  autre  efpece  de  fenjicive  des  Indes 
orientales  beaucoup  plus  curieufe ,  &  que  les  Mala- 
barcs  appellent  todda-vaddi.  Elle  eft  auffi  fenfible  au 
toucher  que  les  mimofes  qui  le  font  le  plus;  mais  au- 
lieu  que  toutes  les  autres  ferment  leurs  feuilles  en- 
defllis,  c'eft-à-dire  en  élevant  les  deux  moitiés  de 
chaque  feuille  pour  les  appliquer  l'une  contre  l'au- 
tre ,  celle-ci  les  ferme  en-deflx)us.  Si  lorfqu'elles 
font  dans  leur  pofition  orbiculaire,  on  les  relevé  un 
peu  avec  les  doigts  pour  les  regarder  de  ce  côté-là, 
elles  fe  ferment  aulîi-tôt  malgré  qu'on  en  ait,  &  ca- 
chent ce  qu'on  vou'oitvoir.  Elles  en  font  autant  au 
coucher  du  foleil;  &  il  femble  que  la  plante  fe  {Sré- 
pare  à  dormir  :  aufll  efl:-elle  appellée  tantôt:  do rmeufe, 
tantôt  cha/IeMnis  outre  ces  noms  qui  lui  conviennent 
affez,  on  lui  a  donné  quantité  de  vertus  imaginaires; 
&  il  n'ctoit  guère  polîible  que  des  peuples  ignorans 
s'en  difpenfafl'ent. 

Les  vertus  médicinales  de  la  (enûtive/ont  imaginaires. 
Quelques-uns  mômede  nos  médecins,par  l'admiration 
qu'ils  portoicnt  à  notre yè/zy?£iv<.',  lui  ont  attribué  les 
qualités  de  calmer  la  toux ,  d'éclaircir  la  voix ,  de  mi- 
tigcrlcs  douleurs  des  reins  ;  que  ne  lui  donnoient-ils 
plutôt  la  vertu  de  confolidcr  les  plaies  ,  d'arrêter  les 
îiémorrhagies,  de  j^uérir  les  couvuliions  ?  Chimères 


pouf  cnînières  ,  ces  dernières  étoient  plus  attrayan- 
tes, &  plus  analogues  aux  phénomènes  de  lamimofe» 
(  Le  chevalier  DE  Jaucourt.  ) 

SENSORIUM,  f.  m,  le  flége  du  fens  communi 
C'efl:  cet  endroit  ou  cette  partie  oii  l'on  fuppofe  que 
l'ame  fenfible  rende  le  plus  immédiatement,  f^oje:^ 
Ame  &  Sens. 

On  fuppofe  que  le  fiége  du  fens  commun  doit  être 
cette  partie  du  cerveau  où  ics  nerfs  de  tous  les  or- 
ganes du  fentiment  viennent  aboutir.  On  tombé 
d'accord  généralement  que  c'e/l  vers  le  commence- 
ment de  la  moelle  alongée.  Defcartes  prétend  que  ce 
flége  efl:  dans  le  conarion  ou  glande  phiéale.  Foye^ 

CONARION. 

M,  Newton  repréfente  le  fenforitim  des  animaux: 
comme  une  place  à  laquelle  viennent  fe  rendre  les 
efpeces  fenfibles  des  chofes,  apportées  par  les  nerfs 
&  le  cerveau ,  afin  que  l'ame  les  puifîe  appercevoir 
par  leur  préfcnce  immédiate.  Les  organes  du  fenti- 
ment ne  font  pas  capables  de  faire  appercevoir  à 
l'ame  les  efpeces  des  chofes  dans  fon  fcnforium } 
ils  ne  peuvent  fervir  qu'à  les  y  apporter.  Foye:^  Sens 
&  Organe. 

Ce  grand  homme  regarde  l'univers  comme  lefen-^ 
forium  de  la  divinité.  Foye^  DiEtj,  Univers, 
Nature,  &c. 

SENSOULTE ,  f  m.  {Hiji.  nat.)  oifcau  du  îvléxi- 
que  &  de  la  nouvelle  Eljjagne.  Il  eft  à-peu-près  de 
la  grofleur  d'une  grive.  Son  plumage  efl:  fort  écla- 
tant; il  eft  d'un  gris-cendré  très  -luifant  ;  orné  de 
taches  blanches ,  fort  régulières  fitr  les  ailes  &  fur 
la  queue  ;  fon  chant  eft  très-agréable ,  comme  l'an- 
nonce fon  norrï  indien  qui  fignifie  cinq  cens  voix. 

SENSUALITÉ,  f.  f.  (Morale.)  La  plupart  des  ob-^ 
jets  qui  flattent  fl  fort  nos  fens,  nous  enchantent 
moins  par  eux-mêmes, que  par  la  bizarrerie  des  cou- 
leurs que  leur  prête  l'imagination  ;  mais  le  dégoût 
eft  fi  près  de  la  jouiflîînce!  c'eft  une  fleur  dont  lé 
parfum  s'évapore  ,  &  dont  l'éclat  s'éteint  fous  la 
main  qui  la  cueille.    (Z>.  /.  ) 

SENTENCE,  (Art  orat.  )  le  mot  de  fententia. 
chez  les  anciens  latins,  fignifioit  tout  ce  que  l'on  a 
dans  l'ame,  tout  ce  que  l'on  penfe  :  outre  qu'il  eft 
pris  le  plus  fouvent  en  ce  fens  dans  les  orateurs  , 
nous  voyons  encore  des  reftes  de  cette  première 
fignifîcation  dans  l'ufage  ordinaire  ;  car  fi  nous  affir- 
mons quelque  chofe  avec  ferment ,  ou  fi  nous  féli- 
citons quelqu'un  d'un  heureux  fuccès,  nous  em- 
ployons ce  terme  en  latin  ex  animl  fententia .,  pour 
marquer  que  nous  parlons  fincèrement  &  félon  no- 
tre penfée.  Cependant  le  mot  de  fenfa  étoit  auflt 
employé  affez  communément  dans  le  même  fens. 
Pour  celui  àe  fenfus,  je  croi  qu'il  étoit  uniquement 
aiTefté  au  corps  ;  mais  l'ufage  a  changé.  Les  concep- 
tions de  l'efprit  font  préfentement  appellées  fenfus ; 
&  nous  avons  donne  le  nom  àefententiœ  à  ces  pen- 
fées  ingénieuf(?s  &  brillantes  que  l'on  afFefte  par- 
ticulièrement de  placer  à  la  fin  d'une  période  par  un 
goût  particulier  à  notre  flecle.  Autrefois  on  en  étoit 
moins  curieux;  aujourd'hui  on  s'y  livre  avec  excès 
&  fans  bornes.  C'eft  pourquoi  je  croi  devoir  en  dif- 
tinguer  les  différentes  efpeces,  &  dire  quelque  chofe 
de  l'ufage  qu'on  en  peut  faire. 

Lespenfecs  brillantes  ou  folides  les  plus  connues 
de  l'antiquité,  font  celles  que  les  Grecs  ôc  les  Latins 
appellent  proprement  des  fentcnces.  Encore  que  le 
mot  de  fententia  foit  un  nom  générique ,  il  convient 
néanmoins  plus  particulièrement  à  celles-ci  ;  parce 
qu'elles  font  regardées  comme  autant  de  confieils, 
ou  pour  mieux  dire,  comme  autant  d'arrêts  en  fait 
de  moeurs.  Je  définis  donc  une  fcntcnce  ^  une  pen- 
fée morale  qui  eft  univerfellement  vraie  &  loua- 
ble ,  même  hors  du  fiijet  auquel  on  l'applique. 
Tantôt  elle  fe  rapporte  feulement  à  une  chjle ,  coni- 


56 


S  E  N 


nie  celle -ci:  «  Rien  ne  gagne  tant  les  cœurs  qxie 
»  la  bonté  •».  Et  tantôt  à  une  pcrlbnnc,  comme  cette 
autre  de  Domitius  Afl-r  :  <•  Un  prince  qui  veut  tout 
»  connoître,  cil  clans  la  UL-cefiitc  tic  pardonner  bien 
M  des  choies  ». 

Quelques-uns  ont  dit  que  h  fcntcncc  ctoit  une 
partie  de  rcnthymème;  d'autres  que  c'étoit  le  com- 
mencement ou  le  couronnement  6c  la  fin  de  l'cpi- 
chcrcmc,  ce  qui  eft  vrai  quelquefois,  mais  non  pas 
toujours.  Sans  m'arrêter  à  ces  minuties,  je  difiingue 
trois  Ibrtes  di:  fcnicnces  ;  les  unes  liniples ,  comme 
celle  que  j'ai  rapporte  la  première;  les  autres  qui 
contiennent  la  railbn  de  ce  qu'elles  dilent,  comme 
celle-ci,  «  Dans  toutes  les  querelles,  le  plus  fort, 
»  encore  qu'il  loit  l'olFenré ,  paroît  toujours  l'offen- 
V  leur,  par  cette  raifon  même  qu'il  eft  le  plus  fort  ». 
Les  autres  doubles  ou  compofces,  comme  :  »  la  com- 
»»  plaifance  nous  fait  des  amis ,  6i.  la  franchife  des 
»  ennemis. 

Il  y  a  des  auteurs  qui  en  comptent  jufqu'à  dix 
lortcs ,  fur  ce  principe  qu'on  peut  les  énoncer  par 
interrogation,  par  comparailon ,  par  admiration, 
par  limilitude,6'c.  Mais  en  fuivant  ce  principe,  il  en 
faudroit  admettre  un  nombre  encore  plus  confidéra- 
ble ,  puifque  toutes  les  hgures  peuvent  fervir  à  les 
exprimer.  Un  genre  des  plus  remarquables,  eft  celui 
qui  naît  de  la  diverfité  de  deux  chofes,par  exemple  : 
»  la  mort  n'cft  point  un  mal,  mais  les  approches  de 
»  la  mort  font  facheufes  ».  Quelquefois  on  énonce 
xmc  fcnuncc  d'une  manière  fimplc  &  direfte ,  comme  : 
«  l'avare  manque  autant  de  ce  qu'il  a  que  de  ce  qu'il 
»  n'a  pas  »;  6c  quelquefois  par  une  figure,  ce  qui 
lui  donne  encore  plus  de  force.  Par  exemple ,  quand 
je  dis  :  »  Eft-ce  donc  un  ii  grand  mal  que  de  mourir? 
On  fent  bien  que  cette  penfée  eft  plus  forte ,  que  fi 
je  difois  tout  fnnplenicnt:  «<  la  mort  n'eft  point  un 
»  mal. 

Il  en  eft  de  même  quand  une  penfée  vague  &  gé- 
nérale devient  propre  &  particulière  par  l'applica- 
tion que  l'on  en  fait.  Ainfi ,  au  lieu  de  dire  en  géné- 
ral :  «  Il  eft  plus  aifé  de  perdre  un  homme  que  de  le 
»  fauver».  Médée  s'exprime  plus  vivement  dans 
Ovide,  en  difant  : 

Moi  qui  Caipufaiivcr^je  ne  le  pourrai  perdre  ? 

Cicéron  applique  ces  fortes  de  penfées  A  la  per- 
fonne  ,  par  un  tour  encore  plus  régulier,  quand  il 
dit  :  «  Pouvoir  fauver  des  malheureux ,  comme  vous 
»  le  pouvez,  c'cft  ce  qu'il  y  a  ,  Céfar,  &  de  plus 
»  grand  dans  le  haut  degré  d'élévation  où  vous  êtes, 
»  &  de  meilleur  parmi  les  excellentes  qualités  que 
V  nous  admirons  en  vous  »  ;  car  il  attribue  à  la  per- 
fonne  de  Céfar  ce  qui  lemble  appartenir  aux  chofes. 

Quant  à  l'ufagc  de  ces  efpeces  dcjcnterzccs  ,  ce  qu'il 
y  faut  obferver ,  c'eft  qu'elles  ne  foient  ni  trop  fré- 
quentes, ni  vifiblement  faufles  ,  comme  il  arrive 
quand  on  s'imagine  pouvoir  les  cn^Dloyer  indiffé- 
remment par-tout;  ou  quand  on  regarde  comme  in- 
dubitable tout  ce  qui  paroît  favorifer  notre  caufe. 
C'eft  enfin ,  de  prendre  garde  fi  elles  ont  bonne  grâce 
<lans  notre  bouche  ;  car  il  ne  convient  pas  à  tout  le 
monde  de  parler  p3.r  fentenccs.  Il  faut  que  l'impor- 
tance des  chofcs  foit  foutenuc  de  l'autorité  de  la 
perfor.ne.  Toutes  ces  judicieufes  réflexions  font  de 
Quintilien. 

Cicéron  dans  fon  dialogue  des  orateurs,  a  aufîî  donné 
plufieurs  règles  fur  les  J'cntences.  Il  feroit  trop  long 
de  les  répéter  ;  outre  qu'en  général,  il  eft  établi  aue 
les  plus  coxxvXqs  fcntences  plaifent  le  plus  ;  cependant 
celle-ci ,  quoique  longue ,  a  puru  à  des  critiques  diqnc 
d'être  propofee  pour  exemple  :  Lucain  s'arrête  dans 
la  rapidité  de  fa  narration  fiir  l'erreur  des  Gaulois  qui 
croyoicnt  que  les  âmes  ne  lortoient  d'un  corps  ,  que 
pour  rentrer  dans  un  autre^  ëc  dit,  félon  la  traduc- 
tion d«  M.  de  Brebcuf  : 


S  E  N 

Offieieux  mcnfonge  ,  agréaHc  ii?:po[îUre  ! 
La  frayeur  de  la  mort ,  des  frayeurs  la  plus  dure^ 
N'a  jamais  fait  pâlir  ces  feres  nations 
Qui  trouvent  leur  repos  dans  leurs  iUufîons  ; 
De- là  naît  dans  leur  cœur  cette  bouillante  envie  ^ 
D' affronter  une  mort  qui  donne  une  autre  vie. 
De  braver  les  périls  ,  de  chercher  les  combats  ^ 
Où  Confc  voit  renaître  au  milieu  des  trépas. 

Sentence,  ÇPotfie  épiq?)  Voici  quelques  règles 
à  obferver  fur  les  fentences  dans  l'épopée.  Il  faut  les 
placer  dans  la  bouche  des  aûcurs  pour  faire  plus 
d'impreliion.  Elles  doivent  être  clair-femées ,  &i  telles 
qu'elles  paroiflent  naître  indifpcnfablemcnt  de  la 
lituation.  Il  faut  qu'elles  foient  courtes  ,  générales  &C 
intércfl'antes  pour  les  mœurs.  Elles  doivent  être 
courtes ,  fans  quoi  elles  dégénèrent  en  traité  de 
morale ,  &  font  languilTantes.  Elles  doivent  être  gé-î- 
nérales,  parce  que  fans  cela,  elles  ne  font  pas  inf- 
trudives ,  &  n'ont  de  vérité  &  d'application  que 
dans  des  cas  particuliers.  Elles  doivent  intérelTer  les 
mœurs  ;  ce  qui  exclud  toutes  les  règles  ,  toutes  les 
maximes  qui  concernent  les  fciences  &  les  arts.  En- 
fin, il  faut  que  lafentence  convienne  dans  la  bouche 
de  celui  qui  la  débite,  &  foit  conforme  à  fon  carac- 
tère. L'Ariofte  a  fur-tout  péché  dans  ies  fentences  mo- 
rales ,  qu'il  fait  débiter  à-tort  &  à  travers  par  foa 
héros,  (d.  J.) 

Sentence,  ÇLittérat.^  les  Grecs  avoient  grand 
foin  de  faire  apprendre  à  leurs  enfans  les  fentences 
des  poètes ,  &  cette  coutume  étoit  fort  ancienne 
dans  la  Grèce.  Céfar  afTure  que  la  même  chofe  fç 
pratiquoit  dans  les  Gaules.  Les  jeunes  gens  tiroicnt 
de  cette  forte  d'étude,  trois  avantages  confidérables, 
elle  exerçoitia  mémoire  ,  ornoit  l'efprit ,  &  formoit 
le  cœur  ;  ce  dernier  avantage  étoit  celui  qu'on  avoit 
principalement  en  vue  ;  on  vouloit  infpirer  de  bonne 
heure  à  la  jeunefTe  ,  la  haine  du  vice  ,  &  l'amour  de 
la  vertu  ;  rien  n'étoit  plus  propre  à  produire  cet  ef- 
fet ,  que  les  fentences  répandues  dans  les  ouvrages 
des  poètes  Grecs.  C'eft  une  vérité  dont  on  convlcrir 
dra  ,  pour  peu  que  l'on  connoiffe  les  écrits  de  So- 
phocle ,  d'Euripide,  de  Ménandre  ,  d'Ariftophane , 
de  Pindare ,  d'Héfiode  ,  &  d'Homère.  Je  ne  crains 
point  de  dire  que  dans  les  fentences  dont  ces  beaux 
génies  ont  embelli  leurs  poëmes  ,  les  fouverains  ôc 
les  fujets,  les  percs  &  les  enfans  ,  les  maîtres  &  les 
ferviteurs,  les  riches  &  les  pauvres,  &  généralement 
tous  les  états  de  la  vie  ,  peuvent  trouver  de  quoi 
s'inllruirc  de  leurs  devoirs. 

Quelques  poètes  avoient  fait  aufîi  des  ouvrages 
purement  gnomiques,  c'ell-à-dire,  entièrement  tiiTuSi 
de  fentences.  Tels  étoient  le  poème  moral  desThéog- 
nis,lesinftru£l:ionsdePhocylide,  les  vers  d'or  qu'on 
attribue  communément  à  Pithagore  ,  &c.  ■ 

On  fait  que  les  anciens  rhéteurs  entendolent  par 
fentence  ,  une  maxime  qui  renferme  quelque  vérité 
morale ,  &  qu'ils  en  diftinguoient  de  plufieurs  fortes. 
Aphtone  remarque  qu'il  y  a  desfentences  qui  exhor- 
tent ,  d'autres  qui  détournent  ,  &  d'autres  qui  ne 
font  fimplcment  qu'expofer  une  vérité  ;  il  y  en  a  , 
continue-t-il,  de  fimples,  de  compofées,  de  vraifTem- 
b'tables  ,  de  vraies,  d'hyperboliques;  en  voici  quel- 
ques exemples  uniquement  tirés  des  poètes ,  car  il  ne 
s'agit  pas  ici  des  rhéteurs. 

Sentence  qui  exhorte.  «  Il  eft  bon  d'engager  un  hôte 
»  à  demeurer  avec  nous,  par  la  bonne  réception, 
»  &  lui  laifl'er  pourtant  fa  liberté  fur  fon  départ.  » 
OdiJ.  O. 

Sentence  qui  détourne.  »  Il  ne  faut  pas  qu'un  homme 

»  d'état  pafle  les  nuits  entières  à  dormir.»  Iliad.  B. 

Sentence  &  expojition  d'une  vérité.  «  Il  faut  des  fonds 

»  pour  la  guerre  ,  fans  quoi  tous  les  projets ,  les  me- 

>*  fures  , 


s  E 

»  fures  ,  &  les  précautions  ,  deviennent  inutiles.  » 
Olynt.  3. 

Sentence  Jimple.  «  Le  meilleur  de  tous  les  préfages 
,«>  c'elVde  combattre  pour  la  patrie  ».  l'iad.  a. 

Sentence  compofce.  <»  Le  pouvoir  fouverain  ne  peut 
»  être  partagé  :  qu'il  n'y  ait  qu'un  maître  &  qu'un 
»  roi  ».  Ilutd.  B. 

Sentence  vralfjemblahle.  «  On  efi  tel  que  ceux  qu'on 
»  fréquente  ».  Euripide. 

Sentence  vraie.  «  Nul  homme  ne  peut  être  parfai- 
»  tement  heureux  dans  cette  vie  ».  Hcfiode. 

Sentence  hyperbolique.  «  La  terre  ne  produit  rien 
»  de  plus  foible  que  l'homme  ».  Odyjf.  H. 

Cette  diviiion  qu'on  a  fait  des  jentcncts  ,  n'efl 
point  exaôe  ;  înais  on  a  eu  raifon  de  faire  lire  les  pac- 
tes de  mérite  à  la  jeunefTe.  Nous  avons  foin  ,  dit  So- 
lonà  Anacharfis  ,  d'éveiller  d'abord  l'efprltdes  jeu- 
nes gens ,  par  l'étude  de  la  géométrie  ,  après  leur 
avoir  appris  à  lire  &  à  écrire,  &:  nous  l'adoucidons 
par  la  mufique  ;  enfuite  nous  les  portons  à  l'amour 
de  la  vertu  par  la  ledhire  des  poètes  ,  où  voyant  les 
paroles  "il  les  actions  des  grands  perlbniiages,  le  dc- 
fir  de  leur  reffembler  échauffe  leur  ame:car  la  poé- 
fie  a  des  charmes  particuhers  qui  attachent  l'efprit, 
&  qui  impriment  les  belles  chofcs  dans  la  mémoire 
&  dans  le  cœur.  (  Z>.  /.  ) 

Sentence,  (7'«ny/7/-K.Î.)  eft  le  jugement  que  rend 
un  juge  non-fouverain  ,  fur  une  caufe,  infcance,  ou 
procès. 

Le  juge  prononce  layê/z^e/zire  ,  le  greffier  la  rédige 
par  écrit ,  &  en  délivre  des  expéditions  aux  parties. 

Une  femence  d'audience  n'a  que  deux  parties  , 
favoir  les  qualités  6c  le  dlfpofi'àf  ;  celle  de  rapport  a 
de  plus  le  vu  de  pièces  qui  elt  entre  les  qualités  &  le 
difpofitif.  ^^jc{ Dispositif  &  Qualité. 

L'appel  d'une  fentence  en  fufpend  l'exécution  ,  à 
moins  qu'elle  ne  loit  exécutoire  par  provifion,  au- 
quel cas  le  juge  fupérieurpeur  ,  s'il  y  a  lieu  ,  accor- 
der des  défenfes  d'exécuter  \dL  fentence.  f^oye:;^  Appel  , 
DÉFENSE,  Exécution  PROVISOIRE. 

Sentence  arbiirùle  ,  eft  celle  qui  efl  rendue  par  un 
ou  plufieurs  arbitres.  Voyc'^  Arbitre. 

Sentence  d'audience  ,  eil  celle  que  le  juge  rend  fur 
une  caufe  ,  &  qu'il  prononce  à  l'audience. 

Sentence  contradlàoire^  eft  celle  qui  efl  rendue  fur 
la  plaidoirie  refpedive  des  parties  ,  ou  de  leurs  dé- 
fenfeurs. 

Sentence  par  défaut ,  efl  celle  qui  eft  donnée  contre 
une  partie  qui  ne  comparoit  point,  ou  qui  refufe  de 
défendre  ,  ou  qui  ne  fe  préfente  pas  pour  plaider. 

Sentence  définitive  ,  ell  celle  qui  décide  le  fond  des 
conteftations. 

Sentence  fur  délibéré  ,  efl  celle  qui  eft  rendue  fur 
une  affaire  d'audience ,  après  que  le  juge  en  a  dé- 
libéré. 

Sintence  par forclufion  ,    Voye^  FORCLUSION. 

Sentence  interlocutoire  ,  eft  celle  qui  avant  faire 
droit  lur  le  fond ,  ordonne  quelque  chofe  de  préa- 
lable. 

Sentence  au  premier  ou  au  fécond  chef  de  Pédit ,  eft 
celle  qui  eft  rendue  dans  xm  préfidial,  &  qui  juge 
une  caule  dont  l'objet  n'excède  pas  le  premier  ouïe 
fécond  chef  de  l'édit  des  préfidiaux.   Voye^^  Prési- 

DIAL  ,  EdIT  des  PRÉSIDIAUX. 

Sentence  préparatoire ,  eft  celle  qui  ordonne  quel- 
ques inftrudions ,  avant  d'en  venir  au  fond ,  comme 
de  fatisfaire  à  des  exceptions  ,  de  fournir  des  défen- 
fes ,  &c. 

Sentence  préjidiale^  eft  celle  qui  eft  rendue  par  un 
préfidial  ,  &  fmgulierement  celle  qui  y  eft  rendue 
au  fécond  chef  de  l'édit  des  préfidiaux  ;  on  l'appelle 
ainfi  pour  la  diftinguer  de  celle  qui  eft  rendue  au 
premier  chef,  où  le  préfidial  prononce  par  jugement 
dernier. 

Tome  XF., 


S  E 


57 


Sentence  provifoite ,  eft  celle  qui  ordonne  quelque 
chofe  qui  doit  s'exécuter  par  provifion. 

Sentence  de  rapport^  eft  celle  qui  eft  rendue  fur  une 
inftrudionpar  écrit ,  &  fur  le  rapport  qu'un  des  ju- 
ges en  fait  en  préfence  des  autres.  Voye^  Appoiis- 
tement.  Procès  ,  Rapporteur,  (y^) 

SENTENE  ,  f.  f  (  Commerce  de  fils.)  c'eft  l'endroit 
par  où  l'on  commence  à  dévider  un  écheveau  ;  ce 
qui  fait  la  fentene  ,  font  les  deux  bouts  de  fil  liés  en- 
femll'j  &  tortillés  fur  l'écheveau.  {D.  /.) 

SENTENTIEUX  ,  adj.  (  Gram.  )  qui  eft  plein  de 
fentenccs.  Il  fe  dit  des  perfonnes  &  des  chofes  ;  c'cil 
un  homme  Jèntentieux  ;  le  trait  e.ù.  fententieux  j  le  ton 
fententieux  eft  la  cognée  de  la  converfation. 

SENTEUR  ,  f.  f.  (  Gram.  )  fynonyme  à  odeur \ 
mais  odeur  fe  peut  prendre  en  bonne  &  en  mauvaif  e 
part,  au  lieu  qu'il  me  femble  queyè/z^ewr  fe  prend  tou- 
jours en  bonne  ;  quand  on  dit  des  fenieurs ,  on  fous- 
entend  bonnes  ;  de  même  lorfqu'on  dit  des  eaux  de 
fenteur. 

SENTICE  ,  (  Geog.  anc.  )  contrée  de  la  Macédoi- 
ne :Tite-Live  ,  qui  en  parle  ,  /.  IF.  c.  ult.  donne  à 
la  ville  d'Héraclée  ,  qui  y  étoit  fituée,  le  furnomde 
Sentice.  Céfar,  civ.  l.  lll.  &  Pline,/.  IF.  c.  x.  k.cK\.- 
vent  Siniica  :  les  habitans  de  cette  contrée  font  les 
Sinti ,  :>  hjoi ,  de  Thucydide  ,  l.  II.  p.  iG^.  (  D.  J.  ) 
SENTIERS ,  f  m.  pi.  (^Jardin.  )  Ce  font ,  dans  les 
parterres,  de  petits  chemins  parallèles  ,  quiendivi- 
f  ént  les  compartimens  ,  &  qui  ont  ordinairemcat  la 
largeur  de  la  moitié  des  platebandes. 

On  appelle  aiiiii  fentiers  ,  des  petits  chemins  droits 
ou  obliques,  qui  féparent  des  héritages  à  la  cam- 
pagne. {  D.  J.  ) 

SENTlI ,  (  Géog.  anc.  )  peuple  de  la  Gaule  nar- 
bonnoife  ;  Ptolomée ,  /.  //.  c.  x.  leur  donne  la  ville 
de  Dinia,  qu'il  marque  dans  les  terres.  Ce  font  les 
habitans  du  diocèle  de  Die.  (Z>.  /.) 

SENTIMENT,  AVIS,  OPINION,  {Synonym.) 
il  y  a  un  fens  général, qui  rend  ces  mots  fynonymes  , 
lorfqu'il  eft  queftion  de  confeiller  ou  de  juger  ;  mais 
le  premier  a  plus  de  rapport  à  la  délibération ,  on  dit 
(on  fentiment  ;  le  fécond  en  a  davantage  à  la  décifion , 
on  donne  fon  avis  ;  le  troifieme  en  a  un  particuUer  à 
la  formalité  de  judicature  ,  çn  va  aux  opinions. 

Le  fentiment  emporte  toujours  dans  fon  idée  celle 
de  fincérité,c'eft-à-dire  une  conformité  avec  ce  qu'on 
croit  intérieurement.  \Javis  ne  fuppofe  pas  rigou- 
reufement  cette  fmcérité,  il  n'eft  précifément  qu'un 
témoignage  en  faveur  d'un  parti.  L'o;>/;2io/z  renferme 
l'idée  d'un  fuffrage  donné  en  concours  de  pluralité 
de  voix. 

Il  peut  y  avoir  des  occafions  où  un  juge  folt  obli- 
gé de  donner  fon  avis  contre  fon  fentiment ,  &  de 
fe  conformer  aux  opinions  de  fa  compagnie.  Girard, 
{p.  J.) 

Sentiment  intime,  (  Métaphyjîq.  )  Le  fentiment 
intime  que  chacun  de  nous  a  de  fa  propre  exiftence  , 
&  de  ce  qu'il  éprouve  en  lui-même  ,  c'eft  la  premiè- 
re fburce  &  le  premier  principe  de  toute  vérité  dont 
nous  foyons  fufceptibles.  Il  n'en  eft  point  de  plus  im- 
médiat ,  pour  nous  convaincre  que  l'objet  de  notre 
penfée  exifte  aufîi  réellement  que  notre  pcnfee  mê- 
me ,  puifque  cet  objet  &  notre  penfée  ,  &  \e  fenti- 
ment intime  que  nous  en  avons  ,  ne  font  réellement 
que  nous  mêmes  qui  penfons ,  qui  exiftons ,  Ik.  qui  en 
avons  \e  fentiment.  Tout  ce  qu'on  voudroit  dire ,  afin 
de  prouver  ce  point  ou  de  l'éclaircir  davantage,  ne 
feroit  que  l'oblcurcir  :  de  même  que  fi  l'on  vouloit 
trouver  quelque  chofe  de  plus  clair  que  la  lumière  , 
&  aller  au-delà  ,  on  ne  trouveroit  plus  que  ténèbres. 
Il  faut  néceflairement  demeurer  ;\  cette  première 
règle  ciui  fe  difcernepar  elle-même  dans  le  plus  grand 
jour  ,  &  qui  pour  cette  raifon  s'appelle  évidence  au 
lùprèmc  degré.  Les  fceptiques  aurolentbcau  objec- 

H 


58  SET 

ter  qu'ils  doutent  s'ils  exiftcnt  :  ce  fcroit  perdre  le 
tems  que  de  s'annilcr  à  leur  taire  Icnllr  leur  folie  , 
&  de  liur  dire  que  s'ils  dovUeni  de  tout ,  il  eft  donc 
▼rai  qu'ils  exillent,  puilqu'on  ne  peut  douter  l'ans 
exlftcr.  Il  fera  toujours  en  leur  pouvoir  de  le  retran- 
cher dans  un  verbiage  ridicule ,  &  où  il  icroit  égale- 
ment ridicule  d'entreprendre  de  les  torcer. 

Quoiqu'on  ne  donne  pas  de  nos  jours  dans  un 
.pyrrhonilme  li  unlvcrlel  ,  &:  de  L\  li  extravagant , 
puiiqu il  va  julqu'à  éteindre  toutes  les  lumières  de  la 
railbn  ,  &:  à  nier  l'exiilcnce  Aujcnti ment  intime  qui 
nous  ocnetre ,  on  peut  dire  néanmoins  qu'on  ne  s'ctl: 
jamais  plus  approché  de  leur  opyiion.  Certains  phi- 
loi'ophes  de  notre  tems  n'ont  excepté  du  doute  uni- 
verlel ,  dans  lequel  ils  ont  fait  périr  toutes  leurs  con- 
noUfances ,  que  cette  première  règle  ou  fource  de 
vérité  qui  le  tire  de  notre  Jcntiment  intime  ;  ils  n'ont 
pas  daigné  reconnoitre  ni  admettre  d'autres  genres 
de  vérité  &  d'évidence.  Ainfi  quand  on  leur  deman- 
de s'il  ell  évidemment  certain  qu'il  y  ait  des  corps  , 
&  que  nous  en  recevions  les  Imprellions  ,  ils  répon- 
dent nettement  que  non,&:  que  nous  n'avons  lù-dei- 
fus  aucune  certitude  évidente, puifque  nous  n'avons 
point  CCS  connoiilanccs  par  \ejcntimcnt  intime  de  no- 
tre propre  expérience  ,  ni  par  aucune  coniéquence 
nécellaire  qui  en  foit  tirée.  C'eft  ce  qu'un  philofophe 
ans>lols  n'a  point  fait  difficulté  de  publier. 

D'ailleurs  on  ne  peut  Ibupçonner  quelle  autre 
certitude  évidente  aùmettroient  ces  phllofophes.  Sc- 
roit  ce  le  témoignage  des  lens  ,  la  révélation  divi- 
ne, l'autorité  humaine?  Seroit-ce  enfin  l'impreirion 
immédiate  de  Dieu  fur  nous  ?  Le  témoignage  des 
fens  étant  corporel,  il  ne  fauroit  être  admis  parmi 
ceux  qui  par  avance  n'admettent  pas  l'exiftence  des 
corps.  La  révélation  divine  &  l'autorité  humaine  ne 
fout  encore  impreliion  lur  nous  que  par  le  témoigna- 
ge des  fens  ;  c'efl-à-dire ,  ou  de  nos  yeux  qui  ont  vu 
les  miracles  du  Tout-puill'ant ,  ou  de  nos  oreilles 
qui  ont  entendu  les  difcours  des  hommes  qui  nous 
parlent  de  la  part  de  Dieu.  Enfin  l'imprelîîon  immé- 
diate de  Dieu  fnppofe  un  Dieu,  &  un  être  dliïerent 
de  moi.  Mais  fi  le  fintiment  intime  de  ce  qui  lé  paiïe 
en  moi  ell  la  feule  chofe  évidente  ,  tout  ce  qui  ne 
fera  pas  formellement  ce  ftntimtnt  intime  ,  ne  fera 
point  évident  pour  mol. 

De  ce  principe ,  que  \e  f intiment  intime  eft  la  feule 
règle  de  vérité,  il  s'enfuit  i".  que  nous  n'avons  nulle 
certitude  évidente  de  l'exiftence des  corps,  pas  mê- 
me du  nôtre  propre;  car  enfin  un  efprit,  une  ame 
telle  que  la  nôtre  ,  relient  bien  l'imprclTion  c\\q, 
lecorps,  &  le  fien  en  particuher,  font  fur  elle; 
niais  corr.me  au  foiid  Ion  corps  ell  trcs-diliinfué 
de  cette  imprelTion  ,  &  que  d'ailleurs  cette  im- 
prelfion  pourroit  abfolument  fe  faire  éprouver 
dans  notre  ame  fans  l'exiflcnce  des  corps ,  il  s'enfuit 
aulTi  que  notre  fentiment  intime  ne  nous  donne  au- 
cune conviftion  de  l'exiftence  d'aucun  corps. 

2°.  Une  autre  conféquence  tout  auffi  naturelle , 
ell  que  nous  n'avons  nulle  certitude  évidente  de  ce 
qu'hier  il  nous  arriva  ou  ne  nous  arriva  pas  ,  ni  mê- 
me fi  nous  exillions  ou  nous  n'exiltions  pas.  Car  fé- 
lon cet  abfurde  fyllcme,  je  ne  puis  avoir  d'évidence 
que  par  une  perception  intime  qui  cil  toujours  ac- 
tuelle. Or  aduellement  j'ai  bien  la  perception  du  fou- 
venlr  de  ce  qui  m'arriva  hier  ;  mais  cefouvenir  n'efl 
qu'une  perception  intime  de  ce  que  je  penfe  préfcn- 
tement ,  c'ell-à-dirc  ,  d'une  penfée  achielle  ,  laquelle 
n'ell  pas  la  même  chofe  que  ce  qui  fe  pafl'a  hier,  & 
qui  n'ell  plus  aujourd'hui.  Par  la  même  raifon ,  je 
ferai  encore  moins  certain  fi  je  ne  fuis  pas  en  ce  mon- 
de depuis  deux  ou  trois  mille  ans.  Qui  m'empêchera 
de  pouffer  cette  réflexion  jufqu'à  l'éternité  même  , 
puif-]ue  nous  pourrions  avoir  toujours  exKlé  ,  fans 
que  nous  nous  en  relîouvcnions }  Que  fi  on  nous  re- 


S  E  N 

préfente  que  nous  avons  été  produits  ,  nous  pour- 
rons répondre  que  nous  n'en  avons-point  de  certitu- 
de évidente.  Car  avoir  été  produit  ell  une  chofe  paf - 
fée  ,  &  n'efl  pas  la  perception  ni  \^  fentiment  intime. 
de  ce  qui  fe  pallc  athiellemcnt  en  nous.  Je  n'ai  que 
la  perception  actuelle  de  la  penlce  ,  par  laquelle  je 
crois  avoir  exiflé  avant  le  moment  où  je  me  trouve 
prcfcntement. 

3°.  Enfin,  une  autre  conféquence  aulTi  légitime 
que  les  précédentes,  ell  que  nous  n'avons  nulle  cer- 
titude qu'il  exille  au  monde  d'autres  êtres  que  cha- 
cun de  nous.  Nous  avons  bien  une  perception  intime 
des  impreffions  reçues  en  nous,  dont  nous  attribuons 
l'occafiou  à  des  cfprits  &:  à  des  intelligences  qu'on 
fuppofe  exifler  hors  de  nous;  mais  celte  perception 
intime  ne  portant  convidion  que  d'elle-même  ,  & 
étant  toute  intérieure  ,  elle  ne  nous  donne  aucune 
certitude  évidente  d'un  être  qui  fbiî  hors  de  nous. 
En  effet ,  félon  celte  belle  philofophie  ,  l'ame  n'ell 
point  évidemment  certaine  ,  fi  elle  n'efl  pas  de  telle 
nature  ,  qu'elle  éprouve  par  elle-mcnie  &  par  fa  feu- 
le conftitvition  ,  les  impreffions  dont  elle  attribue  la 
caufe  à  des  êtres  qui  exillent  hors  d'elle.  Elle  n'a 
donc  pas  de  certitude  évidente  qu'il  y  ait  hors  d'elle 
aucun  efprit ,  ni  aucun  être  quel  qu'il  foit  ;  elle  n'a 
donc  point  d'évidence  qu'elle  n'exifle  pas  de  toute 
éternité,  ou  même  qu'elle  ne  foit  pas  l'unique  être 
qui  exille  au  monde.  Apres  une  conféquence  aufîi 
fingulicre,  ce  n'efl  pas  la  peine  d'indiquer  toutes  les 
autres  quife  préfenteroient  enfouie,  pour  montrer 
que  je  n'ai  nulle  évidence,  fi  je  veille  acluellement , 
ou  fi  je  dors  ;  fi  j'ai  la  liberté  d'agir  ou  de  ne  pas  agir, 
de  vouloir  ou  de  ne  pas  vouloir,  &c.  Toutes  ces 
conféquences  fautent  aux  yeux  d'elles-mêmes,  fans 
qu'il  foit  befoin  de  les  marquer  plus  au  long. 

Puifque  les  conféquences  quis'cnfulvent  néccffai- 
rement  de  ce  principe,  favoir  que  \q  fentiment  intime 
de  notre  propre  perception  efl  l'unique  règle  de  vé- 
rité ,  font  fi  bif'arres ,  fi  ridicules  &  fi  abfurdes  ,11  faut 
nécefiairement  qu'il  foit  lui-même  bifarre,  ridicule 
&  abfurde ,  puifqu'il  efl  démontré  que  les  confé- 
quences ne  font  qu'une  même  chofe  avec  le  princi- 
pe. Voyi?^  Evidence  &  Sens  commun. 

Sentimens  ,  en  Poéjîe^  &  particulièrement  dans 
le  poëmc  dramatique,  lont  les  penfécs  qu'expriment 
les  différensperfonnages  ,  foit  que  ces  penfées  aycnt 
rapport  à  des  matières  d'opinion ,  de  paflion  ,  d'af- 
faires ou  de  quelque  choie  lerablable.  /^qye{  Pen- 
sée. 

Les  moeurs  forment  l'adion  tragique  ,  &  \tsfen- 
timens  l'expofent,  en  découvrant  les  caufes ,  fes  mo- 
tifs ,  6'c.  Les  fentimens  font  aux  moeurs  ce  que  les 
moeurs  font  à  la  fable.  Voye^  Mœurs. 

Dans  {çsfentimens  ,  il  faut  avoir  égard  à  la  nature 
&:  à  la  probabilité.  Un  furieux ,  par  exemple ,  doit 
parler  comme  un  furieux  ,  un  amant  comme  un 
amant ,  &  un  héros  comme  un  héros.  Les  fentimens 
fervent  beaucoup  à  foutenir  les  cara£leres.  Foye^ 
Caractère,  Diction,  Héros  ,  &c. 

Sentiment  d'épée  ,  Sent'ir  l'épée  ,  (  Efaime^ 
on  (lit  d'un  efcrimeur  qu'il  a  le  fntiment  délicat  ; 
lorfqu'en  touchant  l'épée  de  l'ennemi  avec  la  fienne, 
il  connoit  fon  attaque  &  la  pofition  des  épées. 

ht  fentiment  cTipée  doit  être  tel  qu'il  ne  fatigue  pas 
le  bras  de  l'ennemi,  &  qu'il  ne  le  contraigne  pas  de 
dégager.  Mais  il  doit  être  allez  fenfible  pour  s'apper- 
cevoir  fi  l'ennemi  quitte  l'épée ,  s'il  fait  un  coule- 
mcnt  d'épée  ,  ou  s'il  force  l'épée.  l^oye^  Engage- 
ment. 

Sentiment  ,  (  Vémrie.  )  lorfqu'un  chien  reçoitle 
vent  de  la  voie,  on  dit  qu'il  a  àx\  fentiment. 

SEMTIN,  f  m.  (Gram.  &  Alyiholog.^  dieu  qui  pré- 
fidoit  à  tout  ce  qui  avolt  le  fentiment.  Oa  l'invoquolt 


I 


SEP 

axw  couches  ies  femmes,  afin  qu'il  donnât  des  ïerts 
bien  difpofés  à  l'enfant. 

S  E  N  T I N  E ,  f.  f.  (  Marine.  )  terme  du  levant  qui 
fignifîe  ou  l'anguillere  ou  l'eau  puante  &  croupie 
■qui  s'y  corrompt,  f^oyei  Anguillere. 

Sentine,  f.  f.  (Charp enter,  navale.  )  forte  de  grand 
bateau  ou  chaland  ,  dont  on  fe  fert  en  Bretagne  pour 
la  voiture  des  fels  fur  la  rivière  de  Loire.  (Z>.  /.) 

SENTINELLE ,  i".  f.  terme  de  Guerre  ^c'^Çi  un  fol- 
dattiré  d'un  corps-de-garde  d'infanterie,  qu'on  place 
en  quelque  pofte  pour  découvrir  les  ennemis  ,  pour 
prévenir  les  furprifcs  ,  &  pour  arrêter  ceux  qui  veu- 
lent paffcr  fans  ordre  ,  &  fans  fe  faire  connoitre. 

Ce  mot  eft  moderne  ;  il  n'y-  a  pas  iong-tems  que 
l'on  difoit  cire  aux  écoutes .,  pour  figni(ier  ce  que  l'on 
dit  à  préfcnt,  être  en  jcntinelk.  Ménage  dérive  ce  mot 
à.  fcntiendo .,  du  verbe  appcrccvoir. 

Sentinelle  perdue ,  foldat  qu'on  place  dans  un  porte 
dangereux  oc  prefque  defefpéré.  On  appelle  aufii 
tnf.ins  perdus  ,  des  foklats  qu'on  expofe  dans  une  ba- 
taille à  ia  première  fureur  de  l'ennemi.  Foyei  En- 
fA>'S  PERDUS. 

La  fcntinelle  appelle ,  crie  ou  arrête  par  un  qui 
vive  ?  cjui  va-là  ?  demeure-là.  Chambers. 

On  appelle  confine  les  ordres  qu'on  donne  à  la 
feminelle.  hci.  fentinelle  doit  refter  à  fcn  poite  ,  quoi 
qu'il  puifl'e  arriver ,  à  moins  qu'elle  n'en  foit  relevée 
par  fon  officier.  Pendant  la  durée  de  fon  fervice  ou 
de  fa  fadion  ,  fa  perfonne  eft  en  quelque  façon  re- 
gardée comme  facrée;  elle  peut  arrêter  &  empêcher 
de  paffer  quelque  officier  que  ce  foit ,  fans  pouvoir 
être  maltraitée  ou  punie  qu'après  avoir  été  relevée , 
c'eft-à-dire  ,  qu'il  ait  été  mis  un  autre  foldat  à  fa  pla- 
ce.(Q) 

Sentinelle,  (^Marine.)  voyei  Hune. 

SENTINO  LE,  (  Géog.  mod.  )  rivière  d'Italie  , 
dans  l'état  de  i'Egiife.  Elle  fort  de  l'Apennin  ,  au  du- 
ché d'Urbin,  &  fe  joint  enfuite  au  Jano  ;  alors  tou- 
tes deux  perdent  leur  nom  ,  &  ne  coulent  plus  que 
dans  un  feul  lit  appelle  Fiumejino.  CD.  /.) 

SENT'INl/M,  (  Géog.  anc.  )  ville  d'Italie  ,  dans 
rUmbrie  ,  félon  Sîrabon ,  /.  V.  p.  227 ,  &  Ptolomée, 
/.  ///.  c.  y.  C'efi  aujourd'hui  Sentina.  (  Z?.  /.  ) 

SENTIR  ,  V.  aft.  &neut.  voyelles  articles  Sens  , 
Sensation,  Sensibilité  ,  Sentiment. 

Sentir,  (  Maréchal.  )  imvefentir  les  ép?i-ons  à 
fon  cheval ,  c'eft  en  appuyer  un  coup.  Faire  fentir  les 
gras  des  jambes  ,  c'eft  les  approcher  du  cheval  pour 
qu'il  obéiffe.  Sentir  fon  cheval  dans  la  main  ,  c'eft  le 
tenir  de  la  main  &  des  jarrets,  de  façon  qu'on  en  foit 
le  maître  pour  tout  ce  qu'on  veut  entreprendre  fur 
lui. 

S'EN  VA  CHIENS ,  {Vénerie.)  c'eft  une  expreffion 
dont  fe  fervent  les  piqueurs  pour  fe  faire  entendre 
^e5  chiens  qui  chaffent  ;  voici  encore  d'autres  termes 
qui  fignifient  la  même  chofe  ,  il  vala  ,  chiens  coutre- 
vaux ,  chiens  ;  le  piqueur  doit  les  prononcer  les  uns 
après  les  autres  &  luivant  fa  difcrétion. 

SENUS ,  {Géog.  anc.)  fleuve  de  l'Irlande  :  fon  em- 
bouchure eft'  marquée  par  Ptolomée ,  /.  //.  c.  ij.  fur 
la  côte  occidentale  de  l'île  ,  entre  les  embouchures 
de  l'Aufoba  &  du  Dur  :  ce  fleuve  qui  eft  appelle  Sce- 
na  ;  par  Orofe  ,  /.  /.  c.  ij.  eft  le  plus  grand  fleuve  de 
l'île  ,  &:  fc  nomme  à  préfcnt  le  Schannon.  {D.  /.) 

SEP  ,  f.  m.  terme  de  Vigneron  ;  c'eft  le  tronc  de  la 
vigne ,  qui  porte  &:  jette  le  farment  qu'on  taille  tous 
les  ans.  On  voit  des  feps  bien  plus  gros  les  uns  que 
les  autres  ,  ce  qui  provient  fouvcnt  de  l'efpece  de 
raifin  qu'il  apporte;  car,  par  exemple,  un fep  de 
bourdelais  ,  de  mufcat,  de  raifm  de  damas  ,  devient 
plus  gros  qu'un  /j/7  de  mélier  ou  pineau, noir  61  blanc, 
&  ainfî  de  plufieurs  autres,  dont  on  fait  des  plants  de 
vigne.  Il  y  a  toujours  à  efperer  du  profit  d'un  jeune 
fep ,  au  lieu  qu'un  vieux  n'eft  propre  qu'à  brûler  6c 
Tome  XV, 


SEP  5> 

'   à  donner  de  bonnes  cendres  pour  la  lefîive.  {D.  J.\ 

Sep  de  drisse  ,  ou  Bloc  d'issus,  (  Manne,  y 
grofte  pièce  de  bois  quarrée  ,  qui  eft  entaillée  avec 
un  barrot  du  premier  pont ,  &  un  barot  du  fécond 
pont ,  qu'elle  excède  d'environ  quatre  pies  ,  pofée 
derrière  un  mât,  &  au  bout  de  laquelle  il  y  a  qua- 
tre poulies  fur  un  même  efîieu  ,  fur  quoi  pafTent  les 
grandes  drijfes.  On  diftingue  deux  grands/é/jj  de  drif- 
je  :  celui  du  grand  mât  qui  fert  à  la  grande  vergue  ^ 
&  celui  de  mifaine  qui  fert  à  la  vergue  de  miiaine. 
Les  autres yê/7i  de  drijfe  font  attachés  aux  grands  ,  & 
on  en  fait  ufage  pour  mettre  les  mâts  de  hune  hauts, 
par  le  moyen  des  guinderelTes  ,  &  pour  manœuvrer 
les  drifljes  des  huniers,  /^oye^ "Marine,  PI.  IV.jîg.  ,, 
le  ^rznàfcp  de  drijfe  ,  cotté  96.  &  celui  de  mijaine  ^ 
cotté  97. 

Dans  les  flûtes  ,  on  ne  met  point  de  fcps  de  drijfe  ^ 
mais  des  pouUes  ou  des  rouets  contre  le  bord ,  6c 
des  taquets  contre  le  mât  ;  &  dans  les  autres  bâti- 
mens  ,  comme  les  tialques  ,  les  damelopres,  les  fe- 
maies,  &c.  on  fait  ufage  d'un  bloc  appelle  petit  yi/» 
de  driffe ,  qu'on  met  en  plufieurs  endroits  fur  les  bor- 
dages  ,  &  fur-tout  à  l'avant  &  fur  la  couverte  ,  dans 
la  tête  duquel  pafTe  une  cheville  de  bois  fort  lon- 
gue ,  qui  déborde  de  chaque  côté  &  où  l'on  amarre 
les  manoeuvres. 

SÉPARATION  ,  f  f.  {Gram.  &Jurifpriid.)  eft  lorA 
que  l'on  met  une  perfonne  ou  une  chofe  à  part  d'avec 
une  autre. 

Il  y  a  trois  fortes  deféparations  ,  deux  qui  regar-î 
dent  les  perfonnes  mariées ,  l'une  que  l'on  appelle 
féparation  de  biens,  Vzutre  féparatio/i  de  corps  ;  la 
troifieme  eil  la  féparation  des  biens  de  l'héritier  d'a- 
vec ceux  du  défunt. 

Séparation  des  biens  ,  eft  lorfque  deux  conjoints 
ont  chacun  leurs  biens  à  part  &  divis. 

Quelquefois  les  conjoints  font  féparés  de  biens 
par  contrat  de  mariage  ,  ce  qui  arrive  lorfqu'ils  IH- 
pulent  que  la  femme  jouira  à  part  &  divis  de  les 
biens  ;  dans  ce  cas  on  autorife  la  femme  à  toucher 
fes  revenus  ,  &  ordinairement  elle  paye  penfion  à 
fon  mari. 

On  ne  doit  pas  confondre  une  femme  non  com- 
mune en  biens  avec  une  femme  féparée  de  biens  par 
contrat  de  mariage  ;  la  première  eft  feulement  ex- 
clufe  de  demander  communauté  dans  les  biens  ac- 
quis par  fon  mari ,  du  refte  elle  n'a  pas  l'adminiftra- 
tion  de  fes  biens  à  moins  qu'elle  ne  ibit  féparée. 

Lqs féparations  volontaires,  foit  des  biens  feule- 
ment confenties  depuis  le  mariage,  &  les j'éparations 
de  corps  &  de  biens ,  quoiqu'autorifées  par  quelques 
coutumes, ne  font  point  permifes  dans  nos  mœurs.  De 
t(^.\\cs  féparations  par  rapport  aux  biens  font  ordinai- 
rem.ent  frauduleufes  ;  \qs  Jcparations  volontaires  de 
corps  font  de  plus  contre  les  bonnes  mœurs.  Toute 
féparation  de  corps  &  de  biens ,  ou  même  de  biens 
feulement  depuis  le  mariage,  doit  être  ordonnée  par" 
juftice  &  en  connoifTance  de  caufe. 

La  féparation  de  biens  ne  peut  être  demandée  que 
par  la  femme  ,  en  cas  de  diffipation  de  fon  mari.  Elle, 
n'eft  pourtant  pas  obligée  d'attendre  que  le  mari  ait 
diftipé  tout  fon  bien  ,  &  encore  moins  la  dot  de  la 
femme  ,  la  féparation  feroit  alors  un  remède  inutile  ; 
il  fuftit  que  le  mari  foit  diffipateur  ,  &  que  vergat  ad 
inopiam^  que  la  dot  foit  en  péril  :  /.  XXIV.  ff.  folut. 
matrim.  lib.  XXIX,  cod.  de  jure  dotium,  l.  I.  cod.  de 
cur.it,  juriof. 

Si  la  femme  qui  demande  fa  féparation  eft  com- 
mune en  biens  avec  Ion  mari,  il  faut  qu'elle  renonce 
a  la  communauté  ,  autrement  l'acceptation  qu'elle 
en  feroit  feroit  préfumer  qu'il  n'y  a  pas  eu  de  diffi- 
pation de  la  part  du  mari. 

Le  défaut  de  renonciation  à  la  communauté  ne  fe- 
roit pourtant  pas  un  moyeh  de  nulUté  dans  une  fen- 

H  ij 


Co 


SEP 


tence  ic  Jiparjtion  ,  mais  faute  d'avoir  renoncé  ,  la 
femme  clemeureroit  commune. 

La  femme  qui  demande  la  l'éparation  doit  d'abord 
fe  faire  autorifcr  par  juftice  ,  à  l'effet  de  pourfuivre 
fa  jèpardtïon. 

La  demande  en  fêparation  doit  être  formée  devant 
le  juçe  laie  ;  le  ju^e  d'c<^;life  ne  peut  en  connoître  , 
s'at^ilTant  d'un  intérêt  purement  temporel. 

Quand  il  y  a  des  créanciers,  il  ell  i\-propos  de 
les  mettre  en  cauie  pour  voir  déclarer  commune 
avec  eux  la  fentence  qui  ordonnera  la  fcparaiion  , 
afin  qu'ils  ne  puilfent  pas  la  débattre  comme  coUu- 
foire. 

L'effet  de  la  fcparatlon  ordonnée  par  juftice  ,  eft 
que  la  femme  peut  feule  fans  l'autorifation  de  fon 
mari ,  faire  tous  adles  d'adminiftration  &  même  ef- 
ler  en  jugement  ;  mais  elle  ne  peut  fans  une  autori- 
fation  fpeciale  de  fon  mari ,  ou  par  juftice  à  fon  re- 
fus, faire  aucun  ade  qui  emporte  aliénation. 

hviféparinion  pour  être  valable  doit  être  exécu- 
tée, c'ell-à-dire  qu'il  faut  qu'il  foit  fait  inventaire 
&  un  procès-verbal  de  vente  des  meubles  du  mari. 

Cependant ,  fi  les  meubles  étoient  faifis  par  des 
créanciers,  \di  fêparation  feroit  cenfée  exécutée  à  l'é- 
gard de  la  femme  ,  par  la  relîitution  de  fes  propres 
ou  autres  aftes  qui  prouvent  qu'il  n'y  a  pas  eu  de 
fraudes  telles  qu'une  iailie-réelle ,  &c. 

La  JJparation  de  biens  peut  être  ordonnée  en  cas 
de  démence  du  mari ,  quoiqu'il  n'y  ait  point  de  diifi- 
pation  de  fa  part. 

Séparation  de  corps  &  d'habitation  o\\  fêparation  à 
thoro  ,  eft  un  jugement  cjui  ordonne  que  deux  con- 
joints par  mariage  auront  à  l'avenir  chacun  leur  ha- 
bitation Icparée. 

Chez  les  Grecs  &  les  Romains  ,  lorfqu'il  y  avoit 
quelque  caufe  pour  laquelle  les  conjoints  ne  pou- 
voient  plus  demeurer  enfemble  ,  il  y  avoit  la  voie 
du  divorce  qui  dans  certains  tems  &  dans  certains 
cas  étoit  ouverte  à  la  femme  comme  au  mari ,  dans 
d'autres  au  mari  feulement. 

L'effet  du  divorce  étoit  d'opérer  abfolument  la 
diflblution  du  mariage  ,  tellement  qu'il  étoit  libre  à 
chacun  des  conjoints  de  le  remarier. 

Le  divorce  étoit  encore  autorifé  en  certains  cas 
du  tems  de  Juftinien  ;  mais  parmi  nous  l'on  tient  , 
fuivant  le  droit  canon ,  que  le  mariage  eft  un  lien  in- 
dilTokible ,  lequel  étant  une  fois  valablement  con- 
trafté  ne  peut  plus  être  diffous ,  qiioad  fœdus  &  vin- 
culum  ;  &  quoique  les  auteurs  latins  qui  parlent  des 
fiparations  de  corps  &  d'habitation  fe  fervent  fou- 
vent  du  terme  divortium  en  parlant  de  ces  fortes  de 
fîparations  ,  cela  ne  doit  pas  s'entendre  du  divorce 
proprement  dit ,  lequel  n'eft  point  admis  parmi  nous, 
quoad  fœdus  &  vinculum  ,  mais  leuleraent  quoad  tho- 
Tum  6*  liabitationem. 

Il  y  a  en  effet  une  différence  effentielle  entre  le 
divorce  &  \z.  fêparation  de  corps  ,  en  ce  que  celle-ci 
ne  diflbut  pas  le  mariage. 

Cette  elpece  Ae  fêparation  ne  s'ordonne  que  pour 
caufe  de  févices  &  de  mauvais  traitemens  de  la  part 
du  mari  envers  fa  femme. 

Il  n'y  a  guère  que  la  femme  qui  demande  d'être 
réparée  de  corps  &  de  biens  ,  parce  qu'étant  fous  la 
puiflancc  de  fon  mari ,  elle  ne  peut  régulièrement 
le  quitter  fans  y  être  autoriiée  par  juftice. 

Il  y  a  cependant  quelques  exemples  que  des  maris 
ont  demandé  d'être  féparés  de  leurs  femmes  à  caufe 
de  leur  violence  ou  autres  déportemens,  mais  ces 
exemples  font  rares  &  ne  font  pas  dans  les  vrais  prin- 
cipes ;  la  femme  qui  fe  conduit  mal  envers  fon  mari 
ne  doit  pas  pour  cela  être  délivrée  de  fa  puifl'ance , 
le  man  peut  faire  ordonner  que  fa  femme  fera  ren- 
fermée dans  un  couvent. 

ha  fêparation  de  corps  ne  doit  être  ordonnée  que 


SEP 

pour  des  caufes  graves  ;  ainfi  la  diverfité  d'humeur  ^ 
&C  même  les  petites  altercations  qui  peuvent  furve- 
nir  entre  mari  &  femme  ne  font  pas  des  caufes  fuffi- 
fantes  de  fêparation. 

Les  caufes  pour  lefquelles  la  femme  peut  deman- 
der {a  fêparation  font  : 

1°.  Les  févices  &  mauvais  traitemens,  mais  il 
faut  qu'ils  foient  confidérables  ;  cap.  xiij.  extr.  de 
refiitut.fpoliat.  Des  injures  ni  des  menaces  ne  font 
pas  ordinairement  une  caufe  fufîifante  ;  cependant 
entre  perfonnes  d'une  condition  relevée  ,  les  juges 
pourroient  y  avoir  plus  d'égard  ,  parce  que  pour  ces 
fortes  de  perfonnes  ,  des  Injures  font  auffi  fenlibles 
que  des  mauvais  traitemens  pour  des  gens  ordi- 
naires. 

2°.  Si  le  mari  eft  convaincu  d'avoir  attenté  à  la  vie 
de  fa  femme. 

3*^.  S'il  vit  dans  la  débauche ,  &  qu'il  y  ait  du  dan- 
ger pour  fa  femme. 

4".  S'il  accufe  fa  femme  d'adultere ,  ou  autres  faits 
graves  contre  l'honneur ,  &  qu'il  y  fuccombe. 

5°.  La  folie  &  la  fureur  du  mari ,  lorfqu'elles  don- 
nent lieu  d'appréhender  pour  la  vie  de  la  femme. 

6°.  S'il  a  conçu  contre  fa  femme  une  haine  capi- 
tale. 

L'honneur  du  mariage  exige  que  la  demande  en 

fêparation  ne  fe  pourfuive  que  par  la  voie  civile ,  & 

non  par  la  voie  extraordinaire  ,  à  moins  que  ce  ne 

tilt  pour  une  caufe  capitale  ,  comme  fi  le  mari  avoit 

voulu  faire  aflaftiner  fa  femme. 

Tous  les  auteurs  conviennent  que  le  juge  d'églife 
eft  compétent  pour  connoître  de  la  demande  en  fê- 
paration de  corps ,  pourvu  qu'il  n'y  ait  aucun  inté- 
rêt temporel  mêlé  dans  la  conteftation  ;  mais  comme 
on  ne  manque  point  de  demander  en  même  tems  la 
Jêparation  de  biens  ,  comme  une  fuite  néceffaire  de  la 
fêparation  de  corps  ,  on  porte  ordinairement  ces  for- 
tes de  demandes  devant  le  juge  laïc. 

La  fêparation  ne  doit  être  ordonnée  que  fur  des 
preuves  fufHfantes  ,  foit  par  écrit ,  s'il  y  en  a ,  ou 
réfultant  d'une  enquête  ou  information. 

Lorfque  la  femme  a  obtenu  fa  fêparation ,  le  mari 
ne  peut  l'obliger  de  retourner  avec  lui ,  quelques  of- 
fres qu'il  faffe  de  la  traiter  maritalement. 

Lorfqu'au  contraire  la  femme  eft  déboutée  de  fa 
demande,  on  la  condamne  à  retourner  avec  fon  mari, 
auquel  on  enjoint  de  la  traiter  maritalement  ;  mais 
en  ce  cas  on  permet ,  quand  les  juges  n'adoptent  pas 
la  demande  en  fêparation  ,  à  la  femme  de  fe  retirer 
pendant  un  certain  tems  dans  un  couvent  où  fon  mari 
a  la  liberté  de  la  voir,  afin  que  les  efprits  irrités  aient 
le  tems  de  fe  calmer. 

hz.  fêparation  de  corps  &  de  biens  exclud  les  con- 
joints de  pouvoir  fe  fuccéder  en  vertu  du  titre  unde 
vir  &  uxor;  ce  droit  de  fucceffion  réciproque  n'ayant 
été  accordé  que  pour  honorer  en  la  perfonne  du  fur- 
vivant  la  mémoire  d'un  mariage  bien  concordant. 

Si  les  mari  &  femme  qui  ont  été  féparés  de  corps 
&  de  bien  fe  remettent  enfemble,  l'effet  de  \a  fêpara- 
tion ceffe  même  pour  les  biens  ,  &  toutes  chofes 
font  rétablies  au  même  état  qu'elles  étoient  aupara- 
vant \a  fêparation.  Foye^  les  lois  ecclêfiafliques  de  d'Hé- 
ricourt.  Le  traité  de  lajurifdicl.ecclêfiaji.  de  Ducafle, 
&  les  mots  Conjoints,  Divorce,  Dissolution, 
Mariage. 

Séparation  de  biens  d^  une  fucceffion.^  eft  un  jugement 
qui  ordonne  que  les  biens  de  l'héritier  feront  féparés 
de  ceux  du  défunt. 

Ccna  fêparation  a  lieu  lorfque  l'on  craint  que  les 
biens  du  défunt  ou  dé  l'héritier  ne  foient  pas  fufîi- 
fans  pour  payer  les  créanciers  de  l'un  &  de  l'au- 
tre. 

Suivant  le  droit  romain ,  il  n'étoit  permis  qu'aux: 
créanciers  du  défunt  de  la  demander,  afin  d'être  payés 


SEP 

fur  Tes  biens  par  prétérence  aux  créanciers  de  l'héri- 
tier, loit  qu'ils  fuflent  antérieurs  ou  polîcrieurs  en 
date. 

Mais  en  France  les  créanciers  de  l'héritier  peuvent 
aufli  demander  hféparation  des  biens  de  leur  débi- 
teur d'avec  ceux  du  défunt ,  pourvu  que  l'héritier 
n'ait  pas  encore  reconnu  la  dette ,  ou  que  le  litre 
n'ait  pas  été  déclaré  exécutoire  contre  lui. 

Cette  Jcparaàon  chez  les  Romains  devoit  être  de- 
mandée dans  les  cinq  ans  ;  mais  parmi  nous  l'action 
dure  trente  ans.  f^oyei  au  ff.  le  lu.  deféparat.  &  Cujac. 
ibid.  &  kg.  pcnult.  cod.  de  heredit.  acl.  Bouvot ,  le  Prê- 
tre ,  Boniface ,  Loyfel ,  Bacquet ,  Henrys.  (-^) 

SÉPARATION,  (Chimie.')  Il  efl  dit  à  Varticle  CHI- 
MIE, yP,  41  y ,  col.  première^  que  la  chimie  s'occupe 
étsféparadons  &  des  unions  des  principes  conilituans 
des  corps  ;  que  les  deux  grands  changemens  effec- 
tués par  les  opérations  chimiques,  font  la  féparation 
&  l'union  des  principes  ;  que  la  féparanon  chimique 
eft  encore  connue  dans  l'art  fous  les  noms  d'anafyfe^ 
de  compojition  ^  corruption  ^Jolution,  defiruciion  ^  dia- 
crefe ,  ou  plutôt  diacrife  ;  que  de  ces  noms  les  plus 
iifités  parmi  les  chimilles ,  les  françois  font  ceux  d'<z- 
nalyfe  &  de  décompojition. 

Quoique  les  affe£tions  des  corps  aggrégés  n'appar- 
tiennent pas  proprement  à  la  chimie  ;  &  qu'ainfi 
ftriftement  parlant  elle  ne  s'occupe  que  de  celle  des 
corps  unis  chimiquement  ;  cependant ,  comme  plu- 
fieurs  de  fes  opérations  ont  pour  objet  au-moins  fe- 
condaire ,  préparatoire  ,  intermédiaire  ,  &c.  la  dif- 
grégation  o\i  féparation  des  corps  aggrégés,  la  divi- 
îion  méthodique  des  opérations  chimiques  qui  appar- 
tiennent à  la  féparation ,  doit  fe  faire  en  celles  qui  dé- 
compofent  des  corps  unis  chimiquement ,  &:  celles 
qui  ne  féparent  que  les  parties  des  corps  aggrégés. 
Aufîi  avons-nous  admis  cette  divifion.  Foye^  l'article 
Opérations  chimiques. 

Les  deux  inflrumens  généraux  de  la.  féparation  chi- 
mique proprement  dite  font  le  feu  &  la  précipitation. 
Foyei  Feu,  Chimie,  &  Précipitation,  Chimie; 
c'eft  pourquoi  il  eft  dit  dans  ce  dernier  article  que 
toutes  les  opérations  de  Fanalyfe  menftruelle  (  or , 
analyfe  eft  fynonyme  à  fépdratio!i)  font  des  précipi- 
tations. 

Les  féparations  difgrégatives  s'opèrent ,  &  par  les 
inftrumens  chimiques  proprement  dits  ,  favoir ,  le 
feu  &  les  menftrues  ,  &  par  divers  inftrumens  mé- 
chaniques  ,  des  limes  ,  des  râpes  ,  des  mortiers  ,  &c. 
Foyeil'artick  OPÉRATIONS  CHIMIQUES.  (^) 

SpPARATION  OU  départ  par  la  voie  feche.^  (^Métal- 
lurgie ,  Chimie  &  Arts.)  c'eft  une  opération  par  la- 
quelle on  cherche  à  féparer  une  petite  quantité  d'or 
mêlée  dans  un  grand  volume  d'argent ,  de  manière 
que  l'or  ie  précipite  au  fond  du  creufet  &  fe  dégage 
par  fon ,  propre  poids  de  l'argent  que  l'on  réduit  en 
fcories  par  l'aélion  du  feu. 

On  a  vu  dans  V article  DÉPART  la  manière  dont 
l'or,  qui  eft  uni  avec  de  l'argent  ,  s'en  féparoit  à 
l'aide  des  diffolvans humides.  V.  DÉpart,Inquart, 
QuARTATiON  ,  &c.  Nous  allons  faire  voir  dans  cet 
article  comment  cette  féparation  s'opère  par  la  voie 
feche ,  c'eft-ù-dire  ,  à  l'aide  du  feu. 

Un  grand  nombre  de  livres  font  remplis  de  métho- 
des &  de  recettes  pour  faire  la  féparation  par  la  voie 
feche  ;  mais  lorfqu'on  vient  à  vérifier  ces  procédés  , 
on  trouve  que  la  plupart  font  fautifs  ou  inintelligi- 
bles. Parmi  ceux  que  l'on  a  eu  occafion  de  connoî- 
tre ,  on  n'en  a  point  trouvé  de  mieux  décrits  que  celui 
que  M.  de  Jufli,  célèbre  chimifte  allemand,  a  inféré 
dans  fes  œuvres  chimiques  ,  publiées  en  allemand  en 
1760  :  on  a  donc  cru  devoir  le  rapporter  ici  en  en- 
tier ,  il  fervira  îl  faire  connoître  le  progrès  que  cette 
opération  pénible  a  fait  jufqu'à  prélent. 

La  matière  qui  contribue  le  plus  à  la  féparation  de 


SEP 


61 


l'argent  d'avec  l'or  eft  le  foufre  ;  cette  fubftauce  s'u- 
nit avec  l'argent  qu'elle  attaque ,  fans  avoir  la  moin- 
dre adion  fur  l'or  ,  qui  par-là  fe  dégage  de  l'argent, 
&  forme  un  régule  à  part  au  fond  du  creufet.  Loribue 
cette  féparation  fe  fait  en  grand ,  on  n'obtient  jamais 
un  régule  ou  culot  d'or  pur,  &  l'on  eft  très  content 
lorfque  la  maffe  reguline  efl  compofée  de  trois  par- 
ties d'argent  contre  une  partie  d'or.  Cela  vient ,  fui- 
vant  M.  de  Jufti,  de  ce  que  pour  ménager  les  creufets, 
on  en  tire  le  métal  fondu  avec  des  cuillères  ,  ou  bien 
on  le  vuide  dans  des  cônes  ou  des  creufets  pointus, 
ce  qui  ne  peut  guère  le  faire  affez  promptement  pour 
qu'une  portion  du  métal  ne  fe  refroidifle  pas  ,  alors 
la  matière  n'eft  point  affez  fluide  ,  &  l'or  en  coulant 
entraîne  avec  lui  une  portion  confidérable  de  l'argent. 
Voici  un  procédé  par  lequel  M.  de  Jufti  afTure  avoir 
obtenu  l'or  en  une  maffe  reguline  affez  pure  ;  il  prit 
un  demi-marc  d'argent  qui  contenoit  de  l'or ,  il  le 
mit  en  grenaille  ,  6c  après  en  avoir  fait  l'effai  avec 
exaditude  par  la  coupelle  &  par  i'eau-forte,il  trouva 
que  la  maffe  d'argent  tenoit  quatre  grains  d'or.  Il  mit 
cet  argent  en  grenaille  en  cémentation  avec  dulbufre 
dans  un  creufet  couvert  &  bien  lutté;  &  lorfque  l'ar- 
gent eut  été  bien  pénétré  par  le  foufre,  il  en  fit  la  pré- 
cipitation ,  en  y  mettant  du  fiux  noir  ,  du  fiel  de 
verre,  de  la  limaille  de  fer  &  de  la  litharge.  Après 
que  le  tout  fut  entré  parfaitement  en  fufton  ,  il  laiffa 
refroidir  le  creufet.  Alors  il  caffa  le  creufet  ,  &  il 
trouva  au  fond  de  la  maffe  d'argent,  un  petit  bouton 
ou  culot  d'or  ,  qui  avoit  la  couleur  de  l'or  qui  eft 
allié  avec  de  l'argent  ;  fa  petitefl'e  empêchoit  qu'on 
ne  pût  le  féparer  parfaitement  de  l'argent ,  néan- 
moins M.  de  Jufti ,  en  fe  donnant  beaucoup  de  pei- 
ne ,  en  détacha  3  ^  grains ,  il  en  étoit  refté  environ  un 
demi-grain  uni  avec  l'argenté  A  l'effai ,  il  trouva  que 
cet  or  étoit  à  20  karats.  Ayant  réitéré  cette  expé- 
rience, il  eut  le  même  fuccès.  Ce  favant  chimif^ce  ne 
doute  pas  que  cette  expérience  ne  réufsît .  encore 
mieux  en  grand  ,  &  il  croit  que  ceux  qui  s'occupent 
du  travail  de  la  féparation  ou  du  départ  par  la  voie 
feche  dans  les  monnoies ,  feroient  mieux  de  ne  point 
tant  regarder  à  la  dépenfe  du  creufet  qu'il  faudroit 
brifer  ,  qu'à  ce  qu'il  en  coûte  pour  multiplier  les  fé- 
parations afin  de  faire  enforte  que  les  régules  contien- 
nent trois  parties  d'argent  contre  une  partie  d'or , 
pour  en  faire  enfuite  le  départ  avec  l'eau-forte.  En 
effet ,  il  paroît  que  l'on  épargneroit  beaucoup  de 
charbon  &  les  frais  de  l'eau-forte  en  fuivam  le  pro- 
cédé qui  a  été  rapporté  ,  ce  qui  feroit  profitable,  fur- 
tout  ft  l'on  peut  fe  procurer  des  creufets  à  un  prix 
raifonnable.  D'ailleurs  ,  on  n'auroit  qu'à  purifier  l'or; 
qu'on  a  dit  être  à  ao  karats ,  en  le  faifant  fondre  avec 
l'antimoine. 

On  fuit  deux  routes  principales  pour  opérer  la  pré- 
cipitation dans  la  féparation  par  la  voie  feche.  Les  uns 
fe  fervent  du  flux  noir ,  &  d'autres  fels  ou  fubltances 
alkalines  ,  telles  que  le  fiel  de  verre  ,  pour  fervir  de 
précipitant  ;  d'autres  rejettent  cette  méthode,  &:  fe 
fervent  du  fer  pour  cette  précipitation. Il  y  a  à  Leip- 
fick  deux  familles  qui  depuis  plufieurs  années  font 
en  pofléffion  du  fecrct  de  faire  la  féparation  ou  le  dé- 
part par  la  voie  feche ,  elles  fe  fervent  de  deux  mé- 
thodes difîcrentes.  La  première  de  ces  familles  ,  qui 
eft  celle  de  Pfanenfchmidt ,  fe  fert  principalement  du 
fer  pour  la  précipitation  ,  fans  employer  de  fondans 
alkalins.  La  féconde  famille ,  qui  eft  celle  de  Stole , 
fe  fert  de  fondans  alkalins  pour  la  même  opération. 
Ces  deux  méthodes  font  connues  en  Allemagne  fous 
le  nom  des  deux  familles  qui  les  exercent. 

M.  de  Jufti  examine  laquelle  de  ces  deux  métho- 
des mérite  d'être  préférée.  Pour  cet  effet ,  il  faut 
faire  attention  à  deux  chofes  ;  i  ".  à  ce  qui  rend  l'opé- 
ration plus  facile  ;  z''.  à  ce  qui  la  rend  moms  cou- 
tcufe.  Il  n'eft  pas  douteux  que  les  alkahs  fixes ,  tels 


6i  S  Ë   P 

<,ue  le  fliix  noir,  la  potafle  &  le  fiel  de  verre  font  les 
iubllances  les  plus  propres  ^  le  combiner  avec  le  iovi- 
fre  ;  elles  lurpallent  même  le  ter  dans  cette  propriété, 
«ul  pourtant  cil  de  toutes  les  l'ubitances  métalliques 
<elle  qui  a  le  plus  de  dilpolitlon  ;\  s'unir  avec  le  iou- 
frc.  Ainh  ,  en  joi'^nant  le  ter  avec  ces  lubftances  al- 
-kalines  ,  il  n'elt  pas  douteux  que  la  précipitation  le 
^era  plus  promptement  &  plus  parfaitement ,  &  les 
matières  falines  en  nageant  i\  la  lurface  des  métaux 
•en  fufion  doivent  empêcher ,  que  le  Ibufre  pouffé  par 
Vatlion  du  teu  ,  n  entraîne  6c  ne  volatilité  avec  lui 
un  grand  nombre  de  molécules  d'argent.   D'où  l'on 
voit  que  les  fondans  alkalins  ont  leur  avantage  ;  mais 
d'un  autre  côté ,  on  ne  peut  fe  diliimuler  qu'ils  n'aient 
aulU  leurs  inconvéniens.   D'abord  ils  endommagent 
contidérablemenr  les  creufcts  ,  Se  les  mettent  hors 
d'eiat  de  fcrvir  davantage  ,  ce  qui  augmente  les  frais 
dans  une  opération  oii  l'économie  fait  tout  le  profit. 
De  plus  ,  tout  le  monde  fait  que  les  fels  alkalis  com- 
binés avec  le  foufre  forment  ce  qu'on  appelle  r/icpar 
ou  \cfoie  de  foufre ,  qui ,  à  la  vérité  ,  facilite  la  fufion 
des  métaux  ,  mais  qui  diffout  en  même  tems  l'or  & 
l'arf^ent  de  manière  qu'il  eft  impolfible  de  leur  rendre 
leur"  forme  métallique,  du  moins  fans  des  peines  & 
des  dépenfes  conùdérables  ;  d'ailleurs  ce  foie  de  fou- 
fre rend  ces  métaux  aigres  &  caffans  ,  de  forte  qu'il 
faut  recourir  c\  des  fufions  réitérées  avec  le  fel  ammo- 
niac, le  nitre,  le  borax,  &c.  pour  dégager  ces  mé- 
taux de  la  mauvaife  qualité  qu'ils  ont  contraa:ée;tou- 
tes  ces  chofes  augmentent  la  dépenfe ,  &  font  qu'une 
portion  de  l'argent  le  perd,  vu  que  l'on  ne  retrouve 
point  exactement  celui  qui  s'elt  converti  enfcories. 
M.  de  Jufti  a  trouvé  par  des  expériences  que  le  flux 
noir  tk  le  fiel  de  verre,  furtout  quand  ces  deux  fon- 
dans font  combinés,  produifoient  dans  le  feu  une  plus 
grande  quantité  de  foie  de  foufre  que  l'on  ne  pour- 
roit  l'imaginer.  Outre  cela  le  flux  noir  ,  à  caufe  du 
nitre  qui  y  entre,  ne  laiffe  pas  d'augmenter  la  dépen- 
fe ,  furtout  fi  l'on  travaille  en  grand  ;  d'ailleurs  il  at- 
tire très-rapidement  l'humidité  de  l'air  ,  ce  qui  peut 
caufer  beaucoup  d'inconvéniens  dans  l'opération. 

D'après  toutes  ces  confidérations ,  M.  de  Julii  don- 
ne la  préférence  à  l'opération  dans  laquelle  on  em- 
ploie le  fer  au  lieu  de  fubflances  alkalines ,  vaque  ce 
métal  efl  à  très-bon  marché  ,  qu'il  a  une  très-grande 
difpofition  à  abfoiber  le  foufre ,  &  cjue  par  fon  moyen 
on  n'eu  point  expofé  à  perdre  une  portion  de  l'ar- 
gent. Cependant  il  eft  à-propos  d'y  joindre  un  peu  de 
fiel  de  verre  ,  qui  eft  une  fubftance  peu  couteufe  ; 
•elle  facilitera  la  fufion,  empêchera  le  foufre  de  diffi- 
per  ou  d'entraîner  avec  lui  une  portion  de  l'argent , 
favorifera  la  formation  des  fcories  ,  &  s'il  fe  forme 
du  foie  de  foutre  ,  ce  ne  fera  qu'en  très-petite  quan- 
tité. 

Si  l'on  a  une  certaine  quantité  d'argent  contenant 
<le  l'or ,  dont  on  veuille  fiiire  hféparanon  par  la  voie 
féchc  ,  il  fera  à  propos  d'en  faire  l'effai  avec  beaucoup 
<l'exacHtude  par  la  coupelle  ou  par  l'eau-forte,  pour 
liivoir  combien  le  marc  d'argent  contient  d'or,  /^oye^ 
rarticlc  EssAi.  Pour  cet  effet  il  faudra  commencer 
par  mettre  cet  argent  en  grenaille  très-fine ,  ce  qui 
fe  fait  en  le  faifant  fondre  ,  &  en  le  verfant  douce- 
ment dans  un  vaiffeau  rempli  d'eau  ,  que  l'on  agi- 
tera fans  interruption  avec  des  petites  branches  de 
bouleau  ,  alors  on  en  fera  l'effai.  Il  eft  important  que 
l'argent  foit  réduit  en  une  grenaille  très-fine  comme 
<le  la  dragée,  ou  tout  au  plus  comme  des  lentilles  , 
parce  que  l'on  n'aura  pas  befoin  d'y  joindre  une  aulïï 
grande  quantité  de  foutre  pour  l'opération  fubfé- 
quente  ,  c'eft-à-dire  pour  la  fèparation  ou  le  départ 
par  la  voie  lèche.  En  effet  ,pour  qu'elle  fe  faffe  exac- 
tement ,  il  faut  que  tout  l'argent  foit  parfaitement 
pénétré  par  le  foufre  ;  fans  cela  ,  ce  métal  tombe  au 
ibnd  du  çreufet,  &  l'on  obtient  des  maffes  mctalli- 


SEP 

(^iles  trop  grandes  pour  pouvoir  en  bien  faire  le  dé-^ 
part  par  l'eau-forte  ,  &  l'on  fera  dans  le  cas  de  re- 
commencer \-Apparation. 

Pour  mêler  l'argent  en  grenaille  avec  le  foufre  , 
on  mouillera  cette  grenaille  avec  de  l'eau ,  on  y 
joindra  du  foufre  en  poudre  fine ,  on  roulera  le  tout 
avec  la  main,  de  manière  que  chaque  grain  d'argent 
ait  une  petite  croûte  de  foufre  ;  fi  l'argent  eft  parfai* 
tement  pur ,  il  lera  ;\  propos  avant  que  de  le  mêler 
avec  le  foufre ,  d'en  mettre  à  part  autant  de  demi  on- 
ces ,que  l'on  a  de  marcs  dont  on  veut  faire  le  départ 
ou  la  fcparation. 

Lorfquc  l'argent  en  grenaille  a  été  mêlé  avec  du 
foufre  ,  on  le  met  dans  un  creufet  que  l'on  remplira 
prefqu'entierement  ;  on  le  couvrira  d'un  couvercle  , 
&  l'on  aura  foin  de  bien  luter  les  jointures  ,  de  peur 
que  l'aQion  du  feu  ne  faffe  partir  une  grande  quan- 
tité de  foufre  qui  n'aura  pas  produit  fon  effet ,  &  qui 
n'aura  point  intimement  pénétré  l'argent.  On  don- 
nera d'abord  un  feu  très-doux ,  on  placera  le  creu- 
let  fur  un  fupport ,  &  on  fera  un  feu  circulaire  ,  qui 
approche  peu  à  peu  du  creufet ,  &  on  le  laiffera 
échauffer  jufqu'à  ce  qu'on  voye  une  flamme  légère 
de  foufre  fortir  par  les  jointures  ,  alors  la  diffolutiort 
de  l'argent  par  le  foufre  fera  faite. 

Pendant  cette  opération  on  préparera  le  fourneatl 
à  vent.  On  fera  bien  de  pratiquer  dans  le  cendrier  un 
creux  ou  une  fofl'e  de  terre  glaife  que  l'on  tiendra 
bien  nette ,  afin  que  fi  le  creufet  venoit  à  fe  fendre  , 
le  métal  fondu  ne  vînt  point  à  fe  perdre. 

Alors  on  ôtera  le  couvercle  du  creufet ,  qui  con- 
tient l'argent  com*biné  avec  le  foufre  ;  &  fi  l'argent 
ne  contient  point  de  cuivre ,  ce  qui  eft  affez  rare ,  on 
y  mettra  la  demi-once  d'argent  qui,  comme  on  l'a 
dit ,  aura  été  retenue  fur  chaque  marc.  On  couvrira 
le  creulet  d'un  couvercle ,  dans  lequel  on  aura  fait  un 
trou  ;  par  lequel  on  paffera  un  fil  de  fer  affez  fort  ;  on 
placera  le  creufet  au  fourneau  à  vent;  on  l'entourera 
de  charbons  aufll  également  qu'il  fera  poffible ,  après 
quoi  on  remplira  entièrement  le  fourneau ,  &  l'on 
mettra  des  charbons  ardens  par  le  haut,  afin  que  le 
feu  s'alluir.e  de  haut  en  bas.  Lorfque  le  mélange  fera 
entré  parfaitement  en  fufion ,  ce  qui  arrivera  très- 
promptement,&  ce  dont  on  pourra  s'affurer  au  moyen 
du  fil  de  fer  qui  traverfe  le  couvercle  du  creulet ,  on 
ôtera  ce  couvercle,  afin  d'achever  l'opération  à  l'ai- 
de du  précipitant  qui  fuit ,  que  l'on  tiendra  tout  prêt 
pour  s'en  fervir  au  befoin. 

C'eft  un  mélange  compofé  de  deux  parties  de  li- 
maille de  fer  non  rouillé,  d'une  partie  de  litharge  , 
d'une  partie  de  fiel  de  verre  ,  &  d'une  partie  de  fel 
marin  fondu.  Ce  mélange  eft  celui  dont  on  peut  fe 
lervir  avec  le  plus  de  fuccès  dans  la  première  &  la 
féconde  fufion  de  l'argent  combiné  avec  le  foufre  ; 
mais  dans  la  troifieme  &  quatrième  fufion  &  dans 
les  luivantes,  il  fera  à-propos  d'y  ajouter  encore  deux 
parties  de  plomb  en  grenaille. 

Dans  la  première  fonte  on  employera  autant  de 
demi-onces  du  mélange  que  l'on  aura  de  marcs  d'ar- 
gent, dont  on  voudra  faire  \^  fèparation  ou  le  départ. 
On  ne  mettra  pourtant  le  mélange  que  peu-à-peu  ,  en 
le  répandant  fur  le  métal  fondu  ,  de  manière  qu'il  en 
couvre  la  lurface,  &  à  chaque  fois  on  remuera  le  tout 
avec  le  fil  de  fer  qui  traverfe  le  couvercle. 

Durant  cette  opération  ,  on  donnera  toujours  un 
feu  violent,  afin  que  le  mélange  entre  parfaitement 
en  tufion  ;  pour  cet  effet  on  fera  bien  de  recouvrir  le 
creulet ,  &  de  fortifier  le  feu  à  chaque  fois  que  l'on 
aura  mis  de  la  compolîtion  précipitante  ;  il  faudra 
auffi  avoir  foin  que  les  charbons  chauffent  également 
le  creufet  qui  pourroit  fe  fendre,  fi  l'on  mettoit  au- 
près de  lui  un  trop  grand  nombre  de  charbons  non 
allumés ,  ce  qui  arrive  ,  fur-Jout  lorfquc  les  creufcts 
font  grands. 


1 


SEP 

Si  l'on  vouloit  faire  en  une  feule  fois  la  fèparatlon 
de  l'or ,  &  !e  mettre  en  un  bouton  ou  culot ,  il  feudra 
doubler  la  quantité  du  mélange  qui  fert  à  précij)iter , 
&:  peut-être  qu'alors  on  ne  pourroit  le  difîenfcr 
d'employer  le  flux  noir  dans  ce  mélange.  Mais  fi  l'on 
vent  faire  cette  opération  à  l'ordinaire  ,  on  mettra 
autant  de  demi-onces  de  la  matière  précipitante  que 
l'on  aura  de  m.arcs  à  féparer.  On  laiiiera  le  mélange 
enfulion  pendant  dix  minutes  ,  après  quoi  on  le  vui- 
dera  dans  un  cône  bien  échaurTé  ;  ou  fi  le  creufct  étoit 
trop  grand  ,  on  y  puiferoit  une  portion  de  la  matière 
fondue  ,  jiifqu'à  ce  qu'on  puific  le  remuer  avec  faci- 
lité. 

i\I,  de  Juili  afllire  que  le  mélange  qui  a  été  indiqué 
pour  fervir  à  la  précipitation  ,  procure  un  avantage 
confidérable ,  qui  elt  la  facilité  de  féparer  la  partie 
Téguline  ou  le  culot  qui  eil  tombé  au  fond  du  creu- 
fet ,  d'avec  l'argent  qui  elt  encore  combiné  avec  le 
foufre,  au  lieu  qu'il  n'en  efl:  pas  de  même ,  lorfqu'on 
emploie  le  fiiix  noir  &  le  plon>b  en  grenaille  dès  le 
commencement  de  l'opération  ;  car  alors  il  n'y  a  d'au- 
tre moyen  pour  féparer  le  culot ,  que  de  faire  refon- 
dre le  tout  de  nouveau  ,  &  alors  oti  retire  le  culot 
avec  unepincette ,  parce  qu'il  n'entre  point  en  fufion 
{i  promptemcnt  que  l'argent  uni  avec  le  foufre. 

On  eft  obligé  de  réitérer  la  précipitation  quatre  à 
cinq  fois  ,  tc  même  plus  ,  fi  l'on  veut  Icparer  parfai- 
tement l'or,  &  recouvrer  l'argent  qui  efl  uni  avec 
le  foufre;  pour  cet  effet ,  on  remet  le  creufet  dans 
le  fourneau  ;  à  chaque  fois  qu'on  a  vuidé  la  partie 
métallique  dans  le  cône  ,  on  en  détache  les  fcories, 
c'eft-à-dire ,  l'argent  pénétré  de  foufre,  que  l'on  re- 
met de  nouveau  à  fondre  dans  le  creufet ,  &  l'on  en 
fait  la  précipitation  de  la  m^aniere  quia  été  indiquée, 
excepté  que  pour  la  troifieme  &  la  quatrième  fois 
qu'on  précipitera ,  on  joindra  deux  parties  de  plomb 
au  précipitant ,  comme  on  l'a  déjà  dit.  Car  fi  l'opé- 
ration a  été  faite  avec  foin  ,  il  faudra  que  tout  l'or 
fe  trouve  dans  le  premier  &  le  fécond ,  ou  tout  au 
moins  dans  le  troifieme  culot.  Les  précipitations  fub- 
féquentes  ne  fe  font  que  pour  recouvrer  l'argent  qui 
ell  uni  au  loufre  ,  &  qui  eif  en  fcories. 

Cependant  on  ne  peut  guère  retirer  tout  l'argent 
qui  étoit  paiTé  dans  ces  icories  ,  qui  contiendront 
toujours  un  marc  d'argent  par  quintal,  quoique  ha- 
bile que  foit  celui  qui  opère  ;  lefeul  moyen  d'en  ti- 
rer parti ,  c'efr  de  porter  ces  fcories  aux  fonderies 
où  l'on  tire  l'argent  de  fes  n;ines.  Ceux  qui  s'occu- 
pent du  départ  ou  de  h  fé/.'.iration ,  raffemblent  ces 
fcories  ou  craffes  ;  ils  les  portent  aux  fonderies  ,  les 
joignent  avec  du  plomb  &  des  fondans  convenables , 
les  font  paiîér  au  fourneau  de  fonte  ,  &  paffent  le 
tout  h  la  coupelle:  ce  qui  leur  procure  fouvent  un 
profit  alfcz  honnête. 

Quant  aux  différens  culots  que  l'on  a  obtenus  par 
la  /épuration  ,  on  les  met  en  grenaille  chacun  féparé- 
ment ,  &  l'on  en  fait  l'elfai  par  la  coupelle  &  par 
l'eau-forte,  pour  favoir  la  quantité  d'or  que  chacun 
contient.  L'on  trouvera  communément  qu'en  iui- 
vant  le  procédé  qui  a  été  indiqué ,  la  plus  grande 
partie  de  l'or  fera  dans  le  premier  ou  le  fécond  cu- 
lot ,  on  n'en  trouvera  dans  le  troifieme  &  les  fui- 
vans  ,  que  lorfque  l'opération  aura  été  mal  faite.  On 
pafTera  à  la  grande  coupelle  ou  fur  le  têt  les  culois 
qui  contiennent  un  quart  d'or  ,  &  alors  on  en  fera  le 
départ  ou  la  quartation  avec  de  bonne  eau-forte  ,  & 
l'on  fera  fondre  la  poudre  d'or  qui  fera  tombée  au 
fond  de  ce  diflblvant.  A  l'égard  des  culots  qui  tien- 
nent beaucoup  moins  qu'un  quart  de  leur  poids  d'or , 
on  les  joindra  à  de  nouvel  argent  tenant  or  pour  un 
nouveau  travail.  On  rafine  fur  le  têt  les  autres  culots 
qui  ne  contiennent  point  une  portion  f  enfihle  d'or,  & 
on  en  fait  des  lingots  ou  des  banes  avec  l'argent  en 
poudre  que  donne  i'eau-forte  précipitée.  Si  le  départ 


S  Ê  P 


«î 


ou  h/c/f-iratlon  a  été  faite  avec  foin  ,  le  marc  de  cet 
argent  ne  doit  point  contenir  au-delà  d'un  dixième  dé 
grain  d'or,  car  jamais  par  la  voie  fiche  on  ne  par- 
vient àféparortotalcment  l'or  d'avec  l'argent,  f^oyc^ 
/es  œuvres  chimiques  Je  M.  de  Jufti ,  tome  I.  (— ) 

SÉPARATION,  f.  f.  tJuns  rîconomit  animale ,  aftion 
par  laquelle  différentes  liqueurs  fe  féparent  de  la 
maffe  du  fan  g. 

La  jiparation  des  liqueurs  dans  des  artères  plus 
petites  diffère  de  la  fécréîion  en  ce  qu'elle  ne  s'operc 
que  dans  un  rameau  d'artère  qui  devient  une  fécon- 
de fois  conique  convergente  ,&  fe  continue  dans  fa 
propre  veine  ;  afi  lieu  que  dans  la  fécrétion  c'eil  un 
conduit  femblable  à  une  veine  ,  &  qui  ne  reporte 
point  la  liqueur  à  la  maffe.  Voye^  SÉckÉtion. 

SÉVA.RX.TiO'H  en  Archiceclure ,  eft  ce  qui  divife  OU 
fépare  unz  chambre  ou  un  appartement  d'avec  un 
autre. 

SÉPARATISTE,  f  m.  (  Hi[f.  cccUf.  )  fefte  de  re- 
ligion en  Angleterre,  ou  plutôt  nom  commun  à  tou- 
tes les  fecfes  qui  ont  établi  des  églifes  féparées  par 
oppofitionàla  religion  anglicane  qui  cflla  feule  au-> 
torifce  par  la  loi.  Voye^  Dissentans  NON  CONFOR- 
MISTES. 

Aujourd'hui  le  \r\ot  pp.iratijlis  ,  parmi  les  Angîois, 
fignifie  plutôt  une  coUc'àion -de  fcths ,  telles  que  les 
Presbytériens ,  l^s  Puritains  ,  les  Qiiakres ,  &c.  qu'- 
une fe^fe  particulière.  Mais  vers  leur  commencement 
ils  convinrent  entr'eux  qu'ils  feroient  tous  défignés 
par  un  même  nom.  Leur  divifion  en  Presbytériens  ,' 
Indépendans,  Anabaptiftes  ,  &c.  eft  tout-à-fait  mo- 
derne. Foyei  Presbytériens  ,  Indépendans  ,  &c. 
.  Hornius  ,  dans  fon  hiftoire  eccléfiafiique  d'Angle- 
terre, dit  que  les  Séparatifles  font  ceux  qui  fous 
Edouard  VI.  Elifabeth  ,  &  Jacques  I.  refuferent  de 
fe  conformer  à  l'églife  anglicane  ,  &  qui  farent  pre- 
mièrement appelles  Puritains  ,  enfuite  Séparatifs  6c 
enfin  non-conformijies,  Foye^  PuRlTAlNS. 

Boltoû  fut  le  premier  chef  des  S éparati/Ics;  mais  il 
quitta  enfuite  le  parti  qu'il  avoit  lui-même  formé. 
Robert  Brown  lui  ficcéda  ,  &c  de-là  les  Séparutiftes 
prirent  le  nom  de  BrownifLs  qu'ils  ont  retenu  lonp^- 
tems  ,  quoique  Brown  eût  abandonné  lui-même  la 
fefte  ,  &  eût,  à  l'imitation  de  Bolton,  abjuré  fes  er- 
reurs. ^oj^^Brownistes. 

A  Brown  fuccéda  Barrow  qui  fut  pendu  h  l'infti- 
gation  des  évêques.  Les  Séparatifîes  eurent  eniifite 
pour  chef  Johnfon  ,  qui  éleva  une  églife  à  Amfler- 
dam  ;  mais  celle  ci  fé  divifa  en  plufieurs  fédes  dont 
l'une  eut  pour  chef  le  frère  même  de  Johnfon  :  celui- 
ci  l'excommunia ,  &  en  fut  excommunié  à  fon  tour. 
AufTi-tôt  après  ,  un  cinquième  nommé  Smiks  érigea 
une  femblable  églife  à  Leyde  ;  mais  elle  fe  réduifit 
prefque  à  rien  après  fa  mort ,  &  le  féparatifm.e  fem- 
bloit  éteint ,  lorfque  Ptobinlbn  parut  6c  le  releva.  Il 
adoucit  les  dogmes  de  Bro'*-n ,  il  remit  entre  les  Sé- 
paratifies  la  bonne  intelligence;  mais  il  ne  put  jamais 
réunir  toutes  les  fe£les.  Une  partie  tient  encore  au- 
jourd'hui pour  les  opinions  rigides  de  leur  ancien 
maître  Brown ,  &  une  autre  fuit  llobinfon. 

Les  premiers  ont  retenu  le  nom  de  Sêparatifics ,  & 
les  derniers  ont  pris  celui  ait  femi-Séparatiflcs  ;  mais 
çn^w  ils  ont  dégénéré  en  Indépendans  ;  6c  c^çil  le  nom 
ordinaire  qu'on  leur  donne  tant  en  Angleterre  que 
dans  les  colonies  angloifes. 

Hornius  fait  mention  d'une  autre  claffe  de  Sépara- 
tifies  q\x'[[H[)i->i:lleJi:/'jui-Séparatifies,  c'ell-à-dirc.  Se- 
paratiflis  &  demi.  Quelques-uns  prétendent  qucc'efl 
une  fes^e  particulière  ;  mais  d'autres  fbutiennenr  qu'- 
elle n'efl  pas  différente  dcsfcmi-SéparatiJ}<:s  ;  car  ils 
difent  que  ces  derniers  ,  fous  prétexte  de  tenir  un 
milieu  entre  les  Browniifes  6i  les  Anglicans  ,  allè- 
rent beaucoup  plus  loin  que  les  Brownifles  même , 


64 


SEP 


&  fous  le  nom  de  iùmi-SJ/>.-jradf.cs ,  dcgcncicrcnt 
en  Sci'jranlUs  &C  ilcmi. 

SEPARER  ,  V.  aci.  (  Cz-^z/w.  )  divifer ,  disjoindre  , 
écarter,  éloigner,  dillingvier  ;  on  a  fcpuré  la  terre 
en  autant  do  '^)ortions qu'il  y  avoit  d'eni'ans  ;  il  huit 
fq'unr  lescrioles  de  ce  mélange ,  le  bon  grain  du  mau- 
vais ;  onféparcXz  tête  du  corps  ,  d'un  coup  de  labre  ; 
l'homme  îcjcpjre  de  la  temme adultère  ;  ils  ïnionifè- 
puris  avec  beaucoup  de  douleur  ;  la  Seine  le  féparc 
en  deux  en  cet  endroit  ;  les  Alpes  Jcparem  la  France 
de  ritalio;  les  proteflans  {oniJ:p.zrcs  de  notre  com- 
iiuwiion. 

SÉPARER  les  guJiiS  ,  (  terme  de  Vénerie ,  )  c'eil  dil- 
tribuer  par  billets  aux  veneurs  ,  &L  aux  valets  de  li- 
miers ,  une  tbrét ,  ou  pluiieursbuilTons,  par  cantons, 
pour  aller  a.i  bois  détourner  les  bctes.  (Z).  7.) 

SEPAVES  ,SlPAYES,oaSEPOYS,  (I/ijlmod.) 
on  déligne  l'ous  ce  nom,  dans  l'Indoftan  ,  des  foldats 
indiens  ,.  qui  lont  entretenus  &C  difcipJinés  h  la  ma- 
nière des  troupes  européennes,  Lts/épaycs  font  ula- 
ge  des  armes  ù  ttu ,  6c  lont  d'alîez  bons  Ibîdats  , 
lorlqu'ils  l'ont  commandés  par  des  européens. 

SEPEAU  ,  1.  m.  (  Ou/il  de  monnoie.')  c'cl]:  un  tronc 
ou  louche  de  bois ,  lur  lequel  les  ouvriers  ,  quand  ils 
fabriquent  les  monnoies  ,  polent  leur  tas  ou  leur 
pile,  pour  les  frapper  6^^  marcjuer.  {D.  7.) 

SEPÈE,  f.  f.  (  tcrrjie  di  LabourenrS  c'eft  une  touffe 
de  plufieurs  arbres  qui  ont  pouffé  <f  un  même  tronc 
ou  racine.  11  faut  avoir  fo':n  d'arracher  d'un  pré  les 
aulnes  qui  viennent  àwppéc ,  car  en  peu  de  tems  ils 
occuperoicnt  une  partie  du  pré.  (Z>.  7.) 

SEPKARITES,  f.  m.  pi.  {Htfi.  ,nnd.)  fcde  de 
mahomctans,  dont  le  nom  vient  dç/cphar ,  quifig- 
nifie  ,  qualité,  attribut ,  forme.  Ils  admettent  en  Dieu 
des  attributs  de  bonté ,  de  puiffance,  d'éternité  ,  &c. 
Ils  croient  même  que  Dieu  a  une  figure  vilîble  com- 
me rhomme  ,  6l  difent  que  cette  figure  ell  campofée 
de  parties  corporelles  &  fpirituelles  ,  &  que  les  or^ 
ganes  de  fon  corps  ne  font  point  fujets  à  la  corrup- 
tion ,  ni  i\  aucune  altération.  Ce  fyllème  paroît  co- 
pié d'après  celui  df  s  anciens  antropomorphites  ;  ceux 
d'entre  les  mahométans  qui  leur  font  le  plus  oppofés , 
le  nomment  moata:;alites.  Voye:^  MOATAZALITES. 
Ricaut ,  de  Cemp.  ottom. 

SÉPHIROTHS,  f.  f.  pi.  (  Thèolog.  )  terme  hébreu 
qui  fignitîe  \csfplendcurs ,  &  qui  ell  fort  en  ufage  dans 
la  cabale.  Voyer^  Cabale. 

Les  cabaliiles  donnent  le  nom  de  jéphiroths  à  la 
partie  la  plus  fecrette  de  leur  fcience  :  c'eff  le  plus 
haut  degré  de  la  théologie  contemplative  des  julls 
modernes  ;  ils  comptent  dix  féphirot/is  que  l'on  repré- 
fente  quelquefois  dans  dix  cercles  différens  ,  enfer- 
més l'un  dans  l'autre  ,  &  quelquefois  fous  la  figure 
d'un  arbre  ,  à-peu-prés  comme  on  repréfente  dans  les 
écoles  l'arbre  de  Porphyre,  pour  faire  connoître  les 
différentes  catégories  de  l'être.    Voy.  Catégorie. 

Les  dix  fephirot/is  font  i .  la  couronne  :  i.  la  fagef- 
fe  :  3.  l'intelligence  :  4.  la  force  ou  lafevérité  :  5.1a 
miféricorde  ou  la  magnificence  :  6.  la  beauté  :  7.  la 


SEP 

vi£^oire  ou  réternité  :  8.  la  gloire  :  9.  le  fondement  : 
10.  le  royaume.  Ce  font  les  perfections  &c  les  attri- 
buts de  l'cffcnce  divine  ,  Icfqucls  lont  liés  infépara- 
blemcnt  entre  eux  ,  6c  de  l'aiiemblagc  defqutls  , 
félon  les  cabaliiles ,  dépend  la  création  ,  la  conferva- 
tion ,  &c  la  conduite  de  l'univers. 

Ils  ont  ima^'iaé  des  canaux  par  où  les  influences 
d'una J'p/endjurie  communiquent  à  l'autre.  Le  mon- 
de ,  difoit  Siméon  Jochaid ,  le  premier  de  tous  les  ca- 
baliiles, ne  pouvoitpas  être  conduit  par  la  niiféricor- 
de  feule  ,  &  par  la  colomne  de  la  grâce  ;  c'eit  pour- 
quoi Dieu  a  été  obligé  d'y  ajouter  la  colomne  de  la 
force  ou  de  \»  févérité  ,  qui  lait  le  jugement.  Il  étoit 
encore  néceilalre  de  concilier  ces  deux  colomncs,  & 
de  m^-ttre  toutes  choies  dans  une  proportion  &  dans 
un  ordre  naturel,  c'eft  pourquoi  l'on  met  au  milieu  , 
la  colomne  de  la  beauté  ,  qui  accorde  la  jufticc  avec 
lamiléricorde  ,  &  met  l'ordre  fans  lequel  il  ell  Im- 
polîible  que  l'uniA'crs  iiibfille  ;  de  la  miféricorde  qui 
pardonne  les  péchés,  fort  un  canal  qui  va  à  la  vic- 
toire ov\  kVéternité  ;  enfin  les  canaux  qui  fortent  de 
la  miiéricorde  &  de  la  force  ,  &  qui  vont  aboutir  à  la 
beauté  ,  font  chargés  d'un  grand  nombre  d'anges; 
il  y  en  a  trente  cinq  fur  le  canal  de  la. miféricorde,  qui 
recompenfent  les  faints ,  &  un  pareil  nombre  fur  ce- 
lui de  Id  force ,  qui  châtient  les  pécheurs. 

Le  rabbin  Schabté  compare  hsféphiroths  ou  fplen- 
deurs  ,  à  un  arbre  dans  lequel  on  dillingue  la  racine, 
le  germe  ,  6c  les  branches  ;  ces  trois  choies  forment 
l'arbre,  &  la  leule  différence  qu'on  y  remarque  ,  ell 
que  la  racine  ell  cachée  ,  pendant  que  le  tronc  &  les 
branches  fcproduifent  au-dehors  ;  le  germe  porte  fa 
vertu  dans  les  branches  qui  fruîlifient  ;  mais  au  fond 
le  germe  &  les  branches  tiennent  à  la  racine ,  o:  for- 
ment enfemble  un  feul  &  même  arbre.  Il  en  ell  de 
même  des  fplendeurs  ou  fephiroths  ,  félon  ce  caba- 
lille  ;  la  couronne  ell  la  racine  cachée  impénétrable  ; 
les  trois  efprits  ,  ou  fephiroths  ,  font  le  germe  de  l'ar- 
bre ;  les  lept  autres  font  les  branches  unies  au  ger- 
me, lans  pouvoir  en  être  féparées  :  car  celui  qui  les 
fépare  ,  fait  comme  un  homme  qui  arracherolt  les 
branches  de  l'arbre,  qui  couperoit  le  tronc  ,  &  lui 
ôteroit  la  nourriture  après  l'avoir  léparé  de  fa  raci- 
ne. La  couronne  ell  la  racine  qui  unit  toutes  les  fplen- 
deurs ,  qui  vcrfe  fes  influences  fur  elles  ,  elles  font 
comprifes  dans  fon  fein  &  dans  fa  vertu. 

Il  faut  aulîi  remarquer  la  liailon  qu'ils  mettent  en- 
tre ces  fplendeurs  ,  &  celles  qu'ils  leur  attribuent  , 
avec  les  créatures  qui  compofent  l'univers  ;  à  chaque 
fcphiroth  on  attache  un  nom  de  Dieu ,  un  des  princi- 
paux anges ,  une  des  planètes,  un  membre  du  corps 
humain  ,  un  des  commandemens  de  la  loi  ;  &  de-là 
dépend  l'harmonie  de  l'univers.  D'ailleurs  une  de  ces 
choies  fait  penfer  à  l'autre  ,  &  fert  de  degré  pour 
parvenir  à  la  connoiffance  la  plus  fublime  ;  enfin  oa 
apprend  par-là  l'influence  que  les  fplendeurs  ou  fe- 
phiroths ont  fur  les  anges ,  fur  les  planètes ,  les  allres  , 
6l  les  parties  du  corps  humain.  Voici  ces  relations. 


Rdations 


SEP 


SEP 


65 


Relations  des  fephiroths  ,  nvcc  les  noms  de  Dieu ,  les  arrhes  ,  les  planètes  3  &C. 


Dix  fiphirothi. 


La  couronne. 
La  fagefTc. 
L'intellisence. 


La  magnificence. 


La  force. 
La  beauté. 
Lavi£toire. 
La  gloire. 
Le  fondement. 
Le  royaume. 


Dix  noms  de  Dieu. 


Je  fuis  celui  qui 
iuis. 

Jah ,  Vcjfence. 
Jchovah. 
Dieu  créateur. 
Dieu  puiffant. 
Dieu  fort. 


Dix  meiTiL^res  île  Tiiom- 
me  arcottype  ,  ou  ii;x 
oiÙLC'S  d'arc2nges. 


Hiiiot  hakk-odes , 
ou  les  féraphins. 

Orphanim ,  eu  Ici 
chérubins. 

Av^lim  ,  ou  les 
tiirônes. 


Dix  planètes ,  ou 

monibresdcl'lioni 
me  cclelte. 


Le  ciel  empy- 
rée. 

Le  premier 

mobile. 

Le  firmament. 


T^.        ,  ,       Elohim  ,  ou  les 

Dieu  des  armées.    ^  •     •  '      ' 


Hafchemalim  ,  «''■''Saturne 
les  dominations. 

Seraphim  ,  eu  bs  j^ipi^gj.. 
vertus. 


Melachim ,  ou  le 
puiliances. 


Le  feigneur  des 
armées. 


Le  tout-puifiant. 


Principautés. 

Ben-elohim  ,  ou 
les  arcanges. 

Chérubin ,  ou  les 
anges. 


Mars. 


Le  foleil. 


venus. 


Mercure. 


Le  fcigneur-ado-  Ifchim  ,  ou  les       :t     1 


nai. 


âmes. 


Dix  membres  de 
l'homme  terrc- 
Ihe. 


Le  cerveau. 
Le  poum.on. 
Le  cœur. 
L'eftomac. 
Le  foie. 
Le  fiel. 
La  rate. 


Les  reins. 

Les  parties 
nobies  de 
l'homme. 

La  matrice. 


Dix  commandemens 
de  la  loi. 


Tu  n'auras  point  d'au 
tre  Dieu. 

Tu  ne  te  feras  point 
d'image  taillée. 

Tu  ne  prendiMS  point 
le  nom  du  feigneur 
en  vain.  . 

Tu  fan£}ifieras  le  jour 
du  repos. 

Honore  ton  père  &  ta 
mère. 

Tu  ne  tueras  point. 

Tu  ne  pailîarderas 
point. 

Tu  ne-  déroberas 

point. 

Tu  ne  diras  point  faux 
témoignage. 

Tu  ne  convoiteras 
point. 


Un  favant  qui  a  beaucoup  étudié  les  myfteres  de  la 
cabale  ,  croit  que  \qs  fephiroths  ne  font  que  des  nom- 
bres qui  ont  relation  aux  dix  doigts  de  la  main;  d'au- 
tres ,  comme  le  P.  Kircher  ,  croient  y  trouver  le 
myflere  de  la  Trinité  ;  mais  il  ell:  fuperflu  d'y  cher- 
cher d'autres  myileres  que  ceux  que  les  cabalilles  y 
trouvent  ;  il  faut  leur  abandonner  leurs  myftérieux 
fecrets  ,  &  ne  pas  perdre  le  tems  àvouloir  les  appro- 
fondir. Mori  (f'ijl.  in  cabal.  tom.  II.  pag.  ij .  Kircher, 
4zdip.  œgiptiac.  Gymnas  ,  hieroglyph,  clajj.  4.  c.  ix. 
tom.  II.  Bafnage  ,  hijî.  des  juifs  ,  toin.  If^.  liv.  Fl. 
i.  V.  n°  y  &S.  &  tom.  VI.  liv.  IX.  c.  xj .  Calmet, 
cictionn.  de  la  hibl.  tom.  III.  pag.  Jai.  6*  fuiv. 

SEPHORIS  ,  (  Gcog.  anc.  )  ville  de  la  tribu  de  Za- 
tuîon ,  capitale  de  la  Galilée  ,  à  dix  ou  douze  milles 
de  Tibériade.  Elle  porta  dans;  la  fuite  le  nom  de 
Diocéfirie.  Il  efl  fingulier  que  les  auteurs  facrés  n'en 
cifent  mot ,  &  que  Jofephe  en  parle  très-fouvent. 
Aujourd'hui  cette  ville  efl  comblée  de  ruines  ,  & 
dans  le  territoire  des  environs  ,  qui  efî  fertile  en  pâ- 
turage ,  on  n'y  voit  qu'une  vingtaine  de  pauvres 
chaumières.  (Z).  7.  ) 

SEPÎA  ,  (Géog.  anc.)  montagne  du  Pclopcnnèfe , 
dans  l'Arcadie  ,  à  la  gauche  du  mont  Gcrontc,  pi  es 
du  lieu  nommé  Triccm.  On  tient  ,  dit  Paufanias  , 
l:v.  FUI.  c.  xvj.  qu'Epythus  ,  fils  d'Elaîus ,  mourut 
fur  cette  montagne  ,  de  la  piquure  d'un  ferpent ,  & 
qu'il  y  fut  enterré  ,  parce  qu'on  ne  put  tranfporter 
fon  corps  plus  loin.  Les  Arcadiens  dlfoicnt  que  cet- 
te montagne  engcndroit  des  lerpens  fort  venimeux  , 
mais  qu'ils  y  étoient  rares  ,  parce  que  la  montagne 
étant  couverte  de  neige  une  bonne  partie  de  l'année, 
s'ils  fortoient  de  leurs  trous  ,  ils  périflbicnt  dans  la 
neige,  ik s'ils  fe  cachoicnt ,  la  ri'?,ucvn-  A\\  froid  ifc  le 
manque  de  nourriture  les  faifoient  mourir  fous  ter- 
Tome  XV 


te.  Paufanias  ajoute  :  comme  je  favois  qu'Hom.erc  , 
en  parlant  des  Arcadiens,  a  fait  mention  du  tombeau 
d'Epythus  ,  je  le  confidérai  avec  foin  ;  c'ed  un  peîit 
tertre ,  environné  d'une  baluflrade  de  pierre ,  qui 
tourne  tout-à-l'entour  ;  &  je  crois  qu'Homère  ne  l'ai 
tant  vanté  ,  que  parce  qu'il  n'en  avoit  point  vu  de 
plus  beau.  {D.  J.  ) 

SEPÎAS  ,  (  Gé->a,  anc.  )  promontoire  de  la  Thef- 
falie,  danslaMagnéfie,  à  l'entrée  du  o;olfe  Pélafo^i- 
que.  Diodore  de  Sicile  ,  liv.  Fil.  &  Ptolomée, 
/.  ///.  c.  xiij.  parlent  de  ce  promontoire.  (Z?.  /.) 

SEPS  ,  {.  m.  (  Hifl.  nat.  )  eli)ece  de  lézard  ,  ou 
pUitôt  animal  qui  tient  le  milieu  entre  le  lerpent  & 
le  lézard ,  parce  qu'il  reffemnle  par  la  forme  du  corps 
à  un  ferpent,  &  qu'il  a  quatre  petites  p.ittes  très-peu 
apparentes.  On  trouve  X^f-ps  dans  la  Tofcane  ;  ilelt 
petit ,  rond  ,  oL  couvert  d'écaillcs  ;  11  a  fur  le  dos 
des  lignes  noires  longitudinales  &;  parallèles  entre 
elles  ;  les  oreilles  &;  les  yeux  font  petits ,  &  la  queue 
efl  terminée  en  pointe;  les  pattes  de  devant  font  fi- 
tuées  fort  près  de  la  tcte  ,  &  celles  de  derrière  con- 
tre l'anus  ;  les  écailles  ont  une  figure  rhomboïde  ;  le 
ventre eft  d'un  blanc'mêlé  d'un  peu  de  bleu.  Cet  ani- 
mal eft  vivipare  ;  Columna  rapporte  qu'il  a  tiré  du 
corps  d'un  jeps  femelle,  quinze  petits  ,tout  vivans  & 
enveloppés  dans  une  membrane  comme  les  petits  de 
la  vipère.  Aid.  de  lacertis  ,  pag.  6x8. 

SEPT,  (^Aiiihmc'.iq.  )  nombre  iiupair  compoféde 
fix  &  un  ,  qui  en  chifre  arabe  s'écrit  ainfi  ,  7  ;  en 
chifre  romain  ,  de  cette  manière ,  VII;  &  en  chifre 
françois  de  compte,  de  cette  forte ,  bij.  Le  Gendre. 

Sept  ,  (  Critiq.  facrée,  )  ce  nombre  étoit  très-cher 
aux  Juifs  ,  qui  le  regardoient  fupcrlKtleufemcnt  com- 
me un  nombre   m^ltérieux  ,  à  caule  du  (abbat  qv  i 


CG 


SEP 


SEP 


revenolt  le  feptleftie  jour ,  de  la  reptleme  anncc  con- 
iacrée  au  repos  de  la  terre ,  &  des  jcpt  Icniaines  âc 
ù^t  années  qui  tbrmoicnt  leur  jubile  ;  dc-là  vient 
que  pour  s'accommoder  \  leurs  préjugés  ,  le  nombre 
fipi  le  rencontre  fi  Ibuvent  dans  l'Ecriture  ;/t'/'/é^li- 
les  ^  fcpt  chandeliers  ^  fipt  branches  au  chandelier 
d'or  ,  fift  lampes  ,  jcpt  étoiles  ,  fcpt  kcaux  ^fcpt  an- 
ges ^j'cpt  trompettes  ^fcpt  phiolcs  Jtptxhti'i  de  dra- 
gon yfept  diadèmes  qu'elles  portent.  Ainfi  le  nombre 
ftpt  eit  choifi  par  prct'érence  pour  tout  autre  nombre 
indéterminé.  En  voici  de  nouveaux  exemples.  Cela 
vous  ert  plus  avantageux  que  d'avoir  Jupe  Jils ,  Ruth  , 
IV.  iS.  c'eil-i\-dire  ,  plulîeurs  fî!s.  Le  parcfleux  croit 
être  plus  habile  que  fcpe  hommes  qui  parleroient  par 
lentcnces,  prov.  .v.vvy.  i6\  c'cltà-dire  que  plufieurs 
perlbnnes  éclairées. 

En  conléqucnce  ,  ce  nombre  ctoit  confacré  aux 
cérémonies  de  la  religion:  les  amis  de  Job  offrirent 
un  facrifîce  de  Jèpt  veaux  &  de  Jèpt  béliers  ;  David, 
dans  la  lolemnité  de  la  tranflation  de  l'arche,  crut 
qu'un  pareil  lacririce  ieroit  le  plus  agréable  qu'il  put 
ortVir  au  l'eit;neur  ;  Abraham  lui  en  avoit  donné 
l'exemple ,  en  faiiant  préient  h  Abimélec  àefept  bre- 
bis pour  être  immolées  en  holocaufte  fur  l'autel,  à 
la  face  duquel  il  avoit  contradlé  alliance  avec  ce 
prince. 

Remarquer  aufTi  que  ce  nombre  fept  étoit  affecté 
chez  les  payens  ,  tant  à  l'égard  des  autels  que  des 
viftimes  qui  dévoient  être  immolées  ;  c'étoit  une  ef- 
pece  de  rit ,  tiré  de  l'art  magique  ,  fuivant  lequel  le 
nombre  y^;»^  étoit  un  nombre  myftérieux  ,  confacré 
iuxjl'pi  planètes  ,  &  qui  avoit  la  vertu  ,  à  ce  que 
prétendoient  les  magiciens  ,  d'en  tirer  les  génies  , 
pour  les  faire  defcendre  fur  la  terre.  (Z?.  /.) 

SEPT  A  ,  (■^{/?-  rt-^^.  )  c'étoit  anciennement  un 
enclos  ,  ou  un  endroit  fermé  de  barrières  ou  de  ba- 
luftrades  faites  de  planches,  par  où  l'on  paffoit  pour 
donner  fa  voix  dans  les  affemblées  des  Romains ,  qui 
fe  tcnoient  dans  le  champ  de  Mars  ,  comme  l'atteffe 
Servius  ,  cité  par  Rofm  ,  //v.  J^I,  des  antiq.  rom.  On 
nommoit  encore  ces  enclos  ,  ov'Uia.  f^ojei  Ovilia, 

SEPT  AINE,  f.f.  {Jurifprud.)  c'efl  la  banlieue, 
le  finage ,  ou  territoire  dépendant  d'une  ville  ;  ce  ter- 
me vient  a  fcepiis ,  comme  qui  diroit  une  enceinte  ; 
il  eff  trouvé  dans  quelques  anciennes  chartes,  &  fm- 
guliercment  dans  le  procès  verbal  de  la  coutume  de 
Berri  ,  où  la  banlieue  de  Bourges  eft  ainfi  nommée. 
f^oyci  la  coutume  de  Berri ,  le  glo(far.  de  M.  de  Lau- 
riere,  &:  les  mois  Ba^ueve  ,  Bannie  ,  Quinte  , 
DÉTROIT ,  District  ,  Territoire.  (  ^  ) 

SEPTANTE ,  (  Arhhmétiq.  )  nombre  pair ,  com- 
pofé  de  foixante  &  dix  ,  ou  de  fept  dixaines ,  ou  de 
cinq  fois  quatorze  ,  ou  de  quatorze  fois  cinq  ,  ou  de 
dix  fois  fept;  ainfi  que  lept  loit  multiplié  par  dix, 
ou  que  dix  le  foit  par  fept ,  ou  quatorze  par  cinq  , 
ou  cinq  par  quatorze ,  le  produit  Icra  toujours/e/'- 
tanu.  On  dit  plus  ordinairement  foixante-&:-dix  ; 
fcptanit ,  ou  foixante-&-dix  ,  en  chifre  commun  ou 
arabe  ,  s'écrit  de  cette  manière  ,  70  ;  en  chiffre  ro- 
main de  cette  forte ,  LXX  ;  6c  en  chiffre  francois  , 
Ixx.   Le  Gendre.  {D.  J.)  ^ 

Septante,  verjîon  des' (^Critiq.  facréc.')  tradudion 
greque  des  livres  de  Moife  ,  dont  les  juifs  n'enten- 
doicnt  plus  la  langue  originale  ;  comme  cette  verfion 
fut  faite  à  l'ufage  desfynagogues  d'Egypte, qu'elle 
cft  la  j)rcmierc  6c  la  plus  célèbre  de  toutes ,  il  importe 
d'en  difcourlr  avec  l'étendue  qu'elle  mérite. 

Le  livre  le  plus  ancien  qui  en  parle,  porte  le  nom 
ù^AriJîée,  ôceil  parvenu  jufqu'à  nous.  Le  deffein  de 
cet  ouvrage  cft  uniquement  d'en  donner  l'hiftoire, 
6c  dans  cet  événement ,  l'auteur  Arlllée  y  ell  qua- 
lifié d'officier  aux  gardes  de  Ptolomée  Philadelphe. 
Voici  un  court  extrait  de  fa  relation. 

Ptolomée  Philadelphe  ,  roi  d'Egypte,  a}'ant  fort  à 


cœur  la  belle  bibliothèque  qu'il  formoit  à  Alexan- 
drie, 6c  qu'il  rempliffoit  de  toutes  fortes  de  livres  , 
donna  la  diredion  de  ccxtc  a.T.iirc  ;\  un  illuflre  athé- 
nien ,  qu'il  avoit  à  fa  cour,  Démétrius  de  Phalere  , 
qu'il  chargea  de  lui  tirer  de  tous  les  endroits  du  mon- 
de ,  tout  ce  qu'il  pouyoït  y  avoir  de  curieux  en  fait  de 
livres.  Démétrius  ,  en  s'acquitant  de  cette  commif- 
fion  ,  apprit  que  les  Juifs  avoicnr  un  livre  qui  conte- 
noit  les  lois  de  Moife  ;  il  en  avertit  le  roi  :  ce  prince 
ayant  confenti  d'en  faire  venir  une  copie  dejérufa- 
lem  ,  avec  des  gens  qui  le  traduiùffent  en  grec  ,  or- 
donna à  Démétrius  de  lui  dreffer  un  mémoire  fur 
cette  affaire  ,  &  d'en  écrire  au  fouveraia  facrifî- 
cateur. 

Ariffée,  l'auteur  prétendu  decette  hiffoire  des  fep- 
tante  interprètes  ,  Sofibius  de  Tarente  ,  &  André  , 
tous  trois  gens  de  qualité  de  la  cour  de  Ptolomée  ,  6c 
amis  de  la  nation  juive  ,  prirent  cette  occafion  de 
demander  au  roi  la  grâce  de  ceux  de  cette  nation  qui 
avoient  été  mis  en  efclavage  par  Ptolomée  ,  &  em- 
menés en  Egypte  ;  le  roi  accorda  leur  demande.  En- 
fuite  Démétrius  lui  remit  un  mémoire  ,  pour  obtenir 
des  juifs  le  livre  de  la  loi  de  Moile  ,  qu'il  fouhaitoit. 
Selon  le  plan  de  ce  mémoire  ,  le  roi  demandoit  à 
Eléazar ,  louverain  facrifîcateur  à  Jérufalem  ,  le  livre 
de  Moife ,  &  lix  perfonnes  de  chaque  tribu  pour  le 
traduire  en  grec. 

Ariftée  &i  André  furent  les  porteurs  de  cette  let- 
tre ,  avec  des  préfens  immenfes  qui  leur  obtinrent 
toutes  fortes  d'honneurs  à  leur  arrivée  à  Jérufalem. 
Ils  revinrent  à  Alexandrie  munis  d'une  bonne  copie 
de  la  loi  de  Moife  écrite  en  lettres  d'or  ,  &  accom- 
pagnés de  fix  anciens  de  chaque  tribu  ,  c'eft-à-dirc 
71  interprètes  ,  pour  la  traduire  en  grec. 

Le  roi  ayant  vu  ces  72  députés  ,  en  fut  très-fatis- 
fait ,  leur  fît  préfent  de  3  talents  à  chacun ,  &  les  en- 
voya à  l'île  de  Pharos ,  près  d'Alexandrie, pour  exé- 
cuter commodément  leur  entreprife.  Démétrius  les  y 
conduifit  par  l'Heptaftadlumqui  joignolt  cette  île  au 
continent ,  &  les  logea  dans  une  maifon  qu'on  leur 
avoit  préparée.  Ils  fe  mirent  auffi-tôt  àtravailler  à  leur 
verfion  ;  &  quand  une  période  étoit  faite  ,  après  qu'- 
elle avoit  paffé  dans  une  conférence  générale  ,  Dé- 
métrius l'écrlvoit.  L'ouvrage  fut  achevé  en  72  jours. 
Il  fut  lu  &  approuvé  en  préfence  du  roi  ,  qui  fit  en- 
core préfent  à  chaque  traducteur  de  trois  habits  ma- 
gnifiques ,  de  deux  talcns  en  or,  d'une  coupe  d'or 
d'un  talent,  &  puis  les  renvoya  dans  leur  pays.  Voilà 
le  précis  de  la  relation  d'Arillée. 

Ariffobule  ,  juif  d'Alexandrie,  &  philofophe  pé- 
ripatéticien  ,  eft  le  fécond  qui  parle  de  cette  verfion 
des  feptante.  Il  vivoit  vers  la  CLXXXVIII.  année 
de  l'ère  des  contrats ,  c'eft-à-dire  CXXV.  ans  avant 
Jefus-Chrifi:  ;  car  on  trouve  une  lettre  que  lui  écri- 
virent dans  ce  tems-là  les  juifs  de  Jérufalem  6c  de  Ju- 
dée, comme  cela  paroît  par  le  //.  Uv.  des  Macchabées. 
On  dit  que  cet  Ariftobule  avoit  compofé  un  com- 
mentaire fur  les  cinq  livres  de  Moyfe  ,  &  qu'il  l'a- 
voit  dédié  au  roi  Ptolomée  Philométor  ,  dont  il 
avoit  été  précepteur  ;  &  c'efl-là  qu'on  prétend  qu'il 
parloit  de  cette  verfion  faite  fous  la  diredionde  Dé- 
métrius de  Phalère ,  par  ordre  exprès  de  Ptolomée 
Philadelphe  roi  d'Egypte.  Ce  livre  eft  perdu  ;  tout  ce 
qui  nous  en  refte  font  quelques  fragmens  qu'en  ci- 
tent Eusèbe  6c  Clément  Alexandrin. 

Après  Ariflobule  vient  Philon  ,  autre  juif  d'Alexan- 
drie ,  qui  vivoit  du  tems  de  Notre-Seigneur  ;  car 
peu  après  fa  crucifixion  ,  il  fut  député  par  les  juifs 
d'Alexandrie  à  Caîus  Céfar  empereur  romain.  Dans 
la  relation  qu'il  donne  de  la  verfion  des  feptante  ,  on 
trouve  les  mêmes  chofcs  que  dans  celle  d'Ariilée  :  il  y 
brode  feulement  quelques  nouveaux  traits  ,  pour  en 
pouvoir  conclure  que  les  traduftcurs  étoient  des 
honames  ini'pirés  par  l'efprit  de  i.)ieu. 


SEP 

Jofcphe  qui  a  écrit  l'es  antiquités  judaïques  vers  la 
fin  du  premier  liecle  ,  s'accorde  pareillement  avec 
Ariltée  ;  &  ce  qu'il  en  dit,  aniïq.jud.  xij.  2.  n'eft 
qu'un  abrégé  de  cet  auteur.  Seulement  dans  Jofephe 
le  prix  de  la  rédemption  des  juifs  eft  différent  de  celui 
d'Ârillée  ;  cur  au-lieu  qu'Ariftée  dit  vingt  drachmes 
par  tête ,  Se  la  fomme  totale  iix  cens  foixante  îalens , 
Jol'cphe  met  cent  vingt  drachmes  par  tête  ,  &  fait 
monter  la  fomme  totale  à  quatre  cens  foixante  ta- 
lens  ;  dans  tout  le  refic  ils  s'accordent  enfcmble. 

Après  Jofephe  ,  le  premier  qui  parle  de  la  vcriion 
àcs  J'eptante,  ècàe  la  manière  dont  elle  fe  fit ,  eftJuf- 
tin  martyr  ,  qui  vivoit  vers  le  milieu  du  fécond  lie- 
cle ,  environ  cent  ans  après  Philon.  Il  avoit  été  à 
Alexandrie  ,  &  s'étoit  informé  de  ce  fait  aux  juifs 
du  pays.  Il  nous  dit  ce  qu'il  avoit  appris  d'eux  ,  & 
ce  qui  étoit  reçu  conftamment  parmi  eux  pour  véri- 
table ;  &  ce  qu'il  en  dit  prouve  qu'on  avoit  encore 
enchéri  fur  ce  que  Philon  avoit  écrit  de  la  conformité 
miraculeufe  des  traductions  ;  on  y  avoit  ajouté  des 
cellules  différentes ,  dont  chaque  tradufleur  en  avoit 
une  où  il  étoit  renfermé  ,  &  où  il  avoit  fait  à  part  fa 
traduftion  particulière  de  tout  l'ouvrage  ;  &  que 
quand  on  \  int  à  comparer  ces  traduâiuns  les  unes 
avec  les  autres  ,  il  ne  s'y  trcniva  pas  un  feul  mot  de 
différence.  Ce  bon  père  prend  tout  cela  pour  argent 
comptant. 

Irénée  ,  Clément  Alexandrin  ,  S.  Hilaire,  S.  Au- 
gullin  ,  Cyrille  de  Jérufalem ,  Philaftre  de  Breffe  ,  & 
le  gros  des  pères  qui  ont  vécu  depuis  Juftin ,  ont  tous 
ces  cellules ,  &  l'accord  merveilleux  de  toutes  les 
verfions.  Quelques  modernes  défendent  avec  la  mê- 
me chaleur  cette  hiftoire ,  &  ne  peuvent  confentir  à 
laiffer  tomber  un  miracle  qui  coniîrmeroit  fi  bien  la 
divinité  de  la  fainte-Ecriture  contre  tous  les  contre- 
difans.  C'ell  dommage  qu'on  y  oppofe  des  objedions 
fans  réplique. 

Du  tems  d'Epiphane  ,  qui  fut  évêque  de  Sala- 
mine  en  Chypre  l'an  368,  des  fauffes  traditions 
avoient  encore  corrompu  davantage  cette  hifloire  ; 
en  effet ,  la  manière  dont  il  la  conte  ell  différente  de 
celle  de  Juftin,  aufîi-bien  que  de  celle  d'Ariftée  ;  & 
cependant  il  appelle  Ariflée  à  témoin  des  faits  même 
qu'il  rapporte  autrement  que  lui  :  ce  qui  prouve  que 
de  fon  tems  il  y  avoit  un  autre  Ariûée  ,  &  que  celui 
que  nous  avons  aujourd'hui  ell  le  même  qu'avoient 
Jofephe  &  Eusèbe. 

Après  cette  relation  hiflorique  de  la  verfion  des 
feptante ,  il  faut  dire  ce  que  nous  penfons  fur  cette 
matière. 

I.  On  ne  peut  pas  douter  qu'il  ne  fe  foit  fait  une 
traduftion  greque  des  livres  facrés  hébreux  du  tems 
Aes  Ptolomées  en  Egypte  ;  nous  avons  encore  cette 
traduction  ;  &  c'ell  la  môme  qu'on  avoit  du  tems  de 
Notre-Seigneur ,  puifque  prefque  tous  les  palTa- 
ges  que  les  écrivains  làcrés  du  nouveau  Teflament 
citent  du  vieux  dans  l'original  grec ,  fe  trouvent  mot- 
à-mot  dans  cette  verfion.  L'on  ne  peut  pas  douter  non 
plus  ,  vu  la  palTion  qu'ont  eu  les  princes  de  la  race 
des  Ptolomées  de  remplir  leur  bibliothèque  d'Alexan- 
drie de  toutes  fortes  de  hvres  ,  palîion  dont  tous  \qs 
hiftoriens  de  ce  tems-là  parlent ,  on  ne  peut  douter, 
dis-je ,  que  cette  tradudion  n'y  ait  été  mife  dès  qu'- 
elle fut  faite. 

II.  Le  livre  qui  porte  le  nom  à' J  ri  fiée,  qui  ell  le 
fondement  de  tout  ce  qu'on  a  débité  fur  la  manière 
dont  fe  fit  cette  tradudtion  par  les  yz  anciens,  en- 
voyés exprès  de  Jérufalem  à  Alexandrie,  du  tems 
de  Ptolomée  Philadelphe  ,  ell  une  fîdion  mani- 
felle  inventée  pour  accréditer  cette  verlion.  Les 
Juifs,  depuis  leur  retour  de  la  captivité  de  Babylone 
jufqu'au  tems  de  Notre-Seigncur ,  donnoient  extrê- 
mement dans  les  romans  de  religion  ,  comme  cela 
paroît  par  leurs  livres  apociyphes  qui  fe  font  confer- 

Tonii  XV,        ' 


SEP 


67 


vés  jufqu'à  nous.  Le  livre  que  nous  avons  encore 
fous  le  nom  d'Arillée ,  ell  un  de  ces  romans  écrit  par 
un  juif  hclléniile;  &  c'ell  une  chofe  évidente  par 
plulieurs  railons. 

i.o  Quoique  l'auteur  de  ce  livre  fe  dife  payen 
grec ,  il  parle  partout  en  juif;  &  dès  qu'il  s'agit  de 
Dieu  ou  de  !a  religion  des  Juifs,  il  en  parle  dans  des 
termes  qui  ne  conviennent  qu'à  un  juif, &  fait  parler 
de  la  même  manière  Ptolomée  ,  Dé-iiétrius  ,  André , 
Sozibius  ,  oL  les  autres  perfonnages  qu'il  introduit 
lur  la  fcene. 

2".  Il  fait  faire  une  dépenfe  prodigieufe  à  Ptolo- 
mée pour  avoir  cette  verlion.  Il  lui  en  coûte  pour 
racheter  les  captifs ,  660  talens  :  en  vafes  d'argent 
envoyés  au  temple  ,  70  talens  :  en  vafes  d'or ,  ^o  :  & 
en  pierreries  pour  ces  vafes,  cinq  fois  la  valeur  de 
l'or;  c'ell-à-dtre  150  talens  :  en  facrifîces  &  autres 
articles  pour  Tufage  du  temple,  ico  talens.  il  flùt 
prêtent  outre  cela  à  chacun  des  72  députés,  de  3  ta- 
lens d'argent  à  leur  arrivée,  c'ell- à- dire  en  tout, 
de  216  talens;  &  quand  il  les  congédie,  de  2  talens 
d'or  à  chacun ,  &  d'une  coupe  d'or  du  poids  d'un 
talent.  Tout  cela  mis  enfemble ,  donne  la  fomme  de 
1046  talens  d'argent,  &  1600  talens  d'or,  qui  ré- 
duite en  monnoie  d'Angleterre,  fait  19 18537  liv. 
llcrlings  10  fchellings,en  comptant  le  talent  fur  le 
pié  de  celui  d'Athènes,  comme  le  doéleur  Bernard 
en  a  réglé  la  valeur.  Si  on  prenoit  les  talens  pour 
des  talens  d'A^lexandrie  ,  où  etoit  la  fcene  ,  ce  Icroit 
bien  pis  encore ,  car  ce  feroit  le  double. 

Si  l'on  ajoute  à  cette  largelfe  plufieurs  autres  me- 
nus prélens  qu'Arillée  fait  faire  par  ce  prince  aux 
députés ,  outre  les  frais  de  leur  voyage  &  de  leur 
dépenfe  pendant  leur  féjour  en  Egypte ,  il  fe  trou- 
vera que  Ptolomée ,  pour  avoir  le  livre  de  Moïfe 
en  grec ,  aura  dépenlc  plus  de  deux  millions-ûcî"- 
lings ,  c'efl-à-dire  à  peu-près  vingt  fois  autant  que 
la  bibliothèque  alexandrine  pouvoit  valoir.  Com- 
ment imaginer  que  Ptolomée  ait  fait  cette  prodi- 
gieufe dépenfe  pour  un  ouvrage ,  dont  ni  lui ,  ni 
fa  cour  ne  dévoient  pas  certainement  être  fort 
curieux. 

3°.  Les  quellions  qu'on  propofe  aux  72  députés, 
&  leurs  réponfes,  n'ont  pas  moins  l'air  d'un  roman. 
L'envoi  dés  anciens  de  Jérufalem  à  Alexandrie  pour 
cette  traduction ,  &  qu'on  tira  fix  à  fix  de  chaque 
tribu ,  font  l'invention  d'un  juif,  qui  a  en  vue  le 
fanhédrin ,  &  le  nombre  des  douze  tribus  d'ifraél  ; 
mais  il  n'y  a  pas  même  apparence  qu'il  y  eut  alors 
dans  toute  la  Judée  fix  hommes  qui  eulTent  les  qua- 
lités qu'on  leur  donne  pour  cet  ouvrage,  &  qui  en- 
tendiflént  allez  de  grec  pour  le  faire.  Ce  n'ell  pas 
tout  ;  il  falloit  également  entendre  l'hébreu  qui  étoit 
la  langue  de  l'original  :  or  l'hébreu  alors  n'étoit  plus 
leur  langue ,  car  depuis  le  retour  de  la  Chaldée ,  c'é- 
toit  le  chaldéen. 

4".  Il  y  a  dans  le  récit  d'Arillée  plufieurs  autres 
faits  qu'on  ne  fauroit  ajuller  avec  l'hiftoire  de  ce 
tems-là.  En  particulier,  ce  Démétrius  de  Phalere 
qu'Ariftée  repréfente  comme  le  favori  de  Phila- 
delphe, loin  d'être  en  faveur  à  la  cour  de  ce  prince  , 
avoit  encouru  fa  difgrace  ,  pour  avoir  voulu  dé- 
tourner fon  père  de  lui  mettre  la  couronne  fur  la 
tête  ;  &  d'abord  après  la  mort  du  père  qui  l'avoit 
protégé,  on  mit  Démétrius  en  prifon  où  il  mou- 
rut peu  de  tems  après,  comme  le  dit  Diogène  de 
Lacrce.  Mais  ceux  qui  feront  curieux  d'approfondir 
davantage  la  fable  d'Ariftée ,  peuvent  lire  ce  qu'en 
ont  écrit  MM.  Dupin ,  Simon  ,  &  lur-tout  le  dodcur 
Hody  dans  fon  lavant  ouvrage  di.  BibLïomm  verjloni- 
bus  grxc. 

III.  Ari (lobule  ne  mérite  pas  de  nous  arrêter  long- 
tems ,  parce  que  Ion  récit  eft  tiré  d'Ariftée  dont  le 
roma;i  avoii  déjà  la  vogue  parmi  les  juits  d'Alexan- 


68 


SEP 


SEP 


drie.  Ce  que  le  //.  Hv.  des  Macchab.  j.  x.  rapporte 
de  cet  Arlftobule  qui  étoit  prcccpteur  de  Ptolornce, 
Pan  i88  de  Pore  des  contrats ,  ell  contre  toute  ajr^xi- 
rcnce.  C'ctoit  Ptoloincc  Phyieon  qui  rci;noit  alors  ;  &: 
Pan  i88  de  Père  des  contrats  eft  la  2.1  de  l'on  règne  , 
&  la  56  après  la  mort  de  Ion  pcre.  Il  falloit  donc 
qu'il  eût  près  de  l'oixante  ans  pour  le  moins  ;  &:  Pon 
n'a  pas  de  nrccoptcur  à  cet  âge. 

On  dit  encore  que  cet  Ariltobule  avoit  écrit  un 
commentaire  lur  les  cinq  livres  deMoiïe,ik;  qu'il 
Pavoit  dcdiv;  à  PtolomcePhilomctor;  n\^is  tout  fait 
Ibupçonncr  que  ce  commentaire  étoit  l'ouvrage  de 
c^iclque  )uit  hellénifte,  compoié  long-tems  après  la 
date  qu'il  porte  ;  &:  ce  qui  fortifie  ce  foupçon,  c'eil: 
que  Clcmcut  Alexandrin  eft  le  premier  qui  en  parle, 
&  Eufebe  le  dernier.  Cette  obfcrvation  prouve  tou- 
jours que  ce  commentaire ,  quel  qu'il  fût ,  n'a  pas 
duré  longtems. 

IV.  Quîint  à  Philon  ,  fcs  additions  à  Phiftoire  d'A- 
riftée  font  tirées  des  traditions  reçues  de  Ion  tems 
parmi  les  juifs  d'Alexandrie.  Le  principal  &:  Paccef- 
ibire  viennent  de  la  même  iource,  c'el1:-à  dire  que 
Pun  &  l'autre  étoit  inventé  pour  faire  valoir  la  reli- 
gion judaïcr.e  ,  pour  la  faire  refpe^ler  aux  étran- 
gers, &  attirer  à  cette  verfion  une  vénération  &  une 
autorité  particulière  du  commun  de  leurs  propres 
gens.  Quand  cela  eut  une  fols  paflé  ,  il  ne  fut  pas  dif- 
îicile  d'introduire  la  folemiiité  d'un  annivcrfaire  pour 
en  faire  la  commémoration  ,  telle  que  Philon  l'a  vue 
pratiquer  de  fon  tems. 

V.  Il  paroît  que  la  difTérence  du  prix  de  la  rançon 
des  Juifs  qui  fe  trouve  entre  Jofephe  &:  Arillée  ,  eft 
vlfiblement  une  faute,  ou  de  l'auteur  ou  des  copiftes; 
car  la  fomme  totale  ne  s'accorde  pas  avec  ce  cjui  ré-- 
fuite  des  fommes  particulières.  Le  nombre  des  juifs 
rachetés ,  dit  Jofephe  ,  fut  i  lo  mille ,  à  ao  drach- 
mes par  tête  ,  comme  Ariftée  le  raconte ,  c'efi:  juge- 
ment 400  talens  qui  efl  la  même  fomme  d'Arill:ée  ; 
mais  Jofephe  dit  que  la  rançon  étoit  de  1 20  drach- 
mes par  tête,  c'eft-à-dire  fix  fois  autant,  &  cepen- 
dant fa  fomme  totale  ne  va  qu'à  460  talens.  Il  y  a 
donc  erreur  dans  les  nombres  ;  ou  il  faut  que  la 
rançon  foit  plus  petite ,  ou  il  faut  c^ue  la  fomme 
foit  plus  grofle. 

VI.  Pour  ce  qui  eft  de  Juftln,  martyr,  &  des  au- 
tres pères  qui  Pont  fuivi ,  ils  fe  font  perfuadé  trop 
aifément  ce  qu'ils  fouhaitoient  qui  fût  vrai;  car, 
que  foixante  &;  douze  perfonncs  renfermées  dans  des 
cellules  difFcrpntes  pour  faire  une  traduction  de  l'É- 
criture ,  fe  rencontrent  lans  aucune  communication 
à  traduire  tous  mot  pour  mot  de  la  même  manière  , 
ce  fcroit  un  miracle  qui  prouveroit  inconteftable- 
ment,  non  feulement  l'autorité  de  la  verfion,  mais 
la  vérité  de  Pécriture  du  vieux  Teftament;  &  les 
chrétiens  d'alors  s'intéreflbient  également  à  ces  deux 
chofes,aufri  bien  que  les  Juifs. 

Juftln  martyr  donc  trouvant  à  Alexandrie  cette 
tradition  reçue,  y  donna  toute  fa  croyance  ,  &  s'en 
fervit  même  contre  les  Payens  pour  défendre  la  reli- 
gion qu'il  profefToit.  Eniuitt  Irénée  &:  les  autres 
pères  de  PÉglife  goûtèrent  à  leur  tour  la  même-idée 
il  flatteufe.  Mais  pour  fe  convaincre  du  peu  de  fonds 
que  mérite  l'autorité  de  Juftln  martyr  dans  cette  af- 
faire ,  il  n'y  a  qu'à  jetter  les  yeux  lur  les  erreurs  de 
fa  narration.  Selon  lui,  Ptoloince  envoyé  demander 
à  Hérode  le  livre  de  la  loi.  Juftln  nefongeoit  pas  que 
non  feulement  Ptolomée  Phlladclphe  dont  il  vouloit 
parler,mais  tous  les  autres  Ptolomées  fcs  fuccefTeurs,. 
ctoient  morts  avant  qu'Hérode  parvînt  à  la  couronne 
en  Judée.  Cette  bévue  n'accrédite  pas  le  refte  de 
fon  récit. 

Ajoutons  que  ce  père  de  PÉglife  étoit  fort  cré- 
dule; &:  que  quand  il  eut  embrailc  le  chrlftianifme, 
il  fe  lailfa  trop  emporter  à  (on  zèle  poirr  la  religion , 


&  donna  trop  aifément  dans  tout  ce  qui  lui  paroiiîbit 
la  favorifer.  En  voici  un  exemple  bien  fenfil^le.  Étant 
à  Rome,  il  y  rencontre  une  liatue  confacrée  à  Sé- 
mon  Sancus  ,  un  ancien  demi -dieu  des  Sabins.  li 
s'imagine  auflitôt  qu'elle  cil  dédiée  à  Simon  Mngus 
ou  le  matïlclen  ;  &;  fims  autre  fondement  eue  cette 
vlfion  ,  il  reproche  au  peuple  romain  de  s'être  fait 
\\\\  dieu  d'un  impofleur.  La  même  facilité  lui  fit  ajou- 
ter foi  aux  difcours  des  juifs  d'Alexandrie,  qui  en 
lui  montrant  les  ruines  de  quelques  vieilles  maifons 
de  l'île  de  Pharos,  Paflurerent  que  c'étoient  les  ma- 
fures  des  cellules  àQsJ'^ptantc. 

VII.  La  relation  qu'Épiphane  donne  de  cette  ver- 
fion, eft  fi  difl'érente  de  toutes  les  autres ,  qu'elle  fem- 
ble  tirée  d'une  autre  hiftoire  que  de  celle  oii  avoieiït 
puilc  Jolcphe  &;  Eufebe.  Apparemment  que  quelque 
chrétien,  depuis  Juftln  martyr,  avoit  ramafle  tout 
ce  qu'il  avoit  pu  rencontrer  fur  cette  matière,  &:  en 
avoit  compofé  le  nouvel  Ariftée  d'Epiphane,  d'où  il  a 
tiré  ce  qu'il  en  dit.  Il  tft  du-moins  bien  fur  que  l'Ari- 
flée  d'Epiphane  a  paru  après  le  tems  de  l'auteur  pré- 
tendu de  cette  pièce  ;  car  la  féconde  lettre  qu'Epi- 
phane en  cite ,  comme  écrite  par  Ptolomée  Phila- 
delphe  à  Eléazar  ,  commence  par  cette  maxime  : 
»  Un  tréfor  caché,  &  une  fource  bouchée,  de  quel 
»  ufage  peuvent-ils  être  »?  Cette  fentence  eff  vifible- 
mcnt  tirée  du  livre  de  rEccléliaftlque  ,  c/2.  .v.t.30. 
&  ch.  xlj ,  74.  qui  ne  fut  pubhé  par  le  fîls  de  Sirach 
que  vers  l'an  1  3  x  avant  Jéfus-Cbrift,  &  1 1  ^  ans  après 
la  mort  de  Ptolomée  Philadelphe ,  par  Pordre  duquel, 
félon  cet  auteur  ,  la  verfion  dcsfeptante  s'eft  faite. 

Enfin,  le  détail  qu'on  vient  de  lire,  prouve,  je 
crois,  fufïifamment  que  tout  ce  qu'Ariftée,  Philon, 
Juftin  martyr ,  Epiphane,  &  ceux  qui  les  ont  fuivis, 
ont  débité  fur  la  verfion  des  feptante ,  eft:  une  pure 
fable,  qui  n'a  d'autre  fondement,  finon  que  fous  le 
règne  de  Ptolomée  Phlladeippe,  il  fe  fit  une  verfion 
de  la  loi  de  Moife  en  grec ,  par  les  juifs  d'Alexan- 
drie. 

VIII.  Pour  le  mieux  comprendre,  il  faut  obfer- 
ver,  que  quand  Alexandre  bâtit  Alexandrie,  il  y 
attira  quantité  de  juifs.  Ptolomée  Soter  ayant  fait 
aufTi  fa  capitale  de  cette  ville ,  apporta  tous  (es  foins 
à  l'augmenter  ;  en  conféquence  il  y  attira  encore  un 
grand  nombre  d'autres  Juifs,  en  leur  accordant  les 
mêmes  privilégias  qu'aux  Macédoniens  &  aux  Grecs  ; 
de  forte  qu'ils  faifoient  une  partie  très-confidérable 
des  habitans  de  cette  grande  ville.  Le  commerce  con- 
tinuel qu'ils  avolent  avec  les  citoyens  du  lieu ,  les 
obhgea  bientôt  à  apprendre  la  langue  dominante  qui 
étoit  le  grec,  &  à  la  parler  communément.  Il  leur 
arriva  dans  cette  occafion ,  ce  qui  leur  étoit  déjà 
arrivé  dans  une  autre  pareille  à  Babylone  ;  je  veux 
dire ,  d'oublier  leur  langue ,  &  de  prendre  infenfî- 
blement  celle  du  pays.  N'entendant  donc  plus  l'hé- 
breu ,  où  on  avoit  accoutumé  de  lire  encore  pre- 
mièrement le  texte  ;  ni  le  chaldéen ,  où  l'on  en  don- 
noit  Pexplication  dans  les  fynagogues ,  ils  en  firent 
une  verfion  grecque  pour  eux-mêmes.  Voilà  la  véri- 
table raifon  qui  produilit  cette  verfion  grecque,  à 
qui  le  roman  d'Ariftée  a  fait  donner  le  furnom  des 

Jdptante. 

D'abord  on  ne  traduifit  en  grec  que  la  loi,  c'efl-à- 
dire  les  cinq  livres  de  Moîfe.  Enfuite  du  tems  d'An- 
tiochus  Epiphane,  ceux  d'Alexandrie ,  qui  pour  lors 
fe  conformoient  à  tous  les  ulages  de  la  Judée  &:  de 
Jérufalem  pour  le  fpirltu'jl,  traduifirent  en  grec  \es 
prophètes.  Enfin ,  des  particuliers  traduifirent  le  refte 
pour  leur  ufage  domeftique ,  enforte  que  la  verfion 
à  qui  l'on  donne  le  nom  des  fiptanie,  fe  trouva  com- 
pktte  ;  &Î.  cette  verfion  fut  celle  dont  fe  fervirent  les 
juifs  helléniftes  dans  tous  les  endroits  de  leur  difper- 
fion  où  l'on  parloit  grec. 

1°.  Qu'il  n'y  eut  que  la  loi  de  traduite  en  grec 


SEP 

du  tems  de  Ptoîomée  Philp.delphe  ,  c'eft  ui\  Hiit  clai- 
rement marqué  dans  tous  les  auteurs  qui  ont  com- 
mencé à  parler  de  cette  verlion  :  dans  Ariftée,  Arif- 
tobul3,PaiIon  &C  Joléphe  , cela  ell:  dit  expreirément. 
2°.  Que  ce  fut  à  Alexandrie  que  fe  fil  cette  vcrfion  ; 
la  dialecte  d'Alexandrie  qui  y  règne  pai-tout,  en  eft 
une  preuve  iuSlante.  3  '^.  Qu'elle  fut  faite  à  plufieurs 
reprifes ,  &  par  des  perfonnes  dilTérentes.  La  dlttc- 
rence  du  ^tyle  des  diiierens  livres,  la  difFérente  ma- 
nière dont  on  y  trouve  les  mots  hébreux  &  les  mê- 
mes phrai'es  traduites  ,  enfin  le  foin  qu'il  paroît  que 
l'on  a  apporté  à  la  tradudlion  de  certains  livres  ,  & 
ia  négligence  qui  fe  voit  dans  quelques-autrts ,  ou 
plutôt  l'exactitude  de  quelques-unes  de  ces  traduc- 
tions, &  le  manque  d'exaciitude  des  autres,  en  font 
une  déinonfiraiion  fans  réplique. 

IX.  La  paiiion  qu'avoit  Ptoîomée  Philadelphe,  de 
remplir  la  belle  bibliothèque  de  toutes  fortes  de  li- 
vres, ne  permet  pas  de  douter  que,  dès  que  cette 
verfion  fi.it  faite  à  Alexandrie ,  on  n'y  en  mît  un 
exemplaire  qui  y  demeura  jufqu'à  ce  que  ce  riche 
magalln  des  fciences  fut  confumé  par  un  incendie 
que  Jules  Céfar  occafionna.  Mais  il  falloit  que  cet 
exemplaire  fût  bien  négligé  ;  puifque  pas  vm  des  au- 
teurs grecs  qui  font  parvenus  jufqu'à  nous ,  ni  les  an- 
ciens auteurs  latins,  n'en  a  jamais  dit  le  moindre  mot. 
La  curicfité  pour  cette  verfion  grecque  d^l'Ecri- 
ture,fe  borna  à  la  feule  nation  juive;  ils  s'en  fer- 
voient  en  public  dans  les  fynagogues ,  pour  y  lire 
les  leçons  réglées  par  leurs  canons  ;  &  fans  doute 
qu'ils  en  avoicnt  auHî  des  copies  en  particulier  dans 
leurs  familles  :  mais  jufqu'au  tems  du  nouveau 
Teftament  ,  il  ne  paroît  point^qu'ils  les  montraf- 
fent  aux  étrangers.  Quand  l'évangile  le  fut  étendu  à 
toutes  les  nations,  alors  cette  verfion  s'étendit  avec 
lui  partout  où  l'on  entendoit  ia  langue  grecque  ; 
elle  ne  fiit  plus  renfermée  entre  les  juifs  hciiénilics  , 
elle  fut  entre  les  mains  de  tous  ceux  qui  en  eurent 
çnvie  ,  &  les  copies  fe  multiplièrent.  Aufli  voit-on  , 
quelque  tems  après  Notre-Seigneur ,  que  les  payens 
commencent  à  connoître  le  vieuxTeftament;au  lieu 
qu'avant  le  chriftianifme,  très-peu,  ou  plutôt  pas  un 
d'eux,  ne  Tavoit  connu. 

X.  A  niefure  que  la  religion  chrétienne  fe  répan- 
<Iit,  cette  verfion  greque  dcs/epta/iu  fut  aufïï  plus  re- 
cherchée &  plus  ellimée.  Les  évangélilles  &.les  apô- 
tres qui  ont  écrit  les  livres  du  nouveau  Tefiament ,  la 
citent  ;  les  pères  de  la  primitive  Eglife  la  citent  aufli. 
Toutes  les  églifes  greques  s'en  fervoient  ;  &  jufqu'à 
S.  Jérôme  ,  les  latines  n'avoient  qu'une  traduûion 
laite  fur  cette  verfion.  Tous  les  commentaires  pre- 
noient  cette  verfion  pour  le  texte ,  &  y  ajuHoient 
leurs  explications.  Et  quand  d'autres  nations  fe  con- 
vertilToient  &  embraflbient  la  religion  chrétienne  , 
pour  avoir  l'Ecriture  en  leur  langue  ,  les  veiiions  fe 
laifoient  Hir  celle  àiisfeptante  ;  comme  l'illyrienne  , 
la  gothique,  l'arabique  ,  l'éthiopique  ,  l'arménienne 
&  la  fyriaque. 

XI.  Cependant  à  mefure  que  la  verfion  des  fep- 
ianu  gagnoit  du  crédit  parmi  les  Chrétiens  ,  elle  en 
perdoit  parmi  les  Juifs.  Comme  ils  fe  trouvoient  pref- 
l'és  par  divers  paffages  de  cette  traduûion  que  les 
Chrétiens  faifoient  valoir  contre  eux  ,  ils  fongerent 
à  s'en  procurer  une  nouvelle  qui  leur  fut  plus  favo- 
rable. Aquila ,  juif  profélite  ,  exécuta  le  premier 
cette  bcfogne.  Peu  de  tems  après  Aquila ,  il  fe  fit 
deux  autres  verfions  greques  du  vieux  Tcllament , 
l'une  par  Théodotion  ,  &  1  autre  par  Symmachus  , 
comme  nous  le  dirons  plus  au  longauwof  Versions 

GREQUES. 

C'eflalTez  de  remarquer  ici  qu'Origene  ralTembla 
dans  fcs  héxaples  les  trois  dernières  verfions  dont 
nous  venons  de  parler  ,  conjointement  avec  celle 
dcsjifcanre,  Pamphile  6c  Eufebe  ayant  découvert 


S  ÉP 


H 


vers  la  fin  du  ilj.  fieclc  l'héxaple  d'Origene  dans  la 
bibliothèque  de  Céfarée,  tirèrent  de  cet  ouvrage 
quelques  copies  de  la  verfion  des  feptante  ,  6c  les 
communiquèrent  aux  églifes  de  ces  quartiers-là,  qui 
la  reçurent  généralement  depuis  Antioche  jufqu'eri 
Egypte. 

il  fe  fît  à-peu-près  dans  le  même  tems  deux  autres 
éditions  Aqs  fiptanu ;\a.  première  par  Lucien  ,  prfître 
de  l'églife  d'Antioche,  qui  fut  trouvée  après  fa  mort 
à  Nicomédie  en  Bithynie.  Ce  fut  cette  édition  que 
reçurent  dans  la  fuite  toutes  les  églifes ,  depuis  Conf- 
tantinople  jufqu'à  Antioche.  L'autre  fut  faite  par  Hé- 
fychius  ,  évêque  d'Egypte  ,  &  fut  reçue  d'abord  à 
Alexandrie  ,  &  enfuite  dans  toutes  les  églifes  d'E- 
gypte. Ces  deux  correcteurs  entendoient  l'hébreu  , 
6c  avoient  fait  par-là  plufieurs  correftjons  à  la  ver- 
fion. 

Les  auteurs  de  ces  trois  éditions  àes  fcptanu  fouf- 
frirent  tous  trois  le  martyre  dans  la  dixième  perlé- 
cution  ;  cet  événement  donna  une  fi  grande  répu- 
tation à  leurs  éditions  ,  que  toute  l'églife  greque 
s'en  ferviî ,  de  l'une  dans  un  endroit ,  &  de  l'autre 
dans  un  autre.  Les  églifes  d'Antioche  &  de  Conftan- 
tinople  ,  &  toutes  celles  d'entre  deux,  prirent  celle 
de  Lucien.  Celles  d'entre  Antioche  &  l'Egypte  ,  celle 
de  Pamphile,  &  en  Egypte  celle  d'Héfychius.  C'eft 
ce  qui  fait  dire  à  S.  Jérôme  qu'elles  partageoient  le 
monde  en  trois  ;  parce  que  de  fontems  aucune  églife 
greque  ne  fe  fervoit  d'aucune  autre  que  d'une  de  ceS 
trois  ,  qu'elle  regardoit  comme  une  copie  authenti- 
que du  vieux  Tefiament.  Ces  trois  éditions ,  à  en 
juger  par  les  copies  manufcrites  qui  en  reftent  encore, 
ne  diiîéroient  en  rien  de  confidérable,  pourvu  qu'on 
ne  miette  pas  en  ligne  de  com.pte  les  fautes  des  co- 
piftes. 

De  la  même  manière  que  les  anciens  avoient 
trois  éditions  principales  Aes  feptante ,  il  efi  arrivé  que 
les  modernes  en  ont  aufli  trois  principales  depuis 
rimpreffion  ,  dont  toutes  les  autres  ne  font  que  des 
copies.  La  première  eft  celle  du  cardinal  Ximenès, 
imprimée  à  Comphite ,  ou  Alcala  de  Henarès  en  Ef- 
pagne  ;  la  féconde  celle  d'Aldus  à  Venife  ,  &  latroi- 
fieme  celle  du  pape  Sixte  V.  à  Rome; 

Celle  du  cardinal  Ximenès  eft  imprimée  l'an  16 15 
dans  fa  polyglotte  ,  connue  fous  le  nom  de  bible  de 
Compluu  ,  qui  contient  1°.  le  texte  hébreu  ;  i'*.  la 
paraphrafe  chaldaique  d'Onkélosfur  le  Pentateuque  ; 
3°.  la  verfion  des/eptantedu  vieux  Tefiament, &  l'o- 
riginal grec  du  nouveau ,  &  4°.  la  verfion  de  l'un  & 
de  l'autre.  Ce  furent  les  théologiens  de  l'univerfité 
d'Alcala,  &quelques  autres  qui  préparèrent  les  ma- 
tériaux pour  l'imprelîion  ;  mais  comme  c'étoit  le  car- 
dinal Ximenès  qui  en  avoit  fait  le  plan ,  qui  les  diri- 
geoit ,  &  qui  en  faifoit  toute  la  dépenfe  ,  cette  poly- 
glotte a  retenu  fon  nom.  Le  delfein  qu'on  s'ell  pro- 
polé  dans  cette  édition  des  feptante  ayant  été  de  choi- 
fir  dans  tous  les  exemplaires  qu'on  avoit  la  leçon  qui 
approchoit  le  plus  de  l'hébreu  ,  il  fe  trouve  que  ce 
qu'ils  ont  donné  ell  plutôt  une  nouvelle  verfion 
greque  ,  que  les  anciens y^/'m/7fé,  ou  la  verfion  qui 
fous  ce  nom  a  été  d'un  fi  grand  ufage  aux  pères  de  la 
primitive  Eglife.  C'efi  fur  cette  édition  des  feptante 
que  font  faites  celles  des  polyglottes  d'Anvers  &c  de 
Paris  ,  dont  la  première  parut  l'an  lôyx  ,  &  l'autre 
l'an  1645.  Celle  de  Commelin  ,  imprimée  à  Heidel- 
berg  avec  le  commentaire  de  Vatabie  ,  l'an  1699  » 
eft  aulîi  faite  lur  cette  édition. 

II.  L'édition  d'Aldus  à  Venife  cft  de  i  ^78.  Ce 
fut  André  Alulanus,  beau-pcre  de  l'imprimeur  ,  qui 
en  prépara  la  copie  par  la  colleélion  de  plufieurs  an- 
ciens manulcrits.  C'ell  de  celle-ci  que  font  venues 
toutes  les  éditions  d'Allemagne ,  à  la  reierve  de  celle 
d'Heidelberg  dont  nous  venons  de  parler. 

lU.  Mais  l'édition  de  Rome  cil  préférée  airx  deux 


fo  SEP 

autres  par  touslcs  favans,  quoique  VofTius  l'ait  con- 
damnée comme  la  plus  mauvaile.  Le  cardinal  de 
Montalte  ,  qui  parvint  eniiiite  au  pontificat ,  l'avoit 
-commencce.  Comme  il  portoit  le  nom  de  Sixte  V. 
quand  elle  parut  l'an  1687,  cette  édition  eft  auffi 
connue  fous  ce  mC-mc  nom.  11  commença  par  recom- 
mander cet  ouvrage  à  Grégoire  XllI.  en  lui  reprélen- 
tant  que  c'étoit  ce  qu'ordonnoit  un  décret  du  concile 
de  Trente  ;  &  Ion  avis  ayant  été  lliivi ,  on  en  char- 
gea Antoine  Caraile  ,  lavant  homme  ,  d'une  tamille 
iUullre  d'Italie ,  qui  t\it  tait  eniiiite  cardinal  &c  biblio- 
thécaire du  pape.  Avec  l'afrillance  de  quelques  la- 
vans  qui  travailloient  fous  lui,il  acheva  cette  édition. 

On  liiivit  prefque  en  tout  un  ancien  manufcrit  de 
la  bibliothèque  du  Vatican  ,  qui  étoit  tout  en  lettres 
capitales  fans  acccns  ,  fans  points  &  fans  dillint^ion 
de  chapitres  ni  de  verfets.  On  le  croit  du  tems  de  S. 
Jérôme.  Seulement  là  où  il  manquoit  quelques  feuil- 
les ,  on  fut  oblige  d'avoir  recours  à  d'autres  manuf- 
crits  ,  dont  les  principaux  furent ,  un  de  Venife  de 
la  bibliothèque  du  cardinal  Beffarion ,  &  un  autre 
qu'ils  tirent  venir  de  la  Calabre  ,  qui  étoit  fi  confor- 
me à  celui  du  Vatican  ,  qu'on  croit  que  l'un  eft  une 
copie  de  l'autre  ,  ou  que  tous  deux  ont  été  faits  fur 
le  même  original. 

L'année  fuivante  on  publia  à  Rome  une  verfion  la- 
tine de  cette  édition  ,  avec  les  notes  de  Flaminius 
Nobilius.  Morin  les  imprima  toutes  deux  enfembleà 
Paris  l'an  i6i8.  C'eil  fur  cette  édition  qu'ont  été  fai- 
tes toutes  celles  des  fcptame  qu'on  a  imprimées  en 
Angleterre.  Celle  de  Londres //2-c?".  de  1655  ,  celle 
delapolyglottede  Walton  de  1657,  &:  celle  de  Cam- 
bridge de  1 66  5 ,  où  clî  la  favante  préface  de  l'évêque 
Péarfon  ,  &  qui  nous  donne  bien  plus  fidèlement  l'é- 
dition de  Rome  ,  que  celle  de  1653  ,  quoique  toutes 
deux  s'en  écartent  en  quelque  choie. 

Mais  le  plus  ancien  &  le  meilleur  manufcrit  des 
fcptauu ,  au  jugement  de  ceux  qui  l'ont  examiné  avec 
beaucoup  de  foin  ,  c'eft  l'alexandrin  qui  efl  dans  la 
bibliothèque  du  roi  d'Angleterre  à  S.  James. Il  elt  tout 
en  lettres  capitales  ,  fans  diftinftion  de  chapitres  ,  de 
verfets,  ni  de  mots.  Ce  fut  un  préfent  fait  à  Charles 
I.  par  Cyrille  Luçar,  alors  patriarche  de  Conflanti- 
nople  ;  il  l'avoit  été  auparavant  d'Alexandrie  :  quand 
il  quitta  cepatriarchat  pour  celui  de  Conftantinople, 
il  y  emporta  ce  manufcrit  ,  &  l'envoya  enfuite  à 
Londres  par  le  chevalier  Thomas  Roe  ,  ambafTadeur 
d'Angleterre  à  la  Porte  ,  &  y  mit  cette  apoilille  qui 
nous  apprend  l'hifloire  de  ce  manuicrit. 

Libtr  ijic  Scriptunzfacra  n.  &  v.  Tefhmenri ,  prout 
ex  traditione  habcmus  ,  eflfcriptus  manu  Tkeclœ  nobilis 
famina  œgypiiœ  ,  anic  mille  &  treccntos  annos  circitcr , 
paulo  pojl  concilium  Nicœnum.  Nomen  Tluclcz  in  fine 
libri  erut  exaratum  ;fed  exiinclo  Chrijiianifmo  inAigyp- 
to  à  Mahometanis  ,  &  libri  unà  Chrillianorurn  in  jimi- 
Um  func  rcdacli  conditionem  ;  extinclum  cnim  cfl  Tkeclcc 
nonicn  €"  laceratum  ;  fed  mtmoria  &  traditio  nccns  ob~ 
fervat. 

Cyrillus  ,  patrlarcha  conjlannnopolltaniis.^ 

C'eft-à-dire  :  «  Ce  livre  qui  contient  l'Ecriture 
»  fainte  du  vieux  &  du  nouveau  Teflament,  félon  que 
»  nous  l'apprend  la  tradition  ,  eft  écrit  de  la  propre 
»  main  de  Thécla  ,  femme  de  qualité  d'Egypte  ,  qui 
>»  vivoit  il  y  a  près  de  treize  cens  ans  ,  un  peu  après 
y>  le  concile  de  Nicée.  Le  nom  de  Thécla  étoit  écrit 
M  à  la  fin;  mais  la  religion  chrétienne  ayant  été  abolie 
»  par  les  Mahométans  en  Egypte ,  les  livres  des  Chré- 
»>  tiens  eurent  le  même  lort.  Le  nom  de  Thécla  a  donc 
»  été  déchiré ,  mais  la  mémoire  ne  s'en  efl  pas  per- 
y>  due  ,  &  la  tradition  s'en  efl  très-bien  conlervée  «. 
Cyrille,  patriarche  de  Conltantinople. 

Le  dodteur  Grave ,  favant  pruflien ,  qui  a  demeuré 
plufieurs  années  en  Angleterre ,  avoit  entrepris  de 
donner  une  édition  de  cette  copie ,  &  la  reine  Anne 


SEP 

lui  faifoit  même  une  pcnfion  pour  câfte  befogne  ;  '\ 
en  avoit  déjà  publié  deux  tomes  quand  la  mort  l'em- 
pêcha de  mettre  au  jour  les  deux  autres  qui  dévoient 
achever  l'ouvrage.  Si  quelque  habile  homme  vouloit 
bien  donner  ce  refle  au  public  ,  &  y  prendre  autant 
de  loin  que  ce  dodeur  ,  nous  aurions  une  quatrième 
édition  des  feptante,  qui  feroit  aflurément  approu- 
vée ,  &  regardée  déformais  comme  la  meilleure  de 
toutes;  celle  de  Lambert  Bos  n'ell  cependant  pas  mé- 
prifable. 

Voilà  ce  que  l'hiftoire  nous  met  en  droit  de  dire 
de  cette  ancienne  verfion  du  vieux  Teftament ,  & 
des  édhions  anciennes  &  modernes  qui  s'en  font  fai- 
tes. Si  quelqu'un  elf  curieux  de  voir  les  dilputes  Se 
les  remarques  de  critique  que  cette  matière  a  caufces , 
&  ce  cju'en  ont  écrit  les  favans,  il  peut  confulter  l/f- 
fcrii  jyntagma  de  §rœcd  LXX.  interprctum  verjione. 
Morini  excrcitationes  biblicœ  [.pars ,  &  la  préface  qu'il 
a  mife  au-devant  de  fon  édition  des  LXX.  Wower  , 
de  grœca  &  latina  Bibliorum  intcrpretaùone  ;  les  Prolé- 
gomènes delà  polyglotte  de  Walton,  cA.y'x.  VofTuis , 
de  LXX.  int.  l'hiftoire  critique  du  vieux  Teftament 
de  Simon  ;  l'hiftoire  du  canon  du  vieux  Teftament 
de  Dupin  ;  les  Prolégomènes  de  Grave ,  mis  au-devant 
des  deux  parties  des  LXX.  qu'il  a  données  ;  &  fur- 
tout  le  favant  livre  du  dofteur  Hody  ,  dt  Biblior. 
verfion  grac.  car  c'cft  lui  qui  a  le  plus  approfondi  cette 
matière  ,  &  qui  l'a  le  mieux  traitée  de  tous  ceux  qui 
en  ont  écrit.  (^Le chevalier  de  Jai/Court.) 

SEPT-DORS  ou  Maille  de  sept  doïgts,  terme 
dépêche ,  forte  de  filet  dont  on  fe  fert  à  l'embouchure 
de  la  Loire  pour  faire  la  pêche  des  faumons  &  des  alo- 
fes.  Cette  pêche  commence  ordinairement  en  Fé- 
vrier, &  dure  jufqu'àlafin  de  Juin.  Quelquefois  celle 
du  faumon  commence  à  la  fin  de  Décembre.  Ce  filet 
eft  un  de  ceux  qui  font  tramaillés ,  voye^^  Tr AMAiL  , 
&  eft  le  même  que  l'on  nomme  alojîcre  dans  la  ri- 
vière de  Seine.  La  nappe  du  flue  ou  rets  de  ces  tra- 
meaux  eft  de  trois  fortes  ;  la  première  forte  2  pou- 
ces 5  lignes,  la  féconde  x  pouces  4  lignes  ,  &  latroi- 
fieme  2  pouces  3  lignes.  Les  hamaux  ou  hamails  , 
que  les  pêcheurs  nomment  gardes  ,  font  auffi  de  deux 
fortes  ;  les  plus  grands  ont  1 1  pouces  en  quarré ,  & 
les  moindres  feulement  10  pouces  9  lignes. 

SEPTEMBRE,  [calendrier  des  Romains!)  ce  mois,' 
le  feptieme  de  l'année  romaine,  &  le  neuvième  de  la 
nôtre  ,  étoit  fous  la  protedion  de  Vulcain.  On  le 
trouve  perfonnifié  fous  la  figure  d'un  homme  prefque 
nud ,  ayant  feulement  fur  l'épaule  une  efpece  de 
manteau  qui  flotte  au  gré  des  vents.  Il  tient  de  la 
main  gauche  un  lézard  attaché  par  une  jambe  à  une 
ficelle.  Ce  lézard  fufpendu  en  l'air  ,  fe  débat  autant 
qu'il  peut.  Aux  pies  de  l'homme  font  deux  cuves  ou 
vales  préparés  pour  la  vendange  ,  comme  le  mar- 
quent les  quatre  vers  d'Aufone,  dont  voici  le  fens  : 
«  Septembre  cueille  les  grappes,  c'eft  en  ce  mois  que 
»  les  fruits  tombent.  Il  fe  divertit  à  tenir  en  l'air  un 
»  lézard  attaché  par  le  pié  ,  qui  fe  démené  d'une  ma- 
»  niere  agréable  ».  Les  fêtes  de  ce  mois  étoient  le  5 
les  dionyfiaques  ou  les  vendanges  ,  le  4  les  jeux  ro- 
mains pendant  8  jours  ,  le  i  5  les  grands  jeux  circen- 
fes  voués  pendant  cinq  jours  ,  le  20  la  naiflance  de 
Romulus ,  le  30  les  méditrinales.   (Z),/.) 

SEPTEM -  COLLES ,{Littér.)  d'eu  ainfi  que  les 
auteurs  latins  nomment  par  excellence  les  Icpt  mon- 
ticules ou  collines  que  Rome  renfermoit  dans  fon  en- 
ceinte. Virgile  dit  : 

Septem  tjuœ  unajibl  mura  circumdedit  arecs. 

Ces  fept  anciennes  collines  de  Rome  ,  font  le  mont 
Quirinal ,  le  mont  Viminal ,  le  mont  Capitolin  ,  le 
mont  Elquilln  ,  le  mont  Palatin  ,  le  mont  Caelius  & 
le  mont  Aventin  ;  on  en  ajouta  enfuite  cinq  autres  ; 
favoir  ,  coUis  Hcrtuhrum  y  mons  Ciicrius^  mont  tC" 


SEP 

pacitis ,  le  Vatican  &:  le  Janicule.  De  ces  douze  col- 
lines ,  les  deux  dernières  font  Icparces  des  autres 
par  le  Tibre.  {D.J.) 

SEPTEMPEDA  ,  {Géùg.ajjc.)  ville  d'Italie  dans 
lel'iccnum  ,  félon  Strabon ,  /.  F. p.  24/.Frontin,qui 
en  fait  une  colonie  romaine ,  ne  lui  donne  que  le 
titre  ôi  Oppidum.  On  voit  par  une  ancienne  infcrip- 
tion  recueillie  par  Gruter, /?.  3  0(?.  /z^.j.  que  Scp- 
ternpeda  ctoit  un  municipe  :  Flam.  Peron.  Municip.  J. 
Scpump.  &  dans  une  infcription  rapportée  à  la  page 
284 ,  /z".  4.  on  lit  :  Ordo  Septempedanorum.  On  veut 
que  ce  foit  aujourd'hui  San-Severino.  (^D.  J.) 

SEPT£M-fRJTRES,  {Géog.  anc)  montagne  de 
l'Afrique  ,  dans  la  Mauritanie  tingitane.  Ptolomée  ;, 
/.  ly.  c.  /•  la  nomme  Hiptaddphus  mons ,  &  la  place 
fur  la  côte  feptentrionale  ,  entre  Exïlijj'a.  &  Abyla, 
On  lui  donna  le  nom  de  Sept-Freres  ,  Septem-fratres , 
à  caufe  qu'elle  s'élève  en  fept  fommets  qui  pareiffent 
de  même  figure.  Cette  montagne  domina  fur  le  dé- 
troit de  Gibraltar.  (Z>.  7.) 

SEPTEMFIRI,  cpido^um ,  (  LucJrai.)  c'eft-à-dire 
les  fept  m^îîtres  des  feftins  ;  c'étoit  fept  prêtres  nom- 
més ainfi,  ou  fimplemeut  epulones ,  &  qui  éroient  éta- 
blis à  Rome  pour  régler  &  arranger  les  leftiflernes  , 
ou  feftins  publics  que  l'on  donnoit  aux  dieux  dans 
des  occafions  importantes.  Foyei  Epulons.  {D.J.) 

SEPTENAIRE,  adj.  (  Gramm.  )  qui  eft  au  nombre 
de  fept.  On  dit  le  nombre  fepienaire  des  planètes. 

Septénaire,  owRegent  septénaire, (Jurifpr.) 
eft  celui  qui  a  profefTé  pendant  fept  ans  dans  Funiver- 
fité  de  Paris. 

Les  rérrcns  feptenaîres  ont  pour  les  bénéfices  un  pri- 
vilège qui  confifte  en  ce  qu'ils  font  préférés  dans  les 
mois  de  rigueur  à  tous  les  gradués  nommés ,  excep- 
té aux  doûcurs  en  Théologie  ,  lefquels  concourent 
avec  eux. 

Pour  jouir  de  ce  privilège  ,  les  régens  feptcnalres 
doivent  avoir  leur  quinquennium. 

En  cas  de  concurrence  entre  plufieurs  profefTeiirs 
feptînaites  de  différentes  facultés ,  le  plus  ancien  gra- 
dué eft  préféré. 

Ceux  qui  ont  été  principaux  d'un  collège  célèbre 
&  de  plein  exercice  pendant  fept  années  entières  ,  & 
fans  interruption  ,  ont  le  même  privilège. 

Le  privilège  des  feptenaires  a  lieu  contre  tous  les 
gradués ,  même  des  autres  univerfités  ,  &  pour  des 
bénéfices  même  fitués  hors  du  diocèfe  de  Paris. 

Du  rcfte  ,  comm.e  ce  privilège  ei\  contre  le  droit 
commun  ,  il  ne  reçoit  point  d'extenfion  ;  il  a  cepen- 
dant lieu  dans  les  univerfités  de  Caën  &  de  Reims. 
Foyei  \QSJlatuts  de.  Vunivtrful  de  Paris  ,  \&  pratique  de 
Rebutfe  ,  le  traitl  des  bénéfices  de  Drapier  ,  la  déclara- 
tion du  iG  Janvier  1 G80.  (-^  ) 

SEPTENTRION  ,  f  m.  en  Jfirono;me  ,  c'eft  pro- 
prement une  conftellation  du  nord  ,  que  l'on  appelle 
plus  ordinairement  urfa  rninor,  owlapetite  ourfc.  Foye^ 
Ourse. 

Septenuion  ,  en  Cofmographie  ,  fignifîe  la  même 
chofe  que  nord,  ainfi  appelle  de  l'ancienne  conilella- 
tion  feptenirion.  L'étoile  polaire  eil  une  étoile  de 
cette  conftellation.  ^oye^NoRD,  Polaire  ,  &c. 

Delà  eft  venu  le  mot  feptentrional  ^J'cptcntrionalis, 
pour  défigncr  tout  ce  qui  a  rapport  au  nord.  Comme 
Jes  fignes  feptentrionaux,  les  parallèles  feptentrio- 
naux,  &c.  font  les  fignes  &C  les  parallèles  qui  font  du 
côté  de  l'équateur  vers  le  nord ,  cette  dénomination 
vient  de  ce  que  l'on  divife  la  terre  en  deux  hémif- 
phercs,  terminés  par  récjuateur  ;  celui  qui  eft  du  côté 
du  feptenirion  s'appelle  hémifphere  feptentrional  ,  & 
l'autre  hémifphere  méridional  :  or  tout  ce  qui  fe  trouve 
dans  l'un  de  ces  deux  hémifpheres ,  confervc  la  déno- 
mination. Ainfi  on  dit  que  la  latitude  feptentrionale 
d'un  lieu  eft  h  48°.  pour  dire  que  ce  lieu  fe  trouve 
dans l'hémifphcre  feptentrional, &  eft:  éloigne  de  48 


I 


SEP  ft 

degrés  de  l'équateur ,  &  ainf]  du  refte ,  &c.(0) 

Septentrion,  {^Antiq.  rom.  )  en  Imnfcptentrio ^ 
c'étoit  le  nom  ou  le  fobriquet  que  l'on  donnoit  à  une 
certaine  efpece  de  mimes  ou  danfeUrs.  M.  de  Caylus 
a  fait  graver  d'après  un  bronze  antique  ,  la  repréfen- 
tation  de  ces  fortes  de  gens,  dont  les  geftes  &:  l'atti- 
tude paroifTent  très-comiques.  Les  efpeces  de  cafta- 
gnettes  qu'il  tient  aux  mains ,  ne  reffemblent  point 
du  tout  aux  nôtres  ;  elles  fervoient  apparemment  à 
marquer  la  mefure ,  &  appuyoient  les  mouvemens 
d'une  danfe  qui  de  fa  nature  devoit  être  ridicule.  Ce 
mime  eft  nud  ,  il  n'a  qu'une  écharpe  autour  des  han- 
ches ,  &  elle  eft  renouée  fur  le  côté.  La  chaufTure  n'eft 
qu'un  fimple  chaufTon  qui  paroît  n*avoir  point  de 
couture  :  la  pointe  au-deflus  du  talon  remonte  afTex 
haut  >  &■  le  devant  fe  rabat  fur  les  cordons  qui  le 
tiennent  en  état.  La  dénomination  Aefptentrion  don- 
née par  les  Romains  aux  mimes  ou  danfeurs  ainft  vê- 
tus ,  cil  employée  dans  plufieurs  infcriptions  ,  nom- 
mément à  Antibes  ,  où  M.  de  Caylus  a  copié  la  fui- 
vante  ,  D.  M.  P^eri  feptentrionis  Annor.  Xîl.  Qwi 
AntipoUin  Théâtre  Bidiio  fahavit  6*  placuit.  Antiq.  de 
M.  de  Caylus  ,  tom.  II.  \d.  /.) 

Septentrion,  h  ,  (Géog.  mod. )  l'un  des  quatre 
points  cardinaux.  C'efl  celui  qui  répond  fur  l'horifon 
au  pôle  boréal,  &  par  lequel  paffe  le  méridien.  Ce? 
mot  défigne  en  Géographie  la  partie  du  ciel  &  cella 
du  globe  de  la  terre  qui  eft  oppofée  au  midi ,  &  qui 
fe  trouve  entre  l'équateur  &  le  pôle.  On  a  donné  à 
cette  partie  le  nom  de  feptenirion  .^U.  celui  àz  fpten- 
trionaL  à  tout  ce  qui  eft  tourné  de  ce  côté-là  ,  parce 
que  les  anciens  y  remarquèrent  fept  étoiles  qu'ils 
nommerent/ê;;.VTO  trioms.  C'eft  la  même  conftellation 
que  les  Aftronomes  appellent  la  petite,  ourfe ,  &  le 
peuple  le  chariot  di  faint  Jacques.  Comme  les  mots 
nord  &  feptenirion  font  fynonymes  ,  Voyez  NoRD» 
(Z)./.)  ^ 

SEPTENTRIONAL  ,  adj.  qui  eft  du  feptentrion. 
Ainfi  l'on  dit  le  pôle ,  un  figne ,  un  parallèle ,  un  vent, 
un  quadran,  &c.  feptentrional ;VAméno^aQ fieptentrio- 
nak ,  les  nations  fptentrionales. 

SEPTERÉE  ,  f.  t.  (  Gramm.  )  qui  contient  un  ef- 
pace  de  terre  d'environ  un  arpent,  ou  un  feptier  de 
femence. 

SSPTERIE  ,  (  Antiq.  greq.  )  m-Tr-ti^bnv  ;  fête  que  les 
hablîans  de  Delphes  célébroient  tous  les  neuf  ans  en 
mémoire  du  combat  &  de  la  viftoire  d'Apollon  con- 
tre le  ferpent  Python.  La  tradition  difoit  que  le  com- 
bat d'Apollon  contre  Python  s'étoit  pafTé  à  Delphes; 
que  le  monftre  ayant  été  bleffé  ,  s'enfuit  par  le  che- 
min qu'on  appelloit/^c/-.;,  jufques  dans  la  vallée  de 
Tempe  ;  qu'Apollon  l'y  pourfuivit ,  &  qu'il  le  trouva 
mort  &  même  enterré.  Aix,  fils  du  monftre,  lui  avoit 
rendu  ce  dernier  devoir.  Mais  voici  quelle  étoit  la 
cérémonie  de  la  fête. 

On  drefToit  une  cabane  de  feuillages  dans  la  nef  dU 
temple  d'Apollon  ,  qui  repréfentoit  la  fombre  de- 
meure de  Python.  On  venoit  en  filencey  donner  af- 
faut  par  la  porte  qu'on  appelloit  dolonie  :  on  y  amc- 
noit  après  cela  un  jeune  garçon  ayant  père  &  mère  , 
qui  mettoit  le  feu  dans  la  caiiane  avec  une  torche  ar- 
dente :  on  renverfoit  la  table  par  terre ,  &  puis  cha- 
cun s'cnfuyoit  par  les  portes  du  temple.  Le  jeune 
garçon  fortoit  de  la  contrée  ;  &  après  avoir  erré  en 
divers  lieux  où  il  étoit  réduit  en  f  crviîudc ,  il  arrivoit 
enfin  à  la  vallée  de  Tempe  ,  où  il  étoit  purifié  avec 
beaucoup  de  cérémonies.  (  D.  J.  ) 

SEPTICOLLIS  ^  (  Géog.  anc.)  nom  que  l'on  don- 
na anciennement  à  la  ville  de  Rome.  Romulus  qui 
d'abord  n'avoit  environné  de  murs  &  de  folles  que 
le  mont  Palatin  ,  y  ajouta  le  mont  Tarpeïen  lorfque 
Titus-Tatius  &:  les  fabins  de  fa  fuite  ,  eurent  pris  le 
parti  de  fe  faire  citoyens  de  Rome.  Nu  ma  étendit  cn« 
cercla  ville,  &  y  joignit  le  mot  Quirina! ,  où  Tort 


72 


SEP 


avoit  drefle  un  temple  à  Romulus ,  fous  Itr  nom  ck- 
Quirinus.  Tullus  HoilUlus ,  quand  il  eut  traniportc  à 
Rome  les  Albâins ,  après  avoir  dctruit  Albe ,  (.nferma 
le  mont  Cœlius  dans  l'enceinte  de  Rome.  Sous  Ancus 
Maiciits  le  mont  Janicule  ,  fitué  au-delà  du  Tibre  , 
fut  joint  à  la  ville  par  lui  pont  de  bois.  A  la  vérité  le 
premier  Tarquin  s'ctoit  contente  de  contraire  de 
bclkspierres, au  moins  en  partie,  les  murs  de  Pvome, 
lans  faire  d'augnientat-on  à  l'on  enceinte.  Pour  Ser- 
viiuj  Tullius ,  non  content  d'achever  l'ouvrage  que 
fon  prédécefitur  avolt  commencé  ,  il  fit  ciic'ore  l'e 
mont  Efquilin  &;  le  montViminal  d.-;ns  les  nouvenux 
murs  qu'il  érigea.  Ainfi  Rome  commença  poar  lors  :\ 
poner  le  nom  fameux  de  Sc/j'ico/Zis,,  qui  veut  dire 
une  ville  compolce  de  lept  coiiincs.  {D.  J.) 

SEPTIEME  ,(  ^/m/iw<r'.'.  )  partie  d'un  tcwt  divifé 
en  fcpt  parties  égales.  En  matière  de  fraftions ,  un 
fepiierne  le  marque  ainfi  j ,  &  deux  ,  trois  ou  quatre 

Septième,  ««  Mujîquc,  eit  un  intervaHs  difTo- 
nnnt,  que  les  Grecs  appellent  h^ptacordon ,  parce 
qu'il  eit  formé  de  fept  ions  ,  c'cft-à-dîre,  de  fix  de- 
grés d'.atoniques  :  il  y  en  a  de  quatre  fortes. 

La  première  ,etl  k\feptu'r:ie  diminuée  ;  elle  cft  com- 
pofée  de  trois  tons  &  de  trois  fcmi-îons  majeurs, 
comme  de  Vui  dièfe  au/' bémol  ;  fon  rapport  eu  de 
75  à  128. 

La  féconde,  efl  hfepticrTie  mineure  ;  elle  cft  com- 
pofée  de  quatre  tons  ,  &  de  deux  lemi-tons  majeurs, 
comme  de  w/  à  lé ,  &  chromatique  ment  de  dix  femi- 
tons  :  fon  rapport  eft  de  "}  à  9. 

Latroificme,  eft  U  fepticme  majeure,  compofée 
de  cinq  tons  &  un  femi-ton  majeur;  de  forte  qu'il  ne 
faut  plus  qu'un  femi-ton  majeur  pour  achever  l'oda- 
ve  :  comme  à!uikjî;&c  chromatiquemcnt  d'onze 
femi-tons  :  fon  rapport  eft  de  8  à  1 5 . 

La  quatrième  ,  efl  la  f-pfie.me  fuperflue  ;  elle  eft 
tompofée  de  cinq  tons,  un  femi-ton  majeur  &  un 
femi-ton  mineur,  comme  du  [ihémol  au  la  dièfe  ;  de 
forte  qu'il  ne  lui  manque  qu'un  comma  pour  faire  un 
oftavc;  fon  rapport  e't  de  81  à  160;  mais  cette  der- 
nière efpece  n'eft  point  ufitée  en  la  Mufique  ,  fi  ce 
n'cft  dans  quelque  tranfition  enharmonique. 

Il  y  a  trois  accords  à<ifi-pn:me. 

Le  premier  eft  fondamental,  &  porte  fimplement 
le  nom  ùcj'cptleme  :  mais  quand  la  tierce  eft  majeure 
&  hjcptiimi  mineure,  il  s'appelle  accord  jmfibk  ou 
dominant  ;  il  fe  compofe  de  la  tierce,  de  la  quinte, 
de  lifcpùarii,  &  de  i'o£lave. 

Le  fécond  eft  encore-  fondamental ,  &  s'appelle  ac- 
cord de  fcpti.rm  diminuée;  ileftcompofé  de  iat  erce 
mineure ,  de  la  fauffe  quinte ,  &  de  hjèpcieme  dimi- 
nuée dont  il  prend  le  nom  ,  c'eft-à-dire ,  de  trois  tier- 
ces mineures  confécutives  ;  &  c'eft  le  feul  accord 
qui  foit  ainfi  formé  d'intervalles  égaux  ;  il  ne  fe  fait 
que  far  la  notefenlîble.  royei  Enharmoniquh.(.S) 

M.  Rameau  dérive  cet  accord  de  l'accord  de  do- 
minante tonique ,  &  de  celui  de  fous-dominante  dans 
le  mode  mineur,  en  cette  forte  ;  foient  les  accords 
hiifol  ^Ji  rè  ^  &  ré  fa  LtJ/de  dominante  tonique  & 
de  fous-dominante  dans  le  mode  mineur  de  ia  ;  M. 
Rameau  joint  ces  deux  accords  ,  en  retranchant  1°. 
mi  dont  le/o/  ^  eftcenfé  tenir  b  place;  2".  la  qui  eft 
cenié  continu  dans  ré.  ^oyei  AccORD  &  Fonda- 
mental, i-'oye^  a:.(Jl;7ic5  Uttruns  di  Mufique.  (  O) 

Letroifieme  s'appelle  J«o/-i  de  l'epncmefuperjiue; 
c'cft  un  accord  par  luppofiîion  ,  formé  par  l'accord 
dominant ,  au-delibus  duquel  la  bafte  fait  entendre 
la  tonique. 

Il  y  a  encore  un  accord  defcptieme  &  fixte,  qui 
n'cft  qu'un  rcnverfement  de  l'accord  de  neuvième  ; 
il  ne  fe  pratique  guère  que  d;ms  les  points  d'orgue, 
àcaufe  delà  dureté.  y'oyc7^  ACCORDS,  Cad£NCE  , 
Dissonance,  (i) 


SEP 

SEPTIER  ,  f.  m.  (  Mefure  de  l'iqmdis.')  cette  fliè^ 
fure  eft  différente  fuivant  les  lieux  ,  ou  î'cfpece  d«S 
chofes  mefurées;  elle  l'ait  en  plufieuvs  lieux  de  îa 
France  la  chopine  ,  &  la  moitié  d'une  pinte  en  fait 
devin,  d'eau-de-vie,  &c.  (  D.  /.) 

Septier  ^(^Jauge.  )  ce  mot  en  tait  de  jauge,  s'en- 
tend d'une  certaine  quantité  ou  mefure  de  liqueur, 
qui  eft  la  valeur  de  huit  pmtcs  de  Paris.  Le  muid  àt 
vin  doit  contenir  trente-fix/è/jfn'M  ;  ledemi-muid  o« 
t'juillette ,  éàx-\\\.nt  fcptiers  ;  le  quart  de  rnuid  ,  neuf 
jèpticrs  ;  6c  le  demi-quart  ou  huitième  de  muid ,  qvia^ 
lie  Jiptizrs  &  demi.  Savury.  (  Z?.  /.  ) 

Septier  ,  (  Mcfme  dejd.  )  leyè/^mrpris  pourmt- 
furedefel ,  eft  compofe  de  plufieurs  autres  mcfures:; 
il.  contient  quatre  mino:s  ou  léize  boificaux,  i&:  itS' 
doviLefcp'.iiTS  font  le  muid  ;  le  fel  ainfi  que  les  crains,- 
lé  mcfurent  ras.  Savary.  (^D.  J.") 

Settier  ,  (^Mijun  fcckc.^  certaine  mefure  êj 
grains  ,  comme  froment ,  feigle  ,  orge ,  &c.  de  iégia- 
mes,. comme  pois,  lentilles ,  fèves,  &c.  de  graines^ 
comme  mi'let,  navette  ,  chenevi ,  &c.  de  farine ,  î:z 
châtaignes,  de  noix ,  &  d'autres  fembiables  rnarchaii- 
difes.  Cette  mefure  qui  eft  différente  fuivant  les 
lieux  ,  n'efl  pas  im  vaiifcau  qui  f^Tve  à  mefurer  tot»- 
îes  ces  fortes  de  choies,  mais  une  eftimation  de  pliî- 
fieurs  autres  mefurcs  ,  telles  que  peuvent  être  le  né- 
not ,  le  boifteau ,  &c. 

A  Paris  lefeptier  le  divife  en  deux  mines;  îa  min»' 
en  deux  minots,  le  minot  en  trois  boifienux;  le  hGÏî- 
feau  en  quatre  quarts  ou  feize  litrons ,  &  le  litro'n 
contient  fuivant  quelques-uns  ,  trente-fix  pouces  oi- 
biques  ;  les  douze  fcpiicrs  font  un  muid;  iefcptier 
d'avoine  eft  double  de  celui  de  from.ent;  en  Ibrte 
qu'il  eft  compofe  de  vingt-quatre  boiffeaux ,  ou  deux 
mines  ;  chaque  mine  de  douze  boifTeaux ,  quoique 
!e  muid  ne  foit  que  de  douze /eptlcrs.  Les  grains ,  les 
graines  ,  les  légumes ,  &  la  farine ,  fe  doivent  mefu- 
rer ras ,  fans  rien  laiiTcr  fur  le  bord  de  la  meiîire; 
c'eft-à-dire  ,  que  la  mefure  étant  fulHfamment  pleine, 
elle  doit  être  ralée  ou  radée  avec  uneradoire,  hh- 
ftrument  de  bois  deftiné  pour  cela.  Les  châtaignes, 
les  noix ,  &  autres  fembiables  fruits  fecs  ,  doivent 
être  auffi  mefurés  ras  ;  mais  la  mefure  ne  doit  êtf^ 
rafée  Amplement  qu'avec  la  main.  DicÎLonnaîrs  du. 
Commerce.  (^D.  /.  ) 

SEPT  ISLES  les  ,  (  GJog.  mol.  )  petites  îles  dt 
France  ,  à  deux  lieues  de  la  côte  feptentrionale  d« 
la  Bretagne  ,  &  à  cinq  de  la  ville  de  Trégiiier.  Ces 
îles  ionx.  au  nombre  de  fept;  ce  font  celles  que  îes 
anciens  appelloicnt  Siadc:  &L  Byadetœ.  Long.  1^.  i2. 
laiit.  4S.  4j  .{D.J.) 

SEPTÎMANCA,  {Géog.  anc)  ville  d'Efpagiîe: 
l'itinéraire  d'Antonin  la  place  fur  la  route  d'Eraeriïa 
à  SarragOife  ,  entre  AmaiLobrica  &  Nivaria  ,  à  vineî- 
cuarre  milles  du  premier  de  ces  lieux,  &  à  vinct- 
deux  milles  du  fécond  ;  Merula  &  d'autres ,  croyeiîî 
que  c'eft  préfentement  Stmanca.  {D.  ./.  ) 

SEPTlMANiE,  {Géog.  mod.)  Sidoine  donne  ï« 
nom  de  Scptimanie  à  fept  cités ,  dont  Euric  roi  des 
Vifigoths  s'empara.  Ce  prince  aufTi  célèbre  par  îe-s 
cruautés  qu'il  exerça  contre  les  Catholiques,  eue  par 
fes  intrigues  &  par  fes  conquêtes,  foumit  d'abord, 
fans  coup  férir  ,  une  partie  de  l'Aquitaine  ,  &  for- 
ma \\\\  gouvernement  particulier  de  fept  cités  ,  Cju'il 
occupa  dans  cette  province, 

La  Scpùmanii ,  ainfi  nommée  des  fept  villes  crus 
étoient  fous  la  métropole  deNarbonne,  comprenoir 
alors  ,  outre  le  fiége  du  métropolitain  ,  les  diocèfcs 
de  Befiers ,  de  Maguelonc ,  aujourd'hui  Montpellier, 
de  Nîmes,  d'Agde ,  de  Lodeve  ,  de  Carcaffonnc, 
&  d'Elne  ,  aujourd'hui  Perpignan  ;  car ,  afin  de  rem- 
plir le  nombre  de  fept  diocèfes  ,  d'oii  la  province  îi- 
roit  fon  nom ,  les  Goths  érigèrent  ces  deux  derniè- 
res villes  en  évccbcs,  &;  les  fubftituerent  à  la  place 

«le 


SEP 

de  Touloufe  &  d'Ufès ,  qu'ils  avoient  perdues  en 
Ç07.  après  la  bataille  de  Veuille,  environ  à  trois 
lieues  de  Poitiers. 

Ce  changement  eft  attefté  par  les  foufcriptions  du 
concile  tenu  à  Narbonne  en  589 ,  fous  le  règne  de 
Rocarede ,  &  par  celles  de  plufieurs  conciles  d'Ef- 
pagne  ,  auxquels  afliflerent,  comme  llijets  des  Goths, 
le  métropolitain ,  &  les  fept  TufFragans  qu'on  vient 
de  nommer.  Les  foufcriptions  du  concile  afîcmblc  à 
Orléans  en  5  1 1  ,  prouvent  qu'au  tems  de  la  mort  de 
Clovis ,  la  monarchie  françoife  n'étoit  plus  bornée 
que  par  la  Siptimanic  &  par  le  royaume  de  Bour- 
gogne. 

La  Septimanle  fut  foumife  aux  Goths  tant  que  leur 
domination  fubfifta  au-delà  des  Pyrénées  ;  mais  la  ré- 
volution qui  dépouilla  leur  roiRoderic  de  toute  l'Ef- 
pagne ,  leur  £t  perdre  en  même  tems  ce  qu'ils  pofTé- 
doient  dans  les  Gaules.  Les  Sarrafms  ,  miniftres  du 
reffeatiment  d'un  feul  particulier,  détruifirent  tout- 
à-Ia-fois  en  714,  &:  l'empire  des  Goths ,  &  la  nation 
même  prefque  entière. 

L'entrée  de  la  France  leur  étant  ainfi  devenue  li- 
bre ,  ils  l'inondèrent  fouvent  d'armées  formidables  , 
&  pénétrèrent  par  l'Aquitaine  julqu'au  centre  du 
royaume.  Charles  Martel  gouvernoit  alors  les  Fran- 
çois en  qualité  de  maire  du  palais  ;  il  réprima  les  in- 
curfions  des  Sarrafms ,  &  arrêta  leurs  progrès ,  par  la 
vi£loire  qu'il  remporta  fur  eux  en  732  entre  Tours 
&  Poitiers.  Cependant  cette  défaite ,  qui  avoit  coûté 
la  vie  à  leur  chef  Abdérame  ,  &  qui  auroit  épuifé  un 
peuple  moins  nombreux,  ne  les  ayant  pas  empêchés 
de  paffer  le  Rhône;  Charles  les  força  après  un  long 
liège  defortir  d'Avignon,  que  le  duc  Maurontus  leur 
avoit  livré.  Il  les  pourfuivit  encore  en  Scpiimanie  , 
&  reprit  enfin  fur  eux  en  737,  toutes  les  villes  qui 
avoient  autrefois  appartenu  aux  Goths  ,  à  la  réferve 
de  Narbonne  qui  leur  refta.  Cette  place  ne  fut  ré- 
duite qu'en  752,  depuis  la  proclamation  de  Pépin. 
{D.J.) 

SEPTIMIANE  PORTE  ,  Sepnmiana  porta  ,  (  To- 
pogr,  de  fane.  Rome.  )  porte  de  Rome  entre  le  Tibre 
&  le  Janicule  ;  elle  fut  ainfi  nommée  de  Septimus 
Severus ,  félon  Spartian  ;  cet  empereur  l'anoblit  en- 
core en  y  faifant  conftruire  des  bains  pour  le  pu- 
blic. (Z>./.) 

SEPTIMINICIA  ,  (  Géogr.  anc.)  ville  de  l'Afrique 
propre  :  elle  eft  marquée  dans  l'itinéraire  d'Antonin, 
fur  la  route  ^AJjurx  à  Thenœ  ,  entre  Madajfuma  & 
Tablata  ,  à  vingt-cinq  milles  du  premier  de  ces  lieux, 
&  à  vingt  milles  du  fécond  ;  c'étoit  un  fiége  épifco- 

pai.  (P.  y.) 

SEPTIMONTIUM,  {Antiq.  rom.)  fête  des  fept 
montagnes  de  Rome  ,  qu'on  célébra  au  mois  de  Dé- 
cembre ,  après  que  la  feptieme  montagne  fut  enfer- 
mée dans  la  ville;  on  offroit  aux  dieux  ce  jour-là 
fept  facrifîces  en  fept  différens  endroits,  mais  non 
pas  conftamment  fur  ces  montagnes  ;  ce  même  jour 
les  empereurs  faifoient  des  libéralités  au  peuple. 
{D.J.) 

SEPTIQUE  ,  f.  m.  &  adj,  termi  de  Chirurgie,  con- 
cernant la  matière  médicale  externe ,  remède  topique 
qui  corrode  les  chairs.  C'eft  un  efcharotique  putré- 
fiant, tel  que  la  pierre  à  cautère,  le  beurre  d'anti- 
moine. Le  raotfeptiq..,  eft  grec  ;  il  fignilîe/'w/r^'^/2/  , 
qui  a  la  vertu  de  diffoudre  &  de  faire  corrompre  ;  du 
verbe  o-m'^tm  ^putrefacio,  je  fais  pourrir.  Foyei  Caus- 
tique, ESCHAROTIQUE. 

M.  Pringle ,  de  la  fociété  royale  de  Londres  ,  & 
médecin  des  armées  britanniques  ,  a  donné  à  la  fuite 
de  Tes  obfervations  fur  les  maladies  des  armées  dans 
les  camps  &  dans  les  garnifons ,  des  mémoires  ex- 
ccllens ,  lus  à  la  fociété  royale ,  fur  les  fubftances/i/?- 
tiijues  &c  -dnii- Je p tiques.  Ses  expériences  prouvent 
qu'il  y  a  beaucoup  plus  de  fubilances  qui  réfillent  à 
Tome   XK 


SEP 


It 


la  putréfa£lion ,  qu'il  n'y  en  a  qui  la  favorifent  :  l'eau 
de  chaux  &  le  quinquina  font  d'excellens  anû-Jepti- 
ques ,  au  point  que  des  morceaux  de  chair  à  demi- 
pourrie  ,  mis  en  macération  dans  une  infufion  de 
quinquina,  ont  rendu  à  cette  chair  fon  premier  état. 
yoyei  Quinquina,  Gangrené.  (  Y) 

SEPTIZONE,  f.  m.  (  Architecl.  )  nom  du  maufo- 
lée  de  la  famille  des  Antonlns ,  qui  félon  Aurélius 
Viûor ,  fut  élevé  dans  la  dixième  région  de  la  ville 
de  Rome.  C'étoit  un  grand  bâtiment  ifolé ,  avec  fept 
étages  de  colonnes  ,  dont  le  plan  étoit  quarré  :  au- 
defllis  étolent  d'autres  étages  qui  faifoient  une  large 
retraite  ;  ce  qui  donnoit  une  figure  pyramidale  à  ce 
bâtiment  terminé  par  la  ftatue  de  Septime  Severe  , 
qui  l'avoit  fait  conflruire.  6e  maufolée  fut  appelle 
fcptiione,  du  laûnfeptem ,  &  :^onœ ,  c'efl-à-dire  à  fept 
ceintures  ou  rangs  de  colonnes. 

Les  hifloriens  font  encore  mention  d'un  "autre 
feptiipne  plus  ancien  que  celui  de  Septime  Sévère , 
&  près  des  thermes  d'Antonin.  (^D.  J.) 

SEPTUAGENAIRE ,  adj.  &  f.  m.  qui  a  atteint 
l'âge  de  foixante  &  dix  ans  :  on  ne  peut  ni  faire  met- 
tre ,  ni  retenir  en  prifon  nn  fcptuagénaire  pour  dette 
civile. 

SEPTUAGÉSIME,(rAeWo^.)  terme  de  calendrier 
qui  fignifie  le  troifieme  dimanche  avant  le  carême. 
Ce  dimanche  &  les  deux  fuivans  qu'on  nomme  fe- 
xagéjime  &  quinquagéjime  ,  l'Eglife  exhorte  fes  enfans 
à  la  pénitence ,  pour  les  préparer  à  la  mortification 
du  carême  qu'elle  va  bientôt  commencer. 

Quelques-uns  croient  que  hfeptuagéfme  a  pris  fon 
nom  de  ce  qu'elle  eft  environ  70  jours  avant  Pâques, 
&  que  le  pape  Télefphore  fixa  à  ce  jour  le  commen- 
cement du  carême.  Foye^  Carême. 

En  Angleterre,  les  lois  du  roi  Canut  ordonnolent 
que  les  tribunaux  feroient  fermés ,  &  l'exercice  de 
la  juftice  feroit  fufpendu  depuis  la  feptuagéjime  juf- 
qu'à  quindena  Pafchœ ,  c'eil-à-dire  la  quinzaine  de  Pâ- 
ques. 

Le  droit  canon  défend  la  célébration  des  mariages, 
depuis  la  feptuagéjime  jufqu'après  les  oftaves  de  Pâ- 
ques ;  mais  aujourd'hui  cette  défenfe  ne  commence 
qu'au  mercredi  des  Cendres. 

SEPTUMANI,  {Géogr.  anc.)  peuple  de  la  Gaule 
narbonnoife,  félon  Pline,  lih.  III.  ck.  iv.  Comme  il 
leur  donne  la  ville  Bliterœ  ou  Bilterx  ,  on  voit  que  ce 
font  les  habitans  du  diocèfe  de  Béziers.  Pomponius 
Mêla  ,  lib.  II.  ch.  V.  écrit  aufïi  Septumani.  Le  pays  de 
ces  peuples  eft  appelle Septimania ,  par  Sidonius  Âpol- 
linaris  ,  par  Eginhart  &  par  Aimoin  ;  &  ce  nom  lui 
avoit  été  donné  à  caufe  que  la  feptieme  légion  y  avoit 
eu  fes  quartiers.  (Z>.  /.) 

SEPTUM  LUCIDUM,  {Anat.)  ou  cloifon  tranf- 
parente  ;  elle  fépare  les  deux  ventricules  lupérieurs 
du  cerveau  ;  elle  eft  ainfi  appellée  à  caufe  de  fa  tranf- 
parence.  ^'qye{  Cerveau. 

SÉPULCHRALE,  colonne,  {Archit.)  c'étoit 
anciennement  une  colonne  élevée  fur  un  fépulchre 
ou  tombeau ,  avec  une  épitaphe  gravée  fur  Ion  flift. 
Il  y  en  avoit  de  grandes  qui  fervoient  aux  tombeaux: 
des  perfonnes  de  dlftinftion  ,&  de  petites  pour  ceux 
du  commun  ;  celles-ci  étoient  appellées  par  les  hz- 
iins  Jîetcz  &  cippi.  On  donne  aujourd'hui  le  nom  de 
colonne  fépulchrale  à  toutes  les  colonnes  qui  portent 
des  croix  dans  les  cimetières  ,  ou  qui  fervent  d'orne- 
ment aux  maufolées.  {D.  J.) 

SÉPULCHRAUX ,  f  m.  {Hijl.  cccléf.)  hérétiques 
qui  nioient  la  defcente  de  J.  C,  aux  enfers  quant  à  l'a- 
me ,  &  difoient  qu'il  n'y  étoit  delcendu  que  quant  au 
corps ,  donnant  au  mot  enfer ,  le  nom  dcfcpulchre. 

SÉPULCHRE  ,  f.  m.  {Gramm.  &  Hijî.)  fcpul- 
chrum  ;  tombeau  ordinaire  Jcftinc  à  cntcnncr  les 
morts,  ou  les  os  &  les  cendres  des  corps  marts,lori^ 


74 


SEP 


K[W    rufagç  ctoit  de   les   brûler.    Fojci  Sepvl- 

CHRVM. 

Lk^s  fcpulchrts  magnifiques,  OU  pour  mieux  dire  les 
tombeaux  des  princes,  des  grands  ,  des  riches  de  la 
terre,  le  nommoient  pymm'ulcs  ,  maufoUcs ,  monu- 
mcns  ,  ccnotaplus  ,  voûtes  fcpuUhralis  ,  &c.  mais  les 
pauvres  citoyens  n'avoicnt  que  des  Jepu/c/tres  de  peu 
Ae  montre  ;  on  les  appcUoit  on  latin  luivant  leur  for- 
me ou  leur  ufagc  ,  colunulUe ,  mcnfx  ,  labcllu  ,  labra  , 
^riir  ,  coltimintria. 

Les  colutiiilla  croient  de  petites  colonnes  fembla- 
bles  A  des  bouquets  ou  troncs  de  pierre  que  les  La- 
tins appellent  appi ,  avec  cette  différence  que  les  co- 
lonnes ctoient  arrondies,  &  leurs  troncs  quarrés  ou 
de  quelque  figure  irrcguliere.  Properce  en  parle 
ainli: 

I  piur ,  &  citus  hxc  al'iqud  prœponc  columnâ. 
Et  dominum  cxquiliis  die  huhitarc  tuum. 
On  fait  que  les  exquilies  étoient  certains  lieux 
hors  de-la  ville ,  où  l'on  exécutoit  à  mort  les  crimi- 
nels ,  &  où  les  pauvres  croient  enterrés  : 

Hoc  mifera  pUbiJiabat  comnium  fepulchrum. 

Horat.  iib.  I.  fat.  viij. 

Les  tables ,  mcnfa ,  étoient  des  pierres  quadrangu- 
laires  plus  longues  que  larges,  afiiles  fur  une  petite 
tombe ,  foit  à  fleur  de  terre,  foit  fur  quatre  bouquets 
de  pierre  élevés  d'environ  2  ou  3  pies;  &  comme  le 
verbe  ponen  étoit  de  commun  ulage  pour  fignifîer 
mettre  ^ipofer ,  les  Latins  difoient/^o/zcre  menfam  ,  pour 
défigner  la  ftrudure  ,  lapofuionourafllette  des  tom- 
bes des  morts,  L'infcription  fuivante  qui  fe  trouve  à 
Milan,  &  que  Gruter  a  recueillie,  850,  6,  pourra 
lervir  d'exemple. 


M. 


M. 


Mlnicia  Rufince 
InnoC£ntL(Jimœ  fœmin<z 
Quœ.  Vixit.  Annis.xxij. 
Menfe.  Uno.  D'ub. xxxiiij 
Minicia.  Domïtïa.  Sorori 
Pofuit.  Menfam  contra 
Votum. 

Labdlum  OU  lahrum ,  étoit  une  pierre  creufée  en 
forme  de  baflin  de  fontaine  ;  ces  balTins  étoient  les 
uns  ronds  ,  les  autres  ovales  ôc  les  autres  quarrés  ; 
mais  ces  derniers  s'appelloient  proprement  arcce.  ou 
arculœ^  parce  qu'ils  rellembloient  aux  coffres,  excep- 
té que  leurs  quatre  côtés  ne  tomboient  pas  à-plomb, 
&  qu'ils  étoient  ordinairement  portés  fur  quatre  pies 
de  lion ,  ou  de  quelqu'autre  bête. 

Les  mots  cupa  ,  dol'ia ,  majfce ,  allai ,  ttrnœ  ,  ampul- 
lœ^  phialce,  i/iecœ ,  laminx  ,  &  quelques  autres  fem- 
blables ,  ne  fignifient  point  des  fépulchres  entiers , 
mais  des  vaiffeaux  de  différente  torme  ou  matière  , 
dans  lefquels  on  mettoit  les  os  ou  les  cendres  des 
corps  brûlés. 

Coliimbaria^  étoient  des  niches  où  on  pouvoit  pla- 
cer deux  ou  trois  urnes  pleines  de  cendres ,  fur  lef- 
qucllcs  urnes  on  gravoit  une  petite  çpitaphe. 

Agène  Urbique  parle  de  quelques  endroits  des 
fauxbourgsde  Pv.ome  ,  où  l'on  voyoit  quantité  de/t- 
pulckrcs  de  petites  gens  &  d'efclaves  ;  tel  étoit  le  lieu 
nommé  cuiuKz;  tel  étoit  encore  le  lieu  nommé  ffier- 
tium ,  oîi  étoient  enterrés  les  corps  des  perfonnes  que 
les  empereurs  faifoicnt  mourir. 

Quand  on  liibit  fur  les  infcrrptions  Swnfépulchrt , 
tacuo  nomine ,  ces  mots  vouloient  dire  que  les  per- 
fonnes à  qui  CQ-fèpulcrc  étoit  defliné,  avoicnt  été  dé- 
clarées intames,  6c  enterrées  à  l'écart  par  la  pcrmil- 
iion  du  niagiftrat.  (Z>.  7.) 

S£l'ULtHRE</t:  la  fuiaie  Ficrge  ,  (^Hifl,  eccléf)  on 


SEP 

ic»norc  le  lieu  de  ce  facré  monument;  &  l'on  ne  fait 
pas  mcme  où  la  Ste  Vierge  a  fini  ies  jours.  Les  apô- 
tres feuls  qui  pouvoienî  en  être  inftruits,  ont  eu 
grand  foin  de  ne  pas  divulguer  ce  fecret.  Ainfi  toutes 
les-traditions  qui  ont  couru  dans  le  monde  fur  ce  mo- 
nument ,  6c  fur  le  lieu  de  la  mort  de  la  Ste  Vierge, 
font  également  incertaines.  Ainfi  quand  l'on  foutint 
dans  le  concile  d'Ephèfe,  tenu  en  431  ,  que  la  Ste 
Vierge  y  étoit  morte  &  qu'elle  y  avoit  fon tombeau, 
ce  fentiment  ne  put  prévaloir  contre  l'opinion  de 
ceux  qui  montroient  le  tombeau  de  la  racre  de  notre 
Sauveur  à  Jérufalem.  On  a  foutenu  depuis  qu'il  étoit 
dans  la  vallée  même  de  Jofaphat;  d'autres  ont  pré- 
tendu le  voir  au  pié  de  la  montagne  des  Oliviers  ;  & 
dans  chacun  de  ces  deux  endroits  on  en  a  donné  des 
defcriptions  fi  différentes,  qu'elles  ne  peuvent  con- 
venir au  même  tombeau.  {D.  /.) 

SÉPULCHRE  des  Juifs ,  (Critiq.  facrce.^  en  grec  tw 
(pcç  ;  les  Hébreux  creufoient  ordinairement  leurs  tom- 
Iseaux  dans  les  rocs,  comme  il  paroît  par  U.xxiJ.  16". 
C'eft  pour  cette  raifon  qu'Abraham  acheta  une  dou- 
ble caverne ,  pour  en  faire  fon  fépulchre.  Gencfe , 
xlix.  30.  Lorfque  leurs  tombeaux  étoient  en  plein 
champ  ,  ils  mettoient  une  pierre  taillée  par-deffus  , 
pour  avertir  qu'il  y  avoit  deffous  un  fépulchre,  afin 
que  les  paffans  ne  le  fouillaffent  point  en  y  touchant. 
Le  Sauveur  fait  allufion  à  cette  coutume ,  quand  il 
compare  les  Pharifiens  à  des  fépulchres  cachés,  fur 
lefquels  en  paffant  fans  le  favoir  ,  on  contracte  une 
fouillure  involontaire.  Luc,  xj.  44.  Les  Juifs  endui- 
foient  aufîi  de  chaux  leurs  fépulchres ,  pour  qu'on  les 
apperçût  mieux  ;  &  tous  les  ans  le  1 5  d'Adar ,  on  les 
reblanchiffoit.  C'eft  pourquoi  J.  C.  compare  encore 
les  Pharifiens  hypocrites ,  qui  couvroient  leurs  vices 
d'un  bel  extérieur ,  à  des  fépulchres  blanchis. 

Habiter  dans  les  fépulchres ,  c'eff  dormir  auprès  des 
tombeaux  ,  pour  confulter  les  devins ,  à  la  manière  de 
ceux  d'entre  les  Gentils  qui  couchoient  près  des  fé~ 
pulchres  fur  des  peaux  de  bêtes ,  afin  d'apprendre  en 
fonce  ce  qui  devoit  leur  arriver.  Haie,  xxxv.  4.  re- 
proche aux  Juifs  cette  pratique  fuperftitieufe. 

Sépulchre  fe  prend  au  figuré  dans  l'Ecriture  ;  i  ®. 
pour  la  mort.  Il  ne  me  refte  que  \e  fépulchre, dit  Job, 
xvi/.  I.  c'efl-à-dire  je  n'attens  plus  que  la  mort  dans 
mon  affliftion.  2.°.  pour  l'excès  de  la  mifere.  Ezé- 
chiel,  ch.  xxxvij.  12.  promet  aux  Juifs  que  Dieu  les 
retirera  de  leurs  fépulchres ,  c'eft-à-dire  de  leur  dure 
captivité.  3°.  pour  une  chofe  pernicieufe  ;  c'eft  dans 
ce  fcns  que  S.  Paul  dit  aux  Romains,  iij,  /j.  le  go- 
fier  des  méchans  eft  comme  un  fépulchre  ouvert,  dont 
fortent  des  paroles  nuifibles  au  falut.  Enfin  laifler 
une  ame  dans  le  fépulchre ,  dans  la  mort  ou  dans  Ven- 
fer,  eft  une  expreffion  hébraïque  qui  défigne  une  feule 
&  même  choie.  (D.  /.) 

SÉPULCHRE  ,  Saint,  (Ordre  milit.^  nom  d'un  or- 
dre militaire  établi  dans  la  Paleftine.  La  plupart  des 
écrivains  en  attribuent  la  fondation  à  Godefioi  de 
Bouillon  ;  mais  c'eft  une  idée  chimérique.  Les  che- 
valiers du  Jaint  fépulchre  ne  s'élevèrent  que  fur  les 
ruines  de  chanoines  réguliers  ainiî  nommés  ;  ce  fut 
Alexandre  VI.  qui  inftitua  l'ordre  militaire  de  ce 
nom ,  dont  il  prit  la  qualité  de  grand-maître.  Clément 
VII.  en  1525  ,  accorda  de  vive  voix  au  gardien  des 
religieux  de  S.  François  en  Terre-Sainte ,  le  pouvoir 
de  taire  de  ces  chevaliers.  Paul  V.  fous  Louis  XIII. 
confirma  la  réunion  de  l'ordre  du  faint  fépulchre ,  à 
celui  de  S.  Jean  de  Jérufalem.  (Z?,  7.) 

SEPULTURA  ,  SEPULCHRUM  ,  MO  NU. 
MENTUM ,  (Antiq.  rom.)  il  y  a  de  la  différence 
entre  ces  trois  mots,  confidérés  dans  leur  fignifica- 
tion  propre.  Sépulchre  marque  en  général  tout  lieu 
ùa  Jcpuleure,  félon  le  jurifconfulte  dans  la  loi  3.  def- 
pulchro  violato.  Toutefois  ;\  prendre  ce  terme  à  la  ri- 
gueur, tel  a  fépulture  qui  n'a  point  de  fépulchre  ^  car 


SEP 

îe  tfiôt  ppiihure  défigne  non  feuîefiiertt  toitt  lîeit  oit 
les  corps  ibnt  enlevelis ,  mais  même  les  cérémonies 
de  renleveliflemcnt.  Les  Payens  ne  s'inquiétoient 
pas  du  fépulchre ,  mais  beaucoup  de  la  fépûlturc  ; 
parce  qu'ils  croyoient  que  l'ame  de  celui  dont  le 
corps  étoit  prive  de  léputture ,  reiloit  errante ,  Si  ne 
pouvoit  être  admife  au  rang  des  autres  dans  les 
champs  élilees. 

Nec  ripas  datur  horrendas ,  nec  rauca  jluenta 
TranJ'portare  prius ,  quàmfedibus  ojj'a  qukrunt. 

^ncid.  /.  €i 

Voilà  d'où  vient  l'inftante  prière  que  le  pauvre 
Palinure  fait  à  Enée  ,  de  vouloir  à  fon  tour ,  enterrer 
fon  corps ,  qui  étoit  encore  porté  fur  les  flots  près  du 
port  de  Vélies,  depuis  l'heure  de  fon  nauù'rage. 

Mais  quant  au  fépulchre ,  il  n'étoit  réputé  ni  né- 
ceflaire ,  ni  utile  ;  achetoit  un  fépulchre  qui  vouloit , 
car  il  ne  confiftoit  qu'eii  une  maffe  de  maçonnerie 
faite  au-defliis ,  ou  au-devant  de  la  fcpuUun.  Et  mê- 
me de  ce  genre  d'ouvrage  les  Germains  avoient  cette 
opinion  ,  que  cela  ne  fervoit  que  de  fardeau  inutile 
aux  corps  des  déflmts.  Mais  ils  penfoient  que  la /e- 
pulture  étoit  louable  en  el'e-môme ,  agréable  aux  dé- 
flints,  &  pleine  de  confolation  aux  vivans.  Ce  que 
nous  avons  appris  de  Tacite ,  qui  dit  que  fepulchrurn 
Cefpcs  erigic  :  monununtorum  arduum  &  opcrofum  ho~ 
norem  ,  vci  gravem  defun'cîis ^  afpcrnantur  Gcrmani. 

A  confidérer  enfuite  les  mots  fépulchre  &  monu- 
ment ,  il  y  a  cette  différence ,  que  le  monument  indi- 
que toute  forte  d'édifice  pour  tranfmettre  à  la  pofté- 
rité  la  mémoire  de  quelque  chofe  ;  monumentum  ejl 
quod  memoriœ  fervandœ  gratta  exifllt.  Que  fi  dans  ce 
monument  on  met  le  corps  d'un  homme  mort ,  de 
fimple  monument  qu'il  étoit,  il  devient  vrai  lépul- 
chre ,  tombeau ,  &  fe  revêt  de  la  nature  des  lieux 
faints  &  religieux.  Que  fi  l'édifice  eft  fait  à  la  gloire 
d'un  défunt ,  &  que  fon  corps  n'y  foit  pas  mis  en/e- 
pulture ,  on  le  nomme  un  fépulchre  vuide ,  que  les 
Grecs  appellent  Kivc-ratpiov.  Telle  efi:  l'idée  qu'en  don- 
ne la  loi  42  ,  de  religiofis  &  furnptïbus  funerum.  De-là 
vient  que  plufieurs  hommes  illufires  de  l'antiquité 
avoient  plufieurs  monumcns ,  dont  un  feul  portoit  le 
nom  de  tombeau.  C'efi:  ce  que  Denis  d'HalicarnalTe 
rapporte  au  fujet  d'Enée.  {D.  /.) 

SEPULTURE,  {Droit  naturel^  on  entend  en  gé- 
néral ^zx  fipulture  dans  le  droit  naturel ,  les  derniers 
devoirs  rendus  aux  morts  ,  foit  qu'on  enterre  leurs 
corps  ,  loit  qu'on  les  brûle  ;  car  tout  dépend  ici  de 
la  coutume  qui  détermine  la  manière  d'honorer  la 
mémoire  du  défunt. 

Le  droit  àefépulture  efi  fondé  fur  la  loi  de  l'huma- 
nité ,  &  en  quelque  façon  même  fur  la  juftlce.  Il  efi: 
de  l'humanité  de  ne  pas  laifiTer  des  cadavres  humains 
pourrir,  ou  livrés  en  proie  aux  bêtes.  C'efi:  un  fpc- 
âacle  affreux  aux  vivans  ;  &  il  leur  en  proviendroit 
un  dommage  réel  par  l'infedlion  de  l'air,  Ainfi  les 
perfonnes  les  plus  indifférentes  font  obligées  par  cette 
feule  railon  de  donner  elles-mêmes  la  fcpulture  aux 
morts, loriqu'il  n'y  a  point  de  gens, de  parens  ou  d'amis 
à  portée  de  leur  rendre  ce  dernier  devoir.  Que  fi  l'on 
empêche  les  parens  ou  les  amis  de  s'enacquitter,  on 
leur  ù\x.  une  injure.  On  augmente  la  douleur  qu'ils 
reffentent  de  lîT  perte  d'une  perfunne  qui  leur  étoit  chè- 
re, on  leur  ôte  la  confolation  de  lui  rendre  ce  qu'ils 
regardent  comme  un  devoir.  C'efi  fur  ce  pic-là  que  la 
chofe  a  été  cnvifagée  de  tout  tems  parmi  les  nations 
qui  n'ont  pas  été  plongées  dans  la  barbarie.  C'efi: 
aufïï  en  partie  là-defilis  que  font  fondées  les  lois  qui 
privent  de  [afépulture  ceux  qui  ont  commis  de  très- 
grands  crimes  ;  car  elles  fe  propofent  autant  de  ren- 
dre chacun  foigneux  de  détourner  de  tels  crimes  fcs 
enfans ,  fes  parens  ,  fes  amis  ,  que  d'intimider  le  cri- 
minel. 

Tome  XK 


SEP  75 

Mais  en  refufant  hfépu/ture  à  quelqu'un ,  ne  viole- 
t-on  point  en  quelque  manière  envers  lui  Thumanité 
&  ia  jufiice  }  M.  Thomafius  &  quelques  autres  ne  le 
croient  pas ,  parce  que  le  mort  ne  fent  point  l'ou- 
trage qu'on  fait  à  Ion  cadavre  ;  cependant  ce  n'efl 
pas  toujours  affez  pour  être  léfé  ,  de  fentir  l'ofFenfe 
que  l'on  nous  fait  ;  on  fait  du  tort  à  un  infenfé ,  quoi- 
qu'il ne  comprenne  par  le  préjudice  qu'on  lui  caufe* 
Après  tout  les  raifons  qui  fe  tirent  de  l'injure  faite 
aux  vivans  ,  luiHient  pour  en  inférer ,  que  hf-pulturc 
refufée  maUcieufement, fournit  un  jufte  fujet  de  ven- 
geance aux  parens  ou  amis  du  défunt ,  &  que  les  lois 
même  de  la  guerre  ne  s'étendent  pas  jufqu'à  refu- 
fer  la  fipulture  aux  morts  de  l'armée  ennemie;  c'é- 
toit  là  du  moins  Tidée  de  Platon ,  &  à  fon  autorité 
on  peut  ajouter  celles  que  Grotius  cite  en  aflez  grand 
nombre ,  /.  //.  c.  xix.  (Z>.  /.) 

SÉPULTURE,  {^Antiq.  greqne  &  rom.^  le  foin  de 
IzJ'épulcure  elt  du  droit  naturel  &l  du  droit  des  gensi 
Tous  les  peuples  peuples  fe  font  accordés  à  penfer 
ainfi  ,  &  l'antiquité  a  regardé  \z  fégulture  des  morts 
com.me  un  devoir  inviolable  ,  dont  on  ne  pouvoit  fe 
dilpenfer  fans  encourir  la  vengeance  des  dieux. 

Dans  l'Iliade  d'Homère,  Priam  obtient  une  fufpen- 
fion  d'armes  pour  enterrer  les  morts  de  part  &  d'au- 
tre. Jupiter  envoie  Apollon  pour  procurer  hfépul- 
ture  à  Sarpedon.  Iris  eit  dépêchée  des  dieux  pour  en- 
gager Achille  à  rendre  ce  devoir  à  Patrocle,  &  Thé- 
tis  lui  promet  d'empêcher  que  ce  corps  ne  fe  corrom- 
pe ,  au  cas  qu'on  le  laifTe  une  année  entière  fans  fé- 
puUure.  Homère  fe  fonde  ici  fur  la  coutume  des 
Egyptiens  qui  refufoient  la  fépûlturc  au  défunt ,  s'il 
avoiï  mal  vécu.  Ce  refus  faifoit  qu'on  ne  permettoit 
pas  de  tranfporter  le  corps  des  impies  au-delà  du 
fleuve  près  duquel  étoient  \es  fépultures  àQS  juftes, 
De-là  venoit  l'idée  que  la  privation  dehfépuhurs 
fermoit  à  une  ame  les  champs  élifiens  ,  &  la  cou- 
vroit  d'infamie. 

Je  me  fers  ici  du  mot  de  fcpulture  pour  les  tems 
même  d'Homère ,  où  l'on  brùloit  les  corps  ,  d'autafit 
qu'il  refloit  toujours  des  os  ou  des  cendres  du  cada- 
vre qu'on  mettoit  en  terre  enfermés  dans  des  ur- 
nes. 

L'ufage  de  brûler  les  corps  eut  de  la  peine  à  s'éta- 
blir chez  les  Romains  ,  parce  que  Numa  Pompilius 
défendit  qu'on  brûlât  le  fien  ;  cette  coutume  devint 
cependant  générale  fur  la  fin  de  la  république  ;  mais 
elle  le  perdit  au  commencement  du  règne  des  em- 
pereurs chrétiens  ,  &  s'abolit  entièrement  fous  Gra- 
tien. 

Perfonne ,  &  même  les  criminels  ne  pouvoient 
être  privés  de  hxjépulturc  parmi  les  juifs.  Jofephe , 
antlq.  judaïq.  l.  IV.  c.  vj.  dit  que  Moïfe  avoit  com- 
mandé qu'on  donnât  la  fépulture  à  tous  ceux  qu'on 
eondamneroit  à  mort  pour  leurs  crimes.  Nous  voyons 
que  les  Romains  étoient  afiez  dans  le  même  ulage  , 
car  Pilate  permit  qu'on  détachât  le  corps  de  J.  C.  Ô£ 
qu'on  le  mît  dans  le  fépulchre  ,  quoiqu'il  l'eût  fait 
mourir  comme  criminel  de  léfe-majefié.  Les  empe- 
reurs Dioclétien  &  Maximien  marquèrent  par  ua 
de  leurs  refcripts  ,  qu'ils  n'empêcheroicnt  pas  qu'on 
donnât  \&fépulturi  à  ceux  qu'on  avoit  fuppliciés. 

Au  commencement  de  la  républipue  ,  tous  les  Ro- 
mains avoient  X^wx fépuUun  dans  la  ville  ,  mais  la  loi 
des  douze  tables  le  défendit  pour  éviter  l'infeftion  que 
les  corps  enterrés  pouvoient  caufer  dansun  climat  aufii 
chaud  que  l'Italie.  La  république  n'accorda  le  droit 
à.Q  fépulture  dans  Rome  qu'aux  vefiales,  &  à  un  pe- 
tit nombre  vie  particuliers  qui  avoient  rendu  des  ier- 
vices  confidérables  à  l'état.  Les  Clauàicns  eurent  le 
privile'jjede  conlcrvcr  Xcwr  fépulitirc(o\xs  le  capito'.c. 
Le  peuple  romain  accorda  de  même  par  une  ordon- 
nance exprcfie  à  Valcrius  Publicoîa  &:  à  fcs  defcen- 
dans,  l'honneur  de  Va  fcpulture  dans  la  ville.  Plutar- 

Kij 


715  SEP 

que  écrit  néaninolns  que  de  fon  tems  ,  ceux  de  cette 
race  ic  contentoicnt  ,  lorlquc  quelqu'un  d'eux  inou- 
roit ,  de  mettre  une  torche  aroenie  lur  le  tombeau  de 
famille ,  qu'ils  rctlroioiU  aulutùt ,  pour  montrer  qu'ils 
avoient  ce  privilège  ,  mais  qu'ils  s'en  déportoient  en 
failant  enterrer  leurs  parens  dans  la  contrée  de 
Vclie. 

Adrien  mit  une  amende  de  quatre  pièces  d'or  con- 
tre les  contrevenans  ,  U  étendit  cette  peine  aux  ma- 
gilirats  qui  l'auroicnt  permis.  Il  voulut  encore,  pour 
nclorvlr  des  termes  du  jurifconiulte  Ulpien  ,  que  le 
Heu  de  hjcpuhure  tut  confilqué  &c  profané,  &  qu'on 
exhumât  le  corps  ou  les  cendres  de  celui  qu'on  y 
auroit  enléveli.  Cette  ordonnance  fut  renouvellée 
par  Dioclétien  ôc Maximien,  l'an  190  de  l'ère  chré- 
tienne. 

Des  lois  fi  formelles  obligèrent  les  Romains  d'éta- 
blir leur  tombeaux  hors  de  l'enceinte  de  Rome  ,  & 
les  élever  fur  les  grands  chemins  les  plus  fréquentés, 
comme  fur  la  vole  appicnnc  ,  la  voie  flaminienne , 
la  voie  latine,  où  l'on  voyoit  les  fcpuchres  des  Col- 
latins  ,  des  Sclpitns,  des  Serviliens;des  Marcellus  , 
&c.  obj-^ts  propres  à  porter  les  palTans  à  l'imitation 
des  grands  hommes  qui  étoient  couches  dans  ces 
tombeaux  ,  &C  dont  les  noms  étoient  gravés  fur  cha- 
cun. i-D.J.) 

SÉPULTURE  Jes  Chinois  ,  (  Hijî.  de  La  Chine.  )  les 
fcpultiius  de  ce  peuple  font  hors  des  villes ,  &:  autant 
qu'on  le  peut  fur  des  hauteurs  ;  fouvent  on  y  plante 
des  pins  &i.  des  cyprès.  Jufqu'à  environ  deux  lieues 
de  chaque  ville,  on  trouve  des  villages,  des  hameaux, 
des  ma'ifons  difperfées  çà  &  là ,  &  diverfuiées  de 
bofquets  &  de  petites  collines  couvertes  d'arbres,  & 
fermées  de  murailles.  Ce  font  autant  àe  fépultures 
diiTérentes,  lefquelles  forment  un  point  de  vue  qui 
n'eft  point  défagréable. 

La  plupart  des  fépulchres  chinois  font  bien  blan- 
chis, &  faits  en  forme  de  fer  à  cheval.  On  écrit  le 
nom  de  la  famille  fur  la  principale  pierre.  Les  pau- 
vres fe  contentent  de  couvrir  le  cercueil  de  chaume, 
ou  de  terre  élevée  de  cinq  à  fix  pies  ,  en  forme  de 
pyramide  ;  pluficurs  enferment  le  cercueil  dans  une 
petite  loge  de  brique  ,  repréfentant  un  tombeau. 

Pour  ce  qui  eft  des  grands  &  des  mandarins  ,  leurs 
fépultures  font  d'une  allez  belle  lirudure.  Ils  conf- 
truifent  une  voûte  dans  laquelle  ils  renferment 
le  cercueil  :  ils  forment  audeffus  une  élévation  de 
terre  battue  ,  haute  d'environ  douze  pies  &  de  huit 
ou  de  dix  pouces  de  diamètre  ,  qui  a  à-peu-près  la 
figure  d'un  chapeau  ;  ils  couvrent  cette  terre  de  chaux 
&  de  fable  ,  dont  ils  font  un  maftic  ,  afin  que  l'eau 
ne  puiffe  pas  y  pénétrer;  ils  plantent  tout  autour 
avec  fymmétrie  des  arbres  de  différentes  efpeces. 
Vis-à-vis  cft  une  longue  ëc  grande  table  de  marbre 
blanc  &  poli ,  fur  laquelle  eu  une  caffolette  ,  deux 
x'afes  &:  deux  candélabres  auffi  de  marbre.  De  part 
&  d'autre ,  on  range  en  plufieurs  files  des  figures  d'of- 
ficiers ,  d'eunuques  ,  de  foldaîs ,  de  lions ,  de  che- 
vaux fellés  ,  de  chameaux  ,  de  tortues ,  &  d'autres 
animaux  en  différentes  attitudes  ,  qui  marquent  du 
refpecl  &  de  la  douleur ,  autant  que  leurs  artiftes  font 
capables  d'exprimer  les  partions  ;  vous  trouverez  les 
détails  de  leurs  fi.inérailles  au  mot  Funérailles  des 
chinois.  (Z?.  7.) 

SÉPULTURE,  (Critiq.facréc^  lesjuifs  avoient  grand 
foin  d'enfcvclir  les  morts,  &:tenoient  à  deshonneur 
d'être  privés  de  \d.JépuUure  ;  auffi  étoit-ce  chez  eux 
un  office  de  charité  que  ce  dernier  foin,  comme  on  le 
voit  par  Tobie  ,  qui  s'en  faifoit  un  devoir  ,  malgré 
les  défenfes  de  Sennachérib  ,  &  quoiqu'il  courût  rif- 
que  de  la  vie  en  olant  enterrer  les  corps  des  ilraéli- 
tes  qu'on  expofoit  aux  bêtes. 

Jcrémie,  ch.  viij.  1.  menace  les  grands  ,  les  prê- 
tres ,  &:  loi  faux  prophètes  qui  ont  adoré  les  idoles , 


S  E  Q 


de  faire  jetter  leurs  os  hors  de  Icursfcpuiiures  ,  com- 
me le  fumier  qu'on  jette  fur  la  terre.  Le  même  pro- 
phète , ch.  xxij.  IC).  prédit  que  Johakim ,  roi  de  Juda, 
qui  fc  plongeoit  dans  toutes  fortes  de  crimes ,  feroit 
jette  à  la  voirie. 

Les  Juifs  cependant  n'avoient  point  de  lieu  déter- 
miné }po\iY\,.ij'épulturi  des  morts;  plufieurs  de  leurs 
tombeaux  étoient  faits  dans  le  roc  ;  d'autres  étoient 
dans  les  villes ,  à  la  campagne  ,  fur  les  chemins ,  dans 
les  jardins.  Les  tombeaux  des  rois  de  Juda  étoient 
crcufés  tous  la  montagne  du  temple ,  comme  l'infinue 
Ezéchicl,  quand  il  dit ,  ch.  xliij.  y.  qu'à  l'avenir  la 
montagne  iainte  ne  iéra  plus  iouillée  par  les  cada- 
vres des  rois.  Le  tombeau  que  Joléph  d'Arimathie 
avoit  préparé  pour  lui-même  ,  &  qu'il  deftina  pour 
le  corps  du  Sauveur  ,étoit  dans  fon  jardin.  Saiil  fut 
enterré  fous  un  arbre  ,  &;  Moife  ,  Aaron  ,  Eléazar, 
Jofué ,  le  furent  dans  des  montagnes. 

Maimonides,  il  eft  vrai,  fait  mention  du  cercueil 
où  les  Juifs  mettoient  les  morts  ,  avant  que  de  les  dé- 
pofer  en  terre  ;  mais  il  parle  plutôt  de  la  manière 
dont  les  juifs  difperfés  enfeveliflbient  leurs  morts  , 
que  de  celle  qui  étoit  en  ufage  parmi  eux  ,  lorfqu'ils 
habitoient  leur  propre  pays.  On  croit  donc  que  du 
tems  de  J.  C.  après  avoir  préparé  les  corps  ,  avant 
que  de  les  mettre  dans  le  fépulchre  ,  ils  les  pofoient 
liés  de  bandes  &  enveloppés  d'un  linceul ,  fur  de  pe- 
tits lits ,  &  les  plaçoient  ainfi  dans  les  grottes  qui 
étoient  leurs  fépulchres.  Les  raifons  qu'on  a  d'en  ju- 
ger ainfi  ,  font  1°.  que  dans  l'hiftoire  de  \?i  fepuUure 
6c  de  la  réfurredion  de  J.  C.  il  n'eli  fait  aucune  men- 
tion de  cercueil.  Il  n'y  ell  parlé  que  du  linceul  &  des 
bandes  de  toile,  dont  le  corps  du  Sauveur  fut  enve- 
loppé. 2°.  La  même  chofe  paroît  dans  l'hiftoire  de  la 
rcfurre(Siion  de  Lazare.  S'il  avoit  été  enfermé  dans 
un  cercueil ,  J.  C.  ne  pouvoit  lui  dire  ,  Laiare  ^fors 
dehors.  Il  auroit  fallu  ouvrir  le  cercueil  auparavant, 
comme  il  fallut  ôter  la  pierre  qui  fermoit  l'entrée  du 
fépulchre  ,  afin  que  Lazare  en  pût  fortir  ;  ou  il  fau- 
droit  fuppofer  un  miracle  que  J.  C.  n'a  point  voulu 
faire ,  parce  qu'il  n'en  fait  point  de  fuperflu  ;  c'ell 
pour  cela  qu'il  fait  ôter  la  pierre  ,  avant  de  comman- 
der à  Lazare  de  fortir.  3''.  Dans  l'hifloire  de  la  ré- 
furreâion  du  fils  de  la  veuve  de  Nain ,  Jéfus  s'appro- 
che du  mort  ,  &  lui  dit  :  jeune  homme  ,  leve\-  vous: 
comment  auroit-il  pu  fe  lever ,  s'il  eût  été  entermé 
dans  un  cercueil  ? 

Quoi  qu'il  en  foit ,  aufiitôt  que  quelqu'un  chez  les 
Juifs  étoit  mort,  fes  parens  ÔC  fesamiî,  pour  marquer 
leur  douleur  de  fa  perte  ,  déchiroient  leurs  habits,  fc 
frappoient  la  poitrine  ,  &  mettoient  de  la  cendre  fur 
leurs  têtes.  La  pompe  funèbre  étoit  accorapagnée  de 
joueurs  de  flûtes  ,  d'hommes  6c  de  femmes  gagées 
pour  pleurer,  f^oyei  Pleureurs  &  Pleureuses. 

SÉPULTURE  ,  f.  f.  (^Archit^  c'eft  le  lieu  où  font  les 
tombeaux  d'une  famille,  comme  étoit  la  chapelle  des 
Valois  à  S.  Denis  en  France. 

Les  mahometans  font  curieux  de  fèpidtures  qu'ils 
bâtiflent  en  forme  de  petites  chapelles  d'une  archi- 
tecture fort  délicate.  Ils  appellent  tarbes ,  celles  des 
fondateurs  des  mofquées  qui  en  font  proches.  Davî' 
1er.  (  D.  J.) 

SEPULVÉD  A  ,  (  Géog.  mod.)  petite  ville  d'Efpa- 
gne  ,  dans  la  vieille  Caftillc  ,  au  iud-oueft  &  près  de 
Ségovie ,  fur  la  petite  rivière  de  Duraton.  On  l'ap- 
pelloit  anciennement  Sepuhega ,  dont  on  a  fait  Sc- 
pulveda.  Villeneuve  prétend  que  c'efl  la  i'e^'or/iiz  lata 
de  Ptolomée  ,  /.  //.  c.  vj.  {D.  J.). 

SEQUANA .,  (Geogr.  anc.')  nom  latin  de  la  rivière 
de  Seine.  Céfar  &  Ptolomée  difent  Scquana  ,  Stra- 
bon  Sequunus  ,  6c  Etienne  le  géographe  Secoanus. 
Cette  rivière  ,  félon  Céfar  ,  de  Bel.  Gai.  l.  I.  faifoit 
avec  la  Marne ,  la  féparation  entxe  les  Gaulois  &  les 
Belges.  {D.J.) 


s  E  Q 


S  E  R 


•j 


7 


SÉQUANIENS ,  f.  m.  pi.  {Ulfl.  anchnnt)  peuple 
de  la  Gaule ,  qui,  du  tems  des  Romains ,  habitoit  le 
pays  connu  aujourd'hui  fous  le  nom  de  la  Franche-* 
Comté. 

SÉQUANOIS  ,  LES ,  (Gcog.  anc.)  Sequajii  ,  peu- 
ples de  Tancicnne  Gaule  ;  du  tems  de  Céfar ,  ils  fai^ 
foient  partie  de  la  Celtique  :  mais  Augufte  les  mit 
fous  la  Belgique  ,  ce  qui  paroît  par  les  deicriptlons 
de  Ptolomee  &  de  Pline.  Céfar  dit  encore  ,  que  le 
mont  Jura  les  féparoit  des  Helvétiens  :  d'un  autre 
côté,  les  bornes  de  leur  pays  s'étendoient  jufqu'au 
Rhein ,  à  ce  que  prétend  Strabon  ,  /.  If^. 

On  peut  dire  que  le  Rhein  bornoit  originairement 
le  pays  des  Séquanois  ,  avant  que  les  Germains  les 
euflent  éloignés  des  bords  de  ce  fleuve  ;  car  on  voit 
qu'Ariovifte  leur  enleva  la  troifieme  &  la  meilleure 
portion  de  leur  pays  ,  &  fans  doute  celle  qui  étoit 
la  plus  voiiine  du  Rhein, 

Ammien  Marcellin  ,  liv.  XV,  c.  xxvîj.  étend  aufîi 
les  Sîquan'uns  jufqu'à  ce  fleuve  ;  mais  il  fuivoit  l'u- 
fage  de  fon  tems  :  il  y  avoit  une  province  appellée 
Maxima  Stquanorum  ,  &  dans  laquelle  on  compre- 
noit  non-feulement  les  Sequani ,  mais  encore  les  Hd- 
vetii  &  les  Rauraci, 

Enfin  ,  le  pays  de  Seqiianiens ,  félon  Tacite  ,  étoit 
d'un  autre  côté  limitrophe  de  celui  des  ^dui ,  voye^ 
M.  Dunod  dans  fon  H:Jioin  des  Séquanois  &  de  la 
province  Sequanoife.  Cet  ouvrage  efl  imprimé  à  Di- 
jon en  173  5.  X.  vol.  in-^^.  (Z?.  /.) 

SEQUELLE  ,  dix  me  de  ,  (  Droit  d'éolife.  )  on 
appelle  dixme  àt/equelle  une  certaine  dixme  qui  fe 
perçoit  en  Bourgogne  ,  parce  que  le  curé  qui  la  le- 
vé fuit  le  laboureur  qui  va  cultiver  des  terres  hors 
fa  dixmerie.  Les  dixmes  perlbnnelles  ne  font  point 
reçues  en  France  ,  cependant  les  dixmes  de  fiqudle 
approchent  fort  de  leur  nature  ,  dit  Fevret.  (jD.  /.) 

SÉQUENCE,  ff.  terme  de  jeu  de  L^  Ambigu  ;  la 
féquence  efl:  une  fuite  de  trois  cartes  de  la  même  cou- 
leur ,  comme  cinq ,  fix  &  fept.  h^  féquence  emporte 
le  point  &  fes  primes ,  &  fait  gagner  trois  jettons  de 
chaque  joueur,  outre  ce  qui  elt  au  jeu^  la  plus  haute 
en  points  va  devant  la  plus  baffe. 

SÉQUENCE,  au  jeu  de  ma  Commère  accommode::;^' 
moi ,  fe  dit  de  trois  cartes  qui  font  dans  leur  ordre 
naturel ,  ne  laiffant  aucun  intervalle  à  remplir  en- 
tre une  carte  &  celle  qui  lui  eft  inférieure  en  valeur, 
comme  roi ,  dame  &  valet ,  dame  ,  valet  &  dix ,  &c. 
hzféquenc  e  de  ce  jeu  ne  diffère  de  la  tierce  du  piquet, 
qu'en  ce  qu'il  faut  que  celle-ci  loit  en  même  couleur, 
&  en  même  elpece  ,  &  que  \zjéqu:nce  peut  être  de 
trois  couleurs  &  de  trois  elpeces  différentes ,  pourvu 
qu'elle  aille  de  fuite. 

SÉQUENCE  ,  au  jeu  du  Hoc ,  ce  font  trois  cartes  d'un 
même  couleur  qui  fe  luivent.  La  féquence  de  quatre 
vaut  mieux  que  celle  de  trois ,  celle  de  cinq,  que  celle 
de  quatre  &  ainfi  des  autres.  Et  quand  les  cartes  font 
égales  en  nombre ,  la  plus  haute  gagne  ;  dame ,  valet 
&  dix ,  &  la  plus  forte  féquence  fimple  ;  as ,  deux  & 
trois  la  moindre  de  toutes.  Vmye^  Séquence  sim- 
ple. 

SÉQUENCE  simple  ,  au  jeu  du  Hoc  ,  c'eff  une  fé~ 
qmnce  qui  n'eff  compofée  que  de  trois  cartes  feule- 
ment. 

SÉQUENCE  ,  au  jeu  de  Commerce  ^  fe  dit  de  l'affem- 
blage  fuivi  de  trois  cartes  de  même  couleur,  que  l'on 
appelle  tierce  au  jeu  de  piquet  ;  comme  as ,  roi,  dame; 
roi ,  dame  ,  valet  ;  dame  ,  valet  &  dix ,  &c.  La  plus 
haute  ayant  toujours  la  préférence. 

SEQUESTRATION,  ff.  {Cramm.&Jurifpr.)  eft 
l'aftion  de  mettre  des  revenus  ou  autres  chofes  en 
fequeftre. 

On  entend  auffi  quelquefois  par  ce  terme  l'aOion 
de  détourner  des  deniers  ,  des  pitpiers  ou  autres  cho- 
fes ,  pour  en  ôter  la  connoifl'ance  6i.  fe  les  approprier. 
f^oyei  ci-après  SEQUESTRE, 


SEQUESTRE ,  f.  m,  {jurtfpr-u.l)  cH  \xm  peïfoft» 
ne  prépoféc  pour  recevoir  &  gnrder  comme  en  dé^ 
pôt  des  deniers ,  revenus  &  autres  chofes  qui  font  crt 
litige  ,  jufqu'à  ce  que  la  juflice  jiit  décidé  à  qui  lest 
chofes  iéqucffrécs  doivent  appartenir. 

LeJequeJIre  diffère  du  gardien  ou  commiffaire ,  ert 
ce  que  celui-ci  eft  établi  à  une  faifie  ,  au  lieu  oue  le 
fequtjîre  eft  établi  à  dcs  biens  6c  revenus  ,  quoique 
non  faifis. 

Les  nominations  àcfequeflre  fe  font  ordinairement 
en  juffice ,  fur  la  demande  des  parties  ou  d'office  par 
le  juge  lorfqu'il  y  a  lieu. 

Les  parties  peuvent  néanmoins  convenir  entr'ellesi 
d\m  fequefire  à  l'amiable. 

Le  juge  ne  peut  nommer  pour  feqmfln  aucun  dô 
^QS  parens  &  alliés ,  jufqu'au  degré  de  couhas-ger- 
mains  inclulivement ,  à  peine  de  nullité  &  d'amende, 
même  de  répondre  en  Ion  nom  des  dommages  &  in- 
térêts en  cas  d'infolvabiUté  du  feque/Ire. 

Le  fequefire  doit  prêter  ferment  devant  le  juge. 

Quand  les  chofes  iéqueftrées  confiftenten  quelque 
jouiffance  ,  lejl'queftre  doit  faire  procéder  au  bail  ju-- 
diciaire,  au  cas  qu'il  n'y  en  eût  pas  de  conventionnel 
ou  qu'il  eût  été  fait  en  fraude  &  à  vil  prix. 

Le  devoir  àwj'equejlre  en  général,  eft  d'adminiftref 
les  biens  &  revenus  dont  il  eft  chargé ,  comme  un 
bon  père  de  famille,  &  de  rendre  compte  de  fa  com-= 
miflion  à  qui  par  juftice  fera  ordonné.   Foyei  CoM-- 

MISSAIRE  ,  DÉPÔT  ,  GaRDIEN  ,    &  Vord.  de  I  6'6'i .  tit. 

'9-  (^) 

SEQUIN  ,  {.  m.  {MonnoLe.)  monnoie  d'or  qui  fe 
bat  à  Venife,  au  titre  de  vingt -trois  karats ,  trois 
quarts.  Il  s'en  fabrique  auffi  dans  les  états  du  grand- 
leigneur  ,  particulièrement  au  Caire  ,  que  de-là  on 
appelle/t^Ki/zj  de  Turquie  ou  shérifs  owfultanins.  On 
appelle  à  (ZorA-Arvûno^Xe  fquins  hongres  ,  des  ducats 
d'or  qui  fe  fabriquent  en  Allemagne  à  divers  coins, 
La  valeur  de  ces  fequins  n'eft  pas  tout  -  à  -  fait  fem- 
blable ,  ceux  de  Turquie  &  d'Allemagne  valent  un 
quinzième  moins  que  le  vénitien.  Aux  indes  orienta- 
les ,  ht  fquin  vénitien  s'y  prend  pour  quatre  roupies 
fix  pcffas  ,  c'eft-à-dire  pour  10  liv.  4  f  de  France  ;  & 
lej'equin  de  Turquie  feulement  pour  quatre  roupies 
juftes  ,  ce  qui  eft  4  fols  moins  que  l'autre.  (Z).  /.) 

S  E  R  ,  f  m.  (  Poids  étranger.  )  poids  dont  on  ufe 
aux  Indes  orientales ,  particulièrement  dans  les  états 
du  grand-mogol ,  ainfi  que  l'on  fait  en  France  &  ail- 
leurs de  la  livre.  Il  y  a  de  deux  fortes  àe  fer  ^  l'un 
qui  eft  employé  à  pefer  les  denrées  &  chofes  propres 
à  la  vie ,  &  l'autre  dont  on  fe  fer-t  pour  pefer  les  mar- 
chandifes  qui  entrent  dans  le  négoce.  Le  premier  eft: 
de  felze  onces ,  poids  de  marc ,  qui  eft  égal  à  une  li- 
vre de  Paris ,  &  le  deuxième  n'eil  que  de  douze  on- 
ces ,  aulft  poids  de  marc ,  qui  font  les  trois  quarts  de 
la  livre  de  Paris  ;  cnlbrte  que  ce  dernieryèr  diffère 
d'un  quart  du  premier.  (Z).  7.) 

SERA,  (  Géng.  anc.)  ville  métropole  de  la  Sérl-- 
que  ,  félon  Ptolomee  ,  /.  VI.  c.  xvj.  Le  nom  moder- 
ne eft  Cambalech ,  félon  Niger  ,  &  Sindiufu  ,  félon 
Mercator.  (D.J.) 

SERACH  ,  f.  m.  terme  de  relation  ;  c'eft  ainfi  qu'on 
appelle  l'olHcier  qui  tient  l'étrier  du  caia  des  janiffai- 
res  en  charge ,  l'accompagne  partout  à  cheval  ,  èc 
lui  fert  comme  d'aide  de  camp.  Au  bout  d'un  cer- 
tain tems  ,  il  obtient  le  titre  de  ckous ,  &  ennn  de- 
vient lui-même  caia  des  janifl'aires,  fous  le  comman- 
dement de  l'aga  du  corps.  Pocock.  Hifoire  d'£g}'p:e. 
(D.J.) 

SERAI  ou  SERAY,  terme  de  relation;  ce  mot  fi- 
gnifie  une  m.iifon ,  mais  une  maifon  grande  &  ample, 
un  palais.  C'eft  le  nom  du  palais  du  grand-feigneur, 
qu'on  appelle  mal-à-propos  (érail ,  car  il  s'écrit yirr.fi' 
en  turc  ;  mais  l'ulage  l'a  emporté.  Les  palais  des  bâ- 
chas Ck  des  autres  grands  de  la  Porte  prennent  aufli 


73  S  E  R 

ce  nom  ;  c'eft  encore  celui  qu'on  donne  A  ces  hôtel- 
leries publiques  ,  où  vont  loger  les  caravanes  ;  car 
on  les  appelle  caravanfcmi  ou  carvan  ■  Icraï.  Quel- 
ques-uns écrivent  ce  nom  par  un  A;  d'autres,  com- 
me Thevenot ,  dans  fon  voyage  des  Indes ,  écrivent 
qiunan-feiaï-y  un  uiage  vicieux  a  prévalu  ,  &  déci- 
dé ^owr  ferrait ,  lorsqu'il  s'agit  d'un  palais  desibuve- 
rains  orientaux ,  &  Air  tout\le  ceux  où  leurs  femmes 
font  enfermées.  /-'ojé^Serrail.  (Z>.7.) 

Ser.v!  ,  ou  Sarai  ,  ou  Sultan-Sarai,  ou  Ba- 
ch a-Ser  Al,  {Géogr.  rnoJ.)  ville  du  Capchac  ,  un- 
ie Voîga,où  le\an  taifoit  la  réfidence  ;  mais  les  RuC- 
fes  ont  ruiné  en  1736  cette  ville  ,  ou  plutôt  ce  pd- 
U\s.Lon<:.Si.  Ut.Sz.  {D.J.) 

SERÀN  ,  f.  m.  (  TijJ'crancL  )  outil  à  préparer  les 
chanvres ,  les  lins ,  les  orties ,  &  autres  plantes  dont 
les  tiges  font  pleines  de  filamens ,  pour  les  mettre  en 
état  d'être  tilces. 

Les  ferans  font  des  aïs  en  forroe  de  grandes  cardes, 
armés  de  dents  de  grosfils-de-fcr ,  à-travers  dcfquels 
on  fait  pafTerces  plantcs,après  qu'elles  ont  été  aupara- 
vant grolnerement  concailées  avec  un  inflrumcntde 
bois.  Ces  deux  apprêts  qui  les  réduifent  en  filafîés  & 
en  état  d'être  filées  au  rouet  ou  au  fufeau  ,  ne  fe  don- 
nent que  lorfqu'au  fortir  de  l'eau  où  elles  ont  été 
rouies  ,  on  les  a  bien  fait  lécher  au  folcil.  {D.J.) 

Seran  ,  LE ,  {Gcog.  mod.)  petite  rivière  de  France. 
Elle  prend  la  fource  dans  les  montagnes  de  Mi  chaille, 
vers  le  orandabergement ,  court  dans  le  Valromey, 
&  fe  perd  dans  le  Rhône  ,  au-dellous  de  Roche- 
fort  ,  à  fept  ou  huit  lieues  de  fon  origine.    {D.  /.) 

SERANCER  ,  v.  aft.  (  TiJJeranJcne.)  c'eft  faire 
palier  les  chanvres  ,  lins ,  orties  &  autres  matières 
propres  à  être  filées  par  les  ferans.  Les  chanvres/è- 
ranccs  ,  ce  font  les  chanvres  qui  ont  reçu  cet  apprêt , 
&  qui  font  réduits  en  lîlafle.  Les  dents  du  leran  doi- 
vent être  plus  ou  moins  ferrées ,  félon  la  finelfe  dont 
on  veut  que  foit  le  chanvre. 

On  a  ordinairement  plufieurs  ferans  de  différente 
grandeur.  Quand  on  veut /^'•^«cer,  on  les  attache  au 
bout  d'une  table,  fur  un  efcabeau  ,  ou  aiure  uflcnfile 
de  ménage  ;le  principal  elf  qu'ils  foient  fermes;  on 
pafTe  le  chanvre  plulieurs  fois  à-travers  de  ces  pointes 
de  fer;  &  quand  il  eft  bien  peigné,  bien  propre  & 
bien  clair  ,  on  le  met  en  botte  pour  le  vendre  à  nie- 
fure  qu'on  enfcrance  ;  oubien  on  le  file  ,  foit  à  grand 
rouet,  à  la  quenouille  ,  ou  au  fufeau ,  fuivant  les  dif- 
férens  ufages  auxquels  on  le  delline.  (D.J.) 

SERANCOLIN,  marbre  ,  (  Lithoiog.)  le  mar- 
bre fcrancolin  eft  im  marbre  ifabelle  &:  rouge  ,  ou 
couleur  d'agathe  des  Pyrénées.  La  carrière  d'où  on  le 
tire  eft  dans  la  vallée  d'Or ,  proche  de  Saancolin.,  dans 
l'évêché  de  S.  Bertrand.  L'on  a  été  long-tems  que 
l'on  ne  pouvoit  avoir  de  ce  marbre  que  par  mor- 
ceaux ;  mais  depuis  que  le  fieur  Miflon  a  trouvé  le 
fecret  de  fcier  le  marbre  dans  le  roc  avec  des  fcies  qui 
tournent  à  volonté  ,  on  peut  avoir  toutes  fortes  de 
marbres  par  grandes  pièces.  {D.  J.) 

SERANDIB ,  {Gco»r.  mod.)  nom  arabe  de  la  plus 
fameufe  île  de  l'Océan  oriental.  Le  fchérif  Al-edrilfi 
lui  donne  80  parafangés  de  lorigucur  ,  &  autant  de 
largeur  ;  &  le  géographe  perfien  la  met  fort  proche 
de  la  côte  des  Indes  ,  entre  l'équateur  &  le  premier 
cli  m.at.  Tout  cela  nous  indique  que  cette  île  eft  la 
même  que  celle  de  Ceylan.  (Z>.  /.) 

SÉRAPÉON,  f.  m.  (  antiq.  d^Egypte.)tçxr\^^\ç  fa- 
meux d'Alexandrie  ,ainli  nommé  parce  qu'on  y  avoit 
dépofé  la  ftatuc  du  dieu  Sérapis. 

Rufin  qui  étoit  à  Alexandrie  lorfqu'il  fubfiftoit  en- 
core,nous  en  a  fait  la  defcription. C'eft  un  lieu  élevé, 
dit-il ,  non  par  la  nature  ,  mais  de  main  d'homme.  Il 
eft  ,  pour  ainli  dire  ,  fufpendu  en  l'air.  Ce  vafte  bâ- 
timent eft  quarré  ,  &  foutenu  fur  des  voûtes  depuis 
le  rez-de-chaulfée  jufqu'à  ce  cju'on  foitarrivé  au  plain- 


S  E  R 

pîé  du  temple  ,  auquel  on  monte  par  plus  de  cent 
degrés.  Ces  voûtes  font  partagées  en  plufieurs  appar* 
temens  féparés  les  uns  des  autres  ,  qui  fervent  à  dif- 
férens  minifteres  lea'ets.  Sur  ces  voûtes  en-dehors 
font  de  grandes  lalles  pour  conférer ,  des  refedoires, 
&  la  maifon  où  demeurent  ceux  qui  ont  la  garde  du 
temple.  En- dedans  régnoient  des  portiques  quicom- 
poloient  une  efpece  de  cloître  au-tour  de  ce  bâti- 
ment quarré.  C'étoit  au  milieu  de  ce  cloître  que  s'é- 
levoit  le  temple  de  Sérapis  orné  de  colonnes,  ôidont 
les  murs  étoient  de  marbre. 

Ptolomée.,  fils  deLagus,  l'avoit  fait  bâtir,  félon 
Tacite  ,  dans  un  lieu  où  il  y  avoit  eu  long-tcms  au- 
paravant une  chapelle  confacrée  à  Sérapis  &  à  Ifis  , 
fur  une  petite  émin-nce  dans  le  quartier  nommé  Rlia' 
colis  ,  dont  il  failoit  lo  plus  bel  ornement, 

Théophile  ,  patriarche  d'Alexandrie  ,  ayant  pris 
la  réfolution  de  uiiner  abiolvimentlepaganifme  dans 
la  capitale  de  l'Egypte  ,  fit  tout  ce  qu'il  put  pour  ob- 
tenir des  ordres  afin  de  mettre  en  exécution  fon  def- 
fein.  Il  obtint  en  effet  de  l'empereur  Théodofe  en  390, 
un  édit  qui  lui  permettoit  de  démolir  tous  les  tem- 
ples. 

L'expédition  de  Théophile  fe  fit  avec  tout  le  zèle 
deftrudcur  dont  il  étoit  capable  ,  &  il  n'étoit  pas 
petit.  Les  chofes  ne  fe  palTerent  pas  fans  tumulte  ;  les 
payens ,  au  rapport  des  auteurs  eccléfiaftiques  ,  ou- 
tres de  ce  qu'on  vouloir  abohr  leur  ancienne  religion, 
fe  retirèrent  dans  le  Scrapéon  ,  comme  dans  une  cita- 
delle ;  de-là  ils  fe  défendirent, &  foutinrent  les  atta- 
ques des  chrétiens.  Quelques  philofophes  s'étoient 
mêlés  dans  cette  émeute  en  faveur  de  leurs  compa- 
triotes ;  mais  Théophile  appuyé  du  préfet  d'Alexan- 
drie &  du  commandant  des  troupes ,  ayant  eu  l'a- 
vantage ,  un  tirand  nombre  de  favans  du  pasianifme 
cruellement  perlecutes  ,  furent  obHges  de  prendre  la 
fuite  ,  &  de  le  difperfer  dans  plufieurs  villes  de  l'em- 
pire. On  nomme  entre  autres  le  philofophe  Olym- 
pus &  les  grammairiens  Ammonius  &  Kelladius.  Ce 
magnifique  temple  de  Sérapis  fut  détruit  de  fond  en 
comble  ,  &  quelque  tems  après  onbâtit  à  fa  place  une 
églife  à  laquelle  on  donna  le  nom  de  l'empereurAr- 
cadius. 

Ce  temple  avoit  une  bibliothèque  qui  devint  très- 
célebre,  &  qui  n'étoit  cependant  qu'un  fupplément 
de  la  bibliothèque  d'Alexandrie  ,  aulTi  l'appelloit-on 
fa  fille  ;  mais  avec  le  tems  cette  fide  devint  belle  &: 
grande  ;  elle  échappa  aux  flammes  qui  confumerent 
celle  d'Alexandrie,  On  croit  que  ce  fut  dans  le  Sêra- 
pcon  que  Cléopatre  mit  les  deux  cens  mille  volumes 
de  celle  de  Pergame,  dont  Marc- Antoine  lui  fit  pré- 
fent.  Cette  addition  &  d'autres  que  les  conjonftures 
amenèrent  ,  rendirent  la  bibliothèque  du  Sirapion 
plus  nombreufe  que  celle  dont  elletiroit  fa  naiftance. 
Pillée  plus  d'une  fois  pendant  les  révolutions  de  l'em- 
pire romain  ,  elle  fe  rétablit  toujours  de  fes  pertes. 
En  \\\\  mot ,  elle  a  fubfifté  ouvrant  les  tréfors  aux  cu- 
rieux jufqu'au  vij.  fiecle  ,  qu'elle  eut  enfin  le  même 
fort  que  fa  inere  ,  &  qu'elle  fut  brûlée  parlesSarra- 
fins  quand  ils  prirent  Alexandrie  l'an  de  J.  C,  642. 
{D.J.) 

SÉRAPHINS ,  f  m.  pi.  (  Théolog.  )  anges  du  pre- 
mier ordre  de  la  première  hiérarchie.  Foyc:^  Anges 
6- Hiérarchie. 

Ce  mot  vient  de  l'hébreu  {^r^/^A ,  brûler  ou  enflam.- 
mer  ;  &  l'on  croit  que  ces  efprits  céleftes  font  ainfi 
nommés  de  l'amour  divin  qui  les  confume ,  parce  que 
de  tous  les  anges  ils  font  les  plus  près  du  trône  de 
l'Eternel.  Ifaie  ,  ch.  vj.  les  dépeint  comme  des  anges 
qui  étoient  au-delTus  du  trône  du  Seigneur  ,  &  qui 
avoient  fix  aîles  ;  deux  dont  ils  voiloient  leur  face  , 
deux  dont  ils  couvroient  leurs  pies,  &  deux  avec  lef- 
quelles  ils  voloient.  C'eft  le  feul  endroit  de  l'Ecriture 
oii  il  foit  fait  mention  àes/éraphins  pris  en  ce  fens  ', 


s  E  R 

car  ailleurs  firaphins ,  clans  l'hébreit ,  fe  prend  pour 
les  fondeurs  &  les  ort'évrcs  ;  &  dans  les  Nombres  , 
/.  XXL  le  nom  àeféraphin  ou  faraphin  eft  donné  aux' 
lèrpens  ailés  qui  firent  mourir  les  Ifraélkes  dans  le 
dciert. 

SÉRAPHIQUE  ,  adj.  ce  qui  appartient  aux  féra- 
phins,  ou  ce  qui  les  imite.  Boylea  compolé  un  traité 
de  Vamourféraphique,  c'eft-à-dire  de  V amour  de  Dhu. 
On  donne  dans  les  écoles  le  litre  de  docUur  fcraphï- 
quc  à  S.  Bonaventure  ,  à  caufe  de  fa  ferveur  &  de 
Ion  extrême  piété. 

S.  François d'Aiîlfe  efi:  z-^^eWèlQ pznféraphiqiu,^^ 
mémoire  ou  en  honneur  d'une  vifion  qu'il  eut  fur  le 
mont  Alverne ,  où  ,  après  un  jeune  de  quarante  jours 
&  d'autres  grandes  aurtérités  ,  étant  en  extafe  ,  il  vit 
ttn  féraphin  qui  defcendit  rapidement  du  ciel  iur  lui , 
&:  lui  imprima  aux  mains  ,  aux  pies  &  au  côté  des 
iUgmates  qui  repréfentoient  ies  plaies  que  les  doux 
&  la  lance  firent  au  corps  de  Jefus-Chrift  lorfqu'on 
ie  crucifia.  Voyc^  Stigmates. 

SERAPIDIS  IN  su  LA  ,  (  Géog.  anc,  )  île  fur  la 
côte  de  l'Arabie  heureufe  ,  dans  le  golfe  Sachalite  , 
ielon  Ptolomée ,  liv.  VI.  ch.  vlj.  lElle  étoit  remar- 
quable par  un  temple  ,  &  étoit  voifine  des  fept  îles 
qui  étoient  auffi  dans  ce  même  golte.  Arrien ,  />.  ic). 
■&:<Oxon ,  dans  fon  Périple  de  la  mer  Erythrée  ,  met 
environ  deux  mille  ilades  entre  elle  &  le  continent  ; 
■il  lui  donne  environ  200  ftades  de  largeur.  «  Il  y  a , 
»  dit-il ,  trois  villages  dont  les  habltans  font  les  prê- 
■w'tres  des  Ichtyophages.  Ils  parlent  arabe  ,  &  cou- 
vvrent  avec  des  feuilles  ce  que  là  pudeur  ne  per- 
»>  met  pas  de  montrer.  Cette  île  a  quantité  d'excellen- 
»  tes  tortues.  Les  habitans  de  Cane  ont  coutume  d'y 
»  aller  avec  dechaloupes  &  des  barques  ».  Ramufio 
■croit  que  c'eft  aujourd'hui  l'île  nommée  Maiiia. 
i-D.J.) 

SERAPIS,ottSARAPIS  {MytkoL  Médaill.Jnfcnpt. 
Monum.  Pierres  gravées  &  Liuérat.  )  c'étoit  un  grand 
•<lieu  des  Egyptiens ,  connu  ,  félon  toute  apparence , 
par  ce  peuple  ,  long  tems  avant  les  Ptolémées ,  fe- 
•lon  l'opinion  de  M.  Cuper  ,  qui  nous  paroît  la  plus 
•vraiffemblable.  Tacite ,  hifî.  liv.  IV.  ch.  Ixxxïij.  le 
^prétend  auffi.  Les  Egyptiens  ,  dit-il ,  nation  fuperfti- 
tieufe,  révéroient.S'eVa/);^  plus  qu'aucun  autre  divi- 
-nité  :  Serapin  dcdita  gens  fuperjiitionibus  fuper  aiios 
colit. 

Ce  n'étoit  pas  feulement  le  dieu  tutélairede  tout£ 
4'Egypte  en  général ,  plufieurs  des  principales  villes 
,<le  ce  royaume  l'avoient  choifi  pour  leur  patron  par- 
'ticulier ,  &  ie  firent  graver  fur  leurs  monnoies  en 
cette  qualité  ;  mais  entre  toutes  ces  villes  ,  aucune 
-ne  lui  rendit  des  honneurs  plus  folemnels  &  plusfur- 
-'prenans  que  celle  d'Alexandrie.  AUxandria  civitas 
'qux-  conditorem  AUxandrum  macedoneni  gLoriatur  ^  Se- 
tiapin  atque  Ifin  cullu  penè  atconitce  vemraûoiùs  obfer- 
<vat ,  dit  Macrobe  ,  liv.  I.  Saiurn. 

On  l'y  adoroit,  félon  Tacite  ,  comme  une  efpece 
~de  divinité  .  univerfelle  qui  repréfentoit  Efculape  , 
•Ofiris,  Jupiter  ,  Pluton  :  dtumipfum.  multi  ^fcula- 
pium  quod  meicaïur  œgris  corporibus  ,  quidam  OJïrin 
■  amiquiffimiim  illis  gentibus  riumen  ,  plerique  Jovem ,  ut 
•rerum  omnium  potentem  ,  plurimi  ditem  patrem  infigni- 
•bus  quœ  in  ipfo  maniftjla  aut  per  ambages  conjeclant. 
•On  le  prenoit  auffi  pour  Jupiter. Ammon,  pour  le 
-Soleil ,  félon  Macrobe ,  &  pour  Neptune.  Le  bufte 
yàeSérapiSfdM  revers  d'AntoninPie,  nous  le  montre, 
•dans  Seguin,  fous  prefque  tous  ces  difFérens  rapports; 

•  le  boiffeau  fur  la  tête  ,  la  couronne  rayonnée  ,  les 

•  cornes  de  bélier,  la  corne  d'abondance  devant  lui,  & 
«derrière  lui  un  fceptre  à  trois  pointes  entortillé  d'un 
»ferpent,  anême  avec  la  cuiraffe  ,  comme  le  dieu 
^Mars.  .:.'';:j  . 

On  s'étoit  auffi.formé  de  Scrapis  une  idée  .comme 
«^d'un  dieu  unique ,  qui  compi-epoit-les  attributs  de 


S  E  R 


19 


toutes  les  autres  divinités  ;  ce  qui  donna  lieu  aux 
payens  de  publier  que  les  Chrétiens  &  les  Juifs,  qui 
ne  reconnoiffoientqu'tm  feul  Dieu  ,  adoroient  Séra^ 
pis  ;  c'eft  ce  qu'affure  l'empereur  Hadrien  dans  une 
lettr^e  à  Severianus ,  rapportée  dans  Vopifcus  d'après 
f  legon  :  iUi ,  dit-il ,  qui  Serapin  colunt  ckrillianifunt  , 
&  qui  Je  Ckrijîi  epifcopos  dicunt  ,  unus  iliis  Dcus  efl  ; 
hune  Chrijiiani  ,  hanc  Judœi  ,  hune  omnes  venerantur  , 
&  gcntes. 

•C'eft  à  cette  divinité  qu'étolt  confacré  le  fuperbe 
■temple  d'Alexandrie  ,  dans  lequel  on  transféra  la  fla- 
tue  de  ce  dieu  ,  que  les  habitans  de  Sinope  poiTé- 
doient ,  &  qu'ils  adoroient  fous  le  nom  de  Jupiter  Sé-^ 
rapis  ,  P tutus  ou  Pluton. 

îlciltrès-fingulierque  les  Alexandrins  qui  a  voient 
cette  divinité  chez  eux  pour  ainfi  dire  ,  puifqu'elle 
étoit  la  première  divinité  de  toute  l'Egypte ,  fefoient 
avifés  de  l'aller  chercher  au-delà  des  mers ,  &  dans 
une  ville  auffi  éloignée  d'Alexandrie  que  l'étoitSino^ 
pe  ,  &  d'adorer  Jupiter-6'£Vû/'/5  ,  divinité  égvotien- 
ne,  fous  le  titre  d'un  dieu  étranger ,  favoir  fous  celui 
de  Ziùç  itvu^Trl-Tw  ,  Jupiter  de  Sinope.  Tacite  ,  Plutar- 
que  &  Euftathe  nous  en  difent  la  raifon,  dont  le  dé- 
tail feroit  trop  long  à  raconter  autrement  que  par 
l'extrait  fuivant. 

Entre  plufieurs  temples  des  plus  magnifiques  dont 
.Ptolemée  Soter ,  fils  de  Lagus ,  avolt  orné  la  nouvelle 
ville  d'Alexandrie  ,  qu'il  avoit  choifie  pour  la  capl- 
■tale  de  fon  royaume,  il  en  avoit  fait  bâtir  un  beau- 
coup plus  fuperbe  qu'aucun  autre  ,  &  tout  éclatant 
d'or.  Comme  il  étoit  en  fufpens  à  quel  dieu  il  devoit 
le  dédier ,  un  génie  d'iuie  beauté  charmante ,  &  d'une 
•taille  au-deffiis  de  l'humaine  ,  lui  étant  apparu  ei[i 
•fonge  ,  lui  confeilla  de  faire  venir  fa  ftatue  du  Pont, 
après  quoi  il  difparut  en  s'élevant  dans  les  airs  envi- 
ronné de  flammes. 

Ce  prince  ayant  raconté  fa  vifion  à  Timothée  ,  fa- 
vant  athénien,  de  la  race  des  Eumolpides  ,  il  apprit 
de  lui  que  près  de  Sinope  ,  ville  de  Pont ,  étoit  un, 
vieux  temple  confacré  à  Jupiter-Plutus  ;  dontlafta- 
tue  étoit  fmgulierement  refpeftée  par  les  habitans  de 
cette  contrée.  Sur  cet  avis,  Ptolemée  envoya  Timo,- 
thée  en  ambafiàde  à  Scydrothemis  roi  de  Sinope , 
pour  le  prier  ,  en  lui  offrant  en  même  tems  de  .riches 
préfens,  de  vouloir  bien  lui  accorder  ce  dieu. 

Scydrothemis  fit  d'abord  de  grandes  difficultés,  & 
cependant  retint  Timothée  à  fa  cour  le  plus  long 
tems  qu'il  put,  en  l'amufant  toujours  de  belles  pro- 
mefles.Mais  enfin  au  bout  de  trois  ans ,  le  dieu  fe  dé- 
clara de  lui-même  ,  &  le  rendit  de  fon  temple  fur  le 
vaiffi^au  de  l'ambafTadeur ,  qui  auffi-tôt  ayant  mis  à  la 
voile  ,  arriva  ,  par  un  miracle  encore  plus  inoui ,  en 
trois  jours  dans  Alexandrie. 

Cette  divinité  y  fut  reçue  avec  toutes  les  marques 
poffibles  de  vénération  ;  &  à  l'inftant  Ptolemée  la  fit 
mettre  dans  le  temple  qu'il  lui  avoit  deftiiic  ,  avec 
•  d'autant  plus  de  pompe  ,  qu'il  reconnut  que  c'étoit 
le  portrait  même  qui  lui  étoit  apparu  ,  &  que  c'étoit 
auin  l'image  de  Juplter-vS'(îVrt^/.j  ,  qui  étoit  adoré  en 
'  Egypte  pour  le  dieu  Pluton.  C'eft  ce  même  dieu  qu'A- 
thénée nomme  le  Jupiter  égyptien  ,  &  Martial  le  /.¥- 
piter pharius  ,  comme  étant  la  divinité  du  Nil. 

Scis  quoties  Phario  madeat  Jove  fufcafyene. 

Tacite. rapporte,  que Juplter-,S'fViz/»i.î  étoit  encoce 
en  vénération  de  fon  tems  dans  Alexandrie;  qu'on 
•s'adreilbitàlui  comme  à  un  oracle,  iSc  que  Vefpa- 
ffien  étant  venu  daiis  cette  ville  ,  fc  renferma  dans  le 
<  temple  de  ce  dieu  pour  le  coaluLter  fur  les.a^ffaires  de 
,  l'emjMre.  On  publia  même  que  ce  prince  avoit  opéré 
quelques  miracles  par  la  puiffimce  de  Sérupis  ;  &  ['on 
eut  grand  loin  de  fcmer  ces  faux  bruits  parmi  le  peu- 
ple ,  tant  pour  y  accréditer  davantage  le  culte  de 
,  cette  jdivinité ,  que  poui  rcndre.la,  ttia.|eijé  impériale 


8o 


S  E  R 


tou')ours  plus  refpedablc  aux  Egyptiens. 

Les  Athcniens  qui  avoicnt  reçu  la  connoifliince  de 
l'Egypte  par  Cccrops  ^  Eredhcc  ,  deux  de  leurs 
rois  qui  ctoicnt  de  ce  pays-li\  ,  recourent  en  mcmc 
tenis  le  culte  iVllis  &C  de  S érapis  ,  qu'ils  établirent 
dans  la  Thrace  6c  tur  les  côtes  du  Pont-Eu.vui  ,  où 
ils  turent  puitlans  pendant  un  affe/.  long  elpace  de 
tems ,  is:  où  ils  fondèrent  tant  de  célèbres  colonies. 
Quand  nicme  leshilloriensletairoicnt  lur  ce  point, 
quantité  de  médailles  nous  apprennent  que  Jupiter- 
Plutus  ou  Sérapis  ,  tut  la  divinité  tutclaire  de  plu- 
fieurs  villes  confulérables  des  environs  de  cette  nier, 
fur-tout  de  la  Thrace  &  de  la  Mœfie  intérieure  ;  les 
ïiiédailles  de  xMarcianopole  ,  d'OdcUe  6c  de  Diony- 
fiopole  en  rendent  témoignage. 

Les  médailles  nous  dilcnt  encore  que  ce  dieu  ne 
fiit  pas  moins  révéré  dans  l'Arabie  ,  la  Phénicie  &  la 
Syrie  ,  qu'en  Afie ,  en  Thrace  &  dans  la  baffe  Mœ- 
iîe;  c'ell  ce  dont  nous  affurentles  médailles  de  Boffra, 
<ie  Ptolémais  ,  de  Céiarée  ,  de  Paleftine  ,  d'iElia  ca- 
pitolina  ,  d'Antioche  de  Syrie  ,  où  il  eut  même  un 
temple  fameux. 

La  ville  de  Slnope  en  particulier  avoit  pu  recevoir 
le  culte  de  Sàapis  ,  fi  ce  n  eff  immédiatement  des  ha- 
bitans  des  provinces  voifines ,  qui  le  tenoient  des  Sy- 
riens 6l  des  Phéniciens ,  chez  qui  il  étoit  paffé  de  l'E- 
gypte ,  au-moins  des  Colches,  colonie  égyptienne, 
avec  qui  Sinopc  étoit  en  relation  de  commerce  ,  ou- 
bien  même  des  Miléliens  dont  cette  ville  étoit  co- 
lonie. 

Ce  ne  fut  point  fans  de  grandes  raifons  que  les  Si- 

nopiens  prirent  Juplter-Plutii*  ,  c'eft-à-dire  Sérapis, 

pour  leur  divinité  tuîélalre  ;  car  outre  que  plufieurs 

auteurs  prétendent  que  ce  fut  Jupiter-même  ,  &:  non 

pas  Apollon  qui  traniporta  de  Grèce  en  AfieSinope, 

fondatrice  de  la  ville  de  ce  nom,  les  Sinopiens  étoient 

aulîi  perluadés  que  c'étoit  à  Jupiter- Plutus  ,  dieu  des 

mines,  qu'ils  etoient  redevables  de  l'opulence  où  les 

.mettoit  le  grand  trafic  qu'ils  failbient  fur  toutes  les 

-côtes  de  la  mer  Noire  ,  d'une  quantité  prodigieufe 

"de  fer  qu'ils  tiroient  des  mines  de  leur  contrée  &  des 

pays  voifins  ;  railbn  pour  laquelle  vraiffemblablement 

Pomponius  MélanommelesSinopicns  chatibés ^  c'eft- 

.à-dne  forgerons  ou  marchands  defir. 

Le  culte  de  Sérapis  paffa  de  la  Grèce  chez  les  Ro- 
.  mains  ,  qui  lui  élevèrent  un  temple  dans  le  cirque  de 
Flaminius  ,  &C  établirent  des  têtes  en  fon  honneur  en 
différens  tems  de  l'année.  Une  multitude  prefque  in- 
nombrable fréquentoit  le  temple  de  ce  dieu  ;  de  jeu- 
nes gens  entr'autres  y  couroient  en  foule  ,  pour  ob- 
tenir de  lui ,  comme  une  faveur  fignalée  ,  qu'il  leur 
lit  trouver  des  perfonnes  faciles  qui  euffent  la  com- 
plail'ance  de  le  livrera  leur  paffion.  Un  nombre  pref- 
qu'infini  de  malades  &  d'infirmes  alloient  lui  deman- 
der leur  guérifon  ,  ou  plutôt  fe  perluader  qu'ils  l'a- 
voient  reçue.  Enfin  les  maux  qu'occafionna  le  culte 
de  Sérapis  ,  obligea  les  empereurs  de  l'abolir  dans 
Rome  ,  &  Théodofe  détruifit  fon  temple  à  Alexan- 
diic. 

Cette  divinité  figuroit  Jupiter  qui  commande  au 
ciel  ik  à  la  terre,  6i.  le  dieu  Plutus  ou  Pluton  qui  pré- 
fide  aux  enfers  &C  à  tous  les  lieux  iouterrein9,fur-tout 
aux  mines ,  &C  par  conlcquent  aux  richeffes  pulfqu'on 
les  en  tire;  c'eft  à  caufe  de  ces  deux  différens  rapports 
qu'on  prélente  ce  dieu  fiir  les  médailles  ,  tantôt  avec 
une  aigle  fur  fa  main  droite,  ainfi  qu'on  le  voit  au  re- 
vers d'une  médaille  de  Mithridate  V.  père  de  Mithri- 
dateEupator ,  6c  d'une  autre  médaille  de  Caracalla, 
où  Sérapis  paroît  à-demi  couché  fur  un  triclimum  , 
efpece  de  canapé  ;  tantôt  avec  le  cerbère  à  lés  pies  , 
ainfi  qu'il  eft  fi  fouvent  gravé  fur  les  médailles  de  plu- 
fieurs villes  d'Afie  ,  de  Thrace  t!k  de  Grèce:  par  exem- 
ple fur  celle  de  Pergamc  ,  de  Laodicéc ,  de  Sidé  de 
Pamphilie ,  de  Ny  fa  «n  Carie ,  d'Amalic  daiii  le  Pont ,    | 


S  E  R 

où  fc  voit  dans  le  champ  de  la  médaille  une  étoile^ 
pour  marquer  la  puiffance  de  ce  dieu  dans  les  cieux  ; 
des  Callaticns  dans  la  Thrace  ,  des  Pénéates  en  Ar- 
cadie  ,  6c  même  des  Marcianopolitains  dans  la  baffe 
Mœfie. 

Sérapis  tel  qu'il  eft  gravé  fur  une  médaille  de  Gor- 
dien Pie,  expliquée  dans  les  mémoires  de  littérature,  a 
un  boifi'eau,  ou  un  panier  fur  la  tête  ,  à  la  manière 
des  divinités  d'Egypte  ;  type  qui  fignifie  non-feule- 
ment que  l'abondance  &  tous  les  biens  venoient  des 
dieux  ,  mais  auffi  que  c'étoit  eux  qui  mefuroient , 
c'eff-à-dire  qui  régloient  tout  fur  la  terre  félon  leur 
volonté.  On  donne  particulièrement  ce  fymbole  à 
Sérapis  ,  comme  inventeur  de  l'agriculture  :  il  lui 
convient  encore  comme  dieu  des  richeffes ,  pour 
marquer  qu'elles  procurent  aux  hommes  tous  les  be- 
foins  de  la  vie  ;  d'où  vient  que  les  anciens  mettoient 
quelquefois  une  corne  d'abondance  à  la  main  ,  com- 
me il  paroit  fur  quelques  médailles. 

Ce  dieu ,  dont  le  caradlere  efl  de  ne  faire  que  du 
bien  ,  n'a  point  dans  la  médaille  de  Gordien  Pie,  la 
foudre  à  la  main  ,  ainfi  que  le  porte  le  plus  fouvent 
Jupiter,  comme  divinité  terrible;  mais  il  tient  dans  fa 
main  gauche  haflam  puram  ,fceptre  qui  étant  émouffé 
par  le  haut  fans  fer  aigu, à  la  différence  des  lances  or- 
dinaires ,  défigne  que  la  bonté  &  la  clémence  font  le 
propre  des  dieux. 

La  main  droite  de  la  figure  du  dieu  ,  &  {f^s  re- 
gards levés  vers  le  ciel ,  femblent  attefter  qu'il  ne 
commande  pas  moins  aux  cieux  que  fur  la  terre ,  & 
aux  enfers.  C'efi:  ^uflî  l'attitude  qu'a  ce  dieu  fur  plu- 
fieurs médailles  des  villes  de  l'Egypte  ,  de  Syrie  , 
d'Afie  &  de  Thrace.  On  le  voit  ainfi  fur  les  médail- 
les de  Boufiris  ,  de  Cabale  ,  de  Ménélas  ,  d'Oxy- 
rinche ,  de  Profope,  de  Naréolis ,  de  Cop'os  &  d'au- 
tres villes  d'Egypte;  fi  ce  n'ell:  que  cette  divinité  porte 
fouvent  fur  la  main  droite  l'animal ,  ou  autre  fymbole 
de  la  ville  dont  elle  eff  la  patrone  ;  par  exemple  un 
lion  ,  un  cerf,  un  ibis,  le  lotus  ,  une  palme  &  au- 
tres types. 

Sérapis  a  la  même  attitude  fur  les  médailles  d'Ama- 
fie  ,  de  Tomes  ,  &  d'Anchiale  dans  le  Pont,  de  Ni- 
cée  ,  de  Ciane  en  Bithynie ,  de  Mida  en  Phry  gie  , 
de  Céfarée  la  Germanique  en  Syrie  ,  de  Céiarée  de 
Cappadoce  ,  ayant  le  mont  A.rgée  fur  la  main  droi- 
te ;  dé  Perinthe  ,  de  Sardis  ,  de  Bizuenne  ,  de  Calla- 
fie  ,  de  Meiémbrie  dans  la  Thrace ,  &c. 

Mais  le  fymbole  le  plus  commun,  &  leplusuni- 
verfellement  employé  dans  les  médailles ,  images  , 
ftatues  ,  &  pierres  gravées  de  Sérapis ,  eft  le  boiflTeau 
ou  panier  appelle  en  latin  calaihus  ,  qu'il  porte  fur 
fa  tête;  la  forme  n'en  eft  pas  la  même  par-tout;  quel- 
quefois ce  panier  eft  également  large  dans  toute  fa 
hauteur;  ailleurs  on  le  voit  évafé  par  le  haut ,  ici 
élevé  ,  là  plat ,  d'autresfois  orné  dans  fon  contour  de 
branches  feuillées  ,  le  plus  fouvent  tout  uni  ;  dans 
d'autres,  treffé  en  manière  de  jonc  ;  ou  enfin  en- 
touré de  plufieurs  bandes  horilontales  ,.  &  terminé 
par  une  efpece  de  rebord  ,  faillant  dans  fa  partie  fu- 
périeure. 

Le  muid  fe  trouve  fur  la  tête  de  quelques  divinités 
égyptiennes  ,  &  en  particulier  fur  celle  d'Ifis  ;  mais 
on  peut  dire  que  c'eft  proprement  l'attribut  de  >SVr<z- 
pis  ;  ceux  qui  regardent  ce  dieu  comme  étant  le  fo- 
leil ,  prétendent  que  le  boiffeau  mis  au  haut  de  fa  tê- 
te ,  marque  la,  prodigieufe  élévation  de  cet  aftre  ; 
d'autres  ,  que  cette  divinité  conduit  tout  avec  poids 
&  mefure;  quelques-uns  enfin,  en  confidérant  ^SV- 
rupis  comme  l'inventeur  de  l'agriculture.  Il  n'eft  pas 
poffible  de  luivre  tous  ces  détails;  les  autres  attributs 
ào.  Sérapis  ,  font  le  cerbère  , Tes  rayons.,  le  ferpent, 
le  bâton  ,  les  cornes  de  bélier  ,  le  trident,  la  corne 
d'abondance,  l'ibis,  le  vaiffeau ,  le  papillon,  l'ai- 
gle ,  le  cerf,  ôc  le  phalle.  On  ne  s'attend  pas  fans 

doute 


s  E  R 

tîoiite  (^u'on  ctabllile  les  raifons  qui  ont  fait  donnera 
cette  divinité  tous  ces  différons  attributs  ;  mais  on 
peut  lire  les  Mémoires  de  litthat.  tom.  X.  in-^°.  les 
auteurs  de  l'art  numifmatique  ;  Spanheim  en  particu- 
lier ;  &  finalement  une  diiJertation  fur  le  dieu  Séra- 
pis ,  imprimée  récemment  à  Amfterdam  ,/«-/  2.  (  Le 
chevalier  DE  Jaucovrt.) 

SÉRAPOULE ,  (  Géflg.  mod.  )  petite  ville  de  l'em- 
pire ruffien  ,  dans  la  province  de  Permie ,  &  la  plus 
méridionale ,  fur  une  petite  rivière  qui ,  un  j)cu  au- 
defTous  ,  fe  joint  au  Kama.  (Z>.  /.) 

SERASKIER,  or/SARESKER,f  m.  {mft.mod) 
c'eil  le  nom  que  les  Turcs  donnent  à  leur  généraux, 
ou  à  ceux  qui  commandent  en  chef  leur,  armée  ; 
ils  leur  donnent  aufli  le  nom  de  bachbog  ,  chef  ou  gé- 
néral. On  clîoiiit  leféraskicr  parmi  les  bâchas  à  deux 
ou  trois  queues  ;  mais  fi  lefcraskier  n'a  que  l'honneur 
des  deux  queues ,  on  nefouffre  point  de  bâcha  àtrois 
queues  dans  fon  armée  ,  parce  que  ce  feroiî  à  lui 
que  le  comnîandenient  appartiendrait.  Un  féraskier 
n'eil  tenu  que  de  communiquer  fes  plans  aux  autres 
officiers  généraux  ,  mais  il  n'eft  point  obligé  de  fui- 
vre  leur  avis,  &  fon  pouvoir  eft  arbitraire;  il  ceffe 
aufnîôt  que  la  campagne  ell  finie.  Le  bâcha  de  Si- 
liftric  porte  toujours  le  titre  deféraskier ,  parce  qu'il 
eft  obligé  de  veiller  à  la  fûrelé  des  frontières,  du  côté 
de  la  Pologne,  f^oyei  Cantemir  ,  hifr.  ottom. 

SERAY-AGASI ,  {Hift.  turque.)  c'ell  le  quatrième 
aga  du  ferrail  ;  il  ne  fort  jamais  de  Conflantinople  , 
&  eiî  appelle  pour  cette  raKbnyè'mj'-rtj^'^y?  ,  l'aga  du 
ferrail.  îl  fait  l'office  des  trois  autres  aga  ,  pendant 
qu'ils  font  abfens  ,  c'efl-à-dire ,  du  capi-aga  j  du  kha- 
zincdar-bachi ,  &  du  kilerdgi-bachi.  du  Loir.  {D.  /.) 

SERBAJEE  ,  f.  m.  (  urmede  relation.  )  nom  qu'on 
donne  à  un  capitaine  de  cavalerie  qui  eil  au  fervice 
du  grand  feigneur.  Pocock,  defcript.  d"" Egypte, p. iy6'. 
{D.  /.) 

SERSETES  ,  ou  SERBETLS  ,  (  Géog.  anc.  ) 
fleuve  de  la  Mauritanie  céfarienfe  ,  dans  Ptolomé 


œ 


/.  ly.  c.  ij,  Villeneuve  croit  que  c'eftlc  fej"dabala  de 
Pline.  Le  nom.  moderne  eft  Miron  ,  félon  Calîalo  , 
S^  Hu.:d-Icer ,  félon  iMarmol.  (£).J.) 

SERBOCAL,  f  m.  (FUeurd'or.  )  c'eft  parmi  les 
fileurs  d'or  un  petit  cylindre  de  verre  ,  fur  lequel 
paffe  l'ouvrage  ,  afin  qu'il  ne  coupe  point  le  bois  du 
rouet. 

SERCKIO  ,  LE  (  Géog.  mod.  )  rivière  d'Italie  ;  el- 
le prend  fa  fource  au  mont  Apennin  ,  dans  l'état  de 
Modcne  ,  arrofe  Luques  dans  fon  cours,  &fe  jette 
dans  la  mer  de  Tofcane ,  environ  v.  fix  milles  au-def- 
fus  de  FArno.  Le  Serchio  eUV^faris  ,  V Arifir ,  ou 
VJiifer  des  latins.  {D.  7.) 

SERDAR ,  f.  m.  (  Hijl.  mod.  )  c'eft  le  titre  qu'on 
donne  à  un  général  de  la  Moldavie  ,  qui  eft  chargé 
de  défendre  les  frontières  conîre  les  incurfions  des 
Cofaques  &  des  Tarlares. 

SEÎIDEN-GIECKDI  ,  f  m.  (  Hift.  mod.  )  nom 
que  les  Turcs  donnent,^  ime  milice  qui  n'eft  point 
lur  un  pie  fixe,  mais  qui  eft  levée  ou  cafteeaugré 
du  fultan.  Ce  mot  fignifie  homme  qui  méprife  la  vie. 
Dans  les  expéditions  difficiles  ,  le  lultan  ordonne  la 
levée  d'un  certain  nombre  de  ces  foldats  ,  à  qui  on 
donne  dixafprcspar  jour;  les  janiûaireseux-mcmes 
s'y  enrôlent,  pour  augmenter  leur  paye.  Ces  Ibldats 
combattent  avec  une  férocité  &  une  valeur  à  toute 
épreuve  ,  &  ceux  qui  échaj^pent ,  ne  peuvent  être 
forcés  àfervir  une  féconde  fois  dans  le  mcmc  pofle  ; 
quand  ils  font  eftropiés,  ils  ont  une  penfion  viagère 
de  dix  afpres  par  joiu- ,  &  on  leur  donne  le  titre  d'o- 
tnrr.k ,  ou  fédentaire.  Foyc^  Cantemir ,  hifî.  ottom. 
SÉRÉGIPPE  ,  (  Géog.  mod.)  rivière  de  l'Améri- 
que méridionale ,  au  Bréfil;  elle  prend  fa  fource  dans 
le  gouvernement  de  Sérégippe ,  qu'elle  arrofe,  &  va 
fe  jet  ter  dans  la  mer  du  Nord.  (D.  J.) 
Tnme  XK, 


S  E  R 

SÉRÉGIPPE  DEL  REV  ,  OU  S.  Chriftoplic  ,  (  Giog^ 
mod.)  ville  de  l'Amérique  méridionale,  au  Bréfil; 
capitale  du  gouvernement  de  même  nom  ,  fur  la  rive 
feptentrionale  du  Vazabaris  ,  à  onze  lieues  de  Rio- 
Real.  Le  gouvernement  de  Séregippe  efl  entre  Rio* 
Real ,  au  midi ,  &  la  rivière  de  S.  François  au  nord» 
{D.J.) 

SEREIN,  {^Phyjïque  &  Médecine.)  on  tlppelle  corn-* 
munémentyèra/z,  f  humidité  dont  l'air  eft  chargé  , 
principalement  en  été,  &  après  les  jours  les  phis/i- 
reins  ,  quelques  heures  après  le  coucher  du  foleil , 
lorfque  le  vent  cCt  au  midi ,  &  qu'on  n'eftime  com- 
munément que  par  un  fentiment  de  froid  qu'éprou- 
vent ceux  qui  y  fon%€xpofés.  Leferein  n'eft  autre 
chofe  que  larofée  dufoir ,  ou  larofée  commençante, 
qui  n'efl  pas  devenue  encore  fenfible  par  l'accroifTe- 
ment  qu'elle  reçoit  pendant  la  nuit ,  &  qui  eft  par- 
venue à  fon  complém.ent  peu  de  tems  après  le  lever 
du  foleil  ;  c'eft  une  erreur  populaire  que  l'opinion 
qui  fait  regarder  le  ferein  comme  une  émanation  fé- 
che ,  plus  nuifible  que  la  rofée  proprement  dite.  ^07» 
Rosée  ,  Chimie  &  Médecine,  (l) 

SÉRÉNA  LA  (Géog.  mod.)  Ville  de  l'Amérique 
méridionale  ,  au  Chili ,  dans  i'évêché  de  Sant-Jago. 
Cette  ville  qui  efl  la  première  du  gouvernement  de 
Chili  ,  &  la  plus  proche  du  Pérou  ,  fut  bâtie  par  le 
gouverneur  du  Chili,  Petro  de  Valdivia,  l'an  i  544» 
II  lui  donna  le  nom  de  Séréna  fa  patrie  ;  mais  les  Ef-* 
pagnols  l'ont  appelle  depuis  Coquimbo  ,  du  nom  de 
la  vallée  dans  laquelle  elle  eft  bâtie.  C'eft  une  gran* 
de  vïilace  ,  dont  les  rues  font  larges  ,  longues  &  t-i-» 
rées  au  cordeau  ,  mais  dans  chacune  defquelJes  on 
trouve  à  peine  fix  maifons  ;  &  quelles  maifons  enco-= 
re  ?  Elles  font  toutes  bafi^es  ,  étroites  ,  &  couvertes 
de  feuilles  de  palmier  ;  elles  ont  toutes  un  grandjar- 
din  ,  où  l'on  cueille  tous  les  fruits  d'Europe  &  du 
pays  ,  qui  font  d'un  goût  merveilleux,-  &  dans  une 
abondance  étonnante. 

Il  paffe  au  nord  de  la  ville,  une  belle  rivière  ,  qui 
prend  fa  fource  dans  les  hautes  montagnes  des  An^ 
des  ;  elle  arrofe  la  vallée  ,  qui  eft  toute  remplie  de 
beftiaux  qui  y  paiffent  pêle-mêle ,  fans  qu'on  en 
prenne  aucun  foin. 

Le  port  de  la  Séréna  eft  fous  le  30*  deg.  d€  latitude 
méridionale  ,  dans  une  baie  fort  étendue  ,  &  fituée 
environ  à  deux  lieues  de  la  ville.  C'eft  dans  ce  port, 
auffi  grand  que  commode ,  que  l'on  décharge  les  na- 
vires. 

Comme  la  rivière  qui  fertihfe  la  vallée,  paffe  aufîi 
dans  la  ville  ,  elle  y  apporte  abondamment  du  vin, 
du  blé,  des  fruits,  de  la  viande  ,  &  du  poifiTon  ;  cet- 
te ville  ne  manque  pas  de  couvents  ,  il  y  en  a  de  cor- 
delicrs  ,  de  dominicains  ,  de  pères  de  la  merci ,  de 
je  fuites  ,  &c. 

Ce  pays  étoit  autrefois  fort  peuplé,  il  eft  àpréfent 
prefque  défert  ;  les  Efpagnols  ,  dans  le  tems  de  leurs 
conquêtes ,  &  depuis  ,  par  les  travaux  des  mines 
d'or  &  de  cuivre  ,  ont  tellement  détruit  tous  les  ha- 
bitans  de  cette  contrée ,  que  les  mines  d'or  &  de 
cuivre  qui  s'y  trouvent ,  ont  été  abandonnées ,  faute 
de  monde  pour  y  travailler. 

Longitude  de  la  Séréna  ,  fuivant  le  P.  Fouillée, 
506".  24.  1^.  latit.  iC).  J4.  ;o.  elle  eftde  73.  j^.  ^it 
plus  occidentale  que  l'obfervatoire  de  Paris. (Z?./.  } 
SÉRÉNADE  ,  f.  f.  efpece  de  concert  qui  fe  don- 
ne de  nuit  fotis  les  fenêtres  de  quelqu'un  ;  il  n'eft  com- 
pofé  ordinairement  que  de  mufique  inltrumentale; 
quelquefois  on  y  ajoute  des  voix.  On  appelle  aufti/îf- 
rénadis  les  pièces  que  l'on  compofc,  ou  qu'on  joue 
dans  ces  occafions.  La  mode  A^sférénades  eft  paftée 
depuis  long -tems  ,  &  ne  dure  plus  que  parmi  le 
peuple.  Ce  mot ,  italien  d'origine  ,  vient  (ans  doute 
de  l'ereno  ,  le  ferein  ;  &  par  métonymie  ,  le  foir.  (.Ç) 
SERÉNISSIME  ,  adj.  (  Hift.m.od.  )  titre  d'hon- 


Si 


S 


E  R 


neur  ,  dérivé  du  moifcrênlû  ,  qu'on  cmployoit  au- 
trefois pour  les  rois  mômes ,  &;  la  France  n'en  don- 
noit  point  d'autre  aux  rois  du  nord  ;  mais  depuis  que 
le  nom  de  majellc  clt  devenu  commun  à  tous  Icslou- 
vcrains  rois  ,  le  titre  de  fèrcnlffime  eft  reftc  aux  Sou- 
verains qui  ne  l'ont  pas  têtes  couronnées  ;  aux  répu- 
blicue;.  de  \'cni(c£k;  de  Gènes  ,  aux  princes  du  {'ang 
de  France  qu'on  traite  cVuUcJfe  J'créniffime.,  excepté 
M.  le  dauphin  ,  pour  qui  ce  titre  ne  paroît  point  al- 
fez  convenable. 

SÉRÉNITÉ  DE  l'ame,  (  Mora/e.)  vertu  morale  , 
qui  a  la  lource  dans  l'innocence  &C  le  tempérament; 
vive  lans  être  emportée,  lerieule  lans  être  grave  , 
avec  elle  habite  la  paix  ,  aveulie  habite  la  lùreté  ; 
heureux  celui  qui  la  conlerve  ,  &  dont  toutes  les 
pallions  font  en  harmonie  au  milieu  d'un  monde  en- 
flamme de  vices  ! 

Il  laut  fe  munir  de  bonne  heure  contre  les  mali- 
gnes influences  de  Ion  climat  &  de  l'on  tempérament, 
en  s'accoutumant  à  faire  toutes  les  réflexions  qui 
peuvent  donner  de  hfcréniié  h  l'el'prit,  tk  le  mettre 
en  état  de  l'outcnir  avec  courage  ,  les  petits  maux 
&  les  revers  de  la  fortune  qui  font  communs  à  tous 
les  hommes.  Celui  qui  poll'ede  cette  heuroule  dif- 
pofition  ,  n'a  point  l'imagination  troublée  ,  ni  le 
jugement  prévenu  ;  il  ei\  toujours  le  même ,  foit 
qu'il  fe  trouve  feulou  en  compagnie  ;  affable  envers 
tout  le  monde  ,  il  excite  les  mêmes  difpofitions  dans 
tous'  ceux  qui  l'approchent  ;  le  cœur  s'épanouit 
en  l'a  préfence  ,  &c  ne  peut  qu'avoir  de  l'ellime  & 
de  l'amitié  pour  celui  dont  il  reçoit  de  fi  douces  in- 
fluences. J'envifage  enfin  cet  état  comme  une  recon- 
noilTance  habituelle  envers  l'auteur  de  la  nature  ; 
la  gaieté  du  printems  ,  le  chant  des  oifeaux  ,  la  ver- 
dure des  prés  ,  la  fraîcheur  des  bois  ,  raniment  hfé- 
rénité  j  la  lecfure  &  le  commerce  d'un  tendre  ami ,  y 
répandent  de  nouveaux  charmes  ;  en  un  mot ,  c'ell 
le  fouverain  bien  de  la  vie  que  Zenon  a  cherché  fans 
le  trouver.  (/?.  7.) 

SÉRÉNITÉ  ,  {ffij^-  f"od.  )  titre  d'honneur  qui  a  été 
pris  autrefois  par  les  rois  de  France ,  &:  même  parles 
évoques.  Nos  rois  de  la  première  ôcdela  féconde  ra- 
ce ,  en  parlantd'cux-mêmes,difoient ,  nom  féréniti^ 
ferenitas  nojlra  ;  &  on  voit  qu'Adalard  ,  évoque  de 
Clermont ,  s'appliquoit  la  même  qualité  ;  le  pape  & 
le  facré  collège  ,  écrivant  à  l'empereur  ,  aux  rois , 
au  doge  de  Venile  ,  leur  donnent  le  titre  AQfcrinijfi- 
me  Cœfar  ,  ou  rex  ,  ou  princcps  ;  le  doge  de  Venife 
prend  particulièrement  ce  titre  deférénité  ;  le  roi  de 
Pologne  le  donne  aux  éleéfeurs  ,  quand  il  leur  écrit; 
&  l'empereur  ,  lorfqu'il  traite  avec  eux,  les  qualifie 
âeférâiicé  éic&orale ,  &c  les  princes  de  l'empire  de  Je- 
rcnité  ducale  ;  les  plénipotentiaires  françois  ,  à  Munf- 
ter,  le  refulerent  à  l'clccfcur  de  Brandebourg  ,  fur 
ce  que  le  mot  de  firéniti  n'étoit  pas  françois  ,  &  que 
le  roi  ne  l'accordoit  à  perfonne  ;  les  princes  alle- 
mands ellimoicnt  autreibis  plus  ce  titre  que  celui 
d'alicjj'c ,  mais  l'ufage  a  enfin  prévalu  en  faveur  de  ce 
dernier ,  &  l'on  qualifie  fur-tout  les  élefteurs  ,  d'al- 
uJJ'c  cUcloraU. 

S  ERE  NUS  ,  (  Mythol.^  épithète  donnée  à  Jupi- 
ter ,  comme  au  dieu  qui  règle  le  tems  ferein ,  la  pluie, 
&îcsfalfons.(Z;.  y.) 

SÉREQUE  ,  l.m.  (  Botan.  )  nom  vulgaire  qu'on 
a  donné  à  l'efpece  de  genêt  appelle  gcnijla  tincloria 
frutifcens  ,  incana  ;  par  C.  B.  P.  f^oye^  Genet. 
(D.J.) 

SERES  LES  ,  (  Géog.  anc.  )  Scrx  ,  les  Sïres  occu- 
poient  ce  que  nous  appelions  ta  Chine J'eptentrionaU  ^ 
&  quelque  partie  de  la  grande  Tartarie  orientale. 
Ptolomée  eli  le  Icul  des  anciens  qui  ait  le  mieux  par- 
lé de  leur  pays  ,  quoiqu'avcc  plulieurs  erreurs;  les 
autres  auteurs  en  font  des  peuples  d'Ethiopie.  Hora- 
ce, /.  /.  od.  12  j  les  joint  aux  Indiens. 


S  E  R 

Subjeclcs  orient! s  orx 
Seras  &  Indos. 

Lucain  les  place  vers  les  fources  du  Nil,  Héllo- 
dore ,  /.  /X.  les  compte  entre  les  Blémies.  Pompo- 
nius  Mêla  les  met  au  centre  des  Scythes  &  des  In- 
diens ,  au  lieu  de  les  placer  à  l'extrémité. 

Paulanias  ,  après  avoir  fort  bien  décrit  les  vers- 
à-loie  ,  fe  trompe  fur  les  Shres  qui  les  élevoient  , 
&  les  place  dans  la  partie  la  plus  i-eculée  de  la  mer 
Rouge. 

Ainfi  tout  ce  que  les  anciens  ont  fu  de  vrai  tou- 
chant les  S  ères ,  c'efl  qu'ils  font  les  premiers  qui  aient 
imaginé  de  travailler  la  foie.  C'eft  d'eux  qu'elle  eit 
venue  aux  Perfes  ,  &  des  Perfes  aux  Grecs  &  aux 
Italiens.  La  première  étoffe  qu'on  en  ait  vu  en  Eu- 
rope ,  fut  après  la  conquête  de  la  Perfc  par  Alexan- 
dre ;  &  c'étoit  encore  de  ce  pays-là  que  les  Romains 
la  tiroient ,  quand  leur  empire  fut  devenu  floriffant. 
royeiSoi^.  (d.J.) 

SERET  ,  LE  ,  (  Géog.  mod.  )  Scrcth ,  ou  Moldawa  , 
rivière  de  la  Turquie*  en  Europe.  Elle  a  fa  fource 
dans  la  Tranfilvanie ,  palfe  dans  la  Moldavie ,  oii 
elle  arrofe  Soczowa  &  Targorod  ;  entrant  enfuite 
dans  la  Valaquie  ,  elle  y  reçoit  le  Mlffovo  &  le 
Bardalach  ;  enfin  elle  fe  va  jetter  clans  le  Danube, 
un  peu  au-deffous  d'Aniopoli.  (D.J.) 

SEREUX  ,  adj.  (  Gram.  &  Méd.  )  il  fe  dit  du  fan^ 
&  des  humeurs  ,  lorfqu'ils  font  délayés  d'eau.  Ainu 
féreux  efi:  prefque  fyiionyme  ai  aqueux. 

SERF  ,  1".  m.  (  Gram.  &  Jurifprud.  )  du  latin /èr- 
vus ,  eflune  perfonne  alfujettie  à  certains  droits  &C 
devoirs  ferviles  envers  ion  feigneur.  L'état  des  Jlrfs 
cfl  mitoyen  entre  celui  de  la  liberté  &  l'efclavage. 

Chez  les  Romains  il  y  avoit  des  efclaves  qui 
étoient  dans  une  dépendance  abfolue  de  leur  maî- 
tre. 

Il  y  en  avoit  aufîi  de  femblables  en  France  fous  la 
première  &  la  féconde  race  de  nos  rois. 

Mais  ces  fervitudes  perfonnelles  furent  abolies 
peu-à-peu  fous  la  féconde  race  de  nos  rois  ,  ou'du 
moins  elles  furent  mitigées  ;  &  comme  il  y  avoit  chez 
les  Romains  certains  efclaves  qui  étoient  attachés  à 
la  culture  d'un  fond  particulier,  &  que  l'onappelloit 
adfcripdtiosfiu  addictos  glebx  ,  lelquels  cultivoient  le 
fond  à  leur  volonté  ,  moyennant  qu'ils  rendoient  à 
leur  maître ,  tous  les  ans ,  une  certaine  quantité  de 
blé  &  autres  fruits  ;  de  même  aufîi  en  France  la  plu- 
part des  habitans  de  la  campagne  étoient  y^r/i ,  c'efi- 
à  -  dire  attachés  à  certains  fonds  dont  ils  ne  pou- 
voient  être  féparés. 

Les  bâtards  &  les  aubains  étoient yèr/}  du  roi. 

Vers  le  commencement  de  la  troilieme  race  nos 
rois  affranchirent  plufieurs  communautés  d'habitans, 
auxquelles  ils  donnèrent  des  chartes  de  commune  ou 
permiffion  de  s'afTembler.  Louis  butin  &  Philippe  le 
bel  affranchirent  tous  les  ferfs  de  leur  domaine  , 
moyennant  finance. 

Le  roi  donnoit  quelquefois  à  ccrtainsyir/i  en-par- 
ticulier ,  des  lettres  par  lefquelles  ils  étoient  réputés 
bourgeois  du  roi ,  &  cefîoient  d'cire  ferfs. 

Les  feigneurs  donnoient  aufTi  de  femblables  terres 
à  leurs /è;^î ,  au  moyen  defqucllcs  ils  étoient  répu- 
tés bourgeois  de  ces  feigneurs. 

Cependant  plulieurs  feigneurs. ne  confcntirent 
point  à  l'affranchlfl'ement  de  \c\\rs  ferfs;  de  forte  qu'il 
efl  refté  des  vertiges  de  cette  elpece  de  fervitude 
dans  les  provinces  régies  par  le  droit  écrit  &  dans 
quelques-unes  de  nos  coutumes  ,  telles  que  Bour- 
gogne, Bourbonnois  ,  Nivernols  &  quelques  autres. 

L'ufage  de  ces  diiférentes  provinces  &  coutumes 
n'cft  pas  uniforme  par  rapport  aux yij/yi. 

Dans  quelques  pays  les  hommes  font  frfs  d^ 
corps ,  c'eft-à-dire ,  que   leur  perfonne  même  elT: 


s  E  R 

ferve ,  indépenJair.ment  de  leurs  biens  ;  ils  ne  peu- 
vent le  délivrer  de  la  lervitude  ,mênie  en  abanclon- 
niint  tout  à  leur  feigneur  ,  lequel  peut  les  revendi- 
quer en  tous  lieux  ;  c'eft  pourquoi  on  les  appelley^//i 
^£  corps  &•  de  pourfuite. 

En  d'autres  pays  les  fer/s  ne  font  réputés  tels  qu'à 
caule  des  héritages  qu'ils  tiennent  duleigneur  à  cette 
condition  :  ces  fortes  de  fer/s  font  ceux  que  l'on  ap- 
pelle mainmortabUs  ou  mortaUlabUs, 

LcsJ'erfs  deviennent  tels  en  plufieurs  manières  , 
favoir  i°.  par  la  naiffance  ,  l'enfant  né  dans  un  lieu 
mainmortable  fuit  la  condition  du  père;  i".  par  con- 
vention ,  lorfqu'un  homme  franc  va  demeurer  en 
lieu  de  mainmorte ,  &c  y  prend  un  mein  ou  tene- 
ment;  3°.  par  le  domicile  annal  en  un  lieu  mainmor- 
table ,  &  le  payement  qu'une  perfonne  franch^ait 
au  feigneur  des  droits  dûs  au  feigneur  par  fes  main- 
mortables ;  4°.  par  le  mariage  à  Fégard  des  femmes; 
car  lorfqu'une  femme  franche  fe  marie  à  un  homme 
fer/ Se  de  mainmorte  ,  pendant  la  vie  de  fon  mari  elle 
eiî  réputée  de  même  condition  que  lui. 

Les  droits  que  les  feigneursont  fur  leurs ^'^r/î,  font 
différens  ,  félon  les  pays  ;  ils  dépendent  de  la  cou- 
tume ou  ufage  du  lieu ,  &  des  titres  des  feigneurs  ; 
c'efl:  pourquoi  l'on  ne  parlera  ici  que  de  ceux  qui 
font  les  plus  ordinaires  ;  encore  ne  fe  trouvent-ils 
pas  toujours  réunis  en  faveur  du  leigneur. 

Un  des  premiers  effets  de  cette  elpece  de  fervi- 
tude  eiï  que  leferfne  peut  entrer  dans  l'état  de  clé- 
ricature  fans  le  confentement  de  fon  feigneur. 

Par  rapport  aux  femmes ,  le  feigneur  a  le  droit  de 
for-mariage  qui  confifte  en  ce  que  le  feigneur  prend 
les  héritages  que  la  femme  ,  fervc  de  corps ,  a  dans 
le  lieu  de  la  mainmorte  ,  lorfqu'elle  va  fe  marier  ail- 
leurs. 

Les  héritages  aïïis  en  un  lieu  de  mainmorte  font 
réputés  de  même  condition  que  les  autres  ,  s'il  n'y 
a  titre  ou  ufance  au  contraire. 

Les  fer/s  ne  peuvent  vendre  &  aliéner  leurs  héri- 
tages mainmortables  qu'aux  gens  de  la  feigneurie  & 
de  même  condition,  &  non  à  des  perfonnes franches 
ni  d'une  autre  feigneurie  ,  fi  ce  n'eft  du  confente- 
ment du  feigneur ,  ou  qu'il  y  ait  ufance  ou  parcours. 
Ils  ne  peuvent  pareillement  difpofer  de  leurs  biens 
meubles  &  héritages  par  tellament  ni  ordonnance  de 
dernière  volonté  ,  fans  le  confentement  de  leur  fei- 
gneur. Fivunt  liberi ,  moriuntur  ut  fervi. 

Quant  aux  fucceifions  ,  les  ferfs  mainmortables  ne 
fe  fuccedent  les  uns  aux  autres  qu'au  cas  qu'ils  de- 
meurent enfemble  ,  &  foient  en  communauté  de 
biens ,  &  à  défaut  de  parens  communs ,  le  feigneur 
fuccede  à  fon  mainmortable. 

La  communion  ou  communauté  une  fois  rompue 
entre  les  ferfs  mainmortables,  ils  ne  peuvent  plus  fe 
réunir  fans  le  confentement  de  leur  feigneur. 

Si  ieyèr/s'abfente ,  le  feigneur  peut  pourvoir  à  la 
culture  de  fes  héritages ,  afin  que  les  droits  foient 
payés  ;  mais  le  mainmortable  peut  réclamer  l'hérita- 
ge, pourvu  qu'il  vienne  dans  les  dix  ans. 

Quelque  favorable  que  foit  la  liberté ,  le  ferfne 
peut  prefcrire  la  franchife  &  la  liberté  contre  fon 
feigneur  par  quelque  laps  de  tems  que  ce  foit. 

Le  témoignage  des  Jérfs  mainmortables  n'eft  pas 
reçu  pour  leurs  feigneurs.  f^oyei  les  coutumes  d'Au- 
vergne ,  Bourgogne  ,  Bourbonnois,  Nivernois  ,  Ber- 
ry ,  Vitrl ,  la  Marche  ,  &  les  commentateurs  ,  le 
g^ojf.  de  du  Cange  au  mot  fervus  ,  celui  de  Lauriere 
au  mot  ferf  &  les  mots  CoRvÉE ,  Esclave  ,  Main- 
morte ,  MAINMOnTABLE  ,  MORTAILLE  ,  MOR- 
TAILLABLE,  SERVITUDE.  (^)    , 

Serf  abonné  ,  eft  celui  qui  a  compofé  de  la 
taille  avec  fon  feigneur,  &c  n'eft  pas  taillable  à  vo- 
lonté ;  il  eft  parlé  de  ces  fortes  de  ferfs  dans  les  cou- 
tumes locales  d'Azay  le  Feron ,  de  Buzaȍois ,  de 
Tome  XV, 


S  E  R 


s? 


Bauche,  de  Saînt-Genou  &  de  Mézieres  en  Tourai» 
ne,  &  de  Saint-Cyran  en  Brennê. 

Serf  eénéficial  ou  Bénéficier,  ètoxt sxn.fevf 
attaché  à  la  glèbe  dans  une  terre  qui  avoit  été  don- 
née à  titre  de  bénéfice  ou  fief:  ces  fortes  àe  ferfs  paf-* 
foient  au  nouveau  bénéficier  ou  feudataire  avec  l'hé* 
ritage.  Voye:^  BÉNÉFICE ,  FlEF  ,  &  le  glojfaireàe  du 
Cange  au  mot  frvi  benejiciarii. 
'  Serf  casé  ,  fervus  cafatus  ^  étoit  Celui  qui  étoît 
attaché  à  une  café  ou  héritage.  Foye^  le  glofj]  de  du 
Cange,  au  mot  cafatus  6c fervi  cafati. 

Serf  de  corps  f,t  de  poursuite  ,  eft  celui  qui 
eft  perfonnellementyé/'/&:  en  fa  perfonne  ,  indépen- 
damment d'aucun  héritage  ,  &  que  le  feigneur  peut 
réclamer  &  pourfuivre  en  quelque  endroit  qu'il  aille. 
Voyei  C article  1 1 6  des  anciennes  coutumes  du  duché  de 
Bourgogne. 

Serf  coutUMier,  ou  réputé  t:l,  dans  la  coutume 
de  la  Marche  ,  quiconque  doit  à  fon  feigneur  par 
chacun  an  ,  à  caufe  d'aucun  héritage ,  argent  à  trois 
tailles  payable  à  trois  termes  ,  avoine  &  geline. 
Foyei  la  differtatron  de  M.  de  Lauriere  fur  le  ttne- 
ment ,  ch,  iv.  &  fon  gloffaire  au  mot  ferf 

Serf  de  dévotion,  étoit  un  feigneur  ou  autre 
qui ,  quoiqu'il  ne  fût  pasyèr/d'une  éghfe  ,  cependant 
par  un  motif  d'humilité  &  de  dévotion  fe  déclaroit 
ferfà^wne  telle  églife  ,  &:  donnoit  tout  fon  bien  à 
Dieu  &  aux  faints  &  faintes  que  l'on  y  révéroit. 
Foye^^  le  mercure  d'Août  lySo  ^  p.  C)Z. 

Serf  de  douze  deniers  ,  àefix  deniers,  de  qud' 
tre  deniers  ,  étoient  des  gens  de  condition  férvilc  qui 
payoient  à  leur  feigneur  une  efpecç  de  taille  an- 
nuelle ou  capitation  de  douze  deniers  ,  fix  deniers  ,' 
plus  ou  moins.  Foye^^  la  coutume  de  Bourbonnois  ,  art, 
i8c)  6-  204  ,  le  glofjaire  de  du  Cange ,  au  mot  capital 
&  au  mot  fervus. 

Serf  ecclésiastique,  n'étoit  pas  un  eccléfiaf- 
tique  qui  (iitjerf  mais  un  laïc  qui  étoit  attaché  à  uns" 
manfe  eccléfiaftique  :  ce  qui  eft  de  fmgulier,  c'eft 
que  ces  fortes  de  yèr/}  étoient  fort  improprement 
nommés  ;  car  ils  n'étoient  pas  de  même  condition, 
que  les  autres  ;  tous  nos  monumens  prouvent  au 
contraire  que  cet  état  donnoit  la  liberté  à  celui  qui 
étoit  de  condition  fervile  ;  &  quelques-uns  penfent 
que  c'eft  de-là  que  les  vrais  ferfs  étoient  obligés  d'a- 
voir le  confentement  de  leur  feigneur  pour  entrer 
dans  la  cléricature.  Foyei  le  glojfaire  de  du  Cange  au 
mot  fervi  eccléfiaftiques,  6i  le  traitéàe  M.  Bouquet  , 
avocat, /(?w.  I.p.  4-5. 

Serf  fiscal  ou  Serf  fiscalin  ou  Fiscalin  fim- 
plement ,  fifcalinus ,  étoit  autrefois  en  France  wnfaf 
attaché  à  l'exploitation  du  fifc  ou  domaine  du  roi.  II 
en  eft  parlé  dans  plufieurs  endroits  de  la  loi  des  Lom- 
bards,dans  A  y  moin  ,  M  arculphe,  Grégoire  de  Tours. 
Serf  foncier  ,  eft  celui  qui  ne  peut  changer  de 
demeure  au  préjudice  de  fon  feigneur,  dont  il  eft 
homme  de  corps  &  de  fuite  ;  il  en  eft  parlé  dansua 
titre  de  Thibaut ,  comte  palatin  de  Champagne  Sc 
de  Brie ,  roi  de  Navarre ,  du  mois  de  Mai  de  l'an 
I  3 19.  Foye:i^  le  traité  de  la  noblefje  par  de  la  Roque  , 
chap.  xiij. 

Serf  de  for  mariage  ,  eft  celui  qui  ne  peut  fe 
marier  à  une  perfonne  franche  ,  ni  même  à  une  per- 
fonne mainmortable  d'autre  lieu  que  celui  de  fon  do- 
micile ,  fans  la  permilfion  de  fon  feigneur.  Voye^^ 
Formariage,  Mainmortable  6-  Mainmorte. 

Serf  franc  a  la  mort  ,  eft  celui  qui  efl  taillé 
haut  Ôi  bas  par  fon  feigneur ,  fans  être  néanmoins 
mainmortable ,  de  manière  qu'après  fa  mort  fes  héri- 
tiers lui  fuccedent.  Voye:[^  C  article  12  j  des  anciennes 
coutumes  du  duché  de  Bourgogne. 

Serfs  germaniques;  on  a  nommé  de  ce  nom 
ceux  dont  la  coutume  étoit  venue  des  peuples  de  la 
Germanie ,  6c  dont  l'état  étoit  réglé  de  même  :  quel- 

L  ij 


84 


S  E  R 


ques-uns  tiennent  que  nos  ferfs  de  France  ont  été  éta- 
blis à  VinihxT  àcs  firf's  gcnnanujms;  d'autres  croycnt 
qu'ils  viennent  des  Romains  ,  ce  qui  ell  plus  vraK- 
Icmblablc.  f^oj^i  les  nous  de  Bana^Uer  fur  Davoc , 

t.  I.  p.  I07,. 

Serf  df.  glfbe  ,  étoit  celui  qui  ctoit  attaché  à  la 
glcbe,  c'eil-à-dirc  à  un  tonds  pour  le  cultiver. 

Us  étoicnt  de  deux  fortes  ;  les  uns  appelles  ad- 
fcripti  <;Ubiz  ,  les  autres  addicli  dcbœ. 

Les  premiers  étoient  des  cCpeecs  de  fermiers  qui 
cultivoicnt  la  terre  pour  leur  compte  ,  moyennant 
une  rétribution  qu'ils  en  rendoient  au  propriétaire 
pendant  leur  bail. 

Les  féconds  ^addicli glcbœ  ,  étoient  de  vrais /er/}  , 
qui  cultivoient  la  terre  pour  le  feigneur  ou  proprié- 
taire, &  demcuroient  attachés  pour  toujours  à  cette 
glcbe.  f^oyc;^  le  glojj'.  de  Ducange  au  mot  afcripdtii , 
é>;  au  iwoi  fcrvi. 

Serf  de  main-morte  eu  Main-mortable,  eft 
celui  qui  eft  fujet  aux  lois  de  la  main-morte  envers  fon 
feigneur.  f^oyc^  Main-mortable  ,  Main-morte 
6- Servitude. 

Seiifalamort,  eft  celui  qui  étant  originaire- 
ment main-mortable  ,  &  ayant  quitté  le  lieu  de  la 
main-morte  fans  le  congé  du  feigneur ,  pour  aller 
demeurer  en  un  litu  franc  &:  non  mortaillable  ,  vit 
comme  franc,  &  eft/«://à  fa  mort ,  parce  qu'apiès  fon 
décès,  ion  feigneur  originaire  vient  réclamer  fa  fuc- 
cefTion.  f^oyc^  CarticU  124  des  aniienms  coutumes  du 
duché  de  Bourgogne. 

Serf  visSE'SÉ,  quaji pejornatus;  on  appelle  ainfi 
en  Nivernois  les  bâtards  dQsferfi;  c'efl  ainfi  que  M. 
de  Lauriere  explique  ce  terme  en  fon  ghjfaire. 

Serf  de  poursuite  ,  eft  celui  que  le  feigneur 
peut  fuivre  Se  féclamer  en  quelque  lieu  qu'il  aille  ; 
c'efl  la  même  chofe  que  /ir/de  corps,  f^'o^ye^  r  article 
il 6'  des  anciennes  coutumes  du  duché  de  Bour- 
gogne. 

Serf  de  quatre  deniers,  voj-ci  à-dcvant  Serf 

DE  douze  deniers,  &C. 

Serf-servage  ou  Servagier  ,  eft  celui  qui  eft 
ferfàt  fon  chef  &  de  la  tête  ,  &  doit  chacun  an  qua- 
tre deniers  au  feigneur  pour  rançon  de  fon  chef.  Le 
feigneur  peut  ,  quand  il  lui  plaît,  prendre  tous  les 
biens  de  ccfcrf,  mettre  fa  perfonne  en  otage,  le  ven- 
dre &:  aliéner:  quand  ccfafnd.  point  de  quoimanger, 
le  feigneur  eft  tenu  de  lui  en  donner.  Foyei  Canïcle 
iic)  des  anciennes  coutumes  du  duché  de  Bourgo- 
gne ,  &  Cartïcii  Serf  de  quatre  deniers. 

Serf  testamental,  étoit  celui  que  l'on  avoit 
loué  par  un  paûe  particulier  ,  le  mot  tepament  figni- 
fîant  dans  cette  occafion  écrit.  Voyei^  le  ghjjaire  la- 
tin de  Ducange  au  mot  fervus. 

Serf  a  la  vie  ,  efl  celui  qui  vit  comme  firf^  & 
qui  meurt  franc  ,  lequel  étant  taillé  haut  &  bas  par 
fon  feigneur  ,  n'eft  pas  main-mortable ,  &c  après 
fon  décès  les  héritiers  lui  fuccedent.  Fcyc^  fartic/e 
12S  des  anciennes  coutumes  du  duché  de  Bourgogne, 
&  ci-devant  Varticle  Sfrf  franc  a  la  mort,  & 
ci-après  SeRF   A  LA  VIE  ET  A  LA  MORT. 

Serf  a  la  vie  et  a  la  mort  ou  a  vie  et  a 
MORT  ,  eft  celui  qui  étant  originairement  main-mor- 
table &  taillable  ,  vit  6c  meurt  comme  /e'-f.  Voyez 
fariicà  /2j  des  anciennes  coutumes  du  duché  de 
Bourgogne,  (y^) 

SERi  O  ou  SERPHO ,  (Géog.  mod.)  comme Tour- 
ncfort  récrit  ,   île   de  l'Archipel,    ^oyci  Serpho. 

SERFOUETTE,  f.  f.  terme  de  Jardinier;  c'eft  un 
petit  outil  de  t-^r  renverlé  ,  qui  a  deux  brandies  poin- 
tues d'un  côté  ,  &;  n'en  a  point  de  l'autre  ,  lequel 
étant  emmanché  d'un  manche  d'environ  quatre  pies 
de  long,  fert  ii  n.ouver  la  terre  ,  à  donner  un  petit 
labour  autour  des  laitues ,  des  chicorées  ôi.  des  au- 
tres plantes.  {D.J.) 


S   E  R 

SERFOUIR  ou  S'E.KïOVKÏTEK.tzrme  de  Jardi- 
nier; c'eil  mouver  la  terre  avec  la  ferfouette  ,  don- 
ner im  petit  labour  avec  la  ferfouette  autour  de  quel- 
ques plantes  potagères,  comme  pois ,  chicorées ,  lai- 
tues, 6t.    (Z>. ./.  ) 

SERGE, (^^«5  leCommcrce^  cft  une  étoffe  de  laine  pi- 
quée ou  croiiée,  manufacturée  fur  le  métier  à  quatre 
marches  ou  pédales ,  de  la  même  manière  que  l'on  fa- 
brique les  ratines  &  autres  étoffes. 

La  bonté  à&s  ftrgcs  fe  connoît  à  la  croifure  ,  & 
celle  des  draps  à  laîilure.  yoYe?i^  Drap, 

Il  y  a  des  frg^s  de  différentes  efpeces  ,  qui  pren- 
nent leur  nom  de  leurs  différentes  qualités,  ou  des 
endroits  dans  lefquels  on  les  fabrique.  Celle  qui  a  le 
plus  de  réputation  ,  efl  \Aferge  de  Londres  ;  elle  eft 
maijiîenant  très-eftimée  dans  les  pays  étrangers ,  par- 
ticuaerement  en  France  ,  oii  l'on  a  établi  avec  beau- 
coup de  fuccès  une  manufacture  de  cette  efpece  fous 
le  titre  de  ferge  façon  de  Londres. 

Manufacture  de  ferge  de  Londres.  Quant  à  la  lainp, 
on  choilit  la  plus  longue  pour  la  chaîne,  &  la  plus 
courte  pour  la  trame  :  avant  que  de  faire  ufage 
de  l'une  &  de  l'autre  ,  on  doit  premièrement  la 
dégraiffer,  en  la  mettant  dans  luie  chaudière  de 
liqueur  ,  un  peu  plus  que  tiède  ,  compofée  de  trois 
quarts  d'eau  bien  nette  ,  &  un  quart  d'urine  ;  après 
qu'on  l'y  a  laiffée  affez  long-temps  pour  s'y  dlffoudre, 
&;  avoir  ôté  la  graiffe  ,  6'c.  on  la  remue  brufquement 
avec  un  bâton  ;  on  l'ôte  enfuite  de  la  liqueur; 
on  la  laiffe  égouter ,  ^  après  l'avoir  lavée  dans  de 
l'eau  courante  ,  &  fechée  à  l'ombre  ;  on  la  bat  avec 
des  bâtons  fur  lui  rateUer  de  bois ,  pour  en  chaffer 
l'ordure  &  la  plus  groffe  pouffiere.  Après  quoi  on 
l'épluche  bien  proprement  avec  les  mains.  Quand 
elle  eft  ainfi  prépatée ,  on  la  graiffe  ou  on  l'imbibe 
d'huile  d'olive  ,  ai.  l'on  peigne  avec  de  grands  pei- 
gnes la  partie  la  plus  longue  ,  deftinée  à  la  chaîne  ; 
on  la  fait  chauffer  dans  un  petit  fourneau  pour  cet 
ufage  pour  la  dégrallier  une  féconde  fois ,  ou  pour 
lui  ôter  Ion  huile  ;  on  la  met  dans  de  l'eau  de  favon 
très-chaude  ;  après  l'en  avoir  retirée  ,  on  la  tord  ,  on 
la  feche  &l  on  la  iile  au  rouet.  Quant  à  la  laine  la  plus 
courte,  dont  on  veut  faire  trame  ,  on  la  carde  feule- 
ment iur  le  genou,  avec  de  petites  cardes  très-fines; 
on  la  file  eniuite  au  rouet  lans  en  ôter  l'huile.  Re- 
marquez que  le  fil  deftiné  à  la  chaîne  doit  être  tou- 
jours beaucoup  plus  fin  &  plus  retors  que  celui  de  la 
trame. 

Quand  la  laine  eft  filée  ,  tant  celle  qui  eft  pour  la 
chaîne  que  celle  qui  eft  pour  la  trame  ,  &:  que  l'on 
a  mis  le  fil  en  écheveaux,  la  laine  deftinée  à  la  trame 
eft  mlfe  fur  des  elpolins  (à  moins  qu'elle  n'ait  été  fi- 
lée defliis)  proportionnés  à  la  cavité  ou  à  l'œil  de 
de  la  navette  ;  éc  fa  laine  ,  qui  eft  pour  la  chaîne  ,  eft 
dévidée  fur  une  efpece  de  bobines  de  bois  ,  afin  de  la 
préparer  à  être  employée:  quand  elle  eft  montée,  on 
lui  donne  de  la  confiftance  ,  c'eft-à  dire  ,  qu'on  la 
rend  ferme  moyennant  une  efpece  de  colle  ,  dont 
celle  qui  eft  réputée  la  meilleure  ,  eft  taite  de  coupu- 
res de  parchemin  :  quand  elle  eft  lèche  ,  on  la  met 
fur  le  métier. 

Quand  elle  eft  montée  fur  le  métier  ,  l'ouvrier 
élevant  &  abalffant  les  fils  (  que  l'on  paffe  à-travcrs 
une  canne  ou  un  réfeau),  parle  moyen  de  quatre 
pédales,  fituées  dans  la  partie  inférieure  du  métier  , 
qu'il  fait  agir  tranfverfalement ,  également  &  alter- 
nativement l'une  après  l'autre  ,  avec  fes  pies,  à  pro- 
portion que  les  fils  font  élevés  &  abaiffés  ,  il  jette 
la  navette  à-travcrs  d'un  côté  à  l'autre  ;  &  à  chaque 
fois  qu'il  jette  la  navette  ,  &  que  le  fil  de  la  trame  eft 
croiié  entre  les  fils  de  la  chaîne  ,  il  le  frappe  avec  le 
chaffis,  auquel  eft  attachée  la  canne  ,  à-travers  les 
dents  de  laquelle  les  fils  de  la  chaîne  font  placés  ,  & 
!    il  répète  ce  coup  deux  ou  trois  fois  ,  ou  même  plus  ,, 


s  E  R 

jiifqu'à  ce  qu'il  juge  que  la  croifure  de  la  fcrge  efi 
îiiffifammcnt  ferrée  ;  6c  ainfi  de  fuite  ,  jufqu'à  ce  que 
la  chaîne  foit  entièrement  remplie  de  la  trame. 

Aulfuôt  que  l'on  a  ôté  la  fcrge  de  deffus  le  métier, 
on  la  porte  chez  le  foulon ,  qui  la  foule  ou  qui  l'c- 
cure  dans  l'auge  ou  le  baquet  de  fon  moulin  ,  avec 
une  efpece  de  terre  grafle  qui  fert  à  cet  ufage  ,  dont 
on  a  eu  foin  d'abord  d'ôter  les  pierres  6c  les  ordures. 
Après  qu'on  l'a  écurée  pendant  trois  ou  quatre  heu- 
res ,  on  ôte  la  terre  à  foulon  ,  en  lavant  la.  fcrge  avec 
de  l'eau  nette,  que  l'on  met  peîit-à-petit  clans  l'auge, 
d'où  on  la  retire  quand  elle  eft  entièrement  nettoyée 
de  la  terre;  enfuite  avec  une  efpece  de  pinces  de  fer, 
on  arrache  tous  les  nœuds ,  les  bouts  ,  les  pailles , 
&c.  qui  s'attachent  fur  la  iurface  de  lafergc  des  deux 
côtés  :  après  cela  on  la  reporte  dans  l'auge  à  foulon, 
où  on  la  repaffe  avec  de  l'eau  de  favon  un  peu  plus 
que  tiède ,  pendant  environ  deux  heures  :  on  la  lave 
ïilors  jufqu'à  ce  que  l'eau  vienne  parfaitement  claire, 
&  qu'il  n'y  ait  plus  aucune  apparence  de  favon  : 
après  quoi  on  Tôte  de  l'auge ,  on  arrache  les  nœuds, 
&c.  on  la  met  à  des  crocs  ou  crochets,  afin  qu'elle 
feche  ;  en  prenant  bien  garde  à  mefure  qu'elle  feche, 
de  l'étendre  en  long  &  en  large ,  jufqu'à  ce  qu'elle 
aitfes  juftes  dimenfions  ;  quand  elle  eli  bien  feche, 
on  l'ôte  des  crochets,  on  la  teint ,  on  la  tord  ,  &  en- 
fin on  la  preile.  Foyei  Teinture  ,  Presse  ,  Tente. 

Serge ,  cto/le  de  J'oie.  Cette  étoffe  efi:  un  tiffu  dont 
le  grain  fe  fait  obliquement  au  moyen  du  remet- 
tage  &  de  l'armure  ;  elle  fe  fait  avec  une  feule  chaîne 
&  la  trame  dont  on  met  le  nombre  de  bouts  pro- 
portionné à  la  force  dont  on  la  veut.  Celte  étoffe  a 
toujours  à  Lyon  1 1  vingt-quatrièmes  d'aune.  Foye^ 
Etoffe  de  soie. 

Les  fergcs  font  un  diminutif  du  fatin,v(y'e^  Sa- 
tin. Elles  ont  fix  lifTes  &  fix  marches  \  chaque  mar- 
che fait  lever  &  bailler  trois  liiTes.  Voici  l'armure 
d'une  frge  à  fix  liffes. 


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-9 


Marches. 

Les  fils  font  palTés  dans  ces  lifTes  defTous  &  defTus 
la  marche,  de  façon  que  la  même  lifle  qui  fait  le- 
ver le  fil ,  le  baifie  aufTu  Toutes  les  étoffes  unies  font 
pafTées  de  même  ;  ce  qui  ne|  peut  avoir  lieu  aux 
étoffes  façonnées.  Les  fils  ainfi  difpofés  ,  ne  pour- 
roient  être  levés  par  la  tire ,  arrêtés  qu'ils  feroient 
par  la  llffe. 

On  donne  le  nom  de  petites  ferges  à  celles  qui  n'ont 
que  50  à  60  portées  ;  de  moyennes  à  celles  qui  en  ont 
depuis  70  jufqu'à  80  ;  &  de  fortes,  celles  aux- 
quelles on  en  donne  de  1 10  à  izo. 


S  E  R 


Armure  d'une  ferge  à  quatre  liffes. 


Lïffe 


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-I 
-2 


Marches. 

SERGEANTE  ,  ferjania  ,  f.  f  (ffifî.  nat.  Botan) 
genre  de  plante  à  fleur  en  rofe,  compofée  le  plus 
fouvenî  de  quatre  pétales  difpofés  en  rond.  Le  pif- 
til  fort  du  calice ,  &  devient  dans  la  fuite  un  fruit 
qui  efl  divifé  en  trois  capfules  ,  ou  qui  a  trois  têtes  : 
chaque  tête  renferme  une  femence  arrondie.  Plu- 
mier ,  nova  plant,  amer.  gcn.  Voyii^  PLANTE. 

SERGEANTIE.  f  £  {Gram.  &  Jurifprud.)  On  dit 
tenir  enfergeantie,  &  tenir  en  grandi  on  petite  fergean- 
tii.  Tenir  en  o^c^iwàt  fergcaniie  ,  c'efl  tenir  du  roi , 
pour  faire  fervice  en  perfonne ,  comme  porter  fa 
bannière,  fa  lance  ,  fon  cpée,  à  Ion  couronnement, 
même  fon  ofl ,  être  fon  maréchal ,  &c.  Tenir  en  pe- 
tite fergeande  ,  c'efl  tenir  une  terre  du  roi ,  à  condi- 
tion de  lui  donner  chaque  année  quelque  chofe  d'u- 
fage  en  guerre,  comme  un  arc, une  épée,une  lance, 
des  éperons  ,  un  cheval ,  des  gantelets  ,  &c. 

_  SERGENT,  f.  m.  {Gram.  &  Junfpr.)  efl  un  ofH- 
cier  établi  pour  faire  toutes  fortes  d'exploits  judi- 
ciaires &exirajudiciaires,&  pour  mettre  à  exécution 
les  jugemens  &  mandemens  de  juftice. 

Pafquier  &  Ménage  ont  avec  raifon  repris  Cujas 
d'avoir  voulu  dériver  ce  mot  de  cccfarianuSy  ainfi 
qu'il  fait  fur  la  loi  defenfwnis  y.  au  code  de  jure  fifci. 

Ce  terme  vient  du  latin  fervims,  qui  fignifîeyêr- 
vant.,  parce  que  les  fergens  font  en  effet  les  miniflres 
de  la  juftice,  &  qu'ils  exécutent  fes  ordres  &  man-» 
démens. 

Du  latin  ferviens  on  a  fait  par  corruption  fervjens 
&  en  {x.\nço\s  frvjens  ^J'erjcns.,  frgerit.  On  trouve 
quelquefois  écrit  frregsns  j  ce  qui  a  fait  croire  à  quel- 
ques-uns que  ce  terme  venoit  de  ce  que  Us  fergens 
faifoient  ferrer  les  files  des  gens  de  guerre  ;  d'autres 
ont  cru  que  cela  venoit  de  ce  que  lesfcrgcns  ferrent 
les  gens ,  c'eft-à-dire  ,  emprifonnent  ceux  qui  font 
condamnés  par  corps  ou  décrétés  ;  mais  c'efl  pr.r 
corruption  que  l'on  a  écrit  J'crregcns  pour  fergens  , 
6l  la  véritable  étymologie  àcfergcnt  vient ,  comme 
on  l'a  dit,  du  latin /èrvic/z^,  &  de  ce  que  les  fergens 
font  les  mîniftrcs  de  la  juftice. 

Préfentement  preique  tous  les  fergens  fe  font  attri- 
bué le  titre  à' huiffier-fcrgcnt  ou  dihuifjier  fimplement , 
quoique  Ip  titre  à^lmijjîer  ne  convienne  véritable-' 
nient  qu'à  ceux  d'entre  les  fergens  qui  font  prcpolcs 
à  la  garde  de  l'huis  ou  porte  de  Tauditoire. 

Le  titre  de  ferviens  owfergcnt  leur  étoit  commun 
anciennement  avec  tous  les  nobles  qui  fervoient 
à  la  guerre  fous  les  chevaliers.  Arniiger  ^fcutarius 
ou  frviens  étoient  termes  iynonymcs;  les  éciiycrs 
étoient  appelles  fervientes ,  parce  qu'ils  fevvoient  les 


§6 


S  E  R 


chevaliers ,  portoient  leur  ccii  :  &  comme  ancien- 
nement il  talloit  ctrc  chevalier  pour  rendre  la  jul- 
tice ,  il  ne  faut  pas  s'étonner  li  ceux  qui  exccutoient 
les  mandemens  de  jullice  ,  turent  appelles  Jcrvunui 
de  même  que  les  ccuyers  ;  d'antant  mieux  (^u'il  y 
avoir  des  Jl-rgcns  de  l'épée  ou  du  plaid  de  Fépee  qiu 
étoient  établis  linovdiercment  pour  exécuter  par  les 
armes  les  ma.uloniens  de  jultice.  Ces  ibrtes  àejir^'ens 
faifoicnt  alors  ce  que  font  aujourd'hui  les  archers. 
Ils  étoient  quelquefois  prépofés  ;\  la  garde  des  châ- 
teaux qui  n'étoient  pas  fur  la  frontière,  &  alloient 
en  "uerre  fous  les  châtelains  ,  comme  on  voit  dans 
l'ancienne  chronique  de  Flandre  ,  ch.  xij.  xv.  xlvij. 
Ixxviii.  Lxxxxj.  Ixxxxix.  xc.  &c  au  Hv.  I.  de  Froil- 
fart ,  ch.  xix. 

Le  fervice  des  ccuyers  ctoit  néanmoins  différent 
àe  cdm  des  firsicns  de  juflice.  Et  quoique  les  Jcrgcns 
tant  à  pié  qu'à  cheval ,  ayent  été  armés  ,  &  ayent  eu 
folde  pour  le  fervice  militaire ,  leur  fervice  &  leur 
rang  étoit  moindre  que  celui  des  écuyers;c'eft  pour- 
quoi les  fer  gins  ou  malFievs  du  roi  furent  appelles 
Jergcns  d'armes,  \)0\\r\QS  diftinguer  des yèro'^'/îi  ordi- 
naires ,  &  parce  qu'ils  étoient  pour  la  garde  du  corps 
du  roi  ;  ils  pouvoient  pourtant  aulTi  faire  fergenterie 
partout  le  royaume  ,  c'elt-à-dire  exploiter.  Mais 
Charles  V.  en  1376  leur  défendit  de  mettre  à  exé- 
cution les  mandemens  de  jufticc  qui  étoient  adrefles 
à  tous  fergcns  en  général  :  le  fervice  des  armes  & 
celui  de  la  juftice  étant  deux  chofes  diftindes._ 

Il  y  avoir  deux  fortes  àefergens  pour  la  juHice  : 
les  uns  royaux  :  les  autres  pour  les  juflices  feigneu- 
riales. 

Le  nombre  des  uns  &  des  autres  étoit  devenu  fi 
cxcefTif ,  &  ils  s'étoient  rendus  tellement  à  charge 
au  peuple,  qu'on  les  appelloit  mangeurs ,  parce  qu'ils 
vivoient  à  difcrétion  chez  ceux  chez  lefquels  on  les 
avoit  mis  en  garnifon.  Le  peuple  demanda  en  13  51 
<jue  le  nombre  de  ces  officiers  fut  réduit  ;  &  en 
conféquence  le  roi  Jean  ordonna  qu'il  n'y  en  auroit 
plus  que  quatre  dans  les  endroits  où  il  y  en  avoit 
vingt ,  &  ainfi  des  autres  endroits  à  proportion. 

Au  commencement ,  les  falaires  dçs firgens ,  quand 
ils  alloient  en  campagne ,  fe  payoient  par  journées  , 
&  non  pas  par  exploits.  Les  fergcns  à  cheval  n'avoient 
que  3  fols  par  jour,  &  \es  fergens  à  pié  18  deniers; 
les  uns  ni  les  autres  ne  pouvoient  prendre  davan- 
tage ,  quelque  grand  nombre  d'ajournemens  qu'ils 
donnaflent  dans  différentes  affaires  &  pour  diffé- 
rentes parties; leur  falaire  fut  depuis  augmenté,  & 
néanmoins  encore  réglé  à  tant  par  jour. 

Ils  ne  pouvoient  autrefois  exploiter,  fans  être  re- 
vêtus de  leurs  manteaux  bigarrés ,  &  fans  avoir  à  la 
main  leur  verge  ou  bâton  dont  ils  touchoient  légè- 
rement ceux  contre  lefquels  ils  faifoient  quelque 
exploit.  Ce  bâton  étoit  femé  de  fleurs-de-lis  peintes. 
Leur  cafaque  ou  habit  appelle  dans  les  ordonnances 
arncfium  ,  ctoit  chargé  des  armes  du  roi  ou  autre  fei- 
gneur,  de  l'autorité  duquel  ils  étoient  commis  dans 
les  villes.  Les  fergcns  royaux  portoient  fur  leurs  ca- 
faques  les  armes  du  roi  en-haut ,  &  celles  de  la  ville 
en-bas. 

Une  des  obligations  des  fergens  étoit  de  prêter 
main-forte  à  jufticc  ,&  d'aller  au  fecours  de  ceux  qui 
crioicnt  à  l'aide. 

Les  fergens  font  encore  regardés  comme  le  bras 
de  la  juftice;  c'eft  pourquoi  François  premier,  averti 
d'un  excès,  quoique  léger,  fait  h  un  fimplefergent, 
porta  le  bras  en  écharpe,  à  ce  aue  content  nos  an- 
fiales  ,  difant  qu'on  l'avoit  bleffc  ;\  fon  bras  droit. 

Il  n'eft  pas  permis  en  effet  d'excéder  les  fergens 
faifant  leurs  fondions. 

Anciennement  les  afTignations  ne  fe  donnoient 
que  verbalement;  c'eft  pourquoi  les  fergens  n'avoient 
pas  befoin  alors  d'ctre  lettrés.  Ils  ccrtifioient  les  juges 


S  E  R 

des  ajourncmens  qu'ils  avoîent  donnes  pour  com.' 
paroître  devant  eux. 

L'ordonnance  de  Philippe-le-Bel  en  1301  leur  dé- 
fendit de  faire  aucuns  ajournemens  fans  commiffion 
du  juge  ,  ce  qui  n'ell:  plus  obfcrvé;  c'efl  pourquoi 
l'on  dit  communément  que  les  huifîiers  ont  leurs 
commifîlons  dans  leurs  manches. 

Ils  étoient  autrefois  obligés  de  fe  faire  afTifter  de 
deux  records  ;  ce  qui  ne  s'obferve  plus  depuis  l'édit 
du  contrôle  ,  linon  en  certains  exploits  de  rigueur. 
yoyei  Exploit,  Huissier,  Record.  {J) 

SergeNS  des  aides ,  tailles  &  gabelles,  étoient  ceux 
qui  étoient  deftinés  à  faire  les  exploits  nécefî'aires 
pour  le  recouvrement  des  aides  ou  droits  du  roi  qui 
étoient  anciennement  tous  compris  fous  le  nom  gé- 
néral à^aidcSf&c  auxquels  on  ajouta  depuis  les  tailles 
6c  gabelles  pour  lefquelles  ces  fergens  failbient  aulTi 
les  pourfuites  néceflaires.  Les  fergens  des  aides  font 
les  mêmes ,  que  l'on  a  depuis  appelles  hiàfflers  des 
tailles.  Fqyei  au  mot  HUISSIER,  &  au  mot  Taille. 
Les  fergens  ou  huifiiers  des  élevions ,  &  ceux  des 
greniers  à  fel  ont  fuccédé  à  ceux  des  aides  &  ga- 
belles. 

Sergent  appariteur.  On  donnoit  autrefois  aux 
fergens  le  titre  d'appariteur ,  ou  de  fergent  indifférem- 
ment, &  quelquefois  tous  les  deux  enfemble  ,  com- 
me termes  fynonymes.  En  effet ,  dans  une  ordon- 
nance du  mois  d'Oftobre  1 3  58  ,  ils  font  appelles yèr- 
vientes  feu  apparitores, 

Préfentement ,  par  le  terme  de  fergent  appariteur ^ 
on  entend  ordinairement  celui  qui  fait  les  fondions 
d'appariteur  ou  huifîler  dans  une  officialité  ou  autre 
tribunal  eccléfiaftique.  Voyei^  ci-devant  le  mot  Appa- 
riteur ,  &  le  glofjaire  de  Ducange ,  au  mot  Appa- 
ritor. 

Sergens  archers  ,  ou  plutôt  Archers  Ser- 
GENS  extraordinaires  ;  il  y  en  avoit  douze  au 
châtelet  de  Paris.  Foye^  ladéclarat.  du  18  Avril  iSSSy 
Blanchard , /'Jg'.  732. 

Sergens  d'armes  étoient  les  mafTiers  que  le  roi 
avoit  pour  la  garde  de  fon  corps.  Philippe  Augufle 
les  infîitua  pour  la  garde  de  fa  perfonne  :  ils  étoient 
gentilshommes  ;  &  à  la  bataille  de  Bouvines ,  où  ils 
combattirent  vaillament ,  ils  firent  vœu ,  en  cas  de 
vidoire ,  de  faire  bâtir  une  églife  en  l'honneur  de 
fainte  Catherine  ;  &  laint  Louis ,  à  leur  prière  ,  fon- 
da l'églife  de  fainte  Catherine-du-Val-des-Ecoliers  , 
poffédée  à -prêtent  par  les  chanoines  réguliers  de 
fainte  Geneviève. 

Quoiqu'ils  fuflent  gens  de  guerre  ,  ils  étoient  aufîi 
officiers  de  juflice ,  &  pouvoient  en  certains  cas  ve- 
nir à  la  chambre  des  comptes  avec  des  armes  ;  ils 
pouvoient  faire  l'office  de  fergenterie  dans  tout  le 
royaume  ,  c'efl  qu'ils  avoient  la  faculté  d'exploiter 
par-tout  ;  ils  étoient  gagés  du  roi ,  &  exempts  de  tou- 
tes tailles  &  fubfides  ;  ils  n'avoient  d'autres  juges  que 
le  roi  &  fon  connétable ,  même  en  défendant  ;  leur 
office  étoit  à  vie ,  à  moins  qu'ils  ne  fuffent  deflitués 
pour  forfaiture;  tellement  que  la  mort  du  roi  ne  leur 
faifoit  pas  perdre  leur  office  ,  comme  cela  avoit  lieu 
pour  tous  les  autres  officiers.  On  leur  donnoit  ordi- 
nairement la  garde  des  châteaux  qui  étoient  fur  la 
frontière  ,  fans  qu'ils  euffent  d'autres  gages  que  ceux 
attachés  à  leur  maffe.  Ceux  qui  demeuroient  près  du 
roi ,  prenoient  leurs  gages ,  robes  &  manteaux  pour 
le  tems  qu'ils  avoient  fervi  en  l'hôtel  ;  ils  furent  en- 
fuite  affignés  fur  le  tréfor.  Par  une  ordonnance  de 
Philippe  VI.  de  l'an  1 341 ,  une  autre  ordonnance  de 
l'an  1285,  pour  l'hôtel  du  roi  &  de  la  reine  ,  titre  de 
fourrière  ,  porte  «  item ,  fergens  d'armes  30  ,  lefquels 
»  feront  à  court  fans  plus ,  deux  huiffiers  d'armes  &  8 
»  autres  fergens  avec,&  mangeront  à  court,&:porte- 
♦»ront toujours  leur  carquois  plein  de  carreaux,^  ne 
»  le  pourront  partir  de  court  fans  congé  w.PhilippeVI. 


s  E  R 

en  fixa  le  nombre  à  loo  en  1342.  Charles  V.  étant 
régent  du  royaume  ,  les  réduilit  au  nombre  de  fix  en 
13^9  ,  &c  leur  défendit  de  tenir  enfemblo  deux  ofïï- 
ces  ;  il  leur  détendit  aufli  en  1 376  ,  de  mettre  à  exé- 
cution les  mandemens  de  juftice  adrefTés  à  tous  fir- 
gens  en  général ,  autre  étant  le  fervice  des  armes  & 
celui  de  la  jullice.  On  trouve  aufii  au  regiilre  olim  un 
arrêt  du  1 2  Septembre  qui  cafîe  des  lettres  de  Ber- 
trand du  Guefclin  ,  connétable ,  ou  de  fon  lieutenant, 
par  lei'quelles  il  prétendoit  avoir  droit  de  jurildiction 
îur  les  lérvans  d'armes. 

Sergent  baillager  efl:  celui  qui  fert  près  d'un 
bailliage,  qui  a  droit  d'inflrumenter  dans  le  reffbrt 
d'icelui.  A'oje^  Imbert,/».  4.  6c  Boucheul/^r  Poitou^ 
tome  II.  p.  y 2.x  ,  n?.  c). 

Sergent  bâtonnier.  On  donna  ce  nom  aux 
fcrgcns  qui  portoient  des  bâtons  ou  verges  ,  dont  ils 
touchoient  ceux  contre  lefquels  ils  faifoient  quelque 
exploit.  Bouthillicr  fait  mention  à\infirgent  hâtommr 
de  la  ville  de  Tournay  ;  il  en  elt  aulfi  parlé  dans  la 
coutume  de  Valenciennes,  article  j.  <?.  10  &  n. 

Sergent  blavier  eft  celui  des  habitans  d'une 
paroiiTe  qui  eu  établi  pour  la  garde  des  blés  &  autres 
grains.  C'eft  la  même  chofc  que  mcj/ier  owjlrgmc  mel- 
filier ,  me(Jium  cujlos.  La  coutume  d'Auxerre  l'appelle 
firgent  blavkr. 

Sergens  CHATELAINS  ;  il  y  en  a  cn  Poitou  ,  &; 
dâiisquelcuies  autres  provinces  de  France,  des  fergcns 
héréditaires  qui  font  appelles  châtelains  on  fergcns 
châtelains,  &  qui  tiennent  leurs  offices  en  fijf.  Loy- 
feau  ,  en  fon  traité  des  offices  ,  Uv.  IL  ck.  ij.  n"^.  60  , 
tient  que  c'étoieflt  jadis  les  gardes  &  concierges  des 
châteaux  ;  &  en  effet ,  fuivant  des  ordonnances  des 
1 8  &:  18  Juillet ,  &  1 6  Novembre  1 3  1 8 ,  on  voit  que 
la  garde  des  châteaux  étoit  donnée  à  des  fergens  d'ar- 
mes, qui  étoient  obligés  de  les  garder  fans  autres  ga- 
ges que  ceux  de  leur  maffe. 

Sergent  au  chatelet  ou  du  châtdet ,  eft  \\x\ 
fergent  établi  pour  faire  le  fervice  au  chatelet  de  Pa- 
ris ,  &  pour  exploiter  dans  l'étendue  de  cette  jurif- 
di£lion  ,  fuivant  le  pouvoir  qui  lui  efl  attribué. 

11  y  a  au  chatelet  quatre  fortes  àe  fergens  ;  favoir 

Les  {ix  fergens  ou  huifliers  fieffés. 

Les  dôme  fergens  de  la  douzaine. 

hes  fergens  à  cheval. 

Et  les  fergens  à  verge  ou  à  plé. 

hes  fergens  fieffés  paroiffent  être  les  plus  anciens  de 
tous  ,  &  les  premiers  fergens  établis  pour  le  fervice 
du  chatelet  ;  ils  furent  furnommés/ej/'^'i  ,  parce  que 
leur  office  fut  érigé  en  fief  du  tems  que  l'on  inféoda 
la  plupart  des  offices.  La  déclaration  du  mois  de  Juhi 
1544,  confirmative  de  leurs  privilèges,  dit  que  les 
quatre  fergens  fieffés  du  chatelet  ont  été  créés  de  très- 
grande  ancienneté. 

Du  tems  de  la  ligue ,  il  en  fut  créé  un  cinquième , 
&  depuis  encore  un  autre;  de  forte  qu'ils  font  pré- 
fentemcnt  au  nombre  de  fix. 

Ces  fix  offices  font  préfentement  du  corps  des  huif- 
fiers-comniiffaires-prifeurs  vendeurs  de  biens  meu.- 
bles  ;  ils  ont  toujours  eu  le  privilège  d'exploiter  fans 
dcimnder  permijfion  ,  placet ,  vifa  nipareatis. 

Mais  ils  n'avoient  autrefois  le  pouvoir  d'exploiter 
que  dans  la  ville  ,  faubourgs  ,  banheue ,  prévôté  & 
vicomte  de  Paris.  François  I.  par  fa  déclaration  du 
mois  de  Juin  1 544,  en  les  confirmant  dans  tous  leurs 
droits  &  privilèges ,  leur  accorda  en  outre  d'exercer 
leurs  offices  par  tout  le  royaume  ,  &  d'y  faire  tous 
exploits  de  juflice ,  &  exécuter  tous  jugemens  &;  man- 
demens ,  tant  du  roi  que  des  chancelleries  ,  parle- 
mens  ,  &  autres  juges  quelconques.  • 

Les  plus  anciens  après  les  hulffiers  fieffés  ,  font  les 
fergens  de  la  douiaine ,  a'mù.  appelles,  parce  qu'ils  font 
iculcment  au  nombre  de  douze.  Ils  furent  infiitués 
piir  faint  Louis ,  qui  les  tirj  du  corps  des  fergens  h 


S  E  R 


87 


verge ,  &  leur  donna  18  livres  5  fois  parifis  de  gages. 
Ils  portoient  fur  leurs  habits  douze  petites  bandes  de 
foie  blanche  ,  rouge  &  verte. 

La  première  fois  qu'il  en  foit  parlé  ,  eft  en  1288 
ainfi  que  le  remarque  M.  Brufiélles. 

Ils  étoient,  comme  on  vient  de  le  dire  ,  du  corps 
des  fergens  à  verge  ou  à  pié.  En  effet ,  l'ordonnanc?" 
de  Philippe  leBel,  du  mois  de  Novembre  1302,  por- 
tant règlement  pour  les  officiers  du  chatelet ,  dit  qu'il 
y  aura  So  fergens  à  pié  ,  &  les  douze  de  la  douzaine, 
&  non  plus  ;  que  chacun  donnera  de  plege  ou  caution 
20  livres  ,  &  aura  armures  fuffiiantcs  pour  foi  ,  qui 
feront  examinées  par  le  prévôt  de  Paris  ,  &z  par  deux 
autres  perfonnes  qui  font  nommées. 

Cette  même  ordonnance  porte  ,  article  8.  que  les 
fe'-gcns  de  la  douzaine  feront  ôtés  à-préfent,  &  que  le 
prévôt ,  félon  ce  qu'il  verra  que  néceffité  fera  ,  fera 
garder  la  ville ,  jufqu'à  ce  qu'il  en  foh  autrement  or- 
donné. 

On  voit  par-là  que  ces  fergens  de  la  douzaine  étoient 
defîinés  pour  la  garde  de  la  ville  :  cet  article  au  refte 
femble  fe  contredire  avec  V article  2  ;  aufîi  M.  de  Lau- 
riere  remarque-t-il  qu'il  n'efi:  pas  dans  le  regiftre  du 
tréfor  des  chartes. 

Le  même  prince ,  par  fon  ordonnance  du  1 2  Juin 
1 309  ,  confirmative  de  celle  qu'avoient  faite  Guillau- 
me de  Haugeff  ,  tréforier ,  &  Pierre  le  Feron  ,  aarde 
de  la  prévôté  de  Paris  ,  touchant  les  officiers  &  les 
fergens  du  chatelet ,  dit  qu'il  y  aura  <)o  fergens  à  pié  , 
dans  le  nombre  defquels  douze  fergens  de  la  douzaine 
feront  pris  .&  élus  comme  il  plaira  au  prévôt  de  Paris 
qui  fera  pour  lors  en  place,  &  que  ces  douze  fergens 
feront  changés  tous  les  deux  mois. 

On  voit  par-là  que  ces  fergens  de  la  douiaine  étoient 
dès-lors  à  la  nomination  du  prévôt  de  Paris ,  ^l  com- 
me fa  garde  ordinaire ,  qu'il  choififfoit  par  détache- 
ment dans  le  corps  des  fergens  à  pié. 

François  I.  par  des  lettres  de  1 5  29  ,  ordonna  qu'ils 
porteroient  un  hocqueton  argenté  à  une  falamandre, 
qui  étoit  lors  fa  devife  ,  &  une  hallebarde ,  pour  ac- 
compagner le  prévôt  de  Paris.  Il  leur  donna  les  mê^ 
mes  franchilés  &  privilèges  qu'aux  archers  de  ville, 
&  accorda  au  fieur  de  Villebert ,  lors  prévôt  de  Pa- 
ris ,  la  nomination  de  ces  gardes  ;  ce  qui  fut  confirmé 
par  une  déclaration  du  27  Décembre  i  5  5  i.  Les  pré- 
vôts de  Paris  jouiffent  encore  de  ce  droit,  &  les  fer- 
gens de  la  douiaine  leur  doivent  une  certaine  femme 
à  chaque  mutation  de  prévôt ,  mais  ils  prennent  des 
provifions  du  roi. 

Ces  mêmes  gardes  ont  une  barrière  qui  efl  le  lieu 
certain  de  leur  affemblée,  afin  qu'en  toutes,occafions 
S.Z  quand  il  plaît  au  prévôt  de  Paris  ,  il  puiffe  leur  en- 
yoyer^  fes  ordres  ,  foil  pour  le  fuivre ,  foit  pour  la 
facilité  des  autres  fondions  de  leur  charge.  Cette 
barrière  étoit  anciennement  rue  des  Ecrivains  ,  pro- 
che le  grand  chatelet,  oii  les  prévôts  de  Paris  ont  tou- 
jours demeuré  jufqu'au  règne  de  Charles  VIII.  Pré- 
fentement elle  efl  adoffée  contre  l'églife  faint  Jac- 
ques de  la  Boucherie.  Les  armes  de  M'.  Seguier ,  pré- 
vôt de  Paris  font  au-deffus  ,  ce  qui  fait  prélumer 
qu'elle  a  été  conffruite  de  fon  tems. 

Girard  ,  dans  fes  obfervations  fiir  le  traité  des  offi- 
ces cfe  Joly  ,  titre  des  fergens  de  lu  douiaine  ,  dit  qu'ou- 
tre les  tïe\zc-\'m<^t  fergens  à  verge  ,  il  y  en  a  vuie  pe- 
tite troupe  que  l'on  appelle  les  fergens  de  la  douiaine^ 
qui  ne  font  que  douze  ,  qui  ont  leur  confrairie  dif- 
«  tinde  &  féparée  des  autres  ,  que  cela  vient  de  ce 
qu'au  prévôt  de  Paris  appartient  la  force  des  iu-nics  , 
comme  premier  chef  militaire  de  la  ville  de  Paris  , 
pour  la  manutention  de  laquelle  il  avoit  été  par  nos 
rois  ordonné  qu'il  y  auroit  douze  perfonnes  comme 
domcltiques  du  prévôt  de  Paris ,  qui  lui  feroient  per- 
pétuelle affillance;  que  pourcctte  caufc  ils  lônt  pour- 
vus de  lem-s  offices  par  le  roi  fiir  la  i\omiuation  du 


S3 


S  E  R 


prcvot  de  Paris  ;  que  par  leur  inftitution  ils  doivent 
porter  le  hocqueton  &C  la  hallebarde,  comme  archcis 
tle  ville;  qu'auHi  l'ont-ils  gagés  &  lalarics  de  25  livres 
tournois  pour  l'entretien  de  leur  hocqueton,  que  le 
pre\  ùt  de  Paris  eit  tenu  de  leur  donner  lorlqu  ils  Ibnt 
poui-vus  isi  reçus. 

Le  nicme  auteur  ajoute  cme  ces  fcrgens  font  toutes 
fortes  d'exploits  dans  la  ville,  faubourgs  6c  banlieue 
Je  I\:ris ,  comme  \o.s  ferlins  à  verge  du  châtelet ,  fons 
qu'ils  l'oient  tenus  de  foire  aucun  fervice  au  châtelet, 
-lii  alîiller  les  juges  ni  les  commiflaires  loriqu'ils  exer- 
cent leurs  charges,  non  plus  mie  les fcrc^c/is  fiefïes  du 
châtelet  ;  qu'ils  ne  reconnoifl'ent  que  le  prévôt  de 
Paris  ,  lequel  ils  font  tenus  d'alUller  avec  leurs  hoc- 
•quetons  &:  hallebardes  lorfqu'il  va  au  châtelet  tenir 
le  fiége  ,  &  aux  cérémonies  publiques. 

Qu'aux  pompes  funèbres  des  rois  ,  il  y  en  a  quatre 
feulement  qui  accompagnent  le  prévôt  de  Paris  avec 
des  robes  île  deuil  qui  leur  font  données  comme  aux 
autres  officiers  du  roi. 

Enfin  Girard  remarque  que  ces  officiers  ne  pou- 
voicnt  taire  priféos  ni  ventes,  &i  qu'ils  n'étolent  point 
reçus  à  payer  le  droit  annuel ,  non  plus  que  les  com- 
niençaux  de  la  mailon  du  roi. 

Lcsjèrgens  de  la  douzaine  obtinrent  d'Henry  II. 
des  lettres-patentes  en  forme  d'édit,  du  mois  de 
Mai  15 '58,  portant  que  \es  fcrgens  de  la  douzaine 
pourroient  faire  tous  exploits  &:  informations ,  non- 
leulement  en  la  ville  ,  fauxbourgs  &  banlieue  de  Pa- 
ris ,  mais  auffi  par  toute  la  ville ,  prévôté ,  ce  vicomte 
<ie  Paris  ,  6c  anciens  reflbrts  d'icelle  ,  ainfi  que  fai- 
foient  &  avoient  accoutumé  défaire  les  autres  yèr- 
gcns  à  verge  fieffés ,  &  autres  ,  fans  qu'ils  fuffent  te- 
nus de  demarider  affiftance  ,  placet ,  vifa ,  ni  pa- 
rcatis. 

Mais  les  fergens  à  verge  &  à  cheval,  ayant  formé 
oppofition  à  l'entérinement  defdites  lettres  ,  les  huif- 
iiers  de  la  douzaine  furent  déboutés  de  l'effet  d'icel- 
les  ,  par  arrêt  du  premier  Juillet  i  560, 

Les  fergens  de  la  douzaine  obtinrent  encore  le  7 
Oftobre  1575,  des  lettres  en  forme  de  déclaration, 
portant  qu'ils  jouiroient  de  pareil  pouvoir  &c  privi- 
lèges que  les  iizo  fergens  k  verge,  prifeurs  ,  ven- 
deurs au  châtelet,  prévôté  &  vicomte  de  Paris,  unis 
en  un  feul  corps  avec  40  autres  fergens  à  verge  ,  pri- 
feurs vendeurs  audit  châtelet. 

Mais  les  fergens  à  verge  s'étant  encore  oppofés  à 
l'entcrineinent  de  ces  lettres,  par  arrêt  du  6  Juin 
I  587  ,  iQsJèrgens  de  la  douzaine  turent  déboutés  de 
l'effet  de  ces  lettres ,  avec  défenfcs  à  eux  de  faire  au- 
cune privée  ou  vente  de  biens  meubles  en  la  ville  , 
banlieue  ,  prévôté  &  vicomte  de  Paris ,  de  faire  au- 
cuns exploits  ou  aftes  de  juflÉce  hors  la  ville  &  ban- 
lieue ,  à  peine  de  nullité,  &  de  s'entremettre  d'aller 
aux  barrières  avec  les  fergens  à  verge  ,  ni  de  fe  qua- 
lifier de  fergens  à  verge  ,  du  nombre  de  la  douzaine  au 
châtelet ,  prévôté  &  vicomte  de  Paris  ,  prifeurs  &  ven- 
deurs de  biens  ^  mais  feulement/ér^e/zj  de  la  douzaine 
Ju  chdtdct  de  Paris. 

Ils  ont  néanmoins  été  maintenus  dans  le  droit  de 
faire  les  mêmes  fondions  que  les  fergens  à  cheval  & 
i\.  verge  du  châtelet ,  par  deux  arrêts  du  confeil  des 
29  Mars  &  I  z  Juin  1677. 

Les  fergens  à  cheval  du  châtelet  de  Paris  ont  été  in- 
flitués  pour  faire  leur  fennce  à  cheval  dans  la  pré- 
vôté &  vicomte  de  Paris,  pour  tenir  la  campagne 
-SÛre,  &  pour  exploiter  dans  l'étendue  de  la  prévôté 
&  vicomte,  mais  hors  la  banlieue  qui  forme  les  li- 
mites du  diftrid  des  fergens  à  pié  ou  à  verge. 

On  ignore  quel  étoit  d'abord  le  nombre  des  fer- 
gens du.  châtelet,  foit  à  cheval  ou  i\  pié;  on  trouve 
ieulcment  que  Philippe-Ie-Bel,  par  fon  ordonnance 
<lu  mois  de  Novembre  1  302,  fixa  le  nombre  de  ces 
Jirgens  à  cheval  à  S'o  i  qu'en  ijQC),  il  fut  réduit  à  60  ; 


S  E  R 

qu'en  1311,  Philippe-le-Long  les  remit  ii  98.  Le  nom- 
bre xovA  des  fer  gens  du  châtelet  étoit  néanmoins  accru 
jufqu'à  700  ;  mais  en  1 3  27 ,  Philippe  deValois  rédui- 
lii  les  Jergens  à  cheval  à  80.  Le  nombre  en  étant  de- 
puis beaucoup  augmenté,  Charles  V.  par  édit  du  8 
Juin  I  569 ,  les  récluifit  à  220. 

Chacun  d'eux  devoit  donner  caution  jufqu'à  îa 
fomme  de  100  livres  de  bien,  &  loyalement  fer- 
genter;  ils  dévoient  avoir  un  bon  cheval  à  eux  ,  6c 
des  armes  fuffilantes  ,  lefquelles  dévoient  être  exa- 
minées par  le  prévôt  de  Paris  ,  &  deux  autres  per- 
fonncs  à  ce  commis. 

Philippc-le-Bel  reçut  en  1309  ,  plaintes  de  la  part 
du  peuple  fur  la  grande  multitude  6c  opprefïions  des 
fergens  à  cheval  6c  à  pié  du  châtelet  de  Paris  ,  pour 
les  grandes  extorfions  qu'ils  faifoient;  à  quoi  il  pour- 
vut par  fon  ordonnance  du  20  Avril  de  ladite  année. 
Il  diminua  ,  comme  on  l'a  dit,  le  nombre  des  fer- 
gens, 6c  ordonna  que  tou^s  fergens  de  cheval  &  de 
pié,  feroient  demcurans  en  la  ville  de  Paris,  &  oue 
nul  n'iroit  hors  la  ville  fans  impétrer  commande- 
ment du  prévôt  de  Paris ,  ou  de  ion  lieutenant ,  ou 
des  auditeurs. 

La  journée  de  ces  fergens  £utreglée  à  6  fols  parifis. 
Les  fergens  à  cheval  6c  à  pié  étoient  alors  la  feule 
garde  qu'il  y  eut  le  jour  dans  Paris  ;  c'efl  pourquoi 
cette  ordonnance  porte  que  toutes  les  fois  que  l'on 
criera  à  la ju (lice  le  roi,  qu'ils  viendront  tous  fans 
délai ,  &  que  quand  le  roi  viendra  à  Paris  ou  s'en 
ira,  ils  s'approcheront  du  prévôt  de  Paris  pour  faire 
ce  qui  leur  fera  commandé  ;  que  toutes  les  fois  qu'il 
y  aura  feu  en  la  ville ,  ou  quelque  affemblée  com- 
mune, ils  s'aflembleront  devers  le  prévôt;  &  que  fi 
quelqu'un  empêche  le' droit  du  roi ,  ils  le  feront  fa- 
voir  au  prévôt  ou  à  fon  lieutenant. 

Philippe-le-Long ,  par  fon  ordonnance  de  1 3  2 1  , 
dit  que  d'ancienneté  il  avoit  toujours  été  accoutu- 
mé cjue  les  fergens  à  cheval  ne  dévoient  point  fergen- 
ter  dans  la  banlieue  de  Paris ,  ni  ceux  de  pié  hors  la 
banlieue  ;  finon  en  cas  de  néceffité ,  il  ordonna  que  . 
cet  ordre  ancien  feroit  obfervé. 

Suivant  l'édit  de  leur  création  du  8  Juin  1369,  & 
les  lettres-patentes  &  ordonnances  rendues  en  leujr 
faveur  au  mois  d'Août  1492,  Décembre  1543,  20 
Novembre  1566,  Mai  1582,  Juin  1603,  13  Juin 
1 6 1 7  èc  1 644  ,  confirmés  tant  par  arrêts  du  confeil 
privé,  que  du  parlement ,  des  4  Mars  1600,  10  Mai 
1603  ,  24  Avril  1621  ,  4  Mars  &  17  Avril  1622,  de 
l'année  1648  ,  2  Janvier  1665  ,  &  autres  poflérieurs, 
ils  ont  non-feulement  la  faculté  d'exploiter  dans  toute 
rétendue  du  royaume  ,  mais  encore  celle  de  mettre 
à  exécution  tovues  lentences ,  jugemens ,  arrêts ,  Se 
autres  aûes ,  de  quelques  juges  qu'ils  foient  émanés, 
&  de  faire  leur  réfidence  où  bon  leur  femble;  de 
mettre  le  fcel  du  châtelet  à  exécution  exclufivement 
à  tous  autres  huilfiers ,  &  de  faire  dans  toutes  les  vil- 
les &  lieux  du  royaume  les  ventes  de  meubles,  à 
l'exception  de  la  ville  de  Paris ,  oii  il  y  a  des  huifliers- 
prifeurs  en  titre. 

Ils  ont  leurs  caufes  commifes  au  châtelet ,  tant  en 
matière  civile  que  criminelle. 

Les  derniers  édits  ont  attribué  aux  fergens  à  cheval 
le  titre  d'hui(Jlcrs fergens  à  cheval. 

L'édit  du  mois  de  Février  1705  ,  avoit  ordonné 
qu'ils  ne  feroient  qu'une  feule  &:même  communauté 
avec  les  fergens  à  verge  ;  mais  par  une  déclaration  du 
mois  de  Novembre  fuivant,  les  deux  communautés 
ont  été  féparées  comme  elles  l'étoient  précédem- 
meat. 

Les  fergens  à  verge  ou  à  pié,  qu'on  appelle  préfen- 
tement  haiffiers-fèrgens  àverge ,  étoient  dans  l'origine 
les  feuls  qui  failbicnt  le  fervice  dans  le  tribunal  Se 
dans  la  ville  ,  fauxbourgs  ,  6c  banlieue. 

Ils  étoient  obligés  de  demeurer  dans  la  ville ,  & 

être 


s  E  R 

être  toujours  prêts  à  s'affembler  auprès  du  prévôt  ; 
mais  il  ne  leur  étoit  pas  permis  d'aller  deux  en- 
lenible. 

Ils  le  lenoient  ordinairement  appuyés  fur  la  bar- 
rière qui  étoit  au-devant  du  châtelet,  pour  être  prêts 
au  premier  ordre  du  juge  ou  requifitoire  des  parties; 
dans  la  l'uite  on  leur  conftruilit  en  différens  quartiers 
de  Paris  ,  différens  corps-de-garde  qui  conferverent 
le  nom  de  harrUres  des  fcrgens. 

Le  nombre  de  ces Jergens  qui  étoit  devenu  exceflif, 
fut  réduit  en  1 3  2  i  à  133;  en  1 3  27  à  1 20  ;  depuis  il 
fut  augmenté  jufqu'à  onze-vingt  ou  220. 

Anciennement  ils  ne  pouvoient  exploiter  hors  de 
la  banlieue  de  Paris  ;  en  i  543  ,  on  donna  à  85  d'en- 
ti-e  eux  le  pouvoir  d'exploiter  dans  toute  la  prévôté 
&  vicomte  ;  &  en  1 5  50 ,  on  leur  accorda  à  tous  le 
même  pouvoir;  &  enfin  on  leur  a  donné  à  tous  le 
pouvoir  d'exploiter  par  tout  le  royaume ,  comme  les 
kuijjîers  à  cheval. 

Ils  faifoient  autrefois  les  prifées  de  meubles ,  mais 
préientement  elles  fe  font  par  les  huifïiers-prifeurs, 
qui  ont  été  tirés  de  leur  corps.  (  ^  ) 

Sergens  des  chefs-seigneurs  ,  étoient  ceux 
qui  étoient  commis  par  des  feigneurs  à  la  juftice  def- 
quels  reiTortiffoit  quelque  juftice  inférieure  ;  ils  ne 
pouvoient  faire  aucune  dénonciation  dans  les  jufti- 
ces  des  feigneurs  inférieurs;  de  même  qu'il  n'étoit 
pas  permis  à  ceux  des  jullices  inférieures  d'en  faire 
dans  les  juflices  des  chefs-feigneurs  ,  ainli  qu'il  efl:  dit 
dans  une  ordonnance  de  faint  Louis  ,  de  l'an  1268 
ou  1269. 

Sergent  chevalier,  eft  un  titre  queprenoient 
alitrefois  Itsjergens  à  cheval,  ce  qui  venoit  fans  dou- 
te de  ce  que  dans  les  anciennes  ordonnances  ces 
fortes  àefergens  font  nommés  équités  fervientes  ;  quel- 
ques-uns d'entre  eux  prennent  encore  abufivement 
ce  titre  de  chevalier,  mais  en  juflice  lorfqu'on  y  fait 
attention ,  on  leur  défend  de  prendre  cette  qualité. 

Sergens  a  cheval,  font  des  fergens  inftitués 
pour  faire  leur  fervice  à  cheval.  L'objet  de  leur  infli- 
tution  a  été  qu'il  y  eût  des  fergens  en  état  d'exécuter 
les  mandemens  de  juftice,  dans  les  lieux  les  plus 
éloignés ,  ce  que  ne  pouvoient  faire  les  fergens  à  pié , 
ou  du  moins  auffi  promptement.  Foye^  ce  qui  eft  dit 
ci-devant  des  fergens  à  cheval  à  VarticleàQS  SergenS 
DU  CHATELET. 

Sergens  chevaucheurs  étoient  des  gardes  des 
taux  &  forêts ,  créés  par  édit  du  mois  d'Août  1572, 
pour  vifiter  à  cheval  les  forêts  du  roi.  Plufieurs  fu- 
rent fupprimés  par  édit  du  mois  d'Avril  1667;  le 
refte  fut  fupprimé  en  vertu  de  l'ordonnance  de  1669, 
tu.  20.  art.  j .  &  en  leur  place  on  établit  d'autres  gar- 
des à  cheval ,  fous  le  titre  de  gardes  généraux. 

Sergens  cOLLECTEURS,ondonna  d'abord  ce  nom 
à  certains  fergens  royaux ,  qui  furent  inftitués  dans 
les  paroifles  par  l'édit  du  23  Oftobre  i  581 ,  pour  ex- 
ploiter &  faire  les  contraintes  à  la  requête  des  collec- 
teurs ,  fermiers  &  autres  commis  &  députés  à  la  re- 
cette des  aides ,  tailles  &  autres  droits  du  roi.  Ces 
fergens  étoient  comme  on  voit,  les  mêmes  que  ceux 
qu'on  z.'^^oWdxt  fergens  des  aides.,  tailles  &  gabelles. 

On  a  depuis  donné  le  nom  de  firgent  collecteur  ,  à 
l'officier  qui  dans  chaque  maîtrife  des  eaux  &  forêts 
ou  grurie,  cft  chargé  de  la  collefte  ou  recette  des 
amendes  qui  font  prononcées  au  profit  du  roi ,  pour 
raifon  des  délits  commis  en  matière  d'eaux  &  forêts. 
Ils  doivent  avoir  un  rôle  &  y  emmager  ce  qu'ils  re- 
çoivent ,  &  en  donner  quittance  ;  &  faute  par  eux 
de  pourfulvre ,  ils  font  garans  de  leur  négligence. 
Foyei  l'ordonnance  de  1669,  tlt.  j.  art.  24,  tit.  4. 
art.  j .  j) ,  de  tit.  6.  art.  6. 

Sergent  crieur  juré  ,  ou  procLimateur  public , 
c'eft;  unfergcnt  établi  dans  chaque  bailliage  ou  féné- 
cauffée  royale,  pour  faire  les  annonces  &  procla- 
Tome  Xr, 


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malions  publiques ,  aflîfté  d'un  ou  deux  jurés  tfom- 
pcttes.  Il  y  avoit  au  châtelet  de  Paris,  un  de  ces/èr- 
gent  crieur  juré.,  qui  a  été  incorporé  &  uni  au  corps 
des  fergens  à  verge.  Il  y  a  pourtant  encore  dans  ce 
fiege  un  crieur  juré.  Il  y  a  eu  de  femblables  offices 
de  fergens  crieurs  proclamateurs  généranx  ,  créés  danS 
chaque  bailliage.  On  trouve  dans  Joly ,  l'édit  de  créa- 
tion pour  Angers,  du  mois  de  Février  1581. 

Sergent  crieur  juré  ,  eft  celui  qui  eft  établi 
pour  faire  les  cris  &  proclamations  pubUques. 

Il  y  a  au  châtelet  de  Paris  un  fergent  crieur  Juré,  & 
un  trompette  juré ,  à  l'inftar  defquelsil  y  en  a  eu  d'é- 
tablis es  villes  oii  il  y  a  bailliages  &  fénéchauftees. 

Le  fergent  crieur  du  châtelet  de  Paris ,  eft  incorporé 
&  uni  au  corps  des  fergens  à  verge. 

Henri  III.  en  créa  dans  chaque  fiege  royal  de  là 
province  d'Anjou,  par  édit  du  mois  de  Février  1 58 1; 
F'oyei  Joly. 

Sergens  dangereux;  ainfi  appelles  parce  qu'ils 
furent  inftitués  par  édit  d'Henri  II.  de  l'an  i  •)  5  2 ,  pour 
conferver  le  droit  du  roi  dans  les  forêts  où  le  roi  a 
droit  de  tiers  &  danger ,  c'eft-à-dire  droit  de  dixiè- 
me ,  ou  dans  lefquels  il  a  fimplement  droit  de  danger. 
Ils  furent  révoqués  par  ordonnance  de  Charles  VII. 
de  l'an  141 3  ,  art.  2^8 ;  par  celle  de  Charles  IX.  en 
1563  ;  &  par  l'ordonnance  1 669. 

Sergens  de  la  douzaine  ,  voyei  ce  qui  en  eft 
dit  ci-devant  à  Varticle  des  Sergens  du  CHATELET 
DE  Paris. 

Sergent  de  l'épée  ou  du  plaît  de  l'épée,  aà 
placitumenfîs;  c'étoient  ceux  qui  exécutoient  par  la 
force ,  &  même  par  les  armes ,  les  mandemens  de  ju- 
ftice, fulvant  le  ckap.  v.  de  l'ancienne  coutume  dé 
Normandie:  voici  quel  étoit  l'office  de  ces  fergens. 
«  Sous  les  vicomtes,  dit  cette  coutume,  font  les yèr- 
»  gens  de  l'épée ,  qui  doivent  tenir  les  vues ,  &  faire 
»  les  femonces  &  les  commandemens  des  affifes ,  & 
»  faire  tenir  ce  qui  y  eft  jugé  ,  &  délivrer  par  droit 
»  les  namps  qui  font  prins ,  &  doivent  avoir  onze 
»  deniers  par  chacune  vue  qui  eft  foutenue ,  &  aufli 
»  de  chacun  namps  qu'ils  délivrent,  &  pour  ce  font- 
»  ils  appelles  fergens  de  l'épée  j  car  ils  doivent  jufti- 
»  cier  vertueufement  à  l'épée  &  aux  armes  tous  les 
»  malfaiteurs ,  &  tous  ceux  qui  font  diffamés  d'au- 
»  cun  crime  &  les  fuitifs  ;  &  pour  ce  furent-ils  éta- 
»  blis  principalenfent ,  afin  que  ceux  qui  font  paifi- 
»  blés ,  foient  par  eux  tenus  en  paix  ,  &  les  malfai- 
»  teurs  fufiTent  punis  par  la  roideur  de  juftice ,  &  par 
»  eux  doivent  être  accomplis  les  offices  de  droit. 
»  Les  bedeaux,  dit  ce  même  texte,  font  mendres 
»  fergens,  qui  doivent  prendre  les  namps,  &  fair^ 
»  les  offices  qui  ne  font  pas  fi  honnêtes ,  &  les  men- 
»  dres  femonces  ».  On  voit  par-là  que  les  fergens  de 
l'épée  avoient  fous  eux  d'awxxes  fergens.  L'ordonnan- 
ce du  20  Avril  1309,  dit  que  les  fergens  du  plait  de 
l'épée  donneront  plege  fuffifant  pour  eux  &  pour  leurs 
{ows-fergens ,  de  loyaument  fergenter  &  répondre  de 
leurs  faits.  La  charte  aux  Normans ,  porte  que  nul 
fergent  de  l'épée  ne  pourra  faire  exercer  fon  office  par 
un  autre  fous  peine  de  le  perdre  ;  dans  d'autres  let- 
tres ,  datées  du  22  Juillet  i  3  j  5  ,  où  le  fergent  de  l'épée 
eft  nommé  ferviens  nofler  fpade  ,  il  eft  dit  qu'il  ne 
pourra  louer  fon  office  à  perfonne.  Voye^^  le  gloffairc 
de  M.  de  Lauriere ,  au  mot  fergent. 

Sergens  extraordinaires  des  Heutenans  cri- 
minels, étoient.  des  fergens  qui  furent  établis  outre  les: 
fergens  ordinaires  du  tribunal ,  pour  faire  le  fervice' 
auprès  du  lieutenant  criminel ,  &  faire  tous  ex- 
ploits en  matière  criminelle  feulement.  Ils  furent  in- 
ftitués par  Henri  II.  en  1552.  Ces  offices  ont  depuis 
été  fupprimés  &  réunis  aux  autres  offices  de  fcgens 
&  huiiîiers  ordinaires.  - 

Sergent  fermier  étoit  celui  qui  tcnoità  ferme 
un  office  de  fcrgcnterie  ;  ce  qui  fut  défendu  par  \qs 

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ordonnances  :  il  en  cft  parlé  dans  la  coutume  de  Bre- 
tagne ,  art.  6 y  4. 

Sfrgfnt  FfcODÉ  eft  la  même  chofe  o^wc  firgent 
fieffé  ;  on  dit  préientcment  /^'■n'cWf /c//^'.  f'oyei  ce  qui 
ertdit  ci-;iprés  nu  wpr  Sergent  FIEFFÉ. 

SlRGFNT  Kk(lDÉ,  FIEFFÉ  OU  DU  FIFF,OUCOmme 

on  diloit  autrefois  Sergent,  eft  celui  qui  tient  l'of- 
fice de  lerot-ntcrie  en  tief.  Ces yi-r^f/^^f  étoicnt  fiijets 
A  certains  devoirs  pour  raiCon  de  leur  tiet.  Il  en  eft 
parle  dans  un  titre  de  Tévcché  de  Paris ,  de  Tan  i  m  ; 
dans  une  autre  charte,  de  l'an  1130;  dans  Matthieu 
Paris ,  A  l'an  1156;  dans  les  alfiies  de  .léruCalcm  ,  ch. 
cxc.  comme  aufli  dans  un  arrêt  <le  la  Chandeleur,  de 
l'an  1 169  ;  &  dans  un  autre  du  parlement  de  la  Pente- 
côte, de  l'an  i  27  3 .11  y  a  encore  en  plufieurs  endroits  de 
CCSji'liens  féodcsowJieffcsXQ  fcrgent  féodéowfieffiaàzns 
certains  lieux  charge  &  pouvoir  de  faire  les  exploits 
ncceffaires  ,  pour  la  recherche  &  confcrvation  des 
droits  féodaux  du  feigneur.  Il  reçoit  les  cens  ,  rentes, 
coutumes  ,  &  autres'  devoirs  du  leigneur.  Il  a  même 
en  quelques  lieux,  comme  A  Senhs ,  quelque  jurif- 
diélion  ,'&  peut  commettre  trois  (ow^-firgens ,  deux 
à  cheval  ik.  un  à  verge,  qui  font  inlHtués  par  le  bail- 
li ,  61  révocables  il  volonté.  A  Dun-le-roi  en  Berri, 
&  en  quelques  autres  lieux,  cet  office  eft  héréditai- 
re ,  &  tenu  en  hommage  du  roi.  Au  châtelet  de  Pa- 
ris il  y  a  quatre  offices  de  fcrgcnsfofcs.   f^oye^  Ser- 

GENS  DU  CHATELET. 

Voyei  la  coutume  de  Scnlis  ,  art.  Sy\  les  arrêts  du 
parlement  de  Paris ,  du  16  Juillet  1351  ,3  Juin  139 1; 
les  ordonnances  de  l'échiquier  de  Normandie,  de 
l'an  1426  ;  V ancienne  coutiitnc  de  Normandie  ,  ch.  xv. 
art.  /  2  /  ;  le  jlyli  du  châtelet  de  Paris  &  d'Orléans,  in 
fine  ;  l'auteur  du  grand  coutumier .,  lib.  I.  ch.  ij  ;  la  cou- 
tume de  Bretagne  ,  art.  11  ;  l'ordonnance  de  Charles 
VI.  de  l'an  1 4 1 3  ;  Joly  ,  des  offices  de  France ,  tom.  il. 
lib.  III.  lit.  JS  ;  Eroâeau ,  fur  Paris .,  art.  1.  n° .  14. 
SeRGENS    DES   FOIRES    DE    CHAMPAGNE  ET  DE 

Brie  ,  étcyent  ceux  qui  étoient  établis  par  le  juge 
confervateur  de  ces  foires,  pour  exécuter  (es  man- 
demens ,  &  les  aftes  paftés  fous  le  fcel  de  ces  foires. 
Le  nombre  en  étoit  fi  exceffif,  que  Philippe  le  Long, 
par  des  lettres  du  mois  de  Juin  1 3  17  ,  les  réduifit  à 
j  40 ,  I  20  à  cheval  &  20  à  pié. 

Sergent  forestier  eft  celui  qui  eft  prépofé  à 
la  garde  des  bois  &  forets  du  roi  ;  ces  fortes  de  fer- 
gens  font  préfentement  appelles  yc/-^e«5  à  garde.  Foye^ 
Sergent  a  garde. 

Sergent  franc  eft  un  garde  que  certains  fei- 
gneurs  ont  pour  la  confervation  de  leurs  bois ,  ou 
pour  la  prife  &  la  garde  des  beftiaux  trouvés  en  dé- 
lit, Foyei  leglojjaire  de  M.  de  Lauriere.  (^) 

Sergent  a  garde,  ce  font  ceux  qui  font  prépo- 
fés  à  la  garde  des  forêts  du  roi  ;  ils  ne  peuvent  taire 
aucuns  exploits  que  pour  le  fait  des  eaux  &  forêts, 
&  chaftes  de  fa  majelté. 

Ces  offices  Ibnt  fort  anciens.  Suivant  l'ordonnan- 
ce de  Philippe  le  Long ,  de  l'an  131^,  ils  ii'étoient 
mis  ikinftitués  qu'à  la  délibération  du  grand-con(eil, 
dans  les  endroits  où  ils  étoient  jugés  neceftaires.  De- 
puis, par  édit  d'Août  1526,  &  autres  édits  pofté- 
rieurs  ,  il  en  fut  établi  en  divers  lieux  pour  la  garde 
&  confervation  des  forêts  du  roi.  Les  maîtres  des 
eaux  &  forêts  ne  laifl(:>ient  pas  d'en  établir  où  ils  ju- 
geoient  ù  propos ,  à  l'exemple  des  baillis  &  léné- 
chaux  ;  mais  ce  droit  leur  fut  ôté  par  ïurtlcle  4S.  de 
l'ordonnance  de  i  549 ,  &  il  n'y  a  que  le  roi  oui  les 
puùTe  inftittier  ;  mais  ils  peuvent  être  deftitucs  par 
les  grands-maîtres,  lelquels  peuvent  commettre  en 
leur  lieu,  en  cas  de  prévarication. 

On  ne  doit  en  recevoir  aucun  que  fur  information 
de  vie  &  mœurs ,  &  par  témoins  adminilrrés  par  le 
procureur  du  roi;  6c  ils  doivent  favoir  lire  6c  écrire. 

Ils  doivent  être  affidus  en  leurs  gardes ,  6c  ne  s'en 


S  E  R 

abfenter  que  pour  caufe  de  maladie  ou  autre  excuf(î 
légitime ,  en  demandant  pcrmiffion  au  maître  parti- 
culier &  procureur  du  roi  ,  qui  iùbftituent  en  leur 
place. 

Ils  font  obligés  d'avoir  chacun  un  reglftre  cotté  & 
paraphé  du  maître  &  procureur  du  roi,  pour  y  inf- 
crire  leurs  procès-verbaux  de  vifite  ,  rapports,  ex- 
ploits 6c  tous  autres  ades  ,  enfemble  l'extrait  de  la 
vente  ordinaire  6c  extraordinaire,  &  l'état ,  tour, 
qualité  6c  valeur  des  arbres  chablis  ou  encroués,  & 
généralement  tout  ce  qu'ils  font  en  vertu  de  leur  ml- 
niftere. 

Leurs  procès-verbaux  doivent  être  jugés  foramai- 
rement,  par  les  officiers  à  la  prochaine  audience. 

Ils  fignent  les  procès-verbaux  des  gardes  mar- 
teaux, lefquels  doivent  les  appeller  à  leurs  vifites. 

Le  nombre  des  fergens  à  garde  eft  diviié  en  deux 
parties  ,  qui  comparoiffient  alternativement  à  l'au- 
dience de  la  maîtrife  ou  grurie,même  aux  affifes  , 
pour  les  informer  de  l'état  de  leurs  gardes,  y  préfen- 
ter ,  affirmer  &  faire  enregiftrer  leurs  rapports  ,  fur 
lefquels  les  juges  peuvent  condamner  à  des  peines 
pécuniaires ,  quoiqu'il  n'y  ait  aucune  autre  preuve 
ni  information  ;  pourvu  que  les  parties  acculées  ne 
propofent  pas  de  caufe  fuffifante  de  récufation. 

L'ordonnance  les  rend  refponfables  de  délits  com- 
mis en  leur  garde ,  faute  d'en  avoir  fait  leur  rapport, 
&  de  l'avoir  mis  au  greffe  deux  jours  au  plus  tard 
après  le  délit  commis ,  ou  faute  de  nommer  dans  leur 
rapport  les  délinquans,  &  d'avoir  marqué  le  lieu  du 
délit  &  les  autres  circonftances. 

Tout  ce  qui  concerne  les  fondions  de  ces  fergens 
à  garde  eft  expliqué  fous  les  tit.  ;^.  ^.G.y.  10.  n.  iS. 
ly.  18.  ic).  XI.  2j.  z5.  ly.  Jo.  ji.  6*  32.  de  l'ordon- 
nance des  eaux  6c  forêts. 

Sergent  garde-pêche,  eft  un  fergentdes  eaux 
&  forêts ,  établi  dans  une  maîtrife  ou  gru rie,  pour 
veiller  à  la  confervation  des  eaux  &  pêches  fur  les 
fleuves  6c  rivières  dans  l'étendue  de  fon  diftrift.  Ces 
fergens  font  pour  les  eaux  &  la  pêche,  cequelesy^r- 
gens  à  garde  font  pour  les  bois.  Foyei  les  tit.  ix.  6*  j  /. 
de  l'ordonnance  de  1669. 

Sergent-gardien,  étolt  celui  qui  étoit  chargé 
de  veiller  à  la  confervation  de  quelque  lieu  qui  étoit 
Ibus  la  fauve-garde  du  roi.  Tous  les  lieux  qui  étoient 
fous  la  fauve-garde  royale  avoient  des  fergens  royaux 
pour  gardiens  particuliers;  on  peut  voir  à  ce  fujet  les 
différentes  lettres  de  fauve-garde  qui  font  rapportées 
dans  le  recueil  des  ordonnances  de  la  troifieme 
race. 

Sergens  de  garnison,  dans  les  anciennes  or- 
donnances font  ceux  que  l'on  établit  en  garnifon  chez 
les  parties  faifies  ,  pour  les  contraindre  de  payer. 

Sergens  généraux,  étoient  desyêrg'e/zi  royaux 
qui  avoient  le  pouvoir  d'inftrumenter ,  non  pas  feu- 
lement dans  le  diftrift  d'une  juftice  royale  ,  mais  dans 
toute  l'étendue  d'une  province  ;  il  y  en  avoit  en  Nor- 
mandie qui  furent  fupprimés  par  une  ordonnance  du 
roi  Jean  ,  du  5  Avril  1350. 

Sergent  a  loi  ^frviens  ad  Ugem ,  eft  un  titre  ufî- 
té  en  Angleterre ,  pour  exprimer  un  grade  que  l'on 
acquiert  en  jurifprudence  6c  qui  eft  le  feul  grade 
conn  I  en  ce  genre  ,  les  titres  de  bachelier ,  de  licen- 
cier 6c  de  doàeur ,  n'y  étant  point  ufités. 

Ce  titre  fe  confère  avec  beaucoup  de  folemnité  & 
de  dépenfe;  c'eftun  degré  pour  monter  au  plus  hau- 
tes dignités  :  pour  l'acquérir,  il  faut  avoir  étudié  les 
lois  au  moins  pendant  feize  ans  ;  ce  font  proprement 
des  dodeurs  en  droit  qui  exercent  la  profeffion  d'a- 
vocat &  de  jiirifconfulte,  avec  de  certaines  diftinc- 
tions  au-deffus  des  fimpies  avocats. 

Il  y  a  ordinairement  en  Angleterre,  (\x fergens  à\x 
roi  à  loi  &  deux  en  Irlande.  Il  y  a  d''a\i\.r es  fergens 
à  loi  communs  ;  il  y  en  a  ordinairement  vingt  en  An- 


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gleterre ,  &  deux  en  Irlande  ;  il  pmit  y  en  avoir  da- 
vantage. 

■Les  fergens  du  roi  peuvent  pour  toutes  perfonnes 
autres  que  le  roi. 

Les  fergens  communs  peuvent  travailler  contre 
tous>  Foye:^  \q  glojfaire  de  Ducange  au  mot  fervientes 
Md  legem, 

Sergens  LOUVETIERS  ,  c'étoient  des  fergens  des 
forêts  du  roi ,  établis  iinguliérement  pour  donner  la 
chalTe  aux  loups,  &  pour  faire  devant  les  maîtres  & 
gruyers  leur  rapport  des  prifes  qu'ils  auroient  faites; 
il  en  efl  encore  parlé  dans  le  règlement  des  eaux  & 
forêts  du  mois  de  Mai  1592.,  ^rt.  j  2. 

Sergent  maître  ,  ell  la  même  chofe  que  gruyer 
ou  verdicr.  Selon  Saint- Yon ,  dans  fon  traité  des  Eaux 
&  Forêts  ,  gruyer,  foreftier,  verdier,  fegrayer,  châ- 
telain, concierge  ^fergent  maître ,  maître  garde,  n'ell 
cju'un  même  office  ,  ayant  même  fonction ,  pouvoir, 
jurifdidion  &  connoiffance  première  des  délits  qui 
fe  commettent  es  forêts  jufqu'ù  60  fols  ,  appelle  di- 
verfement  félon  les  lieux,  en  quoi  Ragneau  s'eft  mé- 
pris dans  fon  indice  fur  le  mot  vsrdier^  où  il  fuppofe 
que  le  verdier  eu  en  plus  grande-  charge  que  le  fer- 
gcnt  maître^  &  aufïï  qu'il  connoît  des  amendes  coutu- 
miers;  car  il  ne  connoît  que  des  amendes  légales  juf- 
qu'à  60  fols  ,  c'eft-  à-dire  de  celles  qui  font  taxées 
par  les  ordonnances  ,  lefquelles  amendes  légales  Ra- 
gneau a  apparemment  entendu  parle  termes  de  cau- 
tumiers.  Foyei  la  note  de  M.  de  Lauriere /«/•/«  tom.  I. 
des  Ordonnances  ^  p,  46'4. 

Sergent  maître  ou  Sergent  garde  des  Mé- 
T/ERS.  Foyei  ci -après  l'article  SerGENS  DES  MÉ- 
TIERS. 

Sergent  a  masse  ,  ferviens  adclavam  ,  c'eft  le  ti- 
tre que  prenoient  &  que  prennent  encore  certains 
huifliers ,  qui  dans  leur  inftitution  portoient  des  maf- 
jïs  ;  il  en  eft  parlé  dans  la  coutume  du  Hainault ,  qui 
les  appelle  y^r^é/zi  à  majfe  d'argent  au  bailliage  d'A- 
miens. Il  y  a  \m\t  fergens  à  majje  à  la  juftice  civile. 

Sergent  messier  ou  Sergent  messilier  ,  mef- 
fium  cuflos^  eft  un  des  habitans  d'une  paroiffe  qui  eft 
commis  par  le  juge  pour  la  garde  des  moiffons  ;  on 
les  appelle  viiWems  fergens  blaviers. 

Sergent  des  Métiers  ,  étoient  ceux  qui  avoient 
la  garde  &  infpeâion  fur  les  perfonnes  d'un  certain 
état  &  métier  ;  on  les  appelloit  aufîi  fergens  &  gardes 
ou  fergens  maîtres  d'un  tel  métier  ;  il  eft  parlé  dans 
ime  ordonnance  du  mois  de  Mai  1 360  ,  des  fergens  6c 
maîtres  de  la  draperie  ,  ou.  fergens  &  gardes  de  ce  mé- 
tier ;  c'eft  de-là  que  les  gardes  &  jurés  des  commu- 
nautés d'arts  &  métiers  tirent  leur  origine. 

Sergens  de  l'Ordonnance  des  Foires  de 
Champagne  et  de  Brie.  Foye^  Sergens  des 
Foires  de  Champagne  et  de  Brie. 

Sergent  de  la  paix  ,  dans  la  coutume  de  Va- 
lenciennes ,  art.  ij8.  font  les  fergens  des  jurifdiftions 
ordinaires  ;  ils  font  ainfi  appelles  ,  parce  que  dans 
le  pays  l'auditoire  du  juge  dont  ils  font  les  miniftres 
eft  appelle  maifon  de  paix. 

Sergent  du  parloir  aux  Bourgeois  ,  étoient 
ceux  qui  exécutoient  les  mandemens  ou  commiftions 
du  bureau  de  la  ville  de  Paris  appelle  anciennement 
le  parloiier  aux  bourgeois  ;  ces  Jèrgens  jomffoient  des 
mêmes  privilèges  que  les  archers  &  arbaleftriers  de 
la  ville  de  Paris  ,  excepté  feulement  pour  les  forti- 
fications &  réparations  de  la  ville  pour  l'arriere-ban 
&  pour  la  rançon  du  roi.  Foye^  l'Ordonn.  de  Louis 
XI.  du  mois  de  Novembre  1465. 

Sergent  du  petit  scel  de  Montpellier  , 
étoient  ceux  qui  fervoient  près  la  cour  du  petit  fcel 
de  Montpellier  ;  ils  étoient  obliges  de  comparoître  en 
perfonne  à  Montpellier  tous  les  ans  le  jour  de  la  S. 
Louis ,  il  en  eft  parlé  dans  l'Ordonnance  de  Charles 
y III.  du  18  Décembre  1490. 
Tome  XF. 


S  E  R 


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Sergent  a  pié  oa  a  verge  ,  eft  celui  qui  par 
fon  inftitution  doit  faire  le  fervice  à  pié  ,  foit  auprès 
du  juge  ,  foit  dans  l'étendue  de  la  jurifdiftion,  à  la 
différence  des  fergens  à  cheval  qui  ont  été  inftitucs 
pour  faire  le  fervice  à  cheval.  Fcye:^  ce  oui  eft  dit 
ci-devant  des  fergent  à  verge  à  Varticle  des  Sergens 
DU  CHATELET  DE  PaRIS. 

Sergent  du  plaît  de  l'épée  ,  feu  ad plaàtum. 
cnfis,  étoit  la  même  chofe  que  fergent  de  l'épée.  Foye^ 
ci-devant  SerGENT  DE  L'ÉPÉE. 

Sergent  prairier  ,  eft  un  des  habitans  d'une 
paroilfe  qui  eft  commis  par  la  juftice  à  la  garde  des 
prés. 

Sergent  prevôtaiïie,  en  la  coutume  de  Mehun- 
fur-Eure  ,  en  Berry  ,  eft  \e  fergent  du  prévôt. 

Sergent  de  querelle  ;  on  donnoit  autrefois  ce 
nom  au  fergent  qui  faifoît  les  ades  dans  les  cas  de 
duels  ,  on  l'appelloit  ainfi  par  oppofition  au  titre  de 
Jergent  de  la  paix  ou  de  paix ,  que  l'on  donnoit  à  ceux 
qui  faifoient  le  fervice  Ae  fergens  dans  le  tribunal,  ou 
qui  faifoient  les  autres  exploits  en  matière  conten- 
tieufe. 

Dans  la  coutume  de  Normandie ,  art.  63 .  le  fer- 
gent de  la  querelle  eft  le  fergent  ordinaire  de  l'adion 
ou  du  lieu  où  le  différent  des  parties  eft  pendant. 
Foye:^  Beraultyâr  cet  article. 

Sergens  routiers  ou  traversiers  ,  étoient 
des  gardes  des  eaux  &  forêts  ,  créés  par  l'article  21: 
de  l'édit  de  Janvier  1583,  dont  les  fondions  étoient 
de  brofler  &  traverfer  les  forêts  ,  routes  &  chemins 
d'icelles  ;  plufieurs  furent  fupprimés  par  édit  du  mois" 
d'Avril  1667 ,  le  refte  fut  fupprimé  par  l'ordonnsnce 
de  1669,  lit.  10.  art.  j.  Se  en  leur  place  on  établit 
des  gardes  généraux  à  cheval.  Foyei  Sergens  che- 
vaucheurs  ,  Sergens  a  garde  ,  Sergens  tra- 
versiers ,  Maîtres  Sergens. 

Sergent  du  roi  ou  Sergent  royal  ,  eft  celui 
qui  a  été  inftitué  par  le  roi.  Les  vieux  praticiens  di- 
fent  que  fergent  à  roi  ejl  pair  à  comte  ,  ce  qui  vient  de 
ce  qu'anciennement  un  pair  ne  pouvoit  être  affigné 
que  par  fes  pairs  ;  de  forte  qu'un  comte  ne  pouvoit 
être  femons  ou  ajourné  que  par  un  autre  comte:  mais 
comme  dans  la  fuite  on  fe  relâcha  de  ce  cérémonial 
&  que  les  pairs  furent  afîîgnés  par  un  ftmple  huifTiel: 
royal ,  ainfi  que  cela  fut  pratiqué  en  1 470  à  l'égard 
du  duc  de  Bourgogne  accufé  de  crime  d'état  ;  cette 
nouvelle  forme  de  procéder  fît  dire  que  fergent  à  roi 
ou  du  roi  ,  étoit  pair  à  comte.  Foyei  Loifel  en  fes 
injiitutes  ,  tit.  des  perfonnes  ,  n,  ^1. 

Sergent  royal  ,  eft  celui  qui  tient  fes  provifions 
du  roi  :  l'inftitution  des  fergens  royaux  eft  prefquô 
aufîl  ancienne  que  la  monarchie  ;  au  commencement 
ils  étoient  choifis  par  les  baillifs  ou  les  fénechaux , 
ce  qui  devoir  fe  faire  en  pleine  afTife. 

Les  baillifs  &  fénechaux  pouvoient  auffi  les  defti^ 
tuer,  quoiqu'ils  euffent  des  lettres  du  roi  :  ils  étoient 
refponfables  des  fujets  qu'ils  avoient  nommés  aux 
places  vacantes. 

Les  fergens  royaux  zv oient  néanmoins  dès-lors  des 
provifions  du  roi ,  pour  lefquelles  ils  payoient  au  roi 
un  droit  :  Philippe  le  Long  &  Charles  le  Bel  leur  fi- 
rent payer  une  finance,  &  le  roi  ordonna  que  le  nom- 
bre en  feroit  fixé. 

Ils  étoient  obligés  de  donner  caution  j  &  d'exer- 
cer leur  office  en  perfonne  ,  s'ils  le  louoient  à  un  au- 
tre ,  ils  s'expofoient  à  le  perdre  ,  ils  avoient  cepen- 
dant des  fubftituts ,  car  fi  le  roi  donnoit  une  fergen- 
terie  à  quelqu'un  qui  ne  vouloit  pas  l'exercer  ,  Ion 
fubftitut  ne  devoit  être  reçu  que  comme  les  frgens  y 
avec  le  coofeil  de  10  ou  iz  perfonnes,  &  en  don- 
nant caution,  quand  même  celui  dont  ils  remplifîbient 
la  place ,  en  auroit  donné  une. 

Ils  ne  pouvoient  ajourner  fans  ordre  des  juges ,  ni 

M  ij 


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S  E  R 


S  E  il 


faire  aucune  exccvmon  en  des  lieux  éloignes  Tans 
Coniininion. 

'ï'oiir  ce  qui  cft  de  leur  dillriél ,  ils  ne  pouvoicnt 
f«rf  enter  généralement  dans  tout  un  bailliage  ;  mais 
chacun  d'eux  leulement  dans  une  chfitellenie  ou  pré- 


voie. 


Eux  ("euls  avoient  droit  de  faire  toutes  exécu- 
tions pour  les  dettes  du  roi  ;  mais  ils  ne  pouvoient 
pas  contraindre  les  fujets  desfeigncurs  à  les  faire  por- 
teurs de  leurs  lettres  ,  fous  prétexte  qu'elles  éloient 
pafloes  fous  le  ijjcl  royal. 

Ils  pouvoicnt  être  arrêtés  par  ordre  des  fcigneurs  , 
s'ils  alloient  tiiire  de  nuit  des  exécutions  dans  leurs 
juilices. 

Il  leur  étoit  défendu  en  général  d'exercer  leur  of- 
fice dans  les  terres  des  feigneurs  qui  avoient  haute 
&  baffe  juftice  ,  finon  dans  le  cas  du  reffort  ou  dans 
les  autres  cas  qui  appartiennent  au  roi ,  fuivant  le 
droit  &c  la  coutume  ,  &  alors  ils  ne  pouvoient  ex- 
ploiter fans  un  mandement  du  juge  royal ,  dans  lequel 
fiu  contenu  le  cas  royal. 

Il  ne  leur  étoit  pas  non  plus  permis  d'établir  leur 
domicile  dans  les  terres  des  feigneurs  haut  jufticicrs 
ou  des  prélats ,  k  moins  qu'ils  n'y  fulfent  nés ,  ou 
qu'ils  n'y  tlilfent  mariés  :  ils  ne  pouvoient  même  en 
ces  deux  cas  y  taire  aucune  fondion  de  leur  office  , 
même  dans  les  cas  de  reifort ,  &  dans  les  cas  royaux; 
&  ils  cco^ent  fouijàs  à  la  jurifdiftion  tant  fpirituelle 
que  temporelle  des  prélats  &C  des  feigneurs  ,  en  tout 
ce  qui  ne  concernoit  pas  la  fondion  de  leur  of- 
fice. 

Outre  les  fetgins  des  juftices  royales ,  i!  y  avoit 
encore  d'AUtrcs/crgens  pour  le  fervice  du  roi  ;  cha- 
que receveur  des  deniers  du  roi  pouvoit  avoir  deux 
Jergcns  à  fes  ordres  ;  s'il  en  avoit  befoin  d'un  plus 
grand  nombre  ,  il  devoit  fe  fervir  de  ceux  du  bail- 
liage. C'eft  probablement  là  l'origine  àçsfirs^ens  ou 
huiiàers  des  tailles,  Louis  Hutin  permit  auifi  au  col- 
leciour  des  décimes  dans  la  province  de  Reims  de 
créer  àcsfergtns  &c  de  les  révoquer.  (^) 

Sergent  seigneurial  ou  Subalterne  eft  un 
firgent  non  royal  commis  par  un  feigneur  pour  ex- 
ploiter dans  fa  juftice.  f^oyci  Sergent  royal. 

Sergent  ^JîmpU ,  cette  qualité  eft  donnée  par  les 
anciennes  ordonnances  auxfergcns  des  forêts  ,  pour 
les  diftinguer  des  mh\trcs  fergens  ,  qui  étoient  la  mê- 
me chofe  que  les  verdiers  ou  châtelains,  f^oye:;^  l'or- 
donnance de  Philippe  de  Valois  du  29  Mai  1346. 

Sergfnt,  fous- ^  ctoient  des  fergens  inférieurs, 
qui  croient  commis  par  un  fergcnt  fieffé.  Foyei  ci- 
devûnt Se RGhViT  FIEFFÉ. 

Sergent  DES  TAILLES,  voye^  ci-devant  au  mot 
Huissier  des  tailles  &  Sei'.gent  des  aides  , 

TAILLES   &  gabelles. 

Sergent  traversier,  toyeici-devant Sergrî^t 

ROUTIER. 

Sergent  a  verge  ,  eft  un  fergem  qui  fait  le  fer- 
vice  à  pic  :  on  a  donné  à  ces  fergens  le  furnom  de  fer- 
gens  à  vcge,  parce  que  dans  leur  inftitutionils  éloient 
obligés  de  porter  une  verge  ou  bâton  femc  de  fleurs- 
de-lis  ,  pour  marque  de  l'autorité  de  juftice  en  vertu 
de  laquelle  ils  agiflént.  Ils  touchoient  de  cette  verge 
ou  iwguette  ceux  contre  lefquels  ils  faifoient  quel- 
que exploit,  f^oyei  ce  qui  eu  dit  ci-devant  des  /èr- 
gtnsà  verge kVarticU  des  SerGENS  DU  ChasTELET. 

(^^) 

Sergent  ,  c'eft  dans  fan  militaire^  un  foldat  qui 

a  paflc  par  les  degrés  d'anlpcffade  &  de  caporal  ,  & 
dont  les  principales  fondions  lont  de  veiller  à  ce  que 
lesfoldats  fafTent  leur  fervice  ,  6c  à  leur  apprendre  le 
maniment  des  armes. 

Le  fcrgent  eft  un  bas  officier  dans  les  compagnies 
d'infanterie,  comme  1©  maréchalde-logis  l'cft  dans 
ctlL'sdc  cavalerie. 


Lcs/fr^^/z5  tiennent  un  rôle  du  nom  des  fcldatsSC 
de  leurs  logemcns.  Ils  doivent  les  vifiter  le  foir  &  le 
matin,  liirrout  après  que  la  retraite  eft  battue  ,  afin 
de  connoître  ceux  qui  font  libertins  ou  débauchés, 
&  de  les  faire  châtier.  Ce  font  eux  qui  pofcnt  le 
corps-de-garde  &  les  fentincUes  dans  les  endroits 
qu'on  a  marqués.  Ils  vont  prendre  Tordre  du  major 
de  la  place  tous  les  foirs.  Ils  s'aftemblent  en  fond  au- 
tour de  lui  dans  la  place  d'armes  ,  &  ils  ont  le  cha- 
peau bas.  Le  major  donne  le  mot  à  l'oreiKe  au  plus 
ancien  ,  qui  eft  à  fa  droite.  Celui-ci  le  dit  de  même 
au  f  ilvnnt  ;  ainfi  ce  mot  fait  le  tour  du  cercle,  &  re- 
vient au  major  ,  qui  connoît  par-là  fi  tous  l'oiu  rete- 
nu. Foye^  Mot. 

Lorfqu'une  compagnie  eft  en  mr.rclie  ,  les  fergens 
font  fur  les  aîles  pour  faire  drelfer  les  rangs  &  les  fi- 
les ,  &  pour  empêcher  que  les  foldats  ne  s'écartent. 
Ce  font  eux  qui  reçoivent  les  vivres  &  les  munitions 
des  compagnies ,  qu'ils  donnent  enfuite  aux  capo- 
raux ,  lefquels  en  font  la  répartition  à  leurs  efcoua- 
des. 

Le  capitaine  choifit  parmi  les  fergens  celui  qui  efî: 
le  plus  entendu  &  le  plus  fidèle  ,  &  il  le  charge  du 
prêt.  Foye^  Prêt.  (Q) 

Sergens  d'armes  ,  dit  en  latin  ,  ferv'untzs  armo-^ 
rum  ,  furent  une  garde  inftituée  par  Philippe  Augufte 
pour  la  confervation  de  fa  perfonne. 

Ce  prince  forma  cette  garde  à  l'occafion  du  vieux  de 
la  Montagne  ,  petit  prince  dans  l'Afie  vers  laTerre- 
fainte,  fameux  par  les  entreprifes  que  faifoient  fes  fur 
jets  fur  la  vie  des  princes  à  qui  il  en  vouloit. 

Les  armes  des  fergens  it armes  étoient ,  outre  la 
mafî'e  d'armes, l'arc  &  les  flèches.  Ils  avoient  auffi  des 
lances.  Cette  garde,qui  étoit  d'abord  affez  nombreufe, 
fut  diminuée  par  Philippe  de  Valois  ,  &  cafTée  par 
Charles  V.  pendant  la  prifon  dit  roi  Jean  fon  père. 
Daniel ,  ^//i.  de  la.  milice  franco  fe,  (Q) 

Sergent  de  bataille  ,  c'étoit  un  officier  d'un 
grade  inférieur  à  celui  de  maréchal  de  bataille  ;  mais 
dont  les  fondions  approchoient  de  celles  des  infpec- 
teurs. 

Le  père  Daniel  croit  que  la  charge  de  fergent  de 
bataille  a  cefté  depuis  la  paix  des  Pyrénées ,  &  que  les 
fondions  de  ces  fortes  d'officiers  varioient  félon  la 
volonté  des  princes. 

Il  y  a  dans  les  troupes  d'Allemagne  &  d'Efpagne 
des  fergens  généraux  de  bataille  ,  tant  pour  l'infanterie 
que  pour  la  cavalerie ,  qui  ont  en  quelque  façon  dans 
leur  diftrid  le  même  commandement  que  les  maré- 
chaux-de-camp  dans  nos  armées.  (Q)  i 

Sergent  en  loi  ,  (  Hifl.  mod.  d'Angleterre.  )  fcr- 
viens  ad  legem  ;  les  fergens  en  loi ,  font  des  dodeurs 
en  droit  civil ,  au-defl\is  des  dodeurs  en  droit  ordi- 
naire. Ils  ne  plaident  qu'à  la  cour  des  communs  plai- 
doyers ;  &  le  roi  en  choifit  ordinairement  deux  ou 
trois  ,  qui  font  l'office  de  fes  avocats  ,  &  qui  parlent 
pour  lui ,  principalement  dans  les  procès  criminels, 
oii  il  s'agit  de  trahifon.  (Z).  /.  ) 

Sfrgens  dangereux  ,  {^Eaux  &  Forêts.')  officiers 
des  forêts  qui  furent  inftitucs  par  édit  de  Kenri  IL 
l'an  1552,  pour  conferver  le  droit  du  roi  dans  les 
bols  où  le  prince  a  tiers  &  danger,  ou  fimplement 
danger;  mais  ils  ont  été  fiipprimés  par  Charles  IX. 
en  1563.  Il  y  avoit  encore  autrefois  dans  les  forêts 
des  fergens  traverliers  &:  des  furgardes-routiers  ,  au 
lieu  defquels  on  a  établi  de  fimples  gardes.  (^D.  J.') 

Sergent,  f  m.  (Outil.)  c'eft  un  inftrument  de 
menuiferie  ,  dontfe  fervent  auffi  quelques  autres  ou- 
vriers en  bois. 

Le  fergcnt  eft  une  çfpecc  de  barre  de  fer  quarrée 
longue  à  volonté  ,  recourbée  en  crochet  par  un  des 
bouts  :  le  long  de  cette  barre  monte  6c  defcend  un 
autre  crochet  mobile  auffi  de  fer,  qu'on  appelle /<z 
main  dufergtnt.  On  fe  fcrt  de  cet  inftrumciit  pour  te- 


s  E  R 

nir  &  joindre  les  pièces  &  planches  de  bois,  lorf- 
qii'on  les  veut  coller  enfemble  ,  ou  pour  taire  reve- 
nir la  befogne  ,  c'eil-à-dire  ,  en  approcher  &  pref- 
fer  les  parties  les  unes  près  des  autres ,  quand  on 
veut  les  cheviller.  Les  tonneliers  ont  auffi  une  ei- 
pece  de  fergenr ,  pour  faire  entrer  les  derniers  cer- 
ceaux fur  le  peigne  des  futailles  ;  ils  l'appellent  plus 
communément  «r^o/re,  Savary.  (Z>.  /.  ) 

SERGENTERIE  ,  f.  f  (^Jurifprud.  )  eft  l'office  de 
ferg.'nt;  il  y  eut  anciennement  des  feigneurs  qui  don- 
nèrent en  fief  ces  offices  defergens  ,  foit  avec  quel- 
ques terres  annexées,  foit  l'office  fimplement  fans 
terre  :  ces  fergenteries  ainfi  données  en  fief  turent  ap- 
peliécsferge/acries  fieffées.  Les  quatre  plus  anciens 
feigens  du  châtelet  ont  encore  de  ces  fer  gin  t  eues  fief- 
fées ;  il  y  en  a  auffi  en  plutieurs  autres  lieux,  ^oyei 
l'ancienne  coutume  de  Normandie  ,  celle  de  Breta- 
gne ,  fi:t.  6y/\.  &  6yy ,  le  gloff.  de  M.  de  Lauriere ,  & 
"le  mot  Sergent.  (^) 

SERGER  ^  ou  SERGIER  ,  f.  m.  (  Sergerie.)  c'efl 
un  ouvrier,  un  marchand  qui  fabrique  ou  qui  vend 
des  ferges  ;  il  n'y  a  pas  de  provinces  en  France  où  il 
y  ait  tant  de  fcgcs  qu'en  Picardie,  ^^v^ry.  (Z?.  /.) 
j  ..  SERGERIE,  f.  f  (  Manufacture  dcfergers.')  ce  mot 
fe  dit  tant  de  la  manutaûure  des  ferges  ,  que  du  com- 
merce qui  s'en  fiiit.  La  province  de  Picardie  eftune 
de  celles  de  France  oii  il  fe  fabrique  le  plus  deferge- 
rie.  (D.  J.) 

SERGETTE  ,  f.  f.  (  Sergerie.  )  petite  ferge,  étroite , 
mince ,  &  légère  ;  on  met  au  nombre  des  fergeties  , 
les  cadis  qui  n'ont  qu'une  demi-aune  moins  un  douze 
de  large ,  &  les  ferges  de  Crevecœur  ,  Policourt , 
Chartres  ,  &:  autres  lemblables ,  dont  la  largeur  n'eft 
que  de  demi-aune  ;  la  fergette  ei\  encore  une  efpece 
de  droguet  croifé  &  drapé  ,  qui  fe  tait  en  quelques 
lieux  du  Poitou.  Savari.  (^D.J.) 

Sergette  ,  f.  f.  terme  de  manufacture ,  c'eti  une 
fcrge  légère  &:  fine  ,  que  les  bénéditlins  reformés 
portent  au-lieu  de  chemife  ;  outre  les  habillemens 
inarqués  par  la  règle,  les  moines  de  Cluniportoient 
autrefois  des  robes  fourrées  de  mouton  ,  des  bottines 
cle  feutre  pour  la  nuit ,  des  fergectes  ,  &  des  caleçons. 
(Z>./.) 

SERGETTERIE ,  f  f.  (  Manufa^.  &  Corporation  ) 
on  appelle  ainfi  à  Bauvais  ,  ville  de  Picardie  ,  non- 
feulement  la  manufaûure  des  ferges  ,  ou  l'ouvrage 
des  tifferans  &:  fer-^ers  qui  les  fabriquent  ,  mais  en- 
core le  corps  &  la  communauté  des  maîtres  qui  en 
font  profeiiion.   sMary.  (Z>.  /.  ) 

SERGIOPOLIS ,  ^éog,  anc.  )  ville  de  l'Euphra- 
teute,  àcent  vingt-fixftades  de  Sura  ,  du  côté  du 
nord  ,  félon  Procope  ,  qui  dit  qu'il  y  avoit  une  égli- 
fe  de  S.  Serge  ,  &  que  Juflinien  fortifia  cette  ville  fi 
bien ,  que  Colroès  ,  roi  des  Perfes ,  l'ayant  attaquée, 
fur  obligé  d'en  lever  le  fiege.  {D.  /.) 

SERGNAowSERGNI,  (  G^'o^.  moi.  )  petite  ville 
d'Italie  ,  au  royaume  de  Naples  ,  dans  le  comté  de 
Moliffe;  elle  étoit  épifcopale  dès  l'an  402.,  fous  la 
métropole  de  Capoue.  On  la  connoilfoit  alors  fous 
fon  ancien  nom  d^JEfamia  ou  Ifernia.   (Z>.  7.) 

SÉRîAD  TEîlRE  DE,  {Géog.  a/ic.)  Manethon  a 
entendu  l'Egypte ,  par  la  terre  de  Sêriad;  ielon  Dod- 
■wel&;  Selden,  on  doit  à  la  canicule  le  nom  du  NU  ; 
ce  fleuve  efl:  appelle  Siris  dans  les  auteurs  profanes  , 
d'où  dérive  Sê/p;cf ,  que  les  latins  écrivent y?ao5  ,  & 
qui  ell  le  nom  de  la  canicule  ,  dont  le  lever  a  tant  de 
rapport  avec  l'accroliTement  du  Nil  ;  mais  de  même 
qu'Héfiode  défigne  cette  étoile,  par  l'expreffionie*- 
fioi  at(n]p  ,  de  même  auffi  il  efl  vraifTcmblable  que  les 
anciens  ont  défigné  l'Egypte  par  les  termes  x*piuS"a.  , 
Ou  ïsp/a<r;«  ^»',  terre  de  Scriad,  terre  fériadique  ,  ter- 
re où  coule  le  fleuve  Siris.  C'clt  ainfi  qu'ils  ont  ap- 
pelle le  môme  pays  yEgyptus  ,  du  nom  fous  lequel 
Homère  a  connu  le  Nil.  (d.  J.) 


S  E  R 


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SERJANÎA  ,{.{.(  Hift.  nat.  Bot.  )  genre  de  plan- 
te, ainfi  nommée  par  le  P.  Plumier,  en  mémoire  du 
P.  Sérient,  minime.  Sa  fleur  efl  en  rofe  ,  compofée 
de  quatre  ou  cinq  fe\iilles  placées  circulairement; 
du  milieu  du  calice  il  part  un  piflil  qui  dégénère  en- 
fuite  en  un  fruit,  qui  a  trois  cellules ,  trois  aîl&s, 
&dont  chaque  cellule  contient  une  femence  ronde.. 
Le  P.  Plumier  en  compte  trois  efpeces  ;  le  dofteur 
Guillaume  Flouflon  a  trouvé  ces  plantes  à  la  Vera- 
cruz  &  à  Campêche,  où  elles  s'élèvent  à  une  grande 
hauteur  ;  elles  croiifent  dans  le  voifmage  des  arbres  , 
qui  fervent  à  les  foutenir,  car  elles  ont  des  vrilles 
avec  lefqu elles  elles  s'attachent  à  tout  ce  qui  les  en- 
vironne. (Z>.  /.) 

SÉRICfl ,  f  m.  terme  de  relation  y  nom  d'une  grai- 
ne que  les  Coptes  d'Egypte  mettent  dans  leurs  mers  ; 
ils  la  pulvérilent ,  &  en  tirent  de  l'huile  par  exprel- 
fion.  On  peut  avoir  cette  huile  toujours  fraîche  ,  & 
on  fait  du  marc  de  petits  gâteaux  applatis.  Les  Cop- 
ies mangent  leur  pain  trempé  dans  cette  huile  ,  avec 
des  oignons  crus,  &  ils  rompent  leurs  gâteaux  en  pe- 
tits morceaux  qu'ils  trempent  dans  du  iyrop  de  fucre. 
Pocock,  difript.  d'Egypte,  pag.  iSj.  CD.  J.^ 

SERIE  ou  SUITE,  f  f  en  Algèbre,  fe  dit  d'un  ordre 
ou  d'une  progreffion  de  quantité  ,  qui  croifTent ,  ou 
décroiffent  luivant  quelque  loi  :  lorfque  la  fuite  ou 
la  ferle  va  toujours  en  approchant  de  plus  en  plus  de 
quelque  quantité  finie  ,  &  que  par  conféquent  les 
termes  de  cette  ferle  ,  ou  les  quantités  dont  elle  efl 
compofée  ,  vont  toujours  en  diminuant  ,  on  l'ap- 
pelle une  fuite  convergente ,  &  fi  on  la  continue  à  l'm-  ■ 
fini ,  elle  devient  enfin  égale  à  cette  quantité.  F'oyei 
Convergente  ,  &c. 
Ainfi  ï,  4,  ï,  TT  >  TT,  -b  ^  ^f-  forment  me  fuite  qui 
s'approche  toujours  de  la  quantité  i  ,  &  cui  lui  de- 
vient enfin  égale  ,  quand  cette  fuite  efl  continuée  à 
l'infini.  Foyei  Approximation  ,  &c. 

La  théorie  &  l'ufage  des  fuites  infinies  ,  a  été  cul- 
tivée de  nos  jours  avec  beaucoup  de  fuccès  ;  on  croit 
communément  que  l'invention  en  efl  due  à  Nicolas 
Mercator  de  Holftein  ,  qui  paroît  néanmoins  en 
avoir  pris  la  première  idée  de  l'arithmétique  des  in- 
finis de  WaUis;  on  fait  ufage  dts  fuites  principale- 
ment pour  la  quadrature  des  courbes ,  parce  que 
cette  quadrature  dépend  fouvent  de  l'expreffion  de 
certaines  quantités  qui  ne  peuvent  être  repréfentées 
par  aucun  nombre  précis  &  déterminé  ;  tel  ell  le 
rapport  du  diamètre  d'un  cercle  à  fa  circonférence  , 
&  c'efi:  un  très-grand  avantage  de  pouvoir  exprimer 
ces  quantités  par  une  fuite ,  laquelle ,  étant  conti- 
nuée à  l'infini ,  exprime  la  valeur  de  la  quantité  re- 
quife.  Foyei  Quadrature  ,  &c. 

Nature  ,  origine  &  nfage  des  fuites  infinies  Quoique 
l'arithmétique  nous  donne  des  expreffions  tres-com- 
plettes  &  très-intelligibles  pour  tous  les  nombres  ra- 
tionnels, elle  efl  néanmoins  très  défeftueufe  ,  quant 
aux  nombres  irrationnels  ,  qui  font  en  quantité  infi- 
niment plus  grande  que  les  rationnels  ;  il  y  a ,  par 
exemple  ,  une  infinité  de  termes  irrationnels ,  entre 
I  &  2  :  or  que  l'on  propofe  de  trouver  un  nombre 
moy  en  proportionnel  entre  i  &  i  ,  exprimé  en  ter- 
mes rationnels ,  qui  font  les  feuls  que  l'on  conçoit 
clairement  ,  la  racine  de  1  ne  préféntant  certaine- 
ment qu'une  idée  très-obfcure ,  il  efl  certain  qu'on 
pourra  toujours  approcher  de  plus  en  plus  de  la  jufle 
valeur  de  la  quantité  cherchée,  mais  fans  jamais  y 
arriver;  ainfi,  pour  le  nombre  moyen  proportion- 
nel entre  i  &  2  ,  ou  pour  la  racine  quarrce  de  2 , 
fi  l'on  met  d'abord  i  ,  il  efl  évident  que  l'on  n'a  pas 
mis  affez;  que  l'on  y  ajoute  \- ,  on  a  mis  trop  :  car 
le  quarré  de  i  -}-  ^  ,  efl  plus  grand  que  2  ;  fi  de  1 
+  f,  l'on  ôte  J  ,  on  trouvera  que  l'on  a  retranché 
trop  ,  &  fi  l'on  y  remet  -^,  le  tout  fera  trop  grand  : 
ainii ,  fans  jamais  arriver  à  la  jufle  valeur  de  la  quan- 


s  E  R 


94 

titc  cherchée ,  on  en  approchera  cependant  toujours 
de  phis  en  plus.  Les  nombres  que  l'on  vient  de  trou- 
ver ainli ,  &  ceux  que  l'on  peut  trouver  de  la  mÔme 
ninnlcre  h  l'infini ,  ctant  dilpolés  dans  leur  ordre  na- 
turel ,  font  ce  que  l'on  appelle  une/cric  ,  ou  une  fuite 
infinie  :  alnfi  hjerie  i  -f  ^  -  '  +  T?  <^'^-  contniuce  à 
l'infini ,  exprime  la  valeur  de  la  racine  quarrce  de  i; 
quelquefois  Içsjuites  ne  procèdent  pas  par  des  addi- 
tions &c  des  fouftradions  alternatives  ,  mais  par  de 
fimples  additions  ou  par  une  infinité  de  foullraéhons  ; 
dans  toutes  ksjuites  infinies  dont  tous  les  termes  pris 
cnfemble  ne  doivent  être  égaux  qu'à  une  grandeur 
finie ,  il  eft  vilible  que  leurs  termes  doivent  aller 
toujours  en  décroiffant  ;  il  eft  bon  même  ,  autant 
qu'il  eft  poftible  ,  qu'elles  foient  telles  que  l'on  en 
puilîe  prendre  feulement  un  certain  nombre  des  pre- 
miers termes ,  pour  la  grandeur  cherchée  ,  &  né- 
gliger tout  le  refte. 

Mais  ce  ne  font  pas  feulement  les  nombres  irration- 
nels que  l'on  peut  exprimer  en  termes  rationnels,par 
des  fuites  infinies  ;\e%  nombres  rationnels  eux-mêmes, 
lont  fufceptiblcs  d'une  femblable  expreffion  ;  i  ,  par 
exemple  ,  eft  égal  h  la  fuite  i  ,  7  ,  j ,  é-c  ;  mais  il  y 
a  cette  différence  ,  qu'au  lieu  que  les  nombres  irra- 
tionnels ne  peuvent  être  exprimés  en  nombre  ration- 
nels que  par  ces  fuites  ,  les  nombres  rationnels  n'ont 
pas  befoin  de  cette  cxpreflion. 

?^vmi  [es  fuites  infinies  ,  il  y  en  a  quelques-unes 
dont  les  termes  ne  font  qu'une  fomme  finie  ;  telle 
eft  la  progreffion  géométrique  7,  i  ,  i,  &c.  &C  en 
général  toutes  les  progreftions  géométriques  décroif- 
fantes  :  dans  d'untr  es  fui  tes ,  les  termes  font  une  fom- 
me infinie  ;  telle  eft  la  progreftion  harmonique  7,  |, 
;,  f,  &c.  royq  Harmonique.  Ce  n'eft  pas  qu'il 
y  ait  plus  de  termes  dans  la  progreftion  harmonique, 
que  dans  la  géométrique  ,  quoique  cette  dernière 
n'ait  point  de  terme  qui  ne  foitdans  la  première  ,  & 
qu'il  lui  en  manque  plufieurs  que  cette  première  con- 
tient ;  une  pareille  différence  rendroit  feulement  les 
deux  fommes  infinies  ,  inégales  ;  &  celle  de  la  pro- 
greftion harmonique  ,  feroit  la  plus  grande  :  la  raifon 
en  eft  plus  profonde  ;  de  la  divifibilité  de  l'étendue  à 
l'infini ,  il  fuit  que  toute  quantité  finie  ,  par  exem- 
ple un  pié  ,  eft  compofée  pourainft  dire  ,  de  fini  & 
d'infini  :  de  fini,  entant  que c'eft  un  pic;  d'infini,  en- 
tant qu'il  contient  une  infinité  de  parties  ,  dans  lel- 
quelles  il  peut  être  divifé  :  fi  ces  parties  infinies  font 
conçues  comme  féparées  l'une  de  l'autre  ,  elles  for- 
meront xinefuite  infinie  ,  &  néanmoins  leur  fomme 
ne  fera  qu'un  pié  :  or  c'eft  ce  qui  arrive  dans  h  fuite 
géométrique  î  ,  i  ,  i,  Ô-c.décroiflante  :  car  il  eft  évi- 
dent que  fi  vous  prenez  d'abord  7  pié  ,  enfuite  |  ou 
la  moitié  de  ce  qui  refte ,  c'eft-à-dire  \  de  pié  ;  &  puis 
l ,  ou  la  moitié  du  refte ,  c'eft-à-dire ,  j  de  pié ,  vous 
pouvez  opérer  fans  fin ,  en  prenant  toujours  de  nou- 
velles moitiés  décroiffantes ,  qui ,  toutes  enfemble 
ne  font  qu'un  pié.  Quand  on  dit  même  que  toutes 
ces  parties  prifes  enlemblefont  un  pié ,  il  ne  faut  pas 
prendre  cette  expreffion  à  la  rigueur ,  car  elles  nefe- 
roient  un  pié  que  dans  la  fuppofition  que  l'on  eût 
pris  tous  les  termes  de  la  fuite  ,  &  cela  ne  fe  peut , 
puifque  la  fuite  eft  infinie;  mais  on  peut  prendre  tant 
de  termes  de  h  fuite  qu'on  veut ,  plus  on  en  pren- 
dra, plus  on  approchera  de  la  valeur  d'un  pié  ,  & 
quoiqu'on  n'ait  jamais  le  pié  exaftement ,  on  pourra 
en  approcher  auffi  près  qu'on  voudra  :  ainfi  cette 
fuite  n'a  pas  proprement  un  pié  pour  la  fomme ,  car 
une  fuite  infinie  n'a  point  de  fomme  proprement  dite, 
puifque  fa  fomme  varie  félon  qu'on  en  prend  plus  ou 
moins  de  termes ,  &  qu'on  ne  peut  jamais  les  prendre 
tous  ;  mais  ce  qu'on  appelle  h  fomme  d'une  fuite ,  c'eft 
la  limite  de  la  fomme  de  fcs  différcns  termes,  c'cli- 
à-dire  une  quantité  dont  on  approche  auffi  près  qu'on 
veut ,  en  prenant  toujours  dans  la  fuite  un  nombre 


S  E  R 

de  termes  de  plus  en  plus  grand.  Nous  croyons  de- 
voir faire  cette  remarque  en  paffant ,  pour  fixer  l'i- 
dée nette  du  mot  de  fomme  d'une  Juite.  Revenons  à 
préfent  à  notre  fuite  1 ,  :^  ,  ^. 

Dans  cet  exemple  nous  ne  prenons  pas  feulement 
les  parties  qui  étoient  dans  le  tout  ,  diftinguées  l'une 
de  l'autre  ,  mais  nous  prenons  tout  ce  qui  y  étoit  ; 
c'eft  pourquoi  il  arrive  que  leur  fomme  redonne  pré- 
cifémentle  toutou  la  quantité  entière  ;  mais  fi  nous 
prenons  la  progreffion  géométrique],  ^,  —,  &c. 
c'eft-à-dire ,  que  nous  prenions  d'abord  j  de  pié  ,  & 
que  du  refte  l'on  en  prenne  ^  ,  &  que  de  ce  dernier 
refte  l'on  prenne  encore  ~j  de  pié ,  ô-c.  il  eft  vrai 
que  nous  ne  prendrions  que  les  parties  qui  font  dif- 
tinftes  l'une  de  l'autre  dans  le  pié  ;  mais  nous  ne  pren- 
drions pas  toutes  les  parties  qui  y  font  contenues , 
puifque  nous  n'y  prenons  que  tous  les  tiers,  qui  font 
plus  petits  que  les  moitiés;  par  conféquent,  tous  ces 
tiers  qui  décroiffent ,  quoiqu'en  nombre  infini ,  rlê 
pourroient  faire  le  tout  ;  &  il  eft  même  démontré 
qu'ils  ne  feroient  que  la  moitié  d'un  pié;  pareille- 
ment tous  les  quarts  ,  qui  décroiffent  à  l'infini ,  ne 
donneroient  qu'un  tiers  pour  fomme  totale,  &  tous 
les  centièmes  ne  feroientqu'un  quatre-vingt  dix-neu- 
viemc  ;  ainfi  ,  non-feulement  la  fomme  des  termes 
d'une/«z«  géométrique  ,  dont  les  termes  décroiffent 
à  rinfini ,  n'eft  pas  toujours  une  quantité  finie;  elle 
peut  même  être  plus  petite  qu'une  quantité  finie 
quelconque  :  car  nous  venons  de  voir  comment  on 
peut  former  une  fuite  de  quantités  qui  ne  foient  éga- 
les qu'à  7 ,  y ,  ■!^  ,  &  on  peut  de  même  en  former 
qui  ne  foient  égales  qu'à  f  >  i  ?  ^^-  r?»  ir^  ,  —'7^  . 
&c.  &C  ainfi  à  l'infini. 

Si  une  fuite  infinie  décroîffante  exprime  des  par* 
tles  qui  ne  puifl'ent  pas  fublifter  dans  un  tout  fépa- 
rément  les  unes  des  autres ,  mais  qui  foient  telles 
que  pour  exprimer  leur  valeur  ,  il  foit  néceffaire  de 
fuppofer  la  même  quantité  prlfe  plufieurs  fois  dans 
le  même  tout;  alors  la  fomme  de  ces  parties  fera  plus 
grande  que  le  tout  fuppofé,  &  même  pourra  être  in- 
finiment plus  grande,  c'eft-à-dire  ,  que  la  fomme  fe- 
ra infinie  ,  fi  la  même  quantité  eft  prife  une  infinité 
de  fois.  Ainfi  dans  la  progrefllon  harmonique  {, },  ^^ 
&c.  fi  nous  prenons  7  pié  ou  6  pouces  ,  enfuite  j  de 
pié  ou  4  pouces ,  il  eft  évident  que  nous  ne  pouvons 
plus  prendre  ^  de  pié  ou  trois  pouces ,  fans  prendre 
I  pouce  au-deffus  de  ce  qui  refte  dans  le  pié.  Puis 
donc  que  le  tout  eft  déjà  épuifé  par  la  fomme  des 
trois  premiers  termes ,  l'on  ne  fauroit  plus  ajouter  à 
ces  trois  termes  les  termes  iliivans ,  fans  prendre 
quelque  chofe  qui  a  déjà  été  pris  ;  &  puifque  ces 
termes  font  Infinis  en  nombre ,  il  eft  très-poflîble  que 
la  même  quantité  finie  puiffe  être  répétée  un  nom- 
bre infini  de  fois  ;  ce  qui  rendra  infinie  la  fomme  de 
la  fuite. 

Nous  ô\(ons  pofflble  ;  car,  quoique  de  deux  fuites 
infinies  ^  l'une  puiffe  faire  uneîomme  finie,  &  l'autre 
une  fomme  infinie ,  il  peut  fe  trouver  une  fuite  où  les 
termes  finis  ayant  épuifé  le  tout,  les  termes  fuivans, 
quoiqu'infinis  en  nombre,  ne  feront  qu'une  fomme 
finie. 

De  plus  il  eft  néceffaire  de  faire  deux  remarques 
fur  les  fériés  en  général.  1°.  11  y  a  quelques  fuites 
dans  lesquelles ,  après  un  certain  nombre  de  termes, 
tous  les  autres  termes  ,  quoiqu'infinis  en  nombre, 
deviennent  chacun  égaux  à  zéro.  Il  eft.  évident  que 
la  fomme  de  ces  fuites  eft  une  fomme  finie  ,  &  qu'on 
peut  aifément  la  trouver.  Soit ,  par  exemple ,  la  fuite 
a-\-  m  a  '^  •\-m.  m—  i  a  3  -J-ot.  w—  x.m—  t  a''  -}- 
m.m—  \.  m—  2.  m  —  3.^  ' ,  &c.  il  eft  évident  que  11 
on  fait ,  par  exemple ,  m  =  3  ,  cette  fuite  fe  termine- 
ra au  4^.  terme.  Car  tous  les  autres  devant  être  mul- 
tipliés par  m  —  3  qui  eft  =0  à  caufe  de  /n  =  3 ,  ces 
termes  feront  néceffairement  chacun  égaux  à  zéro  , 


s  E  R 

ce^fultd!  n'ayant  qu'une  apparence  d*infinité. 

i'^.  Que  la  mcme  grandeur  peut  être  exprimée 
par  dlflorentes  fuites ,  qu'elle  peut  l'être  par  une  fui- 
te dont  la  lomme  eft  déterminable ,  &  par  une  autre, 
dont  on  ne  l'auroit  trouver  la  ibmme. 

La  çréomctrie  n'efl  pas  fujette ,  dans  l'exprefflon 
des  grandeurs,  à  autant  de  difficultés  que  l'arithméti- 
que :  on  y  exprime  exaftement  en  lignes  les  nom- 
bres irrationnelsj&l'on  n'a  point  befoin  d'y  recourir 
auxjuites  infinies,  Ainli  l'on  lait  que  la  diagonale 
d'un  quarré  ,  dont  le  côté  eft  i ,  exprime  la  racine 
quarrée  de  2.  Mais  en  quelques  autres  cas,  la  géo- 
métrie elle-même  n'eft  pas  exempte  de  ces  inconvé- 
niens,  parce  qu'il  y  a  quelques  lignes  droites  que  l'on 
ne  peut  exprimer  autrement  que  par  nnç  fuite  infinie 
de  lignes  plus  petites  ,  dont  la  lomme  ne  peut  être 
déterminée:  de  cette  efpece  i'onî  les  lignes  droites 
égales  à  des  courbes  non  redihables  ;  en  cherchant, 
par  exemple ,  une  ligne  droite  égale  à  la  circonféren- 
ce d'un  cercle  ,  on  trouve  que  le  diamètre  étant  iiip- 
polé  I ,  la  ligne  cherchée  fera  ^  —  y  +  y  —  7  +  %  '^'■• 
^oje{  Rectification. 

Quant  à  l'invention  d\ine  fuite  infinie  ,  qui  expri- 
me des  quantités  cherchées  ,  Mcrcator  ,  le  premier 
inventeur  de  cette  méthode ,  fe  lert  pour  cet  effet  de 
la  divifion.  Mais  M.  Newton  &  M.  Leibnitz  ont  porté 
cette  théorie  plus  loin  ;  le  premier  ,  en  trouvant  fes 
fuites  par  l'extraftion  des  racines  ;  &  le  iecond ,  par 
une  zwtre  fuite  préfuppofée. 

Pour  trouver,  par  le  moyen  de  la  divifion,  une  fuite 
qui  fi^it  l'exprelfîon  d'une  quantité  cherchée.  Suppo- 
sons qu'on  demande  une  fuite  qui  exprime  le  quotient 
de  ^  divifé  par  a-{-c  ,  divHez  le  dividende  par  le  divi- 
leur,  comme  dans  l'algèbre  ordinaire ,  en  continuant 
la  divifion,  jul'qu'à  ce  que  le  quotient  fafle  voir  l'or- 
dre de  la  progrefiion  ,  ou  la  loi  fiùvant  laquelle  les 
termes  vont  à  l'infini  ;  obfervant  toujours  les  règles 
de  la  fouftraftion  ,  de  la  multipUcation  ,  de  la  divi- 
fion ,  par  rapport  au  changement  des  fignes.  Quand 
vous  aurez  pouflé  cette  opération  jufqu'à  un  certain 

point ,  vous  trouverez  que  le  quotient  eft ~ 

-\- j^  ,  &c.  ii  l'infini.  Ces  quatre  ou  cinq  ter- 
mes étant  ainfi  trouvés  ,  vous  reconnoîtrez  facile- 
ment que  le  quotient  confifte  en  une  fuite  infinie  de 
fraélions.  Les  numérateurs  de  ces  fraftions  font  les 
puiffances  de  c  ,  dont  les  expofans  font  moindres 
d'une  unité  que  le  nombre  qui  marque  la  place  que 
ces  termes  occupent ,  &  les  dénominateurs  font  les 
puiffances  de  a ,  dont  les  expofans  font  égaux  au  nom- 
bre qui  marque  la  place  de  ces  termes  :  par  exemple, 
dans  le  troifiemc  terme ,  la  puiffance  de  c  eft  du  fé- 
cond degré  dans  le  numérateur;  &  la  puiffance  de  a 
eft  du  troifieme  degré  dans  le  dénominateur. 

Par  conféquent  1°.  fi  />=  i  &  ^  =  i  ,  en  fubftituant 
ces  valeurs  ,  nous  aurons  le  quotient  ci-defliis  =  i 

—  c  +  c^  —  c' ,  &c.  à  l'infini  :  c'eft  pourquoi  -—  =  i 

—  c-}-  c-  —  c\  &c.  à  l'infini. 

1".  Donc  fi  les  termes  qui  fojit  au  quotient  dé- 
croiffent  continuellement,  la  fuite  donnera  un  quo- 
tient auffi  près  du  vrai  qu'il  eft  poffible.  Par  exemple, 
fi  *  =  I  ,  c  =  I  ,  û  =  2 ,  ces  valeurs  étant  fubftituées 
dans  \r  fuite  générale  ,  &  la  divifion  étant  faite  com- 
me dans  l'exemple  général  ci-deffus,  on  trouvera 

T  —  T-^  =.2  ~  T  +  7  ~  Tfi  +  rr  —  sV  +  rli  >  <^^-  Sup- 
polbns  maintenant  que  \r  férié  ou  la  fuite  s'arrête  au 
quafleme  terme  ,  la  fomme  de  cette  fuite  fera  au- 
deffous  de  la  véritable  ;  mais  il  ne  s'en  faudra  pas  -^. 
Si  elle  s'arrête  au  fixieme  terme  ,  elle  fera  encore 
en-deffous ,  mais  moins  que  de  ~  :  c'eft  pourquoi 
plus  on  pouflera  h  férié  ou  h  fuite  ,  plus  auflv  on  ap- 
prochera de  la  véritable  fomme ,  fans  pourtant  jamais 
y  arriver. 


S  E  R       ■     95 

De  la  même  manière ,  on  trouve  oiie  -=;.-!— 
=  3  ~  y  +  r?  ~  5T  +  rij  »  6'f.  à  l'infini....  i  =  IlJ 


4  —  77  +  74  —  TTé  »  *^'--  à  l'infini. 


4->-  r 
—   1 


~TT  +  TTT  ~  6Î"T  5  ^'^'  à  l'infini.  Ce  qui  donne  une 
loi  confiante ,  iuivant  laquelle  toutes  les  fradions 
dont  le  numérateur  eft  l'unité  ,  peuvent  être  expri- 
mées par  des  fuites  infinies  ;  ces  Juites  étant  toutes  des 
progrelfions  géométriques ,  qui  décroiffent  en  telle 
manière  que  le  numérateur  eft  toujours  l'unité  & 
que  le  dénominateur  du  premier  terme  ,  qui  eft  auffi 
l'expofant  du  rrflpport ,  eft  moindre  d'une  unité  que 
le  dénominateur  de  la  fraétion  que  l'on  a  propofé  de 
réduire  enjuite. 

Si  les  termes  du  quotient  croiffent  continuelle- 
ment,  la /me  s'éloigne  d'autant  plus  du  quotient  j 
qu'elle  eft  pouffée  plus  loin  ;  &  elle  ne  peut  jamais 
devenir  égale  au  quotient,  à  moins  qu'on  ne  limite 
ce  quotient,  &  qu'on  ne  lui  ajoute  le  dernier  refte 
avec  fon  propre  figne.  Par  exemple  ,  fuppofons 
T  =  TTi  >  <^ri  trouvera  que  le  quotient  =  i  _  2,  _|-  2. 
—  8  -f-  1 6  —  64  +  I  28 ,  6^^.  prenons  le  premier  terme 
I ,  il  excède—  ;  de  7;  deux  termes,  c'eft-à-direi  —  2 
feront  plus  petits  de  ]  ;  trois  termes  feront  trop  grands 
de  y;  quatre  termes  feront  trop  petits  que  j  de  — 
&c.  Si  l'on  fuppol'e  que  \di  férié  ou  h  fui  te  fe  termine 
au  terme  —  8  ;  alors  on  aura  -~^  =:  j  —  1  -f  4  _  g 
-h^;maisi  -2  +  4-8=- 5  = -H;  ainfi  -i- 


,  mais  I 

i      _       3  .—    3' 


Mais,  dira-t-on,  qu'exprime  donc  alors  itne  pa- 
reille fuite  ?  car  par  la  nature  de  l'opération ,  elle  doit 
être  égale  à  la  quantité  ou  fraftion  propofée  ;  &  ce- 
pendant elle  s'en  éloigne  continuellement.  Un  auteut- 
nommé  Guido  Ubaldus^  dans  fon  traité  de  quadratura. 
circuit  &  hyperbolce  ,  a  pouffé  ce  railonnement  plus 
loin  ,  &  en  a  tiré  une  conféquence  fort  finguliere. 
Ayant  pris  la  fuite  {-  =  ,-i-^ ,  &  ayant  fait  la  divifion 
il  a  trouvé  au  quotient  i  —  i-j-i_i-|.i_i^  6-^, 
qui  à  l'infini  ne  peut  jamais  donner  que  i  ou  o  ;  fça- 
voir  I  ,  fi  on  prend  un  nombre  impair  de  termes  ;  6c 
o ,  fi  on  prend  un  nombre  pair.  D'où  cet  auteur  a 
conclu  que  la  fraftion  ^  pouvoit  devenir  i  par  une 
certaine  opération ,  &  que  o  pouvoit  être  auffi  égal  à 
7,  &  que  par  conféquent  la  création  étoit  poffible, 
puifqu'avec  moins  on  pouvoit  faire  plus. 

L'erreur  de  cet  auteur  venoit  de  n'avoir  pas  remar- 
qué que  la  fuite  i  —  i  -f  i  —  i ,  é-c.  &  en  général 
I  —  c  +  c^  —  c5  &c.  n'exprimolt  point  exaftement  la 
valeur  de  la  fraftion  —~.  Car  fuppofons  qu'on  ait 
pouffé  le  quotient  de  la  divifion  jufqu'à  cinq  termes; 
comme  la  divifion  ne  fe  fait  jamais  exactement ,  il  y 
a  toujours  un  refte  ;  foit  ce  refte  r,-  &  pour  avoir  le 
quotient  exatt ,  il  faut ,  comme  dans  la  divifion  ordi- 
naire ,  ajouter  ce  refte  r  divifé  par  le  divifeur  i  -f  c  , 
à  la  partie  déjà  trouvée  du  quotient. 

Ainfi  fuppofons  que  hféne  générale  foit  tefmlnéé 
à  —  c',  on  aura  -7-J7-  =  i  —  c  -f-  c^  — 


I  +  c 
I   +  c—  cl  +  C^  +  £»    —ci 


C*  ^C* 


=  —-- — .    Par    confé- 

-     ■     -  I    -f-   fc 

quent  la  valeur  exaftc  de  ^  =  — —  eft  i  —  1  -}- 1  —  i 

+  7~-  ;  &  cette  valeur  fe  trouve  toujours  égale 
à  i  ,  &  non  pas  zéro  à  i .  Voye^  dans  les  Mémoires 
de  Cacadém.  de  iyi6.  un  écrit  de  M.  Varignon ,  où 
cette  difficulté  eft  éclaircie  avec  beaucoup  de  foin. 

Pour  s'inftruire  à  fond  de  la  matière  des  fuites ,  on 
peut  confulter  le  traité  de  M.  Jacques  Bernoulli ,  in- 
titulé Traciatus  de  feriehus  infinitis  ,  earumqtit  fimma 
finitâ  ^  imprimé  à  I3afle  en  1 714  ,  à  la  fuite  de  VArs 
conjeclandi  du  même  auteur  ;  le  fepticme  livre  de 
XAnalyfe  démontrée  du  P.  Reyneau  ;  l'ouvrage  de  M« 
Newton  ,  intitulé  Analyfis  per  œquatinnes  numéro  ter-- 
minorum  infinitas  ;  enfin  le  traité  de  M.  Stirling ,  dt 
fummatione  ferierum  ,  6c  celui  de  M.  Moivre ,  qui  a 


c)6 


s  E  R 


pour  titre  Mifcdlanca  analytica  deferiebus  &  qiiadra- 
turis.  On  joindra  à  cts  ouvrages  la  lecture  d'un  grand 
nombre  de  nicnioires  liir  cette  matière ,  compofés  par 
MM.  Eu  er ,  BernouUi ,  &c.  &c.  imprimes  dans  les 
volumes  des  académies  de  Pétersbourg  6c  de  Berlin. 

Pour  extraire  les  racines  iS^wnc fuite  infinie,  voye^ 
Extraction  dfs  Racines. 

Ritour  des  Jïrics  ou  des  juins .  Voyez  l'article  RE- 
TOUR. 

Dans  la  do61rine  des  fériés,  on  appelle/r*if?io/2  con- 
tinue ,  une  t'racHon  de  cette  el'pece  à  l'infini 


*  ^. 


/+ff 


h-h&c. 


M.  Euler  a  donné ,  dans  les  Mémoires  de  l'académie  de 
Pétersboura ,  des  recherches  fur  ces  fortes  de  tradions. 
Interpolation  des  fériés  ou  fuites.  Elle  conlifle 
h.  inférer  dans  une  fuite  de  grandeurs  qui  fiiiventune 
certaine  loi ,  un  ou  plulieurs  termes  qui  s"y  confor- 
ment autant  qu'il  efî  poffible.  Cette  méthode  efl  à- 
peu-près  la  même  que  celle  de  faire  pafTer  une  courbe 
du  genre  parabolique ,  partant  des  points  qu'on  vou- 
dra. Par  exemple  ,  fi  on  a  quatre  points  d'une  courbe 
afTez  près  les  uns  des  autres ,  &  qu'on  veuille  con- 
noître  à-peu-près  les  autres  points  intermédiaires  ;  on 
prendra  un  axe  à  volonté  ,  &  on  mènera  des  4  points 
donnés  les  ordonnées  a^b^c  ,d,  qui  ont  pour  abf- 
cifTes  <  )fig,  h-  On  fuppofera  enfuite  que  l'ordonnée 
de  la  courbe  foit  en  général  A  -\-  B  x  -\-C  x-  •{■  E  x'; 
&  on  fera 

J  +  B  e  -\-Ce^--}-E  c>  =  a, 
A->rBf+Cf-+Ep  =  h, 
A  +  Bs^Cg^--\.Eg>  =  c, 
A-\-  Bh-\-C  k'  -\-Eh>  =  d. 

ce  qui  fera  connoître  les  quantités  A ,  B  ,C,D  ;  Se 
par  ce  moyen  on  aura  les  ordonnées  de  la  courbe 
parabolique  ,  pour  une  abfciffe  quelconque  -v.  Or  ces 
ordonnées  ne  différeront  pas  beaucoup  de  celles 
qu'on  cherche,  roye^  les  Mémoires  de  l'académie  de 
Pétersbourg,  tome  II.  page  180.  (O) 

SÉRIEUX  ,  ad).  (  Gram.  )  terme  relatif  à  l'habi- 
tude du  corps  &  au  caraftere  de  l'efprit.  L'homme 
férieux  eft  grave  dans  fon  maintien  6c  dans  fon  dif- 
cours;  il  imprime  du  refpeft;  on  fe  compofé  comme 
lui ,  pour  en  approcher;  ïejérieux  &c  la  gravité  con- 
viennent afléz  aux  maglftrats.  Le  férieux  s'oppofe  au 
frivole  ;  il  n'y  a  point  d'affaire  ûférieufe  qui  puifle 
fixer  la  légèreté  de  certains  hommes.  Il  s'oppofe 
auffià  la  plaifanterie  :  ce  n'eft  point  en  plaifantant  que 
je  vous  parle  ;  ce  que  je  vous  dis  eu  férieux. 

SÉRIGNAN  ,  (  Géog.  mod.  )  petite  ville  de  Fran- 
ce, dans  le  bas-Languedoc  ,  au  diocèfe  de  Beziers  ; 
c'efl  un  ficge  particulier  de  l'amirauté.  (Z).  /.) 

SERIN,  CERISIN  ,  CEDRIN,  f  m.  (  Hijl  nat. 
Omiiholog.  )  ferinus  ,  oifeau  dont  on  connoit  deux 
efpcces;  l'une  vient  des  îles  Canaries  fituées  dans  la 
mer  Atlantique,  &  l'autre  fe  trouve  en  Stirie  :  ce 
dernier  a  le  dos  un  peu  roux ,  &  le  milieu  de  chaque 
plume  efl  noir  ,  comme  dans  la  bergeronnette  jau- 
ne ;  la  tête  du  maie  a  une  couleur  jaune  plus  foncée 
que  celle  de  la  femelle  ;  le  croupion  efl  d'un  beau 
verd  jaunâtre  ,  &  la  poitrine  a  une  couleur  jaune 
mêlée  d'un  peu  de  verd  ;  le  ventre  eft  blanc  ;  les  cô- 
tés du  corps  ont  des  taches  noires  &  oblongues  ;  la 
queue  cfl  noire  ,  à  l'exception  des  bords  extérieurs 
de  chaque  plume  qui  font  verds;les  grandes  plumes 
des  ailes  ont  les  mêmes  couleurs  que  celles  de  la 
queue  ;  les  plumes  du  fécond  rang  font  blanchâtres 
à  l'extrémité  ,  &  les  petites  ont  une  couleur  verdâ- 
tre  ;  le  bec  cfl  pointu  &  plus  court  &  plus  fort  que 
celui  du  tarin  ;  la  pièce;  fiipérieure  déborde  un  peu 
l'inférieure  ;  les  pics  font  bruns ,  oi,  les  ongles  ont 


S  E  R 

une  couleurnoire. "Willughby.  Omit.  f'oye^OiSEAl?. 

Leferin  des  Canaries  auquel  on  a  donné  le  nom 
de  Canari,  varie  ici  beaucoup  pour  la  couleur,  com- 
me tous  les  oifeaux  domefliques  ;  il  efl  trop  connu 
pour  en  donner  une  defcription.  On  peut  voir  dans 
le  traité  de  M.  Hervieux  fur  les  ferins  de  Canarie  ,  la 
façon  de  les  élever  ,  de  les  multiplier,  &  de  les  gué- 
rir des  maladies  auxquelles  ils  font  fujets. 

Serin  ,  le,  (  Géog.  mod.  )  ou  le  Scrain  ,  petite 
rivière  de  France.  Elle  prend  fa  fource  dans  la  Bour- 
gogne ,  au  diocèfe  d'Autun,  vers  les  confins  du  bail- 
liage de  Saulleu ,  &  va  fe  rendre  dans  l'Yonne,  en- 
tre Auxerre  &  Joigny.  (  Z).  /.  ) 

Serin  ,  f.  m.  (  Tifferanderie.  )  infîrument  de  bois 
avec  des  efpeces  de  dents  de  fer  ,  dont  on  fe  fert  en 
quelques  lieux  pour  féparer  la  filafî'e  de  chanvre  , 
de  la  plus  greffe  chenevotte  qui  y  reflé  ,  après  que 
le  chanvre  a  été  broyé.  Cet  inflrument  s'appelle  en- 
core écoujjoir^  6c  dans  d'autres  endroits  ,  échanvroir, 
{D.  J.) 

SERîNCER  ,  V.  n.  (  Tifférandcrie.  )  c'efl  fe  fervir 
du  ferin  ,  pour  féparer  la  chenevotte  de  la  filaffe. 
{D.  J.) 

SERINETTE ,  f.  f.  (  Lutherie.  )  petit  orgue  de  Bar- 
barie, aujourd'hui  enufage  pour  apprendre  aux  fe- 
rins à  chanter  plufieurs  airs  ;  elle  fonne  l'unifTon  du 
larigot  de  l'orgue,  roye^  Orgue  ,  Larigot  &  Fla- 
geolet. 

L'orgue  de  Barbarie ,  &  par  conféquent  la  ferinette 
qui  n'en  diffère  qu'en  grandeur ,  eli  compofée  de 
deux  foufîlets  ,  ou  d'un  foufflet  double,  d'un  fom-^ 
mier  ou  lay  e ,  où  le  vent  des  foufîlets  efl  conduit  par 
un  tuyau  ou  porte-vent  d'un  clavier  à  quillottes  , 
c'eft-à-dire ,  qui  fait  ouvrir  les  foupapes  en  foulant , 
&  d'un  cilyndre  noté  qui  fait  agir  les  touches.  Le: 
mouvement  eft  communiqué  à  cette  machine  par  le 
moyen  d'une  manivelle  qui  fait  tourner  une  vifle 
fans  fin  B  D.  La  tige  de  cette  vifle  a  une  cheville  ex- 
centrique C ,  laquelle  répond  vis-à-vis  des  foufîlets, 
&  communique  avec  l'inférieur  par  le  moyen  d'une 
bride  de  fer  Cm,  qui  entoure  par  fon  extrémité  fu- 
périeure  la  cheville  C ,  &  qui  efl  attachée  par  fon 
extrémité  inférieure  M  :  au  moyen  d'une  cheville  à 
la  queue,  entaillée  en  fourchette  qui  efl  à  la  table 
inférieure  du  foùfïlet  de  deflbus  M  ,  lorfque  l'on 
tourne  la  manivelle  ,  à  caule  de  l'excentricité  de  la 
cheville  C ,  à  laquelle  la  bride  qui  communique  au 
foufîlet  inférieur  efl  attachée;  cette  bride  CMhaufTe 
&  baifTe  à  chaque  tour  de  manivelle  :  ce  qui  fait  de 
même  hauffer  &  baif'ier  la  table  inférieure  du  fouf- 
flet ,  qui  afpire  &  chafTe  par  ce  moyen  l'air  exté- 
rieur dans  la  laye  ,  d'oii  il  pafTe  aux  tuyaux  ,  lorf- 
que les  pilotes  des  touches  ouvrent  les  foupapes. 
L'extrémité  D  de  la  tige  B  D  qui  eft  tournée  en  vifTe 
fans  fin  engrené  dans  une  roue  dentée  d ,  qui  efl 
appliquée  aune  des  extrémités  du  cilyndre  qui  tour- 
ne fur  lui-même  de  la  quantité  d'une  dent  à  chaque 
tour  de  la  manivelle  AB  ;  enforte  qu'il  y  a  autant 
de  coups  de  fbufilets  que  de  dents  à  la  roue  Z>,  qui 
peut  en  avoir  cent. 

Cet  inflrument  a  ordinairement  une  8".  d'étendue; 
ainfi  il  doit  avoir  i  3  tuyaux  &  1 3  touches  à  fon  cla- 
vier qui  efl  compofé  d'une  barre  de  bois  Z?  £ ,  à  la- 
quelle les  touches  font  attachés  par-defTous  ,  au 
moyen  d'un  double  crochet  de  fer  fait  en  forme  d'U, 
lequel  efl  pafTé  dans  un  trou  de  la  touche  ,  &  dont 
les  pointes  entrent  dans  la  barre  ,  enforte  que  les 
touches  qui  font  attachées  par  leur  milieu  puifîent  fe 
mouvoir  librement.  A  l'extrémité  des  touches  qui 
regardent  les  tuyaux  ,  efl  un  pilote  a  b  attaché  à  la 
touche  par  un  petit  morceau  de  peau  de  mouton  qui 
eft  lié  autour  du  pilote  &  collé  fur  la  touche.  A  la 
partie  inférieure  b  du  pilote  efl  une  pointe  de  fil  de 
ter  qui  traverfe  le  fommier ,  &  porte  fur  la  foupape 

qu'elle 


s  E  R 

Ou  Vile  ouvre  en  pouflant  de  haut-en-bas.  Foye^  Sou- 
pape, Sommier  DE  POSITIF,  auquel  celui-cireffeïn- 
ble  ,  avec  cette  leule  dift'érence  que  la  laye ,  voyci 
Lave  ,  eft  ici  en  delfous  ;  au  heu  qu'au  Ibmmier  du 
pofitif  elle  efl  en  -  defîlis  ;  du  reite  les  foupapes  , 
leurs  reflbrts  &  les  pilotes  l'ont  dilpolees  de  mcme. 
L'extrémité  antérieure  des  touches  a  des  pointes  cccc 
qui  portent  fur  les  notes  des  cilyndrcs;  enforteque 
lorfque  l'on  tourne  le  cily ndre,  &  que  les  notes  dont 
il  eft  entouré  ,  le  préfentent  aux  pointes  des  tou- 
ches ,  elles  font  lever  ces  dernières  ,  &  par  confé- 
quent  baiffer  la  pilote  qui  eft  attachée  à  l'autre  ex- 
trémité de  la  touche  ,  laquelle  ouvre  la  foupape  qui 
laifl'e  pafler  le  vent  aux  tuyaux.  Voyei^  la  deîcription 
du  cyhndre  noté  à  Vanide  Carillon. 

Le  foufflet  double  Mm  eft  comprimé  en  en-bas  , 
afin  de  chaffer  l'air  qu'il  contient  dans  la  laye ,  lorf- 
que le  foufflet  inférieur  afpire  par  les  deux  refîbrts 
de  fil  de  fer  élaftiques  S  S.  Ce  foufflet  a  auffi  une 
foupape  T  qui  s'ouvre  de  dedans  en-dehors  :  cette 
foupape  efl  tenue  fermée  par  le  refîbrt  de  fil  de  fer 
y ,  &  elle  ne  s'ouvre  que  lorfque  l'air  contenu  dans 
les  foufflets  efl:  condenfé  jufqu'à  un  certain  point , 
paffé  lequel ,  fi  elle  ne  s'ouvroit  pas ,  le  foufflet  fe- 
roit  en  danger  de  crever  :  ce  qui  ne  manqueroitpas 
d'arriver ,  lorfque  l'on  tourne  rapidement  la  mani- 
velle ;  mais  au  moyen  de  cette  foupape ,  cet  accident 
n'eit  point  à  craindre. 

Au  refle  il  ne  faut  nulle  fcience  pour  jouer  de  cet 
înftrument;  la  feule  attention  qu'il  faut  avoir  efl:  de 
tourner  la  manivelle  d'un  mouvement  égal  &  pro- 
portionné à  celui  des  airs  qui  font  notés  fur  le  cyhn- 
dre ,  lefquels  s'exécutent  aufli  facilement  32,3,4 
ou  5  parties  qu'à  une  feule.  Foyei  Carillon  &  la 
figure  di  la  ferinette  ,  PI.  de  Lutherie. 

SERINGUE  ,  ARBRE  ,  (  Botan.  exot.  )  c'eft  ainfi 
que  cet  arbre  de  la  Guiane  eft  nommé  par  les  portu- 
gais du  Para  ,  pao  de  xiringa  ,  c'efl-à-dire  ,  bois  de 
ferïngue.  Les  habitans  de  la  province  d'Efmeraldas  , 
au  nord-efl:  de  Quito ,  l'appellent  hhévé ,  &  les  Maï- 
nas  le  nomment  caoutchoue  du  nom  de  la  réfine  fingu- 
liere  qu'on  en  tire.  Foye^  Résine  caoutchoue. 

Cet  arbre  eft  fort  haut  &  très-droit  ;  il  n'a  qu'une 
petite  tête ,  &  nulles  autres  branches  dans  fa  lon- 
gueur ;  les  plus  gros  ont  environ  deux  pies  de  dia- 
mètre ;  on  ne  voit  aucune  de  fes  racines  hors  de 
terre.  Sa  feuille  efl:  affez  femblable  à  celle  du  manioc; 
elle  eft  compofée  de  plufieurs  feuilles  fur  une  même 
queue  ;  les  plus  grandes  qui  font  au  centre ,  ont  en- 
viron trois  pouces  de  long  fur  trois  quarts  de  pouce 
de  large  ;  elles  font  d'un  verd  clair  en-defliis  ,  &  d'un 
Verdplus  pâle  en-deflTous.  Son  fruit  eft  triangulaire  , 
à-peu-près  femblable  à  celui  du  palma  Chrifti ,  mais 
beaucoup  plus  gros  ;  il  renferme  trois  femences  ob- 
longues,  brunes,  dans  chacune defquelles  on  trouve 
Une  amande. 

Ces  amandes  étant  pilées  &  bouillies  dans  l'eau , 
donnent  une  huile  épaifib  en  forme  de  graiflTe ,  de 
laquelle  les  Indiens  fe  fervent  au  lieu  de  beurre  pour 

Î (réparer  leurs  allmens.  Le  bois  de  l'arbre  eft  léger  ^L 
iant  ;  &  comme  il  vient  très-droit  &  très-haut ,  il 
peut  fervir  utilement  à  faire  de  petits  mâts  d'une  pie- 
ce  ,  ou  des  mèches  pour  les  gros  mâts. 

Pour  en  tirer  le  fuc  laiteux  ou  la  refine  ,  'on  lave 
le  pié  de  l'arbre ,  &  on  y  fait  enfuite  plufieurs  en- 
tailles qui  doivent  pénétrer  toute  l'écorce  :  ces  en- 
tailles fc  placent  les  unes  au-deflus  des  autres  ,  & 
au-deflx)usde  la  plus  baflfe  on  maftique  une  feuille  de 
balifier  ou  quelqu'autre  feniblai)le,  quifert  de  gout- 
tière pour  conduire  le  fuc  laiteux  dans  un  vale  placé 
pour  le  recevoir. 

Pour  employer  ce  fuc  ,  on  en  enduit  des  moules 
préparés  pour  cela  ,  &  auflîtôt  que  cet  enduit  y  eft 
appliqué ,  on  l'cxpofe  à  la  fumée  cpaiffe  d'un  feu 


qu'on  allume  à  cet  effet ,  prenant  garde  fiirtout  qùè 
la  fiainme  ife  l'atteigne  :  ce  qui  feroit  bouiilcnncr  ia 
réfine  ,  &  foruTeroit  des  petits  trous  dans  le  vafe 
qu'on  en  veut  faire.  Dès  qu'on  voit  que  l'enduit  à 
pris  une  couleur  jaune ,  &  que  le  doigt  ne  s'y  attache 
plus  ,  on  retire  la  pièce ,  &  on  y  met  une  féconde 
couche  qu'on  traite  de  même  ,  tk  on  en  ajoute  juf- 
qu'à ce  qu'elle  ait  l'épaiifeur  qu'on  veut  lui  donner; 
alors  ,  avant  de  la  delfécher  entièrement ,  où.  y  im- 
prime avec  des  nîoules  de  bois  taillés  pour  cela,  tous 
les  crnemens  qu'on  juge  à-propos  d'y  ajouter. 

Si  le  vaifteau  qu'on  veut  faire  de  cette  réfine ,  doit 
avoir  une  embouchure  étroite  ,  comme  ,  par  exem- 
ple, une  bouteille ,  on  fait  le  moule  avec  de  la  terré 
grafi'e  ;  &  quand  la  réfine  eft  defféchée,  on  le  caffé 
en  prefTant  la  bouteille  ,  &  on  y  introduit  de  i'eau 
pour  délayer  les  morceaux  du  moule  ,  &  les  faire 
fortir  par  les  goulots. 

En  étendant  cette  réfine  fi.ir  de  la  toile,  on  la  peut 
fubftituer  aux  toiles  goudronnées  ,  defquelles  on  fait 
des  prelarts ,  des  manches  de  pompe ,  des  habits  dé 
plongeur  ,  des  outres ,  des  facs  pour  renfermer  du 
bifcuit  en  voyage;  mais  tout  ce  qu'on  voudra  faire 
de  cette  réline ,  doit  être  fait  fur  le  lieu  même  où  font 
les  arbres  ,  parce  que  le  fuc  laiteux  fe  defléche  & 
s'épaifîit  très-promptement ,  lorfqu'il  eft  tiré  de  l'ar- 
bre :  ce  fera  un  objet  de  commerce  exclufif  pour  là 
colonie  qui  pofTede  cette  efpece  de  petit  tréfor. 

Les  ouvrages  faits  avec  le  catoutchouefontflijetsj' 
lorfqu'ils  font  récens ,  à  s'attacher  les  uns  aux  autres,, 
furtout  fi  le  foleil  donne  defTus;  mais  en  frottant  l'en- 
duit frais  avec  du  bianc  d'Efpagne,  delà  cendre,  ou 
même  de  la  pouffiere  ,  on  prévient  cette  adhérence 
incomm.ode  ,  &  on  fait  par  le  même  moyen,  pren- 
dre fur  le  champ  à  l'ouvrage  une  couleur  brune ,  ciu'il 
ne  pourroit  acquérir  qu'à  la  longue. 

Tous  les  fucs  laiteux  tirés  de  quelques  autres  ar- 
bres du  Para  peuvent  fervir  à-j)eu-près  au  même  ufa- 
ge  que  celui  de  l'arbre  ferïngue  ;  mais  le  fuc  de  c6 
dernier  furpaffe  tellement  les  autres ,  tant  par  fon 
élafticité  que  par  la  propriété  de  s'attacher  plus  inti- 
mement aux  corps  fur  lefquels  on  l'applique,  qu'on 
lui  a  donné  la  préférence ,  &  que  les  Portugais  n'en 
emploient  point  d'autre. 

On  parvient  à  difToudre  la  réfine  caoutchoue ,  en 
la  mêlant  avec  l'huile  de  noix  ,  &  la  laifTant  long- 
tems  en  digeftion  à  un  feu  de  fable  fort  doux,  ffi/i. 
de  facad.  des  Scienc.  année  lyâi.  (Z).  /.) 

Seringue,  f. f.  (^Ckirurg.)  cylindre  creux  avec  un 
pifton  garni  à  fa  tête  de  filan'e ,  de  feutre  ou  de  caftor^ 
blenuni&graiffé,  pour  en  remplir  exaftementlacapa'S 
cité,  glifTer  facilement  dedans,  &  poufler  quelque  li- 
queur dans  une  cavité ,  ou  en  pomper  les  matières  pu- 
rulentes.Il  y  a  àss/eringues  qui  contiennent  une  chopi- 
ne  ou  feize  onces  de  liquide  ;  d'autres  pour  injefter 
les  plaies ,  les  ulcères  ,  les  fiftulcs  ,  l'uréihre  ,  la  vef- 
fie ,  le  vagin ,  la  poitrine  ;  par  conféqucnt  il  faut  en 
avoir  de  différentes  grandeurs.  Celles  qui  fervent  à 
faire  des  injeftions  dans  la  vefîie  ,  dans  la  poitrine  & 
dans  les  grands  abfcès,  font  ordinairement  longues  de 
quatre  pouces  &  demi ,  fur  un  pouce  neuf  lignes  de 
diamètre  ,fig.  4.  PL  XXXI.  On  en  a  de  plus  petites 
par  degrés  ,  à  proportion  des  cavités  qu'on  veut  in- 
jefter.  La  plupart  de  ces  fcrlngues  font  d'étain  ;  leurs 
fiphons  ou  canules  qui  s'adaptent  à  l'extrémité  anté- 
rieure du  cylindre  ,  font  plus  ou  moins  longs  ,  gros 
ou  menus  ,  droits  ou  recourbés  ,  fiiivant  le  beloin. 
Quelques-unes  ont  le  bout  fait  en  poire  ,  percé  de 
petits  trous ,  afin  que  la  liqueur  en  forte  comme  d'un 
arrofoir  ;  tel  eft  celui  qu'on  emploie  pour  le  vagin  ^ 
Jig.  6  &  y.  Les  -^(tùXdS  fcrlngues  n'ont  pour  iiphon  qu'- 
un petit  tuyan  pyramidal-,  fondé  ou  monté  à  vis  au 
milieu  de  l'extrémité  antérieure  du  cylindre  ,fig.S& 
g.  Le  pillon  de  toutes  ks  fcringucs,çxce\^îc  de  celles 


pS  s  E  R 

;^  lavement ,  eft  terminé  poftcrieurement  par  un  an- 
neau chuis  lequel  on  le  pâlie  pour  appuyer  deh  is ,  & 
faire  Ibrtir  la  liqueur,  pendant  qu'on  tient  1'.  corps 
de  hjerin^uc  avec  les  autres  doigts.  On  tait  aulli  des 
ferinzucs  de  cuivre  ,  allez  grandes  pour  injcaer  les 
vaifleaux  dans  les  préparations  anatomiques.Les  ocu- 
lifles  fe  fervent  d'une  petite  feringuc  d'argent  ,  ap- 
pellcey^W/î^«<;  oculaire ,  pour  injeék-r  les  points  lacry- 
maux. f'oyiiJig.  lo.Pl.  XXIII.  Elle  eft  longue  d'en- 
viron deux  po^uces.  Son  diamètre  a  quatre  lignes  ; 
fon  liphon  long  de  dix  lignes  &  demie  s'adapte  lur  la 
l'innguc  par  le  moyen  d'une  vis  qui  s'ajullc  dans  un 
ccrou.  L'extrémité  antérieure  de  ce  liphon  donne 
naillance  i>  iin  petit  tuyau  d'environ  trois  lignes  de 
longueur,  qui  elHi  fin,  qu'à  peine  apperçoit-onl'ou- 
vermre  qui  eft  au  bout.  Enfin  l'on  a  inventé  une  ef- 
pece  de  fcringue  pour  injeder  l'oreille  par  la  trompe 
d'Euflache.  Son  corps  elt  afîez  lemblable  à  celui  des 
autres  petites  Jeringms  ;  mais  Ion  liphon  cfl  un  canal 
de  cuir  long  de  trois  pies  &  demi ,  lur  trois  lignes  de 
diamètre.  A  ce  canal  terminé  en  vis  on  ajoute  encore 
un  liphon  auxiliaire  long  de  lix  grands  pouces  ,  lur 
trois  ou  quatre  lignes  de  diamètre ,  fait  d'étain  ,  fort 
courbé  &  recourbé  à  contre  fens  vers  fon  extrémité  , 
qui  eu  terminée  par  un  mamelon  alongé  ,  applani 
par-deflus  ,  &C  dont  la  figure  imite  en  quelque  ma- 
nière celle  d'un  pigeon.  Au  bout  de  ce  mamelon  eu. 
un  bouton  haut  de'deux  lignes  ,  percé  fur  fon  fom- 
met  d'un  petit  trou.  C'eft  ce  bouton  qui  doit  s'adap- 
ter à  l'entrée  de  la  trompe  d'Euftache  dans  le  fond  de 
la  bouche  ,  derrière  la  clolfon  du  nez.  Deux  chofcs 
particulières  à  cette  feringuc ,  c'ell  i  °.  une  foupape  de 
cuivre  garnie  de  cuir  ,  appliquée  fur  la  tête  du  cy- 
lindre ,  couverte  d'un  petit  chapiteau  d'étain  fur  le- 
quel s'ajulle  le  fiphon  par  le  moyen  d'un  écrou  d'é- 
tain qui  y  elt  lié,  &  qui  reçoit  une  vis  percée  qui  fe 
trouve  fur  lefommetdu  chapiteau.  Cette  foupape  en 
s'élevant  permet  à  la  liqueur  de  la  feringuc  de  palTer 
dans  le  canal  de  cuir  ,  5c  en  refufe  le  retour  en  s'a- 
bailVanL  i°.  C'ell  une  pompe  d'étain  corapofée  d'un 
tuyau  long  d'environ  fix  pouces  ,  fur  trois  lignes  de 
diamètre  ,  dont  l'extrémité  poftérieure  eftévafée  en 
mamelon  ,  montée  fur  un  petit  relérvoir  de  neuf  li- 
gnes de  large  vers  fa  bafe,  &  fur  une  cuLilTe  quarrée 
large  de  huit  lignes ,  haute  de  quatre.  Toutes  ces  pie- 
ces  fe  montent'à  vis.  La  culafl'e  ell  percée  d'un  trou 
large  de  quatre  lignes  ,  bouchée  par  une  cheville  de 
bois  aufn  percée  d'un  trou  ,  dont  le  diamètre  eft  d'en- 
viron une  ligne  &  demie.  Sur  le  fommet  de  cette 
cheville  eft  attachée  une  foupape  de  cuivre  garnie  de 
cuir ,  qui  permet  à  la  liqueur  qui  entre  par  ia  culaffe 
&  le  trou  de  la  cheville  ,  de  palTer  dans  le  tuyau  de 
la  pompe  &  dans  hjéringue  ,  &  qui  en  empêche  le 
retour.  La  pompe  fe  termine  antérieurement  par  une 
vis  percée  qui  s'engage  dans  l'écrou  d'un  petit  canal 
pyramidal  fitué  horifontalemcnt  à  côté  de  la  tête  du 
corps  de  la  feringuc.  C'cft  par  cette  pompe  pofée 
dans  un  grand  pot  d'eau  tiède  qu'on  charge  la  frin- 
gue. En  la  faifant  jouer  l'eau  entre  par  ce  tuyau  dans 
le,  cylindre  ,  parcourt  toute  la  machine  ,  s'infinue 
dans  la  trompe  d'Euftache  ,  &  fort  par  le  nez  &  par 
la  bouche.  Foye:^  le  traité  des  inf  rumens  de  Chirurgie 
par  M.  Garangeot ,  féconde  édition ,  où  il  eft  marqué 
que  le  fieur  duyot,  maître  des  poftes  de  Verfailics  , 
a  inventé  cette  fringue  pour  ion  utilité  particulière  , 
&  a  été  entièrement  guéri  d'une  furdité  de  cinq  ans , 
par  le  moyen  de  plufieurs  injeftions  d'eau  chaude 
qu'il  fit  avec  cette  machine. 

Le  mot  de  fringue  vient  du  grec  avftv^  ,  fyrinx  , 
fiflula  ,  flûte  ,  ou  tout  corps  cylindrique  creux. 

On  peut  aiifti  fe  fervir  d\\ne  J'eiingue  avec  des  fi- 
phons  particuliers  pour  lup er  les  plaies  lans  lé  lervir 
de  la  bouche,  f^oyei  Succion. 

Dans  quelques  pays  étrangers ,  &  fur-tout  en 


S  E  R 

Hollande  ,  au-lieu  àeferingue  on  fe  fert  d'une  veflîe 
préparée,  comme  on  voit  ,  fg.  n.  PL  VII.  Le  dé- 
faut oii  on  peut  fe  trouver  de  l'inllrument  convena- 
ble à  faire  des  injeûions  dans  une  partie  ,  peut  être 
réparé  par  l'ufage  de  la  velTie.  On  noue  d'abord  au- 
deftlis  de  la  canule  en  <z  ;  on  la  remplit  de  la  Hqueur  ; 
on  la  noue  eniuite  en  h  ;  on  ôte  le  lien  a  ;  &c  par  la 
prefTion  des  mains  ,  on  fait  fortir  la  hqueur  parle  tu- 
be. Hippocrate  a  décrit  cette  manière  d'injeâer. 
Nos  fringues  lont  d'une  invention  moderne.  (F) 

SERIO  ,  LE  ,  (Géog.  rnod.)  rivière  d'Italie  ;  elle 
])rcnd  fa  fource  dans  le  Bergamafc  ,  aux  confins  de  la 
Valteline  ,  Se  fe  jette  dans  l'Ada  ,  un  peu  au-defTus 
de  Picighitone.  (Z).  /.) 

SERlPHIUM,f.  m.  {Hi/Î.  nat.  Bot.)  genre  de 
plante  à  fleurs  monopétales  ,  qui  ne  font  à  propre- 
ment parler  que  des  demi-fleurons  réunis  qui  forment 
deux  têtes  alongées  ,  &  compofées  d'écallles  inéga- 
les ;  ces  têtes  font  placées  le  long  des  branches,  & 
renferment  des  lemences  nues  &  adhérentes  à  la  cou- 
che. Poncedcrœ  diJJ'ert.  Voye^  PLANTE. 

SEIUPHUS,  (  Géog.  anc.  )  Vep?.? ,  île  de  l'Archi- 
pel ,  &  l'une  des  Cyclades.  Elle  eft  fort  connue  des 
anciens.  Tacite ,  annal,  lib.  IK.  cap.  xxj.  la  nomme 
faxum  Seriphium.  Elle  n'étolt  pourtant  pas  delerte; 
car  Hérodote  dit  que  les  Sériphiens  &  les  Syhmiens 
furent  prefque  les  feuls  des  infulaires  qui  prirent  le 
parti  des  Grecs  contre  Xercès.  Ovide  ,  Metamorph.  l. 
y.v.  241 .  a  fait  mention  de  cette  île  en  ces  termes  : 

Inde  cavâ  circundata  nube  Seriphon 
Dcferit  à  dextrd  Cythico  ,    Gyaroquc  relicîis. 

Ses  montagnes  font  fi  rudes  &  fi  efcarpées  ,  que 
les  poètes  ont  feint  que  Perlée  par  le  fecours  de  la 
tête  de  Médufe,  avoit  changé  en  pierres  jufqu'aux 
habitans  du  pays.  Le  nom  de féripke  {is,nif,e  pierreufe ^ 
&  de  -  là  vient  que  cette  île  eft  appellée  faxum 
Seriphium. 

Les  Romains  regardoient  Sériphos  comme  un  lieu 
propre  à  faire  mourir  de  chagrin  les  malheureux  &  les 
fcélérats  mêmes.  Augufte  y  relégua  l'orateur  Caiïius 
Severus  ,  que  dix-fept  ans  d'exil  en  Crète  n'avoient 
pu  corriger  de  fes  médilances  ,  &C  qui  vieillit  dans 
cette  île  :  infaxo  Seriphio  confnuit ,  dit  Tacite.  "Vaf- 
tilia  femme  de  Labéon  ,  convaincue  d'adultère  ,  y 
fut  aufîi  reléguée  ;  &  Stratonicus  trouvoit  le  féjour 
de  cette  îlefiinfupportable  ,  qu'il  demanda  un  jour  à 
fon  hôte  quel  étoit  le  crime  que  l'on  punilToit  d'exil 
chez  eux;  c'eft  la  mauvaife  foi ,  dit  l'hôte.  Hé  que 
ne  fais-tu  donc  quelque  fourberie  infigne  ,  répliqua 
Stratonicus  ,  pour  te  tirer  de  ce  miférable  lieu. 

Pline  ,  Elien  &  Théophrafte  aflhrent  que  les  gre- 
nouilles étoient  muettes  dans  Sériphos  ,  &  qu'elles 
recouvroient  leur  voix  fi  on  les  tranfportoit  ailleurs. 
Théophrafte  rapporte  la  caule  de  ce  fiience  à  la  froi- 
deur de  l'eau  du  lieu.  Il  faut  que  la  race  de  ces  gre- 
nouilles muettes  fe  folt  perdue  ,  dit  plalfamment  M. 
de  Tournefort  ,  car  le  plus  grand  plailir  que  nous 
eûmes  dans  cette  île,  ajoute  t-il,  fut  d'entendre  crier 
les  grenouilles  dans  les  marais  au-tour  du  port.  Her- 
molaus  Barbarus  a  rétabli  l'endroit  de  Phne  où  ce 
fait  eft  rapporté;  il  prétend  que  dans  les  anciens 
exemplaires  on  llfoit  des  cigales  pour  des  grenouilles. 

C'eft  dans  Sériphos  que  Polydcfte  a  régné.  Le  nom 
moderne  de  cette  île  eft  Serpho.  Voye\  S  E  R  p  H  O. 

SEPJQUE  ,  LA  ,  (  Geog.  anc.  )  Sema  ou  Serum- 
regio  ,  contrée  de  l'Afie  ,  fameufe  chez  les  anciens  , 
&  qu'ils  n'ont  point  connue.  Pomponius  Mêla  lui- 
même  ,  l.  1.  c.  ij.  la  place  au  miheu  de  l'orient,  au- 
lieu  de  la  mettre  à  l'extrémité. 

Ptolomée  ,  liv.  FI.  c.  xvj.  eft  celui  des  anciens 
géographes  qui  en  a  le  mieux  parlé.  Il  la  borne  au 
nord  ôc  à  l'orient  par  des  terres  inconnues  ;  au  midi 


s  E  R 

par  une  partie  de  l'Inde,  au-delà  du  Gange ,  &:  à  l'oc- 
cident par  la  Scythle  ,  au-delà  de  l'Imaiis  ;  ce  qui 
répond  à-peu-près  à  la  partie  ieptentrionale  de  la 
Chine  ,  ou  au  Cathay  ;  car  il  eft  vraiffemblable , 
par  la  carte  chinoiie ,  iaite  en  caracleres  chinois ,  que 
la  province  de  Quantong  qui  fournit  la  foie  ,  &  qui 
cû  dans  la  partie  feptentrionale  de  l'enipire,  cft  pro- 
prement la  Sériquc  des  anciens. 

Il  efl:  vrai  que  Ptolomée  diftingue  la  Sérlçue  du 
pays  des  Sines,  qui  doit  être  la  Chine  d'aujour- 
d'hui ;  mais  il  eft  fort  poffible  que  du  tems  de  Pto- 
lomée ,  on  ne  donnât  le  nom  de  pays  des  Sines  qu'à 
la  partie  méridionale  de  la  Chine  ;  &  en  effet ,  il  met 
au  3  5  degré  de  latitude  les  limites  de  fa  Sérique  &  de 
fon  pays  des  Sines  qui  eft  plus  méridional  ;  &  c'eft 
à  ce  même  degré  ,315  minutes  près  ,  que  font  par 
les  obfervations  modernes ,  les  llmiles  de  la  province 
de  Quantong  &  de  celle  de  Nankin  ,  qui  làns  diffi- 
culté étolt  enfermée  dans  le  pays  des  Sines. 

II  efl  bon  de  remarquer  que  Ptolomée  nous  avertit 
lui-même  ,  que  c'efl:  vers  le  36  degré  de  latitude  ,  ou 
vers  le  parallèle  de  Rodes ,  ciue  l'on  avolt  de  fon  tems 
le  plus  d'obfervatlons.  Il  elr  ailé  d'en  voir  la  ralfoa 
par  les  navigations  qui  fe  faifolent  alors ,  &  elle  avolt 
lieu  pour  les  navigations  mêmes  qu'on  entreprenoit 
dans  les  m.ers  d'orient ,  plus  fréquentées  vers  ce  mê- 
me parallèle ,  à  caufe  des  marchandlfes  qu'on  y  allolt 
chercher.  On  doit  donc  fe  fier  à  Ptolomée  fur  la 
poiitlon  des  confins  de  la  Sérique  &  du  pays  des  Si- 
nes ,  &  par  conféquent  rendre  la  Sérique  à  la  Chine 
feptentrionale. 

Cependant  toutes  les  cartes  mettent  la  Sérique 
dans  la  Scythie  ;  mais  il  y  a  grande  apparence  que 
c'efl  une  faute  ,  Ptolomée  ne  l'y  met  pas  ;  d'ailleurs 
la  Sérique  doit  produire  de  la  foie ,  &  il  n'en  vient 
point  aujourd'hui  dans  la  Scythie  des  anciens ,  qui  efl 
notre  Tartarie. 

Il  efl:  vrai  que  quand  Ptolomée  efl  hors  du  3  5  ou 
36  degré  ,  &  dans  le  pays  des  Snies  ,  on  ne  trouve 
aucune  exaftlîude  dans  ià  géographie;  apparemment 
parce  que  les  navigateurs  ne  connoifloient  encore  de 
fon  tems  que  les  lieux  où  fe  vendolt  la  foie.  Il  place 
la  capitale  des  Sines  au  3  degré  de  latitude  méridio- 
nale ;  mais  par  les  obfervatlons  modernes  il  n'y  a 
aucune  partie  de  la  Chine  qui  folt  plus  proche  de 
l'équateur  que  de  18  degrés.  Il  réfulte  donc  que  Pto- 
lomée a  mieux  connu  la  Chine  feptentrionale  que  la 
méridionale ,  laquelle  il  a  étendue  excefhvement  au- 
delà  de  fes  bornes.  (Z>.  /.  ) 

SERIR-ALDHEHEB  ,  {céog.  mod.)  c'efl-à-dlre 
le  tronc  d'or  ;  nom  perfandu  pays  qui  s'étend  entre  le 
Pont-Euxin  &  la  mer  Cafplenne  ,  dans  lequel  pays 
efl  fîtuée  la  ville  de  Derbend.  On  a  nommé  cette 
contrée  le  Trône  d'or  ,  parce  que  Noufchirvan  ,  roi 
de  Perfe ,  accorda  au  gouverneur  qu'il  établit  fur 
cette  frontière  le  privilège  de  s'alfeoir  fur  un  trône 
d'or ,  en  conféquence  de  l'importance  du  pofle  qu'il 
lulconfioit.  (Z>. /.  ) 

SERIR-EL-LAN ,  (  Géog.  mod.  )  ville  de  Perfe. 
Long.  6j.  i6.  lat.  43.  là. 

SERKASS  ,  (  Géog.  mod.  )  ville  de  Perfe ,  que  les 
géographes  du  pays  placent  à  SS.  j  S.  de  longitude  ^ 
fous  les  3  2.  So.de  latitude. 

SERKE ,  (  Géog.  mod.  )  ville  d'Ethiopie  ,  au  mi- 
lieu des  montagnes  dans  un  beau  vallon  ,  au  pié  du- 
quel coule  un  ruiffeau  qui  fépare  TEthiopie  du  royau- 
me de  Sennaj".  (£)./,) 

SERMANRAI ,  (  Géog.  mod.  )  ville  de  l'Irac  ara- 
bique ,  qui  efl  rAffyrie  ou  la  Chaldée.  Les  tables  ara- 
biques la  placent  fur  la  rive  orientale  du  Tigre,  372. 
3  0.  Je  longitude  ,  &;  à  34.  de  latitude  feptentrionale 
dans  le  quatrième  climat. 

^  SERMEGHON  ,  {Géog.  w^i.)  ville  de  Perfe.  Les 
géographes  du  pays  la  mettent  à  (i*/.  3  7.  de  longitude  , 
Tome  XV. 


S  E  R 


99 


f    fous  les  37.  32.  de  latitude.  (/?.  /.) 

SERMENT,  JUlŒMEN7',(5>/;o/7.)  Le  ferment 
fe  fait  proprement  pour  confirmer  la  fincérite  d'une 
promelle  ;  le  jurement  pour  confirmer  la  vérité  d'un 
témoignage. 

Le  mot  deyèrwmf  efl  plus  d'ufage  pour  exprimer 
l'aûion  de  jurer  en  public  ,  îk  d'une  manière  folern- 
nelle.  Celui  dey^rewi/z;  exprime  quelquefois  de  l'em- 
portement entre  particuliers,  ha  ferment  du  mince  ne 
l'engage  point  contre  les  lois  ni  contre  les  Intérêts  de 
fon  état.  Les  ïrc<:\wQn^  juremens  ne  rendent  pas  le 
menteur  plus  digne  d'être  cru. 

Enfin  le  ii-iot  Jcrmsnt  cil  d'un  ufage  beaucoup  plus 
étendu  que  celui' de /«WAVTzf  ,  car  il  fe  prend  au 
figuré  pour  toutes  fortes  de  protcflations  qu'on  fait 
dans  le  commerce  du  monde.  Balfac  dit  en  ce  fens  , 
que  Jupiter  rit  également  des  jcrmens  des  amans  & 
des  rois.  {D.  /.) 

Serment ,  Vœu  ,  (  Religion  ,  Morale.  )  ce  ne  font 
point  deux  termes  fynonymes  ,  &  la  différence  qui  fe 
trouve  entre  ses  deux  ades  reh2leux  ,  mérite  d'être 
expofée. 

Tout  ferment,  proprement  ainfi  nommé,  fe  rap- 
porte principalement  6c  dlreftement  à  quelque  hom- 
me auquel  on  le  fait.  C'efl  à  l'homme  qu'on  s'engage 
par-là:  on  prend  feulement  Dieu  à  témoin  de  ce  à 
quoi  on  s'engage  ,  &  l'on  fe  fbumet  aux  effets  de  fa 
vengeance  ,  fi  l'on  vient  à  violer  la  promeffe  qu'on  a 
faite  ,  fuppofé  que  l'engagement  par  lui-même  n'ait 
rien  que  le  rendit  illicite  ou  nul ,  s'il  eût  été  contraclé 
fans  l'interpoiltlon  afferment. 

Mais  le  vœu  efl  un  engagement  oii  l'on  entre  direc- 
tement envers  Dieu  ,  &  un  eng^-gement  volontaire, 
par  lequel  on  s'impofe  à  fol-même  de  fon  pur  mou- 
vement, la  nécelllté  de  faire  certaines  chofes  ,  aux- 
quelles fans  cela  on  n'auroit  pas  été  tenu ,  au  moins 
préclfément ,  &;  déterminément  ;  car  fi  l'on  y  étolt 
déjà  Indifpenfablement  obligé ,  il  n'efl:  pas  belbin  de 
s'y  engager  :  le  vœu  ne  faït alors  que  rendre  lobliga- 
tlon  plus  forte,  6c  la  violation  du  devoir  plus  crimi- 
nelle ,  comme  le  manque  de  fol ,  accompagné  de  par- 
jure ,  en  devient  plus  odieux ,  &  plus  digne  de  puni- 
tion, même  de  la  part  des  hommes. 

Comme  leyèr;7ze/2f  efl  un  lien  acceflblre  qui  fup- 
pofé toujours  la  vaUdhé  de  l'engagement  auquel  on 
l'ajoute,  pour  rendre  les  hommes  envers  qui  l'on  s'en- 
gage plus  certains  de  notre  bonne-foi;  dès-là  qu'il  ne  s'y 
trouve  aucun  vice  qui  rende  cet  engagement  nul  ou 
illicite ,  cela  fuffir  pour  être  allure  que  Dieu  veut  bien 
être  prisa  témoin  de l'accompliffement  delà  promefie, 
parce  qu'on  fait  certainement  que  l'obligation  de  te- 
nir fa  parole  ,  efl  fondée  fur  une  des  maximes  évi- 
dentes de  la  loi  naturelle  ,  dont  il  efl  l'auteur. 

Mais  quand  il  s'agit  d'un  vœu  ,  par  lequel  on  s'en- 
gage direclement  envers  Dieu  à  certaines  chofes , 
auxquelles  on  n'éîoit  point  obligé  d'ailleurs ,  la  nature 
de  ces  chofes  n'ayant  rien  par  elle-même  qui  nous 
rende  certains  qu'il  veut  bien  accepter  l'engagement; 
il  faut ,  ou  qu'il  nous  donne  à  connoitre  la  volonté 
par  quelque  voie  extraordinaire  ,  ou  que  l'on  ait  là- 
defifus  des  préfomptions  très  -  raifonnables  ,  fondées 
fur  ce  qui  convient  aux  perfeftlons  de  cet  être  fou- 
verain.  On  ne  pciu s'imaginer,  fans  lui  faire  outrage, 
qu'il  fe  prête  à  nos  defirs  ,  toutes  les  fols  qu'il  nous 
prendra  envie  de  contrarier  avec  lui ,  6c  de  gêner 
inutilement  notre  hberté  :  ce  feroit  iuppofer  qu'il 
retire  quelqu'avantage  de  cesenpagemcns  volontai- 
res ,  qui  doivent  être  toujours  des  devoirs  Indifoen- 
fables. 

Le  do£leur  Cumbcrland  prétend  qu'on  fe  forma 
une  nouvelle  obligation  après  le  fermât  dans  les 
cn(!;agemcns  qvi'on  prend  ;  m;fis  cette  nouvelle  obli- 
gation n'empêche  i)ns  que  la  validité  du  ferrent  n'ait 
une  liaifoa  nécellaire  avec  la  validité  de  l'engage-» 

N  i)  ^^' 


B/BLIOTHECA 


loo  s  E  R 

ment,  pour  la  confirmation  duquel  on  le  prCte.  La 
première  6c  la  principale  railbn  ,  pourquoi  celui  qui 
manque  à  la  parole  donnée  avec  ferment^  mérite  d'ê- 
tre puni ,  c'eil  parce  qu'il  a  violé  les  engagemens  ;  le 
parjure  le  rend  leulemont  plus  coupable,  &  digne 
d'une  plusrigoureule  punition.Quoiqu  il  pèche  alors, 
&;,contre  cette  loi  naturelle  qui  ordonne  de  tenir  ce 
que  l'on  a  promis,  6c  contre  celle  qui  détend  d'invo- 
quer le  nom  de  Dieu  témérairement,  cela  ne  change 
pomt  la  nature  des  obligations  qui  naillent  de  là  ,  en 
tant  que  jointes  eniemble,  de  telle  manière  que  la 
violation  de  ce  qui  le  rapporte  à  Dieu  ,  luppofe  ici 
néceflairement  une  intradion  de  l'autre  qui  regarde 
les  hommes  ,  auxquels  on  s'engage  en  prenant  Dieu 
à  témoin.  On  ne  le  prend  à  témoin  ,  que  pour  con- 
firmer l'engagement  oii  l'on  entre  envers  ceux  à  qui 
l'on  jure;  6c  fi  l'on  a  lieu  de  croire  qu'il  veut  bienfe 
rendre  garant  de  l'engagement  6c  vengeur  de  fon  in- 
fraaion  ,  c'cit  uniquenient ,  parce  que  l'engagement 
n'a  rien  en  lui-même  qui  le  rende  ou  illicite  ,  ou  in- 
valide. Truite  des  lois  naturelles.  (  D.  J.) 

Serment  ,  (.  m.  {Littîrat.)  atteftation  rellgieufe 
delà  vérité  ,  de  quelque  affirmation  ,  engagement, 
promefie ,  é-c.  Mais  nous  ne  voulons  pas  ici  confidé- 
rer  le  ferment  en  théologien  ,  en  jurifconfulte  ,  ni  en 
moralille  ;  nous  en  voulons  parler  en  limple  littéra- 
teur ,  6c  d'une  façon  très-concife.  On  trouvera  dans 
les  mém.  des  infc.  des  détails  étendus  fur  le  même  fu- 
jet,  &  dans  le  même  plan,  car  cette  matière  envi- 
fagée  de  cette  manière  ,  préfente  quantité  de  chofes 
agréables ,  curieufes  6c  folides  ;  c'eil  l'hiftoire  de 
tous  les  peuples. 

L'ufage  des  fermcns  fut  ignoré  des  premiers  hom- 
mes. La  bonne-foi  regnoit  parmi  eux ,  &  ils  étoient 
fidèles  à  exécuter  leurs  engagemens.  Ils  vivoient  en- 
femble  fans  foupçon  ,  fans  défiance.  Ils  fe  croyoient 
réciproquement  fur  leur  parole,  &  ne  favoient  ce 
rue  c'étoit ,  ni  que  de  faire  desfermens ,  ni  de  les  vio- 
ler. Dans  ces  premiers  jours  du  monde  naiflant ,  dit 
Juvenal ,  les  Grecs  n'étoient  pas  toujours  prêts  à 
jurer ,  &  fi  nous  en  croyons  M.  Defpréaux. 

Le  Normand  même  alors  ignorait  le  parjure. 

Mais  fitôt  que  l'intérêt  perfonnel  eut  divifé  les  hom- 
mes ,  ils  employèrent  pour  fe  tromper  la  fraude  & 
l'artifice.  Ils  fe  virent  donc  réduits  à  la  trifte  nécefTité 
de  fe  précaiitionncr  les  uns  contre  les  autres.  Les 
promelles,  les  proteftations  étoient  des  liens  trop 
foibles  ;  on  tâcha  de  leur  donner  de  la  force  en  les 
marquant  du  fceau  de  la  religion  ,  &  l'on  crut  que 
ceux  qui  ne  craignoient  pas  d'être  infidèles,  crain- 
droient  peut-être  d'être  impies.  La  difcorde  ,  fille  de 
la  nuit,  ditHefiode,  enfanta  les  menfonges,  les  dif- 
cours  ambigus  6c  captieux ,  6c  enfin  \q  ferment ,  fi  fu- 
nellc  à  tout  mortel  qui  le  viole.  Obligés  d'avoir  re- 
cours à  une  caution  étrangère ,  les  hommes  crurent 
la  devoir  chercher  dans  un  être  plus  parfait.  Enfuite 
plongés  dans  l'idolâtrie  ,  \c  ferment  prit  autant  défor- 
mes différentes  que  la  divinité. 

Les  Perfes  attefioient  le  foleil  pour  vengeur  de 
l'infraftion  de  leurs  promeflcs.  Ce  même  ferment  prit 
faveur  chez  les  Grecs  &  les  R.omains  :  témoins  ce 
beau  vers  d'Homère. 

Je  vous  attefte,  foleil ,  votis  qui  voyez  &  qui  en- 
tendez tout. 

Virgile  a  imité  la  même  idée  dans  le  iv.  de  l'E- 
neide.  «  Soleil  qui  éclairez  par  vos  rayons  tout  ce  qui 
T>  fe  paffe  fur  la  terre.  ...» 

Sol  qui  terrarum  jlummis  opéra  omnia  luflras , 
&  dans  le  xi),  livre. 

E^o  nunc  fol  teflis  ,  6cc. 


S  E  P^ 

Les  Scythes  ufoient  aufii  cVunfrment,  qui  avoît 
je  ne  fai  quoi  de  noble  &  de  fier  ,  6c  qui  repondoit 
adcz  bien  au  caratlere  un  peu  féroce  de  cette  nation. 
Ilï  juroient  par  l'air  &  par  le  cimeterre,  les  deux  prin- 
cipales do  leurs  divinités  ;  l'air  comme  étant  le  prin- 
cipe de  la  vie  ,  &  le  cimeterre  comme  étant  l'une  des 
caufes  les  plus  ordinaires  de  la  mort. 

Enfin  les  Grecs  6c  les  Romains  attefloient  leurs 
dieux ,  qui  la  plupart  leur  étoient  communs  ,  mais 
fur-tout  les  deux  divinités  quipréfidoienîleplus  par- 
ticulièrement auxytrwt'/nque  les  autres,  je  veux  dire 
la  déelfs  Ficies  6c  le  dieu  FiJius. 

Les  contrées ,  les  villes ,  6c  les  particuliers  avoient 
certainsyt'/-/«tV2,ç  dont  ils  ufoient  davantage  ,  félon  la 
dilîérence  de  leur  état ,  de  leurs  engagemens ,  de 
leur  goût ,  ou  des  difpofitions  de  leur  cœur.  Ainfi  les 
veftales  juroient  par  la  déeffe  à  qui  elles  étoient  con- 
facrées. 

Les  hommes  qui  avoient  créé  des  dieux  à  leur 
image,  leur  prêtèrent  auffi  les  mêmes  foiblefl'es,  & 
les  crurent  comme  eux  dans  la  néccllité  de  donner 
par  des  fermens  une  garantie  à  leur  parole.  Tout  le 
monde  fait  que  les  dieux  juroient  par  le  llyx.  Jupiter 
établit  des  peines  très-feveres  contre  quiconque  des 
dieux ,  oferoit  violer  \\n  ferment  fi  refpcftable. 

Nous  avons  vu  que  la  bonne-foi  eut  befoin  pour  fe 
foutenir  d'emprunter  le  fecours  des  fermens.  Il  fallut 
que  Içsfirmens  à  leur  tour,  pour  fe  conferver  dans 
quelque  force ,  enflent  recours  à  certaines  cérémo- 
nies extérieures.  Les  hommes  efclaves  de  leurs  fens  , 
voulurent  qu'on  les  frappik  par  des  images  fenfibles  , 
&  à  la  honte  de  leur  raifon  :  l'appareil  fit  fouvent 
plus  d'impreffion  fur  eux  que  le  ferment  même. 

L'ufage  le  plus  ancien ,  &  peut-être  le  plus  natu- 
rel &  le  plus  firnple ,  c'étoit  de  lever  la  main  en  fai- 
{ànt  ferment.  Du-moins  ce  fut  en  cette  forte  que  fe  fit 
le  premier  ferment  dont  nous  ayons  connoiffancc. 
J'enlèverai  la  main  devant  le  Seigneur  le  Dieu  très- 
haut  ,  dit  Abraham.  Mais  les  hommes  ne  fe  conten- 
tant pas  de  cette  grande  fimplicité,  ceux  qui  pour 
leur  état  étoient  diftingués  des  autres ,  voulurent 
jufques  dans  cette  cérémonie,  faire  paroître  des  fym? 
boles  &  des  inftrumens  de  leurs  dignités ,  ou  de  leurs 
profefnons.  Ainfi  les  rois  levèrent  leur  fceptre  ea 
haut,  les  généraux  d'armées  leurs  lances  ou  leurs 
pavois  ,  les  foldats  leurs  épées ,  dont  quelquefois 
auffi  ils  s'appliquoient  la  pointe  fur  la  gorge ,  félon 
le  témoignage  de  Marceliin. 

On  crut  encore  devoir  y  faire  entrer  les  chofes 
facrées.  On  établit  qu'on  jureroit  dans  les  temples  , 
on  fit  plus  ,  on  obligea  ceux  qui  juroient  à  toucher 
les  autels.  Souvent  auflî  en  jurant,  on  immoloit  des 
viftimes  ,  on  faifoit  des  libations  ,  &  l'on  joignoit  à 
cela  des  formules  convenables  au  refle  de  la  pomi^e. 
Quelauefois  encore  pour  rendre  cet  appareil  plus 
terrible  ,  ceux  qui  s'engageoient  par  des  fermens , 
trempoient  leurs  mains  dans  le  fang  6c  dans  les  en- 
trailles des  victimes. 

Mais  outre  ces  cérémonies  ,  qui  étoient  prefque 
communes  à  toutes  les  nations  ,  il  y  en  avoit  de  par- 
ticulières à  chaque  peuple,  toutes  différentes  félon  la 
dilférence  de  leur  religion  ,  ou  de  leurs  caraûeres. 
On  voit  dans  l'Ecriture  qu'A.braham  fait  toucher  fa 
cuiffc  par  Eliezcr  dont  il  exigeoit  le  ferment.  Jacob 
mourant ,  prelcrit  la  même  formalité  à  Jofeph  :  fu.r 
quoi  l'hifiorien  Jofephe  dit  fimplement,  que  cette 
coutume  étoit  générale  chez  les  Hébreux  ,  qui  félon 
les  rabbins  juroient  de  la  forte  pour  honorer  la  cir- 
concifion. 

Les  Scytes  accompagnoient  leurs y^r/wf/z^  de  pra- 
tiques tout-à-fait  conformes  à  leur  génie  ;  lorf'que 
nous  voulons ,  dit  l'un  d'eux  dans  Lucien  ,  nous  ju- 
rer folemneUement  une  amitié  mutuelle,  nous  nous 
piquons  le  bout  du  doigt,  &  nous  en  recevons  le  f^ng 


s  E  R 

dans  une  coupe  ;  chacim  y  trempe  la  pointe  de  fon 
épée,  &  la  portant  à  la  bouche  ,  luct-  cette  liqueur 


pandre  l'un  pour  l'autre  jufqu'à  la  dernière  goutte 
de  l'on  lang. 

Souvent  les  Grecs  pour  confirmer  leurs  fcrmcns  , 
iettoient  dans  la  mer  une  malî'c  de  fer  ardente  ,  &  ils 
s'obligeoient  de  garder  leur  parole  juiqu'à  ce  que 
cette  maffe  revînt  d'elle-même  fur  l'eau  ;  c'eft  ce  que 
pratiquèrent  les  Piiocéens  ,  lorlque  déiblés  par  des 
acies  continuels  d'hofîilités,  ils  abandonnèrent  leur 
ville  ,  &:  s'engagèrent  à  n'y  jamais  retourner.  Les 
Romains  fe  contentèrent  du  plus  fniiple  ferment.  Po- 
lybe  nous  affure  que  de  fon  tems  les  fermt:ns  ne  pou- 
voient  donner  de  la  confiance  pour  un  grec  ,  au  lieu 
qu'un  romain  en  étoit  pour  ainfi  dire  enchaîné.  Agc- 
filas  cependant  penfoit  en  romain  ;  car  voyant  que 
les  Barbares  ne  le  faifoient  point  fcrupule  d'enfraln- 
dre  la  religion  des  fer/mns  :  bon  ,  bon  ,  s'écria-t-il , 
ces  infradeurs  nous  donnent  des  dieux  pour  alliés  & 
pour  féconds. 

Quelques-uns  ne  fe  bornèrent  pas  à  de  funples  cé- 
rémonies convenables ,  ou  ridicules  ,  ils  en  inventè- 
rent de  folles  &  de  barbares.  Il  y  avoit  un  pays  dans 
la  Sicile ,  où  l'on  étoit  obligé  d'écrire  (on  Jir/aent  fur 
de  l'écorce  ,  &  de  le  jetter  dans  l'eau  ;  s'il  iurnageoit, 
il  paffoit  pour  vrai  ;  s'il  alloit  à  fond ,  on  le  réputoit 
faux  ,  &  le  prétendu  parjure  étoit  brûlé.  Le  fcho- 
lialle  de  Sophocle  nous  affure  que  dans  piufieurs  en- 
droits de  la  Grèce ,  on  obligeoit  ceux  qui  juroient  de 
tenir  du  feu  avec  la  main ,  ou  de  marcher  les  pies 
nuds  fur  un  fer  chaud  ;  fuperflitioni  qui  fe  conlér- 
verent  long-tems  au  milieu  même  du  chrillianifme. 

La  morale  de  quelques  anciens  ûir  le  ferment  étoit 
trcs-févere.  Aucune  raifon  ne  pouvoit  dégager  celui 
qui  avoit  contraclé  cet  engagement,  non  pas  même 
la  fiirprife ,  ni  l'infidélité  d'autrui ,  ni  le  dommage 
caufé  par  l'obfervation  du  Jèrmenc.  Ils  étoient  obligés 
de  l'exécuter  à  la  rigueur  ;  mais  cette  règle  n'éioit 
pas  univerfeîle ,  &  pkifieurs  pay ens  s'en  atîranchirent 
ians  fcrupule. 

Dans  toutes  les  occafions  importantes  ,les  anciens 
fe  fervoient  du  ferment  au-dehors  6c  au-dedans  de 
l'état  ;  c'eft  à-dire  ,  foit  pour  fceller  avec  les  étran- 
gers des  alliances  ,  des  trêves  ,  des  traités  de  paix  ; 
ioit  au-dedans  ,  pour  engager  tous  les  citoyens  à 
concourir  unanimement  au  bien  de  la  cauie  com- 
Biune. 

Les  Infrafteurs  des  fermons  étoient  regardés  com- 
me des  hommes  déteffables  ,  &  les  pemes  établies 
contr'eux ,  n'alloient  pas  moins  qu'à  l'infamie  &  à  la 
mort.  Il  fembîoit  pourtant  qu'il  y  eût  une  forte  d'ex- 
ception &  de  privilège  en  faveur  de  quelques  per- 
fonnes ,  comme  les  orateurs  ,  les  poètes  ,  6c  les 
amans. 

Voilà  en  peu  de  mots  le  précis  de  ce  qui  concerne 
les  fermens  ou  ufage  parmi  les  anciens.  Là,  comme 
dans  la  plupart  des  inftitutions  humaines  ,  on  peut 
remarquer  un  mélange  furprenant  de  fageffe  ôi  de 
folie  ,  de  vérité  &  de  menlbnge  :  tout  ce  que  la  re- 
ligion a  de  plus  vénérable  &  de  plus  augufie  confon- 
du avec  tout  ce  que  la  fuperflition  a  de  plus  vil  &c  de 
plus  méprifable.  Tableau  fidèle  de  l'homme  qui  fe 
peint  dans  tous  fes  ouvrages ,  &  qui  n'ell  lui-même , 
à  le  bien  prendre  ,  qu'un  compofé  monflrueux  de 
lumière  &  de  ténèbres  ,  de  grandeur  &  de  mifere. 
(le  Chevalier  DE  J AU  COURT.  ) 

Serment  des  foldats  ,  (  An  milït.  des  Romains.  ) 
ce  qui  concerne  le  ferment  que  les  armées  romaines 
prêtoient  à  leurs  généraux,  efi:  un  des  points  les  plus 
obfcurs  de  l'antiquité.  Nous  avons  dans  Aulu-Gelle 
un  pafTage  très-fmgidj,er  d'un  auteiu"  nomme  Cincius. 


S  E  Pc  loi 

On  voit  par  ce  pafiàge,  qu'anciennement  les  citoyens 
à  mefure  qu'on  les  enrôloit  pour  le  fervice  ,  juroient 
que  ni  dans  le  camp  ,  ni  dans  l'efpace  de  dix  milles  à 
la  ronde,  ils  ne  voleroient  rien  chaque  jour  qui  ex- 
cédât la  valeur  d'une  pièce  d'argent;  &  que  s'il  leur 
tomboit  entre  les  mains  queiqu'eiiet  d'un  plus  grand 
prix,  ils  le  rapporteroient  fidèlement  au  général,  ex- 
cepté certains  effets  fpécifiés  dans  la  formule  duy^r- 
nunt. 

Lorfque  tous  les  noms  étoient  infcrits  ,  on  fixoit 
le  jour  de  l'aifemblée  générale  ,  &  tous  faifoient  un 
fécond  ferment ,  par  lequel  ils  s'engageoient  de  fe 
trouver  au  rendez-vous ,  s'ils  n'ctoient  retenus  par 
des  empêchemens  légitimes  ,  qui  font  auili  fpécifiés. 
Il  efl  hors  de  doute  que  ce  fécond  ferment  renfermoit 
la  promclTe  de  ne  point  quitter  l'armée  fans  permif- 
fion  du  général.  Aulu-Gelle  ne  rapporte  point  les 
termes  de  cette  promeffe ,  mais  Tite-Live  nous  les  a 
confervés.  Le  conful  Quintius  Cinclnnatus  traverfé 
par  les  tribuns  du  peuple  dans  fon  defiein  de  faire  la 
guerre  aux  Volfques ,  déclare  qu'il  n'a  pas  befoin 
d'un  nouvel  enrôlement ,  puifque  tous  les  Romains 
ont  promis  à  Publius  Valerius  ,  auquel  il  vient  d'être 
fubrogé  ,  qu'ils  s'aliembleroient  aux  ordres  du  con- 
ful ,  &  ne  fe  retireroient  qu'avec  fa  permiffion. 

Selon  Tite-Live  ,  jufqu'au  tems  de  la  féconde 
guerre  punique ,  on  n'exigea  d^nutrefermeni  des  fol- 
dats que  celui  de  joindre  l'armée  à  jour  marqué ,  ôc 
de  ne  point  fe  retirer  fans  congé.  Il  faut  ajouter  le 
ferment  de  ne  point  voler  dans  le  camp  ;  quoique  cet 
hiftorlcn  n'en  parle  pas  ,  il  ell  d'ailleurs  fufnfammerit 
attelle.  Mais  lorfque  les  foldats  étoient  affemblés  &ù 
partagés  en  bandes  de  dix  6i.  de  cent ,  ceux  qui  for- 
moient  chaque  bande  fe  juroient  volontairement  les 
uns  aux  autres  de  ne  point  fuir,  &  de  ne  point  for  tir 
de  leur  rang ,  finon  pour  reprendre  leur  javelot ,  pour 
en  aller  chercher  un  autre  ,  pour  frapper  l'ennemi , 
pour  fauver  un  citoyen. 

L'an  de  Rome  538,  quelques  mois  avant  la  bataille 
de  Cannes,  dans  un  tems  critique  où  l'on  croyoit  ne 
pouvoir  trop  s'aflurer  du  courage  des  armées ,  les 
tribuns  de  chaque  légion  commencèrent  à  faire  prêter 
juridiquement,  6c  par  autorité  publique  ,  le  ferment 
que  les  foldats  avoient  coutume  de  faire  entr'eux.  II 
eA  à  croire  qu'on  leur  fit  aulTi  promettre  de  nouveau 
ce  qu'ils  venolent  de  promettre  en  s'enrôlant ,  & 
qu'alors  ou  dans  la  fuite  ,  on  grolTit  la  formule  de 
quelques  détails  que  l'on  jugea  néceflàires. 

Quoi  qu'il  en  foit ,  à  la  tête  de  la  légion ,  un  foldat 
choili  par  les  tribuns  ,  prononçoit  la  formule  du  fer- 
ment; onappelloit  enfuite  chaque  légionnaire  par  fon 
nom  :  il  s'avançoit ,  &  difoit  fimplement:y'<î  promets 
la  même  chofe  ,  idem  in  me  (  fuppl.  recipio').  La  formule 
de  ce  nous' ezu ferment  n^ en  rapportée  nulle  part,  & 
peut-être  qu'il  n'y  en  avoit  point  de  déterminée.  Mais 
en  combinant  divers  endroits  de  Polybe  ,  de  Denis 
d'Halicarnafie ,  de  Tite-Live ,  &  deTacitc,  on  trouve 
qu'elle  le  réduifoit  en  lubliancc  à  ce  qui  fuit  :  «  Je 
»  jure  d'obéir  à  un  tel  (on  exprimoit  le  nom  géné- 
»  rai),  d'exécuter  fes  ordres  de  tout  mon  pouvoir, 
»  de  le  liuvre  quelque  part  qu'il  me  conduife ,  de  ne 
»  jamais  abandonner  les  drapeaux ,  de  ne  point  pren- 
»  drc  la  fuite,  de  ne  point  fortir  de  mon  rang;  je 
»>  promets  aulîi  d'être  fidcle  au  fénat  &  au  peuple 
»  romain,  &  de  ne^  rien  faire  au  préjudice  de  la  fi- 
»  délité  qui  leur  ei\  due  ».  Cette  dernière  claufe  fut 
peut-être  inférée  depuis  que  l'on  s'appcrçut  que  les 
généraux  s'attachoient  trop  les  foldats. 

Voilà  ce  qu'on  appelloit/wM.'v  inverbaimperatorls: 
exprelîions  quifignifientà  la  lettre,  jurer  que  l'on  re- 
gardera comme  une  loi  toutes  les  paroles  du  géné- 
ral ,  &  non  pas  comme  quelques-uns  fe  rimaginent, 
répeter  la  formule  que  prononçoit  le  g;néral.  Ce 
n'ctoit  point  lui  qui  la  prononçoit:  à  ne  coniulter  que 


Î02  S  E  R 

les  apparences ,  il  Icmble  qu'il  n'exigeolt  point  le 
ferment  Jes  logions  ,  6<:  que  c'ctoient  les  tribuns  6c  les 
foldats  qui,  de  leur  propre  mouvement ,  s'empref- 
ïbient  de  lui  donner  cette  afllirance  autentique  de 
.zèle  &  de  ibuniillion  à  tout.'s  les  volontés. 

Les  armées  prêtèrent  Jcri/unc  aux  empereurs  , 
comme  elles  avoient  fait  aux  généraux.  On  juroit />: 
vcrKi  Td-crii  Cccpr'n ,  comme  Ton  avoit  tait  autrefois 
juré  in  vcrba  F.  Scipionis.   Mais  il  taut  remarquer, 

i".  Que  Ibus  les  empereurs  ,  la  prellation  du  fer- 
ment le  renouvclloit  chaque  année  le  jour  des  ca- 
lendes de  Janvier.  Ce  fnncru  annuel  doit  être  regardé 
comme  un  vellige  d'antiquité.  Dans  Forigine  ,  le 
commandement  des  armées  appartenolt  aux  confuls 
&:  aux  préteurs,  &  par  conféqucnt  le  général  éîoit 
annuel  aufli-bien  que  le  confulaî&:  la  prtture.  On  ne 
fauroit  prouver  que  la  coutume  de  renouveller  le 
ferment^  fût  plus  ancienne  que  les  empereurs  :  cepen- 
dant je  croirois  volontiers  qu'elle  s'eioit  introduite 
avec  l'abus  de  continuer  les  généraux.  H  eft  rarement 
arrivé  que  les  romains  le  Ibicnt  écartés  d'un  ufage 
ancien  ,  fans  lui  rendre  en  même  tems  hommage  par 
une  formalité.  Sous  les  empereurs  on  répetoit  encore 
Infirment  aux  jours  anniverfaires  de  leur  naiffancc  & 
de  leur  avènement  à  l'empire  ;  mais  on  le  renouvcl- 
loit avec  plus  de  folemnité  de  cinq  en  cinq  ans  ,  à 
compter«du  premier  jour  auquel  ils  avoient  commen- 
cé de  régner. 

Auguitc  n'ayant  jamais  accepté  l'empire  que  pour 
cinq  ans  ou  povu-  dix  ,  lors  même  que  la  dignité  im- 
périale fut  devenue  perpétuelle  ,  fes  fuccefieurs  à  la 
lin  de  chaque  cinquième  &  cfe  chaque  dixième  année 
de  leur  rcme  ,  folcmnifolent  une  tête  ,  comme  s'ils 
enflent  pris  de  nouveau  poffefiion  du  généralat  en  ver- 
tu d'une  nouvelle  éleclion.  La  première  fois  que  l'on 
prêtoit  \q  ferment ,  &  toutes  les  fois  qu'on  le  renou- 
vclloit liirtout  aux  fêtes  des  quinquennales  &  des 
décennales  ,  les  empereurs  don  noient  à  chaque  fol- 
dat  une  petite  fomme  d'argent.  Les  anciens  généraux 
n'avoier.t  rien  fait  de  femblable. 

Du  tems  d'Augufte  ,  de  Tibère  ,  &  même  de  Cali- 
gula,  on  ne  connoiflbit  point  encore  ces  libéralités 
toujours  onéreufes  ,  fouvent  fimefles  à  l'état ,  qui 
prirent  depuis  le  nom  de  donaiivum  ,  &  dans  le  bas 
empire  cehii  à\:ugufïa/icurn. Elles  durent  leurorigine 
à  la  timidité  de  Claude  ,  qui  le  premier  de  tous  les 
Céfars  ,  fuivant  l'exprelîion  de  Suétone  ,  acheta  la  fi- 
délité des  foldats.  Ces  gratifications  devinrent  dss 
dettes  ;  &  malheur  au  prince  qui  ne  les  eiit  pas 
payées  ,  il  auroit  été  bientôt  détrôné.  Les  foldats  en 
recevant  leur  folde,  à  plus  forte  raifon  lorfqu'onlcur 
faifoit  des  largelTcs  ,  juroient  de  préférer  à  tout  le 
falut  de  Tempereur.  On  fe  fervoit  peut-être  dans  ces 
occalions  d'une  formule  particulière. 

z''.  Il  y  a  une  autre  différence  à  obferver  entre  le 
ferment  que  l'en  avoit  fait  aux  généraux,  &  celui  que 
l'on  faifoit  aux  empereurs.  Tacite  ,  au  premier  livre 
de  fon  hifloire  ,  raconte  que  les  légions  de  la  haute 
Germanie,  le  jour  même  des  calendes  de  Janvier  , 
au  lieu  de  prcicrferment  à  Galba  ,  félonie  coutume  , 
mirent  en  pièces  fes  images  ;  mais  que  craignant  de 
paroître  fe  révolter  contre  l'empire  ,  elles  jurèrent 
obéifTancc  au  fénat  &  au  peuple  ,  à  oui  depuis  long- 
tems  ,  dit  l'hlftorien  ,  on  ne  prêtoit  plus  ferment. 
^  Ipfn  ca'.cndaruin  Janucriarum  du  dinimpunt  imagines 
Galbœ, ....  ac  ne  revzrenliam  impitiï  exucrc  viderentur , 
in  S.  P.  Q.  R.  obllicruta  jam  nomina  ,  facramcnta  ad- 
yoiabant.  Ce  pafiage  prouve  qu'autrefois  en  prêtant 
au  général  l^  ferment  de  fidélité,  l'armée  le  prêtoit 
nommément  à  la  nation,  &  confirme  ce  qui  le  trouve 
dans  le  dixième  livre  de  Denis  d'HalicarnalTe  ,  que 
les  foldats  juroient  de  ne  rien  faire  au  préjudice  du 
peuple  romain. 

Le  même  texte  prouve  aufiî  que  des  l'an  68  de  l'ère 


S  E  R 

chrétienne  ,  il  y  avoit  long  -  tems  que  les  chofes 
étoient  changées  à  cet  égard  ,  &  que  l'on  ne  prêtoit 
plus  le  ferment  qu'îi  l'empereur.  Mais  il  n'eft  pas  ailé 
de  fixer  l'époque  de  ce  changement,  il  eft  antérieur 
à  Néron  6»:  mêine  à  Claude,  puifque  dès  le  tems  de 
Galba  il  étoit  déjà  fort  ancien ,  S.  P.  Q.  R.  obliterata. 
jam  nomina.  Suppofé  que  Caïus  l'eût  introduit,  l'hor- 
reur que  l'on  J-voit  de  ce  tyran  l'auroit  fait  abolir 
après  fa  mort.  Tibère  &  Auguile  ne  paroiflent  pas  en 
avoir  été  les  auteurs.  Ainh  il  finit  croire  que  nous 
devons  remonter  julqu'au  tems  de  Jules-Célar. 

Le  fénat  &  le  peuple  ayant  accumulé  fur  fa  tête 
tous  les  titres  ,  tous  les  privilèges  ,  tous  les  honneur» 
humains  &  divins,  on  déclara  le  généralat  héréditaire 
pour  fes  defcendans,loit  par  la  nature,  Ibitpar  l'adop- 
tion. Il  efl:  vraisemblable  que  les  armées  reconnurent 
lolcmnellement  Jules-Céiar  pour  général  perpétuel  , 
&:  lui  prêtèrent y^7-w£/2^  de  nouveau.  Les  tribuns  qui 
le  firent  prêter  ,  fupprimerent  fans  doute  le  nom  du 
fénat  &  du  peuple  ,  bien  alFurés  de  faire  leur  cour  à 
un  defpote  qui  ne  gardoit  plus  de  mefures  avec  la  na- 
tion. 

Rien  n'empêche  de  croire  que  dès  le  tems  d'Au- 
gulfe  la  formule  n'ait  été  celle-là  même  que  rapporte 
Vcgece  ,  6c  de  laquelle  on  fe  fervoit  fous  Valenti- 
nien  II.  en  exceptant  pourtant  la  différence  qu'avoit 
introduite  le  changement  de  religion.  Les  foldats,  dit 
cet  auteur ,  jurent  au  nom  de  Dieu  ,  du  Chrift  &  de 
l'Efprit ,  &  par  la  majellé  de  l'empereur  ....  d'exé- 
cuter en  braves  gens  tout  ce  que  l'empereur  leur 
commandera  ;  de  ne  jamais  deferter  ,  &  de  lacrifier 
leur  vie  ,  s'il  le  faut,  pour  la  république  romaine.  Ju- 
rant atitem  per  Deum  &  per  Clirifum  ,  &  per  Spintum 
fancltim  ,  6*  per  majefïatim  imperatorïs  ....  omnia  fe 
frcnue  facluros  quœ  prœceperit  imperator  ;  nurnquam  de- 
ferturos  mUïtïam  ;  née  mortem  recufaturos  pro  romand 
rcpublkd.  Ces  mots  ,pro  romand  republicd ,  étoient  une 
efpece  d'équivalent  qu'on  avoit  lubftituè  à  ceux  du 
femu  &  du  peuple ,  qui  y  étoient  auparavant. 

Il  n'ell  pas  douteux  que  pendant  les  vingt  mois  qui 
s'écoulèrent  depuis  la  mort  du  di£lateur  jufqu'à  la  li- 
gue des  triumvirs ,  le  nom  du  fénat  &  du  peuple  n'ait 
été  rétabli  dans  le  ferment  ;  mais  on  doit  croire  aufîi 
que  ibus  le  triumvirat  il  fut  retranché  pour  toujours. 
Lorlque  le  jeune  Céfar  ayant  réuni  toute  la  puilfance 
de  fes  collègues  ,  fe  fit  contraindre  d'accepter  l'em- 
pire ,  les  olliciers  exigèrent  Iç.  ferment  félon  la  formule 
nouvelle.  Augulle  ne  fit  pas  lemblant  de  s'en  apper- 
cevoir  ,  perlonne  n'ofa  s'en  plaindre  ;  &  d'ailleurs 
dans  les  tranfports  d'admiration  ck  d'idolâtrie  qu'avoit 
excité  dans  tous  les  cœurs  fon  abdication  préten- 
due ,  les  Romains  étoient  plus  difpofés  à  le  forcer  de 
recevoir  ce  qu'il  refuloit ,  qu'à  lui  contefter  ce  qu'il 
vouloit  bien  recevoir.  Ajoutez  à  cela  que  peut-être 
la  formule  n'avoit  jamais  été  fixe,  &  que  les  tribuns 
étoient  maîtres  de  choifir  les  termes.  C'eft  ainfi  ,  fé- 
lon toute  apparence  que  s'établit  ce  nouyeau ferment^ 
huis  aucune  attache  de  l'autorité  publique  ,  fans  or- 
dre de  l'empereur  ,  fans  décret  de  la  nation ,  fans 
ciu'elle  renonçât  à  les  droits. 

Enfin  ,  pour  donner  au  lefteur  une  idée  nette  des 
fermons  militaires  des  Romains ,  il  doit  favoir  que  fous 
la  république  11  y  avoit  trois  fortes  d'engagemens 
povirles  croupes.  Le  premier  s'appellolt y^cr/iwi/zrw/n; 
c'éioit  celui  par  lequel  chaque  ioldat  prètok  ferment 
en  particulier  entre  les  mains  de  fon  général ,  &  pro- 
mcttoi:  de  le  fiiivre  par-tout  où  fes  ordres  le  condui- 
roieilt ,  fans  jamais  l'abandonner,  fous  quelque  pré- 
texte que  ce  pût  être ,  jufqu'à  ce  qu'il  eût  été  li- 
ce m  ié. 

La  féconde  efpece  d'engagement  militaire  s'appel- 
loit  conjuratio  ;  c'eft-à-dir e  que  dans  les  troubles  im- 
prévus, ou  qu'à  l'approche  fubit  de  l'ennemi,  cas  qui 
demandoit  un  prompt  fecours,&  qui  ne  laifioit  pas  le 


s  E  R 

tems  d'exiger  \e  ferment  de  chaque  foldat  en  partîcii-  | 
lier,  le  conful  montoit  au  capitole  ,  &  de-là  levant 
deux  étendards ,  l'un  de  couleur  de  rôle  pour  l'infan- 
terie ,  l'autre  bleu  pour  la  cavalerie  ,  il  s'écrioit  : 
Quiconque  veut  le  J'alut  de  la  république^  qu^il  me  fuive. 
Les  Romains  alors  fe  rangeoient  ibus  le  drapeau  , 
tous  juroient  enlemble  d'être  fidèles ,  &:  s'obllgeoient 
au  fervice  que  la  république  attendoit  d'eux. 

Le  troifieme  engagement  fe  failbit  lorl'que  les  ma- 
giftrats  dépêchoient  en  divers  lieux  des  hommes  de 
choix  ,  avec  pouvoir  de  lever  des  troupes  pour  les 
befoins  de  la  république.  Cette  troilieme  manière  de 
s'engager  s'appelloit  evocatio. 

Outre  \q  ferment  qu'on  prêtoit  dans  ces  trois  ma- 
nières de  s'engager  ,  les  tribuns  exigeoient  \e  ferment 
particulier  de  tous  les  foldats  de  ne  rien  prendre  pour 
eux,  mais  de  porter  tout  ce  qu'ils  trouveroient,  à  la 
tente  du  général. 

Plutarque  nous  apprend  qu'il  n'étoit  permis  à  au- 
cun foldat  de  tuer  ou  de  frapper  l'ennemi  avant  qne 
d'avoir  fait  \e  ferment  militaire ,  ou  après  avoir  obtenu 
fon  congé.  (D.  J.) 

Serment  ,  (  Gramm.  &  Jurifpmi.  )  eft  une  invo- 
cation que  l'on  fait  de  quelque  choie  de  faint ,  pour 
attefter  d'une  manière  plus  forte  ce  que  l'on  dit ,  ou 
pour  s'obliger  plus  efficacement  d'obferver  quelque 
chofe. 

Les  plus  anciens  exemples  que  l'on  trouve  de^^r- 
mem  ,  font  ceux  d'Abraham  au  roi  de  Sodome ,  & 
au  roi  Abimelech  ,  celui  d'Eliefer  à  Abraham,  &  ce- 
lui de  Jacob  à  Laban. 

"Lq  ferment  devroit  être  une  cérémonie  fliperflue  , 
fi  tous  les  hommes  étoient  bien  perfuadés  que  l'on 
ne  doit  jamais  s'écarter  de  la  vérité  ni  de  Ion  devoir; 
mais  comme  on  a  malheureufement  reconnu  qu'il  n'y 
en  a  que  trop  qui  s'en  écartent ,  on  a  introduit  l'ap- 
pareil An  ferment ,  dans  la  vue  de  contenir  par -là 
ceux  qui  feroient  difpofés  à  s'oublier. 

Anciennement  en  France  on  employoit  en  toute 
occalion  la  formalité  du  ferment ,  comme  dans  les 
contrats  &  autres  affaires  civiles. 

Au  concile  de  Clermont  en  1095  ,  il  ^^^^  ordonné 
que  tout  homme  au-deffus  de  douze  ans  jureroit  de 
garder  Tes  articles  donnés  aux  gens  de  guerre  par 
l'archevêque  de  Bourges  entre  les  mains  de  fon  évê- 
que ,  &  que  l'on  ne  ferolt  reçu  à  la  foi  d'aucun  fief 
fans  renouveller  (on ferment.  C'eft  ainli  que  les  juges 
d'églife  commencèrent  à  s'attribuer  la  connoifiance 
de  toutes  fortes  d'affaires  temporelles ,  même  entre 
les  laïques ,  fous  prétexte  que  la  foi  an  ferment  avoit 
été  violée. 

En  quelques  endroits  les  nobles  prétendolent  n'ê- 
tre point  afTujettis  à  la  formalité  enferment  comme 
les  roturiers  ,  &  que  leur  parole  luffifoit.  On  en 
trouve  un  exemple  au  terrier  de  Chaffagne  ,  où  Gil- 
les d'Arlos  reconnut  en  1358  une  vigne ,  promettant 
de  bonne  foi ,  &  fans  faire  aucun  ferment  ,  fuivant 
(  eft-il  dit)  la  coutume  des  nobles,  de  déclarer  les 
fens  &  fervis  lorfqu'il  verroit  le  contrat  qu'il  n'avoit 
pas. 

Préfentement  toutes  perfonnes  font  obligées  de 
prêter  ferment  quand  le  cas  y  échet ,  excepté  le  roi , 
qui  prête  ferment  à  fon  facre. 

La  reine  ne  prête  pas  non  plus  de  ferment  en  juftl- 
ce.  Lorfque  la  reine  femme  de  Charles  VII.  fut  inter- 
rogée parle  chancelier  Juvenal des  Urfins  ,  pour  l'in- 
formation que  l'on  fît  fur  les  calomnies  répandues 
contre  la  dauphine  qui  venoit  de  mourir  ;  elle  ne  fit 
point  àe  ferment. 

Lorfque  les  princes  du  fangfont  dans  le  cas  de  prê- 
ter ferment  en  jullice,  c'cft-;\- dire  de  faire  une  affir- 
mation ,  ils  la  font  en  l'hôtel  du  )uge. 

Les  évêques  jouifTent  auffi  de  cette  prérogative. 
Le  ferment  eft  ou  déféré  d'office  par  le  juge  ,  ou 


S  E  R 


'îQj 


déféré  par  la  partie,  &  ordonné  par  le  juge  f^oyel 
Serment  supplétif  ,  &  Serment  dévisoire. 

On  prête  auffi  ferment  de  dire  vérité  ,  avant  de  fu- 
bir  interrogatoire,  f^ojei  Interrogatoire. 

Lorfqu'on  eft  reçu  dans  un  office  ou  fonftion  pu* 
blique  ,  on  prête  ferment.  Foyei  Office  ,  RÉCEP- 
TION. 

La  forme  de  prêter  \e  ferment  pour  les  laïcs  ,  eft  de 
lever  la  main  droite  ,  laquelle  doit  être  nue  &  non 
gantée.  Une  perfonne  étant  incommodée  de  la  main 
droite  ,  on  lui  fît  lever  la  main  gauche.  Les  eccléfiaf- 
tiques  qui  font  dans  les  ordres  facrés ,  mettent  la  main 
ad  peclus. 

Lorfque  celui  qui  doit  faire  une  affirmation  eft  in- 
commodé ou  abfent ,  ou  qu'il  eft  retenu  par  quelque 
autre  empêchement ,  il  peut  donner  procuration  à 
un  tiers  d'affirmer  pour  lui.  Voye^  Affirmation. 
Foye^  au  digefte  le  titre  dejure-jurando  ;  DefpeifTes  , 
tome  II.  p.  6xy  &  fuiv.  (  -<^  ) 

Serment  d'allegeange  e(\.nn ferment  nÇité  en 
Angleterre  ,  par  lequel  on  condamne  &  on  abjure 
l'opinion  de  ceux  qui  admettent  une  puiffance  fupé- 
rieure  au  roi,  de  quelque  nature  qu'elle  foit.  Hijl.  des 
révolut.  d''Anglet.  tome  III.  liv.  II.  p.  4o<). 

Serment  par  l'ame.  Louis  Vlll.  jura  en  1209 
une  convention  par  l'ame' de  fon  père  vivant ,  pour 
lequel  il  ftipuloit.  Lettres  hif.  fur  le  parlement ,  tom^ 
IL  p.  100. 

Serment  de  cA'LOM'NIE  ,  Juramentum  calumnia  ^ 
étoit  nn  ferment  que  les  plaideurs  prêtoient  chez  les  , 
romains ,  pour  attefter  à  la  juftice  qu'ils  agiffoi-ent  de 
bonne  foi  ,  &  qvi'ils  croyoient  être  bien  fondés  l'un 
dans  fa  demande  ,  l'autre  dans  fa  défenfe. 

Celui  qui  refufoit  de  prêter  ferment  ,  perdoit  fa 
caufe. 

Ce  ferment  a  été  reçu  par  le  droit  canonique ,  com- 
me on  le  voit ,  liv.  II,  des  décrets,  tit.  vij. 

Il  s'étoit  en  conféquence  introduit  dans  le  royaume, 
&  il  y  a  quelques  anciennes  ordonnances  qui  pref- 
crivent  tant  au  demandeur  qu'au  défendeur,  de  le  fai- 
re fur  les  faints  évangiles. 

Mais  il  y  a  long-tems  que  l'ufage  en  eft  aboli  ;  on 
a  craint  fans  doute  que  c'ette  formalité  ne  fît  faire 
beaucoup  de  parjures. 

La  feule  chofe  qui  foit  reftée  de  cet  ufage ,  eft  le 
ferment  que  les  avocats  &  procureurs  prêtent  à  leur 
réception  ,  &  qu'ils  réitèrent  chaque  année  ,  même 
dans  quelques  tribunaux  ,  deux  fois  l'an  :  on  le  leur 
faifolt  autrefois  prêter  au  commencement  de  chaque 
caufe  ;  mais  comme  cela  prenoit  trop  de  tems  ,  on 
s'eft  contenté  de  leur  faire  prêter  ce  Jerment  à  leur 
réception,  &  à  chaque  rentrée  du  fiége.  Foye^  au 
digejh ,  liv.  XI i.  titre  ij.  liv.  XXII.  titre  lij.  liv.  XXF. 
§.3.6'  liv.  XXXIX.  titre  j  ;  liv.  F.  §.  4.  &■  titre  ij  ; 
liv.  XIII.  $.3  &  13. 

Serment  corporel.  On  appelloit  ainfi  celui  qui 
fe  tait  dans  la  foi  &  hommage  limple  par  le  vaflal  en 
levant  la  main  ,  à  la  différence  de  celui  que  le  vafTal 
lige  fait  en  touchant  les  évangiles.  Foyei  les  articles 
'37  ^  '3^  de  la  coutume  d'Anjou;  &  les  148,  14c)  & 
iSo  de  la  coutume  du  Maine. 

Serment  décisoire  eft  celui  qui  eft  prêté  en 
juftice  après  avoir  été  déféré  par  une  partie  à  l'autre. 
On  l'appelle  décifoirc,  parce  qu'il  décide  la  contef- 
tation  fans  retour.  Celui  auquel  fa  partie  adverfe  dé- 
fère le  ferment ,  eft  conftitué  juge  dans  fa  propre 

caufe.  ^  , 

Ce  ferment  a  tant  de  force ,  qu'après  qu'il  eft-prête 

on  n'eft  plus  recevable  à  taire  retrader  le  jugement 

qui  a  été  rendu  en  conféquence. 

On  peut  feulement  révoquer  le  confentement  que 

'on  a  donné  pour  déférer  le  Jerment ,  les  chofes  étant 


l'. 


encore  entières.  ,    ,,    v 

Pour  ce  qui  eft  dn  ferment  défère  d  office  par  la 


04 


s  E  R 


S  E  R 


jui;e  à  l'une  des  parties ,  l'autre  eft  toujours  rece- 
vablc  à  taire  preuve  du  contraire. 

La  ferment  dccifo'irc  ne  peut  être  demandé  au  dé- 
biteur qui  oppole  la  firt  de  non-recevoir  réiultante 
du  laps  de  cinq  ans  ,  pour  les  arrérages  de  rente 
conllituée.  yoye{  les  lois  z.  34  &  40»/-  de  jure  ju- 
rando  ;  LeprcHre  ,  Cambolas  ,  Dufail ,  Henrys. 

Serment  déféré,  eil  celui  qu'une  partie  eftauto- 
riiée  à  taire  par  ordonnance  du  juge,  loit  du  conten- 
tement de  la  partie, ou  que  le  juge  l'ordonne  de  ion 
propre  mouvement.  Au  premier  cas,  c'eft-à-dire , 
quand  une  partie  le  défère  à  l'autre,  on  l'appelle yèr- 
mcnt  de  yictolrc.  Foyc^  ci-^/iVd/zr  SERMENT  DE  VIC- 
TOIRE. ^      ,   .  „ 

Serment  sur  les  évangiles,  elt  celui  que  1  on 
prête,  la  main  polée  liirle  livre  des  évangiles,  pour 
marquer  que  l'on  jure  par  la  parole  de  Dieu  conte- 
nue dans  ce  livre.  Présentement  on  ne  fait  pas  jurer 
fur  le  livre  entier  des  évangiles,  mais  feulement  lur 
l'évangile  de  Saint-Jean,  qui  fe  dit  à  la  fin  de  la  mefle. 
Serment  de  fidélité,  cil  un  ferment  lolemnel 
que  le  fujet  fait  à  (on  prince  ou  le  vaflal  à  fon  fei- 
gneur,  par  lequel  il  s'oblige  de  lui  être  toujours 

tîdele. 

Nos  rois  ont  droit  de  l'exiger  de  tous  leurs  fujets. 
On  l'exi^eoit  autrefois  au  commencement  de  cha- 
que règne.  La  coniîance  légitime  que  nos  rois  ont  en 
leurs  peuples  fiiit  qu'ils  n'ont  conlervé  cet  ufage  que 
pour  leurs  vaflaux  &  pour  ceux  des  feigneurs  ,  & 
aulîl  à  l'égard  des  évêques,  lefquels  doivent  prêter 
ce  ferment,  à  leur  avènement  au  liège  épifcopal,  foit 
comme  étant  vaffaux  de  la  couronne ,  foit  à  caufe 
qu'ils  acquièrent  une  jurifdiftion  fpirituelle  dont  on 
craint  qu'ils  n'abufent. 

Lq  ferment  de  fidélité  dû  par  les  vaflaux  à  leur  fei- 
gneur ,  ell  fimple  ou  lige. 

Le  fimple  eft  celui  qui  fe  fait  pour  les  fiefs  fimples 
&  non  liges. 

Le  lige  eft  celui  qui  fe  fait  pour  les  fiefs  liges. 
F(y}'e{  Fief  lige,  simple,  &  Foi  et  hommage. 

Les  ferfs  &  gens  de  main-morte  prêtent  aufll  le 
ferment  de  fidélité  à  leurs  feigneurs. 

hç  ferment  de  fidélité  Aqs  évêques  eft  en  ces  termes  : 
«  Je  jure  le  tiès-faint  &  facré  nom  de  Dieu,  fire,  & 
>»  promets  à  votre  majefté  ,  que  je  lui  ferai  tant  que 
»  je  vivrai ,  fidèle  fujet  &  ferviteur ,  &  que  je  pro- 
»  curerai  Ion  fervice  &  le  bien  de  fon  état  de  tout 
»  mon  pouvoir;  que  je  ne  me  trouverai  en  aucun 
»  confeil,  defléin  ni  entreprife  au  préjudice  d'iceux; 
»  &  s'il  en  vient  quelque  chofe  à  ma  connoifTance, 
M  je  le  ferai  lavoir  à  votre  majefté.  Ainfi  me  foit 
»  Dieu  en  aide  &  lés  faints  évangiles. 

Les  évêques  font  obligés  de  prendre  des  lettres  du 
roi  pour  cette  preftation  Aa  ferment,  &  de  les  faire 
regiftrer  en  la  chambre  des  comptes.  Foye^  le  gloff. 
de  M.  de  Lauricre  ,  au  mot  ferment  ^  &c  les  mots  brevet 
de  ferment  de  fidélité ,  EvLQUE,  RÉGALE. 

Serment  a  justice,  c'eft  \t  ferment  qu'un  offi- 
cier public  a  prêté  en  juftice.  On  dit  qu'il  3.  ferment 
à  /ull'ce,  pour  fignifier  que  ÏQS  aâes  font  foi  jufqu'à 
inicription  de  faux. 

Serment  in  litem,  (eu  Jus-Jurandum  in  litem, 
eft  celui  qui  eft  déféré  à  une  partie  par  le  juge  fur 
l'cftimation  d'une  chofe ,  pour  la  reftitution  de  la- 
quelle il  y  a  procès  lorfque  les  autres  preuves  man- 
quent, &  fur-tout  lorfqu'il  y  a  eu  fraude  de  la  part 
du  défendeur,  &  qu'il  a  fupprimé  les  aftes  qui  au- 
roient  fcrvi  de  preuve. 

Ce  ferment  a  lieu  principalement  dans  les  contrats 
de  bonne  foi ,  comme  dans  le  commodat ,  le  dépôt , 
la  reftitution  de  la  dot,  le  compte  de  tutelle  ,  le  par- 
tage de  la  communauté. 

On  joint  ordinairement  cette  preuve  à  celle  de 
la  commune  renommée. 


Mais  on  ne  laifle  point  à  la  partie  la  libei'té  d^éva- 
luer  ;\  fon  gré  la  chofe  dont  il  s'agit  :  le  juge  y  met 
d'abord  lui-même  une  valeur  fur  laquelle  il  défère 
enliiite  le  ferment.  Foye^  au  digefte  le  titre  de  in  //>• 
tem  jurundo. 

Serment  litis-décisoire,  voy«{  ci-devant  Ser- 
ment décisoire. 

Serment  la  main  mise  au  piz  ,  fignifioit  en 
langage  ancien ,  le  ferment  qui  fe  prête  par  les  ec- 
clélialtiques ,  la  main  mife  ad pcclus ,  fur  la  poitrine. 

Serment  en  plaids,  jm-jurundum  in  litem,  c'eft 
\c  ferment  décifoire  ,  ou  la  ferment  in  litem,  voye^  Col- 
let ,  fur  les  fat  uis  de  Savoye  pour  la  province  de  Brejfey 
p.  i8y.  col.  I.  Foyei  Serment  décisoire  ,  Ser- 
ment DÉFÉRÉ  PAR  LE  JUGE,  SERMENT  SUPPLÉ- 
TIF, Serment  in  litem. 

Serment  référé,  eft  lorfou'une  partie,  à  la- 
quelle ion  adverlaire  ou  le  juge  a  déféré  le  ferment, 
rehile  de  le  faire,  &  offre  elle-même  de  s'en  rap- 
porter au  J'erment  de  fon  adverfaire. 

Serment  sur  des  reliques;  c'étoit  autrefois 
la  coutume  de  jurer  lur  les  reliques  des  Saints,  & 
lingulierement  iur  le  tombeau  des  martyrs ,  d'où  eft 
encore  retlée  la  coutume  obiervéc  dans  l'égliie  de 
Paris,  que  les  licentiés  de  l'univerfité  vont  prêter  le 
ferment  lur  l'autel  de  Saint-Denis. 

Anciennement ,  quand  on  vouloit  éluder  fon  fer-i 
ment ,  on  le  prêtoit  fur  un  rehquaire  vuide,  comme 
s'il  ctoit  permis  de  fe  jouer  ainfi  de  la  religion  du 
ferment. 

Serment  supplétif,  eft  celui  qui  eft  déféré  par 
le  juge,  pour  fervir  de  fupplément  aux  autres  preu- 
ves qui  ne  font  pas  allez  fortes,  comme  quand  on 
décharge  une  partie ,  en  affirmant  par  elle  quelque 
fait  ;  ou  qu'on  adjuge  au  demandeur  l'es  conclufions  , 
en  aiiirmant  de  même  par  lo.ï  quelque  fait.  Foye:^ 
Affirmation  6-  Serment  déféré. 

Serment  de  suprématie,  eft  un  ferment  uftté 
en  Angleterre ,  par  lequel  on  reconnoît  que  le  roi 
eft  chef  de  l'éghfe  dans  fes  états.  Hifi.  des  révolue. 
d''An^let.   tom.   lll.  liv.   XI.  p.  40C). 

Serment  du  test,  ainfi  appelle,  comme  par 
abréviation  du  latin  tefiimonii,ei\  un  ferment.uûté  en 
Angleterre  ,  par  lequel  on  attefte  la  religion  que 
l'on  profefle. 

Il  fut  ajouté  en  1671  zuxfermens  d'allégeance  & 
de  i'uprématie.  Il  ne  conliftoit  alors  qu'à  abjurer  la 
prélence  réelle  de  Jéfus-Chrift  dans  l'euchariftie  : 
on  y  a  depuis  ajouté  une  abjuration  de  l'invocation 
des  faints ,  du  lacrifice  de  la  meffe ,  &  une  renon- 
ciation au  parti  du  prétendant.  Peribnne  ne  peut 
avoir  aucun  emploi  d'églife ,  de  robe,  ou  d'épée, 
qu'il  n'ait  prêté  ce  ferment.  Hifl.  des  révolut.  d"  AngU 
tom.  lll.  liv.  11.  p.  40Ç). 

Serment  par  la  tête  &  les  cheveux  de 
Dieu,  étoit  très-commun  chez  les  Romains  :  il  fut 
défendu  par  Jullinien.  Foyei  la  differtat,  de  M.  Maf- 
fieufurles  fermens.  Mémoires  de  racadém.  des  Infcript, 
tom.  1.  p.  ^7^. 

Serment  vilain.  On  appelloit  ainfi  ancienne- 
ment les  juremens  de  ceux  qui  prenoient  à  témoin 
quelque  chofe  deshonnête ,  ou  qui  blafphémoient 
le  faint  nom  de  Dieu.  Foye^^  les  ordonnances  de  Ia 
troifiemc  race  ,  tom.  II.   (-'^) 

SERMENTÉ  ,  adj.  {Gram.  &  Jurifprud.)(e  difoit 
dans  l'ancien  ftyle  ,  pour  exprimer  quelqu'un  qui 
avoit  ferment  à  juftice.  Foye^  Juré  &  Serment. 

SERMIONE  ,  (  Géog.  mod.  )  en  ktm  Strmio  ou 
Sirmio  ,  bourg  d'Italie  dans  l'état  de  Venilè ,  au  Vé- 
ronèfe ,  fur  une  petite  prefqu'ile ,  près  du  lac  de 
Garde.  C'eft  cet  endroit  que  Catulle  a  chanté,  &  dans 
lequel  il  avoit  établi  fa  retraite.  Foyei  Sermio  , 
Géog,  anc.  (D.  /.  ) 

SERMOLOGUE, 


s  E  R 

SERMOLOGUE,  f.  m.  {Hifz.  ecdéf:)  nom 
cju'on  donnoit  anciennement  à  im  livre  ecclcfia- 
fôqiie  ou  recueil  de  fermons  &  homélies  des  pa- 
pes ou  d'autres  perlbnnages  éminens  en  fcience  & 
en  pieté ,  &  qu'on  liloit  autretbis  aux  fctes  des 
confefleurs ,  de  h  ToufTaints ,  de  la  purification  , 
&:  tous  les  jours  depuis  Noël  jufqu'à  l'oftave  de 
l'Epiphanie,  f^oyei  Homélie. 

SERMON  ,  f.  m.  (  Gram.  )  difcours  chrétien  pro- 
noncé en  chaire,  dans  une  églife  ,  pour  inflruire  & 
édifier  les  fidèles. 

Sermon  de  J.  C.  i^  Critique  facrlc')  c'eft  ainll 
qu'on  nomme  le  difcours  que  J.  C.  tint  fur  la  monta- 
gne à  i^s  apôtres ,  &  qui  fe  trouve  dans  S.  Matthieu, 
chap.  V.  vj.vij.  Il  importe  de  nous  étendre  plus  que 
de  coutume  fur  ce  difcours  de  notre  Seigneur  ,  par- 
ce qu'il  renferme  plufieurs  préceptes  qui  paroif'ent 
impraticables,  à  caufe  des  conféquences  qui  en  ré- 
fultent  néceflairement.  Par  exemple,  J.  C.  dit  :  «  Ne 
»  réfiflez  point  à  celui  qui  vous  fait  du  mal  ;  au  con- 
»  traire  fi  quelqu'un  vous  frappe  à  la  joue  droite  , 
»  pixfentez-lui  aufïi  l'autre  joue  »,  chap.  v.  v.  jc). 
C'efl  interdire  la  défenfe ,  qui  eu.  du  droit  naturel  de 
tous  les  hommes ,  fans  quoi  ils  ne  fauroient  fe  con- 
ferver.  De  même  :  «  Si  quelqu'un  vous  veut  faire  un 
»  procès  pour  avoir  votre  robe ,  laiffez-lui  aufli  vo- 
♦>  tre  manteau  ».  Qu'on  pratique  ce  précepte  ,  &  les 
gens  de  bien  feront  expofés  à  toutes  les  injures  des 
méchans  ;  on  les  frappera,  &  on  fe  moquera  de  leur 
patience  ,  qui  les  expofera  à  de  nouvelles  injures  , 
&  au  mépris.  On  les  dépouillera  de  leur  bien  ,  &  on 
les  réduira  eux  &  les  leurs  à  la  mendicité.  Encore  : 
»  Ne  vous  amaffei  point  des  tréfors  fur  la  terre  ,  où 
»  les  vers  &  la  rouille  les  confument ,  chap.  vj.  v. 
»  ic)  ».  Eft-il  donc  défendu  à  un  chrétien  de  profiter 
desbénédidions  du  ciel, de  l'héritage  defes  ancêtres, 
&  du  fuccès  de  fon  travail  ?  Ne  peut-ii  rien  amaffer 
pour  l'avenir ,  ni  prévenir  les  revers  de  l'adverfité  ? 
Faudra-t-il  qu'il  vive  au  jour  la  journée ,  pendant 
qu'il  peut  très-innocemment  fe  mettre  à  l'abri  de  la 
difette,  &  amaffer  de  quoi  fubfifter,  lorfque  l'âge  ou 
la  maladie  le  mettront  hors  d'état  de  travailler?  J.  C. 
dit  de  même  :  «  Ne  vous  mettez  point  en  peine  de 
»  ce  qui  regarde  votre  vie  ,  de  ce  que  vous  mange- 
»  rez  ,  de  ce  que  vous  boirez ,  &  à  l'égard  de  votre 
»  corps  de  quoi  vous  vous  habillerez ,  chap.  v.  v.  ai  ». 
Sur  quoi  le  feigncur  propofe  à  fes  difciples  ,  l'exem- 
ple des  oifeaux  de  l'air,  qui  ne  fement  ni  ne  moiiTon- 
nent ,  &  qui  n'amaffcnt  rien  dans  les  greniers  :  &  ce- 
lui des  lis  des  campagnes ,  qui  ne  travaillent  ni  ne  fi- 
lent ,  &  que  Dieu  prend  foin  de  vêtir.  Il  défend  aufli 
d'avoir  aucun  foucipour  le  lendemain,  parce  que  le 
lendemain  aura  foin  de  ce  qui  le  regarde ,  ibid.  v.  3  / . 
33.  Il  veut  enfin  que  fes  difciples  demandent  les  cho- 
fesqui  leur  font  néceffaires,  aflurés  que  Dieu  les  leur 
donnera ,  chap.  vij.  v.  y.  6"  fuiv. 

Pour  accorder  ces  préceptes  de  J.  C.  avec  la  pru- 
dence &  lajuflice,  les  interprètes  ont  cherché  des 
explications  ;  ils  ont  limité  les  expreffions  générales 
du  Sauveur  ;  ils  y  ont  appofé  des  conditions.  Quel- 
ques-uns ont  cru  que  l'évangélifle  avoit  obmis  quel- 
ques paroles  de  J.  C.  qui  auroient  fervi  à  entendre 
fes  commandemens,  &  à  prévenir  les  mauvaifcs 
conféquences  qui  en  réfulteroient ,  fi  les  Chrétiens 
les  obfervoient  à  la  rigueur  ;  d'autres  ont  imaginé 
desconfells  évangéliques ,  c'eft-à-dire,  des  coaiciis 
de  perfedion ,  qu'on  n'eil  pas  obligé  de  pratiquer 
pour  être  fauve;  mais  qui  donnent  à  ceux  qui  les  ob- 
i'erventjun  mérite  fupérieur  aux  autres  ,  &  des  de- 
grés de  gloire  dans  le  ciel.  C'cft  une  mauvaife  défaite  : 
tout  eft  précepte  ,  commandement;  &  fi  bien  com- 
mandement ,  que  notre  Seigneur  finit  (on  Jhmon  liir 
la  montagne  ,  par  la  comparaifon  d'un  homme  pru- 
dent ,  qui  bâtit  fa  maifon  fur  le  roc  ^  c'efl  celui  qui 
Tome  XK 


S  E  R 


ioj 


obferve  les  commandemens  qu'il  vient  de  donner  ; 
&  d'un  homme  infenfé  qui  bâtit  fa  maifon  fur  le  fa- 
ble ,  chap.  vij,  V.  24.  &ftiiv. 

Cependant ,  comme  on  convient  que  fi  les  Chré- 
tiens vouloient  obferver  plufieurs  de  ces  commande- 
mens de  J.  C.  la  fociété  feroit  bien-tôt  renverfée  ;  les 
gens  de  bien  en  proie  à  la  violence  des  méchans  ;  le 
fidèle  expofé  à  mourir  de  faim,  parce  qu'il  n'auroit 
rien  épargné  dans  fa  profpérité,  pour  fe  nourrir  &  fe 
véiir  dans  l'adverfité  :  en  un  mot ,  tout  le  monda 
avoue  queles  préceptes  de  N.  S.  ne  font  pas  incompa- 
tibles avec  la  sûreté  &  la  tranquillité  pubhques:  voilà 
ce  qui  a  obhgé  les  interprètes  à  recourir  à  des  refi:ri- 
dions ,  à  des  modifications,  à  des  paroles  fouf-enten- 
dues  ;  mais  tout  cela  n'efl  pas  néceffaire ,  &  nous  pa- 
roît  trop  recherché  :  un  légifiateur  qui  donne  des 
préceptes,  doit  s'exphquer  clairement  ;  les  parado- 
xes ne  conviennent  point  dans  les  lois;  chacun  y 
apporteroit  des  reftriélions  &  des  modifications  à 


Ion  o;ré 


Ce  qui  a  jette  les  interprètes  dans  l'erreur ,  c'efl 
qu'ils  ont  cru  que  les  préceptes  du  Seigneur  dans  ces 
trois  chapitres,  regardoient  tous  les  Chrétiens;  au 
lieu  qu'ils  dévoient  prendre  garde  ,  qu'encore  qu'il 
y  Ci?  ait  beaucoup  qui  foient  communs  à  tous  les 
Chrétiens  ,  il  y  en  a  beaucoup  d'autres  qui  font  par- 
ticuliers aux  apôtres  du  Seigneur,  &  qui  leur  ont  été 
donnés  pour  l'exercice  du  miniflere  dont  ils  furent 
revêtus.  C'efl  ce  que  l'on  verra,  fi  l'on  fait  attention 
au  récit  de  S.  Luc,  qui  rapporte  en  abrégé  lefirmort 
dz  J.  C.  llir  la  monfagne.  Confultons-le  ;  cet  évan<ïé- 
lille  nous  raconte  ,  chap.  vj.  v.  /z.  &  ftdvans  ,  q°ie 
J.  C.  ayant  paffé  la  nuit  en  prières  fur  une  montagne^ 
lorfqu'il  fut  jour  ,  appella  fes  difciples,  c'efl-à-dire  , 
tous  ceux  qui  faifoient  profefilon  de  croire  en  lui  ;  & 
qu'alors  il  en  choifit  douze  ,  qu'il  nommd.  fes  apôtres. 
Après  cela  il  defcendit  dans  la  plaine  avec  ceux  qu'il 
venoit  defe  choifir,  &  guérit  un  grand  nombre  de 
malades.  Enfuite  il  monta  furie  penchant  de  la  mon- 
tagne, s'y  afiît,  &c  {qs  difciples  s'approchèrent  de 
lui,  Matth.  c.  v.v.j.  Ce  font  donc  ici  lès  difciples  aux- 
quels il  avoit  conféré  l'apoflolat  :  alors  jettant  Usyeux 
fur  eux  ,  //  leur  dit  ;  ce  font  les  paroles  de  S.  Luc  , 
chap.  vj.  V.  20.  C'efl  donc  à  eux  qu'il  s'adreffe  ,  & 
non  en  général  à  toute  la  troupe ,  qui  étoit  au-bas 
de  la  montagne.  Il  vient  de  leur  confier  une  charge; 
il  leur  donne  fes  inflrudions  ;  rien  de  plus  clair  & 
de  plus  limple. 

Il  ne  faut  après  cela  que  confidcrer  divers  endroits 
ànfermon  de  J.  C.  pour  voir  que  c'efl  â  fes  apôtres 
qu'il  parle  :  «  Vous  êtes  le  fel  de  la  terre  ,  vous  êtes 
»  la  lumière  du  monde  ,  la  ville  affife  fur  une  monta- 
»  gne  ,  Matth.  c.  v.  v.  ij.  14  ».  Tout  cela  convient, 
non  en  général  aux  chrétiens,  mais  aux  apôtres 
de  J.  C.  deflinés  par  leur  miniilere  à  préferver  le 
monde  du  vice,  &  à  prévenir  les  jugemens  de  Dieu 
fur  le.s  hommes  ,  en  procurant  la  converfion  des  pé- 
cheurs. Ils  étoient  la  lumière  du  monde  par  la  pré- 
dication de  l'Evangile  ;  ils  étoient  la  ville  afilfe  fur 
une  montagne,  pour  fervir  de  modèle  &  de  fpe£la- 
cle  à  l'univers;  ils  étoient  la  lampe  qui  devoit  éclai- 
rer tous  ceux  qui  font  dans  la  maifon  ,  favoirdans  l'E- 
glife  de  Dieu.  Il  les  avertit  qu'il  n'efl  point  venu 
abolir  la  loi  ou  les  prophètes ,  mais  les  accomplir , 
ihid.  V.  ic).  C'efl  une  inflruâion  dont  ils  avoient 
grand befoin  dans  leur  miniflere.  Il  leur  parle  des  pei- 
nes &  des  récompenfes  ,  non-feulement  de  ceux  qui 
auront  obfervé  ou  violé  la  loi ,  ce  qui  ne  regarde  que 
les  particuliers  ;  mais  aufii  de  ceux  qui  auront  enfc:- 
gné  aux  hommes  à  la  violer ,  ou  à  l'obferver ,  ihid. 

Le  Soigneur  dit  encore  h  fes  mêmes  difciples  : 
«  Cherchez  premièrement  le  royaume  de  Dieu  &  ùi 
»  jullice  ,  6c  les  autres  chofes  vous  feront  accordées 
»  par-defTus ,  i^iV,  chap.  vj.  v.  jj  ».  On  peut  donner 

O 


ic6 


S  E  R 


S 


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R 


à  ces  paroles  un  l'ens  qui  le  rapporte  ;\  tous  les  Chré- 
tiens en  général,  je  l'avoue;  mais  le  vrai  l'ens  con- 
vient aux  apôtres  du  Sauveur  :  cherche/,  à  établir  le 
royaume  (.le  Dieu  &  l'a  juftice  ;  c'étoit  à  eux  à  éta- 
blir le  royaume  de  Dieu,  dunt  ils  écoient  les  mini- 
ères. 

««  Ne  donne/,  point  les  chofes  faintes  aux  chiens,  &: 
»  ne  jette?,  point  vos  perles  devant  les  pourceaux  , 
»  de  peur  qu'ils  ne  les  foulent  aux  pies,  6c  que  le 
»  tournant  contre  vous  ,  ils  ne  vous  déchirent,  itiJ. 
»  ch.ip.  vif.  V.  (T».  Cela  regarde  évidemment  les/euls 
apôtres ,  appelles  ;\  prêcher  TEvangile ,  <k.  à  qui  J,  C. 
donne  ce  précepte  de  prudence. 

On  voit  donc  clairement  dans  S.  Luc  ,  que  \Qfer- 
mondu  Seigneur,  s'adrerte  aux  apôtres,  6l  non  à  la 
troupe;  en  voici  de  nouvelles  preuves.  Après  leur 
a\'oir  prédit  lesperfécutions  qu'ils  ibuiB-irontà  caufe 
de  lui ,  il  ajoute  :  «  Réjouifiez  vous  alors ,  &  foyez 
»  tranlportés  de  joie,  parce  qu'une  grande  récom- 
»  penl'e  vous  eft:  afliirée  dans  le  ciel  :  car  c'ell  ainfi 
»  que  leurs  percs  ont  traité  les  prophètes  ,  I,uc ,  vj. 
V.  V.  2j  ».  J.  C.  parle  donc  à  les  apôcrcs ,  6c  les  aver- 
tit des  perfécutions  qu'ils  auront  à  foutfiir,  comme 
les  prophètes  en  ont  elî'uyé.  De  même  encore  ,  il 
employé  la  comparailon  linvante  :  «  Un  aveugle 
)»  peut-il  conduire  un  autre  aveugle?  ne  tombcront- 
»  ils  pas  tous  deux  dans  la  fofle  ?  ibid.  v.  j  c»  ».  Ce 
propos  regarde  les  leuls  apôtres ,  appelles  par  leur 
miniflere  à  conduire  les  autres  hommes. 

Dès  qu'on  a  polé  ce  principe  ,  que  le  fitmon  de 
notre  Seigneur  s'adrelîe  A  les  apôti;es ,  il  n'y  a  plus  au- 
cune difficulté.  Tous  les  préceptes  qui  Icmblcnt  cho- 
quer la  prudence  ,  la  jultice  ,  ruiner  la  sûreté  publi- 
que ,  &  jetter  le  trouble  dans  la  fociété  ;  tous  ces 
préceptes ,  dis-je  ,  font  îrès-juites ,  &  n'ont  plus  be- 
îbin  de  limitation  ,  ni  de  reftridion.  Les  apôtres  de 
J.  C.  occupés  de  leurs  fondions  ,  ne  doivent  point 
s'amafîer  des  tréfors  fur  la  terre.  Il  falloir  fur  toutes 
chofes  qu'ils  fe  gardaficnt  d'avarice  ;  ce  défaut  feul 
pouvant  détruire  tout  le  fruit  de  hur  minillere.  Ce 
font  eux  que  Dieu  nourrira  comme  les  oileaux  du 
ciel ,  qu'il  vêtira  comme  les  lis  des  champs  ;  ce  font 
eux  qui  à  l'exemple  de  leur  m:;ître,  au  miniftere  du- 
quel ils  ont  fuccédé  ,'  doivent  quand  on  leur  frappe 
fur  une  joue ,  préfenter  aufîi  l'autre ,  c'eft-à-dire  ,  ufer 
de  la  plus  grande  modération.  Ils  feront  les  victimes 
du  monde,  mais  la  foi  chrétienne  dont  ils  font  les 
miniftres  ,  ne  peut  s'établir  autrement  que  par  la  pa- 
tience ;  ce  font  eux  qui  ne  doivent  être  en  aucun 
fouci  du  lendemain ,  parce  que  Dieu  s'ell  chargé 
immédiatement  de  pourvoir  à  tous  leurs  befoins.  Ce 
fut  aufli  pour  cela  que  le  Seigneur  après  les  avoir 
choifis  ,  les  envoya,  &  leur  défendit  de  faire  aucune 
provifion  pour  le  voyage ,  parce  que  l'ouvrier  eft 
digne  de  Ion  falaire,  Luc,  c.  ix.  v.  3 .  &Juivant,  Matth. 
c.  X.  V.  I.  &fuivant. 

Il  ne  faut  pas  cependant  conclure  de-là,  que  tous 
les  préceptes  des  chup.  v.  vj.  &  vij.  de  S.  Matthieu  y 
ne  regardent  que  les  apôtres  ;  car  ces  faints  hommes 
ont  deux  cara£leres  ,  celui  de  fidèles  ,  &  celui  d'apô- 
tres de  J.  C.  le  Seigneur  leur  donne  des  commande- 
mens  qui  leur  conviennent  en  ces  deux  qualités ,  & 
d'autres  qui  ne  font  relatifs  qu'ù  leur  qualité  d'apô- 
tres ik.  A  leur  miniftere.  Beaufobre ,  remarques  criti- 
ques. {D.J.) 

SERMONAIRE,  f.  m.  {Gram.  )  auteur  qui  a  com- 
pofé  &  publié  des  fermons.  Fléchier,  Boftiiet,  Maf- 
fillon,  C  heminais,  Bourdaloue ,  lont  nos  plus  grands 
fermnnaires. 

SERMONETA  ,  {Géog.  mod.)  bourgade  d'Itahe 
dans  la  campagne  de  Rome  ,  à  4  milles  au  midi  orien- 
tal de  Segni  ,  6c  environ  à  6  milles  au  midi  d'Agnani. 
Cette  bourgade  a  titre  de  duché ,  &  toute  fa  campa- 
gne fft  ce  que  les  anciens  appeUoient  Palus-Pomp- 


tine.  Pline  dit  que  de  Ion  tenis  on  y  voyoit  cinq 
villes  ;  à  peine  y  voit-on  aujourd'hui  cinq  fermes. 

(  ^•^-  J-  ) 

SEilMYLîA  ,  (  Géog.  anc.')  ville  de  la  Macédoine 

daivs  la  Chalcidie  ,  près  du  mont  Athos.  Hérodote, 

/.  VU.  c.  cxxiij,  place  cette  ville  fur  le  golfe  Toro- 

née.  (Z).  A) 

SLRONGE ,  f.  f.  {Commerce.')  efpoce  de  toiles 
peintes  qui  le  fabriquent  dans  la  ville  de  l'îndoftan 
de  ce  nom.  Pendant  la  faifon  des  pluies  qui  durent 
quatre  mois  ,  les  ouvriers  impriment  leurs  toiles  ; 
quand  la  pluie  a  cefié  &:  qu'elle  a  troublé  l'eau  de  la 
rivière  cjui  pafTe  à  Seronge ,  ils  y  lavent  les  toiles 
qu'ils  ont  imprimées  ;  cette  eau  trouble  a  la  vertu 
de  faire  tenir  les  couleurs ,  &  de  leur  donner  plus 
de  vivacité  ;  de  lorte  que  plus  on  les  lave  dans  la 
fuite,  plus  elles  deviennent  belles  ,  au-!icu  que  les 
couleurs  des  autres  toiles  peintes  des  Indes  ne  font 
pas  fi  vives  ,  &  qu'elles  s'elfacent  en  les  lavant  plii- 
îicurs  fois.  On  fait  à  Seronge  une  forte  de  toile  pei.'îte 
qui  ell  fi  fine ,  que  l'on  voit  la  chair  au-travers  quand 
elle  cft  fur  le  corps  :  il  n'en  vient  point  en  Europe, 
elles  font  toutes  retenues  pour  le  ferrail  &  la  cour 
du  mogol  ;  les  fulmines  &  les  femmes  de  conditioa 
en  font  faire  des  chemifes  &  des  robes  d'été  pour 
leur  uiage  ,  &  la  volupté  des  hommes  y  trouve  leur 
compte. 

Seronge,  (  Géog.  mod.)  ville  des  Indes  dans  les 
états  du  mogol ,  fur  la  route  de  Surate  à  Agra.  Elle 
eft  grande  &  peuplée.  Il  s'y  fabrique  des  toiles  qu'oa 
appelle  chitfes  ,  dont  tout  le  même  peuple  de  Perfc 
&  de  Turquie  eft  habillé  ;  mais  on  fait  aulfi  dans  cette 
ville  une  forte  de  toile  fi  fine ,  que  quand  elle  eft  fur 
le  corps,  on  le  voit  comme  s'il  étoità  nud.  Il  r'tû 
pas  permis  aux  marchands  de  tranfporter  cette  fine 
toile  hors  de  la  ville.  Elle  eft  deftinée  pour  le  ferrail 
du  grand-m.ogol  &  pour  les  principaux  de  fa  cour. 
{D.J.) 

SEROSITE  ,  f.  f.  (  Médec.  )  les  Médecins  enten- 
dent ^arféro/icé  cette  humeur  qui  eft  mêlée  avec  le 
fane  ,  &  chargée  d'un  "f^nd  nombre  de  particules 
falines  &  mucilagineufes,  dont  la  fecretion  oi  l'éva- 
cuation fe  fait  par  une  multitude  prod'.gieu(e  de  cou- 
loirs &  d'émondoires ,  d'où  il  fuit  que  Vàfcrojhc  eft 
d'une  confiftance  plus  ou  moins  épaiffe  &  variable, 
tant  par  rapport  à  la  couleur  que  par  rapport  au 
goût.  Il  ne  faut  pas  confondre  Izfi'oJiU  avec  la  lym- 
phe. Cette  dernière  eft  une  liqueur  tranfparente  , 
infiplde  ,  pure ,  dont  la  partie  la  plus  fubtile  com- 
pofe  le  fluide  qui  circule  dans  le  cerveau ,  dans  la 
moelle  fpinale  ,  &  peut-être  dans  les  nerfs.  (Z?.  /.) 

SEROU  ,  LE,  (  Géogr.  mod.)  petite  rivière  de 
France.  Elle  a  fa  fource  en  Rouergue  ,  &  fe  jette 
dans  l'Avéiron  ,  au-delTous  de  Milhars  en  Albigeois. 

SEPvPA  ,  (  Giog.  anc.  )  ville  de  la  Lufitanie  ,  qiic 
l'itinéraire  d'Antonin  marcjue  entre  Ebora  Sctiries^ 
à  13  milles  du  premier  de  ces  lieux,  &  à  10  milles 
du  lecond  fur  l'Anas  ;  il  y  a  des  favans  qui  préten- 
dent que  cette  ville  liibfifte  encore  aujourd'hui,  &c 
que  c'ell  la  Serpa  ,  ville  de  Portugal  dans  l'Aientejo  , 
au  midi  de  Moara  ;  mais  comme  l'ancienne  Scrpa. 
étoit  fur  l'Anas  ,  il  en  réfulte  qu'elle  étoit  différent» 
de  la  Serpa  moderne  ,  fituée  à  une  lieue  de  la  Gnà- 
dianaqui  eft  l'Anas  des  anciens,  ou  du-moms  la  Ser- 
pa moderne  n'e.ft  pas  fituée  précifément  dans  le 
même  lieu  que  l'ancienne.  (Z>.  /.  ) 

Serpa  ,  (  Géog.  mod.)  ville  de  Portugal  dans  l'A- 
ientejo ,  aux  confins  de  l'Andaloufte  ,  fur  ime  hau- 
teur remplie  de  rochers  ,  à  une  lieue  deGuadiana, 
à  30  au  lud-eft  de  Lisbonne  ,  &  à  10  des  confins  de 
l'Andaloufie.  Elle  eft  fortifiée ,  &  on  y  tient  une 
bonne  garnifon.  Long.  10.  iS.  latit.  ^y.ùS.  (D.J.) 

SERPE  ,  f.  f.  (  Outil  d'ouvriers.  )  inflrument  de 


s  E  R 

fer  plat  &  trancViant  en  forme  de  grand  Se  large  cou- 
teau qui  a  le  bout  courbe  en  croiilant ,  &  une  poi- 
gfiée  de  bois  ;  c'ell  après  la  coignée  un  des  princi- 
paux outils  des  bûcherons.  Les  Jardiniers  s'en  fer- 
vent aufli  pour  émonder  les  arbres  ;  les  Plombiers 
ont  pareillement  des  Jèrpes  pour  divers  de  leurs  ou- 
vrages ;  les  Vanniers  particulièrement ,  ceux  qu'on 
nomme  doturiers  &  mandriers  fe  fervent  de  hjèr^e , 
pour  appointer  les  plus  gros  morceaiLX  de  châtai- 
gniers &C  autres  bois  dont  ils  font  les  montans  de 
leurs  ouvrages.  Les  petits  bois  &c  les  ofiers  s'appoin- 
tent avec  le  couteau  à  travailler. 

Pour  forger  une  Jirpe  à  deux  bifeaux  ,  le  forgeron 
met  un  morceau  d'acier  entre  deux  morceaux  d'une 
barre  de  fer ,  &  fonde..  Lorlque  le  tout  eft  bien  cor- 
royé, il  donne  à  i'aferpe  la  figure  qu'il  juge  à  propos. 
La  fcrpe  a  un  bifeau  d'acier  comme  la  doloire.  (i>.  /.) 
SERPENT,  f.  m.ferpens  ,  (  HlJI.  nat.  )  animal  qui 
n'a  point  de  pies,  &  qui  rampe.  A^oje^ Reptile.  On 
<livife  Içsfirpcns  en  deux  claifes  ;  la  première  con- 
tient ceux  dont  la  morfure  n'eft  pas  venimeufe  ,  & 
que  l'on  nomme  couleuvres  ;  ils  font  des  œufs  qu'ils 
dépofent  dans  des  endroits  chauds  ,  &  il  en  fort  au 
bout  d'un  certain  tems  de  T^tûisfcrpais ,  voye?^  Cou- 
leuvre ,  &  i<J-fig-  ^.  de  La  PL  XV l.  où  on  a  repré- 
fenté  un  peûiferpent  dans  fon  oeuf.  Lcsjerpens  de  la 
féconde  clafle  font  appelles  vipères  ;  leur  morfure  ell 
très-dangereufe  ordinairement ,  même  elle  caufe  la 
mort ,  fi  on  n'y  apporte  un  prompt  remède  ;  ils  font 
leurs  petits  tout  vivans.  Foye^  Vipère.  Il  y  a  peu 
d'endroits  où  il  n'y  ait  des  ferperts ,  ils  aiment  le 
chaud ,  &  ils  font  en  plus  grand  nombre  dans  les  pays 
méridionaux  que  dans  les  leptentrionaux  ;  ils  varient 
beaucoup  pour  la  grandeur  &  la  couleur.  Dapper  , 
hi/i.  de  l  Amérique  ,  fait  mention  à^iinferpent  que  l'on 
trouve  au  Bréfii ,  &  qui  a  vingt-quatre  pies  de  lon- 
gueur ;  &  Chrétien  Menthe/lus  dit  qu'il  y  en  a  dans  les 
Indes  orientales  qui  dévorent  &  qui  avalent  un  buf- 
fle tout  entier.  Les  auteurs  qui  ont  écrit' fur  les  fer- 
pens  fe  font  contredits  les  uns  les  autres  dans  la  plu- 
part de  leurs  defcriptions,  de  façon  qu'il  efl:  très-diffi- 
cile de  déterminer  les  différentes  efpeces  de  ces 
animaux. 

Serpent  amphisbene  ,  on  a  donné  ce  nom  aux 
ferpens  dont  la  queue  efl  auffi  groflé  que  la  tête  ;  on 
■prétend  qu'ils  marchent  en  avant  &  en  arrière  com- 
me les  écreviffes  ,  c'efl  po'urquoi  on  les  appelle  aufli 
doubles-marcheurs. 

Serpent  des  îles  Antilles  ,  dans  le  nombre  des 
îles  Antilles,  les  feules  îles  de  la  Martinique  &  de 
Sainte-Aloufie  nourrifîent  dans  leurs  forêts  &  fur 
leurs  montagnes  une  muhitude  de  ferpens  venimeux 
dont  la  morlure  eft  mortelle.  Ce  reptile  tient  de  la 
nature  de«  vivipares  ;  la  femelle  prcduifant  à-la-fois 
jufqu'à  foixante& quatre-vingt  petits  ;  onrencontre 
desj'erpens  de  huit  à  dix  pies  de  longueur  fur  quatre 
pouces  de  diamètre  &  même  plus  ,  couverts  fur  le 
dos  d'une  peau  écaillée  de  couleur  grife  ou  noire 
marquetée  ,  quelquefois  verdâtre  ou  d'un  jaune- 
brun  ;  le  deflbus  du  ventre  efl:  toujours  plus  pâle  & 
prefque  blanc ,  couvert  d'écaillés  plus  grandes  que 
celles  du  dos  ;  leur  tête  ,  qui  efl  de  forme  triangu- 
laire ,  un  peu  arrondie  fur  les  angles ,  paroît  comme 
écrafée  ,  ils  ont  les  yeux  petits ,  vifs  ,  la  gueule 
demefurément  fendue  &  garnie  de  petites  dents  ; 
fur  les  côtes  de  la  mâchoire  lupérieure  font  deux 
longs  crocs  un  peu  courbes  ,  fort  pointus  ,  creux  à 
leur  naiflance ,  mobiles  dans  l'alvéole  ,  &  percés 
d'un  petit  trou  latéral  au-defli.is  de  la  gencive  ,  qui , 
dans  cette  partie  ,  paroît  gonflée  ,  renfermant  une 
vefTicule  remplie  d'un  venin  du  plus  funefle  à  ceux 
qui  ont  le  malheur  d'en  éprouver  les  effets  ,  princi- 
palement fi  la  piquure  rencontre  une  veine  ou  une 
artère  ,  on  ne  doit  point  alors  efpérer  de  remède. 
Tome  XF. 


S  E  R 


107 


Lesfcrpms  s'élancent  avec  une  extrême  rapidité,  ils 
piquent  de  leurs  crocs  les  parties  qu'ils  touchent,  & 
y  feringuent  leur  venin  au  moyen  du  petit  trou  laté- 
ral dont  on  a  parlé.  Le  parti  le  plus  convenable 
dans  ces  occafions  efl:  de  fe  faire  une  forte  ligature  à 
fept  ou  huit  doigts  au-deifus  de  l'endroit  piqué  ,  &  de 
prendre  promptement  un  bon  coup  d'eau-de-vie  , 
ou  ,  à  fon  défaut ,  d'avaler  de  l'urine  toute  chaude  ; 
fl  on  a  tué  l'animal ,  il  eu  à-propos  d'en  écrafer  la 
tête  &  de  l'appliquer  fur  le  mal,  ayant  grande  atten- 
tion de  ne  pas  refier  en  place ,  mais  de  courir  très-, 
vîte  ,  chercher  du  fecours  avant  que  l'enflure  &  l'af- 
foupiflément  dont  on  efl  pris  ayent  fait  des  progrès. 
Quoique  dans  un  pays  chaud  ,  on  fait  toujours  du 
feu  auprès  du  malade  ,  on  le  couvre  bien ,  &  on  l'a- 
gite un  peu  pour  l'empcchcr  de  dormir  au-moins 
pendant  vingt-quatre  heures;  la  foif  qui  le  tourmente 
ne  doit  point  être  étanchée  par  de  Teau  fraîche  qui 
fercit  pernicieufe  ;  il  ne  faut  pas  non  plus  qu'il  prenne 
de  nourriture  ,  mais  on  lui  fait  avaler  une  forte  dofe 
de  thériaque  délayée  dans  de  l'eau-de-vie  ,  &  ou 
opère  fur  la  blefllire  en  y  faifant  des  fcarifications, 
&  y  appliquant  les  ventoufesà  plufleurs  reprifés  juf- 
qu'à ce  qu'on  juge  qu'il  ne  refle  plus  de  venin  ;  alors 
onmetfurlaplaieuncataplafÎTiecompoféd'ailpilédans 
un  mortier  de  bois ,  avec  une  forte  d'herbe  appellée 
mal-rzommée ,  quelques  autres  plantes  connues  dans 
le  pays  &  un  peu  de  poudre  de  têie  ferpent.  Avant 
d'appliquer  ces  drogues,  on  en  exprime  lellic  pour  le 
faire  boire  au  malade ,  lequel ,  au  bout  de  trois  ou 
quatre  jours ,  doit  être  hors  de  danger. 

Les  nègres  piayes  ,  médecins  ou  forciers  ,  font 
ufage  de  la  lliccion  au-lieu  de  ventoufes ,  ayant  foin 
de  le  rincer  la  bouche  à  chaque  fois  avec  de  f  eau- 
de-vie  ;  ils  appliquent  enfuite  fur  la  blefuire  plufleurs 
Amples  &:  drogues  ,  dont  ils  fe  réiérvent  la  connoif- 
fance  ;  c'efl  un  fecret  qu'on  n'a  jamais  pu  tirer 
d'eux. 

Comme  l'efpece  de  ferpent ,  dont  on  vient  de  par- 
ler ,  n'eft  autre  chofe  qu'une  très-groflé  vipère  ,  on 
pourroit  fans  doute  avec  fuccès  faire  ufage  du  re- 
mède que  M.  de  Juflîeu  a  employé  fl  heureufement 
fur  un  homme  qui ,  en  herboriflant ,  fut  piqué  au  bras 
par  un  de  ces  animaux.  Ce  remède  conflfle  à  faire 
prendre  au  malade  dix  à  douze  gouttes  d'eau-de- 
luce  dans  du  vin  ,  le  bien  couvrir  enlliite  ,  &  répé- 
ter ce  traitement  de  demi-heure  en  demi-heure ,  juf- 
qu'à ce  que  les  fueurs  abondantes  ayant  emporté  la 
caufe  du  mal. 

La  chair  du.  ferpent  étant  rôtie  fur  le  gril  &  accom- 
modée comme  celle  de  l'anguille  eft  très  bonne  au 
goût ,  mais  il  n'en  faut  pas  faire  un  long  ufage  ,  l'ex- 
périence ayant  appris  qu'elle  fubtilifoit  trop  le  lang. 

Les  ferpens  changent  de  peau  tous  les  ans  ;  ils  fe 
nourriffent  de  rats  fauvages  ,  de  volailles  ,  de  gre- 
nouilles &  d'infedes  ;  ils  s'endorment  aufll-tôt  qu'ils 
font  repus ,  jufqu'à  ce  que  ce  qu'ils  ont  avalé  fé  foit 
entièrement  corrompu  &c  confommé,  car  ces  aiUT 
maux  n'ont  pas  une  autre  façon  de  digérer. 

Serpent  tête  de  chien.  Cette  efpece  fe  trouve  com- 
munément dans  l'île  de  la  Dominique  ;  'îà  lon2;ueuc 
eft  d'environ  huit  à  neuf  pies  ,  &  fa  grofleur  ef^  plus 
forte  que  le  bras  ;  il  a  la  tête  ramaflée  ,  ayant  quel- 
que rapport  à  celle  d'un  chien  ;  fa  gueule  efl  fendue, 
bien  garnie  de  dents  ,  fans  crocs  ni  venin.  La  peau 
,  de  c&  ferpent  eft  couverte  de  petites  écailles  grifes  & 
comme  argentées  fur  les  flancs  ;  le  dos  étant  varié 
de  grandes  marques  noires  bordées  de  jaiuie ,  &  le 
dcflbus  du  ventre  ,  dont  les  écailles  font  prefque 
aufli  larges  que  l'ongle  &  fort  minces  ,  tire  lur  la 
couleur  de  nacre  de  perle.  La  graille  des  tcte-de- 
chiens  cit  efliméc  un  fouverain  remède  contre  les 
rhumatifines  ;  on  prétend  qu'étant  appliquée  un  peu 
chaude  ,  elle  appaife  les  douleurs  de  la  goutte  j  I4 

O  ij 


îoS 


S  E  R 


ftiçoii  la  plus  orclln:ilre  de  s'en  fcrv'lr  eft  de  la  mcîer 
3-»ec  partie  égale  d'can-de-vre  ou  de  tatîa. 

Serpent  avuugle.  ^'oyci  Orvet. 

Serpent  cornu  ,  céraste.  Ceferpcnin  Turla 
mâchoire  lupcricure  une  corne  dure  &;  pointue  ,d'oii 
lui  viont  le  nom  ÀQprpenr.  cornu.  Seba  donne  la  del- 
crlption  ik.  la  hgure  de  pluficars  clpeces  de  ces  fer - 
pens. 

StRPENt  Esci'LAPE.  Ce  j'^r/jc/rr  eft  trcs  Commun 
en  Allemagne  ,  en  Italie  ,  en  Eipagnc  ,  en  Pologne  , 
en  Aiie,  en  Afriqtte  &  en  Amérique.  Ruifch  dit  cjiie 
la  face  lupéricure  de  c<z  fcrpcnt  eil  d'un  vcrd  tirant 
fur  la  couleur  de  poireau  ,  à  Texccption  du  dos  qui 
n  une  couleur  noirâtre  :  la  face  inférieure  eft  d'un 
blanc  verdAtre.  Seba  donne  la  defcription  de  fept 
tfpeccs  deyt7?c/7i  efiulapcs. 

Serpent  A  LUNETTE,  OM  serpent  couronné. 
(  PL  Xyi.  fig.  4.  )  n  eft  ainfi  nommé  parce  qu'il  a 
ïur  la  tête  une  tache  dont  la  iîgure  rcffcmble  beau- 
coup à  celle  d'une  paire  de  lunettes  à  mettre  fur  le 
T1C7.  On  trouve  ce/jr/7i:/2f  dans  l'Amérique  méridio- 
nale ,  au  Pérou  ,  à  Siam  ,  aux  grandes  Indes ,  &c. 
Seba  domie  la  defcription  &  la  figure  de  plufieurs 
eipeces  de  firpcnr.  à  lunettes  ,  qui  différent  les  uns 
•des  autres  par  la  grandeur  &  la  couleur. 
-  Serpent  a  sonnettes  ,  boidninga ,  vipera  caitâl- 
fona.  (  P[.  Xf^I.  fs-  2.)  On  a  donné  le  nom  de  fcr- 
pentàj'onneetes  à  ce  reptile  ,  parce  qu'il  a  l'extrémité 
de  la  queue  compofée  de  plufieurs  anneaux  larges  & 
mobiles  ,  qui  en  frottant  les  uns  contre  les  autres  , 
font  un  bruit  fem.blable  à  une  forte  de  cliquetis  ,  ou 
au  fon  d'une  lonnette  fêlée.  La  morfure  de  ceferpent 
pdffe  pour  très  -  venlmeufe.  Seba  donne  la  defcrip- 
tion ik  ia  figure  de  plufieurs  efpeces  dey^r/je/z^àyc/z- 
ncttcs  qui  différent  par  la  grandeur  &  par  les  cou- 
leurs. On  en  trouve  en  Amérique  ,  dans  les  Indes 
Orientales  6c  dans  les  Indes  occidentales.  Il  eft  tait 
meniion  ,  dans  les  tranfadions  philofophiques  ,  d'un 
ferpini  àjonnettcs  qui  avoit  près  de  cinq  pieds  &  demi 
de  longueur  :  c'eft  le  plus  grand  de  tous  ceux  dont 
les  auteurs  ont  parlé. 

Serpent  marin  ,  poiffon  de  mer  auquel  on  a 
donné  ce  nom ,  parce  qu'il  a  beaucoup  de  reffem- 
blance  avec  le  Jcrpent.  Il  devient  long  de  trois  ou 
quatre  coudées  ;  il  a  le  corps  plus  rond  que  celui  de 
l'anguille  ;  la  tête  reffemble  à  celle  du  congre  ;  la 
mâchoire fupérieure  eft  plus  longue  que  l'inférieure, 
&  elles  font  garnies  de  dents  toutes  les  deux  comme 
celles  de  la  murène  ;  il  y  a  aulïi  des  dents  au  palais, 
mais  en  petit  nombre.  La  couleur  de  ce  poifion  eft 
jaune  en  entier,  à  l'exception  du  ventre  &  du  bec 
qui  font  cendrés.  Il  a  deux  petites  nageoires  auprès 
des  ouies  ;  les  yeux  ont  une  couleur  jaune.  Ronde- 
let ,  hifl.  nat.  des  poijjons  ,  première  partie,  liv.  XÎK. 
chap.  vj. 

Le  m.ème  auteur  fait  mention  ,  au  chap  vij.  dulivrc 
déjà  cité,  d'une  autre  elpece  de  Jerpent  marin  rouge, 
dont  les  côtés  font  traverfés  par  des  lignes  qui  s'é- 
tendent depuis  le  dos  jufqu'au  ventre.  Ce  poiffon  a 
fur  le  dos  une  nageoire  ôc  une  autre  fur  le  ventre, 
qui  s'étendent  toutes  les  deux  jufqu'à  la  queue  ;  elles 
iont  compofées  de  deux  petits  poils  très-minces  & 
tous  féparés  les  uns  des  aiures.  11  y  a  un  trait  iur  les 
côtés  du  corps  depuis  la  tète  jufqu'à  la  queue  qui 
^ft  terminée  par  une  nageoire.  Foyei  Poisson. 

Serpent  volant.  Seba  donne  La  defcription  de 
deux  efpeces  dcjerpens  volans  ;  comme  il  ne  parle 
pas  de  leurs  ailes  ,  c'eft  fans  doute  des  efpeces  d'a- 
contias  qui  le  tiennent  fur  les  arbres,  &:  qui  s'élan- 
cent fur  ceux  qui  paffent  deffous  avec  une  impétuo- 
fité  fi  grande ,  qu'on  croiroit  qu'ils  volent,  f^oyci 
AcoNTlAS.  Cependant  Vefputius  affure  avoir  vu 
ûesferpens  qui  avoient  des  ailes  ,  6c  Artus  dit  qu'il  y 
0  à  ia  Côte  d'or  des  ferpcns  ailés  qui  volent  affe/: 


S  E  R 

"b^cn  pour  pretidre  des  oifeau:t  en  l'air.  Voyei  Dr.V^ 


GON. 


Serpent  ,  rampemint  du  ,  (  Phyfiq.  )  j'ai  déjà 
p^rlé  ,  au  mot  Rampement  ,  de  ce  mouvement  pro- 
grcffîf  des /^■r/'ivïj  ;mais  je  ne  pais  m'ompêchcr  d'a- 
jOiiter  encore  deux  lignes  iur  la  jufteffe  &  l'cxadi- 
tude  prcfque  géométrique  qui  fe  rencontre  dans  les 
mouvemens  linueux  que  \csjcrpins  font  en  rampant. 
Les  écailles  annvillaires  qui  les  affiftent  dans  cette 
adion  ,  font  d'ime  ftru6ture  très-fingulicre.  Sur  le 
ventre  ,  elles  font  fitiiées  en  travers  ,  6:.  dans  un  or- 
dre contraire  à  celles  du  dos  &Z  du  refte  du  corps  : 
non-feulement  depuis  la  tête  jufqu'à  la  queue  ,  cha- 
que écaille  fupérieure  déborde  fur  l'inférieure  ,  mais 
les  bords  lortcnt  en  dehors  ;  enlorte  que  chaque 
écaille  étant  tirée  en  arrière  ,  ou  dreffée  en  qxielque 
manière  par  fon  mulcle  ,  le  bord  extérieur  s'éloigue 
un  peu  du  corps,  &c  fert  comme  de  pié  pour  appuyer 
Iç  corps  fur  la  terre  ,  pour  l'avancer  ,  &C  pour  faci- 
liter lun  mouvement  lerpentin. 

Il  eft  aifé  de  découvrir  celte  ftmftufe  dans  la  dé- 
pouille ,  ou  fur  le  ventre  d\inferpcnty  quel  qu'il  foit. 
Mais  ce  n'eft  pas  tout ,  il  y  a  encore  ici  une  autre 
mcchanique  admirable  ,  c'eft  que  chaque  écaille  a 
fon  mufcle  particulier  ,  dont  une  extrémité  eft  atta- 
chée au  milieu  de  l'écalUe  fuivante.  Le  dofteur  Ty- 
fon  a  découvert  cette  méchanique  dans  lej'erpent  k 
ibnnettcs  ;  &  lelon  les  apparences ,  elle  exiftë  de 
même  dans  les  autresjerpens  ,  ou  du  moins  dans  les 
gros  fapens  des  Indes  orientales  &  occidentales. 
(Z)./.) 

Serpens  ,  pierres  de  ,  (  Hijî.  nat.  )  nom  donné 
par  quelques  auteurs  aux  coquilles  foffiles  pétjir 
fiées  ,  connues  fous  le  nom  de  cornes  d'ammon^ 

Serpens  ,  langues  de ,  (  Hifl.  nat.  )  nom  que  l'ort 
donne  quelquefois  aux  dents  de  poiflbns  pétrifiées. 
yoye^  GlOSSOPETRES. 

Serpent-fétiche  ,  (  Hijl.  moi.  fnperfiirlon.  )  les 
nègres  d'Afrique  prennent  pour  objet  de  leur  culte 
le  premier  objet ,  foit  animé  ,  foit  inanimé  ,  r:  l'ils 
rencontrent  en  fortant  de  chez  eux  pour  exécuter 
quelque  entreprife  ;  tantôt  c'eft  un  chien  ,  un  chat, 
un  inièiSe  ,  un  reptile  ;  tantôt  c'eft  une  pierre  ,  ou 
un  arbre  ,  &c.  Lorlque  les  nègres  ont  fait  choix 
d'une  divinité  qu'ils  nomment  fétiche  ,  ils  lui  font 
une  offrande  ,  &  font  vœu,de  continuer  à  lui  rendre 
un  culte,  s'il  les  favorife  dans  le  projet  qu'ils  médi- 
tent ;  lorfqu'ils  réuffiflént ,  ils  attribuent  leur  fuccès 
à  la  divinité  dont  ils  font  choix  ;  fi  au  contraire 
l'entreprife  manque  ,  \q  fétiche  eft  oublié  ;  de  cette 
manière  ces  peuples  font  &  défont  leurs  divinités  à 
volonté.  Ces  luperftitlons  fi  groffieres  ,  n'empêchent 
point  ces  nègres  d'avoir  des  idées  affez  juftes  d'ua 
être  fuprême  ,  qu'ils  regardent  comme  le  fouverain 
du  ciel  &  de  la  terre  ;  ils  lui  attribuent  la  juftice  , 
la  bonté  ,  l'omnifcience  ;  c'eft  un  efprit  qui  rélide 
dans  les  cieux  &  qui  gouverne  l'univers  ;  malgré 
cela  leurs  hommages  font  réfervés  pour  les  féti-^ 
ches  dont  nous  avons  parlé. 

C'eft  l'ur-tout  wnferpent  qui  eft  la  divinité  la  plus 
révérée  des  nègres  de  la  côte  de  Juidah  ;  ils  l'invo- 
quent dans  les  tems  de  féchereffe  ,  dans  les  calami- 
tés publiques  ,  dans  la  guerre  ,  &c.  On  lui  offre  alors 
de  l'argent,  des  pièces  d'étoffes  de  foie,  des  mar- 
chandifcs  précieufes ,  des  beftiaux  vivans  &  des 
mets  délicieux  ;  toutes  ces  offrandes  tournent  au 
profit  des  prêtres. Le /^t^c/j/  qui  eft  l'objet  de  ce  culte 
eft  très-familier  ;  fa  peau  eft  de  la  plus  grande  beauté 
par  la  variété  de  fes  couleurs.  Il  n'eft  point  veni- 
meux ,  mais  eft  d'une  efpece  qui  fait  la  guerre  aux 
autres  &  qui  les  détruit  efficacement  ;  il  eft  même 
facile  de  les  diftinguer  par  leur  forme  &  leurs  cou- 
leurs. Le  relpedt  que  l'on  a  pour  le  grand  ferpent- 
fétichi ,  s'étend  à  tous  les  ferpens  de  fon  efpece.  \Jn 


-s  E  'R 

-«apîtaîne  anglois  fut  maffacre  iî^iiriioyablemen^  , 
parce  que  les  matciots  de  fon  équipage  avoient  eu 
le  malheur  de  tuer  un  de  ces  Çupens  qui  étoit  venu 
fe  loger  dans  leur  magalin.  Comme  les  cochons  ie 
nourriffbient  Aq  fcrperts  ,  on  a  pris  le  parti  d'en  dé- 
truire refpece  ,  de  peur  qu'ils  ne  continuaient  à 
manger  les  divinités  favorites  de  la  nation.  Le  grand 
£erpént-fctiche,  que  les  nègres  croient  immortel ,  a  un 
temple  magnitique ,  des  prêtres  auxquels  la  crédu- 
lité des  foiiverains  a  fait  accorder  des  terres  &  des 
revenus  coniidérablcs  :  de  plus  tous  les  ans  on  con 
ïacre  à  ce  dieu  un  certain  nombre  de  vierges  choi- 
sies dcftinées  à  fes  plaiiirs  ,,  ou  plutôt  à  ceux  de  fes 
minières.  Ces  impofleurs  Ibnt  parvenus  à  perluader 
au  peuple  qu'il  eft  un  tems  dans  Tannée  pendant  le- 
quel Xcsfcrpms  faififfent  toutes  les  jeunes  fîUes  qui 
leur  pkifent ,  &  les  jettent  dans  une  efpece  de  dé- 
lire qui  ifuit  leurs  embraflemens  ;  les  parens  de  ces 
filles ,  pour  les  faire  guérir  de  cette  frénéfie  ,  les  met- 
tent dans  des  hôpitaux  fous  la  direftion  des  prêtres  , 
qui  travaillent  à  leur  cure  ,  &  qui  fe  font  payer  un 
prix  confidérable  à  titre  de  penfion  ;  de  cette  ma- 
nière ils  favcnt  fe  faire  payer  même  des  plaifirs  qu'ils 
fe  procurent.  Ces  penfions  &  les^  préfens  qui  les  ac- 
compagnent ,  font  un  produit  immenfe  ^  que  les  prê- 
tres font  pourtant  obligés  de  partager  avec  le  Ibu- 
yerain.  Les  filles  qui  ont  été  guéries  dans  ces  fortes 
d'hôpitaux ,  font  obligées  de  garder  un  fecret  in- 
violable fur  les  chofes  qu'elles  y  ont  vues  ;la  moin- 
dre indifcrétion  feroit  punie  de  mort.  Cependant  on 
nous  dit  que  les  prêtres  impofteurs  parviennent  à 
fafciner  tellement  ces  vidimes  de  leur  brutalité  ,  qije 
quelques-unes  croyent  réellement  avoir  été  hono- 
rées des  embrafl'emens  du  grand  firpent-fétiche.  Bof- 
man  raconte  que  la  fille  d'un  roi  fut  obligée  de  fubir 
les  mêmes  épreuves  que  les  autres.  Rien  ne  feroit 
plus  dangereux  que  de  révoquer  en  doute  la  probité 
des  prêtres  &  la  certitude  des  amours  de  leurs  dieux. 
Ces  prêtres  fe  noxum'^mi  fed dures  ,•  ils  ont  un  chef 
DU  fouverain  pontife  qui  n'eiî:  pas  moins  révéré  que 
le  roi  ,  &  dont  le  pouvoir  balance  fouvent  celui  du 
monarque;  Son  autorité  eil  fondée  fur  l'opinion  du 
vulgaire  ,  qui  croit  que  ce  pontife  eonverle  familiè- 
rement avec  le  dieu ,  &  efl  l'interprète  de  fes  vo- 
lontés. Lcsfieicheres  ont  une  infinité  de  moyens  pour 
s'engraifTcr  de  la  fubftancedes  peuples  qui  gcmiffent 
lous  leurs  cruelles  extbrfions  ;  ils  font  le  commerce, 
ont  un  grand  nombre  d'efclaves  pouf  cuïtivef  leurs 
terres  ;  Si  la  nobleffe ,  qui  s'apperçoit  fouvent  de 
leur  manège  ,  eft  accablée  de  leur  crédit ,  6c  gémit 
en  filencedes  impofluresde  ces  mlférables. 

Le  p-îinA  ferpent-féùche  a  auffi  des  prôtrefTes  ,  ap- 
pellées  beias  ,  qui  le  confacrent  à  fon  fervice  ;  les 
anciennes  en  choififlent  tous  les  ans  un  certain  riom- 
bre  parmi  les  belles  filles  du  pays.  Pour  cet  eiïet , 
arméei  de  bâtons  ,  elles  vont  courir  dans  les  villes, 
elles  faififfent  toutes  les  jeunes  filles  qu'elles  ren- 
contrent dans  les  rues  ;  &  fécondées  des  prêtres  , 
elles  affomment  quiconque  voudroit  leur  oppofer 
de  la  réfiilance.  Les  jeunes  captives  font  conduites 
au  fcjour  des  prêtreflcs  ,  qui  leur  impriment  la  mar- 
que du  grand  ftipent.  On  leur  apprend  à  thanter 
des  hymnes  en  Ion  horineur  ,  à  former  des  danfes 
autour  dé  lui  ,  enfin  ii  faire  valoir  leurs  charmes , 
dont  elles  partagent  les  revenus  avec  les  vieilles 
prêtrefles  qui  les  inflruifent.  Cela  n'empêche  poiut 
que  l'on  n'ait  pour  elles  la  plus  profonde  vénération. 

Serpent,  en  terme  d'^jtronomU^  efl  une  conflella- 
tionde  l'hémifphere  boréal ,  qu'on  appelle  plus  par- 
ticulièrement ferpint  ophiuchiis. 

Les  étoiles  de  la  conflellation  Awfcrpérit ,  font  ait 
nombre  de  17  dans  le  catalogue  de  Ptolomée,  de  19 
dans  celui  de  Ticho  ,  &  de  59  dans  celui  de  Tlam- 
Iteed.  Charnbers.  (O) 


S'E  R 


à^% 


Serpent*  lyAVRÀÎN  ■^{Mifi.f&d.)  figure  ûWîrii 
qui  rcpréfenîoit  \.mfaraph  ,  owferpzntvolàni ,  &  àuè 
Moïfe  fît  mettre  àu-defîus  d'une  pique  ^  afîurant  que 
tous  c&wx  qui  le  regarderoient  fcroient  guéris  de  là 
moî-fure  desyêrfj^m  ailés  qui  déiblerent  les  IfraéliteS 
dans  le  deiert ,  comme  il  eflrapporté  dans  k livre  dei 
Nombres  ,  chap.  xxj.  v.  g. 

Jefus-ChriiO:^  dans  S.  Jean,  ch.iij.  v.  4.  nous  aver- 
tit que  ce  Jirpent  ainfi  élevé  ^  étoit  une  figure  de  ft 
j^afiion  &  de  fon  crucifiement  J  y/c«/  Moyfes  exahavit 
f  erpentçm  in  defeno  ,  ita  txaltarl  oporut  Filium  ho~ 
minls.  Ce  jerpent  d'airain  fut  conîervé  parmi  les  If-* 
raélites  jufqu'au  règne  d'Ezéchias  ,  qui  ayant  appris 
qu'on  lui  rendoit  un  culte  fuperflitieux ,  le  fit  mettre 
en  pièces  j,  &  lui  donna  par  dérifion  ie  nom  de  lio- 
hcjlan.  /'i;j'e:5;NoHESTAN, 

Marsham  s'efi  imaginé  que  Xçferperp.t  d'airain  étoit 
une  efpece  de  talifman  ,  c'efl-à-dire  de  ces  pièces  dé 
métal  qui  font  fondues  oc  gravées  foits  certaines  conf- 
tellations  ,  d'où  elles  tirent  une  vertu  extraordinaire 
pour  guérir  certaines  maladies.  Les  uns  attribuent  ces 
effets  au  démon ,  d'autres  à  la  nature  du  métal,  d'au- 
tres aux  influences  desconfteilations.  Marsham  penfe 
donc  que  ce/eA/'^.'z/ ^'^iVa//2  élevé  par  Moife,  guériT- 
foit  les  hébreux  mordus  dés  ferpens  ,  de  la  même  ma-' 
niere  que  les  taiifmans  guériiTent  certaines  hiala* 
dics  ,  par  la  proportion  qui  fe  rencontre  entre  les 
métaux  dont  ils  font  compofés  ,  ou  les  influences  des 
aflres  fous  lefquels  ils  font  formés ,  &  la  maladie  dont 
on  dit  qu'ils  guériiTent  ;  mais  c'efl  attaquer  un  mira- 
cle par  des  fuppofitions  chimériques  ,  puifque  rieti 
n'eft  plus  incertain  que  ces  prétendues  qualités  qu'orii 
attribue  aux  talilmans.  Voye^  Talisman, 

Buxtorf  le  fils  au  contraire  dans  fon  hifloire  dit 
fcrpcnt  d'airain  ,  croit  que  cette  figure  devoit  natu- 
rellement augmenter  le  mal  des  blefies  au-lieu  de  lô 
guérir  ,  en  leur  retraçant  l'image  des  monflres  qui  i^i 
avoient  ficruellement  déchirés ,  5c  que  Dieu  fit  écla- 
ter doublçment  fa  puiffance  en  guériffant  par  un 
moyen  qui  devoit  produire  un  effet  contraire.  Mais 
il  eil  auifi  inutile  de  grolïïr  ce  miracle  qu'il  efl  té-* 
méraire  de  le  réduire  à  un  effet  purement  naturel. 

On  prétend  montrer  à  Milan  ,  dans  l'églifô  de  S. 
Ambrojfp  ,  un  ferptnt  d\iirain  qu'on  dit  être  le  m.êmfi 
que  celui  de  Moïfe.  L'Ecriture  raconte  trop  pofiti- 
vement  la  deflru£lion  de  ce  dernier  par  Ezéchias^ 
pour  qu'on  ajoute  foi  à  la  tradition  populaire  des  Mi- 
lanois.  Calmet  j    Dicl.  de  la  BibU  ,  tonu  III.  pa<^* 

SeKpent,  dans  /'i^mVwre ,  fe  prend  auffi  pour  le 
dcmon.  he  Jerpent  invifible  qui  tenta  Eve  par  l'organe 
du  fèrpent  lenfible  ,  étoit  le  démon  ,  comme  l'Écri- 
ture 6c  tous  les  commentateurs  le  remarquent.  Quel- 
ques-uns expliquent  auffi  du  démon  ce  que  dit  Jol» 
daferpent  tortueux  ,  chap,  xxvj.  v.  /j.  S.  Jean  ^  dans 
VApocalypfe  ,  ch.  xij,  v.  ^  &  14.  marque  clairement 
que  le  Jerpent  ancien  efl  le  démon  6c  fatan  :  draco  iUe. 
magnus  ,  ferpens  antiquus  ,  qui  voaaiur  diabotus  &  Ja* 
tdnas ,  &  Jcducit  univerjum  orbcm.  Les  Juifi  appellent 
aùfîi  le  démon  Vancien  Jerpent. 

Serpent,  (  Mythol.)  cet  animal  efi  un  fymboie 
oi-dinaire  du  foleil.  Dans  quelques  monumens  il  fe 
mord  la  queue  ,  faifantun  cercle  de  ion  corps  ,  pour 
marquer  le  cours  ordinaire  de  cet  ailre.  Dans  \:s 
figures  de  Mithras  ,  il  environne  quelouefois  Mi- 
thras  à  plufieurs  tours ,  pour  figurer  le  cours  annuel 
du  foleil  fur  l'écliptique  ,  qui  fe  fait  en  ligne  fjjirale. 

Le  Jerpent  étoit  auffi  le  fymboie  de  la  Médecine ,  6c 
des  dieux, qui  y  préfident,  comme  d'Apollon  ,  d'Ef- 
cUlape.  Mais  Paufanias  nous  dit  que  quoique  lesy^/-- 
peris  en  général  fbient  confacfés  ù  ce  dernier  dieu, 
cette  {wcrogative appartient  fiir-tout à  une elpece  par- 
ticulière dont  la  couleur  tire  fur  le  jaune  ;  ceux-là  ne 
font  point  de  mal  aux  hon>me$,  6i  î'Epidaiirié  «rt  !• 


iio  SER 

pays  où  11  s'en  trouve  cUivantage.  Le  prpe'ht  d'Epî- 
claîire  qui  tut  tranlj^ortcà  Rome  pour  Èl'culape  ,ctoit 
dt  cette  efpocc.  C'ctoit  peut-être  auffi  de  ces  fortes 
àejcrpens  dont  les  bacchantes  entortillolent  leurs  t)  r- 
les  ,  ou  les  paniers  mylliques  des  orgyes  ,  &:  qui  ne 
laillbient  pas  d'inlpirer  tant  de   crauite   aux  ipec- 

tateurs. 

Les  Egyptiens  ne  Ce  contentoient  pas  de  mêler  le 
ferpcnt  avec  leurs  divinités;  les  dieux-mcmcs  ctoient 
louvcnt  reprcicntcs  chez  eux  ,  n'ayant  que  leur  tête 
propre  avec  le  corps  &  la  queue  du/erpenc.^  Tel  étoit 
pour  l'ordinaire  Scrapls  ,  qu'on  reconnoît  dans  les 
monumens  ,  à  i'a  tcte  couronnée  du  boilTeau  ,  mais 
dont  tout  le  corps  n'ert  qu'iinyL-7^i«/Aplurieiirs  tours. 
Apis  fe  voit  auiii  avec  une  tête  de  taureau ,  ayant  le 
corps  6c  la  queue  de  firpenc  vatrouiYée  à  l'extrémité. 

Les  génies  ont  été  quelquefois  reprélcntés  fous  la 
fiqure  a  un  ferpcnt.  Deux  firpcns  attelés  tiroient  le 
char  de  Triptolème  ,  lorfque  Gérés  l'envoya  par- 
courir le  monuc  pour  apprendre  aux  hommes  à  lé- 
nier  le  blé.  Quelques  poètes  ont  imaginé  que  les y^r- 
pcns  étoient  nés  du  fmg  des  Titans ,  &  d'autres  en  at- 
tribuent l'orieine  au  fang  de  Python  ou  de  Typhon. 

{D.J.) 

Serpent  ,  ÇLuther.^  inftrument  de  mufiqueà  vent 
que  Ton  embouche  par  le  moyen  d'un  bocal.  Cet  inf- 
trument eft  du  genre  des  cornets  ,  &  leur  fert  à  tous 
de  baflé.  Il  forme  l'unifTori  du  baflbn  de  hautbois  ou 
de  huit  pies,  f^^yei  l<i  table  du  rapport  de  retendue  des 
infîrumens  de  Mujique.  Cet  inilrument ,  ainfi  nommé 
à  cauie  de  fa  figure  ployée  comme  les  ferpens  repti- 
les, eft  compoîé  de  deux  pièces  de  bois  de  noyer  ou 
autre  propre  à  cela,  que  l'on  creufe  après  avoir  tracé 
le  contour  B  C  D  E  F  G  en  demi-cylindre  concave, 
lefquelles  on  colle  enfuite  l'une  delfus  l'autre  ,  & 
qu'on  réduit  enfuite  par-dehors  avec  des  râpes  à  bois 
à  environ  une  ligne  ou  ligne  &  demie  au  plus  d'épaif- 
feur  ;  puis  on  le  couvre  d'un  cuir  mince  ou  de 
chagrin  pour  le  conferver.  Avant  de  mettre  le  cuir, 
on  met  fous  les  plis ,  dans  la  partie  concave ,  du  nerf 
de  bœuf  battu  pour  le  renforcer  en  cet  endroit ,  & 
l'empêcher  de  rompre  lorfqu'on  le  prend  par  la  par- 
tie B  C.  Voyei  iafig.  Pl.de  Luth.  Cet  inftrument  a  fix 
trous  notés  ,  /  2  3  4  3  (7,  parle  moyen  defquels  &  du 
vent  que  Ton  inlpire  par  le  bocal  A  B  ,on  lui  donne 
l'étendue  d'une  dix-feptieme. 

Le  bocal  A  B  s'emboîte  dans  une  frette  de  cuivre 
ou  d'argent ,  félon  que  le  col  du  bocal  ell  de  l'un 


S  E  R 

ou  l'autre  itiétal.  Ce  col  eft  recourbé ,  cotîime  on  voit 
dans  la  fgure  ,  pour  préfenter  plus  facilement  le  bo- 
cal (  lequel  on  emboîte  dans  le  col  )  à  la  bouche  dé 
celui  qui  joue  de  cet  inftnmient.  Le  bocal  ell  une 
petite  cuvette  ou  hémifphere  concave  ,  laquelle  efl: 
ordinairement  d'ivoire  ;  au  milieu  de  cette  cuvette, 
qui  peut  avoir  i  ^  pouce  de  diamètre  ,  eft  un  petit 
trou  qui  communique  par  le  coWcX  a Ji?^.]] av.  dans  le 
col  de  métal  dnferpent  diins  lequel  il  entre. 

Pour  jouer  de  cet  inftrument ,  il  faut  le  prendre 
des  deux  mains  ,  cil  forte  que  les  trois  doigts ,  index  ^ 
médius  Se  annulaire  de  la  main  gauche  bouchent  les 
trous  '23,  le  pouce  de  cette  main  étant  placé  à 
l'oppofitG  des  trous  ,  pour  pouvoir  avec  les  autres 
doigts  tenir  l'inftrument  en  état.  Les  trois  mêmes 
doigts  de  la  main  droite  fervent  à  boucher  les  trous 
45  G  y  vis-à-vis  defquels  le  pouce  de  cette  main  eft 
placé  pour  la  même  raifon. 

Après  avoir  pofé  les  doigts  fur  les  trous  ,  on  prc- 
fente  le  bocal  à  la  bouche  ,  &  on  l'appliauc  fur  leâ 
lèvres  ,  en  forte  que  l'air  que  Ton  infpire  dans  le  fer- 
pent  ne  puifle  trouver  aucun  paftage  entre  les  bords 
du  bocal  &  les  lèvres  ,  mais  qu'il  foit  contraint 
de  pafler  dans  le  corps  de  l'inftrument  ;  pour  cela 
on  mouille  avec  la  langue  les  bords  du  bocal ,  qui 
s'applique  mieux  par  ce  moyen  liir  les  lèvres  pour 
faire  les  tons  graves  fur  cet  inftrument ,  purticulle- 
rement  ceux  qui  fe  font  tous  les  trous  bouchés.  Il  faut 
bien  ménager  le  vent ,  &  foufîler  également  ;  pour 
les  autres  tons  oii  il  y  a  quelques  trous  de  débou- 
chés ,  ils  font  plus  faciles  à  faire  :  il  s'en  trouve  ce- 
pendant quelques-uns  qui  ont  le  même  doigté  ,  lef- 
quels  par  conféquent  ne  différent  que  par  les  diilérens 
degrés  de  vîtefTe  du  vent  qui  anime  l'inftrument  ;  tels 
font  la  plupart  des  diéfes  ,  des  tons  naturels,  que  l'on 
peut  faire  cependant  en  ne  débouchant  que  la  moi- 
tié du  troufupérieur,  ou  en  croifant  les  doigts,  c'eft- 
à-dire  en  débouchant  le  trou  de  la  note  fupérieure, 
&  en  bouchant  celui  de  l'inférieure  de  la  note  dont 
on  veut  faire  le  diéfes.  Foye^la  tablature  fuivan(e.,o\i 
les  notes  de  mufique  tout  voir  quelle  partie  &  quelle 
étendue  forme  \t  J'erpent.  Foye^  auflî  la  table  du  rap- 
port de  l'étendue  des  infîrumens.  Les  zéros  noirs  6c 
blancs  qui  font  au-defTous  des  notes  ,  lefquel'es  cor- 
refpondent  aux  trous  du  j'crpehi ,  font  voir  quels  trous 
il  faut  tenir  ouverts  ou  fermés  pour  faire  les  tons  des 
notes  qui  font  au-deffus. 


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SERPENTAIRE  ,  f.f.  (  Hi(l.  nat.  Bot.  )  dracun- 
culus .,  genre  de  phnte  ,  qui  reffembleaupié  de  veau, 
par  les  fleurs  &:  parles  fruits  ,&  dont  les  fcuillesfont 
découpées  profondément  en  plufieurs  pièces.  Tour- 
nefort ,  injl.rei  herb,  Foyc^^  Plante. 


Cette  plante  eft  le  draainculus  polyphyllus  de  C. 
B.  P.  195.  &  de  Tourn.  /.  R.  H.  160.  draainculus 
major  ^  vulgaris .,  Ray  ,  hi[l.  Sa  racine  eft  plongée 
profondément  dans  !a  terre ,  elle  eft  blanche,  vivace, 
arrondie ,  de  la  grofleur  d'une  pomme ,  femblable  à 


s  E  R 

une  bulbe ,  garnie  de  plufieurs  fibfcs  ,  capillaires , 
blanches  ,  couverte  cKune  écorcc  jaunâtre  ,  d\inc 
faveiir  brûlante.  Il  vient  ordinairement  à  {(;s  côtés 
plufieurs  petites  bulbes  par  lefquelles  elle  fe  ma!ti- 
plie  ;  fa  tigeefl  unique  ,  droite  ,  delà  groffeur  d'un 
pouce  Se  plus  ,  haute  d'une  à  Jeux  coudées  ,  cylin- 
drique j  lilïe,  panachée  de  taches  dediiférentes  cou- 
leurs ,  comme  la  peau  des  ferpens,  &  compofée  de 
gaines. 

Ses  feuilles  font  portées  fur  des  queues  fongueu- 
fes  ,  <k  longues  de  neuf  pouces  ,  elles  font  partagées 
enfix,  fept,  ou  un  plus  grand  nombre  de  fegmens 
eu  manière  de  main  ,  étroits  ,  lilles  ,  &  luifans  ;  du 
niiiieu  des  feuilles  s'élève  une  tige,  greffe  à  peine 
comme  le  doigt  ,  dont  le  fommet  eft  occupé  par 
une  gaine  d'un  pié  de  longueur,  verte  en-dehors  , 
purpurine  en-dedans,  d'une  odeur  fort  puante  :  cette 
game  étant  ouverte ,  forme  une  fleur  d'une  feule 
pièce,  irréguliere,  de  la  figure  d'une  oreille  de  lièvre  ; 
de  fon  fein  fort  un  piftii  noirâtre  ,  long  ,  gros  , 
pointu  ,  accompagné  à  la  bafe  de  plufieurs  fommets, 
&  de  plufieurs  embryons  ,  qui  fe  changent  en  des 
baies  prefque  fphériqucs  ,  fucculentes,  difpolées  en 
grappes  vertes  d'abord,  enfuite  rouges  ,  brûlantes, 
ik  piquantes  ;  ces  baies  contiennent  une  ou  deux 
graines  arrondies  ,  un  peu  dures  ,  ôd  en  quelque 
façon  ridées.  Lajèrpcntaire  vient  dans  les  pays  chauds, 
&  cil  cultivée  dans  les  jardins  des  apothicaires. 
{D.J.) 

Serpentaire  ,  (  Mat.  mêJ.  )  les  racines  &  les 
feuilles  de  cette  plante  ,  ont  les  mêmes  vertus  que 
celles  dupié-de-veau  ;  de  forte  qu'on  peutfubflituer 
ces  deux  plantes  Tune  à  l'autre.  Cependant  Simon 
Pauli  avertit  que  le  plé-de-veau  eft  plus  doux  que  la 
ferpentairc  ;  c'efl  pourquoi  ilfaut  prérérer  celte  der- 
nière plante  ,  lorfqu'on  veut  déterger  un  peu  plus 
fortement  ;  c'eft  pour  cette  m.ême  raiion  qu'on  l'em- 
ploie plus  fréquemment  à  l'extérieur,  Géoffroi ,  mat. 
med.  La  racine  à.t  J'crpmtairc  enrre  dans  l'emplâtre 
duibotamim. 

Serpentaire  d&  Vïr^ink  ,  (  Botan.  éxot.')  racine, 
autrement  nom-r-ée  vipérine  de  Virginie  ,  fcrpentaria 
yii-giniana  ,  colubrina  virginiana  ,  offic.  Ceii  une  ra- 
cine fîbreufe  ,  menue  ,  légère  ,  brune  en-dehors , 
jaimâtre  en-dedans  ,  d'une  odeur  agréable  ,  aronia- 
tixjue  ,  approchant  de  l'odeur  de  la  zédoaire  ,  d'un 
goût  un  peu  acre  &  amer.  On  nous  l'apporte  de  la 
Vireinie. 

Il  faut  choifir  celle  qui  eft  récente  ,  aromatique , 
pure ,  &C  non  mêlée  avec  d'autres  racines.  Quelques- 
uns  confondent  cette  plante  avec  la  racine  du  cabaret 
de  Virginie  ;  mais  le  coup  d'oeil  les  diftingue  facile- 
ment ,  puilque  les  racines  de  ce  cabaret  ibnt  noires; 
il .  s'appelle  afaiitm  virginianum  ,  pijiolochix  joins 
fubrotundis  ,  cyclamir.is  more  macuUuis, 

Thomas  Johnfon  ,  qui  a  corrigé  l'hifioire  de  Gé- 
rard ,  afiure  que  c'ell  la  racine  d'une  plante  appel- 
lée  ariflolochia  ,  feu  pijlolockla  alccra  ,  janpcr  virens  ; 
Mais  Rai  qui  avoit  dit  la  mêmechofe  ,  d'après  John- 
fon ,  dans  fon  premier  tome  Aç  Vhijhire  des pla/ues ^ 
paroît  en  douter  dans  le  fecord  volume  :  &  enfin 
dans  le  troifieme  ,  il  prouve  que  cette  plante  efl  dif- 
férente de  la  pilloloche  de  Crète  de  Clufius  ;  Pluk- 
nefafiure  que  l'on  nous  apporte  de  Virginie,  les  ra- 
cines de  trois  plantes  ,  ibus  le  nom  à^Jèrpcmaire  de 
Virginie. 

La  première  fe  nomme  ariflolochia polyrrhlfon  ^  ar- 
ùculutis  foliis  ^  virginiana.,  Pluk. 

Cette  racine  efl  un  paquet  de  fibres  &;  de  chevelus 
attachés  à  une  tête  ,  de  laquelle  s'élève  une  tige  hau- 
te de  neuf  pouces,  garnie  de  quelques  feuilles  en 
forme  de  cœur ,  6l  portée  chacune  fur  une  petite 
queue;  ces  feuilles,  en  naiflant ,  font  pliées  parle 
milieu ,  ont  la  figure  d'iuia  oreille  ^  &  une  longue 


S  E  R 


%. 


m 


pointe  à  leur  extrémité  fupérieure  ;les  fleurs  naiHent 
du  ba;  de  la  tige ,  far  de  longs  pédicules  ;  elles  font 
longues,  creufes,  droites,  comme  celles  des  arifto- 
loches;  portées  fur  un  embryon  ,  qui  devient  un  pe- 
tit fruit  à  cinq  angles  ,  lequel  renferme  dé  petites 
graines  fem':)lables  aux  pépins  de  raifins. 

L'd  l'c'condc  ferpcnca/re  fe  nomme  anjiolochia  violt 
fnclicoj'é  ,  follis  virginicncs.  ,  ciijus  radix  fcrpcmarid 
dlcitur.  C'ert  une  racine  compofée  de  fibres  très-me- 
nues ,&  blanche,  de  laqu. 'Ile  s'élève  une  tige,  le 
plus  fouvent  feule  ,  grêle  ,  garnie  de  peu  dé  feuilles, 
placées  fans  ordre  ,  larges  d'environ  un  pouce  ,  fer- 
UK^s  ,  taillées  en  forme  de  cœur  à  leur  bafe  ,  &  ter* 
minées  par  le  haut  en  une  pointe  aiguë  ;  chique 
feuille  efl  foutenue  fur  une  queue  d'un  pouce  de  lon- 
gueur ;  les  fleurs  naiffent  vers  le  bas  de  la  tige  ;  les 
graincb  font  petites  ,  &  femblables  à  celles  que  con- 
tient la  figue. 

La  troïû>âme fc-pentaire  Qd^ri-pcllce arijioloc'iin pif- 
toloclii.i  ,  caitU  nodoj'o  ,  fin  ferpentaria  ,  virginisna  , 
D.  Hanifler,  c'efl  la  véritable  efpcce  à^  fcrpcntïirt. 

Cette  racine  n'efl  qu'un  compoféde  petites  fibres, 
de  couleur  jaune  ,  d'une  odeur ,  &  d'un  goût  aroma- 
tique ;  elle  poufîe  une  ou  deux  tiges  ,  liffès,  ou  du 
moins  très-peu  velues  ,  cylindriques  ,  fouvent  droi- 
tes ;  elles  ne  font  ni  quadrangulaires  ,  ni  couchées 
vers  la  terre  ,  ni  grimpantes  comme  les  farmens  ;  les 
feuilles  naifîent  lur  la  tige  alternativement,  &  font 
placées  fiu*  chique  nœud;  elles  font  minces,  longues, . 
pointues ,  taillées  en  manière  de  cœur  vers  la  queue, 
un  peu  velues  cn-delïus,  rudes  cn-deiTous  ,  faillantcs' 
aux  côtés,  un  peu  gluantes,  &  s'attachent  aux  doigts  ; 
les  fleurs  fortent  près  de  la  terre  ,  elles  font  feules  , 
ou  au  nombre  de  deux  ;  leur  talon  qui  efl  large  ,  ar- 
rondis en  forme  de  bonnet,  fouîientun  pavillon  ou- 
vert dans  le  centré  ,  lequel  eir  de  couleur  pourpre 
foncé  ;  le  reile  de  la  fleur  efl  d'un  jaune  fale  ;  le  fruit 
efl  à  fix  angles  ,  en  forme  de  poire  ,  &  a  environ  un 
pouce  de  diamètre  lorfquil  efl  parvenu  à  fa  maturité. 
Cette  plante  n'ell  pas  toujours  verte ,  car  Idrfqueîcs 
femences  font  mûres  ,  les  feuilles  &  les  tiges  feian- 
nent  &  fe  dcfféchent.  (  Z>.  /.  ) 

Serpentaire  d&  Virginie  ,  (  Mai.méd.')  vipcrinc 
de  Virginie  ,  ou  pijloloclie.  du  Virginie  ;  la  racine  de 
fcrpcntjire  dt  Virginie  nous  efl  apportée  feche  de 
l'Amérique  ,  &  principalement  de  la  Virginie;  elle  a 
une  faveur  acre ,  amere  &  camphrée  ,  &  une  odeur 
aromatique  camphrée. 

M.  Carîheufer  afTure  qu'on  n'en  retire  point  d'hui- 
le eiTentielle ,  excepté  qu'on  n'en  diilille  une  très- 
grande  quantité  d'une  feule  fois  ;  cet  auteur  a  retiré 
d'une  once  de  ces  racines,  environ  deux  gros  d'ex- 
trair  ,  par  le  riieniirue  aqueux  ,  &  environ  un  gros 
de  matière  réfineufe  ,  par  l'application  de  l'efprit  de- 
vin ;  ce  dernier  principe  lui  a  paru  plus  aftif  que  le 
premier  ,  l'un  oc  l'autre  retiennent  affez  la  faveur 
propre  de  la  plante ,  &  le  dernier  retient  de  plus  une 
partie  de  fon  parfum. 

Cette  racine  ell  fingulierement  efîimée  parles  ha- 
bitans  de  la  Virginie  ,  parce  qu'ils  la  regardent  com- 
me un  remède  fouverain  contre  la  morfure  du  fer- 
pent  très-venimeux  ,  appelle  boccininga  ;  ç\\c  paffe 
aufîi  ]5our  guérir  de  la  morfure  des  chiens  enragés, 
pour  prévenir  &  même  guérir  l'hydrophobic. 

Elic  efl  comptée  en  Europe  ,  parmi  les  remèdes 
diaphorétiques  ,  diurétiques  ,  carminatifs  ,  forti- 
fîans  ,  &  vermifuges  ;  &;  parmi  les  alexipharmaques, 
&  les  hyflériques  les  plus  puifîans  ;  &  même  M.  Car- 
theulér  avertit  de  l'employer  avec  beaucoup  decir- 
confpedion  :  dans  les  cas  oii  il  féroit  dangereux  de 
trop  échauffer,  exciter  ,  irriter,  on  doit  la  donner 
en  infulion  dans  du  vin  ,  depuis  un  fcrupule  julqu'à 
wn  gros;  &  on  peut  la  faire  entrer  en  (iibllance  dans 
les  poudres  conipofces,  ik.  dans  les  éleduaifcs  ma- 


m  S  E  R 

o'iftraiix  ;  la clofe  c\e  la  teinture  cft  depuis  dix-  iufqu'à 
quarante  i;outtcs;  tous  ces  remèdes  Ibnt  recomman- 
dés dans  kl  pclte ,  les  tievres  malignes  ,  la  petite  vé- 
role ,  &  autres  maladies  éruptives  ,  la  faufle  clqiu- 
nancic  ,  l'apoplexie  Icreule  ,  la  paralyfic  ,  les  rie- 
vres  quartes  intcrmitentes  rebelles  ,  la  pairion  hyilé- 
riquc  ,  la  iuppreiilon  des  règles  ,  la  morlitre  desani- 
niaux  vénéneux  ,  &c. 

La  racine  icjcrpcncuin  de  Virginie  entre  dans  l'eau 
thériacale,  l'eau  générale,  &  Vorviaanum prxfian- 
tiiis  de  la  pharmacopée  de  Paris  ;  l'extrait  de  cette 
racine  entre  dans  la  thériaque  célelte.  (A) 

Serpentaire,  1".  m.  ell  le  nom  qu'on  donne  dans 
VaJhonornic>v\\nQ  con'dellation  derhemilphere  boréal, 
anpellée  auiH  ophiucus^  6c  -dnciermenicnt  Efcuiapius. 

l'oje;;    CONSTELLATION. 

Les  étoiles  de  cette  conftellation  font  au  nombre 
de  29  ,  dans  le  catalogue  de  Ptolomée  ;  de  25  ,  dans 
celui  de  Tlcho ,  &:  de  69  dans  le  catalogue  de  Flaml- 
lead.    Chambtrs.  (O) 

SERPENTE  ,  {Papeteriz.  )  efpece  de  papier  qui 
prend  Ton  nom  dulerpent  dont  il  eft  marqué;  il  efl  du 
nombre  des  petites  fortes  de  papier  ;  fon  ufage  ordi- 
naire ell  pour  faire  des  éventails.  {D.  J.) 

SERPENTEAU  ,  f.  m.  (  Jnijiu.  )  les  artificiers 
appellent  ainfi  de  petites  fufées  volantes  iiuis  baguet- 
tes ,  qui  au  lieu  d'aller  droit  en  haut  ,  montent  ob- 
liquement ,  &  defcendent  en  tournoyant  çà  &  là  , 
&  comme  en  ferpentant  fans  s'élever  bien  haut. 

On  fe  fert  de  la  compofition  des  fufées  volantes 
pour  les  faire  ;  à  l'égard  de  leur  conflrudion  ,  il  faut 
prendre  des  baguettes  de  fer  ,  rouler  defllis  deux 
cartes  à  jouer  l'une  fur  l'autre ,  qui  feront  couvertes 
d'un  papier  ,  enforte  que  ce  papier  paroilîe  toujours 
defllis  ,  &  que  les  cartes  foient  au-dcdans  ;  il  fera 
néceffaire  de  mouiller  un  peu  ces  cartes ,  pour  les 
rendre  plus  maniables;  mais  il  faut  ne  les  employer 
que  lèches  ;  on  collera  avec  de  la  colle  faite  de  farine 
ù.  d'eau  ,  ce  papier  dans  toute  fa  longueur  ,  pour 
l'arrêter. 

On  prend  la  culotte  du  moule,  que  l'on  fait  en- 
trer par  un  des  bouts  àxxfcrpenteau ,  &  en  cet  endroit 
on  l'étrangle  avec  de  la  ficelle  à  paulmier ,  que  l'on 
graiffe  d'un  peu  de  favon  ,  &  quand  il  a  été  étran- 
glé ,  vous  le  liez  avec  un  peu  de  fil. 

On  rapporte  enfuite  un  autre  moule -A'"  par  deffusce 
Jcrpenteaii ,  qui  par  ce  moyen  fe  trouve  enfermé  de- 
dans ;  on  le  charge  de  la  compofition  marquée  ci- 
defliis  ,  avec  un  tuyaude  plume  ,  &  d'abord  on  y 
en  fait  entrer  jufque  environ  au  milieu  à\x  ferpenteau  ; 
on  refoule  la  compofition  avec  la  même  baguette  de 
fer  ,  fur  laquelle  le  ferpcnteau  a  été  roulé  ,  &  l'on 
trappe  defïïis  avec  quelque  palette  ou  léger  maillet. 

Lorfque  ce  feipcnteau  eft  chargé  à  moitié  ,  l'on  y 
fait  entrer  un  grain  de  vefle  ,  &  l'on  achevé  de  le 
charger  avec  de  la  poudre  grenée  ,  jufqu'à  une  dif- 
tance  du  bout ,  pour  y  pouvoir  mettre  un  petit  tam- 
pon de  papier  mâché  ,  que  l'on  frappe  par  -  deffus 
avec  la  baguette  de  fer  ;  ce  papier  étant  entré ,  6c 
laifTant  un  petit  efpace  vuide  au-defiiis  de  lui ,  on 
étrangle  Icjzrpcntcau  dans  cet  endroit ,  &  on  le  lie 
avecun  bout  de  fi!  ,  comme  on  l'a  fait  de  l'autre  cô- 
té ,  avec  cette  différence  que  ce  bout-ci  efl:  tout  ter- 
me ,  &  que  l'autre  a  confervé  l'ouverture  qui  y  a 
été  faite  par  l'aiguille  ou  broche  qu'on  a  fait  entrer 
dedans;  on  remplit  enluite  ce  vuide  d'un  peu  d'a- 
morce que  l'on  fait  avec  de  la  poudre  écrafée  6c  pai- 
tric  avec  de  l'eau. 

On  donne  encore  le  nom  '\q  fcrpenieau  ,  à  un  cer- 
cle de  fer  muni  de  petites  grenades  chargées  ,  6c  de 
pointes  aiguës  ,  qu'on  jette  fur  une  brèche. 

SERPE"NTEMENT  ,  f.  m.  (  Géom.)  partie  d'une 
courbe  qui  va  en  ferpentant. 

Le  caraQere  du  Jerpcnument  efl  que  la  courbe  peut 


S  E  P^ 


être  coupée  en  4  points ,  par  une  même  ligne  droite; 
ainfi  les  l'crpintcinens  ne  peuvent  fe  trouver  que  dans 
les  lignes  du  quatrième  ordre.  /^c)yt;{  Courbe  &■ 
Equation. 

On  z\)^c\\ct  ferpen(im:nt  Infiniment  petit ,  celui  oit 
on  peut  imaginer  une  ordonnée  ,  qui  étant  fuppofée 
touchante  de  la  courbe  ,  y  ait  4  valeurs  égales  ,  ou. 
davantage  ;  par  exemple  le  courbe  qui  a  pour  équa- 

4 
tionjK  =.}/  X  ^  wnfirpcnicmint  infiniment  petit  à  fon 
origine  ,  puifque  li  on  traniporte  l'origine  à  une  dif- 
tancc  =^a  ,  en  confervant  toujours  les.v,  on  aura  en 

fiiifant  y=-  2  —  <ï  ,  l'équation  i  —  a  =  .y  ,  qui  donne 
lorfque  x=  o  ,  quatre  valeurs  de  2  ,  toute  égales  à  a. 
C'efl  pourquoi  un  point  d'un  courbe  fera  un  fer- 
pcnument  infiniment  petit ,  fi  en  tranfportant  l'ori- 
gine en  ce  point ,  &  rendant  les  nouvelles  ordon- 
nées u  parallèles  à  la  tangente  en  ce  même  point ,  on 
a  en  ce  point  u''  ■=.  A  ^^'  ^  3  étant  un  nombre  impair 
quelconque  <  4. 

Si  on  avoit  k  '  =  ^  ^  3  ^  le  point  de  ferpentement 
ferolt  avec  inflexion ,  fi  on  avoit  u^  =^  Ai>  ^la  point 
àtferpamment  feroit  double  ;  fi  «  ^  —  ^  ^  3  ^  \\  (croit 
double  avec  inflexion  ,  &  ainfl  de  fuite.  Voye^^  le 
traité  des  courbes  de  M.  Cramer.  (O) 

SERPENTER  ,  v.  n.  (^Gram.  )  c'efl  fe  mouvoir 
d'une  manière  tortueufe  ,  comme  le  ferpent.  Voye:^^ 
Serpentement. 

Serpenter  ,  terme  de  Manège  ,  c'efl  conduire  un 
cheval  en  ferpentant ,  &  tracer  une  pifle  tournée  en 
ondes.  Le  mot  ferpenter  a  été  fubftitué  à  celui  de  fcr- 
péger ,  qui  n'eft  plus  en  ufage.  (Z>.  /.) 

SERPENTIN,  f.  m,  (Chimie.')  long  canal  en  zig-zag 
interpofé  entre  la  cucurbite  &  le  récipient  dans  le 
grand  alembic  à  efprit-de-vin  ,  &  à  rectifications. 
Cet  appareil  diftilatoire  n'eft  prefque  plus  employé 
par  les  artifles  modernes  ,  &  il  efl  en  effet  d'un  ufa- 
ge fort  incommode  &  aifez  inutile  ,  du  moins  pour 
les  opérations  communes  qu'on  avoit  coutume  d'y 
exécuter,  la  diftillation  de  î'efprit-de-vin  par  exem- 
ple,  voyi;^ 'Distillation  6  Esprit-de-vin  ,  fous 
le  mot  Vin. 

On  donne  aufTi  le  nom  àeferpentin  à  une  efpece  de 
réfrigérant.  AVye^  Réfrigérant.  (/>) 

Serpentin  ,  terme  de  fAn  milieuire  ;  c'efl  propre- 
ment le  chien  du  mouiquet  ou  la  partie  de  la  platine 
qui  tient  la  mèche  ,  avec  laquelle  on  met  le  feu  au 
mouiquet.  Voye^  Chien. 

Serpentin,  f.  m.  terme  de  relation;  c*  eu  un  ha- 
mac  de  colon  dans  lequel  les  gens  riches  fe  font  por- 
ter au  Bréfil.  Ces  hamacs  de  coton  s'appellentyèr^fi/^* 
tins  ;  &c  ce  nom  leur  vient  peut-être  de  ce  qu'ils  font 
faits  fur  le  modèle  de  ceux  dans  lefquels  les  faiiva- 
ges  dorment ,  après  les  avoir  fufpendus  entre  deux 
arbres,  pour  éviter  les  ferpens.  (i).  /,) 

SERPENTINE  ,  f.  f.  {Hifi.  nat.  Litkolog.)  ophitcs, 
firpcntinurn  marmor.  marinor  :^oebIicenfe.  Pierre  du 
genre  de  celles  qu'on  appelle  oliaires  ,  qui  efl  ordi- 
nairement verte  ou  grile ,  remplie  de  taches  noires 
ou  blanches  ;  elle  eft  douce  au  toucher,  peu  dure  6c 
facile  à  tailler  ;  M.  Pott  la  met  au  nombre  des  pier- 
res argilleufes ,  à  caufe  de  la  propriété  qu'elle  a  de  fe 
durcir  dans  le  feu  ,  &  de  ne  point  faire  effervefcen- 
ce  avec  les  acides.  Par  ces  qualités  la  ferpentine  dif- 
fère eflentiellement  du  marbre ,  &  l'on  voit  que  c'efl 
à  tort  que  quelques  naturaliftes  l'ont  mife  dans  ce 
genre;  peut-être  qu'ils  ont  été  trompés  par  des  mar- 
bres dont  la  couleur  poiivoit  être  la  môme  que  celle 
de  (\\\c\(\\\ç.sjcrpentines.  Son  nom  lui  vient  de  ce  qu'el- 
le reliemble  ù  la  peau  d'un  ferpent. 

L?L  ferpentine  fe  trouve  fur-tout  à  Zoeblitz  en  Mif- 
nie  ;  voilà  pourquoi  on  l'a  quelquefois  nommée  mar- 
mor -{otbUctnfi.  La  facilité  avec  laquelle  cette  pierre 
le  taille  fait  qu'on  en  forme  une  infinité  de  vaifteaux, 

de 


v3    ji_i 


R 


île  boîtes ,  d'écritoires ,  &c.  que  l'on  tranfpovte  fort 
loin. 

On  a  été  autrefois  dans  le  préjugé  de  croire  que  la 
Jcrpintim  avoit  la  vertu  de  déceler  les  poifons  ;  mais 
il  ne  faudroit  confeiiler  à  perfonne  d'en  faire  l'expé- 
rience. 

On  voit  par  ce  qui  précède ,  que  cette  pierre  ,  à 
l'exception  des  couleurs  &  des  accidens ,  ne  diffère 
en  rien  de  la  pierre  de  lard  &  des  autres  pierres  ol- 
laires.  Voyci  Ollaires. 

Serpentine,  {Marcchal.')\^ngnefirpentine.  f^^^oje^ 
Langue. 

SERPER  ,  terme  de  Galère  ;  c'efl  lever  l'ancre. 

SE  R  PERJS  TRUM,{  Liuémt.  )  forte  d'éclifle  de 
bois  que  les  Romains  attachoient  aux  jambes  des  en- 
fans  pour  les  redrefler.  Cicéron  appelle  figurément 
feperafira  les  officiers  d'une  cohorte  romaine  ,  char- 
gés de  rétablir  l'ordre  dans  la  province ,  comme  les 
écliffes  redreflbient  les  jambes  cagneufes.  (Z?.  /.) 

SERPETTE,  f  f  {OutUcrÂgricult.)  petite  ferpe 
qui  fert  aux  vignerons  &  aux  jardiniers  à  tailler ,  à 
enter  les  arbres  &  à  faire  les  vignes. 

Pour  taillet  les  arbres ,  foit  branches ,  foit  racines, 
on  a  néceffairement  befoin  de  deux  bons  outils  ;  fa- 
voir ,  d'une  ferpetti  &  d'une  fcie.  La  ferpette  fert  à 
couper  tout  d'un  coup  le  bois  qui  efl  jeune  &  vif^ , 
.tendre  ,  bien  placé  ,  &  d'une  grofleiir  médiocre  ,  fi 
bien  qu'il  ne  faut  jamais  employer  \d.  ferpette  à  l'en- 
droit où  fon  tranchant  s'émoufléroit  auffi-tôt ,  &  oit 
la  fcie  feroit  mieux  qu'elle.  Q}\g\ç[i\çs  ferpettes  font 
irop  courtes  ,  eu  égard  à  leur  longueur  ,  &  d'autres 
ne  le  font  pas  affez.  Il  faut  qu'elles  tiennent  un  julle 
jnilieu. 

La  matière  doit  être  d'un  bon  acier  &  bien  trem- 
pé ;  de  forte  que  le  tranchant  ne  fe  rebrouffe,  ne  s'é- 
graine  ou  ne  s'ébreche  pas  aifément.  Il  faut  qu'elles 
foient  bien  affilées  ,  fouvenî  nettoyées  de  la  craffe 
iqui  s'y  attache  en  travaillant ,  te  qu'elles  foient  au- 
tant de  fois  repafîees  qu'on  s'apperçoit  que  le  tran- 
chant ne  coupe  pas  bien ,  c'eil-à-dire  qu'elles  ne  paf- 
fent  pas  aifément  à  proportion  de  l'effort  qu'on  faiti 

Quand  on  a  beaucoup  d'arbres  à  tailler ,  il  eft  be- 
foin d'avoir  beaucoup  à^ferpettis  pour  en  changer 
fouvent.  Il  faut  encore  que  l'alumelle  de  ces  ferpettcs 
foit  de  médiocre  grandeur,  c'efl -à- dire  qu'elle  ne 
foit  que  d'environ  deux  pouces ,  jufqu'à  l'endroit  où 
la  courbure  du  dos  commence  ;  &  enfuite  toute  la 
courbure  ,  jufqu'à  l'extrémité  de  la  pointe ,  doit  en- 
core avoir  deux  pouces  ;  enforte  que  le  tour  du  de- 
hors ne  foit  que  de  quatre  pouces  en  tout.  Le  man- 
che doit  tirer  plus  au  quarré  qu'au  rond ,  &  le  bois 
de  cerf  y  eu.  très-propre.  Il  faut  que  ce  manche  foit 
d'une  groffeur  raifonnable  pour  que  la  main  foit  plei- 
ne ,  &  qu'elle  le  puiffe  tenir  bien  ferme  ,  fans  qu'il 
tourne  ou  qu'il  lui  échappe  en  faifant  effort  ;  une 
groffeur  de  deux  pouces  6c  huit  lignes  ,  ou  tout  au 
plus  de  trois  pouces ,  eft  celle  qu'il  faut  pour  l'ufage 
d'un  homme  qui  fe  plaît  à  tailler  toutes  fortes  d'ar- 
bres ,  &  c'eft  une  des  plus  utiles  occupations  de  la 
campagne  ;  c'étoit  celle  du  grec  dont  parle  Aulu- 
gelle  : 

Unfage  ajfe\femhlable  au  vieillard  de  Virgile , 
Homme  égalant  les  rois,  homme  approchant  des  dieux 
Et  comme  ces  derniers ,  fa  tl  s  fait  &  tranquille. 
Son  bonheur  confiflolt  aux  bzautîs  d^  un  jardin. 
Un  Scythe  Cy  trouva ,  qui  la  fcrpe  à  la  main  , 
Defcs  arbres  à  fruit  retrancholt  tlnutlle , 
Ebrancholt ,  émondolt ,  ôtolt  ceci ,  cela  , 

Corrigeant  par  tout  la  nature  , 
Exceffive  à  payer  fes  foins  avec  ufure.  (J),  /,) 

SERPHO  ou  SERFO  ou  SERFOU ,  {Géog.  mod.) 
île  de  l'Archipel,  connue  des  anciens  Grecs  &:  Ro- 
Tome  XV. 


S  E  P^  ïï| 

mains ,  fous  le  nom  de  ferlphos  6c  ferîphtts.  Voyc?  Sa- 

RIPHUS. 

Les  François  nomment  cette  île  Sérlpke  ;  les  Ari- 
glois  ,  Strfanto  ;  &  les  Italiens  ,  Scrfino.  Le  périple 
de  Scylax  &  Strabon  ,  la  mettent  au  nombre  des  Cy- 
clades  ;  mais  Etienne  le  géographe  la  compte  entre 
les  Sporades  ;  elle  eff  fituée  à  36  degrés ,  56  de  lat. 
feptentrionale  ,  à  20  lieues  nord-oueff  de  Naxie ,  à 
30  de  la  côte  orientale  de  la  Morée ,  &  à  12  milles 
N.  O.  de  Siphantho.  Pline  ne  donne  que  1 2  milleS 
de  circuit  à  cette  île  ,  quoiqu'elle  en  ait  plus  de  36. 

Son  port  l'a  rendu  recommandabie ,  même  du  tems 
de  la  belle  Grèce  ;  cependant  il  ne  faut  pas  chercher 
des  antiquités  dans  Serpho  :  cette  île  n'a  jamais  été 
ni  puiffante  ,  ni  magnifique  ;  c'eft  un  petit  pays  dont 
les  montagnes  font  rudes  &  efcarpées ,  couvertes  de 
pierres  &  de  rochers  ,  &  l'on  y  trouve  encore  ceux 
qui  ont  donné  lieu  à  la  fable  de  Perfée.  Séneque 
parle  de  cette  île  ,  comme  d'une  île  inculte  ,  &  le 
Scholiafte  d'Ariftophane  la  qualifie  de  très-chétive. 

Il  y  a  beaucoup  d'apparence  que  les  mines  de  fer 
&  d'aimant  de  cette  île  ,  n'étoient  pas  connues  dans 
ce  tems-là  ;  caronn'auroit  pas  manqué  d'en  attribuer 
la  production  au  pouvoir  de  la  Gorgone  ;  cependant 
ces  mines  font  à  fleur  de  terre ,  &  les  phiies  les  dé- 
couvrent tous  les  jours.  La  mine  de  fer  y  eft  étoilée 
en  plufieurs  endroits  ,  comme  le  régule  d'antimoine 
étoile.  Celles  d'aimant  y  font  fort  abondantes  ;  mais 
pour  en  avoir  de  bons  morceaux ,  il  faudroit  creufer 
profondément ,  ce  qui  eft  très-difficile  dans  un  pays 
où  parmi  tant  de  fer  ,  à  peine  trouve-t-on  des  outils 
propres  à  arracher  les  oignons  qu'Us  cultivent  par- 
mi leurs  rochers  dans  de  petits  fonds  humides  ;  ces 
oignons  font  fort  doux ,  au  heu  que  les  oignons  de 
Siphanto  font  auffi  acres  que  ceux  de  Provence. 

Enfin ,  les  habiîans  de  Serpho  font  fi  glorieux  d'a- 
voir de  fi  bons  oignons ,  &  ils  les  trouvent  fi  déli- 
cieux ,  qu'ils  ne  s'avifent  pas  de  prendre  les  perdrix 
qui  mangent  la  moitié  de  leurs  grains  &  de  leurs  rai- 
fins.  Il  n'y  a  dans  cette  île  qu'un  bourg  qui  porte  le 
même  nom ,  &  un  méchant  hameau  appelle  San-Nl- 
colo. 

Le  bourg  eft  autour  d'une  roche  affreufe  à  3  mil- 
les du  port ,  &  ce  port  qui  eft  d'une  grande  beauté 
ne  fert  de  retraite  qu'à  des  vaiffeaux  dévoyés  dans 
une  violente  tempête  ,  qui  viennent  s'y  mettre  à 
couvert  de  la  fureur  des  vagues  ;  car  les  habitans  de 
l'île  font  auffi  fainéans  &  auffi  méprifables  que  leurs 
ancêtres.  Ils  font  pauvres ,  groffiers,  parlent  un  grec 
fort  corrompu ,  &  le  prononcent  d'une  manière  niai- 
fe  &  rifible.  Ils  ne  recueillent  qu'un  peu  d'orge  & 
de  vin  ,  ne  forment  dans  toute  l'île  qu'environ  mille 
perfonnes ,  qui  payent  huit  cens  écus  de  taille  réelle 
&  de  capitation. 

L'île  eft  gouvernée  pour  le  fpiritueî  par  un  vicaire 
de  l'évêque  de  Siphanto.  Les  meilleures  terres  appar- 
tiennent aux  moines  de  S.  Michel ,  dont  le  couver.t 
eft  au  nord  ,  à  deux  lieues  du  bourg  ,  &  habité  p;,r 
des  caloyers  fous  la  direftion  d'un  abbé.  Nous  remar- 
querons en  paffant ,  que  quoiqu'cn  France  on  com- 
prenne tous  les  moines  grecs  fous  le  nom  de  caloyer>-^ 
il  n'en  eft  pas  de  même  en  Grèce  ;  il  n'y  a  que  1-.  s 
frères  qui  s'appellent  ainfi ,  car  pour  ceux  qui  foi  t 
prêtres ,  ils  fe  nomment  léromonaches. 

M.  de  Tournefort  étant  à  Serpho ,  dit  qu'après  les 
mines  d'aimant ,  la  plus  belle  chofe  qu'il  y  ait  dans 
cette  île  en  fait  d'hiftoire  naturelle,  eft  une  efpcce 
d'œillet ,  dont  le  tronc  vient  en  arbriffeau  dans  les 
fentes  de  ces  horribles  rochers  qui  font  au-deffus  dii 
bourg  ;  c'eft  le  caryophyllus  gracus  ,  arborcus ,  /»•«- 
eoll  folio  peramaro.  Corol.  /.  R.  H.  23.  (^D.  7.) 

SERPIGO ,  f  m.  en  Médecine ,  c'eft  une  efpcce  de 
herpès ,  appellée  vulgairement  dartre.  Voyc^  Herpès 
6-  Dartre. 


114 


S  E  R 


S 


E  R 


Cette  maladie  confuie  en  un  grand  nombre  de 
très-petites  pullules,  qui  s'élèvent  très-près  les  unes 
-des  antres  ;  quelquefois  en  forme  circulaire  ,  en  cau- 
lant  des  dénuinrcaiions  &  des  douleurs  très-grandes; 
elles  ne  viennent  jamais  à  luppuratlon  ,  &:  on  ne  les 
guérit  qu'avec  beaucotip  de  diificultc  ;  car  après 
qu'elles  ont  paru  entièrement  dilîipces ,  elles  repa- 
roiilent  fort  louvent  en  ditlérens  temsde  l'anncc.  Le 
peuple  les  frotte  ordinairement  avec  de  l'encre; 
mais  quand  la  maladie  ell  fixée,  il  faut  premièrement 
employer  quelques  remèdes  généraux.  Voye^  Li- 
chen ,  LM]'!  I  IGO,  &c. 

SERPILLER  ,  V.  n.  (^Jardinage.')  terme  fort  ufité 
dans  le  jardinage;  c'eft  couper  des  deux  côtés  jiif- 
qa  au  maître-brin  ,  des  paliffades  trop  épailTes  ,  qui 
lans  ce  foin  déchoicroicnt  bientôt  de  leur  beauté.  Il 
eft  vrai  que  cette  opération  les  dégarnit  la  première 
année;  mais  elles  pouflent  fi  vigoureufement  de  tous 
côtés ,  qu'elles  en  font  plus  belles  la  féconde  année. 

SERPILLIERE,  f.  f.  {Emballage.)  forte  de  grolTe 
toile  que  quelques  marchands  font  pendre  aux  au- 
vents de  leurs  boutiques,  pour  ôter  une  partie  du 
i'our  afin  d'empêcher  qu'on  ne  découvre  facilement 
es  d'ife(ihiolités  qui  fe  rencontrent  fur  leurs  mar- 
chandifes  Ce  mot  fe  dit  encore  d'une  forte  de  très- 
grolfe  toile  de  fort  bas  prix ,  dont  les  marchands  &  les 
Emballeurs  fe  fervent  pour  emballer  leurs  marchan- 
difes.  La  plupart  des  marchands  qui  vont  aux  foires , 
renvoient  chez  eux  les  fcipillicres  qui  ont  fervi  aux 
emballages  des  marchandifes  qu'ils  ont  vendues.  On 
ie  fcrt  auffi  Aq  fci pillieres  pour  faire  des  torchons.  Sa- 
vary.  (D.  J.) 

SERPOLET,  {.  m.  fcrpîllnm  ,  {ffift.  nat.  Botan^ 
genre  de  plante  qui  ne  diffère  du  thym  qu'en  ce  que 
lés  tiges  font  plus  bafles ,  moins  dures  &  moins 
ligneufcs.  Tournefort ,  infi.  ni.  hcrb.  Voye^  Plante. 

Ce  genre  de  plante  fi  bien  nommé  par  les  Anglois, 
the  jnother  of  thywe ,  plaît  beaucoup  par  fon  odeur 
agréable ,  &  par  fes  jolies  fleurs.  Tournefort  en  com- 
pte douze  efpeces;  mais  je  m'arrêterai  à  la  plus  elti- 
mée  dans  la  Médecine  :  c'efi:  le  petit  ftrpolu ,  ferpil- 
lum  viilgare  minus  ^  injl.  rci  herb.  iC)y.  Sa  racine  efl 
menue  ,  ligneuf'e ,  vivace  ,  brune,  garnie  de  fibres  ca- 
pillaires. Elle  pouffe  plufieurs  petites  tiges,  quar- 
récs ,  dures  ,  rougeatres  &  baffes  ;  les  unes  s'élèvent 
droites  à  la  hauteur  de  la  main;  les  autres  ferpentent 
ôc  s'attachent  çà  &  là  à  lafurface  de  la  terre  par  des  fi- 
bres déliées,  d'où  lui  vientfon  nom,  tant  en  grec  qu'en 
latîn.  Ses  feuilles  font  petites,  vertes,  un  peu  plus 
larges  eue  celles  du  thym,  arrondies,  nerveufes,  d'un 
goût  acre  &  aromatique.  Ses  fleurs  naifîent  aux  fom- 
mets  des  tiges,  petites,  dif'pofées  en  manière  de  tête, 
de  couleur  ordinairement  purpurine ,  quelquefois 
blanche  ;  chacune  d'elles  efl  un  tuyau  découpé  par  le 
haut  en  deux  lèvres ,  &  foutenu  par  un  calice  fait  en 
cornet.  Lorfque  ces  fleurs  font  tombées, il  leur  fuc- 
cede  de  petites  femences  prefque  rondes ,  renfer- 
mées dans  une  capfule,  qui  a  fervi  de  calice  à  la 
fleur. 

Cette  plante  croît  aux  lieux  incultes,  montagneux, 
fecs,  rudes,  lablonneux  ,  pierreux;  dans  les  champs; 
dans  les  pâturages;  en  un  mot  prefque  par-tout.  El- 
le fleurit  au  mois  de  Mai.  Elle  répand  une  odeur 
agréable,  &  a  un  iioùt  aromatique.  {D.J.j 

Serpolet  ,  (Mac  méJ.)  ferpolct  citroné  &  petit 
JerpoLt  ;  on  emploie  indifféremment  ces  deux  plan- 
tes. Elles  ont  les  vertus  Ô>:  les  uiages  communs  de  la 
plupart  des  plantes  à  fleurs  labices  de  Tournefort, 
qui  font  aromatiques  &  chargées  d'huile  effentielle. 
"L'i  fcrpoUt  a  fur-tout  la  plus  grande  analogie  avec  la 
marjolaine  ,  le  bafilic,  l'origan  &:  le  thym.  Ces  plan- 
tes cc>nftitucnt  dans  cette  claffe,  relativement  à  leur 
compolition  naturelle  &  à  leurs  vertus  médicinales, 


une  dlvlilon  fj)écifi('e  par  une  douceur  fint^iiHcr'e 
dans  leurs  principes  aftifs ,  un  degré  d'énergie  moyen 
ou  tempère.  /"ov(r{  Marjolaîne  &  Thym. 

SEÎUUE  ou  SERROCE  ,  {Gcog.  mnJ.)  ville  de  la 
féconde  Macédoine  ,  dans  l'exarchat  de  ce  nom,  flir 
la  mer  Blanche ,  vers  l'embouchure  du  Stromone. 
Elle  étoit  évêché  dans  le  v,  fieclc  ,  &  archevêché  ho- 
noraire dans  le  ix.  (/)./.) 

SERRAGE  ou  SERRES  du  vaijfeau.   Voy^i  Vaï- 

GRES, 

SERRAIL  ,  {Jrch'f.  turque.)  palais  deftinc  à  ren- 
fermer les  fultanesik  les  cfclaves  de  l'empereur  turc 
&  perfan.  Les  feigneurs  de  ces  deux  empires  ont  aufîi 
des  fcrrails  proportionnés  à  leurs  facultés  &  à  leiu: 
puiffancc  ;  mr/is  il  ne  s'agira  dans  cet  arjicle  que  du 
fcrrall  dc  Conflantinople  ,  nommé  padifcka-ferai ,  pa- 
lais de  l'empereur  ;/era/  d'où  nous  avons  fait  le  mot 
fcrrjil  ^vcnt  dire  palais ,  &  padifcha  ,  empereur. 

Ce  palais  ell  à  gauche  tout  à  l'entrée  du  port,& 
occupe  la  place  de  l'ancienne  ville  de  Byzance,  fur 
la  pointe  de  la  prefqu'île  dc  Thrace,  où  efl  précifé- 
ment  le  Bofphore.  he.ferr.ail  qui  efl  l'ouvrage  de  Ma- 
homet II.  a  près  de  trois  milles  de  circuit;  c'eft  une 
efpcce  de  triangle,  dont  le  côté  tenant  à  la  ville  eft  le 
plus  grand ,  celui  qui  eft  mouillé  par  les  eaux  du 
Bofphore  eft  à  l'eft  ,  &  l'autre  qui  forme  l'entrée  du 
port  eft  au  nord  :  les  appartemens  font  fur  la  hau- 
teur de  la  colline ,  &  les  jardins  llir  le  bas  jufqu'à  la 
mer. 

Quelque  grande  que  folt  cette  enceinte,  les  de- 
hors du  palais  n'ont  rien  de  rare  ;  &  s'il  faiît  juger  de 
la  beauté  des  jardins  par  les  cyprès  que  Ton  y  décou- 
vre, l'on  conviendra  qu'ils  ne  font  pas  mieux  enten- 
dus que  ceux  des  particuliers.  On  affefte  de  planter 
dans  le  /irn?i/des  arbres  toujours  verds,  pour  déro- 
ber aux  habitans  de  Galata  &  des  autres  lieux  voifins, 
la  vûedesfultanes  qui  s'y  promènent. 

Quoiqu'on  ne  voie  que  les  dehors  àwfetrail^  W  efl 
à  préfumer  que  l'intérieur  de  ce  palais  n'a  rien  de  ce 
que  nous  appelions  yw/'tr/'ê  &  magnifique  ;  parce  que 
les  Turcs  ne  favent  guère  ce  que  c'eft  que  rnagwfi- 
crict  en  bâtimcns  ,  &  ne  fuivent  aucune  règle  de 
bonne  architetfure.  S'ils  ont  fait  de  belles  m.ofquées, 
c'eft  qu'ils  avoient  un  beau  modèle  devant  leurs 
yeux,  qui  étoit  l'églife  de  Ste  Sophie;  encore  ne  fau- 
droit-il  pas  fuivre  un  pareil  modèle  pour  bâtir  des 
palais  fuivant  les  règles  de  la  bonne  architeclure.  On 
s'apperçolt  aifément  en  voyant  les  grands  combles 
des  kiofcs  ou  pavillons  turcs ,  que  l'on  commence  à 
s'éloigner  d'Itahe,  &  à  s'approcher  de  laPerfe^i  mê- 
me de  la  Chine. 

Les  appartemens  duT^rr^i/ont  été  faits  en  différens 
tems,  &  fuivant  le  caprice  des  princes  &  des  fulta- 
nes  ;  ainfi  ce  fameux  pabis  eft  un  affeniMage  de  plu- 
fieurs corps  de  logis ,  entaffés  fouvent  les  uns  fur  les 
autres,  &  féparés  en  quelques  endroits.  On  ne  doute 
pas  que  les  appartemens  ne  foient  fpacieux  &  riche- 
ment meublés.  Leurs  plus  beaux  ornemens  ne  confî- 
flent  ni  en  tableaux ,  ni  en  ftat\ies;  ce  font  des  pein- 
tures i\  la  turque,  parquetées  d'or  &  d'azur,  entre* 
mêlées  de  fleurs ,  de  payfages ,  de  culs-de-lampes ,  & 
de  cartouches  chargés  de  fentences  arabes,  comme 
dans  les  maifbns  des  particuliers  de  Conftantinople. 

Les  bafîins  de  marbre ,  les  bains  ,  les  f.>ntaines  jail- 
liffantes,  font  les  délices  des  Orientaux,  qui  les  pla- 
cent aux  premiers  étages  ,  fans  craindre  de  trop  char- 
ger le  plancher,  C'étoit  auffi  le  goût  des  Sarraflns  & 
des  Maures,  comme  il  paroîr  par  leurs  anciens  palais, 
&  fur-tout  par  celui  de  l'Alhambra  qui  eft  à  Grenade 
en  Efpagne ,  oii  l'on  montre  encore  comme  un  pro- 
dige d'architeflure,  le  pavé  dc  la  falledes  Lions  ,  qui 
eft  fait  de  plaques  de  marbre  plus  grandes  que  celles 
des  tombes  de  nos  égliies. 

S'il  y  a  quelques  beaux  morceaux  dans  Xeferrail^ 


s  E  R 

ce  font  des  pièces  que  les  ambaffadeurs  des  princes  y 
ont  fait  apporter ,  comme  des  glaces  de  France  &  de 
Veniie ,  des  tapis  de  Perle ,  des  vales  d'Orient.  On  dit 
cjue  la  plupart  des  pavillons  y  font  foutenus  par  des 
arcades  ,  au-deffous  defquelles  font  les  logemens  des 
officiers  qui  fervent  les  fultancs.  Ces  dames  occu- 
pent les  deifus,  qui  font  ordinairement  termines  en 
dômes  couverts  de  plomb ,  ou  en  pointes  chargées  de 
eroilTans  dorés  ;  les  balcons  ,  les  galeries  ,  les  cabi- 
nets, les  belveders,  font  les  endroits  les  plus  agréa- 
bles de  ces  appartemens.  Enfin  à  tout  prendre  de  la 
manière  qu'on  dépeint  ce  palais  ,  il  ne  laifie  pas  de 
répondre  à  la  grandeur  de  Ion  maître  ;  mais  pour  en 
faire  un  bel  écîiiice  ,  il  faudroit  le  mettre  à-bas,  &  fe 
fervir  des  matériaux  pourenb«tir  un  autre  lur  un 
nouveau  modèle. 

L'entrée  principale  du.  ferrai!,  eil  un  gros  pavillon 
à  huit  croiiées  ouvertes  au-defùis  de  la  porte  ;  une 
grande  entrée  qui  eil:  lur  la  porte  même  ,  quatre 
plus  petites  à  gauche  fur  la  même  ligne ,  6c  autant  de 
même  grandeur  à  droite.  Cette  porte  dont  l'empire 
ottoman  a  pris  le  nom,  efl  fort  haute,  fimple,  cein- 
trée  en  demi-cercle ,  avec  une  inicription  arabe  fous 
le  ceintre  ;  &  deux  niches,  une  de  chaque  côté, 
creufées  dans  l'épailfeur  du  mur. 

Elle  relfemble  plutôt  à  un  corps-de-garde,  qu'à 
l'entrée  du  palais  d'un  des  plus  grands  princes  du 
monde  :  c'eft  pourtant  Mahomet  îl.  qui  la  fit  bâtir  ; 
&  pour  marquer  que  c'eft  une  maifon  royale,  le 
comble  du  pavillon  de  l'entrée  eft  relevé  de  deux 
tourillons  ;  50  capigis  ou  portiers  ,  font  commandés 
pour  la  garde  de  cette  porte  ;  mais  ils  n'ont  ordinai- 
rement pour  arme  qu'une  baguette  à  la  main. 

On  entre  d'abord  dans  une  grande  cour ,  beaucoup 
plus  longue  que  large  ;  à  droite  iont  les  infirmeries  , 
a  gauche  les  logemens  des  azancoglans  ,  c'efl-àdire 
des  perfonnes  deuinées  aux  charges  les  plus  viles  du 
jlrrail  ;  la  cour  des  azancoglans  renferme  les  chan- 
tiers pour  le  bois  qui  fe  brûle  dans  le  palais  ;  on  y  en 
met  tous  les  ans  cuarante  mille  voies,  &  chaque 
voie  eft  une  charretée  que  deux  bufles  ont  peme  à 
tirer. 

Tout  le  monde  peut  entrer  dans  la  première  cour 
du  firraU  ;  les  domelîiques  &  les  efclaves  des  pachas 
&  des  agas  qui  ont  affaire  à  la  cour,  y  reftent  pour 
attendre  leurs  maîtres ,  &  prendre  foin  de  leurs  che- 
vaux: mais  on  y  entendroit  pour  aind  dire  voler  une 
mouche  ;  &  fi  quelqu'un  y  rompoit  le  filcnce  par  un 
ton  de  voix  un  peu  trop  élevé  ,  ou  qu'il  parût  man- 
quer de  refpeft  pour  la  maifon  du  prince  ,  il  feroit 
bâtonné  fur  le  champ  par  les  oUiciers  qui  font  la  ron- 
de: il  femble  même  que  les  chevaux  connoilîént  oii 
ils  font,  ôclans  doute  ils  font  dreffésày  marcher  plus 
doucement  que  dans  les  rues. 

Les  infirmeries  font  deftinces  pour  les  malades  de 
la  maifon  ;  on  les  y  conduit  dans  de  petits  chariots 
fermés,  &  tirés  par  deux  hommes.  Quand  la  cour 
eft  à  Conftantinople,  le  premier  médecin  6i.  le  pre- 
mier chirurgien  y  font  leurs  vifites  tous  les  jours ,  & 
l'on  affure  que  l'on  y  prend  grand  foin  des  malades: 
on  dit  même  qu'il  y  en  a  plulieurs  qui  ne  font  pas 
trop  incommodés ,  6c  qui  n'y  vont  que  pour  s'y  repo- 
fer  &  pour  y  boire  du  vin  ;  l'ufage  de  cette  liqueur, 
défendue  févérement  partout  ailleurs ,  eft  toléré 
dans  les  infirmeries,  pourvu  que  l'eunuque  qui  eft  à 
la  porte,  ne  furprenne  pas  ceux  qui  le  portent.;  car 
en  ce  cas,  le  vin  eft  répandu  par  terre ,  &  les  porteurs 
font  condamnés  à  deux  ou  trois  cens  coups  de  bâ- 
ton. 

De  la  première  cour  on  pafTe  à  la  féconde  ;  fon  en- 
trée eft  au  lîl  gardée  par  50  capigis.  Cette  cour  eft 
quarréc,  d'environ  300  pas  de  diamètre,  mais  plus 
belle  &  plus  agréable  que  la  première  ;  les  chenîins 
en  font  pavés  ,  &  les  allées  bien  entretenues  ;  tout  le 
Tonii  XV, 


S  E  R  in 

rcfte  eft  en  gazon  fort  propre ,  dont  la  vej-dure  n'eft 
interrompue  que  par  des  fontaines  qui  en  entretien* 
ncnt  la  fraîcheur. 

Le  trélor  du  grand-feigneur ,  6c  la  petite  écurîé 
font  à  gauche ,  &  l'on  y  montre  une  fontaine  où  l'on 
failoit  autrefois  couper  la  tête  aux  pachas  condam- 
nés à  mort  ;  les  offices  6c  les  cuilines  font  à  droi- 
te ,  embellies  de  leurs  dômes ,  mais  fans  cheminées  : 
on  y  allume  le  feu  dans  le  milieu  ,  &  la  fumée  palfe 
par  des  rrous  dont  les  dômes  font  percés.  La  premiè- 
re de  ces  cuilines  eft  deftinéc  pour  le  grand-feigneur; 
la  féconde  pour  la  première  fultane  ,  &  la  troifiema 
pour  les  autres  fultanes;  la  quatrième  pour  le  capi- 
aga  ou  commandant  des  portes;  dans  la  cinquième 
on  prépare  à  manger  pour  les  miniftrcs  qui  fe  trou- 
vent au  divan  ;  la  lîxieme  eft  pour  les  pages  du  grand- 
feigneur,  que  l'on  nomme  khoglans;  la  feptieme  eft 
pour  les  officiers  du  Jtrrail;  la  huitième  pour  les  fem-' 
mes  &  les  filles  qui  fervent  dans  ce  palais  ;  la  neu* 
vicme  pour  tous  ceux  qui  font  obligé*  de  fe  trouver 
dans  la  cour  du  divan  les  jours  de  juftice.  On  n'y  ap- 
prête guère  de  gibier  ;  mais  outre  les  quarante  mille 
boeufs  que  l'on  y  confomme  tous  les  ans  ,  frais  ou  fa- 
lés  ,  les  pourvoyeurs  doivent  fournir  tous  les  jours 
200  mourons;  100  agneaux  ou  chevreaux,  fuivant 
les  faifons  ;  10  veaux;  200  poules;  200  paires  de 
poulets;  100  paires  de  pigeons;  50  oifons.  Voilà 
pour  nourrir  bien  du  monde. 

Tout  à  l'entour  de  la  cour  règne  une  galerie  affez 
baffe,  couverte  de  plomb  &  foutenue  par  des  colonnes 
de  marbre.  Il  n'y  a  que  le  grand-feigneur  cui  entre  ;\ 
cheval  dans  cette  cour;  c'eft  pour  cela  que  la  petite 
écurie  s'y  trouve,  mais  il  n'y  a  de  place  que  pour 
environ  30  chevaux  ;  on  ferre  les  harnois  dans  des 
falles  qui  font  au-delfus  ,  6c  ce  font  les  plus  riches 
harnois  du  monde ,  par  la  broderie  6c  les  pierres  pré- 
cieufes  dont  ils  font  relevés. 

La  grande  écurie  dans  laquelle  on  entretient  en- 
viron mille  chevaux  pour  les  ofRciers  du  grand  fei- 
gneur ,  eft  du  côté  de  la  mer  fur  le  Bofjjhore.  Les 
jours  que  les  ambfl'adeurs  font  reçus  à  l'audience  , 
les  janiffaires  proprement  vêtus  fe  rangent  à  droite 
fous  la  galerie.  La  falle  où  le  tient  le  divan ,  c'eft-à- 
dire  où  l'on  rend  la  juftice,  eft  à  gauche  tout  au  fond 
de  cette  cour  ;  à  droite  eft  une  porte  par  où  l'on  en- 
tre dans  l'intérieur  du  ferrait:  le  paffage  n'en  eil 
permis  qu'aux  perfonnes  mandées. 

Pour  la  lalle  du  confeil  ou  divan  ,  elle  eft  grande  , 
mais  baflé,  couverte  de  plomb,  lambriffée  6c  dorée 
aifez  Amplement  à  la  morefque.  On  n'y  volt  qu'un 
grand  tapis  étendu  fur  l'eftrade ,  où  fe  mettent  les 
officiers  qui  compofent  le  confeil  ;  c'elVlà  que  le 
grand-vifir  ,  alîifté  de  les  confeillers  ,  juge  fans  ap- 
pel de  toutes  les  caufes  civiles  &  criminelles:  le 
caimacan  tient  fa  place  en  fon  abfence ,  &  l'on  y 
donne  à  manger  aux  ambaffadeurs  le  jour  de  leur  au- 
dience. Voilà  tout  ce  qu'il  eft  libre  aux  étrangers  de 
voir  dans  Isferrail;  pour  pénétrer  plus  avant  la  cu- 
riofité  coùteroit  trop  cher. 

Les  dehors  de  ce  palais  du  côté  du  port,  n'ont  rien 
de  remarquable  que  le  kiofc  ou  pavillon ,  qui  eft  vis- 
à-vis  de  Galata  ;  ce  pavillon  eft  foutenu  par  douze 
colonnes  de  marbre  ;  il  eft  lambrilTé ,  peint  à  la  per- 
fienne  6c  richement  meublé.  Le  grand-feigneur  y 
vient  quelquefois  pour  avoir  le  plaifir  de  remarquer 
ce  qui  fe  palfe  dans  le  port,  ou  pour  s'embarquer  lorl- 
qu'il  veut  le  promener  fur  le  canal. 

Le  pavillon  qui  eft  du  côté  du  Bofphore  ,  eft  plus 
élevé  que  celui  du  port ,  &  il  eft  bâti  fur  des  arcades 
qui  foutiennent  trois  lalons  terminés  par  des  dômes 
dorés.  Le  prince  s'y  vient  divertir  avec  les  tcmmes 
&  l'es  muets:  tous  ces  quais  font  couverts  d'artillerie, 
mais  fans  afliits  ;  la  plupart  des  canons  font  braqués 
à  fleur  d'eau  ;  le  plus  gros  qui  eft  celui  qui  obligea, 

P  ij 


ii6 


S  E  R 


dit-on  ,  Babylonc  à  fc  rendre  à  Adtnn  Mourat ,  eft 
par  dillhûtion  dans  une  loge  particulitre.  Cette  ar- 
tillerie tait  grand  plailir  aux  Mahomctans  ;  car  on  la 
tire  pour  les  avertir  que  le  carême  eÛ  fini,  &  qu'il  ne 
faut  plus  jeûner  :  on  la  décharge  auiîi  les  jours  deré- 
jouiffancc,  6c  pour  les  conquêtes  des  lultans  ou  de 
leurs  généraux. 

Telle  ert  la  defcription  qu'a  d^nneTournetort  du 
Jirrail&C  de  les  dépendances.  La  parelle  aliatique  rend 
de  tels  palais  des  lieux  de  délices  pour  tous  les  hom- 
mes de  la  cour  du  prince  ;  des  gens  qui  ne  craignent 
que  le  travail ,  peuvent  trouver  leur  bonheur  dans 
des  lieux  où  l'on  n'a  rien  à  faire.  Mais  quels  peuvent 
être  les  plaifirs  &  les  amufemens  des  femmes  du  ful- 
tan,  qui  font  à  jamais  enfermées  dans  ces  fortes  de 
priions  .>  On  ei\  difpenfé  d'en  rien  favoir,puifque  ces 
dames  ne  tombent  pas  plus  fous  les  fens  d'aucun 
étranger,  que  û  elles  étoient  des  efprits  purs.  Ces 
beautés  rares  deMengrélic  &  deGeorgienefont  faites 
que  pour  amufer  le  fultan  ,  &  pour  faire  enrager  les 
eunuques.  Tous  les  gouverneurs  des  provinces  font 
ù  l'envi  préfent  au  grand- feign?ur,  des  plus  belles 
perfonnes  de  l'empire,  non-feulement  pour  lui  plai- 
re ,  mais  pour  tâcher  de  fe  faire  des  créatures  dans  le 
palais  ,  qui  puiffent  les  avancer.  Ce  n'eff  point  la 
naiflance  qui  règle  les  prérogatives  des  filles  que  leur 
fort  conduit  dans  lefcrnù! ,  c'eft  leur  beauté ,  au  goût 
du  grand-feigneur,qui  peut  faire  leur  fortune.  Ainfi 
la  lille  d'un  berger  peut  devenir  fultane  favorite  ,  & 
l'emporter  fur  cent  autres  que  le  fultan  juge  à-propos 
de  négliger. 

Aprcsfa  mort  les  femmes  qu'il  a  daigne  honorer  de 
fes  careffes,  &  les  filles  majeures  paflent  dans  le 
vieux  J^rrail  de  Confrantinople  où  elles  fechent  de 
langueur.  Le  vieux  fcrrail  qui  cft  proche  de  la  mof- 
quée  du  fultan  Bajazet ,  futbâti  par  Mahomet  IL^  On  y 
confine  ces  pauvres  femmes  ou  filles  pour  y  pleurer 
tout  à  loifir  la  mort  du  prince  ou  celle  de  leurs  enfans, 
que  le  nouveau  fultan  fait  quelquefois  étrangler.  Ce 
feroit  un  crime  de  pleurer  dans  le/<:rra/7oii  loge  l'em- 
pereur ;  au  contraire  chacun  s'emprefle  d'y  témoi- 
gner de  la  joie  pour  fon  avènement  à  l'empire.  Les 
plus  jeunes  filles  font  quelquefois  réfervées  pour  lui, 
ou  niariées  à  des  pachas  qui  les  recherchent ,  au  re- 
fus du  fultan.  Quoi  qu'il  en  foit,  comme  c'eft  un  cri- 
me devoir  celles  quireftentdansle  palais, il  ne  faut 
point  compter  fur  tout  ce  qu'on  en  a  écrit  ;  quand 
même  on  pourroit  trouver  le  moyen  d'y  entrer  un 
feul  inftant,  qui  eft  ce  qui  voudroit  mourir  pour  un 
coup  d'œil  fi  mal  employé?  Tout  ce  qu'on  peut 
penfer  de  mieux  ,  c'eft  de  regarder  les  fullanes  favo- 
rites comme  les  moins  malheureufes  efclaves  qui 
foient  au  monde.  Mais  de  combien  la  liberté  eft-elle 
préférable  à  un  fi  foible  bonheur  !  (Z>.  7.) 

SERRAIN ,  (  Géog.  mod.  )  petite  ville  de  l'Arabie 
heureufe,  fur  le  bord  de  la  mer.  Elle  eft  éloignée  de 
la  Mecque  de  quatre  journées.  {D.  J.) 

SERRAN , SERRANT , SERRaTAN, f.  m. (  Hi^. 
net.  Ichthiolog.  )  hiaticula^  poiflon  de  la  haute  mer  , 
qui  reffemble  au  loup  marin  par  la  forme  du  corps 
&  par  l'ouverture  delà  bouche.  Toyes;  Loup  marin. 
Le/crrû/2  a  la  mâchoire  inférieure  plus  longue  &:p"us 
avancée  que  la  fupérieure  ,  les  dents  pointues  &  les 
yeux  petits  ;  il  reffemble  au  tourd  par  les  nageoires , 
par  la  queue  ,  par  les  aiguillons  &  par  les  ouies. 
Toye^TouRD.  Le  dos  eft  en  partie  rouge,  &  en 
partie  noir  ;  il  y  a  fur  les  côtés  du  corps  des  traits 
roux  qui  s'étendent  depuis  la  tête  jufqu'à  la  queue  ; 
la  nageoire  de  la  queue  eft  roufiatre  ,  &  la  queue  a 
des  taches  rouflcs.  Le  ferran  fe  nourrit  de  poifton  ; 
fa  chair  eft  un  peu  plus  dure  que  celle  de  la  perche. 
Rondelet,  hijL  nat.  des poijfons  ,  1.  part.  liv.  f^I.  ch. 
ix.  yoyci  Poisson. 
,   SERRANA  ou  SERRANO  ,  (  Géog.  mod.  )  petite 


S  E  R 

île  de  l'Amérique  feptentrionale ,  dans  la  mer  du 
Nord  ,  entre  la  Jamaïque  &  les  côtes  de  Nlcaragna. 
Elle  eft  déferte  ,  n'ayant  pas  un  feul  arbre  ,  pas  un" 
brin  d'herbe  ,  pas  la  moindre  (burce  d'eau  douce. 
Son  circuit  eft  d'environ  deux  lieues.  (Z?.  /.) 

SERRANT,  voyci  Verdiere. 

SERRATA  ,  f  f  (  Botan.  anc  )''nom  donné  par 
quelques  auteurs  romains  à  la  plante  que  les  Gaulois 
nommoient ,  félon  Pline  ,  baonica ,  mais  qui  paroit 
cependant  être  la  même  que  notre  farrictte.  lîy  avoit 
une  autre  plante  appellée/c^?n//d,  que  Pline  dit  être 
la  germandixe  des  Grecs  ;  je  crois  qu'il  fe  trompe. 
{D.J.) 

SERRATAN,  voye^  Serrant. 

SERR AVALLE ou  SARRAV^ALLE,  (  Géog. mod.) 
petite  ville  d'Italie ,  dans  l'état  de  Venife  ,  au  Tré- 
vifan  ,  à  deux  milles  nord-eft  de  Cénéda.  Long.  25;, 
61.  latït.  ^6.  I. 

Il  y  a  un  gros  bourg  de  même  nom  dans  le  duché 
de  Milan  ,  aux  confins  du  Tortonnèfe  &  de  l'état  de 
Gènes ,  près  de  la  petite  rivière  de  Scrivia.  Ce  bourg 
donne  fon  nom  à  un  petit  territoire  qui  eft  comme 
enclavé  dans  l'état  de  Gènes.  (  Z>.  /.  ) 

SERRE,  f.  f.  {^Econom.  ruji.  )  couvert  pour  mettre 
certaines  plantes  pendant  l'hiver  ;  c'eft  une  efpece 
de  falle  de  trois,  quatre  ou  cinq  toifes  de  largeur  fur 
une  longueur  proportionnée  au  rez-de-chauflee  d'un 
jardin,  expofée  pour  le  mieux  au  midi ,  bien  percée 
pour  en  recevoir  le  foleil  ,  6c  cloie  de  portes 
6l  chaflîs  doubles,  dans  lefouelles  on  ferre  les  ar- 
briffeaux,  les  orangers ,  les  fleurs  &  les  fruits  ,  qui 
ne  peuvent  pas  foufirir  la  rigueur  de  l'hiver. 

Il  y  a  beaucoup  d'art  &  d'intelligence  dans  la  conf- 
trudion  des  J'en  es  ,  &  plufieurs  jardiniers  ,  faute  d'en 
être  inftruits  ,  en  ont  louvent  éprouvé  du  dommage, 
comme,  par  exemple  ,  fi  les  perfonnes  qui  ont  bâti 
àiis  ferres  pour  conlerver  des  plantes  en  hiver  ,  n'ont 
pas  eu  foin  d'y  donner  accès  au  foleil  par  des  fenê- 
tres difpofées  de  façon  que  les  rayons  puiffent  par- 
venir jufqu'aufond  ;  lans  quoi  ,  toutes  chofes  d'ail- 
leurs égales ,  il  fe  trouve  une  humidité  froide  qui 
venant  à  tomber  fur  les  plantes ,  fait  périr  prefque 
toutes  les  plus  tendres.  Il  faut  donc  que  ces  ferres 
expofées  direftcment  au  midi  foient  conftruites  de 
manière  qu'elles  aient  des  vitrages  bien  tranfparens, 
6c  qui  s'étendent ,  s'il  eftpoïïible ,  jufqu'au  pavé ,  en 
faifant  avec  la  perpendiculaire  un  angle  de  ï  4  degrés 
30'.  Enfuite  le  plafond  doit  être  bâti  de  forte  que 
dans  le  pays  où  l'élévation  du  pôle  eft  de  5z  degrés 
1 ,  il  faife  avec  la  ligne  horlfontale  tirée  du  haut  des 
fenêtres  vers  la  paroi  oppolée  ,  un  angle  de  20  de- 
grés 30  '. 

Le  détail  de  la  bonne  conftruftion  des  ferres  nous 
conduiroit  trop  loin ,  &  demanderoit  des  figures  en 
nombre.  Il  faut  en  prendre  des  modèles  fur  celles  de 
Hollande  &  d'Angleterre  ;  car  notre  nation  n'eft  pas 
encore  afîez  éclairée  fur  ces  fortes  de  bâtimens  con- 
facrés  à  l'avancement  de  la  Botanique  ;  nous  ai- 
mons mieux  des  avenues  éloignées  ,  &  des  champs 
ftériles.  royei  les  PI.  d'Agricult.  {D.  J.) 

Serre,  (  Géog.  mod.  )  nom  d'une  rivière  &  de 
deux  bourgs  de  France  ,  que  nos  géographes  appel- 
lent petites  villes. 

La  rivière  coule  en  Champagne,  prend  fa fource 
dans  la  Thiérache ,  &  fe  jette  dans  l'Oife  à  la  Fere. 

Les  deux  bourgs  font  dans  le  Dauphiné  :  l'un  à 
quatre  lieues  de  Saint-Marccllin  ,  éledion  de  Ro- 
mans ;  l'autre  eft  dans  les  montagnes  ,  à  cinq  lieues 
deSifteron.   {D.  J.) 

Serre  ,  (^Fonderie.  )  terme  de  fondeurs  des  me- 
nus ouvrages;  c'eft  une  des  deux  fortes  de  preftcs 
dont  CCS  ouvriers  fe  fervent  pour  ferrer,  6c  preiTer 
l'une  contre  l'autre  les  deux  parties  de  leurs  moules. 
{D.  J.) 


s  E  R 

Serre  ,  f.  f.  (Sucrerie.)  coin  long  ^c  p!at  de  fer 
&  de  buis ,  dont  on  le  iert  pour  arrêter  les  rouleaux 
ou  cylindres  de  bois,  dont  on  remplit  les  tambours 
de  fer  des  moulins  H  fucre.  (Z>,  J.) 

S  E  R  RE,  f.  f.  (  terme  de  Figneron.  )  prelTurage  du 
marc  de  raifui  au  preflbir.  Ce  mot  énergique  ne  de- 
vroit  pas  refter  confiné  dans  les  provinces  qui  pro- 
duifent  du  vin  blanc. 

Pour  faire  ce  vin  blanc  ,  on  commence  par  jetter 
les  raifias  fur  le  preilbir  fans  les  fouler  dans  la  cuve. 
Après  avoir  donné  proprement  la  première yîr/e ,  on 
relevé  les  raiuns  qui  fe  font  écartes  de  la  mafle  ,  & 
on  donne  la  fecondeyèrre  ;  enfuite  avec  une  grande 
pelle  tranchante  ou  taille  quarrément  les  extrémités 
delà  maffe  des  raifms  ,  on  rejette  par-defTus  tout  ce 
qui  a  été  taillé  des  côtés  ,  &  on  donne  la  troifieme 
ferre  qu'on  appelle  pour  cette  raifon  \^ première  caille. 
{D.  J.) 

Serrés  ,  terme  de  Fauconnerie  ,  ce  font  les  ongles 
&  les  griffes  d'un  oifeau  de  proie. 

SERRÉ  CHEY  XI. ,  (Manège.)  on  nomms  cheval 
ferré  un  cheval  qui  s'étrécit ,  &  ne  s'étend  pas  aflez 
d'une  main  à  l'autre  ,  qui  ne  prend  pas  aflez  de  ter- 
rein.  Quelquefois  un  cheval  marche  trop  large  ,  & 
quelquefois  1X0^^  ferré.  Serrer  la  dcmi-volce ,  c'elt  faire 
revenir  le  cheval  fur  le  même  terrein  où  il  a  comi- 
mencé  la  demi-volte.  Ecole  de  cavalerie.  (D.  /.  ) 

SERRE-BAUQUIERES,  f  m.  (Manne.  )  ce  font 
de  longues  pièces  de  bols,  fur  lefquelles  le  bout  des 
baux  ell  paffé ,  &  qui  régnent  autour  du  vaifTeau. 
yoye{MxB.\ViE., Planche  li^.fig.  i.  Serre-hauquicres à\x 
premier  pont  cotté  68,  Serre- bauquieres  du  fécond 
pont  cotté  II 8, 

SERRE-BOSSE ,  (  Marine.  )  groffe  corde  amarrée, 
ou  aux  bolfeurs  ,  ou  auprès  d'eux,  qui  faifit  la  boffe 
de  l'ancre  ,  quand  on  la  retire  du  vaifleau ,  &  qu'on 
la  tient  amarrée  fur  l'épaule  du  vaifleau. 

SERRE-DE-MAT  ,  (  Marine.  )  voyei  Étambrate. 
SERRE-FEU ,  en  terme  d'Orfèvre  ,  efl:  un  morceau 
de  fer  ou  de  terre  à  creufet  de  différentes  grandeurs, 
mais  communément  de  6  à  9  pouces  de  haut.  11  fait  un 
demi-cercle  un  peu  alongé  qui  renferme  la  café  ,  & 
qui  s'appuie  contre  le  jambage  de  la  forge.  Foyei 
Forge.  Il  faut  que  le  ferre-feu  furpafle  le  couvercle 
du  creufet,  de  quelque  chofe  en  hauteur. 

Il  y  a  des  trous  au  ferre-feu  pour  laifler  la  liberté 
de  foufîler  avec  le  fouiîlet  à  main.  11  ne  fert  qu'à  re- 
tenir le  charbon  autour  du  creufet.  Foye:^les fig.& 
les  PL  d'Orfev. 

.  SERRE-FILE,  c'eft  le  dernier  homme  d'une  file 
de  fantalfins  ou  de  cavaliers.  Foyei  File  &  Èv^LV- 
TION.  (Q) 

SERRE-GOUTTIERES,  (  Marine.)  ce  font  des 
pièces  de  bois  pofées  fur  les  bouts  des  baux  ,  qui 
donnent  contre  les  alonges  &  les  alonges  de  revers  , 
ou  contre  les  aiguillettes  quand  il  y  en  a  ;  &  qui  f<ii- 
fant  le  tour  du  vaifleau  ,  lui  fervent  de  liaifon.  Elles 
font  jointes  avec  les  ceintes ,  les  baux  &  les  barrots , 
avec  des  chevilles  de  fer.  f'oyei  Marine  ,  PI.  F. 
fig-j.  Les  ferres-gouttieres  du  premier  pont ,  cotés  75  , 
ik.  les  ferres-gouttieres  du  fécond  pont  ,  cotés  i  iz. 

SERRE-LA-FILE  ,  (  Marine.  )  c'efl  faire  appro- 
cher les  vaiflTeaux  les  uns  des  autres  ,  quand  ils  font 
en  ligne. 

SERRE-LIONNE  la  ,  (  Géogr.  mod.  )  nom  cor- 
rompu ,  que  donnent  les  François  à  une  grande  ri- 
vière d'Afrique  en  Guinée  ;  cette  rivière  efl  avec 
raifon  nommée  par  les  Efpagnols  &  les  Portugais  , 
rio  di  Sierra- Lione  ,  rivière  des  montagnes  des  lions  , 
parce  qu'elle  tire  fa  fource  des  hautes  montagnes 
d'Afrique  ,  où  fe  trouvent  quantité  de  lions  ;  ainfi 
Voye\  Sierra  -  Lione  ,  rio  di.    (  Géogr.   mod.  ) 

{D.j.y 

SERRE-PAPIERS,  (Mermifric.)  c'cfl  une  forte 


S  Ë  R 


II 


de  tablette  divifée  en  plufieurs  compartimens ,  qui  fe 
met  ordinairement  au  bout  d'un  bureau  ,  &  où'  l'on 
arrange  des  papiers.  (D.  J.) 

SERREMENT,  f.  m.  (Gram.)  fenfations  fur 
les  parties  intérieures ,  femblables  à  celle  du  ferrer 
fur  les  parties  extérieures  ;  c'efl:  en  ce  fens  qu'on 
dit  mi  ferrement  de  cœur  ,  im  ferrement  d'eflomac  , 
un  ferrement  d'ame. 

SERRER ,  V.  aft.  (Gram.)  c'efl  prefl>r  fortement 
en  embraflant ,  en  liant ,  &  en  faifant  cîfort  pour 
diminuer  le  volume.  C'efl  auffi  renfermer.  On  ferre 
un  nœud  ;  on  (e  ferre  les  uns  contre  les  autres  ;  on 
efl  trop  fr ré  à  table  ;  ferrer  la  mefiire  ,  s'efl  s'avan- 
cer fur  {on  ennemi;  il  tû  ferré  de  près;  voilà  une 
étoffe  bien  ferrée ,  il  y  a  des  alimens  qui  Jerrent  le  ven- 
tre ;yirre^  foigneufement  ce  que  vous  ne  voudrez  pas 
perdre  ;  /èr/'er  les  orangers ,  c'efl  les  mettre  dans  la 
ferre  ;  il  fe  prend  auffi  au  figuré  ;  un  raifonneur 
ferré  ;  un  ûyle  ferré  ;  V-dmc  ferrée. 

Serrer  les  voiles  ,  (Marine.)  c'eft  porter  peu 
de  voiles. 

Serrer  de  voiles.  (Marine.)  Foye^  Ferler. 

Serrer  lèvent,  (Marine.)  A'oye^  Pincer. 

Serrer^  (Maréchal.)  fe  dit  d'un  cheval  qui  fe 
rétrécit ,  &i  ne  s'étend  pas  aflez  à  une  main  ou  à  l'au- 
tre, qui  ne  prend  pas  afll'z  de  terrein.  Un  cheval 
marche  quelquefois  trop  large  ,  &  quelquefois  trop 
erre. 

Lorfqu'un  cheval  (e  ferre  trop  ,  il  faut  po  ir  l'élar- 
gir l'arrêter  de  la  rêne  de  dedans  ;  c'tft-à  d  re  ,  por- 
ter en  dehors,  &  le  chaffcr  en  avant  fui  d--^  lignes 
droites  avec  le  gras  des  jambes.  Il  faut  auffi  non- 
feulement  ^ferrer  en  tournant  un  cheval  qui  marche 
trop  large  ,  mais  encore  le  tenir  fujet  ;  &  s'il  le  /èrre^ 
trop ,  il  faut  l'aider  du  gras  des  jambes  ,  le  pincer 
même  s'il  ne  répond  pas ,  6c  appuyer  enfuite  le  ta- 
lon du  dehors. 

Serrer  la  demi-volte  ,  c'eft  faire  revenir  le  cheval 
fur  la  même  pifte  où  il  a  commencé  la  demi-volte. 

Serrer  la  mesure,  terme  d'efrime  ,  c'eft  faire 
un  petit  pas  en  avant.  Foyei  Entrer  en  mesure. 

SERRES  ou  GERES ,  (  Géogr.  mod.  )  ville  de  la 
Turquie  européenne  ,  dans  la  Macédoine  au  terri- 
toire de  JamboU ,  dans  les  terres  ,  près  de  Tricala  , 
avec  un  archevêché.  Quelques  favans  prennent  cette 
ville  pour  l'Apolionie  en  Mygdonie  de  Pline  &  de 
Ptolomée  ,  &  cette  conjefture  paroît  fort  plaufible. 
Long,  ^o  ,  18.  Latit.  40  ,  ^5.  (D.  J.) 

SERRETTE ,  SERATULE,  f.  f.  (  Hif.  nat.  Bot.) 
nom  vulgaire  d'une  efpece  de  jacéc  ,  nommée  par 
Tournefort  ,  jacea  nanorenfis  quœ  ferratula  vulgd,  A 
R.  H.  444,  C'efl  la  raponticoides  nemorofa  de  Vail- 
lant ;  aB.  Acad.  par,  iyi8. 

Sa  racine  efl  fibrée,  vivace  ,  d\m  goût  un  peu 
amer  ;  elle  poufl*e  une  ou  plufieurs  tiges  à  la  hauteur 
de  deux  ou  trois  pies  ,  droites  ,  fermes  ,  cannelées  ^ 
glabres  ,  ou  fans  poil ,  rougeâtres  ,  &  divifées  vers 
leurs  fommitcs  en  plufieurs  rameaux,  garnies  de 
feuilles  découpées  ,  comme  celles  de  la  fcabieufe 
ordinaire  ,  &  différentes  de  celles  d'en  bas,  qui  font 
oblongues  ,  larges  ,  plus  grandes  que  celles  de  la  bé- 
toine ,  entières  ,  dentelées  en  leurs  bords ,  liflTes ,  &: 
d'un  verd  brun  ;  fcs  fleurs  naiiTent  aux  fommets  des 
branches  en  manière  de  petites  têtes,  oblongues, 
écailleufcs  ,  qui  forment  chacune  un  bouquet  de 
fleurons  ordinairement  pupurins ,  quelquefois  blancs, 
évafés  par  le  haut ,  &;  découpés  en  lanières,  com- 
me dans  les  autres  efpcces  de  jacée ,  avec  cinq  éta- 
mincs  capillaires  6c  très-courtes,  à  fommets  cylin- 
driques. Quand  ces  fleurs  font  tombées,  il  leur  liic-- 
cède  des  femences  un  peu  ovales  ,  &  couronnées 
chacune  d'une  aigrette.  Cette  plante  croît  dans  les 
bois  ,  dans  les  près,  aux  lieux  fombrcs  ëc  humides  ; 


ïi8 


S  E  R 


çlle  fleurit  en  Juin,  &  cil  de  quelque  ufage  aux  toîn- 
tiiriers.  {D.  J.) 

SERRETTE,  f.  f.  (Teinture.)  cette  plante  fert  -airv 
Teinturiers  pour  teindre  en  jaune  ;  elle  ne  tait  pas 
une  li  belle  couleur  que  la  ijaudc  ,  &  conlcquem- 
Tnent  il  ne  taudroit  l'employer  que  pour  les  verds  , 
pour  les  feuilles  mortes  ,  &  autres  couleurs  compo- 
Vécs  où  entre  le  jaune;  elle  peut  auiil  iervir  pour  les 
jaunes  des  couvertures  de  laine  les  plus  groificres , 
;k  des  étoffes  d'un  très-bas  prix.  (D.  J.) 

SERRION  ,  (.  m.  (////A  moJ.  )  dpece  de  litière 
ou  de  voiture  d'vme  grande  magnificence  ,  dans  la- 
quelle le  roi  de  Pcgu  le  fiiit  porter  les  jours  de 
cérémonies  ,  lorfqu'il  paroît  en  public.  Cette  voi- 
ture eil  une  efpece  de  bâtiment  ou  de  maifon  carrée , 
couverte  par  le  haut ,  &  ouverte  par  les  côtés  ;  elle 
ell  revêtue  de  lames  d'or ,  &  garnie  de  rubis  6c  de 
faphirs  ,  elle  eft  portée  par  i6  ou  i8  hommes. 

SERROIR  ,  f.  m.  en  terme  de  Fergcttier  ,  c'efl  un 
cylindre  de  bois  autour  duquel  on  entortille  la  Mcelle 
qui  elt  engagée  dans  le  pli  de  la  foie ,  pour  la  mieux 
ierrer. 

SERROT  ou  SAROT  ,  terme  cTOÏj'zhur ,  c'eft  un 
bâton  long  d'un  pié  ,  qui  tient  ou  ferre  une  machine 
qui  fert  ^  prendre  des  oifcaux. 

SERRUM  ou  SERHIUM  ,  (  Gèo^.  anc  )  promon- 
toire &:  montagne  de  Thrace  ,  fur  la  mer  Egée.  Hé- 
rodote ,  /.  Vil ,  nous  apprend  que  la  ville  Zona  étoit 
fituée  lur  ce  promontou-e.  Pomponius  Mêla,  /.  //, 
c.  2.  Pline,/.  Il^jC.t:.  &  Appien ,  /.  /^,  parlent 
aufTi  de  ce  promotoire.  11  paroit  qu'il  étoit  fur  la  côte 
des  Doriques, &  qu'il  formoit l'embouchure  de  l'Hé- 
brus  ,  du  côté  de  l'occident.  (  Z>.  /.  ) 

SERRURE  ,  f.  f.  {Serrur.)  forte  de  machine  de  fer, 
de  cuivre  ou  de  bois  ,  qui  s'ouvre  avec  une  clé  ,  6c 
qu'on  applique  à  une  porte  ,  une  armoire  ,  &c.  pour 
les  fermer.  Les  pièces  dont  elle  elè  compofée  font 
im  pêne  qui  la  ferme  ,  un  rcflbrt  qui  le  fait  agir,  un 
foncet  qui  couvre  ce  refibrt ,  un  canon  qui  conduit 
la  clé  ,  6c  plufieurs  autres  pièces  renfermées  dans  fa 
cloifon  ,  avec  une  entrée  ou  écuffon  au-dehors.  A.n- 
ciennement  les  ferrures  s'attachoient  en-dehors  ;  & 
il  y  a  encore  des  endroits  où  les  ouvriers  en  ferru- 
rerie  font  obligés  d'en  faire  de  femblables  pour  leur 
chef-d'œuvre  ,  quand  ils  fe  font  paffer  maîtres.  Il  y 
a  plufieurs  fortes  (ïç  ferrures  ,  que  nous  allons  définir 
dans  des  articles  féparés. 

Serrure  à  bojfe.  Serrure  qui  fert  pour  les  portes  des 
caves.  On  la  noircit  à  la  ce.  ne  ,  pour  la  garantir  de 
la  rouille. 

Serrures  à  danches ,  ferrure  qu'on  met  aux  grandes 
portes  des  maifons  ,  &  qui  font  ordinairement  com- 
pofées  d'un  grand  pêne  dormant  à  deux  tours  ,  avec 
un  refibrt  double  par  derrière. 

Serrure  à  deux  fermetures  ,  ferrure  qui  fe  ferme  par 
deux  endroits  daiis  le  bord  du  palaftre. 

Serrure  à  houfjeite.  C'eft  une  ferrure  qui  efl  ordinai- 
rement pour  les  coffres  limples ,  qui  fe  ferme  à  la 
chute  du  couvercle,  6c  cjui  s'ouvre  avec  un  demi- 
tour  à  droite. 

Serrure  à  pêne  dormant ,  ferrure  qui  ne  fe  ferme  & 
s'ouvre  qu'avec  la  clé. 

Serrure  à  refjort ,  ferrure  qui  fe  ferme  en  tirant  la 
porte  ,  6c  qui  s'ouvre  par  le  dehors  avec  un  demi- 
tour  de  clé ,  &  en-dedans  avec  un  bouton  qui  fe  tire 
avec  la  main. 

Serrure  à  un  pêne  en  bord .^  ferrure  où  le  pêne  eft 
plié  en  équerre  par  le  bout ,  &  recourbé  en  demi- 
rond  ,  pour  faire  place  au  refifort. 

Serrure  bénarde  ,  ferrure  qui  s'ouvre  de  deux  côtés. 
Elle  eft  garnie  d'une  ,  de  deux  ou  de  trois  planches 
fendues  qui  paffent  par  la  clé. 

Serrure  treffilitrc,  ferrure  qui  ne  s'ouvre  que  d'un 


S  E  R 

côté.  V.Vart.  Serrurerie.  &  les  PL  de  cet  an,  (Z).  /) 

Serrures  de  la  Grèce  moderne,,  (Hifl.  des  Jrts.^ 
il  n'y  a  prefque  dant  toute  la  Grèce  que  des  ferrures 
de  bois  ;  voici  quelle  en  cfl:  la  fabrique.  Ils  font  un 
trou  à  la  porte  ,  à-peu-près  comme  celui  de  nos  fer- 
rures ,  &.  attachent  par-derriere  vis-à-vis  du  trou  ,  & 
proche  de  la  gâche  deux  petits  morceaux  de  bois 
percés  ,  que  nos  menuifiers  appellent  des  tourillons. 
Ces  deux  petites  pièces  de  bois  en  foutiennent  une 
autre  qui  a  des  dents  ,  6c  cjui  coule  en  liberté  par  le 
trou  des  tourillons  pour  entrer  dans  la  gâche  ,  & 
pour  en  Ibrtir.  Nos  artifans  appellent  cette  petite 
pièce  une  crcmilkre.  Chaque  habitant  porte  fur  foi 
un  crochet ,  tantôt  de  fer  ,  tantôt  de  bois  ,  &  le  pafl^e 
par  le  trou  de  \à  ferrure,,  afin  de  lui  faire  attraper  une 
des  dents  de  la  petite  crémillerequi ,  par  ce  moyen, 
joue  en  liberté  dans  la  gâche,  félon  que  le  crochet  la 
conduit  pour  ouvrir  ou  fermer  la  porte  ;  s'ils  n'ctoient 
honnêtes  gens  ,  il  leur  feroit  ailé  de  le  voler  les  uns 
les  autres ,  &  il  ne  fiiudroit  pas  de  ces  ferrures  chez 
les  Magnotes. 

Remarquons  en  paffant ,  que  \qs  ferrures  dont  fc 
fervoient  ordinairement  les  anciens  Romains  ,  n'é- 
toient  point  apphquées  aux  portes  comme  les  nôtres, 
mais  elles  relfenibloient  alfez  aux  ferrures  des  Grecs 
modernes;  6c  pour  ouvrir  la  porte  ,  on  agitoit  une 
cremillere  qui  entroit  dans  la  gâche;d'où  vient  qu'O- 
vide dit  ex ciae  forte  peram.    ÇJJ.  J.) 

SERRURERIE ,  f  f.  {Arckiteci.)  l'art  de  connoître 
le  fer  &  de  le  travailler.  La  principale  partie  con- 
vient à  l'art  de  bâtir  ;  la  féconde  forme  un  art  parti- 
culier fur  lequel  nous  renvoyons  aux  principes  d'ar- 
chiteiSure  ,  de  fculpture ,  &c.  de  M.  de  Felibien  ;  6c 
nous  ajouterons  feulement  ,  qu'on  peut  à  préfent 
exécuter  toutes  fortes  d'ouvrages  de  ferrurer'u  pour 
l'ornement  des  églifes  ,  des  palais,  des  jardins  &  des 
maifbns  ;  on  a ,  pour  fe  modeler  à  cet  égard ,  un  grand 
ouvrage  donné  au  public  par  Louis  Fordrin  ,  lérru- 
rier  des  bâtimens  du  roi  :  cet  ouvrage  ,  gravé  entail- 
les douces,  en  1724,  in-folio ,  forme  d'Atlas  ,  efi:  in- 
titulé nouveau  livre  de  Serrurerie  ;  les  tailles-douces  , 
au  nombre  de  cinquante  ,  font  d'une  grande  beauté. 
(Z?./.) 

SERRURIER  ,  f.  m.  (  Corps  de  jurande.  )  artifan 
qui  travaille  à  divers  ouvrages  de  fer ,  &  particuliè- 
rement en  ferrures  ,  d'où  il  a  été  appelle  ferrurier.  Il 
y  a  à  Paris  une  communauté  de  maîtres  ferruriers , 
dont  les  anciens  llatuts  font  du  mois  de  Novembre 
141 1 ,  fous  le  règne  dn  Charles  VI.  Les  principaux 
outils  qui  fervent  à  la  ferrurerie  &  à  la  forge  des  fer- 
ruricrs ,  font  le  fbufllet ,  l'auge  de  pierre  pour  mettre 
l'eau  de  la  forge ,  l'archet  ou  arfon  avec  izs  forets, 
&  les  boîtes  ;  l'écouvette  ,  les  bigornes  ,  les  broches 
rondes  ou  carrées  ,  les  burins  de  diverfes  fortes  ,  les 
bruniflbirs  ,  les  clouieres  ,  les  chaffes  carrées  ,  ron- 
des ,  6c  demi-rondes;  les  limes  de  toutes  efpeces  de- 
puis les  gros  carreaux  jufqu'aux  carrelettes;  les  coins 
à  fendre  ,  les  chevalets  pour  forer,  6c  pour  blanchir 
lescahbres;  les  crochets,  les  cifelets,les  cifeaux  à 
divers  ufages  6c  de  diverfes  formes  ,  les  compas  ,  les 
encUimes  ,  l'cquerre  ,  les  étaux  ,  les  échopes  ,  l'éta- 
bli,  lesétampes,  la  fourchette,  les  fraifes,  les  filiè- 
res ;  plulieuri  fortes  de  gratoires ,  quantité  de  mar- 
teaux ,  divers  mandrins  pour  percer  à  chaud,  faire 
les  yeux  des  marteaux  ,  6c  autres  outils  ;  ou  pour 
former  &  reflerrer  les  trous  quand  ils  font  percés  ; 
les  poinçons  ronds  ,  carrés  ,  plats  ;  les  perçoires 
auffi  de  toutes  figures  6c  à  divers  ouvrages  ;  la  pa- 
lette à  foret,  les  tllbnniers,  les  riiloirs  ,  le  rochoir, 
le  rabot,  le  repouflbir  ,  le  trancher ,  &  la  tranche  ; 
plulîeurs  tenailles  de  fer,  droites ,  crochues  ,  rondes, 
6c  d'autres  feulement  de  bols;  les  taflaux ,  les  taraux 
le  tourne-à-gauche,  le  villebrequin  &  les  valets.  Ou- 
tre ce  grand  nombre  d'outils ,  6c  quelques  autres  de 


\ 


s  E  R 

jîioindfe  conréqucnce,  les  ftrrurii's  fe  fervent  auÏÏî 
de  quelques  outils  de  menuifîer  &  de  tailleur  de  pier- 
re ,  pour  entailler  la  pierre  &  le  bois  ,  lorfqu'ils 
veulent  mettre  leurs  ouvr;:gcs  en  place.  Savarj. 
(D.  7.) 

SERSE,  f.  f.  (^Marine.')  modèle  on  gabantpour  la 
conftruLtion  d'un  vaiffeau.    f''oye{  Gaj3ANT. 

SERSELLY  ,  (  Géog.  mod.  )  petite  ville  d'Afrique, 
au  royaume  d'Alger  ,  dans  la  province  de  Tenez  , 
avec  un  port  &  une  citadelle  ,  à  neuf  lieues  d'Alger. 
On  prend  cette  ville  pour  l'ancienne  Rufiibricari  ou 
Ruficibar.  {D.  J.) 

SERSER,  {Géog.  mod.)  ville  de  l'îrac  ,  à  3  lieues 
de  Bagdad,  entre  cette  ville  &  celle  de  Conta,  fur 
un  ruiffeau  qui  fe  décharge  dans  l'Euphrate.  C'efl  le 
premier  gîte  011  vont  les  pèlerins  de  la  Mecque  ,  en 
partant  de  Bagdad.  (Z).  7.  ) 

SERSIFI,  {Bocan.)  nom  vulgaire  du  genre  de 
plante  que  les  boianiftes  nomment  tragopogon.  Foye:^ 
ÏRAGOPOGON  ,  Botan.  (D.  J.) 

SERSUKERS,  f  m.  pi.  {Comm.  des  Indes  Gricntal.') 
étoffes  des  Indes  foie  &  coton ,  rayées  de  foie ,  & 
travaillées  à-peu-près  comme  la  moufleline  ;  la  lon- 
gueur des  pièces  efl:  de  fept ,  de  neuf,  de  treize,  & 
de  feize  aunes,  fur  deux  tiers,  trois-quarts  &fept 
huitièmes  de  large.  Savary.  (  D.  J.  ) 

S  E  R  T  E,  ,  LE  ,  (  Mettiur  -  en  -  œuvre.  )  terme 
dont  les  orfèvres  ,  bijoutiers  ,  &  principalement 
les  metteurs-en-ceuvre  ,  fe  fervent  pour  exprimer 
l'enchâflement  des  pierres  ,  diam.ans  ,  ou  autres 
objets ,  qui  ne  font  corps  avec  la  pièce  que  par 
le  moyen  d'une  place  qu'on  leur  y  a  creufée  ,  & 
où  on  les  retient  par  le  moyen  d'une  fertifîure  ,  ou 
bord  d'or  ou  d'argent  rabattu  far  eux  qui  les  y  en- 
clavent. VoyeiS^K'nK&  Sertissure. 

SER.TIR ,  en  terme  de  Merteur-en-œuvre  ,  efl  rabat- 
tre fur  les  pierres  un  rebord  qu'on  a  fait  à  l'extré- 
mité d'une  pièce  pour  les  y  retenir.  Ces  rebords, 
app elles yi'rfi^wrw,  s'arrêtent  d'abord  avec  une  écho- 
pe  à  arrèter,pour  empêcher  la  pierre  de  chancelerfur 
fa  portée ,  puis  fe  refferrent  &  s'appliquent  plus  étroi- 
tement fur  elle  avec  le  poinçon  à  fertir ,  &  le  mar- 
teau à  fertir.  Foyei  Marteau  a  sertir  ,  Arrêter, 

&  ÉCHOPE  A  arrêter. 

Cette  opérr.tJon  a  deux  avantages  ,  de  retenir  la 
pierre  fans  qu'elle  puifTe  s'échaper,  &  de  fermer  toute 
entrée  aux  chofes  qui  pourroient  nuire  à  la  pierre  , 
foit  en  terniffant  fon  éclat ,  foit  autrement.  Lorfqu'u- 
ne  pièce  efl  bien  fertie  ,  l'humidité  même  ne  doit 
point  y  pénétrer. 

SERTISSURE,  f.  f.  terme  de  Lapidaire .,  manière 
dont  une  pierre  efl  i'ertie  ou  montée.  On  a  été  très- 
Jong-tems  à  produire  Vàfertijjuré  d'une  pierre  dans  le 
métal.  On  pouvoit  fondre,  forger  un  anneau ,  le  ré- 
parer même  à  laJime ,  fans  {Itvoir  cependant  établir 
les  pierres  dans  les  métaux  ,  rabattre  des  parties  fi- 
nes &:  déliées  qu'il  falloit  détacher ,  &  référver  fur  la 
place  ,  pour  fixer  &  afïïirer  folidement  une  pierre, 
co  un  mot ,  ce  qu'on  appelle  Iz  fertir.  On  évitoit  tous 
ces  détails  ,  qui  paroiflent  de  peu  de  conféquence  à 
nos  artifles  éclairés  par  l'habitude  &  la  réflexion,  & 
qui  étoient  très- difficiles  alors,  parce  qu'on  perçoit 
la  pierre  avec  le  même  inflrument  qui  fcrvoit  à  la  gra- 
ver ,  &  qu'on  la  paffoit  enfiiite  dans  une  ganfe.  Telle 
étoit  la  méthode  des  anciens,  qui  ne  connoiffoient, 
ou  ne  pratiquoient  pas  notre  façon  lésiere  de  leriir. 

Sertissure  a  griffes  ,  (Metteur  -  en  ~  œuvre.') 
on  peut  diflinguer  deux  fortes  de  fertijfures  à  griffe^ 
celle  des  ouvrages  à  griffe,  où  la  pierre  enchfifTée  re- 
poie  fur  une  bâte  à  laquelle  on  a  foudé  des  pointes 
<|ui  fe  rabattent  fur  la  pierre  ,  &  forment  tout  fon 
lieu  ;  ces  fortes  d'olivrages  font  peu  folides ,  le  moin- 
dre effort  peut  rompre  ces  pointes  ;  &  la  pierre  n'é- 


S  E  îl 


JÎ9 


tant  retenue  que  par  elle,  s'cchape  &  fe  perd  ;  au/K 
ne  monte-t-on  de  cette  façon,  que  des  pierres  fauffe* 
&  de  peu  de  vaIeur.'LesyZ'm'^,(/-«ordinaires  font  cel* 
les  auxquelles  ,  outre  làj'enijjure  qui  enveloppe  la  pier- 
re de  toutes  parts,  on  a  réfervé  fur  l'épaiffeur  même  de 
la  fertjjfure  de  petites  épaifleurs  qui  fe  terminent  en 
pointe  d'un  côté  ,  en  courbe  de  l'autre ,  &  fervent 
à  affurer  de  plus  en  plus  la  folidité  du  fcrti  des  pier- 
res :  cette  façon  de  fertir  efl  la  plus  ufitée ,  s'em- 
ploie pour  les  pierres  du  plus  grand  prix  &  efl  là 
plus  fblide. 

Sertissure  A  biseau  creux,  {Metteur-en-œu^ 
vre.)  c'efl  la  façon  la  plus  ordinaire  de  fertir  &  mon- 
ter en  bagues  ou  cachets ,  les  cornalines ,  jafpes ,  aga- 
thes ,  6'c. 

Pour  former  cette  JcrtiJTure  ,  on  coupe  avec  l'on- 
glette  tranchante  ,  fur  le  milieu  du  plat  de  hfmifure 
un  fîlet  ;  on  frappe  avec  le  poinçon  entre  les  deux 
épaiffeurs  féparées  par  ce  filet  pour  rabattre  l'épaif- 
feur intérieure  fur  la  pierre ,  &  ferrer  la  matière  con- 
tre la  pierre,  quand  elle  efl fufHfamnient ferrée,  avec 
une  onglctte  ronde  ;  &  en  la  penchant  du  coté  de  la 
pierre ,  on  enlevé  toutes  les  inégalités  formées  par  le 
poinçon  fur  cette  épaiffeur  qui  forme  l-à.  firtijfure  de 
la  pierre  ,  le  bifeau  fe  découvre  à  la  hauteur  du  feuil- 
let, &  l'on  forme  un  creux  tout-à  l'entour  ,  qui  lui! 
a  fait  donner  le  nom  de  bifeau  creux  ;  quelquefois  on 
forme  fur  le  dehors  de  l'épaiffeur  extérieure  des  or- 
hemens  contournés ,  qui  lui  ont  fait  donner  le  nom 
de  bifeau  creux  à  contour. 

Sertissure  a  feuilles  ,  on  appelle  de  ce  noni 
Its  fertlpires  fur  l'épaifîéur  extérieure  defquelles  ,  en 
place  de  griffes  ,  on  forme  des  feuillages ,  qui  n'ont 
de  forme  décidée  que  le  goût  de  l'artifte. 

Sertissure  A  filet,  {Metteur-en-ceuvre.)  c'efl 
une  forte  de  fcnijfure  que  l'on  emploie  volontiers 
dans  la  monture  des  boucles  à  pierre ,  &  quelque- 
fois dans  d'autres  ouvrages  ;  on  opère ,  pour  former 
cette  fertijfure  ,  comme  dans  celle  à  bifeau  creux  ; 
elle  confule  en  ce  qu'on  réferve  à  l'entour  de  l'ou-' 
vrage  un  bord  uni  &  élevé  ;  h  fertijfure  de  la  pierre, 
comme  dans  h  fertijfure  à  bifeau  creux  ,  efl  prife  fur 
le  plat  de  l'épaiffeur  ,  &  rabattue  en-dedans  ;  cette 
efpece  de  fertijfure  a  l'avantage,  quand  elle  efl  bien 
faite,  d'être  plus  folîde,  fur-tout  pour  les  boucles, 
dont  l'extérieur  efl  fouvent  expofé  à  être  heurté  ,  en 
ce  qu'elle  garantit  \d.  fertijfure  qui  fe  trouve  à  côté  par 
le  bord  réfervé  ,  &  la  pierre  elle-même ,  dont  les  vi- 
varêtes  fe  trouvent  plus  éloignées  du  bord ,  &  à  cou- 
vert par  une  efpece  de  petit  mur. 

SERTULARLA  ,  f.  f.  {Hijl.  nat.  Botan.  )  nom 
d'un  genre  de  plante  marine  ,  qui  renferme  ,  félon  le 
fyflcme  de  Linnaeus  ,  les  corallines  de  Tournefort , 
&  les  opontivides  de  Boerhaave  :  le  caraftere  géné- 
rique de  ce  genre  de  plante  efl  d'être  compolé  de  par* 
ties  attachées  enfemble,  comme  font  des  perles  dans 
les  colliers  de  femmes.   (  Z).  /.  ) 

SERVAGE ,  f.  jn.  {Lan g.  franc.)  vieux  mot  qui  fî- 
^m^oilzuiKtîoiscfdavage&cfervicude-^  on  eût  pu  le 
conferver  pour  enrichir  la  langue ,  du  moins  pour 
défigner  l'état  de  celui  qui  fert  un  maître  ;  mais  l'u- 
fage  en  a  autrement  décide  ,  il  l'a  banni  &  de  lapro-. 
fe  &  de  la  poélie.  (Z>.  /.) 

_  SERVAN,  (  Géog.mod.  )  petite  ville  de  la  pro- 
vince de  Ségeflan.  Son  terroir  efl  fertile  en  fruits, 
en  dattes  &  en  pins  ;  ce  qui  efl  rare  dans  cette  pro- 
vince. Les  géographes  du  pays  la  mettent  à  75».  /i, 
de  lon^it.  fous  les  J  2.  10.  de  lat.  (Z>.  /.) 

SERVANT,  adj.  {Jurifprud.)  fe  dit  de  cz  qui  efl 
fujet  envers  quelqu'un ,  ou  qui  fert  à  quelque  chofe. 

Le  Hct' J'ervant  efl  le  fief  du  vaffal  relativement  au 
fief  du  fcigncur  dont  il  relevé  ,  qu'on  appelle  le  ftf 
dominant.  Foyc^  FiEF  dominant  &  FlEF  servant 


lia 


s  E  R 


On  appelle  pièce  fentine  à  convidion ,  celle  qui  eft 
Jîtopic  il  cont'onclre  l'acculé. 

Une  requête  Jcnani  d'avertiïïcincnt ,  de  griefs,  de 
cauics  &:  movcns  d'appel,  de  contredits  ou  deialva- 
îioub ,  clt celle  cjui  ei\  taitc  de  employée  pour  en  tenir 
lieu.   (.-/) 

Servans  d'armes,  (^Hi poire  moJ.  )  frères  ou 
chevaliers  du  troifieme  rang  dans  l'ordre  de  Malte. 
Les  frères  Jenans  portent  Tépée  ,  &  combattent 
comme  les  chevaliers  ;  mais  il  n'ell  pas  néceilaire 
cju'ils  prouvent  la  même  nobleffe  que  ceux-ci.  Quoi- 
qu'ils loient  gentilshommes,  ils  ne  peuvent  être  reçus 
dans  le  premier  rang  fi  leur  noblcfîe  ne  va  jufqu'au 
bii'aïeul  &  au-delà  de  cent  ans  tant  du  côté  paternel 
que  du  côté  maternel.  Il  y  a  dans  toutes  les  langues 
des  commanderics  affedées  aux  ch.e\z{\evs  Jlrv uns. 
Voyei  Malte. 

SERVANTE  ,  f.  f.  {Econ.  dom.)  fille  ou  femme 
tjui  lert  dans  une  maifon. 

SERVANTIA,  voye^PoLE. 

SERVANTOIS  ,  f.  m.  (  Poéjîc.)  nom  qu'on  don- 
noit  dans  le  tems  des  premiers  romanciers  à  des  pie- 
ces  amoureufes  ,  &  quelquefois  fatyriques.  (Z?.  7.) 

SERVE  ,  f.  f.  (  Po^J/ônerie.)  lieu  où  l'on  conferve 
le  poiffon  i  c'eft  ce  qu'on  appelle  autrement  gardoir. 
En  plufieurs  endroits  du  royaume  on  fe  iért  du  pre- 
mier terme  ;  &  l'on  met  cette  différence  entre  J'ervc 
6z  gardoir,  que  fcrve  fe  dit  du  lieu  où  l'on  conferve 
le  poidbn  pour  le  prendre  à  mefure  qu'on  en  a  bcfoin, 
&C  que  g  irdoir  ne  fe  dit  que  d'un  endroit  où  l'on  met 
le  poiflbn  au  fortir  de  l'étang  pour  le  faire  dégorger. 

SERVESTAN,(  Géog.  mod.  )  ville  de  Perfe. 
Long,  félon  Tavernier,  yS.  \5.  lac.  2C).  i5. 

SERVETISTES ,  f.  m.  pi.  {Hijl.  ecdéf.)  difciples 
ou  fedatcure  de  Michel  Servet ,  chef  des  Antitrini- 
taires  ou  nouveaux  Ariensde  ces  derniers  tems. Tojei 
Antitrinitaire. 

On  ne  peut  pas  dire  exaftement  que  Servet  de  fon 
vivant  ait  eu  des  difciples  ,  ayant  été  brûlé  à  Genève 
avec  fes  livras  en  1553,  avant  que  l'on  eût  donné  le 
tems  à  f  s  dogmes  de  prendre  racine.  Mais  on  donne 
le  nom  de  Servctijics  aux  Antitrinitaires  modernes , 
parce  qu'ils  marchent  fur  les  traces  de  Servet. 

Sixte  de  Sienne  donne  le  nom  de  Servedjles  aux 
Anabaptiftes,  &  il  paroît  qu'il  emploie  indifférem- 
ment ces  deux  qualifications.  Auffi  la  dodrine  des 
anciens  Anabaptiffes  de  Suiffe  étoit-elle  conforme  à 
celle  de  Servet.  Foyei  Anabaptiste. 

Comme  les  livres  que  Servet  a  écrits  contre  le  my- 
flere  de  la  Trinité  font  fort  rares  ,  {es  véritables  fen- 
îimens  font  très-peu  connus.  M.  Simon  qui  en  avoit 
un  exemplaire  de  la  première  édition  faite  en  1531, 
en  parle  fort  au  long  dans  fon  hifloire  critique  du 
vieux  Tcftamcnt. Quoique  Servet  employé  contre  la 
Trinité  un  grand  nombre  des  mêmes  argumens  par 
Icfquels  les  Ariens  attaquoient  ce  myftere  ,  il  prote- 
{te  néanmoins  qu'il  eff  fort  éloigné  de  leurs  erreurs. 
Il  eft  oppofé  en  quelques  chofes  aux  Sociniens  ,  & 
déclare  que  fes  opinions  n'ont  rien  de  commun  avec 
celles  de  Paul  de  Samofate  ;  mais  Sandius  ,  dans  fa 
Bibliothèque  des  écrivains  antitrinitaires  y  fait  voir  le 
contraire.  Au  refte ,  il  ne  paroît  pas  que  cet  héréfiar- 
que  ait  eu  aucun  fy ftcme  de  religion  fixe  &  régulier , 
au-moins  dans  la  première  édition  de  fon  livre  con- 
tre la  Trinité,  publiée  en  i  5  3  i ,  fous  le  titre  de  Trini- 
tatis  erroribus  ,  //^r/yè/j/Ê/w,/»erMichaélemServetum, 
alias  Rêves,  ab  Arragonid  hifpanum.  L'année  fui  vante 
il  publia  fes  dialogues  fur  la  Trinité  ,  avec  d'autres 
traités  fous  ce  titre  :  Dialogorum  de  Trinitate  libri  duo  , 
dejujlttia  regni  Clirijli ,  capitula  quatuor  ,  per  Michac- 
lem  Servetum  ,  alias  Rêves  ,  ab  ArragoniJ  hifpanum  , 
anr.o  /3j  2.  Dans  la  préface  de  ce  dernier  ouvrage ,  il 
déclare  lui-même  qu'il  ell  peu  content  du  premier , 


S  E  R 

&  qu'il  va  le  retoucher.  C'efi  ce  qu'il  exécuta  ,  &  ei\ 
conléquence  il  fit  paroître  un  ouvrage  beaucoup  plus 
ample  contre  le  m)  itère  de  la  Trinité  ,  qui  fut  impri- 
mé à  Vienne  en  Dauphiné  en  1553.  Mais  le  peuple 
de  Genève  s'étant  faili  des  exemplaires  de  ce  livre  les 
brûla,  ik:  il  n'y  en  eut  que  deux  ou  trois  qui  échap- 
pèrent à  la  recherche  rigoureufe  qu'en  fit  faire  Cal- 
vin ;  un  de  ceux-là  fut  gardé  à  Basle  ,  &  efl  à-préi"ent 
dans  la  bibliothèque  du  collège  à  Dublin. 

Ce  dernier  ouvrage  de  Servet  efl:  intitulé,  le  rcta- 
bliffement  du  Chriitianilme  ,  Ckrijiianifmi  rejlitutio  ^ 
ik.  eu  divilé  en  fix  parties  ;  la  première  contient  fept 
livres  de  la  Trinité  ;  la  féconde  trois  livres  defide  6* 
jujîitid  regni  Chrijii  .^  Ugis  )uflitiatn  fuperantis  .,  &  de 
charitate ;\à  troifieme  efl:  divifée  en  quatre  livres,  6c 
traite  de  rcgeneratione  ac  manducatione  fupernâ  &reqno 
Antichrijli  ;  la  quatrième  ne  contient  que  trente  let- 
tres écrites  à  Jean  Calvin  ;  la  cinquième  renferme 
foixante  marques  du  règne  de  l'Antechrifl ,  &  parle 
de  fa  manifeftation  comme  déjà  préfente  ;  enfin  la 
fixieme  a  pour  titre  :  de  myjhriis  Trinitatis  ex  veterum 
difciplind  ,  ad  Philipp.  Melanchc  &  ejus  collegas  apo- 
logia.  On  en  trouve  deux  exemplaires  à  Paris  ,  un 
imparfait  dans  la  bibliothèque  du  roi  ,  &  l'autre  en* 
tier  étoit  dans  la  bibliothèque  de  M.  Colbert. 

Les  erreurs  de  Servet  font  en  très-grand  nombre  ; 
car  après  avoir  donné  dans  les  opinions  des  Luthé- 
riens ,  des  Sacramentaires  &  des  Anabaptifles  ,  il 
renouvella  dans  les  livres  dont  nous  venons  de  par- 
ler ,  les  héréfies  de  Paul  de  Samofate  ,  de  Sabel- 
lius  ,  d'Arius  ,  de  Photin  &  de  quelques  autres  :  car 
il  dit  >»  que  ceux-là  font  athées  qui  n'ont  point  d'au- 
»  tre  Dieu  qu'un  affemblage  de  divinités  ,  qu'un  Dieu 
»  par  connotation  ou  par  accident ,  &  non  pas  un 
»  Dieu  fouverain ,  grand ,  abfolu  ;  qui  font  confifler 
»  l'efTence  divine  dans  trois  Perfonnes  réellement  dif- 
»  tindes  &  fubfiflantes  dans  cette  effence.  Qu'il  efl 
»  bien  vrai  qu'on  peut  reconnoître  une  diftindion 
»  perfonnelle  dans  la  Trinité,mais  qu'il  faut  convenir 
»  que  cette  difVmdion  n'efl  qu'extérieure  ;  que  le 
»  Verbe  n'a  été  dès  le  commencement  qu'une  raifon 
»  idéale  ,  qui  repréfentoit  l'homme  futur  ,  &  que 
»  dans  ce  verbe  ou  raifon  idéale  il  y  avoit  Jéfus-' 
»  Chrifl ,  fon  image  ,  fa  perfonne  ,  fon  vifage  &  fa 
«  force  humaine  ;  qu'il  n'y  a  point  de  différence  réel- 
»  le  entre  le  Verbe  &  le  Saint  -  Efprit  ;  qu'il  n'y  a  ja- 
»  mais  eu  en  Dieu  de  véritable  &  réelle  génération 
»  &  infpiration  ;  que  le  Chrifl  efl  le  Fils  de  Dieu  , 
»  parce  qu'il  a  été  engendré  dans  le  fein  d'une  vierge 
»  par  l'opération  du  Saint-Efprit ,  &  parce  que  Dieu 
»  l'a  engendré  de  fa  fubftance  ;  &  que  le  Verbe  de 
»  Dieu  defcendant  du  ciel  efl  maintenant  la  chair  de 
»  Jefus-Chrifl ,  en  telle  forte  que  fa  chair  efl  la  chair 
»  du  ciel ,  que  le  corps  de  Jefus-Chrifl  efl  le  corps 
»  de  la  divinité  ,  que  la  chair  efl  toute  divine  ,  qu'- 
»  elle  efl  la  chair  de  Dieu  ,  qu'elle  eff  célefle  &  en* 
»  gendrée  de  la  fubflance  de  Dieu.  Il  fe  raille  de  la 
»  diflindion  des  Perfonnes,  &  prétend  qu'il  n'y  a  eu 
»  qu'une  image  ou  une  face  perfonnelle ,  &  que  cette 
»  image  étoit  la  perfonne  de  Jefus-Chrifl  en  Dieu ,  & 
»  qui  a  été  communiquée  aux  anges  ;  que  le  Saint- 
»  Efprit  efl  defcendu  dans  les  âmes  des  apôtres  com- 
»  me  le  Verbe  efl  defcendu  dans  la  chair  de  Jefus- 
»  Chrifl.  Après  avoir  dit  beaucoup  d'impiétés  fur  la 
»  fubflance  de  l'ame ,  il  conclut  qu'elle  efl  de  Dieu  & 
»  de  fa  fubflance  ;  que  Dieu  a  mis  dans  l'ame  une 
»  fpiration  créée  avec  fa  divinité  ,  &  que  par  une 
»  môme  fpiration  ,  l'ame  efl  fubflantiellement  unie 
»avec  Dieu  dans  une  même  lumière  par  le  moyen 
»  du  Saint-Efprit  ;  que  le  baptême  des  enfans  efl  in- 
»  utile  ,  &  qu'il  efl  d'une  invention  humaine  ;  qu'en 
»  ne  commet  point  de  péché  avant  l'âge  de  vingt  ans  ; 
»  que  l'ame  fe  rend  mortelle  par  le  péché  ►»,  &:  beau- 
coup d'autres  erreurs  qu'on  peut  voir  dans  la  biblia- 

thequi 


s  E  R 

theque  dis  Ânùtrinitaircs  de  Sandius  ,  page  C}  &  lo. 
Contin.  de  fhifl.  eccUf.  de  M.  Fleury ,  tom.  XXX.  liv. 
CXLIX.  n°.  ç)o. 

Quant  à  la  perlbnne  de  Servet ,  Lubienski  &  d'au- 
tres Antitrinitaires  nous  le  rcpréfentent  comme  v\n 
homme  qui  foufFrîth  mort  fort  conftamment,  &  qui 
prononça  un  dilcours  au  peuple  affemblé  à  Ion  fup- 
plice.  M.  Simon  a  prétendu  que  cette  harangue  étoit 
îlippofée  ;  &  Calvin  rapporte  que  quand  on  lui  eut  lii 
lalcntence  qui  le  condamnoit  à  être  brûlé  vif,  tantôt 
il  paroiflbit  interdit  &  fans  mouvement ,  tantôt  il 
pouiloit  de  grands  foupirs  ,  &  quelquefois  il  faiioit 
des  lamentations  comme  un  infcnfé  ,  &  crioit  à  la 
manière  des  Efpagnols  ,  wijhlcordi^  mljcrlcorde.  Ce 
qu'il  y  a  de  certain ,  c'eft  qu'il  ne  rctraûa  point  fes 
erreurs. 

Li'.bienski  a  encore  voulu  faire  pafTcr  cet  héréfîar- 
que  pour  un  homme  très-favant  dans  les  lettres  hu- 
maines ,  &  qui  avojt  une  profonde  connoifîance  de 
l'Ecriture  ;  M.  Simon  aflure  au  contraire  qu'il  s'ex- 
primoit  très-mal  en  latin  ,  &  que  ce  qu'il  cite  d'hé- 
breu &  de  grec  prouve  qu'il  ne  favoit  prefque  rien 
de  ces  deux  langues. 

Une  partie  des  ouvrages  de  Servet  a  été  traduite  en 
/îamand ,  &  l'on  trouve  aifémcnt  en  Hollande  (^is  li- 
vres de  la  Trinité  en  cette  langue.  Simon  ,  riponf. 
à  quelques  théologiens  d'Hollande. 

SERVICE  ,  f.  m.  (  Gram.  )  culte  extérieur  qu'on 
rend  à  Dieu.  Lefervics  divin.  Office  qu'on  célèbre 
pour  les  morts.  Vous  èt^s  invité  à  l'enterrement  &c 
znfcrvicc  de  M.  T.  On  fe  confacre  au/tw/cede  Dieu  , 
lorfqu'on  embraiTe  la  profeflîon  eccléfiaftique  ou  re- 
ligieufe;  ^wfirvkc  de  l'état  ,  lorfqu'on  fe  charge  de 
quelque  fon£^ion  pénible  du  miniliere.  Entrer  diU  fer- 
vice  ,  c'eft  embraffer  l'art  militaire.  Le  Jh  vies  d'une 
inaifon,  c'eft  tout  ce  qui  appartient  à  l'économie  do- 
meftique.  Service  fe  prend  auffi  pour  condition  ;  un 
domeftique  eft  hors  de  condition  ,  de  fervice.  Il  s'é- 
tend à  accorder  les  marques  gratuites  de  la  bienfai- 
fance  ;  il  m'a  rendu  de  grands  fervices.  Il  y  a  des  cir- 
confiances  oii  l'amour  &  l'amitié  ne  voyent  aucun 
Jervice  trop  bas.  II  y  a  des  états  dont  le  devoir  s'ap- 
pcllefervicc;  Icfirvice  d'un  chevalier  de  Malte  ;J'crvice 
de  cheval  ;  fervice  de  compagnon  -^Jervice  de  corps.  Il 
eft  quelquefois  fynonyme  à  vfage  ;  j'en  ai  tiré  bien 
àvifervice;  il  m'a  long-tems  fervi.  On  dit  aufîl  un  fer- 
vice  d'or,  d'argent ,  pour  tous  les  uflenfilcs  de  table 
faits  de  ce  métal  ;  un  fervice  de  linge,  pour  les  linges 
deftinés  à  la  table .;  on  a  fervi  à  quatre  ou  c'mqfervices^ 
pour  un  certain  nombre  de  plats  qu'on  fert ,  oT  aux- 
quels d'autres  fuccedent.  On  n'eft  pas  bieti  fervi  dans 
cette  auberge  ,  ce  qu'il  faut  entendre  &  des  mets  & 
des  domelliques.  Etre  de  fervice  à  la  tranchée  ;  être  de 
fervice  chez  le  roi ,  c'cft  exercer  fes  fondions  chez  le 
roi,  c'eft  être  commandé  à  la  tranchée.  Servir  à  la 
paume  ,  c'eft  envoyer  le  premier  la  balle.  Il  y  a  le 
côté  du  fervice. 

Service  divin,  (Critlq.facr.^  \e  fervice  divin  chez 
les  premiers  chrétiens  ,  confiftoit  dans  la  prière,  la 
leûure  des  livres  facrés ,  &:  la  participation  à  l'Eu- 
chariftie.  Il  finifl"oit ,  félon  que  S.  Paul  le  recomman- 
de aux  Rojtuiins ,  ch.  xvj .  1 6".  par  un  faint  baifer ,  té- 
inoignagc  d'une  communion  fraternelle  ;  ce  n'eft  pas 
dans  ce  baifer  ,  dit  néanmoins  Clément  d'Alexandrie, 
que  confifte  la  charité,  mais  dans  l'aiîediondu  cœur  ; 
à-préfent,  continue-t-il ,  on  ne  fait  que  troubler  les 
Cglifes  par  les  baii'ers  mutuels  ,  Pcedag,  lib.  lll.  cap. 
cclxviij.  roye[  dans  le  grec  le  rcilc  du  paiTagc.  11  fe 
mcloit  déjà  de  la  corruption  dans  les  liiints  baifers. 
Je  finis  par  remarquer  que  tout  \c  fervice  divin  fe 
nommoit  en  un  feul  mot ficrif ce  dès  le  tems  de  Ter- 
tulicn.  (D.  J.) 

Service  militaire  ,  c'eft  le  fervice  que  les  trou- 
pes font  à  la  guerre.  Ce  fervice  peut  être  fait  par  des 
TocniXr,  i 


S  E  R  121 

nationaux  ou  par  des  étrangers. ^oy^^  fur  ce  ftijet  les 
ouvrages  pour  &  contre  les  fervices  rniliialres  à  ran- 
gers ,  confidérés  du  côté  du  droit  &  de  la  morale  ,  tant  par 
rapport  aux  fouverains  qui  les  autorifent  ou  les  permet- 
tcnt ,  qù aux  particuliers  qui  s'y  engagent  ;  piihliés  pour 
mettre  le  public  en  état  de  j uger  faintment  de  l'ufagz  des 
peuples  anciens  &  modernes  à  cet  égard ,  6*  en  particulier 
de  celui  des  Su'tffes  ,  par  Loys  de  Bochat ,  profeffeiir  en 
droit  &  en  kifiolre  à  Laufan/is  ,  en  trois  tomes,  in-S^, 
Les  différentes  queftions  que  M.  de  Bochat  examine 
dans  cet  ouvrage  font  très  -  curieufes  &  très- impor- 
tantes. 

Il  s'agit  de  favolr  : 

i".  «  S'il  eft  permis  à  quelque  homme  que  ce  foit 
»  de  fe  louer  indiftéremmeut  à  un  prince  étranger 
»  pour  porter  les  armes  ,  fans  s'embarrafter  de  laju- 
»  ftice  ou  de  l'injuftice  des  guerres  que  ce  prince  peut 
»  avoir. 

a^M.Siun  prince  ouun  fouverain  quelconque  peut 
»  vendre  à  un  autre  fouverain  les  régimens  ,  ou  pro- 
»  mettre  de  lui  en  tournir. 

3*'.  »  Si  un  fouverain  peut  permettre  que  fur  fes 
»  terres  un  autre  fouverain  levé  des  troupes,  tout 
»  cela  ianss'embarrafter  de  leur  deftination  que  d'une 
»  manière  politique  &  indifférente  à  la  juftice  ou  à 
»  l'injuftice  des  armes  ;  &  en  cas  que  cela  fe  puiffe 
»  faire  pour  un  ,  fi  cela  peut  en  même  tems  fe  faire 
»  pour  plulieurs  ». 

Il  eft  aifé  de  s'appercevoir  que  ces  différentes  quef- 
tions font  fort  intéreftantes.  Nous  n'entrerons  cepen- 
dant dans  aucun  détail  fur  ce  fujet ,  parce  qu'il  feroit" 
dii^cile  de  le  faire  fans  lui  donner  beaucoup  d'éten- 
due ,  nous  nous  contentons  donc  de  renvoyer  à 
l'ouvrage  de  M.  de  Bochat  ,  ou  au  vingt  &  un  &C 
vingt-deux  volumes  de  la  bibliothèque  raifonnée,  où 
l'on  trouve  un  extrait  de  cet  ouvrage ,  qui  peut  en 
donner  des  idées  aflez  exaftes. 

Il  y  a  eu  dans  tous  les  tems  des  pays  dont  les  peu- 
ples fourniflbient  indifféremment  des  troupes  à  ceux 
qui  vouloient  les  payer.  «  Les  Gaulois ,  dit  M.  le 
»  chevaUer  de  Folard  ,  faifoient  métier  d'aller  tuer 
»  les  autres  pour  de  l'argent,  &  de  s'entretuer  quel- 
»  quefois  comme  bons  compatriotes  ,  parce  qu'ils  fe 
»  vendoient  indifféremment  aux  deuxpartis;de  forte 
»  que  les  mêmes  drapeaux  fe  trouvoient  fouvent 
»  oppofés  les  luis  contre  les  autres.  Cela  fembloit 
»  fort  barbare  &  fort  inhumain  ,  continue  le  favant 
»  commentateur  de  Polybe  ,  comme  s'il  n'étoit  pas 
»  libre  à  chacun  d'aller  exercer  fon  métier  par-tout 
»  où  il  trouvera  de  l'avantage.  On  reprochoit  la  mê-^ 
»  me  chofe  aux  Etoliens.  Polybe  &  Tite-Live  fe  fâ- 
»  chent  bien  fort  contre  cette  conduite.  Philippe  de 
»  Macédoine  ,  fi  célèbre  par  fa  guerre  contre  les  Ro- 
»  mains  ,  traitant  de  la  paix  avec  Q.  Flaminius  ,  re- 
»  procha  à  un  préteur  des  Etoliens  fon  infidélité ,  5c 
»  l'avarice  de  la  nation  ,  qui  n'avoit  nulle  honte  de 
»  fournir  des  troupes  à  une  puiffance ,  &  d'en  en- 
»  voyer  à  fon  ennemi.  Les  Gefates  (  que  M.  de  Fo- 
»  lard  croit  être  les  peuples  du  Languedoc  ,  ou  des 
»  provinces  méridionales  des  Gaules  )  faifoient  plus 
»  que  cela,  car  ils  fuivoient  indifféremment  toutes  les 
»  puiffanccs  qui  vouloient  d'eux.  On  pouvoit  compa- 
»  rcr  leurs  princes  ,  dit  toujours  M.  de  Folard,  ;\  des 
»  marchands  de  bœufs  &  do  moutons ,  qui  après  les 
»  avoir  vendus  ,  les  envoient  à  différentes  bouche- 
»  ries  pour  être  égorgés.  Il  y  a  bien  des  états  aujour- 
»  d'hui  qui  font  le  même  métier  ».  Comm.fur  Polybe^ 
q.IU.pag.zsS.  {q) 

Service,  {-^rt  culin.  des  Rom?)  ftrculum  :  nos 
officiers  de  bouche  ont  nomme  fervice  les  plats  qu'on 
met  tout-enfemble  fur  la  table  pour  la  couvrir;  & 
ils  ont  établi  des  repas  à  trois,  A  quatre  &  ;\  cinq 
fervices  ;  mais  il  s'agit  ici  d'indiquer  quelle  étoit  la 
diftribulion  des  fervices  fur  les  tables  des  Romains, 


1Î2  S  E  R 

&c  non  pas  fur  les  nôtres.  La  voici  donc  en  peu  de 


mots. 


Après  la  diftrlbution  des  coupes,  on  fervoU  les 
viandes,  non  pas  toujours  chaque  plat  léparcment, 
comme  le  marque  ce  vers  d'Horace  : 

Adfcriur  fquillas  intcr  murœna  natanlis 
In  patina  porreclû. 

Lib.  II.  fatyr.  vilj.  verf.  41. 

Et  cet  autre  : 

.,,...   tim  piclort  aduflo^ 

Vidimus  &  merulas poni ,  &Jïne  cluni  palumbts. 

Mais  fouvent  plufieurs  plats  enfcmble  étoientyc/Ti^ 
iiir  une  table  portative ,  ù  l'occalion  de  ce  vers  de 
yirgilc. 

PoJIquam  exempta  famés  epul'is  ,  menfaqne  remotœ. 
jEneid.  lib.  II.  verf.  220. 

Servius  affure  qu'on  apportoit  les  tables  toutes 
garnies  :  Q^aia  apud  antiquos  menjas  appontbant  pro 
dijcis.  Athcnée  eft  conforme  à  Servius.  Tel  étoit  le 
premier  yi/v/Vê;  enfulte  lesy^rv/c^i  le  multiplioient; 
&  quoiqu'on  retînt  toujours  les  mêmes  expreflions 
de  premier  &  fecondy^'vice ,  prima  &  ficundœ  men- 
Jcs,  pour  tout  le  fouper,  ces  deux  yim".J  fe  fubdi- 
viloient  en  plufieurs  autres. 

Le  premier  comprenoit  les  entrées  qui  confif- 
toient  en  œufs ,  en  laitues  &:  en  vins  miellés  ,  fui- 
yant  le  précepte  ; 

vacuîs  commiitere  venis 

Nihil  nifi  Une  dtcet. 

Après  cela  venoient  les  viandes  folides,  les  ra- 
goûts ,  les  grillades  ;  le  fécond  fervice  comprenoit 
les  fruits  cruds  ,  cuits  &  confits ,  les  tartes  &  les 
autres  friandifes  que  les  Grecs  appellent  /A.iXi7rniO«. , 
-&  les  Latins  duUiaria  &  bellaria. 

La  table  de  l'empereur  Pertinax  n'étoit  ordinai- 
rement que  de  troisyèrvicei ,  quelque  nombreufe  que 
fût  la  compagnie  ;  au  lieu  que  celle  de  l'empereur 
Êliogabale  alloit  quelquefois  jufqu'à  vingt-deux  ;& 
à  la  fin  de  chaqiiey^rv/f« ,  on  lavoit  fes  mams ,  com- 
me fi  l'on  eût  hni  le  repas  :  car  l'ufage  étoit  de  les 
laver  auffi-bien  à  la  fin  qu'au  commencement.  Exhi- 
buit  aliquandb  taie  convi^ium ,  ut  haberct  vigenti-dt:o 
fercula  ingtntium  epulamm  ;  &  per  JiRgida  lavarent , 
dit  Capitolin.  (Z>.  /.) 

Service,  f.  f.  {Jrc/iite&.^  c'eft  le  tranfport  des 
matériaux  du  chantier  au  pié  du  bâtiment  qu'on 
élevé ,  &  de  cet  endroit  fur  le  tas.  Ainfi,  plus  l'édi- 
fice cil  haut,  plus  le  fervice  en  eft  long  &  difficile  lorf- 
qu'on  l'achevé.  Diction,  de  Cliarpent.  (Z>.  /.) 

SERVIE ,  LA ,  {Géogr.  mod.')  province  de  la  Tur- 
quie européenne,  bornée  au  nord  par  le  Danube, 
au  midi  par  l'Albanie  &  la  Macédoine ,  au  levant  par 
la  Bulgarie  ,  &C  au  couchant  par  la  Bofnie.  Elle  peut 
avoir  76  lieues  du  levant  au  couchant, &  38  du  midi 
au  nord.  Cette  province  que  les  Turcs  appellent  Ser- 
j^ilaii,  hifoit  anciennement  partie  de  la  Moëfie,  de 
rillyrie  &:  de  la  Pannonie.  Elle  appartint,  lors  de  la 
décadence  de  l'empire  romain  ,  aux  peuples  ferviens 
venus  de  la  Sarmatie  afiatique  ;  &  elle  eut  dans  la 
fuite  fes  dcfpotes  particuliers,  dont  quelques-uns 
ont  dépendu  des  rois  de  Hongrie.  Le  dernier  eut  le 
malheur  d'être  pris  dans  une  bataille  où  fon  armée 
fut  taillée  en  pièces  par  Amurat  premier  dans  le  qua- 
torzième ficcle  :  alors  la  Servie  tomba  fous  la  puil- 
fance  des  Turcs;  cependant  Bellegrade,  la  capitale, 
ne  devint  leur  conquête  que  fousSoliman  II.  qui  s'en 
Tendit  maître  en  1 521.  Toute  la  Servie  eft  aujour- 
«d'hui  dépeuplée,  fans  culture  &:  lans  argent.  On  y 
compte  à  peine  un  millier  de  chrétiens  ,  tous  un  ar- 
fchevêque  latin  que  les  Turcs  tolèrent.  (Z?.  /.) 


S  E  R 

SERVIENS  ,  {Géog.  mod.^  ou  Rafâens,  peuples 
que  les  latins  du  moyen  âge  ont  appelle  Serbi ,  Ser- 
vi,  Zirvi,  6c  les  Arabes  Serf  ov\  Sirf  Ces  peuples 
habitent  maintenant  dans  la  Mocfie  fupérieure ,  au 
pays  des  anciens  Triballes  ;  ils  font  venus  des  PaUis- 
mcocides.  Ils  ont  pénétré  autrefois  dans  la  Luface 
&  dans  la  Mifnie ,  &  firent  des  entreprifes  jufque 
dans  la  Thrace  ;  mais  ils  furent  battus  par  Amurat 
premier  ,  fultan  des  Turcs  ,  l'an  767  de  l'hégire» 

(z?.  y.) 

SERVIETTE,  f.  f.  ÇC/iirurg.")  efpece  de  bandage 
fait  avec  une  ferviette  pliée  en  trois  doubles  fuivant 
fa  longueur ,  &  roulée  par  les  deux  bouts.  On  l'ap- 
plique autour  du  corps  fur  l'appareil  ;  on  en  attache 
les  deux  bouts  par-devant,  &  on  la  foutient  avec  le 
fcapulaire.  Ce  bandage  s'emploie  aux  maladies  de 
la  poitrine  &  du  bas-ventre.  (  ZJ.  7.  ) 

Serviette  ,  (Toi/crie.)  linge  de  table  qu'on  met 
fur  chaque  couvert, pour  manger  proprement, s'ef- 
fuyer  les  mains ,  &  couvrir  fes  habits.  Douze  fer- 
vitttes  &  une  grande  nappe  font  ce  qu'on  appelle 
im  fervice  de  table.  (Z?.  /.) 

Serviette  ,  (  Littéral.^  Les  Romains  nommoient 
une  ferviette  map^z'^mantile  étoit  la  nappe.  Une  chofe 
qui  paroîtra  fort  bifarre ,  c'eft  que  long-tems  après 
le  fiecle  d'Augufte,  ce  n'étoit  point  encore  la  mode 
que  l'on  fournît  des  fèrviettes  aux  conviés  ,  ils  en 
apportoient  de  chez  eux.  Catulle  fe  plaint  d'un  cer- 
tain JJînius ,  qui  lui  avoit  emporté  la  fienne  ;  &  le 
menace  de  le  diffamer  par  fes  vers,  s'il  ne  la  lui  ren-« 
voye  promptement  : 

Murricine  Afini  manu  flniflrâ  ' 

Non  belle  uteris  in  joco  atque  vincts 
Tollis  Untea  negUgentiorurn, 

Et  plus  bas  : 

Q_uare  aut  hcndecafyllabos  trecentos 
Expecîa  ,  aut  rnihi  linteum  remitte. 

Martial  dit  à-peu-près  la  même  chofe  d'Hermo- 
gene,  homme  connu  pour  de  pareils  tours  d'adreffe.' 
«  Perfonne  des  conviés,  dit -il,  n'avoit  apporté  de 
»  fèrviettes ,  parce  que  chacun  craignoit  les  ongles 
»  crochus  d'Hermogene  :  Hermogene  ne  s'en  re- 
»  tourna  pas  pour  cela  les  mains  vuides  ;  il  trouva  le. 
»  fecret  d'emporter  la  nappe. 

jittulerat  mappam  nemo ,  dàm  furta  tïmeniur  * 
Mantile  ^  menfa  fufluUt  Hermogenes. 
(Z).  /.) 

SERVILE,  adj.  {Gram.")  qui  appartient  à  quel-' 
que  fonftion  ou  qualité  vile  &  bafle.  Cet  emploi  efl 
fervile.  Il  ?LYÀmt  fervile.  Il  traduit  d'une  manière yèr- 
vile,  royei  Serf  &  Servitude. 

SERVIR  ,  V.  ad.  voye^  Varticle   SERVICE. 

Servir;  (Gramm.)  c'eft  porter  honneur,  ref- 
peft.  Il  faut/èrvirDieu.  C'eft  faire  quelque  fonélion. 
îubalterne;  Afervoit  à  l'autel  avec  édification;  ilyèr- 
voir  à  table.  C'ell  embraiîer  une  profelfion  pénible, 
mais  utile  à  l'état  ;  Wfert  le  roi  dans  fes  armées ,  dans 
la  robe.  C'ell;  obliger,  fecourir,  aider;  on  fert  fes 
amis  de  fa  bourfe ,  de  fon  conleil ,  de  fon  crédit. 
C'efl  être  réduit  à  la  condition  de  domeftique  ou 
d'efclave;  combien  de  tems  avez  -  vous  y^rvi  dans 
cette  maifon  ?  pour  quoi  en  êtes-vous  forti  ?  avez- 
vous  une  atteftation  de  bon  fervice  ?  C'ell  pourvoir 
ime  table  de  mets  ;  fa  table  eft  toujours  bien  j'ervie. 
C'eft  offrir  un  mets  ;  /èrve[-moi  de  ce  plat.  C'ell  au 
triclrac,à  la  paume, &  à  d'autres  jeux,  jouer  le  pre- 
mier coup.  C'efl  remplir  une  fonction  à  laquelle  on 
n'étoit  pas  defliné  ,  par  intérêt,  par  attachement  ou 
par  quelqu'autre  motif;  il  m'a  fervi  de  guide  dans 
cette  route  pénible;  il  m'a yèrvi  de  garde  dans  cette 
maladie,  C'«ll  indiquer  l'ufage  d'une  choie  ;  je  me 


s  E  H 


S  E  R 


ii| 


fits  du  compas  &  de  la  règle;  je  mef^vis,  pour 
le  convaincre ,  alternativement  de  l'expérience  & 
de  la  railbn  ,  &c. 

SER.VIS,  i.  m.  ÇJurifpr.')  du  latin/t'/v/Ve  dont  on  a 
fnit  dans  la  baffe  latinité  yimr/^,  pour  i^irç.  firviccs  ^ 
6c  par  corruption  /hvis  ,  font  les  devoirs  dont  le 
ccnlitaire  emphytéote  ell  tenu  envers  le  feigneur, 
à  caufe  de  l'héritage  qui  lui  a  été  donné  à  cette  con- 
dition. 

Ce  terme  de  fer  vis  efl  ufité,  fUrtout  dans  les  pro- 
vinces régies  par  le  droit  écrit.  Il  efl  fynonyme  de 
evns  ;  û  ce  n'eit  Cjue  l'on  veuille  dire  que  le  cens 
eft  cette  modique  redevance  qui  le  paye  en  argent, 
in  recognitionem  dominii ,  &  que  les  fervis  font  les 
autres  devoirs  &  preftations  dus  au  feigneur  fur  le 
mcme  héritage ,  foit  en  grains ,  volailles  &  autres 
chofes. 

On  joint  ordinairement  les  termes  de  ans  &  fer- 
vis  :  en  demandant  le  payement  de  l'un  ,  on  ne 
manque  point  de  demander  le  payement  des  autres. 

Les  arrérages  dGsftrvîs  fe  prefcrivent  comme  ceux 
du  cens,  par  30  ans  ou  par  50  ans,  fuivant l'ufage 
des  différentes  provinces,  ^oje^  Bordel  AGE , 
Cens,  Censive,  Devoir,  Prescription,  Pres- 
tation. (^) 

SERVITE  ,  f.  m.  (Ordre  monafiquc.)  Les  Servites 
font  un  ordre  de  religieux  fuivans  la  re^le  de  Saint- 
Auguum,  &  qui  s'attachent  au  fervice  de  la  Vierge. 
Le  premier  auteur  de  cet  ordre  fut  Bonfîlio  Mo- 
naldi,  marchand  de  Florence,  qui  ayant  c^uitté  le 
négoce  avec  fix  autres  de  fa  profeflion ,  ié  retira 
en  1223  au  mont  Sénai're  à  deux  lieues  de  Florence. 
En  1239  ils  reçurent  de  l'évêque  la  règle  de  Saint- 
Auguftin.  Enfuite  Bonfilio  fut  nommé  général,  & 
mourut  en  odeur  de  fainteté  le  premier  Janvier  1 26 1 . 
Le  concile  de  Latran  approuva  l'ordre  des  fcrvites , 
&  les  papes  lui  ont  accordé  beaucoup  de  grâces.  Il 
n'cft  point  établi  en  France  ;  mais  Fra-Paolo ,  véni- 
îien  ,  qui  étoit  rehgieux  fcrvite ,  en  a  relevé  la  gloire 
en  Italie,  où  l'on  voit  auffi  des  religieufes yl'm/w  , 
ainfx  nommées ,  parce  qu'elles  obfervent  la  règle  des 
religieux  du  même  nom.  (Z?.  /.  ) 

SERVITEUR,  f.  m.  (Morale.)  Les  noms  de  maî- 
tres &  de  ferviteurs  font  auffi  anciens  que  l'hiftoire, 
êc  ne  font  donnés  qu'à  ceux  qui  font  de  condition 
&  de  fortune  différente  ;  car  un  homme  libre  fe  rend 
ferviteur  d'un  autre,  en  lui  vendant  pour  un  certain 
îems  fon  fervice,  moyennant  un  certain  liilaire.  Or, 
quoique  cela  le  mette  communément  dans  la  famille 
de  fon  maître ,  &  l'oblige  à  fe  foumettre  à  fa  difci- 
pline  &  aux  occupations  de  fa  maifon  ,  il  ne  donne 
pourtant  de  pouvoir  au  maître  fur  (on  ferviteur  que 
pendant  le  tems  qui  eff  marqué  dans  le  contrat  ou  le 
traité  fait  cntr'eux.  Les  ferviteurs  mêmes,  que  nous 
appelions  efclaves ,  ne  font  foumis  à  la  domination 
abiblue  &  au  pouvoir  arbitraire  de  leurs  maîtres  que 
par  infradion  de  toutes  les  lois  de  la  nature.  {D.  J.) 
Serviteur,  (  Théologie.  )  terme  qui,  dans  l'E- 
criture-fainte  ,  fe  prend  en  divers  fens. 

1°.  La  fignification  la  plus  commune  emporte 
avec  foi  l'idée  d'efclave  :  car  anciennement  chez  les 
Hébreux  &  les  peuples  voifnis  ,  la  plupart  des  fervi- 
teurs  étoicnt  efclaves  ,  c'eft-à-dire  ,  abfolument  affu- 
jettis  à  leur  maître  ,  qui  avoit  droit  de  difpofer  de 
leurs  perfonncs  ,  de  leurs  corps,  de  leurs  biens ,  6c 
tnême  de  leur  vie  dans  certains  cas. 

Les  Hébreux  avoient  de  deux  fortes  de  ferviteurs 
ou  d'efdaves  ,  comme  il  paroît  par  le  Lévltique  , 
c.  XXV.  V.  44.  &Jè(].  Les  uns  étoicnt  ou  étrangers  ou 
achetés ,  ou  pris  à  la  guerre ,  6:  leurs  maîtres  les 
gardoient  ,  les  échangeoient  ou  les  vendoient ,  en 
xm  mot  en  difpofoient  comme  de  leurs  biens.  Les 
autres  étoient  des  efclaves  hébreux  qui  vendoient 
Icijr  liberté  ,  prcffés  par  l'indigence  ,  ou  qui  étoicnt 

Tome  xr, 


vendus  pour  leurs  dettes  ,  ou  étoient  livrés  pouf 
être  efclaves  par  leurs  parens ,  dans  les  cas  de  leur 
néceffité.  Ces  fortes  d'efdaves  hébreux  ne  demeu- 
roient  en  efclavage  que  jufqu'à  l'année  du  jubilé. 
Alors  ils  pouvoient  rentrer  en  liberté  ,  fans  que  le 
maître  pût  les  retenir  malgré  eux.  Que  s'ils  reffoient 
volontairement  chez  leur  maître  ,  on  les  amenoit 
devant  les  juges ,  ils  y  faifoient  leur  déclaration 
qu'ils  renonçoient  pour  cette  fois  au  privilège  de  la 
loi  ;  on  leur  perçoit  l'oreille  avec  une  alêne  ,  en  les 
appliquant  au  montant  de  la  porte  de  leur  maître  ;  & 
dès-lors  ils  ne  pouvoient  plus  recouvrer  leur  liberté  ^ 
fi  ce  n'eft  en  l'année  du  jubilé  qui  fe  célebroit  au 
bout  de  49  ans. 

2^.  Serviteur  fe  prend  aufîî  pour  marquer  un  hom- 
me attaché  au  fervice  d'un  autre  par  choix  &  libre- 
ment ,  par  inclination  :  comme  Jofué  étoit  ferviteur 
de  Moïfe  ,  Elifée  d'Elie  ,  Giezi  d'Elifée  ,  S.  Pierre^ 
S.  André  &  les  autres  de  Jefus-Chrlff. 

3".  Serviteur  i'c  met  (onvtnt  polir  les  fujets  d'un 
prince.  Les  ferviteurs  de  Pharaon  ,  les  ferviteurs  de 
Saiil  &  ceux  de  David  font  leurs  fujets  en  général , 
cru  leurs  officiers  &  leurs  domelliques  en  particulier; 
De  même  auffi  les  PhiUftins  ,  les  Syriens  &  plufieurs 
autres  peuples  font  appelles  dans  l'Ecriture  ferviteurs 
de  David  ,  parce  que  ce  prince  les  avoit  foumis  &: 
qu'ils  lui  payoient  tribut. 

4*^.  Les  ferviteurs  de  Dieu  ,  les  ferviteurs  du  Sei- 
gneur font  les  prêtres  ,  les  prophètes  ,  ceux  qui 
font  profeffion  d'une  piété  particulière.  On  donne 
fouventà  Moife  le  nom  OU  homme  de  Dieu,  defervi~ 
leur  de  Dieu  par  excellence  ;  &  S.  Paul  prend  aufli 
lui  même  cette  qualité. 

On  fe  donne  quelquefois  à  foi-même  ,  dit  M.  de 
Vo  haire  ,  des  titres  fort  humbles  ,  pourvu  que  l'on 
en  reçoive  des  autres  de  fort  élevés.  Le  pape  s'ao- 
pelle  Im  même  ferviteur  des  ferviteurs  de  Dieu.  Un  bon 
prêtre  du  Holftein  écrivit  un  jour  à  Pie  IV.  à  Pie 
Jy.  ferviteur  des  ferviteurs  de  Dieu.  Il  alla  enfuite  à 
Pv.ome  folliciter  fon  affaire  ,  &  l'inquifition  le  fit 
mettre  en  prifon  pour  lui  apprendre  à  écrire. 

5°.  Dans  l'Ecriture  ,  yerv/Ve««  ou  efclaves,  op- 
polés  à  libres  &  aux  enfans  des  promefl'es ,  marque 
les  .Tuifs  par  oppofition  aux  chrétiens.  Les  Juifs  n'é- 
toient  que  les  efclaves  figurés  par  Agar  &  par  If- 
maëi  ;  les  chrétiens  font  les  enfans  de  la  hberté  fi- 
gurés par  Sara  &  par  îfaac,  comme  S.  Paul  l'étabht 
dans  fes  épîîres ,  &  fur- tout  dans  celle  aux  Galates. 
Calmet  ,  Dictionn.  de  la  Bibl.  tom.  III.  pag.  S4S. 

Serviteurs  ,  f.  m.  pi.  (  terme  de  comm.  de  Chi- 
rurg.  )  on  z^^eWe  ferviteurs  ou  garçons  ,  chez  les  maî- 
tres chirurgiens  de  Paris  ,  ceux  qu'on  nomme  com- 
pagnons chez  les  maîtres  de  communautés  des  arts 
&  métiers.  Les  garçons  ouferviteurs  peuvent  afpirer 
à  la  maîtrife  ,  &  être  admis  à  faire  le  grand  chef- 
d'œuvre  quand  ils  ont  fervi  fix  ans  confécutifs  chez 
un  des  maîtres  ,  ou  fept  ans  chez  plufieurs.  (  Z).  /.  ) 
Serviteur  ,  en  terme  de  Raffinerie  ,  font  des  ou- 
vriers loués  à  l'année  ,  qui  font  fous  les  ordres  du 
contre-maître  ,  &  doivent  lui  obéir  fans  réplique.  II 
faut  que  ce  foit  des  hommes  forts  &  robulîes,  pour 
fupporterles  grandes  fatigues  d'une  raffinerie.  C'elt 
pour  cela  qu'on  les  nourrit  fans  leur  épargner  ni 
pain  ,  ni  vin  ,  ni  bonne  chère.  Ils  s'engagent  pour 
un  an.  On  ne  peut  les  renvoyer  qu'après  ce  terme  , 
i\  moins  que  cène  foit  pour  caufe  de  baffeffe  ou  d'in- 
fidélité. 

SERVITUDE  ,  f.  f.  (  Gramm.  &  Jurifprud.  )  eil 
général  eff  l'état  d'une  perfonne  ou  d'un  héritage  qui 
ell  affujctti  ;\  certains  devoirs  ou  fervices  envers  une 
autre  perfonne  ,  ou  envers  un  autre  héritage. 

Quelquefois  par  le  terme  dcfervitude  ,  on  entend 
le  droit  d'exiger  ces  fortes  de  fervices  &  de  devoirs  ; 
quelquefois  au  contraire  on  entend  ^àv Jervitudc ,  l'o- 

Q  i) 


114 


S   E  R 


S  E  R 


bllgation  de  les  rendre ,  ce  qui  tait  dlftlnguer  lesyir- 
viniJcs  en  avives  is:  paliives. 

Il  y  a  deux  fortes  <\:  fcrvhudcs  ,foit  aclivcs  oiipal- 
fivcs  ,  les  unes  pcrlonnelles  ,  les  autres  réelles. 

Les  fcrvitudes  perfonnclles  l'ont  aulli  de  deux 
fortes. 

L'une  cft  celle  qui  met  une  pevlbnne  dans  une 
déjK-ndance  i"cr\ilc  d'imc  autre. 

L'autre  cipece  de  yirvin/^e  perfonncUe,  eft  celle 
qui  clt  inipulée  lur  dc^  fonds  pour  l'iiiage  de  quel- 
ques pcrionnes ,  tels  que  Tulufruit ,  Tulage  &  l'ha- 
bitation. 

Souvent  aulfi  l'on  qualifie  ces  fortes  àe  fervhudes 
de  mixtes  ,  parce  qu'elles  font  parties  perfonnelles 
tfc  parties  réelles  ,  étant  dues  à  une  pcrfonnefur  un 
héritage. 

hcCfervitndcs  réelles  font  celles  qui  affujettiflcnt 
un  héritae-e  à  certaines  chofes  envers  un  autre  hé- 


ritage. 


On  diflingue  deux  fortes  de  ferv'iaides  réelles  , 
favoir  celles  qu'on  appelle  urbaines  ,  &  les  furvitu- 
dis  rurales  eu  rulliques  qui  font  impolées  llir  les  hé- 
ritages des  champs. 

f'oyei  au  ff.  &  au  code  les  titres  de  fer  vitutiùus  ,  les 
traités  de  Coras,deCoepola,deDave7an  ôc  deGamar; 
les  commentateurs  des  coutumes  fur  le  titre  des  J'er- 
vitudes  ,  6c  les  fubdivifions  qui  fuivcnt.  (  //) 

Servitude  active  eft  celle  que  quelqu'un  a 
droit  d'excercer  fur  \\\\  autre  ou  fur  fon  héritage  ;  la 
même  ferviiiide  qui  eft  adlive  pour  l'un  eft  paftive  à 
l'égard  de  l'autre.  Foyc^  Servitude  passive.  (-<^) 

Servitude  apparente  ,  eft  celle  qui  fe  mani- 
fcfte  continuellement  d'elle-même  ,  comme  un  che- 
min pratiqué  au-travers  d'un  champ  ,  l'égoùt  d'un 
toît  qui  tojnbe  fur  un  héritage  voilln  ,  des  vues 
droites  qui  portent  fur  un  héritage,  &  il  n'eft  pas 
befoin  de  s'oppofer  au  décret  pour  la  confervation 
des  fervhudes  apparentes  ,  à  la  différence  des  Jend- 
tudes  latentes  qui  font  purgées  par  le  décret  lorfque 
l'on  ne  s'y  oppofe  pas.  Voye^  DECRET  &  SERVI- 
TUDE LATENTE.  (^) 

Servitude  de  bois  ,  (  Coutume  de  Bcarn.  )  droit 
en  Béarn  de  prendre  bi.  de  couper  du  bois  dans  une 
forêt  avec  le  talh  &  le  dalh  ;  ferviiude.de  dent ,  c'eft 
le  droit  de  faire  paître  fon  trow'^QCAX  \  fervitude  de 
jafilha  ,  c'eft  le  droit  de  le  faire  coucher  fur  une 
terre  pendant  deux  nuits  pour  le  faire  repofer;yÉr- 
vitudc  de  pexe ,  c'eft  le  droit  de  le  faire  paître.  Tré- 
vcux.  {D.  J.) 

Servitude  cachée.  Foycicï-aprhSi.nxiTV'D'E. 
latente. 

Servitude  continue  ,  eft  celle  dont  l'ufage  eft 
continuel,  comme  des  vues  fubfiftantes  fur  l'héri- 
tage voifin  ,  à  la  différence  des  fervitudcs  dont  on 
n'ufe  que  de  tems  à  autre  ,  comme  un  droit  de 
partage. 

Servitude  des  héritages  des  champs.  Foy. 
Servitudes  rustiques. 

Servitude  des  héritages  de  ville.  Foye^ 
Servitude  urbaine. 

Servitue)E  latente  ,  eft  celle  qui  n'eft  annon- 
cée par  aucune  marque  extérieure  ,  comme  le  droit 
de  paffage  que  quelqu'un  a  dans  un  champ. 

Servitude  mixte  ,  eft  celle  qui  tient  de  la  per- 
fonnelle  6l  de  la  réelle  ,  comme  l'ufufruit  qui  eft  du 
fur  un  fonds.  Voyc?^  Usufruit. 

Servitude  naturelle  ,  eft  celle  qui  eft  dans 
l'ordre  même  de  la  nature ,  comme  l'écoulement 
des  eaux  qui  viennent  du  fond  fupérieur  fur  le  fond 
inférieur. 

Servitude  nécessaire  ,  eft  celle  qui  eft  due 
fans  autre  titre  que  celui  de  la  néceftité  ,  comme  le 
pafiage  pour  aller  à  un  hérit^rge  qui  eft  enclavé  de 
toutes  parts  dans  des  héritages  appartenans  à  autrui:  I 


la  règle  en  ce  cas  eft  que  l'on  donne  le  paftage  par 
l'endroit  le  moins  dommageable,  ^oyt:^  Servitude 
naturelle. 

Servitude  occulte  ou  cachée  ,  eft  la  même 
chofe  que  fervitude  latente.  Foyei  Servitude  la- 
tente. 

Servitude  PASSivE,eft  celle  qu'une  pcrfonneou 
un  héritage  doit  à  une  autre  perfonne  ou  héritage; 
h\  fervitude  paftlve  eft  oppoiée  à  la  fervitude  a£tive. 

Servitude  patente.  Foye^  Servitude  ap- 
parente. 

Servitude  personnelle  ,  eft  l'état  d'une  per- 
fonne qui  eft  l'efclave  d'une  autre.  Foyei  Esclave 
&  Serf. 

Servitude  prédi  ale  ,  ainft  nommée  du  latin/^rar- 
dium ,  qui  fignifie  héritage ,  eft  celle  qui  eft  impofée 
fur  un  héritage  en  faveur  de  quelqu'un  ou  d'un  autre. 
f'oyei  Servitude  réelle  ,  Urijaine  &  Rusti- 
que. 

Servitude  réciproque,  eft  lorfque  deux  per- 
fonnes  ont  chacune  un  droit  pareil  à  exercer  l'une  fur 
l'autre  ,  foit  fur  leur  perfonne  ou  fur  leur  héritage. 

Servitude  réelle  ,  eft  un  fervice  dû  par  un  hé- 
ritage à  un  autre  héritage. 

De  ces  fortes  defervitudes  quelques-unes  font  na- 
turelles, comme  l'écoulement  des  eaux  du  fond  {\i- 
périeur  fur  le  fond  inférieur  ;  d'autres  néceffalres  , 
comme  le  paffage  qui  eft  dit  pour  aller  à  un  héritage 
qui  eft  entouré  de  tous  c  >tés  d'héritages  apparte- 
nans à  autrui  ;  d'autres  font  établies  par  convention; 
d'autres  enfin  par  la  pofi'eflion  dans  les  pays ,  où  les 
ferviiudes  peuvent  s'acquérir  fans  titre. 

Il  ne  peut  y  avoir  de  fervitude  proprement  dite  , 
qu'entre  deux  héritages ,  appartenans  à  différens  pro- 
priétaires ;  car  il  eft  de  maxime  que  nemini  r  es  fia. 
fervit. 

Les  fervitudes  réel/es  (ont  urbaines  ou  ruftlques,  on 
en  trouvera  l'explication  ci-après. 

Suivant  le  Droit  romain ,  les  fervitudcs  s'acquièrent 
par  la  qujfi  tradition  qui  fe  fait  par  l'ufage  qu'en  fait 
le  propriétaire  du  fonds  dominant ,  la  tolérance  du 
propriétaire  du  fonds  fervant ,  lorfqu'il  y  a  eu  poffef' 
lion  de  bonne  toi  avec  titre  pendant  dix  ans  entre 
préfens  ,  &  vingt  ans  entre  abfens. 

On  peut  aufti  acquérir  une  fervitude  par  l'ordonnan- 
ce du  juge  ,  lorfque  partageant  des  biens  communs  à 
plufieurs  perfonnes ,  il  ordonne  que  l'héritage  de  l'un 
fera  fujet  à  certains  devoirs  envers  l'autre. 

Il  eft  encore  permis  à  un  teftateur  d'établir  une 
fervitude  fur  un  de  fes  héritages ,  au  profit  d'un  autre. 

Dans  la  plupart  des  pays  coutumiers,  il  eft  de  ma- 
xime, que  nulle  fervitude  fans  titre  ;  la  coutume  de 
Paris  rejette  même  la  poffefîion  de  cent  ans. 

Lesjervitudes  s'éteignent  par  plufieurs  moyens. 
Le  premier  eft  la  confufion  quife  fait  de  la  pro- 
priété des  deux  héritages ,  lorfqu'ils  fe  trouvent  réu- 
nis en  une  même  main. 

Le  fécond  eft  le  non  ufage  pendant  le  tems  déter- 
miné par  les  lois,  qui  eft ,  luivant  le  Droit  romain  , 
dix  ans  entre  préiens ,  &  vingt  ans  entre  abfens  ;  en 
pays  coutumier  il  faut  trente  ans  ,  entre  âgés  6i.  non 
privilégiés  ;  Paris,  art.  186. 

Le  troifieme,  eft  la  renonciation  à  {^.fervitude. 
Le  quatrième  ,  eft  la  réfolution  du  droit  de  celui 
qui  i'avoit  conftituée. 

Le  cinquième  ,  eft  la  perte  de  l'héritage  qui  doit  la 
fervitude. 

Le  fixieme ,  enfin ,  eft  lorfque  le  cas  de  ceffation  , 
prévu  par  le  titre,  eft  arrivé.  Voye^  au  digefte,  defcr^ 
vitut.  &  le  titre  quemadmod,  fervitut.  amitt. 

Servitude  rurale,  voye^  ci- après  Servitude 

RUSTIQUE. 

Servitude  rustique  ,  ou  des  héritages  des 
champs,  eit  celle  qui  eft  due  à  un  héritage  ,  autre  que 


s  E  R 

ceux  qui  font  deftincs  pour  l'habitation  du  père  de 
faruille  ,  quand  même  cet  héritage  ferolt  litut-  dans 
une  ville. 

Les  tnincipales/î'm/tt.'z'i.'j  de  cette  cfncce  chez  les 
Romains  étoient  celles  appellces ,  itzr ,  uclus  ,  via. 

'LzfcrvUudi  appellée  iur  ^  revenoit  à  ce  que  nous 
appelions  droit  de  p.^Jjag^  pour  les  gens  de  pié  ;  aclns 
droit  de  palTngc  pour  les  bêtes  de  Ibnime  ,  &  via  le 
paflage  pour  les  chariots  &  autres  voitures. 

Les  zuires  firvitiidcs  font  aquce  duclus  ,  c'efl-à-dire 
de  faire  pafler  de  Feau  par  l'hcri.age  d'autrui;  aqiuz 
haujîus^\c  droii  d'y  puifer  de  Vç-exr^pccoris  adaquam  ap- 
puifiis ,  le  droit  d'abreuver  fes  beiiiaux  dans  l'eau  du 
voilin  ;  pafcendi  puons  ,  droit  de  pafcage  ;  cakis  co- 
quinda.,  de  f^ire  cuire  fa  chaux  dans  le  fonds  d'autrui; 
arciiiZ  fodicnda  ,  de  tirer  du  fable  fur  le  voiiin  ;  entez 
fodienia  ,  d'y  tirer  de  la  craie  ou  marne  ;  eximendi 
lapdis  ^  d'en  tirer  de  la  pierre.  Voyez  jf!  defervit. 
prœd.  ruflic. 

Servitude  urbaine,  eft  celle  qui  eft  due  à  un 
bâtiment  delliné  pour  l'habitation  du  père  de  famille, 
quand  même  ce  bâtiment  ieroit  fitué  aux  champs. 

On  en  diftingue  ordinairement  huit. 

La  première  ,  qu'on  appelleyè/v/Vai-  oncris  fenndif, 
oblige  celui  qui  la  doit  de  porter  les  charges  d'un 
autre. 

La  féconde  appellée  Ugni  immittendi,  c'eft  le  droit 
de  pofer  fes  poutres  dans  le  mur  voifm. 

La  troifieme ,  Hgni projiciendi ,  eft  le  droit  d'avan- 
cer fon  bâtiment  lur  l'héritage  voilin  ,  comme  font 
les  faillies  &  avances ,  les  balcons. 

La  quatrième  ,  Jîilliadii  rccipicndi  vel  non  recipicn- 
di ,  eft  l'obligation  de  recevoir  l'eau  du  toit  du  voi- 
fm, ou  au  contraire  l'exemption  de  la  recevoir. 

La  cinquième  .^fluminis  recipicndi  vdnon^  c'eft  par 
l'eau  qui  tombe  du  toît  voifm ,  mais  rafîemblée  dans 
une  gouttière. 

La  fixieme ,  jus  altiîis  non  tolkndi ,  confille  à  em- 
pêcher le  voifm  d'élever  fon  bâtiment  au-delà  d'une 
certaine  hauteur. 

La  fepticme  eft ,  jus  profpeclus  ou  ne  luminibus  of~ 
ficiatur  ^  c'eft  le  droit  d'empêcher  le  voifm  de  rien 
faire  qui  puiffe  nuire  aux  vues  de  l'héritage  domi- 
nant. 

La  huitième  appellée  ^fervitus  luminu?n,  eft  le  droit 
û*avoir  des  jours  lur  le  voifm.  Foye^  au  fF.  le  tit.  de 
fervit.  pradior.  urban. 

SEKFIVI ,  {Jurifpmd!)  terme  latin  qui  s'eft  con- 
fervé  long-tems  dans  l'ufage  des  chancelleries ,  pour 
exprimer  l'atteftation  que  chaque  officier  de  chancel- 
lerie devoit  donner  à  l'audiencier  du  tems  qu'il  avoit 
lervi ,  foit  au  confeil ,  foit  au  parlement ,  à  la  chan- 
cellerie du  palais  ou  ailleurs.  Ces  fortes  d'atteftations 
furent  ainfi  appelle  es  ,  parce  qu'étant  autrefois  rédi- 
gées en  latiii  comme  tous  les  aftes  de  juftice  ,  elles 
commençoient  par  ce  mot  fervivi.  Voyez  ïefciendum 
de  la  chancellerie.  (^) 

SER17M,  f.  m,  {Gram.')  la  partie  aqueufe  ,  claire 
&  tranfparente  ,  du  lang  ,  du  lait ,  des  humeurs  ani- 
males. 

SERUS  ,  (  Giog.  anc.  )  fleuve  de  l'Inde,  en -deçà 
du  Gange.  l'tolomée,  Hv.  FIL  ch.j.  place  l'embou- 
chure de  ce  fleuve  fur  le  grand  golfe  ,  au  midi  d'Aga- 
nagara.  Il  ajoute  que  ce  fleuve  fe  formoit  de  deux 
fburces,  qui  étoient  dans  lemontSemanthinus.  Mer- 
cator  croit  que  le  nom  modenie  eft  Ccmmaran.  (Z).  /.) 

SER  VUS  iipedihns  meis ,  (  Littéral.^  c'étoit  le  nom 
qu'on  donnoit  à  l'cfclave  dont  on  fe  lervoit  pour  les 
mefliiges  ik  pour  porteries  lettres  ,  du  tems  de  la  ré- 
publique à^s  Romains  ;  car  il  n'y  avoit  point  alors 
de  commodité  réglée  pour  les  faire  tenir  par  des  pof- 
tc.i  :  aufli  n'avony-nous  point  de  terme  qui  réponde 
exaOcmcnt  aux  mots  iMm^Jervus  à  p^dibus  /nàs  :  ce- 
lui de  valet  de  pié ,  qui  femble  les  exprimer ,  n'en 


S  E  R 


125 


donneront  pas  une  idée  aftez  jufte.  Mongauli.  (D.  /,) 

SERY,  V07Ê.7  Musaraigne. 

SESAC  ,  (  Mythol.  oricntak.  )  divinité  des  Baby- 
loniens ,  à  ce  que  penfent  la  plupart  des  critiques  fa- 
crés.  Ils  ont  cru  trouver  dans  Jérémie  le  nom  de  ce 
dieu.  Voici  les  paroles  du  prophète,  ch.  xxv,  v.  /i. 
«  Ainfi  a  dit  le  feigneur  :  prends  de  ma  nriin  la  c5u- 
»  pe  du  vin  de  ma  fureur,  &  fais  en  boire  à  toutes 
»  les  nations  .  .  .  &  le  roi  Sefic  en  boira  avec  eux  ;  » 
puis  il  ajoute  dans  un  autre  endroit  :  «  comment  a 
»  été  prife  S^fac^  Comment  Babylone  eft-elle  deve- 
»  nuel'étonnementde  toutes  les  nations.-'  » 

Les  interprètes  qui  conviennent  que  dans  ces  deux 
palïages  ,  Sefac  déligne  également  le  roi  &  la  ville  de 
Bdbyione  ,  font  perfuadés  que  ce  Scjdc  étoitune  des 
divinités  des  Babyloniens,  &  que  Jérémie  a  préten- 
du défigner  la  ville  même  par  le  nom  de  cette  divi- 
nité ;  mais  cette  opinion  eft  purement  co.nieflural^. 
{D.J.) 

SESAME ,  f  m.  (  Botan.  )  fuivant  Llnnœus ,  le  ca- 
lice de  ce  genre  de  plante  eli  monopétale ,  divifé  en 
cing  fegmens  .  la  fleur  eft  auiTi  mono[>étale  ,  en  for- 
me de  cloche ,  &  découpée  en  cinq  parties  dont  Wu 
ne  eft  beaucoup  plus  longue  que  les  autres;  les éta» 
mines  font  quatre  hlets  plus  courts  que  la  fleur  ;  leurs 
bolfettes  font  oblongues ,  droites  &  pointues  ;  le  ger* 
me  du  piftil  eft  ovale  &  rude  ;  leftile  eft  un  filet; 
le  ftigma  eft  en  forme  de  lance,  divifé  en  deux;  le 
tniit  eft  une  capfule  oblongue  à  quatre  loges  qui  con* 
tiennent  quantité  de  femences  ovoïdes.  Linnczi  gen. 
plant,  p.  ic)2,. 

ïournetort  met  cette  plante  parmi  les  digitales, 
&  l'appellent  digitalis  orimialis  fefamum  dicla  ,  /.  R, 
H.  164.  Sa  racine  eft  annuelle;  fon  cahce  part  des 
ailes  des  fleurs  ,  prefque  fans  pellicules;  il  eft  petit, 
&  divifé  en  cinq  fegmens  longs  &  foibles;  lii  fleur 
eft  monopétalc  ;  fon  ovaire  eft  en  filique,  tétrago- 
nal,  oblong,  divifé  en  quatre  cellules  ,  pleines  de  fe- 
mences qu'on  peut  manger.  Elles  font  modérément 
humeûantes  ,  émoUientes  ,  parégoriques  ,  vifqueu- 
ies  ,  graiies  ,  &  par  conféquent  emplaftiques. 

Les  Egyptiens  fe  fervent  beaucoup  de/é/Tz.Tzj,  tant 
en  alimens  qu'en  remède,  parce  qu'il  croît  prompte- 
ment,  &  qu'il  précède  les  autres  fruits  après  les 
inondations  du  Nil  ;  il  récoiupcnfe  bien  ceux  qui  1« 
cultivent  de  leurs  travaux  par  la  quantité  de  filiques 
qu'il  donne.  Parkinfon  prérend  que  \&féfame  croît  de 
lui-même  aux  Indes  orientales , mais  qu'on  le  cuhive 
en  Egypte ,  en  Syrie  ,  en  Grèce,  en  Crète  &  en  Si- 
cile. Les  Arabes  iifent  fréquemment  dans  leurs  mets 
de  l'huile  exprimée  de  la  graine  à^pfdvic.  Il  eft  vraif- 
femblable  que  notre.  Jefumc  n'eft  point  celui  des  an- 
ciens; car  les  vertus  que  Diofcoride  lui  attribue  ne 
conviennent  point  au  nôtre.  (D.  /.) 

SÉSAMOIDE ,  f  f.  (  m/î.  nat.  Bot.  )fiJamoides, 
genre  de  plante  dont  la  fleur  reflemble  à  celle  du 
réfeda.  Foye^  Réséda.  Le  fruit  a  différente  forme  , 
félon  les  diverfes  efpeces  ;  tantôt  il  eft  compofé  de 
plufieurs  petites  cornes  qui  ibnt  remplies  chacune  par 
wnii  femence  qui  a  la  figure  d'un  rein  ;  dans  d'autres 
efpeces  il  reflemble  par  fa  forme  à  une  étoile  ,  &  il 
eft  divifé  en  plufieurs  capfules.  Tournelbrt ,  //•;//.  ui 
Iierb.  Foye^i  Plante. 

SÉSAMOÏde  ,  adj.  en  Anatomie  ,  nom  de  quelques 
petits  os  qui  relTemblent  à  la  fcnience  d'une  plante 
de  ce  nom. 

Les  vrais  osféftmoïdcs  font  au  nom!)re  de  deux , 
&  on  les  obfcrve  dans  le  pouce  tant  de  la  main  que 
du  pié.  C'eft  à  ces  os  que  les  fléchiffours  du  pouce 
fur  le  métacarpe  font  attachés  ,  &  outre  cela  l'abduc- 
teur du  pouce  dans  le  pié.  On  remarque  encore  dit- 
férens  autres  os  Jejamoidis  d.ins  les  autres  articula- 
tions des  doigts  ,  mais  ils  ne  fe  trouvent  pas  conf- 
tamment. 


126 


SES 


Ces  petits  ofTclets  fe  trouvent  pour  rordinaire  clans 
les  ligamens  capiulaires  de  l'articulation  des  doigts  à 
des  orteils  de  plulicurs  adultes  ;  leur  figure  &  leur 
grolleur  varient  infuiiment  ;  quelquefois  ils  font  gros 
comme  des  grains  de  moutarde,  &  quelquefois  com- 
me de  gros  pois.  Les  phalanges  mêmes  ne  font  pasles 
foules  parties  où  l'on  trouve  les  osjcjanioïdes  :  on  en 
rcnconti  e  quelquefois  iiir  les  conduits  du  témur  ,  à 
la  partie  info^rieure  du  péroné,  liir  l'os  du  talon,  &c. 
On  comorendra  lans  peine  la  caufo  de  ce  jeu  de  la 
i^ature, quand  on  ne  regardera  pas  ces  oilclets com- 
me des  pièces  léparées ,  mais  comme  une  portion 
de  la  caplulc  ligamenteule  qui   s'eil  offifiée. 

II  clT:  certain  que  ces  petits  os  ne  font  autre  chofo 
que  les  ligamens  des  articulations  ,  ou  de  torts  ten- 
dons de  mufoles  ,  ou  l'un  &  l'autre  devenus  oflcux 
par  la  violente  comprefTion  qu'ils  éprouvent  dans 
les  endroits  où  ils  font  placés.  En  voici  la  preuve. 

I  °.  On  ne  rencontre  pas  les  osféjamoïdcs  dans  tous 
I?s  fujets;  on  les  trouve  ordinairement  cartilagineux. 
Ils  ne  font  communément  bien  ofTifîés  que  dans  les 
l'ujets  robuftes  &  vieux. 

■  z°.  Ils  font  placés  fur  la  partie  la  plus  élevée  de  la 
tête  des  os  dumétatarfe  &  des  phalanges  qui  foutien- 
nent  les  tendons  des  fléchiffeurs  :  ce  qui  juftifîe  que 
la  compreffion  des  ligamens  elt  la  caufe  de  cette  olïl- 
fication. 

3'*.  Les  os/^y^/noï^iTi  au  commencement  des  muf- 
des  gartrocnémiens,  ne  font  évidemment  compofés 
que  de  fibres  tendineufes* 

4°.  Les  mêmes  os  à  la  première  phalange  du  gros 
orteil ,  ne  font  aufTi  vifiblement  que  la  continua- 
tion de  la  fubftance  des  ligamens  6c  des  tendons  des 
mufcles  de  cette  partie;  &  celui  qui  efl:  quelquefois 
double  à  la  féconde  phalange  du  même  orteil,  efl 
une  partie  du  ligament  circuialre. 

5".  Enfin  ces  ofîelets  doubles  fous  les  tendons  fen- 
dus du  fublime  ,  prouvent  encore  cette  vérité. 
Finiffons  par  trois  remarques  de  M.  Winflow. 
1°.  Dans  tous  les  fujets  où  les  tendons  &  les  liga- 
mens ont  beaucoup  de  fermeté,  où  l'aftion  des  muf- 
cles eft  forte  ,  &  la  comprelfion  violente  ,  il  y  a  lieu 
de  s'attendre  à  trouver  de  ces  os. 

3°.  Toutes  chofcs  égales  d'ailleurs,  plus  le  fujet 
eft  âgé  ,  plus  on  trouvera  de  ces  os ,  6c  plus  ils  fe- 
ront gros. 

3°.  Plus  le  fujet  a  fatigué  ces  extrémités  inférieures 
ou  f  iipérieures ,  plus  aufîi ,  toutes  chofes  égales  d'ail- 
leurs, ces  os  feront  gros  &  nombreux. 

Mais  quand  M.  Winflow  ne  craint  point  d'ajouter 
que  ces  offelets  augmentent  la  force  des  mufcles ,  en 
tacilitent  le  jeu  ,  &  font  que  les  orteils  ,  lorfqu'on 
marche  ,  fupportent  mieux  le  poids  de  toute  lamafîe 
du  corps  ;  je  ne  reconnoisplus  le  phyficien  qui  ve- 
noit  tout-à-l'heure  déparier  raifon  &  méchanique  ; 
je  n'y  vois  qu'un  homme  qui  découvre  les  préroga- 
tives de  la  nature  dans  fa  dégénération  même,  qui 
préfère  pour  la  force  &  la  flexibilité  des  organes  ,  la 
vieillefTe  à  la  jeunefTe  ,  &  qui  compte  apparemment 
le  mérite  des  faifons  par  l'hiver,  (/?.  /,) 

S  ES  B  A  M ,  f,  m,  (  Hljl.  rue.  Bot.  )  genre  de  plante 
à  fleurs  polypétalcs,  papilionacées  &  en  forme  de 
grappe  ;  les  embryons  forteut  de  la  partie  intérieure 
3e  la  fleur,  &  deviennent  dans  la  fuite  des  filiques 
oblongues  &  divifées  en  plufieurs  nœuds;  elles  ren- 
ferment des  femences  rondes.  Ajoutez  au  caraftere 
de  ce  genre  que  les  feuilles  naifTcnt  par  paires,  Pon- 
tcderx  ane/iologij.  f''oje{  PLANTE. 

SESBAN  ,  f.  m.  (  I/iJl.  nat.  Botaji,  exot.  )  arbrif- 
fcaude  la  grofTeu;-  du  myrte.  Ses  branches  font  ten- 
dres, herbacées  ,  &  d'un  verd-d'eau  tant-foit-peu 
rougeâtre  ;  fcs  fleurs  font  de  couleur  de  fafran  ,  affez, 
femblables  à  celles  de  l'anagyris  ,  &  pendent  en 
touffes.  Il  naît  de  fcs  fleurs  dçs  longues  filiques,  telles 


SES 

^ue  celles  dufœnu-grec  ,  &  qui  contiennent  des  fe- 
mences pareilles,  Veflingius  a  remarqué  que  le  nom- 
bre des  cellules  de  chaque  fillque  varie  félon  le 
nombre  des  graines  ,  &  que  le  tronc  de  l'arbrifieau 
efl  armé  d'épines  rares  &  courtes.  (/?,  /,) 

SESCHAN,  ÇCéog.  mod.')  znc'ienncment  B lige, 
Byccs  6c  Byce  ;  grand  lac  de  la  petite  Tartarie  en 
Europe,  Ilfépare  la  Tartarie  des  Nogais,  de  la  Cri- 
mée, &  fe  décharge  dans  la  mer  de  Zabache  par  un 
canal  fort  court,  n'étant  féparé  du  golphc  de  Nigro- 
poly  que  par  un  iflhme  de  demi-lieue  ,  fur  lequel  la 
ville  de  Précop  efl  fituée,  (Z>.  /.) 

SESELI,i^  m.  (  Hifl.  nat.  Botan.  )  genre  de  plante 
dont  voici  les  carafteres,  fuivant  Linnœus.  Le  calice 
qui  enveloppe  la  fleur,  eft  à  peine  remarquable  ;  la 
couronne  de  la  fleur  eft  généralement  uniforme  ;  la 
fleur  efl  à  cinq  pétales  à-peu-près  égaux  ,  &  taillés 
en  forme  de  cœur  ;  les  étamines  font  cinq  filets  qui 
finiflent  en  pointes  aiguës  ;  les  boffettes  des  étamines 
font  ftmples  ;  le  germe  du  piftil  eft  placé  fous  l'en- 
veloppe de  la  fleur  ;  les  ftiles  font  recourbés  ;  les 
ftignia  font  obtus  ;  le  fruit  eft  ovale,  petit,  cannelé, 
&  féparable  en  deux  portions.  Les  graines  font  au 
nombre  de  deux,  de  forme  ovoïde  ,  convexe  d'un 
côté  ,  &  applaties  de  l'autre.  Il  paroît  de  cette  def- 
criptlon  que  Tournefort  s'eft  trompé  en  rapportant 
les  diverfes  efpecesdeyè/è/iaugenrede  plante  qu'on 
nomme  fenouil.  (  O.  /,  ) 

Seseli  commun,  (Botan.^  c'eft  un  des  noms 
qu'on  donne  vulgairement  à  la  livêche  ,  en  latin  li- 
gnjlicum.  Foyei  LivÊCHE  ,  Botan.  (  Z>.  /.) 

Seseli  de  Candie  ,  (^Botan.)  nom  vulgaire  d'une 
des  efpeces  du  genre  de  plante  ,  que  Tournefort 
appelle  tordylium.  Voyc^^  TORDYLIUM  ,  Botanique. 

Seseli  de  Marseille,  (^  Botan.)  plante  Bom- 
mée  par  Tournefort ,  fœnicuUun  tortuofum  ,  &  par 
les  autres  Botaniftes  ,J'eJeli  maffîlienfe;  fa  tige  s'élève 
à  la  hauteur  d'environ  un  pié  &  demi ,  &  eft  rem- 
plie de  moelle  blanche.  Elle  porte  en  fes  fommités 
des  ombelles  ,  qui  foutiennent  de  petites  fleurs  à 
cinq  pétales  ,  difpofées  en  rofe ,  de  couleur  blan- 
che ,  &  quelquefois  purpurine.  Après  la  chute  de  la 
fleur  ,  fon  calice  devient  un  fruit  compofé  de  deux 
graines  oblongues,  ftriées  ,  arrondies  d'une  part,  &£ 
applaties  de  l'autre  ;  elles  font  d'un  gris  pâle ,  d'une 
odeur  aromatique  ,  &  d'un  goût  fort  acre.  Toute  la 
plante  a  une  odeur  forte  &  agréable.  Elle  croît  aux 
lieux  f'ablonneux  dans  les  pays  chauds  ,  comme  en 
Languedoc  ,  en  Provence ,  &  aux  environs  de  Mar- 
foille,  {D.J.)  ^  ■        , 

Seseli  de  Marseille  (^Mat.  méd.^  la  femence 
eft  la  feule  partie  de  cette  plante  qui  foit  d'ufage  ea 
médecine.  Elle  efl  comptée  parmi  les  femences  car- 
minatives.  Elle  eft  fort  analogue  avec  celles  des  au- 
tres plantes  ombelliferes  ufuelles  ,  telles  que  le  fe- 
nouil, l'anls  ,  le  cumin,  &c.  Aufîl  eft-ceprefque 
toujours  avec  ces  dernières  femences  qu'on  l'em- 
ploie ,  &  très-rarement  feule.  Son  ufage  eft  fort  rare 
pour  les  prefcriptions  magiftrales.  On  l'emploie  da- 
vantage dans  les  compofitions  officinales  relie  entre, 
par  exemple  ,  dans  lathériaque  ,  le  mithridat,  l'eau 
générale,  &i.  la  poudre  de  calibe  de  la  pharmacopée  de 
Paris,  {h) 

SESIA  (la),  ou  la  SESSIA  ,  (  Géogr.  mod.)  ri- 
vière d'Italie  ,  dans  le  Milanez.  Elle  prend  fa  fource 
dans  les  Alpes,  aux  confins  du  Valais,  travcrfc  la 
vallée  de  fon  nom  ,  &  fe  décharge  dans  le  Po  ,  au- 
dcflous  de  Cafal.  (D.J.) 

SESQUI ,  efl  une  particule  fouvent  employée  par 
les  anciens  muficiens  ,  dans  la  compofition  des  mots 
fervant  à  exprimer  différentes  efpeces  de  mefures. 

Ils  appellolent  donc  Je/qui  -  altères  ,  les  mefures  , 
dont  la  principale  note  yaloit  une  moitié  en  lus  de 


SES 

plus  que  fa  valeur  naturelle  ;  c'eft-à-dîre ,  trois  des 
notes  dont  elle  n'auroit  valu  autrement  que  deux  ; 
ce  qui  avoit  lieu  dans  toutes  les  mefures  triples , 
foit  les  majeures  ,  où  la  brève  même  fans  point  valoit 
trois  femi-breves  :  foit  les  mineures,  où  la  femi-breve 
valoit  trois  minimes. 

Ils  appelloient  encore  fefqui-ociavc  ,  le  triple  mar- 
qué par  ce  figne  C  |. 

Double  fequi-quartCj  le  triple  marqué  C|.  &  ainfi 
des  autres. 

Sefqui-diton  ou  hemi-d'uon  dans  la  mufique  grec- 
que ,  eft  l'intervalle  d'une  tierce-majeure  diminuée 
d'un  ferai  -  ton ,  c'eft  -  à  -  dire  ,  une  tierce-mineure. 
Foyei  Tierce.  (5) 

SESQUI-ALTERE  ,  en  Géométrie ,  &  en  Arithméti- 
que ,  c'efl  un  rapport  entre  deux  lignes  ,  deux  nom- 
bres ,  &c.  dans  lequel  une  de  ces  grandeurs  contient 
l'autre  une  fois  &  une  demi-fois.  Foyei  Raison. 

Ainfi  les  nombres  9  &  6,  font  entre  eux  en  raifon 
fifqiti-aUere  ;  car  9  contient  6  une  fois  &  une  demi- 
fois  :  tels  font  auffi  les  nombres  30  &  zo.  (£) 

SESQUI  DOUBLE ,  ^^].{Géom.  Mathém.) on  dit 
qu'une  raifon  eft  Jefqui-doublée ,  quand  le  plus  grand 
de  (es  deux  termes  contient  le  plus  petit  deux  fois 
&  une  demi-fois  ;  telle  eft  la  raifon  de  1 5  à  6  ,  de 
50  à  2.0,  &c.  Voyci  Raison.  (  £  ) 

SESQUI-QUADRAT,adj.  {Afiron.)  zfyea/efqui' 
quadrat ,  eft  un  afpeft  ou  pofition  des  planètes  ,  où 
iclles  font  éloignées  l'une  de  l'autre  de  4  fignes  & 
demi,  ou  135  degrés,  c'eft-à-dire ,  90-f  45.  Foyei 
Aspect.  (£■) 

SESQUi-TIERCE,  (  Géométrie.  )  on  dit  qu'une 
quantité  eft  en  raiion  fefqui-tierce  d'une  autre  quan- 
tité ,  quand  la  première  contient  la  deuxième  une 
fois  &  un  tiers  de  fois  ;  telle  eft  la  raifon  de  8  à  6  , 
ou  de  4  à  3 .  (  £  ) 

SESSA  ou  SEZZA  ,  (  Gcogr.  mod.^  bourgade  d'I- 
talie ,  au  royaume  de  Naples  ,  dans  la  terre  de  La- 
bour ,  à  cinq  milles  de  Carinola ,  &  à  vingt-deux  de 
Capoue ,  près  du  Gariglan ,  avec  titre  de  duché ,  & 
un  évêché  fuffragant  de  Capoue.  Si  cette  bourgade 
«ft  l'ancienne  SiuJJ'a-Arunca ,  elle  a  bien  perdu  de 
fon  luftre ,  &  l'on  ne  peut  plus  dire  d'elle  ce  qu'en 
difoit  Cicéron  ,  lauti£imum  oppidum ,  car  c'eft  un 
lieu  miférable  ,  malgré  tous  les  titres.  Long.  3  / , 

^6.     Util.    SS    y    ^o. 

Corra^//2i  (Pierre -Marcelin),  favant  cardinal, 
naquit  à  SeJ/a^  &  donna  une  hiftoire  de  cette  ville  en 
latin  ;  mais  il  s'acquit  une  toute  autre  gloire  par  fon 
bel  ouvrage  intitulé  :  vêtus latium  profanum  &  j'acrum  , 
3.  vol.  infol,  11  mourut  à  Rome  en  1743  ,  à  83  ans. 
(Z?./.) 

SESSE  ,  f.  f .  (  terme  de  relation.  )  c'eft  une  bande 
ou  écharpede  toile  ,  dont  les  Orientaux  entourent  le 
bonnet  de  leur  turban ,  &  qui  leur  ceint  la  tête.  Les 
émirs  ,  ou  defce^dans  de  Mahomet,  ont  droit  de 
porter  feuls  le  turban  avec  la  fe(fe  de  laine  verte. 
L'habit  des  femmes  de  Samos ,  au  rapport  de  Tour- 
nefort,  confifte  en  un  doliman  à  la  turque,  avec  une 
cocffe  rouge  ,  bordée  d'une  fe^e  jaune  ou  blanche 
qui  leur  tombe  fur  le  dos  ,  de  même  que  leurs  che- 
veux ,  qui  le  plus  fouvent  font  partagés  en  deux 
treffes  ,  au  bout  defquelles  pend  quelquefois  un 
trouffeau  de  petites  plaques  de  cuivre  blanches,  ou 
d'argent  bas.  {D.  J.) 

SESSION  ,  f .  f  (  Gram.  )  11  eft  dit  pour  féance , 
Xafcjfion  de  tel  concile  ;  cette  affaire  a  été  renvoyée 
à  hifefflon  fuivante  du  parlement. 

SESSITES ,  ÇGcogr.  anc.  )  llcuvc  de  la  Gaule 
Tranfpadane.  Pline ,  /.  /// ,  c.  xvj  ,  le  compte  au 
nombre  des  fleuves  confidcrables  qui  fe  jette  dans 
le  Pô.  Leander  le  nomme  Scu^a.  (D.  /.) 

SESTAKOF  ou  SESTANOS ,  (  Géogr.  mod.  )  ville 
jle  l'empire  RufTien,  dans  la  province  de  Viarka,  fur 


SES  ia7 

îa  rive  droite  de  la  Viarka.  Long.  Cq.Utlt.  68   \oi 
{D.J.)  ^ 

SESTE ,  f .  f.  (  Mefurefeche.  )  on  s*en  fcrt  à  Sianlt 
pour  les  grains  ,  graines  &  légumes  feches.  Il  faut 
quarante  facs  pour  faire  le  yê/e,  &  quarante  fejies 
pour  le  cohi  ;  enforte  qu'évaluant  lefefîe  fur  le  pie 
de  cent  catis ,  ou  cent  vingt-cinq  livres,  poids  de 
marc ,  le  fac  pefe  environ  trois  livres  un  peu  plus  , 
&  le  cohi  cent  vingt  livres  ,  Savary.  (Z?.  /,) 

SESTERAGE  ,  f  m.  (  Gram.  Jurifp.  )  tributs  que 
quelques  feigneurs  levoient  autrefois  fur  chaque 
feptier  de  bled. 

SESTERCE ,  f.  m.  (  Monnaie  romaine.  )  le  fcjîercc 
étoit  une  petite  picce  d'argent ,  qui  valoit  le  quart 
du  denier  ou  deux  as  &  demi.  Cette  marque  H.  S, 
lignifie  dipondium  cumfemijfe^  ^ftjlertius  eft  la  même 
chofe  c\\xefe>nijienius. 

Les  Romains  comptoient  par  fefîertii  Se  par  fe/Ier-' 
tia  ,  car  on  ne  trouve  jamais  fejèsrtiam  au  fmguïier  , 
parce  qu'on  diloit  mille  fejlertii  ,  &  non  pas  ununt 
fefierùum. 

Les  fejiertia ,  qui  étoient  une  monnoie  de  compte 
comme  le  talent ,  valoient  autant  de  milliers  de  ces 
petites  pièces  d'argent  ,  nommées  fejlertii ,  qu'il  y 
avoit  d'unité  dans  le  nombre.  Ainii  fejiertia  X.  ou 
fejlertium  decem  fupplée  millia ,  c'étoit  dix  mille  pe- 
tits feperces. 

Ce  n'eft  que  par  le  fui  et  qui  eft  traité  qu*on  peut 
reconnoître  s'il  s'agit  de  grands  ou  de  petits /é/?er- 
ces  ,  les  uns  &  les  autres  s'exprimant  par  cette  mar- 
que H.  S.  XefeflertiuSy  parce  qu'il  valoit  deux  as  &C 
demi ,  &  le  fejlertium  ,  parce  qu'il  valoit  deux  livres 
&  demie  d'argent. 

M.  de  S.  Real  s'eft  pérfuadé  que  les  Romains  ne 
fe  fervoient  de  cette  marque  H.  S.  que  pour  les  pe- 
tits fejîerces ,  &  que  pour  les  grands  ils  écrivoient 
tout-au-longyè//er/i<ï ,  au-lieu  que  les  copiftes  avoient 
écrit  en  abrégé  les  uns  &  les  autres.  Mais  cette  opi- 
nion nous  paroît  fans  fondement  ;  l'uniformité  qui 
fe  trouve  dans  les  manufcrits  fait  voir  que  cette  ma- 
nière de  marquer  les  grands  feJlerces  ne  vient  point 
des  copiftes.  Il  y  a  même  un  endroit  dans  Suétone 
qui  prouve  décifivement  que  les  Romains  écrivoient 
en  abrégé  les  ^rar\às  feflerces ,  aulfi-bien  que  les  pe-, 
tits  ;  c'eft  dans  la  vie  de  Galba ,  cap.  VL 

Quand  on  trouve  fejlertium  decies  numeratum  ejfi 
dans  Cicéron  ,  c'eft  une  fyllepfe  de  nombre ,  où  nu- 
meratum ,  qui  fe  rapporte  à  negotium ,  eft  pour  nu- 
mérota ,  qui  fe  devroit  dire ,  comme  il  eft  même  en 
quelques  éditions  ,  parce  que  l'on  fuppofe  centenx 
millia.  De  même,  an  accepto ctnties fejlertium  fecerit ^ 
dans  Velleius  Paterculus  pour  acuptis  centies  centenis 
minibus  Jefîertium.  De  même  encore  ,  trape^itœ  mille- 
drachmarum  funt  redditcs  ,  pour  res  mille  drachmarum 
efl  reddita ,  Plaut. 

Or  comme  les  anciens  ont  dit ,  decies  fefîertium  ou 
decies  centena  millia  fefîertium  ,  ils  ont  dit  auffi  decieS. 
œris  pour  decies  centena  millia  mris. 

Souvent  le  mot  de  fejlertium  eft  omis  dans  les  au- 
teurs par  une  figure  nommée  eUipJe.,  comme  fait  Sué- 
tone dans  la  vie  de  Céiar ,  promijfumque  jus  annula^ 
rum  cum  milUbus  C CC  C  diJluHt  ;  &  le  même  dans 
la  vie  de  Vefpalien ,  primus  è  fij'co  latinis  ,  gnecis  , 
rkctoribus  annua  centena  conflituit ,  c'eft-à-dire  ,  ce/ï- 
tcna  milliajcjlcrtium. 

Selon  l'opinion  de  M.  Gaflendi ,  l'as  romain  valoit 
neuf  deniers  de  notre  monnoie  ,  (  l'once  d'argent 
étant  eftimée  fur  le  pié  de  foixante-dix  fols)  ,  le  de- 
nier romain  valoit  dix  as  ,  c'eft-àdire  huit  fols  de 
notre  monnoie ,  &  le  peut  Jejîercc ,  nommé  en  latin 
feflertius,  valoit,  fuivant  ce  calcul ,  deux  fols;  le  grand 
feflerce  ,  qui  en  comprenoit  mille  petits,  valoit  envi- 
ron cent  &une  livres  dlx-fcpt  fols  ;  aujourd'hui  que 
l'once  d'argent  eft  eftimée  liir  le  pic  de  ftx  livres  ^ 


128 


SES 


le  marc  fur  le  pic  de  cinquante  livres ,  \çfc{îerce  vau-    ' 
droit  un  peu  moins  de  quatre  lois ,  &:  les  mdle  envi- 
ron cent  quatre-vingt-rept  livres  ;  il  ell  ailé  de  hure 
cette  évaluation  en  tous  tems  d  après  la  valeur  hxcc 
de  l'once  d'art;ent.  (le  chcvalur  de  Jaucourt.) 

SESTERTll/M  ,  (  Topogr.  de  Rome.  )  lieu  de 
Rome,  fitué  à  deux  milles  &  demi  de  la  porte  Ef- 
quHlne  ;  ce  lieu  étoit  alnfi  nomme,  dit  Julte-Liple  , 
^u^dfcmi  tertio  ab  urbe  miUiuri  diflabat.  C'étoit  l'en- 
droit où  l'on  jcttolt  les  cadavres  de  ceux  que  les 
empereurs  tailblent  mourir  ;  ^L  ce  fut  dans  ce  même 
endroit,  dltPlutaroue,  qu'on  jctta  la  tcte  de  Galba, 
après  qu'on  l'eut  allalfiné  &  qu'on  lui  en  fait  toutes 

ibrtes  d'outrages.  ( ^-  { ; )    ,  ^     .„,  . 

SESTIARIA  EXTREMA,  {Gcog.  anc)  pro- 
montoire d'Afrique  dans  la  Maurltanic-Tingitanc. 
Ptolomée ,  /.  /^.  c.j.  le  marque  lur  la  côte  de  la 
Méditerranée ,  entre  Tczmolonsa  &  Ryfiduum.  Il  y 
avolt  fur  ce  promontoire  une  ville  que  Caflald  nom- 
me C;^//w.  {D.J.)  ,       j,T    r 

SESTINATES  ,  {Geog.  anc.)  peuples  d  Italie 
dans  rUmbrle.  Leur  ville  étolt  un  municipe ,  à  la 
fource  de  l'IlTcairus  ou  Pifaurus.  Ce  municipe  étoit 
célèbre  ,  comme  le  témoignent  diverfes  inlcnptions 

anciennes.  (/?./•  ) 

SESTIUM,  {Géo^.  anc.)  ville  d  Italie  dans  les 
terres  de  l'CEn'otrie.  Gabriel  Barri  croit  que  c'ell  au- 
jourd'hui ^^rdce/î.i.  {D.J.) 

SESTO  (Gio''.  mod.)  petite  ville  d  Italie  dans  le 
Mllanez,  fur  la  gauche  du  Télln ,  à  i;endrolt  où  11 
fort  du  lac  Majeur.  Elle  a  titre  de  duché  ,  poflede  par 
la  maifon  de  Splnola.  (  Z>.  y.  ) 

SESTOLA,  {Géo<r.  moJ.)  ville  d  Italie  dans  le 
duché  de  Modeue  ,  &  le  chef- Heu  du  Friguano.  Il  y 
a  un  Pouverneur  &  une  garnlfon.  (  D.  /.  ) 

SESTRI ,  (  Géog.  mod.  )  petite  ville  d  Italie  dans 
l'état  de  Gènes,  à  30  milles  de  cette  capitale.  C'eft 
la  réfidence  de  l'évcque  deBrugi:ano.  On  la  nomme 
Seftri  di  Levante  ,  &  quelques-uns  la  prennent  pour 
la  Sefia  Tiguliorum  de  Pline.  Longit.  27.  2.  latit.  44, 

"^■^i-.;/?ri,furnommée  dl  Pomnce,  pour  la  dlftlnguer 
de  la  précédente ,  ell  une  autre  petite  ville  de  l'état 
de  Ccnes  ,  mais  qui  n'eft  qu'à  6  milles  a  loueft  de 
la  capitale.  On  a  cru  que  c'étolt  l'ancienne  TiguUa, 
Long.  z6.  ji.  latlt.  44.  27.  {D.J.) 

SESTUS  ou  SESTOS  ,  {Gcog.  anc.}  ville  du 
Cherfonncfe  deThrace,  fur  la  côte  de  l'Hellefpont, 
&  au  milieu  de  cette  côte ,  vis-à-vis  de  la  ville  d'A- 
bydos.  L'eipace  entre  ces  deux  villes  ell  de  7  à  8 
iladcs.  Seftos  efl  à  jamais  célèbre  par  les  amours 
d'Héro  &  de  Léandre,  dont  je  parlerai  au  mot  Tour 
DE  LÉANDRE  ;  &  c'eft  dc-là  qu'elle  eft  appeliée 
2«<r;*c  hV«  ,  Scfias  Héro  ,  par  Mulée  ,  qui  xm  peu 
auparavant  dit  :  Sejjus  erant  &  Abydus  ,  c  rcgione  po- 
'  fila  ,  propè  mare ,  vicina  oppida. 

Thucydide ,  /.  ^///.  p.  588.  en  parlant  de  Strom- 
bichide  ,  remarque  que  ce  chef  des  Athéniens  étant 
venu  à  Abydus  ,  &  ne  pouvant  engager  les  habitans 
à  fc  rendre  ni  les  réduire  par  la  force  ,  navigea  vers 
le  rivage  oppoié  ,  &  mit  une  garnifon  dans  Sefius 
pour  êt're  maître  de  THellefpont.  Pomponlus  Mcla , 
/.  //.  c.  ij.  place  aufli  ces  deux  villes  à  l'oppollte  l'une 
de  l'autre  :  Efi  Abydo  objacens  Sellos  ,  Leandri  amore 
nobiles.  Le  nom  national  étolt  Sefius  ,  félon  Etienne 
le  "éooraphe  ,  &Z.  nous  avons  une  médaille  de  Gor- 
dien avec  ce  mot. 

Il  y  a ,  dit  Procope ,  ^Edlf.  l.  ir.  c.x.^  l'oppofite 
d'Abydosune  ville  fort  ancienne,  nommce  Sefios , 
qui  cil  covnmandée  par  une  colline  ,  U  qui  n'a  voit 
autrefois  ni  fortifications  ,  ni  murailles.  L'empereur 
Juftinicn  y  a  fait  bâtir  une  citadelle  qui  efl  de  très- 
diluclle  accès  ,  &  qui  pafle  pour  imprenable. 

Les  Géographes  croient  ordinairement  que  les 


SET 

châteaux  des  Dardanelles  font  bâtis  fur  les  ruines  de 
Sejlos  &  d'Abydos  ;  mais  ils  fe  trompent  manifefle- 
ment ,  car  les  châteaux  font  vis-à-vis  l'un  de  l'autre, 
au-lleu  que  ces  deux  villes  étoient  fituées  bien  dilïé- 
remmcnt  :  i'ty/i)5Cioitfi  avancée  vers  laPropontide  , 
que  Strabon  ,  qui  compte  avec  Hérodote  875  pas 
d'Abydos  à  la  côte  voifine,  en  compte  3750  du  port 
de  cette  ville  à  celui  de  Sejlos. 

Léandre  devoit  être  bien  vigoureux  pour  faire  ce 
trajet  à  la  nage  ,  quand  il  voulolt  voir  Héro  fa  mai- 
trefle  ;  aufli  l'a-t-on  repréfentc  fur  des  médailles  de 
Caracalla  &  d'Alexandre  Sévère ,  précédé  par  ua 
cupidon  qui  voloit  le  flambeau  à  la  main  pour  le  gui- 
der ;  flambeau  qui  ne  lui  étoit  pas  d'un  moindre  fe- 
cours ,  que  le  fanal  que  fa  maîtrefle  prenolt  foin  d'al- 
lumer fur  le  haut  de  ia  tour  où  elle  l'attendoit  :  il  fal- 
loit  être  un  héros  &  tout  des  plus  robuiles  pour  faire 
l'amour  de  cette  manière. 

Il  vaut  donc  mieux  s'en  tenir  à  ce  que  dit  Strabont 
pour  la  iltuation  de  Sejlos  &  d'Abydos  ;  d'ailleurs  oit 
ne  trouve  aucuns  refies  d'antiquité  autour  des  châ- 
teaux ,  &  l'endroit  le  plus  étroit  du  canal  efl  à  trois 
milles  plus  loin  fur  la  côte  de  Maita  en  Europe  :  on  . 
voit  encore  des  fondemens  &  des  mafures  confidé- 
rables  lur  la  côte  d'Afie  ,  où  Abydos  étoit  placée. 

Xerxès ,  dont  le  père  avolt  fait  brûler  cette  ville  ,' 
de  peur  que  les  Scythes  n'en  profitaflfent  pour  entrer 
dans  l'Aile  mineure ,  cholfit  avec  raifon  ce  détroit 
pour  faire  paffer  fon  armée  en  Grèce  ;  car  Strabon 
aflùre  que  le  trajet  fur  lequel  il  fît  jctter  un  pont, 
n'avoit  que  fept  flades ,  c'efl-à-dire  qu'environ  un 
mille  de  largeur.  (  Z>,  7.  ) 

SESUFlI.,  (Géog.  anc.)  cité  maritime  de  la  Gaule 
celtique  dans  l'Armorique,  félon  Céfar,  Bel.  Gai.  l.  Il, 
c.  xxiv.  qui  la  nomme  avec  celle  des  peuples  Veniti , 
Unelli ,  OJîrnii ,  CurioJoUtce ,  Aulerel  6c  Rhedones.  Ni- 
colas Samfon  obferve  dans  fes  remarques  lur  l'an- 
cienne Gaule  que  le  nom  Sefuvii  ell  fort  corrompu 
chez  les  anciens  ,  ce  qu'il  prouve  par  plufieurs  paf- 
fages  ,  qiu  montrant  que  EU'ui  &  Sefuvii  (  le  pays  de 
Séez  )  ne  font  qu'un  même  peuple  dont  les  noms  ont; 
été  altérés.  (Z?.  /.) 

SETJI.UM  ^  (  Géog.  anc.  )  petite  contrée  d'Italie 
dans  la  Calabre  ,  aux  environs  de  la  ville  de  Sybaris. 
Gabriel  Barri  croit  que  S.  Mauro  ,  évêché  de  la  Ca- 
labre, redevenu  fimple  village  ,  étoit  dans  le  voifi-. 
nage  de  ce  petit  pays.  (  Z>.  7.  ) 

S  ETANT  10  RU  M  PORTUS,  {Gîog.  anc.)  port 
de  la  grande  Bretagne.  Ptolomée ,  /.  //.  c.  iij.  mar- 
que ce  port  fur  la  côte  occidentale  de  l'île  entre  les 
golfes  Moricambe  &  Belifama.  Camden  croit  que 
c'eil  le  lac  appelle  Winander-mer.  (^D.J.) 

S  ETE  ,  (  Géog.  mod.  )  province  d'Afrique  ,'  dan» 
la  bafl'e-Ethlopie  ,  au  royaume  de  Louango  ,  à  feize 
lieues  deMajambre.  Elle  produit  du  gros  6l  du  petit 
millet ,  du  vin  de  palme  &  du  bois  rouge  ,  dont  les 
habitans  trafiquent.  (  Z>.  /.  ) 

S  ETE  I A  jESTUARIUM,{Géog.  anc:)  golfe  de 
la  Grande-Bretagne;  il  efl:  placé  par  Ptolomée ,  /.  //. 
c.  iij.  fur  la  côte  occidentale  de  l'île  ,  entre  le  golfe 
Béllfama  &  l'embouchure  du  fleuve  Tifobis.  C'eft 
préfentemcnt  Du-mouth.^  ou  l'embouchure  de  la  Dée, 
félon  Cambden.  (^D.  J.) 

SETHREITES-NOMUS ,  {Géog.  anc.)ovi SethroU 
tes  ,  comme  lifent  Pline  &  Etienne  le  géographe  , 
nome  d'Egypte  ,  l'un  des  dix  du  Delta.  Sethrum  ou 
Sethion  en  étolt  la  capitale.  (  Z).  7.  ) 

SETIA  ,  {Géog.  anc.)  1°.  ville  d'Italie  dans  le  La- 
tlum  ,  aujourd'hui  Se^a.  C'étolt ,  félon  Tite-Llve  , 
/.  FIL  une  colonie  romaine  voifine  de  celle  de  Nor- 
ba.  Pivernates  Norbam  atque  Setïzm  Jinitimas  colonias 
romanas  ,  incurjlone  fubità  .,  depopulaii  funt.  Il  dit, 
/.  XXVL  c.  xv'uj.  que  c'étoit  un  municipe ,  &  il  le 
place  fur  la  voie  Appicnne  :  Conjul  per  Appiœ  mum- 

cipia  , 


SET 

dfla ,  quceqm  propur  eam  viam  funt  ^  S(ii\?SS\  foram  , 
Lavinium  prtcmijit.  Cette  ville  étoit  fituce  liir  le  haut 
d'une  montagne  ,  ce  qui  a  fait  que  Martial  lui  a  don- 
né l'épithete  àe  pcndula.  Le  même  poëte  dit  dans  un 
autre  endroit ,  /.  X.  eplgr.  €4  : 

Nec  quœ  paludes  ddicata  pomptinas 
Ex  arec  clivifpeclat  uva  Setini. 

On  recueilloit  beaucoup  de  vin  dans  le  territoire 
de  Sena  :  Silius  Italicus  fait  l'éloge  de  ce  vin. 

^c  quos  ipjius  menfisfepojla  luvi 

Setia ,  &  inccUbrl  mijïmnt  valla  velicrœ. 

Les  habitans  de  Setia  étoient  appelles  Setini ,  &  la 
ville  elle-même  fc  trouve  nommée  Setina  colonia  dans 
une  infcription  rapportée  par  M.  Spon  ,  page  lyc), 
Patrono.  Fabruin  Colonice  Sctincz. 

Cette  ville  conferve  fon  ancien  nom  ;  elle  eft  fituée 
fur  une  montagne  ,  dans  la  campagne  de  Rome  ,  en- 
tre Sermonette  &  Piperno.  Mais  aujourd'hui  fon  ter- 
roir a  changé  de  nature  ;  il  ne  produit  prefque  rien 
du  tout.  L'on  remarque  parmi  les  bois  dont  (<ts  mon- 
tagnes font  préfentement  couvertes ,  beaucoup  de 
ces  planter  appelléesjîcwi  indica  ;  il  y  en  a  qui  s'élè- 
vent juiqu'à  la  hauteur  de  trente  pies ,  &  qui  font  un- 
tronc  de  la  grofl'eur  d'un  homme.  Les  lauriers  &  les 
rnyrthes  y  font  communément  dans  les  haies  ,  &  on 
commence  à  trouver  affez  fréquemment  les  oranges 
en  pleine  terre.  Proche  de  Setia  ,  au  village  de  Ca- 
fenove  ,  on  rencontre  un  fort  grand  marais  ,  fur  le- 
quel on  peut  s'embarquer  pour  aller  à  Terracina. 

2°.  Setia  eft:  encore  le  nom  d'une  ville  d'Efpagne , 
dans  la  Bétique ,  que  Ptolomée  ,  /.  //.  c.  jv  ,  place 
dans  les  terres  ,  &  qu'il  donne  aux  Turdules. 

3°.  Setia  ,  ville  de  l'Efpagne  tarragonnoife ,  fîtuce 
dans  les  terres  &  chez  les  Vafcones ,  félon  Ptolomée, 
/.  //.  c.  vj. 

Valerius  Flaccus ,  poëte  latin ,  étoit  natif  de  Setia 
dans  le  Latium  ,  &  félon  d'autres  ,  de  Padoue.  Quoi 
qu'il  en  foit ,  ce  poëte,  qui  fleuriffoit  fous  l'empire 
de  Doraitien  ,  vers  l'an  71  de  Jefus-Chrifl,  eut  beau- 
coup de  part  à  l'amitié  de  Martial ,  &  ne  fut  pas  fort 
accommodé  des  biens  de  la  fortune.  Son  poëme  des 
Argonautes  en  huit  livres  ,  demeura  imparfait  ;  & 
Quintilien  regrete  ce  malheur  pour  les  Lettres. 
{D.J.) 

SETIE ,  (  Marine.  )  voye^  Seitie. 

SÉTHIENS ,  ou  SÉTHINIENS ,  f.  m.  pi.  (  Hift. 
ecdéf.  )  hérétiques  fortis  de  Valentin  ,  ainfi  appelles 
du  nom  de  Suh.  Ils  enfeignoient  que  deux  anges 
ayant  créé  l'un  Caïn ,  &  l'autre  Abel ,  &  celui-ci 
ayant  été  tué,  la  grande  vertu  qui  étoit  au-deffus  des 
autres  vertus ,  avoit  voulu  que  Seth  fût  conçu  comme 
une  pure  femence  ;  mais  qu'enfin  les  deux  premiers 
anges  s'étant  mêlés  les  uns  avec  les  autres ,  la  grande 
vertu  avoit  envoyé  le  déluge  pour  ruiner  la  mauvaife 
engeance  qui  en  étoit  venue  ;  que  toutefois  il  s'en 
ctoit  gliffé  quelque  partie  dans  l'arche  ,  d'où  la  ma- 
lice s'étoit  répandue  dans  le  monde.  Ces  hérétiques 
compoferent  plufieurs  livres  fous  le  nom  de  Seth  & 
des  autres  patriarches.  Quant  à  Jefus-Chrifl: ,  ils  fe 
perfuadoient  ou  qu'il  etoit  Seth  ,  ou  qu'il  tenoit  fa 
place.  TertuUien  ,  de  prœfcr.  c.  xlvij  ;  Saint  Irénée  , 
/.  /.  c.  vi/.  &  feq.  Saint  Epiphane ,  hœr.  j  /  ,•  Baronius, 
^.  C.  146  ;  Sixte  de  Sienne ,  /.  //.  biblioth.  Godeau , 
hijî.  ecclif.  &c. 

SÉTHIM ,  (  Criiiq.  facrk.  )  forte  de  bois  précieux 
dont  Moife  fe  fervit  pour  conft:ruire  l'arche ,  les  au- 
tels ,  la  table ,  le  tabernacle  même  ,  &  plufieurs  au- 
tres chofcs  qui  y  fervoient.  Ce  bois  fc  trouvoit  dans 
les  deferts  d'Arabie  ,  mais  nous  ne  le  connoiilbns 
point  ;  &  les  feptante  ont  traduit  le  mot  hébreuy./- 
thim  par  le  terme  général  de  bois  incorriiptibh.i^  D.  /.) 

SETIER  ,  (.  m.  terme  di  relation  ;  c'efl  le  nom  que 
Tome  X  F. 


SET 


119 


les  Francs  donnent  à  des  barques  turques ,  avec  lef- 
quelles  ils  font  le  commerce  de  proche  en  proche, 

SETINE,  f.  f.  terme  de  laboureur  ^  mefure  de  prés 
dans  le  pays  de  Bugei  &  de  Gex  ;  c'eft  l'étendue  de 
pré  que  fix  hommes  peuvent  faucher  en  un  jour.  On 
eftime  lafetine  au  pays  de  Gex  douze  charretées  de 
foin  de  vingt  quintaux  ,  qui  font  vingt-quatre  méaux 
du  pays  de  BrefTe.  A  Genève  la  Jètine  owj'éterée  eft 
autant  de  pré  qu'un  homme  en  peut  faucher  en  un 
jour.  {D.J.) 

SETINC/M,  (  Botan.  )  nom  donné  par  quelques- 
uns  à  la  Meleze ,  &  par  quelques  autres  à  l'agaric  de 
Diofcoride.  {D.  J.) 

SETIOLER  ,  terme  de  Jardinage.  Ce  terme  fe  dit 
des  plantes  qui ,  pour  être  trop  preilées  dans  leurs 
planches  ,  montent  plus  haut  qu'elles  ne  devroient , 
ce  qui  les  rend  foibles  &  menues.  Le  même  mot  fe 
dit  auffi  des  branches  qui  font  dans  le  milieu  des  ar- 
bres trop  touffus.  (  Z>.  /.  ) 

SETON  ,  f.  m.  terme  de  Chirurgie  ,  bandelette  de 
linge  qui  fert  à  enLretenir  la  communication  entre 
deux  plaies. 

Ce  mot  vient  du  Xzûrxfeta  ,  parce  que  l'on  fe  fer- 
voit  anciennement  de  crins  de  cheval  pour  la  même 
intention. 

Fabrice  d'Aquapendente  employoit  un  cordon  de 
foie.  J'ai  vu  plufieurs  chirurgiens  qui  fe  fervoient  de 
ces  mèches  de  coton  qu'on  met  dans  les  lampes;  mais 
on  doit  préférer  une  petite  bande  de  toile ,  parce  que 
le  linge  convient  mieux  aux  plaies.  On  a  loin  d'e«fiier 
cette  bandelette  fur  les  bords ,  pour  qu'elle  paiTe  plus 
facilement ,  &  qu'elle  s'applique  plus  mollement  aux 
parois  de  la  plaie. 

Lefeton  eft  d'un  grand  fecours  pour  porter  les  mé- 
dicamens  tout  le  long  du  trajet  d'une  plaie  contufe 
qui  a  une  entrée  &^  une  fortie  ,  comme  cela  arrive 
ordinairement  dans  les  plaies  d'armes  à  feu.  Quelques 
praticiens  objeûent  que  le  feton  eft  un  corps  étran- 
ger qu'on  entretient  dans  la  plaie,  &  qu'ainû  l'ufage 
doit  en  être  profcrlt  ;  mais  on  ne  peut  lui  refuser 
d'avoir  de  grandes  utilités  ;  il  empêche  que  les  en- 
trées &  les  iffues  des  plaies  ië  referment  avant  le  mi- 
lieu ;  il  fert  à  porter  les  remèdes  convenables  dans 
toute  leur  profondeur,  &  à  conduire  aifément  au  de- 
hors les  matières  nuifibles.  Si  lefeton  a  quelquefois 
produit  des  accidens  que  l'on  a  vu  cefîer  par  la  fup- 
preffion  qu'on  en  a  faite ,  c'eft  que  la  plaie  n'étoir 
point  aflëz  débridée,  ou  que  lefeton  tiré  d'un  m.au- 
vais  fens  ,  accrochoit  quelque  efquille  ,  laquelle  en 
picotant  les  parties  extrêmement  fenfibles  ,  excitoit 
des  douleurs  cruelles  ,  comme  je  l'ai  remarque  plu- 
fieurs fois.  Lorfque  le  feton  eR  à  l'aife  dans  la  plaie  , 
il  ne  produit  aucun  mauvais  effet,  il  procure  au  con- 
traire de  très-grands  avantages.  Lorfque  la  plaie  eft 
mondih'ée,  on  ôte  le  feton  ^  6c  alors  elle  fe  guérit  fort 
aifément ,  s'il  n'y  a  aucun  obftacle  d'ailleurs. 

Pour  pofer  le  Jeton  au-travers  de  la  plaie  ,  il  faut 
avoir  une  aiguille  deftinée  à  cet  ufage.  Foye^  Ai- 
guille. 

Le  Jeton  doit  être  fort  long  ,  parce  qu'à  chaque  pan- 
fement  il  faut  retirer  ce  qui  eft  dans  la  plaie  ,  &  en 
faire  fuivre  une  autre  partie,  que  l'on  aura  couverte 
d'onguent  dans  toute  l'étendue  qui  doit  occuper  la 
longueur  de  la  plaie.  On  coupe  cnfuite  ce  qui  en  elt 
forti ,  &  qui  eft  couvert  de  pus.  Quand  tout  le  f  ton 
eft  ufé  ,  &  que  l'on  a  encore  belbin  de  s'en  fërvir  ,  il 
ne  faut  pas  en  paflërun  nouveau  avec  l'aiguille,  mais 
on  l'attachera  au  bout  de  celui  qui  finit,  en  obfërvant 
autant  qu'il  eft  poiTiblc  de  faire  entrer  le  feton  par  le 
côté  l'upérieur  de  la  plaie,  &  de  le  taire  fbrtir  par  ce- 
lui qui  en  eft  l'cgofit. 

Quand  on  liipprime  lefeton ,  on  met  afîez  ordinai- 
rement de  la  charpie  brute  fur  toute  la  lon£;ueur  de 

R 


130 


SET 


l'endroit  fous  lecwcUe  faon  a  naffé ,  5:  par-deffus  une 
ccniprciVe  allt-/  cpaifle.  En  rapprochant  par  ce  moyen 
les  parois  du  linus ,  on  procure  une  prompte  rûi- 
nion. 

Seton  ,  opération  de  Chirurgie  par  laquelle  on  perce 
d'un  leul  coup  la  peau  en  deux  endroits,  avec  un 
inlrniment  convenable,  pour  pafler  une  bandelette 
de  linge  d'une  ouverture  h  l'autre ,  afin  de  procurer 
\me  fontanelle, o\i  ulcère  dans  une  partie  laine,  f^oyei 
Fontanelle.  Le  Jeton  fe  pratique  le  plus  ordinan-e- 
ment  à  la  nuque. 

Il  y  a  bien  des  auteurs  qui  ne  font  point  partifans 
de  cette  opération.  On  fait  contre  elle  des  objedions 
qui  lui  font  particulières  ou  communes  avec  les  cau- 
tères. Plulieurs  perfonnes  ,  fort  éclairées  d'ailleurs  , 
ne  croyent  pas  qu'un  trou  fait  à  la  peau  &  à  la  graille 
puiiîe  fervir  d'égoùt  aux  humeurs  vitiées  qui  pro- 
duifent  des  maladies  habituelles  ;  telles  que  les  maux 
de  tête  invétérés  ,  les  ophîhalmies  opiniâtres  ,  &c. 
Cette  opinion  eft  contredite  par  un  grand  nombre 
de  faits  qui  affurent  l'utilité  de  ces  fortes  d'évacua- 
tions ;  elles  peuvent  même  fervir  de  préfervatif  :  on 
a  l'expérience  que  les  perfonnes  qui  portent  des  cau- 
tères ne  font  point  attaquées  de  la  pcfte.  Foyei  Am- 
broife  Paré  &  autres  auteurs  ,  qui  rapportent  des 
obfervations  pofitives  à  ce  fujet. 

Les  raifons  particulières  qu'on  trouve  dans  les  li- 
vres contre  l'opération  du/Ivo/z,  ont  pour  fondement 
la  méthode  cruelle  dont  on  la  pratiquoit.  Les  anciens 
pinçoicnt  la  peau  avec  des  tenailles  percées ,  &  paf- 
foicnt  un  fer  ardent  au-travers  de  ces  ouvertures  pour 
percer  la  peau. 

Pour  faire  cette  opération  par  une  méthode  plus 
fimple  &  moins  doulourcufe ,  le  chirurgien  pince  la 
peau  &  la  graille  longitudinalement  avec  les  pouces 
&  les  doigts  indicateurs  des  deux  mains  ;  il  fait  pren- 
dre par  un  aide  le  pli  de  peau  qu'il  pinçoit  de  la  main 
droite,  &  de  cette  main  il  perce  la  peau  avec  un  pe- 
tit billouri  à  deux  tranchans  ;  après  avoir  retiré  fon 
inftniment ,  il  paiTe  la  bandelette  par  le  moyen  de 
l'aiguille  k  Jeton,  &  on  panfe  les  deux  petites  plaies 
avec  de  la  charpie,  une  compreflé  ,  &c  quelques  tours 
de  bande.  On  peut  avoir  un  biftouri  avec  une  ouver- 
ture ou  oeil  vers  la  pointe  :  par  ce  moyen  on  paffera 
la  bandelette  en  môme  lems  qu'on  fait  les  incifions. 

La  fuite  des  panfemens  efl  la  même  que  nous  l'a- 
V0n<î  décrite  au  mot  Seton  ,  pièce  d'appareil. 

Cotre  efpece  de  fontanelle  a  fur  le  cautère  les  avan- 
tages d'être  faite  dins  le  moment  :  la  fuppuration  y 
eÛ  établie  dès  le  fécond  jour  ;  &  dans  l'application 
du  cautère ,  il  faut  attendre  la  chute  de  l'elcarre ,  qui 
ne  fe  fr:it  fouvent  qu'au  bout  de  donae  ou  quinze 
jours.  L'ulcère  produit  par  \cfeton  eft  tellement  fou- 
rnis' à  la  volonté  du  chirurgien ,  qu'on  l'entretient 
tant  de  tems  qu'on  le  defire  ,  &  qu'on  le  guérit  de 
même  des  qu'on  le  fouhaite  ,  en  ôtant  la  bandelette. 
L'ulcère  qu'on  a  fait  avec  le  cautère  ,  fe  guérit  quel- 
quefois malgré  qu'on  en  ait  ;  &  fouvent  on  defireroit 
le  guérir  fans  pouvoir  y  réuffir,  dumoins  aufîi  promp- 
tCTncnî  que  \efcton;  dans  ce  dernier  cas  la  guérifon 
eff  une  affaire  de  vingt-quatre  heures ,  &  l'ulcère  du 
xauîere  doit  être  mondifié ,  détergé  &  cicatrifé  ,  ce 
qui  demande  un  tcms  plus  long.  (  F) 

SE-TSE ,  ou  TSE-TSE ,  (  B/Ji.  nat.  Botan.  )  efpece 
de  figues ,  qui  ne  croilTent  qu'à  la  Chine ,  &  fur-tout 
dans  les  provinces  de  Chan-tong  &  de  Yun-nan.  Ces 
figues  ont  un  parfum  délicieux  ;  l'arbre  qui  les  pro- 
duit eft  de  la  grandeur  dun  noyer,  dont  les  feuilles 
font  d'un  très  beau  verd  d'abord ,  mais  enfuite  elles 
deviennent  d'un  rouge  très -vif.  Le  fruit  efl:  de  la 
groffèitr  d'une  pomme  médiocre  ;  il  jaunit  à  mefure 
qu'il  mûrit.  Lorfqu'on  fait  fécher  ces  figues  ,  elles  fe 
■couvrent  à  l'extérieur  d'un  enduit  femblable  à  du 
Jhae,  • 


'  S  E  V 

SETTE ,  ou  SETE ,  (  Gcag.  mod.  )  cap  de  France 
dans  le  bas  Languedoc ,  fur  la  côte  de  la  mer ,  au  midi 
du  lac  de  Maguelone  &  de  la  bourgade  de  Fronti- 
gnan.  Louis  XIV.  y  fit  conftruire  un  port  qui  eft  pour 
les  galères  &  les  petits  bâtimens.  C'eft-là  que  com- 
mence le  caiial  de  Languedoc  ,  qui  va  fe  terminer 
dans  la  Garonne  à  Touioufe.  Long,  fuivant  Cafllni  , 
prifc  au  fanal  de  cette  ville,  2/.  /j.  lutit.  43.  24.  40. 
{D.J.) 

SETTENIL  ,  (  Géog.  mod.^  en  latin  barbare  Sep' 
lenilium,  petite  ville  d'Efpagne ,  dans  le  royaume  de 
Grenade  ,  fur  un  rocher,  au  couchant  de  Munda ,  & 
vers  les  confins  de  l'Andaloufie.  La  plupart  desmai- 
fons  font  taillées  dans  le  roc  ;  le  terrein  des  environs 
ne  produit  que  des  pâturages.  (  Z?.  /.  ) 

SETTIA  ,  (  Géog.  mod.)  province  de  l'île  de  Can- 
die ,  du  côté  de  l'occident,  dans  l'endroit  que  l'on 
appelle //?/j^/ze;  cette  province  efl  très-petite,  n'ayant 
qu'environ  douze  milles  d'étendue,  &  pour  chet-lieu 
une  petite  ville  de  ion  nom.  (  Z>.  /.  ) 

Settia,  {Géog.  mod.)  ville  de  l'île  de  Candie, 
&  le  chef-lieu  de  la  petite  province  de  même  nom  ; 
elle  eft  fituée  au  feptentrion  fur  le  bord  de  la  mer  ; 
fon  château  qui  étoit  affez  conudérabl3,aété  détruit 
par  les  Vénitiens  en  165  i,  &  n'a  point  été  rétabli 
par  les  Turcs  depuis  que  l'île  de  Candie  a  pafTé  dans 
leurs  mains.  (Z>.  /.  ) 

SÉTUBAL ,  (  Géog:.  mod.  )  ville  de  Portugal,  dans 
l'Eflramadoure  ,  au  midi  duTage,  vers  l'embouchure 
du  Zadaor,  à  10  lieues  aufud-efl  de  Lisbonne. 

Sétubal  a  été  bâtie  des  ruines  de  l'ancienne  Ceto- 
briga ,  qui  étoit  un  peu  plus  avant  au  couchant ,  & 
dans  laquelle  Jupiter  Ammon  avoit  un  temple.  On 
a  eu  foin  de  la  fortifier  ,  &  de  la  fermer  de  murail- 
les. Elle  efl:  fituée  au  bout  d'une  plaine  de  deux  lieues 
de  longueur ,  extrêmement  fertile  en  grain ,  en  vin  , 
&  en  fruits.  Au  couchant  de  cette  ville ,  la  terre  fait 
un  promontoire  avancé  dans  la  mer ,  qui  préfente 
deux  cornes,  l'une  au  nord  du  côté  duTage,  &  l'autre 
au  midi  du  côté  de  l'océan  ;  ce  dernier  promontoire 
efl  le  promontorium  Barharium  des  anciens  ,  &  le 
cap  de  Efpichel  des  modernes. 

Sétubal  s'étoit  accrue  par  la  commodité  de  fon 
port,  par  la  fertilité  de  fon  terroir,  par  la  richeffe 
de  fa  pêche  ,  &  par  la  fécondité  de  fes  falines.  Enfin, 
fon  commerce  floriffant  avoit  rendu  depuis  deux  fie- 
cles  cette  ville  confidérable ,  lorfqu'elle  a  été  détruite 
par  ce  terrible  tremblement  de  terre ,  du  premier  No- 
vembre 1755  »  ^^^  ^  ^'  prodigieufement  endommagé 
Lisbonne.  Long.  8.  46.  latit.  ^8.  22.  (^D.J.) 

SETL'NDUM,  (  Géog.  anc  )  ville  de  l'Ethiopie  , 
fous  l'Egypte ,  le  long  du  Nil,  félon  Pline  ,  /.  Vl.  c. 
XXX.  {D.  J.) 

SETZ  ,  (  Géagr.  mod.  )  par  M.  de  l'île  Sce^in,  ville 
de  la  baffe-Hongrie ,  dans  le  comté  de  Barauyvar  , 
à  la  droite  du  Danube,  entre  Bude  &  Peterwaradin. 
{D.J.) 

SEV  A  ,  f  m.  (  hift.  nat.  Botan.  )  arbriffeau  de  l'île 
de  Madagafcar;  l'es  feuilles  font  d'un  verd  foncé  par- 
deffus  ;  elles  font  blanches  &  cotonneufes  par-def- 
fous ,  &  de  la  grandeur  de  celles  d'un  air.andier  ;  elles 
font  aftringentes  &:  peuvent  fervir  de  remède  contre 
le  flux  de  fang. 

Seva  ,  (  jintiq.  rom.  )  couteau  dont  on  fe  fervoit 
dans  les  facrificespour  égorger  les  vidimes.  (/?.  7.) 

SEUDRE  LA  .  (  Géog.  mod.  )  rivière  de  France  , 
en  Saintonge  ;  elle  fe  jette  dans  la  mer  près  de  Ma- 
rennes ,  Si  vis-à-vis  la  pointe  méridionale  de  l'île 
d'Oleron.  Au  refle,  la  Seudrec(i  plutôt  un  bras  de 
mer  qu'une  rivière  ,  puifqu'elle  n'efl  navigable  que 
par  le  fecours  des  marées  ;  fes  environs  en  tirent  de 
grands  avantages ,  parce  qu'elle  donne  entrée  quatre 
lieues  avant  dans  les  terres  à  des  vaiffeaux  de  deux 


s  E  V 

cens  tonneaux.  Le  cardinal  de  Richelieu  projettoit 
de  faire  conduire  un  canal  de  l'extrémité  de  la  Scu- 
drc  jufqu'à  la  Gironde  ;  mais  l'idée  de  ce  projet  utile 
ell  morte  avec  lui.  (^D.J.^ 

SÈVE  ,  (  Botan.  )  humeur  aqueufe  quife  trouve 
dans  le  corps  des  plantes ,  &  qui  les  nourrit. 

Nous  ne  connoiffons  point  encore  la  caufe  de  l'é- 
Ics'^ation  de  la  fève  dans  les  plantes  :  cette  caufe  réfi- 
deroit-cUe  dans  quelque  mouvement  analogue  au 
mouvement  périftaltique  des  intcllins  ?  L'aftion  d'un 
air  plus  ou  moins  chaud  fur  la  lame  élaftique  des  tra- 
chées ,  feroit-elle  le  principe  de  ce  mouvement  ?  La 
roideur  que  le  deflechement  produit  dans  les  parties 
élaftiques  &  ligneufes,  s'oppoferoit-elle  à  ce  mou- 
vement } 

Quelques  phyliciens  ont  imaginé  que  l^féve  cir- 
culoit  dans  les  plantes  comme  le  fang  circule  dans  les 
animaux  ;  mais  les  expériences  de  M.  Haies  ont  dé- 
montré la  fauffeté  de  cette  opinion  ;  auffi  n'admet-il 
dans  la  yêVe  qu'une  forte  de  balancement.  Les  judi- 
cieufes  réflexions  fur  lefquelles  il  établit  fon  hypo- 
thèfe  ,  méritent  d'être  lues  dans  l'ouvrage  même  ;  je 
ne  ferai  que  les  indiquer  ici. 

Les  plantes  reçoivent  &  tranfpirent  en  tems  égal 
beaucoup  plus  que  les  grands  animaux  ;  les  plantes 
font  dans  un  état  de  perpétuelle  fuccion  ;  elles  pren- 
nent fans  ceffe  de  la  nourriture  pendant  le  jour  par 
leurs  racines  ,  pendant  la  nuit  par  leurs  feuilles  ;  les 
animaux  au  contraire  ne  prennent  de  la  nourriture 
que  par  intervalle.  La  digeftion  de  cette  nourriture 
ne  s'opéreroit  point  ou  s'opéreroit  mal ,  fi  de  nou- 
velles nourritures  ne  fuccédoient  fans  interruption. 
La  méchanique  qui  exécute  la  nutrition  des  plantes , 
paroît  donc  devoir  différer  beaucoup  de  celle  qui 
exécute  la  nutrition  des  animaux  qui  nous  font  les 
plus  connus. 

La  nutrition  des  plantes  femble  devoir  fe  faire 
d'une  manière  plus  fimple ,  exiger  moins  de  prépa- 
rations que  celle  des  grands  animaux;  c'efl  ce  qu'in- 
dique encore  l'infpedtion  des  organes. 

Les  plantes  n'ont  point  de  parties  qui  répondent 
par  leur  flrudure  ou  par  leur  jeu,  à  celles  qui  opè- 
rent la  circulation  du  fang  dans  les  grands  animaux. 
Elles  n'ont  ni  cœur ,  ni  artères ,  ni  veines  ;  leur  ftru- 
âure  eft  très-fimple  &  très-uniforme  ;  les  fibres  li- 
gneufes ,  les  utricules ,  les  vafes  propres ,  les  tra- 
chées ,  compofcnt  le  fyftème  entier  de  leurs  vifce- 
res  ;  &  ces  vifceres  font  répandus  univerfellement 
dans  tout  le  corps  de  la  plante  :  on  les  retrouve  juf- 
que  dans  les  moindres  parties.  Les  vaiffeaux  féveux 
n'ont  point  de  valvules  deftlnées  à  favorifer  l'afcen- 
fion  de  la  féye ,  &  à  empêcher  la  rétrogradation. 
Quand  ces  valvules  échapperoient  au  microfcope , 
l'expérience  en  démontreroit  la  fauffeté  ;  puilque 
les  plantes  que  l'on  plonge  dans  l'eau ,  ou  qu'on  met 
en  terre  par  leur  extrémité  f upérieure ,  ne  laiffent 
pas  de  végéter. 

Il  eflfivrai  que  h  fève  monte  &defcend  librement 
par  les  mêmes  vaiffeaux ,  que  fi  après  avoir  coupé 
dans  la  belle  faifon ,  une  des  groffes  branches  d'un 
arbre ,  on  adapte  au  tronçon  im  tube  de  verre  qui 
contienne  du  mercure,  on  verra  la  fève  élever  le 
mercure  pendant  le  jour ,  &  le  laiffer  tomber  à  l'ap- 
proche de  la  nuit.  On  parviendra  de  cette  façon  à 
mefurer  la  force  de  la  fève  par  l'élévation  du  mer- 
cure, &  à  comparer  cette  force  dans  différens  fu- 
jets.  Toutes  choies  d'ailleurs  égales,  les  variations 
du  mercure  feront  d'autant  plus  confidérablcs  ,  que 
le  jour  fera  plus  chaud,  &  la  nuit  plus  fraîche.  La 
marche  de  la  fève  dans  la  belle  faifon,  reffemble  donc 
affez  à  celle  de  la  liqueur  d'un  thermomètre  :  l'une 
&  l'autre  dépendent  également  des  alternatives  du 
chaud  &  du  frais. 

Enfin,  les  divers  phénomènes  botaniques  qu'on  a 
Tome  XK 


S  E  V 


131 


regardés  comme  de  fortes  preuves  de  la  circulation 
de  la  five  ,  ne  la  fuppofent  point  néceffairement. 
Tous  ces  phénomènes  s'expliquent  de  la  manière  la 
plus  heureufe  par  un  principe  fort  limple  ,  fondé  fur 
î'obfervation  ;  c'eff  qu'il  y  a  une  étroite  communi- 
cation entre  toutes  les  parties  d'une  plante  ;  elles  font 
toutes  les  vmes  à  l'égard  des  autres  ,  dans  un  état  de 
fuccion  :  la  nourriture  que  prend  une  de  ces  parties, 
fe  tranlniet  aux  autres;  les  feuilles  fe  nourrifient  ré- 
ciproquement ;  la  racine  pompe  le  fuc  de  la  tige  ;  la 
tige  pompe  le  fuc  de  la  racine.  Ainfi ,  du  commerce 
mutuel  qui  eff  entre  le  fujet  &  la  greffe  ,  réfulte  cette 
communication  réciproque  de  leurs  bonnes  ou  de 
leurs  mauvaifes  qualités,  qu'on  allègue  en  preuve  de 
la  circulation.  Le  (iic  nourricier  paffe  alternative- 
ment du  fujet  dans  la  greffe,  &  de  la  greffe  dans  le 
fujet.  Certainement  les  plantes  n'ont  point  d'eflo- 
mac ,  d'inteftins ,  d'artères  ,  ni  de  veines  ;  mais  il  fe 
peut  que  la  jève  monte  par  le  bois  ,  &  defcende  par 
récorce.  Une  partie  du  fuc  nourricier  qui  s'élève 
par  les  fibres  ligneufes ,  peut  paffer  par  les  feuilles 
dans  récorce,  de-là  dans  la  racine.  Une  autre  partie 
de  ce  fuc  retourneroit  par  les  mêmes  vaiffeaux  vers 
la  racine  ;  d'où  elle  repafferoit  encore  dans  la  tige  ; 
c'eff  du-moins  la  conjedure  de  M.  Bonnet  ;  &  mal- 
heureufement  toutes  les  conjectures  en  ce  genre ,  ne 
font  que  de  pures  dépenf'es  d'efprit.  (Z).  /,  ) 

Sève  ,  (  Gèog.  mod.  )  village  de  France  près  de 
Paris ,  &fameux  par  le  paffage  delà  rivière  de  Seine, 
qu'on  y  traverfe  fur  un  pont  de  bois  de  vingt  &  une 
arches ,  qui  embraffe  les  deux  bras  de  la  rivière.  M. 
Perrault  de  l'académie  royale  des  Sciences ,  avoit 
projette  un  pont  de  bois  d'une  feule  arche  ,  de  trente 
toifes  de  diamètre ,  qu'il  propofa  de  faire  conftruire. 
Le  trait  de  l'arche  eft  une  portion  de  cercle  ferme  & 
folide.  Il  auroit  été  compofé  de  dix-lept  affemblages 
de  pièces  de  bois ,  qui  pofés  en  coupe  l'un  contre 
l'autre  ,  fe  dévoient  foutenir  en  l'air  par  la  force  de 
leur  figure ,   plus  aifément  que  n'auroient  fait  des 
pierres  de  taille,  qui  ont  beaucoup  de  pefanteur. 
Cette  ingénieufe  invention  auroit  eu  l'avantage  de 
ne  point  incommoder  la  navigation  :  ce  pont  n'au- 
roit  jamais  été  endommagé  par  les  glaces  &  par  les 
grandes  eaux ,  &  on  auroit  pu  le  rétablir  fans  que  le 
paffage  en  eût  été  empêché,  (  Z).  /.  ) 

Seve  ,  (  terme  de  marchand  de  vin.  )  ce  mot  fe  dit 
d'une  qualité  ou  d'une  certaine  faveur  que  le  fep  de 
vigne  a  communiqué  à  la  grappe  ,  &  la  grappe  au 
vin ,  ce  qui  le  rend  agréable  à  boire  :  c'eff  une  pe- 
tite verdeur  qui  le  tourne  en  force  dans  la  maturité 
du  vin.  Les  gourmets  font  grand  état  de  celui  qui  a 
delayève  ;mais  il  y  a  autant  de  différentesyivei  qu'il 

Iy  a  de  différens  vins.  (  Z).  7.  ) 
SEVENBERG  ,  (  Gèog.  mod.  )  petite  ville  des 
Pays-Bas,  dans  la  Hollande  ,  à  trois  lieues  de  Breda  , 
&  i\  deux  de  Willemftad.  {D.  J.) 

SEVEND  LE ,  (  Gèog.  mod.  )  rivière  qui  coule 
entre  celle  de  Terk  &  celle  de  Coi ,  en  Dcrbend. 
Elle  fe  décharge  dans  la  mer  Cafpienne ,  félon  M. 
Petit  de  la  Croix.  {D.  J.) 

SEVENNES  LES  ,  (  Gèog.  mod.  )  la  meilleure  or- 
tographe  cff  Ccvennes  ;  montagnes  de  France  ,  au 
baS'Languedoc.  Elles  régnent  dans  les  diocèfes  d'A- 
lais  ,  d'Uiès  ,  de  Mende  &  d'une  partie  du  Viva- 
rais.  Céfar ,  dans  les  commentaires  ,  appelle  cette 
chaîne  de  montagnes  ,  mons  Cebenna  ,  isi  dit  qu'elle 
fépare  les  Hélviens  des  Auvergnats  ,  parce  qu'en  ce 
tems-là  les  peuples  du  Gevaudan  &  du  V^lay  ,  (  qui 
font  iéparcs    du  \ivarais  par  les  Ccvennes^  etoicnt 
dans  la  dépendance  des  Auvergnats.  Les  poètes  la- 
tins appellent  indifféremment  ces  montagnes  ,  Ce- 
bcnna  ou  Cebtnnœ ,  mais  Strabon  6c  Ptolomée  écri- 
vent Ccmmcni.  Les  Cevennes  Ibnt  de  difficile  accès  , 
&  ont  été  cependant  trcs-peuplécs  |iar  le  grand 

RV) 


132 


s  E  V 


nombre  de  Calvinillcs  qui  s'y  retirèrent  dans  les 
derniers  fieclcs  ,  comme  dans  un  lieu  de  retraite. 
{D.J,) 

SE\ER  Saint,  (  Gcog.mod.  )  ou  Saint-Scver- 
Cap  ,  pour  le  dilHngucr  de  Saim-Scvcr  de  Ruftan. 
Sium-Scvir-Cap  crt  une  petite  ville  de  France  ,  dans 
la  Gcdcogne  ,  au  dioccle  d'Aire  ,  liir  TAdour  ,  ;\  6 
lieues  au  nord-ouelt  d'Aire  ,  &  à  1 5  5  de  Paris.  Il  y 
aune  rcnéchauflcc  du  reflort  d'Acqs,  &:  une  abbaye 
d'hommes  ,  ordre  de  Saint  Benoît  ,  fondée  l'an  993. 
Long.  ly.  44.  huit.  4-5.  40. 

Saint-Siver  de  Rullan  ,  e(l  une  autre  petite  vdle 
de  France  dans  le  Bigorre  ,  au  dioccle  d'Auch  ,  &  à 
deux  lieues  «le  Tarbes  ,  lur  l'Arros  ,  avec  une  ^ab- 
baye d'hommes  ,  ordre  de  Saint  Benoît ,  unie  à  la 
congrégation  de   Saint  Maur.  Long.   ly.  j/.  latit. 

43-  ^' 

D.  Martianay  ,  bénédlûln  de  la  congrégation  de 

Saint  Maur,  naquit  à  Saint-Sevcr-Cip  en  1647  ■>  ^ 
mourut  à  Paris  en  1717.  Il  a  donné  une  nouvelle 
édition  des  œuvres  de  Saint  Jérôme,  &  un  grand 
nombre  d'autres  ouvrages  ,  dans  lelquels  il  règne 
plus  d'érudition  que  de  jugement  &:  de  faine  crui- 
que.Sa  vie  de  Magde laine  du  Saint  Sacrement ,  qu'il 
mit  au  jour  ù  Paris  en  171 1  ,  eft  aufïï  ridicule  qu'au- 
cune de  celles  qui  fe  trouvent  dans  les  légendes. 
{D.J.) 

SEVERAC  LE  CHATEL,  (  Géog.  mocL  )  petite 
ville  ,  ou  plutôt  bourgade  de  France  ,  dans  le  Rouer- 
giie  ,  élection  de  Milhaud  ;  cette  bourgade  ell  au- 
jourd'hui toute  dépeuplée.  {D.  7.) 

SEVERAK,  (  Géog.  mod.  )  ville  de  la  Turquie  en 
Afie  ,  fur  la  route  d'Alep  à  Tauris  ,  par  Diarbékir  & 
Van.  {D.  /.  ) 

SEVERE  ,  adj.  (  Gram.  )  obfervateur  fcrupuleux 
des  lois.  Il  fe  dit  des  chofes  &  des  perfonnes.  Il  efi: 
juge  yivere  ;  il  a  le  goixtftvere. 

SÉVÉRIE  ,  (  Géog.  mod.  )  province  de  l'empire 
Ruffien  ,  dans  la  Mofcovie  ,  avec  titre  de  duché  ; 
c'eft  une  province  remplie  de  forêts  ;  la  partie  mé- 
ridionale en  a  une  feule ,  qui  eft  longue  de  vingt- 
quatre  lieues  d'Allemagne  ,  &  la  partie  feptentrio- 
nale  n'ell  pas  moins  couverte  de  bois.  La.  févérie  eft 
bornée  au  nord  par  les  duchés  de  Smolensko  &  de 
Mofcou  ,  au  midi  par  le  pays  des  Cofaques  ,  au  le- 
vant par  le  même  pays  &  la  principauté  de  Voro- 
tink  ,  &  au  couchant  par  le  duché  de  Czernigove. 
Ses  principales  rivières  font  la  Dublecza  ,  la  Dezna 
&  la  Nezin.  Sigifmond  lll.  s'empara  de  cette  pro- 
vince en  1 6 1 1 .  Le  czar  Alexis  la  recouvra  en  1654; 
&  depuis  ce  tcms-là  ,  elle  eft  reftée  à  l'empire  de 
Ruffie  ,  comme  faifant  partie  du  duché  de  Smolens- 
ko. Novogrodek  en  eft  la  capitale.  (D.  J.  ) 

SEVERINO  SAN  ,  (  Géog.  mod.)  il  y  a  deux 
villes  de  ce  nom  en  Italie  ,  dans  le  royaume  de  Na- 
ples.  La  première  eft  entre  des  collines  ,  à  lix  milles 
de  Tolcntin  ,  à  feize  de  Macerata  ,  &  à  douze  de 
Camerino.  Elle  a  été  bâtie  en  1 198  ,  près  des  ruines 
de  l'ancienne  Septempcda ,  que  les  Goths  avoient 
détruite  en  543.  Son  cvêchéeft  fuffragant  de  Fermo, 
&  a  été  érigé  par  Sixte  V.  en  1 586.  Long.  ju.  S 4. 
lat'u.  4J.  10. 

La  féconde  San-Sevenno  eft  dans  la  principauté 
citérieure  ,  au  nord  de  la  ville  de  Salerne,  près  de 
la  rivière  de  Sarno.  Elle  appartient  au  prince  d'Avel- 
Ijno  de  la  maifon  Caraccioll.  (Z>.  /.  )   . 

SÉVÉRITÉ  ,  RIGUEUR  ,  (  Synonym.  )  la/eV^- 
ritc  fe  trouve  principalement  dans  la  manière  de 
penfer  &  de  juger  ;  elle  condamne  facilement  & 
n'excvife  pas.  La  rigueur  fe  trouve  particulièrement 
dans  la  manière  de  punir  ;  elle  n'adoucit  pas  la  peine 
&  ne  pardonne  rien. 

Les  faux  dévots  n'ont  defcvérité  que  pour  autrui  ; 
prêts  à  tout  blâmer ,  ils  necclTent  de  s'applaudir  eux- 


S   E  V 

mêmes.  La  rigueur  ne  paroît  bonne  que  dans  les  oc- 
cafions  oh  l'exemple  feroit  de  la  plus  grande  confé- 
qucnce  :  par-tout  ailleurs  on  doit  avoir  beaucoup 
d'égard  A  la  foibleffc  humaine. 

L'ufage  a  confacrc  les  mots  rigueur  &Z  fJi'érifc  h  de 
certaines  choies  particulières.  On  dit  la  fcvérité  des 
mœurs  ,  \n  rigueur  de  la  raifon.  La  févérité  des  fem- 
mes, félon  l'auteur  des  maximes  ,  eft  un  aji'.ftement 
&  un  fard  qu'elles  ajoutent  ;\  leur  beauté.  Diins  ce 
fens ,  le  mot  rii;ucurs  au  pluriel  répond  ;\  celui  de 
févérité.  Il  s'emploie  fort  bien  en  poéfte  pour  les  def- 
tins.  Brébeuf  a  dit  : 

L'une  &  l'autre  fortune  a  £lgahs  rigueurs, 

El  L'affront  des  vaincus  cji  un  crime  aux  vainqueurs. 

{D.J.) 

SEVERO  SAN  ,  (  Giog.  mod.  )  petite  ville  d'îta» 
lie  ,  au  royaume  de  Naples  ,  dans  la  Capitanate  ,  à 
vingt-quatre  milles  au  couchant  de  Manfrédonia.Son 
évêché  ,  auquel  on  a  uni  celui  de  Civltare  ,  relevé 
du  faint  iicge.   Long,  j  2.  SC   latit.  41.  40.  (^D.  J.) 

SEVÉRONDE  ,  f.  f.  (  Cliarpcntcr.  )  c'eft  la  faillie 
d'un  toit  fur  la  rue ,  ou  li  l'on  veut ,  le  bas  de  la  cou- 
verture d'une  maii'on.   On  dit  aufti  fuhgronde.  (D.  7.) 

SEl^ERUS-MONS  .,  {Géog.  anc)  montagne  d'I- 
talie ,  dans  la  Sabine  ,  Virgile  en  parle  au  A')/,  livre 
de  r Enéide  ,  vers  yi^ . 

Qui  letricœ  horrentti  rupes  ,  montemque  Severum  , 
Cafperiamque  colunt. 

Severus  ,  dit  Feftus  ,  «fl  le  nom  propre  de_  cette 
montagne  ,  qui  félon  Léander,  conferve  encore  cet 
ancien  nom  ,  car  il  veut  qu'on  la  nomme  inonte-Se- 
vero.  {D.J.) 

SÉVICES,  {Jurifprud.')  du  latin/œv/«a,  eft  un 
terme  ufité  au  palais  ,  pour  exprimer  les  traitemens 
inhumains  que  l'on  fait  foufTiir  à  quelqu'un. 

On  joint  ordinairement  enfemble  les  termes  de 
févices  &  mauvais  traitemens  ,  quoique  celui  àejévicei 
foit  le  plus  fort. 

Pour  ordonner  la  féparation  de  corps  entre  mari 
&  femme,  il  faut  qu'il  y  ait  des  févices  de  la  part  du 
mari  ;  ces  Jévices  le  mefurcnt  à  la  qualité  des  per- 
fonnes ,  à  leur  éducation  ,  &  à  leur  manière  ordi- 
naire de  vivre  ;  entre  gens  de  baffe  condition  ,  il 
faut  des  faits  plus  graves  qu'entre  gens  qui  ont  plus 
de  fentimens  &  de  déllcaceffe.  Foyei^  Sépara- 
tion. (  >^  ) 

SEVIE  ,  f.  f.  (  Marine  )  forte  de  petit  bâtiment 
flamand. 

SEUIL  ,  f.  m..  {Archit.)  c'eft  la  partie  inférieure 
d'une  porte  ,  ou  la  pierre  qui  eft  entre  fcs  tableaux; 
elle  ne  diffère  du  pas  qu'en  ce  qu'elle  eft  arraiée  d'a- 
près le  mur.  Lejèuila  quelquefois  une  feuillure  pour 
recevoir  le  battement  de  la  porte  mobile.    (Z>.  7.) 

StUlL  d'éclufe  ,  (  Arc /lit.  hydraul.')  pièce  de  bois 
qui  étant  pofée  de  travers  ,  entre  deux  poteaux  au 
fond  de  l'eau  ,  fert  à  appuyer  par  le  bas ,  la  porte 
ou  les  aiguilles  d'une  écluie  ,  ou  d'un  pertuis. 

Siuildepont-levis  ,  groffe  pièce  de  bois  avec  feuil- 
lure ,  arrêtée  au  bord  de  la  contr'efcarpe  d'un  fofle  , 
pour  recevoir  le  battement  d'un  pont-levis  ,  quand 
on  l'abbailfe.  On  l'appelle  nviiTifommier.  {D.J.) 

SÉVILLE,  (Géog.  mod.)  ville  d'Efpagne,  capitale 
de  l'Andaloufie  ,  fur  la  rive  gauche  du  Guaaalqui- 
vlr  ,  à  16  lieues  au  nord  oueft  de  Grenade  ,  &  à  88 
au  fud-oueftde  Madrid. 

Elle  eft  une  des  premières ,  des  plus  belles ,  & 
des  plus  conildérables  villes  d'Efpagne,^  tous  égards  ; 
elle  porte  le  titre  de  cité  royale  ,  &  de  capitale  d'un 
beau  royaume  ;  elle  tient  le  premier  rang  dansl'é- 
glife  des  vaftes  états  efpagnols  ,  par  la  dignité  de 
métropole  dont  (a  cathédrale  eft  revêtue;  le  com- 
merce y  fleurit  par  fa  lltuation  fur  le  Guadalquivir  , 


s  E  V 

près  de  la  mer  ;  les  flotes  des  Indes  viennent  y  ap- 
porter l'or  &  l'argent  du  nouveau  monde ,  &  on  y 
convertit  ces  métaux  en  monnoic. 

Elle  efl  fituée  dans  une  belle  &  valte  plaine  à  perte 
de  vue ,  qui  lui  donne  (es  fruits  &  les  riches  toifons 
de  fes  brebis.  Un  aqueduc  de  lix  lieues  de  long  ,  ou- 
vrage des  Maures  qui  lldjfifte  encore,  fournit  de  l'eau 
à  tous  Tes  habitans. 

Elle  eilde  figure  ronde  ,  ceinte  de  hautes  murail- 
les flanquées  de  tours,  avec  des  barbacanes  ,  &  fer- 
mées de  douze  portes.  On  diilingue  entre  fes  faux- 
bourgs  ,  celui  de  Triana ,  fitué  à  l'autre  bord  du  fleu- 
ve ,  où  on  paflTe  de  la  ville  fur  un  pont  de  bateaux. 
Long,  fuivant  Caflini ,  1 1.  21.  jo.  latit.^y.  Jô". 

Scvillc  portoit  dans  l'antiquité  le  nom  àiHïfpalis  : 
les  Maures  ,  qui  n'ont  pomt  de  p ,  ont  fait  Isbilia  ,  & 
de-là  efl  venu  par  corruption  le  nom  Scvilla  ;  comme 
c'eft  denos  jours  une  des  plus  riches  ville  d'Efpagne, 
c'étoit  aufîi  la  plus  opulente  ville  des  Maures  ;  Fer- 
dinand III.  roi  de  Caftille  &  de  Léon ,  en  fit  la  con- 
quête en  I  248.  &  elle  ne  retourna  plus  à  fes  anciens 
maîtres.  La  mort  qui  termina  la  vie  de  ce  prince 
quatre  ans  après  ,  mit  fin  à  its  brillans  exploits. 

Les  maifons  de  cette  ville  font  toujours  conftrui- 
tes  à  la  morefque  ,  &  mieux  bâties  que  celles  de 
Grenade  &  de  Cordoue  ;  mais  le^  rues  font  étroites 
&  tournantes.  Les  églifes  y  font  fort  riches  ;  la  ca- 
thédrale efl:  en  particulier  la  plus  belle  cglife  ,  &  la 
plus  régulièrement  bâtie  qui  foit  dans  toute  l'Efpa- 
gne  ;  fa  voûte  ,  extrêmement  élevée ,  eft  foutenue 
de  chaque  côté  ,  par  deux  rangs  de  piliers  ;  elle  efl: 
longue  de  175  pas  ,  &  large  de  80.  Son  clocher  efl: 
d'une  hauteur  extraordinaire  ,  bâti  tout  entier  de 
briques  ,  percé  de  grandes  fenêtres  ,  qui  donnent  du 
Jour  à  la  montée  ;  il  efl:  compofé  de  trois  tours  l'une 
fur  l'autre  ,  avec  des  galeries  &  des  balcons  ;  l'efca- 
lier  a  la  montée  fi  douce  ,  qu'on  peut  la  parcourir  en 
mule  &  à  cheval ,  jufqu'au  plus  haut,  d'où  l'on  dé- 
couvre toute  la  ville  &  la  campagne. 

L'archevêque  de  SînlU  ,  dont  le  fiege  efl  fort  an- 
cien ,  a  pris  quelquefois  le  titre  de  primat  d'Efpagne  ; 
on  prétend  que  ce  prélat  a  plus  de  cent  mille  ducats 
de  revenu;  la  fabrique  de  l'églife  en  a  trente  mille, 
&  quarante  chanoines  ont  chacun  trente  mille  réaux. 

La  plupart  des  autres  églifes  de  ScvilU  font  belles , 
&  particulièrement  celles  qu'on  voit  dans  quelques 
maifons  religieufes  ;  on  y  compte  85  bénéfices ,  & 
plus  de  trois  mille  chapelles  ;  l'églife  de  S.  Salvador, 
qui  fervoit  autrefois  de  mofquée  aux  Maures ,  efl:  par 
conféquent  bâtie  à  la  morefque  ,  c'efl-à-dire  qu'elle 
efl:  faite  en  arcades  ,  foutenues  par  des  piliers  qui 
forment  plufieurs  portiques. 

L'univerfité  de  SivUk  a  été  fondée  en  1531.  par 
Roderique  Fernandez  de  Santaella  ,  favant  efpagnol 
de  fon  tems  ;  cnfuite  les  rois  d'Efpagne  lui  ont  accor- 
dé les  mêmes  privilèges  qu'à  celle  de  Salamanque  , 
d'Alcala  ,  &  de  Valladolid  ;  elle  a  toujours  pour  pa- 
tron quelque  grand  feigneur  efpagnol,  qui  pour  ce- 
la ne  la  fait  pas  fleurir  davantage. 

Au  midi  de  la  ville ,  près  de  l'églife  cathédrale  ,  efl: 
le  palais  royal,  nommi  alcaçar .,  bâti  en  partie  à  l'an- 
tique par  les  Maures  ,  &  en  partie  à  la  moderne  par 
le  roi  D.  Pedro  ,  furnommé  Le.  cruel;  mais  l'antique 
efl  infiniment  plus  beau  que  le  moderne.  On  donne 
à  ce  palais  un  mille  d'étendue;  il  efl  flanqué  de  tours, 
qui  lont  faites  de  grofl!"es  pierres  taillées  en  quarré. 

La  bourfe  où  les  marchands  s'aflTemblent,  efl  derriè- 
re l'églife  cathédrale;  elle  efl:  faite  en  quarré  ,  d'or- 
dre tofcan,  &  compofée  de  quatre  corps  de  logis: 
chaque  façade  a  deux  cens  pies  de  longueur  avec  trois 
portes  &  dix-neuf  fenêtres  à  chaque  étage  :  elle  a 
deux  étages  ,  dont  l'un  fert  pour  les  confuls  ;  les  ap- 
partemens  font  de  grandes  falles  lambrilfées ,  où  les 
marchands  traitent  enfembledcs  aîiaircsducommer- 


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t    ce  ;  ce  bâtiment ,  commencé  en  1 5  84 ,  &  qui  n'a  été 
fini  que  foixante  ans  après, a  coûté  prodigieufement 
puiique  l'achat  de  l'emplacement  fcul ,  fut  payé  foi* 
xantc  &  cinq  mille  ducats. 

A  l'entrée  du  fauxbourg  nommé  Triana  ,  efl  le 
cours  ,  où  toute  la  ville  va  prendre  le  frais  en  été  ; 
il  efl  fait  comme  un  jeu  de  mail  double  ,  partagé  en 
deux  allées  de  grands  arbres  ,  avec  de  petits  fofles 
pleins  d'eau. 

La  boucherie  ,  par  une  plus  fage  politique  que. 
celle  de  Paris  ,  efl:  hors  delà  ville  ;  mais  par  une  dé 
licatefl^e  de  luxe,  également  cruelle  &  elfrénée,  on 
prend  foin  avant  que  d'égorger  les  bœufs  ,  de  les  fai* 
re  combattre  contre  les  dogues  ,  afin  que  leur  chair 
en  foit  plus  tendre. 

En  rentrant  dans  la  ville  par  le  pont  de  bateaux  , 
on  voit  à  l'entrée  du  port ,  qui  efl:  fpatieux ,  le  long  du 
bord  du  Guadalquivir  ,  une  grande  place  nommée 
VA  rénal ,  la  mail  on  de  l'or  ,  où  l'on  décharge  les  ef- 
fets ,  &  où  l'on  met  l'or  &  l'argent  qui  viennent  des 
Indes.  Cette  maifon  a  un  grand  nombre  d'ofiiciers 
qui  tiennent  regiflre  de  toutes  les  marchandifes  qui 
arrivent  du  Nouveau-monde  ,  ou  qu'on  y  porte. 

On  compte  plus  de  cent  hôpitaux  dans  Séville  , 
la  plupart  richement  dotés  ;  il  y  en  a  un  où  l'on  don- 
ne à  chaque  malade  fes  mets  particuliers ,  félon  l'or- 
donnance des  médecins  ;  les  gentilshommes,  les  étu- 
dians  de  l'univerfité  ,  y  font  reçus  ,  &  ont  les  uns  & 
les  autres  ,  des  chambres  féparées  ;  c'eft  une  fort 
belle  inftitution. 

Enfin  ScvilU  efl:  une  ville  d'Efpagne  des  plus  dignes 
delacuriofité  des  voyageurs  ;  elle  efl:  moins  peuplée 
que  Madrid  ,  mais  plus  grande  &  plus  riche  ;  aulïï 
fournit-elle  feule  au  roi  un  million  d'or  par  an.  Le 
pays  dans  lequel  elle  efl  fituée,  efl  extrêmement  fer- 
tile en  vin  ,  en  blé ,  en  huile  ,  &  généralement  en 
tout  ce  que  la  terre  produit  pour  les  befoins ,  ou  pour 
les  délices  de  la  vie.  Le  Guadalquivir  lui  fournit  du 
poiflbn  ,  &  la  marée  qui  remonte  deux  lieues  au- 
defTus  AtSiville. ,  y  jette  entr'autrçs  ,  quantité  d'alo- 
fes  ik  d'eflurgeons  ;  cependant  tout  ce  beau  pays  , 
&  la  ville  même  ,  peuvent  être  regardés  comme  dé- 
lerts ,  en  comparaifon  du  tems  des  Maures  ;  on  en 
fera  bien  convaincu  fi  l'on  lit  l'hiftoire  d'Efpagne, 
fous  le  règne  du  roi  Ferdinand. 

Le  commerce  des  Indes  &  de  l'Afrique  ,  fait  qu'on 
fe  fert  beaucoup  à  Séville  d'efclaves  qui  font  marqués 
au  nés  ,  ou  à  la  joue  ;  on  les  vend  &  on  les  acheté  à 
prix  d'argent,  comme  des  bêtes,  &  on  les  fait  tra- 
vailler de  même ,  fans  que  le  chriftlanifme  qu'ils  em- 
brafl!ent,  ferve  à  rendre  leur  fort  plus  heureux. 

Je  n'entrerai  pas  dans  d'autres  détails  fur  Séville  , 
parce  qu'on  peut  s'en  inflruire  dans  plufieurs  ouvra- 
ges traduits  en  françois  ;  mais  il  faut  que  je  parle  de 
quelques  hommes  célèbres  dans  les  lettres  ,  dont  el- 
le a  été  la  patrie. 

Avenioar  (  Abu  MerNvan  Abdalmalck  Ebn  Zohr)  , 
célèbre  médecin  arabe  ,  qui  floriflbit  dans  le  xij  fie- 
cle;  Léon  l'afriquain  place  fa  mort  à  92  ans  ,  dans 
l'année  564  de  l'hégire,  qui  tombe  à  l'an  i  167-8.  de 
J.C.  Né  dans  la  médecine  ,  &  d'une  famille  de  mé- 
decin ,  il  eut  pour  maître  Averroiis  ,  &  exerça  fon 
art  avec  beaucoup  de  gloire  dans  Séville  fa  patrie. 
Ilrcjetta  les  vaines  fuperflitionsdes  allroloaucs,  fui- 
vit  principalement  Galien  dans  fa  théorie  ,&  a  ce- 
pendant inféré  dans  fes  écrits  des  chofes  parriculie- 
rcs  ,  dont  il  parle  d'après  la  propre  expérience.  Son 
ouvrage  intitulé,  Taguffir  jil/nadiivat  wnlt^dinr^  qui 
contient  des  règles  pour  les  remèdes  &  la  dicte  dans 
la  plupart  des  maladies,  a  été  traduit  en  hébreu  l'an 
de  J.  G.  1 280.  &  de  l'hébreu  en  latin ,  par  Paravlcius. 

Alcafar  (Louis  de  )  ,  jékiite  ,  a  fait  un  ouvrage 
fur  l'apocalypfe  ,  qui  pafll'  pour  un  des  meilleurs  des 
catholiques  romains  ;  il  ell  intitulé,  pyUgacioarcani 


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fcnjùs  in  Apocalypfi ,  &  il  a  hc  imprime  pliifieurs 
fois  de  liiite  ,  lavoir  ù  Anvers  en  1604,  1611,  & 
16 19.  &  à  Lyon,  en  16 16,  ia-foL  L'auteur  pré- 
tend que  l'apocalypte  ell  accomplie  juiqu'au^  vmg- 
tieme  chapitre  ,  &  ne  tait  aucune  difficulté  d'aban- 
donner dans  (on  explication  ,  les  p':res  de  régllic.  Il 
mourut  dans  ia  patrie  en  1613  ,  âgé  de  60  ans. 

Antonio  (  Nicolas)  ,  chevalier  de  Tordre  de  S.  Jac- 
ques, &  chant)nic  de  ScvUlc^  a  fait  honneur  à  l'on 
pays,  par  la  bibliothèque  des  écrivains  efpagnols, 
qu'il  mit  au  jour  à  Rome  en  1671  ,  en  z  vol.  in-fol. 
Elle  a  été  réimprimée  dans  la  mrme  ville  ,  en  1696  , 
au  frais  du  cardmal  d'Aguivre  ;  c'eft  un  très-bon  livre 
en  Ion  genre ,  avec  une  préface  pleine  de  jugeiiient. 
L'auteu^r  mourut  en  1684,  à  67  ans.  On  lui  doit  en- 
core un  livre  d'érudition  :  De  exilio  ,  Jîve  de  pœnd 
exulii ,  exulumquc  condiiione  ,  &  juribus  ,  Antuer- 
piiE  1659  ,  in-fol. 

C:i/us  (  Barthcleml  de  las)  ,  évoque  de  Chlapa, 
fulvlt  à  19  ans  ion  père  ,  qui  paffaen  Amérique  avec 
Colomb,  en  1493.  Il  employa  cinquante  ans  fans 
fuccèsà  tâcher  de  perfuader  aux  Efpagnols  qu'ils  dé- 
voient tr.iitcr  les  Indiens  avec  douceur  ,  avccdefm- 
térell'ement ,  &  leur  montrer  l'exemple  des  vertus. 
De  retour  en  Efpagnc  ,  en  1 5  5 1  ,  à  caufe  de  la  foi- 
blelfe  d?  fa  fanté ,  il  fe  démit  de  l'on  évôché ,  &  mou- 
rut à  Madrid  en  1 566 ,  à  92  ans.  On  a  de  lui  une  re- 
lation intéreflante  ,  de  la  deftruftlon  des  Inde*  par 
les  barbaries  des  Efpagnols.  Cette  relation  parut  à 
Sevil/c  en  efpagnol ,  en  1 5  52  ;  en  latin  à  Francfort , 
en  1 598  ;  en  italien  à  \'enife,  en  1643  ;  &:  en  fran- 
çois  à  Paris  ,  en  1697.  C'eil  un  ouvrage  qui  refpire 
la  bonté  du  cœur  ,  la  vertu ,  &  la  vraie  piété  ;  on  a 
encore  de  ce  digne  &  lavant  homme  ,  un  livre  latm, 
curieux  &  rare  ,  imprimé  à  Tubinge  en  1625  ,  fur 
cette  queflion  :  «  li  les  rois  ou  les  princes  peuvent 
t>  en  confclence  ,  par  (jue'quc  droit  ou  quelque  ti- 
»>  tre  ,  aliéner  leurs  fujets  de  la  couronne  ,  6c  les 
»  foumettre  à  la  domination  de  quelqu'autre  feigneur 
»  particulier  ».  Foy^^furce  fujet  la  Biùl.  eccUj.  de 
M .  Dupin  ,  xvj  fiecle. 

Ccrv:intcs  Saavidra  (  Miguel  de  )  ,  auteur  de  don 
Quichotte  ,  naquit  à  Seville  ,  en  i  ^49  ,  félon  Nicolas 
Antonio.  Il  avolt  tant  de  palfion  pour  s'inftruire , 
qu'il  dit  :  «  je  fuis  curieux  jufqu'à  ramafler  les  moin- 
»  dres  morceaux  de  papier  par  les  rues».  Mais  il  fît 
fon  étude  particulière  des  ouvrages  d'efprit ,  tant 
en  vers  qu'en  proie  ,  &  fur-tout  de  ceux  des  au- 
teurs eipagnols  &;  italiens.  On  voit  qu'il  étoit  fort 
verfé  en  ce  qui  a  du  rapport  à  cette  forte  de  li- 
vres ,  par  le  plalfant  &  curieux  inventaire  de  la  bi- 
bliothèque de  don  Quichotte ,  par  les  fréquentes  al- 
lufions  aux  romans  ,  par  le  jugement  fin  qu'il  porte 
<le  tant  de  poètes  ,  &  par  ion  voyage  du  pamajje. 

Il  palîa  en  Italie  pour  prendre  le  parti  des  armes  , 
&  fervit  pluficurs  années  fous  Marc- Antoine  Colon- 
ne. Il  fe  trouva  à  la  bataille  de  Lépantc  ,  en  1 571  , 
&  y  perdit  la  main  gauche  d'un  coup  d'arquebufe  ; 
ou  du  moins  en  fut-il  11  fort  eflroplé,  qu'il  ne  put  plus 
s'en  fervir.  Peu  de  tems  après,  il  fut  pris  par  les  Mau- 
res ,  &  mené  à  Alger,oii  il  demeura  plus  de  5  anspri- 
fonnier.  De  retour  en  Efpagne,  il  compofa  plulieurs 
comédies  ,  qui  eurent  une  approbation  générale,  tant 
parce  qu'elles  étoient  fupérieures  à  celles  qu'on  avoit 
vues  jufqu'alors  ,  qu'à  caufe  des  décorations  ,  qui 
étoient  toutes  de  fon  invention,  &:  qui  parurent  très- 
bien  entendues.  Les  principales  de  les  comédies , 
étoient  les  coutumes  d'' Alger  ,  NiLmancia ,  ôd  la  bataille 
navale.  Cervantes  traita  le  premier  &;  le  dernier  de 
ces  fujets  en  témoin  oculaire.  Il  fit  auffi  quelques 
tragédies  qu'on  ap])taudit. 

En  I  584  il  publia  fa  Galatie  ,  qui  fut  très-accucll- 
lie.  Il  prouva  par  cet  ouvrage  la  beauté  de  fon  ef- 
prit  diini  l'invention ,  la  fertilité  de  iaa  imagination 


S  E  V 

dans  la  variété  des  defcrlptions,fon  adrelTe  à  dénouef 
les  intrigues  ,  &  Ion  habileté  dans  le  choix  des  ex- 
prefllons  propres  au  fujet  qu'il  traitoit.  On  ellima 
iur-lout  la  modeflie  avec  laquelle  il  parloit  de  l'a- 
mour. On  ne  critiqua  que  la  multiplicité  des  épifo- 
dcs ,  qui  quoiqu'amenés  avec  beaucoup  d'art ,  em- 
pêchent de  fuivre  le  fil  de  la  narration,  &  l'interrom- 
pent trop  fouvent  par  de  nouveaux  incidens.  Cer- 
vantes fentit  bien  lui-même  ce  détàut  ,  &  il  en  fait 
prelque  l'aveu  ,  quand  il  introduit  le  cure  Pérez , 
gradué  à  Slguenza  ,  &  maître  Nicolas  le  Barbier , 
difant  :  «  Celui-là  que  voilà  tout-auprès  du  recueil 
»  de  chanfon  de  Lopès  de  Moldonado  ,  comment 
»  s'appclle-t-il  ,  dit  le  curé  ?  C'efl  la  Galatée  de  Mi- 
»  chel  de  Cervantes  ,  répondit  maître  Nicolas.  Il  y 
»  a  long-tems  que  cet  aiUeur  cil  de  mes  meilleurs 
j)  amis  ,  reprit  le  curé  ,  &  je  lai  qu'il  cft  plus  mal- 
w  heureux  encore  que  poète.  Son  livre  a  de  l'inven- 
»  tion  ;  il  promet  aflez  ,  mais  il  n'achevé  rien.  Il 
»  faut  attendre  la  féconde  partie  qu'il  fait  efpérer  ; 
»  peut-être  qu'il  réulfira  mieux ,  &  qu'il  méritera 
»  qu'on  fafle  grâce  à  la  première:  compère  gardez- 
»  la  ».  La  féconde  partie ,  quoique  fouvent  promlfe, 
n'a  jamais  paru. 

Ce  joli  paflage  eft  ,  comme  on  fait ,  dans  don  Qui- 
chotte ,  ouvrage  iiicomparable  par  la  beauté  du  fty- 
le  ,  par  la  juftefle  de  l'elprit  ,  la  tinelTe  du  goût,  la 
délicateffe  des  penfces  ,  le  choix  des  incidens  ,  &  la 
plailànterie  fine  qui  y  règne  d'un  bout  à  l'autre.  Don 
Quichotte  nous  offre  en  la  perfonne  un  fou  vraiment 
héros  ,  qui  s'imaglnant  que  quantité  de  choies  qu'il 
voit ,  rellemblent  aux  avantures  qu'il  a  lues ,  s'engage 
à  des  entrepriies  glorieufes  dans  fon  oj)inion  ,  6c 
folles  dans  celles  des  autres.  Oa  voit  en  même  tems 
ce  même  héros-chevalier ,  railonner  fort  fagement 
quand  il  n'eft  pas  dans  les  accès  de  folie.  La  iimpli- 
cité  de  Sancho  Pança  cil  d'un  comique  qui  n'en- 
nuie perfonne.  Il  parle  toujours  comme  il  doit  par- 
ler, &  agit  toujours  conléquemment. 

Pour  que  l'hiflolre  d'un  chevalier  errant  ne  fati- 
guât pas  le  leûeur  par  la  répétition  tédleule  d'avan- 
tures  d'une  même  efpece ,  ce  qui  ne  pouvolt  man- 
quer d'arriver  ,  s'il  n'avoit  été  queftion  que  de  ren- 
contres extravagantes  ;  Cervantes  a  fait  entrer  dans 
fon  roman  divers  épliodes,  dont  les  incidens  iont 
toujours  nouveaux  &  vralllemblables.  Tous  ces 
épliodes,  hormis  deux  ,  lavoir  .,rhLjioirede  l'efclave  ^ 
&  la  nouvelle  du  curieux  imptrtinent ,  font  enchâllés 
dans  la  fable  même  ,  ce  qui  eil  un  grand  art.  Le  ilyle 
cil  approprié  au  caractère  des  perlonnages  &  des  lu- 
jets.  Il  eft  pur,  doux,  naturel,  juilc  &  fi  correft, 
qu'il  y  a  peu  d'auteurs  eipagnols  qui  pullfent  aller  du 
pair  avec  Cervantes  à  cet  égard.  Il  en  a  pouiTé  fi  loin 
l'étude, qu'il  emploie  de  vieux  mots  pour  mieux  ex- 
primer de  vieilles  chofes.  Enfin  ,  les  raiionnemens 
font  pleins  d'efprit ,  le  nœud  eft  habilement  caché  , 
&  le  dénouement  heureux. 

La  première  partie  de  don  Quichotte  parut  à  Ma- 
drid en  1605  î''^'4°'  ^  ^^  dédiée  au  duc  de  Bejar,de 
la  proteftion  duquel  l'auteur  le  félicite  dans  des  vers 
qu'il  attribue  à  Urgande  la  déconnue  ,  &  qui  font  à 
la  tête  du  livre.  La  féconde  partie  de  l'ouvrage  ne 
parut  qu'en  161  5.  Le  débit  du  livre  fut  tel  ,  qu'a- 
vant que  l'auteur  eût  donné  cette  féconde  partie  ,  il 
fait  dire  au  bachelier  Samfon  Carafco  :  «  A  l'heure 
»  qu'il  eft ,  je  crois  qu'on  en  a  imprimé  plus  de  douze 
»  mille  à  Lisbonne  ,  à  Barcelonnc  &  à  Valence  ,  & 
»  je  ne  fiiis  point  de  doute  qu'on  ne  le  tradulfe  en 
»  toutes  fortes  de  langues  ».  Cette  prédi£lion  s'eft  fi 
bien  véiifiée  ,  qu'il  faudroit  un  volume  pour  entrer 
dans  le  détail  de  les  différentes  éditions  &:  traductions. 
Tous  les  plus  célèbres  artiftes  ,  peintres  ,  graveurs  , 
fculpteurs ,  deffinateurs  en  tapifleries  de  haute  &C 
baife-lifle ,  ont  travaillé  à  l'envi  à  repréfcûter  les 


s  E  V 

avantttrcs  (îe  don  Quichotte ,  &  c'eil  ce  que  nous 
avons  cle  plus  amufant. 

Des  que  cet  ouvrage  parut  en  Efpagne  ,  on  lui  fit 
»m  accueil  qui  n'avoit  point  eu  d'exemple  ;  car  il  h\t 
univcrfel,  chez  les  grands  ,  le  militaire  ,  6c  les  gens 
de  lettres.  Un  jour  que  Philippe  llf.  étoit  liir  un  bal- 
con du  palais  de  Madrid  ,  il  apperçut  un  étudiant  iur 
le  bord  du  Mançanares  ,  qui ,  en  iifant ,  quitîoit  de 
tems  en  tems  fa  lecture  ,  &:  le  frappoit  le  front  avec 
des  nirircues  extraordinaires  de  plaifir  :  «  cet  homme 
»  cd  £oix ,  dit  le  roi  aux  courtilans  oui  étoient  auprès 
»  de  lui ,  ou  bien  il  lit  don  Quichotte.  Le  prince 
avoit  rail'on  ,  c'étoit  efFeftivement  là  le  livre  que  l'é- 
tudiant lifoit  avec  tant  de  joie. 

En  ï6i4  ,  Cervantes  fît  imprimer  fon  voyage  du 
Parnajfe,  qui  n'efl  point  un  éloge  des  poètes  efpa- 
gnols  de  fon  tems,  mais  une  fatyre  ingénieufe,  com- 
me celle  de  Céfar  Caporali ,  qui  porte  le  même  ti- 
tre, en  ed  une  des  poètes  italiens. 

En  1615  il  pubUa  quelques  comédies  &  farces 
nouvelles ,  les  unes  en  vers ,  les  autres  en  proie.  Il 
y  joignit  une  préface  très-curieule  fur  l'origine  &  les 
progrès  du  dramatique  efpagnol  ;  cependant  les  co- 
médiens ne  jouèrent  point  les  nouvelles  pièces  de 
l'auteur ,  &  c'eft  lui-même  qui  nous  l'apprend  avec 
fa  naïveté  ordinaire. 

«  Il  y  a  ,  dit-il,  quelques  années  qu'étant  revenu 
»  à  mes  anciens  amufemens,  &m'imaginant  que  les 
»  chofes  étoient  encore  fur  le  même  pié ,  que  du 
»  tems  que  mon  nom  faifoit  du  bruit  ;  je  me  mis  de 
»  nouveau  à  compofer  quelques  pièces  pour  le  théâ- 
»  îre  ;  mais  les  oifcaux  étoient  dénichés  ;  je  veux 
*>  dire ,  que  je  ne  trouvai  plus  de  comédiens  qui  me 
w  les  dcmandaiîent.  Je  les  condamnai  donc  à  demeu- 
»  rer  dans  l'obfcurité.  Dans  le  même  tems  ,  un  li- 
»  braire  m'afiura  qu'il  me  les  auroit  achetées  ,  fi  un 
»  célèbre  comédien  ne  lui  avoit  dit ,  que  l'on  pou- 
»  voit  efpérer  que  ma  profe  réuffiroit,  mais  non  pas 
»  mes  vers.  Alors  ,  je  me  dis  à  moi-même  ,  ou  je 
»  fuis  bien  déchu  ,  ou  les  tem<s  font  devenus  meil- 
»  leurs ,  quoique  cela  foit  contraire  au  fentiment 
»  commun ,  félon  lequel  on  fait  toujours  l'éloge  des 
»  tems  pafl'és.  Je  revis  cependant  mes  comédies  , 
M  &  je  n'en  trouvai  aucune  allez  mauvaife ,  pour 
^>  qu'ellenepùtappelierdeladécifionde cecomédien, 
»  nu  jugement  d'autres  aûeurs  moins  difficiles.  Dans 
»  cette  idée ,  je  les  donnai  a  un  libraire  qui  les  im- 

V  prima.  Il  m'en  offrit  une  fomme  rail'onnable  ,  & 
»  je  pris  fon  argent.  3e  fouhaiterois  qu'elles  fufi'ent 
»  excellentes  ;  du  moins  j'efpere  qu'elles  feront  paf- 
>♦  fables.  Vous  verrez  bien-tôt ,  cher  ledfeur ,  ce  que 
»>  c'cfl;  fi  vous  y  trouvez  du  bon  ,  6c  que  vous  ren- 
»  contriez  mon  comédien  de  mauvaife  humeur, 
»  priez-le  de  ma  part  de  n'être  pas  fi  prompt  à  taire 
M  injure  aux  gens  ;  qu'il  examine  mûrement  mes 
M  pièces,  il  n'y  trouvera  ni  ridicule  ,  ni  pauvreté  ; 
>>  leur  défauts  font  cachés  ;  la  verfiHcation  ell  foi ta- 
»  bîe  au  comique  ;  &  le  langage  convient  aux  per- 
»  fonnages  qui  y  paroiiiènt.  Si  tout  cela  ne  le  con- 
»  tente  pas.,  je  lui  reconunande  une  pièce  à  laquelle 
«  je  travaille,  mûtuice  l'aùus  de  Juger  fur  l'ciicjueite  y 
w  qui ,  fi  je  ne  me  trompe  ,  ne  peut  manquer  de 
»  plaire.  En  attendant ,  Dieu  lui  donne  la  famé,  & 
»  à  moi  de  la  patience. 

Il  fe  divertit  encore  h  compofer  quelques  hiftoi- 
rictes ,  qu'il  publia  fous  le  titre  de  nove/as  exemplares^ 
&  qu'il  dédia  au  fcigncur  de  Lcmos.  «  Votre  evcel- 
»  Icnce ,  lui  marque-t-il ,  faura  que  je  lui  envoie 
»  douze  contes  ;  quoique  je  ne  fois  pas  dans  le  goût 
M  d'en  débiter ,  néanmoins ,  j'ofèrois  les  mettre  au 

V  nombre  des  meilleurs  ,  fi  ce  n'étoit  pas  mon  ou- 
.♦>  vrage  ». 

Il  parle  ainfi  dans  fa  préface  :  «  Je  vous  avertis, 
w  gratieux  leûcur ,  que  vous  ne  trouverez  rien  ici , 


S  E  V 


^35 


«  dont  ôft  puifTe  abufer  ;  j'intitule  mes  nouvehes , 
>f  exemplaires  ,  parce  que  ,  fi  vous  y  prenez  garde  , 
»  il  n'en  efl:  aucune  qui  n'offre  quelque  exemple 
»  utile.  J'ai  eu  defîèin  d'amufer  fans  danger,  6i.  les 
»  amufemens  innocens  font ,  à  coup  fur  ,  légitimes. 
»  On  ne  peut  pas  toujours  être  occupé  de  la  prière, 
w  de  la  méditation  ,  ou  des  affaires  :  il  faut  des  tems 
»  de  récréation  pour  délaffer l'efprit,  &  réparer  fes 
»  forces  ;  c'efl  dans  cette  vue  qu'on  a  des  bois  ,  des 
»  fontaines  &  des  jardins  cultivés,  La  lefture  que  je 
»  vous  offre  ,  ne  peut  exciter  de  pafTion  criminelle. 
»  Une  convient  pas  à  un  homme  de  mon  âge,  qui 
»  touche  à  fa  foixaate-quatrieme  année ,  de  badiner 
»  avec  l'autre  vie. 

»  Comme  j'ai  fait  cet  ouvrage  par  goût ,  je  n'ai 
»  rien  négligé  pour  le  mettre  en  état  de  plaire ,  & 
»  j'ai  quelque  gloire  à  dire  ,  que  je  fuis  le  premier 
»  qui  aie  écrit  des  contes  originaux  en  efpagnol  ;  ils 
»  font  tous  tirés  de  mon  fonds-,  &  il  n'en  efl:  aucun 
»  imité  ni  puifé  dans  d'autres  écrivains.  Mon  imagi- 
»  nation  les  a  enfantés  ,  ma  plume  les  a  mis  fur  le 
»  papier  ,  6c  l'imprefTion  va  les  faire  croître  ». 

Il  y  avoit  long-îems  que  Cervantes  s'occupoit  à 
un  autre  livre  d'imagination  ,  intitulé  les  travaux  de 
Perjile  &  Sigifmonde ,  qu'il  finit  immédiatement  avant 
fa  mort,  arrivée  en  16 16.  Il  étoit  alors  attaqué  d'une 
maladie  qui  ne  l'empêcha  pas  d'écrire  ce  roman ,  & 
les  petites  anecdotes  qui  s'y  rapportoient..  Comme 
nous  n'avons  point  d'autre  hiflorien  que  lui-même, 
&  qu'il  raconte  tout  avec  grâce  :  voyons  ce  qu'il 
nous  dit  à  ce  fujet.  Il  s'exprime  en  ces  termes. 

»  Il  arriva,  mon  cher  lefteur ,  que  comme  je  ve- 
»  nois  avec  deux  de  mes  amis  de  la  fameufe  ville 
»  d'Efquivias  ,  je  dis  fameufe  par  mille  endroits  ; 
»  premièrement  par  fes  familles  illuftres  ;  en  fécond 
»  lieu  ,  par  fes  excellens  vins,  &:  ainfi  du  refle  ;  j'en- 
»  tendis  quelqu'un  galoper  derrière  nous  ,  comme 
»  pour  nous  attraper ,  à  ce  qu'il  me  paroiffoit  ;  &  ce 
»  cavalier  ne  nous  permit  pas  d'en  douter  ,  nous 
»  ayant  crié  de  n'aller  pas  fi  vite.  N-ous  l'attendîmes 
»  donc ,  &  nous  vîmes  approcher  monté  fur  une 
»  âneflé  un  étudiant  gris  (j'entends  qu'il  étoit  tout 
>»  habillé  de  gris  )  :  il  avoit  des  botines  femblables  à 
»  celles  que  portent  les  moiffonneurs ,  pour  empê- 
»  cher  le  blé  de  leur  piquer  les  jambes  ;  des  fouliers 
»  ronds  ,  une  épée  &  un  collet  noir  ,  que  le  mouve- 
»  ment  de  fa  monture  faifoit  fouvent  tourner  de  côté 
»  &  d'autre  ,  quelque  peine  qu'il  fe  donnât  à  le  met* 
»  tre  droit.  Vos  feigneuries  ,  nous  dit-il ,  vont  ap- 
>»  paremment  foUiciter  quelque  emploi  ou  bénéfice 
»  à  la  cour  ;  fans  doute  que  fon  éminence  efl  à  To- 
»  lede,  ou  du  moins  le  roi ,  puifque  vous  allez  fi  vî- 
»»  te.  Franchement  j'ai  eu  bien  de  la  peine  à  vous 
»  atteindre, quoique  mon  âne  ait  plus  d'une  fois  pafTé 
>♦  ]>our  un  bon  coureur.  A  ce  difcoiirs  un  de  mes 
»  compagnons  répondit;  le  cheval  du  fèigneur  Ccr-» 
»  vantes  en  efl:  la  caufe ,  c'eft  un  drôle  qui  n'aime 
»  pas  à  aller  doucement. 

»  A  peine  mon  homme  eut-il  entendu  le  nom  de 
»  Cervantes  ,  qu'il  fiuita  à  bas  de  fa  monture  ,  en 
»  faifant  tomber  fon  couffin  d'un  côté,  &  fon  porte- 
»  manteau  de  l'autre  (  car  il  avoit  tout  cet  équipaoe 
>►  avec  lui);  11  vint  à  moi,  &  me  prenant  par  la 
»  main  gauche  ;  oui ,  oui ,  dit-il,  c'efi  ici  le  fameux, 
>»  le  divcrtiiTant  écrivain ,  le  favori  des  mufes  !  Me 
»  voyant  com.plimcnter  fi  magnifiquement,  je  jugeai 
»  qu'il  y  auroit  de  l'impoliteffc  à  ne  pas  lui  tcmo-'- 
»  gncr  quelque  reconnoiffance  de  fes  louanges  ;  je 
»  l'ombraflai  (  &  lui  fis  tourner  fon  collet  par  mou 
>»  accoladj  ),  &  je  l'affurai  qu'il  étoit  dans  la  même 
»  erreur  fur  mon  fujet ,  que  d'autres  perfonnes  ,  qui 
»  me  vouloient  du  bien.  Je  fiiis  ,  lui  dis-jc,  Cervan- 
»  tes,  il  eft  vrai ,  mais  non  le  favori  des  mufes  ,  ni 
»  rien  de  toutcc  que  vous  m'avez  dit  de  beau.  Ayez 


136 


s  E  V 


»  donc  la  bonté  ,  mon  cher  monlicur ,  de  remonter   | 
»  lur  votre  bctc ,  &  conlinuons  notre  voya;j,e  ,  en 
»  nous  tenant  compagnie.  Mon  étudiant  bien  cl.evc, 

»  obéit. 

»  Nous  rallcntîmes  notre  pas ,  &:  nous  marchâmes 
y>  bien  doucement  enlembl*.  On  parla  de  mon  mal, 
«  &  mon  homme  me  prononça  bien-tot  mon  arrêt , 
>»  en  me  dilant  que  j'avois  gaçné  une  hydropilîe ,  & 
»  que  toute  l'eau  de  la  mer ,  tiit-elle  douce ,  ne  pour- 
»  roit  me  délalterer.  Ccft  pourquoi ,  leigneur,  Cer- 
*»  vantes  ,  ajout«-t-il ,  vous  devez  vous  abrtenir  do 
»  boire ,  mais  n'oubliez  pas  de  manger  ;  cela  feul 
»  vous  'Hiérira  ùins  la  moindre  médecine.  D'autres 
»  m'en  ont  dit  autant ,  lui  répliquai-je  ,  mais  je  ne 
»  puis  m'empécher  de  boire  ,  tout  connue  fi  je  n'é- 
»  tois  né  que  pour  boire.  Ma  vie  teiul  à  la  fin  ,  & 
»  par  Texamen  journalier  de  mon  pouls,  je  trouve 
»  que  Dimanche  prochain  ,  au  plus  tard,  il  achèvera 
»  fa  belbgne,  &  moi  ma  courCe.  Vous  êtes  arrive 
»  encore  à  point  pour  me  connoître  ,  mais  je  n'au- 
>>  rai  pas  le  tems  de  vous  prouver  combien  je  fuis 
y>  fenlible  à  vos  obligeans  procédés. 

»  En  diicourant  ainfi ,  nous  gagnâmes  le  pont  de 
»  Tolède  ,  que  j'enfilai ,  comme  lui  celui  de  Ségo- 
»  vie.  Ce  qu'on  dira  de  mon  avanture  ,  c'eft  l'affaire 
»>  de  la  renommée  ;  mes  amis  peuvent  avoir  envie 
»  de  la  raconter,  &  j'en  aurai  une  plus  grande  de 
»  l'entendre.  Je  retournai  lur  mes  pas, pour  embral- 
»  l'er  encore  une  fois  mon  étudiant ,  &.  il  en  fît  au- 
»  tant  de  fon  côté.  Enfuite  il  donna  des  deux  à  fa 
V  monture ,  &  me  lailTa  auiTi  malade  fur  mon  cheval, 
»  qu'il  étoit  mal  monté  fur  fon  âneffe  ,  3u.  fujet  de 
♦»  laquelle  ma  plume  vouloit  faire  encore  quelcjue 
»  plaifanterie :  mais  adieu  mes  bons  amis;  car  je  m'en 
»)  vais  mourir  ;  &  j'efpere  de  vous  revoir  avant  qu'il 
»  foit  long-tems  dans  l'autre  monde  ,  aufTi  heureux 
»  que  vous  le  pouvez  défirer». 

Voilà  donc  Cervantes  fur  le  bord  du  tombeau. 
L'hvdropifie  augmenta  ,  &  fon  mal  épuifa  fes  forces. 
Mais  plus  fon  corps  s'aiïbibliiroit,plus  il  s'attachoit  à 
fortifier  fon  efprit.  Ayant  reçu  l'Extrème-Ondion  , 
il  attendit  la  mort  avec  tranquillité  ;  &  ce  qu'il  y  a 
de  plus  furprenant ,  c'eft  qu'il  ne  pouvoit  s'empê- 
cher de  dire  ou  d'écrire  quelque  chofe  de  plaifant ,  à 
mefure  que  des  idées  riantes  lui  en  venoit  dans  l'ef- 
prit.  En  effet,  après  avoir  reçu  les  facremens  le  18 
Avril  1616  ,  il  difta  le  lendemain  la  dédicace  de  fes 
travaux  de  Perjïle  &  Sigifmonde  ,  adreffée ,  comme 
je  l'ai  dit  ,  au  comte  de  Lémos ,  &  conçue  en  ces 
termes  : 

«  Il  y  a  une  vieille  balade  ,  qui  étoit  jadis  fort  en 
»  vogue,  &  qui  commençoit ,  avec  unpU fur  Vétiier. 
»>  Je  fouhaiterois  qu'elle  ne  convînt  pas  fi  parfaite- 
y,  ment  à  cette  épître  ,  car  je  puis  dire  à-peu-près  de 
»  même  ,  avec  un  pi é  fur  Vèirier.  En  partant  pour  les 
»  fombres  régions  ,  je  prends  le  courage  d'écrire 
»  cette  épître  ,  &  je  falue  monfeigneur  avec  ce  der- 
»  nierfoupir.  Hier  on  me  donna  l'Extrême-Onftion, 
»  ôc  aujourd'hui  j'écris  ceci.  Le  tems  efl  court,  le 
»  mal  croît ,  l'efpérance  diminue  ;  cependant  il  me 
»  femble  que  je  voudrois  vivre  un  peu  plus  long- 
»  tems  ,  moins  pour  l'amour  de  la  vie  ,  que  pour 
M  avoir  encore  une  fois  le  plaifir  de  voir  votre  ex- 
»  cellence  faine  &  fauve  en  Efpagne  ,  &  11  ne  feroit 
»  point  impoflîblc  que  ce  plaifir  ne  me  rendît  lafanté. 
»  Mais  s'il  elt  arrêté  c|ue  je  doive  mourir  ,  la  volonté 
»  du  ciel  foit  faite  ;  cependant  votre  excellence  me 
»  permettra  de  l'informer  de  mes  defirs,  &  de  l'afTu- 
»  rer  qu'elle  a  en  moi  un  Icrviteur  fi  zélé  ,  qu'il  iroit 
»  micme  au-delà  du  trépas  pour  vous  fervir  ,  fi  fon 
»  pouvoir  égaloit  la  fincérité  de  fes  fentimens. 

»  Je  n'ai  pas  laific  que  de  me  réjouir  prophctique- 
»  ment  du  retour  de  votre  grandeur  en  Elpagne  ; 
w  mon  cœur  s'épanouifl'oit  de  joie ,  quand  je  me  re- 


S  E  V 

M  préfentols  tout  le  monde  vous  montrant  du  doî<:;t , 
»  ec  criant  :  voilà  le  comte  de  Lémos  !  Mes  efprits 
»  fe  raniment  ,  en  voyant  mes  efpéraaces  accom- 
»  plies  ,  &:  vos  grandes  qualités  juftifier  les  idées  que 
»  j'en  iivois  conçues.  Il  refte  encore  chez  moi  quel- 
>»  ques  lueurs  de  la  mèche  du  jardin  ;  ^  fi  par  un 
»  heureux  haiard  ,  ou  plutôt  par  un  miracle  ,  le  ciel 
»  me  coniérvolt  la  vie  ,  votre  excellence  verra  la 
»  féconde  partie  de  la  Galatée ,  que  je  lui  confacrois. 
»  Agréez  mes  vœux  pour  votre  confervation ,  &c. 
»  A  Madrid,  le  19  Avril  1616  ». 

Il  finit  fes  jours  peu  de  tems  après,  &  ne  vit  point 
l'impreffion  de  fon  livre  ,  dont  le  privilège  fut  ac- 
cordé le  24  Septembre  1616  ,  à  Catherine  de  Salazar 
fa  veuve.  Uhijioire  de  Perjlle  &  Sigifmonde  ,  &  les 
contes  ou  novtlas  examplarcs  ,  ont  été  traduits  en 
françois ,  &  ne  font  pas  inconnus  aux  gens  qui  ai- 
ment ces  fortes  de  produirions.  La  vie  de  l'auteur  a 
été  donnée  par  don  Grégorio  Mayans  Efifcar  ,  bi- 
bliothécaire du  roi  d'Efpagne.  Elle  eft  à  la  tête  de 
l'édition  efpagnole  de  don  Quichotte  ,  imprimée  à 
Londres  en  1738  ,  in-^^. 

J'ai  dit  ,  au  commencement  de  cet  article  ,  fur 
l'autorité  de  Nicolas  Antonio,  que  Cervantes  naquit 
à  Sèvilli  ;  cependant  l'auteur  de  fa  vie  ,  que  je  viens 
de  citer  ,  eftime  qu'il  étoit  né  à  Madrid  ,  &  il  appuie 
fon  fentiment  fur  ce  que  Cervantes  s'adrefi"e  à  cette 
ville ,  en  prenant  congé  d'elle  dans  fon  voyage  du 
Parnaffe  ,  en  ces  termes  : 

«Me  tournant  enfuite  vers  ma  pauvre  cabane, 
»  adieu  ,  lui  dis-je  ,  &  toi ,  Madrid  ,  adieu  ;  adieu 
»  Fontaines  ,  Prado  ,  &  vous  campagnes  où  coule  le 
»  neûar  &  degoi^ite  l'ambrolfie  ;  adieu  aimables  & 
»  douces  fociétés ,  où  les  malheureux  oublient  pour 
»  un  tems  leurs  peines.  Adieu  charmant  &  romanef- 
»  que  féjour ,  oii  deux  géans  qui  avoient  entrepris 
»  d'efcalader  le  ciel ,  frappés  de  la  foudre ,  maudifilent 
»  leur  chute ,  &  font  renfermés  dans  les  fombres  pri- 
»  fons  de  la  terre.  Adieu  théâtres  ,  dont  nous  avons 
»  banni  le  fens  commun ,  pour  y  faire  régner  la  bouf- 
»  fonncrie.  Adieu  belle  &  vaile  promenade  de  Saint- 
»  Philippe  ,  où  l'on  difcute  les  intérêts  des  puifiTan- 
»  ces  ,  oii  les  nouvelles  fe  débitent ,  &  font  l'uni- 
»  que  fujet  des  converfations ,  où  l'on  examine  fi  le 
»  croiffant  brille  ou  pâlit ,  fi  le  lion  allé  (  Venife  ) 
»  triomphe  ou  fuccombe.  Adieu  pâle  famine  ;  je 
»  quitte  aujourd'hui  mon  pays  ,  pour  éviter  le  trifte 
»  fort  de  mourir  à  ta  porte ,  fi  je  demeurois  plus  long- 
»  tems  ici  ». 

Nicolas  Antonio  répond  que  par  ces  mots  mon 
pays ,  on  peut  entendre  toute  l'Efpagne  ;  que  d'ail- 
leurs ,  i".  ce  qui  femble  favorifer  fon  opinion  ,  c'efl 
que  Cervantes  dit ,  dans  la  préface  de  fes  comédies  , 
qu'étant  petit  garçon  il  avoit  vu  à  Slvilk  Lupus  de 
Rueda ,  un  des  plus  célèbres  comiques  efpagnols. 
1^.  Que  les  furnoms  que  porte  Cervantes ,  font  ceux: 
de  familles  illuflres  de  Sêvilk  ,  &  non  de  Madrid. 

Quoi  qu'il  en  foit ,  il  eft  conftant  que  Cervantes 
étoit  bien  mal  logé  à  Madrid  ;  c'eft  ce  qui  paroît  par 
la  manière  dont  il  finit  fa  relation  du  voyage  du  Par- 
nafiTe.  Plein  de  fouci ,  dit-il ,  je  cherchai  mon  ancienne 
obfcure  retraite.  Il  n'avoit  pas  à  fa  mort  dans  cette 
ville  un  meilleur  domicile.  On  admiroit  fes  ouvra- 
ges ,  &  perfonne  ne  lui  donna  du  pain  ;  il  mourut 
dans  l'indigence ,  à  la  honte  de  fa  nation  ;  mais  fon 
nom  ne  mourra  jamais. 

J'ai  trop  amufé  les  gens  qui  goûtent  les  écrits  de 
cet  aimable  écrivain  ,  pour  leur  faire  des  excufes  fur 
la  longueur  de  fon  article  ,  &  je  plains  ceux  qui  n'ai- 
ment pas  à  la  folie  l'auteur  de  don  Quichotte.  Mais  je 
paflfe  à  deux  ou  trois  autres  hommes  de  lettres  nés 
à  Séville  ,  &  je  ferai  très-court  fur  leur  compte. 

Fox  de  Moriillo  (  Sébaftien  )  ,  en  latin  Sebaflïa- 
nui  Foxus  Mor^illus ,  ell  du  nombre  des  enfans  de- 
venus 


s  E  U 

venus  célèbres  par  leur  génie  &  par  leiirs  études.  Il 
naquit  en  i6i8.  Phlippe  II.  nomma  pour  précep- 
teur de  Dom  Carlos,  Morziilus ,  qui  étoit  alors  à  Lou- 
vain;  il  s'embarqua  dans  les  Pays-Bas  pour  être  plutôt 
auprès  du  jeune  prince.  Il  fît  naufrage  ,  &  périt  à  la 
fleur  de  la  vie.  Il  a  publié  avant  l'âge  de  15  aps  , 
1**.  un  commentaire  larin  inPlatnms  Tïmauin.  1^ .  De 
tonfcribindd  hifloriâ  ,  libzilus.  3°.  De  rcgno  ,  &  resÙS 
inÛitutlone  ,  libri  tns  ,  &c.  '"' 

Monardés  (  Nicolas  )  ,  médecin  ,  florifîbit  au  xvj. 
fiecle ,  &  mourut  en  i  578.  Il  Te  fit  une  grande  répu- 
tion  par  la  pratique  de  ion  art  ,  &  par  les  ouvra?,es 
qu'il  mit  au  jour.  1°,  De  fecandâvenâ  in  pleuntulc  ^ 
Hifpali,  1539,  in-4°.  2°.  De  rojis  ,  ma,lis  citris  ,  au- 
rantiisi  &  /imoniis,  Antuerpiae  ,  1565, 1.1-4°.  ^'^-  P^ 
las  drogas  de  las  hjdias ,  à  Séville  ,  I  574  ,  in4^.  Ce 
dernier  livre  a  été  traduit  en  anglois  &  en  fi-ancois 
par  Antoine  Colin. 

Pineda  (  Jean  )  ,  théologien  ,  entra  dans  la  focicté 
des  jéfuites  en  1571,  &  mourut  en  1637  âgé  de  80    ' 
ans.  Ses  commentaires  latins  lur  Job  &  fur  l'Ecclé- 
liafte  ,  forment  quatre  volumes  in-foL.  (  Le  chevalier 
DE  Jaucourt.  ) 

SéviLle  ,  (  Géog.  mod,  )  ville  de  l'Amérique  fep- 
tentrionale  ,  vers  le  bout  occidental  de  l'île  de  la 
Jamaïque  ,  alfez  près  de  la  mer,  avec  un  port.  Long. 

SEUILLETS  ,  f.  m.  (  Marine.  )  ce  font  des  plan- 
ches qu-  font  potées  fur  les  parties  inférieures  &  fu- 
périeures  du  fabord  ,  qui  couvrent  l'épaifTeur  du 
bordage  ,  &  qui  empêchent  de  pourrir  les  m  ?n^.bres 
du  vaifîéau  en  y  entrant.  On  appelle  liauuur  d<: feuil- 
lets ,  la  partie  du  côté  du  vaiffeau  comprife  entre  le 
pont  &  les  fabords. 

SÉVIR  ,  v.  n.  (  Gram.  )  punir  ,  châtier  ;  la  cour 
ftvit  contre  les  gens  de  robe  fubalternes  qui  font  mal 
leur  devoir. 

SÉVIR  ,  f.  m.  (  Antiq.  rom.  )  nom  d'un  officier 
chez  les  Romains.  U  y  avoir  deux  fortes  de  fcvirs  : 
les  premiers  étoient  des  décurions  des  fix  décuries 
des  chevaliers  romains.  Les  féconds  étoient  les  prin- 
cipaux officiers  des  colonies  ,  auxquels  on  accordoit 
même  le  titre  à'Jugufiates.  Le  trimalcion  de  Pé- 
trone efl  titré  de  /tv^V  Augufle  ,  au  pié  du  trophée 
<jue  lui  érigea  Cinnamus  fon  tréforier.  (  D.  /.  ). 

SEULAGE  ,  f.  m.  (  Commerce.  )  terme  normand 
qui  Çi^e^irifiQ  magajinagi.  Foy^J^  MAGASINAGE. 

SEULE,  f.  f.  fignifie  en  Normandie  magajîn.  Foye^ 
Magasin. 

SEULLON  ,  f.  m.  (  Droit  coutum.^  le  fcullon  , 
feillon  oxxJiUon  de  terre  ,  a  quatre  pies  de  largeur ,  & 
cent  vingt  pies  de  longueur.  Trévoux.  (^D.J.) 

SEUMARA  ,  (  Géog.  anc.  )  ville  de  l'Ibcric.  Stra- 
bon  ,  l.  XI.  p.  Soi.  dit  qu'elle  étoit  bâtie  fur  un  ro- 
cher au  bord  de  l'Aragus ,  à  feize  flades  de  la  ville 
Harmozica.  (Z).  /.) 

SEURE  ou  SEURRE,  (G^^.  mod.)  en  latin  bar- 
bare Sumgium ;  petite  ville  de  France  dans  la  Bour- 
gogne, fur  le  bord  de  la  Saône  &  du  dioccfc  de  Be- 
fançon.  Il  y  a  des  auguflins,  des  capucins,  deux  cou- 
vens  de  religieufes  ëc  un  collège.  Elle  elt  la  douzième 
qui  députe  aux  états  de  Bourgogne.  (Z).  /.  ) 

Seure,la,  ((?e(?^.wo^.)  rivière  de  France  en  Poi- 
tou. Elle  commence  à  porter  bateau  à  Niort ,  &  f  e 
jette  dans  la  mer  au-deflbus  de  Marans.  On  appelle 
communément  cette  rivière  Seurc  niortoifc ,  pour  la 
difHnguer  de  la  Seure  nantoife,  laquelle  tombe  dans 
la  Loire  près  de  Nantes.  (Z?.  /.) 

SEVRER ,  V.  ad.  {Gramm.)  c'efl  ôter  à  un  enfant 
l'ufage  du  lait  de  fa  nourrice  ,  61  le  faire  pafl'er  à  une 
nourriture  plus  folidc. 

Sevrer  ,  Ç/ardinrige.)  on  dit  fevrer  un  arbre  ,  une 
marcotte  quand  on  la  f'épare  du  tronc  d'où  elle  part , 
&  qu'elle  a  pris  racine  dans  la  terre.    C'efl  ainli 
Tome  XK, 


S  E  ■  X 

que  l'on  élevé  les  ifs^  les  tilleuls  ,  les  coignaf-- 
fiers  ,  les  orangers  en  partie,  &  les  autres  arbres  de 
fleur ,  la  charmille  Ôc  la  vienne.  ' 

SEURE'J  E  ,i.  i.{Comrr:cr.')  afTurance,  précsutloti 
que  ceux  qui  négocient  &  contradent  enfemblc ,  ont 
coutume  de  prendre ,  &"  dôîvent  prendre  pôur.h'être 
point  trompes.  La  parole,  ou  au  pl<js  l'écrit  dés  hom- 
mes, devroit  être  ,  &  eft  en  effet,  la  plus  grande  fa- 
reté  des  honnêtes  gens  ;  mais  la  malice  &  la  chicanô 
de  la  pUip^rt ,  obligent  f bùy.ent  de  prendre  d'autre^ 
précautions,  même  avec  ceux  qui  ont  le  plus  de  ré- 
putation de  probité ,  &  c'efl  ce  qu'on  appelle  prendre 
l'es  feuretjs.  Le  cautionnement ,  le  nantiffement ,  les 
gages,  les  endoffemens  ,  les  loufcriptions,  é-c.  font 
autant  defeurctés  q.ie  l'on  peut  prendre  fuivant  le  ca- 
ractère des  gens  avec  qui  l'on  traite  ,  ou  des  affaires 
dont  il  s'agit.   Dicl.  di  Comn\.  (Z>.  /.) 

SEUSNE,f.  f  (Pêcherie.')  on  nomme /^«//ze en  Bre- 
tagfîe ,  un  grand  filet  ou  elpeçe  de  fenne ,  dont  fc  fer- 
vent les  équipages  des  vaiffeaux  qui  voin  à  la  pêche 
de  la  nîoi-ue ,  pour  prendre  le  petit  poiffon  dont  on 
fait  l  lumeçoii  des  lignes  avec  lefqutlles  on  pêche  la 
morue.  Chaque  bâtiment  a  ordinairement  trois  fnf- 
nés.  Foyei  SlilNE.  (D.  J.) 

SEE/f^O-MONS ,  {Géog.  anc.)  moritagrie  de  la 
Scandinavie,  Pline,  li.b.  ÎV.  c.  xiij.  en  fait  une  moi> 
tagneimmenle,  égale  aux  monts  Riphées.  Tous  les 
Géographes  s'accordent  à  dire  que  Phne  défigne  par-là, 
cette  grande  chaine  de  montagnes  qui  s'étend  en  for- 
me decroiffant,  depuis  l'extrémité  feptentrionalede 
la  Scandinavie  ,  &  vient  finir  au  promontoire  Cim- 
brique  ,  après  avoir  traverfé  toute  cette  grande  pe* 
ninfule.  Cette  montagne  efl  connue  aujourd'hui  fous 
difïérens  noms;  une  partie  entr'autres  efl  appellée 
Skars  ;  on  donne  à  une  autre  le  nom  de  Sùia,  &  à  une 
troifie.Tie  celui  de  DojJ^'afuL  (D.  J.) 

SEX^  (  Géog.  an:.  )  £jir,  Sexi  ou  Sexti,  car 
ce  mot  s'écrit  différemment ,  ville  de  l'Efjjagne  bé- 
tique.  Pline  ,  lib.  III.  c.j.  donne  à  cette  ville  le  fiir- 
nom  de  Birmum  Julium\?k  les  habitans  font  appelles 
Bxitani ,  par  Strabon.  On  croit  que  c'efl  préfente- 
ment  Vdii_-M.alaga.  {^D.  J.) 

SEXAGENAIRE,  f  m.  6^  f.  {Gram.)  qui  a  atteint 

l'âge  de  60  ans.  Il  y  a  des  cafuiiles  qui  dif]3enfent  les 

fixagenair^s  du  jeCine.  Ce  n'efl  pas  l'âge,  mais  la  né-* 

cefîité,  qui  difpenfent  des  lois.  La  loi  Pappia  Pappea 

défend  le  mariage  rux  fexagén.iires. 

SEXAGENE,  f.  f.  {Gram.)  la  fixieme  partie  du 
zodiaque  ;  le  fexagene  efl  donc  de  60  degrés,  &  com- 
prend deux  fignes. 

SEXAGENARIUM  de  ponte  dejicere ,  {Hifi. 
Rom.  )  priver  un  vieillard  lexagenaire  (  c'efl  à-dire 
qui  a  60  ans  )  ,  du  droit  de  donner  fon  fufïrage  dans 
les  élevions  à  Rome  ;  parce  que  le  peuple  paffoit  fur 
une  Q.i^tQÇ.  de  peiit  pont ,  pour  aller  jetter  fa  ballote 
dans  l'urne  pour  élire  les  magiflrats ,  &  on  rejettoit 
les  vieillards  qui  avoient  60  ans ,  au  cas  que  quelqu'un 
de  cet  âgefe  préfentât.  {D.  J.) 

SEXAGÉSIMALE,  adj.  {Arnkmét.)  les  fradions 
fexagéjimahs  font  des  frayions  dont  les  dénomina- 
teurs procèdent  en  raifon  fexagécuple  ;  par  exemple, 
une  prime  ou  une  minute  =  j^,  une  kç:onàQ=-j~-f 
une  tierce  =  —{'oc  f^oye^  Degré ,  Minute ,  &c. 

Autrefois  on  ne  fc  fcrvoit  que  des  {raùïonsfexjge- 
f  maies  dans  les  opérations  aflronomiqucs,  &:on  s'en 
lert  encore  dans  bien  des  cas,  vqye^  Logistique. 
Cependant  l'arithmétiqvie  décimale  efl  aujourd'hui 
fort  en  ufage  ,  même  dans  les  calculs  aflronomi- 
ques. 

Dans  ces  fradlons  ,  qti'on  nomme  aufïi  fractions 
<i/?''o/;(3/k/^//£5,  le  dénominateur  étant  toujours  60, 
ou  un  multiple  de  60,  on  le  fousentend  ordinaire- 
ment, &:  on  n'écrit  que  le  numérateiirq^u'on  met  plufi 


138  s  E  X 

bas.  Ainfiquandonvolt4°.  5.9'.  3.^"-  5o"'-  i6"^ilfaiit 
lire  4  degrés,  59  minutes  ,  32  iecondcs  d'un  degrc  , 
ou  60  parties  d'une  minute ,  50 tierces,  16  quartes, 
'&c.]^oyci¥RXcrio^.C/icimiirs.(E)        ,    ,  , 

SEXAGÈSIME  ,  1".  f.  terme  de  calendrier  eccUJiafil- 
aue;  c'éA  le  Iccond  dimanche  avant  le  carême  ,.  ou 
celui  qui  précède  le  dimanche  gras.  On  l'appelle  ainli 
parce  qu'il  tombe  ;\  peu  près  60  jours  avant  Paq^^s, 
du  latin  fcxiv:[ifiwus ,  foixantkme.     _      .-■•-•'■;  ■  '  'y 

La  fcxagefwu  cfl  le  dimanche  qui  luit  la'leptuagc- 
fime,&qm  précède  la  quinquagéfinie.  Foyi^Siç^p- 

TUAGÉSIMF.é'QuiNQUAGKSIME.  ,.     , 

SEX  ANGLE ,  adj.  ÇGéom.)  fe  dit  d'une  figure  qui 
a  fix  angles.  Ce  mot  n'eft  employé  que  par  quelques 
anciens  auteurs. 

SEXAVA  ,  (Géog.  rriod.)  petite  ville  de  Perfe ,  tou- 
te entourée  de  vaftes  defcrts,  à  cinq  jour^iées  de 
Corn ,  fur  la  route  de  Tauris  h  Ifpahan,  en  paflant  par 
Zan^an ,  Sultanie  &c  autres  lieux.  Ses  caravanlérais 
font^commodes ,  &  leur  nombre  luppléc  au  défaut 
de  leur  grandeur.  (Z>.  /.) 

SEXE  ,  LE ,  {Morale!)  le  fex?,  abfolumcnt  parlant , 
ou  plutôt  le  heau-J'exc ,  eu.  l'épithcte  qu'on  donne  aux 
fcmmcs ,  &  qu'on  ne  peut  leur  ôter ,  puifqu'elles  font 
le  principal  ornement  du  monde.  Quelles  joignent  à 
ce  titre  mérité  ,  tout  ce  qui  efl:  propre  à  leur  état ,  la 
pudeur,  la  retenue,  la  douceur,  la  compafllon  & 
les  vertus  des  âmes  tendres  :  Ta  mufique  ,  la  danfe , 
l'art  de  nuancer  les  coulç-ars  fur  la  toile,  font  les  amu- 
femens  qui  leur  conviennent  ;  mais  la  culture  de  leur 
eforit  eft  encore  plus  importante  &  plus  effentielle. 
■Que  d'autre  part  leur  heureufe  fécondité  perpétue 
les  amours  &  les  grâces  ;  que  la  fociété  leur  doive  fa 
politeffe  &  fcs  goûts  les  plus  délicats  ;  qu'elles  fafTent 
les  plus  chères  délices  du  citoyen  paifiblc  ;  que  par 
une  prudence  foumife '&  une  habileté  modelîe , 
adroite  &  fans  art,  elles  excitent  à  la  vertu,  rani- 
ment le  fentimeRt  du  bonheur  ,&  adouciffent  tous 
les  travaux  de  la  vie  humaine  :  telle  eil  la  gloire,  tel 
eftle  pouvoir  du  heaii-J'exe.  {D.  J.) 

SEXTANT,  f.  m.  en  Mathérnatique ,  fignifie  la  fi- 
xieme  partie  d'un  cercle ,  ou  un  arc  qui  comprend 
60  degrés.  Voyei  Arc  &  Ôegré.  ,,,,|r 

On  fe  fert  plus  particulièrement  du  mol  fextànt  ^ 
pour  fi^nifier  un  inllrument  d'aftronomie  qui  reffem- 
ble  à  \m  quart  de  cercle ,  excepté  que  fon  étendue  ne 
comprend  que  60  degrés. 

L'ufage&  l'application  Awfextant  eftle  même  que 
celui  du  quart  de  cercle.  Foye^  Quart  de  cer- 
cle. "    ; 

SEXTJNS ,  f.  m.  {Poids  &  mefur.  rom.)  lefextans  ' 
pefoit  deux  onces,  ou  feize  drachmes  poids  de  Troie. 
Les  Romains  divifoient  l'as  qui  étoit  la  livre  d'ai- 
rain ,  en  douze  onces  ;  l'once  étoit  dite  unda ,  du  mot 
unum  ;  &  les  deux  onces  fextans  ,  fexta  pars  affis  ,\a 
Jixieme  partie  de  L'as  ou  de  la  livre.  En  fait  de  mefure, 
le  fextans  contenoit  femblablement  deux  onces  de  li- 
queur. 

Sextantes  ,  Calijle ,  duos  infunde  Falerni, 

«Verfcz-moi,  mon  cher  Callfte,  deux  doigts  de  ce 
*>  vin  de  Falernc  ».  {D.  /.) 

SEXTARIUS ,  {Mefur.  rom.)  le  fextarius  (fcp- 
tier  }  des  latins  étoit  une  petite  mefure  de  liquides, 
qui  contenoit  ei  peu  près  trois  demi-fcptiers  de  Paris. 
C'étoit  la  mefure  d'Auguftc  pour  le  vin  ,  quand  il 
vouloit  boire  un  peu  plus  qu'à  fon  ordinaire.  On  V-à^- 
■^eWoW.  fixtarius  .^  parce  qu'il  faiibit  la  fixieme  partie 
du  conclus.  Il  tenoit  douze  cyathes,&  notre  pinte  de 
Paris  en  tient  feize.  {D.  J.) 

SEXTE  ,  f.  f.  ùrme  de  Bréviaire;  c'eft  le  nom  qu'on 
donne  à  une 'des  petites  heures  ou  heures  canoniales 
■qui  font  partie  de  l'office  divin.   Toye^  Heures. 

On  l'appelle  ainfi ,  parce  que  chez  les  anciens  on 


SEX 

la  réçltoit  vers  la  fixieme  heure  du  jour ,  qui ,  fcloti 
leur  manière  de  compter,  répondoit  à  l'heure  de  mi- 
di ;  &  les  écrivains  cccléfialhques  difent  qu'elle  fut 
inftituée  pour  honorer  la  mémoire  de  l'heure  où  Je- 
fus-Chrift  fut  mis  en  croix  :  c'eft  ainfi  que  porte  la 
glofe  cliap.  X.  de  célébrât  mijfar.  Sexta  cruci  neclit.  S- 
Bafile  ,  regul.  major,  qucefl.  37.  dit  que  les  chrétiens: 
chantoient  ou  récitoient  à  cette  heure  le  pfeaume  9 1.« 
priant  Dieu  qu'il  les  délivrât  du  démon  du  midi ,  S'ait' 
^ûtvKjUêc-ii/^Cp/i'K,  qui  eft  le  pfeaume  que  nous  chantons 
aujourd'hui  à  complics.  Il  n'ajoute  pas  quels  étoient 
les  autres  pfeaumes  ,  mais  nous  pouvons  afliircr  lur 
là  foi  de  Caffien,  qu'il  y  en  avoit  encore  deux  autres, 
&  que  probablement  ils  étoient  relatifs  à  la  mort  de 
Jefus-Chrift  &  à  fon  facrifice.  Bingham  ,  orig.  Ecclef 
tom.  V.  lib.  XlII.  c.  ix.  §.  11. 

Aujourd'hui  parniiles  catholiques,  fexte  eft  compo- 
fée  du  Dius  in  adjutorium,  de  trois  pfeaumes  fous  une 
feule  antienne  ,  d'un  capitiile  ,  d'un  répons  bref  avec 
fon  verfct ,  &  d'une  orajfon  tirée  du  propre  du  tems, 
ou  du  propre  des  SS.  ou  du  commun. 

Sexte  ,  {Jurifpr.)  eft  la  coUedion  des  decrétales,' 
faites  par  ordre  du  pape  Boniface  VIII.  on  l'appelle 
fexte  ,  parce  qu'elle  eu  intitulée ,  liber fextus  décréta-^ 
lium  ,  comme  fi  c'étoit  un  fixieme  livre  des  decréta- 
les  qui  ont  été  recueillies  par  Grégoire  IX  ,  en  cinq 
livres  ;  cependant  cette  collcftion  de  Boniface  VIII  ^ 
contient  elle-même  cinq  livres;  la  manière  de  citer, 
cette  colleftion  eft  de  dire  infexto. 

Cette  coUedion  comprend  les  conftitutions  des 
papes,  publiées  depuis  celle  de  Grégoire  IX;  favoir,' 
celles  du  même  Grégoire,  d'Innocent  IV.  Alexan- 
dre IV,  Urbain  IV.  Grégoire  X.  Nicolas  III  Clément 
IV.  &  Boniface  VIII.  par  l'ordre  duquel  cette  com", 
pilation  fut  faite. 

Boniface  VIII.  employa  à  ce  travail  Guillaume  de 
Mandegpt,  archevêque  d'Embrun;  Berenger  deFré- 
dbl ,  évêque  de  Beziers  ;  &  Richard  de  Sienne,  qu'if 
nomma  depuis  cardinal  en  1198  ;  ce  livre  fut  publié 
le  3  Mars  à  la  fin  de  l'an  1 298  ,  c'eft-à-dire  en  1 299^ 
avant  Pâque. 

he fexte  ne  fut  point  reçu  en  France,  &  il  n'eft  per- 
rnis  ni  de  l'enfeigner  dans  les  écoles  ,  ni  de  le  citer 
îu  barreau  ,  à  caufe  des  démêlés  qu'il  y  eut  entre 
Boniface  VIII.  &  Philippe  le  Bel. 

On  a  joint  à  la  fuitç  du  texte  &  dans  le  même  vo- 
lume ,  les  clémentines  &  les  extravagantes  de  Jean 
XXII.  &  les  extravagantes  communes.  ^oye^DROlt 
CANON ,  Décret  ,  Decrétales. 

SEXTELAGE ,  (.  m.  {Jufifprud.)  appelle  auftiy^/l 
terage  ou  [lelage,  eft  un  terme  formé  par  corruption 
de  celui  de  fextierage  ,  appelle  dans  la  baffe  latinité 
fextariaticurn  ;  c'eft  ce  qui  fe  prend  fur  un  fextier  oa 
feptier  de  grain  au  profit  du  léigneur ,  pour  le  mefu- 
rage  des  grains  qui  fe  vendent  dans  fon  marché. 

Ce  droit  dépend  des  titres  &  de  la  pofteffion,  voycç 
le  gloff.  de  Ducange  au  mot  fextariaticurn  ,  &  celui 
de  Lauriere  au  mot  fextelage  ;  le  traité  des  Fiefs  ,  de 
Guyon,  chapitre  unique  du  Droit  de  fextelage,  &  les^ 
mots  Mitage  ,  Pintage.  {A) 

SEXTERÉE  ,  f.  f.  {Gram.  &  Jurifprud.)  c'eft  dans 
la  coutume  de  Troye&  Rheims,  une  efpace  de  terrq 
contenant  huit  boiffelées. 

SEXTIL  ,  adj.  {Jf renom.)  eft  la  pofition  ou  l'af- 
peft  de  deux  planètes  ,  lorfqu'elles  font  éloignées 
l'une  de  l'autre  de  la  f:\iemc  partie  du  zodiaque, 
c'eft-à-dire  de  60  degrés ,  ou  de  la  diftance  de  deux 
lignes.  On  le  défignc  par  cette  marque  (*).  Fojei 
Aspect.  (O) 

SEXTILE,  {Calend.  des  Rom.)  ce  mois  étoit  le 
fixieme  à  commencer  par  lemois  de  Mars,  félon  l'an- 
cien ufage  ,  &  ce  nom  hii  refta ,  depuis  même  qu'on 
eut  ajouté  Janvier  &  Février  aux  mois  de  ruflj- 
tution  de  Romulus.  On  lui  donna  enfuite  la  nom 


s  E  Y 

tl'Augiirtc  )  menjis  Jugi'jins ,  comme  on  avoit  cîonns 
au  mois  précédent ,  le  noni  de  Jules-Céfur  ^  en  l'ap- 
nelhnt  min/is  Julius.  (^D.  J.) 

SEXTULA  ,  (  Poids  &  Monn,  rom.  )  nom  chez  les 
Romains  ,  qui  délignoit  la  lixieme  partie  de  l'once. 
On  fait  que  l'as  romain  valoit  une  livre  ,  &  f'e  divi- 
foit  en  douze  onces  ;  on  A'ç-^tWoiX.  fixtans ^  la  fixieme 
partie  de  l'as ,  c'ell-à-dire  deux  onces,  (^uudrans ,  [a 
quatrième  partie ,  c'eft-à-dire  trois  onces  ;  triais ,  la 
troiûeme  partie ,  c'eiî-à-dire  quatre  onces  ;  quincunx, 
cinq  onces  •^fcmis  owfiminis ,  la  moitié  de  l'as  ,  c'elt- 
à-dire  fix  onces;  feptunx  ,  fept  onces  ;  ùts ,  huit  on- 
ces ;  dodrans ,  neut  onces  ;  dixtans ,  dix  onces  ;  deunx^ 
onze  onces  :  j'ignore  les  mots  des  parties  de  l'once  , 
mais  on  fait  o^ii^  Jextula  étoit  la  lixieme  partie  de  l'on- 
ce. {D.J.) 

SEXTULE  ,  f.  m.  (ComTr:.')  petit  poids  dont  fe  fer- 
Vent  les  Apoticaires  ,  pour  peler  les  drogues  qu'ils 
compofcnt  ou  débitent  ;  il  pefe  un  fcrupuie  plus  que 
la  dragme  ou  le  gros.  Foyc^  Dragme,  Gros,  Scru- 
pule. Diclionn.  de  Commerce. 

SEXTUMVIR  AUGUSTAL ,  {Jntlq.  Rom.)  on 
fait  que  ce  fut  Tibère  qui  inflivua  la  fociété  des  prê- 
tres appel! es yôû'iî/ei  ÂugujiaUs  ,  en  l'honneur  d'Au- 
gufte  mis  au  nombre  des  dieux ,  pour  lui  offrir  des  fa- 
crifices  dans  les  temples  ,  qu'il  lui  avoit  fait  élever. 
Ils  ne  furent  pas  feulement  établis  à  Rome  ;  les  prin- 
cipales villes  des  Gaules  en  eurent  aufïï  ,  &  fur-tout 
celle  de  Lyon  ,  où  étoit  ce  temple  fameux ,  confa- 
cré  à  la  mémoire  d'Augufte  parfcixante  nations  qui 
y  avoient  placé  chacune  leur  flatue  avec  leurs  fym- 
boles  ,  pour  juHilier  à  la  poflérité  qu'elles  avoient 
toutes  contribué  à  fon  embelliffement.    Il  y  avoit 
cette  différence  entre  les  fextumvirs  augujiaux ,  éta- 
blis à  Rome ,  &  ceux  des  autres  villes ,  qu'ils  n'é- 
toient  que  fix  dans  les  provinces  ,  &  que  les  pre- 
miers étoient  plus  diftingués  &  en  plus  grand  nom- 
bre. Ils  étoient  vingt -cmq  à  Rome,  do  .nt  vingt  -  un 
furent  tirés  au  fort  entre  les  principaux  de  la  ville  ; 
les  quatre  autres  furent  Tibère  lui-même  ,  Drulus  , 
Germanicus  &  Claude.  Néron ,  &  quelques-uns  de 
fes  fuccefleurs  le  furent  aufîi  dans  la  fuite  ;  mais  à 
mefure  que  l'on  s'éloigna  du  fiecle  d'Augufte  ,  l'or- 
dre des  fextumvirs  augufiaux  s'avilit  6l   s'anéantit 
également  par-tout.  (^D.  /.) 

SEXTUPLE ,  adj.  en  Mujiquc  ;  eft  le  nom  que  plu- 
fieurs  ont  donné  affez  improprement  aux  melures  à 
deuxtems,  compofées  de  fix  notes  égales,  trois  pour 
chaque  tems  ;  ces  fortes  de  melures  ont  été  appel- 
lées  encore  plus  mal- à- propos  par  quelques  fran- 
çois  ,  mefurcs  àjix  tems. 

On  peut  compter  cinq  efpeces  de  ces  mefures/è-v- 
tuples,  c'eft-à-dirc  autant  qu'il  y  a  de  différentes  va- 
leurs de  notes  depuis  celle  qui  efl  compolée  de  fix 
rondes ,  appellée  en  France  triple  dejix  pour  un ,  &: 
qui  s'exprime  par  ce  chiffre  y  ,  jufqu'à  celle  appellée 
triple  de  €  pour  i6 .^  qui  eft  compolée  de  fix  doubles 
croches  feulement ,  &  fe  marque  ainfi  f^.  La  plupart 
de  ces  diftinâions  font  abolies  aujourd'hui ,  &  eiles 
font  en  effet  affez  inutiles  ,  puilquc  toutes  ces  diffé- 
rentes figures  de  notes  font  moins  des  mefures  diffé- 
rentes, que  des  modifications  ce  mouvement  du  vite 
au  lent  dans  la  même  eipece  de  mefure  ;  ce  qui  fe 
marque  encore  mieux  avec  un  feul  mot  écrit  à  la  tcte 
de  l'air ,  qu'avec  tout  ce  fracas  de  chiffres  &  de  no- 
tes qui  ne  fervent  qu'à  embrouiller  un  art  déjà  allez 
difficile  en  foi.  ^oye^^  Triple,  Tems,  Mesure,  Va- 
leur DES  NOTES  ,  é-C.  (5) 

SEYA  ou  SEA,  (Géog.  //W.)  en  latin  Sena,  petite 
ville  de  Portugal ,  dans  la  province  de  Beïra ,  au  pié 
du  mont  Herminio,  entre  cette  montagne  &  le  Mon- 
dego  ,  dont  les  fommets  iont  toujours  couverts  de 
neige.  {D.J.) 

S  E  Y  A  H ,  f,  m.  (  Hiji.  tned.  )  efpeces  de  moines 
Tome  XK. 


S  E  Z  Î39 

tufcs;  ils  ont  des  monaftef  es ,  mais  lot-fqii'llscti  font 
une  fois  fortis  ,  ils  n'y  rentrent  plus  ,  &  paflént  le 
reîle  de  leur  vie  à  courir  de  côté  ôc  d'autre  &.'  i\  faire 
les  vagabonds.  En  kur  donnant  leur  congé  ,  leurs 
fupérieurs  les  taxent  à  unefomme  d'argent,  ou  ù  une 
certaine  quantité  de  provifions  qu'ils  font  ob[i<'ts 
d'envoyer  au  couvent ,  faute  dequoi  l'entrée  leur  en 
eil:  fermée.  Lorfqu'unyiy^A  arrive  dans  une  ville,  il 
va  au  marché  ou  dans  la  fa  lie  qui  eft  auprès  de  la 
grande  mofqiiée  ,  là  il  crie  de  toute  fa  force  ,  6  dieu  , 
envoyei-mdi  cinq  mille  écns ^  ou  mille  rncfures de  ri:^^  &c. 
Après  avoir  reçîi  les  aum.ônes  des  âmes  dévotes  ,  le 
moine  mendiant  va  faire  le  même  métier  dans  un  au* 
tre  endroit ,  &  vit  toujours  errant  jufqu'à  ce  qu'il  ait 
amaffé  la  fomme  à  laquelle  il  a  été  taxé.  Il  y  a  chez 
les  Indiens  &  dans  les  états  du  {'rand-mo2ol  une  sran* 
de  quantité  de  ces  pieux  raineans  ,  qui  viennent  lou- 
vent  infefter  les  états  du  grand  -  feigneur  ,  à  qui  ils 
font  fi  fort  à  charge  ,  qu'un  vifir  fit  dire  au  grand-mo- 
gol  qui  avoit  fait  des  offres  de  fervices  au  lultan,  que 
la  plus  grande  faveur  que  ja  majeflé  Indienne  pût  fur  e 
à  fon  mj-itre  ,  étoit  d"" empêcher  que  les  religieux  mendians 
de  fes  états  nentraff'ent  fur  ceux  de  fa  huutef[e.  f^ojci 
Cantemir,  I/i/l.  Ottomane. 

SEYMAR-BASSY  ,  f.  m.  (  Hifl.  Turq.  )  premier 
lieutenant  des  janiffaires  ;  il  commande  en  particulier 
ceux  qu'on  a^^-<^û\e  feymcnys.  Lorl'que  l'aga  marcha 
en  campagne,  il  prend  le  titre  de  fon  lieutenant  à 
Conffanîinople ,  il  peut  mettre  fon  propre  cachet  fiir 
les  ordres  qu'il  donne  ;  enfin ,  il  a  le  maniement  de 
toutes  les  affaires  des  janiffaires.  Duloir.  {D.  J.) 

SEYNE  ,  {Géog.  nwd.)  en  latin  du  moyen  âf>e  Se- 
dcna  ,  petite  ville  de  France,  dans  la  hau(e-Provci;-> 
ce  ,  chef-lieu  d'une  viguerie  de  même  nom  ,  fin-  îir.e 
petite  rivière  qui  fe  jette  dans  la  Durance.  (Z?.  J.) 

SÈYSSEL,  {Géog.  mod.  )  petite  ville  de  France  , 
dans  le  Bugey  ,  fur  le  Rhône  ,  qui  la  divife  en  deux 
parties  ,  &  qui  en  ce  lieu  commence  à  être  naviea- 
ble  ;  on  y  décharge  le  fel  qui  vient  du  pays  pourrie 
tranfJ3orter  en  Savoie.  L0ngit.2j.j1.  lant.  ^3.  ^.^. 
Seyj/el  (Claude  de)  favant  du  feizieme  fiecle,  prit, 
le  nom  de  cette  ville  dans  laquelle  il  étoit  né  ;  il  pro- 
feffa  le  Droit  à  Turin  ,  devint  maitre  de^s  requêtes  , 
confciiler  de  Louis  XII.  évêque  de  Marfeille  ,  &  fi- 
nalement archevêque  de  Turin  ,  où  il  finit  fes  jours 
en  1^20.  Il  a  publié  plufieurs  traduflions  &  ouvra- 
ges de  différens  genres.  Son  hijloiie  de  Louis  XIL  a 
été  réimprimée  plufieurs  fois.  Sa  grande  Mmarchiz  di 
France.,  traduite  en  latin,  parSleidan,  fit  dCi  bruit.  Il 
y  foutint  une  opinion  fort  extraordinaire  pour  ua 
maître  des  requêtes  ,  &  pour  un  évêque  ;  c'ell  qua 
le  roi  eil  dépendant  du  parlement.  {D.  J.) 

SEYTA  ,  f.  m.  {HilL  mod.fuperjl.)  idole  fameufe 
adorée  par  les  Lapons.  Ce  dieu  eil  une  pierre  qui  n'a 
aucune  forme  déterminée  ,  non-plus  que  fa  femme 
&  fes  enfans  qui  ne  ibnt  autre  chofe  que  des  maffés 
de  pierre  informes,  auxquelles  les  Lapons  font  des 
facrifices  ,  &:  qu'ils  frottent  avec  le  ian-î  6i  hi  r^raiiTe 
des  victimes,  qui  font  co:nmunement  des  rennes.  Le 
hafard  ou  l'art  ont  donné  à  la  partie  fupérieure  de 
quelques-unes  de  ces  pierres  une  forme  dans  laquelle 
on  a  cru  trouver  la  reilemblance  de  cha;)eaux.  Le 
lieu  où  ibnt  placées  les  idoles  eil  à  l'endroit  où  le  lac 
de  Tornotrel'ch  forme  une  rivière  &  une  catarafle. 

SES  ANNE ,  (  Géog.  mod.  )  petite  ville  de  France , 
dans  la  Bric  ,  au  dioccfe  de  Troyes  ,  frontière  de  la 
Champagne  ,  à  zc  lieues  au  iud  eil  de  Paris  ,  dans 
une  plaine  entourée  de  collines  du  côté  de  la  Bric  ;  & 
fin-  une  petite  rivière  qui  n'a  point  de  nom.  Sé^^inns 
étoit  fondée  avant  la  hn  du  vj.  fiecle  ,  &  llijette  alors 
à  Hugues,feigneur  de  Breques.EUo  a  été  jointe  au  do- 
maine du  comté  de  Troyes,  6c  finalement  réunie  à  i.i 
couronne  avec  la  Champagne.  En  1631  elle  fut  ré- 
duite en  cendres  par  un  incendie,  &  rétablie  qucl- 

S  ij 


140 


s  H  A 


que  tcms  après  ;  mais  elle  eft  retombce  4ans  un 
grand  délabrement.   (  D.  J.  ) 

S  F 

SFACCHIA  ,  (  Géoo.  moii.  )  ou  montl  Sfacchiofi  , 
ïTiont.i'Mies  de  nicdeCaiulie  ,  au  territoire  de  laCa- 
née  ,  vers  le  midi.  Ces  montagnes  s'étendent  vers  la 
petite  ville  de  Cafld-Sfacchia  habitée  par  les  Stac- 

chiotes.  .       .,111 

SFETIGRADO,((;/r7-.  moi.)  petite  ville  de  la 

Turquie  européenne,  dans  l'Albanie  ,  iurles  confins 

de  la  Macédome  ,  à  zo  lieues  au  iud-clide  Croye. 

Amurath  II.  prit  cette  ville  d'allaut  ,  dans  le  xv.lie- 

cle ,  &  elle  c<t  reliée  aux  Turcs.  Ils  la  nomment  Suir- 

t-/«.  (D.J.) 

S  G 

SGRAFITTO  ,  f.  m.  {Peinture)  terme  italien  qui 
déligne  une  efpece  de  peinture  à  trelque  ,  que  nous 
appelions  niamen  égratigncc.  f''ojc-;_  EGRATlGiNEE, 
mania  c  ,  Peint.  {D.  J.) 


SHAFTSBURY  ,  (  Géog.  mod.  )  en  latm  Scpto- 
nia,  grand  &  beau  bourg  à  marché  d'Angleterre, 
dans  Dorlet-shire,  liir  une  colline  ,  près  des  fron- 
tières deWilt-shirc  ,  entre  les  forets  de  Craneborne 
&  de  Gillingham  ,  à  trois  milles  delà  dernière,  pro- 
che la  Stoure.  On  y  jouit  d'une  fort  belle  vue  ,  6c  les 
malfons  au  nombre  de  cinq  cens  ,  font  toutes  bâties 
de  pierres  de  taille.  Shaftsbury  a  le  titre  de  comté  ; 
mais  c'étoit  dans  fon  origine  une  place  beaucoup 
plus  confidérable  qu'elle  ne  l'elf  aujourd'hui  ;  car 
elle  avolt  jufqu'à  dix  églifcs  paroiffiales  dans  fon  en- 
ceinte. Alfred  la  fonda  en  bb'o  ,  &  la  nomma  Shcaf- 
teihyrig  ,  du  mot  faxon  sluaft ,  qui  veut  dire  une 
pyramide.  Le  roi  Canut  y  eft  mort ,  &  y  ell  enterré. 
Long.  ly.  2,  ^-  l-^'-'  ^1'  40-  ^^^^^  1^  longitude  ,  fuivant 
Strea,  eft;9.   o' .  1 1"  .latit.  62.  48.  {D.J.) 

SHAGRI-COTTAM  ,  f.  m.  {Hljl.  nat.  Bot.  )  ar- 
bre des  Indes  orientales  ,  qui  elt ,  dit-on ,  une  efpe- 
ce de  cornouiller  ;  il  produit  un  fruit  trèi-agréable 
&  très-rafraîchidant  qui  le  mange  avec  du  lucre.  Le 
fuc  des  feuilles  paffe  pour  un  bon  remède  contre  la 
diarrhée  &  le  flux  hépatique  ;  ces  mômes  feuilles  en 
décodion  font  un  excellent  gargarifme. 

SHAKRI ,  ou  CiHAKRI ,  1".  m.  (  //i//.  mod.  )  dans 
le  royaume  de  Siam  on  dcligne  fous  ce  nom  un  des 
premiers  magilîraîs  de  l'état  qui  eil  chargé  de  la  poli- 
ce de  l'intérieur.  Toutes  les  almires  des  provinces  fe 
portent  devant  lui  ,  &:  les  gouverneurs  font  obligés 
de  lui  rendre  compte  &  de  recevoir  fes  ordres  ; 
c'eft  lui  qui  ell  le  préfidcnt  du  confeil  d'état. 

SHANON  ,  LE  (  Giog.  mod.  )  rivière  d'Irlande. 
Elle  prend  fa  fource  dans  un  lac  du  comté  de  Lé- 
trim  ,  fépare  la  Connacie  de  la  Momonie  ,  court  en- 
lliite  à  Limmerik  ,   &  fe  jette  enfin  dans  l'Océan. 

SH  APINS  ,  (  Gcogr.  mod.  )  île  de  la  mer  d'Ecoflé  , 
ÔC  l'une  des  Orcades,  vis- à-vis  la  partie  orientale  de 
Mainland.  Elle  ell  longue  de  fix  milles  ,  large  de 
trois.  Elle  a  une  églile  paroilTiale  ,  &;  un  allez  bon 
port. 

SHAPOUR  ,  {  Géflg.  mod.  )  ou  Shapor  ,  ville  de 
l'Inde  ,  dans  les  états  du  grand-mogol ,  au  royaume 
de  Berar.  Quelques  uns  imaginent  que  c'ell  la  ville 
de  Sora  de  Ptolomée  en-deçà  du  Gange  ,  à  laquelle 
cet  auteur  donne  le  titre  d'^rcati  rcgis.  (Z).  /.  ) 

SHARVAKKA  ,  (  Hifi.  mod.)  nom  d'une  fecte  de 
bramines  ,  ou  de  prêtres  indiens  qui  ont  des  lenti- 
inens  très-peu  orthodoxes  &  conformes  à  ceux  des 
Epicuriens.  Ils  ne  croient  point  l'immortalité  de  l'a- 
Bjc  ,  ni  la  vie  à  venir  ,  6;  ils  exigent  de  leurs  advcr- 


S    H  A 

falres  des  prcXives  fenfibles  &  pofitlvcs  que  l'on  n« 
peut  point  trouver  dans  une  fauffe  religion  ;  malgré 
cela  ,  on  dit  que  \<tsShurvukkas  mènent  une  vie  très- 
exemplaire. 

ShASTER ,  ou  CHASTER ,  f.  m.  {Hift.mod.fup.  ) 
c'eil  le  nom  que  les  idolâtres  de  l'Indoftan  donnent 
à  un  livre  dont  l'autorité  cil  très-refpe(ftée  parmi  eux, 
qui  contient  tous  les  dogmes  de  la  religion  des  bra- 
mes ,  toutes  les  cérémonies  de  leur  culte  ,  &  qui  eft 
defiinéà  fervirde  commentaire  au  livre  appelle  ve- 
dam  ,  qui  eft  le  fondement  de  leur  croyance  ,  &  il 
éîoit  fait  dans  la  vue  de  prévenir  les  di(|nitps  qui  pou- 
voient  s'élever  au  fiijet  de  ce  livre  ;  mais  il  n'a  point 
produit  cet  elfet ,  parce  qu'il  n'eft  guère  pofîible 
d'empêcher  les  dilputes  entre  le-  différentes  feftes 
d'une  religion  abiurde  par  elle-même.  On  le  nomme 
s/uijier,  sluijlrum  ,  ou  jajlra  ^  ce  qui  fignifie /àV/rctr 
ou  fyjV^nie  :  aufti  donne-t-on  ce  même  nom  à  plu- 
licuri  autres  ouvrages ,  fur-tout  fur  la  philofophie  & 
lur  l'allronomie  ,  qui  n'ont  d'ailleurs  aucun  rarport 
avec  la  religion  des  Indiens.  11  n'eft  permis  qu'aux: 
bramines  &C  aux  rayaks  ou  princes  de  l'Inde  de  lire  le 
vedam  ,  voyq  Vedam  ;  mais  les  prêtres  des  Banians  , 
appelles  shuderers  ,  peuvent  lire  le  shafler  :  quant  au 
peuple ,  il  ne  lui  eft  permis  de  lire  eue  le  livre  appelle 
puran  onpouran^  qui  eft  un  commentaire  du  shajler  ; 
ainfi  il  ne  leur  eft  permis  de  puifer  les  dogmes  de  fa 
religion  que  de  la  troifleme  main. 

Le  shajier  eft  diviié  en  trois  parties  ,  dont  la  pre- 
mière contient  la  morale  des  bram.ines  ;  la  féconde 
contient  les  rites  &  les  cérémonies  de  leur  religion  , 
&  la  troilieme  divife  les  Indiens  en  différentes  tribus 
ou  claffes ,  6c  prefcrit  à  chacune  les  devoirs  qu'elle 
doit  obferver. 

Les  principaux  préceptes  de  morale  contenus  dans 
la  première  partie  du  sh.ijier  font  1°.  de  ne  point  tuer 
aucun  animal  vivant ,  parce  que  les  animaux  ont  , 
félonies  Indiens,une  ame  aufu-bien  que  kshomm'^s  ; 
2°.  de  ne  point  prêter  l'oreille  au  mal,  &  de  ne  point 
parler  mal  foi-même  ;  de  ne  point  boire  du  vin  ,  de 
ne  point  manger  de  viande  ,  de  ne  point  toucher  à 
rien  d'impur  ;  3*^.  d'obferver  les  feîes  prefcrites  ,  de 
faire  des  prières  &  de  le  laver  ;  4°.  de  ne  point  men- 
tir ,  &;  de  ne  point  tromper  dans  le  commerce  ;  j'*. 
de  faire  des  aumônes  fuivant  les  facultés  ;  6".  de  ne 
point  opprimer  ,  ni  faire  violence  aux  autres;  7°.  de 
célébrer  les  fêtes  folemnelles ,  d'obferver  les  jeûnes , 
de  fe  retrancher  quelques  heures  de  fommeil  pour 
être  plus  difpofé  à  prier  ;  8°.  de  ne  point  voler  ,  ni 
frauder  perlbnne  de  ce  qui  lui  appartient. 

La  féconde  partie  du  shafier  a  pour  objet  les  céré- 
monies :  elles  confiftcnt  i  "^.  à  fe  baigner  fouvent  dan.s 
les  rivières.  En  y  entrant ,  les  Banians  commencent 
par  fe  frotter  tout  le  corps  avec  de  la  boue  ou  du  li- 
mon ,  après  quoi  ils  s'enfoncent  plus  avant  dans  l'eau, 
&c  le  tournent  vers  le  loleil  ;  alors  un  bramùne  ou  prê- 
tre adrefîe  une  prière  à  Dieu  pour  le  prier  de  puri- 
fier l'amede  fes  fouillures;  les  Banians  fe  plongent 
quelquefois  dans  la  rivière,  &  ils  croient  par-là  avoir 
obtenu  le  pardon  de  tous  leurs  péchés  ;  2".  les  Ba- 
nians fe  frottent  le  front  d'une  couleur  rouge,  qui  eft 
le  figne  qu'ils  font  partie  du  peuple  de  Dieu  ;  3°.  il 
leur  eft  ordonné  tle  faire  des  oîfrandes  ,  des  prières 
fous  des  arbres  dcftinés  à  ces  ulages  facrés  ,  &  qu'ils 
doivent  tenir  en  grande  vénération  ;  4°.  de  faire  des 
prières  dans  les  temples  ,  de  flùre  des  offrandes  aux 
])agodes  ou  idoles  ,  de  chanter  des  hymnes  ,  &  de 
faire  des  proceflions  ,  &c.  1°.  de  l'aire  des  pèlerina- 
ges à  des  rivières  éloignées  ,  &  fur-tout  au  Gange  , 
afin  de  s'y  laver  ,  &  de  faire  des  offrandes  ;  6°.  d'a- 
drefler  leurs  vœux  à  des  faints  qui  ontchacua  des  dé- 
partcmens  particuliers  ;  7'^.  il  leur  efl  ordonné  de 
rendre  hommage  à  Dieu ,  à  la  vue  de  la  première  de 
fes  créatures  qui  s'ofiVeàleiu-s  yeux  après  le  lever  du 


s  H 


fokil;  de  rendre  leurs  refpeas  au  foleîl  &  à  la  lune  , 
qui  font  les  deux  yeux  de  la  divinité  ;  de  reipeder 
pareillement  les  animaux  qui  ibnt  regardés  comme 
plus  purs  que  les  autres ,  tels  que  la  vache  ,  le  bufile  , 
&c.  parce  que  les  âmes  des  hommes  pailent  dans  ces 
animaux  :  c'ell  pmir  cela  que  les  Banians  frottent  leurs 
mailbns  avec  leur  fiente ,  dans  Tidée  de  les  landifier 
parce  moyen. 

La  troifieme  partie  du  jA^/sr  établit  une  diftlnS^ion 
entre  les  hommes,  &  les  divife  en  quatre  tribus  ou 
clafles  :  la  première  eft  celle  des  bramines  ,  ou  prê- 
tres chargés  de  rinftruftion  du  peuple  ;  la  féconde  eft 
celle  des  kutteris  ou  nobles  ,  dont  la  fonftion  ell  de 
commander  aux  hommes  ;  la  troifieme  e(l  celle  des 
shudderis,cn.i  des  marchands  ,  qui  procurent  aux  au- 
tres leurs  befoins  à  l'aide  du  trafic  ;  la  quatrième  clalie 
ert  celle  des  vifes  ,  ou  artifans.  Chacun  eft:  oliliv^c  de 
demeurer  dans  la  clafle  ou  tribu  dans  laquelle  il  eft 
né  ,  &  de  s'en  tenir  aux  occupations  qui  lui  font  alTi- 
gnées  par  le  shafier. 

Suivant  les  bramines ,  lé  shajlef  fut  donné  par  Dieu 
lui-même  à  Brama, qui  par  fon  ordre  le  remit  aux  bra- 
mines de  fontems  pour  en  communiquer  le  con!.enu 
aux  peuples  de  l'Indoftan  ,  qui  en  conlequence  fe  di- 
viferent  en  quatre  tribus  qui  fubfiftent  parmi  eux  juf- 
qu'à  ce  jour. 

SHEAD'S-TINNEMOUTH  ou  TINMOUTH- 
CASTLE  ,  {Gcog.  mod.)  ville  d'Angleterre  dans  le 
Northumberland.  C'eft  une  place  forte  à  l'embou- 
chure de  la  Tyne,  qui  lui  donne  fon  nom.  Du  tems 
des  Saxons  ,  on  l'appelloit  Tunna-Ceaftcr ,  &  les  an- 
cien l'avoient  nommée  Tunnccdlum.  Elle  eft  défen- 
due par  un  château  fortifié  ,  fitué  fur  un  rocher  battu 
de  la  mer  ,  &  inacceluble  de  deux  côtés.  Les  Ro- 
mains y  tenoient  une  efcadre  pour  s'oppoler  aux  del- 
centes  des  pirates ,  &  pour  faire  des  courfcs  fur  l'en- 
nemi en  cas  de  beloln.  (  Z>.  /.  ) 

SHEAFIELD ,  (  Géog.  mod.  )  gros  bourg  à  marché 
d'Angleterre  dans  Yorck-Shire  ,  fur  le  Derby,  au- 
deftus  de  Rotherham. Toutes  les  malfons  de  ce  bourg 
font  bâties  en  brique  &  en  pierres  de  taille.  Il  s'y 
fait  un  grand  trafic  de  blé ,  &  les  meilleurs  couteaux 
d'Angleterre.  (  Z>.  /.  ) 

SHEBAN,  (  Cc'o^.  OToi. )  ville  &  forterefTe  de 
rArablc-heureufe  dans  le  pays  d'Hadramont ,  à  ii 
ftaiions  ou  60  parafanges  de  Sanaa.  Cette  ville  porte 
auftl  le  nom  àî Hadramont.  (^D.J.^ 

SHECTEA  ou  CFxECTEA ,  (  IliJI.  mod.)  c'eft  le 
nom  d'une  fecl^e  des  bramines  ou  prêtres  Indiens ,  qui 
croient  contre  toutes  les  autres  eue  Ramon  ,  Brama. 
Fifînou  &  Riiddinn  font  des  êtres  fubordonnés  à 
Shccli  ou  ChcUi  de  qui  feul  ils  ont  dérivé  leur  pou- 
voir, &  qu'ils  regardent  comme  le  créateur  &  le 
modérateur  de  l'univers.  Ces  feiîîaires  ,  qui  font  des 
déïftes  ,  n'admettent  point  l'autorité  du  vedarn  ou 
livre  facré  ;  de  plus  ,  ils  refufenî  de  croire  les  choies 
qui  ne  tom.bent  point  fous  leur  fcns  ,  par  conféqucnt 
ils  ne  croient  aucuns  myfteres.  Les  Indiens  les  regar- 
dent comme  des  hérétiques  dangereux  ,  qui  ne  mé- 
ritent que  d'être  exterminés. 

SHEFFORD ,  {Géog.  mod.')  bourg  à  marché  d'An- 
gleterre en  Bcdfordshire.  (Z>.  /.  ) 

SHEIK  ,  f.  m.  terme  de  relation  ,  nom  de  celui  oui 
a  le  foin  des  mofquces  en  Egypte  ,  &  dont  la  charge 
répond  à  celle  desjmans  à  Couftantlnople.  Ils  font 
plus  ou  moins  de  shciks  dans  chaque  mofquée ,  félon 
fa  grandeur  &  fes  revenus.  Dans  les  grandes  mof- 
quées  ,  11  y  en  a  un  qui  eft  le  chef  &  n'a  rien  ;\  faire  ; 
mais  dans  les  petites  mofquécs ,  tous  les  ihc'iks  ont 
foin  d'ouvrir  le  temple  ,  d'appeller  pour  les  prières , 
&  de  défiler  enfemble  pour  faire  leurs  courtes  dévo- 
tions. Poco&k  ,  dcfcriptiori  d'Egypte  j  p.  lyi.  (^D.J.) 


S   H  Ë  i4î 

SHEIK-BELLET,  terme  de  rel-ition,  noîti  d'un  offî* 
cier  turc  en  Egypte ,  qui  eft  le  c'neï  de  la  ville  &:  qui 
eft  placé  par  le  pfasha.  Son  emploi  eft  d'avoir  foin 
qu'il  n'arrive  aucune  innovation  qui  puiOe  préjudi* 
cier  à  la  Porte  ;  mais  toute  fon  autorité  dépend  unl« 
quomentdefbn  crédit;  car  le  gouvernement  d'Eayote 
tu  de  telle  nature  ,  que  f  buvent  ceux  à  qui  l'on  con- 
fère les  moindres  poftes  ont  cependant  la  plus  grande 
influence,  &  qu'un  caya  des  janiflaires  ou  des  ara- 
bes trouve  le  lécret  par  fes  intrigues  de  gouverner 
malgré  le  pacha  même.  Pocock,  defcripùon  a'Eoypu 
p.  103.  (£>.  J.) 

SHELF ,  f.  m.  {Minéralog,)  eft  ce  que  les  mineurs, 
particulièrement  dans  les  mines  d'étaln  ,  appellent /^i 
terrc-glaije  :  ils  entendent  par-là  une  furface  imagi- 
naire de  la  terre  ,  que  la  fecouffe  des  eaux  du  déluoe 
n'a  jamais  pu  ébranler  :  ils  prétendent  que  toutes  les 
veines  de  plomb  6c  autres  minéraux  étolent  parai-* 
leles  à  cette  couche  de  terre  ;  que  cependant  depuis 
le  déluge  les  unes  fe  font  élevées  &  les  autres  ren- 
foncées. 

Par  shelf,  ils  entendent  cette  furface  dure  ou  en- 
veloppe de  la  terre  qu'on  rencontre  fous  la  terre 
franche  ,  &  qui  eft  ordinairement  de  l'épallfeur  d'un 
pic  ;  car  ils  iuppoient  que  depuis  le  déluge  la  terre 
a  acquis  une  nouvelle  enveloppe  de  terre  végétable, 
ou  qui  eft  telle  qu'elle  a  été  formée  par  la  corruption 
des  végétables  &  des  animaux,  ^ojei  Dkluge  , 
Strata  ,  Fossile  ,  Mine  ,  &c. 

SHEPEY ,  (  Géog.  mod.)  île  d'Angleterre,  formée 
par  deux  branches  de  la  rivière  de  Viedway  ,  dont 
Tune  coule  à  l'occident  &  l'autre  à  l'orient.  Cette  île 
|)eut  avoir  environ  20  milles  de  tour.  Son  terroir  eft: 
fertile  &  abondant  en  pâturages.  On  y  voit  deux  ou 
trois  bons  villages  outre  Quéetisborough,  gros  bourg, 
accompagné  d'un  château,  bâti  dans  le  iv.  fiecle  par 
Edouard  III.  On  croit  que  Shcpey  eft  la  ToUap'n  de 
Piolomée ,  l.  II.  c.  ii/.  (  Z?.  J.) 

SKEQUE,  f.  m.  {-f^'i/t  anc)  les  Arabes  nomment 
sluques-  les  chefs  de  leurs  tribus.  Les  anciens  Grecs 
les  appdloicnt  phy /arques;  ce  fut  im  de  ces  sheques  ou 
ph)  larques  arabes^qui,  femblablesàSinnon,  eut  l'a- 
drclie  de  faire  goûter  à  CralTus  un  plan  de  guerre 
contre  les  Parthes ,  dont  le  but  étoit  la  perte  de  ce 
général ,  &  il  réuffit  dans  fon  projet.  Les'anclens  ne 
s'accordent  point  fur  le  véritable  nom  de  ce  fourbe 
li  célèbre  dans  Fhiftoire  romaine  ;  Dion  Caffius  le 
nomme  Jib^arus.,  Piutarque  Ariamms  .,  Florus  Ma- 
cères &  Appien  Acbams.  Quoi  qu'il  en  folt ,  l'armée 
fut  taillée  en  pièces  ;  Craiiiis  périt  dans  des  marais 
pleins  de  fondrières,  &  fa  défaite  fut  le  plus  terrible 
cchcc  que  les  Romains  euftent  eft^uyé  depuis  la  ba- 
taille de  Cannes  ;  on  leur  tua  vingt  mille  hommes  , 
&  il  y  en  eut  dix  mille  de  pris.  Artabaze  reçut  la  tête 
de  Cralïus  au  milieu  d'un  feftin  de  noces  ;  &  la  joie 
fut  telle  à  cette  vue  ,  qu'on  verfa  de  l'or  fondu  dans 
la  bouche  de  cette  tête ,  pour  fe  moquer  de  la  folf  in- 
latiable  que  ce  romain  avoit  toujours  eu  de  ce  métal. 
Dion  Caiuus  ,  /.  //.  c.  L.  Florus  ,  /.  ///.  c.  ij.  {D.J.) 

SHERARDIA,  f.  f.  {Bot.zn.)  nom  don.ié  par 
M.  Vaillant  à  un  genre  de  plante ,  en  mcmoh  e  de 
Guillaume  de  Shérad  le  plus  fameux  botanlite  de  foa 
liée  le. 

La  fleur  de  ce  genre  de  plante  eft  labiée  ,  &  n'a 
qu'un  pétale  dlvile  en  cinq  parties  par  les  bords; 
la  lèvre  fupérieure  en  contient  deux,  &  l'inférieure 
trois  ;  fon  ovaire  qui  eft  placé  au  fond  du  calice  dé- 
génère en  une  caplulc  fcche  qui  contient  deux  ié- 
mcncesoblongues.  L'on  peut  ajouter  que  les  feuilles 
nallicnt  deux  à  deux,  &:  oppofees  :  Miller  en  compte 
treize  efpeces.  (Z).  /.  ) 

SHEUBURN,  {Géog.  mod.)  gros  bourg  à  mar- 
ché d'Angleterre,  dans  Dorfctshlrc,  vers  le  nord  de 
la  vallée  nommée  H'Iùtc-hart.  Ce  bourg  a  été  autre- 


142-  s  H  E 

fols  ville  cplfcopalc,  dont  A'.Llmc  f.it  le  premier 
éveque  en  705  ;  cet  cvCchc  tut  uni  dans  le  xj.  iic- 
cle  i\  celui  de  Salisbary,&  y  fut  transféré  :  mais  le 
boiirj;  de  Shtrbum  dciiicura  aux  évoques.  {D.  J.) 

SHERIF,  f.  m.  {^i'ft-  "'od.)  eft  en  An?,lctcn-e, 
un  magilbat  dont  le  pouvoir  s'étend  fur  toute  une 
province  ,  &  dont  le  principal  devoir  elt  de  faire 
exécuter  les  fentences  des  juges ,  de  choifir  les  ju- 
rés ,  &c.  C'elt ,  pour  ainli  dire  ]  le  grand  prévôt  d-i  la 
province.  Les  slvrifs  ^toient  autrefois  choifis  par 
le  peuple  :  aujourd'luii  c'elt  le  fouverain  qui  les  nom- 
me en  cette  manière.  Les  juges  prclentent  fix  per- 
ionnci  de  chaque  province,^chevaliers  ou  ccuyers 
i-lches  ;  de  ces  lix  le  confeil  d'état  en  choiiit  trois  ; 
&  parmi  ces  derniers  le  roi  donne  (ow  agrément 
à  celui  qu'il  veut.  Us  étoient  aulïï  ancieni:tinent  plu- 
ficurs  années  de  fuite  en  charge  :  préfentement  on 
4es  change  tous  les  ans  ;  il  n'y  a  que  celui  de  Nyefc- 
morland  dont  la  d'gnité  foit  héréditaire  dans  la  fa- 
mille du  comte  de  Tanct.  Les  shzrifs  ont  deux  fortes 
de  cours.  La  première  fe  tient  tous  les  mois  par  le 
shérif  o\i  fon  fubftitut  qu'on  appelle  undcr  slui if  ow 
fous-shirif,qm  juge  les  caules  de  ia  province  au- 
dellbus  de  40  fchelings.  L'autre  cour  fe  tient  deux 
fois  l'année;  un  mois  après  Pâques ,  6i  un  mois  après 
la  Saint-Michel.  On  y  fait  la  recherche  de  toute 
oftenfe  criminelle  contre  le  droit  coutumler,  hors 
les  cas  exceptés  par  ade  du  parlement.  Les  pairs 
du  royaume  &  tous   ceux  qui  ont  droit  de  tenir 
de  femblables  cours,  font  exempts  de  la  juriiuiâion 
de  celle-ci.  C'ell  encore  un  des  devoirs  du  shérif 
de  rendre  à  la  tréforerie  toutes  les  taxes  publiques  , 
les  amendes  &  les  falfies  qui  fe  font  ïa\tes  dans  les 
provinces ,  ou  d'en  diljjoitr  fuivant  les  ordres  du  roi. 
Quand  les  juges  font  leurs  tournées  dans  les  pro- 
vinces ,  le  shérif  doit  prendre  foin  qu'ils  foient  bien 
reçus  &  bien  gardés  tout  le  tems  qu'ils  font  dans 
la  province  dont  il  eil  ficrif.  A  Londres  feulement 
il  y  a  deux  shérifs  qui  portent  tous  deux  le  titre  de 
shérif  de  Londres  &  de  Midiefex  province  où  Lon- 
dres eft  fituée.  Dans  chaque  province,  le  shcrif  3. 
im  fubfliîut  qui  fait  prefque  toutes  les  affaires ,  & 
dont  l'emploi  efl  fixe.  £tui  de  la  grande  Bretagne  fous 
George  IL  tome  IL  pa^t  i38. 

SHETTI  ou  CHEÏTI ,  {Hifî.  nat.  Bot:)  arbrifTeau 
des  Indes  orientales  qui  produit  des  baies.  Sa  racine 
pilée  &  prife  dans  de  l'eau  froide ,  appaife  l'ardeur 
des  fîcvrcs  chaudes,  arrête  les  crachemens  de  fang. 
Le  bem-shitti  efl  un  arbiiiTeau  de  la  même  cfpece  , 
mais  dont  le  fruit  efl  plus  farineux  &  plus  doux  que 
celui  du  premier. 

SHIITES  ou  CHIITES,  f.  m.  pi.  {Hift.  mod?)  De- 
puis environ  onze  fiecles ,  les  Mahométans  font  par- 
tagés en  deux  feftes  principales  qui  ont  l'une  pour 
l'autre  toute  la  haine  dont  les  dil'putes  de  religion 
puiflènt  rendre  les  hommes  capables.  Les  partifans 
de  l'une  de  ces  fecfcs  s'appellent  Sonmics  ,  parce 
qu'ils  admettent  l'autorité  des  traditions  mahomé- 
tanes  contenues  dans  la  Sonna.  Voye:^  cet  articlz.  Les 
Sonnites  donnent  à  leurs  adverfaires  le  nom  de 
Shiites  ,  par  où  ils  défignent  des  hérétiques ,  des  fcc- 
laires  ,  des  cens  abominables ,  nom  que  ceux-ci  ré- 
torquent libéralement  à  leurs  adverfaires. 

Les  Shiites  fe  foudivifent,  dit-on,  en  folxante  & 
douze  feftes  qui  enchériffent  les  unes  fur  les  auti-es 
pour  leurs  extravagances.  C'efl  Ali,  gendre  de  Ma- 
homet, &  fon  quatrième  fucceifeur  ou  caUfe,  qui 
eft  l'objet  de  leur  querelle  avec  les  Sonnites  &  les 
Karejites.  Ils  prétendent  qu'Abubecr,  Omar  &  Ot- 
man,  qui  ont  luccédé  immédiatement  à  Mahomet, 
n'étoient  que  des  ufurpateurs  ;  &  que  la  fouverai- 
neté  &  le  pontificat  des  Mufulmans  appartcnoit  de 
droit  à  Ali  &  à  fa  famille.  Non  contens  de  ces  pré- 
t«Mitions,  quelques  Shiites  foutiennent  qu'Ali  ctoit 


S  H  R 

au-deflus  de  la  condition  humaine  ;  que  Dieu  s'efl: 
manifefté  par  lui;  qu'il  a  parlé  par  fa  bouche.  Ils  le 
préfèrent  à  Mahomet  lui-même.  D'autres  ,  plus  miti- 
gés, les  mettent  fur  la  même  ligne  ,  &  dllent  qu'//i 
Je  rejjemblcnt  aufjl  parfaitement  que  deux  corbeaux  : 
ceux-ci  s'appellent  Gobarites  ,  c'cft-A-dlre',  partifans 
de  lafeclî  des  corbeaux.  Quoiqu'All  ait  été  aliàifiné  ,  il 
y  a  des  shiites  qui  foutiennent  fa  divinité  :  ils  atten- 
dent fon  fécond  avènement  i\  la  fin  à\i  m.onde,  ce 
qui  ne  les  empêche  point  d'aller  faire  leurs  dévo- 
tions àCufa  où  efi  fon  tombeau.  Le  refpefl:  des  Shii- 
tes pour  Ali  efi:  fi  grand,  que  toutes  les  fois  qu'ils  le 
nomment ,  ils  ajoutent  que  Dieu  glorifie  fa  face.  La 
furnoni  qu'ils  lui  donnent  efi:  celui  de  lion  de  Dieu. 
Les  Shiites  n'admettent  point  la  fonna  :  ils  traitent 
de  menfonges  6c  de  rêveries  les  traditions  conte- 
nues dans  ce  livre,  f^oyei  Sonna. 

Tels  font  les  motifs  de  la  haine  implacable  qui 
divife  les  Sonnites  tk.  les  Shiites.  Ces  querelles  qui 
ont  fait  couler  des  flots  de  fang ,  fubfiflent  encore 
dans  toute  leur  force  entre  les  l'urcs  qui  font  Son- 
nites ,  &  les  PerCans  qui  font  Shiites  ,  ainfi  que  les 
Tartares-usbecs  6c  quelques  princes  mahométans  de 
rindoffan. 

SHINN ,  (Géog.  moJ.)  lac  d'EcofTe  dans  la  pro- 
vince de  Sutherland  au  fud-ouell  :  c'efî  le  plus  confi- 
dérable  des  lacs  de  cette  province  :  on  lui  donne 
douze  milles  de  longueur  ;  mais  il  efi  fingulierement 
étroit ,  &  fe  décharge  par  une  rivière  qui  prend  fon 
nom.  (D.  J.) 

SKIPHAVEN  ou  SHEPHAVEN,  {Géog.  mod.) 
petit  golfe  d'Irlande  dans  le  comté  de  Dunghall ,  fur 
la  côte  feptentrionale  ,  au  couchant  du  lac  deSv/ilie  , 
dont  il  n'efi  féparé  qu?  par  un  petit  cap.  (Z).  7.) 

SHIP-MONEY,(^/r.  d'Jngl.)  Ce  mot  fi^nifie 
argent  de  vaiJJ'eau ,  ou  pour  les  vaifTeaux.  C'eft  une 
taxe  qui  avoir  été  anciennement  impofée  fur  les 
ports  ,  les  villes  ,  &c.  pour  fervir  à  la  conilruftion 
des  vaifTeaux.  Charles  premier  renouvella  cette  taxe 
de  fa  propre  autorité  en  1640;  mais  elle  fut  abolie 
par  le  parlement  le  7  d'Août  1 641,  comme  con- 
traire aux  lois  du  royaume,  à  la  propriété  des  fu- 
jets,  aux  rèiblutions  du  parlement  &  à  la  requête 
de  droit.  (Z?.  /.) 

SKOGGLE ,  {Géog.  mod!)  ville  de  Syrie  au  bord 
de  rOronte,  qu'on  y  paflè  fur  un  grand  pont.  Le  vizir 
Ciiperli  y  a  fondé  un  beau  kan  pour  la  fubfifiance 
des  voyageurs  &  des  pauvres.  {D,  /.) 

SHOiCANADEN,  f.  m.  {Hifi.  mod.  Super fm.)  di- 
vinité adorée  dans  le  royaume  de  Maduré ,  fur  la 
côte  de  Coromandel ,  &  qui  a  un  tenjple  très-fomp- 
tueux  à  Maduré  capitale  du  pays.  Dans  les  jours  de 
folemnité,  on  porte  ce  dieu  fur  un  char  d'une  gran- 
deur fi  prodigieufe,  qu'il  faut,  dit-on,  quatre  mille 
hommes  pour  le  traîner.  L'idole  pendant  la  procef- 
fion  eft  fervie  par  plus  de  quatre  cens  prêtres  qui 
font  portés  fur  la  même  voiture,  fous  laquelle  quel- 
ques indiens  fe  font  écrafer  par  dévotion. 

SHREWSBURY  ou  SHROPSKIRE,  {Géog.  mod.) 
en  hûn  fx/opienjîs  comitatus  ,  province  d'Angleterre. 
Elle  efi  bornée  au  nord  par  Chefter-shire ,  au  midi 
par  la  rivière  de  Temde  ,  à  l'orient  par  les  comtés 
de  Worcefter  &  de  StafFord ,  &  à  l'occident  par  les 
provinces  de  Denbigh  6c  de  Montgommeri  qui  font 
du  comté  de  Galles. 

On  donne  à  la  province  de  Shrewshury  trente-cinq 
milles  de  longueur,  vingt-cinq  «de  largeur,  &  cent 
trente- cinq  de  circuit.  Elle  contient  environ  huit 
cens  quatre-vingt-dix  mille  arpens  de  terre.  On  la 
partage  en  quinze  hundreds  ,  ou  quartiers.  Il  s'y 
trouve  une  ville  capitale  qui  porte  fon  nom ,  & 
quinze  qros  bourgs  à  marché,  &  cent  foixante-dix 
églifes  paroifTiales.  Cinq  de  fes  places  ont  droit  de 
députer  au  parlement  d'Angleterre  ;  Shrewsbury  ^ 


s  H  R 

Sîshop's-Caftie ,  Bridgenorth, Ufàlo'^  &  Wèiifoel  ^ 

Elle  eft  arrolée  de  plufietirs  rivières.  La  Savërnè 
la  traverle  par  le  milieu ,  &  la  Terade  en  moaiTIe  les' 
parties  méridionales  de  i'orîent  à  l'occident  Deux 
penples  habitoient  autrefois  cette  contrée;  les  Cor- 
•naviens  poffédoient  la  partie  qui  e/l  au  nord-nord- 
leit  de  la  Saverne ,  &  les  Ordoviens  avoïent  l'autre 
"partie. 

Enfin ,  depuis  deux  fiecles  cette  province  a  pro- 
duit tant  de  favans  iliuftres ,  que  j'en  dois  nommer 
-quelques-uns  :  &  pour  plus  de  commodité,  je  les 
raffemblerai  fous  le  mot  de  Shropshire ,  fous  lequel 
efl  plus  connue  la  province  de  Shrewsbury.  (Z?.  /.) 

SHREWSBURY  {Géog.  mod.)  ou  SALOP,  en 
latin  Sabpia ,  ville  d'Angleterre  ,  capitale  de  la  pro- 
vince du  même  nom, avec  titre  de  duché.  Elle  s'ap- 
pelle autrement  Skrowshtry,  du  faxon  Shrobbcs-birig. 
Lés  Gallois  la  nomment  Pengwern^-d  caufe  d'un  bois 
■d'aube  qui  étoit  dans  fon  voifmage. 

Cette  ville  ell  l'une  des  plus  belles',  des  pliis 
peuplées ,  des  plus  riches  &  des  plus  marchandes 
iu  royaume.  Elle  eft  fituée  fur  une  colline  ,  dans 
une  prefqu'île  que  forme  la  Saverne  ,  à  150  mUles 
de  Londres.  Elle  eft  ceinte  de  bonnes  murailles , 
T&  partagée  en  belles  &  larges  rues ,  qui  compofcnt 
cinq  grandes  paroiffes.  Deux  ponts  de  pierre  ,l"un 
à  l'orient,  &  l'autre  à  l'occident,  fervent  à  entrer 
dans  la  ville. 

Le  voifinage  du  pays  de  Galles  contribue  beau- 
coup à  rendre  cette  ville  floriffante.  Ses  habirans 
font  en  partie  angloii ,  en  partie  gallois  ;  &  comme 
ils  entendent  également  les  deux  langues ,  leur  ville 
devient  le  bureau  du  commerce  de  tout  le  pays  de 
■Galles.  Les  manufadures  y  régnent,  &  leurs  frifes 
fe  débitent  dans  les  autres  provinces  du  royaume. 
Le  lord  Charles  Talbot  ,  auparavant  comte  de 
Shrewsbury,  reçut  le  titre  de  duc  du  roi  Guillaume, 
avec  la  dignité  de  fecrétaire  d'état.  Long.  14.  48, 

lût.  64. 44.  (z).  y.) 

SHROPSHIRE  ,  (  Gœg.  mod.  )  Salopienfis  comita- 
tus  ;  province  d'Angleterre  ,  autrement  nommée 
•Shrewsburg  ,  &  dont  nous  avons  fait  l'article  ;  mais 
je  me  fuis  propolé  de  parler  ici  des  grands  perfonna- 
ges  qu'elle  a  produits  dans  les  fciences  ;  il  importe 
aux  gens  de  lettres  de  les  connoître. 

Baxter  (  Richard  )  ,  fameux  théologien  non-con~ 
formifte  ,  devint  un  des  chapelains  ordinaires  de 
Charles  IL  &refufa  l'évôché  de  Hereford.  Il  mourut 
eni  69 1 ,  dans  un  âge  avancé.  C'étoit  un  homme  qui 
auroit  tenu  fon  rang  parmi  les  plus  favans  de  fon  fie- 
cle ,  s'il  ne  fe  fût  pas  mêlé  de  trop  de  chofes  ,  &  en 
particulier ,  de  répandre  la  métaphyfique  fur  toutes 
fortes  de  fujets.  Il  mit  au  jour  plus  de  cent  livres  , 
qui  n'ont  point  pafTé  à  la  poftérité  ,  quoiqu'ils  foient 
écrits  d'un  ftyle  touchant  &  pathétique  ;  mais  dans 
ce  grand  nombre  d'ouvrages  ,  il  attaque  toutes  les 
feftes  &  tous  les  partis  ;  ce  qui  lui  fait  honneur  néan- 
moins ,  c'ell  que  l'âge  changea  la  manière  dont  il 
jugeoit  des  hommes  ,  il  devint  tolérant  fur  la  fin  de 
fes  jours  ;  il  fe  convainquit  de  l'injuftice  qu'il  y  a  à 
exercer  des  aftes  d'inhumanité  ,  fous  prétexte  de 
faire  du  bien  aux  hommes  ,  &  de  maintenir  le  bon 
ordre  dans  l'églife  ;  enfin ,  il  apprit  à  défapprouver 
les  dodrines  corrompues ,  plutôt  qu'à  damner  ceux 
qui  les  profcfl'ent. 

Son  neveu  &  fon  héritier,  Baxter  (^  Guillaume)  , 
fe  montra  un  excellent  grammairien  ,  &  un  fort  ha- 
bile critique.  Il  mourut  en  1723  ,  âgé  de  73  ans  ;  il 
étoit  très-verfé  dans  la  mythologie ,  &  entcndoit  fort 
bien  la  plupart  des  langues  de  l'Occident  &:  du  Nord. 
Ses  écrits  lui  ont  acquis  beaucoup  de  réputation  dans 
la  république  des  lettres  ;  il  publia  en  1 7 1 9 ,  fon  Glof- 
farlu/n  antiquitatum  britannicarum  ^  dont  il  a  paru  une 
fecoadç  cdiù^Q  çn  1733  yin-S^,  avec  des  augmçn- 


S  H  R- 


143Ï 


f . 


tatîons.  Son  C^ojfariûrn  ■ariri'qai'raTum romanarum,~à'été 
.    donné  depuis  fa  mort,  à  Londres  ,  en  17x6  ,  i:ft-^^ 
\   Cet  ouvrage  eft  rempli  d'érudition  grammaticale. 
^    Son  édition  d'Anacrton  a  été  effacée  par  celle  de 
,    M .  Pauw ,  imprimée  à  Utrécht  en  1732, 1/2-4^.  mais 
dans  laquelle  i'aviteur  n'auroit  pas  dû  traiter  avec  tant' 
de  mépris  ,  les  notes  de  Baxter  ,  &  celles  de  Barnes," 
fur  l'aimable  poète  de  ïéos.     "    '  '       * 

Brooke  (Robert),  premier  juge  delà  cour  des " 
plaidayers-commxms  ,  fous  le  règne  de  la  reine  Ma-'- 
rie  ,  ie  rendit  par  fon  favoir  ,  un  des  premiers  jurif-' 
coniûltesde  Ion  tems;(k  mourut  comblé  d'eftime  eft' 
1551.  Il  eft  auteur  de  divers  ouvrages  de  droit ,  èc 
entr'autres  de  celui  qui  a  pour  titre  ,  lé  grand  abre- 
g*^  y   ^"^  graunde  abridgcment  ;  c'eft  un  extrait  alpha-' 
bétiquede  matières  choifies  du  droit  de  la'Grande^^ 
Bretagne:  il  s'en  efl  tîiit  plufieurs  éditions,  princi-:' 
paiement  à  Londres  ,  favoir  en  1 573  ,  1 576  ,  1 586,' 
&c.  &  parmi  ces  éditions  ,  les  plus  anciennes  font 
ellimées  les  meilleures  ,   comme  il  arrive  ordinaire- 
ment aux  recueils  de  ce  genre. 

Gataker  (Thomas)  ,  defcendoit  d'une  ancienne 
&  bonne  famille  de  Shropshire;  il  naquit  en  1 574.  ôc 
fe  montra  par  fon  érudition  ,  un  des  favans  anglois 
du  dernier  fiecle;  il  mourut  en  1654,  âgé  de  80  ans. 
c'étoit  un  homme  d'une  ledure  prodigieuie  ,  &  d'un 
jugement  exaft  en  matière  de  critique  ;  fes  œuvres 
ont  été  recueillies  ,  &  imprimées  à  Utrecht  en  1698^" 
in-fol. 

Son  difcours  de  la  nature  &  de  l'ufage  du  fort ,  efl 
le  meilleur  que  nous  ayons  fur  cette  matière  :  il  y 
prouve  avec  raifon ,  1°.  qu'il  y  a  autant  defuperfli- 
tion  à  un  homme  de  penler  que  certaines  chofes  dé- 
plaifent  à  Dieu,  qui  ne  lui  font  réellement  point  dé^. 
làgréables,  que  de  fuppofer  que  la  créature  a  un  pou-, 
voir  qu'elle  n'a  réellement  point.  2°.  que  plufieurs 
perfonnes ,  vraiment  pieufes  ,  ont  joué  ,  &  jouent 
communément ,  par  délaffement  &  fans  cupidité  ,  à 
des  jeux  de  hafard  ;  &  que  d'autres  gens  du  même 
ordre  ,  fe  font  trouvés  &  fe  trouvent  expofés  à  di- 
vers inconvéniens  ,  en  refufant  par  fcrupule,  d'y, 
jouer  ,  lorfqu'ils  y  font  foUiciîés  par  les  perfonnes 
avec  lefquelles  ils  vivent  en  relation  ou  avec  lefquel- 
les  ils  ont  des  ménagemens  à  garder.  3°.  que  les  rai- 
Ions  fur  lefquelles  on  condamne  ces  jeux  ,  ont  été 
caufe  de  l'irréf  olution  de  bien  des  gens ,  par  rapport 
à  l'ufage  néceffaire  du  fort  dans  les  affaires  férieufes, 
&  de  la  vie  civile  ;  par  exemple  ,  lorfque  dans  des 
marchés  communs  entr'eux,  &  d'autres  cas  fembla- 
bles  ,  ils  ont  été  contraints  d'y  avoir  recours  ,  &  fe 
font  trouvés  dans  l'incertitude  s'ils  le  pouvoicnt  lé- 
gitimement, ou  non. 

Sa  differtation  latine  ,  de  novi  Teflamentijlylo  ,  efl 
une  pièce  curieufe;  il  y  prouve  qu'il  efl:  fort  incer- 
tain quelles  langues  font  des  mères  langues ,  mais 
qu'en  tout  cas ,  il  efl  fur  que  la  latine  n'efl  pas  de  ce 
nombre ,  puifqu'elle  a  beaucoup  de  termes  de  la  lan- 
gue fabine  &  tofcane  ,  6c  qu'elle  tire  principalement 
fon  origine  de  la  greque ,  &  fur-tout  de  la  dialede 
éolienne  ;  &  il  cite  là-defl\is  Dionyf  Halicar.  Antiq, 
rom.  lib.  I.  Eufîath.  in  ŒdyJJ'.  lib.  I.  Quintllian.  Injîit^ 
lib.  I.  cap.  V.  &  vj.  Varro ,  de  ling.  Ut.  lib.  If^.  6-  IX. 
Suidas  ,  in  voce  Naba.  JuliusScahger  ,  de  plant,  lib.  I. 
Jofeph  Scaliger  ,  in  Fijlum.  Dan,  Heinfuis  ,  de  J'ajyr, 
Horat.  Hugo  Grotius,  defatisfacl.  chiijli  ,  cap.  viif, 
Jo.  Neurfius  ,  in  nantijfaad  luxum  rornanUm  ,  c.  xij, 
Voflius  ,  in  prœfat.  ad  lib.  de  vitiis  fermonis.  Laur. 
Ramirez,  Pcntecontarch.cap.vj.  Conrad.  Gefner, //i 
Mithridate  ;  &  Seron  Mefigerus  ,  in  pnefut.  Polyglot. 

Pour  le  prouver,  il  remarque  que  li  nous  prv;nons 
quelque  auteur  latin ,  nous  y  trouverons  peu  de  li- 
gnes ,  où  il  n'y  ait  divers  mots  dont  Torigine  ne  fbit 
vifiblcment  grecuc  ;  il  donne  pour  exemple ,  les  cinq 
prçnjïçfS  j:<iç§  i%  la  prçyùjîre  cdogue  de  Virj;'.!*; 


144 


S  H  R 


S  H  R 


nous  tapporterons  ici  les  deux  premiers. 

Tityre,  tu  pjtulce  ncuhani  fub  ugmint  {agi  , 
Sylvclinmiinuimufam  rneJitans  avcnd. 

Il  n'y  a  rien  à  dire  du  mot  Tityrus ,  parce  quec'eft 
un  nom  propre  ;  tu  cù  Joueur:^  tc.  patulus  ,  a  pcuo 
v*ia.u,ricubo^cuho^  zvnlca  u^i,i'uh.  Ut  vistf,  i'uper.  cnyu^ 
tègo  ,  &  indc  tegr/ien  (pM>«  ,  dorice  (pctycç ,  J^igi^^  ;  ">">', 
lyiva^fylvcflris.  Tt;t«,  urulo ,  txtendo  ;(xw<t  t'nuju; 
y%hiiu,^  nuMior;  à  va  iiccus,  aridus;  «  t;a  ^'ua  ,  ani- 
ma ficca  ;  ab  dveuv*»  ,  exjicco ,  ctuAvU  ;  unde  ab-andi- 
tate  ,  vox  latina ,  nvena. 

NyJc  (Thomas  )  ,  lavant  d'une  habileté  extraor- 
dinaire dans  les  langues  orientales  ,  naquit  en  1636  , 
&  mourut  en  1706.  Profeileur  en  arabe  à  Oxford, 
à  la  place  du  dodeur  Edmond  Pocock.  Il  prouva  la 
fcience  par  l'on  travail  liir  la  polyglotte  de  Waiton  ; 
il  corrigea  non  l'eulement  l'arabe  ,  le  iyriaque,  &c  le 
lamariram  ,  mais  il  mit  le  Pentateuque  perlan  en  état 
deparoître.  Ce  Pentateuque  avoit  été  imprimé  à 
Conllantinoplc  en  caraOeres  hébraïques  ,  M.  Hyde 
le  trankrivit  en  caraderes  peri'ans;  ce  que  le  lavant 
archevêque  Ufler  croyoit  impolfible  ,  à  pouvoir  mê- 
me ^tre  exécuté  par  un  perlan  naturel,  parce  qu'une 
lettre  hébraïque  répond  louvent  à  plulieurs  lettres 
perlanes  ,  de  forte  qu'il  eft  difficile  de  démêler  la- 
quelle il  faut  prendre.'  Il  traduifit  aufli  ce  Pentateu- 
que en  latin. 

En  1665,  il  publia  une  verfionlatine des obferva- 
tions  d'Ulugbcig ,  fur  la  longitude  &c  la  latitude  des 
étoiles  fixes ,  avec  des  notes  i  il  a  joint  à  cet  ouvra- 
ge les  tables  de  la  dcclinailbn  &  de  i'afcenfion  des 
étoiles  fixes ,  de  Mohamedes  Tizinus. 

En  1674  ,  il  mit  au  jour  le  catalogue  des  livres 
imprimés  de  la  bibliothèque  bodléienne.  En  1677  , 
ilpublia  les  quatre  évangiles  &  ades  des  apôtres,  en 
langue  malaile,  &  en  ca.raâeres  européens.  En  1 69 1 , 
il  donna  ,  itinera  muTidi  ,  feu  cofmograpJùa  Abrahami 
Pertfol  ^  cum  vcrjîoru  &  nous.  En  1694,  il  publia  à 
Oxford  in-S".  de  ludis  orientaLibus  ,  libri  duo.  Enfin  , 
fon  grand  &  beau  traité  de  la  religion  des  anciens 
Perles  ,  hifioria  re/igionisveterum  Pcrj'arum  ,  eorumque 
magorum  ,  parut  à  Oxford,  en  1700,  in-4^.  c'ell 
im  ouvrage  où  règne  la  plus  profonde  érudition. 

M.  Wood  nous  a  donné  ia  liile  d'une  trentaine 
d'autres  ouvrages  très-curieux  ,  que  le  lavant  Hyde 
fe  propolûit  de  publier ,  s'il  vivoit  allez  de  tems  pour 
les  finir  ,  ayant  déjà  travaillé  à  tous  ;  c'efl  un  trélbr 
que  pofiede  î'imiverfité  d'Oxford. 

Litthton  (  Edouard  ),  garde  du  grand  fceau  d'An- 
gleterre ,  Ibus  le  règne  de  Charles  I.  naquit  dans  la 
comté  ^tShrop^itw  i  589  ;  fiitnommé  chevalier  par  le 
roi  en  1635  ,  garde  du  grand  fceau  en  1639  ,  &  la 
même  année  pair  d'Ajigleterre.  Il  nous  relie  de  lui 
des  difcours  fur  la  liberté  des  fujets  ,  &  ia  préroga- 
tive du  lûuverain  ;  ils  ont  été  imprimés  à  Londres , 
en  16 18  &:  1667  ,  in-fol.  On  les  trouve  aufli  dans 
les  coUeftions  de  Ru'>hTï'Orth.  Cétoit ,  dit  milord 
Clarendon ,  un  homme  de  cœur ,  qui  s'acquit  une 
grande  réputation  par  laprofelîiondes  loi.s  &:  du  droit 
coutumier ,  de  lorte  qu'il  étoit  regardé  comme  le 
plus  l'avant  dans  les  antiquités  de  ce  genre  ;  &  dans 
les  cours  fupérieures  ,  il  parut  toujours  avec  éclat. 

Littkton  ,  (Adam)  philologille  habile,  &  favant 
grammairien  ,  na'quit  dans  Skropshire  en  1627,  & 
mourut  en  1694.  Le  didtionnaire  latin  &  anglois , 
qu'il  a  mis  au  jour  ,  en  iCj^i  ,  i/i-^'^.  lui  a  fait  beau- 
coup d'honneur  ;  on  l'emploie  dans  les  écoles  ,  &  on 
le  réimprime  perpétuellement  ;  cependant  le  dic- 
tionnaire de  Cambridge  mérite  la  prtfcrence,  àcau- 
fe  des  autorités  donc  les  mots  lont  appuyés  ;  mais  le 
doâeur  Littleton  ,  outre  Ion  di£ti(mnaire  latin  ,  a 
publié  plufieurs  autres  ouvrages  ,  foit  en  belles-let- 
tres ,  loit  en  théologie  i  il  euiendoit  même  les  lan- 


gi\es  orientales  ,  &  dcpenfa  la  pkisgfanclç  partie  âe 
fon  bien  pour  fe  procurer  des  livres  &  des  roanuf- 
crits  encegenre. 

Maynwaring  (Arthur), écrivain  politique  du  der- 
nier hecle,  naquit  en  i668  ,  &  mourut  en  1711.  ï! 
eft  auteur  de  plufieurs  brochures  pleines  d'efprit  fil- 
les atîaires  politiques  ,  &  entr'autres ,  de  la  feuilk: 
hebdomadaire  intitulée  le  Mélange.  Il  aima  furlafia 
de  les  jours  ,  avec  la  plus  forte  paAion ,  la  cclebrs' 
actrice  madcmoifelle  Oldfield,  &  la  fit  fon  exéciîtri-* 
ce  teftamentaire  ;  elle  fut  fans  contredit  redevable  à 
fes  inltrudions  ,  d'être  devenue  li  excellente  comé- 
dienne ;  car  comme  il  n'y  avoit  perfonne  qui  en- 
tendit mieux  que  luil'adion  du  théâtre,  il  n'y  avoîe 
aulîi  perlonne  qui  fut  plus  charmé  d'y  voir  excella 
niddcmoilcUe  OlJlield- 

ff'hic/icot  (  Benjamin)  ,  naquit  dans  le  comté  -es 
Slirop ,  en  1609  »  ^  mourut  chez  Ion  ami  le  dodcisr 
Cudworth.  Ses  formons  choifis  parurent  à  Londres, 
en  1698  ,  ïn-H'^.  avec  une  préface  du  comte  de  Shs^ 
tesbury  ,  auteur  des  Charj(lénj}icks  :  c'eft  unecholé 
bien  iinguliere  de  voir  un  homme  fi  célèbre  ,  &  fi 
peu  croyant ,  éditeur  de  fermons  !  mais  en  même- 
tems  la  préface  ell  fi  belle  ,  &  fi  peu  connue  des. 
étrangers  ,  qu'ils  nous  fauront  gré  d'en  trouver  kâ 
un  allez  grand  extrait. 

Milord  Shaftesbury  obferve  d'abord  ,  que  quaiid 
on  fait  réflexion  for  la  nature  de  la  prédication  ,  que 
l'on  conûdere  l'excellence  de  cet  établiflement^  le 
cas  qu'on  en  a  toujours  fait  dans  le  chriliianifnie, 
le  grand  nombre  de  faints  hommes  mis  à  pai't  pomt 
cette  grande  œuvre ,  à  qui  l'on  accorde  tous  lesiivasat- 
tages  polfibies  ,  pour  avancer  les  grandes  vérisés 
de  la  i^évélation ,  6c  pour  infpirer  aux  hommes  d.ur.£^ 
peu  pour  la  refigion  ;  quand  on  fait  attention  a  ia 
folemnité  des  allemblées  religieules  ,  à  la  préietaae 
relpedable  &à  l'autorité  de  l'orateur  chrétien,  âî 
y  a  peut-être  lieu  de  s'étonner  qu'on  ne  lui  voitjsss 
produire  de  plus  grands  &  de  plus  heureux  effets  dâBS 
le  monde;  on  doit  néanmoins  reconnoître  que  cets:; 
inllitution  ell  un  fi  puilTant  appui  de  notre  refigioCç 
que  s'il  n'y  avoit  point  d'alTemblées  publiques  ,  m  S& 
luiniltres  auiorilés ,  il  n'y  auroit ,  en  fort  peu  de  te&H}^ 
non-feulement  plus  de  chrillianifme ,  mais  de  veràisj 
puilque  nonobilant  tous  les  fecours  de  lapredâcîr- 
tion  ,  &C  les  appuis  qu'elle  fournit  à  la  vertu  ,  ils'.flii 
laut  de  beaucoup  que  les  mœurs  folent  reforuiées, 
bi.  que  les  hommes  loient  devenus  meilleurs. 

Mais  quelque  raifon  que  nous  ayons  de  penfor  .tOMr- 
jours  relpe£tueulement  de  cette  inllitution  ,  &;;&$ 
bons  effets  qu'elle  produit  fur  les  hommes  ;  quelcpac 
avantageule  que  foit  l'idée  que  nous  pouvons  aveir^&e 
travail  de  ceux  à  qui  le  minillere  de  la  parole  eil  tx^jus- 
mis  ,  il  lemble  néanmoins  qu'il  n'efl  pas  impolEbSE: 
qu'il  n'y  ait  quelque  chofe  de  défectueux  ,  &  q!,>e  fe 
peu  de  luccès  ne  doit  pas  être  uniquement  attrÂ/uédà 
la  malice  ,  à  la  corruption  ,  à  la  flupidité  des  :asaj&- 
teurs,  ou  des  ledeurs. 

On  a  vu  que  xlans  quelques  pays,  &:  parmi -cor- 
tain  ordre  de  chrétiens  ,  le  minillere  de  la  par-blciisa: 
pas  été  entièrement  confacré aux  chofes  fpiritueiliec  j 
mais  qu'une  grande  partie  de  ces  divines  exhortaîioŒï!^ 
a  eu  quelque  choie  de  commun  avec  les  affaires  #10- 
tat.  De  quelque  utilité  que  cela  ait  pu  être  aux  hotïH' 
mes,  ou  à  la  paix  du  chrillianiime  ,  il  faiu  av^oucif 
que  la  prédication  en  elle-mcrne  doit  être  d'auîanfi: 
moins  propre  à  produire  une  heureufe  révokitic.ai 
dans  les  mœurs  ,  à  proportion  qu'elle  a  fervi  à  pr^o- 
duire  des  révolutions  d'état ,  ou  à  appuyer  d'autns 
intérêts  que  ceux  du  royaume  de  Jelus-Chrill.  Nous 
ne  trouvons  pas  non  plus  ,  que  depuis  que  la  poiiii- 
que  &  les  mylleres  de  la  religion  ont  été  unis  enleEiî- 
ble  ,  l'une  ni  l'autre  en  aient  tiré  beaucoup  d'av.an- 

it  iges  i  du  moins  n'a  £-'il  jamais  païuqueJaxhéolojisr 


s  H  R 

foit  devenue  meilleure  par  la  politique  'i  ou  que  la 
politique  ait  été  épurée  par  la  théologie. 

Entre  les  auteurs  qui  ont  été  zélés  pour  cette  mal- 
heureule  alliance.,  &  qui  ont  voulu  iaire  unlyilème 
de  politique  chrétienne ,  on  nomme  le  fameux  Hob- 
bes  ,  lequel ,  foit  qu'il  ait  rendu  quelque  fervice  au 
gouvernement  civil  ,  ou  non,  a  du  moins  fait  bien 
du  mal  aux  moeurs  ;  &  fi  ïcs  autres  parties  de  la  phi- 
lofophie  lui  ont  quelque  obligation  ,  la  morale  ne  lui 
en  a  aucunement.  Il  ell  vrai  que  tout  ce  qu'il  y  a  eu 
de  grands  théologiens  dans  l'églife  anglicane  ,  l'ont 
attaqué  avec  beaucoup,  de  zèle  &  d'érudition  ,  mais 
fi  Ton  avoit  travaillé  avec  le  même  foin  à  corriger 
fes  principes  de  morale  ,  qit*on  a  eu  à  réfuter  quel- 
ques autres  de  les  erreurs  ,  cela  eût  peut-être  été 
d'un  plus  grand  fervice  à  la  religion  pour  l'effentiel. 
Je  nomme  ce  philofophe  ,  parce  qu'en  faifant  l'énu- 
mération  des  pallions  qui  tiennent  les  hommes  unis 
en  fociété  ,  &  les  engagent  à  avoir  quelque  com- 
merce enfemble  ,  il  oublie  de  parler  de  la  douceur, 
de  l'amitié  ,  de  la  fociabilité  ,  de  l'affedion  naturel- 
le ,  &  des  autres  difpofitions  de  cet  ordre  ;  je  dis 
qu'i/  oublie  i  parce  qu'il  eil  difficile  de  concevoir 
qu'il  y  ait  un  homme  aiTez  méchant  ,  pour  n'avoir 
jamais  éprouvé  par  expérience  ,  aucun  de  ces  fenti- 
mens  ,  &c  pour  pouvoir  en  conclure  qu'ils  ne  fe  ren- 
contrent point  dans  les  autres. 

A  toutes  les  pafTions  &  à  toutes  les  bonnes  difpo- 
fitions ,  cet  auteur  a  fubfritué  une  feule  paffion  domi- 
nante ,  favoir  la  crainte  qui  ne  laiiTe  fubfifter  qu'un 
delir  immodéré  d'ajouter  pouvoir  à  pouvoir,  defir 
qui ,  félon  lui ,  ne  s'éteint  que  par  la  mort;  il  accor- 
de aux  hommes  moins  de  bon  naturel  qu'aux  bêtes 
féroces. 

Si  le  poifon  de  ces  principes  contraires  à  la  faine 
morale  ne  s'étoit  pas  répandu  au-delà  de  ce  qu'on 
peut  s'imaginer  ,  furtout  dans  le  tems  que  le  dodeur 
Whicheot  vivoit ,  peut-être  que  lorfqu'il  s'agiffoit 
des  intérêts  de  la  vertu,  aurions-nous  entendu  moins 
parler  de  terreur  &  de  châtimens  ,  &  davantage  de 
•  reâ-itude  morale  &  de  bon  naturel.  Du  moins  n'au- 
roit-on  pas  pris  l'habitude  d'exclure  le  bon  naturel , 
êc  de  rabaiffer  la  vertu  ,  qu'on  attribue  au  feul  tem- 
pérament. Au  contraire,  les  défenfeurs  de  la  religion 
le  feroient  fait  une  affaire  de  plaider  en  faveur  de 
ces  bonnes  difpofitions ,  &  de  faire  voir  combien 
elles  font  profondément  enracinées  dans  la  nature 
humaine,  au  lieu  de  prendre  le  contrépié  ,  &  d'avoir 
bâti  fur  leurs  ruines  ;  car  certaines  gens  s'y  prenoient 
ainfi  pour  prouver  la  vérité  de  la  religion  chrétienne. 

On  établiffoit  la  révélation  en  déprimant  les  prin- 
cipes fondés  dans  la  nature  de  l'homme  ,  &:  l'onflii- 
foit  confifter  la  force  de  la  religion  dans  la  foibleffe 
de  ces  principes  ;  comme  11  un  bon  naturel  &  la  rcU- 
gion  étoient  ennemis  :  chofe  fi  peu  connue  parmi  les 
payens  mêmes ,  que  la  piété  par  laquelle  ils  défi- 
enoient  la  religion  (  comme  le  nom  le  plus  honora» 
ble  qu'ils  pouvoicnt  lui  donner)  ,  confiftoit  en  gran- 
de partie  en  de  bonnes  difpofitions  naturelles  ;  & 
qu'on  cntcndoit  par-là  non-feulement  l'adoration  & 
le  cuhe  de  la  divinité ,  mais  l'afFeâion  des  parens 
pour  leurs  cnfans,  celle  des  enfans  pour  la  patrie  ,  & 
en  général  celle  de  tous  les  hommes  les  uns  pour  les 
autres ,  dans  leurs  différentes  relations. 

On  a  eu  raifon  de  reprocher  à  quelques  fe£les  chré- 
tiennes  que  leur  religion  paroill'oit  oppofée  au  bon 
naturel ,  &C  n'être  fondée  que  fur  la  domination,  fiir 
l'amour  propre  &  fur  la  haine ,  toutes  difpofitions 
qu'il  n'cft  pas  aifé  de  concilier  avec  l'ofprit  de  l'é- 
vangile. Mais  on  peut  dire  certainement  de  l'éi^lilc 
anglicane,  autant  ëi  plus  que  d'aucune  autre  au  mon- 
de ,  que  ce  n'eft  pas  là  fbn  cfprit ,  &  que  c'efl  par 
des  traits  totalement  oppofés  que  cette  cgljfé  fe  fait 
Tome  Xr, 


SUR 


Mî 


connoitre ,  plus  que  toutes  les  autres,  pour  vraiment  " 
6z  dignement  chrétienne. 

ïfychcrky  (Guillaume)  ,  un  des  plus  célèbres  poè- 
tes comiques  ,  naquit  vers  l'an  1640.  Il  étudia  q.iel- 
ques  tems  à  Oxford  ,  quitta  l'univenîté  fans  avoir 
pns  aucun  degré  ,  &  fe  fit  recevoir  dans  la  fociété 
des  jurifconfultes  de  Middle-Temple.  Mais  comme 
ce  tems-là  étoit  celui  du  règne  des  plaifirs  &  de  l'ef- 
prit,  Wycherley  qui  avoit  de  l'efprit  &  du  goûtpour- 
les  plailirs  ,  abandonna  promptement  l'étude  feche 
des  lois  ,  pour  des  occupations  plus  agréables  ikphis 
à  la  mode.  Il  compofa  fa  première  pièce  de  théâtre 
\nûl\.\\éQl'amourdansunbois,rQmé(QméQn  i6jx  avec- 
un  grand  fuccès.  Ce  début  favorable  lui  procura  la 
connoilfance  de  tous  les  beaux  efprits  de  la  cour  & 
de  la  ville  ,  &  en  particulier  celle  de  la  ducheffe  de 
Cleveland  ,  qu'il  fit  d'une  façon  affez  finguliere. 

Un  jour  que  Wichedey  alloit  en  carolfe  du  côté 
de  S.  James ,  il  rencontra  près  de  Pall-Mall ,  la  du- 
cheffe dans  fa  voiture  ,  qui  mettant  la  tête  hors  de 
la  portière  ,  lui  cria  tout  haut  :  «  vous,  Y/ycherley  , 
»  vous  êtes  un  fils  de  putain;  »  &  en  même  tems 
elle  fe  cacha,  &  fe  mit  à  rire  de  toute  fa  force.  Wy- 
cherley fut  d'abord  un  peu  furpris  de  ce  compliment;' 
mais  il  comprit  bientôt  qu'il  faifoit  allufion  à  un  enl 
droit  de  fa  comédie  ,  oii  il  dit  :  «  quand  les  parens 
»  font  efclaves ,  leurs  enfans  fuivent  leur  deftinée  ; 
»  les  beaux  génies  ont  toujours  des  p  .  .  .  pour 
»  mères.  » 

Comme  dans  les  premiers  momens  de  la  furprife 
de  \^ycherley  les  carofîésavoient  continué  leur  rou- 
te, il  le  troavoit  déjà  affez  éloigné  ;  mais  notre  poè- 
te revenu  de  fon  ctonnement  ordonna  àfon  cocher 
de  fouetter  fes  chevaux  ,  &  d'atteindre  le  caroffe  de 
la  ducheffe. 

Dès  qu'il  l'eut  atteint  :  «  Madame,  lui  dit-il ,  vous 
»  m'avez  donné  un  nom  qui  appartient  généralement 
»  aux  gens  heureux.  Votre  grandeur  voudroit-elle 
»  fe  trouver  ce  foir  à  la  comédie  de  \7ychcrley.Eh 
»  bien ,  reprit-elle  ,  fi  je  m'y  trouve ,  que  lui  arri- 
»  vera-t-il  d'heureux  ?  C'eff ,  répondit  le  poëte ,  que 
>•  j'aurai  l'honneur  de  vous  y  faire  ma  cour,  quoi- 
»  qu'en  même  tems  je  manque  à  une  belle  perfonne, 
»  qui  m'a  donné  rendez-vous  ailleurs.  Quoi ,  dit  la 
»  duchefle ,  vous  avez  l'infidélité  de  manquer  à  une 
»  belle  femme  qui  vous  a  favorife  à  ce  point,  pour 
>♦  une  autre  qui  ne  l'a  point  fait,  &  qui  n'y'ionge 
»  pas  ?  Oui,  reprit  \y  y  cherley,  dès  que  celle  qui  ne 
»  m'a  point  favorife  ,  eft  la  plus  belle  des  deux  ; 
»  mais  quiconque,  continua-t-il ,  demeurera  conf- 
»  tamment  attaché  à  votre  grandeur  ,  jufqu'à  ce 
»  qu'il  en  ait  trouvé  une  plus  belle  ,  elî  fur  de  mou- 
»  rir  votre  captif.  »  La  ducheffe  de  Cleveland  rou- 
git, &  ordonna  à  fon  cocher  d'avancer. 

Comme  elle  étoit  dans  la  fleur  de  la  jeunefTe ,  fpi- 
rituelle,  &  la  plus  grande  beauté  qu'il  y  eût  en  An- 
gleterre ,  elle  fut  fenfible  à  un  compliment  aulfi  ga- 
lant. Pour  couper  court,  elle  vint  à  U  conicdie  du 
poète ,  elle  fe  plaça  comme  de  coutume  au  premier 
rang  ,  dans  la  loge  du  roi.  Wycherley  fe  mit  direc- 
tement au-deffous  d'elle,  &  l'entretint  pendant  tout 
le  cours  de  la  pièce.  Tel  a  été  le  commencement 
d'un  commerce ,  qui  fit  dans  la  fuite  beaucoup  de 
bruit. 

Mais  le  plus  étrange ,  c'efl  que  ce  fut  ce  commerce 
même  ,  qui  mit  Wyclierley  dans  les  bonnes  grâces 
du  duc  de  Buckingham,  lequel  pafîionnément  épris 
de  cette  dame ,  en  étoit  mal-traité ,  c^  fe  perfiiada 
que  Vycherley  étoit  heureux.  Enfin,  le  duc  ne 
recueillit  aucun  fruit  de  fes  longues  afliduités  auprès 
de  la  duchefle  ,  foit  qu'elle  fût  retenue  par  la  proxi- 
mité du  parentage  qu'il  y  avoit  entr'eux  ,  (carella 
étoit  fa  confine  germaine  ),  foit  qu'elle  craignit  qu'une 
intrigue  avec  un  houime  de  çc  rang ,  fur  qui  tout  le 


s  H  R 

wonjde  avoit  les  yeux  ,  ne  put  demeurer  cachée  au 
rbl  ;  'en  un  mot ,  quelle  qu'en  fut  la  rdilon  ,  elle  re- 
tul-a^c  recevoir  plus  long-tenis  les  vifites  ,  &  s'obi- 
tma  fi  fort  dans  (on  refus,  que  rinciip.nation  ,  la  rage , 
•^  le  PK^prls  ,  fuccédcrent  à  l'aniour  dans  le  cœur  du 
<îuc,  qui  rclolut  de  perdre  la  parente. 

Cette  rcibiution  priie,  il.la  fit  obferver  de  û  près , 
■«qu'il^-ut  bien -tôt  qui  étoient  ceux  qu'il  poiuroit 
r.e-ïarder  comme  les  rivaux.  Lorlqu'il  en  tut  inlh  uit, 
il  eut  foin  de  les  nommer  ouvertement ,  &  le  poète 
ne  fut  pas  oublie  ,  pour  faire  encore  plus  de  tort  à  la 
dachelie  dans  l'elprit  du  public.  Wycherley  appre- 
nant de  bonne-heure  cette  tacheuie  nouvelle  ,  crai- 
crnit  extrêmement  qu'elle  ne  vînt  aux  oreilles  du  roi. 
ï^o.ur  prévenir  ce  malheur,  il  pria  inîlamraent  Y/il- 
mot,  comte  de  Rochefter  ,  &C  le  chevalier  Charles 
Sidley  ,  de  rcprélenter  au. duc  ,  le  tort  extrême  qu'il 
ferolt  à  un  homme  qui  n'avoit  pas  l'honneur  d'être 
connu  de  lui ,  qui  le  refiK^dfoit ,  6c  qui  ne  l'avoit  ja- 
mais oiYenfé.  A  peine  ces  MM.  eurent  commencé 
-à  en  toucher  quelque  choie  au  duc ,  qu'il  s'écria 
«  qu'il  ne  hlâmoitpointWy chérie)^,  mairs  lacoufme». 
Cependant,  reprirent:-ils ,  en  le  taifant  foupçonner 
■d  une  Dareille  intrigue ,  vous  le  perdrez  infaillible- 
ment i'c'ell-à-dire  ,  que  votre  grandeur  travaille  in- 
juftement  à  ruiner  de  fond  en  comble  un  homme 
de  mérite. 

Enfin  ce?  MM.  s'étendirent  fl  fort  fur  les  belles 
qualités  de  ^yycherley ,  &  fur  les  charmes  de  fa  con- 
verfation  ,  que  le  duc  de  Buckingham  amoureux  des 
avantages  de  l'efprit ,  permit  qu'on  lui  préfentâtXVy- 
cherley  ,  &  il  le  retint  à  fouper.  Il  fut  li  charmé  de 
lui,  qu'il  s'écria  dans  fon  tranfport,  «  ma  coujine  a 
»  raifon  ;  »  &  depuis  ce  moment ,  il  fit  de  Wycher- 
ley fon  ami ,  &  le  combla  de  bienfoits.  Comme  il 
étoit  grand  écuyer  du  roi ,  &  colonel  d'un  des  pre- 
miers régimens  de  la  couronne ,  il  nomma  Wycher- 
ley un  des  fous-écuyers ,  &  capitaine-lieutenarit  de 
fa  compagnie ,  dont  il  lui  céda  tous  les  appointe- 
mens  ;  ces  deux  objets  faifolent  au  moins  trente-fix 
mille  livres  de  rente  de  notre  monnoie  ,  &  faufilè- 
rent agréablement  Wycherley  avec  la  nobleife  de 
la  cour  &.  de  la  ville. 

Il  continua  de  travailler  pour  le  théâtre.  On  avoit 
déjà  joué  fon  mifantrope  (plain-dealer)  en  1678  ,  & 
en  1 683 ,  on  reprél'enta  fur  le  théâtre  royal ,  fa  fem- 
me de  campagne  ,  ihe  country-wife.  Cet  homme  qui 
paffoit  fa  vie  dans" le  plus  grand  monde,  dit  M.  de 
Voltaire,  en  connoiffoit  parfaitement  les  vices,  &  les 
peignoit  du  pinceau  le  plus  ferme  &  des  couleurs 
les  plus  vraies.  Dans  fon  mifantrope  qu'il  a  imité 
de  Molière  ,  il  eft  certain  que  fes  traits  ont  moins  de 
fineil'e  &  de  bienféance  ,  mais  ils  font  plus  forts  & 
plus  hardis  ;  la  pièce  angloife  eft  plus  intéreffante , 
&  l'intrigue  plus  ingénieufe.  S^  femme  de  campagne  , 
ell  encore  tirée  de  l'école  des  femmes  de  Molière. 
Cette  pièce  angloife  n'ell  pas  afllirément  l'école  des 
bonnes  mœurs,  mais  c'efl  l'école  de  l'efprit,  &  du 
bon  comique. 

Le  roi  Charles  II ,  donna  à  Wycherley  de  grandes 
■marques  de  fa  faveur.  Il  lui  rendit  vilire  dans  une 
maladie,  &  lui  confeilla  d'allerpallcr  l'hiver  à  Mont- 
pellier ,  confeil  qu'il  accompagna  d'un  préiént  de 
'cinq  cent  livres  fterling,  pour  le  défrayer.  Il  perdit 
néanmoins  dans  la  fuite  les  boanes  grâces  du  roi  par 
fon  mariage  avec  la  comtefle  de  Drogheda ,  qui  le  fit 
maître  de  tout  fon  bien;  mais  après  la  mort  de  cette 
dame  ,  la  donation  lui  fut  conteltée,  enlevée  ;  Wy- 
cherley ruiné  ,  fut  arrêté  par  les  créanciers  ,  &  mis 
en  prifon  ou  il  demeura  fept  ans  ,  &  n'en  tut  tiré  que 
par  la  générofité  de  Jacques  II ,  qui  au  fortir  d'une 
repréfentation  du  plain-deaUr ,  ordonna  fur  le  champ 
de  payer  de  fa  bourfe,  les  dettes  de  fauteur. 

11  prit  le  parti  de  dilpofer  du  douaire  de  fa  pre- 


S  H  U 

mjere-,  en  époufantune  jeune  perfonne,  qui  lui  a|)- 
porta  quinze  cens  hvres  Iterling  ,  dont  une  portioft 
îervtt  à  fes  prelfans  befoins  ;  mais  il  mourut  en  1 7 1  5  , 
onze  jours  après  la  célébration  de  fes  noces.  Oit 
avoit  publié  à  Londres  en  1704  un  volume  de  fes 
poéfies  mêlées ,  qui  n'ont  pas  été  reçues  auflî  favo- 
rablement du  public,  que  fes  pièces  de  théâtre. 

Mylord  Lanfdowne  a  peint  Wycherley  avec  beau- 
coup a  elprit  iv.  de  vérité.  Ceux  ,  dit-il  ,  qui  .fans 
connoître  Wycherley  autrement  que  par  fes  ouvra- 
ges, voudront  en  juger,  feront  portés  à  croire  que 
la  variété  des  images  6l  des  caracleres  ,  la  profonde 
connoilfancc  de  la  nature,  les  obiervations  fines  de 
l'humeur ,  des  manières  ,  &  des  paiTions  des  per- 
fonnes  de  tout  rang  &  de  toute  condition  ;  en  un. 
mot ,  cette  exade  peinture  de  la  nature  humaine  -, 
que  l'on  voit  dans  fes  productions ,  jointe  à  beau- 
coup d'efprit  &  de  force  d'cxpreffion,  que  tout  cela 
enfemble,  dis-je,  ne  peut  avoir  été  que  le  fruit  d'une 
application ,  6c  d'un  travail  extraordinaire  ;  tandis 
que  dans  le  fond ,  nous  devons  le  plaifir  &  l'avan- 
tage qu'il  nous  à  procuré ,  à  fa  grande  facilité.  S'il 
lui  en  avoit  coûté  pour  écrire  ,  je  luis  bien  trompé 
s'il  ne  s'en  feroit  pas  épargné  la  peine.  Ce  qu'il  a 
fait,  auroit  été  difficile  pour  un  autre  ;  mais  la  maf- 
fuc  ordinaire,  qu'un  homme  ne  pouvoit  lever  jfer- 
voit  de  canne  à  Hercule. 

L'âcreté  de  fes  fatyres  pourroit  vouis  jetter  dans 
une  autre  erreur,  &  vous  faire  penfer  que  c'étoit 
un  homme  malin.  Mais  ce  que  le  lord  Rochefter  dit 
du  lord  Dorlét ,  peut  lui  être  appliqué  ;  «  c'étoit 
»  le  meilleur  homme  avec  la  mufe  la  plus  maligne.  » 
Tout  piquant  &  ccnfeur  févere  qu'il  paroît  dans  fes 
écrits  ,  il  étoiî  du  caradf  ère  le  plus  doux  &  le  plus 
humain  ,  obligeant  tout  le  monde  ,  &  ne  voulant  de 
mal  à  perfonne  ;  il  n'attaque  le  vice  que  comme  un 
ennemi  public  ;  fenfible  à  la  plaie  ,  il  eft  contraint 
delà  fonder;  ou  tel  qu'un  conquérant  généreux,  il 
s'afilige  de  la  nécelfité  d'ufer  des  voies  de  rigueur. 

Le  roi  Charles  H  qui  étoit  lui-même  homme  d'ef- 
prit, fe  faifoit  fouvent  un  plaihr  de  paffer  fes  heures 
de  loifir  avec  Wycherley  ,  comme  Augufte  avec 
Horace  ,  &  il  eut  même  des  vues  fort  avantageufes 
fur  lui;  mais  malheureufement  l'amour  vint  à  latra- 
verfe  ,  l'amant  l'emporta  fur  le  courtifan  ,  l'ambition 
fut  la  victime  de  l'amour  ,  la  paffion  dominante  des 
plus  belles  âmes.  ....  Il  y  a  des  perfonnes  qui 
critiquent  fa  verfification.  U  eft  certain  qu'elle  n'eft 
pas  nombreufe  ;  mais  un  diamant  brute  n'en  eft 
pas  moins  un  diamant.  (Z-e  chevalier  deJaucourt.^ 
SHUDDERERS  ou  CHUDERERS,  f.  m.  {Hifl. 
mod.  )  c'elt  ainfi  que  l'on  nomme  dans  la  partie  orien- 
tale du  Malabare  les  prêtres  du  fécond  ordre  ,  c'eft- 
à-dire ,  inférieurs  aux  bramlnes ,  qui  font  la  fonction 
de  deflérvir  les  temples  ou  pagodes  de  la  tribu  des 
Indiens  idolâtres  ,  appelles  shudderï ,  qui  eft  celle  des 
marchands  ou  banians.  11  ne  leur  eft  point  permis  de 
lire  le  vedam  ou  livre  de  la  loi,  mais  ils  enfeignent  à 
leur  tribu  le  sliajhr  ^  qui  eft  le  commentaire  du  ve- 
dam. Ils  ont  le  privilège  de  porter  au  col  la  figure 
obfcene  ,  appellée  imgam.  f^oje^  cQt article ,  &  le  mol; 
RUUDIREN. 

S  I 

SI  ou  KAKI,  f.  m.  {Hifi.  nat.  Botan.  )  c'eft  urf 
arbre  du  Jaj)on  ,  nommé//^«w  des  jardins  ;  11  a  les 
feuilles  du  poirier ,  &  l'on  fruit  eft  d'un  goût  très- 
agréable.  L'arbre  eft  fort  laid;  fes  branches  fonttor- 
tueufes  &  en  petit  nombre  ;  fon  écorce  ,  qui  eft  bru- 
ne ou  noire  dans  la  jeunefte,  devient  blanche  &  ra- 
boteufe  en  vieilllllant  ;  fes  feuilles  ,  dont  le  pédicule 
eft  court,  refl'emblent  en  couleur  &  en  figure  à  cel- 
les du  ])oii-ler  ,  mais  font  plus  longues  ,  ovales  ,  pla- 
tes 6l  cotonneules  par-delfous.  Ses  fleurs  fortent  de 


s  I  A 

raiffelle  des  feuilles  ,  au  mois  de  Mai  Sr  de  Juin. 
Elles  font  en  forme  de  tuyau  ,  de  la  groffeur  d'un 
pois,  un  peu  jaunes,  environnées  d'un  calice  divifc 
enplufieurs  pièces,  avec  un  piftil  court  &C  plufieurs 
étamines.  Le  fruit  ell  de  la  groffeur  6c  de  la  n!',ure 
d'une  pomme,  blanchâtre  en-dehors  ;ia  chair  de  cou- 
leur rouffe ,  tendre  &  d'un  goût  de  miel.  Ses  femences 
refl'emblent  à  celles  de  la  courge  ,  &  font  rangées  en 
étoiles  au  milieu  du  fruit. 

Si  ,  en  mujiquc ,  eft  une  des  fept  fyllabes  dont  on  fe 
fert  en  France  pourfolfier  les  notes.  Guy  Areîin  ,  en 
compofant  fa  gamme  ,  n'inventa  que  fix  de  ces  fyl- 
labes ,  quoique  la  gamme  fût  formée  de  fept  notes  : 
ce  qui  fit  que  pour  nommer  la  feptieme ,  il  falloit  à 
chaque  inlîant  changer  les  noms  des  autres  notes  ,  &c 
les  folfifier  de  diverfes  manières  ;  embarras  que 
nous  n'avons  plus  depuis  l'invention  du//. 

BrolTard  &  plufieurs  autres  auteurs  attribuent 
l'invention  àwji  à  un  nommé  le  Maire  ,  entre  le  rrâ- 
lieu  &  la  fin  du  dernier  fiecle  ;  d'autres  en  font  hon- 
neur à  un  certain  Vander-Putten  ;  d'autres  enfm  re- 
montent jiifqu'à  Jean  de  Mûris ,  vers  fan  1330. 

Il  efl  très-aifé  de  prouver  que  l'invention  du  Jï  efl 
de  beaucoup  pofiérieure  à  Jean  de  Mûris  ,  dans  les 
ouvrages  duquel  on  ne  voit  rien  de  fcmblable.  A  l'é- 
gard de  Vander-Putten  ,  je  n'en  puis  rien  dire,  parce 
que  je  ne  le  connois  point.  Refle  le  Maire ,  en  faveur 
duquel  les  voix  paroiffent  fe  réunir  aujourd'hui. 

Si  l'invention  confille  à  avoir  introduit  dans  la  pra- 
tique l'ufage  de  cette  fyllabey^ ,  je  ne  vois  pas  beau- 
coup de  raifons  pour  lui  en  refufer  l'honneur.  Mais 
fi  le  véritable  inventeur  efl  celui  qui  a  vu  le  premier 
la  néceflité  d'une  feptieme  fyllabe  &  qui  en  a  ajouté 
une  en  conféquence  ,  il  ne  faut  pas  avoir  fait  beau- 
coup de  recherches  en  mufique  ,  pour  voir  que  le 
Maire  ne  mérite  nullement  ce  titre.  Car  on  trouve, 
dans  plufieurs  endroits  des  ouvrages  du  père  Mcr- 
fenne  ,  la  néceffité  de  cette  feptieme  fyilabe  pour 
éviter  les  muances  ,  &  il  témoigne  que  plufieurs 
avoient  inventé  ou  mis  en  pratique  une  leptieme 
fyllabe  à-peu-près  dans  le  môme  tems,  &  entr'autres 
le  lieur  Gilles  Grandjean  ,  maître  écrivain  de  Sens  ; 
mais  que  les  uns  nommoicnt  cette  fyllabe  cl ,  les  au- 
tres di ,  les  aiurcs  ni ,  les  autresy? ,  les  autres  [a  ;  6c 
avant  même  le  P.  Marfenne,  on  trouve  dans  un  ou- 
^vrage  de  Banchieri  ,  moine  olivetan  ,  imprimé  en 
16 14,  &  intitulé  carteUa  di  mujica  ,  l'addition  de  la 
même  feptieme  fyllabe  ;  il  l'appelle  bi  par  béquarre  , 
ècba  par  bémol,  &  il  aiTure  que  cette  addirion  avoit 
été  fort  approuvée  à  Rome  ;  de  forte  que  toute  la 
prétendue  invention  de  le  Maire  confille  ,  tout  au 
plus  ,  à  avoir  prononcé  y?  au  lieu  de  prononcer  ^iou 
ba  ,  ni  ou  di  ;  &  voilà  avec  quoi  un  homme  efl  ini- 
mortalifé. 

SIAGBANDAR  ,  f  m.  (  Comm.  de  Perfe.  )  nom 
qu'on  donne  en  Perfe  au  receveur  des  droits  d'en- 
trée &  de  fortie  qui  fe  payent  fur  les  marchandifes 
dans  toute  l'étendue  du  royaume;  c'efi:  une  elpece 
de  fermier  général.  (Z?.  /.) 

SIAGUL  ,  (  Géog.  anc.  )  ville  de  l'Afrique  propre. 
Ptoloméc  ,  /.  ir.  c.  iij.  la  marque  furie  bord  de  la 
mer,  entre  Néapolis  Colonia  6l  Aphrodifuim,  On 
croit  que  c'efl  aujourd'hui  Suze  en  Barbarie  ,  au 
royaume  de  Timis.  Long,  fuivant  Ptolomée ,  36". 
iatit.^z.  20.  (D.  /,  ) 

SIAHCOUCH  ,  (  Géog.  mod.  )  ou  Siah-Kuk  ,  ou 
S iahcoue/t ,  mot  perfan,  qui  veut  dne  montagne  noire  ^ 
mais  qui  cependant  n'eft  pas  adapté  à  de  feules  mon- 
tagnes. En  etfet ,  quoiqu'on  nomme  en  langue  per- 
fane  Siahcouch  une  chaîne  de  montagnes  qm  s'étend 
depuis  le  defert  du  Khoraflan  jufqu'au  pays  de  Ghi- 
lan  qui  efl  fur  la  mer  Cafpienne  ,  Siah-couch  ell  aufH 
le  nom  d'une  île  de  la  mer  Noire  ,  à  l'embouchure 
du  Douna  ,  qui  efl  le  Tanaïs  ou  le  Boryllhène. 
Tome  XV, 


S 


A 


Î47 


SÏAF:A  ,  RELIGION  DE  ,  (  Hljl.  niod.fupcrpion.  ) 
cette  religion  qui  s'ell  établie  au  japon  ,  a  pour  ton- 
dateur  Siakii  ou  Xuca  ,  qui  eft  aulfi  nommé  Budfdo 
&  fa  religion  Budfdoii'nie.  On  croit  que  le  buds  oifle 
fiaka.  des  Japonois  ,  eft  le  même  cpie  \q  foï  des  Chi- 
nois ,  &  yue  le  yijnou ,  le  buda  ou  put^a  des  Indiens , 
\.c Joimiioiiiicodiwi  ûQS  Siamois;  car  il  paroît  certaia 
que  cette  religion  elt  wcnv.o.  originairement  des  In- 
des au  Japon  ,  oii  l'on  profcllbit  auparavant  la  feule 
religion  du/imos.  Foy^i  SiNTOS.  Les  Budsdoiftes  di- 
fent  c^Ki^Siaka  naquit  environ  douze  cens  ans  avant 
l'ère  chrétienne  ;  que  fon  père  étoit  un  roi  ;  que  loa 
fils  quitta  le  palais  de  fon  père  ,  abandonna  fa  femme 
&  fon  fils  ,  pour  embraiTer  une  vie  pénitente  &c  foii- 
tairc,  6c  pour  fé  livrer  à  la  contemplation  des  chofes 
célelles.  Le  fruit  de  fes  méditations  fut  de  pénétrer 
la  profondeur  des  myfteres  les  plus  fiiblimes ,  tels 
que  la  nature  du  ciel  &  de  l'enfer  ;  l'état  des  âmes 
après  la  mort  ;  leur  tranfmigration  ;  le  chemin  de 
l'éternelle  félicité ,  &  beaucoup  d'autres  chofes  fort 
au-deffus  de  la  portée  du  commun  des  hommes.  Siak^ 
eut  un  grand  nombre  de  difciples  ;  fe  fentant  proche 
de  fa  fin  ,  il  leur  déclara  que  pendant  toute  fa  vie  , 
il  avoit  enveloppé  la  vérité  fous  le  voile  des  méta- 
phores ,  &  qu'il  étoit  enfin  tems  de  leur  révéler  un 
important  myflere.  Il  ny  a  ,  leur  dit-il  ,  rien  4i  réel 
dans  le  monde  ,  qui  le  néant  &  le  vuide  :  c'eji  le  pre- 
wler  principe  de  toutes  chofes  ;  ne  cherche:^  rien  au  delà  , 
6'  ne  mettc^  point  ailleurs  votre  confiance.  Apres  cet 
aveu  impie ,  Siaka  mourut  à  l'âge  de  foix'ante-dix 
neuf  ans  ;  fes  difciples  diviferent  en'  conféquence  fa 
loi  en  deux  parties  ;  l'une  extérieure  ,  que  l'on  en- 
feigne  au  peuple  ;  l'autre  intérieure ,  que  l'on  ne 
communique  qu'à  un  petit  nombre  de  profélites. 
Cette  dernière  confifle  à  établir  le  vuide  &  le  néant, 
pour  le  principe  &  la  fin  de  toutes  choies.  Ils  prc- 
tendent  que  les  élémens  ,  les  hommes  ,  &  générale- 
ment toutes  les  créatures  font  formées  de  ce  niide  , 
&  y  rentrent  après  un  certain  tems  par  la  difTolution 
des  parties  ;  qu'ainfi  il  n'y  a  qu'une  feule  fubflance 
dans  l'univers  ,  laquelle  fe  diverliiie  dans  les  êtres 
particuliers ,  &  reçoit  pour  un  tems  différentes  mo- 
difications ,  quoiqu'au  fond  elle  foit  toujours  la  mô- 
me :  à-peu-près  comme  l'eau  eft  toujours  effcntielle- 
ment  de  l'eau ,  quoiqu'elle  prenne  la  figure  de  la  nei- 
ge ,  de  la  pluie  ,  de  la  grêle  ou  de  la  glace. 

Quant  à  la  religion  extérieure  du  budfdoifme  ,  les 
principaux  points  de  fa  doctrine  font,  1°.  que  les 
âmes  des  hommes  &.des  animaux  font  immortelles  ; 
qu'elles  font  originairement  de  la  même  fubftance  , 
6c  qu'elles  ne  diiferent  que  félon  les  diiférens  corps 
qu'elles  animent.  2°.  Que  les  âmes  des  hommes  fé- 
parées  du  corps  font  récoinpenfées  ou  punies  dans 
une  autre  vie.  3''.  Que  le  léjour  des  bienheureux 
s'appelle  g'o^wr^/Â:/;  les  hommes  y  jouillent  d'un  bon- 
heur proportionné  à  leur  mérite.  Amida  efl  le  chef 
de  ces  demeures  céleftcs  ;  ce  n'efl  que  par  ia  média- 
tion que  l'on  peut  obtenir  la  rémiffion  de  fes  péchés, 
6c  une  place  dans  le  ciel ,  ce  qui  fait  qu'Amida  ell 
l'objet  du  culte  des  fedateurs  de  Siaka.  4°.  Cette  re- 
ligion admet  un  lieu  appelle  djigokj\  oii  les  méchans 
font  tourmentés  fuivant  le  nombre  &  la  qualité  de 
leurs  crimes.  Jemma  eft  le  juge  fouveraindc  ces  lieux; 
il  a  devant  lui  un  grand  miroir,  dans  lequel  il  volt 
tous  les  crimes  des  réprouves.  Leurs  tourmens  ne 
durent  qu'un  certain  tems  ,  au  bout  duquel  les  âmes 
malheureufes  font  renvoyées  dans  le  monde  pour 
animer  les  corps  des  animaux  impurs ,  dont  les  vices 
s'accordent  avec  ceux  dont  ces  âmes  s'étoient  louii- 
lées  ;  de  ces  corps  ,  elles  pafTent  fiiccellivement  dans 
ceux  des  animaux  plus  nobles  ,  julqu'à  ce  qu'elles 
pulficnt  rentrer  dans  des  corps  humains,  où  elles 
peuvent  mériter  ou  démériter  fur  nouveaux  frais. 
5°.  La  loi.  de  «i'/.ï^a  défend  de  tuer  aucunes  créa? 


148 


s  I  A 


tvircs  vivantes  ,  de  voler  ,  de  commettre  radultere , 
de  niemir  ,  de  taire  uiagc  de  liqueurs  fortes.  Cette 
loi  prelcrit,  ovUic  cela,  des  devoirs  trùs-genans,  &: 
un\:  mortihcation  coniuuicUe  du  corps  6c  de  l'eCprit. 
Les  bonzes  ou  moines  île   cette  religion  puniiient 
avec  la  dernière  icvcrité  ,  &  de  la  manurc  la  plus 
cruelle  ,  les  moindres  tauies  de  ceux  qui  lont  ibumis 
i\  leur  t'àrcction  ;  ces  moines  lont  de  deux  efpeces  , 
les  uns  appelles  gcn^uh,  6c  les  autres  appelles  goguis. 
Ils  mènent  une  vie  extraordinairement  pcnitente,  &C 
leur  ligure  a  quelque  choie  de  hideux  :   le   peuple 
les  croit  des  laints  ,  &  n'oie  rclilîer  à  leurs  ordres  , 
quelques  barbares  qu'ils  puillent  être  ,  &c  lors  même 
que  leur  exécution  doit  être  luivie  de  la  mort.  Ces 
bonzes  t'ont  pailcr  les  pellerins  qui  vifitent  les  tem- 
ples de  Siaka  par  les  épreuves  les  plus  cruelles,  pour 
les  forcer  de  confefler  leurs  crimes  avant  que  de  les 
admettre  à  rendre  leurs  hommages  i\  ce  dieu. 

Cette  religion  a  fes  martyrs ,  qui  fc  donnent  une 
mort  volontaire  ,  dans  la  vue  de  fe  rendre  agréables 
h  leurs  dieux.  On  voit ,  le  long  des  côtes  de  la  mer , 
des  barques  remplies  de  fanatiques  ,  qui  après  s'être 
attachés  une  pierre  au  col  ,  fe  précipitent  dans  le 
fond  de  la  mer.  D'autres  fe  renferment  dans  des  ca- 
vernes qu'ils  font  murer  ,  &C  s'y  lailfcnt  mourir  de 
faim.  D'autres  fe  prédpitent  dans  les  abymes  brùlans 
des  volcans.  Quelqucs-un;,  fe  font  écrafer  fous  les 
roues  des  chariots  fur  Iclquels  on  porte  en  procef- 
fion  Anilda  6c  les  autres  clicux  de  leur  religion  ;  ces 
fcenes  fe  renouvellent  chaque  jour  ,  &  les  prétendus 
martyrs  deviennent  eux-mêmes  les  objets  de  la  vé- 
nération &  du  culte  du  peuple. 

Il  y  a  plufieurs  fêtes  foleiiinelles  que  célèbrent  les 
ieftateurs  de  la  religion  de  Siaku.  La  principale  ell 
celle  que  l'on  appelle  lafcce  de  C homme.  L'on  y  porte 
en  procciîion  la  llatue  du  dieu  Slaka  fur  un  bran- 
card, celle  de  fa  maîtrefle  paroît  enfuite  ;  cette  der- 
nière rencontre  comme  par  hafard  la  ftatue  de  fa 
femme  légitime  :  alors  ceux  qui  portent  celle-ci  fe 
mettent  à'courir  de  côté  &:  d'autre  ,  &  tâchent  d'ex- 
primer par  leurs  actions  le  chagrin  que  la  rencontre 
d'une  rivale  préférée  caufe  à  cette  époufe  intortu- 
née  ;  ce  chagrin  fe  communique  au  peuple  ,  qui  com- 
munément le  met  à  fondre  en  larmes.  On  s'approche 
confufémcnt  des  brancards  comme  pour  pre-ndre 
parti  entre  le  dieu  ,  fa  femme  &:  l'a  maîtreffe  ,  &  au 
bout  de  quelque  tems  ,  chacun  fe  retire  paifiblement 
chez  foi,  après  avoir  remis  les  divinités  dans  leurs 
temples.  Ces  idolâtres  ont  une  autre  fête  fmgulierc  , 
qui  femble  faite  pour  décider  ,  les  armes  à  la  main  , 
la  préféance  que  méritent  les  dieux.  Des  cavaliers 
armés  de  pié  en  cap  ,  échauffés  par  l'ivreffe ,  portent 
fur  le  dos  les  dieux  dont  chacun  d'eux  s'elt  tait  le 
champion  ;  ils  fe  livrent  des  combats  qui  ne  font 
rien  moins  que  des  jeux  ,  &  le  champ  de  bataille  fi- 
nit par  fe  couvrir  de  morts  ;  cette  fête  lert  de  prétexte 
à  ceux  qui  ont  à  venger  des  injures  perfonnclles  ,  & 
fouvent  la  caufe  des  dieux  fait  place  à  l'animofité  des 
hommes. 

La  religion  de  ^ïaka  a  un  fouverain  pontife  ,  ap- 
pcllé/u'Â.0  ,  des  évêques  que  l'on  nomme  tundcs  ,  & 
des  moines  ou  bonzes  appelles  xenxus  &  xodoxins. 
"Voyez  ces  dlffèrem  articles. 

SIAKO  ,  ou  XACO  ,  (  Hi[l.  mod.  )  c'eft  le  nom 
que  l'on  donne  au  Japon  au  fouverain  pontife  du 
Budsdoîfme  ,  ou  de  la  religion  de  Siaka.  Il  cllregardé 
par  ceux  de  la  fcfte  comme  le  vicaire  du  grand  Budsdo 
ou  Siaka.  Voye^^  Cankle  qui  précède.  Le  fiako  a  un 
pouvoir  abfolu  fur  tous  les  minillres  de  fa  religion  ; 
c'eft  lui  qui  confacre  les  tundes  ,  dont  la  dignité  ré- 
pond à  celle  de  nos  évcques,  mais  ils  font  nommés 
parlecubo  ou  empereur  féculier.  Il  eft  le  cheflu- 
prêmc  de  tous  les  ordres  monalliques  du  Budsdoilme; 
il  décide  toutes  les  quellions  qui  s'élèvent  au  fujet 


S  I  A 

des  livres  facrcs  ,  &:  fes  jugemens  font  regardés  com- 
me intaillibles.  Lcjîùko  a,  fuivant  le  P.  Charlcvoix, 
le  droit  de  canoniler  les  faints  ,  &:  de  leur  décerner 
un  culte  religieux.  On  lui  attribue  le  pouvoir  d'abré- 
ger les  peines  du  purgatoire  ,  &  même  celui  de  tirer 
les  âmes  de  l'enter  pour  les  placer  en  paradis. 

SIALAGOGUES  ,  ou  SALIVANS  ,  adj.  (  Médec.  ) 
ce  font  des  remèdes  qui  donnent  un  mouvement  vio- 
lent aux  liqueurs  limphatiqucs  &C  falivaires  ,  6z  les 
font  lortir  par  la  bouche  ;  mais  quoique  le  règne  vé- 
gétal fournilie  beaucoup  de  remèdes] qui  excitent  la 
iahve  ,  cependant  le  plus  efficace  eft  le  mercure  ; 
c'ell  aulli  pour  cela  que  l'on  emploie  le  mercure , 
lorfqu'ou  veut  procurer  lûrement  6i.  copieufement 
la  lalive. 

SIALOGRAPHIE  ,  f.  f  dans  l'économie  animale, 
la  partie  qui  traite  de  la  lalive.  Ce  mot  efl  compofé 
du  grec  a-taXov  ,  ou  a-tahci;  ,  jalive  ,  &  ypcKf/u  ,  J'écris. 

Schurig ,  médecin  à  Dreide ,  nous  a  donné  un  hvre 
in-^".  tous  le  titre  dejjalographie , imprimé  à  Drefde 
en  1723. 

De  Nuck ,  un  ouvrage  in-8°.  fous  le  même  titre , 
imprimé  à  Leyde  en  1690  &en  17x2. 

SlAM,  ROYAUME  DE,  (  Géog.  mod.^  royaumc 
d'Afie  ,  dans  les  Indes  orientales.  Ce  royaume  eft 
appelle  ,  par  ceux  du  pays  ,  Muan  -  Thai ,  c'eft-à- 
diie  ,  la  terre  de  Thai.  Les  Malays  &  les  Péguans 
l'appellent  T:^iam  ,  d'où  vient  le  nom  européen 
Siam.  11  s'étend  depuis  environ  le  feptieme  degré  de 
latitude  Jeptenuionale  ,  jufqu'au  dix-neuvieme.  Vers 
le  miheu  où  la  ville  capitale  eft  fituée  ,  il  eft  à  14 
degrés  1 8  minutes  de  latitude  feptenirionale  ,  &  à 
1 20  degrés  de  longitude. 

11  eft  borné  à  l'orient  par  les  royaumes  de  Tun- 
quin  ,  Cochinchine  &  Camboia  ;  au  midi  par  la 
mer  ,  &  par  le  pays  de  Malacca  ,  dont  le  roi  de 
Siani  pofléde  Ligor  ,  Tanafleri ,  &  quelques  autres 
petites  provinces  ;  à  l'oueft  par  le  royaume  de  Pégu  , 
tk  au  nord  par  celui  de  Laos. 

Sa  longueur ,  qui  fe  prend  du  feptentrion  au  midi , 
eft  à-peu-près  de  cent  heues  ,  dans  les  endroits  où 
elle  n'eft  point  occupée  par  les  états  voifins.  Sa  lar- 
geur eli  d'environ  cent  lieues  dans  fa  plus  grande 
étendue  ,  &:  d'environ  vingt  lieues  dans  fa  plus  pe- 
tite. A  conliderer  fa  grandeur,  il  n'eft  guère  peuplé, 
excepté  le  long  de  la  rivière.  La  quantité  de  peaux  , 
de  dains&:  de  buffes  que  les  marchands  en  tirent  tous 
les  ans  ,  fait  aflez  voir  qu'il  contient  de  grandes  fo- 
rêts &  de  vaftes  deferts  ;  il  faut  encore  remarquer 
qu'on  ne  tue  ces  animaux  que  dans  le  voifinage  , 
parce  que  les  tigres  &  les  marais  ne  permettent  pas 
aux  chalfeurs  de  pénétrer  vm  peu  avant  dans  les 
bois. 

Ce  royaume  renferme  douze  grandes  provinces,' 
dont  chacune  eft  gouvernée  par  un  oja  ,  ou  prince  , 
en  qualité  de  lieutenant  de  roi ,  qui  a  fous  lui  plu- 
fieurs opéra  ou  ofiiciers  inférieurs.  Il  y  a  auffi  à  la 
cour  un  oja  pour  chaque  province  ,  qui  en  ménage 
les  affaires  &  veille  fur  la  conduite  du  lieutenant- 
général  de  la  province. 

Les  Siamois  parlent  deux  fortes  de  langues ,  la  vul- 
gaire qui  eft  toute  fimple ,  en  monoffyllabes  ,  &  fans 
con)ugaifon  ni  déclinaifon  ;  &  une  autre  qu'on  ap- 
pelle langue  bali  ,  enrichie  d'inflexion  de  mots  com- 
me les  langues  européennes.  Les  termes  de  religion 
&  de  juftice  ,  les  noms  de  charge  ,  &  tous  les  orne- 
mens  de  la  langue  vulgaire ,  font  empruntés  de  la 
bali  ;  &  il  femble  de-là  ,  que  quelque  colonie  étran- 
gère le  Ibit  habituée  autrefois  au  pays  de  Siam.  Mais 
c'eft  un  raifonnemcnt  que  l'on  pourroit  faire  de  la 
plupart  des  contrées  des  Indes ,  qui  ont  ordinaire- 
ment deux  langues. 

On  prétend  que  les  lois  des  Siamois  leur  viennent 
du  pays  de  Laos  ;  &:  c'eft  fans  doute  parce  qu'il  y  a 


s  I  A 

de  la  conformité  entre  les  lois  de  Laos  &  celles  de 
Siam  ,  comme  il  y  en  a  entre  leurs  religions.  Cela  ne 
prouve  pas  que  l'un  de  ces  royaumes  ait  donné  fa 
religion  &  fes  lois  à  l'autre  ,  puifquc  tous  les  deux 
peuvent  les  avoir  puifces  dans  une  fource  commune. 
Quoi  qu'il  en  foit ,  on  veut  à  Siam  que  ce  ibit  Laos 
qui  leur  ait  donné  fes  lois  ,  &  même  des  rois  :  on 
veut  à  Laos  ,  que  leurs  rois ,  &  la  plupart  de  leurs 
lois  viennent  de  Siam. 

La  figure  des  Siamois  eft  indienne  :  leur  teint  efi: 
mêlé  de  rouge  &  de  brun  ,  leur  nez  court  &  arrondi 
par  le  bout ,  les  os  du  haut  de  leur  joue  gros  &  éle- 
vés ,  leurs  yeux  fendus  un  peu  en-haut  ;  leurs  oreil- 
les plus  grandes  que  les  nôtres  ;  en  un  mot ,  ils  ont 
tous  les  traits  de  la  phyfionomie  indienne  &  chinoi- 
fe ,  leur  contenance  naturellement  accroupie ,  com- 
me celle  des  fmges ,  dont  ils  ont  beaucoup  de  maniè- 
res ,  entr'autres  une  paffion  extraordinaire  pour  les 
enfans. 

Leur  religion  eft  la  même  que  celle  des  brahmans, 
qui,  pendant  plufieurs  fiecles,  a  été  la  religion  des 
peuples  qui  habitent  depuis  le  fleuve  Indus  jufqu'aux 
extrémités  de  l'orient ,  fi  on  excepte  la  cour  du 
grand-mogol ,  &  les  grandes  villes  de  fon  empire  , 
aulTi  bien  que  Sumatra ,  Java  ,  Célèbres  ,  &  les  au- 
tres îles  voifmes ,  où  le  mahométilme  a  fait  de  fi 
grands  progrès  ,  qu'il  femble  l'emporter  fur  elle.  Ce 
paganifme  univerfel  (  qu'il  faut  dlfiinguer  de  la  reli- 
ligion  des  anciens  perf'ans,qui  adoroient  le  foleil ,  la- 
quelle cfî  aujourd'hui  prefque  éteinte  )  :  ce  paganif- 
me, dis-je,  quoique  divifé  en  plufieurs  itOits  & 
opinions,  félon  les  différentes  coutumes  ,  langues  ,  & 
interprétations  de  ceux  qui  les  profefTent ,  n'a  pour- 
tant qu'une  feule  &  même  origine. 

Les  Siamois  repréfentent  dans  leurs  temples  le 
premier  inftituteur  de  leur  religion  fous  la  figure 
d'un  nègre  d'une  grandeur  prodigieufe  ,  qui  efl  alfis , 
&  qui  a  les  che\ceux  frifés ,  &  la  peau  noire  ,  mais 
dorée ,  comme  par  refped^.  On  voit  à  fes  côtés  deux* 
de  fes  principaux  difciples  ;  &  devant  &c  autour  de 
lui  le  refte  de  fes  apôtres ,  tous  de  la  même  couleur, 
&  la  plupart  dans  la  même  poflure.  Ils  croyent ,  fé- 
lon la  doûrine  des  Brahmans  ,  que  la  divinité  habi- 
toit  en  lui ,  &  que  cela  paroît  par  fa  dodrine ,  par  fa 
manière  de  vivre ,  &  par  fes  prophéties. 

Ils  difent  aufli  que  Wiflnou  ,  par  où  ils  entendent 
la  Divinité ,  après  avoir  pris  différentes  formes ,  pen- 
dant plufieurs  milliers  d'années  ,  &c  vifîté  le  monde 
huit  fois  ,  parut  la  neuvième  fous  la  perfonne  d'un 
nègre, qu'ils  appellent  Sammana-Kutama  (  c'efl  dans 
nos  écrivains  françois  Sammana  Codom).  Ce  dieu  , 
félon  eux ,  a  revêtu  dans  le  Gange  feul  cinq  cens 
cinquante  fois  la  forme  humaine.  Cette  idée  leur  elî 
commune  avec  tout  le  peuple  de  l'Inde  fur  la  méta- 
morphofe  de  leurs  dieux.  Cette  idée  leur  eft  encore 
commune  avec  les  anciens  Egyptiens ,  \qs  Grecs  & 
les  Romains.  «  Une  erreur  fi  ridicule  &  fi  étendue  , 
»  comme  le  dit  M.  de  Voltaire  ,  vient  pourtant  d'un 
»>  fentiment  railbnnable ,  qui  eft  au  fond  de  tous  les 
»  cœurs.  On  fent  naturellement  fa  dépendance  d'un 
»  être  fuprême ,  &  l'erreur  fe  joignant  à  la  vérité  ,  a 
»  fait  regarder  les  dieux  dans  prelique  toute  la  terre  , 
»  comme  des  feigneurs  qui  venoient  quelquefois  vi- 
*}  fiter  &  réformer  leurs  domaines. 

Les  principes  de  la  morale  des  Siamois  font  tous 
négatifs  ,  &;  à-peu-près  les  mêmes  que  dans  la  plu- 
part des  contrées  des  Indes.  Ne  rien  tuer.  Ne  rien 
dérober.  Ne  point  boire  de  Jiqueur  qui  enivre.  Ne 
point  exténuer  fes  forces  par  la  fatigue.  Ils  fuivent 
exaftement  ce  dernier  précepte,  perfùadés  que  la  fé- 
licité fuprême  confifte  à  n'être  point  obligés  d'ani- 
mer une  machine ,  ôc  de  faire  agir  un  corps.  Dans  ces 
pays  oii  la  chaleur  exceflive  énerve  &  accable  ,  le 
repos  eft  fi  délicieux ,  &  le  mouvement  fi  pénible  , 


S  I  A 


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que  ce  fyftème  de  métaphyfique  paroît  naturel.  A 
Siam,  la  poffefTion  d'un  éléphant  fait  la  gloire  &  l'hon- 
neur de  fbn  maître. 

Leurs  eccicfiaftiques  mènent  une  vie  retirée  &  auf- 
tere  :  car  ils  alpircnt  dans  ce  monde  à  un  état  deper- 
fedion  agréable  au  ciel ,  &  fuiyi  de  grandes  récom- 
penfes,  en  domptant  leurs  pafTions ,  &  mortifiant 
leurs  defirs.  Ils  ne  fe  marient  point  tant  qu'ils  font 
dans  l'état  eccléfiaftique  ,  mais  vivent  enfcmble  dans 
des  monal^eres  près  des  temples.  Us  vont  prefque 
nuds ,  n'ayant  qu'un  morceau  de  drap  d'un  jaune- 
brun  autour  de  leur  ceinture  ,  &  un  autre  morceau 
qui  pend  de  deffus  l'épaule  gauche  en  plufieurs  petits 
plis,  6l  qu'ils  déploient  lorfqu'il  pleut  pour  s'en  cou- 
vrir les  épaules  6c  la  partie  fupérieure  du  corps.  Us 
ne  couvrent  jamais  la  tête ,  qui  eft  rafée  de  près  ,  6c 
portent  à  la  main  un  éventail  de  feuilles  de  palmier  , 
ou  de  coupcaux  de  bois. 

^  Il  y  a  plufieurs  rangs  &  plufieurs  degrés  dlfférens 
d'eccléfiaftiques  fiamois.  Les  plus  jeunes  prennent 
un  nom  qui  revient  à  celui  de  frcre  ;  &  à  l'âge  de  20 
ans  ,  ils  en  prennent  un  autre  qui  répond  à  celui  de 
père.  Les  Péguans  les  appellent  talapoi  ;  &  comme  ce 
nom  a  été  premièrement  connu  des  étrangers  ,  ils  le 
donnent  à  l'heure  qu'il  eft  indifféremment  à  tous  les 
prêtres  &  eccléfiaftiques  de  la  religion  qui  règne  à 
Péou  ,  Siam,Camboia  ,  Aracan ,  Parma  ,  Laos,  Ton- 
quin ,  &:  la  Cochinchine. 

Les  pères  fiamois  vivent  en  fociété  dans  une  ou 
plufieurs  maifons  faites  comme  des  monafteres ,  près 
de  certains  temples.  Chacun  de  ces  couvens  eft' gou- 
verné par  un  chef  qu'ils  nomment /ow/a/z.  Tous  les 
couvens  de  chaque  province,  font  foumis  à  un  fom- 
pan  en  chef;  &  ceux-ci  de  même  que  tout  le  clergé 
du  royaume ,  font  fous  1^  jurifdidion  du  prah-fan- 
kara  ,  comme  qui  diroit  le  grand  pontife.  Ce  primat 
fouveraln  demeure  à  Judia  {Sianï)  ,  &  fon  autorité 
eft  fi  grande  ,  que  le  roi  lui-même  eft  obligé  de  s'in- 
cliner devant  lui. 

Chacun  peut  fe  faire  moine  ,  s'il  a  affez  de  crédit 
pour  cela.  Il  y  a  même  des  hommes  mariés  qui  quit- 
tent leur  femme  ,  &  fe  mettent  dans  un  monaftere. 
Les  voilà  moines  ,&jouifrant  du  privilège  de  ne  pou- 
voir pas  être  punis  par  le  bras  féculier.  Le  roi  lui- 
même  ,  lorfqu'ils  font  coupables  de  quelque  crime 
capital ,  fe  contente  de  les  bannir  dans  une  île  défer- 
te ,  où  il  exile  aufti  fes  mandarins  oc  fes  imniftres  d'é- 
tat ,  quand  il  les  difgracie.  , 

Ces  mêmes  eccléfiaftiques  ont  éiàibli  plufieurs  fêtes 
annuelles  qu'on  célèbre  toujours  ;  une  ,  par  exem- 
ple ,  au  commencement  de  l'année  ;  une ,  lorfque  le 
roi  va  faire  des  offrandes  dans  un  temple  de  Napa- 
that ,  en  carofTe  tiré  par  des  hommes  :  une  autre 
quand  ce  prince  va  par  eau  faire  fes  dévotions  dans 
un  temple  fitué  au-deffous  de  Siam  ;  &  fuivant  l'o- 
pinion du  petit  peuple  ,  pour  couper  les  eaux  ,  qui 
dans  ce  tems-là ,  font  dans  leur  plus  grande  hauteur, 
&  leur  commander  de  fe  retirer.  On  compte  parmi 
les  fêtes  annuelles  des  Siamois  ,  celles  du  lavement 
des  éléphans  qui  fe  fait  deux  fois  l'année ,  &  ces 
deux  jours-là^  on  lave  la  tête  de  ces  animaux  avec 
beaucoup  de  cérémonie.  Les  Siamois  célèbrent  aufîi 
le  premier  &  le  quinzième  jour  de  chaque  mois  ,  qui 
font  les  jours  de  la  nouvelle  &  de  la  pleine  lune. 

Ils  commencent  leur  année  le  premier  jour  de 
la  lune  de  Novembre  ou  de  Décembre ,  liiivant  de 
certaines  règles.  Leur  époque  commence  à  la  mort 
de  leur  grand  dieu  Sammona-Khodum;enforte  qu'en 
1670,  ils  coniptoier^ï  2304  ans.  Ils  ont ,  comme  les 
Chinois,  un  cycle  de  60  ans  ,  quoiqu'il  n'y  ait  que 
douze  de  ces  années-là  qui  aient  des  noms  particu- 
liers ,  &  qui  étant  répétés  cinq  fois  font  le  cycle  en* 
tier. 
Donnons  pour  les  ciu-ieuxle  nom  des  1 1  années  fia- 


Î5Ô 


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moifes  enïrançols;  i .  l'année  de  la  fouris  ;  2.  l'année 
àela  vache;  3.  l'année  du  tigre; 4.  l'année  du  lievrc; 
5.  l'année  du  grand  lerpent  ;  6.  l'année  du  petit  Icr- 
pent;  7.  l'année  du  cheval;  8.  l'année  du  bélier; 
9.  Tannée  du  linge  ;  10.  l'année  du  poulet  ;  1 1.  Tan- 
nce  du  chien  ;  1  z,  l'année  tlu  pourceau. 

L'année  eft  divlice  chez  ce  peuple  en  douze  mois, 
qui  lont  'un.ùres  ,  de  19  ^^  de  30  jours  alternative- 
ment. Chaque  troilieme  année  ils  ont  treize  mois, 
Sin  des  douze  étant  répété  deux  fois.  Le  premier  mois 
a  29  jours  ;  le  fécond  30  ;  le  troifieme  encore  29  ;  &C 
ils  fe  hiivent  ainfi  alternativement  :  de  forte  que  l'an- 
née entière  eft  compofée  de  354  jours,  &  chaque 
troifieme  année  de  384.  A  l'égard  des  jours  du  mois, 
ils  en  comptent  quinze  depuis  la  nouvelle  lune  jul- 
qu'A  la  pleine  lune ,  après  quoi  ils  commencent  à 
compter  par  un  ,  &  continuent  jufqu'à  la  lune  fiù- 
vante.  De-là  vient  que  quelques-uns  de  leurs  mois 
ont  30  jours  ,  6c  d'autres  29.  Leurs  femaines  font 
compoféts  de  7  jours.  Le  dimanche  ell:  comme  nous 
dirions  en  françois  le  jour  du  foleil  ;  le  lundi ,  le  jour 
de  la  lune  ;  le  mardi ,  le  jour  du  travail  ;  le  mercre- 
di ,  le  jour  de  l'allémblée  ;  le  jeudi ,  le  jour  de  la 
main  ;  le  vendredi ,  le  jour  du  repos  ;  le  famedi ,  le 
jour  attraftif  ;  parce  qu'il  attire  une  nouvelle  fe- 


maine. 


Les  deux  premiers  de  leurs  mois,qui  répondent  à- 
peu-près  à  nos  mois  de  Décembre  &  de  Janvier, 
font  tout  leur  hiver  ;  le  troifieme  ,  quatrième  &  cin- 
quième ,  leur  petit  été  ,  &  les  fept  ou  huit  autres  leur 
grand  été.  Leur  hiver  eft  fec  ,  &  leur  été  pluvieux  : 
i'ans  cette  merveille ,  la  zone  torride  feroit  ians  doute 
inhabitable  ;  ainli  pendant  l'hiver  ,  le  foleil  étant  au 
midi  de  la  ligne,  ou  vers  le  pôle  antartique,  les  vents 
de  nord  régnent  toujours',  &  tempèrent  l'air  jufqu'à 
le  rafraichir  fenfiblement.  Pendant  l'été  ,  lorfque  le 
foleil  eft  au  nord  de  la  ligne  ,  &  à  plomb  fur  la  tête 
des  Siamois,  les  vents  de  midi  qui  foufflcnt  toujours  , 
y  caufent  des  pUiies  continuelles  ,  ou  du  moins  font 
que  le  tems  y  eft  toujours  tourné  à  la  pluie.  C'eft 
celte  règle  éternelle  des  vens  qui  fait  que  les  vaifleaux 
ne  peuvent  prefque  arriver  à  la  barre  de  Siam  pen- 
dant les  fix  mois  des  vents  de  nord ,  &  qu'ils  ne  peu- 
vent prefque  en  fortir  pendant  les  fix  mois  de  vents 
de  midi. 

Voici  maintenant  ce  qui  regarde  la  monnoie  de  ce 
royaume.  Letfiam,  que  les  étrangers  appellent  c^ir- 
tl ,  s'entend  de  l'iç-gent ,  &  pefe  deux  livres  &  de- 
mie ou  vingt  thans ,  ou  cinquante  richedalers  ,c'eft- 
à-dire ,  qu'il  a  deux  fois  la  valeur  d'un  catti ,  comme 
il  a  cours  à  Batavia  ,  &  dans  le  Japon.  On  ne  frap- 
pe point  de  thails  dans  ce  royaume  ,  mais  il  y  vaut 
quatre  maas ,  ou  trente  fols  de  Hollande.  Chaque 
maas  vaut  deux  fuangs  ;  chaque  fuang  vaut  deux 
fiampais  ;  un  fiainpai  vaut  deux  puininis  ;  un  puinini 
contient  un  nombre  incertain  de  cauris.  Les  cauris 
différent  beaucoup  en  valeur  ,  car  pour  un  fuand , 
on  en  peut  acheter  depuis  500  jufqu'à  800.  On  en 
apporte  une  grande  quantité  des  îles  Maldives.  Toute 
la  monnoie  d'argent  de  Siam  eft  faite  des  écus  de 
Hollande  ,  que  l'on  bat  en  Hollande  exprès  ,  &  que 
la  compagnie  hollandoife  des  Indes  orientales  ,  y 
tranfporte  fur  le  pié  d'environ  quatre  florins  l'écu. 

Il  me  refte  à  parler  des  produftions  du  royaume 
de  Siam  ,  de  la  vie  des  Siamois  ,  de  leurs  mariages  , 
de  leurs  tribunaux ,  de  leurs  rois ,  des  grands  &  pe- 
tits officiers  de  la  couronne  ,  &c.  mais  le  détail  que 
j'en  ferai  lera  fort  court. 

Ce  royaume  eft  riche  en  mines  ,  &  la  grande 
quantité  d'idoles  de  fonte  qu'on  y  voit  ,  juftifie 
<iu'on  a  mieux  fu  les  exploiter  anciennement  qu'au- 
jourd'hui. L'or  dont  la  luperftltion  a  orné  leurs  ido- 
les prefque  fans  nombre  ,  les  lambris  6c  les  combles 
de  leurs  temples,  prouvent  auffi  la  richefte  de  ces  mi- 


S  I  A 

nés.  On  en  trouve  auffi  quelques-unes  de  fer ,  qu'on 
fait  fondre  &  non  forger.  Auiîi  les  Siamois  n'ont  que 
des  ancres  de  bois  pour  leurs  galères,  auxquelles  ils 
attachent  des  pierres,  pour  les  faire  couler  à  fond. 
Ils  n'ont  ni  épingles  ,  ni  aiguilles ,  ni  clous  ,  ni  ci- 
feaux,  ni  ferrures,  &  n'emploient  par  cciiféquent 
pas  un  clou  à  bâtir  leurs  mailons,  quoiqu'elles  loient 
toutes  de  bois  :  leurs  fermetures  lont  des  cadenas  qui 
leur  viennent  du  Japon ,  dont  les  uns  font  de  fer,  &c 
fort  bons  ,  &c  les  autres  de  cuivre  très-mauvais. 

Les  Siamois  ont  des  bois  propres  à  conftruire  des 
vaifleaux  ,  parce  que  leurs  arbres  viennent  ii  droits, 
fi  gros,  &  fi hauts, qu'un  fciil  iiiflità  faire  un  bateau, 
ou  balon  ,  comme  difcnt  les  Portugais,  de  lo  à  15 
toifes  de  longueur  ;  ils  creulcnt  l'arbre,  6c  en  élar- 
gifl"ent  la  capacité  ;  ils  relèvent  les  côtés  par  un  bor- 
dage  d'une  planche  de  même  longueur  ;  enfuite  ils 
attachent  aux  deux  bouts  une  proue  &  une  poupe 
fort  haute  ,  un  peu  recourbée  en-dehors  ,  qu'ils  or- 
nent de  fculpture  &  de  dorure  ;  mais  comme  ils  n'ont 
point  de  chanvre  ,  leurs  cordages  font  d'une  écorce 
verte  qui  eft  fur  le  cocotier  ,  &  leurs  voiles  font  de 
nates  de  gros  joncs. 

Ils  ont  aufll  du  bois  propre  à  bâtir  des  maifons  ,  à 
la  menuiferie  &:  à  la  Iculptare.  Il  y  en  a  de  légers  , 
de  fort  pefans  ,  d'aifés  à  fendre  ,  &C  d'autre  qui  ne  fe 
fend  point.  On  appelle  ce  dernier  bois-marle  en  Eu- 
rope, &  c'eft  le  meilleur  de  tous  pour  les  coudes  de 
navire  ;  celui  qui  eft  dur  &  pefant ,  fe  nomme  tnis 
di  fer ,  &  eft  aflx^z  connu  dans  les  îles  de  l'Amé- 
rique. 

On  ne  trouve  prefque  aucun  de  nos  arbres  de 
l'Europe  ,  ni  de  nos  plantes  dans  le  pays  de  Siam  ; 
il  n'y  a  point  d'oignons  ,  d'ails ,  de  grolTes  raves ,  de 
perfil ,  d'ofeille  ,  &c.  Les  rôles  n'y  ont  point  d'o- 
deur ;  mais  à  la  place  de  nos  arbres ,  de  nos  plantes, 
&  de  nos  fleurs  ,  qui  font  inconnues  aux  Siamois  , 
ils  en  ont  d'autres  particulières  que  nous  ne  con- 
noiffons  point.  Tel  eft ,  par  exemple  ,  leur  arbre  to- 
poo.  C'eft  une  efpece  de  riguier  de  la  grandeur  d'ur» 
hêtre ,  touffu ,  qui  a  l'écorce  unie  &  grife  ,  &  les 
feuilles  rondes  ,  à  longue  pointe  ;  il  porte  un  fruit 
rond,  inftpide  ,  &'qui  n'eft  bon  que  pour  les  chauves- 
fouris.  Tous  les  Siamois  regardent  cet  arbre  comme 
facré,  &  agréable  aux  dieux  ,  parce  que  leur  grand 
faint  Sammana  -  Khodum  prenoit  plaiftr  à  s'alTeoir 
deflbus  ;  &  c'eft  pour  cela  qu'ils  aiment  à  le  planter 
auprès  des  temples ,  lorfque  le  terroir  &  le  climat  le 
permettent. 

Ils  attribuent  la  même  Hûnteté  à  un  autre  figuier, 
dont  les  branches  fe  courbant  vers  la  terre  ,  y  pren- 
nent racine,  &  forment  de  nouveaux  troncs  ;  de 
forte  qu'il  acquiert  un  fort  grand  contour.  Ses  feuil- 
les reftèmblent  à  celles  du  laurier- cerife  ,  excepté 
qu'elles  font  plus  grandes  ,  &  il  porte  un  fruit  com- 
me l'efpece  de  figuier  dont  nous  venons  de  parler. 

Un  autre  arbre  fort  extraordinaire  ,  qu'on  trouve 
dans  le  royaume  de  Siam  ,  eft  l'arbre  aux  nids  d'oi- 
feaux.  Il  eft  de  la  grandeur  d'un  pommier  ;  fon  tronc 
&  fes  groffes  branches  touffues  ,  font  pleines  d'ex- 
croiffances  raboteufes  ,  de  différentes  grofleurs  6c 
figures,  &  font  chargées  de  feuilles  étroites.A  l'extré- 
mité des  petites  branches  pendent  plufieurs  nids 
d'oifeaux,  faits  d'herbes  féches  ,  &  de  quelqu'autre 
matière ,  travaillés  avec  beaucoup  d'art ,  &  de  la  for- 
me d'une  bourfe  longue ,  qui  va  en  s'étréciflant  par 
le  haut.  L'ouverture  des  nids  eft  tournée  au  nord- 
oueft  ,  de  forte  qu'ils  font  à  couvert  du  vent  du  midi 
&  de  la  pluie.  Kaempfer  a  compté  plus  de  cinquante 
de  ces  nids  fur  un  léul  arbre  ,  &  n'en  a  jamais  vu 
fur  aucun  autre.  Les  oifeaux  font  d'un  brun  jaunâ- 
tre ,  &  reflémblent  aux  ferins  de  Canarie  ,  mais  ils 
n'ont  qu'un  cri  approchant  de  celui  des  moineaux. 

Les  terres  du  pays  de  Siam  ,font  purement  argil- 


s  I  A 

\t\i(es ,  A  peine  y  troûve-t-on  un  cailloli.  Les  lieux 
«levés  font  arides  &  brûlas  du  foleil  ;  l'inondation 
annuelle  de  la  campagne  ,  produit  feule  l'abondance 
de  la  récolte  du  riz.  Les  pâturages  font  greffiers  ; 
auffi  n'y  a-t-il  dans  le  pays  ni  chevaux ,  ni  mulets ,  & 
Tout  fe  réduit  aux  bœufi>  &  aux  éléphans.  La  chaffe 
des  derniers  eft  permife  ,  mais  on  n'y  va  que  pour 
les  prendre  ,  &  jamais  pour  les  tuer.  On  voit  tou- 
jours un  éléphant  de  garde  au  palais  du  roi  tout  en- 
harnaché  &  prêt  à  monter.  A  ref>droit  où  il  eft  mis 
de  garde ,  il  y  a  un  échafFaud  qui  eli:  à  plein  pié  de 
l'appartement  du  roi,  afin  que  fans  fortir  le  prince 
puiffe  monter  tout-de-fuite  fur  (on  éléphant. 

L'eau  pure  eft  la  boiftbn  ordinaire  des  Siamois  ; 
'mais  comme  c'eft  de  l'eau  de  rivière  chargée  de  bour- 
be ,  on  la  met  dans  de  grands  vafes  pour  la  laifter 
repofer  &  filtrer  pendant  un  certain  elpace  de  tems. 
ils  boivent  anfTi  de  deux  liqueurs  qu'ils  appellent  tari 
'&  neri.  Le  tari  fe  tire  par  incifion  d'une  efpece  de 
cocotier  fauvage  ;  le  neri  fe  tire  de  même  de  l'aré- 
quier ,  forte  d'arbre  dont  le  fruit  fe  nomme  areque.  [Is 
boivent  encore  des  eaux-de-vie  de  riz  ,  qu'ils  éclair- 
ciflent  avec  de  la  chauX. 

Leur  dépenfe  en  habits  ,  et»  logement  &  en  ameu- 
blemens  n'eft  pas  couteufe.  D'abord  ils  ne  s'habillent 
-point  :  ils  vont  mids  pies  &  nue  tête ,  &  s'entourent 
léulement  les  reins  d'une  pièce  de  toile  peinte  qu'on 
appelle /'^^/z«.  Leurs  maifons  les  plus  belles  font  de 
bois  ■,  &  à  un  feul  étage.  La  plupart  de  leurs  lits  ne 
coiififtent  qu'en  une  natte  de  jonc.  Les  tables  font 
"fans  pies,  îans  napes.  ni  ferviettes  ,  ni  cueilleres  , 
Tfi  fourchettes ,  ni  couteaux.  Point  d'autres  fieges  que 
des  nattes  de  jonc.  Leur  vaifTelîe  eft  de  porcelaine 
^groiïiere  ,  ou  d'argille.  Le  bois  fimple  ou  vernifté  leur 
fournit  tout  le  refte.  Leur  nourriture  ordinaire  eft  le 
riz  &  le  poiffon.  La  mer  leur  donne  auffi  de  petites 
tortues  &  des  écreviffes.  Lesfauterelles  ,  les  lézards, 
'&  la  plupart  des  infeftes  ,  ne  déplaifent  point  à  leur 
'goût.  Leurs  fauffes  font  faites  avec  un  peu  d'eau, de  fel, 
"de  petites  herbes ,  &  un  peu  d'épices  ,  que  leur  four- 
niffent  les  Hollandois. 

Les  formalités  de  leurs  mariages  font  affez  Amples; 
mais  à  caufe  de  la  chaleur  du  climat ,  on  a  coutume 
de  marier  les  filles  &  les  garçons  fort  jeunes ,  de  forte 
que  les  filles  ont  fouvent  des  enfans  à  l'âge  de  douze 
ans.  Les  hommes  peuvent  avoir  plulieurS  femm.es  , 
dans  le  nombre  deîquelles  il  y  a  en  a  toujours  une  qui 
eft  la  principale  de  toutes.  Le  divorce  y  eft  commun  ; 
'en  ce  cas  le  mari  rend  à  fa  femme  principale  fa  dot  ; 
&  ils  partagent  leurs  enfans  également ,  fi  leur  nom- 
bre eft  pair;  s'il  eft  impair,  la  femme  en  a  un  de  plus 
que  le  mari.  Pour  les  autres  femmes  &  leurs  enfans, 
ïe  mari  a  la  puiftance  de  les  vendre.  Après  le  divor- 
ce,  le  pcre  &  la  mère  peuvent  auffi  vendre  les  enfans 
qui  leur  font  échus  en  partage; 
,  Il  y  a  des  tribunaux  de  judicature  pour  juger  tous 
les  différens  des  particuliers  ;  mais  il  n'y  a  dans  cha- 
que tribunal  qu'un  feul  officier  qui  ait  voix  déUbéra- 
tive  ;  tous  les  autres  n'ont  que  voix  confultative  ,  fé- 
lon l'ufage  de  la  Chine  ,  &  autres  états  voifins.  Les 
gouverneurs  des  villes  font  les  chefs  des  tt-ibunaux. 
Dans  les  procès  déUcats ,  oh  admet  la  preuve  du  feuj 
\:lc  l'eau  ^  &  des  vomitifs.  La  peine  du  vol  eft  la 
condamnation  au  double  ou  au  triple  ;  mais  on 
étend  la  peine  du  vol  fur  toute  la  pofleflîon  inju(- 
te  en  matière  réelle  :  de  forte  que  lorfqu'on  eft  évin- 
cé d'an  héritage  par  [îrocès,  on  rend  non-feulement 
l'héritage  à  la  partie ,  mais  on  en  paye  encore  le  prix, 
moitié  aux  juges  ,  moitié  ;\  la  partie.  Quand  il  peut  y 
avoir  peine  de  mort  ,1a  décilion  en  eft  refervée  au  foi 
feul,  qui  quelquefois  feulement  accorde  à  des  juges 
extraordinaires  qu'il  envole  dajtis  les  provinces  ,  le 
pouvoir  d'infliger  une  peine  capitale. 

Le  roi  eft  entièrement  defpotc  j  tout  le  peuple 


S  î  A  n^ 

îans  diftinfticîn  lui  appartient.  La  feule  différence  qu'à 
y  a  des  efdaves  du  roi  à  fes  fujets  de  condition  libre  • 
c'eft  que  ceux-là  font  toujours  occupés  à  destravà-ax 
perfonnels  ,  &  font  nourris  ;  au  lieu  que  ceux-ci  hè 
lui  doivent  de  travail  que  fix  mois  de  l'année  6c  fe 
nourrificnî  eux-mêmes.  Généralement  tout  le  pe-«.iplé 
eft  une  milice  enrôlée  ;  mais  comme  ce  prince  n'eîn= 
ploie  jamais  tous  fes  fujets  dans  fon  armée ,  &  qùè 
rarement  il  met  une  armée  en  campagne  ,  il  occupe 
à  tel  travail  qu'il  lui  plaît  pendant  fix  mois  de  l'année^ 
ceux  de  fes  lujets  qu'il  n'emploie  pas  à  la  guerre. 

Les  Siamois  font  peut-être  le  peuple  le  moins  porté 
&  le  plus  inhabile  à  l'art  militaire.  Si  les  Péguans  j, 
leurs  voifins  >  entrent  d'un  côté  fur  leurs  terres  ,  ils 
entrent  dans  celles  du  Pégu  ,  &  les  deux  parties  em- 
mènent des  villages  entiers  en  captivité.  De  fiéges  i 
ils  n'en  ont  jamais  fait  ;  &  quand  ils  prennent  auel- 
ques  places  ,  c'eft  toujours  par  la  faim  ou  par  la  tra- 
hifon.  Ils  font  encore  plus  foibles  fur  mer  que  fur' 
terre  :  à  peine  le  roi  a-t-il  cinq  ou  fix  petits  vaiffeaux^ 
qui  ne  peuvent  fcrvir  que  pour  porter  des  marchan- 
difes.  Ses  galères  ne  font  que  de  médiocres  bateaux 
à  un  pont ,  avec  des  rames  fort  courtes  qui  atteignent 
à  peine  à  l'eau ,  &  des  ancres  de  bois. 

Les  finances  du  roi  confiftent  en  droits  de  douane 
fi.ir  les  marchandifes  qui  arrivent  dans  fes  états ,  ôc 
en  un  droit  annuel  fur  toutes  les  terres  labourables  , 
&  fur  tous  les  fruits  qui  fe  recueillent;  il  a  outre  cela 
des  terres  qu'il  fait  cuhiver  par  fes  fujets  ;  il  a  les 
amendes  &  confifcations  ;  enfin  il  gagne  beaucoup 
dans  le  commerce  qu'il  fait  feul  &  excïufivement  fur 
la  plupart  des  chofes  rares  qu'on  vend  enfuite  à  fon 
profit. 

Les  anciennes  lois  de  Siam  ordonnent  qu'après  là 
mort  du  roi ,  fon  frère  fuccédera  à  la  couronne  ;  &: 
après  la  mort  du  frère  ,  ou  s'il  n'y  a  point  de  frère  , 
(on  fils  aîné.  Mais  ces  lois  ont  été  fi  louvent  violées  , 
&  la  fucceffion  a  été  fi  fort  dérangée  ,  qu'à-préfent 
lorfque  le  roi  vient  à  mourir,  celui  de  la  famille  royale 
qui  eft  le  plus  puiflant ,  s'empare  de  la  couronne  ; 
de  forte  qu'il  an-ive  rarement  que  le  plus  proche  Se 
véritable  héritier  monte  fur  le  trône  ,  ou  foit  en  état 
de  s'y  maintenir. 

Le  roi  de  Siam  a  plufieurs  grands  officiers  ;  favoit 
I ,  un  officier  qui  a  la  direction  des  cours  criminelles  ÔC 
des  confifcations  ;  c'eft  une  place  de  grande  confian- 
ce. 2.  Un  grand  chancelier  ,  qui  a  la  direftion  des  af- 
faires étrangères.  3.  Un  grand  chambellan  ,  qui  a  la 
furintendance  des  palais  du  roi.  4.  Le  premier  juge. 

5.  Le  receveur  général  des  revenus  de  la  couronne, 

6.  \Jn  grand  écuyer  qui  a  l'infpeftion  des  éléphans  6c 
de  leurs  équipages.  7.  Un  grand  maître  de  la  malfon  , 
qui  a  fous  fon  intendance  tous  les  domeftiqucs  du, 
roi ,  &  les  ballons  de  fa  majefté. 

Il  y  a  plufieurs  autres  officiers  de  la  cour  d'un  rang 
inférieur ,  comme  le  chef  des  malagans  ,  celui  des 
mores ,  le  receveur  des  douanes  ,  t^c. 

Les  Siamois  n'ont  point  de  nom  de  famille  hcrédi-» 
taire  ,  ils  reçoivent  les  noms  qu'ils  portent  de  leurs 
maîtres  &  de  leurs  fupérieurs.  Les  premiers  de  l'état 
portent  le  nom  de  leurs  charges;  mais  nul  officier  n'a 
de  gages  ;  il  a  feulement  le  logement ,  ^  quelquefois 
de  petits  préfens  du  prince ,  comme  quelques  terres 
labourables,  qui  reviennent  encore  au  roi  avec  l'of- 
fice après  la  mort  de  l'officier.  Ainfi  le  feul  gain  des 
offices  confifle  dans  les  concuffions  &  les  prêtons  des 
particuliers  ,  ce  qui  eft  li  commun  que  les  moindres 
officiers  en  font  aux  plus  grands  ;\  titre  de  refped  , 
mais  en  réalité  pour  en  être  protégés.  Le  niinlftere 
eft  orageux  dans  ce  pays-là,  tant'^par  l'inconftancei 
naturclîe  du  prince  ,  que  parce  que  les  voies  font  ou^ 
vertes  à  tout  le  monde  pour  lui  porter  fes  plaintes. 

Un  ambafladeur  n'eft  dans  ce  royaume,  commâ 
dans  tout  l'Orient ,  qu'un  meftager  des  rois  ;  il  ne  r«*: 


'l^^ 


S  I  A 


prcfentc  point  fan  maître  ;  il  cil  arrêté  <\  l'entrco  du 

royaume  ,  juiqu  à  ce  que  le  roi  Ibit  informe  de  Ion 

arrivée.  On  le  conduit  d'abord  à  l'audience  ,  &  il  ne 

peut  refter  dans  la  capitale  après  l'audience  de  congé. 

La  famcufe  ambaiiade  de  Sijm  en  France  dans  le 

dernier  fiecle,  nous  a  valu  Icsrelations  de  ce  royaume, 

compolcespar  le  P.  Tachard,  par  l'abbé  de  Choily, 

par  MM.  de  Liflo  ,  Gcrvalle ,  de  Chaumont ,  &  de  la 

Louberc  ;  mais  outre  que  toutes  ces  relations  le  con- 

trediicnt,  elles  n'ont  pas  le  mérite  de  celle  deKœmp- 

ter,qui  d'ailleurs  eft  poftérieure  à  tous  les  voyageurs 

que  je  viens  de  nommer.  (  Le  Chevulùr  de  Jau- 

COURT.) 

SiAM  ^ÇGîog.  moJ.)  capitale  du  royaume  de  Siam, 
&:  la  réfidcnce  du  roi.  Cette  capitale  cil  appellée  par 
les  Siamois  Mcûang-  Syo:uhia  ,  &  par  les  Chinois 
Jtichia  &  Jud'ui.  Long,  fuivant  Caffini ,  Lieutaud  ,  & 
Delplaccs  ,  ii8.  zi  ;^o  ;  liiivant  le  P.  Noël,  nS.  6\ 
jo.  Latic.  iuivant  les  uns  &z  les  autres ,  14,  18. 

Cette  ville  eft  renommée  dans  toutes  les  Indes  , 
quoique  très-moderne, n'ayant  pas  aujourd'hui  plus 
de  trois  fieclcs  d'antiquité.  Elle  étoit  auparavant  dans 
le  lieu  où  eft  prélentement  Bankok ,  iur  le  bord  oc- 
cidental de  la  grande  rivière  Meuan  ;  mais  on  l'a  dé- 
molie pour  la  rebâtir  oii  elle  eli  à-prélent ,  dans  une 
île  balle  formée  par  cette  rivière  Cette  île  a  la  forme 
de  la  plante  du  pié  ,  le  talon  tourné  à  l'ouell ,  &  en- 
viron deux  milles  d'Allemagne  de  circuit.  Elle  efl  li- 
tiiée  dans  un  pays  tout-à  fait  plat ,  autant  que  la  vue 
peut  s'étendre  ,  fur  un  terrein  bas  ,  coupé  par  plu- 
fieui-s  canaux  qui  viennent  de  la  rivière,  &:  qui  for- 
ment tout  autant  de  petites  îles  quarrées  ;  de  forte 
qu'on  ne  fauroit  aller  fort  loin  lans  bateau.  Elle  ell 
environnée  d'une  muraille  de  briques ,  qui  doit  être 
aujourd'hui  tombée  en  ruine ,  fi  on  ne  l'a  pas  réta- 
blie. 

Plufieurs  grands  canaux  qui  viennent  de  la  rivière, 
traverfent  la  ville ,  &  font  alfez  profonds  pour  porter 
les  plus  grands  bateaux  ,  &  les  faire  aborder  auprès 
des  principales  maifons.  Les  rues  font  en  droite  ligne 
le  lono  des  canaux ,  mais  la  plupart  font  fort  étroites; 
d'ailleurs  elles  font  toutes  fales  &  malpropres  ,  il  y 
en  a  môme  qui  font  inondées  en  haute  marée.  A  con- 
fidérer  la  grandeur  de  cette  ville  ,  elle  efr  alTez  dé- 
peuplée ,  lur-tout  du  coté  del'ouelt  &  du  fud,  oùl'on 
voit  de  grands  efpaces  vuides ,  &  qui  ne  font  point 
cultivés. 

Le  roi  a  trois  palais  dans  cette  ville  ,  dont  le  plus 
remarquable  eft  dans  le  milieu  de  la  ville  même.  Ce 
palais  eft  un  grand  quarré ,  divifé  en  plufieurs  bâti- 
mens  qui ,  Iuivant  l'architechirc  chlnolfe  ,  font  ornés 
de  plufieurs  toits  l'un  fur  l'autre ,  ik  de  plufieurs  fron- 
tifpices  ,  dont  une  partie  ell  dorée.  Dans  l'enceinte 
du  palais ,  auffi-bien  qu'au  dehors  ,  il  y  a  de  longues 
écuries  où  l'on  voit  une  centaine  d'éléphans  rangés 
de  fuite  ,  &C  magnifiquement  harnachés  ;  mais  il  n'y 
a  qu'une  feule  ouverture  pour  entrer  dans  le  palais  ; 
61  quoiqu'elle  foit  extrêmement  fale  ,  perfonne  n'y 
palle  qu'à  pié  :  &  pour  éviter  toute  furprlfe ,  il  elt  dé- 
fendu à  tous  les  bâtlmens  qui  remontent  la  rivière  , 
de  s'approcher  des  murs  du  palais  royal  qu'à  une  cer- 
taine dillance. 

t)n  voit  aux  portes  &  aux  autres  avenues  de  ce 
palais ,  une  foule  de  gens  nuds  ,  dont  la  peau  balanée 
eft  peinte  de  figures  noires  bigarrées  ,  comme  les  ima- 
ges du  faint-lcpulchrc  à  Jérulalem.  Quelques-uns  ne 
lont  marqués  ainfi  qu'aux  bras ,  mais  les  autres  le  font 
par  tout  le  corps  ,  jufqu'à  la  ceinture  ,  qu'il  couvrent 
d'un  morceau  de  drap  ,  fuivant  la  coutume  générale 
du  pays.  On  leur  donne  le  nom  portugais  de  br.Jcos- 
pimados ,  ou  bras  peints.  Ce  foni-là  les  gardes  du  roi , 
fes  portiers  &  les  bateliers.  Pour  toutes  armes ,  Ils 
ont  des  bâtons  gros  &  courts  ,  ck  ne  font  que  roder 
autour  du  palais  comme  des  vagabonds. 


S  I  A 

Dans  ies  autres  parties  de  la  ville  il  y  a  un  quartier 
qui  cfl  deltlné  aux  étrangers  ,  oii  demeurent  les  Chi- 
nois ,  les  Maures  &  les  Indoulfans  :  c'ell  un  quartier 
très-peuplé  ,  où  il  le  fait  un  grand  commerce  ,  parce 
que  tous  les  vailicaux  y  abordent.  Les  maifons  de  ces 
étrangers  font  en  quelques  endroits  toutes  bâties  de 
pierre  ,  mais  elles  lont  fort  petites,  n'ayant  que  huit 
pas  de  longueur  ,  quatre  de  largeur ,  &C  deux  étages  , 
quoiqu'elles  n'aient  pas  plus  de  deux  brafi'es  &  demie 
de  hauteur.  Elles  font  couvertes  de  tulles  plates  ,  ôc 
ont  de  grandes  portes  fans  aucune  proportion. 

Le  quartier  des  naturels  du  pays  ,  cil ,  comme  on 
peut  bien  le  penfer  ,  le  plus  grand  de  tous  ;  il  ell  ha- 
bité par  quantité  d'artifans ,  rempli  de  boutiques  des 
deux  côtés  ,  &L  de  grandes  places  pour  les  marchés  , 
qui  le  tiennent  tous  les  jours  loir  &  matin.  Les  mai- 
fons des  gens  du  commun  qui  y  demeurent ,  ne  font 
que  de  milérables  cabanes  bâties  de  bambou  ,  &  cou- 
vertes de  branches  ùc  de  feuilles  de  palmier  qui 
crolllént  dans  les  marais.  Les  boutiques  font  baffes  & 
mal  entendues  ,  mais  elles  font  affez  bien  lituées  en 
lignes  droites  parallèles  aux  rues. 

Les  mandarins  ou  minillres  d'état ,  &  les  courti- 
fans ,  demeurent  dans  les  quartiers  vollins  des  palais 
du  roi  ;  leurs  maifons ,  quoique  bâties  de  pierre  & 
de  chaux ,  font  affez  chétives  ;  les  appartcmens  ne 
font  ni  propres  ni  garnis,  &  les  cours  font  fort  fales. 
Les  canaux  de  Siam  ont  donné  lieu  à  un  grand 
nombre  de  ponts ,  dont  la  plupart  font  faits  de  bois, 
&  peu  folides.  Ceux  qu'on  a  bâtis  fur  le  grand  canal 
font  de  pierre  ou  de  brique  ,  avec  des  balullrades  de 
même  ;  mais  comme  il  n'y  a  dans  cette  ville  ni  cha- 
riots ni  charretes ,  tous  les  ponts  font  fort  étroits  :  les 
plus  beaux  ont  60  ou  80  pas  de  long  ,  &  font  fort 
hauts  au  milieu. 

Comme  tout  le  pays  de  Siam  fourmille  de  prêtres 
&  de  moines  ,  cette  ville  en  particulier  ell  pleine  de 
temples ,  dont  les  cours  aboutiffent  régulièrement  au 
niveau  des  rues  ,  &  font  remplies  de  pyramides  & 
de  colonnes  de  différentes  ligures  ,  &  dorées.  Ces 
temples  ne  font  pas  fi  grands  que  nos  églifes  ,  mais  ils 
les  furpaffent  en  magnificence  extérieure  ,  comme 
par  le  grand  nombre  de  leurs  toîts  ,  par  leurs  fron- 
tilplces  dorés ,  leurs  efcaliers  avancés  ,  leurs  pyra- 
mides ,  colonnes ,  piliers ,  &  autres  embeUiffemens. 
Le  dedans  efl  orné  de  plufieurs  ftatucs  de  grandeur 
naturelle ,  ou  même  plus  grandes ,  artlflement  faites 
d'un  mélange  de  plâtre  ,  de  réline  bc  de  poil ,  auquel 
on  donne  d'abord  un  vernis  noir ,  &  que  l'on  dore 
cnfuite.  Elles  font  placées  en  plufieurs  l'angs  dans  un 
lieu  éminent ,  où  ell  l'autel. 

Dans  quelques  temples  elles  font  rangées  le  long 
des  murailles  ,  affifes  les  jambes  croilces  ,  toutes 
nues ,  excepté  au  milieu  du  corps ,  où  elles  font  cein- 
tes d'un  morceau  de  drap  jaune  foncé  ;  elles  ont  aulîi 
depuis  l'épaule  gauche  jufqu'au  nombril ,  une  autre 
pièce  de  drap  de  la  même  couleur  entortillée.  Leurs 
oreilles  font  fen4ues ,  &  fi  longues  ,  qu'elles  defcen- 
dent  fur  les  épaules.  Leurs  cheveux  lont  frifés  & 
noués  fur  la  tête  en  deux  nœuds ,  de  forte  qu'on  ne 
peut  pas  dlllinguer  fi  c'ell  un  bonnet  ou  quelque  au- 
tre elpece  d'ornement.  La  main  droite  ell  pofée  fur 
le  genou  droit ,  &  la  gauche  fur  le  giron.  A  la  place 
d'honneur  ,  qui  ell  le  milieu ,  il  y  a  une  idole  qui  ex- 
cède de  beaucoup  la  grandeur  d'un  homme  ,  alfife; 
dans  la  même  pollure  fous  un  dais.  Elle  repréfente 
leur  apôtre  ,  ou  le  fondateur  de  leur  religion  ,  leur 
Sammona-Khodum. 

Ce  Khodum  a  des  llatues  d'une  grandeur  mon- 
firueufc  dans  quelques  temples.  Kœmpfer  a  vu  une 
de  ces  idoles  affile  fur  un  heu  élevé ,  dont  la  pro- 
portion étoit  telle  qu'elle  auroit  étant  droite,  cent 
VHV't  pies  de  long.  Ces  fortes  d'idoles  font  dans  la 
même  pollure  où  Kiiodum  &  les  di£clples  fe  met- 

toient 


s  I  A 

tolent  lorrqu'ils  croient  dans  leurs.  îréclitatlons  rell- 
c'ieufes.  Les  prêtres  les  feftateurs ,  lont  encore  obli- 
ges par  leurs  règles  de  s'alicoir  tous  les  jours  en  cer- 
tain tems  peur  l'exercice  de  leur  dévotion.  Ils  por- 
tent aufîi  le  même  habit  ;  ils  vont  la  tête  nue  &  ra- 
ice  ;  &  pour  fe  garantir  du  foleil ,  ils  ie  couvrent  le 
vifagc  d'un  éventail  fait  de  bois  ik.  de  feuilles  de  pal- 
mier. 

Les  maifons  des  moines  font  près  des  temples ,  & 
elles  font  afiez  chétives;  mais  à  un  des  côtés  ils  ont 
leur  école  publique.  Cette  école  cil  une  grande  falle 
oii  l'on  monte  par  quelques  degrés  :.  &  au  lieu  de  fe- 
nêtres il  y  a  plulieurs  petites  lucarnes ,  pour  donner 
de  l'air  aux  étudians  pendant  les  leçons  ;  cette  falle 
efl  divifée  en  plufieurs  bancs.  Au  milieu  eil:  une 
eftradeliirlaquelleily  a  un  pupitre  ouvragé  &i.  doré; 
un  vieux  prêtre  y  vient  à  certaines  heures  lire  d'une 
voix  lente  &  diftindfe  (es  leçons  aux  jeunes  étudians. 
Lorfqu'il  prononce  certain  mot ,  fes  auditeurs  met- 
tent leurs  mains  (nx  leur  front  ;  mais  en  général  ils 
ne  brillent  pas  par  leur  dévotion  ;  car  pendant  les  le- 
çons les  uns  coupent  du  pinang,  d'auires  le  mettent 
en  poudre  ;  d'autres  mêlent  du  mercure  avec  du  jus 
de  quelque  herbe  ,  &  d'autres  s'amufent  à  autre 
choie. 

Près  du  pupitre,  ou  dans  un  autre  endroit  de  la 
falle,  on  voit  l'idole  d'Amida  ,  le  tenant  debout  fur 
la  fleur  tarate  ,  fiha  œp'ptia,  ou  nymp/iœa  magna  : 
ils  croyent  qu'il  intercède  pour  les  aines  des  morts. 
Autour  de  la  falle  pendent  des  fleurs  &  des  couron- 
nes de  papier ,  des  banderoUes  ,  &C  d'autres  ornemens 
dorés,  attachés  à  des  bâtons  de  bambou ,  qu'ils  por- 
tent dans  les  convois  funèbres.  On  remarque  encore  . 
devant  le  pupitre  une  machine  en  forme  dé  table, 
faite  de  bambou  jointe  groflicremcnt  eniemble  ,  & 
tendue  de  pièces  de  drap  jaune  ,  dont  les  prêtres  le 
couvrent  la  ceinture.  Cette  table  efl:  ordinairement 
jonchée  de  fleurs,  &  quelquefois  couverte  de  plats 
pleins  de  riz,  de  pinang  ,  d«  pifang  ,  de  poiffon  i'ec  , 
de  limon  ,  mangoflangs  ,  cciiutres  fruits  du  pays,  qui 
font  des  offrandes  &  des  préfens  qu'on  fait  aux  moi- 
nes du  couvent. 

Il  y  a  plufieurs  villages  autour  de  Siam  :  dans 
quelques-uns  les  vailFeaux  y  fervent  de  maifons,  & 
contiennent  chacun  deux  ou  trois  fam.illes.  Ils  con- 
duifent  ces  maifons  flottantes  dans  tous  les  endroits 
où  l'on  tient  des  foires,  pour  y  vendi'e  leurs  mar- 
chandifes.  Dans  les  villaties  fituésen  Lerre-ferme,  les 
maifons  font  communément  bâties  de  bambous  ,  de 
Tofeaux ,  &  de  planches.  Quelques-unes  de  cçUes  qui 
cotoyent  la  rivière,  font  élevées  fur  des  piliers  de  la 
hauteur  d'une  bralfe  ,  afin  que  les  eaux  qui  inondent 
le  p^r^^s  pendant  quelques  mois,  puifTent  palîi;;r  libre- 
ment deflbus.  Chaque  maifon  a  un  degré  ou  une 
échelle,  pour  defcendre  àterre  quand  les  eaux  fe  font 
retirées;  &  un  bateau  pour  aller  aux  environs  lorf- 
qu'elles  font  hautes. 

C'efl  fur  les  éminences  que  font  bâtis  hors  de  la 
ville  plufieurs  temples ,  couvents ,  tous  les  cimetiè- 
res où  l'on  enterre  les  morts ,  &  les  cours  où  l'on 
brûle  leurs  os ,  &  oii  l'on  élevé  de  magnifiques  pyra- 
mides. 

Entre  ces  pyramides  élevées  proche  de  Siam ,  il  y 
en  a  une  fameufe  ,  à  luie  lieue  au  nord-ouell  de  la 
ville.  Elle  efl  d'une  flrudfure  malîive  ,  mais  haute  de 
plus  de  vingt  brafTes,  &  placée  dans  un  qiiarré  fer- 
mé d'une  muraille  baffe.  Cet  édifice  a  deux  pièces 
pofces  l'une  fur  l'autre  ;  la  pièce  de  deflbus  eft  quar- 
rée;  chaque  côté  a  cent  quinze  pas  de  long ,  &c  s'é- 
lève jufqu'à  la  hauteur  de  plus  de  douze  brafles.  Il  y 
a  quatre  étages  bâtis  l'un  fur  l'autre,  6c  le  plus  haut 
s'étrécifTant,  laiffe  fur  le  fommet  de  celui  qui, efl  im- 
médiatement deffous  un  efpace  vuide  pourm^rcjicr 
tout  au  tour  ;  chaque  étage  çft  embelli  de  corniche. 
TomeXK 


S  î  A 


1 5î 


La  féconde  pièce  de  la  pyramide  efî  pofée  fur  la  fur- 
face  de  la  première  qui  ell  qtiarrée;  chaque  côté 
ayant  trente-fix  pas  de  long.  Le  piédeflal  de  cette 
féconde  pièce  efl oamgulaire  ,  &  monte  enli:ite  en 
forme  de  clocher.  Sur  le  haut  il  y  a  plufieurs  colon- 
nes qui  foutiennent  un  tas  de  globes  qui  s'élèvent  en'- 
pointe  ,  c'efl-à-dire ,  dont  les  diamètres  dim.inuent  à 
proportion  de  la  hauteur;  le  tout  finit  par  une  ai- 
guille fort  longue  &  fort  déliée.  (  Le  chevalier  de 

J  AV  COURT. ^ 

Si  KM  y  maladie  de,  (^  Médecine.^  ce  n'efl  point, 
comme  on  le  penfe  communément, une  maladie  par- 
ticulière qui  ait  un  carailere  propre  ,  &  qu'on  n'ob- 
ferve  qu'à  Siam  ,  dans  les  Indes  ,  5c  dans  les  îles  d'A- 
mérique. Nous  n'en  trouvons  la  def cription  dans  au- 
cun des  auteurs  qui  ont  voyagé  dans  ces  contrées  , 
ni  dans  les  ouvrages  des  médecins  qui  ont  traité  de 
la  médecine  de  ces  peuples;  tels  que  Cleyer,  Bar- 
chufen  ,  Profper  Alpin  ,  &c,  Nous  favonsVculement 
par  le  témoignage  de  différentes  perfonnes  inflruites 
qui  ont  reflé  long-tcms  au  Cap  &  à  la  Martinique  , 
qu'on  y  donne  le  nom  de  maladie  di  Siam^  à  certai- 
nes cfjjeces  de  fièvres  continues,  ardentes ,  qui  atta- 
quent les  nouveaux  débarqués  dans  ces  pays ,  &  qui 
outre  les  fymptomes  ordinaires  ,  font  accompac^nées 
d'hémorrhagies  plus  ou  moins  abondantes  par  diffé- 
rentes parties  du  corps.  Ces  fymptomes  font  plus 
fréquens  pendant  les  chaleurs  brûlantes  de  l'été  que 
dans  les  autres  faifons  ,  &  plus  familiers  à  ceux  qui 
font  d'u|i  tempérament  vif,  biheux, pléthorique.  Du 
refle  ,  il  ne  paroît  pas  que  ces  fièvres  qu'on  appelle 
maladie  de  Siam ,  foient  plus  dangereufes  que  les  au- 
tres ;  ou  fi  elles  le  font ,  ce  n'eft  que  par  accident , 
moins  à  caufe  des  hémorrhagies  qui  font  excitées , 
qu'à  caufe  de  l'incommodité  ou  des  autres  mauvais 
effets  de  la  chaleur  exceffive  de  la  faifon.  Il  n'eft  pas 
rare  de  voir  en  France  des  fièvres  ardentes  pendant 
les  étés  très-chauds  ,  auxquelles  on  pourroit  donner 
la  même  dénomination  ;  car  on  y  apperçoit  les  mê- 
mes fymptomes  ;  rien  n'efi:  fi  ordinaire  que  d'obfer- 
vér  pendant  leur  cours  ou  à  la  fin  ,  des  hémorrhagies 
abondantes ,  fouvent  critiques  &  falutaires. 

On  n'a  dans  les  îles  d'autre  attention  particulière 
p4)ur  la  maladie  de  Siam  ,  qiie  d'infifler  un  peu  plus 
fur  les  faignées  ,  furies  anti-phlogiftiques  ,.fur  les 
prifanes  nitreufes,  émulfionnées  ,  fur  les  boifïbns  aci- 
des ;  en  un  mot,  fur  les  rafraîchiffans,,  remèdes  qui  pa- 
roifient  très-bien  indiqués  par  le  caradere  de  la  ma- 
ladie ,  l'état  du  malade  ik  de  la  faifon ,  6c  dont  un  fac- 
ccs  foutenu  conftate  l'efficacité,  (  w  )  .     -     • 

SIAîvîBlS  ,  (  Géog,  anc.  )  île  que  Pline  ,  /.  IF.  c, 
xvj.  met  au  nombre  de  celles  qui  font  fur  la-pcte  de' 
la  Bretagne.  Camden  croit  que  c'efU'îie  Seng.  de  Pom-' 
ponius  Mêla ,  &  dit  qu'on  la  nomme  à,pi-éfent  Sâyn. 
f^oyei  Sayn  ,  île  de.  (D.  J.)  :;:  -i-.'. :.  , r      ; 

i  ^SIAMOISE  ,  f.  f.  (  Soyerie  &  Cotonnerie.  )  étoffa 
mêlée  de  foie  &  de  coton  qu'on  a  vue  la  première  fois 
en  France  ,  lorfque  les  ambaffadeurs  du  roi  de  Siam 
y  vinrent  fous  le  règne  de  Louis  XIV.  Les  fiamcifcs 
de  fil  tk  de  coton  ont  été  plus  heureufes  ;  il  s'en  fait 
toujours  un  affez  grand  commerce.  Lésines  font  à" 
grandes ,  &  les  autres  à  petites  raies  de  diveriês  cou-  ■ 
leurs  ;  leur  largeur  efl  de  demi  -  aune',  oti  de  près 
d'une  aune  :  quelques-unes  fe,  favonnenî.  Didiori' 
naire-du  Commerce.  (^D.  J.^ 

SIAMPART  ,  f.  ni.  (  Marine.  )  petit  bâtiment  de^ 
la  Chine  qui  a  une  voije ,  deux ,  quatre  ,  où  lix  raraes, 
&  qui  peut  porter  vingt-cinq  à  trente  hommes,  il  ni- 
vige  terre  à  terre  ,&  va  trôs-vîte. 

SI  AN  ,\Géog.  woJ.)  pe.tit  état  d'Afrique,  ilans'la 
bafl'e  Ethiopie,  au  voilinage  de  ceux  de  Chélicio  &• 
d'Ampaza  :  il  efl  gouverné  par  un  feigneitr  niahomé- 
tan.(i>. /.) 
.  SIAP«.A ,  .( <S"^^. /rW.  )  capitainerie  de;rAméii-. 


ÏÎ4 


S  ï  B 


>  que  méridionale  ,  dans  le  Brcill ,  îiir  la  cote  fenten- 
trionale,  entre  celle  de  Maragnan,  Scelle  de  Rio- 
Grande;  les  Portugais  y  ont  deux  torterelles.  Les 
fauvages  de  cette  côte  lont  grands  &  laids  de  vilage; 
ils  ont  les  cheveux  longs ,  les  oreilles  percées  ,  pen- 
dantes prelque  fur  les  épaules,  &  la  peau  teinte  en 
noir,  excepté  depuis  les  yeux  julqu'à  la  bouche. 
Long,  j  3 é?.  lacit.  mèrid.  ^.  u6.(D.  J.) 

SIARÈ  ,  f.  m.  (  terme  de  relation.  )  nom  que  les 
habltans  des  îles  Maldives  donnent  à  un  lieu  qui  cft 
conlacré  au  roi  des  vents.  Il  n'y  a  prelque  aucune 
de  leurs  îles  où  Us  n'ayent  nnfiare ,  dans  lequel  ceux 
qui  font  échappés  de  quelque  danger  lur  mer,  vont 
taire  leurs  offrandes.  Ces  offrandes  conhitent  en  de 
petits  bateaux  chargés  de  fleurs  &  d'herbes  odonié- 
ranics.  On  bride  ces  herbes  &  ces  fleurs  à  l'honneur 
du  roi  des  vents  ,  &  on  jette  les  petits  bateaux  dans 
la  mer  après  y  avoir  mis  le  feu.  Tous  leurs  navires 
font  dédiés  aux  rois  des  vents  &  de  la  mer.  (^D.J) 

SIATUTANDA,  {Géog.  anc.)  ville  de  la  Ger- 
manie. Ptôlomée  ,  liv.  IL  du  x.  la  marque  dans  le 
climat  le  plus  feptcntrional.  Ceux  qui  veulent  que  ce 
folt  Sidibunn,  dans  la  province  de  Gronlngue,  n'ont 
rien  qui  puifle  appuyer  cette  poluion. 

SIBA  ,  (  Gcog.  mod.  )  province  de  l'empire  du  Mo- 
gol.  EUe'ell  bornée  au  nord  par  celle  de  Nagracut ,  au 
midi  par  celles  de  Gor  &  de  Jamba ,  au  levant  parle 
grand  Tibet ,  &  au  couchant  par  la  province  de  Pen- 
gap.  On  voit  dans  fa  partie  feptentrionale  le  lac  d'où 
fort  le  Gange ,  &  dans  fa  partie  méridionale  fe  trouve 
la  ville  &  le  petit  royaume  de  Sirinagar. 

SiB  A  ,  LA  ,  (  Géog.  mod.  )  rivière  de  la  grande  Tar- 
tarle ,  &  qui  s'appeilolt  autrefois  Altui.  Elle  a  fa  four- 
ce  dans  les  montagnes  d'une  branche  du  Caucale  ,  à 
43^  de  latitude  ,  au  fud  des  fources  de  la  Jéniléa,  & 
elle  fe  perd  vers  le  nord  de  deferts  du  Goby.  Ses 
bords  font  habités  par  les  Monugales  de  l'oueft ,  qui 
ont  un  petit  kan  pour  chef.  {D.  J.) 

SIBDA  ,  {Géog.  anc.  )  ville  de  la  Carie,  Pline ,  /. 
y.c.xxjx.  dit  que  ce  fut  une  desfix  villes  qvi' Alexan- 
dre le  grand  mit  dans  la  dépendance  de  la  ville  d'Ha- 
llcarnaffe. 

SIBERENA  ,  {Géog.  anc.)  ville  d'Italie.  Etienne  le 
géographe  la  donne  aux  Anotrlens.  On  a  des  médail- 
les anciennes  avec  ce  mot2://3>ipm>i,  Gabriel  Barri  dit 
que  le  vulgaire  ignorant  la  nomme  préfentement  S. 
Severina  ;  cependant  elle  s'appeilolt  déjà  de  la  lorte 
dès  le  tems  de  Conftantln  Porphirogenete.  {D.  J.) 
SIBÉRIE  ,  (  Géog  mod.  )  contrée  de  l'empire  ruf- 
fien  ;  elle  comprend  la  partie  la  plus  feptentrionale  de 
cet  empire ,  &  même  de  l'Allé.  Elle  efl:  bornée  à 
l'orient  par  la  mer  du  Japon  ,  au  midi  par  la  grande 
Tartarie  ,  à  l'occident  par  la  Ruflle  ,  dont  elle  ell 
féparéc  par  le  commencement  du  niont  Caucafe ,  & 
au  feptentrlon  par  la  mer  Glaciale  ;  ainfi  la  Sibérie 
peut  avoir  huit  cens  lieues  dans  fa  plus  grande  éten- 
due d'occident  en  orient,  &  trois  cens  lieues  du  midi 
au  nord. 

Comme  ce  grand  pays  eft  fitué  entre  le  50  &  le 
•jo^  de  latitude, \e  froid  y  doit  être  très-piquant  dans 
les  parties  feptentrlonales  ;  mais  voici  une  autre  caufe 
qui  augmente  le  froid  jufques  dans  les  cantons  méri- 
dionaux. La  Sibérie  n'efl: ,  à  proprement  parler,  qu'- 
une large  vallée  ouverte  aux  vents  de  nord  qui  la  tra- 
verfent  fans  obflacle  depuis  la  nouvelle  Zemble  jul- 
qu'au  fommet  du  Païasfemnoï  ;  or  cette  expofition  y 
rend  le  froid  plus  excefllf  que  dans  des  pays  fepten- 
trionaux  ,  tels  que  la  Suéde  ,  mais  que  des  monta- 
gnes mettent  à  l'abri  du  nord. 

Cette  contrée  produit  les  plus  riches  founires  ;  & 
c'cft  ce  qui  fervit  à  en  faire  la  découverte  en  i  563. 
Ce  fut  fous  Ivan  Bafilides ,  qu'un  particulier  des  envi- 
rons d'Arcangel ,  nommé  Anika ,  riche  pour  fon  état 
&  pour  fon  pays  ,  remarqua  que  des  hommes  d'une 


SI  B 

figure  extraordinaire  ,  vêtus  d'une  manière  jufqu'- 
alors  Inconnue  dans  ce  canton  ,  &C  parlant  une  hineue 
que  perfonne  n'entendolt.  defccndolent  tous  les  ans 
une  rivière  qui  tombe  dans  la  Dvina  ,  &  venoicat 
apporter  au  marché  des  martres  &  des  renards  noirs  , 
qu'ils  troquolent  pour  des  clous  &  des  morceaux  de 
verre  ,  comme  les  premiers  fauvages  de  l'Amérique 
donnoient  leur  or  aux  Efpagnols  ;  11  les  fît  fuivre  par 
fes  enfans  &  par  l'es  valets  jufque  dans  leur  pays  ; 
c'étolent  des  Samojedes. 

Les  domefllques  d'Anika  étant  de  retour  ,  rendi- 
rent compte  à  leur  maître  de  l'état  du  pays  qu'ils 
avoient  vu  ,  &  de  la  facilité  de  gagner  des  richefTes 
immenfes  en  portant  aux  habitans  des  marchandlfes 
de  peu  de  valeur  contre  leurs  belles  pelleteries.  Ani- 
ka  profita  de  cet  avis  ,  &  fit  fi  bien  qu'en  peu  d'an- 
nées fes  gens ,  lès  parens  &  fes  amis  fe  trouvèrent  en- 
richis par  ce  nouveau  trafic. 

Les  yinicicns  ,  c'eft  ainfi  qu'on  les  nomma  ,  fe 
voyant  comblés  de  bien ,  &  craignant  les  révolutions 
de  la  fortune,  longèrent ,  pour  le  maintenir,  à  fe  pro- 
curer un  appui  dans  la  perfonne  du  premier  mlnlitre. 
On  les  écouta  favorablement ,  &  peu  de  tems  après 
l'empereur  de  Rufîle  fut  reconnu  par  tous  les  Samo- 
jedes pour  leur  fouveraln. 

On  éleva  des  fortereffes  le  long  de  la  rivière  d'Oby, 
on  y  mit  des  garnlfons  ,  &  on  nomma  un  gouver- 
neur général  de  tout  le  pays.  On  continue  d'y  en- 
voyer des  colonies  de  rufïès  ,  de  tartares ,  de  polo- 
nois.  On  y  condamne  même  comme  à  un  exil ,  des 
voleurs  ,  des  miférables  &  autres  gens  qui  font  l'écu- 
me des  hommes.  Enfin  dcsprifonniers  de  guerre  fué- 
dois  du  premier  mérite  y  ont  été  relégués  par  le  Czar 
Pierre. 

C'eft  là  qu'on  a  bâti  Tobolski ,  devenue  capitale 
de  cette  valte  contrée ,  &  le  lèjour  du  vice-roi.  Tous 
ceux  qui  doivent  des  tributs  en  pelleterie  les  portent 
dans  cette  ville;  &  quand  ces  tributs  font  recueillis, 
on  les  envole  à  Mofcou  fous  une  bonne  elcorte. 

La  Sibérie  eft  occupée  par  trois  fortes  d'habitans  ; 
favoir,  1°.  par  des  peuples  payens  ,  qui  font  les  an- 
ciens habitans  du  pays  ;  a°.  par  des  tartares  mahomé- 
tans  ,  qui  font  ceux  fur  lefquels  lesRulfes  l'ont  con- 
qulfe  ;  3  *.  par  les  ruflTes  qui  en  font  à-prefent  les  maî- 
tres. 

Les  peuples  payens  qui  habitent  la  Sibérie  fe  divi- 
fent  en  plufieurs  nations  ,  dont  les  principales  font 
les  Voguluzes  6c  les  Samojedes  ,  qui  habitent ,  les  uns 
entre  l'Oby  &  la  Lena  veis  la  mer  Glaciale  ,  &  les 
autres  fur  la  côte  feptentrionale  de  la  Ruflîe.  Les  Of- 
tlaques  habitent  vers  le  60  degré  de  latitude.  Les 
Tlngoèfes  ,  ou  Toungonfes  ,  occupent  une  grande 
partie  de  la  Sibérie  orientale  ,  &  font  divlfés  en  plu- 
îisurs  branches.  La  plupart  de  ces  peuples  n'ont 
point  d'habitation  fixe  ;  ils  vivent  fous  des  hutes,  ils 
demeurent  pendant  l'hiver  dans  les  forets  ,  cherchant 
leur  nourriture  à  la  chaflè  ,  &  dans  l'été  ils  vont  ga- 
gner les  bords  des  rivières  pour  s'entretenir  de  la  pê- 
che. Les  peaux  des  polflbns  font  leur  habillement 
d'été ,  &  les  peaux  des  élans  &  des  rennes  leur  fervent 
au  même  ufage  en  hyver.  Un  arc ,  ime  flèche  ,  un 
couteau  ,  une  hache  avec  une  marmite  font  toutes 
leurs  richefiès.  Les  raclures  d'un  certain  bols  leur 
tiennent  lieu  de  Ut  de  plume  pour  fe  coucher  ;  les 
rennes  &  les  chiens  leur  fervent  de  chevaux  pour  ti- 
rer leurs  traîneaux  fur  la  neige.  La  religion  de  ces 
différens  peuples  confifte  en  quelque  honneur  qu'ils 
rendent  au  foleil ,  à  la  lune  &  à  leurs  Idoles. 

Les  tartares  mahométans  font  la  féconde  partie  des 
habitans  de  la  Sibérie.  Us  occupent  \n\  «^«^rand  nombre 
de  villages  le  long  de  l'Irtis  6l  de  la  Tobol ,  &  ils  ovx 
le  libre  exercice  de  leur  religion.  Leurs  principaux 
chefs  font  des  murfes. 

Les  ruflès  qui  font  la  troifieftie  efpece  d'habitans 


s  I  B 

stftuels  de  la  Slhmc ,  font  venus  s'y  établir  dcptils  cfue 
ce  pays  efl  Ibus  l'obéinance  de  la  Rufrie  ,  Si.  leur 
nombre  s'elî  accru  en  peu  de  tems. 

La  partie  ieptentrionale  de  la  Sibaie  ne  produit 
aucune  forte  de  grains  ni  de  fruit,  en  forte  qu'elle eft 
tout-à-fait  inculte;  mais  la  partie  méridionale  n'a  be- 
foln  que  d'être  cultivée  pour  produire  les  chofes  né- 
celfaires  à  la  vie.  Les  pâturages  y  font  excellens,  & 
les  rivières  fourmillent  de  poilîon. 

C'eft  imiquement  dans  la  Sibérie  &  les  provinces 
qui  en  dépendent ,  qu'on  trouve  les  renards  noirs  & 
les  zibelines ,  de  même  que  les  gloutons;  les  plus 
belles  peaux  d'hermines  &  de  loups-cerviers  en  vien- 
nent pareillement.  On  y  trouve  auiîî  des  caflors  en 
abondance ,  &  ceux  de  Camizchatka  entr'autres  font 
d'une  grandeur  extraordmaire.  Comme  toutes  ces 
pelleteries  font  fort  précieufes  ,  il  n'efl:  permis  à  qui 
que  ce  foit  d'en  faire  négoce  ;  mais  les  habitans  du 
pays  qui  en  ont  font  obligés  de  les  porter  aux  Com- 
mis du  tréfor ,  qui  les  doivent  payer  à  un  certain  prix 
réglé. 

La  Sibérie  efl  aujourd'hui  partagée  en  autant  de 
gouvernemens  qu'il  y  a  de  villes;  chaque  ville  a  fon 
raiwode  fous  les  ordres  du  vlce-gouverneur-géné- 
ral ,  qui  eft  un  poile  également  honorable  &.  profi- 
table. La  monnoie  de  Ruifie  efl  la  feule  qui  ait  cours 
dans  ce  continent,  mais  elle  y  eft  fort  rare  ,  Se  tout 
le  négoce  s'y  fait  en  échange ,  faute  d'argent.  Le 
gouvernement  fpirituel  de  la  Sibérie  eft  confié  à  un 
métropoliitan  du  culte  grec ,  tel  qu'il  efi  reçu  en 
Ru.nie  ,  &  ce  prélat  réfide  à  Toboîoskoy. 

Qui  croiroit  que  cette  contrée  a  été  long-tems  le 
féjour  de  ces  mêmes  Huns  qui  ont  tout  ravagé  jufqu'à 
Rome  ,  fous  Attila  ,  &  que  ces  Huns  venoient  du 
nord  de  la  Chine  ?  Les  Tartares  usbecs  ont  fuccédé 
aux  Huns  ,  &  les  Ruffes  aux  Usbecs.  On  s'eft  difputé 
ces  contrées  fauvages ,  ainii  qu'on  s'eil  exterminé 
pour  les  plus  fertiles. 

La  Sibérie  fut  autrefois  plus  peuplée  qu'elle  ne  l'eft', 
fur-tout  vers  le  midi  ;  on  en  juge  par  des  tombeaux 
&  par  des  ruines.  Toute  cette  partie  du  monde  ,  de- 
puis lefoixantieme  degré  ou  environ  ,  jufqu'aux  mon- 
tagnes éternellement  glacées  qui  bornent  les  mers  du 
■nord ,  ne  reffenible  en  rien  aux  régions  de  la  zone 
tempérée  ;  ce  ne  font  ni  les  mêmes  plantes  ,  ni  les 
mêmes  animaux  fur  la  terre  ,  ni  les  mêmes  poillons 
dans  les  lacs  &  les  rivières.  Il  feroit  curieux  d'en 
avoir  des  defcriptions  par  un  naturalilte  ,  6l  ce  lera 
le  fruit  du  progrès  des  fciences  en  Ruffie.  Gmelin  a 
déjà  ouvert  cette  carrrlere  iur  les  plantes  de  cette 
froide  contrée,  par  (^fiora  Siberica  ,  Peiropoli  tySo  , 
eti^euxvoL  in-^'^ .  avec fig.  Quant  à  la  deicription 
géographique  de  la  Sibérie,  on  l'a  mile  au  jour  à  Nu- 
remberg en  1730,  in-foL.  Les  curieux  peuvent  la 
confulter.  {Le  Chevalier  de  J au cov rj^ 

SIEOLE,  f.  m.  (^Hiji.  nat.^  animal  quadrupède  de 
la  nouvelle  Efpagnc  ,  dont  on  ne  nous  apprend  rien 
linon  qu'il  cfl  de  la  grandeur  d'une  vache  ,  &  que 
l'on  eftime  beaucoup  fa  peau  par  la  douceur  de  Ion 
poil. 

SIBUZATES  ,  (  Géog.  anc.  )  peuples  de  la  Gaule 
aquitanique  ,  que  Céfar  ,  Bdl.  gall.  liv.  III.  met  au 
nombre  de  ceux  qui  fe  fournirent  à  Craiîus.  On  ne 
les  connoît  point. 

SIBYLLE,  f.  f.  (^Divinat.  des  Grecs  &  des  Rom.^ 
femme  inl'pirée  de  l'efprit  prophétique,  &  qui  étoit 
douée  du  don  de  prédire  Tavenir. 

La  première  femme  qui  s'avifa  de  prononcer  des 
oracles  à  Delphes,  s'appelloit  Sibylla.  Elle  eut  pour 
père  Jupiter  au  rapport  de  Paufanias,  &  pour  mère 
Lamia  fille  de  Neptune;  &  elle  vivoit  fort  long  tems 
avant  le  fiege  de  Troie.  De-là  toutes  les  femmes  qui 
fc  difiingucrcnt  par  le  même  talent,  furent  appcllées 
Jibjllcs.  Y  a-t-il  eu  dv^/ibj//es  dani  le  paganiiiue ,  <Si 
Tome  Xy. 


S  î  B 


155 


quel  étoit  leur  nombre }  Sur  quel  fondement  les  an- 
ciens ont-ils  imaginé  qu'elles  avoientle  don  de  pro- 
phétie? Comment  annonçoient-elles  leurs  oraclci,  ? 
Enfin  quel  culte  leur  a-t-on  rendu  .î" 

Varron  ,  cité  par  Laitance,  dérivoit  le  nom  de/- 
bylleA^  deux  termes  éoliens  ou  doriens;  il  le  croyoit 
lynonyme  du  mot  t/iéobou/é ,  confeil  divin;  aie? 
pour  6soç ,  dieu  ;  &  ^jX»  pour  liouxù  ,  confeil.  Cette 
étymologie  eil  confirmée  par  la  fignification  que  plu- 
fieurs  écrivains  grecs  donnent  au  mot /y /!'/7/a.  Dio- 
dore ,  lib.  IK.  qui  Texplique  par  enthoufiajle ,  dit  que 
le  mot  aiQuK}^a.i\/ûv ,  fibyU'LJer ,  lignifie  à  la  lettre  la  mê- 
me chofe  que  ivS'i:t(iiv,  être  faijî par  l'efpritdivin.  Stra- 
bon  rend  aulïï  le  mot  de  jibyLLa  par  celui  d'siâs'i;? ,  & 
Arrien,  cité  parEullathe,  afTuroit  que  \ts  fibylles 
avoient  reçu  ce  nom ,  parce  qu'elles  portoieat  un 
dieu  au-dedans  d'elles-mêmes.  Les  defcriptions  que 
Virgile  &  Ovide  font  de  \\JibylLe  de  Cumes  rendant 
fes oracles,  nous  apprennent  ce  qu'on  entendoit  par 
cette  ihéopliorie. 

Nier  qu'il  y  ait  eu  plufieurs  y?*^ //m  ,  feroit  renver- 
fer  tous  les  témoignages  de  l'antiquité.  Platon ,  in 
Phxio  &  ia  Tlieuge,  à  l'occafion  de  cette  forte  de  fu- 
reur dont  quelques  perfonnes  font  faifies ,  &  qui  les 
met  en  état  d'annoncer  l'avenir ,  fait  mention  de  la 
Pythie,  des  prêtreffes  de  Dodone  &  de  X^fibylle. 
Diodore  de  Sicile  dit  que  Daphné  fille  de  Tirélias 
n'étoit  pas  moins  favante  que  Ion  père  dans  l'art  de 
la  divination  ;  &  qu'après  avoir  été  tranfportée  à 
Delphes,  elle  écrivit  un  grand  nombre  d'oracleSi 
Comme  cette  fille,  ajoute-t-il,  étoit  fouvent  éprife 
d'une  fureur  divine  en  rendant  fes  réponfes  ,  on  lui 
donna  le  nom  de  fibylLe.  Strabon,  /i^.  XlV.  fait  men- 
tion de  \?i  fibylle  Erythrée,  &  d'une  autre  nommée 
Atliénaïs ,  qui  félon  lui  vivoit  du  tems  d'Alexandre. 
Il  prétend  encore  dans  un  autre  endroit ,  lib.  X^L 
qu'il,  y  en  avoit  eu  une  plus  ancienne.  Paufanias ,  in 
Phoc.  parle  fort  au  long  de  VifibyLle  Erophyle  qui  vi- 
voit avant  le  fiege  de  Troie.  Le  même  auteur  décrit 
le  rocher  où  elle  rendoit  fes  oracles,  &  en  cite  qucl- 
ques-ims.  Arillote,  en  philofophe  éclairé,  exami- 
nant dans  les  problèmes,  Probt.  jo  n*^.  1.  en  quoi 
confille  l'enthoufialme  qui  faififibit  les  devins  infpi- 
rés  ,  nomme  Bacis  &  [aJiby/Ze^Ôc  range  cet  enthou- 
fiafme  parmi  les  genres  de  délire  ou  de  folie. 

Il  ell  donc  certain  qu  il  y  a  eu  en  différens  tems  , 
&  dans  des  lieux  différens  ,  des  femmes  qui  fe  font 
données  pour  avoir  le  don  de  prédire  l'avenir,  &  qui 
ont  porté  le  nom  de  fibylUs.  Aux  témoignages  que 
j'ai  déjà  cités  pour  preuve  ,  je  pourrois  joindre  celui 
de  Varron,  celui  de  Cicéron  ,  celui  de  Virgile  qui 
dit  des  choies  fi  curieufes  fur  la  jibyllz  de  Cumes 
ceux  de  Pline ,  de  Solim ,  du  philolophe  Hermias ,  de 
Procope,  d'Agathias,de  Jamblique,  d'Ammian  Mar- 
cellin ,  de  Jullin  &  d'une  infinité  d'autres. 

Mais  fi  les  anciens  ont  établi  l'exillence  de  pareil- 
les femmes ,  ils  ne  s'accordent  ni  fur  le  nombre  ,  ni 
fur  la  patrie,  ni  furie  nom  des  diitérentes /%//«.  Le 
problème  n'étoit  pas  encore  réfolu  au  tems  de  Taci- 
te ;  &  tout  ce  que  les  critiques  ont  débité  à  ce  fujet, 
n'en  a  pas  rendu  la  lolution  plus  ailée.  En  donnant , 
coiïune  faifoit  Heraclite  cité  par  Plutarque,  une  du- 
rée de  mille  ans  à  la  vie  de  {^Jibylle,  on  pourroit  con- 
cilier les  différentes  opinions  ;  &C  c'étoit  probable- 
ment le  parti  qu'avoit  pris  Ovide.  Il  fuppofe  qu'au 
tems  d'Enée ,  la  fibyiU  de  Cumes  avoit  déjà  vécu  700 
ans,&  qu'elle  devoit  encore  vivre  pendant  trois  fie- 
cles.  Dans  cette  fuppofition,  lay^^j-Z/t- ayant  pu  habi- 
ter fucceirivement  divers  pays,  &  fe  rendre  célèbre 
dans  différentes  générations  ;  elle  avoit  pu  porter  les 
différens  noms  de  Daphné,  à'Erophile ,  de  Démophi- 
U  ,&c.  Au  relie ,  comme  la  fibylle  ne  nous  peut  inté- 
relfer ,  qu'autant  que  fon  liilloire  fe  trouvera  lice 
avec  celle  de  l'clprit  himiain  en  général,  ou  a\  ec  ceU 


i  <;6 


S  I  B 


le  d'une  nation  particuricie  :  la  dlfcumon  de  ces  dé- 
tails nous  doit  être  allé/,  indilîcrentc.  il  nous  luAt  de 
iavoir  que  par  le  nom  de  JirylU,  oii  dciignoit  des 
femmes  qui  ians  être  prctrclics ,  6i  lans  être  atta- 
chées à  un  oracle  particulier  ,  annonroicnt  1  avenir 
&  le  dilolent  inlpirées.  Diticrcns  pays  &  diîicrens 
ficelés  avoient  eu  leurs//'j'//.'i  ;  on  conlervoit  les  prc- 

didions  qui  portoient  leurs  noms ,  ôcl  on  en  tormoit 

des  recueils.  ,   , 

Le  plus  orand  embarras  oùfe  font  trouves  les  an- 
ciens ,  c'elUl'expliquer  par  quel  heureux  privilège  il 
s'eft  trouve  des;iVy-//.'5  qui  avoicnt  le  don  de  prédire 
l'avenir  Les  Platoniciens  en  ont  attribue  la  cauie  à 
l'union  intime  eue  la  créature  parvenue  à  un  certain 
deïirc  de  perfecVion ,  pouvoit  avoir  avec  la  divmite. 
D'autres  rapportoient  cette  vertu  divinatrice  des  Ji- 
bylUs^  aux  vapeurs  &  aux  exhalations  des  cavernes 
qu'elles  habitoient.  D'autres  encore  attribuoient  l'ef- 
prit  prophétique  des/^j"?^<^^àleur  humeur  lombre  & 
mélancolique  ,  ou  à  quelque  maladie  linguliere.  S. 
Jérôme  a  foutenu  que  ce  don  étoit  en  elles  la  recom- 
pcnfe  de  leur  chafteté  ;  mais  il  y  en  a  du  moins  une 
très-cclebre  qui  fe  vante  d'avoir  eu  un  grand  nom- 
bre d'amans  ,  fans  avoir  été  mariée  : 
Mille  mihi  Iccii ,  connulna  nulla  fucre. 

Il  eût  été  plus  court  &  plus  fenfé  à  S.  Jérôme,  & 
aux  autres  PP.  de  l'Eglife  ,  de  nier  l'efprit  prophéti- 
que des/Z-y/w,  &  de  dire  qu'à  force  de  proférer 
des  prédidions  à  l'aventure ,  elles  ont  pu  rencontrer 
quelquefois  ;  iur-tout  à  l'aide  d'un  commentaire  îa- 
vorable  ,  par  lequel  on  ajuftoit  des  paroles  dites  au 
hafard,  à  des  faits  qu'elles  n'avoient  jamais  pu  pré- 

Le  fingulier,  c'efl  qu'on  recueillit  leurs  predidions 
après  Pé^vénement ,  6c  qu'on  les  mît  en  vers  ,  quoi- 
qu'il n'y  ait  pas  la  m.oindre  apparence  qu'elles  aient 
jamais  prophétifé  de  cette  manière  ;  outre  qu'elles 
ont  vécu  dans  des  tems  différens,  &  dans  des  pays 
éloignés  les  uns  des  autres.  Cependant  il  fe  trouva 
une  coUedion  de  leurs  prophéties  du  tems  de  Tar- 
quin  le  Superbe,  &  ce  fut  une  vieille  femme  qui  lui  fit 
préfentde  ce  recueil  enneuflivres,qu'on  nomma  livres 
jibyllins^  &  qu'il  dépola  dans  un  fousterrein  du  tem- 
ple de  Junon  au  Capitole.  Foy ci-en  toute  l'hiiloire  au 
wor  Sibyllins  LIVRES,  (^«/^''/.roOT.) 

Quant  aux  autres  vers  fibyllins  rédigés  en  huit  li- 
vres ,&  qui  font  vlfiblement  un  ouvrage  du  ij.  fiecle 
de  J.  C.  voyci  Sibyllins  livres  {Hiji.  ccclif:)  Cette 
nouvelle  colledlon  eil  le  fruit  de  la  pieufe  fraude  de 
quelques  chrétiens  platoniciens,  plus  zélés  qu'habi- 
les; ils  crurent  en  la  compoiant ,  prêter  des  armes  à 
la  religion  chrétienne,  &  mettre  ceux  qui  la  défcn- 
doient  en  état  de  combattre  le  Paganifme  avec  le  plus 
erand  avantage  :  comme  fi  la  vérité  avoit  befoln  du 
menfonge  pour  triompher  de  l'erreur. 

Enfin  il  y  a  eu  trois  colkdions  de  vers  fibyllins , 
fans  parler  de  celles  que  pouvoienf  avoir  quelques 
particuliers.  La  première  ,  achetée  par  Tarquin ,  con- 
îenoit  trois  livres;  la  féconde  fut  compilée  après 
l'incendie  du  capitole ,  mais  on  ignore  combien  de  li- 
vres elle  contenoit  ;  la  troifieme  efl:  celle  que  nous 
avons  en  huit  livres,  &  dans  laquelle  il  n'eft  pas  dou- 
teux que  l'auteur  n'ait  infère  plufieurs  prédidions  de 
la  féconde. 

Mais  pour  revenir  aux  JIhylUs  de  l'antiquité,  il  q£i 
trop  curieux  de  connoître  la  manière  dont  elles  pro- 
phétifoicnt  pour  n'en  pas  rendre  compte  au  ledeur. 
Comme  la  Pythie  de  Delphes  rendoit  quelquefois 
fes  oracles  de  vive  voix  ,  la  fameuiéy/^yZ/^  de  Cumcs 
en  Italie  ,  rendoit  auffi  quelquefois  les  fiens  de  la 
même  manière;  c'eft  Virgile,  foigneux  obfervateur 
du  coihnne,  qui  nous  l'apprend.  HdcnusàÀt  à  Enéc, 
en  lui  coiiitillant  de  coaiultcr  cette  Jlhyllc  ..^uand  A 


S  I  3 

feroit  arrivé  en  Italie,  de  la  prier  de  ne  point  écrire 
fcs  prédidions  fur  des  feuilles  d'arbres,  mais  de  les 
lui  apprendre  d'une  autre  façon  :  ce  qu'Enée  exécute 
à  la  lettre  lorfqu'il  va  la  conlulter. 

Foliis  tantum  ne  carmina  manda^ 
Ni  turbata  \olcnt  rapidis  ludibria  vends, 
Ipja  canas,  oro. 

Enéïd.  ///'.  VI.  vers.  y^. 

La  Pythie,  après  avoir  demeuré  quelque  tems  fur  le 
trépié,  entroit  en  fureur,  &:  dans  le  tranfport  qui  l'a- 
gitoit  elle  rendoit  fes  oracles  ;  la  jibylh  étoit  laifie 
des  mômes  fureurs  lorfqu'cllc  débitoit  fes  prédic- 
tions. 

Subito  nonvulcus,  non  color  unus  ^ 
Non  comptez inanfén  eoniiz  ,  fed p celas  an'ulum , 
Et  rabic  fera  corda  tument ,  majorqiie  vidcri  ; 
Nic  mortak  fonans ,  ajflata  ejl  nuinine  (jiiando 
Jani  propiore  dû.  Ibid.  v.  4  j*. 

C'ell-là  que  RoufTeau  a  pulfé  ces  vives  idées. 
Ou  tel  que  d" Apollon  h  min'Jlre  terrible , 
Impatient  du  dieu  dont  U  Jhuffic  invincible  y 

Agite  tous  fes  fens , 
Le  regard jurieux  ,  la  tête  écheveUe , 
Du  temple  fait  mugir  la  demeure  ébranlée 
Par  fes  cris  impuifjans. 

Des  prêtres  établis  à  Delphes  avoient  foin  de  re- 
cueillir ce  que  la  Pythie  prcnonçoit  dans  la  fureur, 
&  le  mettolent  en  vers.  II  y  a  bien  de  l'apparence 
qu'on  faifolt  à  peu  près  de  même  des  réponles  de  la 
y^/'j'//t;,  puii'que  toutes  celles  que  l'antiquité  nous  a 
tranfmiles  font  aufil  en  vers. 

On  fait  que  les  oracles  fe  rendolent  de  différentes 
autres  manières  ,  ou  en  fonges ,  ou  dans  des  billets 
cachetés,  &c.  ha-Jibyllc  deCumes  annonçolt  les  fiens 
d'une  façon  fingullere ,  dont  Virgile  nous  a  inflrults. 
Elle  les  écrlvoit  fur  des  feuilles  d'arbres  qu'elle  ar- 
rangeolt  à  l'entrée  de  fa  caverne  ,  &  il  falloit  être  af- 
fez  habile  &  allez  prompt  pour  prendre  ces  feuilles 
dans  le  même  ordre  où  elle  les  avoit  lalffées  ;  car  li 
le  vent ,  ou  quelqu'autre  accident  les  avoit  déran- 
gées ,  tout  étoit  perdu ,  &  on  étoit  obligé  de  s'en  re- 
tourner fans  efpérer  d'autre  réponfe. 

Rupcfub  imâ 
Fata  canit ,  foliifque  notas  &  nomina  mandat. 
Qiicecumque  in  foliis  defcripjit  carmina  virgo^ 
JJigerit  in  numerum  ,  atque  antro  feclufa  relinquit, 
Illa  marient  immola  lacis ,  neqne  ab  ordine  cedunt. 
Veiùm  eadem  verfo  tennis  cum  cardine  ventus 
ImpuUt^  &  teneras  tnrbavit  janua  frondes^ 
Numquain  deinde  cavo  volitantia  prcndere  faxo  , 
Nec  rev  oc  are  finis  ■,  aut  jungire  carmina  curât. 
Inconfulti  abeunt ^  fedemque  odcre  fibyllae. 

Eneïd.  ///'.  III.  vers  44 J. 

«  Au  fond  d'une  grotte ,  près  du  port  de  Cumes, 
»  eft  [àjibylle  qui  annonce  aux  humains  les  fecrets 
»  de  l'avenir  ;  elle  écrit  l'es  oracles  fur  des  feuilles 
»  volantes,  qu'elle  arrange  dans  fa  caverne,  où  ils 
»  redent  dans  l'ordre  qu'il  lui  a  plu  de  leur  donner. 
»  Mais  il  arrive  quelquefois  que  le  vent ,  lorfqu'on 
»  en  ouvre  la  porte,  dérange  les  feuilles  ;  la  fibylle 
»  dédaigne  alors  de  raffembler  ces  feuilles  éparfes 
»  dans  la  caverne ,  &  néglige  de  rétablir  l'ordre  des 
»  vers  ». 

Virgile  a  fuivl  l'ancienne  tradition  qu'on  trouve 
dans  Varrcn  ,&  que  Scrvlus  a  confirmée.  Aurefie, 
rien  n'étolî  plus  célèbre  en  Italie  que  l'antre  où  cet- 
te fihylle  avoit  rendu  t'es  oracles.  Ariflote  en  parle 
comme  d'un  lieu  très-curieux  ;  &  Virgile  en  fait  une 
dcfcription  magnifique.  La  religion  avoit  conlacré 
cette  Cciverne  ,  on  en  avoit  fait  un  temple. 

Les  Romains  avoient  prefque  pour  ïtsfibylUs  el- 


s  I  B 

les-mêmes ,  autant  de  refpeâ:  que  pour  leurs  OfAcIes; 
s'ils  ne  les  regardèrent  pas  comme  des  divinités ,  ils 
les  crurent  au  moins  d'une  nature  qui  tcnoit  le  nii- 
"lieu  entre  les  dieux  6c  les  hommes.  Ladiance  prétend 
que  la  Tiburfine  ctoit  honorée  comme  une  déeue  à 
Rome.  M.  Spon  rapporte  que  près  du  lieu  que  les 
gens  du  pays  difent  être  l'anire  de  Iz  JïbylU  Tiburti- 
ne,  on  voit  les  ruines  d'un  petit  temple  qu'on  croit 
lui  avoir  été  conlacré.  On  peut  remarquer  ici  que 
les  habitans  de  Gergis  dans  la  petite  Phrygie ,  avoient 
coutume  de  reprélenter  fur  leurs  médailles  iàfibyllc 
qui  étoit  née  dans  cette  ville ,  com.me  étant  leur  gran- 
de divinité.  ' 

Pour  terminer  cet  article,  je  n'ajouterai  qu'un  mot 
du  tombeau  &  de  l'épitaphe  de  la  y^^j-if/e  Erythrée , 
la  plus  célèbre  de  toutes.  Dans  l'es  vers,  dit  Paufa- 
nias  ,  elle  fe  fait  tantôt  femme,  tantôt  fœur,  &:  tan- 
tôt fille  d'Apollon.  Elle  pafîa  une  bonne  partie  de  fa 
vie  à  Samos,  eniuite  elle  vint  à  Claros,  puis  à  Délos, 
&  de-là  à  Delphes  où  elle  rcndoit  fes  oracles  fur  une 
roche.  Elle  finit  fes  jours  dans  laTroade  ;  fon  tom- 
beau, continue-î-il ,  lubfille  encore  dans  le  bois  facré 
d'Apollon  fmintheus ,  avec  une  épitaphe  en  vers  élé- 
giaques  ,  gravés  fur  une  colonne ,  &  dont  voici  le 
fcns.  Je  fuis  cette  fameufey%'//c  qu'Apollon  voulut 
avoir  pour  interprète  de  fes  oracles  ;  autrefois  vier- 
ge éloquente ,  maintenant  muette  fous  ce  marbre  , 
&  condamnée  à  un  filence  éternel.  Cependant  par 
la  faveur  du  dieu,  toute  morte  que  je  luis  ,  je  jouis 
de  la  douce  fociété  de  Mercure  &  des  nymphes  mes 
compagnes. 

Ceux  qui  feront  curieux  d'approfondir  davantage 
l'hiftoire  àesjîl>y!lcs ,  peuvent  parcourir  les  favantes 
dilfertations  de  Gal'sus  ifix  Gallcùdijfcrtaticncs  de  Ji- 
byUls,  kmù..  i688,i/z-4".  Le  traité  qu'en  a  fait  M. 
Petit  médecin  de  Paris,  Pe/.  Pct'ni defibyllà  traclatus, 
Lips.  1686  ,  in-8'^.  L'ouvrage  de  Th.  Hyde  ,  de  rdl- 
^ione  Ferfarum.  Van  Dale ,  de  oracutis  Ethnicoruin  , 
&  Laftance  qui  nous  a  confervé  lur  \es  JibylUs  l'an- 
cienne tradition ,  qu'il  dit  avoir  puifée  dans  les  écrits 
de  Varron.  (  Le  Chevalier  DE  Jau COURT.  ) 

Sibylle  de  Delphes  ,  {^Antiqu'u.  grecq.')  prophé- 
tefle  qui  prononçoit  des  oracles.  Diodore  de  Sicile , 
Denis  d'Halycarnafl'e ,  Plutarque  &  Paufanias,  nous 
la  repréfenlcnt  comme  une  femme  vagabonde ,  qiti 
alloit  de  contrée  en  contrée  débiter  les  prédirions. 
Elle  étoit  en  même  tems  la  Jib^Ue  de  Delphes ,  d'E- 
rythrée ,  de  Babylone ,  de  Cumes  &  de  beaucoup 
d'autres  endroits.  Plufieurs  peuples  fe  difputoient 
l'honneur  de  l'avoir  pour  concitoyenne.  Elle-même 
dans  un  de  ics  oracles ,  que  nous  avons  encore  ,  le 
dit  fille  d'un  père  mortel,  &  d'une  mère  immortelle. 
Il  ne  faut  pourtant  pas  la  confondre  avec  la  Pythie , 
puifqu'elle  prophétifoit  fans  le  fecours  des  exhalai- 
îbns  qui  fortoient  de  l'antre  de  Delphes  ,  &  qu'elle 
n'a  jamais  monté  fur  le  facré  trépié.  D'ailleurs,  la 
vraie  Pythie  ne  fortoit  jamais  du  temple  d'Apollon  , 
dès  qu'une  fois  elle  avoit  été  conlacrce  à  ce  dieu  ;  la 
jibylle  au  contraire,  étoit  étrangère,  &  toujours  er- 
rante. Voyei  Pythie.  {D.  /.) 

SIBYLLINS  ,  Livres,  {Ihfi.  rom.)  anciens  livres 
d'oracles  &  de  prédirions  extrêmement  accrédités 
chez  les  Romains.  Ils  furent  apportés  à  Tarquin  le 
Snperbe ,  ou,  félon  Pline  ,  A 1  arquin  l'ancien ,  par 
une  vieille  myllérieufe  quidifparut  comme  une  om- 
bre ;  on  la  crut  fibylle  elle-nième.  On  aflénibla  les 
augures  ,  on  enferma  les  livres  dans  le  temple  de  Ju- 
piter au  capitolc  ;  on  créa  des  pontifes  pour  les  gar- 
der; on  ne  douta  point  que  les  deftinees  de  Rome 
n'y  fiilTent  écrites.  Ces  livres  prophétiques  périrent 
cependant  dans  l'incendie  du  capitole  l'an  67 1  de 
Rome,  ious  la  didature  de  Sylia  ;  mais  on  fe  hâta 
de  réparer  cette  perte.  On  en  recueillit  d'autres  dans 
la  ville  d'Erithréc  &:  ailleurs  ;  o;î  les  rédigea  par 


S  î  B  157 

extraits.  Augufte  les  renferma  dans  des  coffres  do* 
rés,  &  les  mit  fous  la  bafe  du  temple  d'Apollon  Pa- 
latin qu'il  vencit  de  bâtir.  Ils  y  demeurèrent  jufqu'au 
tjms  d'Honorius  en  405  de  J.  C.  &  cet  empereur 
dit-on  ,  donna  des  ordres  à  Stilicon  deles  jetter  dans 
le  feu.  Traçons  en  détail  toute  cette  hlftoire  d'après 
les  écrits  de  M.  Frereî  ,  &  faifons-la  précéder  de  fes 
réflexions  iatérefTantes  fur  cette  maladie  incurable 
de  l'eiprit  humain ,  qui ,  toujours  avide  de  connoître 
l'avenir,  change  fans  cefTe  d'objets ,  ou  déguifcfous 
une  forme  nouvelle  les  anciens  objets  qu'on  veut 
lui  arracher.  Croyons  que  l'hiftoire  des  erreurs  qui 
femblent  les  plus  décriées  ,  peut  encore  ne  pas  être 
aujourd'hui  des  recherches  de  pure  curiofité. 

Dans  tous  les  fiecles  &  dans  tous  les  pays  ,  les 
hommes  ont  été  également  avides  de  connoître  l'a* 
venir  ;  &  cette  curiofité  doit  être  regardée  comme  le 
principe  de  prefque  toutes  les  pratiques  fuperflltieu- 
ÏQS  qui  ont  défiguré  la  religion  primitive  chez  les 
peuples  policés  ,  aufîî-bien  que  chez  les  nations  fau' 


vages. 


Les  différentes  efpeces  de  divination  que  le  ha- 
fard  avoit  fait  imaginer  ,  &  qu'adopta  la  fuperfti- 
tion,  confiftoient  d'abord  dans  une  interprétation 
conjeûurale  de  certains  événemens  qm  par  eux- 
mêmes  ne  méritoient  le  plus  fouvent  aucune  atten- 
tion ;  mais  qu'on  étoit  convenu  de  prendre  pour  au- 
tant defignes  de  la  volonté  des  dieux.  On  commença 
probablement  par  l'obfervation  des  phénomènes  cé- 
lefl:es,dontleshommesfurenttoujours  très-vivement 
frappés  ;  mais  la  rareté  de  ces  phénomènes  fit  cher- 
cher d'autres  fignes  qui  fepréfentoient  plus  fréquem- 
ment, ou  même  que  l'on  pût  faire  paroître  au  be- 
foln.  Ces  fign  ••;  furent  le  chant  &  le  vol  de  certains 
oifeaux  ;  l'éclat  &  le  mouvement  de  la  flamme  oui 
confumoit  les  chofes  offertes  aux  dieux;  l'état  oii  le 
trouvoient  les  entrailles  des  vidimes  ;  les  paroles 
prononcées  fans  deiïein ,  que  le  hafard  faifoit  enten- 
dre ;  enfin ,  les  objets  qui  fe  préfentoient  dans  le 
fommeil  à  ceux  qui  par  certains  facrifices  ou  par 
d'autres  cérémonies  ,  s'étoient  préparés  à  recevoir 
ces  fonges  prophétiques. 

Les  Grecs  furent  pendant  plufieurs  fiecles  fans 
connoître  d'autres  moyens  que  ceux-là  de  s'inftruire 
de  la  volonté  des  dieux;  &  chez  les  Romains,  fi  on 
en  excepte  quelques  cas  finguiiers  ,  cette  d  vination 
coiijeûurale  fut  toujours  la  feule  que  le  gouverne- 
ment autorifa  ;  on  en  avoit  même  fait  un  art  qui 
avoit  fes  règles  &  fes  principes. 

Dans  les  occafions  importantes  c'étoit  par  ces  rè- 
gles que  fe  conduifoient  les  hommes  les  plus  fenfés 
&  les  plus  courageux;  la  raifon  fubjuguée  dès  l'en- 
fance par  le  préjugé  religieux  ,  ne  fe  croyoit  point 
en  droit  d'examiner  un  fyftème  adopté  par  le  corps 
de  la  nation.  Si  quelquefois  féduite  par  cette  nou- 
velle philolbphie ,  dont  Tile-Live  fait  gloire  de  s'ê- 
tre garanti ,  elle  entreprenoit  de  fe  révolter  ,  bien- 
tôt la  force  de  l'exemple  ,  &  te  refped  pour  les  an- 
ciennes opinions  la  contraignoient  de  rentrer  fovis 
le  joug.  En  voulez-vous  un  exemple  bienfingulierà 
le  voici. 

Jules  Céfar  ne  peut  être  accule  ni  de  pctiteffe 
d'efprit ,  ni  de  manque  de  courage ,  ^^  on  ne  le  fbup- 
çonnera  pas  d'avoir  été  fuperftitiçvix  ;  cependant ,  ce 
même  Jules  Céfar  ayant  une  fois  ycrfé  en  voiture, 
n'y  montoit  plus  fans  réciter  certaines  paroles  , 
qu'on  croyoit  avoir  la  vertu  de  prévenir  cette  çfpcce, 
d'accident.  Pline  qui  nous  rapporte  le  tait ,  hv. 
XXVII.  chap.  ij.  allure  que  dé  Ion  tems ,  prefque 
tout  le  monde  fe  fervoit  de  cette  même  formule,. 
&  il  en  appelle  la  confcience  de  l'es  kdieurs  à  té- 


moin. 


Du  tems  d'Homcre  &  d'Hcfiode  ,'  on  ne  connoif- 
.  foit  point  encore  les  oracles  parlans ,  ou  du-molns 


158 


S  I  B 


O 


I  B 


ils  avolent  fort  peu  de  célcbrltc  ;  j'appelle  oracles 
par/uns  ,  ceux  où  l'on  prétendoit  que  la  divinité  con- 
iultée  de  vivc  voiv,  répondoit  de  la  mcme  manicrc 
par  l'organe  d'un  prêtre  ,  ou  d'une  prétreire  qu'elle 
intpirou.  L'oracle  de  Delphes  qui  fut  le  premier  des 
oracles  parlais  ,  ne  répondoit  qu'un  feul  jour  dans 
l'aiHiée,  le  icptlcme  du  mois  bulios  ,  ufage  qui  fub- 
filhi  mt-me  allez  long-tems  :  alnli  on  im.ij^ina  pour  la 
commodité  de  ceux  qui  vouloicnt  connoître  l'ave- 
nir ,  de  drefler  des  recueils  d'oracles  ou  de  prédic- 
tions écrites  ,  que  pouvoient  conliiltcr  les  curieux 
qui  n'avoient  pas  le  loifir  d'attendre.  Ces  prédidVions , 
conçues  en  termes  vagues  &  ambigus  ,  comme  ceux 
des  oracles  parlans  ,  étoient  expliquées  par  des  de- 
vins particuliers  ,  qu'on  nommoit  i^hrcjhiologucs ,  ou 
interprètes  d'oracles. 

On  trouve  dans  les  anciens  écrivains  trois  diiTé- 
rens  recueils  de  cette  efpece  ,  celui  de  Mulée,  celui 
de  Bacis,  &  celui  de  la  Sibylle.  Quoique  ce  dernier 
ait  été  beaucoup  plus  célèbre  chez  les  Romains  que 
chez  les  Grecs,  on  voit  néanmoins  par  les  ouvrages 
de  ces  derniers  ,  qu'ils  ne  lailloient  pas  d'en  taire 
ufa"e.  11  falloit  même  que  ces  prédirions  fuflent 
très-connues  aux  Athéniens,  puilque  le  poète  Aril- 
tophane  en  fait  le  lu) et  de  les  plaifanteries  dans  deux 
des  comédies  qui  nous  relient  de  lui. 

Différcns  pays  ,  &  ditlérens  fiecles  avoient  eu 
leurs  iibylles  :  on  confervoit  à  Rome  avec  le  plus 
grand  foin  les  prédidions  de  celle  de  Cumes ,  &c  on 
les  confuitoit  avec  appareil  dans  les  occalions  impor- 
tantes; cependant  les  écrivains  de  cette  ville  ,  Pime, 
/.  XIII.  c.  xilj,  &  Denis  d'Halicarnafle  ,Ll  ,c.  ly. 
ne  font  d'acord  lur  le  nombre  des  livres  qui  compo- 
foient  ce  recueil,  ni  lur  le  roi  auquel  il  fut  préfenté. 
Ils  s'accordent  feulement  à  dire  que  Tarquln,  foit  le 
prem:cr,foitle  fccon  d  de  ceux  qui  ont  porté  ce  nom  , 
fît  enfermer  ce  receuil  dans  un  coffre  de  pierre,  qu'il 
le  dépofa  dans  un  fouterraiu  du  temple  de  Junon  au 
capitole  ,  &  qu'il  commit  à  la  garde  de  ces  vers 
qu'on  prétendoit  contenir  le  dertin  de  Rome  ,  deux 
magiUrats  fous  le  titre  de  duumviri  Jacris  faciundis  , 
auxquels  il  étoit  défendu  de  les  communiquer  ,  &  à 
qui  même  il  n'étoit  permis  de  les  confulter  que  par 
l'ordre  du  roi ,  &  dans  la  fuite  par  celui  du  fénat. 
Cette  charge  étoit  une  efpece  de  facerdoce  ou  de 
magiftrr.turefacréc,qui  jouiflbit  de  pluficurs  exemp- 
tions ,  &  qui  durcit  autant  que  la  vie. 

Quand  les  plébéiens  eurent  été  admis  à  partager  les 
emplois  avec  les  patriciens,  l'an  366  avant  J.  C.  on 
augmenta  le  nombre  de  ces  interprètes  àiis  deftinées 
de"  la  uation ,  comme  les  appelle  P.  Decius  dans 
Tite-Live^/aivrumpopuli  Ro/nani  interpreus.  On  les 
porta  jufqu'à  dix  ,  dont  cinq  feulement  étoient  patri- 
ciens ,  &  alors  on  les  nomma  déccmvirs.  Dans  la 
fuite  ,  ce  nombre  fut  encore  accru  de  cinq  perlon- 
nes  ,  &  on  \ts  appella  quïndéamvhs.  L'époque  précife 
de  ce  dcniicr  changement ,  n'eft  pas  connue  ;  mais 
comme  une  lettre  de  Célius  à  Cicéron  ,  épijl.  famil. 
l.  Vlli  ^  c.  /v,  nous  apprend  que  le  quindécimvirat 
eft  plus  ancien  que  la  uidature  de  Jules  Céfar ,  on 
peut  conjedurer  que  le  changement  s'étoit  fait  fous 
Sylla. 

Ces  magiftrats  que  Cicéron  nommoit  ids\tox.Jïbyl- 
linorum  interpreus  tantôt  ,  JibyUïni  faurdous  ,  ne 
pouvoient  confidter  les  livres  jlhyllins  fans  un  ordre 
exprès  du  fénat ,  &  de-là  vient  l'expreffion  fi  fou- 
Vent  répétée  dans  Tite-Live  Ubros  adïrc  jujfi  funt. 
Ces  quindécimvirs  étant  les  leuls  à  qui  la  lecture  de 
ces  livres  fut  permife  ,  leur  rapport  étoit  reçu  lims 
examen,  &  le  fénat  ordonnoit  en  conféquence,  ce 
qu'il  croyoit  convenable  de  faire.  Cette  confultation 
ne  fe  failoit  que  lorfqu'il  s'agifToit  de  rafliner  les  ef- 
ptils  allarmés  >  par  la  nouvelle  de  quelques  préfa- 
ces fâcheux  ,  ou  par  la  vue  d'un  danger  dont  la  ré- 


\  publique  fembloit  être  menacée  :  ad  deponcndes  p». 
tius  quàtn  ad  fufàpicndai  rciigioncs  ,  dit  Cicéron  ;  àc. 
afiD  (le  connoître  ce  qu'on  devoit  faire  pour  appaifer 
les  dieux  irrités,  &  pour  détourner  l'ctiet  de  leurs 
menaces ,  comme  l'obfervent  Varron  &  Tite-Live. 

La  réponfe  des  livres  fibyllins  étoit  communé- 
ment ,  que  pour  fe  rendre  la  divinité  favorable  ,  il 
falloit  inilituer  une  nouvelle  fête  ,  ajouter  de  nou- 
velles cérémonies  aux  anciennes  ,  immoler  telles 
ou  telles  vidfimes  ,  ùc.  Quelquefois  mêmes  les  prê- 
tres fibyllins  jugeoient ,  qu'on  ne  pouvoit  détourner 
l'eftet  du  courroux  céleiie  que  par  des  facrifices  bar- 
bares ,  Ôi  immolant  des  victimes  humaines.  Nous  ea 
trouvons  un  exemple  dans  les  deux  premières  guer- 
res puniques  ,  les  années  ^^^J  6z.  117  avant  J.  C. 

Les  déccmvirs  ayant  vu  dans  les  Uvrzs  Jlbyilins 
que  des  Gaulois  &:  des  Grecs  s'empareroient  de  li 
Ville  ,  urhein  occupataros  ,  on  imagina  que,  pour  dé- 
tourner l'efîet  de  cette  prédicHon  ,  il  falloit  enterrer 
vif  dans  la  place,  un  homme  &  une  femme  de  cha- 
cune de  ces  deux  nations  ,  &:leur  faire  prendre  a'iuiï 
poHeifion  de  la  ville.  Toute  puérile  qu'étoit  cette 
interprétation,  un  très -grand  nombre  d'exemples, 
nous  montre  que  les  principes  de  l'art  divinatoire 
admettoient  ces  fortes  d'accommodcmens  avec  îa 
dellinée. 

Le  recueil  des  vers  fibyllins  dépofé  par  Tiin  des 
Tarquins  dans  le  capitole ,  périt  comme  on  l'a  va. 
au  tems  de  la  guerre  fociale  ,  dans  l'cmbrafemenî  de 
ce  temple  en  671.  Maison  fè  hâta  de  remédiera  la 
perte  qu'on  venoit  de  faire ,  &  dès  l'an  76  avact 
J.  C.  le  fénat  fur  la  propofition  des  confuls  0£la- 
vius  6i,  Curion ,  chargea  trois  députés  d'aller  cher- 
cher dans  la  ville  d'Erithrée ,  ce  qu'on  y  conl'erv«it 
des  anciennes  prédirions  de  la  fibylle.  Varron  & 
Feneflella  cités  par  Ladance ,  ne  parlent  que  d'Eiî- 
trée  ;  mais  Denis  d'Halicarnaffe  6c  Tacite  ajouiem; 
les  villes  grecques  de  la  Sicile  &  de  l'Italie. 

Tacite  qui  devoit  être  inflruit  de  l'hiftoire  des  li- 
vres Jîbyltins^  puifqu'il  étoit  du  corps  des  quindécim- 
virs ,  dit  qu'après  le  retour  des  députés  ,  on  chargea 
les  prêtres  Jibyllins  de  faire  l'examen  des  difFérens 
morceaux  qu'on  avoit  rapportés  ;  &C  Varron  afjùroit 
félon  Denis  d'Halicarnaffe ,  que  la  règle  qu'ils  avoient 
fuivie ,  étoit  de  rejetter  comme  faux  tous  ceux  qui 
n'étoient  pas  alTujettis  à  la  méthode  acrofliche.  Nous 
indiquerons  dans  la  fuite  quelle  étoit  cette  méthode* 
Augufte  étant  devenu  fouverain  pontife  ,  après  la 
mort  de  Lepidus ,  ordonna  une  recherche  de  tous  les 
écrits  j)rophétiques  ,  foit  grecs  ,  foit  latins  ,  qui  le 
trouvoient  entre  les  mains  des  particuliers,  6c  doat 
les  mécontens  ponvoienî  abufer  pour  troubler  fâ 
nouvelle  domination.  Ces  livres  remis  au  préteur  , 
montoient  à  deux  mille  volumes  qui  furent  brûlés; 
&  l'on  ne  conferva  que  les  vers  fibyllins  ,  dont  on  iît 
même  une  nouvellle  révifion. 

Comme  l'exemplaire  écrit  au  tems  de  Sylla  com- 
mençoit  à  s'altérer,  Augufle  chargea  encore  les  quin- 
décimvirs d'en  faire  une  copie  de  leur  propre  main  , 
&  fans  laifî'er  voir  ce  livre  à  ceux  qui  n'étoient  pas 
de  leur  corps.  On  croit  que  ,  pour  donner  un 
air  plus  antique  &  plus  vénérable  à  leur  copie  ,  i2s 
l'écrivirent  fur  ces  toiles  préparées  qui  compofoient 
les  anciens  libri  lintei ,  avant  qu'on  connut  dans 
l'occident  l'ufage  du  papier  d'Egypte  ,  &  avant 
qu'on  eût  découvert  à  Pergame  l'art  de  préparer  le 
parchemin  ,  carta  Pergamena. 

Cet  exemplaire  des  vers  fibyllins  fut  enfermé  dans 
deux  coffrets  dorés  ,  &  placés  dans  la  bafe  de  Vàjlatut 
d'Apollon  Palatin ,  pour  n'en  être  tiré  que  dans  les 
cas  extraordinaires. 

Il  feroit  inutile  de  fuivre  les  différentes  confulta- 
tions  de  ces  livres,  marquées  dans  l'hiftoire  romai- 
ne ;  mais  nous  croyons  deviir  nous  arrêter  fur  celle 


s  I  B 

qui  fe  fît  par  l'ordre  d'Aurélicn ,  au  mois  de  Décem- 
bre de  l'an  zyo  de  J.  C.  parce  que  le  récit  en  clî 
extrêmement  circonltancié  dans  Vopilcus. 

Les  xMarconiuns  ayaatiraverlé  le  Danube  ,  &  for- 
cé les  pairages  des  Aipcs ,  croient  entrés  dans  l'Ita- 
lie ,  ravageoient  les  pays  iitués  au  nord  du  Pô ,  & 
meaaçoient  même  la  ville  de  Rome  ,  dont  un  mou- 
vement mal-entendu  de  l'armée  romaine  ,  leur  avoit 
ouvert  le  chenun.  A  la  vue  du  péril  où  le  trouvoit 
l'empire  ,  Aurélien  naturellement  iuperilitieux,  écri- 
vit au.\  p'ontites  ,  pour  leur  ordonner  de  consulter 
les  livres  jibyllins.  11  talloit  pour  la  forme  un  décret 
du  lenat  ;  ainû  le  préteur  propola  dans  l'alicmblée 
le  réquifitoire  des  pontifes ,  6i  rendit  compte  de  la 
lettre  du  prince,  Vopilcus  nous  donne  un  précis  de 
la  délibération  ,  qu'il  commi^nce  en  ces  termes  :/7r«- 
tor  urbanus  dixi,  refcrlmus  ad  vos  ,  patns  conjcnpd  , 
ponùficuwfuggcftionim ,  &principisiuuras  quibusjubc- 
tur  ut  injpiciantur  fatales  Ubn  ,  ëcc.  Le  décret  du 
fénat  rapporté  enluite  ,  ordonne  aux  pontifes  fibyl- 
lins  de  le  purifier ,  de  fe  revêtir  des  habits  lacrcs  , 
de  monter  au  temple  ,  d'en  renouveller  les  bran- 
ches de  laurier  ,  d'ouvrir  les  livres  avec  des  mains 
fancl^fîées ,  d'y  chercher  la  deltinée  de  l'empire  ,  6l 
d'exécuter  ce  que  ces  livres  ordonneront.  Voici  les 
termes  dans  lefquels  Vopilcus  rapporte  l'exécution 
du  décret  :  itum  eji  ad  tniiplum  ,  mjpcCii  libri ,  produi 
vcrfus  lu/Irata  urb^  ,  cantata  carmina  ,  amburbiurn  a- 
hbratum  ,  ambarvalia  promiya  ,  atqui  ità  folemnitas 
qua  jubcbatur  explcta  e]l. 

La  lettre  de  l'empereur  aux  pontifes  ,  qu'il  appelle 
patres  Jancîi  ,  finit  par  des  offres  de  contribuer  aux 
frais  des  facrifîces  ,  6c  de  fournir  les  yi&mes  que 
les  dieux  demanderont,  même  s'il  le  faut  des  cap- 
tifs de  toutes  les  nations  ,  cujujlibet  genus  capdvos  , 
quœliba  animalia  regia.  Cette  offre  montre  que, 
mal'^ré  les  édits  des  empereurs ,  on  croyoit ,  com- 
me je  l'ai  dit ,  les  facritices  humains  permis  dans  les 
occafions  extraordinaires  ,  6c  qu'Aurélien  ne  pen- 
foit  pas  que  les  dieux  le  contenteroient  de  canti- 
ques &c  de  procefiions. 

Sa  lettre  aux  pontifes  commence  d'une  façoh  lin- 
guliere ,  il  marque  qu'il  ell  furpris  qu'on  balance  fi 
long-tems  à  conlulter  les  livres  Jibjllins.  Il  femble  , 
ajoute-t-ii ,  que  vous  ayez  cru  délibérer  dans  une 
égliie  de  chrétiens  ,  &  non  dans  le  temple  de  tous 
les  dieux  :  perinde  quajt  in  chr>.jiLanorum  ecclejîd  ,  non 
in  tcmplo  deorurn  omnium  tradaretis.  Ce  qui  augmente 
la  lingularité  6i  fcxpreilion  de  l'empereur  ,  c'eil 
c'u'il  elt  prouvé  par  les  ouvrages  de  S.  Juilin  ,  de 
Théophile  d'Antioche  ,  de  Clément  d'Alexandrie  , 
&  d'Origene  ,  que  depuis  près  de  fix  vingt  ans  ,  les 
chrétiens  citoicnt ,  au  tems  d'Aurélicn ,  les  ouvra- 
ges de  la  libylle  ,  &  que  quelques-uns  d'entr'eux 
la  traitoient  de  prophétellé. 

Les  livres  Jibyllins  ne  furent  point  ôtcs  du  temple 
d'Apollon  Palatin  par  les  premiers  empereurs  chré- 
tiens. Ils  y  étoient  encore  au  tems  Julien  qui  les  fît 
confulter  en  363  fur  Ion  expédition  contre  les  Per- 
fes  ;  mais  au  mois  de  Mars  de  cette  année  ,.le  feu 
ayant  confumé  le  temple  d'Apollon  ,  on  eut  beau- 
coup de  peine  à  fauver  ces  livres  ,  qu'on  plaça  fans 
doute  dans  quelqu'autre  lieu  religieux:  car  Claudien 
jious  apprend  qu'on  les  confulta  quarante  ans  après 
fous  Honorius  ,  lors  de  la  première  invafion  de  l'Ita- 
lie ,  par  Alaric  en  403.  Ce  poète parleencore  de  ces 
vers  dans  Ion  poème  iur  le  fécond  confulat  de  Sti- 
licon  en  405. 

Il  faut  conclure  dc-là  ,  que  fi ,  comme  le  dit  Ru- 
tilius  Numatianus ,  Stilicon  fit  jctter  ces  livres  au 
feu,  ce  fut  au  plutôt  dans  les  années  406  ,  ou  407. 
Au  relie ,  comme  ce  poète  ,  zélateur  ardent  de  l'an- 
cienne religion  ,  accule  en  même  tems  Stilicon  d'avoir 
appelle  les  barbares ,  6c  d'avoir  détruit  les  versfbyl- 


S  I  B 


'5^ 


lins^  dans  la  vue  de  caufer  la  ruine  de  l'empire,  eit 
lui  enlevant  le  gage  de  fa  durée  éternelle  ;  peut-être 
la  féconde  de  ces  deux  accufations  n'ell  -  elle  pas 
mieux  fondée  qite  la  première. 

Apres  avoir  donné  cette  efpeccd'hifloiredes  livres 
fibyllins^  qui  renferme  tout  ce  qu'on  enfait  d'alTuré, 
je  dois  ajouter  quelques  reraarquesfur  ce  qu'ils  conte- 
noient.  CequeTite-Live  6c  Denis  d'Haï: carnafle  nous 
racontenîtouchantlesdiverlesconriiUations  qu'on  en 
faifoit ,  donne  lieu  de  penfer ,  qu'on  ne  publioit  point 
le  texte  même  des  prédirions  ,  mais  feulement  la 
fubflance  de  ce  qu'on  prétendoit  y  avoir  trouvé  ; 
c'cft-à-dire  ,  le  détail  des  nouvelles  pratiques  reli- 
gleufes  ordonnées  par  la  fibylle  pour  appaifer  les 
dieux.Ccmmc  il  ne  nous  refte  aucun  des  hlfloriens  an- 
térieurs à  la  perte  du  premier  recueil  des  vers  Jibyl- 
lins ,  il  faut  nous  contenter  de  ce  qu'en  difent  1  enis 
&  Tite-Live  ;  &  nous  devons  même  regarder  com- 
me fuppofé  le  long  fragment  des  vers  Jibyllins  ,  rap- 
porté par  Zozime  ,  à  l'occafion  des  jeux  féculaires. 
Ces  vers  qui  dévoient  être  tirés  de  l'ancien  re- 
cueil ,  ne  font  point  d^îns  la  forme  acroftiche  ;  ils 
contiennent  le  nom  de  Rome,  du  Tibre,  de  l'Italie, 
&c.  6c  prefcrivent  les  cérémonies  qui  dévoient  ac- 
compagner les  jeux  féculaires  dans  un  détail  qui 
démontre  la  fuppolition. 

Le  fécond  reçu  eil  compilé  fous  Sy  lia,  nous  efl  un  peu 
mieux  connu ,  &  je  vais  rapporter  ce  que  les  anciens 
nous  en  apprennent,  i*'.  Varron  cité  par  Ladance  y 
allure  ciue  ce  recueil  contenoit  d'abord  mille  vers  au 
plus  ;  6c  comme  Augulle  ordonna  une  féconde  révi- 
fion  ,  qui  en  fît  encore  rejetter  quelques-uns  ,  ce 
nombre  fut  probablement  diminué. 

x°.  Ce  que  difoit  Varron  cité  par  Denis  d'Halicar- 
nafle  ,  qu'on  avoit  regardé  comme  fuppolés  tous  les 
vers  qui  interrompoient  la  fuite  des  acrolliches  , 
montre  que  cette  forme  regnoit  d'un  bout  à  l'autre 
de  l'ouvrage. 

3°.  Cicéron  nous  explique  en  quoi  confifloit  cette 
forme.  Le  recueil  étoit  partagé  en  diverfes  feûions  , 
&  dans  chacune  ,  les  lettres  qui  formoient  le  premier 
vers  ,  fe  trouvoient  répétés  dans  le  même  ordre  au 
commencement  des  vers  fuivans  ;  enforte  que  l'af- 
fem.blage  de  ces  lettres  initiales  devenoit  aufii  la  répé- 
tition du  premier  vers  de  la  feftion  :  acrojUchus  dlci- 
tur  ,  cîim  dànceps  ex  primis  verj'ûs  Utteris  aliquid  con- 

neclitur In  Jibyllïnis  ex  primo  \  erfu  cujufqui 

fcruentice  primis  Utieris  illius  fententix  carmen  omne 
praiextiiur, 
4°.  Les  prédirions  contenues  dans  ce  recueil  étoient 
toutes  conçues  en  termes  vagues  &  généraux  ,  fans 
aucune  délignation  de  tems  ou  de  lieu  ;  enforte  ,  dit 
Cicéron,  qu'au  moyen  de  l'oblcurité  dans  laquelle 
l'auteur  s'eft  habilement  enveloppé  ,  on  peut  a])pli- 
quer  la  même  prédiftion  à  des  événemens  différens  : 
Callide ,  qui  illa  compo/uit ,  perfcdt  ut ,  quodcumque  ac- 
cidijjet ,  prœdiclum  videretur ,  hominjim  &  temporum  </«- 
finitione  fublatd.  Adhibuit  etiam  latebram  obj'curitatis 
ut  iidem  verjus  alias  in  aliam  rcmpojje  accommodari  vi- 
dereniur. 

Dans  le  dialogue  où  Plutarque  recherche  pourquoi 
la  Pythie  ne  répondoit  plus  en  vers ,  Boéthius ,  un  des 
interlocuteurs  qui  attaque  vivement  le  furnatureldes 
oracles,  oblerve  dans  les  prédirions  de  Mulée  ,  de 
Bacis  &  de  la  Sibylle  ,  les  mêmes  défauts  que  Cicé- 
ron avoit  reprochés  aux  vers  Jibyllins.  Ces  auteurs 
de  prédirions  ,  dit  Boéthius  ,  ayant  mêlé  au  halard 
des  mots  &  des  phrafes  qui  conviennent  ;\  des  évé- 
nemens de  toute  cfpece  ,  les  ont ,  pour  ainfi  dire , 
verlés  dans  la  mer  d'un  tems  indéterminé:  ainli  lors 
même  que  l'événement  femble  vérifier  leurs  prophé- 
ties ,  elles  ne  ccflent  pas  d'être  faufles ,  parce  que 
c'ell  au  hafard  feul  qu'elles  doivent  leur  accomplil-. 
fement. 


\ 


i6o 


S  I  B 


Plutarquc  nous  a  confcrvc  dans  la  vie  de  Dcmof- 
thène  ,  un  de  ces  oracles  qui  couroient  dans  la  Grèce 
Ibus  le  nom  de  la  SihylU  ;  c'efl  à  l'occalion  de  la  dé- 
foite  des  Athéniens ,  près  de  Chéronée  ;  on  étoit,  dit 
Plut:irque,  dans  une  grande  inquiétude  avant  la  ba- 
taille ,  à  caulé  d'un  oracle  dont  tout  le  inonde  s'en- 
tretenoit  :  •>  PuilTai-je  ,  dilblt-il ,  m 'éloigner  de  la 
>>  bataille  du  Thermodon  ,  &:  devenir  un  aigle  pour 
»  contempler  du  haut  des  nues  ce  combat,  où  le  vain- 
»  eu  pleurera,  &  où  le  vainqueur  trouvera  fa  perte  >>, 
'Il  étoit  bien  difficile  d'appliquer  cet  oracle  à  la  défai- 
te de  Chéronée  ;  i".  il  talloit  trouver  un  Thermo- 
don  auprès  du  champ  de  bataille  ;  &  Piutarque  qui 
ctolt  de  Chéronée  même  ,  avoue  qu'il  n'a  pu  décou- 
vrir dans  les  environs  de  cette  ville  ,  ni  ruilfeaux,  ni 
torrent  de  ce  nom.  z".  Le  vainqueur  ne  trouva  point 
ia  perte  à  cette  bataille ,  &  même  il  n'y  fut  pas  blefle. 

Lovfqu  on  examinera  les  prédictions  des  oracles 
les  plus  accrédités  ,  celles  de  la  Pythie ,  de  Mufée  , 
de  Bacis  ,  de  Vdfibyllc  ,  ikc.  rapportées  dans  les  an- 
ciens ,  on  trouvera  toujours  que  Cicéron  ,  liv.  II.  tu 
6  G.  di  dh'inat.  a  raifon  de  dire  ,  que  celles  qui  n'ont 
V  pas  été  faites  après- coup  ,  étoient  obfcures  &  équi- 
voques ,  &  que  fi  quelques  -  unes  n'avoient  pas  été 
démenties  par  l'événement,  c'étoient  au  halard  qu'el- 
les le  dévoient. 

Quelque  abfurdes  que  fufîent  les  conféquences 
que  les  partifans  du  furnaturel  de  la  divination  fe 
trouvoient  obligés  de  foutenir  dans  les  controverfes 
philofophiques,  ils  étoient  excufables  jufqu'àun  cer- 
tain point/ Le  principe  qu'ils  défendoient  ,  faifoit 
chez  eux  une  partie  efiientielle  de  la  religion  commu- 
ne ;  ce  principe  une  fois  admis,  l'abfurdiîé  des  con- 
féquences ne  devoir  point  arrêter  des  hommes  reli- 
gieux. Mais  que  dire  de  ces  rufés  politicpes  ,  qui 
pour  couvrir  les  deffeins  de  leur  ambition,  forgeoient 
à  leur  gré  des  Qx-&.zXtsfLbyUins?  C'eft  ainfi  que  P.  Len- 
tulus  Sura,  un  des  chefs  de  la  conjuration  catilinaire 
n'eut  point  de  honte  de  femer  comme  vraie ,  une  pré- 
tendue prédiftion  des  fibylles  ,  annonçant  que  trois 
Cornéliens  jouiroient  à  Pvome  de  la  fouveraine  puif- 
fance. 

Sylla  &  Cinna,  tous  deux  de  la  famille  Cornélien- 
ne ,  avoient  déjà  vérifié  une  partie  de  la  préditlion. 
Lentulus  qui  étoit  de  la  niênre  famille ,  répandit  dans 
le  public  que  l'oracle  devoit  avoir  fon  accompliiïe- 
ment  dans  fa  perfbnne  ;  &  peut-être  eùt-il  réulli  fans 
l'heureufe  prévoyance  de  Cicéron,  qui  fît  mentir  l'o- 
racle. 

Pompée  voulant  rétablir  Ptolomée  Auletès  dans 
fon  royaume  d'Egypte  ,  la  faÛion  qui  étoit  contraire 
à  ce  puiffant  citoyen,  prit  le  parti  d'inventer  une  pré- 
diction fibyUine  qui  portoit,  qu'au  cas  qu'un  roi  d'E- 
gypte eût  recours  aux  Romains  ,  ils  dévoient  l'aiîif- 
ter  de  leur  protection  ,  fans  lui  fournir  de  troupes. 
Cicéron  qui  foutenoit  le  parti  de  Pompée,  favoit  bien 
que  l'oracle  étoit  fuppolé  ;  mais  perluadé  qu'il  étoit 
plus  fage  de  l'éluder  que  de  le  réfuter  ,  il  fît  ordon- 
ner au  proconful  d'Afrique ,  d'entrer  en  Egypte  avec 
fon  armée,  de  conquérir  ce  pays,  &;  d'en  gratifier 
Ptolomée  au  nom  des  Romains. 

Jules-Céfar  s'étant  emparé  de  l'autorité  fouveraine 
fous  le  nom  de  dïclatzur,  les  partifans  qui  cherchoient 
à  lui  faire  déférer  la  qualité  de  roi ,  répandirent  dans 
le  public  un  nouvel  ov^cXq  JîbyUin  ,  félon  lequel  les 
Parthes  ne  pouvoient  être  affujettis  que  par  un  roi 
des  Romains.  Le  peuple  étoit  déjà  déterminé  à  lui 
en  accorder  le  titre ,  6c  le  fénat  fe  trouvolt  contraint 
d'en  figner  le  décret  ,  le  jour  même  que  Céfar  fat 
a/laiTîné. 

Enfin  cet  abus  de  faire  courir  dans  Rome  &  dans 
toute  l'Italie  des  prédirions  ftbyllincs  ,  alla  fi  loin  , 
qucTibere  tremblant  qu'on  n'en  répandît  contre  lui, 
4*;fendit  à  qui  que  ce  fût  d'avoir  auciua  papier  de  pré- 


S  I  B 

di&'ions  Jîbyllines  ,  ordonnant  à  tous  ceux  qui  en  au- 
roient  de  les  porter  dans  le  jour  même  au  préteur  : 
Jiinid  commoneficit  ^  Tiberius  ,  quia  muLta  varia fid>  no- 
mim  cchbii  vulgabantur  ^funxijj'é  Jugujhim^  quaii  in- 
trà  dicm  ad prcctorcm  urbanum  dcfcrrcniur  ,  juquc  habcrc 
prhatirn  iiccret. 

Ce  qui  caufem.on  étonnement,  n'efl:  pas  de  voir 
que  les  Romains  crulTent  aux  oracles  des  iibvUes,  c'é- 
toit  un  principe  de  leur  religion  ,  quelque  ridicule 
qu'il  fût  en  lui-même  ;  mais  je  fuis  toujours  flirpris 
que  dans  des  tems  éclairés  ,  tel  qu'étoit  la  fin  du  der- 
nier liecle  ,  la  queltion  du  furnaturel  des  oracles  eût 
encore  bcloin  d'être  traitée  férieufement ,  &  qu'une 
opinion  fi  folle  &  contredite  par  les  fahs  mêmes  fur 
lefquels  on  la  fordoit  dans  le  paganifme ,  ait  trouvé 
de  nos  jours ,  pour  ainfi  dire,  &  dans  le  fein  du  chrif- 
tianifme ,  des  défenfeurs  irès-zélés.  (  Le  chevalier  DE 

J AU  COURT. 

Sibyllins  ,  livres  ,  {Hifî.  eccicf.')  l'ouvrage  mo- 
derne qui  nous  eft  parvenu  fous  ce  nom,  efl  une  com- 
pilation informe  de  prophéties  différentes,  fuppofées 
la  plupart  vers  le  premier  ou  le  fécond  fiecle  du  chri- 
ftianifine,  par  quelques-uns  de  ces  hommes,  qui  joi- 
■  gnant  la  fourberie  au  fanatifme  ,  ne  font  point  fcru- 
pule  d'appeller  le  menfonge  &  l'impofîure  aufecours 
de  la  vérité. 

Les  livres  ou  \'trs f.hyllins  dont  nous  parlons,  font 
encore  remplis  de  chofes  contre  l'idolâtrie  &  la  cor- 
ruption des  mœurs  des  payens,  mais  on  a  eu  foin  pour 
accréditer  ces  prophéties  ,  d'y  inférer  plafieurs  cir- 
conilances  véritables  que  fournifîoient  les  anciennes 
hifioires  qui  fubfiftoient  alors ,  &  que  la  barbarie  des 
fiecles  poitérieurs  a  détruites.  Il  eft  auflî  fait  mention 
dans  ces  vers  ,  d'une  comète  que  l'auteur  annonce 
devoir  précéder  certains  événemens  qu'il  prédit  à- 
coup-sûr  ,  puifqu'ils  étoient  arrivés  ainli  que  la  co- 
mète ,  plufieurs  fiecles  avant  lui  ;  mais  on  attend  fars 
doute  de  nous  quelques  détails  de  plus  fur  cette  col- 
ledion  des  vers/ibyl/ins. 

Elle  efl  dJvilée  en  huit  livres ,  &  a  été  imprimée 
pour  la  première  fois  en  i  545  fur  des  manufcrits,  6c 
publiée  plufieurs  fois  depuis  avec  d'amples  commen- 
taires ,  furchargés  d'une  érudition  fouvent  triviale  , 
&  prefque  toujours  étrangère  au  texte  que  ces  com- 
mentaires éclairciffent  rarement.  Les  ouvrages  com- 
pofés  pour  &  contre  l'authenticité  de  ces  Vivresjibyl- 
L'ms  ,  font  en  très -grand  nombre,  &  quelques-uns 
même  très-favans  ;  mais  il  y  règne  fi  peu  d'ordre  6c 
de  critique,&;  leurs  auteurs  étoient  tellement  dénués 
de  tout  efprlt  philoîophique,  qu'il  ne  relteroit  à  ceux- 
qui  auroient  eu  le  courage  de  les  lire ,  que  l'ennui  & 
la  fatigue  de  cette  ledure. 

Le  f  avant  Fabricius ,  dans  le  premier  livre  de  fa  bi- 
bliothèque grecque  ,  donne  une  efpece  d'analyfe  de 
ces  difîerens  ouvrages  ,  à  laquelle  il  joint  une  notice 
allez  détaillée  des  huit  Xwxqs  fibylUns.  On  peut  y 
avoir  recours  ;  c'efl  affez  de  nous  borner  dans  cet 
article  à  quelques  obfervations  générales  fur  ces  huit 
YiyïQsJibyU'uis  modernes. 

I  °.  Il  eft  vifible ,  qu'ils  ne  font  autre  chofe  qu'une 
miférable  compilation  informe  de  divers  morceaux 
détachés  ,  les  uns  dogmatiques  ,  les  autres  fuppofés- 
prophétiques  ,  &  ceux-ci  toujoiirs  écrits  depuis  les 
événemens  ,  &  le  plus  fouvent  chargés  de  détails  fa- 
buleux ou  du  moins  peu  afTurés. 

z°.  Il  eft  encore  certain  que  tous  ces  morceaux 
font  écrits  dans  une  vue  abfolument  différente  de 
celle  que  s'étoient  propofée  les  auteurs  des  vers  qui 
compofbient  le  premier  6c  le  fécond  des  deux  fe- 
cueils  gardés  à  Rome.  Les  anciens  veYs/iby/lins\yTiiel'- 
crivolent  les  facrifîces  ,  les  cérémonies  ,  &  les  tbi&S 
par  lefquelles  les  Romains  pouvoient  appaifer  le  cou- 
roux  des  dieu:-:  qu'ils  adoroient.  Le  recueil  moderne 
eit  au  contraire  rempli  de  déclamations  très -vives 
:  <;.;  ji-.'ij .  ...,..'..;         cor^tf* 


s  î 


torttre  le  poïythéifme  &  tontre  l'idolâtrie  ;  &  par- 
tout on  y  établit ,  ou  du  moins  on  y  fuppofe  l'unité 
de  Dieu.  Prefque  aucun  de  ces  morceaux  n'a  pu  lor- 
tir  de  la  plume  d'un  payen  ;  quelques-uns  peuvent 
avoir  été  faits  par  des  Juifs  ,  mais  le  plus  grand  nom- 
bre refpire  le  chriftianifme  ;  il  fufnt  de  les  lire  pour 
s'en  convaincre. 

3°.  Les  prédirions  des  vers  Jîfyllins  confervés  à 
Rome ,  &  celles  qui  étoient  répandues  dans  la  Grèce, 
dès  le  tems  d'Ariftophane  &C  de  Platon ,  étoient ,  com- 
me l'obfervent  Cicéron  &  Boëthus ,  des  prédirions 
vagues ,  applicables  à  tous  les  tems  &  à  tous  les  lieux  ; 
elles  fe  pouvoientajufter  avec  des  événemens  oppo- 
fés  :  ut  idiiH  verfus  allas  in  al'uim  rem  poffi  accomodari 

videnntur k/  ,  qttodcumqiu  accidijjcc  ,  pradiclum 

vidtruiir.  Au  contraire  dans  la  nouvelle  coUeâiion 
tout  cft  fi  bien  circonftancié  ,  qu'on  ne  peut  fe  mé- 
prend'"e  aux  faits  que  l'auteur  avoit  en  vue.  S'il  ne 
nomme  pas  toujours  les  villes  ,  les  pays  &  les  peu- 
ples dont  il  veut  parler  j  il  les  déligne  fi  clairement 
«qu'on  ne  fauroit  les  méconnoître,  &:  le  plus  fouvent  il 
indique  le  tems  où  ces  chofes  font  arrivées  d'une  ma- 
nière qui  n'eft  point  fufceptible  d'équivoque. 

4°,  Les  anciens  oracles  fibyllïns  gardés  à-  Rome 
étoient  écrits  de  telle  forte  qu'en  réuniffant  les  let- 
tres initiales  des  vei's  qui  compofoient  chaque  arti- 
cle ,  on  y  retrouvoit  le  premier  vers  de  ce  môme 
iarticle.  Le  nouveau  recueil  n'offre  aucun  exemple 
de  cette  méthode  ,  car  l'acroiliche  inféré  dans  le 
huitième  livre  ,  &  qui  eft  emprunté  d'un  difccurs  de 
i'empercur  Coniîantin ,  ell  d'une  efpece  différente. 
Il  conlirte  en  trente-quatre  vers ,  dont  les  lettres  ini- 
tiales forment  !'««•»?  xp/ç-c?  <d-fS  vl^  <so^^  ç-otùpo? ,  mais 
CCS  mots  ne  fe  trouvent  point  dans  le  premier  vers. 

5".  Les  nouveaux  -wqxs  fibylUns  contiennent  des 
chofes  qui  n'ont  pu  être  écrites  que  par  un  homme 
inlîruit  des  dogmes  du  Chrillianilme  ,  &  des  détails 
de  l'hiftoire  de  Jefus-Chrift  rapportés  par  les  évan- 
géliftes.  L'avUeur  fe  dit  même  dans  un  endroit  enfant 
tiuChrijI  :  ailleurs  il  affîire  que  ce  Chriftefl  le  fils  du 
Très -haut,  &  il  défigne  fon  nom  par  le  nombre 
888,  valeur  numérale  des  lettres  du  mot  l'as-ssç  dans 
l'alphabet  grec. 

6°.  Quoique  les  morceaux  qui  forment  ce  recueil 
pulffent  avoir  été  compofés  en  différens  tems  ^  celui 
auquel  on  a  mis  la  dernière  main  à  la  compilation  fe 
trouve  clairement  indiqué  dans  le  cinquième  &  dans 
le  huitième  livre.  On  fait  dire  à  la  fibylle  que  l'em- 
pire romain  aura  quinze  rois  :  les  quatorze  premiers 
font  défignés  par  la  valeur  numérale  de  la  première 
lettre  de  leur  nom  dans  l'alphabet  grec.  Elle  ajoute 
que  le  quinzième  ,  qui  fera ,  dit'on,  un  homme  à  tiu 
blanche ,  portera  le  nom  d'une  mer  voifine  de  Rome  : 
le  quinzième  des  empereurs  romains  efl  Hadrien  , 
&  le  golfe  adriatique  eft  la  mer  dont  il  porte  le  nom. 
De  ce  prince  ,  continue  la  fibylle  ,  il  en  fortira  trois 
autres  qui  régiront  l'empire  en  même  tems  ;  mais  à 
la  fin  ,  un  feul  d'entr'cux  en  refiera  poffeffeur.  Ces 
trois  rejettons  ,  «ActiTc/,  comme  la  fibylle  les  appelle, 
font  Antonln  ,  Marc-Aurele  &  Luclus-Vérus ,  &  elle 
fait  allufion  aux  adoptions  &  aux  afîbciations  qui  les 
unirent.  Marc-Aurele  fe  trouva  feul  maître  de  l'em- 
pire il  la  mort  de  Lucius-Vérus,  arrivée  au  commen- 
cement de  l'an  169  ,  &  il  le  gouverna  fins  collègue 
l'an  177, qu'il  s'afïbcia  fon  fils  Commode. Comme  il 
n'y  a  rien  qui  puifTe  avoir  quelque  rapport  avec  ce 
nouveau  collègue  de  Marc-Aurele ,  il  eft  vifible  que 
la  compilation  doit  avoir  été  faite  entre,  les  années 
169  &  177  de  Jefus-Chrirt. 

7*^.  On  trouve  encore  un  autre  caraOere  chrono- 
logique ,  mais  moins  précis  dan-:  le  huitième  livre. 
Il  y  cft  dit  que  la  ville  de  Rome ,  rùy^ji ,  liibfiftera  pen- 
dant neuf  cens  quarante-huit  ans  feulement,  fuivant 
la  valeur  des  lettres  numérales  de  fon  nom 


,  après 


S  î  B         î5î 

quoi  elle  deviendra  une  nni7e  ,  pj;^;,.    Cette  M^ 
truébon  de  Rome  eft  annoncée  dans  prefque  toi) s 
les  livres  du  recueil,  mais  fa  date  n'eft  marquée  qu'en 
ce  leul  endroit.  Nous  lifons  dans  l'hifloire  de  Dion  . 
qu'au  tems  de  Tibère  il  courut  fur  la  durée  de  Rom- 
une  prédiéhon  attribuée  à  la  fibylle  ,  où  cette  durée 
étoit  fixxe  A  neuf  cens  ans.  Cet  oracle  attira  l'atten- 
tion de  Tibère  ,  &  occafionna  une  nouvelle  recher- 
che des  vers  fibyllins  confervés  par  les  particuliers; 
cependant  on  ne  comptoit  alors  que  l'an  772  de  la 
fondation  de  Rome  ,  &  on  ne  devoit  pas  être  fort 
alarmé.  Cette  réflexion  de  l'hiftorien  nous  montré 
que  l'addition  de  quarante-huit  ans  avoit  été  faite  à 
deffein  par  quelqu'un  qui  écrivoit  après  l'an  900  de 
Rome,  148  de  Jelus-Chrift ,  mais  avant  l'an  196  :  la 
valeur  numérale  des  lettres  du  mot  vâjM^  étoit  fans 
doute  ce  qui  l'avoit  déterminé  à  préférer  le  nombre 
de  948. 

Joiephe  ,  dans  fes  antiquités  judaïques  ^  liv.  XX, 
chap.  xyj.  compofées  depuis  les  livres  de  la  guerre 
des  juifs  &  vers  ia  treizième  année  de  Domitien  l'an 
93  de  l'ère  vulgaire,  cite  un  ouvrage  de  la  fibylle 
où  l'on  parloit  de  la  tour  de  Babel  &  de  la  confufion 
des  langues  ,  à-peu-près  comme  dans  la  Genèfe  ;  fi  ^ 
dans  le  tems  auquel  écrivoit  Jofephe  ,  cet  ouvra'^e 
de  la  fibylle  n'eût  pas  déjà  paffé  pour  ancien  ,  s^ii 
n'eût  pas  été  dans  les  mains  des  Grecs  ,  l'hifiorien 
juif  ne  l'auroit  pas  cité  en  confirmation  du  récit  dé 
Moife.  Il  réfulte  de-là  que  les  Chrétiens  ne  font  pas 
les  premiers  auteurs  de  la  fuppofition  des  livres/.' 
4y//wî.  Jofephe  ne  rapportant  pas  les  paroles  mêmes 
de  la  fibylle  ,  nous  ne  fommes  plus  en  état  de  véri- 
fier fi  ce  qui  eft  dit  de  ce  même  événement  dans  no^ 
tre  collecHon  étoit  tiré  de  l'ouvrage  que  cite  Jo- 
fephe ;  mais  on  efl  fur  que  plufieurs  des  vers  attri- 
bué'- à  la  fibylle  dans  l'exhortation  qui  fe  trouve  par- 
mi les  œuvres  deS.  Juflin,  dans  l'ouvrage  de  Théo* 
philed'Antioche,  dans  Clément  d'Alexandrie,  &dans 
quelques  autres  pères  ,  ne  fe  lifent  point  dans  notre 
recueil  ;  &  comme  la  plupart  de  ces  vers  ne  portent 
aucun  caraftere  de  chrillianilme  ,  il  feroit  poffible 
qu'ils  fuffent  l'ouvrage  de  quelque  juif  platonifant.  ' 

Lorfqu'on  acheva  fous  M.  Aurele  la  compilation 
des  VQtsfibyllins  ,  il  y  avoit  déjà  quelque  tems  que 
les  fibylles  avoient  acquis  un  certain  crédit  parmi 
les  Chrétiens.  Nous  en  avons  la  preuve  dans  deux 
paffages  de  Celle,  &  dans  les  réponfes  que  lui  fait 
Origene.  Celle  qui  écrivoit  fous  Hadrien  &  fous  fes 
fucceffeurs  ,  parlant  des  différentes  feftes  qui  partà" 
geoient  les  Chrétiens  ,  fuppofoit  une  fede  de  Sibyl- 
lijhs  ;  fur  quoi  Origene  obferve  qu'à  la  vérité  ceux 
d'entre  les  Chrétiens  qui  ne  vouloient  pas  regarder 
la  fibylle  comme  une  prophétefié  ,  défignoie'nt  par 
ce  nom  les  partifans  de  l'opinion  contraire  ;  mais 
qu'on  n'avoit  jamais  connu  de  fe£les  particulières  des 
Sibyllips.  Celle  reproche  aux  Chrétiens  dans  le  fé- 
cond paflage  d'avoir  corrompu  le  texte  des  yersjî^ 
byllins,  defquels,  leur  dit-il,  quelques-uns  d'entre 
vous  emploient  les  témoignages ,  îixfoyrct)  tiV*?  Ù/j.ui  $ 
&  vous  les  avez  corrompus,  ajoute-t-il,  pour  y  met- 
tre des  blafphèmcs.  Il  entendoit  par-là  fans  doute  les 
invedives  contre  le  poïythéifme  &  contre  l'idolâtrie* 
Origene  fe  contente  de  répondre  au  reproche ,  ea 
défiant  Celfe  de  produire  d'anciens  exemplaires  non- 
altérés. 

Ces  paffages  de  Celfe  &  d'Origenc  fcmblent  prou* 
ver  deux  chofes  ;  i"*.  que  l'authenticité  de  ces  pré* 
dirions  n'étoit  point  alors  mile  en  queftion  ,  &t 
qu'elle  étoit  également  fiîppofée  par  les  païens  î?v'  par* 
les  Chrétiens  ;  i°.  que  parmi  ces  derniers  il  y  ea 
avoit  feulement  quelques-uns,  T.ieî ,  qui  rcgardoient 
les  fibylles  commr;  des  prophételfes  ,  &c  que  les  au- 
tres chrétiens  blâmant  la  fiin]>licité  de  ces  homm.s 
crédules  ,  leur  donnoient  Tépithctc  de  S:hyliijicsi 

X 


ï6i 


S  I  C 


Plutarque  qui  vlvolt  prefque  dans  le  mô^e  te^ns , 
appelle  ainfi ,  dans  la  vie  de  Manus  ,  es  mterprctes 
des  prcdiaionsdc  la  hbyUe,  ou  les  chrehnologucs. 


ues  prcdictionsac  ui  iioy--- ,  •     .w 

Ccux  qui  ont  avancé  que  les  païens  donnoient  à  tous 
les  Chrétiens  le  nom  de  Sihyllijlcs  ,  n  ont  compris  e 
vrai  (eus  ni  du  reproche  de  Celle  ,  m  de  la  rcponle 

^  ^'opinion  favorable  aux  fibyllcs  qui ,  de  l'aveu  de 
Celfc  étoit  d'abord  celle  d'un  allez  petit  nombre  de 
Chrétiens,  devint  peu -à- peu  ropimon  con^mme. 
Les  vers  Ûhl^ins  paroiflant  tavoraoles  au  Chnltia- 
niiiue  ,  on  les  employoit  dans  les  ouvrages  de  con- 
troveric  avec  d'autant  plus  de  conhance  que  es 
Païens  eux-mOmes,  qui  reconnoiiloient  les  liDy  les 
pour  des  femmes  infpirées  ,  fc  retranchoient  a  dire 
que  les  Chrétiens  avoicnt  fallllic  leurs  écrits  ,  quel- 
non  de  fait  qui  ne  pouvoit  être  décidée  que  par  une 
comparaifondesdiiTércnsmanulcnts,  que  tres-peu 
de  gens  étoient  en  état  de  taire.  ,    ,  V  • 

Les  re«les  de  la  critique  &  même  celles  de  la  lama 
loeique  ctoient  alors  peu  connues  ,  ou  du-moins 
très-nésllcées  :  à  cet  égard,  les  plus  célèbres  philo- 
Ibphcs  du  paganifme  n'avoient  aucun  avantage  lur 
le  commun  des  auteurs  chrétiens.  Il  futtira  a  en  ci- 
ter pour  exemple  les  dialogues  &  les  traites  dogma- 
tiques de  Plutarque  ,  qui ,  malgré  ce  grand  fens  dont 
on  le  loue  ,  ne  paroit  jamais  occupe  que  de  la  crainte 
d'omettre  quelque  choie  de  tout  ce  qu  on  peut  dire 
de  vrai  &  de  faux  fur  le  fujet  qu'il  traite.  Ce  même 
défaut  règne  dans  les  ouvrages  de  ceux  qui  lont  ve- 
nus après  lui.  Celfe  ,  Paufanias  ,  Philoftrate  ,  Por- 
phyre ,  l'empereur  Julien  ,  en  un  mot,  tous  les  au- 
teurs païens  n'ont  ni  plus  de  critique ,  ni  plus  de  mé- 
thode que  Plutarque.  On  les  voit  tous  citer  lous  le 
nom  à!Orphci ,  de  Mufîi ,  à'Eumolpe  ,  &  des  autres 
poètes  antérieurs  à  Homère  ,  des  ouvrages  fabriqués 
par  les  nouveaux  Platoniciens  ,  &  donner  comme 
authentiques  des  oracles  fuppofés  par  ces  mêmes  phi- 
lofophes ,  ou  plutôt  par  les  feftateurs  du  nouveau 
Pythagorifme  ,  ou  de  lafedle  orphique  ,  qui  joignoit 
les  dogmes  égyptiens  &  chaldéens  à  quelques  points 
de  l'ancienne  doarine  dePythagore. 

Comme  les  auteurs  de  ces  oracles  &  de  ces  vers 
phliofophiques  fuppofoient  la  fpiritualité  ,  l'infinité  , 
la  toute-puiffance  du  Dieu  fuprème  ,  que  plufieurs 
blâmoient  le  culte  des  intelligences  inférieures,  con- 
damnoient  les  facrifices  &  faifoient  quelquefois  al- 
îufion  à  la  Trinité  platonicienne ,  parlant  d'un  Pcre  , 
d'un  Fils ,  d'un  E/prit ,  les  Chrétiens  crurent  qu'il 
leur  étoit  permis  d'employer  ces  autorités  dans  la 
controverfe  avec  les  païens ,  pour  les  battre  par  leurs 
propres  armes.  Mémoires  des  Infcripiions  ,  t.  XXIII. 

{D.  J.) 

SIC  A  ,  {Aimc<:  des  Romains.)  JIca  étoit  une  petite 
épée  courbée  en  forme  de  faulx  ,  comme  la  portoicnt 
les  Thraces.  Le  gloilaire  grec  le  dit/c.-z ,  b^'u.y.i:-.-A-  |;- 
çlç  iTtiKÙix-TTii  ^  fica  ,  épée  thracienne  fort  courbée; 
c'efl  pourquoi  Capitolin  appelle  Maximinus  qui  étoit 
en  Thrace  .^ficilatum  latronem.    (^  D.  J.) 

SICAIRE  ,  f.  m.  {Hi fi.  juive.)  les  Juifs  de  Céfarée 
pilloient  ,  commettoient  toutes  fortes  de  briganda- 
ges ,  &  l'on  donnoit  le  nom  Ac ficaires  aux  plus  cruels 
d'entr'eux  ,  à  caufc  qu'ils  portoicnt  de  courtes  épécs 
comme  celles  des  Perfes ,  &  courbées  comme  le  poi- 
gnard que  les  Romains  nommant  Jjca.  Ils  fe  mêioient 
ordinairement  dans  les  jours  de  fcte  avec  le  peuple 
qui  fe  rendoit  à  Jérufalcm  j^ar  dévotion ,  &  en  tuoient 
plufieurs  au  retour.  Ils  attaquoient  les  villages  de 
ceux  qu'ils  haiffoient ,  les  pilloient  &  y  mettoient  le 
feu.  {D.J.) 

SICAMDRES,  {Géogr.  anc.)  Sicamhn  ,  peuples 
de  la  Germanie.  Leur  nom  cil  diftércmment  écrit 
dans  les  anciens  auteurs.  Ccfar  dit  ordinairement  .Si- 
êambri ,  quoique  dans  quelques  manufcrits  on  life 


S  I   C 

Sig.iifTi-ri.  Suétone  ,  Florus,  Horace  ,  Martial ,  Sidô- 
nius  Apolllnaris  &  Claudicn  lifcnt  afTez  générale- 
ment Sictunbri.  Strabon  ,  Plutarque  &  Tacite  dlfent 
Sue;ambri. 

On  convient  que  ces  peuples  furent  ainfi  nommés 
du  fleuve  Sigus  ou  Scgus,  la  Siga.  Ils  s'avancèrent 
de-làversle  Rhin  ;  car  du  tems  deCéfarils  étoient 
voilins  de  ce  ?iQWVC .,Sicambri qui proxi/ni  funt Rheno. 
Ils  étendirent  enfuite  leurs  limitts  jufqu'auWefer. 
Ce  fut  un  peuple  puiÛ'ant  &  nombreux,  le  plus  con- 
fidérable  des  Illévons  ,  &  qui  pafToit  pour  le  plus 
belliqueux  de  la  Germanie  :  on  fait  la  réponfe  fiere 
qu'ils  rirent  à  l'olTicier  que  Céfar  leur  avoir  envoyé  , 
pour  leur  demander  qu'ils  lui  livraient  la  cavalerie 
des  Ulipetes  qui  s'étoit  retirée  fur  hurs  terres.  Ils 
lui  dirent  que  l'empire  romain  riniffoit  au  Rhin  ,  & 
qu'il  n'avolt  rien  à  voir  dans  la  Germanie.  Céfar  ou- 
tré de  cette  réponfe  ,  fit  faire  un  pont  ilir  ce  fleuve. 
L'ouvrage  fut  achevé  en  dix  jours.  L'armée  romaine 
marcha  contre  les  Sicawbres  ,  qui  fe  retirèrent  dans 
les  bois ,  réfolas  de  s'y  défendre  s'ils  y  étoient  atta- 
ques. Céfar  n'ayant  ofé  l'entreprendre  ,  fe  contenta 
de  ravager  leurs  terres,  après  quoi  il  repaffa  le  Rhin, 
&  rit  rompre  le  pont  qu'il  y  avolt  fait  conllruire. 

hesSicambres  paroilTent  avoir  été  partagés  en  trois 
nations  ;  celle  des  Ufipetes,  celle  des  Taneteres  & 
celle  des  Brufleres.  Les  Ulipetes  ayant  été  chaffés  de 
leur  pays  par  les  Cattes ,  furent  errans  pendant  quel- 
que tems  ;  une  partie  pafla  dans  les  Gaules  où  elle  fut 
défaite  par  Céfar  ;  ceux  qui  échappèrent  après  le 
combat ,  s'étant  joints  aux  autres  ,  vinrent  s'établir 
dans  cette  contrée  des  Sicambres ,  qui  forme  préfen- 
tement  le  comté  de  la  Marck  &  une  partie  de  la  Weft- 
phalie.  Ils  furent  fubjugués  par  Drufus  l'an  743  de 
Rome  ,  &  ne  voulurent  pas  lliivre  les  autres  Sicam- 
bres dans  la  Gaule  Belgique  ,  les  duchés  de  Guadnes 
&  de  Cleves. 

Les  Teneteres  ayant  été  chaffés  de  leur  pays , 
comme  les  Ufipetes ,  par  les  mêmes  ennemis ,  eurent 
la  même  deftinée  ,  «k  s'arrêtèrent  avec  eux  dans  le 
pays  des  Sicambres,  qui  leur  en  affignerent  une  affez 
grande  étendue  entre  les  Uripetes  ,  les  Brufteres  & 
les  Ubiens  ,  ce  qui  forme  à-préfent  une  partie  de  la 
^yeflphalie  &  du  duché  de  Berg ,  &  quelque  peu  du 
côté  de  la  Marck.  Ils  palfoient  pour  les  meilleurs  ca- 
valiers de  la  Germanie.  C'étoit  leur  paffion  ,  &  on 
remaraue  dans  l'hiitoire  qu'ils  aimoient  tellement  les 
chevaux  ,  que  l'aîné  des  enfans  avoit  le  privilège  de 
choifir  le  cheval  qui  lui  plaifoit  dans  l'écurie  de  fon 
père.  LesSueves  les  chaflTerent  de  ce  pays  ,  ce  qui  les 
obligea  de  palfer  le  Rhin ,  &  de  fe  réfugier  parmi  les 
Ménapicns. 

Les  Brudcres  habitèrent  originairement  entre  les 
Angrivariens  &  les  Chamaves.  Ils  étoient  divilés  en 
grands  &  petits.  Ceux-là  occupoient  partie  de  l'Over- 
Iffel,  &  les  évêchés  de  M;inlier  &  dePaderborn.  Les 
petits  demeuroient  vers  la  fource  de  l'Ems ,  dans  une 
partie  de  l'évêché  de  Paderborn  &  dans  les  comtés 
de  Lippe  &  de  Rieteberg.  Ce  pays  avoit  été  habité 
auparavant  par  les  Juhons. 

Les  Angrivariens  &  les  Chamaves  s'étant  emparés 
des  terres  des  Bruiteres  ,  ceux-ci  vinrent  occuper  la 
contrée  des  Sicambres,  qui  s'étendoit  le  long  de  la 
rivière  de  Segus  qui  renferme  aujourd'hui  partie  du 
duché  de  Berg  ,  de  l'archevêché  de  Trêves  &  de  la 
Vétéravie.  SegoJunum  ,  qu'on  prétend  êtreSiegen  , 
étoit  leur  demeure  la  plus  remarquable. 

Ces  trois  peuples  auxquels  d'autres  fe  joignirent , 
quittèrent  le  nom  de  Sicambres  vers  la  décadence  de 
l'empire  romain  ,  pour  prendre  celui  de />fl/zt: y.  Ils 
occupoient  alors  tout  ce  qui  étoit  entre  l'Océan  & 
le  Meyn  ;  &:  comme  le  pays  étoit  extraordinairemcnt 
peuplé  ,  une  partie  paffa  dans  la  Gaule  Belgique,  & 
y  jetta  les  fondeiaens  de  la  monarchie  françoife  ;  les 


S' 


t 

JL 


autres  demeurèrent  dans  la  Germanie,  &  furent  dif- 
tingués  par  le  furnom  de  Francs  orientaux ;c'qÛ.  d'eux 
qu'eft  dérivé  le  nom  de  Fmnconie  qui  étoit  la  France 
orientale ,  dont  une  partie  a  confervé  le  même  nom 
de  Franconie.  (  Le  Chevalier  DE  JaucoURT.') 

SICAMOR,  f.  m.  {terme  de  Blafon.^  c'eïl  un  cer- 
teau  ou  cercle  lié  comme  celui  d'un  tonneau.  On 
voit  des  écus  de  fable  à  wnjicamor  d'or.  (Z).  /.) 

SICANDRO ,  ÎLE ,  (Géog.  TTwd.yiXQ  imaginaire  de 
la  mer  Egée;  nous  n'avons  jamais  fu  la  trouver  dans 
i'Archipel,  dit  Tournefort ,  ni  même  en  apprendre 
aucune  nouvelle:  les  nouveaux  voyageurs  n'ont  pa§ 
été  plus  heureux,  (Z>.  /.) 

SICANIENS,  LES,  (Gê'o^.  anc.)  ou  les  SICANES, 
Sicani,  peuples  de  Sicile,  qui  en  occupoient  la  par- 
tie occidentale.  Ce  peuple ,  fuivant Thucydide ,  etoit 
originaire  de  l'Ibérie ,  &  venu  des  bords  du  fleuve 
Sicanus ,  que  les  écrivains  poftérieurs  ont  appelle 
Sicorisy  6c  que  nous  nommons  Segro.  Thucydide  ne 
donne  pas  ceci  comme  une  fimple  tradition ,  mais 
comme  un  fait  inconteftable.  Ephorus  au  rapport  de 
Strabon  ,  &  Philifte  deSyracufe  cité  parDiodore  de 
Sicile ,  tenoient  le  même  langage  dans  leitrs  écrits. 
Il  efl:  vrai  que  le  môme  Diodore  fe  déclare  pour  le 
lentiment  deTimée ,  qui  regardoit  les  Sicani  comme 
Autochthones  :  mais  ni  l'un  ni  l'autre  n'ont  fait  ré- 
flexion que  ce  mot  à^ autochthones  ne  pouvoit  fe  pren- 
dre au  fens  qu'ils  lui  donnent ,  que  par  ceux  qui , 
félon  le  fylîème  des  mythologues  grecs  ,  croyoient 
les  hommes  fortis  même  du  lein  de  la  terre.  Pour 
Strabon ,  il  fuppofe  avec  Ephorus  ,  l'origine  ibé- 
rienne  des  Sicani. 

Au  tems  de  Thucydide  &  des  autres  écrivains  al- 
légués ci-defl'us ,  il  etoit  facile  de  vérifier  le  fait.  Les 
Carthaginois  employoient  des  troupes  efpagnoles 
dans  leurs  guerres  contre  les  grecs  de  Sicile.  Ces 
Efpagnols  pris  dans  les  combats ,  &  vendus  comme 
efclaves,fe  trouvoient  mêlés  avec  les  Sicani  ;  &  par 
ce  mélange  on  connoiffoit  aifcment  s'ils  parloient 
des  dialeûes  d'une  même  langue.  Dans  la  guerre  que 
Denis-le-tyran  fit  aux  Carthaginois  en  3  86 ,  un  grand 
ilombre  de  Sicani  fe  joignirent  à  fes  troupes  :  peu 
après,  un  corps  d'Efpagnols  mécontens  des  Cartha- 
ginois i  quitta  leur  fervice ,  &:  renforça  l'armée  fyra- 
cufaine.  Philifte  qui  tenoit  un  rang  confidérable  à  la 
cour  de  Denis  ,  avoit  ians  doute  profité  de  l'occa- 
fion  pour  confiater  l'origine  ibérienne  des  Sicani , 
en  comparant  leur  langue  &  leurs  coutumes  avec 
-celles  des  Efpagnols  qui  fervoient  dans  la  même 
-armée. 

Thucydide  dit  que  ces  Ibériens ,  qu'il  nomme  Si- 
cani, ne  paflerent  en  Sicile,  que  parce  qu'ils  avoient 
été  chafféspar  les  Liguriens  de  la  contrée  qu'ils  habi- 
toient  auparavant.  De  ce  paflage  il  faut  conclure 
avec  M.  Freret ,  que  les  Sicani  avoient  autrefois  pof- 
fédé  le  pays  où  les  Liguriens  fe  trouvoient  au  tems 
de  Thucydide,  c'eft-à- dire,  vers  l'an  430  avant  l'ère 
chrétienne.  Or  les  Liguriens  occupoient  alors  toute 
la  côte  de  la  mer,  depuis  les  Pyrénées  jufqu'aux 
Alpes,  &  depuis  les  Alpes  jufqu'ù  l'embouchure  de 
l'Arne.  Scylax  qui  nous  a  donné  une  defcription  des 
bornes  de  la  Méditerranée  vers  l'an  350,  &  fous  le 
tegne  de  Philippe,  père  d'Alexandre,  diftingne  trois 
efpeces  de  Liguriens  :  les  Ibéroligyes,  depuis  les  Py- 
j-enées  jufqu'au  Rhône  :  les  Celtoligyes,  depuis  le 
Rhône  jufqu'aux  Alpes  :  &  les  Ligyes  ou  Liguriens 
proprement  dits,  depuis  les  Alpes  jufqu'à  l'Arne.  Les 
Liguriens  étoient  fi  anciennement  établis  entre  le 
Rhône  &  les  Alpes,  que  les  Grecs  crurent  pouvoir 
faire  mention  d'eux  dans  les  fables  qu'ils  débitoicnt 
fur  le  voyage  d'Hercule. 

Obfervons  encore  avec  M.  Freret ,  que  fi  le  pays 
dont  les  Ibériens  furent  chaflcs  ,  ciit  été  en-deça  des 
Alpes,  ces  peuples, loin  de  pouvoir  pénétrer  en  Ita- 
TomsXK 


S  I  C  163 

lie ,  auroient  été  contraints  de  fe  retirer  à  l'occident 
du  Rhône.  Ils  fe  trouvoient  donc  alors  établis  au- 
delà  des  Alpes  :  &:  c'ert  de-là  ques'avançant  toujours 
de  proche  en  proche  jufqu'à  l'extrémité  de  l'Italie ,  ils 
pafferent  enhn  en  Sicile.  Le  tems  du  pafla'>^e  des 
Sicani  n'eft  pas  fixé  par  Thucydide  qui  fe  contente 
de  mettre  cet  événement  avant  la  prife  de  Troie 
c'eft-à-dire  ,  dans  fa  chronologie,  avant  i'an  1284; 
mais  il  paroît  par  les  témoignijges  d'Hellanicus  &  de 
Philifte,  que  les  Sicaniens  étoient  déjà  poffefleurà 
d'une  partie  de  l'île  en  1364. 

Si  l'on  prenoit  à  la  lettre  plufieurs  expreffioriS 
femées  dans  V Enéide ,  on  concluroit  que  les  Sica- 
niens avoient  confervé  des  etabliflemens  aux  envi- 
rons du  Ty]>re  ;  Virgile  en  parle  fouvent ,  &  les 
nomme  veteres  Sicani.  Mais  peut-être  ,  par  une  li- 
cence ordinaire  aux  poètes ,  aura-t-il  dotiné  le  nom 
de  cet  ancien  peuple  efpagnol  aux  Sicules ,  natioit 
très-différente  ,  puifqu'elle  étoit  illyrienne  ,  &  dont 
il  reftoit  en  effet  quelques  peuplades  dans  le  Latium. 
Mem.  des  infcriptions ,  tome  XFIII.  Hift.  pas.  80 
{D.J.) 

SICANUS,  Géog.  anc.)  1°.  fleuve  d'Efpagne ,  fé- 
lon Thucydide.  On  croit  que  c'eft  le  même  que  le 

SiCORIS. 

2°.  Fleuve  de  Sicile  :  Etienne  le  géographe  qui 
cite  Apollodore , remarque  que  ce  fleuve  couloit  près 
d'Agrigente,  &  que  la  contrée  voifine  fe  nommoit 
Sicania.  Héfichius  fait  mention  d'une  ville  de  Sicile 
appellée  2:»;:^:«Vh,  &  d'une  contrée  à  laquelle  il  donne 
le  nom  de  2/;^ai'/.^.  (  D.  /.) 

SICCA ,  (  Géog.  anc.)  ville  de  l'Afrique  propre 
félon  les  uns ,  &  de  la  Numidie  félon  d'autres.  L'iti- 
néraire d'Antonin  la  marque  fur  la  route  d'Hippone 
royale  à  Carthage.  Sallufte,  Jugurth.  c.  Ivj.  Pline 
liv.  V.  ch.  iij.  écrivent  Amplement  Sicca.  Mais  Pto- 
lomée,  //v.  ly.  ch.  iij.  la  table  de  Peutinger ,  &  Pro- 
cope  ,  liv.  II.  ch.  xxiv.  y  joignent  le  furnom  de 
veneria.  Ce  dernier  ajoute  qu'elle  étoit  à  trois  jour- 
nées de  Carthage.  Sicca  veneria  devint  un  fiége  épif- 
copal  :  il  ne  faut  pas  la  confondre  avec  Sicca  ou  Siga 
ville  de  la  Mauritanie  céfarienfe,  &  oit  Syphax  avoit 
eu  fon  palais.  Foye^  SîGA. 

C'eft  à  Sicca  dans  la  Numidie,  ou  dans  l'Afrique 
propre  ,  que  naquit  Arnobe  vers  la  fin  du  iij.  fiecle^ 
&  il  y  profeffa  la  rhétorique,  avant  que  d'embrafl"er 
le  Chriftianifme.  Pour  obtenir  fon  admiffion  à  l'É- 
glife,  il  écrivit  un  ouvrage  contre  Us  Gentils  :  cet  ou- 
vrage dont  il  s'eft  fait  plufieurs  éditions ,  contienf 
fept  livres.  L'auteur  y  employa  toutes  les  fleurs  de 
fa  rhétorique  ,  &  y  débita  beaucoup  de  littérature  ; 
mais  comme  il  fe  hâta  trop  à  compofér  fon  ouvrage 
de-là  vient  que  l'ordre  &  la  belle  économie  n'y  pa- 
roiflent  pas  avec  toute  la  juftefle  qui  feroit  à  defirer. 
M.  Dupin  ajoute  que  le  tour  des  penfées  eft  d'un 
orateur ,  &  que  les  termes  font  durs ,  mal-arran- 
gés,  peu  pohs,  &  quelquefois  même  peu  latins. 

Proclus  (  Euty chius) ,  grammairien  célèbre  du  fé- 
cond fiecle  ,  étoit  aufll  natif  de  Sicca.  Il  fut  nommé 
précepteur  de  l'empereur  M.  Antonin  le  philofophe, 
&  élevé  par  ce  prince  à  la  dignité  de  proconful.  Il 
mit  au  jour  un  livre  (cité  parTrébelliusPollion)  fur 
ce  qu'il  y  avoit  de  plus  curieux  dans  les  pays  étran- 
gers: c'eft  dommage  que  ce  livre  foit  perdu.  (Z>.  /.) 
SICCITÉ ,  f  f  (Gram.)  privation  de  toute  humi- 
dité. Faites  évaporer  jufqu'à  Jiccité ,  difent  les  Chi~ 
miftcs  ;  &  plus  l'évaporation  fera  lente ,  plus  les 
cryftaux  que  vous  aurez  feront  beaux  &  réguliers. 

SICELIA-CJESARÉA,{Gcog.  anc.)  ville  d'A- 
frique  dans  la  Mauritanie.  Xiphilin  nous  apprend 
que  c'étoit  la  patrie  de  l'empereur  Macrin  ,  gladia- 
teur de  fon  premier  métier  ,  puis  notaire ,  inten- 
dant ,  avocat  du  fifc ,  &  enfin  préfet  du  prétoire. 
Pc*  de  tems  après  que  Caracalla  eut  été  tué  par  ïof 

Xij 


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embûches  de  Macrln,  les  {oldats  Jpf^fpcres  davoiV 
perdu  un  prince  qui  donnoit  lans  melure ,  ekucnt 
Héllogabalc:  5c  Macrln  lut  tue  dam  une  bataille  à 
Arcbvilaulc  en  ii8.  {D.  J.) 

SICE.RA,  (tV'^'/.y^J'-'O  '^'««p=«^^>  mot  grec  em- 
ployé par  Saint  Luc,/,  /i.  6c  qui  ligmfie  toute  boil- 
lon  enivrante  outre  le  vin  :  ton  iils,  dit  lange  a  Za- 


aujouurhui  Naplouse,  ville  de  la  Samarie,  lituec 
entre  Guerizlm  &  Heba  ,  dans  la  vallée  qui  Icpare 
CCS  deux  villes,  il  quarante  milles  de  Jcralalem.  De- 
puis la  riùne  de  Samarie  par  Salmanai'ar,  Siclum  lut 
la  capitric  dci  Samaritains  ,  &  elle  l'ctoit  encore  du 
tçnis  d'Alexandre.  Les  Juills  rappelloient  par  moque- 
rie ^rJ!jr;&:  de-là  vient  quon  la  voit  ainfi  nom- 
mée dans  l'évangile  de  Saint  Jean,  iv.  5.  Ce  terme 
iignifie  ra,i///«d'o-  ivrognes,  du  mot  hébreu  ficcanm, 
ivrognes.  C'étoit  dans  le  voifinage  de  Sic/um  qu'on 
enterra  les  os  de  Jofeph  que  les  IlVaéiltes  apportè- 
rent avec  eu.v  u  £gy])te  ;  &  dans  le  même  endroit 
ctoit  le  inilts  de  Jacob,  comme  on  l'appelloit ,  où 
Notre-Seigncur  étoit  afîis,  quand  il  eut  avec  la  lama- 
rltaine  la  converfation  que  l'évangile  rapporte, 

Jullin  Martyr  étoit  de  Siclum,  non  de  la  race  des 
Samaritains ,  mais  defcendu  dct>  Grecs  que  Vel^îa- 
licn  établit  dans  cette  ville  qu'il  nomma /aWa  Ccvjh- 
rca  ,  en  mémoire  de  ion  nom  de  Flavius,  il  nous  refte 
de  Jullin  qui  étoit  grand  platonicien,  divers  ouvra- 
ges. Les  premières  éditions  en  ont  été  données  par 
Robert  Etienne  en  155 1  ëc  1571  ca  grec.  EnluUe 
parut  celle  de  Commelin  en  1593  en  grec  6z  en  la- 
tin: Morel  la  donna  beaucoup  plus  belle  en  16^6, 
grcque  &  latine.  Enfin  a  paru  celle  de  dom  Prudent 
Marand, (avant bénédidin,  en  1741.  in-foLTai  parlé 
de  Saint  Juilin  parmi  les  pères  de  l'Eglile.  {D.  J.) 

SICHINO  ,  (  Géog.  r;:cd.)  île  de  la  mer /Egée  , 
entre  celles  de  Milo  à  l'occiieat&i  Amorgo  ,  proche 
de  Policandro  ;  en  latin  Sicinus  ou  Siccnus.  Elle  n'a 
pas  plus  de  cinq  à  lix  lieues  de  tour.  Ce  n'ell  pro- 
prement qu'une  montagne  ,  mais  qui  ne  laiffe  pas  de 
produire  le  meilleur  froment  de  l'Archipel.  Il  n'y  a 
que  deux  villages  ,  qui  font  fur  le  haut  de  cette  mon- 
tagne, &:  peuplés  feulement  de  laboureurs  éc  de  pay- 
fans ,  qui  ne  vivent  que  du  rapport  de  leurs  terres. 
Comme  il  n'y  a  point  de  port  im  peu  confidérable  dans 
l'île  de  Sicliino  ,  il  n'y  a  aulîl  point  de  trafic.  {D.  J.) 

SICHOR  ,  ou  SIHOR  ,  (  Gcog.  anc.  )  on  imagine 
que  c'eft  une  ville  dans  la  partie  occidentale  de  la 
tribu  d'Afer.  Cet  endroit  ne  doit  pas  être  loin  du 
Carmel.  M.  Reland  conjeélure  que  ce  pourroit  être 
la  ville  ou  le  fleuve  des  crocodiles  ,  que  Pline  ,  /.  r. 
e.  xix.  ôi  Strabon  mettent  dans  ce  pays-là.  Strabon  , 
/.  XVI.  dit  qu'elle  eft  entre  Ptolemaide  &  la  Tour 
de  Straton  ,  ou  Céfarce  de  Palelline.  L'hébreu  lit 
Sichor-Lcbinath  ;  6c  l'on  croit  que  Lebenath  eft  le 
promontoire  blanc  ,  entre  Ecdippe  &  Tyr  ,  &  que 
Sichor  eft  un  ruiffeau  de  ce  canton  là.  Sic/ior  fignifie 
troulli.  {D.J.) 

SICIGX ANO  ,  (  Géog.  mod.  )  bourgade  d'Ita- 
lie ,  au  royaume  de  Naples ,  dans  la  principauté  ci- 
lérieurc  ,  fur  une  montagne  qu'on  prend  pour  ïal- 
burnus  inons  des  anciens.  \D.  /.) 

SICILE  ,  (  Gcog.  mod.  )  c'eft  la  plus  confidérable 
par  fa  grandeur  &:  fa  fertilité  des  îles  de  la  Méditer- 
ranée ,  entre  l'Afrique  &  ri'alie.  Elle  n'eft  léparée 
de  l'Italie  que  par  le  petit  détroit  de  MefTine,  qui  n'a 
que  trois  milles  de  large  ;  au  lieu  que  le  plus  court 
trajet  de  Sicik  en  Afrique  eft  de  quatre-vingt  milles. 
Sa  longueur  ,  prife  de  i'eft  à  l'ouelt  ,  eft  d'environ 
I  ^o  milles  d'Italie  ,  &.  fa  largeur  du  midi  au  nord  de 
J30,  d'autant  qu'elle  commence  au  cap  Pafiaro , 


fous  la  hauteur  de  35-15  ,  oc  finit  à  37-30  dt  U- 
titiidiy-, 

Sa  forme  eft  triangulaire  ,  dont  chaque  angle  fait 
une  pointe  ou  un  cap.  Celui  qui  regarde  ritalie  a  été 
njmnié  parles  anciens  P  cloras ,  &  aujourd'hui  capo 
del  Paro.  Celui  qui  regarde  la  Morée  ,  Puchynum  , 
aujourd'hui  capo  Pafl'aro;  &  celui  qui  regarde  l'A- 
frique ,  LyUbxuii:  ,  aujourd'hui  capo  di  Dico. 

La  >S'ici/^  eft  divilée  en  trois  provinces  qu'on  nom- 
me rcllézs ,  dont  l'une  s'appelle  val  di  Dcmona,  l'au- 
tre  val  di  Nota ,  6c  la  troifiemc  val  di  Ma^ara.  Le 
val  de  Demona  contient  les  villes  de  Meifine  ,  Me- 
ïazzo,Cefalu  ,Taormina  qui  font  maritimes  ,  &  quelr 
ques  autres  dans  le  pays.  Le  val  de  Noto  a  dans  fon 
enceinte  les  villes  de  Catania  ,  Agofta  ,  Syratufa  , 
Noto  ,  Lentini ,  Carlentini  &  autres.  Le  val  de  Ma- 
ziira  comprend  les  villes  de  Palerme  ,  Mazara  ,  Mar- 
fala  ,  Trapano ,  Termini ,  Girgenti  ,  Xaxa  ,  Licate  & 
autres. 

Palerme  ,  Meffine  &  Catane  font  les  trois  capir 
taies  du  pays  ,  chacune  dans  fa  province.  Les  villes 
où  il  y  a  port  de  mer  ,  font  Meifine  ,  Agofta  ,  Syra- 
cufa ,  Trapani ,  Palerme  &  Malazzo  ;  le  climat  de 
cette  grande  île  eft  chaud  ,  mais  l'air  y  eft  pur  ,  le 
printcmsy  eft  continuel, 6c  le  terroir  fertile.  Le  nom- 
bre des  habitans  de  toute  l'île  muntoit ,  par  le  dé- 
nombrement qui  en  fut  fait  dans  le  dernier  fiecle  ,  à 
plus  de  neuf  cens  mille  âmes  ;  mais  on  fait  que  ce 
nombre  a  beaucoup  diminué  depuis. 

Les  principales  rivières  font  le  Cantaro  ,  V/4labus 
ou  Onubola  des  anciens  ,  la  Jarreta  ,  anciennement 
Symœthus  ,  félon  quelques-uns  :  les  rivières  de  Patti 
&  d'Oliviero  ,  le  Termini,  l'Armiraglio  ,  le  Drago, 
la  Terra-Nova,  l'Abiflb  ,  ô'c. 

Le  Monte-Gibello  ,  anciennement  ^Etna  ,  moins 
redoutable  que  le  Véfuve  ,  eft  cependant  renommé 
pour  fa  hauteur  ,  fes  forêts  ,  fa  neige  perpétuelle  , 
&  le  feu  qu'il  jette  fouvent  avec  force  cendres.  Le 
tour  de  cette  montagne  eft  d'environ  foixante  milles. 
Du  levant  au  midi  ce  lont  des  vignes  ,  &  du  cou- 
chant au  nord  des  bois  pleins  de  bêtes  fauvages.  Le 
mont  Trapani ,  anciennement  Eryx  ,  eft  près  de  Pa- 
ïenne. Les  autres  montaiines  de  l'île  font  moins  con- 
nues  dans  l'hiftoire  ;mais  toutes  abondent  en  fources 
d'eau  douce  ,  &  quelques-unes  fournlftent  des  bains 
d'eaux  chaudes ,  tiedes  ÔC  foufrées. 

Le  terroir  de  la  SiciU  eft  des  micilleurs.  Il  produit 
abondamment  du  blé  ,  du  vin  ,  de  l'huile  ,  du  fafran  , 
du  miel ,  de  la  cire  ,  du  coton  &  de  la  foie.  La  vallée 
de  Noto  eft  couverte  de  gras  pâturages  &  de  blés  ; 
&  celle  de  Démone  eft  fertile  en  bois  Se  en  arbres 
fruitiers.  La  mer  fournit  auffi  beaucoup  de  poiflbn. 
Enfin  la  Sicik  eft  heureufement  fituée  pour  le  com- 
merce ôc  la  navigation. 

On  peut  voir,  à  l'article  Sicilia  qui  doit  fuivre  ce- 
lui-ci ,  les  premiers  peuples  qui  ont  pafié  dans  cette 
île  6c  qui  y  ont  dominé  ,  jufqu'à  ce  que  les  Romains 
s'en  loient  rendus  les  maîtres.  Dans  la  décadence  de 
leur  empire  ,  cette  île  fut  dévaftée  par  Genferic,  roi 
des  Vandales ,  qui  la  foumit.  Le  trop  malheureux 
Bélifaire  ,  général  de  Juftinien  ,  la  reconquit  fur  eux 
en  53  5;mals  elle  redevint  la  proie  des  Sarrazins  d'A- 
frique dans  le  ix.  fiecle.  Ils  y  établirent  des  gouver- 
neurs ,  qui  fe  nommoient  émirs  ,  &  qui  fe  maintin- 
rent à  Palerme  jufqu'à  l'an  1074  ,  qu'ils  en  furent 
chafiés  par  les  Normands ,  qui  avoient  pour  chefs 
Robert  Guifcard  &  Ro^er  fon  fils.  Ce  dernier  fonda 
en  1 139  un  nouveau  royaume  en  SiciU  ,  qui  fut  en- 
fuite  expofé  à  bien  des  révolutions  ,  par  l'avidité 
des  princes  qui  y  prétendoient  en  vertu  de  leurs  al- 
liances. 

Roger  ,  vainqueur  des  mufulmans  dans  cette  île  , 
8c  des  chrétiens  au  royaume  de  Naples,  baifa  les  pies 
du  pape  Urbain  II,  fon  prifonnier  ^  de  obtint  de  lai 


SIC 

rînveftîturede  ia  conquête  ,  &  fît  modérer  la  reife- 
vanceà  ilv  cens  iquitates,  monnoic  qui  vaut  environ 
une»  pirtole.  Le  pape  conientit  encore  quM  n'y  eût 
jamais  dans  l'île  de  StcUe  ,  ni  légation  ,  ni  appeiiaciun 
au  laint  fiege ,  qu-e  quand  lcj"oi  le  voudroit  amu.  t>'eit 
deouls  ce  teais-là  que  les  rois  de  Sicile  ,  leuls  rois 
vahaux  des  papes  ,,. font,  eux-mêmes  d  autres  papes 
dans  cette  île. 

Conftance,  fîUe  de  Roger  ,  porta  le  royaume  de 
Naples  &  de  SicUe  dans  la  mailon  de  Souabe  ,  par 
fon  mariage  avec  l'empereur  Henri  VI.  en  nôG. 
Après  la  mort  de  Conrard  leur  petit-iîis  ,  ÎMaintroy 
fon  frère  bâtard ,  fat  reconnu  pour  fon  héritier  ;  niaii 
Charles  de  France,  comte  d'Anjou  &  de. Provence  , 
s'étant  fait  invertir  du  royaume  de  Naples  6i  de  Si- 
cile par  le  pape  Clément  IV.  en  1165  ,  tua  Mainfroy 
l'année  fuivante ,  &  fit  couper  la  tête  au  fils  de  Con- 
rard en  I  269.  Pierre  III.  roi  d'Aragon  ,  qui  avoit 
époufé  Confiance  fille  de  Mainfroy  ,  fit  égorger  tous 
les  François  en  1282  ,  le  jour  de  pâques  au  premier 
coup  de  fon  de  vêpres ,  d'où  ce  mailacre  a  été  appelle 
depiis  les  vêpres  Jicilicnf2cs. 

Cette  affreule  cataftrophe  envenima  l.es  fameufes 
querelles  des  deux  mahons  d'Anjou  &  d'Aragon  , 
dont  l'hiftoirc  efr  fi  remplie.. La  dernière  eut  l'avan- 
tage ,  fe  maintint  en  pofiefiion ,  &  chaffa  les  Fran- 
çois qui  n'ont  pu  depuis  remettre  le  pie  dans  ces  deux 
royaumes. 

La  Sicile  efl  refice  fous  la  donfinution  des  Efpa- 
gnols  jufqu'à  la  paix  d'Utrecht  en  1 71 3  ,  q^ue  les  al- 
liés la  donnèrent  au  duc  de  Savoie  qui  y  fut  cou- 
ronné la  mêjrie  année.  Les  Efpagnols  qui  avoient  éié 
forcés  à  cette  cefîion  ,  revinrent  en  Sicile  en  1719  , 
&  l'envahirent  preiqu'entierement  ;  ils  en  furent  ce- 
pendant chaires  par  les  Anglois.  Le  traité  de  Lon-- 
dres  difpofa  de  la  SiciU  en  faveur  de  l'empereur , 
qui  céda  en  échange  au  duc  de  Savoie  le  royaume 
de  Sardaigne  ,  6c  promit  les  fucceffions  deToicane  , 
de  Parme  Si  de  Plaiiance  à  l'infant  Don  Carlos.  En- 
fin la  guerre  de  1733  ,  luivie  du  traité  de  1736,  a 
mis  ce  dernier  prince  en  poflefilon  des  royaumes  de 
Naples  &  de  Sicile ,  fous  le  titre  de  roi  des  deux  Si-^ 
ciles  ,  favoir  de  la  SiciU  en  deçà  du  Phare ,  &  de  la 
Sicilea\x-At\k  du  même  Phare. 

Il  gouverne  cette  île  par  un  vîce-rol ,  comme  cela 
s'eft  pratiqué  depuis  la  guerre  de  Melfine  ,  qui  donna 
lieu  à  la  deftru£tion  des  lois  6c  des  privilèges  de  tou- 
tes les  villes.  De-là  vient  que  les  peuples  nombreux 
qui  y  étoient  autrefois  ,  fe  lont  fondus.  Le  plus  grand 
commerce  ell  un  revenu  d'environ  cent  mille  écus 
que  produUent  les  permllfions  accordées  à  chaque 
particulier  de  manger  du  laitage  6l  des  œufs  en  ca- 
rême. Le  clergé  féculier  6c  monaftique  jouit  du  droit 
de  franchife  pour  l'entrée  de  toutes  lortcs  de  mar- 
chandiles  6c  de  denrées  de  ieuis  biens  ;  de  là  chaque 
famille  a  quelque  eccléfiaitique  pour  fils  6c  pour  pro- 
che parent ,  6i  ne  paye  rien  :  mais  ce  qu'il  y  a  de  plus 
fingulier,  c'ell  qu'un  eccléliallique  qui  n'eli  attaché 
par  le  fang  à  aucune  tamille  ,  vciid  ion  droit  de  tran- 
chife  à  ceux  des  léculiers  qui  n'ont  point  d'ecclefiaili'- 
que  pour  parent.  Toutes  les  egllles  6c  les  chapelles 
du  royaume ,  qui  font  en  très-grand  nombre  dans 
chaque  ville  ,  &  même  à  la  campagne  ,  jouifient 
d'un  droit  d'alyle  en  iaveur  de  tous  les  Icelerats  qui 
s'y  retirent.  Prcfquc  toutes  les  charges  de  robe  6c 
d'épée  fe  vendent ,  6l  Ton  peut  croire  fi  d'ordinaire 
l'argent  cft  prétéré  au  mente. 

La  ville  de  Palerme  efl  la  feule  du  royaume  où 
l'on  bat  monnoie  :  encore  y  fabrique-t-on  raiemtnt 
des  cfpeces  d'or  ou  d'argent ,  faute  de  matière,  qui 
fort  toute  du  pays. 

Abrégeons  :  la  Sicile  n'a  plus  rien  aujourd'hui  de 
confidérable  que  les  montagnes  6c  Ion  tribunal  de 
^'inquifition ,  qui  a  des  commifiaires  avec  cour  6i. 


SIC  i6j 

ofKcîefS  dans  tous  les  coins  du  royaume.  Ceux  cuî 
poileuent  les  ciiar^es  (k  oiHces  de  Finquifition  ,  iouif. 
lent  ,  ainh  que  leurs  maifons,  des  privilèges  qui  y 
lunt  atiacnes  ,  ne  reconnolfî'ent  point  d'autre  tribu^ 
nat  ;  6c  la  muititude  de  cts  charges  &  offices  rt-m 
phes  par  la  nobieife  ,  les  riches  6c  les  bourg-o^s  e<l 
iigraade,  qu.'il  ne  faudroit  pâs-d'autre  caufe  pour 
ruiacr  emie. ornent  la  monarchie  i\c  Sicile,  r-w.i\ 

On  lait  que  pour  comble  de  maux  ,  cQttQ  île  éprou- 
va en  1693  un  aifieux  tremblement  de  terre  qui 
porta  partout  la  delolation.  Les  villes  de  Caîane 
d  Agouile  ,  de  Syracule ,  de  Lcntlnl ,  de  Carlehîini  ' 
de  Modica,  turent  prefque  détruites  :  un  grand  nom- 
bre de  Dourgs  6c  de  volages  effuyala  même  caraftro- 
pne  ,  6i  l'on  compta  près  de  quinze  mille  perfbnnes 
qui  pcnrent  dana  ce  bouleverlement.      ' 

Tant  de  révolutions  qu'^  éprouvé  Ii:Ç/a'^  .  ren- 
dent mtereifante  1  hilloire  ûd  la  defcriptron  de  cette 
lie  ,  &c  c'elt  lur  quoi  les  curieux  peuvent  conlulter 
1  un  ou  1  autre  des  ouvrages  fuivans.       •  ' 

Burigni ,  hiitoire  à^  Sicile,  imprimée  à  la  Haye  en 

1745  ,  2  voi.  //z-4".  '  "• -^ 

^   I^azeUi,  de  rébus  Siculis ,  CatanelJ  1749^  %  yoî. 


fol. 


Defcrîption  de  la  Sicile  ,  publiée  en  Italien  par  le 
marquis   de  Viila-Blanca.    Cet .  ouvrage  ^  paru    en 
■    ^7*^^:  \^<^  <''i'V'ilier,DE,  J4VC0ÙRJ A       ' 

.Sicile  ,  MtR,pE.,_(  Géog.  mod.  )  I9  mer  de  Sidk 
eit  la  partie  de  la  mer  lonlene  ,  qui.efï-au  midi  de  la 
Ca:abre ,  oi  qui  baigne  la  côie  orientale  du  royaume 
àtSiciLiJ^D.  J.)  ■   ' 

Sicile  ,  tribunal  de  U  monarchie  de  ,  (  //;/?.  de 
Sicile.)  c'efl  ainfi  qu'on  nomme  cette  heureufelu- 
rifclidion  ecclélialtique  atemporelle,  indéoendante 
de  lacour  de  Rome  ,  dont  jouiiTent  les  rois  de  Sicik. 
11  faut  indiquer  l'origine  de  ce  beau  privilège. 

Des  que  le  comte  Roger  eut  enlevé  cette  île  aux 
Mahoinetans  6c  aux  Grecs  ,  &  que  l'églife  latine  y 
fut  établie  ,  Urbain  II.  crut  devoir  y  envoyer  un  lé- 
gat pour  y  régler  la  hiérarchie  ;  mais  Roger  refufa  fi 
lortemcnt  6c  fi  confiamment  de  recevoir  ce  léoat 
dans  le  pays  de  fa  conquête  ,  que  le  pape  voulant 
ménager  une  famille  de  héros  fi  néce.aaire  à  l'entre- 
prife  des  croiiades ,  dont  il  étoit  tout  occmé ,  prit  le 
parti  d'accorder  ,  la  dernière  année  de  fâ  vie  ,  en 
X098  ,  une  bulle  au  comte  Roger  ,  par  l.iquelle  il  ré- 
voqua fon  légat,  &  créa  ce  prince  &  tous  fes  flic- 
cefieurs,  légats  nés  du  faint  fiege  en  Siale,  leur  at- 
tribuant tous  les  droits  6c  toute  l'autorité  'de  cette 
dignité,  qui  étoit  à  la  fois  fpirituelle  &  temporelle. 
Voilà  ce  fameux  droit  attaché  à  cette  monarchie  ;. 
droit  que  depuis  les  papes  ont  voulu  anéantir,  6c 
que  les  rois  de  Sicde  ont  maintenu.  Si  cette  préro- 
gative ,  ajoute   M.  de  Voltaire  ,  eft  incompatible 
avec  la  hiérarchie  chréLienne  ,  il  ell  évident  cu'Ur- 
baln  ne  put  la  donner  ;  fi  c'elt  un  objet  de  dilcipline 
que  la  religion  ne  réprouve  pa^  ,  il  elf  également 
certain  que  chaque  royaume  cft  maître  de  fe  l'attri- 
buer. Ce  privilège  au  fond  ,  n'eft  que  le  droit  de 
Confi:antin  &  de  tous  les  empereurs  ,   de  préfider 
à  la  police  de  leurs  états  ;    cependant  il  n'y  a  eu 
dans  toute  l'Europe  catholique  ,  qu'un  gentilhomme 
qui  ait  lu  fe^  procurer  cette  prérogative  aux  portes 
de  Rome  même.  (Z>.  7.) 

SICIU  A.,  {Géog.  anc.)i\e   de  la  mer  Méditer- 
ranée ,  près  de  la  côte  d  Italie  ,  dont  elle  n'cU  fé- 
parée  que  par  un  détroit   auquel  elle   donnou"  Ion 
nom  ,  6c  qu'on  appelle  aujourd'hui  [i^  phare  de  Mef- 
Jins. 

Elle  efl  fi  voifine  de  l'Italie  ,  que  pluficurs  des  an- 
ciens ont  cru  qu'elle  avoit  été  jointe  au  contment, 
6c  que  quelques  tremblemens  de  terre,  ou  l'effort 
des  deux  mers  l'en  avoient  féparée  :  Sicilia  ,  utfenmt , 
aliquandu  contuicns f&  aji^ro  liruitio  aJne.va ,  dit  Pom- 


i66 


S  I  c 


poniusMcla.  Virgile  ,  .Encid.lib.  III.  v.  414-  fe  iert 
auin  de  la  incme  exprclfion  Jcrum: 

Hcec  loca  vi  quondam  ,  &  vajld  convulfa  ruina  , 
Dtjfilnijji  fcrnnt ,  quum  protmus  utraque  tdlus 
Unafont.  Fcnit  mcdio  vi  Pontus  ,  &  iindis 
Hcjpcrhimficido  latin  uhjcidit.  Jrvaque  &  iirbts 
Ltuon  diduclas  angtijlo  intcrluit  itjlu. 
i<  On  dit  qvi'avitrefols  l'Italie  &  la  Sicile  jointes 
w  par  un  it^hme  ,  ne  tbrmoient  qu'un  même  conti- 
>,  nent.  Une  violente  tempête  brila  l'illhme,  iepara 
»  les  deux  réglons  ,  &  ouvrit  aux  fiots  un  paliage 
»  étroit  entre  l'une  &  l'autre  ».  ,       ^  • 

Siliusltalicus,  Av.  XI^.  v.  n.  aflure li  pofitive- 
ment  que  \a  Sicile  a  été  anciennement  jomte  au  conti- 
nent ,  qu'on  jurcroit  qu'il  en  a  été  témoin.  Pline  ,  //v. 
///.  ch.  viij.  en  parle  liir  le  même  ton  que  Silius  Ita- 
liens :  Sicilia  quondam  Enittio  a^ro  cohœrcns ,  mox 
intcrfufo  mari  avulfa.  Ce  qu'il  y  a  de  sûr  ,  c'elt  que 
cette  proximité  étoit  fi  grande,  qu'on  entcndoit  des 
deux  côtés  le  chant  des  coqs  &  le  cri  des  chiens.  Pli- 
ne donne  quinze  cens  pas  de  largeur  au  détroit  qui 
répare  l'Italie  de  la  Sicile  Agathamcre  ,  hv.  I.  ch.  v. 
dit  que  le  trajet  du  promontoire  Feiorum  en  Italie  , 
étoit  d'onze  ftades.  .      . 

Cette  île  a  été  connue  fous  difFérens  noms  qui  lui 
ont  été  donnés ,  ou  à  railbn  de  la  fituation,  ou  à  caufe 
des  peuples  qui  l'ont  habitée.  Les  noms  les  plus  uli- 
tés  l'ont  ceux  de  Trinacria  ,  Triqueira  ,  Sicarsia  ,  Si- 
cilia. Ce  dernier  nom  a  été  employé  par  divers  au- 
teurs ,  entr'autres  par  Pline  ,  Hv.  IlL  chap.  v//y.  qui 
préféroit  la  5ic/7e  à  toutes  les  îles  :  ante  omna.  injulas 
efl  c/jritateSici/ia.EWe  ell  appellée  Sicania  par  Thucy- 
dide; &  par  plufieurs  auteurs  Trinacria  ou  Triquetra, 
à  caule  de  fa  Hgure  triangulaire  ,  ou  à  caufe  de  les 
trois  principaux  promontoires.  Le  nom  Trinacnattii 
cependant  plus  ullté  chez  les  poètes  que  chez  les  hil- 
toriens. 

Les  Sicani ,  peuples  d'Efpagne  ,  en  paflant  dans 
cette  île  ,  lui  donnèrent  le  nom  de  Sicania  ;  &  les 
Siculi ,  peuples  d'Italie,  en fe retirant  dans  cette  mê- 
me île  occafionnerent  le  nom  de  Sicilia.  On  compte 
aulfi  parmi  fes  anciens  habitans ,  les  Leftrigons ,  peu^ 
pies  d'Italie.  Enfin  il  ell  certain  que  la  Sicile  a  encore 
été  peuplée  en  différens  tems  par  diverles  colonies 
grecques  venues  de  Naxos  ,  de  Chalcidie ,  de  Co- 
rinthe ,  &  d'autres  endroits.  Les  Carthaginois  même 
occupèrent  la  plus  grande  partie  de  l'île.  Ce  mélange 
de  peuples  a  été  caule  qu'Apulée  appelle  les  Sici- 
liens Trilingues  ,  parce  qu'il  le  parloit  trois  différen- 
tes langues  chez  eux  ;  favoir  ,  la  grecque  ,  la  cartha- 
ginoife  6c  la  langue  latine.  Ptolomée ,  Hv.  III.  c.  jv. 
a  fait  une  defcription  de  la  Sicile  telle  qu'elle  étoit  de 
fon  tems  ;  on  peut  la  conlulter. 

C'eft  affez  pour  moi  de  remarquer  qu'aucun  prince 
n'a  eu  l'île  entière  fous  fon  obéifi'ance  avant  la  domi- 
nation desRomains,  qui  furent  appelles  par  les  Mam- 
mertins  contre  Hiéron  roi  de  Syracufe  ,  &  les  Car- 
thaginois fes  alliés.  Après  plulîcurs  combats,  les  Ro- 
mains demeurèrent  maîtres  de  ce  friand  morceau  , 
dont  ils  tirèrent  dans  la  fuite  de  grands  avantages.  Ils 
firent  de  la  Sicile  le  grenier  de  l'Italie.  Cette  île  leur 
donna  le  moyen  de  former  des  armées  navales  ,  & 
de  fe  rendre  maîtres  des  mers  Adriatique  &  Médi- 
terranée. 

D'un  autre  côté  ,  les  arts  tc  les  fciences  fleuri- 
rent dans  cette  île  fous  l'autorité  des  tyrans  qui  la 
gouvernoient.  Gorgia3,ficilien,  fc  diflingua  dans  l'art 
oratoire  ,  &  fit  le  maîti  e  d'Ifocrate.  Il  fleuriffoit  vers 
la  8oe  olytnpiad-'.  Epicharme,  fon  compatriote  &c 
fon  contemporain  ,  fe  diftingua  par  fes  écrits  fur  la 
Philofophie.  Dinolccbis  ,  ficilica  ,  fc  montra  un  des 
prem.iers  poètes  comiciues.  Timée  ,  ficiiien  ,  qui  flo- 
riffoit  du  tems  ds  Ptolomée  Philaùslphe,  écrivit  i'hi- 


S  I  C 

ftoire  de  la  Sicile  ,  de  l'Italie  &  de  la  Grèce  avec 
beaucoup  d'éloquence  ,  fuivant  le  témoignage  de  Ci- 
céron.  Je  tais  les  hommes  illultres  qui  fleurirent  à  Sy* 
racufe  ,  à  Agrigente  ,  à  Panorme  ,  &c.  parce  qu'on 
les  nommera  en  parlant  de  leur  patrie. 

Pour  ce  qui  regarde  la  Sicile  moderne  ,  voye^  Si- 
cile, (/.e  chevalier  DE  JaucovRT.) 

S  ICI  LIER  J  ,  {Ccog.  anc.)  ville  de  l'Afrique  pro- 
pre, ù  29  milles  de  Carthage, entre  Unuca^cVaHis^ 
;\  7  milles  du  premier  de  ces  lieux  ,  &  à  1 5  milles  dit 
lecond.  Cette  ville  étoit  un  fiege  cpifcopal ,  dont 
l'évcquefe  nommoit  epiJcopusJîcilHbenfis. 

SICILIENNE ,  f.  f.  en  Mujique;  forte  de  danfe  com- 
mune en  Sicile  ,  dont  l'air  eit  dans  h  inefare  à  | ,  ou 
à|;  d'un  mouvement  beaucoup  plus  modéré  que  ce- 
lui de  la  gigue  ,  mais  en  même  tems  puis  marqué. 

SICILIQUE ,  f.  m.  (  Poids  anc.  &  mod.^Jicilicum  ; 
forte  de  poicis  qui  chez  les  anciens  pefoit  deux  drach- 
mes, ou  lix  fcrupules.  Lejîcilique  des  modernes  ,  & 
dont  les  Apothicaires  fe  fervent ,  pefe  un  fextule  6c 
deux  fcrupules.   (Z?.  J.) 

SICIMINA  &  PAPINUS  ,  (Giog.  anc.)  monta- 
gnes d'Italie  ,  dans  la  Gaule  cifpadane.  Tite-Live , 
liv.  XL  y.  ch.  xij.  en  parlant  de  ces  montagnes  ,  fait 
entendre  qu'elles  étoient  aux  environs  des  champs 
appelles  Macri  campi ,  aujourd'hui  Valle  di  Montiro- 
ne  ,  félon  Léander. 

SICINUS  ,  {Gêog.anc?)  félon  Ptolomée  ,  liv.UL 
c.  XV.  Sicenus ;  félon  Strabon  ,  /.  X. p.  484.  &  Pline, 
/.  ly.  c.  xij.  Sycinus  ;  île  de  la  mer  Egée ,  &  l'une 
des  Cyclades  ,  à  l'occident  de  l'île  d'Ios.  Le  môme 
Pline  nous  apprend  qu'elle  fe  nommoit  auparavant 
Onde  ;  fes  habitans  font  appelles  Sicinites  par  Dio- 
gene  Laërce. 

S'il  «n  faut  croire  les  fables  des  poètes ,  Thoas ,  roi 
deLemnos,  &fîls  de  Bacchus,  fut  garanti  par  fa  fîlle 
du  malheur  où  tous  les  autres  hommes  de  Lemnos  qui 
furent  maffacrés  par  leurs  femm.es  avoient  été  enve* 
loppés.  Il  fat  pouflé  dans  l'île  dont  il  eft  ici  queflion  , 
&  il  y  épouia  la  nymphe  (Enone  ou  (Enoïs ,  de  la- 
quelle il  eut  un  fils  appelle  Sicinus  ,  qui  donna  fon 
nom  à  l'île.  On  la  nommme  aujourd'hui  Sichine  ou 
Sicinc  ;  mais  elle  efl:  défignée  dans  les  cartes  marines 
fous  le  nom  de  Zétine  ,  Sctine  ,  ou  Sétin.  Foye^i^  Si- 
CHINO.    (/>.  /.) 

SICKU,  f.  m.  (  Hijl.  nat.  Bot.  )  c'efl  un  poirier  du 
Japon ,  qui  porte  un  truit  d'une  figure  extraordinaire , 
&:  d'un  goût  agréable  ,  femblable  à  celui  de  la  poire 
de  bergamotte.  Ce  fruit  dont  le  pédicule  efl  fort  long , 
fe  dlvife  d'abord  comme  en  deux  branches  ,  enfuite 
en  plufieurs  autres ,  appofées  les  unes  aux  autres,  plus 
grofîes  qu'un  tuyau  d'orge  ,  tortueufes  ,  &  longues 
d'un  demi-pouce  ,  à  l'extrémité  defquelles  font  fuf- 
pendus  à  une  petite  queue  ,  deux  grains  de  la  figure 
6c  de  la  grofleur  d'un  grain  de  poivre  ,  divifés  en 
trois  lobes ,  qui  contiennent  chacun  une  femence 
affez  femblable  à  celle  du  lin  par  fa  couleur,  fon  bril- 
lant &  fa  grofleur.  Les  feuilles  de  l'arbre  font  ovales , 
pointues ,  d'un  verd  clair  ,  &  finement  dentelées. 

SICLE  ,  f  m.  {^Monnoie  des  Hébreux.  )  monnoie 
d'argent  des  Juifs  qui  avoit  cours  dans  leur  pays  dès 
le  tems  d'Abraham.  Gen'.  xxiij.  i5. 

Les  Hébreux  avoient  non-feulement  des^cles,  mais 
des  àQmi-Jicles  ,  ou  des  békas.  Le  J^cle  pefoit  environ 
trois  sheUings  d'Angleterre.  E^echiel ,  c.  Ixv.  12.  nous 
apprend  qu'il  y  en  avoit  foixante  h  la  mine,  ht  Jïcle 
des  Hébreux  contenoit  quatre  drachmes ,  de  forte  que 
leur  drachme  devoit  valoir  neuf  fous  d'Angleterre. 
M.  Brercwood  ne  l'cftime  que  fept  fous  ,  &  de- 
mi ;  mais  félon  l'évaluation  du  dofteur  Bernard  , 
qui  paroit  avoir  le  mieux  examiné  ce  fujet ,  en  éva- 
luant à  neuf  fous  la  drachme  juive  &  attique,  le  béka 
ou  le  àcvcLi-fule  fait  un  shellin  fix  fous  ,  le  pcle  trois 
shellins  ,  la  mine  neuf  Uvres  flerling,  &  le  talent 
d'argeiit  quatie  ceus  cinquante  livres  Iterlinjt 


s  I  c 

ÏI  nous  refte  encore  pUiucurs  fîcks]\.vSi> ,  avec  rinf- 
Ctntion  ,  JirufaUmkciush.ih  ,  c'eft-à-d'.re  ,  JinifaUm 
lafiinte.  Cette  monnoie  le  répandit  chez  les  nations 
voifmes  ,  fur-tout  depuis  que  la  captivité  de  Baby- 
lone  eût  difperié  ce  peuple  dans  l'orient,  ^oyq  à  ce 
fujet  Lighfoot ,  &  X apparat  de  Walton  à  la  tCte  de  la 
bible  polyglotte  de  Londres. 

On  lit  dans  le  //.  /.  des  Rois ,  c.  xjv.  26".  que  la 
chevelure  d'Abfalon  ,  qu'on  lui  coupoit  une  fois  Fan^ 
pefoit  deux  cens  fscles  ;  cette  pefanteur  ne  doit  pns 
étonner  ,  parce  qu'il  s'agit  ici  du  Jick  babylonien  , 
qui  étoiî  environ  les  deux  tiers  plus  léger  que  \zfuic 
hébreu  ;  car  l'auteur  qui  a  rédigé  le  livre  dis  R.ois  vi- 
voit  à  la  fin  de  la  captivité  de  Babylone ,  oii  les  Juifs 
ne  connoiffoient  que  le  poids  babylonien.  (Z).  /.) 

SîCLI  ou  ,  SICHïLI ,  {Gcog.  mod.)  ville  de  Sicile  , 
dans  le  val  de  Noto,à  3  lieues  au  fud-ouell  de  la  ville 
de  Noto,  fur  le  bord  d'une  petite  rivière.  Long,  j  2. 
5o.  lai.  j6".  S2. 

SICLIQUE  ,  f.  m.  (  Comm.)  petit  poids  dont  fe 
fervent  les  Apothicaires  pour  pefer  leurs  drogues.  Il 
pefeun  fexmle  &  deux  fcrupules.  Foyei^  Scxtule  & 
f'crupule.  Diccl.  de  Comm. 

SICORIS  ,  {Géog.  anc.)  fleuve  d'Efpagne.  Il  fé- 
paroit  les  Hergetes  des  Lacetani.  Céfar ,  Pline  , 
Dion  Cafiîus  &  Vibius  Sequefter  en  font  mention  ; 
&  il  eft  à  croire  que  c'efi:  de  ce  fleuve  que  prétend 
parler  Thucydide ,  liv.  f^I.  lorfqu'il  fait  venir  des 
bords  du  fleuve  Sicanus  en  Efpa^ne  ,  les  Sicaniens 
qui  allèrent  s'établir  en  Sicile.  Ce  fleuve  ïvd  pliis 
connu  du  tems  de  la  guerre  civile.  Lucain  ,  liv.  //>'. 
f.  //.  le  décrit  ainfi  en  parlant  de  la  ville  lilerda  bâ- 
tie fur  fes  rives  : 

Colle  tumct  mod'ico  ,  Unique  excrevlt  in  altum 
Pinguefolum  tumulo  :  Juper  hune  fundata  vctuflâ 
Surgit  Ikrda  manu  ;  placidis  prœlabicur  undis 
HeJ'perios  inter  Sicoris  non  uUimus  amncs  , 
Saxeus  ingcnti  quem  pons  anipUcliiur  arcu  , 
Hibernas  pajfurus  aquas. 

Ce  fleuve  fe  nomme  ijréfentement  le  Sc^re  .  &  les 
Catalans  l'appellent  Agna  naval,    (^D.J.) 

SICUEDON,  (^Lcxic.  médic.)  on  entend  p?.v  ce 
mot  grec  la  fradure  entière  &  tranfverfale  d'un  os 
long  faite  avec  égalité  ,  comme  lorfqu'on  caile  un 
concombre  en  deux.  Cette  fracture  ne  diffère  pomt 
de  celle  qu'on  appelle  raphancdon  ;  Jicuedon  a-iy.unS'ov 
veut  dire ,  en  manière  de  concombre  ,  de  aïKvaç  ,  con- 
combre. 

SîCULES,  LES,  (  Géog.  anc.^  peuples  originai- 
res des  confins  de  la  Dalniatie  ;  ils  vinrent  après  les 
Liburnes  s'établir  en  Italie.  Ces  Sicuîcs  formoient 
■une  nation  nombreufe  qui  s'empara  d'une  partie  con- 
fiderable  du  pays  ;  ils  peuplèrent  l'Ombrie  du  milieu, 
la  Sabine  ,  le  Latium  ,  &  tous  les  cantons  dont  les 
peuples  ont  été  connus  depuis  fous  le  nom  d'Opiques. 
En  comparant  quelques  paflages  d'Hérodote  ,  de 
Thucydide ,  de  Platon  &  ci'Ariirote  ,  on  voit  claire- 
ment que  les  noms  de  Siculcs  &  d'Opiqu:':  étoient 
deux  noms  généraux  qui  comprenoient  tout  ce  qui 
s'étend  depuis  le  Tibre  jufqu  a  l'extrémité  orientalî 
de  l'Italie  ,  à  l'exception  de  ce  qu'en  ont  occupé  les 
Liburnes.  Ces  deux  noms  généraux  furent  pcu-;:- 
pcu  abolis  parles  ligues  particulières  des  Sabins  ,  des 
Latins ,  des  Samnitcs  ,  des  (lïnotri  &  des  Itali ,  quife 
formèrent  dans  ia  liiite.  Les  Siculcs  qui  pairerent  en 
Sicile  ,  ibnt  les  feuls  qui  ayent  confervc  leur  ancien 
nom  ,  que  cette  île  a  reçu  d'fux.  Nous  avons  la  date 
précife  decepailage  des  i'ia^/a  dans  file:  Hellanicus 
de  Lcsbos  ,  l'iillorien  plus  ancien  cjue  Thucytliùo  , 
&  même  qu'Hérodote  ,  donnoit  pour  époque  à  cet 
événement  la  vingt-f:xicme  année  du  l'acerdoce  tl'Al- 
cyonée  ,  prctrcffe  d'Argos:  ce  qui  répond  à  Tan  80 
environ  avant  la  prife  de  Troie,  marqué  par  Pliiii.'le, 


1  C 


16  f 


auteur  ficiliên  ;  c'efl-à-dire  à  l'an  1364  ayant  l'éré 
chrétienne  ,  félon  la  chron'jloeie  de   Thucydide 
(D.  J.)  ^  ^       ^' 

_  SICULIANO  ou  SÎCULL4NA  ,  (  Ge'og.  anc.)  pe^ 
tite  ville  de  l'île  de  Sicile  ,  dans  le  val  Mazzara  ,  à 
la  gauche  de  Fiume  di  Canl ,  environ  à  deux  milles 
de  la  côte.  C'eil:  l'ancienne  Cena ,  entre  A'.^ric-°ntuin 
&  Allava.  (D.  J.)  ''   ° 

S  ICC/LOT^  ,  (  Géog.  anc.  )  peuples  de  la  Dalma- 
tie  ,  félon  Ptolomée ,  /.  //.  c.  xvij.  &  Pline ,  liv.  IH, 
c.xxij.  Ce  dernier  dit  qu'ils  étoient  partagés  en  24 
décuries. 

SICUM,  (  Gcog^  anc.  )  ville  de  i'Illyrle  ,  dans  la 
Daimatie  ,  fur  la  côte.  Pline  ,  /.  ///.  c.  xxij.  dit  que 
l'einpereur  Claude  y  envoya  des  foldaîs  vétérans. 
Sophien   veut    que    ce    foit    aujourd'hui   Séenico. 

(n.j.) 

SICYNOIDE/.  f.(HiJl.  nat.  Bot.)  flcynoïdes,  genre 
de  plante  à  fleurs  monopétales  ,  en  forme  de  cloches 
ouvertes  &  profondement  découpées.  Les  unes  font 
ilériles  &  n'ont  point  d'embrvon  ;  les  autres  font  fou- 
tenues  par  un  embryon,  qiii'devie.at  dans  la  fuite  un 
iruit  fcmblable  à  une  amande  ,  charnu  &  hériffé  de 
pointes.  Ordinairement  ces  fruits  font  réunis  en  ma- 
nière de  tête ,  &  renfermés  chacun  fous  une  peau 
mince  ,  une  feule  femence.  Tournefort  ,  injl.  rei 
herb.  Voye^  PLANTE. 

SICYONE,  {^Géog.  anc.  &  mod.)  ville  du  Pélo- 
ponnèfe  dans  l'Achaïe  propre  ,  &  dans  les  terres, 
près  de  l'Afopus.  CetLe  vdle  autrefois  puiffante , 
à:  qui  eut  fes  propres  rois  ,  devint  enfuite  libre  ;  &- 
durant  la  guerre  des  républiques  de  la  Grèce,  elle 
fut  tantôt  ibumife  aux  Athéniens,  tantôt  aux  Lacé- 
démoniens.  Juftin  dit ,  liv.  XIII.  du  v.  Démnfîhenes, 
Sicyona  ,  Argos  ,  &  Corimhum  ,  cmterjfque  civitatcs 
chqmntiâ  fuà  ,  Athenienfibus  janxit.  Quoique  Sicyo- 
ne  lût  dans  l'Achaïe ,  comme  le  miarque  Pline,  /.  /^. 
ch.  V.  cependant  elle  fe  trouve  avoir  été  comprife 
dans  i'Argolie. 

Le  royaume  de  Sicyom  efl  le  plus  ancien  royaume 
qui  ait  été  dans  la  Grèce.  Son  premier  roi  s'apoelîoit 
EgicUe^  &  félon  Eufebe  ,  le  commencement  de  fon 
règne  précéda  de  74  ans  la  naiflance  d'Abraham.  Le 
dernier  roi ,  qui^  étoit  le  vingt-fixieme ,  s'appelloit 
Zeuxlppus.  Après  lui ,  la  forme  du  gouvernement 
changea  ;  les  prêtres  d'Apollon  exercèrent  l'autorité 
fouveraine  pendant  30  ou  40  ans;  &  enfin  les  rois 
d'Argos  &  de  Mycenes  s'en  emparèrent.  Ce  royau- 
me ciura  962  ans;  il  finit  lorfqu'Hélie  étoit  fouverain 
facrificateur  &  juge  des  Juifs. 

On  célcbroit  à5'icyo/z2  de  cinq  en  cinq  ans  des  jeux 
py ihiens  en  l'honneur  d'Apollon ,  &  on  y  donnoit 
pour  prix  des  cpupes  d'argent.  Les  ouvriers  de  cette 
ville  le  difputoient  à  ceux  de  Corynîhe  pour  la  per- 
fection des  ouvrages.  DJajEnus  &  Scyllis  enrichirent 
Sicyom  des  plus  belles  ftatues  en  marbre  ;  ils  formè- 
rent plufieurs  élevés  ,  qui  fculpterent  tant  defii>ures 
de  dieux,  que  les  Sicyonlcns  en  prêtèrent  à  leurs  voi- 
fms  ,  qui  n'en  avoient  point  encore  ;  mais  le  culte 
que  les  Sicyonicns  rendoient  à  Bacchus  ,  étoit  trop 
honteux  pour  être  agréé  dans  d'autres  pays  ;  car  ils 
adoroienr  ce  dieu  fous  un  nom  fi  contraire  à  la  dé- 
cence, qu'il  n'y  a  que  des  gens  très-caVontés  qui  ofaf- 
fent  le  protércr  dans  une  conveifafion  libre;  du 
moins  c'ell  ce  qu'afûire  Clément  d'Alexandrie ,  ^J- 
monit.  adgcntcs  ,  p.  t5. 

Le  luxe  étoit  fort  répandu  À  Skyone  ;  les  fouliers 
de  cette  ville  palîcrcnt  en  proverbe  ;  ils  ctoicnt  li  ga- 
lans  ,  qu'il  n'ctoit  pas  permis  k  un  homme  grave  de 
les  porter. 

Mais  au  milieu  do  ce  luxe  ,  Sicyo/te  donna  la  naif- 
fancc  à  l'un  des  plus  grands  capitaines  de  l'antiquité; 
je  veux  parler  d'Aratus  ,  qui  défit  Nicoclcs  tvran  da 
la  patrie  ,  s'empara  de  la  cidadclle  de  Corinthe , 


i68 


S  I  c 


chaiT.i  le  roi  cic  Maccdoine ,  &c  ilclivra  la  ville  cFAr- 
gos  de  les  ufurpatcurs.  Philippe  II.  roi  de  Macédoi- 
ne ,  le  fît  empoifonner ,  vers  l'an  114  ayant  J.  C.  11 
mourut  A  Egion  ,  &  Ion  corps  ùit  \-)orté  h  S icvonc , 
où  on  lui  ctova  un  monument  ciui  lubliltoit  encore 
du  tems  de  Paulanias.  Aratus  avoit  écrit  l'hilloire  des 
Achéens  ,  qui  s'dt  perdue  ,  6c  dont  Polybe  fait  un 

grand  élo<4C.  ,  ,r      1 

PrafcWa,  qui  le  rendit  illuftre  par  (es  poefics  ly- 
riques, étoit  aulll  de  Sicyom.  Elle  vivoit  en  la  28'. 
olynvjiade  ,  lelon  Euicbe.  Suidas  6.  Athénée  la  ci- 
tent quelquefois.  PhyUrqiu  naquit,  félon  quelques- 
ims,  .\  Sicyonc,  &  mit  au  jour  pluheurs  ouvrages 
hiltoriques  ,  entr'autres  une  hilloire  de  l'expédition 
<le  Pyrrhus  dans  le  Péloponnefe.  Plutarque  parle  de 
cet  aiitcur  grec.  Athénée  &  les  fcholiallcs  de  Pindare, 
citent  l'hillore  de  Sicyone  donnée  par  Menechme  , 
cjui  y  étoit  né  ,  6c  qui  ilorillbit  du  tems  des  premiers 
iiicceffeurs  d'Alexandre.  Si  cette  hilloire  nous  fut 
parvenue  ,  nous  ferions  inllruits  de  mille  chofes  cu- 
rieufes  que  nous  ignorons  fur  le  royaume  de  ce 

nom. 

La  ville  de  Sicyone  a  été  fouvent  endommagée  par 
des  trcmblemens  de  terre.  Celle  que  l'on  a  rebâtie 
fur  fon  territoire  ,  fe  nomme  préfentement  Vajilïca  , 
ou  Bafdkii  ;  elle  appartient  au  turc  ;  elle  avoit  en- 
core quelque  apparence,  lorfque  les  V  énitlens  étoient 
maîtres  de  la  Morée  ;  mais  ce  n'elt  plus  à  préfent 
qu'un  monceau  de  ruines  ;  ce  monceau  eft  litué  fur 
une  montagne  ,  à  une  heue  du  golfe  de  Lépante,  & 
la  rivière  Alopus  palle  aii-defibus.  Foyci  Sicyonie. 
{D.J.) 

SiCYONE,  (^Lexicog.  medic.')  «l'-t/win  ;  ce  mot  dans 
les  médecins  grecs  défigne  tantôt  une  Jigue  fauyage  , 
tantôt  la  coloquinte,  &  tantôt  une  vcntoiije  conique  , 
ouverte  par  ion  extrémité  pointue.  {D.  /.) 

SICYONIE  ,  (Gcog.  anc.  )  Sicyoma  ,  contrée  du 
Péloponnefe,  dans  l'Achaïe  propre,  &  féparée  du 
territoire  de  Corinthe  par  le  fleuve  Némée.  Tite- 
Live ,  /.  XXlll.  c.  XV.  remarque  qu'on  la  nomma  d'a- 
bord Micone,  &  enfuite  yEgiaUe  :  cette  contrée  avoit 
deux  villes  dans  les  terres  ;  favoir ,  Phlius  &  Si- 
cyone. 

Les  Sicyonicns  ,  dit  Paufanias  ,  veulent  qu'Eglalé, 
originaire  de  leur  pays  ,  en  fût  le  premier  roi  ;  que 
{bus  fon  règne  ,  cette  partie  du  Péloponnefe ,  qui 
s'appelle  encore  aujourd'hui  VEgiale,  prit  fa  déno- 
mination; cjue  dans  cette  contrée,  il  bâtit  en  rafe 
campagne  la  ville  d'Egialée,  avec  une  citadelle,  qui 
occupoit  tout  le  terrein  où  ils  ont  à  préfent  un  temple 
de  Minerve. 

Dans  la  fuite  des  tems ,  Lamédon  ayant  fait  épou- 
fer  fa  fille  à  Sicyon  ,  né  dans  l'Attique  ,  Sicyon  ac- 
quit le  royaume  ;  ce  fut  fous  fon  règne  que  tout  le 
pays  changeant  de  nom  fut  appelle  la  Sicyonie  ,  & 
que  la  ville  qui  s'appelloit  autrefois  EgiaUc ,  fe  nom- 
me Sicyone. 

Lci  Sicyonicns  devinrent  dans  la  fuite  Doriens,  & 
commencèrent  à  faire  partie  des  états  d'Argos.  Ils 
font  à  préfent  miférables,  ajoute  Paufanias  ,  &  fort 
différens  de  ce  qu'ils  étoient  autrefois.  D'en  vouloir 
rechercher  la  caufe,  continue  l'hillorien  ,  c'eft  peut- 
être  ce  qu'il  ne  nous  efl  pas  permis  :  il  vaut  donc 
mieux  fe  contenter  de  celle  qu'Homère  donne  de  la 
décadence  de  tant  d'autres  villes  ;  dû puijjant  Jupiter 
la  volonté  fuprcmc.  Ils  étoient  déjà  réduits  à  cet  état 
de  foibleîVe  ,  lorfque  par  furcroit  de  malheur  ils  fu- 
rent afTiégés  d'un  tremblement  de  terre,  qui  fît  de 
leur  ville  une  folitude,  ik.  renverfa  beaucoup  de  mo- 
numens  6l  d'édifices  publics ,  qui  étoient  d'une  gran- 
de beauté.  Le  même  accident  ruina  plufieurs  villes 
de  la  Carie  àc  de  la  Lycie ,  &  l'île  de  Rhodes  en  fut 
ébranlée. 

h<i^  Sicyoniens  enterroient  leurs  illuflres  morts 


S  I  C 

d'une  manière  afîez  convenable  ;  ils  jettoîentle  coips 
dans  une  fofle ,  &  le  couvroient  de  terre  ;  ils  conf- 
truilbient  un  petit  mur  tout-à-l'cntour  ;  puis  ils  cle- 
voient  quatre  colonnes  qui  foutenoicnt  un  toit  fait 
en  iorme  d'aile  déployée  &  panchée  ;  ils  ne  mettolcnt 
aucune  infcription  fur  la  fcpulture  ,  mais  en  rendant 
les  derniers  devoirs  au  mort,  ils  l'appelloient  feule- 
ment par  Ion  nom  ,  fans  y  ajouter  celui  de  fon  pè- 
re ,  6c  tout-de-fuite  ils  lui  donnoient  le  dernier 
adieu. 

Les  Sicyoniens ,  continue  Paufanias  ,  ont  pUificurs 
flatues  ,  qu'ils  renferment  dans  une  efpece  de  facrif- 
tie  :  mais  chaque  année  durant  une  certaine  nuit ,  ils 
les  tirent  de  ce  lieu  pour  les  porter  dans  le  temple  ; 
ils  allument  des  flambeaux  afin  d'éclairer  la  cérémo- 
nie ,  &  chantent  des  hymnes  compofées  en  vieux 
langage.  La  ftatue  qu'ils  nomment  le  Bacchéus  ,  tient 
le  premier  rang  à  cette  procefllon  ;  c'eft  une  fta- 
tue qu'ils  croyent  avoir  été  confacrée  par  Androma- 
das  ,  fils  de  Philias  ;  enliiite  paroit  le  Lyfius  ,  autre 
ftatue  que  Phanès ,  difent-ils  ,  tranfporta  de  Thcbes 
à  Sicyone  par  ordre  de  la  Pithie  ;  il  eft  certain  que 
Phanès  vint  à.  Sicyone  en  môme  tems  qu'Ariftoma- 
que  ,  fils  de  Cléodée  :  mais  pour  avoir  négligé  d'ac- 
complir un  certain  oracle ,  il  ne  put  rentrer  dans 
le  Péloponnefe  ,   auili-tôt  qu'il  fe  l'ctoit  propofc. 

En  defcendant  du  temple  de  Bacchus  dans  la  pla- 
ce ,  on  trouve  à  main  droite  le  temple  de  Diane  , 
furnommé  Limnea,  Ce  temple  eft  fi  vieux ,  qu'il  n'a 
plus  de  toit.  La  ftatue  de  la  déefle  y  manque  aulTi ,  Se 
l'on  ne  fait  fi  elle  a  été  tranfportée  ailleurs ,  ou  fi  elle 
a  péri  par  quelqu'accident. 

Dans  la  place  ,  il  y  a  un  temple  dédié  à  la  Per- 
fualion  :  &C.  voici  la  raifon  que  l'on  en  apporte.  On 
dit  qu'Apollon  &  Diane  ayant  tué  Pyth@n  ,  vinrent 
à  Egialée  pour  fe  faire  [lurifiêr  ;  mais  qu'on  leur  y 
fit  une  fi  grande  frayeur ,  qu'ils  furent  obligés  de 
paflbr  en  Crète  ,  &  d'avoir  recours  à  Cramanor.  En 
effet ,  on  voit  à  Sicyone  un  endroit  qu'on  appelle 
encore  aujourd'hui  la  Peur.  On  ajoute  qu'aufTi-tôt  la 
ville  d'Egialée  fut  frappée  de  la  pefte  ,  &  que  les  de- 
vins conlultés  ,  répondirent  que  ce  fléau  ne  cefTeroit 
point ,  qu'Apollon  &  Diane  n'euffent  été  appaifés  : 
qu'en  conféquence  de  cet  oracle,  on  envoya  fept 
jeunes  garçons  ,  &  autant  de  jeunes  filles  ,  en  habit 
de  lupplians  ,  fur  le  bord  du  fleuve  Sythas  ;  que  le 
dieu  6c  la  déefle  fe  laifferent  fléchir  à  leurs  prières  , 
&  qu'ils  voulurent  bien  revenir  dans  la  citadelle  de 
Sicyone.  C'elt  la  raiion  pourquoi  l'on  a  confacré  ce 
temple  à  la  Perliiafion  dans  le  lieu  même  où  Apol- 
lon 6c  Diane  s'étoient  arrêtes  en  rentrant  dans  la  vil- 
le ;  6c  encore  à  préfent ,  ajoute  Paufanias,  ils  pra- 
tiquent la  même  cérémonie  tous  les  ans  ;  car  le  jour 
de  la  fête  du  dieu  ,  ils  envoyent  des  jeunes  enfans 
fur  le  bord  du  fleuve  ,  6c  tirent  du  temple  d'Apollon 
les  ftatues  des  deux  divinités ,  pour  les  porter  dans  le 
temple  de  la  Perluaflon  ;  &  enfuite  ils  les  portent 
où  elles  étoient. 

Ce  temple  eft  dans  la  place ,  &  l'on  dit  qu'ancien- 
nement Pristus  l'avoit  fait  bâtir  dans  ce  lieu  ,  parce 
que  fes  filles  y  avoient  été  guéries  de  leur  frénéfie. 
L'on  tient  pour  certain  que  Méléagre  y  fufpendit  la 
lance  dont  il  avoit  percé  le  fanglier  de  Calydon  ,  & 
que  la  flutc  de  Mariyas  y  fut  aulîi  confacrée  ;  car  on 
dit  qu'après  le  malheur  qui  arriva  i\  ce  Silène,  fa 
flûte  tomba  dans  le  fleuve  Marcias  ,  que  de-hi  elle 
pafTa  dans  le  Méandre  ,  &  du  Méandre  dans  l'Afope, 
qui  la  jetta  fur  le  rivage ,  oîi  un  berger  l'ayant  ramaf- 
fée  ,  la  confacra  à  Apollon  ;  mais  toutes  ces  offran- 
des ont  été  brûlées  avec  l'ancien  temple.  Celui  que 
j'ai  vu  ,  dit  Paufanias  ,  &  la  ftatue  qui  y  eft ,  font 
modernes  ;  &  c'eft  Pyîoclès  qui  en  a  fait  la  confc- 
cration. 

Au  milieu  de  la  place  publique  ,  continue  Paufa- 
nias, 


SIC 

nias ,  il  y  a  un  Jupiter  en  bronze  fait  par  Lyfippe  , 
natif  de  Sicyone  même  ,  &  auprès  ell  une  Ihitue  de 
Diane  toute  dorée.  Aux  environs  ,  l'on  voit  un  Her- 
cule en  bronze  du  môme  Lyfippe  ,  &  un  Mercure 
Agoreus.  Dans  le  lieu  d'exercice  ,  près  le  marché  , 
il  y  a  un  Hercule  en  marbre ,  ouvrage  de  Scopas. 
Toute  l'enceinte  de  cette  efpece  d'académie  eil  def- 
tinée  aux  exercices  qu'apprennent  les  jeunes  gens  ; 
auffi  ne  l'appelle-t-on  point  autrement  que  le  gym- 
najï.  Au  milieu  eft  le  temple  d'Hercule  ;  on  y  voit 
une  flatue  de  bois  d'un  goût  antique  ;  celui  qui  l'a 
faite  eft  Laphnès  de  Phlius  ,  où  Hercule  ell  honoré 
d'un  culte  tout  particulier. 

Du  temple  d'Hercule  on  va  à  celui  d'Efculape  ; 
dans  le  parvis  de  celui-ci ,  on  trouve  à  main  gauche 
deux  chapelles  qui  fe  joignent;  dans  l'une  eft  la  figure 
du  Sommeil ,  mais  il  n'en  reite  plus  que  la  tête  ;  l'au- 
tre eft  confacrée  à  Apollon  ,  &  il  n'y  a  que  les  prê- 
tres du  dieu  qui  aient  permifTion  d'y  entrer.  Sous  le 
portique  qui  efl  devant  le  temple  ,  on  conferve  un 
os  de  baleine  d'une  grandeur  prodigieufe.  Derrière 
efl  la  figure  du  Songe ,  &  tout  auprès ,  celle  du  Som- 
meil qui  endort  un  lion.  A  l'entrée  du  temple,  vous 
voyez  d'un  côté  une  flatue  de  Pan  aius  ;  de  l'autre 
une  Diane  qui  efl  debout. 

Dans  le  temple  ,  ce  qui  s'offre  d'abord  à  vos  yeux, 
c'efl  un  Efculape  ,  mais  fans  barbe  ;  cette  ftatue  efl 
d'or  &  d'ivoire ,  &  c'ell  un  ouvrage  de  Calamis  ;  le 
dieu  tient  d'une  main  un  fceptre  ,  &:  de  l'autre  une 
pomme  de  pin.  Les  Sicyoniens  dilent  que  ce  dieu 
leur  efl  venu  d'Epidaure ,  fous  la  forme  d'un  dragon, 
dans  un  char  attelé  de  deux  mulets ,  &  conduit  par 
Nicegora  ficyonienne.  Plufieurs  autres  flatues  de 
grandeur  médiocre  font  fufpendues  à  la  voûte  ;  il  y 
en  a  une  entr'autres  qui  efl  afUfe  fur  un  dragon  ,  & 
qui ,  fi  l'on  les  en  croit ,  repréfente  Ariftodama  ,  la 
mère  d'Aratus,  qui,  félon  eux  ,  eut  pour  père  Efcu- 
lape :  c'ell  tout  ce  que  ce  templo-epntienî  de  remar- 
quable. 

Celui  de  Vénus  n'en  efl  pas  loin  ;  la  première  fla- 
tue efl  celle  d'Antiope  ;  car  ils  prétendent  que  les 
enfans  d'Antiope  étoient  originaires  de  Sicyone  ;  que 
pour  cela  leur  mère  vint  s'y  établir  ,  &  fe  regarda 
toujours  comme  liée  de  confanguinité  avec  les  Sicyo- 
niens :  perfonne  au  refle  n'entre  dans  le  temple  de 
Vénus  ,  excepté  une  femme ,  qui  en  qualité  de  fiicrif 
tlne,  s'oblige  à  n'avoir  aucun  commerce  avec  fbn 
mari ,  &  une  jeune  vierge  qui  en  efl  la  prêtrefle  ,  Û-, 
dont  le  facerdocc  ne  dure  qu'un  an  ;  fa  fon'£lion  efl 
d'apporter  les  cuvettes  &  les  vafes  néceffalres  au  fa- 
crifîce,  d'où  elle  prend  fon  nom.  Les  autres  peuvent 
voir  &  adorer  la  déefîe  du  feuil  de  la  porte,  mais 
fans  entrer  plus  avant.  La  déeffe  efl  afTife  ;  c'efl  Ca- 
nachus  de  Sicyone  qui  a  fait  cette  flatue ,  le  même 
qui  a  fait  l'Apollon  Didyméen  ,  pour  la  ville  de  Mi- 
let,  &  l'Apollon  Ifménien  pour  celle  de  Thèbes.  La 
Vénus  efl  d'ivoire  &  d'or  :  elle  a  fur  la  tête  une  ef- 
pece de  couronne  terminée  en  pointe ,  qui  repréfente 
le  pôle  ;  elle  tient  d'une  main  un  pavot ,  &  de  l'au- 
tre une  pomme.  Ils  lui  offrent  en  facrifice  les  cuiiles 
de  toutes  fortes  de  vldimes  ,  à  la  réferve  du  porc , 
qui  ne  lui  efl  pas  agréable  ;  les  autres  parties  de  la 
vidime  fe  brûlent  avec  du  bois  de  genièvre  :  mais 
pour  les  cuifîes  ,  on  les  fait  rôtir  avec  des  feuilles  de 
Péderos.  /^oye^  Pederos. 

Vers  la  porte  facrée  de  Sicyone  ,  &  tout-auprès  de 
cette  porte,  l'on  trouve  ,  ajoute  Paufanias  ,  un  tem- 
ple de  Minerve  ,  qui  fut  autrefois  confacré  par  Epo- 
pée,  &  qui ,  foit  pour  la  grandeur,  foit  pour  la  ma- 
gnificence, l'emportoit  beaucoup  fur  tous  les  édifices 
de  ce  fieclc-là  ;  mais  le  tcms  n'a  épargné  que  fa  ré- 
putation, car  ce  temple  a  été  brûlé  par  le  feu  du  ciel, 
&  l'on  n'y  voit  qu'un  autel  que  la  foudre  n'ait  pas 
endommagé  ,  &:  qui  fubfiflc  dans  le  même  état  qu'il 
Tome  XF, 


S  I  D 


i(j5 


étoit  du  tems  d'Épopée.  Devant  cet  atiteî  efl  lafé* 
pulture  du  héros  ;  auprès  de  fon  tombeau  l'on  a  ran- 
gé les  flatues  de  ces  dieux ,  que  l'on  appelle  /^Aç/^/rà- 
««r^,  auxquels  les  Sicyoniens  font  des  facrifices  avec 
les  mêmes  cérémonies  que  \qs  Grecs  ont  accoutumé 
de  pratiquer  pour  détourner  d'eux  les  maux  qu'ils  ap- 
prehendent.  (^D.J.)  ^ 

SIO A-POU  ,  f  m.  (  Botati.  «ATo/.)  nom  d'un  arbre 
qui  croit  au  Malabar:  il  n'efl  remarquable  que  parcâ 
qu'il  ne  porte  des  fruits  que  quand  il  efl  extrêmement 
vieux.  Kay  ,  /////.  plant.  (^D.  J.^ 

SIDAiliSO,  (  Gîoor.  mod.^  bourg  de  la  Morée^ 
dansia  Zaconle  ,  entre  Mifura  &  Malvafia ,  à-peu- 
près  à  égale  dillance  de  l'un  &  de  l'autre.  On  prend 
ce  bourg  pour  l'ancienne  Geremia  de  Paufanias ,  ou 
Gcraniu  de  Plme.  {^D.  J.) 

SIDAYE  ,  (  Géog.  mod.  )  M.  Réland  écrit  Sydaye; 
ville  des  Indes;  dans  l'île  de  Java  ,  fur  la  côte  Ispten- 
trionale  de  cette  île  ,  allez  près  de  ïouban  ,  avec  ua 
port  qui  a  dix  braflès  de  profondeur ,  fond  de  terre 
vaieux.  Lat.tnérid.  6.  44.  (Z).  /.) 

SiDE  ,  ou  SIDA ,  (  Géog.  anc.  )  ville  de  l'Afie  mi- 
neure dans  la  Pamphylie ,  fur  le  bord  de  la  mer,  Pto- 
lomée  ,  /.  V,  c.  v.  la  marque  immédiatement  après 
l'embouchure  de  l'Eurymédonte  ;  mais  Strabon  met 
un  fleuve  entre  deux.  Cependant  comme  il  ne  nom- 
me point  ce  fleuve  ,  il  y  a  apparence  qu'il  n'étoit  pas 
conlidérable.  Il  ajoute  que  Sldc  étolt  une  colonie  des 
Cuméens  ,  &  qu'on  y  voyoit  un  temple  de  Minerve. 
Le  Périple  deScylax  fait  aufîi  de  Side  une  colonie  des 
Cuméens ,  &  lui  donne  un  port.  Ciceron  ,  /.  ///, 
enjl  6;  ad  Aitlc.  Tiîe-Live  ,  l.  XXXVU.  c.  xxiij.  &C 
i-'auianias  ,  /.  FJII.  c.  xxviij.  parlent  aufîî  de  cette 
ville  ;  &i.  le  dernier  remarque  que  le  Mêlas  couloit 
aux  environs.  La  ville  de  Side  efl  aujourd'h.ii  pref- 
que  toute  ruinée  ,  6c  fes  ruines  fe  nomment  Sc-inda- 
lor ,  ou  Ciindohora ,  félon  Thevet.  Niger  dit  Chiri^ 
fondai 

Side  eft  encore  une  ville  du  Pcloponncfc  ,  felorï 
Paufanias ,  /.  ///.  c.  xxij.  elle  avoit ,  dit-on  ,  pris  font 
nom  de  Sida,  une  des  filles  de  Danaiis. 

Euflathlus  ,  patriarche  d'Antloche  dans  le  iv.  fie- 
cle  ,  étolt  de  Side  en  Pamphylie.  Sozomene  fait  ua 
grand  éloge  de  fes  ouvrages.  L'églife  grecque  honore 
fa  mémoire  le  20  Février  ,  &  la  latine  le  16  de  Juil- 
let. Sa  dlifertation  de  la  Pythonlffe  a  été  donnée  erf 
1529  par  Léon  AUatius ,  &:  ce  n'efl  pas  un  chef-d'œu- 
vre de  jugement  &  de  critique^  (/>./.) 

SÏDEN  ,  (  Géogr.  anc.  )  fameux  étang  de  l'Inde. 
Pline ,  /.  XXXI.  c.  ij.  dit  que  Ctélias  rapporte  que 
tout  y  va  à  fond ,  6c  que  rien  n'y  furnage  ;  c'efl  une 
pure  fable.  Cet  étang  efl  appelle  Silia  par  Strabon  ^ 
SilUi  par  Dlodore  de  Sicile  ,  &  Sila  par  Arrien.  Les 
habuans  de  ce  quartier  font  nommés  Silii.  CD  J.^ 

SIDENA  ,  (  Géog.  anc.  )  nom  d'une  contrée  dit 
Pont  de  laCappadocc,  d'une  ville  de  l'Afic  mineure 
dans  la  Lycie  ,  &:  d'une  ville  de  laTroade,  (ùr  le  Gra- 
nique.  Cette  dernière  étolt  ruinée  du  tems  de  Strabon, 
L  XII L  p.  68 y.  (B.J.) 

SID ÉNIENS  ,  LES  ,  (  Gcog.  anc.^  Sidcni,  peuples 
de  la  Germanie.  Ils  habitolent  fur  l'Oder,  félon  Pto- 
lomée ,  /.  //.  c.  xj.  On  prétend  que  leur  pays  étolt 
dans  leterrcin  deStetin.  (^D.J.^ 

SiDERA,  ou  SIDRA  ,  (  Géog.  mod.  )  petite  île  de 
l'Archipel ,  près  de  la  côte  de  la  Morée ,  entre  les 
golfes  de  Napoli  &  d'Engia.  Cette  île  a  été  bien  con- 
nue des  anciens  fous  le  nom  de  Calauria.  Strabon  lui 
donne  trente  fladcs ,  qui  font  ù  peine  une  lieue  de 


ma 
eu 


tieration  de  ce  temple  ,  que  1  ne  tut  appeiic-e  rvjiao- 
ia.  Diane  y  étolt  aufli  révérée  d'une  manière  parti- 
Lilierc ,  d'où  vint  à  la  déeffe  l'éplthetc  de  C  dan- 


fJO 


s  I  D 


Tienne.  Enfin  cette  île  ell  fameufc  par  la  mort  de  Dc- 
moi^hène ,  qui  s'y  retira ,  comme  dans  un  alyle  alliirô 
que  lui  procuroit  le  temple  de  Neptune  ,  contre  les 
pourliiites  d'Antipatcr.  (D.J.) 

SIDÉR  ATION  ,  1.  t.  icnrii  de  Chirurgie  ,  gangrené 
parfaite.  FoyeiSiniXCLLE. 

En  Médecine  le  motjùiération  eft  pris  pour  la  para- 
lyfie.  Foyei  Paralysie. 

SIDERÉAL,  ad).  {AJlronom.  )  On  appelle  année 
Jîdcrèaie,  le  temsde  la  révolution  de  la  terre  d'un  point 
de  Ion  orbite  au  même  point.  "Elle  ell  diitinguée  de 
l'année  tropique.  Foyei  An. 

SIDERITES ,  1".  m.  {Phyf.  )  eft  un  nom  que  quel- 
ques anciens  auteurs  donnent  à  la  pierre  d'aimant , 
-yorei  AlMANT. 

SIDERITIS  ,  f.  f .  (  Botan.  )  Ce  genre  de  plante 
s'appelle  vulgairement  en  trançois  crapaudine  ,  nom 
fous  lequel  on  l'a  caradérilce.  Tournetort  en  compte 
-quator/.e  elpeces ,  dont  il  luffira  de  décrire  la  plus 
commune  ,yAAm/i  rul^aris  ,  hirfuta  .  I.  R.  H.  icji  ; 
en  anglois  ike  proctimbent  ironwort. 

Cette  plante  poulie  des  tiges  à  la  hauteur  de  deux 
pies  ,  quarrées  ,  velues  ,  jaunâtres  ;  les  teuilles  l'ont 
oppoiées  l'une  à  l'autre  le  long  des  branches  ,  oblon- 
gues,  velues,  crénelées  en  leurs  bords,  ridées  ,  d'un 
goût  aftringentun  peu  acre.  Ses  fleurs  font  en  gueule, 
verticillées  ,  ou  difpoiees  en  rayons  6c  par  étage  , 
d'un  blanc  jaunâtre  ,  marquetées  de  points  rouges  ; 
chaque  étage  de  ces  fleurs  eil  loutenu  par  des  feuilles 
prefaue  rondes ,  coupées  Ibuvent  en  crêtes  de  coq  , 
6c  diiiérentes  des  autres  feuilles  qui  naiiïcnt  plus  bas. 
Chaque  fleur  ell  un  tuyau  découpe  par  le  haut  en 
deux  lèvres ,  &  Ibutenue  par  im  calice  formé  en  cor- 
nette. Les  graines  qui  fuccedent  aux  fleurs  font  au 
nombre  de  quatre  ,  cblongues  ,  noires  ,  enfermées 
dans  une  capfule  qui  a  icrvi  de  caUce  à  la  fleur.  Cette 
plante  a  une  odeur  puante  ,  croit  aux  lieux  monta- 
gneux, &  pane  pour  vulnéraire  &  delîicative. 

Les  Botaniltes  n'ont  point  encore  découvert  les 
trois  efpecs  dejideritis  mentionnées  dans  Diofcoride. 

SIDERO  ,  CAP  ,  (  Gcog.  mod.)  cap  de  l'île  de  Can- 
die fur  la  côte  orientale  de  l'île  ,  au  territoire  de  Sit- 
tla.  Le  long  de  ce  cap  la  mer  a  za  braiTes  de  profon- 
deur ,  où  Ton  peut  mouiller  6c  le  tenir  à  l'ancre  en 
fureté.  (D.J.) 

SîDEROCAPS A ,  (  Gèog.  mod.  )  petite  ville  de  la 
Turquie  européenne  ,  dans  la  Macédoine  ,  au  midi 
des  ruines  d'Emboli ,  au  nord-ouell  de  Boiina  ,  &  à 
quelque  diftance  du  golfe  Conteffa.  On  la  nonimoit 
anciennement  Chryjiies  ,  à  caufe  de  quelques  mines 
d'or  qu'elle  renferme,  &  qui  ne  font  pas  encore  épui- 
iits.  Long.  3  /.  ao,  latit.  40.  32.  Ç^D.  J.) 

SIDÈROMANTIE  ,  f.  f.  (  Divination.  )  <riS:,f.cy.uv- 
ttict ,  eipece  de  divination  qui  fe  falfoit  parmi  le  peu- 
ple avec  un  fer  rouge ,  fous  lequel  on  plaçoit  avec 
art  un  certain  nombre  de  petites  paillettes ,  &  le  de- 
vin annonçoit  les  événemens  d'après  les  figures  ,  les 
écarts  ,  les  étincelles  que  rendroient  les  petites  pail- 
lettes en  brûlant.  Potter,  archœoL  grœc.  L  U.  c.  xviij. 
tom.  I.p.  jij.  {D,  y.) 

SIDEROXYLUM ,  1.  m.  (  Bocan.  )  genre  de  plante 
dans  le  fyflème  de  Linnœus  ,  6c  qu'il  caraflcrile  ainfi. 
Le  calice  efl:  une  petite  enveloppe  compofée  d'une 
feule  feuille  découpée  en  cinq  quartiers  ,  &  qui  fub- 
fifte,  La  fleur  eil  formée  d'un  leul  pétale  ,  divifé  en 
cinq  feginens  arrondis  6c  concaves  ;  à  la  baie  de  cha- 
que fegment  eft  une  denticule  pointue  6c  courbée  in- 
térieurement ;  les  étamines  font  cinq  filets  aigus  6c 
de  la  longueur  de  la  fleur  ;  les  boffettes  des  étamines 
font  fimples  ;  le  germe  du  pillil  efl;  arrondi ,  le  flile 
eft  pointu  ,  &  a  la  longueur  des  étamines  ;  le  ffigma 
eil  fimple  ;  le  fruit  cil  une  baie  rondelette  ayant  une 
feule  loge  ;  les  grains  font  au  aombre  de  quatre.  Li^n- 
jxai  )  Gen. plant. p,  81,, 


S  I 

SIDETES  ,  LES  ,  (  Gcog.  anc.  )  Sideia  .,  peuples  de 
l'Afie  mineure ,  dans  la  Pamphylic  ,  Iclo.a  Tite-Live, 
/.  XXXy.  c.  xlviij.  Ils  prenoient  leur  nom  de  la 
ville  Sida  ;  ce  font  {csSiditœ  d'Arrlen.  U  cil  fait  men- 
tion de  ces  peuples  iur  une  médaille  rapportée  dans 
le  tréfor  de  Goltzius  ;  on  y  ht  ce  mot  ,  '^tS'inuv, 
(D.J.) 

S IDIRUS  ,  (  Géog.  anc.  )  lieu  de  l'Afie  mineure 
dans  la  Phrygie  ,  au  voifinage  de  la  ville  de  TraUis. 
C'étoit  la  patrie  de  Chéremon ,  qui ,  à  ce  que  dij  Aga- 
thias  ,  /.  //.  engagea  par  fes  prières  l'empereur  Au- 
gulle  à  rétablir  la  ville  deTrallis  ,  qu'un  tremblement 
de  terre  avoit  renveriée.  Du  tems  d'Agathias  on 
voyoit  à  Sidirus  un  autel  très-ancien ,  fur  lequel  on 
avoit  élevé  autrefois  la  flatue  de  Chéremon  ;  mais 
Agathlas  ajoute  qu'il  n'y  vit  point  cette  ilatue.(Z).y.) 

MDOL ,  (  Diète.  )  eipece  de  fauce  fort  décriée  par 
les  voyageurs  européens ,  mais  qui  eil  fort  agréable 
pour  les  Indiens  des  royaumes  de  Pégu,  de  Siam^Sc 
d'Arrakan.  On  dit  que  ce  n'efl  autre  chofe  que  le  jus 
ou  la  faumure  tirée  du  poifiTon  qui  eil  entré  en  pu- 
tréfaftion.  Les  habitans  de  ce  pays  mêlent  cette  fauce, 
qui  ell  extrêmement  puante  &  dégoûtante,  à  tous 
leurs  alimens.  Les  rois  &  les  grands  felgneurs  alTal- 
fonnent  leurs  mets  avec  une  fauce  faite  avec  des  cre- 
vettes pulvérifées ,  &  mêlées  avec  du  fel  &  du  poivra 
long. 

SIDOLOUCUM.,  ou  SIDOLEUCUM,  {Gêog, 
anc.  )  le  nom  moderne  eil  Saulieu  ,  ville  de  la  Gaule 
lyonnoife,  dans  l'Auxois  en  Bourgogne.  Elle  efl  pla- 
cée dans  l'itinéraire  d'Antonin ,  liir  la  route  de  Lug" 
dunum  à  GeJJhriacum  ,  entre  ^uguflodunum  6c  Alba- 
lonc,  à  vingt-iept  milles  de  la  première  de  ces  pla- 
ces, 6c  à  vingt-quatre  milles  de  la  féconde.  (^D.  J.y 

SIDOM,  ou  SIDOMI-NOTTI,  f  m.  (  Hijf.  nau 
Botan.^  c'eil  unarbrilTeau  du  Japon,  qui  par  la  feuille 
6c  fes  autres  apparences ,  reiTemble  à  un  prunier  iau- 
vage  ;  fa  fleur  efl  rouge ,  à  cinq  pétales ,  avec  un  ca- 
lice de  figure  conique ,  duquel  il  fort  avant  la  chute 
des  pétales ,  un  fruit  charnu. 

SIDON  ,  (  Gèog.  anc.  )  ville  de  la  Phénicie  ,  dans 
la  Syrie ,  à  vingt-  quatre  milles  de  Sour  (  autrefois 
Tyr  ),  à  trente-cinq  milles  de  Barut ,  &  à  cinquante 
de  Damas.  Il  ell  quelquefois  fait  mention  de  cette 
ville  dans  l'Ecriture ,  comme  dans  Joiûé ,  xix.  28, 
Judic.  I.  xxxj.  &■  iij.  Reg.  xvij.  xxxj.  Elle  a  été  fa- 
meule  par  fon  commerce. 

Les  principales  divinités  des  Sidoniens  étoient 
Baal  &  Allarte ,  ou  le  Soleil  &  la  Lune ,  &  les  Hé- 
breux ont  fouvent  embraifé  leur  idolâtrie ,  fur-tout 
depuis  qu'Achab  roi  d'Ifraël ,  eût  époufé  Jefabel  fille 
d'Ethbaal ,  roi  de  Sidon.  Alexandre  fubjugua  les  Si- 
doniens ,  prit  la  ville ,  &  en  donna  le  gouvernement 
à  Abdolomine,  qui  étoit  jardinier ,  mais  de  la  famille 
royale  de  Sidon  ,  comme  nous  le  dirons  à  la  fin  de 
cet  article. 

Les  anciens  peuples  de  Sidon  avoient  du  génie 
pour  les  arts  méchaniques  ;  ils  étoient  d'habiles  tifle- 
rands,  &:  d'excellens  charpentiers.  La  ville  de  5/<^o« 
fubfifle  encore  ibus  le  nom  de  Zaide  ou  Seïde. 

Zenon ,  philofophe  épicurien ,  &  qui  foutint  glo- 
rieulement  l'honneur  de  fafefte,  naquit  à  Sidon  :  il 
eut  entre  autres  difciples  Cicéron  ,  Cotta ,  6c  Pom- 
ponius  Atticus;  d'où  l'on  peut  juger  du  tems  auquel 
ce  philoibphc  vivoit.  Cicéron  oiiit  Zenon  à  Athènes 
l'an  674  de  Rome,  c'ell- à-dire,  la  première  année 
de  la  175  olympiade.  Nous  avons  perdu  tous  les 
écrits  de  Zenon ,  &  entre  autres  l'ouvrage  qu'il  fit 
contre  le  foible  des  Mathématiques ,  &  les  obfcurités 
de  cette  fcience.  Gad'endi  diibit  à  ce  fujet ,  que  les 
G  e'ometres  ont  établi  leur  empire  dans  le  pays  des 
ai) bradions  &  des  idées,  6c  qu'ils  s'y  promènent 
tout  à  leur  aUéi  mais  que  s'ils  veulent  defcendre 


s  I  D 

tîans  le  pays  des  réalités ,  ils  trouvent  bien-tôt  une 
réliiîance  inlurmontable. 

Au  refte ,  il  faut  fe  rappeller  qu'il  y  a  eu  plufieurs 
Zenon  ,  &  qu'ils  ont  tous  été  célèbres  dans  leur  gen- 
re. Le  plus  ancien  &  l'un  des  principaux  philoi'ophes 
de  l'antiquité,  étoit  Zenon  d'Elée,  diiciple  de  Par- 
ménides  ;  il  fleuriffoit  dans  la  79  olympiade.  Amou- 
reux de  la  liberté ,  il  entreprit  de  la  procurer  à  fa  pa- 
trie opprimée  par  un  tyran ,  nommé  par  les  uns 
Néarqui ,  &  par  d'autres  Dimylus  ;  mais  le  projet  de 
Zenon  ayant  été  découvert ,  il  foutfrit  avec  une  fer- 
meté extraordinaire  les  tourmens  les  plus  rigoureux. 
Le  fécond  Zenon  furnommé  le  cynique  ,  fut  le  chef 
des  Stoïciens  ;  c'étoit  un  homme  de  la  plus  haute 
vertu  :  les  Athéniens  eurent  tant  de  confiance  dans 
fa  probité,  qu'ils  lui  envoyoient  tous  les  foirs  les 
clés  de  leur  ville.  Le  troifieme  écrivit  fur  la  GéoG;ra- 
phie.  Le  quatrième  fitl'hiftoire  des  hauts  faits  de  Pyr- 
rhus en  Italie  &  en  Sicile,  avec  un  abrégé  de  l'hi- 
ftoire  de  Rome  &  de  celle  de  Carthage.  Le  cinquiè- 
me étoit  difciple  de  Chryfippe.  Le  fixieme  profef- 
ibit  la  Médecine  avec  une  grande  gloire.  Le  feptieme 
étoit  grammairien  diltingué.  Le  huitième  eft  celui  qui 
naquit  à  Sidon. 

Quand  cette  ville  fe  fut  rendue  à  Alexandre  le 
Grand,  il  dépofa  Straton  qui  avoit  ufurpé  la  cou- 
ronne, &  s'informa  s'il  n'y  avoit  aucun  des  defcen- 
dans  de  Cinyras  en  vie,  pour  le  placer  fur  le  trône  ; 
on  croyoit  généralement  que  toute  la  famille  royale 
étoit  éteinte  ;  mais  enfin  ,  quelques  perfonnes  plus 
éclau-és  nommèrent  Abdolonyme.Diodore  de  Sicile 
l'appelle  BaUonyme  ,  &  Plutarque  Alynotm.  Il  fub- 
fiftoit  à  la  campagne  de  la  culture  des  jardins  ;  Ale- 
xandre l'envoya  chercher  fur  le  champ  ,  &  lui  ayant 
donné  la  couronne  qui  lui  appartenoit  par  fa  naif- 
fance  ,  il  lui  demanda  de  quelle  manière  il  avoit  fup- 
porté  fa  pauvreté.  «  Je  fouhaite,  feigneur  ,  répondit 
»  Abdolonyme  ,  de  foutenir  aufïï-bien  le  nouvel  état 
»  dont  vous  m'honorez  :  ces  mains  ont  pourvu  à 
«  mes  befoins  ;  je  n'ai  rien  eu,  &  rien  ne  m'a  maii- 
»  que  ».  Alexandre  touché  de  la  beauté  de  cette  ré- 
ponfe  ,  augmenta  les  états  d' Abdolonyme  ,  lui  donna 
\qs  biens  de  Straton,  &  y  joignit  de  riches  préfens  de 
fon  butin  fur  les  Perfes. 

Tous  les  Anglois  favent  par  coeur  les  vers  char- 
mans  de  Cowley  fur  la  vie  ruftique ,  tirés  de  cette 
hiftoire  ,  rapportée  dans  Diodore  de  Sicile  ,  Uv. 
XV II.  Quinte-Curce ,  /.  /r.  Juftin ,  /.  XL  c.  x. 
&  Plutarque,  defonuna  Jlexandri.  Us  commencent 
ainfi  : 

Happy  the  man,  whom  bounteous  Gods  allow 
With  lus  own  hauds  paternal  grounds  to  plow  !  &c. 

«  Heureux,  cent  fois  heureux ,  l'homme,  qui  loin 
»»  du  tumulte  ,  &  exempt  de  crainte  &  d'efperance, 
»>  vit  des  fruits  de  fon  champ  &  de  fon  jardin  !  Son 
»  champ  lui  fournit  ce  dont  la  fimple  nature  a  be- 
♦»  befoin  ;  &  fon  jardin  lui  offre  libéralement  par  fon 
w  ombre  &  par  fes  fruits ,  des  plaifirs  innocens.  Il 
»  voit,  fans  que  cette  vue  altère  fa  tranquillité  ,  le 
M  poids  onéreux  des  grandeurs  ,  ambitionné  par  des 

»  inlenfés  ,  &  pofledé  par  les  méchans C'cfl; 

»  ainfi  que  le  fage  Obdolonyme  paflbit  fa  vie ,  lorf- 
y>  que  les  envoyés  d'un  grand  roi  vinrent  lui  offrir 
»  une  couronne ,  &  le  trouvèrent  occupé  à  cultiver 
»  ion  jardin.  Ce  ne  fut  qu'à  regret  qu'il  quitta  ia 
M  campagne  chérie,  pour  monter  fur  le  trône  ;  il  ne 
»  put  s'empêcher  de  s'arrêter  fouvent  fur  la  route  , 
»  de  tourner  fouvent  les  yeux  vers  le  féjour  qu'il 
»  abandonnoit,  &  on  l'entendit  plus  d'une  fois  ré- 
»  ])éter:  Hélas!  je  quitte  un  royaume  bien  plus  propre 
»  à  rendre  heureux,  que  celui  qvie  je  vais  poflé- 
>»  der  !  »  (  Le  chevalier  DE  JauCOU RT.') 

SIDON£s\  (  Gcog.  anc.  )  peuples  de  la  Germa- 
Toma  XF% 


S   ï 


171 


me,  entre  les  Luti-Buri  &  les  Cognl,  félon  Ptolo- 
mée ,  /.  //.  c.  xj.  Ils  habitoient  donc  entre  l'Oder  & 
laVila'.le.  (Z>.  /.  ) 

SIDONIA  ,  (  Gèog.  mod.  )  &  plus  communément 
Midina-Sidonia  ^V\\\it  d'Efpagne,  dans  l'Andaloufie, 
à  fept  lieues  du  port  Sainte-Marie.  Elle  a  été  autre- 
fois le  fiége  d'un  évéché  transféré  à  Cadix  en  1 264  • 
&  c'eft  feulement  depuis  ce  tems-là,  que  Cadix  a 
été  reconnue  pour  ville  épifcopale.  ^«^ye^  Medina- 
SiDONiA.  Géog.  mod.  (^D.  J.) 

SIDONIORUM  IN  su  LA  ,  {Géog.  anc.  )  île  du 
golfe  Perfique  :  Strabon  ,  /.  XFL  p.  y 8 4,  dit  que  ce 
fut  une  colonie  venue  de  cette  île,  qui  fonda  la  ville 
de  Sidon  en  Phénicie.  Il  ajoute  qu'on  difputoit,  fi 
c'étoit  des  habitans  de  cette  île  dont  Homère  avoit 
voulu  parler  dans  ce  vers  : 

AlblOTTetÇ  S"  IKOIXW  KCLl  ^iS'ivlaÇ    KO.)  Epcfjc,2ovç. 

Fenlt  &  ad  JEthiopes ^  &  Sidonios  ,  &  Erembos. 

Ortélius  croit  que  cette  île  efl  la  Sidodona  d'Ar- 
rien.  {D.J.) 

SIDRA  ,  (  Géog.  înod.  )  grand  golfe  d'Afrique, fur 
la  côte  de  Barbarie  ,  entre  Tripoli  &  Barca.  On  l'ap- 
pelloit  anciennement  Syrtis  magna  :  fon  nom  mo- 
derne lui  vient  de  la  petite  île  Sidra  qui  eft  au  fond. 
On  voit  dans  ce  golfe  les  feches  ou  baffes  de  Barba- 
rie ,  qui  font  dangereufes.  (  Z?,  /,  ) 

SIDRO,  {Géog.  mod.)  cap  de  Grèce,  dans  la 
Livadie  ,  en  latin  Cynofura  ,  &  Dorïfcum  Promnnto- 
rium.  II  eft  à  l'embouchure  de  la  rivière  d'Afopo  ^ 
dans  le  golfe  de  Négrepont.  (D.  J.) 

SIDROiVA,(  Géog.  anc.  )  ville  de  l'îllyrie,  dans 
la  Liburnie  :  Ptolomée ,  /.  //.  c.  xvij.  l'a  marquée 
dans  les  terres  ;  le  nom  moderne  eft  Bêlas,  félon 
Nioer. 

SIDl/S  ,  (  Géog.  anc.  )  nom  d'une  bourgade  du 
territoire  de  Carinthe  dans  laMégaride,  félon  Pline, 
/.  îy.  c.  vi/.  2°.  d'une  bourgade  de  l'Afie  mineure, 
dans  rionic,  au  voifmage  de  Clazomene  ;  3°.  d'un 
lieu  de  l'Afic  mineure  ,  dans  la  Pamphylie. 

SIDUSA  ,  (  Géeg.  anc.  )  île  de  l'Afie  mineure  , 
Pline  ,  /.  F.  c.  xxxj.  la  place  fur  la  côte  de  l'ionie  : 
Thucydide  ,  /.  FI  H.  p.  3  Co.  fait  auffi  mention  de 
cette  île  ;  Etienne  le  géographe  écrit  SidiiJJa  ,  &  en 
fait  une  ville. 

SIECLE  ,  f.  m.  (  Chronolog.  )  c'eft  dans  la  chro- 
nologie un  efpace  de  cent  ans  :  les  anciens  poètes 
diviloient  le  tems  en  quatre  fiecles.  Le  premier  , 
nommé  \q  fiecle  d'or.^  défigne  l'innocence  d'Adam  & 
d'Eve  dans  le  paradis  terreflre,  où  ils  trouvoient  fans 
peine  &  fans  travail  ce  qui  leur  etoit  néceffaire.  Le 
fécond,  appelle /"a/t;  d'urgent  ,  marque  le  fruit  de 
leur  péché ,  qui  ell  le  travail  &  les  douleurs.  Le  troi- 
fieme ,  dit  \q  fieck  d\iirain  ,  elt  pour  le  tems  de  la 
corruption  des  hommes  jufque  au  déluge.  Et  le  qua- 
trième ,  connu  fous  le  nom  Aq  JiecU  de  fer .,  marque 
le  tems  de  la  guerre  que  les  honuncs  ié  firent  les 
uns  aux  autres  ,  &  les  fuites  de  leur  divifion.  (Z).  /.) 

Siècles  des  poètes  ,  (  Mytkol.  )  ce  font  les 
quatre  âges  du  monde  ,  qui  ,  félon  les  poètes  ,  fui- 
virent  la  formation  de  l'homme.  A  l'âge  d'or  fuccé- 
derent  l'âge  d'argent ,  l'Age  d'airain  ,  6l  l'âge  ou  le 
fiecle  de  fer.  Foyei-en  les  articles  ,  ik  joignez-y  ce 
beau  paffagc  d'Héfiode.  «  Les  habitans  du  liecle  d'or, 
»  dit  ce  poète  ingénieux  ,  devinrent  autant  de  bons 
»  génies  &C  d'anges  tutclalres.  Les  hommes  de  l'âge 
»  d'argent  furent  changés  en  génies  fouterrains  bien- 
»  heureux,  mais  mortels,  comme  s'ilpouvoit  y  a\'oir 
»  de  vrai  bonheur  fans  l'inuiiortiilite.  Les  hommes 
»  du  fiecle  d'airain  font  dciccndus  aux  enfers  ,  & 
»  morts  fans  reffource.  Enfin  ceux  de  l'âge  héroïque, 
»  font  allés  habiter  les  cham|)s  él  (ces  ,  ou  les  îles 
»  fortunées  lituées  aux    e.xtrcmitcs  du    monde  ». 


lyî 


S  î  E 


Siècle  de  fer  ,  (  My.hoL  )  les  tcms  rapides  & 
Innocens  ,  d'où  les  portes  tabulcux  ont  tire  leur  âge 
a'or,ont  tait  place  au  liecle  de  fer.  Les  premiers  hom- 
mes croûtoient  k  nedar  de  la  vie  ,  nous  en  cpuiions 
aujourd'hui  la  lie.  Les  elprits  languiflans  n'ont  plus 
<:ec  accord  cC  cette  harmonie  qui  fait  l'amc  du  hon- 
neur ;  les  paffions  ont  franchi  leurs  barrières  ;  la  rai- 
fon  à  demi-cteinte  ,  impuillante  ou  corrompue  ,  ne 
-s'oppole  point  à  cet  affreux  defordre  ;  la  colère  con- 
vullivc  fe  rcpand  on  fureur  ,  ou  pâle  6l  fombre  ,^el  e 
entendre  la  vengeance.  La  bafic  envie  ieche  de  la 
joie  d'autrui  ;  joie  qu'elle  hait ,  pai-ce  qu  il  n  en  tut 
jamais  pour  elle.  La  crainte  découragée  ,  le  tait  mille 
fantômes  effrayans  qui  lui  raviffent  toutes  les  reliour- 
ces.  L'amour  même  elt  l'amertume  de  l'amc  ;  il  n  elt 
plus  qu'une  angoifle  trille  &  languillantc  au  fond  du 
cœur  ;  ou  bien  guidé  par  un  fordide  intérêt ,  il  ne 
fent  plus  ce  noble  defir  qui  jamais  ne  fe  raflalie  ,  & 
qui  s'oubliant  lui-mcme  ,  met  tout  fon  bonheur  à 
rendre  heureux  le  cher  objet  de  fa  flamme.  L'elpe- 
rance  flotte  fans  raifon.  La  douleur  ,  impatiente  de 
la  vie  ,  fe  change  en  délire  ,  pafle  les  heures  à  pleu- 
rer ,  ou  dans  un  filence  d'accablement.  Tous  ces 
maux  divers  ,  &  mille  autres  comLnnés  de  plufieurs 
d'entr'eux  ,  provenant  d'une  vue  toujours  incertaine 
6c  chan«^eante  du  bien  &  du  mal ,  tourmentent  l'ef- 
prlt  &  î'aoitent  fans  ctfle.  Tel  efl  le  principe  de  la 
vile  partiaUtc  ;  nous  voyons  d'abord  avec  troideur 
bc  indifférence  l'avantage  de  notre  femblable  ;  le  dé- 
goût &  la  fom'ore  haine  fuccedent  &  s'enveloppent 
de  rufes ,  de  lâches  tromperies  &  de  baffes  violen- 
ces :  tout  fentimcnt  fociable  &  réciproque  s'éteint 
&  fe  change  en  inhumanité  qui  pétrifie  le  cœur  ;  & 
la  nature  déconcertée  ,  feinble  fe  venger  d'avoir 
perdu  fon  cours. 

Jadis  le  ciel  s'en  vengea  par  un  déluge  :  un  ébran- 
lement univerfel  fépara  la  voûte  qui  retenoit  les 
eaux  du  firmament.  Elles  fondirent  avec  impétuofité  ; 
tout  retentit  du  bruit  de  leur  chute  ,  l'Océan  n'eut 
plus  de  rivage  ,  tout  fut  Océan  ;  &  les  vagues  agi- 
tées fe  rouloient  avec  fureur  au  -  deffus  des  plus  hau- 
tes montagnes  ,  qui  s'étoicnt  formées  du  débris  du 

globe.  . 

Les  faifons  irritées  depuis  ont  tyranmfe  1  univers 
Confondu.L'hiver  piquant  l'a  couvert  de  neiges  abonS 
dentés  ;  les  chaleurs  impures  de  l'été  ont  corrompu 
Faih  Avant  ce  tems  un  printems  continuel  regnoit 
fur  l'année  entière  ;  les  fleurs  &  les  fruits  ornoient  à 
i'envi  la  même  branche  de  leurs  couleurs  variées  ; 
l'air  étoit  pur  &  dans  un  calme  perpétuel.  Mainte- 
nant notre  vie  efl  le  jouet  des  élémens  qui  paffent  du 
tems  ferein  à  l'obfcuritc  ,  du  chaud  au  froid  ,  du  lec 
à  l'humide  ,  concentrant  une  chaleur  maligne  ,  qui 
fans  ceffe  affoiblit  nos  jours  ,  &  tranche  leur  cours 
par  une  fin  prématurée.  {D.  J.) 

Siècles  d'ignorance  ,  (  Hifl.  mod.  )  les  neuf, 
dix  &  oirnzme  fedcs  font  les  yrzis  Jiccles  d'ignorance. 
Elle  étoit  fi  profonde  dans  ces  tems-là ,  qu'à  peine 
les  rois  ,  les  princes ,  les  feigneurs,  encore  moins  le 
peuple  ,  favoicnt  lire  ;  ils  connoiffoient  leurs  poffel- 
fions  par  l'ufage  ,  &  n'avoient  garde  de  les  foutenir 
par  des  titres  ,  parce  qu'ils  i^noroient  la  pratique  de 
récriture  ;  c'cft  ce  qui  faifoit  que  les  mariages  d'a- 
lors étoient  fi  fouvent  déclarés  nuls.  Comme^  ces 
traites  de  mariage  fe  concluoient  aux  portes  des  égli- 
fes  ,  &  ne  fubli'floient  que  dans  la  mémoire  de  ceux 
qui  y  avoient  été  préfens  ,  on  ne  poûvoit  fe  fouvenir 
ni  des  alliances ,  ni  dés  degrés  de  parenté  ,  &  les  pa- 
rens  fe marioient  fans  avoir  de  difpenfe.  Delà  tant 
de  prétextes  ouverts  au  dégoût  &  à  la  politique  pour 
fe  féparer  d'une  femme  légitime  :  de-là  vient  auffi  le 
crédit  que  prirent  alors  les  clercs  ou  eccléliaftiques 
dans  les  affiiires  ,  parce  qu'ils  étoient  les  feuls  qui 
enflent  reçu  quelque  inftruclion.  Dans  tous  ksjicclcs, 


S   I  E 

ce  font  les  habiles  qui  dominent  fur  les  ignoransi 

Siècles  ,  les  quatre  ,  (  Jns  &fc'unces.  )  c'eft 
ainfi  qu'on  nomme  par  excellence  les  quatre  jiicks 
célèbres  ,  dont  les  produdtions  ont  été  admirées  par 
la  pouériîé.  On  fait  que  le  mot  à.^  jiccU  le  prend  ici 
d'une  manière  vague ,  pour  fignifier  une  durée  de  60 
ou  80  ans  ,  plus  ou  moins. 

Ces  quatre  fucUs  heureux  ,  où  les  arts  ont  atteint 
une  pcrfcûion  à  laquelle  ils  ne  font  point  parvenus 
dans  les  autres,  font  celui  qui  commença  dix  années 
avant  le  règne  de  Philippe  ,  pcre  d'Alexandre  le 
grand  ;  celui  de  Jules-Ccfar  &  d'Augufl:e  ;  celui  de 
Jules  il.  &  de  Léon  X.;  enfin  celui  de  Louis  XIV. 
Ce  dernier  a  fini  comme  les  autres  ,  malgré  les  efforts 
qu'ont  fait  les  caufes  morales  &  phyfiques  pour  fou- 
tenir les  lettres  &  les  arts  au  point  d'élévation  où  ils 
avoient  atteint  rapidement.  Ce  tems  ne  fe  trouvera 
plus ,  dit  M.  de  Voltaire ,  où  un  duc  de  la  Rochefou- 
cault ,  l'auteur  des  maximes  ,  au  fortir  de  la  conver- 
fation  d'un  Pafcal  &  d'un  Arnauld ,  alloit  au  théâtr* 
de  Corneille.  Ainfi  difparoît  le  génie  des  arts  &  des 
fciences,  jufqu'à  ce  que  la  révolution  des Jiccks  le 
vienne  encore  tirer  une  autre  fois  du  tombeau  ,  où 
il  femble  qu'il  s'enfeveliffe  pour  plufieurs  généra- 
tions ,  après  s'être  montré  feulement  durant  quel- 
ques années.  (Z>.  /. ) 

Siècle  ,  (  Critiq.  facrée.  )  ce  mot ,  qui  fe  prend 
ordinairement  pour  une  efpace  de  cent  ans  ,  ne  fe 
trouve  point  en  ce  fens  dans  l'Ecriture  ,  mais  il  fi- 
gnifie  long-tans.  Les  géans  font  des  hommes  fameux: 
depuis  long-tems,  àfœculo ,  Gcn.  vj.  4.  L'Ecriture 
donne  aufli  le  nom  àeJîccU  ,  au  tems  qui  s'ccouloit 
d'un  jubilé  à  l'autre.  Il  le  fervira  jufqu'auy/<;c/t,',  Exod. 
xxj.  6".  c'efl-à-dire  juiqu'au  jubilé  prochain.  L'efcla- 
ve  hébreu  qui  ne  vouloir  pas  profiter  du  privilège 
de  l'année  labbatique  ,  demeuroit  efclave  jufqu'à 
l'autre  année  fabbatique.  Siècle  fe  prend  encore  pour 
toujours  dans  ce  monde;  asnû fœdus  faculi  eft  une 
alUance  indiflbluble ,  ou ,  comme  nous  difons ,  éter- 
nelle. Lçs  en/ans  du  Jîecle  ,  a  vol  ricttSvoÇj  défignent 
les  hommes.  Luc.  xvj.  8.  (J).  J.  ) 

SIEGBOURG ,  ou  SIGEBERG ,  (  Géog.  mod.  ) 
petite  ville  d'Allemagne ,  au  duché  de  Berg  ,  fur  la 
Sieg.  (£>./.) 

SIEGE  ,  (  Scienc,  Itymolog.  )  on  fait  qu'on  entend 
Y^rfiegi  ,  une  dignité  ,  une  jurifdiftion  ,  une  place  , 
un  canton  dépendant  de  quelque  prélat  ;  en  voici  l'é- 
tymologie  &  la  filiation.  Du  mot  grec  «^x«  ,  on  a  fait 
le  mot  latin  fella  ,  par  l'afiinité  du  fifflement  entre 
H&C  S  ^  &c  du  mot  fella  on  a  tait  le  mot  françois 
^cgc.  Les  hclies  de  Pindare ,  qu'Homère  nomme/elles^ 
étoient  \Qjàge ,  le  lieu  de  l'oracle.  Le  fertile  canton  ^ 
qu'Héfiode  appelle  Hcllopie ,  étoit  toutes  les  terres 
de  la  dépendance  de  ce  même  Jiege  ,  &  le  fleuv& 
Sellcis  y  qui  en  prit  le  nom  ,  y  couloit  ;  cette  expli- 
cation femble  répandre  la  lumière  fur  une  infinité 
de  paffages   obfcurs.  Enfin  le  chrifl:ianifme  ,  qui  a 
confacré  jufqu'aux  termes  de  rehgion  employés  par 
les  payens  ,  &  qui  quelquefois  même  a  été  plus  lom , 
appelle  à  fon  lowx  fuges  les  endroits  où  doivent  réfi- 
der  les  principaux  de  fes  minifl:res  ,  les  lieux  de  leur 
jurifdiclion  ;  ÔC  en  conféquence  la  première  de  toutes 
ces  jurifdiclions  ,  efl  nommée  \e  faim  fie gc.  Le  papa 
a  pris  un  titre  magnifique ,  pour  défigncr  fon  diftricf  ; 
cependant  il  a  donné  lui-même  ce  titre  à  l'archevê- 
ché de  Mayence.  (Z).  /.) 

Siège  ,  f,  m.  (  Afiron.  )  efl:  une  étoile  fixe  de  la 
féconde  grandeur  ,  qui  fe  trouve  dans  la  jointure  de 
la  jambe  &  de  l'épaule  Muche  de  la  conflellation  , 
î^ppcllî^e pégnfe.  Foyc^  PEGASE.  (O) 

Siège  ,  le  saint  ,  (  Hijl.  ecclcf  )  le  faintfege  eu. 
proprement  l'évêché  de  Rome, que  l'églife  romaine 
eli  convenue  de  regarder  comme  le  centre  de  fon 


s  î  E 

\inité  ;  mais  fi  Rome  étoit  détruite  ou  devenoit  hé- 
rctique ,  l'égliie  conviendroit  d'un  autre  centre  d'u- 
nité, qu'on  regarderoit  toujours  comme  ÏQJaintfugc^ 
tant  qu'on  y  conlerveroiî  la  foi  de  l'églilé.  Ainii  ce 
n'eil  pas  l'églilé  qui  doit  lé  régler  l'ur  l'évêché  où  eft 
\e  faintjiegi  ;  car  il  étoit  autrefois  à  Antioche  ;  mais 
c'eil  cet  évêché  qui  doit  garder  les  dogmes  &  fe  con- 
former aux  règles  de  l'églife  ;  ikce  n'ell  que  tant 
qu'il  conferve  ces  dogmes  &  qu'il  garde  ces  règles , 
^ue  l'églife  le  regarde  comme  le  centre  de  l'unité. 

La  cour  de  Rome  ell  fort  diftérente  Awfaint  fugs.  ; 
quelquefois  on  entend  llmplement  par  ce  mot  ,  les 
officiers  du  pape  ;  c'eil  en  ce  fens  que  l'on  dit  le  pour- 
voir en  cour  de  R.ome  ;  mais  la  cour  de  Rome  dans 
un  autre  fens  ,  c'elt  cet  alTemblage  de  courti'.ans  at- 
tentifs à  relever  la  grandeur  &  la  puiffance  des  pa- 
pes ,  afin  d'y  trouver  eux-mcmcs  de  quoi  fe  relever 
&  s'enrichir  ;  c'cil  une  foule  de  flatteurs  ,  qui  attri- 
buent aux  pontifes  romains  des  peifedions  que  Dieu 
feulpolTede,  &  qu'Un'a  communiquées  à  aucun  homi- 
me mortel;  ce  font  enfin  des  gens  qui  n'oublient  rien, 
pour  changer  l'humilité  fainte  &:  le  dcfmtérefîement 
apoftolique  ,  en  un  intérêt  condamnable  &  en  une 
domination  arbitraire.  C'ell  de  cette  extravagante 
prétention  ,  que  font  venus  tant  d'abus  6c  de  defor- 
dres  qui  dcfoient  l'églife  chrétienne  6c  fortifient  le 
fchifme.  (/?./.) 

Siège,  dans  PAn  militaire  ,  efl  le  campement 
d'une  armée  autour  d'une  place  â  deffein  de  s'en  em- 
parer ,  foit  par  famine  en  faifant  des  retranchemens 
lout-au-tour,  &  empêchant  tout  convoi  de  s'y  in- 
troduire ,  foit  à  force  ouverte  en  combattant  les  fof- 
fés  &  faifant  des  attaques  formelles.  Foyz:;^  Lignes  , 
Tranchée  ,  Approche- 

Ce  mot  lignifie  à  la  lettre  demeure ,  faifant  allullon 
à  ce  que  l'armée  y  fait  fa  demeure  jufqu'à  la  réduc- 
tion de  la  place. 

hes Jîeoes  les  plus  célèbres  de  l'antiquité  font  ceux 
i^B  Troye  ,  de  Tyr,  d'Alexandie  ,  de  Numance  ,  &c, 
&  parmi  les  modernes ,  ceux  d'Ollende ,  de  Candie, 
<le  Grave ,  de  Prague  ,  &c. 

Les  Jîeges  peuvent  fe  divifer  en  plufieurs  efpeces , 
fuivant  la  nature  des  villes  qu'on  doit  attaquer ,  6c  la 
méthode  qu'on  y  employé. 

Le  premier  eft-  lejiege  royal  ou  le  véritable  ^ege  ; 
c'cft  celui  dans  lequel  on  fait  tous  les  travaux  nécef- 
iaires  pour  s'emparer  de  la  place ,  en  chafl'ant  fuccef- 
fivement  l'ennemi  de  toutes  les  fortifications  qui  la 
défendent;  cette  forte  dejîcge  ne  ié  fait  qu'aux  villes 
conlidérables  &.  importantes,  &  c'elt  de  cajicge  qu'on 
entend  parler  ordinairement  ,  lorfqu'on  dit  qu'une 
armée  fait  \tjicgc  d'une  place. 

htjiege  qui  ne  demande  point  tous  les  travaux  du 
Jlcge  royal  fe  nomme  fimplemcnt  attaque  ;  c'elt  pour- 
cjuoi ,  lorfqu'un  corps  de. troupes  eît  envoyé  pour 
s'emparer  d'un  polie  important,  comme  d'un  château 
OU  de  quelqu'autre  petit  lieu  occupé  par  l'ennemi  ; 
on  ne  dit  point  qu'on  en  va  faire  ^'^Jiigc ,  mais  l'at- 
taque. 

M.  de  Folard  ,  dans  fon  Traité  de  V attaque  &  de  la 
icfenfe  des  places  des  anciens ,  biàme  avec  raiion  ceux 
qui  confondent  \cfege  avec  le  blocus  ou  le  bombar- 
dement. Il  attaque  à  ce  fujet  un  officier  d'artillerie , 
qui  dans  un  mémoire  donné  à  l'académie  d'.>s  Scien- 
ces ,  fur  la  méthode  de  tirer  les  bombes  avec  fucc^s  ,  ne 
met  aucune  différence  entre  un/iegc  dans  les  formes 
&z  un  bombardement.  Cet  oflicier  réduit  à  vingt-cinq 
les  défauts  où  l'on  tombe  dans  le  jet  des  bombes  pour 
y  remédier  ,  &  les  corrige  autant  que  faire  Je  peut  :  voi- 
ci ,  dit-il  ,  ce  que  fui  pratiqué  aux  liegeS  de  Nice ,  Al- 
ger^ Gènes  j  Tripoli ,  Rofe  ^  Palamos ,  Barctlonne,  Ali- 
cant  ,  &  nombre  d'autres  places  que  /ai  bombardées, 
»  Qui  ne  croiroit ,  en  llfant  cela  ,  dit  M.  de  Folard  , 
j^  qu'Alger ,  Gènes  &  Tripoli ,  ont  foutenu  un/ie^c? 


S  I  E 


17 


73 


>>  &  C€S>-<i^  font  imaginaires,  du  moins  de  Ton  tems 
n  Ces  trois  villes  furent  bombardées  par  ir  e-  &  per" 
»  ionne  ne  mit  plé  à  terre  ;  c'efi  donc  improprement 
>.  quoulelertduterme  defege,  lorfqu'il  s'a.it  d'un 
>,  bombardement,  confondant  ainli  l'un  avec  l'autre 

La  rélolution  dts  Jîeges  cA  une  aflaire  de  cabiner  ' 
elle  cft  une  luite  naturelle  de  la  fupériorité  que  l'on 
croit  avoir  furies  ennemis  :  mais  leur  exécution  étant 
une  des  plus  férieufes ,  des  plus  importantes  &  des 
plus  difiicdes  parties  de  la  guerre ,  elle  demande  aulîî 
le  plus  demeiure&:  de  circonfpe6fion  ;  leur  fuccès 
dépend  de  plulieurs  chofes. 

i*'.  Du  lecrct  lans  lequel  il  eft  difHcilc  de  réulTir. 

2°.  Des  forces  qu'on  a  fur  pic  pour  attaquer  les 
places  des  ennemis ,  &  défendre  les  fienncs. 

^  3^  De  la  difpofition  des  ennemis;  car's'ils  font 
reunis  &  auln  forts  que  celui  qui  veut  les  attaouer 
lis  peuvent  empêcher  le  fuccès  dujîsge.  ''       ' 

4°.  De  l'état  des  magalins  les  plus  à -portée  des 
lieux  lur  lelquels  on  peut  entreprendre. 

f.  De  la  conjonéture  des  tems  ;  car  tous  ne  font 
pas  propres  ^llxfieges  ,  &  rien  n'étant  plus  ruineux 
pour  les  armées  que  ceux  d'hiver,  on  les  doit  évi- 
ter tant  qu'on  peut. 

6"".  Des  fonds  néceffaires  à  leur  dépenfe  ;  car  l'ar- 
gent étant  le  nerf  de  la  guerre  ,  fans  lui  on  ne  faurcit 
reufîir  en  rien. 

Ce  font  toutes  mefures  à  prendre  de  longue-main 
qui  doivent  être  dirigées  à  loifir  ;  &  après  tout  cela* 
quand  on  croit  les  avoir  bien  prifes ,  fouvent  tout 
échappe  ;  car  l'ennemi  qui  n'ell  jamais  d'accord  avec 
vous  pourra  vous  interrompre. 

r^.  Parce  qu'il  fera  auffi  fort  que  vous,  &  qu'il 
vous  obfervera  de  près. 

^  '.  Parce  qu'il  auraaulTi  deffein  d'entreprendre  de^ 
fon  côté  fur  des  places  ,  dont  la  confervation  vous 
importe  plus  ,  que  la  conquête  de  celles  fur  lefquel- 
les  vous  pourriez  entreprendre. 

3".  Parce  qu'il  fera  en  état  de  courir  fur  votre 
pays  &  d'y  porter  la  défolation  ,  pendant  que  vous 
lerez  occupé  zn//ege  d'une  place  ,  dont  la  prife  ,  qu£ 
peut  être  mcertame ,  ne  vous  dédorftmageroit  pas  des 
pertes  que  vous  pourriez  fouffrir. 

4*".  Enfin,  parce  qu'il  peut  fe  mettre  <à -portée  de 
vous  combattre  ,  avant  que  vous  puijuez  être  établi 
d-'vant  la  place  que  vous  voulez  attaquer. 

Il  faut  Jîien  pefer  toutes  ces  conlidérations  avant 
que  de  fe  déterminer,  &  prendre  toujours  fi  bien  fon 
tems,  que  l'ennemi  ne  puiffe  vous  tomber  furies  bras 
avant  votre  établiffement. 

Dans  l'un  &  l'autre  cas  le  mieux  ell  d'être  le  plus 
fort ,  &  d'avoir  deux  armées  quand  on  le  peut  ;  la- 
voir ,  une  qui  alTiége  ,  &  l'autre  qui  obfcrve.  Celle 
qui  alfiége  le  renferme  dans  fes  lignes  ,  &  celle  qui 
oblerve  ne  fait  que  rôder  &  occuper  les  avenues  par 
où  l'ennemi  peut  fe  préfenter  ou  prendre  des  polies , 
&  s'y  retrancher ,  ou  le  luivre  s'il  s'éloigne  ,  en  le 
côtoyant  &  fe  portant  toujours  entre  lui  &  l'armée 
alhégeante  ,  le  plus  avantageulément  qu'il  eft  pof- 
lible. 

L'armée  d'obfervatlon  efl  encore  d'un  grand  fe- 
cours  à  l'aniégcant  dans  le  commencement  dujiegey 
parce  qu'elle  veille  à  fa  confervation,  peut  le  favori- 
1er,  eicorter  lés  convois ,  lui  fournir  des  fafcines,  Ôf 
t.'.ire  plufieurs  autres  corvées.  Réciproquement  l'ar- 
mce  aliiegeante  la  peut  renforcer  dans  le  belbin.aprèj 
les  fi.v  ou  fej)t  premiers  jours  de  tranchée,,quand  elle 
a  bien  pris  les  avantages  contre  la  place. 

C'eit  encore  une  circon fiance  bien  favorable  de 
pouvoir  attaquer  avant  que  l'ennemi  lé  puilfe  mettre 
en  campagne  avec  toutes  l'es  forces  ,  ou  dans  Par- 
ncrc  laifon  ,  après  qu'ur.e  partie  de  les  troupes  s'é- 
tant  rciirée,  il  n'ell  plus  affez  fort  pour  s'oppofer  aux 
entreprijés.  M.  de  \duhdnfA:uq,  d^s  places. 


Ï74 


S  I  E 


S  I  E 


F 


Un  des  objets  ies  plus  importuns,  lorfqu  on  entre- 
rcnd  un  [ic^^i  ;  c'clt  de  l'environner  de  manière  que 
.ennemi  ne  puilio  y  taire  entrer  aucun  lecours.  M. 
de  Vendôme  ayant  afïïcgé  Verue  à  la  fin  de  l'année 
1704  ,  l'ans  couper  ablolument  la  communication  de 
cette  place  avec  l'armée  de  M.  le  duc  de  Savoie;  la 
ville  ie  détendit  depuis  le  1 4  Odobre  de  cette  année 
julqu'au  7  Avril  de  la  luivante ,  &  M.  de  Vendôme 
auroit  été  obli[;é  d'en  lever  le/zt-c;,  s'il  n'étoit  par- 
venu .\  couper  la  communication  avec  l'armce  enne- 
mi ;  c'ell  ce  qu'il  Ht  la  nuit  du  premier  au  lecond  de 

Mars.  r  t  j    r 

Ayant  fait  après  cela  fommer  le  gouverneur  de  le 
rendre  ,  celui-ci  lui  répondit ,  qu'il  comptoit  n'être 
airié^é  que  du  jour  de  rinterrui)tion  de  la  communi- 
cation ,  quoiqu'il  y  eut  déjà  près  de  cinq  mois  que 
M.  de  Vendôme  iut  devant  la  place. 

Avant  de  former  wnjlegc ,  on  doit  évaluer  à-peu- 
près  la  quantité  de  troupes  &  de  munitions  dont  on 
aura  bcfoin  pour  la  prendre  ;  cette  évaluation  eil  al- 
lé/, difficile  ,  &  nous  n'avons  aucun  livre  où  elle  Ibit 
tniitée  avec  précifion. 

Ciran  ,  l'un  de  nos  plus  anciens  ingénieurs ,  lup- 
pote  que  l'armée  allaillante  doit  être  dix  fois  plus 
nombveufe  que  la  garnifon  ,  &  qu'ainli  il  faut  une 
armée  de  dix  mille  hommes  pour  attaquer  une  place 
dans  laquelle  il  y  en  a  mille;  mais  ce  rapport  qui  peut 
être  allez  c.vaa  dans  cette  fuppofition  ,  pourvu  qu'il 
n'y  air  point  à  craindre  qu'il  vienne  une  armée  au 
fecours  de  la  place  ,  ne  feroit  pas  fuffifant  dans  une 
ville  oit  il  y  auroit  deux  mille  hommes ,  fur-tout  s'il 
falloit  fe  circonveiller  contre  l'ennemi. 

Ce  rapport  fe  trouvera  donc  trop  petit  dans  plu- 
fieurs  cas  ,  mais  il  fera  aufTi  trop  grand  dans  d'autres. 
Par  exemple  ,  on  n'a  pas  befoin  d'une  armée  de  deux 
cens  mille  hommes  pour  affiéger  une  place  dans  la- 
quelle il  y  en  a  vingt  mille  ;  c'eft  au  général  à  déter- 
inincrparla  grande  connoiffance  qu'il  doit  avoir  de 
la  guerre,  le  nombre  de  troupes  dont  il  a  befoin  pour 
faire  un/c;^f  quelconque ,  relativement  à  la  grandeur 
de  la  place ,  à  l'excellence  de  fes  ouvrages  ,  au  nom- 
bre &  à  la  valeur  de  la  garnilon  qui  y  ell  renfer- 

t 


mee. 


Pour  l'amas  de  munitions  qu'on  peut  confommer 
dans  un  fie^^e  ,  il  faut  régler  d'abord  quelle  en  fera  à- 
peu-près  la  durée  ,  quelles  feront  les  différentes  bat- 
teries qu'il  faudra  élever ,  ce  qu'elles  pourront  con- 
fommer par  jour  ,  &c.  on  a  des  tables  dans  plufieuis 
livres  ,  notamment  dans  les  mémoires  d'artillerie  de 
Saint-Rem  y  ,  qui  contiennent  le  détail  des  munitions 
de  guerre  menées  à  ^x&ér^ns  fugcs  ;  mais  comme  on 
n'y  rend  aucune  raifon  de  la  quantité  des  choies  qu'el- 
les contiennent,  elles  ne  peuvent  être  d'un  grand  fe- 
cours aux  généraux.  Cependant  au  défaut  des  précep- 
tes ,  on  joint  ici  quelques-uns  de  ces  états  pour  don- 
ner une  idée  de  la  quantité  de  ces  munitions  qui  fe 
conlomment  dans  un  Jîc^e. 


Etat  des  puces  (Vanillcric  6* 

munitions  de  guerre  qui  ont 

été  menées  devant  Luxem- 

bourg ,  pour  en  faire  le  ju- 
ge ,  tn  1 684. 

Munitions  confommécs. 

Pièces  de  fonte  , 

de  33                                7 
de  24                             33 
de     8                               8 

(  Il  y  en  eut  quelques- 
(     unes  d'éventées. 

de     4                             II 

i 

To 

■affûts  avecleurs  avantrains 
de  33  12 

de  24  46 

tle     8  ^ 


4 

z 


de     4  14 

Paires  d'armes.  99 

Lanternes  de  rechange 

20 
Chariots  h  porter  canon. 

Charretes  125 

Boulets , 


Lanternes. 

Refouloirs. 

Ecouvillons. 


i<5 
18 


IQ 


de 
de 
de 

de     4 
Mortiers 


33 
8 


10620 

55^74 
3800 
5000 


♦  *  * 


Ce  qui  a  été  mené  au 
fiege 

Mortiers 


6791 
30100 

61$ 


Ce  qui  y  a  été  confommé,. 


î6 


Chariots  à  porter  affûts  à 
mortiers  16 

Plufieurs  fusbandes  d'af- 
fûts à  mortiers  ,  lavec 
leurs  boulons. 

Bombes 

Fufées  à  bombes 

Pierriers  montés 

Grenades 


953000 

90800 

133600 

J99049 

2400 

200 

100 


709?, 

7300 

6 

40304 

Fulées  à  grenades    57000 

Poudre 

Plomb 

Mèches 

Sacs  à  terre 

Moufquets 

Hallebardes 

Fufils 

Paires  d'armes  à  l'épreu- 
ve 100 

Pots  à  terre  100 

Salpêtre  «  534 

Soufre  240 

Une  tonne  de  polx-réfine. 

Une  tonne  de  poix-noire. 

Deux  tonnes  de  gaudron. 

Mortiers  de  fontes ,  avec 
leurs  pilons  z 

Chaudières  de  fer  a 

Outils  à  pionniers  38809 

Haches 

Serpes 

Manches  d'outils 

Hottes 

Brouetes 

Outils  à  mineur 

A  charpentier  &  à  charron 

210 

Trois  forges  complettes  , 
&  lui  foufflet. 

Criks  6 

Un  équipage  de  pont  de 
bateaux. 

Trois  cens  tonnes  de  cor- 
dages. 

Et  quelqu'autres  corda- 
ges. 

Chèvres 

Madriers 

Coins  de  mire 

Leviers 

Feuilles  de  fer  noir 

Feuilles  de  fer  blanc 

Effieu  de  bois 

Peaux  de  moutons 

Clous 

Clous  de  cuivre 

Fer  en  barre 


2310 

6670 

3300 

510 

260 

184 


Quelques  fusbandes. 

55or 
5600 

10660 

40000 

835300 

59800 

67900 

109019 

618 

90 

loa 

XI 

384 
104 


1879c 

1076 

2120 

1800 

500 

110 


74 


16 


da- 

Et  quelqu'autres  corda-y 

ges. 

5 

Equipag.  de  chèvres,     i 

750 

"^^l 

138 

88 

41 

4t 

573 

575 

340 

340 

24 

2Z 

115 

11$ 

6430 

6430 

16 

16 

94S 

845 

s  I  E 


Eiîîeiix  de  fer  4 

Chevilles  ouvrières  3 

Lanternes  à  éclairer  4 

Boëtes  pour  lanternes  24 

Caiffons  6 
Chariots  à  porter  timbal- 

les  I 

Menus  achats  faits  pour 

le  Jicgi  de  **  * 

Vieux  oing  650I. 

Flambeaux  de  cire  jaune  , 

100 
Bougiesdecire  jaune  30 1.  1 
Bougies  de  cire  blan.  40 1.    j 
Cire  neuve  72  I. 

Chandelles  500 1. 

Aulnes  de  toile  50 

Fil  6 1. 

Aiguilles  200 

Grands  fa  es  32 


Grandes  lanternes  fourdes 

33 
Petites  lanternes  fourdes 

37 
Mefures  de  fer  blanc      29 

Barriis  à  bourfes  24 

Fournimens  20 

Fil  de  laiton  27  1. 

Ficelle  40  L 

Menu  cordage  20 1. 

Etoupes  lool. 

Romaine  i 

Peaux  de  moutons       100 

Taule  16I. 

Acier  50 1. 

Clous  de  cuivre  1 9 

Rames  de  papier  2 

Rame  de  gros  papier       i 

Rame  de  pap.  en  quart,   i 

Tamis  z 

Balance  i 

Poids.de  marc  d'une  livre 

chacun  z 

Poixgraife  lOol. 

Suif  de  mouton  50  1. 

Clous  de  toutes  fortes 

400 1. 

Plumes  &  encre. 

Une  chapelle  complette. 

Un  coffre  de  médicamens. 

Unbarril  d'eau-de-vie. 

£tat  des  pièces  d^ artilleries 
&  munitions  de  guerre  , 
^ui  ont  été  menées  devant 
Turin  ,  en  lyoS  ,  pour  en 
faire  lejicge. 

Pièces , 


4 
24 


Menus  achats  confommés 
aujiege  de  *  ** 

650  1. 


47 
42  1. 

22I. 
500 1. 

50 
61. 

200 
3^ 

12 

20 

40 1. 

40 1. 

100 
ï6l. 
50I. 

19 

tout  entier. 


de  24 
de  16 
de  12 
de     8 


104 
6 

17 
10 


de  4 ,  dont  1 3  longues , 
4  de  la  nouvelle  inven- 
tion ,  &  6  à  dos  de  mu- 


let. 

de  24 
de  16 
de  12 
de     8 


Affûts^ 


35 

M3 
1 1 

35 
10 


de     4,  dont  13  longues, 
4  de  la  nouvelle  inven- 


400 1. 


Munitions  ufUes  &  con- 
fominées  à  cejiege. 


45 

5 

2 


S  I  E 

tion  ,  &  4  à  dos  de  mu- 
let,  21 

Avantrains  ,  dont  2  à  dos 
de  mulet  ,  1 80 

Charriots  à  corps  de  ca- 


non 
Chariots  à  ridelles 
Chariots  à  boulets 

JCharetes 
Chèvres  garnies 
Trinqueballe 

Armes  des  pièces  ^ 
de  24 
de  26 
de  12 
de  8 
de  4 
Tirebourres 

Boulets , 


90 

1 10 

30 

30 

8 

!• 

126 
10 

20 
12 
40 
20 


de 
àz 
de 
de 
de 


24 

16 

12 

8 

4 


89633 

26259 

21210 

3800 

8400 


Cartouches  pour  les  trou 

pes  278000 

Cartouches  de  fer  blanc  , 

de  16 


de  12 
de  8 
de     4 

Mortiers  y 
12  pouces 
9  pouces 
6  pouces 

Affûts , 
12  pouces  , 
de  fer  coulé , 
de     9  pouces 
pouces 

Bombes  , 
pouces 
pouces 
pouces 


de 

de 
de 

de 


de     6 


de 
de 
de 


12 

9 
6 


150 

40 

50 
60 

39 

7 
i| 

dont  10 

45 
iz 

14 

13960 

5  549 
5646 


Fufées  à  Bombes  ,  de  1 2 


pouces 


20000 
de 


Fulées  à  bombes  ,  ae  9 
pouces,  1000 

Fufées  de  6  pouces  8000 
Grenades  chargées  25541 
Grenad.  nonctiar.  21 185 
Fufées  à  grenades  ,  non 
chargées,  30000 

Balots  de  laine  224 

Sacs  à  terre  174 160 

Pierres  à  fufils  4 1  5  200 
Outils  à  pionniers  56375 
Manches  d'outils  24580 
Haches  2685 

Serpes  5230 

Outils  à  Mineurs. 


Piques  à  rocs 

Maiics 

Pinces 

Pinces  à  pic  de  biche 

Poinçons 

Aiguilles 

Cilcaux  à  grains  d'orge  99 

Tranches ùgrains d'orge  6 

Outils  ;\  charpentiers  &C 
charrons  ,  de  toutes  for- 
tes,^  316 

Outils  à  forgeurs  ,  de  tou- 


1000 
150 
102 

30 

300 

31 


7 


40 

4- 
6i 

5 

8 
...   § 

69237 
159  o 

2!  1000 

3500 

4000 
lOÔOOO 

15a 
40 
50- 

6a 


10- 

5 

4 

i3849f 
378i 
33^4 

13849 

3782^ 

3314 

23  200 

450a 

4500 

224 

142260 

90000 

5474i 

24580 

1892 

1209 


800 

100 
2o 
30 

200 

12 

99 
6 


116 


î/G 


S  I  E 


S  I  E 


86 

20 
100 


tes  fortes,  55 

Outils  ù  menuifiers,de  tou- 
tes fortes,  43 
CorJuges. 
Prolonges  doubles 
Cables  pour  chèvres 
Prolonges  lîmples 
Paires  de  traits  à  canons 

200 
Paires  de  traits  communs 

4Z 

Ballots  de  cordages  ,  pour 

emballer  4^ 

Menus  cordages      3500I. 

Ficelles  500  !• 

.       Bois  di  remontage. 
Timons  2.00 

Limonnlers  5^ 

EHieux  loo 

Jantes  5°° 

Ijlais  ^       800 

Roucs-.de  24,  ferrées,    20 
Roues  de  24,  en  blanc,  10 
Roues  de  chariots,  à  corps 
de  canon  3.^ 

Roues  de  chariots,  à  ri- 
delles  &:  à  boulets,   10 
Roues  d'avantrains         10 
Leviers  100 

Coins  de  mire  800 

Chapiteaux  300 

Madriers  à  plate -forme 

100 
Planches  de  fapin         5  00 

ArtijiciS. 
Souffre  1000 1. 

Salpêtre  2500 1. 

Balles  à  feu  ^      150 

Fafclnes  goudronnées  100 
Huile  de  térébenth.  50  1. 
Goudron  200 1. 

Caiffes  d'uftenciles  à  bom- 
bardiers i 
Cire  préparée  pour  cocf- 
fer  les  fufées  à  bombes , 
300  1. 
Cire  jaune                 100  1. 
Barrils  de  pulverin          2 
Caifle  de  compofition     i 
Fer  neuf  en  plat ,  quarré  , 
&long,               5000 1. 
Boëtes  de  fer  de  toutes  for- 
tes                       20000 
Vieux  clous  de  toutes  for- 


tes 
Acier 

Clous  à  rouage 
Clous  à  flafques 
Clous  de  toutes 


loooo 
400  1. 
loooo 
1 5000 
fortes 
60000 
50000 
loooo 
12000 


Clous  picards 
Clous  de  tonnelier 
Clous  à  ccouvillon 
Clous  de  cuivre  à  lanter- 
l  ne  100  1. 

Mefures  de  fir  blanc. 
de   10  100 

8  100 

6  80 

4  M«> 

3  100 

2  150 

I  80 

too 


de 
de 
de 
de 
de 
de 
de  demi-livre 


5-5 
30 

30 

12 

50 

X20 

30 

30 

1200  1. 

500  I. 


20 
10 

30 

10 

8 
100 
500 
300 

100 
500 

1000 1. 

2000 1. 

150 

100 

50!. 

200 1. 


300 1. 

100 1. 
2 
I 

3000 1. 

12000 

10000 

300  1. 

6000 

lOOOO 

30000 

20000 

8000 

9000 

200  1. 

200 
JOO 

80 
150 

100 

150 

80 

100 


de  deux  onces  50 

Entonnoirs  de  fer  blanc  50 

Fléau  avec  fes  plateaux  i 

Poids  de  fonte  de  25  liv. 

Poids  de  marc 

de   10  livres 

de  5   livres 

Soufflets 

Enclumes 

Fer  de  taules 


50' 


4 

X 

I 
8 
8 

288I. 


Feuilles  de  cuivre  ,  pour 

pontons ,  9 

Peaux  de  mouton,  pour 

écouvillons,  210 

Paniers  d'ofier  200 

Hottes  d'ofier  300 

Sacs  à  bovdets  100 


288 1; 

9 

210 

200 
300 
100 


Menus  achats 


Bougies  iiool. 

Chandelles  800  1. 

Flambeaux  144  1. 

Vieux-oing  3100I. 

Torches  à  vent         400  1. 

Dix-huit  caiffes  de  lanter- 
nes à  éclairer  570 

Lunes  triangulaires ,  quar- 
rées  ,  plates  ,  àc  ron- 
des, 116 
36 

4 
100  1. 

47 1. 

130 

3 

36 


Menus  achats  confommés, 

iiool.' 

808  L 

144I. 

3100I. 

400 1. 


570 

J16 

36 

4 

100 1. 

47 1. 
130 

5 

36 

1200 

5 

100 

30 

300 
12 


Petites  lunes 

Etaux 

Fil  de  fer 

Fil  de  laiton 

Scies  à  main 

Grandes  fcies 

Râpes 

Feuilles  de  fer  blanc  1200 

Cricks  5 

Toile  peinte  pour  mulets 

ÏOO 

Toile  peinte  pour  la  pou- 
dre 30 
Couvertures  d£  toile  ci- 
rée                          300 
Poulies  de  fonte  3  2 
Rames  de  papier  à  états , 
fin  5 
Rames  de  papier  commun 
à  faire  gargouches     5  2 
Rames  de  papier  à  lettre  6 
Plumes                         ;200 
Canifs                             1 2 
Vrilles                           30 
Aiguilles                      500 
Fil  à  coudre                 20  1. 
Huile  d'olive  ,  pour  les 
mineurs  ,                 80 1. 
Coton                       180 1. 
Lampes  à  éclairer          60 
Poudre              141 1200  1. 
Plomb                  1 50900  1. 
Mèche                     41800 

Comme  dans  le  tems  des  fieges  pour  lefquels  on 
a  drefîe  les  états  précédens  ,  on  ne  faifolt  point  ufa- 
ge  des  obus ,  il  n'y  en  efl  pas  fait  mention  ;  mais 
comme  l'on  s'en  eff  ferviavec  (\.\cchs.,z\ijîcge  deMaef- 
tricht ,  en  1747,  on  ne  doit  point  oublier  d'en  infé- 
rer dans  le  détail  des  munitions  qui  concernent  les 
fugei.  Voyti^  fur  tout  ce  qui  concerne  ce  fujet ,  &  le 
détail  desyz"e^ei ,  rxoXxclraitc  d'artillerie  ^  &  celui  de 
V  attaque  des  places^  féconde  édition.  (Q) 

SlEGE  d'aifance  ,  f.  m.  (^Archit.^  c'eft  la  devanture 
&  la  lunette  d'une  aifance. 

Siège  d'une  j'elle  ,  (  Manège,  )  le  fiege  d'une  fellc 

efl 


5^ 
6 

200 

12 

30 

$00 

20 1. 

80 1. 

120I. 

60 

1 176760 1. 

130507I. 

18794 


s  I  E 

eft  l'endroit  du  haut  de  la  felle  où  le  cavalier  eft  affis. 

Siège  ,  (.  m.  (  terme  de  Potier  de  terre.  )  c'cll  une 
planche  un  peu  penchée  en-devani,placée  derrière  la 
roue,  fur  laquelle  s'afiied  rouvriv.r  quand  il  veut  tour- 
ner un  vale  ,  ou  quelqu'autre  ouvrage  de  poterie. 
Cette  planche  a  des  deux  côtes  deux  pièces  de  bois 
qu'on  nomme  àospayens,  qui  font  fendues  en  hoches, 
de  diftance  en  diilance  pour  lui  fervir  comme  de 
marche-pic.  C'efl'fur  ces  hoches  que  l'ouvrier  n^et 
fes  pies  lorfqu'il  travaille  ,  ce  qui  les  lui  tient  fort 
écartes  l'un  de  l'autre  ,  pour  qu'il  ait  plus  de  facihîc 
à  fe  fervir  du  tournoir,  avec  lequel  il  donne' le  mou- 
vement à  fa  roue  ;  les  payens  font  mis  en  penchant 
auffi-bien  que  la  planche.   Savary.  (^D.J.^ 

SrEGF.  ,    voye^  GaRDON." 

SIEGEN  ,  {GJog.  mod.)  petite  ville  d'Allemagne  , 
dans  la  Wétéravie  ,  fur  un  ruiiî'eau  de  même  nom. 
Elle  eft  chef-lieu  d'une  principauté  qui  appartient  à 
une  branche  delamaifonde  Nafiau.  Long.zT,.  58. 
lat.  5o.  42. 

SIÉGER  ,  V.  n.  (  Gram.')  occuper  le  fiege.  On  dit 
ce  pape  zjiégé  dix  ans.  U/ugeolt  lorfque  cette  affaire 
a  été  jugée.  Siéger  fe  prend  alors  poi\r  préjïder. 
SIÉNÉ  ,  (  Géog.anc.  )  voyei  SyÉNÉ. 
SIENNE  ,  (  Géog.  mod.  )  ville  d'Italie  ,  dans  la 
Tofcane,  capitale  du  Sicnnois ,  à  9  railles  de  Monte- 
Pulciano  ,  à  1 1  de  Florence  ,  a  18  dePéroufe ,  &:  à 
iz  de  Pife. 

Elle  eft  grande  &  afîcz  bien  bâtie  ;  fa  fituation  fur 
une  colline  fait  qu'on  y  refpire  un  air  pur  ,  &  qu'en 
même  tenis  il  faut  toujours  monter  &  defcendre.  Ses 
rues  font  propres  &  pavées  de  briques  mifes  de 
champ. 

La  cathédrale  ,  quoique  gothique  ,  pafTe  en  total 
pour  un  bel  édifice  ;  elle  ell  revêtue  de  marbre  en- 
dedans  &  en-dehors  ;  le  pavé  du  chœur  efl  de  mar- 
bre blanc  &  noir,  en  manière  de  moiaïque.  Plufieurs 
fontaines  fourniffent  de  l'eau  dans  tous  les  quartiers. 
Les  couvens  de  religieux  y  font  en  gr^ïnd  nombre, 
&  la  plupart  ont  des  églifes  riches. 

L'évêché  de  cette  vilie  fut  érii^é  en  mctrooole  en 
1459  ;rvmiverfîté  fut  établie  en  l't^i^'j  .CG{\\tk  Sienne 
que  le  pape  Nicolas  IL  tint  le  concile  qui  décida  que 
réle£lion  des  pontifes  de  Rome  n'appartiendroit  qu'- 
aux cardinaux.  Il  y  a  m\ç:  citadelle  pour  la  défenfe  de 
cette  ville  ,  dont  le  territoire  rapporte  du  blé  ,  du 
vin  &  d'excellent  fruit.  'Long,  fuivant  Calîîni ,  28. 
Si.  30.  lat.  42.  22. 

Pline  appelle  Si^nnç. ,  colonia  S  enenjis .,  &  Tacite, 
colonia  Senienfis.  Le  nom  de  Saia  lui  eft  donné  par 
Caton  ,  par  l'Itinéraire  d'Antonin  &  par  Piolomée. 
Plufieurs  favans  croient  que  les  Gaulois  iénonois  bâ- 
tirent cette  ville  pour  leur  repos.  Quand  les  Romains 
en  devinrent  les  maîtres  ,  ils  l'agrandirent  afin  d'y 
pouvoir  loger  leurs  colonies. 

Dans  le  dénombrement  de  leur  empire  ,  Sienne 
imita  les  autres  villes  fes  voifmes  qui  s'érigèrent  en 
républiques.  Enfuite  il  s'éleva  dans  fon  fein  des  partis 
qui  s'armèrent  les  uns  contre  les  autres,  Petruccio  flo- 
rentin ,  profitant  de  la  foiblefie  des  Siennois ,  s'empara 
de  leur  ville  par  iiirprife  ,  &  la  gouverna  tyranni- 
quemenî. 

Après  fa  mort ,  le  peuple  chafia  fes  enfrns ,  recou- 
vra &  conferva  pendant  quelque  tems fa  liberté,  fous 
la  proteftion  de  l'empereur.  Enfin  Sienne  ïviX  foumife 
à  Côme  I.  duc  de  Tofcane.  Philippe  II.  roi  d'El'pa- 
gne  ,  lui  céda  cette  ville  pour  payement  des  fommcs 
qu'il  lui  devoit.  Depuis  lors  ,  il  ne  lui  efl  pas  refté  la 
plus  petite  ombre  de  fon  ancienne  fouveraineté. 

Mais  quelques  papes  ,  &  des  gens  de  lettres  des 
plus  illuftres  y  ont  pris  naiffance  ;  je  dois  d'autant 
moins  oublier  de  les  remémorer  ,  qu'ils  n'ont  point 
laiiîé  après  eux  de  rejettons  :  cette  ville  ell  retom- 
bée dans  la  barbarie. 
Tonte  XK 


S  I  E 


I/'^ 


Je  connois  quatre  papes  nés  à  «y^-^we  ;  Alexandre 
III.  Pie  III.  Paul  V.  &  Alexandre  VII. 

Un  des  hommes  du  monde  qui,  dans  les  tems  gref- 
fiers qu'on  nomme  du  moyen  âge  ,  mérita  le  plus  du 
genre  hum.ain  ,  dit  M.  de  Voltaire ,  eft  Alexandre  III. 
élu  pape  en  11  59,  après  la  mort  d'Adrien  IV.  Ce 
fut  lui  qui  dans  un  concile  abolit  la  fcrvitude.  C'efl  ce 
même  pape  qui  triompha  dans  Venife  par  fa  fageffe 
de  la  violence  de  l'empereur  Frédéric  Barberoufie ,  &: 
qui  força  Henri  II.  roi  d'Angleterre ,  de  demander 
pardon  à  Dieu  &  aux  hommes  du  meurtre  de  Tho- 
mas Becket;  ce  pape  reffufcita  les  droits  des  peuples  , 
réprima  le  crime  dans  les  rois  ,  &  fut  refcrver  au 
fiege  pontifical  de  Rome  le  privilège  de  la  canonifa- 
tion  des  faints.  Après  avoir  gouverné  fagement  l'E- 
glife  ,  il  mourut  con. blé  de  gloire  le  30  Août  1 181. 

Pic  III.  fils  d'une  fceur  du  pape  Pie  II.  fuccéda  à 
Alexandre  VI.  le  22  Septembre  1 503. Il  eliloué  dans 
les  épîtres  de  Marfile  Ficin  ,  de  Philelphe  ,  de  Sabel- 
licus  &:  de  quelques  autres  gens  de  lettres  ,  qui 
avoient  conçu  de  grandes  efperances  de  fon  gouver- 
nement ;  mais  il  mourut  peu  de  jours  après  fon  exal- 
tation d'une  plaie  à  la  jambe,  avec  foupçon  d'avoir 
été  empoifonné. 

Paul  /^.(Camille  Borghèse),  originaire  de  Sienne , 
fuccéda  au  pape  Léon  XI.  Monté  lur  le  trône  pontifi- 
cal ,  il  reprit  les  fameufes  congrégations  de  auxiliis  ^ 
&  défendit  aux  deux  partis  de  fe  cenfurer.  Enfuite  il 
s'avifa  d'excommunier  &  d'interdire  la  république  de 
Venife  ,  pour  avoir  fait  des  lois  qu'il  jugeoit  con- 
traires aux  libertés  des  eccléfiailiques  ;  mais  les  V^é-  " 
nitiens  armèrent ,  &  Paul  V.  leva  l'interdit  &  l'ex- 
communication. Depuis  lors  il  s'appliqua  à  eml;ellir 
Rome  ,  &  à  raffenibler  dans  fon  palais  les  pKis  beaux 
ouvrages  de  peinture  &  de  fculpture.  Il  mourut  en 
1621  ,  à  69  ans  ,  &  eut  pour  fucceffeur  Grégoire 
XV. 

Alexandre  VII.  de  la  famille  des  Chigi,  né  à  Sien- 
ne en  I  599  ,  fuccéda  à  Innocent  X.  en  1655.  ^"^  <^® 
fes  premières  démarches  fut  de  renouveller  les  cen- 
fures  de  fon  prédéceffeur  contre  les  cinq  propofitions 
de  Janfénius.  Il  compofa  lui-même  un  nouveau  for- 
mulaire qui  fut  reçu  en  France  par  une  déclaration 
enregiflrée  ,  &  par  tous  les  évêques  ,  excepté  par 
quatre  quirefuferentdefigner  ce  formulaire.  Alexan- 
dre VIL  nomma  neuf  évêques  françois  pour  faire  le 
p:  ocès  aux  quatre  prélats  réfraftaires  ,  ce  qui  ne  fer- 
vit  qu'à  aigrir  davantage  les  efprits, 

Louis  XIV.  &  le  pape  étoient  alors  en  bonne  in- 
telligence ;  Finfalte  faite  au  duc  de  Crequi  en  1662 
avoit  été  réparée  par  fa  fainteté  ,  &  le  roi  lui  avoit 
rendu  la  ville  d'Avignon.  Ce  pontife  mourut  peu  de 
tems  après  en  1 667 ,  âgé  de  68  ans ,  &  eut  pour  fuc- 
ceHcur  Clément  IX. 

On  dit  que  dans  le  tems  de  fa  nonciature  d'Alle- 
magne ,  il  avoit  reiolu  de  quitter  la  religion  roinaine  , 
&  d'em.brafier  la  protellante  ;  mais  que  la  mort  du 
comte  Pompée  fon  parent  ,  qui  fut  empoifonné  en 
pafiant  par  Lyon  ,  pour  fe  retirer  en  Allemagne,  après 
ion  abjuration,  lui  fit  retarder  l'exécution  de  fon  pre- 
mier deffein  ,  &  que  fon  élévation  au  cardinalat  lui 
infpira  de  toutes  autres  vues.  Il  aimoit  les  belles-let- 
tres ;  &  quoiqu'il  fut  poète  médiocre  ,  on  a  cepen- 
dant imprimé  au  Louvre  en  1656  ,  un  volume  in-fol. 
de  fes  poéfies  ,  fous  le  titre  de  Phil»mathi  mufa  juvé- 
niles. 

Je  paiTe  aux  fimples  hommes  de  lettres  nés  à  Sien- 
ne ,  6Î  quelques  uns  d'eux  ont  immoitalifc  leur  nom. 
Bernardin  àc  Sienne  étoit  cependant  natif  de  Mafla- 
Carera  en  1585.  mais  on  lui  donna  le  furnom  de  Sien- 
ne ,  parce  qu'il  pafTa  dans  cette  ville  la  plus  grande 
partie  de  fa  vie.  Ses  prédications  ,  fes auilérités,  fon 
humilité  ,  fon  zelc  ])Our  le  foulagemcnt  des  peftifé- 
rés ,  lui  acquirent  une  trèsrgrande  gloire.  Il  devint 


178 


s  î 


vicaire  général  desfrcres  de  l'obfervancecîeS.  Fran- 
çois dans  toute  l'Italie  ;  il  y  rclbrma  ,  ou  établit  de 
nouveavi  plus  de  trois  cens  monafteres  ,  ik.  refula  les 
évechés  de  Sienne  ,  de  Ferrare  &  d'Urbin.^ 

Pour  animer  davantage  la  dévotion  des  ficelés,  il 
fit  faire  un  beau  tableau ,  au  milieu  duquel  étoit  peint 
notre  Sauveur  entouré  du  ioleil ,  &c  il  obligeoit  le 
peuple  à  adorer  klus  -  Chrill  dans  ce  tableau.  Cette 
conduite  fut  imitée  par  plulicurs  moines  du  même 
ordre,  qui  expulbient  le  tableau  en  public  dans  les 
procefTions.  Cependant  quelques  perlonncs  fages 
n'approuvant  point  cette  nouveauté  ,  &  craignant 
qu'on  ne  rendît  plus  d'honneur  au  tableau  qu'i\  l'ori- 
ginal ,  portèrent  ra(î;ure  au  tribunal  de  Martin  V.  Ce 
pape,  après  avoir  fait  là-deflus  une  conlukation  de 
prélats  Se  de  dofteurs  éclairés ,  défendit  à  Bernardin 
cette  pratique  comme  dangereufe  &  luperllitieufe  , 
&  Bernardin  s'y  conforma. 

Il  mourut  i\  Aquila  Fan  1444  ,  dans  la  foixante- 
quatrieme  année  de  fon  âge  ,  &i.  Nicolas  V.  l'a  cano- 
nilé.  Ses  œuvres  qui  ne  roulent  que  fur  des  fujets  de 
dévotion,  ont  été  imprimées  iWénife  chez  ks  jun- 
tes en  1 595  ,  par  les  foins  de  Rodulphe ,  évoque  de 
Sinigaglia  ,  &  à  Paris  l'an  1636  en  deux  vol.  in-fal. 
par  ceux  du  père  la  Haye.  Le  flyle  de  S.  Bernardin 
n'ell:  ni  pur  ,  ni  élevé  ;  mais  dans  le  recueil  donné 
fous  fon  nom ,  les  fermons  qui  font  véritablement  de 
lui ,  contiennent  une  morale  fimple  ,  dépovfdlée  des 
fauiTes  pcnfécs  &  des  jeux  de  mots  de  la  plupart  des 
fermonalres  d'Italie. 

Caiiuinn  (  Anibroife  )  ,  célèbre  théologien  du  xvj. 
fiecle ,  natif  de  Skum  ,  enfeigna  le  droit  dans  plu- 
fieurs  univcrfités  d'Italie  ,  fous  fon  nom  de  PoUtus 
Lmcdlotus.  II  entra  dans  l'ordre  de  S.  Dominique 
l'an  1515  ,  à  l'âge  de  33  ans  ;  il  prit  alors  le  nqm 
^Ambroifc  Catharin  ,  fe  donna  tout  entier  à  la  Théo- 
logie ,  &  fe  rendit  bientôt  célèbre  par  ks  écrits.  Il 
parut  avec  éclat  au  concile  de  Trente  en  1545  ,  fut 
évêque  de  Minorien  i  547, &  archevêque  de  Conza 
en  1 5  5  I .  Il  mourut  fubitement  quelque  tems  après  , 
6:  lorfqu'il  touchoit  au  moment  d'être  nommé  car- 
dinal. 

lia  publié  un  grand  nombre  d'ouvrages ,  &  avancé 
dans  quelques-uns  des  fcntimens  libres  &  hardis  , 
fans  s'embarralfer  s'il  s'écartoit  de  ceux  de  S.  Auguf- 
tin  ,  de  S.  Thomas  &  des  autres  théologiens.  Il  dé- 
clare dans  un  traité  fur  la  Prédeftination  ,  que  Dieu 
n'a  point  prédeiliné  les  hommes  par  un  décret  im- 
muable ,  mais  que  leur  falut  dépend  du  bon  ufage 
qu'ils  font  des  grâces- que  FEtre  luprème  leur  accor- 
de. 11  établit  \d.  chute  d'Adam  dans  le  péché  qu'il  fit 
en  mangeant  du  fruit  défendu ,  qui  elt ,  dit-il ,  un  pé- 
ché en  nous  en  tant  que  notre  volonté  efl  comprife 
dans  la  licnne.  Il  penfe  aulfi  que  Jefus-Chriil  fcroit 
venu  fur  la  terre  quand  même  Adam  n'auroit  pas  pé- 
ché. Il  prétend  que  S.  Jean  Févangélifte  n'eft  point 
mort ,  mais  qu'il  a  été  enlevé  au  ciel  comme  Henoch 
&:  Eiie.  Dans  fon  traité  de  la  Réfurrection ,  loin  de 
damner  les  enfans  morts  fans  baptême,  il  affure  qu'ils 
jouifTent  d'une  félicité  convenable  à  leur  état.  Il  fou- 
tient  dans  un  autre  ouvrage  que  ces  paroles  ,  ceci  cjl 
mon  corps  f  ceci  cji  mon  fang.^  ne  font  qu'énonciati- 
ves  ,  &  que  Jelus-Chriil  n'a  point  confacré  en  les 
prononçant. 

Enfin  il  a  défendu  au  concile  de  Trente  un  fenti- 
ment  qui  a  préfentcment  un  grand  nombre  de  feda- 
teurs  en  forbonne  ,favoir  ,  que  Fintention  extérieure 
cd  fufïîfante  dans  leminiftre  qui  adininiftrelesfacre- 
mens;  c'efl-à-direque  le  facrement  efl  valide ,  pour- 
vu que  celui  qui  l'adminiftre  fafî'e  extérieurement  les 
cérémonies  requilcs,quoique  intérieurement  il  puifFe 
avoir  la  penfée  de  fe  mocquer  du  facrement  6c  des 
chofes  faintes, 

Ferrari  (  Jcan-Baptiile .)  ,  jéfuitc  de  Sienne ,  mort 


S  I  E 

en  1655,  a  donné  au  public  un  diélloniiaire  fyriai 
que  utile  ,  imprimé  à  Rome  en  i62i,i«-/ô/.  fous  le 
XxtvG  àii  Nomenclator  fyriacus.  Il  témoigne  dans  fa  pré- 
face qu'il  a  été  aide  par  de  favans  maronites  fur  Fin- 
ter])rétation  des  termes  les  plus  obfcurs. 

Ocliino  (  Bernardino)  fut  un  de  ces  cccléfiafîiques 
d'Italie  ,  qui  fortlrent  de  leur  pays  dans  le  xvj.  fie- 
cle ,  pour  embrail'er  la  religion  proteftante.  Ochin 
avoit  été  d'abord  cordelier  ,  puis  capucin  ,  &  même 
général  de  ce  dernier  ordre.  Les  hiitoriens  du  tems 
dilent  qu'il  enchantoit  fes  auditeurs  par  la  grâce  ,  la 
politede,  l'abondance ,  la  douceur  &  la  pureté  de  fon 
Ityle.  Il  quitta  Fhabit  de  capucin  ,  embrafi'a  le  luthé- 
ranifme ,  6l  pafTa  par  Genève  pour  fe  rendre  à  Augl- 
bourg.  11  entreprit  en  1547  le  voyage  d'Angleterre 
avec  fon  ami  Pierre  martyr  ,  d'où  il  fut  appelle  à 
Zurich  en  i^'j')  pour  y  être  miniilre  de  Féglife  ita- 
lienne, qu'il  deflervit  pendant  huit  ans. 

Ses  dialogues  qu'on  imprima,  &  qui  fembloient 
contenir  entr'autres  erreurs  Fapprobation  de  la  po- 
lygamie ,  irritèrent  les  magiftrats  de  Zurich,  qui  le 
cîiafferent  de  leur  ville  en  1563.  Comme  on  ne  vou- 
lut pas  lui  permettre  de  s'arrêter  à  Balle,  feulement 
pendant  Fhyver ,  il  pourfuivit  tout  de  fuite  fa  route 
en  Pologne  ;  mais  à  peine  y  étoit  il  arrivé  ,  que  le 
nonce  Commendon  l'obligea  d'en  lortir,  en  vertu 
d'un  édit  qu'il  obtint  contre  tous  les  hérétiques  étran- 
gers. Ochin  fe  rendit  en  Moravie  ,  &  mourut  à  Slau- 
cow  en  1564,  âgé  de  77  ans.  La  peile  Femporta, 
lui ,  fes  deux  filles  &  fon  fils. 

La  lifte  de  fes  écrits  fe  trouve  dans  la  bibliothèque 
des  Antitriaitaires.  Il  publia  en  italien  fix  volumes 
de  fermons  ;  une  expolition  de  Fépître  de  S.  Paul  aux 
Romains ,  un  commentaire  fur  Fépître  aux  Galates  ; 
un  dialogue  fur  le  purgatoire  ;  des  apologues ,  &c.  La 
plupart  de  ces  Uvres  ont  été  traduits  en  latin  ;  mais  les 
ouvrages  de  cet  auteur  qui  ont  fait  le  plus  de  bruit , 
&  qu'il  efl  difficile  de  trouver ,  font  fes  dialogues^  fes 
lahyrinihi  fur  la  prédeflination  &  le  franc-arbitre  ,  & 
fes  fermons  fur  la  mefTe. 

Ochin  publia  fes  dialogues  au  nombre  de  trente  en 
italien  ;  Caftallon  les  mit  en  latin  ,  &;  les  fît  impri- 
mer il  Bafle  en  1 563.  Le  vingt-unième  de  izs  dialogues 
traite  de  la  polygamie.  Il  n'ell  pas  vrai  cependant 
qu'il  tâche  d'y  prouver  qu'il  ell  permis,  &  qu'il  efl 
même  ordonné  aux  Chrétiens  d'époufer  autant  de 
femmes  qu'il  leur  plaît.  Si  vous  liiez  le  commence- 
m'ent  du  dialogue  de  polygamid.,  vous  verrez  que  Fê- 
tât de  la  queftion  eft  celui-ci  :  «  Un  homme  quifouhai- 
»  te  des  enfans  ,  &  qui  efc  marié  à  une  femme  fléri- 
»  le  ,  maladive,  &  avec  laquelle  il  ne  fauroit  s'ac- 
»  corder  ,  peut-il  en  époufer  une  autre  ,  fans  répu- 
»  dier  la  première  «  ?  Ochin  fûppofe  qiFon  le  confulte 
fur  un  tel  cas  de  confcience.  11  prend  le  parti  de  la 
négative  ;  &  après  avoir  mis  dans  la  bouche  de  fon 
conlultant  les  raifons  les  plus  favorables  à  la  pluralité 
des  femmes  ,  &  avoir  répondu  foiblement  d'affez 
bonnes  chofes  ,  il  conclut  par  confeiller  de  recourir 
à  la  prière ,  &  par  affurer  que  û  Fon  demande  à  Dieu 
avec  foi  la  continence,  on  Fobtlendra.  Il  déclare  enfin 
que  fi  Dieu  ne  donne  point  la  continence  ,  on  pourra 
fuivre  Finftinft  que  Fon  connoiîra  certainement  ve- 
nir de  Dieu.  Voila  du  pur  fanatifme  ,  mais  il  n'y  a 
rien  de  plus. 

M.  Simon,  dans  fon  hijl.  critiq.  des  comment,  du  N. 
T.  c.  Iv.  parle  fort  pertinemment  des  dialogues  d'O- 
chln,qui  roulent  fur  la  Trinité.  Il  reconnoîî  que  Fau- 
teur ne  s'y  déclare  pas  tout-à-fait  unitaire  ;  il  rap- 
porte feulement  les  raifons  de  part  &  d'autre  ,  en 
poufîant  fort  loin  les  argumens  des  antitrinitalres , 
fous  prétexte  d'y  répondie. 

Les  labyrinthes  de  cet  écrivain,  ont  paru  à  Bayle 
Fouvrage  d'un  homme  qui  avoit  Fefprit  net  &  péné- 
trant. Ochin,  dit-il ,  y  prouve  avec  force  que  ceux 


Ê 


qui  fûiitienncrit  que  Thomme  agit  librement,  s'em'- 
jbarrafient  dans  quatre  gnîP.des  clii'nciiltcs  -,  &  que 
ceux  qui  tiennent  que  l'homme  agit  néceilairemcnt , 
tombent  dans  quatre  autres  grands  embarras  i  û  bien 
qu'il  ferme  huit  labyrinthes  ,  quatre  contre  le  franc- 
arbitre  ,  &  quatre  coiitrc  la  nécciiité.  îl  fe  tourne  de 
îous  les  c^Jtés  imaginables  pour  tâcher  de  rencontrer 
vme  ifl\ie  ,  &  n'en  trouvant  points  il  conclud  à  cha- 
que fois  par  une  prière  ardente  adreflee  à  Dieu  ,  afin 
xi'êîre  délivré  de  ces  abîmes.  Néanmoins  dans  ia 
■fuite  de  l'ouvrage  ,  il  entreprend,  de  fournir  des  ou- 
veitures  pour  fôrtir  de  cette  prifon;  mais  il  conclud 
ique  l'unique  voie  eft  de  dire  comme  Socrate  ;  unum 
Jcio^qtwd  nihilfcio.  I!  faut  fe  taire ,  dit-il,  &  juger  que 
i}ieu  n'cÀ-ige  de  nous  ni  l'affirmative ,  ni  la  négative 
iur  des  points  de  cette  nature. 

M.  d'Aubigné  difcourt  allez  au  long  des  fermons 
■«l'Ochin  fur  la  iriCiTe.  Cet  italien ,  dit-il ,  vouloit  pre- 
ïiîierement  que  le  fervice  fut  en  lan^aee  vtilpaire  , 
'&:  qti'on  eniupprînuit  plufieurs  ornemens,  afin  de 
pouvoir  dire  fur  le  refle  que  c'eft  la  cène  du  Seigneur 
quis'eft  fiite  religieiife ,  per parer  pinJanEla.  Ochin  a 
donné  dcuze  fermons  fur  la  meile.  L'un  porte  pour 
titre  mijj\i  tra^nuHa  ,  ac  primum  qucmodo  concepta  -,  no- 
ta ,  baptifata.  fucrït.  L'autre  ,  quomodo  nutrita  ,  edu- 
cata  ,  arnata  ,  ditataqu&  ad jkimmam  pr(z(lantïam  perve- 
nerit.  Cette  manière  dramatique  fent  tout-à-tait  le 
génie  des  Italiens  ,  &  ne  refpire  point  la  dignité  que 
demandent  les  myiieres. 

Patricis  (  Francifco  )  fiennois ,  évêque  de  Gaieté  , 
floriflbit  dans  le  xv.  fiecle  fous  Sixte  W.  &  mourut 
en  1494.  Il  publia  deux  ouvrages  ,  l'un  de  regno  & 
régis  inftïtudone  lïb.  IX,  l'autre  ,  de  reipiMicœ  infiitu- 
iione.^  lib.  iX.  Ces  deux  traités  firent  du  bruit  ;  ce- 
pendant ni  l'un  ,  ni  l'autre  ne  font  eflimés  des  con- 
noiffeurs ,  parce  qu'il  y  règne  plus  de  leéture  que  de 
jugement.  Le  premier  a  paru  deux  fois  à  Paris  ;  fa- 
voir  ,  en  i  5  19  &  en  1530,  in-folio.  Le  fécond  a  été 
traduit  en  françois  parlefieur  de  Mouchetierre ,  & 
imprimé  à  Paris  en  1610  in-8'^ . 

Les  Piccolamini  ont  fait  un  grand  honneur  à  Sienne 
îeur  patrie.  Piccolornini  (Alexandre  )  ,  archevêque 
de  Patras,  floriffoit  dans  le  xv.  fiecle  ,  &  prouva  par 
ies  écrits  l'étendue  de  fa  fcience.  U  publia  des  ouvra- 
ges fur  la  théorie  des  planètes  ,  les  étoiles  fixes  ,  les 
queftions  méchaniques  ,  la  philofophie,  la  morale  , 
la  rhétorique,  &  la  poétique  d'Arillote.  Il  fe  fervit 
de  fa  langue  maternelle  dans  la  plupart  de  fes  ouvra- 
ges ,  &  il  paffe  pour  être  le  premier  qui  en  ait  ufé  de 
la  forte  en  matière  de  philofophie  &  d'érudition.  Im- 
perialis  l'en  blâme  ,  mais  avec  nobleffe  :  Effcrbuit 
m/>^,  dit-il,  ingenium  AUxandri  Piccolominei  fenen- 
.fis  ,  in  cogendo  fub  cirufcis  vexillis  agmine  fcientiarum 
vmnium  ,  quo  intentaio  aliàs fafcinore  ,  immortalemfibi 
pararet  in  halicâ  celebritate  triumphum.  Le  traité  que 
Piccolomini  mit  au  jour  fiir  la  réformation  du  calen- 
drier, m,érita  les  éloges  des  plus  grands  juges  ;  mais 
ïon  application  à  des  ouvrages  férieux ,  ne  l'empêcha 
point  de  s'amufer  à  la  poéfie ,  &  à  donner  des  pièces 
de  théâtre  :  fes  deux  comédies  VAU[jandra  ,  &  VA- 
tnor  confiante  ,  furent  fort  eftimées.  Ù  mourut  à  i'ifn- 
««,en  1578,  âgé  de  70  ans. 

M.  de  Ihou  étant  en  Italie  ,  en  1 573  ,  l'alla  voir 
avec  Paul  de  Foix,  embaffadeur  de  Charles  IX.  Ils 
le  trouvèrent  toutoccupcà  l'étude,  &  plein  de  la  con- 
lolation  qu'il éprouvoit  dans  la  lefture,  au  milieu  des 
infirmités  de  là  vieillefle,//2tt/M  (dit  dcThou)  de  fiudi'is 
fuis  dijj'eritic  ^  eorumquej'e  demiimin  eâ  œtute  dulcifll- 
mum  frucfum  capere  dixic ,  aliis  ohLclumentis  deficiemi- 
bns ,  qiàbus  aliœ  a:tat£S  innocenter ,  &  citrà  ofcnfum 
gaudere  pofihnt.  Qjiod  cîm  dicebat  ,  non  tam  fcncîiiui 
Jolatium  quicrere  dicebatur  ,  quàm  aàvUfcentcs  qui  adc- 
rum  ,  qtid  humanitatt  erat  ad  defidiam  vitandam  ,  6- 
Fhilojophia  ftiidia  capejfenda  ,  exemplofuo  cokonari. 
Tome  XFi 


P[tcoî6inîf7i  (  François  )  de  ia  niertie  famille  qu'A- 
lexandre ,  s'attira  l'àdmiraiion  de  toute  l'Italie'  pat- 
la  beauté  de  fes  leçons  philcfophiques  ,  qu'il  donna 
pendant  ^3  ans  avec  la  môme  réputation  .  à  Siehnc\ 
à  Maxerata,  à  Péroufé  &  à  Padoue.  II  mourut  ert 
1604  ;  âgé  de  84  ans  ,  fans  jamais  avoir  eu  befoin  de 
lunettes.  Ses  fi.mérailles  témoignèrent  d'une  façon 
ftnguliere  l'ellime  que  les  Siennois  lui  portolenî  ;  car 
toute  la  ville  prit  le  deuil  le  jour  de  fon  enterrement^, 
&  l'on  ferma  tous  les  tribunaux.  Son  ouvrage  latiii 
de  pfnlojbpkia  morali ,  imprimé  à  Veiiife  en  i  583  ,  lui 
fit  beaucoup  d'honneur.  Le  p.  le  Moine  dans  fes  pein- 
tures morales  ,  parle  de  cet  ouvrage  avec  elHme  ,  & 
en  critique  auffi  quelques  endroits. 

Sixte  de  Sienne  ,  né  juif  à  Sienne  ,  fe  convertit  au 
chriflianifme  ,  enibralTa  l'ordre  de  S.  Dominique ,  ôc 
mourut  en  i  566  ,  à  l'âge  de  49  ans.  Il  mit  au  jour  j, 
en  106  ,  fa  bibliothèque  fainte  ,  dans  laquelle  il  ex- 
pofe  la  critique  des  livres  de  l'ancien  Tefiament  j 
&  indique  des  moyens  de  les  expliquer.  Les  catho- 
liques &  les  protcnans  parolffent  en  général  fort  pré= 
venus  en  faveur  du  mérite  de  cette  bibliothèque  ^ 
dont  la  meilleure  édition  eft  celle  de  Naples,  eri 
i74i  ,  en  deux  volumes  in-fol.  Cependant ,  poui"  ne 
rien  déguifer  ,  c'efl  un  ouvrage  très-imparfait.  L'au- 
teur y  juge  communément  en  m.al-habiie  homme  de 
ceux  dont  il  parle.  Son  érudition  critique  eft  fort 
chétivci  ce  qui  ne  doit  pas  furprendre  ;  car  Sixte  ne 
favoit  bien  que  l'hébreu  ,' médiocrement  le  latin  j  &c 
très-peu  le  grec. 

Je  ne  connois  point  de  famille  plus  illuftre  dans  lei 
lettres  que  celle  des  Socin  ^  tous  nés  à  Sienne.  Ils  fé 
font  dlfiingués  dans  la  jurifprudence  &  dans  la  théo- 
logie ,  pendant  deux  fiecles  confécutifs ,  père  ,  filsj 
petits-nls  i  arricre-petlts-fils  ,  oncles  &  neveux. 

Socin  (  Marianus  )  naquit  à  Sienne ,  en  1 40 1  i  & 
mourut  en  1467.  Ce  fut  l'honime  le  plus  univerfel 
de  ion  fiecle  ,  &:  le  premier  jurifconfulte  ,  au  juge- 
ment d'JEneas  Silvius  ,  &  de  Pancirole ,  qui  a  donné 
fa  vie.  Le  pape  Pie  IL  le  combla  de  marques  de  fou 
eftime. 

Cet  homme  illuftre  eut  cependant  un  fils  qui  Je  fur- 
pafla,  j'entends  Socin  (Barthélemi  )  ,  né  à  Sienm  ^ 
en  1437.  Sa  réputation  le  fit  appeller  à  Ferrare  .  à 
Boulogne  &  à  Pife,  au  moyen  d'une  penficn  de  mille 
ducats.  Il  mourut  en  1507.  On  a  imprimé  à  Venife 
fes  confultations  avec  celles  de  fon  père,  en  1579^ 
en  quatre  volumes  in-fol. 

Socin  (  Marianus)  petits-fils  dit  précédent ,  &  noii 
moins  célèbre,  naquit  à  Sienne  en  1482  ,  &  mourut 
en  1556.  Il  profefla  le  droit  comme  fon  grand-pere^ 
dans  plufieurs  univerfités  d'Italie  ,  fuccéda  à  Alciat^ 
&  Boulogne  fut  enfin  le  retenir  par  des  penfions  & 
des  privilèges  extraordinaires.  Il  eut  treize  enfans  , 
entre  lefquels  Lélius  &  Alexandre  fe  diftinguerent 
éminemment. 

Socin  (  Lelius  )  le  premier  auteur  de  la  fefte  fo- 
cinienne  ,  naquit  à  Sienne  ,  l'an  1525.  Il  commença 
par  étudier  le  droit,  mais  ayant  encore  plus  de  goût 
pour  la  Théologie,  il  apprit  le  grec,  l'hébreu,  l'arabe, 
&  voyagea  en  France  ,  en  Angleterre,  en  Hollande, 
en  Suiflé  ,  en  Allensagne  &  en  Pologne.  Il  fe  fit  con- 
noître  aux  plus  favans  hommes  de  ce  tems-là  ,  6l  né 
feignoit  point  de  leur  communiquer  fes  doutes  ,  oU 
plutôt  {qs  fentimens  dans  les  matières  de  religion.  Si 
famille  qui  les  embraiîa  ,  fut  obligée  de  fe  difper- 
1er.  Camille  Ion  frère  fut  mis  en  prifon.  Quelques 
autres  parens  s'évadèrent ,  &  entr'autres  fon  neveu 
Faufte.  Lélius  fe  rendit  à  Zurich  ,  où  il  mourut ,  en 
1 562.  Fauile  recueillit  fes  papiers  ,  &i.  les  fit  valoir 
dans  la  fuite. 

Socin  (  Alexandre  )  ^  père  de  Faufte  Socin  ,  donf 
nous    parlerons  bien  -  tôt  j    mourut  en   1 5  4 1  j    k 


i86 


S  I  E 


Macerata ,  avec  la  réputation  d'un  dofte  jurifcon- 
l'ulte. 

Socin  (Faufte),  fils  d'Alexandre,  &  petit-fils  de 
Marianus  ,  naquit  à  Simm  en  1539.  Il  enibraJla  avi- 
dement ,  alnfi  que  tous  les  parens  ,  hommes  6c  fem- 
mes ,  les  opinions  de  Lclius  Ion  oncle.  Aufïï  ce  iau- 
va-t-il  de  Sienne  avec  toute  fa  famille  par  la  crainre 
de  l'inquîfition.  Il  revint  cependant  en  Italie  ,  où  le 
grand-duc  l'afùira  de  fa  protection,  &  lui  donna  des 
emplois  honorables ,  qui  l'cmpccherent  pendant  i  z 
ans  de  fe  fouvenir  qu'il  avoit  été  regardé  comme 
celui  qui  mettoit  la  dernière  main  au  fyftème  de 
théologie  famolaténienne  ,  que  Ion  oncle  Lélius 
avoit  ébauché.  Enfin  l'étude  férieufe  de  l'Ecriture 
l'emporta  fur  les  délices  de  la  cour,  il  s'en  exila  vo- 
lontairement,  &:  vint  à  Bade,  où  il  féjourna  trois 
ans ,  &  compoia  fon  ouvrage  de  Jefu-Chrijlo  Serva- 
tore.  Les  diiputes  qu'il  eut  avec  des  théologiens  pro- 
teftans  du  pays, l'obligèrent  de  fe  retirer  en  Pologne, 
en  1^79  ,  defirant  d'entrer  dans  la  communion  des 
imitaires  ;  cependant  fes  ennemis  ameutèrent  contre 
lui  la  populace  ,  qui  pilla  fes  meubles  ,  &  quelques- 
uns  de  les  manufcrits,  qu'il  regretta  extraordinaire- 
ment ,  fur-tout  fon  traité  contre  les  athées.  Il  fe  ré- 
fugia dans  la  maifon  d'un  gentilhomme  polonois , 
chez  lequel  il  mourut  en  1604.  Mais  fa  dodrine,  loin 
de  mourir  avec  lui,  a  pris  tant  de  faveur ,  qu'elle  rè- 
gne &  domine  à  préfent  d'une  manière  invifible  dans 
toutes  les  fccles  chrétiennes. 

Les  beaux  arts  ont  été  accueillis  des  Siennois ,  en 
même  tems  que  lesfcicnces. 

Lorenietti  (  Ambroife  ),  né  à  Sienne  dans  le  xj v.  fie- 
cle ,  &  contemporain  de  Giotto  ,  apprit  de  lui  les  fe- 
crets  de  la  peinture.  Mais  pouffant  plus  loin  fon  gé- 
nie ,  il  fe  fit  un  genre  particulier ,  &  s'y  dilHngua. 
Il  fut  le  premier  qui  tenta  de  repréfenter  en  quelque 
forte  les  vents ,  les  pluies ,  les  tempêtes ,  &  ces  tems 
nébuleux  ,  dont  les  effets  font  fi  piquans  fur  la 
toile. 

Vanniiis  (  François),  né  à  Sienne  en  1563,  mort 
à  Rome  en  1609  ,  fit  remarquer  dans  fes  ouvrages 
un  coloris  vigoureux  ,  joint  à  la  touche  gracieufe  du 
Correge.  Il  mit  en  même  tems  beaucoup  de  correc- 
tion dans  les  delTeins  ,  &  fut  comblé  de  faveurs  par 
le  pape  Alexandre  VII.  fon  tableau  de  Simon  le  ma- 
gicien qu'on  voit  dansl'églife  de  S.  Pierre  à  Rome, 
pafîe  pour  fon  chef-d'œuvre.  (  Le  Chevalier  de  Ja  u- 

COURT.) 

Sienne,  la^  (^Géog.mod.')  rivière  de  France ,  dans 
la  Normandie ,  au  Cotentin,  vers  le  midi  du  diocefe 
de  Coutances.  Elle  a  fa  fource  dans  la  forêt  de  S.  Se- 
ver ,  fe  groffit  deplufieurs  petits  ruiffeaux  ,  &  après 
avoir  reçu  la  Sône ,  elle  va  fe  perdre  dans  la  mer  du 
Havre.  (Z>. y.) 

SIENNOIS  ,  (Géog.mod.')  province  d'Italie  ,  dans 
la  Tol'cane.  Elle  efl  bornée  au  nord  par  le  duché  de 
Florence  ,  au  midi  par  la  Méditerranée  ,  au  levant 
par  le  Perugin  ,  l'Orviétano  ,  &  le  duché  de  Caflro, 
&  au  couchant  par  la  mer  deTofcane.  On  lui  donne 
65  milles  du  nord  au  liid,  &  prefque  autant  du  le- 
vant au  couchant.  Le  Siennois ,  ainfi  que  fa  capitale, 
a  éprouvé  bien  des  viciffitudes,  avant  que  de  jouir  de 
la  liberté  ,  que  les  Efpagnols  lui  enlevèrent  vers  le 
milieu  du  xvj.  fiecle,  après  quoi  ils  vendirent  ce  pays 
au  grand  duc  Côme  de  Médicis.  (Z).  /.) 

SItOUTSAI ,  (^HiJL  mod.')  c'ell  ainli  qu'on  nomme 
à  la  Chine  le  premier  grade  des  lettres  ;  il  répond  à 
celui  de  nos  bacheliers.  Pour  y  être  admis  ,  il  faut 
que  les  étudians  aient  fubi  un  examen,  qui  confifle  à 
compoler  un  ouvrage  fur  une  matière  qui  leur  a  été 
donnée  par  un  mandarin  envoyé  par  la  cour:  lorf- 
qu'ils  ont  réuffi ,  ils  obtiennent  ce  premier  grade ,  & 
Commcnceni  à  jouir  de  plufieurs  privilèges  ,  comme 
dïï  porter  une  robe  bleue  bordée  de  noir ,  6c  un 


S  I  E 

oifeau  d'argent  fur  leur  bonnet.  Ils  font  fournis  ;\  un' 
fupérieur  particulier  ,  qui  feul  a  droit  de  les  punir  ; 
car  dès-lors  qu'ils  font  admis  ,  ils  ne  font  plus  fujets 
à  recevoir  la  baflonnade  par  ordre  des  magillrats  or- 
dinaires. Les  (ieoutfai  font  obhgcs  de  fubir  un  nou- 
vel examen,  qui  ne  fe  fait  que  tous  les  trois  ans  dans 
la  capitale  de  chaque  province,  en  préfence  des  man- 
darins &  de  deux  commiffaires  de  la  cour  ;  ceux  dont 
les  ouvrages  ont  été  approuvés  ^  font  déclarés  kir- 
gin.  Voyez  cet  article. 
SIER,  voyei^  Scier. 

SIÉRIBON  ,  (  Géogr.  mod.  )  c'eft  ainfi  qu'écrit  M. 
Reland  ,  dans  la  carte  de  Java,  ville  des  Indes  dans 
l'île  de  Java ,  fur  la  côte  feptentrionale  ,  entre  Teg- 
gal  &  Dermayaon  ,  à  environ  10  lieues  de  la  ville  de 
Mataran  vers  le  nord  ;  elle  eft  capitale  d'une  provin- 
ce particulière  du  même  nom.    {J^.  7.) 

SIERRA ,  {Giog.  mod.)  terme  que  les  Efpagnols  & 
les  Portugais  emploient  pour  fignifierune  montagne, 
ou  un  pays  montagneux  ,  dont  les  cimes  de  monta- 
gnes font  femblables  aux  dents  d'une  fcie.  Il  y  a  de 
ces  (ierras  dans  plufieurs  endroits  de  l'Efpagne  &  du 
Portugal ,  mais  furtout  dans  la  Caftille  nouvelle  , 
dans  la  Caftille  vieille  ,  &  au  royaume  de  Grenade; 
les  Efpagnols  ont  aufTi  nommé  Sierra  une  petite  pro- 
vince dans  la  Caflille  nouvelle ,  parce  qu'elle  eti  un 
pays  de  montagnes  vers  fa  partie  méridionale. 

Sierra  de  Balbanera ,  montagne  d'Efpagne  dans  la 
vieille  Caftille.  Ces  montagnes  avec  celles  d'Yangas 
vers  Rioia,  font  le  Diclcriiis  nions  des  anciens, 

Sierra  de  Guara  ,  montagne  de  l'Efpagne ,  qui  eft 
une  branche  des  Pyrénées  vers  les  confins  du  Rouf-. 
fillon  &  de  la  Catalogne. 

Sierra  de  Jafquivel ,  autre  branche  des  Pyrénées  , 
qui  environne  du  côté  de  terre  la  ville  de  Fonta- 
rabie. 

Sierra  de  Molina  3  montagnes  d'Efpagne ,  au-def- 
fous  de  Moncayo  (  rnons  Cannas  ).  C'eft  dans  ces 
montagnes  que  le  Tage  &  le  Guadalquivir  prennent 
leur  fource. 

Sierra  de  Morena  ,  en  latin  ,  montes  Mariani ,  mon- 
tagne d'Efpagne  ,  qui  commence  à  l'extrémité  de  la 
Caftille  nouvelle  ,  qui  fépare  les  royaumes  d'Anda- 
loufie  &  de  Grenade.  Les  avantures  de  don  Qui- 
chote  ont  immortalifé  le  nom  de  cette  montagne. 

Sierra  Nevada ,  eft  i  °.  le  nom  d'une  montagne  d'Ef- 
pagne au  royaume  de  Grenade ,  qu'elle  fépare  de  ce- 
lui de  Murcic.  C'eft:  2°.  le  nom  d'une  montagne  de 
l'Amérique  feptentrionale ,  dans  la  Caftille  d'or.  Son 
étendue  eft  d'environ  40  lieues.  Ces  deux  montagnes 
font  furnommées  Nevada.,  parce  que  leurs  fommets 
font  toujours  couverts  de  neiges. 

Sierras  de  Co^o//o,montagnes  d'Efpagne  dans  la  Caf- 
tille vieille  ,  au  fortir  de  Burgos  ;  elles  fQ,nt  très-hau- 
tes &  très-droites. 

Sierras  de  Ronda  ,  en  latin ,  mons  lllipida ,  monta- 
gnes d'Efpagne  au  royaume  de  Grenade  ,  le  long  des 
frontières  de  l'Andaloufie  ;  elles  n'offrent  partout 
que  roches ,  qui  s'étendent  au  long  &  au  large  jufqu'à 
la  mer. 

Sierras  de  5. ^/2<//ze/z, montagnes  d'Efpagne  dans  le 
Guipufcoa  ;  elles  féparent  la  petite  province  d'Ala- 
va ,  de  la  Caftille  vieille. 

Sierras  d'Alcoba  ,  montagne  de  Portugal ,  dans  la 
province  de  Beyra.  Toute  la  côte  qui  s'étend  de 
Porto  à  Coimbre ,  eft  bornée  à  l'orient  par  une  chaîne 
de  ces  hautes  montagnes ,  qui  s'étendent  de  l'une  de 
ces  villes  à  l'autre ,  &  plus  avant  au  midi  pendant  l'ef- 
pace  de  douze  lieues.  La  première  chaîne  de  mon- 
tagnes eft  le  Tapi<zus  mons  des  anciens.  Le  chemin  de 
Porto  à  Lisbonne  eft  dans  une  longue  plaine  Ijornée 
par  cette  première  chaîne  de  montagnes.  En  traverfant 
cette  plaine  ,  on  voit  une  campagne  agréable,  culti- 
vée &  peuplée,  ^ÏQ,  eft  arrofée  par  des  fources  abon- 


s  I  F 

dantes  qiù  fortent  de  ces  montagnes ,  &  forment  di- 
verles  rivières ,  dont  les  unes  le  jettent  dans  le  Due- 
ro ,  d'autres  dans  le  Vonga ,  &  d'autres  dans  le  Mon- 
dego.  {D.  y.) 

SIERRA-LIONE,  Rio  de ,  {Géog.  mod.)  c'efl-à- 
dire  ,  rivicrc  da  la  montagne  des  lions ,  nom  donné 
par  les  Espagnols  &  les  Portugais  à  une  grande 
rivière  d'Afrique ,  dans  la  haute  Guinée ,  à  la  côte 
de  Malaguette,  fous  le  ^^  degré  zS  minutes  de  laii- 
tude  feptentrionale,&  par  les  ji^  degrés  ^o  minutes 
de  longitude.  Elle  tire  la  fource  de  hautes  montagnes 
peuplées  de  lions  &  d'autres  animaux  fauvages. 

C'elt  une  des  plus  confidérables  rivières  de  l'Afri- 
Gue  ,  &:  fon  embouchure  peut  avoir  trois  à  quatre 
lieues  de  largeur.  Elle  fépare  deux  royaumes  ;  ce- 
lui du  nord  nommé  Boulon,  &  celui  du  fud  appelle 
Bouré.  Son  lit  renferme  quantité  d'îles  ,  d'un  excel- 
lent terroir,  couvertes  de  palmiers  &  toutes  bor- 
dées de  mangles. 

La  rivière  de  Sierra-lione ,  porte  auffi  les  noms 
de  Tagiin  &  de  Mitouba  dans  les  relations  de  nos 
voyageurs.  Il  ell  bon  d'être  averti  de  ces  noms  dif- 
férens ,  afin  de  ne  pas  faire  en  géographie  trois  ri- 
vières d'une  leule.  (  Z>.  7.  ) 

SIEUR  ,  f  m.  {Fhjl.  mod.)  ell  un  titre  d'honneur 
ouHme  qualité  chez  les  François.  Les  Jurifcoalultes 
s'en  fervent  fouvent  dans  les  aftes  publics  ou  au- 
tres aûes  de  cette  efpece.  yoyçi  Sire. 

On  dit,  je  plaide  pour  lejîeur  un  tel,  \ejieur  abbê, 
lejîeur  marquis,  &CC.  Foyei  MONSIEUR. 

Le  nom  dejïeur  ell  un  titre  qu'un  fupérieur  donne 
ordinairement  à  fon  inférieur  dans  les  lettres  ou  au- 
tres écritures  particulières  ;  comme  dites  au  fieur  Hu- 
bert quilfajje,  6cc. 

Les  auteurs  l'emploient  fouvent  dans  ce  fens,  par 
modeftie  en  parlant  d'eux-mêmes  ;  ainfi  nous  voyons 
à  la  tête  de  leurs  livres  :  Traduction  du  fieur  Dablan- 
court.    Œuvres  du  fieur  Defpreaux ,  &c. 

Sieur  ell  aulïï  un  terme  qui  fignifie  le  pojfejfeur 
d'une  terre  feigneuriale  :  comme  écuyer  ou  fieur  d'un 
tel  endroit.   Voye^  SEIGNEUR  é*  ÉcUYER. 

SIEUREL ,  voyei  SAUREL. 

SIFAC,  f  m.  {Jtijl.  nat.)  efpece  de  finge  qui  fe 
trouve  dans  l'île  de  Madagalcar  ;  il  ell  blanc  ;  fa  queue 
ell  blanche  ;  il  a  deux  petites  taches  fur  les  cbtQS  & 
d'une  grandeur  médiocre.  On  trouve  d'autres  finges 
blancs ,  dont  les  queues  font  blanches  &  mouche- 
tées de  noir  :  ils  vont  par  troupes  de  quarante  ou 
cinquante.  Il  y  en  a  d'autres  qui  font  gris  :  ils  ont  le 
poil  ras;  mais  jamais  on  n'a  pu  parvenir  à  les  appri- 
voifer. 

SI-FAN,  ((jt'og'.  mod.)  valle  pays  de  la  Tartarie 
afiatique.  Dans  la  carte  que  les  jéfuites  ont  donnée 
du  Tibet ,  le  pays  de  Si-Fan  ell  dillinftement  mar- 
qué comme  borné  à  l'ell  par  la  province  de  Se  chuen 
au  nord  par  le  pays  de  Coconor,  &  à  l'ouell  par  la 
rivière  de  Tfacho-Tfitfirhana. 

Suivant  cette  pofition,  le  pays  de  Si-fan  ell  en- 
tre 25)  degrés  6/1.  minutes  &  33  degrés  .^o  minutes 
de  latitude  ,  6c  entre  12  degrés  30  minutes  &:  ié>  de- 
grés 20  minutes  de  longitude  ,  ouell  de  Pékin.  Sa 
figure  forme  un  triangle ,  dont  la  bafe  qui  ell  au 
nord,  offre  environ  300  milles  de  longueur;  & 
les  deux  autres  côtés  qui  font  un  angle  au  fud,  font 
chacun  environ  de  245  milles.  C'elt  encore  aujour- 
d'hui ce  qui  relie  aux  Si-fans  d'un  domaine  qui 
comprenoit  tout  le  Tibet,  &  même  quelques  terri- 
toires de  la  Chine.  On  peut  inférer  de-h\  &  de  la 
conformité  qui  fubfille  entre  les  langues  du  Si-fan 
&  du  Tibet,  que  les  Chinois  étendent  le  nom  de 
Si-fan  à  toute  cette  région ,  6c  quelquefois  à  toutes 
les  nations  qui  font  à  l'ouell  de  l'empire  de  la 
Chine. 

Suivant  les  apparences,  c'cll  ce  grand  empire  de 


S  I  F 


181 


Si- fan ,  comprenant  tout  l'efpace  qui  ell  entre  la 
Chine  &  l'Indoullan ,  avec  toutes  les  valles  plaines 
&  les  deferts  au  nord  &  à  l'ouell  habités  par  les  Tar- 
tares  éluths ,  qui  portoit  autrefois  le  nom  de  Tanguty 
Tanguth,  ou  Tankut.  On  a  d'autant  moins  fujet  d'en 
douter ,  que  la  langue  &  les  carafleres  du  Tibet , 
qui  font  encore  en  ufage  dans  le  pays  de  Si- fan ^ 
confervent  le  nom  de  langue  &  de  caractères  de. 
Tangut. 

Suivant  les  hilloriens  chinois,  l'année  1227  ell 
l'époque  de  l'entière  ruine  des  Si-fins ,  après  de 
longues  guerres  qu'ils  ont  eues  avec  les  empereurs 
de  la  Chine.  Leur  état  préfent  ne  refl^emble  guère  à 
celui  où  ils  étoient  anciennement  ;  car  ils  n'ont  pas 
une  feule  ville ,  au-lieu  qu'autrefois  ils  formoient 
une  nation  nombreufe  &  puill'ante. 

Les  lamas  .qui  les  gouvernent,  ne  les  inquiettent 
pas  beaucoup  ,  pourvu  qu'ils  leur  rendent  certains 
honneurs  ,  &  qu'ils  payent  exaftement  les  droits  de 
fo,  ce  qui  va  à  très-peu  de  choie  Ces  droits  fem- 
blent  être  des  efpeces  de  dixmes  rcligieufes.  Les 
Si-fans  ont  toujours  fuivi  la  religion  de  Fo  ,  &  ont 
toujours  choifi  leurs  minillres  d'état  &  quelquefois 
leurs  généraux  parmi  les  lamas.  Les  livres  &  les  ca- 
rafteres  de  leurs  chefs ,  font  ceux  du  Tibet.  Quoique 
voifins  des  Chinois ,  leurs  coutumes  &  leurs  céré- 
monies relTemblent  peu  à  celles  de  la  Chine  ;  par 
exemple ,  dans  les  vilîtes  que  les  Si-funs  rendent  à 
ceux  qu'ils  refpeftent,  ils  leur  préfentcnt  un  grand 
mouchoir  blanc,  de  coton,  ou  de  foie.  Ils  ont  aulîi 
quelques  ufages  établis  parmi  les  Tartares-kalks,  ôc  " 
d'autres  de  ceux  du  Coconor. 

Les  Si-fans  ne  reconnoilfent  qu'à-demi  l'autorité 
des  mandarins  chinois  ,  &  ne  fe  hâtent  guère  de  ré- 
pondre à  leurs  citations  :  ces  officiers  n'ofent  même 
les  traiter  avec  rigueur,  ni  entreprendre  de  les  forcer 
à  obéir;  parce  qu'il  feroit  impolfible  de  les  pourfuivre 
dans  l'intérieur  de  leurs  afii^eufes  montaones  dont  le 
fommet  ell  couvert  de  neige,  même  au  mois  de  Juil- 
let :  d'ailleurs,  la  rhubarbe  croilTant  en  abondance 
dans  leur  pays ,  les  Chinois  les  ménagent  pour  en 
tirer  cette  marchandife  précieule.  (Z).  J.) 

SIFANTO,  {Géog.  mod.)  île  de  l'Archipel,  f^oye^ 

SiPHANTO.    {D.  /.) 

SIFARBAHR ,  {Géog.  mod.)  nom  d'une  contrée 
de  Perle ,  la  plus  méridionale  de  la  province  de  Fars. 
Elle  comprend  quelques  bourgades ,  quoique  l'air  y 
foit  excelfivement  chaud.  {D.  J.) 

SIFFLANTE,  {Gram.)  adj.  f  On  appelle  ainfi ,  & 
avec  raifon ,  certaines  articulations ,  qui  font  en  effet 
une  forte  de  fifflement  qui  précède  la  voyelle.  11  y  en 
a  quatre  linguales  :  deux  foibles  &C  deux  fortes ,  { ,  ^, 
/  ,  ch  ;  deux  labiales  :  l'une  foible  ,  &  l'autre  forte , 
V ,f;  &  la  gutturale  h.  Foyei  LiNGUALE. 

SIFFLER  ,  V.  aft.  Imiter  avec  la  bouche  le  bruit 

du  fifflet.  Foye:!^  \! article  Si  FF  L ET;  on  produit  ce 

bruit  avec  le  fifflet  même.  Le  merle 7^^,  le  ferpent 

Jiffli.   On  fiff.e  un  oileau  ;  on  fiff.e  à  quelqu'un  fa 

leçon. 

Siffler  une  pièce ,  {Littéral.)  c'ell  la  huer  tout 
haut  ;  c'ell  en  marquer  par  à^sjîfflemens,  les  endroits 
dignes  de  mépris  &  de  rifée.  L'ulage  de  Jîffler  aux 
repréfentations  publiques,  n'ell  pas  d'inllitution  mo- 
derne. Il  ell  vrailTcmblable  que  cet  ulage  commença 
prefqu'aulfi-tôt  qu'il  y  eut  de  mauvais  poètes  &  de 
mauvais  adleurs  qui  voulurent  bien  s'expolcr  aux 
décifions  de  tout  un  monde  rafiemblé  dans  un  même 
lieu.  Quoique  nos  modernes  fe  piquent  de  la  gloire 
de  favoir  juger  lainement  des  pièces  qui  mciltcnt 
leurs  applaudifiémens  ou  leurs  ftift^ts  ;  ]e  ne  fai  fi  les 
Athéniens  ne  s'y  entendoient  pas  encore  mieux  que 
nous.  Comme  ils  l'emportoient  fur  tous  les  autres 
peuples  de  la  Grèce  pour  la  finefle  ^  la  ddicaelfe 
du  goiit ,  ils  étoieni  aulli  les  plus  difficiles  à  laùsfairq. 


ît5i 


S  I  G 


torique  dans  les  fpcftacles,  quclqu'endroît  n'ctok 
pas  à  leur  gré  ,  ils  ne  Te  contcntoient  pas  de  le  JJf- 
"fcr^vcc  b  bouche,  plulicurs ,  pour  mieux  fe  faire 
•entendre,  portoient  avec  eux  des  inibumenspro- 
.pres  à  ce  delVein.  La  plupart  mcmc,autant  qu'on  en 

peut  juger  par  quelques  partages  des  anciens  auteurs , 
-eniployoicnt  de  c^s  jifflcts  de  berger,  que  Virgile 

nous  décrit  dans  une  de  les  éclogucs  : 

E(l  miki  difpanbus  fcptcm  compacta  cicutis 
FiJluU. 


ces 

tuyau\,Cs:qui  par 
ions  diricrens  ;  en  lorte  qu'ils  caradériibient  le  degré 
de  leur  critique  par  un  Ion  varié  plus  ou  moins  fort 
<lu  Jifflit ,  rahnement  de  l'art  dont  nous  n'avons  pas 
encore  imaginé  les  notes.  Mais  11  les  Athéniens  y</^ 
Jlottnt  avec  des  tons  gradués  les  mauvais  endroits 
é'une  pièce  ou  le  mauvais  jeu  d'un  afteur,ils  fa- 
voicnt  applaudir  avec  la  môme  intelligence ,  aux 
beaux,  aux  bons,  aux  excellcns  morceaux.  Et  com- 
me pour  exprimer  le  premier  de  ces  deux  ufages  , 
ils  employoient  le  mot  avpiilitv  ;  ainfi  pour  marquer 
le  fécond,  ils  avolent  le  terme  l'^Tts-n/jLa.lyic-Sra.t. 

Le  docle  Muret  obl'erve  que  les  Grecs  fe  fervoient 
du  même  mot  o-àpi-y^ ,  pour  fignifier  la/««  des  ber- 
gers, &  le  fffict  des  fpeftateurs  ;  comme  ils  fe  fer- 
voient auffi  du  mot  o-ùpiTlnv ,  pour  dire  Jouer  de  la 
Jluu ,  &  fiflir  à  un  fpeclacle  les  endroits  des  pièces 
qui  leur  déplaifoient.  CD.  J.) 

SIFFLET  ,  f.  m.  ÇGram.)  petit  inftrument  de  bois , 
d'os  ou  d'ivoire  ,  qui  a  toutes  les  parties  du  bec  de 
la  fiute ,  voyei  Flûte  ;  mais  qui  eft  fort  court ,  fermé 
par  le  bas  &  lans  trou ,  &  qui  ne  rend  qu'un  feul  fon 
plus  ou  moins  fort,  félon  la  groffeur  du  //ffl^t. 

Sifflet  de  Pan  ^  {^Luth.  anc.  &  mod.)  c'efl:  «n 
affcmblage  de  douze  tuyaux  placés  les  uns  à  côté  des 
autres  ,  qui  vont  en  diminuant  de  longueur,  &;  qui 
n'ont  qu'un  ton  :  ces  tuyaux  peuvent  être  de  bois ,  de 
cuivre  ,  de  rofeau  ou  de  fer.  Ils  rendent  fuccefîive- 
ment  la  gan.me  ut ,  ré ,  mi ,  fa,  foi,  ia^Jî,  ut ,  rè , 
Tiii  ,fajbi.  On  a  appelle  cet  inftrument  \q  fif[la  de 
Pan  ,  parce  qu'on  le  lui  voit  pendu  au  col ,  ou  à  la 
niain,'dans  quelques flatues antiques. Gey^/^ê/ a  pafle 
du  dieu  Pan  ,  à  l'ufage  des  chauderonniers  ambulans 
dans  nos  provinces,  qui  vont  achetant  la  vieille  vaif- 
felle  de  cuivre,  &  châtrant  les  chiens  &  les  chats. 
SIPFLEUR,  voyei  Bouvreuil. 
SIGA  ,  (Géog.  anc.)  nom  d'un  fleuve  de  la  Mau- 
ritanie célarienfe  fuivant  Ptolomée.  Ce  fleuve  eil 
Jiio  de  Anfgol,  félon  Ambroife  Morales. 

Siga  eft  auffi  le  nom  d'une  autre  petite  ville  de 
la  Mauritanie  célarienfe,  qui  fut  détruite  par  les 
Romains,  félon  Strabon ,  liv.  XVII.p.  8j  o.  {D.J.} 
SIGAH-GUSH,  f.  m.  (Zoolog.)  nom  d'un  animal 
de  Perfe,  qui  ne  paroît  différer  du  lynx ,  que  parce 
qu'il  n'cft  point  tacheté.  Ses  oreilles  ont ,  comme 
celles  de  tous  les  lynx,  un  toupet  noir  de  poils  fins 
&  veloutés  au  fommet.  (Z>.  7.) 

SIGA  LÉON ,  ou  SIGALION ,  (  MjthoL  égypt.  ) 
dieu   du  filence  chez  les  Egyptiens. 

On  portoit  fa  ilatue  dans  les  fêtes  d'Ifis  &  de  Sé- 
rapis;  &  on  le  repréfentoit  dans  leurs  temples  en 
forme  d'un  jeune  homme  qui  fe  tenoit  la  bouche 
fermée  avec  un  doigt  fur  les  lèvres. 

Les  Grecs  adoptèrent  ce  dieu ,  &  le  nommèrent 
Uuipocratc. 

Aufone  ell  prcfque  le  feul  entre  les  Latins  qui 
l'appelle  SigaUon  ,    &  il  a  forgé  ce  mot  du  grec 

c-/>aw  )e   tut   tais.  (Z?.  y.) 

Sl-G  AN,  (Gcog.  mod.)  SI-GAN-FU,&  par  lepere 
le  Comte,  qui  eibropie  tous  les  noms,  SIGNAN- 


S  ï  G 

FOU,  grande  ville  de  la  Chine  ^  dans  la  province  de 
Xenxi  où  elle  a  le  rang  de  première  métropole  de  la 
province.  Elle  eft  bâtie  fur  le  bord  de  la  rivière  de 
Gucl,en  forme  d'amphithéâtre:  fes  environs  foAt 
agréables  6c  fertiles.  Longitude,  fuivant  le  père  Gau- 
bil ,  /2J.  ^.    /i.  latit.  32.  6'. 

Rien  ,  félon  les  jéfuites ,  n*a  rendu  cette  ville 
plus    remarquable    que  la   découverte  qui   s'y  fît 
en  162  5,  d'une  infcription  de  plufieurs  pages,  qui 
nous  apprend  que  la  religion  chrétienne  efl  entrée 
à  la  Chine  en  631,    On  trouvera  cette  infcriptioil 
dans  toutes  les  relations  &C  dans  le  diclionnairc  de  la 
Martiniere.  Ce  n'efl  cependant  autre  chofe  qu'une 
fraude  pieufe ,  une  pièce  manifeflement  fuppofée  ^ 
comme  M.  de  la  Crofe  l'a  prouvé  fans  réplique.  Em 
vain  les  pères  Magalhancs  &  le  Comte  éîabliffent  la 
venue  de  l'apôtre  Saint  Thomas  à  la  Chine  1,  M.  Mai- 
grot ,  évêque  de  Conon ,  &  vicaire  apoftolique  dans 
ce  même  royaume  ,  reconnoit  que  les  millionnaires 
ont  pris  pour  l'apôtre  Saint  Thomas ,  un  certain  Ta- 
mo,  ce  font  fes  propres  termes,  l'un  des  plus  infignes 
fripons  qui  Ibient  jamais  enttrés  à  la  Chine  ,  &  qui 
n'y  vint  qu'après  l'an  582.  (-0.  /.) 

SIGE  ,  LA ,  (  Géogr.  mod.  )  petite  rivière  d'Alle- 
magne ,  qui  prend  fa  fource  près  de  Sigen ,  &  va  fe 
perdre  dans  le  Rhin  ,  à  une  lieue  au-defl'us  de  Bonn, 
{D.  /.) 

SIGÉE,  Sigeum ,  (Géog.  anc.)  promontoire,  ville 
&  port  de  l'Afie  mineure  dans  la  Troade  ,  immédia- 
tement après  la  ville  deRhœteum,  La  ville  de  Sigeurn 
éîoit  ruinée  du  tems  de  Strabon ,  /.  XIII.  p.  3c,  3.  ce 
qui  fait  que  peu  d'auteurs  en  parlent.  Pline  ,  /,  F", 
c.xxx.  dit  :  In  promontorio  quondam  S'i^eum  oppidum^ 
Ptolomée  ,  /.  K  c.  ij.  marque  le  promontoire  Sigeurri 
entre  l'embouchure  du  Scamandre  &  Alexandrin 
Troa.  On  comptoit  foixante  ftades  de  ce  promon- 
toire à  celui  de  Rhœteum  ,  en  prenant  le  long  du  ri- 
vage. C'efl  aujourd'hui  le  cap  Janit^ari. 

On  y  trouve  un  village  ,  que  les  Grecs  appellent 
Troius.  Il  contient  trois  cens  feux  ou  environ.  Tous 
les  habitans  font  grecs  ,  &  vivent  de  la  vente  de  leurs 
denrées  ,  qui  font  des  blés ,  des  vins  ,  des  fafrans  , 
des  melons  &  d'autres  fruits.  Tout  y  eft  à  fi  grand 
marché  ,  qu'on  y  a  quinze  poules  pour  une  piaflre  « 
qui  vaut  «n  écu  de  notre  monnoie,  La  douzaine 
d'œufs  n'y  coûte  qu'un  fol. 

Ce  fut  à  Sigée ,  fi  l'on  en  croit  Cicéron  &  quelques 
auteurs  anciens,  qu'Alexandre, en-voyant  le  tombeau 
d'Achille,  s'écria  :  Trop  heureux  héros  ,  qu  Homère  ait 
chanté  tes  exploits.  Cela  eft  vrai ,  ajoute  l'orateur  ro- 
main ;  car  fans  l'Iliade ,  Achille  mouroittout  entier, 
6c  fon  nom  ne  lui  lurvivoit  point.  Cependant  Pom~ 
ponius-Mela ,  Pline  &  Solin  placent  ailleurs  qu'à  Si.-. 
gce  le  tombeau  d'^^chille.  La  ville  de  Sigée  a  été  autre* 
fois  épifcopale  :  elle  eft  aujourd'hui  ruinée.  (Z>.  7.) 

SIGINDUNUM,  {Géog.  anc.)  ville  de  la  Pan^ 
nonie.  Les  Grecs  &  les  Latins  ont  fort  varié  pour 
Tortographe  de  ce  mot.  La  plus  commune  eft  Singi- 
dunum.  Foyei  donc  SiNGiDUNUM.  (£>.  /.) 

SIGILLAIRES,  SiGILLARITES,  {.f.p\.(Gram.) 
nom  d'une  fête  des  anciens  P\.omains.  Elle  étoitainii 
appcllée  des  petits  prélens ,  tels  que  des  cachets  ,  des 
anneaux,  des  gravures  ,  des  fculptures  qu'on  s'en- 
voyoit.  Elle  duroit  quatre  jours  :  elle  étoit  immédia- 
tement après  les  faturnales  qui  en  duroient  trois,  ce 
qui  faifoit  enfemble  fept  jours  :  &C  comme  les  fatur- 
nales commençoient  le  14  avant  les  calendes  de  Jan- 
vier, c'eft-à-dire  le  19  de  Décembre,  le  ^  fi  g  lllaires 
commençoient  le  2  2,&  duroient  julqu'au  25  inclufi- 
vement.  On  dit  qu'elles  furent  inftituées  par  Her- 
cule ,  lorfque  revenant  d'Efpagne  ,  après  avoir  tué 
Geryon,  il  conduifit  fes  troupeaux  en  Italie  ,  &C  qu'il 
en  bâtit  fur  le  Tibre  un  pont  à  l'endroit  où  l'on  coni"- 


s  I  G 

tnùfit  depTiis  {cpon:Sui>'icriis.  D'autres  en  attribuent 
rinlHîution  aiix  Péiagiens ,  qui  imaginèrent  que  par 
le  mot  de  tête  l'oracle  ne  leur  deinandoiî  pas  des  fa- 
crifîces  d'hommes  vivans. ,  ni  par  celui  de  çàç ,  des 
hommes  ,  mais  par  le  premier  des  Itatues ,  &  par  le 
fécond  des  lumières  ;  ils  préfenterent  à  Saturne  des 
bouoies ,  &  à  Pluton  des  figures  humaines  ;  de-là 
viennent  &C  \qs  JigiUdires  &  les  prcfens  qui  accom^ 
paqnoient  la  célébration  de  cette  (ètQ. 

SIGILLATEURS  ,  f.  m.  pi.  (  Liaérat.  )  c'étoient 
chez  les  Egyptiens  les  prêtres  qui  étoient  chargés  de 
marquer  les  vifiimes  detlincesauxfacrificcs.  Comme 
il  falloit  que  l'animal  fût  entier ,  pur  ,  &bien  condi- 
tionné pour  être  facrifié ,  il  y  avoit  des  prêtres  defli- 
nés  à  examiner  les  animaux  qu'on  deilinoit  à  être 
viftim.e.  Quand  la  bête  fe  trouvoit  propre  aux  autels, 
ils  la  marquoient ,  en  lui  attachant  aux  cornes  de 
l'écorce  de  papyrus ,  &:  en  imprimant  leur  cachet  iur 
de  la  terre  figilîée  qu'ils  lui  appliquoient.  Hérodote 
raconte  qu'on  puniflbiî  de  mort  quiconque  ofFroit 
une  vii^irae  qui  n'avoit  pas  étéainfi  marquée.  (Z?.  7.) 

SIGILLÉE,  TERRE  ,  tcrrafigïilata. ,  {Hïfi.  nat.  Mat. 
médii:^  nom  que  l'on  a  donné  à  des  terres  bolaircs , 
auxquelles  on  attribuoit  de  grandes  vertus  ;  on  en 
formoit  des  petits  gâteaux  ronds,  fur  lefquels  on  im- 
primoit  un  fceau  ou  cachet ,  afin  de  certifier  ceux  qui 
les  achetoient  que  la  terre  qu'on  leur  vendoit  étoit 
réellement  tirée  de  l'endroit  qu'ils  vouloient  &  n'é- 
toit  point  contrefaite.  La  terre  JigiHée  de  Lemnos 
étoit  regardée  comme  facrée  ;  fuivant  le  rapport  de 
M.  Hill ,  les  prêtres  feuls  avoient  la  permiinon  d'y 
toucher,  on  la  mêloit  avec  du  fang  de  chèvre ,  après 
quoi  on  y  imprimoit  un  cachet.  Comme  les  prêtres 
aidoient  à  la  former ,  on  l'appelloit  terre  facréi ,  yn  hpot.. 
Voyci  les  notes  de  M.  HiWfurThîophrcJle ,  p.  lyc). 
Cette  vénération  fubfifte  encore  actuellement ,  ce 
n'eft  qu'une  fois  dans  l'année  que  l'on  ouvre  la  car- 
rière où  fe  trouve  cette  terre  ,  alors  l'évêque  à  la 
tête  de  fon  clergé  s'y  rend  en  proceffion  ,  on  tire  la 
terre  avec  des  cérémonies ,  &  on  referme  l'enceinte 
où  elle  fe  tire.  Les  Grecs  font  des  préfens  de  cette 
terre  Jîgilléc  au  fultan  &  aux  grands  officiers  de  l'em- 
pire ,  qui  en  font  un  très-grand  cas ,  perfuadés  que 
cette  terre  cfl  un  antidote  fouverain  contre  toutes 
fortes  de  poifons.  Voye[  C article  Le  M  NO  S  ,  terre  de. 

il  eflaifé  de  voir  que  les  terres  Jîgillées  n'acquièrent 
aucune  vertu  par  le  îceau  qu'on  leur  imprime.  Elles 
varient  pour  la  couleur  &  pour  l^  qualité,  fuivant  les 
ditTérens  endroits  où  on  les  trouve  ;  &  il  y  a  autant 
de  terres  que  l'on  appellej^g-/7/^'«  ,  qu'il  y  a  de  pays 
où  l'on  veut  fe  donner  la  peine  d'y  imprimer  un  ca- 
chet. (— ) 

SIGISTAN,  (6^/o^.OTo</,) province  dePerfe.  ^oye\ 
Segestan. 

SIGIUS-MONS ,  (  Gèog.  anc.  )  montagne  de  la 
Gaule  narbonnoife  ,  fur  la  côte  de  la  mer  Méditer- 
ranée. Prolomée  Q.cx\tSitius-mons .,  &  il  eilvraifîem- 
blable  qu'il  a  raifon ,  car  cette  montagne  s'appelle 
préfentement  dans  le  pays  Lou  cap  de  Stie.  (  Z?.  /.  ) 

SÎGLE  ,  f.  f.  (Littérat?)  on  appelle /»/«  les  lettres 
initiales  c(ue  l'on  employoit  feules  dans  la  nianicre 
d'écrire  en  abrégé  ,  lorfqu'on  n'y  exprimoit  les  mots 
que  par  des  initiales.  Ces  lettres  préfcntoient  aux 
yeux  du  lefteur  ou  par  l'arrangement  qu'elles  avoient 
entr'clles,  ou  par  la  place  qu'elles  tenoient  dans  le 
difcours,unc  fuite  d'expreffions  connues, &;  n'ctoitnt 
que  rarement  fufceptibles  de  dlfFéremes  interpréta- 
tions ;  par  exemple ,  tout  le  monde  étoit  convenu 
que  cette  efpece  de  formule  S.  P.  Q.  R.  fignifioit 
Senarus  popidufqae  Roman  us.  (  jD.  /.  ) 

SIGMA  ^  {.  m.  (^Aritiq.  roT?i.^  table  en  fer  à  cheval. 
Les  Romains  ayant  négligé  dans  leurs  tables  l'ufa^e  de 
cequ'tlsappelloientrr/i-///;/'?///i,  fe  fervlrent  d'une  t.<b!e 
faite  enferme  de7%«^ ,  c'eft-à-dire  qui  avoit  la  'L^7\\ïQ 


5  1  G 


183 


d'un  fer  à  cheval ,  autour  duquel  étoit  pofc  un  lit 
plus  ou  moins  grand  ,  fait  de  même  en  demi-cercle 
félon  le  diamètre  de  la  table.  * 

Les  places  les  plus  honorables  éfoicnt  celles  qui  fe 
trouvoient  aux  deux  extrcniités  du  lit.  C'étolt  par 
l'intervalle  du  demi- cercle  c;ue  l'on  fervoit  les  vian- 
des. Ce  lit  étoit  fait  ordinairement  pour  fix  ou  fept 
convives  :  Jepiem  figma  capit ,  dit  Martial. 

Il  avoit,  félon  Vofîius ,  la  figure  d'un  arc  commun, 
&  non  celle  de  l'arc  des  Si^thes  qu'Athénée  dit  avoir 
refTcmblé  i\  la  lettre  capitale  ^ .  FiîîviusUrfinus ,  dans 
fon  appendlx  au  traité  de  Ciaccnius  de  tricUmo  ^ 
nous  apprend  que  les  anciens'  s'affeyoient  fi.ir  des 
couinns  autour  de  cette  table  ,  &  cju'ils  étoient  dans 
l'attitude  de  nos  tailleurs. 

Eliogabale  ,  prince  fort  grofRcr  dans  le  choix  des 
plainrs  dent  il  égayoit  f  es  repas ,  falloit  mettre  un  lit 
autour  de  la  table  ,  nommcQ  Jigma  ,  &  ce  lit  portoit 

auflilem.êmenom.Iltairoitplacerfurcelitaujourd'hui 
huit  hommes  chauves  ,  demain  huit  goutteux ,  un 
autre  jour  huit  grifons,  d'autres  fois  huit  hom.mes  fort 
gras  ,  qui  étoient  fi  prelfis,  qu'à  peine  pouvoient-i's 
porter  la  main  à  la  bouche.  Un  autre  de  fes  divertif- 
femens  étoit  de  faire  faire  le  lit  de  table  de  cuir,  de 
le  remplir  d'air  au-lieu  de  laine  ;  &  dans  le  tems  Gue 
ceux  qui  l'occupoient  ne  fongeoient  qu'à  bien  man- 
ger &  à  bien  boire  ,  il  faifoit  ouvrir  fecrétement  un 
robinet  qui  étoit  caché  fous  la  courtepointe  ,  le  lit 
s'applatifîbit,  &  ces  pauvres  gens  tomboient  fous  la 
table.  (Z).  /.) 

SîGMOIDES  ,  VALVULES,  {Anatom.)  valvules  au 
nombre  de  trois,  fituées  à  la  naifiance  de  l'aorte.  Elles 
font  £:ites  comme  de  petits  capuchons  ,  &  dlfpofées 
de  manière  que  quand  le  fang  fort  du  cœur ,  il  les  ap- 
platit  ;  &  que  s'il  fe  préfentoit  pour  y  rentrer  ,  il  les 
rempliroit  &  les  gonfleroit  ;  ce  qui  fait  qu'elles  ne 
s'oppofent  point  à  fa  forlie  ,  mais  feulement  à  fon 
retour.  La  fi.gure  circulaire  qu'elles  ont  quand  elles 
s'enflent,  ne  permet  pas  qu'elles  ferment  exaflement 
l'entrée  du  cœur,  mais  leur  nombre  fait  qu'elles  la 
ferment  fufîifamment ,  &:  qu'elles  empêchent  un  re- 
flux confidérable  &  nuifibie  à  la  circulation.  M.  Litre 
a  cru  que  dans  une  femme  qu'il  a  ouverte  ,  le  défaut 
d'une  des  vaLvuUs  Jigmoïdes  avoit  été  la  caufe  de  fa 
mort  fubite.  (  i?.  7.  ) 

SIGNA  ,  (^Art  militaire  des  Romains.^  nom  géné- 
rique de  difr'érentes  enfeignes  des  P^omains.  Dans  les 
unes  ,  on  portoit  l'image  du  prince  ,  6c  ceux  qui  les 
portoient  s'appellolentiwû07«//£/7  .•  d'autres  enfeir^nes 
avoient  une  main  étendue  pour  fymboie  de  la  con- 
corde ,  &:  CQS  porte-enfeignes  fe  nommoient7%'.'z/- 
Jeri  :  dans  quelques-unes  étoit  une  aigle  d'argent, 
qui  faifoit  nommer  ceux  qui  la  portoient  aquiliferi ,' 
les  porte-aigle.  On  voyoit  dans  d'autres  un  dragon 
à  t'éte  d'argent ,  &  le  refle  du  corps  de  tafetas  que  le 
vent  agitoit  commue  un  vrai  dragon  ,  &  ces  fortes  de 
dragons  étoient  appelles  drûconarïi.  Enfin  l'enfei<rne 
de  l'empereur  ,  nommée  labamm  ,  fe  portoit  quand 
l'empereur  étoit  à  l'armée  ;  ceux  qui  portoient  cette 
cnfeigne ,  fe  nommoient  labarifiri.  Le  Ubarum  étoit 
une  étoffe  pourpre  enrichie  j>ar  le  bour  d'une  fi-an^e 
d'or,  &  garnie  de  pierres  précieufcs.  Toutes  ces  en- 
feignes étoient  foutenues  fin-  une  denùpique ,  poin- 
tue par  le  bout  du  bas  ,  afin  qu'on  la  plantât  ailément 
en  terre.  (Z>.  /.  ) 

SKiNAGE,  f.  m.  (  Vitnr.  )  dcfiein  d'un  compar- 
timent de  vitres,  tracé  en  blanc  fur  le  verre  ou  à  la 
pierre  noire  ,  fur  un  ais  blanchi  pour  faire  les  pan- 
neaux &  les  chef-d'œuvres  de  vitrerie.  (  D.  J.  ) 

SIGriAL,  SIGNE,  (^Gram.  l'y  non.)  \c.  fir;;û  tait 
connoître  ;  il  elî  quelqucfoiii  naturel.  Le y4"Z"'/ aver- 
tit ,  il  eft  toujours  arbitraire. 

Les  mouveniuns  qui  parollfent  d  ms  le  vifage  font 
ordinairement  icsji'^nes  de  ce  qui  le  palTe  dans  le 


i84 


S  I  G 


S 


i 


4,    T 


cœur.  Le  coup  de  cloche  cft  lefgnal  qui  appelle  le 
chanoine  à  Tcglifc. 

On  s'explique  par  fgnes  avec  les  muets  ou  les 
fourds;  &  Ton  convient  d'uny/g/z<ï/po»ir  ie  faire  en- 
tendre des  gens  éloignes.  Girard.  (^JD.  J.) 

SlG'NAL par  le  feu  ,  (^Lifter attire.')  \qs  figiuitix par  le 
^^«fenommolent  -œyprc/  &.  u>^u«.to\  ,  &  1  art  de  les  don- 
ner s'appelloit  Tups-içs,:)* ,  «puzTwp/*. 

Homcre  eft  le  premier  qui  en  ait  fait  mention. 
L'uiiage  en  étoit  déjà  fi  établi  de  fon  rems ,  qu'il  en  a 
employé  la  comparaifon  comme  d'une  chofe  con- 
nue 'm  propre  à  peindre  dans  l'efprit  de  les  leûeurs 
l'image  de  ce  qu'il  vouloit  faire  concevoir. 

«  Comme  lorfqu'une  viilc  aflife  au  milieu  de  la 
>»  mer  vient  à  être  alîiégce  ,  on  voit  de  loin  durant 
»  le  jour  ,  dit  le  poète  ,  des  tourbillons  de  fumée 
»  s'élever  au  milieu  de  la  ville  dans  les  airs,  &  pen- 
n  dant  la  nuit  on  apper(;oit  d'épaifîés  colonnes  de 
»  feu  s'élancer  jufque  dans  les  nues ,  èx  appellcr  de 
»  chez  les  peuples  voilms  un  Iccours  puiiîant  contre 
>>  les  efforts  de  l'ennemi ,  telle  paroiilbit  la  flamme 
»»  qui  voltigeant  autour  de  la  tête  d'Achille  rcpan- 
>>  doit  au  loin  fon  éclat » 

Ce  qu'Homère  n'a  fait  qu'indiquer  aflez  légère- 
ment, Efchyle  l'a  marqué  fort-au-long  en  plufieurs 
endroits  de  fa  tragédie. 

«  PuliTent  enfui  les  dieux  ,  s'écrie  l'efclave  qui  fait 
»  le  prologue  de  la  pièce ,  me  délivrer  de  la  pénible 
»  fonftion  qui  m'attache  depuis  fi  long-tcms  à  ob- 
»  ferver  le  moment  du  Jignal  dont  on  eil  convenu. 
»  J'ai  vu  par  plufieurs  révolutions  fe  montrer  &dif- 
»  paroître  ces  afîres  brillans  qui  amènent  à  la  terre 
»  les  différentes  faifons  ;  j'ai  toujours  attendu  le  flam- 
»  beau  qui  doit  parler  à  nos  yeux,  &:  nous  appren- 

»  dre  la  deflruOion  de  Troie que  ces  feux  fi 

»  long-tems  cfpérés  viennent  enfin  me  dégager.  Je 
>>  vous  falue  ,  flambeau  de  la  nuit ,  votre  lumière  efl 
»  agréable  comme  celle  du  plus  beau  jour  ;  quelles 
»  fêtes  vont  éclater  à  l'occafion  de  l'événement  que 
»  vous  annoncez  »  ! 

A  peine  l'efclave  de  Clytemncflre  a-t-il  porté  la 
nouvelle  au  palais  ,  que  la  reine  fort  pour  en  infor- 
mer le  peuple  ;  &:  quand  les  vieillards  qui  compo- 
fent  le  chœur  demandent ,  quel  efl  le  meffager  affez 
vite  à  la  courfe  pour  avoir  apporté  litôt  la  première 
nouvelle  de  la  prife  de  Troie  ,  Clytemneflre  leur  ré- 
pond en  ces  termes  :  <«  Nous  en  fommes  redevables 
»  à  Vulcain  ,  l'éclat  de  fes  feux  efl  parvenu  jiifqu  a 
»  nous  ,  wn.  Jignal  a  fait  allumer  un  ^utrefgnal.  Aux 
»  premiers  feux  apperçus  fur  le  mont  Ida,  les  féconds 
»  ont  répondu  de  dcflus  ie  lommet  de  la  montagne 
»  confacrée  dans  l'île  deLemnos  à  Mercure.  L'éten- 
»  due  des  eaux  qui  féparent  cette  île  du  mont  Athos, 
»  a  été  bientôt  éclairée  par  les  flammes  ,  &c  la  mon- 
»  tagnc  de  Jupiter  aufii-tôt  après  a  été  toute  cou- 
M  verte  de  feu  :  femblables  aux  rayons  du  foleii  qui 
)»  fe  répandent  fur  la  terre ,  ces  feux  ont  annoncé 
»  la  hauteur  du  mont  Maclfle ,  ce  que  le  Macifle  de- 
»  voit  publier  ,  pour  ainfi  dire  ,  jufque  fur  les  bords 
»  de  l'Euripe.  Des  gardes  placées  fltr  le  Méfape  In- 
»  accelfible  au  fommeil ,  fidèles  à  des  ordres  rigou- 
»  reux,ont  fait  paroître  à  leur  tour  des  feux  qui,  tels 
»  qu'une  lune  brillante  ,  franchiffant  rapidement  les 
»  campagnes  de  l'Afope ,  ont  réveillé  fur  le  mont 
>»  Cyîhéron  \cs Jîgnaux  qui  dévoient  en  faire  naître 
»  d'autres  encore  plus  loin.  La  garde  chargée  d'ob- 
»  ferver  de  dcflus  cette  dernière  montagne  n'a  pas 
»  tardé  ,  malgré  la  difrance  ,  ù  reconnoître  ces  feux. 
»  Elle  a  augmenté  ceux  qui  dévoient  fervir  de  ré- 
»  ponfe.  Les  ténèbres  du  lac  Gorgopis  ont  été  difTi- 
»  pées  par  ce  nouvel  éclat ,  6l  le  mont  Egiplanete, 
»  frappé  de  cette  lumière ,  nous  a  avertis  de  ce  qu'il 
»  venoit  d'apprendre.  Mes  ordres  ont  été  ponclucl- 
»  lemcnt  f  uivis  ;  les  gardes  que  j'avois  difpofés  fur 


»  rF.riplanete  ont  à  l'envl  redoublé  les  feux  ,  le 
>»  golfe  &  le  promontoire  Saronique  ont  vu  fe  pro- 
»  dulre  le  jour  que  ma  volonté  faifoit  naître  ,  cc  dç 
»  grandes  traces  de  lumière  font  arrivées  jufque  fur 
»  le  mont  Arachnéen  :  c'étoit  le  lieu  le  plus  proche 
»  d"  Argos  &  du  palais  des  Atrides.  Ainfi  a  été  appor- 
»  tée  l'importante  nouvelle  que  je  vous  apprends. 
»  Telles  ont  été  les  lois  que  j'avois  établies  pour  une 
»  juive  correl'pondance  entre  ceux  qui  dévoient  fe 
»  fuccéder  dans  la  fonélion  de  donner  ôt  de  recevoir 
»  \esj/g/2jux  ....  Les  Grecs  à  cette  heure  font  maî- 
♦»  très  de  Troie  ». 

L'ufage  des Jîgnaux ,  dont  l'invention  toute  entière 
étoit  due  aux  Grecs  ,  fe  perfedfionna  à  mcfure  que  ce 
peuple  réfléchit  fur  l'art  de  la  guerre.  Ces Jîg/i^ux  y 
étoient  fbu\  ent  employés.  De  tout  ce  qui  s'ell  in- 
venté ,  dit  Polybe ,  pour  mettre  à  profit  certaines 
occafions  qu  il  efl  Important  de  ne  point  laiflér  échap- 
per ,  rien  n'elt  plus  utile  que  iKsJigiuux  par  U  feu.. 
Dès-iors  ils  ne  furent  plus  un  fimple  figne  d'inftltii- 
tJon  pour  apprendre  feulement  le  gros  d'un  fait ,  oa 
S'étudia  à  trouver  comment  on  pourroit  faire  com- 
prenilre  les  différentes  circonfiances  ce  ce  c|ui  fe 
pafîbit  à  un  éloigncmcnt  de  trois  ou  quatre  journées 
de  ceux  avec  lelquels  il  auroit  été  à  defirer  que  Toa 
pût  s'expliquer  ;  en  un  rnoî ,  on  parvint,  comme  Po- 
lybe rafiûre  ,  à  faire  connoître  des  événemens  que 
l'on  n'avoit  pas  pu  prévoir  &  qu'on  poiivoit  de- 
viner. 

Le  même  Polybe  rend  compte  ,  d'une  excellente 
méthode  pour  \es  fignaux  par  le  feu.,  qui  avoitpour 
auteur  Cléoxene  ,  ou  Démoclite  ,  fuivant  quelques 
écrivains,  &  qu'il  avoit  perfedionnée  lui-même. Elle 
confifloit  à  taire  lire  peu-à-peu  à  un  obfcrvateur  cc 
qu'il  étoit  important  d'apprendre.  On  ne  moatroit 
pas  des  mots  ni  des  phrales  dont  le  bon  fcns  dem.eu- 
rât  équivoque  ,  ou  fujet  à  des  difficultés  ,  comme  il 
arrivoit  fbuvent  dans  la  pratique  d'Enée;  mais  après 
que  toutes  les  lettres  de  l'alphabet  avoient  été  ran- 
gées en  quatre  ou  cinq  colonnes  ,  perpendiculaire- 
ment les  unes  au-deffus  des  autres. 

i".  Celui  quidevoit  donner  le^/j/z^/,  commençolt 
pardéfignerle  rang  de  la  colonne  oiifedevoit  chercher 
la  lettre  ciue  l'on  vouloit  indiquer.  Il  marquoit  cette 
colonne  par  un  ,  deux,  trois  fiambeaux  qui  levoit 
toujours  à  gauche ,  fuivant  que  la  colonne  étoit  la 
première ,  la  féconde  ou  la  troilieme ,  &  ainli  du 
refle. 

z''.  Après  avoir  fait  connoître  le  rang  de  la  colon- 
ne ,  &  fixé  l'attention  de  l'obfervatcur  à  chercher  oii 
étoit  la  lettre  ;  celui  qui  étoit  chargé  àwfignal ,  indi- 
quoit  la  première  lettre  de  la  colonne  par  un  flam- 
beau ,  la  féconde  par  deux  ,  la  troifieme  par  trois  , 
de  forte  que  le  nombre  des  fiam.beaux  répondoit 
exaftcmenî  au  quantième  de  la  lettre  d'une  colonne, 
alors  on  écrivolt  la  lettre  qui  avoit  été  indiquée  ;  & 
par  ces  opérations  répétées  plufieurs  fois  ,  on  parve- 
noit  à  former  des  fyllables,  des  mots  ,  &;  des  phrafes 
qui  préfentoientun  fens  déterminé. 

Celui  qui  donnoit  \e  Jignal  avoit  encore  un  inf- 
trument  géométrique  garni  de  deux  tuyaux  ,  afin 
qu'il  pût  connoître  par  l'un  la  droite  ,  &  par  l'autre 
la  gauche  de  celui  qui  devoit  lui  répondre. 

Le  témoignage  de  Polybe  ,  hiftoricn  judicieux  & 
excmt  de  foupçon  de  inenfbnge,  ne  nous  laifTe  pas 
douter  qu'on  ne  fe  fervît  avec  fuccès  de  la  méthode 
qu'il  a  expliquée  &:  perfettionnée  ;  mais  s'il  étoit 
befoin  de  fortifier  fon  tém.oignage ,  la  pratique  des 
fiecles  qui  ont  fulvi  celui  de  Polybe  ,  feroit  une 
nouvelle  preuve  de  la  vérité  der'ccitdecet  hiflorien. 

Voici  ce  que  dit  Jules  Afi-icain  des  figtiaux  par  U 
feu  ,  dans  fon  hvre  intitulé  Kes-oi.  Cet  auteur  en 
traire  d.uis  un  chapitre  particulier,  il  efl  vrai  qu'il  efl 
afîez  difTicile  ,  par  l'altération  du  texte  de  trouver  un 

fens 


s  I  G 

feus  net,  &  fuivi  dans  ce  qu'il  dit  k  ce  fujct ,  &z  les 
différentes  leçons  que  l'on  a  tirées  des  inanuicrits  , 
ne  fuffilent  pas  encore  pour  le  faire  entendre.  On  va 
tâcher  cependant  de  traduire  la  fin  du  chapitre ,  & 
l'on  n'héfitera  pas  îi  y  faire  un  ou  deux  changemens , 
qui  feront  allez  juftinés  par  la  clarté  qu'ils  feront  naî- 
tre dans  l'ejiplication  de  Jules  Africain. 

«  Je  m'étonne  aflez  fouvent ,  dit -il ,  de  la  facilité 
»  que  les  Jignaux  nous  procurent  d'écrire  tout  ce 
»  que  nous  voulons;  voici  ce  qui  fe  pratique.  On 
»  choifit  d'abord  des  lieux  propres  à  donner  &  à  re- 
»  cevoir  les  Jignaux.  On  y  détermine  le  côté  gau- 
»  che  ,  le  côté  droit ,  &  l'entre-deux  de  ces  côtés  ; 
»  enfuite  on  diflribue  les  lettres  de  l'alphabet,  &  on 
«  en  fait  pafl'er  du  côté  gauche  un  certain  nombre  , 
»  par  exemple  ,  celles  qui  font  depuis  Y  alpha  jul- 
»  qu'au  thcta  iXqs  fuivantes,  depuis  i'/'oi^ziufqu'au/ii 
»  demeureront  dans  le  milieu ,  &:  le  refte  de  l'alpha- 
»  bet  fera  tout  entier  du  côté  droit.  Lorfqu'on  veut 
»  défigner  V alpha ,  on  n'allume  qu'un  fignc.l  du  côté 
»  gauche ,  deux  fi  c'eft  le  baa  ,  trois  ii  c'eft  le  gam- 
»  ma.  Lorfque  c'eil  Viota  qui  doit  être  indiqué  ,  on 
»  levé  un  fignal  entre  le  côté  gauche  &  le  côté 
>>  droit  ;  dans  l'entre-deux  du  terrein  où  doivent 
»  s'exécuter  les  opérations ,  on  en  levé  trois  fi  c'eft 
»  le  lambda ,  &  on  fera  la  môme  chofe  pour  mar- 
»  quer  les  lettres  comprifes  dans  la  troifieme  diftri- 
»  bution ,  fans  avoir  aucun  égard  à  la  valeur  numé- 
»  raie  des  lettres  ;  car  par  exemple  ,  on  n'ira  point 
»>  lever  centfignaux  pour  défigner  la  lettre  /-//o ,  parce 
«  que  dans  les  nombres  le  rho  vaut  cent.  Il  faudra 
»  qu'il  y  ait  un  concert  bien  établi  entre  ceux  qui 
»  donnent,  ou  ceux  qui  reçoivent  Itjîgnal  ^  &  qu'il 
»  y  ait  des  gens  chargés  d'écrire.  Tel  eft  le  difcours 
»  de  Jules  Africain  »• 

Il  ne  nous  apprend  rien  de  plus  particulier  ,  fi  ce 
n'eft  quelle  étoit  la  matière  de  ces  fignaux.  «  Il  faut 
»  avoir  fait  provifion  ,  dit-il ,  de  bois  fec  ,  de  chau- 
»  me  ,  de  branches  d'arbres  &  de  paille  ;  fi  l'on  en- 
»  duit  ces  matières  de  graiffe  ,  elles  rendront  beau- 
»  coup  de  flamme ,  &  une  fumée  cpaiffe  que  l'on 
»  verra  monter  au  ciel  par  tourbillon  ». 

Jules  Africain  nous  aflure  que  les  Romains  ufoient 
dey%/2<z«r,  tels  qu'il  les  a  expliqués  ;  aufli  remar- 
t-on  dans  Tite-Live,  dans  Vegece  ,  &  dans  la  vie  de 
Sertorius  par  Plutarque  ,  quelques  occafions  où  les 
généraux  romains  avoient  eu  recours  à  ce  moyen  de 
fe  parler  de  fort  loin  les  uns  aux  autres  ;  mais  il 
fuffit  de  citer  ces  auteurs  ,  fans  rapporter  les  faits 
dans  un  plus  grand  détail.  iVfe'm.  de  LïtUr.  tomîXllI. 
{D.L) 

Signaux,  c'eft  ûiï/2i  V An  mïiuairs.  différentes  ma- 
nières de  faire  connoître  à  une  troupe  ou  une  ar- 
mée ,  les  mouvemens  qu'on  veut  lui  faire  exécu- 
ter,  &  à  ceux  qui  font  du  même  parti ,  ou  de  la 
même  armée  ,  le  moyen  de  fe  reconnoîre  les  uns 
&  les  autres. 

Ces  Jignaux  (ont  de  trois  fortes.  Les  vocaux  mnû 
appelles  de  la  voix  humaine  qui  les  forme  ;  les  demi- 
vocaux  qui  fe  font  par  le  tambour ,  la  trompette  , 
le  canon ,  &c.  &  les  muets  qui  fe  font  par  les  diifé- 
rens  mouvemens  des  drapeaux  &  des  étendars. 

Il  y  a  à' autres  Jignaux  muets  qu'on  fait  mettre 
fur  les  habits  des  ibldats  ,  pour  qu'ils  fe  reconnoif- 
fent  dans  la  mêlée  ;  par  exemple ,  de  la  paille  ou  du 
papier  au  chapeau ,  la  chemife  par-deffus  l'habit  dans 
les  camijades.  Foye^  Camisade. 

Des  corps  féparés  peuvent  aufli  fe  reconnoître 
par  la  fumée  pendant  le  jour  ,  &  par  le  feu  pendant 
la  nuit.  Une  armée  ,  par  exemple  ,  qui  s'avance  au 
fecours  d'une  place  aflîégée,  peut  annoncer  fon  ar- 
rivée par  des  feux  allumés,  lorfqu'cUe  occupe  quel- 
ques endroits  de  la  campagne ,  d'où  ces  feux  peu- 
vent être  vus  de  la  place. 
Tome  XF. 


S  I  G 


i8j 


«  1  oiites  les  évolutions  &  hs  mouvemens  qui  fe 
»  pratiquent  parmi  le  fracas  des  armes  ,  dit  le  fa- 
»  vaut  commentateur  de  Polybe  ,  ne  fauroient  être 
»  commandées  par  la  voix  ;  on  devroit  les  faire  au 
»  fon  du  tambour ,  pourvu  que  les  évolutions  fuifent 
»  diftinguées  par  les  différens  roulemens.  Qu'on  ne 
»  me  parle  pas  de  l'exerc'C^  au  fon  du  tambour,  tel 
n  qu'on  le  fait  aujourd'hui,  il  eft  trop  ridicule,  puifque 
»  les  évolutions  ne  font  pas  diftinguées.  Je  dis  donc 
»  que  dans  une  affaire  générale  ou  dans  un  combat  , 
»  le  bruit  des  autres  tambours  ,  celui  du  canon  ,  les 
»  décharges  continuelles  de  l'infanterie  ,  &  les  cris 
»  militaires  ,  empêchent  de  diftinguer  les  comman» 
»  démens  qui  ne  font  pas  les  mêmes  par-tout ,  à 
»  caufe  des  diiféreris  cas  qui  arrivent.  Il  me  paroît 
»  qu'il  feroit  mieux  d'introduire  deux  corps  de  chafl^e 
»  par  régiment,  dont  les  différens  fonsdiftingueroient 
»  les  diverfes  évolutions  &  les  manœuvres  qu'il  fau- 
»  droit  faire ,  &  auxquels  il  feroit  bon  d'accoutu- 
»  merles  foldats  à  la  manière  des  anciens.  Cet  inf- 
»  trument  eft  de  tous  ,  celui  qui  fait  un  plus  beau 
»  bruit  de  guerre ,  &  qui  me  femble  digne  d'être'mis 
»  à  un  autre  ufage ,  qu'à  fervir  à  animer  les  chiens  ». 
Traité  de  la  colonne  ,  par  M.  le  chevalier  de  Folard. 

Les  ennemis  fe  fervoient  àzs  Jignaux  par  le  feu , 
pour  s'avertir  réciproquement  des  différens  événe- 
mens  qui  arrivoient  pendant  la  guerre  ,  &  même 
pour  commencer  le  combat.  «  Ce  fignal  de  guerre 
>>  avoit  précédé  l'ufage  des  trompettes.  Un  prêtre 
»  couronné  de  lauriers  précédoit  l'armée  avec  une 
»  torche  allumée  à  la  main.  Les  ennemis  l'épar- 
»  gnoient  prefque  toujours  dans  la  chaleur  de  la  ba- 
»  taille.  De-là  eft  venue  l'ancienne  façon  prover- 
»  biale  d'exprimer  une  défaite  complette.  Le  porte- 
nt Jlamheau  même  na  pas  été  épargné.  De-là  vient  en-* 
»  core ,  avec  afll^z  de  vraiffembiance ,  l'ufage  de  re- 
«  préfenter  la  difcorde  avec  des  lorchcs  ardentes.  » 
Théâtre  des  Grecs  ,  par  le  P.  Brumoi ,  /.  IF.  in- 12  ^ 
p.  238. 

Polybe  nous  a  laiffé  une  digrefTion  fort  curieufe 
fur  les  fgnaux  par  le  feu.  On  la  trouve  dans  le  fixie- 
me  vol.  du  commentaire  ftir  cet  auteur ,  par  M.  le 
chevalier  de  Folard  ,p.  ijc/.  M.  Rollini  a  aufll  donné 
cette  même  digrcflîon  dans  fon  hifioirc  ancienne  ,  p. 
i6'2  ,  du  huitième  vol.  de  l'édition  in-12  de  cet  ou- 
vrage. (  Q  ) 

Signaux,  {Marine.)  ce  font  des  inftruftions 
qu'on  donne  fur  mer  par  quelque  marque  diftinttive. 
Il  y  a  deux  fortes  àe  Jignaux  ;  des  Jignaux  généraux , 
&  Aes/ignaux  particuliers.  Les  premiers  concernent 
les  ordres  de  batailles  ,  de  marches  ,  de  mouillage 
&  de  route  ;  les  féconds  les  volontés  du  comman- 
dant pour  tous  les  capitaines  de  chaque  vaiflTeau  en 
particulier  ,  &  réciproquement  les  avis  que  donnent 
au  commandant  les  capitaines  des  vaifleaux.  On  fe 
fert  pour  cela  le  jour ,  de  pavillons  de  diverfes  cou- 
leurs ,  de  flammes  &  de  gaillardets  ;  &  la  nuit  de  ca- 
nons, de  pierriers ,  de  fufées ,  &  de  fanaux  ou  feux* 
Dans  un  tems  de  brume,  on  fait  ufage  de  trompettes , 
de  la  moufqueterie  ,  des  pierriers  &  du  canon ,  & 
on  employé  ces  Jignaux ,  félon  qu'on  eft  convenu 
réciproquement  ;  &  de  quelque  manière  qu'on  les 
fafle,  pourvu  qu'ils  foient  clairs,  faciles  à  diftin- 
guer &  à  exécuter  ,  ils  font  toujours  bons.  Pour 
avoir  cependant  une  idée  de  la  manière  dont  on  fe 
parle  fur  mer  ,  par  fignes  ,  je  vais  rapporter  un  pro- 
jet univcrfel  àe  Jignaux,  que  le  P.  Hôte  a  donné  dans 
fon  art  des  armées  navales ,/?.  42  / ,  &  dont  la  plupart 
font  pratiqués  fur  les  vaiffeaux.  Je  dois  dire  aupara- 
vant, c\\.\c  les  fgnaux  Q^m  font  reçus  par -tout,  c'eft 
un  baril  d'eau  pendu  à  l'extrémité  de  la  vergue  d'un 
vaiflleau ,  lorfqu'on  a  beiôin  de  faire  aiguade  ;  &:  une 
hache  attachée  au  même  endroit  ,  quand  on  veut 

faire  du  bois. 

A  a 


i86 


S  î  G 


Pour  revenir  aux  autres /ijn^jH.v,  le  P.  Hôte  les 
pfekrit  dans  l'ordre  ùilvanî. 

Signaux  d'«  commandement  pour  le  jour  ^  (^Marine.') 
pour  toute  l'armée  ,  on  mettra  un  jacq  fur  le  bfiton 
du  grand  màt.  Pour  chaque  eCcadrc ,  ou  mettra  le  pa- 
villon de  Tefcadre.  Pour  ckaque  divilion  ,  on  mettra 
une  cornette  de  la  couleur  de  l'efcadre,  au  mât  pro- 
pre de  la  diviùon.  Pour  chaque  vaiffeau  ,  on  mettra 
une  des  cinq  flammes  les  plus  remarquables  ,^  à  ^vm 
des  trois  endroits  les  plus  en  vue  du  ri:ât,  où  l'on 
aura  mis  le  fignal  de  la  divifion  du  vaiflcau. 

Signaux  "de  commandement  pour  la  nuit  ou  pour 
la  brune ,  (  Marine.  )  pour  toute  l'armée ,  trois  coups  ' 
de  canon  précipités.  Pour  la  première  efcadre  ,  trois 
coups  poics  ;  pour  la  féconde ,  deux  ;  pour  la  troi- 
fieme ,  un. 

Signaux  di  partance.  Pour  fe  difpofer  à  partir,  le  petit 
hunier  désbelé.  Pour  déiaffourchcr ,  deux  coups  de 
canon  précipités.  Pour  mettre  à  pic  ,  deux  coups  de 
canon  précipités  en  bordant  l'artimon  ,  avec  un  feu 
llir  le  beaupré ,  fi  c'eft  la  nuit. 

Pour  appareiller ,  le  petit  hunier  hiffé  pendant  le 
jour  ,  &  un  feu  au  bâton  d'enfeigne  pendant  la  nuit. 

Signaux  pour  les  ordres  ,  (  Marine.  )  Pavillon  à  la 
ver<'ue  d'artimon.  Ordre  de  bataille.  Stribort ,  blanc. 
Bas-bord ,  rouge. 

Premier  ordre  de  marche.  Stribord ,  blanc  &  rouge. 
Bas-bord  ,  blanc  &:  bleu.  Second  ordre  de  marche  , 
bleu.  Troifieme  ordre  de  marche  ,  blanc  facié  de 
rouge.  Quatrième  ordre  de  marche ,  blanc  lacié  de 
bleu.  Cinquième  ordre  de  marche,  rouge  facié  de 
blanc.  Ordre  de  retraite  ,  bleu  facié  de  blanc. 

Signa U X  pour  les  mouvemcns  de  Carr^ùe  ,  (  Marine.^ 
Pavillon  fous  le  bâton  du  mât.  Forcer  de  voiles,  blanc 
&  rouge.  Carguer  des  voiles,  rouge  &  bleu.  Arri- 
ver, écartelé  ,  blanc  &  rouge.  Venir  au  vent ,  écar- 
telé  ,  blanc  &  bleu.  Courir  vent  arrière  ,  écartelé  , 
rouge  &  bleu  ;  la  nuit ,  deux  feux  au  bâton  d'enfeigne. 
Courir  au  plus  près  ilribord  ,  rayé ,  blanc  &  rouge  ; 
la  nuit,  deux  feux  à  la  vergue  d'artimon.  Bas -bord  , 
rayé ,  blanc  &:  bleu  ;  la  nuit,  trois  feux  à  la  vergue 
d'artimon. 

Courir  vent  large  de  deux  rumbs.  Stribord ,  blanc  facié 
de  rouge.  Bas-bord,  blanc  facié  de  bleu. 

De  quatre  rumbs.  Stribord  ,  rouge  facié  de  blanc. 
Bas  bord  ,  rouge  facié  de  bleu. 

Defix  rumbs.  Stribord,  bleu  facié  de  blanc.  Bas- 
bord,  bleu  facié  de  rouge. 

De  huit  rumbs.  Stribord  ,  blanc  bordé  de  rouge. 
Bas-bord,  blanc  bordé  de  bleu.  Revirer  par  la  con- 
tre-marche ,  rouge  bordé  de  blanc  ;  la  nuit  deux 
coups  de  canon  précipités,  &  un  pofé.  Revirer  tous 
enfemble  ,  rouge  bordé  de  bleu  ;  la  nuit  un  coup  de 
canon  ,  &  deux  précipités.  Revirer  vent  arrière  , 
blanc  bordé  de  rouge  ;  la  nuit  quatre  coups  de  canon 

pofés. 

Signaux  de  chajfe  &  de  combat ,  (^ Marine.^  Pa- 
villon de  fous  le  mât  de  mijfaine.  Se  rallier,  blanc  & 
rouge.  Donner  chaffe  à  une  armée  qui  fuit ,  blanc  & 
bleu.  Donner  chaffe  à  des  vaiffeaux  qu'on  veut  re- 
connoître  ,  rouge  &  bleu.  Aller  à  l'abordage  ,  blanc 
facié  de  rouge.  Doubler  les  ennemis ,  blanc  facié  de 
bleu.  Apprêter  les  brûlots ,  rouge  facié  de  blanc.  En- 
voyer les  brûlots  aux  ennemis  ,  rouge  facié  de  bleu. 
Commencer  le  combat,  trois  coups  précipités.  Finir 
le  combat ,  le  général  amené  fon  pavillon  &  fon  en- 
feigne.  Finir  la  chaffe  ,  le  général  amené  fon  pavil- 
lon ,  avec  un  coup  de  canon. 

Signaux  de  conftils.  Pavillon  au  bâton  d'enfeigne. 
Conleil  des  généraux  ,  blanc  &:  rouge.  Confeil  des 
capitaines,  blanc  &  bleu.  Confeil  des  commiflaires  , 
rouge  &  bleu. 

Signaux  de  confultation.  Pavillon  au  bâton  d^n- 
feigne.  Demande.  Pour   combattre  ,  blanc  facié  de 


S  I  G 

rouge.  Pour  relâcher ,  blanc  facié  de  bleu.  Pour 
pourfulvre  l'ennemi,  rouge  facié  de  blanc.  Pour  faire 
retraite ,  rouge  facié  de  bleu.  Réponfe  ,  flamme 
blanche  air  même  endroit  ,  pour  l'affirmative  ;  & 
flamme  rouge  pour  la  négative. 

SlCSAVXpour faire  venir  à  l'amiral.  Flamme  au  bouc 
de  Li  vergue  d'artimon.  (  Marine.  )  à  l'ordre  ,  blanche  ; 
les  chaloupes  armées  ,  rouge  ;  les  vaiffeaux  ,  bleu  ; 
le  commandant  du  vaiffeau  ,  blanche  &  rouge. 

Signaux  de  mouillage.  Pour  mouiller  ,  deux  coups 
de  canon  précipités  ,  &  deux  poics  ou  une  enftigne 
bleue. 

Pour  afFourcher ,  une  petite  ancre ,  &  une  enfeigne 
blanche  &  bleue. 

Pour  défaffourcher ,  une  groffe  ancre  &  une  enfei- 
gne rouge  &  bleue. 

Signaux  des  particuliers  pour  avertir  le  général  :  pa- 
villon au  beaupré  fy  au  bâton  d'enfeigne.  Quand  oh  voit 
la  terre ,  rayé  blanc  &  rouge. 

Quand  on  voit  des  vaiffeaux  étrangers ,  rouge.. 

Quand  on  voit  une  flotte,  rayé  blanc  &  bleu. 

Quand  on  voit  les  ennemis  ,  rayé  rouge  &  bleu. 

Quand  on  eft  près  du  danger ,  écartelé  blanc  & 
rouge  ,  av-ec  un  coup  de  canon. 

Quand  on  veut  parler  au  général ,  écartelé  rouge 
&  bteu  ;  ôc  fi  la  chofe  preffe,un  coup  de  canon. 

Flamme  au  bâton  d'enfeigne.  Quand  on  a  des  mala- 
des ,  blanche. 

Quand  on  fait  eau  ,  rouge. 

Quand  on  n'a  d'eau  que  pour  peu  de  jours ,  bleue. 

Quand  on  manque  de  bois  ,  blanche  &  rouge. 

Quand  on  manque  de  pain  ,  blanche  &  bleue. 

A  tous  CQS fignaux  ,  le  général  répond  de  même  , 
&  alors  les  particuUers  amènent  &  hlffent  \znr fignal 
autant  de  fois  qu'il  eft  néceffaire  pour  exprimer  le 
nombre  des  chofes  dont  il  s'agit. 

Tout  ceci  eft  fort  bien  imaginé  ;  il  y  a  cependant 
une  petite  difficulté  ,  c'eft  que  le  mélange  des  cou- 
leurs eft  très-difficile  à  diftinguer  lorfque  les  vaiffeaux 
font  un  peu  éloignés.  Pour  remédier  à  cela  ,  j'ai  pro- 
pofé  ,  dans  l'idée  de  l'état  d'armement  des  vaiffeaux 
de  France  ,  de  fc  fixer  au  rouge  &  au  blanc  ;  &  j'ai 
avancé  que  de  quarante  pavillons  feuls  ou  joints  avec 
autant  de  flammes  femblables ,  &:mis  en  divers  lieux, 
feroient  plus  de  dix  xm\\Q  fignaux  ,  &  ferviroient  par 
conféquent  à  donner  autant  d'ordres  différens ,  fans 
compter  quarante  gaillardets  ,  qui  fe  multiplieroient 
tous  iéuls  à  plus  de  1 20 ,  en  les  changeant  de  place. 

On  peut  employer  fur  les  galères  les  mêmes  fi- 
gnaux ;  6c  pour  les  placer ,  on  doit  choifir  la  poupe  6c 
le  deffus  du  calut  des  arbres ,  qui  font  les  endroits  les 
plus  vifibles. 

Signaux,  (  Marine.^  ce  font  les  noms  &foufcrip- 
tions  de  ceux  qu'on  enrôle  qui  lavent  figner ,  ou 
leurs  marques  &  traits  informes  qu'ils  font  avec  la 
plume ,  quand  ils  ne  favent  pas  écrire  leur  nom. 

SIGNALEMENT,  f  m.  (  Gramm.  )  defcription  de 
la  perfonne  faite  par  tous  fes  carafteres  extérieurs  , 
que  l'on  donne  à  un  prévôt  de  maréchauffée  ,  à  un 
lergent ,  à  un  exempt ,  pour  reconnoître  l'homme  5c 
s'en  faifir.  On  donne  \cjignalement  d'un  moine  échap- 
pé de  fon  couvent ,  d'une  religieufe  fugitive  ,  d'un 
criminel,  d'un  deferteur.  Quoique  ces  fortes  de  def- 
criptions  foicnt  très -im.parfaites  ,  cependant  elles 
contiennent  toujours  quelque  choie  de  fpécifique  ; 
&  ceux  à  qui  on  les  confie  ont  une  fi  grande  habi- 
tude à  les  rapporter  aux  perfonnes  délignées ,  que  s'il 
leur  arrive  quelquefois  de  trouver  de  la  refl'emblance 
entre  nnfignalement  &  une  autre  perfonne  que  celle 
Aw  fignalement ,  il  ne  leur  arrive  jamais  de  rencontrer 
celie-ci  ,  &  de  s'y  méprendre.  Avec  \\n  fgnalement 
un  peu  détaillé ,  ils  prennent  de  tems  en  tems  celui 
qu'il  ne  faut  pas  prendre  ,  mais  ils  ne  manquent  ja- 
mais celui  à  qui  l'on  en  veut ,  s'il  fe  préfente  à  eux. 


s  !  G 

SIGNALER  ,  V.  a£t.  (  Gramm.  )  c'efl  défi^ner  par 
un  llgnalcment. 

SiG  N  ALER  ,  c'eft  rendre  remarquable,  prouver 
avec  publicité  ,  montrer  dans  dés  clrconriances  dlî- 
fîciles  quelque  qualité  rare  en  elle-même  ,  ou  com- 
mune en  elle-même ,  mais  rare  par  Ion  intimité  ,  ou 
le  de£;ré  de  force.  Il  Tijigrialé  fon  courage  ;  il  a  par- 
devcrs  lui  des  a»i>ions  fignatées  de  générofité  ,  d'hu- 
manité ,  de  grandeur  d'ame.  Il  fe  prend  rarement  en 
mauvail'e  part  ;  cependant  lil'on  dit  un  avocaty%«j/^, 
on  dit  auiTi  wnJîgnaU  fripon. 

SIGNANDAIRE,  f.  m.  (  Gram.  &  Jurïfpr.  )  terme 
de  pratique  par  lequel  on  entend  quelqu'un  qui  fait 
&  peut  figner  ,  ou  qui  a  ligné.  Dans  les  ades  impor- 
tans,  tels"  que  les  teftamens  ,  donations  ,  Criées  ,  il 
faut  des  xéinoms  fgnandaius  ,  c'eft-à-dire  qui  fignent 
efFcftivement  les  aftes  ,  &:  non  de  ceux  qui  décla- 
rent qu'ils  ne  le  favent  ou  ne  peuvent  figner.  Foye^ 
Signature  ($•  Témoin.  {A) 

SIGNATURE  ,  f.  i\  {Boîan,)  rapport  ridicule  des 
plantes  entre  leur  figure  &  leurs  effets.  Ce  fyftème 
extravaguant  il'a  que  trop  régné.  (  Z>.  /.  ) 

Signature  ,  (  Jurifpiud.  )  eft  la  foufcription  d\m 
afte ,  ou  l'appofition  du  nom  de  quelqu'un  au  bas 
de  cet  afte ,  mife  de  fa  propre  main. 

Anciennement  du  tems  que  l'afage  des  lettres  étoit 
fort  négligé ,  on  ne  fignoit  point  les  aftes  ;  au  lieu  de 
fîgnature,  on  mettoit  fon  fceau  ou  cachet. 

Les  notaires  fignolent  bien  leurs  ades ,  mais  ordi- 
nairement les  parties  ne  fîgnoient  pas  avec  eux  ;  c'efl: 
pourquoi  l'ordonnance  d'Orléans  en  t  560,  article  S 4, 
leur  enjoignit  de  faire  figner  les  parties  &  les  témoins 
inftrumentaires.  Ce  qui  flit  renouvelle  par  l'ordon- 
nance de  Blois  en  i  579  ,  article  \65. 

Il  y  a  des  aftes  (ousjignatun  authentique  ,  d'au- 
tres fous  Jîgnature  privée  ou  fous  feing  privé ,  ce  cmi 
eft  la  même  chofe. 

La/rgnature  des  parties ,  des  témoins  ,  &  des  offi- 
ciers publics  ,  dont  les  aftes  doivent  être  foufcrits  , 
eft  ce  qui  donne  la  perfe61ion  à  l'ade  jufcue  là  ;  èc 
tant  qu'il  manque  quelqu'une  desj/gnatures  néceflai- 
res ,  l'afte  eft  imparfait. 

•  Dans  les  jugemens  rendus  à  l'audience,  c'eft  la  pro- 
nonciation qui  en  fixe  la  date;mais  dans  les  procès  par 
écrit ,  c'eft  la  Jîgnature  du  juge  ou  du  greffier.  Foye^ 
Acte  ,  Jugement  ,  Notaire  ,  Sceau  ,  Seing  , 

TÉMOIN.  (  ^  ) 

Signature  de  cour  de  Rome,  eft  une  rénonfe 
du  pape  au  bas  d'une  fupphque,  par  laquelle  il  ac- 
corde à  l'impétrant  la  grâce  ou  le  bénéfice  qu'il  lui 
demande. 

En  matière  de  bénéfice  ,  cette  Jîgnature  tient  lieu 
de  provifions  ,  excepté  pour  les  bénéfices  confifto- 
riaux  ou  chefs  de  communauté  ,  pour  lefqucls  une 
fimpley/^/M/Krc  ne  fufHt  pas  ,  étant  néceflaire  d'obte- 
nir des  bulles. 

Sous  le  terme  de  Jîgnature ,  en  entend  non  feule- 
ment \a  Jîgnature  proprement  dite  ,  mais  aufiî  la  fup- 
plique  ou  ade  au  bas  duquel  elle  eft  appoféc  ,  lequel 
prend  fon  nom  de  \a  Jîgnature  qui  eft  au  bas. 

ha  Jîgnature  contient  les  claufes ,  dérogations  & 
difpenfes  ,  avec  lefquelles  la  grâce  ou  le  bénéfice 
font  accordés  avec  la  commiffion  pour  rcxccutcr. 

Tonte  Jîgnature  ou  réponie  a  une  fupplique  qui 
porte  difpcnfe  ou  ]>rovifion  de  dignité  dans  une  ca- 
thédrale on  collégiale,  prieurés  conventuels  ,  cano- 
nicats  de  cathédrale  ,  doit  être  fignée  par  le  pape  mê- 
me ,  qui  répond  par  ces  mots  fiât  utpetitur;  les  autres 
Jîgriatures  font  données  par  un  officier  de  la  chancelle- 
rie romaine ,  aj^pellé  préfet  de  la  Jîgnature  de  grâce  ^  qui 
répond  la  fiippliquc  en  ces  termes:  Conccjjum  utpeti" 
tnr^  in  prœfentid  D,  N.papat, 

La  date  de  \a  Jîgnature  le  prend  ordinairement  du 
jour  que  la  firpphquç  a  été  mife  entre  les  mains  du 
Tomt  XK» 


Q 


î8f 


dataire  ,  &  non  pas  feulement  du  jour  qu'elle  a  été 
répondue. 

Il  eft  d'ufage  en  France  que  lesjîgnatures  Originales 
de  cour  de  Rome  y  font  foi ,  pourvu  qu'elles  foient 
vérifiées  par  un  certificat  de  deux  expéditionnaires. 

Ces  fignatures  fuffifent  pour  prendre  pofleffion  des 
béiléhces  ordinaires  ,  pour  lefquels  il  ne  faut  pas  de 
bulles. 

Il  y  a  trois  fortes  à^Jî^natûns;  î'uile  en  forme  gra- 
cieufe  ,  l'autre  in  forma  dignum  anriqud  ^  la  troifieme 
in  forma  dignum  novijjîmâ ,  dont  on  trouvera  l'expli- 
cation ci-après.  FoyeiYufage  &  pratique  de  cour  de  Romc 
de  Caftel.  (  A  ) 

Signature  authentique  ,  qu'on  appelle  aufîî 
Jîgn.itùre  piiblique^eQ.  celle  qui  eft  émanée  d'un  officier* 
public,  &  qui  lait  foi  en  juftice  ,  fans  qu'il  foit  be- 
foin  de  la  faire  reconnoître.  f'o72{ Signature  pri- 
vée. (^  ) 

Stg\'ATURE  in  forma  digntlm  noviJJlmâ  ,  eft  ime 
{econiXe  Jîgriaiure  Q^\e  le  pape  accorde  par  forriie  de 
lettre  exécutoriale  ,  faute  par  l'ordinaire  d'exécuter 
dans  les  trente  jours  la  commiffion  portée  par  \a  Jî- 
gnature ,  le  pape  enjoint  à  fon  refus  à  l'ordinaire  plus 
voifin  de  l'exécuter.  Voye^^  Caftel. 

Signature  informa  dignum  amiquâ  ^e9i\\r\e  fîgna- 
turc  de  cour  de  Rome  ainfi  appellée  ,  parce  qu'elle 
commence'par  ces  mots  dignum  arbitramur.  C'eft  celle- 
dont  le  pape  ufe  pour  les  cures  &  dignités  ,  les  cano- 
nicats  des  églifes  cathédrales,  &  pour  les  dévolus  , 
dont  il  ne  pourvoit  l'impétrant  que  fous  la  condition 
de  ne  pourvoir  prendre  polfeffion  du  bénéfice  qu'a-* 
près  avoir  obtenu  le  vifa  de  l'ordinaire  dont  il  dé- 
pend. Foyei  Caftel. 

Signature  en  forme  gracieuse,  eft  uneyT- 
gnature  de  cour  de  Rom.e  qui  s'expédie  fur  une  attef- 
tation  de  l'ordinaire  ;  c'eft  pourquoi  elle  ne  contient 
point  de  commiffion  de  procéder  préalablement  à 
l'examen  de  l'impétrant ,  de  manière  que  celui-ci , 
en  vertu  de  cette  provifion,  peut  fe  faire  mettre  ea 
pofleffion  autoritatî  propriâ  ^  fans  aucun  vifa  de  l'or- 
dinaire. 

Signature  de  justice  ,  eft  wne  Jîgnature  de 
cour  de  Rome  donnée  fur  quelque  matière  de  jurif- 
diftion  contentieufe ,  dans  l'aflemblée  des  officiers 
prépofés  pour  cet  effet,  appellée  auffi  \a Jîgnature  dé 
jufîice  ;  telles  font  les  commiffions  ,  délégations  ,  ref- 
crits  ,  &:  autres  acles  qui  font  adrefles  aux  tribunaux 
où  fe  rend  la  juftice.  Foye^  Vufige  &  pratique  de  cour 
de  Rome  de  Caftel,  fom.  I.p.  /o.  &  le  mot  Signature 

DE  GRACE. 

Signature  originale  ,  c'eft  celle  qui  eft  écrite 
de  la  main  môme  de  celui  dont  elle  contient  le  nom, 
à  la  différence  des  fignatures  qui  font  copiées  d'une 
main  étrangère ,  &  feulement  par  forme  de  mentioa 
des  via\esjîgnatures. 

Signature  privée  ,  eft  celle  qui  émane  d'une 
perfonne  privée ,  c'eft-ù-dire  qui  n'a  point  de  carade" 
re  public. 

Ces  fortes  àt fignatures  ne  font  point  foi  en  juftice> 
jufqu'à  ce  qu'elles  y  foient  reconnues.  Voye\  ci-aprïi 
Signature  publique.  (^) 

Signature  publique,  voy^^  ci-devant  Signa- 
ture authentique. 

Signature,  terme  d'imprim.  c'eftunfigne  ou  une 
inarque  que  l'on  met  au  bas  des  pages  au-deffous  de  la 
dernière  ligne,  pour  la  facilité  de  la  reliure  ,  &:  pour 
faire  connoître  l'ordre  des  cahiers  &:  des  pages  qui  les 
compofent.  hesfignatures  fe  marquent  avec  des  lettres 
initiales  qui  changent  à  chaque  cahier.  S'il  y  a  plus  de 
cahiers  que  l'alphabet  n'a  de  lettres  ,  on  ajoute  à  l'i- 
nitiale un  caradere  courant  de  même  forte,  c'eft-à- 
dire  un  petit  a  à  la  fuite  d'un  grand  A ,  &i  auiii  de 
fuite  ,  ce  qu'on  redouble  tant^qu'il  eft  nécelfalre» 
Pour  indiquer  l'ordre  des  feuilles  qui  compolent  cha- 

A  a  ij 


i8S 


S  I  G 


que  cailler,  on  ajoute  après  la  lettre  înltiale  quelques 
chiirrcs  qui  ne  palVent  pas  le  milieu  du  cahier,  &:  qui 
par   leur  nombre   marquent  le  format  de  l'édition. 

{D.J.) 

SIGNE  ,  f.  m.  (  Mî:aphyf.  )  Ltfignc  eft  tout  ce  qui 
«ft  dclViné  à  rc[)rcicntcr  une  chofe.  Lcfgnc  enferme 
deux  idées  ,  l'une  de  la  c'noie  qui  reprélonte  ,  l'autre 
de  la  choie  rcprélentéc  ;  &  la  nature  conlifte  à  exci- 
ter la  leconde  par  h  première. 

On  peut  taire  dlvcrles  divifions  des  /%;7<rs  mais 
nous  nous  contenterons  ici  de  trois,  qui  l'ont  de  plus 
grande  utilité. 

Je  dillinoue  trois  fortes  defgnes;  1°.  \csf!gnes  ac- 
cidentels ,  ou  les  objets  que  quelques  circonftances 
particulières  ont  liés  avec  quelques-unes  de  nos  idées, 
enforte  qu'ils  font  propres  à  les  réveiller  :  2°.  les/- 
gms  naturels  ou  les  cris  que  la  nature  a  établis  pour 
les  fentlmens  de  joie,  de  crainte  ,  de  douleur  ,  &c. 
3°.  les  Jîgms  d'inititution  ,  ou  ceux  que  nous  avons 
nous-mêmes  choifis  ,  &  qui  n'ont  qu'un  rapport  ar- 
bitraire avec  nos  idées.  Ces  derniers 7%/2iS  font  né- 
celVaircs  à  l'homme  ,  pour  que  l'exercice  de  fon  ima- 
gination foit  en  fon  pouvoir. 

Signe  en  J!g<:hc  fe  dit  des  cara£lercs  -f  &  — , 
plus  &  moins,  qu'on  met  au-devant  des  quantités  al- 
gébriques, f^qye-^  CARACTERE  ,  ALGEBRE,  &C. 

Signes Jcmbldblcs  ,  vojq  SEMBLABLE. 

Signe  rjiUcal,  c'cû  Icfgnc  \/  qu'on  met  au-devant 
d'une  quantité  radicale.  Foye^  Radical  &  Racine. 

(  O  )  .  . 

Signe  ,  en  Aflronomle  ,  eft  la  douzième  partie  de 

l'écliptique  ou  du  zodiaque  ,  ou  une  portion  de  ce 
cercle  qui  contient  trente  degrés.  Foyei  Zodia- 
que. 

Les  anciens  ont  divifé  le  zodiaque  en  douze  feg- 
mens  nommés  figncs  ;  en  commençant  par  k  point 
d'interfeftion  de  Vécliptique  avec  l'équinoxial ,  ces 
fignes  furent  défignés  par  les  douze  conilellations  qui 
occuoolcnt  ces  fegmens  du  tems  d'Hipparque.  Mais 
depuis  ce  tems  ces  conilellations  ont  tellement  chan- 
gé de  place  ,  par  la  prccclTion  de  l'équinoxe,  que  le 
bélier  eft  maintenant  dans  le  taureau,  le  taureau 
dans  les  gémeaux,  &c.  Voyci  Précession,  Equi- 

NOXE,6'C. 

yoici  les  noms  de  ces  douze  fignes  &  leur  ordre  : 
ânes ,  laurus ,  gcmini ,  cancer,  ko ,  vïrgo ,  lïbra  Jcorpio^ 
faolttariu5,capricornus,aquarius,pifces;enïràn(^Ois,Ubc- 
'  lier  Je  taureau  Jesgemcaux/écreviJ/e  ou  le  cancer,  le  lion, 
la  vierge  ,  la  balance  ,  lefcorpion ,  lefagittaire  ,  le  capri- 
corne,  le  vc'Jeau,  les  pcijjons.  On  les  peut  voir  avec 
leurs  différentes  étoiles ,  fous  V article  qui  leur  eft  par- 
ticuher ,  &c. 

On  diftingue  les  fgnes  par  rapport  à  la  faifon  de 
l'année  où  le^'foleil  y  Icjouruc ,  enfgnes  de  printcms, 
d'été ,  d'automne  &c  d'hiver.  Foyei  Printems ,  Eté, 

&c. 

Les  /î^nes  du  printems  font  aries,  tauriis ,  gemini , 
le  bélier",  le  taureau ,  les  gémeaux  ;  ceux  de  l'été  font 
cancer,  leo ,  virgo ,  l'écrevifle ,  le  lion ,  la  vierge  ;  ceux 
d'automne  font  libra ,  fcorpio  ,  fagittarius  ,  la  balan- 
ce, le  fcorpion  ,  le  lagittaire;  ceux  d  hiver  font 
capricornus,  aquarius  ,  pifas ,  le  capricorne  ,  le  ver- 
feau ,  les  poillons. 

Les  fanes  du  printems  &  ceux  d'été  font  auflî  nom- 
més fepunirionaux  ;  &  ceux  d'autonme  &  d'hiver 
font  appellés7%/i£5  méridionaux;  parce  que  durant  le 
printems  &  l'été,  le  foleil  eft  fur  l'hémllphere  fep- 
lemrional  de  la  terre  ,  que  nous  occupons  ;  &  pen- 
dant l'automne  Si  l'hiver ,  il  efl  fur  l'hémifphere  mé- 
ridional. (  O  ) 

Signe  ,  {Médecine  féméioticj.')  on  appelle  de  ce 
nom  tout  effet  apparent ,  par  le  moyen  duquel  on 
parvient  à  la  connoifTance  d'un  effet  plus  caché ,  dé- 
robé au  témoignage  des  fens.  Ainfi  le  phénomène  ou 


S  I  G 

fymptome  ,  peut  devenir  unjlgne  lorfqu'on  ccfTe  de 
le  confidérer  abltraclivement  ,  &  qu'on  s'en  fcrt 
comme  d'un  flambeau  pour  percer  dans  l'intérieur 
obfcur  de  l'homme  faln  ou  malade.  Le  pouls  efl , 
par  exemple  ,  un  phénemène  qui  frappe  les  fens  dans 
l'économie  animale  ;  j'en  ferai  wnji^ne  li  je  remonte 
par  ion  moyen  à  la  coniioilfance  du  mouvement  du 
lang  &  de  la  vie;  fi,  quand  je  le  trouve  bien  régu- 
lier, j'en  conclus  que  le  fujet  ell  bien  portant  ;  ou 
quand,  inllruit  par  fes  diverfes  irrégularités,  je  dé- 
couvre différentes  maladies.  Toutes  ces  différentes 
modifications  peuvent  être  autant  de  Jîgnes  qui  m'é- 
clairent  pour  la  connoiflance  de  la  faute  ou  des  ma- 
ladies. 11  n'efl  point  d'adion  ,  point  d'effet  fenfible 
dans  le  corps  humain,  qui  ne  puifTe  fournir  quelque 
Jigrie.  Les  effets  font  tous  Jîgnes  de  leurs  caufes;  mais 
tous  les /4'««  doivent  être  fondés  fur  l'obfervation 
fouvent  réitérée ,  afin  que  la  correfpondance ,  la  re- 
lation entre  lejigne  &C  la  chofe y?^/7/^Ve,foient  folide- 
ment  érablies.  C'ell  la  difficulté  de  connoitre  &  de 
fixer  comme  il  faut  ce  rapport,  qui  a  embarraffé  les 
premiers  féméiologiftes ,  6c  qui  doit  leur  avoir  coûté 
un  travail  &  un  tems  infinis,  f^oyei  SÉmÉiotique, 
Combien  d'obfervations  n'a-t-il  pas  fallu  pour  déci- 
der &  coaftater  la  valeur  des  divers  fignes ,  ou  même 
d'un  feul  dans  les  différens  fujets,  les  différentes  ma- 
ladies &  hsdiverlescirconflances?  C'eft  à  Hippocra- 
te  que  la  fclence  dzsjîgnei  a  le  plus  d'obligations  :  le 
premier  fém -iodcien  a  été  le  plus  grand;  aucun  mé- 
decin poflérieur ,  quoique  enrichi  des  trélbrs  de  cet 
illuflre  légiflateur  de  la  médecine  ,  n'a  été  au-deffus 
de  lui  ;  il  s'en  eil  même  trouvé  peu  qui  l'aient  égalé  , 
c'eil-à-dire  qui  aient  lu  mettre  en  ulage  tous  les^^/ze.f 
qu'il  avoit  établis. 

On  peut ,  à  la  faveur  dts  fignes^  acquérir  trois  for- 
tes de  connoiffances  ;  ou  remonter  aux  tems  paflés  , 
&  s'inltruire  par  les  effets  préfens  de  ceux  qui  ont 
précédé  ;  ou  difliper  l'obfcurité  répandue  fur  des  ob- 
jets prélèns  ;  ou  enfin  porter  un  œil  pénétrant  fur  les 
événemens  futurs.  On  appelle  anamnejliques  tous  les 
fignes  qui  nous  rappellent  l'état  dans  lequel  le  corps 
s'eft  trouvé  plus  ou  moins  long-tems  auparavant;, 
de  ce  nombre  font  les  creux  en  différentes  parties  du 
corps ,  qui  font  connoître  que  la  petite  vérole  a  pré- 
cédé ;  les  cicatrices ,  fignes  des  bleffures  paffées ,  &c» 
Les  féconds  ,  qui  nous  éclairent  fur  l'état  préfent  de 
lafanté  ou  de  la  maladie,  font  appelles  diagnoflicsy 
ils  font  extrêmement  variés  dans  la  maladie,  pou- 
vant avoir  pour  objet  de  déterminer  le  genre ,  l'ef- 
pece,  le  caradere  particulier,  le  liège,  &c,  de  l'af^ 
fedion  préfente.  Enfin  on  a  donné  le  nom  de  fignes 
prognoflics  à  ceux  qiù  mettent  le  médecin  à  portée  de 
lire  dans  l'avenir ,  foit  en  fanté  ou  en  maladie  ;  ces 
fignes  font  extrêmement  étendus ,  difficiles  à  faifir 
&  à  bien  évaluer;  ils  exigent  une  grande  habitude  à 
obferver,  beaucoup  de  travail  &  de  pénétration: 
leur  avantage  compenfe  bien  au-delà  toutes  ces  dif- 
ficultés. Foyei  AnAMNESTIQUE  ,  DIAGNOSTIQUE  , 
PrOGNOSTIC  ,  6*  W«i  les  articles  particuliers  de  Sé- 
mèiotiquz. 

Parmi  les  fignes,  il  y  en  a  qui  font  communs  à  plu- 
fieiirs  maladies,  &  qu'on  appelle  équivoques  ;  ils  la- 
diquent  différentes  chofes  ,  fuivant  los  circonftances 
dans  lei'qucUes  ils  fe  rencontrent.  Telle  efl,  par  exem- 
ple, la  limpidité  de  l'urine,  qui  dans  les  fièvres  ai- 
guës annonce  le  délire  ;  dans  les  coliques  néphréti- 
ques, le  paroxyfme  prochain,  de  même  que  chez 
les  perfonnes  vaporcufes  ,  &  dans  les  fièvres  inter- 
mittentes; &  quelquefois  n'efl  qu'une  fuite  &  nn^?- 
gne  d'abondantes  boiffons  aqueufes. 

ly^utrcs  fignes  font  plus  diftindifs;  on  leur  a  don- 
né le  nom  de  pathognomonique ,  lorfqu'ils  ont  tou- 
jours !a  mcmc  fignificdiion  ,<k.  Q^\\\h  ne  faurolent  exi- 
flcr  fans  que  cette  fevde  cho^G  fignifiée  n'exifle  auffi. 


s  I  G 

"elle  eft  la  v'iteffe  du  pouls  dans  la  fîevre  ,  l'excré-  1 
ion  de  femence  dans  la  gonorrhée ,  &c.  Il  eil  rare  de 
rouver  des  maladies  caraftériices  par  un  {^vXfi^m 
athognomonique  \  la  plupart  ne  font  diftinguées 
ue  par  l'eniemble  de  plulieurs  fi^ncs ,  qui  ne  font 
athognomoniques  que  lorfqu'ils  font  raffemblés. 
relie  eft  la  pleuréfie  ,  qui  elt  marquée  par  le  con- 
ours  d'un  point  de  côté ,  d'une  difficulté  de  refpircr, 
e  la  toux  &  d'une  fièvre  aiguë ,  frc  Le  défaut  d'un 
ie  ces  Jignes  rendroit  le  diagnoftic  incertain. 

Signes  de  Mujïque ,  font  en  général,  tous  les  ca- 
aâeres  dont  on  fe  fert  pour  noter  la  mufique.  Mais 
;e  mot  s'entend  plus  communément  des  dièzes ,  bé- 
nols,  béquarres,  points ,  reprifes,  paufes,  guidons, 
')L  généralement  de  tous  ces  petits  carafteres  déta- 
hés,  qui  font  moins  des  notes  véritables,  que  des 
lîodiiications  des  notes  &  de  la  manière  de  les  chan- 
er.  Voyc^^  tous  ces  mots.  (S^ 

Signes  écriture  par,  (Littérat.')  l'écriture  par  /?- 
^nes ,  par  carafteres ,  par  notes ,  ou  par  abréviations , 
^ft  une  feule  &  même  chofe.  ^oje^  Abréviation, 
ZIaractere  ,  Note  ,  &c. 

Nous  nous  contenterons  de  remarquer  ici ,  que 
'lutarque  ,  dans  la  f^iede  Caton  d'U tique  ,  fait  Cicé- 
■on  inventeur  de  la  manière  d'écrire  avec  des  fgncs, 
i  l'occafion  de  la  confpiration  de  Catilina  ;  &  qu'il 
laroît  par  une  lettre  du  livre  XllI.  à  Atticus ,  qu'il 
"e  fervoit  de  cette  manière  d'écrire,  puifqu'il  y  fait 
nention  de  ce  qu'il  écrivoit ,  S^ià  my.iim ,  par  /l'gnes  : 
ïxpreflion  qui  fait  voir  que  cet  art  étoit  emprunté 
ies  Grecs.  Dion  Caffius,  dans  le  Lf^.  livre  de  fon 
nifloire ,  nous  apprend  que  Mécène  le  communiqiia 
îu  public  par  Aquila  fon  affranchi.  Il  paroît  aufîi  par 
niétone  ,  que  Céfar  lui-même  écrivoit  avec  des  fl- 
ânes ,  per  notas.  Dans  la  vie  de  Galba  ,  on  trouve 
:ette  façon  de  parler  :  Quia  notata ,  non  perfcripta  , 
irat  fumma ,  ne  hœc  quidem  accepit.  On  trouve  encore 
fur  ce  fujet ,  un  paffage  remarquable  dans  le  digefle , 
\ib.  XXIX.  Lucius  Titius  miles,  notario  fuo  tefiamen- 
\um  fcribtndurn  notis  diciavit ,  6*  antequam  Utteris  per- 
^c'iberetur^vitâ  defunclus  eft.  Voici  le  portait  que  Ma- 
lilius,  dans  le  IK  liv.  dz  fcs  Ajlronomiques  ,  fait  d'un 
notaire  : 

Hic  &  fcriptor  erit  velox ,  cui  littera  verbum  ejl, 
Quique  notis  Unguam  fuperet ,  curfimqne  loquentis 
Excipiat  longas  nova  per  compendia  voces. 

Baxter  a  du  penchant  à  croire  que  cette  manière  d'c- 
crire  étoit  générale,  avant  qu'un  muficien  eût  in- 
venté l'alphabet  ;  car  Aviftoxene ,  contemporain 
d'Ariftote ,  dans  fon  traiic  de  la  Mujique ,  fait  de  l'art 
d'écrire  ypa.juiJ.cfTiii» ,  une  partie  de  la  Mufique.  Le 
même  Baxter  croit  que  les  notes  de  Mufique  ,  &  les 
caraderes  dont  fe  fervent  les  Médecins  ,  font  encore 
des  reftes  de  ces  anciens  carafteres  ou  notœ  ;  pour  ne 
rien  dire  des/îglce  romaines  ,  ainfi  nommées  poury?/z- 
gulœ  ,  qui  n'étoient  autre  chofe  qu'une  ou  deux  let- 
tres ,  pour  exprimer  tout  un  mot ,  &  qui  par  confé- 
quent  étoient  plutôt  des  abréviations  ,  que  des  Jignes 
ou  des  chiffres.  Les  «sp«  ypa'fjLfxcnat.  des  Egyptiens 
étoient  des  Jignes  facrés  ,  notœ  facrœ ,  empruntés 
des  interprètes  des  fonges.  Artcmidore  appelle  par- 
tout ces  fymboles  facrés  o-njut/a ,  terme  qui  dans  TE- 
criture-iainte  marque  aufîl  Azs  prodiges.  Quam  j'cith 
per  notas  nos  certiotes  facit  Jupiter ,  dit  Ciceron  dans 
fon  traité  de  divinatione.  On  peut  faire  quelques  con- 
ieèfuresfur  la  figure  de  ces/4'«<;i,  par  les  noms  qu'A- 
pulée leur  donne,  les  appellant  ignorabiles  litteras , 
nodos  ,  apices  condenfos ,  &  par  cette  épigramme  de 
Nicéarque. 

OvJùn;  /xupuiumv  TpvTiiifXcna.  "Ko^a  koli  ofS^ct  , 

Tpu/x/j.a.ja  tm  ^^ijivKm  ,  XoS'iu,  xai  çpuy/u. 

D'oin  l'on  peut  conclure  qu'on  legardoit  cette  ma- 


S  I  G 


189 


nîere  d'écrire  comme  celle  qui  étoit  généralement 
en  ufage  parmi  les  barbares,  comme  elle  l'efl  encore 
aujourd'hui  chez  les  Chinois.  CD.  7.) 

SIGNER  ,  v.  aô.  {Gramm?)  écrire  fon  nom  de  fa 
propre  main  au  bas  d'un  afte,  foit  pardevant  notai- 
res ,  foit  fous  feing-privé ,  pour  l'approuver  ti  con- 
fentir  de  l'exécuter,  l^oye^^  Souscrire  ô*  Soussi- 
GNER.  Diclion  de  Comm.  Voyez  les  articles  SIGNA- 
TURE. 

Signer  ,  (Orfèvrerie.^  c'eft  marquer  l'argenterie 
&  l'orfèvrerie  du  poinçon.  Chaque  orfèvre  ou  argen- 
tier, a  fon  poinçon  particulier;  &  parles  ordonnan- 
ces il  leur  efl:  enjoint  de7%/zerde  leur  poinçon  toute 
la  vaiffelle  &  autres  choies  qu'ils  fabriquent.  L'ar- 
genterie qui  n'efl  point/^/zce  fè  vend' toujours  à  plus 
bas  prix  que  celle  qui  eff  marquée  du  poinçon  de 
l'ouvrier  ;  car  ce  défaut  fait  connoître  qu'elle  n'eft 
pas  au  titre  prefcrit ,  &  qu'il  y  a  trop  d'alliage.  {D.  /,) 
Signer,  terme  de  Vitrier,  c'efl  marquer  avec  la 
drague  ,  trempée  dans  du  bianc  broyé  avec  de  l'eau 
de  gomme ,  ou  limplement  avec  de  la  craie ,  les  en- 
droits des  pièces  de  verre  que  l'on  veut  couper  avec 
le  diamant.  (D.  7.) 

SIGNET  ,  f.  m.  terme  de  Relieur ,  ce  qui  fert  à  mar- 
quer les  endroits  d'un  livre  d'ufage ,  qu'on  veut  trou- 
ver promptement.  C'efl  une  efpece  de  bouton  un  peu 
orné,  d'où  pendent  plufieurs  Hlets,  ou  rubans  qu'on 
met  dans  un  bréviaire ,  dans  des  heures,  dans  les  bi- 
bles, 6t.  (D.  7.) 

Signet,  en  terme  d'EguilUtier,  eft  s'il  faut  ainfî 
parler,  une  touffe  de  plufieurs  petits,  rubans  montés 
fur  une  petite  pelotte ,  &  garnis  à  l'autre  bout  de  fér- 
rets  en  manière  d'anneaux ,  pour  empêcher  la  foie 
de  fe  défiler.  Voye^  Ferrets  a  embrasser. 

SÎGNIA ,  (  Géog.  anc.  )  ville  d'Italie  dans  le  La- 
tium ,  à  quelques  milles  au  nord  de  Norba.  Tarquia 
le  Superbe  y  envoya  une  colonie,  comme  nous  le 
voyons  dans  Tite-Live ,  lib.  1.  c.  Iv.  Signiam ,  Circe- 
jofque  colonos  mijit ,  prœjîdia  urbi  futura  terra  marique. 
Le  même  hifloriehj  lib.  IL  c.  xxj.  ajoute  que  cette 
colonie  fut  augmentée  &  renouvellée  fous  les  çon- 
fuls  :  Signia  colonia ,  quam  rex  Tarquinius  deduxerat  y 
fuppleto  numéro  colonorum ,  iterum  deducla  ejl.  Silius 
Italicus,//^.  f^ill.  versjyc).  reproche  à  cette  ville  la 
mauvalfe  qualité  de  fon  vin  : 

Spumans  inimico  Signia  mujlo. 

Et  Mai'tial ,  lib.  XIII.  épigram.  cxvj.  fpécifie  la  niau- 
vailé  qualité  de  ce  vin: 

Potabis  liquidum  Signina  morantia  ventrem. 

Les  habitans  de  cette  ville  font  appelles  Signini  par 
Tite-Live, /i/^.  XXVII.  c.  x.  &  parPHne,  lib.  III.  c. 
V.  Elle  conferve  fon  ancien  nom  à  quelque  change- 
ment près ,  car  on  la  nomme  Segni. 

Signia  eu.  encore  une  montagne  de  l'Afie  mineure 
dans  la  grande  Phrygie.  Pline  ,  /.  K  c.  xix.  dit  que 
la  ville  d'Apamée  étoit  au  pié  de  cette  montasne, 

SIGNIFICATIF, adj.  ÇGram.^  qui  caraftérife,  qui 
marque ,  qui  ne  laiffe  aucun  doute.  11  s'efl  expliqué 
là-deffus  d'un  ton  &  en  des  termes  trhs-Jîgnificatifs , 
prenez-y  garde. 

Significatifs,  f.  m.  pi.  {Hijl.  eccléf.')  nom  donné 
par  quelques  auteurs  aux  facramentaires  ,  qui  diient 
que  dans  l'Euchariftie  il  n'y  a  plus  que  le  ligne  du 
corps  de  J.  C.  Stranphinlus.  Sandtre. 

SIGNIFICATION ,  i:  f.  {Gram.  &  Jurifp)  efl  un 
a£ve  par  lequel  on  notifie  quelque  chofe  à  une  autre 
perfonne. 

Les  Jignifications  font  faites  les  unes  par  les  huif- 
fiers  &  fergens,  d'autres  fe  font  de  procureur  à  pro- 
cureur. 

On  fignine à  perfonne  ou  à  domicile; à  perfonne. 


1^0 


c 


I  H 


quand  on  notifie  à  la  perlbnne  même  ce  que  l'on  a  à 
lui  dire  ;  à  domicile  ,  lorlque  riniifTicr  fe  traniporte 
au  domicile  de  la  pcribnne ,  pour  y  notifier  ce  dont  il 
s'agit.  r<5>f^  Ajournement,  Exploit,  Huissier, 
Procureur, Sergent.  {A) 

SIGNIFIER,  V.  aa.  (Gram/fi.)  marquer,  dcfigner, 
être  le  figne.  Que  Jî'^nijU  ce  propos,  ce  gcltc,  cette 
conduite?  Toutes  les  protcftations  ne.  /lénifient  rian. 
"S àiid-XmJîgn'ijier wos demandes.  FoyeiÛaiticliSlQ^i- 
FICATION. 

SIGiVIiV[/M  opus  ,  {Archit.  rom.)  c'eft  du  ci- 
ment fait  de  chaux  &C  de  briques  pilées.  Ce  mortier 
ctolt  ainfi  appelle  à  caule  du  pays  des  Signicns ,  où 
fe  prenoient  les  meilleures  briques  pour  le  ciment. 
Vitruvc  entend  quelquefois  néanmoins  par  le  Jîgni- 
nurn  ,  toute  forte  de  mortier  ;  &  en  particulier  , 
le  mortier  fait  de  chaux ,  de  fable  &  de  gros  cail- 
loux mêlés  enfemblc ,  dont  on  formoir  des  citernes. 
{D.  J.) 

SIGTUNA  ,  {GcJgr.  mod.)  on  cent  aufTi  Sici.na, 
Slgtunia  ^  Slgtun:  ;  ville  de  Suéde  dans  l'Uplande, 
fur  le  bord  du  lac  Maler,  entre  Upfal  &  Stockolm. 
Elle  eft  très-ancienne ,  &  Jean  Magnus  croit  que  Sig- 
gon  V.  roi  de  Suéde,  la  fit  bâtir  pour  oppofer  une 
barrière  aux  courfes  des  Finiandois,  accoutumés  à 
venir  ravager  la  Suéde. 

SIGUENZA  ou  SIGUENÇA ,  (Gcog.mod)  en  la- 
tin Seguntia;  ancienne,  petite  ville  d'Efpagne  ,  dans 
la  vieille  Caftillc,  fur  ime  hauteur,  au  pié  du  mont 
Atiença ,  près  du  Hénarès.  Elle  eft  défendue  par  une 
enceinte  de  nunaillcs,  un  château  &  un  arfénal.  Son 
cvêché  qui  efl  fuifragant  de  Tolède  ,  vaut  trente  à 
quarante  mille  ducats  de  revenu.  Son  univerfité,  au- 
jourd'hui fi  miférable ,  a  été  fondée  en  1600,  fous  le 
règne  de  Ferdinand. Y*  ^o^o-  '^-  >4-  ^*^^"'  4'-  7« 

SIGUETTE  ,  f  T.  (  Mancge,  )  c'eft  un  cavefibn  , 
une  efpece  de  demi-cercle  de  fer  creux  &  voûté  ,  & 
avec  des  dents  de  fer  comme  celles  d'une  fcie.  Il  efl 
tourné  en  demi-cercle,  &  quelquefois  compofé  de 
plufieurs  pièces  qui  fe  joignent  par  des  charnières.  Il 
^li  monté  d'une  têtière  &  de  deux  longes  ,  &  fert  à 
dompter  les  chevaux  fougueux.  Il  y  a  une  autre  ef- 
pece àe/iguettc  ,  qui  efl:  un  fer  rond  &  d'une  feule 
pièce ,  &  qui  efl  coufue  fous  la  muferoUe  de  la  bride, 
pour  qu'elle  ne  paroifi'e  pas.  On  la  fait  agir  par  une 
iriartin2;ale  lorfque  le  cheval  bat  à  la  main. 

SIGI/LONES  ,  (  Gcog.  anc.  )  peuples  de  la  Ger- 
manie. Ptolomée  ,  /.  //.  dit  qu'Us  habitoient  dans  la 
partie  occidentale  de  la  Cherlonnèle  cimbrique  ,  au 
nord  des  Saxons.  (Z).  /.  ) 

SIHUN,SIHON,SIHOUN,  (  (;<r'(;g./wo^.)grand 
fleuve  d'Afie  ,  qui  fépare  la  Tranfoxane  du  pays  de 
Gcté.  Les  Arabes  appellent  la  province  de  Maroua- 
ralnahary  toute  l'étendue  de  pays  qui  efl  comprife 
entre  les  fleuves  Sihun  6l  Gihun.  Le  fleuve  Sihun  efl: 
le  Jaxartes  des  anciens  ,  &  le  fleuve  Gihun  ,  efl  le 
Badlrus  ou  l'Oxus.  Le  Sihun  ,  fuivant  le  P.  Gaubil , 
prend  fa  fource  l'ous  le  C)y.  «*.  /j'.  de  longitude,  & 
au  40.  ^.  de  lutitude.  (^D.  J.^ 

SJIROGGI,f  m.  {Hiji.  nat.Bocan.)  arbriflbau 
du  Japon  ,  dont  l'écorce  efl  raboteufe ,  les  feuilles 
longues  de  trois  pouces ,  pointues  aux  deux  extré- 
mités ,  fans  découpures.  Ses  fleurs,  placées  fiir  des 
pédicules  difpofés  en  ombelle  ,  font  en  grand  nom- 
bre ,  petites  6c  pentapttales.  Ses  baies  ,  en  hiver  , 
après  la  chiite  des  feuilles ,  font  d'un  beau  rouge  , 
moins  grofles  qu'un  pois,  d'une  chaire  blanche  ,  pul- 
puleufe  &  amere.  Ses  graines  font  triangulaires  ik  de 
la  crolfeur  de  celles  du  carvi.  On  diflingue  au  Japon 
un  autre  sjiroggi ,  nommé  vulgairement  namonc ,  pe- 
tit arbre  dont  les  feuilles  font  creufes  dans  leur  lon- 
gueur, recourbées,  &  très-légèrement  dentelées  à 
leur  bord.  Ses  baies  font  à-peu-près  de  la  groffeur 


S  IL 

d'une  Cerife;  5i  fès  femences,  qui  font  en  petit  honli» 
Dre  ,  de  celle  de  la  graine  de  cumin. 

SIKÏ ,  (  Géog.  mod.  )  village  de  la  Turquie  ,  en 
Afie  ,  fur  la  côte  delà  Propontide.  Il  efl  peu  éloigné 
du  golphe  de  Montaquia  ,  6c  efl  appelle  Scquino  dans 
nos  cartes.  Mais  Siki  efl  fon  véritable  nom  ,  qu'il  a 
pris  de  fon  terroir  plein  de  figuiers  fauvages.  On  fait 
que  Jîki  veut  dire  en  grec  wnt  figue.  Ce  village  efl: 
grand  ,  &  a  une  églife  que  les  Grecs  appellent  Jgios 
Jiratcgos  ;  c'efl  aulfi  le  nom  qu'ils  donnent  quelque- 
fois à  l'archange  Saint  Michel ,  comme  qui  diroit  le 
J'uint  capiiaim.  Près  du  rivage  ,  on  découvre  une  fon- 
taine appellée  dirijlos  ,  à  laquelle  ils  attribuent  des 
miracles.  Ils  en  nomment  l'eau  a^iafma ,  c'elt-à-dire  , 
l\au  bénite.  CD.  J.^ 

SIKINO ,  (  Géog.  mod.  )  Tta-Jtvcç  ,  île  de  la  mer 
Egée  ,  entre  celles  de  Milo  &  Atnorgos  ,  proche  de 
Policandro  ,  à  huit  milles  de  Nio.  Elle  a  environ 
vingt  milles  de  tour ,  &  n'a  point  de  port ,  ce  n'efl: 
proprement  qu'une  montagne,  mais  qui  ne  laifl^epas 
de  produire  le  meilleur  froment  de  l'Archipel. 

Pline  ,  Apollonius  de  Rhodes ,  ainfi  qu'Etienne  le 
géographe  ,  affurent  qu'elle  fe  nommoit  ancienne- 
ment Œnoé ,  l'île  au  vin ,  à  caufe  de  la  fertilité  de  fes 
vignobles  ;  fur  quoi  le  fcholiafte  d'Apollonius  re- 
marque qu'elle  prit  le  nom  de  Sikinus,  d'un  fils  de 
Thoas  ,  roi  de  Lemnos  ,  feule  perfonne  de  l'île  qui 
fe  fauva  parfadrefle  de  fa  fille  Hypfipyle ,  dans  cette 
cruelle  expédition  où  toutes  les  femmes  égorgèrent 
non-feulement  leurs  maris  pendant  la  nuit ,  mais  tous 
les  garçons  du  pays  ,  enragées  de  ce  qu'ils  leur  pré- 
féroient  les  efclaves  qu'ils  venoientde  faire  enThra- 
cê,  Thoas  donc  aborda  dans  l'île  dont  nous  parlons, 
&  fut  très-bien  reçu  d'une  nymphe  qui  lui  fit  part 
de  (es  faveurs  ;  Sikinus  en  naquit ,  beau  garçon ,  qui 
donna  fon  nom  au  pays. 

Sikino  a  été  du  domaine  des  ducs  de  Naxie  ;  il  n'y 
a  dans  l'île  qu'un  bourg  de  même  nom  ,  &  qui  n'a 
guère  plus  de  deux  cens  habitans  qui  font  prefque 
tous  grecs.  Long.  43.  2.S.  latit.  ^6.  ^5.(^D.  J.) 

SIKKES,  (.  m.  (  HiJ?.  mod.  )  nom  fous  lequel  les 
habitans  du  royaume  d'Arrakan  ,  fitué  dans  la  pé- 
ninfule  ultérieure  de  l'Inde  ,  défignent  les  mlnifl:res 
d'état  &  les  principaux  officiers  du  royaume. 

SIKOKF//Ê ,  (  Géog.  mod.  )  la  troifieme  des  trois 
grandes  îles  qui  forment  l'empire  du  Japon.  Elle  efl: 
prefque  quarrée  ;  &  comme  on  l'a  divifée  en  quatre 
provinces ,  on  l'a  nommée  Sikokf,  c'efl:-à-dire  ,  le 
pays  des  quatre  provinces.  (Z>.  J.^ 

SIL ,  f  m.  (  HijI.  nat.  )  nom  donné  par  les  anciens 
à  une  efpece  d'ocre  rouge  ;  ils  en  dillinguoient  trois 
efpeces  ;  le  filatticum  étoit  d'un  rouge  pourpre  ;  le 
JiL  ^Jyricum  venoit  de  Syrie  ,  étoit  d'un  rouge  vif; 
le  ///,  marmorofum  ou  marbré,  qui  avoit  la  dureté 
d'une  pierre.  Ils  avoient  aufli  \e  Jil  achûïcum ,  dont 
nous  n'avons  point  de  defcription.  M.  Hill  croit  que 
le  Jil  atticum  romaiiorum  dont  il  efl  parlé  dans  Vi- 
truve  ,  étoit  un  fable  rouge  &  brillant  préparé,  qu'il 
ne  faut  point  confondre  avec  l'ocre  attique  dont  on 
a  parlé.  Voye^  HiU  ,  notes  fur  Théophrajîe. 

SiL  ,  (  Géog.  mod.  )  rivière  d'Afie.  Elle  naît  aux 
confins  du  Carduel ,  6c  après  avoir  traverfé  la  Cir- 
caffie  ,  elle  fe  décharge  dans  la  mer  de  Zabache. 
{D.J.) 

SILA  ,  (  Géog.  anc.  )  forêt  d'Italie  dans  le  Bru- 
tium  ,  au  nord  de  la  ville  de  Rhegium ,  félon  Stra- 
bon  ,  /.  FI.  qui  dit  qu'on  y  recueilloit  une  forte  de 
poix  très-ellimée  ,  appellée  ût-Ux  pix  Bruttia  Sila. 
Cette  forêt  occupoit  une  partie  de  l'Apennin ,  ce  qui 
fait  que  Pline ,  /.  ///.  c.  v.  la  nomme  Jpennini  Silva^ 
Sila.  Il  décrit  auflî ,  /.  XVI.  c.  ij.  la  poix  que  l'on 
recueilloit  dans  cette  forêt.  (^D.  J.^ 

SILAHDAR  AGA ,  ou  FELICTAR  AGA  ,  f  m. 
(  HiJi,  mod.  }  officier  du  grand  léigneur ,  tiré  du  corps 


s  I  L 

tles  Itch-Ogîans.  C'eft  le  porte  épée  du  Tultan  dans 
lescéféroonies  publiques.  Le  ^lafidar  porte  le  cime- 
terre du  grand  lëigneur  &  coupe  les  viandes  à  la  ta- 
ble. Il  elï  comme  le  grand  maître  de  la  maifon  de 
l'empereur  &  règle  toute  (a  cour.  Son  autorité  s'é- 
tend auffi  fur  le  relie  de  l'empire  d'une  manière  par- 
ticulière. Les  grands  ne  lui  parlent  qu'avec  refpeâ: , 
&  ne  lui  écrivent  jamais  ians  lui  donner  le  titre  de 
mufahih  ,  c'eft-à-dire ,  confàlUr  prive  ,  quoiqu'il  ne 
le  prenne  point  dans  les  ades.  Sa  place,  qui  lui  per- 
met d'approcher  du  fultan  ,  l'élevé  quelquefois  à  la 
plus  haute  faveur.  Guer.  mœurs  des  Turcs  ,  toni,  II. 

SILARO  LE  ,  ou  SELO  ,  en  latin  Silarus  ,  (  Gco^, 
mod.  )  rivière  d'Italie  ,  au  royaume  de  Naples ,  dans 
la  principauté  citérieure.  Elle  a  fa  fource  dans  l'Apen- 
nin ,  aux  confins  de  la  Bafilicate  ,  &  fe  jette  dans  le 
golphe  de  Salerne  ,  à  dix  -  huit  milles  de  Salerne. 

(z>.  y.) 

SILJRUS  ,  {Géog.  anc.  )  fleuve  d'Italie,  aux 
confins  des  Picentins  &  des  Lucaniens.  L'embouchure 
de  ce  fleuve  faifoit,  félon  Strabon,  /.  VI,  la  borne 
entre  la  côte  de  la  mer  Thyrrène  &  celle  de  la  mer 
de  Sicile.  Pline  ,  /.  III.  c.  v.  dit  que  le  Silarus  fait  le 
commencement  de  la  troifieme  région  &  du  pays 
des  Lucaniens  &  des  Brutiens.  Virgile  ,  Ptolomée  , 
Pline  ,  Silius  Italicus  ,  &  la  table  de  Peutinger  ,  di- 
fent  Silarus  jluvius  ,  ou  Silcirum  fiumen  ;  mais  Pom- 
ponius  Mêla  dit  Silerus  ,  &  Lucain  ,  auffi-bien  que 
Vibius  Sequefter  ,  écrivent  Si/er.  Le  nom  moderne 
eft il Salo.  (D.  J.) 

SILAS ,  (  Géog.  anc.  )  fleuve  de  l'Inde.  Arrien  rap- 
porte ,  d'après  Mégafthène ,  que  ce  fleuve  fortoit 
d'une  fontaine  de  même  nom ,  qu'il  couloit  par  le 
pays  des  Siléens  ,  &  que  its  eaux  étoient  très-légè- 
res. {D.J.) 

SlLATUM ,{.  m.  (  Litiérat.)  les  anciens  Romains 
nommoient  ainfi  la  roquille  de  vin  q^i'ils  prenoient 
le  matin ,  parce  qu'ils  y  faifoient  infufer  de  la  plante 
fili ,  ou  feféli.  C'efl:  une  vieille  coutume  de  boire  le 
matin  quelque  liqueur  médicinale  ,  plus  ou  moins 
forte.  C'eft  ainfi  que  nous  faifons  ufage  de  vin  d'ab- 
finthe  ,  au  lieu  duquel  les  Indiens  boivent  du  vin  im- 
prégné de  gingembre.  (  Z).  /.  ) 

SILAUM  ,  f.  m.  (  Botan.  )  genre  de  plante  dont 
voici  les  carafteres.  Ses  feuilles  font  afl'ez  minces, 
courtes ,  &  refîemblent  beaucoup  à  celles  du  fenouil  ; 
elles  font  feulement  un  peu  plus  larges.  Ses  femences 
font  longues  ,  filonnées  ,  &:  garnies  d'une  efpece  de 
marge  ou  bord  feuillu.  Boerhaave  en  compte  cinq 
efpeces.  (  Z?.  /.  ) 

SILBERBERG  ,  (  Géog.  mod.  )  petite  ville  d'Alle- 
magne ,  en  Siléfie ,  vers  les  confins  de  la  Bohème  , 
dans  les  montagnes ,  près  de  quelques  mines  d'ar- 
gent ,  qui  ont  occafionné  fon  nom.  (  Z>.  /.  ) 

SILBIUM  ,  (  Giog.  anc.  )  ville  d'Italie  ,  dans  la 
Japygie  ,  félon  Diodore  de  Sicile,  qui  dit  que  les 
Romains  l'enlevèrent  aux  Samnites.  Cette  ville  efl: 
appellée  Silvium  par  d'autres  auteurs.  Voyti  SlL- 
VIUM.  {D.  J.) 

SILCESTER  ,  (  Géog.  mod.  )  ville  détmite  d'An- 
gleterre ,  au  nord  du  comté  de  Southampton ,  où  l'on 
voit  fcs  ruines.  Elle  fut  fondée  dans  le  iv.  ficcle  par 
Conftantln  le  jeune  ,  fils  de  Conftantin  le  grand.  Les 
anciens  l'appelloient  Vindonum ,  &  elle  é'toit  la  ca- 
pitale des  Ségontiens.  Les  Saxons  la  defolerent  en 
s'emparant  du  pays ,  &  les  Danois  achevèrent  de  la 
ruiner.  Elle  occupoit  alors  quatre  -  vingt  acres  de 
terre.  On  y  a  déterré  quelques  médailles,  &:  l'on  y 
trouve  encore  les  traces  ordinaires  des  villes  autre- 
fois habitées  parles  Romains  ,  je  veux  dire,  un  che- 
min royal  pavé  ,  qui  paflant  par  des  lieux  aujour- 
d'hui déferts  &  jadis  habites  ,  cotoye  les  frontières 
des  comtes  de  Bcrlc  &  de  Wilt ,  &  aboutit  à  la  forêt 
de  Chut ,  où  l'on  en  voit  les  débris  en  quelques  en- 
droits. (  Z?.  /.  ) 


I  L 


Ipt 


SÎLË  j  (  Glôg.  anc.  )  ville  de  la  bafl^e  Egypte.  L'iti-* 
néraire  d'Antonin  la  place  fur  la  route  deSérapiurn 
à  Pélufe ,  entre  Thaubajîum  &  Magdnlum  >  à  vincrt- 
huit  milles  de  la  première  de  ces  places,  &  à  douze 
milles  de  la  féconde.  Il  y  a  apparence  que  SiU  eil  la 
même  cjuei'd/tede  l'AuguIlaninique  ,  &  dont  l'évê- 
que  nommé  Alypius  ,  affifta  au  premier  concile  d'E* 
phèfe.  On  croit  aufli  que  c'efl  la  même  ville  qui  efl 
nommée  Sdla  dans  les  notices.  {^D.  J.') 

SILENCE  ,  f  m.  terme  relatif  y  c'efl:  l'oppofé  dit 

bruit.  Tout  ce  qui  frappe  l'organe  de  l'ouïe  ,  rompt  le 

Jilena.  On  dit  le  filence  des  temples  ell  augufl;e ,  le 

Jilence  de  la  nuit  eit  doux  ,  {^  filence  des  forêts  infpire 

une  efpece  dhorreur,  \q  filence  de  la  nature  efl:  grand, 

le  filence  des  cloîtres  efl:  trompeur. 

Silence  ,  (  Art  orat.  )  \t  filence  fait  le  beau  ,  le 
noble ,  le  pathétique  dans  les  penfées ,  parCe  qu'il  efl: 
une  image  de  la  grandeur  d'ame  ;  par  exemple  le  /T- 
Icnce  d'Ajax  aux  enfers  dans  TOdy  ffée ,  oîi  Uiyflc  fait 
de  bafl"es  foumilfions  à  ce  prince  ;  mais  Ajax  ne  daigne 
pas  y  répondre.  Ce  filence  a  je  ne  fais  quoi  de  plus 
grand  que  tout  ce  qu'il  auroit  pu  dire.  C'efl  ce  que 
Virgile  a  fort  bien  imité  dans  le  vj.  livre  de  l'Enéide, 
où  Didon  aux  enfers  traite  Enée  de  la  même  manière 
qu'Ajax  avoit  fait  Ulyfle;  auffi  infenfible  ,  auffi  froi- 
de qu'un  rocher  de  Paros  ,  elle  s'éloigna  fans  lui  ré- 
pondre, &  d'un  air  irrité  s'enfonça  dans  le  bois. 

Nec  magis  incepto  viiltum  fermone  movetur , 
Qiiàmfi  dura  fikx  autfiet  Marpe(ia  cautes  , 
Tandem  proripuitfcfe  ,  aique  inimica  refugit  ; 
Tu  nemus  umbriferum.  v.  470." 

2°.  Il  efl:  une  féconde  forte  deflence ,  qui  a  beau- 
coup de  grandeur  &  de  fublimité  de  fentiment  en 
certain  cas.  Il  conflfl:e  à  ne  pas  daigner  parler  fur  un 
liijet  dont  on  ne  pouvoit  rien  dire  fans  riiquer  ,  ou 
démontrer  quelque  apparence  de  bafl"efl!e  d'ame  ,  ou 
de  taire  voir  une  élévation  capable  d'irriter  les  au- 
tres. Le  premier  Scipion  l'africain  ,  obligé  de  com- 
paroître  devant  le  peuple  aflemblé ,  pour  fe  purger 
du  crime  de  péculat  dont  les  Tribuns  l'acculbient  : 
Romains,  dit-il,. à  pareil  jour  je  vainquis  Annlbal, 
&  foumis  Carlhage  ;  allons-en  rendre  grâces  aux 
Dieux.  En  même  tems  il  marche  vers  le  capitole  , 
&  tout  le  peuple  le  fuit.  Scipion  avoit  le  cœur  trop 
grand  pour  faire  le  perfonnage  d'accufé;  6c  il  faut 
avouer  que  rien  n'efl:  plus  héroïque  que  le  procédé 
d'un  homme,  qui  fier  de  fa  vertu,  dédaigne  de  fe  juf- 
tifier,  &  ne  veut  point  d'autre  juge  de  fa  confcience. 

Dans  la  tragédie  de  Nicomede  ,  ce  prince,  par  les 
artifices  d'Arlinoé  fa  belle-mere  ,  efl  foupçonné  de 
tremper  dans  une  confpiration  ;  Prufias  fon  père ,  qui 
ne  le  fouhaite  pas  coupable,  lepreflTe  de  fe  juftifier, 
&  lui  dit  : 

Purge-toi  d^un  forfait  fi  honteux  &  fi  bas. 

l'ame  de  Nicomede  fe  peint  dans  fa  réponfe  vraiment 
fublime  : 

Moi  ffeigneur ,  m^en  purger  !  vous  ne  le  croyei  pas» 

Je  ne  fais  ce  qu'on  doit  le  plus  admirer  dans  la  ré- 
ponfe de  Nicomede,  ou  de  ce  qu'il  ne  veut  pas  feu- 
lement fe  juflifier,  ou  de  ce  qu'il  efl  fi  sûr  &c  fi  fier 
de  fon  innocence,  qu'il  ne  croit  pas  que  fon  accu- 
fateur  en  doute. 

3°.  Un  ambalfadeur  d'Abdere,  après  avoir  long- 
tems  harangué  Agis ,  roi  de  Sparte,  pour  des  de- 
mandes injuiles ,  finit  fon  difcours  ,  en  lui  difant  : 
feigrteur  ,  quelle  réponfe  rapporterai-jc  de  votre 
part?  Que  je  t'ai  lailfé  dire  tout  ce  que  tu  as  voulu  , 
&  tant  que  tu  as  voulu,  fans  te  répondre  un  mot* 
Voilà  un  tairg.parlier  bien  intelligible  ,  dit  Montagne. 

4**.  Mais  je  vais  offrir  nn  exemple  à^fUnce  qiu  ell 
bien  digne  de  notre  rcfpecl.  Un  père  de  l'Eglifenouà 
donne  une  idée  de  la  conflance  de  Jcfus-Lhi-ifl  pas; 


192 


s  I  L 


un  fort  beau  trait  de  rcponfe.  Pour  rcntendre,  il  faut 
le  rappeller  une  circonltance  de  la  vie  d'Epidete.  Un 
jour,  comme  fon  maître  lui  donnoit  de  grands  coups 
fur  une  jambe,  Epidcte  lui  dit  froidement:  fi  vous 
continuez,  vous  cafl'erez  cette  jambe;  ion  maître  ir- 
rité par  ce  fang  froid ,  lui  cafTa  la  jambe  :  ne  vous 
l'avois-je  pas  bien  dit  que  vous  caiîcricz  cette  jam- 
be? Un  philofophe  oppofoit  cette  hilîoire  aux  chré- 
tiens, en  dii'ant  :  votre  Jefus-Chrift  a-t-il  rien  fait 
d'auili  beau  à  fa  mort  ?  Oui ,  dit  S.  Juftin  ,  il  s'eft  tù. 

(Z?.  y.) 

SiLEN'CE,  (Crit.facréc.)  ce  mot ,  outre  fa  figni- 
fication  ordinaire,  fe prend  au  figuré  dans  l'Ecriture; 
i''.  pour  la  patience ,  le  repos  ,  la  tranquillité  :  nous 
les  conjurons  de  manger  leur  pain ,  en  travaillant 
paifiblement,  in  jiUntio ,  (jatÙ  «(rviiia? ,  //.  T/ieJf.  iij, 
12.  Ce  terme  1°.  défigne  la  retraite  ,  la  féparation  du 
grand  monde  :  Ellher  ne  portoit  pas  les  beaux  habits 
dans  le  tcms  de  fa  retraite  ;  in  diebiis  JiUntii.  3°.  Il 
marque  la  ruine  ,  Dominus  Jiltn  nos  ftcit ,  Jérem. 
yiij.  14.  c'elt-A-dire  Ufcigncur vous  a  ruine.  (^D.  J.') 

SiLEN'CE  dieu  du  ,  {My/hol.  )  Ammian  Marccllin 
dit  qu'on  révéroit  la  divinité  du  filcnce  ,  Jîlcntii  nu- 
mtn  colitur.  Les  Egyptiens  l'appelloient  Sigation  ; 
les  Grecs ,  Harpocruu  ;  &  les  Romains,  Jngenom. 
On  repréfentoit  cette  divinité  ayant  le  doigt  fur  la 
bouche.  {D.  J.) 

Silences,  f.  m.  en  Mufiquc ,  font  diffcrens  fignes 
répondans  à  toutes  les  différentes  valeurs  des  notes  ; 
&  qui ,  mis  k  la  place  de  ces  notes,  marquent  que 
tout  le  tems  de  leur  valeur  doit  être  paffé  en  JiUnce. 

Quoiqu'il  y  ait  dix  valeurs  de  notes  différentes  , 
depuis  la  maxime  ,  jufqu'à  la  quadruple  croche ,  il 
n'y  a  cependant  que  neuf  caraderes  différens  pour 
IçsJïUnces  ,  parce  qu'il  n'y  en  a  point  qui  corref- 
ponde  à  la  valeur  de  la  maxime  ;  mais  pour  en  ex- 
primer la  durée ,  on  double  le  bâton  de  quatre  me- 
îures  ,  qui  équivaut  à  la  longue. 

Ces  divers  filcnces  font  donc  ,  le  bâton  de  quatre 
mefures ,  qui  vaut  une  longue  ;  le  bâton  de  deux 
mefures ,  qui  vaut  une  brève ,  ou  quarrée  ;  la  paufe , 
qui  vaut  une  femi-breve,  ou  ronde  ;  la  demi-paufe, 
qui  vaut  une  minime  ,  ou  blanche  ;  le  foupir  ,  qui 
vaut  une  noire  ;  le  demi-foupir  ,  qui  vaut  une  cro- 
che ;  le  quart  de  foupir ,  qui  vaut  une  double  croche  ; 
le  demi-quart  de  foupir  ,  qui  vaut  une  triple  croche  ; 
&  enfin,  le  feizieme  de  foupir,  qui  vaut  une  quadru- 
ple croche.  Voye^^  dans  les  PL  de  Mujique  les  figures 
de  tous  cesfilences. 

Il  faut  remarquer  que  le  point  n'a  pas  lieu  parmi 
lesjîlences  ,  comme  parmi  les  notes;  car ,  quoiqu'une 
noire  &  un  foupir  foient  d'égale  valeur ,  on  ne  pour- 
roit  pas  pointer  le  foupir  ,  pour  exprimer  la  valeur 
d'une  noire  pointée  ;  mais  il  faut  après  le  foupir  écri- 
re encore  un  demi-foupir  ;  ce  qui  eft  affez  mal  en- 
tendu. {S) 

SILENCIAIRE  ,  f.  m.  (  Hijl.  rom.  )  fikntiarius  ; 
nom  propre  d'office  parmi  les  efclaves  des  Romains  ; 
ce  nom  &  cet  office  n'a  été  établi  que  vers  le 
tems  de  Salvien  ,  comme  l'a  prouvé  Pignorius.  Mais 
\ts  filenciaires  ^  dans  la  cour  des  empereurs  ,  étoient 
des  gens  attachés  au  fervice  de  leur  maifon  ,  &  qui 
avoicnt  un  décurion  à  leur  tête.  Enfin  le  nom  àç.Jî- 
hnciairc  fut  donné  dans  le  bas  empire ,  au  fecrétaire 
du  cabinet  de  l'empereur  ;  Charlemagne  avoit  un 
JîUnciaire.  (Z).  /.  ) 

SILENCIEUX  ,  adj.  (  Gram.^  qui  garde  le  filcn- 
ce ;  une  paffion  forte  eft  ordinairement  fiUncieufe  ; 
les  hommes7?/£/7a«wjr  profitent  de  tout  ce  quife  dit, 
&  ils  font  redoutables  pour  ceux  qui  cachent  au  fond 
de  leur  ame  ,  des  choies  qu'ils  feroient  bien  fâchés 
qu'on  y  devinât. 

SILENE  ,  f.  m.  (^Botan.)  genre  de  plante,  dé- 
crit par  Dillenius,  dans  fon  Hon.  elthethenjîs,p.  j  o^. 


S  î  L 

&  que  Linnasiis  caraftcrife  de  la  manière  fuivantc." 
Le  calice  particulier  de  la  fleur  ,  eft  liffe,  oblong, 
conipolé  d'une  feule  feuille,  découpée  en  cinq  feg- 
mens  fur  les  bords  ;  la  fleur  eft  à  cinq  pétales  ,  dont 
les  pointes  font  obtufes  &échancrées  ;  le  neftarium, 
ou  la  partie  de  la  couronne  de  la  fleur  ,  eft  comme 
formée  de  quelques  denticules  ;  les  étamines  font 
dix  lilets  qui  vont  en  pointes  aiguës  ;  leurs  boffettes 
font  oblongues  ;  le  germe  du  piftil  eft  cylindrique  ; 
les  ftyles  ,  au  nombre  de  trois  ,  ou  de  cinq  ,  font 
communément  delà  longueur  des  étamines;  les  ftig- 
ma  font  toujours  penchés  du  côté  du  foleil  ;  le  fruit 
eftdivifé  en  autant  dt  cellules  qu'il  y  avoit  deftiles; 
ces  cellules  contiennent  un  grand  nombre  de  graines 
taillées  en  forme  de  rein.  Linn.  gen.  plant,  p.  iqy, 
{D.J.) 

Silène  ,  (  Mythol.  )  il  étolt  né  de  Mercure ,  ou 
de  Pan,  &:  d'une  nymphe.  Nennus  ,  dans  fes  ^/o«y- 
jiaquts  ,  le  fait  fils  de  la  Terre ,  c'eft-à-dire  qu'il  igno- 
roit  fon  origine.  Silme ,  dit  Orphée  ,  étoit  fort  agréa- 
ble aux  dieux ,  dans  l'affemblée  defquels  il  fe  trouvoit 
fort  fouvent.  Il  fut  chargé  de  l'enfance  de  Bacchus , 
£c  l'accompagna  dans  fes  voyages. 

Tous  les  poètes  fe  font  divertis  à  nous  peindre  la 
figure  ,  le  caraftere  &  les  mœurs  de  Silène  ;  à  les 
en  croire  ,  il  étoit  ventru ,  ayant  la  tête  chauve  ,  un 
gros  nei  retrouffé ,  &  de  longues  oreilles  pointues, 
étant  tantôt  monté  fur  un  âne  ,  fur  lequel  il  a  bien  de 
la  peine  à  fe  foutenir  ,  &  tantôt  marchant  appuyé 
fur  un  thyrfe  ;  c'eft  le  compagnon,  &  le  premier 
lieutenant  de  Bacchus  ;  il  raconte  ,  dans  le  cyclope 
d'Eurypide ,  qu'il  combattit  les  géans  ,  à  la  droite  de 
fon  maître ,  tua  Encélade ,  &  en  fit  voir  les  dépouil- 
les au  dieu ,  pour  preuve  de  fa  valeur  ;  le  voilà  donc, 
malgré  fa  figure  burlefque  ,  travefti  en  grand  capi- 
taine. 

Je  fais  bien  qu'il  s'attribue  le  nedar  &  l'ambroifie , 
comme  s'il  étoit  un  dieu  célefte  ;  mais  je  fais  encore 
mieux  par  mes  leftures  ,  qu'il  n'en  aimoit  pas  moins 
la  boifl'on  des  pauvres  mortels ,  &  qu'il  s'en  donna 
à  cœur  joie  ,  à  l'arrivée  d'Ulyffe  dans  l'antre  du  cy- 
clope ;  perfonne  n'ignore  que  les  vignes  font  appel- 
lées  fes  filles ,  &  dans  Paufanias  l'Ivrognerie  même 
lui  verfe  du  vin  hors  d'un  gobelet. 

Cependant  Virgile,  dans  une  de  fes  plus  belles 
éclogues  (la  fixieme  ,  que  M.  de  Fontenelle  n'a  pas 
eu  raifon  de  critiquer  ) ,  ne  repréfente  pas  feulement 
Silène  comme  un  îuppôt  de  Bacchus ,  mais  comme 
un  chantre  admirable  ,  &  qui  dans  fa  jeuneflé  avoit 
fait  de  bonnes  études  philofophiques. 

Deux  bergers,  dit  le  poète,  le  trouvèrent  un  jour 
endormi  au  fond  d'une  grotte;  il  avoit,  félon  fa  cou» 
tume  ,  les  veines  enflées  du  vin  qu'il  avoit  bû  la  veil' 
le  ,  fa  couronne  de  fleurs  tombée  de  fa  tête ,  étoit 
auprès  de  lui ,  &  im  vafe  pefant ,  dont  l'anfe  étoit 
ufée  ,  pendoit  à  fa  ceinture  ;  le  vieillard  avoit  fou- 
vent  flatté  les  bergers  de  l'entendre  chanter  de  belles 
chofes  ;  ils  fe  jettent  fur  lui,  &  le  lient  avec  des  guir- 
landes ;  Eglé  ,  la  plus  jolie  de  toutes  les  nymphes, 
Eglé  furvient,  &  le  joignant  à  eux  ,  les  encourage  ; 
&  au  moment  où  il  commençoit  à  ouvrir  les  yeux, 
elle  lui  barbouille  tout  le  vifage  de  jus  de  mûres  ;  le 
bon  Silène  riant  de  ce  badinage  ,  leur  dit ,  pourquoi 
me  liez-vous  mes  enfans  ?  laifTez-moi  libre  ;  c'eft 
pour  vous  ,  bergers ,  que  je  chanterai  ;  je  réferve  à 
la  charmante  Eglé  une  autre  forte  de  recompenfe  ; 
à  ces  mots  ,  il  fe  met  à  commencer.  Vous  euffiezvîi 
aufil-tot  les  faunes  &  les  bêtes  farouches  accourir 
autour  de  lui,  &  les  chênes  mêmes  agiter  leurs  cimes 
en  cadence  ;  la  lyre  d'Apollon  ne  fit  jamais  tant  de 
plaifir  fur  le  fommet  du  Parnaffe  ;  jamais  Orphée  , 
fur  les  monts  Rhodopc  &  Ifmare  ,  ne  le  fit  tant  ad-- 
mirer. 

Le  poëte  lui  fait  ici  débiter  les  principes  de  la  phi. 

lofophie 


s  I  L 

lofopliie  d'Epîcure ,  fur  la  formation  du  monde.  H 
y  joint  beaucoup  d'autres  chofes  fi  jolies,  que  les 
échos  des  vallées  ,  frappés  dsi'es  accords,  les  por- 
tèrent jufqu'aux  artres.  Elien  ,  de  fon  côté  ,  recite 
i\nc  converfation  que  Silène  eut  avec  Midas  fur  ce 
monde  inconnu  ,  dont  Platon  &  quelques  autres 
philofophes  ont  tant  parlé. 

Voilà  donc  Silène  qui,  dans  fa  figure  grotefque,  étoit 
tout  enfemble  buveur  ,  capitaine  ,  chantre  &  philo- 
fophe.  Après  tout ,  Lucien  paroît  être  celui  qui  en 
a  fait  le  portrait  le  plus  naïf ,  &  c'eftaufli  d'à  près  fon 
tableau  que  Silène  efl  repréfenté  dans  les  monumens 
antiques  ;  cntr'autres  fur  une  belle  agathe  ,  expli- 
quée parScaliger  &  par  Cafaubon.  (Z>.  /.  ) 

Silènes  ,  (  AfyMo/.)  les  plus  confidérables  &  les 
plus  âgés  d'entre  les  fatyres  ,  étoient  nommés  Silè- 
nes, au  rapport  des  anciens  hiftoriens  ,  qui  les  défi- 
gnent  fouvent  au  pluriel  ;  mais  il  y  en  a  un  principal 
célèbre  dans  la  faljle ,  &  à  qui  les  poètes  ont  crû 
devoir  donner  plufieurs  qualités.  P'oyei  Silène  , 
c'efl  fon  nom  par  excellence.  (  Z>.  /.  ) 

SîLER ,  f  m.  (  Botan.  )  nom  donné  par  quelques 
botaniftes  qui  ont  écrit  en  latin  ,  à  la  plante  léféli. 
Foyei  SÉSÉLI. 

Cependant  le  filer  des  auteurs  romains  défigne 
une  plante  toute  différente  ,  je  veux  dire  ,  un  ar- 
briffeau  qui  vient  dans  les  lieux  marécageux,  &  qui 
porte  des  verges  dures,  coriaces,  flexibles,  &  pro- 
pres à  toutes  fortes  d'ouvrages  de  vanniers.  Les  poè- 
tes en  font  fouvent  mention  avec  les  épithètes  de 
molle  d>t  Imcum.  Les  critiques  modernes  qui  croient 
que  \q  filer  des  Romains ,  efl:  notre  fouchet ,  fe  trom- 
pent ,  car  quoiqu'il  foit  vrai  que  le  fouchet  naiife 
dans  les  marais ,  ce  n'efl  point  un  arbriffeau  ;  lefiltr 
des  anciens  ed  encore  moins  le  faule  ,  car  ces  deux 
arbuftes  font  fouvent  nommés  enfemble  par  les  mê- 
mes auteurs  ,  comme  étant  des  plantes  différentes. 
Il  faut  néanmoins  qu'elles  fe  reifemblent  à  divers 
égards.  {D.  /.) 

SILÉSIE,  (^Géogr.  mod.  )  en  allemand  ,  Schlc/ïen, 
contrée  d'Allemagne  ,  avec  titre  de  duché ,  l'un  des 
plus  grands  de  l'Europe.  Elle  eft  bornée  au  nord  par 
lé  marquifat  de  Brandebourg  &  par  la  Pologne  ;  au 
midi ,  par  la  Moravie  &  par  la  Hongrie  ;  au  levant , 
par  la  Pologne  encore  ;  &  au  couchant ,  par  la  bafle- 
Luface  &  la  Bohême. 

Sa  longueur  eft  d'environ  60  milles  germaniques  , 
&  fa  largeur  lo.  L'Oder  la  partage  en  Siléfie  orien- 
tale ,  &:  Siléfie  occidentale  ;  ce  duché  elt  prefque 
toxit  environné  de  montagnes  ,  d'oii  fortent  plufieurs 
petites  rivières  poiifonneufcs ,  &  qui  après  avoir  fer- 
tilifé  le  pays ,  le  rendent  dans  l'Oder. 

II  y  a  dans  cette  contrée  plufieurs  groffes  villes  ou- 
tre Breflaw  fa  capitale  ;  entre  ces  villes ,  les  unes 
font  remarquables  par  leur  force  ,  les  autres  parleur 
beauté  ;  tout  le  pays  eft  fertile  en  blé  ,  en  grandes 
forêts  pleines  de  gibier,  &  en  pâturages,  où  l'on 
nourrit  plus  de  bétail  qu'en  aucun  endroit  d'Allema- 
gne. On  y  trouve  auffi  quelques  mines ,  &  l'Oder 
facilite  le  commerce  de  toutes  fes  denrées. 

l.a  Siléfie,  après  avoir  été  poffedée  par  les  Qua- 
des  &  lesSarmatesLechidcs ,  rcfta  long-tems  unie  à 
la  Pologne ,  en  formant  une  efpece  de  république 
qui  avoit  fes  privilèges  particuliers.  Elle  devint  en- 
fuite  un  fief  mouvant  de  la  courontie  de  Bohème  , 
&actépoffédceparlamaifon  d'Autriche  depuis  l'an 
1339,  jufqu'cn  1740  ;  &  c'eft  affurément  un  des 
meilleurs  pays  qu'elle  ait  eu  fous  fa  domination. 

Après  la  mort  de  l'empereur  Charles  VI ,  uii  jeune 
prince  qui  fera  long-tems  parler  de  lui  par  fon  génie 
fupérieur,  &  par  les  grandes  vi^loires  ,  Frédéric  II. 
roi  de  prufTe ,  réclama  fes  prétentions  fur  une  partie 
de  ce  pays  ,  &  par  le  traité  conclu  à  Drcfde  ,  le  2^ 
Décembre  1745 ,  fimpératrice  reine  de  Hongrie  & 

TçrTzc  xy. 


S  I  L 


193 


I    de  Bohême  ,  céda  à  ce  prince  la  haute  &  baffe  Silé- 
fie en  toute  fouveraineté. 

On  a  recueilli  les  écrivains  del'hifloire  de  ce  pays 
Silefiacarum  rerum  fcriptores  ;  ils  forment  trois  volu- 
mes in-fol.  publiés  à  Leipfick  en  17x9. 

D'autres  favans.out  donné  l'hiftoire  naturelle  de 
la  Siléfie.  Tels  font  Schwencfeld  (  Gafparus  )  ;  Tri- 
tophceum  Silefiœ,  Lignicics  lôo^.  in-^°.  Hennefeld  ^ 
SUefiographia  ,  Lipfiœ  ,  lyo^.  j  vol.  in-^^.  Wolck- 
mannus  (Georg.  Anton.),  Silefia fubterranea ,  ea 
allemand  ,  Léipfick  ,  1720.  i/2-4".  (^D.J.^ 

SILEX ,  f.  m.  (  Hijl.  nat.  Minéral.  )  ce  mot  qui  eft 
latin,  a  été  adopté  par  les  naturalises  françois  ,  pour 
défigner  en  général  le  caillou  ou  la  pierre  à  fufil,  & 
particulièrement  la  pierre  à  fiifil  noire ,  qui  fe  trouve 
par  malTes  informes  &  détachées  dans  les  couches  de 
la  craie.  On  a  déjà  parlé  de  plufieurs  propriétés  de 
cette  pierre  à  V article  Cailloij  ;  l'on  y  a  rapporté 
différens  fentimens  fur  fon  origine  &;  fa  formation  ; 
cependant  on  a  cru  faire  plaifir  au  lefteur  en  lui  met- 
tant ici  fous  les  yeux  des  obfervations  plus  récentes 
qui  ont  été  faites  fur  \<ifiux  ;  elles  contribueront  à 
jetter  du  jourfur  la  nature  de  cette  pierre  importante, 
dont  la  terre  fert  de  bafe  à  l'agate  ,  au  jafpe ,  au 
quartz  &  aux  pierres  précieufes.  Voye^^  ces  différens 
urticUs. 

hefilex  efi:  très-abondamment  répandu  dans  pref- 
que toutes  les  parties  de  notre  globe;  il  ne  forme  ja- 
mais de  couches  fuivies  ou  de  bancs ,  comme  la  pier- 
re calcaire  ,  les  ardoifes ,  &c.  mais  il  fe  trouve  par 
maflés  de  grandeurs  inégales ,  détachées  les  unes  des 
autres.  C'eft  furtout  dans  les  couches  de  craie  que 
l'on  rencontre  une  grande  quantité  de  ces  pierres  ; 
elles  y  font  répandues  par  maflés  irrégulieres  &  de 
toutes  fortes  de  figures.  Ces  fortes  de  /liex  font  com- 
munément noirs  à  l'intérieur  ;  à  l'extérieur  ils  font 
comme  enveloppés  d'une  croûte  blanche  qui  fe  dif- 
tingue  par  fa  dureté  de  la  craie  qui  les  environne.  Ces 
circonftances  ont  fait  conjedlurer  qu'il  de  voit  y  avoir 
de  l'analogie  entre  la  craie  &  iefiiex  ou  caillou  ;  de- 
là quelques  auteurs  ont  penfé  que  la  craie  n'étoit  pro- 
duite que  par  la  décompofirion  du  caillou  ;  d'autres 
au  contraire  ont  regardé  le  caillou  comme  une  pro- 
duction de  la  craie.  Ces  fentimens  font  tous  deux 
fondés  fur  des  raifons  fpécieufes  ;  nous  allons  voir 
pour  lequel  il  paroit  plus  naturel  de  fe  décider. 

Lefilex  ou  le  caillou  ne  fe  diflTout  point,  lorfqu'on 
y  verfe  de  l'acide  ,  malgré  cela  fi  un  fragment  de  û- 
lex ,  qui  cil  communément  tranchant&  d'une  couleur 
noirâtre  à  l'extérieur  ,  demeure  pendant  long-tems 
expofé  aux  injures  de  l'air  ,  fes  angles  tranchans  s'é- 
mouflTent  à  la  longue,  &  la  partie  noirâtre  fe  recou- 
vre d'une  efpece  de  peau  blanche  qui  à  la  fin  ne  laiflé 
plus  paroître  de  noir.  Cette  expérience  prouve  d'une 
manière  inconteflable  que  l'acide  de  l'air  ,  qui  n'cll 
autre  chofe  que  l'acide  vitriolique ,  a  agi  fur  cette 
pierre  ;  il  faut  croire  que  la  nature  aidée  des  tcms  , 
6c  fâchant  donner  à  cet  acide  le  degré  d'aftivité  cui 
lui  efi:  nécefl"aire  ,  vient  à  bout  de  cette  diflblution  à 
laquelle  le  chimifle  ne  peut  parvenir  en  fefervantdcs 
acides  ordinaires,quifont  des  produits  de  l'art.  Dans 
le  UquorfiiUcum  on  voit  qu'il  fe  fait  une  diflblution 
de  la  partie  du  caillou  qui  avoit  été  combinée  par  la 
fufion  avec  le  fel  alkali  fixe.  Voye^^  LiqvoR  siLi- 
CUM.  Ces  expériences  prouvent  que  la  nature  &  l'art 
peuvent  venir  à  bout  de  diflbudre  \e  fi'lex  ,  &  que 
cette  pierre  ri'eft  point  inattaquable  par  les  diflbl- 
vâns  ,  comme  quelques  autdurs  l'ont  prétendu. 

Lorfque  l'on  confidcre  attentivement  le  caillou  , 
on  y  trouve  des  caraclcrcs  qui  indiquent  d'une  ma- 
nière lenfiblc  que  cette  pierre  dans  <bn  origine  a  dît 
être  molle  ,  &  avoir  un  degré  de  fluidité.  En  effet  on 
trouve  fouvent  dans  le  fein  do  la  terre  des  coquilles 
dans  l'intérieur  defquellcs  ori  rencontre  des  cailloux 

Bb 


194 


S  I  L 


de  différentes  couleurs  qui  s'y  font  moulées  ait  point 
de  prendre  parfaitement  les  empreintes  des  coquilles 
les  plus  petites  dans  lefquellcs  le  fuc  pierreux  a  cou- 
lé ;  une  inanité  d'exemples  empêchent  de  douter  de 
cette  vérité  ;  on  effet  on  trouve  des  échinites  ouour- 
fins  ,  des  turbinites,  &c.  qui  paroiffent  entièrement 
chantées  cnJîLx.  Ceft  auffi  de  cette  manière  qu'ont 
dû  le  former  les  morceaux  de  bois  changés  en  aidâ- 
tes &  en  cailloux  que  l'on  rencontre  fouvent  en  terre; 
U  matière  lapiditîque  qui  produit  le  Jilcx  ,  a  du  être 
dans  uno  rrès-!];rande  fluidité  pour  s'infmuer  &  lé 
mouler  dans  les  tibres  &C  canaux  déliés  ,  dont  le  bois 
elt  compofé.  f'^cyei  Pétrification. 

Le  tiilu  compare  ik  ferré  du  Ji/ex ,  ainfi  que  les 
mamellons  qui  fe  trouvent  fréquemment,  loit  à  fa 
liirface,  foit  àfon  intérieur,  nous  conduil'entù  croire 
que  non-feulement  la  matiei'e  dont  cette  pierre  s'eft 
formée  a  été  iluide  ,  mais  encore  qu'elle  a  été  dans 
un  état  de  vifcolité  ou  d'une  efpece  de  gelée.  Si  la 
diffolution  eût  été  parfaite  ,  c'ell-à-dire  fi  l'eau  char- 
gée de  la  matière  du  caillou  diffoute ,  n'eût  eu  que 
le  point  de  fatiu-ation  ,  l'évaporation  eût  produit  du 
cryltal  de  roche  ,  c'eff-;\-dire  des  colonnes  exagones 
terminées  par  une  pyramide  pareillement  exagone  , 
figure  qui  ell  propre  à  la  nvdûere Jiiicéc,  lorfqu'elie  ell 
pure.  Mais  lorfque  des  i'ubffances  terreufcs  ou  métal- 
liques font  venues  accidentellement  fé  joindre  à  la 
dillblution ,  elles  l'ont  rendu  opaque,  colorée  6c  vif- 
queufé  ,  &l  alors  la  cryihdlilaiion  n'a  point  pu  fe  fai- 
re. C'ell-là  vraiffemblablement  la  raifon  pourquoi 
les  pierres  de  la  nature  du  /îiex ,  qui  font  opaques  ou 
fort  chargées  de  couleur  ,  forment  preique  toujours 
des  mamellons  ;  on  en  a  des  exemples  dans  les  aga- 
tes ,  les  jafpes ,  &  l'on  voit  que  ces  pierres  ont  fou- 
vent  à  leur  intérieur  des  cavités  recouvertes  de  ma- 
mellons très-durs ,  &  dont  la  couleur  varie  en  rai- 
fon des  métaux  qui  ont  coloré  la  matière,  lorfqu'elie 
ctoit  fluide  ou  en  diffolution  ;  au  lieu  que  quelques 
cailloux  ont  à  leur  intérieur  des  cavités  couvertes  de 
cryilaux  clairs  &  trani'parens,  qui  ont  toutes  les  qua- 
lités du  cryfial  de  roche. 

Toutes  ces  conjecfures  prendront  beaucoup  de 
vraiflémblançe  ,  fi  l'on  y  joint  quelques  expériences 
que  M.  Swab  vient  de  publier  dans  le  lome  XX,  des 
Mémoires  de  l'académie  de  Stockholm,  année  1758  : 
le  réliiltat  de  ces  expériences  prouve  ,  que  les  aci- 
des agiffent  fur  les  verres  formés  par  le  mélange  d'une 
terre  calcaire  quelconque  ou  de  la  chaux ,  avec  de 
i'argille  ou  avec  du  caillou.  On  fait  que  ces  fubftan- 
ces  qui  feules  ne  lé  fondent  point ,  entrent  en  fulion 
dès-iors  qu'on  vient  à  les  mêler.  Pour  cet  effet  l'on 
n'a  qu'à  pulyérifer  ce  verre ,  verfcr  par-defTus  de  l'a- 
cide vitriolique,  de  l'acide  nitreux  ou  de  l'acide  ma- 
rin, &  niettre  le  tout.en  digeffion  dans  un  lieu  chaud; 
dans  cette  expérience  il  ne  fe  fait  point  d'effervef- 
cence ,  malgré  cela  on  trouve  que  le  diffolvant  que 
l'on  a  employé  s'épaifTit  en  vingt-quatre  heures  ,  & 
forme  une  matière  gélatineule  &  tranfparente  comme 
de  l'empoi ,  qui  s'attache  au  yaiffeau ,  au  fond  duquel 
eft  tombée  ime  portion  du  verre  pulvérifé  qui  ne  s'efl; 
point  diffoirte. 

L'acide  yitriolique  combiné  avec  de  la  chaux  ou 
avec  une  fubf1:ance  calcaire  feule  produit  bien  une 
efpece  de  fel ,  mais  non  pas  une  matière  gélatineufe, 
comme  celle  dont  il  s'agit  ici  ;  pour  produire  cet  effet, 
il  faut  que  la  chaux  pu  la  terre  calcaire  ait  été  fon- 
due ,  c'eft-à-dire  modilié(j  Se  élaborée  par  fa  combi- 
naifon  avec  de  I'argille  ou  avec  une  pierre  de  la  na- 
ture dwfiiix  ou  du  caillou. 

Les  différentes  gelées  que  M.  Swab  a  obtenues  de 
cette  manière ,  fe  durciffoient  avec  le  tems  &  acqué- 
roient  la  conlillence  d'une  pierre  ;  elles  étoient  com- 
munément cairiuites,&  remplies  de  gerfures  ;  elles  fe 
mettoient  par  éclats,  comme  dwfiUx  ou  comme  du 


S  I  L 

verre  ;  elles  confervoient  leur  tranfparence ,  mais  en 
fe  léchant  elles  prenoient  une  couleur  plus  foncée. 
Cette  matière  gélatineufe  léchée  attiroit  fortement 
l'humidité  de  l'air  ,  même  après  avoir  été  édulcorée  ; 
mais  en  la  faifant  rougir  au  feu  ,  ce  qui  la  remplit  de 
fentes,  elle  n'attiroit  plus  d'humidité  de  l'air.  Dans 
cet  état,  ni  les  acides,  ni  les  alkalis  n'attaquent  plus 
cette  matière  lémblable  à  une  pierre.  Si  on  l'cxpofe 
à  un  feu  violent  excité  par  un  foufllet ,  en  une  demi- 
heure  de  tems  i'a  lurfacc  fe  couvre  d'une  ei'pece  d'en- 
duit ou  de  vernis,  mais  elle  n'entre  point  en  une  fii- 
iJon  parfaite  ,  elle  devient  tendre  &  grenue  ou  fari- 
neufe  dans  la  fradure ,  &  relfemble  à  de  la  pierre  à 
chaux  d'un  grain  fin  qui  a  été  calcinée  ,  cependant 
elle  n'a  aucune  de  propriétés  de  la  chaux. 

Les  expériences  qui  précèdent  ont  été  faites  par 
M.  Swab  ,  dans  la  vue  de  découvrir;  1°.  pourquoi 
certains  verres  étoient  attaquables  par  les  acides  ;  il 
a  trouve  que  ceux  dans  la  compofition  defquels  on 
avoit  fait  entrer  de  la  chaux  ou  quelque  pierre  cal- 
caire ,  étoient  toujours  diffouts  par  les  acides  &  for- 
moient  de  la  gelée.   2°.  11  a  voulu  découvrir  ,  fi  ce 
ne  feroit  pas-là  la  voie  dont  la  nature  fe  ferviroit 
dans  le  fein  de  la  terre  ,  pour  former  dQS  fJex  ou  du 
caillou.   Comme  cette  pierre  fe  trouve  communé- 
ment dans  des  couches  de  craie ,  le  célèbre  M.  Lin- 
naeus  a  été  le  premier  qui  ait  foupçonné  que  la  craie 
pouvoit  donner  naiffance  au  caillou  ;  M.  Swab  pré- 
fume que  le  caillou  pourroit  bien  être  produit  par 
la  combinaifon  d'un  acide  minéral ,  avec  une  terre 
calcaire  modifiée  &  élaborée  par  la  nature  d'une  fa- 
çon particulière ,  à  laquelle  il  s'ell  joint  quelque  mé- 
lange étranger.  Il  efl  certain  que  les  carafteres  que 
préfente  la  gelée  durcie  dont  on  a  parlé  ,  fon  afpeft 
vitreux  ,  fon  infufibilité  ,  fon  infolubilité  dans  les 
acides  annoncent  une  très-grande  analogie  entr'elle 
&  IqJiUx  ou  caillou.  Quant  aux  différences  qui  font 
entre  cette  matière  6c  IcJiUx^  elles  viennent  du  tems 
&:  de  certaines  circonftances  que  la  nature  met  dans 
fes  opérations ,  &  que  l'art  ou  ignore  ou  ne  fait  point 
imiter.  Cependant  M.  Swab  croit  que  l'on  pourroit 
parvenir  à  faire  des  Ji' ex  ou  cailloux  artificiels  qui  au- 
roient  plus  de  fblidité  ,  qui  n'attireroient  point  l'hu- 
midité de  l'air  ;  en  un  mot,  qui  iéroient  plus  fembla- 
bles  -awfikx  naturel ,  fi  l'on  tentoit  de  combiner  la 
chaux  avec  des  lubflances  différentes  de  celles  qu'il  a 
employées  ,  &  cela  dans  des  proportions  variées  ; 
comme  ces  expériences  demandent  du  tems ,  il  fe 
promet  de  les  fuivre  &  de  rendre  compte  à  l'acadé- 
mie de  Stockholm  ,  dont  il  ell  membre,  du  fuccès  de 
fes  travaux.  En  attendant,  il  paroît  que  les  expérien- 
ces queM.Swaba  faitesfont  propres  à  jetter  un  grand 
jour  fur  la  connoiffance  des  pierres  en  générai  ;  elles 
pourroient  faire  préllimer  qu'il  n'y  a  qu'une  terre  pri- 
mitive dans  la  nature,  dont  les  différentes  combinai- 
fons  &  élaborations  produifent  toutes  les  variétés  que 
nous  voyons  dans  les  pierres.  Voyc^^  Pierres.  (— ) 

SILGUEROS  ,  f  m.  (  Hïfi.  nat.  )  oifeau  du  Mexi- 
que &  des  autres  provinces  de  la  nouvelle  Efpagne  » 
qui  eft  de  la  groffeur  d'un  moineau  ;  fon  plumage  eft 
blanc  &  noir. 

SILIAN  ,  (  Géogr.  mod.  )  grand  lac  de  Suéde  dans 
la  Dalécarlie  ;  fes  eaux  font  portées  à  la  mer  par  la  ri- 
vière deDala. 

SILICENSE  Elu  M  EN,  (  Géog.  anc.  )  fleuve  de 
l'Ef pagne  bétique.  Hirtius,  debelL  Alex.  c.  Lv'ij.  fait 
entendre  que  l'ancienne  Ségovie  de  la  Bétique  étoit 
bâtie  fur  le  bord  de  ce  fleuve  ;  ce  qui  fait  juger  que 
ce  pourroit  être  le  Xénil. 

SILICERNE  ,  f.  m.  (Jnnq.  rom.^  JiUcemium ;  fe- 
ftin  fimebre  que  l'on  faifoit  chez  les  Romains  aux 
vieillards  décrépits  auprès  d'un  tombeau  ,  comme 
pour  leur  dire  le  dernier  adieu  ;  de-là  vient  que  Té- 
rence  appelle  ingénieufement  par  métaphore  Jiliar-^ 


s  I  L 

«Z//7Z  un  vieillard  qui,  courbe  fous  le  poids  des  années, 
regarde  tranquillement  la  pierre  de  la  tombe  où  fes 
cendres  doivent  être  renfermées.  C'étoit  une  idée 
pleine  de  bon  fens  que  celle  àwfdiurnc  ;  elle  appre- 
noit  aux  hommes  à  moins  redouter  la  crainte  de  la 
mort.  (D.  J.) 

SILICI-CLJSSITjE  ,  (  Gêog.  anc.)  peuples  d'A- 
fie  au  voifmage  de  la  Mcfopotamie  ,  lelon  Pline  ,  /. 
t'^I.c.  XXV j.  qui  les  furnomme  CLajJiiœ.  ,  pour  les  dif- 
tinguer  des  Silici-montani ,  qui  habitoient  les  mon- 
tagnes. 

SILIGO,  f.  m.  (  L'ndrat.  Botan^  ce  mot  fignifîé  le 
plus  pur  froment  ;  &  dans  Celle  ,  lajliur  du  meilleur 
froment.  Quelques  auteurs  botaniftes  ,  comme  Tra- 
gus,  Brunsfeld  &  Lonicerus ,  ont  cru  que  les  an- 
ciens appclloient  le  feigle  du  nom  àe  Jïligo  ,  parce 
qu'ils  ont  lu  dans  Pline  ,  liv.  Xyilï.  cit.  x.  &  autres 
écrivains  ,  que  le  froment ,  triticum ,  fe  changeoit  i/z 
JrUginem  ,  &  que  le  fîligo  retournoit  quelquefois  en 
froment  ordinaire.  Leur  erreur  a  donné  lieu  à  celle 
de  divers  laboureurs  qui  imaginent  que  le  froment 
fe  change  en  feigle,  &  le  feigle  en  froment ,  ce  qui 
ell  contraire  à  la  vérité,  ces  deux  grains  donnant 
toujours  la  même  elpece  de  plante  ,  plus  ou  moins 
belle  ;  aufli  \g  panis  Jîiig'meus  é^s  anciens  ne  fignifîe 
pouit  du  pain  de  feigle  ,  ni  du  pain  de  froment  dé- 
généré en  feigle  ,  mais  tout  au  contraire  du  pain 
de  pur  &  beau  froment  également  blanc  &  léger. 
(P./.) 

SILIKHTAR  ,  f.  m.  (  lerme  derelaiwn.  )  page  d'une 
des  chambres  du  grand- feigneur.  Il  eft  l'écuyer  du 
grand-feigncur ,  porte  fon  épée  ,  &  laccompagne 
par-tout  quand  il  fort  du  ferrail. 

SILINUS  ,  {Giog.  anc.)  fleuve  du  Péloponnefe 
dans  l'Eiide  ;  il  arrofoit  le  territoire  de  Scillunte.  Ceft 
le  Selicnus  de  Xenophon  ,  &  le  Sdinus  de  Strabon. 

SILIQUA  ,  f.  m.  (  Mefure  anc.  )  mfa.tiov  ;  poids 
des  anciens  qui  faifoit  latroifieme  partie  d'une  obole, 
o\i  ce  qui  revient  au  même  ,  la  fixieme  partie  d'un 
fcrupule, 

SILIQUASTRUM,f.m.  (5or^«.)genre  de  plan- 
te  connue  en  françois  fous  le  nom  de  gainier.  Foye:^ 
Gainier. 

SILIQUE,  {.  f.  (  Hifl.  nat.  Botan.^Jiliqua  ,  terme 
iynonyme  à  goujjc. 

hzjîlique  ou  la  goujfe  eft  le  fruit  des  légumes  &  des 
plantes  qui  ont  la  fleur  légumineufe.  11  faut  remar- 
quer que  hjîlique  ert  ou  fmiple,  ou  double  ,  ou  com- 
pofée. 

hafil'iqiu  fimple  efl:  formée  de  deux  lames  con- 
vexes en- dehors  ,  plates  dans  quelques  efpaces  ,  col- 
lées par  les  bords  l'une  contre  l'autre ,  &  laifiant  en- 
tre fes  lames  appellées  cojj'cs  ,  un  elpace  occupé  par 
les  femences. 

La  filiqut  double  fe  forme  aufll  par  deux  lames  , 
mais  qui  ne  font  pas  collées  fur  les  bords ,  comme 
celles  de  la  gouffe  fimple  ;  ces  deux  lames  fe  replient 
chacune  en-dedans ,  &:  forment  une  cloilon  mitoyen- 
ne qui  divife  \ajilique  dans  fa  longueur  en  deux  lo^es 
remplies  de  femences. 

La  troifieme  efpece  de  JîUque  ,  efl  compofée  de 

quelques  piccesattachées  bout-à-bout,  &  l'on  trouve 
une  femence  dans  chacune  de  ces  pièces. 

OnvoitanfTi  quelques ////^«t;5  de  plantes  légumi- 
neules  qu'on  prendroit  d'abord  ponrj'îliques  fimples, 
parce  qu'elles  font  à  deux  coûus  ;  mais  la  différence 
confifte  en  ce  que  les  colles  de  celles-ci  font  divi- 
fées  en  cellules  par  des  cloilons  polées  au-travers 
&  CCS  cellules  font  remplies  par  des  femences. 

yiûàuci-àeiïusqnegoujJcâcjfîUque  étoient  fyno- 
riymcs  dans  notre  langue  ,  j'a)Oute  ,  avec  M.  de 
Tournefort ,  qu'il  foroit  à  fouliaiter  qu'on  fixât  le 
nom  de  goujje .,  pour  fignificr  les  fruits  <\cs  plantes  qui 
ptii  les  fleurs  léguuùneufes ,  comnie  ionties  pois ,  les 
Tome  XV, 


S  I  L 


ipr 


fevcs  ,  les  aftragales  ;  &  qu'on  n'employât  celui  de 
Jîlique,  que  pour  fignifier  les  fruits  qui  font  à-peu- 
près  de  pareille  ftrudure  ,  mais  qui  fuccedcnt  à  des 
fleurs  qui  ne  font  pas  légumineuies  ;  cependant  on 
n'a  point  encore  pu  engager  les  botaniflcs  à  adopter 
cette  diflindion  ,  &  les  deux  mots  font  reftcs  entie- 
rement  fynonymes.   (Z>.  /.  ) 

SiLîQUE  ^i.(.(^  Monnoie.  )  ancienne  petite  mon-' 
noie  d'Alexandrie  ,  valant  une  quinzaine  de  fous  dé 
la  nôtre.  11  en  efl:  parlé  dans  l'hiitoire  eccléfiaflicue 
de  M.  Fleury. 

SJLIS,  (  Geog.  anc.)  fleuve  d'Italie  ,  dans  le  ter- 
ritoire de  Veniie.  Pline  ,  Itv.  III.  ch.  xviij.  veut  que 
ce  fleuve  prenne  fa  fource  dans  les  monts  Taurfani. 
Ce  fleuve  ,  félon  Cluvier  ,  Ital.  antiq.  Ub.  I.  c.  X'iij,. 
retient  fon  ancien  nom  ;  car  on  le  nomme  préfente- 
ment  Sïk.  Il  a  fa  fource  dans  une  plaine,  au-defllis 
de  Tarvifo  ,  qu'il  partage  en  deux,  &:  il  y  groffit  foa 
lit  des  eaux  de  plufieurs  ruifleaux.   (  £>.  /.  ) 

SILISTRIA ,  ou  DORESTERO  ,  (  Géog.  mod.  )  en 
latin  Duroflorum  ;  ville  de  la  Turquie  européenne, 
dans  la  Bulgarie  ,  près  du  Danube, vis-à-vis  de  l'em- 
bouchure du  MifToro ,  à  80  heues  de  Sophie ,  &  à  6^ 
au  nord-efl:  d'Andrinople.  C'eft  le  chef-lieu  d'un 
gouvernement  qui  eft  fort  étendu.  Elle  a  pour  fa  dé- 
fenfe  une  bonne  citadelle.  Longit.  46.  16.  lat.  42.  12. 

SILLAGE  ,  ou  l'Eau  du  vaisseau  ,  Langue  , 
Seillure  ,Ouaiche,  Houache,  Trace  nava- 
le, f.  m.  &f  (A/iZwze.)  c'eflla  trace  du  cours  du  vaif- 
feau  ;  &  ce  mot  fe  prend  fouvent  pour  le  cours  &  le 
chemin  même  Ou  dit  ce  vaifleau  luivoit  \ç.fillagc  de  ' 
l'amiral.  Je  connois  IçJillageAQ  notre  vaifleau  ,  &  je 
fâi  par  expérience  qu'il  fait  trois  lieues  par  heure  de 
vent  largue.  Ces  deux  capitaines  vantoient  \efillage. 
de  leurs  frégates  ,  qui  à  la  vérité  étoient  plus  fines 
de  voiles  que  les  nôtres  ,  mais  en  revanche  notre 
équipage  manœuvroit  beaucoup  mieux.  Voyf^  Seil- 
lure. C'ell  lorfque  le  vaiflTeau  avance  beaucolip,  bon. 
fiUage. 

Doubler  Xçjillage  d'un  vaifleau ,  c'eft  aller  une  fois 
aufll  vite  que  lui ,  ou  faire  une  fois  autant  de  chemin. 

SILLE,  1.  m.  (  Poéf.  greq.  )  efpece  de  poëme  faty- 
rique  des  Grecs.  Les  Grecs  n'ont  jamais  r'en  eu  d'ap- 
prochant de  la  fatyre  romaine  que  leurs  JUles  ,  qui 
étoient  aufll  des  poèmes  mordans  ,  comme  on  peut 
encore  le  reconnoître  par  quelques  fragmens  qui 
nous  reftent  des  Jilks  de  Timon.  Ils  reffemblent  lî 
fort  à  la  plupart  des  traits  des  fatyres  d'Horace,  qu'ils 
pourroient  fort  bien  être  appelles  des  J'otyres  ,  de 
même  que  les  fatyres  pourroient  être  appellées  des 
Jilles.  Il  y  a  pourtant  cette  différence  effentielie ,  que 
les  JiiUs  des  Grecs  étoient  des  parodies  d'un  bout  à 
l'autre  ,  ce  qu'on  ne  peut  pas  dire  des  fatyres  des 
Romains  ;  car  fi  l'on  trouva  quelquefois  quelques  pa- 
rodies ,  on  voit  bien  que  ce  n'eft  qu'en  paflant ,  & 
que  le  poète  n'a  eu  garde  d'en  abufer ,  &  par  con- 
léquent  la  parodie  ne  fonde  pas  l'eflence  de  la  fatyre 
romaine  comme  elle  fonde  l'efl^ence  des  JilUs  des 
Grecs.  {D.J.) 

SILLEBAR  ,  (  Gcog.  mod.  )  ville  des  Indes  fur  la 
côte  occidentale  de  l'île  de  Sumatra  ,  le  long  d'un 
golfe.  Il  croît  dans  fes  environs  beaucoup  de  poivre» 
Lat.  méridionale  4.  30. 

SILLER,  V.  n.  (jSiarinc^  c'eft  cheminer ,  ou  avan- 
cer en  avant ,  en  coupant  l'eau  &:  paflant  à-traverSi 
On  dit  mettre  un  vaifleau  dans  la  lituation  dans  la- 
quelle il  peut  mieux  yî"//i.T,  c'elt-à-dire  en  laquelle  il 
peut  mieux  cheminer. 

f^aij/eau  ^wi  fille  bien.^  c'eft-à-dire  qu'il  fait  bien 
du  chemin  ,  qu'il  avance  beaucoup  ,  &  tait  bonne 
route. 

Î7n  vaifcau  qui  ne  fille  pas  bîtn  ,  c'eft-à-dire  qu'il 
chgmiae  kuteaient ,  2c  avançp  peu. 

B  b  ij 


ïC)6 


S  I  L 


SiLLER,  (Maréchal.)  cheval  c[\ùjîû'e  ^  qui  eûjîllc  ^ 
eft  celui  qui  a  les  (burcils  blancs. 

SiLLFR,  terme  Je  Fauconnerie  ^  c'cft  coudre  les  pau- 
pières d'un  oifcau  de  proie  afin  qu'il  ne  voye  goutte, 
6i  qu'il  ne  le  débatte  pas  ;  ce  qui  le  fait  pour  dreli'er 
les  oileaux  de  proie  ,  oC  voiciconime  il  iaut  s'y  pren- 
dre :  Ayez  une  aiguille  cntilce  d'un  til  lîn;  laites  tenir 
l'oileau  par  le  bec  ,  puis  p^liez-lui  cette  aiguille  i\- 
travers  la  paupière  de  l'ceil  droit  à  l'œil  gauche  ,  & 
moins  près  du  bec  arin  qu'il  voie  devant.  On  doit 
avoir  attention  ,  QnfdUnt  les  yeux  d'un  oil'eau  ,  de 
prendre  la  pellicule  qui  couvre  la  paupière,  de  palier 
l'aiguille  à  l'autre  paupière ,  6c  de  tirer  les  deux  bouts 
du  lil ,  5>:  on  les  attache  liir  le  bec  coupant  le  fil  près 
du  nœud  ,  &  le  tordant  de  manière  que  les  paupiè- 
res Ibient  levées  fi  haut  que  l'oifeau  ne  puifle  voir  que 
devant  lui. 

SILLET  ,  f.  m.  (  terme  de  Lurh'ur.  )  c'efl  un  petit 
morceau  de  bois  qui  va  tout  le  long  du  bout  du  man- 
che d'un  inrtrumcnt  à  corde ,  &  lur  lequel  poi'ent les 
cordes  de  rinllrumçnt. 

SILLON ,  f.  m.  (  Agriculture.  )  c'eft  une  longue 
Taie  qu'on  fait  lur  la  terre  ,  quand  on  la  laboure  avec 
la  charrue.  La  figure  que  le  laboureur  donne  à  Ion 
champ  en  le  façonnant,  doit  être  réglée  fuivant  ce 
qui  eft  plus  avantageux  pour  la  terre,  &  pour  les  bê- 
les qui  labourent. 

On  ne  doit  jamais  faire  dey///o/2J  trop  longs  ,  parce 
que  les  bêtes  ont  trop  à  tirer  tout  d'une  traite  ;  les 
raies  n'en  font  pas  fi  étroites  ,  &  la  terre  n'en  ell  pas 
il  bien  mêlée,  ni  figurée  agréablement;  c'elt  pour- 
quoi les  curieux  veulent  qu'on  lépare  leurs  terres 
par  quartiers ,  chacun  de  quarante  perches  de  long 
tout  au  plus. 

Quand  on  laboure  fur  une  colline ,  pour  foulager 
les  bêtes,  &  faire  fa  befogne  plus  ailément ,  il  faut 
travailler  en  travers  horilontakment  à  la  colline ,  & 
non  pas  de  haut-en-bas. 

On  laboure  à  plat  uniment  &  également  les  terres, 
qui  comme  dans  l'île  de  France ,  ont  befoin  de  l'ar- 
rofement  des  pluies.  Au  contraire  on  laboure  en  ta- 
lus &:  en  dos  d'âne  à  filions  hants  &  élevés,  les  terres 
argilleufes ,  les  terres  humides,  &  généralementtou- 
tes  celles  qui  n'ont  pas  befoin  d'eau ,  ou  qui  font  dif- 
ficiles à  fe  delTécher.  Ainfi  dans  la  Brie  &  dans  la  pe- 
tite BeaulTe,  on  laboure  par  planches,  &  on  lailîe 
■d'efpace  en  efpace ,  un  large//7/o/z  en  talus  pour  re- 
cevoir les  eaux ,  &  les  porter  dans  des  folTés  qui  font 
pour  cet  effet  aux  deux  côtés  des  terres. 

Au  furplus ,  on  fait  les  filions  plus  ou  moins  lar- 
ges ,  plus  ou  moins  élevés ,  &  les  raies  plus  ou  moins 
ferrées  dans  certains  pays  que  dans  d'autres.  On  les 
fait  pourtant  en  général  beaucoup  plus  élevés,  moins 
larges,  &  moins  unis  dans  les  terres  humides  &  graf- 
fes,  que  dans  les  terroirs  fecs;  &  cela  pour  faciliter 
'  l'écoulement  des  eaux  qui  pénètrent  difficilement 
dans  ces  terres  ,  &  pour  empêcher  qu'elles  n'y  crou- 
pilTent. 

Il  y  a  des  laboureurs  qui  ne  font  leurs  filons  que 
de  quatorze  à  quinze  pouces  de  largeur,  fur  treize  ou 
quatorze  de  hauteur  ;  quand  on  fait  de  ces  filons 
étroits ,  il  efl  bon  de  labourer  du  midi  au  nord ,  pour 
qu'ils  ayent  le  foleil  de  deux  côtés  ,  &  que  les  grains 
y  mùrilfent  également  ;  fmon  ceux  du  côté  du  midi 
mûriroient  huit  à  dix  jours  avant  les  autres.  Il  n'cft 
pas  nécelTaire  d'avoir  cette  attention  quand  les  fil- 
ions (ont  plats  ,  larges,  fpacieux  de  huit ,  dix  à  douze 
pies,  parce  qu'ils  ont  le  foleil  de  tous  leurs  côtés.  Les 
terres  fortes,  qui  boivent  l'eau  allez  ailément ,  peu- 
vent être  labourées  en  planches  ,  larges  de  huit  à  dix 
pies  ,  dont  le  milieu  fera  pourtant  un  peu  plus  élevé 
que  les  deux  extrémités,  afin  de  faciliter  l'écoule- 
ment des  eaux  les  plus  abondantes ,  parce  que  les 
blés,  principalement  le  feiglc,  les  craignent  beau- 


S  I  L 

coup;  elles  battent  la  terre,  &  la  font  durcir,  fur- 
tout  quand  elles  font  fuivies  de  fécherelle  ;  mais 
quand  elles  tombent  doucement  ,  elles  fertilifent 
beaucoup  le  terrein. 

Il  y  en  aune  efpece  de  terre  fi  feche ,  que  l'eau  s'y 
imbibe  audi-tôt  qu'elle  tombe  :  il  lui  faut  de  l'eau 
prelquetous  les  hiùt  jours  en  été  ,  pour  qu'elle  fafTe 
de  belles  produdions.  Quand  on  laboure  de  ces  for- 
tes de  terres ,  on  n'y  fait  m  filons  ni  planches  ;  mais 
on  met  ces  terres  i\  uni  à  tous  les  remuemens  qu'on 
y  fait ,  &  même  après  que  le  grain  y  elt  feme.  Ce 
que  les  Laboureurs  appellent  labourer  à  uni ,  c'elt  re- 
lever avec  l'oreille  de  la  charrue  toutes  les  raies  de 
la  terre  d'un  même  côté  ;  de  manière  que  lorfqu'on 
a  achevé  de  labourer  le  champ ,  il  ne  paroît  aucun 
filon ,  ni  aucune  enrue  qui  elt  un  filon  fort  large  , 
6c  compolé  de  plulieurs  raies  élevées  par  la  charrue; 
on  fe  lert  d'une  charrue  à  tourne-oreille  pour  cette 
manière  de  labourer,  &  on  laboure  ainfi  principa- 
lement les  terres  picrreufes,  oii.on  ne  met  fouvent 
que  de  menus  grains. 

Il  ell  afTcz  d'ufage  de  donner  le  troifieme  labour 
aux  terres  ,  différemment  des  deux  précédens,  c'eft- 
à-dire  ,  en  traverfant  les  premicïjs  façons  ;  &  ce  la- 
bour ell  le  meilleur  qu'on  puilfe  donner ,  parce  qu'il 
ne  laiffe  aucune  ordure ,  &  que  toute  la  terre  eft  éga- 
lement remuée.  Cependant,  il  n'cfl  bon  que  pour  les 
pays  fecs  ,  où  l'eau  s'unbibe  promptement ,  &  il  ne 
vaut  rien  pour  les  terres  qui  font  trop  humides ,  ou 
qui  retiennent  long-tems  de  l'eau  ,  à-moins  que  l'an- 
née ne  foit  extrêmement  feche;  autrement  les  eaux 
qui  furviendroient ,  &C  qui  n'auroient  aucun  écoule- 
ment de  delTus  cette  terre  ainli  traverlée,  l'humeûe- 
roient  fi  fort,  qu'on  n'en  pourroit  tirer  aucun  bon 
parti  dans  la  fuite.  Liger.  (D.  J.) 

Sillon,  (  Conchyl.  )  les  Conchyliologilles  appel- 
lent  Jillon  une  cavité  formée  par  l'élévation  de  deux 
llries  ,  ou  de  deux  côtés. 

Sillon  ,  en  Jnatomie ,  petite  trace  fur  les  os  for- 
mée par  le  battement  des  artères  lorfqu'ils  font  en-^ 
core  mois  ;  on  obferve  plufieurs  de  ces  filons  dans 
la  face  interne  des  os  pariétaux.  Foye^  Pariétal. 

Sillon  ,  en  Fortification  ,  ell  une  efpece  de  petit 
terreplein  qu'on  forme  dans  le  milieu  d'un  folTé  ex- 
trêmement large ,  pour  en  diminuer  la  largeur  ;  il  ell 
couvert  d'un  parapet  &  comme  la  tenaille.  /^<yc{ 
Fossé. 

Sillon,  (  Géog.  moi.  )  lac  d'Irlande,  dansl'Ul- 
tonie  ;  il  fépare  la  frontière  méridionale  du  comté 
de  Cavan,  de  celle  du  comté  de  Weft-Méath. 

"Le  filon  fe  nomme  plus  ordinairement  e/zvé/o/yje. 
Voyei  Enveloppe.  (  Q  ) 

Sillons,  (Filage.)  ce  font  les  diverfes  éléva- 
tions que  forme  le  fil  liir  la  bobine  du  rouet  en  paf- 
fant  par  les  différentes  diftances  de  l'épinglier.  Les 
filons  des  fileufes  ne  doivent  point  être  trop  élevésj^ 
de  peur  que  le  fil  ne  s'éboule.  Savary.  (D.  J.) 

SILO  ,  (  Géog.  facrée.  )  ville  dans  l'Acrabatène  , 
éloignée  de  douze  milles  de  Sichem ,  félon  Eufebe  , 
ou  feulement  de  dix ,  félon  faint  Jérôme.  Ce  dernier 
ajoute  ,  qu'elle  étoit  entièrement  ruinée  de  fon 
tems;  elle  ell  célèbre  dans  l'Ecriture.  M.  Réland 
imagine  que  c'ell  du  nom  de  Silo  ,  que  Paufanias  a 
pi-is  occalion  de  dire  ,  /.  FI.  c.  xxiv.  que  Silenus 
compagnon  de  Bacchus ,  étoit  enterré  dans  la  Pale- 
lline.  Mais  comme  Silène  efl  repréfenté  fur  des  mé- 
dailles de  Sichem  ou  Néapolis,  il  femble  que  c'elt 
plutôt  à  Sichem  qu'à  Silo  ,  qu'on  auroit  cru  voir  le 
tombeau  de  ce  demi-dieu  dupaganifme;  mais  Ben- 
jamin de  Tolède  dit  que  de  Ion  tems  ,  on  montroit 
à  Silo  le  tombeau  de  Samuel.  (D.  J.) 

SILOÉ,  (  ^i/?.yicre'(;.)  fontaine  aux  pies  des  murs 
de  Jérufalem  ;  fon  eau  couloit  dans  la  ville  par  un 
aqueduc ,  &  formoit  une  pilcine  d'eau  qu'on  croit 


s  I  L 

ctrela  même  que  Beth-SeJa,  ou  BcthfaUa.  Tfa'îe,  vît). 
C  parle  de  cette  fontaine ,  &  dit  que  l'es  eaux 
couîoient  doucement  6c  lans  bruit.  Il  eft  vraifTem- 
blable  que  cette  fontaine  e<l  la  même  que  celle  de 
Rogel  ou  du  Foulon  de  Jofué  ,  xviij.  16'.  Quoiqu'il 
en  loit ,  l'Ecriture  nous  apprend  que  -le  long  de  la 
piicine  ou  de  l'aquéduc  de  Siloé ,  il  y  avoit  une  tour 
qui  tomba  &  qui  écrala  dix-huit  hommes,  Luc,  xiij. 
4.  C'eft  aux  eaux  de  cette  fontaine  que  Jefus-Chrid 
envoya  l'aveugle  né  ,  au  rapport  de  laint  Jean,  ix. 

SILPHIUM  ,  f.  m.  (  Botan,  anc.  )  (rt^çlov ,  racine 
de  Libye ,  aux  environs  de  Cyrène  ,  dont  on  faifoit 
un  cas  tout  particulier  ,  tant  à  caufe  de  fes  proprié- 
tés médicinales  ,  que  par  ion  ufage  dans  les  ragoûts. 
Les  naturels  du  pays  i'appelloient  d'abord  (irpld  ,  en- 
{vàie  Jilphi  ^  d'où  vint  le  mot  grec  (n>^i*iiov.  Les  Latins 
nommèrent  la  ferpitium  ^  lefuc  de  la  xzc\m  filphium. 
Le  fuc  ou  la  gomme  de  celle  de  Cyrène  ctoit  tel- 
lement cfiimé ,  que  les  R.omains  dépofoient  dans  le 
tréfor  public  tour  ce  qu'ils  en  pouvoient  acquérir  ; 
&  Jules  Céfar  ne  manqua  pas  de  s'en  emparer  dans 
le  tems  de  fa  dictature.  Les  Grecs  appelloicnt  aufîi 
proverbialement  tout  ce  qui  étoit  rare ,  BarT»  a-f^^/or, 
filphium  de  Bdcius^  c'eû-H-dive  ,/î/phinm  de  Cyrène, 
colonie  dont  Battus  ctoit  fondateur.  Mais  nous  ap- 
prenons de  Pline  ,  quelong-tems  avant  qu'il  écrivit, 
la  connoiflance  à.\xjilphium  de  Cyrène  étoit  perdue; 
les  Romains  tiroient  alors  \turjilphium,  ou  le  fuc  de 
cette  plante  d'Arménie ,  de  Médie ,  &  de  Perfe;  ce- 
lui de  Cyrène  étoit  entièrement  inconnu  à  Rome. 

Je  fais  que  quelquelques  favans  &  botaniftes  m.o- 
dernes ,  comme  le  docteur  Bentley  ,  MM.  Eveiin  , 
Laurence  ,  &  Geoffroy,  imaginent  reconnoître  le 
filphium  de  Cyrène  dans  notre  ajfafœtida  ;  mais  je 
crois  qu'ils  auroient  bien  de  la  peine  à  démontrer 
leur  opinion  ;  car  fans  parler  des  médailles  qui  leur 
font  contraires  ,  &  dont  le  docteur  Mead  a  fait  ufage 
contre  le  dodeur  Bentley  ,  il  nous  fuffira  de  remar- 
quer que  Théophraile,  Diofcoride ,  &  l'ancien  fcho- 
liafte  d'Ariftophane ,  donnent  -aw  filphium  de  Cyrène 
une  odeur  douce ,  odoriférante  ,  &:  très-agréable;  ce 
qui  ne  convient  certainement  pas  à  l'odeur  fétide  , 
rorte  ,  &  defagréable  de  notre  afafcztida.  (^D.  J.^ 
SILVA  CIMIMA,  (  Gèog.  'anc.  )  forêt  d'Italie, 
dans  la  Tofcane  ,  au-delà  de  la  ville  de  Péroufe ,  par 
rapport  à  Rome.  Tite-Live,/.  IX.  c.  xxxv/.&xxxvij. 
qui  marque  la  fituation  de  cette  forêt ,  &  qui  la  dé- 
crit ,  dit  que  fous  le  confulat  de  Q.  Fabius  ,  &  de  M. 
Marcius  Rutilus ,  elle  étoit  auffi  impénétrable  &  auffi 
affreufe  que  la  forêt  Hercinienne  dans  la  Germanie, 
&  qu'aucun  marchand  jufque-là  n'avùit  oféy  paffcr. 
(D.J.) 

SiLf'A  Herculi  sacra.,  {Gèog.  anc.)  forêt 
de  la  Germanie ,  entre  le  Wefer  &  l'Elbe  :  Tacite 
l'appelle  ainfi,  parce  qu'elle  étoit ,  dit-il ,  confacrée 
à  Hercule. 

S  IL  V  AIN,  f.  m.  ou  mieux  encore  Sylvain, 
(  Mythol.  )  filvanus  ;  dieu  champêtre  des  Romains  , 
qui  préfuloit  aux  forêts  ,  comme  fon  nom  l'indique  ; 
c'efl  un  dieu  dont  l'origine  eft  peu  connue.  Les  uns 
le  font  fils  de  Saturne ,  &  les  autres  de  Faune  ;  on  ne 
fait  pas  même  où  il  eft  né.  Les  Pélafges  en  portèrent 
la  connoiflance  de  Grèce  en  Italie. 

Macrobe  diftingue  trois  Silvains;  l'un  étoit  dieu  do- 
neftique  ou  dieu  lare,  Silvanus  larium  ;  l'autre  dieu 
champêtre ,  &  c'ctoit  le  même  que  Pan  ou  Faune;  le 
troifieme  dieu  oriental,  ou  le  dieu  qui  étoit  le  même 
que  Mars,  &:  celui-ci  étoit  proprement  Silvain.  Scr- 
vius  obferve  ,  que  c'étoit-lil  l'opinion  commune  , 
mais  que  les  philofophes  difoicnr ,  que  Silvain  étoit 
le  dieu  de  la  matière  ,  qui  cil:  la  malfe  6c  la  lie  des  tlé- 
mens  ;  c'elt-à-dire  ce  qu'il  y  a  de  plus  grofilcr  dans  le 
ifeuj,  dans  l'air ,  dans  l'eau  &  dans  la  terre. 


S  I  L 


197 


On  trouve  Silvain  reprcfenté ,  tantôt  avec  les  cor- 
nes 6c  la  moitié  du  corps  de  chevre,tantôt  avec  toute 
la  forme  humaine;  les  attributs  de  Silvain  fous  la  for- 
me humaine,  font  une  ferpe  à  la  main,  une  couronne 
grolîicrement  faite  de  feuilles  &  de  pommes  de  pin  , 
un  habit  ruliique  qui  lui  dcfcend  jufqu'au  genou,  un 
chien  auprès  de  lui,  &  des  arbres  à  fes  côtés  ,  com- 
me dieu  des  forêts. 

Silvain  en  la  forme  de  Pan  ,  étoit  figuré  avec  les 
cornes  ,  les  oreilles  ,  &  la  partie  inférieure  du  corps 
de  chèvre ,  tout  nud  ,  couronné  de  lierre ,  mais  dont 
les  cornes  percent  la  couronne ,  portant  de  la  main 
gauche  une  branche  de  pin,  ou  tenant  des  pommes 
de  cet  arbre  ,  ce  qui  montre  que  le  pin  était  l'arbre 
favori  de  ce  dieu.  Souvent  au  lieu  de  pin ,  c'eft  une 
branche  de  cyprès ,  à  caufe  de  la  tendrelfe  qu'il  avoit 
pour  le  jeune  CypariJJus  ,  qui  fut  métamo"i)hofé  en 
cyprès  ;  où,  félon  les  Hiftoriens,  parce  qu'il  a  le  pre- 
mier appris  à  cultiver  cet  arbre  en  Italie. 

UnQ  troifieme  manière  aflez  ordinaire  de  repréfen- 
ter  Silvain  ,  c'cfi:  en  forme  d'hcrme  ,  où  l'on  ne  voit 
que  la  tête  6c  la  moitié  du  corps  fans  bras  ;  le  refte  fe 
termine  en  pilier,  dont  la  groifeur  diminue  toujours 
jufqu'à  la  bafe. 

Silvain  fut  extrêmement  honoré  en  Italie ,  où  l'on 
croyoit  qu'il  avoit  pris  naifiance  ,  &  qu'il  avoit  ré- 
gné utilem.ent  pour  les  hommes.  Il  avoit  plufieurs 
temples  à  Rome,  un  dans  les  jardins  du  monî-A>  en- 
tin  ,  un  autre  dans  la  vallée  du  mont  Viminal ,  &  un 
troifieme  fur  le  bord  de  la  mer  ,  d'où  il  étoit  appelle 
Liitoralis, 

Ses  prêtres  formoient  un  des  principaux  collèges 
du  facerdoce  romain  ,  &  nous  en  ferons  un  article  à 
part  ;  c'ell  affez  d'obferver  ici,  qu'il  n'y  avoit  que  des 
hommes  qui  puffent  lui  facrifier.  On  lui  faifoit  des 
offrandes  félon  la  faiion  ,  &  félon  le  befoin  que  l'on 
avoit  de  fon  fecours.  Dans  le  tems  de  la  moiflbn,  on 
lui  préfentoit  des  épis  ,  afin  qu'il  bénît  les  blés.  En 
automne  ,  on  lui  offroit  des  railins ,  afin  qu'il  donnât 
de  bonnes  vendanges  ;  &  on  lui  donnoit  du  lait  quand 
on  le  prioit  d'avoir  foin  des  troupeaux.  Tout  cela  ell 
marqué  dans  ces  deux  vers  de  Tibulle  de  VElég>e  6. 
du  liv.  I.  lorfqu'il  parle  des  occupations  que  fa  maî- 
treflc  aurcit  chez  lui  à  la  campagne. 

Illa  dco  fciet  agricole!  pro  vitibus  uvam , 
Profegetefpicas  ,  pro  grcge  ferre  dapem. 

«  Elle  faura  offrir  au  dieu  champêtre  des  raifins 
»  pour  nos  vignes  ,  des  épis  pour  nos  moiflbns  ,  &: 
»  du  lait  pour  nos  troupeaux  >♦.  Dabord  on  le  con- 
tentoit  de  lui  faire  de  ces  fimples  offrandes ,  mais 
dans  la  fuite,  on  lui  immoloit  encore  un  cochon.  On 
paroit  fes  autels  de  branches  de  cyprès  ou  de  pin ,  Ôi 
c'eft  pour  cela  qu'on  l'appelloit  Dcndrophore. 

On  faifoit  peur  aux  enfans  de  Silvain  ,  comme  du 
loup  ;  c'efl:  à  caufe  de  l'inclination  qu'ont  tous  les 
enfans  à  détruire  &  à  rompre  des  branches  d'arbres. 
Pour  les  en  empêcher  ,  on  leur  repréfentoit  Silvairt 
comme  un  dieu  qui  ne  fouffriroit  pas.  impunément 
qu'on  gâtât  des  chofes  qui  lui  étoient  confacrées  ; 
mais  pourquoi  Silvain  étoit-il  la  terreur  des  femmes 
en  couches  ?  Et  pourquoi  falloit-il  implorer  contre 
lui  la  protedion  d'autres  divinités?  C'efl,  dit -on, 
parce  que  Silvain  étoit  regardé  comme  incube. 

Silvains  ,  (^Mythol. )  les  Silvains  étoient  dans  la 
Mythologie,  certains  dieux  champêtres  de  peu  d'im- 
portance ,  comme  les  Faunes,  les  Satyres,  les  Silè- 
nes ,  les  Pans ,  les  Egipans  ,  &c.  mais  ils  Icrvoicnt 
tous  aux  poètes  à  embellir  leurs  delcriptions  du  pay- 
fage  des  campagnes.  Ces  dieux  avoient  des  bociges 
particuliers,  oii  les  bergers  &  les  troupeaux  alloient 
chercher  l'ombre  pendant  les  ardeurs  étouffantes  de 
la  canicule.  (Z>.  /.) 

SiLYAiN ,  Collège  de  ,  {Antiq,  rom,  )  celltginm 


Î93 


S  II 


Silvani  ;  c'efl:-à-clire/oc:V«'  ou  confrérie,  qu'on  appèlr 
\oitz\i^\  jhdalkas  ,  Jodaiinum.  Entre  les  collèges  ou 
<:ontrories  des  Romains,  il  y  ^n  avoit  de  facrcs,  com- 
me colUpiim  fnnnim  arvdttu.n  ,  le  collège  des  fi-ercs 
arvales  ,  qui  iacrifioient  pour  la  fertilité  des  champs. 
Le  coilcgi  di  Sitvain  à  Rome  ,  ctoit  aulH  du  nombre 
des  facrés  &  s'appelloit  le  grand  coilcgi.  Les  corps 
<lc  métier  avoient  aulîî  leurs  collèges  &  leurs  afiem- 
blées  qui  le  tailbicnt  ert  certains  tems ,  &  ces  Ibrtes 
de  collèges  n'ctoient  point  lacrcs. 

La  bibliothèque  de  S.  Germain  des  prés  poflede 
im  monument  curieux  ;  c'efl:  une  pierre  trouvée  à  ce 
qu'on  dit  au  bols  de  Vincenncs  tout -auprès  de  S. 
Maur.  Le  favant  P.  Dom  Bernard  de  Montfaucon  , 
en  a  fait  prclent  aux  bénédidins  de  S.Germain.  Cet- 
te pierre  porte  pour  inlcriptlon  :  CoUegium  Silvani , 
rcliitucnint  Marcus  Aureiius,  Augufîi  libertus,  HilaruSy 
&  magnus  C'yptarius,  curu tores;  c'elVà-dire  que  Mar- 
cus-Aurehus  affranchi  d'Auguftc  ,  furnommé  Hila- 
rlus  ,  &  magnus  Cryptarius ,  curateurs  ,  ont  rétal)li 
le  collige  de  Silvain.  Le  nom  de  Marcus  -  Aurelius 
que  portoit  l'affranchi  d'Augufte  ,  marque  qu'il  étoit 
affranchi  de  Marc-Aurele,  qui  régna  depuis  l'an  i6o 
de  J.  G.  julqu'à  l'an  180  ;  &  que  ce  réîabliffemcnt  du 
collège  de  Silvain  a  été  tait  fous  cet  empereur. 

Ce  collège  de  Silvain  près  de  Paris ,  ayant  été  ré- 
tabli du  tems  de  Marc-Aurele  ,  il  failoit  donc  q^l 
eût  été  fondé  long-tems  auparavant ,  &  qu'il  fut  de- 
puis tombé  en  décadence ,  ce  qui  porta  les  curateurs 
à  le  remettre  à  fon  premier  état.  Ce  fut  apparem- 
ment peu  de  tems  après  que  les  Gaules  furent  rédui- 
tes fous  la  puiffance  des  Romains  ,  que  ce  collège  de 
Silvain  fut  établi  dans  le  bois  de  Vincennes  ,  à  l'imi- 
tation du  grand  collège  de  Silvain  de  Rome  ;  car  les 
principales  villes  des  Gaulois  fe  conformoientà  cette 
capitale  du  monde ,  dans  leurs  établiffemens  ,  leurs 
édifices ,  leurs  temples  ,  leurs  collèges  ,  ô-c.  &  fi  les 
précieux  reftes  de  l'antiquité  n'étoient  comme  abî- 
més dans  les  grands  décombres  qui  ont  fi  fort  haufîe 
le  terrein  de  Paris  ,  nous  y  verrions  vraiffemblable- 
ment  bien  des  chofes  imitées  de  l'ancienne  Rome. 

Les  temples  &:  les  autres  lieux  confacrés  à  Silvain, 
ctoient  ordinairement  dans  les  bois  &  dans  les  forêts. 
Selon  M.  Fabretti ,  on  voit  encore  aujourd'hui  dans 
im  bois  près  de  Rome  ,  joignant  la  voie  d'Oftic ,  les 
mazûrcs  d'un  temple  avec  l'infcription ,  SilvanoJ'anc- 
to  ;  ce  culte  qu'on  lui  rendoit  dans  les  bois  avoit  rap- 
port à  fon  nom.  Ce  dieu  fe  volt  affez  fouvent  repré- 
senté entre  des  arbres  ,  tenant  une  ferpe  ,  &  portant 
une  branche  de  pin  ou  de  cyprès  ;  de-là  vient  qu'on 
l'appelloit  Dendrophore. 

Notre  infcription  ne  nous  apprend  touchant  ce  col- 
lège de  Silvain  ,  que  ce  que  je  viens  de  dire  ;  mais 
comme  il  a  indubitablement  été  fondé  ,  à  l'exemple 
&  liir  la  forme  du  grand  collège  de  Silvain  de  Rome  , 
cela  m'engage  ;\  rapporter  ici  de  ce  grand  collège  ro- 
main ,  ce  que  les  marbres  nous  en  apprennent ,  car 
les  anci.eni  auteurs  n'en  ont  jamais  parlé. 

Ce  grand  collège  avoit  été  inconnu  prefque  jufqu'à 
nos  jours.  Ce  fut  M.  Fabretti,  fameux  antiquaire, 
mort  l'an  1700 ,  qui ,  à  la  faveur  de  quelques  infcrip- 
lions  antiques  ,  en  donna  la  connoifl'ance  au  public. 
Ce  collège  efl  toujours  appelle  dans  fes  infcriptions, 
colUgium  magnum  Silvani ,  le  grand  collège  de  Sil- 
vain. On  gardolt  dans  ce  grand  collège  les  dieux  La- 
res &  les  images  des  empereurs.  On  favoit  bien  par 
le  rapport  de  quelques  auteurs, qu'on  rendoit  un  culte 
aux  dieux  Lares  &  aux  images  des  empereurs  ;  mais 
il  n'étoit  dit  nulle  part,  qu'on  les  gardât  au  grand  col- 
lège de  Silvain. 

Le  nombre  de  ceux  qui  compofoient  ce  grand  col- 
lège, alloit  à  plus  de  cent ,  félon  une  des  infcriptions 
qui  rapporte  tous  leurs  noms.  Le  chef  de  la  confré- 
ïie  étoit  Caius  Julius-Elpidephoruç-Cyrinus,  qui 


,  Si  L 

eft  appelle  patromisfodalidi ,  le  patron  de  la  confré-» 
rie.  Après  lui  venoient  ceux  qu'on  appelloit  immu" 
ncs,  au  nombre  de  fix  ;  ce  nom  paroît  n'exprimer  guè- 
re leur  oiKce  ëc  leurs  prérogatives  ;  mais  d'autres  Inf. 
crlptions  nous  apprennent  que  ces  immunes  avoient 
droit  de  facrificr  dans  les  aliem.blées  ,  &  ce  droit  efl 
qualifié  dans  une  infcription  A'immunitas.  Après  ces 
immunes  au  nombre  de  fix  ,  venoient  les  fodaUs  ou 
confrères ,  qui  font  quatre-vingt-douze,  divilés  par 
décuries  :  or  il  cft  à  remarquer  que  ces  décuries  ne 
comprenoient  pas  feulement  dix  perfbnnes  ,  comme 
le  nom  femble  le  fignlfier  ,  mais  quatorze  ,  quinze  , 
&  quelquefois  feize  ;  ce  qui  s'obferve  aufTi  dans  d'au- 
tres infcriptions  ,  où  il  efl  tait  mention  de  collèges 
dlffcrens  de  celui  dont  nous  parlons. 

D'autres  Infcriptions  qui  rapportent  les  noms  des 
foldats  romains,  mettent  en  titre  anturui ,  la  centu- 
rie ,  &  en  nomment  bien  au-delà  de  cent  fur  cha- 
cune. 

Après  les  quatre-vingt-douze  confrères  ,  on  voit 
dans  un  rang  féparé  les  bas-ofhciers  ,  qui  y  font  ap- 
pelles biatons  au  lieu  de  viatores  ;  le  b  mis  pour  v 
confbnne  fe  trouve  fi  fouvent  dans  les  infcriptions  , 
qu'on  ne  s'y  arrête  plus.  Ces  biatores  étolent  deflinés 
pour  les  commifTions  6c  pour  les  emplois  les  plus  bas. 
Dans  une  autre  infcription  ,  T.  Flavius  Myrtillus-Ja- 
nuarianus  efl  appelle  fcnba  collegù  magni  ,  fcribe  ou 
fecrétaire  du  grand  collège. 

Dans  ce  grand  collège  de  Silvain  &  dans  les  autres 
collèges  ,  les  confrères  s'affembloient  quelquefois 
pour  facrifîer  ;  on  y  failoit  des  fefllns  à  toute  la  trou- 
pe. Ces  collèges  afTifloient  auffi  à  la  pompe  ou  pro- 
cefTion  qui  fe  faifoit  tous  les  ans  ,  &  oii  l'on  portoit 
les  images  des  dieux  &  des  empereurs.  Le  grand  col^ 
lege  de  Silvain  deftiné  à  garder  ces  images  ,  y  devoit 
tenir  un  rang  confidérable. 

Les  infcriptions  romaines  qui  nous  ont  donné  la 
connoifTance  de  ce  grand  collège  de  Silvain  ,  ne  nous 
apprennent  pas  en  quel  lieu  de  la  ville  fe  faifoient 
les  afTemblées ,  ni  où  étoit  l'édifice  où  l'on  gardoit 
les  dieux  Lares  &  les  images  des  empereurs.  Le  lieu 
où  s'affembloient  ceux  qui  compofoient  le  collège  d& 
Silvain  de  Paris ,  étoit  apparemment  dans  le  bois  de 
Vincennes ,  où  a  été  trouvé  ce  monument ,  ou  peut- 
être  dans  quelque  lieu  voifin.  L'infcription  ne  dit 
autre  chofe  que  ce  que  nous  avons  rapporté  ci-def- 
fùs  ;  mais  comme  il  avoit  été  fait  à  l'exemple  de  ce- 
lui de  Rome ,  ce  que  nous  avons  dit  du  collège  ro- 
main doit  lui  convenir.  Extrait  du  difcours  de  D.  Ber- 
nard de  Montfaucon,  inféré  dans  les  Mém.  des  Infcript, 
tom.  XX.  {p.  J.) 

SILFANE'CTES ,  &  SILVANECTUM,  (  Géog: 
anc.  )  ville  de  la  Gaule  beigique.  Cette  ville  n'a  point 
été  connue  des  anciens,  ou  ton  nom  efl  étrangement 
défiguré  dans  leurs  livres.  On  ne  fait  fi  fes  habitans 
font  les  Ulmanetes  de  Pline  ,  /.  If^.  c,  /  7.  ou  les  Su- 
manecles  de  Ptolomée. 

La  plupart  des  géographes  croyent  qu'il  efl  quef- 
tlon,dans  cet  endroit  de  Ptolomée, des  peuples ///v^- 
necles.  Ptolomée  donne  aux  Sumanecîi  une  ville  nom- 
mée VxTova.yov ,  qui  pourroit  être  la  même  chofe  que 
V Augujlomagus  àzs  anciens  itinéraires  ,  fi  l'on  vient  à 
convenir  que  les  Sumantcles  &  les  Silvanecles  font  le 
même  peuple.  Les  mêmes  itinéraires  placent  Auguf- 
tomagus  entre  Cœfaromagus  &c  Sueffiones ,  ce  qui  mon* 
treroit  que  c'efl  la  ville  de  Senlis  d'aujourd'hui ,  qui 
efl  appellée  civitas  Silvaneclum  dans  la  notice  des 
provinces  des  Gaules. 

Dans  celle  des  dignités  de  l'empire  ,  on  lit  :  pra- 
fecius  Icctorum  gentilium  ,  Remos  &  Sdvane£las  Belgls 
fecundœ.  L'on  voit  ,  par  cette  notice  ,  que  comme 
le  nom  des  peuples  Rémi  efl  donné  à  la  ville  de 
Rheims  ,  de  même  le  nom  des  peuples  Silvanecict  efl 
employé  j  {eloQ  IV^age  de  ce  tems-ln ,  pour  défigner 


s  I  L 

la  capitale  Jugi-fomagus ,  à-prcfent  Senlis.  Le  roi 
Guntheram  le  plaignit  i\  Grégoire  de  Tours  ,  qui  lui 
avoit  ctc  envoyé  en  ambaflade  ,  de  ce  qu'on  lui  re- 
tenoit  ia  part  de  la  ville  de  Senlis  :  pars  mea  de  urbc 
Silvaneftcnli  non  rcddïiur. 

M.  de  Valois  croit  que  le  nom  de  Silvancclcs  n'eft 
point  latin ,  mais  gaulois  ,  &  que  ce  n'eft  que  dans 
les  notices  de  l'empire  ,  qu'on  trouve  pour  la  pre- 
mière fois  le  nom  de  civitas Silvaneclum  pour  Senlis, 
ainfi  nommée  àçjilva  >  parce  qu\llc  étoitau  milieu 
des  bois.  (i>./.) 

SILVE ,  1".  f.  (  Gram.  &  Lhtîrat.  )  pièce  de  poéfie 
faite  d'enthoufiafme  ,  fans  préparation  ,  fans  médita- 
tion ,  par  fantaific  ,  par  boutade  ,  de  chaleur  d'ima- 
gination. Telles  font  les  fihes  de  Stace. 

SILVER-GROS  ,  f.  m.  (  M<mnok.  )  \q  fdvtr-gros  ^ 
c'eft-à-dire,  XcfiU'cr-gros  d'argent,  ell  une  nionnoie 
de  compte  ,  dont  les  marchands  de  Erefiau  en  Siléfie 
fe  fervent  pour  tenir  leurs  livres  en  écritures.  Trente 
Jilvcr-gros  font  la  richedaler.  Ricard.  (  D.  J.) 

SILVES  ,  ou  SILVA  ,  (  Géog.  mod.  )  petite  ville  de 
Portugal ,  dans  le  royaumic  des  Algarves  ,au  nord-eil 
de  Lagos  ,  un  peu  au-deffus  du  bord  de  la  mer,  & 
dans  une  campagne  admirable  ;  mais  la  ville  n'en  ell 
ni  plus  peuplée  ni  plus  riche.  Aulîi  l'évëché  qu'elle 
avoit  a  été  transféré  à  Faro  en  i  590.  Long.  51 .  8.  latlt, 

SILVLSTRE  ,  f.  f.  {Teinture.')  graine  rouge  qui 
fert  à  la  teinture.  L'arbre  qui  la  produit  ne  croît 
qu'aux  Indes  occidentales  :  la  graine  fdvejire  vient 
particulièrement  de  Guatimala  ,  la  plus  grande  &  la 
plus  fertile  province  de  la  nouvelle  Elpagne. 

SILVESTRERI ,  f.  m.  {Hiji,  eccUf.  )  religieux  de 
la  congrégation  de  Saint  Si/vcjire  Gozzolam  ,  d'une 
famille  noble  d'Oimo  dans  la  marche  d'Ancone ,  & 
fondateur  de  cet  ordre. 

SILFINIACUM,  ou  SILVINIACUS ,  (Géog. 
anc.  )  grande  bourgade  de  France  ,  aux  confins  du 
Berry  &C  de  l'Auvergne  ,  dont  elle  paffoit  pour  être 
la  borne  ;  c'eft  prélentem.ent  Souvigny ,  entre  Bour- 
bon-l'Archambaut  &  Moulins.  (D.  J.) 

SILFIl/M,  (  Géog.  anc.)  ville  d'Italie.  L'itiné- 
raire d'Antonin  la  place  fur  la  route  de  Bénevent  à 
Tarente.  Strabon  donne  Sdvlum  aux  Peuntii.  Ses  ha- 
bitans  font  nommés  Sylvini  par  Pline  ,  /.  ///.  c  xj . 
Silvium  ,  félon  Holflein  ,  étoit  dans  l'endroit  où  eil 
à-préfent  il  Gorgolione.  (Z>.  J.) 

SILURES  LES  ,  (  Geog.  anc.  )  Sduri ,  peuples  de 
la  Grande  Bretagne.  Pline  ,  /.  ly.  c.  xvj.  les  étend 
jufqu'à  la  mer  d'Hibernie.  Ptolomée,  /.  //.  c.  lij.  qui 
écrit  Sylures ,  ne  leur  donne  que  la  ville  BuUœum  , 
aujourd'hui  Buelik  ;  mais  félon  l'itinéraire  d'Anto- 
nin ,  ils  dévoient  avoir  encore  Ariconium  ,  Ifca  Sl- 
larum  ,  Burium  Bovium  ,  &  peut-être  Gobannium.  Le 
même  itinéraire  leur  donne  aufîi  Venta  Sdurum ,  & 
Magnce  ou  Magie, 

Les  Silures  paroifTent  être  venus  de  l'Efpagne ,  en 
pa!-tie  à  caufe  de  leur  teint ,  qui  étoit  plus  brun  que 
cehii  des  autres  ,  de  leurs  cheveux  courts  &  frifés  , 
au  lieu  que  les  Bretons  étoient  naturellement  blonds , 
&C  à  caille  de  leurs  mœurs  qui  étoient  un  peu  diffé- 
rentes de  celles  des  autres. 

On  fait  d'ailleurs  que  les  anciens  Cantabres  ou 
Bllcayens ,  qui  étoient  fort  appliqués  à  la  naviga- 
tion ,  envoyèrent  des  colonies  dans  l'île  d'Irlande  , 
&  l'on  prélume  que  les  Sdures  étoient  des  defcendans 
de  ces  Cantabres  traniplantés ,  qui  avoient  paffé  dans 
la  grande  ile  de  Bretagne  6c  s'y  étoient  établis. 

Oftorius  gagna  fur  eux  une  viftoirc  décifive,  dans 
laquelle  il  fit  prifonnier  leur  roi ,  les  frères  ,  fes  en- 
fans  ,  &c  les  envoya  à  Rome ,  fe  flattant  d'obtenir 
l'honneur  du  triomphe.  Caraftacus  ayant  été  con- 
duit chargé  de  chaînes  devant  l'empereur,  lui  parla 
en  ces  termes ,  au  rapport  de  Tacite. 


S  I  M 


199- 


«  Si  ma  modération  n'avoit  été  aufîi  grande  que  ma 
»  naillance  ou  ma  propre  fortune  ,  Rome  me  verroit 
»  maintenant  Ion  allié  6c  non  Ion  captif;  &  peut-être 
»  n'auroit-elle  pas  refufé  de  mettre  au  rang  de  fes  amis, 
»  un  prince  qui  commandoit  à  plulieurs  peuples. 
»  L'état  donc  où  je  me  trouve  aujourd'hui ,  n'efî:  pas 
»  moins  indigne  de  moi  qu'il  eft  glorieux  pour  vous. 
»  J'ai  eu  armes,  chevaux,  équipages,  grandeur,  reve- 
»nus,  foldats  &;  fujets.  Aiufi  ne  trouvez  point  étran- 
»  ge  ,  fi  polfédant  tovites  ces  chofes ,  qui  font  l'objet 
»  de  l'adoration  des  hommes  ,  j'ai  tâché  de  les  défen- 
»  dre  aveccourage.Puifque  vous  vouliez  tout  avoir  , 
»  il  falloit  bien  ,  ou  me  conferver  par  les  armes  ce 
»  que  je  poffédois  ,  ou  me  réfoudre  à  tout  perdre. 
»  Si  je  m'étois  foumis  baffement  &c  en  lâche  ,  votre 
»  gloire  &  mon  infortune  feroient  enfeveliesdans  un 
»  lilence  éternel  ;  mais  après  avoir  rendu  votre  nom 
»  fameux  par  ma  défaite  &par  mes  malheurs  ,  fi  vous 
»  me  conlervez  la  vie ,  celle  de  mes  frères  &  de  mes 
»  enfans  ,  nous  ferons  dans  le  monde  im  exemple 
»  mémorable  ,  &  qui  ne  périra  jamais  de  votre  clé- 
»  mence  &  de  votre  générofité  »» 

L'empereur  Claude  ,  touché  de  ce  difcours  plein 
de  force  &  de  vérité  ,  accorda  le  pardon  à  Carafta- 
cus  ,  &  lui  fit  ôter  à  l'inftant  fes  chaînes  ,  ainfi  qu'à 
fes  frères  &  à  fes  enfans  ,  &  à  tous  les  captifs  de  leur 
fuite.  Cependant  il  arriva ,  dans  l'intervalle  du  voya- 
ge de  Caradtacus  à  Rome  ,  que  les  Silures  obtinrent 
quelques  avantages  contre  Oflorius.  Irrités  de  ce 
qu'on  les  menaçoit  de  les  tranfporter  dans  un  pays 
étranger  ,  comme  on  Tavoit  pratiqué  à  l'égard  des. 
Sicambres  ,  ils  ne  fongerent  plus  qu'à  défendre  una- 
nimement leur  liberté  jufqu'à  la  mort.  Bientôt  après 
ils  taillèrent  en  pièces  deux  cohortes  ronjaines,  que 
l'avarice  des  chefs  &  le  defir  du  pillage  avoient  fait 
engager  trop  avant  dans  leur  pays.  Enfuite  ils  tâchè- 
rent de  porter  tous  les  autres  peuples  à  fe  foulever, 
en  les  gratifiant  de  la  plus  grande  partie  des  dépouilles 
qu'ils  avoient  faites  fur  leurs  ennemis.  Oftorius  m.ou- 
rut  de  déplaifir  de  fe  voir  hors  d'état  de  terminer 
cette  guerre.  Aulus  Didius  qui  lui  fuccéda  s'y  piit 
mieux  ,  ou  fut  plus  heureux.  Il  arrêta  les  progrès 
des  armes  des  Sduns  ,  qui  s'étoient  déjà  jettes  fur 
les  frontières  de  la  province  Romaine.  Enfin  ils  per- 
dirent infenfiblement  leurs  avantages  ,  &  furent  fou- 
rnis par  Frentinus.  On  voit  par  ce  qui  précède  que 
la  défaite  totale  des  Silures  efl  renvoyée  fort  au-de- 
là du  règne  de  Vefpafien,  tems  auquel  quelques  au- 
teurs l'ont  fixée.  Lorfqu'on  lit  l'hilloire  d'un  peuple 
brave  qui  préfère  la  mort  à  la  fervitude,  le  cœur  le 
plus  lâche  s'intéreffe  à  fon  fort ,   &  lui  fouhaite  du 
fuccès.  Alors  on  quitte  le  parti  des  Romains,  &  l'on 
s'enrôle  parmi  les  honnêtes  gens. 

SILYS  ,  (  Géog.  anc.  )  les  Scythes ,  félon  Pline , 
/.  FI.  c.  /i,  donnoient  dans  leur  langue  ce  nom  à 
deux  fleuves  difFérens  :  favoir  à  celui  que  les  Latins 
appelloient  Tunaïs  ,  &  qui  faifoit  la  féparation  de 
l'Europe  &  de  l'Afie  ,  6c  au  Jaxartes  ,  qui  tombe  dans 
la  mer  Hyrcanienne.  Il  ne  faut  donc  pas  s'étonner  fî 
les  foldats  d'Alexandre  le  grand  ,  lorfqu'ils  furent 
arrivés  fur  le  bord  du  Jaxartes  (  Arrian.  l.  IV.  c.  xv!)^\ 
donnèrent  à  ce  fleuve  le  nom  de  Tanaïs.  D'ailleurs 
Arrien  dit  que  le  Juxartes,ou  Op^apTuc,  félon  le  grec, 
eft  aulîi  appelle  Tanaïs  ;  car  il  connoit  deux  fleuves 
de  ce  nom.  Jornandès  diftingue  pareillement  deux. 
Tanaïs  ,  l'un  qui  vient  des  monts  liiphees  ,  6c  tombe 
dans  les  Palus  méotides  ;  l'autre  qui  prend  fa  fource 
dans  les  monts  Chrinni  ,  6c  fe  perd  dans  la  mer  Caf- 
pienne.  A'oyu^  Tanaïs  &  Jaxartes.  (/?.  ./•  ) 

SIM  A  ,  (  Arcliit.  rorn.  )  la  grande  cimaife,  il  y  ai- 
deux  fortes  de  àniai/es  ,  l'une  droite  6c  l'autre  ren- 
verfée  ;  c'eft  cette  dernière  qui  ef^  \e/îrn.t  des  Latins  ^) 
&  que  nous  appelions  gueule  en  françois.  {D.  J.) 
SIMADIRI  ,  C  Ht/l.  de  régi.  greq.  )  nom  que  ki 


20O 


S  I  M 


Grecs  modernes  donnent  ;\  une  planche  longue  de 
trois  à  quatre  pics,  large  de  cinq  àlix  pouces  ,ta;llce 
en  talus ,  &  qui  elt  d'ufagc  pour  appeller  le  peuple 
ù  la  prière  ;  elle  Icrt  de  cloche  aux  chrétiens  grecs. 
Le  caloy^r  ou  le  papas  tient  XafimaJln  d'une  main  à 
la  porte  de  l'églile ,  &:  de  l'autre  il  frappe  deffus  à 
coups  de  maillet  redoublés ,  ce  qui  fait  un  bruit  qu'on 
entend  d'aile/,  loin.  C'eil  ,  dit  la  Guillctierc  ,  un 
plallir  au  jour  de  fête ,  do  voir  dans  quelques  en- 
droits les  cnfans  des  papas  battre  kjîmadiri  en  mu- 
fiquc.  (Z?. /.) 

SlM.ï.rH(7S  ,  (  Gcoc^.  anc.  )  félon  Ptolomée  & 
Ovide  :  Simctos{c\on  Vibius  Sequelkr  ;  &  Symathus 
félon  Strabon  ,  Thucydide  &C  Pline.  C'eft  le  nom 
d'un  fleuve  de  Sicile  ,  qui ,  à  ce  que  croit  Cluvier  , 
faifoit  la  borne  entre  les  Leontini  6c  le  territoire  de 
Catane.  Ptolomée  ,  l.  Ul.  c.  iv.  marque  mal-à-pro- 
pos l'embouchure  de  ce  fleuve  entre  Catane  &  Tau- 
Tomcntitm  ;  car  Thucydide,  /.  Vl.p.  ^55.  met  le 
fleuve  Syniœthus  auprès  du  territoire,  ou  même  dans 
le  territoire  des  Leontini.  Scryius  ,  ad  œneid.  l.  IX. 
V.  S84.  dit  que  le  tlcuve  Symai/ius  couloit  aux:  envi- 
rons de  Piilica  ,  ce  qui  eil  confirmé  par  Vibius  Se- 
quefler  :  or  les  Leontini  &C  Palica  étoient  au  midi  de 
Catane  ,au  lieu  que  Tauromenium  étoit  vers  le  nord. 
Le  nom  moderne  ,  félon  Fazel,  cUSanto-Pau/o  ;  La- 
larcrtû  félon  Léander  ,  &   JarrettA  félon   d'autres. 

SIM.A^ISE.  Voyei  Cymaise. 

SIMANCAS  ,  (  Gîog.  mod.  )  en  latin  Scptimanca  , 
petite  ville  d'Efpagne  ,  au  royaume  de  Léon  ,  fur  le 
Doiiéro ,  à  trois  lieues  au  midi  de  Valladohd ,  avec 
un   château  fortifié.  Lona.   /j.  ^j.  latit.   ^/.  4.5. 

SIMARE  ,  f.  f.  (  hahit  des  Romains.  )  en  latin  fyr- 
ma.  Foyci  Symare.  Mais  une^mare  d'eccléfiaftique 
ell  une  efpece  de  robe  de  chambre ,  que  les  prélats 
mettent  quelquefois  par  deffus  leur  foutane.  (Z).  /.) 

SIMAROUBA  ,  f.  m.  (  Botan.  exot.  )  écorce  d'un 
arbre  inconnu  jufqu'à  préfent  ,  qui  croît  dans  la 
Guiane,  &  que  les  habitans  onx.a^'^t[\c<iJimarouba. 
Elle  efl  d'un  blanc  jaunâtre ,  fans  odeur  ,  d'un  goût 
un  peu  amer  ,  compofée  de  fibres  pliantes  ,  attachée 
au  bois  blanc  ,  léger  &  infipide  des  racines  ,  des  fou- 
ches  &  des  troncs  ,  defqueîs  on  la  fépare  aifément. 

Le  fimarouba  eil:  compofé  de  gomme  réfineuie  , 
d'un  goût  qui  n'eft  pas  defagréable.  Il  fortifie  l'eflo- 
mac  par  fa  légère  amertume.  Il  appaife  les  douleurs 
&  les  tranchées  par  fes  parties  balfamiques  &  onc- 
tueufes  ,  qui  le  connoilfent  par  la  couleur  laiteufe 
que  cette^écorce  donne  à  l'eau  dans  laquelle  on  la 
fait  bouillir.  Il  arrête  les  hémorragies  &  les  flux  de 
ventre  ,  par  fa  vertu  aftringente  &  vulnéraire. 

Cette  écorce  eft  arrivée  pour  la  première  fois  dans 
nos  ports  l'an  1713.  On  l'avoit  envoyée  de  Guiane  , 
cil  elle  eft  fort  en  ulage  pour  les  flux  de  ventre  diffen- 
tériques. 

Elle  convient  fur-tout  dans  les  flux  de  ventre  fé- 
reux  ,  bilieux  ,  fanguinolens  &  muqueux  ,où  cepen- 
dant il  n'y  a  point  de  fièvre  ni  de  dérangement  d'ef- 
tomac  ;  pour  lors  le  fimarouba  fe  donne  avec  grand 
fuccès  ,  foit  en  décodion  jufqu'à  deux  drachmes 
dans  deux  livres  d'eau  ,  foit  en  poudre  ratifiée  ,  à  la 
doie  de  demi-drachme  ,  dont  on  fait  deux  ou  trois 
bolcs  avec  du  lyrop  de  capillaire.  Cette  écorce  a  une 
excellente  vertu  antifpaimodique,  flomachique  ,  & 
légèrement  narcotique,  ^oy^-^  la  mim.  de  tacad.  des 
fcienc.  ann.  tyn)  &  /7J2.  CD.  J.^ 

SIMAU  ou  MMAUM  ,  (  Géog.  mod.)  petite  ville 
de  la  Turquie  afiatique  ,  dans  l'Anatolie  ,  près  de  la 
rivière  de  Sangari  ,  à  quatorze  lieues  de  Nicée. 
(Z>.  J.) 

SIMBALATH,  f.  m.  (^Mai.  médic.desj4rabes.')  nom 
donné  par  Avicennes  &  autres  arabes ,  au  nard  cel- 


S   I  M 

tique ,  &  non  pas  au  nard  indien ,  comme  on  le  pré- 
tend communément  ;  car  Avicenne  dit  que  c'eft  le 
nard  européen ,  nardus  romani  orbis  ;  6c  après  en 
avoir  parlé ,  il  mentionne  plufieurs  nards  d'Afie,  qui 
font  les  narcls  indiens. 

SIMAIRSKA  ,  (Géog.  mod.)  ville  de  l'empire  ruf- 
fien ,  au  royaume  d' Aftracan  ,  entre  cotte  ville  &C  Ca- 
fan  ,  furie  Wolga,  aupaysdesTartares  nogais.  Long, 
6 G.  lat.S4.Ji. 

SIMBLEAU,  f.  m.  [Archit^  ou  plutôt  cingleau  ^ 
par  corruption  du  latin  cingulnm  ,  un  cordon  ;  c'eiî 
le  cordeau  q\ti  fert  à  tracer  les  arcs  de  cercle  d'une 
étendue  plus  grande  que  les  branches  des  plus  grands 
compas  foit  à  branches  ,  foit  à  verges.  Les  meilleurs 
fimbU.iux  font  des  chaînettes  qui  ne  font  pas  i"u jettes 
à  s'allonger  comme  les  cordes. 

On  appelle  di\\^\  fimbkau  une  perche  immobile  par 
un  de  fes  bouts ,  qui  fert  à  tracer  un  grand  arc  de 
cercle. 

SIMBLOT,  f.  m.  {Mamifacl.)  c'cft"  un  aflîemblage 
de  quantité  de  petites  ficelles,  qui  font  au  côté  droit 
du  métier  que  le  fabriquant  a  monté  pour  faire  une 
étolfe  figurée.  Ces  ficelles,  qui  palTent  fur  les  poulies 
du  caflîn  ,  &  qui  répondent  aux  liffes  ,font  en  nom- 
bre égal  aux  fils  de  la  chaîne  auxquels  elles  font  atta- 
chés, enforte  que  lorfque  le  tireur  en  tire  quelqu'une, 
il  s'élève  autant  de  fils  ,  à- travers  defqueîs  l'ouvrier 
peut  pafTer  fon  efpoulin.  Pour  favoir  quelles  ficelles 
doivent  fe  tirer  ,  on  y  a  lu  auparavant  le  deflTein , 
c'eft  à-dire ,  qvi'on  y  a  pafle  fucceffivement  autant  de 
petites  cordes  à  noeuds  coulans  que  le  lifeur  en  a 
nommé.  C'eft  cette  leclure  du  deffcin  qui  eft  ce  qu'il 
y  a  de  plus  curieux  ,  6c  aufTi  de  plus  difficile  dans  la 
monture  de  ces  fortes  de  métiers  ,  &  l'on  a  befoin 
pour  cela  des  plus  habiles  ouvriers ,  furtout  fi  le 
deffein  eft  beaucoup  chargé.  Diclionn.  de  Commerce. 
(D.  J.) 

SIMBOR,  f.  m.  (Hijl.  nat.  Bot.)  plante  fingullere 
des  Indes  orientales  ,  qui  reffemble  aux  cornes  d'un 
élan.  Elle  croît  fur  les  bords  de  la  mer  ;  au  lieu  de 
racine  elle  paroit  ibrtir  d'une  fubftance  mollaffe  6c 
fongueufe  ;  elle  n'a  pas  befoin  d'être  mife  en  terre 
pour  prendre  ,  on  n'a  qu'à  la  placer  fur  une  pierre 
ou  dans  le  creux  d'un  arbre  où  elle  reçoive  de  l'hu- 
midité. Cette  plante  eft  toujours  verte  ;  fes  feuilles 
reffemblent  à  celles  des  lis  blancs  ;  elles  font  vif- 
queufes  6c  d'un  goût  amer.  On  les  regarde  comme 
émollientes ,  réfokitives,  laxatives,  6c  propres  à  tuer 
les  vers. 

SIMBOR-MAGIANAM ,  (Botan.  exot.)  nom  d'u- 
ne plante  des  Indes  ,  qui  croît  dans  l'île  de  Java , 
près  de  la  mer ,  6c  dans  le  royaume  de  Bantam.  Il 
eft  ridicule  à  Bontius  d'en  parler ,  &  de  n'en  avoir 
pas  donné  la  defciiption.  (D.  J.) 

SÎMBRUINA  STAGNA  ,  (  Gcog.  anc.  )  lacs  d'I- 
talie ,  dans  le  Latium.  L'Anio  ,  félon  Pline ,  /.  ///. 
c.  xij.  traverfoit  trois  lacs  fort  agréables,  dont  il  por- 
toit  les  eaux  dans  le  Tibre  ;  &  ces  lacs  avoient  don- 
né le  nom  à  un  lieu  appelle  Suhlaquium.  Ces  mêmes 
lacs  font  les  SimbruinaStagna  deTacite,  Ann.  /,  XIF. 
c.  xxij.  qui  dit  que  Néron  étant  aflls  à  table  près  des 
étangs  fimbr-uins  ,  dans  un  lieu  nommé  Sublaqueum  , 
la  foudre  renverfa  fa  table  ,  &  frappa  fes  viandes.  II 
ajoute  que  cet  accident  arriva  fur  les  confins  du  Ti- 
bur. 

SIMELIUM,  f.  m.  (Hljl.  anc.)  eft  un  terme  latin 
qui  fignifie  un  médailler ,  ou  une  planche.,  qui  a  plu- 
fieurs petites  cavités  pour  y  arranger  des  médailles 
par  ordre  chronologique.  Foyci;^  Médailles  £• 
Suite. 

Ce  mot  eft  mal  écrit  ;  ce  devroit  plutôt  être  ci- 
melium.,  qui  eft  formé  du  grec  mi/jnXicv ,  curiofués  ou 
cabinet  des  chofcs  précieufcs.  Nous  difons  plus  ordi- 
nairement un  médailler  qu'un  cinulïum. 

SIM- 


^ 


I  M 


M 


^o 


SIMENIE,  {Géog.  anc.  )  peuples  de  la  grande- 
Bretagne.  Ptolomée ,  /.  II.  c.  HJ.  leur  donne  une  ville 
nomrnée  ^ema.  Il  y  en  a  qui  croient  que  ces  peuples 
font  les  habitans  de  l'Hantshire  ;  mais  Camden  foup- 
çonne  qu'il  faut  lire  dans  Ptolomée  Iceni ,  au  lieu  de 
Simcrii.  (Z),  /.) 

SIMIA  ,  {^Chimie.)  c'eft  le  nom  que  les  Arabes  mo- 
dernes donnent  à  une  partie  de  la  chimie  prife  dans 
fa  plus  ample  fignincation  :  car,  félon  les  idées  les 
plus  communes  parmi  eux ,  Ih  cnimie  proprement 
dite ,  ne  s'exerce  que  fur  les  fucs  &  fur  les  eflences 
des  plantes  ,  quoique  ,  par  extenfion ,  elle  compren- 
ne la  préparation  des  métaux  &  des  minéraux  ,  qui 
font  particulièrement  l'objet  de  ce  que  les  Arabes 
appellent /w//î.  Cependant  lorfqu'ils  parlent  de  la 
chimie  en  général ,  &  des  merveilleux-eiiets  qu'elle 
produit ,  ils  joignent  toujours  les  mots  de  kimia  & 
àtfîmia ,  pour  comprendre  toutes  les  opérations  que 
l'on  fait  par  le  moyen  du  feu  ,  tant  fur  les  métaux 
&  les  minéraux  ,  que  fur  les  animaux  &  les  plantes. 
Ils  donnent  aufli  le  nom  à^  jimia  àim  autre  art , 
qui  à  pour  objet  les  noms  &  les  nombres  ,  dont  on 
tire  une  efpece  de  divination ,  de  la  même  manière 
que  des  points  &  des  lignes  ,  par  le  moyen  de  la 
géomancie.  Cette  fcience  des  noms  va  bien  loin , 
parce  qu'elle  comprend  aufli  celle  des  noms  des  ef- 
prits  ,  &  leur  invocation  ;  &;  dans  le  livre  intitulé 
Idtah  alanwar ,  le  livre  des  lumières  ,  on  trouve  28 
àîphabets  de  la  fimia  pour  fiiire  des  talifmans  ,  afin 
d'attirer  les  efprits  ,  &  d'en  tirer  divers  ufages  ;  de 
forte  au'ils  définiflent  cette  fcience ,  l'art  de  connoî- 
tre  les  efprits  fupérieurs  ,  &  de  faire  deicendre  juf- 
qu'à  nous  leurs  vettus  ,  pour  obtenir  ce  que  nous 
defirons. 

Le  mot  A^fimia  vient  des  mots  arabes  fam  &c  fa- 
mat  ,  qui  fignifient  les  veines  d'or  &  d'argent  qui  fe 
trouvent  dans  les  mines.  Les  Arabes  attribuent  l'in- 
vention de  hijlmia  à  Ammonius,  &  celle  de  la  kimia 
ou  chimie  proprement  dite,  à  Kirum  ou  Carum , 
c'eft-à-dire  à  Chiron  le  centaure  ,  précepteur  d'A- 
chile,  qu'ils  prétendent ,  félon  M.  d'Herbelot,  n'être 
autre  chofe  que  le  coré  de  Moïié.  /^o/£{fes  articles 
Simia  &  Kimia.  (Z?.  /.) 

SIMILAIRE  ,  NOMBRE  ,  (Jrihmét.)  le  nombre  fi- 
milairt  efl:  la  même  chofe  g^\z\q  nombre  proportionnel. 
Les  nombres  plansy?/;a7a/w,font  ceux  qui  font  des  rec- 
tangles proportionnels  ;  par  exemple  ,  6  multiplié 
par  i ,  &  iz  multiplié  par  4,  dont  l'un  produit  iz  , 
&  l'autre  48  ,  font  des  nombres  _/zwi7a/r<;5.  Les  nom- 
bres (oXiàes  Jim H aires  ,  l'ont  ceux  qui  font  de  parallé- 
lépipèdes reftanglesy?//2i/û//£^.  (Z).  /.) 

Similaire,  adj.  {Phyfique.')  corps Jîmilaires  fe  dit 
de  deux  corps  comparés  l'un  à  l'autre,  qui  ont,  oi^  qui 
font  cenfés  avoir  des  particules  de  même  efpece  & 
de  même  nature ,  comme  deux  monceaux  d'or,  deux 
monceaux  de  plomb  ,  &c.  au-contraire  un  monceau 
d'or  &  un  monceau  dé  plomb  font  des  corps  diffhni- 
laires. 

Similaire  fe  dit  aufli  en  parlant  d'im  même  corps , 
dont  les  parties  font  aufli  toute's  de  la  même  nature. 
On  les  appelle  autrement  homogènes ;'à\'(\{\  l'eau  eflun 
fluide  homogène  ovjîmilnire.  Au-contraire  l'air,  dont 
les  parties  n'ont  pas  toutes  la  même  denfité  ,  eft  un 
fluide  hétérogène  6c  non  fimilaire.  A'oyi'^  Homogè- 
ne «S*  Hétérogène.  (O) 

Similaire  ,  lumière Jimilaire .,  félon  M.  Neuton  , 
eft  celle  dont  les  rayons  font  également  réfrangibles. 
Il  l'appelle  encore  lumière  fimpU  &  homogène.  Telle 
efl: ,  par  exemple  ,  la  lumière  rouge  primitive  ,  qui 
cfl:unfaifceaudc  rayons  tous  également  réfrangibles; 
au-contraire  ,  la  lumière  blanche  ell  un  compoie  de 
rayons  de  diverics  couleurs  ,  dont  les  réfrangibi- 
lités  font  différentes,  /^oj't'j  Rayon  ,  Refrangibi- 
LiTÉ  ,  Couleur,  Oc.  (O) 
Tome  X  K. 


Similaires  î  en  Anatomie  ^  font  les  parties  dii 
corps  qui  au  premier  coup  d'œil  paroiflTent  être  com- 
polées  de  parties  femblables  ou  de  même  contexture 
nature  6<:  formation.    Voyf^  Partîe. 

On  en  compte  ordinairement  de  dix  fortes  ;  favoir, 
les  os ,  les  cartilages,  les  ligamens,  les  membranes  , 
les  fibres  ,  les  nerfs  ,  les  artères  ,  les  veines  ,  la 
chair ,  &;  la  peau  :  on  peut  les  voir  chacune  fous 
Ion  article  particulier,  &c. 

Le  doôeur  Grew  remarque  dans  fon  anatomie  des 
plantes.,  qu'elles  ont  pareillement  leurs  ^^^xi\^% jîmi- 
laires &  organiques.  Foye^^  PLANTE. 

SIMILE  ou  A  SIMILI,  {Litérat.)  lieu  commun 
en  rhétorique ,  par  lequel  on  tire  des  preuves  ou  des 
argumens  de  la  convenance  que  deux  ou  plufieurs 
chofes  ont  entre  elles.  Tel  efl  cet  argument  du  p. 
Bourdaloue  fur  la  providence.  «  Le  mondain  croit 
»  qu'un  état  ne  peut  être  bien  gouverné  que  par  la 
»  fageflTe  &  le  confeil  d'un  prince.  Il  croit  qu'une 
»  maifon  ne  peut  fubfifter  fans  la  vigilance  &  l'é-' 
»  conomie  d'un  père  de  famille.  Il  croit  qu'un  vail- 
»  feau  ne  peut  être  bien  conduit  fans  l'attention  & 
»  l'habileté  d'un  pilote  :  &  quand  il  voit  ce  vaifl^eau 
»  voguer  en  pleine  mer,  cette  famille  bien  réglée, 
»  ce  royaume  dans  l'ordre  &  dans  la  paix,  il  conclut 
»  fans  héfiter  ,  qu'il  y  a  un  efprit ,  une  intelligence 
»  qui  y  préflde.  Mais  il  prétend  raifonner  tout  au- 
»  trement  à  l'égard  du  monde  entier;  &  il  veut  que 
»  fans  providence  ,  fans  prudence ,  fîîns  intelligen- 
»  ce  ,  par  un  effet  du  hafard ,  ce  grand  &  vafte  uni- 
»  vers  fe  maintienne  dans  l'ordre  merveilleux  où  ' 
»  nous  le  voyons.  N'eft-ce  pas  aller  contre  fes  pro- 
»  près  lumières  &  contredire  fa  raifon  ?  Carême  de 
Bourdal.  t.  II.  p.  ^o^. 

SIMILITUDE  ou  RESSEMBLANCE ,  f.  f.  en  Mé^ 
taphyjïque ,  c'efl  l'identité  des  chofes  qui  fervent  à 
diftinguer  les  êtres  entre  eux.  Les  êtres  ne  peuvent 
être  difcernés  que  par  certaines  propriétés  intrinfe- 
ques  ;  mais  ces  propriétés  ne  fauroient  être  connues 
&  déterminées  qu'en  les  comparant  avec  celles  qui 
fe  trouvent  dans  d'autres  êtres.  Il  n'y  a  que  cette 
voie  qui  mette  en  état  d'expliquer  la  différence  de 
ces  propriétés.  Quand  on  n'y  en  remarque  aucune  , 
les  objets  font  cenfés  parfaitement  femblables.  Le- 
vez le  plan  de  deux  édifices;  fi  leur  difpofition  & 
leurs  dimenfions  font  ablblument  pareilles,  ces  deux 
plans  font  les  mêmes;  &  à  moins  que  de  les  numé- 
roter ,  vous  ne  faurez  à  quel  édifice  chacun  d'eux  fe 
rapporte ,  ou  plutôt  il  vous  fera  indifférent  de  le  fa- 
voir. 

La  quantité  peut  différer  ou  être  la  même  dans  les 
chofes  femblables.  Quand  elle  diffère  ,  on  fe  fert  de 
cette  difproportion  de  chofes  femblables  pour  lesdif- 
tinguer. 

L'identité  de  quantité  fait  ce  qu'on  appelle  égalitéy 
dont  voye^  l'article  ;  &  la  fimilitude  porte  fur  tout 
ce  quin'eft  pas  quantité  dans  les  êtres.  Léibnitz  qui 
a  donné  le  premier  une  idée  diflindbe  de  la  fimilitudcy 
définit  les  chofes  femblables:  ea  qiiœ  non  pojfiint  difUn- 
guinijîper  comprcefentiam.  Mais  ce  terme  de  comprxj'^n- 
tia  aura  quelque  chofe  d'obfcur  &  de  trop  refferré, 
fi  on  le  reftreint  à  la  préfence  des  objets  qui  s'offrent 
à-la-fois  à  nos  fens.  Pour  rendre  l'expreffion  de  Léib- 
nitz jufte  ,  &  fon  idée  véritable  ,  il  faut  étendre  la 
compréience  à  la  pofubilité  d'appliquer  non-feule- 
ment les  objets  l'un  fur  l'autre  ,  mais  encore  A  celle 
de  comparer  fucceffiveircnt  deux  objets,  l'un  pré- 
fent ,  &  l'autre  abfent ,  à  un  troifieme  ,  qui  ferve  de 
mcfure  &  de  proportion  commune. 

Si  deux  ou  plufieurs  objets  reflcmblans  font  pré- 
fens  à-la-fois  ,  la  place  que  chacun  d'eux  occupe  ,  le 
diftingue  des  autres.  S'ils  ne  s'offrent  pas  aux  f^-ns 
en  même  tcms  ,  on  procède  à  l'égard  de  ceux  qui  dif- 
férent en  quantité  ,  par  la  voie  de  comparailbn  à 

Ce 


202  S    I    M 

quelque  mefure  qui  s'applique  luccefîivement  à  l'ob- 
jet préfent,  à  l'objet  ableiit.  Sinon  on  a  recours  aux 
raifons  extrinleques ,  prilcs  de  divers  tems  &_de  di- 
vers lieux  dans  Iclqucls  ces  objets  ont  exiltc  &  cxil- 

tcnt. 

Les  chofes  entre  Icfquelles  on  ne  peut  fadir  d'au- 
tres différences  intrinsèques  ,  que  celle  de  la  quan- 
tité, paroilVent  donc  lemblables  ,  &  ontla  rncme  el- 
fence  ,  auRî-bicn  que  les  mômes  déterminations.  La 
fimiiuudc  n'a  lieu  qu'entre  des  êtres,  qui  appartien- 
nent à  la  même  elpece ,  ou  du  moins  au  même  genre, 
&  elle  ne  s'étend  pas  au-delà  des  bornes  de  la  notion 
commune,  Ibus  laquelle  les  choies  femblabies  l'ont 
compriles  Une  montre  d'or  ,  d'argent ,  de  cuivre  , 
font  lemblables,  entant  que  montres  compolées  de 
rouages  &:  de  reflbrts  qui  font  aller  l'aiguille  fur  le  ca- 
dran^des  heu&es.  Voilà  leur  notion  commune  ,  &: 
leur  reffemblancc  ne  va  pas  plus  loin.  La  matière  , 
la  "roûeur  ,  le  poids  ,  la  façon  font  autant  de  chofes 
qui  peuvent  varier.  11  eft  vrai  qu'à  mefure  qu'elles 
s'accordent ,  X^fimïlïtuii  augmente  jufqu'à  ce  qu'elle 
foit  parfaite  par  le  concours  de  toutes  les  choies  qui 
fervent  à  dillmguer  les  êtres. 

Or ,  il  ell  manifelle  qu'il  ne  fauroit  y  avoir  une 
fuite  manifefte  des  caufes  ;  car  la  dernière  caufe  avi- 
gmcnteroit  la  fuite  en  produifant  Ion  eftet. 

Pour  les  mathématiciens,  ils  appellent //z/«i  tout 
ce  qui  furpaffe  le  fini  i  c'eft-à-dire  ,  tout  ce  qui  peut 
être  exprimé  ou  mefure  en  nombre,  dt  anïcU  cjl  tiré 
des  papiers  de  M.  Formey. 

Similitude,  f.  f.  enJnthméùque^GêomîirUydzc. 
fionifîe  la  relation  que  deux  àioksJcmblabUs  ont  en- 
fembie.  ^^j^{  Semblable. 

Similitude  ,  ÇPJiàor.)  hfmi/hude  eu.  une  figure 
par  laquelle  on  tâche  de  rendre  une  chofe  fenlible 
par  une  autre  toute  différente. 

Les  rhéteurs  s'en  fervent  ou  pour  prouver ,  ou 
pour  orner  ,  ou  pour  rendre  le  difcours  plus  clair  & 
plus  agréable.  QuintiUen,  que  je  confulte  comme  un 
guide  propre  à  nous  conduire  dans  les  ouvrages  d'ef- 
prit ,  dit  que  \qs  firriUitudcs  ont  été  inventées  les  unes 
pour  fervir  de  preuve  des  chofes  dont  on  traite,  les 
autres  pour  éclaircir  les  matières  douteufes. 

La  première  règle  qu'il  donne  à  ce  fujet  eft  de  ne 
pas  apporter  pour  éclairciffement  une  chofe  qui  ell 
peu  connue  ;  parce  que  ce  qui  doit  éclairer  &  don- 
ner du  jour  à  une  chofe ,  doit  avoir  plus  de  clarté  que 
la  chofe  même.  C'eil  pourquoi ,  dit-il ,  laifibns  aux 
poètes  les  comparaifons  favantes  &  peu  connues. 

La  féconde  règle  eft  que  les  Jînnhtudcs  ne  doivent 
pas  être  triviales  ;  car  plus  elles  paroillent  neuves  , 
plus  elles  caufent  d'admiration. 

La  troifieme  règle  efc  que  l'on  ne  doit  point  em- 
ployer des  chofes  fauffes  v)OiirJîmil:tudts. 

Quelquefois  hjimiluudc  précède  la  chofe  ,  ou  la 
choie  précède  la  Jimilitudc  ;  quelquefois  aufil,  elle  ell 
libre  &  détachée  :  mais  elle  eft  plus  agréable  quand 
elle  cil  jointe  avec  la  chofe  dont  elle  ell  l'image  ,  par 
un  lien  qui  les  embraife  toutes  deux,  ôc  qui  fait  qu'el- 
les fe  répondent  réciproquement. 

Une  quatrième  règle  que  j'ajoute  à  celles  de  Quin- 
tilicn  ,  c'ell  que  dans  \zs  fimiluudis  l'cfprit  dc/it  tou- 
jours gagner  ,  &:  jamais  perdre  ;  car  elles  doivent 
toujours  ajouter  quelque  chofe ,  faire  voir  la  chofe 
plus  grande  ,  ou  ,  s'il  ne  s'agit  pas  de  grandeur ,  plus 
fiiie  &  plus  délicate  ;  mais  il  faut  bien  le  donner  de 
garde  de  montrer  à  l'ame  un  rappçrt  dans  le  bas,  car 
tile  fe  le  feroit  caché  ,  fi  elle  l'avoit  découvert. 

La  cinquième  règle  ,  c'ell  que  l'efprit  doit  réunir 
dans  {QsfimiUtudes  tout  ce  qui  peut  frapper  agréable- 
ment l'imagination  ;  mais  afin  que  la  refiémblance 
dans  les  idées  fcit  ipiriîuclle  ,  il  laut  que  le  rapport 
ne  faute  pas  d'abord  aux  yeux ,  car  il  ne  iurprendroit 
point  j  6c  la  furpnfe  cil  de  l'ciicnce  de  l'eipvit.  Si  l'on 


S  î  M 

coniparoit  la  blancheur  d'un  objet  à  celle  du  lait  ou 
de  la  neige ,  il  n'y  auroit  point  d'elprit  dans  cette /?- 
militudc  ,  à-moins  qu'on  n'appcrçût  quelque  rapport 
plus  éloigné  entre  ces  deux  idées  capable  d'exciter 
la  iiupriié.  Lorfqu'un  poëte  nous  dit  que  le  fein  de 
fi  maîtreife  eit  aulfi  blanc  que  la  neige  ,  il  n'y  a  point 
d'elprit  dans  cette  comparaifon  ;  mais  lorfqu'il  ajoute 
avec  un  loupir,  qu'il  ell  d'ailleurs  aulTi  froid  ,  voilà 
qui  efl  fpirituel.  Tout  le  monde  peut  fe  rappeller 
des  exemples  de  cette  efpece  :  ainii  la  fimilitude  doit 
frapper  par  quelque  pcnfée  nouvelle  ,  fine  ,  &  qui 
caufe  une  efpece  de  lurprlfe. 

Entre  tant  de  h^WQ^JùniUtudes  que  j'ai  lu  dans  les 
orateurs  ,  &  les  poètes  anciens  &  modernes ,  je  n'en 
citerai  qu'nne  i'eule  qui  me  charme  par  fa  noble  fim- 
plicité  ;  c'efl  celle  de  M.  Godeau  dans  fa  paraphrafe 
du  premier  pfeaume  de  David  : 

Comme  fur  le  bord  des  ruiffeaux 
Un  grand  arbr$  planté  des  mains  de  la  nature  , 
Malgré  le  ahaud  brûlant  confervefa  verdure  , 
Et  de  fruits  tous  les  ans  enrichit  fes  rameaux  :' 
Ainfi  cet  homme  heureux  fleurira  dans  le  monde  ; 
IL  ne  trouvera,  rien  qui  trouble  fes  plaifirs , 

Et  qui  confamtnent  ne  réponde 
A  fis  nobUs  projets  ,  àfesjujles  deflrs. 

Après  avoir  parlé  de  la  fimilitude  en  rhéteur ,  il 
faut  bien  que  j'en  dife  un  mot  comme  philofophe  ; 
je  crois  donc  dès  que  le  langage  fut  devenu  un  art, 
l'apologue  fe  réduifità  une  {\m.-^\QfimiUtudî.Qn  cher- 
cha à  rendre  par-là  le  difcours  plus  concis  &  puis 
court.  En  effet  ,  le  fujet  étant  toujours  préfent,  il 
n'étoit  plus  nécelTaire  d'en  faire  d'application  for- 
melle. Ces  paroles  de  Jérémie,  chap.  ij,  i6\  qui  tien- 
nent le  milieu  entre  l'apologue  &  Idifimilitude ,  &qui 
par  coniequent  participent  de  la  nature  des  deux, 
nous  font  connoître  avec  quelle  facilité  l'apologue 
s'eil  réduit  à  x-inefimilitude.  «  Le  Seigneur  t'a  appel- 
»  lé  un  olivier  verd  ,  beau  &  bon  :  il  le  mettra  au  feu 
'>  avec  irrand  bruit,  &  en  brifera  les  branches  ». 

On  peut  ajouter  que  \àjimiHtude  répond  aux  mar- 
ques ou  carafteres  de  l'écriture  chinoile  ;  &  que. 
comme  ces  marques  ont  produit  la  méthode  abrégée 
des  lettres  alphabétiques ,  de  même  auiîî  pour  rendre 
le  dllcours  plus  coulant  &  plus  élégant ,  [afimilitude 
a  produit  la  métaphore,  qui  n'ell  autre  chofe  qu'une 
fimilitude  en  petit  ;  car  les  hommes  étant  auili  habi- 
tués qu'ils  le  font  aux  objets  matériels  ,  ont  toujours 
eu  befoin  d'images  fenfibles  pour  communiquer  leurs 
idées  abftraites. 

Les  degrés  par  lefquels  \-afimilitude  s'ell  réduite  en 
métaphore,  lont  faciles  à  remarquer  par  une  perConne 
qui  fe  donnera  la  peine  de  lire  attentivement  les 
écrits  des  prophètes.  Rien  n'y  ell  plus  ordinaire  que 
le  langage  entremêlé  àQfimiUtiid£s6c  de  métaphores. 
A  peine  quittent-ils  la  fimilitude^  qu'ils  reprennent 
la  métaphore.  Voilà  donc  les  viciiîîtudcs  du  langage, 
l'apologie  le  rédulfit  à  \z  fimilitude ,  \^  fimilitude  fit 
naître  la  métaphore  ;  les  orateurs  les  employèrent 
pour  l'ornement  de  leurs  difcours  ,  &  finirent  par  en 
abufer.  (  Le  chevalier  DE  J  AU  COURT.) 

SIMILOR  ,  f.  m,  ^Métallurgie.)  on  nomme  ainfi  à 
Paris  le  zink  fondu  avec  le  cuivre  rouge  ,  qui  donne 
au  cuivre  une  couleur  jaune  plus  ou  moins  foncée, 
félon  les  différentes  proportions  du  zink  &  du  cuivre 
qu'on  aura  employé.  (  Z?.  /.  ) 

SIMIO  ou  SIMIOS  ,  (  Géog.  mod.)  par  les  anciens 
Grecs  &  Latins  Syme  ,  dont  on  peut  voir  l'article. 
Simio  eil  une  île  de  l'Archipel ,  entre  celle  de  Rhodes 
&  le  cap  Crio  ,  à  4  ou  5  lieues  de  la  première  oueft- 
nord-ouell ,  à  3  au  nord  de  l'ilc  Lamonia  ,  &:  à  2  au 
midi  du  continent  de  l'Anatolle.  Porcachi  &  Bolchi- 
no  lui  donnçnt  30  milles  de  circuit.  Elle  a  deux  ports. 


s  I  M 

dont  le  plus  feptcntrional ,  fort  large  d'entrcc ,  eft  le 
meilîeur. 

Cette  île  efl  habitée  par  des  grecs  qui  font  dreffes 
à  plonger  ,  &  qui  pèchent  adroitement  au  fond  de 
la  mer  une  g.rande  quantité  d'épongés  qui  fe  trouvent 
dans  les  environs.  On  bâtit  auffi  à  Simio  de  petites 
Ûjftcs  fort  jolies ,  de  neuf  bancs  ou  rames  ;  ces  fré- 
gates ,  qu'on  z'^'^'dlejimpequirs ,  font  fi  légères  à  la 
voile  ÔC  à  la  rame  que  les  corfaires  ne  les  peuvent 
attraper ,  enlbrte  que  les  infulaires  navigent  conti- 
nuellement pendant  l'été  d'un  lieu  à  l'autre  pour  leur 
commerce.  En  hiver ,  ils  reviennent  dans  leur  rocher 
avec  le  gain  qu'ils  ont  fait  par  leur  trafic.  Je  dis  ro- 
cher, parce  que  c'eft  ainfi  que  quelques  géographes 
nomment  cette  île.  Elle  nourrit  cependant  grande 
quantité  de  chèvres  ,  &  de  plus  elle  produit  de  très- 
bon  vin.  Elle  étoit  même  autrefois  célèbre  par  fa  fer- 
tilité en  blé  &  en  grains.  (D.  J.) 

SîMISO  ou  AMID  ,  (  Géog.  mod.  )  par  les  anciens 
Amïfus  ;  ville  de  la  Turquie  aiiatique  dans  l'Anato- 
lie  ,  fur  le  bord  de  la  mer  Noire  ,  par  les  ^4.  20.  di 
Longit.  &  par  les  ^o.  30.  de  latït.  (  Z>.  /.  ) 

SIMMEREN ,  {Géog.  mod.)  petite  ville  d'Allema- 
gne dans  le  bas  Palatinat ,  à  10  lieues  au  couchant  de 
Mayence  ;  elle  appartient  à  l'éleÛeur  Palatin.  Long. 
ai.  8.  laut.  4^9. 54.  (^D.  J.) 

SIMOIS ,  {Géog.  a/ic.)  fleuve  de  l'Afie  mineure 
dans  la  petite  Phrygie.  Il  prenoit  fa  fource  au  mont 
Ida  ,  &  le  jettoit  dans  le  Xanthus  ,  félon  Pline,  /.  r. 
c.xxx.  Virgile  , ^nud.  L.  V.  v.ï€:l.  donne  au  fleuve 
Simois  l'épithete  de  rapide,  parce  que  ce  n'étoit  pro- 
prement qu'un  torrent , 

yiclor  apud  rapidum  Simocntafub  Ilio  alto. 

Dans  un  autre  endroit  le  même  poëte  dit  que  Vé- 
nus accoucha  d'Enée  fur  le  bord  du  Simoïs. 

Tune  itU  ^neus  qmm  dardanio  Anchife 

Aima  yenus  Phrygii  genuh  Simoentis  ad  undam. 

1^.  Simois.,  fleuve  de  l'île  de  Sicile.  Strabon , /ii^. 
XIll.p-  G08.  rapporte  que  félon  quelques-uns  Enée 
étant  arrivé  à  v£gty?a  ou  Sigtfla ,  donna  les  noms  de 
Scamander  &  de  Simois  ou  Simoeis  à  deux  fleuves  qui 
couloient  aux  environs  de  cette  ville,  ht  Simois  cou- 
loit  à  la  droite  ^  &:  fe  joignoit  au  Scamander  a.vant  que 
ce  fleuve  mouillât  la  ville  de  Segefîa. 

3°.  Simois ,  fleuve  de  l'Epire ,  félon  Virgile,  JEneid. 
2.  m.  verf.  ^o^.  qui  lui  donne  l'épithete  as.  falfus: 

falji  SimOQnùs  ad  undam. 

De  ces  trois  fleuves ,  le  plus  fameux  efl:  le  Simois 
de  la  Troade  ou  de  la  petite  Phrygie  ,  qui ,  dans  les 
écrits  des  poètes,  efl:  prefque  toujours  joint  au  Xan- 
ihe  ,  parce  qu'ils  ont  la  même  origine.  Cependant , 
malgré  leur  célébrité ,  ces  deux  rivières  font  fi  peu 
larges  ,  qu'elles  tariflent  fouvent  en  été.  Sortant  & 
defcendant  l'une  &  l'autre  du  mont  Ida ,  elles  s'unif- 
fent  au-deflbus  du  lieu  où  étoit  Troyc ,  forment  un 
grand  marais  ,  paflent  de  nos  jours  par  deflbus  un 
pont  de  bois  appuyé  fur  quelques  pilliers  de  pierre  , 
&  s'embouchent  dans  l'Hellefpont  (détroit  des  Dar- 
danelles )  environ  une  demi-lieue  au-deflbus  du  cap 
Gieanizzari ,  (autrefois  nommé  U  promontoire  Sigéè) , 
près  du  nouveau  château  d'Afie  ;  j'entends  le  château 
neuf  des  Dardanelles  bâti  par  Mahomet  IV.  à  l'en- 
trée du  détroit,  &  dont  il  efl  une  des  portes.  (Z>./.) 

SIMON  ,  voyei  Dauphin. 

SIMONIAQUE  ,  adj.  &  f.  (Gram.)  qui  efl  coupa- 
ble de  fimonie. 

SIMONIE,  f  f.  (  Gram.  &  Junfpntd.  )  cft  le  crime 
que  commettent  ceux  qui  trafiquent  des  chofes  fa- 
crées  ou  bénéfices,  connue  en  vendant  les  facre- 
mens ,  la  nomination  ëi  collation  des  bénéfices  , 
l'entrée  en  religion* 
Tome  X  y 


S  I  M 


203 


Ce  crime  a  été  alnfi  nommé  de  Simon  le  magicien, 
dont  il  efl  parlé  dans  les  aftes  des  apôtres ,  qui  vou- 
lut acheter  avec  de  l'argent  la  puiflance  de  faire  des 
miracles. 

\^^ fimonie  efl  mentale  ,  conventionnelle  ou  réelle. 

La  première  cft  celle  qui  efl  demeurée  dans  les 
bornes  d'une  fimple  penfee» 

La  féconde  efl  celle  qui  a  été  Convenue  ,  fans  être 
fuivie  de  payement. 

La  troilieme  efl;  celle  où  le  payement  a  fuivi  la 
convention  ,  foit  qu'il  ait  précédé  ,  ou  fuivi  ou  ac- 
compagné la  conceflion  du  bénéfice  ou  autre  chofe 
fpiriîuelle. 

\j3i fimonie  réelle  fe  commet  aufll  à  manu  ,  ab  obft- 
quio  ,  &z  à  lingud  ;  à  manu  ,  foit  en  donnant  de  l'ar  -, 
gent  ou  autre  chofe  temporelle  ,  ou  en  remettant  une 
dette  ;  ab  obfcqui9 .,  en  rendant  des  fervîces  tempo- 
rels au  collateur  pour  avoir  un  bénéfice  ;  à  Unguâ  , 
par  la  flatterie  ,  la  faveur  &  la  recommandation. 

Quoiqu'il  foit  détendu  en  général  de  rien  exiger 
pour  i'adminiilration  des  facremens  &  autres  chofes 
fpirituelles ,  &  pour  la  collation  des  bénéfices  ,  néan- 
moins des  lois  eccléfiaftiques  &  civiles  autorifent  les 
miniflres  de  l'Eghfe  à  recevoir  pour  leur  fubfif- 
tancc  certaines  rétributions  pour  les  mefîes  ,  pour 
les  mariages  ,  fépultures  ,  pour  les  provifions  des 
bénéfices  ,  &c. 

Il  efl  aufli  permis  à  certaines  communautés  qui  ne 
font  pas  fuffilamment  fondées  de  recevoir  des  dots 
pour  l'entrée  en  religion.  Foye^Y>OT  6"  Religieux. 

hdi  fimonie  fe  couvre  de  tant  de  détours,  qu'il  ell- 
fouvent  diflicile  de  la  prouver,  d'autant  même  que 
l'on  n'en  admet  pas  la  preuve  par  témoins  ,  à-moins 
qu'il  n'y  en  ait  un  commencement  de  preuve  pair 
écrit ,  mais  elle  n'en  efl  pas  moins  criminelle. 

Les  conciles  &;  les  papes  fe  font  toujours  élevés 
contre  les  fimoniaques  ;  le  chap.  cum  detcjlabile  les 
déclare  excommuniés  ipfo  facio  ,  de  quelque  Qua- 
lité qu'ils  foient ,  &  tous  ceux  qui  y  ont  eu  part. 

Ceux  qui  ont  été  ordonnés  par  fimonie  ,  font  dé- 
clarés fufpens  &  interdits. 

Les  provifions  des  bénéfices  obteïiues  par  cette 
voie  ,  font  nulles  de  plein  droit  ;  mais  il  n'y  a  qu^e  la 
yFmo/zie conventionnelle  ou  réelle  à  manu,  qui  donne 
lieu  au  dévolut. 

Les  fimoniaques  ne  peuvent  point  s'aider  de  la 
pofleflion  triennale. 

Les  juges  d'églife  connoiflent  de  \z  fimonie  com- 
mife  par  les  eccléfiafliques  ,  mais  les  juges  royaux 
font  îeuls  compétens  pour  procéder  contre  les  laï- 
ques qui  fe  trouvent  coupables  &  participans  de  ce 
crime  ;  de  forte  que  s'il  s'en  trouve  quelques -uns 
d'impliqués  avec  des  eccléfiafliques ,  l'oflicial  doit  les 
renvoyer  devant  le  juge  royal ,  autrement  il  y  auroit 
abus. 

Les  juges  royaux  peuvent  néanmoins  connoître 
de  la  fimonie  commife  par  un  eccléfiaflique  ,  inci- 
demment à  une  complainte. 

Il  n'y  a  que  le  pape  qui  puifle  difpenfer  de  Va  fimo- 
nie volontaire  ;  mais  l'évêque  peut  difpenfer  de  celle 
qui  a  été  commife  à  l'infu  du  pourvu  ,  après  néan- 
moins que  celui-ci  a  donné  la  démiflion  pure  &  fim- 
ple entre  les  mains  de  l'évêque. 

Quand  hi  fimonie  efl  occulte  ,  il  faut  fe  pourvoir  k 
la  pénitencerie  de  Rome  ou  par  devers  l'évêque  ; 
mais  quand  elle  efl  volontaire  6c  notoire  ,  il  faut  fe 
pourvoir  à  la  daterie  de  Rome. 

La  dilpenle  doit  être  adreflee  à  l'évêque  du  lieu 
où  efl  le  bénéfice. 

Quant  aux  fruits  perçus  ,  le  confelfeur  en  peut 
faire  reniife  on  tout  ou  partie  ,  félon  la  dilpcnle  6c  la 
pauvreté  du  bénéficier. 

Si  celui-ci  a  ignoré  la /^//ion/^  commife  par  un  tiers, 
fa  defl'çrte  &  fa  bonne  foi  peuvent  l'exempter  de  la 

C  c  ij 


204  SIM" 

r^lVitution  ,  au-moins  de  la  plus  grande  paiùe.' 

Mais  dans  quelque  cas  que  ce  ioit ,  le  pourvu  par 

Jimonu  doit  faire  une  dcmiluon  pure  &  ûmple  entre 

les  mains  du  coUateur  ortlinaire  ,  iauf  i\  obtenir  de 

nouvelles  provilions ,  f»  le  coilatcur  juge  à-propos  de 

lui  en  accorder. 

On  dit  comi-nunémcnt  que  la  confidence  cfl  la  fille 
tle  \à  Jimonïi.  /'.^/e^  CONFIDENCE.  Voyci?M-x.dccic- 
talcs  le  titre  dcjhnon.  le  iraïtc.  de  M.  de  Launoy  , 
Vanefpen ,  Pontas ,  de  Ste  Beuve ,  d'Héricourt ,  Fuet, 
de  la  Combe ,  &  les  mots  Dot  ,  Pension  ,  Permu- 
tation, Honoraires.  {A) 

SIMONIENS,r.m.  (  Hift.  eccléf.)  hérétiques  fec- 
tateurs  de  Simon  le  magicien  ,  &  par  conféquent  les 
plus  anciens  qui  ayent  paru  dans  l'Eglile  chrétienne. 
Simon  le  magicien  leur  chef,  famaritainde  nation, 
ne  reconnoillbit  point  Jefus  -  Chrift  comme  fils  de 
Dieu  ,  mais  il  le  confidéroit  comme  fon  rival ,  & 
prctendoit  être  lui-mcme  le  Chiill.  11  ne  croyoit  ni 
falut,  ni  rcfurreftion  de  la  chair,  mais  une  fimplc 
réfurredion  de  Tamc.  Il  enfeignoit  qu'on  ne  devoit 
point  fe  mettre  en  peine  des  bonnes  œuvres  ;  que 
toutes  les  aftions  étoient  indifférentes  par  elles-mê- 
mes ,  &  que  la  diftindion  des  bonnes  &  des  mau- 
vaifes  n'avoit  été  introduite  que  par  les  anges  pour 
s'affujettir  les  hommes.  Il  rejettoit  la  loi  donnée  à 
Moïfe,&  difoit  qu'il  étoit  venu  TaboUr.  Il  attribuoit 
l'ancien  Teftament  aux  anges  ,  &  quoiqu'il  fe  décla- 
rfit  par-tout  leur  ennemi ,  il  leur  rendoit  néanmoins 
un  culte  idolâtre  ,  prétendant  qu'on  ne  pouvoit  être 
fauve  fans  offrir  au  fouverain  Père  des  facrifices  abo- 
minables par  le  moyen  des  principautés  qu'il  plaçoit 
dans  chaque  ciel  ;  &  il  leur  oftroit  des  facrifices , 
non  pour  obtenir  d'eux  quelqu'afiiftance  ,  mais  pour 
empêcher  qu'ils  ne  s'oppofaflcnt  aux  hommes. 

Ses  feftateurs  profeffoient  tous  ces  dogmes  monf- 
trueux  ,  &  pour  la  pratique  ,  ils  vivoient  dans  toute 
forte  de  débauches  ,  qui  furpaffoient,  félon  Eufebe, 
tout  ce  qu'on  pourroit  en  dire  ;  en  forte  qu'ils 
avouoient  dans  leurs  livres  que  ceux  qui  entendoient 
parler  pour  la  première  fois  de  leurs  myfteres  fecrets 
étoient  furprisd'étonnement&:  d'effroi.  Outre  l'im- 
pudicité  ,  ils  s'adonnoient  à  toute  forte  de  magie  ;& 
quoiqu'au  dehors  ils  fiffent  en  quelque  forte  pro- 
feflion  du  Chriftianifme  ,  ils  ne  laifloient  pas  que 
d'adorer  Simon  &  fa  concubine  Hélène  ,  repréfentés 
fous  la  figure  de  Jupiter  &  de  Mars  ,  &  de  leur  of- 
frir des  vidimes  &  des  libations  de  vin.  Ils  regar- 
doient  même  le  culte  commun  des  idoles  comme  une 
chofe  indifférente  ;  en  forte  que  pour  ne  leur  point 
otfrir  de  l'encens  ,  ils  ne  s'expoibient  pas  au  martyre 
comme  les  chrétiens  ;  auffi  les  payens  les  laiflbient- 
ils  en  repos. 

On  croit  que  les  apôtres  S.  Pierre  ,  S.  Paul  &  S. 
Jean  ont  ces  hérétiques  envuedansplufieurs  endroits 
de  leurs  épîtres.  Leur  iéfte  dura  jufqu'au  jv.  liecle. 
S.  Juflin  dit  que  de  fon  tems  ,  c'eil-à-dire  vers  l'an 
1  50  de  Jefus-Chrilt ,  tous  les  Samaritains  reconnoif- 
foicnt  Simon  pour  le  plus  grand  des  dieux,  &  S.  Clé- 
ment d'Alexandrie  ajoute  qu'ils  l'adoroient.S.Irénée 
affurc  qu'ils  étoient  entrés-petit  nombre  ;  maisEufe- 
be  &C  plufieurs  autres  écrivams  poflérieurscn  parlent 
comme  d'une  fccle  connue  ,  &  qui  fubfiitoit  encore 
au  commencement  du  v.  fiecle.  Calmet ,  Diclion.  de 
la  Bible. 

SIMONTHORNA  ,  {Glog.  mod)  ville  de  la  baffe 
Hongrie ,  au  comté  de  Tolna  ,  fur  la  Sarwiza  ,  à  2, 
lieues  de  Capofu'ar  ,  &  à  3  de  Tolna  :  elle  ell  envi- 
ronnée d'un  grand  marais ,  avec  un  château.  Cette 
ville  fut  prifeVur  les  Turcs  parlcprinceLouisdeBade 
en  1 686.  Long.  3  €.  451.  lat.  46'.  3  / . 

SIMOODSUKE  ,  (  Géog.  mod.  )  une  des  huit  pro- 
vinces de  la  contrée  orientale  de  l'empire  du  Japon. 
Elle  fe  divUc  en  neuf  diitricts;  ç'eit  yn  ulfwz  bon  pays, 


SIM 

plutôt  plat  que  montagneux,  oii  il  y  a  beaucoup  de 
près  &  de  champs  qui  produifent  abondamment  de 
l'herbe  &  dugokokf;  le  gokokf  cftun  terme  généri* 
que  qui  comprend  le  riz,  l'orge ,  le  petit  blé  que  nous 
appelions //w/it7j^  &  les  fèves.   (Z?./.) 

SIMOOSA  ,  (  Géog.  wW.)  autrement  5'eo57«;  une 
des  quinze  provincesdela  grande  contrée  du  fud-ell 
de  l'empire  du  Japon.  Elle  eftcenfée  avoir  trois  jour- 
nées de  longueur  du  fud  au  nord ,  &  ell  divifée  en  i  ^ 
diftrids  ;c'elt un  pays  montagneux  ,'affez  peu  fertile, 
mais  qui  abonde  en  volaille  &  en  beftlaux. 

SIMPELEN  ,  le,  {Géog.  mod.)  &  par  les  Italiens 
monte-Samplonc  ,  en  latm  Sempronius  mons  ;  monta- 
gne des  Alpes  ,  au  confins  des  Suiffes  ,  du  Valais  &  du 
Milanez  ;  c'eil  cette  montagne  que  l'on  paflé  pour 
aller  du  Valais  au  duché  de  Milan.  (Z>.  /.) 

SIMPLAIN  ,  f.  m.  (  Hift.  mil.  anc)  foldat  romain, 
qui  n'avoit  que  paye  fimple.  On  appelloit  duplain  , 
celui  qui  l'avoit  double. 

SIMPLE  ,  adj.  (  Gramm.  )  qu'on  regarde  comme 
fans  compofition  ,  fans  mélange.  Je  gage  le  fimpU 
contre  le  double.  Il  a  fait  un  raifonnementîrès-^'w/7/e, 
mais  très-fort  quand  il  a  ditril  y  a  environ  douze  cens 
ans  qu'on  a  la  petite  vérole  par  toute  la  terre  ,  & 
qu'elle  eft:  obfervée  par  tous  les  médecins  du  monde  , 
parmi  lefquels  il  n'y  en  a  prefque  pas  un  qui  affure 
l'avoir  vue  deux  fois  à  la  même  perlonne  ;  donc  on 
n'a  point  deux  fois  la  petite  vérole.  Je  n'aide  lui  qu'- 
wwtfimph  promeffe.  C'eft  unjïmple  foldat.  C'eil  un 
homme  Jimple.  OeAuncava.diQreJimple.  Le  récit  en 
çûjîmple. 

Simple  ,  f.  m.  (  Gramm.  )  c'eff  le  nom  générique 
fous  lequel  on  comprend  toutes  les  plantes  ufuelles 
en  Médecine.  Il  connoît  hiienXcs  Jim  pi  es.  Celui  qui 
ignore  la  vertu  des  jimplcs  n'eff  pas  digne  de  faire  la 
médecine.  Le  quinquina  efl  waJimpU  d'une  vertu  fpé» 
cifique. 

Simple  ,  adj.  (  Mkap'hyfiqm.  )  quand  on  regarde 
quelque  chofe  que  ce  foit  comme  um  ,  &  comme 
n'ayant  point  des  parties  différentes  ou  féparables 
l'une  de  l'autre  ,  on  l'appelle  JimpU.  En  ce  fens-là  il 
ne  convient  proprement  qu'à  un  être  intelligent  d'ê- 
lve.JiinpU;  ne  concevant  dans  un  tel  être  rien  de  fé- 
parable  dans  la  fubftance  ,  nous  n'avons  point  aufli 
l'idée  qu'il  puiffe  avoir  des  parties.  Quelque  peu  de 
chofe  qu'on  fuppofe  de  féparable  dans  la  fubffance 
d'un  être  intelligent,  on  la  fuppofe  en  même  tems  ca- 
pable d'être  détruite  toute  entière. 

Si  l'on  prend  le  terme  Jîmple  dans  cette  précifion ,' 
il  ne  fe  trouvera  rien  dans  les  êtres  matériels  qui  foit 
Jimple^  non  plus  que  rien  qui  foit  parfaitement  un. 
Tout  corps  peut  toujours  être  tellement  féparé,  que 
fa  fubffanceexiffera  encore  dans  lesparties  après  leur 
féparation;  ainfi  l'une  n'étoit  pas  l'autre ,  &  le  corps 
n'étoit  ^^sjimple. 

Néanmoins  on  emploie  ce  terme  à  l'égard  des 
corps,  par  analogie  aux  efprits;  on  appelle  fimpkwn 
corps  dans  les  parties  duquel  on  n'apperçoit  nulle 
différence  communément  fenfible  ;  ainfi  l'on  dit  de 
l'eau  que  c'eff  un  corps  jimpk.  Quelques-uns  l'ont  dit 
aufiî  du  feu  ,  de  l'or  ,  de  l'argent ,  &  de  ce  que  nous 
comprenons  fous  le  nom  i^clémins  ou  de  métaux. 

Ce  qui  ell  oppofé  ^.\\  Jimpk  efl  ôi\.X.compoJc.  Voyez 
Jon  artkk. 

Simple  ,  adj.  en  Algcbk  ,  une  équation //w/^/e  eil 
celle  où  la  quantité  inconnue  n'a  qu'une  dlmenfion , 
comme  j:  =  ^*  Foye^  Equation. 

En  arithmétique,  la  multiplication  &  la  divifion 
Jimples (ontdes  opérations  où  il  n'entre  point  de  gran- 
deurs de  différente  efpece  ;  on  les  appelle  alnfi  pour 
les  dillinguer  de  la  multiplication  &  de  la  divifion 
compofées ,  où  il  s'agit  de  calculer  des  grandeurs  dç 


s  I  M 

dlifferente  efpece.  ro>'e{  Multiplication  ,  Divi- 
sion. (-£) 

Simple paUe ,  (Jurlfpijid^ promefle ,  contrat, ou 
engagement  qui  n'eft  point  motivé  par  rapport  à  la 
valeur  reçue  au  tems  du  payement  ,  &c.  &  qui  ne 
donne  point  d'aûion  en  jullice.  Voye^^  Contrat  , 
Convention  ,  Pacte  ,  &c. 

Simple  propriété,  que  les  lois  romaines  appel- 
lent une  propriété  ,  eft  celle  du  propriétaire  à  qui  le 
fond  de  l'héritage  appartient,tandis  qu'un  autre  en  a 
i'ufufruit.  Elle  efl:  oppofce  à  plc'me  propriétés  f^oye:^ 
Pleine  ,  Usufruit  6*  Propriété. 

Simple  appel ,  voye;^;  Appel. 

Simple  garantie  ,  voye:^  GARANTIEi 

Simple  bénéfice,  voyc;^  Bénéfice. 

SIMPLICITÉ  ,  f.  f.  (  Grarii.  )  qualité  qui  donne  à 
l'être  le  nom  de  jlmph,  Voye^^  les  articles  Simple. 

Simplicité  ,  {An  orat.)  laJîmpUcité  dans  l'élocu- 
tion  ,  cft  une  manière  de  s'exprimer ,  pure  ,  facile, 
naturelle ,  fans  ornement ,  &  où  l'art  ne  paroît  point; 
c'eft  afTurcment  le  caradere  de  Térence.  La  Jîmpli- 
cité  d'expreflion  n'ôte  rien  à  la  grandeur  des  penfées , 
&  peut  renfermer  fous  un  air  négligé  des  beautés 
vraiment  précieufes. 

Heureux  quife  nourrit  du  lait  de  fies  brebis  , 

Et  qui  de  leur  toifon  voit  filer  fès  habits  ; 

Qui  ne  fait  d'autre  mer  que  la  Marne  ou  la  Seine  ; 

Et  croit  que  tout  finit  où  finit  fon  domaine. 

Voilà  une  peinture  fimple&  charmante  de  la  tran- 
quillité champêtre ,  parce  que  c'efl  l'exprcffion  naïve 
des  chofes  par  leurs  effets. 

\j3l.  [implicite  iç.  trouve  dans  l'ode  avec  dignité* 

Le  Ciel  qui  doit  le  bien  félon  qiion  le  mérite  , 
Si  de  ce  grand  oracle  il  ne  t\ût  affîfié  , 
Par  un  autre  préfent  neût  jamais  été  quitte 
Envers  ta  piété. 

Cette  fiance  de  Malherbe  dans  fon  ode  à  Louis 
XÏII.  eft  d'une  ■\^z.x{à\\.ç.  jimplicité  ;  les  deux  fiances 
fuivantes  méritent  encore  d'être  citées. 

Le  fameux  Amphion  dont  la  voix  nompareille 
Bâtiffant  une  ville  étonna  l'univers  , 
Quelque  bruit  quil  ait  eu  ,  na  point  fait  de  mer- 
veilles 

Que  nefaffent  mes  vers. 

Par  eux  de  tes  hauts  faits  la  terre  fera  pleine 
Et  les  peuples  du  Nil  qui  les  auront  cuis 
Donneront  de  l'encens ,  comme  ceux  de  la  Seine  ', 
Aux  autels  de  Louis. 

Le  même  poëte  va  me  fournir  un  exemple  plus 
parfait  de//n/;/iaVg  admirable;  c'efl  dans  fa  paraphra- 
fe  du  pfcaume  145.- 

En  vain  pour  fatisfaire  à  nos  lâches  envies 
Nous  pajfons  près  des  rois  tout  le  tems  de  nos  vies 
A  fbuffrir  des  mépris  ,  à  ployer  les  genoux  ; 
Ce  qu'ils  peuvent  n'ejl  rien  ,  ils  font  ce  que  nous 
fommes  ; 

Véritablement  hommes , 

Et  meurent  comme  nous. 

L^fimplicité  noble  -efl  d'auffi  bonne  maîfon  que  la 
grandeur  même;  &  comme  elle  vient  du  même  prin- 
cipe de  bon  efprit  ,  qui  doute  qu'elle  ne  fe  fente  du 
lieu  dont  elle  efl  fortie  ,  &  que  par-tout  où  elle  fe 
rencontre  elle  ne  conferve  fa  dignité,  fes  droits, 
ou  pour  le  moins  l'air  &  la  mine  de  fa  naifTance  ? 

Mais  fi  cette  Jimplicité  noble  retrace  de  grandes 
images,  elle  ne  diffère  pas  du  fiiblime  ;  Homère  & 
.Virgile  font  des  modèles  de  cette  dcimerefimplicité. 
•  Racine  l'a  bien  connue ,  &  j'en  cite  pour  preuve 
ces  vers  d'Andromaque* 


M 


ÉÔ 


sV*  vous  fouvient-il plus  -,  feigneiir ,  quel  fui  Her^ 


îor . 


Nos  peuples  affaiblis  s'en  fouvienne rit  encor  ! 
Son  nom  feul  fait  trembltr  nos  veuves  &  nos  filles  g 
Et  dans  toute  la  Grèce  il  iiefi  point  de  familles 
Qui  ne  dcrtiandent  compte  à  ce  malheureux  fils 
D'un  père  ou  d'un  époux  qu^Heclor  leur  a  ravist 
{^Le  chevalier  DE  J AU  COURT. ^ 

SIMPLIFIER,  V.  a£l.  {Gramm.^  rendre  fimplei* 
On  fmplifie  une  qucflion  en  écartant  toutes  les  con^ 
ditions  inutiles.  On  Jîmplifie  un  problème  en  le  rédui- 
fant  à  un  autre  moins  compliqué  ,  ou  en  faifant  dé- 
pendre ia  folution  d'une  feule  recherche.  On  fimpli" 
fie  une  affaire,  une  phrafe,  &c, 

SIMPLUDIAIRE ,  f  m.{Antiq.  rom. ) on  donnoit 
chez  les  P».omains  ce  nom  à  certains  honneurs  funè- 
bres qu'on  rendoit  quelquefois  aux  morts.  Feflus  dit 
que  c'étoient  les  funérailles  accompagnées  de  jeux 
dans  lefquels  on  ne  faifoit  paroître  que  des  danfeurs, 
des  fauteurs,  des  voltigeurs. Ces  efpeces  de  funérail- 
les étoient  oppofées  à  celles  qu'on  nommoit  indicli~ 
vcs  ,  &  dans  lefquelles  outre  les  danfeurs  &  les  fau- 
teurs dont  on  a  parlé  ,  il  y  avoit  des  défulteurs  qui 
fautoient  d'un  cheval  fur  un  autre ,  &  peut-être  auiîi 
voltigeoient  fur  des  chevaux.  Voye^  Rollin ,  Antiq, 


rom. 


SIMPULATRICES  ,  f.  f,  pj.  (  Littérat.  )  mot  tiré 
àefimpulum  ,  &  que  Feflus  donne  aux  vieilles  fem- 
mes qui  avoient  foin  de  purifier  les  perfonnes  qui  les 
confultoient ,  pour  avoir  été  troublées  dans  leur  fom- 
mell  par  des  vilions  nofturnes  &  des  fonges  effray ans. 
Pollux  appelle  ces  femmes  d'src/uia.x.Tpiui.  Elles  prefcri- 
voient  ordinairement  l'eau  de  mer  pour  purification  ^ 

@uXci<r(ra,  K^uÇs;  TravTaTOùv  avipor^iriv   Kcty.ci  ,  dit  Eurypi- 

de.  Un  mot  d'Ariflophane  exprime  toute  cette  céré- 
monie ,  Siicv  oi-eipiv  avozXÙ^itv.  (  D.  J.  ) 

SIMPULE  ,  f  ni.  (^Antiq.  rom.')  fimpulum  ;  vafè 
fait  en  forme  de  burette  avec  un  long  manche  ;  les 
Romains  fc  fervoient  de  ce  vafe  dans  les  libations 
qu'ils  faifoient  aux  dieux.  Pline,  liv.  XXXV.c.  xij. 
nomme  cette  efpece  de  \a{e  fimpuvium  ,  &  dit  qu'il 
y  en  avoit  de  terre  cuite. 

SIMULACRE,  (G^ra/w/Tz. &  Hifi.  de  Pidolat.)  vieux: 
mot  confacré ,  qui  fignifie  idole  ,  image ,  repréfenta^ 
iion.  lien  efl  fi  fouvent  parlé  dans  l'Ecritùre-falnte, 
qu'il  importe  de  rechercher  la  fource  de  ce  genre  d'i- 
dolâtrie. 

L'origine  àes  fimulacrcs  vient  de  ce  que  les  hom- 
mes fe  perfuaderent  que  le  foleil ,  la  lune  &  les  étoi- 
les étoient  la  demeure  d'autant  d'intelligences  qui  ani« 
moient  ces  corps  célefles  ,  &  en  regloient  tous  les 
mouvemens.  Comme  les  planètes  étoient  de  tous  ces 
corps  célefles  les  plus  proche  de  là  terre ,  &  cel- 
les qui  avoient  le  plus  d'influence  fur  elles  ,  ils  en  fi- 
rent le  premier  objet  de  leur  culte.  Telle  a  été  l'o- 
rigine de  toute  l'idolâtrie  qui  a  eu  cours  dans  le  mon- 
de. On  fervit  ces  intelligences  célefles  par  des  ta- 
bernacles ,  des  chapelles  ,  des  temples  ,  enfuite  par 
des  images  &  Aesfimulacrcs.  C'efl  pourquoi  lorfquû 
les  peuples  firent  leurs  dévotions  à  quelqu'une  d'el- 
les ,  ils  dirigeoient  leur  culte  vers  la,  planète  dans 
laquelle  ils  fuppofoient  qu'habitoit  cette  intelligence 
divine  ,  objet  de  leurs  adorations.  Mais  ces  corps 
célefles  fe  trouvant  la  plupart  du  tems  fous  l'hori- 
fon  ,  ils  ne  fivoient  comment  les  invoquer  dans  leui*. 
abfence. 

Pour  remédier  à  cet  inconvénient ,  ils  eurent  re- 
cours aux  flatues  dans  lefquelles  ils  croyolent  qu'- 
après leur  confecration  ,  ces  intelligences  étoient 
aufîi  préfentes  par  leurs  influences  ,  que  dans  les  pla-* 
netes  ;  &  que  toutes  les  prières  qu'on  leur  adrcfloit 
avoient  autant  d'efficacité  devant  l'une  que  devant 
l'autre. 


206 


s  I  N 


Tel  l'ut  le  commencement  de  l'adoration  dcs/imu- 
lucres.  On  leur  donna  le  nom  des  planètes  qu'ils  re- 
prélentoicnt ,  qui  Ibnt  les  mêmes  qu'elles  ont  au- 
jourd'hui :  de-là  vient  que  nous  trouvons  Saturne  , 
Jupiter,  Mars ,  Apollon,  Mercure,  \énus  6c  Diane 
placés  au  premier  rang  dans  le  polytheiïme  des  an- 
ciens ;  c'etoient-là  leurs  grands  dieux.  Eniuite  l'o- 
pinion s'étant  établie  que  les  âmes  des  gens  de  bien , 
après  leur  léparationdu  corps,  alloient  habiter  d'au- 
tres planètes  ,  on  dcitia  pluiieurs  de  ceux  qu'on  crut 
tels  ,  &c  le  nombre  des  dieux  s'augmenta  dans  les 
tems  idolâtres. 

L'adoration  àcsjimulacres  commença  dans  la  Chal- 
dée ,  le  répandit  dans  tout  l'orient ,  en  Egypte  ,  & 
chez  les  Grecs  qui  retendirent  dans  tout  l'occident. 
Ceux  qui  luivoient  ce  culte  dans  les  pays  orientaux 
flirent  nommes  Sabéens  ;  &  la  l'eftc  qui  n'adoroit  que 
Dieu  parle  feu  ,  reçut  le  nom  de  Mages.  Toute  l'ido- 
lâtrie du  monde  (e  vit  partagée  entre  ces  deux  lec- 
tes.  yoyci  Mages  6-  Sabéens.  (D.  J.) 

SIMULATION  ,  f.  f".  {Gram.  &Jurilpr. )  déguife- 
inent  frauduleux  introduit  dans  quelqu'adle  judi- 
ciaire. La  multitude  des  impôts  de  toute  cfpece  , 
auxquels  les  particuliers  cherchent  à  fe  louflraire  , 
donnent  lieu  à  toutes  fortes  de  fimuUùons. 

SIMULER  ,  V.  ail.  feindre  ,  déguifer ,  tromper 
par  des  fuppoiitions  ,  des  apparences  ;  c'eft  un  vol 
que  de  frauder  des  créanciers  légitimes  par  des  obli- 
gations fiinulcts  ,  &  celui  qui  s'y  porte  efl  coupable 
de  recel. 

SIMULTANÉE  ,  adj.  m.  (  Grum.  )  qui  s'accom- 
plillent  ou  s'exécutent  en  même  tcms  :  ces  faits  font 
JimuUancis  ;  ces  phénomes  (onijimultanccs  ;  ces  ac- 
tions de  la  machine  {onxfimuUancis.  Il  fe  pafTe  fou- 
vent  dans  la  vie ,  dans  la  même  maifbn ,  dans  le 
même  appariement  des  icQaesfonultanJcs.  Pourquoi 
ne  les  rendroit-on  pas  fur  le  théâtre  } 

SUAYRA  ^  (  Gdogr.  anc.)  ville  de  la  Phcnicie  ; 
elle  eft  marquée  dans  Ptolomée  ,  l.  f^ ,  c  xv.  entre 
l'embouchure  du  fleuve  E/euthcrus  ,  &  Orrhofia  , 
ainfi  que  dans  Pline  ,  /.  ^.  c.  xx  ,  &  Pomponius 
Mêla  ,  /.  /.  c.  xij.  (  D.  J.  ) 

SIN  ,  (  Hlfl.  nat.  Botan.  )  f.  m.  grand  arbre  du  Ja- 
pon ,  dont  le  bois  eil  fort  eiîimé  pour  en  faire  des 
coffres  &  d'autres  Ouvrages  ,  parce  qu'il  eft  blanc  , 
léger ,  à  l'épreuve  des  vers  &  de  la  pourriture.  Il  rend 
une  mauvaife  odeur  ,  lorfqu'il  eft  plongé  dans  l'eau 
chaude  ;  ce  qui  l'a  lait  nommer  auffi  ksa-maki  ,  ou 
maki-fidde. 

SiN  ,  (  Géogr.  des  Arabes.  )  Les  Arabes  appellent 
alnfi  la  Chine  ,  &  les  Latins  ont  nommé  Slmc  ,  Sina- 
Tum  regio  ,  pays  de  la  Chine  ;  les  Perlans  difent 
Tchin.  La  Chine  feptentrionale  eft  appellée  par  les 
Orientaux  ,  le  Khoran  ,  ou  le  Khalha.  {  D.  7.  ) 

SINA  ,  (  Géogr.  anc.  )  nom  d'une  ville  de  la  Mar- 
giane,  d'une  ville  de  la  Cappadoce ,  d'une  ville  de  la 
grande  Arménie  ,  &  d'un  lieu  de  l'île  de  Lesbos ,  fé- 
lon Strabon. /.  IX.  {D.J.) 

SINAI  ou  SINA  ,  (  Gcogr.  anc.')  montagne  de  l'A- 
rabie Pétrée  ,  fituée  dans  une  efpece  de  péninfule  , 
formée  par  les  deux  bras  de  la  mer  rouge  ,  dont  l'un 
s'étend  vers  le  nord  ,  &  fe  nomme  le  golf:  de  Colfum; 
aujourd'hui  golfe  de  Suez  ;  l'autre  s'avance  vers  l'o- 
rient ,  tk  s'appelle  le  golfe  Elatin'ujuc  ,  aujourd'hui 
d'Aïla  ;  elle  eft  à  i6o  mUles  du  Caire ,  &:  il  faut  dix  à 
douze  jours  pour  s'y  rendre  de  cet  endroit-là. 

Le  mont  yinai  eft  au  levant  de  celui  d'Oreb ,  fur 
lequel  eft  le  monaftere  de  Sainte  Catherine  ;  comme 
le  mont  Oreb  eft  moins  haut  que  celui  de  Sinai  , 
l'ombre  de  ce  dernier  le  couvre  au  lever  du  foleil.  Il 
eft  beaucoup  parlé  du  mont  S'uiul  dans  l'Ecriture , 
comme  £xod.  c.  xviij.  v.  zv.  c.xxiv.  v.  lô".  c.  xxxj. 
V'  xviij.  c.  xxxiv.  v.  z  <**  4-  Levit.  c,  xxv.  v.  i,  c, 
3(xyj.  y.^.S.ÔCC. 


S  I 

Quoique  Thomas  de  Pinedo  ,  Berkelius,&:  quel- 
ques autres  modernes  ,  prétendent  que  le  mont  Ca- 
nus ,  voifin  de  l'Egypte  ,  n'eft  pas  différent  du  mont 
Sinui  ;  cependant  s'il  en  faut  croire  les  anciens  géo- 
graphes ,  &  la  plupart  des  modernes ,  le  mont  Ca- 
fius  6c  le  mont  Sinai  font  deux  montagnes  diflcren- 
tes  ,  &:  fituées  aft^ez  loin  l'une  de  l'autre.  Ils  mettent 
le  mont  Cafuis  fort  proche  de  la  mer,  entre  l'Egyote 
&  la  Paleftine.  A  l'égard  du  mont  Sinai.  ,  ils  le  pla- 
cent bien  avant  dans  les  terres  ,  fur  les  confins  de 
riduméc  <Sc  de  l'Arabie  Pétrée. 

11  eft  certain  que  le  nom  de  Cafuis  a  été  donné  à 
plufieurs  montagnes  ;  ainft  l'on  pourroit  croire  que  le 
mont  Sinai  leroit  celui  à  qui  le  nom  de  Cafuis  auroit 
été  donné  en  premier  lieu  ;  que  de-là  ce  même  nom 
auroit  paftc  à  la  montagne  qui  lépare  la  Paleftine 
d'avec  l'Egypte  ;  comme  il  y  a  apparence  que  de 
cette  montagne,  il  eft  palfé  à  celle  de  la  Syrie  antio»- 
chienne. 

Nous  avons  le  profil  du  mont  Sinui  dans  une  ef- 
tampe  gravée  par  Jean-Baptifte  Frontana  ;  &  fi  on 
compare  ce  profil  avec  celui  de  la  montagne  que  les 
médailles  nous  reprélentent ,  on  trouvera  peut-être 
qu'il  y  avoit  beaucoup  de  reflcmblance  entre  l'une  & 
l'autre. 

Quoi  qu'il  en  foit  ,  Greaves  dans  fa  traduftion 
d'Abulféda  ,  nous  apprend  une  particularité  remar- 
quable, dont  les  hiftoriens  n'ont  point  parlé  ;  c'eft 
que  le  roc  du  mont  Sina  eft  d'une  cipece  de  très- 
beau  marbre  de  plufieurs  couleurs ,  d'un  rouge  mê- 
lé de  blanc  &  de  noir,  &  que  pendant  plufieurs  milles 
on  y  voit  de  grands  rochers  de  ce  marbre  ,  dont 
fans  doute  les  anciens  ouvrages  de  l'Egypte  ont  été 
tirés  ,  parce  que  toutes  les  autres  carrières  &  mon- 
tagnes font  d'une  elpecc  de  pierre  de  taille  blanche, 
&  non  de  marbre  rouge  marq  ueté  de  noir  &  de  blanc  , 
comme  eft  le  roc  du  mont  Sina.  (  Z?.  /.  ) 

SINAHORIC  ,  f  m.  (  Hiji.  nat.  Botan.  )  plante  de 
l'île  de  Madagafcar  qui  reflemble  à  l'aigremoine  ,  ôc 
qui  en  a  les  propriétés. 

SINANI  ou  Moutarde,  (^Jardinage.')  Foye^ 
Moutarde. 

SINANO  ,  (^Gcogr.  wo^.)  autrement  Sinsju^  une 
des  huit  provinces  de  la  contrée  orientale  de  l'em- 
pire du  Japon.  C'eft  un  pays  très-froid ,  où  le  fel ,  le 
poifTon  ,  6c  le  bétail  font  rares.  Il  produit  d'ailleurs 
une  grande  quantité  de  mûriers ,  de  foie  ,  &  de  can- 
nib  ,  dont  il  y  a  plufieurs  manufactures.  On  donne  à 
cette  province ,  cinq  journées  de  longueur  du  fud  au 
nord  ,  &  elle  fe  divife  en  onze  diftrtûs.  (Z>.  /.) 

SINAPISME,  f.  m.  médicament  externe,  acre  & 
chaud  ,  compofé  ordinairement  de  lemence  de  mou- 
tarde incorporée  avec  du  vieux  levain  ;  fi  ïejinapifme 
étoittrop  adif,  il  deviendroit  veficatolre.  On  ne  s'en 
fert  que  pour  rougir  la  peau ,  &  attirer  fur  le  lieu  les 
humeurs  nuifibles.  On  s'en  fervoit  anciennement 
dans  les  maux  de  tête  invétérés,  &  dans  les  longues 
fluxions.  Il  fert  aujourd'hui  à  rappeller  l'humeur  de 
goutte  fur  une  partie.  Voye^  Rubéfiant.  Des  fric- 
tions préparatoires  avec  un  linge  chaud  préparent 
à  l'effet  du  finapifme  :  ce  mot  vient  Aq  Jinapi ,  mou- 
tar,l(>.  (  Y) 

SINJRUM regio,(^Géogr.  ^z//c.  )  contrée  de  l'A- 
fie ,  &:  la  dernière  que  marque  Ptolomée  ,  /.  Fil. 
c.  iij.  du  côté  de  l'orient.  Il  la  borne  au  nord  par  la 
Sérique  :  à  l'orient  &  au  midi  par  des  terres  incon- 
nues ;  &  à  l'occident ,  partie  par  l'Inde  d'au-delà  le 
Gange ,  dont  elle  étolt  léparée  par  une  ligne  tirée 
depuis  le  fond  du  grand  golfe,  jufqu'à  la  Sérique  , 
partie  par  le  grand  golfe ,  &  partie  par  le  pays  des 
Ichthyophages  Ethioj)iens,  compris  auffi  fous  le  nom 
général  de  Sinœ  ^  ainfi  que  les  peuples  Samatherù  , 
Acadrœ  .^  Afpithrœ .,  &C  Anibathœ.  (^D.  J.) 

SINASPITRUM,  f.  m.  {Hiji.nat.  Botan.)  genre 


s  I  N 

de  plante  ,'clont  la  fleur  eft  prerqu'en  croix  compo- 
fée  de  quatre  pétales.  Le  plftil  fort  du  calice  ,  &  de- 
vient dans  la  iuite  un  iruitou une filLqiie cylindrique, 
&  compolée  de  deux  pièces  qui  renferme  des  femenj 
ces  ordinairement  arrondies.  Infl.  rùherb.  r.  Plante. 

SINCERE  ,  adj.  (  Gram.  )  qui  eft  franc  ,  &  qui  eii: 
incapable  de  toute  diffimulation  dans  le  difcours. 

SINCÉRITÉ  ,  f.  f.  {Morale.)  L^fincérité  n'efl  au- 
tre chofe  que  l'expreffion  de  la  vérité.  L'honnêteté  & 
\a.fincéritc  dans  les  adions  égarent  les  méchans ,  & 
leur  font  perdre  la  voie  par  laquelle  ils  peuvent  arri- 
ver à  leurs  fins:  parce  que  les  méchans  croient  d'or- 
dinaire qu'on  ne  fait  rien  fans  artifice. 

L'dJîncJruc  cû  une  ouverture  de  cœur.  On  la  trou- 
ve en  fort  peu  de  gens  ;  &  celle  que  l'on  voit  d'ordi- 
naire ,  n'cft  qu'une  fine  diflimuîation  pour  attirer  la 
confiance  des  autres. 

Si  nos  âmes  étoient  de  purs  efprits  ,  dégagés  des 
liens  du  corps  ;  l'une  liroJt  au  fond  de  l'autre  :  les 
penfées  feroient  vifibles,  on  fe  les  communiqueroit 
uns  le  fecours  de  la  parole  ;  &  il  ne  ieroit  pas  né- 
ceflaire  alors  de  faire  un  précepte  de  la  fincirltè  ; 
c'efl  pour  fuppléer  ,  autant  qu'il  en  efl  beloin  ,  à  ce 
commerce  de  penfées ,  dont  nos  corps  gênent  la  liber- 
té ,  que  la  nature  nous  a  donné  le  talent  de  proférer 
des  fons  articulés.  La  langue  eft  un  truchement ,  par 
le  moyen  duquel  les  âmes  s'entretiennent  enfemble  ; 
elle  elt  coupable  ,  fi  elle  les  fert  infidèlement ,  ainfi 
que  le  feroit  un  interprète  impofteur ,  qui  trahiroit 
Ion  miniftere. 

La  loi  naturelle  qui  veut  que  la  vérité  règne  dans 
tous  nos  difcours ,  n'a  pas  excepté  les  cas  où  notre 
Jîncérité  pourroit  nous  coûter  la  vie.  Mentir  c'efl 
offenfer  la  vertu  ,  c'efl:  donc  aufh  blelTer  l'honneur  : 
or  on  convient  généralem.ent  que  l'honneur  efl  pré- 
férable à  la  vie  ;  il  en  faut  donc  dire  autant  de  la  fin- 
ceriie. 

Qu'on  ne  croie  point  ce  fentimenî  outré  :  il  efl:  plus' 
général  qu'on  ne  penfe.  C'ell  un  ulage  prefque  uni- 
verfel  dans  tous  les  tribunaux  ,  de  faire  affirmer  à  un 
accufé, avant  de  l'interroger,  qu'il  répondra  confor- 
mément à  la  vérité,  &  cela  même,  lorfqu'il  s'agit  d'un 
crime  capital.  On  lui  fait  donc  l'honneur  de  fuppofer, 
qu'il  pourra,  quoique  coupable  du  fait  qu'on  lui  im- 
pute ,  être  encore  afliez  homme  de  bien  ,  pour  dépo- 
iér  contre  lui-même,  au  rifque  de  perdi-e  la  vie  ,  & 
tk  de  la  perdre  ignominieufement.  Or  le  fuDpoferoit- 
on  ,  fi  l'on  jugeoit  que  la  loi  naturelle  le  diipenfât  de 
le  faire? 

La  morale  de  la  plupart  des  gens ,  en  fait  de  Jîncé- 
rité  y  n'efl  pas  rigide  :  on  ne  fe  fait  point  une  affaire 
de  trahir  la  vérité  par  intérêt ,  ou  pour  fe  difculper  , 
ou  pour  excufer  un  autre  :  on  appelle  ces  mcnfon- 
ges  officieux  ;  on  les  fait  pour  avoir  la  paix ,  pour  obli- 
ger quelqu'un,  pour  prévenir  quelqu'accident.  Mi- 
iérables  prétextes  qu'un  mot  feul  va  pulvérifer  :  il 
n'efl  jamais  permis  de  faire  un  mal ,  pour  qu'il  en  ar- 
rive un  bien.  La  bonne  intention  icrt  à  juflincr  les 
a6Hons  indifférentes  ;  mais  n'autorife  pas  celles  qui 
font  déterminément  mauvaifcs. 

Sincérité  ,  franchise  ,  naïveté  ,  ingé- 
lîlUlTÉ,  {Synonyrn.)  hz. Jîncérité  empêche  de  par- 
ler autrement  qu'on  ne  pcnfc  ,  c'efl  une  vertu.  La 
franchife  fait  parier  comme  on  penfe;  c'efl  un  effet 
du  naturel.  La  naïveté  fait  dire  librement  ce  qu'on 
penfe  ;  cela  vient  quelquefois  d'un  défaut  de  réfle- 
xion. L'ingénuité  fait  avouer  ce  qu'on  fait ,  &  ce 
qu'on  fent;  c'efl  fouvcnt  une  bétife. 

Un  homme  Jincere  ne  veut  point  tromper.  Un 
homme  franc  ne  fauroit  dlflimuler.  Un  homme 
naïf  n'efl  guère  propre  à  flatter.  Un  ingénu  ne  fait 
rien  cacher. 

ha  Jîncérité  fait  le  plus  grand  mérite  dans  le  com- 
jjierce  du  cœur.  L^franclujc  facilite  le  commerce  des 


S  ï 


X -> 


a-Taircs  civiles.  La  naïveté  fait  fouvent  manquer  à  la 
politt'fle.  Ui/zgénuité  h'iî  pécher  contre  la  prudence; 

Le  Jîncere  cli:  toujours  ellimable.  Le  franc  plaît  à 
tout  le  monde.  Le  /2<zi/"  offenfe  quelquefois.  L'in'ré/iu 
fe  trahit. 

Je  n'ajouterai  rien  à  ces  remarques  de  l'auteur  de§ 
fynonymes  françois,  mais  je  renvoie  pour  les  chofes 
aux    mots  ,  FRANCHISE   ,  INGÉNUITÉ  ,  NaÏVETÉ  , 

Sincérité.  (Z?.  /.) 

SINCIPUT  ,  f.  m.  (  Jnatom.  )  efl  la  partie  anté- 
rieure de  la  tête  qui  prend  depuis  le  front  jufqu'à  la 
future  coronale.  yojei  PI.  d'Anatornie:  Foye^  auffi 
Bregma  «S»  Crane. 

SINDA  ,  {Géog.  anc.)  nOffl  ,  i°.  d'une  ville  de 
l'Afie  mineure  ,  dans  la  Pifidie  ;  2°.  d'une  ville  de 
l'Inde  au-delà  du  Gange  ;  &  3°.  d'une  ville  de  la  Sar- 
matle  afiatique,  fur  le  bofphore  Cimmérien. 

SÎNDE',  (  Géog.  rnod.  )  ou  Tata  ,  du  nom  de  fa  ca- 
pitale ,  province  des  Indes ,  dans  les  états  du  MogoL 
Elle  efl  bornée  au  nord  par  celle  de  Buckof ,  au  midi 
par  la  mer ,  au  levant  par  les  provinces  de  Soret  & 
de  Jcflelmere,  &  au  couchant  par  la  Perfc.  Elle  efl: 
traverfée  par  le  Sinde  du  nord  au  midi.  C'efl  un  pays 
riche  &  fertile  ,  où  l'on  fabrique  quantité  de  belles 
toiles  de  coton.  Le  grand-mogol  Akebar  fit  la  co.i- 
quête  de  ce  pays  ,  ainfl  que  de  ceux  de  Cachimir  Se 
de  Guzarate.  Les  peuples  font  mahométans.  (Z>.  /.) 

SiNDE  ,  /g  ,  OM  Inde  ,  (  Géog.  mod.  )  en  latin  îndm, 
grande  rivière  des  Indes  dans  les  états  du  grand-mo- 
gol. Elle  prend  fa  fource  fur  les  confins  du  petit  Thi- 
beî ,  dans  les  montagnes  qui  féparent  ce  royaume  de 
la  province  de  Nagracat.  Son  cours  efl  du  nord-efl 
au  fùd-ouefl;  après  avoir  traverfé  plufieurs  pays,  ôi 
s'être  partagé  en  deux  branches ,  qui  font  les  bouches 
de  l'Inde ,  il  fe  jette  dans  la  mer. 

SINDI ,  (  Géog.  anc.  )  peuples  de  la  Sarmatie  afia- 
tique comptés  parmi  ceux  qui  habitent  le  bofphore 
Cimmérien.  Pomponius  Mêla  les  nomme  Sindoncs^ 
&  les  place  au  voifmage  des  Palus  Méotidcs. 

SINDICUS  PORTc^s ,  (  Géog.  anc.  )  port  de  la 
Sarmatie  afiatique  ,  dans  le  bolphcwe  Cimmérien ,  i'ut 
la  côte  de  la  mer  Cafpienne  ,  lelon  Ptolomée  ,  &  le 
Périple  de  Scylax. 

SINDIFIU  ,  (  Géog.  mod.)  ville  d'Afie ,  dans  îaTar- 
tarie ,  au  pays  auquel  elle  donne  ion  nom ,  fur  les 
confins  de  la  Chine.  {D.  J.) 

SINDON  ,  f.  m.  (  Hiji.  eccléf  )  terme  latin  qui  fi- 
gnifie  proprement  nn  linceul,  mais  qu'on  trouve  em- 
ployé dans  l'Ecriture  &  dans  les  anciens,  pour  expri- 
mer diverfes  fortes  de  vôtemens. 

Les  évangéliftes  s'en  fervent  pour  marquer  le  linge 
dans  lequel  Jofeph  d'Arimathie  enveloppa  le  corps 
de  Jefus-Chrift  après  l'avoir  embaume  ,  l'avoir  en- 
touré de  bandelettes  ,  &:  lui  avoir  mis  un  iùaire  au- 
tour de  la  tête.  Les  faints  fuaires  qu'on  montre  en  dif- 
férens  endroits ,  ne  peuvent  pas  tous  être  le  yraïjîn- 
don  qui  enveloppa  le  corps  de  Jefus-Chrifl, 

Il  efl  encore  parlé  étjîndon  dans  l'hifloire  de  Sam- 
fon ,  Judic.  XI y.  xij.  73 .  il  promet  aux  jeunes  hom- 
mes de  fa  noce  trigènta  (îndoncs  &  totidem  tunicas,  s'ils 
pouvoient  expliquer  l'énigme  qu'il  leur  propofii. L'hé- 
breu porte  tr Qnt s Jîdini m,  &l  trente  habits  de  rechan- 
p,e.  Les  uns  entendent  p^r  Jedinim  owjîndonem  ,  la  tu- 
nique qu'on  mettolt  immédiatement  fur  la  chair  ;  &: 
par  des  habits  de  rechange  ,  des  habits  complets ,  une 
tunique  Se  un  manteau ,  car  ces  deux  pièces  faifoient 
l'habit  complet  ,  ou  fimplcmcnt  trente  manteaux  , 
qui  avec  trente  tuniques  formoient  trente  habits  à 
changer. 

La  femme  forte  dont  parle  Salomon ,  Prov.  xxij, 
24.  faifoit  des Jîndoris  tk  des  ceintures  ,  qu'elle  vcn- 
doit  aux  Phéniciens.  Les  filles  de  Jérufalem  portoient 
de  ccsjîndons  ,  comme  on  le  voit  pat  Haie  ,  chap.  iiy\ 
verf,  2j.  C'ctoit  un  habit  propre  auxTyriens  6:  aux 


loS 


S  IN 


Phéniciens  ,  &  peut-être  tiroit-il  fort  nom  de  la  ville 
de  Sidon.  Martial  parlant  ii  un  de  Tes  amis  d'un  vête- 
ment qu'il  lui  envoie ,  rafîiire  qui  ciT:  encore  plus 
propre  à  garantir  du  mauvais  tems  que  \çs^ndons  de 
Syrie. 

Ridebls  vcntos  hoc  nmnere  tcclus  &  'imhrcs 
Nccjà  in  Sjrià  fmdone  tcclus  eris. 

Le  jeune  homme  qui  fuivoit  Jefus-Chrifl  la  nviit 
de  ia  pallion,  n'avoit  liir  lui  qu'un  findon  ,  amiHiisJiii- 
donc  fiiper  mtào.  Ce  pouvoit  être  une  efpece  de  man- 
teau pour  le  garantir  du  froid.  Calm.et ,  Dïclionn,  de 
la  Bible. 

SiNDON ,  en  Chirurgie ,  eft  un  petit  morceau  rond 
de  toile  ,  dont  on  fe  lèrt  pour  panfer  la  plaie  caufée 
par  le  trépan,  yoyii  Trépaner, 

La  première  chofe  qu'on  fait  ordinairement  après 
l'opération  du  trépan  ,  eft  de  jettcr  quelques  gouttes 
<lc  baume  blanc  fur  la  dure  mère  ,  enfuite  une  cuil- 
lerée de  miel  rofat ,  qu'on  a  fait  chauffer  avec  un  peu 
de  baume  ,  on  y  met  wwJInJon  de  fine  toile  de  lin  : 
cela  s'applique  immédiatement  fur  la  dure  mère  ;  & 
cela  étant  plus  grand  que  le  trou  qui  eft  au  crâne, on 
en  fait  entrer  la  circonférence  entre  le  crâne  &  la 
membrane ,  avec  \\n  inftruînent  nommé  meningophi" 
lax ,  voyci  Meningophilax  ;  enfuite  on  y  applique 
des  plumafleaux  de  charpie,  &  par  ce  moyen  le  trou 
cft  tout-à-fait  bouché. 

SINDRIE-MAL,  f.  m.  {tTifi.  nat.  Botan.  )  c'eft 
ime  fleur  qui  croît  dans  les  bois  de  l'île  de  Ceylan  , 
&  que  fa  lingularité  fait  tranfplanter  dans  les  jardins, 
où  elle  fert  en  quelque  façon  d'horloge.  Elle  eft  ou 
rouge  ou  blanche  :  on  afliire  qu'elle  s'ouvre  tous  les 
jours  vers  les  quatre  heures  de  l'après  midi  ;  elle  de- 
meure épanouie  jufqu'au  lendemain  matin  ;  alors  elle 
ie'referme  pour  ne  s'ouvrir  qu'à  quatre  heures  du  foir. 

SINDRIO  ou  AKAI-SINDJO  ,  f.  m.  {Hift.  nat. 
Boian.')  arbrlffeau  du  Japon  qui  a  une  coudée  de  hau- 
teur ;  il  poufl'c  dès  fa  racine  des  branches  garnies  de 
feuilles  &  alternes  ;  les  baies  font  rondes  ,  un  peu  ap- 
platies,  moins  groffes  qu'un  pois ,  de  couleur  incar- 
nate, d'une  "chair  molle  &  pleine  de  lue  ,  avec  un 
noyau  de  la  couleur  &  de  la  groftèur  d'une  graine  de 
coriandre. 

SINES ,  (  Gcogr.  mod.  )  port  de  mer  en  Portugal , 
fur  la  côte  de  l'Eftramadure  ,  au  fud-oueft  de  Saint- 
JagodeCacem. 

C'eft  dans  ce  petit  port  qu'cft  né  au  xv.  fiecle 
Vafco  de  Gama ,  amiral  portugais  ,  homme  immor- 
tel par  la  découverte  des  Indes  orientales ,  en  tentant 
le  paflage  du  cap  des  Tempêtes,  qu'il  nomma  le  pre- 
mier le  cap  de  bonne  Efpérance ,  nom  qui  ne  fut  point 
trompeur. 

Gama  doubla  la  pointe  de  l'Afrique  en  1497;  & 
remontant  par  ces  mers  inconnues  vers  l'équateur ,  il 
n'avoit  pas  encore  repafiele  capricorne ,  qu'il  trouva 
vers  Sophala  des  peuples  policés  qui  parloient  ara- 
be. De  la  hauteur  des  Canaries  jufqu'à  Sophala  ,  les 
hommes  ,  les  animaux  ,  les  plantes  ,  tout  avoit  paru 
«l'une  efpece  nouvelle.  La  lurprile  fut  extrême  de  re- 
trouver des  hommes  qui  relfembloient  à  ceux  du  con- 
tinent connu.  Le  mahométifme  commençoit  à  péné- 
trer parmi  eux;  leis  mufulmans  en  allant  à  l'orient  de 
l'Afrique,&  les  chrétiens  en  remontant  par  l'occident, 
fe  rencontroient  à  une  extrémité  de  la  terre.  Ayant 
enfin  trouve  des  pilotes  mahométans  à  quatorze  de- 
grés de  latitude  méridionale ,  il  aborda  en  1498  dans 
les  grandes  Indes  ,  au  royaume  de  Calicut  ,  après 
avoir  reconnu  plus  de  quinze  cens  lieues  de  côtes. 

Ce  voyage  de  Gama  changea  la  face  du  commerce 
du  monde ,  &  en  rendit  maîtres  les  Portugais  par  l'O- 
céan éthiopique  ,  &  par  la  mer  Atlantique.  En  moins 
de  cinquante  ans  ils  formèrent  des  établiflemenstrès- 
confidérablcs  depuis  les  Moluques  jufqu'au  golfe  Per- 


S  I 

Tique  ,  dans  une  étendue  de  foixante  degrés  de  lon- 
gitude. 

Gama  revenu  de  fon  voyage  en  i  502 ,  avec  treize 
vaifteaux chargés  dericheffes  incroyables,  fut  nom- 
mé viceroi  des  Indes  par  le  roi  Jean  III.  &  mourut  à 
Cochin  le  24  Décembre  1525.  Dom  Etienne  &  dom 
Chriftophe  de  Gama  l'es  fils  ,  lui  fuccéderent  dans  la 
même  viceroyauté  ,  &  font  célèbres  dans  l'hiftoire. 

SINF ,  f.  m.  (  Mat.  méd.  des  anc.  )  terme  employé 
par  les  anciens  pour  defigner  le  bois  d'aloès  ,  agallo" 
chiun  ;  mais  les  Arabes  ont  fait  de  ce  terme  un  adjec- 
tif, &  ont  nommé  le  bois  d'alocs  \à\\nQ  finficiun  ,  & 
le  noirâtre  indicum.  Le  mot  indicum  n'indique  pas  icii 
le  lieu  du  pays  ,  mais  la  couleur  noirâtre  ,  ce  qui  eft 
aflez  commun  dans  les  ouvrages  des  anciens. 

SINGARA  ,  {Géog.  anc.)  ville  de  la  Méfopotamie,' 
que  Ptolomée  ,  /.  f^.  c.  xviij.  place  fur  le  bord  du  Ti- 
bre. Etienne  le  géographe ,  Pline  &  Ammien  Marcel- 
lin  ,  connoiftènt  aulîi  cette  ville. 

SINGE ,  f.  TCi.Jimius  ,  (  Hifl.  nat.  Zoologie.  )  Il  y  a 
grand  nombre  d'efpeces  àtjinges.  La  plupart  de  ces 
animaux  ont  plus  de  rapport  avec  l'homme  que  les 
autres  quadrupèdes,  fur -tout  pour  les  dents,  les 
oreilles, les  narines,  &c.  ils  ont  des  cils  dans  les  deux 
paupières,  &  deux  mamelles  fur  la  poitrine.  Les  fe- 
melles ont  pour  la  plupart  des  menftrues  comme  les 
femmes.  Les  pies  de  devant  ont  beaucoup  de  rapport 
à  la  main  de  l'homme  ;  les  pies  de  derrière  ont  aulîi 
la  forme  d'une  main  ,  car  les  quatre  doigts  font  plus 
longs  que  ceux  du  pié  de  devant ,  &  le  pouce  eft 
long  ,  gros  &  fort  écarté  du  premier  doigt  ;  aufTi  fe 
fervent-ilsdes  pies  de  derrière  comme  de  ceux  de  de- 
vant pour  faifir  &  empoigner.  Il  y  a  des  finges  qui  ont 
dans  la  mâchoire  d'en-bas  une  poche  ou  fac  de  cha' 
que  côté  où  ils  ferrent  les  alimens  qu'ils  veulent  gar- 
der. Voyezjynop.  anim.  Rai,  mim.pour fervir  à  Vhijt, 
natiir.  des  anim.  drelTé  par  M.  Perrault ,  part.  H. 

M.  Briftbn  ,  Rcgne  anim.  a  divifé  les  différentes 
efpeces  à^Jînges  en  cinq  races. 

Race  prernicrc.  Ceux  qui  n'ont  point  de  queue  ,  & 
qui  ont  le  mufeau  court. 

hQjinge.  Il  y  a  plufieurs  efpeces  Aejinges  ^  qui  ne 
différent  entr'elles  que  par  la  grandeur  ;  elles  ont  beau- 
coup de  rapport  à  l'homme  par  la  face ,  les  oreilles  & 
les  ongles.  Les  felTes  font  nues  ;  le  poil  de  ces  animaux 
eft  de  couleur  mêlée  de  verdâtre  ai.  de  jaunâtre.  On 
les  trouve  en  Afrique. 

L'homme  des  bois ,  ourang  outand  bout  ;  cet  animal 
eft  des  Indes  orientales  ;  il  refl'emble  plus  à  l'homme 
qu'aucune  autre  efpece  à^Jinge  ;  fon  poil  eft  court  & 
alfez  doux.  ' 

h^Jinge  de  Ceylan.  La  lèvre  fupérieure  de  cçjinge 
eft  fendue  comme  celle  d'un  lièvre  ;  les  ongles  font 
plats  &  arrondis ,  excepté  celui  de  l'index  des  pies 
de  derrière  ,  qui  eft  long  ,  recourbé  &  aigu  ;  le  poil 
du  dos  a  une  couleur  noirâtre  ,  &  celui  du  ventre, 
des  bras  &  des  pies ,  une  couleur  cendrée  jaunâtre. 

Race  deuxième.  Les^nges  qui  n'ont  point  de  queue, 
&  dont  le  mufeau  eft  alongé  :  on  leur  a  donné  le  nom 
de  cynocéphales. 

Le  Jînge  cynocéphale.  Il  ne  diffère  dujinge  qu'en  ce 
qu'il  a  le  mufeau  plus  alongé.  Il  y  a  des  cynocéphales 
de  différentes  grandeurs  :  on  les  trouve  en  Afrique. 

Le  Jînge  cynocéphale  de  Ceylan.  Il  a  les  oreilles  ron- 
des ,  larges  ,  tranfparentes ,  nues ,  &  de  couleur  cen- 
drée claire ,  les  jambes  longues  &  menues  ;  elles  n'ont 
que  peu  de  poil  :  celui  du  corps  a  beaucoup  de  rap- 
port à  la  laine  ;  il  eft  long  ,  doux  comme  de  la  foie , 
de  couleur  roufsâtre  ,  plus  foncée  fur  le  dos  du  mâle 
que  fur  le  ventre  ;  &  au  contraire  plus  foncée  fur  le 
ventre  de  la  femelle  que  fur  le  dos.  L'ongle  de  l'index 
de  chaque  pié  eft  long ,  recourbé  &C  pointu  ;  les  au- 
tres font  plats  ôi  arrondis, 

Raçc 


N 


S  i 


109 


Raté  ifàt^em.  Lçs/inges  qui  ôilt  uftë  queiîê  très- 
courte. 

Le  bal-ouin.  Il  fe  trouve  dans  les  deferts  de  ^L^cle; 
il  ell  à-peu-près  de  la  grandeur  d'un  dogue,  &  il  rel-  • 
femble  à  cet  animal  par  la  forme  du  mufeau-;  il  a  les 
fefles  nues  &  rouges,  les  jambes  courtes  ,  les  ongles 
très-aigus ,  un*peu  recourbés ,  ôc  la  queue  fort  courte 
&  rele\ée. 

Race  quatrième.  Les J/nges  qui  ont  la  queue  longvië 
&  le  m.uleau  court  :  on  leur  a  donné  le  nom  3e  cer~ 
copithcques. 

Lefapdjou  brun.  La  longueur  de  ctjînge  efl  de  13 
pouces ,  depuis  le  fommet  de  la  tcte  jufqu'à  la  queue, 
qui  eil  longue  de  14  pouces  &  demi;  cet  animal  la 
roule  en  (pirale ,  &  l'applique  autour  des  corps  aux- 
quels il  veut  s'attacher  ou  fe  fufpendre.  Le  poil  -ell 
noir  fur  la  tête ,  &  de  couleur  brune  plus  foncée  fur 
le  dos  que  fur  le  ventre. 

Lq  fapaJGu  noir.  Ce  Jînge  reflemble  au  précédent 
par  la  conformation  de  la  queue;  il  eH:  à-peu-près  de 
la  grandeur  du  renard;  fes  poils  font  longs  ,  brillans  , 
&  couchés  les  uns  fur  les  autres ,  noirs  fur  tout  le 
corps ,  excepté  les  pies  &  une  partie  de  la  queue , 
qui  ont  une  couleur  brune  ;  le  poil  du  menton  &  de 
la  gorge  eft  plus  long  que  celui  du  corps.  On  trouve 
ce  {apajou  au  Brélil. 

Le  fapajou  cornu.  Il  a  quatorze  pouces  de  longueur 
depuis  le  fommet  de  la  tête  jufqu'à  la  queue ,  qui  efl: 
longue  de  quinze  pouces ,  &  conformée  comme  celle 
des  deux  fapajoux  précédens.  Celui  dont  il  s'agit  a 
fur  la  tête  deux  bouquets  de  poil  en  forme  de  cornes, 
d'où  vient  fon  nom  àe  fapajou  cornu.  Le  fommet  de  la 
tètQ,  le  milieu  du  dos  ,  la  queue ,  les  jambes  de  der- 
rière, &:  les  quatre  pies  font  noirs  ;  les  autres  parties 
du  corps  ont  une  couleur  brune  ;  les  ongles  font  longs 
&  obtus. 

Lq  fapajou  à  queue  de  renard.  Il  n'a  que  fix  pouces 
de  longueur  depuis  le  fommet  de  la  tête  jvdqu'à  la 
queue,  qui  eft  longue  de  dix  pouces  ;  les  poils  du 
corps  font  longs  &  noirs  ,  excepté  la  pointe  qui  eft 
blanche  ;  ceux  de  la  gorge  &  du  ventre  ont  une  cou- 
leur blanche  fale  ;  les  poils  de  la  face  font  très-courts 
&  blanchâtres;  ceux  de  la  queue  font  très  longs  & 
noirs  ;  il  n'y  a  que  les  ongles  des  pouces  qui  fôient 
courts  &  arrondis.  On  trouve  ce  fapajou  dans  la 
Guyane. 

Le  petit  finge  nègre  :  il  eft  noir  ;  on  les  trouve  au 
Bréfil. 

Lefînge  de  Guinée  :  les  couleurs  de  cefinge  reffem- 
blent  prefqu'à  celles  du  dos  d'un  lièvre  ;  il  a  la  tête 
petite  oC  Ta  queue  longue. 

Le  fnge  mufjué  :  il  eft  ainfi  nommé,  parce  qu'il 
a  une  odeur  de  mufc  ;  fon  poil  eft  long  &  de  couleur 
blanche  teinte  de  jaunâtre. 

Le  fapajou  jaune  :  il  a  fept  pouces  &  demi  de  lon- 
gueur, depuis  le  fommet  de  la  tête  jufqu'à  la  queue 
qui  eft  longue  d'un  pié,  ik  garnie  de  Ipngs  poils; 
les  oreilles  font  rondes  &  couvertes  de  poils  aflez 
longs,  &  de  couleur  blanche  fale.  Ce  fapajou  a  le 
poil  très-fin  &:  très-doux*,  de  couleur  blanchâtre 
fur  la  partie  inférieure  du  corps ,  de  couleur  mêlée 
de  brun ,  de  jaunâtre  ,  &  de  blanchâtre  fur  la  partie 
fupérieure ,  &  de  couleur  jaune -roufsâtrc  fur  les 
pics;  le  bout  de  la  queue  eft  noir,  &  le  rcfte  a  la 
même  couleur  que  le  dcffus  du  corps.  Les  ongles 
des  pouces  font  courts  &  arrondis.  On  trouve  cet 
animal  i\  Ceylan  &  dans  la  Guyane  ;  il  y  en  a  de  la 
même  efpece  ù  Cayenae  ;  ils  font  appelles  finges  de 
nuit. 

Le  finge  varié:  il  a  onze  pouces  de  longueur,  de- 
puis le  fommet  de  la  tête  jufqu'à  la  queue  qui  eft 
longue  d'environ  quinze  pouces.  Les  oreilles  font 
longues;  la  face  eft  noire;  le  poil  a  une  couleur. mê- 
lée de  jaune  &  de  noir  fur  le  dcuus  de  la  tête  &  du 
Tome  Xf^t 


Côu,  une  couleur  noire  fuf  la  partie  ex'tenèure  des 
jambes  de  devant  &  fur  les  quatre  piés",xine  couleur 
brune-noirâtre ,  mêlée  d'une  teinte  de  jaune  &  de 
roux  fur  les  jambes  de  derrière ,  &  une  couleur 
blanche  fur  le  deffous  du  corps  &  fur  la  partie  inté- 
rieure des  jambes.  Les  poils  des  .joues  &  des  'côtés' 
du  cou  font  longs ,  blancs  à  leur  origine ,  &  mêlés  de 
noir  &  de  jaune  fur  le  refte  de  leur  longueur  :  il  y  à 
de  chaque  côté  près  de  l'origine  de  la  queue  une  pc-i 
tite  tache  blanche  ;  les  ongles  des  pouces  font  courts 
&  arrondis. 

Le  tamarin :\\  fe  trouve  au  Rrefil.  Le  poil  eft  affcz 
long ,  &  de  couleur  grife ,  teinte  de  noir  fur  le  corps  , 
de  couleur  noire  mêlée  de  gris  fur  le  front ,  &  dé 
couleur  roufle  fur  la  queue. 

Le  petit  finge  lion  :  on  lui  a  donné  ce  nom  ,  parce 
qu'on  a  trouvé  quelque  reffemblance  entre  fa  têtô 
&  celle  du  lion.  Il  n'a  qu'environ  fept  pouces  de 
longueur ,  depuis  le  fommet  de  la  tête  jufqu'à  la  qiieué 
qui  eft  longue  de  douze  pouces  &  àeyni. Ce  'finge  a 
de  longs  poils  doux  comme  de  la  foie;  ceux  du  corps 
ont  une  couleur  blanche  teinte  de  jaune  ;  les  poils 
qui  entourent  la  face ,  ont  une  couleur  roulTe-fôncée ^ 
ceux  de  la  poitrine  une  couleur  roufle-jaunâtre  ;  ceux 
de  la  queue  une  couleur  blanche-jaunâtre;  èi,  ceux 
des  jambes  de  devant  &  des  quatre  pies  une  couleur 
roufle.  Les  ongles  des  pouces  des  pies  de  derrière 
font  courts  &  arrondis  :  on  trouve  ce  petit  finse  au 
Bréfil.  V       J    S 

Le  petit  finge  de  Para  :  il  n'a  que  fept  pouces  de 
longueur,  depuis  le  fommet  de  la  tête  jufqu'à  là' 
queue  qui  eft  longue  de  douze  pouces  &  demi.  Sa 
face  &  fes  oreilles  font  d'une  couleur  rouge  très- 
vive.  Le  poil  du  corps  eft  long,  doux  comme  de  la 
foie  ,  &  d'un  gris-blanc  argenté  ;  le  poil  de  la  queue 
a  une  couleur  de  marron  ;  l'entrée  eft  approchante 
du  noir  :  les  ongles  des  pouces  des  pies  de  derrière 
fon*  larges,  plats  &  arrondis.  '        ^ 

Le  finge  à  queue  de  rat  :  il  a  été  ainfi  nommé  parce 
que  fa  queue  reflemble  à  celle  d'un  rat.  Elle  eftgrofle 
&  longue  à  proportion  du  corps  qui  eft  très-petit. 
Ce  finge  a  le  nez  court,  les  yeux  enfoncés ,  la  face 
blanchâtre  &  ridée  ,  le  bout  du  nez  &  le  tour  de  la 
bouche  noirs ,  les  oreilles  grandes  &  nues ,  &  les 
ongles  courts  &  applatis.  La  tête  eft  ronde  en-devant 
&  couverte  jufqu'à  la  racine  du  nez  par  des  poils 
d'une  couleur  noire  qui  tire  fur  le  rouge  :  les  poils 
du  derrière  de  la  tête  qui  eft  un  peu  alongé,  font 
noirâtres.  La  peau  eft  nue  depuis  le  menton  jufqu'au 
ventre  &  à  la  partie  intérieure  des  cuifles.  Le  poil 
du  dos  a  une  couleur  rouge  moins  foncée  que  celui 
du  devant  de  la  tête;  la  partie  extérieure  des  cuif- 
fes  ,  les  pics  &  les  reins,  n'ont  que  peu  de  poil  qui 
eft  d'un  jaune-clair  :  cet  animal  fe  trouve  en  Amé- 
rique. 

Lejagoïàn  :  il  n'a  que  fept  pouces  &  demi  de  lon- 
gueur, depuis  le  fommet  de  ia  tête  jufqu'à  la  queue 
qui  eft  longue  de  onze  pouces  &  eniourée  d'an- 
neaux alternativement  bruns ,  noirâtres  &  gris-blancs. 
Tous  les  poils  de  cet  animal  font  fins  &  doux  :  cha- 
cun de  ceux  du  dos  eft  en  partie  roux,  eu  partie 
brun  &  en  partie  gris-blanc  :  le  brun  &  le  gris-blanc 
font  difpolés  de  façon  qu'ils  forment  des  bandes 
tranfverfales.  Les  poils  du  deflbus  du  corps  &  des 
jambes  ont  auifi  du  brun  &  du  gris-blanc;  la  tête 
ik  la  gorge  l'ont  brunes  :  il  y  a  une  tache  blanche  au- 
deflbus  du  nez  entre  les  yeux  &  de  longs  poils 
blancs  autour  des  oreilles.  Les  onglos  des  pouces 
des  pies  de  derrière  font  courts  &  arrondis  :  cet  ani- 
mal fe  trouve  au  Brehl. 

Le  finge  à  queue  de  lion  :  il  eft  ainll  nommé ,  parce 
que  (a  queue  eft  terminée  par  un  bouquet  de  longs 
poils ,  &;  nue  dans  le  refte  de  fa  longueur  comme 
celle  du  lion.  Tout  le  corps  a  une  couleur  jaune. 


2IO  S    I    N 

teinte  de  brun ,  excepté  la  gorge  &  ia  poitrine  qui 
Ibnt  blanches.  ,  , 

Lifinoc-l'um  :  le  nom  de  ce  fingi  vient  de  ce  qu  il 
a  connne  le  lion  de  longs  poils  en  forme  de  crmiere 
liir  le  cou  fie  fur  la  poitrine  ;  ces  poils  lont  blan- 
châtres; le  muleau  brun. 

Li  prioc  reid  :  il  a  quinze  pouces  de  longueur  , 
depuis  le  fommet  de  la  tcte  jufqu'à  fa  queue  qui 
elt  lonoue  de  quatorze  pouces.  Le  poil  elt  de 
couleur  mêlée  de  gris  &  de  jaunâtre  (ur  le  deflus 
de  la  tcte  &  du  dos ,  de  couleur  gnle  (ur  la  queue  & 
fur  les  côtés  ik  l'extérieur  des  jambes,  de  couleur 
blanche  fur  l'intérieur  des  jambes  &  lur  la  partie  inté- 
rieure du  corps:  les  joues  ont  de  longs  poils  blancs: 
les  poils  font  courts  &  arrondis. 

Le  ^^randfingi  de  la  Coehinchine  :  il  a  environ  deux 
pies  de  longueur  depuis  le  fommet  de  la  tête  jafqu  à 
la  queue  qnî  eil  longue  d'un  pié  neuf  pouces.  Les  joiU'S 
ont  de  longs  poils  d'un  blanc  jaunâtre  ;  il  y  a  fur  le 
cou  un  coUier  de  couleur  de  marron  pourpré  ;  la 
face ,  les  jambes  &  les  pics  de  derrière  font  de  la 
même  couleur  ;  le  deffous  de  la  tête ,  le  corps  &  les 
bras- font  gris;  le  front,  le  deffus  des  épavdes,les 
cuiffes  &  les  pies  de  devant  ont  une  couleur  noire  ; 
les  avant-bras  &  la  queue  font  blancs  ;  il  y  a  une 
tache  blanche  fur  le  dos  près  de  la  queue  :  les  ongles 
des  pouces  font  courts  &  arrondis. 

LeJ^nge  de  Guinée  k  barbe  jaunâtre  :  on  trouve  aulii 
cefnge^u  Brefil.  Il  a  le  mufeau  bleuâtre ,  la  plus 
grande  partie  du  corps  de  couleur  noirâtre  mêlée  d'une 
couleur  d'ambre,  le  ventre  de  couleur  grife-bleuâtre, 
les  jambes  &  les  pies  noirs  ,  6c  la  queue  d'un  roux- 
jaunâtre  depuis  le  milieu  de  fa  longueur  jufqu'à  l'ex- 
trémité. Les  joues  &  les  oreilles  ont  une  grande 
quantité  de  longs  poils  d'un  blanc-jaunâtre. 

Lejingi  rouge  de  Cayennz  .-il  eft  très-gros  &  d'un 
rou'^e-bay  foncé.  Une  conformation  particulière  de 
l'os  hioide  rend  le  fon  de  fa  voix  effroyable  lorfqu^il 

crie. 

Le  Jînge  blanc  à  barbe  noire. 

Lejinge  noir  à  barbe  blanche. 

Lefinge  de  Guinée  à  barbe  blanche  :  on  trouve  auffi 
ce  finirc  au  Brefil.  H  cft  de  couleur  brune  avec  de 
petits^points  blancs,  excepté  fur  la  poitrine  &  fur 
le  ventre  qui  font  blancs  en  entier.  ^ 

Le  Jînge  barbu  :  il  eft  ainfi  nommé ,  parce  qu'il  a 
une  barbe  longue  d'environ  lix  pouces.  Son  poil  cft 
court,  lifle,  luiiant,  &  de  couleur  noire  mêlée  de 
brun ,  excepté  fur  la  poitrine  &  fur  la  partie  anté- 
rieure du  ventre ,  où  il  eft  blanc. 

Lefinge  barbu  à  queue  de  lion  :  ce  Jînge  â  été  ainfi 
nommé  parce  qu'il  a  une  barbe  blanche  ,  longue  de 
neuf  pouces  ,  &  comme  le  lion ,  un  bouquet  de  poil 
au  bout  de  la  queue.  Les  poils  de  la  partie  fupé- 
riQure  du  corps  ont  une  couleur  noire,  mêlée  de 
brun  ;  ceux  de  la  partie  inférieure  font  blancs  & 
longs  :  les  ongles  différent  peu  de  ceux  de  l'homme. 

Lejinge  noir  d'Egypte  :  il  a  de  longs  poils  autour 

de  la  face. 

Lefinge  roux  d'Egypte  :  il  eft  de  la  taille  d'un  grand 
chat  ;  il  a  une  chevelure  blanche  autour  de  la  face 

qui  eft  noire. 

Lt petit  finge  du  Mexique:  il  a  environ  fept  pouces 
de  longueur,  depuis  le  fommet  de  la  tête  jufqu'à  l'ori- 
gine de  la  queue  qui  eft  longue  à  peu-près  d'un  pié. 
La  face  eft  noire  &  nue  julqu'au-delà  des  oreilles  ; 
le  deffus  du  corps  a  une  couleur  mêlée  de  brun  & 
de  roux;  le  deffous  &  les  quatre  pies  font  blanchâ- 
tres ;  la  queue  cft  en  partie  rouffe  &  en  partie  noire: 
les  ongles  des  pouces  des  pies  de  derrière  font  lar- 
ges ,  plats  &  arrondis. 

Le  bel:;ebui  :  ccfnge  a  quinze  pouces  de  longueur, 
depuis  le  fommet  de  la  tête  jufqu'à  la  queue  qui  cft 
longue  de  deux  pies ,  terminée  en  pointe ,  &  nye 


S  I  N 

fur  fa  face  inférieure ,  depuis  les  deux  tiers  de  fa 
longueur  jufqu'à  l'extrémité  :  cette  partie  eft  revê- 
tue d'une  peau  fillonnée  comme  celle  de  la  plante 
des  pies.  Auffi  cet  animal  fe  fert-il  de  fa  queue  com- 
me d'une  cinquième  jambe:  il  embraffe  ,  il  faifit,  il 
empoigne,  pour  ainli  dire,  avec  l'extrémité  de  fa 
queue  ce  qu'il  veut  poster  à  fa  bouche.  La  face  de 
ce  fnge ,  les  oreilles  ,  la  tête  ,  la  partie  antérieure 
du  dos  ,  la  partie  extérieure  du  bras  ,  de  la  cuiffe  ôc 
la  jambe  ,  l'avant-bras ,  les  pies  &  la  queue  font 
nuirs  ;  la  partie  poftérieure  du  dos  eft  d'un  brun- 
noirâtre  ;  les  côtés  font  roux  ;  la  gorge,  la  poitrine, 
le  ventre,  la  partie  intérieure  du  bas  de  la  cuifte  &C 
de  la  jambe  font  d'un  blanc-fale  &  jaunâtre  :  il  n'y  a 
que  quatre  doigts  aux  pies  de  devant. 

^ace  cinquième,  hesfnges  qui  ont  la  queue  lon- 
gue &  le  mufeau  alongé  :  on  leur  a  donné  le  nom  de 
cercopithèques  cinocephales. 

Li  cercopithe- cinocephali  :  il  ne  diffère  du  fngc 
qu'en  ce  qu'il  a  une  queue  &  lé  mufeau  alongé.  Il 
y  a  des  cercopiteques-cinocephales  de  différentes 
grandeurs  :  on  les  trouve  en  Afrique, 

Le  makaque  :  il  a  plus  d'un  pié  de  longueur,  de- 
puis le  fommet  de  la  tête  jufqu'à  la  queue  qui  n'eft 
longue  que  d'un  pié ,  &  courbée  en  arc.  Le  poil  a  les 
mêmes  couleurs  que  celui  du  loup;  les  narines  font 
fendues  &  élevées  ;  il  n'y  a  point  de  poil  fur  les  fef- 
fes:  on  trouve  cet  animal  dans  le  royaume  d'Angola 
&  dans  la  Guyane. 

Le  magot  ou  tartarin  :  il  eft  à  peu-près  de  la  gran- 
deur d'un  dogue  ,  il  a  le  nezgros  ,  nud  ,  cannelé  & 
de  couleur  violette  ;  les  poilsont  une  couleur  grife- 
blanchâtre  ;  ceux  de  la  partie  antérieure  du  corps 
font  très-longs  :  on  trouve  cet  animal  en  Afie  &  en 
Afrique. 

M.  de  la  Condamine  nous  apprend,  Mém.  de  Ca- 
cadénie  ly^S^  que  [qs  fnges  font  le  gibier  le  p4us 
ordinaire  &  le  plus  du  goût  des  indiens  de  l'Ama- 
zone. Quand  ils  ne  font  pas  chaffés  ni  pourfuivis , 
ils  fe  L  iffent  approcher  de  l'homme  fans  marquer 
de  crainte.  C'elt  à  quoi  les  fauvages  de  l'Amazone 
reconi  oiffent  quand  ils  vont  à  la  découverte,  ft  un 
pays  eft  neuf,  ou  n'a  pas  été  fréquenté  par  des 
hommes.  Dans  tout  le  cours  de  la  navigation  lur  ce 
fleuve ,  on  en  voit  un  ft  grand  nombre  &  tant  d'ef- 
peces  différeates ,  que  la  ieulc  énumération  en  feroit 
ennuyeufe.  Il  y  en  a  d'aufti  grands  qu'un  lévrier ,  6c 
d'autres  auffi  petits  qu'un  rat ,  non-feulement  les  fa- 
pajous  y  font  comrnuns;  mais  il  y  en  a  d'autres  plus 
petits  encore,  difficiles  à  apprivoifer,  dont  ie  poil  eft: 
long,luftré  ordinairement  de  couleur  marr©n,&quel- 
quefois  moucheté  de  fauve  ;  ils  ont  la  queue  deux 
fois  aufti  longue  que  le  corps ,  la  tête  petite  &  quar- 
rce,  les  oreilles  pointues  &  faillantes  comme  les 
chats  ;  ceux-ci  ne  relfeniblent  point  aux  autres  fn- 
ges ,  ayant  plutôt  l'air  &  le  port  d'un  petit  lion.  On 
les  nomme  pinches  à  Maynas ,  &  tamarins  à  Cayenne. 
Les  anciens  ,  mem.  de  l'académie  des  Scitnc.  ont 
décrit  l'anatomie  an  fnge  ;  mais  il  y  faut  joindre  les 
Remarques  de  M.  Hunaul^  qui  lont  dans  les  mémoires 
modernes  de  la  même  académie,  année  ir^S.  En 
général ,  on  a  montré  depuis  long-tems  tant  de  curio- 
lité  pour  la  diffeftion  àii  /înge,  qu'on  a  donné  fou- 
vent  &L  repréfenté  des  parties  de  cet  animal ,  com- 
me tirées  de  cadavres  humains.  Galien  a  montré 
l'exemple  à  (es  fuccefl'eurs;  &  je  crois  queVéfale  lui- 
même  a  fait  une  ou  deux  fois  cette  petite  fuper- 
cherie. 

Singe  ,  f.  m.  (  Jrchitecl.  )  machine  compofée  de 
dciix  croix  de  S.  André ,  avec  un  treuil  à  bras  ,  ou  à 
double  manivelle  ,  qui  fert  à  enlever  des  fardeaux , 
à  tirer  la  fouille  d'un  puits ,  &  à  y  defcendre  le  moi- 
Ion  &  le  mortier,  pour  le  fonder.  Daviler.  {D.J.) 
StNGE ,  C  m.  terint  dt  Ptrfptclivt ,  c'eft  un  inftru- 


s  I  N 

inent  de  perfpeftive  qui  (ert  à  copier  des  tableaux , 

6c  ù  les  reduix-e  du  grand  au  petit  pié  ,  ou  du  petit  pié 

au  grand  ,  dans  la  proportion  requife  ;  mais  le  vrai 

•mot  eÙ.  pantograplic.  Foje{  PANTOGRAPHE.  (Z?.  /.) 

SINGERIE  DE  TÉNiERS  ,  (  Peine.  Grav.  )  on  ap- 
pelle h^ngerie  de  Tcnicrs ,  tous  les  linges  que  ce  pein- 
tre a  réprélentés  ;  les  uns  habilles  en  juges ,  les  au- 
tres en  prêtres  ,  les  autres  en  moines,  &c.  On  voit 
^zns\z  Jingeru  deTcmers  ^iows  les  acleurs  de  la  co- 
médie italienne  ,  en  forte  que  c'eft  un  finge  qui  efl 
habillé  en  arlequin  ,  un  autre  reprél'ente  Icaramou- 
che ,  un  autre,  Colombine  ,  &c.  Les  eilampes  qu'on 
en  a  gravées  ,  s'appellent  ^^{^ijingeries.  (Z).  /.) 

SINGHILLOS  ,  {Hijl.mod.)  c'eft  le  nom  que 
les  Jagas^  peuple  anthropophage  de  l'intérieur  de 
l'Afrique  ,  donnent  à  leurs  prêtres  ;  ce  font  eux  qui 
font  chargés  de  confulter  les  mânes  de  leurs  ancêtres, 
qui  paroifTent  être  lesfeuls  dieux  que  ces  peuples  con- 
noilfent  ;  les  prêtres  le  font  par  des  conjurations , 
accompagnées  ordinairement  de  facrifîces  humains, 
que  l'on  fait  en  préfence  desoflemens  des  rois  ,  con- 
ièrvés  pour  cet  effet  après  leur  mort ,  dans  des  ef- 
peces  de  boëtes ,  ou  de  chaffes  portatives.  Ces  prê- 
tres ,  dont  l'empire  eft  fonde  fur  la  cruauté  &  la  fu- 
perftition  ,  periiiadent  à  leurs  concitoyens  que  tou- 
tes les  calamités  qui  leur  arrivent  ,  font  des  effets 
<ie  la  vengeance  de  leurs  divinités  irritées  ,  &  qui 
veulent  être  appaifées  par  des  hécatombes  de  vidli- 
ries  humaines  ;  jamais  le  fang  humain  ne  coule  afiez 
iibondament  au  gré  de  ces  odieux  minières  ;  les  moin- 
dres fouffles  de  vents",  les  tempêtes  ,  les  orages  ,  en 
un  mot  les  évênemens  les  plus  communs ,  annoncent 
.îa  colère  &  les  plaintes  des  ombres  altérées  de  fang  ; 
plus  coupables  en  cela  que  les  peuples  aveugles  6c 
barbares  qu'ils  gouvernent,  &  qu'ils  entretiennent 
par  la  terreur  dans  des  pratiques  révoltantes  ;  c'efl 
à  leurs  fuggellions  que  font  dues  les  cruautés  que  ces 
fauvages  exercent  lur  tous  leurs  voinns.;  ce  font  ces 
prêtres  qui  leur  perfuadent  que  plus  ils  feront  inhu- 
Jîiains ,  plus  ils  plairont  aux  puilfances  inconnues  , 
de  qui  ils  croient  dépendre,  Poyei  Carùcle  Jagas. 

SINGJDAVA  ,  {Gcog.  anc.)  ville  de  la  Dace  , 
félon  Ptolomée  ,  /.///.  c.vlij.  le  nom  moderne  eH: , 
î't  ce  qu'on  prétend ,  Enycd,  &  en  allemand,  Engz- 
tyn.  {D.  /.) 

SINGIDUNUM ^  (  G'cGg.  anc.')o\\  Singlndunum ^ 
ou  Sïgcndunum  ,  ville  de  la  Pannonie  ,  que  l'itinérai- 
re d'Antoine  marque  fur  la  route  d'Italie ,  en  orient, 
en  paflant  parle  mont  d'Or.  Ptolomce  met  cette  pla- 
ce au  nombre  des  villes  niéditerrances  de  la  haute 
Moefie  ,  car,  comme  Piinc  nous  l'apprend  ,  la  Mœ- 
fie  fut  ajoutée  à  la  Pannonie  ;  Singidunum  étoit  fituée 
à  une  petite  diftance  de  la  Save.  Holftein  juge  que 
c'efl:  à  préfent  Zinderin  ,  dans  la  Servie. 

Jovien  (  Flavius  Claudius  Jovianus  )  naquit  à  Sin- 
gldunum  ,  vers  l'an  331,  &  fut  proclamé  empereur 
par  l'armée  romaine  ,  en  363  ,  après  la  mort  de  Ju- 
lien. Il  fit  aufTitôt  la  paix  avec  les  Perles  ,  par  une 
négociation  qu'ils  tirèrent  exprès  en  longueur  pour 
faire  confumer  aux  Romains  ce  qui  leur  reiîoit  de 
vivres.  Alors  le  nouvel  empereur  ,  prefle  de  la  faim, 
bc  dans  la  crainte  affez  bien  fondée  ,  que  quelqu'au- 
tre  ,  profitant  de  fon  abfence,  ne  prît  auili  le  diadé- 
me,conclut  avec  Sapor  un  traité  apparemment  néccf- 
faire  ,  certainement  honteux.  Il  céda  par  ce  traité, 
les  cinq  provinces  tranfl:igritaines  ,  avec  la  ville  de 
Nifibe  ,  qui  étoit  le  boulevart  de  l'empire  ,  en 
orient  ;  ce  même  prince  avoit  généreufcment  con- 
fofl'é  la  foi  chrétienne  ,  6c  perlcvéra  dans  la  même 
croyance;  mais  il  fe  propofa  d'éteindre  par  la  dou- 
ceur ,  lesfchifines  de  l'églife.  Son  règne  ne  dura  que 
Jl'pt  mois  &;  vingt  jours  ;  il  tut  étouffé  dans  Ion  lit , 
en  364,  ;\  l'âge  de  33  ans,  par  la  vapeur  du  char- 
bon qu'on  avoit  allumé  dans  fa  chambre.  M.  l'iibbc 
Tome  XK, 


S     I    N  211 

de  la  Bletterie  a  écrit  la  vie  de  ce  prince  ,  &  nous  y 
renvoyons  le  lefteur ,  parce  qu'elle  mérite  d'être  lue. 

SINGITICUS  SINUS  ,  (  Géog.  anc.)  golfe  de 
la  Macedome  ,  dans  la  mer  Egée  ,  félon  Ptolomée  , 
/.  ///.  c.  xxxj.  Ce  golfe  entroit  fort  avant  dans  les 
terres ,  entre  la  Chalcidie  &  la  Praxie ,  depuis  le  pro- 
montoire Nymphœum  ,  jufqu'à  Ampdusextrcma 

SINGLER,  V.  n.  {Archit.)  c'eft  dans  le  toifé, 
contourner  avec  le  cordeau ,  le  ceintre  d'une  voûte  ' 
les  marches  ,  la  coquille  d'un  efcalier ,  les  montures 
d'une  corniche  ,  &  toute  autre  partie  qui  ne  peut 
être  mefurée  avec  le  pié  &  la  toife.  DaviUr.  {D.'J.) 

SINGLIOTS  ,   f.   m.  (  Coupe  des  pierres.)  font  \qs 

deux  foyers  d'une  ellipfe  où  l'on  attache  les  bouts  d'un 

cordeau  égal  au  grand  axe  ,  pour  tracer  cette  courbe 

par  le  mouvement  continu  ,  qu'on  appelle  le  trait  dic 

jardinier,    ^oye:^  ELLIPSE. 

SINGO,  (Gio-gr.  mod.)  petite  ville  de  la  Tur- 
quie en  Europe,  dans  la  Macédoine  ,  fur  la  côte  du 
golfe  de  Monte-Santo.  Elle  conferve  le  nom  de  l'an- 
cienne Singus  ,  qui  avoit  donné  le  fien  au  golfe  Sin- 
giticusjînus.  (^D.  J.) 

SINGO-FAU  ,  f.  m.  (  Hiji.  nat.  Botan.  )  plante 
de  i'ile  de  Madagafcar  ,  qui  s'attache  au  tronc  des  ar- 
bres ,  &  dont  il  fort  une  grande  feuille  longue  de 
deux  ou  trois  pies  ,  fort  épaiffe,  &  large  de  quatre 
doigts  ;  les  habitans  écrafent  cette  feuille  ,  après  l'a- 
voir chauffée  au  feu  ,  &  s'en  frottent  le  tour  des 
yeux,  pours'éclaircirla  vue. 

SINGOR  ,  owSiNGORA,  {Gèogr.  mod.)  ville 
des  Indes  ,  au  royaume  de  Siam  ,  fur  la  côte  orien- 
taie  de  la  prefqu'île  de  Malaca,  à  l'embouchure  d'une 
petite  rivière,  qui  fe  jette  dans  le  golfe  de  Patane. 
Latit.  ^.48.{D.J.) 

SINGULARITÉ  ,  (  Morale.  )  on  prend  ordinal- 
rement  ce  mot  en  mauvaife  part,  pour  déiigner  une 
affeftation  de  mœurs  ,  d'opinions  ,  de  manières  da- 
glr  ,  ou  de  s'habiller  ,  contre  l'ufage  ordinaire  ;  ce- 
pendant il  faut  diflinguer  la  CingularitélomhiQ  ..  de 
a  vicieule. 

1°.  Tout  homme  de  bon  fens  tombera  d'accord 
avec  moi ,  que  lajingulariié  QÙ.  digne  de  nos  éloges  , 
lorfque  malgré  la  multitude  qui  s'y  oppofe  ,  elle^fuit 
les  maximes  de  la  morale  &  de  l'honneur  ;  dans  de 
femblables  cas  ,  il  faut  favoir  que  ce  n'eil  pas  la  cou- 
tume ,  mais  le  devoir  ,  qui  efl  la  règle  de  nos  ac- 
tions ,  &  que  ce  qui  doit  diriger  notre  conduite ,  efl 
la  nature  même  des  chofes  :  alors  \3i  fingularité  de- 
vient une  vertu  qui  élevé  un  homme  au-defliis  des 
autres  ,  parce  que  c'efl:  le  caradere  d'un  efprit  foi- 
ble  ,  de  vivre  dans  une  oppofition  continuelle  à  lès 
propres  fcntimens^,  &  de  n'ofèr  paroître  ce  qu'on  efl: 
ou  ce  qu'on  doit  être. 

hcijmgnlarité  n'efl  donc  vicieufe  que  lorfqu'elle 
fait  agir  les  hommes  contre  les  lumières  de  la  raifon  , 
ou  qu'elle  les  porte  à  fe  diilinguer  par  quelques  niai- 
feries  ;  comme  je  ne  doute  pas  que  tout  le  monde  ne 
condamne  les  perfonnes  qui  le  fingularifent  par  les 
mauvaifes  moeurs  ,  le  défordre  &  l'impiété  ;  je  ne 
m'arrête  qu'à  ceux  qui  fe  rendent  remarquables  par 
laT^ifarrene  de  leurs  habits  ,  de  leurs  manières  ,  de 
leurs  difcours ,  ou  de  telles  autres  choies  de  peu  d'im- 
portance dans  la  conduite  de  la  vie  civile  ;  il  ell  cer- 
tain qu'à  tous  CCS  égards  ,  on  doit  donner  beaucoup 
à  la  coutume,  &  quoique  l'on  puiflè  avoir  quelque 
ombre  de  raifon,  pour  ne  fuivre  pas  la  foule,  on 
doit  lacriner  l'on  humeur  particulière  ,  &  lès  opi- 
nions ,  aux  ufages  reçus  du  public. 

Il  faut  donc  s'y  prêter  ,  6c  fe  reflbuvenir  qu'en 
fuivant  toujours  le  bon  fens  même  ,  on  peut  paroître 
ridicule  dans  l'efprit  de  gens  qui  nous  font  beaucoup 
intérieurs  ,  &  fe  rendre  moins  propres  à  c',Te  utile 
aux  autres ,  dans  des  affaires  réellement  im;)ortan-i 

Dd.j 


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tes  ;  au  reflc  ,  parmi  nous  ,  on  voit  très-peu  de 
gens  le  fingulnriier  dans  les  modes  ,  les  uiages  ,  6c 
les  opinions  reçues  ;  mais  combien  n'en  voit-on  pas 
qui ,  de  peur  de  fe  donner  un  ridicule  ,  n'ofent  le 
montrer  ce  qu'ils  dcvroient  être ,  &  ce  que  la  vertu 
leur  iirclcrit  d'être  ?  (  Z?.y.  ) 

SINGULIER  ,  RE  ,  adj.  (  Gram.)  ce  terme eft 
conj'acré  dans  le  langage  grammatical ,  pour  déligner 
celui  des  nombres  qui  marque  l'unité.  /•'.  Nombre. 

Un  même  nom,  avec  la  même  lignilication  ,  ne 
laille  pas  trèslbuvent  de  recevoir  des  iens  tort  dit- 
tcrcns  ,  ielon  qu'il  ell:  employé  au  nomhve  fin gulier  , 
ou  au  nombre  pluriel.  Par  exemple,  donner  la  main  ^ 
c'eli  la  préientsr  à  quelqu'un  par  politefle  ,  pour 
l'aider  à  marcher  ,  à  delcendre  ,  à  monter,  &c.  don- 
ner les  mains ,  n'ell  plus  qu'une  exprelfion  figurée  , 
qui  veut  dire  conjcnùrh.  une  propolition.  Cette  re- 
marque cil  due  à  M.  l'abbé  d'Oiivet ,  lur  ces  vers  de 
Racine,  Baja^et^  I.  iij.  8.t). 

Save::^-vdusjî  demain 

Sa  liberté ,  fes  Jours  feront  en  votre  main. 

Il  me  femble  que  de  pareilles  obfervations  font 
fort  propres  h  faire  concevoir  qu'il  ell"  ncceffaire  d'ap- 
porter dans  l'étude  des  langues ,  autre  chofe  que  des 
oreilles ,  pour  entendre  ce  qui  fe  dit ,  ou  des  yeux 
pour  lire  ce  quieft  écrit  :  il  y  faut  encore  une  atten- 
tion fcrupuleufe  fur  mille  petites  chofes  qui  échappe- 
ront aifémentà  ceux  qui  nefavent  point  examiner  , 
ou  qui  feront  mal  vues  par  ceux  qui  n'auront  pas  une 
certaine  pénétration ,  un  certain  degré  de  juftefl'e 
dont  on  fe  croit  toujours  allez  bien  pourvu  ,  &  qui 
pourtant  efl  bien  rare. 

.  L'ufase  a  autorifé  dans  notre  langue  \me  manière 
de  parler  qui  mérite  d'être  remarquée  :  c'elr  celle  où 
l'on  emploie  par  fynecdoque  ,le  nombre  pluriel ,  au 
lieu  du  uomhvejingtdier ,  quand  on  adre'fle'la  parole 
aune  feule  perfonne  :  Monjleur  ,  vous  niave^  ordon- 
né; je  vous  prie  ;  &c\  ce  qui  fignilîe  littéralement  en 
latin  ,  domine  ,  jnffifti^  ;  oro  vos  ;  la  politefle  fran- 
çoife  fait  que  l'on  traite  la  perfonne  à  qui  l'on  parle, 
comme  li  elle  en  valoit  plufieurs  :  &  c'eil  pour  cela 
que  l'on  n'emploie  que  {^Jingulier,  quand  on  parle  à 
une  perfonne  à  qui  l'on  doit  plus  de  franchife  ,  ou 
moins  d'égards  ;  on  lui  dit ,  tu  ni! as  demandé ,  je  t'or- 
donne ,  furies  avis,  &c.  cette  dernière  façon  de  par- 
ler s'appelle /«ifoj'tr  ,  on  tutayer  ;  ainlil'onne  îutaye 
que  ceux  avec  qui  l'on  eft  très-familier ,  ou  ceux 
pour  qui  l'on  a  peu  d'égards.  On  trouve  dans  le  patois 
de  Verdun  dévouj'er ,  pour  tutayer  ;  ce  quimeferoit 
volontiers  croire  eue  c'eii  un  ancien  mot  du  langage 
national  ;  il  en  a  tous  les  caractères  analogiques  ,  & 
il  eft  compofé  delà  pariicule  privative ^é,&  du  pro- 
nom pluriel  vous  ,  com.me  pour  dire  priver  de  l'hon- 
neur du  vous.  Ce  mot  méritoit  de  relier  dans  la  lan- 
gue ,  &  il  devroit  y  rentrer  en  concurrence  avec  tu- 
tayer :  tous  deux  figniheroient  la  même  chofe,  mais 
en  indiquant  des  vues  différentes  ;  par  exemple  ,  on 
tutayeroit  par  familiarité  ,  ou  par  énergie ,  comme 
dans  la  poéfie  ;  on  dévoujhoit  par  manque  d'égards , 
ou  par  mépris. 

Au  relie ,  il  y  a  peu  de  langues  modernes  où  l'ur- 
banité n'a'.t  donné  lieu  à  quelque  locution  vraiment 
irrcguliere  îi-cet  égard.  Les  Allemands  difent:  mein 
licrr,  icii  bin  ihr  dimer ,  ce  qui  fignifîe  littéralement  en 
françois,  monjieur  ,  je  fuis  leur  Jerviteur,  au  lieu  de 
ton,  qui  feul  efi:  régulier  :  ils  difent  de  même /Vi  , 
au  lieu  de  tu  ;  par  exemple  ,fie  bUiben  immer  ernflhaft , 
c'eft-à-dire  ,  ils  démeurent  toujours  férieux  ^  au  lieu  de 
l'exprelîion  régulière  ,  tu  es  toujours  ferieux  :  il  y  a 
donc  dans  le  germanifme  ,  abus  du  nombre  &  de  la 
perfonne.  Les  Italiens  ,  outre  notre  manière  ,  ont 
encore  leur  vo[fîgnoria ,  nom  abflrait  de  la  troiiieme 
perfonne,  qu'ils  fubflituent  à  celui  de  la  féconde.  Les 


Efpagnols  ont  également  adopté  notre  manière ,  p  our 
les  cas  du  moins  où  ils  ne  croyent  pas  devoir  em- 
ployer les  noms  abftraits  de  diltinûion  ,  ou  le  nom 
de  pure  politeffe  ,  vuejlra  merced ,  ou  vucj'a  merced , 
qu'ils  indiquent  communément  dans  l'écriture  par 
V.  m.  (  B.  E.  R.  x\î.  ) 

SINCxUS  ,  ou  SINGOS  ,  (  Géog.  anc  )  ville  de 
le  Macédoine  ,  dans  la  Chalcidle.  Ptolomée  ,  /.  ///. 
c.  xiij.  la  marque  fur  le  golphe  Singitique  ,  aujour- 
d'hui le  golphe  d'Athos.  {D.J.) 

SlNGYLIA  ,  (  Géog.  anc.  )  ville  d'Efpagne  ,  pré- 
fentement  nommée  Antiquera  ;  elle  tiroit  apparem- 
ment fou  nom  du  fleuve  SinguUs  ,  aujourd'hui  le 
Xénil  ,luivant  l'opinion  commune.  {D.  /. ) 

SINI,  ou  CONFUSI,  f.m.  (  Hi/i.  nui.  Botan.  ) 
arbre  fauvage  du  Japon  ,  de  la  grandeur  du  cerilier. 
Ses  branches  font  tortueufes  :  Ion  écorce  a  l'odeur 
du  camphre  ,  &  fa  feuille  reflemblc  à  celle  du  nê^ 
flier  ;  m.ais  fes  fleurs  qui  naiiTent  à  l'entrée  du  prin- 
tems ,  font  des  efpeces  de  tulipes  ou  de  lys  blancs. 
Leur  piftil  eft  gros  &  de  ngure  conique  •,  environné 
d'un  grand  nombre  d'étamines.  Cet  arbre  eft  aufli 
appelle  kobus  par  les  Japonois, 

SINIGAGLIA,  (  Géog.  mod.  )  en  latin  SenogalUa  , 
petite  ville  d'Italie  ,  dans  le  duché  d'Urbin  ,  fur  la  ri- 
vière Nigola  ,  près  de  la  mer ,  à  lo  milles  de  Fano  , 
à  12  de  Péfaro  &  d'Ancone  ,  &  à  34  d'Urbin.  Cette 
ville/ut  fondée  par  les  Sénonois  ,  ck  devint  depuis 
colonie  romaine.  La  rivière  la  divife  en  ville  neuve 
&  en  rille  vieille ,  toutes  les  deux  dépeuplées.  Ses 
fortifications  &  celles  du  château  ne  font  pas  abfo- 
lument  mauvaifes.  Son  terroir  abonde  en  vin  ,  & 
manque  de  bonne  eau.  Son  évêché  a  été  établi  de- 
puis leiv.  fiecle ,  &  eft  fuffragant  d'Urbin.  Long.jo. 
5z.  latit.  4j .  40.  CD.  J.^ 

SINISTRE  ,  adj.  (  Gram.  )  fâcheux  ,  malheureux, 
de  mauvais  augure.  Il  fe  dit  des  chofes  &  des  per- 
fonnes.  Un  homme  finiflre  ;  un  vifage  finifire  ;  un 
fonge  finiflre  ;  un  oràrefiniflre. 

Sinistres  ,  f  m.  pi.  (  Hijî.  eccléf.  )  anciens  héré- 
tiques ainfi  appelles  de  l'averfion  qu'ils  avoient  prife 
pour  leur  main  gauche  ;  ils  ne  vouloient  rien  accep- 
ter ni  donner  de  cette  rnain-là.  On  les  appelloit  aufù 
novateurs  fabbatiens  ;  il  en  eft  parlé  dans  le  concile  de 
Conftantinople ,  can.  y. 

SIN-KOO  ,  f.  m.  (//i/?.  nat.  Boian.  )  c'eft  un  ar- 
bre odoriférant  du  Japon  ,  que  Kaempferprendpour 
l'aquila ,  ou  bois  d'aigle ,  efpece  d'aloë  ,  &  dont  il 
croit  que  ce  font  les  morceaux  les  plus  réfmeux  ,  & 
par  conféquent  ceux  qui  ont  le  plus  d'odeur  ,  aux- 
quels on  donne  le  nom  de  calamba.  Son  tronc  ,  dit- 
il  ,  eft  haut  d'une  coudée  ,  droit ,  mince ,  d'un  verd 
agréable ,  garni  de  feuilles  dès  le  bas ,  couvert  de  poil , 
&;  fe  partageant  en  deux  branches.  Ses  feuilles  naif- 
fent  une  à  une  ,  éloignées  d'un  pouce  entr'elles  , 
femblables  à  celles  du  pêcher,  d'un  vert  brillant  & 
vif  de  chaque  côté ,  fans  découpure  ;  mais  avec  un 
gros  nerf  qui  règne  au  milieu  fur  le  dos  ,  dans  toute 
leur  longueur ,  &  qui  couvre  des  deux  côtés  quan- 
tité de  petits  rameaux  fins  &  prefque imperceptibles. 
Cette  defcripîion  eft  d'autant  plus  curicufe ,  qu'on 
n'avoit  qu'une  connoiffance  Imparfaite  de  cet  arbre. 
On  favoit  feulement ,  comme  l'obferve  aulTi  Kaemp- 
fcr  ,  qu'il  ne  fe  trouve  que  dans  les  endroits  les  plus 
reculés  des  bois  &  des  montagnes.  Suivant  le  rapport 
des  Japonois  &  des  Siamois ,  il  n'acquiert  l'odeur  qui 
le  rend  ft  précieux,  que  lorfqu'il  eft' tout-à-fait  vieux. 
SINNADE  ,  (  Géog.'  mod.  )  ville  de  la  Turquie 
afiatique ,  dans  l'Anatolie  ,  vers  la  fource  du  Sara- 
bat ,  à  quinze  lieues  d'Apamis ,  du  côté  du  nord. 
Elle  étoit  autrefois  archiépifcopale  ;  elle  eft  aujour- 
d'hui miférable.  {D.J.) 

SINNING  ,  (  Géog.  tnod.  )  ville  de  la  Chine ,  dans 
la   province  de  Quangtung  ,    au   département  de 


s  î 

Quan^cheu  ,  première   métropole  de  la  province. 

1.1  fi  t. "^3 1.  47-  (^-/O 

SIMO  LE  ,  (  Géog.  mod.  )  rivière  d'Italie  ,  au 
royaume  de  Naples.  Elle  a  fa  fource  dans  la  Bafili- 
cate  &  dans  l'Apennin, aux  confins  de  la  Calabre,  & 
va  {q.  jetter  dans  le  golphe  de  Tarente  ,  près  de  la 
tour  de  Saint-Bafilc.  (Z).  7.) 

SINOIS  ,  (  Mythol.  )  furnom  de  Pan  ,  pris  du  nom 
de  la  nymphe  Sinoë ,  qui ,  foit  en  particulier,  foit  de 
concert  avec  fes  compagnes ,  prit  loin  de  i'éduciition 
de  ce  dieu.  {D.  J-) 

SINONIA  ,  (  Glog.  anc.  )  île  de  la  mer  de  Thyr- 
rène  ,  félon  Pomponius  Mêla  ^  /.  //.  c.  vij.  &  Pline , 
/.  ///.  c.  vj.  On  croit  que  c'efl  à-préfcnt  l'île  de  Sa- 
lone  ,  aux  environs  de  Gaiitc.  (Z>.  /.) 

SINOPE  ,  terre  de  ,  (  Hijl.  nat.  anc,  )  terre  rouge- 
brune  de  Natolie  ,  qu'on  ne  connoît  plus  aujour- 
d'hui. 

Quand  Voiture  ,  dans  îzs  entretiens  avec  Coflar  , 
dit  plaifamment  que  les  cordonniers  ont  été  ainli 
nommés  parce  qu'ils  donnent  des  cors  ,  il  me  rap- 
pelle l'étymologieféricufe  deMénage,qui  dérive^/z/2o- 
pU  ,  terme  de  blafon,  de  la  ccrre  de  Sinopc,  qu'il  fup- 
pofe  verîe,&  qui  étoit  d'un  rouge-brun.  Les  anciens 
ont  bien  fait  mention  de  la  terre  verte  de  Scio  qu'ils 
«ftimoient  beaucoup  ,  mais  non  pas  de  la  terre  verte 
de  Sinope.  Je  ne  fais  même  û  le  mot  prajimis  dans 
Pline  &  dans  Ifidore  fignifîe  la  couleur  verte  ,  que 
nous  appelions y«2o;7/£;  mais  cela  ne  nous  fait  rien. 

La  urre  de  Sinope  étoit  une  efpece  de  bol  plus  ou 
moins  foncé  en  couleur  rouge-brune  ,  qu'on  îrou- 
voit  aux  environs  de  cette  ville  de  la  Natolie  ,  qui 
en  diftribuoit  à  Rome  une  grande  quantité  pour  di- 
vers arts  ;  c'eft  pourquoi  Strabon  ,  Pline  &  Vitruve 
en  ont  beaucoup  parlé. 

•  Ce  qui  marque  que  cette  terre  n'étoit  autre  chofe 
que  du  bol ,  c'eft  que  les  auteurs  que  l'on  vient  de 
citer ,  affûtent  qu'il  étoit  aultl  beau  que  celui  d'Ef- 
pagnc.  Tout  le  monde  fait  que  l'on  trouve  un  très- 
beau  bol  rouge  -  brun  en  plufieurs  endroits  de  ce 
royaume  ,  où  on  l'appelle  almagra  ;  &  ùe  bol  d'Ef- 
•  pagne  ,  fuivant  les  conjeftures  de  Tournefort ,  qui 
dcvoit  en  être  inftruit ,  ayant  voyagé  dans  le  pays , 
€i\  un  fafran  de  Mars  naturel.  L'on  ne  connoît  plus 
aujourd'hui  fur  les  lieux  ,  ni  la  terre  verte  de  Scio  , 
ni  la  rouge  de  Sinope ,  appellée  rubrica  fabrilis  par 
Vitruve  ,  Perfe  &  autres  auteurs. 

La  terre  iinopique  de  nos  jours ,  notre  rubrique  , 
eft  une  terre  rouge  qui  fe  trouve  en  Grèce  en  Armé- 
nie ,  en  Egypte  ,  dans  les  îles  de  Majorque  &  de 
Minorque ,  en  France  ,  en  Allemagne  &  Angleterre. 
Il  y  en  a  de  plufieurs  efpeces  ,  de  graiffcufes ,  de 
ifeches  ,  de  tendres ,  de  dnres  ,  de  tachées  ,  &c.  Elles 
fervent  aux  ouvriers  pour  crayonner  6c  tirer  des  li- 
gnes rouges. 

C'eli  de  cette  terre  que  vient  le  nom  de  rubrique , 
qu'on  donne  au  titre  d'un  livre  de  droit ,  parce  que 
les  titres  en  étoient  autrefois  écrits  en  lettres  routes. 
C'eft  la.  même  origine  de  ce  qu'on  nomme  rubriques 
générales  dans  l'office  divin  ;  &  finalement  puilique 
j'en  fuis  fur  les  étymologies  ,  c'eft  aulti  là  celle  du 
mot  de  brique ,  terre  graffe  ,  rougeàtre  ,  que  nous 
cuifons ,  après  l'avoir  façonnée  en  carreaux  ,  &:  qui 
fort  à  bâtir. 

Les  Anglois  favent  à  merveille  pulvérifer  ,  tami- 
fer  &  réduire  en  pâte,  avec  une  eau  gommée,  leur 
terre  rouge ,  dont  ils  font  des  crayons  qu'ils  débi- 
tent dans  le  commerce  ;  mais  nous  vanter  la  rubri- 
que, &  tovUC' autre  forte  de  terres  ,  bols  ,  craies , 
pierres  de  mine  ,  &c.  quelle  qu'en  foit  la  couleur  , 
pour  être  utiles  en  médecine,  en  recommander  l.s 
vertus  vulnéraires  intérieurement ,  c'eft  fc  mo'>;uer 
du  monde ,  c'eft  aggréger  ceux  qui  exercent  l'art 
d'EtluIape ,   au    corps   des  petits    marchand:;    de 


S  I  N 


n 


crayons  ,  qui  étalent  à  Londres  far  la  bourfc  ,  ca  à 
Paris  fur  le  pont-neuf.  (  Z?.  /.  ) 

Sinope  ,  (  Géog.  anc.  )  ville  de  Paphiagonie  ,  fi- 
tuée  au  43^  degré  de  latitude  feptentrionaie  ,  fJr  le 
bord  méridional  du  Pont-Euxin  ,  près  d'une  rivière 
du  même  nom  ,  à  quelques  milles  en  deçà  de  l'Ha- 
lys  ,  fut  une  des  villes  des  plus  célèbres  &  des  plus 
anciennes  du  royaume  de  Pont  ,  dont  la  Paphiago- 
nie, province  .entre  l'Halys  &  le  Parthenius  ,  faiioit 
partie.  Ovide  de  Ponto  ,  /.  /,  dit  : 

Urbs  antiqua  fuit  ,  Ponti  celibrata  Sinope. 

J'ai  lu,  dans  les  mém.  des  infc.  /.  X.  in-^°.  une 
excellente  diiTertation  fur  Sinope  :  en  voici  le  précis. 

Cette  ville,  au  rapport  de  plufieurs  écrivains, 
doit  fa  fondation  à  Sinope ,  une  de  ces  amazones  fa- 
meufes  qui  habitoient  le  long- des  rivages  du  Ther- 
modon  ,  &  que  quelques  auteurs  prétendent  avoir 
été  une  colonie  des  Amazones  de  Lybie  ,  queSdfof- 
tris  mcnoit  avec  lui  dans  fes  expéditions  ,  &  dont  il 
laiffa  ,  dit-on ,  une  partie  fur  les  bords  de  cette  ri- 
vière ,  lorfqu'il  pafia  dans  ces  contrées-là. 

Mais  d'autres  écrivains  croyent  que  Sinope^  qui 
fonda  en  Ane  la  ville  de  fon  nom  ,  étoit  grecque  d'o- 
rigine, &  fille  d'Afope ,  petit  prince  établi  à  Thebes, 
ou  plutôt  à  Phliafie ,  où  il  étoit  venu  de  l'Afie  d'au- 
près des  rivages  du  Méandre  :  comme  il  avoit  paffé 
la  mer  pour  fe  rendre  en  Grèce  ,  on  en  fît ,  en  lan- 
gage mythologique  ,  un  fils  de  l'Océan  &  de  Téthis , 
ou  de  Neptune  &  de  Céglufe  ;  &  le  fleuve  Afope  ,  à 
qui  il  donna  fon  nom ,  n'étoit  autre ,  fuivant  le  même 
ftyle  ,  que  le  Méandre  même  ,  qui  ayant  fuivi  Afope 
fous  les  eaux  de  la  mer ,  étoit  venu  reparoître  fur  les 
terres  que  ce  prince  avoit  acquifes  près  delà  ville  de 
Phliafie  ,  ou  Phigalie. 

Paufanias  fiùt  mention  d'un  autre  prince,  nommé 
auiTi  Afope  ,  le  plus  ancien  des  rois  de  Platée  après 
Cy  theron.  Ce  fut  lui  qui  donna  fon  nom  à  un  autre 
fleuve  appelle  Afope,  qui  couloir  près  de  Thèbes , 
&  à  l'Afopie  ,  canton  des  environs  de  cette  ville. 

En  ce-  tcms-là  les  dieux ,  c'eft-à-dire  ,  les  princes 
ou  feigneurs  de  quelque  contrée  ,  aimoient  à  fe  fi- 
gnaler  par  l'enlèvement  des  jeunes  perfonnes  qui 
cîoient  en  réputation  de  beauté.  Afope  le  phliafien 
avoit,  dit-on  ,  vingt  filles  ,  entre  lefquelles  il  s'en 
trouvoii  quelques-unes  dont  le  mérite  &  la  beauté 
faifoient  beaucoup  de  bruit  jufque  dans  les  pays 
étrangers.  Ce  fut  entre  le  jeunes  feigneurs  d'alors,  à 
qui  en  enleveroit  quelqu'une.  Le  petit  fouverain  de 
rîle  d'Oénone  ,  qu'on  qualifie  du  nom  de  Jupiter ,  fe 


nom  de  Neptune  ,  parce  qu'il  avoit  paflc  la  mer, 
furprit  Corcyre,  qu'il  emmena  dans  fon  île  deSché- 
rie  ,  qu'on  nomma  dans  la  fuite  Corcyre ,  à-préfent 
Corfou.  Un  autre  corfaire ,  qu'on  titra  auffi  du  nom 
de  Neptune ,  pour  la  môme  raifon  ,  s'accommoda  de 
Salsmine  ,  qui  donna  fon  nom  à  l'île  oîi  il  la  tranf- 
porta. 

_  Mars  ,  c'eft-à-dire  ,  quelque  guerrier,  ravit  Har- 
pinne  ,  &  un  jeune  aventurier  venu  du  Levant  , 
qu'on  décora  pour  cette  raifon  du  nom  i! Apollon , 
lurprit  Sinàpe ,  iine  des  autres  filles  d'Afope  ,  qu'il 
tranfporta  jufque  dans  une  péninfule  ou  Cherfon- 
nèie  de  la  côte  m6"idionalc  du  Pont-Euxin  ,  qu'il  lui 
céda  ,  en  lui  laiffant ,  dit-on  ,  fa  virginité.  Quelques 
auteurs  prétendent  au  contraire,  beaucoup  plus  vraif- 
fcmblablemcnt,  qu'il  l'époufa  ,  &  qu'il  en  ciu  un  fils 
nommé  Syrus  ,  qui  donna  Ion  nom  à  la  Syrie. 

La  finiation  du  lieu  où  Sinope  avoit  été  tranfplan- 
tée  de  la  Grèce  ,  étoit  trop  charmante  pour  pouvoir 
ne  s'y  pas  plaire.  Cette  princeffe  s'y  fixa  donc  vo- 
lontiets,  &  yjctta  les  fondemcns  de  la  ville  de  fon 


214 


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nom  ,  q\ii  devint  dans  la  fuite  li  fameufe  par  fes  ri- 
chclîVs ,  par  le  grand  nombre  de  les  habitans  ,  par  la 
beauté  de  les  edilices  ,  tant  publics  que  particuliers  , 

Îiar  la  puilTancc  lur  terre  &  liir  mer  ,  &  même  par 
es  tçrands  hommes  qu'elle  a  produits  dans  les  arts  6c 
les  ïcienccs  ,  ainfi  que  Strabon  6i  autres  auteurs  en 
rendent  témoignage. 

S'il  y  avoit  quelque  fonds  à  faire  fur  ce  qu'on  ra- 
<onte  de  l'origne  de  cette  ville  ,  elle  auroit  commen- 
cé vers  le  tcms  de  l'expédition  de  Phryxus  dans  la 
Colchide ,  où  il  époufa  Chalciope  ,  fille  d'CEetes , 
roi  du  pays ,  une  génération  avant  la  conquête  de  la 
toifon  d'or  par  les  Argonautes  :  car  Al'ope  ,  pcre  de 
Sinope  ,  étoit  contemporain  de  Sifyphe  ,  roi  de  Co- 
rinthe,  &  d'Atamas ,  roi  de  Thebes  6c  père  de  Phry- 
fus  ,  qui  le  fut  d'Argus  l'argonaute  ,  i\  qui  l'on  attri- 
bue la  conilrudion  de  la  navire  argo.  Sinope  étoit 
auili  tante ,  par  Egine  fa  fœur ,  d'Eacus ,  père  de  Té- 
lamon  l'argonaute  &  de  Pelée.  Que  la  ville  Aé Sinope 
ait  été  fondée  avant  le  voyage  des  Argonautes  en  Col- 
chide ,  c'ell  ce  que  liippolentDiodore  de  Sicile  dans 
fon  hiftoire  ,  &  Apollonius  de  Rhodes  dans  fes  argo- 
nautiques ,  puifque  l'un  &  l'autre  auteur  font  palfer 
les  Argonautes  par  cette  ville. 

C'étoit  aulfi  une  tradition  confiante  chez  les  ha- 
bitans  de  Sinope  ,  qu'Antolycus  ,  fils  de  Mercure , 
c'elt-à-dire  ,  de  quelque  fameux  négociant  de  ces 
tems-là  ,  &  oncle  de  Jalon  par  fa  fœur  Polyphema  , 
étoit  venu  s'établir  dans  cette  ville  à  fon  retour  de  la 
campagne  qu'il  avoit  faite  fous  Hercule  contre  les 
Amazones  du  Thermodon.  On  va  même  jufqu'à  dire 
que  ce  capitaine  s'étant  rendu  maître  de  Sinope ,  en 
avoit  chalTé  les  habitans  ,  6c  s'en  étoit  fait  le  fonda- 
teur ,  en  y  mettant  une  nouvelle  colonie.  Ce  qu'il 
y  a  de  certain  ,  c'ell  que  les  Sinopiens  lui  déférèrent 
les  honneurs  héroïques  ;  qu'après  Sérapis  ou  Jupiter , 
Plutus,  Apollon  6c  Minerve  ,  ils  le  révérèrent  com- 
me patron  de  leur  ville  ,&  qu'ils  alloient  le  confulter 
dans  fon  temple  comme  un  oracle. 

C'cft  lui ,  peut-être  ,  que  reprélenîe  une  médaille 
de  Sinope  ,  citée  par  Spanheim  ,  fur  laquelle  fe  voit 
im  bufte  de  héros  le  calque  en  tête  ,  &  au  revers  une 
figure  de  femme  voilée  avec  un  cafque  &  un  javelot 
à  fes  pies  ,  pour  fignifier  ,  dit  M.  Spanheim ,  l'ama- 
zone Sinope  ,  fuivant  l'opinion  de  quelques  auteurs  , 
qui  veulent  que  l'on  donna  le  nom  à' Amazone  à  Si- 
nope la  grecque  ,  parce  qu'elle  aborda  de  fon  pays 
chez  les  Amazones  ,  par  l'embouchure  du  Thermo- 
don  ,  d'où  Apollon  la  mena  dans  la  Cherfonnèfe  du 
Pont-Euxin  ,  où  elle  fonda  Sinope. 

Cette  ville  après  avoir  été  très-floriflante  pendant 
plufieurs  fiecles,futprefque  entièrement  ruinée  fous 
le  règne  d'Adrys,  bifayeul  de  Créfus.  Les  Cimmé- 
riens  ayant  été  chalTés  alors  de  leur  pays  par  les  Scy- 
thes ,  le  lauverent  fur  la  côte  méridionale  du  Pont- 
Euxin  ,  &  le  faifirent  de  la  péninlule  de  Sinope  ,  & 
de  plufieurs  autres  villes  de  conféquence  de  l'Afie. 
Mais  Halyatte  ,  père  de  Créfus,  les  ayant  contraints 
depuis  d'abandonner  leurs  conquêtes  ,  ils  furent  auffi 
obliiiés  de  quitter  Sinope^  qu'ils  avoient  prefque  en- 
tièrement détruite. 

En  ce  tems  h\,  MUet ,  première  ville  de  l'Ionie , 
&  mère  de  plus  de  foixante  &  dix  colonies  ,  comme 
le  dit  Pline ,  fe  trouvant  maîtrefle  de  la  Méditerra- 
née 6l  du  Pont-Euxin,  jettoit  fur  leurs  côtes  des  co- 
lonies grecques  de  toutes  parts  depuis  le  lieu  appelle 
le  mur  des  Milcfiens  fur  les  bords  d'un  des  bras  du 
Nil ,  jufqu'à  Panticapée  à  l'entrée  du  Bofphore  cim- 
mcrien. 

Mais  de  toutes  les  colonies  qu'ils  fondèrent ,  nulle 
ne  fut  plus  célèbre  que  celle  de  Sinope.  Rien  ne  les 
engagea  davantage ,  félon  Strabon ,  à  s'établir  dans 
cette  ville  qu'ils  trouvèrent  prcfquc  deferte,  que  les 
charmes  &  les  avantages  de  fon  alfiette ,  placée  à  la 


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pointe  d\me  péninfule  qui  commandoit  à  la  mer  de 
tous  côtés;  elle  étoit  prefque  inaccefllble  par  mer  à 
caufe  des  rochers  qui  la  bordoient  jufqu'à  l'entrée 
de  fes  deux  ports  ,  l'un  à  l'orient,  &  l'autre  à  l'occi- 
dent des  extrémités  de  fon  ilthme. 

Comme  cet  illhme  aulîi  n'avoit  que  deux  ftades 
de  largeur ,  il  étoit  très-aile  d'en  défendre  l'entrée  du 
côté  de  terre  ;  ce  qui  rcndoit  cette  Cherfonnèfe  d'un 
accès  fort  difficile  à  l'ennemi. 

L'établifl'ement  des  Miîéfiens  à  Sinope  fe  fit  vraif- 
femblablement  vers  le  commencement  du  règne  de 
Cyaxare,  dans  la  37=  olympiade,  où  quelques chro- 
nologucs  placent  la  fondation  de  cette  ville. 

Elle  reprit  bien -tôt  fon  premier  éclat,  &  étoit 
très-illufirc  du  tems  du  jeune  Cyrus.  Après  fa  mort, 
les  Grecs  dans  leur  fameufe  retraite  fous  Xénophon, 
ayant  pris  leur  route  par  cette  ville,  y  furent  reçus 
très-favorablement.  Outre  toutes  fortes  de  rafraî- 
chilfemens  dont  ils  pouvoient  avoir  befoin  ,  les  ha- 
bitans leur  fournirent  tous  les  bâtimens  nécellaires 
pour  les  conduire  à  Héraclée  de  Bithynie ,  oii  plu- 
fieurs débarquèrent ,  pour  de-là  continuer  leur  che- 
min par  terre. 

Strabon  nous  apprend  que  la  ville  de  Sinope  de- 
vint fi  puiflante  par  mer  ôc  par  terre  ,  que  non-feu- 
lement elle  fut  fondatrice  de  plufieurs  colonies  con- 
fidérables  fur  la  côte  méridionale  du  Pont-Euxin  , 
telles  que  Trébizonde,  Cerafus,  Gotyore,  Armene, 
&  autres;  mais  qu'elle  acquit  l'empire  de  cette  mer 
depuis  la  Colchide  jufqu'aux  îles  Cyanées,  près  de 
l'entrée  du  bofphore  de  Thrace. 

Ses  flottes  palTerent  même  dans  la  Méditerranée,' 
où  elles  rendirent ,  félon  Strabon  ,  de  grands  fervi- 
ces  aux  Grecs  dans  plufieurs  combats  de  mer.  Cepen- 
dant les  Sinopiens ,  pour  fe  Ibutenir  contre  les  puif- 
fances  qui  les  environnolent,  &  auxquelles  ils  cau- 
foienî  beaucoup  d'ombrage ,  firent  une  alliance  per- 
pétuelle avec  les  Rhodiens  ,  qui  depuis  que  les  Mi- 
îéfiens eurent  perdu  la  domination  de  la  mer,  s'y^ 
étoient  rendus  les  plus  redoutables. 

Une  alliance  fi  avantageufe  contribua  beaucoup 
à  maintenir  les  Sinopiens  contre  leurs  voifins ,  fur- 
tout  contre  les  rois  de  Pont  qui  en  avoient  conçu 
une  jaloufie  violente.  La  ville  de  Sinepe  étoit  auifi 
trop  à  leur  bienféance  ,  pour  qu'ils  n'eufiTent  pas  tou- 
jours le  delTein  de  l'envahir  dès  qu'il  s'en  préfente- 
roit  une  occafion  favorable. 

Mithridate  quatrième  du  nom ,  &  huitième  roi  de 
Pont,  imaginant  l'avoir  trouvée ,  fut  le  premier  de» 
fouverains  de  ce  royaume  qui  ofa  attaquer  les  Si- 
nopiens ouvertement.  Leur  ayant  donc  déclaré 
la  guerre  ,  il  vint  auffi  -  tôt  les  alfiéger ,  croyant 
les  prendre  au  dépourvu.  Mais  comme  ils  eurent  le 
tems  d'envoyer  des  ambafl'adeurs  aux  Rhodiens  ,  ils 
en  reçurent  un  fecours  fi  prompt  &  fi  puilTant,  ainli 
que  le  raconte  Polybe  ,  que  Mithridate  fut  obligé  de 
lever  honteufement  le  fiége,  après  avoir  perdu  beau- 
coup de  monde.  Ceci  arriva  l'an  des  Seleucides  93  , 
de  Rome  534. 

Mais  trente-fept  ans  après  ,  Pharnace  fon  fils  & 
fon  fuccefleur ,  fut  plus  heureux  ;  car  étant  venu  af- 
fiéger  Sinope  par  mer  &  par  terre  avec  deux  nom- 
breuies  armées  ,  lorfque  les  habitans  s'en  défioient 
le  moins ,  il  les  força  de  fe  rendre ,  fans  qu'ils  euf- 
fent  eu  le  tems  de  fe  reconnoître  &  d'être  fecourus 
des  Rhodiens  leurs  alliés ,  qui  furent  inconfolables 
de  la  prife  de  cette  ville.  Ils  firent  toutes  les  tentati- 
ves imaginables  ,  mais  inutilement  auprès  des  Ro- 
mains ,  pour  leur  perfuader  de  déclarer  la  guerre 
à  Pharnace  ,  qu'ils  traitoient  de  perfide. 

Sinope  perdit  ainfi  la  liberté  l'an  de  Rome  571 ," 
après  l'avoir  confervée  glorieufement  pendant  plu- 
fieurs fiecles  contre  toutes  les  forces  des  Medes,  des 
Lydiens,  dss  Perfes,  des  Macédoniens,  &des  pre- 


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mlers  fouveralns  du  royaume  de  Portt,  pulflancé 
dont  les  états  alloient ,  pour  ainfi  dire ,  jufqu'aux 
portes  de  cette  ville.  En  effet,  félon  Hérodote ,  l'em- 
pire des  Medes  fous  Cyaxare ,  s'étendoit  jufqu'à 
i'Halys  qui  confinoit  au  territoire  de  Sinope  ,  &  Pté- 
rie  qui  touchoit  prefque  à  l'ifthme  de  la  Cherlbnnèlë 
de  cette  ville,  étoit  feus  Créfus  du  royaume  de  Ly- 
die; ce  fut-là  où  ce  prince  ,  au  rapport  d'Hérodote , 
vint  fe  porter  à  fa  première  campagne  contre  Cy rus  ; 
&  c'eft  de-là  qu'il  ravageoit  les  terres  des  Syriens , 
c'eft-â-dire  des  Cappadoclens ,  que  les  Grecs  nom- 
moient  alors  Syriens  ,  dit  encore  cet  hiftorien. 

Mithridate  V,  fucceffeur  de  Pharnace  fon  père ,  ne 
fe  contenta  pas  feulement  de  réparer  Sinopc  ruinée 
en  partie  dans  le  dernier  fiége  ;  il  en  fit  la  capitale  de 
fon  état ,  &  le  féjour  le  plus  ordinaire  de  fa  cour  ; 
mais  il  eut  le  malheur  d'y  être  afîaiTiné  par  fes  confï- 
dens  mêmes ,  &  y  fut  enterré.  Les  Sinopiens ,  en  re- 
connolfl^ince  des  bienfaits  qu'ils  avoient  reçus  de  ce 
prince  ,  lui  donnèrent  le  titre  d^Evergete  ,  qu'ils  fi- 
rent graver  fur  leurs  monnoies ,  où  fe  lit  ^xj-ixia; 

f^iÔpiS'u  Tov  niipytrcv. 

Sinopc  ayant  donc  été  entièrement  rétablie  par  la 
libéralité  de  ce  prince,  reprit  fa  première  fplendeur; 
on  y  aditiiroit  lùr-tout  la  magnificence  de  fes  porti- 
ques ,  celle  de  la  place  publique ,  de  fon  gymnafe  ou 
académie,  &  de  fes  remparts.  La  beauté  des  faux- 
bourgs  répondoit  à  celle  de  la  ville  ;  &  les  dehors 
embellis  de  jardins  agréables  ,  étoient  des  plus  char- 
mans.  Aufïï  Etienne  de  Byzance  nomme-t-il  Sinopc 
la  ville  la  plus  illufîre  du  Pont,  -tsÔXiz  S'ia.tpn.vis-tlT»  Ta 
ïiovTov  ;  titre  qu'elle  méritoit  encore  d'une  manière 
plus  glorieufe ,  en  mémoire  des  hommes  de  Lettres 
qui  y  avoient  pris  naiffance ,  entre  lefquels  Strabon 
nomme  Diogene  le  cynique ,  Timothée  le  philofo- 
phe,  Diphile  poète  comique,  Bathon  qui  avoit  écrit 
i'hiiioire  de  Perfe. 

Cette  ville  qui  eut  Minerve  &  Apollon  pour  pa- 
trons ,  doit  avoir  produit  beaucoup  d'autres  favans , 
dont  les  ouvrages  &  les  noms  mêmes  ne  font  point 
arrivés  jufqu'à  nous,  puifqu'Adérius  évêque  d'Ama- 
fée ,  témoigne  que  Sinopc ,  ville  ancienne ,  étoit  très- 
féconde  en  grands  hommes  &  en  philofophes. 

Mais  entre  tant  de  perfonnages  célèbres  qui  y  pri- 
rent naiffance ,  aucun  ne  l'a  plus  illuftrée  que  Mi- 
thridate, fixieme  du  nom ,  dit  Éupator,  le  fléau  & 
la  terreur  des  Romains,  &  que  Cicéron  dans  fon 
Lucullus  ,  nomme  avec  raifon  le  plus  grand  des  rois 
après  Alexandre  :  ngum  poJlAUxandrum  maximus. 

Ce  prince  que  fon  goût  pour  les  Arts  &  les  Scien- 
ces ,  que  fa  mémoire  prodigieufe  qui  lui  faifoit  en- 
tendre &  parler  vingt-deux  langues  ufitées  dans  fes 
états,  &  que  la  vafte  étendue  de  fon  génie  â  qui  rien 
n'échappoit ,  doivent  rendre  recommandable ,  fe  plai- 
foit  principalement  à  faire  fa  réfidence  à  Sinopc  &  à 
Amife  :  il  orna  ces  deux  villes ,  &  les  remplit  de  tout 
ce  qu'il  put  ramaffer  de  plus  rare  &  de  plus  pré- 
cieux :  Sinopc  &  Amifus  domicilia  régis  Mithridatis 
omnibus  rébus  ornata  &  rcfcrta  ,  dit  Cicéron  ^pro  Ma- 
nilio.  Mais  le  malheur  des  guerres  que  ce  prince  eut 
à  foutenir  contre  les  Romains ,  qui  de  tous  les  peu- 
ples de  la  terre  étoient  les  feuls  capables  de  le  vain- 
cre ,  lui  fit  perdre  cette  ville  &  tous  fes  états  ;  après 
néanmoins  avoir  gagné  huit  ou  neuf  batailles  contre 
autant  de  généraux  romains  ,  avoir  caufé  des  pertes 
immenfes  à  la  république  romaine ,  &  après  une  ré- 
fiftance  des  plus  opiniâtres  pendant  près  de  trente 
années ,  contre  trois  de  fes  plus  fameux  capitaines  , 
Sylla  ,  Lucullus ,  &  Pompée. 

Il  y  avoit  déjà  foixante-huit  ans  que  la  ville  de 
Sinopc  étoit  au  potivoir  des  rois  de  Pont ,  lorfqu'elle 
paffa  fous  celui  des  Romains.  Ils  n'avoient  pu  dom- 
pter entièrement  Mithridate  dans  les  deux  premières 
guofres  qu'ils  curant  contre  lui  fous  la  conduite  de 


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215 


Sylla  &  de  Miu-ei^a.  Ce  prince  s'étoit  toujours  rele- 
vé de  toutes  fes  pertes ,  encore  plus  redoutable  que 
jamais  ;  &  la  paix  qu'il  avoit  conclue  avec  eux ,  lui 
fut  des  plus  avantageufes  ;  mais  il  fuccomba  finale- 
ment dans  la  dernière  guerre  ,  &  y  périt.  - 

Lucullus  qui  s'étoit  déjà  diflingué  fous  Sylla  dans 
la  première  guerre  contre  ce  prince ,  eut  dans  la  troi- 
fierrie  le  commandement  des  arm.ées  romaines.  Il  fut 
très-heureux ,  remporta  des  vidlolres  contre  Mithri- 
date, le  chaffa  de  fon  royaume ,  &  conquit  là  petite 
Arménie,  avec  le  pays  des  Tibaréniens. 

Après  ces  glorievix  exploits,  il  rétourna  dans  le 
Pont,  où  il  lui  refloit  encore  à.  prendre  que'ques- 
unes  des  principales  villes ,  dont  Sinopc  étoit  la  îîIus 
importante.  Cette  place ,  devant  laquelle  il  I:  rcjïdit 
en  perfonne  ,  auroit  pu  tenir  long-terris  contre  toutes 
fes  attaques  :  elle  n'étoit  pas  feulement  pourvue  de 
toutes  les  munitions  néceffalres  pour  \\x\q  longue  & 
vigoureuie  défenfe  ,  un  grand  nombre  de  pirares  de 
Cilicie  ,  gens  déterminés  ,  s'y  étoient  encore  jettes  ; 
&  de  plus  elle  pouvoit  recevoir  des  renforts  conti- 
nuels par  mer ,  dont  elle  étoit  la  maîtreffe. 

Mais  la  divjfion  s'étant  rriife  parmi  les  ch.fs ,  tous 
ces  avantages  devinrent  inutiles  ;  &  pour  furcroît 
de  malheur,  le  feu  ayant  pris  à  la  ville  dans  un  tu- 
multe ,  les  Romains  y  donnèrent  un  affaut  général 
dans  l'effroi  de  l'incendie,  la  prirent  fans  preiqu'au- 
cunê  réfiffance  ,  &  huit  mille  pirates  qui  ne  purent 
gagner  leurs  vaiffeaux,  furent  paffés  au  fil  de  l'cpée. 
Ce  tragique  événement  arriva  fur  la  fin  de  l'an  de 
Rome  683  ,  ou  au  corrimencement  de  l'année  fùi- 
vante  684. 

La  phlpart  des  habîtans  de  Sinopc  n'ayant  pu  fup- 
porter  l'infolence  des  pirates  quis'étoient  jettes  dans 
cette  place  pour  la  défendre  ,  avoient  été  contrains 
de  l'abandonner  pendant  le  fîége ,  &  s'étoient  reti- 
rés par  mer  où  ils  avoient  pu.  I.ucullus  étant  maître 
de  la  ville ,  leur  manda  de  revenir  dans  leurs  mai- 
fons  ,  dont  il  avoit  eu  grand  foin  de  faire  éteindre 
le  feu,  auffi-tôt  que  fes  troupes  furent  entrées  dans 
la  ville.  .  •         ,        . 

Il  remit  auffltôt  les  habitans  en  pofTefHon  de  tous 
leurs  biens  ,  &  par  un  excès  de  générofité ,  il  leur 
accorda  la  liberté  &  le  droit  de  vivre  félon  leurs  lois  ^ 
comme  le  rapporte  Appien ,  grâces  dont  il  favorifa 
auffi.  les  habitans  d' Amife  ,  autre  ville  capitale  du 
Pont ,  &  ancienne  colonie  des  Athéniens ,  qu'Ale- 
xandre le  grand ,  en  conlidération  de  cette  glorieufe 
origine ,  avoit  aufll  laiffé  en  liberté. 

Lucullus  fe  fignàla  encore  à  la  prife  de  Sinopc  par 
fon  défzntéreffement ,  qui  fut  tel ,  qu'entre  les  richcf- 
fes  immenfes  &  les  pièces  précieufés  dont  cette  ville 
étoit  remplie ,  il  ne  voulut  retenir ,  dit  Strabon  ,  que 
la  fphere  de  Billarus  ,  célèbre  aiironome  ,  dont  le 
nom  cependant  ne  fe  trouve  que  dans  cet  auteur, 
&  la  flatue  d'Antolycus  ,  du  cifeau  de  Sthénis  ,  fa- 
meux iculpteur. 

Les  Sinopiens  regardèrent  cet  événement  comme  un. 
préfage  de  la  renaiffance  de  leur  ville  ;  &  ce  fut  pour 
en  conferver  la  mémoire  à  la  poftérité  ,  qu'ils  quit- 
tèrent l'ère  dés  rois  de  Pont ,  dont  ils  s'étoient  fer- 
vis  depuis  qu'ils  étoient  devenus  leurs  fnjets  ,  pour 
prendre  celle  de  Lucullus  ,  que  l'on  comptoit  de  l'an! 
de  Rome  684  ,  qu'ils  recouvrèrent ,  pour  ainfi  dire, 
leur  liberté. 

Cependant  <\  peine  Sinopc  commençoit  d'en  jouir, 
qu'elle  en  fut  dépouillée  par  Pharnace  ,  qui  enleva 
aux  habitans  une  partie  de  leurs  poffeffions.  Ce  prin- 
ce, après  la  mort  de  Mithridate-Eupator,  avoit  ob- 
tenu de  Pompée  le  royaume  de  Bofphore  qu'avoit  eu 
Macharès  fon  frère.  Mais  il  n'eut  pas  plutôt  appris 
que  la  guerre  s'étoit  allumée  entre  Céfar  &  Pompée; 
que  voulant  profiter  d'une  libelle  occallon  de  rentrer 
dans  rhcritage  de  fes  ancêtres ,  il  fe  jetta  furie  royau- 


2l6 


s  I  N 


rne  de  Pont ,  prit  d'abord  Slr.ope ,  qvi'il  pilla  en  par- 
tie ,  battit  Domitien  ,  général  de  l'armée  romaine 
en  Afic,  &  conquit  en  très-peu  de  tems  ,  les  états 
que  ibn  père  avoit  poilédés. 

Mais  toutes  ies  prolpérités  s'évanouirent  prel'que 
enuninllant.  Cci"ar,vidorieux  de  les  ennemis,  paiTe 
en  diligence  d'Alexandrie  en  Syrie ,  Tan  de  Rome 
706  ,  vole  de-là  dans  le  Pont ,  où  il  ne  tait  que  pa- 
roître  pour  vaincre  Pharnace  ,  6c  tailler  fes  troupes 
en  pièces  à  la  fameule  journée  de  Ziéla  ,  lieu  qui , 
pluiienrs  années  auparavant  avoit  été  ii  t'unellc  aux 
Romains,  par  la  vidoire  importante  que  Mithridatc 
y  avoit  remportée  contre  Triarius  ,  lieutenant  de 
Lucullus  ;  ainli  le  nom  romain  fut  vengé  de  l'alFront 
qu'il  avoit  reçu  en  cet  endroit,  où  Céiar  en  monu- 
Tiîent  de  la  vidoire ,  fit  drelFer  un  trophée  ,  à  l'oppo- 
fitc  de  celui  que  Mlthridate  y  avoit  t'ait  élever  à  la 
honte  des  Romains. 

Apres  le  gain  de  cette  bataille ,  tout  céda  au  vain- 
queur ;  le  royaume  de  Pont  rentra  lous  l'obéilTance 
de  la  république  romaine  ,  &  Pharnace ,  qui  s'étolt 
fauve  dans  Sinopc  avec  nulle  cavaliers  feulement , 
flit  obligé  de  rendre  cette  ville  à  DomitiusCalvinus , 
lieutenant  de  Céfar,  &  de  s'enfuir  par  mer  dans  le 
Bofphore,  où  il  n'eut  pas  plutôt  mis  pic  à  terre,  qu'un 
des  grands  du  pays ,  qui  s'étoit  loulevé  contre  lui ,  le 
fit  périr ,  &  s'empara  du  royaume. 

Sinovi  étant  ainfi  tombée  fous  la  pullTance  des  Ro- 
mains ,  n'eut  pas  moins  ;\  le  louer  de  la  générofité  de 
Céiar ,  que  de  celle  de  Lucullus  :  il  fonda  le  premier 
dans  L'ur  ville  une  colonie  romaine. 

Ces  colonies  ctoient  autant  de  garnifons  romai- 
nes répandues  de  toutes  parts  ,  pour  retenir  &  affer- 
mir les  nouveaux  iujets  dans  l'obéifîance ,  les  accou- 
tumer infenfiblement  à  la  dom.ination  romaine  ,  & 
leur  en  faire  goûter  m  la  longue  les  lois  &  les  coutu- 
mes. C'étoit  d'ailleurs  la  digne  récompenfe  des  tra- 
vaux &  des  fatigues  militaires  du  foldat  vétéran ,  & 
inie  décharge  de  cette  multitude  prodigieufe  de  ci- 
toyens, dont  Rome  fe  trouvoit  accablée. 

On  avoit  foin  de  mettre  ordinairernent  ces  colo- 
nies dans  les  lieux  les  plus  avantageux  &  les  mieux 
fitués  de  chaque  contrée  ,  furtout  dans  les  villes  ca- 
pitales &  dans  les  métropoles.  De  toutes  les  villes 
cl'Afie ,  Sinopc  ,  tant  à  caufe  de  fa  fituation  ,  que  de 
fa  puiiTance  fur  mer ,  fut  une  de  celles  où  il  conve- 
noit  le  plus  de  mettre  une  Cvilonle  ,  &  de  la  rendre 
floriffiinte. 

M.  Vaillant  s'étoit  perfuadé  trop  légèrement  que 
Lucullus  avoit  fait  le  premier  de  Sinopc  une  colonie 
romaine.  Ce  n'ell  pas  ainli  qu'en  ont  écrit  les  anciens 
auteurs ,  que  cet  antiquaire  cite  lui-même.  Strabon 
parlant  de  la  prife  de  Sinopc  par  Lucullus  ,  dit  feule- 
ment que  ce  9;énéral  laifTa  à  cette  ville  tout  ce  qui 
contribuoit  à  l'embellir ,  &  cju'il  fe  contenta  de  faire 
enlever  la  Iphere  de  Billarus ,  &  la  flatuc  d'Antoly- 
cus  ,  ouvrage  du  fameux  fculpteur  Sthénis  ;  c'efi:  quel- 
ques lignes  plus  bas  que  ce  géographe  ajoute ,  que 
Sinopc  étoit ,  de  fon  tems  ,  colonie  romaine  ,  vùv  Si 
jirtî  fcc/Luttav  aTtoiy.iAv  SiS'cKTai  ;  de-là  il  eftiiiié  de  voir 
que  cette  colonie  n'avoit  pas  été  établie  par  Lucul- 
lus ;  car  fi  ce  fait  eut  été  vrai ,  Strabon  en  auroit 
fait  mention  plus  haut ,  en  parlant  du  traitement  que 
Sinopc  reçut  de  ce  général.  Appien  dit  feulement  que 
Lucullus  rendit  à  Sinopc  la  liberté.  Ainfi  aucun  des 
ancicn'j  auteurs  ne  dit  que  cette  ville  ait  été  faite  co- 
lonie par  Lucullus. 

L'époque  de  Sinopc  marquée  fur  la  médaille  de 
Gordien-Pic ,  frappée  à  Sinopc  ,  &  fi  bien  expliquée 
par  M.  l'abbé  de  Fontcnu ,  prend  fon  commencement 
à  l'an  de  Rome  684.  L'époque  marquée  fur  les  mé- 
dailles de  M.  Aurele  &  de  Caracalla,  commence  à 
l'établifTement  de  la  colonie  romaine  par  Jules-Céfar, 
l'un  de  Rome  707.  Cette  double  époque  a  été  très- 


S  I  N 

bien  remarquée  par  M.  Vaillant  ;  elle  fe  trouve  ait- 
jourd'hui  encore  mieux  confirmée  par  une  médaille 
de  Néron  &  d'Odavie  ,  que  le  P.  Froelich  a  fait  cra- 
ver,  &  par  quelques  autres  dont  on  lui  a  communi- 
qué la  defcription. 

Sinopc  ayant  reçu  tant  de  bienfaits  de  Céfar  ,  fit 
gloire  de  porter  dans  l'es  médailles  le  nom  de  colo- 
nie julienne  ,  colonia  jidia  Sinopc.  Augufte  lui  main- 
tint apparemment  fes  franchifes  &  fes  privilèges  dans 
le  voyage  qu'il  fit  en  Afie  ,  l'an  1  2  de  fôn  empire  , 
&  de  Rome  743  ,  car  elle  joint  la  qualité  d'Augufta 
avec  celle  de  Julia  dans  quelques-unes  de  fes  médail- 
les ;  colonia  Julia  An^vjîa  Sinopc  dans  Vaillant ,  au 
revers  de  Caracalla  ;  colonia  ylugufla  Sinopc  dans 
Mezzabarbe  ,  au  revers  de  Gordien- Pie. 

J'ai  déjà  peut-être  remarqué  à  l'article  SÉRA.PIS, 
(  6c  j'en  parlerai  plus  au  long  au  met  Te:\'ple  de  SÉ- 
UAPis)    que  ce  dieu  des  Egyptiens  étoit  celui  de 
Sinopc ,  &  cjue  ce  ne  fut  pas  lans  de  grandes  raiions, 
que  les  Sinopiens  prirent  Jupiter  Plutus  ,  c'eft-à-dire, 
Sérapis  pour  leur  divinité  tutélaire  ;  car  outre  que 
plufieurs  auteurs  prétendent  que  ce  fut  Jupiter  me-  ' 
me ,  &  non  pas  Apollon  qui  tranfpprta,  de  Grèce  en 
Afie  Sinopc,  fondatrice  de  la  ville  de  ce  nom  ^  les  Si- 
nopiens étoient  auffi  pcriuadés  que  c'étoit  à  Jupiter 
Plutus ,  dieu  des  mines  ,  qvi'ils  étoient  redevables  de 
l'opulence  où  les  mettoit  le  grand  trafic  qu'ils  fai- 
foicnt  fur  toutes  les  côtes  de  la  mer  Noire  ,  d'une 
quantité  prodigieule  de  fer  qu'ils  tiroient  des  mines 
de  leur  contrée,  &  des  pays  voifins  :  ralfon  pour  la- 
quelle vrajlfemblablement  Pomponius  Mêla  nomme 
les  Sinopiens  chalybcs  ,  c'ell-à  dire  ,  comme  l'expli- 
que Eultache  fur  Denys  le  géographe  ,  forgerons  , 
artifans,  ou  marchands  en  fer,  &  leur  canton  Cha- 
lyhic  ,  comme  pour  faire  entendre  que  les  habitans 
s'adonnoient  fur-tout  à  la  fabrique  du  fer,  &  qu'ils 
en  tiroient  leur  principale  riclielle. 

Outre  le  profit  immenfe  que  le  négoce  du  fer  pro- 
dulfoit  aux  Siî.opieriS,  ils  en  tiroient  encore  un  très- 
conlidérable  de  la  pêche  du  thon  ,  qui  fe  laifoit  fur 
leur  rivage  ,  où  en  certain  tems  ,  félon  Strabon ,  ce 
poifibn  le  vendoit  en  quantité  ,  raifon  pour  laquelle 
ils  le  reprélentoient  lur  leurs  monnoies  ,  comme  il 
paroît  par  les  médailles  de  Géta.  Ce  pollîon  venolt 
des  Palus-Méotides  ,  d'où  il  palTolt  à  Trébizonde  & 
à  Pharnacie  ,  où  s'en  faifoit  la  première  pêche;  il  al- 
loit  de-là  le  long  de  la  côte  de  Sinopc  où  s'en  faifoit 
la  féconde  pêche ,  &  traverfoit  enfuite  jufqu'à  By- 
zance  ,  où  s'en  faifoit  une  troifieme  pêche. 

La  terre  de  Sinopc  v^WiàQ  par  Diofcoride,  Pline 
&  Vitruve,  étoit  une  efpece  de  bol  plus  ou  moins 
formé ,  que  l'on  trouvoit  autrefois  au  voifinage  de 
ccTte  ville  ,  &  qu'on  y  apportoit ,  pour  la  âlftribuer 
à  l'étranger  ;  ce  n'étoit  au  relie  qu'un  petit  objet  de 
commerce  pour  les  Sinopiens  :  plufieurs  autres  villes 
de  la  Grèce  avoient  des  bols  encore  plus  recherchés. 
Voilà  l'hifioire  complette  de  l'ancienne  Sinopc  ,  en 
y  comprenant  même  celle  de  ion  commerce.  Je  fe- 
rai un  petit  article  de  Sinopc  moderne  ,  mais  je  ne 
puis  terminer  cehii-ci ,  fans  ajouter  un  mot  du  fa- 
meux Diogene  ,  qu«  j'ai  déjà  nommé  à  la  tête  des 
hommes  illufires  dont  cette  ville  a  été  la  patrie. 

Ce  philofophe  fingulier,  &  bifarre  dans  fes  ma- 
nières ,  mais  vertueux  dans  (qs  principes ,  naquit  à 
Sinopc  ,  dans  la  91 .  olympiade  ,  &C  m.ourut  à  Corin- 
the  en  allant  aux  jeux  olympiques ,  la  troifieme  an* 
née  de  la  114  olympiade  ,  âgé  d'environ  90  ans , 
après  avoir  vécu  dans  l'étude  de  la  morale  ,  dans  ia 
tempérance ,  &  le  mépris  des  grandeurs  du  monde. 

Il  fe  foucioit  peu  d'être  enterré  ,  &  cependant  il 
le  fut  fplendidement  proche  la  porte  de  l'illhme  du 
Péloponnèfe  ;  plufieurs  villes  de  Grèce  fe  difpiite- 
rent  l'honneur  de  fa  fépulture.  Son  tombeau  ,  dont 
parle  Paufanias ,  portoit  un  chien  de  marbre  de  Pa- 

TOS, 


s  I  N 

ros ,  avec  une  épitaphe.  M.  de  Tournefbrt  a  va  cette 
épltaphe  ,  qui  eft  très-fmgulierc  ,  fur  un  ancien  mar- 
bre à  Veniie  ,  dans  la  cour  de  la  maifon  d'Erizzo.  Les 
habitans  de  Sinope  lui  drefferenr  aufli  des  ftatues  de 
bronze. 

Il  me  femble  donc  que  ceux  qui  ne  profèrent  au- 
jourd'hui le  nom  de  Diogene  que  pour  le  rendre  ri- 
dicule ,  montrent  bien  peu  de  connoiffance  de  fa  vie 
&  de  l'antiquité.  Les  Athéniens  en  jugèrent  diffé- 
remment,  car  ils  honorèrent  toujours  fa  pauvreté 
volontaire  &  fon  tonneau.  Ils  punirent  févérement 
le  jeune  homme  qui  s'étoit  avilé  de  le  lui  rompre  ,  & 
lui  en  donnèrent  un  autre  au  nom  de  la  république. 
Plutarque  ,  Cicéron ,  Séneque ,  en  un  mot  les  pre- 
miers hommes  de  l'antiquité  ,  n'ont  parlé  de  Dioge- 
ne qu'en  termes  pleins  d'éloges ,  &  l'on  ne  fauroit 
guère  s'empêcher  de  le  lui  refufer  ,  lorfqu'on  envi- 
fage  philofophiquement  la  grandeur  de  fon  ame. 

Je  ne  m'étonne  point  qu'Alexandre  ait  admiré  un 
homme  de  cette  trempe.  Ce  prince ,  maître  du  mon- 
de ,  avoit  vu  venir  à  lui  de  toutes  parts  ,  les  hommes 
d'états  &  les  philofophes  pour  lui  faire  la  cour.  Dio- 
gene fut  le  feul  qui  ne  bougea  de  fa  place  ;  il  fallut 
que  le  conquérant  d'Afie^allât  trouver  le  fage  de  Si- 
nope. Dans  cette  vifite ,  il  lui  offrit  des  richeffcs ,  des 
honneurs ,  &  fa  proteftion  ,  &  le  fage  lui  demanda 
pour  unique  faveur  qu'il  voulût  bien  fe  retirer  un  peu 
de  fon  foleil ,  comme  s'il  eût  voulu  dire  :  ne  m'ôtez 
point  les  biens  de  la  nature  ,  &  je  vous  laifTe  ceux 
de  la  fortune.  Alexandre  comprit  bien  la  vigueur 
d'une  ame  fi  haute ,  &  fe  tournant  vers  les  feigneurs 
de  fa  cour:  fi  je  n'étois  Alexandre,  leur  dit-il,  je 
voudrois  être  Diogene;  c'efl-àdire  ,  fi  je  ne  pof- 
fédois  tous  les  biens  &  tous  les  honneurs  ,  je  me 
tiendrois  heureux  de  les  méprifer  comme  ce  fage. 

Je  n'ignore  pas  que  ce  feroit  être  ridicule  de  por- 
ter aujourd'hui  une  lanterne  dans  la  même  vue  que 
le  faifoit  Diogene  ,  pour  chercher  un  homm.e  raifon- 
nable  ;  mais  il  faut  bien  qu'il  n'ait  pas  abufé  de  cette 
idée,  puifqu'elle  ne  parut  point  extravagante  au  peu- 
ple d'Athènes.  Il  y  a  mille  chofes  femblables  chez 
les  anciens  ,  dont  on  pourroit  fe  moquer ,  fi  on  les 
jnterprétoit  à  la  rigueur  ;  &  félon  les  apparences  ,  ce 
ne  feroit  pas  avec  fondement. 

A  l'éeard  du  crime  de  faufTe-monnoie ,  pour  le- 
quel il  fut  contraint  de  quitter  fa  patrie ,  il  eft  excufé 
par  fes  contemporains  ,  fur  ce  qu'il  ne  s'y  porta  que 
par  l'avis  de  l'oracle  d'Apollon  ;  &  s'il  prit  d'abord 
à  la  lettre  la  réponfe  Delphique  ,  ce  ne  fat  que  pour 
lui  donner  bientôt  après  une  toute  autre  interpréta- 
tion ,  en  fe  fervant  d'une  monnoie  bien  différente 
de  celle  qui  avoit  cours  ,  fi  nous  entendons  par-là 
fes  maximes  &  fon  genre  de  vie. 

Mais  ce  qu'on  ne  peut  révoquer  en  doute,  c'efl  la 
fagacité  de  fon  efprit ,  fes  lumières  ,  &  fes  connoif- 
fanccs.  Le  fel  de  fes  bons  mots  ,  fa  fineffe  &  la  fub- 
lilité  de  fes  réparties, ont  paffé  à  lapoflérité.  Si  Arif- 
tipe,  difoit-il ,  favoit  fe  contenter  de  légumes  ,  il  ne 
feroit  pas  fans  cefTe  fa  cour  aux  rois  ;  &  quoi  qu'en 
dife  Horace ,  éternel  adulateur  d'Augufle  ,  &  détra- 
âeur  impitoyable  du  philofophe  de  Sinope  ,  qu'il 
n'appelle  que  le  mordant  cynique  ,  je  ne  fai  pas  trop 
ce  qu'Ariffipe  auroit  pu  répondre  à  Diogene. 

Ce  qu'il  y  a  de  fur,  c'ell  que  nous  ne  lifons  point 
la  lifle  des  livres  qu'il  avoit  compofés ,  fans  regretter 
la  perte  de  plufieurs  de  fes  ouvrages.  Il  pofîcdoit  à 
un  degré  éminent  le  talent  de  la  parole  ,  &  avoit  une 
éloquence  fi  perfuafive  ,  qu'elle  fubjuguoit  tous  les 
cœurs.  C'efl  par  cette  éloquence  qu'il  s'acquit  plu- 
fieurs difciples  ,  que  diftinguoit  dans  le  monde  leur 
naifl'ancc  ,  leur  rang  ou  leur  fortune.  Tels  ont  été 
Stilpon  de  Mégare,  Onéficrite  &  fon  fils,  &  Pho- 
cion  ,  encore  plus  illuftre  qu'eux.  Mais  fi  vous  vou- 
lez connoître  plus  particulièrement  Diogene  &  fa 
Tome  XFg 


S  I 


2î7 


fecle  \  voytl  îe  met  Cy  NIQUE  ,  hljl,  de  la  Philofophie,, 
(Ze  Chevalier  DE  Jaucourt^ 

Sinope  ,  {Géog,  mod.)  ville  de  Tvlfic  mineure,  an- 
ciennement comprifedans  la  Papblagonie,  comme 
nous  l'avons  dit  dans  X article  précédent.  Elle  étoit  à 
50  ilades  d'Armène,  bâtie  à  l'entrée  d'une  prefqu'i- 
le  ,  dont  riflhme  n'a  que  deux  féades  (  environ  deux 
cens  toifes  de  largeur),  elle  avoit  un  bon  port  de 
chaque  côté. 

L'ancienneté  de  cette  ville  remonte  au  tems  fabu- 
leux, au  tems  même  des  Argonautes.  Elle  reçut  fon 
lufîre  des  Miléfiens,  qui  y  envoyèrent  une  colonie, 
&  avec  le  tems  elle  devint  affez  puiffante  pour  fon- 
der elle-même  d'autres  colonies  fur  les  côtes  du 
Pont-Euxin  ;  favoir  à  Cérafunte  &  à  Trapéfunte.  Les 
rois  de  Pont  s'en  emparèrent ,  &  Mithridate  fît  de 
Siîiope  la  capitale  de  fes  états.  Liicullus  joignit  5'i/?o- 
pe  aux  conquêtes  de  la  république  ;  Jules-Céfar  y  en- 
voya une  colonie  romaine ,  &  Aiugufle  dans  fon 
voyage  d'Afie ,  lui  confirma  fes  franchifes  &  fes  im- 
munités. 

Ses  murailles  étoient  encore  belles  du  tems  de 
Strabon  qui  vivoit  alors.  Celles  d'aujourd'hui  ont 
été  bâties  fous  les  derniers  empereurs  grecs  ;  fon 
château  eft  entièrement  délabré.  On  ne  trouve  au- 
cune infcription  dans  la  ville,  ni  dans  les  environs; 
mais  on  en  voit  quanti,  é  dans  le  cimetière  des  Turcs  j 
parmi  des  chapiteaux,  bafes  &  piédeftaux.  Ce  font 
les  reftes  des  débris  du  magnifique  gymnafe ,  du 
marché ,  &  des  portiques  dont  Strabon  fait  m.ention. 
Les  eaux  y  font  excellentes,  &  l'on  cultive  dans  les- 
campagnes  voifmes,  des  oliviers  d'une  grandeur  af- 
fez raifonnable. 

Charatice  capitaine  mahométan,  {nv^r'xt  Sinope  du 
tems  d'Alexis  Comnène ,  dans  le  defléin  d'enlever 
les  tréfors  que  les  empereurs  grecs  y  avoient  mis  en 
dépôt  ;  mais  le  fultanlui  manda  par  politique  d'aban- 
donner la  place  fans  y  rien  piller.  Lorfque  les  croi- 
fés  fe  rendirent  maîtres  de  Conflantinople  ,  Sinope 
refla  aux  Comnènes,  &  fut  une  des  villes  de  l'empire 
de  Trébifonde.  Elle  devint  dans  la  fuite  unQ  princi- 
pauté indépendante ,  dont  Mahomet  II.  fit  la  conquê- 
te en  1461 ,  fur  Ifmaèl  prince  de  Sinope;  c'efl:  ainfî 
que  cette  ville  de  l'Anatolie,  qui  a  été  épifcopale 
dans  le  v.  fiecle,  &  qui  n'eft  aujourd'hui  qu'un 
bourg  ,  a  paffé  fous  la  domination  de  la  Porte  otto- 
mane. 

Strabon  qui  ne  négligeoit  rien  dans  (es  dcfcrip- 
tions ,  remarque  que  les  côtes ,  depuis  Sinope  juf- 
qu'en  Bithynie ,  font  couvertes  d'arbres  dont  le  bois 
efl  propre  à  faire  des  navires;  que  les  campagnes 
font  pleines  d'oliviers ,  &  que  les  menuifiers  de  Si- 
nope faifoient  de  belles  tables  de  bois  d'érable  &  de 
noyer.  Tout  cela  fe  pratique  encore  aujourd'hui , 
excepté  qu'au-lieu  de  tables  qui  ne  conviennent  pas 
aux  Turcs,  ils  emploient  l'érable  &  le  noyer  à  faire 
des  fophas,  &  à  boifer  des  appartemens.  Ainfi  ce 
n'efl  pas  contre  ce  quartier  de  la  mer  Noire  qu'Ovi- 
de a  déclamé  avec  tant  de  véhémence ,  dans  la  troi- 
fieme  lettre  écrite  du  Pont  à  Rufîn.  Long.  Ja .  i^.  iat. 
ftptcnt.  4 j .  ^     ■  _ 

Aquila ,  auteur  d'une  verflon  grecque  de  l'ancien 
Teflament,  étoit  de  Sinope.  Il  publia  deux  éditions 
de  cette  verfion  ;  la  première  parut  l'année  1 1  de 
l'empereur  Adrien,  la  ii8  de  J.  C.  Dans  la  premiè- 
re, il  fe  donna  plus  de  liberté  pour  rendre  le  fens  de 
l'original,  fans  s'attacher  fèrvilcmcnt  aux  mots,  &C 
fans  faire  une  verfion  littérale.  Mais  dans  la  fécon- 
de, il  rraduilit  mot  à  mot,  fans  en  excepter  même  les 
termes  qui  ne  peuvent  être  bien  rendus  en  grec,  parti- 
culièrement la  particule  cv/i,  qui  lorfquVile  deligne 
feulement  l'accufatif  en  hébreu,  n'a  proprement  aucu- 
ne fignification:  cependant  comme  elle  lignifie  ailleurs 
avec  f  Aquila  la  rcndoit  par  la  particule  (n)»- ,  fans  au- 


1 


ai8 


S  I  N 


ciMi  égard  au  génie  de  la  langue  greCqite. 

S.  Jérôme  porte  de  cette  verllon  des  jugcmens 
contradidoires  ;  tantôt  il  la  loue  ,  Se  tantôt  il  la  blfi- 
me.  Dans  v.n  endroit  il  en  parle  d'une  manière  dé- 
favorable, &:  ailleun,  il  dit  qu'Aquila  a  rendu  l'origi- 
nal mot  ;\  mot ,  avec  tout  le  loin  &C  toute  la  fidélité 
polîible ,  &  non  trop  Icrupuleul'ement  comme  qiiel- 
cues-ims  le  croient.  Souvent  il  préfère  cette  verlion 
Il  celle  des  ieptante ,  particulièrement  les  quefi.  lu- 
haïc.  in  Gcmf,  Origene  en  parle  toujours  avec  élo- 
ge. Il  elt  vrai  que  plufieurs  autres  anciens,  comme 
Euiebe,  fc  plaignent  louvent  de  l'inexaditude  d'A- 
Cjuila  en  bien  des  pallages. 

Malgré  toutes  leurs  plaintes,  les  favans  regrettent 
la  perte  des  traductions  d'Aquila,  qui  lé  feroient  cer- 
tainement confervées  jufqu'à  nous  ,  fi  les  anciens  en 
avoient  connu  le  véritable  ufage.  Elles  méritoient 
ces  tradudions ,  qu'on  les  eût  louvent  t'ait  copier  aux 
frais  communs  des  églifes ,  &  qu'on  les  eût  miles  dans 
ks  bibliothèques  publiques ,  pour  les  tranlmettrc  à 
la  poftérité  ;  mais  les  copiltes  de  ces  tems-h\  étoient 
employés  par  des  gens  ignorans  à  copier  un  nombre 
infini  de  pièces  inutiles,  tandis  qu'on  négligeoit  des 
ouvrages  importans,  qui  font  des  pertes  irrépara- 
bles. 

Ce  fut  la  féconde  verfion  d'Aquila  ,  retouchée  par 
cet  écrivain ,  que  les  juifs  helléniltes  reçurent ,  &:  ils 
s'en  fervlrent  partout  dans  la  fuite ,  au  lieu  de  celle 
des  feptante.  De-là  vient  qu'il  eit  fouvent  parlé  de 
cette  verfion  dans  le  talmud,^  jamais  de  celle  des  fep- 
tante. Cependant  les  Talmudiftes ,  jaloux  contre  les 
Helléniltes ,  firent  leurs  efforts  pour  en  dégoûter  les 
peuples ,  &  pour  les  ramener  à  l'hébreu.  Cette  affai- 
re caufa  tant  de  bruit  &  de  divifions ,  que  les  empe- 
reurs furent  obligés  de  s'en  mêler. 

Juftinien  en  particulier,  publia  une  ordonnance 
quife  trouve  encore  dans  fes  nouvelles  conltitutions, 
portant  permilfion  aux  Juifs  de  lire  l'Ecriture  dans 
leurs  fynagogues ,  dans  la  verfion  greque  des  feptan- 
te ,  dans  celle  d'Aquila ,  ou  dans  quelle  autre  langue 
il  leur  plairolt ,  félon  les  pays  de  leur  demeure.  Mais 
les  dodeurs  juifs  ayant  réglé  la  chofe  autrement, 
l'ordonnance  de  l'empereur  ne  fervit  de  rien,  ou  de 
fort  peu  de  chofe  ;  car  bientôt  après  les  feptante  &: 
Aquila  furent  abandonnés  :  &  depuis  ce  tems-là  la 
îedure  de  l'Ecriture  s'eft  toujours  faite  dans  leurs 
affemblées  en  hébreu  &  en  chaldéen, dont  on fe fert 
même  encore  aujourd'hui  dans  quelques-unes  de 
leurs  fynagogues ,  comme  à  Francfort.  {Li  chevalier 
^E  Jaucourt.) 

SiNOPE ,  L  A ,  {Géog.  mod.^  petite  rivière  de  France 
dans  la  baffe  Normandie,  au  Cotentin.  Elle  fort  de 
plufieurs  fources  vers  Famerville,  &  va  tomber  dans 
le  havre  de  Quineville. 

SINOPLE ,  f.  m.  terme  de  Blafon  ;  c'efl  ainfi  qu'on 
appelle  le  vert  ou  la  couleur  prafine  dans  les  armoi- 
ries. Cette  couleur  fignifie  félon  les  fymboliftes , 
amour  ^  jeunejje ,  beauté ,  ré/ouijfance  ,  &  fur-tout  liber- 
té ^  d'où  vient  qu'on  fcelle  en  cire  verte  &  en  lacs  de 
foie  verte,  les  lettres  de  grâce ,  d'abolition  &  de  légi- 
timation. L'origine  du  motfinople  eft  inconnue  ;  mais 
il  ne  faut  pas  la  tirer  de  la  terre  de  Sinope  dans  le 
Pont ,  car  cette  terre  n'étoit  point  verte.  On  repré- 
fente  \q  finople  en  gravure,  par  des  hachures  qui 
prennent  de  l'angle  dextre  du  chef,  à  l'angle  féneflre 
4e  la  pointe.  (JD.  7.) 

SINSAN,  f  m.  (Jlijl'  nat.  Bot.)  grand  arbre  du  Ja- 
pon ,  dont  les  feuilles  difpofées  en  rond  autour  des 
petites  branches  ,  font  longues  d'environ  trois  pou- 
ces ;  épaiffes  , pointues ,  légèrement  ondées ,  fans  dé- 
coupures à  leur  bord  ;  d'un  goût  de  fagapenum ,  avec 
Mne  chaleur  mordicante.  Ses  fleurs  font  à  quatre  & 
cinq  pétales,  petites  &  rougeâtres.  Ses  baies  ont  la 
torme  d'une  poire,  §C  la  grolicurde  celles  de  l'aube- 


S  I  N 

cpîn? ,  renfermant  quatre  femences  blanches ,  fen- 
dues en  deux ,  &;  fcmblables  à  celles  de  l'oranger. 

SINSICH,  (^Géog.  mod.)  petite  ville  d'Allemagne 
au  duché  de  Juliers.  F'oyei  Zinzîch. 

SINTAGORA ,  {Géogr.  mod.)  ville  de  la  prefqu'î- 
le  de  l'Inde,  fur  la  côte  de  Malabar,  dans  la  partie 
feptentrionale  du  royaume  de  Canara  ,  aux  confins 
du  royaume  de  Vifapour,  près  de  l'embouchure  de  la 
rivière  Aliga,  (D.  J.) 

SINTIA  ,  {Geog.  anc.)  ville  de  la  Macédoine  aux 
environs  de  la  Thrace;  le  pays  où  elle  étoit  lituée 
eft  nommé  Sintice  par  Tite-Llve  &  par  Ptolomée. 

(£>.y.) 

SINTOS  ou  SINTOISME  ,  f  m.  {Hift.  mod.  Culte 
religieux.)  c'eft  le  nom  que  l'on  donne  à  la  religion 
idolâtre  la  plus  anciennement  établie  au  Japon.  Elle 
confifte  dans  le  culte  que  l'on  rend  à  des  héros  déi- 
fiés ,  que  les  Japonois  adorent  fous  le  nom  de  cami 
ou  kami,  ce  qui  fignifie  ejpriis  immortels.  On  leur  éle- 
vé des  temples  dans  lefquels  on  conferve  des  épées , 
&:  d'autres  armes  antiques  dont  ces  héros ,  devenus 
dieux ,  fé  fervoient  pour  exterminer  les  monltres  &L 
les  ennemis  de  l'empire.  Les  (intoïllts  ont  la  vénéra- 
tion la  plus  profonde  pour  les  reliques  de  ces  dieux, 
qu'ils  regardent  comme  les  génies  tutélaires  de  la  na- 
tion ,  fes  fondateurs  &  fes  premiers  rois.  L'hiftoire 
de  ces  dieux  fait  la  principale  partie  de  la  théologie 
ànjintos:,  elle  eft  remplie  d'événemens  miraculeux, 
de  géans  vaincus ,  de  dragons  exterminés ,  &  d'au- 
tres aventures  extraordinaires ,  qui  relfemblent  beau- 
coup à  celles  qui  font  contenues  dans  nos  anciens 
livres  de  chevalerie.  Le  chef  de  la  religion  du  fain- 
tos  &  le  fouverain  pontife,  fe  nomme  mikaddo  ou 
dairi;  il  a  feul  le  droit  de  placer  les  héros  &  les 
grands  hommes  de  la  nation  au  rang  des  dieux.  On 
prétend  qu'il  defcend  lui-même  des  anciennes  divi- 
nités du  pays,  qui  fe  font  un  devoir  de  le  vifiter  une 
fois  tous  les  ans. 

La  religion  du.  Jîntos  n'admet  point  la  métempfy- 
cofe  ;  cependant  fes  f'edateurs  s'abftiennent  de  tuer 
ou  de  manger  les  animaux  utiles  aux  hommes.  Ils 
croient  l'immortalité  de  l'ame ,  &  un  état  futur  de 
bonheur  &  de  malheur.  Ils  fontperfuadés  que  le  dia- 
ble anime  le  renard  qu'ils  appellent  ma,  c'eft-à-dire 
efprit  malin ,  parce  que  cet  animal  caufe  de  grands 
dommages  à  leurs  pays. 

Les  principaux  objets  de  la  religion  àw.  Jintos  fa 
réduifent  à  quatre  chefs. 

1°.  Les  cérémonies  légales  :  elles  confiftentà  ne 
point  fe  fouiller  de  fang  ;  à  s'abftenir  de  manger  de  la 
chair;  à  ne  point  toucher  aux  corps  morts  ;  il  n'efl 
point  permis  de  fe  préfenter  aux  temples  lorfque  l'on 
eft  impur  ;  toute  effufion  de  fang ,  môme  la  plus  in- 
volontaire ,  eft  regardée  comme  une  grande  fouillu- 
re,  &  l'on  démoliroit  un  temple  fi  un  ouvrier  qui 
travailleroit  à  fa  conftruétion ,  venoit  à  fe  bleffer  juf- 
qu'à  répandre  du  fang.  La  plus  grande  de  toutes  les 
impuretés ,  eft  celle  que  l'on  contrade  par  la  mort 
de  lés  parens  ;  la  fouillure  augmente  à  proportiori 
de  la  proximité  du  degré.  Quelques  cafuiftes  ajou- 
tent que  l'on  peut  contrader  l'impureté  des  autres, 
ce  qui  arrive  ,  foit  en  voyant ,  foit  en  entendant , 
foit  en  difant  des  chofes  impures  &  malhonnêtes. 
Les  fîntoïjlcs  les  plus  rigides  croient  encore  que  c'efl 
un  crime,  que  de  fe  préfenter  aux  dieux  avec  un  efprit 
inquiet  &  chagrin  ;  ils  difent  que  les  prières  des  mal" 
heureux  doivent  être  des  objets  fâcheux  pour  des  êtres 
qui  jouijfent  de  la  fupr^me  félicité, 

1°.  La  célébration  des  fêtes  de  religion  eft  le  (e- 
condoh]Qt  du _fintoï/}ne.  Ces  fêtes  s'appellent  re'^/ , 
voyez  cet  article.  Les  principales  fe  célèbrent  en 
l'honneur  de  Tenfio-dai-fin ,  qui  eft  le  plus  grand  des 
dieux  du  Jlntoifme  :  les  autres  dieux  font Suwa.,Fat\- 
man  j  Morifaki  j  Sitios  ^  Sitçnno  ,  Gotfutenno  ^  Inariy 


s  î  N 

JJfumOy  Jci'ifi'  y  Daikokuy  Toffi-toku,  Fotui  OU  Ml- 
Toku. 

3*^.  Vu  des  principaux  points  de  la  religion  dnjln- 
tos  conlilîe  à  taire  des  pèlerinages  fréqucus  i\Ans  la 
province  d'isjc,  où  ("ont  les  temples  confacrés  au 
plus  grand  de  leurs  dieux ,  les  tem'mes  ne  s'exemptent 
point  de  ce  devoir;  mais  les  grands  s'en  diî'penlenî 
6l  font  taire  ce  pèlerinage  par  des  fubfliturs.  Lorique 
les  pèlerins  ont  vifité  les  iaints  lieux  d'Isjé,  on  leur 
donne  une  bocre  appellée  o/./v.,'/,  qu'ils  ont  en  gran- 
de vénération.  Foyei  Ofavai. 

4**.  La  religion  èxxfintos  a  des  fociétés  &  des  con- 
fréries religieuies,  &  les  moines.  Voyi\  Jamaiàbos. 

SîNTRA  ou  CINTRA,  {Géog.  mod.)  monta;',nc' 
de  Portugal  dans  l'Eilramadure,  à  7  lieues  de  Lil- 
bonne.  La  terre  y  forme  un  cap  avancé  ,  ciue  les  an- 
ciens ont  nommé  promontorlurn  Ltinœ.  ou  promonto- 
rïiun  Olïfipomntt  j  c'ell  le  Tagrus  ou  Tagrurn  de  Var- 
ron  ,  rd  tti(l.  l.  II.  c.  v.  Ce  cap  eft  xm  rameau  de  la 
montagne  Sintra  ,  autrefois  nommée  morts  Lunœ. 
G'eft  une  montagne  qui ,  par  Ton  élévation  ,  fe  pré- 
fente  de  fort  loin  aux  vaifleaux  qui  rafent  cette  côte. 
A  l'un  des  côtes  de  cette  montagne  eft  un  gros  bourg 
qui  porte  fon  nom.  Au  fommet  de  la  montagne ,  il  y 
a  un  monaftere  d'une  vue  charmante.  D'un  côté  l'on 
voit  l'Océan  ,  de  l'autre  le  Tage  ,  &  des  deux  côtés 
un  payfage  agréable  de  riches  campagnes  s'offre  aux 
yeux.  Au  pié  de  la  montagne  Sintra  ,  il  y  avoit  an- 
ciennement un  temple  dédié  au  foleil  &  à  la  lune. 
{D.J.) 

SINTZHEIM  on  SINSKEIM  ,  (  Géog.  mod.  )  ville 
d'Allemagne  dans  laSuabe  ,  au  pedt  pays  Creigow, 
à  4  lieues  d'Heidelberg  ,  &  à  même  diitance  d'Heil- 
bron.  Cette  ville  appartient  à  l'éleéteur  Palatin,  & 
les  François  la  brûlcrent  avec  quantité  d'autres  en 
Ï689.  Long.  27.34.  ladt.  4^.  O.  (  Z>.   /.  ) 

SINUESSE ,  {^Gcog.anc.)  ville  d'Italie  dans  le  nou- 
veau Latium  ,  aux  confins  de  la  Campanie,  au-delà 
du  Liris  ,  fur  le  bord  de  la  mer.  Tite-Live ,  /.  X. 
c.  xxj.  lui  donne  le  titre  de  colonie  romaine.  La  ville 
de  Minturne  ,  félon  Strabon  ,  /.  F.  étoit  entre  celles 
de  Formies  &  de  Sinuejfa.   Pline  ,  l.  III.  c.  v.  fait  de 
Sinueffaïa.  dernière  ville  du  Latium  ajouté,  &  dit  que 
quelques-uns  l'avoient  appelle  «S'/'/zo/'ê  ;  mais  Tite- 
Live  ,  /.  X.  c.  xxj.  fait  entendre  que  Sinicejfa  prit  ce 
nom  lorfque  les  Romains  eurent  envoyé  une  colo- 
nie dans  un  endroit  où  l'on  croyoit  qu'avoit  été  Si- 
nope  ,  ville  grecu'.e  :  placint.  ut  dutz  colonies,  circà  Fif- 
cinum  6'  FaUrnum  agrum  deducerentur  ;  nna  ad  ojiiurn 
Liris  jluvii ,  qnœ  Minturna  appellata  ;  alura  in  fallu 
Fej'cino ,  Faiernurn  contingente  agrum  ,  ubi  Sinope  di- 
citur  grceca  nrl^s  fuijffè  ;  S'imieûa  deindc  ab  colonis  roma- 
nis appellata.  Les  habitans  de  cette  ville  font  appelles 
Sinuejfani  ou  populus  Sinuejjanus  par  le  même  hifto- 
rien  ,  &  Sinuifani  dans  une  infcription  rapportée  par 
Holften,/?.  224. 

II  y  avoit  au  voifinage  de  cette  ville  des  eaux  mi- 
nérales ,  qui  en  prenolent  le  nom  (Taqucc  SinueJJ'anœ., 
&  auxquelles  on  attribuoit  la  vertu  de  remédier  à  la 
fténlité  des  femmes ,  &  de  remettre  l'cfprit  aux  hom- 
mes lorfqu'il  étoit  aliéné.  C'étoit  des  bains  d'eaux 
chaudes  ;  ce  qui  a  fait  que  Silius  Italiens  ,  /.  FUI. 
verf.  628.  a  donné  à  la  ville  de  Sinuejja  l'épithcte  de 
tepens.  Nous  voyons  dans  Tacite ,  /.  XII.  c.  Ixvj.  que 
l'empereur  Claude  ufa  de  ces  bains. 

On  voit  encore  aujourd'hui  quelques  vcftlges  de 
Sinuejja ,  &  elles  confervent  le  nom  de  la  ville.  Il  y  a 
préside  Monte-Dracone  quelques  ruines  d'édihces, 
de  môme  que  vers  le  bord  de  la  mer  où  fans  doute 
étoient  les  grandes  murailles  du  port.  (/?.  J.\ 

SINUEUX  ,  adj.  ÇGrarn.^  qui  ne  fuit  pas  la  ligne 
droite.  Foye^  SiNUOSITF. 

SiNUFUX  ,  en  terme  de  Chirurgie^  fe  dit  des  ul- 
Tome  XF. 


S  I  N 


2.C9 


ceres  ctroîts,   profonds  &  tortueux,   /^oye?  Sinus 
&  Fistule.  (T) 

SINUOSllÉ ,  f.  f  (  Phyf.  & Géogr. )  fuite  de  dé-.' 
tours  en  formes  d'arcs  alternativement  placés  en  fenS' 
contraire. 

C'efl  Va  Jinuojitè  des  côtes  de  la  mer  qui  forme  les 
baies,  les  ports,  &  fervit  de  modek-  à  Dédale  pouf 
faire  fou  labyrinthe.  Foyc^'^xiE  ,  Port,&c.  Foye^ 
^^^/ Labyrinthe.  1 

Sinuosité,  f.  f.  {Ofiéol.')  nomquelesAnatomiftes 
donnentà  une  cavité  objongue  de  l'os  ;  cettecavitéeft 
faite  en  forme  de  gouttière,  ayant  plus  d'ctenduedans 
fa  longueur  que  dansfalargeur;  telle  eftcellequifc  re- 
marque à  la  partie  lùpérieurcderhumerus,6'c.  (Z).  J.y 

Sinuosité  ,  terme  de  Chirurgie  &  d'Anatomie  ,  tout* 
&c  détour  que  fait  un  ulcère  dans  les  chairs.  Foye^ 
Sinus  6- Fistule.  (F) 

SINUS  ou  Sinus  droit,  enTrigonometrîe ,  eft  une 
ligne  droite  tirée  d'une  extrémité  d'un  arc  perpen- 
diculairement fur  le  rayon  qui  pafle  par  l'autre  ex- 
trémité. 

hejinus  d'un  arc  efl  la  moitié  de  la  corde  du  dou» 
ble  de  cet  arc.  Foye:^kKC. 

Ainfi  la  ligne  AD  ,  PL  Trigonom.fg.  1.  qui  eft 
moitié  de  la  corde  A  B  du  double  de  l'arc  A  E  B .,  qQ. 
[^Jinus  droit  .^  ou  fimplernent  \ejinus  de  l'arc  A  E. 

Le  jinus  total  eft  \ç.jinus  du  quart  de  cercle  HE 
ou  de  90  degrés ,  c'eft-à-dire  \q Jinus  total  t^^  la  même 
choie  que  le  rayon  HC.  Foye{  Rayon. 

Sinus  verfe  eft  une  partie  E  D  du  Jînus  total  oit 
rayon ,  comprife  entre  le  Jinus  droit  A  D  6l  l'arc 
A  E. 

1".  L(t  Jinus  droit  AD  étant  perpendiculaire  au 
rayon  E  C  ;  tous  \çs Jinus  tirés  fur  le  même  rayon  , 
font  parallèles  les  uns  aux  autres. 

2".  Puifquc  Tare  ^  iE"  eft  la  même  mcfure  de  l'an- 
gle A  CE  ,6c  A  lia.  mefure  de  l'angle  contigu  A  CI, 
6c  le  quart  de  cercle  HE  la  mefure  de  l'angle  droit  ; 
A  D  eft  aufTi  lejnus  droit  &c  E  D  le  Jinus  verfe  des 
angles  ACE  6c  A  C I  ^  &  X^finus  total  eft  \q  Jinus 
de  l'angle  droit. 

3  ''.  Deux  angles  contigus ,  comme  A  CE  &cACT^ 
ont  le  mèmQjnus. 

4".  Les  Jnus  des  angles  obtus  font  les  mêmes  que 
ceux  de  leur  complément  à  deux  angles  droits. 

5".  Tous  les  Jinus  d'arcs  femblables  ont  le  même 
rapport  à  leurs  i-ayons. 

Lejnus  du  complément  ou  le  cojimis  de  l'arc  A  E 
eft  le/inus  de  l'arc  AH,  qui  eft  fon  complément  «^  ua 
quart  de  cercle.  Foye{Co-siKVS. 

Pareillement  le  co-Jnus  de  l'arc  A  H  eiï  le  Jinus 
deVarcAE. 

Pour  avoir  en  nombre  la  valeur  des  Jinus  ,  &:c.  on 
prend  le  rayon  pour  l'unité ,  &  on  détermine  la  va- 
leur des Jnus  ,  des  tangentes  &  des  fécantes  en  par- 
ties du  rayon.  Si  nous  apprenons  par  l'almageft  de 
Ptolomée  ,  que  les  anciens  divifoient  le  rayon  en  foi- 
xante  parties  ,  qu'ils  appelloient  degrés  ,  6c  par  là  ils 
déterminoient  les  cordes  en  minutes ,  fécondes  6c 
tierces  ,  c'eft-à-dire  en  fraftions  fexagefimales  du 
rayon  ,  dont  ils  le  iervoient  pareillement  dans  la  ré- 
folution  des  triangles  (A'(9yt'{  Sexagésimal  ,  De- 
gré, &c.^  les  Arabes  font,  à  ce  qu'il  paroit ,  les  pre- 
miers qui  ont  fait  ul'age  des  Jnus  ou  demi-cordes, 
Foyei  Cordes. 

Regiomontanus  divifa  d'abord,  comme  les  anciens, 
le  rayon  en  60  degrés,  6c  détermina  Icsjinus  des  dit- 
férens  degrés  par  leurs  fradions  décunales  ;  mais 
dans  la  fuite  il  trouva  qu'il  étoit  bien  plus  commode 
de  prendre  le  rayon  pour  l'unité,  &  ainfi  il  introdui- 
fit  dans  la  Trigonométrie  la  méthode  dont  on  le  lert 
à-prélent. 

Dans  les  tables  communes  des  Jnus  6c  des  tangen- 
tes, on  conçoit  le  rayon  comme  divUé  en  ioooqooq 

Ec  i) 


lao  S  I  N 

parties  :  on  ne  va  jamais  plus  loin  pour  déterminer  la    l 
quantité  de  ccsjîriusôcdc  ces  tangentes.  Ainli  comme 
le  côté  d'un  hexagone  loutient  la  fixieme  partie  d'un 
cercle  6c efl égal  au  rayon,  de  mcme  auÛila Jinus  de 
30°.  ert  ^000000. 

I °.  Le/i'nis  A  D  étant  donné ,  trouver  Xafinus  du 
complément  :  ôtez  le  quarré  au  f  nus  A  D  du  quarré 
du  rayon.V  C ;  le  relie  Icra  le  cjuarrc  Awfir.us  A  G  du 
complément  :  d'où  tirant  la  racine  quarrée  ,  l'on  a  le 
jinus  du  complément  ;  par  exemple,  fiippofons  -^ C, 
10000000,  &  AD  5000000  ,  on  trouvera  o^xç:  AG 

Jinus  do  60  '\  eft  !i'66o2.S4. 

a°.  Le  finus  A  D  de  1  arc  A  E  étant  donné,  trou- 
ver le  f^nus  de  la  moitié  de  l'arc  ou  la  moitié  àt  A  E  ; 
trouvez  la  corde  de  l'arc  A  E ,  vq>-e{  Coude  ,  car  la 
moitié  de  cette  corde  eft  l'onjinus,  Ainfi  liippoibns 
D  C  &L  AD  connues  ,  comme  dans  le  problème  pré- 
cédent,  nous  trouverons  que  \e  Jinus  à^Q  la  moitié 
de  la  corde  A  E  ou  \q Jinus  de  i  5  ".=  1588190. 

3°.  Ltifinus  D  G  d'j  Tare  D  Fêtant  donné  ,  trou- 
ver \ç  Jinus  D  £  de  l'arc  double  D  B  ,Jig.  6.  Puifque 
les  angles  en  £  &  en  (7  lont  des  angles  droits ,  &  que 
l'angle  B  cft  commun  A  chaque  triangle  B  C  G  6c 
D  Ê  B  ,  nous  aurons  B  C:  C  G  II  B  D  :  D  E  ;  donc 
CG  étant  trouvé  par  le  iecond  problème  ,  &c  B  D 
étant  double  de  D  G  ^  on  peut  trouver  D  E  par  la 
règle  de  proportion. 

4".  Les  Jinus  F  G  Se  D  E  ,fig.  7.  des  arcs  FA  & 
D  A ,  dont  la  différence  D  F  eu  plus  grande  que 
45  minutes, étant  donnes,  trouver  un/?/7//i  intermé- 
diaire quelconque  ,  comme  IL.  Trouvez  une  qua- 
trième proportionnelle  à  la  différence  FD  des  arcs 
dont  les  Jinus  font  donnés,  à  la  différence  de  l'arc 
I F  dont  on  cherche  \e  Jinus,  &  à  la  différence  D  H 
des  finus  donnés  :  ajoutez-la  au  pluspetity/wuj  donné 
FC  ,  la  fomme  fera  le  Jinus  demande. 

5°.  Trouver  le  Jinus  de  45  degrés  ;  foit  HI, 
fig.  i.wn  quart  de  cercle  ,  HCI  fera  un  angle  droit; 
par  conféquent  le  triangle  fera  reÛangle   ,   donc 

HI^  =  HC^  +  Cr'^rHC\  Ceft  pourquoi  puif- 
que H  C  Jinus  total  eft  jcoooooo  ;  fi  du  quarré  de 
2,  HC^ .,  qui  eft  loooooooooooooo  ,  on  extrait  la 
racine  quarrée  14142136  ;  on  aura  la  corde  H I , 
dont  la  moitié  7071060  ell  Iq  Jinus  demandé  45  de- 
grés. 

6°.  Le  Jinus  d'une  minute  ou  de  60".  F  G  ^Jlg.  7. 
étant  donné  ,  trouver  le  finus  d'une  ou  plufieurs  fé- 
condes MN.  Puifque  les  arcs  A  14  ^  J^Ffontbien 
petits,  y^  A/ /'pourra  êlreprii'c pour  une  ligne  droite, 
îans  qu'il  yaitd'erreurfenf.ble  dans  les  fi'adions  dé- 
cimales du  rayon  dans  lefquelles  le  Jinus  eft  expri- 
mé ,  c'c(i-à-dirc  que  les  arcs  A  M  6c  A  F  feront  re- 
gardés comme  proj)Orùonnels  à  leurs  cordes  ;  c'eft 
pourquoi  puifque  iW  A' cft  parallèle  à  FG  ^  on  aura 
A  F:  F  G  -.'.A  M:  M  N  ;  donc  A  F,  F  G  6c  A  M 
étant  donné  ,  on  trouve  aifément  Ai  N. 

Confiruire  un  canon  desy/««.y.  Les  finus  de  30°. 
1 5°.  45*.  &  36".  étant  trouvés ,  (nous  avons  montré 
ci-deffus  la  manière  de  trouver  les  trois  premiers , 
&  ,  à  l'égard  du  quatrième  ,  c'eft  la  moitié  du  côté 
du  pentagone  ,  vriy^^  Pentagone  ),  on  peut  de-là 
conrtruire  un  canon  de  tous  les  finus  à  chaque  mi- 
nute &  à  chaque  féconde  ;  car  avec  le  finus  de  36". 
on  trouve  ceux  de  1 8°.  9°.  4°.  30'.  &  i'\  1  5'.  par  le 
fécond  problème  :  ceux  de  54".  71°.  81".  85".  30'. 
&  87".  45  '.  &C.  par  le  premier  problème  ;  d'ailleurs 
avec  les  Jinus  de  45°.  on  trouve  lefinus  de  Z2°.  30'. 
11°.  15'.  &c.  Avec  hs  finus  de  30°.  &  de  54°.  on 
trouve  le  f nus  de  1 2**.  Avec  le  finus  de  1 2°.  on  trouve 
ceux  de  6°.  de  3''.  de  i^.  30'.  3  5'.  78°.  &c.  Avec  le 
finus  de  I  5*^.  on  trouve  le  f  nus  de  7".  30'.  &c.  jufqu'à 
ce  qu'on  ait  iio finus ,  qui  fe  luivent  régulièrement 
à  45'.  près  les  uns  des  autres.  On  peut  trouver  les 
autres  finus  intermédiaires  par  le  cinquième  problè- 


S  ï  N 

me  ,  &  alnfi  le  canon  fera  complet. 

Lefinus  d'un  arc  étant  donné  ,  trouver  la  tangente 
&!afécante.  ^'oye;;;  Tangente  ^  Sécante, 

Pour  trouver  le  logarithme  d'un  finus  donné ,  v^y^ç 
Logarithme. 

Dans  tous  triangles ,  les  côtés  font  comme  lesfinus 
des  angles  oppofés.  /-^(y/e^  Tri  angle. 

Le  Jinus  B  C  ,  fig.  c).  &  le  fimus  verfe  A  B  étant 
donnes,  trouver  l'arc  FC  en  degrés.  Trouvez  le 
demi-diamctre  A  D  ,  alors  dans  le  triangle  D  BC^ 
outre  l'angle  droit  B  ,  vous  trouverez  par  les  cotés 
B  C  <k.  D  C  l'angle  A  D  C ,  qui  fait  voir  combien 
l'arc  a  de  degrés  ;  le  double  de  cet  arc  eft  l'arc  FC. 
Ce  proljième  eft  d'ufage  pour  trouver  le  fegment 
d'un  cercle.  Foye^  Segment. 

Sinus  artijicicl  fignilie  logarithme  d\\n finus.  Voye-;^ 
Logarithme. 

Lignî  des  finus  cft  une  ligne  fur  le  compas  de  pro- 
portion. Voye:^  CoMPAS  DE  PROPORTION  ,  &C. 
ChiimbiTS.  (  -E  ) 

Formules  des  (inus.  x  étant  lefinus  d'un  angle  ,  6t 

î  lefinus  total ,  V  i  —  X  X  e^  fon  co-finus  ;  ^  ,    là 


fécante  ; 


,  fa  co-fécante  ;  ,y ,  fa  tan- 


V/  1  —  X  x' 

gente. 

De  plus ,  fi  on  nomme  i  un  angle  quelconque  ,  on 
î  t/  -  I  _    -  {1/  -  I 
aura  fon  finus  z=  c r,'y~J~, ,&i.  (on  co  finus 


ï./-._^^-îi/ 


^y 


c 


^— .  Foyei  le  calcul  intégral  de  M. 

de  Bougainvllle. 

En  général  .,fiin.  d.  cof.  ^  =  •'— -i — {-  fin.  — — . 

Sin.  d.fin.  b  =1  —  ^  cof  d  -\-  b  -\-  {  cof.  d  —  b. 

Qofin.  d  cof.  b  =  cof.  —■'  -1-  cof.  -— . 

Sin.  d  -\-  b  =-fin.  d  cof  b  -\-fin.  b  cof.  d. 

Co-fin.  d  -\-  b=i  cof  d  cof  b  —fin.  b.  fin.  d. 

Courbe  des  finus  ,  eft  une  courbe  dans  laquelle  les 
abfciffes  repréfentent  les  arcs  de  cercle  ;  les  ordon- 
nées repréientent  les  f  nus  de  ces  angles. 

Donc  fi  i  repréfente  les  abfcifles ,  on  aura  l'ordon- 

née  j'  =^fin,  ^  =  c i — ,  ou  bien 


d7Z=-^ 


dy 


■y  y 


Par  ces  formules  ,  on  trouvera  aifé- 
ment les  propriétés  de  cette  courbe,  fes  tangentes, 
ia  quadrature,  Ê-c.   (O) 

Sinus  ,  f.  m.  (Oficologi)  efpece  de  cavité  d'un  os 
qui  a  plus  d'étendue  dans  fon  fond  que  dans  fon  en- 
trée ,  c'eft  ce  qu'on  remarque  à  l'égard  des  finus 
frontaux,  des  maxillaires ,  &c.  (Z>.  7.) 

Sinus  du  cerveau  ,  (  Anatom.^  Ltsfiinusdu  cerveau 
l^nt  des  canaux  veineux ,  plus  amples  &  moins  coni- 
ques ,  par  rapport  à  leurs  artères  correfpondantes  , 
que  les  anciens  ne  le  font  ordinairement ,  par  rap- 
port aux  leurs.  Dans  ces  finus  ,  le  raffemble  comme 
dans  une  efpece  d'entrepôt  ,  le  fang  de  différentes 
veines,  pour  être  de-là  diftribué  dans  les  vérita- 
bles veines  ,  qui  doivent  le  rapporter  au  cœur. 

Il  y  a  (\uAX.Ye finus  principaux ,  le  longitudinal  fu- 
périeur ,  qui  reçoit  le  fang  de  quelques  parties  exter- 
nes de  la  tête  &  de  la  dure-mcre  ,  de  la  pie  mère  , 
6l  même  de  l'extérieur  du  cerveau  ;  deux  finus  laté- 
raux par  rapport  à  lui ,  l'un  droit  &  l'autre  gauche, 
qui  en  reçoivent  le  fmg  ;  &  un  quatrième  nommé 
torcular  par  les  anciens  ,  où  fe  ramaffe  le  fang  qui 
revient  du  lacis  choroïde,  &  par  conlequent  des 
ventricules  du  cerveau. 

Tous  les  Anatomiftes,  excepté  le  célèbre  Morrja- 
gni ,  ont  cru  que  le  finns  lon.^itudinal  fupérieur  étant 
parvenu  au  derrière  de  la  tête  ,  ftir  la  tente  du  cerve- 
let ,  fe  partage  &  fe  fourche  en  deux  autres  canaux , 
qui  font  les  deux  finus  latéraux,  dont  chacun  reçoit 
une  égale  cjuantité  de  fmg,&  qu'à  l'endroit  de  cette 


s  I  o 

bifurcation,  le  torcular  verfe  fon  lang  dans  le  con- 
fluent de  ces  Xro\s Jînus. 

Mais  M.  Garengeot ,  chirurgien  ,  a  communique 
A  l'académie  Tes  obfervations,  lur  ce  fujet ,  fort  dif- 
férentes de  l'opinion  commune.. Eclairé  par  Mor- 
gagni ,  il  a  trouvé  que  comme  le  dit  cet  habile  hom- 
me ,  la  bifurcation  prétendue  du  fnus  longitudinal 
fiipéricur,  n'cft  proprement  continu  ,  qu'avec  le  la- 
téral droit ,  qui  reçoit  la  plus  grande  partie  de  fa  li- 
queur ;  &:  que  la  gauche  reçoit  principalement  celle 
■du  torcular,  qui  ne  fe  décharge  que  dans  ce  finus 
gauche  ,  un  peu  après  qu'il  s'ell  féparé  du  longitu- 
dinal; &  en  effet ,  à  l'égard  de  ce  point ,  M.  Garen- 
geot remarque  qu'il  ne  feroit  pas  poffible  que  le  tor- 
cular fe  déchargeât  dans  le  confluent  du  longitudinal, 
Se  de  fes  latéraux  ,  parce  qu'il  y  trouveroit  une  li- 
queur, dont  le  cours  feroit  contraire  au  cours  de  la 
ficnne.  Hiji.  de  tacadémlc  ,  année  //a/.  (Z>.  /.) 

Sinus  en  Chirurgie  &  en  Anatomie  ^  eil  une  petite 
ciavité  ou  poche  oblongue ,  qui  fe  forme  pour  l'ordi- 
naire à  côté  d'une  blefîure  ou  d'un  ulcère,  dans  le- 
quel le  pus  s'amafie. 

Unjinus  efl  proprement  une  cavité  dans  le  mi- 
lieu d'une  partie  charnue  ,  qui  fe  forme  par  le  crou- 
piffement  ou  la  putréfaâion  dufang  ou  des  humeurs , 
&  qui  fe  fait  à  elle-même  un  paffage. 

'L^Jiniii  fiftuleux  eft  une  ulcération  étroite  &  longu  e. 
Scutel  obferve  que  les  Jinus  profonds  qui  vont  en 
bas ,  font  difficiles  à  guérir  ;  cependant  ce  chirurgien 
entreprend  de  guérir  toutes  fortes  de  finus  en  une 
lemaine  ,  par  les  médicamens  dont  il  fait  la  defcrip- 
tion,  p.  33^  ,  &  avec  un  bandage  bien  collant.  Il 
ajoute  qu'il  n'en  vient  jamais  aux  incifions  ,  que 
quand  il  s'apperçoit  que  tous  les  remèdes  de  la  phar- 
macie font  impuifians  ;  &  que  pour  ouvrir  le  Jinus  , 
il  ne  fait  point  ufage  du  biftouri  ou  fcapel  trompeur  , 
parce  qu'il  eft  bien  plus  fujet  à  tromper  l'opérateur 
xjue  le  malade. 

La  méthode  de  Scutel  pour  la  guérifon  à.zs  Jînus 
fans  opération ,  dépend  plus  de  la  compreffion  6l  du 
bandage  expulfif  que  des  médicamens.  Veye^  les 
mots  Compression,  Compresse,  Exfulsif  & 
Fistule.  (  Y) 

SIOiMiO ,  i.  m.  {Hif..  mod.)  C'efl  ainfi  qu'on  nom- 
me au  Japon  des  feigneurs  particuliers  de  certains  dil- 
trifts  ou  terres  dont  ils  font  propriétaires  ,  &:  où  ils 
rendent  la  jufticc  au  nom  des  empereurs  du  Japon. 
Ils  font  dans  une  telle  dépendance  de  la  cour,  qu'il 
ne  leur  ellpas  permis  de  relier  plus  de  fix  mois  aans 
leurs  terres  ;  ils  font  obligés  de  paiTer  les  fix  autres 
mois  dans  la  ville  de  Jedo  ,  où  l'on  retient  toute  l'an- 
née leurs  enfans ,  qui  répondent  au  fouverain  de  la 
fidélité  de  leurs  pères. 

SION  ou  ZION  ,  (  Géog.  )  fameufe  montagne  d'A- 
fie,  dans  la  Judée  ,  au  midi  &  près  de  Jérufalem,  fur 
laquelle  fut  bâti  par  Salomon  le  temple  du  Seigneur , 
ou  pour  mieux  dire  ,  il  étoitfur  le  mont  Moria.  Da- 
vid &  les  autres  rois  fes  fuccefleurs  choifircnt  leurs 
fépultures  fur  la  montagne  de  Sion ,  mais  on  n'en  voit 
aujourd'hui  aucune  trace.  Ce  mont  même  ,  dont  la 
beauté  ert  tant  vantée  dans  l'Ecriture,  eil  à  préfent 
tellement  difforme  ,  qu'on  ne  devineroit  jamais  qu'il 
yeûteudeffus  une  ville  ,  &  moins  encore  un  château 
royal.  Ce  château  détruit  depuis  tant  de  fieclcs,  a  été 
fort  renommé  chez  les  Hébreux ,  par  la  perte  funefte 
que  David  y  fit  de  fon  innocence  ;  car  ce  fut  du  haut 
de  la  terraffe  où  il  fe  promenoit,  qu'il  laiffa  échapper 
un  regard  inconfidéré  fur  Bethfabée,  femme  d'Urie; 
&;  ce  tut  dans  ce  même  endroit ,  que  le  prophète  Na- 
than l'ayant  repris  de  la  part  de  Dieu  de  l'adidtere 
qu'il  avoit  commis,  il  reconnut  humblement  fon  cri- 
me. La  maifon  de  Caïphe  ,  qui  éioit  proche  du  mont 
•Çio/î ,  eft  à  préfent  changée  en  une  églilc  que  les 
Arméniens  defl'crvcnt.  Les  Turcs  ont  fait  une  inof- 


§     I     P 


iit 


quce  du  faint  cénacle.  On  peut  lire  le  voyage  de  là 
Terre-fàinte  par  le  P.  Nau ,  fur  l'état  aduel  de  la 
montagne  de  Sion.  CD.  J.^ 

SiON  ou  Syon,  (  Géog.  )  en  latin  Sedunum ,  &  eii 
allemand  5im'«, ville  de  Suiffe,  dans  le  Vallais ,  dont 
elle  efl  capitale  ,  fur  la  petite  rivière  de  Sitten  ,  prés 
de  la  rive  droite  du  Rhône,  dans  une  belle  plaine  , 
à.20  lieues  au  levant  de  Genève  ,  à  1 2  au  nord  d'Aoff e. 

Cette  ville ,  l'ancier.ne  demeure  des  Séduniens  , 
efl  propre  ,  &  bien  bâtie.  Elle  n'a  point  eu  de  fiege 
épifcopal  qu'à  la  fin  du  fixieme  fiecle.  Son  éveque 
qui  eft  fuffragant  de  Moufliers  ,  prend  ridiculement 
la  qualité  de  prince  de  l'empire,  quoiqu'il  n'en  foit 
plus  membre  ,  qu'il  n'ait  aucune  iéance  aux  diètes  j 
&  qu'il  ne  doive  aucune  ooéiffance  à  l'empereur  & 
aux  états  de  l'empire  ,  jouiffant  de  la  franchife  ac- 
cordée au  corps  Helvétique  ,  &  auîorifée.par  le  trai- 
té de  WeftphaUe. 

il  a  d'autres  grandes  prérogatives.  Il  préfide  aiLX 
états  du  pays  avec  une  autorité  ,  à-peu-près  fem- 
blable  à  celle  du  doge  de  Venife.  La  rnonnoie  fe  bat 
à  fon  coin  ,  fous  fon  nom  ,  &  à  fes  armes.  Il  eft  élu 
par  les  fuffrages  communs  des  chanoines  de  la  cathé- 
drale &  des  députés  des  départemens.  L'autorité  fou- 
veraine  efl  entre  les  mains  del'affemblée  générale  du 
pays,  qui  efl  compofée  d'un  certain  nombre  de  dépu- 
tés des  fept  départemens. 

Après  l'évêque ,  celui  qui  tient  le  premier  rang 
efl  le  bailli  du  pays ,  nommé  en  allemand  Landshault' 
man^  c'eïl-à-dire  ,  capitaine  du  pays.  Il  eft  juge  ab- 
folu  des  caufes  civiles  qui  fe  portent  devant  lui  ,  & 
fa  charge  dure  deux  ans.  Long,  du  Sion ,  24.  2.  latit. 
46-.  8.  {D.J.) 

SJOO,  (^Géogr.  mod.^  une  des  quinze  provinces 
de  la  grande  contrée  du  Sud-eft  de  l'empire  du  Ja- 
pon. Elle  efl  très-confidérable  ,  puifqu'on  lui  donne 
trois  journées  de  longueur  de  tous  côtés  ;  c'efl  un 
pays  médiocrement  fertile ,  m.ais  qui  abonde  en  vers 
a  foie ,  &  conféquemment  en  manufactures  d'étoffes 
de  ce  genre  ;  cette  province  a  onze  diftrids.  (Z).  7.) 

SIOR  ,  (^Géogr.  mod.^  ville  d'Afie  ,  capitale  du 
royaume  de  Coré ,  dans  la  province  de  Sengado ,  à 
une  lieue  d'une  large  rivière.  Long.   14J.  jS./acit, 

37-3^'  {D.J.) 

SIOUANNA ,  f.  m.  (  HiJ}.  nat.  Botan.  )  arbriffeaU 
des  Indes  orientales  qui  préfente  un  coup  d'œil  très- 
agréable.  Il  produit  des  baies  &  des  fleurs  en  ombel- 
les. Son  fruit  croît  fur  les  branches  inférieures.  On 
vante  beaucoup  l'efficacité  de  fa  racine  contre  le  ve- 
nin des  ferpens  les  plus  dangereux. 

SIOULE  LA  ,  (  Géogr.  mod.^  petite  rivière  de 
Fi-ance  ,  dans  l'Auvergne.  Elle  prend  fon  nom  d'un 
village  nommé  SiouU  dans  la  généralité  de  Riom  ,  ÔC 
fe  perd  dans  l'Allier  ,  à  quatre  lieues  au-deffus  de 
Moulins.  {D.  J.) 

SIOUNE  ,  {Géogr.  mod.)  ville  d'Afriqtie  ,  dans  la 
Barbarie  ,  au  royaume  de  Tripoli ,  dans  les  monta- 
gnes de  Derne.  C'efl  une  petite  république,  dont  leS 
habitans  Nègres  &  Arabes  ,  ont  pour  tout  bien  des 
forêts  de  palmiers  ,  qui  avec  un  peu  de  laitage  & 
d'orge  ,  leur  donnent  à  vivre.  Ils  ne  payent  aucun 
tribut  ,  font  hbres ,  &  contens.  (Z).  /.) 

SIOUTH  ou  SIUTH ,  {Géogr.  mod.  )  ville  d'Afri- 
que ,  dans  la  haute-Ev;ypte  ,  au  pié  d'une  montagne, 
&  à  demi-lieue  du  Nil ,  qu'on  pafie  dans  cet  endroit 
fur  un  pont  de  pierre  ,  le  feul  qui  foit  fur  ce  fleuve- 
Cette  ville  efl  une  des  plus  grandes  &  des  plus  peu- 
plées de  l'Egypte.  Il  y  a  plulieurs  mofquées  ,  &i  mi- 
narets. Le  cafcicf  y  réfide ,  &  Ton  y  tiibrique  les 
toiles  les  mieux  façonnées  de  toute  l'Egypte.  Long. 
4^.  ï8.  latit.  26.6i.{D.  J.) 

SIPA1UUM,<.  m..  (  Théâtre  des  Rom.)  forte  de 
voile  qui  fe  tiroit  devant  la  fcene,  pendant  que  l'oo 


211 


S  I  P 


travaillolt  m  cliangement  du  théâtre  ,  ou  à  changer 
a  décoration.  (  D.  ./.  ) 

SIPff.£,{0\'ogr.anc.)  ville  de  la  Béotie.  Elle 
itoit  vers  les  coniins  de  la  Phocide ,  lelon  Ptolomce  , 


/.  JIL  c.  vi.  Thucydide  ,  /.  If^.  P-So^.  la  met  fur  le 
bord  de  la  mer  ,  dans  le  trplfe  Cir/lcus.  Dans  la  dialedle 
dorique  ,  au  lieu  de  Siplus,  on  diloit  T/ipa/  ou  n^*  , 
ik;  c'ellainfi  quePaufanias, /.  IX.  c.  xxxlj.  écnt'. 
fi,  dit-il,  après  être  parti  de  Croulls  par  mer,  & 
après  avoir  paffé  Thisbé  ,  vous  reprenez  la  route  le 
long  de  la  cote ,  vous  verrez  lur  le  bord  de  la  mer 
une  autre  petite  ville  nommée  Tipha.  Hercule  y  a  \n\ 
temple  ,  &  la  fête  s'y  célèbre  tous  les  ans  comme 
à  Thisbé.  Les  Thiphéens  ,  ajoutc-t-il ,  le  vantcp.t 
^'êirede  tous  les  peuples  de  la  Béotie  ,  ceux  qui  ont 
toujours  le  mieux  entendu  la  marine.  Ils  dil'ent  que 
Tiphis ,  à  qui  l'on  confia  la  conduite  du  navire  d'Ar- 
oos  ,  étoit  de  Tipha,  6c  ils  montrent  hors  de  la  ville 
un  endroit  où  ils  prétendent  que  ce  navire  aborda  en 
revenant  de  Colchos.  {D.  J.) 

SIPKANTO ,  (  Géogr.  mod.  )  île  de  l'Archipel  con- 
nue des  anciens  lous  le  nom  de  Siphnus.  Voye^  Si- 
PHNUS. 

Elle  ed  .\  36  m.illes  de  Milo  ,  5c  fous  un  très-beau 
ciel;  l'air  ,  les  eaux,  les  fruits  ,  le  gibier ,  la  volaille , 
tout  y  eil  excellent  ;  les  raifms  y  font  merveilleux  , 
mais  la  terre  qui  les  produit  eit  trop  forte  ,  &  les 
vins  n'y  font  pas  délicats.  On  y  compte  environ  cinq 
mille  amcs  ,  cinq  villages,  &  quelques  couvens.  Le 
principal  port  de  l'île  eil  Faro  ,  qui  fans  doute  a  re- 
tenu fon  nom  d'un  ancien  phare  qui  fervoit  à  guider 
les  vaiiTcaux.  On  voit  dans  Goltzius  une  m.édaiile  , 
où  d'un  côté  cft  repréfentée  une  tour  avec  un  hom- 
me placé  au  haut.  De  l'autre  côté  eft  la  tête  de  quel- 
que dieu  ,  peut-être  de  Neptune. 

Les  mœurs  deshabitans  de  Siphanto^  ne  font  point 
décriées  comme  celles  de  leurs  ancêtres ,  hommes 
^  femmes.  Les  dames  même  de  Slphanto  quand  elles 
font  à  la  campagne ,  couvrent  pour  n'être  pas  con- 
nues ,  leur  vlfage  avec  des  bandes  de   Unge  qu'elles 
roulent  fi  adroitem.cnt ,  qu'on  ne  voit  que  leur  bou- 
che ,  leur  nez  ,  &  le  blanc  de  leurs  yeux.  Certaine- 
ment elles  n'ont  pas  l'air  conquérantes  avec  ce  maf- 
que ,  ôc  reiî'emblent  plutôt  à  des  mumies  ambulan- 
tes :  auffi  font-elles  plus  foigneufes  d'éviter  les  étran- 
gers ,  que  celles  de   Milo  &  de  l'Argenîiere  n'ont 
d'emprefTement  à  les  accueillir.  Il  y  a  un  archevêque 
grec  dans  cette  petite  île.  Long.  42.  ^8.  latit.  3^. 
SIPHIUS  ,  f  f.  (  MâUc.  )  mot  latin  qu'on  écrit 
différemment ,  parce  qu'on  en  fait  moins  l'étymolo- 
gie  que  la  fignification.  Guy  Patin ,  dans  fa  cent 
trente-deuxième  lettre  ,  après  avoir  parlé  du  prince 
ëc  de  la  princeffe  de  C...  qui  avoient  \a  /iphilis  ^ 
dit  que  François  I.  gagna  o^ltQ /iphilis ^  &  quele  mé- 
decin le  Coq  en  avertit  Fernel  pour  qu'il  le  traitât. 

SIPHNIENS  ,  f.  m.  pi.  (  Myihol.  )  habitans  de  l'île 
deSiphnos,unedes  Cyclades.  Ces  peuples  ayant  dé- 
couvert dans  leur  île  une  mine  d'or  ,  Apollon  leur  en 
fît  demander  la  dixme  pour  la  Pythie  ,  leur  promet- 
tant de  la  faire  frudifier  à  leur  profit.  Les  Syphniens 
■firent  donc  bâtir  un  tréfor  dans  le  temple  de  Delphes, 
&  y  dépoferent  la  dixme  que  le  dieu  exigeoit  ;  mais 
dans  la  fuite  par  un  efprlt  d'avarice  ,  dit  l'hiflorien  , 
ils  celferent  de  payer  ce  tribut ,  &  ils  en  furent  pu- 
nis ;  car  la  mer  inonda  leurs  mines  ,  ôc  les  fit  dilpa- 
roître.  La  capitale  de  l'île  eft  aujourd'hui  Slphanto , 
féjour  agréable  ,  fous  un  beau  ciel,  6c  dans  un  air 
pur.  {D.J.) 

SJPHNiaS  LAPIS  ,  {Hijl.  nat.)  nom  donné  par 
les  anciens  à  une  pierre  qui  fe  trouvoit  dans  l'île  de 
Siphnus  dans  la  mer  Egée  ;  on  en  formoit  desvafes 
parce  qu'elle  fetravailloit  ailément  &  Ibutenoit  très- 
bien  le  feu.  C'ellune  pierre  de  la  nature  de  celle 
<jue  nous  appelions  picrns  oLlains, 


S  I  P 

SIPHNUS,  (  Géog.  anc.')  île  que  Strabon  compte 
au  nombre  des  Cyclades,  Pomponius  Mêla  ,  Pline 
&  l'itinéraire  d'Antonin  écrivent  Sip/mos.  Ptolo- 
mée,/iv.  IJI.  c.  XV.  place  dans  cette  île  une  ville  à  la- 
quelle ils  femblent  donner  le  même  nom. 

Cette  ville  s'appel'oit  ApoUonia ,  félon  Etienne  le 
géographe.  Ptolomée  marque  l'île  i'z/'/zwo.v  prefque  au 
milieu  des  îles  Cyclades ,  &  je  ne  crois  pas  qu'aucun 
aiure  qu'Etienne  le  géographe  l'ait  placée  dans  la  mer 
de  Crète.  On  l'appelloit  anciennement  Meropia ,  fé- 
lon Pline  ;  les  habitans  Ibnt  nommés  Siphnii  dans 
Hérodote  ,  liv.  t-^III.  c.  xlvj. 

Les  Siphnlcns  tenoient  leur  tréfor  dans  un  endroit 
du  temple  de  Delphes,  &  voici  la  raifon  qu'en  donne 
Paulanias  ,  liv.  X.  c.  xj.  Ils  avoient ,  dit-il ,  des  mi- 
nes d'or  dans  leur  île;  Apollon  leur  demanda  la  dixme 
du  produit  de  ces  mines.  Ils  firent  donc  bâtir  un  tré- 
for dans  le  temple  de  Delphes  ,  &  y  dépoferent  la 
dixme  que  le  dieu  exigeoit  ;  mais  dans  la  fuite  par  un 
efi)rit  d'avarice  ,  ils  cellcrent  depayer  ce  tribut ,  &:  ■ 
ils  en  f.u-ent  punis  ;  car  la  mer  inonda  leurs  mines , 
6c  les  fit  difparoître. 

Hérodote  parle  d'un  autre  malheur  que  les  mines 
avoient  attiré  à  cette  île.  Ceux  parmi  les  Samiens  qui 
avoient  déclaré  la  guerre  à  Polycrate  leur  tyran,  fe 
voyant  abandonnés  par  les  Lacédémoniens ,  après  la 
levée  du  fiege  de  Samos  ,  s'enfuirent  à  Sïphnos  ,  où 
ils   demandèrent  à  emprunter  dix  talens.   Sïphnos 
éîoit  alors  la  plus  riche  de  toutes  les  îles  ,  ôc  l'on  re- 
gardoit  comme  un  grand  tréfor  la  dixième  partie  de 
l'or  &  de  l'argent  que  l'on  prenoit  tous  les  ans  fur  le 
rapport  des  mines  pour  envoyer  au  temple  de  Del- 
phes, Cependant  la  propoution  des  Samiens  fut  re- 
jettée  ;  mais  ils  ravagèrent  tout  le  pays ,  après  avoir 
mis  en  fuite  tous  les  habitans  que  l'on  obligea  de 
donner  cent  talens  de  rançon  pour  retirer  leurs  pri- 
fonniers.  On  prétend  que  la  Pyîhoniffe  avoit  prédit 
ce  malheur  ;  confultée  par  ceux  de  Sïphnos  pour  fa- 
voir  fi  leurs  richefles  fe  foutiendroient  long-tems  , 
elle  répondit  qu'ils  fe  donnall'entbien  de  garde  d'une 
ambalîade  rouge  dans  le  tems  que  leur  hôtel  de  ville 
&  leur  marché  ferolent  tous  blancs.Il  femble  que  la 
prophétie  s'accomplit  à  l'arrivée  des  Samiens  ,  dont 
les  vaifleaux  étoient  peints  de  rouge ,  fuivant  l'an- 
cienne coutume  des  infulaires ,  chez  qui  le  bol  efî:  fort 
commun  ,  &  l'hôtel  de  la  ville  de  Sïphnos  ,  de  même 
que  le  marché,  étoient  revêtus  de  marbre  blanc. 

Théophrafle,  Pline,  Ifidore  rapportent  qu'on tail- 
loit  à  Sïphnos  avec  le  cifeau  des  pots  à  feu  d'une  cer- 
taine pierre  molle  ,  lefquels  pots  devenoient  noirs  ÔC 
très-durs  après  qu'on  les  avoit  échaudés  avec  de  l'huile 
bouillante.  Cette  terre  n'étoit  autre  chofe  que  de  la 
mine  de  plomb  qui  eil  commune  dans  cette  île  ;  mais 
Siphnus  étoit  encore  plus  célèbre  par  fes  mines  d'or 
&  d'argent ,  dont  il  ne  relie  pas  aujourd'hui  la  moin- 
dre trace. 

Les  moeurs  des  habitans  étoient  fort  décriées  ,  au 
point  qu'on  difoit  en  proverbe  ,  vivre  à  lajiphnïenne  , 
a-iipvtcL^iiv  ,  parole  de  fiphnien  ,  aupvîoz  àppoK^m  ,  pour 
dire  de  grolTes  injures  à  quelqu'un ,  ainfi  que  nous 
l'apprennent  Etienne  le  géographe  ,  Hefychius  &C 
Suidas. 

Nous  n'avons  que  peu  de  médailles  de  Siphnus.  Il 
y  en  avoit  une  dans  le  cabinet  de  M.  Foucault ,  dont 
le  type  cil  une  tête  de  Gordien  Pie ,  &  le  revers  une 
Pallas  en  cafque  qui  lance  un  javelot. 

Cette  île  le  nomme  aujourd'hui  Siphanto.  On  y 
trouve  pour  toute  antiquité  quelques  tombeaux  de 
marbre  ,  qui  fervent  communément  d'auge  pour  y; 
faire  boire  les  animaux.  (Z>.  /.) 
SIPHON  ,  f  m.  voye^  Syphon, 
SIPHONANTHEMUM ,  f  m.  (  Botan.  )  genre  de 
plante  établi  par  le  doûeur  Amman.  Le  nom  dérive 
des  mots  grecs  «'ç"'  >  "'^  tuyau ,  ÔC  àvbifAov ,  uncficur  : 


s  I  P 

voici  fes  carafteres.  La  fleur  eft  compofée  d'un  felil 
pétale  qui  forme  un  tuyau  âWii'é  dans  les  bords  en 
plufieurs  legmens.  Le  piftil  s'élève  du  calice  ,  &  de- 
vient un  fruit  à  quatre  baies  délicatement  jointes  en- 
femble  ;  il  ell  diviié  en  quatre  loges  ,  &  contient 
plufieurs  graines  rondelettes;les  tiges  de  bplante  font 
vertes  6c  fiUonnées  ;  les  feuilles  font  placées  fans  or- 
dre ,  prelfées  les  unes  contre  les  autres ,  étroites  ,  lon- 
gues de  trois  pouces  ,  6c  femblables  à  celles  dulaule  ; 
elles  font  d'un  verd  foncé  de  chaque  côté,  &  portées 
fur  des  courtes  queues.  Des  ailes  des  feuilles  fortent 
diifcrcns  pédicules  en  manière  de  ceux  des  fleurs  um- 
belliferes  ;  chacun  de  ces  pédicules  efl:  terminé  par 
un  calice  d'une  feule  feuille  ,  divifée  en  cinq  quar- 
tiers ;  les  fleurs  fortent  de  ce  calice  ,  qui  forme  un 
tuyau  délié  ,  long  de  deux  ou  trois  pouces  ,  d'un 
verd  jaunâtre ,  &  découpé  à  l'extrémité  en  quatre  fe- 
gmens  ;  au  milieu  des  fleurs  eft  le  ftile  de  couleur 
pourpre  ,  crochu  ,  environné  de  quatre  étamines 
pourpres  ,  qui  ont  chacune  un  fommet  brun  ,  trian- 
gulaire. Dans  les  quatre  cellules  de  lacapfule  efl:  con- 
tenue une  grofl'e  femence  d'un  jaune  verdâtre.  ^ci. 
fitropol.  vol.  y  m.  p.  Xi  6.  (Z>.  /.) 

S  [PONTE  ,  (  Géog.  anc.  )  ville  d'Italie  ,  dans  la 
Fouille  daunienne,  fur  la  côte  de  la  mer  Adriatique, 
à  l'embouchure  du  fleuve  Garganus.  Tite-Live  & 
Pline  écrivent  Sipontum  ;  Pomponius  Mêla  &  l'itiné- 
raire d'Antonin ,  Sipuntum  ,  &  les  Grecs  &  quelques 
latins  qui  les  ont  fuivis  ,  difent  5'/>//i,  Sipuntum  ,  dit 
Pomponius  Mêla,  ve/,  tu  Graii dixcre  ,  Sipus.  Ptolo- 
mée  &  Etienne  le  géographe  lifent|2/7rci;?.  LucainJ', 
/.  y.  V.  27 y.  décrit  la^luuation  de  cette  ville  dans  ces 
vers: 

Quas  recîplt  Salaplna  palus  ,  &  fubdlta  Sipus 
Mondbus  ^  Aufoniam  quod  torquent  fruglfer  oram. 
Dalmadco  Boreœ ,  Calubroque  obnoxius  aujlro  , 
Appulus  hadriacus  exlc  Garganus  in  undas. 

Silius  Italicus  fait  le  nom  de  cette  ville  indéclinable: 

Et  urram  &  littora  Sipus. 

Sipontt  fut ,  félon  Tite-Live  ,  /.  XXXI V.  c.  Ixv. 
&  /.  XXXIX.  c.  xxiij.  une  colonie  romaine  ,  qui 
dans  la  fuite  fe  trouvant  affoiblie  fut  augmentée  & 
renouvellée.  Cette  ville  fubfilia  jufqiVau  tems  de 
Manfrede ,  qui  voyant  que  l'air  y  étoit  mal  fain,  à  cau- 
fe  des  marais  voilins ,  &  qu'elle  n'avoit  pas  un  bon 
port ,  afligna  aux  habitans  une  place  où  fut  bâtie  la 
ville  de  Manfredonia.  Le  nom  national  eil  y.i7T^v7ioç , 
félon  Etienne  le  géographe  ,  &  Sipontinus ,  félon  les 
Latin^  ;  car  on  lit  dans  Cicéron  ,  Agrar.  II.  c.  xxvlj. 
in  S'x^onùn^  Jiccitatc  collocari  ^  &  dans  Frontin  ,  de. 
CoLoniis  ,  agtr  Canujinus ....  Sipontinus.  Ricordanus 
Malcfpina,  Hiji.  Florent,  cap.  clxviij. 

Au  bord  de  la  mer  ,  dit  Léander  ,  fur  un  rocher 
efcarpé  ,  au  pié  du  mont  Gargan  ,  on  découvre  les 
débris  de  l'ancienne  ville  de  Siponte.  Elle  fut  aufli  ap- 
pcUce  Sipa.  Strabon  dit  que  Diomede  la  bâtit  ;  elle 
étoit  à  1 50  ft;ades  ,  ou  à  20  milles  de  Salapia.  On  n'y 
voit  aujourd'hui  que  des  ruines  d'édifices  ,  qui  font 
cependant  conjefturer  que  cette  ville  étoit  grande  & 
belle.  {D.  J.) 

SlPl'É  ,  (  Giog.  anc.  )  Paufanias  dit  qu'à  Olym- 
pie  ,  ville  de  l'Elide  ,  il  y  avoit  vers  le  milieu  de 
î'Altis  ,  ou  Bois  facré  ,  fous  des  platanes  ,  un  tro- 
phée érigé  par  les  Eléens  vainqueurs  des  Lacédémo- 
nicns  ;  qu'auprès  de  ce  trophée  onvoyoit  une  Itatue 
dédiée  par  ceux  de  Mcnde  en  Thrace ,  &  que  par  une 
infcription  gravée  fur  la  cuiflc  du  thrace  ,  on  appre- 
noit  que  ceux  de  Mcnde  s'étant  rendus  maîtres  de 
Sipté,  en  confacrerent  les  dépouilles  à  Jupiter.  Siptc, 
ajoute  Paulanias  ,  étoit  apparammcnt  quelque  ville 
«u  quelque  fortcreflTe  de  Thrace.  (  V.  J.  ) 

SIPYLE  ^  ^  Géog.  anc.)  ^iTiôxoç,  en  lâûn  S 'p^/urji  ; 


S  I  P  113 

viïîe  de  l'Afie  mineure ,  &  la  capitale  de  la  Méonie  ; 
elle  étoit  bâtie  au  pié  du  mont  Sipyle  ,  félon  Pline 
liv.  V.  c.  xxjx.  qui  dit  qu'on  l'appelloit  auparavant 
Tantalis  ;  mais  que  de  fon  tems  ce  n'étoit  plus  qu'un 
lac  ou  étang  ,  cette  ville  ayant  été  abyfmée  dans  la 
terre. Strabon, /zV.  l.pag.  58.  rapporte  la  même  cho- 
fe.  Il  dit  que  SipyU  ,  qu'il  furnomme  Idœa ,  fut  ren». 
vcrfée  du  tems  de  Tantale  ,  &  que  les  marais  du  voi- 
flnage  y  formèrent  de  grands  lacs.  Il  ajoute  dans  le 
liv.  XII.  p.  5y^.  qu'on  ne  doit  pas  regarder  comme 
une  fable  ce  qui  étoit  rapporté  touchant  le  renver- 
fement  de  SipyU ,  puifque  de  fon  tems  la  ville  de 
Magnéfie  avoit  été  pareillement  engloutie. 

Le  mont  Sipyle  ,  Sipylus  ,  fut  appelle  ancienne- 
ment Ceraunius.  Paufanias  ,  dans  les  Achaïques,  liv. 
IL  c.  xxiij.  confirme  l'engloutiflement  de  la  ville  d« 
Sipyle  ,  bâtie  au  pié  de  cette  montagne.  Il  témoigne  y 
avoir  vu  le  tombeau  de  Tantale  fils  de  Jupiter  &  de 
Pluton  ;  &  c'efl  même  ,  ajoute-t-il ,  un  tombeau  très- 
remarquable  ,  ainfi  que  le  trône  de  Pélops  qui  étoit 
au  haut  àxi  mont  Sipyle,  immédiatement  au-deffus 
de  la  chapelle  dédiée  à  la  mère  Plafl:ène  ,  qu'on  re- 
gardoit  pour  la  mère  des  dieux.  Enfin  il  dit  avoir  vu 
des  aigles  blancs  fur  cette  montagne  ,  près  d'un  ma- 
rais nommé  le  marais  de  Tantale. 

Tournefort  qui  a  eu  la  curiofité  ,  dans  le  dernief 
fiecle,  de  vifiter  le  mont  Sipyle ,  nous  en  a  donne  la 
defcription  fuivante. 

La  grande  plaine  de  Magnéfie  ,  dit-il ,  efl  bornée 
au  fud  par  le  mont  Sipylus  ;  &  cette  montagne  quoi- 
que fort  étendue  de  l'efl;  à  l'ouefl: ,  paroit  beaucoup  " 
moins  élevée  que  le  mont  Olympe.  Le  fommet  du 
Sipylus  refl:e  au  fud-eft  de  Magnéfie  ;  &  le  côté  du 
nord  efl  tout  efcarpé.  Du  haut  de  cette  montagne  la 
plaine  paroît  admirable ,  &  l'on  découvre  avec  plai- 
îir  tout  le  cours  de  la  rivière.  Plutarque  dit  que  le 
mont  Sipylus  s'appelloit  la  montagne  de  la  foudre  , 
parce  qu'il  y  tonnoit  plus  fouvent  que  fur  les  autres 
qui  font  aux  environs.  C'eft  apparemment  pour  cela 
qu'on  a  frappé  à  Magnéfie  des  médailles  de  Marc-Au- 
rele  ,  du  vieux  Phihppe,  d'Herennia  &  d'Etrufcilla  , 
dont  [les  revers  repréfentent  Jupiter  armé  de  la 
foudre. 

La  déeflTe  Sipylène  avoit  pris  fon  nom  de  cette 
montagne,  ou,  pour  mieux  dire  ,  Cybele  ,  la  mère 
des  dieux,  avoit  été  nommée  Sibilene  ,  parce  qu'on  la 
révéroit  d'une  manière  particulière  dans  le  mont  5"/- 
pylus;  ainfi  il  n'eft  pas  furprenant  qu'on  voyetant  de 
médailles  de  Magnéfie  ,  au  revers  defquelles  cette 
dcefiTe  efl:  repréfentée  tantôt  fur  le  frontifpice  d'un 
temple  à  quatre  colonnes  ,  tantôt  dans  un  char.  On 
juroit  même  dans  les  affaires  les  plus  importantes  par 
la  déelfe  du  mont  Sipylus  ,  comme  il  paroît  par  ce 
précieux  marbre  d'Oxford ,  où  eit  gravée  la  figue  de 
Smyrne  &  de  Magnéfie ,  fur  le  Méandre  ,  en  faveur 
du  roi  Séleucus  Callinicus. 

On  ne  peut  être  fur  le  Sipyle ,  continue  Tourne- 
fort,  fansfe  repréfenter  ,  tantôt  les  grandes  armées 
d'Agéfilaùs  &  de  TiflTapherne  ,  tantôt  celles  de  Sci- 
pion  &  d'Antiochus  ,  qui  difputoient  l'empire  d'Afie 
dans  les  vaftes  campagnes  qu'offre  à  la  vue  cette 
montagne.  Paufanias  aflùre  qu'Agéfilaùs  battit  l'ar- 
mée des  Perfes  le  long  de  l'Hcrmus  ;  &  Diodore  de 
Sicile  rapporte  que  ce  fameux  général  des  Lacédé- 
moniens,  delcendant  àw  mont  Sipylus,  alla  ravager 
les  environs  de  Sardes. 

Il  ell  vraifemblable  que  le  montSipyle  étoit  autre» 
fois  fécond  en  métaux  &  en  aimant  ;  il  n'eft  donc 
pas  étonnant  que  la  ville  Sipylum  ,  fituce  au  pic  de 
cette  montagne  ,  ait  été  engloutie  par  des  tremhle- 
mens  de  terre;  c'eft  un  malheur  aflez  ordinaire  aux 
lieux  qui  abondent  en  mines  métalliques  ,  &:  ce  mal- 
heur compenfo  trop  les  richefl'cs  que  les  mines  four- 
niftiint  aux  habitans,  Si  la  fabje,  bien  plus  que  la  v^^ 


214 


s  I  P 


rite,  n'avoit  toujours  flatté  le  goût  des  Grecs,  le 
mont  SipyU  auroit  peut-être  été  plus  fameux  par 
l'aimant  ,  o^.\c  par  le  rocher  de  Niobé ,  d'où  lelon  les 
poctes,  ies'caux  qui  coulent  l'ans  celle  de  cette  mon- 
îagnsr ,  ibnt  les  larmes  que  cette  nvilheureufe  mère 
verfe  encore  après  la  mort ,  pour  la  perte  de  fes 

cnlans. 

Piiufanias  ctoit  natif  ou  de  Sipylc  ,  capitale  de  la 
Néonie  ,  ou  de  quclqu'autre  ville  voiline  du  mont 
Sipy[c\  il  vivoit  à  Rome  fous  l'empereur  Hadrien, 
&;  fous  les  Antonins  ;  il  mit  au  jour  plus  d'un  ou- 
vrage :  car  outre  que  Philoftrate  lui  attribue  des  orai- 
fons*,  Eulhthc  ,  Etienne  de  Byfance  ,  &  Suidas , 
le  citent  ii  l'occafion  de  quelques  noms  de  villes  ou  de 
peuples  ,  &  nous  donnent  ii  entendre  que  non-feu- 
lement il  avoit  voyagé  en  Syrie  ,  dans  la  Palcftine  , 
&  dans  toute  l'Alie  ,  "mais  qu'il  en  avoit  publié  une 
relation. 

Quoi  qu'il  en  foit  ,  nous  n'avons  de  lui  que  le 
voyage  hillorique  delaGrece,  ouvrage  qui  eftécrit 
avec  un  détail ,  une  exaditudc ,  un  fond  d'érudition , 
que  l'on  ne  trouve  dans  aucun  autre  voyageur ,  & 
qui  peut ,  à  bon  titre ,  fervir  de  modèle.  Nous  le  trou- 
vons trop  concis  dans  le  ftyle  ,  mais  c'eu  qu'écrivant 
pour  les  gens  de  fon  tems  ,  qui  étoient  au  fait  de  ce 
,^u'il  racontoit  ,  il  ne  s'eft  pas  cru  obligé  de  s'expli- 
quer plus  au  long.  Son  ouvrage  eft  par-tout  femé  de 
réflexions  utiles  pour  la  conduite  de  la  vie  ;  s'il  s'y 
trouve  bien  des  choies  auxquelles  nous  ne  prenons 
point  d'intérêt ,  c'efl:  que  le  tems  &  la  religion  ont 
mis  une  grande  différence  entre  notre  façon  de  pen- 
fer,  &  celle  des  anciens. 

Son  voyage  efl  écrit  avec  une  vérité  qui  ne  fauroit 
être  fufpefte  ;  l'auteur  y  rend  compte  de  ce  qu'il  a 
vu  dans  la  Grèce  ;  &  à  qui  en  rend  il  compte  ?  Aux 
Romains ,  au  milieu  de  qui  il  vivoit ,  dont  'a  plupart 
avoient  été  en  Grèce  aulTibien  que  lui ,  &  qui  au- 
roient  pu  le  démentir ,  s'il  avoit  avancé  quelque 
faufleté. 

En  fécond  lieu  ,  c'eil  un  voyage  hiflorique  ;  on  y 
remarque  tout  à  la  fois  un  voyageur  curieux  ,  &  un 
écrivain  profond  ,  parfaitement  inflruit  de  tout  ce 
qui  regardoit  les  divers  peuples  dont  il  parle  ;  il  en 
poflTédoit  la  langue  ,  c'étoit  la  fienne  propre  ;  il  con- 
noiflbit  leurs  dieux ,  leur  religion ,  leurs  cérémonies , 
leurs  lois  ,  leurs  coutumes  ,  leurs  mœurs  ;  il  avoit 
lu  leurs  poètes ,  leurs  hllloricns,  leurs  généalogiftes , 
leurs  géographes  ,  en  un  mot  leurs  annales  &  leurs 
monumens  les  plus  anciens  ;  annales  &  monumens 
qui  étoient  alors  fubliftans,  qu'il  cite  à  chaque  page  , 
&  que  le  tems  nous  a  ravis.  De-là  ,  cette  quantité 
prodigieufe  de  faits ,  d'événemens  ,  de  particulari- 
tés ,  qui  ne  fe  trouvent  plus  que  dans  cet  auteur  ,  & 
qui  le  rendent  précieux  à  tous  ceux  qui  aiment  l'é- 
tude des  tems  &  de  l'antiquité. 

Enfin  c'efl  le  voyage  de  l'ancienne  Grèce  ,  non  de 
la  Grèce  d'aujourd'hui  ,  ou  telle  que  Spon  &  Whe- 
1er  l'ont  décrite  ,  pauvre,  milerable  ,  dépeuplée, 
eémiflante  dans  une  efpece  d'efclavage ,  &.  qui  n'of- 
tre  plus  aux  yeux  du  voyageur  ,  que  des  ruines  fu- 
perbes ,  au  milieu  defquellcs  on  la  cherche  fans  la 
trouver;  en  un  mot,  l'image  de  la  dévaluation  la  plus 
affreufe ,  &  l'exemple  déplorable  des  vicllTitudes  d'ici 
bas,  C'efl  de  la  Grèce  floriflante  c[uc  Paulanias  nous 
donne  la  defcription  ;  de  la  Grèce  ,  lorfqu'elle  étoit 
le  féjourdes  mules  ,  le  domicile  des  fciences,  le  cen- 
tre du  bon  goût ,  le  théâtre  d'une  infinité  de  merveil- 
les ,  &  pour  tout  dire ,  le  pays  le  plus  renommé  de 
l'univers. 

Il  efl  vrai  que  Paufanias  n'embraflTe  dans  fa  rela- 
tion, qu'une  partie  de  la  Grèce  ,  &  les  villes  que  (es 
colonies  occupoient  dans  l'Afie  mineure  ;  mais  c'efl 
auiû  la  partie  la  plus  intéreffante  ;  il  la  divife  en  dix 
états ,  qui  étoient  autrefois  indépenians  les  uns  des 


S  I  R 

autres,  favoir,  l'Attique,  laCorinthie,  l'ArgolIde," 
laLaconie,  laMeflenie  ,  l'Ehde ,  l'ylrcadie,  la  Béo- 
tie  ,  &  laPhocide  ;  c'ell  pourquoi  chacun  de  lés  li- 
vres donne  la  defcription  de  chacun  de  ces  dix  états 
de  la  Grèce  ,  à  la  referve  du  cinquième  &  du  fixieme 
livre  ,  qui  tous  deux  ne  traitent  que  de  l'Elide,  com- 
me le  fécond,  luifeul ,  comprend  Corinthe  &  Argos, 

Il  décrit  exaclement  l'origine  des  peuples  qu'il  fe 
propofe  de  faire  connoître  ,  il  nous  intlruit  de  leur 
gouvernement ,  de  leurs  guerres ,  de  leurs  colonies  ; 
il  parcourt  leurs  villes  &  leurs  bourgades  ,  en  rap- 
portant ce  qui  lui  a  paru  digne  de  curiofité.  Si  dans 
la  difcuiïlon  de  quelques  points  d'hlfloire  ou  d'an- 
tiquité ,  il  embrafl'e  un  fentiment  plutôt  qu'un  autre  , 
il  cite  toujours  fes  garans  ;  &  fes  garans  font  ordi- 
nairement les  hifloriens  &  les  poctes  les  plus  an- 
ciens ,  comme  témoins  des  faits  qu'il  difcute  ,  ou 
plus  proche  de  ceux  qui  en  avoient  été  témoins. 
C'efl  par  cette  railbn  que  la  ledure  de  Paulanias  fait 
tant  de  plaifir  à  ces  favans  ,  qui  ont  tous  les  fiecles 
préfens  à  l'efprit,  &  qui  ne  veulent  rien  Ignorer  de 
ce  qu'il  efl  poflible  de  favoir.  M.  Fabricius  a  fait  eiî 
leur  faveur  le  détail  des  diverfes  éditions  &  traduc- 
tions de  Paufanias  ,  afin  qu'ils  puffeatchoifir.  Nous 
avons  en  françois  celle  de  M.  l'abbé  Gedoyn  ,  qui  eft 
excellente  ,  &  accompagnée  de  quelques  cartes ,  & 
de  courtes  remarques,  mais  bonnes,  &  inftruftives. 
(^Le  Chevalier  DE  JaVCOVRT.^ 

SIPYLENE  ,  (  Myihol.  )  furnom  de  Cybele  ,  pris 
de  la  ville  de  Sipylum  ,  dans  la  Méonie  ,  où  cette 
déeffe  avoit  un  temple  &un  culte  particulier.    {DJ?) 

SIR ,  (  Géoo.  mod.  )  grande  ville  ,  &  la  capitale 
des  lUyriens  ,  félon  Suidas.  (Z).  /.  ) 

SIRACI  ^  (  Géog.  anc.  )  peuples  d'Afie  ,  quihabi- 
toient  vers  les  monts  Caucafes  ,  &  fur  les  bords  du 
Mermodas ,  fuivant  Strabon  ,  /.  11.  p.  45)2. 

SIRADIE,  paUdnat  de^  (  Géog.  mod.  )  palatinat  de 
la  grande  Pologne.  Il  efl  borné  au  nord  parle  palati- 
nat de  Lencizca  ;  à  l'orient ,  par  le  palatinat  de  San- 
domir;  au  midi,  par  le  duché  de  Siiéfie  ;  à  l'occi- 
dent, parle  palatinat  de  Kalish.  La  rivière  deWar- 
ta  le  divife  en  deux  parties ,  l'une  orientale  ,  l'autre 
occidentale  ;  il  efl  gouverné  par  un  palatin  qui  en 
prend  le  nom  ,  ainfl  que  fon  chef-heu.  (  Z).  7.  ) 

Si  RADIE  ,  ou  SiRATZ  ,  (  Gcog.  mod.  )  ville  de  la 
grande  Pologne ,  capitale  du  palatinat  du  même  nom, 
dans  une  belle  plaine  ,  fur  les  bords  de  la  Warta,  à 
46  lieues  au  nord-ouefl  de  Cracovie.  Elle  a  pour  fa 
déîenfe  un  château ,  qui  n'a  pas  empêché  lesTartares 
de  la  piller  en  1 29o;lesBohèmes  la  brûlèrent  en  1 29  2; 
les  chevaliers  de  l'ordre  Teutonique  en  agirent  de 
même  en  1 3  3 1  ;  &  en  1447 ,  elle  fut  défolée  par  ua 
nouvel  incendie.  Long.  ^6'.  18.  lat.  Si.  ^.i..{^D.  J.') 

SIR  JE,  (Géog.  anc.)  village  du  Péloponnèfe  dans 
l'Arcadie,  fuivant  Paulanias,  /.  f^III.  c.  xxiij.  C'efl: 
aufli  le  nom  d'un  lieu  de  la  Macédoine ,  dans  la  con- 
ti'ée  Odomantique  ,  félon  Tite-Live,  /.  XLV.  c.  iv. 
(D.J.) 

SIRAF  ,  (  Géog.  mod.  )  c'étoit  une  ville  maritime 
du  Farfiftan  ,  fur  le  golphe  de  Perfe  ,  éloignée  d'en- 
viron 60  lieues  de  Schiraz  ,  capitale  de  la  province. 
Cette  ville  fiit  long-tems  fameule  par  fon  trafic  ;  car 
tous  les  vailfeaux  arabes  y  abordoient ,  particulière- 
ment de  Baflbra  ,  &  les  autres  peuples  indiens  y  ap- 
portoient  aulîi  toutes  fortes  de  luarchandiles  de  l'In- 
de ;  le  commerce  floriflbit  encore  à  Slrafzw  com- 
mencement du  xiv.  fiecle  ;  mais  étant  paffé  peu  de 
tems  après  à  Bander-Congo  ,  &  de-là  à  Ormuz  ,  Si- 
rafïwx  tellement  abandonnée  ,  que  l'on  auroit  peine 
à  trouver  des  vefliges  d'une  ville  autrefois  fi  brillan- 
te. (  Z).  /.  ) 

SIR  A-MANGHITS  ,  f.  m.  (  HilL  nat.  Botan.  )  ar- 
bre aromatique  de  l'île  de  Madagafcar,  fes  feuilles  ÔT 
1    fon  bois  répandent  une  odeur  lémblable  à  celle  du 

fantal 


SIR 

lantal  cltnn  ;  l'écorce  a  l'odeitr  du  girofle,  &:  jeffè 
tineréfiiie  jaune  }  on  la  regarde  comme  un  fpédfique 
■pour  les  maux  de  cçeur  ,  &  pour  fortifier  le  foie. 

SfRATICK ,  f.  m.  (  HiJÎ.  mod.  )  c'ell  le  nom  fous 
lequel  on  délîgne  le  fouvcrain  d'une  nation  de  nègres 
•id'Afrique,  appellée  Usfoulis  ;  contre  l'ordinaire  des 
tois  de  ces  climats  ,  il  gou-^erne  avec  la  plus  grande 
modération-,  fes  lois  paroiffent  didées  par  l'amour 
du  bien  public  ,  &  il  n'ell ,  pour  ainli  dire  ,  que  l'or- 
eane  de  fa  nation  ;  cela  n'empêche  point  quefon  au- 
torité ne  foit  très-rcfpeftée  &  très-ctcndue  ;  les  peu- 
ples fè  foumcttent  avec  joie  à  des  volontés  qui  ten- 
dent à  leur  bonheur.  Le  firatick  a  fous  lui  un  grand 
officier,  qui  eft  pour  ainfi  dire  le  lieutenant  général 
du  royaume  ,  qui  commande  à  d'autres  officiers  , 
ces  derniers  font  tenus  de  fournir  un  certain  contin- 
gent en  cavalerie  &  en  infanterie ,  fur  le  premier  or- 
dre qu'on  leur  donne  ;  ils  font  payés  fur  le  prix  qui 
réfulte  de  la  vente  des  prifonniers  de  guerre  ,  &  de 
ceux  qui  refufent  de  fervir  le  roi  ou  la  patrie  ;  ce 
droit  efl:  fondé  fut  les  lois  primitives  de  l'état  ,  qu'il 
n'efl  point  permis  zwjiratick  de  changer  ,  quoiqu'il 
ouvre. la  porte  à  des  oppreffions  fans  nombre.  La 
dignité  de  Jiratkk  ne  pafle  point  aux  enfans  ,  mais 
îiiix  frères  du  roi  défunt  ,  ou  bien  à  leur  défaut ,  au 
f.ls  de  fa  fœur  ;  ufage  qui  ell  établi  chez  prefque  tous 
les  nègres. 

SIRBI  ,  (  Gcog.  mod.  )  bourgade  de  la  Turquie 
d'Afie,  dans  l'Anatolie  ,  fur  une  rivière  de  même 
nom  ,  qui ,  deux  lieues  au-deffous  ,  fe  jette  dans  la 
Méditerranée.  Sirbi  étoit  autrefois  ,  félon  quelques 
favans ,  une  ville  épifcopale ,  nommée  Xanthus  ,  ou 
Xanthos^  dans  la  notice  d'Hiéroclès  ;  en  ce  cas  là  , 
cette  ville  auroit  effi.iyé  bien  des  événemens  différens 
jufqu'à  ce  jour.  Vôyci  Xanthus.  {D.J.) 

SIRBON  LAC ,  (  Géog.  anc.  )  les  anciens  ont  écrit 
jfirbonis  SsLfirbonis  ;  Ce  lac  ,  connu  des  hiftoriens  & 
des  anciens  géographes  ,  étcit  entre  la  Paleftine  & 
l'Egypte  ,  fur  la  mer  Méditerranée  ,  affez  près  du 
mont  Cafuis.  Dicdore  de  Sicile ,  /.  /.  c*  xxx.  en  par- 
le ainfi  :  ilya ,  dit-il,  au  milieu  de  la  Cselo-Syrie  & 
de  l'Egypte ,  un  lac  fort  étroit ,  &  dont  la  longueur 
peut  avoir  deux  cens  flades  ;  oo  l'appelle  le  lac  Sir- 
bon  ;  il  eft  très-profond  &  très-dangereux  pour  ceux 
qui  ne  le  connoifTent  pas ,  parce  qu'étant  comme 
une  bande  d'eau  entre  deux  rivages  fablonneux  , 
les  vents  le  tiennent  prefque  toujours  couvert  de  fa- 
ble ,  de  forte  qu'il  ne  fait  qu'une  même  furface  avec 
la  terre  ferme ,  de  laquelle  il  elt  impoiTible  de  le  dif- 
tinguer  à  l'œil  ;  il  y  a  eu  des  capitaines  qui  y  ont 
péri  avec  toute  leur  armée  ,  favite  de  bien  connoître 
le  pays  ;  le  fable  accumulé  fur  cette  eau  bourbeufe  , 
ne  cède  d'abord  que  peuà-peu,  comme  pour  féduire 
les  pad'ans,  qui  continuent  d'avancer,  julqu'à  ce  que 
s'appercevant  de  leur  erreur ,  les  fecours  qu'ils  tâ- 
chent de  fe  donner  les  uns  aux  autres  ,  ne  peuvent 
plus  les  fauver*  En  effet,  ce  compofé  n'étant  ni  fo- 
lide  ,  ni  liquide  ,  on  ne  fauroit  nager  dans  une  eau 
épaiffie  par  le  fable ,  &  par  le  limon  dont  elle  eft 
chargée:  &;  l'on  ne  trouve  nulle  part  un  fond  affez 
ferme  pour  appuyer  le  pié  ,  ou  pour  s'élancer  en 
haut  ;  tous  les  efforts  qu'on  peut  faire  ne  fervent 
qu'à  attirer  le  fable  qui  eft  fur  le  rivage  ,  &  qui  ache- 
vé d'accabler  ceux  qui  font  pris  dans  ce  funelle 
piège. 

Strabon  s'cfl  affe/,  grofTieremcnt  trompé  fur  ce  fu- 
jet ,  ayant  confondu  le  lac  de  Sïrbon ,  avec  le  lac 
Alphaltite,  comme  il  efl  aifé  de  le  voir  par  la  def- 
cription  qu'il  -jnfait ,  &  par  ce  qu'il  dit  de  fon  ori- 
gine. Gcog,  L  XVI.  p.  ijoSi  AmjL  lyoy.  in-fol.  Le 
le£feur  peut  confulter  fur  le  \\\z  Sïrbon  ^  Cellarius  , 
Gcogr.  anc,  l.  ly.  c.  j.  {D.  J.) 

SIRCK ,  (  Gcog.  mod,  )  les  François  difcnt  &  écri- 
vent S'nqiie  ;  petite  viUç  de  Lorraine  ,  aux  confins 
Tvme  XKt 


'> 


'^u  Luxembourg ,  fur  îa  rive  gàùche  de  laMofeHé'.  '^ 
trois  lieues  de  Thionviile  ■-.  vers  le  couchant  d'été. 
Elle  a  été  cédée  à  la  France  par  le  traité  de  VincèA"- 
nes ,  de  l'an  \66i  ,  confirmé  par  celui  de  î  7 1 8.  Lonh 
2J.46'.  latit.  ^C).  24,  (Z>.   y.) 

SIREj  f.  m.  (HiJI,  mod.)  efl' un  titré  d'hcnnéuï' 
qu'on  ne  donne  en  France  qu'au  roi  feul ,  &  qui  cfE 
comme  une  marque  de  fouveraineté.  Dans  tous  les 
placets  ;  les  demandes ,  les  lettres  ,  les  difcours ,  qui 
s'addreffent  au  roi ,  On  lui  donne  la  qualité  de  /ùt. 

Quelques-Tins  dérivent  ce  mot  du  latin  Atra^^  maî- 
tre ;  ilfemble  que  ce  foit  l'opinion  de  Budée  ,  qui, 
en  parlant  au  ïoi  François  premier  ,  le  nomme  tou- 
jours hère  ,  maître  ou  /ire  :  d'autreS  le  dérivent  du 
grec  xvpio?  ,/eigneur  ;  telle  efl  l'opinion  de  Pafquier; 
cet  auteur  ajoute  que  les  anciens  Francs  donnoient  le 
même  titre  à  Dieu  ,  en  le  nomm?iût  beau  ^re  diex  ; 
d'autres  font  venir  ce  mot  du  fyriaque  ,  &  fcutien- 
ncnt  qu'on  le  donnoit  d'abord  aux  marchands  qui  né- 
gocioient  en  Syrie.  Ménage  prétend  qu'il  vient  de_/è- 
riior  ^  ancien,  d'où  efl  vcnn  feigneur  ^  enfuite/è/>- 
nor,  d>cjîre. 

Anciennement  on  fefervoit  également  du  mot  Jire' 
dans  le  môme  fens  que  fieur  &  leigneur ,  &  on  l'ap- 
pliquoit  aux  barons ,  aux  gentilhommes  ^  &  aux  ci- 
toyens. FoyeiS\^.VK. 

Le  fîre  de  Joinville  a  écrit  l'hifloire  de  S.  Louis. 

Il  n'y  avoit  que  certaines  familles  d'une  noblefTé 
diflinguée ,  qui  pouvoient  prendre  le  nom  de  fire ,  de- 
vant le  nom  de  leur  maifon  ,  comme  \Qsfres  de  Cou- 
cy  ,  les  Jires  de  Beaujeu  ;  mais  lorfque  le  mot  à&Jlrà 
fe  trouve  dans  nos  anciens  auteurs ,  avec  le  nom  de 
baptême  ,  il  fgriiiîe  très-peu  de  chofè.  Loyfeau  dit 
que  les  barons  de  France  ,  qui  étoient  barons  des 
duchés  ou  comtés  relevant  de  la  couronne  ,  pour  fé 
diflinguer  des  barons  inférieurs  ,  s'appellerent /Zrej  ^ 
eomme/re  de  Bourbon,  &c.  On  donne  auffi  au  roi 
d'Analeterre  le  titre  Aejire  ,  foit  eil  lui  parlant,  foit 
en  lui  écrivant.  Dans  le  même  royaume  le  titre  de 
Jir,  qui  vient  de//'-e  ,  efl  donné  à  toutes  les  perlbn- 
nes  de  diflinâion  qui  font  au-deffous  des  barons  8c 
lorfqu'on  parle  d'un  baronnet ,  ou  d'un  fimple  che- 
valier ,  on  l'appelle  toujours  par  fort  nom  de  baptê- 
me ,  joint  à  celui  de/r,  comme/r  Philippe  Sydneyi 
Lorfque  le  roi  d'Angleterre  crée  un  fimple  chevalier^ 
il  le  nomme  par  fon  nom  de  baptême ,  lui  comman- 
de de  fe  mettre  à  genoux  ,  &  après  lui  avoir  touché 
l'épaule  gauche  de  fon  épée  nue ,  il  lui  dit  en  ancrlois  , 
rife  Jir  ^  c'efl-à-dire  ,  levei-vous  chevalier  ,  &  il  le 
nomme.    Miege  ,  état  nouveau  de  la  grande  Bretagne^ 

SIRENES  ,  f.  f.  (  Myihol.  )  ces  monflres  demi- 
femmes  &  demi-oifeaux  ,  doivent  leur  naifTance  à 
la  fable  ;  ce  fut ,  dit-elle,  trois  filles  du  fleuve  Aché- 
loiis ,  &  de  la  mufe  Calliope.  On  les  nomma  Panhé- 
nopi ,  Leucofie ,  &  Ligée  ;  &  félon  d'autres ,  Aglao- 
phénie  ,  Thelxiépie  ,  &  Pijinoé ,  noms  qui  roulent 
fur  la  douceur  de  leur  voix  &  le  charme  de  leurs  pa- 
roles ;  mais  les  grâces  du  chant ,  qui  leur  furent  don- 
nées en  partage  ^  les  enorgueillirent  jufqu'à  ofer  dé- 
fier les  déefîes  du  Parnaffc  ;  il  leur  en  coûta  leurs  ai- 
les qui  leur  furent  arrachées  en  punition  de  leur  té- 
mérité ;  elles  fe  retirèrent  dans  des  îles  défcrtes  ,  &c 
proche  de  la  côte  de  Sicile  ou  de  Campanie  ;  de-là^ 
elles  attiroient  fur  leurs  écueils  les  pafîiîgers ,  par 
l'harmonie  de  leur  voix ,  &  leur  donnoient  enfnite  la 
mort.  Défefpérées  de  n'avoir  pCl  furprendre  dans 
leurs  pièges  Uly fie  ,  ou  Orphée,  elles  fe  précipitè- 
rent dans  la  mer ,  &  ne  furent  plus  entendues  de- 
puis. On  tient  qu'une  d'elles  donna  le  nom  de  Par- 
thcnope  à  la  ville  qui  prit  enfuitc  celui  de  Naptcs  ^  8c 
qu'une  autre  laiifa  celui  de  Léucofc  à  une  île  de  ces 
mers  là. 

LesyiVcWiavoientlatête&  le  corps  de  femme  juf» 
qu'à  la  ceinture  ,  &i.  la  forme  d'oifuau ,  de  la  ceintvM 
^  Ff 


226 


S  I  R 


re  en  bas  ;  ou  tout  le  corps  d'ollcau  ,  &  la  tctc  de 
femme  ;  car  on  les  trouve  reprclentées  en  ces  deu\- 
manieres  ,  &  dans  les  mythologues  ,  &  lur  les  an- 
ciens monumens  ;  l'une  tient  une  lyre  ,  l'autre  deux 
flûtes,  «S;  latroilîeme  un  rouleau  pour  chanter. 

Ceux  qui  veulent  morallfcr  fur  cette  fable  des 
poètes  ,  dlfent  que  iQ^firhies  n'ctoient  autre  chofe 
que  des  courtlfanes  ,  qui  dcmeuroicnt  furies  bords 
de  la  mer  de  Sicile ,  &  qui  par  les  attraits  de  la  volup- 
té, fcduifoicnt  les  pailans ,  6c  leur  faifoient  oublier 
leur  courfe  ;  ils  ajoutent  même  que  le  nombre  &;  le 
nom  des  trois  frl-ncs  ,  a  été  inventé  fur  la  triple  vo- 
lupté des  fens  ,  la  mufique,  le  vin  ,  6c  l'amour;  en 
conféquence  de  cette  idée  ,  ils  ont  tiré  l'étymologie 
àc/trèncs,  du  mot  grec  cnipa. ,  qui  fignifie  une  cha'un^ 
pour  dire  qu'il  étoit  comme  impolfiblc  de  le  tirer  de 
Jeurs  liens,  &:  de  fe  détacher  de  leurs  charmes  invin- 
cibles. Strabon  aflure  que  \çs  fi renés  eurent  un  tem- 
ple près  de  Surrente.  (  D.  J.  ) 

SIREN[/M  PROMONTORlUM  ,  (  Gèogr.  cnc.  ) 
promontoire  d'Italie ,  fur  la  côte  de  la  Lucanie  ,  vis- 
à-vis  de  l'île  Leucofia,  que  la  mer  en  a  détachée  , 
félon  Pline,  /.  //.  c.lxxxvuj.  {D.J.) 

SIRENUSES  LFS  ,  (  Géog.  anc.  )  finnufœ  ,  îles 
fur  la  côte  de  la  mer  de  Tyrrhéne  ,  félon  Ptolomée  , 
/.  ///.  c.j.  Strabon  ,  /.  f^.  p.  247.  nous  marque  plis 
précifément  lapofition  de  ces  îles.  Entre  le  promon- 
toire de  Minerve  ;  &  l'île  de  Caprée  ,  il  n'y  a  ,  dit-il, 
qu'un  trajet:  &  quand  vous  avez  tourné  autour  de  ce 
promontoire,  vous  rencontrez  des  îles  feules  &  pier- 
reufcs  ,  qu'en  appelle  y//-c:««/c£  ^fircms  ^  onjircnides. 
Dans  un  autre  endroit,  /.  V.  p.  261.  il  compte  260 
flades  ,  depuis  XcsWqs firemifx  ,  jufqu'au  fleuve  Sila- 
rus  ;  ilfembie  néanmoins  donner  ici  le  nom  de  J/re- 
nujk  au  promontoire  de  Minerve  ,  qui  a  pu  être  ap- 
pelle de  ce  nom ,  à  caufe  du  voifmage  de  ces  îles  , 
comme  il  avoit  été  nommé  yhhœnnun  ,  ou  promon- 
toire de  Minerve^  à  caufe  d'un  temple  qu'Ulyffe  y 
avoit  bâti  à  l'honneur  de  Minerve. 

Ces  n-iémes  îles  font  appellées5/>cv;///;?/7e/-'-ic,  par 
Pomponius  Vlela,  /. //.  civ.  &  Sirenumjedts  ^  par 
Pline  ,  A  ///.  c.  v.  Elles  étoient  au  nombre  de  trois  ; 
il  y  en  a  qui  en  comptent  davantage  ;  le  père  Coro- 
nelli  ,  IfoLirio  ,  p.  ny.  en  compte  huit.  Auprès  de 
l'île  de  Procida  ,  qui  n'ell  pas  éloignée  de  Pouzzoles , 
on  voit,  dit-il,  huit  petites  îles  qui  font  pleines  de 
rochers ,  &  défertes  ;  elles  font  près  l'une  de  l'autre  : 
les  anciens  les  appeîloient  Slrénufes  ,  ou  les  îles  de 
Silènes  ,  parce  que  Parthénope  ,  Ligée  ,  &  Léuco- 
fie, trois  fameufes  courtifanes  ,  les avoient habitées. 
Ces  femmes-  avoient  toute  la  beauté  ,  toutes  les 
grâces  ,  &  tous  les  agrémens  imaginables  ;  leur  voix 
étoit  belle  &  mélodieufe  ;  c'étoit  auffi  par  tous  ces 
artifices,  &  fur-tout  par  leurs  chants,  qu'elles  char- 
moient  ceux  qui  pafloient  près  de  là.  Les  nauton- 
nicrs  quin'étoientpas  afiéz  fur  leurs  gardes,  fe  trou- 
voient  tellement  épris  de  curiofité  ,  qu'ils  ne  pou- 
voient  s'empêcher  dedefcendre  dans  cette  île  tatale  , 
où  ,   après  des  plaifirs  illicites  ,  ils  éprouvolent  la 
dernière  mifere.  C'ell  peur  cela  que  les  poètes  ont 
feint  qu'Ulyflé  devant  pafTer  auprès  de  ces  écucils, 
avoit  eu  la  iage  précaution  déboucher  avec  de  la  cire , 
les  oreilles  de  (es  compagnons  ,  pour  qu'ils  n'enten- 
diflent  point  la  voix  de  cestrompeufes  firènes,  La  fa- 
ble ajoute  qu'Ulyflé  lui-même ,  le  lia  au  mât  du  na- 
vire ,   pour  être  infenfibleaux  chants  de  ces  dange- 
reufes  bacchantes. 

On  dit  que  lesanclenshabitans  de  ces  îles,  avoient 
coutume  d'adorer  les  fircnes  ,  &  de  leur  offrir  des 
facrifîces  ;  &  même  on  veut  que  du  tems  d'Ariflote 
il  y  eût  encore  dans  cet  endroit ,  un  temple  dédié 
aux  firènes.  L'une  de  ces  îles  porte  aujourd'hui  le 
nom  de  GalU  ou  Galle:  elle  efl  à  cinq  milles  de  l'île 
Caprée  ;  l'autre  ,  qui  efl  un  peu  au-delà  du  cap  de  la 


SI  R 

Minerve  ,  n"a  aucun  nom  ;  &  la  troifleme  qui  efl  au- 
près ,  s'appelle  San-Peno.  (^D.J.) 

SIRGIAN  ,  owSERDGlAN  ,  (  Géog.  mod.  )  ville 
de  Perfe,  capitale  du  Kcnnan.  Elle  efl  arrolce  [)ar 
plufieurs  canaux ,  ce  qui  en  rend  le  féjour  gracieux. 
Les  tables  arabiques  lui  donnent  pour  long.cfo.  20. 
lat'u.  fcptcnr.  29.  Jo.  {D.  J.) 

SIRIASE  ,  f  f.  (  Mcdec.  ')Jirlafs  ;  nom  d'une  ma- 
ladie à  laquelle  les  enfans  font  fiijets.  Elle  confifte 
dans  l'inflammation  du  cerveau  ,  la  fièvre  aiguë,  la 
perte  de  l'appétit ,  l'excavation  des  yeux  &:  le  deffé- 
chemcnt  du  corps  ;  il  faut  détruire  la  fièvre  ,  dont 
tous  les  autres  fymptomes  tirent  leur  origine.  (Z).  /.) 

SIRICACHE.  yoyei  Cresselle, 

SIRINAGAR  ,  (  Géog.  mod.)  ville  d'Afie  ,  dans  les 
états  du  graiîd-mogol ,  &  capitale  du  petit  royaume 
de  Sirinagar ,  litué  dans  la  partie  méridionale  de  la 
province  de  Siba.  (^D.  J.) 

SiRîON  ,  (  Géog.  anc,  )  lieu  la  Gaule  aquitanique. 
L'itinéraire  d'Antonin  le  marque  entre  Bordeaux  & 
Uflubium,  à  quinze  milles  de  la  première  de  ces  pla- 
ces ,  &  à  vingt  milles  de  la  féconde.  Les  uns  veulent 
que  ce  folt  lUoms,  lur  le  bord  de  la  Garonne  ,  6c 
d'autres  Earfac  ,  qui  efl  au  bord  de  la  même  rivière. 

SIRIS  ,  (  Geog.  anc.  )  1°.  ville  d  Italie  dans  la  Lu- 
canie ,  à  l'embouchure  du  fleuve  Siris.  Elle  fut  d'a- 
bord nommée  Leutemia  ,  enfuite  Policum  ,  enfuite 
Siris  ,  oz  enfin  Hirad'ium  ,  car  elle  ne  fut  plus  regar- 
dée que  comme  le  port  de  la  ville  d'Héraclée ,  lorf- 
queles  Tarentins  eurent  fondé  cette  dernière  ville. 
Pline ,  liv.  III.  ch.  xj.  le  trompe  donc  ,  lorfqu'il  dit 
qu"Héraclée  fut  pendant  quelque  tems  appeIlée5'/>/.î. 
Héraclée  &:  Sins  étoient  toutes  deux  fituées  entre 
les  fleuves  Aciris  &  Siris  ,  la  dernière  à  l'embou- 
chure du  fleuve  de  même  nom  ,  &  l'autre  au  bord  de 
l^Aceris ,  mais  à  quelque  diftimce  de  la  mer. 

On  prétcndciî  que  Siris  avoit  été  bâtie  par  les 
Troiens  ;  &  pour  prouver  cette  idée ,  on  y  mon- 
troit  un  umulacre  de  la  Minerve  de  Troie.  On  le 
montroit  encore  du  tems  de  Strabon ,  comme  une 
image  mlraculcvife  ,  car  elle  baiffoit  les  yeux ,  de 
l'horreur  qu'elle  éprouva  lorl'que  les  Ioniens  prirent 
la  ville  ,  &  qu'ils  n'eurent  aucun  refpeft  pour  fon  fl- 
mulacre.  Plufieurs  habitans  s'étoient  fauves  auprès 
de  la  flatue  de  Minerve  ,  &  imploroient  dans  cet 
afyle  ,  qu'ils  croy oient  inviolable  ,  l'humanité  du 
vainqueur  ;  mais  fans  aucun  égard  à  leurs  prières  ,  on 
les  arracha  barbarement  de  cet  afyle.  La  déefle  n'eut 
pas  le  courage  de  contempler  ce  crime  ,  &  voilà 
pourquoi  elle  avoit  les  yeux  fixés  en  terre.  Ce  n'é- 
toit  pas  la  première  fois  qu'un  fpeftacle  affreux  l'a- 
voit  obligé  à  détourner  la  vue  ;  elle  fe  conduifit  ainfi 
dans  Troie  quand  on  viola  Caffandre. 

Strabon  ,  dont  j'emprunte  tous  ces  faits  ,  les  ac- 
compagne d'une  réflexon  judicieufe ,  liv.  VI.  p.  182. 
fur  le  grand  nombre  d'images  delà  même  Minerve, 
qu'on prétendoit  queles  Troïens  avoient  confacrées 
depuis  leur  difperfion.  C'efl:  une  imprudence,  dit-ll , 
que  d'ofer  feindre ,  non-fbulcmcnt  qu'autrefois  un 
fimulacre baiffât  les  yeux  ,  mais  même  qu'on  peut 
aujourd'hui  montrer  un  tel  fimulacre.  C'efl  une  im- 
pudence encore  plus  grande  que  d'ofer  parler  d'un 
bon  nombre  de  tels  fimulacres  apportés  de  Troie.  On 
fe  vante  à  Rome  ,  continue-t-il ,  à  Lavinée  ,  à  Luce- 
ria  ,  à  Siris  ,  d'avoir  la  Minerve  des  Troïens  ,  &  l'on 
applique  à  divers  lieux  l'aétion  des  femmes  troïen- 
nes. 

2°.  Siris ,  fleuve  d'Italie  dans  la  Lucanie  ,  aujour- 
d'hui Sino ,  Senno  ou  Sirio.  Son  embouchure  efl  mar- 
quée du  golfe  de  Tarcnte  ,  près  la  ville  de  Siris ^qm. 
etoit  le  port  d'Héraclée.  Strabon  ,  liv.  VI.  p.  26'4  , 
dit  qu'elle  fctrouvoit  à  vingt-quatre  flades  de  cette 
dernière  ville  ,  à  trois  cens  trente  de  Thurium ,  6c  à 


SIR 

trois  cens  quarante  de  Tarente.  Au  refte  ,  les  géo- 
graphes ont  remarqué  que  Florus  ,  liv.  I.  ch.  xviij. 
a  confondu  la  rivière  Liris  avec  celle  à^Siris^  en 
parlant  du  combat  de  Pyrrhus  contre  le  conful  Lœ- 
vinus.  Il  dit  que  ce  combat  fe  donna ,  apudHcraclearn 
&  Campania  jluvium  Lirim  ,  au  lieu  de  dire  apud 
Jîcraclcarn  &  Lucanuz  faivium  Sirim.  i^D-  /•  ) 

SIIIITIS ,  ou  SIRENETIS  ,  (  Gco^^.  anc.  )  contrée 
d'Italie ,  dans  la  Lucanie.  Athénée ,  liv.  XIF.  dit 
qii'elle  prenoit  fon  nom  de  la  ville  de  Siris  ,  qui  y 
étoiî  iituée.  Voyci  SiRis.  {D.  J.) 

SiRiUS  ,  f.  m.  en  Afironomit  ,  ou  la  canicule  ,  efc 
une  étoile  de  la  première  grandeur  ,  très-brillante  , 
qui  eft  placée  dans  la  gueule  du  grand  chien  .  Voyt-^ 
Chien  &  Constellation. 

Les  Arabes  la  nomment  afchcre ,  les  Grecs  (rn^ioi; , 
&  les  Latins  canicula.  Foye^  Canicule  &  Ca- 
niculaire. (O) 

SIRMICH ,  ou  SIRMISCH  ,.{Géog,  mod.  )  en  latin 
SirmUnfis  comitatus  ,  contrée  du  royaume  de  Hon- 
grie. Elle  s'étend  au  midi  le  long  de  la  Save  ,  qui  la 
Icpare  de  la  Servie  &  de  la  Raicie.  Le  Danube  la 
borne  à  l'orient ,  le  comté  de  Valpon  au  nord,  & 
celui  de  Pofega  à  l'occident.  Les  Turcs  font  aujour- 
d'hui les  maîtres  de  cette  contrée. 

La  ville  de  Sirmich  ,  là  capitale  ,  en  latin  Sirmium , 
lui  a  donné  fon  nom.  Cette  ville  ,  appellée  par  ceux 
du  pays  Siràno  ou  Schremnia ,  eft  fituée  fur  la  rivière 
de  Boiweth,  proche  la  Save  ,  au  pié  du  mont  Arpa- 
reta  ,  à  quinze  milles  d'EiTek  au  midi.  Long.  j8.  6. 
ladi.  46.4. 

Elle  a  eu  un  évêché  fous  Colocza.  Il  s'y  eft  tenu 
deux  conciles  ,  l'un  en  3  5  i  ,  &  l'autre  en  537.  Cette 
ville  ,  alors  confidérable  ,  fut  ruinée  par  les  Huns 
vers  l'i'.n  460  ,  &  les  Turcs  ne  l'ont  pas  rétablie ,  en- 
forte  que  ce  n'elt  plus  aujourd'hui  qu'une  bourgade 
dépeuplée  ;  mais  elle  étoit  puifîanîe  &c  célèbre  fous 
les  empereurs  romains  ,  comme  on  peut  le  voir  en 
lifant  r^/m/c  SiRiMUM.  (Z>.  /,) 

SIRMIO  ,  (  Géog.  anc.  )  péninfiile  d'Italie  ,  dans 
la  Gaule  tranfpadane  ,  au  territoire  de  Vérone ,  dans 
le  lac  Benacus ,  du  côté  du  midi.  Cette  péninfule 
charmante  n'étoit  pas  la  patrie  de  Catulle  ,  qui  étoit 
né  à  Véronne  ,  comme  le  difent  Pline  ,  /.  XXXFI. 
c.  vj.  8c  Eufebe  ,  in  chronic.  mais  il  y  avoit  feulement 
une  maifon  de  campagne,  ou  une  agréable  retraite  ; 
au/îi  ne  l'appelle-t-il  pas  fa  patrie  ,  mais  fon  domai- 
ne,  &  il  s'en  dit  le  maître  ,  &  non  pas  le  nourriflbn. 
Voici  de  quelle  manière  il  en  parle ,  carm.  xxxij. 

P eninfularum  Sirmio  ,   infularumqiu 
Ocelle ,   quiifciimque  in  liquenùbiis  [îagnis 
Marique  vajto  fert  utcrque  Nepiunus. 
Quam  u  libcnicr ,  quarnque  Icetus  invifo. 

Et  un  peu  plus  bas  il  ajoute  : 

O  quid  foluiis  ejl  beatius  curls  ! 

Qjinm  mens  onus  reponit ,  ac  pengrino 

Labore  fejji  venimus  larcm.  ad  nofîruin  , 

Dejideratoqui  adqiàefcimus  leclo  ! 

Hoc  ejt ,  quod  unum  efl  pro  laboribus  tuntls. 

Salve  f  ô  venujla  Sirmio  ,  atque  hero  gaude. 

Que  ces  vers  font  doux  &  agréables  !  Quel  aima- 
ble poëte  que  Catulle  !  (Z>.  /.) 

SÎKMIUM  ,  (  Géog.  anc.  )'vllle  de  la  baffc-Pan- 
nonie,  fur  la  rive  gauche  de  la  Save  ,  dans  l'endroit 
où  cette  rivière  reçoit  ctlle  que  les  anciens  nonunent 
Bacuntius.  C'cd-^à  l'a  polition  ,  félon  Pline  ,  Uv.  111. 
di.  XXV.  iU.  Ptoloméc  ,  liv.  II.  ch,  xvj. 

C'étoit  une  très-grande  ville  ,  au  rapport  d'Héro- 
dien  ,  Uv.  Vil.  ch.  ij.  &  la  jnétropole  de  la  Panno- 
nic.  On  voit  dans  Gudius  ,/'«!,''.  /^ô".  une  ancienne 
infcription  ,  avec  ces  mots  :  natione  Pannonius  domu 
fiavui  Sirmio  ;  6c  on  lit  dans  la  notice  des  dignités 
Tor/i(i  X  y. 


S  I  R 


227 


de  l'empire,  fiavia  Àugufîa  Sirmium  ,  ce  qui  nous 
apprend  que  Sirmium  fat  redevable  de  quelques 
bienfaits  à  la  maifon  flavienne.  Peut-être  les  empe- 
reurs de  cette  maifon  y  envoyerent-ils  une  colonie; 
du  moins  M.  le  comte  de  Marlilly  rapporte  ,  dans 
{o:\  danube ,  une  infcription  ,  qui  jullifie  que  cette 
ville  étoit  une  colonie  romaine.  Dec.  col.  Sirmiens. 
Les  Huns  la  détruifirent  vers  l'an  460 ,  &  ce  n'cft 
plus  aujourd'hui  qu'un  bourg  de  l'Elclavonie  ,  nom- 
mé Sirmich. 

Mais  Sirmium  ,  dans  le  teras  de  fon  luftre  ,  a  été  la 
réfidence  ,  la  patrie  ,  ou  le  lieu  du  tombeau  de  plu- 
fieurs  empereurs  romains,  ce  qui  lui  valut  le  litre  de 
ville  impériale. 

Je  remarque  d'abord  que  c'eft  à  Sirmium  que  mou- 
rut Marc-Jurele,le  17  Mars  de  l'an  180  de  Jefiis- 
Chrift ,  à  l'âge  de  59  ans  ,  après  en  avoir  régné  ^19. 
•<  On  fent  en  foi-même  un  plaifir   fecret  loriqu'on 
»  parle  de  cet  empereur ,  dit  M.  de  Montefquieu.  On 
»  ne  peut  lire  fa  vie  fans  une  efpece  d'attendriffc- 
»  ment.  Tel  ell  l'effet  qu'elle  produit ,  qu'on  a  meil- 
»  leure  opinion  de  foi-même,  parce  qu'ona  meilleure 
»  opinion  des  hommes  ».  Il  iit  le  bonheur  de  fes  fu- 
jets  ,  &  l'on  vit  en  lui  l'accompliffement  de  cette  an- 
cienne maxime  de  Platon  ,  que  le  monde  feroit  heu- 
reux fi  les  philofophes  étoient  rois ,  ou  fi   les  rois 
étoient  philofophes.  Marc-Aurele  faifoit  profefTion 
ouverte  de  philofophie  ,  mais  de  la  plus  belle  ,  j'en- 
tends de  celle  des  Stoïciens  ,  dont  il  fuivoit  la  frûe 
&  la  morale.  Il  nous  refte  de  ce  prince  douze  livres 
de  réflexions  fur  fa  vie  ,  ouvrage  précieux  ,  dont 
Madame  Dacier  a  donné  une  traduction  de  grec  en- 
françois  ,  avec  des  remarques. 

L'empereur  Claude  finit  aufTi  fes  jours  à  Sirmium^ 
en  270  ,  à  56  ans  ,  d'une  maladie  peftilentielle  qui 
s'étoit  mife  dans  fon  armée ,  après  de  grandes  ba- 
tailles contre  les  Goths,  les  Scythes  &  les  Sarmatcs. 

Les  empereurs  nés  à  Sirmium  font  Aurélien  ,  Pro- 
bus  ,  Confiance  IL  ôc  Gratien.  Rappelions  briève- 
ment leur  caradere. 

Aurelianus  (  Lucius  Domitius  )  ,  l'un  des  plus 
grands  guerriers  de  l'antiquité  ,  étoit  d'une  nailïance 
obfcure,  &  parvint  à  l'empire  par  ia  valeur ,  après  la 
mort  de  Claude. Il  aimoit  le  travail ,  le  vin,  la  bonne- 
chere,  &  n'aimoit  pas  les  femmes.  Il  ^itob^èrver  ladif- 
cipline  avec  la  dernière  févérité  ;  &  quoique  d'un  ca- 
raftere  des  plus  fanguinaires,(a  libéralité  ,  &  le  fom 
qu'il  prit  de  maintenir  l'abondance  ,  firent  oublier  (on 
extrême  cruauté.  Il  battit  les  Perles ,  &  s'acquit  la  plus 
haute  réputation  par  la  conquête  des  états  delà  renie 
Zénobie.  Il  traita  les  Palimyréniens  avec  vuie  ri- 
gueur énorme  ,  foumit  l'Egypte  à  fon  obéiflance  ,  oC 
triompha  de  Tetricus  avec  une  pompe  extraordi- 
naire. Il  alloit  conduire  en  Thrace  fon  armée  contre 
les  Perles  ,  lorfqu'il  fut  tué  par  un  de  les  généraux  au 
mois  de  Janvier  175.  Il  porta  la  guerre  d'Orient  ea 
Occident ,  avec  la  même  facilite  que  nos  rois  font 
marcher  leurs  armées  d'Alface  en  Flandres.  On  la 
déitia  après  fa  mort ,  &  l'on  éleva  un  temple  en  foa 
honneur.  Il  fat  nommé  dans  une  médaille  le  reflau- 
rateur  de  l'empire  ,  orbis  rejlitutor.  C'cft  un  bonheur 
que  ce  prince  payen  ,  attaché  au  culte  du  loleil,  ne 
fe  (bit  pas  mis  dans  l'efprit  de  poriécuter  les  chrétiens, 
car  un  homme  fi  fanguinaire  n'en  eût  pas  laiflc  lub- 
11  lier  un  feul. 

Probus  (  Marcus  Aurelius  )  ,  parvint  de  bonne 
heure  aux  premières  dignités  militaires.  Gallicn  lui 
donna  le  commandement  de  rillyrie.  Tacite  y  joignit 
celui  de  l'Orient  ;  &  c'ert  là  qu'il  fut  nommé  par  les 
troupes  à  l'empire.  Il  vainquit  Floricn  ,  frère  de  Ta- 
cite ,  qui  avoit  été  fon  concurrent.  Enluite  il  rem- 
porta de  grandes  vidloires  fur  les  Vandales  ,  les  Gau- 
lois ,  les  Sarmatcs  6c  les  Goth^.  U  fe  préparoit  à  por- 
ter la  guerre  jufquc  dans  la  Perle  ,  lorfqu'il  tvit  tu^ 

h  t  ij 


2î8 


s  ï  s 


en  iSi  par  un  parti  de  foldats  fédkieux ,  qu'il  occu- 
poit  à  lies  ouvrages  publics  auprcs  de  Sirmium. 

Confiance  IL  (Flavius  Jvdius  Conftantius  )  ,  fécond 
fils  de  Conllantin  le  grand,  &  de  Faufte  ,  naquit  l'an 
3  17  de  Jefus-Chrilt,  (S:  hit  dcclarc  Cclar  en  31.1.. 
Après  le  décès  de  l'on  père ,  il  lit  mourir  fes  neveux 
£:  les  coufins.  Il  eut  prciquc  pendant  tous  le  cours 
de  Ion  rei;nc  qui  tiit  de  ij  ans  ,  une  gucrrcdélavau- 
tageule  à  loutenir  contre  les  Perfes  ,  au  milieu  de  la- 
quelle il  fe  défit  de  plufieurs  hommes  iiluih-cs  qui  le 
fervoient  avec  f.délité  ,  cntr'autres  de  Sylvain  ,  ca- 
pitaine habile  ,  qui  commandoit  dans  les  Gaules  ,  & 
de  Gallus  ,  qui  avoit  le  département  de  l'illrle.  Enfin 
Julien ,  frère  de  Gallu.s  ,  prit  le  titre  d'empereur  ,  6c 

cuitta  les  Gaules  pour  venger  cette  mort.  Confiance 
?       '        •.  »  ': j, *  1..:     i^..(V..,';i /;„■.^  <QP 


naux  qui  ait  acculé  Juhen  d'avoir  lait  empoifonner 
Conllance.  On  s'apperçoit  que  ce  pcre  de  l'églile 
charge  fans  preuves  la  mémoire  de  Julien  ,  tandis 
qu'irfait  de  Conilance  le  plus  grand  prince  qui  ait 
jamais  été  ,  &  même  un  laint. 

La  vérité  néanmoins  ell  que  Conilance  étoit  un 
très-petit  génie,  qui  d'ailleurs  commit  des  cruautés 
inouïes,  iffut  pareifeux  &  inappliqué  ;  vain  6c  avide 
de  louanges ,  fans  fe  foucicr  de  les  mériter  ;  maître 
fier  &  tyran  de  fes  fujets  ;  efclave  de  fes  eunuques  , 
qui  conferverent  toujours  l'afcendant  qu'ils  avoient 
pris  fur  l'on  entance  ,  &:  lui  firent  exercer  en  faveur 
de  l'hérélie  un  pouvoir  defpotique  fur  l'églife ,  fans 
qu'en  puiffe  dire  autre  choie  à  fa  décharge ,  fmon 
qu'il  agit  toujours  par  des  imprelTions  étrangères. 

Les  payens  même  ont  blâmé  fa  tyrannie  dans  les 
affaires  de  la  religion.  Voici  ce  qu'en  dit  Ammien. 
«  Par  bigoterie  il  m.it  le  trouble  &C  la  confufion  dans 
»  le  chrîllianifme  ,  dont  les  dogmes  font  fimples  _& 
»  précis.  Il  s'occupa  plus  à  les  examiner  avec  une  in- 
»  quiétude  fcrupuleufe  ,  qu'il  ne  travailla  férieufe- 
»  ment  à  rétablir  la  paix.  Dc-là  naquirent  une  infi- 
>>  nité  de  nouvelles  divifions ,  qu'il  eut  foin  de  fo- 
»  menter  &c  de  perpétuer  par  des  difputes  de  mots. 
»I1  ruina  les  voitures  publiques,  en  faifant  aller  & 
»  venir  des  troupes  d'évêques  pour  les  conciles  ,  où 
»  il  vouloit  dominer  fur  la  loi  ». 

Graticn  ,  fils  de  Valentinien  \.  naquit  en  359  ,  & 
n'étoit  âgé  que  àz  16  ans  Icrfqu'il  parvint  à  l'empire. 
Au  lieu  de  rétablir  l'ordre  ,  la  difcipline  &  les  finan- 
ces ,  il  donna  des  édits  contre  tous  les  hérétiques,  & 
aliéna  le  cœur  de  les  fujets.  Maxime  en  profita  pour 
débaucher  les  légions  ,  qui  le  nommèrent  empereur. 
Gratien  obligé  de  fuir ,  fut  aflaffiné  à  Lyon  par  An- 
dragatius  en  383  ,  à  l'âge  de  24  ans.  (  Le  chevalier 

DE  JaUCOURT.  ) 

SIROC  ou  SIROCO,  f.  m.  {Marine.)  nom  qu'on 
donne  fur  la  Méditerranée  au  vent  qui  eft  entre  l'o- 
rient &  le  midi.  C'eft  le  fud-efl  fur  l'Océan. 

SIRÏ  ,  LA  ,  (  Gcog.  mod.  )  rivière  de  Turqueftan. 
Elle  a  fa  fource  dans  les  montagnes  qui  féparent  les 
états  de  Contoufch  (Khan  des  Calmoucks)  de  la 
grande  Boucharie  ,  à  ^4.  40.  de  latitude  &c  iiC)S.de 
longitude.  Après  un  cours  d'environ  cent  lieues  d'Al- 
lemagne ,  elle  fe  dégorge  dans  le  lac  d'Arall ,  qui  eft 
fitué  fur  les  frontières  du  Turqucftan  ,  à  trois  jour- 
nées de  la  mer  Cafpienne.    (Z>.  J.  ) 

SIRVAN,  {Géogr.  mod.)  province  de  Perfe.  Foye^ 

SCHIRVAN. 

SiSACHTINlES ,  f.  f  pl.  {Jntlq  grecq.)  c'eft-à- 
dire  ,  la  dépolition  des  charges  ;  c'étoit  une  fête  en 
mémoire  d'une  loi  que  fit  Solon ,  qni  défendoit  de 
contraindre  par  violence  les  pauvres  à  payer  leurs 
dettes. 

SiSALLE.  Foyei  Grive. 

SISALO,  (  Géogr.  anc.)  ville   d'Efpagne  :  l'itiné- 


S  I  S 

raîrcd'Antoninla  marque  fur  la  route  d'Emeriîa  A  Sar- 
ragoce,en  prenant  par  la  Lufitanie.  Elle  ctoit  entre  Mi- 
robriga  &  Carcuvium,  à  trei/e  milles  de  la  première 
de  ces  places,  &  à  vingt  milles  de  Li  féconde.  Ce 
porrroit  être  la  ville  Silapone  de  Ptolom.ée  ,  félon  la 
Martiniere. 

SISAPONE,  (Gèog.  anc.)  ville  del'Efpagnetarra- 
gonoife  :  Ptoloméc ,  /.  //.  c.  vj.  la  donne  aux  Ore- 
tani ,  &  la  place  vers  les  confins  de  la  Bétlque.  Au 
lieu  de  Sijlipone  ,  Pline  ,  /.  XXXllL  c.  vij.  écrit  Si' 
Jlipo .,  6c  remarque  qu'il  y  avoit  dans  ce  lieu  des  mi- 
nes qui  fournilloient  un  excellent  vermillon  ;  mais 
il  met  Sirapo  dans  la  Bétique.  Le  P.  Hardouin  veut 
que  ce  loit  aujourd'hui  Almaden  ,  dans  l'Andaloulie, 
au-delfus  de  Seviilc ,  &  je  crois  fort  qu'il  a  railbn. 
Voyt:^  dans  le  recueil  de  Pacad.  de  Sciences ,  le  mém, 
de  M.  de  Juflieu/«/-  Us  mines  d^ Almaden.  (^D.  J.) 

SISAR,  {Géog.  anc.)  fleuve  de  la  Mauritanie-Cé- 
farienfe  ;  Ion  embouchure  eft  placée  par  Ptolomée, 
/.  IF.  c.  ij.  entre  les  villes  Chobat  &  Jarfath.  C'eft  le 
fleuve  [/far  de  Pline. 

SIS  ARUM,  f.  m.  {^ijl.  nat.  Botan.)  nom  que  les 
botaniftes  donnent  au  genre  de  plante  nommé  vul- 
gairement &  caradérifé  au  mot  Chervi.  Foye:^ 
Chervi. 

Tournefort  ne  compte  qu'une  feule  efpece  de  ce 
genre  de  plante  ;  lavoir  ,  \cjifarum  germanorum  ,  /. 
R.  H.  joc).  C.  B.  P.  153.  Boerh,  Ind.  ait.  J4.enan- 
glois  ,  t/ie  common  skirret. 

Cette  plante  croît  à  la  hauteur  d'environ  deux  ou 
trois  pies.  Ses  tiges  font  épaiffes ,  cannelées,  Se  cou- 
vertes de  feuilles  longues,  ailées,  compofées  de  qua- 
tre ou  cinq  lobes  pointus  &C  légèrement  crénelés  en 
burs  bords ,  &  oppofés  deux  à  deux.  Ses  fleurs  font 
en  parafol  ,  petites ,  odorantes ,  &  à  cinq  pétales 
blancs.  Sa  femence  approche  de  celle  du  perfil ,  mais 
elle  eft  plus  grolfe.  Sa  racine  eft  femblable  au  navet; 
longue  comme  la  main  ,  grofîe  comme  le  doigt, 
blanche  ,  d'un  goût  doux  ,  &  bonne  à  m?nger.  Nous 
apprenons  de  Pline  que  Tibère  en  faifoit  venir  d'Al- 
lemagne. On  cultive  lejifurum  dans  nos  jardins  où  il 
fleurit  au  mois  de  Juin.  On  en  recommande  la  raci- 
ne dans  du  pétillait  contre  les  maladies  de  la  poitrine. 
(£>.  /.) 

SISAURANUM,  (  Giog.  mod.  )  ville  de  Perfe  , 
à  deux  journées  de  Dara  ,  &  à  trois  milles  de  Rab- 
dion ,  fuivant  Procope  ,  qui  dit  que  Juftinien  ,  ou 
plutôt  Bélilaire  ,  la  prit  &  la  rafa. 

SISEK  ou  SISSEK  ,  {Géog.  mod.)  place  de  la  Croa- 
tie ,  fur  la  droite  de  la  Save  ,  au  confluent  de  cette 
rivière  avec  la  Kulpa.  Longitude  34.  JJ.  latitude  43. 
58. 
SISERRE  ;  voyei  Grive. 

SISGGW  ou  SïSGAW,  (  Gcog.  mod.  )  petit  pays 
de  Suilfe  ,  au  canton  de  Balle.  Liftel  en  eft  le  chef- 
lieu. 

SISIMITHRE,  ROCHER  de  ,  (Gèog.  anc.)  Sijimi-. 
thrx  petra ,  rocher  d'Alie  ,  dans  la  Badriane  ,  félon 
Strabon,  l.  XL  p.  Si  y.  Ce  rocher  avoit  quinze  fta- 
des  de  hauteur ,  c'eft-à-dire  ,  dix-huit  cens  foixante 
&  quinze  pas  ;  &  quatre-vingt  ftadesde  circuit,  c'eft- 
à-dire  ,  dix  mille  pas.  Le  haut  du  rocher  formoit  une 
plaine  de  terres  labourables  ,  capable  de  fournir  du 
grain  pour  la  nourriture  de  cinq  cens  perfonnes.  Ale- 
xandre s'étant  rendu  maître  de  ce  lieu  ,  y  trouva  la 
belle  Roxane ,  fille  d'Oxyartes  ,  &  l'époula ,  à  ce 
que  rapporte  Plutarque.  {D.  J.) 

SISIO  ou  SSIMA  ,  (  Géog.  mod.*)  petit  province 
de  la  grande  contrée  du  lud-eft  de  l'empire  du  Ja- 
pon. Le  pays  eft  fort  ftérile  ,  mais  la  mer  voifine  le 
fournit  abondamment  d'huitres  ,  de  coquillages ,  & 
autres  choies  femblables  ;  cette  province  n'a  que  trois 
diftrifts. 

SISO  ,  {Hijl,  nat.  Bot.)  plante  du  Japon ,  d'un  pic 


s  I  s 

de  liant ,  ^oi^t  ^^  racine  ell  trcs-Hôreufe ,  litige  bran- 
chue,  les  petits  rameaux  terminés  par  un  épi  de 
fleurs ,  l'es  teuilles  ovales  ,  pointues  ,  6c  difpoi'ces  en 
rond  autour  des  branches.  Cette  plante  feri  à  teindre 
la  Ibie  en  pourpre. 

SISSACH ,  (Gcog.  mod.)  petite  ville  de  SulfTe  ,  au 
canton  de  Bafle  ;  elle  eft  fituée  dans  une  plaine, entre 
les  monts  qu'on  nomme  le  haut  &:  le  bas  Haweltein, 
au  petit  pays  de  Sirgow ,  auquel  elle  communique 
fon  nom ,  quoique  Leiflel  en  Toit  regarde  comme  la 
capitale.  (  £>.  J.) 

SiSSONNE ,  PAS  DE  ,  terme  de  Danfe  ,  pour  ex- 
primer un  pas  ,  qui  s'exécute  de  la  manière  fui- 
vante. 

Ce  pas  renferme  deux  façons  différentes  de  fauter; 
favoir,  i°.  pher  pour  fauter  ,  &  retomber  i)!ié  ;  2*^. 
étant  pUé  fe  relever  en  fautant.  Ainfi ,  fi  l'on  veut 
faire  ce  pas  du  pié  droit ,  ayant  le  corps  pofé  fur  le 
pié  gauche ,  il  faut  plier  deifus  ;  &  alors  la  jambe 
droite  ,  qui  ell  en  l'air ,  s'ouvre  du  même  tcms  à  cô- 
té ;  mais  îorfqu'on  fe  relevé  en  fuitant ,  elle  fe  croife 
devant  la  gauche  à  la  troifîeme  pofition  en  tombant 
fur  les  deux  pies.  On  relie  plié  pour  fe  relever,  en 
fautant  du  même  tems  fur  le  pié  droit. 

ha  pas  de  /ijfonm  fe  fait  de  même  en  arrière  ,  ex- 
cepté qu'au  lieu  de  prendre  le  mouvement  de  der- 
rière pour  venir  en  avant ,  il  doit  fe  prendre  de  la 
jambe  de  devant  pour  la  paffer  derrière  en  tombant 
fur  les  deux  pies,  &  en  fe  relevant  fur  la  jambe  qui 
a  pafle  derrière. 

Il  y  en  a  un  autre  qui  fe  fait  à-peu-près  de  même  , 
excepté  qu'on  fe  relevé  au  premier  faut  fur  le  pié  de 
derrière ,  &  qu'en  fautant  on  plie  fur  le  pié  gauche, 
mais  on  retombe  fur  les  deux  pics.  Au  fécond  faut 
l'on  fe  relevé  fur  le  pié  gauche ,  &  le  pié  droit  relie 
en  l'air  pour  prendre  un  autre  pas  de  ce  pié. 

On  le  fait  aulii  en  tournant  ;  c'eft  la  même  m.a- 
niere  de  tomber  fur  les  deux  pies  &  de  fe  relever  fur 
un  pié  ;  il  n'y  a  que  le  contour  que  le  corps  fait  qui 
en  fait  le  changement,  parce  que  les  jambes  étant 
pour  fupporter  le  corps  ,  elles  le  fuivent  dans  tous 
ies  mouvemens. 

SISSOPOLI ,  (  Géog.  mod.  )  ville  de  la  Turquie 
européenne ,  dans  la  Romanie ,  fur  une  prefqu'île 
formée  par  la  mer  Noire  ,  à  40  lieues  au  nord-oueft 
de  Conltantinople.  Elle  a  le  titre  d'archiépifcopale  , 
ce  qui  ne  la  peuple  pas  davantage.  Long.  43.  ^4. 
latit.  42.  20.  (  Z>. /.  ) 

SISTER,  f.  m.  ÇMcfure  de  continence.')  mefure  pour 
les  grains  ,  dont  on  fe  fert  à  Berg-op-zoom  ;  foixante- 
tro'is  Jijiers  font  le  laft  de  blé  ,  &c  vingt-huit  celui  d'a- 
voine. 

SISTERON  ou  CISTERON ,  (  Géog.  mod.  )  ville 
de  France  ,  en  Provence ,  avec  évêché ,  baiUiage ,  & 
fénéchaufîée.  L'itinéraire  d'Antonin  la  nomme  Se- 
niflro ,  qu'on  a  depuis  changé  en  Segcfierlca ,  &  par 
une  nouvelle  corruption  enSiJlarica. 

Cette  ville  a  appartenu  long-tcms  aux  comtes  de 
Forcalquier ,  enfuite  aux  comtes  de  Provence  ,  & 
enfin  aux  rois  de  Fnmce,  qui  repréfentent  ces  der- 
niers comtes. 

Sifleron  ell  lîtué  fur  la  Durancc,  qu'on  y  palTe  fur 
lui  pont ,  à  20  lieues  d'Aix  ,  à  1 5  d'Embrun  ,  &  à 
146  de  Paris.  Elle  efl  défendue  par  une  citadelle  , 
qu'on  regarde  coiiime  le  boulevard  de  la  Province  , 
du  côté  des  Alpes.  Elle  a  droit ,  comme  chef  d'un 
b'iilliage  alTcz  étendu,  de  députer  aux  états,  &aux 
aiiemblées  des  communautés.  Il  y  a  un  gouverneur, 
un  lieutenant  de  roi ,  &  lui  major. 

Son  évêché,  établi  dans  le  vj,  fiecle  ,  efl  fuffragant 
d'Aix  ;  il  vaut  quinze  mille  livres, de  rente.  Son  dio- 
cele  contient  46  paroilles  en  Provence,  16  en  Dau- 
Tp\\'mé6cz  dans  le  comtat  Venaiffin.  Parmi  ces  pa- 
IfoilTcs,  celle  de  Forcalquier  fe  dit  co-cathcdrale  ,  &i. 


S  I  S 


9 


riin  chapitre,  long,  de  Slfieron^  ^3-3^.  latit.  44. 


S2. 


ALbiTzct ,  poeic  provençal ,  qui  floriflblt  fur  la  fîa 
du  xiij.  fiecle ,  étoit  né  à  Sijhron.  Il  aimoit  les  belles- 
lettres  ,  étoit  très-galant ,  &  choifit  pour  l'objet  de  fa 
palfion  la  marquile  de  Malefpinc ,  la  dame  la  plus 
accomplie  de  Provence  de  ce  tems-ià.  11  fît  à  fa  louan- 
ge plulieurs  pièces  de  poéfie  ,  qui  plurent  tant  à  cette 
dame ,  qu'elle  lui  en  marqua  fa  reconnoifîancc  par 
des  prcfens  de  chevaux  ,  de  bijoux  &  d'argent.  Ce-» 
pendant,  comme  elle  s'apperçat  que  les  afiidultcs 
àHALbcnet  faifoient  tort  à  la  réputation  ,  elle  le  pria 
de  fe  retirer.  Ce  poëte  obéit  avec  douleur,  &  fe 
rendit  à  Tarafcon  ;  mais  il  continua  dans  fa  retraite 
à  chanter  fa  belle  marquife.  Il  lui  envoya  entr'autres 
vers  un  ibnneî,en  forme  de  dialogue  entr'clle  &lui, 
qui  commence 

Déportas  vous  ami ,  d'aquifl  atnour  per  aras. 

Dans  une  autre  fiance ,  il  dit  : 

Mais  commofaray  yen  {diiyeji)  mas  amours  caraS 

My poder  dcfponar  d" aquzjl^ affcclion? 

Car  certes  y  eu  endury  en  eft  a  paffion , 

Per  vous  ingratament ^  moutasdoulours  amaras. 

Le  Monge  des  ihs  d'Or ,  nous  apprend  c^vCAlberteù 
mourut  d'amour  &  de  chagrin  ù  Tarafcon  ,  &  qu'en 
mourant ,  il  remit  fon  livre  de  poéfies  ,  intitulé  lou 
Petrachde  Venus  .^  à  Pierre  de  Valerme,  fon  intime 
ami ,  pour  en  faire  préfent  à  fa  cruelle  &  tron  aimée 
Laure.  Ce  perfide  ami ,  au  lieu  de  rempUr  les  inten- 
tions du  mort ,  vendit  l'ouvrage  à  le  Fevre  ,  poëte 
d'Ufez  ,  qui  eut  l'effronterie  de  le  publier  fous  fon 
nom  ;  mais  la  fourberie  fut  découverte  ,  &  le  cou- 
pable fubit  la  peine  du  fouet ,  établie  anciennement 
par  les  lois  des  empereurs ,  contre  les  plagiaires  de 
de  fon  ordre.  {D.  /.) 

SISTRE,  f  m.  {^infiq.  anc)  en  latin7zy?r«;;2;inftru- 
rnent  de  mufique  oui  étoit  employé  dans  les  cérémo- 
nies religieufes  des  Egyptiens  ,  &  principalement 
dans  les  fêtes  qui  fe  célébroient  lorfque  le  Nil  com- 
mençoit  à  croître.  Cet  inftrument  étoit  de  métal ,  à 
jour  &  à-pcli-près  de  la  figure  d'une  de  nos  raquettes. 
Ses  branches  percées  de  trous  à  égales  dill:ances,rece- 
vo^ient  trois  ou  quatre  petites  baguettes  mobiles  de 
même  métal ,  qui  paffoient  au-travers ,  &  qui  étant 
agitées,  rendoient  un  fon  aigu,  plus  propre  à  étour- 
dir qu'à  flatter  l'oreille. 

hç.  Jiftre  étoit  ovale,  fait  d'une  lame  de  métal  fon- 
nant,  dont  la  partie  fupérieure  étoit  ornée  de  trois 
figures  ;  favoir  de  celle  d'un  chat  à  face  humaine  , 
placée  dans  le  milieu  ;  de  la  tête  d'Ilis  du  côté  droit  ; 
&  de  celle  de  Nephtys  du  côté  gauche.  Pluficurs  ver- 
ges de  même  métal,  terminées  en  crocheta  leurs 
extrémités ,  &  paflées  par  des  trous,  dont  la  circon- 
férence de  l'inrtrument  étoit  percée  de  côté  6c  d'au- 
tre ,  en  traverfoient  le  plus  petit  diamètre.  L'infîru- 
ment  avoit  dans  fa  partie  inférieure ,  une  poignée  par 
laquelle  on  le  tenoit  à  la  main  ;  &  tout  Ion  jeu  con- 
niloit  dans  le  tintement  ou  le  fon  qu'il  rendoit  par  la 
percullion  des  verges  de  métal,  qui  à  chaque  fecoui- 
fe  qu'on  lui  donnoit,  letrappoient  à  droite  &  à  gau- 
che. 

Dans  nos  pierres  gravées ,  Ifis  eft  repréfentée  te- 
nant un  vafe  d'une  main ,  &  le  Jijlre  de  l'autre  ;  mais 
la  bibliothèque  de  Ste  Geneviève  de  Paris  conferve 
un  de  ces  inlirumens  tout  de  cuivre  :  c'ctoit  leur  ma- 
tière ordinaire,  ainfi  qu'on  l'apprend  d'Apulée  qui 
en  a  donné  la  defcripîion.  Jérôme  Bofuis  en  a  fait  un 
traité  exprès ,  intitulé  Ifiacus  dcfiflro.  En  elîét  les  prê- 
tres d'Ifis  furent  nommés  J/Jiriaci. 

L'ulage  du  Jîjlre  dans  les  myfteres  de  cette  déefTe  , 
étoit  comme  celui  de  la  cymbale  dans  ceux  de  Cybè- 
Ic ,  pour  faire  du  bruit  dans  les  temples  &  dans  les 


I^O 


s  I  s 


procefTions;  ces  j^/?rt-i  rcnJoient  un  fon  à-peu- près 
lemblablc  à  celui  des  calhi>;uctres.  Les  Hcbreux  le 
lervoient  aulfi  de  cet  inltrument  clans  leurs  rcjouillan- 
ces;  car  nous  lifons  au  /.  Rois^xviiJ.  G.  que  quand 
David  revint  de  rarmce  ,  après  avoir  tué  Goliath, 
les  t'cmmes  ibrtircnt  de  la  ville  en  chantant  &  en 
danfant  avec  des  tambours  <S£  cksjijlres.  (£>.  /.) 

SISYMBIIIUM,  {.  m.  (M/?,  nat.  Bot.)  genre  de 
plante  à  fleurs  en  croix ,  compol'ée  de  quatre  pétales. 
Le  pillil  Ibrt  du  calice  6c  devient  dans  la  fuite  un 
fruit  ou  une  lilique,  compolee  de  deux  hmes  appli- 
qiiées  ùirune  cloil'on  qui  la  diviie  en  deux  loges.  Elle 
renferme  des  l'emences  ordinairement  arrondies. 
Ajoutez  aux  caraftercs  de  ce  genre ,  le  port  des  efpe- 
ccs  qui  le  compolent.  Tournefort,  /.  R.  H.  Foyti 
Plante. 

Tournefort  compte  douze  efpeces  de  ce  genre  de 
plante;  entre  lefqucUes  nous  décrirons  la  plus  com- 
mune ,  fi  (y' m  h  ri  II  m  aqtiaticurn  .,foIùs  in  profundas  laci- 
n'ui.uûvijis  ,  fdiquà hrcviori ^  I.  R.  H.  226'.  Nousajou- 
terons  un  mot  de  Jifymbrium  annuel ,  à  feuilles  d'ab- 
fyntlie. 

La  racine  du  fifymbnum  aquatique  à  feuilles  laci- 
nécs  ,  eft  oblongue ,  grolfe  comme  le  petit  doigt  ; 
blanche,âcre,piquante&  bonne  à  manger.  Elle  pouffe 
des  tiges  à  la  hauteur  de  trois  ou  quatre  pies;  canne- 
lées ,creules  Se  quelquefois  rougeâtres.  Ses  feuilles 
font  oblongues, pointues, découpées  profondément, 
dentelées  en  leurs  bords ,  difpofées  alternativement 
le  long  des  tiges. 

Seslleurs  naiffent  aux  fommets  des  rameaux ,  fou- 
tenues  par  des  pédicules  longs  &  grêles  ,  compofées 
chacune  de  quatre  pétales ,  jaunes ,  dilpofées  en 
croix  &  à  fix  étamines.  Lorfque  ces  fleurs  font  paf- 
fées  ,  il  leur  fuccede  de  petites  fihques,  courtes ,  di- 
vifées  intérieurement  en  deux  loges  qui  renferment 
des  fcmcnces  menues  Se  prefque  rondes.  Cette  plan- 
te croît  dans  les  foliés  pleins  d'eau,  dans  les  rivières, 
aux  lieux  marécageux;  elle  fleurit  en  été,  &  paffe  pour 
apéritive. 

hc  Jifymbnum  à  feuilles  d'abfynthe,  a  la  racine  an- 
nuelle. Elle  pouffe  des  tiges  à  la  hauteur  d'environ 
deux  pies  ,  divifées  en  plulieurs  rameaux,  revêtues 
de  feuilles  nombreufes,  finement  découpées,  blan- 
châtres ,  d'un  goût  douçàtre  mêlé  d'une  légère  acri- 
monie. Ses  fleurs  naiffent  en  grand  nombre  aufom- 
met  des  branches ,  compofées  chacune  de  quatre  pé- 
tales difpofées  en  croix,  de  couleur  jaune-pâle.  11 
leur  fuccede  des  filiques  longuettes ,  grêles ,  remplies 
de  femences  menues ,  rondes  &  rougeâtres.  Cette 
plante  croit  fnr  les  vieux  murs,  aux  lieux  rudes,  in- 
cultes, pierreux  ,  fablonneux;  elle  fleurit  en  été.  Sa 
femence  efl  connue  des  herborifles  fous  le  nom  de 
thalitrou;  les  pauvres  gens  l'emploient  dans  quelque 
liquide  pour  arrêter  la  dyffenterie  &  le  dévoiement. 
{D.J.) 

SISYRINCHIUM ,  f.  m.  {Hifl.  nat.  Bot.)  genre  de 
plante  qui  ne  diffère  de  la  flambe  &  du  xiphion  ,  que 
par  fa  racine  qui  ell  compofée  de  deux  tubercules 
pôles  l'un  fur  l'autre  ,  comme  la  racine  du  glaïeul  & 
comme  celle  du  fafran.  Voye^  Flambe  &  Xiphion. 
Tournefort,  /.  R.  H.  Fqyc^ Plante. 

Des  trois  efpeces  de  ce  genre  de  plante  que  com- 
pte Tournefort,  nous  décrirons  la  principale ;7{/3'- 
rinchiurn  niajus ,  flore  lutcà  macula  notato ,  /.  R.  H. 
^65.  Cette  plante  reffcmble  à  l'iris  bulbeux;  elle 
pouffe  deux  ou  trois  feuilles  longues,  étroites,  ver- 
tes 6c  molles  ;  fa  tige  porte  au  fommet  quelques  fleurs 
femblables  à  celles  de  l'iris  ,  s'ouvrant  l'une  après 
l'autre,  de  couleur  bleue,  marquées  de  quelques  ta- 
ches jaunes,  &  d'une  odeur  affez  agréable.  Ces  fleurs 
font  de  courte  durée;  il  leur  fuccede  des  fruits  ob- 
longs  qui  contiennent  des  femences  arrondies  ,  pc- 
litÊi  &  rougeâtres i  fa  raciflc  cil  compofée  de  deux 


S  I  T 

tubercules  pofés  l'un  fur  l'autre  ;  elle  cff  bonne  i\  man- 
ger, d'un  goût  doux,  de  couleur  noire  en-dehors  & 
blanche  en-dedans.  Sij'yrinchium  efl  un  nom  formé 
des  deux  mots  grecs  o-C^ç,  cochon.,  &:  p^^cç,  rofîrum  ^ 
comme  qui  diroit  groin  de  cochon  ,  parce  que  les  co- 
chons poufîcnt  leur  groin  dans  la  terre  pour  y  cher- 
cher la  racine  de  cette  plante,  dont  ils  font  fort 
friands.  {D.  J.) 

SITACA  ou  SITACE,  {Géog.  anc.)  ville  de  la  Per- 
fide ,  à  1 5  llades  du  Tigre ,  6c  au  voifmage  du  mont 
Zagrus.  {d.  J.) 

SITALCAS ,  {Mytholog.)  dans  le  temple  de  Del- 
phes Apollon  avoit  plufieurs  ffatues ,  l'une  defquel- 
les  étoit  appellée  Apollon  fitalcas.  Elle  venoit  d'une 
amende  à  laquelle  les  Phocéens  avoient  été  condam- 
nés par  les  Amphidfyons  ,  pour  avoir  labouré  ua 
champ  conlàcré  au  dieu.  Cette  ffatue  étoit  haute  de 
35  coudées.  Paufanias  qui  fait  ce  récit,  ne  donne 
point  l'étymologie  du  mot  Jitalcas.  {D.  J.) 

SITE ,  f  m.  (^Pcint.)  c'eft  la  fituation  ,  TafTiette 
d'un  lieu.  Les  Italiens  difent//w,  dans  le  même  fens. 
Ces  deux  mots  viennent  originairement  du  mot  latia 
Juus. 

Site  s'entend  particulièrement  du  payfage  ;  il  y  a  " 
des  fites  de  plufieurs   genres  ,  bornés  ou  étendus  , 
montueux,  plats,  aquatiques,  cultivés  ou  incultes, 
habités  ou  deferts. 

Sites  infipides ,  ce  font  des  fîtes  dont  le  choix  efÎT 
trivial.  Claude  le  Lorrain  n'a  introduit  dans  fes  pay- 
fagcs  que  ài<i.^fitis  infipides  ;  mais  ce  défaut  eft  réparé 
par  la  grâce  du  colons,  &  par  la  beauté  de  l'exécu- 
tion. 

Les  fîtes  extraordinaires ,  font  ceux  qui  frappent 
l'imagination  par  la  beauté  &  la  nouveauté  de  leurs 
formes.  Il  faut  éviter  les  ftes  communs ,  ou  les  ren- 
dre agréables  ,  piquans  &  frappans. 

Les  fîtes  doivent  donc  être  d'un  beau  choix ,  bien 
liés  &:  bien  débrouillés  par  leurs  formes  ;  ils  doivent 
avoir  quelque  chofe  de  nouveau  &  de  piquant.  «  Le: 
»  moyen  de  les  diverfifier  à  l'infini ,  dit  M.  de  Piles  , 
»  eff  d'y  faire  furvenir  quelqu'un  de  ces  accidens 
»  qui  arrivent  fi  communément,  &  qui  répandent 
»  tant  de  variété  dans  la  nature  ;  par  exemple,  l'in- 
»  terpofition  de  quelques  nuages  qui  caufênt  de  l'in- 
»  terruption  dans  la  lumière ,  en  forte  qu'il  y  ait  des 
»  endroits  éclairés  fur  la  terre ,  &  des  ombres  qui  fe- 
»  Ion  le  mouvement  des  nuages  fe  fuccedent  les  uns:- 
»  aux  autres,  &  font  des  effets  merveilleux  ,  &  des 
»  changemens  de  clair-obfcur  qui  femblent  produire 
»  autant  de  nowv ç.-àwii.  fîtes  ».  L'exécution  &  le  colo- 
ris font  effentiels  en  ce  genre. 

Les  paylages  du  Poulîin  font  remarquables  par  l'a- 
grément, la  nouveauté,  la  richeffe  &  l'ingénieufe 
diverfité  des  fites.  Je  dis  Pingénieufe  diverfté ,  car  le 
fiti  dans  un  payfage  ,  doit  être  varié  des  divers  ob- 
jets que  la  nature  produit  de  fon  bon  gré ,  fans  art  & 
fans  culture  :  les  rochers ,  les  torrens  ,  les  montagnes , 
les  ruiffeaux,  les  forêts,  les  ciels  &  les  campagnes 
fertiles  ou  rufîiques,  font  les  chofes  qui  plaifent  le 
plus  dans  les  payfages.  (Z>.  /.) 

SITELLA  ,  f.  f.  (^Antiq.  rom.)  efpece  d'urne  defti- 
née  chez  les  Romains  ,  à  mettre  des  billets  ou  ballo- 
tes  ,  pour  les  élections  des  magiflrats  à  Rome.  On 
donnoitdeux  ballotes  à  ceux  qui  avoient  droit  de  fuf- 
frage  ;  l'une  marquée  de  deux  lettres  F.  R.  pour  l'ap- 
probation ;  &  l'autre  de  la  lettre  A.  pour  la  réjeftion  : 
on  jettoit  à  fa  volonté  dans  hftella  l'une  ou  l'autre 
de  ces  deux  ballotes.  {D.  J.) 

SITHNIDES,  (Mytholog.)  les  nymphes  fuhnides 
étoient  originaires  du  pays  de  Mégarc;  l'une  d'entre 
elles  eut  ime  fille  dont  Jupiter  devint  amoureux,  & 
de  ce  commerce  naquit  Mégarus  ,  fondateur  de  Mé- 
garc. Dans  cette  ville  étoit  im  magnifique  aqueduc, 
bâti  par  Théagcne  tyran  de  Mégarç.  Les  habitans 


«I 


s  I  T 

app.elloîent  l'eau  de  cette  fontaine,  f  eau  des  nymphes 
fuhmdcs.  (D.  J.) 

SiTHCXNlE  ,  (^Géog.  anc.)  Etienne  le  géographe 
appelle  aiafi  une  partie  de  laThrace.  Elle  tiroit  fon 
nom  de  Sithonius  roi  des  Odomantes.  Cette  contrée 
étoit  lituée  aii-deffus  du  golfe  Toyonakus ,  &  l'on  y 
comptoit  trois  villes  ;  favoir  Olyntho ,  Metiée  & 
Torone.  Hérodote,/^'/».  f^II.  c.  cxxlj.  dit  que  la  con- 
trée où  étoient  fituées  les  villes  grecques  Torona  , 
Galepfon,  Sermyla ,  Mécyberna  &  Olynthus ,  étolt 
appellée  de  ion  tems  Sithonia.  C'efl:  fans  doute  des 
reines  des  montagnes  de  cette  contrée  dont  parle 
Viraile  dans  ces  vers. 

Necfic  frigorlbus  medlls  Hcbrumque  lùbamus , 
Sithoniaf^//e  nïves  hlemisjubeunms  aqucfa. 
{D.  /.) 

SITHONIENS ,  LES ,  (Géog.  anc.)  Suhonii  ;  Héro- 
dote met  les  Sithoniens  liir  les  côtes  de  Macédoine  , 
dans  la  Paraxie  &:  la  Calcidiquc  ,  entre  le  golfe  Sin- 
gitique&  le  golfe  Toronaïque.  Etienne  de  l5izance& 
jPline  en  reconnoilfent  d'autres  à  l'extrémité  fepten- 
trionale  de  la  Thrace ,  fur  les  bords  du  Pont-Euxin  , 
le  long  de  la  rivière  Salmidi^jjus ,  entre  le  mont  JE- 
mus  &:  le  Danube,  Horace ,  odexviij.  L 1.  parle  de  ces 
derniers,  il  dit  d'eux  : 

Slthonils  non  levis  Evius 
Quùmfas  atque  nef  as  exiguo  fine  lïbidinum 
Difcernunt  avldi. 

«  Bacchus  nous  prouve  fon  irritation  contre  les 
»  Sithoniens  ;  car  plongés  dans  la  débauche,  ils  ne 
»  connoiffent  entre  le  bien  &  le  mal  d'autre  milieu 
»  que  leur  infatiable  cupidité  ».  On  fait  que  ces  peu- 
ples faifoient  volontiers  excès  de  vin  dans  leurs  fef- 
tins,  &  que  leurs  débauches  fe  terminoicnt  ordi- 
nairement par  des  querelles  &  par  des  meurtres. 
{D.  J.) 

SITIA  ou  SITTIA ,  {Géog.  mod.)  &  par  d'autres 
Setia  &  Setda  ;  province  de  l'île  de  Candie  du  côté 
de  l'occident,  dans  l'endroit  que  l'on  appelle  ijlhme. 
Cette  province  n'a  que  douze  milles  d'étendue ,  & 
pour  chef-lieu  une  ville  de  fon  nom  ,  fituée  au  nord 
fur  le  bord  de  la  mer.  Cette  ville  eft  bien  différente 
entre  les  mains  des  Turcs ,  de  ce  qu'elle  étoit  autre- 
fois lorfqu'on  l'appelloit  Cytceum.  Son  château  même 
a  été  détruit  par  les  Vénitiens  en  165 1.  Long.  ^^.  6. 
Ut.  ji.  7.  {D.  J.) 

SîTICINE,  f.  m.  (^Ant'tq.  rom.")  on  nommoity?«- 
cines  chez  les  P^omains ,  ceux  qui  jouoient  aux  en- 
terremens ,  de  la  trompette  fur  des  airs  trilles  &  lu- 
gubres. (D.  /.) 

SITIFIS  ,  {Géogr.  anc.)  ville  de  la  Mauritanie  cé- 
farienle  ,  &  enfulte  la  capitale  d'une  des  Maurita- 
nies ,  à  laquelle  elle  donna  Ion  nom.  C'étoit  une  ville 
confidérable ,  comme  on  le  voit  par  l'itinéraire  d'An- 
tonin  ,  où  elle  eft  nommée  Sitifi. 

Ce  fut  principalement  dans  le  moyen  âge  que  Siù- 
fis  acquit  de  la  célébrité  ,  &  qu'elle  donna  fon  nom  à 
la  Mauritanie  fitifenfe  ,  dont  elle  devint  la  métro- 
pole. Plufieurs  routes  y  aboutiflbient  comme  dans 
les  plus  grandes  villes.  On  compte  entr'autres  celles 
de  Carthage  ,  de  Lambaefa  ,  de  Lamasba  &  de  The- 
vefle.  Sitifis  cft  aujourd'hui  un  village  du  royaume 
d'Alger  dans  la  province  de  Bugie  ,  &  qui  eft  connu 
fous  le  nom  de  Stefe.  (  /?.  /.  ) 

SITOCOME  ,  f  m.  (Jniiq.  greq.)  magiftrat  chez 
les  Grecs ,  qui  avoit  une  infpedion  générale  fur  les 
blés ,  &  répondoit  ù-peu-près  à  l'édile  céréal  des 
Romains.  (  Z>.  7.  ) 

SITONES,  {.  m.  (^ntiq.  d'Atlihies!)  (r/T«m/ ,  c'eft 
ainli  qu'on  nommoit  les  officiers  chargés  des  provi- 
fions  de  blé  pour  la  confommation  de  la  ville  ;  &  afin 
qu'elle  fût  toujours  pourvue ,  le  tréforicr  général 


S  I  T  13Î 

avoît  ordre  de  leur  fournir  tout  l'argent  dont  ils  au- 
roient  befoin  pour  cet  approvifionnement.   Porter 
Archaol.  grœc.  L  I.  c.  xv.  t.  I.p.  Sj.  (D.  J.) 

SITOMAGUM  ou  SlTOMAGUS,  {Gcogr.  anc.) 
ville  de  la  grande  Bretagne  :  l'itinéraire  d'Antonin  la 
marque  fur  la  route  de  f^enta  Ic-norum  à  Londres 
entre  Venta  Icenorum  Sc  Cambraonium  ^  à  32  milles 
du  premier  de  ces  lieux  ,  &  à  21  milles  du  fécond. 
C'ert  aujourd'hui  Thetford  en  Nord-Folekshire.  Il 
paroit  que  c'ell:  la  même  que  la  table  de  Peutinger 
appelle  i'//zo/72^^tt//.'.  (Z>.  /.  ) 

SiTONS ,  LES ,  Snoms  ,  (  Gcogr.  anc.  )  Tacite , 
Gzrm.  c.  xliv.  &  xlv.  nomme  ainfi  l'un  des  trois  prin- 
cipaux peuples  qui  habitoient  la  Scandivanie.  Les 
Suons  ,  dit-il  ,  font  voifms  des  Suions  ;  &  quoique 
dans  tout  le  refte  ils  leur  foient  fcmbables ,  il  y  a 
pourtant  cette  différence  que  c'efl  une  femme  qui 
commande  chez  eux  ,  tant  ils  dégénèrent ,  non-fc-u- 
lement  de  la  liberté  ,  mais  encore  de  lafervitude.  Ils 
habitoient  au-delà  du  mont  Sévo ,  qui  les  féparolt 
des  Suions.  Ceux-ci  s'étendoient  à  l'orient ,  &  les 
Sitofis  étoient  bornés  à  l'occident  &  au  midi  par  l'O- 
céan.    ■ 

Les  anciens  n'ont  point  marque  diflinftement  en 
combien  de  peuples  fe  divifoit  la  nation  des  Sitons. 
Cependant  comme  Ptolomée  place  les  Chadini  dans 
la  partie  occidentale  de  la  Scandinavie  ,  on  ne  peut 
guère  le  difpenrer  de  les  mettre  au  nombre  des  Si-, 
tons.  Les  Bergii  de  Pline  peuvent  aulTi  être  compris 
fous  ce  nom  général ,  de  même  que  les  habitans  de 
rîle  de  Ncrigon. 

Dans  la  luite ,  le  nom  des  Sitons  fut  changé  en 
celui  de  Normands.^  qui  leur  fut  commun  avec  les 
Suions  ;  &  on  vint  twiiii  à  les  appeller  Norvégiens  , 
nom  fous  lefquels  ils  font  encore  connus  aujourd'hui. 
Ces  peuples,  dit  M.  d'Audifret ,  Anc.  Gcogr.  tome  /. 
vivoient  dans  un  grand  dérèglement  avant  que  No- 
rus  ,  fîls  d'HumbhiS  ,  roi  de  Suéde,  les  eût  fubjugués. 
Il  lei  ramena  par  la  douceur  &c  par  fon  adrcffe  ,  & 
leur  imprima  d'abord  la  crainte  des  dieux.  Il  leur  fît 
une  forte  de  religion  ;  &  afin  de  les  mieux  retenir 
dans  le  devoir ,  il  leur  prefcrivit  des  lois  ,  leur  ap- 
prenant par  des  inftruftions  &  par  des  exemples  à 
régler  leur  vie.  La  mort  de  ce  prince  fit  naître  plu- 
fieurs petits  royaumes  ,  dont  le  partage  caufa  de 
grands  différens  ;  de  forte  que  les  Sitons  lalfés  des 
guerres  civiles  abandonnèrent  leur  pays  ,  &  com- 
mencèrent à  courir  Les  mers  fous  le  nom  de  Norvé- 
giens. {D.  /,  ) 

SITOPHYLAX,  i.  m.  (Antiq.  greq.)  mot  grec  qui 
veut  dire  gardien  du  blé.  \^Q  fitophylax  étoit  le  nom 
d'un  magiftrat  chez  les  Athéniens  ,  qui  veilloit  à  ce 
que  chaque  particulier  n'eût  pas  plus  de  blé  qu'il  lui 
en  falloit  pour  fa  provifion.  Cette  provifion  étoit  ré- 
glée par  la  loi ,  &  \ç.sfitophylax  avoient  l'œil  à  l'ob- 
férvation  de  cette  loi.  Il  y  avoit  o^mnzQ  Jitophylax  , 
dix  pour  la  ville  &  cinq  pour  lo  plrée.  Voyc^^  lei'avant 
commentaire  de  Samuel  Petit  fur  les  lois  attiques  ,  /.  K, 
tit.Sy.  {D.J.) 

SITTACENE,  {Géog.  anc.  )  contrée  d'Afie  dans 
l'Affyrie.  Ptolomée,  /.  VI.  c.j.  la  place  près  de  la 
Suziane.  Strabon  dit  que  dans  la  fuite  on  lui  donna  le 
nom  ai  Apolloniatide.   (  D.  J.  ) 

SITTACENI,  {Géog.  anc.)  peuples  d'Afie  dans 
laSarmatie  afiatique.  Strabon,  /.  //.  p.  41.^.  les  met 
au  nombre  des  peuples  qui  habitoient  fur  le  bord  des 
Palus-Méotides.  (D.J.) 

SITTARD,  {Géog.  mod)  v'ill:  d'Allemagne  au 
duché  de  Juliers  ,  &C  aux  confins  de  celui  de  Lim- 
bourg.  Cette  petite  ville,  fitiiée  fur  unruifTeau  envi- 
ron à  une  lieue  de  la  Meufe  &  i\  fept  lieues  au  midi 
deRurcmonde  ,  fut  prelquc  toute  ruinée  en  1677,  &C 
elle  ne  s'eft  pas  rétablie  depuis.  {D.  J.) 

SITUATION  ,  ÉTAT  ,  (  Gram.  &  Synon.  )fitua- 


a?!  S  I  T 

rion  <lu   q-.iclque  chofo  d'accidentel  &  de  pafliij^er. 
£iat  dit  Guekiuc  choie  d'habituel  6c  de  permanent. 

On  fc  lert  alTez  communément  du  mot  àtjùuation 
pour  les  affaires ,  le  rang  ou  la  fortune  ,  &  de  celui 
■d'fVur  pour  la  l'anté. 

Le  mauvais  état  de  la  fanté  eft  un  prétexte  affevi 
ordinaire  dans  le  monde ,  pour  éviter  des  Juuaùons 
■embarralVantcs  ou  désagréables. 

La  vicilljtude  des  évcnemens  de  la  vie  fait  fouvent 
que  les  plus  fagesfe  trouvent  dans  de  \.n\}icsJituatlons  ; 
&  que  l'on  peut  être  réduit  dans  un  ttat  déplorable, 
après  avoir  long-tcms  vécu  dans  un  tw/:  brillant.  Gl- 
raid  Synonymes.   CD.  J.^ 

Situation  ,  f.  f.  en  Gcomètrle&en  Jlgcbre  ,  figni- 
■jfie  la  pofitlon  refpeétivc  des  lignes  ,  furfaces ,  &c. 

M.  Lcibnit/.  parle  dans  les  ades  de  Leiplic  d'une 
efpcce  particulière  d'analyfe  ,  qu'il  appelle  analyfc 
Jejîtuation  ,  fur  laquelle  on  jx)urroit  établir  une  forte 
•de  calcul. 

Il  eft  certain  que  ranalyfe  de  Jimation  eft  une 
chofe  qui  manque  à  l'algèbre  ordinaire.  Ceft  le  dé- 
faut de  cette  analyfe  ,  qui  fait  qu'un  problème  pa- 
roit  louvent  avoir  plus  de  folutions  qu'il  n'en  doit 
avoir  dans  les  circonftances  limitées  où  on  le  confi- 
tlere.  Par  exemple ,  qu'on  propofe  de  mener  par  l'an- 
c|e  C  ,jig.  12.  J/g.  d'un  quarré  A  B  C  D  une  ligne 
rCG  ,  qui  foit  terminée  par  les  côtés  A  D  6c  A  B 
prolongés ,  &  qui  foit  égale  à  une  li^ne  donnée 
L  M.  il  eft  certain  que  ce  problème  ainfi  propofé 
n'a  que  doux  folutions ,  &:  qu'on  ne  peut  mener  par 
le  point  Cplus  de  deux  lignes  E  CJ^jC?  6 -Fquifatif- 
faffent  à  la  quertion.  Cependant  fi  on  réduit  ce  pro- 
blème en  équation  en  prenant  A  G  pour  inconnue , 
on  trouvera  qu'il  monte  au  quatrième  degré.  Foye^ 
V application  dt  l' Algèbre  à  la  Géométrie  de  M.  Guil- 
née,  &  le  neuvième  /ivre  defecîions  coniques  de  M.  de 
l'Hôpital ,  d'où  il  s'enfuit  que  le  problème  a  quatre 
folutions  ;  ôc  il  en  a  quatre  en  effet,  parce  qu'on  peut 
faire  paffer  par  le  point  C  deux  hgnes  CO  ,  CXI,  ^ont 
"les parties  O  P  ,  (l  R  ,  terminées  par  les  côtés  AD 
&i  A  B  Ç  prolongées  ou  non  )  foient  égales  à  la  ligne 
donnée  L  M  ;  ce  qui  différentie  les  lignes  O  P  &c 
Q  R  d'avec  les  lignes  G  f,  E  H  ;  c'eft  que  les  extré- 
mités de  ces  deux-ci  fe  trouvent  fur  les  côtés  A  D 
&C  A  B  prolongés  vers  H  &  vers  F,  au-lieu  que  O  P  a 
une  de  fes  extrémités  fur  A  D  non-prolongé ,  &c  l'au- 
tre fin-  A  B  prolongé  vers  O  ;  &  de  même  Q^R  a  l'une 
de  fes  extrémités  liir  A  B  non-prolongée  ,  &:  l'autre 
fur  A  D  prolongée  vers  Q.  Le  calcul  algébrique  ne 
peut  exprimer  autre  chofe  que  la  condition  que  les 
extrémités  G,F,E,  H,  foient  fur  A  D  6l  A  B  pro- 
longées ou  non  ;  6c  voilà  pourquoi  le  calcul  donne 
quatre  folutions  du  problème.  Il  eft  vrai  que  cette 
abondance  de  l'algèbre  qui  donne  ce  qu'on  ne  lui 
demande  pas  ,  clt  admirable  &  avantageule  à  plu- 
fieurs  égards  ,  mais  auffi  elle  fait  fouvent  qu'un  pro- 
blème qui  n'a  réellement  qu'une  folution  en  prenant 
fon  énoncé  à  la  rigueur ,  fe  trouve  renfermé  dans 
Une  équation  de  plufieurs  dimcnfions  ,  &  par-là  ne 
peut  en  quelque  manière  être  réfolu.  Il  feroit  à  fou- 
halter  que  l'on  trouvât  moyen  de  faire  entrer  la  fi- 
iuaticn  dans  le  calcul  des  problèmes  :  cela  les  fimpli- 
fîeroit  extrêmement  pour  la  plupart  ;  m.ais  l'état  & 
la  nature  de  l'analyfe  algébrique  ne  paroiffent  pas  le 
pcrm.ettrc.  Voye^  fur  cela  mon  traité  de  dynamique, 
Juon.de  édition, article  lyG ;  vqytr^aulîi  farticleEQVA- 
TION  vers  la  fin. 

Dans  le  tome  VIII.  des  Mémoires  de  t  académie  de 
Pet.Tsbourg  ,  on  trouve  un  mérnoin  de  M.  Euler ,  qui 
a  pour  titre  ,  Soluiio  problematis  ad  Geometriamfiius 
peninentis ,  c'eft-à-dire  folution  d'un  problème  qui  a 
rapport  à  la  Géométrie  des  ftluations.  Mais  on  ne  voit 
dans  ce  mémoire  rien  qui  ait  rapport  à  l'analyfe  de 
Jiiuation  dont  nous  parlons  ^  il  s'agit  feulement  de  fa- 


S  I  T 

%'t)*ir  par  quel  chemin  on  doit  paffer  pour  travérfet 
des  ponts  difpofés  fur  une  rivière  qui  ferpente  ,  8i 
les  traverfer  de  manière  qu'on  ne  paffe  j«imais  deuTi 
fois  fur  le  même.  (  O) 

Situation  ,  (^Pocjie  dramatique.  )  (ituatibn  en  fait 
de  tragédie  ,  dit  l'abbé  Nadal ,  eft  fouvent  un  état  in- 
térelTant  ôc  douloureux  ;  c'eft  une  contradidHon  de 
mouvemens  qui  s'élèvent  toui-à-la-fois  ,  &  qui  fc  ba- 
lancent ;  c'eit  une  iudécifion  en  nous  de  nos  propres 
fentimens  ,  dont  le  fpedateur  eft  plus  inftruit ,  pouf 
ainfi  dire  ,  que  nous-mêmes  fur  ce  qu'il  y  a  à  con- 
clure de  nos  mœurs  >  li  elles  font  frappées  comme 
elles  doivent  l'être. 

Au  milieu  de  toutes  les  confédérations  qui  nous 
divifent  &  qui  nous  déchirent ,  nous  femblons  céder 
à  des  intérêts  où  nous  inclinons  le  moins  ,  notre  ver- 
tu ne  nous  affùre  jamais  plus  que  lorfque  notre  foi- 
bleffe  gagne  de  fon  côté  plus  de  terrcin  :  c'eft  alors 
que  le  poète  qui  tient  dans  fa  main  le  fecret  de  nos 
démarches  ,  eft  fixé  par  fes  règles  fur  le  parti  qu'il 
doit  nous  faire  prendre ,  &  tranche  d'après  elle  fur 
notre  deftinée. 

C'eft  dans  le  Cid  qu'il  faut  chercher  le  modèle 
àcsjituations.  Rodrigue  eft  entre  fon  honneur  &fon 
amour,  Chimene  eft  entre  le  meurtrier  de  fon  père 
&  fon  amant  ;  elle  eft  entre  des  devoirs  facrés  & 
une  paffion  violente  ;  c'eft  de-là  que  nai/Tent  des  agi- 
tations plus  intéreffantes  les  unes  que  les  autres  ; 
c'eft  là  où  s'épuifent  tous  les  fentimens  du  cœur  hu- 
main ,  &  toutes  les  oppofitions  que  forment  deux 
mobiles  auiTi  puifl'ans  que  l'honneur  &  l'amour. 

Lajituation  de  Cornelie  entre  les  cendres  de  Pom- 
pée &  la  préfence  de  Céiar ,  entre  la  haine  pour  ce 
grand  rival  &  l'hommage  refpeclueux  qu'il  rend  à  la 
vertu  ;  les  reflentimens  en  elle  d'une  ennemie  im- 
placable fans  que  fa  douleur  prenne  rien  fur  fon  efti- 
me  pour  Céfar  ;  tout  cela  forme  de  chaque  fcene  où 
ils  le  montrent  enfemble  une  fititation  différente. 
Dans  de  pareilles  circonftances,  leur  filence  même 
feroit  éloquent  oC  leur  entrevue  une  poéfie  fublime, 
mais  les  prcfentcr  vis-à-vis  l'un  de  l'aurre ,  c'eft  pouf 
Cornelie  avoir  déjà  fait  les  beaux  vers  ,  &  ces  tira- 
des magnifiques  qui  mettent  les  vertus  romaines  dans 
leur  plus  grand  jour. 

Il  eft  ailé  de  ne  pas  confondre  les  coups  de  théâtre 
&  hsjiîuations  :  l'un  eft  paffager ,  &,  à  le  bien  pren- 
dre ,  n'eft  point  une  partie  eflentielle  de  la  tragédie, 
puifqu'il  feroit  facile  d'y  fuppléer  ;  mais  lifituation 
fort  du  fein  du  fujet  ôi  de  l'enchaînement  de  quel- 
ques incidens  ,  &  par  conféquent  s'y  trouve  beau- 
coup plus  liée  à  l'adion,  {D.  J.) 

Situation,  f.  f  (Architecî.)  efpace  de  terrein 
propre  à  y  élever  un  bâtiment ,  ou  pour  planter  ua 
jardin.  Il  eft  d'autant  plus  avantageux  que  le  fonds 
en  eft  bon  ,  l'expofuion  heureufe  <k  les  vues  belles  ; 
c'eft  ce  qu'on  nomme  vulgairement  ajjiette.  (Z).  /.) 

Situation  du  terrein  ,  (^Jardin.  )  eft  la  chofe 
la  plus  effentielle  pour  planter  un  jardin.  Si  le  choix 
n'eft  pas  heureux  ,  les  arbres  mourront  en  peu  de 
tems.  Quoiqu'il  y  ait  cependant  des  moyens  pour 
améliorer  les  mauvaifes  terres ,  ils  font  de  grande  dé- 
penie  ,  fouvent  même  il  arrive  que  malgré  les  aman- 
demens ,  les  arbres  ayant  atteint  le  fond  naturel  de  la 
terre ,  y  périffent. 

Cinq  conditions  font  néceffaires  à  une  bonneyZf//^- 
tion  ;  une  expofition  laine ,  un  bon  terroir  ,  l'eau  ,  la 
vue  d'un  beau  pays  ,  &  la  commodité  du  lieu. 

Une  expofition  faine  eft  celle  d'un  heu  qui  n'eft 
pas  trop  élevé ,  crainte  des  vents ,  ni  trop  bas ,  à  caufe 
des  marécages  ;  il  faut  lademi-côteoula  plaine.  Dans 
une  terre  humide  ,  la  mi-côte  eft  meilleure  ;  dans  une 
terre  légère,  la  plaine  eft  préférable  &  de  moindre 
entretien. 

Un  bon  terroir  fignifie  une  terre  fertile  &  abondante  : 

fans 


s  I  u 

lans  cette  condition  il  cil  inutile  de  planter  un  jardin, 
Voyii  Terroir. 

L'eau,  oui  cfl  latroifîemc  condition  ,  eft  une  des 
plus  eirentielles  :  les  hubitans  d'un  pays  ,  s'ils  paroil- 
fent  fains,  vous  font  juger  de  la  bouté  de  l'eau  ;  & 
en  y  i'ailant  cuire  des  légumes  ,  vous  connoîtrez  ia 
qualité.  Sans  Ton  lecours  les  vé>gétaux  périroient  dans 
[es  crandes  chaleurs  ;  il  n'en  faut  pas  cependant  une 
fi  arande  quantité ,  parce  qu'elle  rendroit  le  lieu  aqua- 
tique &  mal-lain. 

La  vue  d'un  beau  pays,  quoique  moins  néceffaire 
que  les  précédentes  conditions  ,  eft  du  goût  de  tout 
le  monde  ;  &  la  commodité  du  lieu  ne  l'eit  pas  moins , 
par  l'utilité  qu'on  en  peut  retirer. 

SÏÏZISTAN ,  (  Gîogr.  mod.  )  petite  province  de 
Perfe  ,  entre  celle  de  Makeran  &  de  Sablelîan.  Ses 
principaux  lieux  font  Sit7J.Jlan. ,  Fardan ,  Chaluck, 
Mafurgian  &  Mafnich. 

SITZU,  {Géog.  moi!)  une  des  cinq  provinces  im- 
péi;iales  du  Japon  ,  dans  l'île  de  Nipon.  Ceft  le  pays 
le  plus  avancé  vers  l'oucfl ,  &  fur  un  grand  golfe.  Les 
parties  méridionales  font  fort  chaudes  ,  mais  celles 
du  nord  font  plus  froides  &  plus  abondantes  en  ce 
qu'ils  appellent  gahAf  ^  c'eft-à-dire  ,  bli ,  rii ,  orge.  & 
fèves.  On  y  trouve  aufll  du  poiffon  &  du  fel  ;  &  à 
tout  prendre  ,  c'eil  un  fort  bon  pays.  Il  eft  divifé  en 
treize  diftrifts. 

SIVADIERE  ,  f  f.  {Mcfurefeche.)  mefure  de  grains 
en  ufage  en  Provence,  &  particulièrement  à  Mar- 
feille.  Les  \vd\\.Jivadieres  font  une  hémine  du  pays.  La 
fivadure  de  ble  doit  pefer  un  peu  plus  de  neuf  livres 
poids  de  Marfcille ,  qui  font  fept  livres  un  peu  fortes 
poids  de  marc.  Savary.  (  Z).  /.  ) 

SIVAN  ,  f.  m.  {^Hift.judaïq.  )  neuvième  mois  de 
l'année  civile  des  Hébreux  ,  &  le  troifieme  de  l'année 
ecclcfiaftique.  U  a  trente  jours  ,  .&  répond  à  la  lune 
de  Mai. 

C'étoitle  fix  de  ce  mois  que  tomboit  la  Pentecôte, 
ou  le  cinquantième  jour  après  la  Pâque.  Foye^  Pen- 
tecôte. 

Le  17  étoit  fête  pour  la  prife  de  Cœfarée  par  les 
Afmonéens,  qui  enchafferent  les  payens&  y  établi- 
rent des  juifs. 

Le  23  ,  jeûne  en  mémoire  de  la  défenfe  faite  par 
Jéroboam  ,  fils  de  Nabat ,  à  fes  fujets ,  de  porter  leurs 
prémices  à  Jérufalem. 

Les  juifs  modernes  jeûnent  encore  ou  fêtent  d'au- 
tres jours  ,  en  mémoire  de  quelques  événemens  fort 
fufpefts  ,  qui  ne  font  atteftés  que  par  les  livres  de 
leurs  rabbins.  Cahndr.  des  Juifs  à  La  tête  du  Diclïonn. 
de  la  Bible ,  par  dom  Calmet. 

SIVAS  ,  (  Géog.  mod.  )  ville  ruinée  de  la  Turquie 
afiatique  ,  dans  l'Anatolie  ,  à  deux  journées  au  midi 
de  Tocat,  Elle  étoit  le  chef-lieu  d'un  gouvernement, 
&  la  réfidence  d'un  bâcha ,  avant  que  Tamerlan  eût 
fait  rafer  cette  ville  lorfqu'il  s'en  empara.  Long,  llii- 
vant  les  tables  arabiques  ^/i-S^'  Ictt-jeptintr.  j  o.  j  o. 
(i)./.) 

SiUM ,  f.  m.  (  U'ifl.  nat.  Botan.')  De  ce  genre  de 
plante  ,  dans  lequel  Tournefort  compte  huit  cfpeces, 
nous  décrirons  celle  des  boutiques  .^jiurn  afomaticum 
quodfifoti  ofjicinarum  ,  /.  R.  H.  ^08.  Cette  plante  a 
d'ordinaire  la  racine  fimple  ,  blanche,  ligneufe  ,  foi- 
l)lement  enfoncée  en  terre  ,  &  d'un  goût  de  panais  , 
un  peu  aromatique.  Elle  poufle  une  ou  plufieurs  ti- 
ges hautes  d'environ  deux  pies  ,  rondes ,  moëlleufes, 
lifles ,  glabres  ,  noueufes  &  rameufes.  Ses  feuilles  font 
ailées  comme  celles  du  panais,  rangées  alternative- 
ment le  long  de  la  tige ,  du  refte  iémblables  à  celles 
du  chervl ,  tendres,  oblongues  ,  crénelées  fur  leurs 
bords  ,  quelquefois  découpées.  Ses  fleurs  naiflent  An- 
des ombelles ,  aux  fommets  de  la  tige  6c  des  rameaux; 
petites  ,  compoiées  chacune  de  cinq  pétales  ,  blan- 
ches ,  taillées  en  cœur,  &  difpofces  en  rofc  i  il  leur 
Tome  XK, 


S  I  V 


^33 


fiîccede  des  femenccs  jointes  deux  à  deux ,  menues  * 
arrondies  ,  cannelées  fur  le  dos  ,  applaties  de  l'autre 
côté  ,  brunes  ,  d'un  goût  un  peu  acre  &  aromatique. 
Cette  plante  vient  aux  lieux  humides,  le  long  des 
haies  &  des  foffés.  Elle  fleurit  en  été  ,  &  fes  graines 
mûriffent  au  commencement  d'Août  ;  mais  on  ne  fait 
cas  que  de  celles  du  Levant ,  parce  qu'elles  ont  l'o- 
deur du  véritable  amomum ,  &  qu'elles  abondent 
dans  ce  pays-là  en  une  huile  effentielle  aromatique  , 
qu'en  en  peut  tirer  par  la  dillillation.  (D.  J.) 

SIVRAY,  ou  CIVRAt,  (  Géog.mcd.)  vilie  de 
France  dans  le  Poitou  ,  fur  la  Charente  ,  à  10  lieues 
au  midi  de  Poitiers ,  fur  la  route  d'Angoulême.  Elle 
a. une  fénéchauflee  ,  &  efl:  chef-lieu  d'un  comté  qui 
eft  un  domaine  de  la  couronne.  Les  Proteftans  fai- 
foient  autrefois  fleurir  cette  ville ,  dans  laquelle  ils 
avoient  un  temclc.  Long.  ty.SS.latU.  ^G.  la.  (D.  /.) 
SiUTO ,  f.  m.  (  Hij^.  mod.  rdlg.  &  philof.  )  c'eft  le 
nom  fous  lequel  on  défigne  au  Japon  unefecfe  de  phi- 
lofophes  qui  font  prof^fïion  de  ne  fuivre  aucune  des 
religions  admifes  dans  cet  empire.  Ces  philofophes 
font  confifter  la  perfedion  &  le  fouverain  bien  dans 
une  vie  fage  &  verîueufe.  Ils  ne  reconnoifTent  point 
un  état  futur  ,  &  prétendent  que  les  bonnes  aftioni 
&  les  crimes  n'ont  point  hors  de  ce  monde  de  récom-- 
penfes  ou  de  punitions  à  attendre.  L'homme  ,  fcloir 
eu?:  étant  doué  de  la  raifon ,  doit  vivre  conformément 
aux  lumières  qu'il  a  reçues  ,  &  par  conféquent  il  cft: 
oblige  de  vivre  fagement.  Les /"/./oi^^ej  rejettent  les 
chiiiieres  de  la  métempfycofe  ,  &  toutes  les  divinités 
ridicules  des  religions  du  ftntos  &  de  fiaka.  Voye^  Six-- 
Tos  &  SiAKA.  Ils  croient  que  nos  âmes  ,  ifTues  d'un 
efprit  univerfel  qui  anime  toute  la  nature ,  après  avoir 
été  féparées  du  corps  ,  retournent  dans  le  fein  de  ccî 
m.cmc  efprit ,  de  même  crue  les  fleuves  après  avoir 
ter;niné  leurs  cours  ,  rentrent  dans  la  mer  d'où  ils  ti- 
roient  leur  origine.  Tien  ,  c'eft-à-dire  le  cïd .,  eft  le 
nom  qu'ils  donnent  à  cet  efprit ,  qui  eft  la  feule  divi- 
nité qu'il  admettent  ;  d'où  l'on  voit  que  les  Jiiuoijles 
ouï  les  mêmes  idées  fur  la  divinité  que  les  lettrés  chi- 
nois, c'eft-à-dire  ,  ce  font  de  vrais  théïftes  ;  car  quoi-» 
que  le  mot  tkn  fignifîe  le  ciel,  il  ne  faut  point  croire 
que  ce  foit  au  ciel  matériel  &  vifible  que  ces  ohilofo- 
phes  adreffent  leurs  vœux ,  mais  à  l'Etre  fuprème  , 
créateur  du  ciel  6i  de  la  terre,  ^^oye^  Tien.  Cepen-» 
dant  on  affure  que  quelques-uns  d'entr'eux  admettent 
un  être  intellediuel  &  incorporel  qui  gouverne  la  na- 
ture ,  mais  qu'ils  diftinguent  de  Ion  auteur  ,  &  qu'ils 
regardent  comme  étant  lui-même  une  produdion  de 
la  nature.  Selon  eux  cet  être  a  été  engendré  par  ^n  &C 
Jo  ;  deux  puifiances  diacrentes ,  dont  l'une  elî  aclive, 
6c  l'autre  pafîive  ;  l'une  eft  le  principe  de  la  généra^- 
tlon,  &  l'autre  de  la  corruption.  Lçsjiurcïflcs  croient 
le  monde  éternel,  mais  que  les  hommes,  les  animaux, 
le  ciel  &  tous  les  élémens  ont  été  produits  par  In  6c 
Jo.  Ces  philofophes  n'ont  aucun  temple  ,  ni  aucune 
forme  de  culte  ;  ainfi  que  les  lettrés  chinois  ,  ils  font 
des  cérémonies  en  mémoire  de  leurs  ancêtres  ,  lûr 
les  tombeaux  defquels  ils  offrent  du  riz  &  des  vian- 
des ;  ils  allument  des  cierges  devant  leurs  images  ,  6c 
donnent  des  repas  Ibmptueux  en  leur  honneur.  Ils 
regardent  le  fuicide  non-feulenient  comme  permis  , 
mais  même  comme  honorable. 

Les  /ni  toïfhs  ont,  ainfi  que  les  lettres  de  h  Chine, 
une  profonde  vénération  pour  la  mémoire  &  les  écrits 
de  Confucius  ,  6c  particulièrement  pour  un  de  i'cs  li- 
vres intituléy?//io,  c'eft  à-dire  voie philoj'ophicju:.,  d'oii 
l'on  voit  que  leur  fefte  a  tiré  fôn  nom  ;  elle  étoit  au- 
trefois très-nombrcufc  au  Japon  ,  6c  avoir  beaucou^> 
de  partifims  pai'mi  les  perfonnes  lavantes  &  éclairées, 
qui  s'étotcnt  détrompées  des  fiipcrftitions&:  des  re- 
ligions abfûrdes  du  pays.  Mais  ces  philofophes  curent 
à  ciVuyer  de  la  part  des  bon/cs  ou  des  moines  ,  des 
calomnies  &  4cs  perlccutions  qui  les  obligèrent  d« 

G  s 


2.'%4  s   î    X 

fe  conformer ,  du-moins  extérieurement,  ii l'idolâtrie 
du  Japon.  I.e  plus  grand  crime  qu'on  leur  imputa  , 
ctoit  de  tavoriler  le  Chriftianiiine  ,  accusation  la  plus 
terrible  dont  on  puillc  charger  quelqu'un  dans  l'em- 
pire japonois. 

SINVA  ,{Mythol.)  divinité  des  anciens  Germams 
que  l'on  croit  être  leur  Pomone.  On  la  repréientoit 
toute  nue ,  avec  de  longs  cheveux  qui  lui  delcendoicnt 
par  derrière  julqu'au  ^^^ilicu  des  jambes;  elle  tenoit 
d'une  main  une  grappe  de  railin ,  &:  de  l'autre  une 
crofle  pomme.  royc^Grofl^r  dans  Ion  /»/.  Urine  de  lu 
liijace  ;  Schoedlus  ,  de  dits  Germanorum  ;  &  dom  Ber- 
nard Montfaucon  ,  tome  IL  de  fon  antiquité  expliquée 

purfi'^urcs.  {D.  J.)  r'  J      1 

SIX  ,  {Arithmét.  )  nombre  pair  compote  de  deux 
&  de  quatre  ,  ou  de  deux  fois  trois  ,  ou  de  trois  fols 
deux ,  ou  de  cinq  &:  un.  Deux  &  quatre  ïont fix  ;  trois 
&:  trois  font/-v  ;  devix  &  deux  font  quatre  ,  &  deux 
foQt/x  ;  cinq  &  un  font/.v.  Six  fe  marque  de  cette 
manière  en  chiifres  arabes  6 ,  en  chiffres  romains  VI , 
&  en  chiffres  françois  de  compte  &  de  finance ,  de  la 
forte  bj.  Le  Gendre.  {^P.  J.) 

Six  corps  des  MAUCKANDS  ,  (  Corporation.  ) 
On  appelle  à  Paris  les/.v  corps  des  marchands  ,  par 
honneur ,  &:  par  une  efpece  de  diffinûion ,  la  drape- 
rie ,  l'cpiçerie  ,  la  mercerie ,  la  pelleterie ,  la  bonne- 
terie ,  &  l'orfèvrerie  ,  pour  ne  les  pas  confondre 
avec  ce  grand  nombre  de  communautés  des  arts  &c 
métiers ,  dont  les  maîtres  de  quelques-unes  ont  la 
qualité  de  marchands ,  mais  dans  un  rang  bien  inté- 
rieur polir  la  richeffe  &  l'étendue  du  commerce. 
J)iclionn.  de  Comm.  {D.  J.^ 

SIXAIN,  f.  m.  dans  CArt  militaire ,  ctoit  un  ancien 
ordre  de  bataille  fuivant  lequel  fix  bataillons  étant 
ranoés  fur  une  ligne  ,  on  faifoit  avancer  le  fécond  & 
le  cinquième  pour  former  Tavant-garde  ;  le  premier 
&  le  fixieme  fe  retiroient  pour  faire  l'arrlere-garde  ; 
&  le  trolfieme  &  le  quatrième  reftoient  en  place  pour 
former  le  corps  de  bataille.  Chambers. 

Sixain,  {Poéjie.)  On  appelle /xaf/z  une  ftance 
compofée  de  fix  vers.  Nous  avons  deux  fortes  de/- 
xains  qui  ont  des  différences  affez  remarquables  :  les 
premiers  ne  font  autre  chofe  qu'un  quatrain  auquel 
on  ajoute  deux  vers  de  rime  différente  de  celle  qui  a 
terminé  le  quatrain.  Ltsjixains  de  cette  efpece  ad- 
mettent deux  vers  de  rime  différente,  folt  devant, 
{oit  après  ,  comme  dans  l'exemple  fuivant  : 

Seigneur  ,  dans  ton  temple  adorable 
duel  mortel  ejl  digne  d'entrer  ? 

dui  pourra  ,  grand  Dieu ,  pénétrer 

Dans  cejéjour  impénétrable  , 
Où  tes  faims  inclinés  ,  (Fun  œil  refpeclueux. 
Contemplent  de  ton  front  l'éclat  majejhieux  > 

Rouffeau. 

La  féconde  efpece  de  fîxains ,  affez  commune  & 
fort  belle ,  comprend  deux  tercets  ,  qui  ne  doivent 
jamais  enjamber  le  fens  de  l'un  à  l'autre  :  il  y  doit 
donc  avoir  un  repos  après  le  troifieme  vers.  Les  deux 
premiers  y  riment  toujours  enfemble ,  &  le  troifieme 
avec  le  dernier  ou  avec  le  cinquième ,  mais  ordinai- 
rement avec  celui  ci 

I.  Exemple. 

Renonçons  au  flérile  appui 
Des  grands  qu'on  implore  aujourd'hui  ; 
Ne  fondons  point  fur  eux  une  efpérance  folle  i- 
Leur  pompe  indigne  de  nos  vœux 
N'ejl  qu'un  fimulacre  frivole  , 
Et  les  folides  biens  ne  dépendent  pas  d'eux. 

Rouffeau. 

II.  Exemple. 

Je  difois  à  la  mùtfombre  .' 
O  nuit  !  tu  vas  dans  tmi  ombre 


S  I  X 


M'enfevelir  pour  toujours. 
Je  redijbis  à  l'Aurore  , 
Le  Jour  que  tu  fais  éclore 
Efl  le  dernier  de  mes  jours, 
(Z).  /.)  Rouffeait; 

Sixain  ,  en  terme  de  Layettier ,  eft  une  boîte  qui  en 
contient  cinq  autres  les  unes  dans  les  autres ,  &  par- 
conféquent  de  diverfés  grandeurs. 

Sixain  ,  (  Mercerie.  )  ce  mot  fe  dit  parmi  les  mar- 
chands merciers  des  paquets  compolés  de  fix  pièces 
de  rouleaux  ou  rubans  de  laine.  Il  n'y  a  guère  que 
les  rouleaux  des  numéros  quatre  &:  fix  qui  loient  par 
Jixains  ;  on  appelle  auifi  un  fxain  de  cartes  ,  un  petit 
paquet  contenant  fix  jeux  de  cartes.  (^D.  J.) 

SIX  CENTIEMES  ,  (  Hifî.  mod.  )  terme  qui  chez 
les  anciens  Saxons,  qui  évaluoient  les  hommes,  fi- 
gnifioit  une  pcrfonne  de  la  valeur  de  fix  cens  che- 
lins;  dans  le  tems  que  les  Saxons  dominoient  en  An- 
gleterre ,  tous  les  hommes  y  étoient  diftribués  en  trois 
chiffes;  favoir  la  plus  haute,  la  plus  boffe,  &  la 
moyenne;  de  forte  qu'une perfonne ayant  reçu  quel- 
que injure ,  on  proportionnoit  la  réparation  à  la  va- 
leur de  l'offenfé  ,  &  à  fa  claffe. 

Ceux  de  la  plus  baffe  claffe  s'appelloîent  deux  cen- 
tièmes ,  c'eft-à-dire,  des  hommes  évalués  à  deux  cens 
chelins;  ceux  de  la  moyenne  s'appellerent^îx  centiè- 
mes ,  ou  gens  évalués  à  fix  cens  chelins  ;  ceux  de  la 
plus  haute  s'appelloient  dou\t  centièmes  y  Comm&  étant 
évalués  à  douze  cens  chehns. 

SIXENA ,  (  Géog.  mod.  )  village  d'Efpagne ,  dans 
l'Arragon  ,  au  comté  de  Ribagorça ,  fur  la  rivière 
d'Alcana ,  à  cinq  lieues  de  Balbaflro ,  vers  le  couchant. 
Long.  \y.  47.  latit.  41.  46", 

Ce  village  eft  remarquable  par  fon  célèbre  mona- 
ftere  de  dames  de  l'ordre  de  faint  Jean  de  Jérufalera; 
il  forme  un  grand  bâtiment  dans  un  lieu  fpacieux,  & 
ceint  de  murailles  comme  une  citadelle.  Ce  fut  la 
reine  Sancha,  femme  d'Alphonfe  IL  roi  d'Arragon, 
qui  fonda  ce  monaftere  en  1 188  ,  &  qui  le  dota  ri- 
chement. Après  la  mort  d'Alphonfe  fon  mari ,  elle 
s'y  retira  avec  fa  fille  Douce  ;  elles  y  prirent  toutes 
deux  l'habit ,  de  même  que  quelques  autres  prin- 
ceffes  du  fang  royal.  Blanche ,  fille  de  Jacques  IL  roi 
d'Arragon,  a  été  fupérieure  du  même  monaflere ,  ÔC 
c'cll  un  beau  rang. 

La  fiipérieure  a  fon  palais  à  part , richement  orné: 
quand  elle  meurt ,  on  fait  fes  obfeques  pendant  fept 
jours  ;  enfuite  on  rompt  le  fceau  de  fes  armes.  Les 
dames  d'Arragon  &  de  Catalogne  qui  entrent  dans 
cette  maiibn  ,  doivent  être  d'une  race  fi  ancienne  ÔC 
fi  connue  ,  qu'il  ne  foit  pas  néceffaire  d'en  venir  aux 
preuves  de  nobleffe  ;  les  autres  les  font  à  la  manière 
des  chevaliers  de  l'ordre  de  Jérulalcm. 

Quand  ces  dames  font  au  chœur,  elles  portent  un 
grand  manteau  &  un  fceptre  d'argent  à  la  main  ;  la 
iupérieure  confère  tous  les  bénéfices  cures  de  fes 
terres  ,  &  donne  l'obédience  à  tous  les  prêtres.  Elle 
vifite  fon  domaine  avec  les  dames  fes  affiliantes  ,  ôd 
fe  trouve  aux  chapitres  provinciaux  de  l'ordre  en 
Arragon  ,  011  elle  a  féance  &  voix  déUbérative.  Elle 
porte  toujours  la  grande  croix  fur  l'effomac,  ce  qui 
la  difi;ingue  encore  des  autres  dames.  Je  ne  fâche 
que  l'abbêffe  de  Remiremont  qui  foit  le  pendant  de 
la  fupérieure  du  monaftere  de  Sixena.  (  D.  J.  ) 

SIXIEME,  f.  m.  {Arithmétique.)  c'eft  la  partie 
d'un  tout  divifé  en  fix  parties  égales  ;  en  fait  de 
frayions  ou  nombre  rompu  ,  de  quelque  tout  que  ce 
foit ,  un  fixieme  s'écrit  de  cette  manière  j  ,  &  trois 
fixiemes  ,  cinq  fxiemes ,  &c,  ainfi  |,  |,  &c.  unfxii- 
me  vaut  un  demi-tiers;  ainfi  deux  fixiemes  font  un 
tiers,  trois  fixiemes  la  moitié  ou  un  tiers  èc  demi- 

I  tiers;  quatre  Jixiemes  font  deux  tiers  ;  cinq  fixiemes 
font  deux  tiers  &C  un  demi-tiers ,  ou  la  moitié  &  un 
tiers;  6c  {ixjîxiemes  font  trois  tiers  qui  elt  le  tout; 


s  I  X 


s  I  z 


Icfixume  àe  vingt  fols  eft  trois  fols  quatre  deniers. 
Le  Gendre.  (D.  J.) 

SIXMILEWATER  ,{Géog.  mod.)  rivière  d'Irlan- 
de, dans  la  province  d'Uliler  ;  elle  arrofe  le  comté 
d'Antrim  ,  où  elle  fe  jette  dans  le  lac  de  Neaiigh.  La 
ville  de  Connor  eft  fituée  à  rembouchure  de  cette 
petite  rivière. 

SIXTE,  f.  f.  en  Mujiqiie.,  eft  une  des  deux  confon- 
nances  imparfaites,  appellée  par  les  Grecs  hexacor- 
de  ,  parce  que  fon  intervalle  eft  formé  de  fix  fons  , 
c'eft-à-dire,  de  cinq  degrés  diatoniques.  Il  y  en  a  de 
quatre  fortes  :  deux  confonnantes  &  deux  diflbn- 
nantes. 

Les  confonnantes  font  i°.  h^fixte  mineure  ,  com- 

pofée  de  trois  tons  &  de  deux  femi-tons  majeurs , 

comme  de  mi  à  ut  :  fon  rapport  eft  de  ^  à  8.  2°.  La 

^xte  majeure,  compofée  de  quatre  tons  &  un  femi- 

ton  majeur,  comme  fol,  mi  :  fon  rapport   eft  de 


13  f 


3  a  5 


Les  Jîxtes  diflbnnantes  font  1°.  la Jîxte  diminuée  , 
compofée  de  deux  tons  &  trois  femi-tons  majeurs , 
comme  ut  dièfe ,  la  bémol  ;  &  dont  le  rapport  eft  de 
125  à  I9X.  i°.  Lajtxte  fuperflue  ,  compofée  de  qua- 
tre tons,  un  femi-ton  majeur,  &  unfemi-ton  mineur; 
le  rapport  de  cette  Jixie  eft  de  72  à  125. 

Ces  deux  derniers  intervalles  ne  s'employent  ja- 
mais dans  la  mélodie ,  6c  la  Jîxte  diminuée  ne  s'em- 
ploye  point  noii  plus  dans  l'harmonie. 

Il  y  a  fept  accords  qui  portent  le  nom  àejîxte  :  le 
premier  s'appelle  fimplement  accord  de  Jixte.  C'eft 
l'accord  partait  dont  la  tierce  eft  portée  à  la  bafle  ; 
fa  place  eft  lur  la  médiante  du  ton,  ou  fur  la  note  fen- 
fibîe.  Le  fécond  s'appelle  accord  de  Jixte  quarte;  c'eft 
encore  l'accord  parfait  dont  la  quinte  eft  portée  à  la 
baffe  ;  il  ne  fe  fait  guère  que  fur  la  dominante  ou  fur 
la  tonique.  Le  troifieme  eft  appelle  accord  de  petite 
Jixte  ;  c'eft  un  accord  de  ieptieme ,  dont  la  quinte  eft 
portée  à  la  baffe.  La  petite  Jîxte  fe  met  ordinaire- 
ment fur  la  féconde  note  du  ton  &  fur  la  fixieme. 
Le  quatrième  eft  l'accord  àa  Jîxte  &  quinte  ou  gran- 
de yTx/e  ,  qui  eft  encore  un  accord  de  feptieme,  mais 
dont  la  tierce  eft  poitée  à  la  baffe  ;  li  l'accord  de  fep- 
tieme eft  dominant ,  alors  l'accord  de  grande  fixte 
perd  ce  nom ,  &  s'appelle  accord  defaujf'e  quinte  ;  la 
^ranàe  Jixte  ne  fe  met  communément  que  lur  la  qua- 
trième note  du  ton.  Enfin ,  le  cinquième  eft  l'accord 
àe  Jixte  ajoutée,  qui  eft  un  accord  fondamental  com- 
pofé ,  ainfi  que  celui  de  grande  Jixte  ,  de  tierce , 
quinte,  Jixte  majeure ,  &  odtave,  6c  qui  fe  place  de 
môme  fur  la  tonique ,  ou  fur  la  quatrième  note  du 
ton.  On  ne  peut  donc  diftinguer  ces  deux  accords 
que  par  la  manière  de  les  réfoudre  fur  l'accord  lui- 
vant  ;  car  û  la  quinte  defcend ,  &  que  la  Jixte  reftc 
en  place,  c'eft  l'accord  de  grande  Jixte,  6c  la  baffe 
fondamentale  fait  une  cadence  parfaite.  Mais  fi  la 
quinte  refte  6c  que  la  Jixte  monte,  c'eft  l'accord  de 
Jixte  ajoutée ,  6c  la  baffe  fondamentale  fait  une  ca- 
dence irréguliere.  Or ,  comme  après  avoir  frappé 
cet  accord,  on  eft  maître  de  le  fauver  de  l'une  de 
ces  deux  manières  ;  cela  tient  l'auditeur  en  fufpens 
furie  vrai  fondement  de  l'accord  jufqu'à  ce  que  la 
fuite  l'ait  déterminé  ;  &  c'eft  cette  liberté  de  choifir 
que  M.  Rameau  appelle  double  emploi.  Enfin  ,  le  cin- 
quième accord  de  Jixte ,  eft  celui  de  Jixte  fuperflue  ; 
c'eft  une  efpece  de  [ictïtc  Jixte ,  qui  ne  fe  pratique 
jamais  que  fur  la  fixieme  note  d'un  ton  mineur,  def- 
cendant  fur  la  dominante  ;  comme  alors  la  Jixte  de 
cette  fixieme  note  eft  naturellement  majeure,  on  la 
rend  quelquefois  fuperflue  en  y  ajoutant  encore  un 
dièfe.   yojei  au  mot  AccORD.  (>S'  ) 

Sixte  ,  (  Jeu  du  )  le  Jixte  a  beaucoup  de  rapport 

au  jeu  de  la  triomphe  :  le  nom  de  Jixte  lui  a  été  donné 

parce  qu'on  y  joue  fix,  qu'on  donne  fix  cartes,  6c 

que  la  partie  va  en  fix  jeux.  L'on  joue  les  cartes  à 

Tome  X  r. 


\  ce  jeu  comme  a  la  triomphe.  Après  être  convenu  de 
ce  qu'on  doit  jouer,  on  voit  à  qui  mêlera  ,  &  celui 
qui  doit  faire  bat  &  donne  à  couper  à  fa  gauche  & 
diftribue  enfliite  fix  cartes  à  chacun  par  deux  fois 
trois  ;  après  quoi  il  tourne  la  carte  du  fond  qui  lui 
revient,  &  dont  il  fait  la  triomphe,  lorfque  le  jeu 
n'eft  compofé  que  de  trente-fix  cartes ,  comme  il  doit 
être  ordinairement  ;  6c  lorfqu'on  veut  qu'il  y  ait  un 
talon ,  on  joue  avec  les  petites  cartes;  en  ce  cas,  on 
tourne  la  carte  de  deffus  le  talon  qui  fait  la  triom- 
phe ;  cela  dépend  de  la  volonté  des  joueurs.  Le  jeu 
eft  plus  beau  ,  &  il  faut  plus  de  fcience  à  le  jouer, 
lorfqu'on  le  joue  avec  trente-fix  cartes.  Nous  allons 
donner  quelques  règles  qui  achèveront  de  donner 
une  intelligence  plus  complète  de  ce  jeu. 

Celui  qui  donne  mal  perd  un  jeu  qu'il  démarque,' 
&  remôle  ;  lorfque  le  jeu  fe  trouve  faux  ,  le  coup 
oii  il  eft  découvert  faux  ne  vaut  pas  ,  mais  les  précé- 
dens  font  bons  ,  6c  celui-là  auffi  fi  le  coup  étoit  fini, 
6c  les  cartes  brouillées  :  qui  tourne  un  as  marque 
un  jetton  pour  lui  ;  l'as  emporte  le  roi ,  celui-ci  la 
dame  ,  la  dame  le  valet ,  &  ainff  des  autres  cartes 
fuivant  leur  ordre  naturel. 

Celui  qui  joue  jettant  une  triomphe ,  ou  telle  au- 
tre carte  que  ce  foit ,  on  eft  obligé  d'en  jetter  ft  on 
en  a;  finon  on  renonce  ,  &  l'on  perd  deux  jeux  dont 
on  eft  démarqué  ,  ff  on  les  a  ;  ou  on  le  fera  d'abord 
qu'on  en  aura  de  cette  partie. 

Celui  qui  jette  d'une  couleur  jouée  doit  lever,  s'il 
eft  poffibie ,  la  carte  la  plus  haute  jouée  ;  autrement 
il  perd  un  jeu  qu'on  lui  démarque  ;  celui  qui  fait  trois 
mains  marque  un  jeu;  ff  deux  joueurs  ont  fait  cha-  - 
cun  trois  ,  c'eft  celui  qui  les  a  plutôt  faites  qui  mar- 
que un  jeu.  Si  tous  les  joueurs  avoient  fait  une  main 
chacun ,  celui  qui  auroit  fait  la  première  marqucroit 
le  jeu;  de  même  que  quand  le  prix  eft  partagé  par 
deux  rnains,  celui  qui  a  le  plutôt  f  es  deux  mains  mar- 
que le  jeu. 

Celui  qui  fait  feul  fix  mains  gagne  la  partie  :  voilà 
de  quelle  manière  fe  joue  le  jeu  de  Jixte  :  celui  qui 
eft  le  premier  en  carte  a  l'avantage  ,  puilqu'il  com- 
mence à  jouer  la  carte  qui  lui  eft  plus  convenable. 

SIZALISCA  ,  (  Géog.  mod.  )  rivière  de  Grèce  ,' 
dans  la  Livadie,  anciennement  ^///?«i.  Elle  a  fa  four- 
ce  près  des  ruines  de  Delphes  ,  6c  fe  décharge  dans 
le  golfe  de  Salona ,  qui  eft  une  partie  de  celui  de  Lé- 
pante.  {D.J.) 

SIZETTE  ,  JEU  DE  LA,  f.  f.  ce  jeu  eft  peu  com- 
mun à  Paris ,  6c  cependant  c'efl  un  des  jeux  de  cartes 
les  plus  amufans  ;  il  demande  beaucoup  de  tranquil- 
lité &  d'attention. 

L'on  y  joue  fix  perfonnes  ,  ce  qui  lui  a  fait  don- 
ner apparemment  le  nom  dejfiiette;  l'on  joue  trois 
contre  trois  placés  l'un  entre  l'autre  alternativement, 
c'eft-à-dirc  qu'il  ne  faut  pas  qu'il  y  ait  deux  joueurs 
d'un  même  parti  l'un  contre  l'autre  ;  le  jeu  de  cartes 
avec  lequel  l'on  joue,  eft  detrentc-fix  cartes,  depuis 
le  roi ,  qui  eft  la  première  ,  jufqu'au  fix. 

Comme  il  eft  avantageux  d'être  premier  ,  on  voit 
à  qui  fera ,  à  l'ordinaire  ;  celui  qui  mêle  donne  à 
couper  à  fa  gauche,  6c  difbibue  enfliite  par  fa  droi- 
te ,  fix  cartes  en  deux  fois ,  &  jamais  autrement , 
puis  tourne  la  dernière  carte,  qui  efl  celle  de  triom- 
phe ;  après  quoi,  ceux  qui  ont  la  main  ,  c'eft-à-dire 
qui  font  premiers  à  jouer  ,  examinent  bien  leur  jeu, 
que  l'un  des  trois  doit  gouverner ,  quoiqu'il  foit  per- 
mis à  chacun  de  dire  fbn  fcntimcnt  ;  celui  donc  qui 
«gouverne  le  jeu,  demande  à  chacun  ce  qu'il  a  ,  6c 


c  .        '     .      ,  .  ...    !  '        . 

après  qu'il  eft  informé  de  leur  jeu,  il  fait  jouer  celui 
qui  eft  à  jouer,  par  la  carte  qu'il  lui  indique;  quand 
elle  eft  jouée,ceux  du  parti  contraire  qui  n'ont  encore 
rien  dit ,  fe  demandent  leur  jeu  ,  6c  puis  celui  de 
ce  parti  qui  eft  à  jouer  ,  fournit  de  la  couleur  qu'on 
joue,  s'il  en  a,  ou  coupe  s'il  eft  à  propos,  ëcs'il 


V 


a3^ 


S  I  z 


leur  demande  ,  ann  deie  cacner  aux  aavciiairti,  tx. 
de  ne  pas  expliquer  les  renonces  que  l'on  peut  avoir, 
fans  y  être  obligé  par  celui  qui  gouverne  ,  qui  ne 
doit  découvrir 'le  ieu  qu'à  propos.  L'expérience  & 


n'en  a  pas  :  car  on  n'y  eft  pas  obligé  ,  &  ce  font  ceux 
qui  tont  les  trois  premières  levées ,  qui  gagnent  le 
jeu;  ceux  qui  les  font  toutes  fix  ,  gagnent  le  double. 
L'habileté  du  joueur  coniille  A  favoir  le  jeu  que  fes 
adverlaires  ont ,  ians  le  faire  trop  expliquer  ,  &  de 
retenir  avec  foin  la  déclaration  que  chacun  d'eux  a 
faite  de  fon  jeu  ,  pour  s'y  conformer  ;  cela  regarde 
ceux  qui  gouvernent  les  jeux  ,  <k  les  autres  joueurs 
doivent  faire  attention  à  ne  rien  dire  que  ce  qu'on 
leur  demande  ,  aHn  de  le  cacher  aux  adverfaires,& 
de 
fa 

doit  découvrir  le  jeu  qu'à  propos.  L'exp( 
l'ufage  apprendront  ce  jeu  à  ceux  qui  le  joueront , 
ils  y  prendront  beaucoup  de  plaifir.  Voici  quelques 
règles  qui  pourront  les  aider.  Loriquc  le  jeu  elt  faux , 
le  coup  cit  nul ,  &  les  précédens  font  bons. 

S'il  y  a  une  carte  tournée  ,  l'on  remele;  celui  qui 
au-licu  de  tourner  la  carte  du  deffous ,  qui  dcvoit  fai- 
re la  iriomphc  ,  la  joint  à  les  autres  cartes  ,  perd  un 
jeu  ,  &c  remêle  ;  celui  qui  donne  mal ,  de  même  ; 
celui  qui  tourne  une  carte  de  l'un  de  fes  adverlaires, 
en  donnant,  perd  un  jeu,  &  reméle. 

Celui  qui  renonce  perd  deux  jeux  ,  ou  ne  joue 
plus ,  mais  on  remêle  comme  fi  le  coup  fe  fût  joué. 

Celui  qui  ne  coupe  pas  une  couleur  dont  il  n'a 
point,  &C  qu'il  pourroit  couper ,  ne  fait  point  faute  , 
dans  quelque  cas  que  ce  puilTe  être. 

D'abord  que  la  carte  elf  lâchée  fur  le  tapis,  elle  efl: 
cenfée  jouée. 

Loifque  deux  des  joueurs  ont  leur  jeu  étalé  fur 
la  table ,  il  finit  ncceffairement  que  le  troifieme  étale 
au/n  le  lien  ,  pendant  que  le  coup  fe  joue. 

L'on  ne  fauroit  changer  de  place  pendant  une  par- 
tie ,  ni  même  pendant  plufieurs  ;  l'on  ne  peut  point 
faire  couper  qu'à  gauche  ;  celui  qui  donneroit  devant 
fon  tour,  s'il  avoit  tourné,  le  coup  feroit  bon  ,  mais 
s'il  n'avoir  pas  tourné  ,  il  feroit  tems  de  faire  mêler 
celui  qui  le  devroit  de  droit  ;  on  ne  peut  donner  les 
cartes  que  par  trois. 

Celui  qui  a  joué  avant  fon  rang  ,  ne  peut  point 
reprendre  fa  carte,  à  moins  qu'il  n'ait  pas  jette  de 
la  couleur  jouée  ,  &  dont  il  pouvoit  fournir ,  dans 
ce  cas  il  perd  un  jeu  ,  &  le  coup  le  joue  ;  ceux  qui 
quittent  la  partie  avant  qu'elle  Ibit  Hnie,  la  perdent. 

Celui  des  joueurs  qui  tourneroit  une  ou  plufieurs 
levées  des  advérfaircs  ,  perdroit  un  jeu. 

Lcrfqu'un  joueur  faitune faute ,  ceux  du  même  par- 
ti doivent  la  liipporter;  ceux  qui  n'ont  pas  de  points 
à  démarquer  pour  leurs  fautes  ,  les  adverfaires  les 
marquent  en  leur  faveur. 

SIZE,  f.  f.  (  Jouai/lier.  )  eft  un  inftrument  dont 
on  fe  Icrtpcur  trouver  le  poids  des  perles  fines  fron- 
des, yojei  Perles. 

Il  confiff  e  en  cinq  plaques  ou  feuilles  d'ctain ,  d'en- 
viron deux  pouces  de  long ,  &  un  demi  pouce  de 
large  ,  attachées  cnfemble  par  un  bout  avec  un  clou 
rivé  ;  chacune  de  ces  plaques  efl  percée  de  plufieurs 
trous  ronds  ,  dedilférens  diamètres  ;  ceux  qui  font  à 
la  première  plaque  fervent  à  pefer  les  perles,  depuis 
•j  grain  jufqu'à  7  grains  ;  ceux  de  la  féconde  font  faits 
,  pour  pefer  les  perles  depuis  8  grains  ,  ou  2  carats  , 
jufqu'à  cinq  carats  ,  &c.  &c  ceux  de  la  cinquième , 
pour  les  perles  depuis  6  carats  '-  jufqu'à  8  '. 

SIZUN  ,  ISLE  ,  {Géog.  mod.  )  petite  île  de  Fran- 
ce ,  fur  la  côte  de  Bretagne  ,  au  diocèfe  de  Quimper, 
à  trois  lieues  de  la  terre  ferme.  Elle  efl  à  fleur  d'eau, 
d'un  accès  difficile  ,  expofée  à  tout  moment  à  être 
fiibmergée,  d'ailleurs  prefque  flérile  ;  &  cependant 
la  liberté  qu'on  y  relpire  ,  fait  qu'elle  efl  habitée 
par  des  gens  qui  le  contentent  pour  toute  nourriture, 
d'orge ,  de  poiflbn  ,  &  de  racines. 

O  Liberty  !  thou  goddcfs  hiaviily  br'ight  ! 
Profufi ofblifs y  and prcgnantwitkdcH'^lu t 


S  K.  I 

T'm  poverty  looks  chcarful  in  thy  Jight. 
ThoiimalCjî  thc  gloomy  faa  of  nature  gay, 
Givji  beauty  to  tke  /un  ,  and  pUafure  to  thc  dayi 

S  K 

SKAGEN  ,  (  Gcog.  mod.  )  lac  de  Suéde ,  dans  là 
province  deVcrmeland,  à  l'orient  du  lac^yaner, 
dans  lequel  il  fe  décharge.    (  Z>,  /.  ) 

SKAR  ,  ou  SCARA  ,  {^Giog.  mod.  )  ville  de  Sué- 
de ,  dans  la  Weftrogothie  ,  fur  la  rivière  de  Lida  ,  à 
deux  lieues  au  midi  du  lac  Waner.  On  croit  que  Sca- 
rin  ,  roi  des  Goths,  la  fonda  ,  ôi  elle  devint  la  réfi- 
dence  de  fes  fuccefleurs.  Long.  3  /.  jijI  latlt,  58.  i5é 

SKARE-FIELD  ,  ou  DAARE-FIELD  ,  (  Géog. 
mod.  )  montagne  de  la  Norv/cge  ,  aux  confins  de  hi 
Suéde.  Ces  montagnes  ont  comme  les  Alpes  &  les 
Pyrénées  ,  diveries  branches  qui  fe  répandent  à  l'o-* 
rient  &  à  l'oueii;  elles  font  perpétuellement  couver- 
tes de  neige,  &  ne  produifent  que  de  grands  fapins 
pour  des  planches  ,  &  des  mats  de  navires.  (Z).  /.) 

SKIODOW  ,  {Gcog.  mod.')  montagne  d'Angle-» 
terre  ,  dans  la  province  de  Cumberland,  Elle  paffe 
pour  la  plus  haute  montagne  d'Angleterre  ,  comme 
celle  de  Scruffcl ,  qui  elt  vis-à-vis  ,  efl  eftimée  la 
plus  haute  d'Ecoffe.  (D.  J.) 

SKIE ,  (  Géog.  mod.  )  île  de  la  mer  d'Ecoffe ,  une 
des  Weflernes,  au  midi  de  la  provirice  de  Rots.  Oa 
lui  donne  42  milles  de  longueur,  &  12  milles  dans 
fa  plus  grande  largeur  ;  elle  n'efl  féparée  du  conti- 
nent de  l'Ecoife,  que  par  un  petit  détroit.  Ilyadans 
cette  île  ,  quinze  golfes  &c  cinq  bonnes  rivières ,  oii 
l'on  pêche  du  hareng  &  des  faumons  ;  fon  terroir 
produit  beaucoup  de  blé,  &  oa  y  nourrit  de  nom- 
breux troupeaux.  (  Z>.  7.  ) 

SKINOSA  ,  ( Géog.mod. )  île  ,  ou  écueîl  de  l'Ar- 
chipel ,  à  huit  milles  de  l'île  de  Chéiro  ,  &  à  douze 
milles  dé  Naxio  ;  cet  écucil  qui  a  environ  douze  mil- 
les de  tour ,  &  qu'on  a  abandonné,  efl  apparamment 
l'île  Skimefa  ,  que  Pline ,  /.  If^,  c.  xi/,  marque  près 
de  Naxos  &  de  Pholegaudros.  Les  Grecs  ne  doutent 
pas  que  cette  île  n'ait  pris  fon  nom  des  Léntifques  , 
<^X"'^^i  lentij'cus .,  dont  elle  efl  couverte,  quoique  cet 
arbre  ne  foit  pas  plus  commun  dans  Skinoj'a ,  que 
dans  les  îles  voifines.  Une  relie  dans  Skinofa  que  cleS 
mafures  d'une  ville  ruinée  ,  Sf  parmi  lefquelles  on 
ne  voit  rien  de  remarquable.  La  férule  des  anciens 
croît  en  abondance  dans  cette  île.  (  Z>.  7.  ) 

SKIPTON  ,  (  Gcog.  mod.  )  ville  à  marché  d'An- 
gleterre ,  dans  Yorckshire  ,  près  de  la  rivière  d'Ar, 
fur  le  chemin  d'Yorck  &  Londres.  Elle  eft  environ- 
née de  bois  ;  on  a  trouvé  dans  fon  voifinage  une 
fontaine  falée  &  foufrée.  (  Z).  /.  ) 

SKiRIA  ,  f.  f.  pi.  (  Jnc.  grec.  )  fête  de  Bacchus  , 
qui  fe  célébroit  tous  les  ans  à  Aba,  en  Arcadie.  Dans 
cette  fête  une  de  leurs  coutumes  étoit  de  fufliger  des 
femmes  à  l'autel  du  dieu  ,  comme  on  fufligeoit  de 
jeunes  enfans  à  l'autel  de  Diane  Orthia,  chez  les 
Spartiates.  ^A/V/Vz  vient  de  ma..,  ombre  ,  parce  que  la 
flatuede  Bacchus  étoit  portée  dans  une  efpece  de  ta- 
bernacle ,  ou  de  niche,  qui  latenoit  à  couvert  du 
folcil.  (D.J.) 

SivlRRHS,  1.  m.  terme  de  Chirurgie;  tumeur  con- 
tre nature  qui  a  effentiellement  cinq  carafteres  qui 
en  font  par  conféquent  autant  de  fignes  paîhogno- 
m.oniques.  Il  ell  1°.  dur  &  renitent  ;  2°.  indolent; 
3°.  fans  changement  de  couleur  à  la  peau  ;  4°.  fans 
chaleur;  5°.  il  fe  forme  peu-à-peu  &  par  une  congef- 
tion  lente.  Cette  tumeur  tire  fon  nom  du  mot  grec 
skirrhos,  qui  fignifîe  proprement  w/z  morceau  de  marbre. 

Le  skirriic  cil  formé  par  l'amas  de  fucs  blancs  lym- 
phatiques endurcis ,  cette  mauvaife  difpofition  de  la 
lymphe  vient  de  l'ufage  d'alimens  groffiers  ou  coagu- 
Ians  ,  de  la  vie  oifiyc  ou  fédentaire  ,  des  foucis  con- 


SLA 


O    ij    j[\ 


tînueis  èc  chagrins  violens ,  du  froid  extérieur  èc  de 
quelques  levains  étrangers  capables  d'épailfir  les  hu- 
meurs ,  tels  que  les  virus  veroliqucs ,  Icrophuleux  , 

L'épaiffiffement  particulier  des  humeurs  recré- 
inenticiellcs  dans  quelque  vil'cere,  y  produit  des  tu- 
meurs skirrheufes  :  la  bile  épailTie  caui'e  un  skirrhe 
dans  le  tbie  ;  le  lait  grumclé  dans  les  mamelles  ;  la 
femence  dans  les  telticules  ;  le  chjde  dans  les  glan- 
des du  mefentere  ;  la  lymphe  dans  les  glandes  con- 
globces ,  &c.  Les  coups  ou  contufions  lonr  des  eau- 
lés  externes  d'engorgement  lymphatique ,  que  la  ré- 
forption  de  la  lérolité  qui  lert  de  véhicule  à  la  lym- 
phe ,  tait  endurcir  6c  dégénérer  en  skirrhe.  Le  skir- 
rhe peut  être  édémateux  ,  phlegmoneux  ,  ou  can- 
céreux. Foye[ks  mots  ŒdÉME  ,  PHLEGMON  & 
C  AN  CER. 

Le  vrai  skirrhe  eu  incurable  ,  parce  qu'il  n'eft  pas 
fufceptible  de  réfolution.  Les  remèdes  fondans  6c 
réfolutifs,  tant  intérieurs,  qu'extérieurs,  en  don- 
nant de  l'aéHon  aux  vaifléaux  ,  les  feroient  fe  brilér 
contre  la  maffe  skirrheule  ,  &  précipiteroient  la  dé- 
génération en  cancer* 

Il  y  a  beaucoup  de  tumeurs  skirrheufes ,  dont  l'hu- 
rneur  eft  encore  lujette  à  être  détrempée  &  délayée, 
ôc  qui  par  conféqi'ent  font  réfoiubles.  Pour  entre- 
prendre avec  prudence  la  réfolution  du  skirrhe  ,  il 
faut  obferver  ii  la  confîitution  du  lang  eft  vifqueule 
&gluante;  ou  fi elle  eftfalée,  acre,  &muriatique. 

Dans  le  premier  cas  ,  on  employé  les  apéritifs  & 
les  fondans  d'abord  à  des  dofes  très-legeres  ,  pour  ne 
point  exciter  inconlidérement  des  mouveinens  vio- 
lens dans  l'humeur;  tels  font  les  préparations  apéri- 
tives  de  Mars  ;  les  fels  fondans  ,  comme  Varcanum 
duplicatum  ;  le  fel  fixe  de  tartre.  Quelques  prépara- 
tions mercuri elles  ,  comme  l'aquila  alba  ,  l'œthiops 
minerai.  Les  gemmes  fondantes  ,  telle  que  la  gom- 
îne  ammoniaque  ;  les  pilules  de  favon ,  qu'on  peut 
rendre  plus  a£iives  avec  les  cloportes  6l  le  diagrcde. 

Extérieurement  les  cataplaimes  émolliens  &  réfo- 
lutifs ,  les  fumigations  avec  le  cinabre  &  le  florax , 
ou  avec  le  vinaigre  jette  fur  des  briques  rougies  au 
feu,les  emplâtres  de  cigué  ,  de  vigo,diabotanum,  &c. 

Mais  fi  la  conftitution  du  lang  eft  acre  ,  il  faut  fe 
fervir  avec  la  plus  grande  circonipedion  des  fondans, 
&  en  adoucir  l'adion  en  ulant  de  tems-en-tcms  de 
remèdes  purement  délayans  ,  humeélans  &  rafrai- 
chifl'ans  ,  comme  les  bouillons  avec  le  poulet  ou  le 
Veau  ,  &  les  plantes  rafraichiiTantes  ;  les  bains  &  de- 
mi-bains ,  le  petit-lait,  les  eaux  minérales  ferrugineu- 
fes  ,  Se  le  lait  d'âneffe. 

Si  le  skirrhe  elf  douloureux  ,  ou  qu'il  ait  de  la  cha- 
leur, il  faut  éviter  extérieurement  toute  compofition 
emplaflique  ,  capable  d'attirer  des  accidens,  en  aug- 
mentant le  mouvement  de  l'humeur  ;  à  moins  qu'on 
ne  penfe  qu'il  devient  phlegmoneux  ,  &  qu'il  le  dif- 
pofe  à  fuppurer  ;  mais  ces  apparences  font  très-luf-' 
pedes  dans  les  parties  où  fe  forment  ordinairement 
les  cancers. 

Le  régime  doit  être  extrêmement  exaft  ;  il  faut 
éviter  les  alimens  échaufFans  ,  &  toutes  les  pafTions 
de  l'ame.  Foye^  le  Traité  des  tumeurs  ,  par  M,  AllrUC. 

in 

SKULA ,  (^Géog.  mod?)  montagne  de  Suéde  ,  dans 
l'Angermanie  ,  près  du  golphe  de  Bothnie,  entre  les 
rivières  d'Hufa  &  d'Angerman  ;  elle  elt  extrêmement 
haute  &  fi  droite  ,  qu'elle  femble  menacer  ruine* 
(Z).7.) 

SKYROS ,  {Géog.  anc")  voyei  ScYROSj 

S  L 


237 


Sî 


ïLARODE  ou  SLOBODE ,  f.  f.  {Hifl.  mod.)  c'eft 
ainfi  qu'on  nomme  ù  Mofcou  ,  Petersbourg  &  dans 


les  autres  villes  de  l'empire  Ru/Tien ,  Im  fauboura 
defliné  aux  étrangers.  On  dit  lajlahode  des  allemands 
lajlaùode  des  tartares  ,  &c.  ce  mot  qui  eu.  efclavon 
fignifie  nnefanchife ,  à  caufe  des  privilèges  accordés 
aux  étrangers  qui  viendront  y  demeurer.  En  Sibérie 
&  aux  environs  de  Tobolskoy  ;  on  nomme Jlabode  ^ 
une  enceinte  environnée  d'une  muraille  de  bois  qui 
ell  prefque  la  feule  fortification  que  l'on  connoiffe 
dans  ce  pays  ,  pour  fe  mettre  à  couvert  des  courfes 
des  Tartares ,  non  foumis  à  la  Rufîie. 

SLABRES  ,  f  f.  (^Marine.')  petites  bûches  qui  vont 
à  la  pêche  du  levant; 

SLAGE  ou  SLAGLŒN ,  {Gêog.  mod.')  petite  villa 
d'Allemagne  ,  dans  la  Poméranie ,  au  duché  de  Wan- 
dalie  ,  lur  le  Wipper ,  à  quelques  lieues  au-defïïis  de 
Rugenwalde.  Long.  34.  16.  lut.  64.  37.  (Z).  /.) 

SLAGEL ,  SLAGELS  ,  SLAGEN  ,  (  Géogr.  mod.) 
bourg  du  Danemarck  j  dans  llle  de  Selande  ,  &  lé 
chef-lieu  d'une  préfeâure  ,  Slagels  Herrit ,  à  laquelle 
il  donne  Ion  nom.  (Z>.  /.) 

SLAINE ,  {Gêog.  mod.)  rivière  d'Irlande  ;  elle  a  fa 
fource  dans  le  comté  de  Sv^icklo,  6c  va  fe  décharger 
dans  la  mer  d'Irlande  ,  à  Wexford.  11  eft  plus  vraif- 
femblable  que  le  Modonus  Flavius  de  Ptolomée  eft  la 
Liife  qui  coule  à  Dublin ,  que  la  S  laine.  (Z?.  /.) 

SLANTZ  A  ,  (  Hifl.  nat.  Botan.  )  petit  arbufte  qui 
croît  abondamment  dans  la  peninfule  de  Kamtfchat- 
ka.  On  dit  qu'il  eft  de  la  nature  du  cèdre ,  excepté 
qu'il  eft  beaucoup  plus  petit ,  &  qu'au  lieu  de  s'éle- 
ver en  l'air ,  il  rampe  à  la  furface  de  la  terre.  Ses  cô- 
nes ou  fes  pommes  ne  font  que  de  la  moitié  de  là 
grandeur  de  celles  du  cèdre  ;  les  habltans  àw  pays  les 
mangent  j  elles  font  fort  aftringentes ,  &  paftent 
pour  un  grand  remède  contre  le  fcorbut  :  pour  cet 
effet ,  on  les  fait  bouillir  dans  de  l'eau,  &  les  mate- 
lots ruffes  en  ont  éprouvé  l'efficacité. 

SLAVE ,  LA ,  (^Géog.  mod.  )  rivière  de  la  Daîma- 
tie.  Elle  paffe  à  Caftelnovo  ,  &  fe  jette  dans  le  golfe 
de  Venife ,  au-deffous  de  la  ville  de  Ragufe.  (Z).  /.) 
Slaves  ,  les  ,  (  Gêog.  anc.  )  SUvi ,  anciens  peU" 
pies  de  la  Sarmatie  ,  qui  avec  les  Venedes  ,  s'établi- 
rent dans  la  Germanie ,  entre  l'Elbe  &  la  Viftule  ;  les 
peuples  de  tes  quartiers  ne  fe  trouvant  pas  en  état 
de  leur  faire  tête  ,  à  caufe  qu'ils  étoient  épuifés  pai? 
les  grandes  migrations  qui  s'étoient  faites. 

On  ne  fait  pas  au  jufte  le  tems  où  les  Slaves  s'em- 
parèrent des  terres  des  Germains.  Jornandès  &  Pro- 
cope  font  les  premiers  auteurs  qui  ayent  parlé  des 
Slaves.  On  lit  dans  le  premier  auteur  ,  que  l'invafioa 
des  Venedes  fe  fit  à  la  fin  du  cinquième  fiecle,  &  l'oa 
apprend  par  Paul  Diacre  qu'à  la  fin  du  fixieme  fie- 
cle ,  les  Slaves  avoient  pénétré  dans  l'intérieur  de  la 
Germanie.  Du  tems  de  Dagobert  I.  roi  des  Fran- 
çois ,  les  Slaves  firent  irruption  dans  la  Thuringe  & 
dans  la  France  Trans  -  Rhénane  ,  où  ils  mirent  tout 
à  feu  &  à  fiing.  11  paroît  qu'alors  ils  habitoient  dans 
la  Luface ,  &  dans  les  terres  du  haut  &  du  bas-Elbe. 

Nous  avons  les  noms  d'une  partie  des  peuples  qut 
compofoicnt  la  nation  des  Slaves.  De  ce  nombre  font 
les  Antes ,  les Slavi  Behemani  (  Bohèmes),  les  Maha- 
renfis  (  le  duché  des  Bohèmes  )  &  les  Slaves  Sorabes  , 
qui  hu!)itoient  entre  l'Elbe  &  la  Sala  ,  aux  confins  des 
Thuringiens  &C  des  Saxons.  Enfin  ,  les  annales  de 
l'empereur  Louis  le  Débonnaire  nous  apprennent , 
qu'à  la  dicte  de  Francfort ,  ce  prince  reçut  les  ambaf- 
fadeurs  &  les  préfens  que  lui  envoyoicnt  les  Slaves 
orientaux  ;  favoir,  les  Obotrites,  lesSorabes,  les  W'il- 
zes,  les  Béhémans,  les  Marrtani ,  les  Prccdcnccentcni. 
&  les  Avaresdela  Pannonic.  On  met  encore  au  nom- 
bre des  Slaves  ,  les  Luci/iens  ,  les  Rcdaricns  ,  les  Si- 
léfiens,  lesPolonois,  les  HavcUiens,  lesPomcraniens^ 
les  Cailùbiens ,  les  "Wagriens ,  les  Rugicns. 

Les  Antes  &  les  Sclavons ,  dit  Procope ,  Bell,  got/u 
l.  ni.  c.  xiv.  n'obéiftent  pas  à  un  roi  :  mais  ils  vivent 


238 


SLA 


S  L  E 


tlepuis  long-tems  fous  un  gouvernement  populaire  , 
&  dc-libcrcnt  publiquement  de  tout  ce  qui  concerne 
leurs  intérêts.  Ces  deux  peuples  obfervent  les  mô- 
mes moeurs  ;  ils  ne  reconnoiflcnt  qu'un  Icul  Dieu  qui 
a  crée  le  monde ,  &  qui  lance  le  tonnerre  :  &  ils  lui 
facrihent  des  bœufs  &  d'autres  viftimes.  Bien  loin  de 
faire  dépendre  la  vie  des  hommes  de  la  dciVmée  ,  ils 
n'avouent  pas  feulement  qu'il  y  en  ait  ;  mais  lorlqu'ils 
fe  voient  en  quelque  danger  ,  foit  par  la  violence 
d'une  maladie  ou  par  le  fort  des  armes ,  ils  promet- 
tent d'immoler  une  victime  quand  ils  en  feront  échap- 
pés ,  &:  ils  ne  manquent  pas  d'y  fatisfaire  ;  alors  ils 
croient  tenir  leur  vie  de  la  mort  de  la  vidimc.  Ils 
rendent  auflî  des  honneurs  aux  rivières ,  aux  nym- 
phes 6c  à  d'autres  divinités  ,  &  ils  leur  préfcntent  des 
iacrihces  ,  d'oii  ils  tirent  des  préfagcs  de  l'avenir.  Ils 
habitent  dans  de  miférables  chaumières  ,  éloignées 
les  unes  des  autres  ,  6c  dont  ils  diangent  fouvent  ;  ils 
font  la  guerre  à  pié ,  tenant  en  leurs  mains  de  petits 
boucliers  ,  &  de  petits  dards  ;  ils  ne  portent  point  de 
cuiraiVes  ,  quelques  uns  mêmes  ne  portent  ni  tuni- 
cjue  ,  ni  manteau  :  mais  ils  fe  couvrent  d'un  haut  de 
chaulTe,  lorfqu 'ils  marchent  contre  l'ennemi.  Ils  par- 
lent tous  la  môme  langue  ,  &  ont  une  taille  &  une 
mine  toute  femblable.  Ils  font  grands  &  robufles  ;  la 
couleur  de  leur  vifage  n'cll  pas  fort  blanche  ,  ni  celle 
de  leurs  cheveux  fort  blonde  :  elle  ne  tire  pas  auffi 
fur  le  noir  ,  mais  plutôt  fur  le  roux.  Leur  manière  de 
vivre  eft  miférable  comme  celle  des  Maflagetcs ,  tou- 
jours dans  la  crafle.  Leur  efprit  tient  beaucoup  de  la 
fimplicité  des  Huns  ,  aufîi-bien  que  du  refte  de  leurs 
mœurs  ;  tel  eft  le  récit  de  Procope ,  mais  il  fe  trompe 
s'il  a  cru  que  tous  les  Slaves  vivoient  fous  un  gouver- 
nement populaire  ;  car  les  Slaves  Maharenfes  ,  les 
JSlaves  Bohèmes ,  les  Slaves  Wilzes,  &  les  Slaves  Obo- 
trites  étoicnt  fournis  à  des  rois  ou  chefs. 

Les  Slaves  ou  Sclavons  pafl'erent  le  Danube  fous 
l'empire  de  Juftinien ,  Se  inondèrent  l'Illyrie  ,  où  ils 
prirent  des  forts  ,  qui  jufqu 'alors  avaient  été  eflimés 
imprenables.  Ils  fe  bornèrent  quelque  tems  à  des 
courffS  paflageres  ;  mais  à  la  fin  ils  établirent  dans 
l'Illyrie  une  demeure  plus  fiable  que  dans  leur  pro- 
pre pays.  Ils  donnèrent  cntr'autres  leur  nom  à  cette 
partie  de  la  Pannonie  ,  qui  eft  entre  la  Save  6c  la 
Drave  ,  qui  hit  appellée  de-là ,  Pannonu  Slavienne  , 
&  qu'on  nomme  encore  préfentement  Efclavonie. 
{D.J.) 

SLAUKAW ,  (  Giog.  mod.  )  petite  ville  delahaute- 
Pologne  ,  au  palatinat  de  Cracovie  ,  à  deux  milles 
d'ilkufch.  Il  y  a  dans  fes  environs  quelques  mines  de 
plomb  mêlé  d'argent.  (Z?.  7.) 

SLÉE ,  f.  f.  (  Marine.  )  forte  de  machine ,  avec  la- 
quelle les  Hollandols  tirent  à  terre  un  vaiffeau  ,  de 
quelque  grandeur  qu'il  foit.  Voici  la  defcription  de 
cette  machine  ,  tirée  de  l'architefture  navale  de  M. 
Witlen.  C'efl  une  planche  d'environ  un  pié  &  demi 
de  largeur  ,  &  dont  la  longueur  eft  égale  à  celle  de 
la  quille  d'un  vaiffeau  de  moyenne  grandeur.  Elle 
eft  un  peu  élevée  par  derrière  ,  6c  un  peu  creufe  au 
milieu  ;  enforte  que  les  côtés  s'élèvent  en  talud.  Il  y 
a  dans  ces  côtés  des  trous  pour  y  pouvoir  pafler  des 
chevilles ,  &  le  relie  eft  tout  uni.  Derrière  eft  v.w 
crochet ,  qui  reçoit  une  crampe  avec  une  chaîne  de 
fer  ,  qui  eft  attachée  à  une  petite  machine  ,  où  il  y  a 
un  certain  nombre  de  poidics. 

Pour  faire  ufage  de  cette  machine  ,on  la  met  fous 
la  quille  du  vaiffeau  ,  &  on  l'attache  k  côté  par  der- 
rière avec  des  crocs  ;  de  forte  qu'elle  eft  droite  fous 
la  quille.  On  la  lie  enfuite  avec  le  vaiffeau  forte- 
ment ,  par  le  moyen  des  trous  qui  font  dans  les  cô- 
tés :  on  met  un  gros  barreau  par -derrière  dans  le 
creux  qui  eft  contre  l'étambord  ,  &  on  l'arrête  par 
le  moyen  d'une  cheville  qu'on  met  dans  le  trou  qui 
eft  à  ce  creux ,  &  qui  paffant  de-là  dans  celui  qui  eft 


à  l'extrémité  de  la  planche  ,  entretient  fermement 
l'étambord. 

Les  chofes  étant  en  cet  état ,  &  ayant  graiffé  ÔC 
la  machine ,  &  la  forme  lur  laquelle  elle  eft  appuyée , 
un  homme  ,  à  l'aide  des  poulies  6c  des  cabeftans  , 
amené  ou  tire  à  lui  un  vaifleau. 

SLEGO  ,  (  Géog.  mod.  )  petite  ville  d'Irlande  , 
dans  la  province  de  Connaught  ,  capitale  du  comté 
de  môme  nom  ,  6c  la  feule  place  remarquable  de  ce 
comté.  Elle  a  le  privilège  de  députer  au  parlement 
d'Irlande  ,  6c  de  tenir  marché.  Elle  eft  défendue  par 
un  château  ,  &  a  un  affcz  bon  port ,  mais  d'un  accès 
difficile  ,  à  caufe  d'une  barre  de  fable  qui  letravcrfe. 
Long.  cj.  20.  latit,  64.  ij.  (Z).  /.) 

SLEIDEN  ,  ou  SCHLIDEN  ,  (  Géog.  rno^.)  petite 
ville  d'Allemagne  ,  dans  le  duché  de  Juliers  ;  elle  eft 
un  chef-lieu  du  comté  de  même  nom  ,  &  a  une  cita- 
delle pour  fa  défenle. 

Stunnlus  (  Jean  )  ,  philologue  du  xvj,  fiecle,  na- 
quit à  Sleïden  en  1507  ,  6c  mourut  en  1589  ,  à  Bi 
ans.  Les  meilleurs  de  fes  ouvrages  font  fes  notes  fur 
la  rhétorique  d'Ariftote  Se  fur  Hermogene.  Le  P.  Ni- 
ccron  a  fait  l'article  de  ce  favant  dans  fon  hif- 
tolre  des  hommes  illuftres.  Il  ne  faut  pas  le  confondre 
avec  Sturmius  (  Jean  )  ,  né  à  Malines  ,  ni  avec  Stur- 
mlus  (  Jean-Chrlftophle)  ,  né  dans  le  duché  de  Ncu- 
bourg ,  tous  deux  mathématiciens  Se  connus  par  des 
ouvrages  en  ce  genre.  (Z?.  7.) 

SLESWICK  ,  ou.  SLESWICH  ,  (  Gèog.  mod.  ) 
ville  de  Danemarck  ,  capitale  du  duché  de  même 
nom  ,  fur  le  golphe  de  Slie  ,  à  6  milles  d'Allemagne 
de  Kiel ,  1 1  de  Gluckftad  ,  i  5  de  Hambourg  ,  i  7  de 
Lubeck.  Elle  eft  grande  ,  mais  fans  fortifications ,  & 
n'ayant  d'autre  églile  dans  fon  enceinte  que  la  cathé- 
drale, où  l'on  voit  les  tombeaux  des  anciens  ducs  de 
Slifwick.  Son  évêché  eft  fuffragant  de  Lunden.  Cette 
ville  a  perdu  fon  état  floriffant ,  par  les  malheurs  de 
toute  efpece  qu'elle  a  éprouvés  confécutlvement  ôc 
qu'elle  n'a  pu  éviter  à  caufe  de  fa  fituation  ,  qui  fe 
trouve  fur  les  frontières  des  Danois  ,  des  Saxons  6c. 
des  Suédois ,  peuples  qui  fe  font  toujours  fait  la  guer- 
re ,  6c  qui  tour-à-tour  ont  pris  ,  pillé  ,  brûlé  cette 
malheureufe  ville.  Long.  4^.  2.  latït.  34.33.  (-^-  -^O 

Sleswick  ,  duché  de  ,  (  Geog.  mod.  )  pays  de  Da- 
nemarck ,  qui  eft  proprement  le  Jutland  méridional. 
Ce  pays  a  le  nord-Jutland  pour  bornes  au  Septen- 
trion,la  mer  Baltique  à  l'orient,  le Holftein  au  midi, 
&  l'Océan  au  couchant.  Sa  longueur  eft  de  quinze 
milles  germaniques  ,  6c  fa  largeur  à-peu-près  de  dix. 
Il  eft  arrofé  d'un  grand  nombre  de  rivières  ,  qui 
n'offrent  dans  fa  partie  occidentale  que  prairies  6c 
pâturages  ;  fa  partie  orientale  confifte  en  de  grandes 
plaines  ,  qui  abondent  en  toutes  fortes  de  grains. 

Ce  duché  eft  une  ancienne  dépendance  du  royau- 
me de  Danemarck.  Il  eft  partagé  en  plufleurs  baillia- 
ges tous  fort  peuplés  ,  6c  dans  Icfquels  on  compte 
quantité  de  vdlages ,  quelques  fortereffes ,  &  qua- 
torze villes  ou  bourgs.  Slejwick  en  eft  la  capitale.  La 
noblcffe  de  cette  province  eft  divifée  en  ^quatre  cer- 
cles,dont  le  premier  eft  celui  d'Haderileben:  les  trois 
autres  font  ceux  de  Tondern  ,  de  Flensbourg  6c  de 
Gottorp. 

C'eft  dans  un  village  de  ce  dernier  cercle  ,  qu'eft 
né  Kunckel(^]fAn^^  célèbre  chlmifte  duxvij.  fiecle, 
mort  en  Suéde  en  1702.  Il  fe  rendit  fameux  par  hs 
nouvelles  inventions  ,  6c  particulièrement  par  celle 
duphofphore  d'urine, dont  quelques-uns  néanmoins 
lui  ont  difputé  la  découverte.  Les  principaux  ouvra- 
ges qu'il  a  publiés  font,  1°.  fur  l'art  défaire  le  verre; 
1°.  ohfervanones  difalihus  fixis ,  &  voUtUibus  ,  aura 
&  argento  poiabili  ;  nec  non  de  colore  metallorum  mi- 
neralium  f  6cc.  Lond.  1678,  in-8°.  Ce  dernier  ou- 
vrage avoit  d'abord  paru  en  allemand  à  Hambourg 
en  1676;  3°.  plufieurs  obfervatjons  chimiques  du 


s  M  A 

même  auteur  ont  été  répandues  dans  les  mémoires  des 
€urieux  de  la  nature.  CD.  /.) 

SLEW-BLOEMI ,  (  Géog.  mod.  )  montagnes  d'Ir- 
lande ,  dans  la  province  de  Leiniter  ,  au  Quéens- 
County.  Elles  donnent  la  lource  à  trois  rivières  ,  le 
Barrow  ,  la  Shure  &  la  Nure.  (Z?,  /.) 

SLEW-GALEN ,  (  Gcog.  mod.  )  montagnes  d'Ir- 
lande ,  dans  la  province  d'Ulfler  ,  au  comté  de  Ty- 
rone.  Ce  comté  ei\  divifé  en  deux  grandes  parties  par 
des  montagnes  qui  le  traverf'ent  dans  fa  longueur. 
Ces  montagnes  ont  quelques  mines  de  fer  ,  &  don- 
nent la  fource  à  diverfes  petites  rivières  ,  qui  coulent 
vers  le  lac  de  Neaugh.  (Z>.  /.) 

SOLDADIA,  ow^SOLDAIA  ,  (  Géog.  mod.  )  ville 
fur  la  côte  de  la  Tartarie-Crimée  ,  entre  la  ville  de 
Caffa  &  le  cap  Jukermen.  Cette  petite  ville  efl  prife 
pour  l'ancienne  Lagyra.  (^D.J.^ 

SLOANE ,(.  ï.  (^  Hijl.  nat.  Botan.  ")  jloana ,  genre 
de  plante  dont  la  fleur  eit  ou  monopétale  en  forme 
de  cloche  profondément  découpée ,  ou  fans  pétales 
&  compofée  de  plufieurs  étamines  ,  au  milieu  def- 
queiles  s 'élevé  un  piftil,  qui  devient  dans  la  fuite  un 
fruit  rond  ,  membraneux  &  hériflé  de  pointes.  Ce 
fruit  s'ouvre  en  quatre  parties ,  &  contient  des  fe- 
mences  oblongues  ,  renfermées  dans  une  lo^e  char- 

Fil  .  ^-^  ^ 

nue.  Plumier  ,  nova  plant,  amer.  gcn.  Foye^^  Plante. 

SLOBODA  ,  (  Géog.  mod.  )  ville  de  l'empire  Ruf- 
fien  ,  dans  la  province  de  Wiarka  ,  fur  la  rive  droite 
delà  Wiarka  ,  au-defTous  de  Orlo.  (Z>.  /.  ) 

SLONIM,  (  Géog.  mod.  )  petite  ville  du  duché  de 
Lithuanie  ,  au  palatinat  de  Novogrodeck ,  capitale 
d'un  diiiriâ:  de  même  nom  ,  fur  la  rive  gauche  de  la 
Sezara.  Long.  ^^,  lo.  latit.Si.  ^o.  (  D.  J.  ) 

SLOOTEN  ,  (  Géog.  mod.  )  petite  ville  des  Pro- 
vinces-Unies ,  dans  la  Frife  ,  capitale  du  Weftergoo, 
fur  le  lac  nommé  Slooter-meer  ,  à  une  lieue  du  Zui- 
derzée  ,  &  à  trois  de  Sneek.  Cette  ville  efl  marchan- 
de ,  bien  peuplée  ;  elle  a  pour  fa  défenfe  un  fofTé 
rempli  d'eau  ,  des  remparts  &  cinq  baftions.  Son  ter- 
roir eft  fertile  en  froment  &  en  pâturages.  Long. 
2:^^.7.  hùt.  62.3.  {D.J.) 

SLUCZK  ,  (  Géog.  mod.  )  ville  de  Pologne  ,  dans 
le  grand  duché  de  Lithuanie  ,  au  palatinat  de  Novo- 
grodeck, capitale  du  duché  de  même  nom  ,fur  la  ri- 
vière de  S/ucik.  Elle  eft  toute  bâtie  en  bois  ,  à  l'ex- 
ception de  quelques  édifices  publics  &  du  palais  du- 
cal. Long.  43.  J<y.  lacit.  5y.  37.  (^D.J.) 

SLYE  ,  ou  SLIE ,  ou  SLEY  ,  (  Géog.  mod.  )  rivière 
de  Danemarck  ,  dans  le  Jutland  méridional.  C'efl 
proprement  un  golphe  de  la  mer  Baltique ,  qui  entre 
dans  les  terres  ,  &  qui  eft  beaucoup  plus  long  que 
large.  Il  a  cinq  milles  de  longueur  ,  depuis  fon  em- 
bouchure jufqu'à  Gcttorp.  On  y  pêche  tovite  forte 
de  poifTons  ;  mais  l'embouchure  eli  fermée  par  du 
fable  ,  de  la  vafe  &  des  pierres  ,  enlbrte  qu'il  n'y  a 
pas  affez  de  fonds  pour  l'entrée  des  grands  vailléaux. 
iD.J.) 

S     M 

SMALAND  ,  (  Géog.  mod.  )  ou  Gothie  méridio- 
nale, province  de  Suéde  ,  dans  la  partie  méridionale 
de  la  Gothie.  Elle  eft  bornée  au  nord  par  l'Oftrogo- 
thie ,  au  midi  par  la  Schone  &  par  le  Bleczing  ,  au 
levant  par  la  mer  Baltique  ,  &  au  couchant  par  la 
Weftrogothie.  On  lui  donne  environ  quarante  lieues 
du  levant  au  couchant  ,  6c  vin^t-cinq  à  trente  du 
midi  au  nord,  le  long  de  la  côte.  Elle  eft  partagée  en 
plufieurs  territoires ,  ou  en  continent  &  en  îles.  Cal- 
mar eft  fa  capitale.  {D.J.) 

SMALKALDEN  ,  (  Géog.  mod.  )  les  François 
écrivent  SmaUalde  ,  ville  d'Allemagne  ,  dans  le  cer- 
cle de  la  haute  Saxe,  au  comté  de  Henncbcrg  ,  &: 
comprifc  dans  le  cercle  de  Franconie  ,  à  un  mille  de 
la  "Werra ,  à  fix  au  fud-ouefl  d'Erford.  C'cft  la  plus 


S  M  Ë 


^39 


confidérable  de  la  principauté  deKenneberg  &  elle 
appartient  aujourd'hui  au  prince  de  Heffe-CafTel 
Cette  ville  eft  renommée  dans  l'hiftoire  par  les  con- 
fédérations que  les  princes  proteftans  y  firent  eà 
^530  >  ^i  537  &  I  540  »  pour  la  défenfe  do.  leur  reli^ 
gion;  d'où  la  guerre  qu'entreprirent  contr'eux  Char-. 
les-Qumt  &  fon  frère  Ferdinand ,  fut  appellée  la 
guerre  fmalcallque  ,  dont  l'on  fait  l'événement.  Long, 
28.  47.  lat'u.  61.  C). 

Cdlarius  (  Chnftophle)  ,  l'un  des  plus  favàns  hom-" 
mes  de  (on  pays  ,  naquit  à  Smalk.ilden  en  1638  ,  & 
mourut  à  Hall  en  Saxe  en  1707  à  G'i  ans.  Il  a  donné 
un  grand  nombre  d'ouvrages  ,  &  a  procuré  la  réim- 
preftion  de  plufieurs  auteurs  anciens  ;  mais  entre  fes 
ouvrages  ,  aucun  ne  lui  a  fait  plus  d'honneur  que  fa 
géographie  ancienne  &  moderne  ,  dont  on  a  fait  plu- 
fieurs éditions.  On  trouvera  le  catalogue  de  fes  œu- 
vres ,  avec  des  remarques  ,  dans  le  P.  Nicéron ,  tom-, 
F.p.zy;^.&Jmv.{D.J.) 

SMALTE  ,  (  Qiimie  &  Méiall.  )  nom  que  l'on 
donne  aflez  fouvent  au  verre  coloré  en  bleu  par  le 
cobalt.  Foyei  ^'^''^-  Saffre. 

SMARAGDO  -PRASE  ,  f.  f.  (  Gram.  Mift.  nat: 
Lytholog.  )  forte  de  pierre  précieufe  ,  qui  tient  le  mi- 
lieu entre  l'émeraude  &  la  prime  d'émeraude.  Elle 
eft  verte  ;  elle  a  un  peu  plus  de  jaune  que  l'émerau- 
de ;  elle  eft  prefque  opaque ,  rarement  tranfparente. 
On  la.  regarde  ou  comme  une  faufile  émeraude  ,  ou 
comme  une  efpece  de  pierre  néphrétique. 

^  SMARAGDUS  ,  mon  s  ,  {Géog.  anc.)  montagne 
d'Egypte ,  fituée  ,  félon  Ptolomée  ,  /.  IF.  c.  v.  fur  la 
côte  du  Golfe  arabique;  c'eft  peut-être  dans  cettô 
montagne  qu'étoient  les  mines  d'émeraudes  dontHé- 
liodore  parle  fi  fouvent.  (  Z>,  /.  ) 

SMARTA  ,  {Hifi.  mod.)  nom  d'une  feue  de  prê- 
tres ou  bramines  de  l'Indoftan  ,  qui  prétendent  que 
les  dieux  Viflnou  &  Ijfuren  ou  Ruddiren  ,  ne  font 
qu'une  même  divinité,  adorée  fous  des  emblèmes  & 
des  figures  différentes.  Il  y  a  peu  de  gens  du  peuple 
qui  adoptent  cette  fefte ,  vu  que  fes  principes  pa- 
roifi"ent  fort  au-defiTus  de  la  capacité  du  vukaire. 

SMECTIS  ,  f  m.  {^Hifl.  nat.)  nom  donné  par  quel- 
ques naturaliftes  à  la  lard  ou  (leatite.  Foye^  Lard 
pierre  de. 

Wallerius  dans  fa  minéralogie  paonne  ce  nom  à  une 
efpece  de  marne,  qu'il  nomme  marga fullonum  fa- 
ponaaa  lamellofa  ,  ou  terre  à  foulon  favonneufe  & 
feuilletée. 

SMECTYMNUUS,  f.  m.  {HiJÎ.  d'Angl.)  eft  un  ter- 
me qui  a  été  célèbre  du  tems  des  guerres  civiles  & 
durant  l'interrègne.  Il  étoit  formé  des  lettres  ini- 
tiales des  noms  de  cinq  célèbres  miniftres  pres- 
bytériens de  ce  tems-Ià  ,  qui  font  Etienne  Mari 
shal  ,  Edmond  Calamy,  Thomas  Yong  ,  Matthieu 
Mewcomen  ,  &  Guillaume  Spurftow  ,  qui  écrivi- 
rent enfemble  un  livre  contre  l'épifcopat ,  en  l'année 
1641  ,  d'où  leur  eft  venu  à  eux  &  à  leurs  adhérens 
le  nom  de  fmcclymnuens. 

SMEGMA,  f.  m.  {hlédec.  anc.)  ce  mot  fe  trouve 
fi  fouvent  dans  les  auteurs  grecs ,  qu'il  ell  bon  de 
l'expliquer  une  fois.  Il  vient  de  a-juilxav ,  nettoyer  en 
frottant.  C'étoit  une  efpece  de  compofition  d'ufa^e 
en  fanté  &  en  maladie.  On  s'en  fcrvoit  particuliè- 
rement pour  frotter  la  peau ,  pour  en  ôter  les  déman- 
geaifons ,  pour  ouvrir  les  pores ,  pour  fouiager  des 
douleurs  de  la  goutte  ,  ou  pour  les  prévenir. 

La  bafe  de  cette  compolition  étoit  ou  des  chofes 
adoucifi'antes,  ou  des  poudres  détcrfives,  comme  de 
la  farine  de  fèves  ,  des  femcnccs  de  melon  ,  de  la 
corne  de  cerf,  de  l'antimoine  ,  des  os  de  fcche  ,  des 
coquillages ,  du  foufre ,  &  des  fcis  de  différentes 
fortes.  On  prenoit  aulfi  quelquefois  de  la  llaphifai- 
gre  ,  de  l'ellébore,  de  la  centaurée  ,  du  poivre  ,  du 
nard ,  du  cardamome  ;  on  prenoit  encore  des  ^om- 


a40 


S  M  I 


îîics  &  des  rcfinfs ,  comme  du  maftic  ,  de  l'encens , 
&c.  On  brùloit  quelques-unes  de  ces  matières  avant 
que  de  les  pulv  criier  ,  6c  ou  en  tbrmoit ,  par  le  mé- 
lange de  quelques  lues ,  des  mafles  qu'on  Icchoit ,  & 
qu'on  mcttolt  derechef  en  poudre ,  lorlqu'on  vou- 
loit  en  faire  ulage. 

Ces  poudres\'emploient  ou  feules ,  ou  incorpo- 
rées avec  du  miel ,  du  vin  ,  de  Ihuile  ,  de  la  crème 
d'orge ,  &i  Von  en  faifoit  une  compofition  de  la  con- 
fiitance  d'un  cataplalme,  dont  on  s'oignoit  le  corps 
en  tout  ou  en  partie.  L'on  y  ajoutoit  quelquefois  du 
favon  ,  ik  l'on  en  formoit  des  efpeces  de  favonettes; 
ainfi  l^/'m^'/u  tiroit  fis  différentes  vertus  de  la  di- 
verfué  des  drogues  qui  le  compoloienl.  (D.J.) 

SMElOWltSCH ,  f.  m.  {ffijl.  nat.  McJ.)  c'eft  le 
nom  qu'on  donne  à  une  maladie  qui  fe  fait  quelque- 
fois lentir  en  Rulfie  Ôi.  en  Sibérie.  Ceux  qui  en  font 
attaqués  fcntent  une  douleur  très-vive  ,  accompa- 
gi?ée  de  chaleur  à  un  doigt ,  &  il  s'y  forme  un  abiccs 
qui  devient  très-difiicile  à  guérir.  Voici  le  remède 
que  les  Tartares  y  appliquent.  On  prend  ime  once 
de  graille  de  porc  ;  une  livre  de  refine  de  fapin  ,  de 
verd  de-gris  Se  de  vitriol  de  cuivre  deux  gros;  une 
demi-once  d'alun  ,  &  deux  fcrupvdes  de  mercure  fu- 
blimé  ;  on  met  ce  mélange  fur  le  doigt ,  quand  même 
l'ablcès  ne  feroit  point  encore  formé  ,  vu  que  cela 
contribue  à  le  mûrir.  On  prétend  que  ce  remède 
guérit  en  peu  de  jours,  f^oyc^  Gmelin  ,  voyage  de  Si- 
bérie. Ce  mal  reffemble  beaucoup  à  celui  que  nous 
connoiflbns  fous  le  nom  de  mul  d'avanture. 

SMENl/S  ,  (Géog.  anc.)  fleuve  du  Péloponnèfe , 
dans  la  Laconie.  Ce  fleuve  a  fon  embouchure ,  dit 
Paufanias  ,  /.  ///.  c  xxiv.  à  la  gauche  d'un  promon- 
toire fort  élevé  ,  fur  lequel  il  y  a  un  temple  de  Dia- 
ne ,  furnommé  Dictyneu  ,  en  l'honneur  de  laquelle  il 
fe  célèbre  un  jour  de  fête  tous  les  ans.  Je  ne  connois 
point  de  fleuve ,  pourfult  Paufanias ,  dont  les  eaux 
foient  plus  douces  ,  ni  meilleures  à  boire.  Il  a  la  four- 
ce  dans  la  montagne  de  Taïgete  ,  &  paffe  à  cinq  iîa- 
des  de  la  ville.  C'eft  le  fleuve  Sménéos  de  Diodore 
de  Sicile.    (Z).  y.) 

SMIHEL,  {Giog.  mod.)  petit  ville  de  la  Turquie 
européenne,  dans  le  Budziac,  ou  la  Beflférabie ,  fur  la 
bouche  la  plus  feptentrionale  du  Danube,  environ  à 
quatre  milles  au-deffus  de  Kilia-Nova  ,qui  cilvraif- 
femblablement  Tomes. 

SMILAX  ,  f  m.  (  Botun.  )  entre  les  fix  efpeces  de 
fmilax  établies  par  Tournefort  ,  nous  décrirons  la 
première  ,  qu'il  appelle/wi/<z.v<7//7er^,  fruclu  rubînu^ 
I.  R.  H.  p.  6J4.  on  la  nomme  en  françois  Uferon  épi- 
neux. Elle  poufle  plufieurs  tiges  longues  ,  dures , 
cannelées ,  farmenteufes  ,  rameufes ,  pliantes  ,  gar- 
nies d'épines  &  de  mains  ou  vrilles,  par  le  moyen 
dei'quelles  elles  s'attachent  &  s'^entortillent  autour 
des  arbriffeaux  voifins.  Ses  feuilles  naiflTent  feules  par 
intervalles,  amples  ,  femblables  à  celles  du  tamnus , 
mais  plus  épaiffcs  ,  firmes  ,  nerveufes  ,  armées  d'é- 
pines ,  tant  fur  les  bords  que  fur  le  dos  ,  marquetées 
affcz  fouvent  de  taches  blanches. 

Ses  fleurs  naifl'ent  par  grappes  aux  fommités  des 
rameaux ,  petites  ,  blanches  ,  odorantes,  compofées 
chacune  de  fix  pétales  ,  difpofées  en  étoile  ,  avec  au- 
tant d'étamines  à  fommet  oblong.  Quand  ces  fleurs 
font  pafl'ées  ,  il  leur  fuccede  des  fruits  ronds  comme 
des  raifms ,  mollets  Se  rouges  dans  leur  maturité,  qui 
contiennent  deux  ou  trois  femences  rondes ,  liffes  , 
douces  au  toucher ,  d'une  couleur  rouge  brune  en- 
dehors  ,  blanches  en-dedans  ,  d'un  goût  fade  Si.  dés- 
agréable. Sa  racine  eft  ferpentante  ,  grofle  com- 
me le  doigt ,  noueufe  ,  fibreufe  ,  blanchâtre  &  vi- 


vace. 


Cette  plante  croît  aux  lieux  incultes  ,  le  long  des 
haies,  au  bord  des  chemins  ,  &  fur  les  montagnes  , 
en  Provence  ,  en  Languedoc,  &:  autres  pays  chauds^ 


S  M  O 

on  la  cultive  aufli  dans  les  jardins  ;  elle  fleurit  at» 
prlntems  ,  Sc  i^n  tiuit  mûrit  en  Juillet.  Ses  ruines 
s'emploient  en  médecine  pour  delfécher  Se  exciter  la 
fueur.   {D.  J.) 

SMILLE,  i.  t.  urmi  de  Maçonnerie ,  c'cfl:  un  mar- 
teau qui  lert  à  piquer  le  m.oéllon  ou  le  grais  ;  on  ap- 
pelle moellon  J'mUlé  ou  efniilU ,  quand  il  eft  piqué 
avec  la  fmiue. 

SMINTHE  ,  (Géog.  anc.)  Smintha,  ville  de  l'Afie 
mineure  ,  dans  la  Troade  ,  lelon  Etienne  le  géograà' 
phe,  Euftathe ,  Se  Q,  Calaber.  Elle  donnoit  fon  nom 
à  une  montagne  voifine  ,  appellée  Sminthium  nemus. 
Cette  ville  ,  qui  eft  nommée  Sminthium  par  Strabon, 
/.  X.  p.  4  73 .  étoit  voifine  d'Hamaxitia ,  &  fe  trou- 
voit  déierte  du  tems  de  ce  géographe  ,  qui  nous  ap- 
prend qu'il  y  avoit  divers  lieux  appelles  Smintlu  ; 
iavoir  ,  deux  près  d'Hamaxite  ,  hors  du  temple  d'A- 
pollon fminthien  ,  d'autres  dans  le  territoire  de  La-, 
riiTe ,  dans  Hic  de  Rhodes  ,  &  en  plufieurs  autres  en- 
droits. Sinintha  fut  une  ville  fur  la  côte  de  l'Hellef- 
pont.  Elle  devoit  fa  fondation  à  une  colonie  de  Cre- 
tois ,  Se  elle  avoit  un  temple  où  Apollon  rendoitdes 
oracles.  Homère  parle  de  Sminthe  dans  le  premier  li-. 
vre  de  Tiliade  : 

Tu'iS'oio  îtpi  ui'cttrJîi^f 

{D.J.) 

SMINTHîENokSMINTHIÉ,  adj.  (^Mythologie.) 
eft  une  épithete  qu'on  donne  à  Apollon,  qui  vient 
du  grec  <:y.iyboi ,  qui  fignitîe  un  rat. 

On  donne  deux  origines  à  ce  nom  :  on  dit  d'abord 
qu'il  y  avoit  dans  la  ville  de  Chrife  en  Mifie  un  prê- 
tre d'Apollon  ,  appelle  Crijîs  ,  contre  lequel  ce  dieu 
étant  irrité  par  la  négligence  avec  laquelle  il  rem- 
plifibit  fon  miniltere  ,  envoya  une  grande  quantité 
de  rats  pour  ravager  les  terres.  Mais  Crifis  ayant  ap- 
paiié  ce  dieu  ,  Apollon  vint  lui-même  à  fon  fecours, 
Se  détrulfit  tous  les  rats  à  coups  de  flèches  :  en  mé- 
moire de  cet  événement  Crifis  bâtit  un  temple  à  fon 
libérateur,  fous  le  nom  d'Apollon  fmintliien  ,  Se  ce 
temple  devint  célèbre  par  un  oracle. 

Clément  Alexandrin  raconte  à  ce  fujet  une  autre 
hiftoire  dans  fon  exhortation  aux  Grecs.  Les  Cretois  , 
dit-il ,  ayant  defli'ein  d'établir  \\\\ç  colonie  ,  conJlilte- 
rent  l'oracle  d'Apollon  ,  pour  favoir  en  quel  lieu  ils 
fe  fixeroient.  La  réponfe  fut ,  qu'ils  dévoient  choifir 
l'endroit  où  les  enfans  de  la  terre  s'oppoferoient  à  leur 
paflâge.  Quand  ils  furent  arrivés  dansTHellelphont, 
les  rats  rongèrent  pendant  la  nuit  toutes  les  cordes 
de  leurs  arcs  ;  ce  qu'ils  prirent  pour  un  accomplifte- 
ment  de  l'oracle  ,  Se  bâtirent  dans  ce  lieu  une  ville 
qu'ils  appellerent  Smynthe  ,  un  temple  à  Apollon 
J'mintheus ,  obtinrent  pour  facrés  tous  les  rats  des  en- 
virons de  ce  temple. 

SMOLEMSKO,  {Géog.  mod.^)  ville  de  l'empire 
rufiien,  capitale  du  duché  de  même  nom,  fur  la  riv« 
droite  de  Nieper  ,  fur  les  confins  de  la  Mofcovie  ,  à 
78  lieues  au  i'ud-oueft  de  Mofcou.  Elle  eft  grande 
Se  fortifiée  d'un  bon  château  ,  qu'on  voit  fiir  une 
montagne.  Son  évêché  eft  futïragant  de  Gnefne. 
Cette  ville  a  été  fouvent  le  théâtre  de  la  guerre.  Elle 
appartenoit  d'abord  aux  grands  ducs  de  Rufiie  ,  fut 
enfuite  conquife  par  le  grand  duc  de  Lithuanie,  ail 
commencement  du  xv.  fiecle  ,  Se  reprife ,  cent  ans 
après  ,  par  les  anciens  maîtres,  Sigil'mond  III.  roi  de 
Pologne,  s'en  empara  en  161 1.  Le  czar  Alexis,  père 
de  Pierre  le  grand ,  la  recouvra  en  1654.  Les  Polo- 
nois  lui  cédèrent  toutes  leurs  prétentions  fur  cette 
place,  en  1687  ,  Se  depuis  lors  ,  elle  a  toujours  fait 
partie  de  l'empire  de  Rulfie.  Long.  60.  ;^S.  latit.  64. 
5:.  (V.J.) 

SmolenskO  ,  duché  de  ,  (  Géog.  mod.  )  duché  de 
l'empire  de  RuiTie,  borné  au  nord  par  la  principauté 

de 


s  M  Y 

de  Biéla  j  au  midi  par  une  partie  de  la  Scverie  ,  au 
levant  par  le  duché  de  Molcou  ,  6c  au  couchant  par 
les  palatinats  de  Mfcillaw  &  de  Witepsk.  Le  duché  de 
Smolcnsko  fait  une  partie  de  l'ancienne  Sarmatie  eu- 
ropéane  ;  il  compoioit  avec  le  duché  de  Molcovie  la 
Riilfie  blanche  proprement  dite.  Sa  capitale  porte  le 
même  nom  de  Smolcnsko.  (Z>.  J.) 

SMYRNE,  (Gcog.  anc.  &  Médailles.)  ville  célè- 
bre de  rionie,  à  150  flades  au  midi  du  fleuve  Her- 
mus,  au  fond  d'un  grand  golfe,  avec  un  port  fpa- 
cieux  qui  fubfille  encore  le  même.  Elle  fut  fondée 
1 114  ans  avant  J.C.  168  ans  après  la  prife  de  Troie. 
Strabon  l'a  décrite  avec  foin,  telle  qu'elle  étoit  de 
■fon  tems  :  voici  comme  il  en  parle. 

Lorfque  les  Lydiens  eurent  détruit  Smyrne ,  la 
campagne  d'alentour  n'étoit  peuplée  que  de  villa- 
ges pendant  quatre  cens  ans  ou  environ.  Antigonus 
la  rebâtit ,  &  Lyfimachus  après  lui  ;  c'eft  aujourd'hui 
une  des  plus  belles  villes  d'Afie.  Une  partie  efl:  bâtie 
fur  la  montagne  ;  mais  la  plus  grande  partie  efl  dans 
une  plaine,  fur  le  port,  vis-à-vis  du  temple  de  la 
mère  des  dieux  &  du  gymnafe  ou  de  l'école.  Les 
rues  font  les  plus  belles  du  monde,  coupées  en  an- 
gles droits  ,  &  pavées  de  pierre.  Il  y  a  de  grands 
portiques  carrés  au  plus  haut  &  au  plus  bas  de  la 
ville,  avec  une  bibliothèque  &  un  homérion  qui  efl 
un  portique  carré  avec  un  temple  où  efl  la  flaîue 
d'Homère:  car  ceux  de  Smyrm  font  fort  jaloux  de 
ce  qu'Homère  a  pris  naiffance  parmi  eux ,  &  ils  ont 
un  médaillon  de  cuivre  qu'ils  appellent  homérion  de 
fon  nom.  La  rivière  de  Melès  coule  le  long  des  mu- 
railles. Entre  les  autres  commodités  de  la  ville,  il  y 
a  un  port  qui  fe  ferme  quand  on  veut. 

On  voit  par  ce  pafTage  de  Strabon ,  que  les  Ly- 
diens avoient  détruit  une  ville  encore  plus  ancienne 
C[ue  celle  qu'il  décrit;  &  c'eft  de  celle  dont  parle 
Hérodote ,  lorfqu'il  affure  que  Gigès  roi  de  Lydie 
déclara  la  guerre  aux  Smyrnéens ,  &  qu'Halyates 
fon  petit-  fils  s'en  empara.  Elle  fut  enfuite  maltraitée 
par  les  Ioniens,  fiirprife  par  ceux  de  Colophon, 
enfin  rendue  à  les  propres  citoyens,  mais  démem- 
brée de  l'Éolide  fous  l'empire  des  Romains. 

La  Smyrne  de  Strabon  étoit  vraifi'emblablement 
fur  ime  montagne  au  fud  de  la  nouvelle  &  au  cou- 
chant de  la  haute  fortereffe  ;  car  on  y  voit  plufieurs 
monceaux  de  pierre ,  outre  un  grand  bâtiment  dé- 
moli. Ce  bâtiment  peut  avoir  été  le  temple  de  Cy- 
bele,  la  grand'mere  des  dieux.  Pour  ce  qui  eft  de 
l'homcrion  ,  on  pourroit  croire  qu'on  l'a  appelle  le 
temple  de  /a/2K5,peut-être  à  caufe  de  quelque  reffem- 
blance  avec  celui  de  Rome  ,  car  il  n'eft  pas  fort  éloi- 
gné de  la  rivière  que  l'on  fuppofe  avoir  été  celle  de 
Melès.  C'eft  un  petit  portique  ou  bâtiment  carré  de 
pierre,  d'environ  trois  braffes  de  long  &  de  large, 
avec  deux  portes  oppolées  l'une  à  l'autre,  l'une  au 
nord  &  l'autre  au  fud  ,  avec  une  grande  niche  en- 
dedans  contre  la  muraille  orientale,  où  pouvoit  être 
l'efHgie  d'Homère ,  quoiqu'il  y  en  ait  qui  aflitrent 
que  c'étoit  un  temple  de  Janus. 

On  ne  peut  guère  conjefturer  où  étoit  le  gymna- 
Jium,  non-plus  que  les  beaux  portiques  qui  ornoient 
cette  place.  Le  port  qu'on  ouvroit  &  que  l'on  fer- 
moit  quand  on  vouloit ,  pouvoit  être  cette  petite 
place  carrée  fous  la  citadelle, qui  fert  à  préfent  de 
havre  aux  galères  &  aux  autres  petits  vaifTeaux. 
Mais  le  théâire  6c  le  cirque  ne  font  pas  des  moin- 
dres reftes  des  antiquités  de  cette  ville ,  quoique  Stra- 
bon n'en  parle  point ,  apparemment  parce  qu'ils 
n'exiftoient  pas  encore  de  fon  tems. 

Le  théâtre  étoit  fur  le  penchant  d'une  montagne , 
au  nord  de  la  citadelle  ,  6c  bâti  de  marbre  blanc.  On 
l'a  détruit  dans  le  fiecle  paflé  pour  faire  un  Ican  nou- 
veau, &  un  ba/.ar  qui  eft  voûté  de  pierres  de  taille, 
Tome  XK 


S  M  Y 


241 


&  long  de  quatre  cens  pas.  On  a  trouvé  dans  le? 
fondemens  un  pot  de  médailles  qui  font  toutes  de 
l'empereur  Gallien  ,  de  fa  famille  ,  &  des  tyrans  qui 
régnoient  en  même  tems  que  lui;  ce  qui  feroit  con- 
je£hirer  que  cet  empereur  avoit  fait  bâtir  ce  fupcrlje 
édifice ,  ou  que  du-moins  il  avoit  été  bâti  de  fon 
tems.  Il  y  en  a  pourtant  qui  afTurent  qu'il  rut  bâti  du 
tems  de  l'empereur  Claude.  Ils  fe  fondent  f.ir  ce 
qu'on  a  trouvé  dans  la  fcene  de  ce  théâtre  une 
bafe  de  ftatue  qui  n'avoit  que  le  mot  de  Claudius. 
Ce  n'eft  pas -là  néanmoins  une  preuve  fufiifante, 
parce  qu'il  eft  affez  ordinaire  de  trouver  dans  les 
fondemens  des  anciens  bâtimens  les  médailles  des 
fondateurs  ou  des  empereurs  contemporains. 

Le  cirque  étoit  creufé  profondément  dans  la  mon-« 
tagne  qui  eft  au  couchant  de  la  citadelle.  Il  eft  fi  biea 
détruit, qu'il  n'en refte, pour  ainfi  dire,que  le  mouler 
on  en  a  emporté  tous  les  marbres,  mais  le  creux  a 
retenu  fon  ancienne  figure.  C'efl  une  efpece  de 
vallée  de  465  pies  de  long,  fur  i  io  de  largeur,  dont 
le  haut  eft  terminé  en  demi-cercle  &  le  bas  eft  ou- 
vert en  quarré.  Cet  endroit  préfentement  eft  fort 
agréable  par  ia  peloufe,  car  les  eaux  n'y  croupifTent 
point.  Il  ne  faut  pas  juger  de  la  véritable  grandeur 
du  cirque  ou  du  ftade ,  par  les  mefùres  que  nous 
avons  rapportées  ;  on  fait  que  ces  fortes  de  lieux 
n'avoient  ordinairement  que  115  pas  de  long,  6c 
qu'on  les  appelloit  diaules,  quand  ils  avoient  le  dou- 
ble d'étendue  comme  celui-ci.  On  découvre  de  cette 
colline  toute  la  campagne  de  Smyrne  qui  eft  parfai- 
tement belle ,  &  dont  les  vins  étoient  eftimés  dit 
tems  de  Strabon  &  d'Athénée. 

On  voit  dans  ce  même  endroit  quantité  d'anciens: 
fondemens,  m,ais  on  ne  fait  point  ce  que  c'étoit.  Les: 
infcriptions  qu'on  y  trouve  ,  &  qui  concernent  tou- 
tes la  ville  de  Smyrne ,  font  en  aflez  grand  nombre  ; 
quoique  la  plupart  ne  foitnt  que  des  fragmens  où 
on  lit  le  nom  des  empereurs  Tibère  ,  Claude  &  Né- 
ron. Strabon  donne  à  plufieurs  princes  le  titre  de 
rejî  aura  leurs  de  Smyrne  ;  &  le  fragment  d'une  de  ces 
infcriptions  attribue  la  même  gloire  à  l'empereur 
Adrien  en  ces  termes  :  aytokpatopi,  AAPiANni. 
OArMnim  laTHPi  kai  ktihthi  ;  c'eft-à-dire: 
»  A  l'empereur  Adrien  ,  olympien ,  fauveur ,  &: 
»  fondateur. 

Spon  a  tranfc;rit  une  grande  infcription  tirée  duL 
même  lieu;  c'eft  une  lettre  des  empereurs  Severe, 
Antonin  &  Caracalla  à  ceux  de  Smyrne  ;  en  voici  la 
traduftion  :  »  Les  très-divins  empereurs  Severe  Se 
»  Antonin ,  à  ceux  de  Smyrne.  Si  ClcUidius  Rufinus 
»  votre  citoyen ,  lequel  à  caufe  de  fon  application 
»  aux  études  &:  à  l'art  d'orateur,  eft  difpenfé  des 
»  charges  pubUques  félon  les  divines  conftitutions 
»  établies  par  nos  ancêtres  ,  eft  néanmoins  obli- 
»  gé  par  une  néceffité  indifpenfable  ,  &  à  votre 
»  réquifition ,  d'accepter  l'emploi  de  gouverneur  , 
»  faites  en  forte  qu'il  ne  foit  pas  troublé  par  d'autres 
»  occupations,  comme  il  eft  jufte  ;  car  ce  feroit  une 
»  chofe  indigne  de  lui  que  l'aftedion  qu'il  vous  por- 
»  te ,  lui  devînt  onéreufe  ;  puifque  c'efl  vous-mêmes 
»  qui  avez  demandé  cette  grâce  pour  lui.  Bien  vous 
»  foit.  Les  députés  ont  été  Auréhus ,  Antonius  6c 
»  iElius  Spératus. 

On  a  donné  dans  les  mémoires  de  Littérature, 
tome  IV.  pag.  66.  une  infcription  greque  envoyée 
de  Smyrne ,  avec  des  remarques  par  ÎVl.  K.ufler.  Cette 
infcription  traduite  en  françois  ,  porte  : 

Hermogcne  fils  de  Charimede,  qui  a  écrit  de  la 
Médecine,  efl    mort  âgé  de    ibixante  &  dix-fept 
ans ,  &  ayant  laifVé  autant  de  traites. 
De  Médecine ,  fbixante-dou/e. 
De    livres  hilloriques ,  favoir  ,  de   la  ville  de 
Smyrne  y  deux, 

H  h 


44^ 


s  M  Y 


es 


De  la  fageflc  d'Homère  un  ,  de  fa  patrie  un. 

De  l'origine  des  villes  d'Aiie  deux ,  de  ces  villes 
de  l'Europe  quatre,  de  celles  des  îles  un. 

De  laini'îLire  de  l'AIic  par  Itades  un,  &  de  cell 
de  l'Europe  un. 

l^Qi  llratagèmcs  deux. 

Ij.i  catalogue  dc'S  Ioniens,  &:  la  ùicceiTion  des 
magiitracs  de  Smymc  i'elon  l'ordre  des  teins. 

Si  tous  ces  ouvrages  ne  s'étoicnt  pas  perdus ,  nous 
aurions  pins  de  connoiillince  que  nous  n'avons  de  la 
ville  de  Smyrnc ,  car  cet  Hcrmogcne  médecin  en 
étoit  lans  doute  natit. 

Nous  obferverons  en  paflfant,  que  cette  infcription 
en  Ion  honneiu"  écrit  Z,uJf  :  h?  par  un  z,  &:  Z',turva /'<<»■,  au 
lieu  de  fxvpaiuv.  Il  ne  faut  pas  s'itnagincr  que  ce  foit 
une  faute  du  graveur;  au  contraire  le  nom  Aç:Smyrne 
s'écrivoit  anciennement  auifi  bien  par  un  Z  que  par 
un  -,  quoique  plus  fouventpar  un  ï:  Lucien  nous  ap- 
prend cela  dans  fon  traité  qui  a  pour  ùtreJt/ge/neniJcs 
voyelles.  Dans  ce  traité ,  la  lettre  2  par  une  profo- 
popée ,  dit  que  fouffrant  afTez  patiemment  le  tort 
que  les  autres  lettres  lui  faifoient,elle  ne  s'étoit  ja- 
mais plaint  de  la  lettre  Z  qui  lui  avoit  ôté  les  mots 
de  Sinaragde  &  de  Smyrne.  Outre  cela ,  il  y  a  des 
médailles  anciennes  où  au  lieu  de  z/j.vpvcL;'uv,  il  fe 
trouve  Z[A<j^vai(iv  par  un  Z;  M,  de  Boze  en  avoit 
deux  dans  fon  cabinet.  On  trouve  Zmyrmzorum  au 
lieu  àe  Srnyrnaorum ,  dans  une  ancienne  infcription 
latine  citée  par  Gruter. 

Les  marbres  d'Oxford  nous  offrent  auflilkles  inf- 
criptions  curieufes  de  Smyrne  j  mais  les  médailles 
frappées  dans  cette  ville,  la  font  mieux  connoître. 
Plufieurs  de  ces  médailles  nous  apprennent  qu'elle 
avoit  un  Prytanee,  car  elles  font  mention  de  fes 
Prytanes. 

La  place  du  château  de  Smyrne  moderne  étoit  oc- 
cupée dans  le  tems  de  la  belle  Grèce  par  une  cita- 
delle fous  la  protection  de  Jupiteréthcrée,ou  qui  pré- 
fidoit  aux  lieux  élevés.  Paufanias  afllire  que  le  fom- 
met  delà  montagne  de  5//.j''^2  appelle  Coryphe,  avoit 
donné  le  nom  de  coryphécn  à  Jupiter  qui  y  avoit  un 
temple.  Il  y  a  un  beau  mcdaiilon  où  ce  dieuéthérée 
eft  repréfenté  affis ,  auffi-bien  que  fur  une  médaille 
de  Velpafien  ,  où  le  même  dieu  afiis  tient  de  la  main 
droite  une  viftoire ,  &  une  hafte  de  la  main  gauche. 

M.  de  Boze  a  pubUé  dans  les  mémoires  de  Litté- 
rature tom.  X^ll.  in-i^.  des  réflexions  favantes  fur 
une  médaille  antique  frappée  par  les  habitans  de  la 
ville  de  Smyrm  en  l'honneur  de  Sablnia  Tranquillina, 
femme  de  Gordien  Pie.  On  voit  d'un  côté  fur  cette 
médaille  le  bufte  d'une  princeffe,  repréfentée  fous  la 
figure  &  avec  les  attributs  de  Gérés,  tenant  d'une 
main  des  épis,  &  de  l'autre  une  corne  d'abondance: 
on  lit  autour  de  ce  portrait,  CMYPNAiaN.  npaTiiN, 

ACIAC. 

Au  revers  eft  une  femme  de-bout,  le  pié  droit  ap- 
puyé contre  une  proue  de  vaiffeau ,  la  tête  couron- 
née de  tours ,  &  les  cheveux  noués  &:  foutenus  par 
derrière  avec  une  efpece  de  ruban  :  fon  habillement 
relevé  &  plifl'c  à  la  manière  de  nos  anciennes  cottes- 
d'armes,  finit  de  mêm.e  au-defTus  du  genou:  elle 
tient  de  la  main  droite  une  paterc,  &  de  la  gauclie 
cette  forte  de  bouclier  contourné,  qui  étoit  particu- 
lier aux  amazones  &  qu'on  nommoit  pelto.  On  re- 
marque au-delious  un  bout  de  draperie  ou  une  ef- 
pece de  petite  ferviette  ,  qui  aidoit  fans  doute  à  te- 
nir le  bouclier  plus  ferme ,  &  qui  pouvoir  encore 
fervir  à  d'autres  ufages. 

A  ces  diftérens  fymboles  ,  il  eft  aifé  de  reconnoître 
l'amazoïic  à  qui  les  habitans  de  Smyrne  rapportoient 
le  nom,  l'origine  &  la  fondation  de  leur  ville.  La  cou- 
ronne de  tours  auroit  peut-être  fuiH pour  l'indiquer; 
mais  ils^om  été  bien  aiies  d'exprimer  encore  par  la 


S  M  Y 

patere  que  les  cérémonies  religieufes  ,  les  fa'crifîces 
iur-tout  qu'on  avoit  coutume  de  faire  en  zt%  ibrtes 
d'occafions,  n'avoient  pas  été  oubliés;  &  qviant  à  la 
proue  de  vailfeau qui  elt  l'attribut  ordinaire  des  villes 
maritimes  ,  on  fait  que  Smyrne  a  toujours  paflé  pour 
un  des  m.eilleurs  ports  de  l'Archipel. 

Autour  de  ce  type  ingénieux  règne  une  infcrip- 
tion dont  la  plùp;;rt  des  mots  font  abrégés  ;  elle  doit 
être  lue  ainfi ,  eu/  CrpaTH^où  Map^^uu  AYPHArou  TEP* 
Tior  ACIAPXOT  ;  &:  les  deux  légendes  réunies  di- 
lent  que  la  médaille  ou  monnoie  dont  il  s'agit  a  été 
frappée  par  les  Smyrnéens  qui  font  les  premiers  de 
l'Afie,  fous  la  préture  de  Marcus  Aurélius  Tertitis, 
Afiaroue. 

1 

Quand  les  villes  de  la  Grèce  &  de  l'Afie  mineure 
paucrent  fous  la  domination  des  Pv.omains,  elles  fu- 
rent ,  ce  femble  ,  encore  plus  jaloufes  qu'auparavant 
des  titres  d'honneur  dont  elles  jouiffbient,  &  plus 
attentives  à  lé  maintenir  dans  les  droits  qu'elles 
croyoient  avoir  infenfiblement  acquis  les  unes  fur 
les  autres.  Les  hllcoriens  ont  négligé  ce  détail ,  mais 
les  monumens  antiques  nous  en  ont  confervé  des 
preuves  fenlib'es  :  telle  eft  entr'autres  celle  qui  fe 
tire  du  titre  de  première  ville  de  V AJîe  que  Smyrne  fe 
donne  fur  la  médaille  dont  on  vient  de  parler  :  il  y 
en  a  plufieurs  autres  qui  la  confirment.  Les  Smyr- 
néens ,  dit  Tacite  ,  fe  vantoient  d'être  les  premiers 
de  tous  les  peuples  d'Afie  ,  qui  avoient  drefte  dans 
leur  ville  un  temple  à  Rome  dans  le  même  tems  qu'il 
y  avoit  de  puiftans  rois  en  Afie ,  qui  ne  connoiflToient 
pas  encore  la  valeur  des  Romains. 

Trois  villes  célèbres,  Pergame ,  Ephefe  &  Smyrm^ 
fe  difputerent  vivement  cette  primatie  de  l'Afie  fous 
l'empire  des  deux  premiers  Antonins.  Jufque-là  elles 
avoient  vécu  dans  une  parfaite  intelligence  :  il  y 
avoit  même  entr'elles  une  aflbciation  particulière, 
qui  mettoit  en  commun  pour  les  habitans  de  chacune 
le  droit  de  bourgeoifie,  î'ufage  des  temples ,  le  culte 
des  divinités,  les  facrifices,  les  fêtes  &  les  jeux  ;  & 
cette  affociation  marquée  fur  la  plupart  de  leurs  mé- 
dailles y  eft  exprimée  en  ces  termes  :  EvEriiiN  i-MYr- 
KAION  iiEPrAMHNr^N  OMONOIA.  Une  malheureufe 
idée  de  préféance  les  divifa  bientôt.  Pergame  aban- 
donna la  première  fes  prétentions  pour  le  bien  de 
la  paix  ,  mais  rien  ne  put  détacher  Smyrne  du  titre 
de  première  de  C AJie  ,  car  immédiatement  après  la 
mort  de  Marc-Aurele  elle  fit  frapper ,  en  l'honneur 
de  Commode ,  une  médaille  où  on  lit ,  comme  fur  les 
précédentes  :  -iMY^NAmN  aprzTiiN.  asias:. 

L'ambition  ou  la  diligence  des  Smyrnéens  ne  por- 
ta pas  grand  préjudice  aux  habitans  d'Ephefe  ,  qui  , 
félon  toutes  les  apparences  favorifés  par  Septime  Sé- 
vère ,  frappèrent  deux  médailles  en  fon  honneur  , 
l'une  avec  la  légende  ordinaire  ,  EvKJ^ii'iN  nPiiTi^M 
A2ÎA2.;  l'autre  avec  cette  infcription  détournée,  Zl  Y2 
EîE2io^-niaïo2-i2iAy  ^  «  le  premier  Jupiter  des 
»  Ephéfiens  eft  le  premier  de  l'Afie  »». 

Smyrne  voulant  enrichir  fur  les  exprclTions  d'E- 
phefe ,  fit  frapper  en  l'honneur  de  Caracalla  un  mé- 
daillon ,  où  elle  ajouta  au  mot  riPfiTH  a^iai  ceux  de. 
KAAAEl  itAi.  MEi  t©Ei ,  pour  marquer  qu'elle  étoit 
la  première  &  la  plus  confidérable  ville  de  l'Afie  par 
fa  grandeur  &  par  la  beauté  :  cependant  ces  termes 
affeûés  ,  loin  de  lui  donner  un  nouvel  avantage ,  fu- 
rent regardés  comme  une  reftridiion  favorable  aux 
Ephéfiens,  qui  ne  trouvèrent  rien  de  plus  précis  pour 
alTùrer  leur  vidloire  que  l'infcription  qu'ils  mirent  au 
revers  d'une  médaille  de  Macrin  ,  E^ESiiiNMONiW. 
riPi:iTi.sN.A2,iA:5  ,  «  des  Ephéfiens  qui  font  les  feuls 
»  premiers  de  l'Afie  >». 

En  même  tems  q\\q  Smyrne  difputoit  de  rang  avee 
Ej>hefe,  fes  médailles  nous  apprennent  qu'elle  étoit 
lice  de  confédération  avec  plufieurs  autres  villes , 


s  M  Y 

comme  avec  Thyatire  ,  Apollinarii.  Se  Hîérapolîs,  | 
L'aflbciation  avec  cette  dernière  ville  femble  môme 
avoir  été  folemnilce  par  quelques  jeux  ,  car  on  a  des 
médailles  où  cette  confédération ,  ê/uttcia. ,  eft  repré- 
sentée par  deux  urnes  remplies  de  branches  de  pal- 
mier. 

Il  y  a  des  médailles  de  Smymc  oui  nous  appren- 
nent d'autres  particularités.  Telles  Ibnt  les  médailles 
qu'elle  a  frappées  des  empereurs  Tite  &:  Domitien , 
avec  une  figure  chargée  fur  le  revers  qui  porte  un 
rameau  dans  fa  main  droite  ,  une  corne  d'abondance 
dans  la  gauche  ;  l'eau  qui  en  tombe  repréfente  la  ri- 
vière d'Hennus.  On  y  lit  les  moti  fuivans  :  2MYP- 
NAiflN  EPMOii  Eni  iiiNioYS  ,  c'eft-à-dire  «  Hermus 
»  des  habitans  de  Sn:yrm  dans  l'Ionie  »  :  on  en  peut 
recueillir  que  ceux  de  Smyrne.  tiroient  tribut  de  la 
rivière  d'Hermus ,  &  qu'elle  étoii  annexée  à  l'Ionie. 

Mais  pour  dire  quelque  chofe  de  plus  à  la  gloire 
de  Sinymn ,  elle  fut  faite  néocore  fous  Tibère  avec 
beaucoup  de  diftinfîion  ;  &  les  plus  fameufes  villes 
d'Afie  ayant  demandé  la  permiiiion  à  cet  empereur 
de  lui  dédier  un  temple  ,  Smyrne  fut  préférée.  Elle 
devint  néocore  des  Céfars  ,  au-lieu  qu'Ephefe  ne 
rétoit  encore  que  de  Diane  ;  &  dans  ce  tems-là  les 
empereurs  étoient  bien  plus  craints  ,  &  par  confé- 
quent  plus  honorés  que  les  déeffes.  Smyrne  fut  dé- 
clarée néocore  pour  la  iéconde  fois  fous  Adrien, 
comme  le  marc|uent  les  marbres  d'OxforJ;  enfin  elle 
eut  encore  le  même  honneur  lorfqu'elle  prit  le  titre 
de  première  ville  d"  JJîc  fous  Caracalla  ,  titre  qu'elle 
conferva  fous  Julia  Mcefii ,  fous  Alexandre  Sévère, 
fous  Julia  Memmœa ,  fous  Gordien  Pie  ,  fous  Otacil- 
la  ,  fous  Gallien  6c  i'ous  Salonine. 

Spon  cite  une  médaille  de  cette  ville  qui  préfente 
le  frontifpice  d'un  temple  ,  une  divinité  debout  en- 
tre des  colonnes  ,  &  cette  légende  autour  ,  >:myP- 
NAli^N...  r...  NEi-KOPi.N.  c'eft-à-du-e,  le  fénat  de 
Smyrne  trois  fois  néocore.  Il  femble  que  cetlc  médaille 
fuppofe  une  divinité  proLedrice  du  {'h\-jLi^  lequel  ils 
appelloienty^zi/2/ ,  comme  il  paroît  par  le  titre  d'une 
infcription  de  cette  ville  qui  dit  :  «  A  la  bonne  for- 
M  tune  ,  à  l'illuflre  métropolitaine  ,  néocore  pour  la 
»  troificme  fois  de  l'empereur  ,  conformément  au 
»  jugement  du  faint  fénat  de  Smyrne  ». 

Au  défaut  des  médailles ,  Fhiftoire  nous  inftruit 
des  diverles  révolutions  de  cette  ville.   Dès  que  les 
Romains  en  furent  les  maîtres  ,  ils  la  regardèrent 
comme  étant  la  plus  belle  porte  d'Aile ,  6c  eii  traitèrent 
toujours  les  citoyens  fort  humainen  ent  ;  ceux-ci, 
pour  n'être  pas  expofés  aux  armes  des  Romains  ,  les 
ont  beaucoup  ménagés  &  leur  ont  été  fidèles.  Ils  fe 
mirent  fous  leur  protection  pendant  la  guerre  d'An- 
tiochus  ;  il  n'y  a  que  Crafliis  proconful  romain  qui 
fut  malheureux  auprès  de  cette  ville.  Non-feulement 
il  fut  battu  par  Ariltonicus ,  mais  pris  &  mis  à  mort  : 
fa  tête  fut  prélentée  à  Ion  ennemi ,  &  fon  corps  en- 
féveU  à  Smyrne.  Porpenna  vengea  bientôt  les  Ro- 
mains ,  &  fit  Captif  Ariflonicus.  Dans  les  guerres  de 
Céfar  &:  de  Pompée  ,  Smyrne  fe  déclara  pour  ce  der- 
nier ,  6c  lui  fournit  des  vaiffeaux.  Après  la  mort  de 
Céfar,  Smyrne  ,  qui  penchoit  du  côté  dos  conjurés  , 
refula  l'entrée  à  Dolabella  ;  &  reçut  le  conful  Tre- 
bonius  l'im  des  principaux  auteurs  de  la  mort  du 
diélateur  :  mais  Dolabella  l'amufa  fi  à-propos  ,  qu'é- 
tant entré  la  nuit  dans  la  ville,  il  s'en  laifit ,  &  le  fit 
martyriier  pendant  deux  jours.  Dolabella  cependant 
ne  put  pas  conferver  la  place  ,  CafTius  &  Brutus  s'y 
affemblerent  pour  y  prendre  leurs  mcfures. 

On  oublia  toiit  le  pafîe  quand  Augufte  fut  paifible 

pofTefTeur  de  1  empire.  Tibère  honora  Smyrne  de  fa 

isienveillance  ,  &  régla  les  droits  d'afyle  de  la  ville. 

M.  Aurcle  la  fit  rebâtir  après  un  grand  tremblement  de 

Tome  XF, 


S  M  Y 


245 


terre. Les  empereurs  grecs  quil'ont  pofTédée  aprèsles 
Romains  la  perdirent  fous  Alexis  Comnène  ;  les  Mu- 
fulmans  en  chafl'erent  les  Latins  &  les  chevaliers  de 
Rhodes  à  diverfes  reprifes.  EnfinMahometLen  f:t  dé- 
molir les  murailles.  Depuis  ce  tems-là  ,  les  Turcs 
font  refiés  paifibles  pofiefieurs  de  Smyrne^  où  ils  ont 
bâti  pour  fa  défenfé  une  efpece  de  château  à  gauche 
en  entrant  dans  le  port  des  galères  ,  qui  efll  ancien 
port  de  la  ville.  Des  fept  églilcs  de  l'apocalypfe  c'eft 
la  feule  qui  fùbfifle  avec  honneur  ;  Sardes  fi  renom- 
mée par  les  guerres  des  Perfes  &  des  Grecs  ;  Per- 
game  ,  capitale  d'un  beau  royaume  ;  Ephefe  qui  fe 
glorifioit  avec  raifon  d'être  la  métropole  de  l'Afie 
mineure  ;  ces  trois  célèbres  villes  ne  font  plus  ,  ou 
font  de  petites  bourgades  bâties  de  boue  &  de  vieux 
marbre  ;  Thyatire  ,  Philadelphie  ,  Laodicée  ne  font 
connues  que  par  quelques  refîes  d'infcriptions  où 
leur  nom  fe  trouve  ;  mais  la  bonté  du  port  de  Smyr- 
ne y  fi  néceffalrc  pour  le  commerce,  l'a  confervée 
riche  &  brillante  ,  &  l'a  fait  rebâtir  plufieurs  fois 
après  avoir  été  renverfée  par  des  tremblemens  de 
terre.    Foye^  donc  Sm  yrnE  ,  (  Géog.  mod.  ) 

C'efI  à  cette  ville  que  fut  injuflement  exilé  &  que 
mourut  Publius  RutiliusRufus  ,  après  avoir  été  con- 
ful l'an  648.  Cicéron  ,Tite-Live,  Velleïus  Patcrcu- 
lus  ,  Salufte  ,  Tacite  &  Séneque  ont  fait  l'éloge  de 
fon  courage  &  de  fon  intégrité.  On  rapporte  qu'un 
de  fes  amis  voyant  qu'il  s'oppofoit  à  une  chofé  in- 
jufl:e  qu'il  venoit  de  propofer  dans  le  fénat,  lui  dit  : 
♦<  Qu'ai-je  affaire  de  votre  amitié,  fi  vous  contre- 
»  carrez  mes  projets?  Et  moi ,  lui  répondit  Ruti- 
»  lius  ,  qu'ai-je  affaire  de  la  vôtre ,  fi  elle  a  pour  but 
»  de  me  fouflraire  à  l'équité  »  ? 

Bion  ,  charmant  poète  bucolique  ,  furnommé  le 
fmyrnéen  ,  t^ij-upouoi;  ^  du  lieu  de  fa  naifTance,  a  vécu 
en  même  tems  que  Ptolémée  Philadelphe  ,  dont  le 
règne  s'efl  étendu  depuis  la  quatrième  année  de  la 
cxxiij.  olympiade  jufqu'à  la  féconde  année  de  la 
cxxxiij.  Il  paflTaune  partie  de  fa  vie  en  Sicile,  &  m.ou- 
rut  empoifonné  ,  au  rapport  de  Mofchus  fon  difci- 
ple  &  fon  admirateur.  Leurs  ouvrages  ont  éié  im- 
primés cnfemble  plufieurs  fois  ,  &  entr'autres  à  Cam- 
bridge en  1652  ëc  ï66i  ,  //2-8*.  mais  la  plus  agréable 
édition  etl  celle  de  Paris  en  1686  ,  accompagnée  de 
la  vie  de  Bion  ,  d'une  traduflion  en  vers  françois,  6c 
d'excellentes  remarques  par  M.  de  Longepierre  ; 
cette  édition  efl  devenue  rare ,  &  mériteroit  fort 
d'être  réimprimée. 

Les  auteurs  qui  donnent  Smyrne  pour  la  patrie 
de  Mimnerme  ,  autre  aimable  poëte-muficien  ,  ont 
afîurément  bien  raifon.  iMimnerme  chante  le  combat 
des  Smyrnéens  contre  Gigès  roi  de  Lydie  ,  ce  font 
les  hauts  faits  de  fes  compatriotes  qu'il  célèbre  avec 
affedion.  Il  étoit  antérieur  à  Hipponax,  &  vivoit  du 
tems  de  Solon.  Il  tut  l'inventeur  du  vers  pentamètre, 
s'il  en  faut  croire  le  poète  Herméfianax  ,  cité  par 
Athénée.  Il  fe  diflingua  fur-tout  par  la  beauté  de  fes 
élégies,  dont  il  ne  nous  refle  que  quelques  fiaumens. 
Il  penfbit  &.  écrivoit  avec  beaucoup  de  naturel,  d'a- 
mcnité  &  de  tendrefle.  Son  fiyle  étoit  abondant,  aif"é 
&  fleuri.  J'ai  remarqué  à  fa  gloire  en  parlant  de  l'élé- 
gie ,  qu'Horace  le  met  au-deflùs  de  Callimaque  ;  il 
avoit  plus  de  grâce  ,  plus  d'abondance  &  plus  de 
poéfie. 

Il  fit  un  poëme  en  vers  clégiaques  ,  cité  par  Stra-- 
bon ,  fous  le  titre  de  Nanno  fa  niait  refle  ;  &  ce  poème 
devoit  être  un  des  plus  agréables  de  l'antiquité  ,  s'il 
efi  vrai  qu'en  matière  d'amour  fes  vers  fiirpalloient 
la  poéfie  d'Homère  ;  c'efl  du-moins  le  jugement  qu'en 
porloit  Properce  ,  car  il  dit ,  /.  /.  cUo.  ix.  Pins  in  amo- 
re  valet  Mimnermi  ver/us  Homero.  Horace  n'en  parle 
pas  autrement  ;  il  cite  Mimnerme  ,  i$c  non  p::s  Ho- 

Hhi; 


s  M  Y 


244 

tnere  ,  pour  l'art  de  peindre  la  Icduifiinte  païïîon  de 
l'amour  :  li ,  comme  Miiimerme  l'a  chanté ,  dir-il  , 
r.'.mour  &:  les  jeux  t'ont  tout  l'agrcmcnt  de  la  vie  , 
•pallons  nos  jours  dans  l'amour  &C  dans  les  jeux. 

Si ,  Mimnermus  uti  anfet^Jlne  amorejocifqnc 
NU  eji  jucundiim  ,  vivdi  in  aniorc  jocijque. 

Epijl.VLl.l.verf.SS. 
Nous  connoiflbns  les  vers  de  Mimnerme  qu'Ho- 
race avoit  en  vue  ;  Stobée,  tit.  63./?.  243.  nous  les 
a  conl'ervcs  dans  Tes  extraits.  Il  taut  en  donner  ici 
la  belle  verlion  latine  de  Grotius,  &  la  tradudion 
libre  de  cette  jolie  pièce  en  vers  François  par  un  de 
nos  poètes. 

Vitit  quid  efl ,  quid  dulce^  nijijuveï  aiirta  Cypris? 

Tune  pcTcam  ,  Vcnoii  cuin  viihi  cura  périt. 
Flos  celer  ictatisjcxu  domitus  utriqiu  , 

Leclus ,  amatonun  niuncra ,  tcclus  amor. 
Oinnid  dif^ugiunt  mox  ciim  vcnit  atra  j'cneclus  , 

Qiiccjucit  &  puUhros  turpibus  ejjc  pares. 
Torpidajbtlicitx  Lzcerant  prœcordia  curiz: 

Liimina  nec  Jolis ,  nec  juvat  aima  dies^ 
I/ivifiim  pueris  ,  inhonoratumque  pucllis. 

Tarn  dédit  ^  heu  ,  jlnio  trijliafata  Dtus. 

Qui  ferait  fans  V  amour  h  plaifa  &  la  vie? 

Puijfe-t-elle  ni' être  ravie  , 
Quand  Je  perdrai  le  goût  du  niyfere  amoureux , 
JD es  faveurs  ^  des  lieux  Juits  pour  les  amans  lieu~ 

reux. 
Cueillons  la  fleur  de  l'âge  ,  elle  ejl  bientôt  paffée  : 
Le  Jexe  n  y  fait  rien  ;  la  vieil lefe  glacée 
Vient  avec  la  laideur  confondre  la  beauté. 
JJ homme  alors  efl  en  proie  aux  foins  ,  à  la  trifleffe; 
Haï  des  Jaunes  gens  ,  des  belles  maltraité , 
Du  foleil  à  regret  iljouffre  la  clarté^ 
Voilà  le  fort  de  la  vieillefj'e. 

Le  plus  grand  de  tous  les  poètes  du  monde  efl:  né , 
du-  moins  à  ce  que  je  crois  ,  fur  les  bords  du  Mélès, 
qui  baignoit  les  murs  de  Smyme  ;  &  comme  on  ne 
connoilioit  pas  Ion  père  ;  il  porta  le  nom  de  ce  ruif- 
leau ,  &  fut  appelle  Méléfîgene.  Une  belle  avantu- 
riere ,  nommée  Crithéide ,  chaffée  de  la  ville  de  Cu- 
mes ,  par  la  honte  de  fe  voir  enceinte ,  fe  trouvant 
fans  logement ,  y  vint  faire  fes  couches.  Son  enfant 
perdit  la  vue  dans  la  fuite  ,  &  tut  nommé  Homère , 
c'efl-à-dire  Vaveugle. 

Jamais  fille  d'efprit,  &  furtout  fille  d'efprit  qui  de- 
vient fage ,  après  avoir  eu  des  foiblelTes ,  n'a  man- 
qué de  mari  :  Crithéide  l'épreuva  ;  car  ,  félon  l'au- 
teur de  la  vie  d'Homère ,  attribuée  à  Hérodote ,  Phé- 
nius ,  qui  enfcigna  la  grammaire  &  la  mufique  à 
J/wyrwé,  n'époula  Crithéide  qu'après  le  malheur  de 
cette  fille  ,  &  la  nailfunce  d'Homère.  11  conçut 
d'elle  fi  bonne  opinion  ,  la  voyant  dans  fon  voifi- 
nage  uniquement  occupée  du  foin  de  gagner  fa  vie  à 
filer  des  laines ,  qu'il  la  prit  chez  lui ,  pour  l'em- 
ployer à  filer  celles  dont  fcs  écoliers  avoient  coutu- 
me de  payer  fes  leçons.  Charmé  des  bonnes  mœurs, 
de  l'intelligence  ,  &  peut-être  de  la  figure  de  cette 
fille ,  il  en  fit  fa  femme  ,  adopta  fon  enfant ,  &  donna 
tous  fes  foins  à  ion  éducation.  Aulfi  Phémius  eft 
fort  célèbre  dans  l'OdylTée  ;  il  y  ell  parlé  de  lui 
€n  trois  endroits,  /.  /.  v.  1S4.  l.  XVII.  v.  263.  /. 
XXII.  V.  33/.  &  il  y  pafla  pour  un  chantre  inlpiré 
des  dieux.  C'efl  lui  qui  par  le  chant  de  fes  poélies 
mifes  en  mufique  ,  &  accompagnées  des  fons  de  fa 
lyre  ,  égayé  ces  feilins ,  oii  les  pourfuivans  de  Pé- 
nélope emploient  les  journées  entières. 

Non-feulement  les  Smyrnéens,glorieux  de  la  naif- 
fancc  d'Homère ,  montroient  à  tout  le  monde  la 
£rote  ou  leur  compatriote  compofoit  fcs  powmes  ; 


S  M  Y 

après  fa  mort  ils  lui  firent  drefler  une  flatue  &r  un 
temple  ;  &  pour  comble  d'honneur ,  ils  frappèrent 
des  médailles  en  Ion  nom.  Amaftris  &  Nicée,  alliés 
de  Smyme  ,  en  firent  de  même  ,  l'une  à  la  tête  de 
Marc-Aurele  ,  &  l'autre  à  celle  de  Commode, 

Paufanias  appelle  le  Mélès  un  beau  fleuve  ;  il  eft  de- 
venu bien  chétif  depuis  le  temps  de  cet  illuftre  écri- 
vain ;  c'eft  aujourd  hui  un  petit  ruificau  ,  qui  peut  à 
peine  faire  moudre  deux  moulins  ;  mais  il  n'en  efl: 
pas  moins  le  plus  noble  ruifléau  du  monde  dans  la  ré- 
|)ublique  de  lettres.  Aulîi  n'a-t-il  pas  été  oublié  fur 
les  médailles  ,  d'autant  mieux  que  c'étoit  à  fa  fource 
qu'Homère  ébauchoit  dans  une  caverne  les  poéfies 
qui  dévoient  un  jour  l'immortalifer.  Le  Mélès  eflre- 
préfenté  lur  une  médaille  de  Sabine  ,  fous  la  figure 
d'un  vieillard  appuyé  de  la  main  gauche  fur  une  ur- 
ne ,  tenant  de  la  droite  une  corne  d'abondance.  Il  eft 
^ufîî  repréfenté  fur  une  médaille  de  Néron  ,  avec  la 
fimple  légende  de  la  ville  ,  de  même  que  fur  celles 
de  Titus  &L  de  Domitien. 

A  un  mille  ou  environ  ,  au-delà  du  Mélès  ,  fur  le 
chemin  de  Magnefie  à  gauche ,  au  milieu  d'un  champ, 
on  montre  encore  les  ruines  d'un  bâtiment  que  l'on 
appelle  le  temple  de  Janus .,  &  que  M.  Spon  foupçon- 
nojt  être  celui  d'Homère;  mais  depuis  le  départ  de 
ce  voyageur,  on  l'a  détruit  ,  &  tout  ce  quartier  eft 
rempli  de  beaux  marbres  antiques.  A  quelques  pas  de 
là,  coule  une  fource  admirable ,  qui  fait  moudre  con- 
tinuellement fept  meules  dans  le  même  moulin. 
Quel  dommage  ,  dit  Tournefort ,  que  la  mère  d'Ho- 
mère ne  vînt  pas  accoucher  auprès  d'une  fi  belle  fon- 
taine ?  On  y  voit  les  débris  d'un  grand  édifice  de 
marbre  ,  nommé  les  bains  de  Diane  :  ces  débris  lont 
'encore  magnifiques ,  mais  il  n'y  a  point  d'inkrip- 
tion. 

Autrefois  les  poètes  de  la  Grèce  avoient  l'honneur 
de  vivre  familièrement  avec  les  rois.  Eurypide  fut 
recherché  par  Archélaiis  ;  &  même  avant  Eurypide, 
Anacréon  avoit  vécu  avec  Polycrate  ,  tyran  de  Sa- 
mos  ;  Efchyle  &  Simonide  avoient  été  bien  reçus  de 
Hiéron  ,  tyran  de  Syracufe.  Philoxene  eut,  en  fon 
tems  l'acceuil  du  jeune  Denys  ;  &  Antagoras  de 
Rhodes,  auffi-bien  qu'Aratus  de  Soli  ,  fe  font  vus 
honorés  de  la  familiarité  d'Antigonus  roi  de  Macé- 
doine ;  mais  avant  eux ,  Homère  ne  rechercha  les 
bonnes  grâces  d'aucun  prince  ;  il  foutint  fa  pauvreté 
avec  courage,  voyagea  beaucoup  pour  s'inflruire, 
préférant  une  grande  réputation  &  une  gloire  foli- 
de ,  qui  s'eft  accrue  de  fiecle  en  fiecle  ,  à  tous  les  fri- 
voles avantages  que  l'on  peut  tirer  de  l'amitié  des 
grands. 

Jamais  poéfies  n'ont  pafle  par  tant  de  mains  que 
celles  d'Homère.  Jofephe  ,  /. /.  (contre  Appian), 
afllireque  la  tradition  les  a  conferveés  dès  les  premiers 
tems  qu'elles  parurent ,  &  qu'on  les  apprenoit  par 
cœur  fans  les  écrire.  Lycurgue  les  ayant  trouvées  ea 
lonie,  chez  les  defcendans  de  Cléophyle  ,  les  ap- 
porta dans  le  Péloponnèfe.  On  en  récitoit  dans  toute 
la  Grèce  des  morceaux  ,  comme  l'on  chante  aujour- 
d'hui des  hymnes  ,  ou  des  pièces  détachées  des  plus 
beaux  opéra.  Platon ,  Paufanias  ,  Plutarque  ,  Dio- 
genc  Lacrce  ,  Cicéron  &  Strabon,  nous  apprennent 
que  Solon  ,  Piliftrate ,  &  Hipparque  fon  fils,  formè- 
rent les  premiers  l'arrangement  de  toutes  ces  pièces, 
&  en  firent  deux  corps  bien  fuivis  ,  l'un  fous  le  nom 
de  l'Iliade,  &  l'autre  fous  celui  del'OdyJfée;  cepen- 
dant la  multiplicité  des  copies  corrompit  avec  le  tems 
la  beauté  de  ces  deux  poèmes ,  foit  par  des  leçons  vi- 
cieufes,  foit  par  un  grand  nombre  de  vers  ,  les  uns 
obmis ,  les  autres  ajoutés. 

Alexandre  ,  admirateur  des  poèmes  d'Homère  , 
chargea  Ariftote,  Anaxarque,&CalUfthene,  du  foin 
de  les  examiner ,  &  félon  Strabon ,  ce  conquérant 
même  fe  fit  un  plaifir  d'y  ti'ftvaillci-  avec  eux.  Cette 


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S  M  Y 


245 


édition  fi  fameufe  des  ouvrages  d'Homère ,  s*appeî!a 
l'édition  de  Ui  Ci'-ljctic  ,  vv  fz  tcu  N«p9Mi£ciC  ««Acwt/c  ^ 
parce  qu'Alexandre  ,  dit  Pline  ,  /.  f^Il.  c.  ix.  la  fer- 
roitdans  une  caiîotte  qu'il  tenoit  fous  fon  oreiller 
avec  Ton  poignard.  Il  fit  mettre  enfuite  ces  deux  ou- 
vrages dans  un  périt  coffre  à  parfums ,  garni  d'or,  de 
perles  Sj  de  pierreries  ,  qui  le  trouva  parmi  les  bi- 
joux de  Darius.  Malgré  la  réputation  de  cette  belle 
édition  ,  il  paroît  qu'elle  a  péri  comme  plufieurs  au- 
tres. Srrabon  &  Eiiftathe  font  mes  garants  ;  ils  aflli" 
rent  que  dans  l'édition  dont  il  s'agit,  on  avoit  placé 
deux  vers  entre  le  855  &  le  856  du  //.  liv.  de  1  Ilia- 
de :  or  ces  deux  vers  ne  fe  liient  aujourd'hui  dans 
aucun  de  nos  imprimés. 

Enfin  ,  les  fautes  fe  multiplièrent  naturellement 
dans  le  grand  nombre  des  autres  copies  de  ces  deux 
poëmes  ,  enforte  que  Zénodote  d'Ephefe  ,  précep- 
teur de  Ptolemée  ,  Aratus ,  Aritlophane  de  Bylan- 
ce  ,  Arilbrque  de  Samothrace  ,  &:  plufieurs  autres 
beaux  eiprits  ,  travaillèrent  à  les  corriger  ,  &  à  ren- 
dre à  Homère  iQs  premières  beautés. 

II  ne  faut  pas  nous  étonner  des  ioins  que  prirent 
tant  de  beaux  génies  pour  la  gloire  d'Homère.  On  n'a 
rien  vu  chez  les  Grecs  de  fi  accompli  que  ies  ouvra- 
ges. C'eft  le  feul  poëte  ,  dit  Paterculus  ,  qui  mérite 
ce  nom  ;  &  ce  qu'il  y  a  d'admirable  en  cet  homme 
divin,  c'efi:  qu'il  ne  s'eft  trouvé  perfonne  avant  lui 
qui  ait  pu  l'imiter ,  6c  qu'après  fa  mort ,  il  n'a  pu  trou- 
ver d'imitateurs.  Les  favans  conviennent  encore  au- 
jourd'hui qu'il  efi:  fupérieur  à  tout  ce  qu'il  y  a  de  poè- 
tes, en  ce  qui  regarde  la  richeffe  des  inventions  ,  le 
choix  des  penfées,  &  le  fublime  des  images.  Aucun 
poëte  n'a  jamais  été  plus  fouvent  ni  plus  univerfel- 
lement  parodié  que  lui. 

C'eft  par  cette  raifon  que  fept  villes  de  la  Grèce 
fe  Ibnt  difpuîé  l'avantage  d'avoir  donné  la  naifi^mce 
à  ce  génie  du  premier  ordre  ,  qui  a  jugé  à-propos  de 
ne  laiffer  dans  fcs  écrits  aucune  trace  de  Ion  origi- 
ne,  &  de  cacher  foigneufement  le  nom  de  fa  pa- 
trie. 

Les  habitans  de  Chio  prétendent  encore  montrer 
la  maifon  où  il  cil  né,  &  où  il  a  fait  la  plupart  de  fes 
ouvrages.  Il  efi:  repréfenté  fur  une  des  médailles  de 
cette  île  aflîs  fur  ime  chaife  ,  tenant  un  rouleau  ,  où 
il  y  a  quelques  lignes  d'écriture.  Le  revers  repré- 
fenté le  fphynx  ,  qui  efi  le  fymbole  de  Chio.  Les 
Smyrnéens  ont  en  leur  faveur  des  médailles  du  mê- 
me type  ,  &  dont  la  feule  légende  efi  difl:érente. 

Les  habitans  d'Ios  montroient ,  du  tems  de  Pau- 
fanias  ,  la  fépulture  d'Homère  dans  leur  île.  Ceux  de 
Cypre  le  réclamolent,  en  conféquence  d'un  oracle 
de  l'ancien  poëte  Euclus  ,  qui  étoit  conçu  en  ces  ter- 
mes :  «  Alors  dans  Cypre  ,  dans  l'île  fortunée  de  Sa- 
»  lamine,  on  verra  naître  le  plus  grand  des  poëtes  ; 
via  divine  Thémifio  fera  celle  qui  lui  donnera  le 
»  jour.  Favori  des  mufes ,  &:  cherchant  à  s'infiruire, 
»»  il  quittera  fon  pays  natal ,  &  s'expofera  aux  dan- 
»  gers  de  la  mer,  pour  aller  vifiter  la  Grèce.  Enfuite 
M  il  aura  l'honneur  de  chanter  le  premier  les  combats 
>»  &  les  diverfes  avantures  des  plus  fameux  héros. 
»  Son  nom  fera  immortel ,  &  jamais  le  tems  n'efia- 
»  cera  fa  gloire  »>.  C'efi  continue  Paufanias ,  tout  ce 
que  je  peux  dire  d'Homère ,  fans  ofer  prendre  aucun 
parti ,  ni  fur  le  tems  où  il  a  vécu ,  ni  iur  fa  patrie. 

Cependant  l'époque  de  fa  naiflance  nous  cù.  con- 
nue ;  elle  efi  fixée  par  les  marbres  d'^rondel  îi  l'an 
éyô  de  l'ère  attique ,  fous  Diognete  ,  roi  d'Athènes, 
961  ans  avant  J.  C.  Quant  à  fa  patrie,  Smyrnc6c 
Chio  font  les  deux  lieux  qui  ont  prétendu  à  cet  hon- 
neur avec  plus  de  raifon  que  tous  les  autres  ,  &  puif- 
qu'il  fe  faut  décider  par  les  feules  conjedures  ,  j'cm- 
brafl'e  conftamment  celle  qui  donne  la  prétiren- 
ce  à  Smyrm.  J'ai  pour  moi  l'ancienne  vie  d'Ho- 
niere  par  le  prétendu  Hérodote ,  le  plus  grand  nom- 


bre de  médailles ,  Mofchus  ,  Strabon  &  autres  an- 


ciens. 


Mais  comme  je  fuis  de  bonne  foi ,  le  lefteur  pourra 
fe  décider  en  confultant  Vofilus  ,  Kufier,  Tane^ui  ^ 
le  Fevre  ,  madame  Dacier,  Cuper,  Schott ,  Fabri- 
cius ,  &  même  Léon  Allazzi ,  quoiqu'il  ait  décidé 
cette  grande  queftion  en  faveur  de  Chio  fa  pa- 
trie. 

Je  félicite  les  curieux  qui  pofl"edent  la  première 
édition  d'Homère  ,  faite  à  Florence,  en  1478  ;  mais 
les  éditions  d'Angleterre  font  ii  belles  ,  qu'elles  peu- 
vent tenir  lieu  de  l'original.   (  Le  Chcvalkr  de  Jau~ 

COURT.) 

Smyrne,  (  Géog.  mod.  )  Smyrm  moderne  efi  une 
ville  de  la  Turquie  afiatique,  dans  l'Anatolie  ,  fur 
l'Archipel ,  au  fond  d'un  grand  golfe  ,  avec  un  por£ 
fpacleux  &  de  bon  mouillage ,  à  environ  75  lieues 
de  Conftantinople-  Cette  ville  efi  la  plus  belle  porte 
de  l'Afie  ,  &  l'une  des  plus  grandes  &  des  plus  riches 
du  Levant  ,  parce  que  la  bonté  de  fon  port  la  rend 
précieufe  pour  le  commerce.  Son  négoce  confifie  en 
foie  ,  toile  de  coton  ,  camelots  de  poil  de  chèvre, 
maroquins  ,  &  tapis.  Elle  efi  habitée  par  des  grecs  , 
des  turcs  ,  des  juifs ,  des  anglois ,  des  françois ,  des 
hoUandois  ,  qui  y  ont  des  comptoirs  &  des  églifes. 
Les  turcs  y  tiennent  un  cadi  pour  y  adminiftrer  la 
jufiice.  Son  féjour  y  a  le  défagrément  de  la  pefte  , 
qui  y  règne  fréquemment ,  &  des  tremblemens  de 
terre  auxquels  elle  ^^  expofée.  Long,  félon  Cafilni, 
44^.  5i<.  16".  lat.  38^.28'.  y\ 

C'efi  la  patrie  de  Calahn  (Quintus),nom  donné  à 
un  poëte  anonyme ,  dont  le  poème  grec  intitulé  Ls 
parallpomims  d'Homère  ^{\xX.  trouvé  en  Calabre  par 
le  cardinal  Beflarion.  C'efi  ce  qui  lui  fit  donner  le 
nom  de  Calaber,  Volfius  conjedhire  que  ce  poëte  vi- 
voit  fous  l'empereur  Anaftafe,  vers  49 1 .  La  meilleure 
édition  de  Quintus  Calaber  efi  celle  de  Rhodomanu«. 
{D.  J.) 

Smyrne,  terre  de  {Hïft.  nat.)  c'efi  une  terre  fort 
chargée  de  fel  alkali  ou  de  natron,qui  fe  trouve  dans 
le  voifinage  de  la  ville  de  Smyrne  ;  les  habitans  du 
pays  s'en  fervent  pour  faire  du  favon.  On  rencontre 
cette  terre  ou  plutôt  ce  fel  dans  deux  endroits,  près 
d'un  village  appelle  Duracléa  ;  il  efi  répandu  à  la  fur- 
face  de  la  terre ,  dans  une  plaine  unie.  Ce  fel  quand 
on  le  ramafiTe  efi  fort  blanc.  On  en  fait  ordinairement 
fa  provifion  pendant  l'été,  avant  le  lever  du  foleil,ôi 
dans  la  faifon  où  il  ne  tombe  point  de  rolée.  Ce  ièl 
fort  de  terre  en  certains  endroits,  de  l'épaiflèur  d'en- 
viron deux  pouces  ;  mais  on  dit  que  la  chaleur  du 
foleil,  lorfqu'il  q^  levé  ,  le  fait  enfuite  diminuer  &C 
rentrer  ,  pour  ainfi  dire  ,  en  terre.  Le  terrein  où  ce 
fel  fe  trouve  efi  bas  &  humide  en  hiver  ;  il  n'y  croît 
que  fort  peu  d'herbe.  Quand  on  a  enlevé  ce  fel  dans 
un  endroit ,  il  femble  qu'il  s'y  reproduife  de  nou- 
veau. 

M.  Smyth ,  anglois ,  a  fait  des  expériences  fiir  ce 
fel ,  par  lefquelles  il  a  trouvé  qu'il  ne  diiférolt  en 
rien  du  fel  de  fonde  ,  ou  des  alkalis  fixes  ordi- 
naires; il  n'a  point  trouvé  que  cette  terre  contînt 
de  l'alkali  volatil. 

Voici  la  manière  dont  on  prépare  du  favon  avec 
cette  terre  ;  on  en  mêle  trois  parties  avec  une  partie 
de  chaux  vive  ,  &  l'on  verfe  de  l'eau  bouillante  fin- 
ie mélange  ;  on  le  remue  avec  un  bâton  ,  il  s'élève  k 
la  furface  une  matière  brune  ,  épaifie  ,  que  Ton  met 
à  part  ;  on  s'en  lèrt  ,  aufil-bicn  que  de  la  dlfiblution 
claire  ,  pour  faire  du  favon  ;  mais  cette  matière  eil 
beaucoup  plus  cauftique  que  la  liqueur  claire.  En- 
fuite  on  a  de  grandes  chaudières  de  cuivre  ,  dans  lef- 
quelles on  met  de  l'huile  ;  on  allume  defibus  un  grand 
feu  ;  on  fait  un  peu  bouillir  rhuile  ,  (S:  l'on  y  met 
peu-;\-peu  la  matière  épaifiè  qui  lurn.igeoit  A  la  difio- 
lution  ;  après  quoi  on  y  met  la  liqueur  même  ,  ou  la 


Î46 


s  N  E 


/ 


difloliitlon  ;  quelquefois  on  n'y  met  qu'une  de  ces 
{"ubtlanccs.  On  continue  il  y  cnniotrre  juîqu'il  ce  que 
l'huile  ait  acquis  la  conllilance  de  lavon ,  ce  qui  n'ar- 
rive quelquefois  qu'au  bout  de  pkirieurs  jours  ;  on 
entretient  pendant  tout  ce  tenis  un  t'cu  très-violent. 
La  partie  la  plus  chargée  de  Tel  de  la  liqueur  fe  com- 
bine avec  l'huile  ,  &:  la  partie  la  plus  t'oible  tombe 
au  fond  de  la  chaudière  ,  &  fort  par  un  robinet  def- 
riné  à  cet  ulagc.  On  la  garde  pour  la  verfer  fur  un 
nouveau  mélange  de  cliaux  &  de  terre.  Lorfque  le 
favon  cil  bien  formé  ,  on  le  puife  avec  des  cuillères, 
6c  on  le  fait  fccher  fur  une  aire  pavée  de  briques,  ou 
enduite  de  glaifc.  foyc^  [QsTranfaciionsphiloJophiqucs, 

//^   2ÎO,      ^ 

SMï'RNIC/M ,  f.  m.  (Botan.)  genre  de  plante 
ainfi  nommée  par  les  Bauhins ,  Ray  ,  Tournefort , 
Eoerhaave,  &  autres  botanilles  ;  nous  la  connoilfons 
en  françois  fous  le  nom  de  mauron.    f-'oye^  Mace- 

RON. 

Les  anciens  Grecs  ont  décrit  clairement  deux  dif- 
férentes plantes  fous  le  nom  de  finymium  ;  lavoir  le 
maceron  ordinaire  ,  &  le  percil  de  Cilicie.  La  pre- 
mière de  ces  plantes  aime  les  terres  riches  &  humi- 
des, &  la  féconde  ne  fe  plait  que  fur  les  montagnes 
picrreufes,  &  dans  les  lieux  les  plus  llériles  6c  les  plus 
iecs.  {D.  J.) 

S  N 

SNEECK ,  SNEK ,  ou  SNITZ  ,  (  Giog.  mod.  )  an- 
cienne ville  des  Pays-Bas  ,  dans  la  Frife  ,  au  Weftor- 
goo,  à  trois  lieues  de  Zuyderzée  ,  de  Levarde  & 
de  Trancker  ,  dans  un  terrein  marécageux.  Elle  efl 
bien  bâtie  ,  défendue  par  de  bonsrem.parts  ,  peuplée 
&  marchande.  Il  y  a  des  écoles  latines  pour  l'inftruc- 
tion  de  la  jcuneire.  Long.  aj.  10.  latïi.  .5j.  G. 

//(YT^er  (  Joachim  ) ,  favant  jurifconfulte  ,  connu 
par  pluficurs  ouvrages  de  droit ,  écrits  en  latins,  na- 
quit à  Sneeck  en  i  5 13  ,  &  mourut  à  Macirid  en  1 573  , 
auprès  de  Philippe  II.  roi  d'Eipagne  ,  qui  l'avoit 
nommé  fon  conleiller  d'état  au  conieil  de  Maiines. 

Baart  (  Pierre  )  ,  illuftre  poète  flamand  ,  &  com- 
patriote oe  Hopper  ,  s'eft  extrêmement  diftingué  par 
les  ouvrages  en  vers.  On  fait  cas  de  fon  poëme  hé- 
roïque ,  intitulé  le  Triton  de  Frife  ,  dans  lequel  il  dé- 
crit la  prife  d'Olinde ,  ville  du  Bréfil ,  dans  la  capi- 
tainerie de  Fernambouc  ;  mais  les  gens  de  goiit  efti- 
mcnt  encore  plus  le  pocme  de  cet  auteur,inritulé  les 
Géorgiijues  de  Frife.  On  vante  la  douceur  &  l'harmo- 
nie des  vers  ,  la  beauté  &  la  variété  des  images. 
{D.J.) 

SNEIUNE  ,  (  Géog.  mod.)  ville  de  Perfe  ,  entre 
Ninive  &  Hifpahan,  &  à  trois  journées  d'Amadam  , 
avec  un  gouverneur  qui  y  réfide.  (Z).  /.  ) 

SNORING,  (  Géog.  mod.)  bourg  du  comté  de 
Nort'olck  ;  mais  bourg  illuftre  par  la  naifiance  de 
Pearfon  (Jean)  ,  un  des  plus  lavans  prélats  d'Angle- 
terre dans  le  xvij.fiecle.  Il  s'avança  de  grade  en  grade 
pr,r  fon  mérite  ,  &  devint  enfin  liiccefnvement ,  de 
îimple  chapelain  ,  évêque  de  Bangor ,  de  Cheller  & 
de  Londrts.  Il  mourut  en  1686  ,  âgé  de  74  ans. 

C'étoit  ,  dit  M.  Burnet,le  plus  grand  théologien 
de  fon  fiecle  atout  égard,  homme  d'un  favoir  émi- 
nent  ,  d'un  raifonnement  profond,  d'un  ei'prit  droit. 
A  l'étude  de  l'hiftoire  eccléfiaftique ,  qu'il  pofledoit 

f)arfriiîement ,  il  joignit  une  grande  connoiliance  des 
angues  6i  des  antiquités  payennes.  Judicieux  &  gra- 
ve prédicateur  ,  il  le  propola  plus  d'inflruire  que  de 
toucher.  Sa  vie  fut  exemplaire  ,  &  la  douceur  étoit 
charmante.  Avec  tant  démérite  &  de  fi  belles  quali- 
tés, ii  nous  a  lailfé  un  exemple  de  la  foibleiiede  l'ef- 
prit  humain  ;  car  plufieurs  années  avant  fa  mort,  il 
perdit  tellement  la  mémoire  j  qu'il  étoit  véritable- 
ment en  enfance. 


S  N  E 

Son  explication  dufymhoh  des  apôtres  ,  eft  un  des 
meilleurs  ouvrages  que  l'églife  anglicane  ait  produit; 
il  le  publiai!  Londres  en  1659.  itfut traduit  en  latin 
fur  la  cinquième  édition  ,  6c  imprimé  à  Francfort  en 
i6t;i  /«-4".  Ce  même  ouvrage  a  été  traduit  en  fla- 
mand ,  &c  ne  l'a  point  été  en  françois. 

Dans  l'explication  du  premier  article  du  fymbole  , 
le  favant  évêque  fe  déclare  contre  l'idée  innée  de 
Dieu.  «  Quoiqu'il  y  ait  eu  des  perfonnes,dit-il,qui  fe 
»  font  imagine  que  l'idée  de  Dieu  étoit  innée  &C  na- 
>>  turelle  à  famé  humaine  ,  enforte  qu'elle  naît  avec 
»  l'homme  ,  je  liiis  perfuadé  néanmoins  qu'il  n'y  a 
»  point  de  connoiffance  innée  de  quelque  chofe  que 
»  ce  foit;  mais  je  crois  que  l'ame  reçoit  les  premières 
»  idées  des  conféquences  raifonnées.  Si  donc,  dans 
»  fon  origine  ,  l'ame  eft  comme  une  table  rafe  ,  fur 
»  laquelle  il  n'y  a  aucun  caraftere  gravé  ,  &  fi  toutes 
»  nos  connoiffances  viennent  par  la  voie  des  fens  , 
»  par  l'indruélion  &  par  le  raifonnement ,  nous  ne 
»  devons  pas  attribuer  l'idée  de  Dieu  à  aucun  prin- 
»  cipe  né  avec  nous  ». 

Les  œuvres  poflhumes  de  l'évêque  de  Chefter 
font  écrites  en  latin,  &ont  paru  à  Londres  en  1688, 
i/-2-4".  par  les  foins  de  Dodwel.  Ces  oeuvres  poflhu- 
mes font  trcs-curieufes  ;  elles  renferment  une  differ- 
tation  fur  la  vie  de  Saint  Paul ,  cinq  leçons  fur  lei 
ades  des  apôtres  ,  &  deux  diflertations  fur  la  fuccef- 
fion  des  évêques  de  Rome. 

Dans  les  leçons  fur  les  aftes  des  apôtres ,  le  doc- 
teur Péarfon  remarque  qu'il  efl  fort  difficile  de  fixer 
le  tems  précis  de  la  nuilfar.ce ,  de  la  mort  &  de  l'af- 
cenlion  du  Sauveur.  Nous  fàvons  en  général  qu'il 
naquit  fous  le  règne  d'Hérode  ;  mais  il  n'y  a  aucune 
circonftance  qui  nous  marque  au  jufle  en  quelle  an- 
née. Les  Juifs  ont  par  malice  confondu  l'ordre  des 
tems  ,  &C  les  pères  ne  fe  font  pas  donné  beaucoup  de 
peine  pour  l'éclaircir.  Ils  étoient  feulement  prévenus 
de  la  faufle  opinion  ,  que  Jefus-Chrifl  n'avoit  prêché 
qu'une  année.  L'auteur  reconnoît  néanmoins  ,  que 
c'efl-là  un  point  de  pure  curiofité  ,  qui  ne  donne  pas 
la  moindre  atteinte  à  la  vérité  de  l'hifloire  eccléfiaf- 
tique  ;  &  il  pofe  pour  fondement  de  fa  chronologie, 
que  Jefus-Chrill  fut  crucifié  la  dix-neuvieme  année 
de  l'empire  de  Tibère.  , 

Dans  la  première  difTertation  fur  la  fuite  des  évê- 
ques de  Rome  ,  le  favant  Péarfon  obferve  que  nous 
n'avons  que  deux  catalogues  des  pontifes  romains  ; 
l'un  nous  efl:  venu  des  Grecs  ,  &  l'autre  des  Latins. 
Les  favans  les  fuivoient  indifféremment;  mais  l'au- 
teur prétend  qu'ils  fe  font  égarés  ,  &C  que  ces  cata- 
logues font  des  guides  trompeurs,  qui  conduifent  a 
l'erreur.  Pour  commencer  par  celui  d'Eufebe  ,  qui 
etl  le  plus  ancien  ,  il  foutient  qu'il  ne  peut  pas  être 
fort  exad)-,  par  cette  raifon,  que  dans  les  dyptiques 
dont  il  l'a  tiré ,  le  tems  de  la  mort  des  évêques  n'ell 
point  défigné.  Les  évêques  de  Rome  ,  fur-tout  dans 
le  premier  fiecle  ,  ne  faifoient  pas  une  affez  grande 
figure  pour  attirer  les  regards.  Ainfi  l'on  ne  trouve 
rien  de  fur  que  depuis  le  pape  Fabien  ,  qui ,  dans  le 
milieu  du  troifieme  fiecle  ,  commit  fept  notaires  pour 
recueillir  fidèlement  les  noms  des  martyrs  &i.  les 
circonflances  de  leur  martyre. 

M.  Péarfon  remarque  aufTi  plufieurs  fautes  qui 
ont  échappé  à  Eufebe  dans  le  catalogue  qu'il  nous  a 
laiffé  des  évêques  de  Rome.  Il  reprend  ,  entr'autrcs  , 
une  faute  qui  regarde  le  pontificat  de  Xille  ,  qu'Eu- 
febc  fait  durer  huit  ans  dans  fa  chronique,&  onze  ans 
dans  fon  hifloire.  Mais  outre  la  contradittion  ,  ni  l'un 
ni  l'autre  ne  font  véritables;  car  il  a  dû  laiffer  une 
place  au  pape  Etienne  ,  dont  le  pontificat  feroit  en- 
glouti par  le  trop  long  règne  de  Xiile.  Le  catalogue 
latin  n'a  pas  plus  de  certitude.  Quoiqu'on  l'ait  fait 
pafler  fous  le  nom  du  pape  Damafe ,  qui  vivoit  clans 
le  quatrième  fiecle  ,  l'auteur  en  efl  inconnu,  Se  il 


s  O  A 

portolt  autrefois  le  titre  de  gefla  poruificalia.  Ificlore 
Mercator  l'a  liiivi  pour  forger  fes  decrétales  ,  qu'il  a 
voulu  auifi  attribuer  au  pape  Damafe  ,  afin  de  leur 
donner  plus  de  poids.  Cependant  le  ftyle  en  efl  trop 
barbare  ,  &  l'ignorance  des  cérémonies  de  l'églife 
paroi!:  trop  groiiierement  pour  être  du  pape  Damafe. 
En  un  mot ,  malgré  l'air  d'antiquité  que  l'auteur  s'eil 
efforcé  d'y  donner ,  c'eft  un  ouvrage  forgé  dans  le 
fixieme  fiecle  ,  qui  a  été  continué  par  Anallafe  le  bi- 
bliothécairç. 

L'évêque  de  Chefter  a  auffi  donné  les  ouvrages  de 
>Sa;nî  Cyprien  ,  avec  les  annaUs  Cypnanici ,  Oxonics 
i6f?2. ,  i/z-fol.  I!  a  eu  grande  part ,  avec  fon  frère  Ri- 
chard ,  profeÛeur  en  droit  au  collège  de  Gresham  , 
aux  criiici  facii  ,  imprimés  à  Londres  en  1660  & 
166 1  ,  en  9  volumes  in-fol.  Enfin  on  lui  attribue  une 
belle  édition  grecque  du  vieux  &  du  nouveau  Tef- 
tament  :  vêtus  Tejlanuntum  ^rœcum  ,  cum  prœfutione 
(  Joanis  Péarfon  )  accedit  novum  Tcfldituntum  grœ- 
aini ,  Cantabrigiae  1665  ,  in-iz,  3  vol,  (  La  chevalier 
DE  J AU  COURT.  ) 

SNOWDON-HfLLS  ,  (  Ghg.  moi.  )  montagnes 
d'Angleterre  ,  au  pays  de  Galles,  dans  le  comté  de 
Caernarvon.  C'eft  une  chaîne  de  montagnes ,  qui 
font  les  plus  élevées  du  comté  de  Galles ,  &  d'ail- 
leurs tellement  entrecoupées  de  lacs  &  de  marais  , 
que  les  chemins  en  deviennent  fort  rudes  &  fort  dif- 
ficiles à  tracer.  La  neige  couvre  leur  fommet  toute 
l'année,  &  c'eft  de-la  qu'elles  ont  tiré  leur  nom  ; 
cependant  cela  n'empêche  point  qu'on  n'y  trouve 
dans  le  bas  d'excellens  pâturages.  Du  milieu  de  ces 
montagnes  ,  on  en  voit  une  s'élever  fi  prodigicufe- 
ment ,  qu'elle  furpafîe  de  beaucoup  toutes  les  au- 
tres ,  &  cache  fon  front  dans  les  nues.  Elle  eft  fituée 
prelque  au  cœur  de  la  province  ,  &  on  lui  donne  par 
excellence  le  nom  de  Snowdon.  M.  Cafyel d'Oxford, 
qui  l'a  mefurée  par  la  Trigonométrie  ,  la  juge  haute 
de  3488  pies  de  Paris  ;  mais  cette  mefure  peut  n'être 
pas  exafte  ,  à  caufe  des  réfractions  de  l'air ,  qu'il  eft 
impofTible  d'exprimer  avec  précifion.  Voye'{^  ce  que 
nous  en  avons  dit  au  mot  Montagne.  {D.J.^ 

SNYATIN  ,  (  Géog.  mod.  )  ville  de  la  petite  Po- 
logne ,  capitale  de  la  Pokucie  ,  fur  la  gauche  du 
Pruth  ,  à  quatre  lieues  au  levant  de  Colomey.  Elle 
eft  afTea  marchande  ,  car  les  Valaques  y  portent  du 
miel ,  de  la  cire  j  &  y  amènent  quantité  de  bœufs  & 
de  bons  chevaux.  (£>./.) 

S    O 

SOAMUS  ,  (  Gèog.  anc,  )  fleuve  de  l'Inde ,  qui , 
félon  Arrien  ,  prend  fa  fource  aux  montagnes  de  Ca- 
pifla  ,  &  fe  rend  dans  l'Indus  ,  fans  recevoir  les  eaux 
d'aucune  rivière.  (  Z>.  /.  ) 

SOANA  ,  SUANA  ,  SUANE ,  SOANE  ,  (  Giog. 
mo-d.  )  petite  ville  d'Italie  ,  dans  la  Tofcane  au  Sien- 
nols  ,  fur  une  montagne  ,  proche  de  la  rivière  de 
Fiore  ,  à  feize  lieues  au  midi  de  Sienne  ,  dont  fon 
évêché  ,  érigé  dès  le  fepticme  fiecle,  eft  futlVjagant; 
mais  le  mauvais  air  qu'on  refpire  dans  cette  ville  l'a 
rendue  prefque  deferte.  Long.  25».  i^.latlt.  42.  44. 

Grégoire  VU.  connu  fous  le  nom  A' Hildzbrand , 
moine  de  Cluni ,  fils  d'un  charpentier  ,  naquit  -àSoa- 
na  ;  il  fut  élevé  à  la  tiare  pontificale  en  1073  ,  ^ 
mourut  en  1085  àSalerne  ,  comme  je  l'ai  dit  dans 
l'article  de  cette  ville. 

Il  eut  la  hardiefle  d'excommunier  ,  de  dcpofer 
l'empereur  Henri  IV.  &  déclara  fes  fujets  libres  du 
ferment  de  fidélité.  Entreprenant,  audacieux,  mê- 
lant fouvent  l'artifice  à  l'ardeur  de  fon  zcle  poiu-  les 
prétentions  de  l'Eglife  ,  fucceffcur  d'Alexandre  II. 
dont  il  gouvernoit  le  pontificat ,  il  laifîa  ,  apr.is  fo.n 
décès  ,  une  mémoire  chère  ati  clergé  romain  ,  mais 
odicule  à  tout  boa  citoyen  qui  conlidércra  les  efî'ets 


S  O  B 


U1 


de  fon  ambition  intlexible.  L'Eglife  ,  dont  il  fut  le 
vengeur  &  la  viftime  ,  l'a  mis  au  nombre  des  faims 
comme  faifoient  les  peuples  de  l'antiquité  en'déifiant 
leurs  héros. 

Mais  tous  les  portraits ,  ou  flatteurs ,  ou  odieux  ^ 
que  tant  d'écrivains  ont  fait  de  lui ,  fs  retrouvent 
dans  le  tableau  d'un  peintre  de  Naples  ,  qui  peignit 
ce  pontife  tenant  une  houlette  dans  une  main  &  uri 
fouet  dans  l'autre  ,  foulant ies  fceptres  à  fes  pies,  & 
ayant  à  côté  de  lui  les  filets  &  les  poifTons  de  faint 
Pierre. 

Benoît  XîIL  ayant  donné  une  bulle  pour  intro- 
duire dans  le  bréviaire  romain  (  qu'on  dit  aiTez  ordi- 
nairement en  France  )  la  fête  &C  l'oiîàce  de  Grégoire 
VII.  quelques  évêques  éclairés  &  le  parlement  s'y 
oppoferent  vigoureufement  ,  &  la  nation-  leur  en 
fut  bon  gré.  Voltaire  ,  efii  fur  l' lu  flaire  géniraU, 
{D.J.)  J  6 

SoANA  ,  (  Geog.  anc.  )  fleuve  de  la  Sarmatie  af^a- 
tlque  ,  dont  le  nom  moderne  eft  Tcrchin.  C'eft  auflî 
le  nom  d'un  fleuve  de  Tîle  de  Taprobane.  Enfin  ; 
c'eft  une  ville  d'Italie  dans  la  Tofcane ,  qui  a  coîi- 
fervé  fon  nom.  (Z?.  /.  )  - 

SOANDA  ,  o«SOANDUS,(  Géog.  anc.)  ville  de 
la  petite  Cappadoce  ,  fuivant  Strabon.  Antonln  là 
marque  fur  la  route  de  Tavia.  (D.  J.) 

SOANES  ,  (Geog.  anc.  )  peuples  d'Afie,  dans  la 
Colchide.  Strabon  ,  liv.  IL  p.  4c)  c).  dit  qu'ils  étoient 
du  nombre  de  ceux  qui  formoient  l'afTemblée  géné- 
rale de  Diofcurias.  Les  Soanes  de  Strabon  font  les 
Suani  de  Pline  &  de  Ptolomée.  Ils  ne  le  cédoient 
point  aux  Phthéirophages  leurs  voifinspour  l'ordure 
&  pour  la  crafTe  ,  mais  ils  étoient  bien  plus  puifl'ans. 
iD.J.) 

SOASTUS ,  (  G^Gg.  anc.  )  fleuve  de  l'Inde ,  qui  fe 
jette  dans  le  Cophès ,  félon  Arrien.  C'eft  peut-être 
le  Sodinus  de  Pline  ,  /.  Fl.c.xxiiJ.  {D.J.) 

SOATPvIS ,  (  Géog.  anc.  )  ville  de  la  bafle  Moefie  j 
fur  le  Pont-Euxin.  L'itinéraire  d'Anîonin  la  marque 
entre  Marcianopolis  &  Anchiale  ,  à  26  milles  de  la 
première  ,  &  à  24  de  la  féconde.  (Z),  J.) 

SOAVE  ,  (  Mujïq.  italien.  )  terme  italien  employé 
quelquefois  dans  la  mufique,  &  qui  fignifie  d'une 
manière  agréable  ,  douce  ,  gracieufe ,  &c.  {D.J.) 

SOBANNUS  ,  (  Géog.  anc  )  fleuve  de  l'Inde  au- 
delà  du  Gange.  Ptolomée ,  //V.  ^//.  ch.  ij.  met  fon 
embouchure  entre  Pagraza  &  Pithonobaftc  ;  c'eft 
préfcntement,  félon  Caftalde,  leSian.  {D.J.) 

SOBARMAH,  ou  SOBORMAH  ,  (  Géog.  mod.  ) 
nom  perf'an  ,  d'une  grande  île  de  la  mer  de  la  Chine  , 
autour  de  laquelle  il  y  en  a  plufieurs  autres  qui  font 
inhabitées.  La  mer  y  eft  profonde  &  très-orageufe. 
C'eft  l'i  peut-être  l'île  de  Sumatra  ,  du  moins  ce  qu'en 
dit  le  shérif  Al-édrifil  s'y  rapporte.  {D.  J.  ) 

SOBERNHEIM  ,  (  Géog.  mod.  )  petite  ville  d'Alle- 
magne ,  dans  le  palatinat  du  Rhein ,  fur  la  rive  gau- 
che de  la  Nahe  ,  au-deffous  de  Marteinftcin.  {D.  J  ) 

SOBIESLOW,  (  Géog.  mod.)  petue  ville  de  Bo- 
hême, dans  le  cercle,  &C  A  l'oiient  de  Bechln.  (D.J.) 

SOBORMA  ULLOSIENÎA  ,  {Hlf.  mod.  Jurlfpr.) 
c'elt  ainfi  que  l'on  nomme  en  P^ulFie  le  corps  de  lois  , 
ou  le  code  d'après  lequel  on  juge  dans  les  tribunaux 
tous  les  procès  &  conteftations  qui  s'élcvent  entre 
les  fujcts  de  l'emoire. 

SOBRARVE  \  ou  SOBRARBE  ,  (  Géog.  mod.  ) 
contrée d'Efpagne  ,  au  royaume  d'Aragon,  avec  titre 
de  principauté.  Elle  a  les  Pyrénées  au  nord  ,  &:  le 
comté  de  Ribagorça  à  l'orient.  Elle  contient  plufieurs 
vallées.  Se  une  petite  place  qu'on  nomme  ^mfa.OcH 
dans  ce  pays  que  le  Clnca  prend  fa  fource.  {D.  J.  ) 

SOBRE  ,  adj.  (  Gr.imrn.  )  qui  ulc  de  tout  avec  mo- 
dération. L'homme yô/'re  eft  fiiin  &  vit  fans  maladie 
&:  long-tcms.  Rien  n'cft  plus  coaumm  qu'un  vit.'il 
avare  ,  parce  que  l'avai  ice  ttùjobre.  Comment  fe  fait- 


14^ 


S  O  B 


il  qu'un  des  vices  les  plus  vils  ibit  rccompenfc  de  la 
iantc  &c  de  la  lon>;ue  vie  ?  Hcureulenient  fa  longue 
vie  n'oit  qu'un  long  travail  &  un  long  tourment. 

SOBRIETE,  1".  t".  (^Morj/e.)  tcirpcrament  dans  le 
boire  ^c  le  manger ,  ou  pour  mieux  dire  dans  la  re- 
cherche des  plaifirs  de  la  table. 

L-Ajbhitti  en  lait  de  nourriture  ,  a  d'un  côté  pour 
oppolo  la  gourmandile,  &;  de  l'autre  une  trop  grande 
macération.  La  fobricù  dans  le  boire  ,  a  pour  con- 
traire l'ivrognerie. 

Je  crois  cjuc  la  fobrihc  eft  une  vertu  très-recom- 
mandable  ;  ce  n'elt  pas  Epidkte  &  Seneque  qui  m'en 
ont  le  mieux  convaincu  par  leurs  Icntences  outrées  ; 
c'ell  un  homme  du  monde  ,  dont  le  lufFrage  ne  doit 
être  lulpcd  à  perlbnne.  C'cll  Horace  ,  qui  dans  la 
pratique  s'étoit  quelquefois  laiflé  léduire  par  la  doc- 
trine d'Arillipe  ,  mais  qui  goiitoit  réellement  la  mo- 
rale fobre  d'Epicure. 

Comme  ami  de  Mécène ,  il  n'ofoit  pas  louer  direc- 
tement lafobriété  à  la  cour  d'Augufle;  mais  il  en  fait 
l'éloge  dans  fes  écrits  d'une  manière  plus  fine  &  plus 
perfuafive  ,  que  s'il  eût  traité  fon  lujet  en  moralille. 
Il  dit  que  hjobriéi:  fuffit  A  l'appétit ,  que  par  conié- 
quent  elle  cloit  iufîire  à  la  bonne  chère ,  &  qu'enfin 
elle  procure  de  grands  avantages  à  l'ef  prit  &  au  corps. 
Ces  propontions  font  d'une  vérité  lenfible  ;  mais  le 
poète  n'a  garde  de  les  débiter  lui-même.  Il  les  met 
dans  la  bouche  d'un  homme  de  province  ,  plein  de 
bon  lens  ,  qui  fans  fortir  de  fon  caractère  ,  6c  fans 
dogmatilcr  ,  débite  fes  réflexions  judicieufes ,  avec 
naïveté  qui  les  fait  aimer.  Je  prie  le  ledeur  de  l'é- 
couter, c'efl  dans  la  fatyre  ij.  L  II. 

Qua  virius  ,  &  quanta  ,  boni ,  fit  vivere  parvo  : 
(^Ncc  meus  hicjcrmo  ijl ,fcd  qu^m  prcca^'ït  Ofdius 
Ruflicus  ,  ab  normis  fapïais  ,  crajjàque  Mincrvd  ^ 
Dijcite^  non  intcr  lances  ,  menjajqui  nitentes  , 
Q!:um  flupet  inj'unis  actes  fulgoribus  ,  &  quuin 
Acclinis  Juljîs  anïmus  vuliora  recufat  : 
Verum  hic  impranji  mecum  difquinte.  Cur  hoc  ? 
Dicam  Ji  potero.   Maie  verum  examinât  omnis 
Corruptus  judex. 

«  Mes  arms,  la  fobriéié  n'eft  point  une  petite  vertu. 
i>  Ce  n'eft  pas  moiqui  le  dis,  c'eliOfcllus  ,  c'eft  un 
»  campagnard  fans  étude ,  à  qui  un  bon  fens  naturel 
»  tient  lieu  de  toute  philofophie  &  de  toute  litté- 
»  rature.  Venez  apprendre  de  lui  cette  importante 
»  maxime  :  mais  ne  comptez  pas  de  l'apprendre  dans 
»  ces  repas  fomptueux ,  oii  la  table  efl  embarraffée 
»  par  le  grand  nombre  de  fervices  ,  oii  les  yeux 
»  l'ont  épiisde  l'éclat  d'une  folle  magnificence ,  & 
»  où  l'el'prit  difpofé  à  recevoir  de  fauiTes  impref- 
»  fions ,  ne  laifîe  aucun  accès  à  la  vérité.  C'eft  à 
»>  jeun  qu'il  faut  examiner  cette  matière.  Et  pour 
»  quoi  à  jeun  ?  En  voici  la  raifbn ,  ou  je  fuis  bien 
»  trompé  :  c'eft  qu'un  juge  corrompu  n'eft  pas  en 
«  état  de  bien  juger  d'une  affaire  ». 

Dans  la  fatyre  vij  ,  l.  JJ ,  v.  ioJ>.  Horace  ne  peut 
encore  s'empêcher  de  louer  indiredement  les  avan- 
tages de  hjobriétc.  Il  feint  qu'un  de  fes  ef claves  pro- 
fitant de  la  liberté  que  lui  donnoit  la  fête  des  Satur- 
nales lui  déclare  cette  vérité,  en  lui  reprochant  fon 
intempérance.  «  Croyez  vous  ,  lui  dit-il ,  être  bien- 
»  heureux  &  moins  puni  que  moi  ,  quand  vous 
»  cherchez  avec  tant  d'emprcfîément  ces  tables  fer- 
»  vies  délicatement  &  à  grands  frais  ?  Ce  qui  arrive 
»  de-là  ,  c'eft  que  ces  fréquens  excès  de  bouche 
»  vous  rcmpliffent  l'eltomac  de  fucs  acres  &  indi- 
»♦  geftes  ;  c'eft  que  vos  jambes  chancelantes  refufent 
»>  de  foiitenir  un  corps  ruiné  de  débauches  ». 
Qui  ,  lu  impunitior  illa 

Quce  parvo  fumi  nequeuni  obfonia  captas  ? 

hcnipc  inaniarcjcunt  epulx,  fine  fine peiita  ^ 

Illufnue  pedes  viiiofum  firrc  rccujant 

Corpus, 


S  O  B 

Il  eft  donc  vrai  que  la  fobriérJ  tend  à  conferver  la 
fanté  ,  &  que  l'art  d'apprêter  les  mets  pour  irriter 
l'appétit  des  hommes  au-delà  des  vrais  befoins  efl 
un  art  deflrudieur.  Dans  le  tems  oii  Rome  comptoit  ; 
fes  viftoires  par  fes  combats  ,  on  ne  donnoit  point  ' 
tin  talent  de  gages  à  un  cuifinier  ;  le  lait  &  les  légu- 
mes apprêtés  fimplement ,  faifoicnî  la  nourriture  des 
conful's ,  &  les  dieux  habitoient  dans  des  temples  de 
bois.  Mais  lorfique  les  richcffcs  des  R-omnins  devin- 
rent imnienfcs  ,  l'ennemi  les  attaqua,  &  confondit 
par  fa  valeur  ces  fybarites  orgueilleux. 

Je  fais  qu'il  eft  impoffiblc  de  fixer  des  règles  fur  ' 
cette  partie  de  la  tempérance ,  parce  que  la  même 
chofe  peut  être  bonne  à  Pun  oc  excès  pour  un  autre; 
mais  il  y  a  peu  de  gens  qui  ne  fâchent  par  expérience 
quelle  forte  &  quelle  quantité  de  nourriture  con- 
vient à  leur  tempérament.  Si  mes  lecteurs  étoient 
mes  malades  ,  &c  que  j'eufle  à  leur  prcfcrire  des  rè- 
gles de  J'obricré  proportionnées  à  l'état  de  chacun  ,  je 
leur  dirois  de  faire  leurs  repas  les  plus  fimples  qu'il 
feroit  poffible  ,  &  d'éviter  les  ragoûts  propres  à  leur 
donner  un  faux  appétit ,  ou  le  ranimer  lorfqu'il  eft 
prefque  éteint.  Pour  ce  qui  regarde  la  boifîbn ,  je 
ferois  afTez  de  l'avis  du  chevalier  Temple.  «  Le  pre- 
»  mier  verre  de  vin ,  dit-il ,  eft  pour  moi ,  le  fécond 
»  pour  mes  amis ,  le  troifieme  pour  la  joie  ,  &  le 
»  quatrième  pour  mes  ennemis  ♦».  Mais  parce  qu'un 
homme  qui  vit  dans  le  monde  ne  fauroit  obferver  ces 
Ibrtes  de  règles  à  la  rigueur,  6c  qu'il  ne  fait  pas  tou- 
jours mal  de  les  tranlgrefî'er  quelquefois ,  je  lui  con- 
fèillerois  alors  de  tems  en  tems  des  jours  d'abftinence 
pour  rétablir  fon  corps  ,  le  délivrer  de  la  pléthore 
des  humeurs  ,  6l  procurer  par  l'exercice  de  l'élalti- 
cité  aux  reflbrts  affoiblis  de  fa  machine.  (  Le  chevalier 

DE   J  AU  COURT.  ) 

SObRiQUilT,  f.  m.  (^Littérature.')  forte  de  fur- 
nom  ,  ou  d'épithete  burlelque,  qu'on  donne  le  plus 
fouvent  à  quelqu'un  pour  le  tourner  en  ridicule. 

Ce  ridicule  ne  naît  pas  feulement  d'un  choix  afFefté 
d'expreliions  triviales  propres  à  rendre  ces  épithetes 
plus  fignifîcatives  ou  plus  piquantes  ;  mais  de  l'appli- 
cation qui  s'en  fait  fouvent  à  des  noms  de  perfonnes 
confidérables  d'ailleurs,  &  qui  produit  un  contrafte 
fingulier  d'idées  férieufes  &  plaifantes  ;  nobles  & 
viles  ,  bifarrement  oppofées ,  telles  que  peuvent  l'ê- 
tre dans  un  même  fujet  celles  d'une  haute  naiffance  , 
a\ec  des  inclinations  baffes  ;  de  la  majefté  royale, avec 
des  difformités  de  corps ,  réputés  honteufes  par  le 
vulgaire  ;  d'une  dignité  refpeftable,  avec  des  mœurs 
corrompues  ,  ou  d'un  titre  faftueux ,  avec  la  pareffe 
&  la  pufillanimité. 

Ainfi  lorfqu'avec  les  noms  propres  d'un  fouverain 
pontife,  d'un  empereur  illuftre ,  d'un  grand  roi,  d'un 
prince  magnifique,  d'un  général  fameux,  on  trou- 
vera joints  les  furnoms  de  Groin-de-porc  ,  de  Barbe- 
roujfe  ,  de  Pié-tortu  ,  d^ Eveille-chien,  de  Pain-en-bou- 
che ,  cette  union  excitera  prefque  toujours  des  idées 
d'un  ridicule  plus  ou  moins  grand. 

Quant  à  l'origine  de  ces  furnoms  ,  il  eft  inutile  de 
la  rechercher  ailleurs  que  dans  la  mahgnité  de  ceux 
qui  les  donnent,  &  dans  les  défauts  réels  ou  appa- 
rensde  ceux  à  qui  on  les  impofe  relie  éclate  fur-tout, 
A  l'égard  des  perionnes  dont  la  profpérité  ou  les  ri- 
chefîés  excitent  l'envie,  ou  dont  l'autorité  quelque 
légitime  qu'elle  foit  ,  paroît  infuportable  ;  elle  ne 
relpecle  ni  la  tiare  ni  la  pourpre  ,  c'eft  une  reffource 
qui  ne  manque  jamais  à  un  peuple  opprimé  ;  &  ces 
marjques  de  fa  vengeance  font  d'autant  plus  à  crain- 
dre ,  que  non-feulement  il  eft  impcfliblc  d'en  décou- 
vrir l'auteur  ,  mais  que  ni  l'autorité  ,  ni  la  force  ,  ni 
le  laps  de  tems ,  ne  font  capables  de  les  effacer.  On 
peut  lé  rappeller  à  l'occafion  de  ce  caraétere  indélé- 
bile, (  s'il  elt  permis  d'uler  ici  de  ce  terme)  ,  les  ef- 
forts inutiles  que  fît  lui  archiduc,  appelle  Frédéric, 

pour 


s  Ù  È 

pom  faire  oublier  le  furnom  de  Bourfé  viùdt  dont  il  k 
trouvoit  offenlc  :  le  peuple  dans  un. pays  où  il  ctoit 
relesjué  le  lui  avoit  donné  dans  le  rems  d'une  dil'grace 
<jui  l'avoit  réduit  à  une  extrême  diiétte.  Lorl'qu'une 
fortune  meilleure  l'eut  rétabli  dans  /es  états  ,  il  eut 
beau  pour  marquer  Ion  opulence,  taire  dorer  julqu'à 
la  couverture  de  ion  palais,- le  liu-nom  lui  reita  tou- 
jours; il  faut  aiuTi  convenir  que  s'il  ciiî  fait  du  bien 
au  peuple,  au  lieu  de  dorer  fon  palais,  {onfobnqua 
■eût  été  changé  en  furnom  plein  de  gloire. 

Il  arriva  quelque  chofe  de  femblable  à  Charles  de 
'Siçil^J ,  {xirnO\i\v\i  fans  -tette  ^fobriquet  qui  ne  lui  avoit 
été  donné  ,  que  parce  qu'elfeûivement  il  fut  long- 
tems  fans  états  ;  il  ne  le  perdit  point ,  lors  même  que 
Robert  fon  père  lui  eut  cédé  là.  Caiabre, 

Il  eii:  aifé  de  coinprendre  par  ce  qu'on  vient  d'ob- 
ierver  de  l'origine  &  de  la  nature  à^sjbbriqucts ,  quelles 
font  leslbtu'ces  communes  d'où  on  les  tire.  Toutes  les 
rn^pcrfeftïoiis  du  corps ,  tous  les  défauts  de  l'efpritdes 
liommes  ,  leius  mœurs  ,  leurs  paiTions  ,  leurs  mau- 
vailés  habitudes  ,  leurs  vices  ,  leurs  actions  de  quel- 
<jue  nature  qu'elles  foienî,  tout  y  contribue. 

A  l'égard  de  la  forme  ,  elle  ne  confifLe  pas  feule- 
ment dans  l'ufage  de  limples  cpithetes,  on  les  relevé 
fouvcnt  par  des  expreflions  figurées ,  dont  quelques- 
unes  ne  font  quelquefois  que  des  jeux  de  mots  , 
comme  dans  celui  de  biberius  msro ,  pour  Tibcrius 
•Ncro,  à  caufe  de  fa  paiiion  pour  le  vin  ;  6c  dans  celui 
de  cacoer^ite ,  appliqué  à  Ptolomée  Vlî.  roi  d'Ê- 
gyptc  ,  pour  le  qualifier  de  mauvais  prince  ,  par  imi- 
tation à^évurgctc ,  qui  défigne  un  prince  bienfaifônt; 
tel eil  encore  ç.Q\\.\\à'lpimane^  donpé  à  Antiochus  IV. 
<quiîiu  lieu  ^ipiphane,  ou  roi  iiluilre  dont  il  uftirpoit 
le  titre  ,  ne  fignifie  qu'un  furieux. 

Xy-àWXx^sjobnciuits  font  ironiques  &  tournés  en  con- 
trevériîés  ,  comme  celui  de  poïtù  Lauréat ,  que  les 
Anglûis  donnent  aux  mauvais  poètes. 

il  y  en  a  fouvent  dont  la  malignité  confulc  dans 
l'emprunt  du  nom  de  quelque  animal  ou  de  quelques 
perlonnes  célèbres  ,  notées  dans  l'hilloire  par  leurs 
figures  ou  leurs  vices,  dont  on  fait  une  comparailbn 
avec  la  pcrfonne  qu'on  veut  charger;  les  Syriens  ti- 
rèrent de  la  reffembiance  du  nez  crochu  d'A.ntiochus 
Vlli.  au  bec  d'un  griffon  ,  le  fobriqua  de  grypus  qui 
liii  efl  reflé  ;  &  Ton  connoît  afîez  dans  l'hifloire  an- 
cienne ,  les  princes  &  les  perfonnes  célèbres  à  qui  on 
a  donné  ceux  de  bouc^  ceux  de  cochon ,  d'àm  ,  de 
veau ,  de  taureau  &  d'ours ,  comme  on  donne  aujour- 
d'hui ceux  de  Silène,  d'Efope  ,  de  Sardanapale ,  &  de 
Mcfialinc  ,  aux  perfonnes  qui  leur  reffemblent  par  la 
figure  ,  ou  par  les  moeurs. 

Mais  de  toutes  les  expreiTions  figurées  ,  celle  qui 
forme  les  plus  mgcmzwx  fabriquas  ,  (fi  l'on  veut 
convenir  qu'il  y  ait  quelque  fel  dans  cette  forte  de 
production  de  i'efprit  )  c'eil  l'alluiion  fondée  fur  luie 
connnoilî'ance  de  faits  fingulicrs  ,  dont  l'idée  prête 
une  forte  d'agrément  au  ridicule. 

Ces  différentes  formes  peuvent  fe  réduire  à  quatre , 
qui  font  autant  de  genres  de  furnoms  burlel'ques  ; 
ceux  dont  la  note  eft  indifférente,  ceux  qui  n'en  im- 
priment qu'une  légère  ,  ceux  qui  font  injurieux,  & 
ceux  c|ui  font  honorables. 

Pour  donner  lieu  à  ceux  du  premier  genre ,  il  n'a 
fallu  qu'un  attachement  ;\  quelque  mode  fingulicre  de 
coéifure  bu  d'habillement,  quelque  coutume  particu- 
lière ,  quelque  adion  peu  importante  :  ainfi  Ils  fobri- 
gucts  de  Pogonatc  ou  Barbe  longue  ^  donnés  à  Conf- 
tantin  V.  empereur  de  Conflaniniople  ;  de  crépu  ,  à 
Boleflas  ,  roi  de  Pologne  ;  de  gyïfcgondu ,  à  Geolfroi 
l.  comte  d'Anjou;  de  courtc-muntcl,  à  Henri  11,  roi 
d'Angleterre  ;  de  iGJigus-épée,  à  Guillaume  ^  duc  de 
Normandie;  &  àt  hache  ^  à  Baudoin  VU.  comte  de 
Flandres ,  l'ont  jamais  pu  bleffer  la  réputation  de  ces 
princes. 

Tome  XV; 


14^ 


Les  Romains  'appeiIoientj/%«a;m,  te -génfe  de  fur- 
noms  ,  c,:  l'atlion  de  le  donner  fignificarc. 

Ceux  du  fécond  genre  ont  pour  objet  quelque  lé- 
gère unpcrfcdion  du  corps  ou  de  i'efprit ,  certains 
evénenicns,  &:  certaines  adions  qui  ,  quoiqu'ino-» 
centes ,  ont  une  efpece  de  ridicule.  C'eft  ce  q^e  Ci- 
ccron  a  entendu  par  turpicula  ^fubcurpia  ,  &  quaf  de- 
fnrmia.  Si  Socrate  ,  par  exemple ,  fe  montroit  peu  fen- 
fîble  au  furnom  de  camard  ^  beaucoup  s'en  trouve'- 
roient  offenfés  :  celui  de  cracheur  n'étoit  point  hono- 
rable à  Vladiflas  ,  roi  de  Bohème  ,  &c. 

Ceux  du  troifieme  genre  ,  font  beaucoup  plus  pi- 
quans  ,  en  ce  qu'ils  ont  pour  objet  les  diiformités  du 
corps  les  plus  confidérables  ,  ou  les  plus  grandes  dif- 
graces  de  la  fortune  ,  &  dont  la  honte  efl  fouvenl. 
plus  difficile  à  fupporter,  que  la  douleur  qui  les  ac- 
compagne. 

Ceux  du  quatrième  genre ,  n'ont  pour  objet  que 
ce  qu'il  y  a  de  plus  rare  dans  les  qualités  du  corps  ,. 
de  plus  noble  dans  celles  de  I'efprit  &  du  cœur ,  de 
plus  admirable  dans  les  mœurs  ,  &  de  plus  grand 
dans  les  actions.  Le  propre  de  ces  furnoms  cil:  d'être 
caractérifés  d'une  manière  plaifante ,  &  qui ,  quoi- 
qu'elle tienne  de  la  raillerie ,  ne  lailTe  jamais  qu'une 
idée  honorable. 

Ainfi  les  furnoms  de  bras-de-fer ,  &  de cotu-de-fer  ^' 
impofés  l'un  à  Baudouin  I.  comte  de  Flandres  ,  ôc 
l  autre  à  Edmond  II,  roi  d'Angleterre  ,  font  de  vrais 
éloges  de  la  force  du  corps  dont  ces  princes  étolent 
doues;tel  efl  auffi  celui  de  temporlfeur^-^xdo^t  toujours 
cno quant,  fait  pour  Fabius  l'apologie  de  fa  politique 
militaire ,  comme  celui  de /^/25-/?c7-;r  marque  à  l'é- 
gard de  Richard  duc  de  Normandie,  &  de  Jean  duc 
de  Bourgogne,  leur  intrépidité. 

Il  y  a  des  caraderes  accidentels  qui  en  établiffent 
encore  des  genres  particuliers.  Les  uns  peuvent  con- 
venir à  plulieurs  perfonnes  ,  comme  les  furnoms  de 
borgne ^(ï^i.  bojju^Aft  boiteux^  de  mauvais:  d'autres 
ne  font  guère  appUqués  qu'à  une  feule ,  comme  le 
furnom  de  Copron.yme  impofé  à  Conlbntin  IV.  Se 
celui  de  CaracaUa  au  quatrième  des  Antonins. 

Les  fabriquées  ou  furnoms  qui  fe  donnent  récipro- 
quement les  habitans  d'une  petite  ville ,  d'un  bourg 
ou  d'un  hameau ,  ne  confident  ordinairement  qu'en 
quelques  épithetes  fi  triviales  <X  fi  groifieres,  qu'il 
n'y  auroit  point  d'honneur  à  en  rapporter  des  exem- 
ples. 

Il  n'en  efl  pas  de  même  de  ceux  qui  naifîent  dans 
l'enceinte  des  camps  ;  ils  font  marqués  à  un  coin  de 
vivacité  &  de  liberté  particulières  aux  militaires. 

Il  y  en  a  enfin  d'héréditaires  ,  &  qui  n'ayant  été 
d'abord  attribués  qu'à  une  feule  perfonne ,  ont  en- 
fuite  paffé  à  fes  defcendans ,  &:  lui  ont  tenu  lieu  de 
nom  propre.  Tels  font  la  plupart  des  furnoms  des 
Romains  illufîres,  du  tems  de  la  république,  que 
les  auteurs  de  l'hifloire  romaine  qui  ont  écrit  en  grec  , 
ont  cru  leur  être  tellement  propres,  qu'ils  ne  leur 
ont  ôté  que  là  terminaifon  latine  ,  comme  Denis 
d'riahcarnalîe  l'a  fait  de  ceux  de  PKijsoç  &  de  KcpaTcç; 
car  il  ne  faut  pas  s'imaginer  ,  comme  l'ont  cru  quel- 
ques antiquaires,  que  les  magiflrats  fur  les  médailles 
deiquels  on  lit  les  (mnoms  A' ^nobarbus ,  de  Nafo  , 
de  Cruffîpcs  ,  de  Scaurus ,  de  Bibulus ,  foient  les  hom- 
mes Àqs  familles  Domitia  ,  Axfia  ^  Furia^  Amilia  ^ 
CaLpunda  ,  qui  avoient  la  barbe  rouffc  ,   le  ne^  long  , 
des  pies  contrefaits ,  de  gros  talons  ,    &  qui  étoiont 
adonnés  au  vin.  Il  y   a  au  contr;iire  dans  cette  ré- 
publique ,  certaines  familles  qui  n'ont  tiré  leur  nom 
que  d'un  de  ces  fortes  Acfobriqucrs^  que  lé  premier 
cje  la  iamille  a  porté ,  comme  la  Claudia  qui  a  tiré  le 
lien  d'un  boiteux.  La  même  choie  ell  arrivée  en  no- 
tre pays  ,  auHi  bien  que  dans  beaucoup  d'autres. 

Ce[)cndant  ces  furnoms  tels  qu'ils  ont  été ,  font 
devenus  d'un  grand  avantage  dans  la  chronologie  &a 

I  i 


IJO 


s  O  B 


S 


O  C 


dans  l'hiftoire.  Il  faut  convenir  que  fi  quelque  chofc 
elt  capable  de  diminuer  la  confulion  que  peut  cauier 
dans  l'eipritune  imdtitude  d'objets  lembiables,  tels 
que  ce  n<.>mbre  prodigieux  de  rois  6:  de  louveraiiis , 
qui  dans  les  monarchies  anciennes  6c  modernes  ,  le 
luccedent  les  uns  aux  autres  lous  les  mêmes  noms; 
c'clU'attention  avix  lurnoms  par  lerquels  ils  y  font 
dillincués.  Cesfurnoms  nous  aident  beaucoup  à  re- 
connoîtrc  Us  princes  ,  au  tcms  defquels  les  évcne- 
mens  doivent  fe  rapporter ,  &  a  y  fixer  des  époques 
certaines.  ,    , 

L'ul'age  en  eft  ncceffaire ,  pour  donner  aux  généa- 
logies des  familles  qui  ont  pofledé  les  grands  empires 
^:  ics  moindres  états,  cette  clarté  qui  leurellelkn- 
tielle. 

C  eft  parle  défaut  de  furnoms ,  que  la  généalogie 
des  rharaons,  dont  jofephe  &:  Plulcbe  ont  dit  que 
les  noms  étoient  plutôt  de  dignité  que  de  tamille  , 
eil  fi  obfcure.  Combien  au  contraire  la  précaution 
de  les  avoir  ajoutés  aux  furnoms  tirés  de  l'ordre  nu- 
méral ,  fauve-t-elle  de  méprifes  d<.  d'erreurs  dans 
l'hiftoire  desAlexandres  de  Macédoine,  des  Ptolo- 
mées  d'Egypte  ,  des  Antiochus  de  Syrie ,  desMithri- 
dates  du  Pont ,  des  Nicomedes  de  Bithynie,  des  An- 
tonins  &  des  Conltantins  de  l'empire  ,  des  Louis  & 
des  Charles  de  France  ,  6-c.  Si  les  épithetes  de  ri- 
ches ,  de  grands ,  de  confervateurs ,  &c.  dont  les 
peuples  honorèrent  autrefois  quelques-uns  des  prin- 
ces de  ces  familles  ,  laifient  dans  la  mémoire  une 
iniprelfion  plus  forte  que  celles  qui  font  tirées  de  l'or- 
dre progreffit  de  premier,  fécond  ,  trolfieme  &  des 
nombre  fuivans ,  les  lurnoms  burlefques  de  nc^  de. 
griffon  ,  de  ventru  ,  Aa  joueur  de  fiuu  ^  à'cffi'niné,.  de 
martel^  de  fainéant ,  de  balafre,  n'y  en  font  -  ils  pas 
une  dont  les  traces  ne  font  pas  moins  profondes  ? 
Horace  faifant  la  comparaifon  du  lérieux  &  du  plai- 
fant,ne  feint  point dedonner  la  préférence  à  ce  dernier. 

Difcit  enira  citius  ,  meminitque  lihentius  ilhid 
QjLod  quis  dctidct ,  quant  quod  probat  &  vencratur. 

Combien  y  a-t-il  même  de  familles  illuftres  dans 
les  anciennes  monarchies,  &  dans  celle  du  moyen 
âge,  dont  les  branches  ne  font  diftinguées  que  par 
\çs  fabriquas  des  chefs  qui  y  ont  fait  des  fouches  dif- 
férentes !  On  le  voit  dans  les  familles  romaines  ,  la 
Dom'ma  dont  les  deux  branches  ont  chacune  pour 
auteur  un  homme  à  furnom  burlefque,  l'un  Calvï- 
nus  ,  &  l'autre  Ahenobarbus  ;  &C  dans  la  Corne/la^  de 
laquelle  étoient  les  Scipions  ,  où  le  premier  qui  a 
été  connu  par  le  lurnom  de  Nafîca  ,  a  donné  fon 
nom  à  une  branche  qui  ne  doit  pas  être  confondue 
avec  celle  de  l'Africain. 

Une  autre  partie  efl'enticlle  de  Thiftoire,  eft  la  re- 
préfcntation  des  cara(Seres  des  ditFérens  perionna- 
ges  qu'elle  introduit  fur  la  fcene  ;  c'eft  ce  que  font 
les  furnoms  par  des  exprefnons  qui  font  comme  des 
portraits  en  racourci  des  hommes  les  plus  célèbres  ; 
mais  il  faut  avouer  que  par  rapport  à  la  reffemblance 
qu.i  doit  faire  le  mérite  de  ces  portraits  ,  que  les  fiir- 
noms  plaifans  l'emportent  de  beaucoup  fur  ceux  du 
genre  férieux. 

Les  premiers  trompent  rarement  ,  parce  qu'ils 
expriment  prefque  toujours  les  carafteres  dans  le 
vrai  ;  ce  font  des  témoignages  irréprochables ,  des 
décifions  prononcées  par  la  voix  du  peuple  ,  des  traits 
de  crayon  libres  tirés  d'après  le  naturel ,  des  coups 
de  pinceau  hardis  qui  ne  font  pas  feulement  des  por- 
traits de  l'extérieur  des  hommes,  mais  qui  nous  re- 
préflntent  encore  ce  qu'il  y  a  en  eux  de  plus  caché. 

Ainfi  l'obfcuritéde  l'origine  de  Michel  V.  empe- 
reur de  Conftantinople  ,  dont  les  parens  calfatoient 
des  vaifi'eaux  ,  nous  eft  rappellée  par  fon  furnom  de 
Calaphatis  ;  la  baffe  naifTance  du  pape  Benoit  XII, 
fils  d'an  boulanger  françois ,  par  celui  de  Jacques  du 


Four  ^  qui  lui  fut  donné  étant  cardinal,  &  "oppio- 
bre  de  l'ancienne  profeflion  de  Valere  Miximien  de- 
ven\!  empereur  ,  par  celui  A'Armcntayïus. 

L'événement  heureux  pour  le  fils  d'Othon,duc  de 
Saxe,  qui  fut  élevé  à  l'empire  ,  &  qui  lorlqu'il  s'y  aî- 
tcndcitle  moins, en  apprit  la  nouvelle  au  milieu  d'une 
partie  de  chaffe  ,  eft  lignalé  par  le  fiirnom  de  VOiJé- 
kur  qui  le  dilhngue  de  tous  les  Htnns. 

L'cmpreflément  de  l'empereur  Léon  pour  détruire 
le  culte  des  images  ,  eft  bien  marqué  dans  le  terme 
Ci  t conocli  lie . 

La  iiiauvaife  fortune  qu'effuya  Frédéric  L  duc  de 
Saxe ,  par  la  captivité  dans  laquelle  fon  père  le  tint , 
eft  devenue  mémorable  par  le  furnom  de  Mordu  qui 
lui  eft  rcflé. 

La  mort  ignominieufe  du  dernier  des  Antonins  , 
dont  les  foldaîs  jetterent  le  cadavre  dans  le  Tibre  , 
après  l'avoir  traîné  par  les  rues  de  Rome,  ne  s'ou- 
bliera jam.ais  à  la  vue  des  épithetes  de  Tracîltius  &C 
de  Tibc'inus^  dont  Aurelius  Viélor  dit  qu'il  fut  chargé. 

Ainfi  rien  n'eft  à  néoliger  dans  l'étude  de  l'hiftoi- 
re  ;  les  termes  les  plus  bas  ,  les  plus  groffiers  ou  les 
plus  injurieux ,  &  qui  femblent  n'avoir  jamais  été 
que  le  partage  d'une  vile  popvdace ,  ne  font  pas  pour 
cela  indignes  de  l'attention  des  favans. 

M.  Spauheim ,  dans  fon  ouvrage  fur  l'ufage  des 
médailles  antiques  ,  tome  II.  s' eft  un  peu  étendu 
fur  l'origine  des  f)briqucts  des  Romains  ,  en  les  confi- 
derant  par  le  rapport  qu'ont  aux  médailles  confulai- 
res,  ceux  des  principales  familles  de  la  république 
romaine.  M.  de  la  Fvoque  dans  fon  traité  de  l'origine 
des  noms  ,  auroit  du  traiter  ce  fujet  par  rapport  à 
rhiftcire  moderne.  M.leVayeren  a  dit  quelque  chofe 
dans  fes  ouvrages,  /^ojeç  fur -tout  les  mémoires  de 
l'aiad.  des  Infcrip.  &  Belles-lettres.  (  Le  chevalier  DE 
JaV  COURT.') 

SOC,  f.  m.  (^Antiq.  roti.^foccus ;  forte  de  chaufTu- 
re  en  ufage  chez  les  Grecs  &  les  Romains  ;  eniuite 
elle  devint  en  particulier  celle  de  ceux  qui  mon- 
toient  fur  le  théâtre,  pour  y  reprélénter  les  perfon- 
nagcs  comiques.  Elle  étoit  oppolée  au  cothurne ,  au- 
tre chaufiure  ou  brodequin ,  refcrvé  pour  les  perfon- 
nages  héroïques.  {D.  /.) 

Soc  ,  terme  de  Laboureur  y  c'eft  un  fer  large  &  poin- 
tu ,  qui  eft  au  bout  du  fcep  de  la  charrue,  (k.  qui  fert  à 
fouiller  dans  la  terre. 

Le /oc  eft  la  partie  efîentielle  de  toutes  les  char- 
rues ;  il  eft  prefque  toujours  formé  par  un  fer  plat  & 
acéré.  Ce  fer  étant  introduit  à  deux  ou  trois  pouces 
fous  la  terre, doit  l'ouvrir;  mais  il  y  a  desyo«qui  cou- 
pent la  terre  en-deffous,  pendant  que  les  autres  neia 
divifent  que  comme  pourroit  faire  un  coin.  Il  eft  clair 
que  ceux-ci  ont  à  vaincre  la  réfillance  des  racines, 
&  qu'ils  paîtriffent  &  corroient  les  terres  fortes  & 
humides  :  ces  raifons  ont  déterminé  les  gens  éclairés 
à  donner  la  préférence  aux /;«  coupans.  (Z>. /.) 

SOCCOLAN,  f.  m.  (Ordre  monaf.)  on  appelle 
foccolans  les  religieux  de  l'ordre  de  S.  François,  d'u- 
ne réforme  particulière  établie  par  S.  Paulet  de  Fc-* 
ligny  en  1368.  Lui-même  ayant  vu  que  les  payfans 
qui  vivoient  dans  les  montagnes  de  fon  hermitage, 
portoient  des  focques  ou  fandales  de  bois,  il  en  or- 
donna l'ufage  aux  religieux  de  fa  réforme ,  qui  furent 
appelles  par  cette  raifon  foccolanti.  f^oye^^  de  plu^ 
grands  détails  dans  le  P.  Héliot ,  /.  FIL  c.  ix.ÇD.  7.) 

SOCHACZOW,  (Géog.  mod.)  prononcez  ^oc^i- 
chouf;  petite  ville  de  Pologne  dans  le  duché  de  Mo- 
zavie,  près  d'une  petite  rivière  ,  à  4  lieues  de  Eloi- 
gné. C'eft  au-delà  de  cette  ville  qui  eft  toute  bâtie 
en  bois  ,  que  commencent  ces  belles  plaines  qui  s'é- 
tendent jufqu'à  la  Viftule ,  par  une  efpace  de  8  gran- 
des lieues.  (Z>.  y.) 

SOCIABILITÉ  ,  {Droit  nat.  &  Mjra/.)  bienve^ 
lance  envers  les  autres  hommes. 


soc 

l,â  focial'îllu  eu.  cette  dirpofition  qui  nous  porte  k 
faire  aux  hommes  tout  le  bien  qui  peut  dépendre  de 
nous,  à  concilier  noire  bonheur  avec  celui  des  au- 
tres, &  ù  lUbordonner  toujours  notre  avantage  par- 
ticulier, à  l'avantage  commun  &  général. 

Plus  nous  nous  étudierons  nous-mêmes, plus  nous 
ferons  convaincus  que  cette  J'ociahUui  elt  conforme 
à  la  volonté  de  Dieu  ;  car  outre  la  néceffité  de  ce 
principe,  nous  le  trouvons  gravé  dans  notre  cœur. 
Si  d'un  côté  le  Créateur  y  a  mis  l'arnour  de  nous-mê- 
mes ,  de  l'autre  la  même  main  y  a  imprimé  un  Senti- 
ment de  bienveillance  pour  nos  lemblables;  ces  deux 
penchans ,  quoique  dilfinds  l'un  de  l'autre ,  n'ont 
rien  d'oppolc  ,  &  Dieu  les  a  gravés  dans  nos  âmes 
pour  agir  de  concert.  Aufii  les  cœurs  généreux 
trouvent-ils  la  fatistadion  la  plus  pure  à  faire  du  bien 
aux  autres  hommes,  parce  qu'ils  ne  font  en  cela  que 
fuivre  un  penchant  naturel. 

Du  principe  de  la  Joclabilité  découlent  toutes  les 
lois  de  la  foeiété. 

I  °.  Cette  union  que  Dieu  a  établie  entre  les  hom- 
mes exige  d'eux  que  dans  tout  ce  qui  a  quelque  rap- 
port à  la  fociété ,  le  bien  commun  loit  la  règle  fuprè- 
nie  de  leur  conduite;  &  qu'attentifs  aux  conléiis  de 
la  prudence ,  ils  ne  chercaent  jamais  leur  avantage 
particulier  au  préjudice  de  l'avantage  public. 

i**,  L'efprit  de  fociabilité  doit  être  univerfel.  La 
fociété  humaine  embraflc  tous  les  hommes  avec  lef- 
quels  on  peut  avoir  quelque  commerce,  puifqu'elle 
elt  fondée  fur  les  relations  qu'ils  ont  tous  enfemble  , 
en  conféquence  de  leur  nature  &  de  leur  état.  P^oye^- 
en  les  preuves  dans  PufTendorf  &  Cumberland. 

3°.  La  railon  nous  dit  que  des  créatures  du  même 
rang  ,  de  la  même  eipece ,  nées  avec  les  mêmes  facul- 
tés ,  pour  vivre  enlemble  &  pour  participer  aux  mê- 
mes avantages ,  ont  en  général  un  droit  égal  &  com- 
mun. Nous  fommes  donc  obligés  de  nous  regarder 
comme  naturellement  égaux,  &  de  nous  traiter  com- 
me tels  ;  ce  feroit  démentir  la  nature  que  de  ne  pas 
reconnoître  ce  principe  d'équité  (que  les  Jurifcon- 
fultes  nomment  aquubiluatis  juris^  ,  comme  un  des 
premiers  fondemens  de  la  fociété.  C'elt  là-deflus 
iju'eil  fondée  la  loi  du  réciproque;  de  même. que 
cette  règle  fi  fimple,  mais  d'un  ulage  univerfel,  que 
nous  devons  être  à  l'égard  des  autres  hommes  dans 
les  mêmes  difpofitions  où  nous  defirons  qu'ils  foient 
à  notre  égard  ,  &  nous  conduire  avec  eux  de  la  mê- 
me manière  que  nous  voulons  qu'ils  fe  conduifent 
avec  nous  dans  des  circonftances  pareilles. 

4°.  La  yoa<z^i///i;  étant  d'une  obligation  réciproque 
entre  les  hommes,  ceux  qui  par  leur  malice  ou  leur 
jnjuflice  rompent  ce  lien ,  ne  fauroient  fe  plaindre 
raifonnablemcnt  fi  ceux  qu'ils  offenfent  ne  les  trai- 
tent plus  comme  amis ,  ou  même  s'ils  en  viennent 
contr'eux  à  des  voies  de  fait. 

Mais  fi  l'on  eil  en  droit  de  fufpendre  à  l'égard  d'un 
ennemi  les  aûes  de  la  bienveillance  ,  il  n'elt  jamais 
permis  d'en  étouifer  le  principe.  Comme  il  n'y  a  que 
la  nécefliié  qui  nous  autorife  à  recourir  à  la  force 
contre  im  injulle  aggreffeur,  c'eft'auffi  cette  même 
néceffité  qui  doit  être  la  règle  &  la  mefure  du  mal  que 
nous  pouvons  lui  faire  ;  &  nous  devons  toujours  être 
difpofés  à  rentrer  en  amitié  avec  lui ,  dès  qu'il  nous 
aura  rendu  juftice,  ^  que  nous  n'aurons  plus  rien  A 
craindre  de  fa  part. 

En  un  mot ,  rien  n'eft  plus  convenable  à  l'humani- 
té que  la  bénéficcnce  &  la  générofité.  Il  n'y  a  rien  de 
plus  vrai,  d'.t  Cicéron  lïv.  I.  des  Offices^  ch.  vij.  que 
ce  beau  mot  de  Platon  ,  que  nous  ne  fommes  pas  nés 
pour  nous  ,  mais  peur  les  autres  Iwnimes  &  pour  la  pa- 
trie. Les  Stoïciens  loutenoient  que  pour  entrer  dans 
les  deflcinsde  la  nature,  il  falloit  contribuer  chacun 
du  fien  a  l'uviliîé  commune  ,  6£  employer  non  feule- 
ment ion  induihie,  mais  les  biens  à  ferrer  de  plus  en 
2  orne  X  K, 


SOC 


251 


plus  les  nœuds  de  la  fociété  humaine.  (Z).  /) 

SOCIABLE,  AIMABLE,  {Langue  franc.)  ceâ 
deux  mots  îae  font  plus  fynonymes  dans  notre  lan^' 
gue. 

L'homme yoa'dWe  a  les  qualités  propres  au  bien  de 
la  fociété  ;  je  veux  dire  la  doi'ceur  du  caraôere 
l'humanité,  lafranchife  fans  rudefle ,  la  complaifan- 
ce  fans  flatterie,  &  Ilir-tout  le  cœur  porté  à  la  bien- 
faifance  ;  en  un  mot,  l'homme  Jbciabk  eft  le  vrai  ci» 
toyen.  Fo)C{ Sociabilité.  < 

L'homme  aimable ,  dit  M.  Duclos  ,  du  moins  celui 
à  qui  l'on  donne  aujourd'hui  ce  titre ,  ell  fort  indiffé- 
rent fur  le  bien  public,  ardent  à  plaire  à  toutes  les  fo* 
ciétés  où  fon  goût  &  le  hafard  le  jettent,  &  prêt  à  en 
facrifîer  chaque  particulier.  Il  n'aime  perfonne,  n'eft 
aimé  de  qui  eue  ce  foit ,  plait  à  tous  ;  &  fouvent  eft 
méprifé  &  recherché  par  les  mêmes  gens. 

Les  liaifons  particuHeres  de  XhommQfociable  font 
des  liens  qui  l'attachent  de  plus  en  plus  à  l'état;  cel- 
les de  l'homme  aimable  ne  font  que  de  nouvelles  dif- 
fipations ,  qui  retrandient  d'autant  les  devoirs  eflén- 
tiels.  L'homme  /ocidfce  infpire  le  defir  de  vivre  avec 
lui  ;  rhomme  aimable  en  éloigne  ou  doit  en  éloigner, 
tout  honnête  citoyen.  (Z),  7.) 

SOCIAL,  adj.  (Gramm.)  mot  nouvellement  intro- 
duit dans  la  langue ,  pour  défigner  les  qualités  qui 
rendent  un  homme  utile  dans  la  fociété  ,  propre  ati 
commerce  des  hommes  :  des  vertus  faciales . 

Social,  (Comm.)  ce  qui  appartient  à  une  focié-, 
té,  ou  qui  elf  fait  en  fon  nom.  On  dit  qu'un  billet 
ou  autres  aftes  ,  font  fignés  du  nom/ôcw/,  lorfqu'ua 
ou  deux  affociés  les  ont  fignés  du  nom  de  la  fociété. 
Dans  ces  écritures  on  met  tous  les  noms  des  affociés, 
ou  l'on  y  ajoute  le  nom  de  compagnie ,  N'.  N.  &  com- 
pagnie. Foyei  Nom  social,  Société  &  Compa- 
gnie. 

Sociale,  guerre ,  {Hifl,  rom.)  on  appella  gnem 
Jociali  ou  des  alliés  ,  celle  des  peuples  du  Latium  ou 
du  pays  Latin,  contre  les  Romains.  Cette  guerre  fut 
entreprife  par  les  alliés,  l'an  de  Rome  663  ,  pour  ob- 
tenir le  droit  de  bourgeoifie  que  la  république  leur 
rcfufoit. 

Les  peuples  du  Latium  fupportoient  les  charc^es 
de  la  république  ,  6c  cependant  n'étoient  point  ad- 
mis aux  dignités,  &  n'avoient  pas  même  le  droit  de 
fufFrage.  Il  eft  vrai  que  dans  les  tems  difnciles ,  pour 
les  attacher  plus  étroitement  à  la  république ,  on  s'é- 
toit  quelquefois  relâché  là-deffus ,  par  exemple ,  dans 
la  féconde  guerre  punique  ;  mais  quand  le  péril  fut 
paffé ,  les  Romains  firent  regarder  ces  conceffions 
comme  des  grâces  paffageres ,  &  qui  ne  fondoient 
point  de  droits. 

Cependant  les  peuples  alliés  repréfentoient  tou- 
jours qu'il  étoit  jufte  qu'ils  enflent  part  aux  honneurs 
d'un  état,  dont  ils  avoient  étendu  l'empire  parleur 
vaillance.  Ces  peuples  donc  outrés  d'être  exclus  du 
droit  de  bourgeoifie ,  réfolurent  d'en  obtenir  l'effet 
les  armes  à  la  main  ;  ils  s'affocierent  enfemble,  réu- 
nirent leur  reffentiment  commun,  lignèrent  une  li- 
gue, &  fe  donnèrent  réciproquement  des  otages. 

Il  y  eut  entre  eux  &  la  république  des  combats  f'an- 
glans,  des  batailles  &  des  prifes  de  villes.  La  fortu- 
ne pafla  plus  d'une  fois  dans  l'un  &  l'autre  parti.  En- 
fin le  fénat  s'appercevant  que  la  république  ne  rem- 
portoit  pas  même  de  viftoires  qui  ne  lui  fuflent  fu- 
neftcs,  &  qu'en  faifant  périr  des  alliés,  elle  perdoit 
autant  de  ioldats  qui  compofbient  auparavant  fcs 
armées,  ce  corps  fi  fage  leur  accorda  infenfiblement 
le  droit  de  bourgeoifie  romaine.  Mais  fuivant  fa  po- 
litique ordinaire,  il  rcduifit  ce  droit  profqueà  rien, 
par  la  forme  qu'il  donna  au  traité  ;  de  forte  que  ce 
droit  de  bourgeoifie ,  qui  avolt  coûté  tant  de  fang  aiLx 
alliés,  ne  devint  prefque  i\  leur  égard,  qu'un  Vain 
titre,  fans  fondions  6i  fans  autorité.  (/^.  /•) 


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soc 


SOCIÉTÉ  ,  {.  f.  (  Morale.  )\es  hommes  font  faits 
pour  vivre  en  yoaVft:;  fi  l'intention  de  Dieu  eût  ctc 
que  chaque  homme  vécut  feul,  &:  féparé  des  autres, 
il  auroit  tienne  à  chacun  d'eux  des  qualités  propres 
&c  ùitHlantes  pour  ce  genre  de  vie  folitaire  ;  s'il  n'a 
pas  fuivi  cette  route  ,  c'eit  apparemment  parce  qu'il 
a  voulu  que  les  liens  du  fani;  ik:  de  lanaiiiance  com- 
mençallcnt  à  former  entre  les  hommes  cette  union 
plus  étendue  qu'il  vouloit  établir  entr'eux  ;  la  plu- 
part des  facukés  de  l'homme ,  fes  inclinations  natu- 
relles ,  fa  toiblelle ,  fes  befoins,  font  autant  de  preu- 
ves certaines  de  cette  intention  du  Créateur.  Telle 
cft  en  effet  la  nature  &  la  conllitution  de  l'homme  , 
que  hors  de  \à  fociété  ,  il  ne  fauroit  ni  conferver  la 
vie  ,  ni  développer  &  perfedlionner  les  facultés  6i 
fes  talens  ,  ni  fe  procurer  un  vrai  6c  loUde  bonheur. 
Que  deviendroit,  je  vous  prie,  un  entant ,  fi  une 
nain  bienfaifante  &  fecourable  ne  pourvoyoit  à  fes 
befoins  ?  Il  faut  qu'il  périife  fi  perlonne  ne  prend 
foin  de  lui  ;  &  cet  état  de  foiblelfe  6l  d'indigence, 
demande  même  des  fecours  long-tems  continués  ; 
fuivez-le  dans  fa  jeunefie  ,  voîis  n'y  trouverez  que 
grolïïereté  ,  qu'ignorance  ,  qu'idées  confales  ;  vous 
ne  verrez  en  lui ,  s'il  ell  abandonné  à  lui  même , 
qu'un  animal  fauvage ,  &  peut-être  féroce  ;  igno- 
rant toutes  les  commodités  de  la  vie ,  plongé  dans 
l'oifivetc,  en  proie  à  l'ennui  &  aux  foucis  dévo- 
rans.  Parvient-on  à  la  vieillefle  ,  c'eft  un  retour  d'in- 
firmités ,  qui  nous  rendent  prefque  aulli  dépendans 
des  autres  ,  que  nous  l'étions  dans  l'entance  imbécil- 
le  ;  cette  dépendance  fe  fait  encore  plus  fentir  dans 
les  accidens  &  dans  les  maladies  ;  c'elt  ce  que  dépei- 
gnoit  fort  bien  Séneque ,  Senec.  dcbencf.  L.  IV.  c. xv'nj. 
«  D'où  dépend  noire  lûreté  ,  fi  ce  n'ell  des  fervices 
»  mutuels?  il  n'y  a  que  ce  commerce  de  bienfaits 
»  qui  rende  la  vie  commode  ,  &  qui  nous  mette  en 
»  état  de  nous  défendre  contre  les  infultes  &  les 
»  évafions  imprévues  ;  quel  feroit  le  fort  du  genre 
»  humain ,  fi  chacun  vivoitàpart?  autant  d'hom- 
>>  mes  ,  autant  de  proies  &  de  vidimes  pour  les  au- 
»  très  animaux ,  unfang  fort  ailé  à  répandre  ,  en  un 
»  mot  la  foiblelTe  même.  En  effet  ,  les  autres  ani- 
»  maux  ont  des  forces  fuffifantes  pour  fe  défendre  ; 
»  tous  ceux  qui  doivent  être  vagabonds ,  &  à  qui 
«  leur  férocité  ne  permet  pas  de  vivre  en  troupes  , 
«  naiffent  pour  ainfi  dire  armés,  au  lieu  que  l'hom- 
»  me  efcde  toute  part  environné  de  foiblelfe,  n'ayant 
»  pour  armes  ni  dents  ni  griffes;  mais  les  forces  qui 
»  lui  manquent  quand  il  fe  trouve  feul ,  il  les  trouve 
»  en  s'uniffant  avec  fes  femblablts  ;  la  raifon  ,  pour 
»  le  dédommager  ,  lui  a  donné  deux  chofes  qui  lui 
>»  rendent  fa  lupériorité  fur  les  animaux ,  je  veux 
>>  dire  la  raifon  &  la  fociabilité ,  par  où  celui  qui 
»  feul  ne  pouvoit  réfifler  à  pcrfonne,  devient  le  tout  ; 
»>  \dL  fociété  lui  donne  l'empire  fur  les  autres  animaux  ; 
»  \di  fociété  {zit  que  non  content  de  l'élément  où  il  eit 
»  né,  il  étend  fon  domaine  jufque  fur  la  mer  ;  c'eft 
»  la  même  union  qui  lui  fournit  des  remèdes  dans  fes 
»  malatlies  ,  des  fecours  dans  fa  vieilleffe  ,  du  fou- 
»  lagement  à  fes  douleurs  &  à  fes  chagrins  ;  c'eft  el- 
»  le  qui  le  met ,  pour  ainfi  dire ,  en  état  de  braver  la 
»  fortune.  Otez  la  foclabihté  ,  vous  détruirez  l'u- 
»»  nion  du  genre  humain  ,  d'où  dépend  la  conferva- 
»  tion  &  tout  le  bonheur  de  la  vie.  » 

LayôaeVt;  étant  flnéceffaire  à  l'homme,  Dieu  lui  a 
aufti  donné  une  conftitution,des  facultés ,  des  talens 
qui  le  rendent  très-propre  à  cet  état  ;  telle  eft  ,  par 
exemple  ,  la  faculté  de  la  parole,  qui  nous  donne  le 
moyen  de  communiquer  nos  penlées  avec  tant  de  fa- 
cilité &  de  promptitude  ,  &  qui  hors  de  la.  fociété  ne 
feroit  d'aucun  ufage.  On  peut  dire  la  même  chofc  du 
penchant  à  l'imitation,  6c  de  ce  merveilleux  mécha- 
nilme  cjui  fait  que  les  pallions  &C  toutes  les  impref- 
iions  de  l'ame  ,  fe  communiquent  li  aiiémcnt  d'un 


SOC 

cerveau  à  l'autre  ;  il  fuffit  qu'un  homme  paroifle  ëm«,' 
pour  nous  émouvoir  &  nous  attendrir  pour  lui  :  Ao- 
rnojhrn,  humani  a  me  niliil.  alicnum  puto.  Si  quelqu'un 
vous  aborde  avec  la  joie  peintefur  le  viliige,  il  exci- 
te en  nous  un  lentiment  de  joie  ;  les  larmes  d'un  in- 
connu nous  touchent ,  avant  même  que  nous  en  fâ- 
chions la  caule  ,  6c  les  cris  d'un  homme  qui  ne  tient 
à  nous  que  par  l'humanité  ,  nous  font  courir  à  fon  fe- 
cours', par  un  mouvement  machinal  qui  précède  tou- 
te délibération.  Ce  n'eft  pas  tout ,  nous  voyons  que 
la  nature  a  voulu  partager  &  diftribuer  différemment 
les  talens  entre  les  hommes ,  en  donnant  aux  uns  une 
aptitude  de  bien  faire  certaines  chofes ,  qui  font  com- 
me impoffibles  à  d'autres  ;  tandis  que  ceux-ci ,  à  leur 
tour,  ont  une  induftrie  qu'elle  a  refufée  aux  pre- 
miers; ainfi,  files  befoins  naturels  des  hommes  les 
font  dépendre  les  uns  des  autres  ,  la  diverfité  des 
takns  qui  les  rend  propres  à  s'aider  mutuellement , 
les  lie  éc  les  unit.  Ce  lont  là  autant  d'indices  bien 
manifeftes  de  la  deftination  de  l'homme  pour  la  fo- 
ciété. 

Mais  fi  nous  confultons  notre  penchant,  nous  fen- 
tirons  auifi  que  notre  cœur  te  porte  naturellement  à 
fouhaiter  la  compagnie  de  nos  lemblables  ,  &  à  crain- 
dre une  folitude  entière  comme  un  état  d'abandon  & 
d'ennui.  Que  li  l'on  rechercne  d'où  nous  vient  cette 
inclination  liante  &fbciable,on  trouvera  qu'elle  nous 
a  été  donnée  tres-à-propos  par  l'auteur  de  notre  être, 
parce  que  c'eft  dans  la  fociété  que  l'homme  trouve 
le  remède  à  la  plupart  de  fes  befoins  ,  &  l'occalion 
d'exercer  la  plupart  de  fes  facultés;  c'eft  là,  fur- 
tout  ,  qu'il  peut  éprouver  &  manifefter  ces  ienti- 
mens  ,  auxquels  la  nature  a  attaché  tant  de  douceur, 
la  bienveillance,  l'amitié,  lacompaifion,  lagénéro- 
fité  :  cartel  eft  le  charme  de  ces  affections  fociables, 
que  de-là  nailfent  nos  plaifirs  les  plus  purs.  Rien  en 
effet  de  li  fatisfaifant  ni  de  li  flatteur,  que  de  penfer 
que  l'on  mérite  l'eftime  &  l'amitié  d'autrui  ;  la  f cien- 
ce  acquiert  un  nouveau  prix  ,  quand  elle  peut  fe  pro-  ' 
duire  au  dehors  ;  &  jamais  la  joie  n'eft  plus  vive  que 
lorfqu'on  peut  la  faire  éclater  aux  yeux  des  autres  , 
ou  la  répandre  dans  le  fein  d'un  ami  ;  elle  redouble 
en  fe  communiquant,  parce  qu'à  notre  propre  latis- 
fadion  fe  joint  l'agréable  idée  que  nous  en  caufbns 
auffi  aux  autres  ,  6c  que  par-là  nous  les  attachons 
davantage  à  nous  ;  le  chagrin  au  contraire  diminue 
&  s'adoucit ,  en  le  partageant  avec  quelqu'un ,  com- 
me un  fardeau  s'allège  quand  une  perfonne  ofticieufe 
nous  aide  à  le  porter.  Ainfi ,  tout  nous  invite  à  l'état 
de  fociété  ;  le  beloin  nous  en  fait  une  néceflité  ,  le 
penchant  nous  en  tait  un  plailir  ,  &  les  difpofitions 
que  nous  y  apportons  naturellement,  nous  montrent 
que  c'eft  en  effet  l'intention  de  notre  créateur.  Si  le 
chriftianifme  canonile  des  folitaires ,  il  ne  leur  en 
fait  pas  moins  une  luprème  loi  de  la  charité  &  de  la 
juftice  ,  &  par-là  il  leur  fuppofe  un  rapport  eflcmtiel 
avec  le  prochain  ;  mais  fans  nous  arrêter  à  l'état  où 
les  hommes  peuvent  être  élevés,  par  des  lumières 
furnaturelles  ,  conlidérons-les  ici  entant  qu'ils  font 
conduits  par  la  raifon  humaine. 

Toute  l'économie  de  la  fociété  humaine  eft  ap- 
puyée fur  ce  principe  général  &:  limple  :  je  veux  éire 
heureux  ;  mais  je  vis  avec  des  hommes  qui ,  comme  moi  ^ 
veulent  être  heureux  écralement  chacun  de  leur  côté  : 
cherchons  le  moyen  de  procurer  notre  bonheur ,  en  procu- 
rant le  leur  ,  ou  du  moins  fans  y  jamais  nuire.  Nous 
trouvons  ce  principe  gravé  dans  notre  cœur  ;  fid'im 
côté  ,  le  Créateur  a  mis  l'amour  de  nous-mêmes , 
de  l'autre  ,  la  même  main  y  a  imprimé  un  lentiment 
de  bienveillance  pour  nos  lemblables  ;  ces  deux  pen- 
chans,  quoique  diftinfts  l'un  de  l'autre  ,  n'ont  pour- 
tant rien  d'oppofé  :  6c  Dieu  qui  les  a  mis  en  nous , 
les  a  deftinés  à  agir  de  concert,  pour  s'entraider  ,  6c 
nullement  pour  le  détniirei  aufti  les  coeurs  bien  laits 


soc 

&  généreux  trouvent-ils  la  fatisfadion  la  plus  pure  ^ 
à  taire  du  bien  aux  autres  hommes,  parce  qu'ils  ne 
font  en  cela  que  luivre  une  pente  que  la  nature  leur 
a  donnée.  Les  moralilles  ont  donné  à  ce  germe  de 
bienveillance  qui  le  développe  dans  les  hommes  ,  le 
nom  as  fociablUii.  Du  principe  de  lafociabilité,  dé- 
coulent ,  comme  de  leur  Iburce  ,  toutes  les  lois  de 
Xzjocicté^  &c  tous  nos  devoirs  envers  les  autres  hom- 
mes ,  tant  généraux  que  particuliers.  Tel  eil  le  fon- 
dement de  toute  la  fagelie  humaine  ,  la  fource  de 
toutes  les  vertus  purement  naturelles  ,  &  le  princi- 
pe général  de  toute  la  morale  &  de  toute  la  J'ocuté 
civile. 

i**.  Le  bien  commun  doit  être  la  règle  fuprème 
de  notre  conduite  ,  &  nous  ne  devons  jamais  cher- 
cher notre  avantage  particulier,  au  préjudice  de  l'a- 
vantage public;  ceÛ.  ce  qu'exige  de.  nous  l'union 
que  Dieu  a  établie  entre  les  hommes- 

2°.  L'elprit  de  iociabilité  doit  être  univerfel  ;  la 
foc'Uti  humaine  embraflé  tous  les  hommes  avec  le!- 
quels  on  peut  avoir  commerce  ,  puifqu'elle  eft  fon- 
dée fur  les  relations  qu'ils  ont  tous  enfemble ,  en  con- 
féquence  de  leur  nature  &  de  leur  état.  Voyc^^  Hu- 
manité. Un  prince  d'Allemagne  ,  duc  de  Wirtem- 
bcrg  ,  fembloit  en  être  perfuadé  ,  lorfqu'un  de  fes 
fujets  le  remerciant  de  l'avoir  protégé  contre  fes  per- 
fécuteurs  :  mon  enfant ,  lui  dit  le  prince  ,  je  l'aurois 
dû  faire  à  l'égard  d'un  turc  ;  comment  y  aurois-je 
manqué  à  l'égard  d'un  de  mes  fujets  ? 

3°.  L'égalité  de  nature  entre  les  hommes,  eft  un 
principe  que  nous  ne  devons  jamais  perdre  de  vue. 
Dans  {-àfociété.  c'eft  un  principe  étabU  par  la  philolb- 
phie  &  par  la  religion  ;  quelqu'inégalité  que  femble 
mettre  entr'eux  la  différence  des  conditions ,  elle  n'a 
été  introduite  que  pour  les  faire  mieux  arriver  ,  fé- 
lon leur  état  préfent ,  tous  à  leur  fin  commune ,  qui 
cil  d'être  heureux  autant  que  le  comporte  cette  vie 
mortel  e  ;  encore  cette  différence  qui  paroît  bien 
mince  à  des  yeux  philofophiques ,  ell-elle  d'une  cour- 
te durée  ;  il  n'y  a  qu'un  pas  de  la  vie  à  la  mort  ,  &  la 
mort  met  au  même  terme  ce  qui  eft  de  plus  élevé  & 
de  plus  brillant ,  avec  ce  qui  elt  de  plus  bas  &  de  plus 
obfcur  parmi  les  hommes.  Il  ne  le  trouve  ainli,  dans 
les  diverfes  conditions  ,  guère  plus  d'inégalité  que 
dans  les  divers  perlonnages  d'une  même  coméd.e  :  la 
fin  de  la  pièce  remet  les  comédiens  au  niveau  de  leur 
condition  commune,  fans  que  le  court  intervalle  qu'a 
duré  leur  perfonnage ,  ait  perfuadé  ou  pu  per  fuader 
à  aucun  d'eux,  qu'il  étoit  réellement  au-delTus  ou 
au-deffous  des  autres.  Rien  n'eft  plus  beau  dans  les 
grands  ,  que  ce  fouvenir  de  leur  égalité  avec  les  au- 
tres hommes  ,  par  rapport  à  leur  nature.  Un  trait  du 
roi  de  Suéde  ,  Charles  XIL  peut  donner  à  ce  liijet 
une  idée  plus  haute  de  fes  fentimens  ,  que  la  plus 
brillante  de  fes  expéditions.  Un  domeflique  de  l'am- 
baifadeur  de  France,  attendant  unminiilre  de  la  cour 
de  Suéde  ,  fut  interrogé  fur  ce  qu'il  attendoit ,  par 
une  perfonne  à-  lui  inconnue  ,  &  vêtue  comme  un 
fimple  foldat  ;  il  tint  peu  de  compte  de  fatisfaire  à 
la  curiofité  de  cet  inconnu  ;  un  moment  après  ,  des 
feigneurs  de  la  cour  abordant  la  perfonne  fimpiement 
vêtue,  la  traitèrent  de  votre  majcfté,  c'étoit  effecti- 
vement le  roi  ;  le  domeftique  au  délefpoir  ,  &  le 
croyant  perdu,  fe  jette  à  fes  pies  ,  &  demande  par- 
don de  fon  inconfidération  d'avoir  pris  famajelté, 
difoit-il  ,  pour  un  homme.  Vous  ne  vous  eus  point  mé- 
pris ,  lui  dit  le  roi  avec  humanité  ,  rien  ne  rejjemble 
plus  à  un  homme  quun  roi.  Tous  les  hommes  ,  en  fup- 
pofant  ce  principe  de  l'égalité  qui  cil  entre  eux  ,  doi- 
vent y  conformer  leur  conduite ,  pour  le  prêter  mu- 
.tuellement  les  fêcours  dont  ils  font  capables;  ceux 
qui  font  les  plus  puifTans  ,  les  plus  riches ,  les  plus 
accréditis  ,  doivent  être  dilpolcs  à  employer  leur 
puiliance,  leurs  riçheflês^  &  leur  autorité,  ta  faveur 


SOC 


2  5  î 


de  ceux  quî  en  manquent ,  &  cela  à  proportion  du 
befoin  qui  eft  dans  les  uns,  &  du  pouvoir  d'y  fubve- 
nir  qui  eft  dans  les  autres. 

4°.  La  fociabilité  étant  d'une  obligation  récipro- 
que entre  les  hommes  ,  ceux  qui  par  leur  malice, 
ou  leur  injuftice  ,  rompent  le  lien  de  la  fociâé  ,  ne 
fauroicnt  fe  plaindre  raifonnablement ,  fi  ceux  qu'ils 
offenlent ,  ne  les  traitent  plus  comme  amis,  ou  mê- 
me s'ils  en  viennent  contre  eux  à  des  voies  de  fait  ; 
maisfi  l'on  eft  endroit  de  fufpendre  à  l'égard  d'un  en- 
nemi,  les  aftes  de  la  bienveillance,  il  n'eft  jamais 
permis  d'en  étouffer  le  principe:  comme  il  n'y  a  que" 
la  néceffité  qui  nous  autorife  à  recourir  à  la  force 
contre  un  injufte  aggreffeur  ;  c'eft  auffi  cette  même 
néceffité  qui  doit  être  la  règle  &  la  mefure  du  mal 
que  nous  pouvons  lui  faire ,  &  nous  devons  toujours 
être  difpofés  à  rentrer  en  amitié  avec  lui ,  dès  qu'il 
nous  aura  rendu  juftice,  &  que  nous  n'aurons  plus 
rien  à  craindre  de  fa  part.  Il  faut  donc  bien  diftin- 
guerla  jufte  défenfe  de  foi-même,  de  la  vengeance; 
la  première  ne  fait  que  fufpendre  ,  par  néceffité  6c 
pour  un  tems  ,  l'exercice  de  la  bienveillance  ,  &  n'a 
riend'oppofê  à  lafociabilité;  mais  l'autre ,  étouf- 
fant le  principe  même  de  la  bienveillance  ,  met  à  fa 
place  un^fentiment  de  haine  &  d'animofité,  vicieux 
en  lui-même  ,  contraire  au  bien  public ,  &  que  la  loi 
naturelle  condamne  formellement. 

Ces  règles  générales  font  fertiles  en  conféquences  ; 

il  ne  faut  faire  aucun  tort  à  autrui ,  ni  en  parole  ,  ni 

en  aûion  ,  &  l'on  doit  réparer  tout  dommage  :  car  la 

fociété  ne  fauroit  fubfifter  fi  l'on  fe  permet  des  in- 

juftices. 

11  faut  être  fmcere  dans  fes  difcours ,  &  tenir  fes 
engagemens  ;  car  quelle  confiance  les  hommes  pour- 
roient-ils  prendre  les  uns  aux  autres  ;  &  quelle  fure- 
té y  auroit-il  dans  le  commerce  ,  s'il  étoit  permis  de 
tromper  &  de  violer  la  foi  donnée  ! 

Il  faut  rendre  à  chacun  non-feulement  le  bien  qui 
lui  appartient  ,  mais  encore  le  degré  d'eftime  ôi 
d'honneur  qui  lui  eft  dû  ,  félon  fon  état  &  fon  rang: 
parce  que  la  fubordination  eft  le  lien  de  h  fociété  ,  8c 
que  fans  cela  il  n'y  auroit  aucun  ordre  dans  les  famil- 
les ,  ni  dans  le  gouvernement  civil. 

Mais  fi  le  bien  public  demande  que  les  inférieurs 
obéiffent,  le  même  bien  public  veut  que  les  fupérieurs 
confervent  les  droits  de  ceux  qui  leur  font  fournis, 
&  ne  les  gouvernent  que  pour  les  rendre  plus  heu- 
reux. Tout  fupérieur  ne  l'eft  point  pour  lui-  même 
mais  uniquement  pour  les  autres  ;  non  pour  fa  pro- 
pre fatistaftion  &  pour  fa  grandeur  particulière,  mais 
pour  le  bonheur  &  le  repos  des  autres.  Dans  l'ordre 
de  la  nature  ,  eft-il  plus  homme  qu'eux  ?  a  t-il  une 
ame  ou  une  intelligence  fupérieure }  &  quand  il  l'au- 
roit,  a-t-il  plus  qu'eux  d'envie  ou  de  befoin  de  vivre 
fatisfait  &  content  ?  A  regarder  les  chofes  par  cet  en- 
droit ,  ne  feroit-il  pas  bizarre  que  tous  fuffent  pour 
un ,  &  que  plutôt  un  ne  fut  pas  pour  tous  ?  d'où 
pourroit-il  tirer  ce  droit  ?  de  fa  qualité  d'homme  > 
elle  lui  eft  commune  avec  les  autres  :  du  cjoût  de  les 
dominer  ?  les  autres  certainement  ne  lui  céderont 
pas  en  ce  point  :  de  la  poffefTion  même  où  il  fe  trou- 
ve de  l'autorité  .>  qu'il  voye  de  qui  il  la  tient,  dans 
quelle  vue  on  la  luilaiffe  ,  laquelle  condition;  tous 
devant  contribuer  au  bien  de  h  fociété  ,  il  y  doit  bien 
plus  effentiellement  fervir  ,  n'étant  fupérieur  qu'à 
titre  onéreux  ,  &  pour  travailler  au  bonheur  com- 
mun, à  proportion  de  l'élévation  que  fa  qualité  lui 
donne  au-deffus  des  autres.  Quelqu'un  difoit  devant 
le  roi  de  Syrie,  Antigone,  que  les  princes  étoicntlcs 
maîtres  ,  &  que  tout  leur  étoit  permis  :  oui ,  reprit-il , 
parmi  les  barbares  ;  à  notre  égard  ^  ajouta-t-il  ,  nous 
fotnmcs  maîtres  des  chofes  pré  fit  ites^  par  U  raifon  &  V  hu- 
manité ;  mais  rien  ne  nous  ejl  permis  ,  que  ce  qui  eji  con-^ 
forme  à  lajujiice  &  au  devoir^ 


î54 


SOC 


Tel  eft  le  contrat  formel  ou  tacite  pa(té  entre  tons 
les  hommes  ,  les  uns  font  au-dcÛus,  les  autres  au- 
delîbus  pour  la  ciitVcrence  des  conditions  ;  pour  ren- 
dre leur  ficiété  auffi  heurcufe  qu'elle  le  puiffe  être  ; 
il  tous  croient  rois ,  tous  voudroient  commander ,  & 
nul  n'obciroit;  li  tous  étoient  fujcts,  tous  devroient 
obéir  ,  &  aucun  ne  le  voudroit  taire  plus  qu'un  au- 
tre; ce  qui  rempliroit  X^jociitêàQ  confufion  ,  de  trou- 
ble ,  de  difTenfion  ;  au  lieu  de  l'ordre  &  de  l'arrange- 
ment qui  en  fait  le  fccours  ,  la  tranquillité  ,  &  la  dou- 
ceur. Lefupéricur  elidonc  redevable  aux  inférieurs, 
comme  ceux-ci  lui  font  redevables  ;  l'un  doit  procu- 
rer le  bonheur  commun  par  voie  d'autorité  ,  &  les 
autres  par  voie  de  foumiffion  ;  l'autorité  n'eft  légiti- 
me ,  qu'autant  qu'elle  contribue  à  la  fin  pour  laquelle 
a  été  indituée  l'autorité  même  ;  l'uiage  arbitraire 
qu'on  enferoit,  feroit  la  dcllrudlion  de  l'humanité 
&  de  la  focUté. 

Nous  devons  travailler  tous  pour  le  bonheur  de  la 
fociîti  h  nous  rendre  maîtres  de  nous-mêmes  ;  le  bon- 
heur de  la  J'ocuci.  fe  réduit  à  ne  point  nous  fatisfaire 
aux  dépens  de  la  fatisfaftion  des  autres  :  or  les  incli- 
nations ,  les  defirs  ,  ck  les  goiits  des  hommes ,  fe  trou- 
vent continuellement  oppofés  les  uns  aux  autres.  Si 
nous  comptons  de  vouloir  fuivre  les  nôtres  en  tout, 
outre  qu'il  nous  fera  impolTible  d'y  réiiffir  ,  il  ert  en- 
core plus  impolTible  que  par-là  nous  ne  méconten- 
tions les  autres,  6l  que  tôt  ou  tard  le  contre-coup 
fit  retombe  fur  nous  ;  ne  pouvant  les  faire  tous  paffer 
à  nos  goûts  particuliers  ,  il  faut  néceflairement  nous 
monter  au  goût  qui  règne  le  plus  univcrlellement, 
qui  eft  la  raifon.  C'eil  donc  celui  qu'il  nous  faut  fui- 
Vre  en  tout  ;  6c  comme  nos  inclinations  &  nos  paf- 
fions  s'y  trouvent  fouvent  contraires ,  il  faut  par  né- 
ceflîté  les  contrarier.  C  eil  à  quoi  nous  devons  tra- 
vailler fans  cefle ,  pour  nous  en  faire  une  falutaire 
&  douce  habitude.  Elle  elt  la  bafe  de  toute  vertu, 
&  m.ême  le  premier  principe  de  tout  favoir  vivre , 
félon  le  mot  d'un  homme  d'eiprit  de  notre  tems ,  qui 
faifoit  confifter  la  fcience  du  monde  à  /avoir  fe  con- 
traindre funs  contraindre  perfonrie.  Bien  qu'il  fe  trouve 
des  inclinations  naturelles  ,  incomparablement  plus 
conformes  que  d'autres ,  à  la  régie  commune  de  la 
raifon  ;  cependant  il  n'eft  perfonne  qui  n'ait  à  faire 
effort  de  ce  côté-là,  &  à  gagner  fur  foi  ;  ne  fut-ce 
que  par  une  forte  de  liaifon,  qu'ont  avec  certains  dé- 
fauts les  plus  heureux  tempéramens. 

Enfin ,  les  hommes  fe  prennent  par  le  cœur  t<.  par 
les  bienfaits,  &  rien  n'eft  plus  convenable  à  l'huma- 
manité,  ni  plus  utile  à  l^Jhcicté ,  que  la  compafïïon  , 
la  douceur ,  la  bénéficence ,  la  générofité.  Ce  qui 
fait  dire  à  Cicéron ,  «  que  comme  il  n'y  a  rien  de 
»  plus  vrai  que  ce  beau  niot  de  Platon  ,  que  nous  ne 
»  fommes  pas  nés  feulement  pour  nous-mêmes,  mais 
»  auffi  pour  notre  patrie  &  pour  nos  amis  ;  &  que 
»  comme  difent  les  Stoïciens  ,  fi  les  produ£lions  de 
»  la  terre  font  pour  les  hommes  ,  les  hommes  eux- 
>»  mêmes  font  nés  les  uns  pour  les  autres  ,  c'eft-à- 
»  dire,  pour  s'entre-aidcr  &:  fe  faire  du  bien  mutucl- 
»  lemenî  ;  nous  devons  tous  entrer  dans  les  defleins 
»  de  la  nature,  &  fuivre  notre  deftination  en  con- 
»  tribuant  chacun  du  fien  pour  l'utilité  commune  par 
»  vm  comerce  réciproque  &  perpétuel  de  lervices  & 
»  de  bons  offices ,  n'étant  pas  moins  empreflés  à  don- 
»  ner  qu'à  recevoir,  &  employant  non-feulement 
»  nos  foins  &  notre  induftrie,  mais  nos  biens  mê- 
»  mes  à  ferrer  de  plus  en  plus  les  nœuds  de  layo- 
»  ciité  humaine  ».  Puis  donc  que  tous  les  fentimens 
de  juftice  &  de  bonté  font  les  feuls  &  vrais  liens  qui 
attachent  les  hommes  les  uns  aux  autres,  &  qui  peu- 
vent rendre  la/ociété  ftable,  tranquille,  ôc  floriifante, 
il  faut  regarder  ces  vertus  comme  autant  de  devoirs 
que  Dieu  nous  impofe  ,  par  la  raifon  que  tout  ce  qui 
eft-  néceftaire  à  fon  but ,  &  par  cela  même  conforme 
k  la  volonté. 


SOC 

Quelque  plaufiblcs  que  puiffent  être  les  maximes 
de  la  morale ,  &  quelque  utilité  qu'elles  puifTcnt 
avoir  pour  la  douceur  de  la  fociété  humaine,  elles 
n'auront  rien  de  fixe  &  qui  nous  attache  inébranla- 
blement  fans  la  religion.  Quoique  la  feule  raifon 
nous  rende  palpables  en  général  les  principes  des 
mœurs  qui  contribuent  à  la  douceur  &  à  la  paix  que' 
nous  devons  goûter  &  faire  goûter  aux  autres  dans 
lafociéu;  il  eli  vrai  pourtant  qu'elle  ne  fuffit  pas  eti 
certaines  occafions  ,  pour  nous  convaincre  que  no- 
tre avantage  eft  toujours  joint  ayec  celui  de  h  fociété: 
il  fliut  quelquefois  (&  cela  eft  néceftaire  pour  le 
bonheur  de  Infocié-é^  nous  priver  d'un  bien  prélent, 
ou  même  elTuyer  un  mal  certain  ,  pour  ménager  un 
bien  à  venir,  &  prévenir  un  mal  quoiqu'incertain. 
Or ,  comment  faire  goûter  à  un  efprit  qui  n'eft  ca^ia- 
ble  que  des  chofes  fenfuelles  ou  aducllement  fenfi- 
bles ,  le  parti  de  quitter  un  bien  préfént  8:  déter- 
miné ,  pour  un  bien  à  venir  &  indéterminé  ;  un 
bien  qui  dans  le  moment  même  le  touche  vive- 
ment du  côté  de  la  cupidité  ,  pour  un  bien  qui 
ne  le  touche  que  foiblement  du  côté  de  fa  raifon  : 
fcra-t-il  arrêté  par  les  reproches  de  la  confcience  , 
quand  la  religion  ne  les  fufcite  pas  ?  par  la  crainte  de 
la  punition ,  quand  la  force  &  l'autorité  l'en  mettent 
à  couvert  ?  par  le  fentimcnt  de  la  honte  &c  de  la  con- 
fufion ,  quand  il  fait  dérober  ion  crime  à  la  connoif- 
fance  d'autrui  ?  par  les  règles  de  l'humanité,  quand! 
il  eft  déterminé  à  traiter  les  autres  fans  ménagement, 
pour  fe  fatisfa're  lui-même?  par  les  principes  delà 
prudence,  quand  la  fantaifie  ou  l'humeur  lui  tien- 
nent lieu  de  tous  les  motifs?  par  le  jugement  des  per- 
fonnes  jud'^cieufes  &  fenfées,  quand  la  préfomption 
lui  fait  préférer  fon  jugement  à  celui  du  refte  des 
hommes  ?  Il  eft  peu  d'clprits  d'un  caraclere  fi  outré  , 
mais  il  peut  s'en  trouver  :  il  s'en  trouve  quelquefois, 
&  il  doit  même  s'en  trouver  un  grand  nombre,  fi  l'on 
foule  aux  pies  les  principes  de  la  religion  naturelle. 

En  effet ,  que  les  principes  &  les  traités  de  mo- 
rale foient  mille  fois  plus  fenfés  encore  &  plus  dé- 
monftratifs  qu'ils  ne  font,  qui  eft-ce  qui  obligera  des 
efprits  libertins  de  s'y  rendre ,  fi  le  refte  du  genre 
humain  en  adopte  les  maximes  ?  en  feront-ils  moins' 
difpofés  à  les  rejetter  malgré  le  genre  humain  ,  &  à 
les  Ibumetîre  au  tribunal  de  leurs  bifarreries  &  dé 
leur  orgueil  ?  Il  paroît  donc  que  fans  la  religion  il 
n'eft  point  de  frein  affez  ferme  qu'on  pullTe  donner 
ni  aux  faillies  de  l'imagination  ,  ni  à  la  préfomption 
de  l'eiprit ,  ni  à  la  fource  des  pafïions  ,  ni  à  la  cor- 
ruption du  cœur,  ni  aux  artifices  de  l'hypocrifie. 
D  un  côté  vérité,  juftice,  fageffe,  puifTance  d'un 
Dieu  vengeur  des  crimes ,  &  rémunérateur  des  ac- 
tions juftes,  font  des  idées  qui  tiennent  fi  naturelte- 
m.cnt  &  fi  néceffairement  les  unes  aux  autres  ,  que 
les  unes  ne  peuvent  fubfifter ,  là  où  les  autres  font  dé- 
truites. Ceci  prouve  évidemment  combien  eft  nc- 
ceffaire  l'union  de  la  religion  &  delà  morale,  pour 
aifcrmir  le  bonheur  de  iz  fociété. 

Mais ,  i'^.  pour  mettre  cette  vérité  dans  toute  fon 
évidence,  il  faut  obl'erver  que  les  vices  des  particu- 
liers quels  qu'ils  foient,  nuifentau  bonheur  de  \z fo- 
ciété ;  on  nous  accorde  déjà,  que  certains  vices,  tels 
que  la  calomnie,  Tinjuftice  ,  la  violence,  nuifcntà 
la  fociété.  Je  vais  plus  loin  ,  &  je  foutiens  que  les 
vices  mêmes  qu'on  regarde  ordinairement  comme 
ne  faifant  tort  qu'à  celui  qui  en  eft  atteint ,  font  per- 
nicieux à  h  fociété.  On  entend  dire  affez  communé- 
ment ,  par  exemple ,  qu'un  homme  qui  s'enivre  ne 
fait  tort  qu'à  lui-même;  mais  pour  peu  qu'on  y  fiuTe 
d'attention ,  on  s'appercevra  que  rien  n'eft  moins 
juile  que  cette  penlée.  Il  ne  faut  qu'écouter  pour 
cela  les  perfonnes  obligées  de  vivre  dans  une  même 
fiimille  avec  un  homme  fujet  à  l'excès  du  vin.  Ce  que 
nous  fouhaitons  le  plus  dans  ceux  avec  qui  nous  vi- 


soc 

vons ,  c'eft  de  trouver  en  eux  de  la  raifon  ;  elle  ne 
leur  manque  jamais  à  notre  égard,  que  nous  n'ayons 
droit  de  nous  en  plaindre.    Quelque  oppofcs  que 
puiiient  être  les  autres  vices  à  la  railbn,  ils  en  lailient 
du  -  moins  certaine  lueur ,  certain  ui'age  ,  certaine 
règle  ;  TivrelTe  ôte  toute  lueur  de  la  raifon  ;  elle 
éteint   abiblument  cette  particule  ,  cet'e    étincelle 
àc  la  diviniré  qui  nous  dirtingue  des  bêtes  :   elle 
détruit  par-là  toute  la  fatisfa6îion&  la  douceur,  que 
chacun  doit  mettre  &  recevoir  dans  laJbciétéhmnvÀ- 
ne.  On  a  beau  comparer  la  privation  de  la  raifon  par 
l'ivreffeavec  la  privation  de  la  raifon  par  le  fommeil, 
la  comparaifon  ne  fera  jamais  férieufe;  l'une  eft  prel- 
fante  par  le  befoin  de  réparer  les  efprits  qui  s'épui- 
fent  fans  celfe,  &  qui  fervent  à  l'exercice  même  de 
la  railcn  ;  au  lieu  que  l'autre  fupprime  tout-d'un- 
coup  cet  exercice  ,    &  à  la  longue  en  détruit ,  pour 
ainli  dire  ,  les  refïbrts.  Auffi l'auteur  de  la  nature  ,  en 
nous  affujettiflant  au  fommeil ,  en  a-t-il  ôté  les  in- 
convcniens ,  &  la  rnonftrueufe  indécence  quife  trou- 
ve dans  l'ivreffe.   Bien  que  celui-ci  femble  quelque- 
fois avoir  un  air  de  gaieté  ,  le  plaifir  qu'elle  peut  don- 
ner eft  toujours  un  plaifir  de  fou  qui  n'ôte  point 
l'horreur  fecrette  que  nous  concevons  contre  tout 
ce  qui  détruit  la  raifon ,  laquelle  feule  contribue  à 
rendre  conflamment  heureux  ceux  avec  qui  nous 
vivons. 

Le  vice  de  rincontinence  qui  paroît  moins  oppofé 
au  bonheur  de  lîifociété,  l'eii  peuî-être  encore  da- 
vantage. On  conviendra  d'abord  que  quand  elle  bleffe 
les  droits  du  mariage ,  elle  fait  au  cœur  de  l'outragé 
la  plaie  la  plus  profonde  :  les  lois  romaines  qui  fer- 
Vent  comme  de  principes  aux  autres  lois  ,  {lippofcnt 
qu'en  ce  moment  il  n'ell  pas  en  état  de  fe  polféder; 
de  manière  qu'elles  femblent  excuier  en  lui  letranf- 
port  par  lequel  il  ôteroit  la  vie  à  l'auteur  de  fon  ou- 
trage. Ainfi  le  meurtre  ,  C|ui  eft  le  plus  oppofé  de  l'hu- 
manité ,  femble  par-là  être  mis  en  parallèle  avec  l'a- 
dultère. Les  plus  tragiques  événemons  de  l'hifloire  , 
&:lesfigures  les  plus  pathétiques  qvfait  inventé  la  fa- 
ble ,  ne  nous  montrent  rien  de  plus  affreux  que  les 
efi'ets  de  l'incontinence  dans  le  crime  de  l'adultère  ; 
ce  vice  n'a  guère  de  moins  funefles  effets  ,  quand  il 
fe  rencontre  entre  des  perfonnes  libres  ;  la  jaloufie 
y  produit  fréquemment  les  mêmes  fureurs.  Un  hom- 
me d'ailleurs  livré  à  cette  pafîîon  ,  n'efl  plus  à  lui- 
même  ;  il  tombe  dans  une  forte  d'humeur  morne  & 
brute  qui  le  dégoûte  de  fes  devoirs  ;  l'amitié ,  la  cha- 
rité ,  la  parenté  ,  la  république,  n'ont  point  de  voix 
qui  le  falfe  entendre ,  quand  leurs  droits  fe  trouvent 
en  compromiis  avec  les  attraits  de  la  volupté.  Ceux 
qui  en  font  atteints,  &  qui  fe  flatteur  de  n'avoir  jamais 
oublié  ce  qu'ils  dévoient  à  leur  état ,  jugent  de  leur 
conduite  par  ce  qu'ils  en  connoiffent  ;   mais  toute 
paffion  nous  aveugle  ;  &  de  toutes  les  paffions ,  il 
n'en  efl  point  qui  aveugle  davantage.  C'efl  le  carac- 
tère le  plus  marqué  que  la  vérité  &  la  fable  attribuent 
(le  concert  à  l'amour  ;  ce  feroit  une  eipece  de  mira- 
cle ,  qu'un  homme  fujet  aux  delcrdres  de  l'inconti- 
nence, qui  donnât  à  fa  famille  ,  à  fes  amis  ,  à  fes  ci- 
toyens ,  la  fatisfadion  &  la  douceur  que  dcmande- 
roicnt  les  droits  du  fàng,  de  la  patrie,  &:  de  l'amitié  ; 
enfin  ,  la  nonchalance ,  le  dégoût  ,  la  molleffe  ,  font 
les  moindres  &  les  plus  ordinaires  incouvénicns  de 
ce  vice.   Le  favoir  vivre  qui  efl  la  plus  douce  &  la 
plus  familière  des  vertus  de  la  vie  civile,  ne  fe  trouve 
comununément  dans  la  pratique  que  par  Vufage  de  Je 
contraindre  Jans  contraindre  les  autres.  Combien  faut- 
il  davantage  fe  contraindre  &:  gagner  fur  foi,  pour 
remplir  les  devoirs  les  plus  importans  qu'exigent  la 
droiture  ,  l'équité,  la  charité ,  qui  font  la  bafe  &:  le 
fondement  de  loutc  fcciéié?  Or ,  de  quelle  contrainte 
ell  capable  un  homme  amolli  &:  cftcminé  }  Ce  n'efl 
pas  que  malgré  ce  vice,  il  ne  refîe  encore  de  bonnes 


SOC 


55 


qualités  ;  mais  il  eu  certain  que  par-là  elles  font  ex~ 
traordinalrement  aflbibiies  ;  il  efl  donc  confiant  que 
{■àj'ociété  fé  reflént  toujours  de  la  maligne  influence 
des  detordres  qui  paroifTent  d'abord  ne  lui  donner 
aucune  atteinte.  Or  ,  puifque  la  religion  efl  un  frein 
nécefîaire  pour  les  arrêter ,  il  s'enfuit  évidemment 
qu'elle  doit  s'unir  à  la  morale,  pour  affurcr  le  bon- 
heur de  hjbciété. 

2°.  Il  efl  certain  que  les  devoirs  qui  nous  règlent 
par  rapport  à  nous-mêmes,  n'aident  pas  peu  à  nous 
régler  aufîi  par  rapport  aux  autres  hommes.  If  efl  en- 
core certain  que  ces  deux  fortes  de  devoirs  fe  renfor- 
cent beaucoup  de  notre  exaftitude  à  remplir  nos  de- 
voirs envers  Dieu.  La  crainte  de  Dieu  jointe  à  un 
parfait  dévouement  pour  fa  volonté,  efl  un  motif 
tres-efîicace  pour  engager  les  hommes  à  s'acquitter 
de  ce  qui  les  concerne  direftement  eux-mêmes  ,  &  à 
faire  pour  lafociété  tout  ce  qu'ordonne  la  loi  natu- 
relle. Otez  une  fois  la  religion  ,  vous  ébranlez  tout 
l'édifice  des  vertus  morales  ;  il  ne  repofe  fur  rien. 
Concluons  que  les  trois  principes  de  nos  devoirs  font 
trois  diiférens  refforts  qui  donnent  au  fyflème  de  l'hu- 
manité le  mouvement  &  l'aftion ,  &  qu'ils  agiffent 
tous  à-la-fois  pour  l'exécution  des  vues  du  Créa- 
teur. 

3".  Lr  fociété  ^  toute  armée  qu'elle  efl  des  lois  ,  n*a 
de  force  que  pour  empêcher  les  hommes  de  violer 
ouvertement  la  juflice  ,  tandis  que  les  attentats  com- 
mis en  fecret ,  6i.  qui  ne  font  pas  moins  préjudicia- 
bles au  bien  public  ou  comm.un  ,  échappent  à  fa  ri- 
gueur. Depuis  même  l'invention  des fociétès ,  les  voies 
ouvertes  f  e  trouvant  prohibées  ,  l'homme  ell  devenu 
beaucoup  plus  habile  dans  la  pratique  des  voies  fe- 
crettes ,  puifque  c'efl  la  feule  reffource  qui  lui  refle 
pour  fatisfaire  fes  defirs  immodérés  ;  defirs  qui  ne 
fubfiflent  pas  moins  dans  l'état  de  fociété  que  dans 
celui  de  nature,  h^  fociété  fournit  elle-même  une  ef- 
pece  d'encouragement  à  ces  manoeuvres  obfcures  & 
criminelles  ,  dont  la  loi  ne  faurolt  prendre  connoif- 
fance,  en  ce  que  fes  foins  pour  la  fùretê  commune  , 
le  but  de  fon  établiffemcnt ,  endorment  les  gens  de 
bien  en  même  tems  qu'ils  aiguifentl'induflrie  des  fcé- 
lérats.  Ses  propres  précautions  ont  tourné  contre  elle- 
même  ;  elles  ont  fubtiUfé  les  vices  ,  rafiné  l'art  du 
crime  :  &  delà  vient  que  l'on  voit  afTez  fouvent  chez 
les  nations  policées  des  forfaits  dont  on  ne  trouve 
point  d'exemple  chez  les  fauvages.  Les  Grecs  avec 
toute  leur  politefTe  ,  avec  toute  leur  érudition  ,  & 
avec  toute  leur  jurifprudence  ,  n'acquirent  jamais  la 
probité  que  la  nature  toute  feule  faifbit  reluire  parmi 
les  Scythes. 

'  Ce  n'efl  pas  tout  :  les  lois  civiles  ne  fauroient  em- 
pêcher qu'on  ne  donne  quelquefois  ati  droit  &  à  la 
juflice  des  atteintes  ouvertes  &  publiques  ;  elles 
ne  le  fauroient  lorfqu'une  prohibition  trop  lévere 
donne  lieu  de  craindre  quelque  irrégularité  plus  gran- 
de ,  ce  qui  arrive  dans  les  cas  où  l'irrégularité  efl  l'ef- 
fet de  l'intempérance  des  pafTions  naturelles.  L'on 
convient  généralement  qu'il  n'y  a  point  d'état  grand 
&  fiorifîant  où  l'on  puiffe  punir  l'incontinence  de  la 
manière  que  le  mériteroient  les  funefles  influences  de 
ce  vice  à  l'égard  de  Va  fociété.  Reflreindrc  ce  vice  avec 
trop  de  févérité  ,  ce  feroit  donner  lieu  à  des  défor- 
drcs  encore  plus  grands. 

Ce  ne  font  pas  là  les  feulsfolblcsde  la  loi  :  en  appro- 
fondiffant  les  devoirs  réciproques  qui  naiffent  de  l'é- 
galité des  citoyens,  on  trouve  que  ces  devoirs  font 
de  deux  fortes  ;  les  uns  que  Ton  appelle  devoirs  d'o- 
bligation parfaite  ^  parce  que  la  loi  civile  peut  aiiément 
&  doit  néceffairement  en  prefcrire  l'étroite  oblerva- 
tion  ;  les  autres  que  l'on  appelle  devoirs  d'obligation 
imparfaite  ,  non  que  les  principes  de  morale  n'en 
exigent  en  eux  mêmes  la  pratique  avec  rigidité ,  mais 
parce  que  la  loi  ne  peut  que  trop  difficilement  en 


W)6 


SOC 


s 


oc 


\ 


prendre  connolfliince ,  &:  que  Ton  fuppofe  qu^Us  n'af- 
îcftent  point  fi  immédiatement  le  bien  être  de  b  J'o- 
clhc.  De  cette  dernière  el'pecc  font  les  devoirs  de  la 
teconnoifTance  ,  de  rhofpitalitc  ,  de  la  charité ,  &c. 
devoirs  fur  lefquels  les  lois  en  général  gardent  nn 
profond  filcnce  ,  6c  dont  la  violation  néanmoins  cd 
aufll  fatale ,  quoiqu'à  la  vérité  moins  prompte  dans 
fcs  effets  qiie  celle  des  devoirs  d'obligation  parfaite. 
Séneque  ,  dont  les  fentimens  en  cette  occafion  font 
ceux  de  l'antiqu.ité ,  ne  fait  point  difficulté  de  dire 
eue  rien  n^Jî  plus  cnpahlc  d:  rompre  Li  concorde  du  genre 
ftiwialn  que  ringratitude. 

La  fociété  elle-même  a  produit  un  nouveau  genre 
•de  devoirs  qui  Ji'exiftoient  point  d^ins  l'état  de  na- 
ture ;  &:  quoiqu'enticrement  de  fa  création  ,  elle  a 
manqué  de  pouvoir  pour  les  faire  obferver  :  telle  ell 
par  exemple  ,  cette  vertu  furannée  &  prefque  de 
mode ,  que  l'on  appelle  Vamour  de  la  patrie.  Enfin  la 
/ôf/tVî  a  non-feulement  produit  de  nouveaux  devoirs, 
fans  en  pouvoir  prelcrire  une  obfervation  étroite  & 
rigide  ;  mais  elle  a  encore  le  défaut  d'avoir  augmenté 
&  enflammé  ces  defirs  défordonnés  qu'elle  devoit  fer- 
vir  à  éteindre  &à  corriger  ;femblablcs  à  ces  remèdes 
C[ui  dans  le  tem.s  qu'ils  travaillent  à  la  guérifon  d'une 
maladie  ,  en  augmentent  le  degré  de  malignité.  Dans 
l'état  de  nature,  on  avoit  peu  de  chofes  à  fouhaiter , 
peu  de  dcf  rs  à  combattre  ;  mais  depuis  l'établiflement 
àesfociécés  ,  nos  befoins  ont  augmenté  à  mefure  que 
les  rits  de  la  vie  fe  font  multipliés  &C  perfeâionnés  ; 
l'accroiffcmcnt  do  nos  bcioins  a  été  fuivi  de  celui  de 
nos  delLrs  ,  &  graduellement  de  celui  de  nos  efforts, 
pour  furmoriter  l'obllacle  des  lois  :  c'eft  cet  accroif- 
iement  de  nouveaux  arts,  de  nouveaux  befoins ,  de 
ïiouveaux  défirs  ,  qui  a  infenfiblement  amorti  l'efprit 
d'hofpitalité  &  de  générofité,  &  qui  lui  a  fubititué 
celui  de  cupidité  ,  de  vénalité  &c  d'avarice. 

La  nature  des  devoirs ,  dont  l'obfervation  eft  né- 
teffaire  pour  conlerver  l'harmonie  de  h  fociété  civi- 
le ;  les  tentations  fortes  &  ti-équentes,  &  les  moyens 
obfcurs  &  fecrets  qu'on  a  de  les  violer  ;  le  toible  ob- 
ftacle  que  l'infliûion  des  peines  ordonnées  par  les  lois 
oppofe  à  l'infraftion  de  plufieurs  de  ces  devoirs  ,  le 
manque  d'encouragement  à  les  obferver ,  provenant 
de  l'impoffibilité  où  efl:  h  fociété  de  diflribuerde  jufles 
récompenfes  :  tous  ces  défauts  ,  toutes  ces  imperfec- 
tions inféparables  de  la  nature  de  la  fociété  même  , 
démontrent  la  néceffité  d'y  ajouter  la  force  de  quel- 
que autre  pouvoir  coadtif,  capable  d'avoir  affez  d'in- 
fluence fur  l'efprit  des  hommes  pour  maintenir  la/ô- 
ciété^  &  l'em.pêcher  de  retomber  dans  la  confufion  & 
1-e  d-éfordre.  Puifque  la  crainte  du  mal  &  l'efpérance 
du  bien  ,  qui  font  les  deux  grands  refforts  de  la  na- 
ture pour  déterminer  les  hommes  ,  fuffifent  à  peine 
pour  faire  obferver  les  lois  .•  puifque  Xz  fociété  civile 
ne  peut  employer  l'un  qu'imparfaitement ,  &  n'eft 
point  en  état  de  faire  aucun  ufage  de  l'autre  ;  puiiique 
enfin  la  religion  feule  peut  réunir  ces  deux  refforts  & 
leur  donner  de  l'aftivité  ,  qu'elle  feule  peut  infliger 
des  peines  &  toujours  certaines  &;  toujours  |uftes  ; 
que  l'infraéfion  foit  ou  publique  ou  fecrette  ,  &  que 
les  devoirs  enfraints  foient  d'une  obligation  parfaite 
ou  imparfaite;  puifqu'elle  feule  peut  apprécier  le  mé- 
rite de  l'obéiffance ,  pénétrer  les  motifs  de  nos  ac- 
tions ,  &  offrir  à  la  vertu  des  récompenfes  que  layè- 
ciéte  civile  ne  fauroit  donner,  il  s'enfuit  évidemment 
qiie  l'autorité  de  la  religion  eft  de  néceffité  abfolue  , 
non-feulement  pour  procurer  à  la  fociété  mille  dou- 
ceurs 6c  mille  agrémcns  ,  mais  encore  pour  affurer 
l'obfervation  des  devoirs ,  &  maintenir  le  gouver- 
nement civil.  Foyei  /■''^''^^^^'^  de  la  Probité  ,  &c  celui 
des  Athées. 

La  religion  avant  été  démontrée  néccffaire  au  fou- 
tren  de  \?i  fociété  civile  ,  on  n'a  pas  bcibin  de  démon- 
trer qu'on  doit  fc  feryir  de  fon  iecours  dç  la  manière 


la  plus  avantageufc  à  \a.Jociété  ,  puifque  l'expérience 
de  tous  Icsfieclcs  &  de  tous  les  pays  nous  apprend 
que  leur  force  réunie  fuffit  à  peine  pour  réfréner  les 
dcfordrcs  ,  &  empêcher  les  hommes  de  tomber  dans 
un  état  de  violence  &  de  confufion.  La  politique  & 
la  religion,  l'état  &  VEg\i(e  ,  Va  Jôcicré  civile  fie  la  fo- 
ciété rcligieufe  ,  lorfqu'on  fait  les  unir  &  les  lier  en- 
fembîc,  s'embeUilVent  &  fe  fortifient  réciproquement, 
mais  on  ne  peut  faire  cette  union  qu'on  n'ait  premiè- 
rement approfondi  leur  nature. 

Pour  s'affurer  de  leur  nature ,  le  vrai  moyen  efr 
de  découvrir  ln:  de  C\xei-  quelle  cif  leur  fin  ou  leur  but. 
Les  ultramontains  ont  voulu  affcrvir  l'état  à  l'Eolife; 
&  les  Eralfiens,  gens  fatlieux  qui  s'élevèrent  en  An- 
gleterre du  tems  de  la  prétendue  reformation  ,  alnfi 
appelles  du  nom  de  Thomas  Erafîe  leur  chef,  ont 
voulu  afîervir  l'Eglife  à  l'état.  Pour  cet  effet ,  ils 
anéantiffoient  toute  difciplinc  cccléliaffiquc,  &  dé- 
pcuilloient  l'Eglife  detous  fes  droits,  foutenant  qu'elle 
ne  pouvoit  ni  excommunier  ni  abfoudre  ,  ni  faire  des 
décrets.  C'efl  pour  n'avoir  point  étudié  la  nature  dé 
ces  deux  différentes /oc/Vw ,  que  les  uns&:  les  autres 
font  tombés  à  ce  fujet  dans  les  erreurs  les  plus  étran- 
ges &  les  plus  funertes. 

Les  hommes  en  infiituant  la.  fociété  civile ,  ont  re- 
noncé à  leur  liberté  naturelle ,  &  fe  font  fournis  à 
l'empire  du  fouverain  civil  :  or  ce  ne  pouvoit  pas  être 
dans  la  vue  àt  fe  procurer  les  biens  dont  ils  auroient 
pu  jouir  fans  cela  ;  c'étoit  donc  dans  la  vue  de  quel- 
que bien  fixe  &  précis,  qu'ils  ne  pouvoient  fe  pro- 
mettre que  de  Tétabliffemcnt  de  la  fource  civile  ;  & 
ce  ne  peut  être  que  pour  fe  procurer  cet  objet  qu'ils 
ont  armé  le  fouverain  de  la  force  de  tous  les  mem- 
bres qui  compofcnt  \d  fociété  ^  afin  d'affurer  l'exécu- 
tion des  décrets  que  l'état  rêndroiî  dans  cette  vue.  Or 
ce  bien  fixe  &  précis  qu'ils  ont  eu  en  vue  en  s'afTo- 
ciant ,  n'a  pu  être  que  celui  de  fe  garantir  réciproque- 
ment des  injures  qu'ils  auroient  pu  recevoir  des  au- 
tres hommes  ,  &  de  fe  mettre  en  état  d'oppofer  à  leur 
violence  une  force  plus  grande ,  &  qui  fut  capable  de 
punir  leur  attentat.  C'eft  ce  que  promet  auffi  la  nature 
du  pouvoir  dont  Id fociété  ciw'ûe  efl  revêtue  pour  faire 
obferver  fes  lois  ;  pouvoir  qui  ne  confifle  que  dans  la 
force  &  les  châtimens  ,  &  dont  elle  ne  fauroit  faire 
un  ufage  légitime  que  conformément  au  but  pour  le- 
quel elle  a  été  établie.  Elle  en  abufe  lorfqu'elle  en- 
treprend de  l'appliquer  à  une  autre  fin  ;  &  cela  efi:  fi 
manifeffc  &  fi  cxaftement  vrai ,  qu'alors  même  fon 
pouvoir  devient  inefficace  ;  fa  force,  fipuiffante  pour 
les  intérêts  civils  ou  corporels,  ne  pouvant  rien  fur  les 
chofes  intelled uelles  &C  fpirituelles.  C'efl  fur  ces  prin- 
cipes incontefrables  que  M.  Locke  a  démontré  la  juf- 
tice  de  la  tolérance  ,  &c  l'injuffice  de  la  perfécution 
en  matière  de  religion. 

Nous  difons  donc  avec  ce  grand  phllofophe ,  que 
le  falut  des  âmes  n'cff  ni  la  caui'e  ni  le  but  de  l'inffitu- 
tion  des  Jociétés  civiles.  Ce  principe  établi ,  il  s'enfuit 
que  la  dodrine  &  la  morale,  qui  font  les  moyens  de 
gagner  le  falut,  &  qui  conflitucnt  ce  que  les  hommes 
en  général  entendent  par  le  mot  de  religion  ,  ne  font 
point  du  diftri£f  du  magiffrat.  Il  eft  évident  que  la 
doftrine  n'en  ell  point ,  parce  que  le  pouvoir  du  ma- 
giflrat  ne  peut  rien  fur  les  opinions  :  par  rajjport  à  la 
morale ,  la  difcution  de  ce  point  exige  une  diflinc- 
tion.  L'inflitution  &i  la  réformation  des  mœurs  inté- 
rcffent  le  corps  &  l'ame  ,  l'économie  civile  6c  rcli- 
gieufe :  en  tant  qu'elles  intércffent  la  religion,  le  ma- 
glffrat  civil  en  efl  exclus  ;  mais  en  tant  qu'elles  inté- 
rcffent l'état ,  le  magiilrat  doit  y  veiller  lorfque  le  cas 
le  requiert ,  y  faire  intervenir  la  force  de  l'autorité. 
Que  l'on  jette  les  yeux  fur  tous  les  codes  &  les  digef- 
tes,  <\  chaque  adfion  criminelle  cff  défigné  fon  châ- 
timent ;  non  en  tant  qu'elle  oft  vice  ou  qu'elle  s'é- 
loigne des  règles  éternelles  du  jufle  ou  de  l'injuffe  ; 

non 


soc 

non  en  tnnt  qu'elle  eft  péché  ,  ou  qu'elle  s*éloîgne 
des  relies  pvelcritcs  par  la  révélation  exti'aordinaire 
<le  la  volonté  divine  ,  mais  en  tant  qu'elle  eft  crime  , 
c'eft-à-dire  à  proportion  de  la  malignité  de  Ion  in- 
fluence ,  relativement  au  bien  de  la  focUtc  civile.  Si 
l'on  en  demande  la  railbn ,  c'ell  que  h/ocUté  a  pour 
but ,  non  le  bien  des  particuliers ,  mais  le  bien  public, 
qui  exige  que  les  lois  déploient  toute  leur  Icvérité 
contre  les  crimes  auxquels  les  hommes  font  les  plus 
enclins  ,  6c  qui  attaquent  de  plus  piès  les  fondemens 
de  la  fociécé. 

Différentes  raifons  &  diverfes  circonflances  ont 
contribué  à  taire  croire  que  les  loins  du  magiibat 
s'étendoient  naturellement  à  la  religion  ,  en  tant  qu'- 
elle concerne  le  lalut  des  ame-s.  Il  a  lui-même  encou- 
ragé cette  illufion  flatteufe ,  comme  propre  à  augmen- 
ter fon  pouvoir  &  la  vénération  des  peuples  povu-  la 
perfonne.  Le  mélange  confus  des  intérêts  civils  & 
religieux ,  lui  a  fourni  les  moyens  de  pouvoir  le  taire 
avec  affez  de  facilité. 

Dans  l'enfance  de  hfociété  civile ,  les  pères  de  fa- 
mille qui  remplilloient  toujours  les  fondions  du  l'a- 
cerdoce  ,  étant  parvenus  ou  appelles  à  l'admlniilra- 
tion  des  afî'aires  publiques  ,  portèrent  les  fondions 
de  leur  premier  état  dans  la  magiftrature ,  Se  exécu- 
tèrent en  perfonne  ces  doubles  tondions.  Ce  qui  n'é- 
toit  qu'accidentel  dans  fon  origine  ,  a  été  regardé 
dans  la  fuite  comme  cfl'entiel.  La  plupart  des  anciens 
législateurs  ayant  trouvé  qu'il  étoit  nécefîaire  pour 
exécuter  leurs  projets,  de  prétendre  à  quelque  inlpi- 
ration  &C  à  l'alfifiance  extraordinaire  des  dieux  ,  il 
leur  étoit  naturel  de  mêler  &c  de  confondre  les  ob- 
jets civils  &  religieux  ,  &  les  crimes  contre  l'état , 
avec  les  crimes  contre  les  dieux  ious  l'aufpice  del- 
quels  l'état  avoit  été  établi  &  lé  confervoit.  D'ailleurs 
dans  le  paganifme  outre  la  religion  des  particuliers  , 
il  y  avoit  un  culte  &  des  cérémonies  publiques  inl- 
tituées  &  obfervées  par  l'état  &  pour  l'état ,  comme 
état.  La  religion  intervenoit  dans  les  affaires  du  gou- 
vernement ;  on  n'entreprenoit ,  on  n'exécutoit  rien 
fans  l'avis  de  l'oracle.  Dans  la  fuite,  lorfque  les  em- 
pereurs romains  fe  convertirent  à  la  religion  chré- 
tienne, &  qu'ils  placèrent  la  croix  fur  le  diadème  , 
le  zèle  dont  tout  nouveau  profélyte  efl  ordinaire- 
ment épris ,  leur  fit  introduire  dans  les  inftitutions 
civiles  des  lois  contre  le  péché.  Ils  firent  patTer  dans 
l'adminiflration  politique  les  exemples  &  les  précep- 
tes de  l'Ecriture,  ce  qui  contribua  beaucoup  à  confon- 
dre la  diftindion  qui  fe  trouve  entre  la  fociété  civile 
&  la  fociété  religieufe.  On  ne  doit  cependant  pas  re- 
jetter  ce  faux  jugement  fur  la  religion  chrétienne  , 
car  la  diftindion  de  ces  deux  fodétés  y  eft  fi  expreffe 
&  fi  formelle  ,  qu'il  n'eft  pas  aifé  de  s'y  méprendre. 
L'origine  de  cette  erreur  eft  plus  ancienne ,  &  on 
doit  l'attribuer  à  la  nature  de  la  refigion  juive ,  où  ces 
à.t\\\fociétés  étoient  en  quelque  manière  incorporées 
eniemble. 

L'établifTement  de  la  police  civile  parmi  les  Juifs 
étant  l'inftitution  immédiate  de  Dieu  même  ,  le  plan 
en  fiit  regardé  comme  le  modèle  du  gouvernement  le 
plus  partait  &c  le  plus  digne  d'être  imité  par  des  magi- 
Urats  chrétiens. Mais  l'on  ne  fit  pas  réflexion  que  cette 
jurifdidion  à  laquelle  les  crimes  &  les  péchés  étoient 
aflujettis, étoit  uneconféquence  néceflaire d'un  gou- 
vernement théocratique  ,  oii  Dieu  préfidoit  d'une 
manière  particulière ,  &  qui  étoit  d'une  forme  & 
d'une  efpcce  abfolument  différentes  de  celles  de  tous 
les  gouvernemens  d'inftitution  humaine.    C'eft  à  la 
même  caufc  qu'il  faut  attribuer  les  erreurs  des  Pro- 
teftans  liir  la  réformation  des  états  ,  la  tête  de  leurs 
premiers  chefs  fe  trouvant  remplie  des  idées  de  l'éco- 
nomie judaïque.  On  ne  doit  pas  être  étonné  que  dans 
les  pays  où  le  gouvernement  reçut  une  nouvelle  for- 
Tomc  XK 


SOC  as7 

me  en  milme  tems  que  les  peuples  adoptèrent  Une  iç.'- 
ligion  nouvelle ,  on  ait  affedé  une  imitation  ridicule 
du  gouvernement  des  Juifs ,  &  qu'en  conléquence  le 
magiftrat  ait  témoigné  plus  de  zèle  pour  réprimer  leâ 
péchés  ,  que  pour  réprimer  les  crimes.  Lesminiftreâ 
prétendus  réformés  ,  hommes  impérieux^  en  voulant 
modeler  les  états  fur  leurs  vues  théologiques  ,  prou-' 
verent ,  de  l'aveu  même  des  proteftans  lenfés ,  qu'ils 
étoient  aufîl  mauvais  politiques  que  mauvais  théolo-^ 
giens.  Aces  caules  de  la  confufion  des  matières  civi-* 
les  &  religieules  ,  on  en  peut  encore  ajouter  plufieurs 
autres.  Il  n'y  a  jamais  eu  de  fociété  civile  ancienne 
ou  moderne ,  où  il  n'y  ait  eu  une  religion  favorite 
établie  &  protégée  par  les  lois ,  établifl'ement  qui  eft 
fondé  fur  l'aUiance  libre  &  volontaire  quife  fait  en- 
tre la  puiffance  cccléfiaftique  pour  l'avantage  réci-» 
proque  de  l'un  &;  de  l'autre.  Or  en  conléquence  de 
cette  alliance  ,  les  deux  fociécés  fe  prêtent  en  certai-* 
nés  occafions  une  grande  partie  de  leur  pouvoir ,  &  il 
arrive  même  quelquefois  qu'elles  en  abufent  récipro- 
quement. Les  hommes  jugeant  par  les  faits  ,  fans  re^ 
monter  à  leur  caulé  6c  à  leur  origine  ,  ont  cru  que  la 
fociété  civile  avoit  par  fon  cffence  un  pouvoir  qu'-^ 
elle  n  a  que  par  emprunt.  On  doit  encore  obfervef 
que  quelquefois  la  malignité  du  crime  eft  égale  à 
celle  du  péché  ,  &  que  dans  ce  cas  les  hommes  ont 
peu  confidéré  fi  le  magiftrat  puniffoitl'adion  commet 
crime  ou  comme  péché;  tel  eft,  par  exemple  ,  le 
cas  du  parjure  &  de  la  profanation  du  nom  de  Dieu 
que  les  lois  civiles  de  tous  les  états  puniiTcntavecfé- 
vérité.  L'idée  complexe  de  crime  6c  celle  de  péché- 
étant  d'ailleurs  d'une  nature  abftraite ,  6c  compofée 
d'idées  fimples  ,  communes  à  l'une  &  à  l'autre    elles 
n'ont  pas  été  également  dlftinguées  par  tout  le  mon- 
de ;  fouvent  elles  ont  été  confondues  ,  comme  n'é- 
tant qu'une  feule  &  même  idée  ;  ce  qui  fans  doute 
n'a  pas  peu  contribué  à  fomenter  l'erreur  de  ceux  qui 
confondent  les  droits  refpedifs  des  fociétés  civiles  6z 
religieules.  Cet  examen  lùffit  pour  faire  voir  que 
c'eft  le  but  véritable  de  la  fociété  civile  ,  &  quelles 
font  les  caufes  des  erreurs  où  l'on  eft  tombé  à  ce 
fujet. 

Le  but  final  de  layôc/eVereligleufe  eft  de  procurer  à 
chacun  la  faveur  de  Dieu  ,  faveur  qu'on  ne  peut  ac- 
quérir que  par  la  droiture  de  l'elprit  &  du  cœur    en 
forte  que  le  but  intermédiaire  de  la  religion  a  pour 
objet  la  perfedion  de  nos  facultés  fpirituelles.  La/o- 
cieté  religieufe  a  aufll  un  but  diflind  6l  indépendant 
de  celui  de  hjbciété  civile,  il  s'enfuit  néceilairement 
qu'elle  en  eft  indépendante  ,  &  que  par  conféqucnt 
elle  eftfouveraine  en  fon  efpece.  Car  la  dépendance 
d'une  fociété  à  l'égard  de  l'autre  ,  ne  peut  procéder 
que  de  deux  principes  ,  &  d'une  caulé  naturelle  ,  ou 
d'une  caufe  civile.  Une  dépendance  fondée  fur  la 
loi  de  nature  doit  provenir  de  l'eflience  ou  de  la  vé- 
nération de  la  chofe.  Il  ne  fauroit  y  en  avoir  dans  le 
cas  dont  il  s'agit  par  efl'ence  ;  car  cette  efpece  de  dé- 
pendance fuppoléroit  nécelfairemcnt  entre  ces  deux: 
fociétés  une  union  ou  un  mélange  naturel  qui  n'a  lieu 
qu'autant  que  deux  fociétés  lont  liées  par  leur  rela- 
tion avec  un  objet  commun.  Or  leur  objet  loin  d'ê- 
tre commun  eft  abfolument  différent  l'un  de  l'autre  ^ 
la  dernière  fin  do  l'une  étant  le  foin  de  l'amc ,  &  celle 
de  l'autre  le  foin  du  corps  6c  de  fes  intérêts  ;  l'une  ne 
pouvant  agir  que  par  des  voies  intérieures  ,  6c  l'au- 
tre au  contraire  aue  par  des  voies  extérieures.  Pour 
qu'il  y  eût  une  dépendance  entre  cçsfociéics  ,en  ver- 
tu de  leur  génération  ,  il  faudroit  que  l'une  dût  fou 
exiftenceM'autre,  comme  les  corporations,  les  com- 
munautés 6c  lestribunauxla  doivent  aux  villes  ou  aux 
états  qui  les  ont  créés.  Ces  différentes  fociétés  ,  au- 
tant par  la  conformité  de  leurs  fins  6c  de  leurs  moyens, 
que  par  leurs  Chartres  ,  ou  leurs  lettres  de  crcatiou 


258 


soc 


ou  d'ércaion  trahlffent  elles-mêmes  ,  &  mamfeilent 
leur  origine  &  leur  dépendance.  Mais  \z  foclcté  reli- 
gicule  noyant  point  un  but  ni  des  moyens  conformes 
a  ceux  de  Tctat  ,  donne  par-là  des  preuves  intérieu- 
res de  fon  indépendance  ;  &  elle  les  conHrme  par  des 
preuves  extérieures  ,  en  tailant  voir  qu'elle  n'ell  pas 
de  la  création  de  l'état,  puirqu'ellcexilloit  déjà  avant 
la  fondation  des  jhcuiés  civiles.  Par  rapport  à  une  dé- 
pendance fondée  far  une  caufe  civile  ,  elle  ne  peut 
avoir  lieu.  Comme  Xçsfocuûs  rcligieules  &  civiles 
différent  entièrement  &  dans  leurs  buts ,  &  dans  leurs 
moyens  ,  Tadminillration  de  l'une  agit  dans  une  fphe- 
re  fi  éloignée  de  l'autre ,  qu'elles  ne  peuvent  jamais  le 
trouver  oppofées  l'une  à  l'autre  ;  en  forte  que  la  né- 
cclîité  d'état  qui  exigeoit  que  les  lois  de  la  nation 
miffent  l'une  dans  la  dépendance  de  l'autre  ,  ne  fau- 
roit  avoir  lieu,  fi  l'office  du  magiftrat  civil  s'étendoit 
au  foin  des  âmes  ,  l'églife  ne  feroit  alors  entre  fes 
mains  qu'un  inilrument  pour  parvenir  à  cette  fin. 
Hobbes&  fes  fedateurs  ont  fortement  foutenu  cette 
thcfe.  Si  d'un  autre  côté  l'office  des/^aV^ireligieufes 
s'étendoit  aux  foins  du  corps  &  de  fes  intérêts ,  l'état 
courroit  grand  rifque  de  tomber  dans  la  fervitude  de 
l'églife.  Car  lesyôciî'fw  religieufes  ayant  certainement 
le  dillrid  le  plus  noble  ,  qui  efl  le  foin  des  âmes  , 
ayant  ou  prétendant  avoir  une  origine  divine  ,  tan- 
dis que  la  forme  des  états  n'eft  que  d'iniUtution  hu- 
maine ;  fi  elles  ajoutoient  à  leurs  droits  légitimes  le 
foin  du  corps  &  de  fes  intérêts  ,  elles  réclameroient 
alors  ,  comme  de  droit ,  une  fupériorité  fur  l'état 
dans  le  cas  de  compétence  ;  &  l'on  doit  fuppofer  qu'- 
elles ne  manqueroicnt  pas  de  pouvoir  pour  mainte- 
nir leur  droit  :  car  c'efl  une  conféquence  nécefiaire , 
quetoutc/oc/tf'/e  dont  le  foin  s'étend  aux  intérêts  cor- 
porels ,  doit  être  revêtue  d'un  pouvoir  coaftif.  Ces 
maximes  n'ont  eu  que  trop  de  vogue  pendant  un 
tems.  Les  viltramontains  habiles  dans  le  choix  des  cir- 
conftances,ont  tâché  defe  prévaloir  des  troubles  in- 
térieurs des  états  ,  pour  les  établir  &  élever  la  chaire 
apoftolique  au  -  delius  du  trône  des  potentats  de  la 
terre  ,  ils  en  ont  exigé  ,  &  quelquefois  reçu  homma- 
ge ,  &  ils  ont  tâché  de  le  rendre  univerfel.  Mais  ils 
ont  trouvé  une  barrière  infurmontable  dans  la  noble 
&  digne  réfiftance  de  l'Eglife  gallicane ,  également 
fidèle  à  fon  Dieu  &  à  fon  roi. 

Nous  pofons  donc  comme  maxime  fondamentale  , 
&  comme  une  conféquence  évidente  de  ce  principe, 
que  hfociété  religieufe  n'a  aucun  pouvoir  coactif  (em- 
blable  à  celui  qui  eft  entre  les  mains  de  hfociété  civi- 
le. Des  objets  qui  différent  entièrement  de  leur  na- 
ture ,  ne  peuvent  s'acquérir  par  un  feul  &  même 
moyen.  Les  mêmes  relations  produifant  les  mêmes 
effets  ,  des  effets  différens  ne  peuvent  provenir  des 
mêmes  relations.  Ainfi  la  force  &  la  contrainte  n'a- 
giffant  que  fur  l'extérieur,  ne  peuvent  auffi  produire 
que  des  biens  extérieurs  ,  objets  des  inftitutions  ci- 
viles ;  &c  ne  fauroient  produire  des  biens  intérieurs , 
objets  des  inftitutions  religieufes.  Tout  le  pouvoir 
coactif,  qui  eft  naturel  à  une/ôaeWreligieufe,  fe  ter- 
mine au  droit  d'excommunication ,  &  ce  droit  eft  uti- 
le &  néceiTaire  ,  pour  qu'il  y  ait  un  culte  uniforme  ; 
ce  qui  ne  peut  fe  faire  qu'en  chaffant  du  corps  tous 
ceux  qui  refufcnt  de  fe  conformer  au  culte  public  :  il 
eft  donc  convenable  &  utile  que  lafocUté  religieufe 
jouiffede  ce  droit  d'expulfion.  Toutes  fortes  defociété 
quels  qu'en  foienî  les  moyens  &C  la  fin ,  doivent  né- 
ceffairement  comme  fociéié  avoir  ce  droit ,  droit  in- 
féparable  de  leur  effcnce  ;  fans  cela  elles  fe  diffou- 
droient  d'elles  -  mêmes  ,  &C  retomberoient  dans  le 
néant,  précifément  de  même  que  le  corps  naturel ,  fi 
la  nature  ,  dont  les  fociétés  imitent  la  conduite  en  ce 
point ,  n'avoitpas  la  force  d'évacuer  les  humeurs  vi- 
cieufes  &  malignes  ;  maii  ce  pouvoir  utile  &  nécef- 


SOC 

faire  eft  tout  celui  &  le  feul  dont  la  /èc/VVe  religieufe 
ait  befoin  ;  car  par  l'exercice  de  ce  pouvoir  ,  la  con- 
formilé  du  culte  eft  confervée  ,  fon  effence  &  fa  fin 
font  affurécs  ,  &  le  bien-être  de  la /oaV/e  n'exige  rien 
au-delà.  Un  pouvoir  plus  grand  dans  xmtfociété  re- 
ligieufe feroit  déplacé  &  injufte. 

Société,  (  Jurifprud.  )  fignifie  en  général  une 
union  de  pluficurs  perlonnes  pour  quelque  objet  qui 
les  raffemble.  La  plus  ancienne  de  toutes  les  fociétés 
eft  celle  du  mariage  ,  qui  eft  d'inftltution  divine. 

Chaque  famille  forme  une yoatrW  naturelle  dont  là 
père  eft  le  chef. 

Plufieurs  familles  i-éunies  dans  une  même  ville  , 
bourg  ou  village  ,  forment  une  fociété  plus  ou  moins 
confidérable ,  félon  le  nombre  de  ceux  qui  la  com- 
pofent ,  lefqucls  font  liés  entre  eux  par  leurs  befolns 
mutuels  &  par  les  rapports  qu'ils  ont  les  uns  aux  au- 
tres ;  cette  union  eft  ce  qu'on  appelleyôaV/'e  civile  on 
politique  ;  &  dans  ce  fens  tous  les  hommes  d'un  mê- 
me pays,  d'une  même  nation  &  même  du  monde  en- 
tier ,  compofentuneyoatWuniverfelle. 

Outre  ces  fociétés  générales  ,  il  fe  forme  encore 
dans  un  même  état ,  dans  une  même  ville  ,  ou  autre 
lieu,  diverfes  yÀciVre'i  particulières  ;  les  unes  relati- 
ves à  la  religion  ,  qu'on  appelle  communautés  &  cori' 
grégations  ,  ordres  religieux  ;  les  autres  relatives  aux 
affaires  temporelles  ,  telles  que  les  communautés 
d'habltans ,  les  corps  de  ville  ;  d'autres  relatives  à 
l'adminiftration  de  la  juftice,  telles  que  les  compa- 
gnies établies  pour  rendre  la  juftice  ;  d'autres  relati- 
ves aux  arts  &  aux  fciencesjtellesqueles  univerfités, 
les  collèges  ,  les  académies  ,  &  autres  fociétés  litt»- 
raires;d'autres  encore  relativement  à  des  titres  d'hon- 
neur ,  telles  que  les  ordres  royaux  &  militaires  ;  en- 
fin d'autres  qui  ont  rapport  aux  finances ,  ou  au  com- 
merce ,  ou  à  d'autres  entreprifes. 

hesjociétés  qui  fe  contradlent  entre  marchands ,  ou 
entre  particuliers  ,  font  une  convention  entre  deux 
ou  plufieurs  perfonnes  ,  par  laquelle  ils  mettent-  en 
commun  entre  eux  tous  leurs  biens  ou  une  partie ,  ou 
quelque  commerce ,  ouvrage  ,  ou  autre  affaire,  pour 
en  partager  les  profits  ,  &  en  fupporter  la  perte  en 
commun,  chacun  félon  leur  fonds ,  ou  ce  qui  eft  ré- 
glé par  le  traité  de  fociété. 

Quand  la  part  de  chacun  dans  les  profits  &  pertes 
n'eft  pas  réglée  par  la  convention ,  elle  doit  être 
égale. 

Les  portions  peuvent  être  réglées  d'une  manière 
inégale  ,  foit  eu  égard  à  l'inégalité  des  fonds  ,  ou  à 
ce  que  l'un  met  plus  de  travail  &  d'induftrie  que 
l'autre. 

On  peut  auflî  convenir  qu'un  affocié  aura  plus 
grande  part  dans  les  profits  qu'il  n'en  fupportera  dans 
la  perte  ,  &  même  qu'un  affocié  ne  fupportera  rien 
de  la  perte,  pourvu  néanmoins  que  la  perte  foit  pré- 
levée avant  qu'on  règle  fa  part  des  profits,  autre- 
ment \d  fociété  (eroït  léonine. 

Aucune  fociété  ne  peut  être  contrariée  que  poti» 
un  objet  honnête  &  licite ,  &  elle  ne  doit  rien  conte- 
nir de  contraire  à  l'équité  &  à  la  bonne  foi ,  qui  doit 
être  l'ame  de  toutes  les  fociétés  ;  du  refte  ,  elles  font 
fufceptibles  de  toutes  les  claufes  &  conditions  li- 
cites. 

Pour  former  une  fociété  fil  faut  le  confentement  de 
tous  les  affociés. 

On  peut  avoir  quelque  chofe  en  comm.un ,  comme 
des  cohéritiers ,  des  colégataires ,  fans  être  pour  cela 
affociés. 

L'héritier  d'un  affocié  n'eft  même  pas  affocié,  parce 
qu'il  n'a  pas  été  choifi  pour  tel  ;  on  peut  cependant 
fiipuler ,  que  le  droit  de  l'affocié  décédé  paffera  à 
fon  héritier. 

Si  l'ui)  des  affociés  s'affode  une  autre  perfonne , 


soc 

ce  tiers  ne  devient  point  affocic  des  autres  ,  îl  n'efr 
confidéré  que  comme  l'affocic  particulier  de  celui 
qui  l'a  adjoint  avec  lui ,  6c  c'ell  ce  que  l'on  appelle 
vul2;airement'fro///'w. 

Une  focihé  fe  peut  contrafter  par  écrit  ou  même 
fans  écrit ,  par  un  confentement  tacite. 

Entre  marchands  les  fociités  doivent  être  rédigées 
par  écrit ,  &  il  doit  en  être  dépofé  un  extrait  au  gref- 
fe de  la  jiirifdiftion  confulaire. 

Les  fociétés  peuvent  être  générales  de  tous  biens, 
ou  relatives  feulement  à  un  certain  objet,  auquel  cas 
elles  fe  bornent  à  cet  objet ,  &  aux  profits  qui  en 
proviennent  ,  &  n'embraffent  point  ce  qui  vient 
d'ailleurs. 

On  ne  doit  prendre  fur  les  biens  de  la  fociké  que 
les  dépenfes  licites  ,  &  dettes  contraftées  pour  le 
compte  de  Iz  fociété  ;  chaque  aflocié  doit  payer  feul 
fes  dettes  particulières ,  foit  fur  fa  part ,  ou  autre- 
ment. 

Si  Izfoclété  étoit  de  tous  biens ,  chaque  affocié  ne 
peut  difpofer  que  de  fa  portion  ,  &  ne  doit  prendre 
îlir  le  fonds  commun  que  Ion  entretien  &  celui  de  fa 
famille. 

On  peut  cependant  convenir  dans  nne  fociété gé- 
nérale  que  les  dots  des  filles  fe  prendront  fur  le  fonds 
commun  à  mefure  que  les  filles  feront  en  âge  d'être 
pourvues. 

Les  aiTociés  doivent  demeurer  unis  &  fe  garder  fi- 
délité. Chacun  d'eux  eft  obligé  d'apporter  tous  fes 
foins  pour  l'intérêt  commun  ,  6c  ell  refponlable  aux 
autres  de  ce  qui  arrive  par  Ion  dol ,  ou  par  fa  faute 
grofllere. 

Mais  ils  ne  font  jamais  tenus  des  cas  fortuits  .  à- 
molns  que  leur  faute  n'y  ait  donné  lieu. 

Un  affocié  ne  peut  rien  faire  contre  le  gré  des  au- 
tres ,  ni  les  engager  fans  leur  fait ,  à-moins  qu'il  n'ait 
été  chargé  d'eux. 

Il  n'eft  pas  permis  à  un  affocié  de  retirer  fon  fonds 
avant  la  fin  de  la/ociécé. 

Mais  la  focicté  peut  fe  diffoudre  ayant  la  fin ,  du 
confentement  de  tous  les  affociés. 

Chaque  affocié  peut  même  renoncer  à  Xz  focicté , 
pourvu  que  ce  foit  fans  fraude  ,  6c  que  fa  renoncia- 
tion ne  foit  pas  faite  àcontre-tems. 

La.  focicté  finit  auffi  lorfque  l'objet  pour  lequel  elle 
avoit  été  contraftée  eft  rempli ,  ou  qu'il  ne  peut  plus 
avoir  lieu. 

La  mort  naturelle  ou  civile  d'im  affocié  fait  pareil- 
lement finir  \a  focicté  a  fon  égard. 

ha. fociété étant  finie,  l'on  prélevé  les  dettes ,  cha- 
cun fe  rembourfe  de  fes  avances ,  &  l'on  partage  en- 
fuite  les  profits  s'il  y  en  a. 

L'héritier  de  l'affocié  a  part  aux  profits  qui  étolent 
déjà  acquis ,  &  porte  auffi  fa  part  des  dettes  qui 
étolent  conîraûées  ;  il  prend  les  chofes  en  l'état  qu'- 
elles étolent  au  moment  du  décès.  Foyci  au  digcfle 
6c  au  code  le  titre profocio  ,  l'ordonnance  du  commer- 
ce, lit.  4.  Savary  ,  &  les  mots  Associés  ,  Com- 
mandite, Commerce,  Marchands.  (^) 

Société  anonyme  eft  celle  qui  fe  contrade  fans 
paroître  fous  aucun  nom.  Ceux  qui  t'ont  ces  fociétés 
travaillent  chacun  de  leur  coté  fous  leurs  noms  par- 
ticuliers ,  pour  fe  rendre  enfuite  railbn  l'un  à  l'autre 
des  profits  &  pertes  qu'ils  ont  fait  dans  leurs  négo- 
ciations, f^oyei  Savary. 

Société  civile  s'entend  du  corps  politique  que 
les  hommes  d'une  même  nation ,  d'un  même  état , 
d'une  même  ville  ou  autre  lieu ,  forment  enfemblc, 
&  des  liens  politiques  qui  les  attaffient  les  ims  aux 
autres;  c'eft  le  commerce  civil  du  monde,  les  liai- 
fons  que  les  hommes  ont  enfemble,  comme  fujets 
d'un  même  prince ,  comme  concitoyens  d'une  mê- 
me ville ,  6c  comme  fujets  aux  mêmes  lois ,  &  parti- 
Tor;!eXr. 


SOC 


2Ç9 


cipant  aux  droits  &  privilèges  qui  font  coriinuins  à 
tous  ceux  qui  compofent  cette  '.uème  foci. té.  Voye? 
Cité,  Citoyen  ,  État,  Nation,  Peuple. 

Société  en  nom  collectif  eft  celle  où  le  com- 
merce &  toutes  les  affaires  communes  fe  font ,  fous 
le  nom  de  chacun  des  affociés,  qui  font  tous  dénom- 
més dans  les  ades  comme  négocians  en  compaonie, 
ou  feulement  iousle  nom  d'iui  ou  deux  d'entre  eux, 
avec  cette  addition  &  compagnie^  qui  annonce  oue 
ceux  qui  font  dénommés  négocians  en  compagnie  » 
6c  qu'ils  ont  encore  quelques  autres  affociés  qui  ne 
font  pas  dénommés. 

Société  en  commande  eft  confondue  par  quel- 
ques-uns avec  la  fociété  en  commandite.  Il  femble 
néanmoins  qu'il  y  ait  quelque  différence ,  &  que  le 
terme  de  fociété  en  commande  convienne  plus  partie 
culierement  à  cette  elpece  àe  fociété  qui  fe  contrafte 
entre  celui  qui  donne  des  beltiaux  à  cheptel ,  &  le 
preneur  de  ces  beftlaux ,  fous  la  condition  d'avoir 
certaine  part  aux  profits  provenans  des  beftiaux. 
Foyei  Bestiaux  ,  Cheptel,  Commande  &  Socié- 
té en  commandite. 

Société  en  commandite  ,  eff  celle  qui  fe  fait 
entre  deux  perfonnes,  dont  lune  ne  fait  que  mettre 
fon  argent  dans  layàc/V/e,  fans  faire  aucune  fonftion 
d'affoclé  ;  &  l'autre  donne  quelquefois  fon  argent , 
mais  toujours  fon  induftrie  pour  faire  fous  fon  nom 
le  commerce  des  marchandifes  dont  ils  font  conve* 
mis  enfemble.  ^oje^  Savary. 

Société  léonine  eft  celle  où  l'un  des  affociés 
tire  pour  lui  feul  tout  le  profit ,  ou  du  moins  la  plus 
grande  partie,  tandis  que  les  autres  ne  font  partiel-» 
pans  que  des  pertes.  Le  furnom  de  Uonims  donné  à 
ces  fortes  de  J'ociétés ,  paroît  avoir  été  tiré  de  la  table 
du  lion  ,  où  cet  animal  fous  divers  prétextes ,  retient 
partout  la  part  de  fes  affociés ,  ôc  garde  tout  pour 
lui. 

Société  par  participation  eft  la  même  chofe 
que  \a  fociété  anonyme.  Elle  eft  alnfi  appellée,  parce 
que  celui  qui  promet  de  payer  une  partie  du  prix  de 
la  chofe  que  l'on  acheté  en  commun ,  ne  le  fait  qu'à 
la  charge  de  participer  au  profit,  royei  Société 
anonyme. 

Société  tacite  eft  celle  qui  fe  contraôe.fang 
écrit,  &  même  fans  convention  expreffe,  entre  deux 
ouplufieurs  perfonnes,  par  la  demeure  commune, 
mélange  de  biens,  vie,  bourle  &C  dépenfe  commu- 
ne, &  autrement  que  par  le  mariage,  l^oyei  le  traité 
de  le  Brun ,  inféré  à  la  fin  de  Ion  tr.  de  lu  communauté. 

Société  d'Edimbourg,  eft  le  nom  d'une  aca- 
démie de  médecine  ,  établie  dans  cette  capitale  de 
l'Ecoffe.  Elle  a  publié  des  mémoires  eftimés  ,  dont 
plufieurs  volumes  font  traduits  en  françois. 

Société  royale  de  Londres,  {Hiji.  des  acad. 
mod.^  académie  de  favans ,  établie  à  Londres  pour 
la  culture  des  arts  6c  des  fciences.  Voici  ce  qu'en  dit 
M.  de  Voltaire. 

Quelques  philofophcs  anglois,  fous  la  fombre  ad- 
mlnîfhation  de  Cromwel,  s'affcmblerent  pour  cher- 
cher en  paix  des  vérités,  taudis  que  le  taiwiifme- 
opprlmolt  toute  vérité.  Charles  H.  rappelle  hir  le 
trône  de  Ls  ancêtres  par  Tinconl'iance  de  la  nation  , 
donna  des  lettres  pa'entes  en  1660,  A  cette  acadé- 
mie naiffante  ;  mais  c'eft  tout  ce  que  le  gouvernement 
donna.  La  /ocut^  royale  ,  ou  pU.tôt  la  focieté  lihrc  dt 
Londres  ,  travailla  pour  l'honneur  de  travailler. 

Ses  travaux  commencèrent  à  adoucir  les  mœurs, 
en  éclairant  les  cfpr-ts.  Les  Belles-lettres  ron  .qiiirent, 
6cic  perfetHonnerent  de  jour  en  j  )ur.  On  n'avou  guè- 
re connu  du  tems  ue  Crumw.  l,  d'autre  luterature 
que  celle  d'adapter  des  paffages  de  l'ancien  6c  tki 
nouveau  Teftament  aux  dlU'cnfions  publiques.  On 

Kkij 


■26(5 


SOC 


s'appliqua  fous  Charles  II.  <\  connoîtrc  la  nature  ,  Se 
à  Cuivre  la  route  que  le  chancelier  Bacon  avoit  mon- 
trée. La  l'cience  clés  mathématiques  hu  portée  bien- 
tôt à  un  point  que  les  Archimedes  n'avoient  pu  mê- 
me deviner.  Un  grand  homme, un  homme  étonnant, 
<lécouvrlt  les  lois  primitives  de  la  conllitution  géné- 
rale de  l'univers  ;  &  tandis  que  toutes  les  autres  na- 
tions ic  rcpaiflbient  de  fables ,  les  Anglois  trouvèrent 
les  plus  fublinies  vérités.  Les  progrès  furent  rapides 
&  immenlcs  en  30  années:  c'ell-là  un  mérite ,  une 
çloire  qui  ne  pafTeront  jamais.  Le  fruit  du  génie  &  de 
l'étude  refte  ;  &  les  effets  de  l'ambition  &  clespafTions 
s'anéantiffent  avec  letems  qui  les  ont  produits. 

Enfin  refprit  de  la  nation  angloiie  acquit,  fous  le 
règne  de  Charles  II.  une  réputation  immortelle ,  quoi- 
que le  gouvernement  n'en  eût  point.  C'efl  du  fein  de 
cette  nation  favante.cjue  font  lorties  les  découvertes 
fur  la  lumière ,  fur  le  principe  de  la  gravitation ,  fur 
l'abberration  des  étoiles  fixes,  fur  la  géométrie  tranf- 
cendantc ,  6c  cent  autres  inventions  qui  pourroient  ;\ 
cet  égard,  faire  appeller  le  xvij.  lieclc,  \e  Jîecle  d^s 
Anglois,  aufTi-bien  que  celui  de  Louis  XIK 

M.  Colbert,  jaloux  de  cette  nouvelle  gloire  des 
Anglois ,  voulut  que  les  François  la  partagcaffent  ;  & 
à  la  prière  de  quelque  favans ,  il  fit  agréer  au  roil'é- 
tabliflement  d'une  académie  des  Sciences,  Elle  fut 
libre  iufques  en  1699,  comme  celle  d'Angleterre; 
mais  ell^  n'a  pas  conlervé  ce  précieux  avantage. 

Au  rcfle ,  le  dofteur  Sprat ,  évêque  de  Rochefler, 
a  donné  l'hiftoirc  détaillée  de  \a.fociéié  royale  de  Lon- 
dres ;  &  com.me  cette  hifloire  ell traduite  en  françois, 
'tout  le  monde  peut  la  confulter.  (/?,  J.) 

Société  royale  des  Sciences,  c'eft  fous  ce 
nom  que  Louis  XIV.  fonda  en  1706,  une  académie 
à  Montpellier.  Les  motifs  qui  l'engagèrent  à  cet  cta- 
bliflément ,  furent  la  célébrité  de  cette  ville ,  fa  fitua- 
tion,  la  température  &  la  férénité  de  l'air,  qui  met- 
tent en  état  de  faire  plus  facilement  qu'en  aucun  au- 
tre endroit,  des  obfervations  &  des  recherches  utiles 
&  curieufes  ;  le  nombre  des  favans  qui  y  accou- 
roient  de  toutes  parts ,  ou  qui  s'y  formulent  dans  les 
différentes  fciences ,  Si.  fur-tout  dans  une  des  parties 
la  plus  importante  de  la  Phyfique,  Le  roi  pour  exci- 
ter davantage  l'émulation  des  membres  qu'il  y  nom- 
ma, voulut  que  \a.focicté  royale  des  Sciences  Acm^ur^X. 
toujours  fous  fa  protcâion,de  la  même  manière  que 
l'académie  royale  des  Sciences  ;  qu'elle  entretînt 
avec  cette  académie  l'union  la  plus  intime,  comme 
ne  faifant  enfemble  qu'un  feul  &  môme  corps  ;  que 
ces  deux  académies  s'envoyeroient  réciproquement 
un  exemplaire  de  tout  ce  qu'elles  feroient  imprimer 
en  leur  nom  ;  qu'elles  fe  chargeroient  aufTi  mutuel- 
lement d'examiner  les  matières  importantes  ;  que 
leurs  membres  euffent  féance  dans  les  alTemblées  de 
l'une  &  de  l'autre  ;  que  la  Jbciété  royale  des  Sciences 
enverra  toutes  les  années  une  des  pièces  qui  y  feront 
lues  dans  les  alî'emblées  ,  pour  être  imprimées  dans 
le  recueil  des  mémoires  de  l'académie  royale  des 
Sciences,  &c.  Voyez  les  lettres-patenies  &  Jlatuts  don- 
nés au  mois  de  Février  lyoC. 

Cette  Jbciété  n'a  rien  oublié  pour  répondre  dans 
tous  les  tems  aux  vues  Se  aux  bontés  de  S.  M.  toutes 
les  fciences  y  ont  été  cultivées  avec  beaucoup  de 
zèle  &  de  fucces;  &  quoique  la  Médecine  loit  la 
fcience  favorite  de  cette  ville  qui  a  été  fon  berceau 
&  fon  premier  afyle  en  France ,  &  quoiqu'on  s'y 
applique  avec  un  foin  particulier  aux  objets  qui  y 
font  relatifs,  il  ne  laiflé  pas  d'y  avoir  des  perfonnes 
très-diflinguées  dans  les  autres  parties  de  la  Phyfique 
&  les  Mathématiques.  On  pourroit  en  voir  la  preu- 
ve dans  plulieurs  articles  de  ce  Didionnaire, 

SOCINIENS  ,  f.  m.  pi.  (  Nifi.  ecdéf.  )  Foye^  UNI- 
TAIRES. 


SOC 

SOCLE ,  f.  m.  {Archit.')  corps  ciuarré  plus  bas  que 
fa  largeur  ,  qui  fe  met-  fous  les  bai^s  des  piédeflaux, 
des  ftatues,  des  vafes ,  &c.  Ce  mot  vient  du  latinyôc- 
a/5,fandale ,  à  caufe  que-ce  corps  fert  â  élever  le  plé 
des  bâtimens ,  comne  fur  des  patins  ou  fandales.  Les 
Italiens  appellent  le  iock  foccolo ,  c|ui  veut  dire  pa- 
tin. (D.  J.) 

SOCO  ,  f.  m.  (^Ornith.)  oifeau  du  Bréfil  du  genre 
des  hérons  ,  mais  remarquable  en  particulier  par  la 
longueur  de  fon  col  ;  il  elt  plus  petit  que  le  héron 
ordinaire  ,  a  le  bec  droit ,  pointu  ,  la  queue  courte, 
la  tête  &  le  col  bruns  ,  avec  des  taches  noires  ;  fcs 
aîles  ont  un  mélange  blanc  dans  leur  moucheture. 
Marggrave  ,  hiJI.  Brafl.  {D.  J.) 

SOCONlJSCO,{Géog.  rnod.)  province  de  l'Améri- 
que fcptcntrionale  dans  la  nouvelle  Efpagne,  Elle  efl 
bornée  au  nord  par  la  province  de  Chiapa,  au  midi  par 
lamer  du  fud,  au  levant  par  la  province  de  Guatimala, 
&:au  couchant  par  la  province  de  Guaxaca.  DeLaét 
lui  donne  environ  3  ■)  lieues  de  long  ,  &  prefque  au- 
tant de  large.  On  n'y  trouve  d'autres  places  que  So- 
conufco  ,  qui  n'eft  habitée  que  par  un  petit  nombre 
d'efpagnols.  {D.  J.) 

SOCOTERA  ou  SOCOTORA,  ((?c'o^,  mod.)  île 
fituée  entre  l'Arabie-heureufe  &  l'Afrique  ,  au  midi 
du  cap  Fartac  ,  &  au  nord  du  cap  Gardafui ,  environ 
à  ^o  lieues  de  ces  deux  continens.  On  donne  à  cette 
île  une  quarantaine  de  lieues  de  tour  ;  elle  a  un  roi 
particulier  ,  qui  relevé  d'un  chérif  d'Arabie.  Son  pro- 
duit confifte  en  bétail ,  en  riz  &  en  fruits  ;  on  en  tire 
aufTi  des  dattes ,  de  l'encens  &  de  l'alocs  ;  fa  capitale 
fe  nomme  Tamara  ,  Tamarin  ou  Tamarette,  Latit,  /j. 
{D.J.) 

SOCOTH-BENOTH  ,  {^Critique facrée.  )  idole  des 
Babyloniens  ,  dont  il  efl  fait  mention  au  IV.  liv.  des 
rois  ,  chap.  xvij.  j  o.  Elle  fut  apportée  dans  la  Pa-» 
lefline  par  les  Babyloniens  transférés  en  Samarie. 
Ce  moîyoco/Z!-/'f'«o/'/i  fignifie  le  tabernacle  des  filles  i 
Se  la  plupart  des  meilleurs  critiques  ont  adopté  l'opi- 
nion de  Selden ,  que  c'efl  le  nom  du  temple  dédié  à 
la  Vénus  de  Babylone ,  oii  les  filles  s'affembloient 
pour  fe  prollituer  en  l'honneur  de  cette  dceffe  ;  nous 
apprenons  ces  particularités  d'Hérodote, 

Il  y  a  ,  dit  cet  ancien  hiflorien  ,  chez  les  Babylo- 
niens ,  comm.e  dans  l'île  de  Chypre  ,  une  coutume 
honteufe  ,  c'efl  que  toutes  leurs  femmes  font  obli- 
gées une  fois  dans  leur  vie  de  venir  au  temple  de 
Vénus  ,  Se  d'y  accorder  leurs  fi'veurs  à  quelqu'un 
des  étrangers  qui  s'y  rendent  de  leur  côte  pour  en 
jouir.  Il  arrivé  feulement  que  les  femmes  qui  ne  veu- 
lent pas  fe  proflituer  ,  fe  tiennent  près  du  temple  de 
la  déefîe  dans  leurs  propres  chars  fous  des  lieux  voû- 
tes ,  avec  leurs  domefliciues  près  d'elles  ;  mais  la  plu- 
part, magnifiquement  parées  &  couronnées  de  fleurs, 
fe  repofent  ou  fe  promènent  dans  le  palais  de  Vénus, 
attendant  avec  impatience  que  quelque  étranger  leur 
adreffe  f  es  vœux. 

Ces  étrangers  fe  trouvent  en  foule  dans  différen- 
tes allées  du  temple  ,  diflinguées  chacune  par  des 
cordeaux  ;  ils  voy  ent  à  leur  gré  l'afTemblée  de  toutes 
les  Babyloniennes  ,  6c  chacun  peut  prendre  celle  qui 
lui  plaît  davantage.  Alors  il  lui  donne  une  ou  plu- 
fieurs  pièces  d'argent  ,  en  difant ,  «<  j'invoque  pour 
»  toi  la  déeflé  Mylitta  » ,  c'efl  le  nom  de  Vénus  chei 
les  AfTyriens.  Il  n'efl  ni  permis  à  la  femme  de  dé- 
daigner l'argent  qui  lui  efl  offert,  quelque  petite  que 
fbit  la  fbmme,  parce  qu'elle  efl;  defllnée  à  un  ulage 
facré  ,  ni  de  refufcr  l'étranger  qui  dans  ce  moment 
lui  donne  la  maîft  ,  Si.  l'emmené  hors  du  fanftuaire 
de  la  déeffe  ;  après  avoir  couché  avec  lui ,  elle  a  fait 
tout  ce  qu'il  falloit  pour  fe  rendre  Vénus  favorable. 
Si  elle  revient  chez  elle  ,  où  elle  garde  enfuite  reli- 
gieufément  les  règles  de  la  chafteté. 


X 


soc 

Les  femmes  qui  font  belles  ne  demeurent  pas  long- 
tems  dans  le  temple  de  Vénus  ,  mais  celles  qui  ne 
font  pas  favorifces  des  grâces  de  la  nature  y  font 
quelquefois  un  féjour  de  quelques  années  ,  avant  que 
d'avoir  eu  le  bonheur  de  fatisfaire  à  la  loi  de  la  déefle  ; 
car  elles  n'ofent  retourner  chez  elle  qu'avec  la  gloire 
de  ce  triomphe. 

Strabon  confirme  en  deux  mots  le  récit  d'Héro- 
dote. C'efl  la  coutume ,  dit-il ,  des  Babyloniennes 
de  chercher  à  devenir  la  conquête  de  quelque  étran- 
ger. Dans  ce  dcflein  ,  elles  accourent  en  foule  ex- 
trêmement parées  dans  le  temple  de  Vénus  ;  l'étran- 
ger jette  de  l'argent  à  celle  qui  lui  plaît ,  l'emmené 
hors  du  temple  &  couche  avec  elle  ;  mais  l'argent 
qu'il  lui  donne  eil:  confacré  à  la  déeffe. 

Il  femble  que  Baruch  faffe  allufion  à  cette  pratique 
infâme,  dans  le  chap.  vj.  verf.  42.  6-  4j.  de  fes  pro- 
phétie :  «  Les  femmes  entourées  de  cordeaux  font 
»  affifes  ou  brûlant  des  noyaux  d'olives  ;  &  lorfque 
»  quelqu'une  d'elles  accueillies  par  quelque  étran- 
»  ger  va  dormir  avec  lui ,  elle  reproche  à  fa  voiiine 
,»  qu'elle  n'a  pas  eu  la  même  faveur  ,  &  que  fo:i  cor- 
»  deau  n'a  pas  été  rompu  ».  (/>./.) 

SOCQUEURS,  {^Fontaines Jalanus.)  ouvriers  em- 
ployés dans  les  falines  de  Franche-Comté  ;  ainfi  ap- 
pelle de  leur  fonûion  h/occage.  Voyez  l'ariicle  Sa- 
line. 

SOCRATIQUE,  philosophie,  ou  Histoire  de 

LA  PHILOSOPHIE  DE  SOCRAÏE  ,  {Hiji.  delà  t luiof.) 
le  fyftème  du  monde  &  les  phénomènes  de  la  nature 
avoient  été ,  jufqu'à  Socrate ,  l'objet  de  la  méditation 
des  philofophes.  Ils  avoient  négligé  l'étudg  de  la  mo- 
rale. Ils  croyoient  que  les  principes  nous  en  étoient 
intimemffnt  connus  ,  &  qu'il  étoit  inutile  d'entrete- 
nir de  la  dillindion  du  bien  &  du  mal ,  celui  dont  la 
confcience  étoit  muette. 

Toute  leur  fageflé  fe  réduifoit  à  quelques  fenten- 
ces  que  l'expérience  journahere  leur  avoit  diftées  , 
&  qu'ils  débitoient  dans  l'occafion.  Le  feul  Arché- 
laiis  avoit  entamé  dans  fon  école  la  queilion  des 
mœurs ,  mais  là  méthode  étoit  fans  folidité  ,  &  ies 
leçons  furent  fans  fuccès.  Socrate  fon  difciple ,  né 
avec  une  grande  anxe  ,  un  grand  jugement ,  un  eiprit 
porté  aux  chofes  importantes  ,  &  d'une  utilité  géné- 
rale &  première  ,  vit  qu'il  falloit  travailler  par 
rendre  les  hommes  bons ,  avant  que  de  commencer 
à  les  rendre  favans  ;  que  tandis  qu'on  avoit  les  yeux- 
attachés  aux  aftres  ,  on  ignoroit  ce  qui  fe  paflbit  à 
fes  pies  ;  qu'à  force  d'habiter  le  ciel ,  on  étoit  devenu 
étranger  dans  la  propre  maifon  ;  que  l'entendement 
ieperfe£tionnoit  peut-être,mais qu'on  abandonnoit  à 
elle-même  la  volonté  ;  que  le  tems  fe  perdoit  en 
Spéculations  frivoles  ;  que  l'homme  vieillifloit ,  lans 
s'être  interrogé  fur  le  vrai  bonheur  de  la  vie,  &  il 
ramena  lur  la  terre  la  philofophie  égarée  dans  les  ré- 
gions du  foleil.  Il  parla  de  l'ame  ,  des  paffions  ,  des 
vices  ,  des  vertus  ,  de  la  beauté  &  de  la  laideur  mo- 
rales ,  de  la  fociété ,  6c  des  autres  objets  qui  ont  une 
liaifyn  immédiate  avec  nos  adions  &  notre  félicité. 
Il  montra  une  extrême  liberté  dans  fa  façon  de  pen- 
fer.  Il  n'y  tut  aucune  forte  d'intérêt  ou  de  terreur^ 
qui  retînt  la  vérité  dans  fa  bouche.  Il  n'écouta  que 
l'expérience ,  la  réflexion ,  &  la  loi  de  l'honnête  ;  & 
il  mérita  ,  parmi  ceux  qui  l'avoient  précédé  ,  le  titre 
ÙQ  philofophe  pur  excellence,  titre  que  ceux  qui  lui 
fuccéderent  ne  lui  ravirent  point.  Il  tira  nos  ancêtres 
de  l'ombre  &  de  la  poufTiere,  &:  il  en  fit  des  citoyens, 
des  hommes  d'état.  Ce  projet  ne  pouvoit  s'exécuter 
fans  péril ,  parmi  des  brigands  intéreflés  i\  perpétuer 
le  vice ,  l'ignorance  &  les  préjugés.  Socrate  le  la- 
voit  ;  mais  qui  cft-ce  qui  étoit  capable  d'intimider 
celui  qui  avoit  placé  les  elpérances  au-delà  de  ce  mon- 
de ,  ôc  pour  qui  la  vie  n'étoit  qu'un  lieu  incommode 


SOC 


a6i 


qui  le  retcnoit  dans  une  prifon  ,  loin  de  fa  véritablç 
patrie  ? 

Xéaophon  &  Platon ,  fes  difciples ,  (qs  amis ,  les 
témoins  &  les  imitateurs  de  fa  vertu  ,  ont  écrit  fon 
hiftoire  ;  Xénophon  avec  cette  fimplicité  &  cette 
candeur  qui  lui  étoient  propres ,  Platon  avec  plus  de 
falle  &  un  attachement  moins  fcrupulcux  à  la  vérité. 
Un  jour  que  Socrate  entendoit  réciter  un  des  dialo- 
gues de  celui-ci  ;  c'étoit ,  je  crois  ,  celui  qu'il  a  inti- 
tulé /■;  lyjis  :  o  dieux  ,  s'écria  l'homme  de  bien  ,  les 
beaux  mcnfonges  que  le  jeune  homme  a  dit  de  moi  ! 

Ariiloxene  ,  Démétrius  de  Phalere,  Panetius  ,  Ca- 
lifthene,  &  d'autres  s'étoient  aulli  occupés  des  ac- 
tions ,  des  difcours  ,  des  mœurs  ,  du  caracrcre,  &  de 
la  vie  de  ce  philofophe ,  mais  leurs  ouvrages  ne  nous 
font  pas  parvenus. 

L'athénien  Socrate  naquit  dans  le  village  d'Alopé, 
dans  la  foixante  &  dix-feptieme  olympiade  ,  la  qua- 
trième année  ,  &  le  fixieme  de  thargelion ,  jour  qui 
fut  dans  la  fuite  marqué  plus  d'une  fois  par  d'heureux 
événemens,  mais  qu'aucun  ne  rendit  plus  mémora- 
ble que  fa  naifîance.  Sophronilque  fon  père ,  étoit 
flatuaire  ,  &  Phinarete  fa  mère ,  étoit  fage-femme, 
Sophronifque  qui  s'opperçut  bien-tôt  que  les  dieux 
ne  lui  avoient  pas  donné  un  enfant  ordinaire ,  alla 
les  confulter  fur  fon  éducation.  L'oracle  lui  répon- 
dit ,  laiffe-le  faire  ,  &  iacrifie  à  Jupiter  &  aux  mufes. 
Le  bon  homme  oubUa  le  confeil  de  l'oracle ,  &  mit 
le  cifeau  à  la  main  de  fon  fils.  Socrate  ,  après  la  mort 
de  fon  père  ,fut  obUgé  de  renoncer  à  fon  goût,  & 
d'exercer  par  Indigence  une  profeffion  à  laquelle 
il  ne  fe  fentoit  point  appelle  ;  mais  entraîné  à  la  mé- 
ditation ,  le  cifeau  lui  tomboit  fouvent  des  mains  , 
&  il  paflbit  les  journées  appuyé  fur  le  marbre. 

Criton  ,  homme  opulent  &  philofophe  ,  touché 
de  fes  talens  ,  de  fa  candeur  &  de  fa  mifere ,  le  prit 
en  amitié  ,  lui  fournit  les  chofes  néceffaires  à  la  vie, 
lui  donna  des  maîtres,  &  lui  confia  l'éducation  de  fes 
enfans. 

Socrate  entendit  Anaxagoras ,  étudia  fous  Arché- 
laiis ,  qui  le  chérit ,  apprit  la  mufique  de  Damon ,  fe 
forma  à  l'art  oratoire  auprès  du  fophifle  Prodicus ,  à 
la  poéfie  lur  les  confeils  d'Evenus  ,  à  la  géométrie 
avec  Théodore ,  &  fe  perfe-Sionna  par  le  commerce 
de  Diotime  6l  d'AfpafiCjdeux  femmes  dont  le  mérite 
s'ell  fait  diflinguer  chez  la  nation  du  monde  ancien 
la  plus  polie  ,  dans  fon  fiecle  le  plus  célèbre  &  le 
plus  éclairé ,  &  au  miUeu  des  hommes  du  premier 
génie.  Il  ne  voyagea  point. 

Il  ne  crut  point  que  fa  profeffion  de  philofophe  le 
difpenfât  des  devoirs  périlleux  du  citoyen.  Il  quitta 
fes  amis  ,  fa  lolitude ,  fes  livres ,  pour  prendre  les  ar- 
mes ,  &  il  fervit  pendant  trois  ans  dans  la  guerre 
cruelle  d'Athènes  &  de  Lacédémone  ;  il  afîifla  au  fie- 
ge  de  Potidée  à  côté  d'Alcibiade,  où  perfonne,  au 
jugement  de  celui-ci ,  ne  fe  montra  ni  plus  patient 
dans  la  fatigue  ,  la  foif  &  la  faim  ,  ni  plus  ferein.  Il 
marchoit  les  pies  uuds  fur  la  glace  ;  il  fe  précipita  au 
milieu  des  ennemis,  &  couvrit  la  retraite  d'Alcibiade, 
qui  avoit  été  blelTé ,  &  qui  feroit  mort  dans  la  mêlée. 
11  ne  le  contenta  pas  de  fauvcr  la  vie  àfon  ami  ;  après 
l'adlion,  il  lui  fit  adjuger  le  prix  de  bravoure,  qui  lui 
avoit  été  décerné.  Il  lui  arriva  plufieurs  fois  dans  cette 
campagne  de  pafler  deux  jours  entiers  de  fuite  immo- 
bile à  Ion  polie  ,  &  abforbé  dans  la  méditation.  Les 
Athéniens  furent  malheureux  au  liège  de  Delium  : 
Xénophon  renvcrlé  de  fon  cheval  y  auroit  |)erdu 
la  vie  ,  fi  Socrate  ,  qui  combattoit  à  pié ,  ne  l'eût  pris 
fur  fes  épaules ,  &  ne  l'eût  porté  hors  de  l'atteinte  de 
l'ennemi.  Il  marcha  fous  ce  fardeau  non  comme  un 
homme  qui  fuit ,  mais  comme  un  homme  qui  compte 
fes  pas  &  qui  mefure  le  tcrrcin.  Il  avoit  le  \  iiage 
tourné  à  l'ennemi ,  6l  on  lui  remarquoit  tant  d'intré- 


.6î 


SOC 


plditc  ,  qu'on  n'ofa  ni  Tattaquer  ni  le  liilvre.  Averti 
par  Ion  dcmon  ,  ou  le  proùcntlment  iccret  de  (a  pru- 
dence ,  il  délivra  dans  une  autre  circonftance  Alci- 
biadc  &  Loches  d'un  danger  dont  les  fuites  devinrent 
funeltes  à  pluficurs.  Il  neie  comporta  pas  avec  moins 
d'honneur  au  fiege  d'Aniphipolis.     ' 

La  corruption  avoit  gagné  toutes  les  parties  de 
l'adminiftration  des  aiîaircs  publiques;  les  Athéniens 
gémilloient  lous  la  tyrannie  ;  Socrate  ne  voyoit  à  en- 
trer dans  la  magiftrature  que  des  périls  à  courir ,  fans 
aucun  bien  à  faire  :  niiiis  il  fallut  facrifier  fa  répu- 
gnance au  vœu  de  fa  tribu ,  &  paroîtrc  au  fcnat.  Il 
étoit  alors  d'un  âge  affez  avancé  ;  il  porta  dans  ce 
nouvel  état  fa  juftice  &  fa  fermeté  accoutumées.  Les 
tyrans  ne  lui  en  impofcrcnt  point  ;  il  ne  ceffa  de  leur 
reprocher  leurs  vexations  &  leurs  crimes  ;  il  brava 
leur  puilfance  :  tadoit-il  foufcrire  au  jugement  de 
quelque  innocent  qu'ils  avoient  condamné  ,  il  difoit 
je  m  fuis  pus  écrire. 

Il  ne  fut  pas  moins  admirable  dans  fa  vie  privée  ; 
jamais  homme  ne  fut  né  plus  fobre  ni  plus  charte  : 
ni  les  chaleurs  de  l'été  ,  ni  les  froids  rigoureux  de 
l'hiver  ,  ne  fufpendirent  fes  exercices.  Il  n'agiffoit 
point  fans  avoir  invoqué  le  ciel.  Il  ne  nuifit  pas  mê- 
me à  fes  ennemis.  On  le  trouva  toujours  prêt  à  fer- 
vir.  Il  ne  s'en  tenoit  pas  au  bien  ,  il  fe  propofoit  le 
mieux  en  tout.  Perfonne  n'eut  le  jugement  des  cir- 
conftances  6c  des  chofcs  plus  sur  &  plus  fain.  Il  n'y 
avoit  rien  dans  fa  conduite  dont  il  ne  pût  &  ne  fe 
complut  à  rendre  raifon.  Il  avoit  l'œil  ouvert  fur  fes 
amis  ;  il  les  reprenoit  parce  qu'ils  lai  étoient  chers  ; 
il  les  encourageoit  à  la  vertu  par  fon  exemple ,  par 
les  difcours  ;  &  il  fut  pendant  toute  fa  vie  le  modèle 
d'un  homme  très-accompli  &  très-heureux.  Si  l'em- 
ploi de  fes  momens  nous  étoit  plus  connu  ,  peut- 
être  nous  démontreroit-il  mieux  qu'aucun  raifonne- 
mcnt ,  que  pour  notre  bonheur  dans  ce  monde ,  nous 
n'avons  rien  de  mieux  à  foire  que  de  pratiquer  la 
vertu  ;thefe  Importante  qui  comprend  toute  la  mo- 
rale ,  &  qui  n'a  point  encore  été  prouvée. 

Pour  réparer  les  ravages  que  la  pefte  avoit  faits  , 
les  Athéniens  permirent  aux  citoyens  de  prendre 
deux  femmes  ;  il  en  joignit  une  féconde  par  commi- 
fération  pour  fa  mifere  ,  à  celle  qu'il  s'étoit  aupara- 
vant choifie  par  inclination.  L'une  étoit  fille  d'Arifti- 
de,  &  s'appelloit  Mirtus,  &  l'autre  étoit  née  d'un 
citoyen  obfcur ,  &  s'appelloit  Xantippe.  Les  humeurs 
capricieufes  de  celle-ci  donnèrent  un  long  exercice 
il  la  philoi'ophie  de  fon  époux.  Quand  je  la  pris  ,  di- 
foit Socrate  à  Antifthene,  je  connus  qu'il  n'y  auroit 
perfonne  avec  qui  je  ne  pufle  vivre  fi  je  pouvois  la 
fupporter  ;  je  voulois  avoir  dans  ma  maii'on  quelqu'un 
qui  me  rappcllAt  fans  ceffe  l'indulgence  que  je  dois  à 
tous  les  hommes  ,  &  que  j'en  attens  pour  moi.  Et  à 
Lamprocle  fon  fils  :  Vous  vous  plaignez  de  votre  mè- 
re !  &  elle  vous  a  conçu ,  porté  dans  fon  fein ,  alaité , 
foigné,  nourri,  inftruit,  élevé  ?  A  combien  de  périls 
ne  l'avez-vous  pas  expofée  ?  combien  de  chagrins , 
de  foucis  ,  de  foins ,  de  travail,  de  peines  ne  lui  avez- 
vouspas  coûté  ? . . .  11  eft  vrai,  elle  a  fait  &  fouffert  & 
plus  peut-être  encore  que  vous  ne  dites  ;  mais  elle  eft 
il  dure  ,  fi  féroce  .  .  .  Lequel  des  deux ,  mon  fils ,  vous 
paroît  le  plus  difficile  à  ilipporter  ,  ou  de  la  férocité 
d'une  bête  ,  ou  de  la  férocité  d'une  mère  ? .  . .  Celle 
d'une  mère  ....  D'une  mère  !  la  vôtre  vous  a-t-elle 
frappé,  mordu,  déchiré?  en  avez-vous rien  éprouvé 
de  ce  que  les  bêtes  féroces  font  affez  communément 
aux  hommes  ?  . .  .  Non  ;  mais  elje  tient  des  propos 
qu'on  ne  digéreroit  de  perfonne ,  y  allât-il  de  la  vie... 
J'en  conviens  ;  mais  êtes-vous  en  refte  avec  elle  ?  & 
y  a-t-il  quelqu'un  au  monde  qui  vous  eût  pardonné 
les  mauvais  difcours  que  vous  avez  tenus ,  les  adions 
mauvaifes ,  ridicules  ou  folles  que  vous  avez  commi- 


SOC  , 

fes ,  &  tout  ce  qu'il  a  fallu  qu'elle  endurât  de  vous  la 
nuit ,  le  jour  ,  à  chaque  inftant  depuis  cjue  vous  êtes 
né ,  jufqu'à  l'âge  que  vous  avez?  Qui  eft-ce  qui  vous 
eût  foigné  dans  vos  infirmités  comme  elle  ?  Qui  ell  ce 
qui  eût  tremblé  pour  vos  jours  comme  elle  ?  Ilarrive 
à  votre  mère  de  parler  mal  ;  mais  elle  ne  met  elle- 
même  aucune  valeur  a  ce  qu'elle  dit  :  dans  fa  colère 
même  vous  avez  fon  cœur:  elle  vous  fouhaitele  bien. 
Mon  fils  ,  l'injuftice  ell  de  votre  côté.  Croyez-vous 
qu'elle  ne  fût  pas  défolée  du  moindre  accident  qui 
vous  arriveroit  ?...  Je  le  crois . . .  Qu'elle  ne  fe  rédui-  | 
sît  pas  à  la  mifere  pour  vous  en  tirer  ?...  Je  le  crois... 
Qu'elle  ne  s'arrachât  pas  le  pain  de  la  bouche  pour 
vous  le  donner?...  Je  le  crois  . .  .  Qu'elle  nefacrifif.t 
pas  fa  vie  pour  la  vôtre  ?..  Je  le  crois  . . .  Que  c'eft 
pour  vous  &  non  pour  elle  qu'elle  s'adreiTelans  cefîe 
aux  dieux?...  Que  c'eft  pour  moi ..  .Et  vousla trou- 
vez dure  ,  féroce ,  &  vous  vous  en  plaignez.  Ah, 
mon  fils,  ce  n'eft  pas  votre  mère  qui  eft  mauvaife, 
c'eil  vous  !  je  vous  le  répète  ,  l'injuftice  eft  de  votre 
côté .  . .  Quel  homme  !  quel  citoyen  !  quel  magiftrat  ! 
quel  époux  !  quel  pcre  !  Moins  Xantippe  méritoit» 
cet  apologue  ,  plus  il  faut  admirer  Socrate.  Ah,  So- 
crate ,  je  te  reflemble  peu  ;  mais  du-moins  tu  me  fais 
pleurer  d'admiration  &  de  joie  ! 

Socrate  ne  fe  croyoit  point  fur  la  terre  pour  lui 
feul  &  pour  les  fiens  ;  il  vouloir  être  utile  à  tous  ,  s'il 
le  pouvoit,  mais  fur-tout  aux  jeunes  gens  ,  en  qui  il 
efpéroit  trouver  moins  d'obftacles  au  bien.  Il  leur  - 
ôtoit  leurs  préjugés.  Il  leur  faifbit  aimer  la  vérité.  Il 
leur  infpiroit  le  goût  de  la  vertu.  Il  fréquentoit  les 
lieux  de  loiirs  amufemens.  Il  alloit  les  chercher.  Oa 
le  voyoit  fans  cefTe  au  milieu  d'eux  ,  dans  les  rues, 
dans  les  places  publiques  ,  dans  les  jardins  ,  aux 
bains  ,  aux  gymnafes ,  à  la  promenade.  Il  parloit  de- 
vant tout  le  monde  ;  s'approchoit  &  l'écoutoit  qui  , 
vouloit.  il  falfoit  un  ufage  étonnant  de  l'ironie  &  de 
l'indudion  ;  de  l'ironie  ,  qui  dévoiloit  fans  effort  le  ri- 
dicule des  opinions  ;  de  l'indudion ,  qui  de  queftions 
éloignées  en  queftions  éloignées,  vous  conduifoit 
imperceptiblement  à  l'aveu  de  la  chofe  même  qu'on 
nioit.  Ajoutez  à  cela  le  charme  d'une  élocutionpiire, 
fimple  ,  facile  ,  enjouée  ;  la  finefîe  des  idées  ,  les  grâ- 
ces ,  la  légèreté  &  la  délicatefle  particulière  à  fa  na- 
tion ,  une  modeftiefurprenante,  l'attention  fcrupu- 
leufe  à  ne  point  ofFenfer ,  à  ne  point  avilir, à  ne  point 
humilier ,  à  ne  point  contrifter.  On  fe  faifoit  honneur 
à  tout  moment  de  fon  efprit.  «  J'imite  ma  mère  ,  di- 
»  foit-il  ,  elle  n'étoit  pas  féconde  ;  mais  elle  avoit 
»  l'art  de  foulager  les  femmes  fécondes ,  &  d'ame- 
♦>  ner  à  la  lumière  le  fruit  qu'elles  renfermoient  dans 
»  leurs  l'eins  ». 

Les  fophiftes  n'eurent  point  un  fléau  plus  redouta- 
ble. Ses  jeunes  auditeurs  fe  firent  infeniiblemcnt  à  fa 
méthode ,  &  bien-tôt  ils  exercèrent  le  talent  de  l'iro- 
nie 6c  de  l'indudtion  d'une  manière  très  -  incommode 
pour  les  faux  orateurs  ,  les  mauvais  poètes  ,les  pré- 
tendus philofophes  ,  les  grands  injuftes  &  orgueil- 
leux. Il  n'y  eut  aucune  forte  de  folie  épargnée  ,  ni 
celles  des  prêtres  ,  ni  celles  des  artiftes  ,  ni  celles  des 
magiftrats.  La  chaleur  d'une  jeunefle  enthoufiafte  & 
folâtre  fufcita  des  haines  de  tous  côtés  à  cehii  qui 
l'inftruifoit.  Ces  haines  s'accrurent  6c  fe  multipliè- 
rent. Socrate  les  méprifa  ;  peu  inquiet  d'être  hai , 
joué  ,  calomnié,  pourvu  qu'il  fût  innocent.  Cepen- 
dant il  en  devint  la  viâime.  Sa  philofophie  n'étoit 
pas  une  affaire  d'oftentation  &  de  parade ,  mais  de 
courage  6c  de  pratique.  Apollon  diloitde  lui  :  «  So- 
»  phocle  eft  fiige  ,  Euripide  eft  plus  fage  que  Sopha- 
»  de  ;  mais  Socrate  eft  le  plus  lage  de  tous  les  hom- 
»  mes  w.  Les  fophiftes  fe  vantoient  de  favoirtout; 
Socrate  ,  de  ne  iavoir  qu'une  chofe  ,  c'eft  qu'il  nefa- 
voitrien.  Il  fe  ménageoitainfi  l'avantage  de  les  inter- 


soc 

Toccr  ,  de  les  embarniflcr  &  de  les  confondre  de  la 
manière  la  plus  sure  &C  la  plus  honteufe  pour  eux. 
D'ailleurs  cet  homme  d'une  prudence  Se  d'une  expé- 
rience conlommée  ,qui  av'oit  tant  écoute  ,  tant  lu  , 
tant  médité,  s'étoit  aifément  apperçu  que  la  vérité 
eu  comme  un  fîl  qui  part  d'une  extrémité  des  ténè- 
bres &  le  perd  de  l'autre  dans  les  ténèbres  ;  &  que 
dans  toute  queftion  ,  la  lumière  s'accroît  par  degrés 
jiifqu\\  un  certain  terme  placé  fur  la  longueur  du  fil 
délié  ,  au-delà  duquel  elle  s'atToiblit  peu-à-peu  &  s'é- 
teint. Le  philoibphe  efl  celui  qui  lait  s'arrêter  jufle  ; 
le  fophifle  imprudent  marche  toujours  ,  &  s'égare 
lui-même  &  les  autres  :  toute  fa  dialedique  fe  relbut 
en  incertitudes.  C'ell:  une  leçon  que  Socrate  donnoit 
fans  cefl'e  aux  fophifles  de  Ion  tems  ,  &  dont  ils  ne 
profiteront  point.  Ils  s'éloignoient  de  lui  mécontens 
(ans  favoir  pourquoi.  Ils  n'avoient  qu'à  revenir  fur  la 
quellion  qu'ils  avoient  agitée  avec  lui  ,  &  ils  fe  fe- 
roient  apperçus  qu'ils  s'étoient  laifTés  entraîner  au- 
delà  du  point  indivifible  &  lumineux ,  terme  de  notre 
foible  raifbn. 

On  l'accufa  d'impiété  ;  &  il  faut  avouer  que  fa  re- 
ligion n'étoit  pas  celle  de  fon  pays,  il  méprifa  les 
Jicux  &C  les  fuperftitions  de  la  Grèce.  Il  eut  enpi- 
:ié  leu.rs  myfteres.  Il  s'étoit  élevé  par  la  feule  force 
le  fon  génie  à  la  connoiffance  de  l'unité  de  la  divini- 
:é  ,  &  il  eut  le  courage  de  révéler  cette  dangereufe 
l^érité  à  fes  difciples. 

Après  avoir  placé  fon  bonheur  préfent  Se  à  venir 
3ans  la  pratique  de  la  vertu ,  6c  la  pratique  de  la  ver- 
:u  dans  l'obfervation  des  lois  naturelles  &  politiques, 
■icn  ne  fut  capable  de  l'en  écarter.  Les  événemens 
es  plus  ficheux  ,  loin  d'étonner  fon  courage ,  n'alté- 
•erent  pas  même  fa  iérénite.  Il  arracha  au  fuplice  les 
iix  juges  que  les  tyrans  avoient  condamnés.  Il  ne 
/oulut  point  le  lauver  de  la  prifon.  Il  apprit  en  fou- 
■iant  l'arrêt  de  fa  mort.  Sa  vie  eil  pleine  de  ces 
:raits. 

Il  méprifa  les  injures.  Le  mépris  Se  le  pardon  de 
*injure  qui  Ibnt  des  vertus  du  chrétien,  font  la  ven- 
jeance  au  philofoph^.  11  garda  la  tempérance  la  plus 
■igoureufe  ,  rapportant  l'ufage  des  choies  que  la  na- 
ure  nous  a  deliinées  à  la  confervation  &  non  à  la 
volupté.  Il  difoit  que  moins  l'homme  a  de  beioins, 
jlus  fa  condition  eft  voifine  de  celle  des  dieux  ;  il 
-'toit  pauvre  ,  &  jamais  fa  femme  ne  put  le  détermi- 
ler  à  recevoir  les  préfens  d'Alcibiade  6c  des  hom- 
nes  puilTans  dont  il  étoit  honoré.  Il  regardoit  la  juf- 
:ice  comme  la  première  des  vertus.  Sa  bicnfaifance  , 
'emblable  à  celle  de  l'Etre  fuprème  ,  étoit  fans  excep- 
:ion.  Il  déteftoit  la  flatterie.  Il  aimoit  la  beauté  dans 
!es  hommes  &  dans  les  femmes,  mais  il  n'en  fut  point 
l'efclave  :  c'étoit  un  goût  innocent  6c  honnête ,  qu'A- 
riftophane  même ,  ce  vil  infirument  de  fes  ennemis  , 
n'ofa  pas  lui  reprocher.  Que  penferons-nous  de  la 
Facilité  &  de  la  complaifance  avec  laquelle  quelques 
Kommes  parmi  les  anciens  &  parmi  les  modernes 
ont  reçu  6c  répété  contre  la  pureté  de  (es  mœurs } 
une  calomnie  que  nous  rougirions  de  nommer  ;  c'ell 
qu'eux-mêmes  étoicnt  envieux  ou  corrompus.  Se- 
rons-nous étonnés  qu'il  y  ait  eu  de  ces  âmes  infer- 
nales? Peut-être  ,  fi  nous  ignorions  ce  qu'un  intérêt 
violent  &  fecret  infpire  ,  voyei  ce  que  nous  dirons 
de  fon  démon  à  VanicU  ThÉosoPHE. 

.  Socrate  ne  tint  point  école  ,  éc  n'écrivit  point. 
Nous  oe  lavons  de  la  dodrine  que  ce  que  fes  difci^ 
pics  nous  en  ont  tranfmis.  C'eft  dans  ces  fources  que 
nous  avons  puifé. 

Scntimens  de  Socrate  fur  Li  divinUé.  Il  difoit  : 

Si  Dieu  a  dérobé  fa  nature  à  notre  entendement , 

il  a  manifefté  fon  exiflcnce  ,  fa  lagelfe,  fa  puilfance 

&  fa  bonté  dans  fes  ouvrages. 
II  eft  l'auttur  du  monde ,  6c  le  monde  efl  la  corn- 


SOC  iSj 

plexion  de  tout  ce  qu'il  y  a  de  bon  &  de  beau. 

Si  nous  fentions  toute  l'harmonie  qui  règne  dans 
l'univers  ,  nous  ne  pourrions  jamais  regarder  le  ha- 
fard  comme  la  caufe  de  tant  d'effets  enchaînés  par- 
tout ,  fclon  les  lois  de  la  fageffe  la  plus  flirprenante, 
&  pour  la  plus  grande  milité  poffible.  Si  \me  intelli- 
gence fuprème  n'a  pas  concouru  à  la  difpofition  ,  à 
la  propagation  &  à  la  confervation  générale  des  êtres, 
6c  n'y  veille  pas  fans  cefTe,  comment  arrive-t-11  qu'au- 
cun défordre  ne  s'introduit  dans  une  machine  aufîî 
cornpofée  ,  auffi  vafle  ? 

Dieu  préfide  à  tout  :  il  voit  tout  en  un  infiant  ;  no- 
tre penfée  qui  s*élance  d'un  vol  inflantané  de  la  terré 
aux  cieux  ;  notre  œil  qui  n'a  qu'à  s'ouvrir  pour  ap- 
percevoir  les  corps  placés  à  la  plus  grande  diflance  , 
ne  font  que  de  foibles  images  de  la  célérité  de  fon 
entendement. 

D'un  feul  afte  il  efl  préfent  à  tout. 

Les  lois  ne  font  point  des  hommes  ,  mais  de  Dieu, 
C'efl  lui  proprement  qui  en  condamne  les  infrac- 
leurs  ,  par  la  voix  des  juges  qui  ne  font  que  fes  or- 
ganes. 

Sent'imens  de  Socrate  fur  Us  efprits.  Ce  philofophé 
rempliffoit  l'intervalle  de  l'homme  à  Dieu  d'intelli- 
gences moyennes  qu'il  regardoit  comme  les  génies 
tutélaires  des  nations  :  il  permettoit  qu'on  les  ho- 
norât :  il  les  regardoit  comme  les  auteurs  de  la  divi- 
nation. 

Sentimens  de  Socrate  fur  rame.  Il  la  croyoit  préexif^ 
tante  au  corps,  &  douée  de  la  connoiffance  des  idées 
éternelles.  Cette  connoiffance  qui  s'alToupifîbit  en 
elle  par  fon  union  avec  le  corps ,  fe  réveillolt  avec  le 
tems ,  &  l'ufage  de  la  raifon  &  des  fens»  Apprendre  j 
c'étoit  fe  reffouvenir;  mourir,  c'étoit  retourner  à  fort 
premier  état  de  félicité  pour  les  bons  ,  de  châtiment 
pour  les  méchans. 

Principes  de  la  Philofophie  morale  de  Socrate.  \l 
difoit  : 

Il  n'y  a  qu'un  bien  ,  c'efl  la  fcience  ;  qu'un  mal , 
c'efl  l'ignorance. 

Les  richeffes  &  l'orgueil  de  la  naiffanee  font  les 
fources  principales  des  maux. 

La  fageffe  efl  la  fanté  de  l'ame. 

Celui  qui  connoît  le  bien  &  qui  fait  le  mal  efl  urt 
infenfé. 

Rien  n'efl  plus  utile  &plus  doux  que  la  pratique  de 
la  vertu. 

L'homme  fage  ne  croira  point  favoir  ac  qu'il 
ignore. 

La  juflice  &  le  bonheur  font  une  même  chofc. 

Celui  qui  diftingua  le  premier  l'utile  du  jufte  ,  fut 
un  homme  déteflable. 

La  fageffe  efl  la  beauté  de  l'ame  ,  le  vice  en  eft  la 
laideur. 

La  beauté  du  corps  annonce  la  beauté  de  l'ame. 

Il  en  eft  d'une  belle  vie  comme  d'un  beau  tableau  ^ 
il  faut  que  toutes  les  parties  en  fbient  belles. 

La  vie  heureufe  &  tranquille  eft  pour  celui  qui 
peut  s'examiner  fans  honte  ;  rien  ne  le  trouble  ,  par* 
ce  qu'il  ne  fe  reproche  aucun  crime. 

Que  l'homme  s'étudie  lui-même  ,  &  qu'il  fe  con-« 
noiffe. 

Celui  qui  fe  connoît  échappera  à  bien  des  maux , 
qui  atte'ndcnt  celui  qui  s'ignore  ;  il  concevra  d'a- 
bord qu'il  ne  fait  rien ,  &  il  cherchera  à  s'inflruire. 

Avoir  bien  commencé ,  ce  n'cll  pas  n'avoir  rien 
fait  ;  mais  c'eft  avoir  fait  peu  de  choie. 

Il  n'y  a  qu'une  fagefle,  la  vertu  efl  une. 

La  meilleure  manière  d'honorer  les  dieux,  c'o« 
de  faire  ce  qu'ils  ordonnent. 

Il  faut  demander  aux  dieux  en  général  ce  qui  nous 
efl  bon  ;  fpécifîer  quelque  choCe  dans  fa  prière,  c'eft 
prétendre  à  une  connoilfance  qui  leur  eft  relervée. 

Il  faut  ado/er  les  djeij.v  de  fon  pays ,  5c  relier  foa 


264 


soc 


offrande  fur  (es  iacuUcs  ;  les  cUeux  regardent  pUis  ù 
la  pureté  de  nos  cœurs ,  qu'à  la  rkhelVe  de  nos  lacii- 

Hces. 

Les  lois  font  du  ciel  ;  ce  qui  eft  félon  la  loi ,  elt  julte 
fur  la  terre ,  iSc  légitimé  dan^  le  ciel. 

Ce  qui  prouve  l'origine  célelle  des  lois ,  telles 
que  d'adorer  les  dieux  ,  d'honorer  fes  parens  ,  d'ai- 
mer fon  bienfaiteur  ,  c'ellqucle  châtiment  ell  né- 
cefùiiremcnt  attache  à  leur  infraftion  ;  cette  liaifon 
néceffaire  delà  loi ,  avec  la  peine  de  l'infradion,  ne 
peut  être  de  Ihomme. 

Il  faut  avoir  pour  un  père  trop  févere  ,  la  même 
obciffance  qu'on  a  pour  une  loi  trop  dure. 

L'atroclte  de  l'ingratitude  eft  proportionnée  à 
ViniDortance  du  bientait  ;  nous  devons  ù  nos  parens 
ic  plus  important  des  biens. 

L'enfant  ingrat  n'obtiendra  ni  la  faveur  du  ciel ,  ni 
l'eilime  des  hommes  ;  quel  retour  attendrai-je  ,  moi , 
étrano,er ,  de  celui  qui  manque  aux  perlonnes  à  qui  il 
doit  ie  plus? 

Celui  qui  vend  aux  autres  fa  fageffe  pour  de  l'ar- 
cent ,  fe  proftitue  comme  celui  qui  vend  fa  beauté. 

Les  richeifes  font  entre  les  mains  de  l'homme, 
fans  la  raiion  ,  comme  ious  lui  un  cheval  fougueux , 

lans  frein. 

Les  richeffcs  de  l'avare  reffemblent  à  la  lumière  du 
foleil  ,  qui  ne  recrée  perlbnne  après  fon  coucher. 

3'appelle  avare  celui  qui  amalfe  des  richefles  par 
des  moyens  vils,  &  qui  ne  veut  point  d'indigens  pour 

amis. 

La  richefle  du  prodigue  ne  fert  qu'aux  adulateurs 

&aux  prollitués. 

Il  n'y  a  point  de  fonds  qui  rende  autant  qu'un  ami 
fincere  &  vertueux. 

Il  n'y  a  point  d'amitié  vraie ,  entre  un  méchant  &C 
un  méchant  ,  ni  entre  un  méchant  6c  un  bon. 

On  obtiendra  l'amitié  d'un  homme  ,  en  cultivant 
en  foi  les  qualités  qu'il  eftime  en  lui. 

Il  n'y  a  point  de  vertus  qui  ne  puifle  fe  perfeûion- 
ïier&C  s'accroître  ,  par  la  reflexion  &  l'habitude. 

Ce  n'eft  ni  la  richelfe  ,  ni  la  naiflance  ,  ni  les  di- 
gnités ,  ni  les  titres,  qui  font  la  bonté  de  l'homme  ; 
elle  eft  dans  fes  mains. 

L'incendie  s'accroit par  le  vent,  &  l'amour  par 

le  commerce. 

L'arrogance  confifte  à  tout  dire  ,  &  à  ne  vouloir 
4'len  entendre. 

Il  faut  fe  familiarifer  avec  la  peine  ,  afin  de  la  re- 
cevoir quand  elle  viendra ,  comme  fi  on  l'avoit  at- 
tendue. 

Ilnefaut  point  redouter  la  mort,   c'ell  un  affou- 

pifrcment  ou  un  voyage. 

S'il  ne  relie  rien  de  nous  après  la  mort,  c'eft  pîu- 
■   tôt  encore  un  avantage  ,  qu'un  inconvénient. 

Il  vaut  mieux  miourir  honorablement ,  que  vivre 
deshonoré. 

Il  faut  fe  foullraire  ;\  l'incontinence  ,  par  la  fuite. 

Plus  on  ell  fobre ,  plus  on  approche  de  la  condition 
des  dieux  ,  qui  n'ont  befoin  de  rien. 

Il  ne  faut  pas  négliger  la  fanté  du  corps ,  celle  de 
l'ame  en  dépend  trop. 

La  tranquillité  efl  le  plus  grand  des  biens. 

Rien  de  trop  :  c'ell  l'éloge  d'un  jeune  homme. 

Les  hommes  vivent  pour  manger ,  les  bons  man- 
gent pour  vivre. 

Etre  fage  dans  la  haute  profpérité  ,  c'eft  favoir 
marcher  lur  la  glace. 

Le  moyen  le  plus  fur  d'être  confideré  ,  c'eft  de  ne 
pas  affefter  de  le  montrer  aiilîl  bon  que  l'on  eft. 

Si  vous  êtes  un  homme  de  bien  ,  on  aura  autant 
de  confiance  en  votre  parole ,  qu'au  ferment. 

Tournez  le  dos  au  calomniateur  &  au  médifant , 
c'eft  quelque  perverfité  qui  le  fait  acir  ou  parler. 

Principes  de  Socrate  ,  fur  la  pruamu  doinejlique. 
Jldifoit-.      ■ 


SOC 

Celui  qui  faura  gouverner  fa  malfon ,  tirera  parti 
de  tout ,  même  de  les  ennemis. 

Méfiez-vous  de  l'indolence  ,  de  laparefle,  de  la 
négligence  ;  évitez  le  luxe  ;  regardez  l'agriculture 
comme  lareflource  la  plus  importante. 

li  ell  des  occupations  lordides  auxquelles  il  faut 
fe  refufer  ,  elles  avlliirent  l'ame. 

Il  ne  faut  pas  laitier  ignorer  à  fa  femme  ce  qu'il  lui 
importe  de  favoir  ,  pour  votre  bonheur  &  pour  le 
lien. 

Tout  doit  être  commun  entre  les  époux. 
L'homme  veillera  aux  choies  du  dehors  ,  la  fem- 
me à  celles  du  dedans. 

Ce  n'eft  pas  lans  raifon  que  la  nature  a  attaché 
plus  fortement  les  mères  aux  enfans  ,  que  les  pères. 
Principes  de  la  prudence  poiuiqiu  de  Socr-ite.  Les 
vrais  fouverains  ,  ce  ne  font  point  ceux  qui  ont  le 
fceptre  en  main  ,  foit  qu'ils  le  tiennent  ou  de  la  naif- 
fance  ,  ou  du  halard,  ou  de  la  violence  ,  ou  du  coa- 
fentement  des  peuples;  mais  ceux  qui  lavent  com- 
mander. 

Le  monarque  eft  celui  qvù  comniande  à  ceux  qui 
fe  font  loumis  librement  à  Ion  obéiftance  ;  le  tyran, 
celui  qui  contraint  d'obéir  :  l'un  fait  exécuter  la  loi, 
l'autre ,  fa  volonté. 

Le  bon  citoyen  contribuera  autant  qu'il  eft  en  lui , 
à  rendre  la  repubhque  HorifTante  pendant  la  paix  ,  &l 
viftorieufe  pendant  la  guerre  ;  il  invitera  le  peuple 
à  la  concorde  ,  s'il  fe  louleve  ;  député  chez  un  en- 
nemi ,  il  tentera  toutes  les  voies  honnêtes  de  conci- 
liation. 

La  loi  n'a  point  été  faite  pour  les  bons. 
La  ville  la  mieux  gardée ,  eft  celle  qui  renferme  le 
plus  d'honnêtes  gens  :  la  mieux  policée ,  celle  où  les 
magiftrats  agiflent  de  concert  :  celle  qu'il  faut  pré- 
férer à  toutes,  où  la  vertu  a  des  récompenles  aliu- 
rées. 

Habitez  celle  où  vous  n'obéirez  qu'aux  lois. 
Ce  feroit  ici  le  lieu  de  parler  des  acculations  qu'on 
intenta  contre  lui,  de  fon  apologie  ,  &  de  fa  mort  ; 
mais  ces  chofes  font  écrites  en  tant  d'endroits.  Qui 
eft-ce  qui  ignore  qu'il  fut  le  martyr  de  l'unité  de 
Dieu  ? 

Après  la  mort  de  Socrate  ,  fes  difciples  fe  jetterent 
fur  fa  robe  &  la  déchirèrent.  Je  veux  dire  qu'ils  fe 
livrèrent  à  différentes  parties  de  la  philofophie  ,  & 
qu'ils  fondèrent  une  multitude  de  lecles  diverles , 
oppofées  les  unes  aux  autres  ,  qu'il  faut  regarder 
comme  autant  de  familles  divifees  ,  quoiqu'elles 
avouafTent  toutes  la  même  louche. 

Les  uns  s'étoient  approchés  de  Socrate  ,  pour  fe 
difpoler  par  la  connoiflance  de  la  vérité ,  l'étude  des 
mœurs  ,  l'amour  de  la  vertu  ,  à  remplir  dignement 
les  premiers  emplois  de  la  république  auxquels  ils 
étoient  deftinés  :  tel  fut  Xénophon. 

D'autres,  parmi  lefquels  on  peut  nommer  Criton  , 
lui  avoient  confié  l'éducation  de  leurs  enfans. 

Il  y  en  eut  qui  ne  vinrent  l'entendre  que  dans  le  def- 
fein  defe  rendre  meilleurs;  c'eft  ce  qui  arriva  à  Dio- 
dore  ,  à  Euthydème  ,  à  Euthere  ,  à  Ariftarque. 

Critias  &  Alcibiade  lui  furent  attachés  d'amitié. Il 
enfeigna  l'art  oratoire  à  Lyfias.  Il  forma  les  poètes 
Evénus  &  Euripide.  On  croit  même  qu'il  concourut 
avec  ce  dernier  dans  la  compofition  des  tragédies  qui 
portent  fon  nom. 

Son  difciple  Ariftippe  fonda  la  fefte  cyrénaïque  , 
Phédon  l'eliaque  ,  Euclidela  mégarique  ,  Platon  l'a- 
cadémique ,  Anthiflène  la  cynique. 

Xénophon ,  Efchine,  Criton ,  Simon  &  Cebès,  fe 
contentèrent  de  l'honneur  de  l'avoir  eu  pour  maître. 
Xénophon  naquit  dans  la  quatre  vingt-deuxième 
olympiade.  Socrate  l'ayant  rencontré  dans  une  rue  , 
comme  il  pafloit,mis  fon  bâton  en  travers  ,  l'arrêta, 
6i.  lui  demanda  où  fe  vendoient  les  chofes  nécefîaires 

àU 


soc 

à  la  vîe.  La  beauté  de  Xénophon  l'avoît  frappé.  Ce 
jeune  homme  fît  à  fa  quellion  une  réponfe  férieufe  , 
jelon  fon  caractère.  Socrare  l'interrogeant  une  fé- 
conde fois,  lui  demanda  s'il  ne  fauroit  point  où  les 
hommes  apprenoient  à  devenir  bons.  Xénophon  dé- 
clarant fon  embarras  par  ion  fdenco  &:  fon  maintien, 
Socrate  lui  dit  :  fuivez  mol,  &  vous  le  faurez.  Ce  fut 
ainfi  que  Xénophon  devint  fon  dilciple.  Ce  n'efl  pas 
ici  le  lieu  d'écrire  l'hifloire  de  Xénophon.  Nous  avons 
de  lui  la  cyropédie  ,  ime  apologie  de  Socrate ,  quatre 
livres  des  dits  &  des  faits  mémorables  de  ce  philofo- 
phe  ,  un  banquet ,  un  livre  de  l'économie  ,  un  dialo- 
gue fur  la  tyrannie  ,  l'éloge  d'Agéillas  &  la  compa- 
raifon  des  républiques  d'Athènes  &  de  Lacédémone, 
ouvrages  écrits  avec  une  grande  douceur  de  ftyle , 
de  la  vérité  ,  de  la  gravité  &  de  la  fimpiicité. 

La  manière  dont  Efchine  s'offrit  à  Socrate  eft  d'une 
naïveté  charmante.  II  étoit  pauvre  :  je  n'ai  rien ,  dit- 
il  au  philofophe  dont  il  venoit  prendre  les  leçons  , 
qui  foit  digne  de  vous  être  offert  ;  &  c'eff-là  ce  qui 
me  fait  fcniir  ma  pauvreté.  Je  n'ai  que  moi  :  voyez  fi 
vous  me  voulez.  Quels  que  foient  les  prélens  que  les 
vous  autres  aient  faits ,  ils  ont  retenu  par-devers  eux 
plus  qu'ils  ne  vous  ont  donné.  Quant  au  miit;n  ,  vous 
ne  l'aurez  pas  plutôt  accepté  qu'il  ne  me  rederaplus 
rien.  Vous  m'offrez  beaucoup  ,  lui  répondit  Socrate, 
à  moins  que  vous  ne  vous  eflimiez  peu.  Mais  venez, 
je  vous  accepte.  Je  tâcherai  que  vous  vous  eftimiez 
davantage,  &  de  vous  rendre  à  vous-même  meilleur 
que  je  ne  vous  aurai  reçu.  Socrate  n'eut  point  d'au- 
diteur plus  affidu  ni  de  difciple  plus  zélé.  Son  fort  le 
conduifit  à  la  cour  de  Denis  le  tyran  ,  qui  en  fît  d'a- 
bord peu  de  cas.  Son  indigence  fut  une  tache  qui  le 
fuivit  par-tout.  Il  écrivit  quelques  dialogues  à  la  ma- 
nière de  Socrate.  Cet  ouvrage  arrêta  les  yeux  fur  lui, 
Platon  ôcAriflippe  rougirent  du  mépris  qu'ils  avoient 
alfefté  pour  cet  homme.  Ils  le  recommandèrent  à 
Denis ,  qui  le  traita  mieux.  Il  revint  dans  Athènes  , 
ovt  il  trouva  deux  écoles  floriffantes  établies.  Platon 
enleignoit  dans  l'une  ,  Ariflippe  dans  l'autre.  Il  n'ofa 
pas  fe  montrer  publiquement  au  milieu  de  ces  deux 
philofophes.  n  s'en  tint  à  donner  des  leçons  particu- 
lières. Lorfqu'il  ié  fut  affuré  du  pain,  par  cette  ref- 
fource  ,  il  fe  livra  au  barreau,  où  il  eut  du  fuccès, 
Ménedeme  lui  reprochoit  de  s'être  approprié  des 
dialogues  que  Socrate  avoit  écrits  ,  &  que  Xantippe 
lui  avoit  confiés.  Ce  reproche  fait  beaucoup  d'hon- 
neur à  Efchine.  Il  avoit  bien  fmgulierement  faifi  le 
caraftere  de  fon  itiaître  ,  puilque  Ménedeme  &  Arif- 
tippe  s'y  trompoient.  On  remarque  en  effet ,  dans 
les  dialogues  qui  nous  relient  d'Elchine,la  fimpiicité, 
l'exprcffion ,  les  maximes  ,  les  comparaifons  6l  toute 
la  morale  de  Socrate. 

Nous  n'ajouterons  rien  à  ce  que  nous  avons  dit  de 
Criton  ,  finon  qu'il  ne  quitta  point  Socrate  pendant 
le  tems  de  fa  prifon  ;  qu'il  veilla  à  ce  que  les  chofes 
nécelfaircs  ne  lui  manquaffent  pas  ;  que  Socrate  of- 
fenfé  de  l'abus  qu'on  faiibit  de  la  facilité  de  fon  ca- 
radlere  pour  le  tourmenter  ,  lui  conleilla  de  cher- 
cher quelque  homme  turbulent ,  méchant ,  violent , 
qui  fît  tête  à  fes  ennemis  ,  &  que  ce  confeil  lui 
réuffit. 

Simon  étoit  un  corroyeur  dont  Socrate  fréquen- 
toit  quelquefois  la  maiibn.  Là  ,  comme  par -tout 
ailleurs  ,  il  parloit  des  vices  ,  des  vertus  ,  du  bon  , 
dubeau  ,  du  décent ,  de  l'honnête  ,  &  le  corroyeur 
l'écoutoit  ;  &i  le  foir ,  lorfqu'il  avoit  quitté  fon  ou- 
vrage ,  il  jcttoit  fur  le  papier  les  principales  chofes 
qu'il  avoit  entendues.  Periclès  fît  cas  de  cet  homme  , 
il  chercha  à  fe  l'attacher  par  les  promcffes  les  ])[as 
flatteufcs  ;  mais  Simon  lui  répondit  qu'il  ne  vcndoit 
point  fa  liberté. 

Cebcs  écrivit  trois  dialogues  ,  dont  il  ne  nous  refte 
que  le  dernier ,  connu  fous  le  nom  du  taHeau.  C'cft 
Tomi  XF. 


S   O  D 


1(3^ 


un  petit  roman  fur  les  goûts  ,  les  penchans  ,  les  pré^ 
jugés  ,  les  moeurs  des  hommes ,  compofé  d'après  une 
peinture  qu'on  voyoit  dans  le  temple  de  Saturne.  On 
y  fuppofe  les  principes  fui  vans. 

Les  âmes  ont  préexifté  aux  corps.  Un  fortheureujr 
ou  malheureux  les  attend. 

Elles  ont  un  démon  qui  les  infpire  ,  dont  la  voix 
fe  fait  entendre  à  elles  ,  &  qui  les  avertit  de  ce  qu'el- 
les  ont  à  faire  &  à  éviter. 

Elles  apportent  avec  elles  un  penchant  inné  à 
l'impoflure ,  à  l'erreur,  à  l'ignorance  &  au  vice. 

Ce  penchant  n'a  pas  la  même  force  en  toutes. 

Il  promet  à  tous  les  hommes  le  bonheur;  mais  il 
les  trompe  &  les  perd.  Il  y  a  une  condition  vraie ,  &: 
une  condition  faulfe. 

La  poéfie  ,  l'art  oratoire  ,  la  mufique  ,  la  dialefti* 
que  ,  l'arithmétique ,  la  géométrie  &  l'aiVoloaie  . 
font  de  l'érudition  faufle,  ° 

La  connoiffance  des  devoirs  &  la  pratique  des 
vertus  ,  font  la  feule  érudition  vraie. 

C'eft  par  l'éru  dition  vraie  que  nous  échappons  dans 
ce  monde  à  la  peine  ,  &  que  nous  nous  préparons  la 
félicité  dans  l'autre  vie. 

Cette  félicité  n'arrivera  qu'à  ceux  qui  auront  bien 
vécu  ,  ou  qui  auront  expié  leurs  fautes. 

C'eil:  de  ce  féjour  de  délices  qu'ils  contempleront 
la  folie  &  la  mifere  des  hommes.  Mais  ce  fpeûacle 
ne  troublera  point  leur  jouiiiance.  Ils  ne  peuvent 
plus  fouffrir. 

Les  méchans  ,  au  fortlr  de  cette  vie ,  trouveront 
le  déf  efpoir.  Ils  en  feront  faifis ,  &  ils  erreront  ; 
jouets  continuels  des  pafTions  auxquelles  ils  fe  feront 
livrés. 

Ce  n'eft  point  la  richeffe,  mais  l'érudition  vraie 
qui  rend  l'homme  heureux. 

Il  ne  faut  ni  fe  fîer  à  la  fortune ,  ni  trop  eftimer  its 
préféns. 

Celui  qui  croit  favoir  ce  qu'il  ignore  ,  efl  dans  une 
erreur  qui  l'empêche  de  s'intlruire. 

On  met  encore  du  nombre  des  difciples  de  So- 
crate ,  Timon  le  Mifantrope.  Cet  homm.e  crut  qu'il 
fuyoit  la  fociété  de  fes  fémblables  ,  parce  qu'ils 
étoicnt  méchans  ;  il  fe  trompoit  ,  c'eft  que  lui- 
même  n'étoit  pas  bon.  Je  n'en  veux  pas  d'aiure 
preuve ,  que  la  joie  cruelle  que  lui  cauferent  les  ap- 
plaudiffemcns  que  les  Athéniens  prodiguoient  à  Alci- 
biade  ;  &  la  raitbn  qu'il  en  donna,  le  preffentiment 
du  mal  que  ce  jeune  homme  leur  feroit  un  jour.  Je 
ne  hais  pas  les  hommes,  difoit-il,  mais  les  bêtes  fé- 
roces qui  portent  ce  nom  ;  &:  qu'étois-tu  toi-même  , 
entre  ces  bêtre  féroces  ,  finon  la  plus  intraitable  ce 
toutes  ?  Quel  jugement  porter  de  celui  qui  fe  làuve 
d'une  ville  ,  où  Socrate  vivoit ,  &  où  ily  avoit  une 
foule  de  gens  de  bien  ;  finon  qu'il  étoit  plus  frappé  ce 
la  laideur  du  vice ,  que  touché  des  charmes  de  la 
vertu.>  Ce  caradere  cfl  mauvais.  Quel  fpedacle  plus 
grand  &  plus  doux  que  celui  d'un  homme  jufle  , 
grand,  vertueux,  au-deffus  de  toutes  les  terreurs  & 
de  toutes  les  féduftions  !  Les  dieux  s'inclinent  du 
haut  de  leur  demeure  bienheureuf'e  ,  pour  le  voir 
marcher  fur  la  terre  ;  &  le  trifte  &  mélancolique 
Timon  détourne  fes  regards  farouches  ,  lui  tourne 
le  dos,  &  va ,  le  cœur  rempli  d'orgueil  ,  d'envie 
&  de  fîel ,  s'enfoncer  dans  une  forêt. 

SOCZOVA  ,  (  Gios,.  mod.  )  ville  de  la  Turquie 
européenne ,  dans  la  partie  occidentale  de  la  Mol- 
davie ,  fur  la  Moldawa  ,  entre  Jaffy  &  Ne-wmack. 
Lon^.  44.  4S.  Luit.  47,  IX.  (  Z>.  /.  ) 

SODA  ,  f.  m.  (  Giam.  6*  MccJec.  )  c'efl  ainfi  que 
quelques  auteurs  appellent  un  fentiment  de  chaleur 
ik  d'erofion  à  la  gorge  ,  caulé  par  des  vapeurs  .Icres 
qui  s'élèvent  de  l'eflomac  ,  ts:  qui  font  produites  par 
la  fermentation  des  matières  excrémenteufes.  Les 
bilieux  &  les  mélancohques  font  fiijcts  anfoJj. 

Ll 


266 


S  O  D 


SODER-HAMPT  ou  SOEDER-HAMN  .{Gcos. 
mod.  )  c'eft-à-dlre  Port  du  fud  ;  nouvelle  petite  vil  e 
de  Suéde  dans  l'HcUing.e,  lur  la  côte  du  -olte  de 
Bothnie  adez  près,  &:  au  nord  de  rembouchure  du 
Lintna.  On  y  tait  des  armes  A  feu.  Les  bourgeois  les 
vendent  aux  habitans  de  la  Bothnie,  &  ceux-ci  aux 
Lapons  qui  viennent  en  acheter.  Ils  tirent  aulîi  de 
cette  ville  de  la  poudre ,  des  baies  Ce  du  plomb  en 

malle.  (D.J.)  .^ . .  ^r>         r     , 

SODER-TELGE  ou  SODER-TALGE,  oufimpu- 
mcm  TELGE  AGcog.  mod.)  ville  de  Suéde,  dans  la 
Sudermanic  ,  h  l'embouchure  d'un  des  canaux  par  ou 
le  lac  Maler  communique  avec  la  mer  Baltique  ,  &: 
à  quatre  milles  au  lud-ouell  de  Stockholm.  Longn. 
■iy.  12.  lat.  Sç).  21.   {D.J.)  . 

SODOxME  ,  (  Géog.  anc.  &facrîe.  )  v.Ue  capitale 
de  la  Pentapole  ;  elle  fut  conluméc  ,  dit  l'Ecniure  , 
par  le  feu  du  ciel ,  avec  trois  autres  villes  voilincs, 
Gomorre  ,  Zeboim  &  Adama  ,  qui  toutes  ctoicnt 
plongées  dans  le  crime.  Les  prophètes  parlent  lou- 
vent  de  la  ruine  de  Sodome  &;  de  Gomorre  ,  6^  par- 
tout ils  marquent  que  ce  feront  des  lieux  délerts , 
«rides  ,  inhabites  ,  couverts  d'épines  ;  en  un  mot  , 
une  terre  de  fel ,  où  Ton  ne  pourra  planter,  m  le- 
mcr  •.Jiccnasjpinamm  ,  &  accrrifulis  ,  &  dcjerium  uj- 
qne  in  œiirnum.  Dcut.  xxlx.  22.  Sophon.  2.ix.  Amol. 


IV.  II. 


Strabon  ,  liv.  XK  parle  auffi  des  ruines  de  Sodo- 
me  &  de  fon  circuit  de  60  lladeS  ,  qu'on  voyoït  au 
bord  de  la  mer  Morte  ;  cependant  l'on  ne  peut  ré- 
voquer en  doute  ,  que  la  ville  n'ait  été  rétablie  dans 
la  fuite  ,  foit  au  même  endroit  oii  elle  étoit  autrefois, 
fur  le  bord  méridional  de  la  mer  Morte  ,  foit  vis-à- 
vis  de  ce  lieu-là.  Les  notices  font  mention  cxprcfle 
de  Sodorm  ,  ville  épilcopale  ,  fituée  entre  Thamar  & 
Engaddi.  Etianne  le  géographe  met  aufli  Engaddi 
près  de  Sodome.  On  trouve  dans  les  mêmes  notices 
un  Severe ,  évêque  de  Sodome ,  parmi  ceux  de  l'Ara- 
bie ,  qui  foufcrivirent  au  premier  concile  de  Nicée. 
(D.J.) 

SODOMIE  ,  f.  f.  (  Gram.  &  Jurlfprud.  )  eft  le  cri- 
me de  ceux  qui  commettent  des  impuretés  contrai- 
res même  à  l'ordre  de  la  nature  ;  ce  crime  a  pris  Ion 
nom  de  la  ville  de  Sodome  ,  qui  périt  par  le  feu  du 
ciel  à  caufe  de  ce  défordre  abominable  qui  y  étoit 
familier. 

La  juftlce  divine  a  prononcé  la  peine  de  mort  con- 
tre ceux  qui  fe  fouillent  de  crime  ,  morte  monatur  ; 
Lévitique  ,  ch.  xx.  ,  , 

La  même  peine  eft  prononcée  par  l'anthentique  , 
ut  non  luxurientur. 

La  loi  cum  vir  au  code  Je  adidt.  veut  que  ceux  qui 
font  convaincus  de  ce  crime  foient  bridés  vifs. 

Cette  peine  a  été  adoptée  dans  notre  jurifpruden- 
ce  :  il  y  en  a  eu  encore  un  exemple  en  exécution 
d'un  arrêt  du  5  Juin  1750  ,  contre  deux  particuliers 
qui  furent  brûlés  vifs  en  place  de  Grève. 

Les  femmes  ,  les  mineurs  ,  font  punis  comme  les 
autres  coupables. 

Cependant  quelques  auteurs,  tels  que  Menochius, 
prétendent  que  pour  les  mineurs,  on  doit  adoucir  la 
peine  ,  fur-tout  fi  le  mineur  eft  au-dcffous  de  l'âge  de 
puberté. 

Les  cccléfiafliques  ,  les  religieux ,  devant  l'exem- 
ple de  la  chafteté  ,  dont  ils  ont  fait  un  vœu  particu- 
lier ,  doivent  être  jugés  avec  la  plus  grande  lévérité, 
lorfqu'ils  fe  trouvent  coupables  de  ce  crime;  le  moin- 
dre foupçon  luffit  pour  les  faire  deftituer  de  toute 
fon£lion  oujeniploi  qui  ait  rapport  à  l'éducation  de  la 
jeunefle.  Foye^  du  Perray. 

On  comprend  fous  le  terme  defodomie,  cette  ef- 
pece  de  luxure  que  les  Canoniflcs  appellent  mollities^ 
&c  les  Latins  maflupratio  ,  qui  efl  le  crime  que  l'on 
commet  fur  foi-même  ;  cc'lui-ci  lorfqu'il  eft  décou- 


S  O  E 

vert  (  ce  qui  cft  fort  rare  au  for  extérieur  )  ert 
puni  ues  galères  ou  du  bannifiement ,  félon  que  le 
Icandak-  a  été  plus  ou  moins  grand. 

On  punit  aulfide  la  même  peine  ceux  qui  appren- 
nent à  la  jeunefte  à  commettre  de  telles  impuretés  ; 
ils  {ubill'ent  de  plus  l'expofition  au  carcan  avec  un 
écriteau  portant  ces  mots  ,  corrupteur  de  la  jeunejfe. 
Fojei  les  novelUs  yy.  6-  1^1.  du  Perray  ,  des  moyens 
can.  ch.  vi'ij.  Menochius  ,  de  arbltr.  caf.  3  2  j).  n.  6.  M. 
de  Vouglans  ,  en  les  Injlit.  au  Droit  criminel ,  page 
Jio,  {A) 

SODORE  ,  (Géog.  rnod.)  autrefois  ville  d'Ecofle, 
aujourd'hui  village  dans  la  petite  île  d'îona  ,  une  des 
V/cefternes.  L'évêquc  de  Cerfes,  fufïi'agant  de  l'ar- 
chevêque de  Glafcow,  réfide  encore  dans  un  village. 
{D.J.) 

SOE  ,  ILE  ,  ou  SOA  ,  {Géogr.  mod.  )  c'eft  une  des 
plus  petites  îles  Hébrides  de  l'occident  d'Ecofle, & 
voiline  de  celle  de  Kildan  ;  elle  abonde  en  pâtura- 
ges &  en  oifcaux  de  mer ,  qui  viennent  y  pondre 
leurs  œufs.  {D.  J.) 

SOEN  ,  SOUN  ou  TSSONN  ,  f.  m.  (Marine.)  nom 
qu'on  donne  à  la  Chine  ,  aux  principaux  &  aux  plus 
ordinaires  vaifl'eaux  marchands  ou  de  guerre.  Ces 
bâtimens  font  larges  en  arrière  ,  &  diminuent  infen- 
fiblement  de  largeur  jufqu'à  la  proue.  Ils  n'ont  point 
de  quilles ,  &c  font  plats  par-deflTous  ;  ils  ont  une  pré- 
ceinte leule  de  chaque  côté  ,  deux  mâts  fans  hunes , 
avec  deux  gros  cordages,qui  font  comime  deux  étais; 
l'un  à  l'avant ,  l'autre  à  l'arriére.  Leurs  voiles  font 
d'écorces  de  rofeaux  ,  fi  bien  entrelacées  enfemble 
avec  des  feuilles  de  bambouc ,  que  le  moindre  vent 
ne  fauroit  pafl^er  à-travers  ;  elles  font  attachées  à  une 
épavre  vers  le  haut  du  mât,  qui  les  traverfe  pour  les 
foutenir  ,  6i  on  les  hifle  par  le  moyen  d'une  poulie 
qui  eft  attachée  au  haut  de  chaque  mât.  Au  lieu  d'é- 
coutes &  de  bras ,  il  y  a  divers  petits  cordages  qui 
lont  amarrés  à  un  plus  gros ,  &c  qui  en  font  l'office. 

Il  y  a  dans  le  fond  de  cale  plufieurs  chambres  qui 
n'ont  point  de  communication  ;  des  citernes  pour 
conferver  l'eau  ;  des  galeries  des  deux  côtés  ;  un  pont 
fixe  courant  devant-arrière  ,  &  un  pié  au-defîiis,  un 
pont  volant  de  planches  ,  qui  s'ôte  &  fe  remet ,  6C 
lur  lequel  on  fe  promené.  La  chambre  du  capitaine 
s'élève  à  la  hauteur  d'un  homme  ,  au-deft\is  du  pont 
volant  ;  &  le  château  commence  un  peu  plus  bas  que 
le  pont  fixe ,  &  s'élève  bien  li^aut  au-defliis  des  deux 
ponts.  Le  delilis  de  ce  château  eft  une  efpece  de  de- 
mi-pont ,  oii  les  premiers  officiers  fe  tiennent ,  &  au- 
tour duquel  font  fufpendus  leurs  boucliers  &  leurs 
rondaches  ;  les  piques  font  rangées  autour  du  vaif- 
feau  6c  paroiflent  en-dehors. 

Sur  le  grand  mât  s'élève  une  girouette  ou  pyrami- 
de ,  fur  laquelle  on  attache  des  pièces  d'étoffes ,  fri- 
fées  &  peintes  de  figures  grotcfques  ;  &  au-deflbus 
pend  une  queue ,  dont  les  poils  ou  fils  fervent  à  taire 
connoitre  d'où  vient  le  vent.  Le  bâton  de  pavillon 
eft  à-peu-près  comme  le  mât.  Il  y  a  une  poulie  vers 
le  haut  pour  hifl'er  &  amener  les  pavillons  qui  /ont 
fufpendus  "de  travers  à  ce  mâtereau  ;  la  gaule  d'enfei- 
gne  eft  placée  dans  l'endroit  où  nous  plaçons  le  mât 
d'artimon. 

Le  gouvernail  fe  démonte  aifcment ,  &  on  le  re- 
tire à  bord  quand  on  veut  ;  enfin ,  les  ancres  font  de 
bois  ;  elles  n'onr  ni  jare  ,  ni  pattes ,  mais  feulement 
en-bas  deux  longs  morceaux  de  bois  pointus,  &  mal- 
gré cela  ,  elles  enfoncent  &c  tiennent  auffi-bien  que 
les  ancres  de  fer.  Les  plus  grands  founs  de  charge 
portent  quatorze  cens  tonneaux  :  mais  le  port  de 
ceux  qu'on  équipe  en  guerre  ,  n'eft  que  de  deux  cens 
tonneaux.  Ils  ont  vingt  à  trente  légères  pièces  de  ca- 
nons ,  qui  tournent  fur  un  pivot  ;  leur  équipage  eft 
très-confidérable ,  car  un  J'oun  de  dix  canons  porte 
deux  cens  hommes. 


s  O  F 

SOEST  ,  {Géog.  mod.')  ville  d'Allemagne,  dans  la 
Wdîphalic  ,  au  ccinté  de  la  Marck  ,  à  quatre  lieues 
au  fiid-ouelt  de  Lippftad.  Elle  paffe  pour  une  des 
plus  orandcs  &  des  plus  riches  de  la  Weliphalie;  elle 
a  été  impériaL' ,  &  appartient  préfentement  au  roi 
de  Pruffe.  Ses  habitans  font  en  partie  calviniftes  ,  en 
partie  catholiques  ;  le  pays  de  (qs  environs  efl  très- 
fertile.  Long.  2i.  48.  lat.  61.  42. 

j4jfelman  ,  théologien  modéré  ,  naquit  à  Soejl.  Il 
a  mis  au  jour  un  traité  de  ferendis  hcercticis  ,  non  au- 
ferendis.  Ce  titre  tient  un  peu  du  jeu  de  mots  ,  mais 
l'ouvrage  part  d'un  elprit  tolérant  &  raifonnable. 

Gropper  (Jean)  controvcrfifte  du  feizieme  fiecle  , 
naquit  à  Soejî  en  1 501  ,  &  mourut  à  Rome  en  i  5  58, 
ayant  refufé  trois  ans  auparavant  le  chapeau  de  car- 
dinal. Son  principal  ouvrage  eft  intitulé ,  Injî'uuiio 
fidei  cathoUcœ.  Il  avoit  une  idée  fi  folle  de  la  pureté  , 
qu'ayant  trouvé  une  fervante  qui  failoit  fon  lit ,  il  la 
chafla  ,  &  fit  jetter  le  lit  par  la  fenêtre  ;  j'imagine 
que  cette  fervante  étoit  huguenotte.  {D.  J.) 

SŒUR ,  f .  f.  (  Gram.  &  Jurifprud.  )  eft  une  per- 
fonne  du  fexe  féminin  qui  efl  ililie  de  mêmes  père  & 
mère  ,  ou  de  même  père  ou  de  môme  mère  qu'une 
autre  perfonne ,  mâle  ou  femelle  dont  on  parle  ;  car 
la  qualité  defœur  peut  être  relative  à  deaxfœurs,  ou 
à  [inefœur  èc  un  frère. 

La/œur  germaine  efl  celle  qui  efl  ifTue  de  même 

père  &  mère  que  fon  frère  ou  fa  fœur.   On  appelle 

Jàur  confanguine  ,  celle  qui  eil  ifîue  de  même  père 

{t\i\tmcm;  fœur  utérine  efl  celle  qui  efl  née  de  même 

mère,  mais  non  pas  de  même  père.  Voyei  Frère. 

Sœur  ,  (^Criciq.facrée.)  ce  mot  dans  le  flyle  des 
Hébreux ,  outre  l'acception  qui  lui  efl  commune  à 
toutes  les  langues  ,  a  celle  de  fignifîer  une  proche 
parente  ,  foit  coufme-germaine  ou  nièce.  Dans  l'E- 
vangile de  S.  Matth.  xiij 66.  Iesy2s««de  Jefus-Chrifl, 
font  fes  confines  :  ce  mot  fe  dit  au  figuré  de  la  ref- 
femblance  des  inclinations  des  peuples  &  des  villes, 
ainfi  le  prophète  appelle  Jérufalem  ,  fœur  de  Sodotne 
&  de  Samarie  ,  parce  qu'elle  a  imité  leur  idolâtrie  , 
Ezéchiel  ,  xvj.  46.  il  s'emploie  pour  un  term.e  de 
carefîe;  vous  avez  bleffé  mon  cœur,  ma  tendreyâwr, 
dit  l'époux  à  l'cpoufé,  dans  le  Cantiq.  iv.  c).  Jefus- 
Chrifl  tient  pour  (es  plus  proches  parens  ,  pour  mè- 
re ,  fccurs  &  frères ,  tous  ceux  qui  fuivront  les  pré- 
ceptes ;  c'cfl  fa  bonté  qui  forme  ces  nœuds  figura- 
tifs. (Z>.  /.) 

SOFA  ,  f.  m.,  (^terme  di  relation.  )  efpece  d'eflrade 
qui  efl  d'ufage  en  Oiient,  &  qui  efi  élevée  d'un 
demi-pié  au-delTus  du  niveau  de  la  chambre  d'hon- 
neur ,  oii  l'on  reçoit  les  perfonnes  les  plus  remar- 
quables. Chez  les  Turcs,  tout  le  plancher  efl  couvert 
d'un  tapis  de  pié,  &  du  côté  des  fenêtres ,  ils  élèvent 
une  eflrade  ,  qu'ils  appellent  fofa.  Il  y  a  fur  cette 
eflrade  de  petits  matelas,  de  deux  à  trois  pies  de  lar- 
ge ,  couverts  d'un  petit  tapis  précieux.  Les  Turcs 
s'afTeyent  iur  ce  tapis  comme  les  Tailleurs  qui  travail- 
lent en  France ,  les  jambes  croifées  ;  ôc  ils  s'appuient 
contre  la  muraille  fur  de  grands  carreaux  de  velours  , 
de  fatin  ,  &  d'autre  étoffe  convenable  à  la  failon. 
Pour  prendre  leur  repas,  on  étend  fur  le  tapis  de 
l'eflrade  un  cuir  qui  fert  de  nappe;  on  met  iur  ce 
cuir  une  table  de  bois  faite  comme  un  plateau  rond, 
&  on  la  couvre  de  plats.  Diiloir.  (Z).  /.  ) 

SOl^ALA  ou  ZOFALA  ,  (Gcogr.  mod.)  royaume 
d'Afrique ,  dans  la  C.afrerie  ,  fur  la  côte  de  la  mer 
d'Ethiopie ,  vers  le  Zanquebar.  M.  Danville  renfer- 
me ce  royaume  entre  les  états  de  Monomotapa  au 
nord  ,  la  mer  de  Mofambique  à  l'orient ,  le  royaume 
de  Sabia  au  midi ,  &;  celui  de  Manica  au  couchant. 
La  rivière  de  Tandanculo  coule  au  nord  de  ce  pays, 
&:  une  autre  rivière  qu'on  nomme  Sofala ,  le  tra- 
verfc  d'orient  en  occident.  Le  roi  de  Sofilu  Cç  nom- 
Torne  X  r. 


S  O  F 


2(j7 


me  qnltcve.  Ses  fujets  font  nègres  pour  la  plupart. 
Ils  ne  fe  couvrent  que  depuis  la  ceinture  jufqu'aux 
genoux  ,  d'une  pagne  de  coton  ;  quelques-uns  par- 
lent arabe ,  &  lent  mahométans  ;  les  autres  ne  pro- 
feffent  aucime  religion.  Le  pays  ne  manque  pas  d'é- 
léphans  ,  de  lions  6c  d'animaux  fauvages  ;  mais  vers 
l'embouchure  du  Cuama  ,  c'efl  un  pays  fertile  & 
aîTez  peuplé.  Il  fe  trouve  même  de  riches  mines  d'or 
à  quelque  diflance  de  la  capitale  du  royaume,  qui 
porte  le  même  nom  de  Sofala  ,  &  que  plufieurs  fa- 
vans  prennent  pour  l'ophir  de  Salomon.  Cette  caoi- 
tale^eft  fituée  fiir  le  bord  de  la  mer,  un  peu  au  nord 
de  l'embouchure  de  la  rivière  Sofala.  Les  Portuo;ais 
s'emparèrent  de  cette  ville  vers  i  508  ,  Ôc  y  bâtix-cnt 
une  forterefie  qui  leur  efl  d'une  grande  imporïance  , 
pour  leur  alfurer  le  commerce  qu'ils  font  avec  les 
Cafres.  Laùc.  mérid.  de  cette  forterefîe ,.  20.  îo 
{D.J.)  '  J    • 

SOFFE  ,  ou  plutôt  SOFIAH  ou  SOPHIE  ,{Géogr. 
mod.  )  ville  de  la  Turquie  européenne  ,  capitale  de 
la  iiulgarie,  que  les  Turcs  appellent  i'././/z  rdajeti , 
le  pays  de  Sofah  ,  à  caufe  de  la  capitale.  Elle  efl  fituée 
fur  la  rivière  de  Bojana ,  dans  une  vafle  plaine ,  à  96 
lieues  de  Conflantinople.  Elle  efl  fans  murailles  ,  au 
pic  du  mxont  Hsmus  ,  &  d'ailleurs  auffi  mal- bâtie 
que  les  autres  villes  de  Turquie.  L'air  qu'on  y  refpire , 
efl  fi  mauvais,  que  fans  la  réfidence  du  beglierbey  , 
elle  ne  fe  maintiendroit  pas  telle  qu'elle  eïi  aujour- 
d'hui. Les  Juifs  y  ont  quelques  fyaagogues  ,  &  y 
font  du  commerce  ,  parce  que  c'efl  un  grand  paf- 
fage  pour  aller  de  Conflantinople  en  Hongrie. 

L'on  croit  que  Soffe  efl  l'ancienne  Sardica ,  rebâ- 
tie par  Juflinien.  Les  Bulgares  venus  des  pays  fep- 
tentrionaux  ,  ayant  occupé  la  Moefie  ,  fatiguèrent 
long-tems  les  empereurs  grecs  de  ce  côté-là ,  où  la 
Moefie  confinoit  à  la  Thrace  ;  enfin  ayant  été  fubju- 
gués  par  les  Grecs,  la  plupart  fe  firent  chrétiens  ,  & 
la  ville  de  Sardique  ou  Sophie  ,  devint  un  archevê- 
ché ,  lequel  a  été  difputé  entre  les  papes  &  les  pa- 
triarches de  Conflantinople ,  jufqu'à  ce  que  le  turc 
ait  décidé  leur  querelle.  Long.  41.  z8.  Utit.  42  70 
{D.J.) 

SOFI ,  f.  m.  {Science  itymolog.)  ce  mot  fi^nifie 
proprement  en  arabe ,  un  homme  vêtu  de  laine  ;  car 
Jbf  ou  fuf,  van  dire  de  la  laine.  C'efl  pourquoi  on 
donne  ce  titre  chez  les  Mahométans,  à  celui  oui  vit 
retiré  du  monde  ,  &  qui  par  une  efpece  de  proteliion 
religieufeefl  grcffiere ment  habillé.  Aindff  déli"ne 
un  religieux  mahométan  ,  qui  porte  auffi  le  nom  de 
dervis  en  turc  &  en  perfan ,  &  que  les  Arabes  ap- 
pellent/}zAir.  Shah-lfmacl,  roi  de  Perfé,  eft  le  pre- 
mier qui  prit  de  fes  ancêtres  le  furnom  de  /bf;  6c 
de-là  vient  que  plufieurs  de  nos  hifloriirns  &  de  nos 
voyageurs ,  donnent  aux  rois  de  Perfe  le  nom  de 
fof  ou  de  grand- fohi.  (  D.J.  ) 

SOFITE  ou  SOFi  ITE ,  f.  m.  (  Menuif)  nom  géné- 
ral qu'on  donne  à  tout  plafond  ou  lambris  de  me- 
nuiferie ,  qu'oii  nomme  à  Cantique ,  fermé  par  des 
poutres  croifées  ou  des  corniches  volantes  ,  dont  les 
compartimens  ,  par  rcnfoncemens  quarrés  ,  font 
ornés  de  rofes  par  compartimens  ,  enrichis  de  Iculp- 
ture  ,  de  peinture  ck  de  dorure ,  comme  on  en  voit 
aux  bafiliques  &  au  palais  d'Italie.  Dans  l'ordre  do- 
rique ,  on  orne  i'Gsfo/îtcs  avec  des  gouttes  au  nombre 
de  dix-huit ,  faites  en  forme  de  clochettes  dilpolées 
en  trois  rangs  ,  &  mifes  au  droit  des  gouttes ,  qui 
font  au  bas  des  triglyphcs. 

On  appelle  aulli /(>//« ,  le  defTous  du  plancher.  Ce 
mot  vient  de  VhaïicnfoftOf  c\in  iij^mt'ic  foupcntc  ^ 
g.:leras  ,  plancher  de  grenier. 

Sofite  de  corniche ,  rond.  C'efl  un  fofiie  conrovu'né  en 
rond  d'arc,  dont  les  naiflances  font  pofees  Iur  far- 
chitrave,  conmic  au  temple  de  Mars ,  A  la  place  des 
prêtres  ,  à  Rome.  DavUer.  {D.J.) 

L  1  ij 


a68 


S  O  î 


s 


I 


■SOFROY ,  (  Géogr.  mod.  )  petite  ville  d' Afrique , 
au  royaume  de  Fez  ,  à  cu^q  lieues  de  Fez ,  au  pié 
■d'une  branche  du  grand  Atlas  ,  qui  le  nomme  aulii 
Sofroy.  Le  chérit  en  eft  le  maître.  Long.i;^.Sy.  laut. 

SOFT  AS,  i".  m.  {fl'P-  "'od.)  parmi  les  Turcs, 
•ce  Ibnt  certains  religieux  ou  dervis  qui  Ibnt  bcnch- 
ciers  rentes  ,  6c  comme  chanoines.  Leur  tondhon  clt 
de  venir  i\  la  rin  de  chaque  namas  ou  prière  du  jour  , 
dire  une  forte  d'office  des  morts  auprès  du  tombeau 
des  fultans  qui  ont  laiffé  des  fonds  pour  leur  en- 
tretien. ^  1      I  • 

S0C;D  \.K,{Géog.  mod.)  nom  que  porte  la  plaine  , 
au  milieu  de  laquelle  Samarcande  ,  capitale  de  la 
Tranfoxane  ,  eit  fituée.  C'cll  donc  la  Sogdiane  des 
anciens.  Cette  plaine  ,  difent  les  Orientaux  ,  eft  un 
des  quatre  paradis ,  ou  lieux  délicieux  du  monde. 
Elle  eft  de  tous  côtés  environnée  de  jardins  couverts 
d'excellens  fruits ,  de  terres  labourables ,  de  pâtura- 
ges toujours   verds  ,  de  fources  &L  de   ruilleaxix. 

{D.J.)  sr  ^ 

SOGDIANA-PETRA,  {Géogr.  ^«c.) fortereffe 
dont  parle  Arrien  dans  fes  expéditions  d'Alexandre. 
Ceft  la  même  que  Strabon  nomme  Sijimithrœ-Pcira  , 
quoique  ce  dernier  la  mette  dans  la  Badriane  ,  au 
lieu  de  la  placer  dans  la  Sogdiane.  f^oyci  Sijimnlirœ- 

Petra.  Gcog.  anc.  {D.  J.)  ,     „  *  /- 

SOGDIANE,  (  Géog.  anc  )  contrée  d  Afie  ,  entre 
les  fleuves  Jaxartes  &  Oxus.  Ptolomee  ,l.yi.  c.  xij. 
ia  borne  du  côté  de  l'occident  par  les  monts  Juxis  , 
&  à  l'orient  par  le  pays  des  peuples  Haaz.  Il  convient 
avec  Strabon  ,  touchant  les  deux  fleuves  qui  bor- 
noient  cette  contrée  ;  car  on  lit  dans  Strabon ,  /.  XL 
que  les  Sogdiens  étoient  féparés  des  Bactriens  par  le 
fleuve  Ox\is ,  &.  des  Nomades  par  le  Jaxartes,    Il 
ne  parle  point  des  autres  bornes.  Il  paroît  que  dans  la 
fuite  ,  ia  Sogdiane  fut  plus  étendue  du  côté  de  l'oc- 
cident que  du  tems  de  Ftolcmce;car  divers  auteurs 
la  pouflent  jufqu'à  la  mer  Calpienne.  Au  lieu  de  Sog~ 
diuna  ,  Denis  le  Periegete  dit  Sugdius ,  ou  Sogdius. 
Le  nom  des  peuples  varie  pareillement,  la  plupart 
des  auteurs  les  appellent  Sogdiam  ;  Ôc  Strabon  & 
Ammien  Marcellin    dilent  So^d'u.  Ptolomée   place 
dans  la  Sogd.an^  un  grand  nombre  de  peuples  qui  ne 
font  point  connus  des  autres  géographes.  (  D.  J.  ) 

SOGNO,  [Gc^g-  mod.)  petite  province d'Atrique, 
dans  l'Ethiopie  occidentale,  au  royaume  de  Congo. 
Elle  efl  bornée  au  nord  par  le  Zaïre ,  au  midi  par 
l'Ambrifi ,  au  levant  par  le  Pemgo  6l  Sundi,  &  au 
couchant  par  la  mer.  C'elî  une  province  où  il  ne 
croît  que  des  palmiers  ;  mais  l'on  y  recueille  fur  les 
bords  de  la  mer  beaucoup  de  fel ,  dont  il  fe  fait  un 
grand   déhh.  Latii.  mérid.  6.  {D.  J.) 

SOIE ,  f  f.  {Gram.  &  Hift.  nat.)  eft  un  fîl  mol ,  fin , 
délicat,  &  léger,  qui  eft  l'ouvrage  d'un  infefte  ap- 
pelle bomblx  ou  vtr  à  foie. 

Les  anciens  ne  connoiflbient  guère  les  ufages  de 
la  foie ,  ni  la  manière  de  la  travailler  :  ils  la  regar- 
doient  comme  l'ouvrage  d'une  forte  d'araignée  ou 
efcan'Ot ,  qui  la  tiroit  de  fes  entrailles  ,  &  l'entor- 
tilloit^autour  des  petites  branches  des  arbres.  Ils  ap- 
pelluient  cet  Inlede  fsr  de  Sens  ,  nom  d'un  peuple 
de  Scithie  qui  le  confervoient  :  c'efi:  de-là  que  Va  foie 
même  efl  appcUée  y^m-«/ra.  Mais  [efer  a  bien  peu  de 
refTemblance  avec  notre  bomhix  ou  ver  à  foie  ;  le 
premier  vit  cinq  années;  mais  le  dernier  meurt  tous 
les  ans,  après  s'être  enveloppé  dans  une  coque  ou 
boule  jaunâtre ,  qui  ,  compofée  de  petits  fils  atta- 
chés en  rond  ,  fait  ce  que  nous  appelions  la  foie. 
Ceft  dans  Tîle  de  Cos  que  l'art  de  façonner  [zfoie 
a  été  inventée  d'abord ,  &  on  en  donne  l'honneur  à 
Pamphlle  hlle  de  Platis.  Cette  découverte  ne  fut  pas 
iong-tems  inconnue  aux  Romains.  On  leur  apportoit 
Ufoit  de  Sérica  qui  gtoit  le  lieu  où  on  trouvoit  les 


vers  qui  la  produlfent.  Mais  Ils  étoient  fi  éloignée 
de  tirer  avantage  de  cette  découverte  ,  cu'on  ne 
put  pas  venir  à  bout  de  leur  faire  croire  qu'un  fil  fi 
beau  étoit  l'ouvrage  d'un  ver,  &  qu'ils  formoient 
là-dcflus  mille  conjedfures  chimériques. 

Cet  entêtement  fut  caufe  que  la  foie  fut  une  mar- 
chandife  bien  rare  chez  eux  pendant  pluficurs  fiecles. 
On  l'achetoit  même  au  poids  de  l'or;  de  forte  que 
Vopilque  rapporte  que  l'empereur  Aurélien  refufa     - 
à  l'impératrice  ion  époufe  une  robe  àc  foie  qu'elle     ' 
lui  demandoit  avec  beaucoup  d'inftance ,  par  la  rai- 
fon  qu'elle  couteroit  trop.  Dans  la  fuite,  deux  moi^ 
nés  ar^rivant  des  Indes  à  Conftantlnople  en  5  ^  ^  ,  ap-     ' 
portèrent  avec  eux  une  grande  quantité  de  vers  à 
Joie ,  avec  les  influftions  néceflaires  pour  faire  éclore 
les  œufs,  élever  &  nourrir  les  vers,  pour  en  tirer  la 
foie ,  la  filer  6l  la  travailler  :  après  quoi  on  établit 
pour  cela  des  manufadures  à  Athènes,  àThebes  6c 
à  Corinthe. 

Environ  l'an  1 130  Roger  roi  de  Sicile  établit  une 
manufadure  de  foie  à  Palerme  &  une  autre  en  Ca- 
labre ,  qui  furent  dirigées  par  des  ouvriers  qui  fai- 
foienr  partie  du  butin  qu'il  avoit  remporté  d'Athè- 
nes, Corinthe ,  6'f.  dont  ce  prince  avoit  fait  la  con- 
quête dans  Ion  expédition  de  la  Terre-fainte.  Infen- 
fiblement ,  ajoute  Mézeray  ,  le  refte  de  l'Italie  &  de 
l'Elpagne  apprit  des  Siciliens  &  des  Calabrois  la 
manière  de  gouverner  les  vers  k  foie  &c  de  travailler 
la  foie  ;  &  à  la  longue  ,  les  François  par  droit  de  voi- 
linage ,  commencèrent  à  les  imiter  un  peu  avant  le 
rcgne  de  François  premier. 

Les  grands  avantages  qui  revenoient  de  ces  nou- 
velles manufadlures  donnèrent  envie  à  Jacques  I.  roi 
d'Angleterre  de  les  introduire  dans  fon  royaume  : 
il  recommanda  plufieurs  fois  du  haut  de  fon  trône  , 
6c  engagea  fes  iujets,  dans  des  termes  bien  prefTans, 
à  planter  des  mûriers ,  &c.  pour  la  nourriture  des 
vers  kfoie  :  mais  malheureufement  cela  ne  réuflît 
pas.  Cependant  il  paroît  par  beaucoup  d'expériences 
qu'on  trouve  dans  les  Tranfaclions  philofophiques  Sc 
ailleurs,  que  le  ver  kfoie  profite  &  travaille  aufîl- 
bien  à  tous  égards  dans  l'Angleterre ,  qu'en  tout  au- 
tre endroit  de  l'Europe. 

Le  ver  kfoie  eft  un  infede  qui  n'efl  pas  plus  admi- 
rable par  la  matière  précieufe  qu'il  fournit  pour  dif- 
férentes étoffes  ,  que  par  toutes  les  formes  par  lef- 
quelles  il  paffe  avant  6i  après  s'être  enfermé  dans  la 
rich::  coque  qu'il  fe  fa'.t  lui  même.  D'un  petit  œuf  à- 
peu-près  gros  comme  la  tête  d'une  épingle  qui  efl 
Ion  premier  état,  il  devient  un  petit  ver  d'une  cou- 
leur  blanchâtre  6c  firant  fur   le  jaune.    Dans  cet 
état  il  fe  nourrit  de  feuilles  de  mûrier ,  jufqu'à  ce 
que  venant  en  maturité  ,  il  s'enferme  lui-même  dans 
une  coque  ou  enveloppe  de  foie  de  la  groffeur  èc  de 
la  figure  d'un  œuf  de  pigeon  ;  &C  fe  change  en  chryfali- 
de.  Il  refle  dans  cet  état  fans  aucun  figne  de  vie  ou  d© 
mouvement,  jufqu'à  ce  qu'enfin  il  fort  de  cet  état 
pour  devenir  un  papillon  ;  &  fe  fait  lui-même  enfuite 
un  pafTage  à-travers  fon  tombeau  de  foie.  Après  quoi 
ceffant  réellement  de  vivre,  il  fe  prépare  àfbi-meme 
une  autre  vie  par  les  petits  œufs  ou  la  femence  qu'il 
pond,  6c  que  la  chaleur  du  printems  aide  à  éclore. 
/^oyei  Insecte. 

AufTitôt  que  le  ver  à  foie  a  acquis  la  groffeur  & 
la  force  néceifaires  pour  faire  fa  coque ,  il  fait  fa 
toile;  car  c'eff  ainfi  qu'on  nomme  ce  tilfu  léger  qui  eft 
le  commenc2ment  6c  le  fondement  de  cet  ouvrage 
admirable  :  c'efl  à  quoi  il  emploie  le  premier  jour. 
Le  fécond  jour  il  forme  le  commencement  de  fa  co- 
que ,  6c  s'enferme  dedans  avec  (a  foie.  Le  troifieme 
jour  il  eft  tout-à-fiilt  caché  ,  &c  il  emploie  les  jours 
fuivans  à  épaiiTir  &  fortirier  fa  coque  :  il  travaille  tou- 
jouKS  avec  le  même  bout,  qui  jamais  ne  fe  caffe  par 
fa  faute ,  &  qui  eft  fi  fin  6c  fi  long ,  que  ceux  qui  l'ont 


SOI 

examiné  avec  attention  ,affi.irent  que  fans  exagérer, 
la  foie  que  chaque  coque  contient  fuffiroit  pour  for- 
mer la  longueur  de  6  milles  d'Angleterre. 

Au  bout  de  dix  jours ,  la  coque  ell  dans  fa  perfec- 
tion :  il  finit  pour  lors  la  détacher  des  feuilles  de  mû- 
rier où  le  verl'avoitattachée.Mais  ce  point  demande 
beaucoup  d'attention  ;  car  il  y  a  des  vers  qui  font 
plus  parefleux  les  uns  que  les  autres  :  &  il  eil  dan- 
gereux d'attendre  qu'ils  fe  faflent  eux-mêmes  un  paf- 
fage ,  ce  qui  arrive  autour  du  quinzième  jour  de  la 
lune. 

On  conferve  les  premières  coques ,  les  plus  fines 
&  les  plus  fortes ,  pour  en  avoir  des  œufs  :  on  dévide 
les  autres  avec  foin  :  ou  fi  on  veut  les  garder  toutes , 
ou  bien  s'il  y  en  a  trop  pour  pouvoir  les  dévider 
toutes  à-la-fois,  il  faut  les  mettre  quelque  tems  dans 
un  four  dont  la  chaleur  foit  modérée ,  ou  bien  les 
expofer  plufieurs  jours  de  fuite  à  la  plus  grande  ar- 
deur du  foleil ,  afin  de  faire  mourir  l'infedte  qui  fans 
cette  précaution  ne  manqueroit  pas  de  fe  faire  paf- 
fage  pour  fortir  &  faire  ufage  des  nouvelles  ailes 
qu'il  a  acquifes  dans  la  coque. 

Ordinairement  on  ne  dévide  que  les  plus  belles 
coques.  On  met  à  part  celles  qui  font  doubles, ou  foi- 
bles,  ou  trop  grolTieres:  ce  n'eft  pas  qu'elles  foient 
mauvaifes  ;  mais  parce  que  n'étant  pas  propres  pour 
être  dévidées ,  on  les  relerve  pour  être  niées  en  éche- 
veau. 

Il  y  a  des  coques  de  plufieurs  couleurs  ;  les  plus 
ordinaires  font  jaunes  ,  orangées  ,  ifabelle  >  ou  cou- 
leur de  chair.  Il  y  en  a  auffi  quelques-unes  qui  font 
verd  de  mer,  d'autres  couleur  de  îoufre,  &  d'autres 
blanches  :  mais  il  n'eft  pas  nécefl'aire  de  féparer  les 
couleurs  &  les  nuances  pour  les  dévider  à  part;  car 
toutes  ces  couleurs  ie  perdent  dans  les  autres  prépa- 
rations néceffaires  à  la  yèie. 

Les  différentes  préparations  que  \^foie  efTule  avant 
que  tl'être  propre  à  être  employée  dans  les  manu- 
faûures  d'étoffes  de  foie,  font  de  la  filer ,  la  dévider, 
la  pafîer  au  moulin,  la  blanchir  &  la  teindre. 

Nous  donnerons  à  la  fuite  de  cet  article  la  manière 
de  la  filer ,  dévider ,  paffer  au  moulin ,  après  avoir 
parlé  des  différentes  fortes  de  foie.  Quant  à  la  manière 
de  la  blanchir  &  de  la  teindre ,  nous  renverrons  à 
V article  TEINTURE. 

On  donne  à  h  foie  différens  noms,  fuivant  les  dif- 
férens  états  dans  lefquels  elle  efl  : 

Soie  crue,  eft  celle  qu'on  tire  de  la  coque  fans  feu 
èl  fans  coûion  :  telle  eft  toute ,  ou  du  moins  la  plus 
grande  partie  de  celle  qu'on  fait  venir  du  Levant  en 
Angleterre. 

Dans  les  manufactures  de  foie  en  France ,  la  plus 
grande  partie  de  cette  foie  crue  paffe  pour  être  un 
peu  meilleure  qu'une  efpece  de  fin  fleuret  :  cepen- 
dant elle  fait  un  fil  luifant ,  &  fert  pour  les  manufac- 
tures d'étoffes  de  moyen  prix.  Mais  les  foies  crues 
du  Levant,  d'où  nous  tirons  la  plus  grande  partie 
des  nôtres,  font  extrêmement  belles  6c  fines.  Cette 
différence  vient  de  ce  qu'en  France  on  jette  les  meil- 
leures  coques  dans  l'eau  bouillante  pour  les  filer  & 
les  dévider ,  &  on  ne  fait  de  foie  crue  qu'avec  le  re- 
but; au  lieu  qu'au  Levant  on  ne  fait  ce  que  c'eff  que 
de  filer  &  dévider  h  foie  au  feu  ;  mais  on  envoie 
toutes  les  foies  en  balle  ou  paquet,  telles  qu'elles 
ont  été  tirées  de  deffus  les  coques,  de  forte  qu'on 
ne  les  diflingue  que  par  leurs  qualités  defne,  moyenne 
&  grofe. 

Soie  bouillie ,  eft  celle  qu'on  a  fait  bouillir  dans 
l'eau ,  afin  de  pouvoir  la  filer  &c  la  dévider  plus  faci- 
lement. C'eft  la  plus  fine  de  toutes  les  fortes  de  foies 
qu'on  travaille  en  France  ,  &  on  ne  s'en  fcrt  guère 
que  pour  les  étoffes  les  plus  riches,  comme  velours, 
lafletas  ,  damas ,  brocards  ,  &c. 

f-l  y  a  aufli  une  autre  efpece  (Jic  foie  bouillie  qu'on 


S  O  I  169 

prépare  à  aller  au  moulin  en  la  falfant  bouillir;,  & 
qui  ne  peut  pas  recevoir  cette  préparation  fans  avoir 
auparavant  paffé  par  l'eau  chaude. 

Il  eif  défendu  par  les  lois  de  France  de  mêler  de  la 
foie  crue  avec  h  foie  bouillie,  parce  que  cela  ôreroit 
la  teinture ,  &  que  la  foie  crue  gâte  &  coupe  la  foie 
bouillie- 
La /oie  torfe  &  retorfe,  cû  celle  qui  ihdépendam- 
ment  du  filage  &  du  devidage ,  a  de  plus  pafle  par  le 
moulin  &  a  été  torfe. 

Elle  reçoit  cette  préparation  par  degré,  félon 
qu'on  la  paffe  plus  ou  moins  fouvent  fur  le  moulin. 
Cependant,  à  proprement  parler ,  les  foies  torfes  font 
celles  dont  les  fils  font  tors  en  gros  &  retors  enfulte 
différentes  fois. 

Soie  plate,  eft  celle  qui  n'eff  point  torfe ,  mais  qui 
efl  préparée  &  teinte  pour  faire  de  la  tapifferie  ou 
autres  ouvrages  à  l'aiguille. 

Soie  d'Orient  ou  des  Indes  orientales  :  celle  qu'on 
appelle  proprement  ainfi,  n'eft  pas  l'ouvrage  des 
vers  à /o/V;  mais  elle  vient  d'une  plante  qui  la  produit 
dans  des  coffes  femblables  à  celles  que  porte  l'arbre 
du  coton.  La  matière  qui  eft  renfermée  dans  ces 
coffes ,  eft  extrêmement  blanche ,  fine  &  paffable- 
ment  luifante  :  elle  fe  file  aifément ,  &  on  en  fait  une 
efpece  de /o/c  qui  entre  dans  la  compofition  de  plu- 
fieurs étoffes  des  Indes  &  de  la  Chine. 

Soie  de  France.  Ce  n'eft  que  dans  les  provinces  leS 
plus  méridionales  de  la  France  qu'on  cultive  la  foie^ 
qu'on  plante  des  mûriers,  &  qu'on  nourrit  des  vers 
à  foie.  Les  principales  font  le  Languedoc ,  le  Dau- 
phiné,  la  Provence,  Avignon,  la  Savoie  &  Lyon. 
Cette  dernière  ville  fournit  à  la  vérité  bien  peu  de 
foie  de  fon  propre  crû  :  mais  c'eft  un  entrepôt  confi- 
dérable,  où  les  marchands  de  Paris  &  des  autres 
villes  vont  s'en  fournir  :  du -moins  ils  font  obligés 
de  les  faire  paffer  par  Lyon,  quand  même  ils  les  ti- 
reroient  d'ailleurs  ,  foit  par  terre  ou  par  mer. 

On  compte  qu'il  en  entre  dans  Lyon,  année  com- 
mune, 6000  balles ,  à  cent  foixante  livres  par  balle  : 
def quelles  6000  balles  il  y  en  a  1400  qui  Viennent 
du  Levant,  1600  de  Sicile  ,  1 500  d'Itahe,  300  d'Ef- 
pagne,&  iioo  du  Languedoc ,  de  Provence  &  de 
Dauphiné. 

Dans  le  tems  que  les  manufactures  de  Lyon  étoient 
dans  un  état  florilfant ,  on  y  comptoit  1 8000  métiers 
employés  aux  étoffes  de  foie;  mais  elles  font  telle- 
ment tombées,  que  même  en  1698,11  y  en  avolt 
à  peine  4000.  Il  n'y  a  pas  moins  de  diminution  dans 
celles  de  Tours:  ony  voyoit  anciennement  700  mou- 
lins pour  dévider  &  préparer  les  foies  ,  8000  métiers 
occupés  pour  fabriquer  les  étotfes  ,  6c  40000  per- 
fonnes  employées  à  préparer  &  travailler  les  foies. 
Tout  ce  nombre  eft  réduit  à  préfent  à  70  moulins , 
izoo  métiers  ,  &  4000  ouvriers. 

Soies  de  Sicile.  Le  commerce  des  foies  de  Sicile  efl 
fort  confidérable  :  ce  font  les  Florentins ,  les  Génois 
&C  les  Luquois  qui  le  font  :  ils  en  tirent  une  grande 
quantité  tous  les  ans  de  ce  royaume ,  &  principa- 
lement de  Mellme  ,  dont  une  partie  fert  à  entretenir 
leurs  propres  manufactures  ;  &  ils  vendent  le  reftô 
avec  profit  à  leurs  voifins  les  François ,  &c.  Les  Ira- 
liens  ,  &c  f  urtout  les  Génois ,  ont  cet  avantage  fur  les 
autres  peuples ,  que  comme  ils  ont  de  grands  éta- 
blilfemens  dans  cette  île,  ils  font  regardés  comme  les 
naturels  du  pays ,  &  ne  [xiyent  point  de  droits  pour 
les  traniporter. 

Lr  foie  qu'on  fait  en  Sicile  eft  en  partie  crue,  & 
le  relte  eft  filé  6l  mouliné  ;  pour  cette  dernière  clpe- 
ce,cellequl  vient  de  Sainte-Lucie  &:  de  Mc/fine  eft  la 
plus  eftimce.  Les  foies  crues  qui  ne  font  point  tra- 
vaillées s'achettent  toujours  argent  comptant;  les 
autres  fe  vendent  quelquefois  en  échange  d'autres 
miychandifes. 


l'JO 


s  O  I 


Soies  d'halle.  Les  foies  qu'on  tire  d'Italie,  font  en 
partie  travaillées  ,  &  en  partie  crues  lans  être  tra- 
vaillées. Milan,  Parme,  Luques  6c  Modcne  n'en 
fourniflent  que  de  la  dernière  clpece  :  Cicnes  beau- 
coup de  la  première;  Boulogne  fournit  des  deux 
fortes. 

Les  foies  (TEjpjgne  font  toutes  crues  ;  &  on  les 
file  6c  on  les  mouline ,  &c.  en  Angleterre,  à  propor- 
tion des  ouvrages  auxquels  on  les  deftine. 

Les  foies  di  Turquie  lont  toutes  crues  :  nous  trou- 
vons dans  le  commerce  des  Joies  du  Levant  un  avan- 
tage qui  manque  dans  celles  de  Sicile  ;  c'ell  que  les 
dernières  ne  peuvent  venir  que  dans  une  (aifon  par- 
ticulière de  l'année  ;  au  lieu  que  les  premières  peu- 
vent être  amenées  en  toutes  faifons.  On  les  tire 
d'AIep ,  de  Tripoli ,  de  Sayde ,  de  l'île  de  Chypre  , 
de  Candie ,  &c.  Mais  la  principale  ville  de  commerce, 
particulièrement  pour  les  foies  de  Perfe,  eft  Smyrne. 
Les  foies  y  arrivent  en  caravanes ,  depuis  le  mois  de 
Janvier  jufqu'à  celui  de  Septembre  :  les  caravanes 
de  Janvier  lont  chargées  des  plus  fines  Joies  ;  celles 
de  Février  &C  de  Mars  les  apportent  toutes  indiffé- 
remment ;  &:  celles  des  autres  mois  ne  fe  chargent 
que  des  plus  grollieres. 

Elles  viennent  toutes  des  différentes  provinces  de 
Perfe  ,  principalement  de  celles  de  Quilan  &  Schi- 
revan ,  &  de  la  ville  de  Schamachia  ,  qui  font  lituées 
près  des  bords  de  la  mer  Calpienne  :  un  auteur  hol- 
landois  prétend  que  ces  trois  places  ne  fournjiTent  pas 
moins  de  30000  balles  de  J'oie  par  an.  Ardeuil  ou  Ar- 
debil ,  autre  ville  de  Perle  qui  n'cft  pas  éloignée  des 
pays  oii  on  fait  la  Joie  ,  eîi  le  lieu  où  on  la  depofe  , 
ëi.  d'où  les  caravannes  prennent  le  chemin  de  Smyr- 
ne, d'AIep  &  de  Conflantinople  :  &  cette  ville  & 
celle  de  Schamachie  ont  toujours  été  regardées  com- 
me le  centre  du  commerce  de  h  J'oie,  quoiqu'on  ait 
tâché  plufieurs  fois  de  l'éloigner  de  Smirne  6l  de  la 
Méditerrannée ,  en  faveur  de  l'Archangel  &  de  la 
mer  Blanche ,  en  les  tranfportant  à-travers  la  Mofco- 
vie  par  le  Volga  &  la  Doiiine ,  qui  font  deux  fleu- 
ves qui  traverfent  les  principales  provinces  de  ce 
vafte  empire. 

Ce.  nouveau  cours  des  foies  de  Perfe  en  Europe  fut 
d'abord  propofé  par  Paul  Centurlen,  génois,  au 
czar  Bafile ,  fous  le. pontificat  de  Léon  X.  Les  Fran- 
çois eurent  le  même  dcfiein  en  1626.  Le  duc  d'Holf- 
teJn  envoya  en  1633  des  ambaffadeurs  à  la  cour  de 
Perfe  précifément  dans  le  même  deflein;  &  en  1668, 
le  czar  Alexis  Michel  fît  lui-même  cette  entrepri- 
fe;  mais  il  en  fut  détourné  par  la  révolte  des  Cofa- 
ques  &  par  la  prife  d'Aftracan. 

En  1668,  le  commerce  des  foies  de  Perfe  fut  un 
peu  détourné  de  Smyrne  à  caui'e  d'un  tremblement 
de  terre  qui  boideverfa  toute  la  ville  ;  &  fans  doute 
cette  tranflation  de  commerce  fe  feroit  faite,  fans  les 
puiii'ans  moyens  que  les  Turcs  mirent  en  œuvre  pour 
l'empêcher.  Quoi  qu'il  en  foit,  Smyrne  eft  toujours 
demeurée  dans  Ion  ancienne  pofftliicn  ;  &c  les  diffé- 
rentes nations  de  l'Europe  continuent  toujours  d'y 
envoyer  leurs  flottes ,  &  d'en  tranfporter  les  foies  : 
&  les  chofes  refleronî  fans  doute  dans  cet  état ,  à 
moins  que  les  conquêtes  que  le  dernier  czar  a  faites 
le  long  de  la  mer  Cafpienne ,  ne  mettent  les  fuccef- 
feurs  en  état  d'exécuter  ce  grand  projet  que  lui-mê- 
me a  eu  certainement  en  vue. 

Soies  de  La  Ch'ine  &  du  Japon.  Différentes  provin- 
ces de  la  Chine  font  fi  abondantes  en  meuriers  ,  & 
d'un  climat  lî  favorable  aux  vers  àyo/e ,  qu'on  nefau- 
roit  concevoir  combien  elles  produifeat  de  foie  ;  la 
feule  province  de  Tchekiam  pourroit  fuffire  à  en 
fournir  toute  la  Chine ,  &  même  une  grande  partie 
de  l'Europe.  Les  J'oies  de  cette  province  font  les  plus 
eftimées,  quoique  celles  de  Nanquin  ik.  de  Canton 
ibient  excellentes. 


S  O  I 

Le  traûc  des  foies  eft  le  principal  commerce  de  là 
Chine  ,  &  celui  qui  occupe  le  plus  de  monde.  Mais 
les  marchands  européens  qui  y  trafiquent ,  furtout 
en /flù-i  travaillées,  doivent  bien  prendre  garde  au 
tilage,  «S-c.  parce  que  ces  foies  font  fujettes  à  avoir 
beaucoup  de  déchet ,  comme  la  compagnie  francoife 
des  Indes  orientales  l'a  éprouvé  depuis  peu  à  fe's  dé- 
pens. 

Le  Japon  ne  fourniroit  pas  moins  de  foie  que  la 
Chine ,  fi  les  Japonois  ,  qui  font  un  peuple  barbare 
6l  foupçonneux  ,  n'avoient  interdit  tout  commerce 
avec  les  étrangers ,  furtout  avec  les  Européens ,  ex- 
cepté la  Hollande,  qui  y  eft  reçue  dans  des  termes 
impies  que  Tavcrnier  rapporte ,  mais  que  nous  ne 
pouvons  pas  croire.  Auffi  les  Hollandois  fe  font  effor- 
cés de  fc  difculper  par  la  plume  de  plufieurs  écrivains 
fameux. 

Les  foies  des  états  du  grand-mogol  viennent  tou- 
tes de  Kafem-Bazar  ,  ville  fituée  dans  le  milieu  des 
terres  ,  d'où  elles  font  tranfportées  par  un  canal  de 
quinze  lieues  dans  le  Gange  ,  d'où  tllcs  font  encore 
tranfportées  à  quinze  autres  lieues  plus  avant  jufqu'à 
l'embouchure  de  la  fameufe  rivière  de  l'Indoftan.  La 
foie  de  Kafem-Bazar  eft  jaunâtre,  comme  font  auffi 
celles  de  Perfe  &  de  Sicile  ;  il  n'y  en  a  point,  du 
moins  que  nous  connoilfions  ,  qui  foit  naturellement 
blanche  ,  fi  on  en  excepte  celle  de  Paleftine.  Quoi 
qu'il  en  foit ,  les  Indiens  la  blanchiffent  avec  une 
leliive  faite  des  cendres  d'un  arbre  qu'on  appelle  le 
Jiguier  d'Adam.  Mais  comme  cet  arbre  eft  fort  rare , 
les  Européens  font  forcés  de  prendre  la  plus  grande 
partie  de  lewxs J'oies  dans  leur  couleur  naturelle  qui 
eft  jaune. 

On  prétend  que  Kafem-Bazar  feule  produit  tous 
les  ans  izooo  balles  de  J'o'ie  du  poids  de  100  livres 
chaque  balle.  Les  Hollandois  en  achètent  la  plus  gran- 
de partie  ;  mais  ils  ne  l'apportent  point  en  Europe, 
non  plus  que  celles  du  Japon  ;  mais  ils  la  donnent  en 
échange  d'autres  riches  marchandifes ,  comme  par- 
ticulièrement des  lingots  d'argent ,  ùc. 

Tirage  de  foie.  Première  opération  de  cette  matière 
'importante.  Pour  tirer  Iz  fo'u  on  s'eft  attaché  à  la  mé- 
thode des  Piémontois ,  par  la  réputation  qu'ils  fe  font 
acquis  de  faire  mieux  que  les  autres  nations  ;  on  a 
même  jugé  à  propos  de  donner  une  idée  des  diffé- 
rentes qualités  des  cocons  qui  font  produits  par  le 
ver ,  avant  que  de  détailler  les  parties  dont  le  che- 
valet eft  compofé. 

Lorfque  les  cocons  font  tirés  des  bruyères  où  on 
fait  monter  les  vers  ,  il  faut  féparer  les  bons  d'ave« 
les  mauvais,  c'eft-à-dire  ceux  qu'on  appelle  c/z/^aw, 
&  en  Piémont  chochetti ,  qui  font  tachés  ,  ou  dont 
le  ver  etl  inort  ou  fondu.  {^Article  j  .  du  règlement  de 
P  ièmont  pour  la  filature  des  cocons  ,  du  S  Avril  lyzf). 
On  doit  encore  féparer  dans  les  bons  les  cocons  tins 
d'avec  ceux  qui  font  doubles,  c'eft-à-dire  les  cocons 
formés  par  deux  vers  enfémble  ,  parce  que  les  der- 
niers ne  peuvent  produire  qu'uneyÀietrès-groffîere; 
enfin  dans  les  cocons  fins  ,  on  doit  encore  féparer 
les  cocons  fatinés  ou  veloutés  de  ceux  qui  ne  le  font 
pas.  Ces  différentes  qualités  de  cocons  doivent  être 
tirées  féparément  ;  il  eft  à  obferver  que  les  cocons 
fatinés  ou  veloutés  demandent  un  degré  de  chaleur 
plus  tempéré  à  l'eau  de  la  baffine  ,  que  ceux  qui  font 
fins  ;  les  différentes  opérations  démontrent  la  nécef- 
fité  de  tirer  les  cocons  féparément  ,  parce  que  ce 
mélange  de  cocons  fe  trouvant  réuni  ,  ne  peut  que 
caufer  une  imperfeftion  dans  la  matière  qui  en  eft 
tirée. 

Lorfque  les  cocons  font  triés  ou  féparés  ,  il  faut 
avoir  foin  de  les  pafî'er  au  four  lorfqu'il  eft  un  peu 
chaud ,  ouïes  expofer  à  la  chaleur  vive  du  foleilafin 
de  faire  mourir  le  ver  qui  y  eft  renfermé  ,  fans  quoi 
au  bout  de  ib  ou  zo  jours,  le  ver  changé  en  papillon 


SOI 

perceroit  le  cocon ,  qui  par-là  fe  trouveroit  hors  d'é- 
tat de  fournir  la  foie  au  tirage  ,  attendu  que  le  trou 
auroit  coupé  tous  les  brins  qui  le  compofent.  Les  co- 
cons qui  ne  l'ont  pas  partes  au  tour  fervent  à  îournir 
Its  papillons  qui  font  la  graine  dont  fe  tire  lever.  Les 
cocons  ronds  produifent  des  papillons  mâles  ,  & 
ceux  qui  font  pointus  des  papillons  femelles.  Cela 
fait ,  on  a  deux  machines ,  l'une  ell  un  fourneau  avec 
fa  chaudière  ,  l'autre  ell  un  dévidoir.  L'ouvrier  elt 
alîls  près  du  fourneau  ,  jette  dans  la  chaudière  pleine 
d'eau  qui  elt  fur  le  feu  ,  qu'il  a  déjà  fait  chaulfer  '6c 
même  bouillir  ,  l'entretenant  enfuite  à  un  certain  de- 
gré que  l'expérience  feule  peut  déterminer,  une  poi- 
gnée ou  deux  de  cocons  qui  ont  été  bien  nettoyés  de 
la  fubftance  groffiere  qui  les  environnoit  ;  eniuitc  il 
remue  le  tout  fort  vite  avec  des  brins  de  bouleau  liés 
enfemble ,  &  coupés  comme  une  broffe.  Quand  la 
chaleur  &  l'agitation  ont  démêlé  les  bouts  dtjoie  des 
cocons  ,  ils  prennent  aux  brins  du  bouleau  ,  &C  l'ou- 
vrier les  fort  dehors  en  tortillant  à  la  fois  9 ,  10  ,  12., 
1  ç  ,  1 6  bouts  éefoie  ;  il  en  forme  un  fil  qu'il  porte  fur 
le  dévidoir  qu'on  a  repréfenté  dans  nos  Planches. 

La  fig.  A  reprélénte  la  fille  qui  tire  h  J'oie  ^  6i.  quî 
conduit  les  opérations  du  tirage.  La  Jig.  B  celle  qui 
tourne  l'hafple  ou  le  dévidoir  lur  lequel  lé  forment  les 
écheveaux.  La  _^^.  C repréfenté  les  quatre  pies  qui 
foutiennent  le  chaffis  ou  quarré  long  de  4  pics  envi- 
ron fur  environ  deux  pies  &  demi  dans  le  haut ,  & 
z  pies  du  côté  de  la  tireufe  de  foie.  La  fig.  E  repré- 
fenté les  quatre  piliers,  quelesPiémontois  nomment 
famine.,  dont  deux  foutiennent  l'hafple  ou  dévidoir , 
&  les  deux  autres  l'épée  ou  va-&-vient.  Les  piliers 
qui  foutiennent  l'hafple  doivent  être  éloignés  de  ceux 
qui  foutiennent  le  va-&-vient  de  2  pies  liprandi , 
ou  3  8  pouces  de  notre  mefure  (  mefure  de  Piémont , 
qui  contient  ix  onces,  qui  font  18  pouces  de  notre 
mefure  )  ,  afin  que  la  diftance  de  l'halple  à  la  bafllne 
puifle  conduire  le  fil  plus  fec  &  mieux  conditionné 
uir  l'hafple.  (  Art.  6.  du  règlement  de  Piémont ,  du  8 
Avril  iy24.  )  La  fig.  F  repréfenté  l'hafple  ou  dévi- 
doir fur  lequel  la  Joie  eft  formée  en  écheveau.  La 
fig.  G  repréfenté  la  manivelle  du  dévidoir.  La  fig.  H 
l'arbre  du  dévidoir,  au  bout  duquel  &  en-dedans  du 
pilier eft  un  pignon  de  bois  /,  compofé  de  21  dents  , 
qui  engrené  à  une  roue  taillée  comme  une  roue  de 
champ  ,  appellée  campana  en  langage  piémontois , 
marquée  K  ,  attachée  à  une  pièce  de  bois  arrondie  , 
marquée  L ,  au  bout  de  laquelle  eil  une  autre  roue  de 
champ  ,  marquée  M ,  de  22  dents  ,  qui  engrené  à  un 
autre  pignon  ,  marqué  A'",  compolé  de  3  5  dents  ,  fur 
lequel  eft  un  excentrique,  marqué  O  ,  qui  entre  par 
une  pointe  recoudée  en  équerre  dans  un  trou  qui  eft 
à  l'extrémité  du  va-&-vient ,  marqué  /-* ,  qui  de  l'aiv- 
tre  côté  entre  dans  une  coulifïé ,  où  il  a  la  liberté 
d'aller  &  venir  fur  une  même  ligne.  La  fig.  Q  repré- 
fenté deux  fils  de  fer  recourbés  en  anneaux  ouverts , 
que  l'on  appelle  ^r/^i-,  dans  lefqucls  Idjbie  eft  paflée 
d'une  part  &  de  l'autre  à  une  lame  de  fer  percée  , 
marquée  R  ,  &  adhérente  à  la  balline  ou  chaudière, 
marquée  S  ,  dans  l'eau  de  laquelle  font  les  cocons  , 
qui  eft  pofée  fur  un  fourneau  marqué  T. 

La  figure  marquée  F,  repréfenté  les  fils  compofés 
de  plufieurs  brins  de  cocons  croifés  (  art.  4.  du  règle- 
ment de  Piémont^  ,  dans  la  partie  marquée  K,  entre 
la  lame  &  les  griffes,  pour  former  l'écheveau  marqué 
Z.  La  fig.  a  repréfenté  un  petit  balai  avec  lequel  on 
fouette  les  cocons  h  ,  lorlqu'ils  commencent  à  être 
chauds  ,  afin  de  trouver  le  brin  de  chaque  cocon  ; 
ce  qu'on  appelle  en  termes  de  l'art ,  faire  la  battue. 

La  fig.  2.  repréfenté  le  plan  de  la  première  ;  la  fig. 
_3.  la  partie  du  chevalet  ik.  de  rhal[)le  en  face  ,  6Î  la 
fig.  4.  le  devant  du  même  chevalet  en  face  ;  h  fig.  i. 
repréfenté  le  pignon  de  3  5  dents  ,  auquel  cil  joint 
l'excentrique  marqué  0;la//^'.  i.  repréfeiUc une man- 
pe  pleine  de  cocons, 


S  O  I 


271 


Ces  tours  ou  chevalets  dont  on  fe  fert  en  France 
ne  font  point  compofés  comme  ceux  de  Piémont 
quant  au  mouvement;  ceux  de  France  n'ont  ni  roue* 
ni  pignons  pour  conduire  le  va-&-vient ,  maisfe-ale- 
ment  une  corde  fans  fin ,  laquelle  pafllint  dans  une  ca- 
vité de  l'arbre  de  l'hafple  dans  l'endroit  où  eft  le  pi- 
gnon / ,  vient  embralfer  une  poulie  cavée  placée 
dans  la  partie  où  fe  trouve  placé  le  pignon  TV,  fur 
laquelle  eft  pofé  l'excentrique  O  ,  &  au  moyen  du 
mouvement  que  la  tourneufe  donne  à  l'hafple  ,  l'ex- 
tenfion  de  la  corde  le  donne  au  va-&- vient. 

Uart.  là.  du  règlement  de  Piémont  défend  abfolu- 
ment  l'ufage  des  chevalets  à  corde  ,  proihendo  onni- 
naniente  r uj'o  di  cavaletti  à  corda  ,  fous  peine  d'amen- 
de ;  il  faut  en  expliquer  la  raifon  ,  de  même  que  celle 
qui  veut  qu'on  croife  les  fils  comme  ils  paroilfent  par 
\afig.  Y. 

Chaque  fil  de  la  foie  tirée  eft  compofé  de  plufieurs 
brins  de  cocons  ;  les  fils  les  plus  fins  font  compofés  de 
4  &  5  cocons  ;  les  plus  gros  de  25  &  30.  Cette  façon 
de  les  croifer  fert  à  les  unir  tellement  enfemble  ,  que 
tous  ces  brins  réunis  ne  compofent  qu'un  fil,  qui  par 
cette  opération  acquiert  toute  la  confiftance  nécef- 
faire  pour  l'emploi  auquel  il  eft  deftiné  ;  elle  l'arron- 
dit &:  le  déterge  de  façon,  qu'aucun  bouchon  ou  ba- 
vure ne  peut  pafî'er  à  l'écheveau  ,  qualité  néceflaire 
pour  former  un  parfait  organfm  ;  on  croife  les  fils  les 
plus  fins  1 8  à  20  fois  au  moins  (  art.  4.  du  règlement  ds 
Piémont  )  ,  &  on  augmente  les  croifemens  à  propor- 
tion de  leurs  grofîeurs. 

Outre  ces  croifemens  de  fils  fur  eux-mêmes ,  il  eft 
encore  une  façon  de  les  faire  croifer  féparémcnt  lorf- 
qu'ils  viennent  fur  l'hafple  pour  former  des  éche- 
veaux ,  &  c'eft  ici  le  point  fondamental  de  la  perfec- 
tion que  les  Piémontois  fe  font  acquife,&  qui  eft  tel- 
lement connue  de  toute  l'Europe,  qu'il  n'eft  point  de 
fabriquant  dans  cette  partie  du  monde,  qui  ne  folt 
obligé  de  convenir  que  les  organfins  (  ce  font  les  foies 
qui  lervent  à  faire  les  chaînes  ou  toiles  des  étoffes  de 
Joie')  ,  compofés  avec  la  foie  du  tirage  du  Piémont, 
font  les  plus  beaux  &  les  meilleurs  de  ceux  qui  fe  font 
dans  cette  partie  du  monde.  Ces  croifemens  doivent 
former  une  efpece  de  zig-zag  fur  le  dévidoir  ,  telle- 
ment irrégulier  qu'un  brin  ne  puifle  pas  fe  trouver 
fur  un  autre  brin  ,  attendu  que  la  foie  qui  vient  de  la 
baffine  ou  chaudière ,  qui  n'eft  qu'une  gomme  ducti- 
le ,  n'étant  pas  feche  ,  fe  colleroit  fur  un  autre  fil  ft 
elle  le  joignoit  dans  fa  longueur  ,  ce  qu'on  appelle  en 
terme  de  l'art ,  bout-baifé  ;  il  eft  donc  d'une  confé- 
quence  extraordinaire  d'éviter  ces  baifemens  de  fil , 
afin  de  faciliter  le  dévidage  de  la  foie.,  &  empêcher  les 
cafîemens  de  fils  ,  qui  ne  peuvent  être  racconmiodés 
que  par  des  nœuds ,  qui  dans  les  étoffes  fines ,  comme 
les  taffetas  unis ,  ne  peuvent  paffer  dans  les  peignes 
fins  où  là  foie  eft  pafîée  ;  de  façon  que  s'il  étoit  pof- 
fible  de  trouver  une  chaîne  ou  toile  qui  n'en  eût  au- 
cun ,  on  fcroit  sûr  de  faire  une  étoffe  parfaite. 

La  méthode  des  Piémontois  pare  aux  inconvé- 
nlens  qu'on  vient  de  démontrer  ,  qui  confiftent  dans 
la  difficulté  du  devidage  de  la  foie  lorfqu'on  veut 
la  préparer  pour  organfin  ou  pour  trame  ;  elle  empê- 
che encore  la  caufe  du  vitrage  ,  défaut  le  plus  com- 
mun &  le  plus  rebelle  de  tous  ceux  qu'on  éprouve 
dans  la  filature.  On  en  diftingue  douze  plus  ou  moins 
nuifiblcs.  Le  vitrage  eft  un  arrangement  vicieux  des 
fils  furledevidoir,caufépar  le  mouvement  Ju  va-&- 
vient ,  dont  la  variation  répétée  trop  fouvent  les  fait 
trouver  dans  la  mcmc  place  ,  &:  les  attache  ou  fait 
baifer  ,  de  façon  que  le  devidage  en  ail  toujours  dif- 
ficultucux  ,  &  le  déchet  ou  diminution  de  by^itrès- 
conlidérable.  Un  habile  homme  pcnlé  avoir  trouve  la 
façon  de  corriger  ce  défaut  (ga{ctie  d'Avignon  , 
du  2S  Janvier  ly-^c)  ),  en  fe  forvant  dos  chevalets  ,  à 
la  manière  de  ceux  d«  France  i  mais  comme  il  n'eft 


272  SOI 

pas  bien  démontre  ,  &  qu'il  exige  encore  le  con- 
cours d'une  habile  tourneuie ,  on  ne  penfe  pas  devoir 
s'arrcter  i\  ce  principe.  ,        ,        ,  r 

Le  mouvement  des  tours  ou  chevalets  dont  on  le 
fert  en  France  ,  étant  compolé  du  leul  jeu  ,  comme 
on  l'a  obiervc,  il  n'elt  pas  poiTible  qu'une  (eule  corde 
qui  donne  le  mouvement  au  va-ik-\  lent ,  puitle  pro- 
du'-rc  le  même  edet  que  produiront  des  roues  lembla- 
bles  à  celles  dont  eft  compofé  le  chevalet  ou  to-arde 
Piémont  ;  un  mouvement  qui  le  tait  par  des  roues  à 
dents  i"cra  toujours  plus  julte  6c  plus  égal  que  celui  à 
conîes  &  à  poulies  :  le  premier  peut  le  melurer  ,di- 
viler  &:  dlllribuer  à  telle  proportion  que  l'on  veut  ; 
on  peut  en  déterminer  &  lixer  les  gradations  par  le 
nombre  des  dents  dont  il  cil  compolé ,  6l  l'on  eft  en 
ctat  à  chaque  inftant  de  compter  ces  gradations  ju(- 
qu'à  la  plus  petite  réduftion  ;  ce  que  l'on  ne  lauroit 
faire  dans  le  lecond mouvement,  la  corde  ni  les  pou- 
lies n'étant  pas  ibfceptibles  de  cette ponduation  géo- 
métrique qui  leroit  réquile  pour  en  melurer  &:  diitm- 
guerlesprogre'îions  :  d'ailleurs  un  mouvement  com- 
polé ell  bien  plus  muhlphé  &i.  varié  qu'un  mouvement 
iimple  ,  cela  eft  clair. 

Enfin  il  n'eft  pas  de  doute  que  pour  former  fur 
l'halple  ou  dévidoir  les  croifemens  en  zlg-zag  qui 
empêchent  qu'aucun  fil  de  h  foie  ne  le  couche  fur 
l'autre ,  il  faut  un  mouvement  extrêmement  multi- 
plié &  varié  ,  &  qui  renferme  en  lui-même  une  irré- 
gularité repréfentative  aulii-bien  que  produdlive  de 
ces  zic-za^s,  ce  qui  ne  fe  rencontre  ni  ne  peut  le 
rencontrer' que  dans  le  rouage  de  la  machine  de  Pié- 
mont. 

Le  pignon  de  l'halple  de  cette  machine  a  zx  dents 
qui  s'engrènent  à  une  roue  ,  non  pas  de  ix  dents 
auffi  ,  ce  neferoit-là  qu'un  mouvement  fimple,  mais 
de  X)  dents  ;  cette  irrégularité  ,  dans  le  nombre  des 
dents ,  en  engendre  iiéccflairement  une  dans  le  mou- 
vement qui  n'ell  appelle  un  jeu  {an.  i5.  du  ngkmcnt 
de  Piémont ,  8  Avril  1^24.  )  ,  chez  les  Piémontois  , 
qu'à  caufe  de  cette  irrégularité  même.  La  roue  du 
va-&-vient  de  3  5  dents  reçoit  le  mouvement  d'une 
roue  de  XI  dents,  féconde  irrégularité  qui  forme  un 
fécond  jeu  ,  cette  double  irrégularité  de  mouvement 
s'entretenantexaftemcntpar  la  correlpondance  d'en- 
tre le  va-&-vient  ôi  l'haiple  qui  lui  donne  le  branle, 
form.e  un  mouvement  intégral  dont  l'effet  elt  d'imi- 
ter &  de  fuivre  ,  dans  la  décompclition  du  cocon  ,  la 
même  m.éthode  que  le  vcr-k-foie  a  employée  à  le 
compofer  ;  car  c'efl:  un  point  de  fait  cciiitant  entre 
les  naturaliftes  6c  les  artiftes  ,  que  ia  foie  du  cocon  y 
eft  filée  en  zig-zags  pareils  àceux  que  le  tour  du  Pié- 
mont fait  former  fur  fon  hafple ,  6l  que  par  confé- 
quent  l'opération  de  ce  tour  eft  une  imitation  de  la 
nature  dont  l'induftrie  du  ver  inftruit  par  elle  eft  le 
prototype. 

Ces  deux  mouvemens  difpofés ,  comme  il  vient 
d'être  démontré  ,  font  melurés  de  façon  qu'aupara- 
vant qu'ils  puiffent  recommencer  au  même  point  d'où 
ils  font  partis  ,  l'halple  doit  faire  875  tours.  Or  il 
n'cft  pas  pofTible  que  pendant  l'intervalle  de  cette 
quantité  de  tours  que  lèvent  de  l'halple  fait  fécher,  il 
puilîe  arriver  que  le  fil  qui  prend  la  même  place  qu'il 
a  occupée  en  commençant  les  87 5  tours,le  colle  avec 
celui  qui  l'a  précédé  parce  qu'il  doit  être  extrême- 
ment Icc. 

On  pourrolt  donner  le  règlement  du  Piémont  en 
entier  concernant  le  tirage  des  foies  ,  traduit  de  l'i- 
talien tres-exaélement ,  avec  des  notes  fur  la  nécef- 
fité  d'oblerver  tous  les  articles  qu'il  contient. 

Obfervntions  fur  L'art  de  tirer  la  foie  de  dej/us  le  co- 
con ,  où.  Von  démontre  rimponance  de  cet  an  ,  &  que  la 
machine  dont  fe  fervent  tes  Piémontois  pour  le  tirage,  ejl 
la  feule  qui  y  convienne.  Il  n'eft  point  d'art ,  dont  les 
prérogatives  &  la  perfection  ne  dépendent  de  cer- 


SOI 

taines  opérations  élémentaires  &  primitives  qui  In- 
fluent fur  toutes  les  opérations  fuhiéquentcs ,  aulii 
nécciiairement  que  la  caufe  influe  fur  fon  effet. 

Tel  eft  entr'autres  ,  l'art  de  manœuvrer  &  fabri- 
quer lu  foie  ,  dont  l'opération  élémentaire  &  primi- 
tive  eft  le  tirage  ,  ou  la  façon  de  la  tirer  de  delFus  le 
cocon  qvii  la  produit.  Celte  opération  a  un  rapport 
Il  cliénticl  à  celles  qui  concernent  la  manœuvre  6c 
la  fabrication  de  lajoie ,  &  des  étoffes  dans  la  com- 
polition  defquelles  h  foie  entre,  que  c'cft  de  fon  plus 
ou  moins  de  pertedion  ,  que  dépend  le  plus  ou  le 
moins  de  facilité  &  de  fuccès  dans  la  préparation  de 
la  foie  ,  &  dans  la  fabrication  defditcs  étoffes  :  c'cft 
ime  vérité  jullifiée  par  l'expérience  de  toutes  les 
manufadures  en  Joie ,  6c  parla  réputation  que  les 
Piémontois  fe  font  acquile  dans  toute  l'Europe  , 
pour  ce  qui  concerne  le  tirage  des/o/t:>,  dans  lequel 
ils  excellent  &l  l'emportent  fur  les  autres  nations. 
En  effet ,  cette  réputation  eft  telle  ,  qu'il  n'eft  point 
de  fabriquant  qui  ne  loit  obligé  de  convenir  qu'il 
eft  impoliible  de  faire  une  étoile  parfaite  ,  fur-tout 
dans  l'uni ,  fans  le  fecours  des  organcins ,  ce  font  les 
Joies  dont  on  forme  la  chaîne  des  étoffes  ,  compofcs 
avec  là  foie  du  tirage  de  Piémont ,  tout  autre  tirage 
lui  étant  de  beaucoup  inférieur. 

De-là ,  il  eft  ailé  de  conclure  qu'en  France  ni  ail- 
leurs ,  on  n'atteindra  jamais  à  la  perfection  de  ce 
tirage  ,  qu'en  imitant  la  pratique  des  Piémontois;  pra- 
tique d'autant  plus  lûre  ,  qu'elle  eft  une  imitation  de 
la  nature  ,  &  que  les  nouvelles  machines  que  l'on 
a  voulu  introduire  en  France,  ne  lont  elles-mêmes 
qu'une  imitation ,  mais  imparfaite  de  celle  de  Pié- 
mont ;  c'eft  ce  que  l'on  va  développer  :  le  détail  eft 
indiiP/enfable. 

Les  cocons  dont  on  veut  tirer  la  foie  étant  triés, 
afin  de  ne  tirer  qu'une  même  cfpece  de  foie  de  plu- 
fieurs  cocons  à  la  fois  ;  on  les  pâlie  au  four  pour  faire 
mourir  le  ver  C|ui  y  eft  renfermé.  Cela  fait ,  on  les 
jette  dans  une  chaudière  qu'on  appelle  entérine  de 
l'art ,  bcijjine ,  pleine  d'eau  chaude  ,  dont  la  chaleur 
eil  entretenue  dans  un  certain  degré  par  un  fourneau 
fur  lequel  on  la  met.  Une  ouvrière  en  démêle  les 
premiers  brins  ou  fils  ,  en  les  fouettant  dans  cette 
eau  avec  un  petit  balai  ;  les  brins  ou  fils  démêlés  , 
elle  les  divife  en  deux  portions  égales ,  qu'elle  croife 
l'une  fur  fautre  quinze  ou  dix-huit  fois  pour  \ts Joies 
les  plus  fines  ,  6c  à  plus  grand  nombre  de  fois  à  pro- 
portion de  leurs  grofleurs. 

Ces  croifemens  qui  fe  font  entre  une  lame  de  fer 
fixe  ôc  adhérente  à  la  bafline,  d'une  part;  &  deux 
fils  de  fer  recourbés  6c  attachés  aune  lame  de  bois, 
dont  on  parlera  dans  un  moment,  d'autre  part ,  font 
d'une  nécelTité  abfolue  pour  unir  inféparablnment  les 
fils  de  chacun  de  ces  deux  brins  croilés ,  en  les  dévi- 
dant fur  le  tour  dont  on  parlera  aufîi  ci-après ,  afin 
de  leur  donner  la  confiftance  &  la  force  néceffaires 
pour  être  mis  en  œuvre. 

Première  utilité  de  ces  croifemens;  ils  contribuent 
encore  à  rendre  les /w^i  nettes,  parce  qu'ils  les  dé- 
tergent ôc  ils  les  arrondiffent  également ,  de  la  même 
façon  que  pourroit  faire  une  filière  ,  enforte  qu'il  ne 
peut  palfer  aucun  bouchon  entre  les  croifemens  de 
cette  efpece  ;  on  appelle  bouchcns  les  inégalités  bc 
groftéurs  qui  fe  rencontrent  dans  les  fils.  Seconde 
milité  de  ces  croifemens. 

On  attache  chacun  de  ces  brins  à  un  tour  ou  dé- 
vidoir que  l'on  nomme  haj'ple^  fur  lequel  une  autre 
ouvrière  en  dévide  jufqu'à  une  certaine  quantité  , 
dont  l'on  forme  des  écheveaux  ;  mais  comme  les  éche- 
veaux  doivent  être  encore  dévides  pour  préparer  la 
Joie  fur  le  moulin  ;  il  s'agit  lors  du  premier  devidage, 
de  parer  auxinconvéniens  qui  peuvent  fe  rencontrer 
dans  le  fécond.  Ces  inconveniens  font ,  la  difficulté 
dans  ce  fécond  devidage  ,  le  caiïement  des  fils ,  &  le 

déchet 


s  O  I 

déchet  par  conféquent  que  ce  caflement  occafionne; 
ce  qui  rend  ce  fécond  devidage  d'autant  moins  fruc- 
tueux qu'il  eil  plus  défedueux  ,  en  ce  que  ces  foies 
d'un  côté  demeurent  pliis  long-tems  à  être  dévidées, 
&  que  d'un  autre  côté  étant  caiTées  ,  elles  ne  peu- 
vent être  nouées  fi  proprement  que  ce  nœud  ne  les 
rende  inégales  dans  leur  groffeur  ;  &  cette  défeduo- 
fité  originelle  non-feulement  fe  continue  dans  la  pré- 
paration de  \difoic  6c  dans  l'a  formation  de  l'organ- 
fm  ,  mais  encore  elle  fe  perpétue  jufque  dans  la  fa- 
brication de  l'étoffe  ,  fans  pouvoir  être  corrigée  par 
aucune  induftrie  ;  parce  que  ces  nœuds  ne  pouvant 
palTer  par  les  dents  des  peignes  ,  la/o/e  fe  caffe  une 
féconde  fois .:  il  faut  donc  la  renouer  une  féconde 
fois  au-delà  des  dents  du  peigne  ,  ce  qui  fait  nécef- 
fairement  une  imperfedion  qui  s'apperçoit ,  moins  à 
la  vérité  dans  une  étoffe  brochée,  que  dans  une  étof- 
fe unie  ;  mais  qui  n'en  eft  pas  moins  un  vice  &  un 
défaut ,  foit  que  les  premiers  nœuds  puifTent  pafTer 
ou  non  par  les  dents  du  peigne  ;  la  chofe  eft  fenfx- 
ble. 

Tous  ces  inconvénlens  partent  d'une  même  caufe 
qui  efl  que  h  foie ,  lors  du  premier  devidage ,  n'a  pas 
été  croifée  fur  le  tour  ou  hafple  ;  car  outre  les  pre- 
miers croifemens  dont  on  vient  de  parler ,  il  en  taut 
encore  d'autres  qui  fe  forment  fur  cet  hafple  ,  à  me- 
fure  que  la  foie  s'y  dévide.  Ce  font  ces  nouveaux 
crcifemens  qui  rendent  aifé  le  fécond  devidage ,  & 
empêchent  le  caflement  des  fils  ,  &  par  conféquent 
leur  déchet  ;  &  c'eft  ici  où  fe  réduit  toute  la  difîiculte 
du  tirage  ^  &  le  point  efTentiel  &  délicat  de  cette 
main-d'œuvre  fondamentale.  La  nécefTné  de  l'expli- 
quer le  plus  clairement  qu'il  fera  poffible ,  fait  paf- 
fer  par-deifus  la  crainte  d'être  prohxe. 

Ldi  foie  que  produit  le  cocon  ,  n'efl  dans  fon  prin- 
cipe qu'une  efpece  de  gomme  dudile  à  l'infini  ;  & 
comme  en  la  tirant  de  deffus  le  cocon,  elle  efl  encore 
en  bave  ,  pour  ainfi  dire  ,  il  efl  néceffaire  qu'en  for- 
tant  de  deffus  la  chaudière  pour  aller  fur  le  dévidoir, 
elle  faffe  des  mouvemens  fi  exactement  irréguHers , 
que  les  brins  ne  puifTent  jamais  fe  joindre  ;  parce  que 
dès  qu'ils  fe  font  une  fois  touches  6c  baifés  ,  ils  fe 
collent  enfemble  &  ne  peuvent  plus  fe  féparer  ;  ce 
qui  fait  qu'il  efl  impoffible  de  dévider  enfuite  cette 
Joie  mife  en  écheveaux  fans  qu'elle  ne  le  cafle  ;  dé- 
faut ,  on  ne  fauroit  trop  le  répéter  ,  d'autant  plus  el- 
fentiel ,  qu'il  influe  fur  les  opérations  pour  la  prépa- 
rer ,  mouliner  ,  mettre  en  organfui ,  6c  enfuite  en 
étoffes; 

Ces  mouvemens  font  produits  par  celui  d'une  lame 
de  bois  qui  efl  placée  horifontalement  au-deffus  de 
la  bafTme ,  à  environ  deux  pies  ^  de  l'hafple  :  à  cette 
lame  font  attachés  deux  fils  de  fer  recourbés  en  an- 
neaux ouverts ,  que  l'on  appelle  griffes,  dans  lefquels 
On  pafTe  les  deux  brins  déjà  croifés  ,  ainfi  qu'on  l'a 
expUqué  ci-devant. 

C'ell-là  cette  lame  que  les  Artifles  appellent  ya-&- 
vienc  ,  nom  qui  en  renferme  une  idée  auffi  claire  que 
fuccinte  ,  puifqu'efî'cdivement  elle  ne  fait  qu'aller 
&  venir ,  &  cela  fur  fa  longueur,  6c  toujours  fur  une 
même  ligne  ;  6c  ce  font  ces  allées  &  venues  conti- 
nuelles qui  font  que  la  foie  fe  croife  fur  l'hafpfe  en 
forme  de  zigzag ,  fans  qu'un  brin  fe  couche  ,  ni 
par  conféquent  fe  colle  fur  l'autre  :  elles  doivent 
donc  être  ces  allées  6c  ces  venues  extrêmement  juf- 
tes  &  régulières ,  pour  former  par  proportion  aux 
tours  que  fait  l'hafple  ,  un  mouvement  égal  de  cor- 
rofpondance  d'où  naiffent  fucccffivement  ces  zig- 
:^ag  ;  cela  n'efl  pas  douteux. 

Or  la  machine  de  Piémont  feule  opère  cette  mer- 
veille ;  c'efl  ce  qu'il  s'agit  de  démontrer  :  mais  avant 
de  pafTer  outre  ,  il  efl  bon  d'obférvcr  que  les  inven- 
teurs de  ces  nouvelles  machines  en  France  ,  ne  pré- 
tendent pas  qu'elles  prcralcnt  à  celle  de  Piémont  : 
Tom  Xy, 


S  O  I 


27Î 


c'efl  déjn  un  grand  point ,  mais  feulement  "qu'elles  l'é- 
galent ;  c'efi  encore  quelque  chofe  :  car  en  fuppd- 
fant  le  fait ,  c'en  efl  affez  pour  profcrire  leur  ufage 
parce  qu'elles  coûtent  plus  cher  que  la  machine  de 
Piémont  ;  mais  il  faut  prouver  que  ces  nouvelles  ma- 
chines n'approchent  point  de  la  perfeûion  de  celle 
de  Piémont ,  &  par  conféquent  qu'elles  ne  l'ét-alent 
pas.  "^ 

La  machine  ou  tour  de  Piémont  que  l'on  appelle 
chevalet,  efl  un  chafîis  compofé  de  quatre  pihers  de 
bois  qui ,  joints  enfemble  par  des  traverfes  ,  forment 
un  quarré  long  de  3  pies  4 pouces  ou  environ,  fur, 
environ  2  pies  -  de  largeur.  Dans,  le  haut  de  ce 
chafïïs ,  &  entre  les  deux  piliers  efl  placé  l'hafple  oti 
dévidoir ,  cornpofé  de  quatre  aîles  ,  dont  le  diamètre 
efl  de  deux  pies  ou  environ ,  y  compris  le  diamètre 
de  fon  arbre  ou  axe  ;  dans  le  bas  &  au  côté  oppofé 
auffi  entre  les  deux  piliers  ,  efl  la  lame  de  bois  ou  le 
va-&-vient. 

A  l'un  des  bouts  de  l'arbre  qui  pafTe  dans  le  pilier 
du  côté  droit,  efl  attachée  la  manivelle  de  la  tour- 
neufe  ,  &  à  l'autre  bout  efl  un  pignon  horifontal  de 
vingt-deux  dents. 

_  Celui  des  deux  piliers  entre  lefquels  efl  le  va-é 
vient,  efl  attaché  d'un  bout  par  un  excentrique  ;  l'au- 
tre bout  du  va-&-vient  efl  pafîe  dans  une  coulifle  ; 
l'intervalle  qui  efl  entre  les  deux  roues  ci-defTus,  efl 
rempli  par  une  pièce  de  bois  arrondie,  à  chacune'des 
extrémités  de  laquelle  efl  une  roue  de  champ  ,  dont 
l'une  qui  a  vingt-cinq  dents  s'applique  &  s'engrainfî 
fur  le  pignon  de  l'hafpl-  ;  &  l'autre  qui  n'en  a  que 
vingt-deux  fur  la  roue  du  va-&-vient. 

La  tourneufe  met  le  rouage  en  mouvement,  çri 
tournant  avec  la  main  la  manivelle  du  dévidoir  à  l'ar- 
bre duquel  efl  attaché  le  pignon  ,  qui  efl  le  principe 
des  deux  mouvemens  corrélatifs  de  l'hafple  6c  du  va- 
&-vient. 

Ces  deux  mouvemens  font  mefurés  ,  de  façon 
qu'auparavant  qu'ils  puifTent  recommencer  au  même 
point  d'où  ils  font  partis  ,  l'hafple  doit  faire  875 
tours. 

Le  fameux  règlement  de  Piémont,  àonné  ad  hoc 
au  mois  d'Avril  17x4,  exige  indifpenfabiement  dans 
la  flrudure  des  tours  à  filer  ou  dévider  la  foie  ce 
nombre  de  roues  &  de  dents. 

Li  cavaleti ,  porte  l'article  i  '^.provifi  de  loro guio' 
chi  necejjari  perle  devute  guerociature  per  ogni  guiocho  : 
avère  il pagnone  di  demi  2.5  ,  campana  groffa  di  26 
flello  dellafpa  c  campana  piccola  di  demi  z2  caduna  - 
e  mantenerfi  tali  ordigni  ,  fempre  in  iflato  di  buonfcr- 
viiio  :  c'efl-à-dire ,  «  les  chevalets  feront  pourvus 
M  de  leurs  jeux  néceffaires  pour  opérer  les  croife- 
»  mens  fufdits  ,  chaque  jeu  aura ,  fayoir ,  le  pignon  " 
»  25  dents,  la  grolTe  roue  25  ,  l'étoile  de  l'hafple  6c 
»  la  petite  roue  22  chacune  ;  &  il  faudra  maintenir 
»  toujours  cet  ordre  ,  il  fera  d'un  bon  fervice  >*. 

Cette  loi  efl  le  fruit  des  recherches  &  des  décou- 
vertes des  plus  habiles  manufaduriers  &  artifles  de 
Piémont.  Il  en  réfulte  deux  chofés  ;  la  première ,  qui 
n'efl  point  conteflée,  quelayè/e  quife  porte  fur  l'haf- 
ple doit  continuellement  fe  croifer  ;  6c  la  féconde  i 
que  ces  croifemens  continuels  ne  peuvent  être  opé- 
rés par  un  mouvement  fimple  ,  mais  bien  par  un 
mouvement  double  6c  compofé  de  deux  jeux  ,  tels 
qu'ils  font  prcfcrits  par  cette  ordonnance. 

L'on  fent  déjà  au  premier  coupd'œil  que  ce  roua- 
ge établit  d'un  côté  l'identité  continue  de  chaque 
mouvement  du  hafple  6c  du  va-&-viem  en  foi-même, 
une  dent  ne  pouvant  pafTer  devant  l'autre  ,  is:  d'un 
autre  côté  la  corrcfpondance  &  la  réciprocité  entre 
ces  deux  mouvemens.  On  va  les  particularilcr  &  en 
expliquer  les  propriétés  ,  cA  faifant  la  comparailbn 
des  nouvelles  machines  avec  celle  de  Piémont. 

Les  machines  nouvellement  inventées,  l'une  par' 

M  m' 


^74 


S  O  I 


le  lleiir  V  *  *  *  l'nutre  par  le  fieur  R  *  *  *  ù- 
bnqiu:nt  en  b:is  ,  &  la  troifieme  p:ir  le  iîjur  k 
.M  *  *  *  ini'peilenrclesmanutadhircsde  Languedoc  , 
telles  qu'elles  l'ont  décrites  dans  le  proccs  -  verbcd 
d'épreuves  qui  en  ont  été  Faites  au  moisd'Avnl  1745 
diins  l'orangerie  de  M.  le  Nain  intendant  de  Langue- 
doc ,  en  la  prél'ence  &  en  celle  de  plulicurs  artilles. 
Ces  machines  ,  dilbns-::ous  ,  imitent  bien  en  quel- 
que façon  celle  de  Piémont,  comme  on  l'a  déjà  ob- 
fervé  ;'en  efl'et,  leur  i1ru6^iire  cft  la  mêine  ,  &  l'on 
y  tait  aufli  de  même  les  premiers  croilemens  dont 
on  a  parlé  ci-devant ,  cjui  le  font  entre  la  baffine  &: 
la  lame  de  ter,  Vhajpli  ou  dévidoir  &  le  v^-  &- vient 
{"ont  auffi ,  à  quelque  choie  près ,  les  mêmes  que  ceux 
de  la  machine  de  PiéiTiont  ;  mais  au-lieu  d'un  mou- 
vement de  rouage  ,  elles  n'ont  qu'un  mouvement  à 
corde  &  poulies  ;  6l  au-lieu  d'un  mouvement  com- 
poio  ,  elles  n'en  ont  qu'un  fimple  :  &  c'elt  préciié- 
mcnt  cette  dittércnce  de  m.ouvemenî ,  l'un  compolé 
&  h.  roues  ,  &c  l'autre  limple  &  à  corde  &  poulies . 
qui  fait  que  le  premier  efl  conftammcnt  uniforme  en 
foi-même  ,  &  dans  la  correlpondance  &  réciprocité 
de  Vhify'c  au  va-&-vlcnt ,  Hz  que  le  deuxième  eu 
aulîi  inégal  en  foi  que  dans  cette  correfpondi^nce  de 
VlufpU  au  Vii-&-v:eru  ;  &  de-ià  naît  la  perfeérion  du 
tirage  qui  fe  fait  par  le  mouvement  à  roues ,  &  l'im- 
perlcclion  de  celui  qui  ne  s'opère  qu'avec  un  mou- 
vement à  corde  &  poulies. 

On  en  trouve  la  preuve  écrite  d?.ns  le  procès- 
verbal  mêm.e  du  mois  d'Août  i74<)  ,  ci-deiuis  énon- 
cé. Les  fleurs  le'M  *  *  '  &  R  *  *  *  qui  l'ont 
dreflé  conjointement  ,  y  rcconnciflent  en  termes 
formels  que  rinc^4alité  &  la  cef.atlon  de  la  tendon 
de  la  corde  dans  les  tems  fecs  caufent  l'inégalité  6c 
la  ceffation  du  mouvement  du  vu-&-vunt.  Voilà 
donc  un  déf.:ut  radical  dan?  ce  mouvement  accorde, 
de  l'aveu  même  de  fes  aiiteurs  ,  oui  ne  fe  rencon- 
tre ,  ni  ne  peut  fe  rencontrer  dans  un  mouvement  à 
rouage. 

Il  "eil  bien  vrai  qu'on  prétend  ,  fe'on  ce  procès- 
verbal  ,  qu'il  eft  rem.édic  à  ce  défaut ,  du-moins  dans 
le  tour  du  fieur  V  *  *  *  par  un  contrepoids  qui 
tient  la  corde  tendue.  Mais  l'M'efiicacité  de  ce  re- 
mède n'eit  que  conjeclurale  ,  on  veut  dire  qu'elle 
n'ell  pas  bien  établie.  En  effet  ce  contrepoids  ne  fau- 
roit  empêcher  que  les  poulies  ne  fe  liment  peu  à-peu 
dans  leurs  rainures  par  le  frottement  continuel  de 
la  corde  ,  &  que  la  corde  auffi  ne  s'amincifle  ,  tant 
par  ce  frottement  que  par  ce'ui  qu'elle  fouftre  iur 
elle-même ,  étant  croifée  ;  dès-lors  le  diamètre  de 
CCS  poulies  étant  diminué  &  cette  corde  am.incie  , 
glilTant  plus  ou  moins  légèrement ,  il  en  réluLe  né- 
celfairen^entune  inégalité  de  mouvement. 

x°.  Pourquoi  recourir  au  remède  ,  quand  on  peut 
éviter  le  ma!  dans  fa  (ource  ?  Qui  détruit  la  caule  , 
détruit  l'effet.  Le  mouvement  tft  fixé  invariablement 
par  le  rouage  dans  la  machine  de  Piémont  ;  il  faut 
donc  fe  fervir  de  rouage  lans  recourir  à  des  voies  qui 
le  rendent  inégal  ,  6c  qui  elles-mêmes  ont  beloin 
d'un  correâif ,  dont ,  encore  \m  coup ,  l'elfet  ell  dou- 
teux tout-au-moins  ,  s'il  n'cfl  pas  démontré  tout-à- 
fait  impuifi'ant. 

LeslieursleM  ***&:P^***  confeflent  en- 
core dans  ce  même  procès-verbal,  que  le  plus  grand 
défaut  de  la  conltruclion  d'r.n  tour  elt  d'occalionncr 
le  caflement  des  fils  ,  &  ils  ont  raifon  :  or  il  eft  conl- 
tant  que  lors  des  épreuves  les  fils  le  font  plus  fou- 
vent  caftes  fur  le  tour  du  ficur  V  *  *  *  que  iiir  les 
autres  ;  voilà  donc  conféquemment  aux  principes 
&  de  leur  aveu  même  une  des  trois  nouvelles  ma- 
chines qt  i  ne  fauroit  entrer  en  concurrence  avec  les 
autres ,  6c  à  plus  forte  raifon  avec  celle  de  Piémont  : 
Ji  vinco  vinceiitem  te  ,   deben  vincere  te. 

On  a  établi  ci-devant  que  les  fils  o^ui  fe  couchoicnt 


S  O  I 

fur  Vhafple  lors  du  tirage  ou  premier  dcvidatre  fe 
coUoient  enfemble  ,  ce  qui  en  occafionnoit  la  rup. 
ture  lors  du  fécond  devidage  ,  6c  conféqueir.mont 
le  déchet,  indépendamment  de  ce  que  ce  tecond  dé- 
vidage en  étoit  plus  long  &  plus  dilHcultueux  :  le 
tour  du  fieur  R  *  *  *  en  fournit  la  preuve.  «  Pro- 
»  portion  gardée  ,  dit  le  procès- verbal  en  qucftion 
»  en  parlant  du  fécond  deviciage ,  il  a  été  mis  plus 
»  d'un  tiers  fur  le  quart  au  devidage  de  l'écheveau 
»  filé  fur  le  tour  du  fieur  R  *  *  *  qu'à  celui  de 
»  tous  les  autres  ;  la  diiérence  eft  plus  coafidérable 
»  fur  le  déchetfetk  le  nombre  des  fils  rompus ,  cela  efl 
»  bien  clair  ;  ce  qui  fuit  ne  l'ell  pas  moins';  mais  in- 
»  dépcndamment  de  ces  remarques  qui  peuvent  être 
»  ditFcrentes  de  celles  auxquelles  donnera  lieu  le 
»  devidage  du  moulin ,  nous  avons  remarqué  qu'il 
»  y  a  eu  plus  de  tems  à  dévider  l'écheveau  du  tour 
»  du  fieur  R  *  *  *  eue  ceux  des  autrei  :  on  n'en 
>»  peut  guère  attribuer  la  caufe ,  continue  ce  procès- 
»  verbal ,  qu'en  ce  que  les  fils  en  cîoient  collés  plus 
»  durs  aux  endroits  (lui  avoient  porté  fur  les  aîles 
»  dcshalples,  6i  qu'us  léîoient  encore  un  peu  dans 
»  leur  longueur  ». 

Cesjudicicufes  remarques  épargnent  le  commen- 
taire ,  on  ne  peut  rien  y  ajouter  ,  elles  établirent 
dérnonftrativement  ces  trois  points  :  i"^.  que  les  fils 
del'écheveautircfurle  tour  du  fieur  R  *  *  *  fo  iont 
couchés  dans  les  longueurs  ,  6c  par  conféquent  col- 
lés ;  i"*.  que  ce  collage  en  a  occalionné  la  rupture  6c 
le  déchet  lors  du  lecond  devidage  ,  indépendam- 
ment des  inconvéniens  qui  en  réIuUeront  lors  du  de- 
vidage du  m.oulin  ;  3".  que  ce  fécond  devidage  a 
étc  plus  long  tk  plus  clifhcukueux  :  trois  défauts  ef- 
fentiels  dans  les  principes  mêmes  des  fieurs  le 
M  *  *  *  6i  de  R  *  *  *  car  dans  le  cours  des  épreu- 
ves qu'ils  ont  faites  lors  de  leur  procès-verbal,  ils  ont 
reconnu  ,  diient-ils ,  «  que  la  bonne  conftrucHon  du 
»  tour  devoir  avoir  principalement  pour  objet  de 
»  contr.buer  à  la  perfeûion  de  la /oit; ,  d'empêcher 
»  que  \dfoic  ne  foit  difficile  à  dévider,  &  ne  fbuffre 
»  trop  de  déchet  dans  cette  opération, fi-c».  Le  tour 
du  fieur  R  *  *  *  a  fauffé  fa  vocation ,  p\iifqu'ils 
ont  reconnu  que  h  foin  en  étoit  difiicile  à  dévider, 
foutfroit  plus  de  déchet ,  6c  par  coniéquent  étoit 
moins  parfaite. 

Mais  ces  défauts ,  nous  difcnt  les  mêmes  fieurs  le 
M  *  *  *  &  R  *  *  *  ne  font  que  de  petits  défauts 
(quelle  contradiftion!)  auxquels  il  fera  aifé  de  remé- 
dier !  6c  comment  cela  ?  c'eft  ce  qu'ils  ne  favent  ni 
l'un  ni  l'autre  ,  ou  tout-au-moins  c'eft  fur  quoi  ils 
n'or.tpas  jugé  à-propos  de  s'expliquer.  La  ieule  6c 
véritable  voie  de  remédier  à  ces  défauts  ,  eft  de  re- 
conftruire  un  tour  d'une  nouvelle  ftruélure':  mais, 
non  ,  vous  répondront-ils.  Il  faut  bien  fe  ga'-der  de 
changer  cette  ingénjeufe  ftrudhire.  Eh  ,  pourquoi 
cela  ?  C'eft  pour  lui  cox-iferver  le  grand  avantage  qu'il 
a  fur  les  autres  tours ,  qui  eft  d'aller  plus  vite  qu'eux. 
Quelle  erreur  !  Cette  vîteffe  ,  en  la  fuppoliint ,  eft 
elle-même  un  défaut  qu'il  faut  corriger  ,  bien-  loin 
d'être  une  qualité  avnntageufe  à  lui  conferver,  puif- 
qu'elle  empêche  que  hijoie  qui  pafte  de  la  baffinc  fur 
l'halple  n  ait  le  tenis  de  fécher ,  comme  elle  fait  fur 
le  tour  de  Piémont,  dont  le  règlement  de  1714  n'a 
prefcrit  une  certaine  diftance  entre  les  piliers  ,  qu'a- 
fin  que  les  fils  puiffent  aller  de  la  bafilne  fur  l'hafple 
plus  fecs,&  mieux  conditionnés.  Li  cavaleti  devrano 
avère  le  famine  in  dlflanfa.  dï  due  pcdi  li  prandi  ;  Vunx 
djlC  altra  acchiochï  dulC  afpla  al  ferro  vi  pa  contan^a 

talc  che  lifdi pojjano  andar fovra  rafpLi  p'm  aj'au- 

titc  miglio  conditionati ,  porte  cette  ordonnance  ,  arti- 
cle 6".  «  les  chevalets  devront  avoir  les  piliers  en  dif- 
»  tance  de  2  pies  liprandi  (  melure  de  Piémont  de 
»  19 pouces  unpié  de  roi),  c'eft-à-dire  ,  3  pies  2  pou- 
»  ces  pié  de  roi  l'un  de  l'autre ,  afin  que  de  l'hafple 


SOÎ 

»  au  fer  il  y  ait  «ne  telle  diftance ,  que  les  fils .  ; . .  '. 
»  puiffent  aller  iur  l'hal'ple  plus  fecs  6c  mieux  condi-. 
tt  tiennes  >t. 

y  Voilà  donc  encore  une  des  trois  nouvelles  machi- 
nes, civii  ne  mérite  pas  plus  de  préférence  fur  le  tour 
de  Piémont  que  celle  du  fieur  V  *  *  *. 

Voyons  li  celle  du  fieur  le  M  *  *  *  aura  un  meil- 
leur lort. 

Cette  machine  ,  à  proprement  parler ,  n'eft  point 
de  l'invention  du  fieur  le  M  *  *  *  ,  mais  un  tour 
qui  eft  en  ufage  dans  le  Languedoc ,  c'efr-à-dire,  dont 
le  mouvement  eft  à  corde  6c  à  poulies  ,  &  qui  cès- 
lors  porte  la  réprobation  fur  fon  front.  Le  fieur  le 
IVI  *  *  *  y  a  feulement  fait  ajouter  (  c'elt  lui  qui 
pa'le)  «  une  petite  pièce  de  bois  d'un  pouce  &  demi 
^  d'épaifîeur  ,  clouée  fur  une  des  pièces  latérales  du 
»  chaffis  ,  au  milieu  de  la  ligne  que  décrit  la  corde 
»  qui  embralfe  la  poulie  du  va-&-vient  à  l'arbre  de 
»  l'hafple.  Sur  le  fommet  de  cette  pièce  eft  une  pou- 
y>  lie  élevée  de  4  à  5  pouces  au-defîlis  de  la  corde , 
M  &  fur  cette  poulie  paffe  une  petite  corde,  à  un  bout 
>*  de  laquelle  eft  attachée  une  autre  petite  poulie 
»  mobile,  fur  laquelle  roule  la  corde  du  va-&-vunt  ; 
»  6c  -A  l'autre  bout  pend  un  poids  pefant  1  2  onces  , 
»  qui  tendant  la  corde  à  laquelle  il  efl  attaché,  tend 
»  aufïi  la  corde  du  va-ù-vitnt ,  &  en  l'élevant  en 
»  même  tems  qu'il  l*approche  du  centre  de  la  ligne 
»  qu'elle  décrit ,  la  fait  entrer  avec  moins  de  frotte- 
»  ment  dans  la  rainure  horifontale  de  la  poulie  du 
>>  va'&-yïint ,  &  l'ortir  de  celle  verticale  de  l'arbre 
»  de  l'hafple  avec  n,o;ns  de  frottement  ;  moyennant 
»  quoi,  fans  rien  déranger  au  tour  de  Languedoc  , 
»  il  feroit  remédié ,  à  ce  que  vous  allure  le  môme 
»  fieur  le  M  *  *  *  ,  aux  inconvcniens  de  l'inégalité 
»  &  cefTation  du  mouvement  de  leur  va-&~vitnt , 
yt  comm.e  dans  le  tour  du  fieur  V  *  *  *  >». 

Mais  en  bonne  foi  cette  addition  &  prétendue  cor- 
rection aux  tours  de  Languedoc  pourra  t-elle  jamais 
«détruire  leur  imperfedtion  originelle  ,  6c  ne  fe  trou- 
vent -  ils  pas  réfutés  d'avance  par  tout  ce  que  l'on 
a  dit  ci-defîus  ? 

Tout  mouvement  à  corde  &  à  poulies  efl  impuif- 
fant  pour  produire  cette  confiante  6c  invariable  ir- 
régularité des  mouvemens  ,  tant  du  va-&-vitnt  6c  de 
i'/iaff/e  ,  chacun  en  foi  ,  que  de  leur  correfpondance 
également  uniforme  dans  Ion  irrégularité.  Cela  pré- 
fuppofé  comme  incontefîable ,  ce  mouvement  dou- 
ble &  compofé  de  deux  jeux  efl  une  merveille  qui 
ne  peut  s'opérer  que  par  le  myflérieux  rouage  des 
tours  de  Piémont.  Les  fleurs  le  M  *  *  *  ,  V  *  *  *, 
R  *  *  *  ,  &  tous  les  auteurs  des  mouvemens 
à  corde  &  poulies ,  ou  mouvemens  fnnples,  ne  tom- 
beront-ils pas  dans  une  perpétuelle  pétition  de  prin- 
cipes, lorfqu'ils  s'obfiineront  à  prétendre  d'imprimer 
par  quelque  addition  &  par  quelque  corredtif  que 
ce  foit  à  un  mouvement  fimple  ,  encore  fans  le  dé- 
ranger ,  la  propriété  6c  l'cfHcacité  du  mouvement 
compofé  d'un  double  j  eu  ?  La  propofition  feule  heurte 
les  premiers  principes  du  méchanifmc  ;  aulTi  fe  trou- 
ve-t-elle  profcrite  par  le  règlement  de  Piémont  qu'on 
a  déjà  cité  ,  qui  défend  l'ulage  des  tours  i\  corde,  6c 
inflige  même  la  peine  de  25  liv.  d'amende  pour  cha- 
qiie  tour  contre  les  fabriquans  qui  s'en  lerviront. 
Sottopcna^  porte  l'article  6.  alll  pradonï  d'clLt  fi!a- 
turc  di  L  2.5.  pcr  cadun  cavalUto  dijferammente  dlf- 
pofo  ;  6c  article  l^.  proihtndo  omninamente  Vufo  dï 
cavaUii  à  corda  ;  défenfe  de  iê  fervir  des  chevalets  à 
corde  ,  tels  que  celui  d'aujourd'hui  du  fieur  Vaucan- 
fon  :  il  tutto Jotto  la  pcna  fiijditta  ;  fous  peine  aux 
maîtres  de  filature  de  25  liv.  par  chaque  chevalet 
diflcremment  conflruit  ;  défendant  abfolun^cnt  l'u- 
lage des  chevalets  à  corde  ,  de  quelque  façon  qu'ils 
puiffent  être  conflruiîs  ,  quelque  corrcdif  qu'on  y 
ajoute  ,  6c  fous  quelque  prétexte  cjue  ce  foit ,  car 

Tome  xy. 


■-_> 


O  I 


a?f 


I    c  efl  là  l'idée  que  renferme  cet  omninamente  ,  le  tout 


I  fous  la  peine  fufdite.  D'où  il  faut  conclure  que  l'irii 
ventiondufieur  leM  *  *  *  n'empêche  pas  que  fon 
tour  ne  foit  rangé  dans  la  même  claffe  que  ceux  des 
fleurs  V***&R***. 

Les  auteurs  &  les  partifans  des  tours  à  corde, 
a'objederont  peut-être  pas  que  la  prohibition  de  ces 
tours  ,  portée  par  uns  ordonnance  de  Piémont ,  né 
fait  pas  loi  en  France  ?  L'objeftion  feroit  rifible  6c 
indécente  :  on  ne  la  rapporte  pas  ici  comme  une  au- 
torité légale;  c'cff:  au  roi  feul ,  fouverain  légiflateur 
de  fon  royaume  ,  à  lui  en  imprimer  le  caradfere,  fi 
fa  majeflé  le  juge  à  propos  ,  comme  il  y  a  lieu  de 
l'efpérer  ;  mais  on  la  propofe  feulem.ent  comme  une 
autorité  de  principe  pour  l'efpece  particulière.  Les 
fciences  &  les  arts  font  fondés  fur  des  principes  qui 
font  loi  pour  ceux  qui  les  cultivent  :  il  y  a  autant  de 
flanger  que  de  témérité  à  s'en  écarter;  on  n'en  veut 
d'autre  exemple  que  les  auteurs  de  nouvelks  ma- 
chines. 

Qu'ils  ne  tirent  pas  non  plus  avant.ige  de  la  grati- 
fication qu'ils  ont  obtenue  du  confeil ,  &  qu'ils  ne  la 
propofent  pas  comme  un  préjugé  en  leur  faveur  ; 
cette  gratirication  efl  bien  plus  la  récompenfe  de 
leurs  recherches  que  celle  de  leurs  découvertes  ,  & 
elle  fait  bien  moins  l'éloge  de  leurs  talens  que  celui 
des  bontés  du  magiftrat  qui  la  leur  a  obtenue,  &  delà 
libéralité  du  confeil  qui  la  leur  a  accordée. 

Perfonne  n'ignore  l*attention  du  miniflere  à  exci* 
citer  6c  à  entretenir  ,  par  des  promeffes  &  par  des 
gratifications  ,  cette  noble  émulation  fi  néceffaire 
pour  porter  les  fciences  &  les  arts  à  lear  perfeft ion  ; 
&  tout  le  monde  fait  avec  quel  zèle  M.  le  Nain  a 
toujours  fécondé  les  vues  du  miniflere  fur  ce  point. 

Ce  magiftrat  ,  bien  convaincu  que  les  tours  des 
fleurs  V***,R***&leM***  n'a- 
voient  point  corrigé  le  défaut  du  vitrage  ,  c'efl  le 
nom  que  Ton  donne  au  collement  des  fils  de  \^foii 
fur  l'hafple,  chargea  en  1748  un  particulier  d'Avi- 
gnon (a)  ,  à  qui  il  connoifToit  des  talens,  de  cher- 
cher le  remède  à  ce  défaut  ;  &  quoiqu'il  ne  l'ait  pas 
trouvé  ,  n'ayant  fait  que  tripler  la  rainure  de  la  rou^ 
lette  de  l'hafple  des  tours  ordinaires  ,  encore  exige- 
t-il  le  concours  d'une  habile  tourneufe  ;  cependant 
il  a  éprouvé  de  la  part  de  M.  le  Nain  la  mcrne  libéra^ 
lité  dont  les  fieurs  R***,leM***&  autres 
précurfeurs  s'étoient  reiTcntis ,  &  cela  parce  que  du 
moins  il  a  travaillé  tout  autant  &  peut  -  être  plus 
qu'eux,  quoiqu  aufTi  infruftueufement ,  &  qu'il  efl 
jufle  de  récompenfer  des  talens  qu'on  a  mis  en  œu- 
vre ,  quel  qu'en  foit  le  fuccès ,  toute  peine  méritant 
falaire. 

Si  un  fujet  de  Piémont,  qui  fe  ferviroit  de  cc5 
nouveaux  tours  ,  bien  loin  d'être  récompenfe  ,  efl 
puni  d'une  amende  de  25  livres  par  chaque  tour, 
jotto  pina  di  JJ.  z6.  pzr  caduno  cavalcto  ,  les  inven- 
teurs de  ces  tours  n'y  feroicnt  pas  fortune  afîuré- 
ment. 

L'artifte  Comtadin  auroit  bien  plus  de  raifon  de 
s'arroger  ,  fur  le  fondement  de  cette  récompenfe,  le 
mérite  de  Ion  travail  &  la  préférence  fur  fes  concur- 
rens  ,  puilqu'au  moins  il  peut  leur  oppofer  cet  argu- 
ment. ...  Si  vous  aviez  trouvé  le  remède  au  vitrage , 
M.  le  Nain  ne  m'auroit  pas  chargé  de  le  chercher  :  or 
il  m'en  a  chargé  ,  donc ,  &c. 

Au  rcfte  ,  il  faut  difcuter  le  fait  par  lui-même  ,  & 
non  par  des  préjugés  épifodiques.  Les  nouvelles  ma- 
chines empêchent-elles  le  vitrage  des  foies  ?  La  né- 
gative efl  démontrée  par  les  principes  6c  par  l'expc- 
rience.  Refte  à  favoir  11  la  machine  de  Piémont  a  cette 
prérogative.  L'aflirmative  eft  aifce  à  prouver,  d'a- 
près les  obfervations  ci-deffus. 

D'abord  elle  a  pour  elle  les  principes  généraux  Sc 

(j)  Gazette  d'Avij;no;i  du  18  Jaiivicr  i--40. 

M  m  ij 


i-jG 


s  o  I 


S'O  I 


particuliers.  En  gcncral  tout  mouvement  qui  fe  fait 
par  le  moyen  des  roues  ù  dents ,  eli  plus  jufle  6c 
plus  égal  que  celui  à  corde  &:  îi  poulies  :  le  premier 
peut  {c  mefurer  ,  diviler  6i  diftribuer  à  telle  propor- 
tion que  Ton  veut;  on  en  peut  déterminer  6c  fixer 


tlon  ,  ce  que  Ion  ne  lauroit  taire  dans  le  lecond  mou- 
vement,la  corde  ni  les  poulies  n'étant  pas  fulceptibles 
•tle  cette  ponOuation  géométrique  qui  leroit  rcquiie 
pour  en  meliirer  &  diiiinguer  les  progrelfions  ;  la 
choie  eil  aufii  claire  qu'inconteftable, 

i^.  Un  mouvement  compol'é  eit  bien  plus  multi- 
plié &;  varie  qu'un  mouvement  fmiple  :  cela  s'entend 
de  loimême  :  or  le  mouvement  à  rouage  ell  un  mou- 
vement compoié  ;  par  conféquent ,  &c. 

3".  ;  ans  la  thele  particulière,  on  comprend  que 
pour  former  lurThalple  ou  dévidoir  ces  eroiiemens 
■en  zigzags,  qui  empêchent  qu'aucun  til  de  Is.  foie 
■ne  fe  couche  l'un  fur  l'autre  ,  il  faut  un  mouvement 
extrêmement  muhipllc  &  varié  ,  &qui  rentcrme  en 
lui  même  une  irrégularité  repréfentative  aulu-bicn 
que  productive  de  ces  zigzags;  ce  qui  ne  fe  ren- 
contre, ni  même  ne  peut  le  rencontrer  que  dans  le 
rouage  en  queftion. 

Le  pignon  de  l'hafple  a  vingt-deux  dents  qui  s'en- 
grènent à  une  roue,  non  de  vingt-deux  dents  aufii , 
ce  ne  feroit-là  qu'un  même  mouvement  limple  ,  mais 
de  vingt-cinq  dents.  Cette  irrégularité  dans  le  nom- 
bre des  dents,  en  engendre  néceffairement  une  dans 
le  mouvement,  qui  n'eft  appelle  unjdu  par  l'ordon- 
nance de  1714  ,  qu'à  cauie  de  cette  irrégularité  mê- 
me. La  roue  du  va-Ôi-vient  de  vingt-cinq  dents  , 
reçoit  le  mouvement  d'une  roue  de  vingt-deux  dents , 
deuxième  irrégularité  qui  forme  un  fécond  jeu:  cette 
double  irrégularité  de  mouvemens  s'entretenant 
exaftement  par  la  correfpondance  d'entre  le  va-&- 
vient  &  rhafpli  qui  lui  donne  le  branle ,  forme  un 
mouvement  intégral  ,  dont  l'effet  elt  d'imiter  &  de 
fuivre  la  décompofuion  du  cocon ,  la  même  méthode 
que  le  ver  -a  foie,  a  employée  à  le  compoler  ;  car  c'eft 
un  point  de  fait  conltant  entre  les  naturalilles  &  les 
artiltes,  que  \à  j'oie  du  cocon  y  ell  filée  en  zigzags 
pareils  à  ceux  que  tour  de  Piémont  fait  former 
îlir  fon  hafple  ,  &  que  par  conféquent  l'opération  de 
ce  tour  ell  une  imitation  de  la  nature  ,  dont  l'indul- 
trie  du  ver ,  inftruit  par  elle  ,  ell  le  prototype. 

C'eft-là  cette  merveille  dont  la  découverte  a  coûté 
tant  de  veilles  ,  de  foins  ôc  de  recherches  aux  Pié- 
montois  (^b^.  Elle  n'a  point  frappé  les  iieurs  le 
M***&R  *  *  *,  parce  qu'ils  ne  la  fuppofoient 
pas  dans  un  tour  qu'ils  n'avoient  pas  envie  de  préco- 
nifer  à  l'exclufion  des  leurs.  D'ailleurs  ils  la  connoif- 
ibient  fi  peu  (  car  on  ell  bien  éloigné  de  les  taxer  de 
cette  partialité  plus  opiniâtre  qu'aveugle  que  l'a- 
mour-propre  infpire  aux  ouvriers  pour  leurs  produc- 
tions ) ,  qu'ils  n'y  entendoient  pas  même  myftere  , 
&  n'en  foupçonnoient  point  dans  ce  nombre  &  dans 
cet  arrangement  curieux  de  roues  &  de  dents.  «  Le 
»>  quatrième  tour ,  dilent-ils  dans  leur  proces-verbal, 
»  ell  celui  que  le  feu  fieur  Baron  a  fait  faire  fur  le 
»  modèle  de  ceux  de  Piémont  ;  fon  chafTis  eft  de  la 
»  même  longueur.  . . .  V hafple  donne  le  mouvement 
»  au  va  &-\ient  par  le  moyen  d'un  arbre  horifon- 
»  tal ,  dont  un  bout  engraine  par  des  dents  à  l'arbre 
»  de  V hafple ,  6l  l'autre  à  un  plateau  dentelé  auquel 
»  eil  attaché  le  va-&-vient  ». 

Cette  laconique  dcfcription,ce  filence  fur  le  nom- 
bre ÔL  l'arrangement  des  roues  &  des  dents  du  tour 
de  Piémont  de  la  part  des  gens  qui  ont  pompeule  - 

(i)  Or.  a  tnit  en  Piémont  plus  de  roues  que  n'en  contien- 
droient  iix  tombereaux ,  auparavant  de  faite  ccue  décou- 
verte. 


tnent  étalé  dès  inutilités  (c)  dans  les  autres  tours" 
provient  tout  au  moins  de  ce  qu'ils  ne  connoiflbient 
guère  ce  qu'ils  examinoient,ou  qu'ils  n'examinoient 
point  allez  ce  qu'ils  ne  connoiftbient  pas  ;  cela  efl  ii 
vrai ,  qu'ils  le  lont  même  imaginés  que  ce  rouage 
embarrailoit  l'opération  du  tirage  (^).  Quelle  in- 
conféquence  ! 

D'ailleurs  une  réflexion  qui  fe  préiente  ici  d'elle- 
même  ,  c'eft  qu'il  n'ell  pas  bien  certain  que  la  ma- 
chine du  fieur  B  *  *  *  ffit  un  modelé  parfait  de  celle 
de  Piémont.  Ce  doute  ell  d'autant  plus  railbnnable, 
que  le  témoignage  même  des  fieurs  M  *  *  *  ôc 
R  *  *  *  ,  de  la  façon  dont  ils  en  parlent,  fert  plutôt  à 
le  confirmer  qu'à  l'éclairclr ,  &  encore  moins  à  le 
réibudre. 

L'autorité  de  la  chofe  jugée  (e)  ne  milite  pas  moins 
que  les  principes  en  faveur  du  tour  de  Piémont  :  en- 
fin il  a  pour  lui  l'expérience  de  toute  l'Europe.  Muni 
de  tant  de  titres  ,  peut-on  lui  refufer  une  préférence 
auifi  jullement  acquile  ;  préférence  d'ailleurs  dont  il 
a  été  déjà  jugé  digne  par  l'épreuve  qui  en  a  été  faite 
en  1748  ,  en  prélence  de  Meilleurs  les  intendans  du 
commerce  ,  chez  M.  le  Tourneur,  l'un  d'eux? 

La  perfection  de  ce  tour  n'a  point  échappé  aux 
lumières  de  M.  Rouillé  ,  fecrétaire  d'état  ,  fous  les 
yeux  duquel  il  a  paru.  «  J'ai  vu  (/)  ,  dit  ce  favant 
»  miniilre  ,  le  tour  du  fieur  Othon  ,  qui  eft  celui  du 
»  Piémont  :  j'ai  vu  fon  dévidoir ,  &  j'ai  été  con- 
»  tent  de  l'un  &  de  l'autre  ».  Cette  approbation  eft 
un  garant  aifuré  de  celle  qu'on  a  lieu  d'attendre  de 
tous  les  connoiiTeurs  devant  qui  l'on  renouvellera 
l'épreuve  du  tour  de  Piémont ,  il  le  conieil  le  juge  à 
propos. 

L'importance  du  tirage  ou  filage  de  la  /o/e  démon- 
trée par  lui-même  &  reconnue  par  l'unanimité  des 
fabriquans  de  l'Europe  ,  rien  de  plus  interelTant  pour 
le  bien  du  commerce  du  royaume  en  général ,  &  en 
particulier  des  manufadures  des  étoffes  de  foie  qui 
en  font  la  branche  la  plus  conlldérabie  ,  que  d'affurer 
.  la  méthode  de  ce  même  tirage  ,  par  une  décilion  qui 
prononce  irrévocablement  iur  la  préférence  que  la 
machine  de  Piémont  mérite  iiir  fes  concurrentes.  Et 
comme  cette  décilion  doit  porter  fur  ces  deux  objets, 
i^.  la  llrudure  des  tours  ,  x°.  leur  utilité;  fuppofé 
que  le  confeil  ne  trouvât  pas  ,  quant  à-préfent  ,  ces 
objets  ou  l'un  des  deux  fuffiiàmment  éclaircis  ,  par 
les  raiibns  expliquées  dans  ce  mémoire  ,  en  ce  cas 
rien  de  plus  limple  que  d'en  faire  faire  la  vérifica- 
tion en  prélence  de  noiTeigneurs  les  commiffaires  du 
confeil  ,  par  les  députés  de  l'académie  royale  des 
Sciences ,  conjointement  avec  ceux  du  commerce  , 
6l  des  manufaduriers  ,  artilles  &  connoiffeurs. 

Cette  précaution  ,  qui  eft  conforme  à  la  fagefle  & 
aux  maximes  du  conieil ,  difîlpera  jufqu'au  doute  le 
plus  léger  ,  6i.  acquerra  infailliblement  à  la  machine 
de  Piémont  une  plénitude  d'évidence  ,  à  laquelle  fes 
adveriaires  ,  s'il  lui  en  relloit  encore  alors  ,  ne  pour- 
ront rélifter. 

Autres  obfervations  fur  le  tirage  des  foies.  Quoique 
l'explication  de  la  méthode  dont  les  Piémontois  fe 
fervent  pour  tirer  leurs  yè/w,  paroiiîe  fuffifante  pour 
parvenir  à  cette  perfeftion  qui  leur  eft  commune,  il 
feroit  néanmoins  nécefiaire  d'établir  un  ordre  ,  qui  , 
fans  exciter  les  murmures  que  caulent  ordinairement 
les  nouveautés ,  piit  rendre  le  pubUc  certain  de  la 
folidité  du  grand  objet  qu'on  fe  propofe. 

L'ordre  qu'on  fe  propofe  d'établir ,  pourroit  être 

(c)  Voyez  la  defcription  de  l'hafple  du  tour  du  fieur 
[^  ^c  *  )(c^  )es  numérations  des  dents  de  deux  roues  du  même 
tour ,  une  corde  finement  placée ,  &c. 

{d)  Voyez  le  procès-verbal. 

(<;)  Règlement  de  Piémont  de  1714. 

(/)  Lettre  du  ij  Août  174^  à  M.  deFourqueux,  procu- 
reur général  de  la  cbamDre  des  comptes. 


s  O  I 

vne  efpece  de  rcgiement ,  qui  put  concerner  toutes 
les  perionnes  qui  s'appliquent  à  faire  des  foies ,  prin- 
cipalement celles  dont  la  mauvail'c  foi  peut  donner 
lieu  à  de  grandes  dcfeftuofités  dans  celles  qu'elles 
font  tirer;  il  ne  peut  fe  trouver  que  des  perfonnes 
femblables  à  qui  cette  nouveauté  donne  de  la  répu- 
gnance ;  il  eft  nécefliiire  d'expliquer  quels  font  les 
abus  qui  peuvent  fe  commettre  en  pareil  cas. 

C'eit  un  uiage  confiant  en  France  ,  en  Piémont, 
en  Italie ,  &  depuis  peu  dans  le  royaume  de  Naples  , 
<\\iQ  chaque  particulier  qui  fait  faire  des  foies  ,  a  la 
liberté  de  les  faire  tirer  à  fa  fantaifie  ,  c'ell-à-dire,  a 
tant  de  cocons  ,  plus  ou  moins.  Cette  liberté  ne  doit 
point  être  ôtée  ù  ceux  qui  en  jouiffent,  crainte  de 
clécourager  les  perfonnes  qui  s'appliquent  à  faire  des 
nouvelles  plantations  de  meuriers.  Mais  elle  entraine 
après  foi  un  grand  inconvénient,  en  ce  que  ,  excep- 
té néanmoins  en  Piémont,  la.  foie  tirée  à  17  cocons 
eft  bien  fouvent  vendue  dans  les  foires  ou  marchés 
fur  le  même  pié  &.  au  même  prix  que  celle  qui  efl  ti- 
rée à  1 3  ou  à  1 2  ;  celle  tirée  à  1 2 ,  comme  fi  elle  étoit 
tirée  à  10  ouà  9  ,  ainfi  des  autres.  C'eft  au  moyen  de 
cette  fraude  qui  échappe  aux  lumières  des  plus  fa- 
meux connoillcurs,  par  la  finefle  de  hxfoic  tirée  ,  que 
tous  les  organfins  de  l'Europe  ,  autres  que  ceux  de 
Piémont ,  ne  font  jamais  portés  à  cette  perfeftion  fi 
néceflaire  pour  celle  des  étoffes,  fi  l'on  en  excepte 
néanmoins  certaines  fabriques  ,  qui  ayant  des  fonds 
affez  confidérables  pour  acheter  dans  le  tems  de  la 
récolte  la  quantité  de  cocons  dont  elles  peuvent  faire 
l'emploi  pendant  le  courant  de  Tannée  ,  lont  en  état 
de  fournir  une  quantité  proportionnée  d'organfni 
égal  &  bien  fuivi  auquel  on  donne  coniiramément 
le  nom  ^organfin  de  ti/Jge. 

Indépendamment  de  la  fraude  qui  peut  être  mife  en 
pratique  dans  le  tirage  dtsjbies  ,  concernant  la  quan- 
tité de  brins  fuppofée ,  la  croifade  fi  nécelfaire  pour 
l'union  des  brins  qui  compofentle  fil ,  &  fi  utile  pour 
parvenir  à  faire  un  belorganfm,ne  peut-elle  pas  être 
négligée .''  Tout  le  monde  lait  que  plus  il  y  a  de  croi- 
fure,  plus  la  y^ie  acquiert  de  perfection  ;  m.ais  aulîi 
elle  le  tire  bien  plus  doucement  ;  d'où  on  doit  con- 
clure que  l'avidité  du  gain ,  &  l'expédition  du  tirage 
pour  vendre  promptement  h  foie  tirée  ou  grèze ,  peut 
occafionner  la  négligence  d'un  article  aum  eiîei.liel 
dans  le  règlement  de  Piémont,  de  l'importance  du- 
quel dépend  toute  la  perfeâion  de  h  foie. 

Il  eft  peu  de  Fabriquans  de  foie  en  France  qui 
foient  en  état  de  fe  fournir  tout-d'un-coup  de  la  quan- 
tité de  cocons  qu'ils  peuvent  faire  tirer  ,  &  dont  ils 
font  préparer  la  foie  pour  être  employée  dans  leurs 
n"janufaéhires ,  &  les  faire  travailler  pendant  le  cou- 
rant d'une  année,  s'ils  ne  font  de  ceux  à  qui  le  con- 
feil  a  fait  des  fonds  ,  ou  accordé  des  privilèges  pour 
en  trouver  plus  facilement  ;  il  fautdonc  avoir  recours 
à  cette  multitude  de  particuliers  qui  font  tirer  eux- 
mêmes  ;  &  c'ell  précifément  cette  quantité  de /oie  de 
différens  tirages  qui  altère  les  organfins  qui  en  pro- 
viennent :  ce  qui  n'arriverolt  pas ,  fi  on  obfervoit  à 
cet  égard  la  même  règle  qui  ell  pratiquée  en  Pié- 
mont. 

Il  eft  néceflaire  d'obferver  encore  qu'il  efl  peu  de 
fabriquans  d'étoffes  qui  achètent  les  foies  oeuvrées 
comptant  ;  le  terme  du  payement  eil  toujours  au 
moins  d'une  année  :  il  efl  porté  quelquefois  à  plus  de 
1 5  mois  ,  &  cela  par  rapport  au  tems  long  pour  la 
préparation  de  la  matière  6l  la  fabrication  de  l'étoffe; 
de  forte  qu'un  marchand  de  foie  ,  qui  au  commence- 
ment de  la  récolte  vendra  layy/<;  achetée  dans  le  com- 
mencement de  la  précédente  ,  c[u'il  n'aura  pas  pu  tai- 
re préparer  plutôt ,  pour  continuer  l'on  travail,  qu'il 
ne  peut  ni  ne  doit  faire  difcontinuer ,  afin  d'entrete- 
nir fes  ouvriers  pour  ne  pas  les  perdre  ,  fera  obligé 
d'attendre  plus  de  deux  années,  avant  que  de  pQu- 


S  o  ï 


277 


voir  fe  procurer  le  rembcurfement  des  avances  uu'il' 
aura  été  obligé  de  faire  en  achetant  les  cocons  dé  di- 
vers particuliers  quine  peuvent  vendre  que  comptant. 

Il  n'en  efl  pas  de  même  des  particuliers  qui  font  ti- 
rer les  Joies  qu'ils  cueillent  :  ceux-là  ne  l'ont  pas  obli- 
gés  de  vendre  leurs  cocons  conipt;mt ,  attendu  leur 
bien  être  ,  &  le  bénéfice  qui  fe  trouve  fur  h  foie  qu'ils 
font  tirer,  6c  fur  les  fraudes  que  quelques-uns  peu- 
vent mettre  en  pratique ,  ainfi  qu'elles  ont  été  citées. 
Ils  vendent  la yô/e  qu'ils  font,  à  ceux  qui  la  prépa.-ent 
pour  la  vendre  aux  fabiiquans  d'étoffe.  Ces  fabri- 
quans de  foie  n'en  achètent  qu'au  fur  &  à  mefiire 
qu'ils  en  trouvent  le  débouché  :  ce  qui  fait  que  toutes 
ces  parties  différentes  achetées  de  difierens  particu- 
liers ,  réunies  pour  compofer  un  même  balot ,  ne 
peuvent  faire  qu'une  marchandife  ou  matière  très- 
défeetueufe. 

Pour  prévenir  un  abus  auffi  pernicieux,  il  feroit 
nécefïaire  de  faire  un  règlement  femblable  à  celui  de 
Piémont,  qui ,  entr'autres  articles,  en  eût  un  qui  af- 
fujettît  chaque  particulier  de  faire  une  déclaration  au 
châtelain  ou  procureur  fifcal  du  bourg  ou  village  où 
il  feroit  fa  réfidence  ,  de  la  quantité  de  cocons  qu'il 
a  cueillis  :  à  combien  de  brins  il  vouaroit  les  faire  ti- 
rer :  les  croifer  en  conformité  de  la  quantité ,  à  peine 
de  ,  &c.  dans  le  cas  où  il  feroit  une  fauffe  déclaration  : 
charger  ceux  qui  la  recevroient,  de  faire  des  vifites 
exaétes,  en  leur  attribuant  une  partie  des  amendes 
encourues ,  ou  autre  indemnité  pour  les  exciter  à 
veiller  :  prépofer  une  perlbnne  pour  faire  des  vifites 
générales  outre  lesparticuUeres:  6c  enfin  ne  rien  né- 
gliger de  ce  qui  pourroit  contribuer  à  faire  des  foies 
parfaites. 

l'outes  les  précautions  qu'on  pourroit  prendre 
pour  parvenir  à  la  perfedion  du  tirage  des  fies  ,  de- 
viendront inutiles,  des  qu'on  négligera  celles  qui 
conduiîent  à  la  perfection  de  l'organfin,  qui  ne  fau- 
roit  être  parfait ,  ni  même  bon  ,  fi  celui  qui  le  pré- 
pare ,  n'elt  pas  certain  de  la  quantité  de  fils  ou  brins 
qui  compof ent  les  fils.  On  ne  fauroit  être  inflruit  de 
cette  qualité  qu'en  mettant  en  pratique  les  moyens 
énoncés  ci-deffus. 

Au  moyen  de  cette  précaution  aufîi  néceffaire 
qu'utile,  le  particulier  qui  croiroit  avoir  été  trompé 
dans  l'achat  des  joies  grezes ,  n'auroit  befoln  que  de 
recourir  à  celui  qui  auroir  reçu  la  déclaration  de  (on 
vendeur  ,  pour  en  être  parfaitement  mflruit  ;  d'ail- 
leurs l'obhgation  impofée  de  la  faire  ,  tiendroit  en 
quelque  façon  tous  les  fraudeurs  en  règle;  6c  ceux 
qui  ne  s'y  trouveroientpas,  feroient  obligés  defubir 
la  peine  qui  leur  feroit  impofée  à  cet  égard;  conJé- 
quemment  les  prévaricateurs  feroient  retenus  par  la 
crainte  du  châtiment  ou  par  celle  des  exemple^,  &C 
ne  feroient  plus  de  fauffes  déclarations. 

Comme  cet  article  efl  le  plus  délicat  de  ceux  qui 
pourroient  être  iniérés  dans  le  règlement  prétendu  , 
aufîi  bien  que  celui  de  la  croifade  ,  il  ell  néannioins 
évident  qu'il  ne  feroit  à  charge  qu'aux  perfonnes  de 
mauvaife  foi.  Des  femblables  articles  font  obfervés 
dans  le  règlement  de  Piémont  concernant  les  filatu- 
res, ou  à-peu-près  de  même.  A  l'égard  des  autres, 
tels  que  ceux  qui  concerneroient  l'égalité  du  dévi- 
doir ,  tant  pour  les  tirages  de  foie  que  "pour  les  mou- 
hns  à  la  préparer  ,  le  falaire  des  tireufes  &  des  ou- 
vriers qui  travaillent  aux  moulins  ,  les  railbns  qu'on 
donneroit  de  la  nécellité  de  leurs  exécutions,  &C 
l'examen  qui  en  feroit  fait ,  fùfîiroient  pour  les  aug- 
menter ou  diminuer,  félon  que  le  cas  l'exigeroit. 

Dès  que  les  mouliniers  qui  préparent  U  foie  nyi 
fortir  du  tirage ,  feroient  sûrs  de  la  qualité  de  celles 
qu'ils  empioyeroient,  il  efl  certain  qu'ils  s'applique- 
roient  à  mieux  travailler  ;  aucune  raifon  ne  pour- 
roit les  dilculper  des  reproches  qu'on  leroit  en  droit 
de  leur  f»urc  fur  les  détàuts  qui  fe  trouveroient  dons 


s  O  I 


17  f5 

leurs  ouvrages  ;  les  organlms  dont  l'cf^alité  eu  li  re- 
cherchée, ik  qui  ne  le  trouve  que  dans  les  tabrlques 
auxqMcUL<s  le  tirage  des  joies  eil  atfedé  ,  le  trouve- 
roicnt  pour  lors  également  beaux  par-tout.  Le  prix 
exceHit'de  ces  mêmes  organlins  appelles  communé- 
ment orgtin/ins  du  tira'jse^  qui  ordinairement  elt  de  3 
à  4  1.  par  livre  plus  cher  que  les  autres,  feroit  ceiTer, 
en  diminuant ,  celui  des  étotîes  ,  qui  ne  lauroient 
cire  parfaites  l'ans  le  lecours  de  ces  mêmes  organlins, 
conlequemment  la  diminution  de  la  matière  néccl- 
lairc  i\  la  perfeifUon  de  l'etofFe  le  trouvant  dans  l'é- 
toffe même  ,  pounolt  donner  lieu  à  une  conlomma- 
tion  &  k  l'établitrement  de  la  fabrique  de  celles  qui 
ne  liniroient  lubliller  en  France,  que  parce  que  la 
matière  dont  elles  font  compofées  ,  cÛ  inhoimcnt 
moins  parfaite,  &  plus  chère  que  celle  dont  les  étran- 
gers le  fervent. 

Du  mouUnagc  des  foies.  Lemoulinage  ou  filage  des 
y?*/^^  étant  la  préparation  au  moyen  de  laquelle  on  peut 
employer  ou  travailler  \71J0ie  ,  foit  pour  les  étotîes , 
bas  ,  &c.  il  eft  nécelfaire  ,  pour  faciliter  aux  curieux 
l'intelligence  de  cette  préparation  ,  de  leur  faire  re- 
marquer que  toutes  \çs  foies  en  général  qui  lont  tirées 
fimplementdu  cocon  ,  font  appellces  foie  gr^ie. 

Cette/o/«grèze  reçoit  eniuire  ditFérentes  prépara- 
tions, on  en  fait  du  poil ,  de  la  trame  ,  &  de  l'or- 
ganfm. 

Le  poil  eft  compofé  d'un  feul  brin  de  foie  grèze, 
tordu  foiblement  fur  hii-même  ;  cette  préparation 
eft  néceffaire  pour  donner  plus  de  conliftance  à  cette 
qualité  Aefoie,  6c  afin  qu'elle  ne  bourre  pas  en  tein- 
ture ;  le  poil  eft  défendu  dans  toutes  les  étoffes  de 
foie  ,  &  n'cft  employé  que  dans  la  bonneterie, 

La  trame  eft  compofée  de  deux  brins  de/o/e  grèze, 
tordus  légèrement  comme  le  poil.  Il  y  en  a  quel- 
qu'une à  trois  brins,  mais  elle  n'eft  pas  commune. 

On  donne  encore  le  nom  de  trame  à  une  certaine 
quantité  de  brins  ùefuie  grèze,  tordus enfemble  fur 
une  machine  difpofée  pour  cette  opération ,  appel- 
lée  oval/e  ;  mais  comme  cette  qualité  de  foie  n'eft 
propre  que  pour  les  bonnetiers ,  on  ne  la  détaillera 
qu'après  avoir  donné  l'explication  de  la  manière 
dont  on  fabrique  l'organfm. 

L'organfin  eft  compofé  de  deux  brins  de  foie  grèze, 
il  y  en  a  de  trois  &  de  quatre ,  mais  les  plus  ordinai- 
res font  de  deux  brins.  La  préparation  de  cette  qua- 
lité de  foie  ,  eft  bien  différente  de  celle  des  autres  ; 
l'organlin  ayant  befoin  d'une  force  extraordinaire  , 
pour  qu'il  puiffe  réfifter  à  l'extenfion  &  aux  fatigues 
du  travail  de  l'étoffe  dont  il  compofé  la  chaine,ou 
toile,  dans  laquelle  la  trame  elt  paffée. 

Il  faut  donc  pour  la  compolition  de  l'organfin  , 
que  chaque  brin  de  foie  grèze  dont  il  eft  compofé  , 
foit  tordu  léparément  fur  lui  même,  d'une  force  ex- 
traordinaire ,  avec  l'aide  du  moulin  difpolé  pour 
cette  opération.  Ce  tors  ,  auquel  on  donne  le  nom 
de  premier  apprêt^  &  qui  fe  fait  à  droit  ,  eft  fi  con- 
fidérable ,  que  félon  la  fupputation  la  plus  exade  , 
trois  pouces  de  longueur  du  brin  ,  préparé  comme  il 
faut ,  auront  reçu  plus  de  800  tours.  Le  règlement 
de  1737.  àonné  ad  hoc  ,  ordonne  ,  ^rr. /Oi?.  de  don- 
ner au  moins  aux  organfms  ,  au  filage  ,  ou  premier 
apprêt ,  foixante  points  deffous  ,  &  quinze  deffus  ; 
c'eft  à-dire  que  le  pignon  qui  conduit  celui  de  la  bo- 
bine fur  laquelle  \vijoie  le  roule,  à  mefure  qu'elle  fe 
travaille,  n'ayant  que  quinze  dents  ,  &  la  bobine 
un  pignon  de  foixante  ,  il  faut  que  le  pignon  conduc- 
teur faffe  quatre  tours  pour  en  faire  faire  un  à  la  bo- 
bine, qui  par  conféquent  tournant  très-doucement, 
donne  le  tems  au  brin  deyo^e  grèze  de  recevoir  le 
tors  ou  apprêt  qui  lui  eft  néceffaire  ;  de  façon  que  ff 
le  pignon  de  quinze  dents  en  avoit  trente  ,  &  celui 
de  la  bobine  loixante  à  l'ordinaire  ,  le  brin  n'auroit 
pas  tant  de  torb  ou  apprêt ,  parce  qu'elle  ramalièroit 


S  O  I 


la /À/V  plus  vite  ,  le  n'.culin  ne  donnant  que  le  tors 
ordinaire,  lequel  n'augmente  ni  ne  diminue  qu'au  pro- 
rata du  mouvement  lent  ou  piompr  qu'on  donne  à  la 
bobine. 

Chaque  brin  étant  préparé  de  la  façon  qu'on  vient 
de  le  dumontrer  ,  il  eft  queftion  de  donner  à  l'organ- 
fin le  retors  ,  ou  fécond  apprêt  ,  pour  le  finir  ; 
il  taut ,  pour  parvenir  à  cette  Itconde  opération,  dou- 
bler ,  ou  joindre  enfemble  deux  brins  de  la/wV  pré- 
parée comme  il  a  été  dit  ci-deffus ,  &  lorlqu'on  a  le 
nombre  de  bobines  néctflaires,  on  les  remet  fur  le 
moulin  ,  pour  leur  donner  le  tors  néceffaire,  c'eft  ce 
qu'on  appelle  charger  le  moulin  ;  avec  cette  différen- 
ce ,  que  le  iecond  tors  n'emporte  que  la  dixième  par- 
tie du  premier  ^  puilque  l'article  du  règlement  qu'on 
a  déjà  cité,  ordonne  que  les  organfins  gros  feront 
retordus  tant  lur  tant ,  ou  point  fur  point  :  ce  qui 
fait  un  quart  de  différence  pour  le  mouvement ,  & 
que  dans  cette  féconde  opération  ,  au-lieu  d'une  bo- 
bine pour  ramafler  le  fil,  dent  la  circonférence  eft  or- 
dinairement de  fix  pouces  leulement ,  ici  c'eft  un 
dévidoir  ,  auquol  les  artiftes  ont  donné  le  nom  Hhaf- 
pk  ,  tiré  de  l'allemand,  afpUn^Aont  la  circonférence 
eftde  quinze  pouces  environ  ;  ce  qui  faifant  ramaffer 
ou  dévider  Id J'oie  plus  vite,  ne  donne  qu'un  tors  très- 
léger  dans  cette  féconde  préparation.  (  Art.  10.  du 
règlement  de  Piémont  ,  concernant  le  mouUnagc  des 
foies ,  du  8  Avril  1724.  ) 

11  taut  oblerver  que  les  bobines  pour  le  fécond  ap- 
prêt, tournent  à  gauche  ,  parce  que  fi  on  les  faifoit 
tourner  comme  dans  le  premier ,  la  foie  tordue  une 
féconde  fois  dans  le  même  fens  ,  ayant  reçu  un  tort 
confidérable  ,  fe  frilèroit  d'une  telle  façon  ,  qu'il  fc-^ 
roit  impoffible  de  l'employer  ;  de  forte  que  les  deux 
brins  tordus  &  préparés  comme  il  vient  d'être  dé- 
montré, ces  deux  brins  paroiffant  n'en  compofer 
qu'un  ,  forment  le  fil  d'organfin. 

Les  organfins  à  trois  ou  quatre  brins  ,  reçoivent  la 
même  préparation  que  ceux  à  deux  brins  ,  pour  le 
premier  &  fécond  apprêt  ;  avec  cette  différence , 
que  pour  faire  un  organfin  à  trois  brins  ,  il  faut  dou-^ 
bler  ou  joindre  enlemble  trois  brins,  fur  une  même 
bobine  ;  pour  un  organfin  à  quatre  brins ,  on  en  joint 
quatre  ,  enluite  chargeant  le  moulin  ,  on  leur  donne 
le  fécond  apprêt ,  comme  aux  premiers. 

11  refte  ;\  oblerver  que  quoique  le  moulin  ne  tourne 
que  d'un  même  côté,  qui  eft  à  gauche  ,  néanmoins 
un  feul  moulin  peut  faire  toutes  ces  qualités  àe  foies., 
qui  viennent  d'être  décrites  ,  quoique  les  bobines 
foient  de  nécelfité  de  tourner  à  droit  &  à  gauche  ,  la 
difpofition  des  moulins  étant  de  façon  que  les  parties 
qui  frottent  contre  les  fuleaux  qui  foutiennent  les 
bobines  ,  ont  leur  mouvement  en  dedans  pour  le 
premier  apprêt ,  &  en  dehors  pour  le  fécond  ;  c'eft 
une  des  phrs  grandes  perfedions  des  moulins  ,  à  la* 
quelle  les  Piémontois  ont  donné  beaucoup  de  hiftre* 
Un  expliquera  ces  différens  mouvemens  ,  en  détail- 
lant toutes  les  parties  du  moulin. 

La  foie  ovalée  reçoit  une  préparation  femblable  à- 
peu-pres  ,  à  celle  de  la  trame  ,  avec  cette  différence, 
qu'au  lieu  de  deux  ou  trois  brins  de  foie  grèze  feule- 
ment, qui  compolent  cette  dernière  qualité, la  pre- 
mière eft  compofée  de  huit ,  douze  ,  &  quelquefois 
feize  brins  ;  mais  comme  cette  qualité  de  foie  n'eft 
propre  qu'aux  bonnetiers  ,  attendu  qu'une  étoffe  ne 
doit  recevoir  dans  la  confeétion  ,  qu'une  certaine 
quantité  de  brins  de  trame  ,  quantité  proportionnée 
au  deffein  ,  ou  à  fa  réduft ion  ,  ou  à  la  groffeur  de 
l'organfin  ,  dont  la  chaîne  eft  compofée;  on  ne  pour- 
roitpas  faire  une  étoffe  parfaite  ,  fi  on  y  employoit 
une  qualité  de  foie  dont  les  brins  ne  pourroient  pas 
être  diminués  ou  augmentés  ,  comme  il  arriveroit 
avec  la  foie  ovalée. 

L'art.  1.  du  règlement  du  mois  de  Février  1672^ 


I 


s  O  ! 

qui  permet  aux  maîtres  bonnetiers  de  la  vlîle  âc  Pa- 
ris ,  de  faire  des  bas  au  moins  à  quatre  brins  de  tra- 
me ,  pour  l'afiîle  qui  forme  la  maille  ,  ayant  donné 
lieu  à  des  abus  coniidérabies  ,  en;/;ë  que  les  fabri- 
quans  ,  pour  faire  des  bas  légers  ,  âvoient  trouvé  le 
moyen  d'employer  des  trames  très-fines  ,  ce  qui 
rendoit  les  bas  défectueux  ,  il  fut  ordonné  ,  par  ar- 
rêt du  confeil ,  du  30  Mars  1700.  art.  4.  qutles foies 
préparées  pour  les  ouvrages  de  bonneterie ,  ne  pour- 
roient  être  employées  en  moins  de  huit  brins  ;  ces 
lîuit  brins  pouvoicnt  être  de  trame  ou  de  poil  indif- 
féremment ,  mais  néanmoins  de  foie  travaillée  au 
moulin  ;  mais  comme  les  Jbia  di  cette  elpece  fai- 
foient  revenir  le  bas  plus  cher  qu'il  n'efl  aujourd'hui, 
attendu  les  frais  du  devidage  &  du  doublage  ,  les 
fabriquans  de  bas  de  Nîmes  îk  de  Lyon  ,  inventèrent 
L'ovale  ,  qui  ell  en  ufage  dans  tcu:  le  royaume  ,  ex- 
cepté à  Paris,  afin  que  la  modicité  du  prix  de  cette 
marchandife  ,  qui  n'eft  pas  moins  de  25  à  30  fols  cha- 
que paire,  donnât  lieu  à  une  plus  grande  confom- 
mation. 

Pour  rendre  plus  intelligible  la  différence  de  la 
foie  ovalée  ,  d'avec  la  trame  ou  le  poil ,  quant  aux 
frais,  il  cil  bon  d'obferver  que  ,  fuivant  l'ancienne 
méthode  pratiquée  dans  les  provinces  ,  lorfque  la 
trame  ou  le  poil  étoient  teints ,  il  falloit  les  faire  dé- 
vider ,  ce  qui  couîoiî  des  frais  affez  confidérables  ; 
le  déviJage  étant  fait  ,  il  falloit  enfuite  doubler ,  ou 
joindre  enfemble  la  quantité  de  fils  dévidés  ,  qui  dé- 
voient compofer  ralîife;îoutes  ces  opérations  faifoieut 
revenir  cette  matière  plus  chère  ;  le  doublage  ,  en 
unifiant  les  fils,  qui  ne  pouvoient  être  au-deflbus  de 
huit  brins  ,  leur  donnoit  une  elpcce  de  tors  ,  pour 
l'employer  plus  facilement,  il  falloit  encore  que  les 
^/e5  trame,  ou  poil  ,  eufî'ent  été  travaillées  au  mou- 
lin ,  ainfi  qu'il  a  été  démontré  dans  l'article  du  mou- 
linage,  ce  qui  augmentoit  les  frais  de  la  préparation  ; 
aujourd'hui  l'ovale  épargne  le  m.oulinage  ,  le  devi- 
dage en  entier  ,  &le  doublage  en  partie,  parce  que 
l'ovale  étant  une  imitation  du  doublage  ,  une  ouvriè- 
re ,  ou  ouvrier  feul ,  en  faifant  autant  que  feize  , 
félon  l'ancienne  méthode  ,  le  payement  qui  fe  fait 
pour  une  icmblable  préparation  ,  ell  équivalent  à  la 
proportion  du  travail. 

On  a  dit  que  h  foie  ovaiée  ctclt  un  affemblage  de 
huit,  douze  ,  même  juKni'à  feize  brins  de  foie  grèze  , 
fuivant  la  qiK-ilité  de  l&j'oie  ,  ou  le  poids  qu'on  veut 
donner  au  bas  ;  cette  foie ,  ou  ces  brins  font  préparés 
comme  la  traîne  ,  c'eft-à-dire  tordus  légèrement  en- 
semble lur  eux-mcir.es  ,  &  doivent  compoler  la  moi- 
tié de  l'aflile  ,  qui  par  fa  grofleur  eft  dévidée  fi  aiic- 
ment ,  que  les  frais  n'en  font  pas  comptés  ,  &  c'efi: 
la  feule  préparation  dont  elle  a  befoin  ;  dans  cette 
opération  le  trouvent  renfermées  le  moulinage  ,  le 
devidage  ,  &  la  partie  du  doublage  ,  bien  différent 
■de  l'ancien. 

Lorfque  la  foie  cft  ovalée  ,  on  la  donne  au  teintu- 
rier pour  lui  donner  la  cou  leur  defirée  ,  &:  lorfqu'el- 
le  cfi:  teinte  ,  comme  on  vient  de  dire  qu'elle  ne 
compoioi'L  que  la  moitié  de  l'afiife  ,  on  joint  enfem- 
ble les  deux  fils  de  foie  ovales  ,  &  les  repaffant  fur 
l'ovale,  comme  le  premier  ,  ces  deux  fils  paroifiant 
n'en  compofer  qu'un  ,  forment  Talfife  emiere  ,  pro- 
pre à  la  fabrication  du  bas. 

Outre  la  propriété  de  l'ovale  à  concourir  à  la  di- 
minufjon  des  frais  pour  préparer  layè/V,  elle  en  a  en- 
core une  pour  le  mélange  des  bas  ;  par  exemple  li  on 
veut  tiiire  un  bas  mélangé  gris  de  maure ,  &:  gris  clair, 
on  fait  teindre  lui  fil  de  chacune  de  ces  deux  cou- 
leurs ,  on  les  double  eu  joint  enfemble  ,  6c  les  re- 
paffant fur  l'ovale,  le  tors  que  cette  machine  donne 
à  CCS  deux  fils ,  quoique  léger ,  efl  fi  jufle  que  le  mé- 
lange le  trouve  parfait  dans  la  fabrication  du  bas  ;  de- 
là vient  q_ue  dans  le  ir.élan^e  des  bas  de  Nîmes , 


SOI  279 

Lyon  ,  &c.  on  ne  voit  point  des  barres  brunes  ni 
des  barres  claires  ,  mais  un  mélange  fi  régulier,  qu'il 
n'cft  pas  poffible  de  faire  mieux. 

Outre  cette  perfedion  de  l'ovale ,  îl  en  eft  encore 
une  dans  cette  m.ême  machine  ,  qui  n'efl  pas  moins 
eifentielle  que  la  précédente.  Le  fabriquant  qui  fait 
ovaler  fa  Joie  ,  fait  jufqu'à  un  pouce  la  longueur  de 
fon  écheveau  ,  &  la  quantité  qui  lui  efl  néceflaire 
pour  la  quahîé  ou  longueur  du  bas  qu'il  fe  propofe 
défaire  ,  de  façon  que,  comme  il  arrive  très-fouvent 
que  le  teinturier  charge  la/oie  de  drogues  ,  pour  ren- 
dre le  poids  de  lafoie  ,  en  conformité  des  reglemens 
6c  de  i'ufage ,  retenant  de  fon  côté  une  partie  des 
échev.eaux,il  arrive  que  la  longueur  déterminée  & 
juile  de  l'ovale  ,  met  le  fabriquant  de  bas  à  l'abri  de 
cette  £-aude ,  parce  que  étant  ovalée  teinte  ,  elle  doit 
avoir  la  même  longueur  que  lorfqu'eile  ne  l'étoit  pas, 
&  que  quand  même  le  poids  fe  trouveroiî  dans  la 
partie  rendue  par  le  teinturier,  fi  la  longueur  n'y 
étoit  pas  de  même,  la  fraude  feroit  trop  vifible. 

Pour  rendre  fenfible  la  façon  dont  on  peut  mefuref 
la  longueur  du  fil  ovale,  il  n'efl  befoin  que  d'exami- 
ner Thafple  ,  ou  dévidoir,  fur  lequel  fe  forment  les 
écheveaux  ;  au  bout  de  l'axe,  ou  arbre  du  dévidoir, 
efl  un  pignon  de  qu3tre  dents  ,  qui  Cx-grene  à  une 
roue  de  vingt-quatre  ,  de  façon  que  tous  les  fix  tours 
du  dévidoir  ,  la  roue  en  fait  un  ;  au  centre  de  cette 
même  roue  efl  attaché  un  autre  pignon  de  quatre 
dents ,  qui  engrené  à  une  féconde  roue  de  quarante  ; 
tous  les  dix  tours  de  la  première  roue ,  cette  féconde 
en  fait  un  ;  combinez  le  mouvement  de  l'hafple  ,  avec 
celui  de  la  première  &  féconde  roue ,  il  arrivera  que 
toutes  les  fois  que  cette  dernière  fait  un  tour,  le  de- 
vi.ioir  en  fait  foixante;  la  chofe  efl  claire  ;  au  centre 
de  cette  féconde  roue  ,  efl  un  axe  de  quatre  à  cinq 
pouces  de  longueur ,  &  de  trois  ou  quatre  lignes  de 
diamètre  ,  fur  lequel  fe  roule  une  corde  fine  ,  au 
bout  de  laquelle  efl  attaché  un  poids  de  trois  ou  qua* 
tre  onces  ,  afin  de  la  tenir  tendue  ;  lorfqu'on  veut 
favoir  combien  de  tours  le  dévidoir  a  fait,  il  n'efl  be- 
foin que  de  coinpter  les  tours  de  la  corde  ,  fur  l'axe 
de  la  féconde  roue ,  6c  multiplier  ces  mêmes  tours 
par  foixante ,  le  produit  donnera  jufle  la  quantité 
ûcs,  tours  du  dévidoir  j  par  exemple  ,  dix  tours  de  la 
petite  corde  ,   multipliés  par  foixante  ,   donneront 
fix  cens  tours  du  dévidoir  ,  &c. 

Toutes  ces  perfeélions  établies  de  l'ovale  ,  n'em- 
pêchent pas  qu'il  n'y  ait  une  imperfeftion  bien  mar- 
quée dans  le  bas  fabriqué  avec  les  fecours  de  cette 
machine  ,  pulfque  le  règlement  concernant  la  manu- 
facture de  cette  marchandii'e ,  en  défend  I'ufage  à  Pa- 
ris, oii  il  n'eil  permis  de  fabriquer  des  bas  qu'à  tra- 
me diflincle  ;  c'efl  le  terme  des  fabriquans  de  Paris» 
Il  s'agit  d'établir  la  différence  qui  fe  trouve  dans  le 
bas  fabriqué  avec  de  la  foie  ovalée,  d'avec  celui  qui 
l'cfl  à  trame  diflinéle. 

La  façon  dont  on  a  démontré  la  préparation  de  la 
foie  ovalée  ,  efl  bien  différente  de  celle  de  la  trame 
ou  du  poil.  Dans  cette  première,  tous  les  brins  de 
/o/Vgreze  font  préparés  enlémble  :  &  dans  la  fécon- 
de ,  ils  font  préparés  ou  deux  enfemble  ,  comm.e  la 
trame  ,  ou  unfeul,  comme  le  poil.  Or  il  réfuice  de 
toutes  ces  préparations  différentes  ,  qu'il  n'efl  per- 
fonne  qui  ne  convienne  que  <^  brins  de  trame  prépa- 
rés féparement,  auront  plus  de  confiflance  &  plus 
d:.'  pcrfeciion  que  1 6  brins ,  de  la  même  manière  pré- 
parcs tous  enfemble  ;  conlcquemmcnt  qu'un  bas  fa- 
briqué à  trame  diflindc, acquerra  plus  de  brilLuit  & 
plus  de  qualité  qu'un  autre  fabriqué  avec  de  la  trame 
ovalée.  Il  efl  encore  à  remarcjuerquc  h  un  bas  fabri- 
qué avec  de  la  foie  ovalée  ,  lé  trouve  au  lortir  de 
1  apprêt  avoir  un  nœud  à  l'endroit ,  il  faut  néceflaire- 
ment  le  couper  pour  ôter  cette  difformité  ;  or  on 
foutient  qu'il  n'cft  pas  poffible  de  couper  un  n^vud 


iiSo 


S  O  I 


de  h  foie  ovalce  ,  qu'on  ne  coupe  l'afTife  du  bas ,  ou 
au-moins  la  moitié  ,  conféquemment  que  la  maille 
nV'chappe  totalement ,  ce  qui  ne  {iUiroit  arriver  dans 
un  bas  tabriquc  à  trame  dillinde  ,  où  un  nœud  de  la 
joie  coupée  ,  ne  compolant  que  la  huitième  partie  de 
l'affile  ,  les  leptieme  &  huitième  reftantes  auront 
toujours  alfez  de  force  pour  Ibutenir  la  maille. 

Enfin  l'invention  de  l'ovale  n'a  été  établie  &c  to- 
lérée en  France,  que  pour  faciliter  le  commerce  avec 
retrancher.  Les  Anglois  nous  ont  indiqué  cette  ma- 
chine ,  nous  aurions  la  mauvaife  grâce  de  leur  lailfer 
faire  impunément  ce  commerce ,  tandis  que  nous 
pouvions  les  imiter  :  on  n'empêche  pas  à  Paris  d'o- 
valer  des  trames  &C  des  organfins  ;  mais  dans  ce  cas, 
l'ovale  n'étant  qu'une  double  préparation ,  qui  au- 
gmente la  perfeftion  de  cette  marchandife  ;  la  con- 
Ibmmation  qui  fe  tait  dans  la  ville  étant  plus  que  luf- 
fifante  pour  occuper  tous  les  maîtres  bonnetiers  qui 
y  font  établis;  il  n'eft  pas  furprcnant  fi  les  bas  y  font 
plus  chers  qu'en  aucune  ville  du  royaume,  &  fi  leur 
prix  excelTif  empêche  la  confommation  qui  pourroit 
en  être  faite  chez  l'étranger.  Ce  qui  n'empêche  pas 
néanmoins  que  les  connoiffeurs  n'accordent  la  pré- 
férence à  qui  elle  eft  due  ,  quant  ù  la  qualité  ,  puil- 
qu'on  a  vu  des  fraudeurs  marquer  impunément  des 
bas  fabriqués  à  Lyon  avec  un  faux  plomb  de  Paris , 
ce  qui  a  occafionné  le  règlement  du  lo  Juillet  1743  , 
qui  concerne  la  bonneterie. 

Explication  du  moulin  à  filer  la  foie.  La  planche 
marquée  A  repréfente  un  moulin  à  trois  vargues  ;  on 
appelle  vargues  chaque  rangée  de  bobines  &L  fu- 
feaux  ;  il. y  a  des  moulins  en  Piémont  à  4  &  6  var- 
gues, mais  les  plus  ordinaires  font  à  4  ;  favoir,  trois 
vargues  pour  le  premier  apprêt,  &  un  pour  le  fécond, 
attendu  que  ce  dernier  fait  autant  d'ouvrage  (^ue  les 
deux ,  même  les  trois  autres  ,  ainfi  qu'il  a  été  expli- 
qué dans  la  defcription  du  moulinage  des  foies.  Il 
fera  encore  à-propos  d'obferver  que  le  vargue  du 
bas  du  moulin  qui  donne  le  fécond  apprêt  aux  organ- 
fins ou  le  retordement ,  peut  aufli  faire  des  trames. 
La  partie  rembrunie  de  l'intérieur  du  moulin  eft  un 
âflemblage  de  pièces  de  bois  de  la  largeur  d'un  pou- 
ce &  plus ,  montée  en  forme  de  chaffis  ,  de  figure 
ronde,  comme  la  figure  du  moulin  ,  laquelle  tour- 
nant fur  un  pivot  par  le  fecours  d'un  homme ,  de 
l'eau  ou  d'un  cheval  ,  donne  le  mouvement  à  toute 
la  machine.  Il  n'a  pas  été  poffible  de  décrire  cette 
partie  intérieure  ,  parce  qu'elle  auroit  fait  difparoî- 
tre  les  principales,  qui  compofent  toute  la  machine 
entière. 

La  lettre  J  repréfente  le  bâtiment  du  moulin  ;  5, 
la  partie  intérieure  qui  tourne  ;  C,  des  pièces  de  bols 
appliquées  fur  la  partie  tournante  ,  en  forme  de  vis 
fans  fin  ,  appellées/eT^^J  ,  pofées  diagonalement  fur 
cette  même  partie  ,  lefquelles  paflant  deffous  les 
branches  des  étoiles  marquées  D  ,  les  font  tourner 
régulièrement,  de  façon  que  lorfqu'une  ferpe  a  élevé 
en  tournant  une  branche  de  l'étoile  ;  celle  qui  lui 
fuccedeparfapofition  ,  prend  celle  de  deffous,  & 
fucceffivement  elles  fe  reprennent  les  unes  &  les  au- 
tres ;  E  ,  pièce  de  bois  faite  en  forme  de  croix  ,  at- 
tachée folidement  à  la  partie  tournante  ,  mobile  dans 
la  croifée ,  garnie  de  peau ,  dont  le  frottement  contre 
les  fufcaux  leur  donne  le  mouvement  en  dedans,  & 
à  droit  dans  les  deux  vargues  fupérieiirs  ,  &  à  gau- 
che dans  le  vargue  inférieur  ,  ainii  qu'il  eft  démon- 
tré par  la  figure  ;  F,  roue  qui  donne  le  mouvement 
au  va-&-vient ,  ou  efpece  de  cercle  fur  lequel  font 
pofés  des  fils  de  fer  courbés ,  en  forme  d'anneau  ,  fer- 
vans  de  guide  au  fil  qui  fe  roide  fur  les  bobines  mar- 
quées C,  te  qui  les  fait  porter  d'une  extrémité  inté- 
rieure à  l'autre  ,  &  les  fait  croifer  par  Cette  variation, 
régulière  &  néceffaire  pour  faciliter  le  dévidage  de 
Xà'jeu  filée  ,  quand  il  eft  queftion  de  la  doubler  pour 


S  O  I 

lui  donner  le  fécond  apprêt  ;  /f ,  le  petit  cercle  de 
bois;/,  les  fils  de  fer  recourbés;  L  ,  fupport  des 
étoiles  ;  A/,  étoile  ou  pignon  ,  qui  donne  le  mouve- 
ment aux  bobines  G  ,  dans  les  deux  vargues  fiipç- 
rieurs  ,  &  aux  dévidoirs  iVdu  vargue  inférieur;  O 
bobines  pour  filer  \dfoie  ,  qui  tournent  à  droite  ;  P  , 
bobines  pour  donner  le  retordement  ou  fécond  ap- 
prêt ,  qui  îounrtnt  à  gauche  ;  Q  ,  coronaire  ou  cou- 
ronne à  laquelle  eft  attaché  un  fil  de  fer  R  ,  qui  faci- 
lite le  de  vidage  de  h  foie  qui  eft  fur  les  bobines  ;  «S, 
les  fufeaux  ;  T,  petits  verres  dans  lefquels  entre  là 
pointe  des  fufeaux,  appelles  par  les  Piémontois  car- 
cagnolcs  ;  /^,  pivot  de  la  plante  du  moulin;  A^,  ar- 
bre du  moulin  ,  qui  avec  l'arbre  X  du  dévidage  ,  né 
doit  compoier  qu'une  feule  pièce.  Lorique  les  mou- 
lins tournent  à  l'eau  ,  ou  avec  des  grandes  roues  gar- 
nies de  deux  hommes ,  &  qu'il  fe  trouve  pluficurs 
plantes  de  moulin  qui  doivent  tourner  par  un  feul 
mouvement,  la  partie  X  du  moulin  eft  environnée 
d'une  roue  à  cheville  marquée  Y,  laquelle,  par  le 
moyen  de  la  lanterne  aa  ,  attachée  à  l'arbre  delà 
grande  roue  à  l'eau  ou  à  hommes  ,  donne  le  mouve- 
ment au  moulin.  Et  lorfqu'il  fe  trouve  plufieurs  plan- 
tes ,  la  communication  du  mouvement  fe  fait  de  l'une 
à  l'autre  plante  ,  de  la  même  façon  qu'il  eft  marqué 
dans  celle-ci. 

La  planche  marquée  B  repréfente  le  devidage  des 
foies  fur  les  bobines  ,  pour  les  mettre  fur  le  moulin. 
Ces  de  vidages  doivent  être  de  400  tavelles  ou  dévi- 
doirs pour  les  moulins  à  3  ou  4  vargues  ,  &  à -pro- 
portion fuivant  la  quantité  de  plantes  de  moulin  ,  ce 
qui  n'empêche  pas  qu'on  ne  falfe  dévider  à  des  ou- 
vrières avec  la  main  pour  fuppléer  au  défaut  du  de- 
vidage.  La  foie  dévidée  avec  les  tavelles  eft  la  môme 
qui  iort  de  defllis  le  tour  à  tirer  la  foie  ,  appellée 
communémentyè/e  gre^e. 

Il  eft  inutile  de  donner  la  dénomination  des  roueis 
à  chevilles  &i  à  dents  ,  de  même  que  des  lanternes  , 
qui  font  les  mêmes  ,  le  mouvement  étant  très-bien 
indiqué  ,  il  ne  s'agit  que  de  faire  remarquer  les  prin- 
cipales opérations  de  ce  devidage  ;  A  ^  roue  qui  don- 
ne le  mouvement  à  toute  la  machine  ;  B ,  roue  à 
couronne  ,  laquelle,  par  un  excentrique  qui  lui  eft 
attaché ,  conduit  le  va-&-vient  marqué  C ,  où  font 
placés  les  guides  qui  font  varier  le  fil  fur  les  bobines 
D  ,  afin  de  faciliter  le  devidage  de  la  foie  ;  E  ,  roues 
de  bois  dans  le  canon  defquelles  eft  paffé  quarrémeirf 
une  tringle  de  fer  de  longueur  ,  pour  qu'elles  tour-* 
nent  toutes  enfemble  ,  6c  par  leur  frottement  à  la 
noix  F,  dans  laquelle  eft  pafte  immobilement  une 
broche  de  fer  qui  entre  dans  la  bobine  D ,  elles  font 
tourner  les  bobines  qui  appuient  par  la  noix  de  la 
broche  fur  les  roues  E  très-légerement ,  ou  par  leur 
propre  poids,  de  façon  que  quoiqu'un  fil  de  l'éche- 
veau  qui  eft  lur  les  tavelles  retienne  ,  les  roues  ne 
cefi'ent  point  de  tourner,  fans  néanmoins  cafter  le  fil; 
G  ,  tavelles  ou  forme  de  dévidoir  ;  H ,  petits  poids 
attaché  à  un  cercle  de  la  noix  de  la  tavelle  pour  la 
fixer  ;  K  ,  banque  ou  partie  qui  foutient  tout  le  de- 
vidage; L  ,  petites  roulettes  qui  foutiennent  la  lame 
du  Vd-6i.  vient. 

Il  eft  à  obferver  que  les  moulins  feuls  ,  comme 
celui  dont  nous  donnons  la  defcription ,  tournent  au 
moyen  d'un  homme ,  qui  eft  deflbus  dans  la  partie 
intérieure  de  la  machine;  &  lorfqu'il  fe  trouve  qua- 
tre ou  cinq  plantes  de  fuite  ,  li  on  fait  tourner  par 
le  fecours  des  hommes  ,  on  les  met  dans  une  grande 
roue  qui  communique  par  fon  arbre  à  celui  du  mou- 
lin ,  à  la  grande  roue  duquel  engrené  un  autre  arbre 
pofé  horilbntalement,  qui  communique  à  une  autre 
plante  ,  &  fucceirivement  par  la  môme  continuation, 
îorfque  l'eau  fait  tourner  lefdits  moulins.  On  a  vu 
jidqu'à  18  plantes  de  fuite  ,  qui  ne  rece voient  leur 

mouvement 


s  O  I 

mouvement  que  d'une  feule  roue  à  l'eau,  qui  pro- 
duit Je  même  eifet  que  celle  à  homme. 

Explication  de  l'ovale.  A  bâtiment  de  l'ovale.  B 
affiette  de  l'ovale.  6  manivelle  pour  donner  le  mou- 
vement. D  grande  roue  fur  laquelle  eftpaHee  la  cour- 
roie qui  embraffe  les  fufeaux  pour  les  faire  tourner. 
E  la  courroie.  F  poulies  en  foi^me  de  bobines  pour 
foutenir  la  courroie  &  la  faire  joindre  aux  fufeaux. 
G  petite  affiette  qui  foutient  les  fiches  qui  tiennent 
les  fufeaux.  i/les  fufeaux.  /verres  dans  lefquels  en- 
tre la  pointe  des  fufeaux  pour  tourner  fur  eux-mê- 
mes. À  les  bobines.  £  le  coronaire  fur  lequel  eft  pafle  le 
fil  de  fer  qui  conduit  les  brins,  &  qui  d'un  côté  facilite 
le  de  vidage  de  la  bobine.  M  les  fils  de  foie.  N  chaffis  en 
forme  d'ovale  pour  conduire  les  fils  fur  le  dévidoir. 
O  anneaux  dans  lefquels  les  fils  font  paffcs.  P  dévi- 
doir fur  lequel  fe  forment  les  écheveaux.  Q  pignon 
qui  fait  tourner  une  roue  R ,  à  laquelle  eft  attaché 
un  excentrique  qui  fait  mouvoir  la  branche  S  du 
chaffis,  pour  faire  varier  les  fils  qui  forment  les  éche- 
veaux ,  afin  d'en  faciliter  le  devidage.  7"  roulette  fur 
laquelle  eu.  pofée  un  côté  de  la  branche  S  pour  en 
rendre  le  mouvement  plus  doux,  f^  roue  à  chevilles 
qui  donne  le  mouvement  à  la  roue  JT,  à  l'arbre  de 
laquelle  eft  attaché  un  pignon  Y,  qui  engrené  avec 
le  pignon  Z  ,  attaché  auffi  à  l'arbre  du  dévidoir,  ce 
qui  compole  le  mouvement  de  toute  la  machine.  A 
l'arbre  de  la  roue  à  chevilles  -ST,  &  en-dehors  du 
montant  /  ,  eft  attaché  im  pignon  2  ,  qui  ne  peut  pas 
être  vu ,  qui  engrené  à  la  roue  J  ;  à  cette  même 
roue  eft  un  autre  pignon  qui  ne  paroît  pas  ,  lequel 
engrené  dans  la  roue  4,  à  l'arbre  de  laquelle  efi:  un 
autre  pignon  qui  engrené  à  la  roue  i  ,  ce  qui  com- 
pole le  mouvement  qui  indique  le  nombre  des  tours 
du  dévidoir.  A  la  roue  i ,  eft  une  cheville  6",  laquelle 
prenant  la  queue  du  marteau  7,  pour  le  faire  frapper 
fur  la  cloche  8  ,  avertit  qu'elle  a  fait  un  tour,  confé- 
quemment  que  le  dévidoir  en  a  lait  un  nombre  pro- 
portionné, &  à  la  quantité  de  dents  dont  fontcom- 
pofées  les  roues  de  ce  mouvement,  &  à  la  quantité 
de  celles  des  pignons.  A  l'arbre  de  la  roue  i ,  &  hors 
de  la  machine ,  eft  un  petit  effieu  long  de  4  à  5  pou- 
ces ,  fur  lequel  fe  roule  une  corde  mince,  à  laquelle 
eft  fufpendu  un  petit  poids  qui  indique  les  tours  de 
cette  roue ,  par  conféquent  ceux  du  dévidoir ,  en 
comptant  les  tours  de  la  corde  fur  cet  eflieu.  Quel- 
ques perfonnes  fe  fervent  de  cette  façon  de  compter, 
d'autres  ne  s'en  fervent  pas,  &  marquent  les  coups 
de  la  cloche  ;  cela  eft  arbitraire. 

E  xtrait  du  règlement  publié  à  Turin  ,  par  ordre  de  S. 
M.  le  roi  de  Sardaigne  ,  concernant  le  tirage  &  le  fi- 
lage des  foies,  le  8  Avril  lyi-^. 

Règles  pour  la  filature  des  cocons.  ARTICLE  I.  Qui- 
conque voudra  tenir  des  filatures  de  quelque  qualité 
à&fioie  que  ce  puifie  être  ,  perlonne  n'étant  excepté, 
fera  tenu  chaque  année  ,  avant  que  de  commencer 
le  tirage ,  d'en  faire  la  déclaration  ;  lavoir ,  celles 
qui  le  feront  dans  les  fauxbourgs  de  la  ville  de  Tu- 
rin &  fon  territoire ,  à  l'office  &:  entre  les  mains  du 
lecrétaire  du  confulat ,  qui  iera  obligé  d'en  tenir  un 
regitre  à  part  ;  &  celles  qui  fe  feront  dans  les  autres 
villes  ,  terres  &  lieux  indépendans  ,  à  l'office  du  ju- 
ge de  l'ordinaire  ;  &  chacun  fera  en  telle  occafion 
fa  foumiffion  entre  les  mains  des  fecrétaires  refpec- 
tifs  du  confulat  ou  de  l'ordinaire,  d'obferver  ou  faire 
obferver  les  régies  ou  articles  ci-delVous  écrits  ,  lous 
la  peine  de  perdre  ies  foies  filées  ou  leur  valeur,  mê- 
me à  défaut  d'avoir  fait  ladite  déclaration  ou  fou- 
miffion. 

L'ordinaire  qui  aura  reçu  lefdites  déclarations  , 

fera  tenu  de  les  remettre  à  l'ofiice  du  conlulat   de 

Turin  dans  la  quinzaine  ,  à  compter  du  jour  qu'elles 

auront  été  faites ,  à  peine  de  payer  de  f.s  propres  dc- 

Tome  JCr. 


SOI 


281 


nlers  les  vacations  du  commiftaire  que  le  magiftrat 
feroit  obligé  d'envoyer  fur  les  lieux  pour  les  retirer. 

Le  fecrétaire  du  confulat  de  la  ville  de  Turin  fera 
obligé  de  tenir  un  regiftre  à  part  defdites  déclarations. 

Les  iufdltcs  déclarations  feront  faites  par  les  pré- 
pofés  ou  maîtres  auxdites  filatures  ,  &  non  par  les 
propriétaires  d'icelles  ,  qui  feront  néanmoins  tenus 
de  répondre  civilement  pour  leurs  prépofés. 

Obfervation  fur  les  articles  de  ce  règlement.  L'obli- 
gation impofée  fur  le  premier  article  de  ce  règlement 
à  tous  ceux  qui  voudront  entreprendre  de  tenir  des 
filatures  de  foie,  ou  faire  tirer  des  quantités  confidéra- 
bles  de  cocons,  pour  les  faire  filer  enfuite  fur  leurs 
moulins,  afin  de  faire  des  organfins  fuivis  &  égaux,  ne 
concerne  pas  feulement  de  fimples  particuliers  ou  né- 
gocians  ;  elle  concerne  encore  les  perfonnes  les  plus 
diftinguées  de  l'état ,  foit  par  leur  naiflance  ,  foit 
par  leurs  emplois  ,  qui  ont  tous  des  filatures  con- 
îidérables  ,  comme  faifant  la  plus  grande  partie 
de  leurs  richeftes  ;  c'eft  pour  cela  que  les  feuls 
prépofés  aux  filatures  font  aflujettis  à  faire  les  dé- 
clarations inférées  dans  le  premier  article  ,  qui  n'ex- 
clud  pas  néanmoins  les  propriétaires  de  la  peine  im- 
pofée aux  contrevenans,puiiqu'ils  font  tenus  d'en  ré- 
pondre civilement  en  cas  de  contravention.  Elle  fert 
encore  à  faire  reflbuvenir  les  mêmes  prépofés  de  la 
néceffité  où  ils  doivent  être  de  fe  conformer  à  tous 
les  articles-du  même  règlement  ,  pour  parvenir  à  la 
perfedion  fi  néceflaire  du  tirage  &  du  filage  des  foies; 
&C  à  donner  connoiflance  aux  juges  du  confulat ,  ti- 
rés en  partie  de  la  noblelTe  ,  des  Ue'ux  où  font  les  fi- 
latures ,  afin  que  les  commis  qu'ils  ont  foin  d'y  en- 
voyer de  tems-en-tems  ,  puiflent  plus  facilement 
faire  leurs  vifites  ,  pour  enfuite  en  fournir  leur  rap- 
port par  les  procès-verbaux  qu'ils  font  obligés  de 
dreirer,quoiqu'il  ne  s'y  trouve  pas  de  contraventions. 

Le  nom  dtfilaturc  eft  donné  aux  lieux  où  le  tirage 
du  cocon  eft  fuivi  du  moulinage  de  la/o/V,  tant  en 
premier  qu'en  fécond  apprêt  ;  de  façon  qu'au  fortir 
de  la  filature  ,  elle  foit  préparée  en  organfin  parfait, 
&  prête  à  être  mife  en  teinture. 

II.  Toutes  les  filatures  excédant  trois  fourneaux, 
devront  être  conduites  pendant  le  cours  de  leur  tra- 
vail par  une  perfonne  capable  d'en  répondre  audit 
confulat ,  ou  ordinaire  du  lieu  oii  réfidera  le  maître 
de  la  filature ,  afin  qu'il  foit  plus  exaft  à  obferver  les 
articles  fuivans  du  prcfent  règlement ,  à  peine  de  25 
écus  d'or. 

Obfervation.  Ce  fécond  article  fait  voir  que  dès 
qu'un  tirage  eft  un  peu  confidérable,  i!  doit  être  con- 
duit par  une  perfonne  capable  de  répondre  au  con- 
fulat de  l'exafte  obfervance  du  règlement.  Il  y  a  des 
tirages  de  20  à  30  fourneaux. 

III.  Pour  filer  lefdites  foies  ,  il  faudra  fèparer  les 
bons  cocons  d'avec  les  chiques  ,  falouppcs  &  doup- 
pions  ;  il  faut  enlever  la  bourre ,  &  les  filer  féparé- 
ment  les  uns  des  autres ,  en  mettant  dans  la  chau- 
dière un  nombre  de  cocons  proportionné  à  la  qualité 
des  foies  qu'on  doit  filer  ;  6»:  la  fileule  Iera  bien  arten- 
tlve  à  ce  que  les  foies  fe  trouvent  bien  égales  :  le  tout 
i\  peine  de  25  écus  d'or  contre  le  maître  de  la  filature 
ou  fon  prépoié  qui  s'y  trouveront  prélens  ,  ou  don- 
neront leur  conlentement  à  un  femblablemé  an2;e,  & 
10  livres  contre  la  fileule  pourchaquecont.avetition. 

Ohfervation.  Ce  qui  eft  ordonné  par  cet  article  fe 
pratique  en  plufieurs  endroits  de  la  France. 

IV.  Toutes  lefdites  yo/«  ne  pourront  être  filées 
qu'à  deux  fils  feulement ,  de  manière  qu'elles  ne  puif- 
lent formor  lur  l'halple  ou  dévidoir  que  deux  cche- 
vaux  ,  ayant  loin  tic  faire  croilcr  Vsjotes  fines  &:  fu- 
perfines  au-moins  quin/e  fois,  ÔJ  les  autres  qualités 
un  plus  grand  nombie  de  fois  ,  i^  'i-proportion  de  la 
qualité  de  chacune  ix'  de  fa  grolfeur ,  lelquels  croife- 
m  cns  ne  feront  point  taits  quand  le  dévidoir  tourne 

Nn 


2'8l 


s  O  î 


s  o  I 


cIccUirant  que  toutes  les  fois  que  les  cleux  fils  vie 
tîront  à  le  ioindre  ,  cle  manière  que  le  Hl  aille  doul 


icn- 

j ^ que  le  hl  aille  double 

(ut  un  leul  cchevau  ,  il  fV.udra  faire  tourner  l'halple 
en  arrière  ,  juiquà  ce  qu'on  ait  trouvé  le  commence- 
ment du  doublage.  Un  iW  feniblable  doit  demeurer 
entre  les  dcuxécheveaux  ,  pour  former  un  lien  qui 
fervira  à  les  attacher  ;  avec  défenfe  de  le  lervir  d\ui-. 
tre  matière  :  le  tovu  fous  les  peines  fufdites ,  outre  la 

perte  de  la  Joie. 

Ohftrvatlon.  Ce  quatrième  article  n'eft  de  confé- 
qucncc  qu'îi  l'égard  des  croifcmens  àcsjous.  Il  fe  pra- 
tique par-tout  du  plus  au  moins. 

V.  Toutes  \cs  foies  préparées  de  cette  façon  ,  de- 
vront être  levées  ,  bien  purgées  ,  nettes  &  égales, 
félon  leur  qualité  refpedive. 

VI.  Les  chevalets  fur  lefquels  feront  filées  les  fuf- 
dites foies ,  devront  avoir  les  piliers  éloignes  de  deux 
pics  tiprandi ,  z8  pouces  les  deux ,  l'un  de  l'autre  , 
afin  que  du  tour  à  la  lame  il  fe  trouve  un  tel  éloif^ne- 
ment  ,  que  les  fils  croilés  comme  il  a  été  dit  ci-de- 
vant, puiflenî  aller  fur  le  tour  plus  fecs  &i  mieux 
conditionnés  :  fous  peine  contre  les  maîtres  des  fila- 
tures de  %•)  livres  pour  chaque  chevalet  qui  feradif- 
pofé  différemment. 

Oblïrv.uion.  Ce  fixieme  article  ,  qui  ordonne  que 
les  piliers  qui  fupportent  le  va-&-vi£nL  ieront  éloi- 
gnés de  deux  pies  liprandi  de  ceux  qui  foutiennent  le 
tour,  détruit  totalement  l'ufage  des  machines  nouvel- 
lement inventées  pour  titer  la/o/V  :  il  faut  le  prouver. 
La  raifon  de  cet  éloignement  n'a  d'autre  objet  que 
celui  de  donner  lieu  à  la  fou  de  fe  trouver  fur  le  tour 
ou  hafple  plus  feche&  mieux  conditionnée.  Or  félon 
le  iyftème  des  auteurs  des  nouvelles  machines  ,  ils 
prétendent  tirer  la/oze  avec  plus  de  célérité  ;  ce  qui 
ne  lui  donneroit  pas  le  tems  de  venir  fur  le  tour  auiTi 
feche  &:  auifi  conditionnée  que  l'article  l'exige  ,mais 
plus  humide  &  plus  baveufe,  &  le  détaiiroit  totale- 
ment ,  fi  la  méthode  étoit  bonne  :  au  lieu  que  fi  l'ar- 
ticle ell  bon  ,  il  faut  néceiTairemcnt  que  les  nouvelles 
machines  foient  détruites-;  puifque  plusla/oiij  fe  trou- 
vera feche  fur  le  tour  ,  plus  elle  fera  ailée  à  dévider, 
ce  qui  eft  précifément  l'objet  qu'on  doit  fe  propofer. 
Fide  le  mémoire  envoyé  à  M.  le  Tourneur  le  i  5  Jan- 
vier 1747;  à  M.  de  Montaran  le  i  x  Janvier  idem. 

Deux  pies  liprandi  compofent  28  pouces pié  de  roi. 

VII.  Les  tours  fur  lefquels  fe  fileront  les  fuiditcs 
foies  ,  ne  pourront  avoir  plus  de  48  onces  de  circon- 
férence, ni  moins  de  quarante  ;  obfervant  néanmoins 
eue  tous  les  tours  d'une  filature  foient  d'une  mefure 
égale  ,  fous  les  peines  fufdites. 

Obfervation.  Les  48  onces  de  circonférence  ordon- 
nées par  le  feptieme  article  ,  qui  font  autant  que  76 
pouces,  pié  de  roi ,  ne  font  pas  d'une  grande  conlé- 
quence  pour  le  plus  ou  le  moins  ;  mais  il  efl:  d'une 
conféquence  extraordinaire  que  dans  une  filature  tous 
les  tours  foient  égaux  :  il  feroit  même  néceflaire  que 
tous  les  tours  du  royaume  ne  fuffent  pas  plus  grands 
les  uns  que  les  autres. 

Yill.  Les  écheveaux  ne  feront  point  levés  de  defliis 
le  tour  qu'ils  ne  foient  bien  fecs  ;  &  pour  cet  effet 
chaque  chevalet  fera  pourvu  de  deux  tours  ;  &  ceux 
qui  feront  doubles,  de  quatre  ,  fous  la  peine  fuldite. 

Ohfcrvaiion.  Ce  qui  eft  contenu  dans  ce  huitième 
article.,  fe  pratique  prefque  par-tout. 

IX.  Chaque  flotte  ou  écheveau  àe  foie  de  la  pre- 
mière &  féconde  qualité  ,  ne  pourra  être  que  de 
trois  à  quatre  onces  pour  le  plus  haut  poids  ;  celle  de 
la  troifiemeôiqviatrieme  qualités  pourra  être  depuis 
iix  onces  jufqu'à  huit ,  fous  la  peine  fufdite. 

Obfervation.  A  l'égard  du  poiJs  des  écheveaux  men- 
tionnés dans  ce  neuvième  article,  comme  il  fe  fait 
peu  de  foie  de  la  première  &  féconde  qualités,  il  n'cft 
pas  pratiqué. 

X.  /^près  que  chacune  defdites  flottes  aura  été  le- 
vée ,  elle  iVrapllée  à  deux  tours  feulement ,  fans  être 


liée  avec  du  fiil ,  cottée  ou  morefquée  ,  faifant  paflef 
feulement  une  tête  dans  l'autre ,  de  façon  qu'on  puilîe 
reconnoître  facilement  fi  elle  aura  été  travaillée  fans 
fraude  ,  6c  en  conformité  du  préfcnt  règlement;  fous 
la  peine  dite  ci-dcHus. 

Obfervation.  Cette  façon  de  tirer  la  foie  de  dclTus 
le  tour  ,  contenue  dans  ce  dixième  article  ,  n'efl  fun- 
plemcnt  que  pour  examiner  ia  qualité. 

XI.  L'eau  dcsbaliines  fera  changée  au-moins  trois 
fois  par  jour  ,  ayant  foin  de  bien  purger  les  cocons 
de  la  morefque,  afin  de  rendre  la /o/V  bien  nette  & 
égale  ,  &;  fans  aucune  bave.  Il  faudra  lever  au-moins 
une  livre  de  morefque  fur  chaque  rub  de  cocons,  eu 
égard  à  la  qualité  des  fufdits  cocons ,  fous  ])cinc  de 
10  livres  contre  la  filcaie  ,  chaque  fois  qu'elle  fera 
trouvée  en  contravention. 

Obfervation.  Le  changement  d'eau  dans  les  bafiines 
efl  très-utile  pour  donner  à  Xiifoic  cette  propreté  qui 
lui  eil  nécefiau-e.  A  l'égard  de  la  bourre  ou  morefque 
qui  enveloppe  le  cocon ,  comme  elle  eft  très-grofuere 
en  comparaifon  de  celle  qui  fe  forme ,  il  efl  néceflaire 
d'en  lever  au-moins  une  livre  fur  chac;ue  rub ,  qui 
vaut  autant  que  z^  livres  de  notre  poids. 

XI(.  Tout  maître  de  filature  fera  tenu  ,  à  chaque 
demande  qui  lui  en  fera  faite  par  l'ordinaire  du  lieu, ou 
par  les  commis  du  confulat  de  Turin  ,  de  donner  un 
état  de  la  foie ,  des  douppions ,  de  la  chique  &  de  la 
morelque  ,  le  tout  dillinctement  &  féparément,  fous 
peine  de  25  écus  d'or. 

Objeivation.  La  peine  de  15  écus  d'or  attachée  à 
cet  article ,  n'efl;  précifément  que  pour  favoir  la  quan- 
tité &  qualité  des  foies  de  chaque  particulier  ,  afin 
qu'elles  ne  puifîent  pas  être  vendues  fans  payer  les 
droits  confidérables  ,  qui  ne  fe  perçoivent  que  fur  la 
foie  œuvrée  ,  trame  ou  organfin  ,  c'eft-à-dire  prête  à 
être  mife  en  teinture  ;  ce  qui  fait  qu'il  efl  défendu  fous 
des  peines  très-rigourcufes  de  fortir  aucune/o/e  gré- 
zée  du  Piémont ,  ou  qui  ne  foit  travaillée. 

Xin.  Le  falaire  des  fileufcs  fera  réglé  à  journées  ^ 
&  non  à  raifon  de  tant  la  livre  de  la/o/e  qu'elles  file- 
ront ;  ck  en  cas  de  contravention ,  le  maître  de  la  fila- 
ture encourra  la  perte  de  toute  la  yo/e  déjà  filée  ,  & 
la  fileufe  celle  de  20  livres  ,  outre  la  perte  de  fon  fa- 


laire. 


Obfervation.  C'eft  un  ufage  établi  en  beaucoup 
d'endroits  de  France  &  d'Italie,  de  ne  payer  les  fi- 
leules  de  foie  qu'à  railbn  de  tant  chaque  livre  ,  ce  qui 
tait  qu'elles  négligent  la  qualité  pour  s'attacher  à  la 
quantité  ,  &  par  conféquent  laiflent  pafTer  toutes  les 
ordures  occafionnées  par  les  mauvais  croifemens,  qui 
ne  font  négligés  que  pour  avancer  l'ouvrage  ,  &  ga- 
gner plus  par  conféquent  ;  au  lieu  que  dès  que  la  fi- 
leufe efl  payée  à  journée  ,  on  a  foin  de  la  veiller ,  & 
elle  a  foin  de  faire  mieux. 

XIV.  Chaque  fourneau  devra  avoir  un  conduit  de 
telle  hauteur  ,  qu'il  empêche  la  fumée  d'aller  fur  le 
tour,  à  peine  de  25  livres  contre  le  maître. 

Obfervation.  Comme  la  fumée  noircit  \afoieS{  la 
rend  moins  brillante ,  il  efl  néceflaire  de  donner  au 
conduit  du  fourneau  une  hauteur  qui  puifl'e  parer  à 
cet  inconvénient ,  très-  préjudiciable  à  la  vente. 

XV.  Les  baffines  ou  chaudières  devront  être  ova- 
les ,  minces  &  profondes  d'un  quart  de  ras  ,  envi- 
ronnées d'une  couverture  de  planches  ,&  les  cheva- 
lets pourvus  de  leur  jeu  néceffaire  pour  faire  les  croi- 
femens de  la  foie  jufle.  Chaque  jeu  aura  un  pignon  de 
35  dents;  la  grande  roue  25  ;  l'étoile  du  tour  &  la 
petite  roue  22  chacune.  Il  faudra  maintenir  un  ordre 
femblable  pour  bien  faire  ,  défendant  totalement  l'u- 
fage des  chevalets  de  corde  :  le  tout  fous  la  peine 
fufdite. 

Sept  tours  de  l'hafple  donnent  cinq  tours  au  va- 
&-vient. 

Sept  tours  de  celui  de  Rouviere ,  n'en  donnent 
qu'un. 


s  O  î 


ô  î 


ï^iiît  tours  de  celui  de  Maiurjer  ,  n'en  donnent 
qu'un. 

Ohfefvaùon.  La  profondeur  des  baffines  fixée  par 
l'article  i  5  à  un  quart  de  ras  ,  qui  vaut  cinq  pouces 
■&  demi  ,  pie  de  roi ,  eft  lenfibie  ;  le  mouvement  du 
chevalet  n'eft  pas  de  même  ,  &  il  ne  peut  bien  être 
démontre  qu'en  examinant  le  travail ,  attendu  Tinc- 
galité  du  nombre  de  dents  qui  compoient  les  quatre 
roues  qui  donnent  le  mouvement  au  va&-vient.  Il 
cl!:  à  oblcrver  feulement  que  i'ufagc  des  cordes  pour 
les  chevalets  eil  totalememt  dtrendu  ,  ce  qui  achevé 
de  détruire  tous  les  chevalets  qui  en  font  pourvus. 
Videlt  mémoire  envoyé  à  M.  de  Montaran  le  1 2  Jan- 
vier 1747  ;  à  M.  le  Tourneur  le  1 5  dudit  mois. 

XVi.  Chaque  fourneau  où  fera  filée  \^.fo'u  de  pre- 
mière &  féconde  fortes  >  fera  pourvu  d'un  tourneur 
ou  d'une  tourncufe  habile,  ou  qui  ait  pratiqué  ,  aux- 
quels il  fera  défendu  de  tourner  le  dévidoir  avec  le 
fié ,  à  peii'.c  de  5  livres. 

Ohfervation.  Ce  feizleme  article  n'efl  pas  d'une 
grande  conféqucnce  ,  parce  qu'il  n'eft  pas  difficile  de 
tourner  comme  il  faut  l'hafple  ou  dévidoir.  Il  démon- 
tre feulement  combien  les  Piémontois  font  fçrupu- 
ieux  pour  parvenir  à  la  perfeûion  du  tirage  des  Joies. 

XVII.  il  ne  fera  point  permis  ,  à  peine  de  ïo  liv. 
~si\x  fileules ,  ni  à  qui  que  ce  foit ,  de  nettoyer  h  foie 
fur  l'hafple  &  hors  de  l'hafple ,  avec  des  aiguilles  , 
poinçons  ou  autres ,  ce  qui  eil  appelle  vulgairement 
aiguilUr  la  j'oie. 

Obfervation.  Rien  de  plus  dangereux  que  de  net- 
toyer h.  foie  avec  des  poinçons  ou  aiguilles ,  qui  la 
coupent  &  la  bourrent. 

XVIIL  Sous  femblable  peine  il  eft  défendu  de  lif- 
fer  les  flottes  fur  le  tour  ou  autrement ,  avec  de  l'eau , 
iTiCme  pure  ,  ou  autre  forte  d'eau  ;  elles  doivent  être 
facttoyees  feulement  avec  les  mains  ,  fans  fe  fervir 
d'aucun  autre  ingrédient. 

Objhrvction.  L'eau  pure  donnant  un  brillant  à  la 

.fhie ,  qui  ne  la  ïqvA  pas  meilleure,  &  les  autres  ingré- 

diens  la  chargeant ,  l'article  1 8  a  pourvu  aux  autres 

inconvéniens  qui  peuvent  réfulîer  de  ces  opérations 

diâcrentes. 

XiX.  Toutes  les  faits  qui ,  encore  qu'elles  fufîent 
hors  des  filatures,  fe  trouveront  en  quelque  îems  que 
ce  foit ,  &  à  qui  qu'elles  puiffent  appartenir  ,  défec- 
tueuies  ,  n'étant  pas  filées  ou  travaillées  conformé- 
ment à  leurs  qualités ,  n'ayant  pas  obfervé  la  forme 
&:  les  règles  préférâtes  ci-deiilis  ,  tomberont  irrérnif- 
fjblement  en  contravention  ;  &  outre  les  peines  fuf- 
dites  feront,  fur  la  reconnoifiance  fommaire.préala' 
bleraent faite  de  leurs  défauts, brûlées  publiquement, 
fauf  le  recours  du  propriétaire  comme  ii  avifera  rai- 
fonnableir.ent  ;  avec  obligation  au  mrîrre  fdeur  ou 
mouhnier  de  dénoncer  les  foies  défeftueufes  qui  fe 
rencontreront ,  &  de  qui  il  les  aura  reçues ,  fous 
peine  de  2^  ccus  d'or  contre  le  maître  qui  contre- 
viendra au  préfent  rcglem.cut. 

XX.  A  f  égard  des  foies  ordinaires  d'itssfrgotines, 
après  que  la  réparation  en  fera  faite  d'avec  les  bonnes, 
il  faudra  en  faifant  la  battue  tirer  la  morelque  par  le 
haut  de  la  baffine  jufqu'à  trois  fois ,  à  la  hauteur  d'un 
demi  ras  au-nioins  ,  aiin  que  h\  f>ie  relie  bien  purgée 
&  nette  ;  ious  peine  par  les  contrevenans  de  payer 
50  écus  pour  chaque  livre  de  fie. 

Obfervation.  L'iirticle  20  ne  concerne  que  les  pe- 
tites parties  de  foie  faites  par  des  particuliers  ,  qui 
3bnt  appcUéesy^/fl^oW/ai,  parce  qu'elles  ne  font  pas 
deftinées  pour  des  filages  fuivis  ,  par  conféquent 
très-incgales  ;  &  quoique  ccuxqui  les  tout  tirer  loieiu 
alTujettis  aux  mêmes  reglemers ,  néanmoins  les  diffé- 
rentes qualités  raficmblccs  pour  compofer  un  feul 
ballot,  forment  toujours  wn^:  foie  défetlucufe  ,  at- 
tendu qti'elle  e(l  tirée  de  pluficurs  perlonnes  dont  le 
tirage  n'cfl  pas  luivi.  C'eii.  ce  qui  lé  jaratique  en  Fran- 
Tonie  XK^ 


t^ 


ce  ,  ou  il  y  a  peu  d'organfm  de  tirage.  On  peut  voir 
là-deï]u5  le  petit  mémoire  envoyé  le  6  Juillet  1747. -à 
M.  de  Montaran  ;  &  à  M.  le  Tourneur  le  23  Mars 

XÂî.  Et  pour  plus  grande  obfervance  de  tout  ce 
que  deiTus  ,  le  confulat  &  l'ordinaire  des  lieux  feront 
obligés  relpcîlivement,  dans  les  occafions  ou  tem$ 
des  filatures  ,  de  vifiter  &  faire  vifite^ ,  par  des  per- 
fonnes  eApérimcntées ,  les  lieux  où  fe  fileront  lefditcs 
foies ,  afin  de  prendre  les  informations  des  contraven- 
tions qui  pourront  fe  trouver,  pour  procéder  &  con* 
damner  les  contrevenans  aux  peines  ci-dcfîùs  pref- 
crites  :  défendant  aux  ordinaires  ou  autres  auxquels 
feroient  commifes  femblables  vifites,  d'exiger  aucune 
çhofe  pour  leurs  vacations,  finon  en  fin  de  caufe ,  &C 
fur  le  pié  qu'elles  feront  taxées  par  le  confulat. 

OLfcrvation.  On  peut  comparer  les  vifites  ordon'^ 
nées  par  rarti(4e  21 ,  à  celles  que  font  les  Infpeiieurs 
dans  les  manufaclures  ;  elles  font  très-fréquentes  ,  ô£ 
produifcnt  tous  les  effets  qu'on  peut  defircr  pour  1^ 
peifeclion  des  tirages. 

Moulinlers  au  Fi  leurs  de  foie  .,  règles  q-aîls  doiPenjl 
obfervcr.  Art.  PREMIER.  Quiconque  voudra  travail- 
ler du  métier  de  moulinier  ou  fileur  de  foie,  ne  pour- 
ra ,  à  peine  de  50  écus  d'or ,  ouvrir  ni  tenir  bouti- 
que dans  les  états  de  S.  M.  en-deçà  les  monts,  ni  feur 
lement  exercer  cet  art  en  qualité  de  maître,  qu'il 
n'ait  en  premier  exercé  comme  garçon  de  boutique  ^ 
en  qualité  d'apprentif,  l'cfpace  de  fix  années;  &  fuc-» 
ccuivement  travaillé  trois  autres  années  en  qualité  dé 
compagnon  ,  &  s'il  n'efl  jugé  capable  par  les  fyndics 
de  l'univerfité  dudit  art ,  &  admis  pour  tel  par  lé 
confulat;  poiu-  laquelle  approbation  &  admilfion  j, 
perfonnc  excepté ,  il  payera  à  l'univerfité  fufdite  zc» 
iivres ,  pour  être  employée  à  fon  ufage  ;  feront  feu» 
lement  cxemts  d'un  tel  payement,  les  fils  des  fufdit» 
maîtres  ;  &  aucun  maître  dans  ledit  art  ne  pourra 
prendre ,  à  peine  de  50  livres ,  un  apprentif  pour  uii 
moindre  tems  que  celui  de  trois  années ,  lefquelles 
expirées ,  &  ayant  ainfi  travaillé  fans  aucime  nota* 
ble  interruption,  il  lui  fera  expédié  par  le  maître  un 
certificat  de  bon  fervice,  avec  lequel  il  puiffe  conti- 
nuer les  autres  trois  années  d'apprentiffage ,  61  les 
trois  autres  en  qualité  de  compagnon  ,  avec  qui  boa 
lui  fcmblera  ,  pourvu  que  ce  foit  dans  les  états  dé 
S.  iM. 

II.  Chacun  de  ceux  qui  voudra  travailler  en  qua* 
lité  de  compagnon  ,  fera  tenu  en  premier  lieu  dé 
faire  foi  de  fon  bon  fervice,  pardcvant  les  fuldit» 
fyndics  ,  qui  après  l'avoir  reconnu  ,  en  feront  foi  ad 
pié  dudit  a6fe  ;  défendant  expredément  à  qui  que  ce 
foit  de  prendre  aucun  compagnon,  fans  avoir  véririé 
fi  l'afte  fufdit  efl  en  bonne  forme ,  à  peine  de  5<i 
livres. 

III.  A  l'égard  des  ouvriers  étrangers  ,  ils  ne  pour- 
ront avoir  boutique  ,  s'ils  n'ont  premièrement  tra- 
vaille  dans  les  états  de  S.  M.  en  qualité  de  C()nv>a- 
gnons  pendant  trois  années  ,  en  juftifiant  qvi'ils  lonÉ 
catholiques,  à  peine  de  50  écus  d'or.  Le  confulat 
pourra  cependant  abréger  ledit  tems  ,  félon  la  capa- 
cité qui  ijéfultera  defdits  ouvriers ,  faifant  cependant 
fubir  ck  approuver  un  examen  par  les  m>ûtres  où  ils 
auront  travaillé  précédemment  ;  &L  dans  le  cas  où  il 
fe  trouvera  preuve  de  leur  capacité  ,  ils  feront  tenus 
de  pay.:r  au  bénéfice  de  Tuniverfité  les  20  livres 
flifdites. 

IV.  Les  compagnons  ne  pourront  prendre  congé 
des  maîtres  ,  ni  ceux-ci  le  leur  donner  ,  s'ils  ne  fp 
font  avertis  qifui/.e  jours  auparavant  ;  lequel  x.cm^ 
expiré,  auquel  ils  le  feront  réciproquement  obliges  , 
excepté  néanmoins  qu'il  ne  fe  trouvât  quelqae  cas 
ou  motif  légitime  de  fufiilant ,  .\  peine  de  dix  livres  ,» 
applicables  un  tiiers  au  iUc^un  autre  tiers  au  urolit  «li» 

ÎS  II   ij 


184 


s  O  I 


ladite  univcrfitc ,  ôc  l'aiure  à  celui  de  riiôpital  de  la 
chanté. 

V.  Les  fyndics  dudit  art  feront  obliges  ,  toutes  les 
fois  qu'ils  en  feront  chargés  par  le  confulat,  ou  par 
i'ordinalrc  de  leur  département  où  le  trouveront 
établies  des  univcrlitcs  iemblables  ,  d'aller  en  vifite 
dans  les  mailbns  &  bâtimens  des  fileurs ,  pour  re- 
connoître  fi  les  foies  feront  travaillées  en  conformité 
des  aniclcs  du  règlement  ci-deffous  cités  ,  &  les 
maîtres  Hleurs  &C  maîtres  defdits  fileurs  feront  obli- 
gés d'ouvrir  les  maifons ,  boutiques  ,  bâtimens  6c  au- 
tres lieux  où  il  poiirra  fe  trouver  des  foies ,  fous 
peine  A  quiconque  y  contreviendra ,  de  50  livres 
applicables  comme  cl-defliis. 

VI.  Le  maître  ne  pourra  prendre  aucun  compa- 
gnon ou  ouvrier  qui  aura  déjà  travaillé  dudit  art  chez 
un  autre  maître  ,  fi  premièrement  il  ne  fait  pas  foi  du 
certificat  de  bon  Icrvice  du  maître  précédent  en  due 
forme  ,  fous  peine  au  fufdit  maître  de  25  livres  ap- 
plicables comme  ci-defTus  ,  laquelle  peine  aura  éga- 
lement lieu  contre  le  maître  qui  auroit  refiifé  fans  au- 
cune caufc  un  certificat  femblablc. 

VII.  Tout  maître  fileur  lera  tenu  de  rendre  au 
propriétatre  de  la  foie^  la  même  qui  fera  travaillée  , 
contormément  à  la  facture  ,  &  fous  la  dédudion  du 
déchet ,  qui  fera  payé  comptant  fur  le  prix  dont  les 
parties  feront  convenues,  avec  la  faculté  avant  de 
la  rendre  ou  de  la  recevoir  ,  de  la  faire  conditionner 
félon  les  règles  expliquées  ci-defibus  ,  &  il  fera  éta- 
bli un  lieu  pour  ladite  condition  ,  en  quel  cas  de 
vente  que  ce  loit ,  tant  pour  hi  foie  greze  que  pour 
celle  qui  fera  œuvrée. 

VIII.  Il  fera  pour  cet  effet  delliné  un  lieu  public  , 
commodément  difpolé  ,  fous  la  garde  d'une  perfonne 
refponfable  ,  prépofée  par  le  confulat  ,  laquelle , 
auffi-tôt  que  h  foie  fera  pefée  en  préfence  des  parties 
&c  la  note  prile ,  l'expofera  à  la  condition  ,  félon 
l'inftruûion  qui  lui  fera  donnée  par  le  même  confu- 
lat pendant  vingt-quatre  heures,  &  fans  feu  ,  dans 
les  mois  de  Mai ,  Juin  ,  Juillet  oc  Août  ;  &  dans  les 
autres  huit  mois ,  pend-uit  quarante-huit  heures ,  avec 
un  feu  modéré  &  continuel  fous  la  cheminée,moyen- 
nant  lalaire  compétent  que  le  confulat  taxera  ,  &  qui 
fera  payé  par  celui  qui  requerra  la  condition  fuf- 
dite  ,  fuivant  laquelle  ,  s'il  efl;  reconnu  que  h  foie  ait 
produit  plus  d'un  &  demi  pour  cent  de  diminution  , 
la  condition  fera  réitérée  aux  frais  du  vendeur  ,  ou 
du  maître  fileur  ,  jufqu'à  ce  que  îa  diminution  dans 
la  condition  réitérée  n'excède  pas  un  &  demi  pour 
cent ,  avec  déclaration  que  dans  le  cas  où  il  s'éleve- 
roit  quelque  contcllation  entre  les  parties  ,  pour  fait 
des  foies  qui  auroient  été  conditionnées  dans  un  au- 
tre endroit  hors  celui-là  ,  du  confentement  des  par- 
ties ,  il  n'y  aura  aucun  lieu  pour  le  recours  fur  la  dif- 
férence du  poids  qui  pourroit  fe  trouyer. 

IX.  Et  pour  éviter  toutes  les  fraudes  qui  pour- 
roient  ie  commettre,  il  efi:  cxpreflement  défendu  aux- 
dits  maîtres  nleursô^  autres  marchands,  de  faire  met- 
tre k's  foies  pures  avec  celles  de  douppion,  chiques , 
baves  &  fleuret ,  ni  aucune  de  ces  qualités  avec  l'au- 
tre ,  chaque  forte  devant  être  travaillée  féparément , 
fous  peine  de  cent  livres  payables  par  le  contreve- 
nant, laquelle  fomme  fera  également  payée  par  le 
maître  fileur  qui  travaillera  ou  tiendra  les  foies  ex- 
pofées  en  quelques  places  où  11  y  auroit  des  fenêtres, 
ou  autres  ouvertures  relatives  &près  des  écuries  ou 
du  fumier  ,  ou  qui  en  quelque  autre  façon  donne- 
ront aux  foi::s  des  m.oyens  pour  en  augmenter  le 
poids  ,  outre  la  peine  majeure ,  laquelle  fera  arbitrée 
par  le  confulat,  fuivant  l'exigence  des  cas. 

X.  Tous  les  moulins  de  vingt  hafples  inclufive- 
ment  &  au-deflTous  ,  devront  avoir  les  fcrpcs  divifées 
en  douze  parties  6c  pas  davantage.  L'étoile  des  tra- 
claes ,  ou  hafples ,  ou  dévidoirs ,  fera  de  60  dents 


S  O  I 

dans  toutes  les  plantes  ,  &  les  petits  demi-cercifs  ou 
roues  des  plantes  ,  depuis  24  trachcs  inclurivcmcnt 
jufqu'à  celles  de  20,  devront  être  pour  le  moins  de  8 
bobines  ;  fi  c'efi  de  18,  de  9  bobines;  6c  û  c'efi  de  1 6 
6c  au-dcllbus,  de  10 ,  avec  une  défenfe  Ipoclale  de  le 
fervir  detrachesde  neuf  dents.  Les  fulcaux  feront 
maintenus  bien  droits  ,  &  les  verres  changés  ,  6c  les 
coronaires  bien  difi^olées  ,  afin  qu'on  puifié  faire  la 
perle  bien  lerrée  ,  6c  les  hafples  qui  fervent  au  mou- 
lin à  tordre  les  organfins  ,  feront  tous  de  neuf  onces 
de  tour  à  jufie  melnre  ,  6c  ceux  pour  les  trames  fem- 
blablement  de  neuf  onces  &  demie,  afin  que  toutes 
les  fois  qu'on  lèvera  la  /ô/e  de  delîiis  les  lufdits  haf- 
ples ,  elle  fe  trouve  toute  d'une  mefure  égale.  Les 
propriétaires  des  filatures  qui  n'auront  pas  les  mou- 
lins conformes  audit  règlement ,  feront  tenus  de  les 
rendre  juftes  dans  l'efpace  de  deux  mois;  le  tout  à 
peine  de  50  ccus  d'or  ;  laquelle  peine  fubiront  en- 
core les  maîtres  qui  travailleront  dans  des  moulins 
qui  ne  feront  pas  conformes  ou  réduits  à  la  règle 
lufdite. 

XI.  Tous  les  organfins,  tant  fuperfins  que  de  la 
féconde  6c  troifieme  fortes,  feront  cappiés  toutes  les 
huit  heures  ;  &  à  l'égard  des  trames  ,  lefquelles  ne 
pourront  être  à  moins  de  deux  fils  ,  toutes  les  quatre 
heures  de  travail ,  fous  peine  de  5  livres  payables 
par  les  compagnons. 

XII.  Les  matteaux  des  organfins  devront  être  à 
l'avenir  d'un  tel  poids ,  qu'il  n'en  entre  pas  moins  de 
huit  ou  dix  par  chaque  livre ,  &  plies  de  façon  qu'ils 
ne  foient  pas  trop  lerrés ,  fous  peine  de  réitérer  la 
condition  dans  l'occafion  de  la  vente  ,  6c  de  refi:itu- 
tion  de  la  part  du  maître  fileur  ,  qui  fera  condamné  à 
10  livres  pour  chaque  contravention, 

XIII.  Il  relie  défendu  à  tout  maître  fileur  de  con- 
traindre leurs  compagnons  ou  apprentlfs  ,  foit  mâle 
ou  temelle  ,  à  acheter  d'eux  ou  prendre  à-compte  de 
leurs  falaires  relpeâifs  aucune  forte  d'alimens  ,  foit 
boire  ,  foit  manger  ,  excepté  qu'ils  n'en  foient  d'ac- 
cord ,  fous  peine  de  25  livres  chaque  fois  qu'ils  y 
contreviendront. 

XIV.  Tous  les  appartemens  ou  moulins  deftinés 
au  filage  des  foies ,  tant  à  l'eau  qu'à  la  main,  devront 
être  pourvus  d'un  chef  maître  ,  examiné  par  les  fyn- 
dics de  l'univerfité  de  l'art  &  admis  par  le  confulat, 
lequel  devra  avoir  l'entière  veille  fur  le  travail  ,  afia 
que  \çs  foies  {e  trouvent  travaillées  lelon  les  articles 
du  prélent  règlement  ,  avec  défenfes  auxdits  maîtres 
d'occuper  à  aucun  autre  ouvrage  continuel ,  aftuel 
6c  particulier,  les  perfonnes  employées  audit  filage, 
fauf  à  avoir  foin  &  veiller  fur  le  travail  &  ouvrage» 
des  autres  perfonnes  employées  dans  le  même  filage, 
à  peine  de  la  privation  d'exercice  de  maître  fileur , 
outre  celle  de  dix  écus  d'or. 

XV.  Tous  les  maîtres  fileurs  du  diftrift  de  ce  con- 
fulat ,  feront  tenus  de  fe  rendre  à  l'univerfité  de  Tu- 
rin ,  pour  reconnoître  les  fyndics  d'icelle  ,  à  l'excep- 
tion des  maîtres  fileurs  de  Raconis ,  où  l'établifTement 
d'une  imiverfité  de  maîtres  fileurs  a  été  permis,  avec 
la  totale  dépendance  néanmoins  du  confulat  fufdit , 
6c  l'obligation  d'obferver  le  préfent  règlement,  ne 
voulant  pas  S.  M.  qu'aucune  perfonne ,  foit  par  privl- 
\c<.]e  ,  immunité  ou  exemption  quelconque ,  puilTe 
fe  dllpenfer  de  l'obfervation  d'icelui  ,  ni  qu'aucunf 
des  furdits  maîtres  pulfi"e  être  admis  à  un  tel  exer- 
cice, qu'au  préalable  Une  polfede  pour  le  montant 
de  cinquante  doubles  ,  ou  qu'il  donne  une  caution 
fuffifinte  de  pareille  fomme  devant  le  conlulat. 

Quand  la  foie  eft:  moulinée ,  il  s'agit  après  cela  de 
l'employer. 

De  la  fabrication  des  étoffes  en  foie.  Ce  travail  a 
plufieurs  opérations  préliminaires  ,  dont  nous  don- 
nerons quelques-unes  ici ,  renvoyant  pour  leï  autres 
à  dilfcrens  articlçs  de  cet  Ouvrage. 


s  O  î 

Opérations  préliminains.  Première ,  il  faut  avoir 
\iSloiiSX.c\niQS.  Voyei  Canlckdc  /a  FABRICATION ufi 
iwjfcs  ^  6- Teinture. 

Deuxième,  il  tant  ourdir  les  chaînes,  ce  que  nous 
liions  expliquer. 

Troilieme,  il  taut  avoir  le  defl'ein  de  l'ctoffe  qu'on 
^eut  fabriquer,  Voy&^  L'anicU  Velours  a  jardin. 
'■^oyei  aulfi  Partick  DESSEIN. 

Quatrième ,  il  faut  monter  le  métier  d'après  le 
lellein.  Voyi\^  ci  CanlcU  VELOURS  ,  la  manière  de 
nonter  un  métier ,  avec  fa  dekription. 

Cinquième  ,  le  métier  monté ,  il  faut  lire  le  def- 
ein,  ce  que  nous  allons  expliquer. 

Sixième ,  il  faut  fabriquer.  Voyci  à  L'article  Ve- 
,0URS  un  exemple  de  fabrication  d'une  étoffe  très- 
lifficile  ,  &;  aux  différens  articks  de  cet  Ouvrage 
)0ur  les  autres  étoffes. 
■Cela  fait,  nous  terminerons  cet  article  par  diffé- 
entes  obfervations  ufitées  fur  quelques  goiits  parti- 
:uliers  d'étoffes. 

Di  Courdï^'aç^i  dis  chairiis.  Ourdir^  c'eft  diUribuer 
a  quantité  de  fils  qui  doivent  compofer  la  chaîne  fur 
'ourdiffoir. 

On  prend  les  40  fils  qui  compofent  la  cantre,  & 
près  les  avoir  fait  paffer  chucun  dans  une  boucle  de 
erre ,  attachée  au-defilis  de  chaque  crochet  fur  le- 
]uel  la  joii  eft  dévidée;  on  noue  tous  les  fils  enfem- 
)l<;,eniuite  on  les  met  fur  une  première  clu-ville  po- 
"ée  fur  une  traverfe  au  haut  de  l'ourdiffoir,  après 
luoi  on  les  enverge  par  l'infcrtion  des  doigts.  Voyz{_ 
IN  VERGER.  On  les  met  bien  envergcs,uirdeux  au- 
ras chevilles  à  quelque  dilîance  de  la  première.  On 
)affe  rnfuite  tous  les  fils  enfemble  fous  une  trinde 
le  fer  bien  polie ,  la  moitié  de  ces  mêmes  nls  crant 
éparée  par  une  autre  tringle  également  polie ,  les 
Icux  tringles  de  fer  étant  attachées  au  plot  de  l'our- 
iiffoir,  qui  au  moyen  d'une  mortaile  quarrée ,  & 
le  la  grandeur  d'un  des  quatre  montans  qui  font  ar- 
êtes en-haut  6c  en-bas  des  deux  croilées ,  dont  celle 
l'en-bas  ayant  une  crapaudine  de  cuivre  dans  le  mi- 
ieu  ,  dans  laquelle  enire  le  tourillon  de  l'arbre  de 
'ourdiffoir,  lui  fournit  la  liberté  de  tourner,  a  la  li- 
)erté  de  monter  &  de  dcfcendre  ;  dans  la  croilée  d'en- 
laut  eil  paffée  une  broche  de  fer  iur  laquelle  s'en- 
oule  ou  fe  déroule  une  corde  de  boyau  paffée  dans 
irte  poulie  du  plot ,  &  arrêiée  à  un  tourniquet  pofé 
)erpendiculairement  à  la  poulie  de  ce  plot. 

Quand  l'ouvrière  meti'ourdifioir  en  mouvement, 
a  corde  qui  fe  déroule  lalffe  defcendre  le  plot  à  me- 
ure. Ce  plot  conduit  tous  les  fils  qu'il  tient  arrêtés 
;ntre  deux  poulies  ,  de  nicme  que  par  la  tringle  fupé- 
ieure ,  fur  l'ourdiffoir  en  terme  de  ligne  fpirale ,  juf- 
]u'à  ce  que  le  nombre  de  tours  qui  indique  la  quan- 
ité  d'aunes  qu'on  veut  ourdir  loit  complet.  A)ant 
e  nombre  de  tours  defirc ,  on  prend  la  demi  -  portée 
ivec  la  main  droite,  &;  la  pahant  Iur  ime  cheville  , 
3n  la  fait  paffer  deflcus  une  Içconde  &  la  ramenant 
jar  le  defîus,  on  lapaffe  enlulte  deffous  la  première, 
le  façon  que  cette  manière  de  paffer  alternativement 
a  demi  -  portée  ou  la  braffce  deffus  ou  delfous  les 
ieux  cheville* ,  forme  une  cl'pcce  d'envergure  pour 
;es  portées  léulement,  ce  qui  donne  la  lacilité  de  les 
compter.  Quand  cette  opération  elt  achevée,  on  fait 
tourner  l'ourdiffoir  dans  un  autre  fens,de  façon  que 
la  corde  du  pîot  s'cnrovde  à  n-iefure ,  &  le  fait  monter 
[ufqu'à  l'endroit  cii  l'on  a  commencé;  pour  lors  on 
cnverge  de  nouveau  fil  par  fil ,  &  on  met  les  fils  en- 
vergés  fur  les  chevilles  où  ont  été  pôles  les  premiers, 
&  faifant  palier  la  braffée  hir  la  première,  on  enver- 
ge  de  nouveau  &  on  delccnd  comme  la  première 
lois,  &:  on  remonte  de  même ,  en  continuant  jufqu'à 
ce  que  la  quantité  de  portées  cjui  doivent  compofer 
!a  cliaînefoient  ourdies. 

La  pièce  étant  ourdie ,  on  paffe  des  envergures  eu 


S  O  I 


285 


bas  &  en  haut  ;  celles  d'en-bas  fervent  à  féparer  les 
portées  pour  les  mettre  dans  un  râteau,  quand  on 
plie  la  pièce  Iur  l'enfuple  de  derrière;  l'envergure 
d'en-haut  fert  à  prendre  les  fils  de  fuite,  &  de  la  mê- 
me façon  qu'ils  ont  été  ourdis  pour  tordre  la  pièce, 
ou  pour  la  remettre.  Les  envergures  paffées  &  arrê- 
tées, on  tire  les  chevilles  d'en-bas,  on  levé  la  pièce 
en  chaînette ,  &  pour  lors  on  lui  donne  le  nom  de 
chaîne.  Foye:^  CHAÎNE. 

De  la  kclure  du  dejjeïn.  Lire  le  deffein ,  c'eff  incor- 
porer le  deffein  dans  les  cordes  du  métier.  Pour  lire 
un  deffein  dans  la  règle,  on  enverge  le  femple  ,  ob- 
fervanî  de  commencer  l'envergure  par  la  corde  qui 
tire  la  dernière  arcade  &  la  dernière  maille  de  corps. 
Quand  le  femple  eft  envergé ,  on  paffe  deux  baguet- 
tes un  peu  fortes  dans  les  2  envergures,  &  on  les  at- 
tache terme  fur  un  chaffis  fait  avec  des  marches  ,  qui 
eff  tourné  de  côté  ,  afin  que  la  place  ordinaire  du 
femple  foit  libre  ,  pour  avoir  la  hberté  de  faire  les 
lacs  pendant  qu'on  lira  le  deffein. 

On  range  enfuite  les  dixaines  dans  les  coches  de 
l'efcalette ,  par  huit  cordes.  Fbyq  Escalt.tte.  Oa 
place  le  deiiein  fur  les  dixaines  de  l'efcalette,  dont 
les  grands  carreaux  du  papier ,  au  nombre  de  50  , 
contiennent  chacun  huit  lignes  perpendiculaires, 
qui  font  autant  de  cordes.  Si  le  deffein  contient  fix 
couleurs ,  l'étoffe  fera  de  fix  lacs.  Pour  commencer  à 
lire,  la  lifeufe  choifit  autant  d'embarbes  qu'elle  ran- 
ge dans  fes  doigts ,  qu'il  y  a  de  lacs  ou  de  couleurs  ; 
chaque  embarbe  eff  deftinée  pour  la  même  couleur 
pend-inî  tout  le  lifage  du  deffein  ,  &  on  doit  toujours 
commencer  par  la  même,  fuivre  &  finir  également. 

Le  papier  réglé  ayant  autant  de  lignes  tranfverfa- 
les  ou  horifontales, qu'il  y  en  a  de  perpendiculaires, 
la  lifeufe  fuit  la  première  ligne  ,  &  chaque  couleur 
quife  trouve  fur  cette  ligne,  eff  prife  par  l'embarbe 
qui  lui  eff  delHnée  ;  c'eff-à-dlre  que  fi  une  couleur 
occupe  fur  la  ligne  tranlverfale  7,8,  10  cordes  per- 
pendiculaires, la  lifeufe  doit  retenir  autant  de  cordes 
du  femple,  obfervant  de  bien  prendre  fur  1  s  mêmes 
dixaines  ,  &  les  mêmes  cordes  pendant  la  traverlée 
du  lifage.  Quand  elle  a  fini  une  ligne ,  elle  en  recom- 
mence une  autre  de  même  ;  &:  quand  elle  eft  arrivée 
à  la  iiw  du  premier  carreau  qui  porte  10,  1 1  ou  11 
lignes  traniverlales ,  elle  noue  enlemble  toutes  les 
embarbes  auxquelles  elle  donne  le  nom.  àz  dix  aine  y 
ùL  en  recommence  une  autre  jufque  à  ce  que  le  def- 
lein  foit  fini. 

Il  faut  obferver  que  quoiqu'il  y  ait  plufieurs  lacs 
fur  une  même  ligne ,  tous  les  lacs  enfemble  ne  com- 
pofent qu'un  coup  ;  de  fiîçon  que  fi  le  deffein  con- 
tient iix  lacs  chaque  ligne,  &  que  le  carreau  ait  iz 
lignes  tranfverfales ,  il  le  trouve  72  lacs  ,  qui  néan- 
moins ne  compofent  que  1 2  coups. 

Dzs  ckjjïins  répétés.  Tous  les  deffeins  qui  fe  tra- 
vaillent aujourd'hui ,  foit  dans  l'étoffe  riche ,  foit  dans 
celle  qui  n'eff  brochée  que/à/e,  ne  portent  que  40 
à  50  dixaines  ;  ce  qui  les  rend  très-courts  dans  la  ré- 
duclion  de  l'étoffe  ;  les  fabriquans  néanmoins ,  ont 
trouvé  le  moyen  de  faire  paroitrele  deffein  plus  long 
en  faifant  lire  le  deffein  deux  fois  ,  &:  faifant  porter 
à  droite  ce  qui  eft  à  gauche  ,  ou  à  gauche  ce  qui  eft 
à  droite  ;  la  taçon  de  faire  le  defi'ein  pour  des  étoffes 
de  ce  genre,  de  même  que  pour  le  lire  ,  eft  différente 
dos  aiures  ;  dans  ces  dernières  ,  il  faut  que  le  defîina- 
teur  s'attache  leulemcnt  à  faire  en  forte  que  fon  def- 
lein  finiile  comme  il  a  commencé ,  pour  qu'il  foit 
luivi  pendant  le  cours  de  l'étoffe  ;  au  lieu  que  dans 
la  Uiiuvclle  ,ilfaut  que  le  dciicin  pour  le  lire  foit  rcn- 
ve.-ié  après  qu'il  a  été  lu  i\  l'ordinaire  ,  pour  que  la  fi- 
gure qui  étoit  d'un  côté  foit  portée  de  l'autre  ;  or, 
comme  en  renverfant  le  deffoin  il  avriv croit  que  les 
fleurs  ,  tiges ,  &L  autres  figures  qui  compolont  l'ctoffe, 
lu^ipolc  c'u'elles  euffent  été  lues  en  montant ,  ne 


i8(î 


S  O  î 


pourroicnt  ctrc  lues  qu'en  dcfcendant ,  &  que  dans 
l'ctofFe  la  moitié  du  deneininontcroit  infailliblement, 
&  que  l'autre  moitié  dolccnclroît  ;  il  huit  pour  parer 
è.  cet  inconvénient  ,q\ie  le  delîeiu  qui  ordinairement 
fe  lit  en  commençant  du  bas  en  haut ,  lorfqu'on  le  lit 
iu>c  foconde  fois  ,  loit  lu  du  haut  en  bas ,  c'cit-à-dire 
en  remontant  ;  de  façon  que  par  ce  moyen  le  pre- 
mier lac  qui  efl  lu  à  la  ieconde  rei>rife  ,  fe  trouve  prc- 
cifément  le  même  qui  a  été  lulorfqu'on  a  commencé 
à  lire  à  la  première;  Se  [)ar  ce  moyen  le  deifein  luit, 
comme  il  arriveroit  fi  on  ne  le  lifoit  qu'une  fois  ;  avec 
la  différence  que  tout  ce  qui  étoit  d'un  côté ,  fe  trou- 
ve de  l'autre  pendant  toute  la  fabrication  de  l'étoffe. 
Il  cft  nécelfaire  encore  que  le  delRnateur  taffe  ren- 
contrer les  fleurs,  feuilles  &  tiges  de  fon  deffein; 
de  façon  qu'en  le  renverfant  de  droite  à  gauche  pour 
le  tirer,  toutes  les  parties  fe  trouvent  parfaitement 
fur  les  mêmes  cordes  ou  dixaincs  qui  doivent  fefuc- 
ccdcr  tant  dans  la  fin  du  premier  lifagc ,  que  dans  le 
comniencen-.ent  du  fécond.  Cette  façon  cft  très-fm- 
ç-.uliere ,  &  des  mieux  imaginées  de  la  f  ibriquc  ,  pour 
tlilpenfer  le  delîinatcur  de  ne  faire  qu'un  deflein  au 
lieu  de  deux. 

Le  fieur  Maugls  dans  fa  nouvelle  méchanique  a 
trouvé  le  moyen  ,  en  lifant  le  deffein  une  fois  ieule- 
inent ,  de  faire  l'étoffe  comme  fi  le  deffein  étoit  lu 
■deux  fois,  &:  de  faire  porter  la  figure  de  droite  à 
gauche,  f^'oyc:^  la  diffcrinion  contenant  les  avantages 
<le  fa  machine,  imprimée  à  Lyon  en  1758.  Il  feroit 
très-difficile  de  penfer  qu'un  deffein  lu  une  fois  feu- 
lement ,  pût  paroître  deux  fois  en  étoffe  de  différente 
iaçon  ;  cependant  le  fait  eit  confiant. 

Pour  parvenir  à  cette  opération ,  on  attache  deux 
Temples  au  rame  ,  dont  l'un  par  la  première  corde 
à  gauche  ,  prend  la  première  également  du  rame , 
iufqu'à  celle  qui  finit  par  400,  dont  la  pareille  du 
femble  qui  fait  la  400*  ,  y  efl  attachée ,  ayant  conti- 
nué nombre  par  nombre  de  corde  depuis  la  premiè- 
re des  400  du  femple  ,  jufqu'à  la  dernière.  Le  fécond 
femple  au  contraire  a  la  première  corde  attachée  à 
la  400*  du  rame,  &  la  400^  du  femple  à  la  première 
du  rame  ;  de  façon  que  ces  deux  femples  étant  atta- 
chés d'une  façon  totalement  oppofée  ,  il  s'enfuit 
qu'un  àss  femples  porte  la  figure  dans  l'étoffe  d'une 
façon  oppofée  à  l'autre,  en  fuppofant  que  le  deffein 
fût  lu  fur  chacun  des  deux  femples  féparés;  mais 
comme  le  deffein  n'eu  lu  qu'une  fois  fur  un  femple  , 
ce  même  femple  fur  lequel  le  deffein  efl  lu,  ell  ac- 
croché aux  deux  femples  dont  eff  queflion  ;  &  pour 
fabriquer  l'étoffe  ,  on  bande  le  femple  qui  doit  faire 
faire  la  figure  d'un  côté  ,&  quand  il  eft  fini  on  bande 
l'autre  femple  &  en  lâche  le  premier  ;  ce  qui  fait  que 
la  figure  efl  exécutée  dans  un  autre  fens  ;  c'eft-là  le 
fccrct.  Le  fcul  femple  qui  efl  lu  efl  attaché  horifon- 
talement  à  côté  le  métier  &  bien  tendu ,  ayant  laga- 
vaffmlere  attachée  de  même  au-deffus  ;  de  façon  que 
la  tireufe  prenant  le  lac,  s'il  efl  pefant  elle  l'attache 
à  une  petite  bafcule ,  qui  en  faifant  lever  les  cordes 
que  le  lac  retient,  celles-ci  font  venir  les  cordes  d'un 
des  deux  femples  attachés  d'une  façon  oppofée.  Ici- 
quelles  cordes  entrent  dans  uq  râteau,  lequel  bail- 
fant  au  moyen  d'une  autre  bafcule  qui  le  tire  par  le 
bas  ,  &c  au  moyen  encore  de  perles  arrêtées  &  fixes 
lur  chaque  corde  du  femple  ,  pour  empêcher  que  le 
râteau  ne  gliffe;  les  perles  retenant  les  cordes  aux- 
quelles elles  font  fixées  ,  tirent  la  corde  de  rame  qui 
fait  lever  la/ois ,  &  fournit  le  moyen  à  l'ouvrier  de 
brocher  le  lac  ou  paffer  la  navette ,  ii  le  cas  l'exige , 
pour  la  fabrication  de  l'étoffe. 

Exemple  [untn  dcjj'ein  en  petit.  Affemblez  les  deux 
parties -<^  5,  de  façon  qu'elles  forment  la  lettre  C  G, 
c'efl  le  deffein  entier  ,  ou  ce  qu'il  doit  faire  en  étoffe  ; 
lifez  la  partie  ^  feulement,  elle  formera  en  étoffe  ce 
^ue  les  deux  parties  démontrent. 


S  O  I 

Il  faut  poiir  cette  opération  commencer  à  Hre  eii 
niontant  du  côté  de  la  lettre  a  ,  jufqu'à  la  fin  de  la 
feuille  a  ,  la  lettre  demi  C.  Cette  feuille  étant  lue  ,  il 
taut  la  renverfer  ik  la  lire  une  féconde  fois  ;  de  façon 
que  la  lettre  ^^  foit  renverféc  auffi ,  &  fe  trouve  en- 
haut  ;  pour  lors  on  lit  une  féconde  fois  le  defftin  en 
remontant ,  &  on  finit  de  même  par  la  lettre  demi 
C.  Il  eff  vifible  que  la  feuille  renverfée  porte  à  droite 
ce  qui  étoit  à  gauche  ;  &c  que  fi  on  la  lifoit  à  Tordi-^ 
naire  en  commençant  du  bas  en  haut ,  les  fieurs  au 
lieu  de  monter  au  fécond  lifage  defcendroient  ;  mais 
comme  on  fait  lire  du  haut  en  bas,  la  figure  doit  tou" 
jours  fiuvre  l'ordre  de  la  première  feuille,  attendu, 
que  le  premier  lac  qui  fe  tire  ,  le  trouve  également  le 
premier  de  la  première  feuille  ,  &  que  le  dernier  fe 
trouve  de  même  le  dernier  ;  avec  cette  différence  > 
que  la  pofition  de  la  feuille  au  fécond  lifage,  fe  trouve 
totalement  oppofée  à  celle  de  la  première  ,  &  que 
par  une  conféquence  infaillible  ,1a  figure  doit  fetrouv. 
ver  de  même  dans  l'étoffe. 

Suivant  cette  démonilration  ,  dans  la  pratique  or- 
dinaire, un  deffein  qui  contient  une  feuille  de  40  oïl 
50  dixaines  étant  lu  deux  fois  ,  paroît  auffi  long  en 
étoîîe  ,  que  s'il  en  contenoit  deux  ;  &  fuivant  la  mé- 
chanique du  lieur  Maugls  ,  il  n'elt  befoin  que  de  les 
lire  une  fois ,  pour  qu'il  produife  le  même  effet. 

Si  ces  deux  petites  feuilles  ne  font  pas  fuiHlante* 
pour  cette  démonflratiou,  on  en  fera  faire  deux  plus 
grandes  qui  contiendront  un  deffein  en  plufieurs  lacs 
brochés  ;  &  au  lieu  de  cinq  à  fix  dixaines  comme 
celles-ci ,  on  les  fera  de  i  5  à  zo  chacunes  ;  mais  il 
faut  un  avertiffement  prompt ,  s'il  efl  poilible  :  ie  fi-, 
lence  fur  cet  objet  prouvera  qu'on  efl  fatisfait. 

Un  deffinateur  qui  efl  obligé  de  fournir  chaque  an- 
née 50  delTeins  dans  une  fabrique,  contenant  100 
feuilles,  n'a  befoin  que  d'en  peindre  50  pour  rem-» 
pUr  Ion  objet;  ce  qui  fait  qu'il  s'applique  infiniment 
mieux  à  perfeâ:ionner  fon  ouvrage ,  foit  dans  la  com- 
polition  ,  foit  dans  le  goût  :  on  nomme  ces  deffeins  » 
dejfeins  à  repétition. 

Des  cordelines.  On  donne  le  nom  ^armure  a  la 
façon  de  paffer  les  cordelines  ;  mais  ce  mot  eft  im- 
propre; car  l'armure  ne  concerne  précifément  que 
la  manière  de  faire  lever  &  baiffer  les  liffes ,  fuivant 
le  genre  d'étoffe  que  l'on  fabrique  ;  au  lieu  que  la 
beauté  de  la  cordeline  qui  forme  la  llfiere  ,  ne  fetire 
que  de  la  façon  de  la  paffer  dans  les  hfies,  Auffi  l'on 
va  donner  cette  façon  de  la  paffer,  qui  doit  être  la 
même  dans  tous  les  gros-de-tours  &  taffetas ,  ainfi 
que  dans  tous  les  fatiiis ,  loit  à  huit  liffes  ,  foit  à  cinq» 
Pour  faire  une  belle  lifiere  dans  un  taffetas  ou 
gros-de-tours ,  il  faut  paffer  une  cordeline  fur  la  pre- 
mière liffe  &  une  fur  la  féconde  ;  ainli  des  autres  , 
s'il  y  en  a  fix  ou  huit.  Si  l'étoffe  exlgeoit  qu'il  y  eût 
un  îiferé  paffé  (bus  une  liffe  levée  feulement ,  pour 
lors  on  pafferoit  chaque  cordeline  fur  deux  liffes  ; 
favoir  une  iur  la  première  oL  la  trollienre ,  &une  fur 
la  féconde  &  la  quatrième,  ainfi  des  autres;  parce 
que  fans  cette  précaution  ,  il  aj-riveroit  que  les  cor- 
delines n'étant  panées  que  fur  la  première  &  la  fé- 
conde ,  quand  on  feroit  obligé  de  iaire  lever  la  troi- 
fieme  &  la  quatrième  feules  ,  &  qu'elles  n'auroient 
point  de  cordelines  dans  leurs  mailles  ,  il  n'en  leve- 
roit  aucune  pour  palier  la  navette  de  Iiferé  ;  confé- 
quemment  la  trame  ne  feroit  point  arrêtée. 

A  l'égard  des  latins  à  huit  liffes ,  s'ils  font  fabri* 
qués  avec  deux  navettes,  loit  latins  pleins  ou  unis, 
foit  latins  façonnés  ,  il  faut  que  la  première  cordeli- 
ne prife  du  drap  foit  paffée  fur  la  deuxième  ,  troifie- 
me  ,  fixieme  ,  &  leptieme  liffe  ;  la  féconde  ,  fur  la 
première  ,  quatrième ,  cinquième,  6l  huitième  liffe ^ 
ainfi  des  autres  ;  de  façon  que  la  fixieme  ou  huitiè- 
me cordeline  foit  la  première  hors  du  drap  du  côté 
droit,  ou  des  deux  navettes,  quaml  on  commence 


I 

l[-e  coùrfe  ou  à  travailler.  A  Tcgard  du  côté  gauche , 
il  faut  commencer  dans  un  fens  contraire-,  c'efl-à- 
tiire ,  que  la  première  du  côté  du  drap  loit  paiTée  fur 
la  première ,  quatrième ,  cinquième  ,  &  huitième  ;  la 
ffconde ,  fur  la  deuxième  ,  troifieme ,  fixierae ,  &  lep- 
tieme  ,  &  ainfi  des  autres.  Au  moyen  de  cette  façon 
de  pafl'er  la  cordeline,il  arrive  que  les  deux  premiers 
coups  de  navette  fe  trouvent  précifément  fous  les 
mômes  cordelines  levées  ;  les  deux  féconds  fous  cel- 
les qui  avoient  demeuré  baiffées  ;  ainfi  des  autres 
jufqu'à  la  fin  du  courfe;  quoique  à  chaque  coup  de 
navette  il  levé  une  lifTe  différente ,  fuivant  l'armure 
ordinaire  d'une  prife  &  deux  lailTées. 

Cette  façon  de  pafTer  les  cordelines  renferme  deux 
objets  également  elTentiels  pour  la  perfeftion  de  la 
lifiere.  Le  premier  efl  que  les  deux  coups  de  navette 
fe  trouvent  régulièrement  de  chaque  côté  entre  les 
trois  ou  quatre  mêmes  cordelines  autant  defTus  que 
deffous ,  &  prodiiifent  un  effet  bien  différent  que  fi 
elles  croifoient  à  chaque  coup;  parce  que  pour  lors, 
le  fatin  ne  croifant  pas  comme  la  lifiere  ,  &  la  trame 
y  entrant  dedans  avec  plus  de  facilité  ,  la  lifiere  avan- 
ceroit  plus  que  l'étoffe  par  rapport  à  la  croifure  con- 
tinuelle ;  ce  qui  larendroitdéfeftueufe,  &  ferolt  que 
l'étoffe  étant  déroulée,  la  lifiere  feroit  ce  qu'on  ap- 
pelle en  fabrique  le  ventre  de  veau;  tandis  que  l'étoffe 
paroitroit  également  tendue  ;  ce  qui  arrive  néan- 
moins très-fouvent  &:  fait  paroître  l'étoffe  défeftueu- 
fe  ,  principalement  quand  il  s'agit  de  coudre  lifiere 
contre  lifiere  quand  elle  efl  coupée  pour  eu  faire  des 
robes  ou  autres  ornemens. 

Le  fécond  objet ,  que  l'on  peut  dire  hardiment  être 
ignoré  de  la  centième  partie  des  fabriquans  efl ,  que 
cette  façon  de  paffer  les  cordelines ,  fait  que  dans 
celles  qui  lèvent  du  côté  où  on  paffe  la  navette ,  celle 
de  la  rive,  ou  la  plus  éloignée  du  drap ,  ne  peut  man- 
quer de  lever ,  &  fucceffivement  les  autres  ime  prife 
&  une  laiflee ,  afin  que  la  trame  fe  trouve  retenue 
par  celle  qui  levé ,  &  que  la  Ufiere  foit  plate  à  fon 
extrémité  ;  ce  qui  s'appelle  en  terme  de  fabrique , 
faire  U  ruban  ;  ce  qui  n'arriveroit  pas  fi  la  féconde  le- 
voit;  parce  que  pour  lors ,  le  coup  de  navette  précé- 
dent faifant  que  la  trame  fe  feroit  trouvée  deflbus  la 
cordeline  de  la  rive  qui  auroit  levé  ,  cette  cordeline 
fe  trouvant  baiffée  quand  il  faudroit  repaffer  les  deux 
coups  ,  l'ouvrier  en  étendant  fa  trame  pour  la  cou- 
cher ,  les  cordeHnes  qui  ne  lèvent  pas  étant  très-lâ- 
ches, attendu  que  celles  qui  lèvent  fupporîenî  tout 
le  poids  defliné  à  leur  extenfion  ;  il  arrive  que  la  tra- 
me tire  la  cordeline  qui  n'efl  pas  tendue  ,  &  la  fait 
ranger  fous  la  féconde  qui  l'eft  beaucoup ,  attendu  la 
levée ,  &  forme  une  lifiere  quarrée  au  lieu  de  former 
le  ruban  ,  ou  d'être  plate  comme  elle  doit  être. 

Cette  précaution  quoique  très-importante  efl  tel- 
lement ignorée  des  fabriquans  de  Lyon  ,  que  pref  que 
toutes  les  étoffes  pèchent  par  la  lifiere  ,  &  que  ceux 
qui  ne  connoiffent  pas  la  fabrique  ,  attribuent  ce  dé- 
faut à  la  qualité  de  la  matière  dont  la  cordeline  efl 
compofée  ,  quoiqu'il  n'y  en  ait  pas  d'autre  que  celui 
que  l'on  vient  de  citer. 

Il  efl  donc  d'une  nécefîité  indifpenf;iblede  paffer 
les  cordelines  d'une  façon  ,  foit  aux  taffetas  ou  gros- 
de-tours  ,  foit  aux  fatins  ,  que  celle  qui  efl  à  la  rive 
de  l'étoffe  foit  toujours  difpofée  à  être  levée  du  côté 
où  l'ouvrier  lance  la  navette  ,  parce  que  pour  lors 
il  fe  trouvera  qu'elle  aura  baiflé  au  coup  précédent  : 
cette  obfervation  concerne  toutes  les  étoffes  de  la  fa- 
brique en  général. 

Dans  une  étoffe  telle  qu'une  luftrine  liferéc  ,  la 
façon  de  paffer  1.:  cordeline  ell  différente  pour  qu'elle 
foitparfaite,  parce  que  pour  lors  la  première  navette 
paffe  régulièrement  deux  fois  ,  quand  celle  du  liferé 
n'en  paffe  qu'ime  ;  ce  qui  fait  qu'au  retour  de  la  pre- 
mière la  cordeline  doit  croifer  povu-  arrêter  la-  trame , 
ce  qui  n'arrive  pas  dans  ct'lle  que  l'on  vient  de  citer  j 


18'? 

de  façoh  que  dans  cêlle-ci  les  deux  coups  de  trariiè 
&  celui  du  liferé  doivent  fe  trouver  fous  un  même 
pas  pour  que  la  lifiere  ne  faffe  pas  le  ventre  de 
veau. 

Les  cordelines  dans  celle-ci  doivent  donc  être  paf- 
fées  ,  favoir  du  côté  droit  la  première  &  la  plus  pro- 
che du  drap  fur  la  3  ,  4  ,  7&  8^  liffe  ;  la  féconde  fur 
la  première  ,  1  ,  5  &  6= ,  ainfi  des  autres,  foit  qu'il 
y  en  ait  fix  ou  huit  ;  de  façon  que  celle  de  la  rive  fe 
trouve  toujours  paffée  fur  les  mêmes  liffes  de  la  fé- 
conde ;  par  conléquent  elle  levé  du  côté  où  la  na- 
vette efl  lancée.  Les  cordelines  du  côté  gauche  doi- 
vent être  paffées  en  fens  contraire  ,  c'efl-à-dire  ,  la 
première  plus  près  du  drap  fur  la  première  ,  2 ,  5  & 
6^  ,  la  féconde  fur  la  3  ,  4 ,  7  &  8^  ;  ce  qui  fait  qu'au 
moyen  de  l'armure  du  fatin ,  celle  de  la  rive  ,  au  fe-^ 
cond  coup  de  navette  ,  fe  trouve  régulièrement  fur 
la  troifieme  liffe  ,  qui  efl  celle  qui  doit  lever  à  ce 
même  coup ,  fuivant  l'armure  du  métier. 

Cordelines  pour  les  damas.  Il  n'efl  pas  poffible  de  paf- 
fer la  cordeline  dans  le  damas  ,  ni  dans  tous  les  fa- 
tins à  cinq  liffes  ;  de  façon  que  celle  de  la  rive  levé 
régulièrement  du  côté  que  la  navette  efl  lancée  ,  at- 
tendu le  nombre  impair  des  liffes  ,  qui  fait  que  quand 
le  courfe  des  cinq  liffes  efl  fini  ,  la  navette  fe  trouve 
à  gauche  dans  le  premier ,  &  à  droite  dans  le  fé- 
cond ;  il  y  a  cependant  une  façon  de  les  paffer ,  pour 
eue  la  lifiere  foit  belle,  différente  des  autres  genres 
d'étoffe  :  la  première  cordeline  du  côté  du  drap  doit 
être  paffée  fur  la  première  liffe  du  côté  du  corps  ,  la 
quatrième  &  la  cinquième  ;  la  féconde  doit  être  paf- 
fée fur  la  deuxième  &  la  troifieme  ;  la  troifieme  fur 
la  quatrième  &  lacinquiem.e  ;  la  quatrième  fur  la  pre- 
mière ,  la  féconde  &  la  troifieme  ;  la  cinquième  fur 
la  troifieme  ,  quatrième  &  la  cinquième  ;  la  fixieme 
fur  la  première  &  la  féconde  ,  en  commençant  à  la 
droite.  La  lifiere  du  côté  gauche  doit  être  paffée  de 
même  que  celle  du  côté  droit.  Il  y  a  encore  une  autre 
façon  de  paffer  la  cordeline  ;  favoir ,  la  première  dit 
côté  du  drap  fur  la  première  &  la  féconde;  la  fécon- 
de fur  la  quatrième  &  la  cinquième  ;  la  troifieme  fut 
la  féconde  &  la  troifieme  ;  la  quatrième  fur  la  pre- 
mière &  la  cinquième  ;  la  cinquième  ftir  la  troifieme 
&  la  quatrième;  la  fixieme  fur  la  première  &  la  fé- 
conde ,  où  il  faut  obferver  que  la  liffe  du  miheu  ,  ou 
la  troifieme  par  laquelle  finit  le  fécond  courfe  ,  ou 
le  dixième  coup,  ne  doit  jamais  faire  lever  les  mêmes 
cordelines  qui  font  fur  la  première  liffe  ,  parce  que 
pour  lors  le  courfe  finiffant  par  celle  du  milieu  ,  les 
mêmes  cordelines  leveroient  ^  &  la  trame  ne  feroit 
point  liée. 

De  la  différence  dés  damas  de  Lyon  &  de  Gènes.  La 
façon  dont  les  Italiens  ,  principalement  les  Génois  , 
fabriquent  le  damas  ,  efl  tellement  différente  de  celle 
dont  on  fe  fert  en  France ,  foit  par  la  qualité  &  quan- 
tité de  foie  dont  leurs  chaînes  font  compofées ,  foit  par 
la  manière  dont  ils  font  travaillés  ,  qu'il  n'efl  pasbe- 
foin  d'être  fabriquant  pour  convenir  que  fi  leurs  étof- 
fes font  préférées  aux  nôtres ,  leurs  principes  font 
auffi  plus  excellens  ;  c'efl  ce  qu'il  efl  néceffaire 
d'expliquer. 

On  vient  de  dire  que  la  qualité  &  quantité  de  la 
foie  dont  les  chaînes  des  damas  qui  fe  fabnquent 
chez  l'étranger  font  compofées  ,  différent  de  la  quan- 
tité &  qualité  de  celle  qui  efl  employée  dans  les 
damas  qwi  fe  fabriquent  en  France  ,  il  faut  le  dé- 
montrer. 

Le  règlement  du  i  Oflobre  1737,  quoique  rempli 
de  vétilles  fur  le  fait  de  la  fabrication  des  étoffes  ,  ne 
fait  aucune  mention  des  damas  meubles  ;  il  ordonne 
feulement ,  art.  CS.  que  les  damas  ne  pourront  être 
faits  i\  moins  de  90  portées  de  chaîne.  Celui  du  19 
Juin  1744,  ordonne  ,  titre  vH/.  art.  4.  que  lesdam;;s 
réputés  pour  meubles  ne  pourront  être  faits  ;Wnoins 
de  90  portées  de  chaîne  ,  chaque  portée  de  83  filsi 


a88 


S  O  I 


Cette  fixation  qui  ne  concerne  précifcment  que  la 
quantité  de  J'oie  pour  ce  genre  d'ctolfe,  dcmontiv  al- 
lez que  les  fabricatcurs  des  deux  régleincns  qu'on 
vient  de  citer ,  n'ctoient  pas  des  plus  intclligcns , 
puilquc  d'un  côte  ,  la  quantité  de  /oie  qu'ils  admet- 
tent cil  inluffilante  ,  Oc  de  l'autre  ,  qu'ils  ne  font  au- 
cune mention  de  la  qualité ,  qui  efl  aulli  effcntielle 
que  la  quantité  mcine. 

Uurt.  I.  du  règlement  du  8  Avril  1714  ,  pour  la 
manutadure  de  Tiuin  ,  tiré  du  règlement  de  celle  de 
Gènes ,  veut  que  les  damas  (oient  faits  avec  une  chaî- 
ne de  96  portées  de  80  fils  chacune ,  &  avec  un  pei- 
gne de  Z4  portécs,poin-  qu'il  fe  trouve  8  fils  par  cha- 
que dent  de  ce  peigne  ,  &  qu'il  ne  foit  employé  à 
l'ourdifiagc  des  damas  que  des  organfins  du  poids  de 
6  octaves  (  6  odlaves  font  1 8  deniers  poids  de  marc) , 
chaque  raz  (  un  raz  fait  demi-aune  de  France)  ,  au- 
nioins ,  étant  teints ,  ce  qui  vaut  autant  pour  le  poids 
qu'une  once  &  demie  chaque  aune  de  la  chaîne  pour 
ceux  qui  s'ourdifTent  en  France. 

Les  Piémontoisont  eu  foin  de  fixer  le  nombre  des 
portées  par  rapport  à  la  quantité  de  foie  dans  leurs 
damas ,  de  môme  que  les  poids  par  rapport  à  la  qua- 
lité ,  &  n'ont  pas  oublié  de  faire  ordonner  que  les 
peignes  pour  la  fabrication  de  ce  genre  d'étoffe  fuf- 
î'ent  compofés  d'un  nombre  de  portées  proportion- 
né à  la  quantité  de  la  foie  ,  &  ne  contlnU'ent  que  8 
fils  chaque  dent. 

La  fixation  du  poids  feroit  inutile  fi  le  nombre  des 
portées  n'étoit  pas  défigné  ,  parce  qu'on  pourroit 
mettre  moins  de  portées  &  un  organfin  plus  gros ,  s'il 
n'étoit  quellion  que  de  la  qualité  ,  afin  que  le  même 
poids  ic  trouvât  toujours  à  la  chaîne, en  conformité 
du  règlement  ;  ce  qui  contribueroit  à  une  défe£luo- 
fité  d'autant  phis  grande  ,  qu'il  n'efi:  perfonne  qui  ne 
fâche  que  ce  n'efi:  pas  le  fil  le  plus  gros  &  le  plus  pe- 
fant  qui  fait  la  plus  belle  toile ,  mais  bien  le  plus  fin  & 
le  plus  léger  ,  la  quantité  néceflalre  fuppofée  com- 
plette. 

Les  Génois  mettent  100  portées  aux  moindres  da- 
mas meubles  de  leurs  fabriques  ,  &  un  peigne  de  z^ 
portées  pour  faire  également  le  nombre  complet  de  8 
fils  chaque  dent  ;  ce  qui  doit  immanquablement  faire 
une  étoffe  plus  parfaite  que  fi  elle  ne  contenoitque 
90  portées ,  comme  il  eu  ordonné  par  les  réglemens 
de  1737  &  1744  ,  concernant  les  manufaftures  de 
Lyon. 

La  quantité  des  portées  prefcrite  pour  les  damas 
de  Turin  ik  de  Gènes,  étant  fupèrieure  à  celle  qui 
eft  prefcrite  pour  ceux  qu'on  fait  en  France,  il  ell 
évident  que  leurs  étoffes  doivent  furpaflér  ces  der- 
nières ;  cen'eft  pas  encore  affez  pour  leur  perfedion, 
ces  étrangers  veulent  aufiî  que  le  poids  de  leur  chaîne 
foit  fixé  ,  crainte  qu'un  organfin  trop  fin  n'altérât  la 
qualité  de  l'étoffe  ne  garniffant  pas  affez  ;  ce  que  tous 
nos  fabricateurs  de  réglemens  n'ont  pas  fu  imaginer  , 
quoiqu'ils  fefoient  attachés  à  des  minuties  infiniment 
au-delfous  de  ce  que  demande  le  damas  pour  qu'il 
foit  parfait. 

Si  im  organfin  extraordinairement  fin  peut  rendre 
le  damas  défeclueux,  quoique  le  nombre  des  portées 
foit  complet ,  un  organfin  extraordinairement  gros 
ne  le  rendra  pas  parfait  ;  il  faut  une  matière  propor- 
tionnée à  l'étoffe  pour  laquelle  elle  eft  defiinée  ;  de 
façon  que  fi  un  organfin  trop  fin  fait  paroltre  l'étoffe 
affamée  ou  peu  garnie  ,  celui  qui  cfi:  trop  gros  fera 
paroître  un  fatin  rude  &  fec  ,  au-lieu  d'ctre  doux  6c 
velouté ,  comme  il  taut  qu'il  foit  pour  que  l'étoffe  foit 
en  qualité. 

Les  Génois  fabriquent  encore  des  damas  pour  meu- 
bles ,  qui  font  les  plus  parfaits  qu'on  puifié  faire  en 
ce  genre  ;  ils  font  compofés  de  i  zo  portées  ,  6c  faits 
avec  un  peigne  de  trente  portées  ,  pour  avoir ,  à  l'or- 
difliure ,  8  fils  par  dent.  Ces  damas  ne  font  diftin- 


S  O  I 

gués  des  ordinaires  de  100  portées  que  par  la  lifiere 
ou  cordon  qu'ils  appellent  c/'wo^  ,  laquelle  efi  faite 
en  gros-de-tours ,  non  en  taffetas ,  c'eft-à-dire  que  les 
deux  coups  de  la  navette ,  dont  la  trame  fert  à  former 
l'étoffe,  qui  font  paffés  à  chaque  lac  ,  paffent  pour  le 
cordon  fous  un  même  pas ,  &  forment  un  parfait  gros- 
de-tours  &  une  belle  lllicre  ;  ce  qui  fert  à  les  diilin- 
guer  des  damas  ordinaires. 

Cette  façon  de  faire  la  lifiere  ou  cordon  du  damas 
en  gros-de-tours  ,  auffi-bicn  que  la  cordeline  ,  eft  fi 
ingènieulc  ,  qu'on  oie  foutcnir  que  de  cinq  ou  fix 
mille  maîtres  fabriquans  qui  font  à  Lyon ,  il  n'en  eft 
pas  peut-être  dix  qui  fur  le  champ  foient  en  état  de 
démontrer  de  quelle  façon  peut  être  faite  une  chofe 
auffi  finguliere  ,  pas  même  encore  en  leur  donnant  le 
tems  de  l'étudier.  Ce  font  cependant  des  payfans  très- 
groffiers  qui  font  de  telles  étoffes ,  auffi-bien  que  les 
velours. 

A  l'égard  de  la  façon  dont  les  damas  font  travail 
lésa  Gènes  ,  elle  efl:  différente  de  celle  de  France. 

Toutes  les  chaînes  des  étoffes  façonnées  qui  fefont 
ou  fabriquent  à  Lyon  ,  ne  reçoivent  l'extenfion  forte 
qu'elles  doivent  avoir  pendant  le  cours  de  leur  fabri- 
cation ,  qu'au  moyen  d'une  groffe  corde  ,  laquelle 
étant  arrêtée  par  un  bout  au  pié  du  métier  ,  fait  en- 
fuite  trois  ou  quatre  tours  au-tour  du  rouleau  furie- 
quel  la  chaîne  eff  pHée ,  &  ayant  fon  autre  bout  paffé 
dans  un  valet ,  ou  elpece  de  balcule  de  la  longueur 
d'un  pié  &C  7  plus  ou  moins  ,  dont  une  partie  taillée  en 
demi-rond  enveloppe  ce  même  rouleau  fur  lequel  il 
ell  polé  horifontalement ,  on  accroche  à  Ion  extré- 
mité un  poids  d'ime  grofleur  proportionnée  ,  &  fé- 
lon qu'exige  la  longueur  de  la  bafcuie  qui  tientle  rou- 
leau arrêté  ;  de  façon  que  pour  tenir  la  chaîne  ten- 
due il  faut  tourner  le  rouleau oppoiélur  lequell'étoffe 
le  roule  à  mefure  qu'on  la  travaiiie  ,  6c  au  moyen 
d'une  roue  ou  roulette  de  fer  ,  taillée  comme  une 
roue  à  rochet  d'une  pendule  ,  dans  les  dents  delà- 
quelle  accroche  un  fer  courbé  pour  entrer  dans  cha- 
cune de  la  roulette  ,  &  la  retenir  ;  à  mefure  qu'on 
tourne  le  rouleau  de  devant ,  auquel  eft  attaché  & 
placé  quarrément  la  roulette  en  quellion  ,  on  fait  dé- 
vider le  rouleau  de  derrière  ,  &c  la  chaîne  fe  trouve 
toujours  tendue. 

Cette  façon  de  tenir  tendue  la  chaîne  des  étoffes 
façonnées  eft  très-commode  ,  principalement  pour 
les  riches ,  qui  demandent  une  extenfion  continuelle 
de  la  chaîne,  par  rapport  à  cette  quantité  de  petites 
navettes  ou  efpolins ,  qui  ne  pourroient  pas  fe  foute- 
nir  lur  l'étoffe  fi  la  pièce  étoit  lâche  ;  mais  elle  eft  lu- 
jette  à  un  inconvénient  auquel  on  ne  fauroit  parer  , 
en  ce  que  les  grandes  fecouflcs  que  la  tire  occafion- 
ne  pendant  le  travailde  l'étoffe ,  jointes  .iuv  coups  de 
battant,  &  à  la  liberté  que  le  bafcuie  dumie  au  rou- 
leau de  derrière  de  dévider  ,  font  toujours  lâcher  un 
peu  plus  ,  un  peu  moins  la  chaîne ,  laquelle  par  con- 
féquent  perdant  une  partie  de  fon  extenfion  ,  la  fait 
perdre  également  à  l'étoffe  fabriquée.  De-là  vient  le 
défaut  ordinaire  des  damas  de  Lyon  de  paroître  froif- 
fés  dans  des  certains  endroits  fi-tôt  qu'ils  font  hors  du 
rouleau  ,  ce  qui  s'appelle  gripper  ,  dans  le  langage  de 
la  fabrique  de  Lyon  ,  défaut  qui  ne  fe  trouve  point 
dans  les  damas  de  Gènes  ,  ou  autres  d'Italie ,  parce 
qu'ils  font  travaillés  différemment. 

Les  Génois  n'ont  ni  corde ,  ni  bafcuie  ,  ni  roulette 
de  fer  attachée  k  l'enfuple  ou  rouleau  de  devant,  pour 
tenir  tendues  les  chaînes  de  leurs  étoffes  ;  ils  ié  fer- 
vent feulement  de  deux  chevilles  de  bois ,  dont  la  pre- 
mière de  deux  pies  de  longueur  environ  ,  étant  paf- 
fée  dans  un  trou  de  deux  pouces  en  quarré  ,  fait  au 
rouleau  de  devant ,  qui  pour  cet  effet  eft  percé  en 
croix  en  deux  endroits  de  part  en  part ,  eft  attachée 
par  le  bout  à  une  corde  qui  tient  au  pic  du  métier  de 
devant. 

L'enfuple 


SOI 

L'enfuplc  ou  rouleau  de  derrière  eft  perce  auflî  à 
un  des  bouts ,  comiiie  celui  de  devant  ;  <>i  lorfqu'il  eft 
queflion  de  donner  i'extcnfion  à  la  chaîne  ,  on  paflc 
dans  une  des  quatre  entrées  que  forment  les  deux 
trous  de  part  en  part ,  une  cheville  de  bois  de  la  lon- 
gueur de  trois  pics  &  demi  au  moins  ,  à  l'aide  de  la- 
quelle on  donne  l'extenlîon  ncceffaire  pour  la  fabri- 
cation, en  attachant  la  cheville  par  le  bouta  une  cor- 
de placée  perpendiculairement  à  l'eflai.e  du  métier, 
au-deffus  de  l'endroit  oit  ce  même  bout  fe  trouve. 

Cette  façon  de  tenir  la  chaîne  tendue  n'eft  fufcep- 
tible  d'aucun  inconvénient  ;  au  contraire ,  par  le 
moyen  de  la  cheville  de  derrière  ,  on  ne  lui  donne 
que  l'extenfion  qu'elle  demande  ;  ce  qui  n'arrive  pas 
avec  la  bafcule  qui,  félon  l'humide  ou  le  fec  ,  laifle 
courir  le  rouleau  ou  enfuple  de  derrière  plus  ou 
moins  ,  fuivant  les  grandes  ou  petites  fecoufles  que 
la  chaîne  reçoit  par  la  tire  ,  toujours  pefante  dans  le 
damas  ,  &  cauîe  l'inégalité  qui  fe  trouve  dans  les 
étoffes  façonnées  de  cette  efpece  ;  elle  empêche  le 
froiflement  ou  grippure  qui  fe  trouve  dans  les  damas 
de  Lyon  ,  parce  qu'elle  retient  toujours  la  chaîne 
dans  cette  même  égalité  d'extenfion  qui  lui  eilnécef- 
faire  pour  la  perfe£Hon  de  l'étofFe  ;  les  fecouffes  qu'- 
elle reçoit  ne  la  faifant  ni  lâcher  ,  ni  tirer  plus  qu'il 
ne  faut ,  elle  fait  même  que  l'étoffs  reçoit  une  efpece 
d'apprêt  pendant  la  fabrication  ,  qui  ne  fe  voit  que 
dans  les  damas  de  Gènes,  ou  autres  fabriqués  de  la 
même  manière. 

Quoiqu'on  n'ait  p^îs  fait  mention  de  la  quantité 
de  brins  dont  l'organfin,  pourfaire  le  damas,  eu  com- 
pofé,  on  penfe  bien  que  ceux  qui  font  faits  avec  un 
organfin  à  trois  brins  ,  doivent  être  plus  beaux  que 
ceux  faits  avec  un  organfin  qui  n'en  contient  que 
deux  ,  par  conléquent  on  ne  dira  rien  de  plus  fur 
cet  article. 

La  façon  dont  on  vient  de  démontrer  la  différence 
qui  fe  trouve  dans  la  fabrication  des  damas  d'Italie , 
&  dans  celle  des  damas  qui  font  fabriqués  en  France, 
de  même  que  celle  qui  fe  trouve  dans  la  quantité  & 
qualité  des  foies  dont  les  uns  &  les  autres  font  com- 
pofés  eil  fi  lenfible ,  qu'il  n'efl  perfonne  qui  ne  con- 
vienne que  dès  que  les  fabriquans  de  France  vou- 
dront fe  conformer  à  la  maxime  des  Italiens  ,  ils  fe- 
ront des  étoffes  auffi  parfaites  que  celles  qui  font 
travaillées  par  les  montagnards  de  Gènes. 

Tout  ce  que  les  fabriquans  de  France  pourrolent 
oppofer  à  ce  cjui  vient  d'être  dit  en  ce  qui  concerne 
le  damas  ,  &  ce  qui  a  été  dit  précédemment  concer- 
nant le  velours  ,  ell  qu'étant  obligés  de  tirer  du  Pié- 
mont les  organfms  propres  à  faire  les  chaînes  de  fem- 
blables  étoffes  pour  qu'elles  foient  parfaites,  les  droits 
de  fortie,  les  frais  de  tranfport ,  les  droits  d'entrée 
dans  le  royaume,  laprovifion  descomniiffionairesqui 
vendent  pour  le  compte  des  négocians  piémontois  , 
leur  faifant  revenir  layèic  infinimentplus  chère  qu'aux 
Génois  &  autres  italiens ,  il  s'enfuit  que  l'étofte  fa- 
briquée leur  rcvlendroit  également  à  un  prix  qui  les 
mettroit  hors  d'état  d'en  faire  le  commerce. 
Ol-ijervaùon  concernant  ce  dernier  article  qui  demande 
un  examen  trh-JcrupuUux. 

Un  ballot  d'organfm  de  cent  trente-fix 
livres  poids  de  Piémont ,  qui  font  cent 
huit  livres  poids  de  Lyon  ,  paye  pour  la 
fortie  du  jjays  105  îiv.  argent  de  Pié- 
mont, qui  font  cent  vingt-fix  livres  argent 
de  France  ,  ci 1 26  1. 

Pour  voiturer  de  Turin  à  Lyon  ,..10 

Pour  la  douane  à  l'entrée  du  royau- 


P  O  I 


i%9 


me 


Le  commifnonnalre  de  Lyon  qui  vend 

pour  le  compte  dw  marchand  piémontois, 

exige  ordinairement  quatre  pour  cent  de 

provlfion  pour  demeurer  du  croire,  ce 

Tome  Xy. 


70 


qui  fait  qu'en  fuppofant  le  prix  de  layô/e 
à  vingt-cinq  livres  la  livre  ,  la  provision 
monte  à  cent  livres  fur  un  ballot ,  cl  .    .   100  I. 

Les  ballots  d'organfm  qvie  l'on  tire  du 
Piémont ,  ne  pafTent  point  par  la  condi- 
tion publique  (^),  attendu  que  cette  pré- 
caution efl:  contre  l'intérêt  du  proprié- 
taire ,  ce  qui  fait  qu'il  n'en  eif;  pas  un 
qui  ne  faffe  une  diminution  de  3  , 4,  5,6 
livres  ,  même  jufqu'à  7  ;  on  la  réduit  ici  à 
trois  livres  &  demie  ,  tant  pour  les  uns 
que  pour  les  autres  ,  ce  qui  fait  quatre- 
vingt-fept  livres  dix  fols  5  ci       .       .       .     87 1.  lof» 

Total,  393 1.  lof» 

Le  ballot  d'organfin  teint  ne  rend  au  plus  que  foi- 
xante-quinze  livres  ,  ce  qui  fait  que  la/o/e  teinte  re- 
vient à  5  Iiv.  5  f  plus  chère  aux  François  qu'aux  Ita- 
liens ,  attendu  qu'ils  font  obligés  de  payer  les  droits 
du  quart  de  la  foie  ,  qui  s'en  va  en  fumée  dans  les 
opérations  de  la  teinture ,  &  que  les  droits  qui  fe  per- 
çoivent en  France  n'équivalent  pas  fur  les  étoffes 
étrangères  aux  frais  que  les  fabriquans  françois  font 
obligés  de  fupporter  ,  ce  qui  fait  que  l'étranger  peut 
donner  fa  marcliandife  à  meilleur  prix  que  le  fabri- 
quant françois. 

Si  les  fabriquans  françois  achetolent  eux-mêmes  en 
Piémont  les/oiii  qu'  Is  emploient,  ils  gagnerolent  & 
les  frais  de  commifîlon  &les  diminutions  qui  fe  trou- 
vent fur  les  ballots  ;  en  les  faifant  conditionner,  la 
loi  étant  telle  que  le  négociant  piémontois  ne  fauroit 
le  refufer;  &  que  dans  l'article  qui  efl  contenu  dans 
cette  loi ,  il  efl  précifément  fllpulé  que  dans  le  cas 
où  l'acheteur  &  le  vendeur  feroient  co;ivenus  que 
hifoic  ne  pafferolt  pas  à  la  condition  publique,  dans 
le  cas  de  conteflatlon  pour  rhumidlré  ou  autre  dé- 
fe£luofité  ,  le  confulat  de  Turin  n'en  prcndroit  au- 
cune connoiffance  ,  ce  qui  n'elt  pas  de  même  quand 
la  foie  y  a  paffé. 

Il  faudroit  des  fonds  trop  confidérablcs  pour  ache- 
ter comptant  \zs  foies  qu'ils  emploient ,  vendre  leurs 
marchandlfes  pour  terme  ,  payer  les  façons,  &c.  les 
foies  fe  vendant  ordinairement  à  Lyon  pour  dix-huit 
mois  de  terme  ,  d'ailleurs  les  marchands  de  loie  de 
Lyon  font  obligés  de  faire  des  groifes  avcsnces  à  ceux 
du  Pléinont  dans  letems  du  tirage  des  foies ,  tant  pour 
l'achat  des  cocons  dans  les  campagnes  qui  ne  fe  fait 
que  comptant  ,  que  pour  le  payement  des  femmes 
qui  tirent  la  foie  ,  &  autres  frais.  Les  Anglols  &  Hol- 
dois  fournlffent  des  fonds  quelquefois  deux  années 
d'avance  ,  parce  qu'Us  en  tirent  plus  que  nous  ,  at- 
tendu qu'ils  n'en  cueillent  point. 

Des  étoffes  riches  en  S 00.  Les  étoffes  qui  fe  font 
depuis  peu  en  800,  font  affez  fingulieres  pour  qu'el- 
les méritent  de  tenir  place  dans  les  mémoires  de  la 
fabrique  d'étoffes  de  foie  ,  or  &  argent. 

Les  étoffes  en  800  ordinaires  n'ont  point  de  répé- 
tition ,  parce  que  fi  elles  en  avoient ,  lllluidroit  né- 
ceflalrcment  800  cordes  de  rame  ,  8oo  arcades  & 
800  cordes  de  femplc ,  ce  qui  donneroit  1 600  mall- 

(  rt  )  La  condition  publique  eft  une  chambre  établie  i  Tu- 
rin ,  pour  y  mettre  les  o.ff  lorfque  l'acheteur  en  convient 
avec  le  vendeur.  Cette  chambre  contient  quatre  cheminées, 
dans  Iclquellcs  on  bit  un  flu  modéré  pendant  toute  l'année  , 
excepté  clans  les  mois  de  Mai ,  Juin ,  Juillet  ic  Août.  Dans 
cette  chambre  ,  on  fépare  la  /«.■■  p.ir  matrcaux  ,  qui  contien- 
nent quatre  à  cinq  échcveaux  chacun  :  on  les  paile  dans  des 
tiix-lles  ,  Icfquelles  font  rulpcndues  dans  le  milieu  :  &  le  bal- 
lot ay.int  éti  p^lé  avant  que  U'y  ôrre  porté  ,  on  laiHe  la  joie 
vingt-quarie  heures  ;  après  quoi  on  la  repele  :  li  le  ballot  a 
ihaur.ué  i\c  deux  livres  &  demie  ,  il  etf  reporte  une  iec^nde 
fois,  &  enfin  li  il  K\  troiliemc  la  liiniinution  le  tromv  encore 
de  même ,  pour  lors  il  elf  conliiqué.  Comme  pcr.onne  n'eft 
forcé  de  porter  la  jotc  à  la  condition  publique,  les  proprié- 
taires de  celtes  qui  font  envoyées  à  Lyon  n'ont  gartlc  de  làirc 
palier  les  leurs  par  ur.e  épreuve  de  cette  ibrte 

O  o 


^9^ 


S  O  I 


les.  Or  comme  on  a  dcmontrc  dans  tous  les  mémoires, 
que  la  rcdudionordinaii-c  de  l'ctortc  riche  eft  de  Soo 
mailles  de  corps,  il  s'enluit  Cjue  tous  1rs  800  qui  le 
lonttaits  julqu'à  ce  jour,  iontians  répétition  &  mon- 
tés eu  800  cordes  de  rame  &  autant  de  icmple  ,  & 
une  demi  -arcade  feulement  ,  ce  qui  lupprime  la  ré- 
pétition. 

Suivant  la  nouvelle  méthode  ,  on  fait  une  étoffe 
tn  800 ,  c'eft-;\-dirc  fans  répétition  dans  fa  large\ir 
avec  400  cordes  feulement  6c  400  arcades.  Il  paroît 
furprenant  qu'avec  400  arcades  il  n'y  ait  pas  de  ré- 
pétition ,  attendu  qu'il  n'clî  pas  difficile  de  taire  une 
étoffe  qui  dans  fa  largeur  n'aura  point  de  répétition, 
en  attachant  une  demi -arcade  à  chaque  corde  de 
rame  &  ne  laiflant  que  400  mailles  de  corps  ,  mais 
il  paroît  impoflible  de  la  faire  avec  une  arcade  en- 
tière qui  levé  800  mailles. 

Pour  faire  une  étoffe  dans  ce  goCit ,  il  faut  faire 
deux  defleins  de  même  hauteur  pour  400  cordes  de 
femple  ,  foit  8  en  10  ,  foit  8  en  1 1 ,  foit  8  en  1 2  ,  fui- 
vant  que  le  fabriquant  defire  <^ue  l'étofte  foit  réduite, 
la  lifeufe  met  les  deux  defleins  l'un  fur  l'autre  ;  & 
quand  elle  a  lu  un  lac  ou  toutes  les  couleurs  diffé- 
rentes qui  font  fur  la  ligne  horifontaie  du  premier 
dclfein  ,  elle  en  lit  une  autre  liir  le  fécond ,  &  con- 
tinue de  même  jufqu'à  la  fin  des  deux  deffeins  en 
entier.  Il  faut  bien  faire  attention  que  fous  la  déno- 
mination d'un  lac  en  fait  de  lifage  de  deflein  ,  on 
comprend  toutes  les  dorures  &Cjous  qui  le  brochent 
d'r.n  ou  deux  coups  de  navettes  aux  deux  autres  , 
fuivant  la  difpofition  de  l'étoffe ,  mais  ordinairement 
il  n'y  en  a  qu'un  ,  attendu  que  la  trame  ne  doit  faire 
aucune  figure  dans  ce  genre  d'étoffe  ,  mais  feule- 
ment le  corps  de  cette  même  étoffe  ,  de  façon  que 
quoiqu'il  le  trouve  5,6,7,  même  8  lacs  &  plus  à 
brocher  dans  l'intervalle  d'un  coup  de  navette  à  l'au- 
tre ,  tous  ces  lacs  enfemble  néanmoins  n'en  compo- 
fent  qu'un ,  fuivant  le  liffage.  On  voit  aduellement 
à  Lyon  des  étoffes  qui  ont  jufqu'à  i  z,  même  1 3  lacs 
brochés  &  un  pafTé  ,  ce  qui  fait  14  lacs  ;  mais  elles 
font  rares  ,  attendu  les  frais  de  la  main-d'œuvre , 
&  qu'il  n'eft  pas  poffible  d'en  faire  plus  d'un  demi- 
quart  par  jour.  Tous  ces  lacs  brochés  cependant  & 
le  lac  palTé  n'en  compofent  qu'un  fuivant  le  lif- 
fage. 

Le  deffein  lu  &  le  métier  monté ,  l'ouvrier  fait  ti- 
rer les  premiers  lacs  qui  doivent  être  brochés,  &  ne 
pafTe  ou  ne  broche  fur  l'étoffe  qu'un  côté  des  lacs 
qui  ont  été  tirés  &  qui  fe  rapportent  au  premier  def- 
lein lu  ;  il  fait  tirer  eniuite  les  lacs  du  fécond  deflein, 
&  les  broche  dans  la  place  qu'il  a  laifTé  vuide ,  ou 
Gu'il  n'a  pas  broché  dans  l'étoffe ,  de  façon  qu'il  ne 
broche  qu'une  répétition  de  chaque  delîéin  ,  foit  à 
droite  ,  loit  à  gauche  ;  de  cette  manière ,  ilfe  trouve 
qu'encore  que  le  métier  ne  foit  monté  que  de  400 
cordes  à  l'ordinaire  ,  les  deux  delTcins  lus  ,  comme 
il  a  été  démontré  ,  contenant  400  cordes  chacun  , 
forment  un  800  parfait. 

Suivant  cette  façon  de  travailler ,  il  fe  trouve 
qu'une  étoffe  de  6  lacs  brochés  chaque  delTein  en 
contient  1 1 ,  ce  qui  augmente  confidérablement  les 
frais  de  main-d'œuvre  ;  on  a  cependant  trouvé  le 
moyen  de  parer  à  cet  inconvénient ,  mais  il  n'ell  pas 
aifé.  Comme  il  n'y  a  encore  que  trois  ou  quatre  mé- 
tiers dans  Lyon  montés  dans  ce  genre ,  il  ne  s'ell 
trouvé  qu'une  lifeule  qui  ait  pu  mettre  en  ufage  la 
méthode  qui  commence  à  fe  mettre  en  pratique  pour 
diminuer  la  quantité  de  lacs  brochés.  11  faut ,  pour 
cette  opération  ,  que  la  lifeufe  obferve  le  vuide  ou 
le  fond  qui  fe  trouve  dans  chacun  des  deux  defTeins, 
&  qu'elle  ait  foin  de  porter  les  parties  qui  fe  trouvent 
garnies  dans  le  premier  deflein  dans  le  lac  delà  partie 
Miide  du  fécond  ,  ôc  de  mjmc  celles  qui  fe  trouvent 
garnies  dani  le  fécond  dcfléin  dans  la_^  partie  vuide 


S  O  I 

dt»  {^remief  ;  ce  qui  fait  qu'au-lieu  ne  iz  lacâ  bro-  .1 
chvs  ,  il  arrive  qu'il  ne  s'en  trmive  quelquefois  que 
6  ,  7  i\  8  ,  plus  ou  moins  ;  il  faut  en  même  tems  que 
l'ouvrier  ait  un  grand  foin  de  ne  pas  brocher  à  droite 
ce  qu'il  a  broché  à  gauche  fur  le  drap  ou  ctofFe  ce 
qui  n'eU  pas  ailé  ou  iacile  pour  l'ou\  rier  ,  ôc  encore 
plus  mal-aifé  pour  la  lifeufe,  qui  efl:  obligée  de  choi- 
lir  les  lacs  ,  pour  ainu  dire  ,  des  yeux  ;  infenfible-  i 
ment  les  lifcufcs  &i  les  ouvriers  s'accoutum.eront  à 
tr;iv;.'illcr  dans  ce  goût ,  parce  qu'il  n'efl:  rien  dont 
les  fabriquans  ne  viennent  à  bout  lorlqa'ils  veulent 
s'appliquer  férieufement. 

Quoique  cette  façon  de  lire  le  deflein  foit  détail- 
lée autant  qu'elle  peut  l'être  ,  de  même  que  celle  de 
travailler  l'éiofFc ,  elle  ne  paroît  pas  aifée  à  compren- 
dre ,  fi  on  ne  counoît  pas  à  fond ,  pour  alnfl  dire ,  le 
métier;  ainfi  l'on  poiuToit  objcdfer  que,  fansfe  don- 
ner tant  de  peine  ,  il  ne  leroit  pas  difïïcile  de  monter 
un  métier  ôc  faire  une  étotre  l;ms  répétition  ,  en  fai- 
fant  lire  un  deflein  de  400  cordes  à  l'ordinaire,  & 
au-licu  de  800  mailles  de  corps  n'en  mettre  que 
400. 

L'on  répondra  à  cette  objedion  qu'il  efl:  trcs-aifé  de 
faire  une  étoffe  ians  répétition  fur  un  400 ordinaire; 
mais  on  obier vera  en  même  tems  que  fl  le  corps  ne 
contenoit  que  400  mailles ,  la  réduw  ion  feroit  fi  grof- 
fiere,qu'au-licu  de  4  ;\  5  bouts  dont  un  gros-de-tours 
ou  latin  efl:  compofé  pour  la  trame  qui  fait  le  corps 
de  l'étoffe ,  il  en  faudroit  plus  de  dix  ;  en  voici  la 
raifon. 

Le  papier  réglé  fur  lequel  le  defllnateur  peint  fon 
deflein  ,  porte  la  largeur  jufte  de  l'étoffe.  Ce  deflein 
étant  répété  deux  fois  dans  cette  mêm.e  étoffe  ,  doit 
fe  trouver  réduit  à  la  moitié  jufle  dans  la  hauteur, 
comme  il  efl  forcé  de  l'être  dans  la  largeur.  Pour  par- 
venir i\  cette  réduftion ,  il  faut  que  la  trame  qui  en 
fait  le  corps  foit  proportionnée  pour  qu'elle  foit  par- 
faite ,  attendu  que  fi  on  trame  trop  gros ,  les  fleurs  , 
feuilles  ou  fruits  qui  doivent  être  ronds  ,  feront  lar- 
ges ;  de  même  que  fî  on  trame  trop  fin  ,  les  fleurs  fe- 
ront écrafées,  &C  perdront  de  leur  beauté;  c'efl  pour 
cela  qu'un  defTein  fur  un  papier  de  8  en  10  exige 
d'être  tramé  plus  gros  que  celui  qui  eft  fur  un  8  en 
1 1  ;  de  même  que  celui  qui  efl  fur  un  8  en  1 1 ,  doit 
être  également  tramé  plus  gros  que  celui  qui  eft  fur 
un  8  en  1 1 ,  attendu  que  la  dixaine  étant  parfaitement 
quarrée,  plus  elle  contient  de  coups  dans  fa  hiiuteur, 
plus  il  faut  qu'ils  foient  fins  pour  qu'ils  puiiTent  y 
entrer.  Ce  fait  pofé  pour  principe ,  il  s'enfuit  que 
400  mailles  de  corps  dans  la  largeur  ordinaire  ,  Gnp 
ne  garniront  que  par  la  quantité  de  8  mailles  chaque 
dixaine,  ne  réduiront  pas  autant  que  800  mailles  qui 
en  donneront  1 6, attendu  la  répétition.  Parla  même 
raifon  ,  pulfque  12  coups  doivent  former  le  quarré 
dans  un  deffein  de  8  en  12  fur  16  mailles,  il  en  fau- 
droit 24  fur  400  mailles  dans  la  largeur  ;  ce  qui  écra^ 
feroit  la  fleur  ,  laquelle  ,  pour  être  dans  fa  rondeur, 
exigeroit  une  fois  plus  de  trame  chaque  coup  aue 
l'étoffe  ordinaire  ,  ii  quoi  il  faut  ajouter  que  la  dé-      m 
coupure  dans  le  deflein  qui  ordinairement  eft  de      I 
4  fils  doubles  ,  fe  trouvant  pour-lors  de  8  ,  ajouteroit 
une  imperfedion  par  fa  grofliereté  ,  à  laquelle  il  fe- 
roit impolîible  de  parer  ,  puifque  dans  un  latin  de 
90  portées  qui  compofent  7200  fils  ,   la  maille  de 
corps  contenant  9  fils  ,   pour  lors  elle  en  contien- 
droit  18.  On  peut  voir  dans  le  traité  disfatins  rcJuhs 
toutes  les  proportions  géométriques  qui  doivent  être 
obfervées  pour   former  une   réduftion  jufle  daas 
toutes  les  étoffes,  proportionnément  à  la  quantité 
de  mailles  de  corps  contenues  dans  les  largeurs  or- 
dinaires ,  puifque  chaque  maille  doit  avoir  fa  corde. 
Par  exemple, 

Un  fabriquant  de  Lyon  vient  de  monter  un  métier 
qui  commencera  à  travailler  dans  la  kniaine  ;  ce  m^^ 


SOI 

ïier  contient  3200  mailles  de  corps  fans  répcfir'on, 
conféquemmcnt  3200  cordes  de  rame,  &  autant  de 
femple.  Comme  la  largeur  de  3  zoo  cordes  de  fcmple 
porteroit  huit  fois  autant  de  largeur  qu'un  400  or- 
tiinaire,  on  a  adoffc  deuxcafîins  de  1600  cordes  cha- 
cun ,  lesquelles  cordes  font  faites  d'un  fil  de  lin  très- 
fin  ,  &  ne  porteront  pas  plus  large  qu'un  800  ou  un 
Tniile  à  l'ordinaire:  ce  qui  facilitera  le  travail  qu'une 
trop  grande  largeur  auroit  totalement  rendu  impolTi- 
blc.  L'étoffe  qui  doit  être  fabriquée,  ne  fera  point  à 
répétition,  attendu  qu'elle  cil  deltinée  pour  habit 
d'homme  à  bordure,  qui' ne  fauroit  être  répétée, 
cette  bordure  n'étant  que  d'un  côté  ,  de  même  que 
ia  patte  de  la  poche  &  la  foupatte  qui  ne  fauroient 
le  trouver  àmis  le  milieu  de  l'étofte ,  par  conféquent 
être  répétées.  Ce  rcétier  aura  deux  corps  de  1600 
waillcs  chacun  ;  chaque  maille  ne  devroit  avoir  qu'un 
£1  double  ;  ma's  couîme  le  double  corps  exige  deux 
chaînes,  ou  une  chaîne  &  un  poil;  chaque  maille  de 
rorps  contiendra  deux  fils  doubles:  ce  qui  fera  la  ré- 
duction tant  dans  la  chaîne  que  dans  le  poil. 

Suivant  cette  difpofiîion  ,  une  fleur  qui  dans  un 
400  ordinaire  de  huit  dixaines  de  largeur  efl  réduite 
à  4  dixaines ,  fera  réduite  dans  celle-ci  à  deux  :  ce 
qui  eit  un/objet  conildérable  ,  puifqu'elle  doit  être 
dans  fa  hauteur  d'une  pareille  réduûion  ;  mais  pour 
parer  à  un  inconvénient  aufîl  difficile,  on  prend  un 
pc'.ni  convenable ,  qui  eCc  qu'au  lieu  de  peindre  le 
deilcin  dans  fa  hauteur  fur  un  papier  de  8  en  10  ,  en 
î  I  ou  en  12.,  on  tourne  le  papier  de  côté ,  &  on 
peint  le  deffein  fur  le  papier  en  hauteur  de  10 ,  de 
II,  de  1 2  en  8  :  ce  qui  fait  qu'au  lieu  de  1 2  coups 
ide  navette  que  contient  la  dixaine  fur  une  largeur  de 
8  cordes  ,  il  n'en  faut  que  8  fur  une  largeur  de  10, 
1 1  ou  12;  pour  lors  on  peut  donner  à  la  trame  un 
peu  plus  do  groffeur ,  pour  que  l'étoffe  ait  fa  qualité  : 
-ce  qui  n'ernpêche  pas  que  la  découpure  ne  foit  exac- 
tement fine  ,  dès  qu'elle  ne  contient  que  deux  fils  par 
mailles  de  corps  :  &  ce  qui  fait  toute  la  beauté  de  la 
rédudion. 
■  Pour  ne  rien  laifTer  à  defirer  fur  les  réponfes  aux 
lobjeftions  qui  pourroient  être  faites  fur  la  réduftion, 
on  pourroit  avancer  que  dans  un  400  qui  ne  ieroit 
pas  répété  ,  le   deiTinateur  n'auroit  qu'à  faire  les 
fleurs ,  feuilles  &  fruits  plus  longs  en  hauteur ,  &  que 
pour  lors  l'ouvrier  étant  obligé  de  mettre  en  rondeur 
tous  les  Tu  jets  dont  le  deffein  feroit  compofé  ,  il  ne 
Icroit  pas  obligé  de  tramer  avec  tant  de  brins.  A  quoi 
on  répond  i  '^.  qu'il  ne  feroit  pas  poffible  qu'un  deifi- 
nateur  travaillât  régulièrement ,  s'il  étoit  oblige  de 
défigurer  fon  deffein;  2°.  la  découpure  étant  groffe 
par  la  maille  de  corps  ,  lorfqu'elle  lé  trouveroit  pla- 
cée perpendiculairement,  feroit  beaucoup  plus  fine, 
lorfqu'ci'e  le  feroit  horiibntalement ,  parce  qu'elle 
feroit  beaucoup  plusferrée  par  la  fîneife  de  la  trame; 
3".  il  e(k  d'une  ncceiîité  indifpenfable  que  le  defîein 
foit  peint  avec  une  correâion  exafte ,  puifque  pour 
parvenir  à  ce  point ,  les  deffinatevn-s  qui  veulent  faire 
du  beau  ,  font  obliges  de  faire  des  efquifles  autant 
parfaites  qu'il  leur  efl  poffible  ,  fur  des  papiers  qui 
portent  ju (le  la  moitié  de  l'étoffe,  pour  celles  qui  font 
répétées ,  de  façon  que  l'efquifTe  doit  être  femblabie 
il  l'étoffe  ,  tant  en  hauteur  qu'en  largeur  ,  &  quand 
elle  efl  faite ,  on  la  divlfe  en  plufieurs  quarrés  égaux 
pour  la  peindre  de  même  fur  le  papier  réglé  ;  on  ap- 
pelle mettre  en  carte  l'efquifle  qui  efl  divilée  égale- 
ment en  même  nombre  de  quarrés:  ce  qui  fait  qu'en 
fuppofant  l'efquife  parfaite  ,  il  n'efl  pas  polïible  que 
le  deffein  foit  autrement.  Par  exemple  ,  une  efquilfe 
qui  reprcfcntc l'étoffe  fabriquée,  doit  porter  juile  la 
moitié  de  la  feuille  du  papier  réglé,  puiique  la  feuille 
porte  jufle  la  largeur  de  l'étofte  dont  le  deffein  efl  ré- 
pété. La  feuille  du  papier  réglé  contient  50  dixaines 
de  largeur  &  40  de  hauteur  ;  on  la  divife  en  dix  par- 
To/nc  Xf\ 


Ô 


V91 


ties  pour  îa  îçrgeur  de  cinq  dixaines  chacune.  &  eft 
huit  parties  pour  la  hauteur:  ce  qui  fait  également 
cinq  di::aines  pour  la  hauteur,  conféquemment  des 
quarrés  parfaits.  On  divife  Tefquifîe  de  même ,  après 
quoi  on  peint  le  deïTein  ;  &  en  fuivant  cette  métho- 
de, il  cil  phyiiquement  impofTible  de  le  tromper. 

Modèle  iVun  dcjjein  à  répétition.  Faites  lire  le  deffein 
JÏ  yl  ,en  commençant  par  le  même  endroit  jufqu'erx 
O  O ,  la  partie  ou  le  côté  ^  J  étant  en-bas  ;  la  feuille 
étanti'tte  ,  renverfez-la  ,  &  mettez  A  A  en  haut;  li- 
fez  une  féconde  fois ,  &  commencez  de  même  par 
A  A ,  en  montant  la  feuille  à  mefure  que  l'on  lira 
pour  finir  en  O  O.  Cette  façon  de  lire  vous  donnera 
l'étoffe ,  comme  fi  vous  aviez  lu  à  l'ordinaire  la  feuille 
BB  -X  la  fuite  de  la  feuille  A  A  :  ce  qui  fait  que  la  moi- 
tié du  deffein  fufîit  pour  les  étoffes  à  deffeins  répétés 
&  épargne  la  moitié  du  travail  au  deffinateur. 

Avec  la  rrtachine  du  fieur  Maugis  il  n'efl  befoinque 
de  lire  une  fois  la  demi-feuille  pour  femblabie  opé- 
ration. 

Fonds  d'or  ou  d'argent.  Tous  les  fonds  d'or  ou  d'ar- 
gent riches,  qui  fe  fabriquent  aujourd'hui  à  Lyon, 
loit  pour  habits,  d'hommes  ,foit  pour  veftes ,  fe  font 
à  double  corps  ,  ou  à  la  broche;  il  n'y  a  plus  que  les 
fonds  d'or  pour  ornement  d'églifes  qui  fe  faffent  à 
l'ordinaire ,  c'efl-à-dirc  comme  ils  ont  été  démontrés 
précédemment ,  avec  des  fonds  de  couleur  :  tous  les 
riches  en  or  ont  des  chaînes ,  poils ,  &c.  en  couleuif 
d'or  ou  aurore  ;  &  ceux  en  argent,  en  blanc. 

Toutes  les  chaînes  des  fonds  or  contiennent  40 
portées  doubles,  qui  conipofent  3200  fils  doubles > 
&  10  portées  de  poil,  qui  font  800  fils  doubles  ou 
funples  ;  doubles,  fi  l'organfin  efl  fin;  &  fimple,  s'il 
efl  gros  :  on  ajoute  un  fécond  poil  de  40  portées  fim- 
ples  ,  lorfque  l'on  veut  une  dorure  relevée  qui  imite 
la  broderie.  Tous  les  métiers  généralement  quelcon- 
ques ,  font  montés  en  gros  de  tours ,  c'efl-à-dire  fur 
4  lifies  de  levée  pour  la  chaîne  &  le  rabat ,  &  autant 
pour  le  rabat  du  poil;  &  deux  feulement  pour  le  le- 
ver. 

Tous  les  métiers  &  doubles  corps  ont  100  cordes 
pour  la  chaîne,  &  200  cordes  pour  le  poil  ;  chaque 
corde,  tant  de  la  chaîne  que  du  poil,  contient  deux 
arcades  pour  faire  lever  les  800  mailles  de  chaque 
corps ,  ce  qui  fait  que  les  fleurs  ou  ornemens  font 
répétés  quatre  fois  dans  l'étoffe  ;  on  ne  fauroit  en  ré- 
péter moins  dans  les  400  ordinaires. 

Comme  la  lame ,  foit  or  ou  argent ,  efl  ce  qu'il  y  a 
de  plus  brillant  dans  l'étoffe  riche,  c'efl  aulfi  cette 
partie  de  dorure  qui  efl  fémée  le  plus  abondamment 
dans  toutes  les  étoffes  ;  on  la  paffe  prefque  dans  tou- 
tes à-travers  avec  la  navette;  on  la  broche  dans  quel- 
ques-unes ,  mais  rarement. 

Ce  coup  de  navette  en  lame  doit  faire  deux  figures 
très- différentes,  quoique  d'un  feul  jet  ;  la  première  j 
un  grand  brillant  oii  la  lame  n'cfl  point  liée;  la  fé- 
conde ,  un  très-beau  fonds  moiré,  fuivant  le  goût  du 
deffinateur. 

Pour  l'intelligence  de  cette  opération  nous  don- 
nerons le  nom  de  petit  corps ,  à  celui  dans  lequel  les 
fils  de  poil  font  partes  feulement ,  &c  le  nom  de  s;rjrid 
corps  à  celui  dans  lequel  la  chaîne  efl  palfée  de  mê- 


me. 


Les  dcflTeins  pour  ce  genre  d'étoffe  doivent  être 
lus  fur  les  deux  corps,  pour  le  broché  ovi  autre  coup 
de  navette  s'il  s'en  trouxe,  telles  que  les  rebordu- 
rcs,  &c.  à  l'exception  du  lac  de  la  navette  de  lame, 
lequel  doit  être  peint  en  deux  couleurs.  Tune  poui* 
faire  la  moire,  &  l'autre  pour  faire  le  brillant. 

De  quelque  façon  que  foient  peintes  les  deux  cou- 
leurs ,  pour  faire  avec  la  navette  un  fonds  moiré  Si. 
un  fonds  brillant ,  néanmoins  pour  concevoir  plu* 
alfcment  cette  opération  ,  nous  fuppoicrons  le  t'jwî 

Oo  ij 


29^ 


s  O  I 


moire  en  marron  pour  la  coulcvir  peinte  fur  le  daC- 
fein,  &i.  le  brillant  en  rouge. 

Ces  deux  couleurs  doivent  être  lues  enfemblç  ,  & 
ne  contenir  qu'un  leul  lac  ;  lavoir  le  rouge  lur  les 
deux  corps ,  6c  le  marron  lur  le  grand  corps  ieule- 
ment. 

Pour  travailler  l'étofie  on  pnfle  le  coup  de  fonds 
en  Joie  aurore  ou  blanc  ,  fuivant  les  dorures  ;  on  bro- 
che enluite  les  efpolins,  i'o'n  foie  ,  Ibit  dorure  diftc- 
rente  de  la  lame  ,  6c  au  dernier  coup  la  navette  de 
lame  ,  crainte  que  li  on  la  pallbit  au  premier  coup , 
après  la  navette  deyô/<;la  lame  n'étant  point  arrê- 
tée ,  le  broche  de  tous  les  efpolins  ne  la  fît  écarter 
ou  rompre.  Sitôt  que  la  lame  eft  paffée ,  on  fait  le- 
ver les  liiles  du  poil  feulement,  fous  le  fil  defquelles 
on  palîe,  fans  aucun  lac  tiré  ,  un  coup  de  navette, 
auquel  on  donne  le  nom  de  coup  perdu,  &c  cela  pour 
arrêter  le  poil  qui ,  fans  ce  coup,  traîneroit  fous  la 
pièce  dans  les  parties  moirées. 

Il  eÛ  donc  aifc  de  comprendre  que  dès  que  l'on 
tire  le  lac  de  lame ,  tout  ce  qui  eft  lu  fus  les  deux 
corps  le  tire ,  à  l'exception  du  marron ,  qui  n'étant  lu 
que  fur  le  grand  corps,  la  partie  qui  ne  le  tire  pas  de- 
meure en  tonds,  &  fait  le  liage  de  la  moire  ;  cela  eft 
clair ,  puifque  c'eft  la  partie  du  poil  qui  n'eft  lue  que 
fur  un  corps. 

Les  habits  pour  homme  &  les  veftes  très-riches 
ne  contenant  que  de  très-petites  fleurs ,  il  s'en  fait  à 
quatre  chemins  qui  font  quatre  répétitions  ;  il  s'en 
fait  enfuite  à  cinq  chemins ,  à  lix ,  à  fept  &  à  huit ,  & 
point  au-defTus.  Mais  comme  le  fabriquant  doit  cher- 
cher la  facilité  du  travail  dans  fes  opérations ,  &  qu'il 
fautnéceffairement  que  les  8oo  mailles  de  chaque 
corps  travaillent,  un  métier  à  quatre  chemins  ou  ré- 
pétitions ,  doit  contenir  zoo  cordes  pour  chaque 
corps ,  ce  qui  fait  deux  arcades  chaque  corde  de  ra- 
me ,  &  400  cordes  à  l'ordinaire. 

Un  métier  à  cinq  répétitions  ou  chemins,  fe  mon- 
te avec  160  cordes,  qui  font  320  pour  les  deux 
corps,  &  deux  arcades  èk.  demie  à  chaque  corde  de 
rame. 

Trois  arcades  à  chaque  corde  de  rame,  un  métier 
à  fix  chemins  ,133  cordes ,  266  pour  les  deux  corps. 

3  arcades  7  à  chaque  corde  de  rame,  un  métier  à  7 
chemins,  114  cordes,  228  pour  les  deux  corps. 

4  arcades  à  chaque  corde  de  rame ,  un  métier  à  8 
chemins ,  100  cordes  ,  200  pour  les  deux  corps. 

Le  deflein  pour  4  chennns  ou  répétitions ,  doit 
contenir  25  dixaines,  ci  25  dix. 

à  5  chem,     20  dix.  ci  20  dix. 

à  6  chem.  16  dix.  5  cordes  ,  ci  16  dix.  5  cord. 
à  7  chem.  14  dix.  2  cordes  ,  ci  14  dix.  5  cord. 
à  8  chem.      12  dix.  4  cordes  ,  ci        12  dix.   4  cord. 

Comme  l'extenlion  des  chaînes  qui  font  néceflai- 
res  pour  la  fabrication  des  étoft'es  riches,  fatigue 
beaucoup  plus  les  cordages  que  les  plombs  qui  lont 
attachés  aux  mailles  du  corps.  Les  fabriquans  qui  ont 
'un  peu  d'intelligence,  prennent  deux  cordes  pour 
une  lorfqu'ils  font  lire  les  dcifeins,  dans  le  nombre 
de  celles  qui  font  deftinées  pour  le  grand  corps,  dont 
chaque  maillon  doit  foutenir  quatre  fils  doubles  de  la 
chaîne  ,  Ik  quatre  fils  fimplcs  pour  le  relevé,  ce  qui 
compofe  douze  tîls  bien  tendus  ;  &  s'il  y  a  huit  répé- 
titions ,  chaque  corde  doit  faire  lever  96  fils ,  ce  qui 
les  fatigue  beaucoup ,  tant  celles  du  femple  que  cel- 
les du  rame  :  conféquemment  c'eft  une  attention  qui 
même  n'eft  pas  connue  de  tous  nos  fabriquans  de 
Lyon  dont  la  plupart  ne  font ,  pour  ainfi  dire ,  que 
des  automates  qui  ne  favent  travailler  que  machina- 
lement ;  au-heu  que  dans  le  petit  corps,  un  métier 
monté  à  huit  répétitions,  ne  levé  pas  plus  de  huit  fils 
fimples  ou  doubles,  &  encore  d'un  poil  qui  n'eft  pas 
tendu  cxtraordinairemcnt  pour  que  la  dorure  ou  la- 
me liée  paroiffe  mieux  dans  l'étolii. 


S  O  I 

On  ne  croit  pas  devoir  obmettre  que  tous  les 
gros  de  tours  riches  étant  compofés  de  40  portées 
doubles,  qui  font  3100  fils,  les  poils  pour  lier  la  do- 
rure de  10  portées  qui  font  800  fils,  ilfe  trouve  par 
ce  moyen  ciuatre  fils  doubles  ,  chaque  maille  de 
corps  &  un  M  de  poil  fimple  ou  double,  conféquem- 
ment quatre  fils  doubles,  à  chaque  dent  de  peignequi 
contient  800  dents ,  6c  un  fil  de  poil  ;  ce  qui  fait  que 
dans  les  doubles  corps,  ce  liage  ierré,  &  les  filslx 
près  les  uns  des  autres,  font  la  moire  en  queftion, 
le  liage  du  poil  dans  les  autres  étoffes  brochées  n'é- 
tant que  du  quart  du  poil  qui  eft  paiTé  fous  quatre 
liffes  de  rabat ,  c'eft-à-dire  toutes  les  quatre  dents  du 
peigne  ,  un  fil. 

L'on  ajoutera  encore  qu'il  faut  autant  d'arcades  au 
petit  corps  qu'il  en  faut  au  grand ,  pour  que  le  tout 
puifTe  fe  faire  jufte  ;  &  cela  à  proportion  des  répé- 
titions. 

Le  beau  relevé  fe  fait  aujourd'hui  avec  un  deuxei- 
me  poil  de  quarante  portées  fimples  ;  ce  qui  fait  qua- 
tre fils  féparcs  chaque  maillon  &  chaque  dent  du 
peigne, 

La  dorure  pour  relever  eft  ordinairement  or  ou 
argent  lifTe,  broché  à  deux  bouts;  il  faut  que  le  def- 
fein  6c  le  métier  foient  difpofés  pour  cette  opéra- 
tion. 

Quant  au  defTein  ,  la  dorure  qui  doit  être  relevée," 
doit  être  peinte  d'une  feule  couleur ,  félon  l'idée  du 
delTinateur;  la  partie  qui  doit  être  relevée  ,  doit  être 
peinte  d'une  couleur  oppofée  à  cette  première ,  6c 
par-deflus;en  oblervant  que  dans  toutes  les  parties 
qui  contiennent  les  extrémités  des  fujets,  il  y  ait 
au-moins  deux  côtés  au-delà  de  celles  qui  doivent 
être  relevées ,  c'eft-à-dire  que  fi  la  dorure  qui  doit 
être  relevée  eft  peinte  en  jaune  ;  la  partie  qui  doit 
faire  le  relevé  en  bleu  ,  peinte  fur  la  partie  jaune  , 
tous  les  contours ,  refentes ,  &c.  doivent  être  rebor- 
dés de  deux  cordes  de  jaune  ,  tant  en-dehors  qu'en-, 
dedans. 

Pour  brocher  le  relevé  ,  on  tire  le  lac  peint  en 
blanc  ,  &  on  fait  rabattre  tout  le  poil  des  40  por- 
tées fimples  ,  qui  ordinairement  n'eft  paflé  que  dans, 
le  corps ,  &  fous  deux  ou  quatre  liiTes  de  rabat  ;  après 
quoi  on  pafTe  l'efpolin  qui  contient  une  petite  canette 
de  4  ou  6  gros  bouts  de/oie ,  après  quoi  on  laifTe  aller 
la  marche  ,  &  on  fait  tirer  un  fécond  lac  qui  eft  le 
même ,  à  l'exception  des  deux  cordes  de  plus  dans 
toute  fa  circonférence ,  6c  on  broche  l'efpolin  de  do» 
rure. 

Les  deux  cordes  de  plus  ,  peintes  dans  les  circon- 
férences &  découpures  des  fleurs  relevées ,  font  fi 
nécefl'aires  ,  que  fi  elles  manquoient ,  on  ne  tireroit 
que  la  même  partie  fous  laquelle  auroit  pafTé  la  foie 
pour  relever  ;  il  arriveroit  alors  que  la  yè/e  paflee 
étant  étendue  aufTi-bien  que  la  dorure ,  refferreroient 
les  rives  ou  extrémités  des  fleurs  de  telle  façon  qu'il 
fe  feroit  des  ouvertures  dans  l'étoffe ,  qui  feroient 
très-défe£lueufès  ,  &  porteroient  coup  à  la  vente  ; 
ce  qui  eft  arrivé  dès  le  commencement  que  le  relevé 
a  été  mis  en  pratique. 

Etoffes  à  lu  broche.  Le  fonds  d'or  ou  d'argent  à  la 
broche  ne  différent  en  aucune  façon  pour  l'appa- 
rence de  ceux  qui  font  à  double  corps,  mais  la  fabri- 
cation en  eft  très-différente  ;  outre  que  l'on  peut  fabri- 
quer un  fonds  or  à  la  broche ,  comme  une  autre  étof- 
fe ,  avec  400  cordes  &  deux  répétitions  feulement  ; 
au-lieu  qu'en  double  corps  il  faudroit  800  cordes  , 
favoir  400  pour  le  poil  &C  400  pour  la  chaîne. 

L'invention  de  la  broche, dès  le  commencement, 
ne  fut  mifecn  pratique  que  pour  rendre  le  liage  de  la. 
corde  plus  fin  ,  &  pour  le  faire  grand  ou  petit ,  fui- 
vant que  la  beauté  de  l'étoffe  l'exigeoit  ;  pour  lors  oa 
faif'oit  tirer  les  cordes  du  liage  telles  qu'elles  étoient 
peintes  par  le  deftinateur ,  &  en  même  tcms  on  fai- 


s  O  I 

iblt  rabattre  a\xc  la  marche  une  lilTe  qui  fiùfoit  balf- 
ler  un  fil  double  de  chaque  maille  du  corps  qui  étoit 
tirce ,  après  quoi  on  paffoit  la  broche  ;  &  failant  tirer 
enfuiie  le  lac  qui  devoit  être  broché  ,  &C  joignant  la 
broche  au  peigne  ,  ilarrivoit  que  le  lac  tiré  en  levant 
la  broche  ,  enlevoiten  même  tems  les  trois  quarts  de 
chaque  maille  de  corps  qui  étoient  demeurées  def- 
fus  ,  &:  ne  laiflbient  pour  lier  que  le  quatrième  Hl 
que  la  lifle  de  rabat  avoit  fait  trouver  fous  la  broche 
lorfqu'on  l'avoit  pafféc  quand  le  lac  avoit  été  tiré. 

La  broche  fait  aujourd'hui  le  même  effet  que  le 
double  corps  ;  il  y  a  encore  cette  différence  qu'avec 
la  broche  on  peut  faire  un  fonds  moiré  avec  le  quart 
de  la  chaîne ,  en  faiiant  baifî'er  une  liffe  du  rabat  ;  pour 
lors  il  ne  faut  point  de  coup  perdu  ,  comme  au  dou- 
ble corps  ;  ou-bien  avec  le  poil  en  faiiant  bailler  les 
quatre  lifTes  de  liage  ;  pour  lors  il  faut  le  coup  perdu 
comme  au  double  corps;  ainfitout  revient  au  mê- 
me. 

Les  métiers  pour  la  broche  font  montés  à  l'ordi- 
naire ,  comme  tous  les  gros-de-tours  en  40  portées 
doubles  de  chaîne  ,  &  de  dix  de  poil  ;  on  les  monte 
aufïï  en  relevé ,  en  ajoutant  un  fécond  poil  de  40 
portées  fimples ,  comme  il  a  été  dit  ci-devant.  Les 
parties  qui  doivent  faire  fonds  m.oire  &  fonds  brillant 
par  la  lame ,  doivent  être  peintes  fur  le  deffein,  com- 
me celles  des  doubles  corps. 

Au  lieu  d'un  feul  lac  qui  fufHt  pour  le  double  corps, 
afin  de  faire  le  moëre  &  le  brillant,  ici  il  en  faut  deux. 
En  fuppofant  la  partie  du  brillant  fans  liage  peinte  en 
rouge  ,  &  celle  de  la  moire  en  marron  ,  on  tire  la 
partie  peinte  en  rouge,  fous  laquelle  on  pafîe  la  bro- 
che nuement ,  fans  bouger  ni  faire  mouvoir  aucune 
lifîe  ,  &  lorfque  la  broche  efl  pafîee ,  on  prend  le  fé- 
cond lac  peint  en  marron  ,  que  l'on  tire  avec  celui 
cjui  eft  peint  en  rouge  ;  pour  lors  faifanî  baiffer  tout 
ie  poil  de  dix  portées,  ou  une  des  quatre  liffes  qui 
contient  le  quart  de  la  chaîne ,  on  pafîe  la  navette  de 
lame ,  ou  on  broche  l'efpolin  de  la  même  qualité  de 
dorure. 

Il  efttrès-aifé  de  comprendre,que  le  premier  lac  tiré 
fe  trouvant  (ou  h/oie  qu'il  levé)  toute  fur  la  broche, 
quand  le  fécond  cft  tiré  enfuite  ,Ia  broche  étant  près 
du  peigne, les  fils  que  la  lille  de  rabat  fait  baiffer  étant 
fur  la  broche,  ne  peuvent  pas  fe  trouver  defTous  étant 
arrêtés  par  cette  même  broche  ,  &  qu'il  n'y  a  que 
ceux  du  fécond  lac  ,  lefquels  fe  trouvant  defTous,  & 
n'étant  gênés  en  aucune  façon  ,  forment  la  figure  de 
la  moire  ,  en  baiffant  aufTi  bas  que  le  refte  de  la  chai; 
ne  qui  ne  fe  tire  pas  ;  oc  le  vuide  qui  fe  trouve  dans 
la  partie  oîi  les  fils  ne  peuvent  pas  baiffer,  forment 
le  brillant  de  la  lame.  Il  eu.  vrai  cjue  pour  cette  opé- 
ration il  faut  deux  tcms  ;  favoir ,  celui  de  paf- 
fer  la  broche ,  &  celui  de  paffcr  la  navette ,  au  lieu 
qu'au  double  corps ,  il  n'en  faut  qu'un ,  qui  eff  celui 
de  palfer  la  navette  feulement.  Mais  en  revanche  fur 
le  métier  de  la  broche  ,  on  peut ,  comme  on  l'a  déjà 
dit,  faire  l'étoffe  à  l'ordinaire  à  deux  répétitions  non- 
feulement,  mais  encore  toutes  fortes  de  grof détours 
à  la  broche  ou  non  ,  fans  rien  changer  au  métier  ,  ce 
qui  ne  fauroit  fe  faire  avec  les  doubles  corps. 

L'on  a  trouvé  depuis  peu  une  invention  affez  jolie 
pour  faciliter  le  travail  des  étoffes  à  la  broche  ,  qui 
i'ouventfont  difficiles  à  travailler,  lorfque  la  moire 
fe  fait  par  le  moyen  du  quart  de  la  chaîne  ,  il  ne  fera 
pas  difficile  de  le  comprendre  ;  par  exemple  ,  lorfque 
l'étoffe  a  plus  de  brillant  que  de  moire  ,  &c  que  Ton 
fait  baifî'er  le  quart  de  la  ch.iîne  ,  il  arrive  que  les  fils 
de  cette  chaîne,  qui  efl  extrêmement  tendue  ,  le  de- 
viennent encore  davantage ,  lorfque  la  partie  de  /oie 
qui  doit  faire  la  moëre  efl  levée ,  le  quart  de  cette 
même  partie  étant  forcé  de  baifî'er,  tait  une  triple  cx- 
tenfion  ;  favoir,  celle  de  la  chaîne  ordinaire  ,  celle 
de  la  tire ,  &  celle  du  rabat,  lequel  pelant  fur  lu  bro- 


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chc  ,  la  force  de  baiffer,  &  fait  que  la  navette  de  la- 
me ne  peut  fe  pafTer  que  difncilement  dans  ces  mo- 
mens,  qui ,  fuivant  les  deffeins  ,  ne  font  pas  de  du- 
rée. Au  moyen  de  cette  mécisanique,  la  broche  paffe 
derrière  le  peigne  dans  quatre  lames  d'un  fer  bien  poli 
pafî'é  dans  la  chaîne  ,  comme  des  mailles  de  liffes  , 
&  lorfqu'on  veut  paffer  la  navette  ,  on  fait  lever  la 
petite  méchanique  ,  comme  une  llfîe  qui  foutientla 
broche ,  &  la  navette  fe  paffe  plus  aifément.  L'auteur 
du  préfent  mémoire  a  donné  dans  le  panneau  ,  com- 
me les  autres  ;  il  a  fait  faire  la  petite  méchanique,  Se 
s'en  cû  fervi  pendant  quelques  jours  ;  tout  ce  qu'elles 
déplus  beau  efl  de  lancer  la  broche  auffipromptement 
que  lanavette,&:  de  la  retirer  de  môme  quand  la  lame 
efl  paflée.  Après  avoir  bien  ex^imméfionne  po.urroit 
pas  trouver  un  moyen  plus  alié  pour  cette  opération, 
il  n'a  pas  pu  s'empêcher  de  rire  de  fa  fimplîcité  ,  & 
de  celle  de  tous  les  fabriquans  qui  travaillent  ces 
genres  d'étoffes  ;  il  a  raifonné  &  penfc  ,  que  pulfque 
tous  les  fabriquans  en  double  corps  font  la  moere 
avec  le  poil  qui  efl  paffé  au  petit  corps  ,  on  pouvoit 
bien  la  faire  de  même  avec  le  poil ,  quoique  le  mé- 
tier fût  monté  autrement  ;  de  façon  qu'au  lieu  de 
faire  balfïer  le  quart  de  la  chaîne  au  coup  de  lame,  il  a 
fait  baiffer  les  4  liffes  de  poil ,  ce  qui  revient  au  mê- 
me ,  puifqu'ilfe  trouve  un  fil  par  dent  de  peigne, 
quand  tout  le  poilbaiffe,comme  au  quart  de  la  chaîne. 

On  pourroit  dire  que  la  quantité  de  fîls  de  poil  qui 
baiffcnt ,  étant  égale  à  celle  des  fîls  de  la  chaîne  y. 
Tcxtenflon  des  fîls  de  poil  doit  produire  le  même  ef- 
fet que  celle  des  fils  de  la  chaîne  ;  à  quoi  on  répon- 
dra ,  que  tous  les  poils  en  général  deflinés  à  lier  la 
dorure  dans  les  étoffes  de  la  fabrique  ,  ne  font  point 
tendus  &  arrêtés  comme  les  chaînes  ,  attendu  qu'ils 
enterreroient  la  dorure  ;  d'ailleurs  les  poids  qui  les 
tiennent  tendus  montent  au  fur  6c  à  mefure  qu'ils 
s'emploient  (  précaution  nécefiaire  pour  conferver 
l'égalité  de  l'extenfion  )  ,  au  lieu  que  les  chaînes  font 
arrêtées  avec  des  valets  ou  efpeces  de  balcuLs  char- 
gés de  poids  confidérables  ,  qui  empêch:-nt  à  l'enfu- 
ple  de  jouer  pendant  le  cours  de  la  fabrlcaclon  ,  ce 
qui  n'efl  pas  de  même  au  poil  qui  monte  &  defcend, 
c'efl-à-dire  le  poids,  tandis  que  l'on  travaille  l'étoffe, 
de  façon  que  l'on  voit  dérouler  le  poil ,  lorlqu'on  le 
fait  rabattre  pour  paffer  le  coup  de  lame ,  6c  ainfî 
monter  le  poids  &  deicendre  ,  fuivant  les  eiforts  de 
la  tire  &  du  rabat ,  &  par  ce  moyen  conferver  tou- 
jours l'égalité  de  fon  extenfion,  ce  qui  ell  d'une  con- 
féquence  infinie  pour  toutes  les  étoffes  de  la  fabrique, 
dans  lefquelles  les  poils  font  deflinés  à  former  des  lia- 
ges dans  la  dorure.  Au  moyen  de  cette  façon  de  tra- 
vailler ,  en  faifant  baiffer  le  poil  au  lieu  de  la  chaîne, 
l'on  paffe  la  navette  de  lame  auffi  aifément  que  dans 
une  étoffe  unie. 

Suiie  des  ctofis  à  la  broche.  Il  fe  fabrique  à  Lyon  des 
étoffes  riches ,  auxquelles  les  ouvriers  ont  donné  le 
nom  d'étoffes  à  la  broche  ,  qui  dans  le  commerce 
n'ont  d'autres  dénomination  que  celle  de  fond  d'or 
ou  d'argent  riches.  V^oicl  ce  que  c'efl. 

Toutes  les  étoiles  riches  de  la  fabrique ,  dont  la 
dorure  cil  lice  par  les  liffes,  fbit  par  un  poil ,  l'oit  par 
la  chaîne  ,  ont  un  liage  luivl  que  forme  des  ligues 
diagonales  ,  lefquelles  partant  à  droite  &  à  gauche  , 
félon  la  façon  de  commencer  ou  d'armer  le  liage  ,ea 
commciiçant  par  la  première  du  côté  du  bâtant,  &C 
hniffant  par  la  quatrième  du  côté  des  lllîcs  ,  ou  en 
commençant  par  cette  dernière, 6»:  finlffant  parla  pre- 
mière du  côté  du  battant. Cette  façon  d'armer  le  liage 
en  général,  6c  pourvu  que  la  liffe  ne  Iblt  pas  con- 
trariée, efl  la  même,  ou  produit  le  même  effet, 
(^u^re  cette  façon  de  lier  la  dorure  dans  les  étotles 
riches ,  elles  ont  encore  une  dorure  plus  grolie  ,  qui 
imite  la  broderie  ,  appellée  vulgairement  dorure  fur 
lU^c ,  parce  que  pour  lors  on  no  baiffc  point  de  liffe 


2Ç4 


s  O  I 


pour  lier  cette  dorure  ,  qui  n'eft  arrêtée  que  par  la 
corde  ;  c'ell-à-dire ,  que  dans  les  parties  de  dorure 
€]ul  font  tirées,  &  qui  ont  une  certaine  largeur;  le 
dilfinateur  a  loin  de  hiliier  des  cordes  à  ion  choix, 
IcfcjUcUes  n'étanr  pas  tirées ,  &  fe  trouvant  à  dillance 
les  unes  des  autres  ,  arrêtent  la  dorure  ,  &  lui  don- 
nent plus  de  relief ,  parce  qu'elles  portent  plus  d'é- 
loif.ncment  que  le  (il  ordinaire  quiia  lie.  La  diflance 
ordinaire  des  cordes  qui  ne  font  point  tirées ,  afin 
d'arrêter  la  dorure,  ell  de  13  à  14  cordes;  au  lieu 
que  dans  les  liages  ordinaires  ,  elle  ne  pafle  pas 
pour  les  plus  larges  ,5^6  cordes.  Outre  le  brillant 
que  le  liage  par  la  corde  donne  à  la  dorure  ,  le  deffi- 
nateurquile  marque  au  defl.ein  ,  a  encore  la  liberté 
dj  diftribuer  ce  liage  À  fon  choix ,  tantôt  à  droite  , 
tantôt  cl  gauche ,  daiïs  une  partie  de  dorure  en  rond , 
quarrée  ou  ovale,  comme  il  lui  plaît  ,  dans  une 
feuille  de  dorure ,  à  former  les  côtés ,  ce  qui  ne  fe  peut 
avec  la  liffe  ordinaire.  Cette  façon  de  tirer  la  dorure 
étant  peinte  fur  le  deffein,  il  n'elî  pas  de  doute  que 
le  deffmateur  ne  la  diltribue  d'une  taçon  à  faire  bril- 
ler davanta;^e  l'ctciîe ,  &  qu'il  ne  la  repréfente  com- 
me une  b/oderie  parfaiitc. 

Maigre  la  beaiité  que  l'étoffe  acquérera  par  cette 
façon  arbitraire  de  lier  la  dorure  ,  il  s'y  trouveroit 
un  di^faut ,  auquel  on  a  voulu  remédier.  Trente  an- 
nées ou  environ  fe  font  paflees ,  fans  qu'on  ait  pu  y 
parvenir.  La  corde  de  la  tnaille  qui  lioit  cette  dorure , 
kiL  qui  tenoient  ordinairement  dans  les  tonds  gros- 
de-tours  ,  huit  fils  fimples  ,  ou  quatre  fils  doubles  , 
qui  compofent  la  dent  du  peigne ,  étoit  trop  groile  , 
en  comparaifon  des  autres  liages  qui  ne  font  que  d'un 
fil  fnnple  ,  ou  deux  fils  dans  le  taffetas  ou  gros-de- 
îours,  parce  que  ce  genre  d'étoffe  efl  ourdi  de  même , 
&  qu'il  n'eft  pas  polTible  de  féparer  le  fil  qui  a  été 
doublé  par  l'ourdifiagc.  Il  falloir  donc  trouver  le 
moyen  de  diminuer  la  groffeur  de  ce  liage ,  fans  dé- 
ranger néanmoins  la  variation  qui  lui  efl:  donnée  , 
pour  qu'il  foit  parfait  ;  fk;  voici  comment  en  eft  venu  à 
bout  un  des  plus  habiles  fabriquans  de  Lyon, 

On  a  dit  ci-devant ,  que  le  delïïnateur  peignoit 
fon  liage  par  la  corde  ,  pour  lui  donner  l'agrément 
qu'il  defiroit;  la  lifeufe  lailToit  en  fond  cette  corde 
peinte,  afin  que  n'étant  pas  tirée  ,  elle  formât  une 
découpure  ,  qui  arrêtoit  ou  lioit  la  dorure.  On  a 
fuivi  le  môme  ordre  ,  quant  à  la  façon  de  peindre  le 
deffein  ;  mais  au  lieu  de  laiffer  en  fond  la  corde  def- 
tinée  à  lier  la  dorure  ,  il  a  fallu  au  contraire  en  faire 
un  lac  particulier  ,  &  la  faire  lire  comme  les  autres 
couleurs. 

Lorfqu'il  eft  queftion  de  fabriquer  l'étoffe  ,  on  fait 
tirer  le  lac  qui  contient  les  différentes  cordes  defti- 
nées  à  lier  la  dorure  ;  ce  lac  étant  tiré  ,  l'ouvrier  au 
moyen  d'une  marche  particulière  ,  polée  exprès  , 
fait  baiffer  une  des  quatre  liffes  du  rabat  de  la  chaîne , 
laquelle  faifant  baiffer  de  même  un  des  quatre  fils 
doubles  de  la  maille ,  11  paffe  une  petite  baguette  de 
fer  ronde  &  bien  polie  dans  la  féparation  des  fils  , 
que  chaque  maille  tirée  a  fait  lever ,  de  façon  qu'il 
fe  trouve  un  fil  double  de  chaque  maille  deffous  la 
baguette  de  fer.  Cette  opération  faite  ,  il  pouffe  la 
baguette  de  fer  du  côté  du  peigne ,  &  immédiate- 
ment après ,  il  fait  tirer  le  lac  de  la  dorure  qui  doit 
être  liée  par  la  corde  ,  en  laiffant  aller  le  lac  des  cor- 
des même  ,  fous  lefquelles  la  baguette  a  été  paffée. 
Ce  lac  étant  tiré  ,  les  cordes  qui  doivent  lier  reftent 
en  fond  comme  A  l'ordinaire  ;  mais  la  baguette  qui 
eft  couverte  des  trois  quarts  des  fils  de  chaque  mail- 
le ,  étant  levée  par  les  autres  parties  de  foii ,  fous 
îefcjuelles  la  dorure  doit  être  paffée  ;  elle  levé  par 
conféquent  les  trois  quarts  des  fils  de  chaque  maîile 
dont  elle  eft  couverte ,  &  ne  laiffe  dans  le  fond  que 
ie  feul  fil  double  qui  a  été  baiffé  ,  lorfqu'on  a  tiré  le 
lac  du  liage  qui  fert  feul  à  lier  la  dorure  ,  au  lieu  des 


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quatre  qui  la  lioient  précédemment,  après  quoi  l'oïi- 
vrierjatire  pour  paffer  les  autres  dorures  &  les  cou- 
leurs dont  l'étoffe  eil;  compolée. 

Cette  baguette  cft  un  peu  plus  groffe  que  celle  qui 
forme  dans  le  velours  cizelé,  celui  qui  n'eft  pas  cou- 
pé ,  &  qui  vulgairement  c)l  nommé  velours  frifi ;  elle 
a  la  même  longueur  &  paffe  tranfverfalcment  fur  l'é- 
toffe. 

Cette  façon  de  lier  la  dorure  ,  eft  fans  contredit 
une  des  plus  belles  inventions  qui  ait  été  ti-ouvée 
dans  la  fabrique ,  eu  égard  à  l'état  aftuel  où  elle  fe 
trouve. 

Quelques  fabriquans  pour  fe  diftinguer  ont  voulu 
faire  des  étoffes  liées  de  même  ,  fans  fe  fcrvir  de  la 
baguette  de  fer  ,  qui  a  fait  donner  à  l'étoffe  le  nom 
d'ttoffe  à  la  broche  ,  parce  que  dans  le  patois  de 
Lyon  ,  on  appelle  ordinairement  broche  ,  une  petite 
baguette  de  bois,  de  fer  ou  de  laiton  ;  ils  y  ont  réuffi, 
en  faifant  ourdir  un  poil  de  10  portées  ,  compofant 
800  fils  ;  mais  pour  faire  cette  opération ,  il  falloit 
800  mailles  de  plus  ,  pour  contenir  les  800  fils  de 
poil,  conféquemment  400  cordes  de  rame,  &  400  à 
chaque  femple  de  plus ,  ce  qui ,  avec  le  fil  de  laô 
d'augmentation  ,  faiioit  un  objet  de  trois  à  quatre 
cens  livres  de  dépenfe  pour  l'ouvrier,  indépendam- 
ment de  l'embarras  de  cette  quantité  de  cordages  , 
qui  retarde  toujours  la  fabrication  :  au  lieu  que  dans 
l'étoffe  à  la  broche ,  il  n'y  a  rien  à  changer  au  métier, 
m  au  travail ,  fi  ce  n'eft  le  tems  de  la  paffer ,  qui  n'eft 
rien  pour  ainfi  dire  ,  ce  qui  a  fait  donner  la  préfé- 
rence à  la  première  invention. 

Etoffes  riches  qui  ne  peuvent  Je  faire  que  tendrait  dif- 
fus. La  Ruffie  &:  quelques  provinces  du  Nord ,  tirent 
de  la  fabrique  de  Lyon,  des  gros -de -tours  fans 
nuances  ,  qui  font  très-riches. 

Les  étrangers  veulent  des  étoffes  pour  l'hiver ," 
qui  aient  beaucoup  d'apparence ,  &  qui  ne  foient 
pas  chères  ,  de  façon  qu'elles  ne  font  brochées  qu'a- 
vec de  la  lame  d'or  ou  d'argent ,  qui  eft  l'efpece  de 
dorure  qui  a  le  plus  de  brillant  ,  ce  qui  convient 
parfaitement  à  l'un  &  à  l'autre  fexe  qui  ne  s'habille  ^ 
pour  ainfi  dire,  que  la  nuit ,  les  jours  y  étant  trop 
courts  en  hiver  ;  il  eft  vrai  qu'on  y  envoyé  auffi  des 
marchandifes  très-riches  ,  dans  le  goiit  ordinaire  ; 
mais  comme  la  lumière  favorife  plus  que  les  autres 
celles  qui  font  faites  feulement  avec  de  la  lame  , 
celles-ci  ont  la  préférence. 

La  ralfon  qui  fait  que  les  étoffes  fabriquées  avec 
de  la  lame  feulement,  exigent  que  l'endroit  foit  def- 
iiis  ,  ne  pouvant  être  faites  auffi  belles  &  à  aufii  bon 
prix ,  fuivant  la  méthode  ordinaire,  demandent  une 
explication  détaillée  ;  il  faut  la  donner. 

Les  découpures  qui  font  néceffalres  pour  donner 
aux  fleurs  ,  feuilles  &  tiges  ,  l'agrément  qui  leur  con- 
vient ,  pour  qu'elles  foient  parfaites,  refteroient  en 
fond  de  la  couleur  de  la  chaîne ,  dès  qu'il  n'y  auroit 
qu'un  lac  broché  &  appauvriroient  l'étoffe  ,  ce  qui 
eft  le  langage  ordinaire ,  parce  que  les  découpures 
étant  ou  plus  grandes  ou  plus  petites  ,  fuivant  que 
les  feuilles  ou  les  fleurs  l'exigent  pour  leur  perfec- 
tion ,  diminueroicnt  leur  brillant ,  attendu  l'oppo- 
fitlon  qui  le  trouveroit  entre  la  foie  qui  paroîtroit 
terne  ,  en  comparaifon  de  la  lame  ,  &  cette  même 
lame  dont  l'éclat  ferolt  dlm.inué  ;  il  eft  vrai  que  l'on 
pourroit  faire  lire  un  fécond  lac  qui  ne  contiendroit 
que  ces  découpures,  &  le  brocher  en  frifé  de  la  mê- 
me dorure  de  la  lame  ,  c'eft-à-dire  or,  fi  la  lame 
étoit  or  ,  &  argent ,  fi  la  lame  étoit  de  même  ;  pour 
lors  la  découpure  étant  brochée  &  couverte  par  un 
frifé  ,  la  fleur ,  la  feuille  ou  la  tige  feroient  également 
riches  ,  &  l'étoffe  ne  fcroit  point  appauvrie.  Il  n'eft 
pas  poffible  de  trouver  une  nutre  méthode  pour  une 
étoffe,  dont  l'endroit  eft  deffous.  Dans  ce  cas,  un 
lac  de  plus  augmenteroit  la  façon  de  l'ouvrage ,  &  le. 


SOI 

"rifé  la  maticrc  ,  par  conlcquent  le  prix  de  l'étofTe. 

Les  fabriquans  de  la  ville  de  Lyon,  ingénieux  ri 
aire  des  étoifcs  ,  dont  le  bon  marche  leur  procure 
a  préférence,  &:  fatistalîcnt  les  peribnnes  qui  veu- 
ent  briller  i  peu  de  frais  ,  ont  trouvé  le  moyen  de 
aire  l'étofTe  auifi  belle  ,  avec  un  lac  leul ,  &  fans  y 
jouter  de  friié  ,  en  baiiiant  l'endroit  dcffits. 

Ils  font  pour  cet  tfîet  defîiner  le  defiein  à  l'ordi- 
laire ,  &  ne  font  peindre  que  la  corde  qui  fait  le 
ontour  des  fleurs,  feuilles,  fruits  &  tiges  ,  de  mê- 
iie  que  les  découpures  grandes  &  petites,  qui  fe 
rouvent  dans  tous  ces  fujets  ,  c'eft  le  terme;  ils  font 
ire  les  parties  peintes  qui  (ont  d'une  (eul  couleur , 
e  vuide  qui  ié  trouve  entre  ces  parties  peintes  , 
orme  le  dcfTein ,  pour  lors  la  bordure  des  fleurs , 
éuilles  ,  fruits  &  tiges  ,  de  même  que  les  dé(  oupu- 
es  étant  tirées  pour  brocher  la  lame ,  l'ouvrier  fait 
>aiffer  trois  iifles  du  rab.it  du  gros-de-tours  ,  au 
noyen  d'une  marche  pofée  exprès  pour  cette  opéra- 
ion  ,  les  trois  liffcs  rabattant  les  trois  quarts  de  la 
:haîne;  le  quart  qui  demeure  levé  ,  ayant  du  vuide 
»ar  la  féparaticn  des  trois  quarts  qui  baiffent,  forme 
m  liage  ferré ,  fous  lequel  la  lame  étant  pafféc  ,  elle 
kit  un  efpece  de  fii(é  ,  qui  paroît  fi  peu  différent  de 
a  lame  ordinaire  ,  qu'il  n'eft  perlonne  qui  ne  s'y 
néprenne;&  comme  la  lame  n'eft  liée  que  parla 
orde  ,  le  liage  ne  fe  trouvant  que  d'un  feul  fil ,  au 
ieu  de  quatre ,  il  produit  le  même  effet  que  dans 
es  étofîes  à  la  broche.  Obiervez  que  le  liage  efl 
bfolument  peint  &  lié  avec  les  découpures  &  les 
:ordes  qui  forment  le  contour  des  fleurs  ,  feuilles  , 
iruiîs  &  tiges  ,  dont  le  deflein  eil  compoié. 

Cette  invention  ,  à  la  broche  près ,  n'cfl  pas  une 
les  moindres  de  la  fabrique  ,  on  peut  dire  même 
[u'elle  a  eu  des  admirateurs. 

Il  fe  fabrique  des  étoffes  ,  auxquelles  on  a  donné 
e  nom  de  péruviennes,  qui  font  faites  au  bouton  >  qui 
"ont  légères  ,  jolies  &c  à  bon  marché. 

Elles  font  compolées  d'une  chaîne  de  50  à  60  por- 
ées  ,  ourdie  en  deux  couleurs  différentes  ;  chaque 
:ouleair  de  la  chaîne  a  un  corps  particulier  ;  les  deux 
:orps  donnent  heu  à  deux  lacs  difïcrens ,  lefquels 
e  tirent  fuccefîivement  l'un  après  l'autre  ;  on  pafTe 
m  coup  de  la  même  navette  fous  chacun  des  deux 
acs  tirés,  la  couleur  de  la  trame  qui  tft  dans  la  na- 
v^ette  eff  différente  de  celle  des  deux  chaînes  ,  de  fa- 
;on  que  l*étoffe  montre  trois  couleurs  différentes  , 
;e  qui  compofe  une  étoffe  aulTi  belle  que  le  delfein 
)eut  y  contribuer  ,  &  qui  ne  revient  pas  chère. 

Cette  étoffe  n'a  point  de  liffcs  pour  le  coup  de 
■onds  ,  les  fils  qui  le  forment  font  paffés  dans  les 
Tiailles  ;  on  a  foin  de  faire  lire  le  fonds  avec  la  figure  , 
Je  façon  qu'au  moyen  de  la  tire  ,  l'un  &  l'autre  fe 
:'ait  enfemble. 

En  fuppofant  la  chaîne  d'une  étoffe  fëinblabîe  de 
5o  portées  ,  elle  contient  4800  fils.  Chaque  fil  doit 
avoir  fa  maille  de  corps  ,  afin  que  le  fonds  puiffe  fe 
faire  tel  qu'il  efl  dans  un  taffetas  ;  fa  voir  \\n  pris  & 
un  laiffé  :  il  faudroit  donc  par  conféquent  4800 
mailles  de  corps  &  autant  d'aiguilles  de  plomb  pour 
faire  baiffer  la  n-aille  quand  on  iaifle  aller  le  lac  tiré: 
or  dans  cette  étoffe  120  ou  1 60 aiguilles  fuffifent  pour 
cette  opération  ,  &  voici  de  quelle  façon  on  s'y 
prend. 

Comme  les  deffeins  de  la  péruvienne  font  petits  , 
ceux  qui  portent  30  lacs  d'hauteur  ont  60  liffcs,  fa- 
voir  30  pour  chaque  couleur  de  la  chaîne  ,  plus  ou 
moins  à  proportion  de  la  hauteur  du  deflein  ;  lesliffes 
ibnt  faites  de  façon  qu'il  s'en  trouve  toujours  une 
plus  haute  que  baflé  de  deux  pouces  au  moins  quoi- 
que les  mailles  fbient  de  hauteur  égale.  Cette  pié- 
caution  elt  néceffaire  ,  afin  que  60  ou  80  lilfes  ne 
portent  que  la  moitié  de  la  dilfaiicc  nue  les  Idics  ont 
ordinairement  entr'ciles  ;  chaque  liiie  ne  porte  que 


S  O  î 


m 


oeux  aiguilles  ,  de  façon  qu'an  moven  de  cette  façon 
"de  monter  ce  métier ,  au  heti  de  4800  aiguilles  1 20 
ou  lôofufîiiént  pour  faire  l'étoffe.  Il  faut  obferver 
encore  que  ces  liffes  font  faites  de  façon  qu'il  y  a 
une  diflânce  de  trente  mailles  chaque  lific  de  l'une  à 
l'autre  fi  le  métier  eff  de  60  ,  &  de  40  s'il  efl  de  80 
afin  que  chaque  maille  puiife  fe  trouver  ri^guliere- 
ment  à  la  place  du  fil  dans  laquelle  il  doit  être  placé  , 
pour  qu'il  ne  fbit  point  contrarié  ;  ces  fortes  de  liffes 
font  appellées  ^ijéi  âjour  ,  par  rapport  à  réioi<'ne- 
ment  des  mailles.  Les  iifferons  iiir  lefquels  font  mon- 
tées les  lilfes  de  cette  façon  ,  n'ont  pas  olus  d'une 
ligne  d'épaiffeur  ,  ce  qui  fait  que  6o  liffes  ne  portent 
guère  plus  de  trente  Ugnes  ou  trois  pouces ,  par  la 
façon  dont  on  vient  de  démontrer  que  les  l.iffcs 
étoient  faites  &  attachées  lorfqu'elles  font  ferrées  - 
mais  comme  dans  le  travail  elles  ont  befoin  d'una 
certaine  diflance  pour  qu'elles  puifïénî  avoir  du  jeu 
la  dilf  ance  ordinaire  eft  toujours  de  fix  pouces  çn-i 
viron.On  évite  par  cette  façon  de  monter  le  métier 
f  emba.-ras  de  deux  corps  ,  fans  lefquels  on  ne  fauroit 
faire  une  étofle  ,  quand  elle  eft  façonnée,  outre  les 
quatre  premières  liifes  qu'on  ne  fauroit  s'éparaner 
pour  en  faire  le  fonds. 

Pour  que  le  deflein  paroiffe  plus  long ,  ou  ait  plus 
de  hauteur  dans  une  étoffe  de  cette  efpece  ,  le  delîi- 
nateur  a  ibin  de  le  compofer  de  manière  au'il  foit 
répété,  c'elt-à-dire ,  qu'on  puiffe  revenir  fur  fes  pas 
en  tirant  le  bouton,  ce  qui  s'appelle  dejffimr  a  re- 
tour. En  conféquenco  au  lieu  de  paroître  de  ^o  coups 
de  hauteur  dans  l'étoffe  de  60  liffes  ,  il  paroît  ert 
avoir  60  ,  &  à  proportion  dan^  les  autres. 

Des  fonds  or  guiÛochés.  Pour  1  intelligence  de  cette 
façon  de  faire  des  fonds  or  dont  la  dorure  put  par 
le  liage  former  une  efpece  de  guilloché  ,  il  faut  exa- 
miner ce  qui  a  été  écrit  fur  les  étoffes  riches  à  la 
broche.  Foyc?^^  ce  qui  prUede.  La  façon  de  tra^ 
vailler  les  étoiles  en  le  fervant  de  !a  broché  ,  alon- 
geoit  un  peu  le  travail ,  il  étoit  néceffaire  de  trou^ 
ver  un  moyen  qui  parât  à  cet  inconvénient  &  qui 
produisît  le  même  effet  ;  pour  y  parvenir,  on  ajoura 
plulîeurs  liffcs  de  liage  &  une  quantité  de  marches 
équivalente  à  ces  hffes  ,  dont  chacune  doit  avoir  la 
marche  ;  dans  cette  quantité  de  marches,  on  en  choi- 
fiffoit  deux  pour  former  un  liage  droit  fur  la  lame 
brochée  ,  les  autres  liffes  étoient  dilpoiécs  de  façon 
qu'elles  failoient  une  certaine  figure  dans  les  dorures 
qu'elles  lioient,  néanmoins  cette  figure  étoit  toujours 
la  môme  dans  le  cours  du  delfein  ,  il  étoit  donc  né- 
ceffaire de  trouver  un  moyen  de  diftribuer'une  façon 
de  Uer  la  dorure  ,  qui  fût  différente  dans  toutes  les 
parties  que  l'on  vouloit  qui  fuffont  liées  différem- 
ment ,  ce  qui  n'auroit  pas  pu  fe  faire  qu'en  mettant 
autant  de  liffes  ,  &  conléquemment  autant  de  mar- 
ches que  les  différences  du  guilloché  en  auroient  exi- 
gé ,  ce  qui  ,  fur  un  deffein  de  dix  dixaines ,  huit  en 
douze  ,  auroit  exigé  cent  vingt  liffes  Sautant  de  mar^ 
ches  de  hage. 

La  méthode  qui  a  été  mife  en  ufage  pour  parvenir 
à  faire  des  fonds  or  ou  autres  étoffes  riches  ,  dont  le 
liage  formât  des  guillochés  différens  dans  les  étoffes, 
a  été  celle  de  monter  des  métiers  à  deux  corps  ;  fa- 
voir ,  un  corps  pour  le  ]K)il ,  &  Un  pour  la  fi^-^urc  :  les 
premiers  métiers  ont  été  montés;  liivoir,  200  cor- 
des pour  la  figure  ,  &  200  pour  le  poil ,  afin  de  ne 
point  déranger  Tordre  des  400  cordes ,  nombre  ordi^ 
naire  de  la  plus  grande  quantité  des  métiers.  Chaque 
corde  de  rame  étoit  attachée  ù  deux  arcades ,  ou  deu.v: 
arcades  étoient  attachées  à  chaque  corde  de  rame  ^, 
pour  faire  tirer  quatre  mailles  de  corps,  ce  qui  fait 
800  mailles  à  l'ordinaire  pour  former  la  rédudioii 
qui  eft  en  ufagc  dans  la  fabrique  ;  le  fécond  corps 
étoit  attaché  de  même  à  400  arcades  ,  dont  deuV 
étoient  attachées  à  chacune  des  200  autres  corJçfl 


i()6 


S  O  I 


àc  rame ,  ce  qui  faitoit  encore  800  mailles  dans  lef- 
■quclles  étoient  paflcs  800  iils  de  poil  pour  lier  la  do- 
rure ,  detaçon  que  l'ourdiiTage  du  poil  étant  de  10 
portées  à  80  fils  chacune  ,  le  noir.bre  de  800  fils  le 
trouvoit  complet  &C  égal  à  celui  de  la  chaîne  quant 
aux  mailles  de  corps,  le  nombre  des  fils  de  la  chaîne 
étant  pour  ces  genres  d'étoffes  de  40  portées  doubles 
qui  composent  3  200  fils  doubles  qui  valent  autant 
que  6400  fimples  ,  &c  par  conlcquent  4  fils  doubles 
chaque  maille  de  corps,  ce  qui  t'ait  tous  les  4  fils 
doubles  un  fils  de  liage,  l'ufage  étant  de  paffer  le  lia- 
ge de  façon  ,  que  dans  toutes  les  étoffes  façonnées  , 
il  fe  rencontre  tous  les  6  ,  8  ,  10  &  1 1  fils  un  de  lia- 
ge ,  pour  que  la  dorure  ne  ioit  pas  trop  couverte.  Si 
le  liage  étôit  plus  ferré  ou  que  le  nombre  de  fils  fut 
plus  grand,  attendu  que  la  largeur  de  l'étoffe  efl  la 
même  ,  ils  fe  raprocheroicnt  davantage. 

L'ouvrier  en  paffant  les  fils  de  poil  &  ceux  de  la 
chaîne  dans  les  îiffes  après  les  avoir  paffé  dans  cha- 
que corps  féparément ,  doit  avoir  un  grand  foin  de 
palVer  les  fils  de  poil  dan.s  ks  Iiffes ,  de  façon  que  la 
première  maille  ou  boucle  de  la  liffe  réponde  parfai- 
tement à  la  première  maille  du  corps  ,  la  féconde  ;\ 
la  fécond-  ,  la  troiûeme  à  la  troifieme  ,  la  quatrième 
à  la  quatrième ,  pour  les  4  Iiffes  dans  l;;fquelles  on 
le  paffe  ordinairement.  Cette  précaution  efl  d'une 
néceffité  indifpcnfable,  attendu  que  i\  elle  n'étoit  pas 
d'accord,  les  Iiffes  difpofées  pour  lever  à  chaque  coup 
de  navette  qui  fait  le  corps  de  l'étofTc  ,  une  partie  du 
poil  ;  fi  ce  poil  n'étoit  pas  d'accord  avec  les  iiffes  ,  il 
feroit  lever  quelques-uns  des  fils  qui  doivent  lier  la 
dorure,  ce  qui  formeroit  une  coritrariété  qui  readroit 
l'étoffe  défeducufe ,  ainfi  qu'il  a  été  dit  piufieurs  fois 
dans  les  articles  où  il  a  été  queftion  du  liage  de  toutes 
les  dorures  en  général ,  la  maxime  étant  que  le  fil 
qui  doit  lier  la  dorure  où  h  foie  ne  doit  point  lever 
dans  les  coups  de  navettes  qui  précèdent  les  lacs  que 
l'on  doit  brocher,  attendu  que  les  lacs  brochés  &  les 
coups  de  navettes  ne  forme:jt  qu'un  même  coup  dans 
le  travail  de  l'étoffe  ou  vme  même  ligne  horifontale 
fur  le  deffein. 

On  pourroit  ob'ieder  que  le  poil  pour  lier  étant 
paffé  dans  un  corps  particulier  ,  le  travail  de  l'étoffe 
le  faifant  lever  &  baiffer,  les  hffes  deflinées  à  lui  don- 
ner ce  mouvement  devroient  êirc  inutiles.  A  quoi 
on  répond,  que  fi  un  poil  de  fil  fe  trouvoit,  fuivant 
la  figure  que  le  deffinateur  donneroit  à  fon  ouvrage, 
2,3,4,5  dixaines  &  plus  fans  travailler  ,  ce  fil  de 
poil  paroîtroit  à  l'envers  de  l'étoffe  dans  une  pareille 
étendue  ,  ce  qui  feroit  qu'outre  qu'il  kleheroit  plus 
que  ceux  qui  travailleroient,  cet  envers  feroit  ridi- 
cule &  rendroit  l'endroit  de  l'étoffe  dans  lequel  il 
feroit  employé  très-déf'edueux,  attendu  qu'il  ne  lie- 
roit  pas  comme  celui  qui  tireroit  davantage  ;  c'efl: 
précilément  pour  parer  à  cet  inconvénient,  que  l'ou- 
vrier ,  outre  que  ce  poil  eft  paffé  dans  le  corps  ,  efl 
encore  obligé  de  le  paffer  dans  deux  ou  quatre  Iiffes , 
n'importe  qu'une  liffe, s'il  n'eft  paffé  que  fur  deux, ou 
que  deux,  s'il  efl  paffé  lur  quatre,  puiffent  lever  en 
croifant ,  &  draper  avec  la  chaîne ,  la  hflé  ou  les 
deux  levant  alternativement  aux  coups  de  navette 
qui  font  paffés  pour  faire  le  corps  de  l'étofre  ,  en  ob- 
fervant  toujours  ,  comme  il  a  été  dit ,  de  ne  pas  faire 
lever  celui  qui  doit  lier ,  ce  qu'il  efl  ailé  de  prévoir 
en  accordant  l'armure  avec  la  façon  dont  le  poil  efl 
paffé  dans  le  corps. 

Toutes  ces  étoffes  riches  font  montées  ordinaire- 
ment en  gros  détours  ,  attendu  qu'il  ne  paroît  point 
de  fond  ,  ce  qui  fait  que  la  chame  pour  les  or  eft  tou- 
jours de  couleur  amorc  ,  &  blanche  pour  les  fonds 
argent ,  ce  qui  a  donné  lieu  de  parler  de  40  portées 
doubles  pour  l'ourdiffage  ,  qui  valent  (k  compofent 
80  portées  à  fils  fimplcs  ,  fur  quoi  il  faut  obi  jrver  , 
que  fi  on  ourdiffoit  80  portées  à  fils  fimples,  la  quan-    I 


P  O  1 

tltc  de  crolfés  que  les  fils  donnerolent ,  empéche- 
roient  à  l'étoffe  de  ie  ferrer  ,  puifcue  dans  80  por- 
tées fimples  qui  compoient  6400  ,  il  fe  trouve  roit 
32.0Q  croifures  ,  au  lieu  que  dans  3  loo  fils  doubles 
il  ne  s'en  trouve  que  1600.  On  fait  à  Lyon  des  gros- 
de-tours  ourdis  à  60  portées  firnp'.es  ;  mais  comip.e 
dans  ce  nombre  de  60  portées  ,  qui  compofent  4800 
fils  féparés  ;  il  fe  trouve  1400  croifures ,  ces  étoffes 
ne  peuvent  recevoir  qu'une  trame  très-fine  par  rap- 
port à  ces  mêmes  croifures  ,  elles  ne  forment  qu'un 
iimple  taffetas  très-mince  ;  celte  obfervation  ciï  de 
conféquence. 

Piufieurs  fabriquans  font  aujourd'hui  teindre  leurs 
chaînes  &c\  curs  poils  en  blanc  pour  les  étoffes  riches, 
dont  les  plus  grands  fujets  (terme  de  fabricjue)  où 
les  principales  parties  lont  en  argent ,  &  lorfqu'ils 
veulent  fur  la  même  chaîne  faire  des  or ,  ils  la  jau- 
nlffcnt  avec  du  rocou  ,  ce  qui  vaut  à-peu-près  autant 
que  fi  elle  étoit  teinte  en  aurore  ,  pulfque  le  fond  de 
l'étoffe  quant  ;\  la  chaîne  ,  ne  paroît  pas. 

Les  premières  étoffes  qui  ont  été  faites  dans  ce  goût 
étant  montées  ,  comme  il  a  été  dit ,  fur  200  cordes  , 
le  deffein  ne  pouvo'.t  être  que  très-petit,  attendu  que 
le  delfinateur  dans  la  hauteur  du  dcfiein  éloit  obligé 
de  fe  conformer  à  la  largeur  ;  aujourd  hui  on  les 
monte  fur  des  400  ,  ce  qui  fait  qu'il  faut  des  cafiîns 
de  800  ,  &  les  femples  de  môme ,  ce  qui  néanmoins 
ne  fait  que  800  mailles  de  corps  pour  la  chaîne  ,  & 
pareille  quantité  pour  le  poil ,  chaque  corde  de  rame 
n'ayant  qu'une  arcade  au  lieu  de  deux  ,  tant  pour  la 
chaîne ,  que  pour  le  poil  ;  de  façon  que  le  deffmateur 
peut  s'étendre  autant  qu'il  le  juge  à-propos. 

Le  métier  difpolé  de  la  manière  qu'on  vient  de  le 
décrire  ,  le  defîinateur  peint  le  liage  de  la  façon  qu'il 
defire  qu'il  foit  fait,  en  donnant  à  chaque  partie  de 
dorure  le  guillochage  qui  lui  convient,  ce  qui  ne 
pourroit  pas  fe  faire  avec  la  broche  ,  parce  qu'à  cha- 
que partie  de  dorure ,  il  faudroit  la  paffer  ,  ce  qui , 
dans  une  étoffe  de  quatre  lacs  de  dorure  donneroit 
quatre  partages  de  broche,  qui  vaudroient  autant  que, 
quatre  lacs  de  plus  ,  &  avec  les  lacs  de  nuance  aug- 
menteroiî  confidérablemcnt  la  main-d'œuvre. 

Pour  lire  les  deffeins  difpofés  pour  ce  genre  d'é- 
toffe ,  on  commence  ordinairement  par  les  200  ou 
403  cordes  du  poil ,  la  lifeufe  prenant  toutes  celles 
qui  ne  font  pas  marquées  lur  le  deficin  ,  &c  laifiant. 
celles  qui  le  font  à  chaque  lac  qu'elle  prend  avec 
fon  embarbe  ;  lorfque  la  lifcufc  a  lu  la  partie  du  poil  ; 
elle  fait  couler  fon  deffein  fur  l'efcalette  de  50  dixai- 
nes pour  les  400  ,  &  de  25  pour  les  loo;  après  quoi 
elle  lit  une  féconde  fois  les  mêmes  lacs  en  prenant 
les  cordes  qui  doivent  lier  la  dorure  ,  ou  ccllt-s  qu'el- 
le a  laiffé  comme  les  autres ,  de  façon  que  ie  même 
lac  lié  deux  fois  n'en  forme  cependant  qu'un,  &  lorf- 
qu'on  le  tire  pour  travailler  l'étoffe  ,  la  corde  que 
la  lifeufe  a  laiffée  en  lifant  la  partie  du  poil  demeure 
en  bas  &  forme  le  liage  ,  tel  qu'il  a  été  peint  par  le 
defîinateur. 

Si  l'invention  des  étoffes  à  la  broche  a  paru  belle  , 
celle-ci  ne  l'ell  pas  moins  :  avec  la  broche,  on  pour- 
roit la  paffer  une  ou  deux  fols  ;  mais  quand  il  faut  la 
pafler  fouvent  dans  un  lac ,  le  travail  eff  trop  alongé, 
au  lieu  que  dans  celle-ci  le  travail  fe  fait  à  l'ordinai- 
re ,  6c  l'on  n'a  pas  befoin  de  marches  de  liage  ;  il  efl 
vrai  que  la  dépenfe  du  métier  efl  plus  confidérable , 
mais  une  fois  faite  il  y  en  a  pour  long-tems. 

Les  fonds  or  les  plus  riches  ont  été  faits  dans  tous 
les  tems  fur  des  métiers  montés  en  6oo  cordes  con- 
féquemment  600  arcades  &  1200  mailles  de  corps, 
ce  qui  faifoit  une  grande  réduèlion  ,  quoique  le  pa- 
pier ne  fût  que  de  10  en  10.  Depuis  les  inventions 
du  guillochage  ,  on  a  monté  des  600  à  600  mailles, 
ce  qui  lend^le  diminuer  la  rédudion;  mais  en  revan- 
che ,  on  fait  le  deffein  de  8  en  14,  ce  qui  faifant  dans 

la 


s  O  I 

la  hauteur  quatre  coups  de  plus  chaque  dîxaine ,  for- 
me une  rcduinon  équivalente;  la  découpure  efl  plus 
large  qu'aux  400  ordinaires  ;  le  guillochage  de  ces 
étoffes  fe  fait  par  un  plus  grand  nombre  de  liiTes  de 
3oil ,  attendu  que  fi  on  vouloit  le  faire  avec  un  dou- 
3le  corps ,  il  faudroit  des  rames  6c  des  lemples  de 
1200  cordes  de  largeur;  l'on  ne  défefpere  pas  ce- 
Dcndant  que  dans  la  iuite  l'on  n'en  vienne  à  bout. 

Il  fe  monte  aûucUement  à  Lyon  un  métier  qui 
:onticndra  1600  cordes  de  rame,  &C  par  conféquent 
autant  à  chaque  femple  ,  il  contiendra  3 100  mailles 
le  corps  ;  on  en  donnera  la  defcription  quand  il  fera 
îchevé.  Il  faut  obferver  que  l'étoffe  n'aura  que  la 
largeur  ordinaire  ,  on  doit  penfcr  quelle  fera  la  ré- 
iudion  ;  on  craint  qu'elle  ne  foit  trop  forte  pour  la 
lorure  qui  ne  pourra  pas  fe  ferrer,  excepté  qu'on  ne 
trame  extraordinairement  fin  ,  ce  qui  pourroit  occa- 
[ionner  une  qualité  trop  mince  dans  l'étoffe. 

Pour  l'iafelligence  de  l'armure  du  poil  des  étoffes 
3  double  corps  ,  l'on  obfervera  que  dans  toutes  les 
étoffes  montées  fur  des  métiers  à  400  cordes;  le  caf- 
(in  efl  compofé  de  8  rangs  de  50   poulies  chacun, 
pour  contenir  un  pareil  nombre  de  cordes  ;  on  com- 
mence à  palfer  les  cordes  de  bas  en  haut ,  ou  de  haut 
în  bas  ,  n'importe  ,  dans  une  poulie  de  chacun  des 
3  rangs ,  favoir ,  une  corde  chaque  poulie  ;  &  on 
continue  de  fuite  ,  en  reprenant  toujours  par  le  mê- 
me rang  où  l'on  a  commencé ,  jufqu'à  la  fin.    Les 
blanches  dans  lefquelles  font  paffées  les  arcades,  ont 
égalcmenL  8  trous  chaque  rang  ,  pour  qu'elles  puii- 
fent  fe  rapporter  à  ceux  du  caflin.    Le  poil ,  qui  le 
plus  ordinairement  efl  paffé  fur  quatre  liifes  ,  doit  fe 
rapporter  de  même  aux  huit  mailles  de  corps  atta- 
chées aux  huits  arcades  ,  qui  pafTent  dans  les  huit 
trous  de  la  planche,  de  façon  que  les  huit  premières 
mailles  ou  boucles  des  quatre  liffes  doivent  faire  le 
rang  complet  des  huit  mailles  de  corps ,  ce  qui  fait 
deux  mailles  ou  boucles  fur  chacune  des  quatre  lif- 
fes. Le  fil  du  fécond  rang  des  mailles  du  corps  doit 
également  correlpondre  à  la  boucle  de  la  première 
liile  ,  &  continuer  de  même  tous  les  fils  de  poil  juf- 
qu'à la  fin ,  de  forte  que  le  dernier  fil  de  poil  fe  puiffe 
trouver  fur  la  dernière  des  quatre  liffes ,  &  le  pre- 
mier fur  la  première.   Cette  précifion  efl  tellement 
nécefî'aire,que  fi  paj;  hazard  on  fe  îrompoit  d'un  fil,  il 
faudroit  dépaffer  le  tout,  attendu  la  contrariété  qui  fe 
trouveroit  dans  le  fil  du  liage  qui  leveroit  au  coup  de 
navette  ,  dans  le  tems  où  if  faudroit  que  la  ïiSe  le  fît 
baiflér  ;  par  la  même  raifon  le  deffmateur  doit  avoir 
un  grand  foin  que  le  point  que  forme  fon  liage,  foit 
placé  de  façon  qu'il  puifîé  correfpondre  &  à  l'armure 
du  métier ,  &r  à  celle  du  remettage  ,  ou  paffage  du 
fil  dans  les  lifies,  ce  qui  n'efl  pas  difficile,  lorfque  le 
deffmateur  entend  un  peu  la  fabrique  ;  d'ailleurs  ,  la 
ligne  du  deffein  ,  c'efl-à-dire ,  celle  qui  efl  tirée  ho- 
rilontalement,  doit  fe  conduire  pour  cette  opération 
qui  efl  immanquable ,  6c  qui  ne  le  gène  point  quant 
au  goût  qu'il  veut  donner  à  fon  liage  guilloché. 

L'ouvrier  de  fon  côté  doit  avoir  une  s;rande  atten- 
tion,  quand  il  arme  fon  métier,  de  ne  faire  lever 
que  la  féconde  &  la  quatrième  liffe  pour  paffer  fon 
coup  de  navette  ,  fi  le  point  du  liage  fe  trouve  placé 
fur  la  première  ligne  du  deffein  ,  lequel  point  doit 
correfpondre  à  la  première  maille  du  corps  ,  conlé- 
quemment  à  la  première  boucle  de  la  liffe;de  forte  que 
tous  ces  fils  étant  deflinés  pour  le  liage  ,  ne  doivent 
point  lever  au  coup  de  navette  qui  fert  à  former  le 
corps  de  l'étoffe,  &  à  draper  le  poil,  ainfi  des  autres. 
Enfin  le  hage  à  double  corps  efl  fi  joli ,  que  dans 
un  même  lac  broché  ,  toute  la  dorure  ,  foit  or  liffe, 
foit  or  frifé,  foit  la  lame  or,  peut  être  broché  ou 
pafTc  fans  que  le  même  liage  foit  égal  fur  aucune 
des  parties  ,  dont  le  lac  efl  compofé  ,  il  en  efl  de  mê- 
me de  l'argent ,  ce  qui  produit  une  variété  fi  furpre- 
Tome  XF. 


S  O  I 


297 


nante ,  que  l'étoffe  paroît  être  compofée  d'autant  de 
dorures  difîérentes  ,  qu'il  fe  trouve  de  différens  lia- 
ges ,  ce  qui  produit  des  effets  fi  difficiles  à  connoître 
qu'il  n'efl  pas  poffible  que  les  fabriques  étrangères 
puiffent  pénétrer  la  caufe  de  ces  mêmes  variétés  qui 
fe  trouvent  dans  les  étoffes  riches  des  fabriques  de 
Lyon. 

Suite  des  étoffes  dont  la  dorure  ejl  guUlochie.  Il  vient 
de  paroîire  des  étoffes  dont  la  dorure  efl  guillo- 
chée  ,  fans  qu'elle  foit  travaillée  à  la  broche  ,  ou  que 
le  métier  foit  monté  avec  un  double  corps ,  c'efl-à- 
dire,  feulement  un  échantillon,  dont  l'auteur  du  mé- 
m©ire  a  conduit  le  deffein  &  le  montage  du  métier 
qui  efl  un  gros-de-tour  de  40  portées  à  fil  doublé  &  de 
quatre  fils  doubles  chaque  maille  de  corps  ,  fur  un 
400  cordes  à  l'ordinaire  ;  il  efl  vrai  qu'il  n'y  a  qu'u- 
ne dorure  qui  puiffe  être  guillochée  ;  mais  aufîi  cette 
difpofition  de  métier  efl  excellente  pour  tous  les  fonds 
or ,  dont  une  navette  de  lame  efl  paffée  à-travers 
&  dans  lefquels  les  autres  dorures  qui  font  brochées 
ne  font  pas  d'une  grande  confidération  pour  que  le 
fabriquant  les  affujettiffe  au  guillochage. 

Pour  fabriquer  une  étoffe  dans  ce  genre,Ie  defîîna- 
teur  fait  fon  deifein  ,  &  peint  fon  liage  d'une  corde 
comme  il  fe  pratique ,  en  lui  donnant  la  forme  du 
guilloché  qu'il  lui  plaît ,  laquelle  efl  ordinairement 
fur  la  partie  principale  de  la  dorure.  Le  métier  étant 
monté ,  on  pafle  le  coup  de  fond  avec  la  navette  de 
yôi£,foit  qu'elle  faffe  liferéou  non.  Elle  faitliferé  fi  le 
deffinateur  a  peint  un  lac  particulier  en  petites 
découpures  pour  figurer  dans  le  fond  ,  ce  liféré 
doit  être  toujours  de  la  même  couleur  de  la  chaîne  ; 
ou  fi  elle  efl  différente,  il  ne  faut  pas  qu'elle  la  coupe 
trop. 

L'on  penfe  bien  qu'au  coup  de  fond  fi  c'efl  un  li- 
féré ,  on  ne  fait  point  baiffer  de  liffe  de  rabat ,  parce 
que  pour  lors  ,  le  rabat  faifant  baiffer  la  moitié  de  la 
tire  ,  ou  du  lac  tiré  ,  ce  lac  ne  formeroit  qu'un  gros- 
de-tours  ordinaire. 

Le  fécond  coup  de  navette  que  l'ouvrier  paffe  efl 
celui  de  la  lame  ;  pour  lors  on  tire  le  lac  qui  doit 
faire  le  guilloché ,  qui  efl  formé  par  les  cordes  que 
le  deffmateur  a  peintes  dans  les  grands  ou  petits  fu- 
jets  quicompofent  ce  lac.  Ces  cordes  refient  en  bas 
lorfque  le  lac  efl  tiré;&  fuivant  l'ancienne  méthode, 
elles  formeroient  un  hage  de  4  fils  doubles ,  dont 
chaque  maille  de  corps  efl  remplie ,  ce  qui  mange- 
roit  ou  cacheroit  une  partie  de  la  dorure.  Pour  pa- 
rer à  cet  inconvénient ,  l'ouvrier  fait  lever  trois  lif- 
fes du  gros-de-tours,  qui  par  ce  moyen  ,  levant  trois 
fils  doubles  de  chaque  maille  de  corps  qui  doit  lier 
ladorure,ne  laiffent  qu'un fildoublefculement  pour  la 
lier  ;  ce  qui  lui  donne  tout  l'éclat  dont  elle  efl  fufcep- 
tible  de  l'invention. 

Comme  les  parties  qui  ne  font  pas  tirées  ne  con- 
tiennent que  le  quart  de  la  chaîne ,  qui  n'efl  pas  fuffi- 
fant  pour  cacher  ou  enterrer  totalement  la  lame  ,  ces 
parties  forment  une  efpece  de  gaze  en  dorure  de  la 
même  lame  ;  mais  on  peut  y  femer  quelques  petites 
fleurs  liées  par  la  corde  même  de  la  dorure ,  un  peu 
plus  groffe  qu'à  l'ordinaire  ,  fi  on  broche  de  larocnt 
fur  un  fond  lamé  or ,  ou  or  fur  un  latné  argent ,  afin 
que  la  dorure  qui  forme  la  gaze  dans  le  fond,  netranf- 
pire  pas  au-travers  de  celle  qui  efl  brochée,  mais  pour 
lors  la  dorure  brochée  ne  fauroit  être  liée  par  un  liage 
guilloché. 

Mais  ,  dira-t-on  ,  ne  pourroit-on  pas  faire  fur  une 
dorure  différente  brochée  ,  la  même  opération  ,  qui 
fe  fait  fur  le  lac  fous  lequel  la  lame  efl  paflee  ?  La 
chofe  n'efl  pas  poffible  ,  en  voici  la  railbn.  Les  trois 
liffes  qui  lèvent  pour  ne  laiflor  qu'un  fil  des  qu.itre 
contenus  dans  la  maille  du  corps  ,  élèvent  la  foie 
qu'elles  contiennent  auffi  haut  que  le  lac  tiré,  confé- 
qucmment  elles  empêchent  de  choifir  la  partie  de 


s  O  I 


298 

dorure  diffcrente  fous  laquelle  doit  pafTer  rerpollii 
qui  contient  cette  mcme  dorure  ,  on  ne  penle  pas 
même  qu'il  loit  jamais  poHible  de  furmonter  cet  obl- 
tack» ,  ce  qui  Icroit  cepcnù;;nt  d'une  grande  confc- 
qucncc  ,  ù  on  pouvoit  le  vaincre  ,  mais  julqu'à  pré- 
lent  ,  il  n'y  a  que  la  broche  ou  les  doubles  corps  qui 
puificnt  produire  cette  portedion. 

Il  ne  s'clt  fabriqué  h  Lyon  qu'environ  11  aunes 
jufciii';\ce  jour  ,  de  l'ctoife  faite  dans  ce  genre;  on 
penff  bien  que  dès  que  cette  invention  fera  connue, 
il  s'en  fera  d'autres;  mais  il  n'y  en  a  encore  qu'un 
métier  de  monté  ;  cette  taçon  de  guillocher  la  do- 
rure a  été  fuivie  bien-tôt  d'une  autre  ,  qui  n'efl  pas 
moins  belle.  On  a  dit  que  les  parties  qui  n'ctoient 
pas  tirées  au  coup  de  lame  ,  ne  contenoient  que  le 
quart  de  la  chaîne  ,  attendu  que  les  trois  lilfes  de 
fonf^  que  l'ouvrier  faifoit  lever  ,  levolent  également 
les  trois  autres  quarts  de  cette  mC-me  chaîne  ,  ce  qui 
fl^ifoit  que  le  fond  formoit  par  ce  même  quart  reliant 
Il  ne  eipece  de  gaze.  Or ,  comme  cette  figure  de  gaze 
a  déjà  été  connue  dans  les  tifTiis  en  lame  qui  fe  font 
faits  l'endroit  deffus ,  pour  la  fabrication  defquels  on 
ne  fait  que  lire  le  fond  ,  &  que  quand  il  eft  tiré  on 
faitb.iifîcr  trois  lifles  du  rabat ,  les  parties  cjui  ne  font 
pas  tirées  faifant  la  figure,  la  partie  tirée  ne  contenant 
que  le  quart  de  la  chaîne  ,  la  dorure  qui  fe  trouvoit 
deiïous  faifant,  parla  dorure  qu'elle  contenoit,  une 
efpece  de  gaze,  la  partie  qui  n'étoitpas  tirée  ,  &  qui 
failolt  la  figure  ,  lioit  la  dorure  avec  les  quatre  lifles 
de  poil ,  ainfi  qu'il  fe   pratique  ,  c'efi-à-dire ,  que 
cette  dorure  qui  n'auroit  pas  pu  être  liée  ,  s'il  n'y 
avoit  pas  eu  un  poil,  l'étoit  au  moyen  d'une  des  qua- 
tre lifles  de  liage  que  l'ouvrier  faifoit  lever  fuccelfi- 
vement  à  chaque  coup  de  lame  qu'il  paflToit.   On  a 
donc  voulu  que  ce  coup  dont  la  partie  forme  la  gaze  fît 
une  figure  différente  ,  &  voici  ce  qui  a  été  imaginé 
pour  taire  que  cette  gaze  imitât  parfaitement  le  toi- 
le ,  qui  ordinairement  dans  toutes  les  étoffies  doit  en- 
vironner la  figure  de  la  lame  ,  puifqu'il  fait  le  fond  de 
l'étoffe. 
On  monte  le  métier  à  l'ordinaire  en  gros-de-tours, 
&;on  y  ajoute  un  poil  de  lo  portées,  ce  qui  fait  deux 
fils  chaque  maille  de  corps  indépendamment  des  4 
fils  doubles  de  la  chaîne.  On  fait  lever  la  moitié  du 
poil  au  coup  de  fond  ;  &  au  coup  de  lame  guilloché, 
on  fait  balfler  tout  le  poil  ;  de  fliçon  que  ces  deux  fils 
de  poil  qui  font  pafl~és  dans  chaque  maille  du  corps  , 
forment  un  fécond  liage  ,  lequel  avec  le  fil  double  de 
la  lifl.e ,  qui  feule  refle  baiflTée  fur  ce  coup  ,  fait  un 
frifé  aviflî  parfait ,  que  s'il  étolt  préparé  fur  le  rouet 
à  filer  Tor  ou  l'argent. 

ILparoît  que  ce  n'efl^  pas  aflez  de  dire  que  la  lame 
paffée  ,  &  qui  fe  trouve  liée  par  deux  fils  de  poil  &C 
un  de  chiiîne  ,  paroît  être  un  frifé  parfait  ;  11  faut  d(m- 
ner  une  explication  qui  établifl^e  la  certitude  d'un  fait 
aufli  finguller.  Il  ell  peu  de  perfonnes  qui  ne  fâchent 
oue  le  frifé  or  ou  argent  qui  s'emploie  dans  les  étof- 
fes de  fabrique  ,  n'efl  autre  chofe  qu'une  efpece  de 
cordonnet  tout  foie ,  qui  fe  prépare  &  fe  fait  fur  le 
rouet  à  filer  ,  lorfque  ce  cordonnet  efl:  achevé  on  le 
remet  fur  le  rouet  où  on  le  fait  couvrir  par  la  lame 
comme  les  autres  filés  ,  après  quoi  on  l'emploie, 
l'ayant  levé ,  dans  l'étoffe. 

Ce  frifé  or  ou  argent  n'a  jamais  autant  de  brillant 
que  le  filé  uni  ordinaire  ,  attendu  la  quantité  de  J'oie 
dont  il  ell  compofé ,  &  le  grain  dont  il  eff  formé ,  ce 
qui  fait  que  la  lame  ne  fauroit  être  couchée  deifus 
aufl  uniment  que  fur  un  filé  ;  cette  quantité  de/ô/>, 
la  politlon  de  la  lame  fur  le  grain  ,  tantôt  à  droite, 
tantôt  k  gauche,  forme  cette  variation  qui  en  dimi- 
nue l'éclat.  Or,  dans  l'étoffe  guillochée,  dont  le  fond 
forme  la  gaze  ,  &  oii  le  quart  de  la  chaîne  lie  la  lame, 
la  diflance  qui  fe  trouve  d'un  fil  ù  l'autre  fur  la  mê- 
me lifTe ,  qui  eu  de  trois  fils  doubles  ou  fimplcs ,  efl 


trop  grande  pour  que  cette  lame  ne  donne  pas  -Àui 
de  brillant  qu'il  n'en  faut;  pour  qu'elle  imite  un  frifé, 
les  djux  fils  de  poil  qui  fe  trouvent  ajoutés  par  cette 
nouvelle  invention  ,  lefquels  font  féparés  par  deux 
îils  doubles  ou  quatre  fils  Amples  ,  forment  une  fé- 
conde couverture  qui  cache  \me  partie  de  la  lame, 
le  fil  de  chaîne  qui  lie  la  lame  étant  extrêmement  ten- 
du ,  pour  que  l'étoffe  folt  fabriquée  comme  il  faut  j 
la  reflcrre  de  façon  qu'elle  forme  une  efpece  de 
_grain  ou  cordonnet  qui  n'ôteroit  pas  le  brillant ,  fi 
les  deux  fils  de  poil  qui  font  h  côté,  dont  l'un  eft  fé- 
paré  par  un  fil  de  chaîne  &  l'autre  qui  le  joint,  &  qui 
ordinairement  ne  font  tendus  qu'autant  qu'il  le  faut 
pour  tenir  la  dorure  en  raifon ,  ne  formolent  par  leur 
oppofition  vls-oi-vis  ou  à  côté  celui  qui  eff  cxtraor- 
dinalrement  tendu, ce  grain  qui  compofe  le  véritable 
frifé. 

La  chr.îne  de  rétoff"e  efl:  compofée  de  40  portées 
doubles  ,  cpfi  valent  autant  pour  la  quantité  que  80 
portées  fimples.  Le  poil  contient  lo  portées  fimples, 
ce  qui  fait  tous  les  deux  fils  doubles  un  fil  de  poil, 
coniéquemment  deux  fils  de  poil  chaque  maille  de 
corps,puifqu'elle  contient  quatre  fils  doubles  de  chaî- 
ne ;  on  comprend  aifémcnt  que  fi  le  poil  étoit  defti- 
né  à  lier  les  dorures  ordinaires  ,  qui  n'ont  pas  aiuant 
d:  brillant  que  la  lame  ,  le  liage  feroit  trop  ferré ,  &C 
enterreroit  la  dorure  (c'eft  le  terme),  il  n'y  a  donc 
qu'une  étoffe  de  cette  efpece  qui  puiffe  foutenlr  un 
poil  a\Uant  garni ,  la  chaîne  ,  dans  toutes  les  étoffes, 
doit  être  extraordinalrement  tendue  pour  qu'elle  folt 
fabriquée  comme  il  faut.  Le  poil  ne  doit  pas  être  de 
môme  dans  l'étoffe  riche  ;  c'eft  précifémcnt  ce  con- 
trafte  d'extenfion  qui  donne  la  forme  au  frifé  appa- 
rent de  l'étoffe  dont  il  s'agit ,  de  laquelle  il  n'y  a  en- 
core ,  au  moment  que  l'on  écrit  cet  ouvrage  ,  qu'un 
aune  de  faite ,  laquelle  a  été  examinée  par  des  com- 
miflîonnaires  connolifcurs  qui  en  ont  ordonné  fur-le- 
champ  ,  attendu  la  différence  du  prix  ,  qui  efl:  de  plus 
de  15  liv.  l'aune  en  or,  &  10  liv.  en  argent,  s'il. 
falloit  brocher  un  frifé  quelque  fin  qu'il  pût  être. 

II  y  a  un  obfervation  très-importante  à  faire  fur 
l'armure  du  métier  concernant  ce  genre  d'étoffe.  On 
a  dit  que  l'on  f  lifoit  baiffer  tout  le  poil  au  coup  de  la 
navette  de  lame  ,  de  façon  qu'il  s'en  trouvoit  un  des 
deux  qui  font  pafles  dans  la  maille  du  corps  ,  qui 
jolgnoit  le  quatrième  fil  de  chaîne  qui  forme  le  guilr 
loche ,  &  l'autre  en  étoit  féparé  par  un  fil  de  chaî- 
ne d'une  part,  &  deux  de  l'autre  ;  or  comme  des 
deux  fils  de  poil  qui  lient  avec  celui  de  chaîne  ,  il  y  en 
a  un  qui  a  levé  au  coup  de  fond  ,  &  qui  baifle  en- 
fuite  au  coup  de  lame  ;  il  faut  que  l'ouvrier  ait  une 
grande  attention  à  ne  pas  faire  lever  au  coup  de  fond 
le  fil  qui  joint  celui  de  la  chaîne,mals  bien  celui  qulea 
efl  féparé  par  deux  fils,  attendu  que  la  contrariété  qui 
fe  trouverolt  dans  ce  fil  qui  joindroitceUal  de  la  chaî- 
ne qui  lie ,  lui  donnant  ime  pareille  extenfion  ayant 
levé  &  balfié  au  coup  de  fond,  ou  dans  un  même 
coup ,  ferolt  un  grain  très-inégal ,  ce  qui  rendroit  l'é- 
toffe moins  parf  lite.  On  a  dit  affez  fouvent  qu'il  taut 
faire  attention  dans  l'armure  de  toutes  les  étoffes  en 
général ,  que  le  fil  qui  doit  lier  la  dorure ,  tel  qu'il 
foit ,  de  chaîne  ou  de  poil  ,ne  doit  jamais  lever  aux 
coups  de  navette  qui  forment  le  fond  ,  afin  d'éviter 
cette  contrariété ,  qui  efl  d'une  très-grande  confé- 
quence  dans  toutes  les  étoffes  en  général,  &  qui  n» 
peut  paflér  que  dans  celle-ci  attendu  l'effet  qu'il  pro- 
duit. 

Quoique  cette  armure  parolffe  difficile,  l'ouvrier  en 
viendra  alfément  à-bout  en  laiflant  la  liffe  de  chaîne 
qui  doit  lier  lorfqu'il  fait  lever  les  trois  autres,  celle 
dont  le  fil  joint  celui  de  poil  qui  n'a  pas  levé  au  coup 
de  fond  ;  la  chofe  eft  fimple  ,  mais  nos  ouvriers  la  plu- 
part ne  font  que  des  machines  ,  môme  ccujc  qui  veu- 
lent fe  donner  pour  les  plus  habiles, 


s  O  î 

2Jr  quelques  étapes  omifes  dans  U  cours  de  cet  oUvrnge , 
teUes  que  les  bata\'ia  y  les  brocatelles^  Us  fiorenùnes 
à  fonnettes. 

Les  batavia.  On  fabrique  à  Lyon  une  étoffe  à  la- 
quelle on  a  donné  le  nom  de  bat.ivia.  Cette  étoffe  ne 
repréfente  ni  le  fatin  ni  le  gros-de-tours;  elle  imite 
la  ferge ,  &  dans  l'armure  elle  fe  fait  comme  le  raz- 
de-Saint-Maur. 

Ce  qui  la  fait  difllnguer  de  cette  dernière  étoffe, 
c'efl  que  fa  figure  &  fon  travail  font  différens. 

Le  raz  de  Saint  Maur  eft  noir  ordinairement,  &  le 
batavia  efl  de  couleur  différente  ;  il  efl:  uni,  &  le  bata- 
via eft  à  carreaux. 

Pour  former  le  carreau  du  batavia  ;  toutes  les  cinq , 
fix,  fept  &  huit  portées  d'oufdiifage,  on  ourdit  dix 
ou  douze  fils  blancs  qui  féparent  la  couleur  de  la 
chaîne  ,  &  forment  une  efpece  de  bande. 

SI  la  diltance  d'une  bande  à  l'autre  efl  de  trois  pou- 
ces plus  ou  moins ,  il  faut  dans  la  fabrication  tous  les 
3  pouces  plus  ou  moins,  paffer  une  navette  dont  la  tra- 
me fbit  blanche ,  aufîi  c'efl  ce  qui  forme  le  carreau. 

Si  la  bande  ourdie  efl  de  dix  fils  blancs  ,  on  pafle 
dix  coups  de  navette  avec  la  trame  blanche  ;  fi  elle 
êf}  de  douze ,  on  en  pafTe  douze  ,  &i.  c'efl  ce  qui 
forme  le  carreau. 

La  trame  ordinaire  doit  être  de  la  couleur  de  la 
chaîne  :  il  s'en  fait  d'une  couleur  différente  auxquelles 
on  donne  le  nom  de  batavia  changeant  :  mais  il  faut 
toujours  les  mêmes  coups  pour  for.mer  le  carreau , 
foit  que  les  fils  foient  blancs  ou  d'une  autre  couleur. 
Il  n'Importe  pas ,  11  en  efl  de  môme  pour  l'ourdifîage 
par  rapport  aux  bandes. 

On  fait  des  batavia  brochés  à  petits  bouquets  dé- 
tachés, chaque  bouquet  étant  placé  au  milieu  de 
chaque  carreau. 

Là  largeur  du  batavia  efl  de  deux  tiers,  ou  de  cinq 
huit ,  ad  libitum. 

La  quantité  de  portées  efl  de  quarante  jufqu'à 
foixante ,  en  y  comprenant  les  fils  blancs  ou  de  cou- 
leur qui  forment  les  bandes. 

Lès  batavia  unis  font  montés  avec  quatre  liffes 
dont  les  fils  font  pafTcs  à  col  tors  ;  celles  qui  font  bro- 
chées, font  paffées  dans  quatre  liffes  pour  lever,  & 
ctiatre  de  rabat  pour  donner  aux  fils  la  liberté  de 
lever  lorfqu'on  tire  les  lacs. 

Nota.  On  a  obmis  dans  V article  des  M  O  i  R  E  S  , 
d'obferver  qu'il  s'en  fait  à  40  portées  triples ,  ce  qui 
vaut  autant  que  1 20  portées  fimples.  Cette  façon  de 
les  monf-T  efl  pour  éviter  la  quantité  de  liffes  ,  parce 
que  ces  dernières  ne  contiennent  pas  plus  de  mailles 
que  fi  elles  étoient  montées  à  40  portées  fimples  ou 
40  portées  doubles ,  l'ourdifîage  étant  de  trois  fils 
par  boucle  ,  ce  qui  ne  fait  qu'un  fil  quoiqu'il  y  en  ait 
trois  ;  conféquemment  trois  fils  chaque  maille  ou 
boucle  de  la  liffe  qui  ne  font  comptés  que  pour  un. 

Brocatelles.  La  brocatelle  efl  une  étoffe  tramée  de 
fil ,  deflinée  pour  tapifferle.  Elle  efl:  compofée  de 
<)b  fils  de  chaîne,  10  portées  de  poil  &  \\n  20  de 
peigne,  ce  qui  fait  6  fils  chaque  dent.  Elle  efl  mon- 
tée ordinairement  fur  cinq  liffes  pour  la  chaîne ,  & 
trois  poiJ|r  lé  poil.  Les  liffes  de  poil  qui  ordinaire- 
ment efl  de  la  même  couleur  de  la  chaîne ,  font  at- 
tachées de  façon  que  le  poil  efl  toujours  levé  d'une 
hauteur  propre  à  paffer  la  navette,  &  ne  forment 
qu'un  rabat.  L'enfuple  de  poil  efl  élevée  par  derrière 
au-deffus  de  celui  de  la  chaîne  de  manière  que  l'ou- 
verture fe  trouve  faite  fans  le  fecours  de  la  marche. 
Cette  façon  de  monter  le  métier  efl  difpofée  ainfi , 
afin  que  chaque  marche  n'ait  qu'une  eflrlviere ,  fa- 
volr  une  i\  chacune  des  cinq  marches  pour  la  chaîne 
afin  de  la  faire  lever ,  &  une  îl  chacune  des  trois  liffes 
de  poil  pour  la  faire  baificr. 

Cette  façon  de  monter  le  métier  fait  qu'au  lieu  de 
Tome  XFi  ' 


S  O  I 


299 


trois  îifTes  â  coullffe  pour  le  poil  ôii  fix  liffes  ordi- 
naires, favolr  trois  pour  le  lever,  &  trois  pour  le 
baiffer ,  il  n'en  faut  que  trois  ordinaires  ;  &  au  lieu 
de  trois  eflrivieres  à  chaque  marche  de  ce  poil,  fa- 
volr deux  pour  le  faire  lever,  &  une  pour  le  faire 
baifler  :  il  n'en  eft  befoin  que  d'une  pour  le  tout ,  k 
façon  de  tenir  levé  l'enfuple  de  poil  tenant  lieu  de 
lifle  pour  lever  le  même  poil. 

Cette  étoffe  ne  fauroitêtré  travaillée  que  des  deuji 
plés  ,  fans  quoi  il  faudroit  30  marches  au  lieu  de  8, 
favolr  I  5  pour  le  coup  de  fond  ,  &  i  5  pour  le  coup 
de  tire ,  afin  que  la  révolution  complette  du  cours 
caufce  par  la  difproportion  du  nombre  de  liiTes  dé 
chaîne  &  de  poil  f  e  trouvât  complette  ;  au  lieu  quç 
dans  la  façon  de  monter  le  métier,  ainfi  qu'il  a  été 
dit  ci-devant ,  il  n'en  faut  que  huit. 

Pour  travailler  cette  étoffe  ,  l'ouvrier  paffe  uni 
coup  de  fond  &  vm  coup  de  tire.  La  navette  delli- 
née  pour  le  coup  de  fond  eft  garnie  d'une  trame  de 
fil  toujours  de  la  couleur  de  la  chaîne,  &:  cellj  du 
coup  de  tire  eft  garnie  de  foie  de  la  couleur  dont  oii 
veut  le  fond. 

Lorfque  l'ouvrier  commence  à  travaillef ,  il  foule 
du  pié  droit  la  première  marche  des  liffes  de  fatm  j 
&  du  pié  gauche  celle  du  poil ,  &  paffe  en  plein  la 
navette  du  fil  ;  c'eft  le  premier  coup  de  navette* 
Pour  le  fécond  coup  ,  il  laiffe  aller  la  marche  du 
pié  droit,  tient  toujours  le  gauche  far  la  lifle  dé 
poil  baiffée  ,  &  pafle  la  navette  àefoie  deffous  le  lac 
qui  &£t  tiré  ,  qui  ordinairement  efl:  le  fond  ;  la  foie 
paiîée  ^  arrêtée  par  la  liffe  qui  eft  baiffée  j  forme  la 
le  fond  de  l'étoffe  ,  de  façon  que  ce  qui  n'eft  pas 
tiré  ejifait  la  figure  qui  eft  formée  par  un  fatin  d'au- 
tant plus  beau  ,  qu'étant  tramé  de  fil ,  il  enfle  davan- 
tage ;  &  étant  à  cinq  Uflés ,  il  a  plus  de  brillant. 

Le  fécond  coup,  l'ouvrier  prend  la  deuxième  mar- 
che de  fatin  &  la  féconde  de  poil.  Le  troifieme 
coup ,  la  troifieme  de  fatin  &  la  troifieme  de  poil. 
Le  quatrième  coup ,  la  quatrième  de  fatin ,  &  re- 
prend la  première  de  poil.  Le  cinquième  coup ,  la 
cinquième  de  fatin  ^  la  deuxième  de  poil.  Le  fixie- 
me ,  il  reprend  la  première  de  fatin  &  la  troifieme 
de  poil  ;  &  ainfi  des  autres. 

Florentines  à  fonnettes.  La  florentine  eft  une  étoffa 
Àefoie  qui  fe  travaille  au  bouton,  pour  que  l'ouvrief 
aille  plus  vite.  Il  n'eft  perfonne  qui  ne  fâche  que  de 
toutes  les  étoffes  façonnées,  il  n'en  eft  point  qui  fe 
fabrique  plus  promptement  que  celle  dont  les  cor- 
dages qui  font  lever  i^foie ,  fe  tirent  avec  le  bouton. 
On  a  expliqué  dans  les  di^'énns  articles  de  cet  ouvrage^ 
la  façon  de  lire  les  defi^eins  à  la  réditftion  pour  les 
étoffes  qui  fe  travaillent  avec  le  bouton,  telles  que 
les  droguets  ou  autres  de  femblable  efpece  :  cette 
façon  de  lire  le  deffein  épargne  une  quantité  de  fili 
afîéz  confidérable ,  mais  celle  de  la  fonnette  ,  non- 
feulement  épargne  plus  de  fils  ou  cordes  de  tirage 
que  la  première ,  mais  encore  elle  foulage  grande- 
ment la  tireufe  par  fa  fingularité. 

Les  deffeins  de  florentine  font  à  grandes  tiges  & 
à  grandes  fleurs  :  les  uns  en  un  lac  ,  6l  les  plus  beaux 
en  deux;  ils  portent  ordinairement  40  à  50  dixai- 
nes,  ce  qui  fait  400  boutons  pour  les  premiers  ,  6c 
500  pour  les  féconds  en  un  lac  ou  une  navette  feule. 
Ceux  qui  font  en  deux  lacs  ou  à  deux  navettes  por- 
tent le  double.  Il  eft  des  deffeins  de  cette  efpece  qui 
portent  jufqu'à  14  ou  1 500  boutons,  fuivant  la  lon- 
gueur du  deffein.  Ces  étoffes  font  prefque  toutes 
montées  en  400  cordes  de  lémplc  &  de  rame.  Cha- 
que corde  de  rame  fait  lever  trois  mailles  de  corps  j 
ce  qui  fait  1200  mailles  6c  trois  répétitions,  ce  qui 
vaut  autant  pour  la  rédudlion  ordinaire  que  les  etot- 
(qs  très-riches  qui  font  montées  en  600  cordes  à  1  or- 
dinaire ,  avec  une  arcade  chaque  corde  ;  au-licu  que 
dans  celui-ci  chaque  corde  tire  une  arcade  ^  domie; 

Pp  ij 


300  SOI 

Dans  l'étoffe  riche , les  deffeins  font  Air  àei  papiers    1 
de  lo  en  lo;  &;  dans  celle-ci ,  ils  font  fur  des  8  en 
10,  parce  c{ii'elle  eil  toute  J'oie,  Ik.  que  dans  l'autre 
la  donire  cmpêcheroit  de  ferrer  l'ctotTe. 

Lorfqu'il  elt  qucftion  de  lire  le  deflein ,  l'on  exa- 
inlne  d.ins  les  tiges  les  feuilles  &  les  fleurs,  dont  la 
quantité  de  cordes  qui  doivent  être  prifes  peut  aller 
à  une  certaine  hauteur,  fans  ciu'il  y  ait  (lu  change- 
ment ,  comme  par  exemple  ,  à  une  dixaine  ou  deux 
de  hauteur  qui  feront  tirées  fans  difcontinuer  ;  on 
en  fait  un  lac  qui  ell  placé  à  la  droite  de  la  tireufe, 
&  on  continue  de  lire  les  petites  parties  jufqu^'à  la 
hauteur  où  la  difpofition  du  deflein  oblige  de  chan- 
eer  ce  premier  lac  pour  en  lire  un  fccond  ;  &  ainfi 
de^  autres  jufqu'à  la  tin  du  deflein.  Quand  l'étoiTe  efl 
prête  à  être  travaillée ,  la  tireufe  tire  ce  premier  lac  , 
&  arrête  le  bouton  tiré  entre  deux  chevilles  placées 
à  fa  droite  ;  dans  lefquelles  chevilles  qui  n'ont  de 
diflance  de  Tune  à  l'autre  qu'autant  qu'il  en  faut  pour 
y  placer  la  corde  qui  ell  arrêtée  par  le  boiuon  qui 
ert  au-deflbus,  ce  lac  fe  trouvant  tiré  pendant  le 
tems  que  les  autres  lacs  qui  font  légers  fe  tirent ,  & 
que  TétolTe  le  fabrique  jufqu'à  la  dixaine  ou  ligne 
tranfveriale  du  deflein,  oii  il  faut  changer  ce  premier 
lac  qui  ordinairement  efl  le  plus  pefant  ;  lorfque  le 
moment  du  changement  arrive  ,  le  dernier  lac  tire 
une  fonnette  qui'avertit  du  changement  :  pour  lors 
la  tireufe  fort  le  lac  arrêté  entre  les  deux  chevilles, 
6c  en  place  un  autre  pour  continuer  fon  travail. 

Comme  ces  gros  lacs  font  placés  en  une  feule  li- 
gne à  la  droite  des  autres  boutons ,  il  faut  que  les 
chevilles  foient  placées  de  façon  que  chaque  bouton 
foit  perpendiculaire  aux  deux  chevilles  dans  lef- 
quelles il  doit  être  arrêté  ;  fans  quoi  la  tire  feroit 
gênée  :  c'eft  ix)ur  cela  que  la  planche  des  chevilles 
qui  efl  de  quatre  pouces  de  largeur,  doit  être  d'une 
longueur  égale  au  rang  des  boutons  qui  contiennent 
le  gros  lac ,  cette  planche  efl:  arrêtée  folidement  à 
une  pièce  de  bois  de  la  hauteur  de  l'étai  du  mé- 
fier, oii  elle  forme  une  efpece  de  croix,  &  à  une 
diflance  du  bouton  égale  à  la  longueur  déterminée 
qu'il  doit  avoir  pour  tenir  la  fou  levée  à  la  hauteur 
néceflaire  pour  que  la  navette  puifle  paflTer. 

Il  efl  alfé  de  comprendre  que  cette  façon  de  lire 
le  defljein  foulage  beaucoup  la  tireufe,  puifque  dans 
un  deflein  de  50  dixaines,  loin  de  tirer  le  gros  lac 
500  fois,  elle  ne  le  tire  au  plus  que  50,  même  25 
ou  30,  fuivant  la  hauteur  des  cordes  arrêtées;  & 
encore  tire-t-elle  ce  lac  feul  pour  le  mettre  entre  les 
deux  chevilles  ,1e  furplus  qui  n'eft  pas  arrêté ,  étant 
les  plus  petites  parties  à  tirer  qui  ne  fauroient  la 
fatiguer. 

Il  y  a  encore  une  obfervation  très-importante  à 
faire  fur  cette  façon  de  difpofer  le  métier. 

C'eft  une  règle,  que  chaque  lac  ou  bouton  doit 
contenir  autant  de  cordes  de  tirage  qu'il  y  a  de  cordes 
de  rame  à  tirer.  Ces  cordes  qui  font  d'un  très-beau 
fil  retordu  coûtent  4  liv.  10  f.  jufqu'à  100  f.  la  livre. 
Or,  fi  le  gros  lac  contient  100  ou  200  cordes  plus 
ou  moins  ;  le  bouton  en  doit  tirer  autant  pour  une 
fois  feulement  ;  s'il  eft  poufl*é  jufqu'à  une  dixaine 
feulement,  on  épargne  lur  100  cordes  du  lac  900 
cordes  de  moins  chaque  dixaine ,  &  fur  200  cordes 
1800 ,  de  trois  quarts  &  plus  de  longueur  chacune  ; 
ce  qui,o\itre  cette  épargne  qui  eft  confidérable , 
décace  par  cette  diminution  de  cordes  le  travail  qui 
feroit  beaucoup  plus  gène,  li  le  métier  contenoit  ce 
millier  nombreux  de  cordages  qui  eft  diminué  par 
ce  retranchement  induflrieux. 

Les  florentines  lont  montées  à  8  lifles  pour  le  fa- 
tin  &  autant  pour  le  rabat,  ce  qui  fait  16  lifles  éga- 
les en  tout.  Les  chaînes  font  depuis  60  jufqu'à  75 
portées  ;  les  lifles  de  iatin  lont  armées  à  l'ordinaire , 
iavoir,une  prifc  ÔC  dçu,\  lailîécs  i  celles  de  rabat 


S  O  ï 

baiflent  de  fuite  ;  de  façon  que  ce  qui  fait  figure  de 
florentine  à  l'endroit  de  l'étofi'c ,  fait  fatin  à  l'envers; 
&c  ce  qui  fait  latin  à  l'endroit ,  fait  florentine  à  celui 
qui  liij  efl  oppofé. 

On  ne  fe  lert  point  de  carrettc  ordinaire  pour  faire 
lever  les  hfles  de  la  florentine  ;  &  au  moyen  de  celle 
qui  eft  en  ufage  ,  on  épargne  une  cftriviere  chaque 
marche  où  il  en  faut  une  pour  lever  la  liflTe  de  fatin, 
&  une  pour  faire  bailTer  la  liflc  de  rabat.  Une  eftri- 
vicre  leule  fait  tout  le  mouvement ,  au  moyen  d'une 
carretefort  élevée  dont  les  alerons  font  fixés  hori- 
lontaiement ,  auxquels  on  attache  d'un  côté  la  lifle 
qui  doit  baiiTer ,  &  de  l'autre  celle  qui  doit  lever  ; 
de  façon  qu'une  feule  cflrlvicre  attachée  à  la  liflé  de 
rabat  faifant  baifler  la  lifle  d'un  côté  de  même  que 
l'aleron,  lorfque  l'ouvrier  foule  la  marche,  le  fait 
lever  du  côté  oppofé  ;  &c  par  confécjuent  la  liflTe  qui 
lui  eft  attachée.  Par  exemple. 

Au  premier  aleron  d'un  côté  eft  attachée  la  pre- 
mière lifle  de  fatin  du  côté  du  corps  ;  &  de  l'autre  la 
première  liflTe  de  rabat  du  côté  du  battant.  Au  deu- 
xième,  la  quatrième  de  fatin  &  la  tioifieme  de  ra- 
bat. Au  troifleme  ,1a  feptieme  liflc  de  fatin  &  latroi- 
fieme  de  rabat.  Au  quatrième,  la  deuxième  lifle  de 
fatin  &  la  quatrième  de  rabat.  Au  cinquième ,  la  cin- 
quième de  fatin  &  la  cinquième  de  rabat.  Au  fixie-. 
me ,  la  huitième  de  fatin  &  la  flxieme  de  rabat.  Au 
feptieme ,  la  troifieme  lifle  de  fatin  &  la  feptieme  de 
rabat.  Au  huitième  enfin,  la  fixieme  lifle  de  fatin  & 
la  huitième  de  rabat. 

L'ufage  eft  de  commencer  par  la  deuxième  lifle 
de  fatin  &  celles  de  rabat  comme  elles  font  mar- 
quées ,  en  fuivant  le  fatin  à  l'ordinaire ,  pour  éviter 
la  contrariété  quife  trouveroit  entre  la  huitième  lifle 
de  rabat  &  la  première  de  fatin. 

Il  eft  bon  d'obferver  encore  que  les  carrettes  dans 
les  florentines  ne  font  pas  placées  au-travers  des  efta- 
fes  comme  dans  les  autres  métiers.  On  les  attache 
au  plancher  &  en  long,  c'eft- à-dire  ,  parallèlement 
aux  deux  eftafes  ;  enforte  qu'en  fuivant  l'ancienne 
méthode,  il  faudroit  à  la  carrette  trente  alerons  ,  tan- 
dis qu'il  ne  lui  en  faut  ici  que  huit  ;  il  faudroit  huit 
carquerons  ,  au  lieu  qu'ici  il  n'y  a  point  ;  il  faudroit 
feize  eftrivieres  pour  les  huit  marches  ,  tandis  qu'on 
n'en  employé  que  huit. 

Machines  inventées  pour  faciliter  la  fabrication  des 
étoffes.  La  quantité  de  machines  qui  ont  été  inven- 
tées pour  faciUter  la  fabrication  de  l'étoffe  eft  confi- 
dérable ,  attendu  le  peu  d'utilité  qui  en  réfulte.  Il  en 
eft  cependant  quelques-unes  auxquelles  on  ne  fau- 
roit  refufer  un  jufte  applaudiffement. 

Telle  eft ,  par  exemple  ,  celle  qui  fut  inventée  en 
l'année  1717  par  Jean-Baptifte  Garon  ,  fabriquant 
de  Lyon  ,  ou  plutôt  par  le  fleur  Jurines,  maître  paf- 
fementier.  Cette  machine ,  qui  tient  lieu  d'une  fé- 
conde tireufe  ,  de  laquelle  on  ne  pouvoit  pas  abfo- 
lument  fe  pafl'er  pour  la  fabrication  des  étoffes  ri- 
ches ,  ou  celles  dont  la  tire  eft  extraordinairement 
pefante  ,  ne  coûte  aujourd'hui  que  7  livres  10  fols  , 
au  lieu  de  45  livres  que  fon  auteur  la  vendoit ,  fui- 
vant le  privilège  qui  lui  fut  accordé  de  la  vendre  feul 
pendant  l'efpace  de  dix  années  ,  par  arrêt  clu  confeil 
du  mois  de  Mai  1718.  Il  eft  vrai  qu'eUe  revenoit  à 
fon  auteur  à  20 ,  22  livres  ,  le  furplus  de  fon  prix  lui 
tenoit  lieu  de  récompenfe.  Cette  machine  très-utile 
a  tellement  été  multipliée  ,  qu'onnecroiroit  pas  trop 
hafarder  en  foutenant  qu'il  y  en  a  aéluellement  plus 
de  dix  mille  à  Lyon. 

Après  cette  machine  ,  a  paru  fur  les  rangs  celle  de 
Falcon  ,  imaginée  en  1738.  Elle  lui  a  été  attribuée, 
quoique  Bafile  Bouchon  en  fut  le  premier  inventeur. 
Cette  machine  ,  aufll  inutile  qu'elle  a  coûté  de  l'ar- 
gent ,  n'eft  mife  en  pratique  que  par  un  feul  fabri- 
quant ,  duquel  Falcon  a  acheté  les  iuffrages  pour  la 


s  O  I 

faire  valoir  ;  elle  coûte  A  la  commiuiauto  ,  à  la  vMîe 
ou  à  l'état  environ  quatre-vingt  mille  livres  jufqu'à 
ce  jour ,  en  y  comprenant  une  penfion  viagère  de 
s  500  livres ,  dont  la  moitié  efl  reverfible  après  fa 
ïnort,fur  la  tête  de  fa  femme.  Cette  penfion  a  été  ac- 
cordée en  1748.  Loin  de  foulager  la  tireufe ,  cctfe 
machine  la  fatigue  extraordinairement ,  en  ce  qu'elle 
eft  obligée  de  travailler  des  pies  &  des  mains ,  au 
lieu  que  Aiivant  l'ancienne  méthode,  elle  travaille 
des  mains  feulement.  Tous  les  maîtres  ouvriers  qui 
ont  voulu  s'en  fervir  ,  en  ont  été  tellement  i'ktisfaits, 
ique ,  excepté  le  feul  qui  a  vendu  chèrement  fon  fut- 
frage  à  Falcon  ,  ils  ont  fourni  une  déclaration  ,  cer- 
tifiée des  maîtres  gardes  des  ouvriers  pour  lors  en 
exercice ,  qui  contient  en  fubftance  que  s'ils  avoient 
continué  de  s'en  fervir  ,  elle  les  auroit  tous  ruinés  ; 
cette  déclaration  eft  du  mois  de  Janvier  1754,  en- 
fuite  des  ordres  adreflés  à  M.  le  prévôt,  des  mar- 
chands de  la  ville  de  Lyon  ,  par  M.  de  Gournay  , 
iintendant  du  commerce ,  par  fa  lettre  du  mois  de 
Décembre  précédent,  pour  conftaîer  fon  utilité  ,  en 
confcqnencc  d'une  nouvelle  demande  de  Falcon  au 
conleil  d'une  fomme  de  20  mille  livres  de  gratifica- 
tion ,  &  d'une  augmentation  de  mille  livres  de  psn- 
fien  pour  la  rendre  parfaite  ,  comme  fi  dans  l'efpa^e 
de  feize  années  Falcon  n'eût  pas  encore  eu  le  tems 
de  donner  à  fa  machine  toute  la  perfcftion  dont  elle 
devoifêtre  revêtue ,  eu  égard  aux  fommes  qu'il  en 
avoit  reçues. 

On  fera  fans  doute  furpris  que  le  confcil  ait  or- 
donné le  payement  de  fommes  auffi  ccniidérables  , 
&  une  penfion  de  même  pour  une  machine  aufîi  inu- 
tile ;  la  chofe  n'eft  pas  difficile  à  concevoir ,  parce 
qu'en  cela  ,  comme  en  beaucoup  d'autres  chofes  ,  le 
confcil  eft  fouvent  trompé.  Quand  il  s'agit  de  ftatuer 
fur  la  récompenfe  d'une  machine  ,  le  miniilere  en- 
voyé la  requête  de  l'inventeur  au  prévôt  des  mar- 
chands de  Lyon  ,  pour  avoir  fon  avis  fur  l'invention 
propofée  ;  le  prévôt  des  marchands  communique  la 
lettre  du  miniftre  on  fon  prépofé  aux  maîtres  &  gar- 
des de  la  communauté  ,  qui  bien  fouvent  compofent 
avec  l'inventeur  ;  le  traité  étant  conclu  ,  les  maîtres 
&  gardes  donnent  leur  avis  par  écrit  au  prévôt  des 
marchands  ,  qui  en  conféquence  envoyé  le  fien  au 
miniftre  ,  fur  lequel  la  gratification  eft  ordonnée. 
Falcon  a  reçu  environ  50  mille  livres  depuis  1748 
jufqu'en  17^4,  fuivantfes quittances:  on  penfe  bien 
que  toutes  ces  fommes  ne  font  pas  entrées  chez  lui. 

La  machine  de  Falcon  ne  peut  fervir  ni  aux  étoffes 
brochées  ,  riches  ou  autres,  ni  aux  étoffes  courantes 
au  bouton  ;  dans  les  premières  ,  pour  un  defTein  de 
cent  douzaines  feulement  en  dix  lacs  brochés  com- 
me elles  fe  font  aujourd'hui ,  où  il  faut  douze  mille 
lacs ,  il  fàmdroit  douze  mille  bandes  de  carton  de  deux 
pouces  &  demi  de  large  ,  les  lacs  qui  ordinairement 
font  de  fil  dans  les  métiers  ordinaires ,  étant  de  car- 
ton dans  celle-ci.  Il  faudroit  en  outre  au  moins  trois 
mois  pour  monter  ce  métier ,  au  lieu  de  quinze  jours 
qui  fufïifcnt ,  même  moins  fuivant  l'ancienne  mé- 
thode ;  le  carton  revient  aufïi  cher  que  le  fil  de  lac  , 
qui  dans  une  étoffe  brochée  durera  dix  à  douze  an- 
nées ,  &  dans  celle-ci  il  ne  peut  fervir  abfolument 
qu'à  un  deffein.  Quand  le  fil  de  lac  eft  ufé,  il  fert  en- 
core à  tramer  des  toiles  groffieres  deftinécs  à  faire 
des  nappes  ,  des  efTuie-mains  &t  des  draps  pour  cou- 
cher les  tireufés  &  les  compagnons  du  maître.  Veut- 
on  avoir  toutes  les  machines  nécefïaircs  pour  lire  le 
deffein  &  faire  les  lacs  ,  3000  livres  ne  ferolent  pas 
fufiifantes  pour  en  faire  les  frais  ,  fans  y  comprendre 
le  tems  perdu  pour  monter  le  métier.  Veut-on  aug- 
menter ou  diminuer  les  cordages ,  'il  faut  les  machi- 
nes différentes  ;  par  conlequcnt  les  mêmes  frais  pour 
chaque  métier.  Veut  on  faire  des  étoffes  courantes, 
OU  au  bouton  avec  la  mCmc  machine ,  on  fouticnt 


S  o  I 


30Î 


hardiment  qu'outre  les  frais  différons  &  proportion- 
nés à  la  quantité  de  cordages  énoncés  ci-defîus  un 
bon  ouvrier  ne  fera  pas  le  quart  de  la  journée.'  Eu 
un  mot ,  fi  la  machine  &  toutes  les  autres  qui  y  con- 
courent eft  difpofée  pour  un  métier  de  quatre  cens 
cordes  à  l'ordinaire ,  on  ne  fauroit  en  diminuer  ni  en 
augmenter  une  feulement  ,  qu'il  ne  faille  faire  les 
frais  néceflaires  &  énoncés  ci-deffus  pour  la  mettre 
en  état  de  travailler.  Cette  machine  déclarée  inutile 
&  ruineufe  par  les  principaux  membres  de  la  com- 
munauté ,  a  cependant  été  préconifée  par  un  très- 
grand  machinifte  l'un  des  rédafteurs  du  règlement  du 
19  Juin  1744  ,  puifqu'elle  fait  un  article  de  ce  règle- 
ment ,  qui  permet  un  cinquième  métier  aux  fabri-* 
quans  qui  voudront  le  monter  fuivant  la  niéchani- 
que  de  takon  ,  ce  qui  n'a  pu  faire  faire  fortune  k 
cette  méchanique  ,  puifqu'elle  a  été  profcrite  par 
ceux  qui  feuls  font  en  état  de  connoître  fon  utilité* 
On  eft  bien  éloigné  de  p enfer  que  Falcon  ait  acheté 
les  fuffrages ,  &  du  machinifte  ,  &  des  rédafteurs 
du  règlement  ;  on  les  a  cru  trop  délicats  pour  un 
commerce  f  emblable. 

Le  confeil  eft  aujourd'hui  plus  circonfpeft  à  l'é- 
gard des  gratifications  ;  l'intendant  a  ordre  de  pul- 
vérifer  tous  les  méchanifmes  nouveaux  en  fait  de  fa- 
brique pour  s'afîlirer  de  leur  utilité  ;  c'eft  lui  qui  a 
foin  de  faire  payer  &  de  donner  les  ordonnances  à 
ce  fujet  au  lieu  &  place  du  prévôt  des  marchands 
qui  en  étoit  chargé  ci-devant. 

On  a  inventé  encore  d'autres  machines  pour  tra- 
vailler fans  tireufe  ;  mais  elles  ne  font  bonnes  que 
pour  des  deffeins  de  trois  ou  quatre  dixalnes;  elles 
font  montées  avec  un  cylindre  ,  dont  la  circonfé- 
rence fe  rapporte  à  la  quantité  de  dixaines  dont  le 
defiem  eft  compofé  ,  chaque  ligne  du  deffein  tant 
tranfverfale  que  perpendiculaire  contenant  plus  d'un 
demi-pouce  ,  ce  qui  fait  que  pour  un  deffein  de  cin- 
quante  dixaines  de  large  pour  quatre  cens  cordes  à 
l'ordinaire  ,  il  faudroit  un  cylindre  de  vingt  -  cinq 
pouces  &  plus  de  longueur ,  &  pour  cinquante  di- 
xames  de  hauteur  en  huit,  en  dix  feulement ,  cent 
vingt-cinq  pouces  de  circonférence  ,  ce  qui  neVeroit 
pas  moins  de  quarante-deux  pouces  ou  trois  pies  &C 
demi  de  diamètre ,  &  encore  faudroit-il  que  l'étoffe 
n'eût  qu'un  lac  feulement  :  ajoutez  à  toutes  ces  in- 
ventions qu'il  n'eft  pas  poffible  qu'un  ouvrier  puiffe 
faire  feul  un  ouvrage  ,  ordinairement  pénible  pour 
deux  perfonnes5&  aller  aufîi  vite.  La  tireufe  d'ailleurs 
étant  utile  pendant  le  cours  de  la  fabrication  à  beau- 
coup d'autres  occupations  toutes  relatives  à  l'expé- 
dition de  l'ouvrage  ,  telles  que  celles  de  remonder  , 
r'habiller  les  fils  ,  changer  ceux  qui  font  écorchés  , 
&c.  tandis  que  l'ouvrier  eft  occupé  à  autre  chofe. 
D'où  il  faut  conclure  que  toutes  les  méchaniques  , 
dont  le  nombre  eft  affez  grand ,  ne  font  imaginées 
que  pour  attrappcr  par  leurs  auteurs  quelques  fom- 
mes d'argent ,  ce  qui  les  re.nd  pareffeux  &  débauchés 
tout  cnfemble;  il  eft  vrai  que  l'ordre  établi  depuis 
quelque  tems  a  produit  un  changement  différent.  On 
ne  difconvient  pas  que  les  ouvriers  qui  fe  dlftinguent 
dans  les  inventions  d'étoffes  ne  méritent  récom* 
penfe  ,  toutefois  en  rendant  l'étoffe  publique  de  mê- 
me que  l'invention  ;  mais  à  l'égard  des  méchaniques 
pour  kl  fabrication  de  l'étoffe  ,  fi  on  n'avoit  accordé 
que  le  privilège  aux  inventeurs  tels  que  le  fieur  Ga- 
ron  ,  on  auroit  épargné  des  fommes  confiJcrables  ; 
parce  que  fi  la  méchanique  eft  boime  ,  tous  les  ou- 
vriers s'en  ferviront  ;  fi  elle  ne  l'eft  pas  ,  elle  ne  mé- 
rite aucune  gratification,  Lorfque  le  privilège  de  dix 
années  accordées  à  Garon  fut  expiré,  on  compta  deux 
mille  machines  dans  la  fabrique,  lefquellespouvoient 
lui  avoir  procuré  environ  i^ooo  livres  de  bénéfice , 
ce  qui  devoit  être  fuffilant  i)Our  Ion  iudcnuiité. 

AloJiU  d'un mâU'f  d'itoff:  ftl-riiiiant Jhil undumd^ 


30?- 


S  O  I 


à  fleurs.  Le  bâtis  de  ce  métier  eil  de  deux  pics  de  lon- 
gueur (  non  compris  les  alongc3,ux)  ,  lur  huit  pouces 
de  laru,eur  ;  ia  hauteur  ell  de  quatorze  pouces,  non 
compris  ieshaufl'es  &c  le  calhn  ;  toute  fa  hauteur  elt 
de  trente-lept  pouces  ;  les  alongeaux  font  de  la  lon- 
gueur de  12  pouces  |. 

Cette  machine  ell  pofée  fur  un  plédeftal  de  4  pies 
1  pouces  de  longueur  ,  fur  2  pics  3  pouces  7  de  lar- 
geur ,  &:  3  pies  2  pouces  de  hauteur.  La  plus  grande 
partie  des  mouveiyens  fe  tait  à  couvert  ;  quelques- 
uns  font  en  dedans  du  picdeltal. 

Avant  d'entrer  dans  la  dcfcription  de  ces  mouve- 
mens  ,  il  elt  A-propos  de  taire  fentir  les  difficultés 
qui  fe  font  trouvées  dans  l'exécution  de  ce  petit  mo- 
dèle ,  &  qui  n'auroient  pas  lieu  dans  un  grand  mé- 
tier. 

Dans  un  grand  métier  ,  l'enfuple  de  devant  eft 
diihmte  de  celle  de  derrière  d'environ  1 2  pies  ,  par 
conféquent  Va  Joie  qui  a  beaucoup  d'étendue ,  a  auiïi 
beaucoup  de  rcfl'ort  &  prête  avec  facilité  ;  dans  un 
court  cfpace  ,  tel  qu'ell  celui  du  petit  métier  ,  où  \a 
foie  n'a  que  2  pies  4  pouces  d'étendue  ,  elle  n'a  pref- 
que  aucun  reffort ,  &  cafTe  plutôt  que  de  prêter  ;  le 
peu  de  diflance  qui  fe  trouve  du  drap  aux  lifles  &  des 
lifles  aux  maillons  ,  forme  encore  une  très-grande 
difficulté  pour  le  jeu  de  la  foie  ;  la  liffie  ne  fauroit  fe 
lever  qu'avec  beaucoup  d'elfort,  n'ayant  du  côté  du 
drap  que  2  pouces  \  de  diltance^  &  du  côte  des  mail- 
■  Ions  que  4  pouces.  La  tire  ,  dont  une  partie  de  la 
foie  eit  rabattue  par  les  lifTes  de  rabat ,  &  cela  feule- 
ment à  4  pouces  de  dirtance ,  fe  trouve  extrêmement 
gênée  ,  Se  ne  peut  lever  qu'avec  peine.  Il  ell  ailé  de 
juger  ,  par  toutes  ces  difficultés,  combien  il  a  été 
mal-aife  de  trouver  des  moyens  qui  empêchafîent  la 
foie  de  fe  calîer  ;  6i  pour  que  l'ouverture  fe  trouvât 
affcz  nette  pour  le  partage  de  la  navette  ,  la  chaîne 
ell  de  15  portées  de  80  fils  (  elle  eft  divifée  fur 
cinq  enfuples  )  ,  ce  qui  revient  à  100  portées  dans 
une  largeur  de  damas  ordinaire. 

L'étoile  a  trois  pouces  de  largeur  entre  les  lifieres  ; 
le  peign'.'  a  171  dents  &  7  fils  par  dent  ,  ce  qui  fe- 
roit  1140  dents  dans  une  peigne  en  largeur  ordi- 
naire ;  les  lifles  font  au  nombre  de  10  ,  5  pour  lever 
&  5  pour  rabattre  ;  le  grand  corps  eft  de  96  mail- 
lons,  12  &  13  fils  par  maillon  alternativement;  le 
mouvement  qui  met  en  action  toute  la  machine  eft 
placé  au-deffus  de  la  pièce  fur  le  derrière  du  métier 
entre  les  deux  alongeaux. 

La  grande  roue  fixée  à  l'e/Tieu  du  premier  mobile 
eft  de  7  pouces  y  de  diamètre  &  de  60  dents  ;  cette 
roue  fait  tourner  un  axe  de  10  pouces  de  longueur 
par  le  moyen  d'une  autre  roue  où  elle  s'engrène  , 
dont  le  diamètre  eft  de  2  pouces  -  &  de  20  dents , 
elle  eft  fixée  à  l'extrémité  de  l'axe  qui  eft  fur  la  droi- 
te ;  cet  axe  eft  placé  tout  auprès  de  la  barre  d'en  bas 
du  métier  ;  &  lur  le  même  parallèle  ,  à  l'on  autre  ex- 
trémité ,  elt  fixée  une  roue  à  cheville  d'un  pouce  8 
lignes  de  diamètre  ,  &  de  5  chevilles  diftantes  les 
imes'des  autres  d'un  pouce  ;  cette  roue  fait  tourner 
le  tambour  qui  forme  le  deflfein  ,  y  ayant  pour  cet 
effet  50  dents  à  chevilles  fur  l'extrémité  de  la  cir- 
conférence îi  droite  où  la  roue  à  5  chevilles  s'en- 
■graine.  Ce  tauibour  a  25  pouces  de  circonférence  & 

5  pouces  de  largeur  ;  il  a  48  divifions  égales  d'une 
ligne  chacune  ;  il  eft  placé  fur  la  droite  du  métier  , 
vis-i\-vis  le  cafTm  ,  au  même  endroit  qu'occupe  le 
tireur  à  un  métier  ordinaire.  En  dedans  du  mérier  , 

6  vis-à-vis  Cf  tambour  ,  eft  un  clavier  compofé  de 
48  leviers  d'une  ligne  d'éj^aifleur ,  chacun  répondant 
aux  48  divifions  du  tambour  ;  tous  les  becs  de  ces 
leviers  forment  entr'eux  une  ligne  droite  parallèle  à 
l'axe  du  tambour  ,  mais  un  peu  plus  élevée  ;  la  cir- 
conférence de  ce  tambour  eft  encore  divifée  en  50 
parties  égales  d'un  dcmi-poucc  chacune  ,  ce  qui  for- 


S  O  I 

me  des  lignes  qui  coupent  à  angle  droit  les  autres 
48  divifions  ;  c'elt  fur  ces  lignes  que  font  arrangées 
l  fuivant  la  dlfpolition  du  deffein  )  les  pointes  qui 
font  baiflèr  les  leviers  lorfque  le  tambour  vient  à 
tourner. 

A  3  ou  4  lignes  de  diftance  du  bec  des  leviers , 
font  attachées  des  cordes  de  laiton  ,  qui  montent 
perpendiculairement  jufqu'aux  poulies  du  calfin  ;  ce 
caffin  eft  double  ;  chaque  chaffis  contient  48  pou- 
lies ;  CCS  poulies  ont  deux  diamètres  ,  le  petit  de  fix 
lignes  îk.  le  grand  d'un  pouce  &  demi. 

Les  cordes  attachées  par  le  bas  aux  leviers ,  le  font 
par  le  h.aut  avec  des  alonges  de  foie  au  petit  diame* 
tre  des  poulies  de  la  première  chaflTe  fur  lefquelles 
elles  roulent  ;  de  fécondes  cordes  font  attachées  6c 
roulent  fur  le  grand  diamètre  ;  de-là  elles  vont  ga- 
gner horifontaleraent  &  parallèlement  le  petit  dia* 
meîre  des  poulies  de  la  féconde  chafle.  Enfin  de 
troiliemes  cordes  font  attachées  au  grand  diamètre  , 
d'où  elles  tombent  perpendiculairement  jufqu'aux 
fourches  oii  elles  font  attachées  ;  chaque  fourche 
fait  lever  deux  maillons,  y  ayant  deux  répétitions 
au  deiTein  ;  comme  les  divifions  de  la  circonférence 
du  tambour  ne  font  éloignées  que  d'un  demi-pouce, 
les  pointes  qui  y  font  fixées  ne  font  baiffer  les  leviers 
également  que  {i'uu  demi-pouce  ;  mais  par  le  moyen 
de  différens  diamètres  des  poulies  ,  la  corde  qui  ré- 
pond aux  maillons  -levé  de  4  pouces  7. 

L'on  a  dit  ci-deffiis,  que  la  roue  qui  fait  tourner 
le  tambour  ,  n'a  que  cinq  chevilles  ,  diftantes  d'un 
pouce  les  unes  des  autres  ,  tandis  que  celles  du  tam- 
bour ne  le  font  que  d'un  demi  ;  ce  qui  fait  que  cha- 
que dent  de  la  roue  ,  après  avoir  fait  tourner  le  tam- 
bour d'un  demi-pouce  ,  fort  de  fon  engrenage  ,  Si 
décrit  un  autre  demi-pouce,  fans  toucher  aux  chevil- 
les du  tambour  ,  qui  refte  im.mobile  le  même  efpace 
detems  qu'il  vient  de  mettre  à  marcher  ,  &  qui  par 
conféquent  tient  les  leviers  baiffés ,  &  la  tire  en  l'air 
par  le  moyen  d'un  rochet  qui  le  fixe  ,  &  l'empêch* 
de  retourner  jufqu'à  ce  que  la  cheville  fuivante  de  la 
roue  ,  vienne  reprendre  une  autre  cheville  du  tam- 
bour; par  ce  moyen  le  lac  ne  change  que  tous  les 
deux  coups  ;  la  même  chofe  fe  pratique  dans  tous  les 
damas  ,  la  navette  paflit;  deux  fois  fous  le  même  lac , 
mais  non  pas  fous  le  même  pas  ;  les  lifles  changent 
auffi  fouvent  que  la  navette  palTe  de  fois. 

Sur  le  même  axe  mentionné  ci-delTus,  il  y  a  en- 
core une  autre  roue  fixée  ,  dont  le  diamètre  eft  de 
2  pouces  'i  ,  &  de  vingt  dents  ;  cette  roue  s'engre- 
ne  dans  un  pignon  de  dix  dents  ,  &  fait  tourner  un 
fécond  axe  ;  cet  axe  a  25  pouces  de  longueur  ,  il  eft 
placé  fur  la  même  ligne  &  même  parallèle  du  pre- 
mier ,  il  s'étend  depuis  le  pilier  de  devant  ,  jufques 
&  palTé  celui  de  derrière;  il  met  en  mouvement  tout 
le  refte  de  la  machine  ,  par  le  moyen  de  différentes 
roues  qui  y  font  fixées  ,  &  cjui  communiquent  à  tou- 
tes les  parties  du  métier.  La  première  roue,  qui  eft 
fixée  fur  cet  axe  ,  eft  une  roue  de  champ  de  3  pou- 
ces de  diamètre  ,  &  de  foixante  dents  ;  elle  s'en- 
grène dans  un  pignon  de  douze  dents  ;  ce  pignon  eft 
fixé  fur  un  troifieme  axe  de  6  pouces  10  lignes  de 
longueur;  il  forme  un  angle  droit  avec  le  fécond  ,  & 
paffe  fous  la  pièce  tout  auprès  desliffcs,  &  va  com- 
muniquer au  côté  gauche  du  métier  ;  à  fon  extrémi- 
té eft  fixée  une  platine  de  2  pouces  {  de  diamètre  ; 
cette  platine  mené  ,  par  le  moyen  d'une  vis  fixée  à 
I  pouce  de  diftance  du  centre ,  un  va-&:-vient  de 
5  pouces  j  de  longueur  ;  ce  va-&- vient  fe  meut  ho- 
rifontalement ,  &  en  fait  aller  un  autre  de  6  pouces 
de  longueur  ,  placé  perpendiculairement  ;  une  de 
fes  extrémités  eft  arrêtée  A  la  barre  du  métier  ,  au- 
deflx)us  du  battant,  à  2  pouces  {  de  diftance  de  la  bar- 
re ,  il  eft  attaché  par  une  vis  à  l'extrémité  de  l'autre 
va-ôc-vieût  i  il  fe  meut  donc  par  le  haut  circulaire- 


s  Ô  ï 

hient  &  par  vibration  égale  entre  Tenfiiple  de  devant 
&  les  lifîes  ,  &  décrit  une  courbe  ;  lorsqu'il  va  du  cô- 
te des  liffes  ,  il  poufle  le  battant  par  la  barre  de  def- 
ibus,  au  coté  de  laquelle  elï  une  cheville  qui  s'ac- 
Croche  dans  l'entaille  d'un  valet;  ce  valet  qui  a  une 
baCcule  ,  tient  par  ce  moyen  le  battant  arrêté ,  jus- 
qu'à ce  que  le  va'-&-vient ,  en  s'en  retournant ,  pren- 
ne par  deffous  le  bout  de  la  bafcule ,  &  la  faflé  lever  ; 
le  battant  qui  fe  trouve  pour  lors  dégagé  &  libre  , 
vient  frapper  l'ouvrage  ;  la  chalîe  &  le  coup  lui  elt 
donné  par  le  moyen  d'un  reffort  à  boudin  ,  qui  eil 
roulé  dans  Un  barrillet  ;  ce  barriilet  efl:  placé  dans 
un  fiipport ,  fur  la  barre  du  métier  ;  un  des  bouts  du 
reffort  tient  à  un  des  pivots  de  la  traverfe  du  battant , 
DÙ  font  affujeîties  les  épces;  ce  reffort  fe  bande  à  vo- 
lonté ,  (  fuivant  le  plus  ou  le  moins  de  carte  que  l'on 
veut  donner  à  l'étoffe  ),  par  le  moyen  d'une  vis-fans- 
fin  ,  qui  fait  tourner  une  roue  affujettie  au  barrillet. 
A  côté  de  la  roue  de  champ ,  &  fur  le  même  axe  ,  eft 
fixée  une  efpece  de  petit  tambour  ,  qui  fait  mouvoir 
un  clavier  compofé  de  cinq  leviers  ;   ce  clavier  efl 
placé  en  dedans  du  métier,  &  vis-à-vis  le  tambour  ; 
à  cinq  ou  lix  lignes  de  diflance  du  bec  des  leviers  , 
font  attachées  des  cordes  qui  montent  perpendiculai- 
rement &  parallèlement  jufqu'à  d'autres  leviers,  qui 
font  placés  au  haut  du  métier  ,  où  elles  font  auffi  atta- 
chées ;  à  l'autre  extrémité  de  ces  leviers ,  font  at- 
tachée   d'autres  cordes  ,  qui  répondent  aux  cinq 
iiffes  qui  doivent  lever  ;  au  bas  de  ces  liffes  font  en- 
core d'autres  cordes  qui  paffent  &  roulent  fous  des 
poulies  qui  font  placées  dans  le  piédefîal ,  &  vont 
repondre  aux  liffes  de  rabats,  qui  par  ce  moyen baif- 
fent  lorfque  les  autres  lèvent.  A  cinq  pouces  de  dil- 
tance  du  petit  tambour ,  &  furie  même  axe ,  efl  fixée 
une  roue  de  deux  pouces  de  diamètre  ,  6c  de  trente 
dents  ;  cette  roue  s'engrène  dans  un  pignon  de  dou- 
ze dents  i  à  côté  de  ce  pignon ,  &  fur  le  même  pivot, 
efl  fixée   une  platine  de  deux  pouces  trois  lignes  de 
diamètre  ,  cette  platine  mené  ,  par  le  moyen  d'une 
vis  fixée  à  un  pouce  de  dillanCe  du  centre ,  un  va-&:- 
vient  de  trois  pouces  de  longueur,  6c  lui  fait  par  con- 
féquent  parcourir  une  ligne  de  deux  pouces.  Au- 
deffous  du  quartier  d'ouvrage  ,  &  dans  le  milieu  de 
la  largeur  du  métier ,  efl  placée  une  flèche  de  quatre 
pouces  &  demi  de  longueur,  &  large  de  dix  lignes 
par  le  bas  ;  elle  fe  meut  fur  un  pivot  fixé  à  la  bar-' 
re  du  métier;  à  fept  lignes  de  diflance  au-deffus  de 
ce  pivot,  elle  a  une  cheville  fixée,  dans  laquelle  en- 
tre avec  aifance  une  pièce  d'acier  percée  à  cet  effet 
par  un  bout  ;  cette  pièce  a  un  pouce  &  demi  de 
longueur  ,  &  environ  deux  lignes  d'épaiffeur  ;  elle 
peut  fe  plier  dans  le  milieu  ,  parle  moyen  d'une  char- 
niere  ;  elle  répond  par  le  bas  à  un  fort  reffort ,  qui 
tire  perpendiculairement  &  fur  la  même  diredion 
du  pivot  ;  lorfque  la  flèche  efl  parfaitement  droite  , 
le  reffort  ne  tirant  pas  plus  d'un  côté  que  d'un  autre , 
ellereffeen  cet  état  ;inais  pour  peu  qu'elle  foit  poiU- 
fée  fur  la  droite  ou  fur  la  gauche  ,  elle  part  avec  ra- 
pidité du  côté  oppofc  ;  fon  mouvement  lui  eil  don- 
Tié  par  le  moyen  d'un  va-&-vicnt ,  dont  on  vient  de 
parler  ci-deffus ,  qui  a  pour  cet  effet  h  l'extrémité  op- 
pofée  à  celle  qui  efl  arrêtée  à  la  platine ,  une  ouver- 
ture en  traverfe,  de  la  longueur  de  quinze  lignes  , 
dans  laquelle  entre  une  vis,  qui  e(l  fixée  îi. la  flèche; 
cette  ouverture  efl  faite  afin  que  la  flèche  ,  lorfqu'el- 
le  eflmife  en  mouvement,  puiffe  partir  fans  être  ar- 
rêtée par  la  vis  ,  qui  a  fa  liberté  de  gliner  aifément 
dedans  ;  elle  fe  meut  par  fon  extrémité  circulaire- 
ment ,  entre  deux  petites  pièces  d'acier ,  qui  font  fi- 
xées à  une  tringle  ,  contre  leiquclles  elle  heurte,  ce 
qui  fait  faire  alternativement  à  la  tringle  un  mouve- 
ment précipité  de  droite  à  gauche,  ôc  de  gauche  à 
droite  ,   n'étant  arrêtée  fur  les  extrémités  qu'A  des 
fupports  à  pivots  très-mobiles ,  qui  répondent  k  deux 


S  O  I 


303 


marteaux  ;  les  têtes  de  ces  marteaux  font  infére'es 
dans  deux  couliffes  ,  qui  font  placées  contre  les  lif* 
(es,  une  de  chaque  côté  du  métier;  c'efl  dans  ces 
couliffes  que  l'on  met  la  navette  qui  eft  chaffée  par 
le  moyen  de  ces  marteaux  :  chaque  fois  qu'elle  paf- 
fe  ,  il  y  a  un  crochet  qui  prend  la  foie ,  &c  qui  la  cou-» 
che  le  long  du  drap;  le  crochet  a  3  pouces  ~  de  lon- 
gueur ;  fon  mouvement  efl  circulaire  ,  ayant  fon  ex- 
trémité oppofée  arrêtée  à  un  pivot  place  au-deffous 
des  couliffes.  A  cette  même  extrémité  il  y  a  un  re- 
tour d'un  pouce  de  longueur  ^  qui  forme  un  angle 
aigu.  Au  deffus  de  la  couhffe  efl  Im  va-&-vient,  qui 
gliffe  le  long  d'une  petite  tringle  ,  auquel  ell  fixée 
une  queue  qui  tombe  dans  l'angle  ,  &  qui  par  ce 
moyen  ,  tire  &c  repouffe  le  crochet.  Ce  va-&-vient 
fe  meut  par  le  moyen  de  différens  retours  &c  cordes 
qui  en  gliffant  fur  des  poulies  ,  aboutiffent  au  mou-' 
vement  que  mené  le  battant.  Au  bout  du  môme  axe 
efl  fixé  un  pignon  de  huit  dents  ;  ce  pignon  s'engre- 
ne  dans  une  roue  de  deux  pouces  huit  lignes  de  dia- 
mètre, &de  quarante-huit  dents  ;  le  pivot  de  cette 
roue  paffe  au-travers  du  pilier  du  métier  ;  à  fon  autre 
extrémité  eft  un  pignon  defix  dents  ,  qui  s'engrène 
dans  une  roue  de  deux  pouces  quatre  lignes  de  dia^ 
mètre  ,  6c  de  quarante-huit  dents  ;  cette  roue  efl  fi- 
xée à  un  efîieu  ,  qui  paffe  au-travers  de  l'enfuple  oii 
fe  roule  l'ouvrage  ;  fur  le  côté  de  cette  enfuple ,  efl 
fixé  un  rochet  dont  le  cliquet  efl  arrêté  à  la  roue  , 
ce  qui  donne  la  facilité  de  dérouler  l'ouvrage  ,  n'y 
ayant  pour  cela  qu'à  détourner  une  vis  qui  foit  lever 
le  cliquet.  C'eft  par  le  moyen  de  ce  roùage,que  l'ou- 
vrage fe  roule  à  melure  qu'il  fe  fait. 

Soie  des  araignées  ,  M.  Bon ,  premier  préfident  de 
la  chambre  des  comptes  de  Montpellier  ,  &  affocié 
honoraire  de  la  focicté  royale  des  Sciences  de  la  mê- 
me ville  ,  lut  en  1709,  à  l'ouverture  de  cette  aca- 
démie )  un  mémoire  fur  l'emploi  que  l'on  pouvolt 
faire  des  fils  dont  les  araignées  enveloppent  leurs 
œufs.  Ces  fils  font  plus  forts  que  ceux  dont  elles  font 
leurs  toiles  ;  ils  ne  font  pas  fortement  tendus  fur  les 
œufs  ,  de  forte  que  la  coque  qu'ils  forment  eft  affez 
femblable  aux  cocons  des  vers-à-foie  ,  qui  ont  été 
préparés  &  ramollis  entre  les  doigts.  M.  Bon  avoit 
fait  ramaffer  douze  ou  treize  coques  des  araignées  les 
plus  communes  dans  le  Languedoc  ,  qui  ont  les  jam- 
bes courtes  ,  &  qui  fe  trouvent  dans  des  lieux  habi- 
tés. Après  les  avoir  battues  pour  en  ôter  la  pouiîiere^ 
on  les  lava  dans  de  l'eau  tiède  ,  &  on  les  laiffa  trem- 
per dans  une  eau  de  favon  mêlée  de  falpêtre  &  d'un 
peu  de  gomme  arabique  ;  enfuite  on  fit  bouillir  le  tout 
à  petit  feu  pendant  deux  ou  trois  heures  ;  après  cet- 
te forte  de  culffon ,  on  les  lava  de  nouveau  ,  on  les 
fît  lécher ,  &  on  les  ramollit  un  peu  entre  les  doigts. 
Enfin  on  les  carda  avec  des  cardes  beaucoup  plus  fi- 
nes que  celles  dont  on  fe  fert  pour  la  foie  ;  par  ce 
procédé  on  tira  des  coques  d'araignées  une  foie  d'u- 
ne couleur  grilé  affcz  linguliere ,  que  l'on  fila  aifé- 
ment ,  &  dont  le  fil  fut  plus  fin&  plu;  fort  que  celui 
de  [dfoie  ordinaire  :  ce  fil  prend  toutes  fortes  de  cou- 
leurs, &  on  peut  en  faire  des  étoffes.  On  préten- 
doit  que  les  araignées  fourniroient  plus  d<iJo'e  que  les 
vcrs-à  foie  ,  parce  qu'elles  font  plus  fécondes  ;  une 
fc'ule  pond  cinq  ou  fix  cens  œufs  ,  au-lieu  qu'un  pa- 
pillon de  ver-à-foie  n'en  fait  qu'une  centa  ne  ;  de 
fept  ou  huit  cens  araignées  ,  il  nen  meurt  prefque 
aucune  dans  une  année  ;  au  contraire,  de  cent  petits 
vers-à-fbie  ,  il  n'y  en  a  pas  quarante  qui  parvi.Minent 
à  faire  leur  coque,  quelque  i)récaution  que  l'on  pren- 
ne pour  les  conférver  :  tandis  que  les  œufs  des  arai- 
iinées  écloicnt  fans  aucun  loin,  dans  les  mois  d'Août 
&  de  Septembre  ,  quinze  ou  leize  jours  après  qu  ils 
ont  été  pondus.  Les  araignées  dont  ils  font  tortis  , 
meurent  quelque  tcms  après  ,  &  les  jeunes  retient 
dans  leur  coque  fans  manger ,  pendant  dis  à  onic 


304 


S  O  I 


mois  ;  lorfqu'elles  en  fortent ,  on  les  met  dans  des 
cornets  de  papier  ,  6c  dans  des  pots  que  l'on  couvre 
d'un  papier  percé  de  trous  d'épingles ,  pour  leur  don- 
ner de  l'air  :  on  les  nourrit  avec  des  mouches. 

Les  coques  des  araignées  rendent  plus  de  foie  à 
proportion  de  leur  légèreté  ,  que  les  coques  de  vers- 
à-(oie  ;  treize  onces  de  coques  d'araignées  rendent 
près  de  quatre  onces  de /à/f  nette  ,  dont  il  ne  faut 
que  trois  onces  pour  taire  une  paire  de  bas  des  plus 
grands  ,  tandis  que  les  bas  de  /oie  ordinaires ,  pefent 
lept  ou  neut"  onces.  M.  Bon  Ht  voir  à  la  focicté  des 
Sciences  de  Montpellier  ,  une  paire  de  bas  faits  de 
foii  d'araignée  ,  qui  ne  pei'oient  que  deux  onces  & 
un  quart,  &  des  mitaines  qui  ne  pcfoient  qu'envi- 
ron trois  quarts  d'once  ;  ces  bas  &  ces  mitaines 
ctoient  auni  forts,  &  prefque  auffi  beaux  que  ceux 
qui  font  faits  avec  de  Xzfoic  ordinaire;  ils  étoient 
d'une  couleur  grife  ,  approchante  du  gris  de  fouris , 
qui  étoit  la  couleur  naturelle  de  cette  foie  ;  mais 
fon  luftre  &  fon  éclat^  avoient  fans  doute  été  aug- 
mentés par  l'eau  de  favqn  mêlée  de  falpetre,  &  d'un 
peu  de  gomme  arabique. 

M.  Bon  ayant  envoyé  des  ouvrages  de  /o/e  d'arai- 
gnées à  l'académie  royale  des  Sciences  de  Paris  ,  la 
compagnie  chargea  deux  académiciens  d'examiner 
la/o/e  des  araignées ,  pour  favoir  de  quelle  utilité  elle 
pourroit  être  au  public.  M.  deReaumur  fut  nommé 
pour  cet  examen,  &  l'année  fuivante  1710,  il  rendit 
compte  de  fon  travail.  M.  Bon  ayant  fait  voir  que  les 
araignées  filoient  dans  certain  tems  de  l'année  ,  une 
fou  dont  on  pouvoit  faire  difFérens  ouvrages,  M.  de 
Reaumur  fe  propofa  de  rechercher  les  moyens  de 
nourrir  &  d'élever  les  araignées  ,  &  enfuite  de  fa- 
voir fi  leur/oie  pourroit  être  à  aufli  bon  marché  que 
celle  des  vers-à  foie;  &  au  cas  qu'elle  fût  plus  chère, 
fi  on  pourroit  être  dédommagé  de  quelque  façon.  On 
fait  que  les  araignée  fe  nourriffent  de  mouches  ;  mais 
toutes  les  mouches  du  royaume  fuffiroient  à  peine  , 
pour  nourrir  les  araignées  qui  feroient  néceffaires 
pour  fournir  de  la/o/e  aux  manufactures  ,  &  d'ailleurs 
comment  fliire  pour  prendre  chaque  jour  ces  mou- 
ches ?  il  falloit  donc  chercher  une  autre  forte  de  nour- 
riture; les  araignées  mangent  des  cloportes,  des  mil- 
lepiés ,  des  chenilles,  des  papillons  ;  ces  infeûes  n'é- 
toient  guère  plus  aifés  à  trouver  que  des  mouches  ; 
M.  de  Reaumur  s'avifa  de  leur  donner  des  vers  de 
terre  coupés  par  morceaux  ,  elles  les  mangèrent ,  & 
en  vécurent  jufqu'au  tems  de  faire  leur  coque  :  il  efl 
facile  de  ramaffer  autant  de  vers  de  terre  qu'on  en 
veut  ;  ces  infeftes  font  extrêmement  abondans  dans 
les  champs;  il  faut  les  chercher  pendant  la  nuit  à  la 
lumière  d'une  chandelle  ;  on  en  trouve  en  quantité 
dans  tous  les  tems  ,  excepté  après  les  longues  féche- 
rcfles.  On  pourroit  auili  nourrir  les  araignées  avec 
les  plumes  des  jeunes  oifeaux;  elles  mangent  la  fubf- 
tance  molle  qui  eft  à  l'extrémité  de  leur  tuyau;  on 
coupe  cette  extrémité  par  morceaux  longs  d  une  li- 
gne ,  ou  d'une  ligne  &;  demie  ;  les  jeunes  araignées 
lemblent  préférer  cette  nourriture  à  toute  autre  ;  les 
rotifleurs  fourniroient  beaucoup  de  plumes  ;  on  pour- 
roit auffi  en  arracher  de  tems-en-tems  aux  poules  & 
aux  pigeons  vivans  ,  fans  leur  faire  de  mal.  On  trou- 
veroit  auffi  d'autres  moyens  pour  nourrir  les  arai- 
gnées ,  &  déjà  les  vers  &  les  plumes  font  des  nourri- 
tures plus  affurées  pour  elles  que  les  feuilles  de  meu- 
rierspour  les  vers-à-foie  :    on  n'a  pas  à  craindre  la 
gelée ,  &  on  en  trouve  dans  tous  les  tems  6c  dans  tous 
les  pays. 

Il  feroit  donc  aifé  de  nourrir  un  grand  nombre 
d'araignées  ,  mais  on  auroit  bien  de  la  peine  de  les 
élever ,  ou  plutôt  de  les  loger  :  fi  on  les  met  plufieiirs 
enfemble  dans  la  même  boî'e  au  lortir  de  leurs  co- 
ques ,  d'abord  elles  paroifient  vivre  en  lociété  ;  elles 
ira.xaillentpkifieurs  enfemble  à  faire  une  même  toile 


SOI 

dans  les  premiers iours ,  on  en  voit  aufîî  plufieurs  qui 
mangent  enlemble  fur  le  même  morceau  de  plume  ; 
mais  bientôt  elles  s'attaquent  les  unes  les  autres  & 
les  plus  grofles  mangent  les  plus  petites  :  en  peu  de 
tems  de  deux  ou  trois  cens  qui  étoient  dans  la  môme 
boîte  ,  il  n'en  reftoit  plus  qu'une  ou  deux.  C'ell  appa- 
remment parce  que  les  araignées  fe  mangent  les  unes 
les  autres ,  qu'il  y  en  a  fi  peu  ,  en  comparaifon  du 
grand  nombre  d'œufs  qu'elles  pondent;  car  les  fre- 
lons, les  lézards,  &c.  ne  pourroient  pas  en  détruire  un 
fi  grand  nombre.  Il  faudroit  donc,  pour  avoir  de  la 
Jcic  ,  nourrir  des  araignées  dans  des  lieux  féparés ,  où 
chacune  auroit  la  cale  ;  alors  il  faudroit  bien  du  tems 
pour  donner  à  manger  à  chacune  en  particulier. Les 
vers-'d-Jbic  ne  demandent  pas  cette  précaution  ;  d'ail- 
leurs ils  font  allez  féconds  puiiqu'ils  fournilfent  au- 
jourd'hui ime  fi  grande  quantité  da  f>ie  en  Europe; 
on  pourroit  encore  les  multiplier  davantage ,  fi  on  le 
vouloit.  Refte  à  favoir  fi  h  Joie  des  araignées  eft  plus 
abondante  ,  meilleure  ,  ou  plus  belle  que  celle  des 
vers. 

Toutes  les  efpeces  d'araignées  ne  donnent  pas  une 
/(j^e  propre  à  être  employée;  ainfi  pour  dlllinguer 
celles  dont  h  foie  efl:  bonne  ,  il  efl:  nécefùiire  d'avoir 
une  idée  générale  des  principales  fortes  d'araignées. 
M.  Bon  les  divile  en  deux  dalles  ;  favoir  ,  les  arai- 
gnées à  jambes  longues  ,  6c  les  araignées  à  jambes 
courtes  ,  &  il  dit  que  ce  font  les  dernières  qui  four- 
nifllent  la  bonne  fie.  On  a  objefté  deux  choies  contre 
cette  diviflon  :  il  y  a  des  araignées  qui  ont  les  jam- 
bes de  longueur  moyenne  ,  c'efl-là  l'inconvénient 
des  divifions  méthodiques,  on  y  rencontre  toujours 
un  terme  moyen  qui  efl  équivoque  ;  mais  ce  n'efl  pas 
là  le  plus  grand  inconvénient  de  la  divifion  de  M. 
Bon:  on  pourroit  au-moins  le  parer  en  grande  par- 
tie ;  pour  cela  il  fuffiroit  de  prendre  une  efpece  d'a- 
raignée bien  connue  pour  objet  de  comparalfon.  Le 
plus  grand  défaut  eil  que  cette  divifion  n'efl  pas 
exaâ:e  ,  parce  que  différentes  efpeces  d'araignées  va- 
gabondes ,  &  les  groflTes  araignées  brunes  qui  habi- 
tent des  trous  de  vieux  murs ,  n'ont  point  de  Joie  quoi- 
qu'elles ayent  les  jambes  plus  courtes  que  la  plupart 
de  celles  qui  en  donnent. 

M.  de  Reaumur  donne  un  autre  moyen  polir  re- 
connoître  parmi  les  araignées  du  royaume  celles  qui 
peuvent  fournir  de  la  foie  :  il  les  divife  d'abord  en 
deux  genres  principaux  ;  le  premier  comprend  celles 
qui  courent  au  loin  pour  chercher  leur  proie  fans 
tendre  de  toiles.  M.  Homberg  a  donné  à  toutes  les  ef- 
peces de  ce  genre  d'araignées  le  nom  de  vagabondes; 
elles  ne  filent  guère  que  lorfqu'elles  font  la  coque  de 
leurs  œufs  ;  quelques-unes  forment  cette  coque  en 
demi-fphere  ,  &  la  laifl'ent  collée  à  des  pierres  ,  ou 
cachée  dans  la  terre  ;  d'autres  font  leur  coque  ronde 
comme  une  boule  ,  &  elles  la  portent  toujours  collée 
à  leurs  mamelons.  Le  tifîu  de  toutes  ces  coques  efl 
très-ferré,  &  communément  de  couleur  blanche  ou 
grife  :  on  n'en  peut  tirer  qu'une  très-petite  quantité 
de  foie  ,  qui  n'efl  pas  d'une  afTez  bonne  qualité  pour 
être  employée.  Le  fécond  genre  de  la  divifion  de  M. 
de  Reaumur  renferme  toutes  les  araignées  qui  ten- 
dent des  toiles  ,  &:  il  efl  fbus-divilé  en  qu;Htre  efpeces 
principales.  La  première  comprend  toutes  les  arai- 
gnées qui  font  des  toiles  dont  le  tifTu  efl  aflez  ferré, 
6c  qui  les  étendent  parallèlement  à  l'horifon  ,  au- 
tant qu'elles  peuvent  fe  foutenir  ;  telles  font  les  arai- 
gnées domefliques  ,   qui  font  leurs  toiles  dans  les 
maifbns,  &  quelques  efpeces  d'araignées  des  champs, 
dont  les  toiles  font  pofées  comme  celles  des  araignées 
domefliques.   Dans  cette  première  efpece  les  œufs 
font  renfermés  dans  une  toile  affez  femblable  à  celles 
qu'elles  tendent  pour  arrêter  les  mouches  ;  ainfi  elle 
ne  peut  pas  être  employée.  Les  araignées  qui  habi- 
tent des  trous  dans  les  vie.ux  murs  ioni  de  la  féconde 

efpece 


soi 

eTpece  ;  le  bord  du  trou  eft  tnpifTé  d'une  toîle  qui  fe 
prolonge  dans  rintcrieur  ,  enferme  de  tuyau;  les 
fîls  dont  les  œufs  font  enveloppes  ne  font  pas  d'une 
meilleure  qualité  que  ceux  de  la  toile,  La  troifieme 
«Ipece  comprend  les  araignées  dont  les  filets  ne  font 
pas  tiffus  comme  une  toile  ,  mais  feulement  compo- 
fés  de  diftorens  fils  tirés  en  tout  fens.  Cette  efpece 
pourro'it  être  fous-divlfée  en  un  grand  nombre  d'au- 
îres  ;  les  unes  font  leur  coque  en  portion  de  fphere 
dont  les  bords  font  collés  fur  une  feuille  ;  ces  coques 
font  très-blanches ,  &  d'un  tiflii  ferré  ;  les  araignées 
les  couvent  conftamment ,  &  fe  lalffent  emporter 
avec  la  feuille  fans  abandonner  la  coque  ;  d'autres 
renferment  leurs  œufs  dans  deux  ou  trois  petites 
boules  rougcâtres  ;  elles  fufpendcnt  ces  boules  à  des 
fils  ,  &  les  cachent  avec  un  petit  paquet  de  feuilles  fe- 
ches  qu'elles  fufpendent  auifi  à  des  fils  au-devant  de 
la  boule,  &  à  quelque  diftance  ;  d'autres  enfin  font 
leur  coque  en  forme  de  poire ,  &  les  fufpendent 
comme  une  poire  le  feroit  par  la  queue.  Toutes  ces 
coques  font  compofées  d'une  fois  trop  foible  pour 
être  travaillée,  excepté  celles  qui  font  en  poire;  leur 
fok  pourroit  être  employée  ,  mais  il  y  en  afi  peu  qu'- 
elle ne  peut  être  d'aucune  utilité.  La  quatrième  ef- 
pece eil  celle  que  M.  Homberg  donne  fous  le  nom 
à^  araignée  des  jardins  ^  où  elle  eft  fort  commune, 
comme  dans  les  bois  &  dans  les  buiffons  ;  elle  renfer- 
me beaucoup  d'autres  efpeces  différentes  par  leur 
groffeur ,  leur  figure  6l  leur  couleur.  Les  œufs  de  ces 
araignées  font  arrangés  dans  les  coques  de  façon  qu'- 
elles ont  à-peu-près  la  figure  d'une  fphere  applatie. 
Les  œufs  de  quelques-unes  de  ces  araignées  font  col- 
lés les  uns  aux  autres  dans  la  coque.  La  foie  des  co- 
ques de  toutes  ces  araignées  eft  d'affez  bonne  qualité 
pour  être  employée  ;  il  y  a  cependant  quelques  ef- 
peces dontla/o/e  feroit  trop  foible  pour  foutenir  des 
métiers  un  peu  rudes.  Les  premiers  fils  qui  envelop- 
pent les  œufs  font  plus  tendus  &  plus  ferrés  que  ceux 
du  deff.is  qui  font  lâches  comme  les  fils  extérieurs 
des  coques  des  vers-à-yôie. 

La  foie  des  vers  eft  toujours  aurore  ou  blanche, 
on  trouveroit  plus  de  variété  dans  les  couleurs  de  la 
foie  des  araignées  ;  il  y  a  du  jaune  ,  du  blanc  ,  du  gris, 
du  bleu  célefte  &  du  beau  brun  caffé.  Les  araignées 
dont  h/oie  eft  de  cette  dernière  couleur  font  rares  ; 
on  trouve  leurs  coques  dans  des  champs  de  genêt;  la 
foie  en  eft  très-forte  &  très-belle  :  les  œufs  font  en- 
veloppés à\\nefoie  brune  qui  eft  recouverte  par  une 
autre  foie  grife  dont  le  tiflù  eft  plus  ferré  que  celui 
de  la  foie  brune. 

Les  araignées  qui  font  nées  au  printems  font  leurs 
coques  aux  mois  d'Août  &  de  Septembre  ;  celles  qui 
ont  paffé  l'hiver  les  font  dès  le  mois  de  Mai.  Les  fils 
qui  compofent  les  coques  ne  différent  de  ceux  des 
toiles  que  parce  qu'ils  font  plus  forts.  Un  fil  d'arai- 
gnée n'efl'  plus  fort  qu'un  autre ,  que  parce  qu'il  eft 
compofé  d'une  plus  grande  quantité  de  petits  fils  au 
fortir  des  mamelons.  Chaque  mamelon  eft  parfemé 
tle  plufieurs  petites  filières ,  dont  fort  la  liqueur  qui 
forme  les  fils.  Si  on  applique  le  doigt  fur  un  marne- 
Ion  pendant  qu'on  preffe  le  ventre  de  l'araignée ,  il  s'y 
attache  plufieurs  fils ,  que  l'oû  alonge  en  le  retirant  : 
on  en  a  compté  plus  de  fept  ou  huit  fur  le  même  ma- 
melon. Lorfque  l'araignée  fe  dlipofe  i\  filer  ,  fi  elle 
applique  tous  lés  mamelons  à-la-tois  ,  &  fi  elle  colle 
chaque  niamelonen  entier ,  le  fil  qui  enréfultcra  fera 
compofé  d'un  nombre  de  fils  bien  plus  grand  qu'il  ne 
feroit,  fi  elle  n'appliquolt  qu'un  fcul  mamelon,  ou 
feulement  une  partie  de  ce  ujamelon.  Les  araignées 
qui  filent  la  bonne  foie  ont  fix  nvimelons  ,  dont  il  y  en 
a  quatre  qui  font  fort  fcnfibles;  les  deux  autres  font  11 
petits  qu'on  ne  peut  les  diftinguer  qu'avec  une  loupe. 

Un  fil  tiré  des  toiles  ne  peut  porter  que  deux 
grains  fans  fe  rompre  ;  les  fils  des  coques  peuvent 
Tome  X  r. 


foutenir  chacun  le  poids  d'environ  trente-fix  grains  ; 
mais  un  feul  fil  de  coque  de  ver-h-foie  porte  jufqu*à. 
deux  gros  &  demi ,  c'eft-à-dire  qu'il  eft  quatre  fois 
plus  fort  que  le  fil  d'araignée  :  il  eft  auffi  à-pcii-prcs 
quatre  fois  plus  gros.  Ainfi  en  réuniffant  cinq  fils  d'a- 
raignée en  un  feul,  ce  fil  compofé  pourrolt  être  aufiî 
fort  qu'un  fii  de  yer-k-foie  fans  être  plus  gros  ;  mais  il 
ne  feroit  jamais  aufîi  luftré  ,  parce  que  les  fils  réu- 
nis laifferoient  des  vuides  cntr'eux  qui  ne  donne- 
roient  point  de  reflets.  Les  ouvrages  que  l'on  a  faits 
de  fils  d'araignée  n'ont  pas  eu  autant  de  luftre  que  les 
ouvrages  de  Joie  ordinaire ,  parce  que  les  fils  de  la  foie 
des  araignées  font  fi  crêpés  ,  qu'au  lieu  de  la  devl'- 
der  on  eft  toujours  obligé  de  la  carder  &  de  la  filei* 
enfuite. 

Lorfqu'on  emploie  cette  foie  elle  paroît  rendre  da^ 
vantage  que  la  jb/e  ordinaire  à  poids  égal  ;  il  eft  aifé 
de  trouver  la  caufe  de  cette  différence.  Un  fil  de  foie 
tel  que  les  plus  fins  de  ceux  dont  onfe  fert  pour  cou- 
dre ,  eft  compofé  d'environ  200  fils  fimples  tels  qu'ort 
les  tire  de  la  coque.  Pour  qu'un  fil  fait  de  foie  d'arai- 
gnée foit  aufll  fort  que  ce  fil  à  coudre  ;  il  faut  qu'il 
ibit  compofé  de  36000  fils  fimples  pareils  à  ceux  des 
toiles  ;  car  en  fuppofant  qu'il  n'y  ait  que  deux  mame- 
lons qui  fourniffent  chacun  un  fil  fimple  pour  com- 
pofer  un  fil  propre  à  faire  la  toile  des  araignées  ,  ce 
fil ,  quoique  compofé  de  deux  fils  fimples ,  eft  cepen- 
dant dix-huit  fois  plus  foible  que  le  fil  de  la  coque  , 
comme  on  l'a  déjà  vu  par  l'expérience  rapportée  plus 
haut  :  ainfi  il  faudra  au-moins  trente-fix  fils  fimples  , 
tels  qu'ils  fortent  des  mamelons,  pour  faire  un  fil  de 
coque  ;  de  plus  le  fil  de  coque  étant  quatre  fois  plus 
foible  qu'un  fil  de  foie  ordinaire  ,  il  faudra  réunir  90 
fils  de  coque  ,  c'eft-à-dire  ,  félon  notre  fuppofition  , 
180  fils  fimples  pour  faire  un  fil  de  foie  d'araignée 
auffi  fort  qu'un  fil  de  coque  de  foie  ordinaire  :  par 
conféquent  s'il  faut  2,00  de  ces  fils  de  foie  ordinaire 
pour  faire  un  fil  à  coudre  ,  il  faudra  36000  fils  fim- 
ples d'araignées  pour  faire  un  fil  auifi  fort  que  le  fiJ  à 
coudre.  Il  eft  impofîlble  de  réunir  cette  prodigieufe 
quantité  de  fils  de  façon  qu'ils  ne  laifTent  entre  eux 
plus  de  vuide  qu'il  n'y  en  a  dans  le  fil  de  foie  ordinai- 
re :  c'eft  pourquoi  les  ouvrages  de  foie  d'araignée 
doivent  être  beaucoup  plus  épais  que  ceux  de  foià 
ordinaire  pour  qu'ils  puiffent  avoir  autant  de  for- 
ce :  ainfi  la  foie  des  araignées  ne  rend  pas  plus  pour 
la  force  que  la  foie  ordinaire  quoiqu'elle  rende  plus 
pour  le  volume. 

Les  coques  des  vers-k-foie  les  plus  fortes  pefent4 
grains  &  les  pKiS  foibles  plus  de  trois  grains ,  de  forte 
qu'il  faut  au-moins  2304  vers  pour  faire  une  livre  de 
Jiyie  de  feize  onces.  Les  coques  d'araignées  les  plus 
groffes  pefent  environ  un  grain  ;  ainfi  il  faut  quatre 
groftes  araignées  pour  donner  autant  de  foie  qu'une 
ieul  ver.  De  plus  il  y  a  un  grand  déchet  dans  les  con- 
ques des  araignées  ,  elles  font  remplies  des  coques 
des  œufs  &  autres  ordures  ;  ce  déchet  eft  de  plus  des 
deux  tiers  du  poids.  M.  Bon  avoue  que  de  treize  on-» 
ces  de  foie  d'araignée  fale  ,  il  n'en  retira  que  quatre 
onces  de  foie  nette  :  ainfi  douze  araignées  ne  donne- 
ront pas  plus  de  foie  qu'un  feul  vei*.  D'ailleurs  s'il  y 
a  des  araignées  mâles  6c  des  araignées  femelles  ,  6c 
fi  on  fuppofe  que  le  nombre  des  mâles  égale  celui 
des  femelles  ,  comme  il  n'y  aura  que  les  femelles  qitll 
puiffent  donner  des  coques ,  il  faudra  vingt  araignées 
tant  mâles  que  femelles  pour  donner  autant  de  foie 
qu'un  feul  ver  ,  &  par  conféquent  55196  araignées 
ne  produiront  qu'une  livre  de  foie  ,  encore  faudra- 
tll  qu'elles  foient  des  plus  groffes  de  ce  pa\  s  ;  caf 
douze  araignées  qui  ne  feroient  que  d'une  groffeur  mé- 
diocre, par  exemple,  de  celles  que  l'on  trouve  dans 
les  jardins  ,  donneront  beaucoup  moins  dej(>ie  ;  lien 
faudrolt  663552  ])Our  en  avoir  une  livre  :  enim  ,  il 
faudrolt  nourrir  féparément  toutes  cesar.^ignces,  S^ 

Qq 


3o5 


S  O  î 


donner  à  chacune  un  cipacc  afTer.  grand  pcnir  qu'elle 
y  put  tendre  fa  toile.  Tous  ces  inconvcnicns  rartem- 
dIcs  rendront  lay^ic:  des  araignées  beaucoup  plus  chc- 
re  que  celle  des  vers.  Au  reltc,  onpourroit  peut-ctre 
les  prévenir.  Si  on  avoit  des  araignées  beaucoup  plus 
grolFcsque  les  nôtres ,  elles  donnerolent  plus  de  foie  y 
on  en  trouvcroit  dans  les  pays  étrangers  ,  liir-  tout  en 
Amérique  ,  &  il  y  a  lieu  d'efpérer  de  les  élever  ici 
aulïï  facilement  que  les  vers-h-Joie  qui  y  ont  été  ap- 
portés de  fort  loin.  Quoi  qu'il  en  foit ,  c'étoit  beau- 
coup de  découvrir  que  la  /oie  des  araignées  fut  d'af- 
fez  bonne  qualité  pour  ctre  employée  dans  les  ma- 
nufadures.  M.  Bon  l'a  prouvé  clairement  en  mon- 
trant au  public  des  ouvrages  faits  avec  cette  (o'ie.Mé- 
moires  de  l'académie  royaU  des  Sciences  ,  année  lyio  , 
examen  de  la  foie  des  araignées  par  M.  de  Réàumur  , 
page  ^8^.  . 

Soie  ,  {Chimie  ,  Pkarm.  Mat.  méd.)  la  nature  chi- 
inique  de  ïajoie  ei\  fpécialement  expofée  à  ^article 
Substance  animale,  f^oye^  cet  article. 

Quelques  pharmacologilles  ont  compté  layô/t;  crue 
donnée  en  fubilancc,  &  lans  avoir  éprouvé  le  feu  chi- 
mique parmi  les  cordiaux  :  &  ils  ont  eflimé  cette 
vertu  par  celle  du  fel  volatil  qu'on  en  retire  par  la 
violence  du  feu,  C'ell  la  môme  erreur  que  celle  qui 
a  érigé  la  corne  de  cerf  &  la  vipère  en  fudorifiques , 
voyei  Vipère  &  l'article  pRINCIl'E  (  Chimie.y,[d.foie 
n'cil  point  cordiale ,  h  J'oie  n'a  point  de  vertu  médi- 
camenteufe. 

On  a  emploie  en  Pharmacie,  l'alkali  volatil  &  l'hui- 
le empyreumatique  àe J'oie.  Le  premier  principe  en- 
tre ,  par  exemple  ,  dans  les  gouttes  d'Angleterre  cé- 
phaliques  ou  gouttes  de  Goddard.  A.  la  bonne-heure, 
car  ce  produit  de  l'analyfe  animale  a  des  vertus  mé- 
dicamenteufcs  trcs-récUes  &  trcs-cnergiques  :  mais 
il  faut  qu'on  fe  fouvienne  que  l'alkali  volatil  Aq  J'oie 
n'a  abfolument  que  les  propriétés  médicinales  con- 
nues des  alkalis  volatils  animaux. 

La  cendre  de  J'oie  ell  comptée  parmi  les  remèdes 
mondihcatifs;  c'cil  un  pauvre  remède  6l  qui  eft  auiîl 
fort  peu  ufité.  (/•) 

Soie,  (  CoiiteLier.  )  c'eft  la  queue  d'une  lame  de 
couteau  de  table  ;  \à  J'oie  eit  féparée  de  la  lame  par  la 
moitié. 

Soie  ,  en  temie  de  Vergetier  ;  c'eft  le  poil  dont  les 
fangliers  ou  les  porcs  font  couverts.  On  tire  beau- 
coup de  foie  de  fanglier  de  Mofcovie  ,  d'Allemagne  , 
de  Lorraine  ,  de  Danemarck ,  &c. 

SOlEPvIE ,  f.  f.  (  Com,  )  nom  fous  lequel  on  ren- 
ferme tout  ce  qui  appartient  au  commerce  en  foie. 

SOIF ,  f.  f.  {t'hyfiolog.')  c'eft  l'appétit  des  fluides  ; 
il  ne  faut  point  croire  que  ce  qui  ell  la  fource  de  la 
foij'{o'it  auifi  la  fource  de  la  faim  ;  fouvcnt  cette  der- 
nière fcnfation  n'efl  pas  accompagnée  de  IzJ'oif,  & 
fouvent  on  l'éprouve  dans  le  tems  qu'on  a  le  moins 
d'appétit.  Elle  a  fon  fiége  non-feulement  dans  l'efto- 
mac  ,  mais  dans  l'éfophage ,  dans  le  pharynx  &  dans 
toute  la  bouche. 

Son  origine  n'eft  pas  facile  à  développer;  mais  en 
général  il  paroît  que  la  /èi/"  provient  d'une  certaine 
chaleur  qui  s'excite  dans  l'eflomac  par  différentes 
caufes  ;  les  principales  font  les  alimens  chauds  ,  les 
vins  fpiritueux  ,  les  liqueurs  fortes  ,  les  affaifonne- 
mens  aromatiques  ,  le  violent  exercice ,  la  chaleur 
de  la  faifon  ,  le  crachement  exceïïîf  des  gens  pitui- 
teux,  phthifiques  ,  melancholiqucs  ,  &c. 

Si  donc  1°.  le  gofier  n'elT:  pas  humefté  ,  la.  foif  fe 
fait  fcntir ,  parce  que  les  vaiiTeaux  étant  fecs  fe  rétré- 
cirent, &  augmentent  par-là  le  mouvement  du  fang; 
c'eft  à  caufe  de  cette  léchereffc  ,  que  les  phthifiques 
ont  la  paume  de  la  main  fort  chaude  après  le  repas. 

2°.  S'il  y  a  des  matières  gluantes  dans  l'eftomac , 
la  foif  peut  furvcnir ,  parce  que  ces  matières  qui  ont 
<le  la  vifcofité,  font  un  effet  de  la  chaleur,  6c  quel- 

/ 


S  O  I 

qvicfoîs  elles  fuppofent  un  fang  privé  de  fa  lymphei 
quand  le  fang  n'a  pas  d'humeur  aqueufe ,  il  eft  épais , 
&  alors  il  ne  peut  pas  palier  librement  par  les  vaif- 
feaux  capillaires,  il  gonfle  donc  les  artères  qui  doi- 
vent en  conféquence  battre  plus  fréquemment  &  plus 
fortement,  ce  qui  ne  fauroit  arriver  que  la  chaleur  ne 
s'augmente. 

3*^.  Les  fels,  les  matières  acres,  ou  les  corps  qui 
contiennent  beaucoup  de  feu  doivent  caufer  h  foif  ^ 
car  toutes  ces  lubftances  mettent  en  mouvement  les 
parties  folides ,  &  y  excitent  par  conféquent  de  la 
chaleur. 

4".  Dans  les  fièvres,  h  foif  (c  fait  fentir  avec  vio- 
lence, la  raifon  n'ell  jjas  difiicile  à  trouver;  les  fiè- 
vres ne  font  caufées  que  par  im  excès  de  mouve- 
ment ,  les  artères  étant  bouchées  fe  gonflent ,  il  faut 
donc  qu'elles  battent  plus  fortement  6c  plus  fréquem- 
ment, &  que  par-lii  il  furvienne  plus  de  chaleur. 

5°.  Dans  l'hydropifie ,  l'on  fent  une/o//violente, 
cela  vient  de  ce  que  la  partie  aqueufe  du  fang  refle 
dans  l'abdomen  ;  il  n'y  aura  donc  qu'un  fang  épais 
dans  les  autres  parties ,  cette  épaiflfeur  caufera  nécef- 
fairement  de  la  chaleur  ;  d'ailleurs  l'abdomen  étant 
rempli  d'eau ,  les  vaiffeaux  fanguins  font  fort  com- 
primés ,  le  fang  coule  donc  en  plus  grande  quantité 
vers  les  parties  fupérieures  ;  de-là  il  fuit  que  le  mou- 
vement &  la  chaleur  y  font  plus  confidérables ,  & 
qu'il  arrive  fouvent  des  hémorrhagies  aux  hydropi- 
ques. 

6".  On  voit  par  ce  détail  que  c'efl  un  mauvais  fî- 
gne  ,  comme  dit  Hippocrate  ,  que  de  n'avoir  pas  foif 
dans  les  maladies  tort  aiguës  ;  cela  marque  que  les 
organes  deviennent  infenfibles ,  &  que  la  mort  n'efl 
pas  éloignée.  L'origine  de  ce  dégoût  pour  les  flui-  . 
des  ,  vient  du  refferrement  des  vaiffeaux  laftés  ;  il 
faudroit  alors  employer  quelque  Uquide  très-humec- 
tant ,  auquel  le  malade  fe  porteroit  plus  volonîiei"s. 

La  caufe  finale  de  la  foif  ^  efl  de  nous  avertir  des 
vices  du  fang ,  de  fa  diverfe  acrimonie ,  de  fon  épaif- 
fiffement ,  de  fon  inflammation  ;  du  defféchement  du 
pharynx ,  de  l'éfophage  &  du  ventricule  ,  defféche- 
ment qui  arrive  toutes  les  fois  que  les  glandes  cef- 
fent  de  filtrer  un  fuc  doux  &  muqueux. 

Entre  les  quadrupèdes  qui  peuvent  le  plus  fuppor- 
ter  la  foif ,  on  n'en  connoît  point  qui  jouiffent  de  cet 
avantage  comme  le  chameau;  car  même  dans  les  pays 
brùlans  ,  ils  fupportent  la  foif  des  femaines  entières. 
Cet  animal  a  dans  le  fécond  de  fes  quatre  ventricu- 
les plufieurs  cavités  faites  comme  des  facs ,  qui  félon 
quelques  phyficiens  pourroient  être  les  réfervoirs 
où  Pline  dit  que  les  chameaux  gardent  fort  long-tems 
l'eau  qu'ils  boivent  en  quantité  quand  ils  en  trouvent 
dans  les  déferts. 

Ce  qu'il  y  a  de  plus  certain,  c'efl  que  l'homme  n'a 
pas  le  même  bonheur ,  &  que  quand  il  ne  peut  fatls- 
faire  à  ce  befoin  preffant  ,  cet  état  efl  fuivi  au  bout 
de  quelques  jours  de  l'inflammation  du  ventricule  , 
de  la  fièvre ,  du  refl'errement  de  la  gorge  ,  &  de  la 
mort.  C'efl  un  tourment  inexprimable  ,  par  lequel 
on  recherche  dans  le  fecours  de  l'eau  ou  de  toute  au- 
tre liquide ,  le  remède  au  mal  qu'on  endure;  on  don- 
neroit  alors  un  royaume  pour  un  verre  d'eau  ,  com- 
me fît  Lyfimaque. 

Il  n'y  a  ,  dit  l'amiral  Anfon ,  dans  fon  voyage  de 
la  mer  du  Sud  ,  que  ceux  qui  ont  fouffert  long-tems 
la  foif ,  &  qui  peuvent  fe  rappeller  l'effet  que  les  feu- 
les idées  de  fources  &  de  ruiffeaux  ont  produit  alors 
en  eux ,  qui  foient  en  état  de  juger  de  l'émotion  avec 
laquelle  nous  regardâmes  une  grande  cafcade  d'une 
eau  tranfparente  ,  qui  tomboit  d'un  rocher  haut  de 
près  de  cent  pies  dans  la  mer ,  à  une  petite  dlflance 
de  notre  vaifleau.  Ceux  de  nos  malades  qui  n'étoient 
point  à  l'extrémité  ,  quoiqu'alités  depuis  long-tems  , 
fe  fcrvirent  du  peu  de  force  qui  leur  refloit ,  &  fc 


s  O  I 

traînèrent  fur  le  tillac  pour  jouir  d'un  fpeftacle  fi  ra- 
vivant. (D.  J.) 

Soif  ,  (^Lojig.  franc. ^  ce  mot  au  figuré  dcfigne  une 
grande  paflion  ,  un  delir  vif  ,  inquiet ,  &  ardent  de 
quelque  choie  ;  il  s'emploie  dans  le  ftyle  noble  ,  la 
foifde  l'or  ,  hfoifdes  honneurs  ,  lafoi/de  la  gloire. 
L'Evangile  dit,  que  ceux  qui  ontyô//de  la  jultice  font 
bienheureux;  c'efl  une  belle  idée.  La  poéiie  s'eil  en- 
richie de  ce  mot. 

Cette  {oiï de  régner  que  rien  ne  peut  éteindre 

Rac.  Iphig.  aft.  4.  fc.  4, 

JPerfides  ,  contente:^  votre  {oiï fanguinaire. 

Iphig.  au.  5 .  fc.  4. 

Vous  brûle:^  d'une  (oiï  qu'on  ne  peut  étancher, 

Defpreaux. 
ID.L) 

SO IG  N  lES ,  {Gcog.  mod:)  petite  ville  des  Pays- 
Bas,  dans  !e  Haynaut ,  au  comté  de  Mons  ,  fur  la  ri- 
vière de  Senne,  à  quatre  lieues  au  nord-oueit  de  Bin- 
che,  &  à  fept  au  fud-oueft  de  Bruxelles  ,  près  d'une 
forêt  de  même  nom  qui  a  fept  lieues  de  circuit. 

Cette  ville  eft  nommée  Sonegice  dans  les  anciens 
titres ,  &  c'eft  de  Sonegia  qu'on  a  fait  Soignies.  Elle 
^  un  chapitre  féculier ,  un  couvent  de  Capucins  ,  un 
de  Sœurs-grifes ,  &L  les  PP.  de  l'Oratoire  y  ont  une 
mailon  depuis  1629.  Long.  21.  ^S.lat.  60.  ^1.  (^D.J.^ 

SOIN  ,  {.  m.  (  Gramm.)  attention  qu'on  apporte  à 
quelque  chofe.  Ayez  foin  de  ces  effets.  Je  confie  la 
conduite  de  ma  maifon  à  vos  foins.  Cet  ouvrage  efl 
travaille  zvecfoin ,  ou  foigné.  J'ai  l'efprit  embarraflé 
de  milleyo/>zj  ou  foucis.  Combien  de  J'oins  inutiles  ne 
lui  ai-je  pas  rendus  ?  J'en  fuis  avec  elle  aux  petitsyôi/z^. 
On  dit  Joigner  pour  avoir  ou  prendre /oi/z  ;  Joigncux , 
de  celui  qui  a  foin. 

SOIR,  {.  m.  (Gram.^  intervalle  de  la  joxirnée  qui 
comprend  la  fin  du  jour  &  le  commencement  de  la 
niiit.  En  hiver ,  les  foirées  font  longues. 

Soir,  ÇMédeàne.')  ce  tems  de  la  journée  mérite 
tine certaine  attention  de  la  part  des  Médecins,  foit 
par  rapport  aux  changemens  qui  arrivent  alors  dans 
les  maladies ,  foit  à  caufe  des  remèdes  qu'il  convient 
^e  prefcrire  ou  d'éviter.  Les  redoublemens  de  la 
plupart  des  fièvres  fe  font  lefoir;  c'efl  vers  le  tems 
du  coucher  du  foleil  que  les  malades  commencent  à 
devenir  plus  inquiets;  le  malaife  augmente  ;  ks  dou- 
leurs font  plus  fenfibles  ;  fouvent  ils  entrent  alors  dans 
l'agonie;  quelques-uns  ayant  pendant  le  jour  retenu 
im  dernier  fouïîle  de  vie ,  prêt  à  échapper ,  font  morts 
■dans  rinflant  que  le  foleil  a  cefTé  d'éclairer  l'horifon. 
Ces  effets  dépendroient-ils  d'une  adion  particulière , 
ou  de  l'influence  de  cetaflre  lumineux?  Animeroit-il 
parfapréfencela  machine?  augmenteroit-ille  refTort 
&  le  jeu  des  organes?  vivifieroit-il  en  un  mot,  égale- 
ment les  hommes  ,  les  animaux  &  les  plantes  ?  6c  en 
difparoiflant,  donneroit-il  lieu  à  cette  cfpece  d'afFalf- 
fement  qui  produit  le  fbmmeil  varié  des  êtres  orga- 
nifés  &  vivans  ,  qui  prive  la  plupart  des  plantes  de 
leur  éclat,  qui  les  flétrit,  &  qui  fait  cefTer  l'exei-cice 
des  fens  &  des  mouvemens  dans  prefque  tous  les  ani- 
maux? /^c>ye{  Influence  des  astres.  Ou  bien pour- 
roit-on  attribuer  ces  effets  à  la  façon  de  vivre  la  plus 
généralement  iUivie  par  les  hommes,  à  la  fatigue  du 
jour,  à  l'état  de  veille  qui  doit  néceflairement  lafîér 
les  organes,  aux  ahmens  qu'on  prend,  &c}  Si  ces 
caufes  influent,  elles  ne  font  pas  du  moins  générales, 
&  l'on  obferve  que  dans  les  fièvres  lentes,  les  quoti- 
diencs  ,  les  redoublemens  ne  viennent  pas  moins  le 
foir ,  quoique  le  malade  ait  dormi  tout  le  jour ,  &  ob- 
ferve une  diète  rigoureufé.  Cependant  on  ne  doit  pas 
tout  à  fait  exclure  leur  adion  ,  qui  fe  rend  fcnfible 
chez  ces  perfofincs  qui  font  du  jour  la  nuit,  ôc  de  la 
nuit  le  jour  ;  pour. qui  Wfoir  efi  matin,  ôc  Iç  matin 
Tome  Xr, 


S  O  I 


307 


tR  foir;  leur  machine  fe  plie  infenfiblementà  ce  per- 
vertiffemenî  de  l'ordre  naturel.  Le  phyfique&le  mo- 
ral font  chez  elles  affervis  à-peu-près  aux  mêmes  lois^ 
ou  au  même  défaut  de  lois.  Les  maladies  qui  vien- 
nent en  foule  les  affaillir  fous  ces  lambris  dorés ,  fem- 
blent  s'y  conformer,  elles  ne  relfemblent  jamais 
avec  la  même  uniformité  aux  mouvemens  du  foleil, 
dont  l'ufage  efl  fouvent  peu  connu  dans  ces  apparte- 
mens  retirés ,  fermés  à  la  clarté  du  jour,  &  unique- 
ment éclairés  par  la  brillante  &  fîateufe  lueur  des 
flambeaux  multipliés.  Les  redoublemens  s'y  font  plus 
fouvent  fentir  le  matin  que  le  foir^  èc  dans  l'admini- 
flration  des  remèdes  le  médecin  efl  fouvent  obligé 
de  fe  fervir  de  leur  melure  pour  diflinguer  les  tems 
de  la  journée. 

Lori'que  la  nécefïïté  n'efl  pas  prefTante ,  lorfqu'il 
efl  libre  au  médecin  de  choifir  un  tems  de  la  journée 
pour  faire  prendre  quelque  remède ,  fur-tout  des 
purgatifs,  il  les  prefcrit  ordinairement  le  matin.  Voje^ 
ce  mot.  Le  malade  alors  plus  tranquille  ,  fortifié  par 
le  fbmmeil  de  la  nuit ,  en  lupporte  mieux  l'effet ,  &  en 
éprouve  plus  de  foulagement  ;  on  évite  de  donner 
ces  remèdes  le  foir .,  à  caufe  de  la  révolution  que 
nous  avons  dit  arriver  alors   afTez  communément 
dans  la  maladie ,  qui  s'oppoferoit  au  fuccès  entier 
du  médicament.  D'ailleurs  l'agitation  que  procure  le 
remède,  l'excrétion  qu'il  doit  occafionner,  empê- 
cheroit  le  fommeil  de  la  nuit.  Les  fecours  qui  fem- 
blent  plus  appropriés  \tfoir,  font  les  faignées  à  caufe 
du  redoublement  ou  de  l'agitation  plus  grande  qui  fe 
fait  alors,  les  véficatoires  6c  les  cordiaux  pour  pré- 
venir ou  difîiper  un  affaiffement  que  l'abfence  du 
jour  &  le  fommeil  pourroient  augmenter.    Dans 
d'autres  cas  les  caïmans,  les  narcotiques  indiqués 
pour  préparer  une  nuit  plus  tranquille  ,  pour  pro- 
curer un  fommeil  qui  rétablifle  les  forces  ,  pour  di- 
minuer une  excrétion  trop  abondante  qui  s'y  oppo- 
feroit,  &  enfin  pour  réparer  les  mauvais  effets  qu'un 
purgatif  ou  un  émétique ,  donné  dans  la  journée, 
manque  rarement  d'occafio.nner.  Pour  remettre  la 
machine  dans  l'équilibre  &  ralfiette  naturelle,  dont 
ces  remèdes  l'avoient  tirée, Sydenham  étoit  fort  dans 
l'ufage  de  donner  un  parégorique  lefoir  du  jour  qu'il 
avoit  purgé  fes  malades  ;  beaucoup  de  praticiens 
ont  fuivi  cette  méthode ,  dont  ils  fe  font  bien  trou« 

Vés.     (/73) 

SOISSONS,  {Gcog.  mod.)  ville  de  France  ,  capi- 
tale du  Soiffonnois ,  fur  la  rivière  d'Aifne  qu'on  y 
paffe  fur  un  pont  de  pierre.  Elle  efl  affez  grande ,  peu- 
plée 6c  iituée  dans  un  vallon  agréable  6c  fertile  ,  à  i  z 
lieues  d'Amiens  &  à  22  de  Paris.  Quoique  fes  dehors 
foient  charmans ,  fes  rues  font  généralement  étroi- 
tes ,  &  fes  mailbns  mal  bâties.  11  y  a  dans^  cette  ville 
un  intendant,  bureau  des  finances,  preiidial ,  élec- 
tion ,  maréchauffée  ,  jurifdidion  des  ju£;es  confuls  & 
maîtrife  des  eaux  &  forêts.  Les  PP.  de  l'oratoire  oc- 
cupent le  collège.  On  voit  quelques  abbayes  d'hom- 
mes dans  cette  ville,  entre  autres  celle  de  S.Jean  qui 
efl  chef  d'ordre  &  l'unique.  L'abbaye  de  filles,  ordre 
de  S.  Benoit,  appellée  Vabbaye  di  Notre-Dame  ,  eft 
très-riche.  On  remarque  dans  fon  églife  deux  tom- 
beaux de  marbre  affez  antiques, qui  ont  chacun  cinq 
à  lix  pies  de  longueur,  &  trois  de  hauteur.  L'un  de 
ces  tombeaux  paroît  être  celui  de  quelque  chrétien 
riche  6c  illuflre  ;  &  l'autre  efl  cehii  de  quoique  hom- 
me de  guerre. 

L'évêché  de  Soijfons  efl  très-ancien  ;  fon  évêque 
efl  le  premier  fuffragant  de  Rheims,  &  a  droit  de  fa- 
crernos  rois  au  défaut  de  l'archevêque, ce  qui  a  été 
pratiqué  au  f  acre  de  S.  Louis ,  6c  à  celui  de  Louis  Xl\  . 
Il  ell  vrai  que  la  cérémonie  de  ce  facrc  ne  fe  tait  dans 
l'c^life  métropolitaine  de  Rheims,  par  révcque  de 
Soij[/ons,c[uc  ibus  l'autorité  &C  avec  la  jjeriiiiilion du 
chapitre.  Le  revenu  de  révêchc  de  Soi(,'onsd\  de  1 


5 


3o8 


S  O  I 


à  loooo  livres.  Son  dloccfc  compte  près  de  400  pa- 
r'oilVes,&  23  abbayes  tant  d'hommes  que  de  filles. 
Le  chapitre  de  l'cglile  cathédrale  eil  nombreux ,  & 
les  cnnonicats  font  un  peu  meilleurs  depuis  la  fup- 
prclïïon  qu'on  a  fait  de  onze  prébendes.  Long.  20. 3c). 

■  Soldons ,  en  latin  Augnfta  Sncffioniim ,  a  pris  ,  com- 
me on  voit ,  fon  nom  des  peuples  Snclfioncs.  Elle  s'ap- 
pelloit  auparavant  Moviodunum  ,  &:  elle  étoit  célèbre 
du  tems  de  Jules-Céfar,  qui  remarque  que  Divitia- 
cus  fon  roi ,  avoit  été  un  prince  illuftre  &  puifTant. 
Ce  fut  Augufte  qui  abolit  le  nom  de  Noviodunum 
qu'avoit  cette  ville  ,  pour  hii  donner  le  fien. 

Dans  nos  tcms  modernes  Louis  XIV.  a  érigé  à 
Soijfons  une  académie  de  bcauv  eiJM-its ,  par  des  let- 
tres patentes  enregiltrées  au  parlement,  le  27  Juin 
1675.  ^"  effet,  elle  a  produit  de  tems  en  tems  des 
gens  de  lettres  de  mérite. 

//er/co/zr/ (Julien  de),  né  dans  cette  ville,  occa- 
fionna  l'ctabliflement  de  l'académie  de  Soijfons.  Son 
petit  Hls ,  Louis  d'HcricGurt ,  s'eft  diftingué  dans  le 
barreau  de  Paris ,  &  a  mis  au  jour  un  livre  fort  eftimé , 
fur  le  droit  eccléfiafliquc  françois. 

Les  Théologiens  favcnt  aifez  que  Pafchafe  Rat- 
bert,  abbédcCorbie,  dans  le  neuvième  fiecle,  étoit 
dcSoiJ/ons.  Il  fe  rendit  illuftre  par  un  grand  nombre 
d'ouvrages  que  le  P.  Sirmond  a  recueillis ,  ik  publiés 
pour  la  première  fois  à  Paris,  en  1618  ,  en  un  volu- 
me in-folio.  Le  Traite  de  Pafchafe  du  corps  &  du  fung 
de  Notre  Seigneur  J.  C.  excita  dans  fon  tems,  &  a  cau- 
fc  depuis ,  de  grandes  conteflations  qu'il  cil  inutile  de 
reveiller. 

Rnbbe  (Jacques)  ,  connu  par  fes  ouvrages  de  géo- 
graphie ,  naquit  à  Soi/Jons  en  1 643  ,  &  y  ell  mort  en 
1721 .  Il  a  fait  deux  differtations  qui  n'ont  pas  été  im- 
primées. Dans  la  première,  il  prétend  que  le  Bibrax 
oppidum  Rlumorum  ^  dont  parle  Céfar,  ell  la  ville  de 
Laon.  L'autre  differtation  traite  du  lieu  où  fe  donna 
en  ^93  ,  la  fameufe  bataille  de  True  (ou  Trauffi), 
dans  le  Suefionois ,  fous  Cloîaire.îl.  M.  Robbe  croit 
que  ce  lieu  appelle  en  latin  Trucciti ,  dans  les  gejîa 
Francorum  ,  c.  xxxvj.  efl  Prêle  fur  l'Ailhe  ,  village  au 
nord  de  Braine. 

Sujfannau  (Hubert),  poëte  &  humanifte,  naquit 
à  Soijf-^ns^  en  I  5  1 4 ,  publia  quelques  traités  de  gram- 
maire ,  &  des  poéfies  latines  qui  furent  alfez  bien  re- 
çues. 

Voilà  pour  les  gens  de  lettres.  Ajoutons  un  mot 
d'un  homme  célèbre  dans  l'hifloire  de  France  ,  &  qui 
mourut  à  SoiJJons  en  16 1 1  ,  à  l'âge  de  57  ans,  je  veux 
parler  de  Charles  de  Lorraine ,  duc  de  Mayenne ,  frère 
de  Henri  duc  de  Guife.  Il  fut  long-tems  jaloux  de  la 
réputation  de  ce  frère,  dont  il  avoit  toutes  les  gran- 
des qualités  à  l'aftivité  près.  Nourri  comme  le  duc 
dé  Guife  dans  les  allarmes,  il  fuccéda  à  fa  gloire  ainfi 
qu'à  fes  deffeins.  L'un  donnoit  beaucoup  au  hafard  , 
&  l'autre  à  la  prudence  ;  l'un  étoit  trop  hardi ,  l'au- 
tre trop  mefuré  ;  le  premier  promettoit  tout  &  tenoit 
peu,  celui-ci  promettoit  rarement  &  ne  manquoit 
guère  à  fa  parole.  Dès  que  le  fceptre  de  la  ligue  eût 
paffé  dans  les  mains ,  il  fçut  long-tems  par  une  fage 
politique  ,  réunir  fous  fes  lois  les  diverfes  faftions 
des  efprits  ;  &  s'il  n'eut  pas  trouvé  dans  fa  propre  fa- 
mille des  rivaux  qui  lui  difputoient  la  couronne  de 
France  ,  on  ne  doute  guère  qu'il  n'eût  réulfi  à  la  met- 
tre fur  fa  tête.  (  Le  chevalier  de  J  AU  COUR  T.  ) 
''  SoiSSONS  ,  {Acadim.  de  )  fociété  littéraire  établie 
à  Soijfons,  fous  la  proteftion  du  cardinal  d'Eftrées  , 
par  lettres  patentes  du  roi  en  1 674. 

Avant  qu'elle  eût  reçu  cette  forme  munie  de  l'au- 
torité royale ,  &  des  l'an  1 650 ,  les  premiers  qui  ont 
compofé  cette  compagnie  ,  s'all'embloient  régulière- 
ment une  fois  la  femaine,  conféroient  eniemble  de 
leurs  études,  le  communiquant  leurs  lumières,  & 


S  O  K 

corrigeant  cnfemble  leurs  compofitions  :  encoxiragcs 
à  CCS  exercices  par  les  liaiions  qu'ils  avoient  avec 
plufieurs  membres  de  l'académie  Françoife,  qui  leur 
donnèrent  la  penfée  de  former  une  académie,  en 
forte  qu'on  peut  la  regarder  comme  fille  de  l'acadé- 
mie Françoife  avec  laquelle  elle  conferve  des  liaifons 
très-étroites. 

L'académie  de  Soi[fons  a  prefque  les  mêmes  ftatuts 
&  les  mêmes  ufages  que  l'académie  Françoife.  Le 
nombre  de  fes  membres  eft  fixé  à  20 ,  &  elle  doit  tou- 
jours prendre  un  protedeur  du  corps  de  l'académie 
Françoife,  à  laquelle  elle  envoie  tous  les  ans  pour  tri- 
but, une  pièce  de  fa  compofition.  La  perfedionde  la 
langue  françoife,  l'Eloquence,  les  Belles-lettres  ôc 
l'Hidoire ,  font  les  objets  de  fes  études  ;  &  pour  mar- 
quer encore  davantage  fes  rapports  avec  la  priemiere 
de  nos  académies ,  elle  a  pris  pour  devife  un  aiglon 
qui  s'élève  vers  le  foleilà  la  fuite  d'un  aigle,  avec  ces 
mots  :  maternis  aufibus  audax .  Si  quelque  membre  de 
l'académie  Françoife  fe  trouve  à  SoiJjons,  les  acadé- 
miciens de  cette  dernière  ville  le  prient  de  préfider  à 
leurs  alTemblés  ;  &  de  fon  côté  l'académie  Françoife 
admet  dans  les  fiennes  les  académiciens  de  SoiJJons, 
leur  permet  d'y  prendre  féance,  &  demande  leur 
avis  fur  les  matières  qu'on  y  agite. 

En  1734  M.  de  Laubrieres,  alors  évêque  de  Soif- 
fons,  fonda  un  prix  annuel ,  qui  doit  être  dillribuéà 
celui  qui  remplira  le  mieux,  au  jugement  de  l'acadé- 
mie ,  un  fujet  qu'elle  propofe  fur  quelque  fujet  d'hi- 
ftoire  ou  de  littérature.  Ce  prix  ell  une  médaille  d'or 
de  trois  cens  livres. 

SOISSONNOIS,  LE  ,  (Géog.  mod)  pays  de  France 
qui  faifoiî  autrefois  partie  de  la  province  de  Picardie, 
éc  qui  ell  à-préfent  uni  au  gouvernement  militaire  de 
l'île  de  France.  Il  ell  borné  au  nord  par  le  Laonois  ,' 
au  midi  par  la  Brie  ,  au  levant  par  la  Champagne  ,  6c 
au  couchant  par  le  Valois.  Il  comprend  une  partie  de 
terrein  qu'occupoient  anciennement  les  Sueffiones.  Il 
a  depuis  fuivi  le  forttle  Soiffons  fa  capitale.  C'ell  un 
pays  fertile  en  grains  ,  en  prairies  &  en  bois.  La  ri- 
vière d' Aîné  le  traverfe.  {D.  J.) 

SOIXANTE  ,  {Jrithmèt.  )  nombre  pair  compofé 
de  fix  dixaines  ,  ou  de  dix  fois  fix  ,  ou  de  cinq  fois 
douze  ,  ou  de  douze  fois  cinq,  ou  de  quinze  fois  qua- 
tre ,  ou  de  quatre  fols  quinze  ,  ou  de  vingt  fois  trois, 
ou  de  trais  fois  vingt ,  ou  de  deux  fois  trente,  ou  de 
trente  fois  deux  ;  ainfi  que  fix  foit  multiplié  par  dix, 
ou  que  dix  le  foit  par  lix,  ou  que  cinq  par  douze  , 
ou  douze  par  cinq  ,  ou  quinze  par  quatre  ,  ou  quatre 
par  quinze ,  ou  vingt  par  trois  ,  ou  trois  par  vingt, 
ou  trente  par  deux ,  ou  deux  par  trente  :  cela  ne  pro- 
dmro'it  ]ama\s  qnefoixante.  Le  nombre  defoixante 
muhiplié  par  lui-même  ,  produit  3600.  En  chiffre 
commun  ou  arabe  ,foixante  s'écrit  60  ;  en  chiffre  ro- 
main de  cette  manière  LX  ;  &C  en  chiffre  françois  de 
compte  &  de  finance  ,  Ix.  On  ditfoixanie  &  un  ,/o/- 
xante-dçux  ,foixance  trois,  &C  ainfi  de  luite  julqu'à 
quatre-vingt.  Irfon.  (^  D.  J.^ 

SOIXANTER ,  V.  a.  {Jeu  de  piquet.)  compter  foi- 
xante  points  ,  faire  un  foixante  ,  un  pic  ;  ce  qui  fe  dit 
de  celui  qui  a  la  main  lorfqu'il  compte  jufqu'à  trente 
points  de  fuite  en  jouant  les  cartes  ,  avant  que  le 
joueur  qui  eft  dernier  ait  fait  aucune  levée  ni  rien 
compté.  Acad.  des  jeux.  (^D.  J.) 

SOIXANTIEME ,  f.  m.  (  Arithmét.)  en  matière  de 
fracHons  ou  nombres  rompus  ,  un  foixantieme  s'écrit 
ainfi  j^.  On  dit  auffi  \in  foixante-unieme  ,  un  foixante 
ij>  deuxième  ,  un  foixante  &  troifieme ,  &c.  &  ces  diffé- 
rentes fraftlons  fe  marquent  de  même  que  celle  ci- 
deffus  ;  avec  cette  différence  néanmoins  que  l'on  met 
un  I  ,  un  2  ,  un  3  au  lieu  du  zéro  qui  fuit  le  6  :  ce  qui 
fe  pratique  de  cette  manière  -^r  »  tt  »  ^5  <^f'  On  dit 
encore  ^^ ,  ^  ,  ^ ,  &c.  Irfon.  {D.  J.) 

SOK  ou  SOC  J 1.  m.  (Comm.)  mcfure  des  longueurs 


SOL 

^ont  on  ie  Tert  dans  le  royaume  de  Slam.  C'eft  la 
demi-coudée.  Deux  keubs  tbnt  \m  fok  ;  douze  nions 
font  le  keub  ,  &  chaque  nion  contient  huit  grains  de 
riz  non  battu,  c'eft-à-dire  neuf  de  nos  lignes.  Au-def- 
fus  du  fok.  font  le  kene ,  le  voua  ,  le  fen  ,  le  jod  &  le 
rôé  nuns  ,  qui  contient  deux  mille  vouas  ou  tonis. 
f^oycT  Ken  ,  Voua  ,  &c.  Dictionnaire  de  Commerce  & 
de  Trévoux. 

SOKIO ,  f.  m.  (  Hift.  nat.  Botan.  )  C'eft  un  très- 
grand  arbre  du  Japon ,  dont  les  feuilles  font  fort  lon- 
gues ,  &  ont  plufieurs  lobes.  Ses  branches  font  lon- 
gues &  minces.  Kœmpfer  eft  porte  à  croire  que  c'efl: 
l'arbre  de  la  cafle. 

SOL ,  f.  m.  (  Jlrchitecl.  )  Ce  terme ,  dérivé  du  latin 
^olurn  ,  rez.  de-chauffée  ,  fignifie  dans  la  coutume  de 
Paris,  ^r/.  1 8  y  ^là  propriété  du  fonds  d' un  héritage.  Ainfi 
il  eft  dit  dans  cette  coutume,  que  qui  a  le/o/  a  le  def- 
fous  &  le  deffus ,  s'il  n'y  a  titre  contraire.  Ceux  qui 
bâtlflentfur  le  fonds  d'autruipour  en  jouir  un  certain 
nombre  d'années  ,  n'ont  que  le  deffus.  DaviUr. 
{D.J.) 

SOL  OU  Sou,  f.  m.  (^Monnoie.^  Ce  mot  fignifie 
tantôt  une  monnoie  réelle  &  courante,  &  tantôt  une 
monnoie  imaginaire  &  de  compte.  Le  foL  monnoie 
courante  ,  eft  une  petite  efpece  faite  de  billons  ,  c'eft- 
à-dire  de  cuivre  ,  tenant  un  peu  d'argent ,  mais  plus 
ou  moins  ,  fuivant  les  lieux  &  les  tems.  Le  fol  de 
France  a  d'abord  été  fabriqué  fur  le  pic  de  douze 
deniers  tournois:  il  fut  appelle  dou^ain^  nom  qu'il 
conferve  encore ,  quoiqu'il  n'en  ait  pas  la  valeur. 

Il  y  a  eu  autrefois  en  France  fous  la  première  race 
de  nos  rois ,  des  fols  ,  des  demi-fols ,  &  des  tiers  de 
fols  d'or  ,  ainfi  que  dçs  fols  d'argent  à  la  taille  de  Z4 
à  la  livre. 

Il  y  a  en  Hollande  deux  monnoies,  l'une  d'argent, 
l'autre  de  billons  ,  auxquelles  on  donne  le  nom  defol; 
celle  d'argent  s'appelleyô/  de  gros ,  &  VâuirQ  fol  com- 
mun^ dit  en  hollandois  (luyver  :  le  fol  de  gros  vaut 
12  gros  ou  un  fchilling  d'Angleterre. 

Le  fol  françois,  monnoie  de  compte,  appelléyà/ 
tournois  ,  eft  compofé  de  quatre  liards  qui  valent  1 2 
deniers  tournois.  Les  10  fols  tournois  font  une  livre 
tournois.  L'autre yb/ de  compte  ,  que  l'on  appelle yô/ 
parifis ,  eft  d'un  quart  en  fus  plus  fort  que  le/o/ tour- 
nois ,  tk.  vaut  I  5  deniers. 

Le yô/ d'Angleterre  fe  nomme  fol  fcrling  ;  c'eft  la 

vingtième  partie  d'une  livre  fterling,  &  le  fol  fterling 

vaut  douze  deniers  fterlings ,  ou  douze  penings ,  c'eft- 

à-dlre  vingt-quatre yè/s  tournois  de  France.  (Z?.  /.) 

SoL  d'or  ,  (  Monnoie.  )  monnoie  d'or.   On  s'eft 

fervi  en  France   pendant   la  première  race  de  nos 

Tois  ,  de  fols  ,  de  demi-fols  ,  de  tiers  6'  de  Cols  d'or  fin. 

Ces  monnoies  étoient  en  ufage  chez  les  Romains 

dèsConftantin  ;  &  vraiftemblablement  les  Francs  qui 

s'emparèrent  de  la  Gaule ,  imitèrent  les  Romains  dans 

la  fabrication  de  leurs  monnoies.  La  conformité  qu'il 

y  a  pour  le  poids  entre  nos  fols,  nos  demi  fols ,  &  les 

tiers  de  fols ,  &  ceux  des  empereurs  romains  qui  ont 

régné  depuis  le  déclin  de  l'empire  ,  ne  permet  guère 

d'en  douter.  Lewx  fol  &c  le  nôtre  pefoient  également 

chacun  85  grains  j  de  grain  ,  les  demi-fols  6i.  les  tiers 

de  fols  à  proportion.  Cela  fe  juftifie  par  quantité  de 

monnoies  qui  nous  reftent  des  uns  &  des  autres. 

11  paroît  par  plufieurs  paflages  de  la  loi  falique , 
que  \efol  d^or  des  Francs  valoit  40  deniers  (  mais  ces 
derniers  étoient  d'argent  fin ,  &  pefoient  environ  21 
grains  )  ;  le  demi-fol  en  valoit  20  ,  &  le  tiers  de  fol  1 3 
&  -j  de  deniers.  Ce  fol  d'or  vaudroit  aujourd'hui  de 
notre  monnoie  courante  1 5  livres  environ  ,  le  demi- 
fol  &  le  tiers  de  fol  à-proportion.  Ces  trois  efpeces 
d'or  avoient  ordinairement  fur  un  de  leurs  côtés  la 
tête  ou  le  bufte  de  quelqu'un  de  nos  rois ,  &  de  l'au- 
tre une  croix ,  avec  le  nom  du  lieu  où  la  pièce  avoit 
-été  fabriquée.    ' 


SOL 


30 


Sous  la  féconde  race ,  on  fe  fervit  aufTi  de  fols  d'or  i 
mais  il  s'en  trouve  fi  peu  ,  qu'il  n'eft  pas  poiTîble  dû 
pouvoir  déterminer  quel  étoit  leur  véritable  poidsw 
M.  le  Blanc  n'a  vu  qu'un  feul  de  ces  fols  d'or,  qvi'il 
croit  être  de  Louis  le  débonnaire  ,  &  qui  étoit  beau- 
coup plus  fort  que  les  fols  d'or  de  la  première  race  ^ 
car  il  pefoit  132  grains  ;  ils  valoient  toujours  40  de-^ 
niers  d'argent,  mais  ils  étoient  plus  pefans  que  ceux 
dont  il  eft  parlé  dans  la  loi  falique. 

Pendant  le  commencement  de  la  troifieme  race , 
on  fe  fervoit  encore  en  France  de  fols  d'or  fin  ;  mais 
comme  il  n'en  refte  aucun,  on  n'en  connoît  ni  le 
poids  ni  la  valeur.  Sous  le  règne  de  Philippe  I.  il  y 
avoit  des  francs  d'or  qu'on  nommoit  ziifCi florins  d'or* 
lefquels  étoient  peut-être  la  même  choie  que  le  fol 
d'or,  qui  avoit  encore  cours  en  ce  tcms-là.  Après 
tout ,  que  le  fol  d'or  &  le  franc  d'or  ne  foient  qu'une 
même  monnoie  ,  ou  que  c'en  foient  deux  différentes, 
on  en  ignore  le  poids  &  la  valeur  ;  parce  que  per-' 
fonne  n'en  a  encore  vu  aucune  efpece  d'or  du  com- 
mencement de  la  troifieme  race.  (  Z),  /.  ) 

SoL,{Mufl(]ue.)  l'une  des  fix  fyilabes  inventées 
par  l'Aretin ,  pour  prononcer  &  folfier  les  notes  de 
la  gamme.  Le  Jbl  naturel  répond  à  la  lettre  G.  A^oyc^ 
Gamme.  {S) 

Sol  ,  terme  deBlafon.  Il  fe  dit  quelquefois  du  champ 
de  l'écu  qui  porte  les  pièces  honorables  &  les  meu- 
bles. (£>.  /.) 

SULAGE  ,  f.  m.  (  Gramm.  &  Econom.  rufliq.  )  fol 
terrein.  Ces  fruits  font  d'un  mauvaisyô/^zg'i; ,  d'un  fol  ^ 
aride  ,  d'un  terroir  ingrat.  Sciage  fe  dit  peu. 

SOLAIRE  ,  adj.  (  ^Aflron.  )  fe  dit  de  ce  qui  a  rap- 
port au  foleil.  Voyz\  Soleil. 

Syûèmefolaire  ,  eft  l'ordre  &  la  difpofition  des  dif-' 
iérens  corps  céleftes  qui  font  leurs  révolutions  au- 
tour du  foleil  comme  centre  de  leur  mouvement  : 
ces  corps  céleftes  font  les  planètes  du  premier  &  du 
fécond  ordre ,  &:  les  comètes  ;  quant  au  plan  du  fy-= 
ûème  folaire.  f^oye:^S^srkME. 

L'année  folaire  eft  compofée  de  365  jours  5  heu- 
res 49  minutes ,  par  op;)ofition  à  l'année  lunaire ,  qitî 
n'eft  que  de  3  ^4  jours.  Foye^  Année. 

Vannée  fol  aire  eft  tropique  ou  planétaire. 
L'année  folaire  tropique  eft  l'efpace  de  tems  dans 
lequel  le  foleil  revient  au  même  point  des  équinoxes 
ou  des folftices ;  cet  efpace  eft  toujours  égal  à  365 
jours  5  heures  ,  &  environ  49  minutes. 

L'année  folaire  planétaire  eft  l'efpace  de  tems  pen-» 
dant  lequel  le  foleil  revient  à  quelque  étoile  fixe , 
particulière:  ce  qui  arrive  environ  au  bout  de  36* 
jours  8  heures  &  9  minutes.  Voyei  An.  Chambers:  (£) 
Solaire  ,  f  f  eft  le  nom  que  donne  M.  Rouauef 
à  la  courbe  que  décrivent  les  rayons  de  lumière  en 
traverfant  l'atmofphere.  A^oye^  Crépuscule  ,  RÉ^ 
fraction. 

M.  Taylor  a  donné  dans  fon  livre  metkodus  incre^ 
mentorum  direcîa  6"  inverfa  ,  la  manière  de  trouvef 
cette  courbe;  M.  Bcuguer,  dans  fa  dilfertation  fuf 
la  manière  d'obferver  en  mer  la  hauteur  des  aftres  , 
qui  remporta  le  prix  de  l'académie  en  1 729  ,  a  donné 
aufll  l'équation  de  cette  courbe  par  une  méthodâ 
particulière  plus  claire  que  celle  de  M.  Taylor  ^  & 
il  montre  dans  cette  difiTertation  l'ufage  qu'on  en  peUï 
iàire  pour  connoitre  la  hauteur  des  aftres.  (  Û  ) 

Solaire  ,  en  Anatomie,  nom  du  mufcl-e  extenféuir 
du  pié  ;  il  prend  fes  attaches  à  la  partie  pollcrieurâ 
&:  fupérieure  du  tibia  &  du  péroné  ,  à  la  mcmbrand 
interofteufe ,  &  fe  termine  par  un  tendon  plat  en  s'u* 
niflant  à  ceux  du  plantaire  &  des  jumeaux  à  la  partia 
poftérieure  &  fupérieure  du  calcaneum. 

Solaire  ,  terme  de  Chirurgie  ,  bandage  pour  la  fai-" 
gnée  de  l'artère  temporale.  J^oyei  Artériotomie, 
article  où  l'on  a  donné  la  manicre  de  faire  «e  ban-» 
dage.  (  r) 


3IO  SOL 

SOLAK.  ,  f.  m.  tirmc  de  relation  ,  foldat  à  pié  de  la 
garde  du  grand-lelgneur  :  les  J'oluks  ont  un  bonoet 
parcilA  ct'lui  des  tehornadgis ,  &:  portent  chacun  un 
arc  à  la  mani  ;  leur  velle'dc  dcflous  cil  rctroullce 
jufqu'à  la  ceinture,  avec  des  manches  pendantes; 
la  chemiic  qu'ils  ont  par-deflus  les  calçons  ,  ell  bro- 
dée lur  coutures.  Du  Loir. 

SOLAMIRE  ,  r.  t".  en  urmt  de  BoipLier  ,  c'eft  cette 
toile  de  crin ,  de  loie ,  ou  de  toute  autre  choie  à  clai- 
re vole  dont  on  garnit  les  tamis ,  &  à-travers  la- 
quelle doit  palier  ce  qu'on  veut  lafler.  J^oyei  Tamis. 

SOLANDRE ,  i.  t.  (  An  hippiatr.  )  maladie  de 
cheval;  c'ell  une  elpecc  d'ulcère  ou  crevalle  qui 
vient  au  pli  du  jarret  :  la  peau  le  trouve  Ibuvent  fen- 
due ik;  rongée  par  lacreté  des  humeurs  qui  en  décou- 
lent. {D.J.) 

SOLANE  LA,(  Géog.  mod.  )  petite  rivière  deFran- 
cc,  dans  le  Limoulin  ;  elle  Te  joint  à  la  Correze, 
lous  les  murs  de  Tulles. 

SOLANOIDE  ,  r.  i.folanoUes  ,  (  Jiijl.  nat.  Bot.  ) 
genre  déplante  à  fleur  enrôlé  compolee  de  quelques 
téuilles  ;  le  pillil  devient  une  coque  allez  ronde ,  qui 
renferme  un  noyau  couvert  d'une  peau  charnue  qui 
lui  donne  l'apparence  d'une  baie.  Tournefort ,  Mcm. 
de  Cacad.  royale  des  Sciences.  f^oye{  PLANTE. 

La  Jblanoide  fe  nomme  autrement  dulcamere  bâ- 
tarde ;  fa  fleur  cil:  en  rofe  ,  à  cinq  pétales  ;  fon  piftil 
dégénère  dans  la  fuite  en  un  fruit  rondelet ,  conte- 
nant une  lémcncc  dure ,  couverte  d'une  pulpe  min- 
ce ,  qui  donne  au  fruit  la  reffemblance  d'une  baie. 
Cette  plante  eft  nommée  par  Tournefort,  (olanoïdes 
americana^  circea  foliis  canefcentibus.  I,  R.  H, 

Miller  dit  que  les  folanoïdes  font  originaires  des 
contrées  les  plus  chaudes  de  l'Amérique  ,  d'où  l'on 
a  apporté  en  Europe  leurs  femences  ;  elles  font  au- 
jourd'hui affez  communes  dans  les  jardins  des  cu- 
rieux. Leurs  fruits  broyés  donnent  une  couleur  rouge 
allez  belle  ,  mais  qui  fe  fanne  promptement ,  en  forte 
qu'on  en  fait  peu  de  cas.  (  D.^.  ) 

SOLANTO,  {^Géog.  mod.')  en  latin  SolusowSo- 
lantum  ,  bourg  ,  autrefois  ville  de  Sicile  ,  dans  le  Val 
de  Mazara,  entre  Palerme  ôcTermini,  à  l'orient  fep- 
tentrional  de  Monte-Alfano.  M.  de  Lille  appelle  ce 
bourg  le  fort  de  Solanto.  (Z).  /.  ) 

SOL.4NUM  ,  f.  m.  {Botan.')  Tournefort  compte 
trente-quatre  eipeces  dejolanum,  entre  lefquelles  il 
y  en  a  une  principalement  d'ulage  en  Médecine  ,  & 
une  autre  en  aliment;  mais  l'efpece  defo/anum-nom- 
mé  belladonna  majoribusjolùs  &  jloribus  ,  par  Tour- 
nefort 1.  R.  H.  77,  ell  un  véritable  poifon. 

Le  folanum  d'ufage  en  Médecine  ell  nommé  foU- 
nurn  nigrum,  vulgare  ,  /.  R.  H.  149  ,  en  anglois  che 
commun  night-shade  ,  &  en  françois  ,  morellc.  Foyc:;^ 
MORELLE. 

L'efpece  de  folanum  dont  la  racine  eft  d'ufage  en 
aliment,  ell  \c  folanum  tuberofum  ejculentum^  I.  R.  H, 
149  ,  en  françois  batate  .,  patate ,  pomme  de  terre  ,  topi- 
nambour. Foyei  Pomme  de  terre  &  Topinam- 
bour. 

La  belladonna  de  Tournefort,  de  Bocrhaave,  de 
Clufuis,  de  Dillenlus  &  autres  botanilles,  ell  \e  fola- 
num leihaU  de  Ray ,  hiji.  1.  ^iyc)  ;  folanum  melanocera- 
fus^C.  B.  P.  166,  folanum  rnaniacum,  J.  B.  3.611. 
folanum  fomniferum  ,  Phyt.  Brit.  i  i  5  .,  folanum  furio- 
fum  lur  idc  pur  pur  eo flore  calathoide^  mclanoceraf us. Pliik.. 
Almag.  1.352. 

C'ell  le  plus  grand  de  tous  les  folanum  ;  il  a  plu- 
fieurs  racines épallles,  longues,  éparfes, fortes,  d'où 
partent  de  grandes  tiges  angulaires  qui  s'élèvent  à  la 
hauteur  de  l'homme  6c  plus,  environnées  de  feuilles 
<l'un  verd  fale,  de  la  figure  de  celles  de  la  morellc 
ordinaire  ,  mais  beaucoup  plus  larges  ;  fes  fleurs  font 
difperlées  parmi  les  feuilles  ;  elles  croilTent  léparé- 
jnent  fur  de  longs  pédicules  i  elles  ibnt  larges ,  pro- 


SOL 

fondes ,  en  cloche  ,  divlfées  en  fix  fegmens  â  leurs 
extrémités,  d'un  brun  foncé  ,  verdâtrcsà  l'extérieur, 
&  purpurines  au-dedans.  Elles  font  place  à  des  baies 
larges ,  luilantcs ,  rondes ,  noires ,  comme  des  cerifes, 
placées  fur  un  calice  brunâtre  ,  &  pleines  d'une  pul- 
pe purpurine,  fucculente  ,  d'un  goût  fade  &:  douçâ- 
tre;  cette  pulpe  ell  parfemée  de  petites  graines  plates. 

Ce  font  les  fruits  de  cette  plante  qui  produifent 
des  convulfions ,  des  battemens  de  cœur  terribles , 
l'aliénation  de  l'cfprit,  &  la  mort.  Les  mémoires  de 
l'académie  royale,les  Tranladlons  phllolophiques,&: 
d'autres  ouvrages ,  n'ont  cité  que  trop  d'exemples 
des  qualités  funelles  de  cette  plante.  Ray  rapporte, 
d'après  Hochlletter ,  qu'un  frère  mendiant  à  Rome 
ayant  bu  d'une  infufion  de  belladonne  ,  perdit  les 
fens,  &  qu'il  les  recouvra  en  buvant  un  verre  de  vi- 
naigre. Il  ell  très-vrailTemblable  que  le  meilleur  re- 
mède contre  ce  poifon,  ainfl  que  contre  lejiramo- 
nium ,  feroit  les  acides  végétaux  précédés  d'une  bolf- 
fon  copieufe  d'eau  &  de  miel  émétifés.  Les  peintres 
en  miniature  font  macérer  le  fruit  du  folanum  mela- 
nocirafus ,  &  en  préparent  un  alTez  beau  verd.  {D.  7.) 

SOLARIUM  , f.  m.  (  Littéral.  )  c'ell  une  efplanade, 
ou  un  lieu  élevé  à-découvert  au  foleil ,  où  l'on  fe 
promenoit ,  comme  on  l'apprend  d'Ifidore  &  duglof- 
faire  de  Cyrille. 

Solarium  efl  aufll  un  cadran  au  foIeil.Vitruve  a  dé- 
crit plufieurs  fortes  de  cadrans  au  foleil ,  liv.  IX.  de 
fon  architedure.  Ç  D.  J.) 

SOLBAM ,  (  Maréchal.  )  fe  dit  d'un  cheval  dont  la 
foie  ell  foulée. 

SOLBATURE  ,  f.  f.  terme  de  Maréchal,  foulure  8C 
meurtriflîire  de  la  chair  qui  ell  fous  la  foie ,  &  qui 
ell  froilTée  &  foulée  par  la  foie ,  c'ell-à-dire  la  pe- 
tite femelle  de  corne  du  pié  du  cheval ,  quand  cet 
animal  a  marché  long  -  tems  pié  nud  ,  &  quand  la 
foie  ell  trop  deflechée.  (2?.  /.  ) 

SOLBAZAR ,  (  Géog.  mod.  )  bourgade  de  la  Tur- 
quie en  Afie  ,  dans  l'Anatolie  ,  à  une  petite  dillance 
de  Madré.  C'ell ,  félon  Léunclavius  ,  l'ancienne  Lfa^ 
lona  ,  ville  de  l'Afie  mineure  ,  près  du  Méandre. 
{D.J.) 

SOLDANELLE ,  f.  î.foldantlla ,  (  Hifl.  nat.  Bot.  ) 
genre  de  plante  à  fleur  monopétale  en  forme  de  clo- 
che ,  &  ordinairement  frangée.  Le  pillil  fort  du  ca- 
lice ,  il  ell  attaché  comme  un  clou  à  la  partie  infé- 
rieure de  la  fleur  ,  6d  il  devient  dans  la  fuite  un  fruit 
cylindrique ,  qui  s'ouvre  par  la  pointe  ,  ôi  qui  ren- 
ferme plufieurs  femences  attachées  à  un  placenta, 
Tournefort ,  inf..  rei  herb.   Voye^^  Plante. 

Selon  Linnsus  ,  le  caUce  de  la  fleur  ell  droit ,  du- 
rable &divifé  en  cinq  fegmens  aigus  ;  la  fleur  efl:  mo- 
nopétale ,  en  cloche  ,  qui  s'élargit  jufque  dans  les 
bords  où  règne  une  dentelure  ;  les  étamines  font  cinq 
filets  plats  ;  leurs  boflTettes  font  fimples  ;  le  germe 
du  piftil  eft  arrondi  ;  le  llile  eft  menu  ,  de  la  longueur 
de  la  fleur  ,  &  fubfille  après  elle  ;  le  ftigma  efl  ob- 
tus ;  le  fruit  eft  une  capfule  oblongue  ,  cyhndrique, 
contenant  une  feule  loge  ;  les  graines  font  très-nonv 
breufes ,  extrêmement  petites  &  pointues. 

La  principale  efpece  dç.  foldanelle  eft  nommée  par 
Tournefort ,  convolvulus  maritimus  nojlras  ,  rotundi- 
foins  ,  /.  R.  H.  <?j.  Sa  racine  eft  fibreufe  &  menue. 
Elle  poulTe  plufieurs  tiges  grêles  ,  pliantes  ,  farmen- 
teufes  ,  rougeâtres  ,  rampantes  fur  terre.  Ses  feuilles 
font  fphéroides  ,  liftes ,  luifantes  ,  femblables  à  cellçs 
de  la  petite  chélidoine,  mais  plus  épaiflTes,  remplies 
d'un  lue  laiteux  ,  &  portées  fur  de  longs  pédicules. 
Ses  fleurs  font  des  cloches  à  bords  renverfés  comme 
celles  des  autres  eipeces  de  liferon  ,  affez  grandes , 
&  de  couleur  purpurine.  Il  leur  fuccede  des  fruits 
prefque  ronds  ,  membraneux  ,  qui  renferment  des 
femences  anguleules  6i.  noires  pour  l'ordinaire.  Cettç 


SOL 

plante  croît  fréquemment  fur  les  rivages  fablonneux 
de  la  mer,  &:  fiturit  en  été.^  {D.  /.) 

SoLKANELLE,  (  Mut.  mcdic.  )  chou  marin.  Cette 
plante  ell  comptée  parmi  les  purgatifs  hydragogues, 
c'ert-ù-dire  violcns.  On  remj;loic  quelquefois  dans 
l'hydropifie  ,  la  paialyfie  &  les  maladies  invétérées 
de  la  neau.  On  donne  Ion  lue  dépure  à  la  dofe  de 
demi-once  ;  fon  extrait  à  celle  d'un  gros  ;  la  plante 
féchce  èz.  réduite  en  poudre  à  la  dole  d'un  gros  juf- 
qu'à  deux  dans  de  l'eau  ou  dans  du  bouillon.  A«j'<;^ 

PURGATII'. 

Les  feuilles  fcches  de  foldanclU  entrent  dans  la 
poudre  hvdragogue  de  la  Pharmacopée  de  Paris. 

SOLDAT,  f,  m.  (^Art  militaire.')  eft  un  homme  de 
guerre  ,  qui  s'en^^age  de  fervir  un  prince  ou  un  état 
moyennant  une  certaine  paye. 

Ce  mot  cft  formé  de  l'italien  foldato  ,  &  celui-ci 
du  latin  foUda  ,  ou  folidata  ,  ou  jolidus  ,  folde  ou 
paye;  cependant  Paiquier  aime  mieux  le  dériver  du 
vieil  mot  •^piwXoxs  foUt  doycr ,  un  foldier  ;  ècNicode 
le  fait  venir  dcfoldunus. 

Le  fbldat  eil  celui  qui  reçoit  la  paye  ;  le  vaffiil  efl 
celui  qui  eft  obligé  de  fervir  à  les  propres  dépens  ; 
le  volontaire  eil;  celui  qui  fert  à  fcs  dépens ,  mais  de 
bonne  volonté.  A^o/c{  Vassal,  &c. 

DuCange  remarque  que  les  anciens  fo/djcs  ne  dé- 
voient poiiit  avoir  moins  de  cinq  pies  &Z  demi  de 
haut  ,  éi.  qu'on  appelloit  cette  meliire  incomma  ou 
incoma.  Chambcrs. 

On  doit,  félon  Vegece,  s'attacher  fur  toute  chofe 
à  connoîrre  par  les  yeux  ,  par  l'enfemble  des  tnùts 
du  vifage,  &  par  la  conformation  des  membres,  ceux 
qui  peuvent  faire  les  meilleurs /o/J./w.  Il  y  a,  dit  cet 
auteur,  des  indices  certains  oL  avoués  par  les  gens 
d'expérience  pour  juger  des  qualités  guerrières  dans 
les  hommes  ,  comme  pour  connoître  la  bonté  des 
chevaux  &  des  chiens  de  chalfe.  Le  nouveau /à/^/^/ 
doit  avoir  les  yeux  vifs  ,  la  tête  élevée  ,  la  poitrine 
large  ,  les  épaules  fournies ,  la  main  forte ,  les  bras 
longs  ,  le  ventre  petit ,  la  taille  dégagée,  la  jambe  & 
le  pié  moins  charnus  que  nerveux.  Ces  qualités  peu- 
vent difpenfer  d'infifter  fur  la  hauteur  de  la  taille  , 
parce  qu'il  eil  plus  néceilaire  que  les  foldats  folent 
roburtes  que  grands.  Nouv.  trad.  de  Vegece.  On  pré- 
fère les  foldais  levés  dans  la  campagne  à  ceux  des 
villes  ,  parce  qu'ils  font  plus  propres  à  foutenir  les 
travaux  &;  les  fitig\ies  militaires.  (  Q  ) 

Soldats  de  marine,  (^Marine.)  ce  font  àesfol- 
dats  qu'on  emploie  fur  mer  ,  &  qui  travaillent  à  la 
manœuvre  des  écoutes  &des  couets. 

Soldats  gXrdiens  ,  (^Manne.)  foldats  qu'on  en- 
tretient fur  les  ports.  Il  y  en  a  trois  cent  dans  le 
port  de  Toulon  ;  &  pareil  nombre  dans  les  ports  de 
Breft  &  de  Rochefort  ;  &  cinquante  au  Havre-de- 
Crace  ;  outre  300  qu'on  entretient  à  la  demi-folde 
dans  chacun  de  ces  trois  premiers  ports. 

SOLDE  ,  f.  f  {Art  militaire!)  c'elt  la  paye  que  l'on 
donne  à  chaque  homme  de  guerre.  Chez  les  Grecs  , 
les  loldats  faifoient  d'abord  la  cuerre  à  leurs  dépens  ; 
ce  qui  étoit  très-naturel  ,  puilque  c'étoient  les  ci- 
toyens mêmes  qui  s'unifloient  pour  défendre  leurs 
biens  ,  leur  famille  &  leur  vie.  Périclès  fut  le  pre- 
mier qui  établit  une  paye  aux  foldats  athéniens. 
Chez  les  Romains  ,  le  lervice  militaire  fe  faifoit  gra- 
tuitement dans  les  premiers  tems  de  la  république. 
Ce  ne  fut  que  plus  de  440  ans  après  la  fondation  de 
Rome  que  le  fénat ,  à  l'occafion  du  fiege  deVéïes 
qui  fut  fort  long  ,  ordonna  ,  ians  en  être  requis,  que 
la  république  payeroit  aux  foldats  une  Ibmme  réglée 
pour  le  ff  rvice  qu'ils  rcn  Jroient.  Pour  fournir  à  cette 
paye  ,  on  impoia  un  tribut  fur  les  citoyens  à  propor- 
ti^m  de  leur  revenu.  Quoique  le  foldat  ne  lervît  or- 
dinairement que  la  moitié  de  l'année,  il  étoit  payé 


SOL 


311 


de  Tannée  entière.  Cette  paye  ne  fut  d^abord  accor* 
dit.  qu'aux  tantallîns  ,  mais  les  cavaliers  l'obtinrent 
aulii  trois  ans  après.  Lors  de  l'établifTement  des  com- 
pagnies d'ordonnances  par  Charles  VIL  en  1445,  la 
Jhldc  de  chaque  gendarme  ,  pour  lui  '6c  pour  toute  fa 
lance  fournie,  vc>/«;ç  Lance  ,  étoit  de  trente  f-ancs 
par  mois.  Les  bourgeois  des  villes  <k.  les  habitans  dô 
la  campagne  payoient  cette  folde ,  &  1  impofition  or-» 
donnée  à  ce  iujet  fut  appellée  la  tml'e  des  gendarmes^ 
Le  P.  Daniel  prétend  que  c'eft  là  le  commencement 
des  tailLs  ordinaires.  Cette /b'de ,  dit  cet  auteur,  pa« 
roîtra  bien  petite  eu  égard  à  l'équipage  6c  à  la  fu  te 
du  gendarme  ,  &  elle  le  feroit  fans  doute  de  notrô 
tems  ;  mais  alors  une  telle  fomme  étoit  confidwr  ible, 
à  caufe  du  prix  des  vivres  ;  car  nous  voyons  par  les 
ordonnances  de  Louis  XI.  &  même  de  François  L 
qu'un  mouton  à  la  campagne  ne  c  )Ufoit  que  5  fols  , 
pourvu  qu'on  rendît  la  peau  6c  la  graiffe  qui  fer- 
voit  à  faire  du  liiit.  Q^tte  folde  fut  depuis  augmentée 
par  la  raifon  contraire.  Hifl.  de  la  mi:i:.ef.inç. 

A  l'égard  de  la.  folde  ou  de  la  paye  que  les  troupes 
ont  à  préfent ,  voye[  le  c^de  militaire  de  M.  Briquet  , 
ou  les  élémens  de  fart  militaire  par  M.  d'Héricourt. 

Pendant  la  guerre  ,  la  paye  des  troupes  fe  fait  de 
de  dix  jours  en  dix  jours  ,  &  de  cinq  en  cinq  pendant 
la  paix  ,  &  toujours  d'avance  ;  c'ell  ce  qu'on  appelle 
le  prâ.  Fojei  PrÊT.  (Q  ) 

Solde  de  coiMpte,  (Commerce^  fomme  qui  fait 
la  différence  du  débit  &  du  crédit  lorfque  le  compte 
eil:  arrêté  &  vérifié.  Dicl.  de  comm.  &  de  Trév,  Voye:^ 
Compte. 

SOLDER  UN  COMPTE,  (Commence.  )  c'ell  le  cal- 
cu.ler  ,  le  régler ,  l'arrêter  ,  en  faire  la  balance.  Voye:^^ 
Balance  &-  Compte. 

SOLDIN  ,  {Géog.  mod.)  petite  ville  d'Allemagne» 
dans  la  nouvelle  Marche  de  Brandebourg.  Il  y  a  une 
collégiale,  compofée  de  douze  chanoines.  Z,o/z^.  j  2. 
SS.Utit.  33.  {D.  J.) 

SOLDURIER,  (^/?.  des  Gaules.)  on  appelloit 
folduriirs  dans  les  Gaules  certains  braves  qui  s'atta- 
choient  à  un  prince  ou  à  un  feigneur ,  pour  av'oir  part 
à  la  bonne  ou  à  fa  mauvaile  fortune  ;  lorfque  le  fei- 
gneur périiToit  dans  im  combat ,  ils  mouroient  avec 
lui,  ou  fe  tuoient. après  fa  défaite.  Ao/e{  Célar  , 
l.  m.  de  la  guerre  des  Gaules.  {D  J.) 

SOLE  ,  f.  (.Jolea  ,  lingu/jca  ,  {flifi.  nat.  hhthiol^ 
poiffon  de  mer  ,  dont  la  figure  a  quelque  rapport  à 
celle  d'un  langue  de  boeuf;  il  eil  phis  long  ,  plus  plat 
6c  moins  large  que  la  plie;  la  face  inférieure  du  corps 
a  une  couleur  blanche  ,  6c  la  face  lupé;  ieure  efl  noire  ; 
les  mâchoires  font  courbes  ,  6c  n'ont  point  de  dents. 
Il  y  a  fur  chacune  des  faces  du  corps  un  trait  droit 
qui  s'étend  depuis  la  tète  julqu'à  la  cjueue  ;  les  yeux 
font  placés  fur  la  f^ce  iupérieure  de  la  tête  ;  les  na- 
geoires des  ouïes  ont  la  même  couleur  que  la  partie 
du  corps  où  elles  fe  trouvent  ;  celle  du  dos  6c  celle 
du  ventre  font  blanches  en  -  deilbus  6c  noires  en- 
delfus  ;  la  première  s  étend  fur  toute  la  longueur  du 
dos  ;  l'autre  ne  commence  qu'au-delfous  de  l'anus, 
6c  fe  prolonge  auffi  julqu'à  la  queue  dont  la  nageoire 
n'ell  pas  fourchue.  La  lole  craint  le  froid,  6c  lé  cache 
au  fond  de  la  mer  pendant  l'hiver.  Sa  chair  elt  dure, 
vifqueufe  ,  très-nourrilfante  6c  de  bon  goût ,  lur-tout 
lorfqu'elle  a  été  gardée  quelque  tems  ,  c'ell  pour 
cette  raifon  que  les  foies  font  meilleures  à  Paris  que 
fur  les  côtes  où  on  les  pêche.  Rondelet ,  hifl.  nat. 
d(S  poi(jons  ,  part.  l.  liv.  XL  chap.  x.  Voye^  POIS- 
SON. 

11  feroit  fingulier  que  la  nature  eût  réfervé  à  de3 
inftftes  le  foin  de  faire  éclore  des  œufs  de  poiflbns. 
C'ell  pourtant  un  fentiment  que  M.  Dellandes  a  ado- 
pté par  rapport  aux  œufs  de  foie ,  comme  il  paroît 
par  V/ii/l.  de  facad.  des  Scienc.ann.  lyii  II  a  penfé 
que  les  foies  ctoicnt  produites  par  une  efpece  de 


3  Î2 


SOL 


petite  ccrcviffe  de  mer  qu'on  nomme  duvnttc  ou 
crevette.  M.  Dcllandcs  en  fit  pccherune  grande  quiji- 
tltc  ,  &  les  mit  dans  une  baille  pleine  d'eau  de  mer; 
au  bout  de  douze  à  trci/.e  joiu-s  il  vit  huit  ou  dix  pe- 
tites foies.  U  répéta  l'expérience  plufieurs  fols ,  tou- 
jours avec  le  même  luccès;  il  mit  enfuite  des  Joks 
Ua.'is  ims  baille  ;  &  quoiqu'elles  frayaffent ,  il  n'y 
j)arut  point  de  petites  foies. 

Il  a  de  plus  trouvé,  que  quand  on  a  nouvellement 
péché  des  chevrettes  ,  on  leur  voit  entre  les  pies 
pUilicurs  petites  vefTies,  inégales  en  grofîeur  &  en 
nombre ,  tbrtement  collées  h  leur  eftomac  par  une 
liqueur  gluante.  Ayant  examiné  ces  velîies  avec  un 
mîcrolcope,il  y  a  vu  une  efpccc  d'embryon  qui  avoit 
l'air  d'une  fyle  ;  d'oii  il  conclud  que  les  œufs  de 
fo/e  ,  pour  éclore ,  doivent  s'attacher  à  des  che- 
vrettes. 

M.  Lyonnet  n'a  pas  voulu  dlfputer  cette  conclu- 
fion  ;  mais  il  lui  femble  avec  raifon  que  M.  Def- 
landcs  auroit  pu  rendre  fon  expérience  plus  fure ,  û 
au-Ueu  de  la  grande  quantité  de  chevretes  qu'il  a 
mifcs  dans  fa  baille,  &  parmi  lefquelles  il  fe  feroit 
alfément  pu  mêler  quelques  petites  foies  ,  fans  qu'il 
s'en  fût  apperçu,  il  fe  fut  comenté  de  prendre  quel- 
ques chcva'ettes  chargées  des  vefTies  dont  il  parle  ; 
6c  qu'après  avoir  compté  ces  vefTies,  il  eût  mis  cha- 
que' chevrette  à  part  dans  un  peu  d'eau;  fi  pour  lors 
en  trouvant  après  quelques  jours  une  petite  foie 
dans  l'eau ,  il  eût  aufTi  trouvé  une  velTie  de  moins 
à  la  chevrette  placée  dans  le  même  vafe ,  ç'auroit  été 
une  preuve  que  la  foie  feroit  née  d'une  veflie  atta- 
chée h  la  chevrette;  mais  encore  n'auroiî-ce  pas 
pas  été  une  preuve  que  les  œuts  de  foie  ont  beloin 
de  fes  infedes,  6c  qu'ils  ne  pourroient  éclore  fans 
cela. 

Si  les  œufs  de  celles  qui  avoient  frayé  dans  la 
baille  font  demeurés  ftériles ,  &  que  les  autres  aient 
produit  des  poiilbns,  la  railbn  de  cette  différence 
peut  bien  avoir  été,  ou  que  les  mâles  n'ont  pas  fer- 
r.illfé  le  frai  des  premières  ,  &  qu'ils  auront  rendu 
fertile  celui  dont  les  œufs  fe  font  attachés  aux  che- 
vrettes ;  ou  bien  que  ces  œufs  ayant  befoin  d'agita- 
tion pour  éclore  ,  les  premiers  n'ont  pas  eu  dans  la 
baille  l'agitation  nécellàire  qu'ils  auroient  reçue  dans 
la  mer,  tandis  que  les  chevrettes  par  leur  mouve- 
ment auront  procuré  une  agitation  îiiffifante  aux  au- 
tres. Toutes  ces  réflexions  prouvent  qu'on  ne  fau- 
roit  être  trop  réfervé  à  étabUr  des  faits  fur  des  expé- 
riences douteufes ,  &  qu'on  croit  démonflratives. 
{D.J.) 

Sole,  f.  f.  (^Marlne.^  c'eft  le  fond  des  bâtimens  qui 
n'ont  pas  de  quille ,  tels  que  la  gribane ,  le  bac ,  &c. 

Soles  ,  (^Âlarine.)  pièces  du  fond  d'un  affût  de 
bord. 

Sole,  f.  f.  {Arch'uecî.^  «c'eft  une  groffe  pièce  de 
bois  d'équarrl{iage,.qui  avec  une  autre  pièce  qu'on 
appelle  \z  fourchette ,  fait  la  bafe  d'une  machine  à  éle- 
ver des  fardeaux  qu'on  nomme  un  engin.  C'eft  fur 
le  milieu  de  la  foie  que  pofe  le  poinçon  ,  &  fes  bras. 
Les  fonmttcs^  autre  machine  pour  battre  des  pieux, 
ont  pareillement  leur  j'oie ,  de  deffus  laquelle  s'élè- 
vent les  montans  à  coullffe  &  leurs  bras.  Les  foies 
font  encore  les  deux  pièces  de  bois  pofées  en  croix 
fur  un  maffif  de  pierre  ou  de  maçonnerie  ,  fur  le  mi- 
lieu defqu elles  eft  appuyé  &  arbouté  l'arbre  ou 
poinçon  qui  porte  la  cage  d'un  mouhn  à  vent,  & 
îûr  lequel  il  tourne.  En  général ,  toutes  les  pièces 
de  bois  qui  pofent  h  terre  pour  foutenir  quelque 
conflruclion ,  machine  ou  bâtiment ,  &  fur  leiquelles 
on  les  élevé,  s'appellent  des  foies.  CD.  7.) 

Soles,  f  f.  pi.  {Mjçonn.)  ce  Ibnt  les  jettées  du 
plâtre  au  panier,  que  les  maçons  font  avec  la  truelle 
pour  former  les  enduits.  (Z?.  /.) 
>    SoLEjf.  f.  (^/^ffrie.)  c'ell  une  certaine  étendue  de 


SOL 

champ  fur  laquelle  on  fem.e  fuccefîîvement  par  an» 
nées  ,  des  blés ,  puis  des  menus  grains  ,  &  qu'on  lalffe 
en  jachère  la  trolfieme  année.  On  dlvife  ordinaire- 
ment une  terre  en  trois  foies.  CD.  J. ) 

Soles,  f.  f.  pi.  (Cluirpent.)  On  appelle  ainfi  toutes 
les  pièces  de  bois  npfées  de  plat ,  qui  fervent  à  faire 
les  empattemcns  des  mp.chines,  comme  des  grues, 
engins  ,  &c.  On  les  nomme  racinaux ,  quand  au-lieu 
d'ccrc  plates ,  elles  font  prefque  quarrées.  Daviler. 
(Z>./.) 

SoLE,f,  f.  ÇComr/i.)  place  publique  ou  étape  oil 
l'on  étale  les  marchandliès,  6c  où  on  les  met  comme 
en  dépôt  pour  être  vendues.  Les  marchands  de  vin 
en  gros  font  tenus  de  mettre  dans  les  foies  de  l'hôtel 
de  ville  leurs  vins ,  pour  en  payer  le  gros.  Dicïionn. 
de  commerce.  (  Z?l  /.  ) 

Sole  ,  (^Maréchal.)  On  appelle  alnfi  le  delTous  du 
pié  du  cheval.  C'eft  une  efpece  de  corne  beaucoup) 
plus  tendre  que  l'autre  qui  l'environne ,  &  qui  à 
caufe  de  fa  dureté ,  eft  appellée  proprement  la  corne^ 
Un  fer  qui  porte  fur  la  foie,  peut  fouler  un  cheval, 
le  faire  boiter ,  &  lui  meurtrir  la  chair  qui  la  fépare 
du  petit  pié. 

Cheval  deffolé  eft  celui  à  qui  on  a  ôté  la  foie  fans 
tousher  à  la  corne  du  fabot.  On  ôte  la  foie  pour  plu- 
fieurs accidens ,  ck;  en  moins  d'un  mois ,  elle  peut  être 
entièrement  rétablie. 

Sole,  (Fénerie.')  Ce  mot  en  terme  de  chaffe,  fignifîe 
le  milieu  du  deffous  du  pié  des  grandes  bêtes.  (Z?,  7.) 

Sole  ou  Soulle  ,  jeu  de  la ,  {^fiifl.  mod.  )  Le  Jeu 
de  h  foie  ou  de  \à  foulle  étoit  en  ufage  autrefois 
dans  le  Berry,  le  Bourbonnols  ,1a  Picardie ,  &  peut- 
être  ailleurs.  Ce  mot  vient,  félon  M.  du  Cange,  de 
folea ,  une  femelle  de  foulier,  parce  que  c'étoit  avec 
la  plante  du  pié  que  l'on  poulibit  l'inftrument.  On 
jouoit  à  h  foie  dès  le  xiv.  fiecle  en  plufieurs  endroits 
du  royaume.  En  certains  pays,  ce  jeu  s'appellolt  la 
foule,  en  d'autres,  la  chéole.  On  voit  ce  jeu  défigné 
dans  les  ordonnances  de  nos  rois  &  dans  les  flatufs 
fynodaux.  L'inftrument  du  jeu,  s'il  étoit  gros,  s'ap- 
^eWoit foule,  6cfoulette,  s'il  étoit  petit ,  en  baffe  Bre- 
tagne s'appellolt  mellat  en  langue  vulgaire  du  xv.  fie- 
cle ,  qui  eft  le  tems  auquel  Raoul  évêque  de  Tré- 
guler  le  défendit.  Son  ftatuteft  de  l'an  1440,  &  on  le 
trouve  au  tom.  It^.  du  tlufuuius  anecdotorum  des  PP. 
Martenne  &  Durant.  L'ordonnance  de  Charles  VI. 
qui  parle  de  ce  jeu  auquel  les  payfans  du  Véxin  s'exer- 
çoient  devant  la  porte  de  l'abbaye  de  Notre-Dame 
de  Mortevert,  le  jour  de  carême -prenant,  eft  de 
l'an  1387.  Une  autre  autre  ordonnance  du  roi  Char- 
les V.  qui  eft  de  l'an  i  369,  met  ce  jeu  dans  le  rang 
de  ceux  qui  font  défendus,  comme  ne  fervant  nulle- 
ment à  dreffer  la  jeuneffe  pour  la  guerre.  Layo/e, 
félon  M.  Ducange ,  étoit  un  ballon  enflé  de  vent, 
ou  une  boule  de  bois,  &  peut-être  l'un  &;  l'autre. 
Dans  un  décret  ou  ftatut  du  châtelet  de  Paris  de 
l'an  1493  ,  il  en  eft  encore  parlé  fous  le  nom  du  jeu 
de  la  foule. On.  affure  que  les  peuples  de  quelques  vil- 
lages de  l'archlprêtré  d'Hérifcon  en  Bourbonnols  , 
croyolent  autrefois  honorer  Saint  Jeant  l'évangelifte 
ou  Saint-Urfin,  en  courant  la  l'oie  ;  c'eft-à-dlre,  que 
cet  exercice  fe  falfoit  dans  l'une  de  ces  paroiffes 
le  27  de  Décembre ,  &  dans  une  autre ,  le  29  du 
môme  mois.  Voye:;^  M.  Ducange  &  fes  continuateurs 
dans  le gloffarium  média:  &  infimes  latinitatis ,  aux  mots 
ludi ,  cheoUre ,  mellat ,  &c.  Le  même  M.  Ducange, 
dans  fa  viij.  d'iffertat'ion  fur  Joinville  ,  &  le  mercun 
de  Mars  '7j3,  où  l'on  trouve  plufieurs  réflexions 
de  M.  Lebeuf,  chanoine  &  foufchantre  d'Auxerre, 
fur  le  même  fujet.  Supplément  de  Moréry. 

SOLEA  ,  (  Ant'iq.  rom.  )  riche  chauffure  d'or  & 
de  (oie  ,  avec  une  feule  femelle  de  cuir.  (  D.J.^ 
SOLÉCISME  ,  f.  m.  (  Gram.  )  quelques  grammai- 
riens 


SOL 


SOL 


Srièns  ont  prétendu  que  ce  mot ,  qui  fe  dit  en  grec 
ffoXoïKis-f^K  ,  ert  formé  de  ces  mots  ,  iwa  Xoyov 
akiiriJ.oç  ^  fani  fcrmonis  indigna  corruptio  ,  corruption 
d'un  langage  lain.  Mais  cette  origine  ,  quoiqu'ingé- 
nieufe  &  probable  en  foi  ,  cft  démentie  par  l'hif- 
toire, 

«  Ce  mot  efl  formé  de  '^-ô'KotKci  ,  qui  fignifîe  les  ha- 
»  titans  di.  la  ville  appellce  5"eAo/ ,  comme  A-^poïKci  , 
»  les  habitans  de  la  campagne  ».  [  La  terminaifon  oikci 
vient  de  ««c?,  domus;  d'où  cIkuu,  hubitn  ].«  De  ''^cXcmct 
»  on  a  fait  nhoty-t  Çnv  ,  imiter  les  hahicans  de  la  vil'e 
>y  appelle  -  sAo/ ,  comme  de  A^paKs; ,  âyponuXuv ,  imi- 
»  cer  les  gens  de  la  campagne  ».  Foyes;^  ImitATIF. 

«  Il  y  avoit  deux  villes  de  ce  nom  ,  l'une  en  Cili- 
»  cie  ,  fur  les  bords  du  Cydnus ,  l'autre  dans  file  de 
»  Chypre.  Ces  deux  villes  ,fuivantun  grand  nombre 
M  d'auteurs  ,  avoicnt  été  fondées  par  Solon,  La  ville 
»  qu'il  avoit  bâtie  dans  cette  province  ,  quitta  dans 
»  la  fuite  le  nom  de  fon  fondateur ,  pour  prendre 
»  celui  de  Pompée ,  qui  l'avoit  rétablie.  A  l'égard  de 
»  celle  de  l'ile  de  Chypre  ,  Pîutarque  nous  a  con- 
»  fervé  l'hifloire  de  fa  fondation.  Solon  étant  paffé 
»  auprès  d'un  roi  de  Chypre  ,  acquit  bientôt  tant 
»  d'autorité  fur  fon  efprit ,  qu'il  lui  perfuada  d'aban 
»  donner  la  ville  où  il  faifoit  fon  féjour  :  l'affiette  en 
M  étoit  à  la  vérité  fort  avantageufe  ;  mais  le  terrein 
»  qui  l'environnoit  étoit  ingrat  &  difficile.  Le  roi 
»  fuivit  les  avis  de  Solon  ,  Se  bâtit  dans  une  belle 
»  plaine  une  nouvelle  ville  ,  auiîi  forte  que  la  pre- 
»  mrere  ,  dont  elle  n'étoit  pas  éloignée  ,  mais  beau- 
»  coup  plus  grande  &  plus  commode  pour  la  fubfif- 
»  tance  des  habitans  On  accourut  en  foule  de  toutes 
»  parts  pour  la  peupler;  &  il  y  vint  fur-tout  un  grand 
»  nombre  d'Athéniens ,  qui  s'étant  mêlés  avec  les  an- 
»  clens  habitans ,  perdirent  dans  leur  commerce  la 
»  politeffe  de  leur  langage ,  &  parlèrent  bientôt  com- 
»  me  desbarbares  :  de-là  le  nom  a-oXoty-oi ,  qui  eftleur 
»  nom ,  fut  fubilitué  au  mot  ^«'pCstpo/ ,  &  a-oXo/y-t'^uv ,  à 
»  CupCctpi"(uv ,  qu'on  employoit  auparavant  pour  défi- 
»  gner  ceux  qui  parloient  un  mauvais  langage  ».  Mém. 
de  tacad.  royale  des  Infor.  &  Belles-lettr,  tom.  V.  Hijf, 
pag.  3.10. 

Lq  nom  de  folécifme  ,  dans  fon  origine,  fut  donc 
employé  dans  un  fens  général ,  pour  défigner  toute 
efpece  de  faute  contre  l'ufage  de  la  langue  ;  &  il  étoit 
d'abord  fynonyme  de  barbarifme. 

Mais  le  langage  des  fciences  &  des  arts  ,  guidé 
par  le  môme  eiprit  que  celui  de  la  fociété  générale  , 
nefouffrc  pas  plus  les  mots  purement  fynonymes  : 
ou  il  n'en  conferve  qu'un  ,  ou  il  les  différencie  par 
des  idées  dillindives  ajoutées  à  l'idée  commune 
qui  les  rapproche.  De-là  la  différence  que  les  Gram- 
mairiens ontmife  entre  les  deux  mots  ^folecifme  & 
barbarifme,  &c  que  M.  du  Marfais  a  expofée  avec  net- 
teté au  mot  Barbarisme. 

Théophrafte  &  Chryfippe  avolent  fait  chacun  un 
ouvrage  intitulé  riep/  (joXotnK^fjnw  ;ce  qui  prouve  l'er- 
reur d'Aulu-Gelle ,  /.  F.  c.  xx.  qui  prétend  que  les 
écrivains  grecs  qui  ont  parlé  purement  le  langage 
attique  ,  n'ont  jamais  employé  ce  mot ,  &  qu'il  ne  l'a 
vu  dans  aucun  auteur  de  réputation.  (  B,  E.  R.  M.  ) 

SOLEIL  i".  m.  en  ^(Ironoiiiie  ,  eft  le  grand  affre 
qui  éclaire  le  monde  ,  &  qui  par  fa  préfence  coniti- 
tue  le  jour.  Foye^  Jour. 

On  met  ordinairement  Icfoleil  au  nombre  des  pla- 
nètes ;  mais  on  devroit  plutôt  le  mettre  au  nombre 
des  étoiles  fixes.  Foye^  Étoile  ,  Planète. 

Suivant  l'hypothèfe  de  Copernic ,  qui  eft  à-pré- 
fent  généralement  reçue  ,  &  qui  même  efl  appuyée 
par  des  démonllrations ,  le Jolcil  e(l  le  centre  du  fy(- 
tcme  des  planètes  &C  des  comètes  ;  autour  duquel 
toutes  les  planètes  &c  les  comètes  ,  ik  entr'autres 
cotre  terre ,  font  Igurs  rcvvluûoHi^  Çjfl  (Jç$  jfçnib  dJifc- 
Tome  XF, 


3T5 


réns  i  fuivant  leurs  différentes  dillances  du  foieif, 
Foyei  Particle  Planete. 

La  grande  diffance  de-la  terre  au  foUil  eft  l'uni- 
que caufe  qui  nous  empêche  d'en  appercevoir  la 
fphéricité  ,  ce  qui  n'efl:  pas  fort  étonnant ,  puifquê 
nous  ne  voyons  pas  même  celle  de  la  lune  ,  qui  eu 
beaucoup  moins  éloignée  de  nous  :  au  lieu  d'apper- 
ccvoir  leur  furface  fphérique ,  nous  jugeons  au  con- 
traire l'un  &  l'autre  planes  ou  comme  des  difques  ^ 
au  milieu  defquels  nous  nous  imaginons  un  point  qui, 
quoique  réellement  dans  leur  fuperficie  ,  n'en  eft  pas 
moins  regardé  comme  le  centre  de  l'aftre  ,  n'étant 
que  celui  de  la  furtace  ou  du  difque  apparent. 

Quoique  lefoleil  foit  déchargé  de  ce  mouvement 
prodigieux  que  les  anciens  s'imaginoient  qu'il  faifoit 
tous  les  jours  autour  de  la  terre  ,  il  n'eft  point  ce- 
pendant parfaitement  en  repos. 

Il  paroît  évidemment ,  par  les  apparences  de  (es 
taches ,  qu'il  a  un  mouvement  de  rotation  autour  de 
(on  axe  ,  femblable  à  celui  de  la  terre  qui  mefure  le 
jour  naturel ,  mais  feulement  plus  lent.  On  appercoit 
quelques-unes  de  ces  taches  au  bord  du  difque  du 
foieil ,  &  quelques  jours  après  on  les  voit  fur  le  bord 
oppolé  ;  d'où  après  un  délai  de  quatorze  jours,  elles 
rtparoilTent  à  la  place  où  on  les  avoit  vues  d'abord, 
&  recommencent  leurs  cours  ;  elles  iiniffent  ainli 
tout  leur  circuit  en  27  jours  de  tems  :  d'où  on  con- 
clut que  ce  tems  eft  celui  de  la  rotation  du  foieil  fur 
fon  axe.  Ces  taches  fe  meuvent  d'occident  en  orient; 
on  en  infère  que  le  mouvement  du.  foieil  fefait  d'oc- 
cident en  orient.  Pour  ce  qui  regarde  les  diffircntes 
apparences  des  taches  ànjbleil,  leur  caufe  ,  &c.  voyer 
Taches. 

Outre  ce  mouvement  dn  foieil  autour  de  fon  axe^ 
cet  axe  en  a  encore  d'autres ,  mais  moins  fenfibies  , 
luivant  M.  Nev/ton.  Car  ,  félon  ce  phiiofophe  ,  les 
planètes  pefent  vers  lefoleil  &  Is foieil  vers  les  pla- 
nètes ;  de  forte  quefi  lefoleil ,  qui  eft  confidérable- 
ment  plus  gros  que  toutes  les  planètes  priles  enfem- 
ble ,  attire  les  planètes  à  lui ,  les  planètes  doivent 
auffi  attirer  lefoleil  &  le  déranger  du  lieu  qu'il  oc- 
cupe ;  il  eft  vrai  que  ce  dérangement  n'eft  pas  fort 
confidérable  ,  mais  il  l'eft  affez  pour  produire  quel- 
ques inégalités  dans  le  mouvement  des  planètes.  Car 
comme  dans  toutes  obfervations  aftronorniques  on 
fuppofe  le yè/ti/ immobile  &  fixe  au  foyer  des  orbites 
des  planètes  ,  il  eft  évident  que  les  dérangemens  que 
l'adion  des  planètes  caufent  du  foieil ,  étant  rappor- 
tés à  ces  mêmes  planètes,  doivent  empêcher  qu'elles 
n'obfervent  conftamment  6c  exactement  la  même  loi 
dans  leurs  mouvemens  apparens  autour  de  cet  axe. 

A  l'égard  du  mouvement  annuel  que  le  yo/ci/ pa- 
roît avoir  autour  de  la  terre  ,  les  Aftronomes  font 
voir  facilement  que  c'eft  le  mouvement  annuel  de  la 
terre  qui  occafionne  cette  apparence. 

Un  obfervateur  qui  feroit  dans  le  /i>leil ,  verroit  la 
terre  fe  mouvoir  d'occident  en  orient ,  par  la  même 
raifon  que  nous  voyons  le  foieil  fe  mouvoir  d'orient 
en  occident  ;  &  tous  les  phénomènes  qui  réfultent 
de  ce  mouvement  annuel  dans  quelque  corps  que  ce 
puiiTe  être,  paroitront  les  mêmes  de  l'un  comme  de 
l'autre. 

Soit  par  exemple  S  ,  (  Plan.  d\ifron.  fg.  3jj.  )  re- 
préfeniant  leyô/tvV,  ABCD  l'orbite  de  la  terre  ,  qui 
en  fait  le  tour  en  allant  d'occident  en  orient  dans 
l'efpacc  d'un  an.  Un  obfervateur  placé  en  S  voyant  la 
terre  en  A  .^  la  rapportera  au  point  T  qui  eft  dj  is  la 
fphere  des  étoiles  :  quand  elle  arrivera  en  B  ,  l'ob- 
fervatcur  la  verra  comme  fi  elle  étoit  au  point  «5  : 
quand  elle  fera  en  C,  il  la  verra  au  point  rû; ,  &c.  juf- 
qu'à  ce  qu'après  avoir  fait  tout  fon  circuit,  elle  re- 
paroîtra  en  y.  Ainli  il  luiiemblcra  que  la  terre  aura 
décrit  récliptique  ,  &  p^lfé  liiççcliiN  cmennt  de  figna 


en  ligne, 


lu 


3M 


SOL 


Siippofons  maintenant  que  l'obrervateitr  pafle  du 
foUil  lut  la  terre  au  point  6%  la  dillance  des  étoiles 
fixes  eft  11  grande ,  que  celle  du  fok'd  n'eft  qu'un 
point  par  rapport  à  elles  ;  par  conl'équent  l'obierva- 
teur  ,  qui  eil  .Vprclent  iur  ia  terre  ,  verra  la  même 
face  des  cieux  ,  les  mêmes  étoiles  ,  &c.  qu'aupara- 
vant ;  avec  cette  feule  dilFcrence  qu'au  lieu  qu'aupa- 
ravant il  s'imaginoit  que  la  terre  ctoit  dans  les  cieux 
&  XqJoU'iUw  centre,  il  s'nuai^incra  maintenant  que 
lijolàl  ert  dans  les  cieux  U  la  terre  au  centre. 

Donc  la  terre  étant  en  C ,  l'obrcrvateur  verra  le 
foLit  en  y  ;  &i-  cet  obl'ervatcur  étant  emporté  avec 
la  terre  ,  &  partageant  ion  mouvement  annuel  , 
n'appcrcevra  point  Ion  propre  mouvement  ou  celui 
de  la  terre  ;  mais  obiervant  le  fo/al  lorique  la  terre 
iéra  en /?,le/tf/i.771ui  lémblera  être  en  G  :  de  plus 
quand  la  terre  avancera  en  A  ,  [cfolàl  paroîtra  avoir 
parcouru  lesiignes  53  ,  Q. ,  &  «aN  &  tandis  que  la 
terre  décrit  ie^demi-cercle  ABC,  Xq  fol  eil  paroîtra 
avoir  parcouru  lin-  la  l'urtace  concave  des  cieux  les 
fix  fignes  £;  ,  ni  ,  H ,  >  ,  ï^ ,  )(  i  de  manière  qu'un 
habitant  de  la  terre  verra  lefolcil  parcourir  le  même 
cercle  dans  les  cieux  &L  dans  le  même  efpace  de 
tems  ,  qu'un  obfervateur  qui  l'eroit  dans  le  fo/cil , 
verroit  parcourir  la  terre. 

C'ell  dc-là  que  vient  le  mouvement  apparent  du 
Jolcil ,  par  lequel  il  lemble  avancer  infenliblement 
vers  les  étoiles  du  côté  de  l'orient  ;  de  forte  que  fi 
une  étoile  qui  eft  proche  l'écliptique  ié  levé  dans  un 
tems  avec  \q  Jolcil,  quelques  jours  après  hfneil  fera 
plus  avancé  à  l'orient  de  cette  étoile ,  &  l'étoile  fe 
lèvera  &  fe  couchera  avant  lui. 

Pour  ce  qui  regarde  les  phénomènes  qui  réfultcnt 
du  mouvement  apparent  du  Joàil  ,  ou  du  mouve- 
ment réel  de  la  terre  ,  par  rapport  à  la  diverfité  des 
jours  &  des  nuits ,  des  faifons ,  &c.  Foyei  Terre  & 
Parallélisme. 

Nature  ,  propriétés  ,  figure ,  &C.  dufoleil.  1°.  De  ce 
qu'on  trouve  que  les  taches  àw  Jolcil  relient  quelque- 
fois trois  jours  plus  long -tems  derrière  le  Jbleil , 
qu'elles  n'en  employcnt  à  parcourir  fon  hémijphere 
vifible  ,  quelques  auteurs  ont  conclu  qu'elles  ne  font 
point  adhérentes  à  la  furface  Aujoleil ,  mais  qu'elles 
en  font  à  quelque  diiiance. 

Mais  cette  opinion  ne  paroît  point  fondée  ;  car  il 
femble  au  contraire  que  les  taches  fuivent  une  loi 
aflez  réouUere  dans  leurs  oppofitions.il  y  a  certaines 
taches  d'd  Jolcil  à  qui  l'on  a  vu  faire  deux  ou  trois  ré- 
volutions de  fuite,  &  qui  font  revenues  conftamment 
au  mêm.e  lieu  au  bout  des  17  jours  qui  fe  font  écou- 
lés à  chaque  période.  Or  toutes  ces  taches  ont  em- 
ployé exaftement  1 3  jours  &  demi  à  paffer  du  bord 
occidental  du  foleil  à  ibn  bord  oriental.  Donc  puif- 
qu'elles  ont  employé  à  chaque  fois  la  moitié  du  tems 
périodique  à  parcourir  le  difque  apparent  dufoleil  , 
leur  orbite  doit  convenir  précifément  avec  la  fur- 
face  extérieure  du  corps  lumineux  ,  c'eft  -  à- dire  , 
qu'elles  nagent ,  pour  ainfi  dire  ,  fur  le  J()lcil.  S'il  y  a 
queloues  taches  qui  aient  paru  ne  pas  fuivre  exaâe- 
ment  cette  loi ,  il  faut  croire  que  l'obfervation  n'en 
a  pas  été  bien  faite  ,  &:  qu'on  a  peut-être  pris  d'au- 
tres taches  pour  les  mêmes  ,  ou  que  par  quelque  rai- 
fon  que  nous  ne  fau rions  favoir  ,  la  révolution  de 
ces  taches  dans  la  partie  postérieure  du  foleil  avoit 
été  retardée. 

i°.  De  ce  que  ces  taches  paroifTent  &  difparoif- 
fent  fouvent ,  même  au  milieu  du  difque  du.  Joleil,  & 
éprouvent  difFérens  changcmens  par  rapport  à  leur 
mafTc  ,  ou  à  leur  figure ,  ou  à  leur  denfiic  ,  il  s'enfuit 
que  fouvent  il  s'en  clcvede  nouveau  autour  dufoleil, 
&  qu'aufli  il  y  en  a  qui  s'évanouifTent. 

3°.  Puifque  les  taches  fe  difîblvent  fouvent  &  dif- 
paroifTcnt  même  au  milieu  du  difque  du  Jo.'cil ,  la  ma- 
tière des  taches ,  c'eft-à-dire ,  les  exhalaifons  folaires 


SOL 

retournent  donc  au  foleil  :  d'oii  il  fuit  qu'il  doit  fe  faire 
différentes  altérations  dans  la  matière  de  cet  aflre,  &c, 
40.  Puifqu'en  tout  état  le /«/<;// paroît  comme  un 
difque  circulaire  ,  la  figure  ,  quant  aux  fens ,  doit 
être  iphérique  ;  cependant  nous  ferons  voir  bientôt 
qu'elle  eft  réellement  iphéroïde. 

Outre  les  macules  ou  taches  obfcures ,  plufieurs 
auteurs  parlent  des  facules  ,  ou  taches  ,  qui  font  plus 
brillantes  que  le  refle  du  difque  du  foleil.  Celles-ci 
font  en  général  plus  larges  ,  6i.  bien  différentes  des 
macules  en  figure  ,  durée  ,  &c. 

Kirker  ,  Scheiner  ,  &c.  fuppofent  que  ces  facules 
font  des  éruptions  de  flammes  ;  c'eft  pourquoi  ils  re« 
préfentent  la  face  dnjhleil  comme  couverte  de  vol- 
cans ,  &c. . . .  Mais  Huygens  prenant  de  meilleurs  té- 
lelcopes,  n'a  jamais  rien  pu  trouver  de  femblable  , 
quoiqu'il  ait  remarqué  quelquefois  ,  même  dans  les 
macules ,  des  endroits  plus  briilans  que  le  refle. 

5°.  La  fubllance  du  J'olcU  eu.  une  matière  ignée; 
voici  comment  on  le  prouve.  Le  Joleil  éclaire,  &  fes 
rayons  rafl'einblés  par  des  miroirs  concaves  ,  ou  des 
verres  convexes,  brûlent ,  confument  &  fondent  les 
corps  les  plus  foUdes  ,  ou  même  les  convertiffent  en 
cendres  ou  en  verre. 

6".  Puifque  les  taches  dufoleil  font  formées  par  les 
exhalaifons  du/o/ei/,  il  paroît  que  le  Joleil  n  eu.  pas 
un  feu  pur  ;  mais  que  ce  feu  eft  mêlé  de  particules  hé- 
térogènes. 

7".  La  figure  du  foleil  eft  un  fphéroïde  plus  élevé 
fous  fon  équateur  que  fous  (es  pôles.  En  effet,  leyô- 
A'//a  un  mouvement  autour  de  fon  axe,  &  par  con- 
féquent  la  matière  folaire  doit  faire  des  efforts  pour 
s'éloigner  des  centres  des  cercles  dans  lefquels  Hle 
fe  meut ,  avec  d'autant  plus  de  force  que  les  circon- 
férences font  plus  grandes.  Or  l'équateur  efl  le  plus 
grand  cercle,  &  les  autres  qui  font  vers  les  pôles, 
vont  toujours  en  diminuant.  Donc  la  matière  folaire 
tend  à  s'éloigner  du  centre  de  l'équateur  avec  plus 
de  force ,  que  des  centres  des  cercles  parallèles.  Par 
conféquent  elle  s'éloignera  du  centre  ,  plus  fous 
l'équateur  que  fous  aucun  des  cercles  parallèles;  8c 
ainli  le  diamètre  dufoleil  qui  paffe  par  l'équateur,  fera 
plus  grand  que  celui  qui  paffe  par  les  pôles,  c'efl-à- 
direque  la  figure  dufoleil  n'efl  pas  parfaitement  fphé- 
rique ,  mais  fphéroïde. 

Il  efl  vrai  que  la  différence  des  axes  du  foleil  doit 
être  fort  petite,  comme  M.  de  Maupertuis  l'a  fait 
voir  dans  fon  Difcnurs  fur  la  figure  des  afir'es ,  &C  cela, 
parce  que  la  force  centrifuge  des  parties  du  foleil  eft 
beaucoup  moins  grande  que  leur  pefanteur  vers  le 
Joleil.  C'efl  pour  cette  raifon  que  nous  rfapperce- 
vons  point  d'inégalités  fenfibles  entre  les  deux  dia- 
mètres du  Joleil. 

Parallaxe  du  foleil.  Voye^  PARALLAXE, 

A  l'égard  de  la  diftance  du  Joleil,  comme  fa  déter-. 
mination  dépend  de  celle  de  la  parallaxe ,  &  qu'on 
ne  peut  trouver  la  parallaxe  du  Joleil  fans  faire  des 
calculs  longs  &:  dlfliciles;  auffilesAdronomesne  font 
point  d'accord  fur  la  diitance  du  Joleil. 

La  moyenne  diilance  dufoleil  à  la  terre  efl  fuivant 
quelques-uns  ,  de  7490  diamètres  de  la  terre  ;  félon 
d'autres  loooo;  félon  d'autres  12000,  &  fuivant 
d'autres  15000.  Mais  fuivant  la  parallaxedeM.de 
la  Hire ,  qui  efl  6";  la  moyenne  diflance  du  foleil 
fera  1 7 1 88  diamètres  de  la  terre  ,  &  fuivant  celle  de 
Caffini  14 182.  ^(yf{ Distance. 

Le  diamètre  apparent  dufoleil  n'eft  pas  toujours  le 
même.  Lorfqu'il  eft  le  plus  grand,  Ptolomée  lellime 
de  33' ,  20"  ;  Tycho  3  2'  ;  Kepler  3 1' ,  4"  ;  Riccloly 
32',  8";  Caffini  32',  20";  delà  Hire  32',  43".  Son 
d'.ainetre  apparent  moyen,  cflfiiivant  Ptolomée  32', 
i3";fiiivantTycho  31';  fuivant  Riccioly  31 ',40"; 
f  avant  Caffini  3  i' ,  40;  fiiivant  de  la  Hire  32',  10"; 
&  fuivant  Kepler  30',  30".  Son  plus  petit  diamètre 


I 


I 
I 


SOL 

apparent ,  eft  fiilvant  Ptolomée  de  3  i' ,  20''  ;  fiilvanf 
Tycho  30';  fiiivant  Kepler  30';  iuivant  Riccioly 
3  i'  ;  lliivant  CafTini  31',  S"  ;  6c  Iuivant  de  la  Hire 

SoLEii  ,  (^Crit.facr.)  cet  aftre  lumineux  ,  objet^ 
de  l'ancien  culte  de  la  plupart  des  peuples  de  l'orient, 
a  donné  lieu  dans  l'Ecriture ,  tantôt  à  des  comparai- 
ions  ,  tantôt  à  des  i'açons  de  parler  figurées.  Ainfi, 
iorlque  les  prophètes  veulent  marquer  la  durée  d'une 
choie  brillante  &  glorieulc' ,  ils  la  comparent  à  l'éclat 
&  à  la  durée  ànJo/cU.  Son  trône  elt  lemblable  anfo- 
Ic'd,  dit  David,//  88.  ^8.  Le  bonheur  préient , 
c'eftle  foLcil  qui  s'élevè  ;  au  contraire,  quand  Jéré- 
mie  déclare  ch.  xv.  ci.  que  lefoieil  ne  luit  plus  poiur 
Jérulalem ,  c'eft-à-dire  ,  que  fon  bonheur  efl  paffé. 
Les  ardeurs  àwfolàl  m'ont  ternie,  s'écrie  l'époule, 
dans  le  cantique  ,  j.  i.  c'eft-à-dire,  jeluisdans  l'af- 
fliâion  ,  dans  la  douleur.  De  même,  lorfqu'Ifaïe  veut 
peindre  un  délaftre  ,  une  calamité  ,  il  dit  feulement 
Que  \tjoleU  ell  obfcurci ,  obtcnebratus  ejlfol,  ch.  xiij. 
y'oi.' &c.  Ce  petit  nombre  d'exemples  iiiffitpouren 
rappeller  d'autres  femblables  à  la  mém.oire  du  lec- 
teur. (Z).  7.) 

Soleil,  (^Mythol.  îconohg.^  cet  aflre  a  été  le 
premier  objet  de  l'idolaîrie.  L'idée  d'un  être  pure- 
ment ipirituel ,  s'étant  effacée  dans  l'eiprit  des  hom- 
mes, ils  portèrent  leurs  vœux  à  ce  qu'ils  trouvèrent 
dans  la  nature  de  plus  approchant  de  l'idée  qu'ils 
avoient  de  Dieu  :  la  beauté  àwjoleil,  le  vif  éclat  de  fa 
lumière  ,  la  rapidité  de  fa  courfe ,  fa  régularité  à  éclai- 
rer fil  cceflivement  toute  la  terre,  &  à  porter  par- tout 
la  lumière  &  la  fécondité  ;  tous  ces  caraderes  effen- 
tiels  à  la  divinité  ,  trompèrent  aifément  les  hommes 
groffiers  ;  c'éîoit  le  Bel ,  ou  Baal  des  Chaldéens  ;  le 
Moloch  des  Chananéens  ;  le  Béelphcgor  des  Moabi- 
tes  ;  l'Adonis  des  Phéniciens  &  des  Arabes  ;  le  Satur- 
ne des  Carthaginois  ;  l'Ofirisdes  Egyptiens  ;  le  Mi- 
thras  des  Perles;  le  Dionyfius  des  Indiens  ;  &  l'A- 
pollon ou  Phœbus  des  Grecs  àc  des  Romains.  Il 
y  a  même  des  favans  qui  ont  prétendu  que  tous  les 
dieux  du  paganifme  fe  réduifoient  aw  foUil ,  &  tou- 
tes les  déeflés  à  la  lune  :  ces  deux  afîres  furent  les 
premières  divinités  des  Egyptiens. 

On  fait ,  par  les  marbres  d'Arondel ,  que  les  Grecs 
adoroient  lefo/eil ,  puifqu'ils  juroient  par  cet  ailre  , 
une  entière  fidélité  à  leurs  engagemens.  Ménandre 
déclare  qu'il  faut  adorer  le  Jhkil  comme  le  premier 
des  dieux  ,  parce  que  ce  n'efl  que  par  fa  bienfaifance 
qu'on  peut  contempler  les  autres  divinités.  LesRho- 
diens  ,  dit-on  ,  lui  avoient  confacré  leur  magnifique 
colofle.  Il  étoit  adoré  par  lesSyracufains  &c  les  Troé- 
zéniens  ,  fous  le  nom  de  Jupiter  libérateur.  Les  Co- 
rinthiens ,  félon  Paufanias ,  lui  dédièrent  plulieurs 
autels.  Sa  fête  fe  folemniibit  à  Rome,  fous  le  nom 
de  Soli  inviclo  ,  &  l'on  célébroit  des  jeux  publics  en 
fon  honneur  ,  à  la  fin  de  chaque  année. 

Sileshabitansdc  Hiéropolis  défendirent  qu'on  lui 
drefsât  des  ftatues ,  c'étoiî  parce  qu'il  étoit  affez  vifi- 
ble  ;  &  c'efi:  peut-être  la  raifon  pour  laquelle  ce  mê- 
me dieu  n'étoit  repréfenté  à  Emefe  ,  que  fous  la  fi- 
gure d'une  montagne  ;  enfin  ,  félon  Jules-Céfar,  les 
anciens  Germains  adoroient  aufTi  lefoieil ,  &  lui  fa- 
crifioient  des  chevaux  ,  pour  marquer  par  la  légèreté 
de  cet  animal ,  la  rapidité  du  cours  de  cet  aflre. 

Les  anciens  poctes,  &  particulièrement  Homère, 
ont  communément  diftingué  Apollon  du.  Soleil ,  ôt 
les  ont  çeconnu  pour  deux  divinités  différentes  ;  en 
effet ,  il  avoit  fes  facrifices  à  part  ,  &  fon  origine 
n'étoit  pas  la  même  ;  il  pafibit  pour  fils  d'Hypérion  , 
&:  Apollon  l'étoit  de  Jupiter.  Les  marbres  ,  les  mé- 
dailles ,  &  tous  les  anciens  monumcns  les  diftinguent 
ordinairement  ,  quoique  les  phyficiens  aient  pris 
Apollon  pour  le  J'oleil ,  comme  ils  ont  pris  Jupiter 
pour  l'air  ,  Neptune  pour  la  mer ,  Diane  pour  lalu- 
Tomc  Xr. 


SOL 


31Î 


ne,  &  Ce'rès  pour  les  fruits  de  la  terre. 

On  repréfentoit  ordinairement  le  J'oleil  en  jeune 
homme,  qui  a  la  tête  rayonnante  ;  quelquefois  il 
tient  dans  fa  main  une  coine  d'abondance ,  fymbole 
de  la  fécondité  dont  le  foUil  efl:  l'auteur  ;  affez  fou- 
vent  il  eft  fur  fon  char  tiré  par  quatre  chevaux  ,  Icf- 
quels  vont  tantôt  de  front ,  &  tantôt  comme  féparés 
en  deux  couples.  (Z>.  7.) 

SoLEiL  ,  (  Infcr.  Médail.  )  Plufteurs  écrivains  & 
poètes  grecs,  donnent  au /o/«V  le  mr^à^  Jligmur, 
S'iinrcruç ,  à  la  mode  des  Orientaux  ,  qui  l'ont  appel- 
lé  bid-famen  j  ou  bal-J'ckamain,  c'eû-kàice  ^Jèignmr 
du  ciel. 

Ammien  Marcellin,  /.  J¥'F//.  cite  une  infcripîion 

greque  d'un  obélifque ,  portant  ces  mots  en  grec  ; 

Jol  dius  magnus  ,  defpotes  cœli  :  Gruter ,  /.  XXKlJI. 

c.  iv.  en  indique  une  latine  ,  avec  ces  mots  :  domino 

foli. 

Quant  aux  médailles  ,  on  à  celles  d'Aurélien  ^ 
ayant  pour  infcription  :  fol  dorriinus  imperii  romani. 
On  connoit  aufîideux  médailles  d'Héliogabale;  l'une 
repréfenté  un  yô/e/7  couronné  de  rayons,  avec  cette 
légende  :  fanclo  deo  foli ,  au  foleil  dieu  faint  ;  fur  la 
féconde  on  lit  :  inviciofoU  ,  à  l'invincible  foUil  II  ne 
faut  pas  s'en  étonner  ,  car  ce  prince  fe  glorifia  tou- 
jours d'avoir  été  prêtre  du  foUil ,  dans  la  Syrie  ,  & 
par  reconnoiffance  ,  il  lui  confacra  un  fuperbe  tem- 
ple à  Rom.e. 

Mais  pour  dire  quelque  chofe  de  plus  fmgulier  ,  il 
fe  trouve  des  médailles  de  Conflantin  ,  frappées  à 
l'honneur  du  foleil;  c'étoit  vraifemblablement  avant 
qu'il  eût  renoncé  au  culte  des  faux  dieux.  Dans  ces 
médailles  ,  le  foleil  eft  repréfenté  comme  le  guide  & 
le  protefteur  de  cet  empereur  ,  avec  l'infcription/o- 
//'  invicîo,  on  foli  invicto  comiti  :  une  de  ces  médailles 
offre  à  la  vue  la  tête  toute  radleufe  àw  foleil  ;  l'autre 
repréfenté  ce  dieu  debout ,  avec  fa  couronne  rayon- 
nante ,  un  globe  dans  la  main  gauche  ,  &  mettant  de 
la  droite  une  couronne  fin-  la  tête  de  Confîantin  ,  qui 
tient  le  labarum  :  l'une  &  l'autre  médailles  portent 
au  revers  le  nom  &  la  tête  de  Conflantin.  (Z>.  /.) 
Soleil  ,  {Poéjlc  anc  &mod.')  comment  Pindare, 
Homère ,  Virgile  ,  Ovide  ,  &c.  n'auroient-ils  pas 
célébré  dans  leurs  écrits  le  père  &  le  modérateur  des 
faifons  ,  l'œil  ôi  le  maître  du  monde ,  les  délices  des 
humains  ,  la  lumière  de  la  vie  :  car  ce  font  là  au- 
tant de  furnoms  que  les  Grecs  &  les  P».omains  don- 
noient  zw  foleil.  Cependant  j'aime  encore  mieux  les 
tableaux  que  nos  poètes  modernes  &  autres  ,  ont 
faits  de  cet  aflre  du  jour,  que  lesdefcriptions  de  l'an- 
tiquité; je  les  trouve  plus  nobles,  plus  rempliçs  d'i- 
mages ,  &  plus  philofophiques  . 

On  ne  peut  s'empêcher  de  louer  ces  beaux  Vers  dé 
Milton: 

Oh  fon  .'  pf  ihis  great  worWs  ,  bnth  eye  and  foui  ! 
Oh  thou  !  that  with  furpaffmg  ghry  crownd  , 
Look'Jlfrom  tliyfole  dominion  ,  like  the  god 
Ofthis  great  worlds  ,  at  whofefight  ail  the  flan 
Hide  their  diminislid  heads. 

Soleil  afin  du  jour  ^ 
Toi  quifembUs  le  dieu  des  deux  qui  t'environnent^ 
Devant  qui  leur  éclat  difparoit  &  s'enfuit , 
Qiù  fait  pâlir  le  front  des  aflres  de  la  nuit ,   &c. 

On  connoit  encore  davantage  les  vers  fuivansde 
M.  de  Voltaire. 

Dans  le  centre  éclatant  de  Ces  orbes  immcnfcs  , 
Qui  n'ont  pu  nous  cacher  leur  marche  &  leurs  difances. 
Luit  cet  aflre  du  jour  par  Dieu  même  allumé , 
Qui  tourne  autour  de  foi  fur  fon  axe  enflammé  ; 
De  lui  partent  J'uns  fin  des  torrens  de  lumière  ;• 
Il  donne  enfe  montrant^  la  vie  à  la  matière  , 
Et  dij'penje  les  jours ,  les  J'aijons ,  &■  let  ans , 

Rrij 


3i5 


SOL 


A  diS  rnondci  d'vers  ,  amour  de  lui  jlot tans. 
Ces  ajires  ti[f"iryis  à  la  loi  qui  les  prejje  , 
S^attirent  dans  leur  cowfe  ,  &  s" Ivitcut  fans  cc^e 
Etfcn'iin!  l'un  à  fautrc  &  de  ngle  &  d\ippui  , 
Se  prêtent  les  clartés  qu'ils  reçoivent  de  lui. 

Henriade,  ch.  vij. 

Enfin  M.  Thotppfon  peint  avec  tant  de  mainilh- 
cence  tous  les  biens  que  le  J'oled  répand  liir  la  natu- 
re ,  qw:  ce  morceau  même  dans  une  traduction  fran- 
çoitc  ,  ne  peut  que  plai-e  aux  gens  aiTe/.  heureule- 
mcnt  nos  pour  goûter  les  i)elles  choies  ,  indépen- 
damment de  l'harmonie. 

Fuillant  roi  du  jour,  dit  le  poëte  anglois  ,  djhkil, 
ame  des  mondes  qui  nous  environnent,  miroir  fi- 
dèle 6c  transparent  de  ton  créateur  ,  piiiffe  ma  tbihle 
voix  apprendre  à  te  chanter  !  ta  force  lecrette  &  at- 
traî^ive,  enchaine  ,  gouverne  ,  &:  règle  tout  le  tour- 
billon ,  depuis  les  limites  éloignées  de  Saturne  ,  dont 
la  révolution  remplit  une  durée  de  trente  ans  ,  jul- 
qu'à  Mercure  ,  dont  le  difque  perdu  dans  Téclat  de 
tes  rayons  ,  peut  à  peine  être  apperçu  par  Tœil  phi- 
lolophique. 

Créateur  de  toutes  les  planètes  ,  puifque  fans  ton 
regard  vivifiant ,  leurs  orbes  immenles  ieroicnt  des 
snallcs  informes  &i  fans  mouvement  ;  efprit  de  vie  , 
combien  de  formes  d'êtres  t'accompagnent  ,  depuis 
l'amc  que  tu  délies  ,  jufqu'à  la  race  la  plus  vile  ,  coni- 
polée  de  millions  d'êtres  mélangés  ,  &  produits  de 
tes  rayons  ? 

Père  des  falfons  ,  le  monde  végétal  reconnut  ton 
empire  !  li  pompe  précède  &c  fuit  ton  trône  ,  &C  dé- 
core majeftueufement  au  milieu  de  ton  valle  domai- 
ne annuel  ta  brillante  route  céléptique;  éclat  triom- 
phant qui  réjouit  la  nature  !  en  cet  inftant,  une  mul- 
titude d'êtres  en  attente,  implorent  ta  bonté,  ou 
pleins  de  reconnoiifance  ,  chantent  une  hymne  com- 
mune en  ton  honneur;  tandis  qu'au-tour  de  ton  char 
brillant  ,  les  faifons  mènent  à  leur  fuite,  dans  une 
harmonie  fixe  &  changeante  ,  les  heures  aux  doigts 
de  rofe  ,  les  zéphirs  fe  jouant  nonchalamment  ;  les 
pluies  favorables ,  &laroféè  paflagere;  toute  cette 
cour  verfe  &  prodigue  odeurs,  herbes  ,  feurs  ,  & 
fruits,  ]ufqu'à  ce  que  tout  s'allumant  faccelîivement 
par  tonfouffle  ,  tu  décores  le-jardln  de  l'univers. 

Ton  pouvoir  ne  fe  borne  pas  à  la  f.irface  de  la  ter- 
re ,  ornée  de  collines  ,  de  vallons  ,  &  de  bois  épais , 
G'ii  forment  ta  riarte  chevelure  ;  mais  dardant  pro- 
fondément tes  feux  jufqucs  dans  fes  entrailles  ,  tu 
ret'nes  encore  fur  les  minéraux  !  ici  brillent  les  vei- 
nées du  marbre  éclatant;  plus  loin  le  tirent  les  outils 
précieux  du  labourage  ;  là  ,  les  armes  étincelantes  de 
la  guerre  ;  ailleurs  ,  les  plus  nobles  ouvrages  ,  qui 
font  dans  la  paix  ,  le  bonheur  du  genre  huniam  ,  6l 
les  commodités  de  la  vie ,  &:  fur-tout  ces  mécaux  pré- 
cieux qui  facilitent  le  commerce  des  nations. 

Le  ftérile  rocher  ,  lui-même  ,  imprégné  de  tes  re- 
gards ,  conçoit  dans  Ion  fein  obfcur  ,'la  pierre  pié- 
cieiife  &  tranfparente  ;  le  vif  diamant  s'abreuve  de 
tes  plus  purs  rayons,  lumière  raflemblée  ,  compac- 
te ,  dont  l'éclat  ofc  enfuito  le  dlfputer  aux  yeux  de 
la  beauté  dont  elle  parc  le  fein  :  de  toi ,  le  rubis  re- 
çoit fa  couleur  foncée  :  de  toi ,  le  folidefaphir  prend 
l'azur  qui  le  décore  :  par  toi  ,  l'améthifte  fe  revêt 
d'ondes  pourprées,  letopa/e  bride  du  feu  de  tes  re- 
i^ards  ;  la  robe  du  printems  ,  agitée  par  le  vent  du 
lud,  n'égale  pas  la  verte  émeraude  dont  tu  nous  ca- 
ches l'origine  ;  mais  tous  tes  rayons  combinés  &C 
épais  ,  jouent  à-tiavers  l'opale  blanche,  6c  plufieurs 
s'échappantde  fa  furface,  forment  une  lumierevacil- 
lante  de  couleurs  répétées  ,  que  le  moindre  mouve- 
ment fait  jaillir  à  \\v\\  du  fpc^tateur, 

La  création  inanimée  lemble  recevoir  par  ton  in- 
fluence ,  le  fcntimcnt  ÔC  la  vie  :  par  toi ,  le  ruifleau 


SOL 

tranfparcnt  joue  avec  éclat  fur  la  prairie  ;  la  fougucu- 
fe  cataracte  qui  répand  l'horreur  fur  Icflcùve  bouil- 
lonn.îut ,  s'adoucit  ;\  ton  retour;  le  dclcrtmêmc, 
ex:  l'es  routes  mélancholiques  ,  femblent  s'égayer  ; 
les  ruines  informes  réfléchlifcnî  ton  éclat,  &L  l'abyf- 
rne  lalé,  apperçu  du  fommet  de  quelque  promon- 
touc  ,  s'agite,  6c  renvoie  une  lumiore  flottante  dans 
toute  la  valle  étendue  de  rhorifon.  Mais  tout  ce  que 
mon  efprit  tranfporté  pourroit  peindre  ,  l'éclat  mê- 
me de  la.nature  entière  ,  détaillée  ou  réunie,  n'eft 
rieu  en  comparaiibn  de  ta  propre  beauté;  fource 
féconde  de  la  luaùere  ,  de  la  vie  ,  des  grâces ,  &  de 
la  joie  d'ici  bas  ,  (ans  ton  émanation  divine  ,  tout 
icrolt  enfoveli  dans  la  plus  trifte  obfcuriîc.  (/?./,  ) 

Soleil  ^ckeviiiix  du ,  (^Mythol.')  les  p.^i:tcs  donnent 
quatre  chevaux  au  loleil,  qu'ils  ncmmenî  Pyroiis^ 
Eoùs  ,  jEtiion  6c  Phlégrn  ,  noms  grecs  ,  dont  l'éty- 
mologie  explique  les  attributs.  Le  premier  marque 
le  lever  du  loleil ,  iorlqvie  fes  rayons  font  encore  rou- 
geâtres.  Le  iecond  déligne  le  tems  oh  fes  rayons  for- 
tis  de  i'atmoiphere  iont  plus  clairs,  vers  les  neufheu- 
res  du  matin.  Le  troihime  tigure  le  midi  ,  oii  la  lu- 
mière du  loleil  ti\  dvins  toute  fa  force.  Le  quatrième 
repréiente  le  coucher ,  où  le  foleil  femble  s'appro- 
cher de  )a  terre.  Fulgence  donne  aux  chevaux  du  fo- 
leil des  noms  di(férens£;jf/z/£«5,  le  rouge  ;  Aclion^ 
le  lumineux  ;  Lampas ,  le  reiplendiffant  ;  Philogéus  , 
qui  aime  la  terre.  L-j  premier  dans  cet  auteur,  fe 
prend  du  lever  du  foleil  ;  le  fécond  de  la  clarté  du 
yo/ji/,  lorlque  n'ayant  plus  un  atmofphere  épais  à 
percer  ,  il  répand  une  lumière  plus  pure  ;  le  troifie- 
me  peint  le  midi ,  tems  où  il  a  toute  fa  fplendour  ;  le! 
quatrième  déligne  Ion  coucher,  où  il  femble  tendre  _ 
vers  la  terre.  On  voit  affez  que  les  noms  de  Fulgenc^^-' 
reviennent  à  ceux  des  poètes  ,  il  n'avoit  aucun  be- 
soin de  les  changer.  (Z>.  J.) 

Soleil,  couclf:rdu^  (^Mjthol.)  la  fable  qui  regarde 
le  Soleil  comme  un  dieu  ,  donne  une  idée  bien  diffé- 
rente de  fon  coucher  ,  que  ne  fait  l'AHronomie  ; 
Cowley  va  vous  l'apprendre  aulfi  jolimenî  qu'O- 
vide. 

It  is  thz  tline  whtn  witty  po'èts  tell 
"•    That  Phœbns  into  Tiietis  bofom  fell  , 

She  hlu.u'1'dat  frfi^  and  t/ien  put  ont  the  lighc 
Afui  drew  ihe  iriodcjl  curtains  oftiu  ni^kt. 

(D.  7.) 

Soleil  ,  (^Marine.")  il  y  a  fur  cet  aftre  quelques  fa-^ 
çons  de  parler  ,  dont  voici  l'explication. 

Le  foleil  a  baifle  :  cela  fignifie  que  le  fo/eil  a  pafTé 
le  méridien  ,  ou  qu'il  a  comiuencé  à  décliner. 

Le  foleil  a  paffé  le  vent  :  cela  fignifie  que  le  foleil 
a  paffé  au-delà  du  vent.  Exemple  :  le  vent  étant  au 
fud ,  fi  le  fol- il  eil  au  fud-fud-oueff ,  il  a  paffé  le  vent: 
&C  on  dit  que  le  vent  a  paffé  \e  foleil ,  lorfque  le  con- 
traire a  lieu.  Ainfi  le  vent  s'étant  levé  vers  l'cft  ,  il 
eff  plutôt  au  fud  que  \e  foleil,  &  le  vent  a  paffé  le 
foleil. 

Lç  foleil  chaffe  le  vent  :  façon  de  parler  dont  on  fe 
fert ,  lorfque  le  vent  court  de  l'oueff  à  Tcft  devant  le     II 
Joleil.  ■ 

Le  foleil  chaffe  avec  le  vent:  on  entend  par  cette  ex- 
prelnon ,  que  le  vent  foulîle  de  l'endroit  où  fe  trouve 
Icfoleil. 

Le  foleil  monte  encore  :  c'eft-à-dlre.quc  \c  foleil  n'efl 
pas  encore  arrivé  au  méridien,  lorfque  le  pilote  prend 
hauteur. 

Le  foleil  ne  fuit  rien  :  on  entend  par-là  que  le  foleil 
eft  au  méridien  ,  &  qu'on  ne  s'apperçolt  pas  en  pre- 
nant hauteur  ,  qu'il  ait  commencé  A  décliner. 

Soleil  brillant,  (Artlfcier.)  cet  artifice,  qui 
eft  un  des  plus  appnrrns  pour  l'exécution  d'un  fpec- 
tacle,  imite  fi  bien  \ç  foleil  par  le  brillant  de  fa  lu- 
mière, qu'il  caufc  ordinairuincnt  des  exclamations  de 


s 


T 


S 


KJ     i^ 


^     7  i*iB 

5  W 


flirprife  parmi  les  rpe£}ateurs,rai  moment  qu'il  vient  à 
paroître. 

Sa  conftrudion  n'eft  autre  chofe  qu'une  grande 
quantité  Je  jets  ou  de  faiees  à  aii^rcrtes  ,  rangées  en 
forme  de  rayons  autour  d'un  centre. 

Lacomporition  de  la  matière  combuftible  peut  ôtre 
la  même  que  celle  des  aigrettes,  ou  i'i  on  la  veut  pins 
lîmple  ,  il  luffiî  de  mettre  fur  trois  parties  de  poudre 
une  de  limaille  de  fer  ou  d'acier  neuve,  c'eft-à-dire, 
qui  nefoit  pas  rouillée,  &  paffée  par  un  tamis  mé- 
diocrement (in.  On  s'eft  piqué  dans  quelques  artifi- 
ces à  Paris  de  faire  des  folcils  d'un  diamètre  extraor- 
dinaire ,  auxq'jels  on  donne  le  nom  de  gloire  ;  car  on 
lit  dans  la  defcriprion  de  celui  qui  fut  tait  en  1739  , 
fur  le  pont-neuf,  à  l'occafion  du  mariage  de  mada- 
me Première  de  France ,  qu'il  y  en  a'<^oit  un  iiir  l'en- 
tablement du  temple  de  l'Hymen  ,  qui  avoit  60  pies 
de  diamètre. 

Suppofé  qu'on  veuille  faire  \\v\  foleil  de  grandeur 
au-deluis  de  la  moyenne  ,  on  prend  des  fiifées  à  ai- 
grettes d'environ  20  lignes  de  diamètre  ,  &  de  <  5  à 
2.0  pouces  de  long  ,  qui  jettent  leur  feu  à  iz  Ôi  i  5 
pics  de  hauteur  ;  bifianî  un  pié  de  vuide  dans  le  mi- 
lieu ,  il  en  réiulte  un/oîal  de  25  à  30  pies  de  diamè- 
tre. Si  l'exaltation  des  flammes  augmente  à-pru-près 
en  raifon  des  quarrés  des  furfaces  des  mêmes  matiè- 
res combufliblcs  ,  il  eft  vifible  que  pour  faire  un  Jb- 
kïl  du  diamètre  de  (:)0  pics  ,  il  a  falu  des  fufées  à  ai- 
grettes au-moins  de  4  pouces  de  diamètre  ,  pour 
qu'elles  aient  pu  jetter  leur  feu  à  28  ou  30  pies  de 
tliftances  ,  qui  font  la  moitié  de  ce  diamètre  ,  y  com- 
pris l'efpace  vuide  du  milieu  qu'occupent  les  lon- 
gueurs des  cartouches  des  fufées, 

Puifque  les  fufées  peuvent  fi  fort  varier  de  gran- 
deur ,  &  que  la  durée  de  cet  artifice  dépend  de  leur 
longueur  ,  ou  de  la  répétition  des  rangs  de  ces  fu- 
fées ,  il  eft  clair  que  les  moyens  de  le  former  peu- 
vent au:Oii  beaucoup  varier.  Sur  quoi  il  faut  obferver 
qu'on  ne  peut  fe  difpenfer  de  laiiier  au  milieu  àxxfo- 
hil  un  efpace  vuide  d'une  grandeur  proportionnée  à 
la  grofleur  des  fufées  ,  &  au  nombre  qu'on  y  en  veut 
mettre  ,  à  caufe  qu'elles  doivent  être  rangées  eh 
rayon  ,  &  que  l'efpace  compris  par  ces  rayons  dimi- 
nue toujours  à  meliire  qu'il  approche  du  centre. 

J<?  m'explique  par  un  exemple.  Suppofons  qu'on 
fe  ferve  de  fufées  de  10  lignes  de  groffeur  ;  il  eft 
évident  que  fi  l'on  mcitoit  leurs  têtes  au  centre  ,  il 
n'y  en  auroit  que  deux  qui  puiffent  y  être  appliquées 
immédiatement  ;  trois  coniuiehceront  à  lailier  un 
efpace  triangulaire  ;  quatre ,  un  quarré  ;  cinq  ,  un 
pentagone  ,  &c.  de  20  lignes  de  côte  ,  de  fqrte  qu'u- 
ne douzaine  de  ces  fuiées  ,  qui  fe  toucheroient  par 
leur  tête  ,  laiflcroicnt  nécefîalrcmcnt  un  vuide  de  7 
pouces  de  diamètre.  D'où  il  fuit  que  le  vuide  du  mi- 
lieu eft  déterminé  par  le  nombre  des  fufées  qu'on 
veut  employer  à  taire  Icfolc'U ,  &  que  réciproque- 
ment le  diamètre  du  vuide  détermine  le  nombre  des 
fufées  ,  parce  qu'elles  doivent  toutes  fe  toucher. 
Ainfî ,  fuppofant  qu'on  veuille  y  employer  trois  dou- 
zaines de  fufées  qui  donnent  une  circonférence  de 
5  pies,  le  diamètre  du  vuide  fera  d'environ  19  pou-» 
ces. 

On  volt  par  cette  obfervation,  que  pour  attacher 
les  fuiées  ,  il  faut  leur  préparer  pour  ailiete  un  an- 
neau de  la  largeur  que  donne  la  longueur  des  fufées, 
&:  d'une  ouverture  fixée  par  leur  grofî'eur  &  par  leur 
nombre.  Cet  anneau  peut  être  fait  d'im  ademblnge 
de  planches  ;  mais  il  eii  plus  folidc  de  le  ia're  de  deux 
Cîvcles  de  fer  concentriques  ,  liés  par  4  ou  6  cntre- 
toifes  ,  obfervant  d'y  ajouter  des  queues  percées  , 
pourqu'onpuiffe  le  clouer  foiidement  fur  des  pièces 
de  bois  placées  exprès  furie  théâtre  des  artifices  oii 
il  doit  être  expofé. 
Cette  çarcafle  de  l'artifice  étant  faite  ,  il  ne  s'agit 


plus  que  d'y  appliquer  ces  fufées  avec  du  petit  fil-de- 
fer  recuit  pour  être  plus  flexible ,  en  les  dirigeant 
toutes  du  centre  à  la  circonférence,  &  les  attachant 
aux  deux  bouts  fur  les  cercles  de  fer  préparés  pour 
les  y  arranger,  la  gorge  tournée  en-dehors  ;  on  y  fa^t 
enluite  paffer  une  étoupille  bien  attachée  fur  chacu- 
ne ,  &  enfermée  dans  des  cartouches  ,  s'il  faut  évi- 
ter le  feu  des  artifices  qu'on  doit  faire  jouer  avant  le 
foleil. 

Comme  la  durée  de  cet  artifice  ne  feroit  pas  con- 
fidérable  ,  s'il  n'y  avoit  qu'un  rang  de  fufées  ,  on  la 
prolonge  par  un  fécond  rang ,  qui  prend  Ïqv,  après  que 
le  premier  eft  confumc  ;  on  peut  même ,  fi  l'on  veut, 
y  en  ajouter  un  troifieme  ,  pour  tripler  cette  du- 
rée. 

La  manière  de  difpofer  ce  fécond  rang,  èft  à-pcii-* 
près  la  même  que  la  première  ,  obfervant  feulement 
qu'aîin  qu'elles  ne  prennent  pas  feu  avant  le  tems, 
leurs  gorges  doivent  être  couvertes  &;  un  peu  éloi- 
gnées des  premières,  foit  en  les  reculant,  comme 
lorfqu'elies  font  icparécs  par  des  rouelles  de  bois  , 
ou  en  les  rapprochant  du  centre  ,  fi  elles  font  fur  un. 
même  plan  ;  comme  fur  le  double  anneau  de  fer  dont 
on  a  parlé. 

Tout  l'art  de  la  ccmrai'.nication  des  feux  ne  ccn- 
fîftec[u'à  lier  à  la  tête  qui  n'eftpas  étranglée,  un  porte- 
feu  fait  d'un  cartouche  vuide  ,  dans  lequel  on  fait 
pnfter  une  étonpille  ,  ou  qu'on  remplit  d'une  conico- 
fition  un  peu  vive  fans  être  foulée. 

Ce  porte-feu  doit  être  collé  dans  l'intervalle  ces 
deux  cartouches  rebouché  par  les  deux  bouts  ,  pour 
recevoir  &  donner  le  feu  par  des  ouvertures  fuites  à 
fes  côtés  ,  fitué  au  b.out  d'en-bas ,  l'autre  à  celui  d'en- 
haut ,  ainfi  que  l'on  voit  dans  nos  Pi.  if  Arùf.  où  la 
première  fufée  qui  a  fa  gorge  comme  on  l'a  placée,  fa 
tête  non  étranglée  ,  mais  feulement  formée  ou  bou- 
chée par  un  papier  collé  ,  le  long  d'une  partie  de 
cette  fufée  eft  collée  contre  le  cartouche  qui  reçoit 
le  feu  par  une  ouverture  de  laquelle  fort  une  étou- 
pille qui  paflie  par  ce  trou  dans  le  porte  -  feu ,  ôc 
qui  en  fort  par  le  trou  du  haut ,  pour  entrer  dans 
la  gorge  de  la  féconde  fufée  du  fécond  rang. 

Il  eft  vifible  que  s'il  y  avoit  trois  rangs ,  on  devroit 
obferver  la  même  difpofition  du  fécond  à  l'égard  du 
foifieme  pour  y  porter  le  feu  ;  mais  cet  arraijgement 
fur  un  même  plan  ne  convient  point ,  parce  qu'il 
laiue  trop  d'intervalle  d'une  gorge  de  feu  à  l'autre  ; 
il  vaut  mieux  que  le  feu  foit  continu  ou  fans  une  in- 
terruption fenfible  ;  c'eft  pourquoi  il  eft  plus  à-pro- 
pos que  les  rangs  foient  placés  les  uns  devant  les  au- 
tres ,  &  féparés  par  des  cloifons  de  bois  ou  de  car- 
ton. 

Lorfqu'oh  met  plufieurs  rangs  de  fufées ,  on  peut, 
pour  varier  le  fpeftacle  ,  teindre  les  feux  de  chaque 
rang  de  couleurs  inégales,  dont  la  lumière  du  foUil 
eft  fufceptiblc  en  apparence ,  par  l'interpofition  des 
vapeurs  de  la  terre  ou  des  nuées  ,  comme  du  clair 
brillant ,  du  rongcâtre  ,  du  pâle  &  du  verdâtre  ,  au 
moyen  de  la  limaille  de  fer,  de  cuivre  ,  du  char- 
bon de  chêne  pilé  ,  de  la  poudre  de  buis  ,  &c. 

Comme  il  ne  convient  pas  que  le  centre  du  foleil  i 
qui  eft  l'efpace  compris  entre  les  têtes  des  fufées  & 
cehii  qu'occupent  les  longueurs  des  corps  de  f'ufées 
doubles  ou  rayons  oppofés,  foitobfci'.r,  on  y  colle 
un  papier  huilé  qu'on  peint  de  la  figure  d'un  vi- 
iage  d'Apollon  attribué  au /(j/aV,  ou  de  quelques 
rayons  de  feu  qu'on  éclaire  par  derrière  par  le 
moyen  des  larnpions  ou  lances  i\  feu  un  peu  éloi- 
gnées ,  crainte  d'cmhrafter  ce  papier.  Pour  plus  de 
fureté  on  peut  y  mettre  de  la  corne  ou  du  verre  peint 
de  couleur  d'aurore  ou  jaune,  avec  des  couleurs 
tranfparentes,  qui  n'aient  pas  afle/.  de  corps  pour 
le  rendre  trop  opaque  ,  comme  la  gomme  gutte. 


3i8 


SOL 


LoiTque  rintervalle  de  ce  centre  eft  d'un  diamètre 
plus  grand  que  de  20  à  30  pouces,  on  peut  mettre 
au  ctntrc  à\.\  foUU  une  girandole,  ou  roue  deteu, 
qui  y  t'ormc  un  tourbillon,  pendant  que  le  refte  du 
Jolcil  jette  les  rayons  au-dehors ,  obiervant  que  les 
feux  de  l'un  &i  de  l'autre  artirice  Ibient  exadement 
de  la  même  couleur. 

Il  cil  V  iliMe  qu'on  peut  étendre  la  furface  du  feu  du 
foUil ,  en  tailant  pluiieurs  rangs  de  fufées  attachées 
fur  des  cercles  de  fer  concentriques  ,  &  plus  grands 
les  uns  que  les  autres  ;  c'ell  par  ce  moyen  qu'on  a 
fait  à  P.uis  de  ces y^/cJ/Vj  ,  qu'on  dit  avoir  eu  60  pics 
de  diamètre. 

SoUil  cCcju  tournant  fur  fon  centre.  Il  ne  s'agit  que 
de  couvrir  le  plat  des  tuiées  de  la  girandole  pour  l'eau 
de  feux  brillans  arrangés  du  centre  à  la  circonféren- 
ce ,  pour  former  la  figure  d'un  /o/c/Vqui  tournera  fur 
fon  centre  par  le  mouvement  de  circulation  c;  ulc  par 
les  fulées  poicGs  en  jante,  dont  le  feu  croile  par-dcf- 
fous celle  qui  forment  le  joUil^cQ  qui  produit  un  très- 
bel  effet  lur  l'eau. 

Soleil,  terme  de  Blafon  ,  en  armoirie  on  peint  le 
foUil  d'ordinaire  avec  douze  rayons  ,  dont  les  uns 
font  droits  ,  &  les  autres  en  ondes  ;  &  Ion  émail  efl 
d'or.  Quand  il  eft  de  couleur,  &  repréienté  lans  au- 
cuns traits  du  vifage  ,  on  l'appelle  proprement  ombre 
duJoUil.  (  Z?.  J.) 

Soleil  ,  f  m.  (Jfift.  nat.  Bot.^corona  Jolis .,  genre 
de  plante  à  fleur  radiée, dont  le  dilquc  ell  compolé  de 
plufieurs  fleurons  ,  &  la  couronne  de  demi-fleurons: 
ces  fleurons  &  ces  demi-fleurons  font  portés  par  des 
embryons, &  féparéslesuns  des  autres  par  de  petites 
feuilles  pliées  en  gouttière.  Dans  la  luite  ces  em- 
bryons deviennent  des  femences  garnies  de  deux 
feuilles.  Tounicfovt,  injl.  rei  /nrù.   /^oye^  pLANTE. 

Soleil  de  mer  ,  on  a  donné  ce  nom  à  différentes 
efpeces  d'étoiles  de  mer  qui  différent  des  étoiles  pro- 
prement dites ,  en  ce  que  les  rayons  ne  partent  pas  du 
centre  ;  le  milieu  du  corps  àcsjoleils  t'a  arrondi ,  & 
les  rayons  fbrtent  de  ce  cercle.  Rondelet ,  hijî.  des 
[oophit^s ,  cil.  xvj.  Voyei  Étoile  de  mer. 

SOLEME ,  (  Grogr.  mod.  )  petite  ville  de  France , 
dans  le  Maine  ,  lur  la  Sarte ,  à  une  lieue  de  Sablé.  Les 
bcnéditlins  y  ont  un  ancien  monaftere  l'emarqua- 
bie  par  fon  églife.  Longitude  ly.  12.  latitude  47.  io. 
{D.  J.) 

SOLEMNEL  ,  adj.  (  Gram.  &  Théolog.)  chofe  qui 
fe  fait  avec  beaucoup  d'appareil  &;  de  cérémonie. 
Ainfi  nous  dilbns  (ètesjblemnellùs  ,  offices folemnels  , 
pracefrionsyc»/c;w/z£//'£5. 

Les  fêtes  Jblemnelles  dans  l'Eglife  romaine  font 
celles  qu'on  célèbre  avec  plus  de  pompe  &  de  céré- 
monies que  les  autres  ,  à  caufe  de  la  grandeur  des 
myfteres  ou  de  la  dignité  des  f'aints  en  mémoire  def- 
quels  elles  font  inftituées.  Ainfi  Pâques  ,  la  Pente- 
côte ,  Noël  font  des  iciQS  folemnelles.  La  fête  du  pa- 
tron de  chaque  paroifle  eft  pour  cette  paroiflé  une 
fête  foleninelle. 

Dans  quelques  diocèfes  ,  par  exemple  dans  celui 
de  Paris  ,  on  diftingue  les  grandes  fêtes  en  annuels  , 
folemneh  majeurs  6cJ'oUmncls  mineurs  ,folemne  majus 
&  folemne  minus.  La  préfentation  de  Jefus  -  Chrift 
au  temple  ,  rAfcenfion,  la  fête  du  S,  Sacrement  font 
^es  ]o\.ns  folcmncls  majeurs  ,  la  plupart  des  fêtes  de  la 
Vierge  font  à(tsfolcrnnels  mineurs  ;  c'efl  ce  qu'on  ap- 
pelle dans  d'autres  diocèfes  annuel  6c  Jemi-annuel. 
Foyci  Annuel, 

Solemnel  ,  {Jurifprud^  fc  dit  de  ce  qui  eft  revêtu 
des  formes  les  plus  authentiques. 

Un  aà.Q  foUmntl  eft  celui  qui  eft  pafl^e  devant  un 
officier  public  avec  le  nombre  de  témoins  requis. 

Quelquefois  ,  pour  rendre  un  ade  encore  plusyô- 
Umnel ,  on  y  fait  intervenir  certaines  perfonnes  dont 
la  confidératicn  donne  plus  de  foi  6c  de  poids  à 
l'adc. 


SOL 

On  entend  quelquefois  parteftament/o/^OT/rc/toui 

teftament  reçu  par  un  officier  public  ,  à  la  ditférence 

du  teftament  olographe  qui  eft  écrit  de  main-privée. 

yoycihcTM,  Formalités,  Forme, Testament. 

SOLEMNITE',  f  f  {Gram.  )  la  pompe,  la  magni- 
ficence ,  cérémonie  qui  accompagne  quelqu'aition 
remarquable  dans  un  jour  ùiiiingué  par  quelques  cir- 
conftances.  On  dit  WfoLemniti  d'une  fête  ;  la  folemnitè 
d'un  mariage  ;  une  Qi\Xxé&  fokmnelle  ;  hfolemniié  du 
lermcnt. 

SOLEN  ,  {.  m.  {Conchyliolog.')  &  par  Pline  unguis; 
c'elt  la  même  coquille  que  l'on  appelle  plus  commu- 
nément en  trançois  cout:au  ,  manche  de  couteau  ,  & 
dans  le  pays  d'Aunis  coutelier.  C'eft  fous  ce  dernier 
nom  de  coutelier  qu'on  a  confidéré  dans  l'Encyclopé- 
die le  coquillage  ;  nous  parlerons  ici  de  la  feule  co- 
quille. 

C'efl:  une  coquille  bivalve  dont  le  corps  eft  long, 
ouvert  par  les  deux  extrémités  ,  quelquefois  droit 
6i  quelquefois  arqué. 

La  clafle  àasfolens  dont  le  corps  eft  droit,  cor.a 
prend  les  elpeces  fuivantes  :  i".  [c  Jolen  ou  manche 
de  couteau  blanc  ;  x^.  la  couleur  de  rof'c ,  venant  de 
l'Amérique  ;  3".  le  bariolé  ;  4°.  le  fo/en  ,  nomm.e 
Vonix ;  ^".  le  brun  ;  6°.  le  mâle,  e'el^-à-dire  le  plus 
grand  ;  y'"*,  la  femelle,  c'eft-à-dire  le  plus  petit;  8'^  le 
Jol.n  reilémblant  à  l'ongle  par  fa  couleur  ;  9**.  leyà- 
Ln  imitant  le  doigt  par  la  longueur  ;  io'\  lefolen  ref- 
femblant  à  une  flute  ;  1 1".  lefolcn  fait  comme  un  ro- 
feau  ;  ï  1°.  [e  folen  très-long  ,  très-étroit ,  de  couleuf 
brune  ,  avec  un  mulçlenoir  vers  la  charnière. 

On  ne  connoît  que  deux  efpeces  defolens  ou  man- 
ches de  couteaux  faits  en  arc  ;  favoir  \q  folen  courbé 
en  forme  de  labre  hongrois ,  &  Iq  folen  qui  fe  trouve 
dans  le  fable. 

Rumphius  décrit  un  manche  de  couteau  d'une  feule 
pièce ,  qu'il  appelle  Jolen  arenarius  :  c'eft  un  long 
tuyau  à  plufieurs  reprifés  ou  nœuds. 

Lq  folen  d'Orient ,  couleur  de  rofe  ,  eft  fort  rare. 
Klein ,  dans  fon  traité  de  tubulis  m.irinis  avec  figu- 
res ,  a  donné  le  nom  ào.  folen  à  différens  tuyaux  de     bjj 
mer  ,  dont  il  a  formé  quelques  genres  diftingués  par    I 
des  caraéleres  qui  leur  font  propres  ;  fon  fyfteme  eft    W 
très-méthodique  6l  heureuiement  exécuté.  (Z?.  /.) 
SoLEN ,  {Chirurgie.')  efpece  de  boîte  ronde ,  oblon- 
gue  &  creufe ,  dans  laquelle  on  place  un  membre 
fraéhiré  ,  une  jambe  ,  une  cuiffe,  pour  y  être  main- 
tenue après  la  rédu£lion  dans  fa  fituation  naturelle. 
M.  Petit  le  chirurgien  a  perfeélionné  cette  machine 
avec  beaucoup  de  fagacité.   (Z>.  /,  ) 

SOLENUS ,  {Géog.  anc.)  fleuve  de  l'Inde,  en-deçà 
du  Gange.  Son  embouchure  eft,  félon  Ftolomée, 
/.  Vil.  c.  j.  dans  le  golfe  Colchique ,  entre  Colchi- 
Emporium  &i.  Calugicum-Fromontorium.  (Z>.  /.) 

SOLETAR,  f  m.  {Gram.)  forte  de  terre-glaife , 
dont  on  fe  fert  en  Angleterre  pour  dégraifli'er  les  lai- 
nes ;  on  l'appelle  -Aintifm^clere. 

SOLETUM ,  {Géog.  anc.)  ville  d'Italie  dans  la  Ca- 
lahre,  au-deft'us  d'Otrante.  Elle  étoit  déferte  dutems 
de  Pline ,  /.  ///.  c.  ij.  Elle  a  été  repeuplée  depuis. 
C'eft  la  même  ville  que  Salentia  ,  dont  les  habitans 
font  appelles  Salentini ,  &  qui  donnoit  fon  nom  au 
promontoire  Solentinum  :  c'eft  préfentement  Sole- 
to ,  félon  Léandre  ,  &  Solito ,  félon  le  P.  Hardouin, 
{D.J.) 

SOLEURE,  {Géog.  mod.)  en  latin  Salodurum.,  So- 
lodurum  ,  &  en  allemand  Solothum  ,•  ville  de  Suilfe  , 
capitale  du  canton  de  même  nom  ,  fur  la  rivière 
d'Aare,  à  11  lieues  au  midi  de  Bâlc,  à  10  au  nord-efl 
de  Berne  dans  leSalgœu,  c'eft-à-dire  dans  le  pays  des 
anciens  Saliens. 

Cette  ville  eft  remarquable  par  fon  antiquité ,  par 
i^s  édifices ,  par  fa  force ,  &  par  fa  grandeur  pourie 


SOL 

paj^.  On  y  a  trouvé  des  médailles ,  des  InrcriptiOns, 
&  d'autres  monumens  qui  juiliht'nt  qu'elle  étoit  déjà 
connue  des  Romains.  Elle  fut  ruinée  par  les  Huns  , 
les  Goths  ,  les  Vandales  ,  qui  ravagèrent  la  Suifle 
tour-à-tour.  L'églife  collégiale  de  S.  Urfe  pafle  pour 
avoir  été  fondée  par  Eerthrade ,  mère  de  Charle- 
magne.  Les  jéfuites  ont  dans  cette  ville  une  belle 
mailbn ,  &  les  cordeliers  un  très-beau  couvent ,  donr 
ils  louent  une  partie  aux  ambaffadeurs  de  France. 

Soleure  devint  une  ville  impériale  fous  les  empe- 
reurs d'Allemagne  ,  &  les  ducs  de  Suabe  en  furent 
enfuite  gouverneurs.  Dans  le  quatorzième  fiecle,  fes 
habitans  s'allièrent  avec  Berne  ;  dans  le  fiecle  fui- 
vant ,  ils  fe  joignirent  aux  cantons  contre  le  duc  de 
Bourgogne  ;  &  après  la  guerre  de  1481  ,  ils  furent 
reçus  au  nombre  des  cantons.  Son  gouvernement 
civil  eft  à-peu-près  le  môme  qu'à  Berne  &  àFribourg, 
le  pays  étant  divifé  en  bailliages,  qui  n'ont  à  la  véri- 
té dans  leurs  jurifdiftions  que  des  villages  ,  excepté 
Olten,  qui  ell  une  petite  ville. 

Quant  au  gouvernement  fpirituel  ,  il  eft  arrivé 
qu'en  1532  le  parti  caiholique-romain  prit  le  deffus, 
&  depuis  lors  Sohun  &  fon  canton  font  demeurés 
attachés  à  la  religion  romaine.  Lojig'u.  x6.  6.  latit. 

47'  '4- 

Schilling  (  Diebold  )  ,  né  à  Soleurz ,  a  laifle  une 

hifloire  écrite  en  allemand  de  la  guerre  des  Suiffes 
contre  Charles  le  Téméraire  ^  duc  de  Bourgogne.  Cet 
ouvrage  eft  d'autant  plus  précieux  que  l'auteur  s'étoit 
trouvé  lui-même  à  prefque  toutes  les  batailles  & 
adions  de  guerre  qu'il  décrit.  Le  manufcrit  a  été  gar- 
dé jufqu'à  ce  jour  au  greffe  de  Berne ,  &  imprimé 
pour  la  première  fois  dans  cette  ville  en  1743  ,//2-/cj/. 
{D.J.) 

Soleure  ,  canton  de  ^  {  Géog.  mod.  )  canton  de  la 
Suiffe ,  &  l'onzième  en  ordre.  Il  ^îi  borné  au  nord  par 
le  canton  de  Bâle  ,  au  midi  &  au  levant  par  le  canton 
de  Berne ,  au  couchant  par  ce  même  canton  &  en 
partie  par  les  terres  de  l'évêque  de  Bâle.  Il  s'étend 
le  long  de  l'Aare  ,  en  partie  dans  la  plaine  &  en  par- 
tie dans  le  mont  .Tura.  Il  efl  affez  grand  ,  mais  fort 
étroit  ;  du  refte  ,  c'efl:  un  pays  palfablement  fertile 
en  grains  ,  en  pâturages  &  en  bois.  Tout  ce  canton 
efl:  attaché  à  la  religion  catholique-romaine.  On  l'a 
partagé  en  douze  bailliages  ,  &  les  badlifs  ne  font 
pas  obligés  d'aller  réfider  dans  ceux  qu'on  nomme 
bailliages  intérieurs.  {D.  /.  ) 

SOLFARA,  LA  ,  {Géog.  mod.  )  la  Soif  ara  des  mo- 
dernes ,  entre  Naples  &  Pouzzoles  ,  efl  le  Forum- 
Vulcani  des  anciens ,  ou  cette  colline  d'Italie  que 
Pline  appelle  Leucogcei  colles ,  à  caufe  de  la  blancheur 
du  terroir.  Il  y  avoit  au  même  endroit  des  fources 
d'eaux  qu'il  nomme ,  /.  XXXI.  c.j.  Leucogœi  Fontes^ 
6i  dont  on  vantoit  les  vertus  pour  la  guérifon  des 
plaies.  (D.J.) 

SOLFATARA  ,  f.  f.  (  Hi/l  nat.  )  c'efl  ainfi  qu'on 
nomme  en  italien  un  endroit  du  royaume  de  Naples , 
dans  le  voifmage  de  Pouzzole,  qui  paroît  brûler  per- 
pétuellement ,  &  où  l'on  trouve  un  grand  nombre 
d'ouvertures  qui  donnent  pafTage  à  des  vapeurs  ful- 
fureufes  &  à  de  la  fumée  que  le  feu  fouterrein  fait 
fortir  du  fein  de  la  terre  qui  efl  au-deflbus.  Les  pier- 
res qui  font  autour  de  ces  orifices  ou  ouvertures  ibnt 
dans  un  mouvement  perpétuel,  &  lorfqu'on  y  jette 
quelques  corps  légers ,  ils  iont  repoufles  à  dix  ou 
douze  pies  de  hauteur  ;  &  l'on  voit  dans  certains  en- 
droits le  fable  bouillonner  comme  de  l'eau  qui  feroit 
iur  le  feu.  Les  pierres  qui  le  tirent  de  cet  eljiace  de 
terrein  font  très-chaudes,  friables,  blanches  &com- 
me  calcinées  ;  pour  peu  qu'on  y  creufe  ,  on  trouve 
des  cendres.  On  en  tire  aufli  une  très-grande  quan- 
tité de  vitriol  bleu  &  d'alun  ;  la  chaleur  du  tcrroin 
épargne  les  frais  du  bois  pour  i'évaporation  de  ces 
ièls ,  on  ne  fait  que  laver  dans  de  l'eau  les  pierres 


SOL 


3Ï9 


qui  en  font  chargées ,  on  met  cette  diffolutlon  dans 
des  chaudières  de  plomb  que  l'on  place  fur  les  ouver- 
tures de  ce  terrein  ,  dont  la  chaleur  eft  affez  grande 
pour  faire  bouillir  la  diflolution  ,  après  quoi  l'eau 
chargée  de  ces  fels  fe  met  dans  des  cuves  de  bois 
où  ils  fe  cryflallifent  ;  le  débit  de  ce  vitriol  &  de  cet 
alun  fait  un  revenu  afl'ez  confidérable. 

Tout  le  terrein  de  la  Solfatara  eft  creux ,  &  réfonne 
fous  les  pies.  Ayant  été  comme  miné  parles  feux  fou- 
terreins  ,  il  feroit  dangereux  d'y  paffer  à  cheval , 
parce  qu'on  feroit  en  danger  d'y  enfoncer.  Quelques 
perfonnes  croient  que  les  feux  qui  font  fous  la  Sol- 
fatara communiquent  par-dcflTous  terre  avec  le  mont 
Véfuve  ,  qui  en  eft  à  quatre  lieues  ;  &  l'on  prétend 
que  lorfque  ce  volcan  eft  tranquille  ,  la  fumée  eft 
plus  forte  dans  USolfatara^^  au  contraire  que  lorf- 
que le  volcan  vomit  des  flammes  &  éprouve  de  for- 
tes éruptions  ,  ce  terrein  efl  moins  agité. 

Cet  endroit  étoit  déjà  connu  des  anciens ,  qui  l'ap- 
pelloient  Forum  Vulcani  ;  il  a  été  décrit  en  vers  par 
Pétrone.  Les  modernes  l'appellent  Solfatara  ou  Sol- 
forata ,  foufriere  ;  on  croit  que  ce  font  les  refles 
d'une  montagne  qui  a  été  détruite  par  les  embrafe- 
mens  fouterreins  ,  &  qui  a  été  changée  en  une 
plaine. 

SOLFIER  ,  V.  n.  en  Mujîque  ,  c'efl  prononcer  les 
fyllabes  de  la  gamme  ut ,  re  ,  mi ,  &c.  &  entonner  en 
même  tems  les  fons  qui  leur  conviennent  ;  &  c'eft 
ua  exercice  par  lequel  on  fait  commencer  ceux  qui 
apprennent  la  mufique  ,  afin  que  l'idée  de  ces  diffé- 
rentes fyllabes  s'uniffant  dans  leur  efprit  à  celle  des 
intervalles  qui  s'y  rapportent ,  ces  fyllabes  leur  ai- 
dent à  fe  rappeller  ces  intervalles. 

Ilya  diverfes  manières  àçfolfier.  Plufleurs  nations 
ont  gardé  Tancienne  méthode  des  flx  fyllabes  .de 
l'Arétin.  D'autres  en  ont  encore  retranche  ,  comme 
les  Anglois  ,  qui  folfîent  fur  ces  quatre  fyllabes  feu- 
lement, mi,  fa  ^  fol.,  la.  Les  François  au  contraire 
ont  ajouté  la  lyUabe/,  pour  renfermer  fous  des  noms 
différens  tous  les  fept  fons  de  l'oftave. 

Les  inconvéniens  de  la  méthode  de  l'Arétin  font 
confidcrables  ;  car  faute  d'avoir  rendu  complette  la 
gamme  de  l'oûave  ,  les  fyllabes  de  cette  gamme  ne 
iignifient  ni  des  touches  fixes  du  clavier ,  ni  des  de- 
grés du  ton  ,  ni  même  des  intervalles  exaftement 
déterminés  :  la  ,fa  peut  former  un  intervalle  de  tierce 
majeure  en  defcendant ,  ou  de  tierce  mineure  en 
montant ,  ou  d'un  femi-ton  encore  en  montant.  Voye^ 
Gamme,  MuANCES.  C'eft  encore  pis  parla  méthode 
des  Anglois  :  ils  trouvent  à  chaque  inflant  diftérens 
intervalles  qu'ils  ne  peuvent  exprimer  que  par  les 
mêmes  fyllabes  ,  &  toutes  les  quartes  portent  tou- 
jours les  mêmes  noms ,  qui  devroient  être  réfervés 
aux  feules  oftaves. 

La  manière  de  folficr  établie  en  France  par  l'addi- 
tion du  y?  efl  infiniment  fupérieure  à  tout  cela  ;  car 
la  gamme  fe  trouvant  complette  ,  les  muances  de- 
viennent inutiles  ,  &  l'analogie  des  oftaves  eft  par- 
faitement obfervée  :  mais  les  Muficiens  ont  encore 
gâté  cette  méthode  jjar  la  bifarre  imagination  de 
rendre  les  noms  des  notes  toujours  fixes  &  détermi- 
nés fiir  les  touches  du  clavier ,  &  non  pas  fur  les  de- 
grés du  ton  ;  ce  qui  charge  inutilement  la  mémoire 
de  tous  les  dièfes  ou  bémols  de  la  clé  ;  ce  qui  ôte 
au  nom  des  notes  le  rapport  néceflàire  avec  les  in- 
tervalles qui  leur  font  propres  ,  &  ce  qui  efface  en- 
fin ,  autant  qu'il  eft  en  eux  ,  toutes  les  traces  de  la 
modulation. 

Ut  ou  ré  ne  font  point  ou  ne  doivent  point  être 
telle  ou  telle  touche  du  clavier ,  mais  tel  ou  tel  degré 
du  ton  ;  quant  aux  touches  fixes  ,  c'eft  par  des  lettres 
de  l'alphabet  qu'elles  doivent  s'exprimer  ;  la  touche 
que  vous  appeliez  ut ,  je  l'appelle  C  ;  celle  que  vous 
appellezv* ,  je  l'appelle  D.  Ce  ne  font  pas  des  fîi^nes 


3îO 


SOL 


SOL 


que  j'inA-'ente  ,  ce  font  des  fignes  tout  établis  ,  &  par  j 
Iclquels  je  détermine  très-nettement  la  fondamentale 
d'un  ton  :  mais  ce  ton  une  fois  fixé,  dites-moi,  je 
vous  prie,  à  votre  tour,  comment  vous  en  appeliez 
Li  tonique  que  j'appelle  /« ,  6c  la  féconde  note  que 
j'appelle  «',  &  la  médiante  que  j'appelle  mi,  &c.  car 
c'clt  U  le  point  cflcntiel.  Qu'on  y  réfléchiile  bien  ,  & 
Ton  trouvera  que  rien  n'eil  moins  naturel  que  ce  que 
les Muficiens  françois  appellentyô/Aer ^m nacurcl.Cettc 
prétendue  nature  n'eft  du-molns  connue  chez  nul  au- 
tre peuple,  (s) 

SOLI,  ou  SOLOS  ,  en  Cilicie,  (  GiO^^.  anc.)  cette 
ville  qui  prit  enfuite  le  nom  de  FoinpaopoUs  ,  étoit 
fituée  fur  la  côte  ,  entre  les  embouchures  du  Lamus 
ëz  du  Cydrius  ;  Pomponius  Mêla  ,  /.  /.  c.  xlij.  l'ap- 
pelle Soloi  ,  &:  dit  qu'elle  appartenoit  aux  Pvhodiens  ; 
fes  habitans  font  appelles  5"o/«:///tJ,par  Diogene  Lacrce. 
So!i  étoit  la  patrie  de  Chrylippe ,  philolophe  grec 
de  la  fede  des  Stoïciens  ,  difciple  de  Cleanthe  ,  fuc- 
.  ceffeur  de  Zenon.  Il  a  dit  de  la  vertu,  que  l'aftion 
de  la  nature  la  faifoit  naître  par  une  efpece  de  con- 
comitance ,  &:  que  cette  même  aclion  produifoit  par 
contre  coup  la  iource  des  vices.  C'ell  un  beau  prin- 
cipe fur  l'exiftence  du  bien  &  du  mal  moral;  Chry- 
fippe  mourut  âgé  dey}  ans  dans  la  143  olympiade. 
Aratus  poëte  grec  étoit  aulTi  de  Sohs  en  Cihcie  , 
&  vivoit  dans  la  1 16  olympiade ,  276  ans  avant  J.  C. 
Il  a  compofé  deux  poèmes  grecs  qui  tiennent  entiè- 
rement à  l'Allronomie  ,  \ts phénomcms  &  les  progno- 
pques  ,  ^lOTi^Mo..  Cicéron  avoit  fait  du  premier  une 
îraduftion  en  vers  latins,  dont  il  nous  relie  une  gran- 
de partie.  Grotius  nous  a  donné  une  belle  édition 
des  phénomènes  d'Aratus  en  grec  &  en  latin  ,  Lugd. 
Batav.  iGoo.  1/1-4°. 

Crantor  autre  poëte  grec,  &  philofophe  de  mé- 
dite, naquit  pareillement  à  Solos  en  Cihcie.  Il  quitta 
fon  pays  natal  où  il  étoit  admiré ,  pour  fe  rendre  à 
Athènes,  &;  y  devenir  difciple  de  Xénocrate  avec 
Polemon.  Ce  dernierayantfuccédé  à  Xénocrate  dans 
l'académie  vers  la  tin  de  la  116  olympiade,  eut  la 
gloire  de  voir  au  nombre  de  fes  écoliers ,  le  même 
Crantor  qui  avoit  été  autrefois  fon  condifciple.  Il 
palfa  pour  l'un  des  piliers  de  la  iefte  platonique  ;  & 
li  vous  voulez  connoîtrc  quel  cas  on  en  faifoit,  vous 
n'avez  qu'à  lire  ces  deux  vers  d'Horace ,  epiji,  2.  L  I. 
y.  J.  qui  dit  : 

Q^iii  quïdfit  pulchnim^  quidjnjîuniy  quid  utile ^quid- 

non  , 
Pknius  ac  melius  Chryjippo  &  Crantore  dicic. 

Ce  philofophe  fit  un  livre  de  la  confolation  qui  s'eft 
perdu,  &  qu'on  eftimoit  beaucoup.  On  admire  prin- 
cipalement fon  traïié'du deuil,  ditDiogène  de  Laërce; 
c'étoit  là, fans  doute,  le  titre  de  l'ouvrage  de  notre  fi- 
licien.  Nous  apprenons  de  Plutarque  ,  que  ce  philo- 
fophe mit  ce  livre  au  jour  pour  confoler  Hippoclès, 
qui  avoit  perdu  fes  enfans  ;  Cicéron  tira  beaucoup 
<le  choies  de  ce  traité  quand  il  compoia  un  îembla- 
ble  livre.  Crantor  mourut  d'hydropifie  dans  un  âge 
fort  avancé,  &  laifTa  à  fon  ami  Arccfilas  tout  fon 
bien ,  qui  montoit  à  douze  talens ,  environ  cinquante- 
trois  mille  livres  de  notre  monnoie. 

Enfin ,  Cléarque  difciple  d'Arillote  ,  &  célèbre 
péripatéticien ,  étoit  de  Solos  en  Cilicie,  De  plu- 
fiewrs  ouvrages  qu'il  compofa,  il  ne  relie  qu'un  frag- 
ment de  fon  traité  lur  lefommeil.  C'ell  de  Ion  arc  d'ai- 
mer ^qw^Alhénée  a  pris  ce  qu'il  dit,  /.  JilIJ. des  hon- 
neurs que  Gygés  roi  de  Lydie  ,  fit  à  une  courtifane 
dont  il  étoit  amoureux.  (  Le  chevalier  de  Jau- 
COURT.) 

SOLI ,  ou  Solon  ,  ou  Soler  ,  en  Cypre  ,  ÇGéog.  anc.) 
ville  de  l'île  de  Cypre  ,  lur  la  cote  fcptentrionale  ; 
Strabon  qui  en  fait  deux  athéniens  ,  A  pâmas  &c  Pha- 
lerus ,  les  fondateurs ,  la  place  auprès  de  la  ville 


d'Arfinoé.  Elle  avoit  auparavant  le  nom  à' Epia; 
quoiqu'à  proprement  parler,  Epéa  fiitune  autre  ville 
bâtie  par  Dcmophoon,  fils  de  Théfée,  près  de  la 
rivière  de  Clarius  dans  un  quartier  raboteux  &  in- 
fertile. 

Philocyprus  qu'Hipparque  appelle  Cypranor ,  en 
étoit  le  roi ,  lorfque  Solon  y  arriva.  Ce  iage  philofo- 
phe ,  la  voyant  li  mal  lituée ,  confeilla  au  roi  de  tranf- 
porter  fa  cour  en  une  fort  belle  plaine  qui  étoit  au- 
defibus  ,  d'y  bâtir  une  plus  grande  &;  plus  belle  ville, 
&  d'en  accompagner  la  llrudure  de  plus  de  jultefle 
&  d'ornement. 

Le  projet  de  Solon  fut  exécuté  avec  beaucoup 
d'cxaétitudc  ;  6c  dès  qu'on  fut  en  état  d'en  jetter  les 
fondemens ,  après  avoir  tait  les  préparatifs  nccelïai- 
res ,  il  fe  chargea  du  foin  de  la  peupler.  Sa  prCfence 
y  attira  beaucoup  de  monde;  de  lorte  qu'elle  ne  fut 
pas  plutôt  bâtie ,  qu'on  la  vit  prefque  remplie  d'ha- 
bitans.  Philocyprus  de  ton  côté  ne  manqua  pas  de 
reconnoiflance.  Il  voulut  qu'on  appellât  la  ville  So- 
lon ,  SoU  ,  ou  Solos  ,  pour  confervcr  dans  Ion  pays 
la  mémoire  de  ce  grand  homme  &  de  fes  bienfaits. 
Ce  prince  lailTa  un  fils ,  appelle  Arlflocyprus  ,  qui  lui 
fuccéda  à  la  couronne,  bien  qu'il  ne  vécut  pas  long- 
tems  après  lui  ;  car  il  fut  tué  dans  un  combat  contre 
les  Perles  ,  du  tems  du  roi  Darius. 

La  ville  de  SoU  fut  auffi  affiégée  par  les  Perfes ,' 
trois  cens  fix  ans  avant  la  naillance  du  Sauveur  du 
monde ,  &  tint  plus  long-tems  qu'aucune  ville  de 
Cypre  :  mais  elle  fut  enfin  prife  au  cinquième  mois, 
après  qu'on  en  eût  fappé  les  murailles  par  les  fonde- 
mens. 

Cette  ville  avoit  un  port ,  un  temple  de  Vénus  &C 
d'Ifis,  &  une  rivière  nommée  apparemment  Clarius; 
Minerve  y  étoit  aulTi  adorée  ,  &  fes  prêtres  fe  nom- 
moient  hypeccaujbii.  Outre  les  rois  que  j'ai  nommés. 
Athénée  fiiit  mention  d'Eunoflus,  c|ue  Solon  célébra 
plus  qu'aucun  autre  dans  fes  vers. 

Cette  ville  n'eft  à  préfent  qu'un  village  appelle 
SoUa  ,  fitué  au  côté  leptentrional  de  l'île ,  entre  les 
caps  de  Cormachlti  &  d'Alexandrette ,  à  fept  lieues 
de  BafFo.  Strabon  place  au-deifus  de  Sali  l'ancienne 
ville  de  Liménia  ,  &:  au-deflbus  le  cap  de  Croirt- 
myon ,  ou  de  Cormachiti.  {^Le  Chevalier  DE  Jau- 
COVRT.  ) 

SOLICINIUM,  {Géog.anc.)  lieu  d'Allemagne, 
dont  parle  Ammien  Marcellin,/.  XXyiI.c.x.Ùeû^ 
lelon  Herold,  vSo/wi; félon  Laïms  ,Breuen  ;  &  fclon 
Cluvier,  Sult^. 

SOLICOQiJE,royq  Squtlle. 

SOLIDAIRE  ,  (  Juiifprud.  )  fe  dit  de  ce  qui  em- 
porte une  obligation  de  payer  la  totalité  d'une  dette 
commune  à  pluiieurs  pcrlônnes  ;  l'obligation  eliyô- 
lidaire,  quand  chacun  des  obligés  peut  être  contraint 
pour  le  tout.  Il  en  ell  de  môme  d'un  cautionnement 
folidaire  ,  c'ell-à-dire  ,  lorlque  l'on  a  llipulé  que  cha- 
cune des  cautions  fera  tenue  pour  le  tout.  I^oye^  ci- 
api  es  Solidité.  (^) 

SOLIDAIREMENT  ,  adv.  (  Gram.  &  Jurifprud.  ) 
fignlfie  le  droit  que  l'on  a  de  contraindre  chacun  de 
piulieursco-obllgés  à  acquitter  feul  pour  le  tout  une 
dette  commune  ,  fauf  fon  recours  contre  fes  co-obli- 
gés  pour  leur  part  6c  portion.  Foye^^  ci-après  Soli- 
dité. (  y^) 

SOLIDARITÉ  ,  f.  f.  (  Commerce.  )  c'eft  la  qualité 
d'une  obligation  où  pluiieurs  débiteurs  s'engagent  à 
payer  une  fomme  qu'ils  empruntent  ou  qu'ils  doi- 
vent ;  en  forte  que  la  dette  totale  foit  exigible  con- 
tre chacun  d'eux ,  fans  que  celui  au  pront  duquel 
l'obligation  efl  faite  ,  foit  Obligé  de  difcuter  les  an- 
tres ,  6c  l'un  plutôt  que  l'autre.  Dictionnaire  du  Com- 
merce. (  z>.  7.  ) 

SOLIDE ,  1.  m.  en  Géoméirie  ,e(ï  une  portion  d'é- 
tendue qui  a  les  Ucqïs  diuienlions,  c'çfl-à-dire ,  lon- 
gueur , 


SOL 

tueur ,  largeur ,  &  profondeur.  Foye^  Dimension. 

Ainii,  comme  tous  les  corps  ont  les  trois  dimen- 
fions ,  folidi  &C  corps  font  fouvent  employés  com- 
me fynonymcs.  f^oyc^  CoRPS. 

{JnJblUi  elt  terminé  ou  compris  par  un  ou  plu- 
ficurs  plans  ou  fiirfaces ,  comme  une  furtlice  eft  ter- 
minée par  une  ou  plufîcurs  lignes,  f^ojei  Surface 
&  Ligne. 

Les  folides  réguliers  font  ceux  qui  font  terminés 
par  des  furfaces  réi^uiieres  oc  égales. 

Sous  cette  claile  lont  compris  le  tétrahedre,  l'he- 
xahedre  ou  cube,  l'oclahedrc  ,  le  dodécahedre  ,  &c 
l'icofahedre;  Foyei  ces  mots  ,  &  RÉGULIER  ,  &c. 

LesfoliJcs  irréguliers  font  tous  ceux  auxquels  on 
ne  peut  pas  appliquer  la  définition  àes  foliées  régu- 
liers. Tels  font  le  cylindre  ,  le  cône,  le  prifme,  la 
pyramide,  le  paraléllépipede ,  &c.  Foye^  Cylin- 
dre ,  CÔNE  ,  &c. 

La  cubature  d'un  folide  eft  la  mefure  de  l'efpace 
qui  eft  renfermé  par  cQjoUdi.  Foye^  Cubature  & 
Solidité. 

Un  angleyè/iV/e  efl  compofé  de  trois  angles  plans, 
ou  davantage  ,qui  fe  rencontrent  en  un  point.  Foye^ 
Angle;  ou  autrement,  un  -angle  foUdc  comme  B ^ 
(^Planche  g^om.  fig.  30.  )  efl:  l'inclinailon  de  plus  de 
deux  lignes ,  A  B ,  B  C ,  B  F ,  qui  fe  rencontrent  au 
même  point  B ,  &  qui  font  dans  des  plans  diiTé- 
rens. 

Ainfi  les  angles  folides ,  pour  être  égaux  ,  doivent 
être  contenus  fous  un  nombre  égal  de  plans  égaux, 
de  plans  difpofés  de  la  mcpae  manière. 

La  fomme  de  tous  les  angles  plans  qui  compofent 
un  -Angle  foUdi  ,  eft  toujours  moindre  que  360'*.  au- 
trement ils  conilitueroient  le  plan  d'un  cercle,  & 
non  pas  vin  foluie.  Foye{  Angle. 

Figures folidcs  fanblabUs ,  voye7  SEMBLABLE. 

BajiionfoUde  ,  voye[  BASTION. 

LieufoLidc ,  voyci  LiEU. 

Les  nombres  foUdes ,  font  ceux  qui  naifîeni  de  la 
multiplication  d'un  nombre  plan  par  un  autre  nom- 
bre quelconque. 

Ainfi  1 8  eiï  im  nombre  foUde ,  formé  du  nombre 
plan  6 ,  multiplié  par  3  ,  ou  de  9  multiplié  par  2. 
^oyq  Nombre.  Chambers.  (F  ) 

Solide  hyperbolique  aigu  ,  efl;  un foUde  for- 
mé par  la  révolution  de  l'arc  A  M^fig.  zo.fccî.  con. 
d'une  hyperbole  équilatere  autour  de  fon  afymp- 
tote.  Par  cette  révolution ,  il  fe  forme  une  cfpece  de 
tufeau  infiniment  long,  &  cependant  Tonicelli  qui 
lui  a  donné  ce  nom  ,  a  démontré  évidemment  ciu'il 
ell  égal  à  un  folide  ou  corps  fini.  (O) 

Solide,  adj.  (A/g.)  problème Jolide  efl: un  pro- 
blème où  l'équation  monte  au  troifieme  degré  ;  on 
VapY>clle problème  folide  ,  parce  que  l'inconnue  y  efl: 
élevée  à  la  troifieme  puiffance ,  laquelle  repréiente 
un  produit  de  trois  dimenfions.  /^oye^  Dimensions. 

Solide,  adj.  en  Phyjîqiu  fe  dit  d'un  corps  dont 
les  petites  parties  fontunics  enfemble,  de  forte  qu'une 
force  d'un  certain  degré  ne  les  divife  &  ne  les  lépare 
pas  les  unes  des  autres,  Foyc^  Solidité. 

On  nomme  ces  corpsfolides ,  par  oppofition  à  flui- 
des. Foyei  Fluide,  Fluidité,  &c. 

Cependant  on  peut  dire  dans  un  autre  fens  ,  que 
tous  les  corps  (ont  J'oUdes ,  en  entendant  la  iblidité 
de  l'impénétrabilité.  Les  corps  folides  ou  impénétra- 
bles qui  iont  l'objet  de  la  Phyfique  ,  font  diflingués 
parla  des  corps  fimplcment  étendus,  ou  confitlérés 
avec  leurs  dimenfions ,  6c  qui  font  l'objet  de  la  Géo- 
métrie. Foyei  Corps. 

Solide  ,  en  Anaiomie^  fignifie  les  parties  du  corps 
continues  ik  contenantes  ,  ainfi  appellées  par  oppo- 
fition aux  fluides  &;  aux  parties  contenues  du  corps. 
Voyei  Corps  ,  Partie  6-  Fluide, 
Tome  Xr. 


SOL 


311 


Lèsfo/ides  font  les  os,  les  cartilages ,  les  lîga* 
mens  ,  les  membranes,  les  fibres  ,  les  mufcles  ,'les 
tendons ,  les  artères  ,  les  veines  ,  les  nerfs  ,  les  glan- 
des ,  les  vaifl^baux  lymphatiques ,  les  veines  ladées^ 
&c.  Foyei  Os  ,  CARTILAGE  ,  &c. 

Nonobitant  le  grand  nombre  &  l'apparence  des 
parues  je  Udes  du  corps  ;  nous  trouvoos  par  le  fecours 
du  microfcope,  des  injedions,  des  veficatoires,  dei 
atrophies  ,  &c.  que  les  parties /o/Z^/^j  font  exceflive^ 
ment  petites  &  peu  confidérables ,  en  comparailbiî 
des  fluides.  Au  contraire  ,  on  peut  prefque  démon- 
trer par  la  confidération  du  progrès  &  de  la  généra-- 
tion  des  vaifleaux,  &  parla  réfolution  des  plus  grands 
vailfeaux  dans  les  plus  petits  qui  les  conflituent,  que 
toute  la  mafle  des Jhlides  dans  le  corps  ,  efl  compo^ 
fée  des  fibres,  d'un  tiflTu  cellulaire  &  d'une  fubflance 
gélatineufe  qui  en  font  les  élémens  communs.  Foyer 
Fibres  ,  Tissu  cellulaire  &  Gélatineux. 

En  effet ,  toute  la  mafle  des  fo/ides  aufll-  bien  que 
des  fluides  ,  fi  on  en  excepte  feulement  un  petit  "er- 
me  ou  animalcule,  procède  d'un  fluide  bien  fiibtTle  , 
qui  ne  diffère  point  du  fuc  des  nerfs  ,  comme  l'a  fait 
voir  Malpighi  dans  fon  traité  de  ovo  incubato.  Foyer 
(EuF. 

Le  blanc  de  l'œuf  ne  nourrit  jamais ,  jufqu'à  ce 
que  l'incubation  ait  détruit  fon  épaiffeur  naturelle  , 
6c  qu'il  ait  paffé  par  un  grand  nombre  de  degrés  de 
fluidité  avant  de  devenir  affez  lubtil  pour  entrer  dans 
les  petites  véficules  du  germe.  Les  /o/ides  d'abord 
mous  &  plus  tendres ,  procèdent  de  cette  humeur 
lubtile  &c  paifent  par  une  infinité  de  degrés  intermé- 
diaires avant  que  d'arriver  à  leur  plus  grande  folidi- 

té.    /^oyê(  GÉNÉRATION. 

Par  conféquent  tous  les  folides  dans  nos  corps  (  à 
moins  qu'on  ne  foit  aiTez  minutieux  pour  en  excep- 
ter le  premier  germe  )  ne  différent  des  fluides  dont 
ils  ont  été  formés ,  que  par  leur  repos  ,  leur  cohé-^ 
fion  &  leur  figure  ;  &  une  particule  fluide  deviendra 
propre  à  former  une  partie  d\mfolide  ,  fi-tôt  qu'il  y 
aura  une  force  fufiifante  pour  opérer  fon  union  avec 
les  autres  parties  folides.  Foye^  Nutrition  &  Ac- 
croissement. 

Solide,  f.  m.  (Arckitecl.)  nom  commun  &  à  la 
confiflance  d'un  terrein  fur  lequel  on  fonde ,  &  au 
maflit  de  maçonnerie  de  grofl^e  épaiffeur ,  fans  vuide 
au-dedans. 

On  nomme  encore  folide ,  toute  colonne  ou  obé- 
lifque  fait  d'une  feule  pierre.  Et  on  appelle  angle  fo* 
lide ,  une  encoignure  dite  vulgairement  carne.  Davi- 
1er.  {D.  /.) 

SOLIDITÉ ,  f.  £  en  Géométrie,  efl  la  quantité  d'ef- 
pace  contenue  fous  un  corps  lolide.  Foye^  Cuba- 
ture. 

On  a  la  folidiié  d'un  cube ,  d'un  prifme  ,  d'un  ci- 
lyndre  ou  d'un  parallélépipède  ,  en  multipliant  lai 
bafe  par  la  hauteur.  Foye^  Cube,  Prisme  ,  Cylin- 
dre ,  &c. 

Lafolidité  d'une  pyramide  ou  d'un  cône,  fe  déter- 
mine en  multipliant  ou  la  bafe  entière  par  la  troifie- 
me partie  de  la  hauteur ,  ou  la  hauteur  entière  par 
la  troifieme  partie  de  la  bafe.  F'oye^  Pyramide  6^ 
Cône. 

Trouver  la  folidité  de  tout  corps  irréguHcr.  Met- 
tez le  corps  dans  un  vafe  paaaUclépipède ,  &  vcrfez- 
y  de  l'eau  ou  du  fable  jufqu'en  B ,  PI.  Gêom.fig.  j  2. 
alors  ôtez-en  le  corps  ,  &  obfervez  à  quelle  hauteur 
l'eau  ou  le  lable  efl  placé ,  quand  le  corps  efl  ôté  , 
comme  AC.  Otcz  A  C  de  A  B ,  le  relie  fera  BC  ; 
ainfi  le  corps  irrégulier  efl  réduit  à  un  parallclcpipè- 
de  ,  dont  la  bafe  efl  FCGE  6c  la  hauteur  B  C  pour 
trouver  la  joUdité  de  ce  piu-allclepipèdc.  Foyc^^  Pa- 
rallélépipède. 

Suppofcz  ,  par  exemple,  AB=S  6c  AC='j  :  alors- 
BC  fera=3  :  de  plus,  fuppofez  DB=:i  1 ,  .fl£  =  4 , 

Ss 


312  SOL 

alors  UJoIiJiû  du  corps  iiTCgulicr  fera  144.  {E) 

SoLiLMTÉ  ,  1".  t".  {Phyjicj.)  idée  qui  nous  vient  par 
l'attouchement ,  &  qui  cft  caulce  par  la  rclillance 
que  nous  éprouvons  ou  que  nous  remarquons  dans 
un  corps  jiilqu'à  ce  qu'il  ait  quitté  le  lieu  qu'il  oc- 
cupe, lorlqu'un  autre  corps  y  entre  actuellement. 

f^oici  l'ariiclc  ijue  M.  Formy  a  bun  voulu  nous  com- 
muniquer fur  Ci  Jujec. 

De  toutes  les  idées  que  nous  recevons  par  fenfa- 
tion  ,  il  n'y  en  a  point  que  nous  recevions  plus  con- 
Ikmcnt  que  celle  de  hijb/iJité.  Soit  que  nous  l'oyons 
en  mouvement  ou  en  repos ,  dans  quelque  fituation 
que  nous  nous  mettions,  nous  Tentons  toujours  quel- 
que choie  qui  nous  ibutient,&  qui  nous  empêche 
d'aller  plus  bas  ;  &  nous  éprouvons  tous  les  jours, 
en  maniant  des  corps ,  que  tandis  qu'ils  font  entre 
nos  mains ,  ils  empochent  par  une  force  invincible 
l'approche  des  parties  de  nos  mains  qui  les  prefl'cnt. 
Or ,'  ce  qui  empêche  ainli  l'approche  de  deux  corps , 
lorlqu'ils  fe  meuvent  l'un  vers  l'autre ,  c'eft  ce  que 
l'on  appelle  Joli Jiré^&C  que  l'on  peut  nommer  aufll 
impénctrabiiuc.  C'ell  de  toutes  les  idées  celle  qui 
paroit  la  plus  effentiellement  &  la  plus  étroitement 
unie  au  corps,  en  forte  qu'on  ne  peut  la  trouver  ou 
imaginer  ailleurs  que  dans  la  matière. 

Par -tout  où  nous  imaginons  quelque  efpace  oc- 
cupé par  une  fubllance  folide,  nous  concevons  que 
cette  fubftance  occupe  de  telle  forte  cet  efpace , 
qu'elle  en  exclut  toute  autre  fubflance  foUde ,  & 
qu'elle  empêchera  à-jama:s  deux  autres  corps  qui 
fe  meuvent  en  ligne  droite  l'un  vers  l'autre ,  de 
venir  à  fe  toucher,  fi  elle  ne  s'éloigne  d'entr'eux 
par  une  ligne  qui  ne  foit  point  parallèle  à  celle  fur 
laquelle  ils  fe  meuvent  aftuellement. 

Cette  rcfiftance  qui  empêche  que  d'autres  corps 
n'occupent-  l'efpace  dont  un  corps  efl  aâuellement 
■  en  polîeiTion ,  eft  fi  grande ,  qu'il  n'y  a  point  de 
force  ,  quelque  puifîante  qu'elle  foit  ,  qui  la  fur- 
monte.  Que  tous  les  corps  du  monde  prelTent  de 
tous  côtés  une  goutte  d'eau  ,  ils  ne  pourront  ja- 
mais vaincre  la  reliftance  qu'elle  fera,  quelque  molle 
qu'elle  foit,  jufqu'à  s'approcher  l'un  de  l'autre ,  fi 
auparavant  ce  petit  corps  n'eft  ôté  de  leur  chemin. 
Les  partifans  de  l'clpace  pur  en  concluent  que  la 
folid'ué  diffère  de  cet  efpace  qui  n'a  ni  rélillance 
ni  mouvement.  Sans  contredit,  la.  JhluUié  n'efl  pas 
un  attribut  de  l'efpace  pur,  puifque  celui-ci  n'efl: 
qu'une  limple  abllradion  ,  prife  de  la  conlidération 
de  l'efpace  réel ,  qui  n'eft  lui-même  réel  qu'en  vertu 
des  corps  qui  l'occupent.  C'ell  aux  corps  que  con- 
vient l'impénétrabilité,  la yô/ii/iW,  &  diverfes  autres 
propriétés;  &  les  corps  étant  annihilés,  il  ne  reflie 
abfolument  rien,  que  la  polTibilité  d'en  produire 
d'autres  dont  l'exillance  renouvelleroit  l'efpace  dé- 
truit avec  les  précédens.  C'eil  donc  une  difl:inc- 
tion  chimérique,  félon  M.  Formey  auteur  de  cet  ar- 
ticle ,  que  celle  que  l'on  met  entre  l'étendue  des  corps 
&C  l'étendue  de  l'efpace ,  en  dilant  que  la  première  eft 
une  union  ,  ou  continuité  de  parties  folides  divifl- 
bles ,  &  capables  de  mouvement,  &  l'autre  une  con- 
tinuité de  parties  non  folides ,  indivilibles  ,  6c  immo- 
biles. 

hzfolidiiè  d'un  corps  n'emporte  autre  chofe ,  fi  ce 
n'efl  que  ce  corps  remplit  l'efpace  qu'il  occupe,  de 
telle  forte  qu'il  exclut  abfolument  tout  autre  corps  , 
au  lieu  que  la  dureté  confifte  dans  une  forte  union  de 
certaines  parties  de  matière  qui  compofent  des  maf- 
fes  d'une  grofleur  fenfible,  de  iorte  que  toute  la  maf- 
fe  ne  change  pas  ailément  de  figure.  En  effet  le  dur 
&  le  mou  font  des  noms  que  nous  devons  aux  chofes 
feulement  par  rapport  à  la  conftitution  particulière 
de  notre  corps.  Ainli  noiiî>  donnons  généralement  le 
nom  de  dur  à  tout  ce  que  nous  ne  pouvons  fans  peine 
changer  de  figure  en  le  preflant  avec  quelque  partie 


SOL  i 

de  notre  corps  ;  &  au  contraire  nous  appelions  mate    ' 
ce  qui  change  la  fituation  de  ces  parties  ,  lorfque 
nous  venons  à  le  toucher  ,    fans  faire  aucun  effort 
confidérable  &  pénible.  Mais  la  ditHculté  qu'il  y  a 
à  faire  changer  de  fituation  aux  différentes  parties     ' 
fenfibles  d'un  corps  ,  ou  à  changer  la  figure  de  tout 
le  corps  ;  cette  difficulté ,  dis-je  ,  ne  donne  pas  plus 
de  foiiditc  aux  parties  les  plus  dures  de  la  matière 
qu'aux  plus  molles  ;  &  un  diamant  n'eft  pas  plus 
folide  que  l'eau  :  car  quoique  deux  plaques  de  mar- 
bre foient  plus  aitément  jointes  l'une  à  l'autre  ,  lorf- 
qu'il  n'y  a  que  de  l'eau  ou  de  l'air  entre  deux ,  que 
s'il  y  avoit  un  diamant  :  ce  n'efl  pas  à  caufe  que  les 
parties  du  diamant  font  plus  folides  que  celles  de 
l'eau  ou  qu'elles  réfiftent  davantage,  mais  parce  que 
les  parties  pouvant  être  plus  aifément  féparées  les 
unes  des  autres ,  elles  font  écartées  plus  facilement 
par  un  mouvement  oblique  ,&  laifl^'ent  aux  deux  pie- 
ces  de  marbre  le  moyen  de  s'approcher  l'une  de 
l'autre  ;  mais  fi  les  parties  de  l'eau  pouvoient  n'être 
point  chaffées  de  leur  place  par  ce  mouvement  obli- 
que ,  elles  empêcheroient  éternellement  l'approche 
de  ces  deux  pièces  de  marbre  tout-aufTi-bien  que 
le  diamant;  &  il  feroit  auffi  impofUble  de  furmonter 
leur  réfiflance  par  quelque  force  que  ce  fut,  que  de 
vaincre  la  réfiflance  des  parties  du  diamant. 

Car  que  les  parties  de  matière  les  plus  molles  & 
les  plus  flexibles  qu'il  y  ait  au  monde ,  foient  entre 
deux  corps  quels  qu'ils  foient ,  fi  on  ne  les  chaflTe  » 
point  de-là ,  &  qu'elles  refient  toujours  entre  deux ,  |P 
elles  rélifleront  auflî  invinciblement  à  l'approche  de 
ces  corps ,  que  le  corps  le  plus  dur  que  l'on  puiflTe 
trouver  ou  imaginer.  On  n'a  qu'à  bien  remplir  d'eau 
ou  d'air  un  corps  fbuple  &c  mou ,  pour  fentir  bien- 
tôt de  la  réfiflance  en  le  preffant  :  &  quiconque  s'i- 
magine qu'il  n'y  a  que  les  corps  durs  qui  puifl^ent 
l'empêcher  d'approcher  fes  mains  l'une  de  l'autre, 
peut  fe  convaincre  du  contraire  par  le  moyen  d'un 
ballon  rempli  d'air.  L'expérience  faite  à  Florence 
avec  un  globe  d'or  concave ,  qu'on  remplit  d'eau  & 
qu'on  referma  exaftement ,  fait  voir  la  foUd'ué  de 
l'eau,  toute  liquide  qu'elle  foit.  Car  ce  globe  ainfi 
rempli,  étant  mis  fous  une  prefTe  qu'on  ferra  à  tout» 
force  ,  autant  que  les  vis  purent  le  permettre  ,  l'eait 
fe  fît  chemin  à  elle-même  à-travers  les  pores  de  ce 
métal  fi  compad.  Comme  ces  particules  ne  trou- 
voient  point  de  place  dans  le  creux  du  globe  pour 
fe  refferrer  davantage,  elles  s'échappèrent  au-dehors 
où  elles  s'exhalèrent  en  forme  de  rofée ,  &  tombè- 
rent ainfi  goutte  à  goutte  avant  qu'on  pût  faire  céder 
les  côtés  du  globe  à  l'effort  de  la  machine  qui  les 
prefToit  avec  tant  de  violence. 

La  JolidUé  efl  une  propriété  non-feulement  com- 
mune ,  mais  même  effentielle  à  tous  les  corps.  Cela 
eft  vrai,  foit  qu'on  confidere  les  corps  dans  leur  tout, 
foit  qu'on  n'ait  égard  qu'à  leurs  parties  les  plus  Am- 
ples. C'efl  aufll  le  figne  le  moins  équivoque  de  leur 
exiflance.  Des  illufions  d'optique  en  impofent  quel- 
quefois à  nos  yeux  ;  nous  fommes  tentés  de  prendre 
des  fantômes  pour  des  réalités;  mais  en- touchant, 
nous  nous  afTurons  du  vrai  par  la  perfuafion  intime 
où  nous  fommes  que  tout  ce  qui  efl  corps  efl  folide, 
capable  par  conféquent  de  réfiflance  ,  &  qu'on  ne 
peut  placer  le  doigt  ou  autre  chofe  dans  un  lieu 
qui  efl  occupé  par  une  matière  quelconque,  fans 
employer  une  force  capable  de  la  pouffer  ailleurs. 
Toute  réfiflance  annonce  donc  une  folid'ué  réelle 
plus  ou  moins  grande.  C'efl  une  vérité  tellement 
avouée ,  qvi'elle  n'a  befoin  d'autre  preuve  que  de 
l'habitude  où  l'on  eft  de  confondre  les  deux  idées  ; 
quoiqu'à  parler  exaftemcnt, l'une repréfente la  caufe 
6c  l'autre  l'effet.  Mais  il  y  a  tel  cas  oii  l'une  &  l'autre 
(  [ajolidité  &  la  réfiftancce)  échappent  à  nos  fens  ou 
à  noire  attention. 


SOL 

Certains  corps  nous  touchent  fans  cefTe ,  nous 
toacheni  partout  cgalement;  l'habitude  nous  a  ren- 
du leur  contadl  li  familier  ,  que  nous  avons  beîbia 
d'y  réfléchir  pour  reconnoître  l'imprellioa  c{u'ils 
font  fur  nous.  Quand  on  agit  dans  un  air  calme  ,  il 
efî:  peu  de  perlonncs  qui  penfent  qu'elles  ont  conti- 
nui-ilernent  à  vaincre  la  refiflance  d'un  corps  dont  la 
folidhé  s'oppofe  à  leurs  mouvemens.  Si  l'on  lortoit 
de  J'atmolphere  pour  y  rentrer,  on  fentiroit  fans  ré- 
fl  :xion  l'attouchement  de  l'air ,  comme  on  ient  celui 
de  l'eau  quand  on  s'y  plonge.  Ce  qui  fait  encore  que 
la  folui'm  des  fluides  échappe  à  notre  attention,  c'ei!: 
que  leur  partie  indépendante  des  unes  &  des  autres 
&  d'une  petitefl'c  quiiurpafl'e  beaucoup  la  délicatelfe 
de  nos  fens ,  cedeiir  aux  moindres  de  nos  efloiîs,  Uir- 
tout  quand  elles  font  en  petite  quantité  ;  &  nous  ne 
penfons  pas  que  nous  agiiTons  quand  nous  agiiTons 
très-peu.  Cefl  en  vertu  de  ce  préjugé  qui  nous  fait 
regarder  comme  vuide  tout  ce  qui  n'eil  plein  que 
d'air;  que  nous  croyons  qu'une  liqueur  n'a  qu'à  fe 
préfenter  de  quelque  façon  que  ce  loit  à  l'ouverture 
d'un  vafe  pour  y  trouver  accès;  mais  nous  devrions 
faire  attention  que  toutes  ces  capacités  font  na- 
turellement remplies  d'air  ,  coinme  elles  feroient 
pleines  d'eau ,  fi  elles  avoient  été  fabriquées  au  fond 
d'un  étang,  &  qu'elles  n'en  fuflent  jam.ais  forties. 
Nous  devrions  penfer  de  plus  que  l'air  ayant  de 
la  folidui  dans  ic%  parties  ,  on  ne  doit  pas  prétendre 
loger  avec  lui  un  autre  corps  dans  le  même  lieu ,  & 
qu'aijifi  pour  mettre  de  l'eau,  du  vin,  &c.  dans  une 
bouteille,  il  faut  que  l'air  puifîe  paffer  entre  le  col 
&  l'entonnoir ,  pour  faire  place  a  la  liqueur  ;  mais 
quand  ce  col  elf  tellement  étroit  qu'il  ne  peut  pas 
donner  en  même  îems  un  paflage  libre  à  deux  ma- 
tières qui  coulent  en  fens  contraire  ,  c'eft-à-dire  à 
la  liqueur  qu'on  veut  faire  entrer,  &  à  l'air  qui  doit 
fortlr ,  il  faut  que  cela  fe  faffe  fuccelfivement.  C'eft 
pourquoi,  quand  on  veut  introduire  de  l'efprit  de 
lavande  dans  une  cafTolette ,  dont  le  canal  elt  fort 
étroit ,  on  commence  par  la  chauffer;  &  quandl'ac- 
tiondu  feu  a  fait  fordr  une  bonne  partie  de  l'air  qu'- 
elle contenoit,  on  plonge  le  col  dans  la  liqueur  qui 
va  prendre  fa  place. 

Nous  avons  dit  que  Xzfolidïtl  fe  confond  avec  l'im- 
pénétrabilité ;  ce  terme  a  befoin  d'être  expliqué ,  pour 
prévenir  des  objeÛioois  tirées  de  certaines  expérien- 
ces ,  -par  lefqutlles  il  paroit  que  pUilieurs  matières 
mêlées  eniemble  confondent  leurs  grandeurs ,  &  le 
pénètrent  mutuellement.  Une  éponge  ,  par  exemple , 
reçoit  intérieurement  une  quantité  d'eau  qui  femble 
perdre  fon  propre  volume ,  puifque  celui  fous  lequel 
elle  fe  trouve  renfermée  après  cette  efpece  de  péné- 
tration ,  n'en  eft  point  ienfibiement  augmenté.  Un 
vaifTeau  plein  de  cendre  ou  de  fable  ,  admet  encore 
une  grande  quantité  de  liqueur;  &  parties  égales  d'ef- 
prit-de-vin  &  d'eau  mêlées  dans  le  même  vafe  ,  y 
tiennent  moins  de  place  qu'elles  n'en  occupoient 
avant  le  mélange  :  la  matière  eft-elle  donc  pénétra- 
ble  ?  ou  fi  elle  ne  l'efl  pas ,  dans  quel  fens  faut-il  en- 
tendre fbn  impénétrabilité  ?  C'eft  qu'il  faut  foigneu- 
fement  diflinguer  la  grandeur  apparente  des  corps 
de  Xtwxjoiiditi  réelle.  Les  parties  Imiples  ou  premiers 
clémens  ,  s'il  y  en  a  ,  font  ablblument  impénétra- 
bles :  celles  même  d'un  ordre  inférieur  qui  commen- 
cent à  être  compofées  ,  ne  font  encore  vraill'embla- 
blement  jamais  pénétrées  par  aucune  matière  ;  en  un 
mot ,  il  y  a  dans  tous  les  corps  ,  quels  qu'ils  puifl'ent 
être ,  une  certaine  quantité  de  parties  qui  occupent 
feules  les  places  qu'elles  ont,  &  qui  en  excluent  né- 
cefl'airement  tout  autre  corps.  Mais  ces  parties  Ibli- 
des  &  impénétrables ,  qui  font  proprement  la  vraie 
matière  de  ceseorps  ,  ne  font  pas  tellement  jointes 
eniemble ,  qu'elles  ne  laifTent  entr'ellcs  des  cfpaces 
Tonii  XF. 


SOL 


313 


qui  font  vuîdes ,  ou  qui  font  pleins  d'une  autre  ma- 
tière qui  n'a  aucune  liaifon  avec  le  refte ,  &  qui  cède 
fa  place  à  tout  ce  qui  fe  préfente  pour  l'en  exclure  ; 
en  admettant  ces  petits  interff  ices,dont  l'exiilence  efl 
facile  à  prouver,  on  conçoit  très-facilement  que  l'im- 
pénétrabilité des  corps  doit  s'entendre  feulement  des 
parties  folides  qui  fe  trouvent  liées  enfenible  dans  le 
même  tout ,  &  non  pas  du  compofé  qui  en  réfulte. 
Voyii  les  /efo/«  dePhyfiqiu  zxpèrïmentak  de  M.  l'abbé 
Noîlet  ,  tonii  I.  pag.  CS  &Juiv.  Cet  anicU  eji  di  Af» 
FoilMEY. 

Solidité,  {Jurifprudence.)  efl  l'obligation  danâ 
laquelle  efl  chacun  des  co-obligés  d'acquitter  intc- 
gralement  l'engagement  qu'ils  ont  contradé. 

Dans  quelques  provinces  on  dît  folidarite,  expref- 
fion  qui  paroît  plus  jufîe  &  moins  équivoque  que  Le 
terme  àa  folidhé. 

Ce  n'eft  pas  que  le  payement  puifTe  être  exigé  au- 
tant de  fois  qu'il  y  a  de  co-obligés  foUdairement  ; 
l'effet  de  hfolidiiJeû  feulement  que  l'on  peut  s'adref- 
fer  à  celui  des  co-obhgés  que  l'on  juge  à  propos,  & 
exiger  de  lui  le  payement  de  la  dette  en  entier  ,  fans 
qu'il  puifi'e  en  être  quitte  en  payant  fa  part  perfon- 
fonnelle  ,  fauf  fon  recours  contre  (es  co-obligés  pouC 
répéter  de  chacun  d'eux  leur  part  &  portion  qu'il  a 
payée  en  leur  acquit. 

La  folidhé  vi  lieu  ou  en  vertu  de  la  loi ,  ou  en  vertu 
de  la  convemion. 

Il  y  a  certains  cas  dans  lefquels  la  loi  veut  que  tous 
les  obliges  puiffent  être  contraints  (blidairement  com- 
me en  matière  civile  ,  lorfqu'il  y  a  fraude,  &  en  ma- 
tière criminelle  ,  pour  les  dommages  &  intérêts,  &C 
autres  condamnations  pécuniaires  prononcées  con- 
tre les  accufés. 

Les  conventions  ne  produifent  point  dcfoUdité,  à 
moins  qu'elle  n'y  foit  exprimée  fuivant  la  novelle  99 
de  Jufhnien.  f^oye-i  le  titre  di  ducbus  rus  fipulandi  6* 
promittendi  ;  au  digefte,  au  code&  aux  inifitutes  ,  &C 
la  novelle  99  ;  le  traité  de  la  fubrogat.  de  Renufîbn  ; 
&  les  OTorj Caution,  Co-OBLiGÉs,  Créanciers  , 
DÉBITEURS  ,  Discussion,  Division  ,  Fideijus- 
siON  ,   Obligation,  Payement  ,  Quittance. 

Solidité  ,  en  Jirchiteclurc ,  efl  un  terme  qui  s'ap» 
plique  à  la  confiflance  du  terrein  fur  lequel  la  fonda- 
tion d'un  bâtiment  efl  pofée  ,  &  à  un  maffif  de  ma- 
çonnerie d'une  épaiffeur  confidérable  ,  fans  aucune 
cavité  dedans.  La folidité des  pyrainides  d'Egypte  efl 
inconcevable.  Foye:^  Pyramide  &  Corps. 

Solidité  ,  Solide,  (^Synonym.')  Le  mot  de/ô//- 
dité  a  plus  de  rapport  à  la  durée  :  cehii  defolide  en  a 
davantage  à  l'utilité.  On  donne  de  la  fotidité  h  fes  ou- 
vrages, &  l'on  cherche  \efolide  dans  fes  defTeins. 

Il  y  a  dans  quelques  auteurs  &  dans  quelques  bâ- 
tlmens  plus  de  grâce  que  de  folidité.  Les  biens  &  la 
fanté  joints  à  l'art  d'en  jouir,  font  lefolidc  de  la  vie  : 
les  honneurs  n'en  font  que  l'ornement.  Synon.  franc, 

SOLIGNAC,  (  Géogr.  mod.  )  petite  ville  ou  plutôt 
bourg  de  France  dans  le  Velay  ,  fur  la  gauche  de  la 
Loire,  &  à  deux  lieues  au  midi  de  Puy ,  capitale  du 
Velay.  Long.  21.  23.  laiit.  4S.  26".  (£>.  7.) 

SOLILOQUE,  f  m.  (^Littérat.)  efl  un  raifonnc- 
ment  &C  un  dilcours  que  quelqu'un  fe  fait  à  lui-même. 
Foyc{  Monologue. 

Paplas  dit  qucfoliloque  efl  proprement  un  difcours 
en  forme  de  réponfe  à  une  quellion  qu'un  homme 
s'efl  faite  A  lui-même. 

Les  foUloijues  font  devenus  bien  commims  fur  le 
théâtre  moderne  :  il  n'y  a  rien  cependant  do  li  con- 
traire à  l'art  &:  à  la  nature,  que  d'introduire  fur  la 
fcene  un  afteur  qui  fe  fait  de  longs  difcours  pour 

S  s  ij 


524  SOL 

communiquer  fes  penfées ,  &c. .  .  à  ceirx  qui  Tenten- 

^ent. 

Lorrque  ces  fortes  de  clccoi'.vertes  font  néccfiaires, 
■ile  pocte  dcvrolt  avoir  foin  do  donner  à  les  acteurs 
-des  confidens  à  qui  ils  puiTont ,  quand  il  le  ta  ut,  dé- 
;C0Uvrlr  Icurs.pcnfces  les  plus  fecrettes  :  parce  moyen 
'les  fpedlatcurs  en  ferolcnt  inftruits  d'une  manière 
bien  plus  naturelle  :  encore  ell-cc  une  reîlburc-c  dont 
un  poète  exaft  devrolt  éviter  d'avoir  befoin., 

L'iifage  &  l'abus  ùesj'olilocjues  elt  bien  détaille  par 

le  duc  de  Buckingham  dans  le  palîage  fuivant  :  «  Les 

tifoliloqucs  doivent  être  rares  ,  extrêmement  courts  , 

»  &  même  ne  doivent  être  employés  que  dans  la  paf- 

w  fton.  Nos  amans  parlant  à  eux-mêmes  ,  faute  d'au- 

V  très  ,  prennent  les  murailles  pour  coniidcns.  Cette 

»  faute  ne  ferolt  pas  encore  réparée  ,  quand  même 

»  ils  fe  confieroient  à  leurs  amis  pour  nous  le  dire  ». 

Nous  n'employons  en  France  que  le  terme  de  rno- 

-no{o"ue ,  pour  exprimer  les  difcours  ou  les  fcenes  dans 

lefquclles  un  afteur  s'entretient  avec  lui-même  ,  le 

mot  de (blj/o(]uc  ét^nt  particulièrement  confacré  à  la 

théologie  myitique  6c  afte£tlve.  Ainfi  nous  difons  les 

Joliloqucs  de  faint  Augullin  ,  ce  font  des  méditations 

pieules. 

SOLÎNS,  (.  m.  pi  (  Architcct.)  ce  font  les  bouts 
des  entrevoux  des  folives  fcellées  avec  du  plâtre  fur 
les  poutres ,  iiibUeres  ou  murs.  Ce  font  auiH  les  en- 
duits de  plâtre  pour  retenir  les  premières  tuiles  d'un 
pignon.  (  Z?.  /.  ) 

SOLH  AiRE  ,  f.  m.  {Morale.)  cë.m  qui  vit  feul , 
féparé  du  commerce  &  de  la  foclété  des  autres  hom- 
mes ,  qu'il  croit  dangereufe. 

Je  fuis  bien  éloigné  de  vouloir  jctter  le  moindre 
ridicule  fur  les  religieux ,  les  Jolitaires,  les  chartreux  ; 
je  fais  trop  que  la  vie  retirée  eft  plus  innocente  que 
celle  du  grand  monde  :  mais  outre  que  dans  les  pre- 
miers fiecles  de  l'Eglife  la  perfécution  faifoit  plus  de 
fugitifs  que  de  vraisfo/uains  ,  il  me  femble  que  dans 
nos  fiecles  tranquilles  une  vertu  vraiment  robufte  eft 
celle  qui  marche  d'un  par.  ferme  à-travers  les  obfla- 
cles,  &  non  pas  celle  qui  fe  fauve  en  fuyant.  De  quel 
mérite  cft  cette  fagefle  d'une  complexion  foible  qui 
ne  peut  foutenlr  le  grand  air,    ni  vivre  parmi  les 
hommes  fans  contradter  la  contagion  de  leurs  vices  , 
&  qui  craint  de  quitter  une  folitude  olfive  pour  échap- 
per à  la  corruption  ?  L'honneur  &  la  probité  font-ils 
d'une  étoîTc  fi  légère  qu'on  ne  puiffe  y  toucher  fans 
l'entamer?  Que  ferolt  un  lapidaire  s'il  ne  pouvoit 
enlever  une  tache  d'une  émeraude,  fans  retrancher 
la  plus  grande  partie  de  fa  grofleur  &  de  fon  prix  ? 
il  y  laiucroit  la  Tache.  Ainfi  faut-il,  en  veillant  Ala  pu- 
reté de  l'ame,  ne  point  altérer  ou  diminuer  la  vérita- 
ble grandeur ,    qui  fe  montre  dans  les  traverfes  & 
l'agitation  du  commerce  du  monde.  Vn/olitaire  eft 
à  l'égard  du  refte  des  hommes  comme  im  être  inani- 
mé ;  fes  prières  &  fa  vie  contemplative  ,  que  per- 
sonne ne  voit,  ne  font  d'aucune  influence  pour  la  fo- 
clété ,  qui  a  plus  befoin  d'exemples  de  vertu  fous  fes 
yeux  que  dans  les  forêts.  (D.  /.) 

Solitaire,  (  ffijl.  monac.  )  nom  de  rellglcufe  du 
monaftere  de  Faiza ,  fondé  par  le  cardinal  Barberin, 
6c  approuvé  par  un  bref  de  Clément  X.  l'an  1676. 
Les  religleufes  de  ce  couvent,  s'adonnent  entière- 
ment à  la  vïc  foUulre  ;  elles  gardent  un  filsnce  con- 
tinuel,  ne  portent  point  de  linge,  vont  toujours  nuds 
pics  fans  fandale ,  &ont  pour  habit  une  robe  de  bure 
ceinte  d'une  grolTc  corde.  Le  cardinal  Barberln  inftl- 
tueur  de  ce  monallere ,  ne  m.ena  point  une  vie  lem- 
blable  à  celle  de  fes  religleufes  ;  c'étoit  un  homme 
du  monde  ,  fin,  intrigant,  toujours  occupé  du  ma- 
nège pohtlque  des  intérêts  de  diverfes  puifianccs. 
<  D.  J.  ) 

Solitaire  ver  j  {Hijl.nat,  des  Infccl.)  voilà  le 


SOL  : 

plus  loftg  de  tous  les  animaux ,  s'il  eft  vrai  qu'on  en 
ait  vu  qui  avoient  80  aunes  de  Hollande.  Quelques 
phyficicns  prétendent  qu'il  le  forme  ordinairement 
dans  le  fœtu.s  ,  qu'il  vieillit  avec  nous  ,  6z.  ne  fe  trou-  ! 
ve  jamais  que  feul  dans  les  corps  où  il  habite.  Que 
penfcr  de  ce  fyilcme  fi  ces  faits  étoi  nt  véritables, 
comme  Hippocrate  &  fes  fediateurs  le  foutiennent^ 
que  croire  de  l'origine  de  pareils  animaux  ? 

Hors  des  corps  animés  on  n'en  a  jamais  trouvé  dé 
femblables  ,  auxquelles  on  puific  préfumer  que  ceux- 
ci  devroient  leur  naiiTance  ;  &  s'il  y  en  avoit  eu  de 
petits  ou  de  grands  ,  leur  figure  applaîle  &  la  grande 
multitude  de  leurs  articulations  n'aurolent  pas  man- 
qué, ce  femble  ,  de  les  faire  connoîire.  Il  faudroit 
donc  admettre  que  ces  vers  ne  font  produits  que  par 
ceux  qui  fe  trouvent  dans  nos  corps  ;  &  fi  cela  eft , 
comment  peuvent-ils  en  être  produits ,  à-moins  qu'on 
ne  fuppofc  que  chacun  de  ces  vers  ne  fe  fuiîife  à  lui- 
même  pour  produire  fon  femblable  ,  vu  qu'il  fè 
trouve  toujours  feul  ? 

Mais  cette  fuppofition  ne  levé  pas  toutes  les  diffi- 
cultés qu'on  peut  faire  fur  l'origine  de  ce  ver  fingu- 
lier.  On  pourra  toujours  demander  pourquoi  il  ne 
fe  trouve  jamais  que  feul  ,  &  quel  chemin  prennent 
fes  œufs  ou  fes  petits  pour  entrer  dans  le  corps  d'un 
autre  homme.  Avec  de  nouvelles  fuppofitions ,  il  né 
ferolt  pas  difFiclle  de  répondre  à  ces  difficultés. 

La  première  difficulté  dilparoîtroit  en  fuppofant 
que  ce  ver  eft  du  nombre  de  ceux  qui  fe  mangent  les 
uns  les  autres  ;  le  plus  fort  ayant  dévoré  ceux  qui 
font  nés  avec  lui  dans  un  même  endroit ,  doit  enfirl 
refter  tout  feul.  Pour  ce  qui  eft  de  l'autre  difficulté  , 
on  n'a  qu'à  fuppofer  que  l'œuf  ou  le  fœtus  de  ce  ve^ 
eft  extrêmement  petit  ;  que  l'animal  le  dépofe  dans 
notre  chyle  ;  ce  qu'il  peut  faire  alfément  fi  riffiie  de 
fon  ovaire  eft  près  de  fa  tête  ,  comme  l'eft.  celle  des 
limaces.  Du  chyle  il  entrera  dans  lamafîe  dufang  de 
l'homme  ou  de  la  femme  ,  oh.  ce  ver  habite.  Si  c'efl 
dans  une  femme ,  la  communication  que  fon  fang  a 
avec  le  fœtus  qu'elle  porte,  y  donnera  par  fa  circu- 
lation entrée  à  l'œuf  ou  au  fœtus  du  ver ,  qui  y  croî- 
tra aufli-tôt  qu'il  le  fera  arrêté  à  l'endroit  qui  lui  con- 
vient. Qy.e  11  l'œuf  ou  le  fœtus  du  ver  fe  trouvé 
dans  la  jnafte  du  fang  d'un  homme ,  la  circulation  de 
ce  fang  fera  pafTer  cet  œuf  ou  ce  fœtus  dans  les  vaif- 
feaux  où  ce  fang  fe  filtre  ,  afin  d'être  préparé  à  uni 
ufage  néceffaire  pour  la  conlêrvatlon  de  notre  efpe- 
ce.  Et  de-là  on  conçoit  alfément  comment  il  peut  fé 
trouver  mêlé  dans  les  parties  qui  entrent  dans  la 
compofitlon  du  fœtus  humain. 

C'eft  alnfi  qu'avec  des  fuppofitions  on  peut  rendre 
raiï'on  de  tout ,  même  de  l'exiftence  des  chofes  qui 
n'ont  jamais  été  ,  comme  l'ont  fait  les  phyficiensdes 
derniers  fiecles ,  qui  nous  ont  expliqué  de  quelle  ma- 
nière la  corruption  engendrolt  des  infeftes.  C'eft  les 
imiter  que  de  bâtir  par  rapport  au  virjolicaire  fur  des 
faits  ,  qui  pour  avoir  été  aifez  généralement  reçus, 
n'en  font  pas  pour  cela  plus  véritables*  M.  Valifnleri 
a  renverlé  d'un  feul  coup  ce  fyftème  ridicule ,  en 
établllfant  par  fes  obfervations  &  fes  recherches,  que 
le  l'oUtdirc  n'eft  qu'une  chaîne  de  vers  qu'on  nomme 
cucurbitaires  ,  qui  fe  tiennent  tous  accrochés  les  uns 
aux  autres  ,  &  forment  ainfi  tous  enfemble  la  figurcj 
d'un  feul  animal.  Les  râlions  qu'il  en  allègue  font  fi 
vraiffemblables  ,  &  ont  paru  11  fortes  aux  phyficiens 
éclairés  ,  qu'il  eft  aujourd'hui  fort  difficile  de  n'être 
pas  de  cet  avis.  {D.J.) 

Solitaire  ,  fi  m.  (  Jeu.  )  nom  d'un  jeu  qu'on  a  in-^ 
venté  depuis  une  cinquantaine  d'années,  auquel  un 
homme  peut  jouer  Icul.  C'eft  une  tablette  percée  de 
37  trous  ,  dilpofés  de  manière  que  le  premier  rang  en 
a  trois  ,  le  fécond  cinq ,  les  trois  fuivans  chacun  lept, 
le  fwiçme  cijiq  ,  ik.  le  deroier  trois.  Tous  ces  trou» 

1 


:5 


O  l 


«* 


•1 

2 


iDntcliaéimufte  cheville,  à  !a  rcfcrve  d'un  quî  relie 
Vuide.  Ce  jeu  con fille  à  prendre  toutes  ces  chevil- 
les les  unes  après  les  autres  ,  en  forte  qu'il  n'en  relie 
plus  aucune.  Elles  fe  prennent  comme  on  prend  les 
dames  au  jeu  de  dames  ,  en  fautant  par  deffus ,  &  fe 
mettant  à  la  place  vuide  qui  ell  de  l'autre  côté  de 
celle  qu'on  prend  &  qu'on  enlevé.  Ce  jeu  n'a  pas 
^rand  attrait  qunnd  on  en  ignore  la  marche  ,  &  n'en 
a  point  quand  on  la  fait.  (.£>.  /.) 

SOLiTAîRE  ,  (  Jeu  de  cartes.^  c'eft  une  cfpece  de 
'quadrille  ,  ainfi  appelle  parce  que  l'on  elt  obligé  de 
jouer  feul  fans  appeller.   S'il  arrive  que  les. quatre 
^joueurs  n'ayent  pas  afl'ez  beau  jeu  pour  jouer  fans 
'prendre  ,   Ou  inême  pour  appcîler  un  médiateur  , 
'en  eu  obligé   de  paffer ,  ne  pouvant  contraindre 
Ypadille  à  jouer, comme  au  quadrille  ordinaire  ;  on 
îaiiTe  alors  lèsdeûx/îchcsdu  pouîan  furie  jeu,  &  l'on 
'continue  à^QW  faire  inettre  le  môme  nombre  par  ce- 
lui quiniêle  jufqn'à  ce  que  l'un  des  quatre  joueurs 
puilîe  taire  jouer  fans  prendre  -,  Ou  avec  un  média- 
'Xeur.  A  l'égard  des  bêtes,  elles  augmentent  de  vingt- 
iîuit  jettons  de  phis  que  tout  ce  qui  fe  trouve  fur  le 
-jeu  ;  &  lut  les  poulans  doubles  de  cinquante  -  fix 
.jettons. 

Solitaire  ,  U  médiateur  folhaire  à  trois  ,  (  Jtu  de 
"cartes.^  Ce  jeu  ne  fé  joue  à  trois  que  faute  d'un  qua- 
trième ,  &  n'en  efl  pas  moins  amufant.  On  l'appelle 
ffc/it.z'rc'pixrce  qu'on  joue  toujours  feul. 

ïl  faut  ôter  dix  cartes  du  jeu  ordinaire ,  c'eft-à- 
xlire  neuf  carreaux  &le  fix  de  cœur,  &  laiffer  le  roi 
ide  carreau  ;  par  ce  moyen  on  peut  jouer  dans  les 
'quatre  couleurs  quoiqu'il  y  en  ait  une  prefque  fup- 
:priméc.  Par  exemple  ,  un  joueur  ayant  les  deux  as 
inoirs  avec  des  rois  pourra  jouer  en  carreau  ,  il  aura 
par  conféqu.ent  tous  les  matadors  qui  lui  feront  payés 
■comme  au  médiateur  a  quatre  :  de  même  celtii  qui  a 
^e  quoi  der/ai^der  un  médiateur  ,  peut  demander  le 
toi  de  cari-eau  ,  puifqire  l'on  lelailte  dans  le  jeu  ,  ce 
'<jui  le  rend  ai^di  divertifTant  qu'à  quatre'.  Cejeufe 
marque  comme  a\i  médiateur,  c'cù-à-dire  que  celui 
"iqui  fait  met  deux  fiches  devant  lui ,  &  l'on  ne  joue 
point  en  appellent ,  l'on  ne  renvoie  point  aulîi  à 
ipadille.  Si  Ton  n'a  pas  dans  fon  jeu  de  quoi  jouer  un 
médiateur,  ou  fans  prenare  j  il  faut  paiTer.  Alors 
celui  qui  mêle  doit  mettre  encore  deux  fiches  devant 
lui ,  ce  qui  fe  continue  jufqu'à  ce  qu'un  des  joueurs 
faffe  jouer.  A  l'égard  des  bêtes  ,  elles  augmcntenttou- 
jours  de  vingt-huit  les  unes  fur  les  autres  comme  au 
médiateur  ordinaire  à  quatre.  La  feule  différence 
qu'il  y  ait  c'eil:  que  la  bête  faite  par  remife  doit  aug- 
menter d'autant  de  jetons  qu'il  fc  trouvera  de  paffe 
fur  le  jeu  ;  au-lieu  que  celle  qui  efl  faite  par  codille 
inefera  pas  de  plus  de  jettons  qu'au  médiateur  ordi- 
iiaire  à  quatre.  Comme  à  ce  jeu  l'on  joue  un  coup  de 
moins  à  chaque  tour  il  efl  convenable  déjouer  douze 
tours  ail-lieu  de  dix  ,  pour  que  la  reprife  (bit  finie  ; 
pour  ce  qui  regarde  le  refle ,  on  fuit  à  ce  jeu  les  lois 
du  médiateur  à  quatre. 

Autre  manière  de  jouer  U  médiateur  foUtaïre  à  trois. 
L'on  ôte  pour  jouer  h  ce  jeu  les  quatre  trois  qui  n'y 
font  pas  d'un  grand  ufage,  ce  qui  le  réduit  au  nom- 
bre de  trente-fix  cartes  au~lieu  de  quarante.  Celui 
C|ui  mêle  donne  à  chacun  des  joueurs  douze  cartes  , 
trois  à  trois  ou  quatre  à  quatre  ,  &  non  autrement, 
ce  qui  emploie  les  trente-fix  cartes  du  jeu.  Celui  qui 
fait  jouer  en  telle  couleur  que  ce  foit  efl  obligé  de 
faire  fept  levées  pour  gagner.  L'on  peut  aufîi  deman- 
der un  médiateur  lorfqu'on  n'a  que  de  qiioi  faire  lix  le- 
'Vées'dans  fon  jeu,fmon  ilfaut  paner,  enfuivant  pour 
lereile  les  règles  du  médiateur  ordinaire  à  quatre. 

SOLITAÙRILIES ,  {Antiq.  rom.)  nomd'uh  facrl- 
fice  folcmnel  qu'on  failbit  chez  les  Romains ,  d'un 
verrat ,  d'un  bélier  &  d'un  taureau.  Foye^-tvi  les  dé- 
tails au  ffiOrSuOVE-TAURILIES,  \D.  /,  ) 


_  SOLITUDE  ,  f.  f.  {kdigion.)  lieu  'M^nZ^i  inim- 
bité.  La  religion  chrétienne  t) 'ordonne  pas  de  fe  re- 
tirer ab  loin  ment  de  la  fociété  pour  fervir  Dieii  dans 
rhorreur  d'une /o/ir.'.'iu-,  parce  que  le  chrétien  peVit 
k<  faire  une  y(^////.'^j  intérieure  au  milieu  de  la  multi- 
tude ,  &  parce  que  lefos-Chrifl  a  dit  :  que  votre  lu- 
mière luife  devant  les  hommes ,  afin  qu'ils  voyenî  vo$ 
bonnes  œuvres,  &  qu'ils  glonfient  votre  père  qui  efl 
aux  cieux.  L'âpreté  des  règles  s'applanit  par  rkccoù- 
tumance,  &  Tim^agination  de  ceux  qui  croient  par 
dévotion  devoir  s'y  fcumettre ,  efl  plus  atrabilaire  j 
plus  maladive  ,  qu'elle  n'efl  ralfonnable  &  éclairée, 
C'cfl  une  folie  dé  vouloir  tirer  gloire  de  fa  cachette. 
Mais  il  q{x  à  propos  de  fe  livrer  quelquefois  à  la  fo- 
litude ,  &  cette  retraite  a  de  grands  avantages  ;  elle 
calme l'efprit,  elle  affure  l'innocence,  elle  appaife  les 
pafïïons  tumultueufes  que  le  défordre  du  rnonde  a 
fait  naître  :  c'eil  l'infirmerie  des  âmes,  di/ôit  un  hom- 
me d'efprit.    {D.  J.) 

Solitude  ,  état  de ,  (Droit  naturel!.  )  état  oppofé 
à  celui  de  la  fociété.  Cet  état  efl  cehii  où  l'on  con- 
çoit que  fe  trouveroit  l'homme  s'il  vivoit  abfolu- 
ment  feul  abandonné  à  lui-même ,  &  deflitué  de 
tout  commerce  avec  fes  femblables.  Un  tel  homme 
feroit  fans  doute  bien  miférable  ,  &  fe  trouveroit 
fans  ccfîé  expofé  par  fa  foibleflé  &  fon  ignorance  à 
périr  de  faim ,  de  Iroid  ,  ou  par  les  dents  de  quelque 
bête  féroce.  L'état  de  fociété  pourvoit  à  fes  befoins  , 
&  lui  procure  la  sûreté  ,  la  nourriture  &  les  douceurs 
de  la  vie. Il  efl  vrai  que  je  fuppofe  l'état  de  paix  &  non 
pas  l'état  de  guerre ,  qui  efl  un  état  deflrufteur  ,  bar- 
bare ,  &  direftement  contraire  au  bonheur  de  la  fo- 
ciété. (/>./.)  ' 
SOLIVE,  f.  f.  (Charpen'..')  pièce  debois,debna 
ou  de  fciage ,  qui  fert  à  f(Jrmer  les  planchers  ;  il  y  ea 
a  de  plufieurs  groffeurs,  félon  la  longueur  de  leur 
portée.  Les  moindres yc>//Vt?5  font  de  5  à  7  pouces  da 
gros;  pour  les  travées,  depuis  9  jufqu'à  1 5  pies.  Les 

folives  de  15  pies  ont  6  pouces  fur  8  ;  celles  de  11  pies 
ont  8  pouces  fur  10;  celles  de  24  pies  9  pouces  fur 

"^  i  I  ;  &  celles  de  27  pies  10  pouces  fur  11:  ces  pro- 
portions font  générales  dans  toutes  les /olives.  Dans 

"lesyô/ivcï  ordinaires  &  celles  d'enchevêtures,  elles  ne 
font  pas  touc-;\-fait  les  mêmes,  comme  on  le  verra 
dans  la  table  fuivante, 

Taùle  des  dimenjions  des  folives ,  eu  égard  à  leur  loft" 
folives  d'enchevêtures.     folives  ordinaires» 


gucur. 


longueur. 


6  pies. 
9 


12 

18 
21 
24 


îrgeur. 

5  pouces. 

6 

6 

8 

9 

10 

II 


hauteur. 

7  pouces, 

7 
8 

9 

10 

il 

12 


largeur. 
4  pouces 
4 

l 

6 

7 
8 


haut. 

5  poui' 
6 

7 

7 
8 
8 

9 


Les  yô^'vM  d'une  grande  portée  doivent  être  liées 
enfemble  avec  des  liernes  entaillées ,  &:  pofées  en  tra- 
vers par-defïïis,  ou  avec  des  étréfillons  entre  chacu- 
ne. Selon  la  coutume  de  Paris,  article  2 oiT,  il  n'y  a 
que  les  folives  d'enchevêîure  qu'on  peut  mettre  dans 
\\\\  mur  mitoyen ,  &  dans  un  mur  même  non  mi- 
toyen; mais  elles  doivent  porter  fur  des  fablieres* 
On  les  pofe  de  champ  ^  &  à  diflances  égales  A  leur 
h'iuteur  :  ce  qui  donne  beaucoup  de  grâce  A  leur  in- 
tervalle. Le  mot  dcfolive  vient  du  mot  foluin^  plan- 
cher. 

Solive  de  brin  yfoUve  qui  efl  de  toute  la  longueur 
d'un  arbre  équarri. 

Solive  ds  fciage^  fôfivc  qui  eft  débitée  dans  un  groî 
arbre ,  fuivant  fa  longueur. 


316 


SOL 


Solhc  pnjf.mti ,  jolivi  de  bois  de  brin  qui  fait  la 
largeur  d'un  phinchcr  (bus  poutre.  Celte  folivc  le  po^c 
lut  les  murs  de  refond,  plutôt  que  fur  les  murs  de  fa- 
ce ,  parce  que  ceux-ci  en  diminuent  la  lolidité ,  & 
qu'elle  s'y  pourrit;  &  lorfqu'on  cÛ  oblige  d'y  poler 
<los  Jb/iycs  ue  cette  cfpece ,  on  la  fait  porter  lur  une 
iabliere  ibutcnue  par  des  corbeaux. 

So/ive  d'cnchc\c:;ure ,  ce  font  les  deux  plus  fortes/o- 
lives  (.V\m  plancher ,  qui  fervent  à  porter  le  chevetre , 
&  qui  font  ordinairement  de  brin  On  donne  aulTi  ce 
nom  aux  pluscourtcsyô/iv£5  qui  font  affemblces  dans 
le  chcvctre.  DuviUr.  (Z>. ./.) 

SOLIVEAU,!,  m.  (Charpem.')  moyenne  pièce  de 
bois  d'environ  5  à  6  pouces  de  gros,  plus  courte 
qu'une /c'/iv;  ordinaire.  (/?.  X) 

SOLKAMSKAIA,  (Gco<;.  wod.)  petite  ville  de 
l'empire  rufllenjdans  la  province  de  Ferucie,lur  ia 
rivière  d'Ufolska,  qui  un  peu  au-dcfibus  fe  joint  au 
Kama.  {D.  J.) 

SOLLES ,  f.  f.  pi.  {Hydranl.)  font  des  pièces  de 
bois  un  peu  épaifies,poléesde  plat,  qui  fervent  aux 
empattemcns  des  machines  ;  on  les  nomme  racincaux 
quand  elles  Ibnt  prcfaue  quarrccs.  (/v) 

SOLLICITATION,  f.  f.  terme  relatif  à  tous  les 
moyens  qu'on  emploie  pour  obtenir  un  avantage 
ou'il  dénend  d'un  autre  de  nous  accorder ,  ou  de  nous 
reiuler. 

Les  foUîàtadons  dans  une  affaire  injufîe ,  font  une 
injure  à  celui  à  qui  elles  font  adreffées  ;  on  le  prend 
ou  pour  un  fot ,  ou  pour  r.n  fripon. 

SOLLICITER  ,  V.  adL  &  n.  (Gram,)  c'efl  prendre 
toutes  les  voies  nécefiaircs  pour  réuflir  dans  une  af- 
faire, dont  le  fuccès  nous  importe.  On  foUi:ite  fans 
.  pudciîr  ;  onfoUlctc  également  une  chofc  jufto  ou  in 
juftc;  onfolliciu  par  foi-même  &  par  les  autres  :  on 
ne  rougit  d'aucune  forte  de  féduâion  ;  on  fal/icitek 
commettre  une  mauvaife  afîion  ;  on  foUiciu  au  plai- 
iir;  on  fclluitc  à  l'évacuation. 

SOLLICITEUR  ,  f.  m.  (Gram.  &  Junfp^  de  proàs^ 
ou  joUicitii'r  fimpîemrnt ,  efl  celui  qui  donne  fes 
foins  à  la  pourfuite  d'une  caufe  ,  infiance  ou  procès 
qui  concerne  un  tiers. 

On  entend  quelquefois  par  le  terme  de  folliclta- 
tlon,  les  infîances  qui  font  faites  auprès  des  juges  en 
leurs  mailbns ,  pour  obtenir  d'eux  ce  que  l'on  de- 
mande. Ces  fortes  de  démarches  &  d'importunités 
ibnt  défendues  avec  raifonpar  les  ordonnances, fur- 
îout  lorfque  l'on  emploie  de  mauvaifes  voies  pour 
capter  les  luffrages  des  juges. 

Il  n'efl  pas  cependant  défendu  de  rendre  à  fes  juges 
l'honneur  qui  leur  efl  du ,  de  les  aller  faluer  chez  eux, 
&  de  leur  demander  l'audience  ou  l'expédition  d'une 
affaire  de  rapport;  de  leur  donner  les  inflrudions  & 
cclairciffcmcns  dont  ils  peuvent  avoir  befoin. 

Lçs Jbilicitcursàe  procès,  c'efl-à-dirc  ceux  qui  font 
profefiion  de  fuivre  des  procès  pour  autrui ,  font  re- 
gardés d'un  œil  peu  favorable  ,  non  pas  qu'il  y  ait 
rien  de  prohibé  dans  cette  geflion ,  mais  parce  que 
fouvent  ils  abufèntde  leurs  connoifTances  &  de  leurs 
talens  pour  vexer  les  parties  ;  &  quelquefois  pour 
4icquérir  eux-mêmes  des  droits  litigieux.  A'oye^ 
Droits  litigieux. 

Solliciteur  di  s  restes,  cnnommolt  autrefois 
ainli  celui  qui  croit  chargé  de  pourfuivre  les  compta- 
bles pour  les  débets  de  leurs  comptes  :  on  l'appel- 
le préientement  contrôleur  des  rejUs.  A^oyc^  Chambre 
DES  Comptes,  &  U  mot  Contrôleur  général 
CES  restes.  (^) 

SOLLICITUDE,  f.  f.  {Gramm>)  foin  pénible  & 
continu.  Les  hommes  viventdans  wnt  JoHicitudc con- 
tinuclle  ;  il  y  a  des  états  pleins  àe  JoUicitudcs  j  on  dit 
fur-tout  la  follicitude  pafforalc. 

SOLLINGEN  ,  {Géog.  mod^  petite  ville  d'Alle- 
jna^nc  dans  1*  cercle  de  Weftphalie ,  au  duché  de 


SOL 

Bcrg,  fur  la  rlvlcre  de  Wiper.  Long.  24.  ic).  latîtudi 

CLaudthtrgc  ,  l'un  des  premiers  fedateurs  de  Def- 
cartcs  en  Allemagne ,  naquit  à  Sollingzn  en  1 612 ,  iJc 
mourut  en  1665.  Ses  œuvres  ont  été  recueillies  Se 
imprimées  à  Amllerdam  en  1691 ,  en  deux  volumes 
/«-4'*.  On  en  faifoit  un  grand  cas  avant  qu'une  meil- 
leure philofophie  eut  été  connue.  (Z).  /.) 

SOLMiSSUS,  {Géog.  ar2c.)  montagne  de  l'Afie 
mineure  dans  l'Ionie.  Strabon ,  /.  XIK  pag.  639. 
la  place  au  voifmage  de  la  ville  d'Edefle ,  au-deffus  du 
bois  facré  nommé  Orrygia.  11  ajoute  que  pendant  les 
couches  de  Latone,  les  Curetas  le  tinrent  fur  cette 
montagne  ,  &  que  par  le  bruit  de  leurs  armes  ils 
épouvantèrent  Junon,  qui  par  jaloufie  chercholt  à 
miire  à  Latone.  (Z).  7.) 

SOLMS  ,  comté  df,  ,  (  Gcog.  mod.  )  comté  d'Al- 
lemagne dans  la  Wétcravie.  Il  confine  avec  le  haut 
landgraviat  de  Mcffe ,  la  principauté  de  DiUenbourg, 
&  la  fcigneurie  de  BciUlein.  La  maifon  de  Solms ,  qui 
poffede  ce  comté  &  pluficurs  autres  feigneuries  ,  elt 
une  branche  de  la  mailon  de  Nafîau.  (Z>.  /.) 

SOLO  ,  f.  m.  {Mufiijuc.')  ce  mot  italien  s'efl  fran- 
cifé  dans  la  Mufique ,  &  s'a])plique  à  une  pièce  ou  à 
un  morceau  de  Mufique  qui  le  chante  à  voix  feule  , 
ou  qui  fe  joue  fvir  un  feul  inftrument,  avec  un  feul 
accompagnement  de  baffe  ou  de  clavecin.  Rien  n'eft 
fi  beau  qu'un  yo/o  de  Tartini;  mais  pour  l'entendre  ,^ 
il  faut  d'autres  oreilles  que  celles  de  Midas.  (i') 

SOLOCHO ,  ILES  LES  ,  {Géog.  mod.)  îles  fur  la 
côte  de  Barbarie ,  au  nombre  de  trois ,  appellées  an- 
ciennement Gœa ,  Po/itia  &L  Myjinos.  Elles  font  dans 
le  golfe  de  Sidra,  &  environnées  de  fameux  écueils 
que  les  anciens  nommoient  la  grande  Syrte  ,  &:  qu'on 
appelle  aujourd'hui  les  Sèches  de  Barbarie.  {D.  7.) 

SOLOGNE,  {Géog.  mod.)  en  htm  Seca/on  ia  on 
Scgalo'iia  ;  pays  de  France  compris  dans  le  gouver- 
nement de  rOrléanois  ,  qui  ell  au  midi  de  la  Loire. 
On  lui  donne  communément  25  lieues  de  longueur, 
fur  1 2  de  largeur.  La  Sologne  ell  arrofée  de  plufieurs 
petites  rivières  ,  du  Loiret,  du  Couffon,  du  Beuvron 
&  de  la  Sauldre.  C'eltun  pays  diverfifîé  par  des  bois^ 
des  rivières,  des  prairies,  &  des  terres  labourables 
qui  produifent  de  fort  bon  feigle  ;  il  s'y  trouve  aulîi 
beaucoup  de  gibier,  &:  le  vin  qu'on  en  retire ,  donne 
de  la  bonne  cau-de-vie  ;  l'air  qu'on  y  refpire  n'eft 
pas  trop  fain ,  &  les  eaux  qu'on  y  boit  font  pefantes  ; 
en  échange  les  laines  de  ce  pays  font  eftimées ,  &  fe 
manufa£lurent  en  draps  &  en  ierges.  Romorentin  efl 
la  capitale  de  la  Sologne,  f^oyei  Romorentin. 

SOLOKAMSKO ,  (  Géog.  mod.  )  ville  de  l'empire 
ruffien ,  fur  la  rivière  d'Ufolsko.  Elle  a  été  bâtie  par 
les  Ruffes ,  &  elle  eu  renommée  par  fes  chevaux  & 
par  fes  falines.  Seshabitans  font  en  partie  rufîes&en 
partie  tartares.  (/?.  /.) 

SOLON  ,  {Géog.  anc.)  ville  des  Allobroges ,  dont 
parle  Tite-Live.  Elle  eft  nommée  Solonium  par  Dion 
CafTuis.  {D.  J.) 

SOLONATES  ,  (  Géog.  anc  )  peuples  d'Italie  ; 
Pline,  l.  m.  ch.  XV.  les  met  dans  la  huitième  région*, 
&  le  p.  Hardouin  croit  que  leur  ville  efl:  aujourd'hui 
Citta  dil  Sole.  On  trouve  dans  Gruter  une  infcrip- 
tion  ancienne,  avec  ces  mots:  Curatori  Solonatium, 
{D.J.) 

SOLONIUS  AGER  ,  (  Geog.  anc.  )  champ  ou 
campagne  d'Italie  ,  dans  le  Latium.  Tite-Live  ,  liv. 
Vlll.  ch.  xij.  dit  que  les  Antiates  y  avoient  fait  des 
incurfions;  ce  qui  donna  occafion  aux  Romains  de 
prendre  les  armes  contr'cux.  Il  efl  aufïi  parlé  de  ce 
champ  dans  Cicéron.  Divinat.  liv.  I.  &C  II.  &C  ad 
Attit.  l.  II.  épit.  lij.  &  dans  Plutarque  ,  in  Mario. 

Ce  champ  Sobnius .,  dit  Cluvier,  étoit  entre  les 
fburces  du  Numicius  6c  du  Juturna ,  &  entre  les  vil- 
les Sabdlum  ik,  Pairica  ,  où  Ibnt  aujourd'hui  les  lieuJî 


SOL 

S.  Abrocolo  ,  Torre  ruaggiori  ,  Carqueto.  On  ignore  , 
ajoute  Clavier  ,  l'origine  de  ce  mot  Solonius  ;  on 
doit  néanmoins  conjedturer  que  c'eft  un  dérivé ,  puif- 
qiie  la  mailon  de  campage  de  C.  Marius,  &  celle  de 
Cicéron  ,  font  aulfi  appellées  Filla  Solonium.  (Z>.  /.) 
SOLOON ,  omis  ,  (  Géog.  anc.  )  fleuve  de  l'Afie 
mineure  ,  dans  la  Bithynie  :  Plutarque  en  parle  dans 
la  vie  de  Thélée.  Un  certain  Menecrates  ,  dit-il ,  a 
écrit  dans  une  histoire  qu'il  a  faite  de  la  ville  de  Ni- 
cée  en  Bithynie,  que  Thélée  emmenant  avec  lui  An- 
tiope,  iéjourna  quelque-tems  dans  ce  lieu-là  ;  parmi 
ceux  qui  l'accompagnoient ,  il  y  avoit  trois  jeunes 
athéniens  qui  étoient  frères ,  Ennée  ,  Thoas  &  So- 
loon;  le  dernier  étant  devenu  amoureux  d'Antiope, 
découvrit  fon  fecret  à  un  de  lés  frères ,  qui  alla  fans 
différer  parler  de  fa  pafTion  à  cette  reine  ;  elle  rejetta 
fort  loin  ies  proportions  ,  &  du  refte ,  elle  prit  la 
chofe  avec  beaucoup  de  douceur  &  de  fageffe  ,  car 
elle  ne  fit  aucun  éclat,  &  n'en  découvrit  rien  à  Thé- 
fée  ;  Soloon  au  defefpoir  fe  jetta  dans  un  fleuve  où 
iJ  fe  noya  ;  Thélée  averti  de  cette  avanture  ,  en  fut 
très-faché  ;  &  la  douleiu"  qu'il  en  eut ,  le  fit  reflbuve- 
nir  d'un  oracle  que  la  prêa"efl"e  d'Apollon  lui  avoit 
rendu  autrefois  à  Delphes,  par  lequel  elle  lui  ordon- 
noit  que  ,  quand  il  fe  trouveroit  en  terre  étrangère, 
il  bâtît  une  ville  dans  le  lieu  où  il  feroit  le  plus  trifte, 
&  qu'il  en  donnât  le  gouvernement  à  quelques-uns 
de  ceux  qu'il  auroit  à  la  fuite  ;  Théfée  bâtit  donc  ii\ 
une  ville,  qu'il  nomma  Pythiopolis ,  donna  au  fleuve 
qui  coule  tout  auprès ,  le  nom  de  Soloon ,  en  mémoire 
du  jeune  homme  qui  s'y  étoit  noyé  ,  &  laifla  dans 
la  place  fes  deux  frères  pour  gouverneurs.  {D.  J.  ) 
SOLOR ,  (  Géog,  mod.  )  île  de  la  mer  des  Indes  , 
au  midi  de  celles  des  Célebes-  Les  Hollandois  l'en- 
levèrent aux  Portugais  en  1 6 1 3 .  Ils  en  tirent  du  bois 
de  Santal ,  &  des  vivres  pour  les  Moluques.  Cette 
ile  a  un  roi  particulier.  Elle  efi:  fituée  à  l'occident  & 
à  deux  lieues  de  celle  de  Timor.  Long.  /40.  lat'u.  mé- 
ridionale S. 

SOLORIUS  MONS  ,  (  Géog.  anc.  )  montagne 
d'Efpagne.  Piine ,  /.  ///.  c.j.  la  compte  au  nombre  de  1 
celles  qui  féparoient  l'Efpagne  tarragonnoife  de  la 
Bétique ,  &  de  la  Lufitanie.  Ifidore  ,  Hv.  XIF.  orig, 
c.  viïj.  qui  en  fait  la  plus  haute  montagne  de  l'Efpa- 
gne,  l'appelle  Soluùus  mons.  C'eft  aujourd'hui,  fé- 
lon le  père  Hardouin ,  Sum  de  Los  Fcnicntcs.  (  D.  /.) 
SOLOS ,  f.  m.  {Gymnaj}.)  trcXcç ,  efpece  de  palet 
avec  lequel  les  anciens  s'exerçoient  ;  il  ne  différoit 
du  difque  que  par  fa  figure  fphérique.  Potjer ,  archœoL 
grœc.  tom.  Lp.  44;^. 

SOLSONA ,  {Géog.  mod.)  ville  d'Efpagne ,  dans  la 
Catalogne  ,  à  deux  lieues  au  nord  de  Cardona  ,  près 
duCardonero,  fur  une  hauteur.  E'ie  a  un  évêché 
iiiffragant  de  Tarragone,  fondé  par  Philippe  IL  avec 
4000  ducats  de  revenus.  Les  uns  veulent  que  cette 
ville  folt  l'ancienne  Cereflus,  &  d'autres  l'ancienne 
Caléa.  Long.  1^.  14.  lat'u.  41.  Sz.  {D.J.) 

SOLSTICE ,  f.  m.  en  Jfironomie ,  efi:  le  tems  où  le 
folcil  efl  dans  un  ^cs  points  folftitiaux,  c'eft-à-dire, 
où  il  ell  à  la  plus  grande  diflance  de  l'équatcur ,  qui 
ell  d'environ  23  degrés  7  ;  on  l'appelle  ainfi  quu^  à 
foie  fiante  i  parce  que  le  foleil  quand  il  eft  proche  du 
fol/hce  ,  paroît  durant  quelques  jours  avoir  à-peu- 
pres  la  même  haïueur  méridienne  ;  &  que  les  jours 
avant  &:  après  \ii  foljUce ,  l'ont  fcnliblement  de  la  mê- 
me grandeur ,  comme  fi  le  folcil  relloit  ÇJlaret)  dans 
le  même  parallèle  à  l'équateur.  Cela  vient  de  ce  que 
la  portion  de  l'écliptique  que  le  foleil  décrit  alors 
pendant  quelques  jours  ,  eft  prefque  parallèle  h  l'é- 
quateur. C'eft  de  quoi  on  le  convaincra  facilement 
«n  jettant  les  yeux  iur  un  globe. 

Il  y  a  deuxfolflices  chaque  année  ,  \cfolJlicc  d'été 
&  Icjbl/fice  d'hiver. 

Le  joljiice  d'été  arrive  quanti  le  foleil  cft  dans  le 


SOL 


327 


tropique  du  cancer,ce  qui  tombe  au  2.1  Juin,  auquel 
tems  les  jours  font  les  plus  longs  de  l'année. 

Lejol/lice  d'hiver  arrive  quand  le  foleil  entre  dans 
le  premier  degré  du  capricorne ,  ce  qui  arrive  vers 
le  21  de  Décembre  ,  quand  il  commence  à  revenir 
vers  nous  ,  &  que  les  jours  font  les  plus  courts. 

Ceci  doit  être  entendu  feulement  pour  notre  hé- 
mifphere  feptentrional ,  car  pour  l'hémifphere  méri- 
dional ,  l'entrée  du  foleil  dans  le  capricorne  fait  le 
fol/lice  d'été ,  &  fon  entrée  dans  le  cancer  fait  iefol- 
fice  d'hiver. 

Les  points  à^sfolftices  font  les  points  de  l'éclipti- 
que vers  lefquels  le  foleil  monte  ou  defcend  en  s'é- 
loignant  de  l'équateur,  mais  au-delà  defquels  il  ne  va 
point.  fVye^ÉCLlPTiQUE. 

Le  premier  point  qui  eft  dans  le  commencement 
du  premier  degré  du  cancer  eft  appelle  le  point  d'été, 
&  l'autre  qui  eft  dans  le  commencement  du  premier 
point  du  capricorne  ,  le  point  d'hiver.  Les  points  des 
folficcs  font  diamétralement  oppofés  l'un  à  l'autre. 

Colure  des  JblJIices,  eft  celui  qui  pafTe  par  les  points 
des JolJIices.  f^oye^CoLURE. 

Les  points  des  fol/lices  rétrogradent  ainfi  que  les 
point  des  équinoxes.  Car  les  points  des  foljli ces  font 
toujours  à  90  degrés  des  points  des  équateurs.  Foyei 
Précession.  (O) 

SOLTA ,  (  Géogr.  mod.  )  île  du  golphe  de  Venife, 
fur  la  côte  de  la  Dalmatie  ,  entre  la  ville  de  Tran  & 
l'île  de  Lézina ,  près  de  Spalatro.  Cette  île  étoit  nom- 
mée par  les  anciens  ,  Olynta  ,  Soloentia  &  Bolentia. 
Elle  appartient  à  préfent  aux  Vénitiens  ,  &  on  lui 
donne  trente  milles  de  tour ,  mais  elle  eft  prefque  de- 
ferte  à  caufe  de  fa  flérilité.  {D.  7.) 

SOLTAN  ou  AL-SOLTAN,  (  Hifl.  des  Arabes.^ 
première  dignité  chez  les  Arabes.  Les  hifloriens 
orientaux  nous  apprennent  que  Mahmud  Gazni,  fils 
de  Sabektekin ,  fut  le  premier  à  qui  Khalef ,  fils  d'Ah- 
med ,  gouverneur  du  Ségiftan  ,  donna  ce  titre.  Ce 
fut  alors  qu'on  le  fubftitua  au  titre  d'émir^  qui  juf- 
ques-là  avoit  été  conftamment  en  ufage. 

Le  mot  defolian  eft  commun  à  la  langue  chaldaï- 
que  ,  fyriaque  &  arabe  ,  &  fignifie  roi ,  pririce  ,  fei- 
gneur ,  empereur.  Les  princes  des  Dynafties ,  qui  ont 
procédé  celle  des  Gaznévides ,  comme  des  Thahé- 
riens  ,  des  Sotfariens ,  des  Samanides ,  des  Deyla- 
mites ,  ne  portoient  que  le  titre  d'émir;  mais  les  Gaz- 
névides ,  les  Khowarafmiens  ,  les  Selgiucidcs  ,  &  les 
princes  mahométans  qui  font  venus  depuis  ,  ont  gé- 
néralement porté  le  titre  defoltan  owfuUan.  Aujour- 
d'hui encore  c'eft  celui  que  prennent  plufieurs  prin- 
ces mahométans  d'Afie  &  d'Afrique  ;  aufïï  bien  que  le 
grand-fcigneur.  Foye^  Sultan.  (Z?.  /.) 

SOLTHOLM ,  (  Géog.  mod.  )  petite  île  de  Da- 
ncmarck ,  au  milieu  du  Sund  ,  à  la  hauteur  des  villes 
de  Coppenhague  ,  &  de  Malmoé. 

^OLT^EDEL,  {Géog. mod.)  c'efl-à-dire  la  val- 
lée du  Soleil  ;  petite  ville  d'Allemagne,  dans  la  vieille 
marche  de  Brandebourg  ,  fur  la  rivière  d'Ietze.  On 
prétend  que  Charlemagne  fit  bâtir  cette  ville  des  rui- 
nes d'un  ancien  lieu  qu'on  appelloit  HcliopoUs ,  & 
qu'il  fit  abattre  la  ftatue  du  Soleil  qu'on  y  adoroit. 
Long.  29.  22.  latit.  S;^.  G.  {D.  J.) 

SOLVABILITÉ ,  f.  f.  {Gram.  &  Jurifprud.)  eft  la 
puifTance  où  quelqu'un  efl  de  payer  &  acquitter  ce 
qu'il  doit ,  c'eft-à-dire  ,  lorfqu'il  a  allez  de  biens  pour 
le  taire.  ^<7yc{  Solvable  &  Insolvabilité.  (^) 
SOLVABLE  ,  adj.  {Jurifprud.)  à  folvendo  ,  cil 
celui  qui  eft  en  état  de  payer  ,  qui  a  de  quoi  répon- 
dre d'une  dette.  Un  gardlenyô/iv;/'/;  eft  celui  qui  a 
de  quoi  répondre  des  meubles  laides  à  fa  garde.  Ce 
terme  efl  oppofé  à  celui  d'injblvuble.  Foye^  SOLVA- 
BILITÉ. {A) 

SOLUBLE ,  adj.  (Gram.)  qui  peut  fe  refoudre. 


328 


SOL 


La  queftion  que  vous  me  propofez  efi:  dlfHcile  ;  mais 
je  la  crois  Jblul'ii. 

SoLt'BLE,  aclj.  (^Gram.)  qui  peut  fc  difiouclrc. 
Cette  lubllaiicc  erty^''''^'''''^  «-l'ins  l'eau  ;  cette  autre  ne 
l'eft  que  dans  l'efprit-de-vin. 

SOLFENSE  OPPlDUxM  ,  {Gcog.  anc,  )  ville  du 
Noriquc  ,  Pline  ,  /.  ///.  c  xxlv.  la  furnomme  FLa- 
viutn  ,  ce  qui  t'ait  voir  qu'elle  étolt  colonie  romaine. 
Gruter  rapporte  une  ancienne  infcription  trouvée  à 
Hermanlhid ,  &  fur  laquelle  on  lit  ces  mots  ^PL  Sol- 
ya.  On  croit  que  c'ell  à  préfent  Solfedt  dans  la  Ca- 
rinthie.  J'ai  vu  ,  dit  Ortclius ,  Thcj\  entre  S.  Weit  & 
Clagenfurt ,  deux  petites  villes  de  la  Carinthie  ,  fi- 
tuées  dans  l'étendue  de  l'ancien  Norique  ,  une  cam- 
pagne f'pacieule  ,  couverte  de  ruines  ,  &  où  l'on 
trouve  d'anciens  tragmens  de  marbre  ,  des  médailles 
&  d'avitres  monumcns  d'antiqidté.  Les  habitans  du 
pays  appellent  ce  lieu  Solvddt ,  comme  qui  diroit  U 
champ  de  fol.  Ce  pourroit  être  la  ville  Solva  ,  dont 
fait  mention  la  notice  des  dignités  de  l'empire. 
Edouard  Brown  ,  dans  l'on  voyage  de  Fienne  ^p.  ly^. 
cil  de  ce  l'entiment. 

Les  Romains  y  envoyèrent  autrefois  une  colonie 
fous  le  nom  de  colonla  Solvenjîs.  On  croit  que  Sol- 
venfi-oppidnm  ell  aujourd'hui  Splfeld  ou  Solveld  ^ 
bourgade  de  la  baffe  Carinthie  ,  entre  S.  Wcit  &: 
Clagenfurt.  (Z>.  /.  ) 

SOLUS ,  (G(og.  anc.)  ville  de  Sicile  ,  félon  Pline , 
l.III.c.viiJ.  Lcshabitans  de  ce  lieu  font  appelles  5c;/«/2- 
tini  parCiceron,  &  la  ville  fe  nomme  cncove So/unco 
onSoliinto.  Solus  eft  encore  le  nom  d'un  promontoire 
de  la  Lybie  ,  fur  la  côte  de  la  mer  Atlantique  ,  félon 
les  périples  d'Hannon  &  de  Scylax.  Il  y  avoit  ?.u  fom- 
met  de  ce  promontoire  tout  couvert  d'arbres  un 
temple  dédié  à  la  Vengeance  &  à  Neptune.  (Z>.  /.) 

SOLUTION,  f.  f.  en  Mathématique  ,  eflla  réponfe 
à  une  quellion  ,  ou  la  réfolutlon  de  quelque  problè- 
me propofé,  FqyeiRÉsoLVTiON , Problème , 6-c. 

Solution  ,  f  f.  en  Fhyjîque ,  efl:  la  rédudion  d'un 
corps  lolide  &  ferme  à  un  état  fluide ,  par  le  moyen 
de  quelque  menflrue.  Voye^  Menstrue. 

On  confond  quelquefois  la.  Jblution  avec  ce  que 
nous  appelions  autrement  dijjolution  ;  cependant  ce 
n'ell  pas  la  même  chofe  ,  du -moins  à  tous  égards. 
Foyei  Dissolution. 

Solution  de  continuité  fe  dit  de  l'état  d'un  corps 
dont  les  parties  ne  font  phis  continues  ,  &  font  fé- 
parées  les  unes  des  autres  ;  par  exemple ,  fi  on  fait 
un  trou  au  milieu  d'une  table  ,  on  dit  alors  qu'il  y  a 
foluiion  de  continuité  dans  les  parties  de  cette  table. 

Solution  de  continuité  eft  un  terme  dont  fe 
fervent  les  Chirurgiens  ,  pour  exprimer  un  dérange- 
ment qui  arrive  dans  les  parties  du  corps ,  par  lequel 
leur  cohéfion  naturelle  ell  détruite  ,  comme  par  une 
blelTure  ou  autre  caul'c.  Foye?^  Continuité. 

La  folution  de  continuité  ell  une  divifion  ,  défunion 
ou  féparation  des  parties  continues  ,  c'efl-à-dire  des 
parties  folidcs  du  corps.  On  lui  donne  un  nom  par- 
ticulier ,  luivant  la  nature  de  la  partie  ,  la  différence 
de  la  caufe  ou  la  manière  de  l'application  ,  comme 
plaie  ,  rupture  ,  fradure  ,  piquure ,  ouverture  ,  con- 
tufion ,  ulcete ,  corrolion  ,  diîacération ,  exfoliation, 
carie  ,  &c.  Foyei  Blessure  ,  Rupture  ,  Frac- 
ture, &c.  {Y) 

Solution  ,  {Chimie.')  Vàfolution  des  corps  en  gé- 
néral ell  ou  radicale  ou  lupcrficiclle.  Nous  difons 
qu'elle  ell  radicale  lorlque  la  compolition  du  corps 
dill'ous  efl:  entièrement  détruite  ,  &c  qu'il  eft  par  con- 
fcquent  décompolé  dans  les  élémens  ,  6c  en  parties 
totalement  dillunilaires.  Nous  dllons  au  contraire 
qu'elle  ell  luperficielle,  lorlque  les  molécules  qui 
compofent  ce  corps  font  funplement  féparées,&  que 
ce  corps  ell  conféquemmcnt  divilé  en  parties  fmii- 
laires  îk  trcs-Hncs. 


SOL 

Nous  avons  difrerentes  obfervations  à  faire  fur  la 
folution  ,  les  corps  ;\  diflbudre  ,  les  mcnllrues  ou  les 
dilTolvans ,  &  les  dilTérens  moyens  dont  on  fe  fert 
pour  les  diffolutions  ;  tous  les  corps  folides  ,  les  a<^- 
grégats ,  les  mixtes  ,  les  compolés  &  les  décompo- 
lés,  quelques  liquides  &  demi-liquides  ,  par  exem- 
ple ,  les  huiles,  les  baumes  liquides  naturels,  &c. 
l'ont  des  corps  que  l'on  difTout.  On  divife  les  menf- 
trues  en  général ,  en  aqueux  ,  falins  acides  ,  falins  al- 
kalis  fixes  &:  volatils  ,  inflammables  ,  fpiritueux  6c 
huileux  ,  &  en  mixtes ,  par  exemple ,  en  aqueux-in- 
flammables ,  acides-inflammables  ,  falés-inflamma- 
bles  &  falés- aqueux.  Quelques-uns  joignent  à  ces 
menllrues  généraux  un  menllrue  univerlel  ;  cepen- 
dant on  doit  le  mettre  ,  comme  j'en  ai  averti  ci-de- 
vant ,  au  nombre  des  êtres  imaginaires. 

Les  mcnllrues  aqueux  ,  tels  que  font  l'eau  fimpîe 
de  fontaine  &  de  rivière  ,  l'eau  de  pluie  &  la  rofée  , 
les  eaux  pures  diftillées  ,  &  différens  phlegmes,  dif- 
folvent  les  fels  fur-tout ,  les  mucila'ges  ,  les  gelées 
&  les  concrétions  2;ommeules.  Les  menllrues  falins 
acides ,  par  exemple ,  l'huile  &  l'efprit  de  vitriol , 
l'efprit  de  fel ,  de  nitre  ,  de  vinaigre  ,  de  fucre  ,  de 
màel ,  le  vinaigre  fimple  &  diflillé  ,  &c.  font  propres 
à  dilToudre  les  corps  terreux ,  pierreux  ,  métalliques 
&  demi-métalliques  ;  les  falins  alkalis  au  contraire  , 
comme  le  fel  de  tartre  ,  les  cendres  gravelées ,  le  ni- 
tre fixé ,  l'alkahefl  de  Glaubert ,  l'huile  de  tartre  par 
défaillance,  l'efprit  aqueux  defelammoniac,  é-c.  peu- 
vent diflbudre  les  corps  fulphureux  ,  huileux,  onc- 
tueux, gras,  &c.  &  enfin  les  inflammables  fpiritueux, 
comme  l'elprit-de-vin  le  mieux  reftifié,  &  les  autres 
efprits  de  cette  nature  brifent  les  foufres  minéraux  , 
néanmoins  un  peu  contraints  par  les  alkalis  falins ,  de 
même  que  les  concrets  bitumineux ,  camphrés  &  ré- 
fineux  ,  les  huiles  éthérées ,  &c.  &  chargent  leurs 
pores  des  molécules  divilées  de  ces  corps.  Pour  ce 
qui  efl:  des  mixtes  &  des  menllrues  compofés  ,  tels 
que  le  vin,refprit-de-vin  alkalifé,la  liqueur aqueufe 
&  vineufe  de  la  terre  foliée  de  tartre  ,  l'efprit  vineux 
de  fel  ammoniac ,  6'c,  il  efl  facile  de  connoître  &  de 
déterminer  la  faculté  qu'ils  ont  de  difl'oudre  par  celle 
de  leurs  fimples  menflrues  ,  &  par  la  raifon  fingu- 
liere  de  leur  mixtion  &  de  leur  compofition. 

Les  moyens  dont  on  fe  fert  avantja  dilfolution  , 
ou  pendant  qu'elle  fe  fait ,  fe  réduifent  à  la  tritura- 
tion ,  à  la  commixtion  ,  à  la  diflTedion  ,  à  la  flilion, 
la  digcflion  ,  la  coftion  ,  la  dillillation  ,  la  cohoba- 
tion ,  &c. 

On  doit  rapporter  l'extraûlon  à  Iz.  folution ,  com- 
me en  étant  une  efpece  la  plus  ufitée.  En  effet  on  en 
fait  ufage  toutes  les  fois  qu'il  ell  queflion  de  difl'ou- 
dre telle  ou  telle  lubflance  adive  dans  les  corps  com- 
polés ,  &  de  la  féparer  des  autres  parties.  On  pré- 
pare par  le  moyen  de  Iz.  folution  &  de  l'extradlioii 
non-feulement  différentes  teintures  ,  les  effences , 
les  élixirs ,  les  baumes  liquides  ,  les  infufions  ,  les 
extraits  ,  les  mucilages  &  les  gelées  ;  mais  fort  fou- 
vent  on  fait  paffer  ces  corps  par  la  diffolution  pour 
les  faire  cnluite  paffer  par  des  précipitations,  des  cal- 
cinations ,  OC  d'autres  opérations.  Boerhaave,  Chimie. 

Solution  ,  (Jurifprud.)  fignifîe  quelquefois/;^_y^- 
ment ,  quelquefois  il  le  prend  pour  décifwn  ,  comme 
quand  on  dit  \di  folution  d'une  quellion  ;  quelquefois 
enfin  il  fignifîe  ceffation  de  quelque  choie  ,  comme 
dans  les  procès-verbaux  des  chirurgiens  ,  lori'qu'ea 
parlant  d'une  plaie  ils  difent  qu'il  y  ^folution  de  con- 
tinuité ,  pour  exprimer  que  les  chairs  font  ouvertes 
&:  féparées.  (^) 

SOLWAY  ,  (Gcoor.  mod.)  en  latin  Ituna: ,  Mflua- 
rium  ,  golfe  de  la  grande  Bretagne  ,  fur  la  côte  occi- 
dentale de  l'Ecoflé  ,  vers  les  confins  de  l'Angleterre. 
Ce  golfe  efl  fort  couvert  de  bancs  de  fable,  ôcfert 

de 


s  O  M 

de  réparation  entre  la  grande  Bretagne  &  l'EcofTe. 

Sur  la  pointe  de  terre  qui  elt  à  riffue  du  golfe  ,  on 
voit  une  petite  place  nommée  Bulnejfe  ;  ce  n'eft  au- 
jourd'hui qu'un  village  ;  autrefois  c'étoit  une  ville 
qve  les  Romains  appelloient  Blatum-Bulgium ^^^wx.- 
êtredu  mot  gaulois  bulch^  qui  fignifîeyè/j^ri///o/7,  parce 
qu'alors  ce  lieu  étoit  la  tête  d'une  muraille  que  les  Ro- 
mains élevèrent  le  long  du  rivage  ,  julquc  près  de 
Carliile  ;  lorfcjue  la  mer  efl  baffe  ,  on  en  voit  encore 
quelques  ruines.  Il  y  avoir  auffi  dans  cet  endroit  un 
port  que  la  nier  a  inlenfiblement  comblé  par  le  fable 
qu'elle  y  a  jette.  (  Z>.  /.  ) 

SOLYMES,  LES  ,5'o/v?72/ ,  {Géog.  anc)  peuples 
de  l'Afie  mineure  dans  la  Lycie ,  félon  Hérodote,  qui 
veut  que  lesMiliens  ayent  été  autrefois  appelles  So- 
lymi  ;  mais  Strabon  place  les  Solymcs  dans  la  Pifi- 
die.  De  fon  tems  on  voyoit  encore  près  de  Termeffe 
dans  la  vallée  de  Bellérophon  qui  avoit  dompté  les 
Solymes.y  le  tombeau  de  fon  fils  Ifandre,  tué  dans  le 
combat.  Pline ,  /.  K  c.  xxx.  dit  qu'Eratoflhene  comp- 
toir les  Solymes  au  nombre  des  peuples  de  l'Afie  qui 
fe  trouvoient  éteints.  Il  y  avoit  une  colline  de  l'Afie 
mineure  dans  la  Pifidie  ,  au-dcffus  du  promontoire 
Termefïïen ,  qui  portoit  le  nom  de  Soly me  ,  Solymus 
collis.  Héfychius  nomme  auffi  Solymi  des  peuples  de 
la  Scythie.  {D.  J.) 

SOMACHE  ,  voyei  Saumache  &  Saumatre. 

SOMASCO ,  (  Géog.  mod.  )  petite  ville  ou  plutôt 
bourg  d'Italie  ,  fur  les  frontières  du  Milanez  &  du 
Bergamafque  ,  au  diocèfe  de  Milan.  Ce  bourg  a  don- 
né l'origine  &  le  nom  à  la  congrégation  des  clercs 
réguliers  qu'on  ?i^^t\\Q  fomafques.  Cette  congréga- 
tion commença  en  1 528  ,  &  fes  clercs  furent  mis  en 
1568  au  nombre  des  clercs  religieux  (bus  la  règle  de 
S.  Auguftin.  Ils  fleuriffent  en  Italie.  {D.  J.) 

SOMASQUE ,  f.  m.  {Gram.  &  Hijl.  eccUf.  )  reli- 
gieux de  la  congrégation  de  S.  Mayeul  ;  ils  lont  fous 
la  règle  de  S.  Auguitin.  Ik  ont  été  appellés/c)/n^y^«« 
du  lieu  de  leur  chef-d'ordre  Somaque,  ville  fituée  en- 
tre Milan  &  Bergame. 

SOMBRE  ,  ad).  (Gram.')  qui  n'eft  pas  affez  éclairé 
de  la  lum.iere  du  jour,  &  où  l'on  a  peine  à  difcerner 
les  objets.  On  dit  un  Y\e\\  fombrc  ,  un  tems  fombre  ; 
&  au  figuré,  une  hwmQwr J'ombre  ,  un  homme fombre, 
un  air  Jbmbre. 

SOMBRER  sous  voiles,  {Marine.)  onfe  fertde 
cette  expreffion ,  lorfqu'un  vaiffeau  étant  fous  voiles, 
efl:  renverfé  par  quelque  grand  coup  de  vent ,  qui  le 
fait  périr  &  couler  bas. 

SOMBRERAS,  île  de  ,  (  Géog.  mod.)  île  d'Afri- 
que ,  au  nombre  de  trois  ,  fur  la  côte  de  Guinée,  au 
fud  de  la  baie  de  Ste  Anne  ;  elles  produifent  du  vin, 
de  l'huile ,  du  coton ,  du  bois  rouge  pour  la  teinture, 
&  des  cannes  de  fucre.  {D.  J.) 

SOMBRERO  ,  ÎLE  DE,  {Géog.rnod.)  petite  île 
qu'on  range  au  nombre  des  Vierges  à  l'orient  de  S. 
Jean  de  Portorico.  Cette  île  ,  quoique  fous  la  domi- 
nation des  Efpagnols ,  n'eft  fréquentée  que  par  des 
pêcheurs  ;  elle  eft  ronde  ,  plate  far  fes  bords ,  &  re- 
levée dans  fon  milieu  par  une  montagne  ronde  ;  la 
reffemblance  qu'elle  a  avec  un  chapeau  dont  les 
bords  font  rabattus  lui  a  fait  donner  le  nom  de  Sorn- 
tréro,  qui  en  efpagnol  fignifie  chapeau. 

SOMBRIÉRO ,  LE  MONT  ,  (  Géog.  mod.)  monta- 
gne d'Afrique  dans  la  baffe  Ethiopie ,  au  pays  de  Ben- 
guela ,  &  au  couchant  de  là  baie  de  ce  nom.  Elle  eft 
plate  ,  &  nommée  par  cette  raifon  Klap-mats  par  les 
Hollandois ,  parce  qu'à  la  voir  de  loin ,  elle  imite  en 
figure  un  bonnet  de  prêtre  ;\  trois  angles.  (Z),  /.  ) 

SOME  ,  f.  f.  (  Marine  chinoife.  )  vaiffeau  dont  les 
Chinois  fe  fervent  pour  naviguer  fur  mer  ,  &  qu'ils 
nomment  tchouen.  Les  Portugais  ont  appelle  ces  for- 
tes de  vaiffeaux  foma ,  fans  qu'on  fâche  la  raifon  de 
cette  dénomination. 
Tome  Xr. 


S  O  M 


319 


Les  fomes  (  car  nous  avons  francifé  le  mot  portu- 
gais )  ,  ne  peuvent  point  fe  comparer  à  nos  vaiffeaMX 
européens  ,  ni  pour  l'art  de  leur  conftrudion ,  ni 
pour  leur  grandeur,  puifqu'ils  nej portent  guère  au- 
delà  de  deux  cens  cinquante  tonneaux ,  6c  s'il  eiî 
Vx-ai  que  la  connolffance  de  la  navigation  foit  fort 
ancienne  chez  les  Chinois,  il  eft  certain  qu'ils  ne  l'ont 
pas  plus  perfeftlonnée  que  leurs  autres  fciences. 

Leurs  tchouen  ou  fomes  ne  font  à  proprement  par- 
ler que  des  barques  plattes  à  deux  mâts  :  ils  n'ont 
guère  que  80  à  90  pies  de  longueur  ;  la  proue  cou- 
pée &  fans  éperon  ,  eft  relevée  en  haut  de  deux  ef- 
peces  d'ailerons  en  forme  de  corne  ,  qui  font  une  fi- 
gure affez  bizarre  ;  la  poupe  eft  ouverte  en-dehors  , 
parle  milieu,  afin  que  le  gouvernail  y  foità  couvert 
des  coups  de  mer  ;  ce  gouvernail  qui  eft  large  de  5 
à  6  pies,  peut  s'élever  &s'abaiffer  parle  moyen  d'un 
cable  qui  le  foutient  fur  la  poupe. 

Ces  vaiffeaux  n'ont  ni  artimon,  ni  beaupré,  ni 
mâts  de  hune  ;  toute  leur  mâture  confifte  dans  le 
grand  mât  &  le  mât  de  mifaine  ,  auxquels  ils  ajou» 
tent  quelquefois  un  fort  petit  mât  de  perroquet,  qui 
n'eft  pas  d'un  grand  fecours  ;  le  grand  mût  eft  placé 
affez  près  du  mât  de  mifaine,  qui  eft  fort  fur  l'avant  ; 
la  proportion  de  l'une  à  l'autre  ,  eft  communément 
comme  2  à  3.  &  celle  du  grand  mât  au  vaiffeau  ,  ne 
va  jamais  au-deffous  ,  étant  ordinairement  plus  des 
deux  tiers  de  toute  la  longueur  du  vaiffeau. 

Leurs  voiles  font  faites  de  natte  de  bambou  ou  d'u- 
ne efpece  de  cannes  communes  à  la  Chine  ,  lefquel- 
les  fe  divifent  par  feuilles  en  forme  de  tablettes ,  ar- 
rêtée dans  chaque  jointure ,  par  des  perches  qui  font 
auffi  de  bambou  ;  en-haut  &  en-bas  font  deux  pie- 
ces  de  bois  :  celle  d'ea-haut  fcrt  de  vergue  :  celle  d'en- 
bas  ,  faite  en  forme  de  planche,  &  large  d'unpié 
&  davantage  ,  fur  cinq  à  fix  pouces  d'épaifléur,  re- 
tient la  voile  lorfqu'on  veut  la  hiffer,  ou  qu'on  veut 
la  ramaffer. 

Ces  fortes  de  bâtimens  ne  font  nullement  bons 
voiliers  ,  ils  tiennent  cependant  mieux  le  vent  que 
les  nôtres ,  ce  qui  vient  de  la  roldeur  de  leurs  voiles  , 
qwi  ne  cèdent  point  au  vent  ;  mais  auffi  comme  la 
conftrudion  n'en  eft  pas  avantageufe,  ils  perdent  à 
la  dérive  l'avantage  qu'ils  ont  lur  nous  en  ce  point. 

Ils  ne  calfatent  point  \e\xrs  fomes  Se  autres  vaiffeaux 
avec  du  goudron  comme  on  fait  en  Europe  ;  leur 
calfas  eft  fait  d'une  efpece  de  gomme  particulière ,  & 
il  eft  fi  bon  qu'un  feul  puits  ou  deux  ,  à  fonds  de  ca- 
le du  vaiffeau  ,  fuftit  pour  le  tenir  fec.  Jufqu'lci  ils 
n'ont  eu  aucune  connolffance  de  la  pompe. 

Leurs  ancres  ne  font  point  de  fer  comme  les  nô- 
tres ;  elles  font  d'un  bois  dur  &  pefant ,  qu'ih  appel- 
lent pour  cela  tie  mou  ,  c'eft-à-dire  bois  de  fer.  Ils  pré- 
tendent mal-à-propos  que  ces  ancres  valent  beau- 
coup mieux  que  celles  de  fer ,  parce  que ,  difent-ils , 
celles-ci  font  fujettes  à  fe  fauffer  ,  ce  qui  n'arrive  pas 
à  celles  de  bois  qu'ils  emploient  :  cependant ,  pour 
l'ordinaire ,  elles  font  armées  de  fer  aux  deux  extré- 
mités. 

Les  Chinois  n'ont  fur  leur  bord  ni  pilote  ,  ni  maî- 
tre de  manœuvre  ;  ce  font  les  feuls  timonnlers  qui 
conduifent  lu  fome  ,  &  qui  commandent  la  manœu- 
vre. Il  faut  avouer  néanmoins  qu'ils  font  affez  bons 
pilotes  côtiers  .mais  mauvais  pilotes  en  haute  mer; 
ils  mettent  le  cap  lur  le  rumb  qu'ils  croient  de\  oir 
faire ,  &  fans  s'embarraffer  des  élans  du  vaiffeau  ,  ils 
courent  ainfi  comme  ils  le  jugent  à  propos,  f^oyei  de 
plus  s;rands  détails  dans  Vhiftoin  de  la  Chine,  du  père 
duHalde.   {D.J.) 

SOMEN  ,  (  Géogr.  mod.  )  lac  de  Stiede  ,  dans  la 
Gothie.  Il  fe  décharge  dans  le  fleuve  Motala  ,  à  l'oc- 
cident de  Lindkoplng.  CD.  J.) 

SOMERTON  ,  (Géog.  mod.  )  c'eft-à-dire  ville 
d'été,  Sommcr's-iown  ;  ce  n'eft  cependant  qu'un  bourg 

Tt 


330 


S  O  M 


à  marché  d'Ano;lcterre  ,  dans  le  Sommerfet-sliiie ,  ;\ 
la  droite  de  rivell ,  h  quelques  milles  au-defTus  de 
l'endroit  oii  cette  petite  rivière  le  jette  dans  le  Par  .-et , 
&C  qu'on  nomme  Ivel-rnouth  ;  mais  Sommerton  étoit 
anciennement  une  ville  importante  ,  qui  a  donne 
fon  nom  ù  la  province  ;  aufli  les  rois  de  Weftlex  y 
avoient  établi  leur  relidence.  Il  n'eftà  prélcnt  con- 
lidérable  que  par  la  grande  foire  des  bœufs  qui  s'y 
tient ,  depuis  le  dimanche  des  rameaux  ,  jufqu'au 
premier  de  Juin.   {D.  J.) 

S(3MMA  ,  (  Giogr.  mod.  )  bourgade  d'Italie,  au 
rovaume  de  Naples ,  dans  la  terre  de  Labour,  au 
fommet  du  mont  Véfuve,  qiû  en  prend  le  nom  de 
monu-dï- Somma  ,  quoique  certains  auteurs  veuillent 
que  le  nom  de  Somma-^xX  été  donné  au  mont  Véfuve, 
à  caufe  de  l'excellence  des  fruits  &  des  vins  qu'il 
produit ,  ou  à  caufe  de  fa  hauteur.  (  Z>.  /.  ) 

SOMMAGE  ,  f  m.  (^JurifpruJ.')' xcrmQ  qui  fe 
trouve  dans  quelques  coutumes ,  6l  qui  fignifie  le 
fervice  de  cheval  àfomme,  qui  efl  dû  au  leigneur 
foncier,  f'oj'f^  l'ancienne  coutume  de  Normandie, 
ch.  xxxiv.  Ferrier  ,  /.  K  ch.  ij.  la  coutume  de  Lor- 
raine ,  lit.  8.  art.  i.  (  y^  ) 

SOMMAIL,  f.  m.  (  Marine.)  c'efl  une  baffe,  f^'oyei 
Basse. 

SOMMAIRE  ,  f.  m.  (  Lutcrat.  )  abrégé  qui  con- 
tient en  peu  de  mots  la  fumme  ou  fubltance  d'un  cha- 
pitre ,  d'un  traité,  d'un  ouvrage ,  <S'c.  Foy^:;;  Abrégé. 

Le  fommairc  qu'on  met  à  la  tête  d'un  livre  ,  d'un 
chapitre ,  d'une  loi ,  &c.  eft  utile  au  le£leur ,  pour 
lui  donner  une  idée  générale  ,  &  lui  faciliter  l'intel- 
ligence de  ce  dont  il  s'agit.  Les  fommaircs  font  fur- 
tout  néceffaires  dans  les  hiftoires  ,  pour  préfenter 
fous  un  coup  d'oeil  abrégé,  &  indiquer  les  principaux 
événemens.  f^oye-^  Argument. 

Il  y  a  cette  diifércnce  entre  un  fommaire  &  une  ré- 
capitulation ,  que  celle-ci  eft  à  la  fuite,ou  à  la  fin  des 
matières  ,  &  que  le  fommaire  doit  les  précéder. 

Sommaire,  (^Jurifprud.')  fe  dit  de  ce  qui  eft  bref, 
&  dont  l'expédition  eft  prompte. 

Les  imneres  fommaires  font  celles  dont  l'objet  eft 
léger ,  &  dont  l'inftruûion  eft  Jommaire  ,  c'eft-à- 
dire ,  funple  &:  prompte.  Foye^  Matières  som- 
maires. (  ^  ) 

Sommaire,  imprimer  en  ^  (^  Imprimerie.  )'impr\- 
mer  çn  fommaire  eft  lorfqu'un  titre  un  peu  long  ,  eft 
difpofé  de  façon  que  la  première  ligne  avance  de 
deux  ou  trois  lettres ,  tandis  que  les  fuivantes  font  en 
retraite  ,  &  ont  chacune  un  quadratin  au  commen- 
cement. Ce  mot  fe  dit  par  oppofition  à  cul-de-lampe  , 
dont  les  lignes  vont  en  diminuant  de  part  &  d'autre. 
(^D.J.) 

SOMMATION  ,  f.  f.  {Gram.  &  Jurifprud.  )  eft  un 
acte  par  lequel  on  interpelle  quelqu'un  de  dire  ou 
-faire  quelque  chofe. 

Les  huiftiers  font  Ats  fommations  de  payer ,  de  re- 
mettre des  pièces,  &c. 

Les  procureurs  font  Aesfommations  de  donner  co- 
pie de  pièces ,  de  fournir  de  détènfes  ,  de  Satisfaire 
à  un  règlement,  de  venir  plaider,  &c. 

Sommation  respectueuse  eft  un  afte  fait  par 
deux  notaires ,  ou  par  un  notaire  en  préfence  de  deux 
témoins  ,  par  lequel ,  au  nom  d'un  enfant ,  ils  re- 
quièrent fes  père  &  mère  ,  ou  l'un  d'eux  ,  de  con- 
fentir  au  mariage  de  cet  entant. 

On  appelle  ces  fortes  éefommations ,  refpeclueufes  ^ 
parce  qu'elles  doivent  être  taites  avec  décence  ,  & 
fans  appareil  de  juftice;  c'eft  pourquoi  l'on  y  em- 
ploie le  miniftere  des  notaires,  &  non  celui  des  huif- 
iicrs. 

(Z^s  fommaiions  ne  peuvent  être  faites  qu'en  ver- 
tu d'une  permiftion  du  juge  ,  laquelle  s'accorde  fur 
requête ,  l'objet  de  c^fommatiorzs  de  la  part  de  l'en- 
fant ,  eft  de  fe  mettre  à  couvert  de  l'exhérédation 


S  0  M 

que  fes  père  &  mère  pourroient  prononcer  contre 
lui ,  s'ill'cmarioit  fans  leur  confentement. 

Mais  pour  c\\\e  ctsfommaciorjs  produisent  cet  effet, 
il  faut  que  l'enfant  foit  en  âge  de  les  faire  ,  &  qu'il 
ait  trente  ans ,  ft  c'eft  un  garçon ,  ou  vingt-cinq  ans, 
fi  c'crt  une  fille. 

L'entant  qui  confent  de  courir  les  rifques  de  l'ex- 
hérédation ,  peut  fe  marier  à  15  ans  ,  fans  requérir 
le  consentement  de  fes  père  &C  mère.  fq)'e{  l'arrêt 
de  règlement  ,  du  27  Juillet  1692,  au  Journal  des  au- 
diences. (  ^) 

Sommation,  en  guerre  ,  fommer  une  place  ,  c'eft 
envoyer  un  tambour  ,  ou  un  trompette  ordonner  au 
gouverneur  de  fe  rendre  ;  finon  lui  protefter  qu'on 
donnera  l'affaut ,  &  qu'on  mettra  tout  à  feu  &  à 
fang. 

SOMME  ,  SOMMEIL  ,  (  Gram.  &  Synonym.  )  il 
y  a  quelquefois  de  la  différence  entre  ces  deux  mots. 
Somme  fignifie  toujours  le  dormir  ,  ou  Pefpace  du 
tems  qu'on  dort.  Sommeil  le  prend  quelquefois  pour 
l'envie  de  dormir  :  on  eft  preffé  du/ow/z/tr/Y  en  été, 
après  le  repas  ;  on  dort  d'un  profond  fomme  après 
une  grande  fatigue. 

Cefl-là  que  le  prélat  muni  d'un  déjeuner  , 
Dormant  d'un  léger  fomme  ,  attendait  le  dîner. 

Boileau. 

Sommeil  a  beaucoup  plus  d'ufage  &  d'étendue  que 
fomme.  On  dit  poétiquement  de  la  mort ,  que  c'eft 
\in  fommeil  de  fer,  parce  que  le /èwTOfi/ eft  l'image 
de  la  mort.  Ce  mot  fignifie  au  figuré  ,  ^indolence  6c 
Vinfcnfibilité  ;  l'oubh  de  la  religion  &  de  la  vertu  ,  eft: 
un  fommeil  funefte.  (  D.  J.  ) 

Somme  la  ,  (  Géog.  mod.  )  en  latin  vulgaire  So- 
mona;  rivière  de  France  en  Picardie  ,  qu'elle  tra- 
verfe  prefque  toute  d'orient  en  occident ,  où  elle 
prend  fa  fource ,  au  lieu  nommé  Fonfomme ,  &  après 
avoir  arrofé  plufieurs  villes  ,  elle  va  fe  jetter  dans  la 
Manche  ,  entre  le  Crotoi  &  S.  Valéry.  {D.  7.) 

Somme,  f.  f.  en  Mathématique ^  figaine  la  quantité 
qui  réfulte  de  l'addition  de  deux  ou  plufieurs  gran- 
deurs, nombres  ,  ou  quantités  jointes  enfemble.  Foy. 
Addition. 

On  l'appelle  quelquefois  total ,  &  en  algèbre  on 
l'exprime  quelquefois  par  la  lettre  f,  qui  fignifie 
fomme. 

La  fomme  d'une  équation  eft  l'affemblage  de  tous 
les  termes  d'une  équation  ;  lorfque  le  nombre  abfo- 
lu  ,  ou  terme  tout  connu,  étant  tranfporté  d'un  cô- 
té à  l'autre  avec  un  figne  contraire  ,  le  tout  devient 
égal  à  zéro  ;  en  forte  que  zéro  eft  un  des  membres  de 
l'équation  ,  comme  dans  cet  exemple,  .r'  -\-  -^  x  — 
3=0.  Delcartes  appelle  jc  -  4-  5  jc  —  3 ,  la  fomme  de 
■  l'équation  propofée ,  &  c'eft  fous  cette  forme  que 
l'on  confidere  ordinairement  les  équations.  Foy^[ 
Equation.  (  O) 

Somme  ,  f.  f.  (  Comm.  d  argent.  )  ce  mot  fe  dit  d'u- 
ne certaine  quantité  ,  par  exemple  de  livres,  fols, 
&  deniers  ,  que  l'on  reçoit,  &  dont  on  fait  paye- 
ment; iur  les  livres  &  dans  les  comptes  des  mar- 
chands ,  les  fommes  fe  tirent  en  lignes  ,  fur  la  mar- 
ge à  droite  ,  en  chiffre  commun  ,  en  arabe  ;  on  ap- 
pelleyôwwe;  totale  ,  celle  qui  provient  de  l'addition 
de  plufieurs  petites  yo/''i/«e5.  Irfon.  (Z?.  /.) 

Somme  ,  f.  f.  (  Cloutefie.)  ce  terme  ,  dans  le  né- 
goce de  la  clouterie  ,  exprime  en  un  feul  mot ,  une 
certaine  quantité  de  milliers  de  clous  ;  toute  la  bro- 
quette ,  îi  la  referve  de  la  groffe  broquette  eftampée, 
ou  à  têt  e  emboutie,  &  toutesles  autres  fortes  de  clous, 
qui  font  du  nombre  de  ceux  qu'on  appelle  clous  lé- 
gers,  même  quantité  de  clous  ,  dit  cbus-au-poids  y 
lé  vendent  à  la  fomme  quand  on  les  vend  en  gros; 
Xà  fomme  eft  de  douze  milliers  de  compte  ;  les  bro- 


s  O  M 

miettes  eflaiYipces ,  de  tous  les  grands  clous  ,  fe  ven- 
dent au  compte.  Savari.  (Z>.  7.) 

Somme  haute  ,  (  Comm.  marïtbn:.  )  eu  matière 
de  commerce  de  mer  ,  on  appelle  /o/?//;:^  haute,  la 
dépcnCe  qui  ne  concerne  ni  le  corps  du  navire ,  ni 
les  vi£^uailles ,  ni  les  loyers  des  hommes  ;  mais  ce 
qui  s'emploie  au  nom  de  tous  les  iiitérelîcs ,  pour 
l'avantage  du  deffein  qu'on  a  entrepris.  Les  mar- 
chands en  fournilîent  ordinairement  les  deux  tiers  , 
&  l'autre  tiers  i"e  paye  par  le  maître  du  navire.  Dici. 
du  comm.  (Z>.  /.) 

SoM?/îE  ,  (Aïd/<r<.7z(?/.)  fardeau  qu'on  met  fur  un 
cheval ,  &:  qui  cH  auiîl  pefant  qu'il  peut  le  porter. 
Cheval  de  foni'ne  elt  celui  qui  efi  deftiné  à  porter  la 
fomme. 

Somme  de  verre  ,  (  Verrtrh  )  wno.  fomme  Ac  ve"-- 
Ti ,  cil  un  pannier  de  verre  propre  aux  vitriers  ,  qui 
renferme  vingt-quatre  plats ,  ou  pièces  de  verreron- 
àes  ,  d'environ  deux  pies  de  diamètre  ,  qui  font  la 
charge  du  crocheteur  ;  on  peut  tirer  d'une /o-nwe  de 
verre  ,  90  ou  95  pies  quarrés  de  vitrage.  (^D.  J.^ 

S  O  M  M  É  ,  adj.  terme  de  Blaj'on  ,  ce  mot  fe  dit  de 
cette  ramure  du  cerf  dont  on  charge  les  ccus,  où  l'on 
met  quelquefois  des  corps  fans  nombre,  &  où  quel- 
quefois on  les  compte.  On  dit  anffi  fommé  de  tout  ce 
qui  eft  au  fommet  de  quelque  choie ,  comme  une  pe- 
tite tour  au  fommet  d'une  grolfe  ;  ce  qu'on  appelle 
autrement  donjonné.  N.  porte  de  fable  à  une  tour  d'or 
fonimèe  de  trois  flammes  de  gueules,  o\\  fomméc  d'une 
étoile  ,  d'une  hache  ,  &c.  cependant  on  dit  plus  com- 
inunément //^'■/«o/z^t/.  Ménejlrler.  (^D.J.') 

SOMMÉES  ,  f.  f.  pi.  terme  de  Fauconnerie  ,  fe  dit 
des  pennes  du  faucon  qui  ont  entièrement  pris  leur 
croît  ;  on  dit  les  pennes  de  cet  oifeau  font  toutesy^/zz- 
miiS. 

SOMMEIL  ,  f.  m.  {Phyfiolog.)  état  d'inaftion  ou 
de  détenfion  des  organes  des  fens  extérieurs ,  &  des 
mouveinens  volontaires  ;  cet  état  eft  néceffaire  à 
l'homme  pour  foutenir ,  réparer,  &  remonter  fa  ma- 
chine. - 

Du  Dl:n  qui  nous  créa  la  clémence  infinie. 
Pour  adoucir  les  maux  de  cette  courte  vie  , 
A  pla:é  parmi  nous  deux  êf'rcs  bienfuifans  , 
De  la  terre  à  jamais  aimables  habitans  , 
Soutiens  dans  les  travaux  ,  trîfors  dans  L'indigence , 
ISnn  efl  le  doux  lommeil ,  &  l'autre  eji  refpèrance  , 
Vun  quand  r  homme  accable  fait  dejonfoible  corps 
Les  organes  vaincus  ,  fans  force  &fans  reûhrts  , 
Vient  par  un  calme  heureux  fccowir  la  nature  , 
Et  lui  porter  V  oubli  des  peines  quelle  endure. 

Htnriade,  chant  7^ 

Tels  font  les  effets  falutaires  Awfomm.iil!  Mais  .la 
caufe  qui  le  fait  naître  &  difparoîtreau  bout  d'un  cer- 
tain nombre  d'heures  ,  ell  fi  difficile  à  trouver,  qu'il 
faut  s'en  tenir  à  de  f  mples  coujedures ,  entre  lef- 
cuelles  voici  peut-être  les  plus  vrailfemblables. 

Pour  que  notre  corps  puilfe  fe  mouvoir  avec  faci- 
lité ,  il  faut  qu'il  y  ait  du  fuc  nerveux  qui  puifîe  être 
envoyé  dans  les  nerfs  ,  &  gu'Uri'y  ait  pas  d'obftacle 
qui  l'arrête  dans  fon  cours.  Si  ces  deux  conditions 
viennent  à  manquer  ,  on  le  trouve  dans  Tinaétion. 

Quand  nous  agiflbns,  le  fuc  nerveux  fe  diliipe  peu- 
à-peu  ;  enforte  qu'après  de  longs  travaux  ,  il  ne  fe 
trouve  plus  d'efprits  en  allez  grande  quantité  pour 
mouvoir  notre  corps  :  mais  afin  que  les  liqueurs  cou- 
lent dans  nos  organes  avec  facilité  ,  les  libres  de  nos 
vailTeaux  doivent  avoir  une  certaine  tenlîon  ;  fi  elles 
rl'étoient  pas  tendues  ,  elles  ne  fauroicnt  poulfcr  les 
fluides:  or  par  le  travail  les -fibres  perdent  leur  ten- 
lîon ,  parce  que  le  fuc  qui  les  rempliffoit ,  6i.  qui  les 
tendolt  en  les  remplilfant,  s'évapore  continuellement; 
ces  fibres  n'étant  plus  tendues,  tombent  les  unes  fur 
les- autres  ,  &  dc-lA  ,  il  fuit  que  celles  du  cerveau  qui 
Tomt  Xy, 


?vi  3  3  r 

font  \t^  plus  molles  doivent  plus  f ;ciîetrient  s'afl^iif^ 
■  fer.  Quand  la  maffe  du  cerveau  fera  ainfi  affalffée  , 
le  fuc  nerveux  ne  paffera  plus  dans  les  nerfs  comme 
auparavant;  enforte  qu'alors  fucccdera  la  langueur 
qui  nous  obligera  de  nous  repofer  ;  c  eft  ce  qu'on 
peut  prouver ,  par  {afommeil  qui  arrive  quand  on  lie 
une  des  carotides  ,  ou  quand  on  a  perdu  une  quan- 
tiré  extraordinaire  de  iang  ,  ou  quand  les  fies  qui 
rempllffent  les  vaiffeaux  ont  été  épuifés  dans  les  ma- 
ladies. 

Les  nerfs  éprouvent  encore  une  autre  compref- 
fion  ,  quand  nous  veillons  long-tems  ;  la  tranlpira- 
tion  enlevé  continuellement  la  partie  la  plus  fluide  du 
fang  ,  ce  qu'il  y  a  de  plus  grofïier  refte  dans  les  vaif- 
feaux. De  plus,  par  le  travail,  &  même  par  l'aûion. 
feule  du  cœur ,  le  fang  s'accumule  dans  les  extrémi- 
tés à^s  artères  qui  fe  trouvent  au  cerveau  ;  ces  ar- 
tères doivent  donc  s'engorger ,  &  leur  engorgement 
doit  comprimer  l'origine  des  nerfs  ;  cette  comoref- 
lion  produit  nécefi'airementun  engourdiflement  dans 
tout  le  corps ,  puifqu'il  eft  un  obilacle  au  cours  du 
lue  nerveux.  On  voit  l'etTet  de  cette  comprelïîon  dans 
les  plénitudes  de  fang  ,  dans  Tufage  immodéré  des 
efprits  fermentes ,  qui  par  leur  raréfadion  caufent 
une  grande  prefTion  dans  le  cerveau,  &  par  confé- 
qucnt  jettent  dans  lefommeil;  mais  on  a  vu  un  effet 
bien  plus  feniible  de  cette  comprefTion  ;  une  femme 
dont  le  crâne  ctoit  ouvert ,  s'endormoit  dès  qu'on 
lui  prcfîbiî  le  cerveau ,  &  tomboit ,  pour  ainli  dire  , 
en  apoplexie  par  une  comprelfion  plus  forte  :  nous 
pouvons  donc  penler  que  la  compreiiion  eft  une  df;3 
caufes  du  fom'ncil. 

Lorfque  nous  avons  été  fatigués  par  le  travail ,  ou 
que  nous  avons  veillé  long-tems  ,  le  fuc  nerveux  fe 
trouve  diiripé,  les  vaiffeaux  gonflés  dans  la  tête,  com- 
priment l'origine  des  nerfs  ,  mais  en  certains  cas,  le 
cerveau  ayant  perdu  fa  tenfion  ,  s'affaiffe  &  forme  la 
compreiiion  ;  or  tout  cela  doit  produire  dans  les  nerf» 
le  même  eliet  qu'une  ligature,  le  léntiment  doit  donc 
s'émouvoir  ,•  les  mouvemens  volontaires  doivent  de- 
venir difficiles  &  celTer  entièrement.  Comme  le  col 
n'ell  foutenu  que  par  les  mufcles  extcnfeurs  ,  &  qu'il 
faut  une  aftion  pour  le  tenir  droit ,  la  tête  doit  fe 
pancher  par  fon  poids ,  parce  que  ces  mufcles  n'a- 
gifil-nt  plus  ;  les  yeux  doivent  le  fermer ,  car  pour 
qu'ils  foient  ouverts  ,  il  faut  que  le  mufcle  qui  levé 
la  paupière  foit  raccourci  ;  durant  \q  fommeil ,  il  ne 
reçoit  pas  affez  de  fuc  nerveux  pour  cela ,  ainfi  il  fe 
lâche  èl  abandonne  la  paupière  iupérieure  à  elle-mê^ 
me  ;  enfin  tous  les  membres  font  lâches ,  puifque  les 
mufcles  qui  les  meuvent  ne  reçoivent  plus  com.me 
auparavant,  la  liqueur  qui  les  anime;  de  tout  cela, 
il  luit  auffi  que  les  affediions  de  l'efprit  qui  dépen- 
dent de  l'adivité  des  fens  doivent  celfer  lorfque  nous 
dormons. 

Tandis  que  l'adlion  cefTe  dans  les  mufcles  qui  font 
fujets  à  la  volonté ,  le  mouvement  devient  plus  fen- 
iible dans  le  cœur  &  dans  les  organes  de  la  refpira- 
tion  ;  les  mufcles  étant  lâches  dans  les  extrémités  , 
ils  ne  i^ouffent  plus  le  fang,  leurs  fîbret.  alfaiflces  n'ai» 
dent  ni  les  artei-es ,  ni  les  veines  ;  il  arrive  donc  que 
le  cœur  trouve  plus  de  réf  ftance  :  or  comme  le  cœur 
ne  fauroit  trouver  de  la  réfiftance  que  fon  adUon  ne 
devienne  plus  grande  ,  ces  obilacles  qui  fe  trouvent 
dans  les  extrémités  font  que  la  circulation  eft  plus 
forte  dans  les  vifccres  ,  car  le  fang  ne  pouvant  pas 
continuer  fa  route  vers  les  extrémités,  le  jette  en 
plus  grande  quantité  dans  les  vailfeaux  latéraux  ; 
c'eft-àdirc  dans  les  vailfeaux  qui  fe  répandent  dans 
l'abdomen. 

Ce  fyfième  donne  au  moins  la  caufe  de  plufieurs 
pliénomenes  très-curieux,  1°.  la  tranlpiration  aug- 
mente dans  lefommeil ,  &c  les  autres  lecrétions  dimi- 
nuent. Outre  tme  lu  cl),alcur  du  lit  en  raréfiant  la  peau 

i       t        IJ 


332 


S  O  M 


peut  ouvrir  les  tuyaux  fecrctoires  ,  il  faut  obferver 
que  le  lang  qui  le  jette  en  plus  grande  quantité  dans 
les  vilccres  de  l'abdomen,  gonfle  les  artères;  ce  gon- 
flement comprime  les  tuyaux  lecrctoircs,  qui  alors 
ne  peuvent  plus  recevoir  la  liqueur  qu'ils  ont  accou- 
tumé de  filtrer  ;  mais  les  tuyaux  lecrétoires  de  la  peau 
ne  Ibnt  pas  comprimes  de  même  ,  parce  qu'ils  n'ap- 
puient extérieurement  que  contre  l'air;  d'ailleurs,  ils 
ne  font  pour  la  plupart  que  les  extrémités  des  artè- 
res ou  des  pores  ;  ainfi  rien  ne  ûmroit  empêcher  que 
les  liqueurs  ne  continuent  leur  chemin  par  ces  ou- 
vertures. Ajoutez  que  la  chaleur  elt  plus  grande  quand 
nous  dormons  ,  &  que  nous  fommes  bien  couverts  : 
or  cette  chaleur  produit  la  raréfaftion  ,  6c  la  raréfac- 
tion eil  luivie  d'une  tranfpiration  plus  abondante. 

1°.  Les  parties  fe  nourriflént  mieux  durant  \cfom- 
mcH  ,  car  d'abord  il  fe  dlflipe  moins  de  fubltance 
grofliere ,  puifque  les  mufcles  Ibnt  dans  i'inaftion ,  & 
de  plus ,  ce  repos  qui  règne  dans  le  corps ,  fait  que 
les  parties  qui  nourriflent  pouvent  fe  mieux  appli- 
quer aux  parties  folides ,  car  elles  ne  trouvent  pas 
crobflacles  dans  le  mouvement  que  les  mufcles  quand 
ils  agiffent ,  impriment  à  ces  parties  que  doit  répa- 
rer le  flic  nourricier.  Tandis  que  les  obilacles  dimi- 
nuent la  farce  qui  fait  l'application  du  fuc  nourricier 
aux  parties  folides  augmente  ,  car  c'eft  l'adion  du 
cœur;  &  par  cette  aftion  plus  forte  du  cœur,  le  chyle 
fe  change  en  lymphe  &  en  fang  plus  facilement  :  en- 
fin les  véficules  qui  renfermoient  la  graiife  ,  &  qui 
étoient  vuidées  par  l'aftion  des  mufcles,  fe  remplif- 
fent  peu-à-peu  de  nouvelle  huile ,  &  c'efl  même  le 
principal  effet  àwfommdl:  tout  en  un  mot  fe  répare 
à  caufe  de  ce  mouvement  doux  6c  uniforme  que  nous 
éprouvons  en  dormant  ;  au  contraire ,  tout  fe  détruit 
Si  fe  vuide  dans  notre  corps ,  par  les  veilles. 

3°.  Durant  lejbmmeil^  le  fuc  nerveux  fe  filtre  peu- 
iVpeu  &  coule  dans  fes  réfervoirs  ;  &  enfin  après  fept 
à  huit  heures  de  repos  ;  il  s'en  trouve  une  affez  gran- 
de quantité  pour  remonter  notre  machine. 

4°.  Ce  qui  fe  perd  par  la  tranfpiration  qui  arrive 
durant  lefommeil,  c'eft  flirtout  la  partie  aqueufe  des 
alimens  &  de  notre  fang  ;  le  mouvement  modéré  qui 
règne  alors  dans  notre  corps ,  ne  peut  détacher  que 
peu  de  parties  huileufes  &  groffieres ,  au-contralre  , 
il  attache  davantage  ces  fortes  de  parties ,  comme 
nous  l'avons  dit  ;  mais  dans  le  tcms  que  nous  veil- 
lons ,  l'action  des  mufcles  fait  évaporer  les  matières 
])lus  épaiffes  qui  font  dans  le  tilTu  des  parties  folides. 
Dc-hi  il  fuit  que  quand  nous  dormons  ,  nous  n'avons 
pas  befoin  de  manger,  comme  quand  nous  veillons; 
cela  paroîtra  encore  plus  clairement ,  fi  l'on  fait  ré- 
flexion que  le  fuc  nerveux  delliné  aux  mufcles  ne  fe 
perd  pas ,  puifqu'il  n'y  cft  pas  envoyé  ,  &  que  tout 
fe  remplit  &c  fe  répare.  On  peut  donc  être  long-tems 
fans  prendre  des  alimens  ,  pourvu  qu'on  dorme  ;  6c 
fi  l'on  veille  6c  que  l'on  agiiTe  ,  il  faudra  fouvent  man- 
ger. On  peut  ajouter  à  tout  cela  ,  que  le  fentiment 
étant  ém.oufîë  durant  le  fo/nmeil ,  les  fibres  de  l'eflo- 
mac  ne  font  donc  pas  fi  fénfibles  aux  imprefîions  de 
la  faim. 

5°.  Les  fibres  du  cerveau  desenfans  font  fort  mol- 
les ,  elles  s'afïaifferont  donc  ,  ou  elles  fe  gonfle- 
ront plutôt  que  celles  des  vieillards  dans  lefquels 
elles  lé  dcfféchent  :  de-là  vient  que  les  enfans  dor- 
ment plus  que  les  aduhes  6c  les  vieillards  ;  peut-être 
que  le  repos  du  fœtus  dans  le  fein  de  la  mère  vient 
delà  même  fource  ;  il  y  a  cependant  une  autre  caulé 
dans  le  fœtus  ,  c'efl  que  les  objets  ne  font  impreffion 
ni  fur  fes  yeux,  ni  fur  fes  oreilles;  or,  dès  que  les 
fens  font  tranquilles  ou  fans  aflion  ,  on  eft  difpofé  au 
fomme'U ;  enfin  le  fang  eft  partagé  entre  le  placenta 
&  le  fœtus  ;  il  y  a  donc  moins  de  mouvement  ,  & 
par  conféquent  plus  de  repos  :  ajoutez  encore  que 
les  fibres  molles  des  enfans  n'ont  pas  aflez  de  force 


S  O  M 

pour  divlfer  les  matières  épaiffes  qui  font  dans  les 
vaiiTeaux  ;  il  doit  donc  fe  former  plus  aifcment 
une  plénitude  dans  leur  cerveau  ,  6c  la  compref- 
fion  caufée  par  cette  plénitude ,  produira  le  Jhin- 
meil. 

6''.  Si  l'on  dort  trop  long-tems ,  la  tranfpiration 
s'arrête ,  on  a  la  tête  pelante ,  on  efl  fans  force  ;  la 
railon  en  efl  peut-être  de  ce  que  la  partie  aqueufe 
qui  fe  difFipe  prefque  feule  durant  \efommell ,  prive 
le  fang  de  véhicule ,  6c  que  les  parties  groffieres 
doivent  former  des  engorgemens  partout  :  la  tranf- 
piration doit  donc  cefîér  en  m.<;me  tems.  Pour  ce  qui 
regarde  la  tête  ,  les  vaifieaux  fe  gonflent  toujours 
quand  on  dort,  6c  enfin  par  un  lonojommeillc  gonfle- 
ment devient  fi  grand ,  que  les  vaifîeaux  capillaires 
font  comprimés  avec  les  veines  par  les  grolfes  artè- 
res ,  le  fang  ne  pourra  donc  pas  revenir  avec  la  mê- 
me facilité  ,  &  ce  fera  une  nécefîité  qu'on  ait  la  tête 
pefante  ;  mais  cette  comprefiion  qui  empêche  le  fang 
de  revenir  ,  arrête  encore  le  fuc  nerveux  à  l'origine 
des  nerfs ,  ainli  ce  fuc  ne  pourra  pas  couler  dans  les 
extrémités ,  &  on  fe  trouvera  fans  force  ,  faute  du 
fuc  néceffaire  pour  mouvoir  les  mufcles  ;  enfin  les 
battemens  des  vaifieaux  cauferont  par  leurs  fecouf- 
fcs  des  impreffions  déiagréables  qui  reveilleront  en 
furfaut,  &  qui  nous  empêcheront  de  dormir  tran- 
quillement, 

7°.  Pour  la  graille  ,  il  efl  évident  qu'elle  doit  fe 
ram.afl!er  en  plus  grande  quantité  dans  ceux  qui  dor- 
ment trop  long-tems  :  car  comme  il  ne  fe  fait  pas  de 
diffipation  de  la  fubflance  groffiere  par  la  tranfpira- 
tion ,  c'efl  une  néceffité  que  les  véficides  huileufes 
fe  rempliffent  davantage. 

8°.  Quand  on  s'éveille,on  baille, on  étend  les  bras,on 
efl  plus  agile,on  a  plus  de  vivacité  d'efprit;  comme  le 
fuc  nerveux  n'a  pas  coulé  daus  les  mufcles  durant  le 
fommeil,  toutes  leurs  fibres  font  languifTantes ,  il  faut 
donc  les  contrarier  tous  pour  ouvrir  le  pafTage  au  flic 
nerveux  qui  s'eft  filtré  dans  le  cerveau ,  ou  pour  l'ap- 
peller  dans  ces  parties.  De  plus  ,  le  mouvement  du 
fang  étoit  languiffant  dans  les  mufcles ,  il  faut  hâter 
fon  cours  ;  or  cela  fe  fait  par  la  contrafrion  où  ils 
entrent  quand  on  étend  les  membres  :  le  bâillement 
vient  de  la  même  caul'e  ,  comme  on  le  peut  voir  à 
l'article  de  ce  mot  :  ce  fuc  nerveux  qui  entre  dans  les 
mufcles ,  6c  qui  s'eft  ramaflé  en  grande  quantité ,  fait 
qu'on  efl  plus  agile.  Quant  à  la  vivacité  d'efprit ,  l'E- 
tre fuprême  a  voulu  qu'elle  dépendit  du  mouvement 
des  liqueurs  dans  le  cerveau  :  or  ce  mouvement  efl 
beaucoup  plus  ailé  quand  il  s'efl  ramaffé  une  grande 
quantité  de  fuc  nerveux ,  &  que  les  fibres  ne  font  plus 
engourdies  ,  ou  qu'elles  ont  repris  leur  tennon  ,  & 
c'efl  ce  qui  arrive  durant  \q  J'ommeU. 

La  conjeélure  tirée  de  la  conipreffion  du  cerveau, 
que  nous  venons  de  préférer  aux  autres  ,  pour  expli- 
quer les  phénomènes  que  préfente  le  fommdl  ^  fem- 
ble  être  confirmée  par  l'adlion  des  caufes  qui  nous  af- 
foupilTent. 

i".  Les  alimens  pris  avec  excès  ,  &  furtout  les 
viandes  folides  &:  tenaces  prifes  en  grande  quantité, 
nous  font  dormir  ;  cela  vient  de  ce  que  les.  alimens 
peu  aifés  à  fe  divifer ,  fohnent  une  liqueur  épaiffe, 
qui  ne  peut  pas  ailement  paflTer  par  les  extrémités  ar- 
térielles du  cerveau  ;  par-là  elles  occafionnent  un 
engorgement  qui  caufe  une  compreiHon. 

D'ailleurs  ces  matières  ,  comme  elles  font  tenaces, 
arrêtent  la  tranfpiration,  ainfi  que  Sanftorius  l'a  re- 
marqué; de-là  il  fuit  qu'il  y  aura  dans  le  cerveau  une 
plénitude  ,  &  par  conféquent  une  compreffion  :  en 
général ,  les  vaifTeaux  font  plus  remplis  quand  on  a 
mangé  ,  &  la  plénitude  efl  plus  grande  quand  les  ar- 
tères fe  vuidentplus  difficilement;  or  cette  difficulté 
efl  plus  grande  quand  les  alimens  font  tenaces;  enfin, 
quand  le  ventricule  efl  plein  de  ces  alimens  ,  il  fe 


s  O  M 

vuîJe  avec  peine  ,  il  fe  bouribuffle  ,  &  ce  bourfoiif- 
iîeinent  comprimant  les  vaiÛeaux  du  bas-ventre  ,  le 
fang  eft  déterniiné  vers  la  tête. 

1°.  Les  liqueurs  fermentées  endorment, parce  qu'el- 
les contiennent  des  principes  qui  ie  rarement  beau- 
coup; ces  principes  en  occupant  beaucoup  d'efpace, 
dilatent  les  artères  du  cerveau  ,  &  les  compriment 
par  conicqucnt. 

3".  Les  remèdes  qui  appaifent  la  douleur,  nous 
procurent  un  doux Jbmmeil  ;  mais  nous  ne  parlons 
ici  que  d'une  douleur  continuelle  &  longue  ;  il  faut 
regarder  cette  douleur  comme  un  long  travail  qui 
agite  le  corps  &  le  cerveau  ,  &  qui  produit  une  in- 
fomnie  ;  dès  que  la  caule  de  cette  infomnie  vient  à 
ceflcr  ,  on  eft  iaifi  diifommeU ,  comme  après  une  in- 
fomnie ordinaire  ,  &  après  un  travail  fatiguant  ;  l'a- 
me  par  les  lois  qui  l'uniffenî  avec  le  corps ,  ne  fauroit 
fentir  la  doideur ,  qu'elle  ne  caufe  de  l'agitation  dans 
le  cerveau;  mais  quand  la  douleur  cefle,  les  fibres 
du  cerveau  étant  relâchées  ,  n'empêchent  plus  par 
leur  agitation,  que  la  compre/non  ne  produife  le 
Commâl  ;  d'ailleurs ,  quand  on  fouffre  ,  les  artères  du 
cerveau  font  plus  pleines,  &  quand  la  douleur  ceffe, 
cette  plénitude  produit  la  compreiîion  dont  nous  ve- 
nons de  parler;  on  voit  par-là  que  des  remèdes  con- 
traires pourront  faire  dormir  :  quand  le  lait  aigri  a 
caufé  des  convulfions  &  des  coliques  aux  enfans ,  les 
abforbans  ie  chargent  de  racide,&  produifentleyo^- 
meil  ;  dans  les  grandes  maladies  dont  la  chaleur  eu. 
le  principe  ,  les  remèdes  rafraîchiilans  feront  des 
(bmniferes. 

4°.  La  grande  chaleur  jette  dans  l'aiToupiffement  ; 
la  raréfaftion  qu'elle  caufe  dans  les  liqueurs,  l'éva- 
poration  des  parties  les  plus  fluides  du  fang ,  le  relâ- 
chement qu'elle  produit  dans  les  fibres  ,  doivent  né- 
ceflairement  produire  lefommeil  :  le  froid  peut  oc- 
cafionner  la  même  chofe  ,  parce  qu'en  arrêtant  la 
tranlpiration ,  il  caufe  une  plénitude  qui  comprime 
le  cerveau. 

5**.  La  tranquilité  de  l'efprit  procure  le  fommeil,car 
le  cerveau  n'ell  pas  alors  agité  par  l'ame  ;  ainfi  aban- 
donné ,  pour  ainfi  dire ,  à  lui-même ,  il  peut  s'affaif- 
fer,  puilqu'il  ne  réfifte  pas  à  la  comprelfion  ;  c'efi: 
furtout  en  calmant  l'efprit  que  le  murmure  des  ruif- 
feaux  nous  aflbupit  :  ce  bruit  fourd  &  uniforme  at- 
tire notre  attention  fans  nous  agiter ,  &  par-là  éloi- 
gne de  notre  efprit  les  penfées  qui  pourroient  nous 
troubler  ;  on  doit  dire  la  même  chofe  des  fons  des 
inflrumens  qiii  produifent  cet  effet. 

6.°.  Tout  ce  qui  peut  empêcher  le  fang  de  fe  ren- 
dre au  cerveau  ,  doit  néceiTairement  affoupir  ;  car 
alors  les  fibres  deviennent  flafques  ,  &  s'afïaifTent  ; 
de-là  vient  que  les  grandes  évacuations  font  fuivies 
du  fommeil. 

7".  Tous  les  accidens  qui  peuvent  caufer  une  com- 
preffion  dans  le  cerveau,  doivent  endormir;  aufîi  les 
obfervations  nous  apprennent-elles  que  lesabfcès,les 
liqueurs  extravafées  ,  les  contufions ,  les  enfonce- 
mens  du  crâne,  produifent  un  affoupiffement. 

8".  Pour  ce  qui  eft  des  affoupiffemens  qui  tirent 
leur  origine  des  mouvemens  fympathiques  ,  ils  peu- 
vent venir  de  la  plénitude,  ou  des  compreffions  que 
cauient  ces  mouvemens  dans  le  cerveau. 

9°.  Enfin  ,  il  faut  convenir  qu'il  y  a  des  efpeces 
àa  fommeil  dont  on  ne  peut  rendre  raifon. 

De  même  que  tout  ce  qui  comprime  le  cerveau  & 
s'oppofe  au  paflage  du  fuc  nerveux  dans  les  nerfs  , 
amené  le  fommeil;  tout  ce  qui  produira  un  effet  con- 
traire nous  tiendra  dans  une  fituation  oppofée  àl'af- 
foupiflement  ;  les  pafHons  ,  la  douleur  ,  les  matières 
itères  &  volatiles  nous  mettent  toujours  dans  un  état 
oùles  fibres  fe  trouvent  agitées.Pour  les  matières  acres 
&  volatiles,  on  voit  aifément  qu'elles  peuvent  pro- 
duire cette  agitation  j  mais  quant  aux  maladies  de 


S  O 


333 


l'efprit ,  l'Etre  qui  tient  l'ame  &  le  corps  dans  une 
dépendance  mutuelle  ,  peut  feul  nous  apprendre  la 
manière  dont  le  cerveau  fe  trouble  quand  l'ame  efl 
agitée  :  quoi  qu'il  en  foit ,  l'effet  des  pafiions  efl  tou- 
jours un  mouvement  dans  le  cerveau  ;  ce  mouvement 
fait  couler  le  lue  nerveux  ,  &  empêche  que  le  cer- 
veau ne  foit  comprimé  par  les  vaiffeaux  ,  on  ne  s'af- 
faiiFe  de  lui-même.  Boerhaave ,  Haller  ^  de  Sénac. 
(Z?.  /.) 

Sommeil,  {Mythol^  Homère  &  Héfiodefont  le 
Sommeil  fils  de  l'Erebe  &  de  la  Nuit ,  &  frère  de  la 
Mort ,  dont  il  eft  la  plus  parfaite  image. 

Junon  voulant  endormir  Jupiter,  pour  l'empêcher 
de  voir  ce  qui  fe  pafToit  dans  le  camp  des  Grecs  &: 
des  Troïens  ,  va  trouver  le  Sommeil  à  Lemnos  ,  fon 
féjour  ordinaire  ,  &  le  prie  d'afToupir  les  yeux  trop 
clairvoyans  de  fon  mari ,  en  lui  promettanr  de  beaux 
préfens  ,  &  l'appellant  le  roi  des  dieux  &  des  hom- 
mes. Le  Sommeil  s'en  défendit  par  la  crainte  de  la  co- 
lère de  Jupiter  :  «  Je  me  fouviens  ,  lui  dit-il ,  Iliade^ 
»  /.  XIV.  d'une  femblable  prière  que  vous  me  fîtes 
»  au  fujet  d'Hercule  :  je  m'infinuai  auprès  de  Jupi- 
»  ter  ,  je  fis  couler  mes  douceurs  les  plus  puiffantes 
»  dans  les  yeux  &  dans  fon  efprit ,  &  vous  profitâtes 
»  de  ce  moment  pour  perfécuter  ce  héros.  Jupiter 
»  s'étant  éveillé ,  entra  dans  une  fi  grande  fureur, 
»  qu'il  me  chercha  pour  me  punir;  j'étois  perdu  fans 
»  reiTource  ;  il  m'auroit  jette  dans  les  abîmes  les  plus 
»  profonds  de  la  mer,  fi  la  Nuit,  qui  dompte  les  dieux 
»  comme  les  hommes,  ne  m'eût  fauve.  Jemejettai 
»  entre  fes  bras  fecourables ,  &  Jupiter,  quelque ir- 
»  rite  qu'il  fût ,  s'ajjpaifa  ;  car  il  n'ofoit  forcer  cet 
»  afyle  :  &  vous  venez  m'expofer  au  même  pé- 
»  ril  ».  Cependant  Junon  le  gagna  en  lui  promettant 
en  mariage  la  plus  jeune  des  grâces. 

Ovide  établit  le  domicile  du  Sommeil  au  pays  des 
Simmériens  ,  que  les  anciens  croyoient  être  plongés 
dans  les  plus  épaiffes  ténèbres.  Là  eft  une  vafte  ca- 
verne ,  dit-il ,  Métam.  l.  IL  où  les  rayons  du  foleil 
ne  pénètrent  jamais  :  toujours  environné  de  nuages 
fombres  &  obfcurs  ,  à  peine  y  jouit-on  de  cette 
foible  lumière  ,  qui  laiffe  douter  s'il  eft  jour  ou 
nuit  ;  jamais  les  coqs  n'y  annoncèrent  le  retour 
de  l'aurore  ;  jamais  les  chiens  ni  les  oies  qui  veillent 
à  la  garde  des  maifons  ,  ne  troublèrent  par  leurs  cris 
importuns  le  tranquille  repos  qui  y  règne  ;  nul  ani- 
mal ni  féroce ,  ni  xlomefîique ,  ne  s'y  fit  jamais  en- 
tendre. Le  vent  n'y  agita  jamais  ni  les  feuilles  , 
ni  les  branches.  On  n'y  entend  rien  ni  querel- 
les ,  ni  murmures  ;  c'eft  le  féjour  de  la  douce 
tranquillité.  Le  feul  bruit  qu'on  y  entend  ,  eft  celui 
du  fleuve  d'oubli ,  qui  coulant  fur  de  petits  cailloux, 
fait  un  doux  murmure  qui  invite  au  repos.  A  l'en- 
trée de  ce  palais  naiflént  des  pavots ,  &  une  infinité 
d'autres  plantes  ,  dont  la  nuit  ramaflé  foigneufement 
les  fucs  affoupiflans ,  pour  les  répandre  mr  la  terre. 
De  crainte  que  la  porte  ne  falTe  du  bruit  en  s'ouvrant 
ou  en  fe  fermant,  l'antre  demeure  toujours  ouvert, 
&  on  n'y  voit  aucune  garde.  Au  milieu  de  ce  palais 
eft  un  lit  d'ébene  couvert  d'un  rideau  noir  :  c'eft-là 
que  répofe  fur  la  plume  &  fur  le  duvet  le  tranquille 
dieu  du  fommeil. . . . 

Iris  envoyée  par  Junon ,  s'étant  approchée  de  ce 
lit ,  le  Sommeil  frappé  de  l'éclat  de  fes  habits  ,  ouvre 
les  yeux  appefantis,  fait  un  effort  pour  fe  relever, 
&  retombe  auffi-tôt.  Enfin ,  après  avoir  laifté  Ibuvent 
tomber  fon  menton  fur  Ion  eftomac  ,  il  fait  un  der- 
nier effort ,  &  s'appuyant  fur  le  coude  demande  à 
Iris  quel  étoit  le  fujet  de  fbn  arrivée. . .  Toute  cette 
peinture  enchante  par  la  douceur  du  ftyle  &  des  ima- 
ges ;  nos  meilleurs  poètes  ont  fait  leurs  efforts  pour 
l'imiter;  Garth  en  Angleterre  en  a  beaucoup  appro- 
ché ,  témoin  les  vers  luivans. 


334 


S  O  M 


Upon  a  cottch  of  down  in  tlufc  ahcda 
Stipinc  withfolJcd  arrns  he  tltouglu/ejs  noJs  : 
Jridu/^ing  drcam's  his  God/iead  lull  lo  eajè  , 
ïï'u/t  niumiun  offojt  r'tlls  and  whif}>''r!ngtrces. 
Thcpoppy  yttnd  cack  numming  plant  dijp.:njc 
Tkcir  drowfy  vinue  and  dnll  indolina. 
A  careUfs  JDcUy  !  .  .  . 

On  reprcfcMitoit  ce  tllcu  comme  un  enfant  enfcvel'i 
dans  un  y-'^oionà Jommcil,  qui  a  la  tctc  appuyée  lur 
des  pavots.  Tlbule  lui  donne  des  ailes  :  un  autre 
poète  lui  fait  cmbrafTer  la  tête  d'un  lion  qui  eft  cou- 
ché. Les  Lacédémoniens  ,  au  rapport  de  Faufamas  , 
joignoient  enlemble  dans  leurs  temples  la  repréfcn- 
tatlon  du  Sommeil  &  celle  de  la  Mort.  Lorfqu'on  in- 
voquoit  le  Sommeil  pour  les  morts  ,  il  s'agilToit  alors 
àufommeil  éternel ,  (jui  étoit  la  mort.  (Z?.  /.) 

SOMMELIER  ,  1.  m.  (6-V^w.)  officier  de  grande 
maifon ,  qui  a  le  foin  des  vins  &  des  liqueurs.  Il  y  a 
lui  pareil  furveillantdans  les  maifons  rcl;<^ieufes. 

SOMMELLERIE  ,  f  f.  {ArchiucL)  Xicut^xx  rez-dc- 
chaufl'éc  d'une  grande  maifon  ,  &  près  de  l'office,  oii 
l'on  garde  le  vin  de  la  cave,  &  qui  a  ordinairement 
communication  avec  la  cave  par  une  dcicente  parti- 
culière. {D.  J.) 

SOMMER,  V.  au.  (  Arithmétique.  )  c'efl  ajouter, 
joindre  plufieurs  fommes  ou  nombres  ,  pour  con- 
noitre  à  combien  ils  peuvent  monter  enfemble  ;  il  y 
a  plus  de  fureté  ixfommcr  avec  !a  plume  ,  qu'avec  le 
jeton.  Irfon.  ^oyc^So?/IME.  (Z>. /) 

SoiNiMER ,  f.  m.  mcfure  dont  on  le  fcrt  en  Efpagne. 
'Lejbmmcr  {ait  quatre  quarteaux  ;  il  favit  huit  Jommtrs 
pour  l'arobe  ,  &  deux  cens  quaranteTom^^ri  pour  la 
botte.  Foye^  Arobe  &  Botte.  Id.  ibid. 

SOMMER  EN,  (  Gcog.  mcd,')  bourg  des  Pays-bas, 
clans  la  mairie  de  Bcis-lc-duc,  au  quartier  de  Pelland. 
Quoique  la  guerre  y  ait  caulé  de  grands  ravages, on 
compte  encore  dans  ce  bourg  environ  huit  cens  mai- 
Ions  de  payfans  ,  outre  celles  des  boutiquiers,  des 
artifans  ,  &d'autresparticuliers.  Ily  a  un  tribunaldc 
fept  cchevins  ,  &  une  églife  proteftante.  {D.  /.) 

SOMMERSET-SHIRE,  (  Gcog.  mod.)  province 
maritime  d'Angleterre  au  couchant ,  dans  le  diocefe 
de  Bath&  deWells,  avec  titre  de  duché.  Elle  eft  bor- 
née au  nord  par  le  duché  de  Gloceiler,  au  nord-oueft 
par  la  baie  de  la  Savcrne  ,  à  l'orient  par  le  comté  de 
\Vilt,  au  fud-efl  par  le  comté  de  Dorfet ,  &:  au  fud- 
oueft  par  Devonshire. 

Elle  a  55  milles  de  long,  40  de  large,  &  204  de 
circuit.  On  y  compte  41  quartiers,  35  villes  ou 
bourgs  à  m.archés,  &  385  égliles  paroiffiales.  EUeefi: 
abondamment  arrofée  de  rivières  qui  la  rendent  fer- 
tile en  grains  ik  en  fruits ,  6l  riche  en  prairies  ,  en 
pâturages  &  en  troupeaux. 

On  y  trouve  plufieurs  mines  d'excellens  charbons 
de  terre,  &  des  fontaines  médicinales  qui  font  re- 
nommées ;  Bridol  eft  la  capitale  de  cette  province. 
Le  plomb  qui  fe  tire  des  montagnes  de  Mendip,  efl 
un  des  meilleurs  du  royaume,  &.  il  s'en  fait  un  grand 
commerce. 

Les  anciens  habitans  de  ce  pays  portoient  le  nom 
de  Belges ,  &  poflédoient  outre  cette  province  ,  cel- 
les de  \V  ight  &  de  Southampton.  Plufieurs  Seigneurs 
y  ont  leurs  terres,  &:  de  belles  mailons  de  campa- 
gne ;  mais  ce  qui  fait  fur-tout  la  gloire  de  cette  belle 
province,  ce  font  les  illuûrcs  gens  de  lettres  qu'elle 
a  produits  :  il  faut  nommer  ici  les  principaux. 

Bcckïngton  (Thomas),  cil  le  premier  dans  cette 
province  qui  fe  foit  diitingué  dans  les  lettres.  Il  fit 
îes  études  ù  Oxford  ,  dans  le  collège  neuf  dont  il 
ëtoit  membre  en  1408  ,  6c  dont  il  lut  dans  la  luite  le 
i>ienfaiteur.  Il  devint  évoque  de  Bath  &  Wells,  & 
favorifa  fi  généreufement  les  fcienccs,  qu'il  en  a  été 
regardé  comme  le  plus  grand  protc6lciir  dans  fon  fie- 


S  O  M 

cle.  Il  publia  un  ouvrage  latin  :  de  jure  regttm  an^lo' 
riim  ad  legnum  Francïit.  On  dlfputoit  alors  fort  vi- 
vement lur  cette  matière,  &  Bcckïngton  tâcha  de 
prouver  dans  fon  livre  ,  la  nullité  dé  la  loi  falique,&: 
le  droit  héréditaire  des  rois  d'Angleterre  à  la  couron- 
ne de  France.  Il  mourut  en  1464. 

Bond  (  Jean  )  ,  fe  montra  un  critique  utile  pour  la 
jeunefle  ,  par  fes  notes  fur  Perfe  &  fur  Horace  ,  qui 
font  toujours  fort  eftimées  à  caufede  leur  brièveté; 
on  y  remarque  pourtant  des  obmiffions  confidéra- 
bles  ,  particulièrement  touchant  les  points  hiftori- 
ques  &:  philologiques ,  qui  lont  abfolument  nécelTa:- 
res  pour  l'intelligence  des  auteurs.  Bon  mourut  rec- 
teur de  l'école  publique  de  Taunton  en  i6i2,âgcde 
6i  ans. 

Bcnnet  (  Chriftophle)  ,  né  en  1614,  s'attacha  à  la 
Médecine  ,  (k.  le  rendit  fameux  dans  la  pratique  & 
par  fes  écrits.  Son  ouvrage  intitulé  :  tlieatri  tabido- 
iwn  vejlibidum,  &c.  Londres  1654  in-S°.  eil  un  ou- 
vrage admirable.  L'auteur  mourut  en  1655  ,  âgé  de 
41  ans,  de  la  maladie  même  lur  laquelle  il  a  fait  un 
chet-d'œuvre. 

Charlton  (  Gautier  )  ,  autre  médecin  célèbre  ,  na- 
quit en  1 6 19  ;  après  avoir  long-tems  pratiqué  à  Lon- 
dres ,  fe  retira  en  1 69 1  dans  l'Île  de  Jerfey  où  il  mou- 
rut fort  âgé.  Iba  publié  un  grand  nombre  d'ouvrages. 
Les  principaux  iont  :  1°.  (Sconomia  anima/is  ,  Lon- 
dres 1658  ,  Amllerdam  i65c),Leyde  1678,  la  Haye 
1681  i/z-iï.  x'^ .  Exercitationes  pliyfico-anatomiccs.,di 
(Economiâ  animait ,  Londres  1659  in-8°. réimprimées 
depuis  plufieurs  fois  au-del;\  la  mer:  3°.  les  Femmes 
éphéjiennes  &  Jimmériennes ,  ou  deux  exemples  remar- 
quables de  la  puiffiînce  de  l'amour,  &  de  la  force  de 
l'efprit,  Londres  1653  in-8^.  ^'^.  Exercitationes  pa" 
thologicce  ,  Londres  i66oi/2-4°.  5°.  Onomaflicon  loi- 
con  ,  &c.  Londres  1668  6i.  1671  in-^^,  Oxon  1677 
in-fol.  6".  Defcorbtito  liber  fi ngularis  ,  CuX  accefjit  epi- 
phonema  in  medicajlros ,  London  1671  in-8°,  Leyde 
1672  in- 12,  7°.  Leçons  anatomiijues  fur  le  mouvement 
dufang ,  &  la  (iriiclure  du  cxur,  Londres  1683  in-^°. 
8°.  înqiiifiiio  de  caiifis  catameniorum  ^  &  iiteri  rhuma- 
/i/wo,  London  1685  in-S".  c)'' .  La  vie  de  MarcelluSy 
traduite  de  Piutarque  en  anglois ,  Londres  1684  in-8'^. 
1 0°.  Difcours  fur  Us  défauts  du  vin ,  &  fur  les  manières 
dy  remédier ,  London  1668,  1675  &  l6cf^in■S'^. 

Ajoutons  fon  livre  'intitulé.,  Chorea  g igantum ,  on 
la  plus  fameufe  antiquité  de  la  Grande  Bretagne , 
vulgairement  appellée  vS/o/ze-Z^/V^n'e^qui  le  trouve  dans 
la  plaine  de  Salisbury  ,  rendue  aux  Danois  ;  Londres  < 
1663  ,  en  neuf  feuilles  /'/z  4**.  . 

Inigo  (  Jones  ) ,  infpedeur-général  des  bâtimens  de 
JacGues  I.  de  la  reine  Anne  ,  du  prince  Henri ,  &  de 
Chrétien  IV.  roi  de  Danemarck,  &  enfuite  du  roi 
Charles  I.  compoia  en  1610  ,  par  ordre  de  Jacques  I. 
un  ouvrage,  oii  il  prétend  que  Stonehinge  font  les 
reftes  d'un  temple  bâti  par  les  Romains ,  pendant  leur 
féjour  dans  la  Grande  Bretagne,  &  dédié  à  Cœius 
dont  les  anciens  dérivoient  l'origine  de  toutes  cho- 
fes.  Ayant  hifle  cet  ouvrage  imparfait ,  lorfqu'il 
mourut  en  1 6  5 1 ,  il  tomba  entre  les  mains  de  M.  Jean 
Webb  de  Burleigh  dans  le  comté  de  Sommerfct^  qui 
y  mit  la  dernière  main  &  le  publia  fous  ce  titre  :  La 
plus  notable  antiquité  de  lu  Grande  Bretagne ,  vulgaire- 
ment appellée  Stone-hinge,  dans  la  plaine  de  Saliskury, 
rétablie;  Lond.  1 6  5  5 ,  en  quinze  feuilles  in-fol. 

Charlton  ,  peu  content  de  ce  livre ,  l'envoya  à 
Olaiis  Wormius,  fameux  antiquaire  danois.  Ce  fa- 
vant  lui  écrivit  plufieurs  lettres  fur  cette  matière,  & 
ce  font  ces  lettres,  avec  les  ouvrages  de  quelques 
autres  écrivains  danois,  qui  ont  iervi  de  forfds  à 
Charlton  pour  compofer  fon  traité  fur  ce  iujct.  Cet 
ouvrage,  dit  M.  W'ood,  quoique  peu  favorablement 
reçu  de  plufieurs  perionnes  lorfqu'il  parut,  n'a  pas 
lailfé  d'être  fort  cftimc  de  noi  plus  célèbres  antiquai- 


s  O  M 

res ,  &  fur-tout  du  chevalier  Guillaume  Dugdale  , 
qui  croyoit  que  le  dodeur  Charlton  avoit  rencontré 
juile  dans  l'a  Cliorea  gigantum.  Cependant  M.  "Webb 
entreprit  la  défenfe  du  traité  d'Inigo  Jones ,  par 
un  livre  intitulé:  Difcnfc  de  Stone-hinge  rctabli ^ 
où  l'on  examine  les  ordres  &  les  règles  de  l'architec- 
ture des  Romains,  &c.  Lond.  1665  i^-f*^^- 

Baker  (JÏ\iOTSvàs^  ,  né  en  1625  ,  &  mort  en  1690, 
î  mis  au  jour  à  Londres  1 684  in-^'^ .  en  latin  &  en  an- 
»lois  ,  un  ouvrage  intitulé  la  Clè  de  la  Géométrie,  dont 
an  trouve  un  extrait  dans  les  Tranf.  phiL.  du  20  Murs 

Godwin  (Thomas),  enfeigna  avec  réputation  à 
Abingdon ,  &  mourut  en  1643  ^55  '^"^*  ^'^  ^  *^^  ^^"^^ 
>lufieurs  ouvrages  en  latin,  remplis  d'émdltion;  les 
i?UiS  eflimés  lont  :  i*^.  Romane  hijioria:  anthologia^ 
Oxford  i6i3i'z-4°.  1613  ,&  Londres  1658:  z°.Sy- 
noplls  antiquitatian  hebraicarum ,  libri  trcs ,  Oxford 
j6l6  in-^^.  3''.  Mo/es  &  yluion^  ou  les  [/Jages  civils 
&  eccléfajiiques  des  Hébreux ,  Londres  1615  in-^°.  la 
feptieme  édition  eft  aulïï  de  Londres  en  1655  z/z-4''. 
Cet  ouvrage  a  été  'traduit  en  latin  ,  &  publié  à 
Utrecht  en  1690  in-^°.  avec  des  remarques  de  Jean- 
Flenri  Reyzius  :  on  y  a  ajouté  deux  differtations  de 
Witfius;  l'une  fur  la  théocratie  des  Ifraélites ,  &c  i'au- 
ire  fur  ks  R.échabites. 

Cudwortk  (Rodolphe),  naquit  en  16 17,  &  culti- 
vz  de  bonne  heure  toutes  les  parties  de  la  Théolo- 
gie ,  des  Belles-lettres  &  de  la  Philofophie.  En  j  647 
l  prononça  un  fermon  en  préfence  de  la  chambre  des 
rom.munes,  dans  lequel  il  la  foUicite  de  contribuera 
"aire  fleurir  l'érudition,  «  Je  ne  parle  pas  feulement, 
♦  dit-il,  de  celle  qui  elt  propre  pour  la  chaire ,  vous 
»>  y  veillez  fuffixamment;  mais  je  parle  du  V érudition 
>>  qui  efi:  d'un  ufage  moins  ordinaire,  prife  dans  fes 
»  différentes  branches,  iefqucllcs  toutes  réunies, 
»  ne  laiffent  pas  d'être  utiles  à  la  religion  &  à  la  fo- 
»  ciété.  C'eft  une  chofe  digne  de  vous  ,  meffieurs  , 
►>  en  qualité  de  perfonnes  publiques ,  d'encourager  le 
<*  favoir ,  qui  ne  peut  que  réfléchir  fur  vos  perfon- 
»  nés ,  6c  vous  couvrir  d'honneur  &  de  gloire  ». 

En  1654  il  fut  nommé  principal  du  collège  de 
Chrift  à  Cambridge,  pofte  dans  lequel  il  pafîa  le  rede 
de  fes  jours ,  &  mourut  en  1688,  âgé  de  7 1  ans. 

Cudworth  réunifîbit  de  grandes  connoifTances  ;  il 
êtoit  très-verfé  dans  la  Théologie  ,  dans  les  languts 
lavantes  &  dans  les  antiquités.  Il  prouva  par  fes  ou- 
vrages qu'il  n'étoit  pas  moins  philofophe  iubtil ,  que 
profond  métaphylicien.  Il  fit  choix  de  la  philofophie 
tréchanique  &  corpufculaire  ;  &  dans  la  métaphyfi- 
que,  il  adopta  les  idées  &  les  opinions  de  Platon. 

Il  publia  en  1678  fon  fyllème  intelleduel  de  l'uni- 
vers, i«-/o/.  Il  combat  dans  cet  ouvrage  l'Athéifme 
(  qui  eft  la  nécefïïté  de  Démocrite) ,  dont  il  réfute  les 
raifons  &  la  philofophie.  Thomas  Wife  a  publié  en 
1706  ,  un  abrégé  fort  eflimé  de  ce  bel  ouvrage ,  en 
deux  volumes  i/2-4°.  &  cet  abrégé  étoit  nécelfairc , 
parce  que  le  livre  du  dodeur  CudworthelUiU  fi  vafîe 
recueil  de  raifons  &  d'érudition ,  que  le  fil  du  dif- 
cours  eft  perpétuellement  interrompu  par  des  cita- 
lions  grecques  6c  latines.  M.  le  Clerc  avoit  cepen- 
dant déliré  que  quelque  favant  entreprît  de  traduire 
en  latin  le  grand  ouvrage  de  Cudvorth;  ce  projet  a 
été  finalement  exécuté  en  1733,  par  le  dofteur  Mof- 
heim  ,  &  fa  traduftion  a  paru  à  lene  en  2  vol.  in-fol. 
avec  des  notes  &  des  diflertations. 

Cudworth  a  laiffé  plufieurs  ouvrages  manufcrits, 
entr'autres  i**.  un  Traité  du  bien  &  du  mal  moral  ^ 
contenant  près  de  mille  pages  :  i°,  un  Traté  o^\x\  n'cff 
pas  moins  confidérableyi^r  la  liberté  &  fur  la  nécejfité: 
3".  un  Commentaire  fur  la  prophétie  de  Daniel  touciiunt 
les  feptante  fcmaines  ,  en  2  vohmies  in-fol.  4°.  un 
Traité  fur  P éternité  &  Cimni-itabilïté  du  jufie  &  de  /':>;- 
jufii-  ce  traité  a  été  publié  cti  anglois  à  Londres  en 


S  O  M 


335 


173  I  i/?-^°.  avec  une  préface  du  dodeur  Chandler , 
évêque  de  Durham  :  5°.  un  Traité  de  r immortalité  dt 
rame,  en  un  vol.  in-S"^.  6°.  un  Traité  de  l'érudition 
des  Hébreux ,  &c. 

Il  laifîa  une  fille  nommée  Damaris ,  qui  fut  inti- 
mement liée  avec  M.  Locke ,  dont  il  elt  tems  de  par- 
ler. 

En  effet ,  la  province  de  Sommerfet  doit  fur-tout  fe 
vanter  d'avoir  produit  ce  grand  homme.  Il  naquit  à 
Whrington,  à  7  ou  8  milles  de  Briftol,  en  1632. 
Après  avoir  commencé  à  étudier  férieufement ,  il 
s'attacha  à  la  Médecine  ;  &  quoiqu'il  ne  l'ait  jamais 
pratiquée ,  il  l'entendoit  à-  fond  au  jugement  de  Sy«^ 
denham.  Le  lord  Ashley  ,  depuis  comte  de  Shaftes- 
bury,  qui  reconnoiifoit  devoir  la  vie  à  un  des  con- 
feils  de  Locke,  difoit  cependant  que  fa  fcience  mé- 
dicinale étoit  la  moindre  partie  de  fes  talens.  Il  avoit 
pour  lui  la  plus  grande  eftime,  le  combla  de  bien- 
faits, &  le  mit  en  haifon  avec  le  duc  de  Buckingham, 
le  lord  Halifax,  &  autres  feigneurs  de  fes  amis,  pleins 
d'elprit  &:  de  favoir  ,  &  qui  tous  étoient  charmés  de 
la  converfation  de  Lock. 

\}rv  jour  trois  ou  quatre  de  ces  feigneurs  s'étant 
donné  rendez-vous  chez  le  lord  Ashiey ,  pour  s'en- 
tretenir enfemble,  s'aviferent  en  caufant  de  deman- 
der des  cartes.  Locke  les  regarda  jouer  pendant  quel- 
que tems ,  &  fe  mit  à  écrire  fur  fes  tablettes  avec 
beaucoup  d'attention.  Un  de  ces  feigneurs  y  ayant 
pris  garde,  lui  demanda  ce  qu'il  écrivoit.  «  Mylord ^ 
»  dit-il ,  je  tache  de  profiter  de  mon  mieux  dans  vo- 
»  tre  compagnie;  car  ayant  attendu  avec  impatien- 
»  ce  ,  l'honneur  d'être  préfent  à  une  afiemblée  des 
>»  plus  fpiritueis  hommes  du  royaume  ,  &  ayant  eu 
»  finalement  cet  avantage,  j'ai  cru  que  je  ne  pou- 
»  vois  mieux  faire  que  d'écrire  votre  converfation  ; 
»  &  je  viens  de  mettre  en  flibftance  le  précis  de  ce 
»  qui  s'eft  dit  ici  depuis  une  heure  ou  deux  ».  Il  ne 
fut  pas  befoin  que  M.  Locke  lût  beaucoup  de  ce  dia^ 
logue ,  ces  illulîres  feigneurs  enfentirent  le  ridicule; 
&  après  s'être  amufés  pendant  quelques  momens  à 
le  retoucher,  &  à  l'augmenter  avec  efprit,  ils  quit- 
tèrent le  jeu,  &  entamèrent  une  converfation  fé- 
rieufe,  &  y  employèrent  le  refte  du  jour. 

Locke  éprouva  la  fortune  &  les  revers  du  comte 
Shaftesbury  ,  qui  lui  avoit  donné  une  commifîion  de 
cinq  cent  livres  fterhng ,  qu'on  fupprima.  Après  la 
mort  du  roi  Charles  II.  M.  Penn  employa  fon  crédit 
auprès  du  roi  Jacques  II.  pour  obtenir  le  pardon  de 
M.  Locke;  &  la  chofe  eût  réuffi  fi  M.  Locke  n'avoit 
répondu  ,  qu'i/  n  avoit  que  faire  de  pardon  ,  puifqu'il 
n  avoit  commis  aucun  crime. 

En  1695  il  fut  nommé  commifTaire  du  commerce 
&  des  colonies ,  emploi  qui  vaut  mille  livres  fler- 
ling  de  rente  ;  mais  ii  le  réfigna  quelques  années 
après,  à  caufe  de  Pair  de  Londres  qui  croit  contraire 
à  fa  fanté  ;  &  quoique  le  roi  même  voulût  lui  confer-* 
ver  ce  pofle  fans  réfidence,  M.  Locke  fe  retira  dans 
la  province  d'Eiîex,  chez  le  chevalier  Marsham  loa 
ami ,  avec  lequel  il  pafîa  les  quinze  dernières  années 
de  fa  vie,  &:  mourut  en  1704  âgé  de  73  ans. 

Il  fit  lui-même  fon  épitaphc,  dont  voici  le  précis: 
Hic  Jitus  eft  Jounnes  LocXcQ.  .Si  qualis  fuzrit  rogas ^ 
mediocritate  fud  contentum  fe  vixiffe  refponda.  Litte- 
ris  th  ufque  tantum  profecit ,  ut  veritati  uni  fe  litarct; 
morutn  exemplur Jî quxras  ,  in  Evangelio  habcs.  yhio- 
riun  utinàm  nufquam  ;  mortalitatis  certc  (^quod profit^ 
hîc  ,  6"  ubique. 

Il  avoit  une  grande  connoiiTance  du  monde  , 
&  des  afF.ires.  Prudent  fans  être  fin,  il  gagnoit 
l'eftime  des  hommes  par  fa  probité ,  &:  «?toit  tou- 
jours ii  cou\Trt  d'un  faux  ami ,  ou  d'un  lâche  flat- 
teur. Son  expériencf  &  {^^  mœurs  honnêtes,  le  tai* 
foieiit  rclpcdcr  de  les  inférieurs  ,  lui  attirolent  Tel- 
time  de  fes  égaux, Pamiiié  ^  la  confiance  des  grands. 


336 


S  O  M 


S  O  M 


Quoiqu'il  aimât  fur-tout  les  vcritcs  utiles  ,  Sç  qu'il 
fût  blen-ail'e  de  s'en  entretenir  ,  il  le  prctoit  aulfi 
tl.ms  l'occ.îùon  aux  douceurs  d'une  converiation  li- 
bre &  enjouée.  Il  favoit  pluiicurs  jolis  contes  ,  &C 
les  rcndoit  encore  plus  a^roahles,  par  lamanierefine 
6c  ailcc  dont  il  lesracontoit.  Il  avoit  acquis  beaucoup 
de  lumières  dans  les  arts ,  &  dilbit  que  la  connoil- 
lance  des  arts  contcnoit  plus  de  véritable  philolo- 
phie ,  que  toiues  les  belles  &;  lavantes  hypothèles  , 
qui  n'ayant  aucun  rapport  à  la  nature  des  choies,  ne 
lervent  qu'ù  taire  perdre  du  tems  à  les  inventer  ,  oii 
à  les  comi)rendre.  Comme  il  avoit  toujours  l'utilité 
en  vue  dans  les  recherches  ,  il  n'ellimoit  les  occupa- 
tions des  hommes  qu'ii  proportion  du  bien  qu'elles 
font  capables  de  produire  ,  c'cft  pourquoi ,  il  failbit 
peu  de  cas  des  purs  grammairiens,  6c  moins  encore 
des  dilputeurs  de  profeiFion. 

Ses  ouvrages  rendent  l'on  nom  immortel.  Ils  font 
trop  connus ,  pour  que  j'en  donne  la  lifte  ;  c'eft  aftez 
de  dire,  qu'ds  ont  été  recueillis  &C  imprimés  à  Lon- 
dres en  1 7  T  4 ,  en  3  voi.  in-fol.  &  que  depuis  ce  tems- 
là  ,  on  en  a  fait  dans  la  même  ville  huit  ou  dix  éditions. 
Il  a  leul  plus  approfondi  la  nature  &  l'étendue  de 
rentendement  humain  ,  qu'aucun  mortel  n'avoit  fait 
avant  lui.  Depuis  Platon  jufqu'à  nos  jours,  perfonne 
dans  un  li  long  intervalle  de  fiecles  ,  n'a  dévoilé  les 
opérations  de'  notre  ame  ,  comme  ce  grand  homme 
les  développe  dans  fon  livre  ,  où  l'on  ne  trouve  que 
des  vérités.  Perfonne  n'a  tracé  une  méthode  de  rai- 
ilnner  j^his  claire  <k.  plus  belle  ;  &  perfonne  n'a  mieux 
réulil  que  lui  à  rappeller  la  phllofophie  de  la  barba- 
rie ,  à  l'ufage  du  monde  &  des  perlbnnes  polies  qui 
pouvoient  avec  railbn  la  méprifer ,  telle  qu'elle  étoit 
auj)aravant. 

Je  joins  à  ma  lifte  des  hommes  illuftres  de  la  pro- 
vince de  Sommcrfct  yWn  courtifan  célèbre  ,  que  la  for- 
tune ,  par  uh  exemple  des  plus  rares  ,  daigna  conf- 
tamment  favoriier  jufqu'à  la  fin  de  l'es  jours;  je  veux 
parler  du  lord  Pawlet  ,  marcp.fis  de  Winchefter  , 
grand  tréforler ^'Angleterre,  mort  dans  ce  pofte  en 
1 57Z  ,  âgé  de  97  ans.  Il  lallTa  une  poftérité  plus  nom- 
breufe  que  celle  d'Abraham,  quine  comptolt  que 
foixante  &  dix  defcendans  ,  au  lieu  que  le  lord  Paw- 
let  en  vit  jufqu'à  cent  trois.  Pendant  le  cours  d'une 
fi  longue  carrière  ,  palfée  fous  des  règnes  11  oppofés  , 
tels  que  ceux  d'Henri  VIIÎ.  d'Edouard  VI.  de  Marie 
&  d'Elifabelh  ,  il  poiTéda  tovijours  leur  faveur  & 
leurs  bonnes  grâces.  Il  échappa  à  tous  les  dangers  , 
&  s'endormit  tranquillement  avec  fes  pères ,  com- 
blé d'années,  d'honneurs  ,  &  dericheft'es.  On  rap- 
porte qu'ayant  été  interroge  ,  cominent  il  avoit  fait 
pour  fe  maintenir  parmi  tant  de  troubles  &  de  révo- 
lutions dans  l'état  &  dans   l'églife ,  il  répondit ,  en 


rafle  peu  du  bien  public.   (le  Chevalier  de  Jav- 
cou  P. T.  ) 

SOMMET,  f.  m.  {Géom.)  c'eft  en  général  le 
point  le  plus  élevé  d'un  corps  ou  d'une  figure,  com- 
me d'un  triangle ,  d'une  pyramide,  &c.  Le  fommet 
d'un  angle  eft  le  point  où  viennent  le  réunir  les  deux 
lignes  qui  forment  cet  angle.  On  dit  que  deux  angles 
font  oppofés  au  fommet ,  quand  l'un  eft  formé  par  le 
prolongement  de  cotés  de  l'autre.  Le  fommet  d'une 
figure  eft  le  fommet  Se  l'angle  oppofé  à  la  bafe.  Tel 
ell  le  point  M  (  F/éinc.  géom.  fig.  iQ.  )  oppofé  à  la 
bafe  K  L.  Foyei  Base. 

Sommet  d'aune  courue  ,e{i  proprement  l'extrémité 
de  l'axe  «l'une  courbe  qui  a  deux  parties  égales  & 
femblables  également  &  femblablemcnt  fituées  par 
rapport  à  fon  axe.  Ainfi ,  {fg.  2Û\  fecl.  con.  )  A  eft 
le  fommet  de  la  courbe  M  A  M. 

Sommet  en  gênerai  eft  le  point  où  une  courbe  eft 


coupée  par  fon  axe  ou  l'on  diamètre.  Ainfi  une  cour- 
be a  au.tant  defommcts  fur  le  même  axe  ou  le  même 
diamètre  ,  qu'il  y  a  de  points  où  elle  eft  coupée  par 
cet  axe  ou  ce  diamètre.  (  <^  ) 

Sommet,  (  Bonui.  )  les  jbmmets  terminent  l'ex- 
trémité lupérieure  des  étamines  ,  &  font  autant  de 
caplules  chargées  d'une  poulïlere  très-fine  qu'elles 
répandent ,  lorfque  la  maturité  lestait  cntrc-ouvrlr. 
Cette  poulïiere  étant  vue  par  le  microlcope ,  paroît 
compolée  de  petits  grains  d'une  figure  uniforme  dans 
chaque  el'pece  de  plante.  (  Z>.  J.) 

Sommet,  (^Conchyl.^  en  latm  apex,  cacumen^ 
vertex  ;  c'eft  la  pointe  ou  l'extrémité  du  haut  d'une 
coquille. 

Sommet  de  la  tête  ,  en  Anatomle,  eft  la  partie 
la  plus  haute  &  moyenne  de  la  tête.  Foyei  Tête, 

Sommet  ,  (  Arckit.  )  c'eft  la  pointe  de  tout  corps, 
comme  d'un  triangle  ,  d'une  pyramide  ,  d'un  fron- 
ton ,  d'un  pignon  ,  &c. 

SOMMIER  ,  f.  m.  (  Coupe  des  pierres.  )  par  analo- 
gie au  fommet  ;  c'eft  la  première  pierre  d'une  plate- 
bande  ,  laquelle  porte  à  plein  au  fommet  du  pié  droit, 
où  elle  forme  le  premier  lit  en  joint ,  &  l'appui  de  la 
butée  des  claveaux  pour  les  tenir  lufpendus  fur  le 
vuidcde  la  baie,  d'où  ils  ne  peuvent  s'échapper  qu'en 
écartant  les /Àww/tTi  ou  couffinets.  La  coupe  ou  in- 
clinailbn  de  leur  lit  enjoint  fur  l'horifon,  ell  ordinai- 
rement de  60  degrés  ;  parce  qu'on  a  coutume  de  la 
tirer  du  fommet  d'un  triangle  équilatéral. 

Sommier,  {^Finance.  )  gros  regiftre  où  le  com- 
mis des  aydes,  les  receveurs  des  tailles,  &  autres 
commis  des  bureaux  des  fermes  du  roi ,  écrivent  les 
Ibmmes  à  quoi  montent  les  droits  qu'ils  reçoivent 
journellement.  Quelques  marchands,  négocians,  & 
banquiers  ,  donnent  aufîl  le  nom  defommierSy  à  ce- 
lui de  leurs  regiftres ,  qu'on  appelle  le  grand  livre, 
DïcTionnain  du  Commerce.  {D.  J,  ) 

Sommier,  (^Commerce.  )  fe  dit  des  bêtes  defom- 
mc  dont  les  voituriers  &  melTagers  fe  fervent  pour 
le  tranljjort  des  marchandifes.  Le  m.elTager  de  Lyon 
z  dix  Jommiers^  c'eft-à-dire,  dix  chevaux  de  charge. 
Diilionnaire  de  Commerce. 

SOMiMiER  ,  (  Commerce  de  bois.  )  pièce  de  bois  or- 
dinairement de  brin  qui  tient  le  milieu  pour  la  grof- 
feur  ,  entre  la  poutre  &  la  l'olive.  Trévoux.  (Z).  /.  ) 

Sommiers,  (  Brajf.  )  ce  font  les  pièces  de  bois 
fur  lelquelles  lont  placées  les  cuves  ,  les  bacs,  &  les 
tringles  de  la  touraille. 

Sommier,  (^  Cojpetier-Malletier.')  autrement  dit 
coffre  de  charge,  grand  coffre  fait  pour  être  porté  à  la 
guerre  ou  en  voyage  fur  des  mulets  ou  des  chevaux, 
Trévoux.  (  Z>.  /.  ) 

Sommier  ,  (  Pièce  d'une  preffe  ^Imprimerie.  )  eft 
un  morceau  de  bois  à-peu-près  quarré  ,  de  deux  pies 
de  long,  fur  deux  pies  de  diamètre,  &  dont  chacune 
des  extrémités  fe  termine  par  deux  tenons  :  il  y  a  à 
une  prefle  deux  fortes  defommiers ,  favoir  celui  d'en- 
haut  &  celui  d'cn-bas. 

Lefomruier  d'en-haut  (  voye^  les  Planches  &  lesfig. 
d'Imprimerie)  ,  eft  celui  oii  eft  enchâflTé  l'écrou  de  la 
vis  de  la  prelTe  ;  &  fur  celui  d'en-bas  ,  eft  pofé  le 
berceau  dans  lequel  roule  ,  va  &  vient  tout  le  train 
de  !a  preft'e  :  ils  font  pofés  l'un  &  l'autre  entre  les 
deux  jumelles  ,  &  maintenus  au  moyen  de  leurs 
douilles  tenons  qui  entrent  dans  les  doubles  mortai- 
fes  faites  au-dedans  des  jumelles,  -^oye^  aufji  les  ex- 
plications des  Planches, 

SOMMIEI^  de  clavecin  ,  (  Lutherie.  )  eft  la  pièce  de 
bois  dans  laquelle  entrent  les  fiches  ciui  fervent  à  ten- 
dre les  cordes  decetinftrument.  C'eft  une  forte  pièce 
de  hêtre  ou  autre  à-peu-près  de  même  qualité,  af- 
lemblée  dans  les  côtés  du  clavecin  par  des  tenons  en 
queue  d'hironde.Surle  /«//.'w/f/-  font  collés  deux  che- 
valets / ,  2 ,  FF;  le  premier  porte  les  cordes  de  la 

petite 


S)etite  o<^ave>  lefqiïclles  vont  s'attacîier  aux  fiches 
f!ii  rang  a  3  »  qui  tloivcnt  paiTer  entre  les  cordes  cK; 
l'aninbn,  quiiont  les  deux  grandes  cordes  à  riiniflbn 
duclavefiîn.  Ces  deuxrangs  de  cordes  qui  paiient  lur 
le  f^rand  chevalet  E  F,  vont  s'attacher  aux  chevilles 
des  deux  ran2;s  4  i ,  (y/-  Chacun  de  ces  rangs  a  au- 
tant de  chevilles  qu'il  y  a  de  touches  au  clavier;  les 


S  Ô  M  5îf 

chevilles  font  rangées  fur  deux  ligîies  près  ï'iiiîe  de 
l'autre  en  cette  forte  :  celles  du  rai:g  inférieur  font 
celles  du  rang  antérieur  du  claveifin  ,  &  répondent 
aux  touches  diatoniques,  &  celles  du  rang  fu'jérieur 
ou  poliérieur  du  cîaveffin,  répondent  aux  touches 
cromatiques  ou  aux  feintes  en  cette  manière. 


Ran^fnpcrîcur.    q   q 
Rang  infîr'unr.y<^  O   O 


^  h       ^  ^  b     ur  remifafolîafi  m 


o      000 
0000000 


■qiuunemc  octave. 


troijicmc  ociavc. 


Sommier  de pofuif^  reprefenté  Planche  d'Orgue^ 
■fig.  12.  ne  diffère  de  celui  du  grand  orgue  qu'en  ce 
que  la  laie  E  F  eft  en-defùis  ,  &  que  les  foupapes  n 
s'ouvrent  en  pou/iant  par  le  petit  hâLono/2  qui  tra- 
x^erfeune  bourfette.  f^oyei  Boursette.  Ce  petit  bâ- 
ton eft  poulTc  en  en-haut  par  la  bafcuU  du  pofïnf,  voyez 
à  ce  mat  ;  le  derrière  de  la  laie  eft  afiemblé  par  une 
languette  dans  une  rainure  faite  à  la  table  diifom- 
77!ier  du  côté  de  la  queue  des  foupapes  ,  qui  font  de 
"nie  que  celles  du  fo/nmier  de  grand  orgue  ,  vov^^ 
.^  ,:.iyA'ER' de  grand  orgue  ;  le  dellus  E  F  àt  la  laie  cft 
aiîemblé  d'un  côté  à  rainure  &  îansiuette  avec  le 
derrière  de  la  laie  ,  &  par-devant  à  tenons  &  mor- 
taifcs  avec  trois  morceaux  de  bois  aiTemblés  de  mô- 
me avec  le  chams.  Ces  morceaux  de  bois,  le  chaf- 
!fis  diijbrrrmier  &CÏC  deffus  de  la  laie  qui  forment  deux 
icadres,  font  entaillés  en  drageoir  à  mi-bois,  pour  re- 
cevoir deux  de  vans  de  îaie^^  :  à  la  partie  oppoiee 
au-deiTus  £  F  ds  la  laie  ,  ^  en-deffous  diifommicr 
cft  une  planche  r$  collée  ^  clouée  fur  les  barres 
du  chalTis.  C'eft  par  des  trous  faits  à  cette  planche 
ique  paftent  les  petits  bâtons  o  n  qui  lèvent  les  fou- 
papes ;  ces  trous  font  fermés  par  des  bourfettes  qui 
laifTent  mouvoir  les  petits  bâtons,  Se  retiennent  l'air 
ou  le  vent  renfermé  dans  la  laie.  Voye^  Boursette. 
Le  côté  S  de  cette  planche  porte  fur  la  moitié  des 
morceaux  tr  ,  décrits  au  rnot  Sommier  grand  orgue  , 
fur  l'autre  moitié  defquels  la  peau  de  mouton ,  cjui 
ferme  le  deffous  des  gravures ,  eft  aufti  collée.  Les 
jeux  que  l'on  met  dans  le  pofitif  font  les  mêmes 
que  ceux  du  grand  orgue  ,  avec  cette  différence, 
qu'ils  font  de  plus  rnenue  taille  s'ils  fonnent  l'unif- 
fcn  des  premiers  ,  ou  des  deffus  s'ils  font  plus  courts. 
Voyei  Jeux. 

■  Sommier  de  grand  orgue ,  &  en  général  îout/0,7;- 
]mhr  d'orgue  eft  la  partie  de  l'orgue  fur  laquelle  les 
tuyaux  font  rangés  ,  &  qui  leur  diftribue  le  vent, 

Unfommkr  eft  compolé  de  plufteurs  parties.  Pour 
frire  unfomrnier ,  il  faut  prendre  du  bois  d'Hollande , 
ou  de  Vauge  (le  plus  fec  eft  le  meilleur),  le  refendre 
&c  le  corroyer,  c'eft- à-dire  le  blanchir  avec  le  rabot. 
On  le  laiffc  cnfuite  trois  femaines  ou  un  mois  dans 
(quelque  endroit;  comme  ,  par  exemple,  un  grenier 
expofé  aux  variétés  de  la  température  de  l'air,  pour 
lui  laiffer  faire  fon  effet. 

Après  que  le  bois  eft  parvenu  à  fon  état  de  repos, 
on  le  dreffe  bien  de  tous  côtés ,  &  on  en  fait  un 
chaiTis  ,  AB^  C D  ^  fg.  2.  Orgue  ,  dont  les  côtés 
AC^  B  D  ^  s'appellent  la  largeur  ou  \z  profondeur  du 
chaffh  ,  &  les  côtés  J  B  ^C  D  la  longueur  du  même 
chiijp.s  ;  ces  derniers  côtés  font  entaillés  i\  leur  partie 
intérieure,  comme  //i^;  les  entailles  aufTi-bien  parles 
denticules/t  qui  les  fcparent  fuivent  le  diapafon.AV><;^ 
Diapason.  Après  que  les  deux  longs  côtés  du  chaf- 
lis  ,  qui  eft  alfemblé  à  queue  d'hironde  ,  ou  à  tenons 
ik  raortaifes  ,  font  entaillés ,  on  fait  des  barres  G  //, 
FE  ,  auffi  longues  que  la  largeur  du  chafTis  ,  &  d'un 
équarriftagc  égal  à  celui  de  l'entaille  qu'elles  doi- 
vent remplir  exadlcment  pour  faire  tenir  ces  byrres 
dans  leurs  entailles;  on  les  colle  &  on  lès  cloue 
avec  des  clous  d'épingles;  les  barres  &  ks  intervalles 
qu'elles  laiffcnt  cntr'èllcs  ,  qui  s'appellent  ^ruvurci  , 
Tome  XKk 


oBave. 

doivent  fuivre  le  diapafon  ;  les  entailles  j  comme  dn 
a  dit,  ont  la  môme  largeur  que  les  barres  qui  doivent 
les  remplir  exadement ,  &  les  denticules  la  niômie 
largeur  que  les  gravures  auxquelles  elles  cQfr.efpon- 
dent.  -r,.  -  '     \ 

Après  que  le  chaftis  &  les  barres  font  affemblés  j 
on  drefié  le  defîViS  &le  deffous,  &  on  applique  fur  le 
deffus  une  table  a  B  c  d  ,fig.  j.  Orgue.  Cette  table  eft 
auift  faite  de  bois  d'FloUandc  ,  que  l'on  colle  et 
l'on  cloue  fur  le  chaffis  &  les  barres.  Lorfque  la  ta- 
ble eft  collée  &  léchée,  on  retourne  \q  fommier ^ 
enforte  que  les  gravures  foient  en-defliis  ,  6c  Ton 
verfe  dedans  un  plein  chaudron  de  colle  ,  .pour  en-^ 
duire  &  fermer  tous  les  joints  &  pores  des  bois  ;  on 
réitère  jufqu'à  trois  fois  la  môme  opération  ,  obfer? 
vant  que  pour  le  premier  enduit  la  colle  foit  très~ 
claire  ,  pour  le  fécond  un  peu  plus  forte ,  &  pour  le 
troifieme  affez  épaiffe. 

Lorfque  les  enduits  de  colle-forte  font  féchés ,  6n 
ajuile  des  morceaux  de  bois  x  x  ,  fig.  2.  épais  feule^ 
ment  d'une  ligne  &  demie  ou  deux  entre  les  barres 
H  G  ,  E  F ,  du  fommier  :  ces  morceaux  de  bois  qui 
font  à  l'affleurement  des  barres ,  doivent  être  éloi- 
gnées de  la  barre  de  devant  du  chafîis  d'une  diftance 
JIx  ,  Fx  ,  B  X  ,  moins  grande  de  quatre  lignes  que 
les  foupapes  n'ont  de  longueur. 

Après  qiie  ces  morceaux  de  bois  font  collés,  on 
colle  des  bandes  de  vélin  (  voye^  Vélin)  fur  la  paiv 
tie  du  chaffis  AB  xx  y  fig.  2.  Orgue.  Ces  bandes  dé 
vélin  couvrent  la  barre  antérieure  A  B  ^  les  parties 
H  X ,  Fxj  B  X ,  des  traverfes  H  G ,  FE ,  &  les  épail- 
XcmQVïs  X x  qui  bornent  le  plan  des  foupapes.  Lorf- 
que les  bandes  de  vélin  font  collées  &  léchées  ,  on 
colle  de  la  peau  de  mouton  fur  toute  l'étendue 
X  X  D  C  ;  ce  qui  achevé  avec  le  parchemin  des  fou- 
papes de  couvrir  tout  le  deffous  du  fommier.  Pour 
faire  étendre  la  peau  &  rechauffer  la  colle ,  on  fe  fert 
d'un  linge  trempé  dans  de  l'eau  bouillante  ,  que  l'on 
exprime  avant  de  l'appliquer  fur  la  peau  ;  ce  qui 
donne  le  moyen  de  la  pouvoir  étendre  à  Ion  gré  ^ 
voyei  la.  fig.  4.  N  L  M  K. 

Pour  faire  les  foupapes ,  on  prend  du  bois  d'Hol- 
lande très-fec  ,  on  le  dreffe  &  on  lé  dégauchit  de 
tous  côtés  ;  les  foupapes  doivent  avoir  de  longueur 
quatre  lignes  de  plus  que  l'ouvertuve  k  x,fig.  2;  ÔC 
auffi  quatre  hgnes  de  plus  de  largeur  que  la  gravure 
fur  laquelle  elle  doit  être  appliquée  ;  on  abat  enfuité 
lesfaceslatérale,';en  taludouen  glacis,  enforte  que  les 
deuxlonguesfaceslatéralesi?C',74V  8.  &  fon  oppo- 
féc  ne  foient  éloignées  que  d'une  ligne  ou  luie  ligne 
o£  demie  du  trait  de  Icie  «  o  de  la  fou  pape  ;  on  donné 
à  la  face  E^D  une  inclinaifon  fèmblable  ,  &  à  fon 
oppofé  qui  efl  la  queue,  celle  de  quarante-cinq  ^;en- 
f  uile  on  met  des  anneaux  de  fil-de-fcr  iur  la  partie  dé 
devant.  Ces  anneaux  doivent  être  placés  i\  l'extré- 
mité antérieure  o  du  trait  de  fcie  oa  ,  voyaz  f,  fig.  $i 
&:la  foupape  eft  achevée;  on  colle  entiiite  deffous  uri 
morceau  de  peau  de  mouton  A ,  fig.  S.  par  le  côte 
glal)rc ,  enforte  que  le  côté  du  duvet  foit  tourné  aii- 
dehors  ;  ce  morceau  de  peau  doit  erre  d'un  pouce  oit 
un  «Se  denfi  plus  long  que  la  foupape  ,  &  excéder  dé 
celte  c|uaiuité  du  coté  de  la  queue  ;  ces  morceaux 

V  V 


3?' 


S  O  M 


de  peau  que  l'on  colle  iur  les  pièces  x  x  de  \zfig.  2. 
fervent  de  charnière  aux  loupapes  ,  fur  la  queue  ou 
face  portérieure  dofquellcs  on  colle  un  morceau  de 
la  même  peau  ,  qui  couvre  cette  tace  &:  la  charnière 
C  B  ,fg.  S.  Ce  morceau  empêche  que  la  loupapc  ne 
fe  décolle  de  la  peau  qui  couvre  toute  la  face  inté- 
rieure. Avant  d'appliquer  les  foupapes  fur  les  places 
<jui  leur  conviennent ,  on  perce  6c  découpe  avec  un 
couteau  le  vélin  qui  forme  les  gravures  en  ces  en- 
droits, ainfi  qu'on  peut  voir  aux  ouvertures  aaaa& 
de  la  1i§.  4.  Après  que  les  foupapes  font  ainfi  collées, 
comme  on  peut  voir  c\\  h  b  b  ^  on  met  à  chacun  de 
leur  côté  une  pointe  de  laiton  ou  de  Hl-de-fer  ccc 
vers  la  partie  antérieure  :  ces  pointes  fervent  à  guider 
la  foupape  dans  fcs  mouvemens ,  cnforte  qu'elle  re- 
tombe toujours  fur  l'ouverture  a  de  la  gravure. 

Lorfque  les  loupapes  font  faites  &  montées  fur 
lefommier,  on  fait  la  boîte  FE  ,  ^g.  4.  6'.  y.  g.  10. 
appelléc  /u'/e ,  qui  les  enferme,  laquelle  n'a  que  trois 
côtés  :  le  côté  F ,  Jîg.  6\  ^  _9 .  eft  une  planche  de  bois 
de  chaîne  de  trois  ou  quatre  pouces  de  large,  ôcaulfi 
lontj;  que  Xcfonnnur.  Cette  barre  eft  appliquée  &  col- 
lée Yur  les  pièces  x  ,  fur  une  partie  defqiielles  les 
peaux  des  foupapes  font  aufli  collées.  Le  côté  F,  op- 
pofé  à  cette  barre  ,  s'appelle  devant  de  laie  :  il  eft  com- 
pofé  de  deux  planches  entaillées  à  mi-bois  dans  tout 
leur  circuit.  Cette  entaille  du  drageoir  eft  faite  avec 
«n  guillaume ,  aulTi-bien  que  celui  du  chaffis  qui  re- 
çoit ces  deux  devants  de  laie  ,  voye^  \zfig  €.  qui  eft 
le  profil ,  &  les/«'.  y.&  10.  les  devants  de  la  laie  font 
revêtus  de  peau  collée  par  fon  côté  glabre  fur  toute 
la  furface  qui  regarde  l'intérieur  de  la  laie  pour  la 
fermer  cxaftement  ;  chaque  pièce  du  devant  a  deux 
anneaux  G  G  ^fig.  7.  10. 14.  qui  fervent  à  la  pouvoir 
retirer  ,  quand  on  veut  rétablir  quelque  foupape. 
Les  devans  de  la  laie  font  retenus  dans  leur  cadre 
par  des  tourniq'aets  de  fer  pp  ,fig.  y.  le  deflbus  de  la 
laie ,  qui  eft  le  côté  oppofé  aux  foupapes,  eft  aftem- 
blé  à  rainure  &  languettes ,  avec  le  fond  E  de  la  laie, 
&:  à  tenons  &  à  mortaifes  ,  avec  les  trois  morceaux 
de  bois  E  FE ,  qui  forment  avec  Xtfommier  les  deux 
cadres  entaillés  en  drageoir  dans  tout  leur  pourtour, 
qui  reçoivent  les  deux  devants  de  laie.  A  la  partie 
intérieure  du  deftbus  de  la  laie  eft  collée  une  barre 
de  bois  m  ,  fig.  6.  aufti  longue  que  l'intérieur  de  la 
laie  :  cette  barre  eft  traverfée  par  des  traits  de  fcie 
m  m^fig.  y.  parallèles  &  direélement  placés  vis-à-vis 
ceux  des  foupapes  qui  doivent  les  regarder  ;  ces 
traits  de  fcie ,  tant  ceux  des  foupapes  que  de  la  barre 
de  bois  m  ,  qu'on  appelle  guide ,  fervent  à  loger  un 
reftbrt/o'  t  ,fig.  6.  &  cf.  Ces  reflbrts  qui  font  de  lai- 
ton le  plusélaftique  que  l'on  puiffe  trouver,  ont  la 
forme  d'un  U  d'Hollande  majufcule  :  les  deux  extré- 
mités de  CCS  reflbrts  font  le  crochet  vers  la  partie 
extérieure  ;  ces  crochets  entrent  dans  des  trous  ft 

Î)ercés  ,  l'un  dans  le  trait  de  fcie  de  la  foupape  ,  & 
'autre  vis-à-vis  dans  le  trait  de  fcie  du  guide.  Ces 
reflbrts  auxquels  le  guide  fert  de  point  d'appui  fer- 
vent à  renvoyer  la  loupape  vers  \tfommier ,  &  à  l'y 
tenir  appliquée  ;  entre  le  guide  ot  &  le  devant  de  la 
laie  ,  il  doit  y  avoir  des  trous  de;  ces  trous  fervent 
à  pafler  les  bourfcîtes  d  e  ,  qui  communiquent  aux 
foupapes  par  le  moyen  des  S  ,  ej\  qui  tiennent  par 
une  de  leurs  extrémités  aux anneaux/des foupapes, 
&  par  l'autre  aux  anneaux  fupérieurs  e  des  bourfet- 
tes.  yoyei  BouRSF.TTE.  Les  foupapes  font  tirées  par 
les  touches  du  clavier  par  le  moyen  des  targettes  qui 
vont  des  bourfettes  à  l'abrégé  ,  &  de  celles  qui  vont 
de  l'abrégé  aux  touches  du  clavier,  f^oye^^  Abrégé. 
Un  des  bouts  de  la  laie  eft  bouché  ,  &  l'autre  bout 
aime  ouverture  quarrée  E  D  ,fig.  14.  entaillé  en 
drageoir ,  comme  les  cadres  qui  reçoivent  les  de- 
vants de  laie  :  cette  ouverture  ferî  à  recevoir  le 
porte-vent  qui  vient  des  foufflets.  f^oyf^SovicfkiTS 

^  P0flTE-V£NT  £)£  fiOIS, 


S    O    M 

Le  deflTus  de  la  table  du  fommier  eft  garni  d'autant 
de  tringles  H  H ,  Jig.  y.  6c  une  de  plus  qu'il  doit  y 
avoir  de  jeux  fur  iejb/nmier.  Ces  tringles  qui  font  de 
feuillet  font  collées  6c  clouées  fur  la  table  ,  &  doi- 
vent crolfer  les  gravures  ;  on  les  appelle  régi  (Ires  dor- 
mais ,  à  caufe  des  regiftres  qui  font  placés  entr'cux. 
^oye^  Registres  DORMANs.   Les  regiftres ,  ainfi 
nommés  de  regere,  rego,  gouverner,  parce  qu'en  effet 
ils  gotivernent  le  vent  qui  anime  l'orgue,  font  des 
règles  M  N ,  Jig.  10.  &  1 1.  de  bois  de  feuillet  très- 
fec  :  ces  règles  doivent  occuper  toute  la  largeur  que 
laiflTent  entr'eux  les  regiftres  dormans  ,  entre  deux 
defquels  elles  doivent  couler  facilement  ;  on  coll« 
fous  le  regiftre  de  la  peau  de  mouton  par  le  côté 
glabre  :  le  duvet  doit  être  tourné  du  côté  de  la  table 
dufommier ,  fur  laquelle  le  regiftre  doit  pofer.  Les 
fadeurs  de  Flandre  ordinairement  ne  mettent  point 
de  peau  fous  les  regiftres  ,  mais  ils  dreflent  fi  bien  la 
table  d\i  fommier  6c  le  regiftre  ,  que  l'air  ne  fauroit 
trouver  entre  deux  aucun  paffage  ;  cependant  la  mé- 
thode de  les  garnir  de  peau  eft  préférable  ,  car  pour 
peu  que  le  bois  travaille  ou  gauchifle,  le  vents'inr 
troduit  d'une  gravure  dans  une  autre  ,  ce  qui  pA- 
duit  un  cornement  infupportable. 

Après  que  les  regiftres  font  placés  fur  le  fommier 
entre  les  tringles  BIf,  appelles  regijhes  dormans  y 
on  les  égaille  à  la  hauteur  de  ces  tringles  ,  &  on 
met  des  épaulemens  :  les  épaulemens  A^O ,  MO  font 
des  morceaux  de  bois  auffi  larges  que  le  regiftre  que 
l'on  colle  fur  fes  extrémités  ,  qui  doivent  excéder  la 
longueur  dufommier  d'un  demi-pié  de  chaque  côté: 
les  épaulemens  doivent  laiffer  entr'eux  une  longueur 

0  0  y  jig.  II.  égale  à  toute  la  longueur  A  B  d\i  fom- 
mier ,  &  à  la  moitié  de  la  dlftance  qui  fe  trouve  en- 
tre le  milieu  d'une  gravure  &  le  milieu  de  celle  qui 
eft  à  côté.  Par-deflTus  les  regiftres  &  leurs  guides  ,  les 
regiftres  dormans ,  on  met  une  table  ab  c  d  ,  fig. ^, 
&  10.  de  bois  d'Hollande  ou  de  Vauge,  qu'on  ap- 
pelle chape  ;  les  chapes  qui  font  épaiflTes  au-moins 
d'un  pouce  ,  fervent  à  recevoir  les  tuyaux  par  leurs 
pies  qui  entrent  dans  des  cavités  hémlfphérlques. 
Foyei  PiÉ  de  tuyau  d'orgue.  Pour  trouver  fur  la  cha- 
pe, qui  doit  être  arrêtée  fur  \e  fommier  par  les  qua- 
tre coins  avec  des  chevilles  ,  les  places  des  tuyaux , 
il  faut  tracer  des  lignes  ux,fg.  10.  ces  lignes  doi- 
vent répondre  fur  le  milieu  des  gravures  &  des  lignes 

1  y^  cjui  doivent  répondre  fur  le  milieu  des  regiftres. 
Pour  tracer  les  premières ,  il  faut,  avant  d'avoir  col- 
lé la  table  du  fommier  fur  les  barres  ,  avoir  tracé  fur 
les  longs  côtés  du  chaflls  les  points  ft ,  qui  répon- 
dent à  la  gravure ,  divifer  enfuite  l'efpace//  en  deux 
parties  égales  au  point  r ,  mener  avec  l'équerre  des 
menulfiers  la  ligne  droite  r  u  perpendiculaire  au 
plan  de  la  chape  ,  faire  la  même  opération  à  l'autre 
extrémité  x  ,  6c  k  toutes  les  gravures ,  tirer  enfuite 
les  lignes  ux  ^  ux^  qui  répondront  fur  le  milieu  del 
gravures.  Pour  tracer  les  autres  lignes  :[  y ,  il  faut 
prolonger  fur  les  côtés  de  la  chape  les  têtes  des  re- 
giftres dormans ,  &  divifer  l'efpace  qu'elles  lalfleront 
entr'elles  en  deux  parties  égales ,  mener  par  les  points 
de  divifion  les  lignes  ly,  ly ,  qui  répondront  di- 
redement  fur  le  milieu  des  regiftres  :  les  interférions 
des  lignes  m  a:,  ^  j,  font  les  endroits  ou  il  finit  percef 
avec  un  vllbrequln  les  trous  ,  lefquels  fe  rencontre- 
ront perpendiculairement  fur  les  gravures  dans  lef- 
quelles  ils  doivent  déboucher  :  la  chape  ,  le  regiflre 
6c  la  table  du  fommier  doivent  tous  trois  être  per- 
cés. Il  faut  obferver  qu'un  des  épaulemens  doit  por- 
ter contre  la  table  dufommier,  l'autre  épaulement 
qui  eft  celui  oii  la  bafcule  du  mouvement  prend, 
foye^  Mouvement,  doit  en  être  éloigné  de  l'autre 
côté  de  la  moitié  de  l'intervalle  nu  ou  xx,  que  nous 
avons  dit  être  l'excès  de  la  longueur  0  o  du  regiftre, 
fg.  II.  fur  celle  de  l».  t«i^l«  dufommier.   Après  avon 


s  O  ]V; 


bercé  les  trous ,  on  les  agrandit ,  &:  on  les  brûle  avec 
des  fers  chauds  pour  les  approprier  ;  les  trous  des 
baiîes  qui  doivent  avoir  Une  certaine  grandeur  ,  fe 
font  quarrcs  par-deflbus  les  chapes  ,  &  on  les  équar- 
riî  julqu'à  la  moitié  de  l'épaiiTeur  de  la  chape  ;  dans 
l'autre  moitié  de  la  chape ,  on  les  arrondit  pour  rece- 
voir le  pié  des  tuyaux.  Ceux  des  regiftres  &  de  la 
table  lont  qwarrés  dans  toute  l'épaifleur  de  ces  pie- 
ces  ;  on  fait  ces  trous  des  baffes  avec  un  cifeau  de 
nienuifier ,  c'eft  même  à  caufe  qu'on  les  fait  avec  un 
cifeau  qu'ils  font  quarrés  ;  leur  figure  au  refte  eft 
affez  indifférente  ;  on  les  fait  avec  un  cifeau ,  à  caufe 
de  l'inconvénient  qu'il  y  auroit  de  les  brûler  avec  un 
fer  chaud  affez  gros  pour  les  creufer ,  la  chaleur  con~ 
fidérable  d'un  gros  morceau  de  fer  étant  capable  de 
Paire  éclater  le  bois.  Un  regiffre  eft  ouvert  lorfque 
l'es  trous  répondent  vis-à-vis  ceux  de  la  table  dnfom- 
mkr  &  ceux  de  la  chape  ,  ce  qui  établit  la  commu- 
nication de  ces  derniers  à  la  gravure.  Foye^  D  D  ^ 
fîg.  12.  Orgue.  Il  eft  fermé  lorfque  le  regiftre  eft  en- 
foncé ,  enioite  que  les  intervalles  de  fes  trous  abcdef, 
ig.  II.  répondent  entre  les  trous  correfpondans  de 
a  table  &  de  la  chape.  J^oye:^  e  c  ^fig.  /2  ;  ce  qui  em- 
jêche  la  communication  du  vent  de  la  gravure  aux 
:rous  de  la  chape.  Quant  à  l'arrangement  des  jeux  , 
l  faut  favoir  qu'un  jeu  eft  pofé  fur  un  feul  regiftre  , 
félon  la  largeur  à\i  fommur  :  le  premier  jeu  que  l'on 
3ole  eft  lur  le  devant  du  fonwiier  ,  qui  eft  le  côté  de 
a  laie  marqué  î  ,Jîg.  5».  on  met  la  montre  de  16 
DÎés  enfuite  furie  regiftre  marqué  II ,  le  bourdon  de 
16  ou  8  pies  bouché  fonnant  le  16.  Pour  entendre 
:e  que  c'eft  qu'un  1 6  pies ,  un  8  pies  bouché  fonnant 
e  16  ,  voyei  l'article  Jeux  ,  &  leurs  articles  particu- 
iers ,  enfuite  le  grand  cornet,  &  félon  l'ordre  de  la 
:able  fuivante. 


Arrangement  des  jeux  fur  lefômmier. 


Noms  cLls  j^ux. 


u 
-o 

o 


'ê 

11 

Oh 
O 


I. 

II. 

ni. 

IV. 

V. 

Vî. 

VII. 

VïtI. 

IX. 

X. 

XI. 

XII. 

XIII. 

XIV. 

X  V. 

XVI. 

IXVII. 


Montre  de  16  pies. 
(Bourdon  1 6  ou  8  pies  bouché. 
îGrand  cornet. 

(Bourdon  de  8  ou  4  pies  bouché. 
Huit  pies  ouverts  ou  huit  pies  en  refo- 

nance. 
jPreftanté 

Flûte. 

Double  tiercé; 

Nazard. 

Doublette. 

Quarte  de  nazard; 

Tierce. 

Double  trompette; 

Trompette. 

Cromorne. 

Clairon. 

Voix  humaine. 


Pour  éviter  la  confufion  parmi  tant  de  jeux,  on 
fait  Icfommitr  du  grand  orgue  en  deux  parties  ,  &  on 
place  les  baffes  aux  côtés  extérieurs  de  chaque  partie 
vers  les  bafcules  des  mouvemens  ,  enforte  que  les 
plus  grands  tuyaux  font  vers  les  côtés  de  l'orgue  ,  & 
les  petits  au-defliis  dans  le  milieu  oii  l'on  fait  un  poot 
ftir  lequel  on  pofe  les  fommUrs  de  cornet  &  de  la 
trompette  du  récit,  &  quelquefois jiufti  les  chapes 
fie  h  fourniture  Se  de  la  cimbalà,  lo^f^ti'on  ne  les  met 
pas  fur  Xcfommier.  Foye^Cartide  de  ces  jeux. 

Pour  faire  tenir  tous  ces  jeux  çiebout  fur  les  cha- 
pes des  yà;?2/nieri  dans  les  trous  dcfquels  ils  ne  font 
que  pofer  ,  on  met  des  faux  fommiers  abcd^fgi^^ 
qui  font  des  planches  de  feuillet  d'Hollande  que  l'on 
perce  avec  les  tarières  pointues  des  charrons  d'au- 
TomcJCF 


S   O  M         339 

tant  de  trous  c  e  qu'il  y  en  a  à  la  chape  du  fa'mmier  ■; 
ces  trous  qui  doivent  être  affez  grands  pour  que  le 
tuyau  HK  puifle  y  entrer  ,  doivent  avoir  leur  cen- 
tre perpendiculairement  au-deflus  de  celui  des  trous 
de  la  chape ,  vis-à-vis  defquels  ils  fe  rencontrent, 
t'our  trouver  la  place  du  centre  de  ces  trous  on  tra- 
ce fur  le  (dux  fommier  les  mêmes  lignes  u  x  {j'  qu'on 
a  tracées  fur  la  chape  ;  &c  aux  interférions  de  ces 
lignes  on  perce  des  trous  avec  un  vilebrequin  que 
l'on  accroît  avec  un  autre  dont  la  mèche  eft  plus 
greffe,  &  avec  les  tarières  pointues,  jufqu'à  ce  que 
les  tuyaux  puiffent  y  entrer  ;  après  on  place  le  faux 
foinmicr  fur  \tfommier  à  environ  un  demi-pié  de  dif^ 
tance  ;  on  le  fait  tenir  par  quatre  piliers  fixés  aux  qua- 
tre coins  avec  des  vis  ;  on  place  enfuite  les  pié.<i 
des  tuyaux  dans  les  trous  du  (aux  fommier ,  &  on  les 
fait  entrer  dans  les  trous  des  chapes  ,  comme  les 
tuyaux  K  H.  On  doit  remarquer  que  la  bouche  des 
tuyaux  doit  toujours  être  en-deffus  àwïawx fommier i, 
&  que  par  conféquent  il  faut  que  les  pies  des  tuyaux 
foient  quelques  pouces  plus  longs  que  la  diftancede 
\àc\và^^ç.  A  B  CD  ZMÏ-àwxfammierabcd. 

Il  fuit  de  cette  conftrudion  qu'après  que  la  laie  eft 
remplie  du  vent  des  foufïlets  ,  ft  l'organifte  abaiffe 
une  touche  du  clavier  (  qui  par  le  moyen  de  fa  tar- 
gette fera  tourner  un  rouleau  de  l'abrégé  lequel  par 
le  moyen  d'une  autre  tîirgette  tirera  une  foupape ,  & 
la  fera  ouvrir  )  ,  que  l'air  condenfé  contenu  dans  la 
laie  entrera  dans  la  gravure  dont  la  foupape  eft  ou- 
verte ,  &:  paffera  de-là  par  le  trou  de  la  table  &  du 
regiftre  qui  fera  ouvert  dans  le  trou  correfpondant 
de  la  chappe ,  d'oii  il  entrera  dans  le  tuyau  par  le 
trou  de  fon  pié:  ce  qui  le  fera  parler.  Voyei  l'expli- 
cation de  la  manière  dont  le  vent  fait  parler  les 
tuyaux ,  à  \ article  Bourdon  de  seize  &  au  mot 
Jeux. 

hç  fommier  du  pofitif  diffère  peu  de  celui  du  grand 
orgue  ;  toute  la  différence  eft  que  la  laie  E  F ,  fig. 
iz  ,  eft  en-deflus  du  côté  de  la  table ,  &  que  les  fou- 
papes  s'ouvrent  en  foulant  en-deffous  par  le  moyen 
des  petits  bâtons  0  n  ,  qui  portent  fur  le  haut  des  baf- 
cules du  pofitif.  Voye:^^  BASCULE  DU  POSITIF  &  PO- 
SITIF. 

Sommier  ,  (  Maréchal  )  on  appelle  ainfi  un  che,- 
val  de  fomme. 

Sommier  ,  terme  de  Parcheminier  ,  c'eft  urie  peau 
de  veau  ,  qui  couvre  la  herfe ,  ou  métier  des  parche- 
miniers ,  &  qui  foutient  la  peau  qu'on  travaille,  dans 
le  tems  qu'on  la  rature. 

Contre  -fommier  ,  eft  une  peau  de  parchemin  ea 
coffe,  qu'on  pofe  entre  le  fommier  &c  la  peau  qu'on 
rature  ,  afin  que  le  fer  trouve  plus  de  facilité  à  mor- 
dre, ^oyef  Parchemin. 

Sommier^  terme  de  Tonnelier ,  c'eft  ainfi  qu'on 
nomme  les  cerceaux  doubles  ,  qui  fe  placent  aux 
deux  extrémités  d'une  futaille  ^  &  immédiatement 
fur  le  jable  ,  afin  de  lui  donner  plus  de  force. 

SOMMIERE  ,  f.  f.  (  Manuf  de  lainage.  )  forte  d'é- 
toffe  toute  de  laine,  tant  en  chaîne  qu'en  trame  croi- 
fée ,  chaude ,  6c  mollette  ,  qui  n'eft  autre  chofe  qu'u- 
ne efpece  de  ferge  un  peu  lâche  ,  tirée  à  poil ,  tan- 
tôt d'un  feul  côté ,  &  tantôt  des  deux  côtés ,  dont 
I  on  fefert  à  faire  des  doublures  pour  l'hiver.  (Z>.  /.) 
SOMMIERES  ,  {Géog.  mod.)  en  latin  vulgaire  Su- 
merium  ;  petite  ville  de  France,  dans  le  Languedoc, 
fur  la  Vidourle  ,  à  deux  lieues  de  Nîmes.  Les  cal- 
viniftes  en  avoient  fait  une  forte  place  ;  c'eft  encore 
aujourd'hui  un  gouvernement  particulier  dans  le 
Languedoc.  Long,  21.  4j.  laiit.  4^,65.  (^D.J.^ 

SOMMISTE  ,  f  m.  (  Chancel.  rom.  )  c'eft  le  prin- 
cipal miniftre  de  la  chambre  romaine ,  pour  l'expé- 
dition des  bulles;  il  en  fait  faire  les  minutes,  les  fait 
recevoir  ,  &  plomber,  (Z?.  /.) 

SOMMITÉ  i  f.  f.  (  Gram.  )  extrémité  fupérieure 

y  V  i) 


340  S  O 

d'un  objet.  Il  fe  dit  particulièrement  de  la  pointe  des 
plantes ,  f^oyei  Sommet,  6c  du  haut  des  collines.  La 
Jhmmiti  àc  cette  colline. 

SOMMONA-KODOM,  (.m.(Hip.  mod.fupcff- 
■ùtion.  )  c'elt  un  peribnnage  tameux  ,  qui  eft  l'objet 
de  la  vénération  ,  &  môme  du  culte  des  Siamois  , 
deshabitans  de  Laos  ,  &  du  Pégu.  Suivant  les  tala- 
poins,  ou  prêtres  liùmois,  le  nom  propre  de  cet  hom- 
me eft  Kodom  ,  6cjor/imonaûon'\hckfolieainou\c 
reH^icux  des  bois  ,  parce  que  ce  légillateur,  devenu 
l'idole  des  Siamois,  étolt  un  farmune  ou-fammun?^  de 
la  côte  de  Malabar  ou  de  Coromandel ,  qui  leur  ap- 
porta la  religion  qu'ils  fuivent  aujourd'hui ,  &:  qui 
ert  préchée  par  les  talapoins  l'es  dilciples.  On  croit 
quv.'  cet  homme  ,  ou  ce  dieu  ,  eft  le  môme  que  Pouti- 
fat  ou  Budda  ,  nom  qu'on  lui  donne  en  différentes 
parties  de  l'Inde  :  on  prélumc  aulU  que  c'ell:  lui  qui  eft 
adoré  par  une  l"c£ie  de  Chinois  qui  l'appellent  Sha- 
ka  ,  ou  Shi  kia.  Quoi  qu'il  en  loit  de  ces  opinions  , 
les  prêtres  fiamois  tbnt  une  hiftoirc  non  moins  mer- 
velllcu(e  que  ridicule,  de  leur  légillateur  ;  ils  dil'ent 
qu'il  ell  né  d'une  ileur  ,  lortie  du  nombril  d'un  en- 
fant qui  tnordoit  le  gros  doigt  de  Ion  pié  ,  &  qui  lui- 
même  n'étoit  que  la  feuille  d'un  arbre  nageant  à  la 
furface  des  eaux.  Malgré  cela  ,  les  Siamois  ne  laif- 
fent  pas  de  donner  à  Sommona  kodorn  ,  un  père  qui 
étolt  roi  de  Tanka  ,  ou  de  Ceylan,  6c  une  mère  ap- 
pellée  Maku  ou  Muryu  ,  ou fuivant  d'autres,  Man-ya. 
Ce  nom  a  attiré  l'attention  des  milfionnaires  chré- 
tiens qui  ont  été  à  Siam  ;  il  a  fait  croire  aux  Siamois 
que  Jeûis-Chrift  étolt  un  frère  de  Sommona-kodom  , 
qu'ils  appellent  le  méchant  Tluvitat ,  qui,  félon  ces 
aveugles  idolâtres,  eil  tourmenté  en  enfer,  par  un 
fupplice  qui  a  du  rapport  avec  celui  de  la  croix. 

Sommona-kodom  mourut  ,  fuivant  les  annales  de 
Siam  ,  544  ans  avant  l'ère  chrétienne;  les  talapoins , 
dont  le  but  principal  ell  de  tirer  de  l'argent  du  peu- 
ple ,  qu'ils  fédulfent ,  affurent  que  non-content  d'a- 
voir donné  tout  fon  bien  aux  pauvres  ,  n'ayant  plus 
rien  ,  il  s'arracha  les  yeux  ,  &  tua  fa  femme  &:  fes 
enfans ,  pour  les  donner  à  manger  aux  talapoins. 
Ces  charités  fi  inouïes  dégagèrent  le  faint  homme 
detous  les  liens  delà  vie  :  alors  il  fe  livra  au  jeûne, 
à  la  prière  ,  &  aux  autres  exercices  qui  mènent  à  la 
perfcftion  ;  il  ne  tarda  point  à  recevoir  la  recom- 
penfede  fes  bonnes  œuvres  ;  il  obtint  une  force  de 
corps  extraordinaire  ,  le  don  de  faire  des  miracles  , 
la  faculté  de  fe  rendre  auffi  grand  &  aufîl  petit  qu'il 
vouloit  ,  celle  de  dlfparoître  ou  de  s'anéantir ,  & 
d'en  fubftltuer  un  autre  à  fa  place  ;  il  favoit  tout ,  con- 
noilToit  le  pafTé  &  l'avenir  ;  il  fe  tranfportoit  avec  une 
promptitude  merveilleufe,  d'un  lieu  dans  un  autre  , 
pour  y  prêcher  fes  dogmes.  Suivant  les  mêmes  tra- 
ditions, ce  prétendu  prophète  eut  deux  difciples  , 
qui  p.irtagent  avec  lui  la  vénération  &  le  culte  des 
Siamois  ;  l'un  deux  pria  un  jour  fon  maître  d'éteindre 
le  feu  de  l'enfer  ,  mais  il  ne  voulut  en  rien  faire  ,  di- 
fant  que  les  hommes  deviendroient  trop  méchans  , 
fi  on  leur  ôtoit  la  crainte  de  ce  châtiment.  Malgré  fa 
fainteté  ,  Sommona-kodom  eut  un  jour  le  malheur  de 
tuer  un  homme;  en  punition  de  ce  crime  ,  il  mourut 
d'une  colique,  qui  lui  vint  pour  avoir  mangé  delà 
viande  de  porc  ;  avant  de  mourir  ,  il  ordonna  qu'on 
lui  érigeât  des  temples  &  des  autels,  après  quoi  il  alla 
\o\\\x  ùw  ninupan ,  c'ell-à-dire  ,  de  l'état  d'anéantlf- 
fement  dans  lequel  la  théologie  fiamoife  fait  confifter 
la  félicité  fuprème  ;  là,  il  ne  peut  faire  ni  bien  ni 
mal  ;  cela  n'empêche  point  qu'on  ne  lui  adrclTc  des 
vœux.  Les  Siamois  attendent  la  venue  d'un  fécond 
Sommona-kodom  ,  prédit  par  le  premier  ;  ils  le  nom- 
ment Pra-naronc  ;  il  fera  fi  charitable  ,  qu'il  donne- 
ra fos  deux  fils  à  manger  aux  talapoins  ;  action  qui 
mettra  le  comble  à  ies  vertus,  f^oje^  la  Loubcre  , 
hijï.  &  defcript.  de  Siam, 


S  O  M 

SOMNAMBULE,  6-  SOMNAMBULISME, f.thk 
(  Médecine.)  ce  nom  formé  de  deux  mots  latins, /ô«. 
/;«î,  fomined,  6zami<u/o,  je  me  promené,  fignifie  litté- 
ralement i'adion  de  {^promener  pendant  le  jommcïl  ; 
mais  on  a  étendu  plus  loin  la  fignification  de  ce  mot 
dans  l'ulage  ordinaire  ,  &  l'on  a  donné  le  nom  gé- 
nérique àQjo/nnumbulifmc ,  à  une  cfpece  de  maladie 
cl'aifetHon,  ou  incommodité  fmguliere  ,  qui  confif- 
tc  en  ce  que  les  perfonnes  qui  enlont  atteintes ,  plon- 
gées dans  un  prorbnd/(;72wi7V,fe  promènent,  parlent, 
écrivent ,  6l  font  ditfeventcs  aillons ,  comme  fi  elles 
étoientbien  éveillées,  quelquefois  même  avec  plus 
d'intelligence  &  d'exactitude;  c'ell  cette  faculté  & 
cette  habitude  d'agir  endormi  comme  éveillé ,  qui 
ell  le  caractère  diliinâir'  du  fojnnambuUfme  ;  les  va- 
riétés nalflent  de  la  divcrfité  d'aélions  ,  &  font  en 
conléquencc  aaili  nndtipliées  que  les  aft ions  dont  les 
hommes  lont  capables  ,  6i.  les  moyens  qu'ils  peuvent 
prendre  pour  les  faire  ;  elles  n'ont  d'autres  bornes 
que  celles  du  poliible  ,  &.  encore  ce  qui  paroit  im- 
poifible  à  l'homme  éveillé  ,  ne  l'eli  point  Guci^ue- 
tois  ^oWï  {QjoinnarnbuU  ;  Ion  imagination  échauffée 
dirige  feule  6c  facilite  fes  mouvemens. 

On  voit  louvent  des  fomnambuUs  qui  racontent 
en  dormant  tout  ce   qui  leur  eit  arrivé  pendant  la 
journée  ;  quelques-uns  répondent  aux  queftlons  qu'- 
on leur  fait  ^  &  tiennent  des  difcours  très-fuivis  ;  il 
y  a  des  gens  qui  ont  la  malhonnêteté  de  profiter  de 
l'état  où  ils  fe  trouvent ,  pour  leur  arracher,  malgré 
eux,  des  fecrets  qu'il  leur  importe  extrêmement  de 
cacher  ;  d'autres  fe  lèvent  ,  compofent  ,  écrivent 
ou  fe  promènent,  courent  les  rues,  les  maifons;  il  y 
en  a  qui  nagent  &:  qui  font  des  adions  très-périlleu- 
{qs  par  elles-mêmes  ,  comme  de  marcher  fur  le  bord 
d'un  toit  l'ans  peur ,  &  pi;i--là  fans  danger  ;  ils  ne  rif- 
quent  que  de  s'éveiller  ,  &  ficela  leur  arrive  ,  ou  par 
hafard ,  ou  par  le  fecours  funefte  de  quelque  per- 
fonne  imprudente ,  ils  manquent  rarement  de  lé  tuer. 
Quclc^ues/omnambules  ont  les  yeux  ouverts  ,  mais  il 
ne  paroît  pas  qu'ils  s'en  fervent  ;  la  plûpa'rt  n'ont  en 
fe  réveillant  aucune  idée  de  ce  qu'ils  ont  fait  étant 
endormis  ,  mais  ils  fe  rappellent  d'un  fommeil  à  l'au^ 
tre  ,   les  aillons  des  nuits  précédentes  ;  il  femble 
qu'ils  aient  deux  mémoires  ,  l'une  pour  la  veille,  &C 
l'autre  pour  le  fommeil.  Lorfqu'on  luit  quelque  terres 
un  fomnambuUi  on  volt  que  leur  fommeil,  fi  fem- 
blable  à  la  veille ,  offre  un  tiflli  farprenant  de  fm- 
gularités  :  il  ne  manque  pas  d'obfervations  étonnan- 
tes dans  ce  genre  ;  mais  combien  peu  fontfaites  exac- 
tement, ôi  racontées  avec  fidélité  ?  ces  hilloires  font 
prefque  toujours  exagérées  par  celui  qui  en  a  été  le 
témoin  ;  on  veut  s'accommoder  au  goût  du  public, 
qui  aime  le  merveilleux  ,  &  qui  le  croit  facilement; 
&  à  mefure  qu'elles  pafTent  de  main  en  main  ,  elles 
fe  chargent  encore  de  nouvelles  circonftanccs,  le 
vrai  fe  trouve  obfcurci  parles  fables  auxquelles  il  efl 
mêlé  ,  &  devient  incroyable  ;  il  impotte  donc  de 
choifir  des  faits  bien  confiâtes  ,  par  la  vue  &  le  té- 
moignage d'un  obfervateur  éclairé.  LaifTiint  donc  à 
part  tous  les  contes  imaginaires  ,  ou  peu  prouvés  , 
qu'on  fait  liir  \qs  fomnambuUs^  je  vais  rapporter  quel- 
ques traits  linguliers ,  qui  pourront  fervir  à  faire 
connoître  la  nature  de  cette  affedlon ,  dont  la  vérité 
ne  fauroit  être  fufpede  ;  je  les  tiens  d'un  prélat  illuf- 
tre  (  M.  l'archevêque  de  Bordeaux),  auffi  diftln- 
gué  par  lés  vertus ,  que  par  la  variété  &  la  jufleffede 
fes  connoiffances  ;  fon  nom  feul  fait  une  autorité  ref- 
pedable  ,  qu'on  ne  fauroit  reculer. 

Il  m'a  raconté  qu'étant  au  férainalre,  il  avoit  con- 
nu un  jeune  eccléfialtique  fomnambuh  :  curieux  de 
connoître  la  nature  de  cette  maladie  ,  il  alloit  tous  les 
loirs  dans  fa  chambre  ,  dès  qu'il  étoit  endormi  ;  il  vit 
entre  autres  chofes  ,  que  ceteccléllafllque  fe  levoît, 
prcnoit  du  papier ,  compofoit  ,  &  écrivoit  dos  fer- 


s  O  M 

mons  ;  îorfqu'il  avoit  fini  une  page,  il  la  reîi{oît  tout- 
haut  d'un  bout  à  l'autre  (il  l'on  peut  appeller  relire, 
cette  aftion  foite  fans  le  iecours  des  yeux  )  ;  û  quel- 
que choie  alors  lui  déplaiibiî ,  il  le  retranchoit ,  & 
écrivoit  par-defliis  ,  les  correftions  ,  avec  beaucoup 
de  juftefle.  J'ai  vu  le  commencement  d'un  des  fer- 
mons qu'il  avoit  écrit  en  dormant ,  il  m'a  paru  afîez 
bien  fait,  &  correâement  écrit  :  mais  il  y  avoit  une 
correûion  qui  étoit  furprcnante  ;  ayant  mis  dans  un 
endroit  cedlvin  enfant  ,  il  crut  en  lu  rdifant  ^  devoir 
fubftituer  le  mot  adorable  à  divin-^  pour  cela  il  effaça 
ce  dernier  mot ,  &  plaça  exadement  le  premier  par- 
delfiis  ;  après  cela  il  vit  que  le  ce  ,  bien  placé  devant 
divin ,  ne  pouvoit  aller  avec  adorable ,  il  ajouta  donc 
fort  adroitement  un  t  à  côté  des  lettres  précédentes  , 
de  façon  qu'on  lifoit  ctt  adorable  cnfunt.  La  même 
perfonne  ,  témoin  occulaire  de  ces  faits  ,  pour  s'af- 
îiirer  fi  \ç  fomnambuU  ne  faifoit  alors  aucun  ufage  de 
fes  yeux  ,  mit  un  carton  fous  fon  menton  ,  de  façon 
à  lui  dérober  la  vue  du  papier  qui  étoit  far  la  table; 
mais  il  continua  à  écrire  fans  s'en  appercevoir  ;  vou- 
lant enfulte  connoître  à  quoi  il  jugeoit  de  la  préfen- 
ce  des  objets  qui  étoient  fous  fes  yeux  ,  il  lui  ota  le 
papier  fur  lequel  il  écrivoit,  &  enfubiHtua  plufieurs 
autres  à  différentes  reprifes  ,  mais  il  s'en  apperçut 
toujours  ,  parce  qu'ils  étoient  d'une  inégale  gran- 
deur :  car  quand  on  trouva  un  papier  parfaitement 
femblable ,  il  le  prit  pour  le  fien  ,  &  écrivit  les  cor- 
reftions  aux  endroits  correfpondansàcelui  qu'on  lui 
avoit  ôté  ;  c'eft  par  ce  flratagème  ingénieux ,  qu'on 
eft  venu  à  bout  de  ramaffer  quelques-uns  de  fes  écrits 
no3:urne5.  M.  l'archevêque  de  Bordeaux  a  eu  la  bon- 
té de  me  les  communiquer  ;  ce  que  j'ai  vu  de  plus 
étonnant,  c'efl  delà  mufique  faite  affez  exaûement  ; 
une  canne  lui  fervoit  de  règle  ,  il  traçoit ,  avec  elle , 
à  diilance  égale,  les  cinq  lignes  néceffaires ,  mettoit 
à  leur  place,  la  clé,  les  bémols  ^  les  diéfis ,  enfuite 
marquoit  les  notes  qu'il  faifoit  d'abord  toutes  blan- 
ches ,  &  quand  il  avoit  fini ,  il  rendoit  noires  celles 
qui  dévoient  l'être.  Les  paroles  étoient  écrites  au- 
delTous.  Il  lui  arriva  une  fois  de  les  écrire  en  trop 
gros  carpfteres  ,  de  façon  qu'elles  n'étoient  pas  pla- 
cées diredement  fous  leur  note  correfpondante  ;  il 
ne  tarda  pas  à  s'appercevoir  de  fon  erreur  ,  &  pour 
la  reparer  ,  il  effaça  ce  qu'il  venoit  de  faire  ,  en  paf- 
fant  la  main  par-deffus  ,  &  refit  plus  bas  cette  ligne 
de  mufique  ,  avec  toute  laprécifion  poffible. 

Autre  fingularité  dans  un  autre  genre,  qui  n'efl 
pas  moins  remarquable  ;  il  s'imagina  ,  une  nuit  au 
milieu  de  l'hiver  ,  fe  promener  au  bord  d'une  riviè- 
re ,  &  d'y  voir  tomber  un  enfant  qui  fe  noyoit  ;  la 
rigueur  du  froid  ne  l'empêcha  point  de  l'aller  fecou- 
rir,  il  fe  jetta  tout  de  fuite  fur  fon  lit ,  dans  lapoltu- 
re  d'un  homme  qui  nage  ,  il  en  imita  tous  les  mouve- 
mens,  &  après  s'être  fatigué  quelque  tems  à  cet  exer- 
cice ,  il  fent  au  coin  de  Ion  lit  un  paquet  de  la  cou- 
verture ,  croit  que  c'efl  l'enfant,  le  prend  avec  une 
main ,  &  fe  fert  de  l'autre  pour  revenir  en  nageant  ^ 
au  bord  de  la  prétendue  rivière  ;  il  y  pofe  fon  paquet, 
&  fort  en  friflbnnant  &  claquant  des  dents  ,  comme 
fi  en  effet  il  fortoit  d'une  rivière  glacée  ;  il  dit  aux 
affiilans  qu'il  gèle  &  va  mourir  de  froid ,  que  tout 
fon  fang  eft  glacé  ;  il  demande  un  verre  d'eau-de-vie 
pourfe  rechauffer  ,  n'en  ayant  pas  ,  on  lui  donne  de 
l'eau  qui  fe  trouvolt  dans  la  chambre  ,  il  en  goûte  , 
reconnoit  la  tromperie,  ôc  demande  encore  plus  vi- 
vement dcTeau-de-vie,  cxpofantla  grandeur  du  pé- 
ril qu'il  couroit  ;  on  lui  apporte  un  verre  de  liqueur, 
ille  prend  avec  plaifir,  '6l  dit  en  refléntir  beaucoup 
de  foulagement  ;  cependant  il  ne  s'éveille  point ,  fe 
couche,  &  continue  de  dormir  plus  tranquillement. 
Cemême  fornnambule a.  (ourni  un  très  grand  nombre 
de  traits  forts  finguliers;  ceux  que  je  viens  de  rap- 
porter ,  peuvent  fufîire  au  but  que  nous  nous  fom- 


S  O  M 


^41 


mes  propofé.  J'ajouterai  feulement  que  ïorfqu'oA 
vouloit  lui  faire  changer  de  matière  ,  lui  faire  quitter 
desfujets  trilles  &  déiagréables  ,  on  n'avoit  qu'à  lui. 
paffer  une  plume  fur  les  lèvres  ,  dans  l'inflant  il  tom- 
boit  fur  des  queltions  tout-à-fait  différentes. 

Quoiqu'il  Ibit  très-facile  de  reconnoître  le  fom- 
nambulifrne  par  les  faits  incomeflables  que  nous  avons 
détaillés,  il  n'eft  pas  alfé  d'en  découvrir  la  caufe  & 
le  méchanifme;  l'étymologie  de  cette  maladie  eltun 
écueil  funefle  à  tous  ces  faifeurs  d'hypothèfes  ,  à 
tous  ces  deml-favans  qui  ne  croient  rien  que  ce  qu'ils 
peuvent  expliquer  ,  &  qui  ne  fauroient  imaginer  que 
la  nature  ait  des  myfteres  impénétrables  à  leur  faga- 
cité  ,  d'autant  plus  à  plaindre  que  leur  vue  courte  & 
mal  affurée ,  ne  peut  s'étendre  jufqu'aux  bornes  très- 
voifines  de  leur  horifon  ;  on  peut  leur  demander  : 

i*'.  Comment  il  fe  peut  faire  qu'un  hommeenfe- 
veli  dans  un  profond  fommeil ,  entende ,  marche  , 
écrive  ,  voie,  jouiffe  en  un  mot  de  l'exercice  de  fes 
fens  ,  &  exécute  avec  jufleffe  ,  divers  mouvemens  : 
pour  faciliter  la  folution  de  ce  problème,  nous  ajou- 
terons que  le  Çomnambule  ne  voit  alors  que  les  objets 
dont  il  a  befoin ,  que  ceux  qui  font  préfens  à  fon  ima- 
gination. Celui  dont  il  a  été  queflion,  Iorfqu'il  com- 
pofbitfes  fermons  ,  voyoit  fort  bien  fon  papier  ,  fon 
encre ,  fa  plume  ,  favoit  diffinguer  fi  elle  marquoit 
ou  non  ;  il  ne  prenoit  jamais  le  poudrier  pour  l'en- 
crier ,  &  du  refte  il  ne  fe  douîoitpas  même  qu'il  eiit 
quelqu'un  dans  fa  chambre ,  ne  voyoit  &  n'enten- 
doit  perfonne  ,  à  moins  qu'il  ne  les  interrogeât;  il 
lui  arrivoit  quelquefois  de  demander  des  dragées  à 
ceux  qu'il  croyoit  à  côté  de  lui,  &:  il  les  trouvolt  fort 
bonnes  quand  on  lui  en  donnoit  ;  &  fi  dans  un  autre 
tems  on  lui  en  eût  mis  dans  la  bouche  ,  fans  que  fon. 
imagination  fût  montée  de  ce  côté-là  ,  il  n'y  trou- 
volt aucun  goût ,  &  les  rejettoit. 

2°.  Comment  l'on  peut  éprouver  des  fenfations 
fans  que  les  fens  y  ayent  part  ;  voir ,  par  exemple  , 
fans  le  fecours  des  yeux  :  \e  fomn.imbule  àont  nous 
avons  fait  l'hiftoire  ,  parolflblt  évidemment  voir  les 
objets  qui  avoient  rapporta  fon  idée  ,  Iorfqu'il  tra- 
çoit des  notes  de  mufique  ;  il  favoit  exaftement  cel- 
les qui  dévoient  être  blanches  ou  noires  ,  &  fans  ja- 
mais fe  méprendre  il  noirciffoit  les  unes  &  confervoit 
les  autres  ;  &  Iorfqu'il  étoit  obligé  de  revenir  au  haut 
de  la  page  ,  fi  les  lignes  du  bas  n'étoient  pas  feçhes  , 
il  faifoit  un  détour  pour  ne  pas  les  eflacer  en  paf- 
fant  la  main  deffus  ;  Il  elles  étoient  affez  feches,  il  né- 
gllgeoit  cette  précaution  inutile.  Il  etl  bien  vrai  que 
fi  on  lui  fubilituolt  un  papier  tout-à-fait  fembla])le ,  il 
le  prenoit  pour  le  fien  ;  mais  pour  juger  de  la  reffem- 
blance,il  n'avoit  pas  befoin  de  paffer  la  main  tout-au- 
tour. Peut-être  ne  voyoit-il  que  le  papier,  fans  dlf- 
tinguer  les  carafteres.  Il  y  a  lieu  de  préfumer  que  les 
autres  fens  dont  il  fe  fervoit  n'étoient  pas  plus  dif- 
pos  que  les  yeux ,  &que  quelqu'autrecaufe  iûppléoit 
leur  inaftion  ;  oaauroit  pu  s'en  affurer  en  lui  bou- 
chant les  oreilles  ,  en  le  piquant ,  en  lui  donnant  du 
tabac ,  &c. 

3°.  Comment  il  arrivoit  qu'en  dormant  il  fe  rappel- 
loit  le  fouvenirdece  qui  hii  étoit  arrivé  étant  éveillé, 
qu'il  fïit  aufîî  ce  qu'il  avoit  fait  pendant  les  autres  fom- 
meils  ,  &  qu'il  n'en  confervât  aucun  fouvenlr  en  s'é- 
veillant  :  il  témoignolt  quelquefois  pendant  le  fom- 
meil fa  furprife  de  ce  qu'on  l'accufbit  d'être  fomnani- 
bule ,  de  travailler  ,  d'écrire  ,  de  parler  pendant  la 
nuit  ;  il  ne  concevoit  pas  comment  on  pouvoit  lui  faire 
de  pareils  reproches  ,  à  lui  qui  dormoit  profonde- 
ment toute  la  nuit ,  &c  qu'on  avol«^  beaucoup  de  pei- 
ne à  réveiller  ;  cette  double  mémoire  efl  un  phéno- 
mène bien  metveillcux. 

4".  Comment  il  cft  pofTiblc  que  fans  l'aflion  d'au- 
cune caufe  extérieure  on  Ibit  affcfté  aufli  gravement 
que  fi  on  eût  été  expofé  à  ks  ImprcfTions  :  notre/j'n- 


341 


S  O  M 


nambulc ,  fans  être  forti  de  fbn  lit,  éprouva  tous  les 
l'ymptomes  qu'occalionne  l'eau  glacâe  ,  prccilément 
parce  qu'il  a  cru  avoir  ctc  ploni;c  clans  cette  eau 
quelque  tems.  Nous  pourrions  demander  encore  l'ex- 
plication d'un  grand  nombre  d'autres  phénomènes 
que  Icsfomnamùules  nousfournilïïnt ,  mais  nous  n'en 
retirerions  pas  plus  de  lumières.  Il  faut  convenir  de 
bonne  toi  qu'il  y  a  bien  des  choies  dont  on  ne  lait  pas 
la  railon  ,  &c  qu'on  chercheroit  inutilement.  La  na- 
ture a  les  mylleres  ,  gardons-nous  de  vouloir  les 
pénétrer  ,  liir-tout  lorVqu'il  ne  doit  réluher  aucune 
utilité  de  ces  recherches ,  à-moins  de  ne  vouloir  s'ex- 
poler  gratuitement  k  débiter  des  erreurs  &  des  abfur- 
dites. 

Je  vais  plus  loin  :  non-feulement  on  ne  fauroit  ex- 
pliquer les  faits  que  nous  avons  rapportés  ;  mais  ces 
phénomènes  en  rendent  d'autres  qu'on  croy oit  avoir 
compris  inexplicables ,  &  jettent  du  doute  &  de 
l'oblcurité  fur  des  queftions  quipaflent  pour  décidées  ; 
par  exemple  : 

On  croit  communément  que  le  fommeil  confiflc 
dans  un  relâchement  général  qui  fufpend  l'ufage  des 
fens  &  tous  les  mouvemens  volontaires  ;  cependant 
le  fomnambuU  ne  fe  fert-il  pas  de  quelques  fens  ,  ne 
meut  il  pas  différentes  parties  du  corps  avec  motif  & 
connolfîance  de  caufe?  6l  le  fommeil  n'eft  cependant 
pas  moins  profond. 

1°.  S'il  ne  fe  fert  pas  de  fes  fens  pour  obtenir  les 
fenfations  ,  comme  il  ert  inconteftable  que  cela  arri- 
ve quelquefois  ,  on  peut  donc  conclure  avec  raifon 
que  les  objets  même  corporels  peuvent ,  fans  pafTer 
par  les  fens  ,  parvenir  à  l'entendement.  VoilA  donc 
une  exception  du  fameux  axiome  ,  nihil  ejl  in  intd- 
Icclu  quod  prias  nonfuerit  infenfu.  Il  ne  faut  pas  con- 
fondre ce  qui  fe  pafle  ici  avec  ce  qui  arrive  en  fcnge. 
Un  homme  qui  rêve ,  de  même  que  celui  qui  eft  dans 
le  délire  ,  voit  comme  préfens  des  objets  qui  ne  le 
font  pas  ;  il  y  a  un  vice  d'apperception  ,  &  quelque- 
fois de  raifonnement  ;  mais  ici  les  objets  font  préfens 
à  l'imagination  ,  comme  s'ils  étoient  tranfmis  parles 
fens ,  ce  font  les  mêmes  que  le  fomnambuk  verrolt 
s'il  r'ouvroit  les  yeux  &  en  reprenoit  l'ufage.  Ils  font 
exiftans  devant  lui  de  la  même  manière  qu'il  fe  les 
repréfente  ;  l'apperception  qu'il  en  auroit  par  l'entre- 
mife  des  fens  ne  feroit  pas  différente. 

3^.  Les  plus  grandes  preuves  que  le  philofophe 
donne  de  l'exiftence  des  corps  font  fondées  fur  les 
imprefîions  qu'ils  font  fur  nous  ;  ces  preuves  perdent 
néceffairement  beaucoup  de  leur  force  ,  fi  nous  ref- 
fentons  les  mêmes  effets  fans  que  ces  corps  agiffent 
réellement  ;  c'eft  précifément  le  cas  du  fomnambule , 
qui  gelé  &  friffonne  fans  avoir  été  expofé  à  l'aftlon 
de  l'eau  glacée  ,  &  fimplemcnt  pour  fe  l'être  vive- 
ment imaginé  :  il  paroît  par-là  que  les  imprelTions 
idéales  font  quelquefois  autant  d'effet  fur  le  corps 
que  celles  qui  font  réelles ,  &  qu'il  n'y  a  aucun  figne 
affurc  pour  les  diftinguer. 

4".  Sans  nous  arrêter  plus  long  tems  fur  ces  confi- 
dérations,  qui  pourroient  être  plus  étendues  &  gé- 
néralifées ,  tirons  une  dernière  conféquence  peu  flat- 
teufe  pour  l'efprit  humain  ,  mais  malheureufemcnt 
très-conforme  à  la  vérité  ;  favoir ,  que  la  découverte 
de  nouveaux  phénomènes  ne-fait  fouvcnt  qu'obfcur- 
cir  ou  détruire  nos  connoiffances ,  renverfer  nos  fyf- 
tèmes  ,  &  jetter  des  doutes  fur  des  chofes  qui  nous 
paroiffoient  évidentes  :  peut-être  viendra-t-on  àbcut 
d'oter  tout  air  de  paradoxe  à  cette  affertion  ;  que  c'tft 
le  comble  de  la  Icience  que  de  /avoir  avec  Socrate 
qu'on  m  fait  rien. 

Pour  ce  qui  regarde  la  Médecine ,  il  nous  fuffit 
d'être  fondés  à  croire  que  tous  ces  phénomènes  dé- 
notent dans  le  fomnambule  une  grande  vivacité  d'i- 
nKTglnation ,  ou ,  ce  qui  eft  le  même  ,  une  tenfion  ex- 
ceflive  des  fibres  du  cerveau  ,  &  une  extrême  fenû- 


S  O  M 

bllité.  Les  caufes  qui  difpofent  à  cette  maladie  foftt 
peu  connues i  les  médecins  ne  fe  font  jamais  occupés 
à  les  rechercher;  ils  fe  lont  contentés  d'écouter  com- 
me le  peuple  ,  les  hilloires  mervelUeufes  qu'on  fait 
fur  cette  matière.  En  examinant  les  perfonnes  qui  y 
font  les  plus  fujettes  ,  on  voit  que  ce  font  celles  qui 
s'appliquent  beaucoup  à  l'étude  ,  qui  y  paffent  les 
nuits  ,  ou  qui  s'échauffent  la  tête  par  d'autres  occu- 
pations. 

La  fanté  des  fomnambuUs  he  paroît  du  tout  point 
altérée  ,  leurs  fondions  s'exécutent  avec  la  même 
aifance  ,  &  leur  état  ne  mériteroit  pas  le  nom  de  ma- 
ladie ,  s'il  n'étoit  à  craindre  qu'il  n'empirât ,  que  la 
tenfion  des  fibres  du  cerveau  n'augmentât  &  ne  dé- 
générât enfin  en  relâchement.  La  manie  paroît  de- 
voir être  le  terme  du  fomnambuUfmc  .^  peut-être  n'en 
eft-elle  que  le  premier  degré  ôc  n'en  diffère  pas  effen- 
tiellement. 

Il  paroît  donc  important  de  diffiper  cette  maladie 
avant  cju'elle  lé  foit  enracinée  par  le  tems,  &  qu'elle 
fbit  devenue  plus  forte  &  plus  opiniâtre  ;  mais  les 
moyens  d'y  parvenir  ne  font  pas  connus  ,  ils  ne  pa- 
roiffent  pas  même  faciles  à  trouver  ;  c'eft  dans  la  mé- 
decine rationnelle  qu'il  faut  les  chercher  :  les  obfer- 
vations  pratiques  manquent  tout-à-fait  ;  l'analogie 
nous  porte  à  croire  que  ceux  qui  font  propres  à  la 
manie  pourroient  réulfir  dans  le  fomnambulifnt. 
yoyci  Manie.  C'eft  encore  une  très-foible  reffour- 
ce  ;  car  perfonne  n'ignore  combien  peu  les  remèdes 
les  plus  variés  ont  de  prife  fur  cette  terrible  maladie. 
En  tirant  les  indications  des  caufes  éloignées  du  fom- 
namhuUjme^  &C  de  l'état  du  cerveau  &  des  nerfs  ,  il 
paroît  que  la  méthode  de  traitement  la  plus  sûre  doit 
être  de  difTiper  ces  malades  ^  de  les  faire  voyager  , 
de  les  diftraire  des  occupations  trop  féricufes ,  de  leur 
en  préfenter  qui  foient  agréables,  &  qui  n'attachent 
pas  trop  :  on  pourrolt  féconder  ces  effets  par  les  bains 
froids,remedesexcellens  6c  trop  rarement  employés, 
pour  calmer  la  mobilité  du  fyfteme  nerveux.  Quant 
aux  fomnambuks  qui  fe  lèvent  ,  &  qui  courent  de 
côté  &  d'autre  ^  &  qui  rifquent  par-là  de  tomber  dans 
des  précipices  ,  de  fe  jetter  par  !a  fenêtre  ,  comme  il 
arriva  à  un  qui  imaginant  avoir  dans  fa  chambre  Def- 
cartes ,  Ariftote  &  quelques  autres  philofophes ,  crut 
tout-à-coup  les  voir  fortir  par  la  fenêtre  ,  &  fe  dif- 
pofolt  à  les  accompagner  ,  s'il  n'avoit  été  retenu  :  il 
faut  les  attacher  dans  leur  lit ,  fermer  exaftement  les 
portes  ,  griller  les  fenêtres  ,  &  s'ils  fe  lèvent ,  les 
éveiller  à  coups  de  fouet.  Ce  remède  réufïït  à  bien  des 
perfonnes.  Un  jomnambuU  fut  aufïi  guéri  par  un  re- 
mède que  je  me  garderai  bien  de  conlciller,  ce  fut  en 
fe  jettant  d'uae  fenêtre  fort  élevée  :  11  fe  rompit  le 
bras  ,  &  depuis  ne  reffentit  aucune  atteinte  de  cette 
maladie,  (w) 

SOMNIALES  DU,  {  Mytholog.)  c'étoient  les 
dieux  qui  préfidoient  au  fommeil ,  &  qui  rendoient 
leurs  oracles  par  les  fongcs.  Les  favans  n'ignorent 
pas  qu'il  y  avoit  des  dieux  particuliers  qui  préfidoient 
aux  fonges  ,  &  qu'il  y  avoit  des  minillres  prépofés 
pour  leur  culte.  M.  Spon  rapporte  une  inîcription 
qu'il  avoit  copiée  à  Florence  dans  le  palais  deStrozzi, 
où  il  eft  parlé  du  culte  d'Hercule  ,  comme  d'un  dieu 
quipréfidoit  aux  fonges.  Cette  infcription  porte  :  cul- 
tores  HercuLis fomnialïs-yOXi  trouve  diverfes  ftatuesdu 
même  dieu  avec  ces  mots,  deo  fomniali. 

Il  eft  peut-être  difficile  de  déterminer  par  quelle 
raifon  les  anciens  croyoient  qu'Hercule  préfidoit  aux 
fongesril  n'en  eft  pas  moins  certain  qu'ils  le  croyoient, 
&  qu'on  envoyoit  les  malades  dormir  dans  fés  tem- 
ples ,  pour  y  avoir  en  fonge  quelque  agréable  pré- 
iage  du  rétabllffement  de  leur  fanté.  (Z>.  /.) 

SOMNIFERES,  adj.(A/^f.  mcd.)  épithcte  que 
l'on  donne  aux  remèdes  qui  procurent  le  fommeil; 
tels  font  la  çinogloflé ,  lajufquiame,  la  belladone, 


s  O  M 

cnites  les  efpeces  de  pavot.  Cependant  il  y  a  des  ali- 
nens  qui  provoquent  le  iommeil  ;  tels  font  le  lait , 
es  alimens  glutineux  ,  le  fuc  ou  le  jus  exprimé  des 
dandes  des  jeunes  animaux ,  les  liqueurs  fermentées , 
k.  enfin  tous  les  efprits  ardens  :  de-là  vient  que  l'i- 
Telle  eft  une  efpece  de  fommeil. 

SOMO,  o«  SKIMMl ,  ou  FANNA ,  f.  m.  (  ffijî. 
icu.Botan.  )  qui  lignifie  \^  jlcur par  excellence  ;  c'efl 
m  arbre  l'auvage  du  Japon ,  il  a  des  feuilles  de  lau- 
ier,  &  des  fleurs  comme  celles  de  la  narcilTe.  Son 
îcorce  eft  aromatique.  Il  eft  de  la  grandeur  d'un  de 
los  cerifiers ,  d'un  bois  roux ,  dur  &  fragile.  Ses  feuil- 
es  font  difpofées  en  rond,  autour  de  petites  bran- 
:hes  ,  &  fes  fleurs  font  fituées  à  leur  bout,  Les  bon- 
;es  de  la  Chine  &  du  Japon  mettent  devant  les  idoles 
\l  furies  tombeaux  des  feuilles  de  cet  arbre  en  bou- 
quets. 

SOMPAYE ,  f.  f.  (  Monn.  étrang.)  c'eft  la  plus  pe- 
Ite  monnoie  d'argent  qui  fe  fabrique  à  Siam.  Elle 
k^aut  quatre  à  cinq  fols  monnoie  de  France,  à  pren- 
ïre  l'once  d'argent  fur  le  pie  de  fix  livres. 

SOMPI ,  f.  m.  (  Poids!)  petit  poids  dont  les  habi- 
:ant  de  Madagafcar  fe  fervent  pour  pefer  l'or  &  l'ar- 
jent.  Lefompi  ne  pefe  qu'une  dragme  ou  gros ,  poids 
le  Paris  ;  c'eft  néanmoins  le  plus  fort  de  tous  ceux 
lont  ces  infulaires  ont  l'ufage  ,  ne  fâchant  ce  que 
:'eû  que  l'once  ,  le  marc  ,  ou  la  livre  ,  &  n'ayant 
■len  qui  leur  en  tienne  lieu  ,  ou  qui  y  réponde.Tout, 
lors  l'or  &  l'argeut ,  fe  négocie  par  échange  &  par  ef- 
tîmation.  Les  diminutions  du  fompi  font  le  vari  ou 
iemi-gros  :  le  facare  ou  icrupule  ,  le  nanqui  ou  de- 
ni-fcrupule-,  &  le  nanque  qui  vaut  fix  grains.  Le  grain 
;hez  eux  n'a  point  de  nom.  Savary.  \D.  7.) 

SOMPTUAIRES,  lois,  {Jurifpmd.)  ce  font  des 
lois  faites  pour  reftraindre  le  luxe  dans  les  habits ,  les 
équipages  ,  la  table,  &c.  F'oyei  Loi. 

La  plupart  des  nations  ont  eu  dans  différens  tems 
leurs  lois  fompiuaires  :  &  il  y  en  a  qui  font  encore  en 
vigueur ,  comme  chez  les  Vénitiens  ,  les  François  ; 
&c.  Mais  on  remarque  qu'il  n'y  a  point  de  lois  plus 
mal  obfervéesque  les  lois  fompiuaires.. 

Les  lois  fompiuaires  de  Zaleucus,  cet  ancien  légif- 
lateur  des  Locriens  ,  font  fameufes.  Elles  ordon- 
noient  qu'une  femme  ne  fe  feroit  point  accompa- 
gner dans  les  rues  de  plus  d'un  domeftique  ,  à-moins 
qu'elle  ne  fiât  ivre  ;  qu'elle  ne  pourroit  point  fortir  de 
la  ville  pendant  la  nuit ,  à-moins  que  ce  ne  fïit  pour 
commettre  la  fornication  ;  qu'elle  ne  porteroit  point 
«For ,  ni  de  broderie  fur  fes  habits  ,  à-moins  qu'elle 
ne  fe  proposât  d'être  courtifane  pubhque:  que  les 
hommes  ne  porteroient  point  de  franges  ni  de  galons, 
excepté  quand  ils  iroient  dans  de  mauvais  heux  , 
&c. 

Les  Anglois  ont  eu  aufîi  leurs  lois  fompiuaires  , 
mais  elles  ont  toutes  été  révoquées  par  le  fîatut  pre- 
mier de  Jacques  L  ou  font  tombées  en  défuétude. 

Sous  le  règne  de  Charles  IV.  Cambden  dit  qu'on 
avoit  porté  fi  loin  le  luxe  dans  les  chauflTures  ,  qu'on 
fut  obligé  de  défendre  aux  hommes  de  porter  des 
fouliers  de  plus  de  fix  pouces  de  largeur  du  côté  des 
doigts  ;  les  autres  habillemens  étaient  fi  courts  ,  qu'il 
fut  ordonné  par  le  ftatut  25  d'Edouard  IV.  que  tou- 
tes perfonnes  d'une  condition  inférieure  à  celle  des 
lords ,  porteroient  des  robes  ou  habits  de  telle  lon- 
gueur qu'elles  pufl"ent ,  quand  la  perfonne  eft  de- 
bout ,  lui  couvrir  les  feffes. 

Chez  les  Romains  il  y  avoit  quantité  de  lois  fomp- 
iuaires. La  loi  Orchid  limitolt  le  nombre  des  convi- 
ves dans  les  fêtes  ,  fans  limiter  la  dépenfe.  La  loi 
Fannia  ^  qui  fut  faite  32  ans  après  ,  ordonnoit  que 
dans  une  fête  ordinaire  on  ne  pourroit  pas  dépenfer 
plus  de  10  ai ,  &  plus  de  100  as  dans  les  fêtes  folem- 
nelles  ,  comme  les  faturnales  ,  &c.  &  Gellius  nous 
apprend  que  10  as  étoient  le  prix  d'im  mouton ,  & 
>i^o,celui  d'un  boeuf. 


SON 


343 


La  loi  Dldia  qui  fut  faite  18  ans  après  ,  ordonna 
que  les  premières  \.o\s  fompiuaires  (croient  exécutées 
non-feulement  à  Rome,  mais  même  par  toute  l'Ita- 
lie ;  &  qu'en  cas  de  tranfgreflîon  ,  non-feulement  le 
maître  de  la  fête ,  mais  auffi  les  convives  feroient  fu- 
jets  à  l'amende.  Foye[  Canicle  Loi. 

SOMPTUOSITÉ  ,iA.(^  Gramm.  )  magnificence 
qu'on  fe  procure  par  de  grandes  dépenfes.  Il  n'eft 
queftion  chez  les  anciens  que  de  lafompiuofiié  de  Lu- 
cullus. 

SOMTOU ,  ou  SOMTOC ,  f.  m.  {Hift.  mod.)  c'eft 
ainfi  que  les  Chinois  nomment  les  vice-rois  des  pro- 
vinces. C'eft  ime  des  plus  éminentes  dignités  de 
l'empire.  Ils  ont  deux  provinces  fous  leurs  ordres  , 
qui  ont  outre  cela  des  gouverneurs  nommés  fu-y en. 

SON  ,  CAP  DE  ,  (  Géog.  mod.  )  cap  dans  la  Médi- 
terranée ,  fur  la  côte  de  l'île  de  Corfe  ,  environ  cinq 
milles  àl'oueft  de  l'entrée  du  ^ort  àç  S  an- Bonifacio  ; 
c'eft  une  longue  pointe  avancée  en  mer  vers  le  fud- 
oueft.  {D.  J.) 

Son  ,  f  m.  (  Phyf  )  eft  une  perception  de  l'ame 
qui  lui  eft  communiquée  par  le  fecours  de  l'oreille  : 
ou  bien  c'eft  un  mouvement  de  vibration  dans  l'air  , 
qui  eft  porté  jufqu'à  l'organe  de  l'ouie.  Foye^  OuiE. 
Pour  éclaircir  la  caufe  àvxfon  ,  nous  obferverons  , 
1°.  que  pour  produire  \&fon ,  il  faut  néceffairement 
du  mouvement  dans  le  corps  fonore. 

1°.  Que  ce  mouvement  exifte  d'abord  dans  les 
parties  déliées  &  infenfibles  des  corps  fonores ,  & 
qu'il  y  eft  excité  par  leur  choc  &  leur  collifion  mu- 
tuelle ,  ce  qui  produit  ce  tremblement  qui  eft  fl  facile 
à  remarquer  dans  les  corps  qui  rendent  \xnfon  clair, 
comme  les  cloches  ,  les  cordes  des  inftrumens  de 
mufique,  &c. 

3°.  Que  ce  mouvement  fe  communique  à  l'air ,  ou 
produit  un  mouvement  femblable  dans  l'air  ou  dans 
autant  de  fes  parties  qu'il  y  en  a  de  capables  de  le 
recevoir  &  de  le  perpétuer  ;  d'autant  plus  que  le 
mouvement  des  corps  qui  font  à  quelque  diftance  , 
ne  peut  point  afFeâer  nos  fens  fans  la  médiation  d'au- 
tres corps  qui  reçoivent  ces  mouvemens  du  corps 
fonore ,  &  les  communiquent  immédiatement  à  l'or- 
gane. 

Enfin  que  ce  mouvement  doit  être  communiqué 
aux  parties  qui  font  les  inftrumens  propres  &  im- 
médiats de  l'ouie. 

De  plus,  ce  mouvement  d'un  corps  fonore  qui  eft 
la  caufe  immédiate  ànfon^  doit  être  attribué  à  deux 
caufes  différentes  ;  ou  au  choc  de  ce  corps  &  d'un 
autre  corps  dur ,  comme  dans  les  tambours  ,  les 
cloches  ,  les  cordes  d'inftrumens  ,  ou  bien  au  batte- 
ment &  au  frottement  du  corps  fonore  &  de  l'air 
l'un  contre  l'autre  immédiatement ,  comme  dans  les 
inftrumens  à  vent ,  les  flûtes,  les  trompettes  ,  &c. 

Mais  dans  l'un  6c  dans  l'autre  cas  ,  le  mouvement 
qui  eft  la  fuite  de  cette  aâion  mutuelle  ,  &  la  caufe 
immédiate  du  mouvement  fonore ,  que  l'air  porte 
jufqu'à  l'oreille,  eft  un  mouvement  prefque  inienfi- 
ble  ,  qui  fe  fait  remarquer  dans  les  parties  déliées 
&  infenfibles  du  corps  par  un  tremblement  &  des 
ondulations. 

Pour  expHquer  ce  méchanifme,  on  fuppofe  que 
tous  les  corps  fenfibles  font  compofés  d'un  nombre 
de  parties  petites  &  infenfibles ,  ou  corpufculcs  parfai- 
tement durs  &  incapables  d'être  comprimés.  Foye:^ 
Corpuscule. 

Ces  parties  en  compofent  d'autres  un  peu  plus  £;ran- 
des,  mais  encore  infenfibles  ;  &  celles-ci  diiîerent 
entre  elles,  félon  les  différentes  figures  &;  l'union  des 
parties  qui  les  compofent.  Celle-ci  conftituent  en- 
core d'autres  mafl'es  plus  grandes  &  beaucoup  plus 
diftinguées  des  premières  :  &C  des  différentes  combl- 
naifons  de  ces  dernières  ,  font  compofés  ces  corps 
grolfiers  qui  font  viiibles  &  palpables  ,  &-c. 


3  44 


SON 


Les  premières  &  les  plus  petites  ^îarties ,  comme 
nous  l'avons  obl'ervc ,  font  abfolument  dures  ;  les  au- 
tres lont  compre(ribles&;  unies  de  telle  forte  ,  qu'é- 
tant comprimées  par  une  impuliion  extérieure  ,  elles 
ont  une  force  élaiHque  ou  rcltiiutive  ,  au  moyen  de 
de  laquelle  elles  fe  rétabliflont  d'elles-mêmes  dans 
leur  premier  état,  f^oj^i  Élasticité. 

Lors  donc  qu'un  corps  en  choque  un  autre,  les 
petites  particules  par  leur  force  élaliique  fe  meuvent 
avec  une  grande  vîrcfle  ,  avec  une  forte  de  tremble- 
ment &c  d'ondulations,  comme  on  l'obfcrvc  facile- 
ment dans  les  cordes  des  inftrumens  de  mufique,  & 
c'eft  ce  mouvement  fonore  qui  efl  porté  jufqu'à  l'o- 
reille; mais  il  faut  obferver  que  c'eft  le  mouvement 
xnfeniible  de  ces  particules  ,  qu'on  fuppofe  être  la 
caufe  immédiate  dnfon;  ôc  même  parmi  celles-là, 
il  n'y  a  que  celles  qui  font  proches  de  la  furface  ,  qui 
communiquent  avec  l'air  ;  le  mouvement  du  tout  ou 
des  parties  plus  grandes  ,  n'y  fervant  qu'autant  qu'il 
le  communique  aux  autres. 

Pour  fairo  l'application  de  cette  théorie,  frappez 
\ine  cloche  avec  quelque  corps  dur  ,  vous  apperce- 
vrez  aifément  un  trémouffement  fenfible  fur  la  fur- 
face  qui  fe  répand  de  lui-même  fur  le  tout ,  &  qui  cû 
d'autant  plus  fenfible  ,  oue  le  choc  efl  plus  fort.  Si 
on  y  touche  dans  quclqu'autre  endroit ,  le  tremble- 
jnent  &  le  fon  ceffe  auili-tôt  ;  ce  tremblement  vient 
fans  doute  du  mouvement  des  particules  infenfiblcs 
qui  changent  de  fuuation  ,  &  qui  font  en  û  grande 
«quantité  6i.fi  ierrées  les  unes  contre  les  autres,  que 
nous  ne  pouvons  pas  appercevoir  leurs  mouvemens 
féparémenr  &  dlftindement,  mais  feulement  un  ef- 
pece  de  tremblemeiU  ou  d'ondulation. 

Le  corps  fonore  ayant  fait  fon  impreiTion  fur  l'air 
contigu,  cette  imprelfion  çiï  continuée  de  particule 
€n  particule ,  fui vant  les  lois  de  la  pneumatique,  ^ojei 
Onde  6-  Ondulation. 

Les  foas  varient  à-proportion  des  moyens  qui 
concourent  à  leur  production;  les  différences  prin- 
cipales réfultentde  la  figure  &  de  la  nature  du  corps 
fonore;  de  la  force,  du  choc,  de  la  vîteffe  ,  ô-c.  des 
vibrations  qui  fe  luivent  ;  de  l'état  &  conftitution  du 
milieu  ;  de  la  difpofition ,  diuance ,  6'c,  de  l'organe  ; 
des  obftacles  qui  fe  rencontrent  entre  l'organe,  le 
corps  fonore  &  les  corps  adjacens.  Les  dirîércnces 
les  plus  remarquables  des  f ans  ^  naiifentdes  différens 
degrés  &  combinalfons  des  conditions  dont  nous  ve- 
nons de  parler;  on  les  diflingue  en  fort  &  foible,  en 
^rave  &:  aigu,  long  &  court. 

La  vîteffe  du  fou  ne  diffère  pas  beaucoup ,  foit 
qu'il  aille  Hiivant  ou  contre  la  direftion  du  vent.  A  la 
vérité  le  vent  tranfporte  une  certaine  quantité  d'air 
d'un  lieu  à  un  autre,  &  le  fon  ell  accéléré  tandis  que 
fes  vagues  fe  meuvent  dans  cette  partie  d'air ,  lorf- 
<jue  leur  diredion  eff  la  même  que  celle  du  vent. 
Mais  comme  le  fon  fe  meut  avec  beaucoup  plus  de 
vîteffe  que  le  vent ,  l'accélération  qu'il  en  reçoit  eft 
peu  confidérable.  En  effet,  la  vîteffe  du  ventle  plus 
violent  que  nous  connoiffions,  eft  à  la  vîteffe  dnfon 
comme  i  eft  à  3  3  :  &  tout  l'effet  que  nous  apperce- 
vons  que  le  vent  peut  produire ,  eft  d'augmenter  ou 
de  diminuer  la  longueur  des  ondulations;  de  forte 
qu'au  moyen  du  vent,  le  fon  puiffe  être  entendu  d'une 
plus  grande  diftance  qu'il  ne  le  fcroit  autrement. 

Que  l'air  foit  le  milieu  ordinaire  du  fon ,  c'eft  ce 
qui  réiulte  de  plufieurs  expériences  qui  ont  été  fai- 
tes ,  foit  dans  un  air  condenfé ,  foit  dans  l'air  raréfié. 
Dans  un  récipient  qui  n'eft  point  vuide  d'air, une 
petite  fonnette  fe  fait  entendre  à  quelque  diftance; 
3T)ais  quand  on  en  a  pompé  l'air  ,  à-pcine  l'entend-on 
tout  auprès  :  fi  l'air  eft  condenfé,  kjbn  fera  plus  fort 
à-proportion  de  la  condcnfation  ou  de  la  quantité 
d'air-|)rcffé.  Nous  en  avons  plufieurs  exemples  dans 
hs  expériences  de  M.  Hauksbée. 


SON 

Mais  l'air  n^eft  pas  feul  capable  des  impreffîonç  dit' 
fon ,  l'eau  l'eft  aufti ,  comme  on  le  remarque  en  ion- 
nantune  fonnette  dans  l'eau;  on  en  diftingue  pleine- 
ment le  fon  :  à  la  vérité  il  n'eft  pas  fi  fort  &  plus  ba§ 
d'une  quarte  ,  au  jugement  des  bons  muficiens.  Mer- 
fcne  dit  qu'un  fon  produit  dans  l'eau  paroît  de  mê- 
me, que  s'il  étoit  produit  dans  l'air  &  entendu  dans 
l'eau.  M.  l'abbé  Nollet  a  fait  fur  Icsfons  entendus  dans 
l'eau ,  plufieurs  expériences  curieufes.  Mém.  académ» 

Le  célèbre  M.  Newton  a  donné  à  la  fin  du  fécond lU 
vre  di  fis  Principes  ,  une  théorie  très-ingénieufe  ÔC 
très-favante  des  vibrations  de  l'air,  &  par  confé* 
qucntde  la  vîteffe  dw  fon.  Sa  théorie  eft  trop  com- 
pliquée &  trop  géométrique  pour  être  rendue  ici  ; 
nous  nous  contenterons  de  dire  qu'il  trouve  la  vî* 
tcffe  du  fon  par  fon  calcul,  à-peu-prcs  la  même  que 
l'expérience  la  donne.  Cet  endroit  des  Principes  de 
M.  Newton,  eft  peut-être  le  plus  diff.cile  &  le  pîuï 
obfcur  de  tout  l'ouvrage.  M.  Jean  Bcrnoully  le  fi!s> 
dans  fon  Difcours  fur  la  propagation  di  la  lumicn ,  qui 
a  remporté  le  prix  de  l'académie  des  Sciences  ea 
1736  ,  dit  qu'il  n'oferoit  fe  fiater  d'entendre  cet  en- 
droit des  Principes.  Auffi  nous  donne-t-il  dans  la  mê* 
me  pièce,  une  méthode  plus  facile  &  plus  aiféeàfiri- 
vre  que  celle  de  M.  Newton ,  &  par  le  moyen  de  la* 
quelle  il  arrive  à  la  même  formule  qu'a  donnée  ce 
grand  géomètre. 

Un  auteur  qui  a  écrit  depuis  fur  cette  matière  j 
prétend  qu'on  peut  faire  contre  la  théorie  de  MM. 
Newton  Ù.  BernouUy ,  une  obje£lion  confidérable  ; 
favoir ,  que  ces  deux  auteurs  fuppofent  que  le  fon  fe 
tranfmet  par  des  fibres  longitudinales  vibrantes ,  qui 
fe  forment  fuccelfivement ,  &  qui  font  toujours  éga- 
les entr'elles  ;  or  cette  hyppothèfe  n'eft  point  dé- 
montrée, &  ne  paroît  point  même  appuyée  fur  des 
preuves  folides.  Le  même  auteur  prétend  que  dans 
cette  hyppothcié ,  M.  BernouUy  auroit  dû  trouver  la 
vîtefte  dyxfon ,  double  de  ce  qu'il  l'a  trouvée ,  &  de 
ce  qu'elle  eft  réellement.  M,  Euler  dans  fa  Di[fe'ta^ 
talion  fur  kféu  ,  qui  a  partagé  le  prix  de  l'académie  en 
1738,  a  donné  auffi  une  formule  pour  la  vîteffe  du 
fon  y  elle  eft  différente  de  celle  de  M.  Newton ,  &  l'au- 
teur n'indique  point  le  chemin  qui  l'y  a  conduit. 

Voici  en  général  de  quelle  manière  fe  font  les  ex* 
périences  pour  melurer  la  vîteffe  dnfon.  On  fait  par 
la  mefure  aduellc ,  la  diftance  d'un  lieu  A ,  à  un  au- 
tre B.  Un  fpedhiteur  placé  en  B ,  voit  la  lumière  d'un 
canon  qu'on  tire  au  lieu  A ,  &  comme  le  mouvement 
de  la  lumière  eft  prefque  inftantané  à  de  fi  petites 
diftances,  le  fpeftateur  B  compte  combien  il  s'écou- 
le de  fécondes  depuis  le  moment  où  il  voit  la  lumière 
du  canon,  jufqu'à  ce  qu'il  en  entende  le  bruit.  Divi- 
fiint  enfuite  l'efpace  qui  eft  entre  les  lieux  A  &cB^ 
par  le  nombre  de  lécondes  trouvé  ,  il  a  le  nombre  de 
toifes  que  leyo«parcourt  enune  féconde. 

Le  /on{e  tranlmet  en  ligne  droite;  mais  il  fe  tranf- 
met auffi  en  tout  iens ,  6c  fuivant  toutes  fortes  de 
dircdions  à  la  fois ,  quoiqu'avec  moins  de  vîteffe. 
Cela  vient  de  ce  que  le  fon  fe  tranfmet  par  un  fluide, 
&  que  les  preftions  dans  un  fluide ,  fe  propagent  en 
tout  fens  ;  la  lumière  au  contraire,  ne  fe  propage  ja- 
mais qu'en  ligne  droite  :  c'eft  ce  qui  donne  lieu  de 
croire  qu'elle  n'eft  point  caufée  par  la  preffion  d'un 
fluide.  Sur  la  réflexion  dnjbn ,  voye^  Écho  &  Cabi- 
net SECRET.  (O) 

La  vîteffe  un  fon  eft  différente,  fuivant  les  diffé- 
rcns  auteurs  qui  la  déterminent.  Il  parcourt  l'efpace 
de  968  pies  en  une  minute  fuivant  M.Ifaac  Newton: 
1300  fuivant  M.  Robert:  iioo  fuivant  M.Boyle: 
1338  fuivant  le  dodeur  Walker:  1474  fuivant  Mer- 
fenne  :  1 142  fuivant  M.  Flamfteed  6c  le  do£lcur  Hal- 
ley  :  1 148  luivant  l'académie  de  Florence,  &  1 172 
piés  fuivant  les  anciennes  expériences  de  l'académie 

de« 


SON 

des  Sciences  de  Paris.  M.  Derham  prétend  que  la 
caufe  de  cette  variété  vient  en  partie  de  ce  qu'il  n'y 
avoit  pas  une  diflance  {"uffifante,  entre  le  corps  lono- 
re  &c  le  lieu  de  l'oblervation  ,  de  en  partie  de  ce  que 
l'on  n'avoit  pas  eu  égard  aux  vents. 

M.  Derham  propofe  quelques-unes  des  plus  con- 
fidérables  queltions  relatives  aux  lois  du  fon  ,  &  ré- 
pond à  chacun  avec  exaâitude  ,  par  les  expériences 
qu'il  a  faites  lui-inême  fur  cette  matière. 
Son,  en  Miijîquc;  quand  l'agitation  communiquée  à 
.'air  par  un  corps  violemment  frappé  parvient  jufqu'à 
lotre  oreille  ,  elle  y  produit  une  fenfation  qu'on  ap- 
3elle  hrtiit.  Mais  il  y  a  une  efpcce  de  bruit  permanent 
k  appréciable  qu'on  appelleyô/z. 

La  nature  au  fon  eft  l'objet  des  recherches  du  phy- 
îcien;  le  muficien  l'examine  feulement  par  {ts  mo- 
lifîcaîions,  &  c'eft  félon  cette  dernière  idée  que 
lous  Tenvifageons  dans  cet  article. 

Il  y  a  trois  chofes  à  confiderer  dans  le  fon  :  i  ,  le 
legré  d'élévation  entre  le  grave  &  l'aigu  :  2  ,  celui  de 
véhémence  entre  le  fort  &  le  foibie  :  3  ,  &  la  qualité 
lu  timbre  qu*  eil  encore  fufceptible  de  comparailon 
lu  fourd  à  l'éclatant ,  ou  de  l'aigu  au  doux. 

Je  fuppofe  d'abord  que  le  véhicule  à\.\fon  n'ell:  au- 
re  choie  que  l'air  même.  Premièrement ,  parce  que 
'air  efl  le  feul  corps  intermédiaire  de  rexiilence  du- 
[uel  on  foit  parfaitement  ailliré,  entre  le  corps  fo- 
lore  &  l'organe  auditif,  qu'il  ne  faut  pas  multiplier 
L'S  êtres  fans  nécefTité  ,  &  que  l'air  fuffit  pour  expli- 
|uer  la-formation  àwfoifi  &  de  plus  ,  parce  que  l'ex- 
'érience  nous  apprend  qu'un  corps  fonore  ne  rer.d 
las  de/o«  dans  un  lieu  exatlement  privé  d'air.  Si  l'on 
'^eut  abfolument  imaginer  un  autre  fluide  ,  on  peut 
ifément  lui  appliquer  tout  ce  que  nous  avons  à  dire 
ie  l'air  dans  cet  article. 

La  permanence  àwfon  ne  peut  naître  que  de  la  du- 
•ée  de  l'agitation  de  l'air.  Tant  eue  cette  agitation 
Inre  ,  l  air  vient  fans  cefle  frapper  l'organe  cle  l'ouïe, 
le  prolonge  ainfi  la  perception  du/o/z  ;  mais  il  n'y  a 
)oint  de  manière  plus  fimple  de  concevoir  cette  du- 
"ée ,  qu'en  fuppofant  dans  l'air  des  vibrations  qui  fe 
liccédent ,  &  qui  renouvellent  ainfi  à  chaque  inilant 
a  fenfation  àwfon.  De  plus,  cette  agitation  de  l'air, 
le  quelque  efpece  qu'elle  foit,  ne  peut  être  produire 
}ue  par  une  émotion  femblable  dans  les  parties  du 
:orps  fonore.  Or  c'efl:  un  fait  certain  que  les  parties 
3u  corps  fonore  éprouvent  de  telles  vibrations.  Si 
'on  touche  le  corps  d'un  violoncelle  dans  le  tems 
iju'on  en  tire  àwfon  ,  on  le  fcnt  frémir  fous  la  main, 
fc  l'on  voit  bien  fenfiblement  durer  les  vibrations  de 
a  corde  jufqu'à  ce  que  \q  fon  s'éteigne.  Il  en  eft  de 
même  d'une  cloche  qu'on  fait  fonner  en  la  frappant 
du  bâtant  ;  on  la  fent ,  on  la  voit  même  frémir  ,  & 
l'on  voit  fautiller  les  grains  (ie  fable  qu'on  jette  fur  fa 
furfacc.  Si  la  corde  fe  détend  ou  que  la  cloche  fe 
fende  ,  plus  de  frémiffement ,  plus  de  fon.  Si  donc 
cette  cloche  ni  cette  corde  ne  peuvent  communiquer 
à  l'air  que  les  mouvemens  qu'elles  éprouvent  elles- 
mêmes  ,  on  ne  fauroit  douter  que  le/o/z  étant  pro- 
duit par  les  vibrations  du  corps  fonore,  il  ne  foit  pro- 
pagé par  des  vibrations  femblables  ,  que  le  même 
inltrument  communique  à  l'air.  Tout  cela  fuppofé  , 
examinons  ce  qui  conflitue  le  rapport  à^sjons  du 
grave  à  l'aigu. 

Théon  de  Smyrne  témoigne  que  Lafus  ,  de  même 
Que  le  pythagoricien  Hypale  de  Métapont ,  pour  cal- 
culer au  jufte  les  rapports  des  confonances ,  s'étoient 
lervi  de  deux  vafes  iemblables  &  rcfonnans  à  l'unif- 
fon;  que  laiflant  vuide  l'un  des  deux,  &  rempllflant 
l'autre  jufqu'au  quart  ,  la  perculTion  de  l'un  &L  de 

autre  avoit  fait  entendre  la  confonance  de  la  quar- 
te ;  que  rempliflluit  enfuite  le  fécond  jufqu'au  tiers  , 
jufqu'à  la  moitié ,  la  perçulTion  des  deux  avoit  pro- 
Toim  XV* 


SON 


34Î 


duit  la  confonance  de  la  quinze  >  puis  celle  de  î'oftavè , 

Pythagore  ,  au  rapport  de  Nicomaque  &  de  Cen- 
forin,s'yétoitpris  d'une  autre  manière  pour  calculer 
les  mêmes  rapports.  Il  fufpendit,  difcnt-ils,  diiférens 
poids  aux  mêmes  cordes  ,  &  détermina  les  rapports 
àtsfons  fur  ceux  qu'il  trouva  entre  les  poids  tendans; 
mais  les  calculs  de  Pythagore  font  trop  juftes  pouf 
avoir  été  faits  de  cette  manière  ,  puifque  chacun  fait 
aujourd'hui  fur  les  expériences  de  Vincent  Galilée, 
que  \Qsfons  font  entr'eux  ,  non  comme  les  poids  tcn- 
dans,maisen  raifon  fous-double  de  ces  mêmes  poids. 

Enfin  on  inventa  le  monocorde  ,  appelle  par  les 
anciens  canon  harmoniius  ,  parce  qu'il  donnoit  la  ré- 
gie de  toutes  les  divifions  harmoniques.  Il  faut  en  ex- 
pliquer le  principe. . 

Deux  cordes  de  même  métal ,  de  grofTeur  égale, 
&  également  tendues  ,  forment  un  unilfon  parfait ,  lî. 
elles  font  auffi  égales  en  lonçrueur  :  fi  les  longueurs 
font  inégales  ,  la  plus  courte  donnera  un  fon  plus 
aigu.  Il  efl  certain  auffi  qu'elle  fer;î  plus  de  vibrations 
i  dans  un  tems  donné  ;  d'où  l'on  conclud  que  la  difte- 
rence  Aqs  fons  du  grave  à  l'aigu  ,  ne  procède  que  de 
celle  du  nombre  des  vibrations  laites  dans  un  même 
efpace  de  tems ,  par  les  cordes  ou  inflrumens  fonores 
qui  les  font  entendre  ;  &  comme,  il  eil  impoffible 
d'efrimer  d'une  autre  manière  les  rapports  de  ces  me- 
mes  Jons ,  on  les  exprime  par  ceux  des  vibrations  qui 
les  produifent.  '         *• 

On  fait  encore  ,  par  des  expériences  non  m.oins 
certaines ,  que  les  vibrations  des  cordes  ,  toutes  cho- 
fes d'ailleurs  égales  ,  font  toujours  réciproques  aux 
longueurs.  Ainfi ,  une  corde  double  d'une  autre  ,  ne 
fera  dans  le  même  tems  que  la  moitié  du  nombre  de 
vibrations  de  celle-ci,  &  le  rapport  des  fons  qu'elles 
rendront  s'appelle  octave.  Si  les  cordes  font  comme 
2  &  3, les  vibrations  feront  comme  3  &  2,&lerapport 
àQsJbns  s'appellera  ^«i«^c ,  oLc.  Foje^  au  mot  Inter- 
valles. 

On  voit  par-là,  qu'il  efl:  aifé  avec  des  chevalets 
mobiles  ,  de  former  fur  une  feule  corde  des  divifions 
qui  donnent  des  fons  dans  tous  les  rapports  poîTibles 
entre  eux ,  &  avec  la  corde  entière  ;  c'efl  le  monocor- 
de ,  dont  je  viens  de  parler,  f^oycifon  article. 

On  peut  rendre  des  fons  graves  ou  aigus  par  d'au- 
tres moyens.  Deux  cordes  de  longueur  égales  nefor- 
m.ent  pas  toujours  l'uniifon  ;  car  lî  l'une  eit  plus  grofle 
ou  moins  tendue  que  l'autre  ,  elle  fera  moins  de  vi- 
brations en  tems  égaux,  &  conféquemment  le/c/z  en 
fera  plus  grave.  Voyei  Cordes. 

C'efl  fur  ces  deux  régies  combinées  que  font  fon- 
dés ,  la  conflruftion  des  inflrumens  à  corde  tels  que 
le  clavcfTin,  &  le  jeu  des  violons  &  bafl!"es  ,  qui,  par 
un  perpétuel  &  différent  accourciffcment  des  cordes 
fous  les  doigts ,  produit  cette  prodigieufe  diverfité  de 
fons  qu'on  admire  dans  ces  inflrumens.  Il  faut  raifon- 
ncr  de  même  pour  les  inflrumens  à  vent.  Les  plus 
longs  forment  des  fons  plus  graves  fl  le  vent  efl  égal. 
Les  trous ,  comme  dans  les  flûtes  6c  haubois ,  fervent 
à  les  raccourcir  pour  faire  des  fons  plus  aigus.  En 
donnant  plus  de  vent  on  les  fut  odfavier ,  &  [es  fons 
deviennent  plus  aigus  encore.  Vojei  les  mots  Orgue, 
Flûte,  Octavîer  ,  6'c. 

Si  l'on  racle  une  des  plus  groflTes  cordes  d'une  viole 
ou  d'un  violoncelle  :  ce  qui  fe  doit  faire  plutôt  avec 
douceur  qu'avec  force  ,  &  un  peu  plus  près  du  che- 
valet qu'à  l'ordinaire  ;  en  prêtant  une  attention  fui'H- 
fante  ,  une  oreille  exercée  entendra  diftindcment, 
outre  \cfon  de  la  corde  entière  ,  au-moins  celui  de 
fon  oûave  ,  de  l'odave  de  fa  quinte  ,  &  la  double 
odave  de  îa  tierce  :  on  verra  même  trénur  ,  &:  on 
entendra  réfonner  toutes  les  cordes  montées  à  l'unil- 
fan  de  ces  fons-Ui.  Ces  fans  acecflbires  accompagnent 
toujours  un  fon  principal  quelconque  :  mais  quiind 
ce  fon  efl  aigu ,  ils  y  font  moins  fenfibles.  Onappellc 


346 


SON 


ces  fons  \ts  harmoniques  du  fort  principal  \  c'efl.par  eux 
que  M.  Rameau  prétend  que  x.o\\x.Jon  ert  appréciable, 
6l  c'ell  en  eux  qu'il  a  cherché  le  principe  phylique 
de  toute  rharmonie.   ^(;>i:{  Harmonie. 

Une  (Jiliicuité  qui  rclteroit  à  expliquer  eft  de  fa- 
voir  comment  deux  ou  plufieurs  J'ons  peuvent  être 
entendus  à  la  fois.   Lorsqu'on  entend  ,  par  exemple, 
les  AQWxfons  de  la  quinte  ,  dont  l'un  tait  deux  vibra- 
tions ,  pendant  que  l'autre  en  fait  trois  ;  on  ne  con- 
çoit pas  comment  la  même  malTe  d'air  peut  fournir 
dans  un  même  tems  ces  différens  nombres  de  vibra- 
tions, &C  bien  moins  encore  ,  quand  il  le  trouve  plus 
de  àc^w  forts  enlémblg.  Mengoli  6c  les  autres  le  ti- 
rent d'artaire  par  des  comparaifons.  Il  en  ef]:,dilent- 
ils  ,  comme  de  deux  pierres  qu'on  jette  à-ia-fois  dans 
l'eau  à  quelque  diftancc  ,  ÔC  dont  les  dift'érens  cercles" 
qu'elles  produifent ,  fc  croifent  fans  fe détruire.  M.  de 
Mairan  donne  une  explication  plus  philofophiquc. 
L'air,  félon  lui  ,  eil  diviic  en  particules  de  diveribs 
grandeurs,  dont  chacune  eft  capable  d'un  ton  parti- 
culier ,  <k.  n'elt  fufceptible  d'aucun  autre.   De  forte 
qif  à  chaque  J'on  qui  fe  forme  ,  les  particules  qui  y 
font  analogues  s'ébi-anlent  feules  ,  elles  &  leurs  har- 
moniques ,  tandis  que  toutes  les  autres  relient  tran- 
quilles juicpi'à  ce' qu'elles  foicnt  émues  à  leur  tour  par 
\qs J'ons  qui  leur  correfpondent.  Ce  lyftème  paroit 
trcs-ingénlcux  ;  mais  l'imagination  a  quelque  peine 
à  fe  prêter  à  l'infinité  de  pa-rtlcules  d'aic  différentes 
en  grandeur  &  en  mobilitc,qui  devroient  être  répan- 
dues dans  chaque  point  de  l'efpace ,  pour  être  tou- 
jours prêtes  au  beloin  à  rendre  en  tout  lieu  l'infinité 
de  tous  les  fons  poffiblcs.   Quand  elles  font  une  fois 
arri\  ces  au  tympan  de  l'oreille  ,  on  conçoit  encore 
moins  comment ,  en  les  frappant  plufieurs  enfem.ble, 
elles  peuvent  y  produire  un  ébranlement  capable 
d'envoyer  au  cerveau  la  fenfation  de  chacune  d'elles 
en  particulier.   Il  femble  qu'on  éloigne  la  difficulté 
plutôt  qu'on  ne  la  furmonte.  Mengoli  prétendoiî  al- 
ler au-devant  de  cette  dernière  objedion  ,  en  difant 
que  les  mafles  d'air  ,  chargées  ,  pour  alnlidlre,  de 
différens  J'ons ,  ne  frappent  le  tympan  que  fuccefiîve- 
ment ,  alternativement,  &l  chacune  à  fon  tour;  ians 
trop  fonger  à  quoi  ctperdant  il  occuperoit  celles 
qui  font  obligées  d'attendre  que  les  premières  aient 
achevé  leur  office. 

La  force  dujou  dépend  de  celle  des  vibrations  du 
corps  fonore;  plus  ces  vibrations  lont  grandes,  plus 
\Qfon  cil  vigoureux  &  s'entend  de  loin. 

Quand  la  corde  eft  aflez  tendue  &  qu'on  ne  force 
pas  trop  la  voix  ou  l'inftrument  ,  les  vibrations  rel- 
ient toujours  Ifochrones  ,  &  par  conféquent  le  ton 
demeure  le  même  ,  foit  qu'on  renfle  ou  qu'on  adou- 
clfl'e  \Qj'on  :  mais  en  raclant  trop  fort  la  corde  ,  en 
fouffiantou  en  criant  trop  on  peut  fciire  perdre  aux 
vibrations  l'iibchronifme  néceffalre  pour  l'identité 
du  ton  ;  &  c'eft  peut-être  la  ralfon  pourquoi,  dans 
la  mulique  françoife  ,  où  c'eft  un  grand  mérite  de 
bien  crier;  on  clt  plus  fujct.à  chanter  faux  que  dans 
l'italienne  ,  où  la  voix  fe  modère  plus  fagement. 

La  vitefîc  ànfon  ^  qui  fembleroit  devoir  dépendre 
de  fa  force  ,  n'en  dépend  point.  Cette  viteffe  eft  tou- 
jours égale  èc  confiante  ,  ii  elle  n'eft  pi-écipiîée  ou 
retardée  par  ces  altérations  de  l'air  :  c'eft-à-dire  que 
le  J'on,  fort  ou  foible  ,  fera  toujours  la  même  quan- 
tité de  chemin  ,  &  qu'il  parcourra  toujours  dans  deux 
fécondes  le  double  de  l'efpace  qu'il  aura  parcouru 
dans  une.  Au  rapport  de  Halley  &  de  Flamftead  , 
Ic/o/z  parcourt  en  Angleterre  1070  pies  de  France 
en  une  féconde.  Le  père  Merfene  &  Galfendi  ont 
aflùré  que  le  vent ,  favorable  ou  contraire  ,  n'accc- 
léroit  ni  ne  retardoit  IvJ'on  ;  depuis  les  expériences 
que  Dcrhamëc  l'académie  des  fciences  ont  faites  fur 
ce  iùjet ,  cela  paffe  pour  une  erreur.  . 

Sans  ralentir  la  marche ,  le  J'on  s'affciJjlit  en  s'éten- 


SON 

dant ,  &  cet  afFolbliffement ,  fi  la  propagation  eft  li- 
bre, qu'elle  ne  foit  gênée  par  aucun  ojftacle  ,  ni  dé- 
rangée par  le  vent ,  fuit  ordinairement  la  raifon  des 
quarrés  des  diftanccs. 

Quant  i\  la  différence  qui  fe  trouve  encore  entre 
les  J'ons  par  la  qualité  du  timbre  ,  il  eft  évident 
qu'elle  ne  tient  ni  au  degré  de  giv.V'té  ,  ni  même  à 
celui  de  force.  Un  hautbois  aura  beau  fc  mettre  exa- 
dlement  à  l'uniflon  d'une  flûte,  il  aiu-a  beau  radoucir 
le  fon  au  même  degré  ,  lej'on  de  la  flûte  aura  tou- 
jours je  ne  fai  quoi  de  doux  &L  de  moelleux  , 
celui  du  hautbois  je  ne  fa:  quoi  'le  ftc  6c  d'aigre,  oui 
empêchera  qu'on  ne  puille  jamais  les  confondre. 
Que  dirons-nous  des  diffcrens  timbras  des  voix  de 
même  force  &  de  même  portée  }  ch;,cuji  eft  juge  de 
la  variété  prodigieufe  qui  s'y  trouve.  Cependant, 
perfonne  que  je  lâche  n'a  encore  exaniiné  cette  par- 
tie, qui  peut  être  ,  aufii-biîa  que  les  autres  ,  fe  trou- 
vera avoir  fcs  dlfticultés  :  car  la  qualité  de  timbre  ns 
peut  dépendre  ,  ni  du  nombre  de  vibrations  qui  font 
le  degré  du  grave  à  l'aigu  ,  ni  de  la  grandenr  ou  delà 
force  de  ces  mêmes  vibrations  qui  fait  le  degré  du 
fort  au  foible.  Il  faudra  donc  trouver  dlins  les  corps 
fonores  une  troilieme  modiiication  différente  de  ces 
deux,  pour  expliquer  cette  dernière  propriété;  ce  qui 
ne  me  paroit  pas  une  choie  trop  ailée  ;  il  faut  recou- 
rir aux  principes  d'acoujliquc  de  M.  Diderot,  u  Ton 
veut  approfondir  ceive  matière. 

Les  trois  qualités  principales  dont  je  viens  de  par- 
ler ,  entrent  toutes ,  quolqu'en  différentes*  propor- 
tions ,  dans  l'objet  de  la  mulique  ,  qui  eft:  en  général 
le  fon  modifié. 

En  effet ,  le  compofiteur  ne  conftdere  pas  feule- 
ment fi  les  fons  qu'il  emploie  doivent  être  haïus  ou 
bas ,  graves  ou  aigus  ,  mais  s'ils  doivent  être  forfs  ou 
foibhs  ,  aigres  ou  doux  ;  &  il  les  dlftribuc  à  différens- 
inftrumens  ,  en  récits  ou  en  chœurs  ,  aux  extrémités 
ou  dans  le  médium  des  voix,  avec  des  doux  ou  des- 
forts ,  félon  les  convenances  de  tout  cela.  Mais  il  elt 
Certain  que  c'eft  uniquement  dans  la  comparaifon 
desjl-ns  de  l'aigu  au  grave  que  confifte  touî'e  la  fcien- 
ce  harmonique.    De  forte  que  ,  comme  le  nombre 
des  fons  eir  iiifini ,  on  pourroit  dire  en  ce  fens  que 
cette  même  icicnce  eft  infinie  daniion  objet. 
On  ne  conçoit  point  de  bornes  néceflaires  à  l'étendue 
des  fons  du  grave  H  l'aigu  ;  &  quelque  petit  que  pinftè 
êtrei'intervaUe  qui  eft  entre  deuxyo«5,on  le  concevra 
toujours  dlvifible  par  untioiiieme/fjn.  Mais  la  nature 
&  l'art  ont  également  concGia"u  à  limiter  cette  infi- 
nité prétendue  par  rapport  à  la  pratique  de  la  mufi- 
que.   D'abord  ,  il  eft  certain  qu'on  trouve  bientôt 
dans  les  inftrumens  les  bornes  desyô/î5,tant  au  grave 
qu'à  l'aigu  ;  alongez  ou  racourciiTe/.  à  un  certain  point 
une  corde  fonore  ,  elle  ne  rendra  plus  de  J'on:  on  ne 
peut  pas  non  plus  augmenter  ou  diminuer  à  difcré- 
tion  la  capacité  d'une  flûte  ni  fa  longueur  ;  il  y  a  des 
limites  au-delà  delquelles  elle  ne  rélonne  plus.  L'inf- 
piration  a  aufti  fes  lois  ;  trop  foible  ,  la  flûte  ne  rend 
point  de  fon  ;  trop  forte  à  un  certain  point ,  elle  ne 
fait  plus  ,  de  même  que  la  corde  trop  courte  ,  qu'un 
cri  perçant  qu'il  n'eft  paspoffible  d'apprécier.  Enfin, 
c'eft  une  chofe  inconteftable  par  l'expérience  ,  que 
tous  les  fons  fenfibles  font  renfermés  dans  des  limi- 
tes au-delà  defquelles,  ou  trop  graves  ou  trop  aigus, 
ils  ne  fo*  plus  apperçus  ,  ou  deviennent  inapprécia- 
bles. M.  Euler  a  même ,  en  quelque  façon  ,  fixé  ces 
limites  ;  &  ,  félon  fes  expériences  &  fon  calcul  rap- 
portés par  M.  Diderot ,  tous  les  fons  fenfibles  font 


1 K  »* 


compris  entre  les  nombres  ■^o6z-j'^p-;c  elt-a-ciu-e  que, 
félon  ce  favant  auteur ,  le  fon  le  plus  grave  apprécia- 
ble à  notre  oreille,  fait  trente  vibrationspar  féconde, 
&  le  plus  aigu  7552  vibrations  dans  le  même  tems; 
.intervalle  qui  renferme  près  de  huit  octaves. 

D'un  autre  côté ,  on  voit  par  la  génération  har- 


SON 

monîque  Ae^fons,  que  parmi  tous  lesyô/7ipoi1îbîesîI 
n'y  en  a  qu'un  très  -  petit  nombre  qui  puiffent  être 
admis  dans  un  bon  fy  fïème  de  nuilique  ;  car  tous  ceux 
qui  ne  forment  pas  des  conlonances  avec  les^w/^î  fon- 
damentaux, ou  qui  ne  naiflcnt  pas  médiatement  ou 
immédiatement  des  différences  de  ces  confonances  , 
doivent  être  profcrits  du  fyilème  ;  voilà  pourquoi 
quelque  parfait  que  puiffe  être  aujourd'hui  notre  fy{- 
tème  de  mufique  ,  il  eft  pourtant  borné  à  i  2. /o«5  feu- 
lement dans  l'étendue  d'une  oûave ,  defquels  douze 
toutes  les  autres  oftaves  ne  contiennent  que  des  ré- 
pliques. Que  fi  l'on  veut  compter  toutes  ces  répli- 
ques pouf  autant  Atfons  différens ,  en  les  multipliant 
par  le  nombre  d'oftaves  auquel  eft  bornée  l'étendue 
des  fons  fenfibles  ,■  on  trouvera  96  en  tout  pour  le 
plus  grand  nombre  defons  praticables  dans  notre  mu- 
fique fur  un  même  Jon  fondamental. 

On  ne  pourroit  pas  évaluer  avec  la  même  précifion 
le  nombre  as  fins  praticables  dans  l'ancienne  mufi- 
que :  car  les  Grecs  formoient ,  pour  ainfi  dire  ,  autant 
de  fyflème  de  mufique  qu'ils  avoient  de  manières 
différentes  d'accorderleurs  tétracordes.  Il  paroît  par 
la  lefture  de  leurs  traités  de  mufique,  que  le  nombre 
de  ces  manières  étoit  grand,  &  peut-être  indétermi- 
né. Or  chaque  accord  particulier  changeoit  les  fins 
de  la  moitié  du  fyflème  ,  c'efl-à-dire  ,  des  deux  cor- 
des mobiles  de  chaque  tétracorde.  Ainfi  l'on  voit 
bien  ce  qu'ils  avoient  de  fins  dans  une  feule  manière 
d'accord,  c'efl-à-dire ,  feize  feulement;  mais  on  ne 
peut  pas  calculer  au  jufle  combien  ce  nombre  devoit 
fe  multiplier  dans  tous  les  changemens  de  mode ,  & 
dans  toutes  les  modifications  de  chaque  genre ,  qui  in- 
troduifbient  de  nouveaux  fins. 

Par  rapport  à  leurs  tétracordes  ,  les  Grecs  dlflin- 
guoient  les  fins  en  deux  clafi'es  générales  ;  favoir  ,  les 
fins  fiables  &  permancns  ,  dont  l'accord  ne  chan- 
geoit jamais  ,  &  qui  étolent  au  nombre  de  huit  ;  & 
lesyc»/2^ mobiles,  dont  l'accordchangeoit  avec  le  genre 
&  avec  l'efpece  du  genre  :  ceux-ci  étolent  aulîi  au 
nombre  de  huit ,  &  même  de  neuf  &  de  dix  ,  parce 
qu'il  y  en  avoit  qui  fe  confondoient  quelquefois  avec 
quelques-uns  des  précédens  ,  &  quelquefois  s'en  fé- 
paroient  ;  ces  fins  mobiles  étolent  les  deux  moyens 
de  chacun  des  cinq  tétracordes.  Les  huits  Jons  im- 
muables étolent  les  deux  extrêmes  de  chaque  tétra- 
corde ,  &  la  corde  proflambanomene.  Foye:^  tous  ces 
mots. 

Ils  divifoient  de-rechef  lesyorai  fiables  en  deux  ef- 
peces  ,  dont  l'une  s'appelloit  Joni  apieni ,  &  conte- 
noit  trois  fins  ;  favoir ,  la  proflambanomene ,  la  nete 
fynnéménon ,  &  la  nete  hyperboleon.  L'autre  efpe- 
ce  s'appelloit  Jbni  baripieni ,  &  contenoit  cinq  (ons^ 
l'hypate  hypaton  ,  l'hypate  mefon ,  la  mefe  ,  la  pa- 
ramefe  ,  &  la  nite  drezeugnumenon.  Foye[  ces  mots. 

hesfins  mobiles  fe  fubdivifbient  pareillement  en 
fini  mefipieni ,  qui  étolent  cinq  en  nombre  ;  favoir , 
le  fécond  &  montant  de  chaque  tétracorde  ,  &  en 
cinq  autres  fins  appellésyô;z/  oxipieni ,  qui  étolent  le 
troifieme  en  montant  de  chaque  tétracorde.  Foyei 
TÉTRiïcoRDE,  Système,  Genre,  &c. 

A  l'égard  des  douze  fins  du  fyflème  moderne,  l'ac- 
cord n'en  change  jamais  ,  &  ils  font  tous  immobiles. 
Broffard  prétend  qu'ils  font  tous  mobiles  ,  fondé  fur 
ce  qu'ils  peuvent  être  altérés  par  dièfe  ou  par  bémol; 
mais  autre  chofe  efl  de  fubftituer  un  fin  à  un  autre, 
&  autre  chofe  d'en  changer  l'accord.  (>S) 

Sons  harmoniques,  ou  Sons  flutés,  font 
une  qualité  fmguliere  de  fons  qu'on  tire  de  certains 
inflrumens  à  corde  ,  tels  que  le  violon  &  le  violon- 
celle ,  par  un  mouvement  particulier  de  l'archet ,  & 
en  appuyant  très-peu  le  doigt  fur  certaines  divifions 
de  la  corde.  Ces  fins  font  fort  dlft'ércns  ,  pour  le  de- 
gré &  pour  le  timbre,  de  ce  qu'ils  ieroiont  fl  l'on 
appuyoït  tout-H-fait  le  doigt.  Ainfi  ils  donneront  la 
Tome  XF, 


SON 


347 


quinte  quand  ils  devroient  donner  la  tierce  ,  !a  tierce 
quand  ils  devroient  donner  la  quarte  ,  &c.  &  pour  le 
timbre  ,  ils  font  beaucoup  plus  doux  que  ceux  qu'on 
tire  à  plein  de  la  même  corde  ,  en  la  falfant  porter 
fur  la  touche  ;  c'eft  pourquoi  on  les  a  appelles  fins 
fiâtes.  Il  faut  pour  en  bien  juger,  avoir  entendu  M. 
Mondonville  tirer  fur  fon  violon,  ou  le  fieur  Ber- 
taud  fur  fon  violoncelle ,  une  fuite  de  ces  beauxyè«5. 
En  gliffant  même  le  doigt  légèrement  de  l'aigu  au 
grave  ,  depuis  le  milieu  d'une  corde  qu'oil  touche  en 
même  tems  de  l'archet ,  on  entend  diflinôement  une 
fucceffion  de  ces  mômes  fins  du  grave  à  l'aigu  ,  qui 
étonne  fort  ceux  qui  n'en  connoifîent  pas  la  théorie» 

Le  principe  fur  lequel  efl  fondée  la  règle  des  fins 
harmoniques ,  efl  qu'une  corde  étant  divilée  en  deu?£ 
parties  commenlllrables  entre  elles ,  &  par  confé- 
quent  avec  la  corde  entière  ,  li  l'obflacle  qu'on  met- 
tra au  point  de  diviflon ,  n'empêche  qu'imparfaite- 
ment la  communication  des  vibrations  d'une  partie 
à  l'autre  ;  toutes  les  fois  qu'on  fera  fonner  la  corde 
dans  cet  état ,  elle  rendra  non  \efin  de  la  corde  en» 
tiere ,  mais  ce]ui  de  la  plus  petite  partie  fi  elle  mefure 
l'autre ,  ou  fi'elle  ne  la  mekire  pas  ,  \efin  de  la  plus 
grande  aliquote  commune  à  ces  deux  parties.  Qu'on 
divife  donc  une  corde  6  en  deux  parties  4  &  2,  le 
fin  harmonique  réfonnera  parla  longueur  de  la  petite 
partie  2  qui  efl  aliquote  de  la  grande  partie  4  ;  mais 
fl  la  corde  5  efl  divifée  félon  i  &  3  ,  comme  la  pe- 
tite partie  ne  mefure  pas  la  grande  ,  \efin  harmonique. 
ne  rélonnera  que  félon  la  moitié  i  de  la  petite  par- 
tie ;  laquelle  moitié  efl  la  plus  grande  commune  me- 
fure des  deux  parties  3  &  2  ,  &  de  toute  la  cor- 
de 5. 

Au  moyen  de  cette  loi  qui  a  été  trouvée  fur  les  ex- 
périences faites  par  M.  Sauveur  à  l'académie  des 
Sciences ,  &  avant  lui  par  Wallis,  tout  le  merveilleux 
dilparoît  :  avec  un  calcul  tres-fimple  ,  on  affigne  pour 
chaque  degré  le  fin  harmonique  qui  lui  répond  :  ÔC 
quant  au  doigt  glilfé  le  long  de  la  corde  ,  on  n'y  voit 
plus  qu'une  fuite  de  fons  haimoniqucs^  qui  fe  fucce- 
dent  rapidement  dans  l'ordre  qu'ils  doivent  avoir  fé- 
lon celui  des  divifions  fur  lefquelles  onpafTe  fuccefïi- 
vement  le  doiot. 

Voici  une  table  de  ces  fons  qui  peut  en  faciliter  la 
recherche  à  ceux  qui  défirent  de  les  pratiquer.  Cette 
table  indique  les  fins  querendroient  les  divifions  de 
rinllrument  touchées  à  plein ,  &  les  fins  flùtés  qu'on 
peut  tirer  de  ces  mêmes  divifions  touchées  harmo- 
niquement. 

Table  des  fons  harmoniques.  La  corde  entière  à  vui- 
de ,  donne  l'uniffon. 

La  tierce  mineure  ,  donne  la  dix-neuvieme  ou  la 
double  oftave  de  la  quinte. 

La  tierce  majeure ,  donne  la  dix-feptieme  ou  la 
double  odlave  de  la  tierce  majeure. 

La  quarte,  donne  la  double  oftave. 

La  quinte ,  donne  la  douzième  ,  ou  l'oftave  de  la 
même  quinte. 

La  fixte  mineure  ,  donne  la  triple  o£lave. 

La  fixte  majeure ,  donne  la  dix-feptieme  majeure, 
ou  la  double  o£lavc  de  la  tierce. 

L'odave,  donne  l'oftave. 

Après  la  première  o£lave  ,  c'efl  à-dire ,  depuis  le 
milieu  de  la  corde  jufque  vers  le  chevalet,  où  l'on 
retrouve  les  mêmes  fins  harmoniques  répétés  dans  le 
même  ordre  furies  mêmes  divifions  i  ,  c'ell-à-dire, 
la  dix-neuvieme  fur  la  dixième  mineure  ;  la  dix- 
feptieme  fiir  la  dixième  majeure,  &c. 

Nous  n'avons  fait  dans  cette  table  aucune  mention 
des  fins  harmoniques  relatifs  A  la  féconde  &  à  la  fep- 
tieme  ;  premièrement ,  parce  que  les  divifions  qui 
les  donnent,  n'ayant  entre  elles  que  des  aliquotes 
fort  petites  ,  les  fins  en  deviendroient  trop  aigus  pour 
être  agréables  à  l'oreille ,  ÔCtrop  difficiles  à  tirer  par 

X-\  ij 


348 


SON 


un  coup  d'archet  convenable  :  &c  clc  plus ,  parce  qu'il 
taudroit  entrer  dans  des  loudivilions  trop  étendues, 
qui  ne  peuvent  s'admettre  dans  la  pratique  :  car  le 
Jbn  harmonique  du  ton  majeur  leroit  la  vingt-troilie- 
me  ,  ou  la  troiùeme  odlavc  de  la  féconde  ,  &  l'har- 
monique du  ton  mineur  leroit  la  vingt-quatriemc  ou 
la  troilitme  o£lave  de  la  tierce  majeure.  xMais  quelle 
cil  l'oreille  allez  fine  &  la  nialn  aile/,  juftc  ,  pour  pou- 
voir dillinguer  tk;  toucher  à  t'a  volonté  un  ton  majeur 
ou  un  ton  mineur  ?  (  >i  ) 

Son  ,  (  Commerce.  )  on  fait  que  c'cft  la  peau  des 
grains  moulus  féparée  de  la  farine  par  le  moyen  du 
blutoir  ,  du  las ,  ou  du  tamis.  Les  Amidonniers  fe  fer- 
vent àwfon  de  froment  pour  faire  leur  amidon ,  qui 
n'ell  autre  chofe  que  la  fécule  qui  reÛc  au  fond  des 
tonneaux  où  ils  ont  mis  Wfon  tremper  avec  de  l'eau. 
Les  Teinturiers  mettent  \q  fon  au  nombre  des  dro- 
gues non  colorantes  ,  parce  que  de  lui-même  il  ne 
peut  donner  aucune  couleur  ;  c'efl:  avec  \Qjon  qu'ils 
font  les  eaux  sûres  ,  dont  ils  fe  fervent  dans  la  prépa- 
ration de  leurs  teintures.  {D.  J.) 

Son  ,  (  Littérature.  )  les  anciens  fe  frottoicnt  de 
J'on  dans  leurs  cérémonies  lullrales  ;  ils  en  uioient 
aulîi  dans  leurs  cérémonies  magiques ,  principale- 
ment quand  ils  vouloient  infpirer  de  l'amour.  Nous 
lifons  dans  le  prophète  Baruch  ,  c  vj.  verf.  42.  que 
les  femmes  de  Chald^e  afiifes  dans  les  rues  y  brù- 
loicnt  diijon  à  ce  deffein.  Il  eft  vrai  qu'il  y  a  dans  la 
vuli^ate  Jitccendcrites  ojj'a  oiivarum ,  brillant  d  es  noy  aux 
d  otive.  L'auteur  de  la  vulgate  liloit  probablement 
ici ,  Ta/  TViicTaç ,  expreiTion  qui  en  effet  fignifie  {^Athén. 
l.  II.  )  nayaux  d'olive  brûlés  ;  mais  il  eft  certain  qu'il 
y  a  dans  le  texte  t»  Tr/Tcpot  ,  mot  qui  fignifie  du  J'ori. 
Théocrite  dans  fa  Pharmaceutrie  ,  nous  fournit  en- 
core un  exemple  de  cet  ufage  ;  l'enchantereffe  Simé- 
the ,  après  avoir  effayé  de  plufieurs  charmes  pour 
enflammer  le  cœur  de  fon  amant  ;  je  vais  mainte- 
nant briller  du  fon  ,  J'iJcrw  mTopa  ;  &  elle  ajoute 
vers  la  fin  de  l'Idylle  ,  qu'elle  a  appris  ce  fecret  d'un 
aflyrien.  (D.J.) 

SONATE  ,  f.  f.  en  Miijtque  ,  eft  une  pièce  de  mu- 
fique  purement  Inftrumentale ,  compoiée  de  quatre 
ou  cinq  morceaux  de  carafteres  différens.  hajbnate 
eft  à-peu-près  par  rapport  aux  inftrumens ,  ce  qu'eft 
la  cantate  par  rapport  aux  voix. 

La.  fonate  eft  faite  ordinairement  pour  un  feul  in- 
ftrument  qui  récite  accompagné  d'une  bafte  continue  ; 
&  dans  une  telle  compofuion  ,  on  s'attache  à  tout 
ce  qu'il  y  a  de  plus  favorable  pour  faire  briller  l'in- 
ftrument  pour  lequel  on  travaille  ;  foit  par  la  beauté 
des  chants,  foit  par  le  choix  des  fons  qui  convien- 
nent le  mieux  à  cette  efpece  d'inftrument ,  foit  par 
la  hardiefle  de  l'exécution.  Il  y  a  aufli  desfonates  en 
trio  ;  mais  quand  elles  partent  ce  nombre  de  parties , 
elles  prennent  le  nom  de  concerto.  Voyez  ce  mot. 

Il  y  a  plufieurs  différentes  fortes  de  fanâtes  ;  les 
Italiens  les  réduifent  à  deux  clpeces  principales  ; 
l'une  qu'ils  appellent /ô/Mf^  da  caméra  .,  fonate  de 
chambre  ,'  laquelle  eft  ordinairement  compofée 
de  divers  morceaux  faits  pour  la  danfe  ;  tels  à-peu- 
près  que  ces  recueils  qu'on  appelle  en  France  des 
fuites  ;  l'autre  efpece  eu  a^\^i:\\àe  fonate  da  c/iie:^a  , 
fonatesd^ii^ïiiiiy  dans  la  compolition  delquelles  il  doit 
entrer  plus  de  gravité,  6c  des  chants  plus  convena- 
bles à  la  dignité  du  lieu.  De  quelque  efpece  que  foient 
Itsfonates ,  elles  commencent  communément  par  un 
adagio  ,  &  après  avoir  |)affé  par  deux  ou  trois  mou- 
veniens  différens ,  finiflent  par  un  allegro. 

Aujourd'hui  que  les  inftrumens  font  la  partie  la 
plus  cifentiellc  de  la  mufique  ,  les  fonutcs  font  extrê- 
mement à  lajnode ,  de  même  que  toutes  les  eipeces 
de  fyinphonies  ;  le  chant  des  voix  n'en  eft  guère  que 
l'acceffoire.  Nous  ionimes  redeval)les  de  ce  mauvais 
goût  à  ceux  qui  voulant  introduire  le  tour  de  la  mu- 


SON 

fjque  italienne  dans  une  langue  qui  ne  faurolt  le 
comporter  ,  nous  ont  obligé  de  chercher  à  faire  avec 
les  inftrumens  ce  qu'il  nous  étoit  impoflible  de  faire 
avec  nos  voix.  J'oie  prédire  qu'une  mode  fi  peu  na- 
turelle ne  durera  pas  ;  la  Mufique  eft  un  art  d'imita- 
tion ;  mais  cette  imitation  eft  d'une  autre  nature  que 
celle  de  la  Poéfie  &L  de  la  Peinture  ;  &  pour  la  fentir 
il  faut  la  préfence  ou  du-moins  l'image  de  l'objet 
imité  ;  c'eft  par  les  paroles  que  cet  objet  nous  eft 
préfente  ;  &  c'eft  par  les  fons  touchans  de  la  voix 
humaine,  jointe  aux  paroles,  que  ce  même  objet 
porte  jufque  dans  les  cœurs  le  fentiment  qu'il  doit 
y  produire.  Qui  ne  fent  combien  la  mufique  inftru- 
montale  eft  éloignée  de  cette  ame  &  de  cette  éner- 
gie? Toutes  les  folies  du  violon  de  Mondonville 
m'attendriront-elles  jamais  comme  deux  fons  de  la 
voix  de  M"^  le  Maure  ?  Pour  favoir  ce  que  veulent 
dire  tous  ces  fatras  àefonatcs  dont  nous  fommes  ac- 
cablés ,  il  faudroit  faire  comme  ce  peintre  groftier 
qui  étoit  obligé  d'écrire  au-deffous  de  fes  figures , 
C'efl  un  homme  ,  c'f/Z  un  arbre ,  ceft  un  bœuf.  Je  n'ou- 
blierai jamais  le  mot  du  célèbre  M.  de  Fontenelle  , 
qui  fe  trouvant  à  un  concert,  excédé  de  cette  fym- 
phonle  éternelle ,  s'écria  tout  haut  dans  un  tranfport 
d'impatience  ,  fonate  ,  que  me  veux-tu  .<*  (  5  ) 

SONCHUS  ,  f.  m.  (  Botan.  )  on  nomme  commu- 
nément en  françois  ce  genre  de  plante  laiteron ,  &  en 
anglois  the  fow-thijlle.  Tournefort  en  diftingue  douze 
eipeces,  &  le  genre  a  été  caraûérifé  au  mot  Laite- 
ron. (D.J.) 

SONCINO  ,  (  Géog.  moi.  )  petite  ville  d'Italie, 
dans  le  Crémonois ,  fur  la  droite  de  TOglio  ,  à  fept 
lieues  au  fud-oueft  de  Crémone.  Long.  27.  20.  latit^ 
45.^3.  {D.J.) 

S  O  N  D  ,  (  Géographie.  )  eft  un  nom  qu'on  donne 
par  diftinftion  au  fameux  détroit  par  où  la  mer  Ger- 
manique communique  à  la  mer  Baltique. 

Il  eft  fitué  entre  l'île  de  Zélande  &  la  côte  de  Slho* 
nen  ;  il  a  environ  16  lieues  de  long  &  5  de  large  , 
excepté  auprès  du  fort  de  Cronimberg  ,  où  il  n'en  a 
qu'une  ;  de  forte  que  les  vaifleaux  ne  peuvent  pafler 
que  fous  le  canon  de  ce  fort. 

Cela  a  donné  lieu  aux  Danois  de  mettre  un  impôt 
fur  tous  les  vaifleaux  ,  &  on  prétend  que  c'eft  un  des 
plus  beaux  revenus  de  la  couronne  de  Danemarck: 
&  depuis  ,  ils  empêchent  les  pilotes  de  paflTer  par  le 
petit  ou  le  grand  Belt ,  qui  font  deux  autres  paffages, 
de  la  mer  Baltique,  quoiqu'un  peu  moins  commodes 
que  le  Sond. 

Toutes  les  Nations  qui  trafiquent  dans  cette»  par- 
tie du  nord ,  font  fujettes  à  ce  droit  ;  cependant  les 
Suédois  en  étoient  exempts  par  le  traité  de  1644  : 
mais  ce  privilège  leur  a  été  ôîé  par  le  traité  de  1720, 
qui  les  a  remis  au  niveau  de  leurs  voifins. 

Par  le  traité  de  Spire,fait  entre  les  Danois  &  Char- 
les-Quint ;  le  droit  de  paffage  fut  fixé  à  deux  nobles 
à  la  rofe  pour  un  vaiflTeau  de  deux  cens  tonneaux  ; 
cependant  en  1640  cet  impôt  fut  augmenté  jufqu'à 
500  rixdales. 

La  connivence  de  Jacques  I  ,  roi  d'Angleterre , 
qui  époufa  une  princeflTe  de  Danemarck,  &  les  guer- 
res que  les  Hollandois  ont  été  contraints  de  faire 
pour  leur  liberté  ,  ont  donné  lieu  à  une  exa£lion  fi. 
confidérable  ;  depuis  bien  des  années  ce  droit  a  été 
remis  fur  un  pié  plus  modéré. 

Cromuel  avoit  réfolu  d'enlever  ce  paiTage  aux 
Danois  ,  &  il  y  auroit  réulfi  fans  doute ,  s'il  n'étoit 
pas  mort ,  auparavant  que  la  flotte  qu'il  y  envoya 
pour  cet  effet  fut  arrivée. 

L'origine  eft  le  progrès  de  cet  impôt  (  qui  d'une 
petite  contribution  volontaire  que  les  Marchands 
pay oient  pour  entretenir  des  fanaux  dans  certains 
endroits  de  la  côte,  &  dont  le  roi  de  Danemarck  n'é- 
toit que  le  tréforier  6c  le  dépofitaire ,  devint  à  la  Ion- 


SON 

gue  un  pefant  fardeau  pour  le  commerce,  aufTi-bîen 
qu'une  cfpece  de  reconnoifTance  fervile  de  fa  fouvc- 
raineté  ùir  ces  mers  )  eil  rapportée  dans  Vlûjloirc  de 
Dancmarck  ,  ch.  nj. p.  "•  ^'/èy. 

SONDARI ,  f.  m.  {Botan.  exot.)  nom  qu'on  donne 
chez  les  iMalabares ,  à  l'arbrifTcau  de  leur  pays  que 
les  Botaniiîes  appellent  frutex  indiens  ,  baccifa ,  jio- 
rihis  umbdlatii  ^  fruclu  utra-cocco.  (D.J.^ 

SONDBACH,  {Gcog.  mod.)  communément  S and- 
bith ,  gros  bourg  à  marche  d'Angleterre ,  dans  Ches- 
hire  ,  fur  une  hauteur.  {D.  /.) 

SONDE  ,  DÉTROIT  DE  LA ,  {Gêog.  mod.)  détroit 
célèbre  de  la  mer  des  Indes  ,  entre  les  îles  de  Suma- 
tra &  de  Java ,  fous  les  5  &  6  degrés  de  latitude  mé- 
ridionale. {D.J.) 

Sonde  ,  îles  de  la  ,  (  Géog.  mod.  )  îles  de  la  mer 
des  Indes  ,  fituées  autour  de  l'équateur  ,  &  au  cou- 
chant (ies  Mohiques.  Elles  s'étendent  depuis  le  S 
di:g.  de  latit.  fept.  jufqu'au  8  de  Ut.  mérid.  &  depuis 
le  1^8.  dcg.  de  Long,  jufqu'au  168.  Les  pi-incipales  de 
ces  îles  font  Sumatra ,  java  6c  Bornéo  ;  leurs  peuples 
tiennent  beaucoup  du  naturel ,  de  la  façon  de  vivi-e, 
&  du  langage  de  ceux  de  la  terré-ferme  de  Malaca , 
ce  qui  fait  conjecturer  qu'elles  ont  été  peuplées  par 
les  Malayes.  Les  Hollandois  font  le  principal  com- 
merce de  ces  îles.  (Z>.  /.) 

Sonde  ,  f  f.  (^Machine  kydraul.')  la  fonde  dont  on 
fe  fert  pour  fonder  un  terrein  dans  l'eau  ,  efl  tantôt 
une  perche  de  bois  qu'on  divile  en  pies  ,  au  bout  de 
laquelle  on  fcelle  un  poids  de  plomb  convenable  fi 
ie  courant  de  l'eau  le  demande  ;  tantôt  c'eil  un  bou- 
.et  de  canon  attaché  au  bout  d'une  corde,  divilée  pa- 
reillement par  pies  ;  par  ce  moyen  on  levé  le  profil 
de  la  rivière. 

Vonr  fonder  au-defTous  de  l'eau  le  gravier  ou  le  fa- 
ble qu'on  y  trouve  ,  &  examiner  où  commence  le 
terrein  folide  ,  on  emploie  une  autre ^efpecede/ô/zi^c. 

Cette  fonde  eu  de  fer,  elle  a  en  tête  pour  couron- 
nement un  gros  anneaux  ,  au-travers  duquel  on  paf- 
fe  le  bras  d'une  tarière  pour  la  tourner.  Elle  a  au- 
dcffus  une  tête  pour  pouvoir  la  battre  &  la  faire  en- 
trer jufqu'à  un  fond  de  confiflance  qu'on  a  trouvé 
au-deffous  du  gravier  ;  &  en  la  tournant  à  plufieurs 
feprifes  ,  elle  emporte  dans  les  barbelures  quelques 
échantillons  du  terrein  de  confiflance  qu'elle  a  ren- 
:onîré ,  par  où  l'on  juge  de  la  nature  de  ce  terrein. 

Il  y  a  àes  fondes -pour  la  conllruftion  des  ponts, 
qui  font  encore  faites  d'une  autre  manière. 

Elles  ont  une  petite  poche  au  bout  en  forme  de 
:oqui!le  de  limaçon  ,  laquelle  ne  prend  pas  du  fable 
en  la  tournant  d'une  certaine  façon  ,  mais  prend  du 
terrein  au-deffous  du  fable  oii  on  la  pouffe  ,  en  la 
tournant  d'un  autre  fcns  :  ces  fortes  de /oWm  pour 
être  plus  fïires ,  doivent  être  toutes  d'une  pièce. 

Quand  le  gravier  efl  trop  gros  ,  &  qu'il  s'y  ren- 
contre de  gros  cailloux  ,  que  les  fondes  ordinaires  ne 
peuvent  écarter  ,  pour  lors  on  fe  fert  d'un  gros  pieu 
de  chêne  arrondi ,  de  5  ou  6  pouces  de  diamètre ,  fui- 
vant  la  profondeur  du  terrein  &  la  rapidité  de  l'eau  ; 
on  arme  ce  pieu  d'une  lardoire  au  bout  pour  pou- 
voir écarter  les  cailloux  ,  &  d'une  frète  ou  chape- 
ron à  la  tête  pour  pouvoir  rcfifter  aux  coups  de  la 
mafîiie  avec  laquelle  on  enfonce  la  fonde.  (Z>.  7.) 

Sonde  de  terre,  infirument  très -vanté  pour 
pénétrer  profondcnient  dans  les  entrailles  de  la  ter- 
re, connoîlre  la  nature  des  lits  qui  la  compofent,  & 
trouver  des  eaux.  Le  détail  des  opérations  faites  pour 
forer  la  fontaine  du  fort  de  Saint-François,  commen- 
cées le  8  Mai,  &c  achevées  le  a  Août  1751  ,  nous 
informeront  &  du  méchanifine  de  cette  fonde  ,  de 
fon  ufage  &  de  fon  utilité. 

L'emplacement  de  la  fontaine  étant  déterminé,  on 
fit  une  excavation  de  i  z  pies  de  diamètre  par  le  haut 
réduite  à  8  pies  par  le  bas ,  &  de  4  pies  de  profon- 


■SON  349 

deur.  On  s'apperçut  que  la  nature  du  terrein  annoft- 
çoit  un  fable  bouillant  qui  devient  très-liquide  aufîl- 
tôt  qu'il  ell:  découvert.  Il  fe  rencontre  ordinairement 
dans  toute  la  Flandres  à  5  ,  6  ou  7  plés  de  profon- 
deur. On  fit  promptement  au  centre  de  ce  déblai  une 
ouverture  de  18  pouces  en  quarré  ,  &  d'environ  2 
pies  de  profondeur  ;  on  y  fit  entrer  le  premier  cof- 
fre. Ces  coffres  font  formés  par  un  affemblage  de  qua* 
tre  planches  de  bois  d'orme  de  16  à  18  pouces  de 
largeur  ,  (  Foy.  lesfg.  )  de  2  à  3  pouces  d'épaiffeur , 
&  de  8  ,  9  ou  10  pouces  de  longueur  au  plus.  Ces 
quatre  planches  doivent  lailfer  entr'elles  un  vuide  de 
1 2  pouces  en  quarré ,  &  être  pofées  de  façon  que  la 
largeur  de  l'une  recouvre  alternativement  l'épaiffeur 
de  l'autre.  F^ar  cet  arrangement  ,  l'effort  que  la 
terre ,  le  fable ,  &  les  cailloux  font  en-dedans  du  cof- 
fre  ,  &  qui  tend  à  les  écarter  ,  trouve  une  réfiflancê 
qu'il  ne  peut  furmonter  qu'en  faifant  plier  tous  les 
clous  qui  les  affemblent  ;  on  fe  contente  dans  le  pays 
de  clouer  deux  planches  larges  fur  deux  étroites. 
On  a  vu  fouvent  réfulter  de  grands  inconvéniens 
de  cette  méthode  ;  celle  qu'on  a  fuivie  doit  paroître 
préférable  ;  on  arrange  d'abord  trois  planches ,  com* 
me  il  a  été  dit  ci-defllis.  Puis  on  les  cloue  l'une  fui* 
l'autre  de  8  en  8  pouces  avec  des  clous  barbés  de  6 
pouces  de  longueur  ;  on  pofe  enfuite  à  la  moitié  de 
leur  longueur  ,  &  en-dedans  un  quarré  de  fer  de  1 2 
à  14  lignes  de  largeur  ,  fur  4  lignes  d'épaiffeur  ;  on 
en  place  deux  autres  à  i  pié  ou  environ  des  extré- 
mités ;  on  les  fait  perdre  dans  l'épaiffeur  des  plan- 
ches ;  on  fait  trois  rainures  daiis  l'épaiffeur  de  la  qua- 
trième ,  pour  recevoir  ces  quarrés,  &  on  la  cloue 
fur  les  trois  autres.  Enfuite  on  pofe  trois  quar- 
rés de  fer  en -dehors  :  celui  du  milieu  eft  de  deux 
pièces  qu'on  rejoint  par  des  charnières  &  des  clavet- 
tes ,  on  en  met  un  fécond  à  l'une  des  extrémités  ,  &c 
le  troifieme  à  6  pouces  de  l'autre.  Ces  6  pouces  font 
deffinés  à  porter  le  f'abot  qui  doit  être  de  quatre  ple^ 
ces  bien  trempées  par  leur  tranchant ,  &  bien  recui- 
tes ;  il  faut  avoir  attention  que  le  talon  de  ce  fabot 
porte  précifement  contre  le  milieu  de  l'épaifîeur  des 
planches  :  le  coffre  eft  préparé  en-dedans  de  fon  au- 
tre extrémité  en  forme  d'emboîtement  pour  recevoir 
celui  qui  le  fuivra,  qui  doit  être  travaillé  ,  ainfi  que 
les  autres  qu'on  emploie  avec  les  mêmes  fujettions 
que  le  premier  ,  à  cela  près  qu'au  lieu  du  fabot,  ils 
font  diminués  quarrémcnt  fur  6  pouces  de  longueur 
pour  entrer  dans  l'emboîtement  de  ceux  fur  liefquels 
ils  font  pofés.  On  ne  peut  apporter  trop  de  foins  à 
la  conftruction  de  ces  coffres;  on  ne  doit  pas  s'en, 
rapporter  aux  ouvriers  ,  il  faut  que  quelqu'un  d'in- 
telligent examine  fi  les  planches  font  de  môme  lar- 
geur ,  de  même  épaiffeur  ;  fi  ces  épaiffeurs  font  d'é- 
qucrre  fur  les  largeurs  ;  fi  elles  ne  font  ni  ventelées  ^ 
ni  roulées  ,  ou  fi  elles  n'ont  point  quelqu'autre  dé- 
faut ;  enfin,  fi  leur  affemblage  forme  un  vuide  quar- 
ré. Après  ces  précautions,  le  coffre  étant  achevé,  on 
trace  fur  deux  de  fes  côtés  des  lignes  de  milieu  , 
dont  on  fera  connoître  l'utilité.  Il  n'çfl  pas  pofTi- 
ble  dans  un  mémoire  de  l'efpece  de  celui-ci  de  fui- 
vre  le  travail ,  fans  expliquer  la  façon  &  l'ufage  des 
inftrumens  qu'on  met  en  œuvre  ;  on  prie  le  leftcur 
de  trouver  bon  qu'on  continue  comme  on  a  corn-- 
mencé. 

On  a  laifTé  le  premier  coffre  enfoncé  de  2  pies  : 
on  lui  met  ce  qu'on  appelle  communément  un  bon- 
net ,  (  vojei  lesfg.  )  c'efl  une  pièce  de  bois  travail- 
lée de  façon  qu'elle  porte  furie  haut  du  coffre  6c 
fur  le  bas  de  l'emboîtement  ;  il  faut  que  la  partie  qui 
recouvre  le  haut  du  coffre  foit  d'équcrre  fur  celle 
qui  entre  dedans  ,  &  que  tous  fes  points  portent ,  s'il 
eft  poffible  ,  fur  tous.ccux  de  rafllniblage.  Ce  bon- 
net doit  excéder  le  coffre  d'un  pié  &  demi  à  2  pies  ^ 
pour  porter  le  choc  de  la  hie  ou  du  mouton  qu'on 


3  50 


SON 


■fait  enfuite  agîr  h  petits  coups ,  a<în  cle  donner  îi  deux 
xharpcnticrb  ,  qui  dans  le  cas  prclent  cîoient  appli- 
C[ucs  avec  des  plombs  aux  lignes  de  milieu  dont 
on  a  parle  ,  la  facilité  de  redrelîer  le  coffre  6c  de 
le  taire  descendre  ,  ùiivant  une  direction  perpendi- 
culaire. Il  delcondit  de  trois  pies  ,  après  quoi  il  re- 
fila d'entrer  ;  on  mit  la  grande  tarière  en  oeuvre  , 
on  rerira  4  pies  d'un  fable  bouillant  de  la  même  ef- 
pece  que  le  premier  qu'on  avoit  découvert  ;  le  fond 
devint  tort  dur  ;  on  le  lervit  d'une  petite  tarière  ; 
on  ia  lit  entrer  de  z  pies  &C  demi  ;  on  retira  du  labte 
couleur  d'ardoiie  qui  étoit  tort  l'erré  en  l'ortant  du 
cotîVe  ;  mais  qui  s'ouvroit  6c  le  reduiloit  en  eau  aul- 
fi-tôt  qu'il  étoit  ^'l  l'air. 

Les  tarières  dont  on  vient  de  parler ,  font  des  ef- 
pcces  de  lanternes  de  tolc  forte  ;  la  grande  a  envi- 
ron 8  pouces  de  diamètre  ,  &  ia  petite  4  pouces  : 
elles  font  couvertes  par  le  haut ,  afin  que  l'eau  qui 
ell  dans  les  coffres ,  ^  qui  paroît  aulfitôt  que  le  fable 
bouillant ,  ne  falfe  pas  retomber  par  fon  poids  ,  lorf- 
qu'on  les  retire,  ce  dont  elles  font  chargées  :  après  les 
avoir  fait  palier  dans  une  manivelle  ,  on  les  monte 
ilir  des  barreaux  de  feize  lignes  de  groffeur  ,  au 
moyen  d'une  cfpece  de  charnière  traverfée  par  deux 
boulons  quarrés   portant   une  tête  à  une  de  leurs 
extrémités  &:  une  vis  à  l'autre  fur  laquelle  on  mon- 
te  des    écroux    qu'il   faut  ferrer  avec   prudence  , 
pour  ne  pas  forcer  la  vis  que  la  filière  a  déjà  tour- 
mentée :  les  deux  écroux  ne  doivent  pas  être  pla- 
cés du  même  côté  de  la  charnière,  afin  de  doi.ner 
la  facilité"à  deux  hommes  de  les  monter  &  démonter 
cnlemble;  ils  ont  pour  cela  chacun  un  tourne-vis  qui 
doit  avoir  alTez  de  force  d'un  côté  pour  chaffer  les 
boulons  dans  les  trous  des  charnières  ,  lorlqu'ils  font 
réfiftance  ;  l'autre  eu  diminué  fur  fa  longueur  ,  & 
fert  à  faire  rencontrer  les  trous  des  charnières,  en  le 
paflant  dedans.  On  defcend  enfuite  l'inftrument;  le 
barreau  coule  au-travers  de  la  manivelle  qui  ell  ap- 
puyée fur  le  coffre  ,  6c  lorfqu'il  ert:  au  fond  ,  on  re- 
levé cette  manivelle  à  une  hauteur  convenable  pour 
la  tourner  aifément  ;  on  y  affure  le  barreau  avec  un 
coin  qu'on  chaffe  fortement  dans  fa  mortaife  dans  la- 
quelle ce  barreau  ne  doit  préfenter  que  trois  à  qua- 
tre lignes  ,  &  avoir  une  entaille  particuhere  pour  le 
relie  de  fa  groffexir.  11  porte  à  fon  extrémité  un  étrier 
qui  tient  au  crochet  du  cable  de  l'engin  ;  ce,  crochet 
doit  tourner  très-librement  dans  fa  chape ,  afin  de  ne 
pas  faire  tordre  le  cable  ;  on  couvre  le  coffre  de  deux 
planches  épaiffes  qui  s'y  emboîtent  fortement ,  & 
qui  laiffent  entr'elles  une  ouverture  ronde  pour  y  paf- 
fer  le  barreau  ,  &  le  contraindre  par-là  à  le  mainte- 
nir dans  une  direftion  conilante. 

Après  la  petite  tarière  ,  on  le  fervit  de  la  grande  , 
&  on  perfedionna  ce  que  la  première  avoit  com- 
mencé ,  on  retira  du  fable  de  la  même  efpece  que 
le  précédent;  on  remit  le  bonnet  lur  le  coffre  ,  &c 
on  le  fit  defcendre  de  18  pouces  en  dix  volées  de 
hie  ;  on  le  vuida  ,  on  prclenta  un  fécond  coffre  ;  on 
lui  mit  le  bonnet  &C  on  laiffa  defcendre  légèrement 
la  hie,  pour  l'affurer  dans  fon  enboitemcnt  ;  on  lui 
en  donna  enfuite  deux  volées  de  trente  coups  cha- 
cune ;  après  quoi  on  joignit  les  deux  coffres  par 
huit  molles  bandes  qui  font  des  pièces  de  fer  plat 
d'environ  iC/ig.  de  largeur  ,  de  3  à  4  lig.  d'épailfeur 
&  de  1  pies  &  demi  à  3  pies  de  longueur.  On  en 
cloue  deux  fur  chaque  côté  des  coffres  près  des  an- 
gles ,  moitié  de  leur  longueur  fur  l'un  6c  moitié  fur 
l'autre  ;  il  ne  faut  point  arrêter  ces  molles-bandes  , 
qu'on  ne  foit  fur  que  les  quarrés  qui  fe  trouvent  à  la 
rencontre  des  coffres  font  bien  affermis  ,  &  que  les 
planches  ne  peuvent  plus  prendre  de  rebroulîement 
îous  le  coup  de  la  hie  ,  fans  quoi  le  moindre  affaif- 
iement  ftroit  fauter  toutes  les  têtes  des  clous  qui 
tiennent  les  molles- bandes;  c'ell  ce  qu'on  a  cher- 


SON 

ché  ^  prévenir  ,  en  faifant  donner  foixante  coups  de 
hie  avant  de  les  clouer. 

On  battit  vigourcufemcnt  le  fécond  coffre  :  les 
Charpentiers  ayant  toujours  leurs  plombs  à  la  main 
il  dtlccndit  de  2  pies  en  vingt  volées  de  vingt  coups 
chacune.  On  employa  un  troifieme  coffre,  &  on  éta- 
blit un  échafaudage  pour  fe  mettre  à  hauteur  de  pou- 
voir manœuvrer  ailement  dedans  ;  on  y  delcendit  la 
petite  tarière  ,  6c  on  la  porta  jufqu'à  3  pies  au-def- 
Ibus  du  labot  du  premier  coffre ,  on  la  retira  ;  on 
mit  la  grande  en  œuvre  ,  on  fit  agir  la  hie  ;  &  enfin 
on  recommença  alternativement  ces  manœuvres  juf- 
qu'à vingt-  un  pies  de  profondeur  ,  où  les  inltru- 
mens  ne  trouvèrent  plus  de  prife  ;  on  y  conduifit 
les  coffres,  qui  comme  eux  ,  refuferent  'd'aller  plus 
bas  ;  on  employa  une  langue  de  ferpent ,  on  la  fit 
entrer  d'un  pié  ,  6c  on  reconnut  qu'elle  étoit  dans 
un  banc  de  cailloux  ;  l'eau  monta  confidérablement 
dans  les  coffres  ,  6c  s'y  mit  de  niv  au  ave'c  celle  d'un 
puits  qui  en  étoit  à  5  toifes  ;  on  eut  la  curiofité  d'exa- 
miner le  rapport  de  la  hauteur  des  eaux  du  folié  du 
fort  avec  celles-ci ,  on  les  trouva  de  niveau  :  julque- 
là  ,  on  n'étoit  si^ir  de  rien  ,  le  halard  pouvant  y  avoir 
part  ;  deux  jours  après  ,  on  baiflà  celles  du  foflé  de 
2  pies  ;  celles  du  puits  &  des  coffres  baifferent ,  ÔC 
tout  le  remit  de  niveau  ;  on  peut  conclure  avec  bien 
de  la  vraiffemblance  que  l'eau  du  puits  dont  la  gar- 
nifon  failoit  ufage,  étoit  la  même  que  celle  des  fof- 
fés  :  cette  eau  étoit  extrêmement  crue,  dure,  pe- 
fante;  parce  que  paffant  au-travers  de  gros  cailloux 
qui  laiffent  beaucoup  d'efpace  entr'eux ,  elle  ne  pou- 
voit  acquérir  d'autres  qualités,  qualités  qui  occalion- 
'noient  beaucoup  de  maladies. 

Après  avoir  reconnu  avec  la  langue  de  ferpent  la 
nature  du  fonds ,  on  employa  un  inllrument  qu'on 
nomme  dans  le  pays  une  tuli/^  ,  qui  ne  fit  aucun 
effet;  on  en  fit  faire  un  nouveau  dont  on  tira  un 
très-bon  parti.    11  porte  par  le  bas   une  langue  de 
ferpent   fuivie    d'une  efpece  devis    fans    fin    àbnt 
les  filets  font  très-forts  6c  bien  trempés;  cette  vis 
eft  furmontée  d'un  alfemblage  de  barreaux  forgés 
triangulairement ,  efpacés  l'un  de  l'autre ,  6c  pôles 
obliquement;  en  forte  qu'extérieurement  ils  préfen- 
tent  un  de  leurs  angles  ;  le  tout  forme  un  cône  ren- 
verfé  dont  la  bafe  a  huit  pouces  de  diamètre  ;  les  par- 
ties qui  la  compolent  font  foudées  fur  un  barreau 
de  feize  lignes  de  groffeur  qui  porte  lui-même  la  lan- 
gue de  ferpent  parle  bas.  On  le  mit  en  œuvre;  après 
quelques  tours  de  manivelle,  on  fentit  qu'il  brifoit 
les  cailloux  ;  mais  ils  lui  réfifterent  bientôt  au  point 
d'arrêter  fix  hommes.  Il  faut  prendre  garde  en  pa- 
reil cas  que  les  ouvriers    ne  s'opiniâtrent  point  à 
furmonter  l'obllacle ,  ils  romproient  les  charnières 
ou  les  barreaux.  11  ne  provient  que  de  la  pofition  de 
quelques  gros  cailloux  qui  fe  préfentent  en  même 
tems  à  l'inllrument  par  leur  point  de  plus  grande 
réfiftance  :  il  faut  dans  cette  occafion  faire  bander 
le  cable  ,  relever  les  barreaux  de  cinq  à  fix  pouces 
par  un  mouvement  très-lent ,  &  faire  faire  en  même 
tems  trois  ou  quatre  tours  à  la  manivelle  en  fens 
contraire  ;  on  la  tourne  enfuite  à  l'ordinaire ,  en  fai- 
fant  lâcher  le  cable  infenfiblemcnt;les  cailloux  pren- 
nent entr'eux  un  arrangement  différent ,  &  on  par- 
vient à  les  briler.  Cette  manœuvre  paroît  aifée  ;  elle 
eft  cependant  affez  difficile  à  faire  exécuter  avec  pré- 
cifion  :  on  continua  à  tourner  la  manivelle,  on  ne 
trouva  plus  la  même  difficulté;  mais  l'inftrument  n'a- 
vança que  très-lentement;  on  parvint  cependant  à 
le  faire  entrer  de  toute  fa  longueur,  on  le  retira  en 
faifant  détourner  la  manivelle  pour  le  dégager  & 
lui  donner  plus  de  facilité  à  remonter ,  on  trouva 
l'efpace  que  les  petits  barreaux  forment  entr'eux, 
rempli  de  morceaux  de  cailloux,  qui  faifoient  juger 
que  dans  leur  entier  ils  dévoient  avoir  quatre, cinq 


SON 

l  fix  pouces  de  groiTeur.  On  chafla  le  coffre  :  il  entra 
e  ilx  oouces  en  vingt  voilées  de  trente  coups  ;  on 
;delcendlt  rinftrument ,  &  on  le  mena  à  un  pic  plus 
ds  qu'il  n'avoit  été  ;  on  le  retira  rempli  comme  la 
remiere  fois  ;  on  battit  le  coffre ,  il  defcendit  de 
Liatre  pouces';  l'outil  n'ayant  que  huit  pouces  de 
tametre  par  le  haut ,  ne  lui  trayoit  qu'une  partie  de 
>n  chemin  que  le  fabot  tachoit  d'achever;  on  lentit 
u'à  mefure  qu'on  def  cendoit ,  les  cailloux  ctoient 
lus  l'errés  les  uns  contre  les  autres  ;  on  fit  un  fécond 
iffrument  fur  le  modèle  à-peu-près  du    premier. 
)n  l'employa  ,    &   on  le   fit  defcendre  aufli  bas 
u'il  flit  poffible  ;  on  le.  retira  rapportant    avec 
li  des  morceaux  de  cailloux  proportionnés  à  fa  ca- 
îcité;  on  retourna  au  grand  instrument ,  on  le  cou- 
)nna  d'un  cylindre  de  tôle  de  douze  pouces  de  hau- 
;ur  &  d'un  diamètre  un  peu  moindre  que  le  fien. 
)n   travailla  jufqu'à    ce  qu'on  crût   que  le  haut 
e  ce  cyhndre  étoit  recouvert  par  les  graviers  de 
X  à  huit  pouces,  on  le  retira  plein  de  cailloux  en- 
ers  ,  de  morceaux  &c  de  beaucoup  de  petits  éclats. 
>n  continua  les  mêmes  manœuvres  pendant  treize 
)ur$ ,  &  on  perça  enfin  ce  banc  qui  avoit  onze  pies 
'épaiffeur.  On  eut  grande  attention  à  bien  vuider 
!  coffre  avant  d'entamer  le  terrain  au-deffous  qu'- 
n  avoit  reconnu  avec  la  langue  de  lerpent  être  du 
ibie  bouillant.  On  fit  ici  une  faute  fur  la  parole  des 
eus  du  pays  qui  affuroient  que  ce  fable  fe  foute- 
oit  fort  bien  ;  malgré  le  peu  de  difpofition  qu'on 
voit  à  les  croire  ,  on  fe  laifla  féduire ,  quoique  d'un 
.itre  côté  il  y  eût  grande  apparence  que  le  fable 
ont  on  avoit  vu  l'échantillon  ,  étoit  du  véritable 
ibîe  bouillant,  il  parut  très-ferme  dans  le  commen- 
ement  ;  on  fe  fervit  alternativement  de  la  grande 
l  de  la  petite  tarière,  on  defcendit  à  huit  pies  au- 
effous  des  coffres;  on  les  battit,  ils  entrèrent  aifez 
ifément  de  près  de  deux  pies  ;  &  comme  ils  com- 
tiençoient  à  refufer,  on  ne  les  preffa  pas.  On  em.- 
loya  la  petite  tarière  qui  s'arrêta  au  pié  des  cof- 
:es  ,  quoiqu'avant  elle  la  grande  tarière  fût  déf- 
endue beaucoup  plus  bas;  on  fentit  des  cailloux ,  & 
n  jugea  que  le  cheir.in  qu'on  avoit  fait  jufques-là 
toit  rempli  ;  le  fable  des  côtés  extérieurs  du  coffre 
'étoit  détaché,  &  avoit  coulé  ,    les  cailloux  qui 
toient  immédiatement  au-defîiis  l'avoient  fuivi,  & 
voient  comblé  l'ouverture  que  les  tarières  avoient 
dite.  On  fe  mit  en  devoir  de  les  retirer  ;  mais  il  en 
etomboit  à  mefure  qu'on  en  tiroit;  on  ne  pouvoit 
lasles  brifer,  comme  on  avoit  fait  auparavant;  parce 
[ue  ,  lorfqu'ils  étoient  preffés  par  les  inftrumens  ,  ils 
e  logeoient  dans  le  fable  &  le  déroboicnt  à  leurs 
fforts;  enfin,  on  en  diminua  le  nombre,  &ils  ceffe- 
ent  de  retomber.  Lorfqu'on  eut  fait  defcendre  le  cof- 
re  de  quatre  pies ,  apparemment  que  le  labot  ayant 
etrouvé  un  peu  de  ferme,  leur  avoit  fermé  le  paCa- 
je,  les  mouvemens  du  coffre  en  avoient  cependant 
;ncore  fait  defcendre,  Oa  mit  tous  les  inftrumens  en 
Kuvre;  la  grande  tarriere  falfoit  un  allez  bon  effet  ; 
slle  les  cnveloppoit  dans  le  fable  dont  elle  fe  char- 
jeolt;  on  ne  put  cependant  pas  fi  bien  send'ifaire, 
qu'on   n'en  trouvât  encore  à  plus  de  cent  ])iés  de 
)rofondeur.  11  étoit  aifé  d'éviter  ces  inconvénicns  ; 
il  falloi;,  lorfque  le  coffre  fut  arrivé  fur  le  fable, 
e  frapper  avec  vigueur,  le  faire  defcendre  de  deux 
)iés  ou  deux  pies  &  demi;  rerircr  dtux  plés  de  fa- 
3le  du  dedans;  recommencer  à  le  frapper  de  même; 
le  vuider  &:  continuer.  Il  eft  vrai  eue  rouvratzc  eff 
long,  parce  que  les  coffres  .n'entrent  pas  aifcment; 
mais  on  travaille  en  iùreîc^  oi  on  n'a  pas  le  defai^ré- 
ment  d'être  pcrfécuté  par  les  caillou.\ ,  &  de  voir 
dans  un  moment  combler  Pouvraf'.e  de  quati;e  jours. 
La  première  couche  qu'on  reacontia  ,  étr't  u'iin 
fable  bouillant  gris  ,  tirSnt  îur  le  verd  ,   cie  i  i  pics 
d 'épaiffeur  :  la  l'cconde ,  d'uu iable bouillant  ijùs  àidi- 


SON 


351 


do''e  ,  dans  lequel  l'on  étoit  entré  de  8  pies  ,  lorf» 
que  les  coffres  refuferent  abfolument  de  defce'ndre  ■ 
on  les  battit  toute  une  journée  fans  qu'i's  fiffent  le 
moindre  mouvement  :  on  travailla  pendant  trois  jours 
.avec  la  petite  &  la  grande  tarière ,  on  effaya  de  les 
faire  defcendre  ,  mais  ce  fut  inutilement  :  on  alla  en 
avant  avec  les  inff  rumens  ;  on  fe  trouva  en  cinq  jours 
à  10  pies  au-deflbus  du  labot  des  coffres  :  ces  10  pies 
furent  tout-à-coup  remplis  ,  &  le  fable  rem.onta  de 
9  pies  dans  les  coffres.   Si  malheureufement  les  inf  • 
trumens  avoient  été  à  fond  pendant  ce  mouvement 
ilauroit  été  très- difficile  de  les  retirer.  On  fut  obli- 
gé en  pareil  cas  ,  à  Aire  ,   il  y  a  quarante  ans  ,  d'a- 
bandonner 80  pies  de  barreaux:  on  reprit  les  ta* 
rieres,  &  on  fut  près  de  huit  jours  à  fe  remettre  au 
point  oii  on  étoit  :  onjugeapar  la  longueur  de  ce  tra- 
vail ,  que  le  fable  couloit  le  long  des  coffres ,  &  qu'il 
remplaçoit  celui  qu'on  tiroit  :  on  fonda  avec  la  lan- 
gue de  ferpent ,  qui. rencontra  la  terre  glaife  à  3  pies 
au-deflbus  des  10  pies  où  on  en  étoit,  par  conléquent 
à  I  3  pies  des  coffres  ;  ce  fut  une  bonne  découverte  , 
on  reprit  courage  ,  &  on  fit  avancer  la  grande  tar- 
riere ,  qu'on  rétiroit  fouventpar  précaution  ;  on  fen- 
tit dans  un  moment,  qu'elle  pefoit  plus  qu'à  l'ordi- 
naire ,  on  la  remonta  tros-promptement ,  non  fans 
difficulté  ,  parce  qu'elle  étoit  déjà  recouverte  du  fa- 
ble qui  avoit  fait  un  mouvement  &  qui  s'étoit  repor- 
té jufques  dans  les  coffres  :  on  fe  trouva  fort  heu- 
reux dans  cette  circonffance ,  de  leur  avoir  donné 
Il  pouces  de  creux;  ils  n'en  ont  ordinairement  que 
8  dans  le  pays ,  parce  qu'on  n'y  trouve  communé- 
ment que  12  à  13  pies  de  ce  fable  bouilhant,  &  il  y 
en  avoit  3  3  ici  :  on  avoit  bien  réfléchi  fur  la  ûçon  de 
remédier  aux  inconvéniens  ,  mais  on  ne  vouloir  la 
mettre  en  ufage  qu'à  la  dernière  extrémité  :  Comme 
on  vit  cependant  qu'on  perdoir  beaucoup  de  tems, 
&  qu'il  étoit  inutile  de  porter  la  curioffté  plus  loin 
fur  la  nature  de  ce  terrein ,  on  tâcha  de  retirer  le 
fable  jufqu'à  3  pies  près  de  la  terre-glaife  ,  &  on  in- 
troduifft  fur  le  champ  de  nouveaux  coffres  dans  les 
premiersjils  avoient  8  pouces  &  ^  de  vuide,  un  pouce 
&C  -^  d'épaiffeur ,  &  18  pies  de  long.  Cette  grande 
dimenfion  n'eft  ici  d'aucune  conléquence  :  ces  cof- 
fres n'ayant  que  peu  d'effort  à  Ibutenlr  ;  ils  étoient 
d'ailleurs  maintenus  dans  les  grands,  qu'ils  pafferent 
de  3  pies  fans  violence  oc  à  la  main  :  on  leur  mit  un 
bonnet ,  on  les  battit ,  ils  deicendirent  juiqu'au  point 
oii  on  avoit  porté  les  iniirumens  ,  6c  ils  refuierent: 
ces  coffres  n'ont  point  d'emboîtement ,  on  les  joint 
llmpicment  par  des  molles-bandes  :  on  defcend  le 
premier ,  en  paffant ,  à  1 8  pouces  de  fon  extrémité  , 
un  boulon  de  fer,  au  miheu  duquel  on  porte  le  cro- 
chet du  cable  ;  on  le  préfente  dans  le  grand  coffre  , 
&  on  l'y  laiffe  couler  juiqu'à  ce  que  le  boulon  porte 
fur  fes  côtés  :  on  dégage  le  crochet ,  on  en  prend  un 
lecond  par  Ion  boulon,  on  le  préfente  fur  celui-ci  :  on 
le  joint ,  comme  il  a  été  dit ,  par  des  molles-bandes  , 
on  les  fouleve  enlemble  pour  dégager  le  premier 
boulon  ,  &  on  les  laiffe  defcendre  juiqu'au  fécond , 
ainfi  de  fuite. 

Les  tarières  ramenèrent  bien  le  fable  qui  étoit  juf- 
que  fur  la  glaife  ,  mais  elles  ne  purent  l'entamer  , 
parce  qu'elle  fe  colloit  à  leurs  mèches,  qui  dans  le 
moment  ne  mordoicnt  plus.  On  fit  un  nouvel  inffru- 
mcnt  ,  qu'on  conaoitra  mieux  par  Ja  figure  que 
par  l'explication  qu'on  pourroit  en  donner  :  on 
l'employa  ,  mais  comme  on  fentit  que  le  fable 
rccommençoit  à  couler  ,  on  le  retira  :  on  def- 
cendit la  grande  tarière,  on  trouva  que  non-leule- 
îTicnt  A  avoit  comblé  ce  que  le  premier  inllrument 
avoit  frtir,  mais  qu'il  cioit  remonte  de  «j  pics  dans  les 
y.'Vo.ts  coffres:  on  loupçonna  que  tous  ces  mouve- 
r.vens  occalionnoient  un  affaiffement,  qui  devoit  fe 
coiuuuuiiquer  julquaux  terres  qui  entouroicnfi»  le 


3n 


SON 


haut  des  coffres  :  on  leva  les  madriers  qui  couvroicnt 
le  tond  du  premier  déblai,  ils  n'cloicnt  plus  (butcnus 
que  par  leurs  extrémités  :  on  trouva  etieftivement 
le  tcrrein  baiflc  de  cinq  pics  le  long  des  cottres,  for- 
mant un  cône  rcnverfé  de  ^  pies  de  diamètre.  Jul-- 
que-là  on  ne  s'en  étoit  pas  apperçu  ,  parce  que  dès 
le  commencement  de  l'ouvrage  ,  le  haut  du  déblai 
avoir  été  couvert,  pour  la  facilité  dos  manoeuvres  ; 
on  connut  enfin  toute  la  fluidité  du  fable  bouillant , 
on  rép:-ira  avec  la  grande  tarière,  lemal  qu'il avoit 
fait,  &  onchafla^les  coffres  julqu'à  un  j^ié  &  demi 
dans  la  glailé.  On  fuppute  qu'on  avoit  été  obligé  de 
retirer  plus  de  90  pies  cubes  de  fable  ,  au-delà  du 
volume  dont  les  coffres  occupoient  la  place  :  on  re- 
prit le  nouvel  inftrument  ,  &  on  ne  fût  pas  trompé 
dans  l'efpérancc  où  l'on  étoit ,  qu'on  ne  rencontre- 
roit  plus  les  difficultés  que  Ton  avoit  eu  àlurmon- 
ter  :  on  perça  un  lit  de  10  pies  ,  d'une  terre-glaife 
couleur  d'ardoilc  ,  mêlée  d'un  peu  de  fable' ;  on  en- 
tra enfiiitc  dans  une  terre  feche  ,  dure  ,  &:  plus  clai- 
re en  couleur  que  la  précédente  ;  on  la  prend  dans  le 
pays  pour  du  tuf,  ce  n'eft  cependant  qu'une  glai- 
lé ;  celle-ci  avoit   14  pies  d'épaifîcur  :   on  étoit  ar- 
rêté de  tems-en-tems  par  de  gros  cailloux,  mais  en- 
fin l'inflrument  les  forçoit  à  le  ranger  de  côté  dans 
les  terres  ,  &  lorfqu'il  les  avoit  paflé  ,  s'ils  retom- 
boient  ,  ils  étoient  obligés  de  remonter  avec  lui , 
parce  qu'il  remplilfoit  exadement ,  au  moyen  de  la 
terre  dont  il  fe  chargeoit ,  le  tuyau ,   pour  ainfi  dire, 
qu'il  avoit  fait  :  on  retira  de  cette  façon  ,  de  près  de 
b'apicsde  profondeur,  des  cailloux  quipefoient  juf- 
qii'à  cinq  livres  :  ils  n'étoient  pas  tous  noirs  en  de- 
dans ,  comme  les  premiers.  On  entra  enfuite  dans 
un  lit  de  18  pies  de  glalfe  noire  ,  mêlée  d'un  peu  de 
fable  d'une  odeur  défagréable:  on  en  fit  lécher  quel- 
ques petites  parties ,  on  les  brûla ,  elles  rendirent  une 
flamme  violette  ,  &  une  très-forte  odeur  de  foufre  : 
onpaffa  de-là  dans  un  lit  de  1 1  plés  d'épaiffeur,  d'u- 
ne terre  fort  graffe  ,  mêlée  de  beaucoup  de  veines  & 
de  petits  morceaux  d'une  efpete  de  craie  blanche, 
qui  tenoit  de  la  nature  de  la  marne  à  laquelle  on 
croyoit  toucher  ;  mais  on  trouva  encore  un  lit  de 
12  pies,  d'une  glaife  bleue  fort  graffe,  fans  aucune 
des  marques  qu'avoit  la  précédente  :   à  10  pies  de  là 
on  fentit  dans  une  glaife  noire  de  la  réfiflance  fous 
l'inflrument ,  6c  quelque  chofe  qui  s'écrafoit  :  on  le 
retira ,  &  on  en  trouva  le  bout  plein  d'une  terre 
blanche  ,  &  de  petits  graviers  qui  ordinairement  ne 
font  pas  des  marques  équivoques  :  on  fonda  avec  la 
langue  de  fe>rpent,  &  on  connut  qu'on  avoit  rencon- 
tré la  véritable  marne. 

Comme  on  ne  fera  plus  d'ufage  des  gros  barreaux 
dont  on  s'cfl  fervi  jufqu'à  préfent ,  on  s'arrêtera  un 
moment  pour  expliquer  la  façon  de  les  defcendre  & 
de  les  remonter,  lorfqu'il  y  en  a  ,  comme  ici ,  une 
quantité  d'employée.  Tous  ces  barreaux  doivent 
être  percés  à  2  ou  3  pies  de  leurs  extrémités  ;  fi  on 
ne  veut  les  remonter  &  les  defcendre  qu'un  à  un  , 
la  manœuvre  efl  facile  ,  mais  elle  eft  longue  ;  pour 
les  defcendre  &  les  remonter  deux  à  deux  ,  en  les 
fuppofant  premièrement  tous  defcendus  ,  il  faut  les 
enlever  au  moyen  du  treuil  ,  jufqu'au  trou  qui  eu. 
au-deffus  de  la  première  charnière  ,  dans  lequel  on 
fait  paffer  un  boulon  de  fer  qui  porte  un  étrier  :  ce 
boulon  s'appuie  fur  lamanivelle  qui  eftpofée  fur  le 
coffre  :  on  dégage  ,  en  fecouant  le  cable,  le  crochet 
<le  rétrier  qui  ti\  à  l'c^xtrémité  du  barreau  ,  on  re- 
prend celui-ci,  onleve  tout  jufqu'au  trou  quiefl  au- 
deffous  de  la  féconde  charnière  ,  on  y  paffe  un  bou- 
lon avec  fbn  étrier ,  6c  on  démonte  les  deux  barreaux 
enfemble.  On  fait  à  pcu-pres  la  même  manœuvre 
pour  les  defcendre  :  on  defcend  le  premier  feul ,  &; 
on  le  remonte  de  même  ,  pour  avoir  la  facilité  de 
netibyer  les  inflrumens  cju'il  porte  ,  on  l'arrête  au 


S  O 

trou  qui  efl  au-defi'ous  de  fon  extrémité  fupérieure  : 
on  pafl'e  le  crochet  du  cable  dans  un  étrier  qu'on 
place  au  trou  qui  eft  au-deflV.s  de  la  charnière  qui 
joint  deux  autres  barreaux  ,  on  les  enlevé ,  &  on  les 
monte  fur  ce  premier  :  on  lève  les  trois  barreaux  en- 
femble ,  pour  avoirja  facilité  de  dégager  Pétrier  oui 
porte  fur  la  manivelle,  on  les  laifl'e  couler  jufqu'à 
C(*liîi  qui  eft  au-delfus  ;  alors  un  homme  ,  monté  fur 
une  petite  échelle  ,  en  paffe  un  nouveau  dans  le  trou 
qui  efl  au-defi"ous  de  l'extrémité  des  barreaux  :  il  y 
met  le  crochet  du  cable  :  on  dégage  celui  qui  eft  fur 
la  manivelle  fur  laquelle  on  fait  defcendre  celui-ci  : 
on  prend  deux  autres  barreaux,  comme  il  a  été  dit 
on  les  monte  avec  les  vis  &  les  'écrous  fur  la  partie 
qui  fort  du  cofîrc  ,  &  on  continue.- Si  les  barreaux 
font  plus  longs  que  le  poinçon  de  l'engin  ,  on  les 
fait  pafier  dans  un  cercle  de  fer  qui  eft  à  l'extrémité 
de  l'étourncau  ;  on  peut  de  cette  façon  les  defcendre 
&  les  remonter  3  à  3  ,  on  gagne  par-là  beaucoup  de 
tems.  Si  les  deux  barreaux  enfemble  ,  avec  la  partie 
de  celui  qui  fort  du  coffre  ,  font  plus  courts  que  le 
poinçon  ,  on  les  accroche  par  leur  extrémité ,  on  les 
delcen  J  &  on  les  remonte  aiiémcnt  i  à  1.  Il  faut  avoir 
grand  foin ,  chaque  fois  cju'on  démonte  les  barreaux, 
de  faire  paffer  un  petit  ballet  avec  de  l'eau  ,  dans  les 
trous  des  charnières,  de  laver  les  vis  &  les  écrous  , 
parce  qu'il  s'y  introduit  du  labié  qui  en  ruine  bien- 
tôt les  filets. 

On  s'efî  arrêté  à   la  marne  ;  il  fut   queftion  de 
mettre  les  buifes  en  œuvre  ;  ces  buifes   font  des 
pièces  de  bois  de  chêne  de  6  ou  7  pouces  d'équar- 
riffage  ,  percées  d'un  bout  à  l'autre  fur  3  pouces  de 
diamètre  :  on  ne  leur  donne  que  9  à  10  pies  de  lon- 
gueur, afin  d'éviter  de  les  percer  à  la  rencontre, 
comme  parlent  les  ouvriers  ,  c'eft-à-dire  ,  percer  la 
moitié  de  la  longueur  par  un  bout,  &  l'aller  rencon- 
trer par  l'autre  :  ce  qui  ne  manque  pas  de  former  un 
angle  qui ,  quoique  tort  obtus ,  ne  laiffe  pas  que  d'oc- 
cafionner  à  l'eau  un  frottement  qu'il  elf  à  propos  d'é- 
viter le  plus.qu'il  eft  poffible  :  ces  buifes  étant  per^ 
cées  ,  on  en  abat  les  angles ,  8:  pour  les  éprouver, 
on  ferme  exactement  une  de  leurs  extrémités  ,  on  les 
emplit  d'eau  par  l'autre  ,  jufqu'aux  trois  quarts  ,  on  ià 
preffc  fortement  avec  un  rcfouloir  ,  on  examine  de 
près  fi  l'eau  ne  pénètre  pas  en  dehors  ,  on  les  retour- 
ne ,  &  on  fait  la  même  manœuvre  pour  le  quart  qui 
n'a  pas  été  éprouvé  ;  on  eft  fur  par  cette  précaution  , 
autant  qu'on  peut  l'être  ,  qu'elles  font  fans  défaut: 
après  ces  précautions  ,  on  fait  entrer  ,  à  un  pié  de 
l'extrémité  de  la  première   qu'on  doit  defcendre , 
deux  fortes  vis  en  bois  ,  qui   ne    pénètrent   qu'à 
trois  quarts   de  pouce  ,  on  y  accroche   un   grand 
étrier  qui  tient   au  cable ,  on   l'enlevé  ,   &  on  le 
laiffe  defcendre 'jufqu'à  ce  que  ces  vis  portent  fur 
deux  "taffeaux  qui  s'appuient  fur  les  coffres  ,  &  dont 
l'épaiffeur  ne  doit  point  empêcher  qu'on  ne  dégage 
l'étrier  :  on  prend  une  féconde  buife,  qni  efl  garnie 
de  fes  vis  ,  on  la  préfente  fur  la  première,  cUepor- 
te  un  emboîtement  &un  cercle  de  fer  dans  fon  épaif- 
feur  ,  dont  elle  rerient  la  moitié  delà  largeur,  &  l'au- 
tre moitié  entre  ,  au  moyen  de  quelques  coups  de 
maillet  ,  dans  celle  de  la  première  buife  :  on  a  garni 
les  jointures  en  dedans  ,  avec  de  la  filafîe  goudron- 
née ,  on  les  garnit  de  même  en  dehors  ,  fur  ^  à  6  pou- 
ces de  hauteur  ,  on  les  couvre  d'une  lame  de  plomb,  1 
clouée  de  très-près  ,  on  y  attache  des  molles-ban- 
des ,  on  levé  tout ,  pour  démonter  les  premières  vis  I 
&  les  laifler  defcendre  jûlqu'aux  fécondes  :  quoi- 
que ces  vis  ne  pénètrent  point  dans  l'intérieur  des 
buifes  ,  il  faut  avoir  la  précaution  de  boucher  les 
trous  qu'elles  ont  faits ,  avec  un  bouchon  de  liège 
goudronné  ,  qu'on  y  fait  entrer  avec  force.  La  pre- 
mière buife  doit  être  délardée  ,  "&  garnie  d'un  fabot 

de 


SON 

de  fer:  on  en  aiiifia  ,  l'une  fur  l'autre  ,  de  la  façon 
qu'il  a  été  dit ,  jui'qu'à  ce  qu'on  fentît  que  le  labot 
portoit  fur  la  marne  ,  dans  laquelle  on  les  fit  descen- 
dre de  1  pics  h  petits  coups  de  hic  ,  afin  de  ne  pas 
déranger  les  molles-bandes  ni  les  jointures.  On  rac- 
courcit les  builes  à  la  hauteur  des  coffres  ,  &  on  y 
introduifit  une  petite  tarière  ,  montée  fur  des  bar- 
reaux d'un  pouce  de  grolTeur  ;  elle  deicendit  juf- 
que  fur  la  marne  qui  étoit  entrée  dans  les  buiies  : 
on  lentit  qu'elle  rencontroit  de  la  réfillance  ,  on 
la  retira  avec  quelque  peu  de  gravier  blanc  &tranf- 
parent ,  on  f c  iervit  d'un  petit  inftrumcnt ,  qui  lui 
ôta  toute  difîicultc  :  on  la  redefcendit  ,  on  la  ht 
entrer  d'un  pié  :  on  la  retira  pleine  de  gravier,  & 
d'une  marne  graffe  ,  blanche,  &  collante:  on  vui- 
da  la  buife  ,  &  on  alla  avec  le  même  inflrument 
jufqu'à  deux  pics  au-defTous  du  fabot  ,  on  ientit 
du  ferme  qu'il  ne  put  entamer  ,  on  reprit  le  petit 
inlliLiment ,  qui  entra  fort  aifément  :  les  barreaux 
dont  on  fe  fervit ,  n'avoient  qu'un  pouce  de  groffeur  : 
on  ne  pouvoit  pas  ,  de  peur  de  les  affoiblir ,  y  faire 
des  trous  pourypaflier  des  étriers,  comme  à  ceux  qui 
avoient  i6  lignes  :  au-lieu  de  cela  ,  on  les  arrêtoit 
avec  le  coin  dans  la  manivelle  ,  foit  en  les  defcen- 
dant,  foit  en  les  remontant  :  cette  manivelle  portoit 
fur  deuxtafïeaux  qui  tenoient  au  coffre  ,  &  qui  i'élc- 
voient  affez  haut  pour  que  le  coin  qu'on  y  frappoit , 
ne  touchât  point  aux  buifes  :  on  faifoit  fortir  ce  coin, 
lorfqu'on  vouloit  mettre  les  barreaux  en  liberté ,  foit 
pour  les  dcfcendre  ouïes  remonter:  on  les  prenoit 
d'ailleurs  à  telle  hauteur  ou'on  vouloit ,  avec  un  inf- 
trument  qui  ctoit  attaché  au  cable  de  l'engin  que  les 
ouvriers  nomment  le  diable. 

On  retira  le  petit  inllrument  qui  avoit  percé  un  ht 
ie  gravier  de  5  à  6  pouces  ;  on  redefcenuit  la  petite 
Eariere  ,  qui  revint  toujours  remphe  de  marne,  juf- 
qu'à 5  pies  de  profondeur ,  où  il  fe  trouva  un  autre 
lit  de  gravier.  Le  petit  inflrument  lui  fraya  de  nou- 
veau Ion  chemin  ,  &  on  continua  ù  la  faire  entrer. 
Elle  dcfcendit  de  4  pies  :  on  fînit  la  journée.  Un  ou- 
i^rier  couvrit  la  buife  avec  le  bonnet.  Le  lendemain, 
à  la  pointe  du  jour ,  il  alla  le  lever  ;  il  fortit  un  bouil- 
lon d'eau  qui  étonna.  Elle  parut  fe  mettre  de  niveau 
îvec  l'orifice  de  la  buife  ;  elle  confervoit  cependant 
.m  mouvement  qu'on  ne  put  appercevoir  qu'en  met- 
:anî  un  petit  morceau  de  papier  furlafuperficie.  On 
iefcendit  la  petite  tarière  qui  flit  arrêtée  à  20  pies 
près  de  la  profondeur  où  l'on  avoit  été  auparavant. 
Jn  reprit  le  petit  inifrument  qui  perçaune  efpecede 
:ampon  de  plus  d'un  pié  d'épaiffeur  de  terre ,  de  bois , 
3e  doux  &c  de  tout  ce  que  l'eau  du  fond  avoit  eu  la 
X)rce  de  chafîer.  Jufque-là  on  en  fut  d'autant  plus 
lurpris ,  que  la  petite  tarière  &  le  petit  inflrument 
n'avoient  rien  ramené  de  pareil.  Peut-être  ces  ma- 
tières s'étoient-elles  rangées  de  côté  ,  &  que  l'eau 
qui  commcnçoit  à  s'élever  les  avoit  forcées  à  remon- 
ter avec  elle  ,  &  n'avoit  cependant  pas  eu  la  force 
de  les  conduire  plus  haut.  Il-ne  faut  pas  s'étonner  fi 
l'inflrument  tient  quelquefois  très-fortement  dans  les 
buifes  :  il  forme  avec  la  marne  qui  s'y  colle  extérieu- 
rement ,  6c  celle  dont  il  fe  charge  par-deffus  en  re- 
montant ,  une  efpece  de  pifton.  On  fe  fert ,  pour  le 
(oulager  ,  d'un  tourne  -  à  -  gauche  ,  avec  lequel  on 
tourne  &:  détourne  les  barreaux  ;  la  marne  qui  l'en- 
duit extérieurement  fe  délaie  :  l'eau  de  deffous  fe 
communique  à  celle  de  defius  ,  &  la  difficulté  cefTe. 

L'obflacle  étant  levé  ,  l'eau  commença  à  couler 
avec  aflcz  de  force  ;  on  continua  à  fc  fervir  alternati- 
vement de  la  tarière  &  du  petit  inflrument  julqu'A 
2.5  pies  de  profondeur.  On  rencontra  encore  dans 
cette  marche  des  lits  de  gravier ,  &  on  s'appcrçut 
que  l'eau  augmentoit  fonfibL-ment  à  mefure  qu'on 
lés  perçoit.  ()n  mefura  la  quantité  qu'il  en  fortoitpar 
le  haut  des  buifes  qu'on  trouva  être  d'un  pouce  &  ), 
Tome  XF. 


S  o 


35.1 


ou  20  pintes  de  Paris  par  minute.  On  voulut  mal-à- 
propos  en  tirer  un  plus  gros  volume  ;  on  redefcendit 
le  petit  inflrument  :  on  ne  lui  eut  pas  fait  faire  quatre 
tours  ,  que  \&s  barreaux  fe  rompirent  à  74  pics  de 
profondeur,  &  en  abandonnèrent  81  pies  dans  le 
fond.  La  conflernation  des  anciens  ferviteursdu  roi 
&  des  ouvriers  fut  dans  ce  moment  très-grande  ;  on 
chercha  à  les  raffurer  :  on  lit  faire  un  inflrument  ex- 
trèmeuient  Ample  :  on  le  defcendit  avec  les  74  pies 
de  barreaux  qu'on  avoit  retirés  :  on  le  joignit  à  ceux 
qui  étoient  dans  le  fond  ;  il  les  faifit  avec  tant  de  for- 
ce ,  &  rinftrument  qui  étoit  engagé  dans  la  marne 
tenoit  n  fort ,  que  deux  hommes  apphqués  au  treuil 
de  l'engin  en  rompirent  le  cable  fans  qu'il  quittât  pri- 
fe  :  on  envoya  chercher  une  chèvre  à  l'arfinal  ;  dès 
le  premier  coup  de  levier  l'eau  devint  blanche  :  on  ju- 
gea que  l'inflrument  avoit  fait  un  mouvcxment  dans 
le  fond  ;  au  deuxième  coup  de  levier  ,  les  barreaux 
montèrent  de  4  pouces  ;  &  au  troifleme  tout  fut  dé- 
gagé. On  reprit  le  cable  de  l'engin  ,  &  on  retira  les 
barreaux  caffés  au  grand  contentement  des  fpefta- 
teurs.  On  ne  jugea  pas  à  propos  de  s'expofer  une 
féconde  fois  à  un  accident  de  cette  nature,  d'autant 
moins  que  la  quantité  d'eau  dont  on  étoit  sûr  fufîi- 
foit  pour  le  fort  S.  François.  Elle  efl  augmentée  ,  & 
donne  aujourd'hui  premier  Décembre  35  pintes  par 
minute  mefure  de  Paris, 

Sonde  de  mer  ^  ou  Plomb  de  sonde  ,  {Marine.') 
c'efliuie  corde  chargée  à\m  gros  plomb,  autour  du- 
quel il  y  a  un  creux  rempli  de  fuif,  que  l'on  fait  def- 
cendre  dans  la  mer  ,  tam  pour  reconnoître  la  cou- 
leur &  Id  qualité  du  fond,  qui  i'attache  au  fuif,  que 
pour  favoir  la  profondeur  du  parage  où  l'on  elt.  Ce 
dernier  article  ell  fuiceptible  de  beaucoup  de  diffi- 
cultés quand  cette  profondeur  efl  confldérable. 

On  dit  être  à  \a.  fonde,  lorfqu'on  efl  en  un  lieu  où 
l'on  peut  trouver  le  fond  de  la  mer  avec  la  fonde  ;  al- 
ler à  la  fonde  ,  lorfqu'on  navige  dans  des  mers  ou  fur 
des  côtes  dangereufes  &  inconnues ,  ce  qui  oblige 
d'y  aller  {5  fonde  à  la  main  ;  venir  jufqu'à  la  Jbnde  , 
quand  on  quitte  le  rivage  de  la  mer ,  6c  qu'on  vient 
jufqu'à  un  endroit  où  l'on  trouve  fond  avec  Va  fonde; 
&C  enfin  on  dit  que  les  fondes  foat  marquées  ,  6c  cela 
veut  dire  que  les  brafles  ou  pies  d'eau  font  marqués 
iiiï  les  cartes  ,  près  des  côtes. 

Sonde  ,  (  terme  de  Mineur.')  le  mineur  fe  fert  d'une 
fonde  à  tarière  pour  agrandir  le  trou  ,  lorfqu'il  veut 
crever  les  galeries  par  quelque  bombe  ,  ou  gargouge 
chargée;  c'ell  ce  qu'il  exécute  en  enfonçant  la  lom- 
be  dans  les  trous,  &:  en  maçonnant  enfuite  l'ouverture 
de  même  qu'aux  fourneaux.  (Z>,  J.) 

Sonde  ,  efl  un  infrument  de  Chirurgie  dont  on 
fe  fert  pour  examiner  6c  fonder  l'état  des  bleffures  , 
ulcères  &  autres  cavités. 

Il  y  a  àe^  fondes  de  différentes  figures  fuivant  leurs 
dilTérens  ufagcs.  La  fonde  pour  les  plaies  6c  les  ul- 
cères, efl  une  verge  de  fer ,  d'acier  ou  d'argent  très- 
polie,  longue  tout  au  plus  de  cinq  pouces  de  demi, 
moufle  &  boutonnée  parles  extrémités,  afin  qu'elle 
ne  blefîe  pas  les  parties  dans  lefquelles  on  l'introduit. 
La  plus  menue  s'appelle  flilet,  Jlilus.  Elle  efl  de  la 
groffeur  d'une  aiguille  à  tricoter  ;  une  de  fes  extré- 
mités fe  termine  en  poire  ou  en  ohve  ,  l'autre  efl  un 
peu  moufle.  Sa  matière  efl  ordinairement  d'argent. 
On  a  coutume  de  la  faire  recuire  pour  la  plier  facile- 
ment ,  &  lui  donner  ime  figure  convenable  aux  li- 
nuofltés  ou  détours  des  plaies  6c  des  ulcères.  Foye^^ 
fig.  S.  PI.  I.  Les  autres  fondes  font  plus  ou  moins 
grofles  ,  fuivant  le  befoin.  Quelques-unes  font  per- 
cées par  un  bout ,  comme  les  aiguilles  ,  pour  pafTer 
les  fêtons  :  quelques  flilets  le  font  aulli,  L'ulage  des 
fondes  ell  pour  faire  connoitre  la  profondeur  ,  l'éten- 
due ,  le  trajet  des  plaies  &  des  ulcères ,  leur  pénétra- 


.154 


SON 


tion  iufqu'auîc  os  ,  Us  parties  qui  ont  été  pffcnfées  , 
les  linuofitcs  des  fiflules  ,  les  clapiers  qui  s'y  ren- 
contrent ,  les  tradures  qu'il  peut  y  avoir  ,  les  corps 
étrangers  qui  y  font  engagés,  la  carie  des  os  ,  &c. 

D;\ns  les  plaies  d'armes  à  feu,  h  for?  de  doit  être 
terminée  par  un  bouton  olivaire  ,  gros  comme  l'cv- 
trémité  du  petit  doigt ,  afin  de  ne  point  fiiivre  ou  faire 
de  faulfes  routes  dans  les  déchiremcns  qui  accompa- 
gnent CCS  fortes  de  plaies. 

lly^dcsjonc/cs  cannelées,  c'cfl:-à-dirc  creufées 
en  gouttière  dans  toute  leva-  longueur  ,  arrondies  du 
côté  oppofé.  La  cannelure  doit  être  trcs-unic,  &  un 
peu  plus  large  dans  fon  commencement.  La  pointe 
doit  être  fermée,  de  façon  que  l'extrémité  d'un  bif- 
touri  ne  puifle  pas  pafler  l'obftacle  qu'oppofe  l'arcte 
qui  c(l  à  l'extrémité  de  \:\  fonde.  Le  manche  cfî  une 
eipccc  de  trcilo  ou  de  cœur  applati ,  ou  une  pièce 
plate  fendue,  pour  faire  une  fourchette  propre  «  main- 
tenir le  filet  de  la  langue  quand  on  le  veut  couper  aux 
enfans.  Les  fondis  cannelées  Icrvent  de  conduftcur 
auxinllrumenstranchans  pour  aggrandir  les  plaies  & 
les  ulcères  finueux  ou  fiiluleux.  t^oye^  la  figure  4  & 
6.  PL  II.  La  figure  4,  /ert  de  tire-halle. 

La  fonde  aîléc  ou  gardienne  des  inteftins  dans  les 
hernies  avec  étranglement ,  eft  très-commode  pour 
fervir  à  la  dilatation  de  l'anneau  de  l'oblique  externe, 
ou  du  ligament  de  Tarcade  crurale  ,  qui  produifent 
cet  étranglement.  C'efl  um  fonde  cannelée  comme 
la  précédente ,  que  M.  Petit  a  faite  couder  aux  deux 
tiers  de  fa  longueur  ;  fous  le  coude  eft  fondée  une  pla- 
que en  forme  de  cœur ,  large  d'un  pouce  ,  longue  de 
deux.  Les  deux  côtés  de  cette  plaque  repréientcnt 
les  aîlesde  la  Jonde.  Quand  on  a  introduit  cet  inftru- 
ment  qui  fert  de  condufteur  au  biftouri ,  la  plaque 
dont  la  pointe  doit  être  enfoncée  jui'que  dansl'  ou  - 
verture  ,  couvre  les  inteftins  &  les  garantit  du  tran- 
chant du  biftouri.   f^ojei  la  figure  14.  PI.  III. 

Les  fondes  pour  la  veiue  font  particulièrement  ap- 
J>€lléts  algalies ,  vq)'i;{  AlgALIE. 

"L-A  fonde  pour  l'opération  de  la  taille  ,  voyei  Ca- 

THF.TER. 

La  fonde  de  poitrine  eil  la  même  dont  on  fe  fert 
pour  fonder  la  velîie  des  femmes  ,  voyc^  Algalie. 
L'uiage  de  celte  fonde  à  la  poitrine  ,  efl  d'évacuer  le 
fang  6c  les  autres  matières  liquides  épanchées  dans 
cette  cavité,  d'y  faire  des  injedions  ,  (S'c.  Voyez  la 
fi  g.  i.Pl.X. 

Il  y  a  encore  une  efpcce  de  fonde  o^m  fert  à  décou- 
vrir la  carie  des  dents:  elle  cil  crochue  ,  faire  d'a- 
cier ,  longue  d'environ  trois  pouces  &L  demi  j  fon 
milieu  cjui  eft  ordinairenient  "taillé  à  pans  fert  diq  man- 
che ;  fes  deux  extrémités  font  ronJps',  &  vont  en  di- 
minuant fe  terminer  en  une  pointe  un  peu  moufle  ; 
chacune  d'elles  efl  légèrement  recourbée  à  contre 
fe'ns.  C'efl  avec  l'une  de  ces  pointes  qu'on  examine 
la  carie  &  fa  profondeur.  Foye?  lafimre  7.  Planche 
XXI^.  {Y) 

Sonde  ,  (Comm.  )  inflrument  qui  fert  à  fonder  &. 
à  connoître  la  qualité  ou  la  connoiffancc  de  quelque 
chofe. 

Les  commis  des  barrages  des  villes  ôii  l'on  paye 
quelques  droits  ,  &  ceux  des  bureaux  dVntrées  & 
forties  du  royaume  ont  difFérentesy?;/7r/c:y  pour  recon- 
noîtrefi  dans  les  marchandifes  (^ui  pafléntàleurs  bu- 
reaux ,  &  dont  on  leur  paye  les  droits  ,  il  n'y  en  au- 
roit  pas  quelqu'autrc  plus  précieufe  ,  ou  de  contre- 
bande. 

Les  fondes  des  commis  pour  les  entrées  du  vin  font 
en  forme  d'une  longue  broche  de  fer  ,  emmanchée 
dans  du  bois,  qu'ils  fourrent  dans  les  chariots  char- 
gés de  paille  ou  de  foin  ,  éc  autres  chofts  fembh'- 
biCS  ,  dans  lefquelles  on  pourroit  cacher  un  tonneau 
ou  baril. 

Les  duiTQS  fondes  font  h  proportion  femblabics , 


SON 

mais  convenables  à  la  qualité  des  matières  qu'on  veut 
fonder.  Dici.  de  Corini.  &  de  7 révoux. 

Sonde  ,  f.  f.  (tcr,?,e  de  Cluilrcutier.^  ils  nommcntde 
l:i  f"(<rte  une  longue  aiguille  d'argent ,  dont  ils  fe  fer- 
vent pour  fonder  les  jambons  ,  langues  de  bœufs  & 
autres  viandes  crues  ou  cuites  ,  cju^ii  leur  efi  permis 
de  vendre  &  débiter.  (Z).  7.) 

Sonde,  f  f.  Çtcrme  (fjEventaî/lifc.^  c'efl  une  lon- 
gue aiguille  de  laiton  qui  leur  fert  à  ouvrir  les  pa- 
piers ,  pour  y  placer  les  flèches  de  la  monture  d'un 
éventail.   (  D.J.) 

SONDER ,  v.  ad.  (  Gramm.)  c'cfl  fe  fervir  de  la 
fonde.    Foyci  les  ar.'icles  SoNDE. 

SONDUIO,  (Géog.  mod.)  en  aWeïmnà  Sonders ^ 
gros  bourg  de  la  Valteline,  fur  la  rive  droite  de  TAd- 
da,  au  pié  du  mont  Mafegrio  ,  &c  le  chef  lieu  d'un 
gouvernement  auquel  il  donne  fon  nom.  C'étoit  au- 
trefois une  ville  fermée  de  murailles  ,  avec  un  châ- 
teau ,  mais  les  murs  &:  le  château  furent  abbatus  en 
1335.  (D.J.) 

SONGE ,  (.  m.  (Méiapk.  &Phyfiol.)  lefonge  efl  un 
état  bifarre  en  apparence,  où  l'ame  a  des  idées  fans 
y  avoir  de  connoifiance  réfléchie  ,  éprouve  des  fen- 
fations  l'ans  que  les  objets  externes  paroiffent  faire 
aucune  imprcffion  fur  elle  ;  im.agine  des  objets  ,  fe 
tranfporte  dans  des  lieux ,  s'entretient  avec  des  per- 
fonnes  qu'elle  n'a  jamais  vues  ,  &  n'exerce  aucun 
empire  fur  tous  ces  fantômes  qui  paroiffent  ou  dif- 
paroifîent ,  l'auedent  d'une  manière  agréable  ou  in- 
commode ,  fans  qu'elle  influe  en  quoi  que  ce  foit. 
Pour  expliquer  la  nature  desfonges  ,  il  faut  avant 
toutes  chofes  tirer  de  l'expérience  un  certain  nom- 
bre de  principes  diflinds  ;  c'efl  là  l'unique  fil  d'A- 
riane qui  pulffe  nous  guider  dans  ce  labyrinthe  :  de 
touteslespartiesqui  compofent  notre  machine, il  n'y 
a  que  les  nerfs  qui  foient  le  fiege  du  fcntiment ,  tant 
qu'ils  confervent  leur  tenfion,  &  cet  e?:trait  précieux, 
cette  liqueur  fubtile  qui  fe  forme  dans  le  laboratoire 
du  cerveau,  coule  fans  interruption  depuis  l'origine 
des  iierfs  jufqii'à  leur  extrémité.  Il  ne  fauroit  fe  faire 
aucune  imprefïïon  d'une  certaine  force  fur  notre 
corps  ,  dont  la  furface  efl  tapifîée  de  nerfs  ,  que  cette 
imprefiion  ne  pafl'e  avec  une  rapidité  inconcevable 
de  l'extrémité  extérieure  à  l'extrémité  intérieure  ,, 
&  ne  pvoduife  aufïi-tôt  l'idée  d'une  fenfation.  J'ai  dit 
qu'il  fdîoit  une  impreffion  d'une  certaine  force,  car 
il  y  à  en  effet  une  infinité  de  matières  fubtiles  &  dé- 
liées répandues  autour  de  nous,  qui  ne  nous  affeftent 
j)oint  ;  parce  que  pénétrant  librement  les  pores  de 
nos  parties  nerveuiés  ,  elles  ne  les  ébranlent  point , 
l'air  lui-même  n'efl  apperçu  que  quand  il  efl  agité 
par  le  vent.  Tel  étant  l'état  de  notre  corps  ,  il  n'efl 
pas  dlfHcile  de  comprendre  comment  pendant  la 
veille  nous,  avons  l'idée  des  corps  lumineux,  fbno- 
res  ,  fapides  ,  odoriférans  &  taétiles  :  les  émanations, 
de  ces  corps  ou  leursparties  mêmeheurtantnos  nerfs,, 
les  ébranlent  à  la  furface  de  ces  corps  ;  &  comme 
lorfqii'on  pince  une  corde  tendue  dans  quelqu'cn- 
droit  que  ce  foit ,  toute  la  corde  trémoufTe ,  de  même 
lé  nerf  efl  ébranlé  d'un  bout  à  l'autre  ,  &  l'ébranle- 
ment de  l'extrémité  intérieur  eil  fidcllcment  fiiivi 
&  accompagné,  tant  cela  fe  fait  promptejment,  de  la 
fenfation  qui  y  répond.  Mais  iorfque  fermant  aux 
objets  fenfibles  toutes  les  avenues  de  notre  ame» 
nous  nous  plongeons  entre  les  bras  du  fommeil,d'oii 
naifîcnt  ces  nouvelles  décorations  qui, s'offrent  à 
nous  ,  &  quelquefois  avec  une  vivacité  qui  met  nos 
pafïïons  dans  un  état  peu  différent  de  celui  de  la 
veille  ?  Comment  puis-je  voir  &  entendre ,  6c  en  gé- 
néral fcntir,  fans  faire  ufage  des  organes  du  fc?nti- 
ment ,  démêlant  foigneufement  diverfes  chofes  qu'on 
a  coutume  de  confondre  ?  Comment  les  organes  da 
fentiment  font-ils  la  caufc  des  fenfaiions  }  efl-ce  en 
qualité  de  principe  immédiat?  cfl-ce  par  l'œil  ou 


i* 


SON 

par  l'oreille  que  l'on  volt  &  entend  immédiatement? 
Point  du  tout  ,  l'œil  &  l'oreille  lont  afFedés  ;  mais 
lame  n'eft  avertie  que  quand  l'impreffion  parvient 
à  i'cxtrcmité  intérieure  du  nerf  optique  ou  du  nerf 
auditif;  6i.  û  quelque  obflacle  arrête  en  chemin  cette 
imprclTion  ,  de  manière  qu'il  ne  fe  faffe  aucun  ébran- 
lement dans  le  cerveau ,  l'impreffion  efl  perdue  pour 
l'amc.  Ainfi ,  &  c'efl  ce  qu'il  faut  bien  remarquer 
comme  un  des  principes  fondamentaux  de  l'explica- 
tion des  fonges  ,  ilfuffit  que  l'extréinité  intérieure  foit 
ébranlée  pour  que  l'ame  ait  des  repréfentations.  On 
connoît  de  plus  aifément  que  cette  extrémité  inté- 
rieure efl  la  plus  facile  à  ébranler  ,  parce  que  les  ra- 
milications  dans  lefquelles  elle  fe  termine  font  d'une 
îxtrème  ténuité  ,  &  qu'elles  font  place  à  la  fource 
même  de  ce  fluide  fpiritueux ,  qui  les  arrofe  &  les 
jénetre ,  y  court,y  lerpente ,  &  doit  avoir  une  toute 
lutre  aftivité  ,  que  lorfqu'il  a  fait  le  long  chemin  qui 
le  conduit  à  la  furface  du  corps  ;  c'efl  de-là  que  naif- 
!ent  tous  les  a£ïes  d'imagination  pendant  la  veille , 
k  perfonne  n'ignore  que  dans  les  perfonnes  d'un 
:ertain  tempérament ,  dans  celles  qui  font  livrées  à 
le  telles  méditations  ,  ou  qui  font  agitées  par  de 
violentes  partions  ,  les  ades  d'imagination  font  équi- 
/■alens  aux  fenfations  &C  empêchent  même  leur  effet, 
quoiqu'elles  nous  affedent  d'une  manière  affez  vive. 
Ce  font  là  les  fonges  des  hommes  éveillés,  qui  ont  une 
parfaite  analogie  avec  ceux  des  hommes  endormis , 
îtant  les  uns  &  les  autres  dépendans  de  cette  fuite 
i'ébranlemens  intérieurs  qui  ie  pafTent  à  l'extrémité 
îes  nerfs  qui  aboutiflent  dans  le  cerveau.  Toute  la 
liffcrence  qu'il  y  a  ,  c'elî:  que  pendant  la  veille  nous 
»ouvons  arrêter  cette  fuite  ,  en  rompre  l'enchaînure, 
;n  changer  la  direftion  ,  &  lui  faire  fuccéder  l'état 
les  fenlations  ,  au-lieu  que  les  Jonges  iont  indépen- 
iars  de  notre  volonté ,  &  que  nous  ne  pouvons  ni 
continuer  les  illufions  agréables  ,  ni  mettre  en  fuite 
.es  fantômes  hideux.  L'imagination  de  la  veille  eft 
me  république  policée  ,  oii  la  voix  du  magillrat  re- 
net  tout  en  ordre  ;  l'imagination  des  fonges  eu  la 
nime  république  dans  l'état  d'anarchie  ,  encore  les 
lafïïons  font-elles  de  fréquens  attentats  contre  l'auto- 
ité  du  légiflateur  pendant  le  tems  même  oii  fes  droits 
bnten  vigueur.  Il  y  a  une  loi  d'imagination  que  l'ex- 
>érience  démontre  d'une  manière  incontelfable,  c'eil 
[ue  l'imagination  lie  les  objets  de  la  même  manière 
[ue  les  fens  nous  les  repréfentent ,  &  qu'ayant  caufe 
.  les  rappeller ,  elle  fe  fait  conformément  à  cette 
iailon  ;  cela  eft  f»  commun  ,  qu'il  feroit  fuperflu  de 
'y  attendre.  Nous  voyons  aujourd'hui  pour  la  pre- 
niere  fois  un  étranger  à  un  fpedacle  dans  une  telle 
)lace  ,  à  côté  de  telles  perfonnes  :  fi  ce  foir  votre 
magination  rappelle  l'idée  de  cet  étranger  ,  foit 
l'elle  -  même ,  ou  parce  que  nous  lui  demandons 
:ompte  ,  elle  fera  en  même  tems  les  frais  de  re- 
kréfenter  en  même  tems  le  lieu  du  fpeftacle ,  la  place 
jue  l'étranger  occupoit  ,  les  perfonnes  que  nous 
ivons  remarquées  autour  de  lui  ;  &  s'il  nous  arrive 
le  les  voir  ailleurs  ,  au  bout  d'un  an ,  de  dix  ans  ou 
lavantage  ,  fuivant  la  force  de  notre  mémoire ,'  en 
e  voyant,  toute  cette  efcorte  ,  fi  j'ofe  ainfi  dire  , 
e  joint  à    fon    idée.    Telle   étant    donc    la   ma- 
liere  dont  toutes  les  idées  fe   tiennent   dans  notre 
;erveau ,  il  n'eft  pas  furprenant  qu'il  fe  forme  tant 
le  combinaifons  bifarres  ;  mais  il  eft  effentiel  d'y 
aire  attention  ,  car  cela  nous  explique  la  bifarrerie , 
'extravagante  apparence  des  fonges ,  &  ce  ne  font 
tas  feulement  deux   objets  qui  le  lient  ainfi  ,  c'en 
ont  dix  ,  c'en  font  mille  ,  c'eft  l'immenfe  alTemblage 
le  toutes  nos  idées ,  dont  il  n'y  en  a  aucune  qui  n'ait 
:té  reçue  avec  quelqu'autre  ,  celle-ci  avec  une  troi- 
ieme  ,  &  ainfi  de  fuite.  En  parlant  d'une  idée  quel- 
:oûque  ,'  vous  pouvez  arriver  fucceffivemcnt  à  tou- 
es  les  autres  par  des  routes  qui  ne  f^nt  point  tra- 
Torne  XF, 


SON  B5f 

cées  aiihafard,  comme  elles  le  pàroirfent ,  mais  qui 
(ont  déterminées  par  la  manière  &  les  circonftances 
de  l'entrée  de  cette  idée  dans  notre  ame  ;  notre  cer- 
Veau  eft  ,  fi  vous  le  voulez  ,  un  bois  coupé  de  mille 
allées  ,  vous  vous  trouverez  dans  une  telle  ailée 
c'eft-à-dire  vous  êtes  occupé  d'une  telle  fenfation  ; 
fi  vou^  vous  y  livrez  ,  comme  on  le  fait ,  ou  volon- 
tairement pendant  la  veille  ,  ou  néceffairement  dans 
les  fonges  de  cette  allée,  vous  entrerez  dans  une  fé- 
conde ,  dans  une  troifieme ,  fuivant  qu'elles  iont  per- 
cées ,  &  votre  route  quelqu'irréguliere  qu'elle  pa- 
roiffe  dépend  de  la  place  d'où  vous  êtes  parti  &  de 
l'arrangement  du  bois,  de  forte  qu'à  toute  autre  placé 
ou  dans  un  bois  différemment  percé  vous  aurez  fait 
un  autre  chemin  ,  c'eft-à-dire  un  autre  f>nge.  Ces 
principes  fuppofés,  employons-les  à  la  lolution  dil 
problème  des  fonges.  Les  fonges  nous  occupent  pen- 
dant le  fommeil;  &  lorfqu'il  s'en  préfente  quelqu'un 
à  nous ,  nous  fortons  de  l'efpece  de  léthargie  com- 
plette  oïl  nous  avoicnt  jettes  ces  fommeils  profonds  , 
pour  appercevoir  une  fuite  d'idées  plus  ou  moins 
claires  ,  félon  que  lefonge  eft  plus  ou  moins  vif,  fé- 
lon le  langage  ordinaire  ;  nous  ne  fongeons  que  lorf- 
que  ces  idées  parviennent  à  notre  connoiffance  ,  & 
font  impreffion  fur  notre  mémoire  ,  &  nous  pouvons 
dire ,  nous  avons  eu  tel fonge ,  ou  du-moins  que  nous 
avons  fongé  en  général  ;  mais  ,  à  proprement  parler, 
nous  fongeons  toujours,  c'eft-à-dire  que  dès  que  le 
fommeil  s'eft  emparé  de  la  machine  ,  l'ame  a  fans  in- 
terruption une  fuite  de  repréfentations  &  de  percep- 
tions ;  mais  elles  font  quelquefois  û  confufes,  fi  foi- 
bles  ,  qu'il  n'en  refte  pas  la  moindre  trace  ,  6c  c'eft 
ce  qu'on  appelle  ie  profond  fommeil ,  qu'on  auroittort 
de  regarder  comme  une  privation  totale  de  tout* 
perception  ,  une  inadion  co.mplette  de  l'ame. 

Depuis  que  l'ame  a  été  créée  &  jointe  à  un  corps, 
ou  même  à  un  corpufcule  organifé,  elle  n'a  ceffé  de 
faire  les  fondions  eflentielles  à  une  ame  ,  c'eft-à-diré 
d'avoir  une  fuite  non-interrompue  d'idées  qui  lui  re- 
préfentent l'univers ,  mais  d'une  façon  convenable  à 
l'état  de  fes  organes  ;  auffi  tout  le  tems  qui  a  précé- 
dé à  notre  développement  ici-bas ,  c'eft-à-dire  notre 
naiffance  ,  peut  être  regardé  comme  un  fonge  conti- 
nuel qui  ne  nous  a  laift^é  aucun  fouvenir  de  notre 
préexiftence  ,  à  caufe  de  l'extrême  foibleffe  dont  uq 
germe  ,  un  fœtus  font  fufceptibles.  S'il  y  a  donc  des 
vuides  apparens,  &  ,  fi  j'ofe  dire  ,  des  efpeces  de  la- 
cunes dans  la  fuite  de  nos  idées  ,  il  n'y  a  pourtant 
aucune  interruption.  Certains  nombres  de  mots  font 
vifibles  &  lifibles  ,  tandis  que  d'autres  font  efïii- 
cés  &  indéchiffrables  ;  cela  étant ,  fonger  ne  fera 
autre  chofe  que  s'appercevoir  de  (es  fonges ,  &  il  eft 
uniquement  queftion  d'indiquer  des  caufes  qui  for- 
tifient les  empreintes  des  idées  ^  &  les  rende  d'une 
clarté  qui  mette  l'ame  en  état  de  juger  de  leur  exif- 
tence  ,  de  leur  liaifon  ,  &  d'en  conferver  même  le 
fouvenir.  Or  ce  font  des  caufes  purement  phyfiqucs 
&  machinales  ;  c'eft  l'état  du  corps  qui  décide  feul 
de  la  perception  des  fonges  ;  les  circonftances  ordi- 
naires qui  les  accompagnent  concourent  toutes  à 
nous  en  convaincre.  Quelles  font  ces  perfonnes  qui 
dorment  d'un  profond  fommeil,  &  qui  n'ont  point  ou 
prefque  point  fonge  }  Ce  font  les  perfonnes  d'une 
conflitution  vigoureuf'e  ,  qui  jouiffent  aduellcmcnt 
d'une  bonne  fanté ,  ou  celles  qu'un  travail  confidé- 
rablea  comme  accablées.  Deux  raifbns  oppofées  pro- 
voquent le  fommeil  complet  &C  de'ftitué  de  fondes  : 
dans  ces  deux  cas  ,  l'abondance  des  efprits  animaux 
fait  une  forte  de  tumulte  dans  le  cerveau ,  qui  em- 
pêche que  l'ordre  néceftaire  pour  lier  les  circonftan- 
ces d\mfofige  ne  fe  forme  ;  la  difette  d'efprits  Uni- 
maux  fait  que  ces  extrémités  intérieures  des  nerfs , 
dont  l'ébranlement  produit  des  ades  d'imagination  , 
ne  font  pas  remuées ,  ou  du-moins  pas  affez  pour  qu« 

Yy  ij 


35^ 


SON 


nous  enfoyons  avertis;  que  faut-il  donc  pour  ctre 
ibngeur?  Un  état  ni  foible,  ni  vigoureux  ;  une  médio- 
crité de  vigueur  rend  l'ébranlement  des  filets  ner- 
veux plus  facile  ;  la  médiocrité  d'efprits  animaux 
fait  que  leur  cours  ell  plus  régulier  ,  qu'ils  peuvent 
fournir  une  fuite  d'imprcifions  plus  faciles  à  dlflin- 
Gucr.  Une  circonflance  qui  prouve  manillemewt  que 
cette  médiocrité  que  j'ai  luppofée  cit  la  dii'pofition 
rcquife  pour  \tsfongcs  ,  c'eft  l'heure  à  laquelle  ils  font 
puis  fréqucns  ;  cette  heure  ell  le  matin.  Mais,  direz- 
vous,  c'cll  le  tcms  oii  nous  fommes  le  plus  frais,  le 
plus  vigoureux  ,  &  où  la'tranfpiration  des  efprits  ani- 
maux étant  faite ,  ils  font  les  plus  abondans  ;  cette 
obfervation  ,  loin  de  nuire  à  mon  hypothefe  ,  s'y 
ajullc  parfaitement.  Quand  les  peribnnes  d'une  conl- 
litution  mitoyenne,  (car  il  n'y  a  guère  que  celles-là 
qui  revent)  fe  mettent  au  lit ,  elles  font  à-pcu-près 
épuifées  ,  6l  les  premières  heures  du  fommeil  font 
celles  de  la  réparai  ion  ,/aquelle  ne  va  jamais  jufqu'à 
l'abondance  :  s'arrêtant  donc  à  la  médiocrité  ,  dès 
que  cette  médiocrité  exille  ,  c'eft-à-dire  vers  le  ma- 
tin ,  \ttslon!;cs  naiifent  cnfuite,  &  durent  en  augmen- 
tent toujours  de  clarté  jufqu'au  réveil.  Au  relie ,  je 
raifonne  fur  les  chofes  comme  elles  arrivent  ordi- 
nairement ,  &  je  ne  nie  pas  qu'on  ne  puiffe  avoir  un 
J'onge  vif  à  l'entrée  ou  au  milieu  de  la  nuit ,  fans  en 
avoir  le  matin  ;  mais  ces  cas  particuliers  dépendent 
toujours  de  certnins  états  particuliers  qui  ne  tbnt  au- 
cune exception  aux  règles  générales  que  je  pofe  ;  je 
conviens  encore  que  d'autres  caufes  peuvent  con- 
courir à  l'origine  Aqs  fondes  ^  &:  qu'outre   cet  état 
de  médiocrité  que  nous  iuppofons  exifter  vers  le 
matin  ,  toute  la  machine  du  corps  a  encore  au  même 
tems  d'autres  principes  d'adlion  très  propres  à  aider 
les  fonges  ;  j'en  remarque  deux  principaux  ,  un  inté- 
rieur &  un  extérieur.  Le  premier,  ou  le  principe  in- 
térieur ,  c'eft  que  les   nerfs  &  les  mulcles  ,  après 
avoir  été  relâchés  à  l'entrée  du  fommeil,  commen- 
cent à  s'étendre  &  à  fe  gonfler  par  le  retour  des  flui- 
des fpiritueux  que  le  repos  de  la  nuit  a  réparés,  toute 
la  machine  reprend  des  diipofitions  à  l'ébranlement; 
mais  les  caufes  externes  n'étant  pas  encore  affez  for- 
tes pour  vaincre  les  barrière?  qui  le  trouvent  aux 
portes  des  fens  ,  il  né  fe  fait  que  les  mouvemens  in- 
ternes propres  à  exciter   des  aiftcs  d'imagination  , 
c'tfl-A-dire  àcs  for2gcs.  L'autre  principe  ,  ou  le  prin- 
cipe extérieur  qui  difpofe  à  s'éveiller  à  demi,  &  par 
conféquent  à  fonger ,  c'eft  l'irritation  des  chairs  qui, 
au  bout  de  quelques  heures  qu'on  aura  été  couché 
fur  le  dos  ,  fur  It  côté  ,  ou  dans  toute  autre  attitude, 
commence  à  fe  faire  fentir.  j'avoue  donc  l'exiftence 
des  chofes  capricieufes  que  je  viens  d'indiquer ,  mais 
je  regi.rde  toujours  cette  difpofition  moyenne  entre 
l'abbadancc  &.  la  difette  d'elprits  ,  comme  la  ca'>'e 
principale  des  fonges  ;  Si.  pour  mettre  le  comble  à  la 
démonllration  ,  voyez  des  exemples  qui  viennent  à- 
propos.  Une  perlonne  en  foiblefié  ne  trouve  ,  quand 
elle  revient  à  elle-même  ,  aucune  trace  de  l'on  étal 
ptéccdtnt  ;  c'eil.  le  profond  fommeil  de  difette.  Un 
honune  yvre-mort  ronfle  plulicurs  heures,  &  le  ré- 
veille fans  avoir  eu  -diiLun  J'onge  ;  c'clr  le  profond 
fommeil  d'abondance  ;  donc  on  ne  longe  que  dans 
l'état  qui  tient  le  milieu.  Voyons  à-prélcnt  naître  un 
fonge ,  &i  aliiflons  en  quelque  forte  à  la  naifiance. 

Je  me  couche  ,  je  m'endors  p:otondément ,  toutes 
les  fenfations  font  éteintes ,  tpus  les  organes  lont 
comme  inaccelTibles  ;  ce  n'el>  pas  lu  le  tems  àcsfon- 
g:s, ,  il  faut  que  quelques  heures  s'écoulent ,  afin  que 
la  machine  ait  pris  les  principes  d'ébranlement  6l 
d'adion  cf  le  nous  avons  indiqués  ci-defîus  ;  le  tems 
étant  venu  ,  fongc-t-on  auiîi-tût ,  &  ne  faut-il  point 
de  caufe  plus  immédiate  pour  la  produclion  du  jonge^ 
que  cette  difpolition  générale  du  corps  }  Il  femble 
(d'abord  qu'on  ne  piiilie  ici  répondre  lans  témérité , 


SON 

&  que  le  fil  de  l'expérience  nou's  abandonne;  car, 
dirn-t-on ,  pviifque  perfonne  ne  fauroit  feulement  re- 
marquer quand  &  comment  il  s'endort  ,  comment 
potirroit-on  laiiir  ce  qui  prélide  à  l'origine  d\mJori>'c 
qui  commence  pendant  notre  fommeil? 

Au  fccours  de  l'cxpértence  ,  joignons-y  celui  du 
raifonncment:  voici  donc  comment  nous  raifonnons. 
Un  acie  quelconque  d'imagination  eft  toujours  lié 
avec  une  fenfation  qui  le  précède  ,  &:  lans  laquelle  il 
n'exifteroit  pas;  car  pourquoi  un  tel  aéte  fe  lerolt-il 
développé  plutôt  qu'un  autre  ,  s'il  n'avoit  pas  été  dé- 
terminé par  une  fenfation?  Je  tombe  dans  un  do\ice 
rêverie  ,  c'ell  le  point-dc-vue  d'une  riante  campa- 
gne ,  c'ell: le  gazouillement  des  oifeaux,  c'elHe  mur- 
mure des  fontaines  qui  ont  produit  cet  état ,  qui  ne 
l'auroit  pas  alTurément  été  par  des  objets  effrayans, 
ou  par  des  cris  tumultueux  ;  on  convient  fans  peine 
de  ce  que  j'avance  par  rapport  à  la  veille  ,  mais  on 
ne  s'en  apperçoit  pas  auiîi  dillinélement  à  l'égard  des 
fonges  ,  quoique  la  choie  ne  loit  ni  moins  certaine, 
ni  moins  nécelTaire  ;  car  fi  les  fonges  ne  font  pas  des 
chaînes  d'adles  d'imagination  ,  &  que  les  ch.âncs  doi- 
vent ,  pour  ainfi  dire  ,  être  toutes  accrochées  à  un 
point  fixe  d'où  elles  'dépendent ,  c'efl-à-dire  à  un« 
fenlation  ,  j'en  conclus  que  tout  fonge  commence  par 
une  fenlation  &  le  continue  par  une  fuite  d'aélcs 
d'imagination  ,  toutes  les  imprefiions  lenfihles  qui 
étoient  fans  effet  à  l'entrée  de  la  nuit  deviennent  effi- 
caces ,  finon  pour  réveiller ,  au-moins  pour  ébranler, 
&  le  premier  ébranlement  qui  a  une  force  détermi- 
née eu  le  principe  d\mfonge.    Le  fonge  a  toujours 
fon  analogie  avec  la  nature  de  cet  ébranlement  ;  ell- 
ce ,  par  exemple  ,  un  rayon  de  lumière  qui  s'infinuant 
entre  nos  paupières  a  affeûé  l'œil  ,  notre  fonge  fui- 
vant  fera  relatif  à  des  objets  vifibles,  lumineux?  eft- 
ce  un  fon  qui  a  ftappé  nos  oreilles  ?  Si  c'eft  un  Ton 
doux  ,  mélodieux,  une  férénade  placée  fous  nos  fe- 
nêtres ,  nous  rêverons  en  conformité,  &  les  charmes 
de  l'harmonie  auront  part  à  noire  fongc  ;  ell-cc  au 
contraire  un  fon  perçant  6l  lugubre  ?  les  voleurs  ,  le 
carnage  ,  &  d'autres  fcènes  tragiques  s'offriront  à 
nous  ;  ainfi  la  nature  de  la  fenfation  ,  mère  du  fonge, 
en  déterminera  l'elpece  ;  &  quoique  cette  lenlatioa 
fûit  d'une  foiblefie  qui  ne  permette  pointa  l'ame  de 
l'appercevoir  comme  dans  la  veille  ,  Ion  efficacité 
phylique  n'en  clt  pas  moins  réelle  ;  tel  ébranlement 
•extérieur  répond  à  tel  ébranlement  intérieur,  non  à 
un  autre  ,  &  cet  ébranlement  intérieur  une  fois  don- 
né ,  détermine  la  fuite  de  tous  les  autres. 

Ce  n'eft  pas ,  au  relie  ,  que  tout  cela  ne  foit  modi- 
fié par  l'état  actuel  de  l'ame  ,  par  l'es  idées  familiè- 
res,  par  (es  actions,  les  imprelîions  les  plus  récentes 
qu'elle  a  reçues  étant  les  plus  aifées  à  ferenouveller: 
de-là  vient  la  conformité  fréquente  que  les  fngcs  ont 
avec  ce  qui  s'eft  paffé  le  jour  précédent ,  mais  toutes 
i  es  modifications  n'empêchent  pas  que  le  fonge  na 
parte  toujours  d'une  fenlation  ,  &  que  l'efpece  de 
cette  fenlation  ne  détermine  celle  du  fonge. 

Par  fenfation  je  n'entends  pas  les  feules  imprcffions 
qui'viennent  des  objets  du  dehors  ;  il  fe  pafle  outre 
cela  mille  choies  dans  notre  propre  corps,  qui  font 
aufîî  dans  la  clafle  des  fenfations,  &  qui  par  consé- 
quent produisant  le  même  eflet.  Je  me  fuis  couché 
ayec  la  fiiim  &  la  foif ,  le  fommeil  a  été  plus  fort  ,  il 
eft  vrai ,  mais  les  inquiétudes  de  la  faini  &  de  la  foif 
luttent  contre  lui  ;  6c  fi  elles  ne  le  détruifent  pas  » 
elles  produifent  du  moins  des  fonges  ^  où  il  fera  quef- 
tion  d'alimens  folides  &  liquides  ,  &  où  nous  croi- 
rons fatisfaire  à  des  befolnsqui  renaîtront  à  notre  ré- 
veil; une  limple  particule  d'air  qui  fe  promènera  dins 
notre  corps  produira  diverfes  fortes  d'ébranlemens 
qui  lerviront  de  principes  &I  de  modification  à  nos 
fonges:  combien.de  fois  ime  fluxion, une  colique, ou 
telle  autre  atfçdion  inconîmoJe  ne  naiffent-elles  pas 


s  O  N 

endant  notre  fommeil,  jurqu'à  ce  que*leur  force  le 
ilîipe  enfin  ?  Leui^  naillance  &  leur  progros  i'ont 
relquc  toujours  accomo^ngnés  d'états  de  l'ame  ou  de 
wi,'«  qui  y  répondent. 

Le  degré  de  clarté  auquel  parviennent  les  aftes  d'i^ 
agination  ,  qui  conÛituent  ies/onges  ,  nous  en  pro- 
ire  la  eonnoiflance  ;  il  y  a  un  degré  déterminé  au- 
iiel  ils  commencent  à  être  perceptibles  ,  comme 
ans  les  objets  de  la  vue  &  de  Touïe ,  il  y  a  un  terme 
vc  d'où  nous  commençons  avoir  &  à  entendre  ;  ce 
coré  exiftant  une  fois  ,  nous  commençons  à  fonger, 
cfl-a-dire  à  appercevoir  no^ fonges  ;  &:  à  mefure  que 
s  nouveaux  degrés  de  clarté  furviennent ,  \cs  Jonges 
)nt  plus  marqués  ;  &  comme  ces  degrés  peuvent 
aufler  &  baifTer  plufieurs  fois  pendant  le  cours  d'un 
icmcfonge  ,  de-là  viennent  ces  inégalités  ,  ces  ef- 
eces  d'obfcurité  qui  éclipfcnt  prefque  une  partie 
'un  fonge  y  tandis  que  les  autres  confervent  leur  net- 
;té  ;  ces  nuances  varient  à  l'infini.  Les  fingcs  peu-  j 
ent  être  détruits  de  ceux  manières,  ou  lorfque  nous 
întrons  dans  l'état  du  profond  fommeil ,  ou  par  no- 
'e  réveil  :  le  réveil  c'eft  le  retour  des  fenfations  ; 
es  que  les  fenfations  claires  &  perceptibles  renaif-  . 
;nt ,  \qs  fanges  font  obligés  de  preixlre  la  fuite  :  ainfi 
)ute  notre  vie  ell  partagée  entre  deux  états  effen- 
ellement  différens  l'un  de  l'autre  ,  dont  l'un  efr  la 
érité  &;  la  réalité ,  tandis  que  l'autre  n'eil  que  men- 
)nge  &  illufion  ;  cependant  fi  la  durée  des  fon- 
îs  égaloit  celle  de  Va  nuit,  &  qu'ils  fuffent  toujours 
'une  clarté  fenfible  ,  on  pourroit  être  en  doute  la- 
uelle  de  ces  deux  fenfations  eftlaplus  effentielle  à 
otre  bonheur  ,  &  mettre  en  qiieftion  qui  feroit  le 
lus  heureux  ,  ou  le  fuitan  plongé  tous  le  jour  dans 
;s  délices  de  ion  ferrail ,  ôc  tourmenté  la  nuit  par  des 
èves  affreux ,  ou  le  plus  raiférabie  de  ]es  elclaves 
ui,  accablé  de  travail  &  de  coups  pendant  la  jour- 
ée  ,  pafTeroit  des  nuits  raviffantes  en  fongcs.  A  la 
igueur,  le  beau  titre  de  réel  ne  convient  guère  mieux 
ux  plaifirs  dont  tant  de  gens  s'occupent  pendant 
inrs  veilles  ,  qu'à  ceux  que  les  fanges  peuvent  pro- 
urer. 

Cependant  l'état  de  la  veille  fe  diftingue  dé  celui  du 
bmmeil ,.  parce  que  dans  le  premier,  rien  n'arrive 
ans  caufe  ou  raifon  fufiilante. 

Les  événemens  lont  liés  entre  eux  d'une  manière 
laturelle  &  intelligible  ,  au  lieu  que  dans  les  fongcs  , 
out  eft  découfu,  fans  ordre,  fans  vérité  :  pendant  la 
eille  urt  homme  ne  fe  trouvera  pas  tout-d'un-coup 
.ans  une  chambre  ,  s'il  n'eft  venu  par  quelqu'un  des 
ihemins  qui  y  conduifent  :  .je  ne  ferai  pas  tranfporté 
le  Londres  à  Paris ,  fi  je  ite  fais  le  voyage  ;  des  per- 
onnes  abfentes  ou  môme  mortes  ne  s'oftriront  point 
1  l'improvifte  à  ma  vue  ;  tandis  que  tout  cela,  &  mè- 
ne des  chofe«  étranges  ,  contraires  à  toutes  les  lois 
le  l'ordre  &c  de  la  naturc,fe  produifent  dans  Ies/0/2- 
',es  :  c'eft  donc  là  le  cntcrium  que  nous  avons  pour 
iiftinguer  ces  deux  états  ;  &  de  la  certitude  m^ême 
ie  ce  critérium  vient  im  do.tible.  eiTd:)arras ,  où  l'on 
emble  quelquefois  fe  trouver  d"un  côté  pendant  la 
l'eille,  s'il  fe  préfehte  à  nous  quelque  clîoi'e  d'ex- 
traordinaire ,  &  qui  ,  au  premier  coup  d'œil ,  foit 
inconcevable  ;  on  (c  dem.ando  à  foi-même  ,  eft-ce  que 
je  rêve  ?  On  fe  tâte ,  pour  s'aHurer  qu'on  çÇi  bien 
éveillé  ;  de  l'autre ,  quand  un  for/ge  cft  bien  net ,  bien 
lié  ,  &  qu'il  n'a  raffemi)lé  que  des  chofes  bien  poiïl-- 
blés ,  de  la  nature  de  celles  qu'on  éprouve  étant  bien 
éveillé  :  on  tft  quelquefois  en  fulpens,  quand  lefonge 
eft  fini,  fur  la  réalité  ;  on  aviroit  du  penchant  à  croire 
que  les  chofiîs  fe  font  efFcflivement  paflccs  ainfi  ;  c'eft 
le  fort  de  notre  ame,  tant  qu'elle  eft  emlxirraffée  des 
organes  du  corps  ,  de  ne  puiivoir  pas  démêler  exac- 
tement la  fuite  de  fes  opérations  :  mais  comme  le  dé- 
veloppement de  nos  organes  pous  a  tait  paîfcr.  d'un 
forigc  perpétuel  &;  (ouveraiftçinent  conlUs  ,  à  un  état 


SON 


357 


miparti  de  fanges  Se  de  vérités  ,  il  faut  efperer  eue 
notre  mort  nous  élèvera  à  un  état  où  la  fuite  de  nos 
idées  continuellement  claire  &  perceptible  ne  fera 
plus  entrecoupée  d'aucun  ibmmeil,ni  même  d'aucun 
fange  :  ces  réflexions  font  tirées  d'un  ejfai  fur  les  fan- 
g:s  ,  par  M.  Formey. 

Songe  vénérien  ,  {Médcc.')  maladie  que  Cœlius 
Aurelianus  appelle  en  grec  àvnpoyoï'cç.  Hippocrate  dit 
aufîioVê/ppaVr/!,  avoir  des  fanges  vénériens.Qe  n'eft  point 
une  maladie  ,  dit  Cœlius  Aurelianus ,  ni  le  fymptome 
d'une  maladie  ,  mais  l'eftet  des  impreffions  de  l'ima- 
gination ,  qui  agiffent  durant  le  fommeil.  Cet  état 
vient  ou  de  beaucoup  de  tempérament  ,  de  l'ufage 
des  plaifirs  de  l'amour  ,  ou  au  contraire  d'une  conti- 
tincnce  outrée.  Il  demande  différens  traitemens  fcîoa 
fés  caufes.  Chez  les  uns  il  faut  détourner  l'imagina- 
tion des  plaifir  de  l'amour ,  &  la  fixer  fur  d'autres 
objets.  L-^-s  anciens  faifoient  coucher  les  perfonnes 
fujcttes  à  l'oneirogonie  dans  un:  lit  dur,  lui  prefcri- 
voicnt  des  remèdes  rafraîchiiTans  ,  des  alimcns  in- 
craflàns ,  des  boilTons  froides  6l  aftringentes  ,  le  balii 
froid  ,  &  lui  àppliquoient  fur  la  région  des  lombes 
des  éponges  trempées  dans  de  l'oxicrat.  Quelques- 
uns  ordonnolent  au  malade  de  fe  coucher  avec  la 
velîle  pleine,  afin  qu'étant  de  tems-en-tems  éveillé, 
il  perdît  les  imprefûons  des  plallirs  de  l'amour  qui 
agirTent  dans  le  fommeil  ;  mais  cette  méthode  feroit 
plus  nuiffble  qu'utile ,  parce  qu'une  trop  longue  ré- 
tention d'urine  peut  devenir  la  caufe  d'une  maladie, 
pire  que  celle  qu'il  s'agit  de  guérir.   {D.  /.) 

Songe  ,  {Critique fucrée^  il  eft  parlé  dans  l'Ecri- 
ture de  yo«^«  naturels  &  furnaturels  ;  mais  Ivioiie 
défend  également  de  confulter  ceux  qui  fe  méloient 
d'expliquer  les  fongis  naturels ,  Lévit.  xix.  2  6^.  &  les 
furnaturels,  Dciittr.  xiij.  t.  C'étoit  à  Dieu  &^ux: 
prophètes  que  dévoient  s'adrefter  ceux  qui  faifoient 
desyo/2^«  pour  en  recevoir  l'mterprétation.  Le  grand 
prêtre  revêtu  de  l'éphod  ,  avoit  aufTi  ce  beau  privi- 
lège. 

On  lit  plufîcurs  exemples  àe  fanges  furnaturels  dans 
l'Ecriture  ;  le  commencemçnt  de  l'évangile  de  iaint 
Matthieu  en  fournit  feiU  deux  cxemplesrl'ange  du  Sei- 
gneur qui  apparut  à  Joieph  eafonge ,  6c  l'avis  donné 
aux  mages  en  fange ,  de  ne  pas  retourner  vers  Hé- 
rode. 

Les  Orientaux  faifoient  beaucoup  d'attention  aux 
fanges  ;  &  ils  avoient  des  philofophes  qui  fe  van- 
toient  de  les  expliquer  ;  c'étoit  un  art  nommé  des 
Grecs  oncirocritique.  Ces  philofophes  d'Orient  ne 
prétendoient  point  deviner  la  fignihcation  des  fan- 
ges par  quelque  infpiratian  ,  comme  on  le  voit  dans 
l'hifioire  de  Daniel.  Nabuchodonofor  preiTant  les 
miages  des  Çhaldéens  de  lui  dire  lefangj  qu'il  avoir 
eu  ,  &  qu'il  fclgnoit  avoir  oublié  ,  ils  lui  répondirent 
q.u'il  n'y  a  que  les  dieux  qui  le  lavent ,  i'i  qu'aucun 
homûie  ne  pourroit  le  dire  ;  parce  que  les  dieux  ne  fe 
commuqjqùent  pas  aux  hommes  ,  Daniel,  //.  '/.  Les 
mages  ne  prétendoient  d.onc  point  être  inlpircs.Leur 
fcience  n'étoit  qu'un  art- qu'ils  étudioicnt ,  &.parle- 
quel  ilsfe  perfùadoient  pouvoir  e\plic|uer  le<.f)ng:s. 
Mais  Daniel  expliqua  le  fange  de  Nai;uchpdonol'or 
par  inipiration  ;  ce  qui  ht  dire  au  prince ,  que  l'eiprit 
des  faints  dieux  étoit  en  lui. 

Il  ne  faut  pourtant  pas  déguifer  au  fujct  du  fange 
de  Nabuch'ôdonofor,  qu'il  y  a  une  contradi<^lon  ap- 
parente dans  le  ch.  iv.  v.  y.  &  S.  &  le  ch.  //.  v.  5.  ^ 
/2.  du  livre  qui  porte  le  nom  de  D  miel.  On  rapporte 
au  ch.  iv.  l'édit  de  Nabuchodonofor,  par  lequel  il  dé- 
fend de  blafphémer  le  Dieu  des  juifs.  Il  y  t'iir  le  ré- 
cit de  ce  qui  s'étoit  pailo  à  l'occafion  d\.\  fong:  qu'il 
avoit  eu.  Il  déclare  qu'ayant  récité  ce  f«ngi  aux  phi- 
lofophes ou  mages  do  Chaldéo  ,  aucun  d'eux  n'avoit 
pu  le  lui  expliquer ,  ik  que  l'ayant  enfuite  récilw  à 


358 


SON 


Daniel ,  ce  prophète  lui  en  avoit  tlonné  l'explica- 
tion. 

Le  fait  eft  rapporté  bien  dlffcremment  dans  le  fé- 
cond chapitre.  Ici  Nabuchodonofor  ne  voulut  jamais 
déclarer  aux  mages  Icjongc  qu'il  avoit  eu.  Il  préten- 
dit'qu'ils  le  devinaiîent,  parce  qu'il  ne  pouvoit  s'al- 
■liirer  fans  cela  que  leur  explication  tîu  vraie.  Ils  eu- 
rent beau  protcftcr  que  leur  fcience  ne  s'ctendoit  pas 
fi  loin  ;  il  ordonna  qu'on  les  fît  mourir  comme  des 
impo'.lcurs.  Daniel  vint  cniiiite  ,  à  qui  le  roi  ne  dit 
point  \cfonge  en  qucftion  ;  au  contraire  il  lui  parla  en 
ces  termes:  me pourrie^-vous  dJc/arer  /e  fonge  que  p ai 
<«,  &  fon  interprétation?  Dan.  ij.  zG.  Li\-deflus  Da- 
niel lui  fait  le  récit  àufongc  Se  l'explique. 

Un  favant  critique  moderne  trouve  la  contradic- 
tion de  ces  deux  récits  fi  palpable  ,  &C  leur  concilia- 
tion fi  difficile,  qu'il  penfe  qu'on  doit  couper  le  nœud, 
6c  reconnoîtrc  que  les  fix  premiers  chapitres  de  Da- 
niel ne  l'ont  pas  de  lui  ;  que  ce  font  des  additions  fai- 
par  des  juifs  poftcriéurs  à  fon  ouvrage  ,  &  que  ce 
n'ell  qu'au  chapitre  Icpt  que  commence  le  livre  de 
ce  prophète.  (  D.  J.) 

Songes,  (^Myihol.)  enfans  du  fommcil,  félon  les 
poètes,  hcs/ongcs ,  dit  Ovide,  qaiimitent  toutes  for- 
tes de  figures  ,  &  qui  font  en  aufii  grand  nom- 
bre que  les  épis  dans  les  plaines  ,  les  feuilles 
dans  les  forêts,  &  les  grains  de  fable  fur  le  rivage 
de  la  mer,  demeurent  nonchalamment  étendus  au- 
tour du  lit  de  leur  fouveraln ,  &  en  défendent  les  ap- 
proches. Entre  cette  multitude  infinie  de/onges  ,  11 
y  en  a  trois  principaux  qui  n'habitent  que  les  palais 
des  rois  &  des  grands,  Morphée  ,  Phobetor  ikPhan- 
tafè. 

Pénélope  ayant  raconte  un  fonge  qu'elle  avoit  eu 
par  lequel  le  prochain  retour  d'Uiyie  &;  la  mort  defes 
pourfuivans  lui  étoient  promis  ,  ajoute  ces  paroles  : 
<«  J'^ai  oui  dire  ,  que  les  fonges  font  difficiles  àenten- 
»  dre ,  qu'on  a  de  la  peine  à  percer  leur  obfcurité  , 
»  &  que  l'événement  ne  répond  pas  toujours  à  ce 
»  qu'ils  femblolent  promettre  ,  car  on  dit  qu'il  y  a 
M  deux  portes  pour  les  fonges  ,  l'une  eft  de  corne  & 
»  l'autre  d'ivoire  ;  ceux  qui  viennent  par  la  porte 
»  d'ivoire ,  ce  font  les  fonges  trompeurs  qui  font  en- 
»>•  tendre  des  chofes  qui  n'arrivent  jamais  ;  mais  les 
»  fonges  qui  ne  trompent  point,  &  qui  font  vérita- 
»  blés,  viennent  par  la  porte  de  corne.  Hélas  ,  je 
»  n'ofe  me  flatter  que  le  mien  foit  venu  par  cette  der- 
»  niere  porte  »! 

Horace  &:  Virgile  ont  copié  tour-à-tour  cette  idée 
d'Homcre,  &  leurs  commentateurs  morallftes  ont  ex- 
pliqué la  porte  de  corne  tranfparente,  par  l'air,  &  la 
porte  d'ivoire,  opaque,  par  la  terre.  Selon  eux  ,  les 
fonges  qui  viennent  de  la  terre  ,  ou  les  vapeurs  ter- 
refires  ,  font  les  fonges  faux  ;  &  ceux  qui  viennent  de 
i'alr  ou  du  ciel ,  font  les  fonges  vrais. 

Lucien  nous  a  donné  une  defcription  toute  poéti- 
que d'une  île  des  fonges  dont  le  Sommeil  eft  le  roi ,  & 
ia  Nuit  la  divinité.  Il  y  avoit  des  dieux  qui  rendoient 
leurs  oracles  en  fonges  ,  comme  Hercule  ,  Amphla- 
raïis  ,  Sérapis ,  Faunus.  Les  magiflrats  de  Sparte 
<ouchoient  dans  le  temple  de  Pafiphaë ,  pour  être 
infiruits  enjonges  ,  de  ce  qui  concernoit  le  bien  pu- 
blic. Enfin  on  cherchoit  ù  deviner  l'avenir  par  les 
fonges  ,  &  cet  art  s'appclloit  onéirocritique.  Voyez  ce 
mot.  (^D.J.) 

SoNG*E,  (Poéfie.^  fia  ion  que  l'on  a  employée  dans 
tous  les  genres  de  poéfie ,  épique,  lyrique,  élégla- 
cue  ,  dramatique  :  dans  quelques-uns,  c'cft  une  def- 
cription d'un  fonge  que  le  poète  feint  qu'il  a  ,  ou  qu'il 
a  eu  ;  dans  le  genre  dramatique ,  cette  fidlon  fe  fait 
en  deux  manières  ;  quelquefois  parolt  fur  la  fcene  un 
aûeur  qui  feint  un  profond  fommell,  pendant  lequel 
il  lui  vient  un  fonge  qui  l'agite  ,  &  qui  le  porte  à  par- 
ler tout  haut  ;  d'autres  fois  l'auteur  raconte  le  fange 


SON 

qu'il  a  eu  penfdant  fon  fommell.  Alnfi  dans  la  Maria* 
ne  de  Trlllan,  Hérode  ouvre  la  fcene  ,  en  s'éveJllant 
brulquement  ,  &  dans  la  lulte  il  rappor{e  ce  Jongt 
qu'il  a  fait.  Mais  la  plus  belle  defcription  d'unfon'ye 
qu'on  ait  donnée  fur  le  théâtre,  eft  celle  de  Racine 
dans  Athalle;  épargnons  au  ledeui  la  peine  d'aller  la 
chercher.  Ceft  Athalle  qui  parle ylv^e  v.  acîe  II. 

Un  fonge  (  mt  devrois-je  inquiéter  cP un  fonge  ?\ 
Entretient  dans  mon  cœur  un  chagrin  qui  le  ronge» 
Je  C évite  partout ,  partout  il  me  pou rf ait. 

Cétoit  pendant  C horreur  d'une  profonde  nuit. 
Ma  mère  Jé^abel  devant  moi  s'efi  montrée , 
Comme  au  jour  de  J'a  mort pompeuf  ment  parée. 
Ses  malheurs  rHav  oient  point  abattu  fa  fierté. 
Même  elle  avoit  encore  cet  éclat  emprunté ^ 
Dont  elle  eut  foin  de  peindre  &  d'orner  fon  vifage^ 
Pour  réparer  des  ans   C irréparable  outrage. 
Tremble ,  m^a-t-ellc  dit ,  fille  digne  de  moi. 
Le  cruel  Dieu  des  juifs  C  smporte  auffl  fur  toi. 
Je  te  plains  de  tomber  dans  fies  mains  redoutables  ^ 
Ma  fille.,..  En  achevant  ces  mots  épouvantables  , 
Son  ombre  vers  mon  lit  a  paru  Je  baifier. 
Et  moi  ,je  lui  tendais  mes  mains  pour  Pembraffer^ 
Mais  je  n  ai  plus  trouvé  qu'un  horrible  mélange 
D'os  &  de  chair  meurtris  ,  &  traînés  dans  lafange^ 
Des  lambeaux  pleins  de  jang  ,  &  des  membres 

afireux  , 
Que  des  chiens  dévoransfedifputoient  entr^eux,&CC. 

{D.  J.) 

Songes  ,  fête  des,  (Hifi.mod.')  les  fauvages  de  l'A- 
mérique feptentrionale  appellent /^/<i  des  J'onges  ou 
du  renverfementde  cervelle  ,  une  efpece  de  bacchanale 
qui  fe  célèbre  parmi  eux  vers  la  fin  de  l'hiver ,  &; 
qui  dure  ordinairement  i  5  jours.  Pendant  cetems,  il 
eft  permis  à  chacun  de  faire  toutes  les  folies  que  la 
fantalfie  lui  fuggere.  Chaque  fauvage  barbouillé  ou 
déguifé  de  la  manière  la  plus  blfarre  ,  court  de  caba- 
nes en  cabanes ,  renverfe  &  brife  tout  fans  que  per- 
sonne puifTe  s'y  oppofer  ;  il  demande  au  premier 
qu'il  rencontre  l'explication  de  fon  dernier  rêve ,  ôi 
ceux  qui  devinent  jufte ,  font  obligés  de  donner  la 
chofe  a  laquelle  on  a  rêvé.  La  fête  finie ,  on  rend 
tout  ce  qu'on  a  reçu ,  &  l'on  fe  met  à  réparer  les  de- 
fordres  qu'une  joie  licentieufe  a  caufés.  Comme  l'i- 
vrefle  eft  fouvent  de  la  partie,  il  arrive  quelquefois 
des  tumultes  &  des  cataftrophes  funeftes  dans  ces 
fortes  d'orgies  ,  où  la  ralfon  n'eft  jamais  écoutée. 

SONGER ,  V.  a£l.  {Métaphyf.  )  fonger,  c'eft  avoir 
des  idées  dans  l'efprit,  pendant  que  les  lens  extérieurs 
font  fermés  ,  enforte  qu'ils  ne  reçoivent  point  l'im- 
preftion  des  objets  extérieurs  avec  cette  vivacité  qui 
leur  eft  ordinaire;  c'eft,  dis-je,  avoir  des  idées ,  fans 
qu'elles  noiis  foient  fuggérées  par  aucun  objet  de 
dehors  ,  ou  par  aucune  occafion  connue,  &  fans  être 
cholfies  ni  déterminées  en  aucune  manière  par  l'en- 
tendement ;  quant  à  ce  que  nous  nommons  extafe ,  je 
lalfte  juger  à  d'autres  fi  ce  n'eft  point  fonger  les  yeux 
ouverts. 

L'efprif  s'attache  quelquefois  à  confidérer  certains 
objets  avec  une  li  grande  application  ,  qu'il  en  exa- 
mine les  faces  de  tous  côtés  ,  en  remarque  les  rap- 
ports &  les  circonftances  ,  &  en  obferve  chaque 
partie  avec  une  telle  contention  qu'il  écarte  toute 
autre  penfée,  &C  ne  prend  aucune  connolflance  des 
imprclfions  ordinaires  qui  fe  font  alors  fur  les  fens , 
&c  qui  dans  d'autres  tems  lui  auroient  communiqué 
des  perceptions  extrêmement  fenfibles.  Dans  certai- 
nes occafions ,  l'homme  obferve  la  fuite  des  idées  qui 
fe  fuccedent  dans  fon  entendement,  fans  s'attacher 
particulièrement  à  aucune  ;  &  dans  d'autres  rencon- 
tres, il  les  laifle  pafler,  fans  prcfque  jetter  la  vue 
defl"us  ,  comme  autant  de  vaines  ombres  qui  ne  font 
aucune  impreflion  fur  lui. 


s  O  N 

î)ans  rétat  où  l'âme  le  trouve  aîiénce  des  feiK  , 
'eft-à-dire,  dans  le  foniir.e:! ,  elle  conierve  fouvent  , 
ae  manière  de  penl'er  Ibible  &  lans  lialfon  que  , 
ous  nomn\or>sfor2ger  ;  &  enfin  un  profond  fornUîcil  j 
nme  entièrement  la  Icene  ,  &  met  fin  à  toutes  for-  i 
;s  d'cipparences.  VoilA  des  rcdcxions  fupcricures  ■; 
.ir  ce  mode  de  penfer  ,  elles  font  de  Locke.  (Z>.  /.) 

SONGO ,  f.  m.  (  ////?.  nar.  )  oifeau  qui  fe  trouve 
n  Afrique  ,  &  furtout  dans  les  roj'aumes  de  Congo  | 
k.  d'Abylïïnie.  Il  ell  très  friand  de  miel  fauvage  qu'il  ! 
ait  découvrir  aux  voyageurs  par  le  cri  qu'il  fait,  l 
orfqu'ilcn  a  rencontré.  Cette  raifon  eft  caufe  qu'on  • 
le  leur  fait  point  de  mal ,  &  Ton  rilqueroit  de  leur  i 
léplaire ,  ii  on  les  tuoit. 

Son  GO  ou  Son  HO,  (  Gcog.  mod.  )  province  d'Afri-  ; 
iiH? ,  dans  la  balfe  Ethiopie  ,  au  royaume  de  Congo, 
k  dépendante  de  ce  roi.  Elle  ell:  fitiice  le  long  du 
leuve  Zaïre,  oc  s'étend  julqu'au  bord  méridional  de 
a  rivière  de  Lelunde.  Ce  pays  abonde  en  éléphans , 
;n  fmges ,  en  chats  de  mer  Ù.  en  palmiers.  Les  habi- 
;ans  font  payens.  (D.  /.) 

SONCSON  ,  (  Gcoo.  mod.  )  île  de  l'Océan  crien- 
al,  la  douzième  des  îles  Mariannes  ,  à  vingt  liaues 
l'Agrigan ,  &  à  cinq  de  Mang  ou  Tunas.  On  lui  don- 
le  fix  lieues  de  tour.  Il  y  a  dans  cette  île  un  volcan. 
Laùt.  jiptentrionali  20.  /3.  (^D.J.^ 

SONNA,  f.  f.  (  Hiji.  mod.  )  c'ell  le  nom.  que  les 
Mahométans  donnent  à  un  recueil  de  traditions  con- 
;eriantlcs  f.vits  &  les  paroles  remarquables  de  Maho 
net  leur  prophète.  Quoique  ce  recueil  foit  rempli  de 
•cveries  les  plus  ablurdes  &:  les  plus  dtftituccs  de 
/raiiTemblance ,  ils  l'ont  en  très-grande  vénération  , 
îk  c'eil:  après  le  koran  ou  l'alkoran  ,  le  livre  qui  a  le 
alus  d'autorité  chez  les  feftateurs  de  la  relioion  ma- 
bométane.  Lz.j'r>nna  eu ,  pour  amii  dire  .^  \\n  fupplc- 
ment  à  cet  ouvrage  ;  elle  contlein  ,  outre  les  tradi- 
tions dont  on  a  parlé  ,  les  rcgkmens  &  lesdécifions 
des  premiers  califes  ou  liiccelkiirs  de  iMahomet  :  ce 
cui  conftitue  un  corps  de  Théoloaie  dont  il  n'ell 
point  permis  de  s'écarter.  L'attachement  des  Mabo- 
rnctans  pour  cet  ouvra^,e  leur  a  fait  donner. le. ii®.m 
de  Sonnites  ou  Tiadhionites.  Quelques-uns  des  faits 
merveilleux  qui  y  font  rapportés,  ioiit  mêmeaîteices 
&  confirmés  par  l'alcofan  ,  &  deviennent  par-là  des 
articles  de  tii)'u  Tels  font  :lts  miracles  de  Mahomet, 
fon  voyage  au  ciel,  &  d'autres  évenemens  m.erveil- 
leux  dont  1-c  prophète  fait  atteller  la  vérité  par  la 
,voix  de  )JfïÇM.r\\èmc.^^e^-S&rrnites  regardent,  l'alco- 
ran  com.me  coéternel  à  I>ieu,..lls  ont  encore  des  opi- 
nions relatives  à  la  politique. par  lefqucllcs  ils  difte- 
rent  dse  ceux. qu'ils  appellent  Slmus  ovLicelair-sJi^hil- 
yiîatiqiuSi.  CCS  derniers  ■reg3j.'4<?J)t.  je.ç.  çàlifes-.cu  lue- 
jçeueurs -de  Mahomet  qui  ont  précède  Ali,. gendre 
..de  ce  pi-ophcte ,  coiBim.e  des,:Ui'iirpatcurs;  ils  pré- 
tendent -que  c'e'il  à  lAli  que  l.'àutarité  pontificale  .'& 
'fouveraine  étolt  dévolue  de  droit  .après  la  mort  de 
'Mahomet.  ^L,es  Perfans  ibnt  shutcs  ,  &  les  Tikts  , 
^aJnfi  que  les  Arabes  ,  (onxfonnitcs  :  ces  deux  iedlcs 
s'anathématifcnt  réciproquement,  &. a*it J\m,e  pOur 
l'autre  toute   la  haine  dont  les  opinions  relif^icufe^ 
peuvent  rendre  les  hommes  luicepribles.  Les  Sonni- 
_tes  afilirent  qu'au  jour  du  jngeirtèm  darnier  leurs ad- 
veiiairc.s  feront  montés ;fur  les  épaules. des  Juifs  qui 
les  conduiront  au  grand  trot  en  enfer.   Les  Soiinitcs 
,1e  diyifent  en  quatre  iedles  principales  qui  font  tou- 
.tes. regardées  ;Com.me  orthodoxes  partons  les  Muful- 
.man.s  qui  tïç  fout  point  shut^s.  A'oyeç  Shdti-.s. 

SONNA IJLL'E ,  1.  f.  (^Grumm.  )  cloche  de  cuivre 
ibattuminceiffu'on  pend  au  cou  dos  mulets. 

Sonnaille,  f.  m.  {^ALiréchal.yon  iappelle  ainfi 

un  cheval  <|ui  porte  une  clochette  penditc  au  cou  ,  & 
_<jui  marche  devant  les  autres. 
.  -  SONNANT  ,  &(}>]. (G raiiun.)  qui  rend  du  fan.  Un 

ycvsfonnant;  une  tùiefonrianu-.  Au  figuré  ,  une  pro- 
ipoikion  mal  J'orznanu.  Ce  c|ui  J'onrn  mal  ii  rorçiUc 


S  O  N 


3  59 


d'un  théologien  fcho!aftique,/ô'?7:e  quelquefois  très- 
bien  ;\  l'oreille  de  la  raifon. 

SONNEBERG  ,  ou  SUANEBERG  ,  {G^og.  mod.) 
petite  ville  d'Allemagne  ,  dans  la  nouvelle  Marche 
du  Brandebourg  ,  iur  la  rive  gauche  de  la  Warte. 

SONNEE  OU  KCt  ,  (  Gén^.  mnd.  )  petire  contrée 
d'AllemaLnc  dans  le  Tirol  ,  &  de  la  dépendaiK»;  de 
la  niâifon  d'Autriche,  avec  titre  de  comr.é. 

SONNER  ,  V.  n.  {^Gramm.')  rendre  du  fon.  J'en- 
tends/f'/z/z^Tune  cloche,  du  Qor.SonncT;^ ,  n-ienckriersi 
il  fe  dit  alors  de  tout  inlfrum>:nt.  Cette périodeyo/:.'?^ 
bien  à  l'oreiîle  ;  cette  propofuionyo/zTO  mal.  il  fait 
fonncr\î\Qx\  haut  une  petite  chofe.  t^.  Us  artichsSoN. 
.  Sonner  le  quart  ,  (  Marine.)  c'eft  fohncr  vxxié 
cloche  en  branle  afin  d'avertir  la  partie  de  l'équipage 
qui  eft  couchée  , 'de  le  lever  pour  venir  faire  le 
quart. 

Sonner  pour  la  POMpr,,  {Marine.)  tr.{\.  donner 
un  coup  de  cloche  pour  avertir  les  gens  du  quart  dé 
ponspor. 

Sonner  un',  monnme ,  (^Monnoic.)  c'cfl  l'éprouver 
par  le  fon.  Les  trois  manières  d'éprouver  les  mon- 
nûies  dans  le  commerce  ,  font  de  ies/onncr^  de  les 
toucher ,  c'efr-à-d ire  d'en  faire  l'épreuve  par  la  pierre- 
c!e  touche,  &  de  les  cifaillcr.  Il  n'y  a  guère  que  cette 
dernière  qui  foit  sûre.  On  dit  que  les  Indiens  con- 
noilTcnt  le  titre  de  l'or  &  de  l'argent  en  les  m.anïant, 
ou  en  les  mettant  entre  les  dents  ;  mais  en  ce  cas-là 
on  les  îromr'croit  fouvent.  ÇD.J.) 

SONNERIE,  f.  f  (  Gramm.  )  l'aiTemblage  ou  le 
bruit  de  plufieurs  cloches.  On  dit ,  h-fonnirie  de  cette 
paroifîè  eil:  trcs-confidérable  &  très  belle,  il  y  a  dans 
les  éslifes  îa  grande  &  la-pcîite  fonnerie  qui  ont  cha-' 
cune  leur  taxe. 

Sonnerie  ,  {_Horlog.)  nom  que  les  horlo'^ers  don- 
nent .à  iapanie  d'u.ne  horloge  qui  ïci-i  à  taire  fonner 
les  hfurcs  ,  la  demie  ou  îé^s  quarts. 
-  On  ne  lait  point  dans  quel  tcms  on  a  inventé  les 
fonnzrlcs  ;  ce  qu'il  y  a  de  sûr  ,  ce^l  qu'elles  ont  été 
employées  dans  les-plus  anciennes  horloges  à  roues: 
on  pourroit  même  croire  qu'elles  furent  imaginée^ 
avant.  Car  fi  l'on  fait  attention  à  ce  qui  à  été  raj^porte 
dans  r.a.^//c/e  Horloge  ,  au  fujetdecellie  qui  fut  en- 
voyée à  Charlemagne ,  on  verra  qu'eHe  Jtvoit  une 
efpécc  de  fonnerie  ,  puilqii'il  y  avoit  des  boules  d'ai- 
rain ,  qui  à  chaque  heure  frappoient  régulièrement 
fur  un  petit  tambour  de  même  métal  ,■  un  nombre  dé 
coups  égal  à  l'heure  marquée  par'rhei'ioge.  -^ 

Comme  toutes  les  fonnenes  font  eon'lruites  fi-penî 
prèslurles  mêmes  principes  ,  nous  allons  expliquer 
celle  d'une  pendule  à  relTort  à  quinze  jours  -,  d'-au^ 
tant  plus  que  cette  fonnerie  efl  de^  plus  ufitées  ,  'Sc 
qwc  lorfcfu'on  en  aura  une  fois  bien  compris  l'effc-t  ^ 
il  fera  facile  d'entendre  celui  de  toutes  les  autres.  •^''' 
Sonnerie  d'une  pendule  à  rcffortfohrta'nt  C heure  6-  -^ 
dimic.  Q  ,  PyO^  ■M-;N  i  L  ,  vo)tih'sfg.  &  hVPl, 
di  l'Horlogerie  ,  reprélente  le  rouage  d'une  /o/zni'ritf 
vue  de  face.  Q  efl  le  barillet  denté-à  fa  circonfércn-i 
ce.  Le  nombre  defes  dents  eft  84.  Il  engrené  dans  le 
pignon  /'de  la  féconde  roue  ,  de  14;  celle-ci  a  yi  ,  ëc 
engrené  dans  le  pignon  de  latroifîèitte  roue',  ou  rond 
de  chevilles  qui  elt  de8  ^  cette  roue^  10  chevilles  (Se 
60  dents  ;  elle  mene^le'  pignon  de  la'  roue  d'étoquiau-^' 
qui  elt  de  6  ,  &:  celle-ci  la  roue  A'','q(fi  û'aufTiuni^to- 
quiau  ;  enfin  cette  dernière  engrené  dans  le  pignort 
du  volant  L.Le  nombre  de  ces  derniers  pignons eflor' 
dmairement  de  6,  maiseelui  de  leui"  roue  cil  aflW.in- 
déterminé;  il  doit  cîfe  cependant  tel  que  les  dcnti 
de  fcs  roues  ne  foient.pas  trop  menues  ,  &  que  lé 
volant  ait  unevîtefle  convenable  pour  pouvoirralcn^ 
•tir  celle  du  rouage. 'Quant  a  la  féconde  roue ,  à  la  rovre 
j     de  chevilles  •&  tVcdle  d'étoqurau  ,  leur  nombre  ell 
'    déterminé.  Il  faut  qiie  éelle-ci  fafïe  imtoifr  piir  cou^ 
;dcmartcavi-;  qu'c  la  rcifc.de  c-he^41'les  faflet)  te n.-s 
pour  un  de  la  féconde  roue  ,  celle-ci  portant  le  cha- 


360 


SON 


peron.  Ainfi  on  volt  que  la  féconde  roue  ayant  71 
tfcnts  ,  le  pignon  de  la  rovic  de  chevilles  eft  de  S  ;&C 
que  cette  dcrnlcre  roue  étant  de  60 ,  le  pignon  de  la 
roue  d'ctoquiau  cil  de  6. 

Ou  volt  dans  une  autre/i,^  le  profil  de  cette  fonne- 
rie.pf<^i\  la  détente,  qui  elt  mieux  exprimée  ailleurs; 
la  partie  /'entre  dans  les  entailles  du  chaperon  ,  dont 
nous  parlerons  plus  bas  ,  <S:  la  partie  y  lert  à  arrêter 
hxjbnnerii  en  s  oppol'ant  au  mouvement  delà  chevil- 
le m  de  la  roue  d'étoqulau. 

La  partie  E  ,  qu'on  ne  peut  voir  diftlnftement 
dans  le  profil  ,  eil  exprimée  dans  une  figure  fuiv.oix 
l'on  voit  cette  pendule  du  côté  du  cadran  quieftôté. 
Cette  partie  s'appuie  lur  le  détentlllon  D  ^  c  ^  h  ^  qui 
a  une  partie  H  reprél'cntée  plus  bas  ,  &  qui  ell  inar- 
quée h  dans  le  profil.  Il  lert  par  la  partie  c  />,  à  faire 
détendre  \i\  fonncric  ,  &  par  l'autre  //  à  faire  que  cette 
Jonncric  parte  à  l'heure  préclfe.  Le  marteau  A  Y  ci\ 
mobile  vers  les  deux  extrémités  ;  il  a  une  efpece  de 
palette  en  Kqui  s'avance  vers  la  cage  ,  &  qui  eft  me- 
née par  les  chevilles  de  la  roue  o  o  pour  le  faire  Ibn- 
ncr.  On  va  voir  comment  toutes  ces  parties  aglffent; 
1°,  pour  faire  fonnerla  pendule,  ÔC  1".  pour  qu'elle 
le  falTe  d'une  manière  précile. 

Siippolantque  le  reUbrtquleft  dans  le  barillet  ten- 
de à  le  faire  tourner  de  (^  en  iV  ,  il  eil  clair  que  fi  le 
roua^^e  étolt  libre  ,  il  tourneroit  ;  &  que  la  roue  O 
tournant  de  o  en /?,  fes  chevilles  leveroient  le  mar- 
teau ,  &  le  fcroient  frapper  fur  le  timbre.  Mais  fup- 
poiant  que  l'étoquiau  w  au  profil  vienne  frapper  fur  la 
partie  p  de  la  détente,  le  rouage  ne  pourra  plus  tour- 
ner. Or  fi  l'on  dégage  cet  étoqulau  en  écartant  la  dé- 
tente ,  il  ell-  clair  que  le  rouage  devenant  libre  ,  la 
pendule  fonnera  :  voici  donc  comment  cela  s'exécu- 
te. Le  détentlllon  par  fa  branche,  s'avance  devant 
la  roue  des  minutes  B.  Cette  roue  a  deux  chevil- 
les oppofées  l'une  à  l'autre  ,  &  fituées  de  façon  que 
lorfque  l'aigiiille  des  minutes  eft  fur  25  ou  5  5  minu- 
tes ,  elles  commencent  à  le  lever.  Imaginant  donc 
cette  ai'-'ullle  dans  l'une  ou  l'autre  de  ces  portions,  il 
clt  clair  que  levant  le  détentlllon ,  celui-ci  lèvera  en 
même  tems  la  partie  E  de  la  détente  ,  &  par  confé- 
qucnt  dégagera  la  partie/'  de  la  cheville  ///,  au  profil  , 
6c  ou'ainfi  le  rouage  étant  libre  ,  la  pendule  Ibnne- 
roit  :  mais  dans  le  même  inftant  la  partie  /;.  du  déten- 
tlllon arrêtant  la  cheville  k  fixée  fur  la  roue  n  ,  le 
rouage  eft  encore  arrêté  de  nouveau  ;  alnfi  la  pendule 
ne  peut  fonner ,  que  lorfqu'en  conséquence  du  mou- 
vement de  la  roue  des  minutes  ,  le  détentlllon  n'é- 
tant plus  foutenu  parla  cheville  de  cette  roue,  il  tom- 
be ,  6i  dégage  la  cheville  h  :  alors  le  rouage  peut 
tourner  ,  6l  la  pendule  fonner. 

Maintenant  voici  comment  elle  eft  déterminée  à 
fonner  un  nombre  de  coups  toujours  égal  à  l'heure 
marquée  par  les  aiguilles. 

Nous  avons  dit  phis  haut  que  la  détente  aune  par- 
tie Fa\i\  entre  dans  les  entailles  du  chaperon  ,  dont 
on  voit  le  plan  dans  une  autre/g.  Ce  chaperon  entre 
quarrémcnt  fur  l'arbre  de  la  féconde  roue  prolongé 
au-delà  de  la  platine  de  derrière.  Son  diamètre  eil 
tel  que  la  partie /au  profil  de  la  détente  repofant  fur 
fa  circonférence,  fon  autre  partie/; eft  trop  éloignée 
de  l'étoquiau  de  la  roue  m  pour  qu'il  puifTe  le  ren- 
contrer ;  les  entailles  au  contraire  font  affez  profon- 
des pour  que  la  partie/y  repofiuit ,  la  partie/'  ren- 
contre l'étoquiau  de  la  roue  m  ;  de  façon  que  dans  ce 
dernier  cas  ,  la,pendule  ne  peut  fonner  qu'un  coup  , 
parce  que  ,  comme  nous  l'avons  dit ,  la  roue  d'éto- 
qulau faifant  un  tour  par  coup  de  marteau  ;  lorfqu'on 
dégaoe  pendant  un  Inftant  fa  cheville  de  la  partie/; , 
i\  cette  roue  peut  achever  fon  tour  ,  la  pendule  fon- 
nera ,  mais  un  coup  feulement.  Il  eft  facile  de  con- 
clurre  de  tout  ceci ,  que  tant  que  la  détente  repofe 
lyr  la  circonférence  du  chaperon ,  la  pendule  fonnera  j 


SON 

mais  que  lorfqu'elle  repofe  dans  les  entailles ,  elle 
ne  pourra  fonner  qu'un  coup  ,  &  feulement  lorfoue 
la  partie  p  de  la  détente  aura  été  dégagée  de  la  che- 
ville de  la  roue  d'étoqulau. 

La  roue  o  o  ayant  dix  chevilles  ,  un  de  fes  tours 
équivaut  à  10  coups  de  marteau.  De  plus  cette  roue 
comme  nous  l'avons  dit  ,  faiiant  neuf  tours  pour  mi 
de  la  féconde  roue  ,  il  s'cnlult  que  lés  chevilles  lè- 
veront le  marteau  90  fois  pour  un  tour  de  cctt^roue, 
&  par  conléquent  pour  un  du  chaperon  ,  pulfqu'll 
eft  porté  fur  fon  axe.  Donc  11  l'on  i'uppole  que  la  dé- 
tente porte  toujours  fur  la  circonférence  du  chape- 
ron,la  pendule  dans  undefestoursfonnera  90  coups, 
j)endant  chacun  dclquels  le  chaperon  fera  la  t;^,  par- 
tie de  fon  tour.  Mais  fi  l'on  y  tait  attention ,  on  verra 
que  90  eft  égal  à  i  2  ,  plus  à  la  fomme  des  nombres 
1,2,3,4,  &c.  jufqu'à  I  linclufivement.  On  pourra 
donc  partager  la  circontércncc  du  chaperon  en  12 
parties  ;  comme  on  le  volt  dans  une  des /"^.  qui  con- 
tiendront chacune  -^-qz-^  •>  ^^'  jufqu'à  ^  inclufive- 
ment ,  &  de  plus  lalficr  entre  chacune  de  ces  par- 
tics  un  intervalle  égal  encore  à  yj  ,  &  tant  que  la 
détente  repoferafur  ces  parties  ,  comme  10,  1 1 ,  12, 
&c.  la  pendule  fonnera  10,1 1,1  2  coups. Or  90  efl  en- 
core égal  au  nombre  de  coups  qu'une  pendule  doit 
fonner  dans  i  2  heures,  pulfque  ce  nombre  eft  compo- 
fé  de  12  demies  ,  &  de  la  fomme  78  des  heures  1,2, 
3,4,  jufqu'à  12  inclufivement.  Donc  le  chaperon 
faiiant  un  tour  en  12  heures,  il  fera  fonner  à  la  pen- 
dule le  nombre  des  coups  requis.  Alnfifuppofanî  que 
la  détente  repofe  dans  une  des  entailles  ,  comme  10 
par  exemple  ,  èz.  que  l'aiguille  des  minutes  folt  fur  le 
midi  ,  la  fonncr'u  ,  comme  nous  l'avons  expliqué  , 
partira  ,  &  la  pendule  fonnera  1 1  coups  ou  1 1  heu- 
res ;  après  quoi  la  détente  repofcra  au  fond  de  l'en- 
taille  II  ;  &:  à  la  demie,  \i\  Jonncric  partant  encore  , 
elle  ne  fonnera  qu'un  coup  ,  com.me  nous  l'avons 
déjà  dit.  Imaginant  encore  que  la  détente  réponde  à 
la  partie  3  du  chaperon,  que  l'aiguille  des  heures  foit 
fur 4 heures,  celle  des  minutes  fur  midi,  la  pendule 
fonnera  4  heures  ;  &  fi  elle  continue  de  marcher  à  li 
demie  ,  elle  fonnera  un  coup,  &:  à  5  heures  elle  en 
fonnera  5  ,  ainfi  de  fuite. 

Nous  avons  dit  que  le  chaperon  eft  divlfé  en  la 
parties  ;  mais  la  partie  deftinée  pour  une  heure  ,  au- 
lieu  d'être  comme  les  autres  ,  eft  confondue  dans  la 
fente  qui  eft  entre  i  &  1 2;  parce  que  comme  Une  faut 
qu'un  coup  pour  une  heure  ,  elle  eft  dans  le  cas  d'une 
demie.  Les  entailles  du  chaperon,  voyeila  fig.  font 
un  peu  plus  grandes  qu'~  de  fa  circonférence ,  parce 
qu'elles  doivent  contenir  en  outre  la  partie  F  de  la 
détente  ;  mais  cela  revient  au  même ,  celle-ci  portant 
fur  la  circonférence  du  chaperon  pendant  un  plus 
long-tems ,  qui  répond  à  Ion  épaifî'eur.  Pour  que 
l'heure  fbnne  plus  facilement ,  le  côté  de  l'entaille  , 
duf'ens  duquel  le  chaperon  tourne  ,  comme  /^,  voyc[ 
lesfig.  eft  limé  en  blfeau ,  afin  d'élever  la  détente  plus 
facilement  ;  &  que  dès  que  le  premier  coup  de  l'heure 
a  frappé  la  détente  pofant  fur  la  circonférence  du 
chaperon,  la  pendule  continue  le  refte  des  coups 
requis. 

On  conçoit  facilement  que  ces  efîets  A\\nç  fonnt' 
rie  peuvent  s'exécuter  par  des  moyens  très  -  variés; 
mais  ceux  que  nous  venons  de  décrire ,  étant  des  plus 
ftmples  ,  les  horlogers  n'en  emploient  point  d'autres: 
de  façon  qu'on  peut  être  sur  que  dans  toute  fonacrie 
il  y  a  toujours  une  force  motrice  pour  faire  frapperlc 
marteau,  un  chaperon  ou  un  équivalent  pour  en  dé- 
terminer les  coups  ,  &  deux  détentes  dont  l'effet  eft 
à-peu-près  le  même  que  celui  dont  nous  venons  de 
parler,  &i  qui  fervent  à  déterminer  l'inftant  précis  où 
la  j)endule  doit  fonner.  Le  volant  &  le  pignon  fer- 
vent à  ralentir  la  vîteffe  du  rouage,  pour  que  l'in- 
tervalle entre  les   coups  de  marteau  foit  diftinû. 

i-;^^-'  .^  C'efl 


SON 

([  par  cette  raifon  que  dans  toutes  fortes  de  /on- 
liS  Se  dans  les  répétitions,  le  rouage  doit  être  tou- 
rs compoié  d'un  certain  nombre  de  roues  ,  afin 
:  le  volant  puiffe  avoir  une  vîteffe  fuffifante  pour 
duire  cet  effet. 

}uant  au  calcul  des  nombres  d'une  fonmrie ,  la 
orie  en  eft  très-facile.  Les  feules  conditions  font 
que  la  roue  des  chevilles  faffe  un  nombre  détours 

rapport  au  chaperon,  tel  que  ,  lorfque  la  pendu- 
<\i  l'horloge  fonne  l'heure  &  la  demie  avec  un  nom- 

de  chevilles  quelconque  ,  elle  faflc  donner  90 
ips  de  marteau  par  tour  de  chaperon,  &  que  lorf- 
êlle  ne  fonne  que  les  heures  ,  elle  n'en  faflc  don- 

que  78  ;  ce  qui  eft  clair  par  ce  que  nous  avons 
plus  haut:  2°.  il  faut  que  la  roue  d'étoquiau  faflTe 
tour  par  coup  de  marteau.  Lorfque  cette  roue  a 
IX  efpeces  de  demi-anneaux  ou  cerceaux  adaptés 

fon  plan ,  elle  n'en  fait  qu'un  demi.  Enfin  le  cha- 
pon devant  faire  deux  tours  par  jour  ,  il  faut  tou- 
:rs  que  le  nombre  de  fes  tours  foit  double  de  celui 
!  jours  que  va  la  pendule  ou  l'horloge  fans  être  re- 
intée  ;  &  par-là  le  nombre  de  fes  tours  par  rapport 
eux  du  barillet  ou  de  la  grande  roue  de  fonmrie  , 
it  encore  déterminés.  Nous  allons  rendre  cela  fen- 
le  par  un  exemple.  On  a  vu  qiàe  le  barillet  de  cette 
merie  a  84  dents  ,  &  qu'il  engrené  dans  le  pignon 

14  de  la  féconde  roue  ;  par  conléquent  le  chape- 
n  ,  qui  ell  porté  fur  l'arbre  de  cette  roue  ,  fera  6 
irs  pour  un  du  barillet:  mais  comme  cette  pendule 

18  jours ,  le  chaperon  doit  faire  36  tours  dans  cet 
ervaHe  de  tems  ;  par  conféquenr  le  barillet  6 , puif 
'undesfiens  en  vaut  6  du  chaperon.  On  voit  donc 
mment  les  tours  du  chaperon  déterminent  ceux  du 
rillet  ou  de  la  grande  roue.  ^oy«{  Horloge  ,P£N- 

JLE  A  RESSORT  ,  CaLCUL,  NoMBRE  ,  &c. 

Lzfonnerie  que  nous  venons  d'expliquer,  efl  celle 
le  l'on  emploie  en  général  dans  les  pendules  ;  mais 
imme  on  vient  de  voir  que  toutes  lesfonneries  font 
>nlT:ruites  à-peu-près  de  même,  celle  des  montres 
jonnerie  font  dans  le  même  cas  ,  &  n'en  différent 
le  par  le  volume  ;  &  comme  elles  font  aujourd'hui 
refque  hors  d'ufage ,  il  efl  inutile  de  s'y  étendre , 
autant  plus  que  quiconque  aura  bien  compris  la 
lécanique  de  la.  jonnerie.  des  pendules ,  c(îhcevra  fa- 
;lement  celle  des  montres. 

SONNET  ,  (  Poéjie.  )  petit  poëme  de  quatorze 
ers ,  qui  demande  tant  de  qualités  ,  qu'à  peine ,  en- 
e  mille  ,  on  peut  en  trouver  deux  ou  trois  qu'on 
uiffe  louer.  Defpréaux  dit  que  le  dieu  des  vers 

Lui-même  en  mcfura  le  nombre  &  la  cadince. 
Défendit  qiiunversfoibUy  pût  jamais  entrer  ^ 
Ni  qu'un  mot  déjà  mis  oj'ât  s'y  remontrer, 

(''oilà  pour  la  forme  naturelle  du  fonnet. 

11  y  a  outre  cela  la  forme  artificielle ,  qui  confifle 
lans  l'arrangement  &  la  qualité  des  rimes  ;  le  même 
Defpréaux  l'a  exprimée  heureufement  :  Apollon 

Voulut  qi^en  deux  quatrains  de  mefure pareille , 
La  rime  avec  deux  J'ons  frappât  huit  fois  C  oreille; 
Etquenfuitefîx  vers  artijlement  rangés 
Fujjent  en  deux  tercets  par  le  jens  partagés. 

Le  tercet  commence  par  deux  rimes  femblables,  & 
l'arrangement  des  quatre  derniers  vers  efl  arbitraire. 

Ce  poëme  efl  d'une  très-grande  beauté.  On  y  veut 
une  chaîne  d'idées  nobles  ,  exprimées  fans  affefta- 
tion  ,  fans  contrainte ,  &  des  rimes  amenées  de 
bonne  grâce. 

Boileau  ne  compofa  que  àçu}cfonnets  dans  le  cours 
de  fa  vie.  L'un  commence  : 

Parmi  les  doux  tranfports  d'une  amitié  fidèle  ,  &c. 

Il  le  fît  très-icune  ,  &  ne  le  défavouoit  que'  par  le 
fcrupule  trop  délicat  d'une  certaine  tendiefTe  qui  y 
Tome  XK, 


S  o 


361 


efl  marquée,  &  qui  ne  convenoit  pas,  difoit-il,  à  un 
oncle  pour  fa  nièce.  Son  awirQ  J'en  net  mérite  d'être 
ici  tranfcrit  à  la  place  de  celui  de  Desbarreaux ,  que 
tout  le  monde  fait  par  cœur  à  caufe  de  fa  beauté. 

Nourri  dès  le  berceau  près  de  la  jeune  Orante  , 
Et  non  moins  par  le  cœur  que  pur  lefang  lié  ^ 
Ajés  jeux  innocens  enjant  ajfocié , 
Je  goâtois  les  douceurs  d'une  amitié  charmante, 

Qjiand  un  faux  Efculape  à  cervelle  ignorante  , 
A  la  fin  d'un  long  mal  vainement  pallié , 
Rompant  de  fes  beaux  jours  le  fil  trop  délié  ^ 
Pour  jamais  me  ravit  mon  aimable  parente, 

O  qu'un  fi  rude  coup  me  fit  verfer  de  pleurs  ! 
Bientôt  ma  plume  en  main  jîgnalant  mes  douleurs  ^ 
Je  demandai  raijbn  d'un  acte  Ji perfide. 

Oui ,  j'en  fis  dès  quinze  ans  ma  plainte  à  l'univers  ; 
Et  l'ardeur  de  venger  ce  barbare  homicide , 
Fut  le  premier  démon  qui  m'inj'pira  des  vers. 

Notre  poète  fatyrique  n'a  rien  écrit  de  plus  gracieux  : 
A  fes  jeux  innocens  enfant  affocié  :  Rompant  de  Ces 
beaux  jours  le  fil  trop  délié:  Fut  le  premier  démon  qui 
minfpira  des  vers.  Boileau  a  bien  prouvé  par  ce  mor- 
ceau qu'on  peut  parler  en  poéfie  de  l'amitié  enfanti- 
ne auffi  bien  que  de  l'amour  ,  &  que  tout  s'annoblit 
dans  le  langage  des  dieux,  (-£>./.) 

Sonnet  en  blanc ^  (^Poéjie,)  on  appelle  \\n fonnet 
en  blanc  ,  celui  où  il  n'y  a  que  les  rimes  ,  d:  dont  les 
vers  font  à  remplir.  Voyei  Bouts-RimÉs.  (Z?.  7.  ) 
SONI^ETTE,  f.  f.  {Gram.)  petite  cloche  dont 
on  fe  fert  dans  les  temples  ,  pour  avertir  le  peuple 
qu'on  levé  Dieu-;  dans  les  maifbns  pour  appeller  les 
valets  ;  dans  les  rues  pour  faire  allumer  les  lanternes 
ou  balayer ,  &c. 

Sonnette  ,  (  Hydraul.  )  efl  une  machine  foute- 
nue  de  deux  arc-boutans  &  d'un  rancher ,  compo- 
fée  de  deux  montans  ou  couliffes  à  plomb  ,  avec  des 
poulies  pour  monter  le  mouton  par  un  cordage  que 
l'on  tire  ;  on  le  laiffe  eniuite  tomber  fur  la  tête  des 
pieux  pour  les  enfoncer,  (  /^  ) 

SONNETTIER  ,  f.  m.  (  Corps  de  jurande.  )  ou- 
vrier qui  efl  réuni  au  corps  des  Fondeurs,  &  qui  fait 
des  grelots  &  de  petites  fonnettes  pour  les  mulets. 
i,D.J.) 

SONNEUR  ,  f.  m.  (  Langue  franc.  )  celui  qui  fon- 
ne les  cloches  pour  avertir  le  peuple  de  ce  quife  doit, 
faire  ou  de  ce  qui  fe  pafTe  ;  on  a  appelle  autrefois 
fonneurs  ^  ceux  qui  fervoient  la  mefîé.  Le  feizieme 
canon  du  concile  de  Cologne  tenu  en  13 10,  or- 
donne que  X^sjonneurs  feront  lettrés  ,  pour  pouvoir 
répondre  au  prêtre ,  &  qu'ils  ferviront  en  fiirplis  ; 
mais  il  n'y  avoit  pas  hefoin  d'être  lettré  pour  pouvoir 
répondre  au  prêtre  ,  &  moins  encore  pour  fervir  en 
furplis.  Ainfi  je  crois  que  par  être  lettré  dans  ce  tems- 
là ,  on  entendoit  Javoir  lire.  (  Z>.  7.  ) 

Sonneur,  (^Architecl.  )  ouvrier  qui  tire  les  corda- 
ges des  fonnettes  ;  il  y  en  a  ordinairement  feize  pour 
chaque  fonnette ,  dont  on  fe  fert  pour  enfoncer  des 
pieux  dans  la  terre.  (£>./.) 

SONNOIS  LE  ,  (  Géog.  mod.  )  petit  pays  de  Fran- 
ce ,  dans  la  province  du  Maine  ;  il  a  douze  lieues  de 
longueur  ,  depuis  Balon  jufqu'à  Seez,  &  autant  de 
largeur,  depuis  Alençon  jufqu'au  Perche.  Mamers 
efl  fon  chef-lieu.  (  Z>.  /.  ) 

SONOBA  ,  (  Géog.  anc.  )  ville  de  l'Efpagne  Bé- 
tique  ;  Strabon  ,  /.  IIL  p.  743.  efl  le  feul  des  anciens 
qui  parle  de  cette  ville.  {D.  J.^ 

SO-NO-KI ,  f  m.  (  Hifi.  nat.  Botan.  )  efjjece  de 
vigne  duJapon,  qui  croît  dans  les  bois,  de  la  hauteur 
d'un  pié.  Ses  feuilles  reflemblent  à  celles  du  petit 
buis;  fes  fleurs  fontà quatre  pétales,  garnies  d'unca- 
I    lice ,  ÔC  de  couleur  pourpre  ;  fon  fruit  efl  rouge ,  de 


36i 


S  O  P 


la  orofleur  du  poivre,  d'un  goût  doux  &  tade,  con- 
tenant trois  pépins  un  peu  amers. 

SONORE  ,  adj.  (  Gmm.  )  qui  rend  beaucoup  de 
fon;  on  dillingue  les  corps  cnbruyans,  iburds  & 
Jonorcs. 

SONQUAS  LESy{Gcog.mo^.)  peuples  vagabonds 
d'Afrique  ,  vers  la  partie  méridionale  :  c'eii  une  Ibrte 
de  cafres  qui  habitent  les  montagnes  ,  où  ils  vivent 
de  racines  &  de  chaiîe  ;  ce  ibnt  des  voleurs  de  pro- 
telîion  ,  qui  enlèvent  tout  le  bétail  qu'ils  peuvent  at- 
traper. Leurs  cabanes  ibnt  de  branches  de  bois,  en- 
trelacées &C  couvertes  de  jonc  ;  ils  ne  le  donnent  pas 
la  peine  de  les  détaire  ,  quand  ils  vont  chercher  de 
nouveaux  pâturages.  Il  leur  eft  plus  commode  d'en 
bâtir  de  nouvelles  dans  les  lieux  où  ils  le  rendent  ; 
parce  qu'au  cas  qu'il  leur  prenne  fantaifie  de  retour- 
ner dans  leurs  premiers  gîtes  ,  ils  trouvent  leurs  ca- 
banes toutes  prêtes.  Les  habits  d'hommes  font  de 
peaux  de  bufles  ou  d'ânes  fauvagcs  coufues  enfem- 
ble  ;  les  femmes  portent  un  parafol  de  plumes  d'au- 
truche autour  de  la  tête.  {D.  /.  ) 

SONRIER  GRAND,  (  Dign.  d'abbaye.^  nom  qu'on 
donne  dans  l'abbaye  de  Remiremont  au  receveur 
général  6i  admmiltrateur  des  droits  feii;;neuriaux.  Le 
grand  prévôt ,  le  chancelier,  &  le  grand /o/zw/-,  doi- 
vent chacun  deux  écusfols  ,  le  premier  jour  de  l'an 
à  la  doyenne  de  l'abbaye  de  Remiremont  ;  il  y  a 
aulfi  une  des  chanoineflés  de  cette  abbaye  qui  a  le 
lirre  de  fonrierc.  {D.  /.  ) 

SONSOROL  lies  ,  (  Géogr.  mod.  )  petites  îles  de 
l'Océan  indien ,  comprifes  au  nombre  de  celles  de 
Palos.  Le  P.  Duberon  jéfuite  ,  en  découvrit  deux  en 
1710.  Il  rapporte  dans  les  lettres  édifiantes,  ;.  //. 
p.  yy.  que  les  habitans  font  bien-faits  &  robuftes  ; 
ils  vont  tout  nuds ,  &  ont  les  chevenx  crépus.  (Z).  /.) 

SONTIATES ,  (  Giog.  anc.  )  ancien  peuple  d'A- 
quitaine. Ff)y£{SOTIATES. 

SONZÉS ,  f.  m.  (  Hlft.  nat.  )  efpece  de  choux  ou 
de  légume  de  l'île  de  Madagafcar  ;  {qs  feuilles  font 
rondes  &  d'une  grandeur  extraordinaire  ;  elles  ont 
le  goût  des  choux  ;  mais  la  racine  a  celui  des  culs 
d'artichaux. 

SOOR  ,  ou  SOORA ,  ou  SOER ,  (  Géog.mod.  ) 
petite  ville  de  Danemark,  dans  l'île  de  Sélande , 
entre  Magel  &  Ringftadt ,  prés  d'un  lac  qui  abonde 
en  poiflbn.  C'étoit  autrefois  une  riche  abbaye  ,  qui 
eft  à  préfent  un  célèbre  collège.  Long.zcj.zy.  ladt. 
66.28.{D.J.) 

SOPHENE ,  (  Gèog.  anc.  )  contrée  de  la  grande 
Arménie  ;  Strabon,  /.  XL  p.  ia/.  la  met  au  nord 
de  la  Méfopotamie  &  de  la  Commagene ,  entre  les 
monts  Majius  &  Antilaurus.  Selon  Ptolomée ,  /.  V. 
c.  xiij.  la  Sophcnc  s'étendoit  à  l'orient  de  l'Euphrate, 
entre  la  Bafiliffene  au  nord  ,  l'Aclifene  à  l'orient,  & 
l'Anzitenc  au  midi.  Procope ,  cidif.  l.  III.  c.  ïij.  en 
décrivant  les  diverfes  fortifications  que  l'empereur 
Juflinien  fit  bâtir  dans  cette  contrée  ,  la  nomme  So- 
phanenc  ;  elle  efl:  appellée  Tiophanefe  &C  Tiophanc  , 
dans  les  authentiques  :  mais  de  même  que  dans  le 
code,  on  entend  par  ces  deux  mots  deux  contrées 
différentes.  (Z?.  /.  ) 

SOPHl  ,  ou  SOFI ,  f.  m.  (  Hljî.  mod.  )  c'efî  un  titre 
ou  une  qualité  qu'on  donne  au  roi  de  Perfe,  qui 
£gnlfie  prudent  ,Jage ,  ou  philofophe. 

Quelques-uns  prétendent  que  ce  titre  doit  fon  ori- 
gine à  un  jeune  berger  de  ce  nom,  qui  parvint  à  la 
couronne  de  Perfe  en  1370.  D'autres  le  font  venir 
àesfophoi,  fages,  anciennement  appelles  magl.  Vof- 
fius  donne  à  ce  mot  une  autre  étymologie  ;  il  ob- 
ferve  qut^Jbpfii ,  en  arabe  fignifîe  laine  :  6c  il  ajoute 
que  les  Turcs  l'appliquoient  par  dérifion  aux  rois  de 
Pcrfe  ,  même  depuis  le  tems  d'Ifmaél  ;  parce  que  fui- 
vant  leur  religion,  ils  ne  doivent  fe  couvrir  la  tête 
que  d'un  morceau  d'ctofïe  de  laine  ordinairement 


S  O  P 

rouge  :  c'efl  de-là  qu'on  appelle  aufïï  les  Pcrfes  ke*- 
:^elbi!Jchs ,  c'ell-à-dire  tctes  rouges.  Mais  Bochart  alTure 
c\ue  J'ophi  dans  le  langage  perfan  d'oii  il  efl  tiré,  fi- 
gnllie  une  peiionne  qui  fuit  fa  religion  dans  toute  fa 
pureté ,  &  qui  préfère  le  fervice  de  Dieu  à  toute 
autre  chof  e  ;  &  il  le  fait  venir  d'un  ordre  religieux 
qui  porte  ce  nom.  ^oye^  Sophis. 

Las fophls  font  gloire  de  leur  illuflre  extraôion  , 
&  ce  n'cll  pas  fans  raifon ,  puifque  cette  famille  ne 
le  cède  à  aucune  autre  dans  tout  l'orient  :  ils  font 
dcfcendus  en  droite  ligne  de  HoufTein ,  fécond  fils 
d'Ali,  coufin  de  Mahomet ,  &  de  Fathime  ,  fille  *de 
Mahomet  ;  mais  on  prétend  qu'elle  a  été  éteinte  dans 
la  dernière  révolution  de  Perfe.  Il  n'y  a  point  de 
prince  dans  le  monde  dont  l'autorité  foit  plus  abfo-' 
lue  que  celle  des  Jophis  de  Perle  ;  leur  pouvoir  n'eft 
jamais  borné  par  aucune  loi ,  même  par  celles  qu'il 
pourroit  établir;  car  il  les  fufpend  ,  les  change, & 
les  cafTe  ,  comme  il  le  juge  à  propos. 

SOPHIA  ,  f.  f.  (Z///?.  nat.  Botan.')  nom  donné  par 
Dodonée  ,  Lobel,  Gérard,  &  quelques  autres  an- 
ciens botaniftes  à  l'efpece  de  fif'ymbrium  annuelle  à 
feuilles  d'abfynthe,y{yj'"^""'"  annuum,  abfynihïi  mi* 
noris  folio  ,  de  Tournefort.  yoyei^  Sisymbrium. 

SOPHIANA ,  (  Gcogr.  mod.  )  ville  de  Perfe ,  dans  T] 
l'Adir-Beitzan ,  à  huit  journées  au  nord-oueft  de  Tau- 
ris  ,  dans  un  vallon  marécageux  ,  couvert  de  quan- 
tité d'arbres  qui  empêchent  prefque  de  voir  cette 
ville  avant  qu'on  foit  dedans.  Quelques-uns  la  pren- 
nent pour  l'ancienne  Sophie  de  Médie.  (Z>.  /,) 

SOPHIE ,  Sainte  ,  {Arckheci.)  c'étoit  ancienne- 
ment l'cglife  patriarchale  de  Conllantinople  ,  bâtie 
par  Conllantin ,  qui  la  nomma  Sophie  ,  parce  qu'il  la 
dédia  à  la  Sageftc  éternelle.  Un  tremblement  de  terre 
ayant  endommagé  ,  &  en  partie  ruiné  ce  fuperbe 
temple  ,  Juflinien  le  rebâtit.  Evagrius  ,  liv.  IK.  ch, 
XXX.  &  Procope  fe  font  attachés  à  le  décrire. 

Il  faut  defcendre  de  quelque  côté  qu'on  entre.  Son 
portique  a  fept  entrées.  Il  y  en  a  cinq  de  face  qui 
iont  ordinairement  fermées  ;  la  largeur  de  ce  porti- 
que efl  de  3  2  pies  ,  &  de-là  on  entre  dans  fainte  So- 
phie par  neuf  grandes  ouvertures  ;  celle  du  miheu  a 
18  pies  d^aut ,  &  les  portes  font  de  cuivre  rouge. 
Quatre  pilaflres  larges  de  47  pies ,  foutiennent  le  dô- 
me qui  en  a  86  de  diamètre  ,  &  qui  cependant  eft 
tellement  écrafé  ,  qu'il  n'a  de  hauteur  que  la  conca- 
vité d'un  demi-globe  parfait. 

Les  galeries  qui  régnent  tout-au-tour  ont  53  pies 
de  large ,  &  font  appuyées  de  foixante-quatre  colon-, 
ncs.  Celles  de  l'intérieur  font  de  marbre  ferpentln 
&  de  porphyre ,  hautes  de  1 8  pies  ;  &  les  colonnes 
de  deflbus  font  de  marbre  blanc  ,  pareil  à  celui  dont 
les  murailles  font  revêtues.  Dans  les  galeries ,  il  y  a 
cinquante-deux  colonnes  de  même  ordre  ,  6c  de  ma- 
tière femblable  à  celles  qui  font  au  bas.  Au-defTous 
des  portes  du  temple  ,  il  y  a  quatre  petites  colonnes 
de  jafpe.  Parmi  les  marbres  dont  font  pavées  les  ga- 
leries ,  on  voit  une  pierre  femblable  au  porphyre , 
que  les  Turcs  ont  en  grande  vénération. 

Mais  comme  ils  font  ennemis  des  Arts  ,  ils  ont  dé- 
truit ou  lailTé  périr  la  plus  grande  partie  de  cet  an- 
cien temple  &  lés  décorations.  Autrefois  toutes  les 
voûtes  du  temple  étoient  peintes  en  mofaïque ,  elles 
font  aujourd'hui  barbouillées  de  blanc.  Lorfque  Ste. 
i'o/^/zie  appartenoit  aux  chrétiens  orientaux,  les  fem- 
mes fe  plaçoient  dans  les  galeries,  dont  l'entrée  étoit 
interdite  aux  hommes.  Il  y  avoit  aufTi  un  autel  qui 
ne  liiblifle  plus  ;  mais  on  trouve  à  la  place  la  niche 
oii  l'on  met  l'alcoran.  Cette  niche  efl  tournée  vers 
le  Zébla  ,  c'efl-à-dire  à  l'orient ,  qui  efl  le  point  du 
ciel  vers  lequel  les  Mahométans  doivent  fe  tourner 
dans  leurs  prières.  Le  pavé  de  cette  mofquée  efl  de 
marbre ,  couvert  de  riches  tapis  de  Turquie.  On  a 


s  O  P 

ratiquc  dans  im  coin  de  mur,  une  tribune  deAmce 
3ur  le  arand-feigneur  ,  qui  s'y  rend  par  un  cfcalier 
LTobé.  H  y  a  devant  le  portail  des  réduits  de  marbre 
1  façon  d'oratoires,  couverts  d'un  petit  dôme  ,  qui 
rvent  de  Icpulture  aux  jeunes  princes  ottomans. 

Au-delà  du  portique  qui  eft  devant  cette  mofquce, 
:  dans  lequel  les  femmes  mahométannes  viennent 
.lelqucfols  faire  leurs  prières ,  il  y  a  planeurs  por- 
s ,  dont  une  feule  rcfte  ouverte  pour  rentrée.  On 

voit  en-dehors  quatre  minarets  ou  petites  tours  à 
Aifieurs  étages ,  avec  des  balcons  en  faillie  :  les  muo- 
ms  y  montent  quatre  à  cinq  fois  le  jour  à  certaines 
îures,  pour  appeller  les  turcs  au  naama ,  c'efl-à- 
te  à  l'oraifon,  car  les  Mahométans  ne  fe  fervent 
jint  de  cloches.  Ceux  qui  voudront  de  plus  grands 
étails,  les  trouveront  dans  du  Loir.  (Z>.  /.) 

SOPHIS  ou  SOPHÉES  ,  f.  m.  (//i/?.  wod.)  efpece 
ordre  de  religieux  mahométans  en  Perfe  ,  qui  ré- 
Dnd  à  celui  qu'on  appelle  dervis  ^  chezles  Turcs  & 
s  Arabes;  Ik.  fakirs,  chezles  Indiens.  ^(ye{  Der- 
is  &  Fakiks. 

Quelques-uns  prétendent  qu'on  les  nomme  fophis, 
caufe  d'une  efpece  d'étoife  qu'ils  portent  qu'on  ap-^ 
ûle  fouf,  parce  qu'elle  le  fabrique  dans  la  ville  de 
ouf,  en  Syrie  ;  d'autres  ,  parce  qu'ils  ne  portent 
:ir  humilité  à  leur  turban  ,  qu'une  étoffe  de  laine 
a'on  4iomme  en  arabe  ,  Jopài  ;  d'autres  enfin  veu- 
nt  que  ce  foit  du  mot  arabe  fophie  ,  qui  lignifie  ycwr 
•  fïmpU,  parce  qu'ils  profelfent  la  pure  religion  de 
[ahomet ,  qui  efl  félon  eux  celle  de  la  fede  d'Aly. 

Le  plus  éminent  de  CQS  foph'is  eft  toujours  décoré 
Li  titre  de  fchàk  ,  c'ell-à-dire  révérend.  Scheik  fophi 
ni  jetta  les  premiers  fondemcns  de  la  grandeur  de 
1  maifon  royale  de  Perfe  ,  éteinte  par  les  dernières 
évolutions ,  fut  le  fondateur  ou  plutôt  le  reftaura- 
;ur  de  cet  ordre.  îlmael  qui  conquit  la  Perfe  ,  étoit 
lï-mème  fophi ,  &  fe  faifoit  gloire  de  l'être.  Il  choi- 
t  tous  (es  gardes  parmi  les  membres  de  cet  ordre  , 
c  voulut  que  tous  les  grands  leigneurs  de  fa  cour 
\{^eï\tfophis.  Le  roi  de  Perfe  &  les  leigneurs  conti- 
nent à  y  entrer ,  quoiqu'il  foit  à  préfent  tombé  dans 
n  grand  mépris  ;  car  les  fopliis  du  commun  font  em- 
loyés  ordinairement  en  qualités  "d'huifîiers  ou  de 
omeftiques  de  la  cour  ,  &  même  d'exécuteurs  de 
i  juliice  ;  &  les  derniers  rois  de  Perfe  ne  vouloient 
as  leur  permettre  de  porter  l'épée  en  leur  préfence. 
^e  mépris  dans  lequel  font  les  fophis,  a  été  caufe  que 
;s  rois  de  Perfe  ont  quitté  ce  titre  pour  prendre  ce- 
.n  àefckc'k  ,  qui  fignifie  roi  ou  emperç-ur.  Mais  M.  de 
i  Croix  s'ell  trompé,  en  prétendant  qu'ils  n'avoient 
imais  porté  le  nom  de  fophi. 

SOPHISME  ,  f.  m.  (Logique.)  lefophifme  efî  le  fin- 
;e  du  lyllogifme.  Pour  être  féduifant  &  captieux,  il 
aut  néccflairement  qu'il  en  affedle  la  figure  &  la  mi- 
le.  On  peut  dire  de  lui  en  général,  que  ce  qu'il  a 
le  vicieux  confifle  dans  une  contravention  à  quel- 
[u'uîie  des  règles  générales  ou  particulières  de  quel- 
[u"une  des  quatre  figures  ,  d'oLi  réfultent  toutes  les 
ortvs  des  fyllogifmes. 

La  logique  du  Port-Royal  les  réduit  à  fept  ou 
luit ,  ne  s'arrêtant  pas  à  remarquer  ceux  qui  font 
rop  greffiers  pour  iurprcndre  les  perfonnes  un  peu 
ittenàves. 

Le  premier,  confifle  à  prouver  autre  chofe  que  ce 
jui  efl  en  queilion.  Cefop/iifmc  ei\  appelle  par  Arif- 
otc  i'^nouiiio  cUiichi ,  c'efl-à-du"e  l'ignorance  de  ce 
^u'on  doit  prouver  contre  fon  adverfaire  ;  c'eft  un 
/ico  très-ordinaire  dans  les  contellations  des  hom- 
ncs.  On  dilputcavi'C  chaleur,  &  fbuventon  ncs'er- 
cnd  pr-s  l'un  l'autre.  La  paffion  ou  la  mauvaife  fci 
'ait  qu'on  attribue  à  fon  iidverfaire  ce  qui  efl  éloi- 
gné de  fon  fentiment ,  poin-  le  combattre  avec  plus 
i'avanfage  ,  ou  qu'on  lui  impute  les  conféquences 
Toiiii  XK. 


S  O  P 


3<Jî 


qu'on  s'imagine  pouvoir  tirer  de  fa  doflrine  ,  quoi^ 
qu'il  les  déiavoue  &  qu"il  les  nie. 

Le  fécond  fuppofe  pour  vrai  ce  qui  efl  en  quef«- 
tion  ;  c'eft  ce  qu'Ariftote  appelle  pétition  de  princi^ 
pc.  On  peut  rapporter  à  cefophifme  tous  les  raifon- 
nemens  où  l'on  prouve  une  chofe  inconnue,  par  une 
qui  eft  autant  ou  plus  inconnue ,  ou  une  chofe  incer» 
taine,parHne  autre  qui  efl:  autant  ou  plus  incertaine. 

La  troifieme  prend  pour  caufe  ce  qui  n'efl  point 
caufe.  Ce  fophiltm  s'appelle  non  caufa  pro  caufd  il 
efl  très-ordinaire  parmi  les  hommes  ,  &  on  y  tombe 
en  plufieurs  manières  :  c'effainfi  que  les  Philofcphes 
ont  attribué  mille  effets  à  la  crainte  du  vuide,  qu'on 
a  prouvé  démonflrativement  en  ce  tems  &  par  des 
expériences  ingénieufes  ,  n'avoir  pour  caufe  que  la 
pefanteur  de  l'air.  On  tombe  dans  le  même  fo^ 
phifme. ,  quand  on  fe  fert  de  caufes  éloignées  &^  qui 
ne  prouvent  rien  ,  pour  prouver  des  chofes  ou  afTez 
claires  d'elles-mêmes  ,  ou  faufles,  ou  du-moins  dou- 
teufes.  L'autre  caufe  qui  fait  tomber  les  hommes 
dans  ce  fopkifme ,  efl  la  fotte  vanité  qui  nous  fait 
avoir  honte  de  reconnoître  notre  ignorance  ;  car 
c'eft  de-là  qu'il  arrive  que  nous  aimons  mieux  nous 
forger  des  caufes  imaginaires  des  chofes  dont  on 
nous  demande  raifon ,  que  d'avouer  que  nous  n'en 
favons  pas  la  caufe  ;  &  la  manière  dont  nous  nous 
échappons  de  cette  confefîion  de  notre  ignorance  efl 
affez  plaifante.  Quand  nous  voyons  un  e^et  dont  la 
caufe  efl  inconnue ,  nous  nous  imaginons  l'avoir  dé» 
couverte  ,  lorfque  nous  avons  joint  à  cet  effet  un 
mot  général  de  vertu  ou  de  faculté ,  qui  ne  formée  dans 
notre  efprit  aucune  autre  idée  ,  finon  eue  cet  effet  a 
quelque  caufe  ;  ce  que  nous  favions  bien  ,  avant  d'a- 
voir trouvé  ce  mot.  Ceux  qui  ne  font  point  profef- 
fion  de  fcience  ,  &  à  qui  l'ignorance  n'efl  pas  hon-^ 
teufe  ,  avouent  franchement  qu'ils  connoifTent  ces 
elTets  ,  mais  qu'ils  n'en  favent  pas  la  caufe  ;  au  lieu 
que  les  iavans  qui  rougiroient  d'en  dire  autant ,  s''eTi 
tirent  d'une  autre  manière,  &  prétendent  qu'ils  ont 
découvert  la  vraie  caule  de  ces  effets,  qui  efl,  par 
exemple  ,  qu'il  y  a  dans  les  artères  une  vertu'pulfi- 
fique  ,  dans  l'aimant  une  vertu  magnétique  ,  dans  le 
fené  une  vertu  purgative  ,  &  dans  le  pavot  une  ver^ 
tu  foporifique.  Voilà  qui  ell  fort  commodément  ré- 
folu  ;  &  il  n'y  a  point  de  Chinois  qui  n'eût  pu  avec 
autant  de  facilité ,  fe  tirer  de  l'admiration  où  on  étoit 
des  horloges  en  ce  pays-là  ,  lorfqu'on  leur  en  ap- 
porta d'Europe  ;  car  il  n'auroit  eu  qu'à  dire,  cu'il 
connoifîbit  parfaitement  la  raiibn  de  ce  que  les  au- 
tres trouvoient  fi  merveilleux  ,  ^  que  ce  n'étoit  au-^ 
tre  chofe  ,  fmon  qu'il  y  avoit  dans  cette  machine  une 
vertu  indicatrice  qui  marquoit  les  heures  liir  le  ca- 
dran ,  &  une  vertu  fonorifîque  qui  les  ùÀi'oh  fon- 
ner  :  il  fe  feroit  rendu  par-là  aufîl  lavant  dans  la  con- 
noifîànce  des  horloges,  que  le  font  ces  Philofophes 
dans  la  connoilîance  du  battement  des  artères  &; 
des  propriétés  de  l'aimant ,  du  fené  &:  du  pavot. 

Il  y  a  encore  d'autres  mots  qui  fervent  à  rendre 
les  hommes  favans  à  peu  de  frais,  comme  de  fymois- 
thie  ,  d'antipathie,  de  qualités  occultes.  Ce  qui  h  s 
rend  ridiculement  favans  ,  c'efl  qu'ils  s'imaginent 
l'être  e'.Teftivement ,  pour  avoir  trouvé  un  mot  au- 
quel ils  attachent  une  certaine  qualité  imaginaire , 
que  ni  eux  ni  perfonne  n'a  jamais  conçue. 

Le  quatrième  confifle  dans  un  dénombrement  im- 
parfait. C'efl  le  défaut  le  plus  ordinaire  des  perlbn- 
nes  habiles  que  de  faire  des  dénombremens  impai- 
faits  ,  &  de  ne  conlldérer  pas  affez  toutes  les  maniè- 
res dont  une  chofe  peut  être  ou  peut  arriver;  d'oii 
ils  concluent  témérairement,  ou  qu'elle  n'ell  j)as  , 
parce  qu'elle  n'ell  pas  d'unecertaine  manière,  quoi- 
qu'elle puifie  être  d'une  autre:  ou  qu'elle  efl  de  telle 
&  telle  façon,  qu.  i  ni'elle  puiife  être  encore  d'une 
autre  manière  qu'ils  n'ont  pas  conhJcr^e. 

Zz  i; 


364 


s  O  P 


s 


G 


■p 


1- 


Le.cinqviicme  fait  juger  d'une  chofe  par  ce  qui  ne 
liil  convient  que  par  accident.  Cxfophlfinc  cÛ  appelle 
fatlaciu  acci^cnds.  Il  conlifte  à  tirer  une  concl'.ilion 
abfolue  ,  limple  &  fans  rcfiriftion  de  ce  qui  n'eft 
vrai  q'.ie  par  accident:  c'eiî  ce  que  font  tant  de  gens 
qui  déclament  contre  l'antimoine  ,  parce  qu'étant 
mal  appliqué  ,  il  produit  de  mauvais  effets;  &  d'au- 
tres qui  ;;uribuent  à  l'éloquence  tous  les  mauvais 
eiTots'qu'elle  produit,  quand  on  en  abufe  ;  ou  ;\  la 
Médecine  les  fautes  de  quelques  ignorans. 

On  tombe  auflifouvent  dans  ce  mauvais raiîbnne- 
ment ,  quand  on  prend  les  fimples  occafions  pour  les 
véritables  caufes  ;  comme  qui  acculeroit  la  religion 
chrétie.'ine  d'avoir  été  la  caule  du  malTacre  d'une  in- 
finité de  perlonnes  ,  qui  ont  mieux  aimé  fouffrir  la 
mort  que  de  renoncer  Jefus-Chrift  ;  au  lieu  que  ce 
n'elt  ni  à  la  religion  chrétienne  ,  ni  à  la  conilance 
des  martyrs  qu'on  doit  attribuer  ces  meurtres  ,  mais 
à  la  feule  iniurtice&  à  la  feule  cruauté  des  payens. 
On  voit  aufn  un  exemple  confidérable  de  ce./à- 
phifhic  dans  le  railonnement  ridicule  des  Epicuriens, 
lui  conclucient  que  les  dieux  dévoient  avoir  une 
orme  humaine  ,  parce  que  dans  toutes  les  chofes  hu- 
maines ,  i(  n'y  avoit  que  l'homme  qui  tùt  doué  de  la 


l 


m 


railbn.  «  Les  dieux  ,  difoient-ils,  font  très  heureux: 
»  nul  ne  peut  être  heureux  fans  la  vertu  :  il  n'y  a 
»  point  de  vertu  fans  la  ralfon  ,  &  la  rai!on  ne  fe 
»  trouve  nulle  part  ailleurs  qu'en  ce  qui  a  la  forme 
»  humaine  :  il  faut  donc  avouer  que  les  dieux  font  en 
«  forme  humaine.  »  Voilà  qui  n'eft  pas  bien  conclu. 
En  vérité  ce  que  M.  de  i^ontenelle  a  dit  des  anciens, 
favoir  qu'ils  ne  font  pasfujets,  fur  quelque  matière 
que  ce  fciî,  à  raiibnner  dans  la  dernière  perfeûlon, 
n'eft:  point  exagéré.  «  Souvent,  dit  cet  auteur  ingé- 
»  nieux,  de  foibles  convenances,  de  petites  fimili- 
»  tudes  ,  des  jeux  d'e! prit  peufolides,  des  difcours 
»  vagues  &  confus  paifent  chez  eux  pour  des  preu- 
»  ves  ;  suffi  rien  ne  leur  coûte  à  prouver  ;  mais  ce 
»  qu'un  ancien  démontroit  en  fe  jouant  ,  donneroit 
»  à  l'heure  qu'il" eft ,  bien  de  la  peine  à  un  pauvre 
»  moderne  ;  car  de  quelle  rigueur  n'eft-on  pas  fur 
w  les  raifonnemens?  On  veut  qu'ils  foient  intelllgi- 
M,  blés ,  on  veut  qu  ils  foient  juftes  ,  on  veut  qu'ils 
»  concluent.  On  aura  la  malignité  de  démêler  la 
»  moindre  équivoque  ou  d'idées  ou  de  mots  ;  on  au- 
»  ra  la  dureté  de  condamner  la  chofe  du  monde  la 
w  plus  ingénieufc,  fi  elle  ne  va  pas  au  fait.  Avant  M. 
>/  Defcartes  on  raifonnolt  plus  commodément  ;  les 
»  fiecles  palTés  font  bien  heureux  de  n'avoir  pas  eu 
»  cet  hornme-là.  » 

Le  fixieme  pafTe  du  fens  dlvifé  au  fens  compofé, 
ou  du  fcas  compofé  au  fens  divifé  ;  l'un  de  ces  J'yphif- 
ines  s'appelle y^z//i2t/a  canpoftionis ,  &  l'autre yl///af/<z 
divif.onis.  J.  C.  dit  dans  l'Evangile ,  en  parlant  de  {es 
miracles  :  Us  avtugles  volent^  Its  boueux  marchent  droit  ^ 
lesfourds  entendent.  Il  eft  évident  que  cela  ne  peut 
être  vrai ,  qu'en  prenant  ces  chofes  féparémcnt , 
c'eft-à-dire  dans  le  fens  divilé.  Car  les  aveugles  ne 
voyoient  pas  demeurant  aveuglçs ,  &  les  fourds  n'en- 
tendoient  pas  demeurant  fourds.  C'eft  aufti  dans  le 
même  fens  qu'il  eft  dit  dans  les  Ecritures  ,  que  Dieu 
jupijie  les  impies  ;  car  cela  ne  veut  pas  dire  qu'il  tient 
pour  juftes  ceux  qui  font  encore  impies,  mais  bien 
qu'il  rend  juftes ,  par  fa  grâce ,  ceux  qui  étoient  im- 
pies. 

Il  y  a  au  contraire,  des  propofitions  qui  ne  font 
vraies  qu'en  un  fens  oppofé  à  celui-là,  qui  eft  le  fens 
divilé.  Comme  quand  S.  Paul  dit  :  que  kr.  mcdifans , 
Us  fornicatturs  ,  Les  avares  n  entriront  point  dans  le 
royaume  des  deux  ,  car  cela  ne  veut  pas  dire  que  rtul 
de  ceux  qui  auront  eu  ces  vices  ne  feront  fauves , 
ma';s  feulement  que  ceux  qui  y  demeureront  attachés 
ne  le  feront  pas. 

Le  feptieme  pafTe  de  ce  qui  eft  vrai  à  quelque 


éo;nrd ,  à  ce  qui  eft  vrai  ftrnplemcnt  -,  c'eft  ce  qii'on  ap- 
pelle d.'.r.s  l'école,  à  dïào  fccimdum  quid .,  ad diciuni 
Ji;:i;'li:itîr.  En  voici  des  exemples.  Les  Epicuriens 
prouvoient  encore  que  les  dieux  dévoient  avoir  la 
forme  humaine ,  parce  qu'il  n'y  en  a  point  de  plus 
belle  que  cell'C-là,  &  que  tout  ce  qui  eft  beau  doit 
être  en  dieu.  C'étoit  fort  mal  raubnner;  car  la  forme 
humaine  n'eft  point  abfolumcnt  une  beauté ,  mais 
feulement  au  regard  des  corps;  &  ainfi  n'étant  une 
pertedion  qu'à  quelque  égard  &  non  limplement,  il 
ne  s'enfuit  point  cju'elie  doive  être  en  dieu,  parce  que 
toutes  les  perfetHons  font  en  dieu. 

Nous  voyons  aulïi  dans  Cicéron  ,  au ///. /ivre  ^£ 
la  nature  des  dieux  ,  un  argument  ridicule  de  Cotta 
contre  l'exiftence  de  Dieu  ,  qui  a  le  même  défaut. 
«  Comment,  dit-il,  pouvons-nous  concevoir  Dieu, 
»  ne  lui  pouvant  attribuer  aucune  vertu?  Car ,  di- 
»  rons-nous  qu'il  a  de  la  prudence  ,  mais  la  prudcn- 
»  ce  confiftant  dans  le  choix  des  biens  &C  des  maux, 
»  quel  bcfoin  peut  avoir  Dieu  de  ce  choix,  n'étant 
»  capable  d'aucun  mal  ?  Dirons-nous  qu'il  a  de  l'in- 
»  telligence  &  de  la  raifon ,  mais  la  raifon  &  l'intelli- 
»  gencc  nous  fervent  à  nous,  à  découvrir  ce  qui  nous 
»  eft  inconnu  par  ce  qui  nous  eft  connu  ;  or  il  ne 
»  peut  y  avoir  rien  d'inconnu  à  Dieu?  La  juftice  ne 
»  peut  aufîi  être  en  Dieu ,  puifqu'elle  ne  regarde  que 
»  la  Ibcicié  des  hommes;  ni  la  tempérance,. parce 
»  qu'il  n'a  point  de  voluptés  à  modérer  ;  ni  la  force, 
»  parce  qu'il  n'eft  fufceptible  ni  de  douleur  ni  de 
»  travail ,  &  qu'il  n'eft'  expofé  à  aucun  péril.  Com- 
»  ment  donc  pourrolt  être  Dieu,  ce  qui  n'aurcit  ni 
»  inrelli  eence  ni  vertu  »?  Ce  qu'il  y  a  de  merveilleux 
dans  ce  beau  raifonnement ,  c'eft  que  Cotta  ne  con- 
clud  qu'il  n'y  a  point  de  vertu  en  Dieu  ,  que  parce^ 
quel'imperfeclion  qui  fe  trouve  danslaverîuhumainei 
n'eft  pas  en  Dieu.  De  forte  que  ce  lui  efl  une  preuve 
que  Dieu  n'a  point  d'intelligence ,  parce  que  rien  ne 
lui  eft  caché;  c'eft-à-dire  qu'il  ne  voit  rien  ,  parce 
qu'il  volt  tout,  qu'il  ne  peut  rien  ,  parce  qu'il  peut 
tout  ;  qu'il  ne  jouit  d'aucun  bien ,  parce  qu'il  poffede 
tous  les  biens. 

Le  huitième  enf^n  ,  fe  réduit  à  abufer  de  l'ambigui- 
té  des  mots  ;  ce  qui  fe  peut  faire  en  dlverfes  m.anie- 
res.  On  peut  rapporter  à  cette  efpece  de  Jhphijmc, 
tous  les  fyllogifmes  qui  font  vicieux,  parce  qu'il  s'y 
trouve  quatre  termes, foit  parce  que  le  moyen  terme 
y  eft  pns  deux  fols  particulièrement,  ou  parce  qu'il 
eft  fufceptible  de  divers  fens  dans  les  deux  prémifles; 
ou  ennn  parce  que  les  termes  de  la  conclufion  ne 
font  pas  pris  de  la  même  manière  dans  les  prémifTts 
que  dans  la  conclufion.  Car  nous  ne  reftralgnons  pas  le 
n'iOtd\wdvguité,a\ix  feuls  mots  qui  font  grofiicrc- 
ment  équivoques,  ce  qui  ne  trompe  prefque  jamais; 
mais  nous  comprenons  par-là  tout  ce  qui  peut  taire 
changer  du  fens  à  un  mot ,  par  une  altératon  imper- 
ceptible d'idées,  parce  que  dlverfes  chofes  étant  fi- 
gnlfiées  par  le  même  fon  ,  on  les  prend  pour  la 
même  chofe. 

Ainfi  cjua.nd  vous  entendrez  leyc)//zi/7«efuivant: 
Les  apotrcs  étoient  dou^e , 
Judas  était  apôtre  ; 
Donc  Judas  étoit  dou:^e. 
le  fophlfte  aura   beau  dire  que  l'argument  eft  en 
forme;  pour  le  confondre,  lans  nulle  difcuffion  ni 
embarras  ,  démêlez  fimplcmcment  l'équivoque  du 
mot  les  apôtres.  Ce  mot  les  apôtres  ftgnifie  dans  le  fyl- 
logifme  en  queftion,  les  apôtres  en  tant  que  pris  tous 
cnfcmble&faifant  le  nombre  de  douze.  Or  dans  cet- 
te ftgnifîcation,  comment  dire  dans  la  mineure,  or 
Judas  êtoir.  apôtre  ?  Judas  étoit-11  apôtre  en  tant  que 
les  apôtres  font  pris  tous  enfeinble  au  nombre  de 
douze  ? 

Citons  encore  pour  exemple  ce  fopfvfm:  burlef- 
que. 


s  O  P 

Le  tmiTt^'r  fidS  fuit  bolr£  beaucoup  ; 
Or  boire  bi^ncQup  fait  pajjcr  la  foi f: 
Donc  le  man^^ir  fuie  fait  poffer  la  foi  f. 

Ct  fo phi  fine  ^oxiQ  un  mafque  de  fylîogifme  ;  mais 
{  ll-ra  bientôt  clémafquc  par  wnz  limple  attention  : 
:'efl  que  le  moyen  terme  ,  qui  paroit  le  même  Vlans 
a  prep-iiere  &  clans  la  fccondc  proporuion  ,  change 
mpcrceptibicrncnt  à  la  faveur  d'un  petit  mot  qui  cil: 
le  plus  dans  l'une,  &  qui  eft  de  moins  dans  l'autre. 
Jr  un  petit  mot  ne  fait  pas  ici  une  petite  différence. 
Jne  diphtongue  altérée  caufa  autrefois  de  furieux 
avages  dans  l'Eglife  ;  &  une  particule  changée ,  n'en 
ait  pas  de  moindres  dans  la  Logique  pour  conferver 
lU  moyen  terme  ,  le  même  fcns  dcjiis  les  deux  prono- 
itions.  Il  falloit  énoncer  dans  la  mineure,  or  faire 
KÙre  beaucoup  fui:  pafj'er  la  foif.  Au  lieu  de  cela  ,  on 
iipprime  ici  dans  la  mineure,  le  verbe  yI//Ve  devant 
e  mot  boire  ^  ce  qui  change  le  lens ,  ^\ù.(c^ic  fciire  boire 
]C  boire  ^  ne  font  pas  la  même  chofe. 

On  pourroit  appeller  fimplement  \q  fophifme ,  une 
quivoque ;  6c  pour  en  découvrir  le  vice  ou  le  nœud, 
[  ne  faudroit  que  découvrir  l'équivoque. 

SOPHISTE ,  f.  m .  {Gram.  &  Hift.  anc.  ecclèf^  qui  fait 
les  Ib^jhifmes,  c'ell-à-dirc  qui  fe  fert  d'argum.ens  fub- 
ils  ,  dans  le  deîTein  de  tromper  ceux  qu'on  veut 
•erfuaderou  convaincre,  ^oje^^  Sophisme  &  Gym- 
;OSOPHiSTK.  Ce  mot  ell  formé  du  grec  «)?:?,  fage , 
iU  plutôt  de  c-ùÇ/rTiK  ,  ii!2po[l€ur^  trompeur. 

Le  tcvmç fophijie ,  qui  maintenant  eftun  reproche, 
toit  autrefois  un  titre  honorable ,  &  emportoit  avec 
o:  une  idée  bien  innocente.  S.  Auguftin  obferve  qu'il 
ignilîoit  un  rhéteur  ou  pmfejfeur  d'éloquence,  comme 
toient  Lucien  ,  Athsnée,  Libanius,  &c. 

Suidas,  &  après  lui  Olar.  Celfuis  ,  dans  une  difTer- 
aiion  expreiïe  fur  les  fophipes  grecs,  nous  déclare 
me  ce  mot  s'appliquoit  inditi'éremment  à  tous  ceux 
|ui  excelloient  dans  quelque  art  ou  fcience  ,  foit 
hcolcgiens ,  jurifconfaltes ,  phyficieiis,  poètes ,  ora- 
curs  ou  rauficiens.  Mais  il  femble  que  c'eft  donner  à 
:e  mot  un  fens  trop  étendu.  Il  eil  polTible  qu'un  rhé- 
eur  ait  fait  des  vers  ,  &c.  mais  que  ce  foit  en  vertu 
le  fon  talent  poétique  qu'on  l'ait  nonxmé  fophijlc  , 
:'eil  ce  que  nous  ne  voyons  point  de  raifon  de  croi- 
e.  Quoi  qu'il  en  foit,  Solon  eftle  premier  qui  paroît 
voir  porté  ce  nom,  qui  lui  fut  donné  par  îfocrate; 
mluite  on  le  donna  affcz  rarement,  m.ais  feulement 
iux  philofophes  &  aux  orateurs. 

Le  titre  de  fophife  fut  en  grande  réputation  chez 
es  Latins  dans  le  douzième  fieclc  ,,  &  diins  le  tems  de 
>.  Bernard.  Mais  il  commença  à  s'intrcfduire  chez  les 
^Trecs  dès  le  tems  de  Platon  ,  par  le  moyen  de  Prota- 
;oras  &  de  Gorgias,  qui  en  firent  un  métier  infâme 
:ïï  vendant  l'éloquence  pour  de  l'argent.  C'ell  de-là 
\\.\&  Séneque  appelle  les  fophilks ,  des  charlatans  & 
les  empyriques. 

Cicéron  dit  que  le  titre  Aq  [ophifcic  donnoit  à  ceux 
::|ui  profeflbient  la  Philofophie  avec  trop  d'ofrcnta- 
:ion ,  dans  la  vue  d'en  faire  un  commerce  ,  en  cou- 
rant de  place  en  place  pour  vendre  en  détail  leur 
fcjjnce  tro.'îîpeuié.  \]nfophif:e  étoitdonc  alors  com- 
me iVpréfent ,  un  rhéteur  ou  logicien  qui  fait  fonoc- 
cup?.îion  de  décevoir  &  erhbarraffer  le  peuple  par 
des  diuindtions  frivoles,  de  vains  raifonncmens  & 
des  difcours  captieux. 

Rien  n'a  plus  contribué  à  accroître  le  nombre 
des /«;'''//?«,  que  les  difpuies  des  écoles  de  philofo- 
phie. On  y  cnfeigne  i\  embarraffcr  &  obfcurcir  la 
venté  par  des  termes  barbares  (k.  inintelligibles,  tels 
que  antiprédicamens,  grands  &  petits  logicaux,  quid- 
dités ,  &c. 

On  donna  le  titre  de  fophifle  îi  Rabanus  Maurus , 
pour  hii  faire  honneur.  Jean  Hinton ,  moderne  auteur 
Icholalliquc  anglois,  a  fait  les  eflbrts  pour  fc  procu- 
rer le  titre  magnifique  defophife. 


V 


36 


SOPHISTIQUER,  v.  aft.  {Gram.  &  Com.)  fignifié 
mélanger ,  altérer  des  drogues  &  des  marchandifes  , 
en  y  en  mêlant  d'autres  de  diiiérente  ou  de  moindre 
qualité.  Il  fe  dit  particulièrement  des  remèdes  &  dti 
drogues  qu'on  foupçonne  n'être  pas  toujours  fans  mé- 
lange, Dicl.de  Com. 

SOPHiSTIQUERîE,  f  f  {Co^:)  mélange  de  dro- 
gues de  mavaile  quaUré  que  l'on  veut  faire  pafTer 
avec  des  bonnes.  Id.  ibid.  pa^.  16^. 

SOPHONIE  ,  LIVRE  DK  ,  (  Critiq.facr.)  le  livre 
facré  de  fophonie  ,  ne  contient  que  trois  chapitres. 
Son  flyle  eil  aii'ez  femblable  à  celui  de  Jérém.ie  ,  dont 
il  femble  n'être  que  l'abréviateur.  C'eil  le  neuvième 
des  douze  petits  prophètes  ;  mais  nous  ne  favons  rien 
de  fil  vie  ,  que  ce  qu'il  nous  apprend  lui-même  de  fa 
naiffance ,  ck.  j.  v.  1.  lavoir  ,  qu'il  étoit  fils  de  Chufi , 
de  la  tribu  de  Simcon.  Il  vivoit  du  tems  de  Jofias , 
qui  commença  fon  règne  l'an  du  monde  3363  ,  &  il 
y  a  beaucoup  d'apparence  qu'il  prophétifoit  avant 
que  ce  prince  religieux  eût  réformé  les  defordres  de 
fes  fujets.  Sophonias  peint  vivement  leur  idolâtrie, 
menace  Jérulalem  de  toute  la  colère  du  Seigneur,  & 
finit  néanmoins  par  des  promeffes  confolanîes  fur  le 
retour  de  la  captivité,  (  D.  ./.  ) 

SOPHOZA  ,  f.  f.  (  WJl.  nat.  Botan.  )  nom  donné 
par  Linnaïus ,  au  genre  de  plante  appelle  par  Dillé- 
nius,  dans  ion  Hor t.  eltheth.  p.  ni.  ervi Jpecies  ;  en 
voici  les  caraûeres  :  le  calice  de  la  fleur  ell  en  forme 
de  cloche  ,  compoié- d'une  feule  feuille  ,  divifée  en 
cinq  fegmens  obtus  à  l'extrémité  :  la  fleur  cfliégumii- 
neute  à  cinq  pétales  ,  dont  le  fupérieur  efl  droit  & 
oblong ,  devenant  plus  large  au  fomm.et ,  &  fe  cour- 
bant dans  les  bords  :  les  aîles  font  au  nombre  de  deux, 
aufïi  longues  que  la  fleur  fupérieure  des  fleu.'-s  :  les  éta- 
mines  font  dix  filets  diitintfs  ,  pointus ,  &  de  la  mô- 
me longueur  que  la  fîeur  ,  m.ais  cachés  :  les  honnê- 
tes des  ctamines  font  petites  ,  le  geimc  du  piitil  ell 
oblong  &  cylindrique  :  le  fligma  eù.  obtus  ,  le  fruit 
cil:  une  gouffe  très-longue  &  très-déliée  ,  contenant 
une  feule  loge  marquée  de  tubérofités,  où  font  con- 
tenues des  graines  arrondies,  &  nombreufes.  Linn. 
oen.pl.p.iyy.  {D.J.) 

SOPHIIONÎSTES  ,  f,  m.  (  Ant.grecq.  )  aw?po'r;r«'  ; 
on  nommoit  ainfi  chez  les  Athéniens  ,  dix  magiftrats 
chargés  de  veiller  aux  bonnes  moeurs  de  la  jcunefle  , 
&  l'endroit  où  l'on  enfermoit  les  jeunes  gens  indo- 
ciles, pour  les  corriger  ,  s'appclloita-c.)9pct'/ç-«'p.'0f.Pot- 
ter,  Arclmol.  gra:c.  1. 1.  ck.  .xxy.  1. 1.  p.  S4.  &  Z^o. 
{D.J.) 

SOPORANT,  SOPORIFIQUE ,  ou  SOPORIFE- 
PvE ,  (  Médecine)  eflune  médecine  qui  a  la  vertu  de 
procurer  le  fommcil.  f^oyei  S  O  MM  E I  L.  Tel  elt  l'o- 
pium ,  le  laudanum  ,  &c.    roye^  Opiv'M  ,  Lauda^ 


NUM,  &c. 


Ce  mot  vient  du  V^xûnfopor  ,  fommeil.  Les  Grecs 
au  lieu  de  ce  mot  ,  fe  Icrvent  du  mot  hypnotic.  f'^oy. 

HyI'NOTIC. 

Soporifiques,  m?Az^}ÇS foporifques .,  endorman- 
tes ,  alibupifî'antes  ,  font  le  coma  ou  catai)hora ,  la 
léthargie  ,  &  le  carus,  leibuelles  femblcnt  diiîercr 
les  unes  des  autres  par  le  plus  &  le  moins,  plutôt 
que  par  leur  efî'ence.  Elles  s'accordent  en  ce  qu'el- 
les font  toutes  accompagnées  de  Ilupeur.  Ajy^{ 
Coma,  Carus,  Léthargie,  &c. 

SOPIAN.^/,  (  Gâ'-.  anc.  )  ville  de  la  baffe  Pan- 
nonie,  marquée  dans  l'itinéraire  d'Antonin  ,  fur  la 
route  de  Sirmium  à  Carnuntum.  Le  nom  moderne 
cfl  Zéeblack  ,  lélon  Simlcr  ,  &  Soppan  ,  félon  La- 
'/iiis.  (D.  J.) 

SOPITHES,  RÉGION  DES,  {Gcog.anc.)  Sopi- 
this  ngio  ,  la  région  des  Sojnthcs  ,  Sopitlùs  refto  ,  cfl 
une  contrée  de  l'Inde ,  Strabon  ,  /.  Xy.  p.  609 ,  qui 
l'appelle  auilî  Cj/Ac^,  dit  que  quelques-uns  la  placent 
entre  les  fleuves  Hydalpcs  &i  Acéfmes  ;  Diodorc  d<4 


:;66 


S  O  R 


Sicile  dilVingue  la  terre  des  Cathéens ,  du  royaume 
des  Sophius. 

Quoi  qu'il  en  ibit ,  Srrabon  remarque  qu'on  ra- 
con'toit  des  cbofes  mervcilleufes  de  la  beauté  de  ce 
pays,  &  des  qualités  de  les  chevaux ,  &  defes  chiens. 
Oncficrite  ,  dit-il ,  rapporte  que  parmi  ces  peuples , 
on  choiîiflbitiepUis  bel  homme  pour  le  mettre  liir  L" 
trône  ,  6c  que  deux  mois  après  qu'un  enfant  étolt  né, 
on  examinoitpubliqucmcnt  s'il  ctoit  bien  conforme  , 
&  s'il  étoit  digne  de  vivre,  ou  non.  C'étoiîauiîiune 
coutume  particulière  aux  Cathéens  ,  que  les  marla- 
jjes  dépendiifent  du  choix  de  l'amant  &  de  la  maî- 
trefle',  lans  que  le  confentement  des  parens  fut  re- 
quis. Dans  ce  même  pays,  il  y  avoit  une  race  de 
chiens  admirables;  Alexandre  en  reçut  des  Sopithes, 
cent  cinquante  en  prêtent.  Ces  fortes  de  chiens  ne 
lâchoitent  jamais  prife.  Quinte-Curce,  /.  IX.  c.  i. 
raconte  quelques  autres  particularités  de  ce  peuple 
fmgulier.  (/?./.) 

SOPOLO  ,  (  Gcog.  inod.  )  ville  à  demi  ruinée 
des  états  du  Turc  ,  dans  l'Albanie  ,  au  canton  ap- 
pelle le  Ciinina,  à  environ  douze  lieues  de  Butrin- 
to  ,  vers  le  nord  ,  &  à  quelque  diftance  de  la  bou- 
che du  golfe  de  Venife.  Les  uns  la  prennent  pour 
l'ancienne  Hicaionpedum  ^  d'autres  pour  Olpa .,  6z 
d'autres  pour  Cc'/?ri<z.  {D.J.) 

SOPRON,  {Géog.  mod.')  comté  de  la  baffe  Hon- 
grie. Il  ert  borné  au  nord  par  les  terres  de  l'Autri- 
che ;  à  l'orient ,  par  les  comtés  de  Mofom  6c  de  Ja- 
varin  ;  au  midi  ,  par  celui  de  Sarwar  ;  au  couchant , 
par  l'Autriche. 

Le  comté  prend  (on  nom  de  fa  capitale  ,•  qu'on  ap- 
pelle Edenbourg  ;  elle  eft  fituée  fur  une  petite  riviè- 
re ,  à  l'occident  du  lac  de  Ferto.  Longitude  jô".  j/. 
la/itudc  4y.S5.  {D.J.) 

SOR,  eftlamcme  chofe  qnefaurage.  F'oyeiSxv- 

RAGE. 

SoR  ,  (Gcog.  mod!)  nom  de  deux  petites  rivières  de 
France  ;  l'une  eft  dans  le  Languedoc  ,  au  Lauragais  ; 
ellepaffe  à  Sorèze,  U  fe  jette  dans  l'Agout  ;  fautre 
dans  l'Alface  ,  a  fa  fource  au  mont  de  Volge  ,  &  fe 
perd  dans  le  Rhin  ,  à  Offcntorft.   {D.  J.) 

SORA  (Géog.anc.)  nom  comm.un  à  plufieurs 
villes.  I**.  C'eft  une  ville  de  l'Afie  mineure  dans  la 
Paohlaponie.  2°.  Ville  de  l'Arabie  déferte  ,  aux  con- 
fins delà  Méfopotamie.  3°.  Viile  de  l'Inde  en  deçà 
du  Gange  félon  Ptolomée ,  L  Hl.  chap.j.  fes  in- 
terprètes croient  que  c'eftàpréfentBifnagar.  4°.  Vil- 
le de  laPhénicie.  5".  Ville  d'Italie  ,  dans  la  Cam- 
panie  ,  félon  Strabon ,  &  dans  leLatium  ,  félon  Pto- 
lomée. Tite-Live  en  fait  une  colonie  romaine.  Elle 
fut  faccagée  par  l'empereur  Frédéric  II.  fous  le  pon- 
tificat de  Grégoire  IX,  On  ne  fait  par  qui  elle  a  été 
rétablie  ,  mais  c'eft  aduellement  un  évêché  qui  re- 
levé du  faint  fiege. 

C'eft  dans  l'ancienne  Sora  ,  ville  de  la  Campynie  , 
que  nacuitQuintus-Valérius-Soranus.  11  rlorilfoiî  au 
cinquième  fiecle  de  Rome  ,  &  paflbit  pour  le  plus 
favant  homme  qui  eCit  paru  entre  les  auteurs  latins  , 
intcratiflimum  tf>gatoruin  omnium.,  dit  Cicéron ,  /.  ///. 
de.  Oratore.  Il  obferva  dans  fes  ouvrages  une  métho- 
de que  Pline  a  pris  foin  d'imiter  ;  c'eft  qu'il  y  joignit 
des  fommaires  qui  failoicnt  que  chaque  lecteur  pou- 
voir choifir  ce  qui  lui  convenoit  ,  lans  avoir  la  pei- 
ne de  lire  le  tour.  Deux  vers  qui  nous  reftent  de 
Soranus ,  lemblent  témoigner  qu'il  penfoit  que  Dieu 
eft  la  caufe  immanente  de  toutes  choies;  opinion  qui 
ne  diftcre  point  du  fpinofifme.  Voici  ces  deux  vers. 

.Jupiter  omnipotens  ,  rerumquc ,  dcûmque  rex  , 
Prooenitor  ,  gcnitnxqut  dcûrn  ^  dcusunus  ,  &  omnis. 

Sora  ,  (  Géog.  mod.  )  petite  vdle  d'Italie,  dans  la 
terre  de  Labour ,  auroyaumedeNaples ,  près  de  la 


S  O 

rivière  de  Carlgliano ,  à  vingt  lieues  au  fud-eft  de 
Rome.  Elle  a  titre  de  duché  ,  &  un  évêque  qui  ne 
relevé  que  du  faint  ftcgc.  Elle  a  été  bâtie  fur  les 
ruines  de  l'ancienne  Sora  ,  qui  fut  faccagée  &;  brû- 
lée par  l'empereur  Frédéric  II.  fous  le  pontificat  de 
Grégoire  IX.  Long.  ^1.  i5.  Int.  4/.  ^G. 

Baronius  (Céfar)  ,  favant  cardinal ,  naquit  \\  So- 
ra ,  en  1538,  &  mourut  à  Pv.ome ,  bibliothécaire  du 
Vatican,  en  1605  ,  à  68 ans. 

Il  a  donné  les  annales  eccléfiaftlques  en  latin ,  ou- 
vrage qui  contient  en  i  2  tomes  in  fol.  Thiftoireecclé- 
fiaftique ,  depuis  Jefus-Chrift,  jufqu'à  l'an  1 198.  Ba- 
ronius entreprit  cet  ouvrage  à  l'âge  de  30  ans  ,  pour 
réfuter  les  centuriateurs  de  Magdebourg.  C'étoltune 
grande  entreprife,  &  au-deffus  des  forces  de  l'auteur, 
d'autant  plus  que  fon  manque  deconnoifî'ance  de  la 
langue  greque,  devoir  le  détourner  de  ce  travail.  En 
s'y  dévpuant ,  11  auroit  dû  le  contenter  de  rapporter 
les  faits  de  l'hiftoire  eccléfiaftique  ,  fans  entrer  dans 
des  controverfes  départi,  &:  dans  les  intérêts  de  la 
cour  de  Rome  ;  enfin  fon  ftyle  n'eft  ni  pur  ,  ni  le 
moins  du  monde  agréable. 

Le  favant  P.  Pagi ,  de  l'ordre  de  S.  François ,  a  fait 
une  critique  des  annales  de  Baronius  en  ^vol.  in-foi. 
dont  le  premier  parut  en  1697  ,  &  les  trois  derniers 
en-  1705.  D'autres  favans  ,  Cafaubon  ,  le  cardinal 
Norris  ,  Richard  de  Montaigu  ,  Blondel ,  &  M.  de 
Tillemont ,  ont  pviblié  leurs  remarques  critiques  fur 
les  annales  de  Baronius.  Un  libraire  de  Lucques  en 
a  donné  une  nouvelle  édition  ,  avec  les  corredions 
de  ces  favans  au  bas  des  pages.  Le  meilleur,  fans  dou- 
te ,  feroit  de  compofer  une  nouvelle  hiltoire  de  l'E- 
glife ,  cxaéle  ,  complette ,  &  exempte  des  défauts  & 
des  milliers  de  fautes  qui  fe  trouvent  dans  celle  du 
cardinal  napolitain. 

Peu  s'en  fallut  qu'il  ne  fuccédât  à  Clément  VIII. 
mais  le  cardinal  de  Véronne  s'expliqua  fi  fortement 
pour  lui  donner  l'exclufion  ,  qu'il  lit  changer  les  fuf- 
fragcs  :  Monfeigneur  illufti-iffime  ,  dit-il  au  cardinal 
Spinelli,  qui  foutenoitBaronius,  «  ce  fujet  n'eftpoint 
»  propre  à  foutenir  le  fardeau  du  pontificat  ;  il  n'eft 
»  ni  théologien  ,  ni  canonifte  ,  ni  verfé  dans  les 
»  fciences  ;  c'eft  un  écrivain  piquant ,  &  rapfodifte  : 
»  tant  s'en  faut  qu'il  fût  bon  à  gouverner  l'eglife  uni- 
»  verfelle  ,  que  je  doute  fort  qu'il  fçût  gouverner 
»  une  eglifc  particulière».  Enfin  l'Efpagnc  lui  don- 
na l'exclulion  pour  la  papauté  ,  à  caufe  de  fon  livre 
de  la  Monarchie  de  Sicile  ,  &  la  douleur  qu'il  en  eut 
abrégea  le  cours  de  fa  vie.  (Z>.  /.) 

Sora  ,  f.  m.  (  Hijl.  nat.  Bot.  exot.  )  nom  donné 
par  le  peuple  de  Guinée  ,  à  une  efpece  de  buiffon 
dont  les  feuilles  font  de  la  grandeur  &  de  la  figure  de 
celles  du  fénc  ;  les  habitans  du  pays  les  font  bouillir 
dans  Teau  ,  &  en  prennent  la  collature ,  contre  tou- 
tes fortes  de  douleurs  d'entrailles.  Tranjdcî.  pkilof, 
n.  2^5/.  {D.J.) 

SORABES  LES  ,  (  Géog.  anc  )  Sorabi  ,  peuples 
de  la  Germanie,  compris  au  nombre  des  Vénèdes  , 
&:  tnfuite  comptés  parmi  les  Slaves.  Dans  le  moyen 
âge  ,  ils  habitoient  fur  le  bord  de  la  Sala  ,  &  s'eten- 
doient  jufqu'à  l'Elbe.  Il  eft  fbuvent  parlé  des  S  ara- 
bes ,  dans  les  annales  de  Charlemagne  ;  on  y  voit 
l'année  782,  que  ce  prince  apprit  que  les  Sorabes- 
flavcs ,  qui  habitoient  entre  TElbe  &  la  Sala ,  avoient 
fait  des  courfesfur  les  terres  des  Thuringiens  &:des 
Saxons  ,  qui  étoient  leurs  voifins.  Sous  l'année  806, 
il  eft  dit  que  l'empereur  envoya  ion  fils  Charles  à  la 
tétc  d'une  armée  ,  dans  la  terre  des  Slaves  ,  appelles 
Sorabes  ,  qui  habitoient  fur  le  bord  de  l'Elbe  ;  &  ■ 
Eginhart ,  dans  la  vie  de  Charlemagne  ,  dit  que  la  ri- 
vière Sala  féparoit  les  Thuringiens  d'avec  les  Sora- 
bes. 

SOR  ACTES  ,  (  Géog.  anc.  )  montagne  d'Italie, 
dans  TEtrurie  ,  aux  confins  des  Fraliiques,  6c  dans 


s  O  R 


e  voîfmasîe  du  Tibre.  Servius  fait  entendre  qu'elle 
l'étoit  pas  éloignée  de  la  voie  flaminienne.  Horace 
larle  de  cette  montagne  ,  au  premier  livre  de  les 
des.  OdcIX. 

Vides  ut  altâjict  tlîve  candldunï 
Sorafte. 

Au  plé  de  cette  montagne  ,  il  y  avoit  (itr  une  émi- 
ence ,  une  ville  ,  ou  du  moins  une  forterelTe  de 
:iême  nom  ;  &:  c'eft  ce  que  Virgile  entend  par  ce  vers 
,e  fon  Enéide  ,  /.  /'//.  v.  Cg$. 

Hi  Soraftis  habcnt  arces  ,  fiaviniaqué  arva. 

La  montagne  de  Soracle  étoit  confacrée  à  Apollon. 
iid.  L  V.  y86. 

Sancîi  cuflos  Soraflis  Apollo. 

Silius  Italiens  ,  llv.  VIII.  v-,  451  j.  dit  la  même 
hofe. 

i^uifacrum  Phxbo  Sora.Q:e  fréquentant. 

Au  bas  du  mont  Soracîc ,  fur  les  bords  du  Tibre , 
'élevoit  un  temple  confacré  à  la  déeffe  Féronie  ;  ce 
emple  ,  &  le  culte  de  la  déeffe  ,  avoient  été  de  tout 
ems  communs  aux  Sabins  &  aux  latins  ;  les  uns  y 
lloient  offrir  leurs  voeux  :  les  autres  y  étoient  atti- 
és  par  la  foire  célèbre  qui  s'y  tenoit.  Quelques  Ro- 
nains  sV  étant  rendus  ,  furent  infultés  par  les  Sa- 
lins ,  qui  les  dépouillèrent  de  leur  argent ,  &  lesre- 
inrent  en  captivité  ;  ce  qui  fit  naître  une  guerre  en- 
re  les  deux  peuples,  dans  la  quatre-vingt  douzième 
innée  de  Rome» 

Le  nom  moderne  ,  félon  Léander ,  efl  monte  di 
?.  S'Uvefiro  ,  &  par  corruption  ,  monte  S.  Trefto.  Cet- 
:e  montagne  a  été  ainfi  appeiiée  à  caufe  du  pape  Sil- 
/•eflre  ,  qui  s'y  retira  duranc  la  perfécution  exercée 
:ontre  les  chrétiens  ;  au  fommct  de  cette  montagne  ^ 
jui  efl:  d'un  accès  très-difîicile  ,  efl  un  bourg  de  mè- 
ne nom  ,  &  tout  proche  il  y  a  un  monaflere  qu'on 
lit  avoir  été  bâti  en  l'honneur  de  S.  Silveflre ,  par 
Carloman,  frère  de  Pépin  ,  &  chef  des  François  , 
ivant  qu'il  fe  fût  retiré  au  monaflere  du  mont  Cafîln. 
[1  y  en  a  qui  difent  que  le  temple  &  le  petit  bois  con- 
facré à  Apollon  ,  étoient  dans  l'endroit  où  l'on  voit 
îujourdhui  lemonaftere. 

Le  montSoracle  étoit  à  vingt-fix  milles  de  Rome  , 
?ntre  le  Tibre  &:  la  voie  Flaminienne  ;  c'eff-là  que 
les  Hirpes  ,  c'eft-à-dlre  certaines  familles  du  pays  , 
marchoient  impunément  fur  des  charbons  ardens  , 
après  s'être  frottés  d'un  certain  onguent  la  plante  des 
pies  ,  au  rapport  de  Varron  &  de  Pline.  (O.  /.) 

SORADÉEN,  VERS,  {Poifie  anc.)  on  nommoit 
vers  j'oradcens  du  tems  de  Qiiinfilien  ,  des  vers  licen- 
cieux, faits  pour  gâter  le  cœur  &  l'efprit.  On  les  ap- 
pelloit  ainfi ,  du  nom  de  leur  auteur  Sorades  ,  poëte 
d'Alexandrie  ,  qui  s'étoit  diffingué  en  ce  genre.  Ses 
vers  foradéens  étoient  compofés  ou  d'iambes  ,  ou  de 
trochées  ,  ou  de  daftyles  ,  ou  d'anapefles.  (Z>.  7.) 

SORAIRE ,  adj.  {Soine.)  il  fe  dit  de  deux  fîls  en- 
vergés  qui  fe  trouvent  enfemble  fur  la  même  verge 
ou  cannes ,  parce  que  l'intermédiaire  qui  les  féparoit 
s'cfl  caffé. 

SORAME ,  LA  ,  (  Géog.  mod.  )  rivière  de  l'Amé- 
rique ,  dans  la  Terre-ferme  ,  à  douze  lieues  de  celle 
<le  Surinam.  Les  Indiens  qui  habitent  fur  {qs  bords, 
font  caraïbes.  (^D.  /.) 

SORANUS ,  {^Mythobg.^  furnom  que  les  Sabins 
donnoient  au  dieu  de  la  mort.  Le  mot  Sora  en  leur 
langue  fignifîoit  cercueil. 

SORATOF  ou  SARATOF  ,  (  Géog.  moderne.  ) 
ville  de  l'empire  Rufîien,dans  le  royaume  d'Aflracan, 
fur  un  bras  du  Volga,  au  penchant  d'une  montagne, 
avec  un  fauxbourg  qui  s'étend  le  long  de  la  rivière. 
Les  maifons  de  cette  ville ,  &  même  la  plupart  des 


S  O  R 

églifes  ,  font  de  bois.  Longitude  Gy.  lé.  ïatlt.  6z.  ii-; 
SORAW  ,  (  Géog.  mod.  )  ville  d'Allemagne  ,  dans 
la  haute  Saxe,  fur  les  confins  de  la  Siléfie  ^  capitale 
du  marquifat  de  Luface,près  du  Bober,  à  z  lieues  ait 
nord-efl  de  Sagan  ,  &  à  7  fud  de  Croffen.  Long.  32-, 
ii.  latit.  6t.  2,7^ 

Neander  (Michel),  un  des  jslus  célèbres  littéra- 
teurs allemands  du  xvj.  fiecle,naquità5orav^cn  1525^ 
&  mourut  à  Isfeldl'an  1595,  âgé  de  70  ans.  Entre  fes 
principaux  ouvrages  qu'il  a  publiésjje  nomme  i",  les 
erotemata  linguœgracce^Bafîlœa  i^^3&i565  in-€^.  L.a 
préface  qu'il  a  mife  à  la  tète  de  la  féconde  édition,  efl 
une  differtation  fur  les  bibliothèques  anciennes,  oîii{ 
parle  des  livres  qui  font  perdus,&  fur  les  bibliothèque* 
defbn  tems  les  mieux  fournies  en  manufcritsgrecs.2'^i 
Linguœ  hebreœerotemata.,BaJil:  1 5  5  6,in-8'^.  &  plufieurs 
autres  fois.  La  préface  de  cet  ouvrage  traite  ,  com- 
me la  précédente, de  la  langue  hébraïque  en  général^ 
des  ouvrages  &  des  favans  les  plus  célèbres  dans  les 
langues  orientales.  3°.  Opus  aureum  &  jcholafùcum^ 
Lipfice.  1575,  in-8'^.  Ce  recueil  contient  le  poëme  de 
Coiuthus  de  Lycoplis  fur  l'enlèvement  d'Hélène,  ce- 
lui de  Thryphiodore  d'Egypte,  fur  la  ruine  de  Troie^ 
&  trois  livres  de  Quintus  Calaber ,  ou  Cointe  le  Ca- 
labrois,fur  le  même  fujet.  4°.  Chronicon  &  hijîoria. 
Ecclejice  ,  Lipjice  iSc)0  ,in-8°.  5°.  Orbis  terrce  partiurn 
Jimplex  eniimeratio.  Lipjîœ  1682.  ,  iSSC  ,  i68()  & 
iSc^y ^in-8°.  Cet  ouvrage  affez curieux  dans  le  tems 
OLi  il  parut ,  ne  l'efi  plus  pour  nous. 

Fabricius  ,  MorhotF,  Baillet ,  &  finalement  le  P. 
Niceron  ,  ont  beaucoup  parlé  de  ce  littérateur.  Il  ne 
faut  pas  le  confondre  ,  comme  ont  fait  quelques  bi« 
bliothécaires  ^  avec  le  A''^^w</er  (Michel)  ,  phyficieri 
&  médecin,  né  à  Souchimeflal ,  en  i  5  29  ,&  mort  en 
1^81.  Ce  dernier  a  donné  entr'autres  ouvrages  une 
fynopjîs  mcnfurarum  & ponderum.,  à  Bafle,  1556,  in-^?-. 
SORBET  ,  f.  m.  (Confit.  &  boiffon  de'S  Turcs.")  celui 
que  les  Turcs  boivent  ordinairement  n°efl  qu'une  in- 
fufion  deraifms  fecs,  dans  laquelle  ils  jettent  une  poi- 
gnée de  neige  :  cette  boiffon  ne  Vaut  pas  la  tifane 
de  l'hôtel-Dieu  de  Paris. 

Tournefort  raconte  dans  fes  voyages  ,'  qu'étant 
dans  l'île  de  Creîe  fur  le  mont  Ida  ,  il  s'avifa  de  faire 
du  forbet  pour  rétablir  fes  forces  épuifées  des  fatigues 
qu'il  avoit  effuyées  en  grimpant  cette  montagne. 
«  Nous  remplîmes ,  dit-il ,  nos  taffcs  d'une  belle  nei- 
»  ge  eryftallifée  à  gros  grains ,  &  la  dipofâmes  par 
»  couche  avec  du  fucre,  fur  lequel  on  verfoit  enfuitô 
»  d'excellent  vin  ,  tout  cela  fefondoit  promptement 
y*  en  fecouant  les  taffes  w.  Ce  forbet  efl  fans  contre- 
dit meilleur  que  celui  des  turcs  ordinaires  ;  car  ceux 
qui  font  riches  &  rafinés  font  hnr  forbet  avec  du  fuc 
de  limon  &  de  citrons  confis  au  fucre  ,  qu'on  délaie 
dans  de  l'eau  glacée;  ^\n(l\e forbet  des  turcs  riches 
efl:  une compofition  feche  faite  de  citron,  de  fucre, 
d'ambre  ,  &c.  Ils  appellent  auffi  du  même  nom  le: 
breuvage  que  l'on  fait  de  cette  compofition  battue 
avec  de  l'eau;  mais  les  pauvres  gens  ne  boivent  guère 
de  cette  efpece  de /o/'/'e/,  (^D.J.) 

SORBIER  ,  f  m.  (////?.  nat.  Bot.)  forbus ,  genre  dé 
plante  qui  diffère  de  ceux  du  poirier  &  de  l'alifier 
par  la  difpofition  des  feuilles  ;  elles  naiffent  par  pai- 
res dans  le  forbier  comme  celles  du  frêne.  Tourne-, 
fort ,  in/i.  rei  herb.  Voye{  Plante. 
Sorbier,  voye^CoRNiER. 
On  diflingue  communément  deu:t  efpeces  de  ce 
genre  de  plante  ,  \e  forbier  cultivé  ,  &  le  forbier  fiui- 
vage.  Le  forbier  on  cornler  cultivé  ordinaire  ,  efl  Id 
l'orbu^  fativa  i  I.  R.  H.  (jjj  ,  en  anglois,  t/ie  comrnori 
l'ervice-tree  ;  il  a  la  racine  longue ,  dure  ,  grofle  ,  li- 
gncufe.  Elle  produit  un  arbre  grand  &  branchu,  dont 
le  tronc  eft  droit ,  couvert  d'une  écorce  rude  ,  ou  un 
peu  raboteufe  ,  pâle  ;  fou  bois  efl  fort  dur  ,  compailj 
rougeâtre. 


368 


S  O  R 


Ses  feuilles  font  oblongues  ,  rangées  pluficurs  en- 
fenible  fur  une  cote  comme  celles  du  frcne  ,  dente- 
Iccs  en  leurs  bords  ,  velues ,  molles  ,  verdâtres  en- 
dellus ,  blanchâtres  cn-delïous,  d'un  goût  acerbe  6i. 
Ityptique. 

Ses  tlcurs  font  petites  ,  blanches  ,  jointes  plufieurs 
enteinble  en  tonne  de  grappes  ,  portées  lur  de  longs 
pédicules  ,  qui  fortent  d'entre  les  feuilles  ;  chacune 
d'elles  cil  compofée  de  cinq  feuilles  diipolées  en  rofe. 
Apres  que  ces  fleurs  font  tombées,  le  calice  devient 
un  fruit  de  la  forme  &  de  la  grolfeur  d'une  petite 
poire  ,  dur  ,  charnu  ,  de  couleur  verdâtre  ,  ou  pâle 
d'un  côté ,  6c  rougeâtre  de  l'autre, rempli  d'une  chair 
jaunâtre  ,  d'un  goiit  trés-acerbe;  ce  fruit  s'appelle  en 
latinyô/'^H/7;,en  françois yèr^e  oucorne.ll  ne  mûrit  point 
ordiniiirement  fur  l'arbre;  on  le  cueille  en  automne, 
&  on  le  met  lur  de  la  paille  ,  où  il  devient  mou  ,doux, 
bon ,  &:  allez  agréable  à  manger  ;  il  renferme  dans 
un  follicule  membraneux  ,  quelques  femenccs  ou  pé- 
pins applatis.     . 

Cet  arbre  vient  naturellement  dans  certaines  con- 
trées ;  il  aime  les  montagnes  froides  ,  6c  un  terrein 
pierreux  ;  on  le  cultive  aulîi  dans  les  vergers  &  les 
vignobles,  quoiqu'il  croilfe  très-lentement;  il  fleurit 
en  Avril  6c  Mai ,  &  fon  fruit  n'eft  mûr  qu'en  Novem- 
bre. 

hçforticr  ou  cofnier  (z\.\vs^Q,forbusfylvcJîrls^  C. 
B.  P.  41S.  Raii,  hiji.  1 437 ,  foibus  aucuparia  ,  I.  R.  H, 
6j  4  ,  en  anglois ,  tkc  wild-J'urvicc ,  elî  un  arbre  de 
grandeur  médiocre;  fon  tronc  eft  droit,  branchu  , 
couvert  d'une  écorce  brune,  rougeâtre,  fous  laquelle 
il  s'en  trouve  une  autre  qui  ell  jaune ,  d'une  odeur 
puante ,  &  d'un  goût  amer.  Ses  feuilles  font  plus 
pointues  que  celles  ànforbicr  cultivé,  fermes  ,  lif- 
les,  fans  poil ,  &  varient  beaucoup  fiiivant  les  lieux. 

Ses  fleurs  fgnt  petites ,  blanches ,  odorantes  ,  at- 
tachées plufieurs  enlemble  ,  en  manière  d'ombelle  ; 
il  leur  fucccde  des  fruits  femblables  aux  baies  de  l'o- 
liv'ier  ,  d'un  jaune  mêlé  de  vermillon,  d'un  goût  acer- 
be &  déiagréable  ,  mais  dont  les  merles  &  les  grives 
font  fort  friands ,  d'où  vient  que  les  oifeleurs  s'en  fer- 
vent comme  d'appât  pour  prendre  ces  oifeaux  au  fi- 
let ou  autrement.  (  Z).  /.  ) 

Sorbier  ou  Cornier  ,  (^D'ute  &  Mat.  méd.  )  le 
fruit  de  cet  arbre  elf  du  nombre  de  ceux  dont  les 
hommes  le  nourriffent,  &  qui  poffedent  en  même 
tems  des  vertus  véritablement  médicamenteufes.  La 
forbc  ou  corne  a,  comme  aliment  &  comme  remède, 
la  plus  partaite  analogie  avec  la  cornouille  &  avec 
la  nèfle.  ^oy£^  Cornouille  ,  Nèfle,  &ce  qui  eft 
dit  de  l'ufage  deS  cornes  à  l'^mWe  Cormier,/!///, 
nat.  (  ^  ) 

SORBONNE ,  f  f.  (HiJl.  mod.)  collège  de  théolo- 
^e  ,  fameux  dans  l'univerfité  de  Paris  ,  &  qui  tire 
Ion  nom  de  Robert  de  Sorbon  fon  fondateur.  Celui- 
ci, qui  étoit  confefieur  6c  aumônier  du  roi  S.  Louis  , 
ayant  formé,  1156,  le  deflein  d'établir  un  collège 
en  faveur  de  16  pauvres  étudians  en  théologie  ,  4  de 
chaque  nation  de  l'univerfité  ,  le  roi  donna  à  ce  col- 
lège pUilicurs  maifons  qui  étoient  de  fon  domaine 
dans  la  rue  Coupe-gueule ,  vis-à-vis  le  palais  des 
Thermes, &  au  moyen  de  quelques  échanges  de  ren- 
tes ,  Robert  de  Sorbon  fit  bâtir  dans  cet  emplacemnt 
ce  collège  pour  16  écoliers  6c  un  provifeur  ,  c'efl- 
à-dire  ,  un  principal  ou  liipérieur.  On  les  appelloit 
les  pauvres  dz  Sorbonnc.  ,  &  leur  maifon  la  pauvre.  Sor- 
bonne  ,  pauper  Sorbonna.  Mais  par  la  fuite  elle  s'en- 
richit ,  6c  de  collège  defliné  à  loger  des  étudians,  elle 
devint  une  fociété  particulière  dans  la  faculté  de 
théologie  de  Paris  ,  &  une  retraite  pour  un  certain 
nombre  de  dodfeurs  6c  de  bacheliers  de  cette  mai- 
fon. Cependant  elle  s'étoit  toujours  maintenue  dans 
ion  ancienne  finiplicité ,  jufqu'au  tems  que  le  cardi- 


S  O  R 

nal  de  Richelieu  la  fît  rebâtir  avec  une  magnificence, 
qui  leule  leroit  capable  d'immortaliler  fon  nom  :  ce 
qu'on  y  admire  le  plus  c'efl:  l'égliie  dans  laquelle  tfl: 
le  maufolée  de  ce  cardinal.  Trois  grands  corps  de  lo- 
gis comprennent ,  outre  la  bibliothèque ,  la  lalle  des 
aft es  ,  la  ialle  à  manger  ,  les  cuilines  ,  t^c.  trente-fix 
appartemens  pour  les  dodfeurs  6c  bacheliers  de  la 
maifon  ,  6l  ces  appartemens  font  donnés  à  l'ancien- 
neté. Pour  être  admis  dans  cette  maifon  ,  des  qu'on 
a  été  reçu  bachelier  en  théologie  ,  il  faut  profefler 
un  cours  de  philolbphie  dans  quelque  collège  de  l'u- 
niverfité  ,  cependant  on  poflule,  ou,  comme  on  dit, 
on  fupplle  pour  être  aggrégé  à  la  maifon  &  fociété , 
6c  l'on  fouticnt  un  a£te  que  l'on  appelle /^o^ern'/7c, 
du  nom  du  fondateur ,  ce  que  les  bacheliers  font  or- 
dinairement avant  que  d'entrer  en  licence.  De  ceux 
qui  lont  de  la  maifon  ,  on  en  diflingue  de  deux  lor- 
tes  ;  les  uns  font  de  Xàjocïai ,  6c  ont  droit  de  demeu- 
rer en  Sorbonne ,  &  de  donner  leur  fuffrage  dans  les 
affemblées  delà  maifon,  les  autres  font  de  V  ho fp'u  alité ^ 
c'efl:-à-dire  ,  aggrégés  à  la  maifon  fans  être  de  la  fo- 
ciété. On  les  appelle  ordinairement  docteurs  licenciés 
ou  bacheliers  de  la  maifon  6c  fociété  de  Sorbonne. 
Mais  leur  véritable  titre,  6c  celui  qu'ils  prennent  dans 
les  aftes  de  la  faculté,eli  do£leurslicentiés  6c  bache- 
liers de  la  faculté  de  théologie  de  Paris,  de  la  maifon 
6c  fociété  de  Sorbonne  ;  ce  qu'on  exprime  en  latin  par 
doclor ,  licentiatus  ,  ou  baccalaiireus  theologus  facrcefa- 
cuhatis  P arijienjîs ,  focius  Sorbonicus.  On  donne  aullî 
communément  aux  autres  doéteurs  de  la  faculté 
le  titre  de  docteur  de  Sorbonne  ;  &  bien  des  gens 
en  prennent  occafion  de  penler  que  la  maifon  de  Sor- 
bonne a  quelque  fupériorité  dans  la  faculté  de  théolo- 
gie de  Paris.  Cette  maifon  refpeâ:able  par  les  hom- 
mes célèbres  qu'elle  a  produits  ,  par  les  favans  qui  la 
compofent ,  &  par  ceux  qu'elle  forme  encore  tous 
les  jours,  n'efl  après  tout  qu'une  fociété  particulière, 
comme plulieurs autres,  ôcfurtout  celle  de  Navarre, 
qui  compofent  le  corps  de  la  faculté  de  théologie 
avec  une  autorité  &  des  fon£f  ions  parfaitement  égales 
dans  les  affemblées  ,  &  les  autres  a£lcs  de  faculté.  Il 
eff  vrai  encore  que  les  aflémblées  foit  ordinaires,  foit 
extraordinaires  de  la  faculté  fe  tiennent  dans  la  gran- 
de falle  de  Sorbonne;  mais  èet  ufage  ne  tire  point  à 
conféqucnce ,  parce  qu'elle  s'afTembloit  autrefois  aux 
mathurins,  &  qu'elle  pevit  encore  s'afTembler  dans 
telle  maifon  de  ion  corps  qu'elle  juge  à-propos. 

Il  y  a  proche  de  la  Sorbonne  des  écoles  extérieu- 
rieurs,  où  fix  profelTeurs ,  dont  quatre  font  entrete- 
nus par  le  roi ,  6c  deux  ont  été  fondés  par  des  parti- 
culiers ,  font  des  leçons  réglées  de  théologie.  Ces 
chaires  font  toujours  remplies  par  des  fujets  de  la 
maifon  àa Sorbonne,  laquelle  nomme  auffià  plufieurs 
autres  places  ,  comme  à  celle  de  grand-maître  du  col- 
lège Mazarin  ,  dont  les  chaires  de  philofophie  ,  ainfî 
que  celles  du  collège  du  Pleffis  ,  font  toujours  don- 
nées à  des  membres  de  la  maifon  &  fociété  de  Sor- 
bonne. Le  premier  fupérieur  de  la  maifon  fe  nomme 
provifeur  ;  6c  dans  l'intérieur  ,  l'autorité  ,  c'efl-à-dire, 
le  maintien  des  réglemcns  6c  du  bon  ordre,  appar- 
tient au  chef  des  dodeurs  ,  qu'on  nomme  fenieur  de 
Sorbonne,  6c  au  chef  des  bacheliers  en  licence,  qu'on 
appelle  prieur  de  Sorbonne.  f^oye^  Prieur  &  Se- 
NIEUR. 

Pour  ce  qui  concerne  la  bibliothèque  de  cette  mai- 
fon. FoyeilQmot  BIBLIOTHEQUE. 

SORCELLERIE ,  f  f  {Magie.')  opération  magi- 
que ,  honteufe  ou  ridicule,  attribuée  flupidement  par 
la  fuperflition  ,  à  l'invocation  6c  au  pouvoir  des  dé- 
mons. 

On  n'entendit  jamais  parler  de  fortilegcs  &  de  ma- 
léfices que  dans  les  pays  6c  les  tems  d'ignorance. 
C'efl  pour  cela  que  la  forcellerie  régnoit  fi  fort  parmi 
nous  dans  le  xiij.  &  xiv.  fiecles.  Les  enfansde  Philip- 
pe 


s  O  R 


S  O  R 


e  îe  Bel ,  dit  M.  de  Voltaire ,  firent  alors  entre  eux 
ne  afîbciation  par  écrit,  ôc  le  promirent  un  Ibcours 
iiituel  contre  ceux  qui  voudroient  les  faire  périr  par 
:  iecours  de  XàfondUrie.  On  brûla  par  arrêt  du  par- 
;nient  une  lorciere  qui  avoit  fabriqué  avec  le  diable 
Il  avle  en  faveur  de  Robert  d'Artois.  La  maladie  de 
harles  VI.  fut  attribué  à  un  fortilege ,  ôc  on  fit  venir 
1  magicien  pour  le  guérir. 

On  vit  à  Londres  la  ducheffe  de  Glocefter  accu- 
e  d'avoir  attenté  à  la  vie  d'Henri  VL  par  des  for- 
leges.  Une  malheurcufe  devinerefl'e.,  &  un  prêtre 
nbécille  ou  (célerat  qui  le  difoit  forcier ,  furent  brù- 
s  vifs  pour  cette  prétendue  conlpiration.  La  du- 
icflé  fut  heureufe  de  n'être  condamnée  qu'à  faire 
le  amende  honorable  en  chemife,  &.  à  une  prifon 
npétuelle.  L'efprit  de  lumière  &  de  philofophie , 
.li  a  établi  depuis  l'on  empire  dans  cette  île  florilîan- 
' ,  en  étoit  alors  bien  éloioné. 

La  démence  des  fortileges  fit  des  nouveaux  pro- 
■ès  en  France  fous  Catherine  de  Médicis  ;  c'éroit  un 
;s  fruits  de  fa  patrie  tranfplantés  dans  ce  royaume, 
n  a  cette  fameule  médaille  où  cette  reine  eft  repré- 
ntée  toute  nue  entre  les  conitellations  ^Aries  & 
auras ^  le  nom  d'Ebullé  Afmodée  fur  l'a  tête,  ayant 
î  dard  dans  une  main  ,  un  cœur  dans  l'autre  ,  & 
tns  l'exergue  le  nom  d'Oxiel.  On  fit  fubir  la  qucf- 
on  à  Côme  Ruggleri  florentin,  acculé  d'avou-  at- 
nté  par  des  fortileges  à  la  vie  de  Charles  IX.  En 
Do6  quantité  de  forciers  furent  condamnés  dans  le 
•fiort  du  parlem.ent  de  Bordeaux.  Le  fameux  curé 
autréài  brûlé  à  Aix  en  i6i  i ,  avoit  avoué  qu'il  étoit 
ircier ,  &  les  juges  l'avoient  cru. 

Enfin  ce  ne  tut  qu'à  la  raifon  naiflante  vers  la  fin 
.1  dernier  fiecle  ,  qu'on  dut  la  déclaration  de  Louis 
.IV.  qui  défendit  en  id-jx ,  à  tous  les  tribunaux  de 
m  royaume  d'admettre  les  fimples  acculations  de 
>rcdUric ;  6l  fi  depuis  il  y  a  eu  de  tems-en-tems  quel- 
ues  acculations  de  maléfices  ,  les  juges  n'ont  con- 
anméles  acculés  que  comme  des  prophanateurs,ou 
Liand  il  eft  arrivé  que  ces  gens-là  avoient  employé 

poifun. 

On  demandoit  à  la  Peyrere,  auteur  des  préadaml- 
;s  ,  mais  qui  d'ailleurs  a  compolé  une  bonne  hiltoire 
e  GroenlanJe ,  pourquoi  l'on  parloit  tant  de  for- 
iers  dans  le  nord  qu'on  fupplicioit  ;  c'ell ,  diloit-il , 
ai'ce  que  le  bien  de  tous  ces  prétendus  forciers  que 
un  fait  mour.r ,  eft  en  partie  conlifqué  au  profit  des 
iges. 

Pcrfonne  n'ignore  l'hiftoire  de  l'efclave  affranchi 
e  l'ancienne  Rome  ,  qu'on  acculoit  d'être  forcier  , 
C  qui  par  cette  raiion  fut  appelle  en  juftice  poiu*  y 
trc  condamné  parle  peuple  romain.  La  fertilité  d'un 
etit  champ  que  fon  maître  lui  avoit  laifTé ,  &  qu'il 
ultivoit  avec  foin  ,  avoit  attiré  fur  lui  l'envie  de  les 
oifins.  Sûr  de  fon  innocence ,  fims  être  allarmé  de 
î  citation  de  l'édile  Curule  qui  l'avoit  ajourné  à 
alTemblée  du  peuple  ,  il  s'y  prelénta  accompagné  de 
a  fille  ;  c'étoit  ime  groffe  payfanne  bien  nourrie  & 
>icn  vctue  ,  bene  curatam  &  vcllUam  :  il  conduifit  à 
'aflc  mblée  les  bœufs  gros  &  gras  ,  une  charrue  bien 
;quipée  5<:  bien  entretenue  ,.&  tous  lés  inftrumens 
le  labour  en  foit  bon  érat.  Alors  fe  tournant  vers  lés 
uges  :  Romains  ,  dit-il,  voilà  mes  lortileges,  vcne- 
ïciamea  ,  quintes  ,  hacfunt.  Les  fufFrages  ne  furent 
)oint  partagés  ;  il  fut  abfous  d'une  commune  voix  , 
k  fut  N  engé  de  les  ennemis  par  les  éloges  qu'il  reçut. 

'  SORCIERS  &  SORCIERES  ,  (  Kifl.  anc.  &  mod.) 
icmmes  &:  femmes  qu'on  prétend  s'être  livrés  au 
démon,  &  avoir  fait  un  paéfe  avec  lui  pour  opérer 
par  fon  fecours  des  prodiges  &  des  maléfices. 

Les  payens  ont  reconnu  qu'il  y  avoit  des  magi- 
:lens  ou  enchanteurs  nialfaifans  ,qui  par  leur  com- 
merce avec  les  mauvais  génies  ne  le  propoloicat  que 
TorncXK 


569 


de  nuire  aux  hommes,  &  les  Grecs  îes  appelloient 
^ot/Ay^ci.lIidonnoicnt  à  l'enchanteur  le  nom  d'i-a«/- 
cTa  ,  au  devin  celui  de  ywamç.  Par  «papu^Htys  ils  défi- 
gnoient  celui  qui  fe  lérvoit  de  poilons,  &  par  >oaç, 
celui  qui  trompoit  les  yeux  par  des  preftiges.  Les 
Latins  leur  ont  aufîî  donné  différens  noms,  comme 
ceux  d'empoifonneurs  ,  vinenarii  6c  venefui  ^  parce 
qu'en  effet  ils  favoient  préparer  les  poifons ,  &  en 
faifoient  ufage  :  Thefialiens  &  Chaldéens,  TluJ^ali 
&  Ckaldai ,  du  nom  des  pays  d'où  fortolent  ces  ma- 
giciens :généthliaques&  mathématiciens  ,  genethliaci 
&  rnaihematiii^  parce  qu'ils  tiroient  des  horofcopes , 
&em.ployoient  le  calculpour  prédire  l'avenirrdevins, 
augures,  arulpices, &c.  arioli,  augures^  amj'pkes ,  &c» 
des  differcns  genres  de  divination  auxquels  ils  s'a- 
donnoient.  Ils  appelloient  les  magiciennes  lamies  , 
lumiœ^  du  nom  d'une  nymphe  cruelle  &  forcenée  , 
qu'on  feignoit  dévorer  tous  les  enfans.-yào'^F,  terme 
qui  dans  l'origine  fignifioit  une  perfonne  prévoyante, 
mais  qui  devint  enluite  odieux,  &  affecté  aux  femmes 
qui  faifoient  profefTion  de  prédire  l'avenir  :  flriges  , 
qui  veut  dire  proprement  des  olfeaux  nofturnes  &£ 
de  mauvais  augure  ,  nom  qu'on  appliquoit  par  méta- 
phore aux  magiciennes ,  qui ,  difoit-on,  ne  faifoient 
leurs  enchantemens  que  pendant  la  mût.  On  les 
trouve  encore  appellées  dans  les  auteurs  de  la  bonne 
latinité  veracriceSy  veraculcc^Jiniulatriccs^ficlrlces.  Dans 
les  loix  des  Lombards  elles  font  nommées  mafcce ,  à 
caufe  de  leur  figure  hideufe  &  femblable  à  des  niaf- 
ques  ,  dit  Delrio.  Enfin  on  trouve  dans  Hlncmar ,  &c 
depuis  fréquemment  dans  les  auteurs  qui  ont  traité 
de  la  magie,  les  mots  fortiarii  &C  Joruarix  ^  que  nous 
avons  rendus  par  ceux  de  forciers  &  deforcieres. 

Les  anciens  ne  paroillent  pas  avoir  révoqué  en 
doute  l'exiftence  des  foràurs  ,  m  regarde  leurs  malé- 
fices comme  de  fimples  preltiges.  Si  l'on  ne  conlul- 
toit  que  les  poètes ,  on  admettroit  fans  examen  cetre 
multitude  d'enchantcmens  opérés  par  les  Circés ,  les 
Médées  ,  &  autres  femblables  prodiges  par  lefquels 
ils  ont  prétendu  répandre  du  merveilleux  dans  leurs 
ouvrages.  Mais  il  paroit  difficile  de  recufcr  le  témoi- 
gnage de  plufieurs  hiftoriens  d'ailleurs  véridiques, 
de  Tacite  ,  de  Suétone  ,  d'Ammien  MarceUin  , 
qu'on  n'accufera  pas  d'avoir  adopté  aveuglément,  & 
faute  de  bon  fens  ,  ce  qu'ils  racontent  des  opérations 
magiques.  D'ailleurs  pourquoi  tant  de  lois  féveres 
de  la  part  du  lénat  &  des  empereurs  contre  les  ma-' 
giciens  ,  fi  ce  n'eullent  été  que  des  impofteurs  &  des 
charlatans  propres  tout  au^lus  à  duper  la  multitude, 
mais  incapables  de  caufer  aucun  mal  réel  &C  phy  fiqueï 

Si  des  fauflés  religions  nous  paflbns  à  la  véritable, 
nous  trouverons  qu'elle  étaWit  folidement  l'exitlen- 
ce  des  forciers  ou  magiciens ,  foit  par  des  fiiits  incon- 
teftables  ,  foit  par  les  règles  de  conduite  qu'elle 
prefcrit  à  lés  feéfateurs.  Les  magiciens  de  Pharaom 
opérèrent  des  prodiges  qu'on  n'attribuera  jamais  aux 
feules  forces  de  la  nature  ,  &  qui  n'étoient  pas  non 
plus  l'effet  de  la  divinité ,  puifqu'ils  avoient  pour 
but  d'en  combattre  les  miracles.  Je  n'ignore  pas  que 
ces  prodiges  font  réduits  par  quelques  modernes  au 
rang  des  preftiges  ;  mais  outre  que  ce  n'eft  pas  le 
fentlment  le  plus  fuivi,  conçoit-on  bien  clairement 
qu'il  foit  du  reiîoft  de  la  nature  de  fafciner  les  yeux 
de  tout  un  peuple,  de  le  tromper  longtems  par  de 
fim-ples  apparences,  de  lui  faire  croire  que  des  fpec- 
très  d'air  ou  de  fumée  l'ont  des  animaux  &  des  repti- 
les qui  fe  meuvent?  Si  ce  n'eulVent  été  que  des  tiuirs 
de  charlatan,  qui  eût  empêché  Moïfe  fi  inÛruit  do  la 
fcience  des  Egyptiens  ,  d'en  découx'rir  l'artifice  X 
Pharaon,  à  la  cour,  à  Ion  peuple,  &C  en  les  détrom- 
pant ainfi,  de  confirmer  fes  propres  miracles  ?  Pour-» 
quoi  cût-ll  été  obligé  de  recourir  à  de  plus  grande* 
merveilles  que  celles  qu'il  avoit  opérées  )ulquc-là, 
&  que  les  magiciens  ne  purent  enfin  im'tcr  ?  PrelU-f 


370 


S  O  R* 


gcs  pour  preftiges ,  la  produaion  des  moucherons 
phantalliques  ne  leur  eut  pas  du  coûter  davantage 
que  celle  des  fcrpens  ou  de  orenouilles  imaginaires. 
Dans  le  livre  de  Job,  iatan  demande  ;\  Dieu  que  ce 
lalnt  homme  Toit  frappé  dans  tous  ies  biens,  &:  Dieu 
les  hii  livre  ,  en  lui  détendant  feulement  d'attenter  à 
fa  vie  ;  les  troupeaux  font  enlevés  ,  fes  enfans  cnie- 
velis  fous  les  ruines  d'une  maii'on  ;  lui-même  enfin  (e 
trouve  couvert  d'ulcères  depuis  la  plante  des  piés 
jufqu'au  fommct  de  la  tête.  L'hiftoire  de  l'évocation 
de  l'ombre  de  Samuel  foite  par  la  pythonilfe  ,  6c 
rapportée  au  xxviij.  chap.  dufccond  livre  des  Rois  ,  ce 
que  l'Ecriture  dit  ailleurs  des  faux  prophètes  d'Achab 
&  de  l'oracle  ,  de  Bcelzebuth  à  Accaron  :  tous  ces 
traits  réunis  prouvent  qu'il  y  avoit  des  magiciens  & 
des  Jhrcicrs  ,  c'eft  -  à  -  dire  des  hommes  qui  avoient 
commerce  avec  les  démons. 

On  n'infère  pas  moins  clairement  la  même  vérité 
des  ordres  réitérés  que  Dieu  donne  contre  les  ma- 
giciens &Z  contre  ceux  qui  les  confultent  :  Vous  ferez 
mourir,  dit-il,  ceux  qui  font  des  maiéfices  ;  malejicos 
non  patieris  vivcrc  ,  Exod.  xxij.  v.  i8.  Même  arrêt  de 
mort  contre  ceux  qui  confultoient  les  magiciens  & 
les  devins  :  anima  quœ  dcclinaverit  ad  magos  6'  ariolos 
&  forràcatà fuaii  cum  illis  .  .  .  inurficiam  illam  de  me- 
iiiopopuli  mei.  Levitic  xx.  v.  G.  Qu'il  n'y  ait  perfonne 
parmi  vous  ,  dit-il  encore  à  fon  peuple ,  qui  faffe  des 
maléfices,  qui  foit  enchanteur  ,  ou  qui  confuheceux 
qui  ont  des  pythons  ou  efprits  ,  &  les  devins  ^  ou  qui 
interroge  les  morts  fur  des  chofes  cachées  :  nec  inve- 
niatur  in  te  maUficus  ,  nec  incantator  ,  ncc  qui  pythones 
conjulat  y  nec  divinos ,  aut  qucerat  à  mortuis  veritatern  , 
Deiiteron.  xviij.  v.  lo  :  précautions  &  févérités  qui 
euffent  été  injuftes  &  ridicules  contre  de  fimples 
charlatans ,  &  qui  fuppofent  néceffairemcnt  un  com- 
merce réel  entre  certains  hommes  &  les  démons. 

La  loi  nouvelle  n'eft  pas  moins  précife  fur  ce  point 
que  l'ancienne  ;  tant  d'énergumenes  guéris  par  J.  C. 
&  fes  apôtres ,  Simon  &  Elymas  tous  deux  magi- 
ciens ,  la  pythie  dont  il  ell:  parlé  dans  les  ades  des 
apôtres  ,  enfin  tant  de  faits  relatifs  à  la  magie  atteftés 
par  les  pères  ,  ou  atteflés  par  les  écrivains  eccléliaf- 
tiques  les  plus  rcfpeftables  ,  les  décifions  des  con- 
ciles ,  les  ordonnances  de  nos  rois,  & entr'autres de 
Charles  VIII.  en  1490,  de  Charles  IX.  en  1560,  & 
de  Louis  XIV.  en  i68x.  Les  Jurifconfuhes  ôi  les 
Théologiens  s'accordent  aufTi  à  admettre  l'exiftence 
des  fonicrs  ;  &  fans  citer  fur  ce  point  nos  théolo- 
giens ,  nous  nous  contenterons  de  remarquer  que  les 
hommes  les  plus  célèbres  que  l'Angleterre  ait  pro- 
duits depuis  un  liecle ,  c'eft-à-dire ,  M".  Barrow,  Til- 
lotfon  ,  Stillingfleet ,  Jenkin  ,  Prideaux  ,  Clarke , 
Loke ,  Voiïius ,  &c.  ce  dernier  furtout  remarque  que 
ceux  qui  nefauroient  fe  perfuader  que  les  efprits  en- 
tretiennent aucun  commerce  avec  les  hommes ,  ou 
n'ont  lulesfaintes  Ecritures  que  fort  négligemment, 
ou  ,  quoiqu'ils  fe  déguifent ,  en  mépriientl'autorhé.. 
«  Non  poff'uni  in  animum  inducere  ulla  e^fe  in  fpiritibus 
»>  commercia  cum  homine  .  .  .  fed  deprelundi  eos  vel  ad- 
»>  mcdùm  negUgenter  legijj'efacras  licieras,  vel  utcumque 
»  diffimularent ,  Scripiurarum  auloritatem  parvifacere. 
Vofl.  epilïol.  ad. 

En  effet  dans  cette  matière  tout  dépend  de  ca 
point  décifif  ;  des  qu'on  admet  les  faits  énoncés danp 
les  Ecritures  ,  on  admet  aufTi  d'autres  faits  femblables 
qui  arrivent  de  tems  en  tems  :  faits  extraordinaires  , 
furnaturels ,  mais  dont  le  furnaturel  efl  accompagné 
de  caractères  qui  dénotent  que  Dieu  n'en  eft  pas  l'au- 
teur ,  &  qu'ils  arrivent  par  l'intervention  du  démon. 
Mais  comme  après  une  pareille  autorité  il  feroitin- 
fenfé  de  ne  pas  croire  que  quelquefois  les  démons 
entretiennent  avec  les  hommes  de  ces  commerces 
qu'on  nomme  magie;  il  feroit  imprudent  de  fe  livrer 
k  une  imagination  vive  ÔC  tout-à-la-fois  foible ,  qui 


S  O  R 

ne  voit  par-tout  que  méléfices,  que  lutins ,  que  phan- 
tômes  6i  ç\\\i:  Jlrciers.  Ajouter  toi  trop  légèrement  à 
tout  ce  qu'on  raconte  en  ce  genre ,  &  rejetter  abfo- 
lument  tout  ce  qu'on  en  dit,ibnt  deux  extrêmes  éga- 
lement dangereux.  Examiner  &  peler  les  faits,  avant 
que  d'y  accorder  fa  confiance  ,  c'eu  le  milieu  qu'in- 
dique la  raiion. 

Nous  ajouterons  même  avec  le  P.  Malebranche  , 
qu'on  ne  fauroit  être  trop  en  garde  contre  les  rêve- 
ries des  démonographes^  qui  fous  prétexte  de  prou* 
ver  ce  qui  a  rapport  à  leur  but ,  adoptent  &  entaffcnt 
fans  examen  tout  ce  qu'ils  ont  vu,  lu  ,  ou  entendu. 

«  Je  ne  doute  point ,  continue  le  même  auteur, 
»  qu'il  ne  puiffe  y  avoir  di:s  forciers  ,  des  charmes  ^ 
»  des  lortileges  ,  &c.  &  que  le  démon  n'exerce 
»  quelquefois  fa  malice  fur  les  hommes  ,  par  la  per- 
»  mif^.îon  de  Dieu.  C'ell  fiiire  trop  d'honneur  au 
»  diable  ,  que  de  rapporter  ferieufement  des  hiftoi- 
»  res ,  comme  des  marques  de  fa  puilTance ,  ainfî 
»  que  font  quel()ues  nouveaux  demonographes  ', 
»  puifquc  ces  hifioires  le  rendent  redoutable  aux 
»  efprits  foibles.  Il  faut  méprifcr  les  démons ,  com- 
»  me  on  méprife  les  bourreaux  ,  car  c'ell  devant 
»  Dieu  feul  qu'il  faut  trembler.  *  .  .  quand  on  mé* 
»  prife  ies  lois  &  Ion  évangile. 

»  Il  s'enluit  de-là  ,  (  &C  c'efl  toujours  la  doftrine 
»  du  P.  Malebranche  ) ,  que  les  vraisjorciers  font  aufîi 
»  rares  ,  que  les  fonicrs  par  imagination  font  com- 
»  muns.  Dans  les  lieux  où  l'on  brûle  les  forciers  ,  on 
»  ne  voit  autre  chofe  ,  parce  que  dans  les  lieux  oix 
»  on  les  condamne  au  feu  ,  on  croit  véritablement 
»  qu'ils  le  font ,  &  cette  croyance  fe  fortifie  par  les 
»  difcours  qu'on  en  tient.  Que  l'on  ceffe  de  les  pu- 
»  nir,  6c  qu'on  les  traite  comme  des  fous ,  &  l'on 
»  verra  qu'avec  le  tems  ils  ne  feront  plus  forciers  , 
>v  parce  que  ceux  qui  ne  le  font  que  par  imagina- 
«  tion ,  qui  font  certainement  le  plus  grand  nom- 
»  bre,  deviendront  comme  les  autres  hommes. 

»  Il  eft  fans  doute  que  les  vr^is  forciers  méritent 
»  la  mort ,  &  que  ceux  même  qui  ne  le  font  que  par 
»  imagination ,  ne  doivent  pas  être  regardés  comme 
»  innocens  ,  puifque  pour  l'ordinaire  ,  ces  derniers 
»  ne  font  tels,  que  parce  qu'ils  font  dans  la  difpofi- 
»  tion  du  cœur  d'aller  au  fabbat ,  &  qu'ils  fe  font 
»  frottés  de  quelque  drogue  pour  venir  à  bout  de 
»  leur  malheureux  delTein.  Mais  en  punifTant  indiffé- 
n  remment  tous  ces  criminels ,  la  perfuafion  com- 
»  m  une  fe  fortifie  ;  les  forciers  par  imagination  fe 
»  multiplient ,  &  ainfi  une  infinité  de  gens  fe  perdent 
»  &  fe  damnent.  C'eft  donc  avec  raifon  que  plu- 
»  fieurs  parlemens  ne  punifTant  point  les  forciers»  ; 
(  il  faut  ajouter  précilement  comme  forciers  ,  mais 
comme  empoifonneurs  ,  &  convaincus  de  maléfi- 
ces ,  ou  chargés  d'autres  crimes  ,  par  exemple  ,  de 
faire  périr  des  befliaux  par  des  fecrets  naturels.  ) 
«  Il  s'en  trouve  beaucoup  moins  dans  les  terres  de 
»  leur  relTort,  &  l'envie ,  la  haine ,  &  la  malice  des 
»  méchans  ne  peuvent  fe  fervir  de  ce  prétexte  pour 
»  accabler  les  innocens.  »  Recherch,  de  la  vérité  ,  liv, 
///.  chap.  vj. 

Il  eft  en  effet  étonnant  qu'on  trouve  dans  certains 
démonographes  une  crédulité  fi  aveugle  fur  le  grand 
nombre  des  Jbrciers,  après  qu'eux-mêmes  ont  rap- 
porté des  faits  qui  devroient  leur  infpirer  plus  de 
referve.  Tel  eft  celui  que  rapporte  en  latin  Delrio , 
d'apix^s  Monftrelet  ;  mais  que  nous  tranfcrirons  dans 
le  vieux  ftyle  de  cet  auteur  ,  6c  qui  fervira  à  confir- 
mer ce  que  dit  le  P.  Malebranche  ,  que  l'accufation 
de  forcèllerie  eft  fouvent  un  prétexte  pour  accabler 
les  innocens. 

«  En  cette  année  (  14)9  )  ,  dit  Monftrelet,  en  la 
»  la  ville  d'Arras  ou  pays  d'Artois ,  advint  un  terri- 
»»  ble  cas  &  pitoyable ,  que  l'en  nommoit  vaudoifie, 
>>  ne  fai  pourquoi  :  mais  l'en  difoit  que  c'étoicnt  au- 


s  O  R 

»*  cuneS  gens ,  hommes  &  femmes ,  C[m  de  miît  fe 
»  franfportoient  par  vertu  du  diable,  des  places  où 
>.  ils  ctoient,  Se  l'oudaincmcnt  fe  trouvoient  en  au- 
»  cuns  lieux  arrière  de  gens  ,  es  bois  ,  ou  es  déferts, 
»  ih  oii  ils  fe  trouvoient  en  très-grand  nom.bre  hom- 
y>  mes  &  femmes ,  &  trouvoient  illec  un  diable  en 

V  forme  d'homme  ,  duquel  ils  ne  vcficnt  jamais  le 
»  vlfa^e  ;  &  ce  diable  leur  liibit  ou  difoiî  les  com- 
»  mandcmens  &  ordonnances  ,  &  comment  &  par 
»  oucUe  manière  ils  le  dévoient  avrer  &  fervir  , 
»  tni'S  faifoit  par  chacun  d'eux  baifer  fon  derrière  , 
»  &  puis  il  bailloit  à  chacun  un  peu  d'argent,  &:  û- 
»  nalement  leur  adminiilroit  vins  6c  viandes  en  grand 
»  larçefîe,  dont  il  fe  repaiilbient  ;  &  puis  tout-à- 
»  coup  chacun  prenoit  fa  chacune  ,  &:  en  ce  point 

V  s'eftaindoit  la  lumière ,  &  connoifibient  l'un  l'au- 
»  tre  charnellement ,  &C  ce  fait  tout  foudainement 
»  fe  retrouvoit  chacun  en  fa  place  dont  ils  étoient 
»  partis  premièrement.  Pour  cette  foUe  furent  prins 
»  &  emprifonnés ,  plufieurs  notables  gens  de  ladite 
»  ville  d'Arras  ,  &  autres  moindres  gens ,  femmes 
»  folieufes  &  autres  ,  &  furent  tellement  gehinés , 
»  &  fi  terriblement  tourmentes,  que  les  uns  con- 
»  fefferent  le  cas  leur  être  tout  ainfi  advenu ,  com- 
»  me  dit  eft  ;  &  outre  plus  confefferent  avoir  veu 
»  &  cooneu  en  leur  affemblée  pluiisurs  gens  nova- 
«  blés,  prélats,  feigneurs  &  autres  gouverneurs  de 
»  bailliages  &  de  villes  :  voire  tels ,  félon  commune 
»  renommée  ,  que  les  examinateurs  &  les  juges  leur 
»  nommoient  &  mettoient  en  bouche  :  fi  que  par 
»  force  de  peines  &  de  tormens  ils  les  accufoient  & 
»  difbient  que  voirement  ils  les  y  avoient  veus  ;  & 
»  les  aucuns  ainfi  nommés  ,  étoient  tantôt  après 
M  prins  &  emprifonnés  &  mis  à  torture ,  &  tant  & 
»  fi  très-longuement,  &  par  tant  de  fois  queconfef- 
»  fer  le  leur  convenoit  ;  &  furent  ceux-ci  qui  étoient 
»  des  moindres  gens  ,  exécutes  &  brûlés  inhumaine- 
»  ment.  Aucuns  autres  plus  riches  &  plus  puifTans  fe 
»  rachepterent  par  force  d'argent ,  pour  éviter  les 
»  peines  &;  les  hontes  que  l'on  leur  faifoit  ;&  de  tels 
»  y  eut  des  plus  grans ,  qui  fiirent  pref chés  &  féduits 
M  par  les  examinateurs ,  qui  leur  donnoient  à  enten- 
»  dre ,  &  leur  promettoient  s'ils  confefToient  le  cas , 
«  qu'ils  ne  perdroient  ne  corps  ne  biens.  Tels  y  eût 
»  qui  fouJiVirent  en  merveilleux  patience  &  conl- 
»  tance  ,  les  peines  &  les  tormens  ;  mais  ne  voulu- 
»  rent  rien  confefler  à  leur  préjudice  ,  trop  bien 
»  donnèrent  argent  largement  aux  juges  ,  &  à  ceux 
»  qui  les  pouvoient  relever  de  leurs  peines.  Autres 
M  y  eut  qui  fe  abfenterent  &  vuiderent  du  pays,  & 
»  prouvèrent  leur  innocence ,  fi  qu'ils  en  demoure- 
»  rent  paifibles,  &  ne  fait  ni  à  faire  ce  que  plufieurs 
M  gens  de  bien  cogneurent  affez,  que  cette  manière 
»  d'accufation  ,  fut  une  chofe  controuvée  par  aucu- 
»  nés  mauvaifes  perfonnes ,  pour  grever  &  déftruire , 
»  ou  deshonorer  ,  ou  par  ardeur  de  convoitife ,  au- 
»  cunes  notables  perfonnes ,  que  ceux  hayoient  de 
>»  vieille  haine  ,  &  que  malicieufement  ils  feirent 
»  prendre  mefchantes  gens  tous  premièrement,  aux- 
»  quels  ils  faifoient  par  force  de  peines  &  de  tor- 
»  mens  ,  nommer  aucuns  notables  gens  tels  que 
H  l'en  leur  mettoit  à  la  bouche ,  lefquelsainfi  accufez 
»  étoient  prins  &  tormentez ,  comme  dit  efl.  Qui  fût 
»  pour  veoir  au  jugement  de  toutes  gens  de  bien , 
»  une  chofe  moult  perverfe  &C  inhumaine  ,  au  grand 
»  deshonneur  de  ceux  qui  en  furent  notez,  6c  au 
w  très -grand  péril  des  âmes  de  ceux  qui  par  tels 
»  moyens  vouloient  deshonnorer  gens  de  bien  ». 
Monftrclet ,  j'^  vol.  des  chroniques ,  foL  ^4.  édit,  de 
Paris  iSyx,  in-fol. 

On  renouvella  ces  procédures  dans  la  même  ville 
&  avec  les  mêmes  iniquités  ,  au  bout  d'environ  30 
ans  ;  mais  le  parlcmennt  de  Paris  rendit  juflice  aux 
Tome  Xr. 


S  O  R 


371 


parties ,  par  l'abfolution  des  accufés ,  &  par  k  con- 
damnation des  juges. 

Malgré  des  exemples  fi  frappans  j  on  étoit  encore 
fort  crédule  en  France  fur  l'article  des  forciers  dans 
le  f.eclc  fiiivant. 

En    I  571  ,  un  forcier  nommé    Trois-Echelks  ,  fut- 
exécuté  en  grève,  pour  avoir  eu  commerce  aved 
les  mauvais  démons  ,  &  accufa  douze  cens  oerfon- 
nes  du  même  crime ,  dit  Mézerai ,  qui  trouve  ce 
nombre  de  doUze  cens  bien  fort;  car,  ajoute-t-il ,  un 
auteur  le  rapporte  ainfi ,  «  je  ne  fai  s'il  le  faut  croire  , 
»  car  ceux  qui  fe  font  une  fois  rempli  l'imaoination 
»  de  ces  creufes  &  noires  fantaifies  ,  croyent  oue 
»  tout  efl  plein  de  diables  &  àtforciers.  »  L'auteur 
que  Mézerai  ne  nomme  point ,   mais  qu'il   défiene 
pour  un  démonographe,  c'efiBodin.  Or  Bodin  dans 
fà  démonomanie  ,  liv.  IV.  chap.  j.  dit  oue  «  Trois- 
»  Echelles  fe  voyant  convaincu  de  plufieurs  acles 
»  impofîibles  à  la  puifîance  humaine ,  &  ne  pouvant 
»  donner  raifon  apparente  de  ce  qu'il  faifoit,  con- 
»  feffa  que  tout  cela  fe  faifoit  à  l'aide  de  fatan  ,  &: 
»  lupplia  le  roi  (Charles  1%.  )  lui  pardonner,  & 
>>  qu'il  en  défereroit  une  infinité.  Le  roi  lui  donna 
»  grâce  ,  à  charge  de  révéler  fes  compagnons   & 
»  fes   complices  ,   ce  qu'il  fît  ,   &  en  nomma  ua 
M  grand  nombre  par  nom  &  furnom  qu'il  connoiffoit  ^ 
>»  &:  pour  vérifier  fon  dire  ,  quant  à  ceux  qu'il  avoit 
»  vus  aux  fabbats  ,  il  difoit  qu'ils  étoient  marqués 
»  comme  de  la  patte  ou  pifle  d'un  lièvre  qui  étoit 
»  infenfible,  enforte  que  les  forciers  ne  fentent  point 
»  les  pointures  quand  on  les  perce  jufqu'aux  os ,  au 
»  Heu  de  la  marque.  Il  ajoute  encore ,  que  Trois 
»  Echelles  dit  au  roi  Charles  IX.  qu'il  y  avoit  okis 
»  de  trois  cens  m'ûle  forciers  en  France  »,  nombre 
beaucoup   plus  prodigieux  que  celui  qui  étonnoît 
Mézerai.  Il  y  a  apparence  que  Trois-Echelles  étoit 
réellement/i^rt-^r ,  &que  la  plupart  de  ceux  qu'il  ac- 
cufa ,  ou  ne  l'étoienî  que  par  imagination  ,  ou  ne  l'é- 
toient  point  du  tout.  Quoi  qu'il  en  fbit ,  Trois-Echel- 
les profita  mal  de  la  grâce  que  lui  avoit  accordée  le 
roi ,  &  retomba  dans  fes  premiers  crimes,  puifqu'il 
fut  fupplicié.  Quant  aux  autres, continue  Bodin,  «la 
»  pourfuite  &  délation  fut  fupprimée ,  foit  par  fa- 
»  veur  ou  concufTion  ,  ou  pour  couvrir  la  honte  de 
»  quelques-uns  qui  étoient,  peut-être,  de  la  partie, 
»  6c  qu'on  n'eût  jamais  penfé  ,  foit  pour  le  nombre 
»  qui  fe  trouva,  6c  le  délateur  échappa  »  ;  mais  ce 
ne  fut  pas,  comme  on  voit ,  pour  long-tems.  Bodin  , 
dit  M.  Bayle,  de  qui  nous  empruntons  ceci  ,  veur 
faire  pafTer  pour  un  grand  défordre  cette  conduite  , 
qui  au  fbnds  étoit  fort  louable,  car  la  fupprefTioa 
des  procédures  fondées  fur  la  délation  d'un  pareil 
fcélérat ,  fait  voir  qu'il  y  avoit  encore  de  bons  ref- 
tes  de  juflice  dans  le  royaume.  Elles  eufîént  ramené 
les  maux  qui  furent  commis  dans  Arras  au  quinzième 
flecle;  Bayle ,  reponfe  aux  qiuflions  d'un provinc.  chap,  ' 
Lf^.  Go^  de  redit,  de  ly^J.  in-fol. 

Sous  le  fuccefîeur  de  Charles  IX ,  on  n'étoit  pas 
moins  en  garde  contre  rexceffive  crédulité  fur  ce 
point ,  comme  il  paroît  par  ce  récit  de  Pigray  ,  chi- 
rurgien d'Henri  III.  6c  témoin  oculaire  du  fait  qu'il 
rapporte.  La  cour  de  parlement  de  Paris  s'étant  , 
«  dit-il,  réfugiée  à  Tours  en  1589  ,  nomma  MM. 
>»  le  Roi,  Falaifeau ,  Renard,  médecins  du  roi,  & 
»  moi,  pour  voir&vifiter  quatorze,  tant  hommes 
»  que  femmes  ,  qui  étoient  appellmtes  de  la  mort , 
»  pour  être  acculées  de  forcellerie  :  la  vifitation  fut 
»  faite  par  nous  en  la  préfence  de  deux  confeillers 
»  de  ladite  cour.  Nous  vîmes  les  rapports  qui  avoit 
»  été  faits,  fur  lefqucls  avoit  été  fondé  leur  juge- 
»  ment  par  le  premier  juge  :  je  ne  (ai  pas  la  capacité 
>»  ni  la  fidélité  de  ceux  qui  avoient  rapporté  ,  mais 
»  nous  ne  trouvâmes  rien  de  ce  qu'ils  difbient ,  en- 

A  a  a  ij 


37i 


S  O  R 


»  tre  autres  choies  qu'il  y  avolt  certaines  places 
»  liir  eux  du  tout  inlcnribles  :  nous  les  vilitames  tort 
>»  diligemment,  IcUis  rien  oublier  de  tout  ce  qui  y 
»  çl\  requis  ,  les  tail'ant  dépouiller  tous  nuds  :  ils  fu- 
»  rent  piques  en  pluliours  endroits  ,  mais  ils  avoient 
w  le  i'entiment  tort  ai^u.  Nous  les  Interrogeâmes  i'ur 
»  plulieiirs  points  ,  comme  on  fait  les  mélancoli- 
»  qucs  ;  nous  n'y  reconnûmes  que  de  pauvres  gens 
■  »  ihipides  ,  les  ims  qui  ne  le  ibucioient  de  mourir  , 
»  les  autres  qui  le  dcfiroient:  notre  avis  fut  ds  leur 
»  bailler  plutôt  de  l'ellébore  pour  les  purger  ,  qu'au- 
»  tre  remède  pour  les  punir.  La  cour  les  renvoya 
»  fuivant  notre  rapport  ».  Pigrr.y,  chjrur,  Uv.  y  il. 
chap.  X.  p.  4-^S. 

Cependant  ces  accufations  fréquentes  de  forcelle- 
rie  ,  jointes  i\  la  créance  qu'on  donnoit  à  l'aftrologie 
judiciaire  &  autres  femblables  fuperftitions  fous  le 
règne  des  derniers  Valois ,  avoient  tellement  enra- 
ciné le  préjugé ,  qu'il  exiile  un  grand  nombre  de 
wûsforckrs ,  que  dans  le  fiecle  luivant  on  trouve 
encore  des  traces  allez  fortes  de  cette  opinion.  En 
1 609 ,  Fiiefac  dodeur  de  forbonne ,  fe  plaignoit  que 
l'impunité  dçs  forciers  en  multiplioit  le  nombre  à  l'in- 
fini. Il  ne  les  compte  plus  par  cent  mille  ,  ni  par 
trois  cens  mille,  mais  par  millions:  voici  fes  paro- 
les. «  Lepidi  Plaïuus  in  trucuUnto  ^  acl,  I.  fc.j. 

Nam  nunc  Unonurn  &  fcorcorum  plm  ejlfere 
Q^uam  olim  mujcarum  &  cinn  calctur  maxime. 

Ei'tam  magos  ,  malcjicos ,  f^^as  ,  hoc  lemporc  in  orhe 
Jirijîiano^  longe  numéro  Jupcrante  omnesfornices  &prof- 
tibula ,  &  ojficiojos  ijlos  qui  komines  inter  Je  convenus 
fucere  Jo/:nr,  mmo  negabit  ,  niji  eLUborojus  cxijlat ,  6* 
nos  qu'iJem  tantam  colluviem  miramur  &  perhorrcjci- 
nius.  De  idololai.  mogic.foL  yi. 

La  maréchale  d'Ancre  fut  accufée  de  fcrtilege ,  & 
Ton  produlfit  en  preuve  contre  elle,  de  s'être  Icrvie 
d'images  de  cire  qu'elle  confervoit  dans  des  cercueils , 
d'avoir  fait  venir  des /ôrc/t;« prétendus  religieux, dits 
ambrofiens,  de  Nanci  en  Lorraine  ,  pour  l'aider  dans 
l'oblation  d'un  coq  qu'elle  faifoit  pendant  la  nuit  dans 
l'églife  des  Auguftins  &  dans  celle  de  S.  Sulpice,  & 
enfin  d'avoir  eu  chez  elle  trois  livres  de  caract^eres , 
avec  un  autre  petit  caraftere  &  une  boëte ,  où  étoient 
cinq  rondeaux  de  velours  ,  defquels  caraderes,  elle 
&;  ion  mari  ufoient  pour  dominer  fur  les  volontés 
des  grands.  <«  On  fe  fouviendra  avec  étonnement  , 
»>  dit  M.  de  Voltaire  ,  dans  fon  effai  fur  le  fiecle  de 
n  Louis  XIV.  jufqu'à  la  dernière  poftéritéj,  que  la 
»  maréchale  d'Ancre  fut  brûlée  en  place  de  grève 
»  com m e /oAc/ere ,  &  que  le  confeillerCourtin,inter- 
»>  rogeant  cette  femme  infortunée,  lui  demanda  de 
»  quel  ibrtilegc  elle  s'étoit  fervle  pour  gouverner 
»  l'efprit  de  Marie  de  Médicis  :  la  maréchale  luiré- 
»  pondit  :  je  mefuisfervie  du  pouvoir  quant  les  arms 
M  fortes  fur  les  ejpritsfoibles^&c  qu'enfin  cette  réponfe 
»  ne  fervit  qu'à  précipiter  l'arrêt  de  fa  mort  ». 

Il  en  fut  de  môme  dans  l'affaire  de  ce  fameux  curé 
de  Loudun ,  Urbain  Grandicr  ,  condamné  au  feu 
comme  magicien  ,  par  une  commifîion  du  confeil. 
Ce  prêtre  etoit  fans  doute  repréhenfible  &  pour  les 
mœurs  &  pour  fes  écrits  ;  mais  l'hiftoire  de  Ion  pro- 
cès ,  &  celle  des  diables  de  Loudun  ,  ne  prouvent  en 
lui  aucun  des  traits  ,  pour  lefqucls  on  le  déclara  diic- 
ment  atteint  &  convaincu  du  crime  de  magie,  malé- 
fice &  pofTefTion  ,  &  pour  réparation  defquels  on  le 
condamna  à  être  brûlé  vif  avec  les  pades  &  carade- 
res  magiques  qu'on  l'accufoit  d'avoir  employé. 

En  1680,  la  Vigoureufe  &c  la  Voifin  ,  deux  fem- 
mes intriguantes  qui  fe  donnoient  pour  devineref- 
fes  ,  &  qui  réellement  étoient  empoiionncuies  ,  fu- 
rent convaincues  de  crimes  énormes  &  brûlées  vi- 
ves. Un  grand  nombre  de  perfonnes  de  la  première 
diOinction  furent  implic[uées  dans  leur  affaire  ;  elles 


S  O  Px. 

ftommerent  comme  complices  ou  participantes  de 
leurs  opérations  nidgiques  la  duthelie  de  Bouillon, 
la  comteliede  Soiiions  6c  le  duc  de  Luxembourg' 
fans  cloute,  aiin  de  tacher  d'obtenir  grâce  à  la  faveur 
de  protedions  li  puiliantes.  La  preTuiere  brava  les 
juges  dans  ion  interrogatoire  ,  &c  ne  fut  pas  mile  en 
priion,  maison  l'obligea  de  s'ablenter  pendant  qucl- 
cjuc  tems.  La  comtefic  deSoifions  décrétée  de  prile 
de  corps  ,  palla  en  Flandres.  Pour  le  duc  de  Luxem- 
bourg, acculé  de  commerce  avec  les  magiciennes  S{ 
les  démons,  il  fut  envoyé  à  laballille,  mais  élargi 
bientôt  après,  6c  renvoyé  ablous.  Le  vulgaire  attri- 
buoit  à  la  magie  ion  habileté,  dans  l'arr  de  la  guerre. 

Si  les  perlonnes  dont  nous  venons  de  parler  euf- 
fent  pratique  l'art  des  Jorciers ,  elles  auroicnt  fait  une 
e.vception ,  àce  que  dit  le  jurilconfulte  Ayrault ,  qu'il 
n'y  a  plus  maintenant  que  des  llupides  ,  des  paiyans 
6i  des  ruitres  qui  ioienty^/-c«/i.  On  a  raifon  en  effet 
de  s'étonner,  que  des  hommes  qu'on  luppole  avoir 
commerce  avec  les  démons  6c  leur  comiuander,  ne 
loient  pasmieux  partagés  du  côté  des  lumières  de  l'ef- 
prit, 6c  ucs  biens  de  la  fortune  ,  &  que  le  pouvoir 
quils  ont  de  nuire,  ne  s'étend  jamais  julqu'A  leurs 
actuiateurs  6c  à  leurs  juges.  Car  on  ne  donne  aucune 
railon  iatistailante  de  la  celiation  de  ce  pouvoir  ,  des 
qu'ils  font  entre  les  mains  de  la  juftice.  Delrio  rap- 
porte pourtant  quelques  exemples  à^^foràires  qui  ont 
lait  du  mal  aux  juges  qui  les  condamnoient ,  6c  aux 
bourreaux  qui  Ici  exécutoient;  mais  ces  faits  font  de 
la  nature  de  beaucoup  d'aiures  qu'il  adopte,  &  fon 
ieui  témoignage  n'elt  pas  une  autorité  fulfiiante  pour 
en  perluader  la  certitude  ou  la  vérité  aies  ledeurs. 

SORCIERE,  f.  f.  {Conchylwl.  )  nom  que  les  Bre- 
tons donnent  à  une  clpece  do.  jabot ,  qui  ell:  petite  ô£ 
plate.  Voye^Sk-QOT. 

L'animal  cpù  habite  ce  coquillage  efl  très-petit, 
&  à  fpirales  applaties  ;  cet  animal  ell  ombiliqué  ,  & 
tire  iur  la  couleur  cendrée  ,  avec  des  taches  brunes. 
Sa  chair  ell  reçue  dans  un  fac  brun  foncé  ;  fa  bouche 
efl  brune  ,  {ç.s  yeux  font  gros  &  noirs  ,  {q.%  cornes 
lent  de  la  même  couleur  &  coupées  dans  leur  largeur 
par  wwit  ligne  brune ,  ce  qui  les  rend  épailTes ,  6c  d'une 
pointe  fort  camufe. 

Trois  particularités  fe  trouvent  dans  ce  tcflacc  ;  la 
première  conlifle  dans  une  petite  languette  charnue, 
ferme  ,  &;  qui  paroît  lortir  du  fond  de  la  poche.  La 
féconde  efl  une  bafe  charnue  fiir  laquelle  il  rampe. 
Son  opercule  fait  la  troifieme  différence  ;  il  ell  mince 
&;  brillant. 

On  fait  de  fort  belles  fleurs  à  l'abbaye  de  la  Joie 
(à  aliènes  du  port  de  Lorient)  avec  du  burgau  & 
des  forcieres.  (Z>.  /.) 

Sorcières  de  Tiiejfalie ,  (Mytholog.')  la  fable  leur 
donnoit  le  pouvoir  d'attirer  par  des  enchantemens 
la  lune  fur  la  terre.  Elles  empruntoient  leurs  char- 
mes des  plantes  venimeufes  que  leur  pays  fournifîoit 
en  abondance  ,  depuis  que  Cerbère  paffant  par  la 
Theffalie  lorfqu'Hercule  l'emmenoit  enchaîné  au  roi 
de  Micènes  ,  avoit  vomi  fon  venin  fur  toutes  les  her- 
bes. Cette  fable  étoit  fondée  fur  les  plantes  vénéneu- 
fesou  fur  la  beauté  des  femmes  de  Theffalie.  (Z)./.) 

SORDIDITE  ,  f  f.  {Morale.)  fubflantif  énergique 
dont  notre  langue  devroit  s'enrichir ,  &  qui  expri- 
meroit  très-bien  une  avarice  bafle  &C  honteuf  e  :  «  fois 
»  économe  ,  mais  ne  fois  poinijordide ,  ce  n'efl  que 
»  pour  te  repofer  le  fbir ,  que  tu  dois ,  voyageur 
»  fenfé ,  profiter  du  matin  de  tes  jours  ,  t/ie  braminc 
»  infpir''d  »».   {D.  J.) 

SORESSA  ,  LAGO  DELL  A,  {Géog.  mod.')  lac  d'Ita- 
lie, dan-,  la  campagne  de  Rome.  Il  s'étend  dans  les 
marais  Pomptins ,  entre  le  fleuve  Sifto  &  la  plage 
romaine.  Il  a  vers  le  nord  un  émiffoire,  par  lequel 
il  fe  décharge  dans  le  lac  Crapolaccio ,  lequel  fe  perd 
lui-même  dans  la  mer.  (£>.  y.  ) 


s  O  R 

SORÉT  ,  (CP/o"'.  /720a,)  petite  provirtCê  des  îriJèS , 
dans  ies  états  du  Mogol.  Elle  touche  vers  le  levant 
au  royaume  de  Giizarate ,  &c  vers  le  ponant  à  la  mer. 
Elle  ert  peuplée  ,  &  la  ville  capitale  s'appelle  lan- 

SORGHO  ,  {Mût.  méd.  &  d'ut.  )  voyt^  MlL  ,  gros  , 
&  r  article  FaRINE  &  FARINEUX. 

SORGUE,  (  Gio^,.  mod.  )  ville  de  France  en  Pro- 
vence ,  dans  le  comtat  Venaiffin  ,  près  du  confluent 
où  iaSorgue ,  la  Nelque  &  la  Louvèfe  fe  jettent  dans 
le  Rhône  ,  à  près  de  deux  lieues  d'Avignon.  Long. 
3.2.  jo.  latit.  43.  66.  (  D.  J.) 

SoRGUE,  ia ,  (^Géogr.  mod.^  rivière  de  France 
clans  la  Provence  ,  au  comtat  Venaillin.  Elle  prend 
lii  iburce  à  la  célèbre  fontaine  deVauclufe  ,  à  une 
iieue  de  Gordes.  Elle  ie  lépare  en  trois  branches  , 
<lont  l'une  le  rend  dans  la  Neique ,  la  féconde  fe  joint 
à  la  Louvèle  ,  &  la  troifieme  le  jette  dans  le  R.hône 
au-deifous  d'Avignon.  (D.  J.) 

SORGUGE  ,  1".  t.  (  Ht/i.  mod.  )  c'eft  ainfi  que  les 
Turcs  nomment  une  aigrette  faite  de  plumes  ,'ô^;or- 
née  de  pierreries  que  l'on  porte  au  turban.  Lèful- 
tan  feul  a  le  droit  d'en  porter  trois.  Les  grands  pa- 
chas ou  gouverneurs  d'Egypte  ,  de  Babylone  &  de 
Damas  en  portent  une  feule  du  coté  gauche  ;  les  offi- 
ciers d'un  moindre  rang  portent  auiïi  une  aigrette, 
mais  elle  eft  toute  limple. 

SORI  ou  MONTi-SORI ,  (  Géog.  mod.  )  monta- 
gnes de  la  Sicile  dans  le  val  Demona.  Ce  font  les 
montagnes  que  les  anciens  ont  appellées  Hcrm  mon- 
tes ou  Junonïi  montes.  (  D.  J.  ) 

SORIA  ,  (  Gcog,  mod.  )  ville  d'Efpagne  dans  la 
vieille  Caftille  ,  près  de  la  fource  du  Duero  ,  bâtie 
en  partie  des  ruines  de  l'ancienne  Numance.  Longit. 
16.  J  4.  latit,  41.  4y.  (D.  J.) 

SORIE-SEGOViANE,  {Commerce  de  IrJm.)  laine 
d'agnelins  qui  vient  de  Ségovie  ,  ville  d'Elpagne.  il 
y  en  a  de  lavée  &  de  non-lavée.  Il  vient  auik  desyo* 
ries  deMoline,  de  Caltiile,  d'Aibarafin  &  de  Navarre. 
{D.  J.) 

SORISSAGE  ,  f  m,  (  Commerce  de  hareng.  )  façon 
que  l'on  donne  au  hareng  ,  en  le  fumant  à  un  feu  de 
bois  ou  de  charbon  dans  les  lieux  qu'on  appelle  rouf- 
fables.  Trévoux.  {D.  /. ) 

SORISTAi>J  ou  SOURIE  ,  (  Géog.  mod.)  province 
de  la  Turquie  anatique  fur  le  bord  de  la  Méditerra- 
née ,  entre  la  Caramanie  ,  l'Arménie  ,  le  Diarbeck 
&  l'Arabie.  Elle  comprend  la  io^i-r/e-propre  ,  la  Phé- 
nicie  &  la  Paleftine.  La  capitale  de  la  Sourie-^ïo^ro. 
eft  aujourd'hui  Alep. 

Le  Sorijlan  eft  un  pays  fertile ,  &:  qui  le  feroit  bien 
davantage  s'il  étoit  en  d'autres  mains  que  celles  des 
Turcs  ,  qui  ne  connoifl'ent  ni  le  travail ,  ni  l'agricul- 
ture ;  car  cette  région  eft  riche  en  pâturages  &  en 
bétail  \  elle  eft  arrofée  de  l'Euphrate  ,  de  l'Oronte  & 
autres  rivières  ,  &:  elle  eft  fournie  de  bons  ports  de 
mer.  La  langue  des  Souriens  d'aujourd'hui  eft  Tara- 
befque  ou  la  morefque  ,  qui  eft  la  même  ;  les  habi- 
tans  des  villes  marchandes  fttuces  fur  les  ports  ,  y 
parlent  aufti  un  jargon  italien ,  lans  liaifon  ni  iyn- 
laxe.  {D.  J.) 

SORITE  ,  f  m.  (  Logique.  )  un  argument  des  plus 
captieux  6c  des  plus  embarraffans  eft  celui  que  les 
Latins  nommçni  fori tes ,  du  grec/oroj,  qui  veut  dire 
\\n  monceau.  Cet  argument  eft  compofé  de  plufieurs 
propolitions  ,  peu  différentes  les  unes  des  autres  ,  & 
tellement  enchaînées,  qu'après  avoir  débuté  parune 
vérité  fenfible  &  inconteftable  ,  on  paflé,  comme  de 
proche  en  proche  ,  à  une  conclulion  évidemment 
faulfe. 

Pour  éviter  la  furprife ,  il  faut  fur-tout  prendre 
garde  que  tout  ce  qui  le  dit  de  l'attribut  fe  dlfe  aufti 
du  fujet.  Qu'il  n'y  ait  point  d'anibiguité  ni  dans  les 
fermes  ,  ni  dans  les  propofitions,    Qu'on  n'infère 


/  i 

point  de  pfopolîîions  négatives  pà'fmî  ïîe§  'ai^ifîSàti^ 
ves.  Que  la  propofition  qui  précède  immédiatement 
la  conclufion  ne  foit  point  négative ,  à-moiiis  que  Ift 
conclufion  ne  le  foit  aufti.  Que  la  liaifon  &  la  crâda=» 
tion  ,  qui  doit  être  entre  les  propofitions  ^  foit^jurte» 
Enfin  qu'il  n'y  ait  dans  le  forite  aucune  propoutioii 
particulière  ,  fi  ce  n'eft  peut-être  la  première.  Telleà 
l'ont  en  abrégé  les  judicieufes  règles  que  Facclolati  à 
détaillées  dans  un  difcours  fur  les  argumens  infolu* 
blés  ;  on  peut  le  confultcr.  (Z>.  /.) 

SORLÏNGUES,  LES ,  {Gcog.  mod.)  îles fttuées  fur 
la  cote  de  la  grande  Bretagne  ,  à  8  lieues  à  l'oueft 
de  la  pointe  la  plus  avancée  de  b.  province  de  Cor- 
nouaiile  ,  qui  eft  le  cap  de  Lands-End ,  où  elles  font 
rangées  en  rond.  On  en  compte  plus  de  cent  ;  maià 
dans  ce  nombre  ,  il  y  en  a  dix  plus  grandes  que  les 
autres.  Elles  font  la  plûp  -n  couvertes  d'herbes  ,  8s 
fournies  de  bons  pâturages  ;  cependant  on  y  voit 
force  rochers  &  écueiis,  ainfi  que  de  lapins  ,  de  orues 
&  d'oifeaux  aquatiques.  La  plus  grande  de  toutes  eft 
celle  de  Ste  Marie  qui  a  8  milles  de  circuit ,  avec  un 
havre  large  &:  commode.  La  reine  Elifabeth  y  fît 
conllruire  un  fort  où  l'on  tient  garnifon.  L'iie  de  Sll^ 
ly  eft'  la  féconde  en  grandeur,  iii  a  été  apparemment 
autrefois  plis  confidcrable  ,  pulfqu'eî'e  a  donné  le 
nom  de  Sillinœ.  à  toutes  les  autres. 

Cambden  en  comparant  ce  que  les  anciens  nous 
ont  appris  de  la  pofttion  &  de  l'hiftoire  des  îles  Caf- 
fitérides  ,  avec  la  connoiffance  exacte  au'il  avoit 
àesSorlingues  ,  a  découvert  le  premier  ik  prouvé  in^ 
vinciblement  l'identité  cachée  fous  ces  noms  diaé- 
rens. 

îl  réfulte  donc  que  les  îles  Sorlingues  font  les  Sil- 
linc:  owCaJfîtcridts  des  anciens  ,  nom  qui  leur  fut  don-» 
né  à  caule  de  leur  richefTc  en  mines  d'étain  ,  qui  ont 
été  connues  des  Phéniciens,  des  Tartéfiens,  des  Car- 
thaginois  ,  des  Romains  &  des  Marfeillois. 

Les  empereurs  romains  avoient  coutume  d'y  en- 
voyer des  perfonnes  coupables  de  quelques  crimes 
pour  travailler  aux  mines  ;  c'étoit  une  manière  de 
îùpplice  ufttée  dans  ce  tems-Ià  ,  comme  aujourd'hui 
d'envoyer  aux  galères. 

Les  anciens  habitans  de  ces  îles  portoient  des  ha- 
bits noirs  &  longs  ,  qui  defceadoient  jufqu'à  terre. 
Ils  fe  nourriftbient  de  leur  bétail  ,  &  vivoient  à  la 
manière  des  Nomades ,  n'ayant  aucune  dem.eure  fixei 
Leur  commerce  confiftoit  à  troquer  du  plomb  ,  de 
rétain  &  des  peaux  contre  de  la  vaifTelle  de  terre  , 
du  fel ,  &  quelques  petits  ouvrages  de  bronze  qu'on 
leur  donnoit  en  échange  :  ils  ne  fe  foucioient  point 
d'argent ,  &  même  ils  ne  s'appliquoient  pas  beau- 
coup au  travail  des  mines.  A  moitié  chemin  de  ces 
îles ,  au  cap  le  plus  avancé  de  la  province  de  Cor- 
nouaiile  ,  la  marée  découvre  quand  elle  eft  bafte  une 
île,  ou  plutôt  un  rocher,  nommé  autrefois  Liffta ^ 
aujourd'hui  Lctowrow  6c  tlu  Gui  phi  y  c'eft-à-dire  le 
goîifre.  {D.  J.) 

SO?K.NE  ,  f.  f.  terme  de  For^e ,  ce  mot  fignifîe  les 
fcorics  ,  les  écumes  ,  les  crabes  qui  fortent  du  fer  en  le 
forgeant.  Scorie  eft  le  terme  générique  dont  les  Mé- 
tallurgiftes  fe  fervent.  Le  mâchefer  eft  le  nom  que  les 
Serruriers  &  les  Maréchaux  donnent  aux  fcories  de 
fer  ;  mais  dans  les  groffts  forges  ,  on  les  appelleyôr- 
ncs.  {D.J.) 

SORNUM  ,  (  Géog.  anc.  )  ville  de  la  Dacc  ,  félon 
Ptolomée,. /.  ///.  c.  viij.  Lazius  dit  que  le  nom  nu)-* 
derne  eft  Sewrny  ,  que  d'autres  écrivent  Scnri':  ou 
Zeverin  ,  ville  de  la  haute  Hongrie  ,  fur  le  Danube, 
{D.J.) 

SORO,  LE  ,  {Gcog.  mod.)  en  latm  Suhur^  rivière 
de  Portugal  dans  rEftramado>n-e  ;  accrue  de  diverles 
autres  rivières ,  elle  fépare  l'Eftramadoure  de  l'Alen^ 
téjo  ,  &  tombe  dans  le  Tage  entre  Denayente  &C 
Salva-Terra.  {D.  J.) 


374 


S  O  R 


SORCCK  ,  (  Gcog.  JuoJ.)  petite  ville  de  la  Tur- 
quie européenne  ,  dans  la  Moldavie  fur  le  Nielk-r  ou 
Turla,  avec  un  château  pour  détenl'e.  Les  Polonois 
en  l'ont  les  maîtres.  {D.  ./.  ) 

SOROGA  ,  (  Gco^r.  anc.)  ville  (\c  la  haute  Pan- 
nonie  ,  &  une  de  celles  qui  ttolent  éloignées  du  Da- 
nube ,  (clou  Ptolomée ,  /.  //.  c.  xv.  Lazlus  croit  que 
c'eft  au)Ourd1iui  ^S'^i^-M^/"^.  {D.  J.) 

SORON  ,  (  Gdogr.  ar:c.  )  bois  du  PéloponnèCe  dans 
l'Arcadie  ,  cp.tre  loLadonoC  le  Plbphis.  Quand  vous 
avez  pafTé  le  Ladon  ,  dit  Paufanias ,  /.  llL.c.  xxUj. 
vous  prenez  par  les  villages  des  Argéathes  ,  des  Ly 
coates  ,  des  Scotines  ,  6c  vous  arrivez  au  bois  de 
Soron,  oi\  11  y  a  un  chemin  qui  vous  mené  à  Plbphis. 
Ce  bois  commence  toutes  les  autres  forêts  de  l'Ar- 
cadie ,  nourrit  des  langliers  ,  des  ours  (k.  des  tortues, 
dont  on  peut  faire  des  ly.es  auiH  belles  que  celles 
qui  le  font  des  tortues  des  Indes.  Vers  la  nn  du  bois 
de  Soron  ,  on  voyoit  les  ruines  d'un  ancien  village, 
que  l'on  nommoit  Paks.  (Z>.  /.) 

SORORES,  {Giog.  /znc.)  Strabon  ,  llv.  XVI. 
pag.  y4Ç).  dit  qu'on  donnolt  ce  nom  à  ces  quatre  vil- 
les ,  Antiocheprès  deDaphnc  ,  Selcucledansla  Pié- 
rie  ,  Apamce  &:  Laodicée ,  à  caufe  de  leur  amitié  & 
de  leur  concorde.  (£>./.) 

SCRP  ,  (  Giog.  mod.  )  fontaine  de  France  en  Pro- 
vence, au  diocèledeRiez,  &  dans  le  territoire  de 
Baudun.  Cette  fontaine  ell  li  conlidérable  ,  que  dans 
fa  Iburce  même ,  on  la  divife  en  dix  canaux  ,  qui  font 
moudre  dix  moulins  différcns.   {D.  J.) 

SOPvRAT  ,  f.  m.  (  H'ijl  nat.  Boian.  )  maltha  ; 
poilTon  du  genre  des  chiens  de  mer.  Il  a  les  dents 
larges  comme  celles  de  la  lamie,  ô>:  le  mufeau  court. 
II  refferable  au  milandre  par  le  nombre  &  la  pofiîion 
des  nageoires,  parla  queue  &  par  les  parties  inté- 
rieures; mais  il  n'a  pas  de  taie  devant  les  yeux,  La 
chair  àwfonat  eft  molle  &  laxaîlve.  Rondelet,  HijL 
nat.  des  poij/ofzs  ,  premUrc  partie  ,  iiv.  XIII.  Vojci 
îvIiLANDRE ,  Poisson. 

SORRENTO  ,  (  Geog.  mod.)  en  latin  Sunentum  ; 
ville  d'halle  ,  au  royaume  de  Naples  dans  la  terre  de 
labeur  ,  à  l'cxirémité  du  golfe  de  Naples ,  &  à  4 
lieues  à  l'oueft  d'Amalfî.  Long.  3  '•  -^o-  ^'^^-  4®-  38- 

Cette  ville  eft  décorée  d'un  archevêché  ;  mais  elle 
tire  la  principale  gloire  d'être  la  patrie  du  Taiîe  , 
^affo   Torquato. 

Ace  que  j'ai  déjà  dit  de  ce  beau  génie  ,  en  parlant 
du  poëme  épique  ,  je  vais  joindre  ici  d'autres  parti- 
cularités. 

L'amour  de  la  poélie  entraîna  tellement  le  Tafle, 
malgré  les  confeils  de  fon  père  ,  qu'il  publia  à  l'âge 
de  17  ans  fon  pocme  de  Renaud  ,  //  Rinuldo  ,  qui 
parut  à  Vénlfe  en  156a,  in-^^.  Il  avoit  lu  le  Roland 
furieux  de  l'Ariolle  ,  &:  s'étolt  fenti  piqué  d'une 
grande  émvi'ation  pour  ce  poète  ,  par  qui  fa  réputa- 
tion fut  fi  long  tems  balancée  ,  &  qui  lui  efi:  encore 
préféré  par  un  grand  nombre  de  beaux  efprits  d'Ita- 
lie. Comme  l'Ariofte  avoit  adrelTé  fon  poëme  à  un 
cardinal  d'EH  ,  le  Taffe  voulut  à  l'envi  fe  cholfir  \m 
patron  du  même  nom  &:  de  la  même  qualité  ;  en  un 
mot ,  débuter  par  un  nom  célèbre,  &  par  les  éloges 
d'une  malfon  capable  de  fouîenlr  fa  mufe  nailîante. 
Mais  pour  adoucir  le  chagrin  que  cette  réfolution 
donnerolt  à  fon  père  ,  il  tâcha  de  le  le  rendre  favo- 
rable par  deux  Itrophes  qui  finllTent  fon  poëme  ,  dans 
lesquelles  ,  parlant  à  fon  ouvrage  ,  il  lui  ordonne 
d'aller  fe  ibumettre  à  fa  ccnfure  ,  en  des  termes  auiil 
fins  &  aulTi  délicats  ,  que  pleins  de  refpeft  ,  de  re- 
connoliTancc  &  de  tendrelTe.  Ce  poëme  lui  acquit 
l'ertime  des  favans  &:  des  académies  d'Italie.  Les 
louanges  qu'on  lui  adrelfa  de  toutes  parts ,  l'ambition 
d^être  mis  au-defliis  de  fes  concurrens,  6c  fon  goût 
invincible  pour  la  poéfie,  lui  firent  abandonner  la 
jurilprudcnce ,  malgré  la  médiocrité  de  fa  fortime,  & 


S   O  R 

tous  les  efforts  de  ce  même  père  pour  l'arracher  à  \m 
penchant  naturel ,  qui  ne  produit  d'ordinaire  qu'une 
magnlHque  fumée. 

A  l'âge  de  27  ans  il  fuivit  en  France  le  cardinal 
d'Ell  ,  &  fut  reçu  du  roi  Charles  IX.  difcnt  leshifto- 
nens  d'Italie  ,  avec  une  blenveuillance  linguliere.  On 
n'en  peut  pas  donner,  ajoutent-ils  ,  une  preuve  plus 
forte  que  ce  qui  le  pafi'a  à  l'occafion  d'un  homme  de 
lettres  qui  avoit  été  condamné  à  mort.  C'étolt  un  poè- 
te de  quelque  réputation  ;  il  étoit  tualhcureufement 
tombé  dans  un  crime  énorme.  Le  Taffe  ,  tant  en  fa- 
veur des  mules  ,  que  par  compalïïon,  réfolut  d'aller 
demander  fa  grâce  au  roi.  Il  le  rendit  au  Louvre  ; 
mais  il  apprit  en  arrivant  que  le  roi  venolt  d'ordon- 
ner que  lalentencefàt  exécutée  en  peu  de  jours  ,  & 
qu'il  avoit  déclaré  Id-defùis  fa  volonté.  Cette  décla- 
ration d'un  prince  qui  ne  revenoit  guère  de  fesrélo- 
lutlons  ,  n'étonna  point  le  ïalTe.  Il  lepréfentaau  roi 
avec  un  vifage  ouvert:  «  Sire,  lui  dit-il,  je  viens 
»  fupplier  votre  majelté ,  de  laifîer  périr  par  les  lois 
»  u^^malheureux  ,  qui  a  fait  voir  par  fa  chute  fcan- 
»  daleufe  ,  que  la  fragilité  humaine  met  à  bout  tous 
»  les  enfeigncmens  de  la  philolophie  ».  Le  roi  frappé 
de  cette  réllexionduTalié  ,  &  de  cette  manière  de 
demander  grâce  ,  lui  accorda  la  vie  du  ciiminel.  C'eft 
dommage  que  les  hilloriens  françols  n'ayent  point 
confirmé  cette  anecdote  Italienne. 

Le  TalTe  de  retour  à  Ferrare  en  i  573  ,  donna  VA- 
jmnu,c[\n  fut  repréfentée  avec  un  grand  fuccès.  Cette 
pallorale  ell  l'original  du  Berger  fidèle  &  de  la  Philis 
de  Sciros.  On  fut  enchanté  de  la  nouveauté  dufpec- 
tacle  ,  &  de  ce  mélange  de  berg?rs  ,  de  héros  &  de 
divinités  qu'on  n'avoit  pas  vu  encore  enfemble  fur 
le  théâtre.  Il  parut  aux  yeux  des  Ipedateurs  comme 
un  tableau  brillant,  où  i'imaglnation  &  la  main  d'un 
grand  peintre  expofoient  en  même  tems  dans  un  beaa 
payfage  la  grandeur  héroïque  ,  &  la  douceur  de  la 
vie  champêtre.  L'auteur  s'étolt  dépeint  lui-même 
dans  ce  poëme  ,  fous  la  perfonne  de  Tircis,  &  s'y 
montroit  dans  cet  état  tranquille  oîi  i'avoit  mis  la 
protection  du  duc  de  Ferrare  ,  &:  dans  cet  heureux 
loilir  qu'il  confacrolt  aux  mules.  On  y  voyoit  le  por- 
trait du  duc  6c  de  fa  cour  touché  d'une  manière  aulîi 
fine  que  fpirituelle  :  tout  cela  étoit  rehauffé  par  l'o- 
dieule  peinture  deMopfe  ,  lous  le  nomduquelleTaf- 
fe  défigne  un  de  les  envieux.  On  prétend  encore 
qu'il  y  a  décrit  l'amour  dont  il  brCdoit  en  fecret  pouf 
la  prlncelle  Léonore  fœur  du  duc  ,  paillon  qu'il  a  tou- 
jours cachée  avec  beaucoup  de  loin. 

Quoi  qu'il  en  foit,  cette  pallorale  eu  d'une  grande 
beauté.  L'auteur  y  a  Icrupuleufement  obfeivé  les 
règles  prcfcrites  par  Arillote  fur  l'unité  du  lieu ,  & 
fur  celle  des  caractères.  Enfin  il  afu  foutenir  l'intérêt 
de  fa  pièce  en  ménageant  dans  fon  fujet  des  fitua- 
tions  intéreffantes.  On  peut  cependant  lui  reprocher 
quelquefoib  de  la  Iccherelî'e  ,  6c  fur-tout  ce  nombr» 
de  récits  confécutifs  ,  qui  ne  donnant  rien  à  la  repré- 
fentation  ,  lailîentfans  occupation  un  des  principaux 
fens  ,  par  l'organe  duquel  les  hommes  font  plus  faci- 
lement touches.  Le  pcre  Bouhours  condamne  avec 
raifon  la  Silvie  du  TalTe  ,  qui  en  fe  mirant  dans  une 
fontaine  ,  &  en  fe  mettant  des  fleurs ,  leur  dit  qu'elle 
ne  les  porte  pas  j)our  le  parer  ,  mais  pour  leur  faire 
honte.  CÀlte  penlée  n'eiî:  point  naturelle  à  une  ber- 
gère. Lesileurs  font  les  ajuftemens  qu'elle  emprunte 
de  la  nature  ,  elle  s'en  met  lori'quelle  veut  être  plus 
propre  &  plus  parée  qu'à  l  orùlnaire  ,  &  elle  efl  bien 
éloignée  de  longer  qu'elle  puilTe  leur  faire  honte. 

L' Jrninte  fut  imprimée  pour  la  première  fois  en 
I  581  ,  avec  les  Ri/ms  du  Taife  ,  à  Venhe  ,  par  Aide 
le  jeune  ,  in-8°.  &  dans  les  autres  recueils  des  œu- 
vres de  l'auteur  ,  qui  parurent  aulîi  à  Venife  les  an- 
nées fulvanies  en  1.581  &  1583.  Depuis  il  i'enefl  fait 
plulieius  éditions léparémem:.  Ménage  en  donna  une 


v_ 


s  O  R 

Paris  en  165^  ,  in-4'^.?.vec  des  remarqués  ,  iiirlef- 
iieiles  l'académie  cLUa  Crujca  fît  des  observations 
ue  le  tradudeur  a  inférées  à  la  page  74.  de  fes  mef- 
Dlanze,  imprimées  à  Paris  en  1 678,  in-^°.  Il  y  a  auffi 
ne  édition  del'Aminte  fort  jolie  ,  taiteà  Amfterdam 
n  1678.    On  en  a  des  tradudions  en  plulieurs  lan- 
Lies  ,  &  même  en  latin.  En  1734  &  1735  il  y  en  a 
Li  deux  en  François  ;  la  première  de  M.  Pecquet ,  & 
i  féconde  de  M.  TEfcalopier.  Il  a  paru  auiïï  une  tra- 
uûion  angloife  de  l'Aniinte  à  Londres  en  1628  , 
2-4°.  Jean  de  Xauregui  en  a  publié  une  verfion  ef- 
agnole  à  Séville  en  16 1 8  ,  in-^°.  On  en  a  donné  une 
aduftion  hollandoife  à  Amilerdam  en  1715,  in-8°. 
Le  Taffe  acheva  en  1574,  à  l'âge  de  30  ans ,  fa 
èrufaUm  délivrée.  La  première  édition  complette  de 
c  beau  poëme  épique  parut  à  Ferrare  ,  l'an  i  581  , 
hez  Vittorio  Baldini ,  m- 4°.  Il  s'eft  fait  quantité  de 
raduftions  de  la  Jérufalem  délivrée  dans  toutes  les 
inoues.  Scipion  Gentilis  en  a  traduit  les  deux  pre- 
miers livres  en  vers  latins,  fous  ce  titre.  SoUmàdos 
hfi  duo prioTCS  ,  de  Torquati  Tafll  italicis  expreffi  , 
''enifc  1585,  in-4°.  Il  y  en  a  deux  traduftions  elpa- 
noles,  l'une  de  Jean  Scdeno,  imprimée  à  Madrid  en 
'jSj,in-8°.  l'autre  d'Antoine  Sarmento  de  Mendofa, 
ui  parut  dans  la  même  ville  en  1649,  '■"■■^°'  Faiî"- 
IX  a  traduit  ce  poëte  en  anglois  avec  beaucoup  d'é- 
îgance  &  de  naturel  ,  &  tout-à-la-fois  avec  une 
xaClitude  fcrupuleufe.  Chaque  ligne  de  l'original 
i\  rendue  par  une  ligne  correfpondante  dans  la  tra- 
u£tion.;  c'eft  dommage  qu'il  ait  fervilement  imité 
italien  dans  fes  fiances  ,  dont  la  prolixe  uniformité 
épiait  dans  un  long  ouvrage.  M.  Hill  en  a  donné  une 
ouvelle  traduftion  imprimée  à  Londres  en  171 3. 
Gabriel  Fafagno  en  a  fait  une  verfion  en  langue  na- 
loliîaine ,  imprimée  à  Naples  en  1720, in-fol.  Le  poë- 
iie  &  la  Verlîon  napolitaine  font  lur  deux  colonnes. 

Les  François  fe  font  auHi  empreffés  à  donner  des 
radudions  de  ce  poëme  ;  la  première  6l  la  plus  mau- 
.'aife  de  toutes  ,  efl  celle  de  Vigenere  ,  qui  parut 
1  Paris  en  1595,^/2-4°.  &  i  598, //2-^°.  Les  endroits 
ju'il  a  mis  en  vers  ,  déplailent  encore  plus  que  fa 
)rofe.  Depuis  Vigenere  ,  on  a  vu  plufieurs  autres 
raduftions  envers  alexandrins  de  la  Jérufalem  ,  mais 
uicune  de  ces  traductions  n'a  réuffi.  Enfin  en  1724 
v-I.  Mirabaud  publia  une  tradudion  en  profe  de  la  Jé- 
iifalem  délivrée  ,  &  il  en  donna  une  nouvelle  édi- 
ion  beaucoup  meilleure  en  1735. 

On  n'ignore  point  les  jugemens  qu'un  grand  nom- 
are  de  favans  de  tous  les  pays  ont  porté  de  ce  célè- 
bre poëme ,  foit  en  fa  faveur  ,  foit  à  fon  défavantage , 
k  je  ne  crois  pas  devoir  m'y  arrêter  ici.  La  critique 
ie  M.  Defpréaux  a  non-feulement  révolté  les  Italiens, 
mais  prefque  tous  les  François.  Il  efl  vrai  cependant 
que  Defpréaux  eftimoit  le  Taffe  ,&  qu'il  enconnoif- 
foit  le  mérite  ;  autrement  comment  auroit-pu  dire  de 
cet  illuftre  poëte  ? 

//  n  eût  point  de  fon  livre  illuflré  V Italie  , 

Si  fon  fage  héros  toujours  en  oraifon  , 

N'eût  fait  que  mettre  enfin  fatan  à  la  raifon; 

Et  fi  Renaud .,  Jegarid ,  Tancrede  &  fa  maitrejfe  , 

ii\ufjent  difonfujet  égayé  la  trifejj't. 

M.  l'abbé  d'Olivet,  dans  fon  hiftoire  de  l'acadé- 
mie françoife  ,  affure  avoir  entendu  tenir  à  M.  Def- 
préa\ix  le  difcours  fuivant  ,  peu  de  tems  avant  fa 
mort,  à  une  peH'onne  qui  lui  demanda  s'il  n'avoit 
point  change  d'avis  lur  le  Taffe  :  «  J'en  ai  fi  peu  chan- 
»  gé ,  dit-il ,  que  le  relifant  dernièrement ,  je  fustrès- 
»  fâché  de  ne  m'être  pas  expliqué  un  peu  au  long 
»  dans  quelqu'une  de  mes  réilexions  fur  Longin. 
»>  J'aurois  commencé  par  avouer  que  le  Talî'e  a  été  un 
>»  génie  fublime, étendu,  heureulement  né  ù  la  poé- 
♦>  fie  &  à  la  grande  poéfic  ;  mais  cnluite  venant  à  l'u- 
V  fage  qu'il  a  fiutdelestalens ,  j'aurois  montré  que 


S   O  Ë. 


M 


»  le  bon  fens  n'efc  pas  toujours  ce  qui  domine  chez 
»  lui  ;  que  dans  la  plupart  de  fes  narrations  ,  il  s'at- 
»  tache  bien  moins  au  néceffaire ,  qu'à  Ta^réable  • 
»  que  fes  defcriptions  font  trop  chargées  d'orne- 
>»  mens  fuperflus  ;  que  dans  la  peinture  des  plus  for- 
»  tespaffions,  &  au  milieu  du  trouble  qu'elles  ve- 
»  noient  d'exciter,  fouvent  il  dégénère  en  traits  d'ef- 
»  prit  qui  font  tout-à-coup  ceffer  le  pathétique  ;  qu'il 
»  eft  plein  d'images  trop  fleuries  ,  de  tours  affeâés , 
»  de  pointes  &  de  peniées  frivoles  ,  qui  loin  de  pou- 
»  voir  convenir  à  fa  Jérufalem  ,  pourroient  à-peine 
>>  trouver  place  dans  fon  Amlnte.  Or  ,  conclut  M. 
»  Defpréaux  ,  tout  cela  oppofé  à  lafàgeffe ,  à  la  gra- 
»  vite ,  à  la  majeffé  de  Virgile ,  qu'eft-ce  autre  chofe 
»  que  du  clinquant  oppofé  à  de  l'or  »  }  Cependant 
il  efl  toujours  certain  ,  malgré  les  réflexions  de  Def- 
préaux ,  que  la  Jérufalem  du  Taffe  efî  admirable  par 
la  conduite  ,  l'intérêt,  la  variété,  les  grâces &; cette 
nobleffe  qui  relevé  le  fublime. 

Sa  tragédie  de  Torrifmond  ,  il  Torrifmondo ,  parut 
à  Vérone  en  i  5  87 ,  in-8°.  Mais  le  Taffe  lui-même  n'é- 
toit  pas  content  de  cette  pièce,  &  fe  plaignoit  de  fes 
amis  qui  la  lui  avoient  arrachée  des  mains,  &  l'a- 
voient  publiée  avant  qu'il  eût  pu  la  mettre  dans  la 
perfedion  où  il  la  fouhaitoit.  Dalibray ,  poëte  du 
dernier  fiecle  ,  en  a  fait  unetradudion  libre  en  vers 
françois  ,  au-devant  de  laquelle  il  a  mis  un  difcours 
où  l'on  trouve  de  bonnes  réflexions  fur  le  génie  de  la 
tragédie ,  fur  celui  du  Taffe ,  &  fur  la  tragédie  de  Tor- 
rifmond en  particulier.  Cette  traduûion  de  Dali- 
bray ,  quoique  pefante&profaïque,  fut  jouée  deux 
fois  ,  &  imprimée  à  Paris  en  1636  ,  //z-40. 

Le  Taffe  laffé  des  critiques  qu'on  faifoit  de  fa  Jéru- 
falem délivrée,  fe  propofa  de  faire  un  nouvel  ouvra- 
ge ,  fous  le  titre  de  la  Jérufalem  conquife,  U  Jerufw 
lemme  conquiflata  ,  iibri  XXI f^.  Ce  poème  parut  à 
Rome  en  I  593  ,  in- 4^.  mais  il  n'a  point  été  reçu  avec 
le  même  applaudiffement  que  le  premier,  où  l'auteur 
s'étoit  abandonné  A  fon  ggnle  ,  au-lieu  que  dans  la 
Jérufalem  conquife  il  s'eft  propofé  de  s'accommoder 
en  quelque  manière  au  goût  &  aux  idées  de  fes  cri- 
tiques. 

Toutes  les  œuvres  de  ce  beau  génie  ont  été  im- 
primées enfenible  avec  fa  vie  par  Jean-Baptill:e  Man- 
fo  fon  ami ,  à  Florence  en  1724  ,  en  fix  vol.  in-foL 
Les  deux  premiers  tomes  contiennent  fes  poéfies  :  la 
Jérufalem  délivrée  ,  la  Jérufalem  conquife  ,  le  Re- 
naud ,  le  poërne  fur  la  création,  Torrifmond,  l'A- 
minte  :  les  autres  poelies  font  divilées  en  trois  claf- 
fes.  I.  Poéfies  galantes.  2.  Poéiles  héroïques.  3.  Poé- 
fies facrées  &  morales.  Elles  font  fui  vies  de  cjuelques 
pièces  imparfaites  du  Taffe,  &  de  quelques-unes  de 
celles  qui  paffent  fous  fon  nom.  Les  ouvrages  en  proli» 
forment  les  tomes  III.  &  IV.  Ils  confiftent  en  vingt- 
cinq  dialogues  fur  différens  fujets  ,  &  environ  qua- 
rante difcours  ou  autres  pièces  fur  diverfes  matières 
d'érudition,  principalement  fur  l'art  poétique  ,  fur  le 
poëme  épique  ;  tout  cela  eff  fuivi  de  la  défenfe  de  la 
Jérufalem  délivrée.  Le  tome  V.  efl  divifé  en  deux 
parties;  dans  la  première  fe  trouvent  les  lettres  fa- 
milières &  poétiques  du  Taffe  ;  dans  la  féconde  fept 
pièces  de  l'académie  dellaCrufca,  &  d'autres  beaux- 
efprits  d'Italie  ,  concernant  les  difputes  fur  les  poé- 
fies de  l'auteur  &  celles  de  l'Ariolle.  Le  VI.  tome 
contient  dix-huit  pièces  ,  dialogues  ou  difcours  fur 
le  même  fujet ,  c'efl-à-dire  pour  ou  contre  le  Taffe. 
(  Le  chevalier  DE  J AU  COURT.  ) 

SORRETERIE ,  f.  f.  (Co/tzot.)  lieu  où  l'on  fait  ibr- 
rer  les  fardines. 

Prefque  toutes  les  fiirdincs  de  Douarncnez  ,  dans 
le  reffort  de  l'amirauté  de  Quimpcr  en  Bretagne ,  f« 
preffent;  on  ne  les  fidoit  pas  autrefois  en  barij  ,  com- 
me on  fait  à-préfent ,  on  les  Ibrroit  de  la  même  ma- 
nière dont  on  boucane  encore  aujourd'hiù  Us  ha,-^ 


376 


S  O  R 


rcngs-fors  en  Picardie  &  en  Normandie.  Il  s'en  fai- 
ibit  un  grand  commerce  le  long  des  côtes  d'Efpa- 
giie  ik.  Italie  :  depuis  qu'on  s'elt  mis  à  les  ialer  en 
barils ,  ce  premier  commerce  elt  tombé  de  manière 
qu'on  ne  forre  plus  guère  de  iardincs  ;  à-préient  les 
iardi'nes  falces  le  mangent  pour  la  plupart  crues  par 
les  Balques  &  les  garçons  des  vignobles  où  l'on  les 
fait  pader. 

Les  lieux  où  l'on  fait  ibrrctcr  les  fardines  font  éta- 
blis à-peu- près  delà  même  manière  que  les  roufla- 
bles  où  l'on  fait  fumer  en  Normandie  les  harengs- 
fors.  On  fale  à  terre  les  fardines  en  tas  ou  en  gre- 
nier ;  on  les  arrange  de  tête  en  queue  ,  en  forme  de 
demi-ovale  ;  on  feme  entre  chaque  lit  du  fel ,  com- 
me on  fait  aux  fardines  que  l'on  prépare  pour  être 
preflées  ;  on  les  lailVe  ainfi  en  tas  pendant  deux  ou 
trois  jours  au  plus.  Quand  on  veut  que  cet  apprêt 
foit  doux  &  moins  acre  ,  on  fale  les  fardines  avec 
de  vieux  fel  repofé  d'une  année  ,  parce  que  le  polf- 
fon  apprêté  de  fel  neuf  ou  nouveau  ,  ell  bien  moins 
délicat  ;  après  qu'il  eit  reflé  lufKfamment  au  fel ,  on 
pafTe  dans  de  petites  brochettes  de  bois  les  fardines 
de  la  même  manière  que  celles  qu'on  mtt  en  prefTe; 
on  les  lave  de  même  dans  l'eau  de  mer  ,  &  enluite 
dans  l'eau  douce  ;  après  quoi  on  les  pend  dans  hjor- 
reurie,  comme  on  fait  les  harengs  ;  on  les  laifle  égout- 
ter  pendant  14  heures  avant  d'y  faire !e  feu,  qui  dure 
ordinairement  7  à  8  jours  fi  le  tems  eu  fec  ,  fmon 
pendant  10  jours  &  plus  s'il  eft  humide. 

Le  feu  qu'on  fait  pour  iorreter  les  i'ardines ,  ell  fait 
avec  du  bois  de  chêne  &  des  copeaux  de  tonnelier 
ou  de  menuifier  ,  que  l'on  recouvre  enfuite  de  cen- 
dres des  landes  brùlées;pour  lui  faire  rendre  plus  de 
fumée  ,  on  met  le  feu  le  long  des  pentes  des  bro- 
chettes. 

Le  lieu  qui  fert  à  cette  préparation  eft  une  falle  ou 
efpece  de  cellier  fans  étage  au-deffus,  avec  une  che- 
minée dont  l'embouchure  occupe  toute  la  largeur  de 
la  pièce  ,  le  long  de  laquelle  iont  pendues  les  far- 
dines. 

On  ne  commence  guère  à  forreter  à  Douarnenez , 
que  vers  la  f.n  de  la  pêche ,  parce  qu'alors  ce  font  les 
plus  giofles  fardines  qui  viennent  à  la  côte,qu'elles  ran- 
gent toujours  pour  paifer  l'embouchure  du  canal, 
vers  la  fin  de  Décembre  ou  au  plus  tard  vers  la  fin  de 
Janvier.  Foye\la  Jig.  t.  PL.  XUI.d^  pêche. 

SORT ,  (^Jiirifprud.')  On  entend  par  ce  terme , 
le  hafard  produit  dans  les  partages  ;  après  avoir  for- 
mé les  lots,  ils  fe  diftribuent  ou  par  choix  ou  par 
convention,  ou  enfin  on  les  tire  an  fort.  Dans  ce  der- 
nier cas,  on  fait  autant  de  petits  billets  qu'il  y  a  de 
lots  ,  &C  l'on  écrit  fur  l'un  premier  lot  ,  &:  fur  l'autre 
fuond  lot ,  6l  ainll  des  aiures.  On  mêle  enfuite  ces 
billets  après  les  avoir  plies  ou  roules ,  &  on  les  fait 
tirer  l'un  après  l'autre,  un  pour  chaque  héritier, 
fuivant  l'ordre  de  progéniture;  ^  fclon  le  billet  qui 
cchet ,  on  écrit  dans  le  partage  que  U  premier  lot  efl 
advenu  à  un  tel  ^  le  fécond  à  un  tel.  voye\  LoTS  6* 
Partage,  (^) 

Sort  ,  (Critiq.ficr.')  manière  de  décider  les  chofes 
par  le  halard.  Cetufage  eft  très-convenable  dans  plu- 
fieurs  occafions ,  fur-tout  dans  celles  où  il  n'y  a  au- 
cune raifon  de  préférence.  Alors  l'auteur  des  Pro- 
■vcr^w  a  raifon  de  dire  que  le/y//  termine  toute  dif- 
pute.  Son  ufage  étoit  fréquent  chez  les  Hébreux , 
comme  cela  paroît  dans  plufieurs  endroits  de  l'Ecri- 
ture. La  terre  promife  fut  partagée  au  fort.  Les  Lévi- 
tes reçurent  leur  lot  par  le  même  moyen.  Dans  le 
jour  de  l'expiation  ,  on  jettoit  le  fort  lur  les  deux 
boucs,  pour  favoir  lequel  des  deux  feroit  immolé. 
David  diflribua  par  lejôrt  les  rangs  aux  vingt-quatre 
bandes  de  prêtres  qui  dévoient  fervir  dans  les  tem- 
ples. Quand  il  fut  queftion  de  remplir  la  place  de 
Judas  dans  rapoilolitt,le/or/  tomba  fur  fuintMat- 


S  O  R  ' 

thias.  Enfin  la  robe  de  Jéfus-ChriO:  fut  jettée  rmfort. 

Mais  la  manière  de  tirer  lefort  chez  les  Juifs,  n'cff 
pas  marquée  fort  diilinftement  dans  l'Ecriture  ;  & 
nous  n'en  voyons  qu'une  forte  exprimée  dans  Salo- 
mon.  On  jettoit  les /or.'i  (apparemment  des  billets) 
dans  le  pan  d'une  robe,  d'où,  après  les  avoir  bien  ' 
mêlés  ,  on  les  tiroit  pour  la  décilion. 

Le  mot  fort  défigne  encore  dans  l'Ecriture  l'effet 
du  fort  y  le  partage.  La  méchante  femme  doit  être  le 
partage  des  pécheurs, yô/-i  peccatorum .,  Ecclcf.  xxv. 
2.G.  c'elt-à-dire ,  que  le  pécheur  mérite  de  fouffrir  la 
mauvaife  humeur  d'une  méchante  femme  plutôt  cjue 
l'homme  vertueux  ;  mais  malheureufement  le/ôrz  ne  ' 
le  décide  pas  toujours  ainfi.  (Z).  7.) 

Sorts  ,  (Théologie  payenne  ^fortes.  Le  fort  eft  l'ef- 
fet du  hafard  ,  &  comme  la  décifion  ou  l'oracle  de  la 
fortune  ;  mais  les  forts  font  les  inllrumens  dont  on  fe 
fert  pour  favoir  quelle  eft  cette  décifion. 

Les  forts  étoient  le  plus  fouvent  des  efpece  de  dés,  ^ 
fur  lefquels  étoient  gravés  quelques  caradleres  ou  " 
quelques  mots  dont  on  allolt  chercher  l'explication 
dans  des  tables  faites  exprès.  Les  ufages  étoient  dif- 
férens  fur  les  forts.  Dans  quelques  temples  on  les 
jettoit  loi-même  ;  dans  d'autres  on  les  faifoit  fortir 
d'une  urne ,  d'où  eft  venue  cette  manière  de  parler 
fi  ordinaire  aux  Grecs  ,  le  fort  ejl  tombé. 

Ce  jeu  de  dés  étoit  toujours  précédé  de  facrifices 
&  de  beaucoup  de  cérémonies  ;  apparemment  les 
prêtres  favoient  manier  les  dés  ;  mais  s'ils  ne  vou- 
loient  pas  prendre  cette  peine  ,  ils  n'avoient  qu'à  les 
lailTer  aller;  ils  étoient  toujours  maîtres  de  l'expli- 
cation. 

Les  Lacédémoniens  allèrent  un  jour  confulter  les 
forts  de  Dodone,  far  quelque  guerre  qu'ils  entre- 
prenoient;  car  outre  les  chênes  parlans,  &  les  co- 
lombes &  les  baffins  &  l'oracle  ,  il  y  avoît  encore 
d-Qs  forts  à  Dodone.  Après  toutes  les  cérémonies  fai- 
tes ,  fur  le  point  qu'on  alloit  jctter  les  forts  avec 
beaucoup  de  refpect  &  de  vénération ,  voilà  un  finge 
du  roi  des  Moloftes,  qui  éta.nt  entré  dans  le  tem.ple, 
renverfe  les  forts  6c  l'urne.  La  prûtreffe  effrayée  dit 
aux  Lacédémoniens  qu'ils  ne  dévoient  pas  fonger  à 
vaincre ,  mais  feulement  à  fe  fauver  ;  &  tous  les  écri- 
vains affurent  que  jamais  Lacédémone  ne  reçut  un 
préfage  plus  funefte. 

Les  plus  célèbres  entre  les  forts  étoient  à  Prénefte 
&  à  Antium ,  deux  petites  villes  d'Italie.  A  Prénefte 
étoit  la  fortune,  (k  à  Antium  les  fortunes.  Foy.  Sorts 

DE  pRÉNESTE. 

Les  fortunes  d'Antlum  avoient  cela  de  remarqua- 
ble ,  que  c'étoient  des  ftatues  qui  fe  remuoient  d'el- 
les-mêmes ,  félon  le  témoignage  de  Macrobe  ,  /.  /. 
c.  xxiij.  &  dont  les  mouvemens  diftérens ,  ou  fer- 
voient  de  réponfe ,  ou  marquoient  fi  l'on  pouvoit 
confulter  les  forts. 

Un  paftage  de  Ciceron  ,  au  liv.  IL  de  la  divination^ 
où  il  dit  que  l'on  confultoit  les  forts  de  Prénefte  par 
le  confentement  de  la  fortune  ,  peut  faire  croire  que 
cette  fortune  favoit  aufti  remuer  la  tête ,  ou  donner 
quelqu'autre  figne  de  fes  volontés. 

Nous  trouvons  encore  quelques  ftatues  qui  avoient 
cette  même  propriété.  Diodore  de  Sicile  &  Quint- 
Curce  difent  que  Jupiter-Ammon  étoit  porté  par  qua- 
tre-vingt prêtres  dans  une  efpece  de  gondole  d'or, 
d'où  pendoient  des  coupes  d'argent;  qu'il  étoit  fui\^ 
d'un  grand  nombre  de  femmes  6c  de  filles  qui  chan- 
toicnt  des  hymnes  en  langue  du  pays  >  &  que  ce  dieu 
porté  par  fes  prêtres ,  les  conduiloit  en  leur  mar- 
quant par  quelques  mouvemens  où  il  vouloir  aller. 

Le  dieu  d'Héliopolis  de  Syrie  ,  félon  Macrobe ,  en 
faifoit  autant  :  toute  la  différence  étoit  qu'il  vouloit 
être  porté  par  les  gens  les  plus  qualifiés  de  la  pro-      j| 
vincc  ,  qui  eufi"ent  long-tems  auparavant  vécu  en 
continence ,  ^  qui  fe  fulfent  fait  rafer  la  tête. 

Lucien, 


s  O  R 

Lucien ,  dans  le  traite  de  la  dêejft  di  Syrie ,  dit  qu'il 
vu  un  Apollon  encore  plus  miraculeux  ;  car  étant 
orté  i\ir  les  épaules  de  les  prêtres  ,  il  s'avila  de  les 
ifler  I;: ,  &  de  k  promener  par  les  airs ,  &  cela  aux 
eux  d'an  honuue  tel  que  Lucien ,  ce  qui  elt  confi- 
érablc. 

Dans  rOrient  \qs  forts  étoient  des  flèches ,  &  au- 
lurd'hui  encore  les  Turcs  &:  les  Arabes  s'en  fervent 
£  la  même  manière.  Ezéchiel  dit  que  Nabuchodo- 
Dfor  mêla  fes  flèches  contre  Ammon  &  jcrufalem  , 
:  que  la  flèche  Ibrtit  contre  Jérufalem.  C'étoit-ià 
ne  belle  manière  de  réloudre  auquel  de  ces  deux 
euples  il  feroit  la  guerre. 

Dans  la  Grèce  &  dans  l'Italie  on  tiroit  fouvent  les 
<rts  de  quelque  poëre  célèbre,  comme  Homère  ou 
urypide  ;  ce  qui  fe  prélentoit  à  l'ouverture  du  li- 
re ,  étoit  l'arrêt  du  ciel.  L'hiftoire  en  fournit  mille 
ïemples.  Foye:^  SoRTS  A^Homcre. 

On  voit  même  que  quelques  200  ans  après  la 
lort  de  Virgile ,  on  faifoit  déjà  afTez  de  cas  de  fes 
ers  pour  les  croire  prophétiques, &  pour  les  met- 
e  en  la  place  des  forts  qui  avoient  été  à  Prénefle  ; 
îr  Alexandre  Severe  encore  particulier ,  &  dans  le 
;ms  que  l'empereur  Héliogabale  ne  lui  vouloir  pas 
e  bien  ,  reçut  pour  réponfe  dans  le  temn'c  de  Pré- 
efte  cet  endroit  de  Virgile  dont  le  fens  elt  :  «  Si  tu 

peux  furmonter  les  deflins  contraires ,  tu  feras 
Marcellus.   Voye^  Sohts  de  Virgile. 

Les  forts  pafîerent  jufque  dans  le  chrilîianifmc  ;  on 
;s  prit  dans  les  livres  facrés ,  au-lieu  que  les  payens 
■s  prenoient  dans  leurs  poètes.  S.  Augufliii ,  dans 
épitre  cxix.  à  Januarius  ,  paroît  ne  delàpprouver 
et  ufage  que  fur  ce  qui  regarde  les  affaires  du 
ecle.  Grégoire  de  Tours  nous  apprend  lui-même 
uelie  étoit  fa  pratique  ;  il  pafloit  plufieurs  joiu-s 
ans  le  jeûne  &  dans  la  prière  ;  enfuite  il  alloit  au 
)inbeau  de  faint  Martin ,  où  il  ouvroit  tel  livre  de 
Ecriture  qu'il  vouloit,  &  il  prenoit  pour  la  réponfe 
e  Dieu  le  premier  paflage  qui  s'offroit  à  fes  yeux, 
i  ce  pafTage  ne  faifoit  ncn  au  fujet ,  il  ouvroit  un 
utre  livre  de  l'Ecriture. 

D'autres  prenoient  pour  fort  divin  la  première 
holè  qu'ils  entendoient  chanter  en  entrant  dans 
eglife.    Voye^  SoRTS  des  Saints. 

Mais  qui  croiroit  qu'Héraclius  délibérant  en  quel 
ieu  il  feroit  pafl'er  l'hy  ver  à  fon  armée ,  fe  détermina 
ar  cette  elpcce  de  fort  ?  Il  fît  purifier  fon  armée 
endant  trois  jours  ;  enfuite  il  ouvrit  le  livre  des 
vangtleSf  &  trouva  que  fon  quartier  d'hyver  lui 
toit  marqué  dans  l'Albanie.  Etoit-ce  là  une  affaire 
lont  on  pût  efpérer  de  trouver  la  décifion  dans 
'Ecriture  ? 

L'Eglifc  eft  enfin  venue  à*bout  d'exterminer  cette 
iiperflition;  mais  il  lui  a  fallu  du  tems.  Du  moment 
[ue  l'erreur  eft  en  pofl'efiîon  des  efprits ,  c'cfl  une 
ncrveille ,  fi  elle  ne  s'y  maintient  toujours.  (Z).  /,) 

Sorts  £Hon:irt ,  (  Divinat.  du paganifmc.  )  fortes 
Hnmericœ  ;  eipece  de  divination.  Elle  confitloit  à 
)uvrir  au  haiard  les  écrits  d'Homère  ,  &  à  tirer  à  la 
)remiere  infcription  de  la  page  qui  fe  prélentoit  à  la 
^ûe  ,  un  augure  ou  juonollic  ,  de  ce  qui  devoit  ar- 
■ivcr  à  foi  -  même  &  aux  autres  ,  ou  des  règles  de 
:onduite  convenables  aux  circonftances  dans  lefquel- 
cs  on  fe  trouvoit.  Les  Grecs  donnoient  à  ce  genre 
ie  divination  le  nom  de  s-rc/^î/w/xat'TÈt^t,  f,u-\u>S'oiJ.iv7iics., 

a-l'uS'cixxyTiKii, 

L'antiquité  paycnne  femble  avoir  regardé  ceux 
\\ù  avoient  le  talent  fupéricur  de  la  poéfie  ,  comme 
les  hommes  infpirés  ;  ils  fe  donnoit-nr  pour  tels  ;  ils 
iffuroient  qu'ils  parloient  le  langage  des  dieux ,  & 
es  peuples  les  ont  cru  fur  leur  parole.  L'iliade  & 
'Odyflce  font  remplis  d'un  fi  grand  nombre  de  traits 
Je  religion  6c  de  morale  ;  ils  contiennent  dans  leur 
kendiie  une  fi  prodigieufe  variété  d'événemens  , 
Totn-e  Xr, 


S  O  R 

de  fentcnccs  &  de  maximes  appliquables  à  toutes  les 
circonflances  de  la  vie,  qu'il  n'elt  pas  étonnant  cu.e 
ceux  qui  par  hafardou  de  deficin  formé,  jcttoient  les 
yeux  fur  ces  poèmes ,  ayent  cru  y  trouver  quelque- 
fois des  prédictions  ou  des  confeils  :  il  aura  lufH  que 
le  fuccès  ait  jurtifîé  de  tems  en  tems  la  curiofité  des 
perfonnes  ,  qui  dans  des  fituaLion5  embarrafiante» 
on  eu  recours  à  cet  expédient ,  pour  qu'on  fe  foit  in- 
fenfiblement  accoutume  à  regarder  les  écrits  de  ce 
poète,  comme  un  oracle  toujours  prêt  à  rendre  des 
réponfes  à  qniconque  voudfoit  l'interroger.  On  ne 
peut  s'imaginer  à  quel  point  les  hommes  portent  la 
crédulité  ,lorfqu'ils  font  agités  par  la  crainte ,  ou  par 
l'efpéfance. 

Ce  n'étoit  point-là  un  de  ces  préjugés  qui  ne  ré- 
gnent que  fur  le  vulgaire  ;  de  grands  perlbnnages  de 
l'antiquité  ,  ceux  principalement  qui  afoiroient  à 
gouverner  les  autres,  n'ont  pas  été  exempts  de  cette 
chimère.  Mais  ce  ne  fut  point  par  cette  idée  fuper- 
fîitieufc  que  Socrate  dans  fa  prifon  ,  entendant  réci' 
ter  ces  vers  qu'Homère  met  dans  la  bouche  d'Achil- 
le ;  j'arriverai  le  troifieme  jour  à  la  fertile  Phthie, 

H  fA.ct.-ti  y.iy  Tfncnw  (p3"ii)c  spjdaAoc  i  ;:oi/ui)v  , 

fe  mit  à  dire  qu'il  n'avoit  donc  plus  que  trois  joiu's 
à  vivre;  il  badinoiî  fur  l'équivoque  du  mot  çid^tifi'  , 
qui  lignifie  le  pays  de  Phthie  ,  &  la  corruption  ou  la 
mort  ;  cependant  ce  badinage  qu'il  fit  en  préiènce 
d'Efchine  ,  ne  fut  point  oublié  ,  parce  qu'il  mourut 
trois  jours  après. 

Valcre  -  Maxime  raconte  que  Brutus  eut  le  trifîe 
préfage  du  fort  qui  l'attendoit  à  la  bataille  de  Phi- 
lipp"^.  Le  hafard  lui  ayant  oiîert  cet  endroit  de  l'Iiia- 
de,  où  Patrocle  fe  plaint  que  «  le  cruel  deflin  &  la 
»  fils  de  Latone  lui  ont  ôté  la  vie. 

A  AArf  fj.i  /xolp,  Kctt  AnrCç  ÏK.rctvtv  viof. 

L'application  que  cette  illullre  romain  s'en  fît  à  lui- 
même,  fut  juftifiée  par  l'événement. 

Si  l'on  en  croit  Lampride  ,  l'empefeur  Macrîn  cu- 
rieux d'apprendre  dans  le  même  poète  ,  fi  fon  reo;ne 
feroit  long  &c  heureux,  tomba  fur  ces  vers  qu'on  peut 
rendre  ainfi.  »>  Vieillard,  vous  êtes  furieufement  ferré 
»  par  de  jeunes  guerriers  ;  votre  force  eil  anéantie  , 
»  &  vous  êtes  menacé  d'une  trille  vieillelTe  : 

Comme  cet  empereur  étoit  déjà  avancé  en  âge , 
lorfqu'il  parvint  à  la  fouveraine  puiffance  ,  qu'il  ne 
régna  que  quatorze  mois  ,  &  que  Kéliogabl-.:  n'étoit: 
âgé  que  d'un  pareil  nombre  d'années ,  lorfqu'il  lui 
ôta  la  vie  avec  l'empire  ;  on  trouva  dans  ces  paroles 
une  prédiftion  de  la  mort  tragique  de  Macrin, 

Au  relie  ,  Homère  ne  fut  pas  le,  feul  dont  les  vers 
euffent  le  privilège  d'être  regardes  comme  renfer- 
mant des  oracles  ;  les  Grecs  firent  quelquefois  le  mê- 
me honneur  à  ceux  d'Eurypide  ;  il  paroît  par  un  en- 
droit d'Hérodote,  qu'on  croyoit  que  les  pocfies  de 
Mufée  contf^noient  aufll  des  préfagcs.  Cet  hifcorien 
raconte  qu'Onomacrite  qui  faifoit  profeUion  d'inter- 
préter ou  de  développer  ces  fortes  de  prédi£fions , 
fut  banni  d'Athènes  par  Hipparque  ,  fils  de  Pifillra- 
te  ,  pour  avoir  altéré  les  écrits  de  ce  ])OCtc  &  y  avoir 
inféré  un  vers  qui  portoit,  que  les  i!cs  adjacentes  à 
celles  de  Lemnos  ,  leroicnt  fubmernécs. 

Enfin  ,  Virgile  eut  la  gloire  de  fucréder  aux  poè- 
tes grecs  ,  &  de  partager  avec  eux  l'art  de  prédire 
les  evénemens.  Voye^  Sorts  de  Virgile.  {D.  J.) 

Sorts  de  Préneste  ,  (  Divinat.  des  Ror?i.  )  les 


plus  célèbres  de  toute  l'iralic  ;  c'ell  une  curiofité  nù- 
îbnnable  de  chercher  à  favoir  en  quoi  conliiloit  cet 
oracle  ,  &  comme  il  le  rcndoit. 

Ciccron  ,  l'iv.  II.  de  la  divination  ,  fccî.  4;.  nous 

15  bb 


37»  S  O  R 

apprend  qucle^ archives  dePrénefre  portolent,qu\in 
homme  des  plus  conUdérablcs  de  la  ville  ,  nommé 
Numcnus-Suiuiciiis ,  fut  averti  par  plufieiirs  foni^es 
réitères  &:  menaçans  ,  d'aller  entr'ouvrir  un  roclwr 
dans  nii  ce- 1.. in  rieii;  qu'il  y  alla  ,  brila  ce  rocher ,  & 
qu'il  e  ^  Ibrt.tplufieurs/or/s  ;  c'étoit  de  petits  mor- 
ceaux de  bois  de  rouvre  bien  taillés  &:  bien  polis  , 
fur  lefc-uels  croient  écrits  Jcs  prédiélions  en  caradk- 
res  antiques  ;  on  mit  ces  petits  morceaux  de  bois 
dans  un  coffre  d'olivier.  Pour  les  confulter  ,  on  ou- 
vroit  cecoff.e,  on  falfuit  inCk-r  enfcmble  tous  ces 
forts ,  par  un  entant ,  il  en  tiroit  un  ,  &  c'ctoit  la  ré- 
poni'e  que  l'oracle  donnoit  aux  confultans.^  Ce  coftrc 
continue  Cicéron,  ell  aujourd'hui  vcligicuremcnt  gar- 
dé ,  à  caufe  de  Jupiter  en£mt ,  qui  y  eâ  reprélenté 
avec  Junon  ,  tous  deux  dans  le  (cin  de  la  fortune  qui 
leur  donne  la  mamelle ,  &  toutes  les  bonnes  mères 
y  ont  une  grande  dévotion. 

Phitarque  prétend  qvi'on  tiroit  plufieurs  petits  mor- 
ceaux de  bois  du  coiVre  ,  &  que  les  cara«fteres  gra- 
vés-fur  chacun  étant  wi Semblés  compofoient  la  pro- 
phétie; mais  outre  que  Ciceron  dit  le  contraire,  il 
parolt  clairement  par  un  paiTage  de  Tite-Live  ,^  que 
chacun  de  ces  fo as  contenoit  toute  la  prophétie  ; 
voici  les  propres  teimcs  de  l'hiftorien  ,  au  commen- 
cement du  liv.  XXR.  fjhriis  cxlum  Jendi  vijum  ve- 
Uama<yno  hiatiiquaquc  patunrit  ingens  lumen  ef'idfijje, 
forusjuafyontc  atccnuatus  ,  unamque  excidijfe  aà  fcrip- 
tam,Mars  tclum  funm  concuùt.  >»  On  vit  à  Faleres 
»  le  ciel  fe  fendre  &  s'entrouvrir,  &  une  grande  lu- 
ft  mierc  remplir  ce  grand  vuide.  Les^ôm  diminue- 
»  rent  &  s'appetiflercnt  d'eux-mêmes  ,  &  il  en  tom- 
»  ba  un  où  etoicnî  écrites  cet  paroles  ,  Mars  prépare 
tt  fis  armiS, 

Les  prêtres  fe  fervirent  habilement  de  ces/ons  pour 
fe  procurer  du  profit  &:  du  crédit.  Tora  rcs  ejl  inventa 
fallaciis  ,  aut  ad  qaajlum  ,  aut  ad  fupcrjiidomm  ,  dit 
Ciceron, 

Mais  que  f.gnifient  ces  mêmes/orw  dont  parle  Ti 
te-Live  ,  qui  diminuèrent  &  s'appetifTerent  à\\iX' 
mén-\cs  ,  forus  fuâfpoNie  atunuaias  ?  Peut-être  que 
ces  forts  étoient  doubles ,  je  veux  dire,  qu'il  y  en 
avoit  de  grands  &  de  peîita ,  tous  femblables  ,  &  que 
les  prêtres  liaiibieni  tirer  les  uns  ou  les  autres ,  félon 
qu'ils  vouloient  elÏTayer  ou  encourager  les  conful- 
tans.  Il  eft  certain  qu'en  matière  de  prodiges  ,_  on 
prenoît  à  bonne  augure  les  chofes  qui  paroiiîbicnt 
plus  grandes  que  dé  coutume  ;  &  au  contraire  ,  on 
tenoit  à  iiauvais  préfage  les  chofes  qui  paroiflbient 
plus  petites  qu'elles'  ne  font  naturellement ,  comme 
Saumaife  l'a  prouvé  dans  fes  commentaires  fur  So- 
lin.  Il  fuit  de-là  que  \ts forts  appetiffésj/or^^  exîe- 
nuatx^  prouoftiquoient  par  eux-mêmes  un  événe- 
ment fifiiflre  ;  mais  j'aime  à  voir  ce  que  les  Philofo- 
phcs  penfoient  dss  fores  en  général ,  &  ce  que  devin- 
rent ceux  de  Prénefle  en  particulier;  Ciceron  m'en 
cclaircit  lui-même. 

Q'eft-ce  à  votre  avis ,  que  les  foris  ,  difoit-il  à  un 
ftoicicn?  C'eft  à-peu-prcs ,  comme  de  jouer  au  nom- 
bre, en  hauiïant  &  en  fermant  les  doigts,  ou  de  jouer 
aux  oflelets  2i  aux  de/.  ;  en  quoi  le  l-iafard  ,  &  peut- 
être  une  mauvaife  fuhtilité  ,  peuvent  avoir  quelque 
part ,  mais  où  la  fagede  Se  la  raifon  n'en  ont  aucune. 
Les  Joris  font  donc  pleins  de  tromperie  ,  &  c'cft  une 
invention  ,  ou  de  la  luperflition  ,  ou  de  l'avidité  du 
gain.  La  divination  par  les  fàrcs  eft  déformais  entiè- 
rement décriée.  La  beauté  &:  l'antiquité  du  temple 
de  Prénefte  a  véritablement  confervé  le  nom  des 
forts  de  Prenefîe,  mais  parmi  le  peuple  uniquement; 
car  y  a-t-il  quelque  magilîrat,  quclqu'homme  un  peu 
confidérable  qui  y  ait  le  moindre  recours.-'  Par-tout 
ailh  urs  on  n'en  parle  j)lus,  &  c'eft  ce  qui  fliifoit  dire 
à  Carnéade  ,  qu'il  n'avoit  jamais  vu  la  fortune  plus 
fortunée  qu'à  Prénefîe. 


ii 

Cependant ,  il  s'en  fallut  peu  qu'ils  ne  revînîîent 
en  crédit  du  tems  de  Tibère.  Suétone  nous  apprend, 
que  cet  empereur  ayant  formé  le  projet  de  ruiner 
tous  les  oracles  voifins  de  Uome  ,  ceux  d'Antium 
de  Cœrès ,  de  Tibur  &  de  Prénefte ,  en  fut  détourné 
par  la  majefté  de  ces  derniers  ,  car  s'étant  fait  remet- 
tre le  coffre  bien  formé  &  bien  cacl.cié  ,  \çs  foris  ne 
s'y  trouvèrent  point,  mais  ce  cotlVe  ne  tut  pas  plutôt 
reporté  dans  le  temple  de  Prénefte  ,  que  lesfons  s'y 
trouvèrent  conmie  de  coutume. 

Il  n'eft  pas  ditîicilc  de  reconnoîtrc  ici  l'adrefle  des 
prêtres ,  qui  voulurent  relever  le  crédit  de  leur  an- 
cien oracle  ;  mais  'on  tems  étoit  pafie ,  perfonne  ne 
fe  rendit  fur  les  lieux  pour  y  avoir  recours  ;  &  ce 
qu'il  y  a  de  bien  ftngulier,  les  forts  de  Virgile  n'aya-mt 
pour  eux  aucun  apparat.de  religion,  emportèrent  U 
balance  ,  &  fuccéderent  à  ceux  de  Prénefte.  f^ojir 
Sorts  ut  ViiuiiLE.  {D.JJ) 

SORTb  Dli  Virgile  ,  (^Divinat.  du  Paganlf,)  fi^^ 
tes  f^irgiliana: ,  divination  qui  confiftoit  à  ouvrir  les 
œuvres  de  Virgile,  6i.  à  en  tirer ,  à  l'infpeftion  de  ia 
page  que  le  halard  orfroit,  des  préfages  des  événe- 
mens  tuturs- 

Le  tems  ayant  infenftblement  donné  de  l'airtontc 
aux  poéfies  de  Virgile  ,  les  Latins  s'accoutumcrene 
de  même  à  les  conlulter  dans  les  occafions  où  il  leuE- 
étoit  important  de  connoître  la  volonté  du  ciel.  L'hif- 
toire  des  empereurs  Romains  ,  fur-tout  depuis  Tra- 
jan  ,  en  fournit  plufieurs  exemples.  Le  premier  doxK 
nous  ayons  connoiftance  eft  celui  d'Adrien  :  inquiet 
de  favoir  quels  étoient  les  difpofitions  de  Trajan  e 
fon  égard  ,  &  s'il  le  défigneroit  pour  fon  fucceffetr 
à  l'empire,  il  prit  l'Enéide  de  Virgile,  l'ouvrit  au  h*- 
fard ,  &  y  lut  ces  vers  du  VL  livre. 

Quis  procul  ille  aiilem  ramis  infîgnis  oliva 
Sacra  ferens  !  nofco  crines  incanaqiu  menti 
Régis  Romani  ;  primus  qui  Icgibus  urbem 
Fnndahit ,  curibus  parvis  &  paupere  terra 
Mijfus  in  imperium  magnum ..... 

Comme  on  ne  fe  rend  pas  difficile  fur  les  clioBs 
qui  flattent  lesdeftrs ,  quelques  légères  convenanut* 
qu'Adrien  trouva  dans  ces  vers  avec  fon  caradere, 
fes  inclinations  ,  le  goût  qu'il  avoit  pour  la  philofb- 
phie  &  pour  les  cérémonies  religieufes ,  le  raftiars- 
rent  ;  6c  fi  l'on  ajoute  foi  à  Spartien  ,  le  fortifîereitt 
dans  l'efpérance  qu'il  avoit  de  parvenir  à  l'empire. 

Lampride  rapporte  qu'Alexandre  Severe  qui  de- 
voit  pour  lors  être  très-jeune ,  puifqu'il  n'avoit  qvK 
treize  ans  lorfqu'il  fut  nommé  empereur  ,  s'appdi- 
quant  avec  ardeur  à  l'étude  de  la  Philofophie  &  de 
la  Mufique  ;  Mammée  fa  mère  lui  confeilla  de  faire 
plutôt  fon  occupation  des  Arts  &  des  Sciences  né- 
ceftaires  à  ceux  qui  font  deftinés  à  gouverner  les 
hommes ,  &  qu'Alexandre  fe  conforma  d'autant  plut 
volontiers  à  cet  avis ,  qu'ayant  confulté  Virgile  lis- 
lejàrt  qui  lui  étoit  rélervé,  il  crut  y  trouver  un  prci- 
fagc  afiiiré  de  fon  élévation  à  l'empire  dans  ces£î- 
meux  vers: 

Excudent  alii  fpiraatia  moHius  (Zra.  , 

Credo  tquidtm  ,  &C. 

Tu  regere  imperio  populos  ,  Romane  ,  memento- 

Hœ  tibi  erunt  artes. 

Claude  le  Gothique  voulant  favoir  quelle  feroit  la 
durée  de  fon  règne ,  confulta  Virgile  à  l'ouyerturr 
du  livre  ,  &  lut  ce  vers. 

Tertia  dum  latio  regnaniem  vlderit  ajlas. 

alors  il  tira  la  conclufton  ,  qu'il  n'avoit  au  plus  q»? 
trois  ans  à  vivre  ;  l'auteur  qui  nous  a  confervé  et 
fait,  aflure  que  Claude  ne  furvécut  en  effet  que  deur 
ans  à  cette  efpece  de  prédiction  ;  &  que  celles  qu'il 
crut  de  mêine  avoir  trouvées  dans  Virgile  farce^qai 


s  O  R 

îevt»ît  arriver  à  fon  frère  &c  i\  fa  poftérité  ,  eurent 
iiiffi  leur  accompliffemenr. 

On  rencontre  dans  les  auteurs  plufieurs  exemples 
ie  cette  efpece  ;  BuUengerus  en  a  recueilli  une  par- 
ie dans  le  traité  qu'il  a  compofé  fur  ce  fujet  ;  mais 
:eux  que  l'on  vient  de  rapporter  fuffifent  pour  mon- 
rerjufqu'où  peut  aller  la  fuperftition  humaine. (Z>. y.) 
Sorts  des  saints  ,  (  Divinat.  des  Chrétiens.  ) 
"ortes  fanclorum  ,  eipece  de  divination  qui  vers  le 
Toifieme  fiecle  s'efl;  introduite  chez  les  Chrétiens  à 
.'imitation  de  celles  qu'on  nommoit  parmi  les  pay  ens, 
forces  homericœ  ^  fortes  virgUianœ . 

Elle  confiftoit  à  ouvrir  au  hafard  les  livres  facrcs, 
lans  l'efpérance  d'y  trouver  quelques  lumières  fur  le 
)arti  qu'ils  avoient  à  fuivre  dans  telles  &  telles  cir- 
:onflances  ;  d'y  apprendre ,  fi  le  fuccès  des  événe- 
nens  qui  les  intérefToient ,  leroit  heureux  ou  inal- 
leureux ,  &  ce  qu'ils  dévoient  craindre  ou  efpércr 
du  caractère,  de  la  conduite,  &  du  gouvernement  des 
perfonnes  auxquelles  ils  étoient  foumis. 

L'ufage  avoit  établi  deiix  manières  de  confulter  la 
i^olonté  de  Dieu  par  cette  voie  :  la  première  étoit , 
:omme  on  vient  de  le  dire ,  d'ouvrir  au  hafard  quel- 
les livres  de  l'Ecriture-fainte,  après  avoir  imploré 
auparavant  le  fecours  du  ciel  par  des  jeûnes,  des 
prières ,  &  d'autres  pratiques  religieulés.  Dans  la 
féconde  qui  étoit  beaucoup  plus  fimple  ,  on  fe  con- 
tentoit  de  regarder  comme  un  conleil  fur  ce  qu'oli 
avoit  à  faire  ,  ou  comme  im  préfage  du  bon  ou  du 
mauvais  fuccès  de  l'entreprife  qu'on  méditoit ,  les 
premières  paroles  du  livre  de  l'Ecriture ,  qu'on  chan- 
toit  dans  le 'moment  où  celui  qui  fe  propofoit  d'in- 
terroger le  ciel  par  cette  manière ,  entroit  dans  une 
églife.  ^ 

Saint  Aoguftin  dans  fon  épître  à  Januarius  ,  ne  pa- 
roît  condamner  cette  pratique  qu'au  fujet  des  affai- 
res mondaines  ;  cependant  il  aime  encore  mieux 
qu'on  en  faffe  ufage  pour  les  chofes  de  ce  fiecle,  que 
de  confulter  les  démons. 

S,  Grégoire  évêque  de  Tours  ,  nous  a  fait  connoî- 
tre  d'une  manière  aifez  particulière  les  cérémonies 
religieufes ,  avec  lefquelles  on  confultoit  les  forts  des 
faints.  Les  exemples  qu'il  en  donne  ,  &  le  fien  pro- 
pre, juftifîent  que  cette  pratique  étoit  fort  commune 
de  fon  tems  ,  &  qu'il  ne  la  defapprouvoit  pas. 

On  en  jugera  par  ce  qu'il  raconte  de  lui-même  en 

ces  termes  :  «  Leud^fte  comte  de  Tours ,  qui  cher- 

M  choit  à  me  perdre  dans  l'efprit  de  la  reine  Fréde- 

«  gonde  ,  étant  venu  à  Tours  avec  de  mauvais  def- 

»  feins  contre  moi  ;  frappé  du  danger  qui  me  mena- 

»  çoit,  je  me  retirai  fort  trifte  dans  mon  oratoire; 

»  j'y  pris  les  pfeaumes  de  David,  pour  voir  fi  à  leur 

«  ouverture  ,  je  n'y  trouverois  rien  d'où  je  pulTe  ti- 

»  rer  quelque  confolation,  &  j'en  eus  une  très-gran- 

»  de  de  ce  vcrlet,  que  le  hafard  mepréfenta:  lUesfit 

■»  marcher  avec  efpérance  &  funs  crainte,  pendant  que  la 

>»  mer  enveloppait  leurs  ennemis.  En  effet,  ajoute-t-il, 

»  Leudalte  n'ofa  rien  entreprendre  contre  ma  per- 

»>  fonne  ;  car  ce  comte  étant  parti  de  Tours  le  même 

»  jour,  &  la  barque  fur  laquelle  il  étoit  monté  ayant 

»  fait  naufrage  ,  il  auroit  été  noyé  s'il  n'avoit  pas  fu 

»  nager  ». 

Ce  qu'il  rapporte  de  Meroiiée  fils  de  Chilpéric , 
mérite  de  trouver  place  ici ,  parce  qu'on  y  voii  quel- 
les étoient  les  pratiques  de  religion  auxquelles  on 
avoit  recours  pour  fe  rendre  le  ciel  favorable ,  avant 
que  de  confulter  les  forts  des  faints  ^  &  pour  mieux 
s'afTurer  de  la  vérité  de  la  réponf'e  qu'on  y  cher- 
clioit. 

«  Meroiiée  ,  dit  Grégoire  de  Tours  ,  étant  difgra- 
»>  cié  de  Chilpéric  fon  père  ,  le  réfugia  dans  la  bauli- 
»  que  de  faint  Martin  ;  &  ne  fe  fiant  point  à  une  py- 
»  thoniffe  ,  qui  lui  avoit  prédit  que  le  roi  mourroit 
»  cette  même  aiinée  &  qu'il  lui  fuccédcroit ,  il  mit 
Tome  Xr, 


S  O  R 


379 


>>  fcparcment  fur  le  tombeau  du  faint ,  les  livres  des 
M  pfeaumes ,  des  rois ,  &  des  évangiles  ;*il  veilla  toutç 
»  la  nuit  auprès  du  tombeau,  &  pria  faint  Martin  de 
»  lui  faire  connoître  ce  qui  devoit  lui  arriver ,  &  s'il 
»  régneroit  ou  non.  Ce  prince  paffa  les  trois  jours 
»  fuivans  dans  le  jeûne  ,  les  veilles  ,  &  les  prières; 
»  puis  s'étant  approché  du  tombeau ,  il  ouvrit  d'a- 
»  bord  le  livre  des  rois  ;  &  le  premier  verfet  portoit 
»  ces  mots  :  Comme  vous  ave^  abandonné  le  Seigneur 
V  votre  Dieu ,  pour  courir  après  des  dieux  étrangers  , 
»  &  que  vous  nave^  pas  fait  ce  qui  étoit  agréable  à  fes 
»  yeux  ^  il  vous  a  livré  entre  les  mains  de  vos  ennemis. 
»  Les  paffages  qui  s'offrirent  à  lui  dans  le  livre  des 
»  pfeaumes ,  &  dans  celui  des  évangiles  (  paffages 
»  qu'il  feroit  inutile  de  rapporter) ,  ne  lui  annonçant 
»  de  même  rien  que  de  funefle  ,  il  refta  long-tems 
»  aux  pies  du  tombeau  fondant  en  larmes  ,  &  fe  re- 
»  tira  en  Auftrafie  ,  où  il  périt  maiheureufement, 
»  trois  ans  après  par  le^  artifices  de  la  reine  Fréde- 
»  gonde,  fa  belle-mere  ». 

Dans  cet  exemple  ,  on  voit  que  c'efl  Meroiiée  qui 
fans  recourir  au  miniflere  des  clercs  de  faint  Martin 
de  Tours ,  pofe  lui-même  les  hvres  faints ,  &  les  ou» 
vre.  Dans  celui  que  l'on  va  citer  toujours  d'après  le 
même  auteur,  on  fait  intervenir  les  clercs  de  l'églife, 
qui  joignent  leurs  prières  à  celles  du  fuppiiant;  voici 
comme  le  même  auteur  expof  e  ce  fait. 

«  Chramne  s'étant  révolté  contre  Clotaire  L  &fe 
»  trouvant  à  Dijon,  les  clercs  de  l'églife  fe  mirent 
»  en  prières  pour  demander  à  Dieu,  fi  le  jeune  prin- 
»  ce  réuffiroit  dans  fes  deffeins  ,  &  s'il  parviendroit 
»  un  jour  à  la  couronne.  Ils  confulterent ,  commue 
»  dans  le  fait  précédent ,  trois  différens  livres  de  l'E- 
»  criture-fainte  ,  avec  cette  différence,  qu'à  la  place 
»  du  livre  des  rois  &  des  pfeaumes,  ils  joignirent 
»  ceux  du  prophète  Ifaie,  &  les  épîtres  de  faint  Paul, 
»  au  livre  des  Evangiles.  A  l'ouverture  d'Haïe,  ils 
»  lurent  ces  mots  :  J'arracherai  la  haie  de  ma  vigne  ^ 
>.»  6*  elle  fera  expofée  au  pillage  ;  parce  quau  lieu  de 
«  porter  de  bons  raifîns  ,  elle  en  a  produit  de  mauvais. 
»  Les  paffages  des  épîtres  de  faint  Paul ,  &  ceux  de 
«  l'évangile  quife  préfentoient  enfuite  ,  ne  parurent 
»  pas  moins  menaçans ,  &  furent  regardés  comme 
»  une  prédiclion  de  la  mort  tragique  de  ce  prince 
»  infortuné  ». 

Non-feulement  on  employoit  les  forts  des  faints 
pour  fe  déterminer  dans  les  occafions  ordinaires  de 
la  vie  ,  mais  même  dans  les  éleûions  des  évêques  , 
lorfqu'il  y  avoit  partage.  La  vie  de  faint  Aignan  fait 
foi ,  que  c'efi;  de  cette  manière  qu'il  fut  nommé  évê- 
que d'Orléans.  Saint  Euverte  qui  occupoit  le  fiége 
de  cette  ville  fur  la  fin  du  iv.  fiecle ,  fe  trouvant  ac- 
cablé de  vieilleffe  ,  &  voulant  le  dcfigner  pour  fon 
fucceffeur ,  le  clergé  &  le  peuple  s'oppoferent  vive- 
ment à  ce  choix.  Saint  Euverte  prit  la  parole  ,  &  leur 
dit  :  <»  Si  vous  voulez  un  évêque  agréable  à  Dieu  , 
»  fâchez  que  vous  devez  mettre  Aignan  à  ma  place». 
Mais  pour  leur  faire  connoître  clairement  que  telle 
étoit  la  volonté  du  Seigneur,  après  que  ce  prélat  eut 
indiqué  ,  félon  la  coutume,  un  jeûne  de  trois  jours, 
il  fit  mettre  d'un  côté  fur  l'autel  des  billets  (  brevia  ), 
&  de  l'autre  ,  les  pfeaumes  ,  les  épîtres  de  faint  Paul, 
&  les  évangiles.  Ce  que  l'hiflorien  qu'on  vient  de 
citer  ,  appelle  ici  brevia  ,  étoient  comme  je  fai  tra- 
duit, des  billets  fur  chacun  defquels  on  écrivoit  le 
nom  d'un  des  candidats. 

Saint  Euverte  fit  enfuite  amener  un  enfant  qui 
n'avoit  point  encore  l'ufage  de  la  parole  ,  &:  lui  com- 
manda de  prendre  au  hafard  un  de  ces  billets  ;  l'en- 
fant ayant  obéi,  il  tira  celui  qui  portoit  le  nom  de 
faint  Aignan  ,  &  fe  mit  à  lire  à  haute  voix  :  A.gnan 
eft  le  pontife  que  Dieu  vous  a  choif.  Mais  faint  Euver- 
te, continue  l'hiftorien,  pour  fatisfaire  tout  le  mon- 
de ,  voulut  encore  interroger  les  livres  fain'.s ,  le 

B  b  b  ij 


gSo 


S  O  R 


premier  vcrlet  qui  fe  prcicnta  dans  les  pfcaumes  ,  fut  : 
Hcivcux  celui  que  vous  ayc;^  choifi ,  il  demeurera  dans 
votre  tunplc.  On  trouva  clans  laint  Paul  ces  mots  : 
Perjonrii  ne  peut  mettre  un  tiutre  forhlement  que  celui 
qui  a  été  poji  ;  6'Lcnhn  d.\n^  l'évangile  ces  paroles: 
CUji  fur  cuti  pierre  que  je  bâtirai  mon  é^^liji.  Ces  té- 
moignages parurent  fi  dccilifs  en  faveur  de  Aiint 
Aignan  ,  qu'ils  réunirent  pour  lui  tous  les  luffrages  , 
6c  qu'il  fut  placé  aux  acclamations  de  tout  le  peuple 
lur  le  hége  d'Orléans. 

Les  (/recs  auffi-bicn  que  les  Latins ,  confultoient 
\c^  forts  des  f  unis  d.uis  les  conjonchires  critiques; 
Cedrenus  rapporte  ,  comme  nous  l'avons  dit  en  par- 
lant des/^jm  en  général,  que  l'empereur  Héracliiis 
après  avoir  eu  de  grands  avantages  fur  Colroez  roi 
des  Perfes,  fe  trouvant  inccrt;iin  fur  le  lieu  où  il 
prendroit  fes  quartiers  d'hiver,  purifia  fqn  armée 
pendant  trois  jours;  ce  font  les  termes  de  l'hifto- 
rien;  qu'enfuite  il  ouvrit  les  évangiles  ,  &  qu'il  trou- 
va qu'Us  lui  ordonnoient  d'aller  hiverner  en  Al- 
banie, 

Depuis  le  huitième  fiecle,  les  exemples  de  cette 
pratique  deviennent  un  peu  plus  rares;  cependant 
il  eft  certain  que  cet  ufage  lubfilla  jufque  dans  le 
quatorzième  ficcle,avec  cette  feule  différence,  qu'on 
ne  fe  préparoit  plus  à  cette  confultation  par  des  jeù- 


'tJ"0 


lontés. 


L'églife  tant  grecque  que  latine  ,  conferva  fans 
cefle  quelques  traces  de  cet  ufage.  La  coutume 
étoit  encore  dans  le  xv.  &  xvj.  fiecle  quand  un  évo- 
que étoit  élu  ,  que  dans  la  cérémonie  de  fon  facre, 
immédiatement  après  qu'on  lui  avoiî  mis  fur  la  tête 
le  livre  des  évangiles,  on  l'ouvroit  au  hafard,  & 
le  premier  verfet  qui  fe  préfentoit ,  étoit  regardé 
comme  un  pronoûic  de  ce  qvi'on  avoit  à  efpérer  ou 
à  craindre  de  fon  caractère,  de  fes  mœurs,  de  fa  con- 
duite ,  &  du  bonheur  ou  du  malheur  qui  lui  étoit  ré- 
fervé  durant  le  cours  de  fon  épifcopat  ;  les  exemples 
en  font  fréquens  dans  l'hilloire  eccléfiaftique. 

Si  l'on  en  croit  un  de  fes  écrivains  qui  a  fait  la  vie 
des  évcques  de  Liège  ,  la  mort  funefle  d'Albert  évo- 
que de  cette  ville  ,  lui  fut  annoncée  par  ces  paroles, 
que  l'archevêque  qui  le  facroit  trouva  à  l'ouverture 
du  livre  des  évangiles  :  //  envoya  un  de  fes  gardes 
avec  ordre  de  lui  apporter  la  tête  de  Jean  ;  &  ce  garde 
étant  entré  dans  la  prifon  ,  lui  coupa  la  tête.  L'hlflorien 
ajoute  ,  que  ce  prélat  en  fut  fi  frappé  ,  qu'il  adrefia 
la  parole  au  nouvel  évêque  ,  &:  lui  dit  en  le  regar- 
dant avec  des  yeux  baignés  de  larmes  :  Mon  fils  , 
en  vous  donnant  au  Jèrvice  de  Dieu,  conduife^-vous 
avec  crainte  &  avec  jujtice  ,  6-  prépare^  votre  ame  à  la 
tentation  ;  car  vous  fere^  un  jour  martyr.  Il  tut  en  effet 
affaffuié  par  des  émiffaires  de  l'empereur  Henri  VI. 
&  l'Lglile  l'honore  comme  martyr. 

On  ajoutoit  tant  de  foi  à  ces  fortes  de  pronoffics; 
ils  formoient  un  préjugé  fi  favorable  ou  fi  deiavan- 
tagcux  aux  évoques,  qu'on  les  alléguoit  dans  les  oc- 
calions  les  plus  importantes,  &  même  dans  celles  où 
il  étoit  queilion  de  proQoncer  fur  la  canonicité  de 
leur  élection. 

La  même  chofe  fe  pratlquoit  à  l'inffallation  des 
abbés,  Si  même  à  la  réception  des  chanoines;  cette 
coutume  fublilte  encore  aujourd'hui  dans  la  cathé- 
drale de  Boulogne  ,  dont  le  diocèfe  aulfi-bien  que 
ceux  d'Ypres  6c  de  SaintOmer  ,  a  été  formé  des  dé- 
bris de  cette  ancienne  églile,  après  que  la  ville  de 
Térouanne  eut  été  détruite  par  Charles-Quint.  Tou- 
te la  différence  qui  s'y  trouve  préfcntement,  c'eft 
qu'à  Houlogne,  le  nouveau  chanoine  tire  les  forts 
dans  le  livre  des  pfeaumes ,  &  non  dans  celui  des 
évangiles.  Feu  M.  de  Langle  évêque  de  Boulogne , 


SÛR 

peu  d'années  avant  fa  mort  qui  arriva  en  1721,  ren- 
dit une  ordonnance  qui  tendoit  à  abroger  cet  ufage  ; 
il  craignoit  avec  railon  qu'il  n'eût  quelque  cho  e  de 
fuperititieux.  Il  avoit  d'ailleurs  remarqué,  qu'darri- 
voit  quelquetois  que  le  verlet  du  pieaume  que  le  ha- 
fard offroit  au  nouveau  chanoine,  contenoit  des  im- 
précations ,  des  reproches  ,  ou  des  traits  odieux  ,  qui 
devenoient  pour  lui  une  efpece  de  note  de  ridicule, 
ou  même  d'uifamie.  Mais  le  chapitre  qui  fe  prétend 
exempt  de  la  jurildidion  épifcopale ,  n'eut  point 
égard  à  cette  ordonnance;  &  comme  fuivant  la  cou- 
tume, on  iniéroit  dans  les  lettres  de  prife  de  poflef- 
fion  de  chaque  chanoine  le  verfet  du  pfeaume  qui 
lui  étoit  tombé  à  fa  réception ,  le  chapitre  réfolut 
feulement,  qu'à  l'avenir  on  ajouteroit  à  ces  lettres, 
qu'on  ne  tailoit  en  cela  que  fuivre  l'ancienne  coutu- 
me de  l'églife  de  Térouanne. 

Quani  à  la  féconde  manière  de  confultcr  les  forts 
des  J'aints ,  elle  étoit  comme  on  l'a  dit ,  beaucoup 
plus  iiniple,  &  également  connue  dans  les  deux  égli- 
fes  grecque  &  laiine.  Cette  manière  confilloit  à  re- 
garder comme  un  bon  ou  un  mauvais  augure,  ou 
comme  une  déclaration  de  la  volonté  du  ciel ,  les 
premières  paroles  de  la  fainte  Ecriture,  qu'on  chan- 
toit  à  l'églife  dans  le  moment  qu'on  y  entroit  à  cette 
intention  :  les  exemples  en  font  très-nombreux. 

Saint  Cyprien  étoit  fi  perfuadé  que  Dieu  manlfe- 
floit  quelquefois  fes  volontés  par  cette  voie ,  qu'il  y 
avoit  fouvent  recours  ;  c'étoit  pour  ce  pare  de 
l'Eglife  un  heureux  préfage  lorfqu'il  trouvoit  que  les 
premières  paroles  qu'il  entendoit  en  mettant  le  pié 
dans  l'églile  ,  avoient  quelque  relation  avec  les  cho- 
fes  qiii  i'occupoient. 

Il  faut  cependant  convenir  que  dans  le  tems  où  cet 
ufage  de  coniulter  les  forts  à  venir  par  l'Ecriture  , 
étoit  le  plus  en  vogue  ,  &  fouvent  même  accompa- 
gné d'un  grave  appareil  d'a£Ies  de  religion  ;  on  trou- 
ve différens  conciles  qui  condamnent  en  particulier 
les  forts  des  faines ,  &  en  général  toute  divination 
faite  par  l'infpedion  des  livres  facrés.  Le  concile  de 
Vannes ,  par  exemple  ,  tenu  fous  Léon  I.  dans  le  v. 
fiecle  ;  le  concile  d'Agde  affemblé  l'an  506  ;  les  con- 
ciles d'Orléans  &  d'Auxerre ,  l'un  de  l'an  5 11 ,  6c 
l'autre  de  l'an  595,  proicr'ivent  les  forts  des  fdints  ; 
&cron  trouve  un  capitulaire  de  Charlemagne  publié 
en  l'an  789,  qui  contient  aufli  la  même  dcienfe.  Mais 
les  termes  dans  lefquels  ces  défenfes  font  conçues, 
donnent  lieu  de  croire,  que  la  luperltition  avoit 
mêlé  une  infinité  de  pratiques  magiques  dans  les  forts 
des  fiints ,  &  qu'il  ne  faut  peut-être  pas  confondre 
la  manière  de  les  confulter  condamnée  par  ces  ca- 
nons ,  avec  celle  qui  étoit  fouvent  employée  dans 
les  premiers  fiecles  de  l'Eglife  par  des  perfonnes  émi- 
nentes  en  piété. 

Ce  qu'il  y  a  de  sûr,  c'eft:  que  quelques  théolo- 
giens conviennent  en  général  qu'on  ne  peut  pas  ex- 
Qwier  les  forts  des  faims  de  fuperlHtion  ;  que  c'étoi^ 
tenter  Dieu  que  de  l'interroger  ainfi  ;  que  les  Ecri-  ■* 
tures  ne  contiennent  rien  dont  on  puiffe  conclure, 
c|ue  Dieu  ait  pris  là-deffus  aucun  engagement  avec  ■ 
les  hommes  ,  &  que  cette  coutume  bien  loin  d'être 
autorifée  par  aucune  loi  eccléiiallique  ,  a  été  abro- 
gée dans  les  tems  éclairés;  cependant  ces  mêmes 
théologiens  oubhant  enfuite  la  folidité  des  principes 
qu'ils  venoient  d'établir,  fe  font  perfuadés  que  dans 
certaines  occafions ,  plufieurs  de  ceux  qui  ont  con- 
fulté  les  forts  des  faints  ,  y  ont  été  portés  par  une  fe- 
creteinfpiration  du  ciel.  (Z>.  /.  ) 

SORT  A  CAP  ,  (  Géog.  mod.  )  cap  de  la  Méditer- 
rai>ée  ,  fur  la  côte  de  Tripoli ,  en  Barbarie  ,  au  fond 
du  golphe  de  Sidra.  On  prend  ce  cap  pour  ïHippi 
promofitoriurn  des  anciens.  (^D.J.^ 

SORTE,  ff.  (  Gram.  )  nom  colleftif ,  quiraffem- 
ble  fous  fon  acception  un  certain  nombre  de  chofes 


s  O  R 

liiîinsiuéfS  par  quelque  caradere  d'un  plus  grand 
ombre  qui  forme  le  genre. Plante  eu  le  gt'nre;mais  il 
a  bien  des  fortes  de  plantes.  Etolîe  eft  le  genre  ; 
iiûs  il  y  a  bien  des  Jones  d'étoffes  ,  d'animaux ,  de 
oiflbns  ,  de  lerpens  ;  il  y  a  toutes /or«j  d'efprits  & 
e  caractères.  Il  y  a  dans  quelques  hommes  nos  forte 
'inllind  ;  il  y  en  a  qui  ont  nne  forte  de  fcience.  Cet 
onime  nous  en  contera  de  toutes  les  firt^s.  ïl  y  a  de 
ouïes  fortes  de  marchandile.  Il  n'y  a  forte  d'atten- 
tons  qu'il  n'ait  prifes  ,  le  hafard  les  a  toutes  trora- 
ées. 

Sorte  ,  f.  f.  (  Joaillerie.  )  on  fe  fert  de  ce  terme 
ans  le  commerce  des  pierreries ,  en  parlant  des 
mcraudes  qui  ne  fe  vendent  qu'au  marc  ;  ce  qui  en 
larque  les  différentes  groffeurs  qui  vont  en  dimi- 
uant ,  depuis  la  première  forte  julqu'à  la  troilieme  ; 
m  dit  auffi  première  ,  féconde  &c  troilieme  couleur. 
D.J.) 

SORTIE  ,  f.  f.  (  Grarn.  )  l'aftion  de  fortir,  ou  paf- 
îge  d'un  lieu  qu'on  regardoit  comme  fa  première 
emeure  dans  un  autre.  J'en  fuis  à  ma  première  for- 
ie.  Ce  mot  a  quelquefois  rapport  au  tems ,  à  \afortie 
ie  l'hiver ,  à  la  fin  d'une  occupation  ,  à  la  fonie  de  ce 
■vre.  Aux  iffues  d'une  maifon  ,  j'ai  deux  forties ,  & 
ela  m'eft  fort  commode  ,  je  m'échappe  &  je  rentre 
juand  il  me  plaît  &  fans  qu'on  le  fâche  ;  aux  voies 
ju'on  ouvre  aux  eaux  ,  à  l'air  ,  à  un  fluide  dont  le 
éiour  incommoderoit  ;  j'ai  pratiqué  imefortie  à  ces 
'"dpeurs. 

Sortie  ,  (  Fonif  cation.  )  terme  dont  on  fe  fert 
[ansVart  militaire ponrcxprïmer  l'aftion  par  laquelle 
es  affiégés  fonent  de  leurs  villes  ou  de  leurs  forte- 
x;ffes  ,  afin  de  chaffer  les  aiTiégeans  ,  d'enclouer  leur 
:anon  ,  d'empêcher  leurs  approches  ,  &  de  détruire 
eurs  ouvrages  ,  &c.  On  dit  »  faire  une  jortic  ,  repouf- 
fer  unefortie  ,  &c.  On  eft  coupé  dans  une  fortie  , 
lorfque  l'ennemi  fe  place  entre  ceux  qui  (ont  fonis 
'k.  leur  ville.  Chambers. 

Ceux  qui  fe  tiennent  toujours  dans  leur  place  fans 
Paire  des  forties  ,  font ,   dit  le  chevalier  de  la  faille  , 
femblables  à  ceux  qui  ne  fe  foucient  point  du  feu  qui 
ell:  dans  la  maifon  du  voifin  ,  &  qui  ne  fe  meuvent 
pour  l'éteindre, que  lorfqu'il  a  pris  à  la  leur.  En  eff^t, 
les  affiégeans  avançant  toujours  leurs  travaux  vers 
la  place  ,  il  eft  de  la  dernière  importance  de  travail- 
ler de  bonne  heure  à  en  arrêter  le  progrès  ;  c'eft  à 
quoi  [es  forties  font  excellentes  lorfqu'elles  font  bien 
difpofécs  &  bien. conduites  ;    car  autrement  elles 
avanceroient  plutôt  la  prife  de  la  place  qu'elles  ne  la 
retarderoie.nt.  Quelque  avantagcufes  que  foient  les 
forties  ,  on  ne  peut  pas  en  faire  indifféremment  dans 
toutes  fortes  de  places  ;  il  faut  pour  en  entreprendre 
que  la  garnifon  foitnombreufe.  Une  garnifon  foible 
•&  qui  leroit  amplement  fournie  de  toutes  les  muni- 
tions néceftaires  pour  fe  défendre  &  pour  fubfifter 
long-tems  dans  la  ville ,  devroit  être  fort  circonf- 
pedte  dans  les  forties.  Mais  une  garnifon  nombreufe 
&i.  qui  n'eft  pas  d'ailleurs  fournie  pour  long-tems  de 
vivres  &C  d'autres  mueitions  ,  doit  fatiguer  l'ennemi 
autant  qu'il  lui  eft  pofîible  ,  par  de  très-fréquentes 
forties  :  c'eft  aufTi  le  parti  que  l'on  doit  prendre  dans 
une  ville  dont  les  fortifications  font  mauvaifes  ;  on 
ne  doit  pas  fe  laiffer  renfermer ,  pour  être  obligé  de 
ie  rendre  ,  pour  ainfi  dire,  fans  réliftance.  Il  faut  fa- 
tiguer l'ennemi  continuellement ,  le  tenir  éloigné  de 
la  place  le  plus  long-tems  qu'il  eft  poffible  ,  &  n'o- 
nietre  aucune  chicane  pour  lui  dilputer  l'approche 
du  glacis  &  la  prife  du  chemin  couvert.  C'eft  ainfi 
que  M.  le  marquis  d'UxcUes  ,  depuis  maréchal  de 
France   ,  en  ufa   dans  la  défenfe    de  Mayence  en 
.1689.  Il  défendit  cette  ville  ,  affez  grande  &C  très- 
mal  fortifiée ,  pendant  pins  de  deux  mois  ,  par  le  fe- 
cours  d'une  garnifon  excellente  ,  &  il  fut  obligé  de 
capituler  faute  de  poudre  6c  de  munitions,  éteint  en- 


S  O  R 


381 


core maître  de  fon  chemin  couvert,  &  même,  pour 
ainfi  dire,  de  tous  fes  glacis,  puifque  l'ennemi  n'y 
avoit  qu'un  logement  furie  haut  ;  encore,  dit  M.  de 
Feuquicres  ,  M.  le  Marquis  d'Uxelles  le  laiffa-t-iî 
faire  pour  avoir  prétexte  de  capituler,  &  que  l'en- 
nemi ne  pût  pas  foupçonner  qu'il  fe  rendoit  faute  de 
poudre.  A  Keifervert  en  1702,1a  place.fort  mauvaife 
par  elle-même ,  ne  ftit  encore  défendue  que  par  de 
nombreufesybrn^5  ,  qui  firent  payer  fa  prife  chère  à 
l'ennemi.  Dans  des  cas  femblables ,  on  ne  doit  point 
fe  négliger  pour  les  forties  ;  pour  qu'elles  réufTiffent , 
il  faut  qu'elles  foient  faites  avec  art  &  intelligen- 
ce ;  c'eft ,  dit  M.  le  maréchal  de  Vauban  ,  dans  ces 
fortes  d'aélions  que  la  vigueur  ,  la  diligence  &  la 
bonne  conduite  doivent  paroître  dans  tout  leur  éclat 
6c  dans  toute  leur  étendue. 

Lorl'quc  l'ennemi  eft  encore  loin  de  la  place  ,  les 
forties  font  très-périlleui.s  ,  parce  que  l'ennemi  peut 
avec  fa  cavalerie  ,  leur  couper  la  retraite  dans  la 
ville  ;  mais  lorfqu'il  a  établi  îa  féconde  parallèle  & 
qu'il  pouffe  les  boyaux  de  la  tranchée  en  avant  pour 
parvenir  à  la  troilieme  au  pié  du  glacis  ,  c'eft  alors 
qu'on  peut  fortir  fur  lui  ;  on  le  peut  même  ,  fi  l'on 
prend  bien  fes  précautions  ,  lorfqu'il  travaille  à  fa 
féconde  parallèle ,  &  qu'elle  n'eft  point  encore  ache- 
vée entièrement  ;  mais  où  elles  doivent  être  les  plus 
fréquentes,  c'eft  lorfque  l'affiégeant  eft  parvenu  à  la 
troifieme  parallèle  &  qu'il  veut  s'établir  fur  le  glacis. 
On  ne  craint  plus  alors  d'être  coupé  ,  &  on  peut  le 
furprendre  d'autant  plus  aifément ,  qu'on  peut  tom- 
ber fur  lui  d'abord  &  le  culbuter  fans  lui  donner  le 
tems  de  fe  reconnoître. 

Les  forties  peuvent  être  ou  grandes  ou  petites  ;  les 
grandes  doivent  être  au  m.oins  de  5  ou  600  hommes , 
ou  proportionnées  à  la  garde  de  la  tranchée  ,  &  les 
plus  petites  feulement  de  10,  15  ,  ou  20  hommes. 

L'objet  des  grandes  forties  doit  être  de  détruire  & 
de  rafer  une  grande  partie  des  travaux  de  raifiégeant, 
afin  de  le  mettre  dans  la  néceffité  de  les  recommen- 
cer ,  d'enclouer  le  canon  des  batteries  ,  de  reprendre 
quelque  pofte  que  l'on  aura  abandonné ,  &c  enfin  de 
nuire  à  l'ennemi  en  retardant  fes  travaux,  pour  re- 
culer par-là  la  prife  de  la  place. 

Pour  les  petites  forties  ,  elles  ne  fe  font  que  pour 
donner  de  l'inquiétude  aux  têtes  de  la  tranchée ,  pour 
effrayer  les  travailleurs  ,  &  pour  les  obliger  de  fe  re- 
tirer. Comme  il  faut  toujours  quelque  tems  pour  les 
rappcUer  &  les  remettre  dans  l'obligation  de  conti- 
nuer leur  travail  ,  il  y  a  un  tems  de  perdu ,  qui  re- 
tarde toujours  l'avancement  &  le  progrès  des  tra- 
vaux. 

Le  tems  le  plus  propre  pour  les  grandes  y^r/Ze^, 
aft  deux  heures  avant  le  jour  ;  le  foldut  eft  alors  fati- 
gué du  travail  de  la  nuit  &  accablé  de  foramcil ,  il 
doit  par  cette  raifon  être  plus  ailé  à  furprendre  &  h 
combattre.  Lorfqu'il  a  fait  de  grandes  pluies  pendant 
la  nuit  ,  &  que  le  foldat  ne  peut  faire  ufage  de  fon 
feu  ,  c'eft  encore  une  circonftancc  bien  favorable  ; 
il  ne  faut  rien  négliger  pour  le  furprendre  :  car  ce 
n'eft ,  pour  ainfi  dire ,  que  par  la  furprife  que  l'on 
peut  tirer  quelque  avantage  d^une  fortie. 

Pour  les  [iemes  fort! es  ,  dont  l'objet  eft  de  donner 
fsmplcment  de  l'inquiétude  aux  alïiégcans  ,  fans  pou- 
voir leur  faire  grand  mal ,  voici  comme  elles  fe  font. 
On  choifit  ,  pour  les  faire  ,  des  foldats  hardis  Se  va- 
leureux ,  au  nombre  ,  comme  nous  l'avons  dit ,  de 
10,  i^  ou  20  ,  qui  doivent  s'approcher  doucement 
de  la  tête  des  travaux  des  afliégeans  ,  &  fe  jetter  en- 
fuite  promptement  defiits  ,  en  criant ,  tue  ,  tue ,  & 
jcttant  quelques  grenades  ;  eniiilte  de  quoi  ils  doi- 
vent fe  retirer  bien  vite  dans  la  place  ;  l'alarme  qu'ils 
donnent  ainfi  eft  fuffifante  pour  faire  fuir  les  travail- 
leurs ,  qui  ne  demandent  |xis  mieux  que  d'avoir  un 
prétexte  fpécieux  pour  i'cafuir  ^  i\ms ,  dit  .M.  Gou" 


38i 


S  O  R 


Ion  ,  qu'il  folt  poiTlhlc  de  les  en  empêcher ,  &  de  les 
ralVembler  toute  la  uuit ,  ce  qui  la  tait  perdre  aux 
alliegcans.  Si  ,  dit  le  même  auteur  ,  les  aillcgeans 
s'accoutument  il  ces  petites  forrics  ,  &  qu'ils- ne  s'en 
ébranlent  plus  ,  les  ainégés  s'en  appercevant ,  feront 
fuivre  ces  petites  /orties  d'une  bonne  ,  laquelle  n'é- 
tant point  attendue  ,  renverlera  lans  didiculté  les 
travailleurs  &  ceux  qui  les  couvrent  :  après  quoi 
elle  lé  retirera  fans  s'opiniâtrer  au  combat,  pour  ne 
pas  avoir  toute  la  tranchée  fur  les  bras.  (  Q  ) 

Sortie  ,  (  Ifyii'r.  )  c'efl  l'ouverture  circulaire 
ou  l'orifice  d'un  ajutage  par  où  l'eau  s'élance  en  l'air 
6c  forme  un  jet  d'eau,  f^oyei  Orifice.  (  K  ) 

Sortie  ,  f.  f.  (  Commeru.  )  c'elt  le  partage  d'un  lieu 
à  un  autre.  Il  n'y  a  guère  de  fouverains  qui  n'ait  éta- 
bh  des  droits  fur  les  marchandiles  qui  entrent  dans 
leurs  états  ou  qui  en  fortent  ;  mais  les  fouverains  qui 
ont  le  moins  établi  de  ces  droits  en  général ,  font  les 
plus  éclairés.  11  ne  faut  aucun  de  ces  droits  dans  un 
même  royaume  ,  qui  ellfous  la  domination  du  même 
ibuverain.  Ç  D.  J.) 

SORTILEGE  ,  f  m.  (  Magie.  )  ^oye^  Sorx:el- 

LERIE. 

Sortilège  ,  (  Jurifp.  )  on  entend  par  ce  terme 
un  maléfice  qui  fe  fait  par  l'opération  du  diable. 

Lejbrtilige  ell  compris  dans  ce  que  l'on  appelle  en 
général  magie  ;  mais  il  a  particuherement  pour  objet 
de  nuire  aux  hommes, foit  en  leur  perfonne  ,  foiten 
leurs  belliaux  ,  plantes  &  fruits  de  la  terre. 

Il  n'appartient  qu'aux  Théologiens  de  traiter  ime 
matière  fi  délicate  ;  c'eft  pourquoi  nous  nous  con- 
tenterons de  parler  des  peines  que  les  lois  ont  pro- 
noncées contre  ce  crime. 

La  loi  divine  condamne  à  mort  ceux  qui  en  font 
convaincus  ,  Lcvit.  xx.  Dcuùron.  xvuj. 

Le  droit  canonique  prononce  l'excommunication 
&  les  autres  cenfures  contre  ceux  qui  ufent  deyor- 
ÙUge. 

Les  lois  mêmes  du  paganifme  les  ont  condamnés 
comme  ennemis  du  bien  public  &  du  repos  de  la  fo- 
ciété.  La  loi  des  xij  tables  y  ell  précife  ;  &  fi  les  Ro- 
mains permirent  depuis  l'ufage  des  augures  ,  ce  ne 
fut  que  poiu-  favoir  le  fort  des  armes  &  des  batailles  ; 
^ncore  reconnut-on  le  danger  de  cet  ufage  qui  fayo- 
rifoit  les  affemblées  fecretes  où  fe  formoient  les  conf- 
pirations  contre  l'état  &  la  vie  des  concitoyens  :  tel- 
lement que  ces  affemblées  furent  défendues  par  un 
édit  de  Tibère. 

Les  empereurs  chrétiens  fe  hâtèrent  d'arrêter  le 
cours  de  ces  fuperftitions  criminelles  ,  ainfi  qu'on  le 
voit  au  code  di  maUficis  &  mathematicis  :  la  peine 
ànforù/egc  étoit  tantôt  d'être  expofé  aux  bêtes ,  tan- 
tôt celle  d'être  brûlé  vif, ou  d'être  crucifié,  quelque- 
fois d'être  mis  dans  un  vaie  plein  de  pointes ,  ou  d'être 
décapité  ;  la  moindre  peine  étoit  la  déportation. 

La  feule  peine  que  nous  ayons  retenue  ell:  celle 
du  feu  vif  Elle  ne  doit  pouriant  pas  être  ordonnée 
dans  tous  les  cas.  On  diflingue  s'il  ne  s'agit  que  d'un 
foniUgc  fimple  fans  autre  circonftances  aggravantes 
&  qui  part  ordinairement  d'un  cerveau  dérangé  ,  ou 
s'il  y  a  eu  maléfice  qui  ait  caulé  la  mort  à  quelqu'un 
ou  des  pertes  conlidérables  ;  c'eil  principalement 
pour  ces  maléfices  qu'on  ordonne  la  peine  du  feu. 

Les  prétendus  devins ,  faifeurs  de  prognoitics  & 
diléurs  de  bonne  fortune,  dont  parlent  les  ordonnan- 
ces d'Orléans  6l  de  Blois,  doivent  leulement  être  pu- 
nis de  peines  corporelles  &  exemplaires.  L'édit 
d'Août  1681  ajoute  cependant  la  peine  de  mort, 
.lorfqu'à  la  fuperilition  fe  joint  l'impiété  6c  le  facri- 
lege. 

Foyei  le  traité  de  la  police  de  la  Mare  ,  le  traité  de 
la  magie,  fi-c.  imprimé  en  1737,  l'hiftoire  critique  des 
pratiques  fuperuitieufes  par  le  P.  le  Brun  ,  &  les  irif- 
(ituies  au  droit  criinind  à&M,  de  Vouglans.  (  J) 


S  O  S 

SORTILEGUE ,  f.  m.  (^Jnùq.  rom.')  c'étoit  un  em- 
ploi facré  que  celui  dejonilcgue ,  c'c(î-à-dire  de  celui 
qui  avoit  la  fondion  de  jetter  les  forts  ;  elle  étoit 
exercée  par  des  hommes  &  par  des  femmes ,  au  choix 
du  pontife.  On  les  appelloityorn^rii  &  fortiarite,  d'où 
font  venus  fans  doute  les  noms  de  forciers  Se  forcitrcs. 
Mais  ceux  qui  jettoient  les  forts  n'avoient  pas  le  pou- 
voir de  les  tirer; on  fe  fervoit  pour  cela  du  miniftere 
d'un  jeune  enfant.  Dans  les  infcriptions  recueillies 
par  Gruter ,  on  en  trouve  une  d'un  nommé  G.  Stimi- 
nius  Heracla  ,  qui  fe  qualifie  de  jortUcgue  de  Vénus 
Erycine.  (Z>.  /.) 

SOilTlNO  ,  (^Géog.moJ.^  petite  ville  de  Sicile 
dans  le  val  de  Noto,  au  bord  de  la  rivière  de  Sorti- 
no  ,  &c  un  peu  au-deffus  de  l'endroit  où  cette  rivière 
fe  jette  dans  le  Fium-grande.  (  D.  J.  ) 

SORTIR  ,  V.  n.  (Grarn.^  palier  d'un  lieu  qu'on  re- 
garde comme  fon  féjour,  dans  un  autre.  Le  maître 
de  la  mailon  eÛJorti  ;  il  a  eu  ordre  deyàmVdu  royau- 
me; il  eft/om  d'un  mauvais  pas  ;  cet  endroityôrf  trop; 
cette  figure  fort  trop  ;  il  ell  forti  d'exercice  ;  il  fortit 
de  la  place  à  la  tête  d'une  petite  troupe  ;  ne  Jorte^^ 
point  de  votre  fujet;  la  petite  vérole  commence  à 
Jbn'irà  cet  enfant;  il  e{\. forti  de  bonne  heure;  vous 
forte^  de  cadence,  de  mefure;  il  el\  forii  de  grands 
hommes  de  Port-Royal,  ô-c. 

Sortir  ,  (^Jurifp.)  fignifie  avoir ,  tenir  ou  produi- 
re; comme  quand  on  dit  qu'un  jugementyor/i/-iZ  effet, 
c'eft-à-dire  aura  fon  exécution. 

Dans  les  contrats  de  mariage ,  où  Ton  fait  des  ftl- 
pulations  de  propres,  après  avoir  fixé  la  mile  en  com- 
mimauté ,  on  dit  que  le  furplus  fortira  nature  de  pro- 
pres ,  c'ell-à-dire  tiendra  nature  de  propres,  f^oyei^ 
Propre,  (y^) 

Sortir  le  boute-feu  a  la  main,  (^Marine,') 
cela  fignifie  qu'un  port  eft  affez  bon  pour  en  faire 
fortir  un  vailfeau  tout  prêt  à  tenir  la  mer ,  ou  prêt  à 
combattre  ;  tel  eft,  par  exemple  ,  le  port  de  Brefl. 

Sortir  du  fort  ,  tzrme  de  Chafjc ,  il  fe  dit  d'une 
bête  qui  débûche  de  fon  fort ,  ou  du  lieu  où  elle  a 
palfé  le  jour. 

SORFIODUNUM,  {Géog.  anc.)  ville  de  la 
Grande  Bretagne.  L'itinéraire  d'Antonin  la  marique 
fur  la  route  de  Callcva  à  ViroconiuiHy  en  prenant  par 
Muridorium.  Elle  étoit  entre  Brige  &  Vindogladia ,  à 
9  milles  du  premier  de  ces  lieux,  6c  à  i  z  milles  du  fé- 
cond. Quelques  manufcrits  lifent  Sorbiodunum  pour 
S orviodunum  \  le  nom  moderne  eft  Old-Salisbury ^ 
félon  Cambden.  En  effet,  la  ville  de  Salisbury  d'au- 
jourd'hui a  été  bâtie  des  ruines  de  l'ancienne  Sorbio- 
dunum., qui  étoit  fituée  un  peu  au-defliis  lur  une  hau- 
teur aride  6c  ftérile  ,  où  il  y  avoit  un  château  fort'i- 
fié  ,  dont  l'enceinte  avoit  cinq  cens  pas  de  tour. 
{D.J.) 

SORY,  f.  m.  (^Hifl.  nat.)  nom  donné  par  quelques 
auteurs  à  une  pierre  de  couleur  grife ,  chargée  de  vi- 
triol. 

SOS ,  (  Géog.  mod.  )  petite  ville  de  France  dans 
le  bas  Armagnac.  Elle  a  donné  la  nalffance  à  M.  de 
Silhon  (Jean),  confeiller  d'état  ordinaire,  &  l'un 
des  premiers  membres  de  l'académie  Françoile.  Il 
s'appliqua  à  l'étude  de  la  religion  Si  de  la  politique  , 
&  fut  employé  dans  des  négociations  importantes, 
fous  le  miniftere  du  cardinal  de  Richelieu.  11  mourut 
en  1 667 ,  après  avoir  mis  au  jour  plufieurs  livres ,  & 
entr'axitres  celui  qui  a  pour  titre  ,  le  Minifire  d'état. 
C'eil  un  bon  écrivain  ,  mais  dont  le  ftyle  eft  trop  dif- 
fus. Il  a  très-bien  prouvé  la  fauffeté  de  la  puiflance 
indirefte  ,  que  les  Ultramontains  s'avifent  d'attribuer 
au  pape  fur  le  temporel  des  princes.  (^D.  J.) 

SOSIBES  ,  les  ,  (Géog.  anc.~)  peuples  des  environs 
de  la  Sarmatie  afiatique.  Ils  furent  du  nombre  de 
ceux  qui  confpirercnt  contre  l'empire  romain  fous 
Marc  Antonin  le  philofophe.  (Z>.  /.) 


s  O  I 

SOSICt/R(S.  ,  (  GVfli,'.  anc.)  peuple  de  l'Inde,  en- 
?çà  du  Gange  ,  &  Iclon  Ptolomée ,  /.  f^il.  c.  j.  dans 
•  golfe  Colchique.  Caftald  dit  que  le  nom  moderne 
\JacamcuTi.  (^D.  J.^ 

SOSIPOLIS ,  f.  m.  (  Mythol.  gncq.  )  dieu  des 
iéens.  Paufanias  raconte  que  les  Arcadiens  ayant 
it  une  grande  Irruption  en  Elide,  les  Eléens  s'a- 
mcerent  contre  eux  pour  éviter  la  prife  de  leur  ca- 
itale.  Comme  ils  étoient  fur  le  point  de  livrer  ba- 
ille, une  femme  fe  préfenta  aux  chefs  de  l'armée, 
3rtant  entre  fes  bras  un  enfant  à  la  mamelle,  &  leur 
t ,  qu'elle  avoit  été  avertie  en  fonge  que  cet  enfant 
)mbattroit  pour  eux.  Les  généraux  éléens  crurent 
le  l'avis  n'étoit  pas  à  négliger  ;  ils  mirent  cet  enfant 
la  tête  de  l'armée,  &  l'expoferenr  tout  nud;  au  mo 
ent  du  combat  cet  enfuît  fe  transforma  tout-à-coup 
iferpent,  6c  les  Arcadiens  furent  fi  eiTrayés  de  ce 
•odige,  qu'ils  fe  fauvcrei^t  ;  les  Eléens  les  pourfui- 
irent ,  en  firent  un  grand  carnage ,  &  remporteront 
le  vifloire  fignalée. 

Comme  par  cette  avanture  la  ville  d'Ells  fut  fan- 
ée, les  Eiéens  donnèrent  le  nom  de  Sofipolis  à  ce 
erveilleux  enfant,  bâtirent  un  temple  à  la  gloire  , 
:  inftltuefert  une  prêtrefle  particulière  pour  préu-' 
?r  à  fon  cuite.  Le  temple  étoit  double  :  la  partie  an- 
rieure  étoit  conlacrée  à  Lucinc,  qui  félon  l'opi- 
on  des  Eléens,  avoit  fmgulierement  préfidé  à  la 
liffance  de  Sofipolis.  Tout  le  monde  jouiflbit  d'une 
itrée  libre  dans  cette  partie  du  temple;  mais  dans  le 
ncluaire  dut  dieu ,  perfonne  n'y  entroit  que  la  prê- 
effe  qui  même ,  pour  exercer  ion  mmiftere ,  fe  coii- 
•oit  la  tête  d'un  voile  blanc. 

Les  filles  &  les  femmes  revoient  d^ns  le  temple  de 
Licine,  chantoient  des  hymnes  &  brCiloient  des  par- 
iais en  l'honneur  du  dieu  d'Elide.  On  repréfentoit 
î  dieu  fous  la  forme  d'un  enfant  avec  un  habit  de 
lufieurs  couleurs,  &  femé  d'étoiles, tenant  d'une 
lain  une  corne  d'abondance. 

On  peut  croire  que  les  chefs  des  Eléens  pour  ef- 
ayer  leurs  ennemis,  &  donner  du  courage  à  leurs 
•oupes,  s'avilerent  du  ftratagême  d'expofer  un  cn- 
mt  à  la  xè.\.Q.  du  camp ,  &  de  fubftituer  enfuite  avec 
dreffe ,  un  ferpent  à  la  place.  Enfin  on  fit  intervenir 
1  religion  pour  foutenir  une  rule  qui  avoit  fl  bien 
éiiflî.  Voilà  le  premier  tome  de  la  Pucelle  d'Or- 
;ans. 

Jupiter  efl  auffi  quelquefois  nomm.é Sofpolis^c'c^x- 
-dire  Jhnveur  de  la  ville.  (^D.  J.^ 

SOSPELLO,  {Géog.mod.)  petite  ville  des  états 
lU  roi  de  Sardaignc ,  dans  le  comté  de  Nice ,  entre  Ni- 
e  &Cony.  Elle  fiit  prife  en  1697.  par  les  François, 
iui  la  rendirent  au  duc  de  Savoie  "par  la  paix  de 
696. 

Ray naud  (Théophile^ ,  l'tm  des  fameux  jcfuites 
lu  xvij.  fiecle,  naquit  à. Vo/^^/io  ,  pafia  prcfque  toute 
a  vie  en  France,  &  mourut  à  Lyon  en  1663  ,  à  79 
ins,  félon  M.  Gallois. 

Le  P.  Raynaud  étoit  extrêmement  laborieux, 
:omme  le  prouve  le  nombre  de  livres  qu'il  a  compo- 
es.  Il  en  publia  quelques-uns  qui  furent  à  fon  grand 
•egret,  flétris  par  l'inquifuion  ;  mais  il  déchargea  fa 
:olere  fur  les  Jacobins ,  par  un  ouvrage  oii  il  ramafla 
:me  infinité  de  chofes  tirées  de  leurs  écrits,  qui  n'a- 
t'oient  pas  été  cenfurées  ,  quoiqu'elles  le  méritafient. 
On  ne  fauroit  nier  qu'il  n'eût  Tefprit  fjtyrique ,  l'i- 
magination vive  &C  une  mémoire  prodigieufe.  Son 
(î^yle  eft  obfcur ,  à  caufe  qu'il  afFetle  de  le  fervlr  de 
termes  difficiles  à  entendre  ,  &  de  mots  tirés  du 
grec. 

Il  maltraita  les  Janféniftes  qui  ne  l'ont  pas  épargné 
à  leur  tour;  mais  les  Carmes  l'ont  beaucoup  loué,  & 
ils  lui  rendirent  les  honneurs  funèbres  dans  tous  les 
couvcns  de  levtr  ordre.  Ce  fut  à  caule  de  l'ouvrage 
qu'il  avoit  fait  fia*  le  fcapubire.  Guy  Patin  étoit  auili 


O 


38? 


de  fcs  bons  amis  ,  &  trouvoit  beaucoup  de  doctrine 
dans  tous  fes  ouvrages  ;  ce  n'eil  pas  un  petit  élo^^e  , 
car  l'édition  qu'on  en  a  faite  à  Lyon  en  1665  ,  com- 
prend 20  volumes  in-fol.  &  ce  qui  eftforî  étran-^e 
le  libraire  ne  s'y  eft  pas  ruiné. 

Au  refte ,  le  P.  Raynaud  a  fi  fouvent  déo^uifé  fori 
nom  à  la  tête  de  fes  livres  ,  que  M.  Baillet  n'a  pas  eu 
le  bonheur  de  pouvoir  toujours  découvrir  cette  fu- 
percherie.  Hurtado  moine  eljjagnol,  a  jette  bien  des 
railleries ,  non  feulement  lur  les  divers  noms  que  pre= 
noit  le  P.  Raynaud,  mais  aulTi  fur  les  titres  que  ce 
père  donnoit  à  fcs  ouvrages.  Il  faut  pourtant  conve- 
nir que  fes  titres  étoient  quelquefois  ingénieux.  Qui 
ne  voudroit  lire,  par  exemple ,  un  ouvrage  intitulé, 
les'  fpirituûliiés  hétéroclites  ,  èl  les  anomalies  de  la  pié- 
té. C'eft  le  titre  du  quinzième  &  du  feizieme  volume 
des  œuvres  de  ce  jéfuite.  Voilà  donc,  dira-t-on  ,  des* 
hétéroclites  dans  la  religion,  auffi  bien  que  dans  la 
grammaire  ;  y  voilà  des  anomalies,  au/Ti  bien  que 
dans  la  lune:  on  ne  peut  fe  diipenier  d'acheter  un 
ouvrage  qui  nous  apprend  des  chofes  fi  fingulieres. 

SOSPITA,  {Mythol.)  c'eft-à-dlre/^/HtoVe;  fur- 
nom  de  Junon,  parce  qu'elle  veilîoit  à  la  falubrité  de 
l'air ,  dont  l'intempérie  caufe  les  maladies.  Cette  déef- 
fe,  qui  eft fouvent  prife  pour  l'air  même,  avoit  trois 
temples  à  Rome  fous  le  nom  à.tJunofofpita.^^L  les 
confuls,  avant  que  d'entrer  en  charge,  alloient  lui 
offrir  un  facrifice.  {D.  /.) 

SOSSINATl^  (  Géog.  anc.)  peuples  de  l'ile  de 
Sardaigne.  Strabon  ,  lib.  l^.  pag.  2 ai.  les  compte  au 
nombre  des  peuples  montagnards  qui  habitoient  dans 
des  cavernes,  éc  qui  bien  qu'ils  euffent  des  terres 
propres  à  porter  du  blé  ,  les  négligeoicnt ,  aimant 
mieux  piller  les  terres  des  autres,  tantôt  dans  l'île, 
tantôt  dans  le  continent  oppofé,  fur-tout  les  terres 
des  Pifans.  {D.J.) 

SOS  S  lus  ,  (  Géog.  anc.  )  fleuve  delà  Sicile  ,  Pto- 
lomée ,  /.  ///.  c.  iv.  le  marque  fur  la  côte  méridio- 
nale ,  entre  la  ville  Pintia  &  l'embouchure  du  fleuve 
Isburus.  Le  nom  moderne  efl  Calia  Bellota  félon  Fa- 
zel ,  &  Pulici  félon  Léander.  (  Z>.  J.) 

SOT,  FAT,  IMPERTINENT,  {Gram.)  ce.font  là 
de  ces  mots  dans  toutes  les  langues  qu'il  eft  impolfi- 
Ijle  de  définir,  parce  qu'ils  renferment  une  colledion 
d'idées  qui  varient  fuivant  les  moeurs  dans  chaque 
pays  &  dans  chaque  fiecle  ,  &  qu'ils  s'étendent  en- 
core fur  les  tons  ,  les  geftcs  &  les  manières. 

Il  me  paroît  en  général  que  l'épithete  de/Izï,  de 
foc  &  à^impcrtinent ,  prife  dans  un  fens  aggravant , 
n'indiquent  pas  feulement  un  défaut ,  mais  porte  avec 
foi  l'idée  d'un  vice  de  caradlcre  &  d'éducation.  Il  me 
femble  auffi  que  la  féconde  épithete  attaque  plus  l'ef- 
prit ,  &  les  deux  autres  les  manières  ;  c'efî  en  vain 
c[u'on  fait  des  leçons  à  wnfot ,  la  nature  lui  a  refufé 
les  moyens  d'en  profiter.  Les  difcours  les  plus  rai- 
fonnables  font  perdus  auprès  d'un  /</^  ;  mais  le  tems 
&  l'âge  lui  montrent  quelquefois  l'extravagance  de 
la  fatuité.  Ce  n'eft  qu'avec  beaucoup  de  peine  qu'on 
peut  venir  à  bout  de  corriger  un  impertinent, 

Lefot  eft  celui  qui  n'a  pas  mêine  ce  qu'il  faut  d'ef- 
prit  pour  être  un  fat.  Va  fat  eft  celui  qvie  les  fois 
croient  un  homme  d'efprit.  L'impertinent  eft  une  cf- 
pece  de  fat  enté  fur  la  grolficreté. 

IJnfot  ne  le  tire  jamais  du  ridicule  ,  c'cft  fon  ca- 
radlere.  Un  impertinent  s'y  jette  têtebaiflée,  fans  au- 
cune pudeur.  Un  fat  donne  aux  autres  des  ridicules, 
qu'il  mérite  encore  davantage. 

Le/o^  eft  embarrafté  do  la  perfonne.  Le  /.'//  eft  rem- 
pli de  l'amour  de  la  Icience  ,  avec  une  forte  de  hau- 
teur pour  les  autres.  \J impertinent  pafTe  à  l'effron- 
terie. 

Lzjot ,  au-licu  de  fe  borner  à  n'être  rien  ,  veut 
être  quelque  chofe  ;  au-licu  d'écouter,  il  veut  par- 


384 


SOT 


1er  ,  &:  poiir-lors  il  ne  (dM  &  ne  dit  que  des  bctlfcs. 
Vn/M  parle  beaucoup  ,  ck  d'un  certain  ton  qui  lui 
ei\  particulier  ;  il  ne  lait  rien  de  ce  qu'il  importe  de 
lavoir  dans  la  vie  ,  s'écoute  &  s'admire.  Il  ajoute  à 
la  l'ottife  la  vanité  &  le  dédain.  Vimpcrtincm  cil  un 
fat,  quipcchccnmcme  tems  contre  la  politellc  6l 
la  bienléance.  Ses  propos  font  fans  égard  ,  fans  con- 
fidération  &  fai-s  refpti>.  Il  confond  l'honnête  li- 
berté avec  une  f  unillarité  excclîive  ;  il  parle  6l  agit 
avec  une  hardiclle  infolcntc  ,  c'eft  wnfat  owwn  j'ot 
outré  ,  fans  délicatcffe.  \^eJ'ot  ennuie  ;  Ic/ar  révolte  ; 
Yiwpcitimnt  rebute  ,  aigrit  &  irrite. 

Addilfon  &  la  Bruyère  ont  donné  d'excellens 
coups  de  crayon  fur  chacun  de  ces  trois  défauts. 
Théophrafle  lésa  décrits  en  pafiant  dans  fes  portraits 
inoénieux  des  vices  des  Athéniens.  Séneque  les  ca- 
ra'dérife  aufTi  dans  fes  tableaux  des  mœurs  romai- 
nes ;  mais  il  a  peint  merveilleufement  \cfat  parfait , 
dans  la  pcrfonne  d'un  des  ahuabUs  de  Rome  ,  qui 
ayant  été  transporté  par  fes  efclaves  du  bain  dans  fa 
chaife  à-porteurs  ,  fe  donne  la  peine  de  leur  deman- 
der en  arrivant ,  s'il  ell  alTis  ,  comme  fi  c'étoit  une 
chofc  au-deflbus  de  lui  de  le  favoir.  Citons  ce  trait 
dans  la  langue  originale ,  il  a  bien  plus  de  fel  :  Audio 
qiumdam  ex  ifi'is  ddicatis  (  f.  modo  ddiciœ  vocandœ. 
j'iint  vilain  &  conftutudinem  dccifcere  )  ,  cùm  ex  halneo 
inur  manus  datus  ,  &  inj'dlà  pojitus  ejjet ,  dixijfe  in- 
terrocrcndo  ,  jam  fedeo?  Nimis  humilis  6*  contcmpù  ho- 
minis  ijfe  videtur  ,  Jdre  quidfadiat.  Senec.  de  bnvitate 
vit  a  ,  cap.  xij.  (£>.  /.  ) 

SOTAVENTO  ou  SOTOVENTO,  (Géog.  mod.) 
on  appelle  ainfi  la  partie  méridionale  des  îles  Antil- 
les. Les  Efpagnols  leur  donnent  ce  nom  ,  à  caufe 
qu'elles  font  eiîeQivemcnt  fous  le  vent ,  à  l'égard  de 
celles  de  Barlovento.  Les  principales  de  ces  îles  font 
la  Trinité  ,  la  Marguerite  ,  la  Tortuga  ,  la  Rocca  , 
Bon-Aire,  Curaçao  ,  Oruba.  {D.  J.) 

SOTER  ,  SOTERIA  ,{Liucraturc.)  c'eft-à-dire , 
confervauur ,  confcrvatricc  :  on  trouve  que  ces  noms 
étoient  fouvent  donnés  aux  divinités  ,  lorfqu'on 
croyoit  leur  être  redevable  de  fa  confervation.  On 
les  donnoit  particulièrement  à  Jupiter,  à  Diane,  à 
Proferpine.  Il  y  avoit  chez  les  Grecs  des  fêtes  appel- 
lécs Jotéries  ,  qui  fe  célébroient  en  aftion  de  grâces, 
quand  on  étoit  délivré  de  quelques  périls.  (Z>.  /.) 
'  SOTÉRIES  ,  f.  f.  plfoteria  ,  (  Amiq.  rom.)  fêtes 
qu'on  célébroit  en  adion  de  grâces  pour  la  délivran- 
ce de  quelque  grand  péril  public.  Sous  le  règne  des 
empereurs ,  on  ne  manquoit  pas  de  faire  ces  fortes 
de  folemnités,  lorfque  le  prince  relevoit  de  maladie. 
{D.  J.) 

SOTHERTON  ou  SUTTERTON ,  (  Géog.  mod.) 
village  d'Angleterre,  dans  Lincoln-shire  &  dans  la 
partie  feptentrionale  du  HoUand.  Ce  village  mérite 
d'être  remarqué  ,  parce  qu'il  étoit  autrefois  fur  le 
bord  de  la  mer,  6c  qu'aujourd'hui  il  en  efl:  à  plus  de 
deux  milles.  Ainfi  l'Océan  s'eil:  retiré  de  ce  côté-là, 
à  mefure  qu'il  s'eft  avancé  vers  un  autre.  (D.  J.) 

SOTIATES ,  (  Géogr.  anc.  )  peuples  de  la  Gaule , 
marqués  dans  l'Aquitaine  par  Célar.  M.  l'abbé  de 
Longuerue  obferve  que  le  nom  de  ces  peuples  eft 
corrompu  en  celui  de  Souciâtes  dans  plufieurs  édi- 
tions des  commentaires  de  Céfar  ;  mais  de  quelque 
manière  qu'on  écrive  ce  mot  ,  on  n'en  connoît  pas 
mieux  le  peuple  dont  il  s'agit ,  comme  le  prouve  alfez 
la  variété  des  opinions  de  nos  favans. 

M.  de  Marca  ,  hifl.  de  Béarn^  l.  I.  c.  ix.  penfc  que 
le  peuple  Soriat-'S  répond  au  diocéfe  d'Aire.  M.  de 
Vi.lois  veut  cjue  ce  loit  le  quartier  aux  environs  de 
Soz  qui  eft  de  l'ancien  diocefe  d'Eaufe  ,  aujourd'hui 
compris  dans  celui  d'Aux.  M.  Samfon  ,  dans  fes  re- 
marques fur  la  carte  de  l'ancienne  Gaule,  edinie  que 
les  Sonates  font  les  liabitans  du  diocefe  de  Lcdoure, 


SOT 

d'autant  mieux  que  la  ville  eft  forte  d'aflîette  &  de 
travail ,  comme  dit  Céiar  ;  &  parce  que  ce  pays  fe 
préfente  le  premier  du  côté  de  Touloufe ,  paroiiil 
fcmble  que  CraiTlis  entra  dans  l'Aquitaine.  Enfin  M. 
Lancelot  ,  hifl.  de  i'ucad.  des  Injcript.  tome  V,  p.  201. 
croit  que  \q$  Sociales  font  plutôt  les  habitans  du  pays 
de  Foix  ,  parce  que  cette  ville  ell  frontière  de  Lan- 
guedoc ,  qu'on  y  entre  en  venant  de  Touloufe  fans 
avoir  de  rivière  confulérable  à  palier  j  que  le  pays 
ell  montueux  ,  &  a  quelques  mines  de  cuivre  ,  cir- 
conftance  que  Céfar  dit  du  pays  àQsSotiates. 

La  conjc<flure  de  M.  de  iViaica  n'tft  autorifée  que 
fur  une  charte  faite  par  quelque  moine  moderne  fort 
ignorant.  L'opinion  de  M.  de  Valois  n'eft  fondée  que 
(ur  la  conformité  du  nom  de  5c>j  avec  Sotiates^  qui 
toute  feule  eft  la  plus  foible  raifon  du  monde.  Les 
idées  de  MM.  Samfon  &  Lancelot  ne  font  étayées 
d'aucune  autorité  ancienne  ou  moderne.  En  un  mot, 
comme  les  anciens  après  Céfar  n'ont  fait  aucune 
mention  des  peuples  Sociales  ;  que  lui-même  n'en 
parle  qu'en  palfant  &  légèrement ,  il  cil  impoffi- 
ble  aujourd'hui  de  deviner  la  pofuion  des  peuples 
Sotiates  ,  ainli  que  de  plufieurs  autres  nommés  dans 
les  commentaires  de  ce  grand  capitaine ,  d'autant 
mieux  que  ces  peuples  ont  ians  doute  été  confondus 
avec  d'autres  peuples  par  Augufte,  dans  le  tems  qu'il 
fit  faire  la  nouvelle  diviùon  de  l'Aquitaine.  (ZJ.  y.) 

SOTIE,  f.  f.  (^Hijl.  du  théat.  franc.')  nom  donné  à 
des  farces  qu'on  repréfentoit  autrefois  en  public,  & 
qui  étoient  un  tiflii  de  bouffonnerie  pour  faire  rire  le 
peuple.  Elles  fuivirentde  près  les  myfteres  de  la  paf- 
îion.  L'on  ne  doit  pas  les  confondre  avec  les  fotéries, 
qui  étoient  des  pièces  de  vers  plus  anciennes  faites 
en  l'honneur  des  faints.  (  Z>.  /.  ) 

SOTTISE ,  f.  f.  (Gram.)  c'eft  l'adion  ou  le  propos 
d'un  fot.  A^oye^  SOT. 

SOTTISIER,  f.  m.  (Gram.')  recueil  de  pièces  or- 
durieres. 

SOTTOSRINS  ,  f.  m.  terme  de  Galère  ,  pièces  de 
bois  qui  croifent  les  courbiltons ,  &  qui  fervent  à  les 
lier  &L  à  les  affermir. 

SOU  ,  (  Monnaie.  )  voye^^  SOL. 

Sou ,  f.  m.  {Marine?)  c'eft  la  terre  qui  eft  au  fond 
de  l'eau. 

Sou  ,  {.  f.  (^Economie  rujiique.  )  c'eft  l'étable  aux 
pourceaux. 

SOVA  ou  SOVI ,  {Hift.  mod.)  c'eft  le  nom  qu'on 
donne  en  Afrique  dans  les  royaumes  de  Congo  ÔC 
d'Angola  à  des  efpeces  de  gouverneurs  ou  de  vice- 
rois  ,  qui  font  fournis  aux  rois  du  pays  ou  aux  Portu- 
gais,  &  qui  ty  rannifent  les  habitans  qui  font  fous  leurs  ' 
ordres  de  la  manière  la  plus  cruelle  ;  ils  jugent  des 
procès  &des  différends,  &  ne  manquent  pas  de  ren- 
dre à  leur  profit  ceux  à  qui  ils  donnent  tort. 

SOUACHEM  ,  (  Géog.  mod.  )  petite  île  du  golfe 
Arabique  ,  qui  fépare  ,  pour  ainfi  dire  ,  l'Egypte 
de  l'Ethiopie.  Il  y  a  dans  cette  île  un  bâcha  turc. 
(Z>.  /.) 

SOUADOU  ,  (  Gtog.  mod.  )  nom  qu'on  donne  à 
un  amas  d'îles  de  l'Océan  indien ,  fituees  partie  fous 
le  deuxième  ,  partie  fous  le  troifieme  degré  de  iati-   !■ 
tude  méridionale  ,  au  midi  des  îles  d'Adoumatis  ,  &    I 
uu  nord  des  îles  d'Addou  en  général  qui  en  font  affez    ■ 
proche.  (Z>.  J.) 

SOUBA  ou  SUBA  ,  f.  m.  {Hifl.  mod. )  c'eft  ainfi 
qu'on  nomme  dans  l'Indoftan  des  efpeces  de  vice- 
rois  ou  de  gouverneurs  généraux ,  qui  ont  fous  leurs 
ordres  des  gouverneurs  particuliers,  que  l'on  nomme 
nababs  ;  ils  font  nommés  par  le  grand-mogol. 

SOUBARDIERS  ,  f.  m.  pi.  terme  de  Carrier^  prin- 
cipaux étais  qui  Ibutiennent  la  machine  avec  laquelle 
on  tiic  des  pierrieres  les  maffes  de  pierre  à  faire  de 
l'ardoile.  (i). /.) 

SOUBASSEMENT,  f.  m.  {Arcliit.)  large  retraite 

ou 


sou 

i  e%ece  de  piédeflal  continu  ,  qui  fert  à  porter  un 
ifice.  Les  architedes  le  nomment  Jléréo bâte  &c  Jb- 
:  continu  ,  quand  il  n'y  a  ni  bafe  ,  ni  corniche. 

O.J.) 

Soubassement,  terme  de  TapiJJlcr  ;  bande  d'ctof- 
,  de  loie ,  de  drap ,  de  lerge,  qui  ell  attachée  le  long 
chaque  pan  de  lit. 

SOUBERME  ,  f.  f.  (Manne.)  c'eft  un  torrent, 
:ll-à-dire ,  un  amas  d'eaux  provenues  des  pluies 
1  de  la  fonte  des  neiges ,  qui  groffit  les  rivières. 
SOUBISE  ,  (  Gcog.  mod.  )  petite  ville  de  France, 
ns  la  Saintonge ,  lur  la  Charente ,  à  2  lieues  au  nord 

Brouage  ,  &  à  5  de  la  Rochelle.  Elle  a  donné  le 
im  à  une  branche  de  l'illuftre  mailbn  de  Rohan  ; 
:ft  une  principauté  de  vingt  mille  hvres  de  rente, 
le  comprend  fept  greffes  paroiffes ,  qui  forment 
.  petit  pays.  Longitude  16'.  J4.  latitude  ^5.  4j). 
D.J.) 

SUBRESAUT,  f.  m.  {Manège.)  faut  imprévu  &  à 
intretems  que  le  cheval  fait  pour  fe  dérober  de  def- 
Lis  le  cavalier  qui  le  monte. 

SOUBRETTE,  f.  f.  {Gmm.)  c'étoit  autrefois  une 
mme  attachée  au  fervice  d'une  autre.  Il  n'y  a  plus 
J'oubrette  dans  nos  maiibns;  mais  elles  font  reliées 
théâtre  ,  oii  elles  font  communément ,  méchantes, 
vardes  ,  fans  décence ,  fans  fentiment,  fans  mœurs, 
fans  vertu  ;  car  il  n'y  a  rien  dans  la  fociété  qui 
ffemble  à  ce  perfonnage. 

SOUBREVESTE  ,  f.  f  {Habit  milit.)  \afoubreve(îe 
it  partie  de  l'habillement  des  moufquetaires.  Ce 
ten  1688  que  le  roi  ordonna  les  Joubrevejhs  ,  qui 
nt  comme  des  jufle  au-corps  fans  manches.  Elles 
nt  bleues  &  galonnées  comme  les  cafaques.  Elles 
)t  une  croix  devant  &  une  derrière  ,  qui  font  de 
îlours  blanc  bordées  de  galon  d'argent  ;  les  fleurs- 
;-lis  aux  angles  de  la  croix  font  de  même.  Le  de- 
mt  &  le  derrière  desfoubrevejles  ,  s'accrochent  aux 
)tés  par  des  agraffes.  Non-feulement  les  moufque- 
ires  ,  mais  encore  les  fous-brigadiers, les  brigadiers 
:  les  maréchaux-des-logis  ,  portent  la.  Jbubrevcjîe.  Il 
'y  a  que  les  officiers  fupérieurs  qui  ne  la  portent 
Dint.  Le  roi  fournit  la  cafaque  &  la  foubrevefîe  ,  & 
n  rend  l'une  &  l'autre  quand  on  quitte  la  compagnie. 
D.J.) 

SOUCHE  ,  f.  f.  {Grammaire  &  Jurifprudence.)  pris 
ans  le  fens  littéral  fignifie  le  tronc  d'an  arbre  ;  on 
mploie  ce  terme  dans  un  fens  figuré  en  matière  de 
énéalogies  &  de  propres  pour  défigner  celui  qui  efl 
auteur  commun  de  plufieurs  perfonnes  :  on  le  com- 
are  à  la  fauche  ou  tronc  d'un  arbre ,  dont  ces  autres 
erfonnes  font  les  branches  ;  on  appelle  donc  fouche 
u  tige  commune  celui  duquel  font  iffus  d'autres  per- 
Dnnes. 

Les  immeubles  qui  n'ont  pas  encore  été  tranfmis 
)ar  fucceffion  ,  ne  forment  que  des  acquêts  quand  ils 
)nt  {ait  fouche ,  c'eft-à-dire  ,  qu'ils  ont  paffé  du  père 
m  fils ,  ou  d'un  collatéral  à  un  autre  par  voie  de  fuc- 
:eflion  :  ont  dit  qu'ils  ont  fait  jouche,  parce  que  le  dé- 
funt efl  regardé  comme  Id.  fouche  d'oii  procède  l'hé- 
ritage qui  devient  propre.  Foye^^  Propre  &  Cou- 

rUME   SOUCHERE. 

Swccéàer -p^r  fouches  in  fiirpes  ,  c'efl  lorfque  plu- 
fieurs perfonnes  viennent  par  repréfentation  d'un 
défunt ,  &  ne  prennent  tous  enfemble  que  ce  qu'il 
auroit  pris  ,  au  lieu  que  ceux  qui  fuccédent  par  tc- 
le  ,  prennent  chacun  jure  fuo  leur  portion  virile. 
Foyei  Représentation  ,  Succession  ,  Parta- 
ge. {J) 

Souche  Je  cheminée, {^rchit.)  c'cfl  un  tuyau  com- 
pofé  de  plufieurs  tuyaux  de  cheminée,  qui  paroît  au- 
dcffus  d'un  comble;  il  ne  doit  être  élevé  que  de  trois 
pies  plus  haut  que  le  faîte.  Les  tuyaux  à^une  fouche 
de  cheminée  font  ou  adoffés  au-devant  les  uns  des  au- 
Ires ,  comme  on  les  faiibit  anciennement,  ou  ranges 
Tome  XK 


SOU 


385 


fur  une  même  ligne  ,  &  joints  par  leur  épaifTeur , 
comme  on  le  pratique  quand  ils  font  dévoyés. 

Les  fauches  de  cheminée  fe  font  ordinairement  de 
plâtre  pur  ,  pigeonne  à  la  main  ,  &  on  les  enduit  des 
deux  côtés  de  plâtre  au  panier.  Dans  les  bâtimens 
confidérables,  on  les  conflruit  de  pierre  ou  de  bri- 
que de  quatre  pouces  ,  avec  mortier  fin  &  crampons 
de  fer. 

Souche  feinte  ;  fouche  qu'on  élevé  fur  un  toit,  pour 
répondre  la  hauteur ,  à  la  figure  ,  à  la  fituation  des 
autres  ,  &  leur  faire  fymmctrie. 

Souche  ronde  ;  tuyau  de  cheminée  de  figure  cylin- 
drique en  manière  de  colonne  creufe  ,  qui  fort  hors 
du  comble  ,  ainfi  qu'il  y  en  a  au  palais  à  Paris.  Ces 
fortes  àc  fauches  ne  fe  partagent  point  par  des  languet- 
tes pour  plufieurs  tuyaux;  mais  elles  font  accouplées 
ou  grappées ,  comme  celles  par  exemple  du  château 
de  l'Efcurial ,  à  fept  lieues  de  Madrid  ,  en  Efpagne. 
Daviler.    {D.  J.) 

Souche,  {Hydr.)  eflle  tuyau  qui  s'élève  au  mi- 
lieu d'un  baffin  &  d'où  fort  le  jet;  on  le  foude  aplomb 
fur  la  conduite  &  du  même  diamètre,  &  il  eft  termi- 
né par  un  ajutage  de  cuivre  foudé  ,  &  qui  fe  déviffe 
pour  nettoyer  les  ordures  qui  empêchent  l'effet  de 
l'eau.  {K) 

Souche  ,  {Comm.  en  détail.)  les  détailleurs  nom- 
ment ainfi  la  plus  longue  des  deux  pièces  de  bois  qui 
compofent  ce  que  les  marchands  appellent  une  taille^ 
fur  laquelle  ils  marquent  avec  des  hoches  les  mar- 
chandiles  qu'ils  donnent  à  crédit.    {D.  J.) 

Souche,  {Exploitât,  des  bois.)  c'ell  la  partie  de 
l'arbre  qui  efl  à  fleur  de  terre  &  qui  tient  atix  racines. 
On  l'appelle  zvx&fepée  ;  mais  ce  dernier  terme  ne  fe 
dit  guère  que  des  arbres ,  du  tronc  defquels  il  fort 
diverfes  tiges. 

SOUCHERE,  {Jurifprudence.)  fe  dit  d'une  coutu- 
me où,  pour  fuccederaux  propres  ,  Si  pour  être  ad- 
mis au  retrait  lignager ,  il  faut  être  defcendu  de  celui 
qui  a  mis  l'héritage  dans  la  famille.  Foyei  Coutume 

SOUCHERE,  &  les  mots  COTÉ  ,   SlGNE,  PROPRE, 

Retrait  lignàger  ,  Souche.  {A) 

SOUCHET  ,  f.  m.  {Hi[l.  nat.  Bot.)  cyperus ,  genre 
de  plante  dont  la  fleur  n'a  point  de  pétales  ;  elle  efl 
compofée  de  plufieurs  étamines  ,  &  elle  forme  une 
forte  de  tête  écailleufe.  Le  pillil  fort  des  aîles  des 
écailles  ,  &  devient  dans  fuite  une  femence  trian^^u- 
laire.  Ajoutez  aux  caraderes  de  ce  genre  que  les  ti- 
ges font  auffi  triangulaires.  Tournefort ,  inf.  rei  herb. 
Foyei  Plante. 

Il  y  a  deux  efpeces  defouchet  en  ufâge  dans  les  bou- 
tiques, le  long  ,  &  le  rond  du  levant. 

hefouchet  long  ,  cypcrus  longus,  efl  une  racine  lon- 
gue ,  menue ,  noueufe  ,  genouillée  ,  tortueufe ,  diffi- 
cile à  rompre ,  noirâtre  en-dehors  ,  blanchâtre  en- 
dedans;  d'un  goût  fuave  un  peu  acre ,  aromatique  , 
d'une  odeur  agréable  qui  approche  de  celle  du  nard. 
Il  croît  en  Provence  &  en  Languedoc ,  &  c'efl  de-là 
qu'on  nous  l'apporte.  On  choifit  celui  qui  ell  bien 
confervé  ,  qui  n'efl  pas  carié  ,  &  qui  efl  odorant. 

C'efl  la  racine  d'une  plante  qui  s'appelle  cyperus 
odoratus  ,  radice  longâ ,  C.  B.  P.  Cette  racine  ell  ob- 
longue  ,  genouillée ,  garnie  de  plufieurs  nœuds  arti- 
culés les  uns  avec  les  autres  ,  &  de  plufieurs  fibres 
capillaires, d'un  rouge  noirâtre,  fucculent,  &:  fouvent 
de  petites  racines  en  forme  d'olives  ,  comme  dans  la 
racine  de  filipendule  ;  de  cette  racine  fortent  des  teuil- 
les  graminées  ,  lemblables  à  celles  du  porreau  ,  mais 
cependant  plus  longues  &  plus  étroites  :  la  tige  efl 
d'une  coudée ,  droite ,  fans  nœuds ,  lifle ,  llriée  ,  trian- 
gulaire ,  &  pleine  d'une  moelle  blanche  ;  clic  porte 
à  ion  fommet  des  feuilles  plus  petites  ,  dilpoiées  en 
manière  d'étoile  ,  &  placées  au-deficnis  des  épis  de 
fleurs  ,  qu'elles  fiirpafient  en  longueur.  Ces  bouquets 
font  amples ,  épars  ,  ÔC  comme  flottans  lur  le  fom-, 

C  c  C 


386 


SOU 


met  de  la  tige  :  ils  font  compolcs  d'cpis  ou  de  tctes 
ccailleurei,  garnies  de  fleurs  ;\  éiamincs  lans  pétales: 
desailTelles  des  écailles  naiiknt  les  pillils,  qui  le  chan- 
gent cnluitc  en  grains  triangulaires ,  durs  ,  revêtus 
d'une  écorce  noire.  Cette  plante  croit  abondamment 
dans  la  Provence  ,  &:  diuis  quelques  endroits  des  en- 
virons de  Paris. 

Lejoiic/iet  rond  du  Levant,  cypcrus  roturJus  orlcntalis, 
eft  une  racine  arrondie  ,  de  la  grandeur  &  de  la  figure 
d'une  olive,  raboteule,  llriée,  rouiiatreou  rougeâtre, 
&quolquetbisnoireen-dehors,&blanchesen-dedans, 
plulîcurs  racines  font  attachées  à  la  même  tête  ,  &  y 
pendent  comme  par  des  filets.  Elle  a  le  même  goût,  & 
la  même  odeur  q  ue  la  racine  ànjouchct  lon^.  La  plante 
s'ai^pelle  cypcrus  lotundus  orhntalis  major.  C.  B.  P. 
Elle  pouffe  beaucoup  de  racines  arrondies ,  canne- 
lées, de  la  orofleur  d'une  olive  ou  environ ,  liées  en- 
fcmble  par  une  fibre  intermédiaire. Elle  aies  feuilles, 
les  fleurs ,  &  les  graines  femblables  à  la  précédente. 
Elle  vient  en  abondance  dans  l'Egypte  le  long  du  Nil, 
dedans  les  marais. 

On  connoit  encore  une  trolfieme  efpece  àQfouclut 


pece  pafî"e  pour  avoir  les  mêmes  vertus  que  les  précé- 
dentes. 

Dlofcoride  &  Pline  ont  parlé  dufouchee,  fans  en 
dlflinguer  les  efpeces.  Leurs  racines  font  propres  à 
divifer  les  humeurs  ,  à  exciter  les  règles  ,  &  à  forti- 
fier l'eftomac  aflblbli  par  le  relâchement  des  fibres. 
Hippocrate  en  prefcrivoit  l'ufage  dans  les  ulcères  de 
la  matrice.  Les  racines  font  moins  odorantes  fraî- 
ches que  féches  ;  mais  elles  <bnt  aufli  moins  aûives , 
étant  chargées  d'une  plus  grande  quantité  de  phlegmes 
inutiles,  l'alloppe  prétend  que  la  graine  àc  fouchet 
long  enivre  comme  l'yeble  ,  lorfqu'on  en  mange  avec 
le  riz  ,  avec  lequel  elle  fe  trouve  fouvent  mêlée  dans 
les  rivières  d'Italie.  Je  ne  fai  fi  cette  remarque  efl: 
certaine,  mais  elle  efl;  afl^'ez  vraifl'emblableicar  les  par- 
fumeurs macèrent  les  racines  àejhuchet  dans  le  vlnai- 
î^re  ,  les  féchent  enfuite  ,  &  les  pulvérifent  pour  en 
faire  des  parfums.  {D.J.) 

SouCHfcT  des  Indes  y  (^Botan.^  Foye^  Safr-AN 
des  Indes.  {D.  /.) 

SouCHET-suLTAN  ,  (  Botan.  )  efpece  defouchee , 
nommé  par  Tourne  fort ,  cyperus  rotundus  efculenius  , 
augiifiifolius  I.  R.  H.  Il  pouiTe  des  feuilles  arundiua- 
cées  ,  longues  ,  étroites  ,  femblables  à  celles  des  au- 
tres  fouchets;(csù^ts  font  hautes  d'environ  deux  pies, 
triangulaires  ,  portant  en  leurs  fommcts  des  fleurs  à 
plufieurs  étamines  ramaflfées  en  tête  jaunâtre  ,  entre 
des  feuilles  à  écailles  ,  difpofées  en  manière  d'étoi- 
le :  quand  ces  fleurs  font  pafl"ées  ,  11  vient  fous  cha- 
que feuillet ,  une  graine  triangulaire  ,  ou  relevée  de 
trois  coins  ;  fes  racines  font  des  fibres  menues,  aux- 
quelles Ibnt  attachés  des  tubercules  charnus ,  gros 
comme  les  plus  petites  noifettes  ,  ronds ,  ornés  d'u- 
ne efpece  de  petite  couronne  ,  comme  les  nèfles  , 
couverts  d'une  écorce  ridée  un  peu  rude ,  jaunâtre 
ou  roulfe ,  ayant  la  chair  blanche  ,  ferme ,  d'un  goût 
doux.  Cette  plante  croit  aux  pays  chauds  ,  en  Pro- 
vence ,  en  Italie  ,  en  Sicile  ,  &c.  où  fa  racine  efl:  d'u- 
fage  en  médecine.  (/?.  J.) 

S  O  U  c  H  E  T  ,  terme  de  Carriers  ,  ils  nomment 
ainfi  une  aflTez  mauvaife  pierre ,  qui  fe  trouve  quel- 
quefois entre  les  bancs  qui  compolent  une  carrière  , 
particulièrement  fur  le  dernier  banc  ;  le  plus  fouvent 
lejbuc/iet  n'eft  qu'une  efpece  de  terre  &  de  gravois. 
(Z).7.) 

SOUCHETAGE,  f.m.  (^Eaux  &  forcis.  )  defcente 
que  font  les  ofiiciers  des  eaux  ôi  forêts,  après  la  cou- 
pe des  bois ,  pour  viflter  &  compter  le  nombre  <k  la 
qualité  des  fouches ,  ou.  arbres  abbatus.  Il  fe  dit  aufli 


SOU 

du  compte  te  de  la  marque  des  bols  de  futaie  ,  qu*on 
a  permiilion  d'abattre  dans  une  vente  :  cette  derniè- 
re vilite  fe  fait  avant  l'exploitation  des  bois.  Trutédes 
eaux  &  forêts.    (/?.  7.) 

SOUCHETEUR  ,  f.  m.  (  Gram.  )  expert  que  cha- 
cun nomme  de  fon  côté  ,  pour  alliiler  au  fouchetage 
&:  à  la  vifite  des  fouches. 

SOUCHE  VER  ,  V.  n.  terme  de  Carrier^  c'eft  pro- 
prement couper  le  fouchet ,  c'efl-à-dirc ,  la  pierre 
ou  moilon  qui  fe  trouve  dans  les  carrières  ,  au-def- 
fous  du  dernier  banc  de  pierre.  U  fe  dit  néanmoins 
plus  communément  de  tout  l'ouvrage  que  les  gar- 
çons carriers  iont  dans  le  fond  de  la  carrière  ,  lous 
chaque  banc  ou  lit  de  pierre,  pour  les  féparer  les  uns 
des  autres  :  c'cfl  l'ouvrage  le  plus  diflicile  &  le  plus 
périlleux  de  tous  ,  qui  ne  fe  fait  que  Ibus-œuvre , 
dans  une  poflure  très-contrainte ,  le  carrier  étant  or- 
dinairement couché  de  fon  long  fur  de  la  paille ,  pour 
pouvoirdétacher&;  couper  la  pierre  avec  le  marteau 
en  croifl'ant  ,  qu'en  terme  du  métier  on  appelle  une 
efle.{D.J.) 

SOUCKEVEUR  ,  f.  m.  terme  de  Carrier  ^  ouvrier 
qui  travaille  dans  les  carrières  à  ôter  le  fouchet. 
(/?./.) 

SOUCI ,  Caltha  ,  f.  m.  (  Hifl.  nat.  Bot.  )  genre 
de  plante  à  fleur  radiée  ,  dont  le  difque  efl  compofé 
de  plufieurs  fleurons  ,  &  la  couronne  de  demi-fleu* 
rons  ;  ces  fleurons ,  &  ces  demi  fleurons  ,  font  por* 
tés  fur  des  embryons  ,&  foutenus  par  un  calice.  Les 
embryons  deviennent  dans  la  fuite  des  capfules  ,  le 
plus  fouvent  courbes  &  bordées  ,  qui  renferment 
chacune  une  femence  ordinairement  oblongue.  Tour- 
nefort  infl.  rei  hcrb.  Foyei  Plante. 

Souci  ,  (  Mat.  méd.  )  fouci  des  jardins ,  &cfouci  de 
vigne ,  on  fouci  fauvage.  On  donne  les  mêmes  vertus 
aux  deux  efpeces  de  fouci  ;  quelques-uns  préfèrent 
le  fauvage  comme  étant  plus  fort  ;  ils  font  apéritifs  & 
réfolutils ,  ils  lèvent  les  obllru61:ions  du  foie  ,  de  la 
rate,  &  de  la  matrice  ;  ils  guériflTent  la  jaunifl'e  ,  ex- 
citent les  règles  ,  &  fiicilitent  l'accouchement  ;  on 
prefcrit  le  fuc  de  toute  la  plante ,  depuis  une  once 
jufqu'à  quatre  ;  l'infufion  des  fleurs  &  des  feuilles  pi- 
lées  dans  le  vin  blanc,  depuis  trois  onces  jufqu'à  flx; 
l'extrait,  depuis  un  gros  jufqu'à  deux  ;  la  conferve 
des  fleurs  ,  depuis  deux  gros  jufqu'à  une  once  ;  oa 
recommande  les  fleurs  &c  les  feuilles  mangées  cui-' 
tes  ou  crues  ,  &  leur  décoôion  en  boiflTon  ordinai-" 
re  ,  pour  guérir  les  écrouclles;  la  décodion  des  fleurs 
de  Jbuci  dans  du  lait  &  de  la  bière  ,  efl  très-en  ufage 
en  Angleterre,  dans  la  petite  vérole, félon  J.  Rai.  On 
fe  prélérvede  la  pefte  ,  au  rapport  du  même  auteur, 
en  mangeant  des  fleurs  de  fouci  avec  l'huile  &  le  vi-" 
naigre  ,  &enferinfant  la  bouche  le  matin  à  }cunave<J 
le  vinaigre  de  fouci  ,  &  en  avalant  enfuite  une  ou 
deux  cuillerées.  Extrait  de  la  mat.  med.  de  GeofFroî. 

Souci  de  marais^  (^Boian.  )  nom  vulgaire  du  gen- 
re de  plante  que  Tournefort  appelle /■o/'w/^^o.  Foye^ 

POPULAGO.  {D.  J.) 

Souci  ou  Soucie  ,  Foyei  Roitelet  hupé. 

Souci  d'eau,  populago  ;  genre  de  plante  à  fleui* 
en  rofe  ,  compofée  de  plufieurs  pétales  difpofés  en 
rond  ;  le  pifiil  fort  du  milieu  de  cette  fleur,  &  de- 
vient dans  la  fuite  un  fruit  membraneux,  dans  lequel 
font  réunies ,  en  manière  de  tête  ,  plufieurs  gaineS 
qui  font  ordinairement  recourbées  en  en-bas ,  6c  qui 
contiennent  des  femences  le  plus  fouvent  oblongues. 
Tournefort  ,   inf.  rei  hcrb.  Foye:^  PLANTE. 

Souci,  f.m.  (^Morale')  facheufe follicitude  &  in- 
quiétude d'efprit  ;  cura  ,  difent  les  Latins. 

L'idée  des  foucis  qui  voltigent  dans  les  apparte* 
mens  des  grands  ,  curœlaqucata  circkm  tccta  volantes^ 
pour  parler  avec  Horace  i  cette  idée ,  dis-je ,  efl 
très-ingénieufe  ,  &  ne  fe  trouve  que  trop  vraie.  Tan- 
dis qu'un  particulier,  qui  fait  réprimer  le  fbuleve- 


I 


sou 

lient  de  Tes  pafiloas,  coule  tloucementfes  jours  dans 
me  honnête  mcdiocritc,  un  feigneur  riche  &  puif- 
îBt  a  d'ordinaire  le  cœur  flétri  par  les  foucis  les  plus 
mers.  Lucrèce  dit: 

Metas  cnmque  fequaccs 
Nec  metuuntfonitus  armorum  feraqiie  tela, 

l.csfoucis  &  les  craintes  ne  refpeftent  ni  le  bruit 

des  armes ,  ni  la  fureur  des  traits  ».  Il  s'en  faut  de 
eaucoup  ,  c'cll-là  que  les  Jouas  fe  plaifent  ;  ils  s'é- 
ibliiTent  iiir-tout  dans  le  cœur  des  puifTances  &  des 
zlzs  coitronnces ,  malgré  l'éclat  de  l'or  &  de  la  pour- 
ire  qui  les  environne.  ^D.  J.^ 

Souci  ^)î.n\^nETO'H^en  terme  de  Boutonnkr^  c'ell 
;ne  eipece  de  mèche  en  foie  plate,  &  non  torfe, 
ievidce  fur  une  bobine  ;  on  la  noue  à  une  certaine 
iifrance ,  de  deux  nœuds  près  l'un  de  l'autre ,  puis  de 
leux  autres  à  la  même  diftance,  ainli  tout  le  long  , 
ufqu'à  ce  qu'on  en  ait  afll-z;  enftiite  on  coupe  la  foie 
u  milieu  de  la  dillance  des  nœuds;  cette  difîan ce 
»artagce  forme  de  petits  bouquets  brillans ,  à  pro- 
lortion  de  la  beauté  de  la  foie  ;  le  fouci  entre  dans 
es  graines  d'épinars  ,  &  autres  ajuftemens  d'hom- 
iies  &  de  femmes, 

SOUCIE  ,  {.  m.  (  Oniithol.  )  en  latin  troch'dus^ 
fpece  de  moineau  ou  paflereau  ;  on  le  nomme 
hiich  ,  à  caufe  que  fes  fourciis  font  compofés  de 
(lûmes  noires  ,  élevées  fur  chaque  côté  des  temples 
lU-defTus  des  yeux ,  au-milieu  defquels  il  a  une  efpece 
le  crête  de  pluficurs  plumes  jaunes,  fur  le  fommet 
le  la  tête.  Cet  oiieau  fréquente  les  haies  &  les  jar- 
lins ,  oii  il  fe  met  volontiers  fur  les  choux  pour  y 
ttraper  des  infeftes  ;  il  a  le  bec  un  peu  crochu  quand 
1  efl:  jeune  ;  le  deiTus  de  la  gorge  ,  de  l'eilomac ,  & 
lu  ventre  ,  font  jaunâtres  ;  îa  queue  &  fes  aîles  font 
:endrées  ,  mais  le  delfus  de  fon  dos  tire  fur  le  brun, 
^uand  il  efl  vieux,  il  a  le  bec  rond,  longuet,  pointu, 
Sl  très-noir;  fes  jambes  font  d'un  brun  qui  tire  fur 
e  noir,  les  plumes  du  dos  font  de  couleur  d'ocre;  le 
Iciiiis  du  ventre  &  de  la  gorge  font  blancs ,  fes  yeux 
ont  noirs  &  ombrés  de  plumes  cendrées  ;  ilefl  fau- 
i^age  ,  &  ne  vit  pas  en  cage.  {D.  /,) 

SOUCIS ,  ou  SOUTIS  ,  f.  m.  pi.  {foiriedes  Indes  ) 
:e  font  des  mouftelines  de  foie  rayées  ,  de  diverfes 
:ouleurs  ,  qui  viennent  des  Indes.  On  les  appelle 
noujjelines  ,  quoiqu'il  n'y  entre  aucun  coton  dans 
eur  fabrique  ;  ce  qui  leur  a  fait  donner  ce  nom  ,  c'ell 
tne  efpece  de  bourre  légère  qui  paroît  fur  la  fuperfi- 
:ie  de  la  toile,  comme  fur  les  mouffelines  ;  mais  ce 
ont  de  vraies  toiles  de  foie.  Il  n'y  a  que  les  Indiens 
jui  aient  la  manière  de  travailler  ainfi  ces  fortes  d'é- 
:ofïes.    Dicl.de  comm.  (Z>,  /.) 

SOUCIER  ,  v.  aft.  &  n.  il  ne  fe  dit  guère  qu'avec 
e  pronom  perfonnel  :  c'eft  prendre  du  fouci.  Foye:^ 
>ouci.  De  quoi  y ows  foucie:(-voîi.s  dans  ce  monde  ? 
fe  méprife  à  préfent  tout  ce  qui  me  plut  autrefois,  je 
le  me  foucie  plus  de  cet  amas  de  raretés  que  j'avois 
ichetées  à  grand  prix. 

SOUCIEUX  ,  adj.  qui  prend  aifément  du  fouci. 
lia  toujours  un  air  foucieux  qui  afflige. 

SOUDAIN  ,  adj.  (  Grammaire.^  terme  relatif  à  la 
îromptitude  de  l'aftion  ;  rien  de  plus  foudain  que  le 
mouvement  de  la  lumière  :  on  dit  aufîi,  une  irrup- 
tion yc>Ki/(z/«e  ,  une  mort  foudai ne  f  une  maladie /ôw- 
daine  ,  une  révolte  foudaine  ,  &c. 

SOUCOUPE ,  f  f.  terme  d'Orfèvre  &  de  Fayencier  , 
ouvrage  d'orfèvre,  de  fayencier,  ou  de  potier  d'é- 
tain,  qui  forme  la  figure  d'un  vafe  ,  compofé  d'un 
pié ,  &  d'un  deffus ,  qui  eft  une  forte  d'afTiette  large  , 
avec  de  petits  rebords  ,  fervant  à  pofer  un  verre  ou 
unetaffe,  (D.J.) 

SOUDAN  ,  f  m,  (  I/iJi.  mod.  )  ou  comme  on  le 
trouve  dans  nos  vieux  auteurs  Joldan ,  &  en  latin 
foldanus  ;  étoit  le  nom  qu'on  donnoit  autrefois  aux 
Tomt  Xy. 


S  O 


387 


lieutenans  généraux  des  califes  dans  leurs  provinces 
&  dans  leurs  armées  ;  mais  la  puiffance  des  califes 
étant  déchue  peu-à-peu  par  diverfes  révolutions ,  & 
fur-tout  par  la  trop  grande  étendue  de  pays  foumis  à 
leur  domination;  ces  lieutenans  généraux  s'érigèrent 
en  fouverains.  Saladin  ,  général  des  troupes  de  No- 
radin  roi  de  Damas ,  prit  ce  titre  ,  &  fut  le  premier 
foudan  d'Egypte.  Les.  empereurs  turcs  détruifirent 
toutes  les  petites  dinaflies  que  les  foudans  avoient 
fondées  dans  l'Afie  mineure,  comme  celles  deCogni, 
de  Caramanie ,  &c.  6c  fournirent  auiîi  celle  d'Egypte 
en  15  16.  Pour  l'étymologie  du  mot  foudan  ^  voyes^ 
Sultan. 

Soudan,  o«Soldan  ,  f.  m.  (  Hiji.  mod.  )  efl  le 
nom  d'un  officier  de  la  cour  de  Rome ,  qu'on  appelle 
autrementyi/^''e  de  la  tour  de  nove  ,  ou  maréchal  de  Ro' 
me  à  la  cour  de  favdles  ;  c'efl  une  efpece  de  prévôt 
qui  a  la  garde  des  prlfbns  ,  &  qui  connoît  de  plu- 
fleurs  affaires  criminelles  ,  fur-tout  de  celles  où  les 
courtifanes  l'ont  impliquées.  Pendant  b.  vacance  du 
fiege,  on  lui  confie  quelquefois  la  garde  du  conclave 
avec  des  foldats  fous  fes  ordres.  Ducange  ,  glojfar, 
latinit, 

SOUDE,  ou  Sel  de  soude  ,  (  Chimie  &  Mid&c  ) 
on  appelle/ow^e  le  fel  lixiviel ,  ou  les  cendres  deplu- 
fieurs  plantes  qui  contiennent  du  fel  marin  ,  &  qui 
croiffent  pour  la  plupart  fur  les  côtes  maritimes  des 
pays  chauds  ,  quoique  on  en  trouve  quelques-unes 
au  milieu  des  terres ,  comme  le  kali  geniculatum  que 
Hcnkel  a  cueilli  en  Saxe.  Lesbotaniftes  n'ont  éclairé 
jufqu'à  préfent  qu'imparfaitement  cette  partie ,  ÔC 
nous  trouvons  fi  peu  d'ordre  &  de  clarté  dans  les 
noms  oi  les  defcriptions  qu'ils  donnent  des  plantes 
dont  on  a  coutume  de  tirer  la  foude  ,  que  nous  n'o- 
fons  en  prélenter  un  tableau  complet  ;  on  les  a  pref- 
que  toutes  confondues  fous  le  nom  de  kall  ,  tandis 
que  plufieurs  font  de  différens  genres.  M.  de  Juffieu  , 
mémoires  de  Vacadémle  lyiy  ,  nomme  kall  d'Efpagne 
annuel  couché  fur  terre ,  à  feuilles  courtes ,  &  de  f  e- 
dum  ,  celui  dont  on  retire  principalemenr  à  Alicant 
la  foude  dite  de  harllle.  On  prépare  Xa  foude  dans  plu- 
fieurs autres  contrées.  Les  marchands  diflinguentces 
différentesyôa^«  par  le  nom  que  la  plante  dont  on  les 
tire  a  dans  chaque  endroit.  Ainfi  ils  appellent  \-a.  fou- 
de préparée  à  Cherbourg  ,  foude  de  varech  ;  ainfi  ils 
divifent  celle  d'Alicant  Qn  foude  de  barille  &  foude 
de  bourdine.  C'elT:  du  kall  geniculatum  de  Cafpard 
Bauhin  ,  du  kall  majus  cochleato  femlne  ,  &  Anfalfola 
fativa  du  même  auteur ,  qu'on  retire  les  foudes  com- 
munes. Pour  y  parvenir  ,  voici  la  méthode  qu'on 
fuit  dans  tous  les  pays  où  le  travail  s'exécute  en 
grand  ,  en  Egypte  ,  près  d'Alexandrie  ,  à  Carthage- 
ne,  à  Alicant ,  à  Cherbourg ,  &  en  d'autres  endroits. 

On  cueille  cette  plante  qui  a  crû  fans  art ,  ou  qu'- 
on a  femée  pour  la  multiplier  ;  on  la  coupe  lorfqu'elle 
efl  dans  fa  plus  grande  force  ,  on  la  fait  lécher  au  fo- 
leil  comme  le  foin  ;  on  la  met  en  gerbes  ,  après  en 
avoir  ramaffé  le  fruit ,  fi  on  fouhaite  ;  on  la  brûle  en- 
fuite  fur  des  grils  de  fer  ,  d'où  les  cendres  tombent 
dans  une  foflê  ,  ou  par  un  procédé  plus  fuivi ,  dans 
un  grand  creux  ;  on  jette  d'abord  une  botte  de  kali 
féchée  &:  enflammée  ,  qui  réduit  fucceflivement  en 
cendres  toutes  celles  dont  on  la  couvre  peu-à-peu. 
Le  feu  éteint  naturellement ,  on  tire  du  creux  les 
cendres  qui  contiennent  une  très-grande  quantité  de 
fel  alkali  fixe  marin  (  voye^^  Sel  )  ,  auquel  on  a  don- 
né les  noms  de  foude  ,  foude  en  pierre  ,  fallcon  ,  fali- 
cote  ,  La  marie  ,  alun  cqtln  ,  dont  Pline  dit  que  que  la 
découverte  efl  due  à  des  marchands  qui  jettes  par  hi 
tempête  à  l'embouchure  du  fleuve  Bclus  en  Syrie  , 
firent  cuire  leurs  alimens  avec  le  kali  ,  dont  la  ren- 
dre unie  au  fable  fur  lequel  elle  tomboit  ,  forma  du 
verre  par  la  fufion  de  l'un  &  de  l'autre. 

On  préférera  h  foude  des  pays  chauds  à  celle  des 

G  c  c  ij 


388 


SOU 


pays  froids  ;  la  fonde  de  barllle  cil  la  plus  cflimcc  de 
toutes.On  la  choilira  lèche,  Tonnante,  d'un  gris  bleuâ- 
tre, garnie  de  petits  trous  ,  n'ayant  aucune  odeur  de 
marécage  ;  on  rcicttera  celle  qui  a  une  croûte  verdâ- 
tre  ,  c[ui  elt  noirâtre,  puante,  ou  qui  contient  des 
pierres.  Pour  être  sûr  de  Ion  choix  dans  l'achat  de  la 
Joude  ,  il  faut  la  diflbudre  dans  Teau,  la  filtrer  ,  com- 
parer le  5)01  ds  que  Tcau  a  acquis  avec  celui  de  \a  fon- 
de,  ou-bien  faire  évaporer  iufqu';\  ficcité  ;  elle  fera 
d'autant  meilleure  ,  qu'elle  contiendra  une  plus  gran- 
de quantité  de  fel  alkali  auquel  elle  doit  toute  fa 
vertu. 

Le  fel  de  la  foudc  eft  un  vrai  fel  lixiviel  alkalln 
marin ,  c'eft  lui  qui  fert  de  bafe  au  fel  commun  ;  mais 
cet  alkali  eflniêlé  de  fel  deGlauber,  de  tartre  vitrio- 
lé ,  &  d'une  aflcz  grande  quantité  de  fel  marin  que 
le  feu  n'a  pu  décompofer.  Ce  fel  marin  conllitue  le 
fel  eflenticl  du  kali  de  la  plù^xirt  des  plantes  mariti- 
mes ,  &<.  de  toutes  celles  qui  fournillent  h  fonde  ;  ce 
qu'il  eft  aifc  de  démontrer  par  la  décoftion  ,  l'expref- 
fion  ,  la  filtration  &c  l'évaporationdu  fuc  de  ces  plan- 
tes, f^oyei  le  Aipplémcnt  au  Flora  Jàtur/iifim  de 
Hcnkel,to>vr  Sel  essentiel.  Ce  fel  neutre  eft  dé- 
truit par  l'incinération  ,  le  feu  dégage  l'acide  marin 
de  fa  bafe  alkaline  ;  cet  acide  fe  dilfipe  ,  &c  l'alkali 
refte  mêlé  avec  la  terre  ,  &  une  portion  des  fels  qui 
n'o.nt  pu  être  déccmpofés,  vojei  Sel  lixiviel.  La 
putrcfciclion  eft  un  autre  moyen  de  décompofer  le  fel 
marin;  le  kali  donne  e:i  fe  pourriifant  une  odeur  ex- 
trêmement fétide  ,  femblable  à  celle  des  excrémens 
humains  ,  ou  des  parties  animales  putréfiées  :  elle  eft 
due  à  un  alkali  volatil  qu'on  peut  ramafier  fous  forme 
concrète  par  la  diftiUation.  f^ojei  Henkeià  l'endroit 
cité.  C'eft  ici  évidemment  ime  tranfmutation  de  l'al- 
kali fixe  en  volatil. 

M.  Henkel  ayant  verfé  les  différens  acides  miné- 
raux fur  un  fel  grotTier  qui  s'ét  jit  précipité  de  la  lef- 
five  &  fur  la.  fonde  ,  trouva  après  une  forte  eifervef- 
cence,  &  après  avoir  lailTérepofer  la  dlflblution  ,  une 
poudre  femblable  au  bleu  de  Piuft'e  ,  en  très-petite 
quantité ,  voyei  le  fupplément  au  Flora  fammifans 
déjà  cité.  M.  Geoffroy  répéta  les  expériences  de  M. 
Henkel ,  obtint  à  peu-près  les  mêmes  produits  ,  & 
obferva  que  lafccule  bleue  qui  varioit  beaucoup  ,  dé- 
pendoit  principalement  de  la  quantité  de  charbon 
contenu  à^ns  Va  Joude.  Voyc^  fon  mémoire  parmi  ceux 
de  t académie  ,  iyx5.  Il  attribua  cette  couleur  bleue  à 
la  portion  ferrugineufe  du  charbon  ,  développée  par 
le  favon  tartareux  formé  de  foufre ,  ou  de  l'huile  con- 
centrée du  même  charbon  unie  avec  le  fel  alkali  qui 
eft  ici  abondant. 

'Lzfoudi  eft  d'un  très-grand  ufage  pour  blanchir  le 
linge  dans  les  pays  où  on  ne  brûle  que  du  bols  flotté , 
comme  à  Paris  ,  dont  les  cendres  ne  contiennent 
point  d'alkali  fixe  ;  les  blanchifi'eufes  ne  pouvant  faire 
ufage  de  ces  cendres  pour  leurs  leftives  ,  emploient 
h  fonde  à  leur  place  ;  elle  fert  auftl  à  dégraiiîer  les 
étofFcs:n  a'sfa  plus  grande  confommaticn  eft  dans  les 
fabriques  de  lavon  noir  ,  gris  ou  blanc  ,  &  dans  les 
verreries.^o>'e{SAvoN,VERRE, Email  &  Fritte. 
Pour  ces  derniers  ufages  on  ne  devroit  l'employer 
que  lorfqu'elle  eft  purifiée  par  la  leflive  de  la  partie 
terreufe  furabondante.  Le  fel  marin  qu'elle  contient 
lui  eft  néceflaire  pour  que  le  favon  prenne  de  lacon- 
fiftence. 

Nous  ne  trouvons  pas  qu'on  fe  foit  fervi  de  h  fon- 
de pure  ou  lelfive  dans  la  Médecine  ,  mais  les  vertus 
apéritives  &:  fondantes  des  favons  communs  de  Mar- 
feille  ,  d'Aiicant ,  de  Venife  ,  font  connues  de  tout  le 
monde;  ils  les  doivent  prefque  toutes  au  fel  alkali  de 
la  fonde  :  nous  pouvons  donc  les  attribuer  à  ce  der- 
nier. On  pourroit  en  faire  des  pierres  à  cautères  , 
moins  actives  que  celles  qu'on  prépare  communé- 
ment avec  les  cendres  clavclées. 


SOU 

Soude  blanche  ,  (  Minéralogie  &  Chimie.  )  Le- 
mery  donne  ce  nom  au  natrum  des  anciens.  Foye? 
Natrum. 

SouuE  ,/c.z/i,  f.  f.  {Hifl-  nat.  Bot.)  genre  déplante 
à  fleur  en  rolé  compofée  de  plufieurs  pétales  difpo- 
fés  en  rond.  Le  piftil  fort  du  milieu  de  cette  fleur  & 
devient  dans  la  fuite  un  fruit  prefque  rond&  mem- 
braneux ,  qui  renferme  un  Iruit  d'une  forme  lingu- 
liere  ;  car  il  eft  contourné  comme  un  limaçon  ,  & 
le  plus  fouvcnt  enveloppé  par  les  pétales  de  la  fleur. 
Tournefort  ,  InfL  rei  herb.    f^oyc^  PLANTE. 

Soude  de  BARILLE  ,  (^Commerce.)  fonde  d'Aii- 
cant ,  ainfi  nommée  de  l'herbe  debarille  qui  fefeme,  , 
le  cultive  ,  fe  recueille  &  fe  brûle  aux  environs  de 
cette  ville  d'Efpagne.  On  la  tire  rarement  toute  pure 
d'Efpagne,  les  Eipagnols  la  mêlant  fouvent  avec  la 
fonde  de  bourdine ,  qui  eft  une  autre  herbe  qui  ref- 
femble  à  la  barille.  C'eft  la  véritable /ôz/Ji;  ^i  barillc 
qu'il  faut  employer  pour  la  fabrication  des  glaces  à 
miroirs  ,  la  bourdine  n'y  étant  pas  propre  ;  elle  s'en- 
voie en  maffe  dans  de  grands  cabats  de  jonc.  (Z>,  7.) 

SOUDÉE  ,  ou  SOULDÉE ,  f.  f.  (  Junfpmd.  )  ter- 
me  ufité  anclenneiuent  pour  dire  la  vaUur  d'un  fou  , 
comme  on  peut  voir  dans  les  ftatuts  donnés  par  S. 
Louis  aux  Boulangers ,  dans  lefquels  font  détaillés  les 
jours  de  fêtes  auxquels  il  ne  leur  eft  pas  permis  de 
cuire  du  pain  ;  la  contravention  à  ce  règlement  étolt 
punie  par  une  amende  de  fix  deniers  ,  &  la  confifca- 
tion  de  deux  fondées  de  pain  pour  chaque  fournée , 
c'eft-à-dire  autant  de  pain  qu'il  s'en  donnolt  alors 
pour  la  valeur  de  deux  fous,  f^oye^  le  traité  de  la  Poli"  ift 
ce  ,  tome  I.  liv.  II.  tit.  S.  ch.  v.   (^A) 

SOUDER  ,  V.  a£l.  (Gramm.)  c'eft  joindre  enfem- 
ble  deux  morceaux  de  métal  féparés  ,  par  le  moyen 
d'une  compofition  d'une  fafibliité  moyenne  entre  l'un 
&i  l'autre  ,  quelquefois  par  le  leul  moyen  du  feu,  &c, 
f-^oyei  les  articles  fiivans. 

Souder  ,  terme  d'ArquebuJîer,  les  Arquebufiers 
fondait  les  tenons  fous  les  canons  de  fufil  en  les  y  af- 
fujetiiftant  avec  du  fil  de  fer  ,  &  en  faifant  fondre  du 
cuivre  avec  du  borax  en  poudre ,  de  la  même  façon 
que  les  Serruriers.  Les  ArquebufiersyoH^e/zfaulîlavec 
de  l'argent  &:  du  cuivre  mêlés  enfem.ble.  Ils  ont  aufli 
plufieurs  autres  pièces  dans  leurs  ouvrages  qu'ils  font 
obhgés  Ae  fonder  ,  comme  les  guidons  ,  &c. 

Soude;?,v.  a£l.SouDURE,f  f.  (^Hydr^Q^Xzm^mQ' 
re  de  joindre  enfembledeux  pièces  de  plomb  ,  par  le 
moyen  d'un  mélange  chaud  de  plomb  6i.  d'étain,ap- 
Tpellcfoudure ,  en  fDrte  que  ces  deux  pièces  ne  faifent 
cju'un  corps. 

On  fonde  deux  tables  de  plomb  avec  de  hfoudure 
faite  de  deux  tiers  de  plomb  &  d'un  tiers  d'étaln. 

Le  cuivre  (q  fonde  avec  de  l'étain  &du  cuivre,  & 
quelquefois  de  l'argent. 

L'argent  i'^  fonde  avec  le  cuivre  mêlé  avec  de  l'ar- 
gent ;  cette foudure  s'appelle  huit.  (K) 

Souder, c/7  terme  de  Bijoutier ,  eft  l'adlon  de  réu- 
nir dliférentes  parties  défunles  pour  n'en  faire  qu'un 
tout  par  le  moyen  de  la  foudure.  f'oyei  Soudure. 

Fonr  fonder ,  on  arrête  enfemble  les  pièces  que  l'on 
veut  joindre  ,  foit  avec  du  fil  de  fer  ,  foit  avec  des 
crampons  ;  on  met  des  paillons  de  foudure  le  long  des 
aftemblages  ;  on  humede  le  tout,  &  on  garnit  de  bo- 
rax tous  les  endroits  où  ily  a  des  paillons  de  foudure; 
11  eft  même  prudent ,  lorfqu'une  pièce  a  déjà  éprou- 
vé quelques  loudures  ,  de  garnir  légèrement  de  bo- 
rax les  endroits  précédemment  foudes  ;  cela  empêche 
la  Ibudiu-c  ancienne  de  fe  brûler  au  feu.  Lorfque  la 
pièce  eft  ainfi  difpofée  ,  on  l'çxpofe  à  un  feu  léger 
pour  faire  lécher  le  borax;  on  veille  pendant  ce  tems- 
là  h  ce  que  les  paillons  de  foudure  ne  s'écartent  pas 
des  places  011  on  les  a  pofés  ,  ce  qui  arrive  quelque- 
fois par  le  bouillonnement  qu'excite  l'humidité  mê- 
lée au  borax.  Si  la  pièce  eft  petite,  on  la  porte  tout- 


sou 

fu'itê  Sil  feu  de  la  lampe  ,  où  d'un  coup  de  flammé 
[cré  par  lechakuneau  de  cuivre ,  on  échauiîe  la  to- 
xé  de  la  pièce  ,  &C  on  Va  fonde  du  môme  coup, 
rique  la  pièce  eft  grofle  ,  après  l'avoir  fait  lé- 
!r,  on  l'environne  6l  on  la  couvre  de  charbon  al- 
lé; on  l'échauffé  alors  en  fouffiant  à  l'entour  avec 
foufflet  cà  main  ;  lorfque  la  pièce  cil  d'un  rouge 
liant ,  on  découvre  les  endroits  qui  doivent  être 
distn  ôtant  les  charbons  de  deffus  ces  places  ;  on 
rte  le  tout  au  feu  de  la  lampe ,  où  d'abord  on  ache- 
de  l'échauffer  tout-à-fait  en  l'enveloppant  de  toute 
lamme  du  chalumeau  ;  &  lorfqu'on  apperçoit  que 
judure  eft  prête  à  fe  fondre,  on  rétrécit  fa  flamme, 
on  la  porte  plus  direûement  fur  les  parties  à  réu- 
:  lorfque  Ton  a  vu  couler  toutes  les  fou  dures,  alors 
dégarnit  la  pièce  promptement  de  tout  le  feu  de 
irbon  qui  l'environne  ;  on  la  laiffe  refroidir  ,  on 
Iclle  ,  &:  on  la  met  dérocher  dans  l'eau  féconde  , 
c{  Eau  seconde  f^  Dérocher.  Il  y  a  une  ob- 
vation  à  faire ,  c'efl  qu'il  arrive  quelquefois  que 
crampons  ou  f.ls  de  fer  i^foudcnt  avec  l'or  par  la 
ilence  du  feu ,  &  qu'il  efl  ailé  d'éviter  cetinconve-  1 
nt  en  mêlant  tant  foit  peu  de  fcl  de  verre  avec  le 
rax» 

Souder  ,  urmt  de  Chaîmder  ^  les  Cha'metiers  fou- 
it piufieurs  de  leurs  ouvrages  avec  de  la  foudure 
nt  les  deux  tiers  font  d'argent  &  l'autre  tiers  de 
ivre  ;  quelquefois  la  loudure  elt  moitié  l'un  ,  moi- 
l'autre  ,  félon  les  ouvrages. 

Souder  ,  firs  à  ,  dont  le  fervent  les  Facieurs  d'or- 
'.s  pour  Joudcr  toutes  les  pièces  de  plomb  ou  d'é- 
n  dont  les  tuyaux  font  compofes  ,  font  des  fers 
3C ,  (  ng.  28.  PL  orgue.  )  dont  la  partie  BA  a  la 
•me  d'un  coin  ,  dont  le  tranchant  eft  arrondi.  La 
rtie  BC ,  qui  eft  la  queue  ou  le  manche  ,  fert  à  les 
uvoir  tenir  ,  au  moyen  des  poignées  DE  qui  font 

bois ,  &  font  chacune  une  moitié  de  cylindre 
nvexo-concave ,  c'eft-à-dire,  creufe  par  dedans 
lur  recevoir  le  manche  de  fer  ,  &  convexe  oar  de- 
rs  pour  s'ajuller  dans  la  main.  Voye^  Poignées. 
jrlque  les  fers  font  neufs  ,  on  les  lime  avec  une 
ae  douce  ,  &  on  les  frotte  avec  du  fel  ammoniac, 
qu'on  appelle  les  itamer ,  parce  que  fans  cette  pré- 
ration ils  ne  prendroient  pas  la  foudure  qui  elî  fur 
tuile. 

Pour  fe  fervir  de  ces  fers ,  après  les  avoir  fait 
auffer  non  jufqu'à  ce  qu'ils  foient  rouges  ,  on  les 
)tte  fur  la  tuile  où  il  y  a  de  la  foudure  ,  que  la  cha- 
-ir  du  fer  fait  fondre  ,  &  qui  s'attache  au  fer  lorf- 
l'elle  eft  fort  dure ,  comme  l'encre  à  écrire  dans 
le  plume.  On  la  porte  en  cet  éiat  fur  la  partie  que 
m  vent  fonder ,  où  on  l'apphque  en  pafî'ant  &  re- 
ifl'ant  le  fer  chaud  autant  de  fois  qu'il  en  eft  befoin 
)ur  la  faire  prendre.  Foye^^  VarticLe  Soudure. 
Souder  .ffers  à  ,  eft  un  inftrument  dont  les  Plorn- 
ers  fe  fervent  pour  fonder  les  ouvrages  de  leur  mé- 
er.  C'eft  un  fer  de  forme  cylindrique,  dont  la  queue 
ilîi  de  fer,  fort  du  mileu  de  la  baie  du  cylindre ,  eft 
nboîtée  dans  deux  morceaux  de  bois  appelles  mou- 
'.ttes ,  qui  lui  fervent  de  manche  ,  &  par  le  moyen 
ïfquellcs  l'ouvrier  retire  le  fer  du  feu ,  &  s'en  fert 
:ns  être  incommodé  de  la  chaleur.  Il  y  a  encore  des 
rs  â  fonder  qui  font  d'une  forme  triangulaire  &  plus 
etits  :  ceux-là  ne  font  propres  qu'aux  feuls  Plom- 
iers.  f^oye^  les  PL   &  fig.  du  Plombier. 

Souder  les  pots  d'etain.,  c'eft  unir  ,  parle  moyen 
'un  fer  k  fonder  ,1e  haut  &  le  bas  d'un  pot  pour  en 
>rmer  un  féul  corps.  Pour  cela,  on  prend  une  bande 
e  feutre  de  chapeau  ,  qui  forme  la  circonférence  du 
ot  en  dedans  ;  cette  bande  eft  plus  ou  moins  lar- 
e  Si  longue  ,  fuivant  la  grandeur  &  la  grofteur  des 
ieces.  On  joint  les  deux  pièces  l'une  fur  l'autre  ;  on 
es  attache  par  deux  gouttes  avec  le  ter  chaud  :  puli 
m  eonduitce  fer  fur  ce  qu'on  appelle  hfcndure , 


SOU 


389 


qui  eft  un  cordon  qui  vient  en  moule  à  une  pièce 
foit  du  haut  &  du  bas  ,  &  dans  lequel  il  y  a  un  dcoré 
pour  introduire  juftement  l'autre  pièce  ,  &  qui  four- 
nit en  même  tems  la  matière  fuffifante  pour  faire  la 
foudure  ,  on  fa^t  marcher  le  fer  en  tournant  la  pièce 
fur  fes  genoux  ;  on  appuie  le  fer  allez  fort ,  afin 
qu'elle  loit  bien  tréfondue  ;  enfuite  on  retire  foii 
feutre  avec  un  petit  crochet. 

Il  faut  avoir  foin  de  palTer  légèrement  du  fuif  au- 
tour de  la  foudure  avant  àe  fonder. 

Souder  à  la  foudure  légère  en  étain  ,  c'eft  faire 
tenir  une  anfe ,  ou  charnière ,  ou  autre  morceau  à 
une  pièce  cl'étain,foit  de  poterie  ou  menuiferie ,  fans 
la  jetter  fur  la  pièce,  f^oyei^  Jetter  sur  la  pièce. 

Pour  cela  on  attache  ,  avec  une  goutte  d'étain  ^ 
l'anfe  ou  autre  morceau  qu'on  a  jette  à  part  fur  la 
pièce  où  on  le  veut  unir  ,  puis  on  met  du  charbon 
allumé  fur  une  plaque  de  fer  échancrée  j  qui  échauf- 
fant l'anfe  &  la  pièce  où  elle  eft  pofée,  fait  fondrô 
la  foudure  légère  qu'on  y  met  adroitement ,  &cfoudi 
la  pièce  proprement  :  après  quoi  on  retire  le  feu.  ' 
La  foudure  légère  eft  compofée  de  trois  parties  ^ 
une  d'étaJn  fin  ,  une  d'étain  de  glace  &  une  de  plomb» 
Cette  foudure  fe  coule  par  petites  branches  fur  une 
râpe  à  étain  ;  elle  eft  fort  tendre  à  fondre  ,  c'eft  qui 
fait  qu'elle  fond  fur  une  pièce  chaude  ,  fans  que  la 
pièce  fonde. 

On  fonde  aufll ,  à  la  foudure  légère  ,  des  pièces  for- 
tant  du  moule  ,  encore  aflez  chaudes  pour  fondre  la 
foudure  ,  principalement  des  chandtjliers  d'étain, 
pour  éviter  de  les  fonder  au  fer  :  c'eft  une  diligence» 
Foyei  Souder. 

Souder,  en  terme  de  Potier,  c'eft  l'adlion  d'ap- 
pliquer une  partie  au  corps  d'une  pièce  ,  comme 
corne  ,  pié  ,  m.anche  ,  &c.  f^oye^  ces  mots. 

Souder  ,  (  Rubanier.  )  manière  de  joindre  une 
nouvelle  pièce  au  bout  d'une  autre  qui  finit  ;  cette 
manière  eft  uniquement  affeftée  au  galon  ,  &  voicîi 
ce  que  l'on  entend  par-là  ;  lorfqu'on  eft  borné  à  faire* 
un  auLnagejufts,  comme  lùppo'cde  20  ou3oaulnes, 
&  qu'une  des  pièces  de  chaîne  vient  à  finir  avant  ce 
complément,il  faut  donc  en  fubftituer  une  autre  à  fa 
place  ,ce  quife  fait  ainft  ;  la  pièce  qui  finit  &  au  bout 
de  laquelle  on  a  ajouté  la  corde  à  encorder  pour 
l'alonger  étant  parvenue  auprès  des  lilîettes  ,  une 
autre  de  même  contenance  eft  placée  fur  les  poten- 
ceaux  ;  &  au  moyen  de  l'encroix  ,  chaque  brin  de; 
cette   pièce   nouvelle  eft  palTé  à  la  place  de  celui 
auquel  il  doit  fuccéder  dans  les  mêmes  mailles  des 
Hfles  où  pafl'oicnt  ceux  qui  finiffent ,  ce  brin  à  pafler 
prend  celui  qu'il  va  remplacer  par  un  demi -tour 
qu'on  lui  fait  faire  ,  &  pafte  ainli  dans  la  lifte  ,  de 
même  tous  les  autres  ,  ce  qui  après  eft  pafte  de  même 
dans  le  peigne  ,  devant  lequel  le  tout  étant ,  eft  ar- 
rêté lur  i'enfouple  de  devant  par  une  autre  corde  à 
encorder  ;  on  travaille  ainft  avec  cette  double  chaî- 
ne, la  longueur  de  quatre  doigts  ,  jufqu'à  ce  que  l'on 
juge  que  la  nouvelle  pièce  ne  puiffe  s'échapper  par 
derrière  ;  ce  qui  étant  fait ,  le  bout  de  la  pièce  finie  , 
détaché  de  la  corde  à  encorder  qui  le  tenoit  tendu 
derrière  les  lifles  ,  eft  dépalle  en  le  tirant  pafdevant 
le  peigne  ,  &  pour  lors  la  nouvelle  chaîne  fe  trouvé 
feule  en  état  d'aller.  Il  faut  obferver  que  pendant  ce 
travail  de  quatre  doigts  ,  que  l'ouvrage  doit  être  ex- 
traordinairement  frappé  par  le  battant  à  coups  re- 
doublés,  pour  empêcher,  autant  qu'il  eft  pofilble, 
l'extrême  épailTcur  qu'auroit  cet  endroit  fait  ainli 
avec  deux  chaînes  ;  il  s'agit  à-préfent  de  couper  ces 
portions  de  chaînes  inutiles,  ce  qui  fe  fait  en  les 
coupant  avec  des  cileaux  le  phis  près  que  l'on  peut , 
les  tirant  même  de  l'ouvrage  avec  force  povu"  les  taire 
fortir  davantage;  cela  achevé  en  travaillant  le  galon, 
ces  bouts  vont  fe  loger  dans  le  corps  de  l'ouvrage  & 
ne  paroiflent  plus  :  cet  endroit  n'a  d'autre  diftornuié 


390 


SOU 


que  d'ctrc  un  peu  plus  épais  que  le  rcfte.  ^         | 

SouDKR  ,  en  tirmc  de  R.ijineur ,  s'entend  de  l'ac- 
tion d'éprouver  li  les  formes  Ibnt  cairées  ou  non  en 
les  frappant  plufieurs  lois  avec  le  manche  du  cacheur. 
royc^  Cachfur. 

Souder  un  compta  ^{Commerce.)  c'eftlamcme 
chofe  que  folder  un  compte.  ^.  Compte  6- Solder. 
SOUDOIR,  1.  m.{Ciriric,  )  lorte  d'outil  ou  d'ml- 
trumcnt  de  fer  ,  dont  les  Ciriers  fe  fervent  pour  fou- 
-der  enfemble  les  bras  des  flambeaux  de  poing.  Il  elt 
long  d'environ  deux  pies  ,  fait  en  ter  de  pique  vm  peu 
arrondie  ;   il  a  un  manche   de  bois  pour  le   tenir. 

SOUDRAS  ,  f.  m.  (  ffiff.  wo^.)  c'eft  le  nom  fous 
lequel  on  dcfigne  dans  les  Indes  orientales  une  tribu 
d'Indiens  idolâtres  ,  parmi  laquelle  font  tous  les  ou- 
vriers ,  les  laboureurs  &  les  artil'ans.  Dans  quelques 
endroits  on  les  nomme  F<;ji-. Cette  tribu  fcfoudivile 
en  plufieurs  ordres  ou  caltes  ,  qui  fe  méprilcnt 
les  unes  les  autres,  fuivant  les  fondions  auxquelles 
elles  fe  livrent.Chaque  carte  a  fes  uiiiges  particuliers; 
il  v  en  a  qui  fe  permettent  de  manger  les  animaux; 
&  d'autres,  de  même  que  ceux  des  tribus  plus  dil- 
îinfuécs  ,  ne  mangent  rien  de  ce  qui  a  eu  vie. 

SOUDURE  ou  SOUDER ,  (C/ùmk' ,  MétulUirgU, 
Orfèvrerie ,  ans  méchaniqius ,  &c.)  c'ell  une  opération, 
par  laquelle  on  joint  enfemble  deux  ou  plufieurs  mé- 
taux ,  à  l'aide  d'un  fondant  métallique ,  que  le  feu 
puiffe  faire  entrer  en  fufion  plus  facilement  que  les 
métaux  que  Ton  veut  joindre  ou  coller  les  uns  aux 
autres.  Le  fondant  dont  on  fe  fert  pour  cette  opéra- 
tion, (q  nonwùQ  foudure  ;  elle  varie.  i°.  en  raifon  des 
métaux  que  l'on  vculfouder,  i°.  par  la  manière  dont 
il  faut  l'appliquer. 

En  effet,  les  métaux  ont  des  propriétés  particu- 
lières, &  ils  exigent  pour  ie  mettre  en  fuuon  des  de- 
grés de  feu  différens.  Or  lorfqu'on  veut  fonder  deux 
morceaux  d'un  même  métal  ou  de  métaux  diiférens , 
il  faut  que  chacun  de  ces  morceaux  aient  un  com- 
mencement de  fufion  par  les  bords,  c'eft-à-dire  ,  dans 
l'endroit  par  oii  l'on  veut  les  faire  tenir  enfemble  , 
fans  que  le  refte  des  morceaux  entre  en  fufion  ; 
pour  produire  cet  effet,  on  fait  une  compofition  , 
dans  laquelle  on  fait  ordinairement  entrer  une  por- 
tion du  métal  que  l'on  yeulfoudcr^  auquel  on  joint 
une  quantité  plus  ou  moins  grande  de  quelqu'autre 
fubftance  métallique  qui  en  facilite  la  fufion.  En  gé- 
néral on  peut  réduire  l'art  de  fouder  aux  principes 
fui  vans.  i".  Il  faut  que  hfoudure  entre  plus  aifément 
en  fufion ,  que  le  métal  ou  que  les  métaux  qu'on 
VQWtJouder.  x".  Il  faut  que  hfoudure  ait,  autant  que 
faire  fe  peut ,  la  même  couleur  que  le  métal  à  /ou- 
der.  3".  Il  faut  que  hfoudure  ait  la  même  duftilité 
&  la  même  folidité  que  le  métal  qu'on  veut  fouder  , 
lans  quoi  hfoudure  ne  feroit  point  de  durée  ,  &  ne 
pourroit  être  polie  ,  travaillée  &.  cizelée.  4°.  Les  mé- 
taux alliés,  entrent  plus  aifément  en  fufion  que  les 
métaux  purs.  11  faut  encore  obferver  que  les  métaux 
étant  différemment  alliés  ,  exigent  desfoudures  diffé- 
rentes. On  va  indiquer  dans  cet  article  ,  celles  qui 
conviennent  à  chaque  métal  ,  &  à  leurs  différens  al- 
liages ;  nous  allons  commencer  par  l'or. 

Si  l'or  que  l'on  voudra/oM(^<rr  elt  très-pur,  on  n'aura 
qu'à  prendre  une  partie  d'or  pur  ,  par  exemple,  16 
grains ,  on  y  joindra  j  d'argent  pur  ,  par  exemple  , 
2  grains  ;  on  mettra  le  tout  dans  un  creufet  bien  net, 
oii  l'on  fera  fondre  le  mélange  ,  en  obfervant  de  le 
remuer  ;  on  y  ajoutera  du  borax  de  la  groffeur  de 
deux  pois  ;  lorfque  tout  fera  parfaitement  fondu  ,  on 
le  vuidera  dans  une  lingotiere,  on  battra  cet  alliage 
pour  le  réduire  en  une  lame  très-mince,  on  le  fera 
bouillir  dans  de  l'eau,  dans  laquelle  on  aura  fait 
diffoudre  de  l'alun;  après  quoi,  cet  alliage  fera 
propre  k  fouder  des  morceaux  d'or  fin. 


SOU 

Si  les  morceaux  d'or  fin  que  l'on  veut  fouder 
étoient  très-délicats  ,  on  pourroit  faire  entrer  dans  la 
fondure ,  unpeu  plus  d'argent ,  &  en  mettre  le  quart, 
ou  même  la  moitié  de  la  quantité  d'or  qu'on  y  em- 
ploie. Lorfque  les  morceaux  à  fouder  font  fort  pe- 
tits ,  on  n'aura  pas  befoin  de  creufet  pour  fondre  la 
foudure^  on  n'aura  qu'à  former  un  creux  dans  un 
charbon  ,  6c  l'on  y  fera  tondre  hfoudure  ou  le  mé- 
lange ,  avec  un  chalumeau  ,  la  flamme  d'une  lampe 
ou  d'une  bougie.  C'elt  la  méthode  des  metteurs  en 
œuvre. 

Lorfque  les  pièces  que  l'on  veut  fouder  font  d'un 
or  déjà  aUié,  voici  la  compofition  que  les  Orfèvres 
emploient  pour  la  foudure.  On  prend  deux  parties 
d'or  fin  ,  par  exemple,  deux  gros  ;  on  y  joint  une 
partie  ou  un  gros  d'argent  fin  ,  6i.  autant  de  cuivre, 
c'ell-à-dire,  un  gros;  on  fait  fondre  le  tout  de  la  ma- 
nière fufdite  ,  &  l'on  obtient  une  compofition  pro- 
pre k  fouder  l'or  allié,  foit  avec  de  l'argent ,  foit  avec 
du  cuivre ,  foit  avec  l'un  &:  l'autre  de  ces  métaux  ; 
on  obfervera  feulement  de  faire  enforte  que  la  com- 
pofition de  hfoudure  ait  une  couleur  conforme  aux 
pièces  que  l'on  veut  fouder.  Ce  qui  fe  fera  en  met- 
tant dans  h  foudure  de  l'argent  ou  du  cuivre  ,  propor- 
tionnellement à  l'alliage  de  l'or  k  fouder,  Ainfi  c'eft 
fiir  la  nature  de  l'alliage  qu'il  faut  fe  régler  ,  &  pour 
la  quantité  d'or  ,  6c  pour  celle  des  deux  autres  mé- 
taux que  l'on  fera  entrer  dans  hfoudure^  c'efl-à-dire, 
on  prendra  plus  d'or,  fi  l'or  à  fouder  efl  pur  ;  &  l'on 
prendra  plus  d'argent  &:  de  cuivre,  fi  l'or  z fouder  efl 
plus  allié  avec  l'un  ou  l'autre  de  ces  métaux-,  ou  avec 
tout  les  deux  à  la  fois.  Ainfi,  û  l'or  étoit  d'un  très- 
bas  alloi ,  on  pourroit  faire  hfoudure  ,  en  prenant  10 
grains  d'or  fin ,  &  20  grains  d'argent  ou  de  cuivre, 
que  l'on  fera  fondre  ,  que  l'on  réduira  en  lames  ,  & 
que  l'on  fera  bouillir.  C'efl  à  chaque  ouvrier  à  con- 
fulter  la  nature  de  l'or  qu'il  àoït fouder,  &  à  faire  fa 
foudure  en  conféquence. 

Cela  pofé ,  tous  les  métaux ,  à  l'exception  du  fer , 
entrent  plus  aifément  en  fufion  que  l'or  ,  mais  on  ne 
peut  point  s'en  fervir  pour  cela ,  parce  que  les,  fondu- 
rcs  n'auroient  ni  la  couleur  ni  la  dudilité  de  l'or.  En 
fe  fervant  de  l'argent ,  de  l'étain  &  du  plomb  ,  on 
auroit  une  foudure  blanche;  en  fe  fervant  du  cuivre, 
on  auroit  une  foudure  rouge.  D'ailleurs  l'étain  rend 
l'or  caffant ,  &  hfoudure  ne  tiendroit  point ,  incon- 
vénient qu'auroit  pareillement  le  plomb.  Le  laiton  ou 
cuivre  jaune  approcheroit  affez  de  la  couleur  de  l'or, 
&  il  fe  fondroit  plus  promptem^nt  que  lui  ;  mais 
comme  le  laiton  contient  du  zinc  ,  il  efl  plus  aigre  que 
l'or  ,  &  il  lui  communiqueroit  même  cette  mauvaife 
qualité.  Ainfi  le  parti  le  plus  fiir ,  efl  de  prendre  pour 
hfoudure  ,  une  portion  d'un  or  qui  foit  du  même 
aloi  que  celui  qu'on  veut  fouder ,  &  d'y  joindre  pour 
la  fufibilité  | ,  ou  tout  au  plus  ~  d'argent  ou  de  cui- 
vre ,  ou  de  tous  deux  à  la  fois. 

Quand  hfoudure  pour  l'or  aura  été  ainfi  préparée; 
voici  les  précautions  qu'il  faudra  prendre  pour/oa- 
der.  On  commencera  par  donner  quelques  coups  de 
lime  ou  l'on  paffera  le  grattoir  l'ur  les  endroits  par 
où  l'on  voudra  fouder  les  pièces  ,  ce  qui  s'appelle 
aviver ,  ce  qui  fe  fait  pour  enlever  de  deffus  l'or  les 
faletés  &  l'efpece  de  rouille  fuperfîcielle  qui  s'y  for- 
me à  caufe  du  cuivre  avec  lequel  il  efl  allié  ;  on  les 
joindra  fortement  les  unes  aux  autres  en  les  liant 
avec  un  fîl-de-fer  ;  on  humedera  les  endroits  que 
l'on  veut  Jouder ,  avec  de  l'eau  que  l'on  y  appliquera 
avec  un  pii^ceau;  on  mettra  par -deffus  hfoudure 
que  l'on  aura  réduite  en  lame  mince  ,  &c  coupée  en 
très -petits  morceaux;  on  les  faupoudrera  avec  du 
borax  tout  calciné  ,  réduit  en  poudre  &  mêlé  avec 

du  fiel  de  verre  ,  bien  pur  &  bien  pulvérifc  ,  de  ma- 
nière que  la  foudure  &  les  endroits  que  l'on  veut 
faire  prendre  en  foient  parfaitement  couverts.  Lorf-, 


s  o  u^ 

iue  le  tout  aura  été  ainfi  préparé,  on  mettra  les  pié- 
:es  dans  un  t'en  de  charbon  bien  allume ,  de  manière 
qu'elles  en  loient  entourées  ;  on  foufflera  légèrement 
ivec  un  fbufîlet  ou  avec  la  bouche  ,  ju.lqu'à  ce  qu'on 
/^oyeque  lajôi/dureioit  bien  fondue ,  ce  que  l'on  rc- 
:onnoîtra  lorfqu'elle  paroîtra  unie  &  luilante  com- 
ne  un  miroir  ;  alors  on  écartera  les  charbons  qui 
"ont  par-deffus  &  tout-au-toiir ,  après  quoi  on  prend 
ivec  des  pinces  les  picces  fouc^ces  ,  6i.  on  les  jette 
lans  de  l'eau  pour  les  refroidir. 

Il  faut  que  le  borax  que  l'on  employera  dans  cette 
opération  ait  été  calciné  ,  fans  cela  il  arriveroit  des 
nconvcniens  ,  vu  que  ce  fel  bouillonne  dans  le  feu, 
orfqu'il  n'a  point  été  calciné  ,  ce  qui  pourroit  cau- 
"er  du  dérangement  dans  la  pofition  des  lames  min- 
:es  ou  des  petits  morceaux  defoudure.  Cette  calci- 
lation  le  fera  dans  un  creufet  que  l'on  n'emplira  de 
)orax  que  juiqu'à  moitié;  lorfqu'il  aura  fufHfam- 
nent  bouillonné ,  on  retirera  le  creufet  que  l'on  laif- 
era  refroidir  ,  &  le  borax  fera  facile  à  réduire  en 
me  poudre  blanche  que  l'on  confervera  pour  l'ufa- 
je.  Si  on  donnoit  un  trop  grand  feu  au  creufet  ,  le 
)orax  fe  changeroit  en  verre  ,  6c  alors  on  en  perdroit 
me  portion  qui  refleroit  attachée  aux  parois  du 
:reufet. 

Lorfque  les  pièces  d'or  que  Ton  veut  fonder  font 
)etites  ,  on  ne  peur  point  les  m.ettre  dans  un  feu  de 
:harbon  ;  alors  on  fe  fert  d'une  lampe  garnie  d'une 
neche  ,  dont  avec  un  chalumeau  on  fouftie  la  flam- 
ne  fur  les  petites  pièces  que  l'on  veut  joindre  en- 
"emble  ,  &  que  l'on  a  placées  dans  un  creux  prati- 
qué dans  un  charbon  de  bois  &  propre  à  recevoir 
;e  qu'on  yeut  fonder  ;  lorfqu'on  a  mis  les  pièces  dans 
;e  creux  ,  on  les  couvre  d'un  autre  petit  charbon  , 
iprès  quoi,  avec  le  chalumeau  ,  on  foufle  la  flamme 
le  la  lampe ,  de  manière  qu'elle  forme  un  dard  qui 
lille  donner  fur  les  pièces  à  fonder ,  &  fur-tout  fur 
'endroit  que  l'on  veut  faire  prendre;  on  continue  à 
oufilerjufqu'à  ce  qu'on  voye  que  la/ow^wrefoit^bien 
'ondue  ,  alors  on  ceffe  de  fouiîler ,  &:  on  laiffe  refroi- 
iir  la  pièce  d'elle-même,  ou  bien  on  la  jette  dans 
'eau. 

Lorfque  des  pièces  d'of  paffent  par  le  feu  ,^  elles 
perdent  leur  éclat  6l  leur  couleur,  i'ur-tout  quand 
i'or  eft  d'un  bas  titre  ,  alors  il  faut  chercher  à  leur 
rendre  leur  éclat  &  leur  couleur  ;  pour  cet  effet  on 
fe  fert  d'une  liqueur  qui  n'efl  autre  chofe  que  de 
['eau  féconde ,  ou  bien  de  l'eau  iim.ple ,  dans  laquelle 
on  a  fait  difibudre  de  l'alun  à  volonté  ;  on  fait  rou- 
gir les  pièces  d'or  qui  ont  cté fondées,  &on  les  éteint 
dans  cette  diflblution  d'alun  ,  que  l'on  fait  bouillir 
pendant  quelques  minutes  fur  du  feu  ;  au  bout  de  ce 
tems  on  retire  les  pièces  ,  &  on  les  frotte  avec  de  la 
pierre-ponce  en  poudre  ,  après  quoi,  on  les  lave  de 
nouveau. 

Il  arrive  auffi  que  par  \afondure  dans  laquelle  on 
emploie  le  borax  ,  l'or  prend  une  couleur  plus  pâle  ; 
mais  on  pourra  lui  rendre  fa  couleur  naturelle  ,,  au 
moyen  de  la  liqueur  naturelle  fuivante.  On  prend 
parties  égales  de  nitre  purifié,  d'alun  &  de  fel  marin; 
on  mêlera  ces  fels,  &  on  les  réduira  en  poudre  ;  on 
trem.pera  la  pièce  d'or  qui  aura  été  fondée  dans  de 
l'eau ,  ou  dans  de  la  bierre  ,  après  quoi  on  la  roulera 
dans  le  mélange  fufdit,  afin  qu'elle  en  foit  entière- 
ment couverte  ;  alors  on  la  mettra  fur  des  charbons 
allumés ,  jufqu'ù  ce  que  la  poudre  environnante  com- 
mence à  bouillonner;  à  ce  figne  on  retirera  promp- 
tcment  la  pièce  ,  &  on  la  trempera  dans  de  l'eau  ou 
dans  de  la  bierre  ;  on  enlèvera  la  poudre  qui  y  fera 
refiée  attachée  avec  une  broffe  ,  ou  en  la  frottant 
tloucement  avec  un  morceau  d'étoffe  ,  &  un  peu  de 
pierre-ponce ,  après  quoi  on  pourra  lui  donner  quel- 
ques coups  de  brunifloir.  Par  ce  moyen  la  pièce  aura 
repris  la  couleur  d'or  qu'elle  doit  avoir,  Telle  eil  la 
manière  dç  fonder  l'or, 


Sondnre  de  l'argent.  Pour  fonder  de  l'argent ,  oft 
obfervera  les  mêmes  règles  que  nous  avons  indiquées 
pourl'or  ;  les  grands  ouvrages  pourront  pareillement 
{Qfond:r  dans  un  feu  de  charbon  ,  &  les  petits  à  la 
lampe  &  à  l'aide  d'un  chalumeau.  Quant  à  la  fondure 
que  l'on  y  emploie  ,  les  Orfèvres  en  diftinguent  de 
deuxefpeces;  l'une  s'api^ehefoudnre  forte  ,  &  l'au^ 
trefondnre  tendre. 

La  première  s'appelîeyâr/i; ,  parce  qu'elle  efl  difïï-^ 
cile  h.  fondre ,  &  qu'elle  fouffre  le  marteau  tout  com- 
me les  pièces  mêmes  qui  ont  été  fondées.  L'autre /ow- 
dnre  eft  plus  aiféc  à  fondre,  mais  plus  cafTante. 

Quoique  l'argent  varie  pour  l'alliage  ou  pour  le 
titre  ,  ainfi  que  l'or  ;  quand  il  s'agit  de  \t  fonder ,  ort 
confulte  plutôt  la  grandeur  &  l'épaifleur  des  pièces 
que  leur  titre  ;  ainfi  lorfque  les  pièces  font  grandes  j 
on  emploie  Xzfondnre  forte  ,  &  lorfqu'elles.font  pe- 
tites &  minces  ,  on  fe  fert  de  la  fondure  tendre. 

La  meilleure  foudnre  forte  fe  fait  en  mêlant  par- 
ties égales  de  laiton  ou  de  cuivre  jaune  &  d'argent  : 
on  fait  fondre  ces  deux  miétaux  dans  un  creufet  bien 
net ,  &  on  remue  la  matière  fondue  avec  une  verge 
de  fer;  on  y  joint  pendant  la  fufion  un  peu  de  borax, 
auquel  on  ajoute  auffi  quelquefois  un  peu  de  fiel  de 
verre.  Lorfque  le  tout  efl  bien  fondu  ,  on  vuide  le 
creufet  dans  une  lingotiere  où  on  laiffe  la  matière  fe 
refroidir ,  après  quoi  on  la  rédviit  en  lames  très- 
minces  que  l'on  lave  dans  la  liqueur  à  blanchir  l'ar- 
gent, que  nous  décrirons  par  la  fuite.  On  coupe  les 
lames  en  petits  morceaux  ;  mais  il  faut  obferver  de 
faire  rougir  ces  lames  au  feu  ,  lorfqu'on  les  a  durcies 
en  les  frappant  au  marteau,  ce  que  l'on  connoît  lorf- 
qu'elles  fe  gerfent  par  les  bords ,  ou  lorfqu'elles  com- 
mencent à  fe  fendre. 

Quelques  orfèvres  donnent  la  préférence  à  une 
fondure  faite  avec  quatre  parties  d'argent  &  trois  par- 
ties de  cuivre  jaune.  Cette  foudnre  eu  plus  ailée  à 
fondre  que  la  précédente  ,  mais  elle  ne  fouffre  point 
fi  bien  le  marteau.  Cependant  on  peut  l'employer 
avec  fuccès  dans  les  ouvrages  de  moyenne  gran- 
deur. 

D'autres  prennent  deux  parties  d'argent  fin  & 
une  partie  d'oripeau  ou  de  laiton  en  feuilles  minces, 
que  l'on  ne  met  dans  le  creufet  que  lorfque  l'argent 
efl:  entré  en  fufion  ,  circonflance  qui  eft  pourtant  in- 
différente. Il  faut  feulement  obferver  de  ne  point 
laifTer  cette  fondure  trop  long-tems  en  fulîon  ,  parce 
qu'elle  deyiendroit  aigre  &  cafTante ,  &  trop  difficile 
à  fondre.  Cette  foudnre  eft  encore  plus  fufible  que  la 
précédente.  . 

Les  livres  font  remplis  de  recettes  pour  faire  des 
fondures  pour  l'argent  ;  quelques-uns  difent  qu'il  faut 
y  faire  entrer  de  l'arfenic  ,  &  même  du  mercure  ; 
mais  il  eft  aifé  de  fentir  que  ces  fubftances  doivent 
rendre  h  fondure  aigre  &  cafBinte  ,  &  donner  une 
mauvaife  qualité  aux  pièces  fondées. 

A  l'égard  de  la  foudnre  tendre  de  l'argent ,  voici 
celle  que  l'on  regarde  comme  la  meilleure.  On  prend 
une  partie  d'argent  très-fin  &  autant  de  cuivre  jaune; 
on  les  fait  fondre  enfemble  ,  après  quoi  on  met  de 
zinc  la  huitième  partie  de  ce  qu'on  a  mis  d'argent  ; 
on  continue  encore  à  faire  fondre  le  mélange  ,  on 
remue  le  tout ,  &  l'on  y  joint  un  peu  de  borax  ,  de 
auffi-tôt  après  on  vuide  là  compolition  dans  une  lin- 
gotiere. 

On  peut  encore  faire  cette  fondure  en  prenant  une 
partie  d'argent  fin  ,  douze  parties  de  cuivre  jaune  <5c 
quatre  parties  de  zinc.  On  commence  par  faire  ton- 
dre l'argent  &  le  cuivre  jaune ,  après  quoi  on  y  joint 
le  zinc  après  l'avoir  chauffé  ;  on  remue  le  tout ,  l'on 
y  met  enfuite  une  partie  de  borax  ,  6c  peu  après  on 
vuide  le  creufet. 

Quelques-uns  joignent  une  petite  portion  d'érain 
à  l'argent  &  au  cuivre  jaune  ;  mais  il  faut  obferver 


391 


SOU 


que  rétnin  rend  la  fouJurc  aigre  6»:  cartantc.  On  peut 
auHl  le  Icrvir  de  l'étain  tîn  ,  pour  loudcr  les  petits 
ouvrages  en  argent  ;  mais  lorlqu'on  efl  dans  le  cas 
de  retondre  ces  ouvrages  d'argent ,  l'étain  nuit  à  l'ar- 
gent, ôc  l'on  eft  oblige  de  l'en  Icparer  avec  loin  , 
lans  quoi  il  rendroit  toute  la  niaflc  trcs-aigrc. 

Comme  l'argent  que  l'on  emploie  dans  la  vaiflelle 
ou  pour  d'autres  ulages  ell  ordinairement  allié  avec 
du  cuivre,  les  ouvrages  d'argenterie  qui  ont  été  Ibu- 
dcs  ,  deviennent  noirs  par  ce<te  opération ,  Reper- 
dent leur  éclat  ;  on  remédie  à  cet  inconvénient  en 
failant  la  compofition  luivante  ,  dans  laquelle  on  fait 
blanchir  les  pièces.  On  prend  parties  égales  de  tartre 
crtid  fis!  de  lel  marin  ,  que  l'on  réduit  parfaitement 
en  poudre  ;  on  met  ce  mélange  dans  un  vailTeau  de 
terre  neuf  6c  vernilfé  ,  ou  bien  ,  li  l'on  a  un  grand 
nombre  de  pièces  à  blanchir,  on  prend  un  grand 
chaudron  de  cuivre  jaune.  On  verfe  de  l'eau  fur  le 
mélange  de  tartre  &  de  Ici ,  ce  qui  fera  une  diffolu- 
tion  qu'on  rendra  forte  à  volonté.  On  place  le  chau- 
dron fur  un  feu  de  charbon  ,  on  fera  rougir  au  feu 
la  pièce  qu'on  voudra  blanchir  ,  en  prenant  garde  de 
ne  point  la  lailVer  fondre  ;  plus  la  pièce  lera  mince, 
plus  il  faudra  y  avoir  attention.  Lorfque  la  pièce 
aura  rougi ,  on  la  jettera  dans  la  liqueur  dont  elle 
doit  cfrc  entièrement  couverte  ;  on  la  fera  bouillir 
doucement  pendant  une  demi-heure  ou  même  plus  , 
en  obferrant  de  la  remuer  avec  une  baguette  ou  une 
cuillère  de  cuivre  jaune,  mais  il  faudra  bien  le  gar- 
der de  ne  point  fe  fervir  pour  cela  d'un  inflrument 
de  fer  qui  feroit  des  taches  fur  l'argent.  De  tems  en 
tems  on  fortira  une  pièce  de  l'eau  pour  voir  fi  elle 
ell  devenue  blanche  ;  lorfqu'elle  fera  au  point  de 
blancheur  que  l'on  délire  ,  on  ôtera  le  chaudron  de 
deli'us  le  feu  ,  &  Ton  trempera  les  pièces  dans  de  l'eau 
bien  nette  ;  on  les  frottera  avec  du  fable  fin  ou  avec 
une  brofle  ,  &  on  les  remettra  dans  de  nouvelle  eau  ; 
on  les  elluyera  bien  proprement  avec  im  linge  ,  ou 
bien  on  les  fera  fécher  au-dclTus  d'un  brafier  de  char- 
bon. S'il  fe  trouvoit  quelque  pièce  qui  ne  fût  point 
parfaitement  blanche  ,  on  la  remettroit  de  nouveau 
dans  la  même  liqueur  ,  ce  que  l'on  ell  quelquefois 
obligé  de  réitérer  plulieurs  fois. 

11  y  a  encore  une  autre  liqueur  dont  Ifes  Orfèvres 
&  les  Jouailliers  fe  fervent  pour  blanchir  les  ouvra- 
ges d'argenterie  ;  elle  confilîe  à  faire  bouillir  les  pie- 
ces  pendant  environ  un  demi-quart  d'heure  dans  une 
diflblution  d'alun  ,  après  quoi  on  les  nettoie  de  la  ma- 
nière qui  vient  d'être  décrite.  Quelques-uns  conleil- 
lent  de  mettre  les  pièces  d'argent  à  tremper  pendant 
vingt  -  quatre  heures  dans  de  l'eau  leconde  ,  mais 
cette  méthode  ne  blanchit  point  parfaitement  l'ar- 
gent. On  réuflira  encore  en  frottant  les  pièces  d'ar- 
genterie avec  de  l'eau  de  favon  ,  fans  avoir  befoin  de 
les  y  faire  bouillir.  Quelques  ortevres  nettoient 
leurs  pièces ,  ibit  avec  de  la  pierre  à  plâtre  réduite 
en  poudre  ,  foit  avec  des  os  de  fcche ,  foit  avec  de 
la  craie  &  du  vinaigre  ,  &c. 

Soudure  du  cuivre.  On  emploie  différentes  compo- 
fitions  pour  \zfoudurc  du  cuivre;  les  unes  s'appellent 
Jouduns  fortes ,  les  autres  foudures  tendres.  Voici  une 
manière  de  faire  \?ifouduri  forte  ,  qui  fc  pratique  par 
les  ouvriers  en  cuivre.  On  prend  leize  parties  de 
cuivre  jaune  &  une  partie  de  zinc.  On  commence 
par  faire  fondre  le  cuivre  jaune  dans  un  creufet  ;  & 
lorfqu'il  cft  bien  fondu,  on  y  joint  le  zinc  que  l'on 
aura  préalablement  fait  chauffer ,  afin  qu'il  ne  pé- 
tille point ,  comme  il  feroit ,  fi  on  le  mettoit  tout-d'un- 
coup  dans  le  creufet  ;  on  remue  le  mélange  ,  &  l'on 
recouvre  promptement  lecreulet;  lorlqu'on  l'a  laiffé 
eatrcr  parfaitement  en  fufion  pendant  deux  minutes, 
on  vuide  le  creufet  fur  un  ballet  de  bouleau  placé 
au-deffus  d'une  cuve  pleine  d'eau  ;  par  ce  moyen  le 
mélange  fondu  fe  réduira  en  une  grenaille ,  qui  cil  la 


SOU 

foudurt  dcfnée  ;  on  la  lave«a&  on  laconferverapour 
l'ulaçc.  Cette  foudure  cil:  très-bonne  pour  Ibuder  les 
groflcs  pièces  ,  elle  Ibuffre  très-bien  le  marteau  ;  mais 
comme  elle  efl  allez  difficile  à  fondre  ,  quelques-uns 
préfèrent  de  ne  prendre  que  huit  parties  de  cuivre 
jaune  contre  une  partie  de  zinc  ;  cette  foudure  cil 
très-fufible,  &  cependant  très-malléable.  Un  mélam^e 
de  trois  parties  de  cuivre  rouge  &  d'une  partie  de 
zinc  fait  encore  une  txcs-honne  foudure.  D'autres  ne 
font  que  fmiplement  couper  des  lames  de  cuivre  jaune 
en  petits  morceaux  ,  qu'ils  appliquent  fur  l'endroit 
qu'ils  vculentyôwd'er,  en  y  joignant  du  borax. 

ha.  foudure  tcixAr^i  pour  le  cuivre  n'ell  autre  chofe 
qu'un  mélange  de  deux  parties  d'étain,  &  d'une  par- 
tie de  plomb  que  l'on  fait  fondre  cnfemble  ;  après 
quoi  on  en  torme  un  lingot  dont  on  fe  fert  au  be- 
foin. 

Lorfqu'on  veut  faire  des  ouvrages  propres  en  cui- 
vre ,  fans  avoir  égard  à  la  dépenfe,  on  peut  fe  fervir 
des  foudures  qui  ont  été  décrites  pour  l'argent ,  & 
même  de  celles  pour  l'or. 

Quand  on  veut  Jbuder  des  pièces  de  cuivre  ,  on 
commence  par  donner  quelques  coups  de  lime  fur 
les  jointures  ou  fur  les  endroits  que  l'on  veut  join- 
dre ,  ou  bien  on  y  donne  quelques  coups  de  grattoir  ; 
on  échauffe  les  pièces  dans  un  feu  de  charbon  ;  on 
met  enluite  un  peu  de  colophone  fur  les  endroits 
qu'on  veut  taire  prendre  ,  puis  on  y  met  quelques 
morceaux  de  hjoudure  tendre  ,  compofée  d'étain  & 
de  plo-mb  ;  lorfque  cette  foudure  eu  fondue  ,  on  en- 
levé ou  l'on  effuie  le  fuperflu  de  la  foudure  ,  tandis 
Su'elle  efl  encore  fluide  ,  avec  de  l'étoupe  ou  de  la 
laffe. 

On  fe  fert  encore  d'une  autre  méthode  ^owr  fon- 
der les  ouvrages  en  cuivre.  Les  ouvriers  ont  des  ou- 
tils particuliers  ,  appelles  fers  à  fonder ,  qui  font  de 
fer  ou  de  cuivre  que  l'on  fait  rougir ,  fans  cependant 
que  la  chaleur  aille  jufqu'à  les  blanchir.  Quand  le  fer 
bi  fonder  efl  d'un  rouge  de  cerlfe  ,  on  lui  préfente  un 
lingot  de  la  foudure  tendre  qui  venant  ainli  à  fe  fon- 
dre ,  tombe  goutte  à  goutte  fur  l'endroit  qu'on  veut 
fonder  ,  fur  lequel  on  a  d'abord  répandu  un  peu  de 
colophone  ;  après  cela  on  repaffe  avec  le  fer  à  fou- 
der  tout  chaud  fur  l'endroit  que  l'on  veut  faire  pren- 
dre ,  par-là  on  égalife  Xa.  foudure  ;  on  enlevé  enfuite 
le  fuperflu  avec  une  lime  ou  un  grattoir. 

Comme  les  pièces  de  cuivre  qui  ont  itéfoudées 
perdent  leur  couleur  &  fe  noirciffent ,  on  la  leur  rend 
en  les  trempant  dans  une  liqueur  qui  efl  de  l'urine  , 
dans  laquelle  on  a  mis  des  cendres  de  bois  neuf.  On 
fait  bouillir  ce  mélange  ;  &  après  avoir  fait  rougir  au 
feu  les  ouvrages  ,  on  les  éteint  dans  la  liqueur  ;  ou 
bien ,  on  les  éteint  dans  une  fimple  diffolution  de  fel 
marin  :  cette  opération  s'appelle  décaper. 

Soudure  du  laiton  ou  cuivre  jaune.  On  emploie  aulfi 
une  foudure  forte  &  une  foudure  tendre  pour  le  lai- 
ton ou  cuivre  jaune.  Lajbudure  forte  efl  la  même  que 
pour  le  cuivre  rouge ,  c'ell-à-dire  de  felze  parties  de 
laiton  contre  une  partie  de  zinc ,  que  l'on  fait  fondre 
&  que  l'on  met  en  grenaille  de  la  même  manière. 
Cette  foudure  efl  encore  fort  bonne  en  ne  mettant  que 
huit  parties  de  laiton  contre  une  partie  de  zinc.  SI  on 
veut  que  lafoudure  foit  encore  plus  ailée  à  fondre,  on 
ne  prend  quefix  partlesde  laiton.  On  prendaulïï quel- 
quefois trois  parties  de  cuivre  rouge  que  l'on  faltfon- 
dreavecunepartie  dezinc:  cetteyôWwr^efldure&fo- 
lide.  D'autres  prennent  deux  parties  de  cuivre  rouge 
contre  une  partie  de  zinc.  On  peut  ainfi  varier  les  pro- 
portions du  zinc  &i  du  cuivre  :  ce  qui  donne  àesfou- 
dnres  plus  ou  moins  jaunes  ,  en  raifon  du  plus  ou  du 
moins  de  zinc  qu'on  y  a  fait  entrer  ,  ce  qui  les  rend 
auffi  plus  fufibles&plus  tendres.  La/ow^wre  tendre  du 
cuivre  jaune  fe  fait  ordinairement  avec  fix  parties  de 
laiton  ,  &  une  partie  de  zinc  Se  une  partie  d'étain. 

Oa 


s  o  u 

On  commence  d'abord  par  faire  fondre,  le  cuivre 
jaune  ou  laiton  ;  iorfqu'il  eft  fondu  ,  on  y  joint  1  c- 
tain  ,  &  aufli-tôt  après  on  y  met  le  zinc,  après  avoir 
eu  la  précaution  de  le  chauffer  ;  on  remue  le  tout ,  & 
on  le  met  en -grenaille  ,  on  le  lave  6c  on  le  conferve 
pour  s'en  fervir  au  befoin. 

Dans  les  petits  ouvrages  qui  ne  demandent  pas 
beaucoup  de  folidité,  on  fe  fert  d'une  yc/-!^.7/-(;  faite 
avec  de  l'étain  &:  dii  plomb  ,  pour  les  ouvrages  en 
cuivre  jaune.  Elle  eft  compoiée  ordinairement  de 
trois  parties  d'étain  fin  ,  &  d'une  partie  de  plomb. 
Pour  appliquer  cette  foudure  ,  il  faut  toujours  don- 
ner quelques  coups  de  lime  ou  de  grattoir  aux  en- 
droits que  l'on  veut  fonder  ,  &  y  répandre  un  peu 
de  colophone  ;  après  quoi  on  y  fait  tomber  là  fou- 
dure  avec  le  fer  kfouder  rougi ,  dont  on  fe  iert  enfuite 
pour  égalifer  les  \omtv\res  Jbudées . 

On  peut  fe  fervir  pour  le  tombac  &  pour  les  au- 
tres compofitions  métalliques  qui  ont  le  cuivre  jaune 
pour  bafe ,  des  mêmes  foudures  que  pour  le  laiton  ou 
le  cuivre  jaune. 

Soudure  pour  le  fer.  Tous  les  métaux  font  plus  fu- 
fibles  que  le  fer  ;  ainfi  on  peut  fe  fervir  d'eux  pour 
fouder  ce  métal.  On  emploie  communément  à  cet 
ufage  le  cuivre  rouge  &  le  cuivre  jaune  pour  les 
grands  ouvrages.  On  peut  encore  fe  fervir  de  toutes 
les foudures  fortes  du  cuivre  jaune.  Dans  les  ouvra- 
ges de  fer  qui  exigent  de  la  propreté  ,  on  peut  fou- 
der avec  l'or  ,  fi  les  ouvrages  méritent  cette  dé- 
penfe. 

Lorfqu'on  veut  fouder  de  grandes  pièces  de  fer 
avec  le  cuivre  ,  on  commence  par  limer  les  jointu- 
res par  où  l'on  veut  joindre  les  pièces  ;  enfuite  on 
coupe  de  petites  lames  de  cuivre  que  l'on  applique 
fur  les  jointures  ,  où  on  les  affujettit  au  moyen  d'un 
fil  ;  on  met  par-defTus  un  enduit  de  glaife  ou  de  terre 
graffe  qui  environne  la  foudure  de  tous  côtés.  Quel- 
ques-uns mettent  un  peu  de  verre  pilé  ou  de  fablon 
iin  fur  le  cuivre  qui  doit  fervir  n  fouder  ,  avant  que 
de  l'entourer  de  terre  graffe.  D'autres  mêlent  avec 
cette  terre  toutes  fortes  de  matières  propres  à  faci- 
liter la  fufion  ;  après  quoi  on  fait  fécher  doucement 
la  terre  graffe  en  la  préfentant  de  loin  au  feu.  Alors 
on  place  les  pièces  qu'on  vent  fouder  dans  la  forge  , 
en  obfervant  fur-tout  que  le  vent  du  foufflet  aille 
donner  direflement  fur  la  partie  qui  doit  etxe  fondée,  . 
afin  d'échauffer  fortement  cette  partie.  Lorfqu'on 
s'apperçoit  que  les  pièces  font  rougies  jufqu'à  bl^- 
cheur  ,  &:  que  là  terre  graffe  s'ell  vitrifiée  ,  on  les 
retire  du  feu  ;  fi  c'efl:  du  fer  tendre  ,  on  les  trempe 
dans  l'eau  ;  fi  c'eft  de  l'acier  ,  on  le  laiffe  refroidir 
de  lui-même.  Pour-lors  on  ôte  la  glaife  vitrifiée  ,  & 
on  polit  avec  les  outils  convenables  l'endroit  qui  a 
été  fondé.  Le  procédé  efl:  le  même ,  fi ,  au-lieu  de  cui- 
vre rouge  ,  h  foudure  a  été  faite  avec  du  laiton  ou 
cuivre  jaune  ,  ou  avec  les  foudures  fortes  qui  ont  été 
indiquées  pour  le  laiton. 

Comme  les  ouvrages  d'acier  perdent  une  partie 
de  leur  dureté  toutes  les  fois  qu'elles  paffent  par  le 
feu  ,  on  eft  obligé  de  les  tremper  de  nouveau  après 
les  avoivfoudées ,  afin  de  leur  rendre  la  dureté  qu'el- 
les avoient  perdue.  f'«jKe{  Trempe  de  l'acier. 

La  foudure  des  ferblantiers  n'eft  autre  chofe  qu'un 
mélange  de  parties  égales  d'étain  &  de  plomb.  Pour 
fouder  les  jointures  ,  ils  ne  font  que  les  mouiller  avec 
un  peu  d'eau  ,  ils  y  répandent  un  peu  de  colophone 
en  poudre  ,  ils  prennent  leur  fer  h  fouder  c\m  eft  tout 
chaud  ,  ils  l'eftiiient  ,  &  par  fon  moyen  font  tomber 
quelques  gouttes  àe  foudure  fur  les  jointures  ,  &  y  re- 
partent avec  le  fer  ^fonder.  Pour  faire  pénétrer  la/ow- 
dure  jufqu'à  ce  qu'ils  n'apperçoivent  aucun  intervalle 
vuidc  ,  ils  enlèvent  Icfuperflu  de  la  colo[)hone  6c  de 
là  foudure ,  en  frottant  avec  un  morceau  d'étoffe  de 
TomeXr, 


SOU 


39? 


laine.  Cette  foudure  convient  à  tous  les  ouvrages  qui 

nt  etames. 

Soudure  de  rétain.  Pour  fouder  l'étain  ,  on  fe  fert 
d'un  étain  mêlé  de  plomb  à  parties  égales  ;  d'autres 
mettent  un  peu  plus  d'étain  que  de  plomb  ;  ils  pren- 
nent ,  par  exemple  ,  3  ^  livres  d'étain  contre  2  livres 
de  plomb  :  c'eft  ce  que  les  Potiers-d'étain  appellent 
foudure  forte.  La  foudure  tendre  eft  celle  dont  ils  fe 
fervent  pour  les  petits  ouvrages.  Pour  la  faire  ,  on 
joint  du  bifmutlvà  l'étain  &  au  plomb  dans  des  pro- 
portions différentes.  Les  uns  prennent  3  onces  de  bif- 
muth  contre  2  onces  de  plomb,  &4  onces  d'étain  fin; 
les  autres  mettent  4  onces  de  bifmuth  fur  2  onces  de 
plomb,  &  4  onces  d'étain  ;  d'autres  font  leur  foudure 
avec  une  partie  de  bifmuth  ,  une  partie  de  plomb  &Z 
deux  parties  d'étain  fin  ;  d'autres  enfin  y  mettent  fix 
parties  d'étain,  une  partie  de  plomb  &  un  quart  de 
bifmuth.  On  fond  enfemble  ces  trois  fubftances ,  &C 
l'on  en  forme  des  linçots. 

Ceux  qui  font  des  boutons  d'étain  t)nt  uneyoK- 
dure  dont  ils  font  grand  myftere ,  ils  y  mettent  une  li- 
vre de  bifmuth ,  un  quarteron  de  plomb ,  &  trois 
quarterons  d'étain.  D'autres  font  cetu^,  foudure  avec 
une  partie  d'étain ,  une  partie  de  bifmuth  ,  &  un  peu 
plus  de  la  moitié  de  plomb.  D'autres  enfin  prennent 
lix  parties  de  bifmuth ,  fix  parties  d'étain  fin ,  &  trois 
parties  de  plomb. 

Il  y  a  différentes  manières  d'appliquer  cesjoudu- 
res  fur  les  ouvrages  en  étain.  i^.La  première  confifte 
à  former  avec  de  la  glaife  une  efpece  de  rigole,  qui 
fait  que  la  foudure  fondue  coule  dans  les  jointures 
que  l'on  veut  faire  prendre  ,  fans  pouvoir  fe  répan- 
dre. 2°.  Il  y  aune  féconde  manière  de  faire  la  même 
foudure  ;  quant  à  celle  de  l'appliquer,  c'eft  la  môme 
qu'on  a  décrite  pour  Iz  foudure  du  fer-blanc.  3**. 
Pour  les  ouvrages  qui  demandent  de  la  propreté  , 
on  fe  fert  du  chalumeau  &  de  la  lampe  comme  pour. 
les  foudures  de  l'or  &  de  l'argeat. 

Soudure  du  plomb.  On  fe  lért  de  différentes yoa^a- 
res  pour  le  plomb  ;  la  plus  ordinaire  eft  faite  avec 
du  plomb  &  de  l'étain  ,  auxquels  on  joint  quelque- 
fois du  bifmuth.  La  foudure  des  faifeurs-d'orgues  eft 
compofée  de  quatre  parties  de  bifmuth ,  feize  par- 
ties d'étain  ,  &  huit  parties  de  plomb.  D'autres  la 
font  avec  trois  parties  de  bifmuth  ,  quatorze  parties 
d'étain ,  &  onze  parties  de  plomb.  Cette  foudure  pour 
les  tuyaux  d'orgues  doit  varier  à  proportion  des  dif- 
férens  alliages  dont  on  fe  fert  pour  faire  les  différens 
tuyaux.  Tantôt  on  prend  parties  égales  de  plomb  6c 
d'étain  ,  tantôt  deux  parties  de  plomb  contre  une 
partie  d'étain,  tantôt  deux  parties  d'étain  contre  une 
de  plomb  ;  on  y  joint  aiûfi  quelquefois  de  l'anti- 
moine. 

On  peut  encore  employer  pour  le  plomb  les 
foudures -propres  aux  Ferblantiers  &  aux  Potiers- 
d'étain.    . 

Non-feulement  on  fonde  enfemble  des  pièces  d'un 
même  métal  ,  mais  encore  dans  l'Orfèvrerie  6l  la 
Bijouterie  on  eft  fouvent  obligé  Ae  fouder  des  pièces 
de  difterens  métaux.  Pour  fouder  l'or  avec  l'argent , 
l'or  avec  le  cuivre ,  l'or  avec  le  fer ,  on  peut  fe  fer- 
vir des  mêmes  foudures  que  pour  l'or  fin  &  l'or 
allié. 

Pour  fouder  l'argent  avec  le  cuivre  rouge  ,  le  cui- 
vre jaune  ,  le  fer  ,  on  pourra  lé  fervir  des  foudures 
indiquées  pour  l'argent. 

Pour  fouder  le  cuivre  rouge  avec  le  cuivre  jaune 
&  avec  le  fer  ,  on  pourra  employer  les  foudures  in- 
diquées pour  le  laiton  ou  cuivre  jaune  ;  elles  peu- 
vent aum  fervir  à  fouder  le  cuivre  jaune  avec  le  fer 
&  l'acier  ,  cependant  beaucoup  d'artifans  fe  fervent 
pour  cela  de  la  mcme  Jhudure  que  pour  l'étain. 

Toutes  les  méthodes  indiquées  lians  cet  ;n-ticle  im- 
portant pour  les  arts  &  iiKtiers ,  font  extraites  d'uo 

Ddd 


94 


SOU 


:> 

ouvrage  allemand  de  M .  Klein,  qui  a  pour  titre ,  Dcf- 
criptlon  dttjiUci  de  la  loudurc  des  mctaux^  public  à  Ber- 
lin en  1760,  &  qui  ell  l'ouvrage  le  plus  complet  qui 
ait  encore  été  publié  fur  cette  matière  intérefl'ante.(— ) 

Soc  DU  RE,  en  terme  de  Bi/outier^  c'eft  une  conipo- 
fition  d'or  bas ,  d'argent  6c  de  cuivre  fort ,  ail'ée  ;\ 
fondre.  11  y  a  de  la  Jondure  au  tiers  ,  au  quatre  ,  au 
cinq  ,  au  fix ,  au  fept ,  au  huit ,  au  neuf  &  au  dix ,  qui 
ell  la  plu!>  forte  qu'on  employé.  Four  faire  h  Jbudure 
au  quatre,p;ir  exemple,  on  prend  trois  parties  d'or 
&  une  d'aloi  que  l'on  fait  fondre  enfemble  ,  &  que 
l'on  foroe  de  l'épnifleur  d'une  pièce  de  lix  liards  ;  & 
on  la  coupe  par  paillons  plus  ou  moins  gros.  On 
marque  chaque  morceau  de  foudure  du  numéro  de 
{"on  titre,  6i.  on  renferme  les  paillons  coupés  dans 
des  boîtes  aulîl  numérotées  de  leurs  titres,  afin 
d'éviter  l'inconvénient  d'employer  unit  foudure  pour 
ime  autre.  Voye^  Aloi. 

SOUDUUF. ,  en  terme  de  Diamantaire ^  efl:  une  com- 
pofition  d'étain  &:  de  plomb  fondus  eniemble  :  un 
tiers  du  premier,  &  deux  tiers  de  l'autre.  Monter 
en  Jpudure  ,  Foye^  Mettre  en  foudure. 

AUt'-re  en  soU DURE  ^  en  terme  de  Diamantaires  , 
c'cli  monter  le  diamant  dans  la  coquille  iur  un  mé- 
lange d'étain  &:  de  plomb,  qu'on  -AT^T^'Ain  foudure. 
Ce  "mélange  prend  la  forme  d'un  cône  qui  remplit 
par  fa  bafe  la  coquille  &:  au  fond  duquel  eft  le  dia- 
mant-que  l'on  veut  tailler. 

Soudure  ,  terme  de  Ferklanders.  Lafoudure  des  fer- 
blantiers cil  d'étain.  Ils  s'en  fervent  pour  joindre  en- 
iemble deux  ou  pluficurs  pièces  de  fer-blanc.  Ils  com- 
mencent par  mettre  fur  la  raie  ou  les  pièces  qu'ils 
veulent  fonder,  <lc  la  poix-réfme  écralée;  enfuite  ils 
enlèvent  avec  le  fer  à  fonder  un  petit  morceau  de 
foudure,  &i  le  pofent  fur  la  poix-réline  :  la  chaleur  du 
fer  fait  fondre  lafoudure ,  la  poix-réfme,  ik.  les  fait 
incorporer  avec  les  pièces  de  fer-blanc  &  les  alî'u- 
jettit  enfemble. 

So\JD\jRE,termed'Horlogers.'Lçslîorlogers  en  em- 
ploient de  plufieurs  efpeces.  Lafoudure  d'étain  qui 
eft  la  même  que  celle  des  ferblantiers ,  le  zinch  &  la 
foudure  d'argent  ou  foudure  au  tiers  :  elle  fe  fait  en 
mettant  les  deux  tiers  d'argent  &  un  tiers  de  cuivie. 

Les  mouleurs  de  boîtes  ont  des  foudures  de  ditfé- 
rens  numéros ,  comme  de  Va  foudure  au  3  ,  au  4  ,  au  5  , 
ce  qt-i  fignifie  que  fur  3  ou  4  ou  5  parties  àc  foudure 
il  y  en  a  une  d'alliage  d'un  métal  inférieur  ;  ainfi 
la  foudure  d'or  au  4  efl  un  mélange  de  3  parties  d'or 
au  titre  avec  une  d'argent  ou  de  rofette ,  lelon  que 
l'on  emploie  de  l'or  rouge  ou  de  l'or  blanc.  On 
emploie  la  foudure  la  plus  forte  liir  les  ouvrages 
de  plus  haut  titre. 

Soudure,  dont  les  Facteurs  d'orgues  fe  fervent, 
efl  un  mélange  de  deux  parties  d'étain  &  d'une  de 
plomb  ,  que  l'on  fond  enfemble  dans  une  culUier  de 
fer ,  6i  que  l'on  coule  en  plufieurs  bandes  larges 
d'un  pouce  ,  &  épailles  feulement  de  deux  lignes  ou 
environ.  On  met  la  foudure  en  bandes  plates ,  afin 
que  les  fers  à  fonder  avec  lefquels  on  la  prend  fur  la 
tuile,  puiflent  la  fondre  plus  aifément.  Ainfi  fi  on 
veut  faire  trois  livres  àc  foudure ,  il  faut  deux  livres 
d'étain  &  une  livre  de  plomb  :  elle  fert  à  joindre, 
deux  ou  plufieurs  pièces  6i.  à  n'en  faire  qu'une. 
Avant  que  d'employer  la  foudure ,  il  faut  blanchir 
les  rives  de  ce  que  l'on  veut  fonder ,  laifler  fécher 
le  blanc ,  enfuite  gratter  le  blanc  &  la  furface  du 
tuyau  avec  la  pointe  à  gratter  décrite  à  fon  article. 
Cette  pointe  doit  être  bien  afilée  fur  la  pierre  à  l'hui- 
le, afin  de  ne  point  éclater  le  blanc  qui  doit  border 
les  deux  côtés  de  lafoudure,  &  qui  l'empêche  de 
s'étendre  au-delà  de  ce  qui  ell  néceùaire.  Une  bonne 
foudure  doit  avoir  une  ligne ,  une  ligne  &  demie  ou 
au  plus  deux  lignes  de  large ,  lelon  l'épaiiîeur  &  la 
grandeiu' des  pièces  que  Ton  fonde,  ôc  être  bordée 


SOU 

de  chaque  côté  par  une  bande  de  blanc  de  4  ou  k  lU 
gncs  de  large  plus  ou  moins.  Le  blanc  qui  fcrt  à  em- 
pêcher lafoudure  de  couler  &i.  de  s'étendre  au-delà  de 
l'endroit  où  on  veut  qu'elle  (bit,  fert  auffi  à  empê- 
cher les  tuyaux  de  fondre  à  l'approche  du  fer  chaud 
avec  lequel  on  pofe  6l  on  fait  couler  la  foudure  dans 
l'efpace  que  l'on  a  gratté  de  part  &  d'autre  de  la 
fente  qui  fépare  les  deux  pièces  que  l'on  veut  join- 
dre. On  doit  avoir  gratté  en  bifeau  ,  c'efl-à-dire,  en- 
forte"  que  la  pointe  ait  pénétré  plus  avant  vers  la 
rive  ou  arrête  ,  où  elle  doit  avoir  atteint  toute  l'é- 
paiiîeur, que  vers  le  blanc  où  elle  ne  doit  qu'effleu- 
rer la  fuperhcie. 

La  gratture  doit  être  bien  unie,fans  relTauts  ni  bof- 
fcs,  aHn  que  la  foudure  vienne  de  même  ;  pour  cela 
il  faut  gratter  légèrement  :  on  la  graillé  enfuite  avec 
du  fuif  de  chandelle  ,  &  on  applique  la  foudure  avec 
les  fers  à  fonder  que  l'on  traîne  tout-du-long  des  en- 
droits qu'il  faut  iouder,  vwjt'^FERS  A  souder,  qui 
doivent  être  étamés  6l  chargés  de  Joudure  autant 
qu'il  ell  befoin. 

Loriqn\mQ Joudure  efl  bien  faite,  elle  doit  former 
dans  toute  là  longueur  une  petite  convexité  très- 
unie  &  par-tout  de  même  largeur ,  laquelle  dépend 
de  l'égalité  avec  laquelle  on  a  gratté  le  tuyau. 

Soudure,  (^Plomberie.)  mélange  fait  de  deux 
livres  de  plomb  avec  une  livre  d'étain ,  qui  fcrt  à 
joindre  les  tables  de  plomb  ou  de  cuivre.  On  la  nom- 
me foudure  au  tiers. 

Soudure  en  lofange  ou  en  épi,  GrolTe  foudure  avec 
bavures  en  manière  d'arrêté  de  poilTon.  On  la  nom- 
me ToW/^re  plate,  quand  elle  efl  plus  étroite,  &  qu'- 
elle n'a  d'autre  faillie  que  Ion  arrête.  Daviler.  (Z).  7.) 

Soudure  ,  (^Maçonn.) On  entend  par  foudure^  du 
plâtre  ferré  dont  on  raccorde  deux  enduits  qui  n'ont 
pu  être  faits  en  même  tems  fur  un  mur  ou  fur  un 
lambris.  (Z>.  /.) 

Soudure  ,  (^Droit  romain.')  ha  foudure  fait  dans  le 
droit  romain  un  objet  de  quellion  qui  a  partagé  tous 
les  jurifconfultes  ;  parce  que  comme  ils  ont  cru  qu'on 
ne  pouvoit  pas  léparer  les  métaux  ,  par  exemple  , 
l'or  du  cuivre,  ou  que  la  foudure  produifoltun  vrai 
mélange  des  deux  matières  ioudées  enfemble  ;  ils 
ont  établi,  que  des  deux  chofes  jointes  enfemble  ,  la 
moindre  étoit  acquife  au  maître  de  la  plus  grande. 

Quelques-uns  d'eux  ont  dillingué  deux  Ibrtcs  de 
foudure  ,  l'une  qui  fe  fait  avec  une  matière  de  m.ême 
genre  que  les  deux  corps  fondés  eniemble  ;  l'autre 
qu?  fe  fait  avec  une  matière  de  différente  nature. 
Ils  appellent  la  [irem'iere  ferruminatio ,  &  l'autre /'/«/n- 
batura.  Suivant  l'idée  de  ces  jurifconfultes  ,  la  pre- 
mière forte  àe  foudure  confond  les  deux  corps  fondés 
enlémble  ,  de  manière  que  le  tout  demeure  par  droit 
d'accelfoire  au  propriétaire  de  la  plus  grofle  ,  ou  de. 
la  plus,  confidérable  partie ,  quand  môme  elle  vien- 
droit  enfuite  à  être  léparée  de  la  moindre;  comme  li 
un  bras  fondé  à  une  Itatue  d'or  ,  fe  détachoit.  Que  fi 
les  deux  parties  étoient  égales ,  en  forte  que  l'une 
ne  pût  être  regardée  comme  une  accefToire  de  l'au- 
tre ;  alors  ,  dilent-ils,  aucun  des  deux  propriétaires 
ne  pourroit  s'approprier  le  tout,  &  chacun  demeu- 
rc-roit  maître  de  fa  portion. 

D'un  autre  côté,  quand  deux  pièces  d'argent,' 
par  exemple  ,  font  fondées  avec  du  plomb  ,  ou  que 
l'on  fonde  eniemble  deux  pièces  de  différent  métal , 
ce  qu'on  appelloit  plumbatfira  ;  ces  mêmes  jurif- 
confuhes  vouloient  qu'en  ce  cas,  il  n'y  eût  point 
de  mélange ,  &  qu'ainfi  les  deux  corps  fondés  de- 
meurent chacun  à  leur  maître ,  foit  que  l'un  fe  trou- 
ve plus  ou  moins  confidérable  que  l'autre. 

Mais  on  ne  voit  aucun  fondement  folide  do  cette 
dif/érence;  car  deux  pièces  d'argent  foudcM?s  en- 
femble avec  de  l'argent ,  demeurent  aufîî  diftiniles 
l'une  de  l'autre ,  que  fi  elles  étoient  fondées  avec  du 


sou 


plomb,  ou  ft  une  pièce  de  fer  ctolt  fondée  avec  uns 
pièce  d'argent. 

Après  tout ,  il  ne  t^ut  pas  s'étonner  que  les  déci- 
fions  des  jurlfcon fuites  romains  Ibient  û  peu  nettes 
fur  cette  matière.  En  effet,  ce  n'eft  point  par  des 
idées  phyfiques  ou  métaphyfiques ,  ni  même  parla 
deftination ,  l'ufage ,  ou  le  prix  des  chofes  mêlées 
enfemble  ,  qu'on  doit  décider  les  quefticns  fur  l'ac- 
ceflbire  ;  mais  c'cft  par  de  tout  autres  principes  que 
nous  établirons  ailleurs  plus  convenablement  qu'au 
chetif  wf  Soudure.  {D.  /.) 

SOUDOYER ,  V.  aa.  (Gram.)  c'efl  payer  la  folde 
d'un  homme,  d'une  troupe.  Nous  foudoyons  des  ar- 
mées inimenles. 

SOU ETTE,  vojq  Chouette. 

SOUFFLAGE ,  f  m.  ^Marine.')  renforcement  de 
planches  qu'on  donne  à  Quelque  vaiffeau. 

Soufflage,  (Marine!)  c'efl:  wn  fou fflagc  fur  les 
membres  du  vailleau  &  non  fur  les  bordages. 

Soufflage,  yÔH/  du  ^  (^  Manufacture  des  places.  ) 
on  appelle  dans  les  manufactures  des  glaces  à  miroir 
[efour  du  fonfflage  ,  celui  où  fe  fond  &  ie  prépare  le 
verre  pour  taire  les  glaces  foufîlées.  Le  four  des  gla- 
ces de  grand  volume,  fe  nomvcvQ  four  à  couler.  Savary. 
[D.J.) 

SOUFFLE,  f,  m.  {Gram^  il  eft  quelquefois  fyno- 
nyme  à  haleine  &  à  refpiration  ;  c'ell  l'air  chaflé  du 
poumon.  Les  bons  principes  que  les  maitres  s'eiFor- 
cent  à  graver  dans  l'efprit  des  enfans  ,  reffemblent  à 
des  caractères  tracés  fur  le  fable  ,  que  le  moindre 
fouffle  de  l'air  efface. 

Souffle,  fe  (ï\i  dans  r Artillerie,  de  la  compreffion 
de  l'air  formée  par  le  mouvement  du  boulet  iorfqu'il 
fort  du  canon.  Ccfouffie  cil  fi  violent,qu  il  détruit  en 
peu  de  îcms  les  embralures  des  batteries.  (Q) 

SOUFFLER  ,  V.  aâ.  &:  neut.  c'eft  agiter  avec  Vhvi- 
\ç:\ï\Q ',  foufli^  fur  ce  duvet,  &  vous  le  ferez  voler 
dans  l'air  ^  fouffler  luie  chandelle  ,  c'efl  l'étein- 
dre ;  fouflcr  en  chimie ,  c'efl  s'occuper  de  la  re- 
cherche de  la  pierre  philofophale  ;  faufiler  un  mau- 
vais difcours  ,  c'ell  i'infinuer  ;•  on  faufile  aux 
grands  tout  ce  que  l'on  veut  ^faufiler  au  théâtre ,  c'efl 
fecourir  la  mémoire  de  l'acleur  ;  faufiler  wn  emploi  à 
quelqu'un  ,  c'efl  le  lui  enlever  ;  faufiler  au  jeu  de  da- 
mes ,  c'efl  ôter  de  deflus  le  damier  la  dame  avec  la- 
quelle l'adverfaire  auroit  du  en  prendre  une  ou  plu- 
ueiu's  des  vôtres.    Voye:^  Its  articles fuiv ans. 

Souffler  ,  (^Marine.)  c'efl  donner  un  fécond  bor- 
dage  à  un  vaifîeau ,  en  le  revétifî'ant  de  planches  for- 
tifiées par  des  nouvelles  préceîntes  ,  foit  pour  le  ga- 
rantir de  l'artillerie  des  ennemis  ,  ou  pour  lui  faire 
bien  porter  la  voile  ,  &  l'empêcher  de  fe  rouler  ,  ou 
de  fe  tourmenter  trop  à  la  mer.  Pour  comprendre  la 
raifon  de  ceci,  il  faut  lire  Varticle  C0NSTR.UCTION. 

Souffler  l'émail,  terme  d"  Email  leur  ;  c'efl  en 
former ,  en  le  foufîlant  avec  un  petit  tube  de  verre, 
cet  émail  creux  qu'on  appelle  du  jais.  Foye:^  Email. 

Souffler  ,  (^Maréchal.)  fe  dit  d'un  cheval  pouluf. 
Laiffer  fouffler  fan  cheval,  c'efl  l'arrêter  pour  lui  laifî'er 
reprendre  haleine.  Voyei  Haleine.  Souffler  au  poil, 
fe  dit  de  la  matière  qui  n'a  pas  eu  d'écoulement  dans 
certains  maux  de  pié,  &  qui  reflue  &  fe  fait  jour  au 
paturon  ou  à  la  couronne. 

SOUFFLET ,  f.  m.  {/in  mcckaniqueC)  efl  un  inf- 
trument  dont  le  méchanif  me  confifte  à  pomper  l'air 
&  à  le  pouffer  contre  le  feu  ou  toute  autre  chofe,  ])ar 
le  moyen  d'une  ame  ou  foupape  de  cuir,  qui  efl  at- 
tachée au  bois  de  defrous,&  tenue  lâche  &  aifée  ,  de 
façon  qu'elle  s'en  éloigne  quand  on  levé  celui  de 
■deflus ,  &  revient  s'y  appliquer  dès  que  par  une  lé- 
gère preffion  on  rapproche  les  deux  bois  l'un  de  l'au- 
tre ;  par-là  l'air  ne  pouvant  rcfîortir  par  où  il  efl  en- 
tré ,  s'échappe  néceffaircmcnî  par  un  trou  pratiqué 
€xprès  au  bout  àwfoufilet,  Lçfotjfilec  eft  compote  de 
To/ne  X  K^ 


SOU  39 

èeul:  aïs  ,  au  bord  defquels  efl  clouée  une  peau  ,  d'û 
ne  douelle  placée  à  l'une  des  extrémités  des  aïs  6t 
d'une  foupape  attachée  en-dedans  à  l'ouverture  de 
l'ais  du  defîbus  ;  il  efl  évident  qu'en  écartant  les  ais 
l'air  eft  attiré  en-dedans  du  foufflet  par  l'ouverture  dé 
l'ais  de  defîbus  ;  qu'en  les  rapprochant',  la  foupape 
s'abaiffe  ,  &  que  l'air  eflchaffé  par  la  douelle.  Voilà 
en  général  à  quoi  fe  réduit  toute  conflruclion  de 
yôwj^e/,  quelle  qu'elle  foit. 

Soufflet  ,  outil  d'ArcjuebuJîer  ;  cefnifiiet  efl  com* 
me  celui  des  ferruriers ,  fufpendu  de  même  ,  &  a  le 
même  mouvement;il  fert  aux  Arquebufieîspour  fouf- 
fler &  allumer  le  feu  à  la  forge. 

Soufflet  QUARRÉ  ,  en  terme  de  Boifielier;  c*efl  urt 
foufflet  qui  ne  diffère  Au  foufilet  ordinaire  que  par  de 
petites  feuilles  de  bois  de  fourreau  qu'on  y  colle  in- 
térieurement à  la  place  des  verges. 

Soufflet  quarré  a  double  vent  ,  en  Boiffl- 
laie  ;  on  appelle  ainfi.  des foufiîets  qui  pompent  le  dou- 
ble d'air  des  autres  ,  par  le  m.oyen  d'une  planche 
qu'on  y  met  de  plus  ,  &  d'un  refibrt  qui  s'y  ajoute* 

Soufflet  ,  outil  de  Ferblantier;  ce  faufila  efl  beau- 
coup plus  petit  que  les  fou  filets  d'orgue ,  &  efl  exac-^ 
tement  fait  comme  eux.  Il  fert  aux  ferblantiers  à  al- 
lumer le  feu  avec  lequel  ils  font  chaufer  leurs  fers  à 
fonder,   f^oye^  les  PI.  du  Ferblantier. 

Soufflet  ,  (^Forge.)  f^oye^  Varticle  Grosses  for- 
ges ,  où  \q.  foufilit  de  ces  ufmes  efl  décrit. 

Soufflets  de  l'oroue,  repréfentés  Pi.  d'or^ue^ 
fig.  23.  font  de  grands  corps  qui,  en  fe  dilatant ,  fe 
rcmpliffent  d'air  ,  qu'ils  chafîent  par  les  porte-vents 
dans  la  laie  du  fommier  lorfqu'ils  fe  contrarient. 
C'efl  cet  air  ainfi  pouffé  avec  viteffe ,  &  qui  efl  con- 
dcnfé  ,  qu'on  appelle  vent  ,  fans  lequel  l'orgue 
efl  im  corps  fans  ame. 

Les  foujflets,  dont  un  feul ,  quelque  grand  qu'on  le 
fafle  ,  ne  fauroit  futHre,  font  compofés  de  deux  tables 
de  bois  de  chêne  de  6  ,  7  ou  8  pies  de  long  ,  fur  3  ou 
4  de  large,  plus  ou  moins  ,  félon  la  grandeur  des  fouf- 
jlets  &  celle  de  l'orgue.  Ces  tables  font  faites  de  bois 
d'Hollande  de  deux  pouces  d'épaiffeur,  qu'on  affem- 
ble  à  rainures  &  languettes,  ou  avec  des  clés ,  &  que 
l'on  dreffe  bien  des  deux  côtés  &  fur  champ.  La 
table  inférieure,/^.  24.  efl  percée  de  deux  ou  de  trois 
trous:  le  trou  0,qui  a  i  pié  de  long,6  pouces  delar^^e' 
reçoit  la  partie  flipérieure  du  gofier  0 R,fig.  zj.  par 
lequel  l'air  contenu  dans  la  capacité  du  foufflet  paffe 
dans  le  porte-vent.  Ce  trou  doit  être  à  environ 
1  pouces  du  bout  de  la  table  ,  &  dans  le  milieu  de  fa 
largeur  ;  enforte  que  le  grand  côté  du  trou  fbit  pa- 
rallèle au  petit  côté  de  la  table  ,  comme  on  voit  dans 
hfig.  24.  L'autre  trou  ,  ou  bien  deux  autres,  fi  on 
a  fait  deux  ouvertures  ,  efl  vers  l'autre  bout  de  la  ta- 
ble ,  dont  il  efl  éloigné  de  8  pouces  ou  environ.  Ce 
trou  a  I  pié  en  quarré  ;  c'efl  où  on  ajuflc  les  deux 
foupapes  SP,  qui  chacune  ferment  un  trou.  Lorfque 
l'on  a  fait  deux  ouvertures  à  rextrémité  des  tables, 
qui  efl  le  côté  du  gofuu-  ;  &  à  la  partie  intérieu.re  du 
foufiJet,on  met  des  barres  DC;  chaque  barre  a  autant 
d'épaiffeur  que  la  moitié  de  toutes  les  éclifTes  qui 
trouvent  place  dans  la  largeur  DD  ,  dont  les  deux 
barres  DC  éloignent  les  tables  ;  à  l'autre  extrémité 
des  tables  font  d'autres  barres  de  bois  parallèles  aux 
premières  ,  mais  collées  &:  clouées  de  l'autre  coté  * 
enlorte  que  ces  dernières  font  extérieures  ;  la  bai'f'e 
extérieure  de  la  table  de  defîbus  efl  \  l'extrémité  do 
cette  table  ;  mais  les  barres  LL  ,  N>I  de  la  table  de 
defîùs,  &  qui  font  au  nombre  de  deux  ,  fbnt ,  la  pre- 
mière ,  i\  environ  4  pouces  du  bout  de  la  table  ,  &  la 
féconde  AW,  à  8  ou  i  o  pouces  de  la  première  ,  entre 
lefquelles  ont  met  la  pierre  M  qui  comprime  ïe/buf 
Jlct  par  fbn  poids  ,  &  contraint  l'ais  d'en  fbi  tir:  apnis 
que  ces  tables  font  faites  ,  on  fait  les  plis  du  foi.filit. 
Les  pièces  £E  qui  compolcnt  les  plis  des  côtés  du 

Dddij 


39*5 


SOU 


l 


/^);/j^«r  s'appellent  cclijfes,  te  les  pièces  T,fig.  14.  qui 
compoCcnt  les  plis  de  la  tcte  ùwJoujIUi  s'appellent  tc- 
ticTis.  Toutes  ces  pièces  ,  tant  les  cclilles    que  ks 
têticrcs  ,  font  faites   de  bois    d'Hollande  réfendu 
de  l'cpaiileiir  d'un  quart  de  pouce  :  la  largeur  des 
têticrcs   cil  d'un  pouce  ou  1  {  pouce  par  pié  de 
la  longueur  du  fou  [lut  ;  eniortc  <:\ne  h  le  foupa  a  S 
)iés  de  long  ,  les  tctleres  doivent  avoir  8  pouces  de 
ari;e,qui  èll  i  pouce  par  pic  de  la  longueur  du  y^^w- 
fcc",  ou  10  pouces  ,  qui  font  i  pouce  :;■  par  pié  de  la 
ïiicnu' longueur.  Les  ccliffes  ont  par  le  côté  de  la  tcte 
ilnjoaffh-i  la  niême  largeur  que  les  tctiercs,  &:  par  le 
bas  une  largeur  D  e ,  /'f,  égale  à  i'cpailfeur  des  bar- 
res D  C.  Ces  barres  font  percées  de  trois  trous  i,  2, 
3  ,  pratiqués  obliquement,  cnforte  qu'ils  répondent  à 
la  tète  extéreure;  ti  au  milieu  des  faces  intérieures 
des  barres  on  palle  des  cordes  d'un  calibre  convena- 
ble dans  ces  trous  ,  ôc  on  les  arrête  avec  des  chevil- 
les enduites  de  colle  ,  que  l'on  enfonce  à  coups  de 
marteau ,  &  que  l'on  arrafe  enfuitc  aux  faces  inté- 
rieures des  barres  ,  qui  font  le  côté  par  oii  les  che- 
villes doivent  être  enfoncées.  On  fait  entrer  les  bouts 
de  corde  qui  fortent  des  trous  par  le  coté  de  la  tète 
des  barres  dans  les  trous  correîpondans  de  la  barre 
de  l'autre  table  ;  ils  doivent  entrer  par  le  côté  de  la 
tète,&  fortir  par  la  face  intérieure ,  c'eft-à-dire,  par 
la   face  qui   regarde  le  dedans  du  fouffiet,  ck  être 
chevillés  6c  collés   comme  par  l'autre  bout.     Ces 
cordes  ainfi  palTces  d'une  barre  dans  l'autre  ,  fervent 
de  charnière  aux  barres. 

Après  que  les  éL!iflcs&  les  têtières  font  taillées  ,  & 
que  les  rives  extérieures  font  arrondies  ,  on  couvre 
le  côté  qui  doit  regarder  l'intérieur  àufouflct,  auih- 
bien  que  le  côté  intérieur  des  tables  ,  de  parchemin 
Lien  coUé,  afin  que  l'air  condenfé  dont  le  JouJJet  efl 
rempli ,  ne  s'échappe  pas  au-travers  des  porcs  dont 
les  planches  font  fort  remplies.  Quelques  faûeurs 
pour  fatisfaire  à  la  même  indication  ,  fe  contentent 
d'enduire  plufieurs  fois  de  colle  l'intérieur  du  foujjî&t^ 
comme  on  fait  l'intérieur  du  fom.mier.  ^.Sommier. 

Lorfque  le  parchem.in  ell:  fec  ,  on  affemble  les 
ccliffes  les  unes  avec  les  autres  avec  des  bandes  de 
peau  de  mouton  parées.  Ces  bandes  qui  fervent  aufîi 
À  affcmblcr  de  même  les  têtières,  font  collées  fur  la 
partie  convexe  du  pli ,  en  forte  que  les  bandes  de 
peau  des  plis  faillans  font  collées  à  l'extérieur  duyô///- 
fia,  &  les  bandes  des  plis  rentrans  regardent  l'inté- 
rieur. On  m.et  enfuite  les  écliffes  &  les  têtières  en 
preffe,  &  on  les  laiffe  fécher.  Les  têtières  doivent 
toujours  être  en  nombre  pairement  pair,  c'cil-à  dire 
que  la  moitié  de  ce  nombre  doit  être  en  nombre  pair; 
en  forte  ,  par  exemple ,  qu'on  ne  pourroit  pas  faire 
un  foujjlit  qui  auroit  10  têtières  ;  mais  on  le  peut  fai- 
re avec  8  ou  1 2 ,  ou  tout  autre  nombre  dont  la  moi- 
tié cft  un  nombre  pair.  Les  édifies  font  de  chaque 
côté  du  fonjjla  en  même  nombre  que  les  têtières ,  en 
forte  qu'elles  font  dans  un  foufflet  en  nombre  double 
<le  ces  dernières.  Ainfi  ïi  \\n  joufflct  a  8  têtières ,  il 
aura  16  écllffes,  8  de  chaque  côté.  Le  haut  des  édif- 
ies &:  les  têtières  doivent  être  coupées  à  onglet ,  un 
peu  moindres  que  45°.  en  forte  que  les  ouvertures 
jiE ,  FB  ,  fig.  24.  aient  de  large  du  côté  de  £  &  de 
F,  environ  la  huitième  partie  de  la  largeur  JE  ^  FB. 
Le  foufflet  a  8  écliffesde  chaque  côté,  &  environ  la 
douzième  partie  des  mêmes  longueurs ,  fi  le  foufflet 
en  a  douze.  On  affemble  enfuite  les  écliffcs  &  les  tê- 
tières avec  les  tables  ,  avec  des  bandes  de  peau  pa- 
rées, collées  moitié  fur  les  écliffes  ou  têtières  &  les 
tables.  Lorfque  les  bandes  de  peau  font  féchées  ,  on 
coud  avec  du  gros  fil  de  Bretagne,  les  têtières  &:  les 
ccliffes  par  la  peau  des  bandes,  qui  doit  excéder  les 
angles  l'aillans  tux,  d'environ  un  pouce  de  cha- 
que côté  ;  on  ouvre  enfuite  le  /o//j^t.7,  en  forte  que 
le-;  tables  faff<;nt  cnfemblc  un  anf^le  de  30  ou  3  5  de- 


SOU 

grés,  ou  que  la  dlflance  J yi ,  fg.  2j.  foit  de  3I  pies 
ou  4  pies ,  pour  wnfonffla de  8  pies. 

Avant  que  d'affembler  les  écliffes  avec  les  tables 
on  les  étend  lur  un   établi  le  côté  de  dehors  cn-def- 
fus,  &  on  colle  fur  leur  extrémité  étroite  une  plcce 
de  peau  triangulaire  ahDD ,  fig.  23.  qui  prend  tou- 
tes les  écliffes;  cette  pièce  de  peau  s'appelle  rabats 
voyii^  Rabat.  La  partie  Z?  de  cette  pièce  de  peau  qui 
excède  les  écliffes  d'environ  4  pouces ,  vient  s'ap- 
pliquer fur  les  faces  extérieures  des  barres  DC  où 
elle  eft  collée;  on  affemble  de  même  les  écliffes  de 
l'autre  côté  du  foufflet.  Après  que  les  têtières  &  les 
écliffes  lont  allemblées  avec  les  tables,  &  c[ue  les 
queues  des  rabats  font  collées  fur  les  barres  Dc.,Dc^ 
qui  forment  l'épaiffeur  du  foufflit  ,  on  colle   une 
bande  de  peau  liir  toute  la  face  DccD  ,  cette  peau 
parée  dans  tout  fon  pourtour  ,  eff  recouverte  à  fes 
deux  bouts  par  les  rabats  abD.  Par-deffus  cette  pièce 
on  en  met  une  autre  plus  longue  &  plus  large,  parée 
de  même  dans  tout  fon  contour  ,  laquelle  recouvre 
par  fes  extrémités ,  les  rabats  &  les  tables  par  fes 
longs  côtés, d'environ  2  pouces.  Toutes  ces  pièces  de 
peau  font  collées  &  parées  par  le  côté  du  duvet ,  ea 
forte  que  le  côté  glabre  eft  en  dehors.  Pour  faire 
étendre  la  peau  &  rechauffer  la  colle  ,  on  fe  fertd'un 
linge  trempé  dans  de  l'eau  chaude  &  enfuite  expri- 
mé, que  l'on  applique  far  la  peau;  on  ne  fe  fertdu 
linge  mouillé  que  lorfque  le  côté  glabre  de  la  peau 
eff  en-dehors;  car  lorfque  c'cll  le  duvet,  &  qu'oa 
veut  le  ménager  comme  celui  de  la  peau  dont  les 
foupapes  ik.  les  devans  de  l'axe   font  doublés  ,  on  fe 
fert  d'un  morceau  de  bois  bien  drcffé ,  que  l'on  fait 
chauffer  devant  le  feu  comme  un  fer  à  repaffer  le  lin- 
ge,  &  on  l'applique  enfuite  fur  la  peau  dont  la  colle 
efl  rechauffée  par  ce  moyen. 

Pour  achever  le  foufflet^  qui  fe  trouve  fini  quant  à 
la  partie  inférieure  cD  ,  qni  efi  le  côté  du  gofier,  il 
faut  coller  fur  les  vuides  JE^  FB ,  c|ue  les  écliffes  6c 
les  têtières  laiflent  ent.-e  elles,  des  pièces  de  peau 
XVI  ">  '^'■'i  s'appellent  les  premières  dcmi-aifnes ,  les 
fécondes  aifies,  &  les  troiiiemcs  ronds.  On  commen- 
ce par  coller  les  ronds  {,  fur  Iss  angles  faillans  tux 
des  plis;  on  colle  enfuite  les  deml-aifhcs  x,  qui  font 
des  pièces  de  peau  triangulaires ,  moitié  fur  une  édif- 
ie ,  &  l'autre  moitié  fur  la  têtière  voifme,  en  forte 
que  les  efpaces  JE  ,  FB ,  fe  trouvent  fermés  par  ce 
moyen.  Après  que  les  pièces  font  léchées,  on  colle 
par-deffus  les  aifnes  j,  qui  font  des  pièces  lozanges, 
ccmpofées  de  deux  demi-aifnes,  unies  par  leur  pe- 
tit côté  ;  en  forte  que  li  on  coupoit  l'aifne  en  deuît. 
par  une  ligne  3  4 ,  qui  efl  la  petite  diagonale  du  lo- 
zangc  ,  on  auroit  deux  triangles  qui  feroient  chacun 
femblablei  aux  demi-ailhes ,  mais  feulement  plus 
grands.  On  colle  les  pièces  ,  en  forte  qu'une  moitié 
234,  couvreune  des  demi-ailhes  déjà  collées,  &  l'au- 
tre moitié  143,  la  demi-aifnequi  eff  vis-à-vis.  Pour 
faire  entrer  ces  pièces  de  peau  dans  les  encoignures 
des  plis ,  on  fe  fert  d'un  couteau  de  bois  non  tran- 
chant, avec  lequel  on  range  la  peau  dans  les  endroits 
oii  les  doigts  ne  peuvent  atteindre ,  &C  on  rechauffe  la 
colle  avec  un  linge  trempé  dans  l'eau  chaude ,  autant 
de  fois  qu'il  eft  néceffaire. 

Avant  de  coller  les  aifnes  &  les  demi-aifnes ,  oiî  a 
l'attention  d'ouvrir  le  foufflet  autant  qu'il  le  doit  être, 
6c  d'écarter  également  les  plis.  Pour  exécuter  la  pre- 
mière de  ces  deux  chofes,  on  dreffe  le  Confflet  debout 
fur  la  face  Z>ct\0,  que  l'on  pofe  fur  une  planche  qui 
efl  par  terre,  en  forte  que  les  deux  tables  foient incli- 
nées à  l'horifon  ,  l'une  d'un  côté,  &:  l'autre  de  l'autre 
de  la  moitié  de  l'ouverture  d\\  foufflet;  on  l'arrête  dans 
cet  état  avec  des  cordes  ou  des  barres  de  bois.  Pour 
la  féconde  ,  qui  cft  que  les  plis  ouvrent  également, 
on  doit  avoir  collé  du  ruban  de  fil  fur  l'intérieur  des 
plis.    Ces  rubans  ne  les  laiffent  s'ouvrir  que  de  h 


sou 

qfiàntité  que  l'on  veut.  Cela  fait  zwx  fouffleis  ffiie 
l'on  laifle  l'ccher  dans  le  même  état  où  ils  ont  été  col- 
lés ,  c'ciî-à-dire  tout  ouverts ,  on  ajufte  un  chaffis  liir 
l'ouverture  SP,  Ce  chaffis  EF ^^  ,  qui  a  environ  un 
pouce  d'épnis  ,  a  un  drageoir  tait  avec  un  guillaume 
dans  tout  l'on  circuit  intérieur.  Ce  dragon  reçoit  les 
foiipapes  SP  ;  les  Ibupapes  font  faites  avec  du  feuil- 
et  d'Hollande ,  &  font  doublées  de  peau  collée  pat 
le  côté  glabre.  Cette  peau  qui  doit  excéder  lafoupa- 
30  d'un  côté  pour  luifervirde  queue,  eftprife  entre 
me  barre  G  du  chalfis ,  &:  une  pièce  G  qui  la  recou- 
/re.  Par-deffus  cette  pièce  G  on  en  met  une  autre  (5", 
:jui  empêche  le  renverfement  des  foupapes  qui  ne 
meuvent  ouvrir  qu'autant  que  cette  pièce  le  per- 
r.et.  Le  chafïis  qui  eft  doublé  de  peau  collée  par  le 
:ôté  glabre,  aufîl-bicn  que  l'endroit  de  la  table  oii  il 
>ofe  qui  eil  garni  de  peau  ,  en  forte  que  les  deux  du-' 
'^ets  fe  rencontrent,  efl  attachée  fur  la  table  en-de- 
lans  àwjoiifflet  parles  quatre  vis  EF  45,  qui  traver- 
ent  la  table,  &  qui  font  retenues  par-deifous  avec 
les  écrous.  Lorfqu'on  dilate  le  foufflu  ,  on  fufpend 
'aftion  de  la  colonne  d'air  qui  prcffc  au-dcfîus  des 
bupapes  SP  ,  ce  qui  donne  lieu  à  celle  de  la  colon- 
ie qui  preffe  par-deitous  les  mêmes  foupapes,  d'e- 
:erccr  tout  l'eîïbrt  dont  elle  eft  capable  contre  elles, 
liais  comme  les  foupapes  n'oppofent  à  cet  effort 
[u'une  très-petite  réiiflance,  la  colonne  d'air  qui 
ireffe  en-deflbus  force  cet  obftacle  ,  ouvre  les  fou- 
•apes  &  s'introduit  dans  la  capacité  à\\fouffletc\\.\c\\Q 
em.plit  à  l'initant.  Auffitôt  que  \z  fouff.it  eii  rempli, 
;s  foupapes  retombent  par  leur  propre  poids  ,  la 
aufe  qui  les  tenoit  levées  ceflant ,  qui  eft  le  courant 
'air  rapide  qui  a  rempli  Xoi  foujfla.  hz  fouff!ct  étant 
infi  rempli ,  fi  on  comprime  la  table  fupérieurc , 
air  qu'il  contient  fera  contraint  d'en  fortir  par  l'ou- 
erture  O  où  eft  ajufté  le  goficr. 

Le  gofier  repréfcnté,  fig.  26.  ed  une  portion  de 
uyau  cdefg/i,àes  m.êmes  dimenfions  que  l'ouverture 
?,  dans  laquelle  il  doit  entrer  jufqu'au  rebord  <j'i^, 
<or.  On  fait  ce  rebord  en  diminuant  la  partie  du  go- 
ier  qui  entre  dans  Xo.  fouff.et.  Cette  partie  eft  coupée 
ibliquement  comme  on  voit  en  Ci.  Sur  ce  talud  qui 
loit  regarder  les  têtières  par-dedans  le  foufjlct ,  on 
ijufte  un  chafïis  ImnOy  ce  chaffis  qui  eit  doublé  de 
leau  du  côté  qu'il  s'applique  au  gofier  ,  porte  une 
3upape  X ,  qui  s'ouvre  de  dehors  en  dedans  du  gofier. 
Miette  foupape  (  qui  comme  toutes  les  autres  ell  dou- 
lée  de  peau  collée  par  le  côté  glabre,  en  forte  que 
ï  duvet  eft  en-dehors  )  ,  laifTe  paifer  l'air  contenu 
lans  \c  foufjlct  lorfqu'on  le  comprime,  &  ne  le  laifTe 
loint  rentrer.  La  partie  inférieure  du  gofier  à  un  dra- 
;eoir  e^/,  qui  entre  dans  un  autre  drageoir  00  ,  qui 
ft  à  la  face  fupérieurc  du  porte-vent  MN^f^.  2j. 
vec  lequel  il  doit  convenir.  Lorfque  le  foufjlet  eft 
nis  en  place ,  on  colle  de  la  peau  de  mouton  parée  fur 
ous  les  joints ,  tant  ceux  du  gofier  avec  la  table  in- 
érieure  du  fouffiit ,  que  ceux  du  même  gofier  avec 
e  porte-vent ,  6c  on  fait  la  bafcule  FIK  ,fig.  23. par 
e  moyen  de  laquelle  on  ouvre  lefoufflit. 

Cette  bafcule  eft  une  forte  pièce  de  bois  de  chêne, 
l'un  demi-pié  ou  environ  de  large ,  fur  z  ou  3  pouces 
l'épaifiTcur,  que  l'on  arrondit  dans  les  deux  tiers  de 
a  longueur;  à  l'extrémité  F  de  cette  bafcule  ,  on  fait 
me  fourchette  pour  recevoir  la  palette  du  crochet 
?E  ,  qui  y  eft  retenue  par  une  cheville  qui  la  travcr- 
é.  Le  crochet  prend  dans  un  anfe  E,  attachée  à  la  ta- 
'jle  fupérieurc  du  foufjlet ,  &:  la  bafcule  a  pour  point 
l'appui  une  forte  pièce  de  bois  GG ,  fcellée  dans  les 
Tiurailles.  On  fixe  fur  des  chevalets  cette  pièce  de 
Dois  à  des  entailles  H .,  faites  en  dos  d'âne,  qui  fcr- 
i^ent  de  point  d'appui  à  la  bafcule  qui  eft  traverfée 
;n  cet  endroit  par  une  groffe  cheville  de  for  Af ,  au- 
tour de  laquelle  elle  peut  fe  mouvoir  librement.  A 
l'extrémité  K  de  la  bafcule  cfl  une  corde  KL ,  qui  a 


SOU 


397 


pîufîcurs  (loèuds:  cette  torde  doit  être  aiîez  longue 
pour  que  le  Ibuffieur  puifTe  par  fon  moyen  abaiffcr 
l'extrémité  de  la  bafcule  qui,  dans  les  grznàs foufûus. 
fe  trouve  trop  élevée  pour  y  atteindre  avec  la  main. 
On  charge  \ç.^foitfjlcts  avec  une  pierre  M-/?, qui  pefe 
environ  60  livres  pour  xxnfoufjht  de  8  pics  ;  &  il  en 
faut  au  moins  quatre  pour  un  grand  orgue  de  ï6  pies. 
Foye^  le  mot  Orgue.  Le  foufReur  doit  obferver  de 
ne  relever  qn\ni  fouffla  à  la  fois,  en  forte  que  lorf- 
que l'un  afpire ,  les  autres  puiffent  toujours  fournir  au 
fommier  le  vent  nécefTaire ,  &  de  ne  point  lâcher  fu- 
bitemcnt  le  foufflit  fur  l'air  qu'il  contient  ;  car  cela 
donne  une  fecouffc  aux  tuyaux,  dont  les  moins  at- 
tentifs s'apperçoivent,&qui  eft  trcs-défagréable. 

Soufflet  ,  terme  dcSdlizr^  efpece  de  voiture^ 
Ou  de  chaifé  roulante  fort  légère ,  pofée  fur  deux 
roues  ;  wnfoujfla  n'a  de  place  que  pour  une  ou  deux 
perfonncs  ;  le  defîiis  &  le  dedans  font  de  cuir ,  ou  de 
toile  cirée  ;  ils  fe  lèvent  &:  fe  plient  comme  unfoufi 
flzt  pendant  le  beau  tems ,  &  s'étendent  de  toute 
part  pour  garantir  de  la  pluie.  {D.  /.) 

Soufflet  ,  f.  m.  (  Cntïq.facr.^  coup  de  la  malti 
porté  au  vifage  :  donner  un  foufjizt ,  en  grec  pctTr/Tê'/r  ; 
fi  quelqu'un ,  dit  Jef "us-Chiif  1 ,  vous  frappe  fur  la  joue 
droite  ,  prefentcz-lui  aufïi  l'autre  ;  »->oà.  U-xi^^imisit 
It^ï  tw  Si^icLt' ,  &c.  Mail.  F.  V.  35).  Il  eft  conftant  que 
Ce  difcours  ne  doit  pas  être  pris  à  la  rigueur  delà  let* 
tre ,  ck  que  cela  lignifie ,  il  vaut  encore  mieux  que 
vous  foutriez  un  {econàfcufHct^  que  de  vous  venger 
du  preniier  :  la  preuve  en  eil  évidente  par  l'exemple 
de  Jefus-Chrift  lui-même  :  car  un  orScier  du  grand 
prêtre  lui  ayant  donné  un  foufflzt ,  notre  Seigneur, 
bien  loin  de  préfenter  l'autre  joue  ,  lui  dit  :  ffai  mal 
parlé ,  ft'uiS  le  voir  ;  mais  fi  je  n^ai  rien  dit  que  de  bien  , 
pourquoi  me  frapper^-voiis  ?  Le  Seigneur  fe  plaint  de 
l'injure  qu'il  vient  de  recevoir,  avec  une  grande  nio- 
dération  ,  &  prouve  qu'il  ne  l'a  pas  méritée  ;  l'exem- 
ple de  Jefus-Chrift  eft  donc  le  commentaire  du  pré- 
cepte qu'il  donne  à  fes  apôtres,  car  c'eftà  euxfeuis 
qu'il  parle ,  &  la  plupart  de  fes  préceptes  ne  fe  rap- 
portent qu'à  eux  &  à  leur  minlftere.  (Z>.  7.) 

SOUFFLEUR,  f  m.  (Cïraw.  )  celui  qui  fbuffle. 
Voyei^  les  articles  SOUFFLER ,  &Juiv. 

Souffleur,  ^-^oyei  Mular. 

Souffleur  ,  f  m.  (  Belles-lettres.  )  hommede 
théâtre  ,  qui  eft  ordinairement  placé  dans  une  des 
couljfiés,  &à  portée  des  acleurs,  pour  fui\  rc  fort  at- 
tentivement ,  fur  le  papier,  ce  que  les  aûcurs  ont  à 
dire  ,  &  le  leur  fuggérer  fi  la  mémoire  vient  à  leur 
manquer. 

Souffleur  ,  f.  m.  (  AlcJdmii  )  chercheur  de  pier- 
re philofbphale.  Foye^  PHILOSOPHIE  HERMÉTI- 
QUE, Pierre  philosophalé. 

Souffleur,  ÇMaréchal^  on  appelle  ainfi  ^rtains 
chevaux  ,  qui  fans  être  poulîifs  ,  foufîlentproâigieu- 
femcnt ,  iur-tout  dans  les  chaleurs  ;  ce  qui  ne  peut 
venir  que  d'un  défaut  de  conformation  à  l'entrée  du 
conduit  de  la  rcfpiration,  ou  de  quelque  excroiftan- 
ce  de  chair  à  l'entrée  cxtéri.eure  des  niîfcaux. 

SOUFFLURE,  fe  dit  dans  la  fonderie ,  de  certai- 
nes concavités  ou  bouteilles  qui  lé  forment  Ifcns  l'é- 
palfTeur  du  métal  ;  quand  il  a  été  fondu  trop  chaud. 
Il  fe  trouve  quelquefois  des  fouflùrcs  çn  dehors  d>;s 
boulets,  c'eft  un  défaut,  &  ils  n'ont  pas  alors  leur 

poids.   Foyei  BoULET  &  CaNON.    (  Ç  ) 

SOUFFRANCE  ,  f  f  (  Gramm.  )  pe-.nc  de  corps 
ou  d'efprit  ;  la  mort  nous  délivre  de  toutes  nos  fouf 
fiances  ;  les  amans  ne  parlent  que  de  leurs /onfpam-es. 
SoUFFHANCE,  (  Jurifprud.  )  cft  une  furféancc  , 
on  délai,  que  le  léigncur accorde  à  fon  valîal ,  pour 
lui  faire  la  foi  &  hommage  ,  en  confidération  dcdui  1- 
que  cmpcchcment  légitime  ;  le  motit  de  ce  dcLii  eft 
que  régulièrement  la  foi  &  hommiige  doit  être  laite 
par  le  vafVal  en  perlonne. 


Elle  n'a  pasVieu  pour  le  payement  des  droits  uti- 
les ,  ni  pour  la  preftation  de  l'aveu  &  dénombrement. 

LafoufnwccciXncccÛ'à'ne  ou  volontaire;  nécel- 
faire  quand  l'empcchemcnt  du  vaflal  ell  tel  que  le  fei- 
gneur  ne  peut  lui  rerufer  le  délai  ;  comme  en  cas  de 
minorité,  maladie, ou  autre  empêchement  légitime; 
elle  efl:  volontaire  ,  lorlque  le  leigneur  l'accorde  li- 
brement ,  &c  pour  faire  plaifir  à  Ion  vafllil. 

L-dJoufnince  ,  même  néceffaire  ,  n'a  point  lieu  de 
plein  droit ,  elle  doit  être  demandée  au  feigneur  do- 
minant,  par  le  tuteur  en  perlbnne,  li  le  vaflal  efl: 
mineur,ou  fl  le  vaflal  eil  rnajeur,par  une  fondé  de  pro- 
curation fpéciale. 

Le  tems  pour  demander  la  fotiffrance  efl:  de  qua- 
rante jours,  depuis  l'ouverture  du  flef  ;  ces  quarante 
jours  font  francs ,  de  manière  qu'on  ne  compte  pas 
celui  de  l'ouverture  du  fief,  ni  le  quarantième  jour. 

Faute  de  demander  la  foujfranu  dans  les  quarante 
jours  ,  le  feigneur  peut  faire  faifir  le  fief,  &  faire  les 
fruits  flens ,  fauf  le  recours  des  mineurs  contre  leur 
tuteur  ;  mais  fl  les  mineurs  n'avoient  pas  de  tuteur  , 
lafaifle  n'emportcroit  pas  perte  de  fruits  contre  eux, 
jufqu'à  ce  qu'ils  fuflèint  en  âge  de  faire  la  foi. 

Le  tuteur,  en  demandant yi)«j//tf/2<:e  pour  fes  mi 
neurs  ,  doit  à  peine  de  nullité  déclarer  leurs  noms  & 
leur  âge  ,  afin  que  le  feigneur  fâche  quand  chacun 
d'eux  fera  en  état  de  faire  la  foi. 

Si  le  tuteur,  en  demandant  Xzfouffrancc  ,  nepayoit 
pas  les  droits ,  le  feigneur  pourroit  la  lui  refufer ,  & 
iaifir. 

Lafoiifrancepent  s'accorder  en  juftice,  ou  devant 
notaire  ,  &:  même  par  un  écrit  fous  feing  privé  : 
quand  il  s'agit  d'un  fief  mouvant  du  roi ,  on  obtient 
des  lettres  de/o«/fr<z/2ce  en  la  petite  chancellerie. 

Il  n'efl  pas  befoin  d'obtenir  nouvelle  fouffrance  , 
pour  une  portion  du  même  fief,  qui  échet  enfuite  au 
mineur. 

Il  efl:  de  maxime  que  fouffrance  vaut  foi  tant  qu'el- 
le dure ,  c'efl  à-dire  que  pendant  ce  délai ,  le  feigneur 
ne  peut  faifir  ,  faute  de  foi  &  hommage. 

Dès  que  \di  fouffrance  efl:  finie,  à  l'égard  d'un  des 
mineurs  ,  il  doit  alleràlafoi,  quand  même  les  autres 
n'auroient  pas  l'âge.  Foye^  les  commentateurs  fur 
r article  4:.  de  la  coutume  de  Paris  ;  les  auteurs  qui 
ont  traité  des  fiefs  ;  &  les  mots  Foi ,  Hommage  , 
Aveu  ,   Dénombrement  ,    Droits   seigneu- 

JlIAUX.   (  ^  ) 

Souffrance  f.  f.  terme  de  compte ,  ce  mot  fe  dit  des 
articles  de  la  dépenfe  d'un  compte  qui  n'étant  pas  af- 
fez  juflifiés  pour  être  alloués,  ni  afl'ez  peu  pour  être 
rayés ,  reftent  comme  en  fufpens  pendant  un  tems , 
afin  que  pendant  ce  délai ,  le  comptable  puiflTe  cher- 
cher ^  rapporter  des  quittances ,  ou  autres  pièces 
pourra  décharge.  Les  ^nioXes^in  foujfrance ,  fe  rayent 
après  le  délai  fini ,  s'ils  ne  font  pas  juflifiés  ,  ou  s'al- 
louent s'ils  le  font.  Dut.  du  Comm.  ÇD.J.) 

SOUFFRIR,  SUPPORTER,  {Sjnonym.)  fonf- 
frir  fe  dit  d'une  manière  ablblue  :  on  fouffre  le  mal 
dont  on  ne  fe  venge  point.  ^KjP/^or/e/- regarde  propre- 
ment J»6  défauts  perfonnels  :  onfiipporte  la  mauvaife 
humeur  de  fes  proches. 

L'humilité  chrétienne  faityÔK^ir  les  mépris  ,  fans 
reflentiment.  L'ufage  du  monde  faity/i/'/'tir/er  dans  la 
fociété ,  une  infinité  de  chofes  qui  déplaifent.  On 
Jouffre  avec  patience  ,  on  j'apporte  avec  douceur. 

Quand  Jouffiir  {\^m^t permettre  ,  il  veut  après  foi 
un  quc^  avec  Te  fubjon£lif;  ainfi  Larrey  a  fait  une  fau- 
te en  difant  dans  l'épitaphe  d'Edouard  VI. 

Urne  où  fes  cendres  repofent^ 
Souffrez-nous  de  graver  ces  vers  fur  fon  tombeau. 

Il  f^lloit  dire  ,  fouffre^que  nous  gravions.  Supporter 
lignifie  quelquetois/'/'o/e^e/'  ècj'outcnir  :  les  financiers 
iont  jupportis  à  la  cour ,  à  caule  de  leur  fortune  ; 


5   U    U  ! 

quelques  efcadrons  ne  peuvent  pas ////yor/er  le  choc 
de  toute  une  armée.  (Z).  J.)  1 

SOUFRE  pierre  de ,    (  ////?.  nat.  )  on  trouve  en       ' 
Franche-Comté  des  cailloux  qui  font  d'une  forme  ar- 
rondie irréguliere  ,  &  lorfqu'on  vient  à  les  brifer  , 
on  trouve  que  ces  cailloux  formoient  une  efpece  de 
croûte  ,  qui  fert  d'enveloppe  à  du  foufre  natif.  ' 

Soufre,  f.  m.  (^Hift.nat.  Minéralogie  &  Chimie.^ 
fulphur  ;  c'éftune  fubftance  folide,  mais  friable,  d'un 
jaune  clair  lorfqu'il  efl  pur ,  très-inflammable ,  &  qui 
en  fe  brûlant  répand  une  flamme  bleuâtre  accompa- 
gnée d'une  odeur  pénétrante  &  fuffocante.  Il  fe  fond 
très-aifément  lorfque  le  feu  ne  lui  efl  point  immé- 
diatement applique,  &  pour  lors  il  ne  s'enflamme 
point. 

La  nature  nous  préfente  le  foufre  de  deux  maniè- 
res :  ou  il  efl  pur  &  lous  la  forme  qui  lui  efl  propre, 
ou  il  efl  combiné  avec  d'autres  fubflances  du  résine 
minéral,  qui  par  leur  union  avec  lui  le  rendent  mc- 
connoiffable  ;  c'efl  ainfi  qu'il  efl:  dans  les  mines  où  il  ^ 
efl  combiné  avec  les  métaux.  " 

Le/o«yÀt' pur  que  l'on  nomme  zwÇ^x  foufre  foffîle^ 
foufre  natif .,o\\  foufre  vierga ,  fe  trouve  abondamment 
dans  quelques  endroits  de  la  terre  ;  ce  n'efl  que  dans 
le  voiflnage  des  volcans  &  des  endroits  fujets  aux 
embrafememens  fouterreins  que  ce  foufre  fe  rencon- 
tre ;  &  par-tout  où  on  le  voit ,  on  doit  fuppofer  qu'il 
a  été  produit  &  fublimé  par  les  feux  de  la  terre  ;  ils 
l'ont  dégagé  des  fubflances  avec  lelquelles  il  étoit 
combiné;  ils  l'ont  fublimé  comme  auroit  pCi  faire 
vui  fourneau ,  &  ils  l'ont  porté  à  la  furface  de  la  terre. 

M.  Rouelle,  dans  fes  lavantes  leçons  de  chimie, 
enfeigne  la  façon  dont  le  foufre  fe  forme  par  le  feu 
des  volcans  ;  fes  idées  font  fondées  fur  la  nature  du 
foufre,  qui  n'eil  autre  chofe  que  de  l'acide  vitrioli- 
que  combiné  avec  le  phlogiftique  ou  la  matière  in- 
flammable. Suivant  ce  favant  chimifle ,  ce  font  les 
bitumes  qui  fervent  d'aliment  aux  feux  fouterreins  ; 
par  leur  embrafement  ces  bitumes  fe  décompofent, 
&  l'acide  vitriolique ,  fi  abondant  dans  le  fein  de  la 
terre  ,  s'unit  au  phlogiftique  des  matières  grafl^es  qui 
brûlent ,  &  produit  du  Joufre  ;  d'oîi  M.  Rouelle  con- 
clut que  le  foufre  pur  n'efl  qu'une  produ£f  ion  fecon- 
daire  de  la  nature;  puifque  fans  les  embrafemens 
fouterreins, on  n'en  trouveroit  jamais  fous  la  forme 
qui  lui  efl  propre  ;  tout  celui  qui  efl  dans  la  terre  eft 
dans  un  état  de  combinaifon  ,  comme  toutes  les  mi- 
nes ;  &c  la  terre  renferme  les  parties  dont  il  peut  être 
produit. 

Les  environs  des  volcans  font  donc  toujours  rem- 
plis de  foufre  ;  il  eft  ailé  de  fentir  qu'il  n'eft  point 
communément  fort  pur ,  comme  on  peut  en  juger 
par  fa  couleur  ;  ainfi  le  parti  le  plus  sûr  ,  tant  pour 
les  opérations  de  la  Chimie  qtie  pour  les  ufages  mé- 
dicinaux ,  eft  de  ne  fe  lervir  de  ce  foufre,  qu'après 
l'avoir  purifié  ;  alors  on  eft  certain  qu'il  eft  parfai- 
tement dégagé  des  matières  méiaUiques  &  arfénica- 
les ,  avec  lelquelles  les  teux  fouterreins  peuvent  l'a- 
voir combiné  ;  on  fentauffi  que  ce  foufre  eft  fouvent 
mélangé  avec  des  terres ,  des  pierres ,  &c.  Les  échan- 
tillons de  ce  que  l'on  nomme  foufre  natif,  font  plus 
ou  moins  purs ,  fuivant  les  circonflances  ;  celui  que 
l'on  nomme  Joufre  dre  Quito,  Si  foufre  delà  Guade- 
loupe ,  eft  d'un  jaune  clair  &  tranfparent  ;  il  vient 
des  parties  de  l'Amérique  qui  éprouvent  le  plus  de 
ravages  de  la  part  des  volcans  ;  on  en  rencontre 
auffi  de  plus  ou  moins  pur  aux  environs  des  monts 
JEtna. ,  Véfuve  ,  Hecla ,  &c.  Certaines  eaux  therma- 
les ,  telles  que  celles  d'Aix-la-Chapelle ,  &  de  plvi- 
fieurs  autres  endroits ,  dépofent  une  afTez  grande 
quantité  de  foufre. 

Le  foufre  entre  dans  la  combinaifon  d'un  très-grand 
nombre  de  mines;  il  s'y  trouve  dans  des  proportions 
diffgrçntes  j  ÔC  fait  prendre  aux  métaux  des  formes 


sou 

'ti  cIcsccHileurs  qu'ils n'auroicnt  point  fans  cela.  Foyei 
es  articles  MiNi.RALISATlON  &  MiNE.  Mais  la  miaé 
3  plus  OKliniiire  6l  la  plus  abondante  dnjbujre ,  cû. 
i  pyrite ,  d'où  L'oi»  cii  oblige  de  le  tirer  par  art  ;  on 
omme  pyr'u:s  fuifurcujls  ,  celles  dont  on  fe  (ert 
our  cet  iifago  ;  cependant  \tfoufrc  efi:  une  fubftance 
ui  entre  toujours  nccelïairciiient  dans  la  combinai- 
3n  de  tou^e  pyrite.  Foye:^  l'article  Pyrite. 

Il  y  a  pluiicurs  méthodes  pour  tirer  le  yo////-^  des 
yritcs  ;  (juelcjuetbis  on  l'obtient  accidentellement 
ar  le  grillage  de  certaines  mines  qui  foni  fort  char- 
éesdecctcc  fubftance;  ces  mines  font  fur-tout  les 
yritcs  cuivreuies ,  dont  on  ne  peut  obtenir  le  cui- 
re ,  avant  que  le  foufre  en  ait  été  léparé.  Pour  cet 
ffet  on  forme  à- l'air  libre,  des  tas  de  pyrites  qui  ont 
nviron  20  pics  en  quarré ,  &  9  pics  de  haut  ;  on 
rranciC  ces  tas  fur  un  Ht  de  buciics  &L  de  fa-jots  :  on 
iine  \.in(t  ouverture  à  ce  tas  qui  ferve  de  vent ,  ou 
Oinme  le  cendrier  fert  à  un  fourneau  ;  on  enduit  les 
arois  extérieurs  du  tas ,  qui  forment  comme  des  ef 
eces  de  murs,  avec  de  la  pyrite  en  poudre  &  en 
etites  particul.'S  que  l'on  mouille.  Alors  on  met  le 
;u  au  bois  ,  &  on  le  laiîfe  brûler  doucement  pen- 
ant  9  ou  10  femaincs.  On  forme  à  la  partie  liipé- 
leure  des  tas  ou  de  ces  mafîifs  de  pyrites ,  des  trous 
Il  des  creux ,  qui  forment  comme  des  bafuns  dans 
'fquels  izj'oufn  fondu  par  l'aûioa  du  feu  va  lé  ren- 
re,  &  d'où  on  le  piiiie  avec  des  cuillères  de  fer; 
lais  ce  foufre  ainfi  recueilli  n'efi:  point  parfaitement 
ur  ;  il  a  b':;foin  d'être  fondu  de  nouveau  dans  des 
laudieres  de  fér  ;  alors  les  parties  pierreufes  &  tcr- 
=ufes  qui  s'y  trouvent  mciecs  tombent  au  fond  de 
i  chaudière,  &l\q  foujre  pur  nage  à  leur  furface. 
'elle  eil  !a  manière  dont  on  tïrelc  foufre  au  Hartz  : 
our  s'en  faire  luae  idée,  on  n'aura  qu'à  jetter  les 
eux  fur  celle  des  Planches  de  Minéralogie,  qui  re- 
réfentcnt  le  travail  àwfoufc. 

La  même  Planche  repréfente  encore  une  autre  ma- 
iere  d'obtenir  d\i  foufre^  qui  fe  pratique  dans  quel- 
ques endroits  d'Allemagne.  Elle  confilte  à  faire  gril- 
:r  les  pyrites  ou  la  mine  de  cuivre  fous  un  angard 
ouvert  d'un  tc:t  qui  va  en  pente  ;  ce  toît  oblige  la 
LU11CC  qui  part  du  tas  que  l'on  grille  ,  à  paffer  par- 
leffus  une  auge  remplie  d'eau  froide  ;  par  ce  moyen 
ctte  fumée,  qui  n'tll  compolée  que  de  foufrt ,  fe 
ondenle  &  toxtsj^c  dans  l'auge ,  d'oii  on  le  retire  lorf- 
[u'il  s'en  eli  fufîifamment  amAïé. 

En  Suéde ,  dans  les  mines  de  Néricie ,  on  obtient 
ç  foufre  par  la  diflillation  ;  on  a  pour  cela  un  four- 
icau  quia  lafonriedun  quarré  long  ;  dans  \ts  murs 
atéraux  on  lailTe  deux  rangées  de  dix  ou  douze  ou- 
'crturcs  ,  jîour  y  placer  deux  rangées  de  retorîes  de 
cr  irèi-graades  ;  on  ne  les  remplit  de  pyrites  que 
ulqu'au  tiers  ,  parce  que  l'action  du  feu  les  fait  gon- 
Icr  confidérablement  ;  une  portion  dw  foufre  fuinte 
lu-travers  du  fer  des  rctortes  ;  cq foufre  eft  très-pur, 
k  on  Iç  débite  pour  de  la  fleur  dçjoufc  ;  quand  au 
•eue  du  fàiifre  qui  fait  la  plus  grande  partie ,  il  efl 
'eçu  dans  des  rccipiens  remplis  d'eau  ,  qui  ont  été 
l'.ïés  avec  des  retortcs.  Cette  diflillation  fe  renou- 
i'tUe  toutes  les  vingt-quatre  heures;  on  enlevé  le 
^bufre  qui  s'efl  rendu  dans  les  récipiens  ;  on  ôîe  des 
:ortes  le  réfida  qui  y  cfl:  relié,  &  l'on  y  remet  de 
nouvelles  pyrites.  Le  fii^fic  qui  a  été  ainfi  obtenu  , 
îll  porté  dans  une  chaudière  de  fer,  enchâfifée  dans 
.m  m.afiif  de  maçonnerie,  fous  laquelle  Jon  fait  un 
leu  doux  ;  par-là  le  foufre  fe  fond  do  nouveau  ,  &  dé- 
pofe  les  lublleunces  étrangères  avec  lefquelles  il 
étoit  encore  mêlé.  Lorlque  les  pyrites  ont  été  déga- 
gées dix  foufre  qu'elles  contenoicnt ,  on  les  jette  en 
un  tas,  à  l'air  libre  ;  après  qu'elles  ont  été  expofées 
aux  injures  de  l'air,  ces  tas  font  fujets  à  s'enflammer 
d-eux-nicmes,  après  quoi  le/ow/rtf  cm  ell  totalement 
dégagé  ;  mais  on  a  foin  de  prévenir  ctt  inconvénient  ; 


SOU 


399 


on  lave  ces  pyrites  calcinées  ,  &  l'on  en  tire  du  vi- 
triol ,  qu'elles  ne  donneroient  point  li  on  les  avoit 
lailTé  s'tmbrafer,  F'oyei  Vitriol. 

Le /otyÇc:  avant  que  d'avoir  été  purifié  fe  nomme 
foufre  hue  ou  foufre  caballin  ;  après  qu'il  a  été  dé^aoé 
des  parties  étrangères  ,  on  le  prend  avec  des  cuillè- 
res de  fer  tandis  qu'il  eif  encore  liquide ,  &:  on  le 
verle  dans  des  moules  qui  lui  donnent  la  forme  de 
bâtons  arrondis;  c'ell  ce  qu'on  appelle  foufre  en 
canon. 

Prefque  tout  le  foufre  qui  fe  débite  d  cns  le  com- 
merce vient  des  pays  où  il  y  a  des  volcans  &  des  em- 
brafemens  de  la  terre  ,  parce  qu'alors  la  nature  épar- 
gne la  peine  &:  les  frais  pour  l'obtenir;  il  n'y  a  eue 
les  pays  où  la  main  d'oeuvre  &  le  bois  l'ont  à  très- 
grand  marché,  tels  que  la  Suéde  &  certains  cantons 
d'Allemagne,  oii  l'on  puifié  longer  à  le  tirer  des  py- 
rites ,  ou  des  m.ines  de  cuivre  pauvres  de  la  manière 
qui  a  été  décrite.  Aux  environs  du  mont  Véfuve  &: 
dans  d'autres  endroits  d'Italie  'où  il  fe  trouve  du 
joufc ,  (^n  met  les  terres  qui  font  imprégnées  de  cette 
fubf  lance  dans  des  pots  de  terre  de  la  forme  d'un  pain 
de  liicre  ou  d'un  cône  fermé  par  la  baie ,  &  qui  ont 
une  ouverture  par  le  fommet  ;  on  arrange  ces  pots 
dans  un  grand  fourneau  deftiné  à  cet  ufage ,  en  ob- 
fervant  de  les  coucher  horifontalement;  on  donne  un 
feu  modère  qui  fuffife  pourfaire  fondre  le  foufe ,  qui 
découle  par  l'orifice  qui  cft  à  la  pointe  des  pots,  & 
qui  elî  reçu  dans  d'autres  pots  dans  lefquels  on  a  mis 
de  l'eau  froide  où  le  foufre  lé  fige. 

Après  toutes  ces  purifications  le  foufre  n'ell  point 
encore  parfaitement  pur;  fouvent  il  renferme  encore 
des  lubliances  qui  pourroient  en  rendre  l'ufage  dan- 
gereux; pour  le  dégager  parfaitement  on  eli  obligé 
de  le  lublimer  à  l'aide  du  feu;  cette  fiibiimation  fe 
fiiit  ou  en  grand  ou  en  petit.  En  Angleterre ,  cette 
opération  le  fait  fur  plufieurs  quintaux  de  foufre  à-la- 
fois  ;  on  lé  fert  pour  cela  d'un  fourneau  particulier. 
On  a  une  grande  chaudière  de  fer  qui  cil  prife  dans 
la  maçonnerie  ,  &  qui  peut  contenir  deux  ou  trois 
quintaux  de  Joufre  concaffé  grolîîerement ;  on  ne 
rcaîpUt  cette  chaudière  que  jufqu'aux  trois  quarts. 
Au-deiTus  de  cette  chaudière  ell  une  efpece  de  cham- 
bre quarrée  ,  qui  ell  garnie  intérieurement  de  car- 
Veaux  de  terre  ou  de  fayence  vernilîes.  A  quelques 
pouces  au-delTus  de  la  chaudière  ell  wne  ouverture 
ou  porte  par  où  le  foufre  qui  le  fublime  entre  dans  la 
chambre  quarrée,  au  fond  de.  laquelle  eft  un  trou  ' 
qui  ferme  à  couliife ,  par  lequel  on  peut  vcir  fi  la  fu- 
blimation  le  fait  convenablement.  Pendant  l'opéra- 
tion il  fitut  que  toutes  hs  ouvertures  loient  bouchées, 
afin  d'empêcher  l'air  d'y  entrer. 

Le  foufe  lé  purifie  en  petit  parla  fublimation  delà 
manière  fuivante.  On  met  le  foufre  dans  une  cucurbite 
de  terre,  au-delîlis  de  laquelle  on  adapte  cinq  ou  fix 
aludels  ,  dont  le  dernier  le  bouche  avec  un  couver- 
cle; le  premier  des  aludels  ell  joint  avec  la  cucurbite, 
&  on  les  lutte  enlémble  avec  de  late/re  grailé ,  afin 
de  retenir  la  chaleur  ,  &  on  ne  laifii;  ouverts  que  les 
regillres  du  fourneau  fur  lequel  la  cucurbite  ell  pla- 
cée ,  afin  de  donner  de  l'air.  Apres  quoi  on  donne  un 
feu  un  peu  au-delîus  du  degré  nécelîiiire  pour  tenir  le 
foufre  en  fufion;  par  ce  moyen  le  foufe  s'élève  & 
s'attache  aux  parois  des  aludels  fous  Va  forme  d'une 
poudre  d'un  jaune  clair ,  extrêmement  fine:  c'ell  ce 
qu'on  appelle^c7^/i  de  foitfre.  Alors  il  ell  pur ,  &  dans 
un  état  de  divifion  qui  le  rend  propre  au\  ufages  mé- 
dicinaux ,  &  à  palfer  dans  réconomie  animale.  Il  ell 
bon  d'obferver  que  les  droguilles  falhn'ent  quelque^ 
lois  les  Heurs  de  foufre  avec  du  foufe  ordinaire  pul- 
vérifé;  par  ce  moyen  ils  les  alongent ,  &:s'épari^ncnt 
les  peines  6l  les  frais  de  la  lublimatioii. 

M.  Rouelle  regarde  ley<;«A'i;  comme  un  véritable 
fel  neutre ,  ou  comme  un  acide  à  qui  le  phlogilti.^ue 


400         SOU 

a  fait  prendre  une  forme  foliclc&  concrète.  En  effet 
ce  favant  chimillc  remarque  que  ley^w/rc;  fondu  en 
le  refroidiflant  fe  cryllalliic  h  la  manière  dcsfels  neu- 
tres. La  cryllallifation  commence  vers  les  parois  du 
vaifleau  dans  lequ'el  le  J'oi/fre  a.  été  fondu  ,  &  à  la  fur- 
face  par  où  il  a  le  contaO  de  l'air  où  le  refroidilVc- 
ment  commence  ,  6c  oii  il  fe  forme  une  croûte  ;  fi 
ou  crevé  cette  croûte  avant  que  le  foufre  ait  eu  le 
tems  de  fe  refroidir  entièrement ,  &  fi  l'on  vuide  le  • 
foufrc  qui  elt  encore  en  fufion  au  centré,  on  verra 
que  la  cro'Àte  fera  remplie  de  petits  cryltaux  en  co- 
lonnes ou  en  llries. 

Quoique  Xcfoufre  foit  une  fubftance  très-inflam- 
mable, il  ne  laific  pas  de  brûler  très-lentement.  Stahl 
a  remarqué  qu'en  prenant  deux  gros  defoufre  pul- 
vérifé  ,  au  milieu  duquel  on  place  un  fil  qui  fert  de 
mèche ,  &  auquel  on  met  le  feu  avec^précaution  ,  de 
crainte  que  la  flamme  ne  s'étende  fur  la  furface  du 
foufre^  ces  deux  gros  ne  perdront  dans  une  heure  de 
tems  que  15  ou  16  grains  de  leur  poids. 

C'crt  une  vérité  reconnue  de  tous  les  chimiftes, 
que  l'acide  vitriolique  &  l'acide  à.\i  Joufrc  (ont  les 
mêmes  ;  cependant  l'acide  fulphureux  volatil  dont- 
nous  venons  de  parler ,  n'elt  point  la  même  chofe 
que  l'acide  vitriolique  ;  &  le  célèbre  Stahl  a  obfervé 
que  l'acide  fulphureux  volatil ,  en  fe  dégageant  du 
foufn ,  entraîne  avec  lui  une  portion  du  phlogiftique; 
de  plus  il  a  remarqué  qu'il  attiroit  fortement  l'humi- 
dité de  l'air  ,  &  que  cette  humidité  entroit  comme 
partie  cfTentielle  dans  l'acide  fulphureux  volatil. 
Pour  que  le  phlogiftique  refle  uni  à  cet  acide  ,  il  faut 
que  le  foufre  foit  brûlé  lentement  ;  fans  cela  à  un  feu 
trop  violent  cette  portion  du  phlogiftique  fe  dégage- 
roit,  &  l'acide  que  l'on  obtiendroit,  feroit  unfimple 
acide  vitriolique  non  volatil.  On  trouvera  vers  la  fin 
de  cet  article  la  meilleure  manière  d'obtenir  l'acide 
fulphureux  volatil  ,  en  parlant  des  préparations 
pharmaceutiques  dn fou/ri. 

On  fera  voir  dans  la  fuite  de  cet  article  ,  que  le 
foufre  fe  diffout  dans  toutes  fortes  d'huiles  ,  &  dans 
l'alkali  fixe.  Quelques  auteurs  ont  prétendu  que  l'on 
pouvoit  difpoier  \cJoufrc  à  la  fixité  ,  en  le  mettant  en 
digeflion  dans  l'acide  vitriolique  ,  &  en  en  faifant 
l'abftraûion  ,  &  réitérant  à  plufieurs  reprifes  ces 
opérations  ;  mais  les  acides  n'o/it  aucune  aftion  fur 
lefoufre-^'A  n'eft  pas  plus  vrai  que  l'acide  nitreux  ,  ou 
l'acide  du  fel-marin  rende  \e  foufre  tranfparent ,  lorf- 
qu'on  l'y  fait  bouillir  pendant  fix  heures. 

On  peut  produire  artificiellement  è.]^  foufre  ;  pour 
cet  effet  on  n'a  qu'à  prendre  parties  égales  de  tartre 
vitriolé  ,  &  d'alkali  fixe  hier-  pur  ,  on  les  pulvérife 
avec  un  peu  de  charbon  ;  on  met  ce  mélange  dans  im 
creufet ,  que  l'on  couvre  bien  exadement,  &  on 
donne  un  feu  très-vif;  par  ce  moyen,  le  mélange  en- 
tre en  fufion  &  produit  un  véritable  foie  de  foufre  ; 
pour  en  fcparer  le  foufre ,  on  n'aura  qu'à  faire  dil- 
foudre  ce  foie  de  foufre  dans  de  l'eau ,  &  y  verfer 
quelques  gouttes  d'acide  ,  qui  fera  tomber  \e  foufre 
en  poudre  ,  fous  la  forme  &  la  couleur  qui  lui  eft 
propre.  Ce  foufc  s'efl:  produit  dans  l'opération  par 
la  combinaifon  qui  fe  fait  de  l'acide  vitriolique  conte-- 
nu  dans  le  tartre  vitriolé  avec  le  phlogiftique  du  char- 
bon. Le  célèbre  Stahl,  a  trouvé  que  dans  la  compo- 
fition  dn  foufre  ,  l'acide  vitriolique  faifoit  environ  -^ 
du  poid  total ,  &C  mêmeunpeu  plus,  &  que  le  phlo- 
giftique y  faifoit  un  peu  moins  que  ,\. 

Le  foufre  :xh  propriété  de  s'unir  avec  \p\\s  les  mé- 
taux &i.  les  demi-métaux  ,  à  l'exception  de  l'or  ,  fur 
lequel  il  n'agit  que  lorfqu'il  eft  combiné  avec  le  fel  al- 
kali  fixe.  Comme  l'acide  vitriolique  fe  trouve  abon- 
damment répandu  dans  le  règne  minéral ,  ainftque 
le  phlogiftique ,  ii  n'eft  point  furprenant  que  l'on  ren- 
contre ïe  foufre  daus  un  fi  grand  nombre  de  mines. 
Le  foufre  en  poudre ,  mêlé  avec  de  la  limaille  de 


SOU 

fer ,  &  hume£lc ,  produit  une  chaleur  très-forte ,  & 
le  mélange  finit  par  s'allumer.  Le  foufre  trituré  avec 
du  mercure  ,  fe  change  en  une  poudre  noire  ,  con- 
nue fous  le  nom  d'^thiops  minéral.  Si  onfûblime  ce 
mélange  ,  on  obtient  du  cinnabre.  Foye^  Cinnabre. 
Combiné  avec  le  régule  d'antimoine ,  il  forme  ce 
qu'on  appelle  Varitimoine  cru.  Voyei  RÉGULE  d'an- 
TiMOiNE.  Le  foufre  com\Àné  avec  l'arfenic  ,  fait  la 
fubftance  appcUée  orpin  ou  orpiment.,  voye^  cet  article, 
Lejbufre,  comme  nous  l'avons  déjà  fait  remarquer, 
n'eft  point  foluble  dans  l'eau  ,  ainfi  c'eft  une  erreur 
de  croire  qu'il  puifl'c  lui  communiquer  aucune  qua- 
lité. Quelques  perfonnes  ont  cru  ,  fansraifon  ,  qu'il 
étoit  propne  à  rafraîchir  l'eau. 

On  prépare  diverfement  \e  foufre  pour  des  ufages 
pharmaceutiques  :  on  trouve  dans  les  boutiques  ,  pre- 
mièrement \esfieurs  de  foufre  dont  il  a  été  déjà  parli. 
2°.  \e  foufre  Lavé  ^  &C  lacréme  de  foufre.  Ce  foufre  lavé 
fe  prépare  ainfi  :  prenez  du  foufre  commun  entier, 
deux  livres  ;  faites-les  fondre  à  un  feu  doux  ,  dans 
un  vaiffeau  de  terre  ;  verfez  defTus  trois  livres  d'eau 
bouillante  ;   faites  bouillir  le  mélange  pendant  un 
quart-d'heiire ,  laiffez-le  repofer  un  inftant ,  &  décan- 
tez ;  verfez  une  pareille  quantité  d'eau  bouillante  fur  \ 
le  réfidu  ,  faites  boifillir  encore ,  &  décantez  ;  répé- 
tez cette  manœuvre  quatorze  fois  ;  mettez  votre  fou- 
fre ainfi  lavé,  dans  un  vaiffeau  de  terre  bien  couvert, 
que  vous  tiendrez  deux  heures  dans  un  four  ,  pour 
que  votre  foufre  coule  comme  de  l'huile  ;  laiffcz  re- 
froidir le  vaifleau  ,  caffez-le  ,  retirez  votre  foufre  & 
le  reduifez'en  poudre  :  c'eft  \e  foufre  lavé.  Si  vous  pul- 
vérifez  ultérieurement  ce  foiifre  fur  le  porphire  avec 
une  eau  diftillée  aromatique  ,  vous  aurez  la  crème  de 
foufre.   3".  Le  lait  &  le   rnagifîere  de  foufre ,  ne  font 
autre  chofe  que  le  précipité  du  foie  de  foufre  ,  foit 
fpontané ,  foit  obtenu  par  l'acide  du  vinaigre.  Ce 
n'eft  par  conféquent ,  comme  on  voit,  que  dn  foufre 
très-divifé  par  la  pulvérifation  philofophique.  On 
voit  encore  que  le  foufre  lavé ,  la  crème  de  foufre ,  le 
lait  OU  le  magijîere  de  foufre ,  &  lesfeurs  de  foufre  ,  ne 
font  qu'une  même  chofe,  favoir  duyott/re  entier  très- 
divifé,  mais  très-vraiffemblablcment  le  lait  oumagif 
tere  de  foufre  plus  que  les  auttes  préparations  ,  d'ail- 
leurs très-analogues.  On  prépare  d'ailleurs  un  lait  de 
foufre  d'une  efpece  particulière ,  &  qui  diffère  effen- 
tiellement  de  tous  ces  remèdes  purement  fulphureux. 
Celui-ci  eft  un  précipité  du  même,hépar  deyà^y/v;  par 
l'alun  :  il  fe  fait  dans  ce  cas  une  double  précipitation, 
favoir  celle  du  foufc ,.  &  celle  de  la  terre  de  l'alun  ;  ce- 
précipité  eft  immenfe  eu  égard  à  la  quantité  de  réac- 
tifs d'où  on  le  retire. 

L'union  du  foufre  à  différentes  huiles  ,  ibit  effen  • 
tielles ,  foit  par  expreffion  ,  fournit  divers  baumes 
de  foufre,  oa  rubis  de  foufre  ;  ils  fe  préparent  en  faifant 
diffoudre  des  fleurs  de  foufre  dans  une  huile  quelcon- 
que ,  de  l'une  ou  de  l'autre  efpece  ;  les  huiles  par 
expreffion  en  diffolvent  une  très-grande  quantité ,  & 
l'on  peut  faire  commodément  cette  opération  dans 
un  vaiffeau  de  terre ,  &  avec  le  fecours  d'un  feu  tel 
qu'il  n'échauffe  l'huile  que  juf  qu'au  point  de  faire  fon- 
dre le  foufre  ,  ce  qui  arrive  à  un  degré  bien  inférieur 
à  celui  qui  feroit  néceffaire  pour  faire  bouillir  cette 
huile  ;  les  huiles  effentielles  au  -  contraire  ne  dif- 
folvent que  peu  de  foufre.  Boërhaave  a  trouvé  que 
l'huile  de  térébenthine ,  v.  g.  n'en  pouvoit  diffou- 
dre qu'un  7^  de  fon  poids.  On  doit  traiter  le  foufre 
avec  les  huiles  effentielles  ,  dans  un  matras  à  long 
cou  ,  qui  ne  foit  rempli  qu'à  demi ,  &  qu'il  fautlaif- 
fer  ouvert,  parce  qu'il  faut  faire  bouillir  le  mélange, 
effectuer  la  diffolution  ,  &  qu'il  faut  prévenir  l'ex- 
plofion  énorme  dont  eft  fufceptible  ce  mélange  ,  fé- 
lon robfecj^ation  rapportée  par  Hoffman ,  phyj'.  chim. 
l.  JII.  obf.  1.6.  or  cette  explofion  ne  peut  avoir  ce- 
penda;ît  lieu  ,  que  lorfqu'on  traite  imprudemment 

CCS 


sou 

ces  tnatieres  dans  des  vaiffeaux  bien  fermés  &  trop 
pleins  ,  qui  venant  à  cclater  par  la  fimple  expanfion 
vaporeule ,  répandent  jufque  dans  le  foyer  du  four- 
neau, cette  matière  très-inflammable:  car  il  eil  à- 
peu-près  évident  que  ce  n'efl  qu'en  s'enflammant  ra- 
pidement ,  &C  par  conféquent  lorfqu'il  efl;  déjà  hors 
des  vaiiTeaux,  que  le  baume  de  fvufre  dont  nous 
parlons ,  peut  produire  les  effets  rapportés  dans  cet- 
te opération  d'Hoffman.  Au  refte ,  les  divers  bau- 
mes dejbufre  font  dénommés  par  l'efpece  d'huile 
qu'on  emploie  à  leur  préparation  ;  ainfi  le  dernier  , 
dont  nous  venons  de  parler,  eil  le  baume  de  foiifre 
térêbinthinî  ;  il  y  a  un  baume  d^foiifre  anifé,  il  pour- 
roity  en  avoir  un  amande^  ou  amigdalé^  &c. 

On  trouve  encore  au  nombre  des  remèdes  ofEci- 
naux  ,  \xnJirop  defoufrc  ,  &  des  tablettes  de  foufre  ;  ce 
^rop  de  foufre  n'efl:  autre  chofe  que  le  foie  de  foufre 
préparé  avec  l'alkali  ,  délayé  dans  trois  ou  quatre 
parties  d'eau,  qu'on  môle  enfuite  avecfufEfante  quan- 
tité dejbufre ,  pour  en  faire  un  firop. 

Les  tablettes  de  foufre  fe  préparent  ainlî  :  prenez 
fleur  dejbufre  y  demi-  once  ;  fucre  blanc,  quatre  on- 
ces ;  cuiléz  votre  fucre  avec  de  l'eau  commune  (  car 
l'eau  rofe  demandée  dans  la  pharmacopée  de  Paris, 
d'après  ia  routine  commune  ,  efl  très-inutile.)  en  con- 
fiftance  d'élecluaire  folide  ;  alorsmêlez  vos  fleurs  de 
foufre  ,  faites  des  tablettes  félon  l'art. 

Tous  les  remèdes  dont  nous  venons  de  parler, 
font  deflinés  uniquement  à  l'ufage  intérieur  ,  excep- 
té les  baumes  de  foufre ,  qui  font  auiîi  recomman- 
dés pour  l'ufage  extérieur;  c'efl:prefque  uniquement 
aux  maladies  chroniques  de  la  poitrine  ,  comme  aflh- 
me ,  phthifie ,  toux  invétérées,  que  ces  remèdes  font 
deftinés  ;  mais  ils  font  fort  peu  ufités  ,  &  vraiflfem- 
blablement  ils  foM  abandonnés  avec  raifon.  Boër- 
haave ,  qui  a  traité  affez  au  long  de  la  plupart ,  dans 
fa  chimu  ,  les  condamne  prefque  fans  reftri£tion  ;  il 
dit  qu'ils  irritent ,  échauffent ,  défl^echent ,  qu'ils  nui- 
fent  aux  poumons,  à  l'efliomac,  aux  autres  vifce- 
res  ,  qu'ils  diminuent  l'appétit,  &  augmentent  la  foif 
&  les  fueurs,  6c  il  ajoute  qu'il  ne  fe  décide  point  ain- 
fi  légèrement ,  mais  qu'il  a  examiné  la  chofc  très- 
exadement ,  qua  non  temere  effundo  ,  fed  explorata  lo- 
qttor  medïtatus. 

Les  baumes  de  foufre  font  d'ailleurs  recomman- 
dés pour  l'ufage  extérieur  ,  comme  de  puiffans  refo- 
îutifs  difcuffifs,  déffechans,  contraires  à  la  gangrené, 
&  principalement  comme  fpécifique  contre  la  gale  ; 
mais  il  efl:  principalement  fous  la  forme  d'onguent 
quand  on  l'emploie  contre  cette  dernière  maladie  ; 
on  a  coutume  même  de  le  mêler  dans  ce  cas  ,  avec 
quelques  autres  médicamens.  Voici  l'onguent  pour 
la  gale ,  de  la  pharmacopée  de  Paris;  remède  dont  le 
foufre  fait  l'ingrédient  principal ,  la  vraie  bafe  du  re- 
mède. 

Prenez  fain-doux  lavé ,  fix  onces  ;  racine  de  pa- 
tience fauvage  ,  cuite  jufqu'à  confiflence  de  pulpe  , 
&  paffée  par  un  tamis  ,  &  fleur  de  foufre ,  de  chacun 
ime  once  &  demie  ;  d'onguent  populeum  battu  avec 
du  fuc  d'aulnée ,  demi  -  once  :  battez  le  tout  exaûe- 
ment  dans  un  mortier  ,  &  faites-en  un  onguent  pour 
être  employé  fur  le  champ.  Quant  à  l'emploi  de  cet 
onguent ,  voye^  Gale. 

Foie  de  foufre  :  celui  dont  il  fera  ici  feulement  quef- 
tion  ,  efl:  préparé  comme  nous  l'avons  déjà  dit ,  avec 
l'alkali  fixe  de  nitre;  cette  matière  fe  préfente  fous 
la  forme  d'une  fubftance  concrète  d'un  rouge  foncé  ; 
elle  tombe  facilement  en  déliquium  ;  elle  efl  très-fo- 
liible  dans  l'efprit-de-vin ,  quoique  les  deux  principes 
dont  elle  efl  compofée ,  ne  foient  folubles  ni  l'un  ni 
l'autre  dans  ce  menftrue.  Boèrhaave  s'exprime  peu 
exadcment ,  lorfqu'il  appelle  la  diffolution  du  foie 
àe  foufre ,  dans  l'efprit-de-vin  ,  fulphiiris  diffolutio  ia 
akohole  vint.  Le  foie  de  Jbufre  diffout  toutes  le  s  fubf- 
Tome  XF. 


SOU 


4ÔÎ 


tances  métalliques ,  &  même  l'or  ,  avec  beaucoup 
de  facilité  ,  quoique  l'alkali  fixe  du  Jbufre  pris  fépa- 
rément  >  ne  difl^olve  point  l'or.  Stahl  croit  que  c'efl: 
avec  ce  menflrue  i  que  Moife  ouvrit  &  difpofa  à  une 
prompte  pulvérifation,  le  veau  d'or,  duquel  il  efl: 
dit  dans  le  xxxiij.  c/iap.  de  V exode ,  v.  20.  que  Moife 
le  prit.  .  .  tulitvituluin  quem  fccerant ,  &  co mbu [fit  igné ^ 
contrivitque  donec  in  pulvercm  redegit ,  pofea  fpar/it  in 
fuperficiem  aquarutn^  &  potavit filios  IfraeL  Ce  chinîifte 
a  fait  un  traité  exprès  ,  fous  le  titre  de  vitulus  aureus 
igné  combufus  ,  6cc.  dans  lequel  ^  au  fujet  de  ce  fait 
rapporté  dans  l'Ecriture,  ou  plutôt  à  cette  occafion, 
il  examine  très-do6lement ,  mais  peut-être  trop  lon- 
guement ,  toutes  les  manières  connues  de  divifer  l'or. 
Le  foie  de  foufre  efl  précipité  par  tous  les  acides  ;  il  ré- 
pand pendant  cette  opération,  une  odeur  déteftable, 
&C  fçmblable  à  celle  des  œufs  pourris  :  les  chimifles 
fe  fervent  quelquefois  de  ce  figne ,  pour  reconnoî- 
tre  l'acide  vitriolique  ,  dans  quelques  fubftances  ter- 
reufes  ou  falines  ,  dans  lefquelles  ils  le  Ibupçonnent  ; 
ils  traitent  ces  fubflances  avec  le  phlogiflique  ,  de  la 
manière  que  nous  avons  rapportée  plus  haut,  en  trai- 
tant de  la  compofition  artificielle  dujbufre  ;  ils  ver- 
fent  enfuite  fur  le  mélange  ainfi  traité ,  un  peu  d'acide 
de  vinaigre;  s'ils  produifent  par -là  cette  mauvaife 
odeur  ,  ils  en  concluent  la  préfence  d'un  foie  defou- 
frc, &par  conféquent  celle  dujbufn  qui  fuppofe  né- 
ceffairement  le  concours  d'un  acide  vitriolique  ,  qui 
efl  le  principe  recherché  ;  cette  épreuve  qui  efl  ufi- 
tée,  fur^tout  dans  les  travaux  fur  les  eaux  minérales, 
n'efl  point  démonflrative. 

La  théorie  commune  ,  fur  la  manière  d'être  du 
principe  fulphureux  dans  les  eaux  minérales  foufrées, 
enfeigne  que  ce  principe  y  efl  contenu  fous  la  forme 
de  foie  de  foufre  :  cette  théorie  efl  fauffe. 

acides  du  foufre  :  l'acide  que  fournit  le  foufre  con- 
fumé  par  une  flamme  violente ,  efl  du  pur  acide  vi» 
triolique.  Foye^  Vitriolique  acide .  Le  meilleur 
appareil  que  les  chimifles  aient  trouvé  jufqu'à  pré- 
fent ,  pour  retirer  cet  acide  ,  c'efl  de  placer  fur  urt 
feu  vif  de  charbon  ,  une  petite  écuelle  pleine  de  fou- 
fre ,  qui  s'enflamme  bientôt ,  &  deflagre  vivement  , 
&:  de  tenir  fufpendue  fur  cette  écuelle  une  large  clo- 
che de  verre  ,  peu  élevée  au-defTus  du  fol  qui  porte 
le  yo«/r2  brûlant  ;  cette  cloche  perfedlionnée  par  les 
chimifles  modernes ,  porte  en-dedans ,  &  à  fa  partie 
inférieure ,  c'efl-à-dire  à  fon  ouverture  ,  une  gout- 
tière qui  s'ouvre  en-dehors  par  un  bec  ;  les  vapeurs 
du  foufre  brûlant  étant  condenfées  dans  l'intérieur 
de  cette  cloche ,  coulent  en  petits  filets  prefque  in- 
fenfibles  dans  la  gouttière  ,  s'y  ramaffent ,  &  font 
verfés  au-dehors ,  par  le  bec ,  dans  un  vaiffeau.conve- 
nable  qui  y  efl  adapté.  Cette  opération  réufïït  mieux 
lorfqu'on  la  fait  dans  un  air  humide.  Je  ne  fais  quel 
chimifte  moderne  a  imaginé  de difpofer  autourdecet 
appareil ,  un  éolipyle  ,  de  manière  qu'il  foufïlât  con- 
tinuellement dans  l'intérieur  de  la  cloche  une  vapeur 
aqueufe  ;  de  quelque  manière  qu'on  s'y  prenne  ,  du 
moins  dans  le  procédé  connu  jufqu'à  prêtent ,  on  ob- 
tient très-peu  d'acide  vitriolique  dwjbufre  ;  cet  acide 
efl  connu  dans  l'art  fous  le  nom  d^efprit  de  foufre  par 
la  cloche  ,  fpiritus  fulphiiris  per  campanam  ;  &  fous 
celui  dViuile  de  foufre  ,  fi  on  a  concentré  cet  elprit 
par  la  reûifîcation.  Ces  opérations  s'exécutent  à  pei- 
ne dans  les  laboratoires  des  chimifles  inflruits  ;  du 
moins  dans  la  vue  d'avoir  un  acide  particulier  ,  fbit 
comme  inftrument  chimique  ,  foit  comme  médica-^ 
ment  ;  &  ce  n'efl  point  afllirémcnt  une  fraude  réelle 
que  de  fubftituer  l'cfprit  de  vitriol  à  l'efprit  de  foufre, 
demandé  encore  quelquefois  dans  les  ordonnances 
des  médecins. 

L'efprit  fulphureux  volatil  efl  encore  plus  diflîclle 
à  retenir  que  l'acide  dont  nous  venons  déparier  ,  c'efl 
encore  un  préfent  que  Stahl  a  fait  à  la  chimie ,  que 

Ë  e  9 


401 


SOU 


l'acide  fvilphureux  ramaflc  en  abondance  ,  &  poffc-    * 
dé  €\\  un  volume  conlklcrable  dans  des  vaifleaux.  Il 
a  propolc  deux  moyens  pour  le  procurer  cette  ri- 
cheilc  chimique  ,  dans  une  diflertatlon  exprès  ,  inti- 
tldée  yfpirifus  vitrioli  volaiiitsin  copia  parandi  funda- 
mcniiim  ô-  experuncntum  ,  laquelle  le  trouve  aufli  dans 
ion  opulcule.  L'un  de  ces  deux  moyens  ell  de  diltil- 
1er  àdefiein  ,  du  vitriol,  dans  une  cornue  fêlée  ,  ce 
qui  produit ,  comme  on  voit ,  un  acide  lulphureux  , 
volatil  ,  artificiel,  c'eft-à-dlre  ,  fourni  par  un/o////«; 
artlhciel ,  compofé  dans  la  cornue  par  l'union  de  l'a- 
cide du  vitriol  auphloulftique  introduit  parla  féhire. 
Le  lecond  moyen  conlUlc  à  faire  brûler  paifiblcment 
Awfoufrc  fous  une  efpecc  de  cloche  de  terre  tronquée, 
&;  ouverte  par  fon  fommet ,  qui  porte  une  file  verti- 
cale d'aludels(  voyi^  les  Planches  de  chimie),  dans 
lefquelles  ell  apollé  un  aimant  de  cet  acide  :  fa- 
voir  ,  des  linges  trempés  dans  une  forte  lefTive  d'al- 
kali  fixe ,  lequel  fe  change  par  l'abforptlon  de  cet  aci- 
de ,  en  un  fel  neutre  d'une  efpece  particulière  ,  & 
dont  tous  les  acides  minéraux  chaffent  l'acide  lulphu- 
reux volatil  ;  li  on  leirive  les  linges  chargés  de  ce  fel 
neutre,  dans  fuffii'ante  quantité  d'eau,  qu'on  évapore 
cette  lelîlve  ,  ik  qu'on  dillille  par  l'intermède  de  l'a- 
cide vltriolique ,  le  fel  qu'on  en  retire ,  dans  un  alcm- 
bic  muni  d'un  récipient  convenable,  toutes  les  join- 
tures étant  exaftement  lutées  ,  on  obtient  l'acide  lul- 
phureux volatil  en  aflez  grande  quantité. 

La  nature  de  cet  acide  eft  fort  peu  connue  :  Stahl 
croit  qu'il  eft  fpécifié  par  lephlogiflique  ,  qu'il  con- 
tient en  une  aflez  foible  proportion  ,  difterentc  de 
celle  qui  conftltue,fulvant  lui,  l'acide  nltreux  ;  mais 
cette  prétention  n'eu  point  du  tout  prouvée. 

Il  eft  démontré  contre  Hoffman  &  fes  copifles  , 
que  l'acide  fulphureux  volatil  n'eil  point  l'acide  pro- 
pre ,  ÔC  encore  moins  l'efprit  élaflique  des  eaux  mi- 
nérales, dans  le  premier  mémoire  fur  les  eaux  de  Sel- 
ters.  Mcmoïrt  préf<.ntc  à  facadéin.  roy,  des  Sciences. 
vol.  IL 

L'acide  fulphureux  volatil  a  la  propriété  de  détrui- 
re 6c  de  décompofer  les  couleurs  ;  c'cft  pour  cette 
raifon  que  l'on  expofe  les  laines  &  les  foies  à  la  va- 
peur du  foufre  afin  de  les  blanchir  ;  cette  vapeur  s'at- 
tache fi  fortement  à  ceslortes  d'étoffes  ,  que  l'on  ne 
peut  plus  leur  faire  prendre  de  couleur  à-moins  de  les 
bouillir  dans  de  l'eau  de  favon  ,  ou  dans  une  dllTolu- 
tion  de  felalkall  fixe.  Mais  il  faut  prendre  garde  de 
lallier  ces  étoffes  trcp-Iong  temsexpofées  à  la  vapeur 
âufoafre  ,  parce  qu'elle  pourroit  les  endommager  6c 
les  rendre  callantes. 

Perlonne  n'ignore  que  le  foufre  eflunedes  fubflan- 
ces  qui  entrent  dans  la  compofition  de  la  poudre  à 
canon  &  des  feux  d'artifice,  f^oye^  Poudre. 

L'acide  fulphureux  volatil  a  la  propriété  d'arrêter  la 
fermentation  ;  c'efl;  pour  cette  raifon  que  Von  foujre 
les  tonneaux  dans  lefquels  on  veut  mettre  certains 
vins  ,  cela  les  empêche  de  fermenter  &c  de  tourner  à 
la  grailTc. 

On  a  déjà  fait  remarquer  que  \e  foufre  fe  trouvolt 
dans  prelque  toutes  les  mines  des  métaux  dans  des 
proportions  différentes  ;  alors  il  leur  fait  changer  de 
forme  6c  de  couleur  ,  il  noircit  tous  les  métaux  ,  6c 
les  rend  aigres  ik  cafians,  excepté  l'argent  qu'il  rend 
fiduâiie,  qu'on  peut  le  plier  &  le  tailler  avec  un 
couteau  :  c'efl  ce  qu'on  peut  voir  dans  la  mine  d'ar- 
gent nltrcufe  ,  qui  n'ell  que  de  l'argent  combiné  avec 
le  foufre  ;  on  peut  imiter  cette  mine  par  l'art.  Le  fou- 
fre n'agit  point  fur  l'orni  furlezincquandlls  fontblen 
purs  ;  mais  il  agit  très-fortement  fur  le  fer,  le  cuivre, 
le  plomb  ,  l'étain.  C'ell  par  ces  jjropriétés  que  \efou- 
frf  joue  un  très-grand  rôle  dans  les  travaux  de  la  mé- 
tallurgie ;  on  cherche  à  le  dégager  par  le  grillage  ;  & 
■dans  cotte  opération  ,  lorfque  Ion  acide  efl  mis  en 
adion  par  le  feu ,  il  icrt  à  détruire  les  métaux  qui 


SOU 

nuiroient  \  ceux  que  l'on  veut  obtenir  ,  parce  qu'il 
y  en  a  auxquels  il  s'unit  préférablement  à  d'autres; 
c'eft  alnli  que  dans  le  grillage  de  la  mine  de  cuivre  il 
fert  i\  détruire  le  fer  qui  accompigne  fouvcnt  cette 
mine.  Dans  le  traitement  de  la  mine  de  plomb  le 
foufre  fert  aulîi  à  difl'oudre  les  autres  fubftances  miné- 
rales qui  y  font  jointes  ,  6c  facilite  la  formation  de 
la  matte. 

Les  anciens  chlmiftes  &  les  naturaliftes  ont  donné 
très-improprement  le  nom  ^e.  foufre  A  plufieurs  fubf- 
tances  qui  ne  font  rien  moins  que  le  foufre  minhal 
dont  nous  parlons.  Ils  ont  donné  ce  nom  \  toutes  les 
fubftances  huileufes  6c  grafles  des  trois  règnes  de  la 
nature ,  aux  bitumes  ,  6l  à  toutes  les  matières  pro- 
pres ;\  s'enflamtner. 

Les  alchimllles  ont  défigné  le  phlogiflique  fous  le 
nom  de  foufre  des  métaux;  ils  en  dlllinguent  deux  ef- 
peces ,  l'une  qu'ils  appellent  /«///'-£  volatil.,  6c  l'autre 
foufre  fixe.  Cette  dlllindlion  étoit  fondée  fur  ce  que 
certains  métaux  perdent  très-aifémcnt  leur  phlogilli- 
que,  comme  le  fer  &:  le  cuivre  ,  &  font  calcines  & 
réduits  en  chaux  ,  tandis  que  d'autres  ne  le  perdent 
que  très-dlflicilement,  comme  l'or  6c  l'argent.  D'au- 
tres ^-AV  foufre  volatil  ont  voulu  défigner  leyô«/re  qui 
fe  dégage  des  mines  par  une  calcination  légère  ;  & 
par  foufre  fixe  ils  ont  entendu  le  phlogiflique  des 
métaux.  Il  eft  allé  de  lentir  combien  cette  dénomi- 
nation eft  impropre  ,  vu  que  le  phlogiflique  eft  un 
principe  élémentaire  des  métaux  ,  qui ,  comme  Bec- 
cher  l'a  fait  voir  le  preiuler,  les  met  dans  l'état  métal- 
lique ;  au-lleu  que  le  vrà\  foufre  efl  un  corps  grolfier, 
fort  éloigné  de  la  fimpliciîé  d'un  principe.  Cette  er- 
reur des  anciens  chimlfles  a  été  mlfe  dans  tout  fon 
jour ,  &  refutée  par  le  célèbre  Stahl.  Ce  reftaurateur 
de  la  faine  Chimie  a  fait  voir  ,  dans  fon  traité  du  fou- 
fre  6c  dans  fes  autres  ouvrages ,  q\i'il  falloit  bannir 
ces  façons  de  parler  impropres  &obfcures. 

Nous  ne  pouvons  pafler  ici  fous  filence  une  erreur 
qui  a  été  quelquefois  accréditée  par  des  perlonnes 
très-habiles  d'ailleurs  ;  il  s'agit  des  prétendues/?/«/« 
de  foufre  ,  que  l'on  nous  dit  être  tombées  en  de  cer- 
tains cantons  ,  où  l'on  nous  aflîire  avoir  vu  la  terre 
couverte  d'une  poudre  jaune.  M.  Henckel&  d'autres 
favans  ont  apprécié  ce  phénomène  à  fa  jufte  valeur  , 
en  difant  que  cette  poudre  n'eft  autre  chofe  que  la 
poufliere  des  étamines  de  quelques  plantes  ,  ou  que 
celle  qui  le  trouve  dans  les  pommes  des  pins ,  que  le 
vent  a  répandue  dans  l'air  &  que  la  pluie  a  enfulte 
rabattue.  Plufieursperfonnes  ,  fondées  apparemment 
fur  ces  prétendues  pluies  de  foufre  ,  ont  auiTi  imaginé 
qu'il  y  avoit  un  vrai  foufre  répandu  dans  l'air,  &  que 
c'étolt  lui  qui  produifoit  les  éclairs  &  le  tonnerre;  à 
en  croire  la  plupart  des  phyflciens  non  chimlfles, 
peu  s'en  faut  que  notre  atmofphere  ne  folt  un  arfenal 
dans  lequel  on  trouve  des  magafins  de  poudre-à  ca- 
non toute  formée.  En  effet ,  ils  voient  dans  l'air  du 
nitre  tout  formé  ,  ils  y  voient  du  foufre  ,  il  ne  leur 
manquera  plus  quedu  charbon  pouravoirtout  ce  qu'il 
faut  pour  leur  artillerie  fyflématique.  S'ils  emprun- 
toienr  les  lumières  de  la  chimie  qui  feule  peut  guider 
dans  les  connoiffances naturelles, ils s'épargneroient 
un  grand  nombre  de  conjeftures  bazardées  qui  n'ont 
d'autre  fondement  que  des  chimères  que  l'expérience 
détruit.  (— ) 

SOUFRIERE  ,  f.  f.  (Hi/Î.  nat.  Minéralogie.)  c'eft 
ainfi  qu'on  nomme ,  dans  l'île  de  la  Guadeloupe,  une 
montagne  fort  élevée  ,  qui  a  la  forme  d'un  cône 
tronqué,  &  qui  s'élève  au-deffus  de  toutes  les  autres 
montagnes  de  cette  île.  Elle  eft  à  environ  trois  lieues 
des  côtes  de  la  mer,  &  occupe  le  mlheu  de  la  partie 
méridionale  de  l'île.  Cette  montagne  a  été  autrefois 
un  volcan;  &  fuivant  ladcfcriptlon  qui  en  a  été  don- 
née par  dlfférens  voyageurs,  &  en  dernier  Heu  par 
M.  Peyffonel  médecin  ,  il  n'y  a  pas  lieu  de  douter 


s  ou 

qu'elle  ne  foit  cntore  embrai'ée  dans  fbn  iAtcrleur.  Le 
nom  d^  fotcfriirî  hn  vieiit  de  la  grande  quantité  d^ 
(buii-e  que  l'on  y  trouve  ;  il  le  lublim-j  natureUement 
p;îr  la  chaieur  louterreine,  &  le  trouve  en  li  grande 
aboiîJance,  que  cet  endroit  paroîtincpuifabie. 

Le  chemin  qui  conduit  au  Ibmmet  de  cette  mon- 
tagne c'ictrès-diiricile  ;on  rencontre  par-tout  des  dé- 
bris do  volcans  ,  comme  des  pierres  calcinées  ,  de  la 
îierre-poncc,des  fources  d'eaux  chaudes  ,  de  i'alun, 
6-c.  Le  terrein  rciremble  i\  du  colcoîhar ,  ou  au  rélidu 
de  la  diirilkition  du  vitriol,  étant  rouge  comme  de 
i'ochre.  Lorlqu'on  cft  parvenu  à  une  certaine  hau- 
teur on  trouve  un  eipace  qui  peut  avoir  environ  2.5 
loifcs  de  diamètre  ;  l'on  n'y  voit  que  du  {"oiifre  ,  dçs 
:endres  &  des  terres  calcinées  ;  le  terrein  de  cet  en- 
droit cil  rempli  de  fentes  profondes  ,  d'où  il  fort  de  la 
fimiée  ;  l'on  entend  qu'il  le  fait  un  bouillonnement 
îu  def  eus  ,  &i  il  en  fort  du  fourre  qui  ic  lublinie  & 
j'attache  aux  narois  de  ces  fentes  &  des  cavités  ani 
i'yfontformées.On  éprouve  en  cet  endroit  une  odeur 
:1e  foufre  qui  ôte  la  rcfpiration  ,  ■&  Ton  \'0!t  l'acide 
"ulfiireux  que  la  ci^aleur  dégage  fe  condcnferengout- 
:cs  ,  &  ruiUeler  comme  de  Teau  claire.  Le  terrein  efi  ' 
peu  folide  ,  &  l'on  peut  y  enfoncer  des»  bâtons  avec 
■"acilité  ;  &  fi  l'on  ne  marchoit  avec  précaution  ,  on 
:ourroit  rilque  de  s'y  abyfmer.  Cet  endrou  paroît 
Dtre  le  foupirail  par  où  les  éruptions  de  ce  volcan  fe 
ont  faites  autrefois.  On  dit  que  dans  un  tremblement 
le  terre ,  cette  montagne  fefcndit  en  deuv,  6c  vomit 
.m  grand  nombre  de  matières  embrafécs,  &  que  de- 
puis ce  tems  on  n'a  plus  éprouvé  de  tremblement  de 
:crre  dans  l'île. Cette  fente  a  plus  de  mille  [>ics  de  pro- 
fondeur,^ fie  plus  dczopiés  de  largeur.Du  coté  du  nord 
ic  cette  fente,  dans  la  plaine,  ell  un  petit  étang  dont 
.es eaux  font  fortement  imprt'gnées  d'alun.  On  trou- 
ve av.fîi  près  de  cette  fente  ime  grotte  très-étendue, 
k  qui  nréfente  des  phénomènes  trcs-di^.ncs  d'être  re- 
r.arqucs.  A  l'entrée  de  cette  caverne  on  éprouve 
une  thaicur  modérée;  en  montant  plus  h;;ut  par  def- 
fus  des  débris  de  pierres,  on  entre  dans  une  leconde 
ïroîte  où  l'on  fcnt  eue  la  chaleur  augmente  ,  &  en 
îiontant  encore  plus  haut  on  parvient  à  un  endroit 
Cîv.i  forine  une  troilicm.e  grotte  ;  la  chaleur  y  eli  fi 
ccnfidérable  ,  que  ,  fuivant  le  rapport  de  M.  Peyi- 
loncl,  l'on  peut  à-p»ine  y  refpircr-,  les  fiambeaux 
ont  beaucoup  de  peine  à  brûler  ,  &  l'on  cfc  bien-tôt 
rrenvoc  de  fueur.  Au  côté  gauche  de  cet  endroit  la 
groite  fcmbie  coniinue;;  ;  M.-Peyfionel  voulant  al- 
ler plus  avant  vers  ce  côté  ,  f>,.î  très  •  furpris  d'y 
tiOUN'ci-  de  la  fraîcheur  ,  de  voir  que  les  flambeaux  y 
bruicient  très-bien  ;  en  defccndant  encore  plus  ,  il 
trouva  qu'il  y  faifoit  un  froid  exceiuf;  revenu  de  cet 
endroit ,  il  repalfa  par  la  partie  chaude  de  la  grotte  où 
il  avoit  été  auparavant ,  tk  y  éprouva  la  même  difii- 
culté  de  refpirer  &c  la  même  chaleur  que  la  première 
fois.  • 

On  trotive  différentes  efpeces.  de  foufre  dans  !a 
fnijfricre  de  la  Guadeloupi?,ily  en  a  qui  reffemble  par- 
faitement à  des  fleurs  de  ibutre  ;  d'autre  ie  trouve  en  ' 
mailt'S  compactes,  &  eft  d'un  beau  jaune  d'or  ;*cntin 
l'on  en  rencontre  des  morceaux  qui  iont  d'un  jaune 
trnnf  parent  con.:m'ie  du  fuccin,au  point  cv'y  être  trom- 
pé, f'oyq  .'es  tr'anjacîions  philojopluques ,  tom.  XLIX, 
voyez  CaytïcU  Solfatara.  (— ) 

SOUFROIR,  f  m.  (  ouvra^idc  Pothr.  )  c'eft  une 
petite  étuvebicn  plafonnée  en  ciment  ^bien  clofe  , 
pour  y  blanchir  la  laine  ou  la  foie  par  la  vapeur  du 
îbiifreallv.mé  dans  une  terrine.  (/>./.)  , 

SOUï-Y  ,  Sectf.  des  ,  (  Rdtgion  perjanc.  )  fefle 
ancienne  chez  les  Frrians.  On  en  fixe  l'origine  vers 
l'an  200  de  l'églfe.  Sheic-Abmilaid  ,  philosophe  auf- 
tere ,  en  fut  le  fondateur  ;  c'eft  ime  fede  toute  my  f- 
tiquv" ,  &  qui  ne  parle  que  de  révélations  ,  d'unions 
ipiiituellesavec  Dieu,  &  d'entier  dctathc;nent des 


SOU 


A0% 


chofes  de  la  terre.  Ils  entendent  fpiriîuellem.ent  fout 
l'atcoran ,  6i  fpiriîualifent  tous  les  préceptes  qui  re- 
gardent l'extérieur  de  la  religion  ,  excepté  pour  les 
jeûnes  qu'ils  font  avec  la  plus  grande  auflérité.  Leur 
foi&  leur  dodrine  ont  été  recueillies  dans  un  livre 
qu'ils  ont  en  vénération  ,  &  qu'ils  nomment  galchm- 
dras  ,  c'eft-à-dire  /e  pMÊÊàrc  des  myferes.  Il  elVvraif- 
fembl.ible  que  leur  th^logie  myitique  a  pafTé  d'o- 
rient en  occidentpar  la  voie  de  l'Afrique  ,  6c  qu'elle 
s'ell  ainfi  communiquée  d'abord  à  l'Eipagne ,  ensuite 
par  l'Eipagne  en  Italie, en  France  &  --illeurs.  {D.  /.) 

SOUMAil,  DESIR  ,  f.  m.  {Synonym.  )  l'un  &C 
l'autre  défigiientune  inquiétude  qu'on  éurouve  pour 
une  chofeabfenfe,  éloignée  ,  à  laquelle  on  attache 
uneidcedeplairn-.Les7o^/i4i//i  fe  nourriifent  d'imagi- 
nation ;  ils  doivent  être  bornés.  Les  dcflrs  viennent 
des  pafilons  ;  ils  doivent  être  modérés.  On- fe  repaît 
dcj'ou/uiirs.j  on  s'abandonne  à  fes  dcjtrs.  Les  paref- 
leux  s'occupent  à  faire  dQsf<'u'i.jiti  chimériaues  ;  les 
courtifans  le  tourmentent  par  des  dejÇrs  ambirieux. 
Lei/?'.7/irt//5  me  femblent  plus  vagues  ,  &  les  dcfirs 
plus  ardens.  Quelqu'im  difoit  qu'il  connoifToit  plus 
les  Jhu/iuiis  que  les  dcjirs  ,  diftindtion  délicate, parce 
que  les  fuohcits  doivent  être  l'ouvrage  de  la  raifon  , 
&  q\;e  {(tidzjirs  font  prefque  toujours  une  inquiétude 
aveugle  qui  riaît  du  tempérament. 

M.  de  Saci  a  dit ,  mes  deûvs  foapiren;  vers,,  vous  ; 
c'ef:  mal  parler  :  les  défis  ne  foapirent  point ,  ce  font 
eux  qui  font  Ibupircr.  (^D.  J.^ 

SOUi ,  OH  SOI ,  f  m.'  (Citijin.)  c'eft  une  cfpece  de 
fnuce  que  les  Japonnois  préparent  ,  &  qui  eft  très.- 
recherchée  par  les  peuples  de  l'Afie  ,  &  par  les  Hol- 
landois  qui  en  apportent  de  ce  pays;,c'erc  une  elpece 
d'extrait  ou  de  lue  qui  fe  tire  de  toute  forte  de  vian- 
des ,  &  fur^out  des  perdrix  &  du -jambon.  On  y 
joint  du  fuc  de  champignons  ,  beaucoup  tle  fcl ,  de 
poivre  ,  ce  ging-mbre  ,  &  d'autres  épiceries  q«i  lui 
donnent  un  goût  très-fort ,  &  qui  contribuant  à  em- 
pêcher que  cette  liqueur  ne  fe  corrompe.  Elle  fe  c;ar* 
de  pendant  im  grand  nombre  d'années  dans  des  bou- 
teilles bien  bouchées  ,  &  une  petite  quantité  de  cette 
liqu.eur  mêlée  avec  les  fucs  ordinaires  ,  les  relevé  , 
&:  leur  donne  un  goûttrès-agr-éabîe.  Les  Chinois  font 
aufïï  àiifouï^  mais'on  regarde  celui  du  Japon  comme 
fupérieur  ;  ce-  qui  vient,dit-on,  de  ce  que  les  viandes 
font  beancoup  plus  fucculentes  au  Japon  qu'à  la 
Chine. 

SOUILLAC  on  SOULIAC  ,  (  Géog.  moJ.  )  petite 
ville  de  France  dans  le  Quercy ,  à  3  lieues  de  Sarlat, 
fur  la  Borele  ,  près  de  la  Dordogne  ,  avec  une  ab- 
baye d'hommes  de  l'ordre  de  faint  Benoit,  Toutes  les 
maifons  de  cette  place  ne  font  que  de  bois,  &  le  bas 
de  la  ville  ne  fert  que  d'écuries  ou  d'étables.  Long^ 
iS.  éy.  Uth.  4.6.  4.  (D.  /.) 

SOUILLARD  ,  f.  m.  {C'urpcm.)  pièce  de  bois  af- 
femblée  fur  des  pieux  ,  Hz  que  l'on  pofe  au-devant 
des  glacis  ,  qui  font  entre  les  piles  des  ponts  de'pier- 
re.  On  eu  met  auiTi  aux  ponts  de  bois.  On  appelle 
encore  fouL'Lird  un  petit  chatTis  ,  que  plufieurs  font 
fceller  dans  les  écuries  pour  ccntretenir  les  piliers. 

(z;. /.) 

SOUILLii,  f  f .  (('7/?m'i.)  heux  bourbeux  où  fe 
vcaiure  le  fnnglier.  Lq  fouil  ei\  fouvent  une  marque 
qui  fait  reconnoitre  la  taille.  FouiUoux. 

SOUILLER  ,  TACHER  ,  (  Grumm.  Synnn.)  ces 
deux  mots  défi?.nent  la  même  choie,  &•  form.ent  un 
niên-.e  lens  ;  mais  tac/urne  s'emploie  qu'au  propre  , 
tcjouilier  ne  fe  dit  guère  qu'au  ligure  ;  ainfi  l'on  dit 
tacher  {qs  hardcs  ,  fouiller  (à  confcicnce  ,  fe  tacher  de 
graille  ,  icjoiulUr  de  crimes.  Souiller  cil  très-beau  en 
poélie. 

Lorfûuc  le  déshonneur  fouille  fohiifjfîince , 
Les  rois  doivent  douter  de  Uw  toutc-pitijjanct  : 
Qui  la  k,i{<ude  alçrs ,  n  en  fut  pas  hien  ufr  , 

E  c  c  ^ 


404 


SOU 


sou 


Et  qui  veut  tout  pouvoir  ,  ne  doit  pas  tout  ofer. 

Corneille  ,  dans  D.  Samhi  d'Anigon. 
{D.  J.) 

SOUILLURE , (.t.  {Gutm.  Ciitlq.ficrîc.)  Impuret6 
eMciicurc:  lelon  la  loi  de  Moilc  ,  on  cuntradoit  plu- 
Ceurs  fortes  i\c Joui/lurcs  légats»  les  unes  étoient  vo- 
lont.;iros, comme  rattouchei*nt  d'un  homme  raort; 
d'une  tcmme  qu'on  lavoit  avoir  le  cours  de  les  règles; 
d'un  animal  impur,  ôi  autres  choies  l'ouillées  ;  d'au- 
tres .yott/7/«r«  étoient  involontaires,  comme  d'être 
attaqué  de  quelque  maladie  ,  telle  que  la  lèpre,  de 
fe  trouver  lans  y  penfcr  dans  la  chambre  d'un  hom- 
me qui  tomboit  mort ,  ou  de  toucher  par  mégarde 
quelque  chofe  d'impur.  Ces  diverfes  impuretés  cx- 
cluojcin  des  choies  faintcs  ,  &  de  tout  ade  de  reli- 
gion ,  celui  qui  en  étoit  Touillé,  ju (qu'A  ce  qu'il  lé  (ùt 
purifié  ,  ou  qu'il  fût  guéri  ;  mais  les  choies  Touillées 
de  leur  nature,  comme  les  charognes  ,  ou  déclarées 
telles  par  Tinllitution  de  la  Ici ,  comme  certains  ani- 
mavix  ,  ne  pouvoient  jamais  devenir  pures;  les  mai- 
fons,  les  habits,  les  uftencilcs  de  ménage,  Te  puri- 
fioient  par  des  lavages  ,  des  lelîives  ,  le  ioufre  ou  le 
feu,  après  quoi  l'on  pouvoit  s'en  Tcrvir.  Fojci  Pu- 
RIIICATION.  {D.  J.) 

Souillure  ,  terme  de  Teinturier;  ce  mot  s'emploie 
dans  les  teintures  qui  Te  font  par  des  mélanges  lorf- 
qu'on  mcle  enTemhle  différentes  eTpeces, 

SOUIRFA ,  T.  f.  {HijL  nat.  Bot.)  plante  de  l'ile  de 
Madaaafcar',  dont  Li  feuille  efl:  déchiquetée  ;  elle  ell 
(l'un  goût  aigrelet,  &  pafle  pour  un  remède  excel- 
lent contre  la  fièvre,  lorlqu'on  l'apphque  fur  la  région 
du  foie  &  du  cœur. 

SOULAGER  ,  v.  aft.  {Gram^  diminuer  fa  peine, 
fon  travail ,  ou  fa  fatigue  ,  foit  en  la  partageant ,  foit 
en  l'adoucifTant.  On  dit,  cet  homme  fuecombe  fous 
le  poids  dont  il  efl  trop  chargé  ;  il  faut  lejbulager. 
On  foulage  un  vaifTeau  ,  un  plancher , un  malade  ,  les 
affligés.  La  douleur  fe  yô/v/'Jg'e  par  la  plainte. 

SOULE,  PAYS  DE  ,  (Géog.  mod.)  pays  de  France, 
au  gouvernement  militaire  de  Guyenne  &  de  Gal- 
cogne  ,  dans  les  Pyrénées,  &C  enclavé  entre  le  Béarn 
&  la  baffe  Navarre.  Le  pays  de  Souk  efl  habi:é  par 
les  Bafques ,  &  les  Pyrénées  le  féparent  du  val  de 
Roncal  en  Navarre. 

Pline  fait  mention  de  certains  peuples  vers  les  Py- 
rénées ,  qu'il  nomme  Sibillates  :  il  efl  fort  probable 
que  ces  Sibillates  font  ceux  de  SoiiU ,  parce  que  nous 
voyons  dans  Frédegaire,  que  le  véritable  nom  de  ce 
pays  étcit  Subola  ;  corrompu  depuis  en  Sola  ;  il  étoit 
des  anciennes  dépendances  des  Tarbellicns  ,  &  il  a 
tou;ciu-s  été  au  diocéfé  d'Acqs  ,  capitale  des  Tar- 
belliens  ,  juiqu'au  milieu  duxj.  ficcle,  que  l'cveque 
d'Oleron  s'empai'a  de  la  jurifdidlion  fpirituelle. 

Après  la  prife  du  roi  Jean,  &.  le  traité  de  Brétigny, 
les  Anglois  fè  rendirent  maîtres  de  Souie  ;  enfuite 
fous  Charles  Vil.  après  la  prife  d'Acqs  ,  &  des  autres 
villes  de  Gafcogne ,  la  Soûle  ,  avec  fa  capitale  Mau- 
léon,fé  rendit  aux  François.  On  lui  a  con.fervé  de 
grands  privilèges  ;  c'ell  un  pays  d'état ,  pauvre  à  la 
vérité ,  mais  tous  ceux  qui  y  ont  des  fiefs  ,  ont  droit 
d'afTiTler  à  la  tenue  des  états.  La  Soûle  eft  fituée  le 
long  du  Gave-Suzon ,  &  comprend  environ  60  pa- 
roifies.  (D.J.) 

SouLE ,  /'ï ,  (  Géog.  mod.  )  en  latin  du  moyen  âge 
Subola  ,  Sulla ,  So/a  ;  petite  rivière  de  France  ,  dans 
la  Normandie  ,  au  diocete  de  Coutances.  Elle  naît 
auprès  de  Montabor  ,  &  après  un  cours  d'environ 
fept  lieues ,  elle  le  joint  à  la  Sienne,  au  pont  de  la  Ro- 
que. 

SOULEVER  ,/e  SOULEVER  ,  (  Langue  françoife.  ) 

ce  .verbe  fe  dit  rarement  au  propre  ,  excepté  des  fli- 

jcts  vis-ù-vis  de  leur  prince;  le  peuple  \ç  foulera  ; 

-toutes  les  pro\ït\cei> Je Jontjouleyéesytn  parlant  d'une 


<Çmôtîon  "populaire  générale.  Les  Guifos  nrciMfouU' 
ver  pluTicurs  villes  contre  Henri  UI.  mais  on  ne  di- 
roit  pas  que  la  grande-Bretagne  5'^yô///évee  contre  la 
France  en  lui  déclarant  la  guerre. 

Ce  i)afrage  ,  confurgcr  gens  in  gentcm  ,  rcgnum  înre' 
gnum  ,  elt  donc  mal  traduit ,  par  ;  «  on  verra  (ç^feu- 
M  lever  peuple  contre  peuple ,  royaume  contre  royau- 
»  me  ». 

Soulever  fe  dit  encore  au  figuré  de  tout  ce  qui  ré- 
volte l'humanité,  ou  qui  caufe  du  fcnndale  &:de  l'in- 
dignation fans  qu'il  s'agide  de  fouverains  ni  de  fujets^ 
par  exemple  ;  l'apologifle  moderne  du  maffacre  de 
Saint  Barthélemi  a  Joulcvé  tout  le  munde  contre  lui. 
{I?.  J.) 

SOU  LIE  ,  f.  f  {Marine.)  c'efl  le  lieu  où  le  vaifTeau 
a  pofé  ,  lorfque  la  mer  étoit  baffe  ,  &  qu'il  a  touché 
fur  de  la  valé. 

SO\JL[EK,(.m.(Chau[fure,)  chnufTure  de  cuir, 
ou  de  quelque  étoifc  qui  couvre  le  pié  depuis  ce  qu'- 
on appelle  la  cheville.  Le  foulier  efl  compofé  d'ime 
ou  de  plufieurs  femelles  ;  d'un  talon  de  cuir  ou  de 
bois  ,  de  l'empeigne  ,  des  quartiers,  &  des  oreilles. 

Soulier  des  anciens  ,  (  Littérat.)  il  paroît  qu'en 
général  chez  les  ancierts,  la  matière  la  plus  ordinaire 
des  foulicrs  étoit  le  cuir  apprêté.  Martial  fe  moquoit 
d'un  homme  qui  portoit  une  calotte  de  maroquin  af- 
fez  profonde.  Celui-là  ,  difoit-il,  vous  a  plaifamment 
raillé ,  qui  a  parlé  de  votre  calotte  comme  de  lachauf- 
f  ure  de  votre  tête. 

Ha-Jind  tibi  pelle  cnntegenti 
Nuda  tempora  verticemque  calvce , 
FefUve  tibi ,  Phctbe  ,  dixit  ille  , 
Qjii  dixit  caput  ejfe  calceatum. 

On  fe  fervitaufTi  «l'écorces  d'arbres,  ou  du  moini 
de  leurs  membranes  ,  comme  par  exemple  de  celles 
de  la  plante  appellée  papyrus  :  calceos  prœterea  ex pa- 
pyro  textili  fubligavit. 

Les  bergères  efpagnoles ,  au  rapport  de  Pline  « 
fourniffent  la  mode  àtfouliers  de  jonc  &  de  genêt. 
On  mit  en  œuvre  pour  les  couvrir  la  laine  ,  le  lin ,  la 
foie  ,  &  l'or.  Si  nous  en  croyons  quelques  auteurs, 
non-feulement  les  fouiiers  fe  trouvèrent  chargés  de 
feuilles  d'or  ,  mais  il  y  en  avoit  même  dont  les  fe- 
melles étoient  d'or  maflif  :  efpece  de  iuie  qui  paroît 
prefque  incroyable  ;  fecculurn  auratum  ,  imh  au- 
rtum. 

Plante  dans  fa  comédie  des  Bacchides  ,  fait  dire  à 
un  valet  à  qui  fon  maître  demande  fi  un  certain  Théo- 
time  efl  riche  :  voiis  me  demandez  fi  un  homme  eft 
riche ,  lorfqu'il  porte  des  femelles  d'or  à  (es  fouiiers: 
etiatn  rogas  quifoccis  habeat  auro fiippa'èlum foLuni. 

Le  luxe  n'en  deriieura  point  là  ;  la  vanité  de  la 
parure  àes  fouiiers  alla  fi  loin  ,  que  non-feulement  le 
defius  du  foulier  «toit  garni'  de  pierreries  ,  mais  tout 
\e  foulier  même  ,  ainfi  qu'on  le  voit  clairement  parce 
paiTage  :  gemmas  non  tantum  crepidarum  objhagulis  , 
fed  &  totis  focculis  addunt. 

A  l'égard  de  la  forme  des  fouiiers  ^  elle  a  été  diffé- 
rente fuivant  le  génie  &  les  mœurs  des  nations.  Nous 
ne  trouvons  rien  dans  TEcriture-fainte  qui  puifTe  nous 
donner  une  notion  de  celle  des  IbuUers  des  Hébreux, 
6c  les  rabbins  expliquent  fi  différemment  les  termes 
qui  concernent  les  fouiiers  des  juifs,  que  l'on  ne  fait 
véritablement  ù  quoi  s'en  tenir. 

Le  foulier  romain  quant  à  la  hauteur ,  ne  fe  termi- 
noit  pas  comme  le  nôtre  ;  il  s'élevoit  jufqu'à  mi-jam- 
be ,  en  prenant  jufle  toutes  les  parties.  Il  étoit  ou- 
vert par-devant  depuis  le  cou-de-pié  ,  &  fe  fermoit 
avec  une  efpece  de  ruban  ou  de  lacet.  Pour  être  bien 
chauffé ,  il  falloit  que  \e  foulier  fût  extrêmement  ferré, 
tenfutn  calceum.  Un  foin  particulier  des  gens  du  fie- 
cle  ,  dit  S.  Jérôme  ,  ell  d'avoir  un  foulier  propre  ÔC 


sou 

icn  tendu  :  fî p<:^  in  laxdpdlc  non  naut.  On  fait  qxie 
aul  Emile  aynnt  répudié  l'a  femme,  qui  étoit  en  con- 
dération  pour  fa  vertu ,  &  par- là  s' étant  expofé  aux 
.M-»roches  de  fes  amis,  fe  contenta  de  leur  répondre 
1  leur  montrant  le  pié  :  vous  voyez  ,  dit-il ,  ce/c//- 
<rr,  il  eft  bien  fait  &  me  chaufle  jufte,  vous  ne  favez 
oint  oà  il  me  blcfle. 

Si  ce  n'étoit  pas  une  preuve  fenfible  de  l'irrégu la- 
ie de  la  conduite  de  fa  femme ,  c'étoit  au-moins 
ne  marque  certaine  que  tout  le  pié  étoit  couvert  du 
HiliiT,  La  forme ,  au  volume  près  ,  en  étoit  égale 
our  les  femmes  comme  pour  les  hommes.  Que  votre 
•é  ,  dit  Ovide  ,  à  une  femme  qu'il  aime ,  ne  nage 
oint  dans  wn  foidier  trop  large. 

Ni  vagus  in  Iqxâ  pcs  tibi  pelle  natet. 

La  pointe  du  foidier  étoit  recourbée  ;  c'efl:  de-là 
ue  Cicéron  ,  d^tns  fon  traité  de  la  nature  des  dieux, 
pris  l'idée  de  la  chaufTure  de  Junon  :  ealccoUs  re- 


andis. 


Ily  avoit  ime  forte  defouliers  ap'peWés  perone.f  que 
;s  fimples  magifti-ats  pouvoient porter,  &  dont  ilefl 
arlé  dans  Felius.  Juvcnal  nous  en  a  donné  la  def- 
ription  dans  fa  quatorzième  fatyre.  C'étoient  de 
ros/ouliers  faits  exprès  pour  i-éfiller  aux  boues  ,  aux 
eigcs,  &  dont  les  payians  fe  fervoient  en  travail- 
mt  à  la  terre.  Ce  font ,  fans  doute ,  les  mêmes  dont 
Jlpien  entend  parler  dans  la  loi.  j.  §■  ff-  de  offic. 
rixf.  virgil.  caUeatum  ,  dit-il  ,  dchae  prœfecîum  vigi- 
im  cocrrare.  Les  gardes  prépofés  à  veiller  pendant  la 
uit  aux  incendies, avoicnt  befoin  de  pareils/ô^/i^/'^, 
our  réfifler  aux  pluies,  aux  neiges,  &  autres  injures 
u  tems. 

Avant  de  parler  de  la  couleur  &  des  ornemens  que 
;s  anciens  metroient  à  \ç\\xs  fouUers ,  il  eflà-propcs 
e  faire  meiition  d'une  autre  forte  àe/ouliùrs  qui  étoit 
n  ufage  chez  eux,  &  que  les  Romains  appelloient 
'■yleie ,  &  qui  revient  affez  à  notre  fandale.  Elle  con- 
iftoit  dans  une  fimple  pièce  de  bois  ou  de  cuir  que 
on  plaçoit  fous  le  pié  ,  &  que  l'on  attachoit  par  des 
andelettes  de  toile  ou  d'étoffe ,  pafiées  &  repaffées 


nr  le  pié,  &  entre  les  doigts  du  pié  ,  &  autpir  de 
î  jambe  :  il  nous  en  reite  plufieurs  exemples  dfcs  les 
nciens  monumens  de  peinture  &  de  fculpture,  que 
es  curieux  ont  confervés.  C'efl  par  rapport  à  ces 
lens  que  Virgile  &  Ovide  ont  appelle  les  fandales 
incula.  Ce  dernier  a  dit  dans  fes  métamorphofes. 

Vincla  duo  pedibus  dtniunt. 

'x  Virgile  ,  dans  le  huitième. livre  de  l'Enéide. 

Et  tyrrena  pedum  circumdat  vlncula  plands. 

Dn  appelloit  encore  cette  chauffure  crepida  &  crepî- 
iula ,  à  caufe  du  bruit  que  l'on  faifoit  en  marchant. 

Cette  fandale  étoit  plus  particulièrement  la  chauf- 
iire  des  femmes.  Cicéron  reprochant  à  Verres  fa  mol- 
effe  &  fes  manières  eft'éminées,  l'accufe  d'avoir  paru 
m  public  ,  en  qualité  de  prit  cm  ^  avec  des  fandales' 
iri  manteau  de  pourpre  ,  &  une  tunique  defcendant 
ufquaux  talons  :  Jledt  fokatus pra'tor  popidi  romani  ^ 
■.uni  palUo  purpureo  ^  tunicaque  talari.  Ce  n'eflpas  que 
es  hommes  ne  fe  ferviifent  quclquctois  de  la  fan- 
iale  ,  particulièrement  lorfqu'ils  alloient  ù  quelque 
^eftin.  Quant  -aux/ouliers  dont  les  foldats  fe  fervoient 
à  la  guerre,  on  les  appelloit  caliga  militum.  Comme 
cette  chauffure  leur  étoit  particulière ,  on  les  nom- 
moit  fouvent  catigati^nu  lieu  de  mditcs;  ainfi  Seneque, 
Je  benef.  cap,  xvj.  en  parlant  de  Marins ,  dit  :  ^  ca/igi- 
ne  ad  confidatum  pervenit. 

U  y  avoit  encore  deux  autres  chaulTures  en  ufa- 
ge  ,  mais  dont  on  ne  fe  fervoit  que  fur  le  théâtre  ; 
c'étoient  le  brodequin  &C  le  cothurne,  f^oje^  chactui  de 
ces  mots  ù  leur  article. 

Quelques-.uft»  croient  c^ue  ics/ouliers  des  homunes 


SOU  405 

étoient  noirs,  fur  le  fondement  de  ce  vers  d'Horace  : 

Nigris  médium  impedit  crus  pelUbus. 

Ils  le  Croient  encore  fur  ces  vers  de  la  feptieme 
fiUyre  de  Juvenal,  où  parlant  d'un  certain  Quintilien, 
il  dit  qu'il  étoit  beau ,  bien  fait  de  fa  perfonne  ,  vail- 
lant, fage  &  très-noble;  car  le  croifiant  qAi'il  por- 
toit  fur  i^sfouUers  de  peau  noire ,  en  étoit  une  preuve. 

Félix  ,  &  fapiens ,  &  nobilis ,  &  generpfus , 
Appojitam  nigrce  lunam  fubtexit  alutœ. 

Le  terme  aluta  fîgnifie  une  peau  déliée  fur  laquelle 
on  pouvoit  peindre  le  croilTant,  ou  la  lune  en  fon 
entier  ,  comme  il  ell  dit  dans  les  vers  de  Juvenal 
qu'on  vient  de  lire  ,  auxquels  il  faut  ajouter  cet  en- 
droit de  Vépig'-amme  a  o  du  //.  Hv.  de  Martial. 

Non  extrema  fedct  limatd  lingida  planta  , 
Cœcina  non  lœfum  cingit  aluta  pedem. 

On  rapporte  plufieurs  raifons  de  l'ufage  de  faire 
peindre  une  lune  ou  un  croiffant  fur  \esjauliers  des 
fénateurs,  &  des  perfonnes  d'une  ancienne  famille* 
C'ciî  une  des  queftions  que  Plutarque  propofe  fur 
les  ufagcs  des  Romains,  queji.  8G.  On  a  depuis  im». 
giné  plufieurs  autres  raifons  de  cet  ufage  qu'il  feroit 
inutile  de  rapporter.  On  ne  fait  pas  même  fi  l'on 
peignoit  la  lune  dans  fon  plein  ,  ou  fi  ce  n'étoit  que 
ibn  croiffant ,  ni  en  quel  endroit  ànfoulier  elle  étoit 
placée. 

U  ell  encore  difficile  de  découvrir  la  forme  &  l'u- 
fage des  fouUers  que  les  Romains  appelloient  mullei, 
Feitus  veut  qu'on  les  ait  ainfi  nommés,  de  l'ancien 
mot  mullare  ,  qui  figaifioit  unir  différentes  parties 
d'une  étoffe  ou  de  qu^lqu'autre  matière ,  par  une 
couture  fine  &  délicate  ,  ce  qui  convient  à  la  bro- 
derie des  fouhers.  M.  Danet  prétend  que  iQsfoulicrs 
des  fils  des  fénateurs ,  avoient  auffl  une  lune ,  mais 
différente  qui  leur  avoit  donné  le  titre  de  muUd 
calcei.  Mais  il  paroît  que  ces  mots  deTertuUien  dans 
fon  traité  depallio ,  nous  donnent  une  idée  plus  claii'e 
ànfoulier  appelle  midUus  :  Impuro ,  dit-il ,  cruri  pu- 
rum  aut  muUeolum  induit  caUeum. 

Lqs  fouliers  qui  étoient  fimples  &  fans  ornement, 
étoient  appelles /'«ri;  &  ceux  qui  étoient  ornés  par 
une  lune  ,  ou  par  quelque  broderie  ,  étoient  diflin- 
guis  par  l'épithete  de  mullei. 

Lf^.s  fouliers  des  femmes  étoient  blancs  pour  l'ordi- 
naire. Les  fouliers  des  fénateurs  étoient  de  peau  noi- 
re, &  quelquefois  blanche,  mais  les  magiflrais  cu- 
rules  les  portoient  de  couleur  rouge. 

Pendant  un  tems  ,  une  honnête  femme  chez  les 
Romains  n'ofbit  porter  du  rouge  aux  fouliers  :  cette 
couleur  étoit  affedée  aux  courtifannes.  Cette  mode 
ne  dura  guère,  foit  que  le  caprice  la  réglât,  foit  que 
dans  quelques  fçmmes,la  vertu  ait  étéaffezhardiepour 
s'affranchir  de  la  tyrannie  d'un  ufage  qui  contrai- 
gnoit  le  goût.  Celles  qui  fe  piquoient  le  plus  de 
régularité  ,  portèrent  impunément  des  fouliers  rou- 
ges ,  long-tems  même  avant  le  règne  d'Aurclien  qui 
leur  en  permit  l'ufage ,  &  l'ôta  en  même  tems  aux 
hommes  ,  calceos  mulleos ,  rubros  viris  omnibus  tulit , 
mulieribus  reliquit.  L'ordonnance  de  ce  prince  fut 
d'autant  plus  gracieufe  pour  les  dames,  que  lui  & 
lès-fuccefîeurs  feréferverent  cette  couleur,  à  l'exem- 
ple des  anciens  rois  d'Italie,  au  rapport  de  Dion. 
Elle  régna  dans  le  bas  Empire  ,  &  pafla  des  empe- 
reurs d'Occident  à  la  perfonne  des  papes  qui  ache- 
vèrent d'effacer  les  traces  de  fa  première dethnation. 

Les  empereurs  chargèrent  leurs  fouliers  de  plu- 
fieurs ornemens.  Us  y  firent  broder  la  figure  dune  ai- 
gle enrichie  de  perles  &  de  diamans,  aquilis  ex  U*- 
pillis  &  marg.iritis.  Il  y  a  lieu  de  croire  que  cette 
décoration  paffa  jufqu'aux  fouliers  des  dames,  ou 
du-moins  jufqu'à  ceux  des  impératrices. 


40^ 


SOU 


s 


o  u 


La  chaleur  de  faint  Chryloftomc  contre  les  fou- 
licrs  brodés,  dont  l;i  niodc  lublilloit  de  ion  tems, 
me  rappelle  celle  du  frère  Thomas  contre  les  cucf- 
fures  hautes  dont  j'ai  parlé  au  mot  hennin.  S.  Chry- 
fortome  ne  s'échauffa  guère  moins  iiir  cette  nia-le- 
rje  ,  qu'il  auroit  tait  li  l'on  avoit  élevé  des  idolfes  fur 
les  autels  des  chrétiens.  On  voit  aujourd'hui  des  fem- 
mes qui  ont  beaucoup  de  railbn  &  de  piété,  porter 
desjhuliers  avec  ces  ornemens  ,  que  ce  perc  de  l'E- 
glife  ret;ardùit  comme  une  invention  du  diable.  Saint 
Pierre  ne  defapprouvoit  pas  les  ornemens  de  ce  gen- 
re,  puifque  les  iaintes  femmes  qu'il  cite  pour  exem- 
. pie,  en  pcrtoient  cUe-mémcs  ;  mais  il  veut  qu'on 
donne  une  autre  attention  aux  ornemens  qui  font 
le  vrai  mérite. 

La  mollefie  &  la  galanterie  varièrent  la  chauf- 
fure;  &  la  mode  inventa  une  forte  cIq  foulUr  grec 
qu'on  appelloit  (Icyonïcn.  Il  étolt  pKis  léger  &  plus 
délicat  que  les  autres.  «  Si  vous  me  donniez  ,  dit  Ci- 
»  céron  ,  au  premier  livre  de  foraiciir ,  des  fonlicrs 
»  f.c yoniens,  je  ne  m'en  fervirois  certainement  point  ; 
»  c'elt  une  chaufiure  trop  elFéminée  ;  j'en  aimerois 
»  peut-être  la  commodité,  mais, à  caufe  de  l'indé- 
>#cence,  je  ne  m'en  perniettrois  jamais  l'ufage. 

On  employa  le  liège  pour  haufler  IcfouUcr,  6c  éle- 
ver la  taille ,  fuivant  la  coutume  des  Perfes ,  chez  qui 
la  petite  tailîe  n'étoit  pas  en  honneur;  l'ufage  de  cette 
chauiiure  étoit  commun  fur  la  fcene  &  dans  les  re- 
préfentations  où  l'on  recherchoit  de  la  majellé.  Les 
coquettes  s'en  fervoient  dans  \zs  bals ,  les  aftrices 
fur  le  théâtre,  fui-* tout  dans  le  comique ,  &  s'il  cil 
permis  de  rapprocher  des  chofes  infiniment  oppo- 
îées,  les  prêtres  s'en  fervoient  dans  les  facrifices. 

On  ôioit  fes  fonlicrs  en  fe  mett^înt  à  table.  On  fait 
le  bon  mot  de  Dorion,  poëte  muficicn.  Ayant  perdu 
à  un  feftin  le/o/iî&r  qu'il  portoit  à  un  pié  malade.  «  Je 
»  ne  ferai  d'autre  imprécation  contre  le  filou ,  dit-il , 
»  fmon  qu'en  me  dérobant  mon  foulier^  il  ait  pu  troa- 
»  ver  chaufiure  convenable  à  fon  pié. 

Les  efclaves  ne  portoient  point  de  fonlicrs ,  mais 
marchoient  nuds  pies;  &  on  les  appelloit  pour  cela 
creiaii  ou  gvpf^^i-,  des  pics  poudreux.  Il  y  avoit  même 
des  perfonnes  libres  qui  alloicnt  auffi  nuds  pies  ;  & 
Tacite  remarque  que  Phocion,Caton  d'Utique,  & 
plufieurs  autres  marchoient  quelquefois  iznsjoitlkrs; 
mais  ces  exemples  font  rares  ,  &  généralement  par- 
lant, toutes  les  perlbnnes  qui  étoient  de  condition 
libre,  m.«rchoient  toujours  chauffées",  û  cj  n'étoit 
dans  quelque  Iblemnlté  extraordinaire  de  religion  , 
ou  quelque  calamité  publique  ;  car  nous  apprenons 
de  l'hilloire  que  .,  quand  on  lavoit  la  ^rand'mere  des 
dieux  ^  on  alloit  pies  nuds  en  proccffion,  &  que  les 
dames  romaines  le  déchauffoient  dans  les  lacriflces 
de  Vefta. 

TertuUien  rapporte  que  les  pontiies  des  payens 
ordonneront  fouvcnt  des  procelfions  nuds  pies  dans 
un  tcms  de  fccherefle  :  Cum  jiupet  cceUnn  &  aret  an- 
nus  ,  nudi-pedalia  denuncïamur.  A  la  mort  de  Jules 
Céfar,  plufieurs  chevaliers  romains  ramaffeYent  fes 
cendres  ,  revêtus  de  tuniques  blanches  &  pies  nuds  , 
pour  marquer  tout-enfemble  leur  refpeft  ck  leur  trii- 
teffe.  Lycurgue  &  la  jeuneffe  lacédémonienne  al- 
loient  toujours  pies  nuds. 

Les  magiciennes  clans  leurs  myfteres  magiques , 
avoient  un  pié  chauffé  6l  l'autre  nud  ;  c'eft  Ovide  & 
Virgile  qui  le  difent  :  Unmncxuti  pedem.  vinclis  , 
ly.  JEntid.  Horace  parlant  de  Canidie,affure  qu'elle 
marchoit  pics  nuds ,  pour  mieux  réuffir  dans  lés  en- 
•chantemens. 

Si  le  Icfteur  veut  réunir  à  cet  anich  celui  de 

Chaussure  ,  &  parcourir  en  mcme  tems  le  -traite 

Me  Balduinus,  di  calcco  antiquo  ^  il  n'aura  preique 

•rien  à  defirer  fur  cette  matière.  {Le  chevalier  de 

Jaucourt.) 


Soulier  de  Notrc-Pame.  {Botr.n.')  en  angîols,  f/zi 
ludie:;-jl'ppcr.  Touriiefort  diitingue  trois  efpeccs,de 
ce  genre  de  plante.  L'efpece  commune  ,'cd/a;)/«i 
vulgaris ,  jette  une  tige  .d'environ  un  pié,  garnie  de 
quelques  feuilles  larges,  veineufcs  ,  reffemblantes  ;i 
celles  du  plantain  ,  &  rangées  alternativement.  Elle 
porté  une  fleur  ordinairement  unique, à  fomnict, 
compcfée  de  fix  pétales  inégaux,  quatre  oppofés  en 
croix ,  &  deux  placés  au  milieu.  Ces  derniers  re- 
piéientent  en  quelque  manière  nnfoulier  ou  faboî, 
de  couleur  jiîune ,  ferrugineule  ou  purpurine-noi- 
râtre. Le  fruit  qui  luccede ,  a  la  figur'.  d'une  lanterne 
à  trois  côtés.  11  contient  des  femences  fembiables  ;\ 
de  la  fciure  de  bois;  cette  plante  croît  fur  les  mon- 
tagnes &  dans  les  forets.  (£>.  /.) 

SouLïER,  {Marine.')  pièce  de  bois  concave,  dans 
laquelle  on  met  le  bout  de  la  patte  de  l'ancre,,  pour 
empêcher  qu'elle  ne  s'accroche  fur  la  pointe,  quand 
on  la  laiffe  tomber  :  on  vicn  fait  prefque  point  utage 
en  France. 

SOULIERS,  {Géôg.mod.)  bourg  de  France  ea 
Provence ,  viguerle  d'Hlere3,&  diocèi'e  de  Toulon. 
Ce  bourg  cfl  la  patrie  d'Antoine  Aremi,  poëte  du 
xvj.  fiecle ,  qui  fe  rendit  alors  célèbre  par  lés  vers 
macaroniques ,  &  en  particulier  par  fa  defcription  de 
la  guerre  de  Charles-Quint  dans  fon  pays,  dont  il 
avoit  été  témoin.  Il  liiourut  en  1544. 

Ce  n'ed  point  à  Souliers  enProvcnce ,  mais  au  châ- 
teau de  Souliers  dans  la  province  de  la  Marche  qu'eft 
né  François  Triflan  ,  farnommé  Vhermite,  poëte  reçu 
à  l'académie  françoife  en  1649,  &  mort  dans  la  ml-* 
1ère  en  1655,  âgé  de  54  ans.  On  connoît  à  ce  fujet 
TépigrammedeM.  de  Montmor,  maître  des  requêtes! 

Elie  ,  ainji  qu'il  efl  écrit , 
De  fon  manteau  comme  de  fon  efprit 
Rècompenfa  fon  [crviteur  fidèle. 

Trifian  eût  fuivi  ce  modèle  ; 

Mais  Tri  flan  ,  qu\ori  mit  au  tomheaa 
Plus  pauvre  que  neft  un  prophète  t 
En  laijja7it  à   Q_uinaut  fon  efprit  de  poète , 

Ne  put  lui  Liijfer  un  manteau. 

Lewoéfies  de  Triftan  ont  été  recueillies  en  trois 
volunfps  ;  le  premier  contient  tes  amours;  le  fécond 
fa  lyre.,  &  le  troiileme  fes  vers  héroïques  ;  mais  il  fe 
dlfcingua  fur-tout  par  lés  pièces  dram.itiques,  qui 
eurent  beaucoup  de  fuccès  pendant  fa  vie.  Mais  fa 
tragédie  de  Marianne ,  retouchée  par  Ptouffeau,  efl 
la  iéule  qui  foutienne  encore  la  réputation  de  fon 
auteur.  Mondori ,  célèbre  comédien  de  fon  tems ,  fît 
de  fi  grands  &  de  fi  continuels  efforts  ,  pour  y  bien 
jouer  le  rôle  d'Hérode,  qu'il  en  mourut.  Le  rôle 
d'Oreffe  dans  X Andromaque  de  Racine',  a  caulé  de- 
puis le  même  fort  à  Montfleury. 

Triflan  a  fait  auffi  des  poélîes  facrées ,  &  a  mis  en 
vers  l'office  de  la  Vierge.  Enfin  il  cornpbfa  lui-même 
fon  épitaphe  ,   que  voici  : 

Je  fis  le  chien-couchant  auprès  d'un  grandfei^neur. 
Je  me  vis  toujours  pauvre ,  &  tachai  de  paroîtn. 
Je  vécus  dani  la  peine  attendant  le  bonheur^ 
Et  mourus  fur  un  coffre  en  att:ndanl  mon  maître. 

C'étoit  Gallon  de  France  dont  il  étoit  gentilhomme 
ordinaire.  {D.  /.) 

SOULONDRE,  {Géog.  mod.)  petite  rivière  da 
France  ,  dans  le  bas-Languedoc.  Elle  naît  à  x  lieues 
de  Lodeve  ;  &  au-deffous  de  celte  ville ,  elle  coule 
dans  la  Lergue.  {D.  J.)  ' 

60UMELP0UR,  (Géog.mod.)  petite  ville  des 
Indes  ,  au  royaume  d;  Bengale  ,  dans  les  états  du 
grand-mogol ,  fur  la  rivière  de  Gouel ,  à  30  lieues 
vers  le  couchant  d'Oubli.  Toutes  fes  maifons  font  de 
terre  ,  &  couvertes  de  branches  de  cocos.  Lonfu. 
1OX.20.  laiit.  21.  jJ.  {D.  J.) 


sou 


sou 


4Ô7 


SOU\nSSION ,  {.  f.  (  Gram.  &  Junfpnid.  )  eÀ  uhe 
iéclaration  par  laquelle  on  s'engage  à  faire  qiicl- 
n,ue  choie  ,  ou  l'on  confent  que  quelque  chofe  foit 
:àite. 

Ainll  l'pn  fe  foumet  aux  rigueurs  d'un  tribunal , 
:omme  de  la  confeivation  de  Lyon. 

On  fait  {Qsjbumijjfions  ^o\n  un  office  ,  pour  une 
'erme  ,  ou  quelqu'autre  exploitation  ou  entreprlfe  , 
;n  confisnant  une  fomme  ou  en  faifant  une  décla- 
ration  que  l'on  s'oblige  de  payer,  f^oye^  Consi- 
gnation ,  Offres  ,  Obligation  ,  Payement. 

SOUMONTSOUI ,  {Hljl.  r.at.  Botan.  )  arbre  de 
l'île  de  Madagafcar ,  dont  le  bois  ell  violet  &  mar- 
bré ;  il  fert  à  teindre  en  rouge. 

SOUN ,  f.  m.  ÇMarine.)  ce  font  à  la  Chine  les  prin- 
cipaux bâtimens  ,  tant  de  guerre  que  vaiffeaux  mar- 
chands. Les  plus  grands  de  charge  font  de  300  laftes; 
ceux  qu'on  équipe  en  guerre,  ne  paffent  pas  100. 

SOUPAPE  ,  en  Hydraulique  f  Pneumatique ,  &Cc. 
eftune  efpece  de  couvercle  de  tuyau  ,  qui  eil:  fait 
de  manière  qu'il  s'ouvre  d'un  côté  ,  &  que  de  l'autre 
plus  il  efl  preffé ,  plus  il  bouche  cxademcnt  l'ouver-^ 
ture  :  de  lorte  qu'il  laiffe  entrer  un  fluide  dans  le 
tuyau  ,  &  l'empêche  de  retourner ,  ou  bien  le  laiffe 
fortlr  Se  l'empêche  de  rentrer, 

hts  Jhupapcs  ibnt  d'un  grand  ufage  dans  les  ma- 
chines pneumatiques  ,  dans  lefquelles  elles  font  or- 
dinairement faites  de  morceaux  de  veilie.  Foye^ 
Pneumatique  &  Canne  a  vent. 

Dans  les  machines  à  vent  hydrauliques  ,  comme 
aux  pillons  des  pompes,  elles  font  ordinairement  de 
Cuir,  /'-^oye^  Piston. 

Quelquefois  elles  font  faites  de  deux  morceaux 
de  cuir  ronds  ,  renfermes  entre  deux  plaques  de 
Cuivre. 

Quelquefois  elles  font  faîtes  de  cuivre  ,  toujours 
couvertes  de  cuir  ,  &  garnies  d'un  petit  rcflort  qui 
donne  paffage  quand  il  eft  preffé  fortement ,  &  qui 
ram.ene  la  foupape  fur  l'ouverture  fuôt  que  la  force 
ceffe  de  le  prtffer.  Foyc:^  Pompe  ,  &c. 

L'ufage  des  foupapa  dans  l'Hydraulique  eff  prin- 
cipalement néceffaire  pour  pouvoir  élever  l'eau  à 
une  hauteur  confidérable  par  le  moyen  des  pompes  ; 
en  effet  la  force  de  l'air  ne  pouvant  élever  Peau  qu'à 
la  hauteur  de  3  z  pies ,  il  eft  certain  que  fi  on  vouloit 
tranfporter  par  le  moyen  d'une  pompe  fimple  une 
certaine  quantité  d'eau  dans  un  lieu  élevé  ,  on  ne 
pourroit  jamais  la  tranfporter  à  plus  de  31  pies  de 
hauteur.  Or  les  Joupupes ,  par  leur  folidité  &  leur 
conltruftion  ,  font  deffinées  à  foutenir  Peau  qui  eft 
au-deffus,  &  par  conféquent  déchargent ,  pour  ainfi 
dire  ,  l'atmolphere  de  la  force  qu'il  faudroit  qu'elle 
employât  pour  les  tenir  en  équilibre  ou  pour  les  éle- 
ver ,  de  forte  que  le  furplus  de  cette  force  eff  em- 
ployé à  élever  une  nouvelle  quantité  d'eau. 

On  a  cru  jufqu'à  préfent  qu'on  ne  pouvoit  donner 
Un  trop  grand  diamètre  à  Pouverîure  des  Jhupapes 
des  pompes  ;  6:  on  fe  fondoit  fur  ce  principe  très- 
Vrai  ,  qu'une  certaine  quantité  d'eau  paffcra  plus  fa- 
cilement par  une  grande  ouverture.  Cependant  le 
contraire  eft  fort  poffible  ;  voici  Péclairciffement  du 
paradoxe.  Si  la  fonftion  d\\nxi  foupape  ne  confilioit 
qu'à  laiffer  paffer  Peau  par  fon  ouverture  ,  le  prin- 
cipe feroit  vrai  làns  difFiculté  ,  mais  une  Joupape  a 
deux  autres  fondions  à  remplir. 

1°.  Il  faut  qu'après  avoir  laiffe  paffer  l'eau ,  Se  dès 
qu'il  n'en  paffe  plus  ,  elle  retombe  6i.  ferme  le  paf- 
fage par  où  Peau  eff  entrée  dans  le  corps  de  pompe. 

2.°.  Il  faut  qu'étant  retombée  fur  Ion  ouverture 
qu'elle  ferme  ,  elle  porte  toute  la  colonne  qui  y  eff 
entrée. 

Pour  le  premier  effet  ,  il  Ivii  faut  uae  pefiuiteur 
fpéciflquc  plus  grande  que  celle  de  l'eau  ,  fans  quoi 


elle  ne  felomberoit  pas  malgré  la  réfiftance  de  l'eau», 
comme  elle  le  doit  faire.  Pour  le  fécond  effet ,  il  lu?, 
faut  une  folidité  proportionnée  à  la  colonne  d'eau 
qu'elle  foutiendra.  Les  deux  effets  s'accordent  à  exi- 
ger en  général  la  même  chofe. 

Je  fuppofe  une  foupape  parfaite,  qui  s'ouvfe  ou 
qui  s'élève  ,  fe  referme  ou  retombe  à  fouhait ,  qui 
ait  prccifcment  la  folidité  néceffaire  pour  foutenir  la 
colonne  d'eau  entrée  dans  le  corps  de  pompe.  Je  fup- 
pofe enfuite  que  pour  y  faire  entrer  Peau  encore  plus 
facilement  qu'elle  n'y  entroit,  on  augmentât  l'ouver- 
ture de  cette  foupape ,  tout  le  refte  demeurant  le 
môme  ;  qu'en  arrivera-t-il  ?  En  augmentant  l'ouver- 
ture ,  il  aura  fallu  néceffairement  augmenter  le  dia- 
mètre de  \di  foupape ,  &  par  conféquent  fon  poids  : 
Peau  qui  n'aura  que  la  même  vîteffe  ,  &  qui  n'ouvre 
ou  qui  n'élevé  les  foupapes  que  par  cette  force ,  élè- 
vera donc  moins  la  nouvelle  foupape  ou  la  foupape 
plus  pefante  ,  &C  le  paffage  de  Peau  fera  rétréci  &t 
rendu  plus  difficile  ,  tout  au  contraire  de  l'intention 
qu'on  avoit  eue.  Hif.  &  mém,  acad.  iy2)9' 

La  nature  a  fait  un  fréquent  ufage  des  foupapes 
dans  la  conlh-udlion  des  vaiffeaux  du  corps  humain; 
elles  fervent  à  faciliter  la  circulation  du  fang  &  des 
autres  liqueurs.  (  O) 

Soupapes  ,  c'eff  dans  le  fommier  de  l'orgue  les 
pièces  qui  ferment  le  paffage  au  vent  qui ,  lorlqu'el- 
lesfont  ouvertes,  pafî'e  de  la  laie  dans  la  gravure, 
dont  \a  foupape  eftabaiffée.  Les/cw/'^.ci'i  font  tenues 
fermées  par  les  refforts/g'  e  yfig.  C  &  ().  /'oyc^RE^- 
sop,-T.  Elles  ne  font  ouvertes  que  lorfqu'on  les  tire 
en  en-bas  par  le  moyen  des  bourfettes  ,  targettes  de 
fommier  &  du  clavier  ,  &  des  touches  que  Porga- 
nifle  abaiffe  avec  fes  doiuts.  F'qy^^  Sommier. 

SOUPÇON  ,  f.  m.  {Morale.)  défiance  fur  la  pro- 
bité ,  fur  la  fuicérité  d'une  perfonne  ,  ou  fur  la  vérité 
de  quelque  chofe  ;  c'eff  une  croyance  defavanta- 
geufe  accompagnée  de  doute. 

Les foupçons ,  dit  ingénieufément  le  chancelier  Ba^ 
con  ,  font  entre  nos  penfées ,  ce  que  font  les  chauve- 
fouris  parmi  les  oifeaux,  qui  ne  volent  que  dans  l'ob- 
fcurité.  On  ne  doit  pas  écouter  les  foupçorjs  ,  ou  du- 
moins  y  ajouter  foi  trop  facilement.  Ils  obicurciffent 
Pefprit ,  éloignent  les  amis ,  &  empêchent  qu'on  n'a- 
giffe  avec  affCirance  dans  les  affaires.  Ils  répandent 
fans  ceffe  des  nuages  dans  l'imagination.  Tyrans  de 
Pamour  &  de  la  confiance ,  ils  rendent  les  rois  cruels, 
les  maris  odieux  ,  les  femmes  furieufes  ,  les  maîtres 
injuftes,  les  gens  de  bien  infociables  ,  &  diîpofent 
les  fages  à  la  mélancolie  &  à  Pirréfolution. 

Ce  défaut  vient  plutôt  de  Pefprit  que  du  cœur,  & 
fouvent  il  trouve  place  dans  des  âmes  courageufes. 
Henri  VII.  roi  d'Angleterre  ,  en  eft  un  bel  exemple. 
Jamais  perfonne  n'a  été  plus  brave,  ni  plus  foupçon- 
neux  que  ce  prince;  cependant  dans  un  efprit  de  cette 
trempe  ,  l^sfoupçons  ne  font  point  tant  de  mal  ;  ils 
n'y  font  reçus  qu'après  qu'on  a  examiné  leur  pro- 
babilité ;  mais  fur  les  efprits  timides  ,  ils  prennent 
trop  d'empire. 

Rien  ne  rend  un  homme  plus  foupçonneux  que  de 
favoir  peu.  On  doit  donc  cherchera  s'inftruire  contre 
cette  maladie,  hes  foupçons  font  nourris  de  fumée, 
&  croiffent  dans  les  ténèbres  ;  mais  les  hommes  ne 
font  point  des  anges  :  chacun  va  à  fes  fins  particu- 
lières, &  chacun  efl  attentifs  Inquiet  fur  ce  qui  le 
regarde. 

Le  meilleur  moyen  de  modérer  fa  dchance  efl  Je 
préparer  des  remèdes  contre  les  dangers  dont  nous 
nous  croyons  menacés  ,  comme  s'ils  dévoient  indu- 
bitablement arriver  ,  oL  en  même  tems  de  ne  pas 
trop  s'abandonner  h  (es  foupçons  ,  parce  qu'ils  peu- 
vent être  faux  &  trompeurs.  De  cctt-j  façon  ,  il  n'cfl 
pas  poffible  qu'ils  nous  fervent  à  quelque  chofe. 
Ceux  que  nous  formons  nous-mêmes ,  ne  font  pas 


4i8 


SOU 


à  beaucoup  prcs  fi  fâcheux  que  ceux  qui  nous  font 
infpircs  par  l'artihcc  6c  le  mauvais  caradcre  d'au- 
tru.i  ;  CCS  derniers  nous  piquent  bien  davantage.  La 
meilleure  manière  de  nous  tirer  du  labyrinthe  des 
fotipçons  ,  c'eft  de  les  avouer  franchement  à  la  par- 
tie lufpeite  :  par-là  on  découvre  plus  alfément  la 
vérité  ,  6l  on  rend  celui  qui  ell  foupçonné  plus  cu"- 
confped  à  l'avenir  ;  mais  il  ne  faut  pas  ufer  de  ce  re- 
mède avec  des  amcs. baffes.  Quand  des  gens  d'un 
mauvais  caradcre  le  voient  une  fois  foupçonnés  ,  ils 
ne  font  jamais  tideles.  Les  Italiens  o:\kniJojpetto  li- 
ccnfîafedc^  comme  fi  Xafoupçon  congédioit  &  chaf- 
foit  la  bonne  foi  ;  mais  il  devroit  plutôt  la  rappeller 
6l  roblit;cr  à  fe  montrer  ouvertement.  Enfin  il  faut 
que  l'homme  fe  conduife  de  fon  mieux,  pour  ne 
pas  donner  lieu  à  des  foupçons  ;  &  pour  le  dire  en 
poëte , 

Jlfautpojir  mériter  unefollde  ejîime , 
S'exempter  du  foupçon  au£i-bien  que  du  crime. 

{D.J.) 

SOUPE ,  f.  f.  (  Cuifine.  )  efl  une  efpcce  de  potage 
compofé  de  pain  &  de  bouillon,  ou  jus  de  viande, 
&  autres  matières,  que  l'on  fert  ordinairement  au 
commencement  d'un  repas. 

Ce  mot  eft  françois ,  &  formé  de  l'italien  ^uppa  ou 
fuppa ,  qui  vient  du  hûn [apa  ,  qui  figniiie  du  vin  ré- 
duit au  tiers  :  d'autres  le  dérivent  du  mot  celtique 
fauben^  qui  a  la  même  fignlfication. 

En  France  ,  hxjhupe  efl  regardée  comme  une  par- 
tie efî'entielle  d'un  dîner.  On  en  rehaufl'e  quelquefois 
le  goîit  avec  des  oignons  ou  des  choux  ,  des  navets , 
des  porreaux,  des  coulis  ,  &c. 

Soupe  de  lait,  (Mancge.^  ce  terme  de  manège 
&  de  commerce  de  chevaux ,  fe  dit  du  poil  qui  tire 
fur  le  blanc.  Trévoux.  CD.  J.^ 

SOUPEAU,  f.  m.  (^AgricuL)  morceau  de  bois  qui 
fcrt  à  tenir  le  foc  de  la  charrue  avec  l'oreille  ,  &  qui 
eil  pofé  en-deflbus.  (Z>.  /.  ) 

SOUPENTE  de  machine^  (Méchaniq.)  pièce  de 
bois  qui ,  retenue  à-plomb  par  le  haut ,  eft  fufpendue 
pour  foutenir  le  treuil  &  la  roue  d'une  machine.  Tel- 
les font  {Qsfouperztes  d'une  grue  retenue  par  la  grande 
moife ,  pour  en  porter  le  treuil  &  la  roue  à  tambour. 
Dans  les  moulins  à  eau  ,  cts  Joupentes  fe  haufî'ent  & 
fe  baifïent  avec  des  coins  &  des  crans ,  félon  la  crue 
&:  décrue  des  eaux  ,  pour  en  faire  tourner  les  roues 
par  le  moyen  de  leurs  alluchons.  Davikr.   (^D.  J.^ 

Soupente  ,  f.  f.  terme  de  Bourreliers  ,  ils  appellent 
foupentcs  de  greffes  courroies  de  plufieurs  cuirs  con- 
fus enfcmble  ,  qui  tiennent  fufpendus  le  corps  d'un 
carroffc  ,  &  qui  s'alongent  ou  s'accourcifTent  fuivant 
qu'il  en  cflbefoin,  parle  moyen  de  fortes  boucles  de 
cuivre  relevées  en  boffes  ,  que  fondent  les  Fondeurs 
en  fable,  &  que  dorent  les  Doreurs  fur  métal.  (Z?.  7.) 

Soupente  ,  f .  f .  (  Memùferie.  )  efpece  d'cntrefol , 
qui  fe  fait  de  planches  jointes  à  rainure  &  languettes 
portées  fur  des  chevrons  ou  foliveaux.  On  pratique 
\Qsfoupentes  dans  les  lieux  élevés  pour  avoir  plus  de 
logement.  Davilcr.  (Z>.  /.) 

Soupentes  ,  (  Serrurerie ,  Maçonnerie.  )  les  Serru- 
rier &  les  Maçons  appellent  de  la  forte  les  barres  de 
fer  ou  les  morceaux  de  bois  qui  fervent  à  foutenir  le 
faux-manteau  d'une  cheminée.  (  Z?.  7.  ) 

SOUPER ,  en  terme  de  Cuifine  ,  fignifîe  l'adion  de 
prendre  le  repas  du  loir. 

Souper  fe  prend  encore  fubflantlvement  pour  mar- 
quer le  repas  du  foir  môme  ,  6c  louvent  ce  qui  le 
compofe. 

Souper  des  Romains,  {Ântiq.  rom.')  ]e  foupcr 
des  Romains  étoit  non  feulement  leur  princloal  re- 
pas ,  mi:is  c'étoit  fouvent  un  repas  préparé  ,  une  af- 
iembléc  de  toute  une  famille,  un  rendez-vous  de  plu- 
fievirs  amis.  Tout  y  étoit  coHcerté  de  manière  à  ren- 


SOU 

dre  les  chofcs  plus  commodes  &  plus  agréables  à 
ceux  qui  en  dévoient  être  ;  Thevu-e,  le  lieu,  le  fervi- 
ce,  la  durée ,  les  accompagnemens  &  les  fuites. 

Le  tems  de  ce  repas  étoit  ordinairement  entre  la 
neuvième  &  la  dixième  heure  du  jour  ,  luivant  leur 
manière  de  compter,  &  félon  la  nôtre,  entre  trois  & 
quatre  heures  après  midi  ;  en  forte  qu'il  reftoit  du 
tems  fufîifamment  pour  la  digeflion  ,  pour  les  amu- 
fcmens,pour  les  foins  domelhqucs,  &  même  quel- 
quefois pour  le  régal  extraordinaire  :  les  écrivains 
font  d'accord  fur  cet  article. 

împerat  extruclos  frangerenona  thoros: 

c'efl-à-dlre  ,  la  neuvième  heure  avertit  defe  mettre 
à  table.  Juvenal  outrant  la  déclamation,  remarque 
comme  une  infulte  faite  aux  bonnes  mœurs,  aux  lois 
&  à  la  juflice  ,  la  conduite  d'un  certain  Marins  ,  qui 
dans  l'exil  qu'il  avoit  mérité  par  les  concufFions, 
prévenoit  cette  heure. 

Exul  ab  oHavd  Marins  kihit ,  &  fruitur  dis 
Iratis  ^  at  tu ,  viclrix  provincia,  ploras. 

Le  lieu  àwfouper  àtoit  anciennement  z/2^mo,c'efl- 
à-dire  dans  une  efpece  de  veflibule  expofé  aux  yeux 
de  tout  le  monde.  Ils  ne  rougiffoient  point  de  man- 
ger ainfi ,  dit  Valere  Maxime,  //V.  //.  c.j.  parce  que 
leur  fobriété  &  leur  modération  n'apprehendoient 
point  la  cenfure  de  leurs  concitoyens  :  me  fane  ullas 
epulas  habehant ,  quas  popuU  oculis  fubjicere  eruhffce- 
rent.  Après  cela  ils  y  furent  obligés  par  les  lois  iEmi-' 
lia ,  Antia  ,  Julia,  Didia ,  Orchia ,  de  peur  qu'une  plus 
grande  retraite  ne  donnât  lieu  à  la  licence  :  Impera- 
tum  ejl  ut  patentibus  januis  pranjïtaretur  ,  &  ccenaren- 
tur  i  dit  Macrobe  ,  ne  fingularitas  licemiam  gigneret, 
ajoute  Ifidore. 

Quelquefois ,  &  fur-touf  dans  la  belle  faifon ,  le 
foupcr  fe  donnoit  fous  un  platane ,  ou  fous  quelqu'au- 
tre  arbre  touffu;  mais  en  quelque  lieu  que  ce  fût,  on 
avoit  foin  de  faire  étendre  en  l'air  une  grande  pièce 
de  draperie,  qui  pût  mettre  la  table  &  les  convives 
à  couvert  de  la  poufSere  &  des  autres  malpropretés. 
Outre  les  anciens  marbres  qui  en  font  foi  en- 
core aujourd'hui ,  Horace  dans  la  defcription  du 
repas  que  Nafidienus  donna  à  Mecenas,  n'oublie  pas 
ce  tapis  dont  la  chute  malheureufe  caufa  une  fi  gran- 
de défblation. 

Interea  fufpenfa  graves  aulaa  ruinas 

In  patinam  fecire ,  trahentia  pulveris  atri 

(Quantum  non  aquilo  campanis  excitât  agris. 

Mais  quand  les  Romains  eurent  été  inftrults  dans 
l'architeéfure ,  ils  voulurent  mettre  en  oeuvre  les  le- 
çons qu'ils  en  avoient  reçues.  Les  difciples,  afin  d'y 
mieux  réufîir ,  dépouillèrent  leurs  maîtres ,  &  bâti- 
rent à  leurs  dépens  des  fallons  exprès ,  pour  rece- 
voir plus  commodément  &  plus  fplendldeinent  ceux 
qu'ils  vouloient  traiter.  Alors  cette  modeftie  des  pre- 
miers Romains ,  ces  réglemens  mêmes  tant  de  fois 
renouvelles  &  multipliés  pour  la  maintenir,  furent 
bientôt  mis  en  oubli.  Les  cenfeurs ,  quoique  fécondes 
par  les  plus  fages  du  fénat  &  du  peuple ,  ne  purent 
arrêter  le  torrent  ;  on  écoutoit  fans  s'émouvoir ,  les 
harangues  des  uns  ,&  les  menaces  des  autres. 

La  république  étoit  encore  dans  fa  plus  grande 
fplendeur  ,  lorfqu'il  plut  à  LucuUus  d'avoir  plufieurs 
de  ces  fuperbes  fallons,  à  chacun  defquels  ildoonale 
nom  de  quelque  divinité ,  &  ces  noms  étoient  pour 
fes  maîtres  d'hôtel ,  un  fignal  de  la  dépenfe  qu'il  vou- 
loit  faire  à  fes  repas. 

L'empereur  Claude  avoit  entr 'autres  un  fallon , 
auquel  il  avoit  donné  le  nom  de  Mercure.  Mais  tout 
ce  qu'on  en  avoit  vu  jufqu 'alors ,  fut  effacé  par  l'éclat 
de  ce  fallon  aufîi  merveilleux  que  magnifique  de  Né- 
ron, ^■ç^^çX\■ôdomus  aurea.  Celui-ci, par  le  mouve- 
ment circulaire  de  fes  lambris  6c  de  les  plat-fonds , 

imitoic 


sou 


sou 


îmîtoit  les  converfions  du  ciel ,  8z  reprefentoit  les 
diverfes  iaifons  de  l'année  ,  qui  changeoient  à  cha- 
que Service  &  taifoient  pleuvoir  des  fleurs  &  des 
eflences  furies  convives.  Comme  le  luxe  va  toujours 
en  augmentant,  quoique  la  fortune  diminue,  Elioga- 
bale  enchérit  encore  fur  Néron ,  autant  que  Néron 
avoit  enchéri  fur  Lucullus. 

Les  buffets  étoient  chargés  de  quantité  de  vafcs, 
encore  plus  précieux  par  la  délicateffc  du  travail, 
que  par  l'or,  l'argent  cxi  la  matière  rare  dont  ils 
ctoient  compofés.  C'étoient  la  plupart  des  fruits  de 
leurs  vi£lcires,&  des  dépouilles  des  provinces  qu'ils 
avoient  conquifes  ,  dont  la  plus  grande  partie  fervoit 
plutôt  à  former  unfpedacle  magnifique ,  qu'à  aucun 
iifage  nécefiaire. 

La  table  étoit  chez  les  premiers  Romains  de  figure 
quarrée,  du  bois  que  leur  fourniflbient  leurs  forêts, 
&  que  leur  taiiloient  leurs  propres  ouvriers.  Quand 
ils  eurent  paflé  chez  les  Africains  &  chez  les  Afiati- 
ques  ,  ils  imitèrent  d'abord  ces  peuples  ,  puis  ils  les 
furpaflerent  encc  genre-là  comme  en  tout  autre.  lis 
varièrent  la  figure  de  leurs  tables  ;  &  parce  qu'ils  ne 
les  couvroient  point  encore  de  nappes  ,  il  fallut  les 
faire  au-moins  d'une  matière  qui  n'ofirît  à  leurs  yeux 
rien  que.de  luifant  &c  de  beau.  Ils  y  employèrent  l'i- 
voire ,  récaille  de  tortue,  la  racine  du  buis ,  de  l'éra- 
ble, du  citronnier  &  tout  ce  que  l'Afrique  fécon- 
de en  fmgulariîés ,  leur  fournifibit  de  plus  curieux. 
Non  contens  de  cette  recherche ,  ils  les  ornèrent  de 
plaques  de  cuivre  ,  d'argent  &  d'or,  &  ils  y  enchâf- 
ferent  des  pierres  précieufes  en  forme  de  couronne. 
La  table  des  pauvres  étoit  à  trois  pies;  celle  des  ri- 
ches étoit  foutenue  par  un  feul.  A  chaque  fervice  on 
nettoyoit  les  tables  avec  une  éponge  mouillée ,  &  à 
thaoue  fois  les  conviés  fe  lavoient  les  mains.  On 
avoit  encore  l'ufage  de  fubflituer  au  premier  fervice 
une  nouvelle  table  toute  fervie,&ainfi pour  tous  les 
autres  jufqu'à  la  fin  àwfouper. 

La  manière  dont  les  Romains  étoient  à  table  n'a 
pas  toujours  été  la  même  ;  mais  elle  a  paru  digne  de 
la  curioflté  des  gens  de  lettres.  Dans  les  premiers 
tems  ,  ils  m.angeoient  fur  des  bancs  à  l'exemple  des 
Lacédémoniens  ;  enfuite  ils  adoptèrent  l'ufage  des 
petits  lits  de  Carthage  qui  n'étoient  pas  fort  tendres; 
enfin  ils  vinrent  à  manger  fur  les  lits  les  plus  mollets, 
les  plus  voluptueux  &  les  plus  magnifiques.  Foyei 
Lit  de  table  ,  Antlq.  rom. 

Les  convives  fe  rendoient  ?i.\\foupcr  à  îa  fortie  du 
brin,  avec  un  habillement  qui  ne  fervoit  qu'à  cela  , 
&  qu'ils  appelloient/jy/z^Z/s/Fi;  efpece  de  draperie  qui 
ne  tenoit  prefque  à  rien  ,  comme  il  paroît  dans  les 
marbres ,  &  qui  étoit  pourtant  différente  du  pallium 
des  Grecs. 

On  ne  voit  point  qu'on  ôtât  les  fouliers  aux  da- 
mes, ni  qu'on  leur  lavât  ou  parfumât  les  pies  quand 
elles  venoient  prendre  part  à  la  fête;  mass  rien  n'é- 
toit  plus  commun  pour  les  hommes  :  on  avoit  raifon 
de  ne  pas  expofcr  à  la  boue  &  à  la  poudre ,  les  étof- 
fes précieufes  dont  les  lits  de  table  étoient  cou- 
verts. On  préfentoit  de  l'eau  pour  les  mains ,  &; 
même  pour  les  pies ,  à  ceux  qui  ne  fortoient  pas  du 
bain. 

Quant  aux  ombres  &  aux  parafitcs  qui  venoient 
aux  repas,  ceux-ci  appelles  ou  tolérés  par  le  maître 
de  la  m.aifon  ,  &  ceux-là  amenés  par  les  convives  , 
voye{-en  l'article  au  mot  Ombre  6-  Parasite. 

Une  chofe  qui  paroîtra  même  ici  fort  bilàrre,  c'efl 
que  long-tems  après  le  fiecle  d'Augulîe,ce  n'étoit 
point  encore  la  mode  que  l'on  fournît  des  ferviettes 
aux  conviés  ;  ils  en  apportoient  de  chez  eux. 

Tout  le  monde  ainli  rangé ,  on  ôtoit  de  deffus  le 
buffet  où  étoient  les  vafes  plus  ou  moins  précieux  , 
on  ôtoit,  dis-je,  des  coupes  qu'on  plaçoit  devant 
chaque  convive.  On  faifoit  préfenter  à  chacun  des 


4Ô9 


couronnes  de  fleurs  ou  de  berrc,  auxquelles  on  fe 
plaifoit  d'attribuer  la  propriété  d'empêcher  parlent 
fraîcheur ,  l'effet  des  fumées  du  vin.  Après  s'être  fait 
frotter  les  cheveux  d'effcnces  odorantes,  ils  met- 
toient  ces  couronnes  fur  leur  tête,  &  les  "ardoient 
pendant  tout  le  repas.  On  leur  donnoit  en  même  tems 
une  lifle  de  tous  les  férvices&  de  tous  les  mets  qui 
dévoient  compofer  le  feflin. 

On  fervoit  enfuite  les  viandes,  norv  pas  toujours 
chaque  plalfc-parément;  mais  fouvent  plufieurs  plats 
enfemble  fur  une  table  portative. 

■  Leurs  foupzrs  é'io'xçni  pour  l'ordinaire  à  trois  fervi- 
ces  ;  mais  quelquefois  par  \m  furcroît  de  bonne  chère 
&  de  magnificence,  on  les  «ugmentolt  jufqu'à  fept» 
On  comniençoit  d'abord  par  des  ccufs ,  c'étoit  un  des 
mets  du  premier  fervice;  on  y  fervoit  aufTi  des  fala- 
des  de  laitues  &  d'olives,  des  huîtres  du  lacLucrin  fi 
renommé  chez  eux  pour  la  bonté  de  ce  coquillage , 
&  d'autres  chofes  pareilles  qui  pouvoient  exciter 
I  appétit. 

_  Le  fécond  fervice  étoit  compofé  du  rôti  &  des 
viandes  les  plus  folides  ,  parmi  lefquelles  on  entre- 
mêloit  quelques  plats  de  poifTon,  dont  ils  étoient  fl 
grands  amateurs,  que  fans  ce  mets  on  n'auroit  pas  cru 
faire  bonne  chère. 

Le  troifieme  fervice  confifîoit  en  pâtifferie,  &en 
fruits  de  toute  efpece  ;  rien  n'étoit  plusmagnifique. 

_  On  attendoit  ce  dernier  fervice  pour  faire  les  der-^ 
nieres  libations.  Ces  libations  confifîoJent  à  répandre 
îivantquc  de  boire,  \m  peu  de  vin  de  la  coupe  en 
l'honneur'de  quelque  divinité,  ou  même  de  Tcr-oe- 
reur ,  pour  fe  montrer  bon  courtifan  quand  la  répu- 
blique fut  affu.jettie  ;  ou  en  celui  du  génie  de  la  per- 
fonne  à  qui  on  vouloit  déférer  cette  diliinftion  :  c'é- 
toit  le  tems  du  repas  où  la  gaieté  des  conviés  paroifTcit 
davantaj-e. 

On  commcnçoit  à  faire  courir  les  famés  ;  le  maître 
de  la  maifbn  faifoit  apporter  une  coupe  plus  grande 
&  plus  riche  que  les  autres ,  qu'on  appelloit  cupa  ma- 
gijira  ,  la  principale  coupe  ,  pour  boire  à  la  ronde  les 
lantés  des  perfonnes  qu'on  chérifToit.  Quand  c'étoit 
celle  d'une  maîtrefle ,  fouvent  par  galanterie  on 
obligeoiî  de  boire  autant  de  coups  que  ïbn  nom  avoit 
de  lettres.  On  élifoit  fouvent  un  roi  du  feftin.  Foyer 
Roi  du  festin. 

ïl  y  avoit  des  domefliques  dont  la  fonflion  étoit 
de  préfidcr  à  l'arrangement  des  plats,  &  qui  tenoient 
lieu  de  nos  maîtres  d'hôtel;  d'autres  pour  avoir  foin 
de  la  dilîribution  des  vins,  &  d'autres  pour  couper 
les  viandes.  Ils  falfoient  la  fbn£iion  de  nos  écuycrs 
tranchans  :  il  y  en  avoit  même  qui  pendant  l'été  ne 
faifoient  que  chafTer  les  mouches  avec  de  grands 
éventails  de  plumes  garnis  d'un  manche ,  comme 
quelques  bas-reliefs  antiques  nous  les  repréfentent. 

On  fe  la  voit  quelquefois  les  mains  aufïï  fouvent  que 
les  ferviccs  varioient  ;  fi  on  fervoit  un  poifTon  ou  v.x\ 
oileau  de  quelque  prix  6c  de  quelque  rareté  fin-^u- 
liere  ,  on  l'apportoit  aux  fons  des  riùtes  &  des  haut- 
bois ;  l'ailegrefie  redoubloit ,  ainfi  que  le  vin  de  Fa- 
lerne  qu'on  faifoit  rafraîchir  dans  dos  vafes  d'or  ,  & 
le  maître  du  feftin  fe  croyoit  amplement  rccompen- 
fé  par  les  acclamations  de  toute  l'afîemblée. 

La  bonne  chcre  n'étoit  pas  le  feul  plaifir  des  Jou- 
pers ,  la  mufique  en  failoit  fouvent  partie  ;  on  y  admet' 
toit  des  chantcufes  &  des  joueurs  d'in!f  rumens  ;  oïl 
bien  les  conviés  eux-mêmes  y  fuppiéoient;  on  y  ap- 
pelloit  aufli  des  danfeufcs  j  des  mimes ,  des  prmromi- 
mcs,  qui  faifoient  des  fcencs  muettes,  6c  d'.aitrei 
fortes  de  gens  dont  le  métier  étoit  de  débiter  des  con- 
tes plaifans,  pour  amufcr  ia  compagnie;  on  v  lifbit 
fouvent  des  ouvrages  d'eiprit  :  cn'in  on  tâchoit  de 
raffem.bler  tout  ce  qui  pouvoit  divertir  &  flater  les 
fens. 

Au  commencement  de  la  rcpubliqvie  les  Romain.^ 

Fff 


4IO 


SOU 


sou 


chantoient  dans  leurs  «;'d5 ,  les  louanges  des  grands 
hommes  au  l'on  de  la  flûte  ;  mais  dans  la  liiite,  il  ne 
fe  donnoit  point  de  tète  à  laquelle  les  boutions  ,  les 
joucuics  d'iiillruniens  &  les  pantomimes,  ne  fuflcnt 
appelles.  On  mêloit  quelquefois  aux  plailirs  de  la  ta- 
ble le  jeu  ,  ou  quclqu'autie  diveitilVemcnt  plus  bar- 
bare ;  i'eiucns  les  gladiateurs  ianuiites.  Foyc^  Sam- 
MTts.  . 

Je  viçns  de  dire  que  les  pantomimes  paroifloient 
toujours  à  la  fin  des  grands  repas  ,  &  je  ne  dois  pas 
oublier  pour  preuve,  ce  qui  arriva  d^ns  nnjoupcr 
que  donnoit  l'empereur  Auguile.  On  avoit  beaii- 
coup  loue  le  pantomime  Pylade  ,  qui  avoit  reprc- 
It  ntc  les  fureurs  d'Hercule  fur  le  théâtre  public.  Au- 
guile voulut  donner  ce  régal  à  fa  compagnie:  il  fait 
venir  Pylade  ,  &  lui  dit  de  jouer  la  même  pièce  dont 
il  avolt  reçu  tant  d'applaudidemcns.  Pylade  qui , 
dans  l'excès  de  fa  furevu-  avoit  tiré  des  flèches  iur  le 
peuple  ,  commençoit  déjà  à  en  faire  autant  fur  les 
conviés,  &:  fi  on  ne  l'eût  arrêté , il  aurolt  lans  doute 
enlanslantè  la  fcene  ;  il  eft  même  à  croire  que  ceux 
fur  qvii  ces  n«hes  feroient  tombées  ,n'étoient  pas  les 
perfonncs  qu'il  refpeftoit  davantage. 

Suétone  nous  a  confervé  trois  lettres  du  même 
empereur,  où  il  cft  parlé  de  plaifirs  plus  tranquilles. 
Les  deux  premières  font  à  Tibère,  à  qui  il  rend  com- 
pte de  ce  qui  s'eft  paflo  dans  de\.\xJoup.:rs.  «  J'ai/oa- 
»»  pé ,  dit  -  il ,  avec  les  mêmes  perfonnes  que  vous  fa- 
»  vez  ,  excepté  que  nous  avions  de  plus  Vinicius  & 
»  Sibius  le  père  ;  &  en  foupant ,  tant  hier  qu'aujour- 
»  d'hui ,  nous  avons  joué  allez  fagement  &  en  bons 
»  Vfjillards;  -fp.7/'«ç.  Talis  enim  jacfatis  ut  quifquc 
»  cancm  aut  finiomm  mifcrac  ,  infingulos  talosjingu- 
»  los  dcnarios  in  médium  conferebat ,  quos  tolkbat  uni- 
»  \trfos  qui  veneremjeccrat  ».  Dans  la  féconde  lettre; 
»  nous  nous  fommes,  dit-il ,  afTez  bien  réjouis  pen- 
»  dant  les  fêtes  de  Minerve.  Non  -  feulement  nous 
»  avons  joué  pendant  le  fouper ,  mais  encore  nous 
»  avons  mis  tout  le  monde  en  humeur  de  jouer  :  Fo- 
»>  Tum  aUatorium  caUfecimiis^fraur  mus  magnis  clamo- 
»  rihus  rem  ge (fit. 

Dans  la\roifieme  lettre,  il  mande  à  fa  fïUe  qu'il 
lui  envoie  150  deniers  ,  parce  qu'il  avoit  donné  pa- 
reille fomme  à  chacun  de  fes  convives  pour  jouer  à 
pair  &  à  non ,  aux  dez  ou  à  tel  autre  jeu  qu'ils  vou- 
droient,  pendant  leyoW/TJcr. 

Plante  ,  Catulle  &  Properce  ,  parlent  des  divers 
jeux  de  table  à -peu -près  dans  les  mêmes  termes. 
Mais  ce  que  Pline  écrit  à  Cornélien,  /.  VI .  Ep.  xxxij. 
marque  encore  plus  pofitivement  la  coutume  de  fon 
tcms.  Après  avoir  rendu  compte  à  fon  ami  des  affai- 
res que  Trajan  avoit  terminées  à  Cincelles,  centum- 
cellis;  il  ajoute  ,  vous  voyez  que  nos  journées  ont 
été  afTez  bien  remplies  :  mais  nos  occupations  ne  fî- 
nlflbient  pas  moins  bien.  Nous  avions  l'honneur  de 
fouper  to«s  les  jours  avec  l'empereur  ;  le  repas  étoit 
fort  frugal ,  eu  égard  à  la  dignité  de  celui  qui  le  don- 
noit. La  fpirée  le  pafToit  quelquefois  à  entendre  des 
comédies  ou  des  farces  ;  quelquefois  aufïï  une  con- 
verfation  enjouée  nous  tenoit  lieu  d'un  plaifir  qui 
auroit  coûté  phis  cher,  mais  qui  ne  nous  auroit  peut- 
être  pas  touché  davantage.  Vides  quam  honefli,  quam 
feven  dits  fuerint  ^  quos  jucundiffimœ  remijfiones  feque- 
bantur.  Adhibebantur  quotidà  cance^  erat  modicaji prin- 
cipcm  cogites.  Intcrdum  acroamata  audiebamus  ,  inter- 
dum  jucundiffimis  fermonibus  nox  ducebatur. 

Le  dernier  ade  àesfoupers  voluptueux  ,  étoit  une 
nouvelle  collation  qui  luccédoit  aux  jeux  &  aux  au- 
tres amufemens.  Cette  collation  s'appelloit  chez  les 
Romains  commijfation  ou  commejfatio  ,  du  mot  grec 
>;«o,u'.ç  ,  dit  Varron  ,  parce  que  les  anciens  Romains 
qui  habltoient  plus  volontiers  la  campagne  que  la 
ville ,  fe  régaloient  à  tour  de  rôle  ,  &  foupoient  alnfi 
tantôt  dans  un  village,  &  tantôt  dans  un  autre.  Quel- 


quefois même,  quand  on  avolt yo«/?e  trop  tnodeflte- 
ment  dans  un  endroit ,  après  quelques  tours  de  pro- 
menade ,  on  le  letrouvoit  dans  un  autre  pour  cette 
forte  de  réveillon. 

Démctrius ,  fils  du  dernier  Philippe ,  roi  de  Macé- 
doine ,  avoit  vaincu  Perfée  fon  frerc  dans  une  efpc- 
ce  de  joute  ou  de  tournois  :  Perfée  ne  l'avoit  pas 
pardonné  à  Démétrius.  Mais  celui  -  ci  après  avoir 
bien  J'oufé  avec  ceux  de  fa  quadrille ,  leur  dit,  que 
n'allons-nous  faire  le  réveillon  chez  mon  frère?  qui» 
commejjaium  adfratrum  imus  ?  ce  fera  peut-être  un 
moyen  de  nous  réconcilier. 

Suétone  nous  apprend,  que  Titus  poufToit  le  régal 
du  fouper  aiïci  fouvent  julqu'à  minuit,  au  lieu  que 
Domitien  fon  frère  demeuroit  rarement  ù  table, après 
le  coucher  du  foleil. 

Mais  à  quelque  heure  qu'on  fe  féparât,  on  fîniffoit 
toujovirs  \q  fouper  -p^r  des  libations  aux  dieux.  On  le 
commençoit  par  un  coup  de  vin  grec  ;  Céfar  qui  étoit 
magnifique  faifoit  fervir  jufque  dans  les  fefîins  qu'il 
donnoit  au  peuple  ,  quatre  fortes  de  vins  ;  l'avoir,  de 
Chio,  de  Lesbos,  de  Falerne,  &  le  Mammertin.  Vir- 
gile parle  des  libations  aux  dieux  faites  à  la  fin  du  re- 
pas que  Didon  donna  à  Enée. 

Pof  quam  prima  quies  epulis ,  menfœqiie  remotœ^ 
Craieras  magnos  flatuunt ,  &  vina  coronant .... 
Hinc  regina  gravem  gemmis  auroque  popofcit  , 

Implevit  que  mero  pateram 

Tune  facta  filentia  teclis. 

Jupiter  (  hofpitibus  nam  te  dure  jura  loquuntur  ) 
Dixit ,  &  in  menfâ  Laticum  libavit  honorem  : 
Primaqui  libato  fummo  tenus  attigit  on  : 

Tum  bitiee  dédit  increpitans 

Pofl  alii  prouves  ,  &c. 

iEneid.  \.  v.  717. 

»  Vers  la  fin  du  repas ,  on  apporta  de  grandes  cou- 
»  pes  ;  la  reine  en  demanda  une  d'or ,  enrichie  de 
»  pierreries  ,  &  répandit  du  vin  fur  la  table.  On  fit 
>»  filence  ,  &  après  qu'elle  eut  adreffé  fa  prière  à  Ju- 
»  piter  ,  &  qu'elle  eût  fini  la  libation  facrée  ,  elle 
»  trempa  légèrement  fes  lèvres  dans  la  coupe  ,  la 
»  donna  à  Bitias  qui  avala  fur  le  champ  la  liqueur 
»  moulTeufe  ,  &  tous  les  autres  feigneurs  l'imitèrent. 

Après  les  efFufions  facrées ,  on  bûvoit  à  la  profpé- 
rité  de  fon  hôte ,  &  à  celle  de  l'empereur.  Ce  dernier 
coup  s'appelloit  poculum  boni  genii ,  &  fe  faifoit  avec 
le  cri  Ç\siiaLÇ  ;  après  cela  on  relavoit  les  mains  avec 
une  efpece  de  pâte  faite  exprès. 

Enfin  les  conviés  en  prenant  congé  de  leur  hôte , 
recevoient  de  lui  de  petits  préfens  qui  d'un  mot  grec 
étoient  appelles  apephoreta  du  verbe  (t7rc(^ipiiVf  empor- 
ter ;  ainfi  finiflbit  la  journée  romaine. 

Il  ne  me  refle  plus  qu'à  expliquer  quelques  termes 
qu'on  trouve  fouvent  dans  les  auteurs  latins  ,  Se 
qui  peuvent  embarraffer  ceux  qui  commencent  à  les 
lire  ;  par  exemple. 

Cœna  recla  ,  défigne  un  fouper  fplendide  que  les 
grands  de  Rome  donnoient  à  leurs  amis,  &  aux  cliens 
qui  leur  avoient  fait  cortège  dans  leurs  vifites  &  dans 
la  pourfuite  des  charges.  Ceux  qui  vouloient  éviter 
cet  embarras,  leur  diflribuoient  des  provifions  de  bou- 
che ,  &  cette  diftribution  s'appelloit  fportula.  Do- 
mitien la  retrancha ,  6c  rétablit  le  repas  appelle  ccenti 
recla  ,  comme  Suétone  nous  Và^prçnd:  fportulas,  dit- 
il  ,  publicas  fujlulit,  nvocatd  cœnarum  re'àarum  confue- 
tudine. 

Cœna  dapfiUs ,  un  feflin  abondant  en  viandes ,  foit 
que  ce  mot  vienne  de  dapes  ,  qui  fignifie  des  viandes 
exquifes  ,  OU  du  grec  S'a.^i'hitaL ,  abondance  de  toutes 
choies. 

Cœna  acroamatica ,  du  mot  grec  ay.puiiifj.ei.rct. ,  qui  li- 
gnifie des  converfations  plaifuntes  6*  agréables.  C'efl 


sou 

wnfouper  où  l'on  dit  quantité  de  bons  mots  pour  Te 
divertir. 

II  y  avoit  de  plus  cœna  advinùiia  ,  intervallata^  no- 
vtindi.Uls ,  6"  duodcnarla  ,  appcllce  en  grec  (T^Jc^a&êi;?, 
parce  que  les  convies  étoient  au  nombre  de  douze  , 
habillés  en  dieux  &  en  déeiies. 

Entin  ,  il  y  avoit  wnfouper  pontifical ,  que  le  fou- 
verain  prêtre  donnoit  le  jour  de  Ion  inauguration. 

j^hacus  ctoit  le  bufFet  fur  lequel  on  mettoit  les  ver- 
res ,  le  defiert ,  &c. 

Unuirlum  ,  étoitune  table  quarrée  fur  laquelle  on 
poibit  les  vales  ,  les  flacons  ,  les  !)aiïïns  ,  &c. 

Carùbiihim  ,  lignifie  la  tabk  lur  laquelle  on  décou- 
poit  les  viandes  qvi'on  fervoit  enfuite  aux  conviés. 

Antico:nj.  ou  siltjtatto  ,  défignoit  le  premier  fervice 
ou  les  entrées.  Le  iecond  s'appelloit  caput  cœnœ  ,  & 
le  troilîemc  ou  le  deffcrt ,  fe  nomm.oit  bdlaria.  Au- 
gufte  n'avoit  ordinairement  que  ces  trois  fervices  , 
i.cznam  ternis  fer  cul  is  prahebat^  dit  Suétone. 

A-l'entour  de  la  grande  table  des  ccnviés,il  y  avoit 
une  elpecc  de  marche-pié  un  peu  élevé  ,  fur  lequel 
étoient  aïïls  les  entans  d'un  certain  âge  o^.\i  foupoient 
avec  la  comoagnie.  Suétone  nous  dit  dans  la  vie  de 
l'empereur  Claude ,  ch.  xxxij.  Adhibthat  omni  cœnie 
liber  os  f nos  cuni  pueiis  ,  pudLïsqiu  nobïlibns  ^  qui  more 
vetcri  ad  filera  LUorum  ftdentes  ,  vefcerentur.  (  Le  che- 
valier DE  J AU  COURT. 

Souper  ;  {Jl^f.  des  ufag.  de  France^  on  foupe  dans 
ce  fiecle  à  dix  heures  à  la  cour  ,  &  dans  les  grandes 
maifons  de. Paris  ;  dans  le  quinzième  fiecle ,  &  même 
fous  la  minorité  de  Charles  IX  ,  c'étoit  l'ufage  à  la 
cour  de  France  defoupcr  à  fix  heures  du  foir  ,  &  de 
dîner  à  onze  du  macJn.  Il  n'étoit  que  8  heures  quand 
le  duc  d'Orléans  fut  alTaffiné  le  23  Novembre  1407. 
tk  cependant  à  cette  heure  ,  il  avoit  déjà  foupé  avec 
la  reine  ;  c'eil  qu'alors  les  princes,  ainfi  que  les  bour- 
geois ,  n'aimoient  point  à  fe  déiuurer  ^  pour  me  fer- 
vir  de  l'expreflion  du  cardinal  de  Retz.  CD.  7.) 

SOUPHRIERE  LA ,  (  Géogr.  mod.  )  montagne  de 
rAmérique  fcptentrionaie  ,  dans  l'île  de  la  Guada- 
loupe.  C'eft  une  des  plus  hautes  montagnes  de  l'île  , 
qui  vomit  prelque  toujours  du  fouphre  ,  des  cendres 
hc  des  pierres  brûlées,  quoiqu'il  fafl'e  un  froid  conti- 
nuel fur  fon  fommet;  mais  le  milieu  &  le  bas  de  cette 
montagne  ,  font  couverts  d'une  agréable  verdure  ,  & 
arroiés  d'une  infinité  de  ruiffeaux.  (£>./.) 

SOUPIER ,  f.  m.  (  terme  de  Carrier.  )  c'eil  une  ef- 
pece  de  banc  ou  de  lit  de  pierre,  qui  ne  fe  trouve 
que  dans  les  carrières  de  S.  Maur ,  village  à  deux 
lieues  de  Paris ,  &  qui  y  tient  lieu  de  ce  qu'on  appelle 
[ejbuchet  dans  les  autres  carrières  ;  avec  cette  diffé- 
rence que  àxxfoupier ,  il  fe  tire  d'excellens  moillons  , 
&:  que  le  fouchet  n'elt  fouvent  qu'un  amas  de  gra- 
vois  &  de  terre ,  fur  lef  quels  eft  pofé  le  grand  banc. 
{D.J.) 

SOUPIR,  SANGLOT,  GEMISSEMENT  ,  CRI 
PLAINTIF,(>Sj«o/;jy//;ci.)tous  ces  mots  peignent  les 
accens  de  la  douleur  de  l'ame  ;  en  voici  la  différence 
félon  l'explication  phyfiologique  donnée  par  l'auteur 
del'hifloire  naturelle  de  l'homme. 

Lorfqu'on  vient  à  penfer  tout-à-coup  à  quelque 
chofe  qu'on  defire  ardemment ,  ou  qu'on  regrette  vi- 
vement ,  on  reffent  un  treffaillement  ou  ferrement 
intérieur  ;  ce  mouvement  du  diaphragme  agit  fur  les 
poumons,  les  élevé,  &  y  occafionneune  infpiration 
vive  &  prompte  qui  forme  \cfoupir ;  lorfque  l'ame  a 
réfléchi  fur  la  caulé  de  fon  émotion ,  &  qu'elle  ne 
voit  aucun  moyen  de  remplir  fon  defir  ,  ou  de  faire 
cefTer  les  regrets  ,  les  foupirs  fe  répètent ,  la  trifleffe 
qui  eft  la  douleur  de  l'ame,  luccede  à  fes  premiers 
mouvemens. 

Lorfque  cette  douleur  de  l'ame  eft  profonde  &  fu- 
bite  ,  elle  fait  couler  les  pleurs  ;  fi  l'air  entre  dans  la 
poitrine  par  fecoufles ,  il  fe  fait  plufieurs  inlpirations    j 
Tome  XV,  ' 


SOU  4xr 

réitérées  par  une  efpece  de  fecoufTe  involontaire  ; 
chaque  infpiration  fait  un  bruit  plus  fort  que  celui 
àxxfoupir  ,  c'eil  ce  qu'on  appelfe/à/zo/ow.  Les/a/z^/ow 
fe  fuccedent  plus  rapidement  que  les  foupirs  ,  hc  le 
fon  de  la  voix  fe  fait  entendre  un  peu  dans  Xtfamdot. 

Les  accens  en  font  encore  plus  marqués  dans  le 
gémijfement.  C'eft  une  efpece  de  fanglot  continué  , 
dont  le  fon  lentfe  fait  entendre  dans  l'infpiration ,  & 
dans  l'expiration;  fon  expreffion  confifte  dans  la  con- 
tinuation &  la  durée  d'un  ton  plaintif,  formé  par 
des  fons  inarticulés  :  ces  fons  du  gémijfement  font  plus 
ou  moins  longs,  fuivant  le  degré  de  trifleffe,  d'afflic- 
tion ,  &  d'abattement  qui  les  caufe ,  mais  ils  font 
toujours  répétés  pluficurs  fois  ;  le  tems  de  l'infpira- 
tion ell:  celui  de  l'intervalle  du  filence,  quieff  entre 
les  gémilîemens  ,  &  ordinairement  ces  intervalles 
font  égaux  pour  la  durée ,  &  pour  la  diftance. 

Le  cri  plaintif  ç{x  un  gémiffement  exprimé  avec 
force  &  à  haute  voix;  quelquefois  ce  cri  fe  foutient 
dans  toute  fon  étendue  fur  le  même  ton,  c'eft  fur-tout 
lorfqu'il  eft  fort  élevé  &  très-aigu  ;  quelquefois  aulfi 
il  finit  par  un  ton  plus  bas  ;  c'eft  ordinairement  lorf- 
que la  force  du  cri  eft  modérée.  (JD.  7.) 

Soupir  ,  f.  m.  en  Mufîque ,  eft  un  caraûere  qui  fe 
fait  ainfi  T,  &  qui  marque  un  filence,  dont  le  tems 
doit  être  égal  à  celui  d'une  noire  ou  de  la  moitié 
d'une  blanche.  Foye^  Silences,  valeur  des  No- 
tes ,  &c.  {S) 

SOUPIRAIL  ,  f  m.  (^Jrchit.)  ouverture  en  glacis 
entre  deux  jouées  rampantes  ,  pour  donner  de  l'air 
&  un  peu  de  jour  ,  à  une  cave,  à  un  cellier  ,  à  un 
aqueduc.  Le  glacis  d'un  foupirail  doit  ramper  de 
telle  forte,  que  le  foleil  ne  puiffe  jamais  y  entrer. 
{D.L) 

SovpiRklhd^ûquéduc^  (^j4rchic.  kydraul.)  on  ap- 
pelle ainfi  ime  certaine  ouverture  en  abajour ,  dans 
un  certain  aqueduc  couvert,  ou  à  plomb,  dans  un 
aqueduc  fouterrein ,  laquelle  fe  fait  d'elpace  en  efpa- 
ce  ,  pour  donner  échappée  aux  vents  qui ,  étant  ren- 
fermés ,  empôcheroient  le  cours  de  l'eau.  (  Z>.  /.  ) 

SOUPIRER,  {Lang.  franc.)  Malherbe,  Gom- 
baut ,  Sarrazin  ,  Defjjréaux  &  autres  poètes ,  ont 
employé  ce  mot  dans  une  fignification  aûive  ,  pour, 
{ïgni^tr produire  au-dehors. 

Tantôt  vous  foupiriez  mes  peines  ^ 
Tantôt  vous  chantie:^  mes  plaijîrs. 

Malh. 

Mille  efprits  abufés  en  leur  fujétion 
Vont  ibupirer  leur  flàme  éloquente  &  muette, 

Gomb. 

Tout  dort  dans  la  nature ,  &  Daphnis  feulement^ 
Privé  de  ce  repos  ,{oi.ip'ire  fon  tourment. 

Sarrafm. 

Ce  n'étoit  pas  Jadis  fur  ce  ton  ridicule 
Q^u  amour  dicloit  les  vers  que  foupiroit  Tihule. 

Defpréaux. 
Soupirer  dans  le  fens  de  defirer  pajionnément ,  re- 
chercher avec  ardeur,  fe  met  avec  la  prépofition 
après  &Lpour.  Jejbupire  après  ma  délivrance  ;  comme 
la  h'ichcfoupirc  après  le  courant  des  eaux,  ainfi  mon 
ame  foupire  après  vous  ,  ô  mon  Dieu.  Port  royal. 
C'eft  une  chimère  que  de  foupirtr  pour  des  richefles 
qui  ne  font  poiat  le  prix  de  la  vertu,  &  qu'on  n'em- 
porte point  dans  la  tombe.  (Z>.  /.) 

SOUPLE,  adj.  (^Grarn.)  maniable  ,  flexible,  qui 
cède  facilement  fous  l'adion  des  doigts,  &  qui  n'y 
excite  aucune  fenlation  de  roideur  &C  de  réliftance. 
On  rend  les  peaux  /ouples  en  les  maniant;  les  jeunes 
branches  des  arbres  font  fouples;Ies  reiîbrts  minces 
(ont Jbuples  :  on  dit  au  figuré, un  caradfere/t>/i'/'/<:  ,un 
efynt  Jbuple ,  une  hvimQur  JbupU.  Celui  qui  a  de  la 
foupleffe  fe  plie  facilement  à  tout  ce  que  les  circonf- 

Fffij 


412 


sou 


sou 


tances  exîftcnt ,  &:  s'avancera  rapidement. 

Souple,  {Miràhal.)  un  c\\ç\Àfouplc,  cft  ccku 
qui  a  les  mouvemcns  lians  &C  vits. 

SOUPLESSE,  1".  f.  (Gram.)  qualité  qui  fait  appel- 
\çrJoup/e.  Voyei  Souple. 

SOUPROSE,  (^Gcos-mod.)  bourg,  que  nos  au- 
teurs quallHent  de  ville  de  France  ,  en  Galcogne,  au 
diocèletl'Acqs,  ;\  dcmi-lleue  de  la  rivière  d'Adour, 
&:  dans lui  endroit  marécageux.  {D.J.) 

SOUQUENILLE,  1".  i.  terme dt  Tnillcar;efyecede 
vêtement  do  toile  que  les  cochers  &:  les  palefreniers 
mettent  pour  fe  conferver  leurs  habits  en  penfant 

leurs  chevaux.  ,      ,    ,    _ 

SOUR,  {Gcog.  riiod.)  ville  rumce  de  la  Turquie 
afiatique  ,  dans  la  Syrie  ,  fur  le  bord  de  la  mer  ;  les 
tables  arabiques  la  placent  dans  le  troifieme  climat , 
Ibus  le  68  degré  30  minutes  de  longitude, Jk  fous  le 
32  degré  40  minutes  de  A:«rK^£  feptentrionale. 

Cet^te  place  n'ef^  autre  chofe  que  les  ruines  de  la 
fiimeufe  Tyr  ;  le  fultan  des  Mamclucs  d'Egypte 
l'ayant  prife  en  1 291  fur  les  Francs  ,  la  démolit 
de  fond  en  comble.  La  mer  bat  jufques  dans  fcs  rui- 
nes. Son  port  eft  rempli  d'écueils,  de  fable,  &:  de 
roches.  On  ne  trouve  dans  toute  la  campagne  voi- 
fine  que  quelques  cabanes   de  pêcheurs  maures. 

(D.J.) 

SOURBASSIS  ,  f.  f.  (Soierie.)  ce  font  les  foies  de 
Perfe  les  plus  fines  ,  &  de  la  meilleure  qualité  ,  de 
toutes  celles  que  l'on  tire  du  Levant.  Il  y  en  a  de 
blanches  &  de  jaunes  ,  mais  toutes  ordinairement 
grèges  &  enmataffes.  L'empilage  ei\  en  maiîe,  & 
chaque  balle  contient  cent  vingt  mafles.^  Le  plus  grand 
commerce  s'en  fait  à  Smirne,  où  elles  font  apportées 
de  Perfe  par  caravannes.  On  en  tire  aufli  d'Alep,  & 
de  quelques  autres  échelles  du  Levant.  Il  en  vient  en- 
core une  allez  grande  quantité  parle  retour  des  vaif- 
feaux,queles  nations  d'Europe  envoyent  dans  le 
golfe  perfique.  Diclion.  de  coinrn.  (Z>.  /.) 

SOURCE,  f.  f.  {Phyfiqru.)  eflune  eau  qui  fort  de 
la  terre  en  plus  ou  moins  grande  quantité  ,  &  qui 
forme  les  puits  ,  les  fontaines ,  les  rivières.  Foye^ 
Fontaine  ,  Fleuve  ,  &c. 

Sources,  {Archlt.  Hydraul.)  ce  font  plufieurs  ri- 
goles de  plomb  ,  de  rocaille  ou  de  marbre  ,  qui  font 
bordées  de  moufle  ou  de  gazon  ,  &  qui  par  leurs  fai- 
nuofités  &  détours  ,  forment  dans  un  bofquet  planté 
fans  fymmétrie ,  fur  un  terreln  en  pente,  une  efpece 
de  labyrinthe  d'eau,  ayant  quelques  jetsaux  endroits 
oii  elles  fe  croifcnt.  Il  y  a  de  ces  fortes  àe/burces  au 
jardin  de  Trianon.  DavlUr.  (D.  J.) 

SOURCICLE  ,  voyei  P>.oitelet  hupé. 

SOURCILIERE,  adj.  en  Anatomu  .^  parties  rela- 
tives aux  fourclis.  Voye^  Sourcils. 

Arcades  fourcilluns  du  coronal  ;  tubérofitésy^z//-- 
cilleres  du  coronal,  yojej  CoRON AL. 

T row fourcilier ^voye^  TrOU. 

Le  mwiolQ  fourciinr  v'icnx  de  la  racine  du  nez  qui 
fe  termine  obliquement  dans  la  peau  vers  le  milieu 
du  fourcil. 

Quelques-uns  regardent  ce  mufcle  feulement  com- 
me une  portion  des  frontaux. 

SOUR  CROUTE ,  voye[  Sauer-kraut. 

SOURD  ,  adj.  celui  qui  ne  jouit  pas  de  la  faculté 
d'entendre  les  bruits  ,  les  fons.  f^oyzi  l'article  Sur- 
dité. 

Sourd,  (Critiqtufacrée^  celui  qui  efi;  privé  de 
l'ouie  ;  l'Evangile  rapporte  les  guérlfons  miraculeu- 
fes  que  J.  C  opéra  fur  des Jburds  ,  Marc  vij.jy.  mais 
fourd  eft  auffi  pris  dans  l'Ecriture  métaphoriquement 
pour  unyôwr^lpirituel,  ffiie  ,  xxix.  1^.  &  pour  ce- 
lui qui  n'etl  pas  prélent.  Non  maledicesjurdo.  Ltvit. 
XIX.  14.  Vous  ne  calomnierez  point  celui  qui  eft  ab- 
fent.  (D.J.) 

Sourd,  ad],  en  terme  d'Arithmétique  ^  fjgnifîe  un 


nombre  quî  ne  peut  être  exprliné ,  ou  bien  un  nom- 
bre qui  n'a  point  de  mcfure  commune  avec  l'unité. 
Foyei  Nombre. 

C'eft  ce  qu'on  appelle  autrement  nombre  irracioriti 
ou  incommcnfurable.  Voyci  ÏRRATIONEL  6*  INCOM- 
MENSURABLE. 

Quand  il  s'agit  d'extraire  la  racine  propofée  d'un 
nombre  ou  d'une  quantité  quelconque,  fi  cette  quan* 
tlté  n'eft  pas  une  pulfiance  parfaite  de  la  racine  que 
l'on  demande  ,  c'eft-à-dlre,  fi  l'on  demande  une  ra-- 
cine  quarréc ,  &  que  la  quantité  propofée  ne  foit  pas 
un  vralquarré;  ft  c'eft  une  racine  cube,  &  que  la 
quantité  ne  foit  pas  un  vrai  cube  ,  &c.  alors  il  eil  im.^ 
pofTible  d'affigner  en  nombres  entiers  ou  en  fraO.ions, 
la  racine  exadte  de  ce  nombre  propofé.  /-'oye^RACi* 
NE  ,  QUARRÉ,  &c. 

Quand  cela  arrive ,  les  mathématiciens  ont  coutu- 
me de  marquer  la  racine  demandée  de  ces  nombres 
ou  quantités  ,  en  les  faifant  précéder  du  fignc  radical 

v/:ainfiv/2  fignifîe  la   racln«  quarrée   de   2  :  & 

3  

1/16  ou  V :  (3)  16  fignifie  la  racine  cubique  de  16. 
Ces  racines  font  appellées  proprement  des  racines 
fourdes  ,  à  caufe  qu'il  eft  liripofTiljle  de  les  exprimer 
en  nombres  exaftement ,  car  l'on  ne  fauroit  aiîlgner 
de  nombre  entier  ou  fraftlonnalre  ,  lequel  multiplié 
par  lui-même  produife  2  ;  ou  bien  un  nombre  ,  le- 
quel multiplié  cublquement  puliTe  jamais  produire 
16. 

Il  y  a  auffi  un  autre  moyen  fort  en  ufage  aujour- 
d'hui d'exprimer  les  racines  ,  fans  fe  fervir  des  fi- 
gnes  radicaux  :  on  a  recours  aux  expofans.  Ainfi, 
comme  -r-,  x\  .v',  6'c.  figniflent  le  quarré  ,  le  cube. 
&  la  cinquième  puifîance  de  x  ;  de  même  aufîl  x^  , 
x~,xj  fignlfîent  la  racine  quarrée ,  cube  ,  &c.  dO  x. 

La  raifon  en  eft  afTez  évidente  ;car  puifque  V^  3C 
eft  un  moyen  proportlonel  géométrique  entre  i  6c 
X  ,  pareillement  j  eft  un  moyen  proportionel  arith- 
métique entre  o  &  i  ;  c'eft  pourquoi ,  comme  2  eft 
l'expofant  du  quarré  de  x,  ^  fera  l'expofant  de  fa  ra- 
cine quarrée  ,  &c.  /^<9y£{  Exposant. 

Obfervez  aufîl  que  pour  la  commodité  &  pour 
abréger ,  on  donne  fouvent  aux  nombres  ratlonels 

la  forme    des  membres  fourds.   Ainfi  ,  v/4 ,  V^  | , 

3  

V^27 ,  &c.  fignlfîent  2,1,3,  &c. 

Mais  quoique  ces  racines /o«ri(.'5,quand  elles  le  font 
véritablement,folent  inexprimables  .^n  nombrcs,elles 
font  néanmoins  fufceptlblcs  des  opérations  a'-ithméti- 
ques,  telles  que  l'addition,  la  fouftra6tlon,lamuIvipli- 
cation  ,  &c.  Un  algébrifte  ne  doit  pas  ignorer  avec 
quelle  facilité  on  peut  les  foumettre  à  ces  opéra- 
tions. 

Les  quantitésyÔ7^/-^M  font  fimples  ou  compofées. 

Les  fimples  font  exprimées  par  un  feul  terme,  corn* 
J 

me  Vz. 

Les  compofées  font  formées  par  l'addition  ou  la 

fouftradlon  des  fimples  irrationels  :  comme  V  s   -J- 


Vs/.  ^5  —  X"^  i^onV^j  +  i/r  ;  cette  dernière 
fignifie  la  racine  cubique  de  ce  nombre  ,  qui  eft 
le  réfulîat  de  l'addition  de  7  à  la  racine  quarrée  de  2. 
Réduire  les  quantités  rationelles  à  la  forme  de 
racines  fourdes  quelconques  propofées.  Elevez  la 
quantité  rationelle  au  degré  marqué  par  l'expofant 
de  la  puiffance  de  l'irrationelle  ou  fourde,  &  endiite 
mettez  au-devant  le  figne  radical  de  la  quantité/'^wr^* 
propofée.   Ainfi ,  pour  réduire  û  =  10  à  la  forme  de 

v/ 1  5  =  /> ,  quarrez  ^  =  i  o  ;  &  le  faifant  précéder  du 

figne  radical  ,  ou  aura  de  cette  manière   V^aa  = 

V^ioo,  qui  eft  la  forme  de  la  quantitéyo«r^j  deman- 
dée 


sou 

À   

De  mcmc  s'il  falloit  donner  h  3  la  forme  de  V^i  1; 

ilfaudroit  élever  3  à  fa  quatrième  piiiffance,  &met- 

4 

tant  au-devant  le  figne  radical  ,  on  auroit  V^S  i   ou 

81  ■*  ,  cv.i  a  la  même  forme  que  V^iz. 

Et  par  ce  moyen ,  une  fmipîe  ùzâïonfoun^e ,  dont 
le  figne  radical  n'affefte  que  l'un  de  fes termes,  peut 
Dire  changée  en  un  autre  ,  do-nt  le  numérateur  6l  le 
dénominateur  foient  aifedés  du  fuine  radical.  Ainfi, 


fe  réduit 


à   ]/tT  & 


3  —  revient  k  \/  !t< 

Va  T~ 


3Îi  le  figne  radical  afFefte  le  numérateur  &  le  déno- 
ininateur. 

Réduire  les  irrationels  fimpîes  ,  qui  ont  des  fignes 
■adicaux  diffcrens,  &  que  l'on  appelle  irrationels  hé- 
:ér0£enes  ,  à  d'autres  qui  peuvent  avoir  un  figne  ra- 
dical commun  ,  ou  qui  font  homogènes^  Multipliez 
es  expofans  l'un  par  l'autre,  &  élevez  mutuellement 
a  puilfance  de  l'un  au  degré  de  l'expofant  de  l'autre: 

linfi  pour  réduire  V an  &  Vbb  à  un  figne  radical 

:ommun  ;  multipliez  l'expofant  2  du  radical  V aa 

4 

>ar  l'expofant  4  du  radical  Vbb ,  &  élevez  en  me- 
né tems  la  puiffance  aa  du  radical  Vaa   au   qua- 

s  2 

rieme  degré  ,&  vous  aurez  V<i'^  =  Vauipareil- 

4 

ement  multipliant  l'expofant  4  du   radical  Vbb 

tar  l'expofant  i  du  radical  Vaa ,  vous  élèverez  la 

4 

miffance  bb  du  radical  Vb  b  au  fécond  degré  ,  ce 

8  4 2 4 

!ui  donnera   Vb*    =    Vbb;  zinCi  Vaa  &C\/bb  fe 

s  s 

rouvent  transformés  en  Va.'^  &  Vb*  qui  ont  un 
ignc  radical  commun. 

Pour  réduire  les  irrationels  aux  plus  petits  termes 
)Oifibles,  divifez  la  quantité yôwr^e  par  quelqu'une 
les  puifTances  des  nombres  naturels  i  ,  2,3,  4  , 
yc.  de  même  degré  que  l'expofant  du  radical ,  pour- 
vu que  cela  puiffefe  faire  fans  aucun  refte,  en  em- 
)loyant  toujours  la  plus  haute  puiffance  pofTibîe  : 
mettez  enfuite  la,  racine  de  cette  puilFance  au-devant 
lu  quotient  ou  de  l'irrationel  ainfi  divifé  ,  vous  au- 
ez  une  nouvelle  quantité  fourde  ,  de  même  valeur 
]ue  la  première  ;  mais  en  termes  plus  fmiples.  Ainfi 

/  \Gaab  ^  en  divifant  par  16  aa  ^  &  faifant  précé- 

1er  la  racine  4^ ,  fera  réduite  à  celle-ci  Aa  V  b  ;  Se 


/12  s'abaiffera  à  iV}.  de  même  Vcb^r  s'abaif- 

tehbVcr. 

Cette  réduâion  eu  d'un  grand  ufage  partout  où 
'on  peut  la  faire  :  mais  fi  on  ne  peut  pas  trouver  , 
pour  un  divifeur  ,  des  quarrés  ,  des  cubes  ,  des  quar- 
rés  quarrés ,  cherchez  tous  les  divifeurs  de  la  puif- 
fance de  l'irrationelle  propofée  ,  &  voyez  enfuite  fi 
quelqu'un  d'eux  efl  un  quarré ,  un  cube  ,  &c.  ou  une 
puiffance  telle  que  le  figne  radical  l'indique  :  fi  l'on 
en  peut  trouver  quelqu'un ,  que  l'on  s'en  ferve  de  la 
même  manière  que  ci-deffus  ,  pour  dégager  en  par- 
tie du  figne  radical  la  quantité  irrationelle  :  fi  l'on 

propofe  ,  par  exemple  ,  la  quantité  Vz  8  8  ;  parmi 
("es  divifeurs  on  trouvera  4, 9,  16,  36^  144;  par 
lefquels  divifant  288  ,  on  a  les  quotiens  72,32,  1 8 , 

8 ,  &  2  ;  c'eft  pourquoi  au  lieu  de  Vz  8  8  ,  on  peut 

mettre  2  Vji,  ou  3  V^32,  ou  4  y/i  8  ,  ou  6  VS, 

^w  enfin  ixV  z;  &  l'on  peut  faire  la  même  chofc  en 


S  O  U  4^3 

algèbre;  mais  pour  eonnoître  le  calcul  entier  des  irra^ 
tionels,vo7^;j  l'algèbre  de  Kevicy  &un  grand  nombre 
d'autres  ouvrages  fur  le  même  fujet.  Chamhers.  (E) 

Sourd  ,  on  donne  cenom  dans  dirTérentef'pro- 
vinces  de  France  à  la  falamandre  terreltre./^cyq  Sa- 
lamandre. 

Sourd,  couteau  ^  terme  de  Connyeur;  un  couteau 
fourd,  eil  une  efpece  de  plane  qui  n'eftpas  extrême- 
ment tranchant ,  qui  leur  fert  à  préparer  leurs  cuirSb 

Sourd  ,  (  Joaillerie.  )  les  Joailliers  difont  qu'une 
pierre  elî  fourde^  qu'elle  a  cue'quechofe  de  /.w^  , 
quand  elle  n'a  pas  tout  le  briliant  &  tout  l'éclat  que 
les  pierres  d'une  femblable  efjsece  doivent  avoir 
pour  qu'elles  foient  parfaites. Les  pailles  &  les  glacçs, 
cfui  font  de  grands  défauts  dans  les  pierres  précieu- 
les  ,  &  un  certain  oeil  fombre ,  obfcur  &  brouillé 
que  d'autres  ont  quelquefois  ,  font  proprement  le 
Jourd  de  la  joaillerie.  (ZP.  J.  ) 

SOURDE ,  COUCHE  ,  (  Jardinage.  )  Foye^  Côu* 
GHE. 

Sourde  lime ,  f.  f.  (  terme  de  Serrurier.  )  on  anpelle 
limejourdz  ,  celle  qui  ne  fait  point  de  bruit.  Elle  ell 
toute  enveloppée  de  plomb  ,  &  le  manche  même ,  de 
forte  qu'il  n'y  a  que  la  partie  qui  lime  qui  foit  dé- 
couvene.  Elle  fert  à  couper  fans  bruit  les  plus  gref- 
fes barres  de  fer  ,  pourvu  qu'on  les  enveloppe  auiïi 
de  plomb ,  n'y  laiffant  rien  de  découvert  que  pour 
le  jeu  de  la  lime.  Le  plomb  ,  qui  eft  fort  doux  ,  em- 
pêche le  trémouffement  des  parties  du  fer  qui  caufe 
le  bruit ,  de  m.ême'  que  la  main ,  quand  on  la  met 
fur  une  cloche  qu'on  frappe.  (Z?. /.) 

SOUIIDELINE  ,  i.  f.  (  Mufiq.  infirum.  )  inffru- 
meni  de  mufique  à  vent  ;  c'efl;  une  efpece  de  mufette, 
qu'on  appelle  aniTi  fumpogne  ,  &c  qui  étoit  autrefois 
d'ufage  en  Italie. Elle  eft  différente  de  nos  mufettes,en 
ce  qu'elle  a  quatre  chalumeaux  avec  pluiieurs  trous 
garnis  de  boèîes  ,  qui  fervent  à  les  ouvrir  6c  fermer , 
6i.  qui  s'avancent  ou  fe  reculent  par  le  moyen  de  pe- 
tits refforts.  On  a  attri!)ué  l'invention  de  hfourdeiine 
à  Jean-Baptifte  Riva  ,  à  dom  Julio  &z  à  Vincenze. 
(Z>./.) 

SOURDINE  ,  (.  f.  {  Fortification.  )  bruit  fourd 
qu'on  fait  faire  à  une  trompette  pour  qu'il  s'étende 
moins  loin.  On  le  fert  pour  cet  effet  d'un  morceau 
de  bois  qu'on  introduit  dans  l'ouverture  de  la  trom- 
pette ;  il  ell:  percé  tout  du  long  ;  il  fert  à  rétrécir  l'ou- 
verture de  cet  inflrument ,  ce  qui  en  étouffe  le  fon. 
Foyci  TROiMPETTE,  (  Q  ) 

Sourdine  ,  f.  f.  (^  Horlogerie .  )  c'eft  une  pièce  de 
la  cadrature  d'une  montre  à  répétition  ,  voye^  SX 
fig.  &  Planches  de  l  Horlogerie^  difpofée  de  façon  que 
pouffant  en  dedans  la  partleJ^^,  les  tiges  des  marteaux 
frappent  contre  les  extrémités  tt  de  cette  pièce  ,  de 
forte  qu'alors  les  marteaux  ne  frappant  plus  ni  fur  le 
timbre  ni  fur  la  boëîe  ,  on  n'entend  point  fonner  la 
répétition  ,  &  l'on  n'apprend  l'heure  que  par  le  taft , 
ce  qui  a  fliit  donner  à  cette  pièce  le  nom  ù.z  fourdine. 
hes  fcurdines  ont  été  inventées  principalement  pour 
les  répétitions  à  timbre. 

Sourdine  fe  dit  encore  d'un  petit  bouton  fitué  à  la 
lunette  d'une  montre  à  répétition  ,  &  qui  répond  à 
la  partie  X  de  layôwri/«£  ,  de  façon  qu'en  appuyant 
fur  ce  bouton  ,  c'eft  la  même  chofe  que  fi  l'on  le  fai- 
foiî  fur  la  partie  X ,  au  moyen  de  quoi  les  coups  des 
marteaux  (ont  tranimis  de  même  au  dehors  ;  quel- 
quefois cette  dernière  /à^rtZ/Vit;  eft  fitaéeàla  cuvette, 
alors  elle  répond  direûement  au  marteau  qui  vient 
frapper  deffus. 

Sourdine  ^(^Unheric.)  forte  de  violon  qui  n'a 
qu'une  tablé  ,  lequel  fait  très-peu  de  bruit ,  d'oîi  hii 
vient  fon  nom.  Foye^  Violon  &c  \a  figure  de  cet  inf- 
trument,qui  eft  repréCenté  par  fa  partie  poftérieure, 
(  l'antérieure  étant  femblable  ù  celle  du  violon  )  pour 


4M 


SOU 


faire  voir  comment  le  talon  du  manche  eft  articule 
Tivec  la  barre  ab  qui  lert  de  contre-table  6c  d'ame. 
yoje^  les  fig.  &  les  PL  de  Luikcric. 

Une  autre  Jig.  reprcCente  cet  inftrument  vu  par 
ia  partie  antérieure. 

On  donne  encore  lo  nom  de  fourdlnc  à  la  petite 
plaque  d'argent  qu'on  applique  au  chevalet  d'un  inl- 
irinncnt  à  corde  pour  en  éteindre  le  l'on, 

SOURDON  ,  1".  m.  (  Conchy/iolog.  )  fur  les  côtes 
de  Poitou  &  d'Aunis  ,  on  nomme  Jourdon  un  coquil- 
lage doiu  la  coquille  e(l  à  deux  battans  &  fort  con- 
vexe ;  fa  longueur  n'a  qu'environ  14  lignes,  &  fa 
largeur  9  ou  10  lignes  ;  c'eft  une  efpece  de  peigne. 
yoj^l  Peigne, C'(v;c/r)'<?, 

La  furface  extérieure  de  cette  coquille  eft  ornée 
de  cannelures  a^fex  larges ,  à  côtes  arrondies  ,  qui 
partent  toutes  du  fomniet  ;  la  plus  grande  partie  de 
x:(.s  cannelures  vont  en  ligne  droite  à  la  baie  ,  &  les 
autres  en  fe  recourbant  un  peu,  vont  fe  terminer  au- 
dclVus  de  labafe  ;  la  furface  intérieure  de  ccite  co- 
quille elt  prefque  toute  polie  ,  c'ell-à-dire  ,  qu'elle 
ii'ol]:  cannelée  que  dans  une  bande  d'environ  une  li- 
gne de  largeur  ,  qui  règne  tout  -  autour  du  bord  de 
la  coquille,  qui  ell  blanche  ,  fur-tout  intérieurement, 
car  extérieurement  elle  elt  quelquefois  cYun  blanc 
iale.  Elle  eft  peu  épaifTe ,  dentelée  dans  fes  bords 
comme  les  dents  d'une  fcie. 

L'animal  eft  aufîî  de  couleur  blanchâtre,  quelque- 
fois variée  de  rouge  ,  de  violet ,  de  brun  &  de  jau- 
ne ;  deux  mufcles  qui  ibrtent  de  fon  corps  vers  la 
charnière  l'attachent  fortement  à  fes  deux  valves.  Il 
le  tient  dans  le  fable  ,  mais  peu  enfoncé  ;  auffi  les 
tuyaux  dont  il  fe  fert  pour  attirer  &  jetter  l'eau  font- 
ils  très-courts ,  car  le  plus  long  &  le  plus  gros  ,  qui 
eft  le  plus  éloigné  du  fommet  de  la  coquille  ,  ne  s'é- 
tend guère  à  plus  d'une  ligne  de  ion  bord.  Ces  tuyaux 
font  non-feulement  découpés  en  frange  ,  comme 
•ceux  des  palourdes  autour  de  leurs  ouvertures,  mais 
ils  ont  encore  quelques  efpeces  de  poils  au-deilbus 
de  cette  même  ouverture. 

Quoique  les  fourdons  s'enfoncent  peu  avant  dans 
le  fable  ,  ils  en  font  pourtant  couverts  entièrement. 
On  connoît  néann^oms  les  endroits  où  ils  font  lorf- 
cue  la  mer  a  abandonné  ce  terrein  pendant  fon  re- 
ilux  ,  par  les  trous  qui  paroiflent  au-deffus  d'eux,  & 
mieux  encore  par  plufieurs  petits  jets  d'eau  ;  car  ils 
pouffent  l'eau,  quelquefois  à  plus  de  deux  pies  de 
haut. 

Ce  coquillage  exécute  fes  mouvemens  progreflîfs 
par  le  moyen  d'une  plaque  ou  pié  fait  en  forme  de 
croifîant  par  le  bout.  Cette  partie  molle  a  fort  l'air 
d'un  pié-bot.  M.  de  Réaumur  vous  expliquera  le  mé- 
chanifme  qui  facilite  la  marche  duyoi^r^o/z,  dans  les 
vicmoïns  dt  racad.  des  Sciences  ,  année  lyio.  y  âge 
^5S.  avec  Us  figures.  {  D.  J.) 

SOURDRE,  V.  neut.  fortir,  jaiUir,  s'écouler.  Il 
■fe  dit  des  eaux,  des  ruiffeaux,  des  fontaines. 

Sourdre  ,  (Marine.^  On  fe  fert  de  ce  terme 
pour  exprimer  la  fortie  d'un  nuage  de  l'horifon  ,  en 
^avançant  vers  le  zénith. 

Sourdre  au  vent,  (^Marine.')  c'eft  tenir  le  vent, 
&  avancer  au  plus  près. 

SOU  RE ,  (  Géog.  mod.  )  ou  Rio  d'i  Soure  ,  petite 
ville  de  Portugal  dans  l'Eftramadure  ,  fur  une  rivière 
<ie  même  nom  ,  à  cinq  lieues  de  Coimbre,  &  à  fix  de 
Leyra.  Cette  ville  n'a  qu'une  paroiffe  ,  quatre  à  cinq 
cens  habitans  ,  &  quelques  couvens  de  religieux. 
Long.  ()•  ^.  lat-  40.  3. 

SoVREla,(^Gcog.mod.)nom  d'une  rivière  des  Pays- 
Bas,  &  d'une  rivière  d'Alface.  La  première  eft  dans 
le  Luxembourg,  &  fe  joint  à  la  Moiellc  entre  Trêves 
&  Grevemiacheren.  La  féconde  prend  fa  fource  aux 
monts  de  Volge ,  arrofe  Saverne ,  &  fe  jette  dans  le 
Mottern. 


SOU 

SouRE  ,  Rio  de ,  (  Geogr.  mod.)  anciennement  Jn- 
eus  ,  rivière  de  Portugal  dans  l'Eftramadure.  Elle  fort 
du  mont  Sierra  de  Ancaon ,  &  fe  perd  dans  le  Mon- 
d.go.  (  D. ./.  ) 

SOU  RICIERE ,  en  terme  de  Laje'der,  c'eft  une  boëte 
ou  un  piège  oii  les  fouris  fe  prennent  fans  pouvoir 
en  fortir.  11  y  en  a  à  bafcule  ,  de  natte ,  &  à  panier. 
f^oje^  chacun  de  ces  termes. 

Souricière  a  bascule  che^  les  Layetiers,  eft  un 
petit  coffre  quarré  fermé  de  tous  côtés  ,  excepté  par 
un  bout,  qui  eft  comme  une  efpece  de  trape  qui  s'é- 
lève par  le  moyen  d'une  bafcule  dont  il  eft  garni ,  & 
qui  eft  retenue  très-foiblement  par  un  crochet  qui  ré- 
pond à  l'appât  qu'on  a  eu  loin  de  luipendre  dans  la 
fourii'ure  ;  cnforte  que  quand  l'animal  vient  pour  y 
mordre  ,  la  baicule  tombe  &;  l'enferme. 

Souricière  a  natte,  c'eft  en  Layeteriewn  petit 
coffre  fur  lequel  eft  un  panier  de  fil  de  fer  dont  l'ou- 
verture va  toujours  en  diminuant ,  &  fe  termine  par 
des  pointes  qui  empêchent  l'animal  de  fortir. 

Souricière  a  panier,  c'eft  clu?^  Us  Layetiers  une 
fimple  planche  garnie  d'un  panier  comme  la.  fouriciere 
à  natte,  l^'oye^  SOURICIERE  A  NATTE. 

SOURIQUOIS,  LES  ,  (  Géogr.  mod.  )  peuples  de 
l'Amérique  feptentrionale  dans  la  nouvelle  France  , 
où  ils  habitent  l'Acadie.  Ils  vivent  de  poiffon  en  été, 
&  de  venailon  en  hiver.  Ils  obéiffent  à  des  chefs  qu'ils 
nomment  fagamos  ,  6c  n'ont  nulle  forme  de  religion. 
{D.J.) 

SOURIS  ,{".  f.  (^  ^'fi-  ^'^^'  Zoologie.  )  mus  mlnor  ; 
animal  quadrupède  qui  a  environ  trois  pouces  &  de- 
mi de  longueur  depuis  le  bout  du  mufeau  jufqu'à  la 
queue  ;  qui  eft  longue  de  trois  pouces  un  quart.  La 
jr>nris  ne  diffère  du  rat  qu'en  ce  qu'elle  eft  plus  petite, 
qu'elle  a  la  queue  plus  velue ,  &  le  poil  plus  court 
ik  plus  doux ,  de  couleur  mêlée  de  jaunâtre  &  de 
cendré  noirâtre  fur  le  deffus  du  corps  ;  le  deffous  & 
lesquatre  jambes  font  de  couleur  jaunâtre  ;  avec  quel- 
ques teintes  de  cendré  :  ces  couleurs  varient  ;  &  il  y 
a  des  fouris  entièrement  blanches.  Ces  animaux  pro- 
duif  ent  dans  toutes  les  faif bns ,  &  plufieurs  fois  par 
an.  Les  portées  ordinaires  font  de  cinq  ou  de  fix  ;  en 
moins  de  quinze  jours  les  petits  fe  difperfent  &  vont 
chercher  à  vivre  ;  aufîi  la  durée  de  leur  vie  eft  fort 
courte.  Tous  les  oifeaux  de  nuit ,  les  chats  ,  les  foui- 
nes ,  les  belettes  ,  les  rats  même  ,  leur  font  la  guerre. 
L'efpece  dçsj()wis  eft  généralement  répandue  en  Eu- 
rope ,  en  Afie,  &c  en  Afrique  ;  on  prétend  que  celles 
qui  font  affuellement  en  grand  nombre  en  Amérique, 
y  ont  été  apportées  de  l'Europe.  Il  paroît  qu'elles 
fuient  les  pays  inhabités,  &  qu'elles  fuivent  l'homme 
par  l'appétit  naturel  qu'elles  ont  pour  le  pain,  le  fro- 
mage ,  le  lard ,  l'huile  ,  le  beurre ,  &  les  autres  ali- 
mensque  l'homme  prépare  pour  lui-même.  HiJI.  nat, 
gen.  &  part.  tom.  VIL  Foye^  QUADRUPEDE. 

SouRîS,  (  Mctt.  med.)  Les  Pharmacologiftes  ont 
célébré  comme  m.édlcamenteu{es  plufieurs  parties  & 
préparations  de  \a  fouris ,  la  chair ,  la  peau ,  le  fang  , 
la  cendre,  &  cela  fort  arbitrairement,  à  leur  ordir 
naire. 

La  feule  matière  fournie  par  la  fouris^  qui  a  confer- 
vé  juiqu'à  prélent  le  titre  &  l'emploi  de  médicament  y 
c'eft  fa  fiente  ,  connue  principalement  chez  les  Phar- 
macologiftes fous  le  nom  de  mnfurda  ,  &  encore  fous 
le  nom  ridicule  ôi'album  nigrum  ,  forgé  apparem- 
ment en  prenant  pour  un  nom  générique  celui  d'd/- 
hum  ,  fpécifié  par  l'épithcte  de  grœcum  dans  im  des 
noms  Icientiliques  ou  myftérieux  que  porte  la  fiente 
de  chien,  vojc{  Chien,  Mat.  med. 

La  fiente  defouns  eft  mifc  au  rang  des  purgatifs 
par  la  plupart  des  auteurs  de  matière  médicale  ,  &- 
par  quelques-uns  ,  môme  par  Juncker,  par  exemple, 
au  nombre  des  émétiques  ,  mais  véritablement  des 
cmétiques  hors  d'ufage,  EttmuUer  dit  qu'elle  lâche 


sou 

admirablement  &  doucement  le  ventre.  C'ell  dans 
quelques  pays  un  remède  de  bonne  fcnamc  pour  pur- 
E;er  les  enlans  :  on  leur  en  donne  depuis  le  poids  d'un 
grain  juiqu'à  deux  en  fubftance  dans  de  la  bouillie  , 
>u  celui  de  cinq  ou  fix  grains  broyés  avec  du  lait , 
lu  on  paffe  «nfuite  à-travers  d'un  linge.  La  dofe  pour 
es  entans  un  peu  plus  forts,  efl  de  fept  à  huit  grains. 
>ept  h  huit  crotins  de  Jburis  (ont  un  puiffant  purgatif, 
nême  pour  les  adultes,  &  qui  eft  Spécialement  re- 
rommandé  pour  ouvrir  le  ventre  dans  la  palhon  ilia- 
^he.  Ces  ufages  n'étant  point  fondés  fur  des  obfer- 
'ations  journalières,  peuvent  être  regardées  comme 
iifpefts  ;  mais  on  peut  employer  la  fiente  de  fouris 
vec  moins  de  circonfpeftion  dans  les  fuppofitoires 
'<.  les  lavemens  irritans,  où  elle  paffe  pour  faire  très- 
»ien.  Il  eft  encore  vraiffemblable  qu'elle  eft  réelle- 
nent  déterfive ,  réfolutive  &  defficative  dans  l'ufage 
extérieur.  (  ^  ) 

Souris  d'Amérique  ,  petit  animal  quadrupède. 
I  a  environ  trois  pouces  de  longueur  depuis  le  bout 
lu  mufeau  jufqu'à  la  queue  ,  qui  eft  longue  de  trois 
louces  huit  lignes.  Le  mufeau  eft  un  peu  pointu;  les 
•reilles  font  grandes  &  larges  ;  le  poil  elt  d'un  bai- 
ouge  clair.    Regn.   anim.p.  lyz. 

Souris,  f,  f .  (^urme  dcCcé^cufe.  )  les  coëffeufes 
>nt  nommé  fouris ,  une  fauffe  coëffe  qu'elles  mettent 
ous  les  deux  autres  lorfqu'on  coéffe  à  trois  rangs  ;  il 
l'y  a  que  deux  de  ces  coéffes  qui  foient  complettes  & 
yent  des  barbes  ;  la  troifieme  n'eft  qu'une  fauffe 
oëffe  fans  fond ,  ni  barbe;  c'eft  celle  que  les  linge- 
es  &  coëffeufes  appellent  fouris  :  elle  a  feulement 
[uelques  plis  fur  le  front  comme  les  autres  ,  &  {es 
leux  bouts  viennent  fe  perdre  fur  les  tempes  fous  la 
éconde  coëffure,  (^D.  J.) 

Souris  ,  gris  de  fouris  ,  (  Marcchallerie.  )  poil  de 
:heval.  C'eft  une  nuance  de  poil  gris  ,  laquelle  eff 
le  la  couleur  du  poil  d'une /o«r«. 

h^  fouris  eff  auiïl  un  cartilage  qui  forme  le  devant 
les  nafeaux  du  cheval ,  &  qui  l'aide  à  s'ébrouer. 
^oye{  Ebrouer. 

Souris  ,  ou  Sourire  ,  f.  m.  (  Phyfiolog.  )  c'eft  un 
is  léger  ;  il  fe  fait  lorfque  dans  les  mouvemens  de 
'ame  doux  &  tranquilles  ,  les  coins  de  la  bouche 
'éloignent  un  peu  fans  qu'elle  s'ouvre  ,  les  joues  fe 
;onflent  ,  &  forment  dans  quelques  perfonnes ,  par 
me  efpece  de  duplicature  un  léger  enfoncement  en- 
te la  bouche  &  les  côtés  du  vifage ,  qse  l'on  appelle 
zfojfette,  qui  produit  un  agrément  dans  les  jolies 
)er{onnes.  hefouris  eft  une  marque  de  fatisfadion  in- 
érieure  ,  de  bienveillance  ,  d'applaudiffement.  Il  eft 
.^rai  que  c'eft  aufîi  une  façon  d'exprimer  le  mépris, 
l'infulte  &  la  moquerie  ;  mais  dans  un  Jburis  malin  on 
'erre  davantage  les  lèvres  l'une  contre  l'autre  par  un 
mouvement  de  la  lèvre  inférieure.  Lejouris  d'appro- 
bation &  d'intelligence  eft  un  des  plus  grands  char- 
ines  de  l'objet  aimé,  fur-tout  quand  ce  charme  vient 
d'un  contentement  qui  a  fa  fource  dans  le  cœur.  En- 
in,  il  y  a  des  fouris  d'affurance  ,  d'admiration  ,  de 
doute.  Le  fouris  d'Abraham  ,  quand  Dieu  lui  promit 
un  fils  ,  n'étoit  pas  un  fouris  de  doute  ,  mais  de  fa- 
tisfaftion,  d'admiration  &  de  reconnoiffance.(Z>.  7.) 

SOURSOMMEAU  ;  (  terme  de  Bahutur.  )  c'eft  le 
ballot  qu'on  met  dans  l'entre-bas  fur  les  deux  ballots 
qui  compofent  la  fomme.  La  fomme  ordinaire  eft 
compofée  de  deux  ballots  ou  de  deux  paniers ,  mais 
fort  (ouvent  on  ajoute  le  fourfommeau ,  qui  elt  un  troi- 
fieme petit  panierou  ballot  que  l'on  met  fur  les  deux 
autres  dans  l'autre  bas.  (  D.  J.  ) 

SOUS  ,  (  Géog.  mod.  )  nom  commim  à  quelques 
villes,  i**.  C'eft  un  des  noms  de  la  célèbre  Sulës  ,  ca- 
pitale de  la  Sufiane.    f^oye[  SusES. 

2°.  Sous  furnommée  AUifa ,  eft  une  ville  de  Mau- 
ritanie ,  dans  la  partie  la  plus  occidentale  de  l'Afri- 
que, furies  bords  de  l'Océan  atlantique,  au  pic  du 


SOU 


41 5 


mont  Atlas  ,  fous  le  i5.  2,0.  de  longitude ,  &  fous  le 
j  2.  de  Latitude  feptentrionale ,  félon  les  tables  arabi-^ 
ques  de  Naffir-Eddin  &  d'Ulugbeg. 

^  3°.  Sous  ou  Souis  des  Arabes,  eft  la  même  ville 
d'Egypte  que  nous  appelions  ordinairement  Sue^  , 
voy*;^  Suez.  (D.J.^ 

SOUSA  ,  Province  de  ,  ou  SoUSE  ,  (  Giog.  mod.  ) 
province  d'Afrique  ,  dans  la  Barbarie,  au  royaume 
de  Tunis.  Elle  a  pris  fon  nom  de  fa  capitale. 

SousA ,  (  Geog.  mod.  )  ville  d'Afrique,  au  royau- 
me de  Tunis  ,  capitale  de  la  province  de  fon  nom  , 
fur  un  rocher  ,  près  de  la  mer.  C'eft  la  réfidence  du 
gouverneur  de  la  province  ,  à  25  milles  de  Tunis,  à 
l'oppofite  de  l'île  de  Panta'arée,  &  phis  près  delà 
Sicile  qu'aucune  autre  ville  d'Afrique.  Elle  a  un  bon 
port  ,  où  les  corfaires  de  Tunis  fe  mettent  à  l'ancre. 
Son  terroir  rapporte  de  l'orge,  des  figues  &  des  oli- 
ves ,  &  il  eft  fertile  en  pâturages.  Ce  fut  dans  le  voi- 
fmage  de  cette  place  ,  qui  n'eft  à-préfent  qu'une 
bourgade,  que  le  prince  Philibert  de  Savoie  fut  autre- 
fois défait ,  &  qu'un  grand  nombre  de  chevaliers  de 
Malte  périrent.  Long.  2.8.  ^j.lat.^6.  S4,  {D.  /.) 

SOUS-AGE,  f.  m.  (  Gram.  &  Jurifv.  )  eft  l'âge  de 
minorité  qui  eft  au-deffous  de  la  majorité  ,  qui  eft 
appelle  dans  quelques  coutumes  l'âge  par  excellence  , 
comme  étant  l'âge  parfait  requis  par  la  loi,  Voye^ 
Age  &  Agé, Majeur,  Majorité  ,  Mineur,  Mi- 
norité ,  Emancipation  ,  Bénéf.ice  d'âge.  {A) 

SOUS-AIDE ,  f.  m.  {Gram.  &  Jurifp.)  eft  une  aide 
ou  preftation  feigneuriale  que  les  fous-tenans  ou  fu- 
jets  médiats  ,  &;  les  arriere-vaffaux  doivent  au  fei- 
gneur  duquel  ils  tiennent  de  nu  à  nu,  c'eft-à  dire  im- 
médiatement ,  pour  payer  par  lui  le  droit  de  loyaux 
&  chevels-aides  au  chef-feigneur  du  fief  chevel  du- 
quel les  arriere-fiefs  relèvent  midiatement.  Foye^ 
V ancienne  coutume  de  Normandie ,  ch.  xxxv.   {A) 

SOUS-AILES ,  f.  f.  pi.  (  Archit.  )  bas  côtés  ou 
collatéraux  d'Une  ésUf  e. 

SOUS- ALLEE,  voyei  Allée. 

SOUS-ARBRISSEAU,  o«  Arbuste  ,  roye^  Ar- 
brisseau. 

SOUS-ARGOUSIN,  f.  m.{Marine.)  terme  de  ga- 
lère ,  c'eft  l'aide  de  l'argoufm. 

SOUS- A  VOUÉ,  f.  m.  {mjl.eccléf)  fécond  avoué 
d'une  églife  ou  d'un  monaftere.  Voyeikvovt. 

SOUS-BACHA ,  ou  SOUS-BACHI ,  f,  m.  (  Hifi, 
mod.')  le  fécond  après  le  bâcha;  officier  fubordonné  à 
celui-ci. 

SOUS-BAIL  ,  f.  m.  {Gram.)  ceffion  de  fon  bail  à 
un  autre ,  ou  fécond  bail  paffé  d'un  premier  tenant  à 
un  fécond.  Foye^CarticUBxih, 

SOUSBANDE,  c'eft  dans  C Artillerie  ,  une  bande 
de  fer  qui  entre  fur  un  affût  à  mortier.  Foye^  Mor- 
tier, {q) 

SOUS-BARBE  ,  (  Marine.  )  Foyei  P0RTE-BOS- 
SOIR. 

Sous  -  BARBES ,  (  Marine.  )  ce  font  les  plus  cour- 
tes étances  qui  foutiennent  le  bout  de  l'étrave  quand 
elle  eft  fur  le  chantier. 

Sous-BARBE,  {Manège.)  on  appelle  ainfi  la  partie 
du  cheval  qui  porte  la  gourmette.  Foyci  Gour- 
mette. 

SOUBARBE  ,  en  terme  d'Eperonnier .,  eft  une  partie 
de  la  bride  .de  figure  plate  ,  droite  d'un  côté  &C  taillce 
en  coude  de  l'autre.  Elle  règne  tout  le  long  du  coude, 
&  fe  termine  par  un  petit  bouton  nommé  rouleau. 
Voyei  Rouleau  ,  &  les  Planches  &  jiguns  de  l'Epe- 
ronnier. 

SouS-BARQUE,r£r/«e  de  Rivière,  quatrième  tour  de 
planches  f'ervant  à  la  conftrudion  d'un  bateau  fon- 
cet  ou  quatrième  bord. 

SOUS-BASSEMENT,  vfljK^-  Soubassement. 

Sous-bassement,  f.  m.  {Mcnuiferie.)  eft  la  par- 


4i<J 


SOU 


sou 


tie  de  lambris  qui  fe  met  devant  les  appuis  des  croi- 
fces. 

SOUSRERME,  voyei  Soubermf.. 

SOUS-BOUT  ,  f.  m.  en  terme  de  Cordonnier  ,  eft  ce 
qu'on  appelle  ta/on.  Il  cftfalt  de  petits  morceaux  de 
cuir  cloués  cnicmblc. 

SOUBRIGADlEll,  T.  m.  dans  la  Cavalerie,  eftun 
bas  oiHcier  qui  commande  fous  le  brigadier,  &  qui 
l'aide  dans  l'exercice  de  les  fondions.  Foye^  Offi- 
ciers. Cfumbers. 

SOUS-CAMÉRIER,f.  m.  (^'Z?.  mo.L)  celui  qui 
cil  fubordonné  au  camérier  ,  &  qui  fuccede  à  ÏQS 
fondions,  ^oy^f  CmviÉRIER. 

SOUSCAPULAIRE , {Anat.)\c  mufcle  foufcapu- 
Lilre  e(l  fitué  dans  toute  la  foile  JoufcapuLùre  ,  il 
vient  de  la  bafe  de  l'omoplate  &  delafoiîe/Àw/tTï/;//- 
laire ,  &  il  s'infère  par  un  tendon  demi  -  circulaire  à 
la  petite  tubérofué  qui  fe  remarque  vers  la  tête  de 
l'humérus. 

SOUS  -  CHAMBELLANS  DE  L'ÉCHIQUIER  , 
(  Hijl.  mod.  )  deux  olîiciers  de  ce  tribunal  de  Lon- 
dres ,  qui  fendent  les  tailles  ,  &:  qui  en  font  la  Icâu- 
re ,  afin  que  le  clerc  de  la  peau  &  fes  contrôleurs 
puiffent  voir  que  les  entrées  font  jultes.  Foyei^cni- 
QuiRR  ,  Taille  ,  Pells. 

C'ell  eux  aulïï  qui  font  la  recherche  de  tous  les 
aftcs  cnregillrés  à  la  tréforerie  ,  &  qui  font  cha.-gcs 
de  la  garde  du  grand  cadallre  ou  terrier  d'Angleterre. 
Foyel  Chambellan. 

SOUS-CHANTRE ,  f.  m.  {Hijl.  eccUj)  efl  un  of- 
ficier de  chœur  qui  officie  à  la  place  du  chantre.  Foye^ 
Chantre. 

SOUS-CHERIF,  voje^ScHERiF. 

SOUS-CHEVER  ,  v.  ad.  (  Carrier.)  c'eft  couper 
la  pierre  en-deffous  avec  le  marteau  appelle  Yejje ,  & 
la  féparer  du  banc  qui  eft  inférieur. 

SOUS-CHEVRON  ,  f.  m.  {Archit.)  pièce  de  bois 
-d'un  dôme ,  ou  d'un  comble  en  dôme  ,  dans  laquelle 
efl:  aflcmblé  un  bout  de  bois  appelle  clé ,  qui  retient 
deux  chevrons  courbes.  ÇD.j.) 

SOUSCLAVIER  ,  re  ,  adj.  en  Anatom.  fe  dit  des 
parties  fituées  fous  la  clavicule.  A'oyc^  Clavicule. 

Ce  mufde  fou/clavier  s'attache  fous  la  portion  hu- 
mérale  de  la  clavicule,  &  fe  termine  à  la  première 
côte. 

Les  zriçrQS  Joufclavieres  font  au  nombre  de  deux  , 
l'une  à  droite  ,  l'autre  à  gauche  ,  elles  naiflcnt  de  l'ar- 
cade de  l'aorte  ,  échangent  de  nom  loriqu'elles  font 
parvenues  au  -  delfus  du  milieu  de  la  première  vraie 
côte. 

IS^viQrc  foufclaviere  droite,  qui  eft  la  plus  grolTe  & 
I;î  plus  longue  des  deux  ,  jette  au  mediallin ,  au  thi- 
inu:, ,  au  péricarde ,  &  aux  larinx,  &€.  des  petites  ar- 
tères, fous  le  nom  de  médiajlines  ,  thy /niques  ^  pericar 
dines  ,  &  trachéales.  Foyei  MÉDIASTINE  ,  Tu  YMI- 
QUE  ,  &C. 

La  foufclaviere  droite  produit  à  un  bon  travers  de 
doigt  de  fon  origine  ,  la  carotide  droite ,  à  peu  de  dii- 
tance  de  la  carotide  ,  elle  donne  ordinairement  qua- 
tre rameaux  ,  qui  font  l'artère  mammaire  interne  , 
t'artere  cervicale,  l'artère  vertébrale,  &quelquefois 
ântercoftale  fupérieure.    Foyei  Artère  Mammai- 

HE  ,  CERVICALE,  VERTEBRALE,  6-C. 

Lz  foufclaviere  gauche  fe  diilribue  ii-peu-près  de  la 
inême  manière  que  la  foufclaviere  droite.  , 

La  vt'inejoufclaviere  droite  ell:  fort  courte,  elle  eft 
formée  par  le  concours  des  veines  vertébrales  ,  ju- 
pulaire  interne  ,  jugulaire  externe ,  ccphalique  ,  «S: 
exillaire    ^oye^  Vertébrale,  fi**:. 

La  veine  fou/i:laviere  gauche  efl  plus  longue,  outre 
les  veines  vertébrales,  jugulaires,  &c.  elle  reçoit  le 
canal  thorachique  ,  les  veines  pedtoralcs,  les  inter- 
coftales  fupérieurcs.  Fryci  Thorachique  ,  Ptc 
TOKAL,  &c. 


SOUS-CLERC  ,  f.  m.  (  Gmm.  )  qui  eft  fubordort- 
né  au  clerc,  &  qui  travaille  fous  lui, 

SOUSCLOISON,  enAnatornic^ie  dit  d'une  colon- 
ne graifîeuie  ,  appliquée  au  bord  inférieur  de  la  cloi- 
fon  cartilagineufe  des  narines.   ^a>'e{NEZ. 

Les  mufcles  de  la  foufcloifon  font  des  fibres  char- 
nues qui  partent  de  \a  foufcloifon  ,  &  s'uniffent  aux  fi- 
bres de  l'orbiculaire  des  lèvres. 

SOUS-COMITE  ,  f.  m.  terme  de  Galère  ,  nom  de 
celui  qui  fait  aller  le  quartier  de  proue ,  qui  eft  entre 
l'arbre  de  meftre ,  6i.  l'arbre  de  trinquet. 

SOUSXONTRAIRE ,  adj.  {Géom.)  lorfquedeux 
triangles  femblables  font  placés  de  fitçon  qu'ils  ont 
un  angle  commun.  Foy.iFl.de  Géomfg.^t\.^  au  fom* 
met,  fans  que  leurs  bafes  l'oient  parallèles  :  on  dit 
qu'ils  ont  une  pofuion  fous-contraire  ;  dans  ce  cas  , 
l'angle  B  q^  =  A  .,  6l  l'angle  D  =  C.  ^^V^ê^;  Anti- 
parallèle  ,  au  mot  Parallèle. 

Si  le  cône  fcalène  B  F  D  eft  tellement  coupe  par 
le  plan  CA  ^  que  l'angle  en  C  foit  égal  à  l'angle  en  Z>, 
le  cône  eft  dit  alors  être  coupé  d'une  manière  fous- 
contraire  à  la  bafe  B  D.  Charniers.  {£  ) 

SOUS-COSTAUX  ,  0.7  Inter- COSTAUX  îjeVe- 
RHEYEN  ,  en  Anatornie,  nom  des  m.ufcles  fitués  fous 
les  côtes.  Foyei  CÔTES. 

Ces  mufcles  fe  remarquent  à  la  face  interne  des  cô- 
tes ,  &  viennent  de  la  6  ,  7  ,  8  ,  ou  9^  des  côtes ,  vis- 
à-vis  de  leur  angle  ,  &C  fe  terminent  à  la  côte  fupé- 
rieure fuivante,  &  quelquefois  à  la  quatrième. 

Ces  mufcles  avoientdéja  été  décrits  parEuftache, 
fuivant  que  l'obierve  Mort^ani. 

SOUSCRIPTION  ,  (  Cram.  &  Jurifpr.  )  eft  l'ap- 
pofition  d'une  fignature  au-deffus  d'un  écrit;  foufcri- 
re  une  promefle  ou  billet ,  c*eft  le  figner.  FoyeiSi- 
gnature,  {a) 

Souscription,  f.  f.  (fonds  en  Anf^leterre  )  ce  mot 
fe  dit  en  Angleterre  de  l'mtérêt  que  les  particuliers 
prennent  dans  un  fonds  public  ,  ou  dans  un  élablifl'e- 
ment  de  commerce ,  en  fignant  lur  un  regiftre  pour 
combien  ils  veulent  y  prendre  part.  Prefque  toutes 
les  grandes  affaires  le  font ,  dans  ce  pays-là  ,  par  voye 
de  foufcription  ,   èc  c'eft  une  excellente  méthode. 

Souscription  ,  f.  f.  (  Commerce.)  c'eft  l'engage- 
ment qiie  celui  qui  lou'.crit  un  bill°t,letrre-de-chan- 
ge  ,  promefie  ,  ou  obligation  ,  prend  en  y  ajoutant 
fa  fignature  ,  d'être  la  caution  de  celui  qui  les  a  faits, 
de  payer  pour  lui  les  fommes  qui  y  font  contenues, 
&  d'acquitter  toutes  les  clauies  qui  y  lontfpéciiîées, 
enforte  que  celui  ou  ceux  au  profit  de  Iquels  leldits 
billets,  lettres-de-change  ,  promeftes  ck  obligations, 
ont  autant  de  débiteurs  tenus  de  l'acquit  de  leur  det- 
te, 6c  de  l'exécution  des  engagemens  pris  dans  ces 
aûes ,  qu'il  y  a  de  perfonnes  qui  y  ont  mis  leur  figna- 
ture, o\x  foufription  ;  on  ne  demande  des  foufcrlp' 
lions  que  pour  plus  de  fûretc;  c'eft  un  vrai  caution- 
nement, ^avary.    (Z>.  7.) 

Souscription  ,  dans  le  commerce  des  livres.,  ligni- 
fie l'obligation  de  prendre  un  certain  nombre  d'exem- 
plaires d'un  livre  qu'on  doit  imprimer  ,  &  une  obli- 
gation réciproque  de  la  part  du  libraire  ,  ou  de  l'é- 
diteur ,  de  délivrer  ces  exemplaires  dans  un  certain 
tems. 

Les  conditions  ordinaires  desyc>/(y'i:r/)?//<j/25  font,  du 
côté  du  libraire,  de  fournir  les  livres  à  lueilleur  comp- 
te aux  foufcripteurs,  qu'aux  autres  ,  à  un  tiers,  ou 
un  qi'ari  du  prix  de  moins  ;  &  de  la  part  des  foul- 
c.  ipteurs  ,  de  payer  moitié  du  prix  d'avance,  &  le 
ri.  i^'en  recevant  les  exemplaires  :  c'eft  un  avantage 
égnl  pou'-  l'un  Se  pour  l'autre  :  car  parce  moyen  ,  le 
libraire  a  les  fonds  nécelfaires  pour  exécuter  une  en- 
treprife  ,  qui  autrement  feroit  au-deffus  defes  forces; 
&  le  foufcripteur  reçoit  en  quelque  façon  l'intérêt  de 

fon 


sou 

Ion  argent ,  par  le  prix  modère  qu'il  paye  dé  ces 
Jivfcs. 

Les  foufcriptions  tirent  leur  origine  d'Angleterre  ^ 
&  ce  n'cfi  que  depuis  peu  qu'elles  ibnt  en  ulage  dans 
d'autres  pays:  les  pveimeres  foafcrifnons  ont  été  pro  ■ 
pelées  dans  le  milieu  du  dernier  Aecle  ,  pourTim- 
prelficn  de  la  bible  polygotte  de  \^alton  ,  qui  cft  le 
premier  livre  qui  ait  été  imprimé  pnrfoujcrifcions. 

Elles  ont  paffé  d'Angleterre  en  Hollande ,  &  com- 
mencent à  s'introduire  en  France.  La  colleftion  des 
antiquités  du  père  Monttaucon  ,  eil:  le  premier  livre 
qui  y  ait  été  publié  par  J'oujcriptions  ,  6c  le  nombre 
des  ioufcripteurs  futli  grand  ,  qu'on  en  retlifa  beau- 
coup. La  même  méthode  a  depuis  été  propofée  pour 
l'édition  de  S.  Chrilbllome,  par  les  bénédictins,  mais 
elle  n'a  pas  eu  le  même  iuccés. 

Tous  les  autres  livres  qui  ont  été -depuis  imprimés 
en  France  ,  Tp3.r  foufcripeion ,  l'ont  la  traduction  des 
vies  de  Plutarque,  par  M.  Dacier  ;  la  description  de 
Verfailles ,  &  l'hifcoire  de  la  milice  françoife ,  par  le 
père  Daniel ,  &c. 

En  Angleterre ,  Xzsfoufcripdons  font  très-fréquen- 
tes ,  &  cette  habitude  les  a  rendues  fujettes  à  quel- 
ques abus  qui  commencent  à  lesdccréditer. 

SOUS-CUTANÈ,  ÉE,  adj.  en  Ancuomki  qui  ell 
fous  la  peau  ;  les  artères  ,  les  veines  ,  les  glandes 
fcus-cittanies  ;  les  vaiffeaux  [y ïï\p\xdiûc^\(i  fous-cutanés. 

SOUSDIACONAT  ,  f.  m.  {^Hifi  ecd.)  or^lre  ec- 
cléliaftique  ,  inférieur  à  celui  de  diaconat,  &  néan- 
moins très-ancien  dans  FEglife  ,  puifque  S.  Ignace  , 
S.  C5^prien  ,  &  le  pape  Corneille  ,  en  font  mention. 
Les  foùdiacresn'étoient  pas  ordonnés  comme  les  mi- 
niilres  lacrés  ,  par  l'inipolition  des  mains  ;  &leslcho- 
lalliques  ont  douté  que  le  foûdiaconat  fut  un  facre- 
m.ent.  Dans  l'ordination  des  foùdiacres ,  i'évêque 
leur  fait  toucher  le  calice  &  la  patène;  ce  rit  eil:  éta- 
bli daiis  le  concile  de  Carîhage  iv.  &  dans  les  anciens 
pontificaux  ;  on  leur  donne  encore  la  tunique  &  le 
manipule,  &:lelivre  desépîtres;  mais  cette  cérémo- 
.Tiie  eu  plus  nouvelle.  Les  Grecs  leurs  impofent  les 
mains.  Leur  ancienne  foncfion  étoiî  de  recevoir  les 
oblations  des  fidèles,  pour  les  porter  au  diacre,  qui 
les  préfenîoit  au  prêtre ,  ou  les  mettoit  lur  l'autel  ; 
•ils  avoient  droit  d'entrer  dans  le  fan£luaire  ,  d.e  tou- 
cher les  vafes  facrés  ,  de  fervir  les  diacres  à  l'auteL 
Le  célibat  a  été  annexé  à  l'ordre  des  loûdiacres  ,  en 
Occident,  dès  le  quatrième  ûecle  ;  en  Orient,  ils 
n'y  ont  pas  plus  été  obligés  que  ceux  qui,étoient  dans 
les  ordres  facrés  ,  &  même  dans  les  premiers  tems; 
ils  pouvoient  ie  marier  après  avoir  été  ordonnés  foù- 
diacres ;  mais  cela  leur  fut  défendu  par  le  concile 
in  irulLo ,  &  par  la  loi  de  Juilinien.  Morin  ,  de  fa- 
■cris  ordinal.  6c  Thomallin  ,  dijcipL  di  Ûégl.  Foye^ 
SOUS-DIACHE. 

SOUS-DIACRE ,  f.  m.  ^  Hifi:  ecd.  )  fubdiaconus , 
■■&  en  grec  uttcS-io-kovcç  ,  efl  un  eccléfiailique  revêtu  du 
premier  degré  d<;s  ordres  facrés  ou  majeurs,  que  l'on 
apptliejous-diaconat.   f^oyc^  SoUS-DIACONAT. 

Le  fous-diacrt  ,  félon  la  diipofition  du  concile  <le 
Trente  ,  Sejj.  XXIIL  nf.  c.  v  ,  vy  ,  .vij  ,  viij  ,  xj  & 
xij.  doit  avoir  été  éprouvé  dans  tous  les  ordres  in- 
térieurs ,  &  avoir  au-moins  atteint  ia  vingt-deuxième 
année  ;  il  doit  être  alfez  inilrult  pour  pouvoir  exer- 
cer fes  fon£tiocs  ,  avoir  des  atteftations  de  fon  curé , 
&  des  maîtres  lous  cjui  il  étudie  ,  &  efpérer ,  moyen- 
nant la  grâce  de  Dieu ,  de  garder  la  continence  ;  Ion 
ordination  doit  être  précédée  de  trois  publications 
faites  au  prône  ,  afin  de  connoîîre  s'il  n'elt  point  en- 
gagé par  mariage ,  ou  par  vœu  incompatible  ,  ou 
ctiargé  de  dettes  ,  ou  irrégulier  de  quclqu'autre  ma- 
nière. 

Le  jour  de  l'ordination  étant  venu  ,  on  appelle 
ceux  qui  doivent  être  ordonnés  fous-diacre. ,  chacun 
par  Ion  nom  &  par  Ion  titre  :  un  id ,  au  ùte  d'une 
Tome  Xn 


SOU 


417 


ie/k  Jg/fe ,  pour  ceux  qui  ont  des  bénéfices  :  un  td  , 
au  titre  de  fon  patrimoine:  frère  tel.,  prof  es  d^un  tel  or- 
dre :  frcrc  td  à  titre  de  pauvreté  :  d'abord  I'évêque  les 
avertit  de  confidérer  attentivement  à  quelle  charge 
ils  fe  foumettent.  Jufquici ,  leur  dit-il ,  il  vous  efl  li- 
brc  de  retourner  à  Pétatjeculier  ;  maisfi  vous  receve?  cet 
ordre  ,  vous  nepourre^  plus  reculer  ,  il  faudra  toujours 
fervir  Dieu  ,  dont  hfcrvice  vaut  mieux  qu  'un  royaume  , 
garder  la  chafleté  avec  fon  fecours  ,  6*  demeurer  engagés 
à  jamais  au  miniftere  de  lEglife  :  fonge^-y  donc ,  tandis 
quilcft  encore  tems  ,  &  fi  vous  voulei  perféverer  dans, 
cette  j'ainte  réfolution  ,  approche^  au  nom  de  Dieu. 

Enfuiîe  on  fait  approcher  ceux  qui  doivent  être 
oràonncs  fous-diacres  ,  conjointement  avec  ceux  qu? 
doivent  être  ordonnés  diacres  &  prêtres  ,  &tous  en- 
femble  ,  étant  proiternés  à  terre,  on  chante  les  lita- 
nies ,  &  l'on  invoque  pour  eux  les  fuffrages  de  tous 
les  faints.  Ils  fe  relèvent  à  genoux  ,  &  I'évêque  inf- 
truit  les  fous-diacres  de  leurs  fondions  ;  elles  font 
de  fervir  le  diacre  ,  préparer  l'eau  pour  le  miniftere 
de  l'autel  ,  laver  les  napes  d'autel  &  les  corporaux  ; 
le  fous  diacre  doit  auffi  offrir  au  diacre  le  calice  &  la 
patène  pour  le  facrifice ,  &  avoir  foin  de  mette  fur 
l'autel  autant  de  pains  qu'il  faut  pour  le  peuple  ,  ni 
plus  ni  moins ,  de  peur  qu'il  ne  demeure  dans  le  fanc- 
Juaire  quelque  choie  de  corrompu.  Ce  font  les  fonc- 
tions marquées  dans  le  pontifical  romain.  Il  faut  être 
s.\i-mo\ns  fous-diacre ,  pour  toucher  les  vafes  facrés  , 
&  les  linges  qui  touchent  immédiatement  la  fainte 
euchariliie. 

L'évêque  donne  enfuite  à  celui  qui  doit  être  or- 
donné Jous-diacre^  à  toucher  le  calice  vuide,  avec  la 
patène  ,  puis  il  lui  met  les  ornemens  qui  convien- 
nent à  fon  ordre  ,  comme  la  dalmatique  &  le  mani- 
pule ;  enfin  il  lui  préfente  le  livre  des  épîtres,  avecle 
pouvoir  de  les  lire  dans  l'éghfe  ;  ainfi  le  miniftere  des 
fous-diacres  eft  prefque  réduit  au  fervice  des  autels  > 
&  à  affilier  I'évêque  ou  les  prêtres  dans  les  grandes 
cérémonies.  Autrefois ,  ils  étoient  les  fecrétaires  des 
évêques,  qui  les  employ  oient  dans  les  voyages  &  les 
négociations  eccléliaftiques.  Ils  étoient  chargés  des 
aumônes  &  de  l'adminiftration  du  temporel;  &  hors 
de  l'églife  ,  ils  faifoicnt  les  mêmes  fondions  que  les 
diacres.  Fleury  ,  inflit.  au  droit  eccléf  tom.  I.  part  l, 
ch.  viij.  p.  yS.  &  fuiv. 

SOUS-DIVÏSER  ,  v.  aft.  (  Gram.  )  divifer  une 
féconde  fois.  Voyei  Diviser. 

SOUS-DOMINANTE  ,  U.  enmufique ,  eft  laqua- 
trieme  note  du  ton.  On  V  z^i^'i^éXe  fous-dominante.,-çzx~ 
ce  qu'en  effet  la  dominante  eft  immédiatement  au- 
defllis  d'elle  ;  ou  bien  parce  qu'il  y  a  le  même  inter- 
valle en  defcendant  de  la  tonique  à  cette  quatrième 
note  ,  qu'en  montant  de  la  tonique  à  la  dominante. 
Veyei  Dominante,  Mode,  Tonique. 

L'accord  de  la  yow-^o/7;/«û«/e  eft  compolé,  i**.  de 
tierce  majeure  ou  mineure  ,  félon  que  le  mode  eft 
majeur  ou  mineur  ;  2°.  de  quinte  ;  3''.  de  fixte  ma- 
jeure :  cette  fixte  qui  eft  la  quinte  de  la  dominante  , 
eft  cenfée  la  repréfenter.  Voyei^  là-defllis  mes  élcmens 
de  niufique.   (  C>  ) 

SdUS-DOUIiLE,  adj.  (^Math.)  on  dit  qu'une 
quantité  eft  fous-doubk  ,  ou  en  raifon  jous-double 
d'une  autre  quantité,  quand  la  première  eft  contenue 
deux  fois  dans  la  féconde  :  ainft  3  c^  fous-double  de 
6  ,  comme  6  eft  double  de  3.  Foyc^  Raison  6- Dou- 
ble. (  £) 

SOUS-DOUBLÉ  ,  adj.  (  Math,  deux  grandeurs 
font  en  railbn  Jbus-dcublce  de  deux  autres  ,  quand 
elles  font  dans  le  rapport  ou  la  raifon  des  racines 
quarrces  de  ces  deux  autres. 

SOUS-DOYEN  ,   (  Jurifprud.  )  eft  celui  qui  eft 
immédiatement  après   le  doyen  d'une  comp;ignie. 
Foyei  Doyen.  {A) 
SOUS-^CUYER  ,  f.  m.  (  Hifl,  mod.  )  ofïïcicr  de 


4t8 


S  O 


k  malfon  du  roi  d'Anglct<?rrc  ,  dont  la  fonaiôn  efi: 
de  prcicnter  is:  de  tenir  l'ctrier  au  roi  lorlqu'il  monte 

à  cheval.  • 

SOUS-ÉPlNEUX  ,  adj.  (  ^nai.  )  nom  d'un  mui- 
cle  iitué  dans  la  tblle  fous  -  cpincuje  de  Tomoplate. 
ïl  remplit  tout  l'efpace  de  cette  folfe ,  &  fe  termine 
i\  la  facette  moyenne  de  la  grolle  tubérolitc  de  la  tête 
de  rhumcrus. 

SOUS-FAITE  ,  (  Charpemer.  )  pièce  de  bois  au- 
delTous  àwfdîu  ,  lice  par  des  entretoiies  ,  des  lier- 
res &  des  croix  de  laint  André.  L^  fous-fait z  fert  à 
rendre  les  afiemblages  plus  lolides.  (Z?.  /.) 

SOUS-FERME  ,"  {Finance  de  France.)  partie  du 
bail  «général  des  termes.  Les  principes  de  régie  ne 
fauroicnt  être  être  trop  unitbrmes  pour  la  iTireté  pu- 
blique &:  pour  la  facilité  du  travail  des  fupcrieurs. 
S'il  convient  ordinairement  de  permettre  les/(^«5- 
fermcs  des  parties  qui  veulent  du  détail ,  il  femblc 
que  la  bonne  police  exige  que  ces  fous-formes  s'nd- 
jugent  à  l'enchcre  au  prolit  du  roi ,  &  que  tout  ce 
qui  regarde  une  partie  ,  appartienne  à  une  Icule 
compagnie  compoféc  de  travailleurs. 

La  forme  de  donner  les  fermes  au  plus  offrant  & 
dernier  enchériiTeur  ,  en  éloignant  tous  monopoles , 
trafics  ,  penfions,  graîiiications ,  accommodemens 
&  autres  abus  dont  le  retranchement  cû  ordonné  par 
les  divers  réglemens  faits  depuis  1661  jufqu'à  ce 
jour  ,  a  produit  en  partie  les  augmentations  prodi- 
'■ieufes  qui  le  font  trouvées  fur  les  fermes  ;  mais 
cette  méthode  a  auffi  des  inconvéniens  confidcra- 
bles  ,  en  ce  que  les  fous-fermiers  ont  porté  leurs 
fous-ferims  au-delà  de  leur  jufle  valeur ,  ce  qui  don- 
ne lieu  à  deux  grands  defordres  ;  l'un  que  les  fous- 
fermiers  demandent  toujours  des  diminutions  Gu"ils 
obtiennent  ;  &  l'autre  ,  qu'ils  vexent  infiniment  les 
peuples  ,  pour  s'indemnifer  de  l'excès  de  leurs /oz^i- 
forrnes.  Confi  dération  fur  les  finances.  {D.  J.) 

SOUS-FERMER  ,  v.  aft.  (  Com.  )  prendre  ou  don- 
ner à  ferme  une  partie  de  ce  qui  compofe  une  ferme 

générale. 

SOUS-FERMIER  ,  f.  m.  (  Financ  )  celui  qui  tient 
une  ferme  ou  une  partie  d'une  ferme  fous  un  autre. 

On  appelloit  autrefois  Amplement  jom-firmUrs  , 
ceux  qui  prenoient  des  fous-fermes  fous  les  fermiers 
généraux  de  fa  majefté  ;  maintenant  ils  fe  donnent  le 
titre  ôJiniéreffés  dans  Us  fermes  du  roi. 

SOUS-FRÉTER  ,  v.  aft.  (  Marine.  )  c'efl  louer  à 
un  autre  le  vaiffeau  qu'on  a  loué  ,  ou  fréter  à  un  au- 
tre le  vailTeau  qu'on  a  affrété.  Il  eft  défendu  de  fnis- 
fréter  un  vaiffeau  à  plus  haut  prix  que  celui  qui  eil 
porté  par  le  premier  contrat  ;  mais  l'affréteur  peut 
prendre  à  fon  profit  le  fret  de  quelques  marchan- 
difes ,  pour  achever  la  charge  du  vaiffeau  qu'il  a  en- 
tièrement afïrété. 

SOUS-GARDE  ,  f.  f.  terme  d'Atquebufîer  ,  c'efl  un 
morceau  de  fer  long  d'environ  huit  pouces  ,  &  large 
d'un  demi-pouce  ,  qui  forme  par  le  milieu  un  demi- 
cercle  ,  &;  qui  a  une  oreille  à  chaque  côté  qui  fer- 
vent à  l'affujettir  au  bois  de  fufil  à  la  viffant.  Cette 
pièce  fe  pofe  dèffous  le  bois  de  fufil ,  &  fert  pour  ga- 
rentir  la  détente  ,  &  empêcher  qu'elle  ne  s'accroche 
&  qu'elle  ne  faffe  partir  le  fufil  dans  le  tems  qu'on  ne 
s'y  attend  pas. 

SOUS-GORGE  ,  f.  f.  terme  de  Bourrelier  ,  c'eff  une 
partie  de  la  bride  du  cheval ,  qui  confifte  en  une 
fjande  de  cuir  qui  paffe  fous  la  gorge  ,  &  qui  efl  ter- 
minée par  deux  boucles  ,  au  moyen  defquelles  on 
l'attache  à  deux  petites  courroies  qui  tiennent  à  la 
tcticre  auprès  du  fronteau.  L'ufage  de  la  fous-gorge 
ell  d'afùijettir  la  bride  ,  &  d'empêcher  que  le  cheval 
en  fecouant  la  tête  ne  dérange  la  têtière  &  ne  faffe 
tomber  t.o\\ic\^hnAe.yoyeiles fig.& Us  PL  du  Bour- 

SOUS'GOUVERNANTE,  f.  f.  {Gram.  )  celle 


SOU 

qui  ftrt  en  i'abfence  de  la  gouvernante.  Voye-f^  târii- 
cU  Gouvernante. 

SOUS-GOUVERNEUR ,  f.  m.  (  Gram.  )  celui  qui 
rcpréfente  le  gouverneur ,  fait  fes  fondions  &  le  fou- 
lage dans  fon  emploi.' 

SOUS-INTllCDUITE  femme,  (Hf.eccléf), 
une  (cmme  fous-incroduite  étoit  celle  qu'un  eccléfial- 
tique  avoit  chez  lui  pour  le  loin  de  Ion  ménage  ,  ou 
pour  quelque  autre  raifon.  M.  Fleury  dit,  dans  fon 
Hifl.  ecclcf  l.  II.  p.  1^0.  qu'on  nommoit/jwwej  in- 
troduitcs  ou.  fous-introduites  ,  celles  que  les  eccléfiaf- 
tiques  tenoient  dans  leurs  maifons  par  un  ufage  que 
l'EgUle  condamnoit ,  &  qui  fut  Reproché  à  Paul  de 
Samofate  ,  parce  qu'encore  que  Ce  fût  fous  prétexte 
de  charité  6c  d'amitié  Ipirituelle  ,  les  conféquences 
en  étoient  trop  dangereufes  ,  Sc.qvi'il  en  réfultoit 
tout  au  moins  du  kandale. 

Dès  le  teiv.s  de  laint  Cyprien  ,  où  l'on  ne  faifok 
encore  aucun  vœu  folemnel  de  virginité  ni  de  céli- 
bat ,  &  où  l'on  n'impofoit  aux  eccléfiafliques  aucune 
néceffité  de  s'abllenir  du  mariage  ,  on  lit  que  des 
filles  demeuroient  librement  avec  des  hommes  d'é- 
glife ,  couchoient  avec  eux  dans  un  même  lit ,  &foa- 
tenoient  néanmoins  qu'elles  ne  donnoient  par-là  au- 
cune atteinte  à  leur  chaffeié ,  offrant  pour  preuve 
d'être  vilitées  par  des  expertes.  Saint  Cyprien  le  re- 
connoît  lui  même  ,  &  cenfure  quelques-unes  de  ces 
filles.  Voici  fes  propres  paroles  :  Q^uid  nobis  de  iis 
virginibus  videatur  ,  quœ  cum  in  flaiu  fuo  ejfe  ,  &  con- 
tinentiam  fîmilucr tencre  deceverint^  denclce  funt  pojlcà 
in  eodem  UBo  pariter  manfffe  cum  mafeuUs  :  ex  quibus 
unum  diaconum  effe  dicis  :  plane  eajdcm  ,  quce  fe  cum 
vivis  dormijje  confejfce  fînt  ,  adfeverare  fe  intégras  ejje  j 
ôcc.  EpiJL  IKp.  y.  edit.  Brcm.  Fell. 

Le  même  père  fe  plaint  ailleurs  que  quelques  con- 
feffeiirs  étoient  tombés  dans  la  même  faute;  &  les 
exprelfions  dont  il  fe  fert  lont  bien  fortes  :  non  deejfe^ 
qui  Dei  tanpla  ,  &  pofl  confeffionem  fanciificata  6* 
illuflratapriùs  membra  turpi  &  in  f  ami  concubitu  fuo  ma^ 
cui'.nt^  cubiliafua  cum  fœminis  promifcua  jung:ntcs.,^c. 

Une  telle  compagne  des  eccléfiafliques  fut  appel- 
lée  femme  fous-introduite  ,  ot/j'ji'j-î'JiTs;  ywn  ,  parce  que 
les  eccléliadiques  les  introduifoient  chez  eux  comme 
des  aides  &  des  fœars  Ipirituelles  ,  confortio  fororitz 
appdlationis  ;  &  cet  ufage  devint  fi  commun ,  que 
divers  conciles  ,  &  entr'autres  celui  de  N;cée  ,  fu- 
rent obligés  de  défendre  cet  ufage.  Mh't*  iTtiTnÔTTa^ 

êÇtîi'cy  <rj'JiKra.i(.Tov  ■yuveux.a.  ^X'.i^  y  ■wAhi'  ù  /j.»  apa.  fxtnipaty 
«  ttiTéAÇiic  ,  H  ^iict!"  ,  j)  à  L'.ovct  "TipcTUiTra  rrxtctv  vzi:-^i3i1f 
S leLTiiÇiivyiv.  Canon  l II. 

Cependant  les  défenfes  des  conciles  eurent  fi  peu 
d'effet ,  q.ie  les  empereurs  chrétiens  ,  comme  Hono- 
rius  ,  Théodofe  &  Jullinien  fe  virent  contraints 
d'employer  toute  l'autopté  des  lois  pour  remédier  à 
cet  abus.  Voyez  cod.  Theodof  l.  XV!.  tit.  2.  Ug.  44-. 
cod.  injl.  l.  J.  tit.  j.  de  epifcop.  &  c!er.  leg.  ic).  novelL 
VI.  cap.  V.  Jacques  Godefroy  ,  tom.  FI.  p.  86'.  & 
fuivantes.  Pour  ne  point  entrer  dans  de  plus  grands 
dotai  s  fur  cette  matière ,  nous  renvoyons  les  lec- 
teurs curieux  aux  notes  d'Henri  de  Valois  fur  Eu- 
febe  ,  hifl.  eccléf  l.  VIL  c.  xxx.  à  Hemi  Dodv/ell , 
differtat.  Cyprianic.  3 .  à  Bingham  ,  antiq.  eccUf.  liv. 
Fi.  C.  ij.  6c.  finalement  à  M.  Boéhmei; ,  dans  (on  jus 
eccUf.  protiflant.  l.  III.  tit.  2.{D.  J.) 

SOUS-LIEUTENANT,  eil  un  troifieme  officier 
dans  les  compagnies  d'infanterie  &  de  cavalerie  > 
dont  les  fondions  font  à-peu- prcs  les  mêmes  que 
celles  des  licutenans.  On  les  établit  ordinairement 
dans  la  guerre  &c  on  les  caffe  à  la  paix.  Voyei 

CIER. 

Dans  toutes  les  compagnies  de  la  maifon  du  roi, 
excepté  les  gardes  du  corps ,  il  y  a  des  fous-lieute- 
nans.  Il  y  en  a  auffi  dans  toutes  les  compagnies  de 


sou 

jjendafmerie  :  ce  font  les  féconds  officiers  de  toutes 
CCS  compagnies.  (Q) 

SOUS-UGNER ,  V.  aft.  (  terme  d'Imprimeur.  )  c'efl 
imprimer  en  italique  un  mot  ou  plufieurs  qui  font 
fous-lU^nés  dans  un  manufcrit ,  à  deffein  dç  les  faire 
temarquer  ,  ou  pour  quelqu'autre  raifon.  (^D.J.^ 

SOUS-LOCATAIRE  ,  f.  m.  {Jurifprud.  )  efl  ce- 
lui auquel  le  principal  locataire  d'une  maifon  ou  au- 
tre héritage  a  donné  lui-même  à  loyer  quelque  por- 
tion de  ce  qu'il  tenoit  du  propriétaire. 

Le  fous-locaiane  eft  différent  du  ceffionnaire  du 
bail,  en  ce  que  le  ceiTionnaire  doit  payer  au  pro- 
priétaire ,  au  lieu  que  \^  fous-locataire  paye  au  prin- 
cipal locataire. 

L'article  162  de  la  coutume  de  Paris,  permet  néan- 
moins au  propriétaire  de  falfir  les  meubles  àts  fous- 
locataires  ;  mais  ceux-ci  en  ont  main-levée  en  payant 
le  loyer  de  leur  occupation. 

En  fait  de  fermes,  on  a^iptWe  fous-frmier ,  ce  qu'en 
fait  de  bail  à  loyer  on  appelle  fous-locatair^.  Foyci^ 
Bail  a  loyer  ,  Ferme,  Locataire  ,  Principal 
locataire.  ( -<^  ) 

SOUS-LUI ,  terme  de  Manège ,  un  cheval  qui  efl 
bien  fous-lui ,  qui  fe  met  bien  fur  les  hanches ,  eft  un 
cheval  qui  en  marchant  approche  les  pies  de  derrière 
de  ceux  de  devant ,  &  dont  les  hanches  foutiennent 
en  quelque  manière  les  épaules.  (  Z?.  /.  ) 

SOUS-MULTIPLE  ,  adjeft.  en  Matkém.  &c.  une 
Cjaznùxé  fous-multiple  efl  celle  qui  efl  contenue  dans 
une  autre  un  certain  nombre  de  fois;  &  qui  par  con- 
féquent  étant  répétée  un  certain  nombre  de  fois  ,  lui 
devient  exaftement  égale. 

Ainfi  3  eu  un  fous-rnultiple  de  21  :  dans  ce  fens  , 
fous-multiple  revient  au  même  que  partie  aliquote. 
Voyei  Aliquote. 

Une  raifon  fous-multiple  efl  celle  qui  efl  entre  la 
t\\iznù\.é  fous-mu'tiple ,  &  la  quantité  qui  la  contient  ; 
ainfi  la  raifon  de  3  à  zi ,  tÇf.  fous-multiple.  Ao_xe{  Rai- 
son, 

Dans  ct^  deux  cas  fous^multiple  efl  Poppofé  de 
multiple  .'II,  par  exemple ,  ell  multiple  de  3  ,  &  la 
raifon  de  2 1  à  3  ,  efl  une  raifon  multiple,  f^oye^  Mul- 
tiple. Chamhers.  (E) 

SOUS-NORMALE,  f.  f.  (  Géom.)  efl  la  même 
choie  que  fous-perpendiculaire,  f^oyei  Sous-per- 
Pendiculaire. 

SOUS-OCCIPITAUX  ,  en  Anatomie  ,  nom  des 
nerfs  fitués  fous  l'os  occipital.  Ces  nerfs  appelles  com- 
munément la  dixième  paire ,  nailTent  un  peu  plus  bas 
&  plus  latéralement ,  que  les  nerfs  grands  hypoglof- 
fes ,  à  l'extrémité  de  la  moelle  alongce  &  vis-à-vis 
la  partie  poflérieure  de  l'apophyfe  condyloide  de 
l'os  occipital.  Ils  communiquent  avant  de  percer  la 
dure-mere  avec  la  première  paire  cervicale  ;  api-ès 
quoi  ils  la  percent  en  fortant  du  crâne,  entre  la  pre- 
mière vertèbre  du  col  &  l'os  occipital ,  &  fe  di- 
ilribuent  aux  mufcles  pollérieurs  de  la  tête,  f^oyei 
TÊTE  &  Oreille. 

SOUS-OFFICIERS  de  P empire ,  (  Hifl.  rnod.  )  fub- 
cfficialesimperii:  on  a  dit  à  l'article  ÉLECTEURS  quels 
ëtoient  les  grands  officiers  de  l'empereur  &  de  l'em- 
pire ;  chacun  de  ces  princes  fait  exercer  fes  fon- 
dions par  dçsjous-officiers  héréditaires  qui  pofTed^ent 
des  fiefs  pour  cette  raifon.  C'efl  ainfi  que  l'élefteur 
de  Saxe ,  qui  eft  grand  maréchal  de  l'empire  ,  lors 
du  couronnement  de  l'empereur ,  efl  repréîenté  dans 
fes  fondions  par  le  comte  de  Pappenheim;  l'élefteur 
de  Brandebourg  qui  efl  grand  chambellan ,  efl  repré- 
fenté  par  le  prince  de  HohenzoUern  ;  l'élefteur  de 
Bohème,  par  le  comte  d'Althan  ;  l'éleileur  de  Baviè- 
re ,  par  le  comte  de  Truches-Waldburg  ;  l'élefteur 
Palatin  ,  par  le  comte  de  Sinzendorf. 

SOUS-ORBITAIRE  ,  en  Anatomie ,  nom  des  ar- 
tères qui  fe  diflribuent  aa-deffous  de  l'orbite. 
T&me  XK 


4^9 

^  SOUS-ÔRDRE  ,  (  Jurifptud.  )  efl  un  ordre  par'' 
ticulier  qui  le  fait  en  fécond  entre  les  créanciers  par- 
ticuliers d'un  créancier  colloque  dans  l'ordre  prin* 
cipal ,  qui  ont  formé  oppofition  fur  lui  en  fous-ordre-^ 
c'eft-à-dire  ,  pour  fe  venger  fur  ce  qui  peut  lui  reve- 
nir,  au  cas  qu'il  foit  colloque  utilement  dans  l'ordre». 
Foyei  Créancier,  Décret,  Opposition  ô-Sous- 
ORDRE,  Saisie  réelle.  (^) 

SOUS  PÉNITENCIER  ,(.  m.{  Gram.  )  aide  flu 
pénitencier.  Voye^  ^article  PÉNITENCERIE. 

SOUS-PENTE ,  voyei  Soupente. 

Soùs-PENTE  ,  (  Maréchall.')  les  Maréchaux  appel- 
lent ainfi  un  afTemblage  de  courroies  djfpofées  com- 
me on  le  voit  dans  la  Jigure ,  qui  fervent  à  arrêter  un 
cheval  dans  le  travail,  f^oyei  Travail.  Les  trois 
principales  a  aa  cjui  fervent  à  fufpendre  ou  élever 
le  cheval ,  font  garnies  de  deux  ou  trois  chaînons  à 
chaque  bout  :  il  y  a  cinq  courroies  traverfantes  qui 
coulent  comme  on  veut.  Les  trois  plus  courtes  l^bl', 
fervent  à  garnir  fous  le  ventre  ;  &  des  deux  autres 
l'une  c  c  efl  fort  longue  ,  un  de  fes  côtés  va  entourer 
la  croupe ,  &  l'autre  le  poitrail  ;  ces  côtés  fe  bou- 
clent à  deux  boucles  dd,  qui  font  à  la  courroie  qui 
efl  de  l'autre  côté. 

SOUS-PERPENDICULAIRE,  adj.  en  Géométrie; 
la  fous-perpendiculaire  efl  une  portion  de  l'axe  d'une 
courbe  interceptée  entre  l'extrémité  de  l'ordonnés 
&  le  point ,  où  la  perpendiculaire  à  la  tangente  ,  ti- 
rée de  l'autre  extrémité  de  l'ordonnée,  coupe  l'axa 
de  cette  courbe.  /^'oye{  Tangente. 

La  fous-perpendiculaire  efl  donc  une  ligne  qui  dé- 
termine le  point  où  l'axe  d'une  courbe  efl  coupée  par 
une  perpendiculaire  tirée  fous  une  tangente ,  au  point 
de  conta£l. 

Ainfi  TM,  Planch.fecl.  coniq.fig.  ic)  ,  touchant  la 
courbe  en  M  ^  Se  M  R  étant  perpendiculaire  à  T  M^ 
au  point  de  contingence  ,  la  ligne  PR  comprife  entre 
l'ordonnée  PM&c  la  perpendiculaire  Mli,  s'appelle 
foufpcrpendiculaire.  La  foufperpendiculaire  PR  ell  à  la 
demi-ordonnée  PM  ^  comme  PMaPT ,  ou  comme 
MR  à  TM  ;  d'où  on  peut  conclureque  dans  la  para- 
bole, la  fous-perpendiculaire  efl  fous-double  du  para- 
mètre, &  par  conféquent  d'une  grandeur  conllante  ; 


car 


PR  - 


P  M^ 


P  M' 


pj.     =  dans  la  parabole  ^-^-y'  =  en 

nommant  le  paramètre  ^^  "".  „  =— • 

En  général,  puifque  la  fouflangente  efl  ^-j~(yoy. 
Soustangente  ) ,  on  aura  la  fbufperpendiculaire 
=  y  -  divifé  par  la  fouflangente  ,  c'efl-à-dire  ^^ 

SOUS-PESER  ,  V.  a£l.  (  Gram.  )  prendre  quelque 
chofe  pefant  en-deffous ,  6c  le  foulever  de  la  maiii 
pour  en  eflimer  le  poids. 

SOUS-PRÉCEPTEUR  ,  f.  m.  (  Gram.  )  celui  qui 
foulage  le  précepteur  dans  fes  fondions.  Foyei  Pré- 

CEPTEUR 

SOUS-PRIEUR,  f.  m.  (  Hijî.  ecdéf  )  efl  un  offi- 
cier clauflral  qui  aide  le  prieur.  Voye^^  Prieur. 

SOUS-PROMOTEUR,  f.  m.  {^Gram.)  qui  re- 
préfente  le  promoteur  &  fert  fous  lui.  Voye:^  Pro- 
moteur. 

SOUS-RACHAT  ,  f  m.  (  hmfprud.  )  c'efl  le  ra- 
chat au  feigneur  dominant  par  fes  arrieres-valTaux  , 
pendant  qu'il  a  mis  en  fa  main  le  fief  de  fon  vafl'al , 
faute  de  rachat. 

C'efl  le  profit  de  l'arrlere-fief  que  le  feigneur  ex-» 
ploite.  Foyei  Rachat  6*  Fief. 

SOUS-REFECTORIER ,  f  m.  (  Cr^/w.)  celui  qui 
veille  aux  chofes  du  réfedoire  fous  le  rétcdoricr. 

SOUS-RENTE  ,  f.  f.  (  Gram.  )  rente  que  l'on  tire 
d'une  chofe  que  l'on  tient  foi-même  à  rente. 

SOUS-RENTIER  ,  f  m.  (  Gram.  )  celui  qui  tien? 
à  rente  d'un  rentier.  Foyci  Rente. 

G  g  S  î) 


420 


sou 


SOUS-SECRÉTAIRE,  (.  m.  (Gram.  )  qui  tra- 
vaillerons le  l'ecrétaire.  AVyt-^  Secrétaire. 

SOUSSIGNER,  V.  aa.{Grum.  Jnrifp.  &  Com.)  c'cft 
mettre  fa  rignaturc  ,  c'cll-à-dlre  écrire  Ibn  nom  ,  & 
quelquefois  y  ajouter  un  paraphe  au  plé  de  quelque 
ade  ou  écrit ,  pour  l'agréer,  le  faire  valoir,  &  con- 
fentir  à  fon  exécution,  l^^oyi^  Signature. 

Les  perfonncs  qui  ne  favent  pas  écrire  fe  conten- 
tent de  mettre  au  lieu  de  fignature  quelque  marque 
qui  leur  elt  propre,fi  c'eft  fous  feing-privé;  mais  dans 
tout  ade  public  ou  jîafré  par-devant  notaires  ,  il  faut 
faire  mention  que  l'un  des  contraftans ,  ou  même 
tous  deux  ,  ont  déclai-é  ne  favoir  figner.  Les  conful- 
tations  des  avocats  ik  celles  des  habiles  négocians 
qui  donnent  leur  confeiA  ;  les  réponfes  des  dodeurs 
de  Sorbonne  fur  les  cas  de  confciencc,  commencent 
ordinairement  par  ces  mots,  U  confiïl j'oujjl^nî ^  ùc. 
&  les  promeïïes ,  quittances ,  certificats  par  ceux-ci 
allez  femblables  :/e/o//^p'/;e',  ow  nous  foujfigrus  ,  re- 
connoiiVons ,  certifions  ,  tx.  Dicilonn.  de  Commerce. 

SOUS-SURPARTICULIERE,  SOUS-SURPAR- 
TIENTE,  (Raison)  voyci  Raison. 

SOUSTANGENTE  ,  f.  f.(  GVW.  )  {^foupangente 
d'une  courbe  efl:  une  portion  de  fon  axe  interceptée 
entre  l'extrémité  d'une  ordonnée  &  l'interfection  de 
la  tangente  avec  Taxe  ;  cette  ligne  détermine  le  point 
où  la  tangente  coupe  l'axe  prolongé,  /^oj'ê^  Courbe 
&  Tangente. 

Ainfi  dans  la  courbe  A  M,  &c.  (^Planche  d'anal. 
fig.  ;o.  )  la  ligne  TP ,  comprife  entre  la  demi-ordon- 
née P Si ,&i.  la  tangente  TA/,  en  efl  \-a.  foujlangente. 
Si  on  mené  la  perpendiculaire  M  Q  à  la  tangente 
MT,  on  aura  P  R  h  P  M,  comme  P  M  à  PT,  & 
P  M  ii  PT,  comme  M  R  à  T  M. 

Il  efl  aifé  de  voir  que  la  foujlangente  eft  à  l'ordon- 
née y ,  comme  la  différentielle  dx  de  l'abfciffe  el1:  à 
la  différence  dy  de  l'ordonnée  ,  donc  Vd  foujlangente 

'    ''y'         . 

C'ell  une  loi  que,  dans  toute  équation  qui  exprime 

la  valeur  A'nnt  foujîangente  ,  fi  cette  valeur  elt  pofi- 
tive ,  le  point  d'interfeciion  de  l'axe  &  de  la  tangen- 
te ,  tombe  du  côté  de  l'ordonnée  où  la  courbe  a  fon 
Ibmmet,  ainfi  que  cela  arrive  dans  la  parabole. 

Au  contraire  ,  fi  la  valeur  de  l'àfoufiangente  eft  né- 
gative ,  le  point  d'interfedtion  de  l'axe  &  de  la  tan- 
gente ,  tombe  du  côté  de  l'ordonnée  ,  oppofé  à  celui 
où  la  courbe  a  fon  fommet  ;  ainfi  que  cela  arrive  dans 
l'hyperbole  rapportée  à  fes  afymptotes. 

En  général ,  dans  toutes  les  courbes  dont  l'équa- 
tion ei\y=^x"' ,  m  marquant  un  nombre  quelcon- 
que enfler  ou  rompu  pofitifou  négatif,  h  fous-tan- 
gente cil  égale  à  rabfclire  multipliée  par  Texpofant /« 
de  la  puiflance  de  l'ordonnée.  Foyei  Tangente, 

Ainfi  dans  la  parabole  ordinaire  dont  l'équation 
efl:  X  =yy  ,  la  fous-tangente  eu  égale  à  x  multipliée, 
par  l'expofant  2  de  j'y  ;  or  .v  efl  l'abfcifTe  dont  la 
fous-tangente  cil  égale  au  double  de  l'abfciffe  ;  & 
d'ailleurs  com.me  cette  valeur  vient  avec  le  figne  -f., 
ou  efl  pofitlve  ,  elle  doit  être  prife  du  côté  de  l'or- 
donnée où  la  parabole  a  fon  fommet ,  au-delà  du- 
quel l'axe  doit  être  prolongé. 

De  même  dans  une  des  paraboles  cubiques  dont 
l'équation  eil  j  =  .r  y ,  la  valeur  de  \^  fous-tangente 
eft  égale  aux  \  de  l'abfciffe. 

SOUSTENDANfE,f.  f.  en  Géométrie,  eff  une 
ligne  droite  oppolée  à  un  angle ,  &  que  l'on  fuppofe 
tirée  entre  les  deux  extrémités  de  l'arc  qui  mefure 
cet  angle.  ^^7/2^  Angle  &  Arc. 

Ce  mot  ell  formé  du  latin /«^,  fous,  &  tendo^  je 
tends. 

La  foufendante  de  l'angle  répond  à  la  corde  de 
l'arc,  ^oyei  CoRDE. 

Dans  tout  triangle  rcûangle,  le  quarré  de  \zfouf- 
tcndantc  de  l'angle  droit ,  ell  égal  aux  quarrés  des 


SOU 

foufitndantes  des  deux  autres  angles,  par  la  47*  pro* 
pofition  d'Euclldc.  Cette  mervellleulc  propriété  du 
triangle  a  été  découverte  par  Pythagore.  Voyei^  Hy- 
POTHÉNUSE.  Chambcrs.  (  E) 

SOUSTERREINS  dans  la  fon'ification  ,  font  des 
efpaces  qu'on  pratique  c|uelquefois  dans  l'intérieur 
de  l'épaifleur  du  rempart ,  pour  mettre  dans  un  fiege 
les  principales  munitions,  &  une  partie  de  la  garni- 
fon  à  l'abri  du  ravage  des  bombes.  On  conilruit  or- 
dinairement de  ces  foutemins  dans  l'épaiffeur  des 
baillons  pleins  ,  fur-tout  lorfqu'll  y  a  des  cavaliers 
fur  ces  baillons  ;  on  en  conftruit  auffi  vis-à-vis ,  ou  le 
long  des  courtines.  Ils  font  voûtés ,  à  l'épreuve  de  la 
bombe.  Il  y  a  de  ces  foutcrrelns  dans  les  tours  bâillon- 
nées de  Landau  &  du  Neuf-Erifach.  Foyei^  Tours 
Bastionxées.  ((2) 

SOUS-TIRER,  V.  aa./ow-«>er  du  vin,  c'efl  le 
tranfvafer  d'un  tonneau  dans  vui  autre. 

SOUSTRACTION,  f.  f.  en  Arithmétique,  hfouf 
trucUon  ell  la  féconde  règle ,  ou  pour  mieux  dire  ,  la 
féconde  opération  de  l'arithmétique:  elle  confiftc  à 
ôter  un  nombre  d'un  autre  nombre  plus  grand,  &  à 
trouver  cxafternent  l'excès  de  celui-ci  lur  celui-là. 

En  un  mot ,  hjoufracîion  efl  une  opération  par 
laquelle  on  trouve  un  nombre  qui,  ajouté  au  plus  pe- 
tit de  deux  nombres  homogènes  ,  fait  avec  lui  une 
fomme  égale  au  plus  grand  de  ces  nombres.  Foye^ 
Arithmétique. 

Voici  ce  qu'il  faut  obfcrver  dans  cette  opération. 

Pour  fouilraire  un  plus  petit  nombre  d'un  plus 
grand.  1°.  Ecrivez  le  plus  petit  nombre  fous  le  plus 
grand,  les  unités  fous  les  unités,  les  dixaines  fous 
les  dixaines,  &c.  en  général  les  quantités  homogènes 
les  unes  fous  les  autres  ,  alnti  que  nous  l'avons  pref- 
crlt  pour  Caddition.  2".  Tirez  une  ligne  fous  les 
deux  nombres.  3^*.  Soudrayez  féparément  les  unités 
des  unités  ,  les  dixaines  des  dixaines  ,  les  cen- 
taines des  centaines  ;  &  commençant  à  droite  ,  & 
procédant  vers  la  gauche  ,  écrivez  chaque  refle 
îbus  le  caraftere  fur  lequel  vous -avez  opéré  ,  &  qui 
vous  l'a  donné.  4°.  Si  le  ckifre  que  vous  avez  àfouf- 
traireefi:  plus  grand  que  celui  dont  il  doit  être  fouftrait, 
empruntez  une  unité  fur  le  chlfrc  qui  fuit  immédiate- 
ment en  allant  vers  la  gauche  ,  cette  unité  empruntée 
vaudra  16  ;  ajoutez  cette  dixaine  au  plus  petit  carac- 
tère ,  &  foufirayez  le  plus  grand  de  la  fomme.  S'il  fe 
rencontrolt  un  {cro  immédiatement  devant  celui  qui 
vous  conu-alnt  d'emprunter ,  parce  qu'il  efl  trop  pe- 
tit ;  l'emprunt  fe  fcroit  fur  le  chlfre  qui  fuit  immédia- 
tement ce  [éro  ,  en  allant  vers  la  gauche.  Mais  fans 
emprunter  fur  les  nombres  fuivans  ,  ce  qui  caufe 
quelquefois  de  l'embarras  ;  il  vaut  mieux  ajoviter  une 
unité  au  nombre  qui  fuit  immédiatement  f^&  qui 
vaut  toujours  dix  unités ,  par  rapport  au  nombre  qui 
le  précède  ;  &  dans  la  colonne  fuivantc  Icuilraire  une 
unité  de  plus  dans  la  quantité  que  l'on-louflrait;  afin 
de  détruire  par  cctte.dernie;ve  opératioi;  l'augmenta- 
tion que  l'on  a  faite  par  la  première. 

Il  n^y  a  point  de  nombre  qu'on  ne  pulffe  ôter  d'un 
plus  grand  ,  en  obfervan't  ces  règles.  Exemple, 
foit.  .  .     9Hoo403(45'9. 
d'où  il  faut  foufiraire     4743865x63. 

le  refle  fera  5056538196. 

Car,  commençant  par  le  premier  cara£lere  qui  fe 
préfente  à  droite,  &  ôtant  3  de  9  ,  refle  6  ,  que  j'é- 
cris au-deffous  de  la  ligne.  Paffant  au  fécond  carac- 
tère ,  je  trouve  6  que  je  ne  peux  ôte  de  5  ;  c'cfl 
pourquoi  j'emprunte  fur  le  4  qui  fuit  le  plus  immé- 
diatement 5  ,  en  allant  vers  la  gauche  ,  &  qui  mar- 
que des  centaines  ,  une  unité,  ou  dix  dixaines.  J'a- 
joute ces  10  dixaines  ,  aux  5  dixaines  que  j'avois  , 
&;  qui  me  produit  i  5  dixaines  ,  d'où  fouflrayant  6 
dixaines ,  il  m'en  refle  9 ,  j'écris  donc  9  fous  la  ligne 
'6l  fous  les  dixaines,  J'en  fuis  avix  centaines ,  je  dis  i 


sou 

5c  i  qiie-  ]'ai  emprunté  ,  font  3  ;  3  de  4 ,  refte  liii , 
que  j'écris  lous  la  ligne.  J'avance  6c  je  dis,  5  ne  fe 
seut  ôter  de  3  ;  j'emprunte  ,  non  fur  le  zéro  ,  mais 
ur  le  4  qui  vient  après  le  zéro ,  toujours  en  allant 
/ers  la  gauche.  Cet  i  vaut  cent  mille  ,  par  confé- 
jucnt  fi  on  le  fuppofe  à  la  place  du  zéro  ,  il  vaudra 
ro  dixaines  de  mille.  J'emprunte  fur  ces  10  dixaines 
ie  mille  ,  une  unité  qui  vaudra  10  mille  ,  &  parcon- 
équent  le  zéro  fejrouvcra  valoir  9  dixaines  de  mille  : 
3r  ces  dix  mille  ajoutés  à  trois  mille  que  j'ai  , 
jroduifent  13  mille;  de  cet  13  mille,  j'ôte  5  mille  , 
■efle  8  mille  ,  que  j'écris  fous  la  ligne.  Je  dis  enfuite 
3  de  9  ,  refte  3  ,  que  j'écris  fous  h  ligne.  J'arrive  au 
^  fur  lequel  j'ai  emprunté  une  unité,  &  qui  ne  vaut 
)ar  coniéquent  que  trois;  je  ne  dirai  donc  point  8  de 
j. ,  mais  8  de  3  :  on  achèvera  la /o«y?/'^c7^/z ,  en  con- 
inuant  d'opérer,  comme  nous  avons  fait  jufques-là. 
Si  l'on  propofoit  d'ôter  un  nombre  hétérogène  , 
l'un  autre  nombre  hétérogène  plus  grand;  on  fuivroit 
a  même  méthode ,  obfervant  îeulement  que  les  uni- 
es que  l'on  emprunte  ,  ne  valent  pas  10  unités; 
nais  autant  qu'il  en  faut  de  la  plus  petite  efpece  , 
)our  continuer  une  unité  de  la  plus  grande.  Exemple. 

Jiv.  fols  d. 

45  16  6 
^7  19  9 
17       16       9 

Je  ne  peut  ôter  9  deniers  de  6  deniers.  J'emprunte 
[  fol,  fur  les  16  fols  qui  précèdent  les  6  deniers.  Ce 
o\  vaut  iz  deniers.  Ces  ii  deniers  joints  aujf  6  de- 
niers que  j'ai  déjà,  font  18  deniers,  d'où  j'ôte  9 
leniers ,  &  il  me  refte  9  deniers  ,  j'écris  donc  9  fous 
a  ligne.  Pareillement  19  fols  ne  peuvent  fe  fouftraire 
les  I  5  fols  reftans.  J'emj)runte  donc  fur  les  4'^  livres 
jui  précèdent,  une  livre  qui  vaut  20  fols.  Ces  20 
bis  joints  aux  i  5  fols  que  j'ai ,  font  3  5  fols ,  d'où  j'ôts 
[9  fols  ,  &  il  me  refte  16  fols  que  j'écris  fous  la  ligne, 
ïhfin  j'ôte  17  livres,  de  44  livres  qui  me  reftent ,  & 
'écris  la  différence  17  fous  la  ligne. 

Si  le  nombre  à  fouftraire  eft  plus  grand  que  celui 
l'où  il  taut  le  fouftraire  ;  il  eft  évident  que  l'opéra- 
;ion  eft  impoftîbie.  Dans  ce  cas ,  il  faut  ôter  le  plus 
petit  nombre  du  plus  grand  ,  &  écrire  le  refte  avec 
xn  figne  négatif  Exemple,  foient  8  livres  à  payer 
ivec  3  livres;  j'en  paye  3  des  8  que  je  dois  ,  avec 
es  3  que  j'ai,  &  11  en  refte  5  de  dues;  j'écris  donc 
ui-deflbus  de  la  ligne  —  ^. 

hi\-preiwe  delà  Jhujiraciion  fe  fait  en,  ajoutant  le 
nombre  fouftrait  avec  le  refte  ;  où  l'excès  du  plus 
ïrand  nombre  fur  le  plus  petit  avec  le  plus  petit. 
!>'l!s  font  une  fomme  égale  au  plus-'grand,  Fopéra- 
:ion  a  été  bien  faite.  Exemple. 

liv.       fol.     d. 

5800403459  156  ;I.i,3t 

4743  86 5  26 3   nomb.  fouft.     2 1'  17  i^  nomb.  fouft-, 

«)056538i96  refte  134    14  oj  refte 

9800403459  156   II   3; 

Soustraction £/z  ^/gcbre ,  pour  faire  une  fot{f~ 
tra&ion  algébrique  ,  quand  il  s'agit  de  monômes  ,  on 
écrit  ces  quantités  de  iùite,  en  changeant  lîmplcmcnt 
le  figne  de  la  grandeur  à  fouftraire  ;  &  l'on  fait  en- 
fuite  la  rédu£l^ion ,  fi  ces  quantités  lont  femblablcs  : 
ainfr  pour  ôter +  c  de  /? ,  on  écrit/»  — c;  puifque — 
eft  le  figne  de  lafoujlraciion  :  &c  pour  ôter— ^  de  a  , 
on  écrit  ^  +  ^  ,  ea  .changeant  le  figne— «n  4-  ;  enfortc 
que  la  grandeur  a  eft  augmentée  par  cette  Jouf/raC' 
lion;  en  effet  ôter  des  dettes ,  c'cft  augmenter  les  fa- 
cultés de  quelqu'un  :,  fouftraire  des  moins  ,  eft  donc 
aufti  donner  des  plus. 

S'il  eft  queftion  de  polinorties ,  on  difpofera  les  ter- 
mes de  la  grandeur  à  iouftraire,  ious  ceux  de  la  gran- 
deur dont  on  fouftrait;  c'cft-rà-dire ,  les  termes  de 
l'une ,  fous  les  termes  femblablcs  de  l'autre ,  en  chan* 


SOU 


421 

geànt  fimjîîemèht  tous  les  fignes  de  la  grandeur  à 
Iouftraire  ,*en  des  fignes  contraires  ,  c'eft-à-dire  que 
l'on  mettra  — où  il  y  aura -f,  &  le  figne -f-où  l'on 
verra  le  figne— .Ainfi  ,  pour  retrancher  le  polinome 
-  2  ac^-f  3  acx^-  -f  4  awi—  <^ah  {A)  du  polinome 
7  CX-"  —  4  a>  !}-{-•)  a.''"}  —  a<^x  -\-bd^{^B^  on  difpofera . 
comme  on  le  voit  ici. 

7  ex'  —  4 cvb ■\-  5  a'm  —  acx -\-bd(^B^. 

—  1  ex-  -Y  '^  a'^b  -\-  4  a)m  -f-  2  aex  (  ^  ). 

4  ex-  -\-a'b  -\-  a'ni-\-  acx  -f- bd. 

Les  termes  du  polinome  A ,  fous  les  termes  du  po- 
linome B  j  les  termes  femblabies  les  uns  fous  les  au- 
tres ,  en  changeant  tous  les  fignes  du  polinome  A  , 
en  des  fignes  contraires.  Cette  préparation  faite  ,  on 
réduira  les  termes  à  leur  plus  fimple  expreftlon  ; 
6c  cette  rcduôion  donnera  acx--\- a''b-{:a'm-\-acx 
-f  bd ,  qui  eft  la  différence  cherchée. 

Quand  il  n'y  a  point  de  termes  femblabies ,  ont 
écrit  fimplement  la  quantité  à  fouftraire ,  dont  on 
change  les  fignes,  à  la  fuite  du  polinome,  dont  on 
fait  \c\  Joujir action  :  ainfi  pour  ôter  xx  —  2  ex  ~\-  ce  de 
2(Z+  — 3^-,  écrivez  T.a'' —  ^i,b-  —  xx■\-^cx— ce  ;  en 
changeant  fîmnlement  les  ilones  de  la  "randeur  xx  — 
xex-^ec,  qui  n  a  aucuns  termes  femblabies  à  ceux 
de  la  quantité  za^  —  '^b-.  CE  ^ 

Soustraction,  f  f  (  Gram.  &-Jurifprud,')  eft 
l'aéfion  d'ôter  &  enlever  frauduleufement  une  chofe 
du  lieu  où  elle  devroit  être. 

C'eft  principalement  pour  les  papiers  que  l'on  a 
détournés  que  l'on  fe  fert  de  ce  terme  ;  cela  s'appelle 
une  foujlraciion  de  pièces.  '  . 

Soujha&ion  d'une  minute  d'un  notaire  ,  c'cft  l'en- 
lèvement qui  eft  fait  de  cette  minute. 

Soujiracîion  de  pièces  dans  une  produâlon  ,  c'eft 
lorfquc  l'on  retire  frauduleufement  d'une  produdion 
quelque  cotte  ou  quelque  pièce  d'une  cotte ,  que  l'on 
a  intérêt  de  fupprlmer,  Foye^  Divertissement  , 
Enlèvement  ,  Recelé  ,  Suppression,  (yi) 

SOUSTRAIT,  f  m.  terme  de  rivière ^  ce  font  des 
fagots  que  l'on  met  dans  le  fond  des,  batteaiix  ,  pour 
enipêcher  que  la  marchandife  ne  folt  mouillée. 

SOUS-TRAITANT ,  terme  de  Finance ,  celui  qui 
traite  d'une  ferme  adjugée  à  un  autre ,  ou  qui  en  tient 
une  partie  du  traitant  en  général  ;  il  fé  dit  plus  par- 
ticulièrement dans  les  fermes  du  roi.  (Z>.  /.  ) 

SOUS-TRAITÉ,  fous-ferme  qui  fait  partie  d'une 
plus  grande.  ^oye{  Sous-FER.ME.  Id.  ibid. 

SOUS-TRAITER ,  prendre  wxit  fous-ferme  ,  la 
tenir  de  celui  qui  a  la  ferme  générale.  Voye-{_  FgRMf: 
6*  SouS-FERME.  Id.  ibid. 

SOUS-TRÉSORIER  d'Angleterre  ,  (  Hifi.  mod.  ) 
officier  dont  11  efr  fait  mention  dans  \aJUtut  jc).  d'E- 
lifabeth ,  ckap.  vij.  &c  que  plufieurs  autres  ftatuts  con- 
fondent avec  le  tréforler  de  l'cchiquler..  Foye^ÉcHi' 

QUIER. 

Sa  fondlon  étoit  d'ouvrir  le  tréfpr  du  roi  à  la  fin  de 
chaque  terme ,  de  faire  un  état  de  l'argent  qui  ie  trou;- 
volt  dans  chaque  caifté  ,  6i.  de  le  voir  portera  la  tré- 
forerle  du  roi  qui  eft  à  la  tour  de  Londres ,  pour  fou- 
lager  d'autant  le  grand-tréforler  dans  fes  Ibnftlons. 

Quand  la  chr.rge  de  grand-tréforicr  étoit  vacante-, 
le  lous-iréjorier\i  remplaçoit  dans  toutes  les  foudlons 
concernant  la  recette  des  deniers  royaux.  ÂVk«:^TrÉ- 
sorier. 

SOUS-TRIPLE,  ad).  {Mathémat.)  deux  quantités 
font  en  ïinion  fous-tnplc  ,  quand  l'une  eft  contenue 
dans  l'autre  trois  fois.  Foyeç  Raison.  Alnll  2eft/j«i- 
triple  de  6 ,  ou  en  nùi'on  Jous-trip/e  de  6  ,  de  même 
que  6  ell  triple  de  2  ,  ou  en  raifon  triple  de  1.  (£) 
.  SOUS-TRIPLÉE  ,  adj.  {  MathJrr.-:.'.)  une  raifon 
fous-triplée  eft  le  rapport  des  racines  cubiques.  /''o>  e^ 
Raison. 

SOUSTYL AIRE,  f.  f.  en  Gnomoniquc ,  elluno ligne 


42Î  SOU 

droite  ,  fur  laquelle  le  ftyle  ou  gnomon  d'un  cadran 
elt  élevé. 

Cette  ligne  efl  la  fc^^ion  ou  rencontre  du  plan  du 
cadran ,  avec  le  plan  d'un  méridien  qu'on  liippoie 
ctrc  perpendiculaire  au  plan  du  cadran.  Ce  méridien 
cil  toujours  dlrtcrenî  du  méridien  du  lieu,  à-moins 
que  le  plan  du  cadran  ne  Ibit  horilbntal ,  ou  qu'il  ne 
loit  dans  la  ligne  qui  joint  le  levant  au  couchant  : 
ainli  la  méridienne  d'un  cadran  diffère  prefque  tou- 
jours de  \„\JoujIy luire  ;  car  la  méridienne  d'un  cadran 
elt  la  ligne  de  ledfion  du  plan  du  cadran  avec  le  mé- 
ridien du  lieu.  Au  relie  le  point  où  ces  deux  lignes 
fe  rencontrent ,  ell  le  centre  du  cadran  ;  car  le  iom- 
met  du  llyle  repréfente  le  centre  de  la  terre  ,  6i  par 
conféquent  un  point  commun  aux  deux  méridiens  ; 
&  le  point  de  rencontre  de  \ajbujfjlaire  &  de  la  mé- 
ridienne ell  encore  un  point  commun  aux  deux  mé- 
ridiens ,  d'où  il  s'enfuit  qu'une  ligne  menée  par  le 
fommct  du  ftyle  &  par  le  point  de  rencontre  des 
deux  lignes  dont  il  s'agit,  feroit  la  ligne  de  feftion 
ou  de  rencontre   des  deux  méridiens  ,  &  qu'ainli 
cette  ligne  repréfente  l'axe  de  la  terre  ,  c'efl-à-dire 
lui  efl:  parallèle.  Or  le  point  ou  le  plan  d'un  cadran 
eil:  coupé  par  une  ligne  tirée  du  fommet  du  ftyle  pa- 
rallementà  l'axe  de  la  terre,  eft  toujours  le  centre  du 
cadran  ,  &  le  point  de  rencontre  des  lignes  horaires. 
Donc  le  point  de  rencontre  de  hfoujljlaire  6c  de  la 
méridienne  eft  toujours  le  centre  du  cadran.  (O) 

Dans  les  cadrans  polaires  ,  équinoxiaux  ,  honfon- 
taux  ,  méridiens  &  feptentrionaux  ,  la  Wgnefoujiy- 
lairc  eft  la  ligne  méridienne ,  ou  ligne  de  douze  heu- 
res ,  ou  rinterfe£lion  du  plan  fur  lequel  le  cadran  eft 
tracé  ,  avec  celui  du  méridien  du  lieu  ,  parce  que  le 
méridien  du  lieu  fe  confond  alors  avec  le  méridien 
du  plan,  ^oje^  MÉRIDIEN.  (O) 

SOUS-VENTRIERE,  f  f .  {Maréchal.)  courroie 
de  cuir  qu'on  met  fous  le  ventre  de  chevaux  de  car- 
rofle  &  de  voiture ,  pour  tenir  leurs  harnois  en  état. 

SOUS-VICAIRE ,  f.  m.  (  ^//.  cccUfmfl.  )  prêtre 
qui  partage  les  fondions  du  vicaire,  ^oye^^  Vicaire. 
SOUS-YEUX  ,  {Jardinage.  )  terme  ufité  chez  les 
Vignerons,  qui  s'emploie  auffi  par  les  Jardiniers  pour 
exprimer  de  petits  yeux  ou  boutons  placés  au-def- 
fous  des  vrais  yeux  ,  &  proche  de  la  bafe  ou  empâte- 
ment d'un  rameau.  Ces  yeux  inférieurs  font  toujours 
plus  petits  du  double  que  les  yeux  fupérieurs  ,  fou- 
vent  même  on  a  de  la  peine  à  les  diftinguer  ;  chacun 
de  ces  fous-yajx  a  une  feuille  qui  lui  fert  de  mère- 
nourrice ,  de  même  qu'en  ont  les  vrais  yeux  ,  mais 
de  moitié  plus  petite.  Us  reftent  toujours  nains  ,  &  ne 
produifent  que  des  bourgeons  nains.  Formés  les  pre- 
miers, leurs  feuilles  viennent  les  premières  ,  &  elles 
tombent  de  même.  Chaque  année  à  la  pouffe  du  prin- 
tems  ,  le  plus  grand  nombre  des  fous  jeux  avorte.  La 
fève  qui  fe  porte  par-tout  avec  véhémence  dans  cette 
falfon  ,  trouvant  des  conduits  plus  dilatés  dans  les 
véritables  yeux,  les  préfère  aux  fous-yeux ,  dont  les 
conduits  &  les  paffages  font  trop  étroits. 

SOUTANE  ,  f.  f  terme  d'Eglifc ,  habit  long  &  def- 
cendant  jufque  fur  les  talons  que  portent  les  ecclé- 
fiaftiques ,  &  que  portoient  autrefois  les  gens  de 
juftice  fous  leur  manteau.  Le  pape  porte  toujours  la 
foutanc  blanche  ;  les  évêques  la  portent  noire  quand 
ils  font  en  deuil,  ou  hors  de  leur  diocèfe  ;  mais  dans 
leurs  diocèfcs  Se  à  certaines  grandes  cérémonies ,  ils 
ont  droit  de  la  porter  violette.  Les  cardinaux  la  por- 
tent rouge.  Il  y  a  ,  dans  \i  journal  du  palais  ,  un  arrêt 
tjui  a  du  rapport  à  l'obligation  de  porter  la  foutane 
(ous  les  peines  prononcées  par  le  concile  de  Trente. 
Du  Cange  dérive  le  mot  foutane  defubtaneurn  ,  qui 
<ians  la  bafle  latinité  fignifioit  la  même  chofc. 

L'hiftoire  de  la  chevalerie  nous  apprend  que  le 
gentilhomme  novice  qui  devoir  être  fait  chevalier , 
pafloit  la  nuit  précédente  à  prier  Dieu  dans  une  c^li- 


SOU 

fe  ;  fon  habit  datis  ce  premier  jour  étoit  une  fJàtant 
brune  ,  toute  unie  Se  lans  ornement  ;  le  lendemain, 
il  communioit ,  &  alloit  au  bain  où  il  quittoit  l'habit 
d'écuyer.  {D.J.) 

SOUT ANELLE  ,  f.  f.  (  ffifl.  ccdcfi.rfi. )  petite  fou^ 
tane  de  campagne  ,  qui  ne  delcend  que  jufqu'au-def- 
fous  du  genoux. 

SOUTE  ,  f  f.  {Gram.  &Jurifprud.  )  ou  ,  comme 
on  écrivoit  autrefois ,  foulte  ,  qujfîjb'.u  tio ,  eft  ce  que     ,|| 
l'on  donne  pour  folder  un  partage  ou  un  échange. 

Quand  im  lot  fe  trouve  plus  tort  qu'un  autre  ,  on 
le  charge  à\\x\Q  faute  en  argent  envers  l'autre  lot, 
pour  rendre  les  chofes  égales. 

De  même  dans  un  échange,  quand  l'héritage  don- 
né d'une  part  à  titre  d'éJiiUige ,  cil  plus  fort  que  celui 
qui  eft  donné  en  contr'échange  ,  on  charge  celui  qui 
a  l'héritao'e  le  plus  fort  de  payer  unejoute  à  celui  qui 
a  le  plus  foible. 

Dans  les  partages  ,  la  foute  fuit  la  nature  du  par- 
tage ,  c'eft- à-dire  que  quand  il  n'eft  point  dû  de  droits 
feigneuriaux  pour  l'héritage  que  Ton  a  dans  fon  lot  , 
il  n'en  eft  pas  dû  non  plus  pour  l'hé;iiage  ou  portion 
que  l'on  conferve  moyennant  una  Joute. 

Dans  les  échanges ,  au  contraire  la  portion  d'hé- 
ritage pour  laquelle  on  paye  une  foim  ,  eft  réputée 
acquife  par  contrat  de  vente  ,  ÔC  lujette  aux  mêmes 
droits  que  l'on  paye  en  cas  de  vente,  f^'oyei  Droits 

SEIGNEURIAUX  ,  ECHANGE  ,  PARTAGE.  {J) 

Soute,  {Marine)  c'eft  le  plus  bas  des  étages  de 
l'arriére  d'un  vaiffeau  ,  lequel  confifte  en  un  retran- 
chement enduit  de  plâtre  ,  fait  à  fond  de  cale  ,  où 
l'on  enferme  les  poudres  6c  le  bifcuit.  Cette  dernière 
eft  placée  ordinairement  fous  la  fainte-barbe  ;  elle 
doit  être  garnie  de  ferblanc  ,  afin  que  le  bifcuit  fe 
conferve  mieux  ;  &  la  foute  aux  poudres  eft  placée 
fous  celle-ci  :  mais  il  n'y  a  point  de  règle  à  cet  égard. 
Foye{  Vaisseau. 

SOUTENEMENS  ,  f.  m.  pi.  {Gram.  &  Jurifprud.) 
font  des  écritures  fournies  au  foutien  d'un  compte  , 
l'oyant  compte  fournit  f  es  débats  contre  le  compte  , 
&  le  rendant  compte  pour  réponfe  aux  débats, four- 
nit fes  foutenemens.  Foye^  COMPTE  ,  DÉBATS  , 
Oyant  ,  Rendant.  {A  ) 

SOUTENIR  ,  V.  aft.  (  Gram.)  C'eft  fupporter  un 
fardeau  ;  cette  ^ouIvq  foutient  feule  tout  le  bâtiment. 
C'eft  tenir  fufpendu  ;  Yawfouncnt  les  nuages.  C'efl 
appuyer  ;  fi  je  ne  Vawo'xsfouter.u  de  la  main  ,  il  tom- 
boit  à  terre.  C'eft  nourrir  &  fortifier  ;  ces  viandes 
fouiitnnent  long-tems.  C'eff  réfifter  ;  il  îauxfouunir 
vigoureufement  ce  pofte.  Tenir  la  bride  haute  & 
ferme  ;  foutenii^  ce  pas  -  là.  Foye^^  les  articles  Jui- 
vans. 

Soutenir  ,  v.  aft.  en  Mufîque ,  c'eft  faire  exa£le- 
ment  durer  les  fons  toute  leur  valeur  ,  fans  fe  relâ- 
cher vers  la  fin  ,  &  fans  en  paffer  une  partie  dans  le 
filence  ,  comme  font  très-fouvent  les  Muficiens ,  fur- 
tout  les  Symphoniftes.  {S) 

Soutenir  ,  {Marine^  on  fe  fert  de  ce  verbe  pour 
exprimer  l'effort  d'un  courant  qui  poufle  un  vaiffeau 
dans  un  fens ,  tandis  que  le  vent  le  poufle  dans  ua 
autre  fens  ;  de  forte  que  par  ces  deux  forces  il  eft 
porté  dans  fa  véritable  route. 

Soutenir  ,  (  Marine.  )  on  foufentend  le  pronom 
fe.  C'eft  demeurer  dans  le  même  parage  ,  &  ne  pas 
dériver  ,  nonobftant  les  courans  ou  la  marée  con- 
traire ,  fans  avancer  cependant ,  ou  fans  avancer  beau- 
coup. 

Soutenir  la  main,  (Afar£V/zd/.)o?^ soutenir upc 
cheval,  en  termes  de  Manège  ,  c'eft  tenir  la  bride 
ferme  6l  haute  ,  pour  l'empêcher  de  tendre  le  col  & 
de  s'en  aller  fur  les  épatdes. 

On  àx  foiitenir  un  cheval  de  la  jambe  de  dedans 
ou  du  talon  de  dedans  ,  lorfqu'il  s'entable  ,  &  qu'en 
miimant  fur  les  voltes  fa  croupe  va  avaat  i^  épaules. 


s 

On  dîi  chfcof ë  fouunir  iirt  cheval  j  îorfquVn  î'cïfl* 
pcche  de  le  travcrler  &  qu'on  le  conduit  également  > 
le  tenant  toujours  flijet  fans  que  la  croupe  puifie 
échapper  ,  l'ans  qu'il  perde  ni  fa  cadence  ,  ni  l'on  ter- 
rein  ,  en  lui  fliifant  marquer  Tes  tems  égaux. 

SOUTENU ,  en  termes  de  Blajon ,  fe  dit  d'une  piecîe 
qui  en  a  une  autre  au-deffous.  D'or  à  trois  bandes 
de  gueules,  au  chef  d'or ,  charge  d'un  lion  naiffant  de 
Table  ^foutcnu  d'une  devilc  coulue  d'or  ,  chargée  de 
trois  trèfles  de  fable. 

Caylar  en  Languedoc ,  d'or  à  trois  bandes  de  gueu- 
Jes,  au  chef  d'or,  chargé  d'un  lion  nailTant  de  lable, 
foutenu  d'une  deviié  coufue  d'or ,  chargée  de  trois 
trciles  de  fable. 

SOUTERAINE  ,  la  ,  (  Géo£,  moa^.)  petite  ville, 
«^.ifons  mieux ,  petit  bourg  de  France ,  dans  le  Limou- 
fin  ,  à  2  lieues  de  Limoges.  (Z).  /.  ) 

SOUTHAxMPTOiN ,  {Geog.  mod.)  On  devroit 
écrire  Soudi-H-mton ;  ville  d'Angleterre  dans  l'Hant- 
shire  &  fa  capitale.  Elle  cfl  fituée  fur  le  rivage  de 
la  baie  de  fon  nom,  entre  les  deux  rivières  du  Tell 
&  de  l'Itching,  niais  plus  près  de  la  dernière,  à  72 
iTiillcs  au  fud-ouefl  de  Londres. 

On  ne  doute  point  qu'elle  n'ait  été  bâtie  des  ruines 
<l'une  autre  ville  de  même  nom  ,  file  un  peu  plus 
haut,  aux  bords  de  la  même  rivière,  dans  l'endroit 
où  l'on  voit  les  deux  villages  de  Sainte-Marie  ,  &:  de 
Bittcrn.  Cette  ancienne  ville,  prelque  ruinée  par  les 
Danois  en  980 ,  fut  réduite  en  cendres  par  les  Fran- 
çois dans  le  xiv.  fiecle ,  pendant  les  dcmclés  d'E- 
douard IIu  avec  Philippe  de  Valois  pour  la  cou- 
ronne de  France. 

Les  habitans  élevèrent  urie  nouvelle  ville  dans 
ime  fituation  plus  commode,  plus  voiline  de  l'eau, 
£i  qui  conlcrva  le  même  nom.  Avec  le  tems,  cette 
nouvelle  ville  le  peupla,  s'agrandit  ,•  fut  fermée  de 
bonnes  murailles,  &:  devint  fioriiiante.  Son  port  fut. 
muni  d'un  château  bâti  de  pierres  de  taille;  6c  com- 
me elle  étoit  la  capitale  du  comté ,  elle  lui  donna  le 
nom  de  Soiuhampton^  vulgairement  Hantibre. 

Son  havre  eft  allez  bon  &  revêtu  d'un  beau  quai. 
Son  commerce  eft  cependant  aujourd'hui  m^oins  con^ 
fidérable  qu'autrefois  ;  mais  cette  ville  ne  lailîe  pas 
<^'être  encore  grande  &  peuplée,  car  on  y  compte 
cinq  paroillés.  Elle  ell  du  nombre  des  villes  qui  le 
gouvernent  par  elles-mêmes,  6c  qi;i  ne  relèvent 
point  du  lieutenant  de  la  province.  Ealîn  elle  a  titre 
de  duché,  érigé  par  Charles  II.  en  faveur  de  faîne 
des  fils  naturels  qu'il  a  eus  de  la  ducheli'e  de  Cle- 
veland.  Lcr.g.  16.  22.  lat'u  5o.  4.8. 

Fulkr  (Nicohs)  favant  philologue,  naquit  à  5'ow^ 
hampîon  dans  le  xvj.  fieclc ,  6c  mourut  en  1613. 
Ses  nnjulianea  thcologica  &  Jacra  lont  remplis  el'e- 
uidition. 

Anne^  comtefle  de  Winchdfea,  dame  d'efprit ,  & 
connue  par  l'es  vers ,  étoit  née  dans  la  province  de 
Southampion ,  6<.  mourut  en  1 720.  On  a  public  à  Lon- 
dres en  171 3  in-8°.  un  recueil  de  fes  poélies,  où  le 
trouve  fon  pcéme  fur  la  rate  ,  &  la  tragédie  intitu- 
lée ArifJomcne ,  mais  qui  n'a  jamais  été  reprélen- 
tcc.  {D.  J.) 

SOL'THAMPTON  ,  Baie  di,{Géog.  mod.")  ou  baie 
ai  Hampton.  Les  anciens  la  nommoient  Ciuufetnum  ^ 
c'efl-à-dirc,  le  canal  de  Ilanton  ;  6c  c'ell  de  ce  nom 
que  la  province  entière  a  été  appellée  Hant^^Jùrc. 

La  baie  deSonthaniptoîi  a  près  de  huit  milles  de  lon- 
gueur &  trois  milles  de  largeur.  Elle  ell  fort  droite  , 
^  prefque  liins  courbure  ,  s'étendant  du  noid-oucft 
au  lud-eft.  Ses  côtes  occidentak'S  le  terminent  |>ar 
une  pointe  ,  où  l'on  a  bâti  le  château  de  Calshot, 
{ur  un  rocher  avancé,  pour  delendre  l'entrée  de 
la  baie.  A  l'occident  de  cette  baie  le  pays  elt  cou- 
vert d'une  grande  &  vafle  foret ,  de  treiue  milles  de 
îour  ,•  nouimée  new-forejl  ^  6c  anciennement  appcl- 
pellée  Ji/nne, 


AH 

Avant  \t  fèghè  dé  Gui!lâU:iiê-îe-Coftqiierânt  j  £è 
quartier  étoit  habité  ;  mais  ce  prince  le  changea  eft 
une  forêt,  il  détruifit  pour  cet  erlet  trente-fix  "aroif- 
fes  qili  s'y  trouyoient,  fans  épargner  ni  bourgs  ni 
villages,  ni  églifes,  nimonalleres.il  expulfa  parla 
force  tous  les  habitans,  folt  pour  fc  donner  le  nlai- 
fir  de  la  chaire,fo;t,  plus  vrailfembl.-<b!ement ,  pouf 
fe  procurer,  en  cas  de  foulevement,  une  retraite  af- 
lurée  dans  cette  vafte  forêt,  jufqu'à  ce  qu'il  eut  reçd 
du  fecours  de  la  Normandie  qui  elt  vis  à-vis. 

Au  relie,  le  pays  que  cette  foret  occupe,  &  cô 
qui  eft  aux  environs,  d'un  côté  jufqu'à  la  mer,  &  de 
l'autre  julfqu'au  comté  de  Dorfet,  étoit  la  demeure 
des  anciens  règnes^  avant  Tinvafion  des  Saxons.  La 
côte  qui  s'étend  au  midi  de  la  forêt,  eft  reliée  toute 
ouverte  julqu'au  xvj.  fiecle,  qu'Henri  VIII.. pour  la 
couvrir,  y  ûi  conllruire  le  château  deHurll,  fur  une 
langtie  de  terre  avancée  qui  approche  le  plus  de 
File  de  'Whigt,  &  dont  le  trajet  n'a  guère  au-delà 
de  deux  milles  de  largeur.  (D.  J.) 

SC)UTHS'v'ARE  ,  {Gci'g.  mod.')  ou^\ùs  commu- 
nément Soud/ik,  bourg  d'Angleterre  dans  la  pro- 
vince de  Surrey,  uni  &  incorporé  à  la  ville  de  Lon- 
df-es  par  deux  beaux  pon;s  fur  la  Tamife.  Ce  bourg 
e(l  fi  conlidérable  &  fi  peuplé,  qu'il  pourroit  palfer 
p  )ur  une  grande  ville,  puifqu'il  contient  cinq  grofTes 
p  .  oilTes.  C'eit  de  ce  bourg  qu'on  pafle  à  LamLeîh  où 
elt  le  palais  des  archevêques  de  Cantorbéry,  bâti- 
ment antique ,  confirait  au  bord  de  la  Tamife ,  vis-à- 
vis  Weilminllcr.  Près  de  ce  palais  ,  ell  la  promenade 
nommée  vaux -hall.  La  plus  belle  des  églifes  de 
Southwa'c  efl  celle  de  Sain;e-Nîaric-OvervcM:  Over- 
ry,  qui  étoit  anciennement  de  la  dépendance  d'urt 
prieuré  fondé  dans  le  xiij.  fiecie.  Le  prieuré  fat  dé^ 
truit  par  Henri  VIII.  mais  l'égllle  fut  confervée , 
&L  en  1540  les  bourgeois  l'achetèrent  du  roi,  pour 
en  faire  une  églife  parollliale. 

Sli:rlock  (Guillaume)  lavant  théologien,  naquit 
à  Soutliware,  ou,  fi  vous  l'ainiez  mieux,  à  Londres, 
vers  Fan  1641.  Il  fut  nommé  doyen  de  faim  Paul 
en  1691  ,  &  mourut  en  1707  âgé  de  67  ans.  C'étoit 
un  écrivain  clair,  poli,  bon  logicien  ,  &  qui  s'acquit 
un  grand  nom  lous  le  règne  de  Jacques  II.  par  les 
ouvrages  polémiques  contre  les  catholiques  romains. 
Son  traité  du  jugement  dernur  a  fouitert  un  grand 
nombre  d'éditions ,  ainfi  que  celui  de  la  mon.  On  a 
donné  en  François  à  la  Haye  en  172 1  in-8°.  une  belle 
tradu£lion  du  traité  de  la  providence  par  Sherlock. 
On  a  aufii  traduit  en  françois  Ion  traité  de  Vimmor-  . 
taiué  de  l'unie,  &  de  la  vie  éurncUe.  Axiiîilerd.  1708, 
in-8°.  Enfin  [es  fermons  de  Sherlock  ont  été  traduits 
&  publics  en  fiançois  à  la  Haye  en  1723  en  deux 
volumes  in-8^.   {D.  J.) 

SOUVERAINS,!',  m.  ^\.  {Droit  naturel  &  politiq.) 
Ce  lont  ceux  à  qui  la  volonté  des  peuples  a  conféré 
le  pouvoir  nécefîaire  pour  gouverner  la  ibciété. 

L'homme  ,  dans  Fétat  de  nature,  ne  connoît  point 
de  Jouverain  ;  chaque  individu  eft  égal  à  un  autre , 
&  jouit  de  la  plus  parfaite  indépendance;  il  n'efb 
dans  cet  état  d'autre  lubordmaticn  que  celle  des  cn- 
fans  à  lour  pcre.  Les  befoins  naturels,  &c  lur-tout  la 
néceftité  de  réunir  leurs  forces  pour  repoulTer  les  en- 
treprifes  de  leurs  ennem.is,  déterminèrent  pluficurs 
hommes  ou  pluficurs  familles  à  fe  rapprocher,  pour 
ne  faire  qu'une  même  famille  que  l'on  nomme  yà- 
ciàé.  Alors  on  ne  tarda  point  à  s'appcrcevoir,  que 
fi  chacun  continuoit  d'exercer  fa  volonté,  à  ufcr  de 
fes  forces  &i  de  fon  indépendance,  &  de  donner  \m 
libre  cours  à  les  pallions  ;  la  fituation  de  chaque  indi- 
vidu Icroit  plus  malhcureule  que  s'il  vivoit  ifolé, 
on  fentit  qu'il  falloit  que  chaque  homme  renonçât 
à  une  partie  de  ion  indépendance  naturelle  pour  fe 
fjumettre  à  une  volonté  qui  rcpréfcntât  celle  de 
tjute  la  fociété,&:  qui  fiit,  pour  ainfi  di;e,le  centre 
commun  vk  le  point  de  réunion  de  toutes  fes  volon- 


4^4  SOU 

tes  Se  de  toutes  fcs  forces.  Telle  cft  l'origine  qIçs/ou- 
^'crains.  L'on  voit  que  leur  pouvoir  6c  leurs  droits 
■ne  lont  fondés  que  fur  le  conientemcnt  des  peuples  ; 
ceux  qui  s'ct.:blincnt  par  la  violence,  ne  font  que 
des  ulurpatcurs  ;  ils  ne  deviennent  légitimes  ,  que 
lorfque  le  confentemcnt  des  peuples  a  confirmé  aux 
Jouverains  les  droits  dont  ils  s'étoicnt  emparés. 

Les  hommes  ne  fe  font  mis  en  fociété,  que  pour 
être  plus  heureux  ;  la  fociété  ne  s'ell  choifi  des  fou- 
virains  que  pour  veiller  plus  efficacement  à  fon  bon- 
<heur  &.  à  l'a  conlcrvation.  Le  bien-être  d'une  fo- 
ciété dépend  de  fa  fureté,  de  fa  libertés  de  fa  puif- 
fance,  pour  lui  procurer  ces  avantages.  Il  a  fallu  que 
le  fonvcrain  eût  un  pouvoir  fuififant  pour  établir  le 
bon  ordre  &;  la  tranquillité  parmi  les  citoyens  ,  pour 
alfurcr  leurs  poffeffions ,  pour  protéger  les  foibles 
contre  les  entreprifes  des  forts ,  pour  retenir  les  paf- 
fions  par  des  peines ,  &  encourager  les  verrus  par 
des  récompenies.  Le  droit  de  faire  ces  lois  dans  la 
fociété,  s'appelle  piiljj'uncc  légijlauve.  Foyei  LÉGIS- 
LATION. 

Mais  vainement  \c  fouverain  aura-t  il  le  pouvoir 
de  faire  des  lois  ,  s'il  n'a  en  même  tems  celui  de  les 
faire  exécuter  :  les  pafTions  &  les  intérêts  des  hom- 
mes font  qu'ils  s'oppofent  toujours  au  bien  général, 
lorfqu'il  leur  purcît  contraire  à  leur  intérêt  particu- 
lier. Ils  ne  voient  le  premier  que  dans  le  lointain  ; 
tandis  que  fans  cefie  ils  ont  le  dernier  fous  les  yeux. 
Il  faut  donc  que  le  fouvertùn  foit  revêtu  de  la  force 
nécefiaire  pour  faire  obéir  chaqvie  particulier  aux 
lois  générales,  qui  font  les  volontés  de  tous,  c'eft  ce 
qu'on  nomme  puil/ance  exécutrice. 

Les  peuples  n'ont  point  toujours  donné  la  même 
étendue  de  pouvoir  ^\\\  Jouverains  qu'ils  ont  choifis. 
L'expérience  de  tous  les  tems  apprend ,  que  plus  le 
pouvoir  des  hommes  eft  grand,  plus  leurs  paffions 
les  portent  à  en  abufer  :  celte  conlidération  a  déter- 
miné quelques  nations  à  mettre  des  limites  à  la  puif- 
fance  de  ceux  qu'elles  chargeoient  de  les  gouver- 
ner. Ces  limitations  de  la  iouveraineté  ont  varié  , 
fuivant  les  circonrtances ,  futvant  le  .plus  ou  moins 
d'amour  des  peuples  pour  la  liberté,  fuivant  la  gran- 
deur des  inconvéniens  auxquels  ils  s'étoient  trou- 
vés entièrement  expofés  lous  des  Jouverains  trop 
arbitraires  :  c'eft-là  ce  qui  a  donné  naiffance  aux  dif- 
férentes divifions  qui  ont  été  faites  de  la  fouverai- 
neté  &  aux  diftcrentes  formes  des  gouvernemens. 
En  Angleterre,  la  puiiîlmce  légiiiative  réfide  dans  le 
roi  &  dans  le  parlement  :  ce  dernier  corps  repré- 
fente  la  nation,  qui  par  la  conftitution  britannique  , 
s'crt  réfervé  de  cette  manière  une  portion  de  la 
puljj'ancc  Jouveruine;  tandis  qu'elle  a  abandonné  au 
roi  feul  le  pouvoir  de  faire  exécuter  les  lois.  Dans 
l'empire  d'Allemagne  ,  l'empereur  ne  peut  faire  des 
lois  qu'avec  le  concours  des  états  de  l'Empire.  Il  faut 
cependant  que  la  limitation  du  pouvoir  ait  elle-même 
des  bornes.  Pour  que  le /«//vtr^/Vz  travaille  au  bien 
de  l'état,  il  finit  qu'il  puiilc  agir  &;  prendre  les  me- 
fures  néceffaires  à  cet  objet;  ce  feroit  donc  un  vice 
dans  un  gouvernement ,  qu'un  pouvoir  trop  limité 
dans  le  Jouverain  :  il  eft  ailé  de  s'appercevoir  de  ce 
vice  dans  les  gouvernemens  fuédois  &  polonois. 

D'autres  peuples  n'ont  point  llipulé  par  des  ades 
exprès  &C  authentiques  les  limites  qu'ils  fixoient  îi 
leurs  fouverains;  ils  le  font  contentés  de  leur  impoier 
la  nécefuté  de  fuivre  leslois  fondamentales  de  l'état, 
leur  confiant  d'ailleurs  la  puiffance  légiflative  ,  ainfi 
que  celle  d'exécuter.  C'tfl-là  ce  qu'on  appelle  Jou- 
veraineté dbjoluc.  Cependant  la  droite  railon  fait  voir 
qu'elle  a  toujours  des  limites  naturelles  ;  un  fcuvc- 
Tain ,  quelque  abfolu  qu'il  foit ,  n'efl  point  en  droit 
de  toucher  aux  lois  conltitutives  d'un  état ,  non-plus 
qu'à  fa  religion  ;  il  ne  peut  point  altérer  la  forme  du 
gouvernement ,  ni  changer  l'ordre  de  la  fucccfTion  , 


SOU 


iVmoins  d'une  autorifation  formelle  de  fa  nation.' 
D'ailleurs  il  eft  toujours  fournis  aux  lois  de  la  juflice 
&  à  celles  de  la  raifon  ,  dont  aucune  force  humaine 
ne  peut  le  diipenler. 

Loriqu'un  Jouverain  abfolu  s'arroge  le  droit  de 
changer  ;\  fa  volonté  les  lois  fondamentales  de  fon 
pays  ;  lorfqu'il  prétend  un  pouvoir  arbitraire  fur  la 
peribnne  6t  les  polfelHons  de  fon  peuple,  il  devient 
un  del'pote.  Nul  peuple  n'a  pu  ni  voulu  accorder  un 
pouvoir  de  cette  nature  à  (es  Jouverains  ;  s'il  l'avoit 
fait ,  la  nature  &  la  raifon  le  mettent  toujours  en 
droit  de  réclamer  contre  la  violence.  Foye:;^  r article 
Pouvoir.  La  tyrannie  n'eft  autre  chofe  que  l'exer- 
cice du  delpotiime. 

La  fouverainetc  lorfqu'elle  réfide  dans  un  feul 
homme  ,  foit  qu'elle  foit  abfolue  ,  foit  qu'elle  foit  li- 
mitée, s'appelle  monarchie.  Woyei.  cet  article.  Lorf- 
qu'elle réfide  dans  le  peuple-même  ,  elle  eft  dans 
toute  fon  étendue,  &n'eif  point  fufceptible  de  limi- 
tation ;  c'ell  ce  qu'on  appelle  démocratie.  Ainfi  chez 
les  Athéniens  la  fouveraineté  réfidoit  toute  entière 
dans  le  peuple.  La  fouveraineté  eft  quelquefois  exer- 
cée par  un  corps  ,  ou  par  une  affemblée  qui  repré- 
i^nta  le  peuple  ,  connue  dans  les  états  républicains. 

En  quelques  mains  que  foit  dépofé  le  pouvoir/o«- 
verain ,  il  ne  doit  avoir  pour  objet  que  de  rendre 
heureux  les  peuples  qui  lui  font  foumis  ;  celui  qui 
rend  les  hommes  malheureux  eft  une  ufurpation  ma- 
nifefte  S-C  un  renverlement  des  droits  auxquels  l'hom- 
me n'a  jamais  pu  renoncer.  Lefouverain  doltàfesfu- 
jets  la  sûreté,  ce  n'eft que  dans  cette  vue  qu'ils  fe  font 
Ibumis  à  l'autorité,  f^ojei  Protection.  Il  doit  éta- 
blir le  bon  ordre  par  des  lois  lalutaires  ,  il  faut  qu'il 
foit  autorifé  à  les  changer  ,  fuivant  que  la  néceffité 
des  circonftances  le  demande  ;  il  doit  réprimer  ceux 
qui  voudroient  troubler  Its  autres  dans  la  jouiffance 
de  leurs  poffeffions,  de  leur  liberté,  de  leurperfonne; 
il  a  le  droit  d'établir  des  tribunaux  &  des  magiftrats 
qui  rendent  la  juftice  ,  &  qui  punifTentles  coupables 
fuivant  des  règles  sûres  &  invariables.  Ces  lois  s'ap- 
pellent civiles,  pour  les  diftinguer  des  lois  naturelles 
&  des  lois  fondamentales  auxquelles  IçJ'ourerain  lui- 
même  ne  peut  point  déroger.  Comme  il  peut  chan- 
ger les  lois  civiles  ,  quelques  perfonnes  croient  qu'il 
ne  doit  point  y  être  fournis  ;  cependant  il  eft  naturel 
que  \e  Jouverain  fe  conforme  lui-même  à  fes  lois  tant 
qu'elles  font  en  vigueur  ,  cela  contribuera  à  les  ren- 
dre plus  refpe£fables  à  fes  fujets. 

Après  avoir  veillé  à  la  sûreté  intérieure  de  Fétat,' 
le  fnuverain  doit  s'occuper  de  fa  sûreté  au-dehors  j 
celle-ci  dépend  de  fcs  richeffes  ,  de  fes  forces  mili- 
taires. Pour  parvenir  à  ce  but,  il  portera  fes  vues  fur 
l'agriculture ,  fur  la  population ,  fur  le  commerce  ;  if 
cherchera  à  entretenir  la  paix  avec  les  voifms  ,  fans 
cependant  négliger  la  dilcipline  militaire  ,  ni  les  for- 
ces qui  rendront  fa  nation  refpedable  à  tous  ceux  qui 
pourroient  entreprendre  de  lui  nuire  ,  ou  de  troubler 
îa  tranquillité  ;  de-là  naît  le  droit  que  les  Jouverains 
ont  de  faire  la  guerre  ,  de  conclure  la  paix  ,  de  for- 
mer des  alliances ,  &c,  f^oye^  Paix  ,  Guerre  ,  Puis- 
sance. 

Tels  font  les  principaux  droits  de  la  fouveraineté  ," 
tels  font  les  droits  des  fouverains;V\\\{{owc  nous  four- 
nit des  exemples  fans  nombre  de  princes  oppref- 
feurs  ,  de  lois  violées  ,  de  fujets  révoltés.  Si  la  rai- 
ion  gouvernoiî  \çs  Jouverains  ,  les  peuples  n'auroient 
pas  befoin  de  leur  lier  les  mains ,  ou  de  vivre  avec 
eux  d.ms  une  défiance  continuelle;  les  chefs  des  na- 
tions contens  de  travailler  au  bonheur  de  leurs  fu- 
jets ,  ne  chercheroient  point  à  envahir  leurs  droits. 
Parune  fatalité  attachée  à  la  nature  humaine,  les  hom- 
mes font  des  efforts  continuels  pour  étendre  leur  pou- 
voir ;  quelques  digues  que  la  prudence  des  peuples 
ait  voidu  leur  oppofer  ,  il  n'en  eft  point  que  l'am- 

bitjoa 


sou 


s  0  u 


m 


brtion&  la  force  ne  viennent  à  bout  de  rompre  ou  d'x^' 
lucler.  hch/ouvcmins  ont  un  trop  grand  avantage  fur 
les  peuples  ;  la  dépravation  d'une  leule  volonté  fuffit 
dans  lofouverain  pour  mettre  en  danger  ou  pour  dé- 
truire la  hilicité  de  (es  fujets.  Au-iicu  que  ces  der- 
niers ne  peuvent  guère  lui  oppoler  l'unanimité  ou  lé 
:oncours  de  volontés  &  dé  lorces  néceffaires  pour 
réprimer  (es  cntrepriics  injufles. 

Il  dà  une  erreur  tunelle  au  bonheur  des  peuples, 
ians  laquelle  les  fouverains  ne  tombent  que  trop 
:omjnunément  ;  ils  croient  que  la  fouveraineté  e(l 
ivilie  dès  lors  que  Tes  droits  font  reflérrés  dans  des 
jornes.  Les  chefs  de  nations  qui  travailleront  à  la 
îelicité  de  leurs  fujets,  s'afilireront  leur  amour,  trou- 
t^eront  en  eux  une  obéiiTance  prompte  ^  &  (eront 
toujours  redoutables  à  leurs  ennemis.  Le  chevalier 
Femplc  difoit  à  Charles  IL  quun  roi  d'Angleterre  qui 
'J{  r  homme  de  fon  peuple  ,  efi  le  plus  pand  roi  du  man- 
ie ;  mais  s^il  veut  être  davantage  ,  //  n^ejl plus  rien.  Je 
'eux  être  l" homme  de  mon  peuple ,  répondit  le  mo- 
larque.  Foye^  les  articles  POUVOIR,  AUTORITÉ, 
Puissance,  Sujets,  Tyran, 

Souverain  ,  (Jurifprud.')  ce  titre  cft  donné  à  cer- 
ains  tribunaux,  comme  aux  confeils/c)«vcv,2f/2i  ,  aux 
;ours  fouveraines  ;  ce  qui  ne  fignifîe  pas  que  ces  ju- 
jes  zyentwne  Rutov'itcfouveraine  qui  leur  foit  propre, 
nais  qu'ils  exercent  la  juilice  au  nom  dujbuverain. 

A  la  table  de  marbre,  on  appelle  tenir  lefouverain^ 
orfque  les  commiflTaires  du  parlement  viennent  y 
;enir  l'audience. 

De  même  aux  requêtes  de  l'hôtel ,  les  maîtres 
Jes  requêtes  ,  étant  au  nombre  de  (ept ,  jugent  au 
"ouverain  certaines  caufes  dont  ils  font  juges  en  der- 
lier  reffort,  Foye^  Conseil  souverain  ,  Cour 
îOuvERAiNE,  Maître  des  requêtes,  Requê- 
rES  DE  l'hôtel.  {J) 

Souverain  ,  (  Monnaie.')  c°e(l:  le  nom  d'une  mon- 
îoie  frappée  en  Flandres  vers  le  commencement  du 
dernier  fiecle.  Il  y  avoit  audî  un  ôiQmi-fotiverain  & 
in  quart  Aq  fouverain.  Le  fouverain  de  Flandres  étoit 
iu  poids  de  fix  deniers  i  i  grains  ,  ou  2  gros  1 2 
crains  trébuchans  ,  &  étoit  reçu  en  France  pour  1 3 
.ivre?.  Le  demi  -fouverain  valoit  ïo  livres  10  fous  , 
jefant  i  gros  6  grains  ;  le  gros  3  liv.  5  fous  pefant 
lemi  gros  3  grains.  Cette  monnoie  n'a  pas  toujours 
;u  le  même  type.  Le  livre  qui  contient  les  réglemens 
àits  en  1641  pour  les  monnoies,  donne  la  figure  dé 
ieuxjbuverains  ,  dont  le  premier  frappé  en  16 16,  a 
i'un  côté  les  efîigles  des  archiducs  Albert  &Elifabeth 
iiTis,  &  de  l'autre  côté  l'écu  d'Autriche.  Le  fécond 
rappé  en  1622,  a  d'un  côté  le  bufte  de  Philippe  IVi 
■oi  d'Efpagne  ,  &  de  l'autre  côté  fon  écu.  (i).  /. ) 

SOUVERAINETÉ  ,  (  Gouvernement.  )  on  peut  11 
iéfinir  avec  Pu(rendorf,  le  droit  de  commander  en 
iernier  refl'ort  dans  la  fociété  civile  ,  que  les  mem- 
bres de  cette  (ociété  ont  déféré  à  une  (eule  ou  à  plu- 
r]eiusper(onnes,pour  y  maintenir  l'ordre  au-dedans, 
ik  la  défcnfc  au -dehors  ,  &  en  général  pour  fe  pro- 
curer lous  cette  proteftion  un  véritable  bonheur ,  & 
fur-tout  l'exercice  affiiré  de  leur  Hberté. 

Je  dis  d'abord  qiie  la  fouveraineté  eu  le  droit  de 
Commander  en  dernier  i'cirorî  dans  la  fociété  ,  pour 
faire  comprendre  que  la  nature  de  la  fouveraineté 
conlide  principalement  en  deux  choies  ;  la  première 
dans  le  droit  de  commander  aux  membres  delà  (ocié- 
té ,  e'e(l-;Vdire  de  diriger  leurs  adions  avec  empire 
ou  pouvoir  de  contraindre  ;  la  féconde  eft  que  ce 
droit  doit  être  en  dernier  refîbrt ,  de  telle  forte  que 
tous  les  particuliers  foient  obligés  de  s'y  foumettre  , 
(ans  qu'aucun  pui(rc  lui  réfiiler  :  autrement  (1  cette 
autorité  n'étoit  pas  fupérlcure  ,  elle  ne  pourroit  pas 
procurer  à  la  fociété  l'ordre  &  la  sûreté  qui  font  les 
(îns  pour  lefquclles  elle  a  été  établie, 
Tome  XFi 


Jo  dis  enfuitc  que  c'eft  un  droit  déféré  à  une  ou  à 
j)ki(ieurs  pcrfonnes,  parce  qu'une  république eitauff» 
bien  fouverainc  qu'une  monarchie. 

J'ajoute  enfin ,  pour  fe  procurer  fous  cette  protec- 
tion \m  véritable  bonheur,  &c.  pour  faire  connoïtré 
que  la  fin  de  la  fouveraineté  e(l  la  félicité  des  peuoles,. 

On  demande  quelle  eft  la  fource  prochaine  de  la 
fouveraineté .,  &  quels  en  font  les  cara61ores  ?  il  efl 
certain  que  l'autorité  (buveraine ,  ainli  que  le  titre  fur 
lequel  ce  pouvoir  eil  établi ,  &  qui  en  fait  le  droit , 
rélulte  immédiatement  des  conventions  mêmes  qui 
form.ent  la  (ociété  civile  ,  &  qui  donnent  naifîance 
au  gouvernement.  Comme  Xz  fouveraineté  x(:.{\à.e  ori- 
guiairement  dans  le  peuple ,  &  dans  chaque  particu- 
lier par  rapport  i\  foi-même  ,  il  réfulte  que  c'e(r  lé 
tranljjort  &  la  réunion  des  droits  de  tous  les  particu- 
liers dans  la  perfonne  du  (buverain  ,  qui  le  conftitue 
tel ,  &  qui  produit  véritablement  layo^veraZ/Ze'/f';  per- 
fonne ne  fauroit  douter  ,  par  exemple  ,  que  lorique 
les  Romains  choifircnt  Romulus  &  Numa  pour  leurs 
rois  ,  ils  ne  leur  conféralTent  par  cet  acle  même  la 
fouveraineté  fur  eux  qu'ils  n'avoient  pas  auparavant  ^ 
&  à  laquelle  ils  n'avoient  certainement  d'autre  droit 
que  celui  que  leur  donnoit  l'éleélion  de  ce  peuple. 

Le  premier  caraftere  effentielde  hfouveraineté ^  St 
celui  d'où  découlent  tous  les  autres ,  c'eft  que  c'cfl 
un  pouvoir  fouverain  &  indépendant  ,  c'ell-à-dire 
une  puifTance  qui  juge  en  dernier  relTort  de  tout  ce 
qui  eft  fufceptible  de  la  direûion  humaine ,  &  qui 
peut  intérefier  le  falut  &  l'avantage  de  la  fociété  ; 
mais  quand  nous  di(bns  que  lapuiiTance  civile  ed:  par 
fa  nature  fouveraine  &  indépendante ,  nous  enten- 
dons feulement  que  cette  puhîance  une  fois  confti- 
tuée,aune  pui(rance  telle  que  ce  qu'elle  établit  dans 
l'étendue  de  (on  diftrift ,  ne  fauroit  être  légitimement 
troublé  par  un  autre  pouvoir. 

Eneftét,  il  eft  ablblument  néceffaire  que  dans  tout 
gouvernement ,  il  y  ait  une  telle  puiflance  fuprème  , 
la  nature  môme  de  la  chofe  le  veut  ainfi ,  &  il  ne  fau- 
roit fubfifter  fans  cela  ;  car  puifqu'on  ne  peut  pas 
muUiplier  les  pui(rances  à  l'infini ,  il  faut  néceifaire- 
ment  s'arrêter  à  quelque  degré  d'autorité  fupérieur  à 
tout  autre;  Ik.  quelle  que  foit  la  forme  du  gouverne- 
ment monarchique  ,  ariflocratique  ,  démocratique  , 
ou  mixte  ,  il  (aut  toujours  qu'on  foit  foumis  à  une 
décifion  fouveraine  ,puifqu'ii  implique  contradi£liort 
de  dire  qu'il  y  ait  quelqu'un  au-defTusdeceluiou  ceux 
qui  tiennent  Ife  plus  haut  rang  dans  un  même  ordre 
d'êtres. 

Un  fécond  caradere  qui  cft  une  fuite  du  premier^'' 
c'eft  que  le  fouverain  comme  tel ,  n'eft  tenu  de  rendre* 
compte  à  perfonne  ici-basde  faconduite:quandjedis 
que  le  fouverain  n'eft  pas  comptable  j  j'entends  aufti 
long  tems  qu'il  eft  véritablement  fouverain  ;  car  la 
fouveraineté  n'exifte  que  pour  le  bien  public  ,  &  il  n'efl 
pas  permis  au  fouverain  de  l'employer  d'une  maniè- 
re direftement  oppofée  à  fa  deftination,  pulfqu'il  ed 
conftant  que  tout  (buverain  ,  ou  tout  corps  de  fouve^ 
ruineté  eft  foumis  aux  lois  naturelles  &  divines. 

Les  limitations  du  pouvoir  fouverain  ne  donnent 
aucune  atteinte  à  h  fouveraineté;  car  un  prince  ou  un 
fénat  à  qui  on  a  déléré  la  fouveraineté  ^  en  peut  exer- 
cer tous  les  dues  ,  au(îî-bien  que  dans  une  fouverai' 
ne  té  abfoluc  :  toute  la  différence  qui  s'y  trouve  ,  c'e(t 
qu'ici  le  roi  prononce  feul  en  dernier  reffort ,  (ui- 
vant  fon  propre  jugement  ,  &  que  dans  une  monar- 
chie limitée ,  il  y  a  un  fénat  qui  conjointement  avec  le 
roi ,  connoît  de  certaines  affaires  ,  &  que  (on  con-^ 
fentement  eft  une  condition  nécefl'aire  fans  laquelle 
le  roi  ne  (auroit  rien  décider. 

Il  nous  rcfte  à  dire  un  mot  des  parties  de  \îs.  fouvi^ 
rjineté ,  ou  des  différens  droits  efVcntiels  qu'elle  rer-« 
ferme.  L'on  peut  confidércr  hfouycrainete  comme  ut? 

Hhh 


4^6 


SOU 


affemblage  cle  divers  droits  &  de  pliifieurs  pouvoirs 
diltindls  ,  mais  conterés  pour  une  même  riu,  c'elt-à- 
dire  pour  le  bien  de  la  l'ocicté ,  6c  quilont  tous  elVeii- 
tiellemcnt  néceflaires  pour  cette  même  fin  ;  ce  Tout 
ces  différons  droits  ,  ces  ditfcrens  pouvoirs  que  l'on 
appcWc  les  p^utics  c^'cnticllcs  Je  la  fouvcrainctc.  Pour 
les  connoître  ,  il  ne  tiuit  que  taire  attention  à  leur  tin. 

La  fouvcrainetî  a  pour  but  la  conservation ,  la  tran- 
quillité &  le  bonheur  de  Fctat ,  tant  au-dedans  qu'- 
au-dchors  ;  il  tant  donc  qu'elle  renferme  en  elle-mê- 
me tout  ce  quiluiclt  elicntiellcment  néceflaire  pour 
procurer  cette  double  fin. 

La  première  partie  de  la  fouvtranmc  ,  &  qui  eft: 
comme  le  fondement  de  toutes  les  autres  ,  c'eft  le 
pouvoir  Icgillatif  en  vertu  duquel  le  fouverain  établit 
en  dernier  relTort  des  règles  générales  &  perpétuel- 
les que  l'on  nomme /o/«  ;  par-là  chacun  eÛ  inllruiîde 
ce  qu'il  doit  faire  ou  ne  pas  faire  pour  maintenir  le 
bon  ordre,  de  ce  qu'il  confervede  fa  liberté  naturelle, 
&  comment  il  doitufer  de  fes  droits  pour  ne  pas  trou- 
bler le  repos  public. 

La  féconde  partie  cfîentielle  de  la  fouveraineté  cft 
le  pouvoir  coactif ,  c'ell-à-dire  le  droit  d'établir  des 
pemes  contre  ceux  qui  troublent  la  focicté  par  leurs 
défordres,  &  le  pouvoir  de  les  infliger  aduellement; 
fans  cela  l'établiliement  de  la  fociété  civile  &  des  lois 
feroit  tout-à-fait  inutile  ,  &  on  ne  fauroit  fe  promettre 
de  vivre  en  sûreté.  Mais  afin  que  la  crainte  des  peines 
puiffe  produire  une  impreffion  aflez  forte  lur  les  ef- 
prits  ,  il  faut  que  le  droit  de  punir  s'étende  jufqu'à 
pouvoir  faire  fouffrir  le  plus  grand  de  tous  les  maux 
naturels  ,  je  veux  dire  la  mort  ;  autrement  la  crainte 
de  la  peine  ne  feroit  pas  toujours  capable  de  balan- 
cer la  force  de  la  palTion  ;  en  un  mot ,  il  taut  qu'on  ait 
Tuanifeftement  plus  d'intérêt  à  obferver  la  loi  qu'à  la 
violer  :  ainfi  ce  droit  du  glaive  eftfans  contredit  le 
plus  grand  pouvoir  qu'un  homme  puiffe  exercer  fur 
im  autre  homme. 

La  troifieme  partie  eiïentielle  de  lafouveraineiécû 
de  pouvoir  maintenir  la  paix  dans  un  état ,  en  déci- 
dant les  différends  des  citoyens;  comme  aufTi  de  faire 
grâce  aux  coupables  lorfque  quelque  raiioxi  d'utilité 
publique  le  demande  ;  &  c'efl-là  ce  qu'on  appelle  /e 
pouvoir  judiciaire. 

4°.  La  fo/iveraineté renferme  encore  tout  ce  qui  con- 
cerne la  religion  par  rapport  à  fon  influence  fur  l'a- 
vantage &  la  tranquillité  de  la  fociété. 

C'ert  en  cinquième  lieu  une  partie  effentielle  de 
la  fouveraineté  de  pouvoir  mettre  l'état  en  sûreté  à  l'é- 
gard du  dehors  ,  &  pour  cet  effet  d'avoir  le  droit 
d'armer  les  fujets  ,  lever  des  troupes  ,  contraâer  des 
engagemens  publics,  faire  la  paix  ,  des  traités,  des 
alliances  avec  les  états  étrangers  ,  &  d'obliger  tous 
les  fujets  à  les  obferver. 

Enfin ,  c'efl  une  partie  de  \a  fouveraineté  d'avoir  le 
droit  de  battre  monnoie  ;  de  lever  les  fubfides  abfo- 
lument  nécefiaires  en  tems  de  paix  &  en  tcms  de  guer- 
re ,  pour  affurer  le  repos  à  l'état ,  &  pour  pourvoir 
aux  nécefTités  publiques.  Telles  font  les  parties  effen- 
tielles  de  \-à  fouveraineté. 

Quant  aux  difîcrentes  manières  d'acquérir  \z  fou- 
veraineté ^  je  mécontenterai  de  dire  quelefeul  fon- 
dement légitime  de  cette  acquifition  efl  le  confentc- 
mcnt ,  ou  la  volonté  du  peuple  ;  cependant  il  n'arri- 
ve que  trop  fouvent  qu'on  acquiert  hfouverairieié  par 
la  violence  ,  &C  qu'un  peuple  efl  contraint  par  la  force 
des  armes  de  le  ioumettre  à  la  domination  du  vain- 
queur ;  cette  acquifition  violente  dclîi  fouverainté  ic 
nomme  con^juéte  ^  ufurpation.  Voyez  les  mots  CON- 
QUÊTE &  Usurpation. 

Puifque  la  guerre  ou  la  conqviête  efi:  un  moyen 
d'iicquérir  Vd  jouveraineté  ,  il  réiûltc  que  c'eif  auffi  un 
anoyen  de  la  perdre.  (  Lt  chevalier  DE  Jaucourt.^ 


SOU 

Souveraineté  absolve  ,  (  Gouvemem.  )  voye? 
Monarchie  absolue. 

Souveraineté  limitée  ,  (  Gouvemem.^  voyez 
Monarchie  limitée. 

SOUVIGNY  ,  (  Géogr.  mod,  )  en  latin  moderne 
Silviniacus  ,  petite  ville  de  France  dans  le  Bourbon- 
nois  ,  fur  le  ruiileau  de  Qucfhe  ,  près  de  l'Allier  ,  à  % 
lieues  de  Moulins ,  &  à  3  de  Bourbon  l'Archambaud. 
Elle  doit  être  ancienne  ,  car  Charlemagne  y  fit  fes 
premières  armes  dans  la  guerre  de  Pépin  fon  père, 
contre  le  duc  de  Guienne.  Les  fires  de  Bourbon ,  dont 
e(t  venue  la  branche  aujourd'hui  régnante, y  avoient 
leur  fépultiu-c.  Le  monallcrc^  du  prieur  de  cette  ville 
vaut  environ  dix  mille  livres  de  rente.  Long.  20.  62.» 
laiit.  jô'.  jf.  {D.  J.) 

SOWAAS  ,  ÇMérallurg.)  les  Japonois  donnent  ce 
nom  à  une  compofition  métallique  qui  n'eil:  autre 
chofe  qu'un  alliage  d'or  &  de  cuivre  ,  &c  qui  travail- 
lée , aune  couleur  auiîl  belle  que  l'or  pur. 

SOYE,  voyei  Soie. 

SOYETEÙR ,  f.  m.  (  Soierie.^  ouvrier  qui  travaille 
en  étoffes  de  foie.  Il  n'y  a  guère  qu'à  Lille  ,  capitale 
de  la  Flandre  françoife  ,  oii  on  leur  donne  ce  nom  ; 
ailleurs  on  les  appelle  manitfucluriers  ,  fibriquans  ou 
ouvriers  en  foie.  Savary. 

SOYEUX  ,  adj.  qui  im.ite  la  qualité  de  la  foie  ;  le 
caflor  eCifoycux  :  qui  eft  bien  fourni  de  foie  ;  ceta- 
fetas  efi:  très  -Joyeux. 

S  O  Z  ,  {Géog.  mod.  )  Bourg  d'Efpagne  ,  aux  fron- 
tières de  la  Navarre  ;  c'eft  un  bourg  remarquable  par 
la  naifTance  de  Ferdinand  V,  furnommé  le  Catholique. 
Il  cpoufa  Ifabelle  de  Cafl:ille  ,  &  réunit  en  faveur  de 
ce  mariage  ,  les  états  de  Caftille  à  ceux  d'Aragon  en 
1479.  Cc^  ^o^is  fon  règne  que  Colomb  découvrit  le 
nouveau  monde ,  &  foumit  à  la  Caflille  tant  de  ri- 
ches provinces.  Ferdinand  remporta  à  Toro  une  gran* 
de  viftoire  en  1476  fur  Alphonfe  V.  roi  de  Portu- 
gal ,  conquit  le  royaume  de  Grenade  ,  &  chafTa  les 
Maures  d'Efpagne  en  1491.  Bientôt  après ,  il  fe  ren- 
dit maître  d'Oran  en  Afrique  ,  s'empara  du  royau- 
me de  Naples  ,  ufurpa  celui  de  Navarre  en  1 5 1 1 ,  & 
mourut  en  1 5 1 6  au  village  de  Madrigales,  d'un  breu- 
vage que  Germain  de  Foix ,  fa  féconde  femme  ,  lui 
avoit  f^iit  prendre,  pour  le  rendre  capable  d'avoir  des 
enfans.  Voilà  fa  vie  ;  la  politique  de  ce  prince  n'eft 
pas  moins  connue  ;  il  parloit  fans  celTe  de  religion  & 
de  bonne  foi ,  &  viola  toujours  l'une  &  l'autre.  Il 
trompa  indignement  le  roi  d'Angleterre  fon  gendre, 
après  avoir  fuccefTivement  trompé  fon  parent,  le  roi 
de  Navarre  ,  &  le  roi  Louis  XII ,  &  les  Vénitiens , 
&  les  papes.  On  l'appelloit  en  Elpagne  ,  le  catholi- 
que ;  en  Italie ,  le  prudent  ;  en  France  &  en  Angleter- 
re ,  le  perfide  ;  &  c'étoit-là  le  feul  titre  qu'il  méritoit. 

(^••^•)" 

SOZUSiE  ,  (  Géog.  anc.  )  Etienne  le  géographe 

connoît  trois  villes  de  ce  nom  ,  l'une  dans  la  Phéni- 
cie  ;  l'autre  dans  la  Pifidie  ,  &  la  troifieme  dans  l'E- 
thiopie. S.  Epiphane  en  met  encore  une  dans  la  Pen- 
tapole  ,  &  il  en  fait  un  fiége  épilcopal ,  dont  il  nom- 
me l'évoque  Héliodore.  (Z?.  7.) 

SP 

SPA  ,  (Géog.  mod.)  bourg  du  pays  de  Liège  ,  fur 
les  confins  du  duché  de  Limbourg  ,  à  environ  cinq 
milles  de  la  ville  de  Liège.  Ce  bourg  eft  toujours  re- 
nommé ])ar  fes  eaux  minérales  ;  elles  étoient  déjà  cé- 
lèbres du  tems  de  Pline  ,  &  vous  trouverez  la  belle 
&  fimple  defcription  qu'il  en  fait  dans  fon  Hift.  nat. 
liv.  XXXI.  ch.  ij.  zwmotTUNGRORUM  FONS. 
(D.J.) 

SPACIEUX ,  adj.  {Gramm)  qui  occupe  un  grand 
efpace ,  un  jardin  fpacieux  ;  une  mù(on fpacieufe.  Au 


s  P  A 

figure ,  votîs  avez  entrepris  cet  ouvrage ,  le  champ 

SPADA  ou  SPATA  ,  (  Géogn  mod.  )  cap  de  l'île 
de  Candie  ,  à  8  lieues  au  couchant  de  la  Canée  ;  c'eft 
\t  fpacum  pjomontonum  des  anciens ,  lelon  Coronelli. 

SPADASSIN  ,  f.  m.  (  Gram.  Efcrim.^  homme  fan- 
guinairc  &  fou,  qui  le  fait  un  jeu  de  ia  vie  &  de 
celle  des  autres  qu'il  expofe  avec  une  imprudence  qui 
ne  fe  conçoit  pas  ,  en  leur  faifant  mettre  l'épée  à  la 
main  pour  un  oui  ou  non. 

SPADILLE  ,  f.  m.  au  jeu  de  (Quadrille ,  c'ell  l'as  de 
pique  qui  eft  le  premier  a-tout  &  la  première  carte 
de  quelque  couleur  que  foit  la  tr\omri\iQ  :  J'padilU 
a  le  privilège  de  forcer  les  autres  matadors  quand  il 
a  été  joué  la  première  carte,  &  que  ceux  qui  les  ont 
n'ont  pas  d'autre  a-tout  à  fournir.  Il  en  eft  de  même 
du  balle  à  l'égard  de  la  manille  ,  le  matador  fupé- 
rieur  forçant  toujours  l'inférieur,  /^oyé^  Matadors. 

Spadille  forcé,  eft  une  manière  de  jouer  à 
l'hombre  ,  afTez  divertiffante  quand  on  joue  pour  le 
plaifir  ,  parce  qu'il  y  a  toujours  des  bêtes  au  jeu  ,  & 
qu'on  gagne  fouvent  codille  quand  on  y  penle  le 
moins  ;  mais  quand  le  jeu  eft  intércfîé  ce  n'eft  plus 
la  même  chofe  ,  parce  que  le  jeu  de  l'hombre  qui  eft 
tout  fpirituel  par  lui-mêine,  dégénère  prefque  en  jeu 
de  hafard  ,  &  que  la  conduite  ne  fert  de  rien  à  un 
joueur  qui  fe  voit  l'o\iventfpadiI/c  fort  mal  accompa- 
gné ;  il  le  joue  en  tout  comme  le  véritable  jeu  de 
l'hombre  dont  nous  avons  parlé  plus  haut ,  chacun 
parle  à  fon  rang  ,  &C  û  perionne  ne  joue ,  celui  qui 
a  l'padilli  eft  obligé  de  jouer  quelque  foible  que  foit 
fon  jeu. 

Celui  qui  ?ifpadllk  en  main  peut  pafler,  pour  voir 
fi  quelqu'un  des  joueurs  ne  le  tirera  pas  d'embarras. 

Quand  perfonne  niccwiefpad'dU  ,  on  voit  dans  le 
talon  s'il  n'y  eft  pas ,  celui  qui  l'a  fait  la  bête,  &  le 
coup  ne  fe  joue  pas. 

S  P  A  D  O  N  ,  voyei  E  S  P  A  D  O  N* 

SPAGIRIQUE  ,  adj.  (^Gram.)  Au  2^rçC(s-!S!<tuv-y  ex- 
traire ;  c'eft  une  épithete  par  laquelle  on  défigne  la 
Médecine  chimique.  Spaf;int]ue  s'oppofe h galemijue. 

SPAHI -AGASI  ,  f.  m.  terme  de  relation  ;  aga  ou 
commandant  des  faphis.  Lejpahi-aga^  6c  les  cazial- 
ques  vont  chez  le  grand-feigneur  avec  beaucoup  de 
cérémonies ,  toutes  les  fois  que  fe  tient  le  divan.  Dus 
loir.  (D.  J.) 

SPAHILAR-AGA ,  f.  m.  (Hifi.  mod.)  colonel-gé- 
néral de  la  cavalerie  turque  ou  des  fpahls  ;  c'eft  un 
des  grands  officiers  du  fultan.  Il  a  la  même  autorité 
furies  fpahis,  que  l'aga  des  jannlflaires  fur  ce  corps 
d'infanterie  ,  elle  étoit  même  autrefois  li  grande  , 
qu'elle  étoit  redoutable  au  grand-feigneur  ;  mais  le 
vifir  Cuprogli  l'a  beaucoup  diminuée  ,  en  abaifîant  le 
corps  des  fpahis  qui  avoient  détrôné  l'empereur  Of- 
man.  Guer.  Mœurs  des  Turcs  ,  tom.  II, 

S  P  A  H I S ,  f.  m.  (  Hift.  mod.  )  chez  les  Turcs  font 
les  foldats  qui  compofent  la  cavalerie  de  leurs  ar- 
mées. 

On  les  nommolt  autrefois  feliclarlis  ,  c'eft  -  à  -  dire 
hommes  d'épée ,  mais  ayant  plié  lâchement  dans  une 
occafion ,  Mahomet  III.  les  cafta  &  leur  fubftitua  un 
nouveau  corps  qu'il  nomma  fpahis  ,  c'eft-à-dire  fim- 
ples  cavaliers ,  &  leur  donna  un  étendard  rouge.  On 
les  tire  ordinairement  d'entre  les  baltagis  (k.  les  icho- 
glans  du  tréfor  &  de  la  fauconnerie ,  &  d'entre  les 
Turcs  naturels  d'Afie. 

Les  fpahis  fe  fervent  de  l'arc  .&  de  la  lance  plus 
commodément  que  des  armes  h  feu.  Quelques-uns 
portent  à  la  main  un  giri(  efpece  de  dard  de  z  pies 
de  long  ,  qu'ils  lancent  avec  autant  de  force  que  d'a- 
drcfie  ,  mais  leur  arme  la  plus  redoutable  eft  le  cime- 
terre ;  quelques-uns  portent  aufîi  pour  armes  défenfi- 
ves  des  cottes  de  mailles,  des  cuiralîes  ëc  des  e^ilques, 
Tome  Xr, 


S  P  A 


417 


mais  le  plus  grand  nombre  n'a  que  l'habillement  or- 
dinaire des  Turcs  <k  le  turban. 

Autrefois  hs  fpahis  d'Afie  ne  pâroiftbient  jamais  à 
l'armée,  que  fuivis  de  trente  ou  quarante  hommes 
chacun,  fans  compter  leurs  chevaux  de  main,  ten- 
tes &  bagages  :  avijourdliui  ils  y  vont  fur  le  pié  de 
fimples  foldats.  Leur  corps  n'eft  pourtant  jamais  qu'^ 
une  multitude  confufe  qui  n'eft  diftribuée  ni  en  régi-] 
mens,  ni  en  compagnies;  ils  marchent  par  peloton's , 
combattent  fans  beaucoup  d'ordre,  s'abfentent  du 
camp&:  quittent  le  fervice  fans  congé.  Ils  ont  cepen- 
dant quelques  capitaines  qu'on  nomme  agas ,  qui  ont 
cent-cinquante  afpres  de  paye  par  jour  ;  celle  des 
fpahis  eft  depuis  i  z  afpres  jufqu'à  30  ;  mais  ceux  qui 
ne  fe  trouvent  pas  à  la  paye  du  mois  de  Novembre , 
font  rayés  de  deiuis  les  regiftres  du  grand-feigneur. 
Cette  cavalerie  paftbit  anciennement  pour  la  meil- 
leure de  l'Europe  ^  mais  depuis  qu'on  a  permis  aux 
domeftiques  des  bâchas  d'y  entrer  j  elle  eft  devenue 
molle ,  vile  &  libertine  :  leur  général  en  chef  fe  nom^ 
me  fpahilar-aga.  Guer.  Mœurs  des  Turcs  >  tom.  H. 

SPALATRO  ou  SVkl.ki:0,{Géog.mod.)  ville 
de  l'état  de  Venife,  capitale  de  la  Dalmatie  vénitienne, 
fur  le  golfe  de  Venife ,  à  3  milles  de  Salone  ,  à  i  z 
de  Trau ,  &  environ  à  400  de  Venife,  Elle  eft  aftez 
peuplée,  parce  que  c'eft  une  échelle  des  carava- 
nes de  Turquie  qui  y  déchargent  leurs  marchant 
difes  pour  Venife.  D'ailleurs  ,  fon  port  eft  grand  6c 
a  un  bon  fonds.   Long.  34.  10.  latit.  43.  62. 

Dans  les  monuinens  de  quatre  cens  ans,  cette 
ville  eft  appellée  Spaletuniy  Spalatum;  &:  de  cette 
manière  Spalato  fembleroit  plus  conforme  à  l'ori- 
gine que  Spalatro  ,  quoique  ce  dernier  mot  foit 
le  plus  en  uflige.  Ce  mot  peut  lui  être  venu  de 
palatium^  parce  que  ce  lieu  n'étoit  anciennement 
qu'un  palais  de  l'empereur  Dioclétien  né  à  Salone  j 
&  l'on  en  voit  encore  les  reftes.  Le  dôme  de  Spa- 
latro étoit  un  petit  temple  au  milieu  de  ce  palais. 
Depuis  que  ce  temple  a  été  changé  en  églife ,  on  l'a 
percé  pour  y  faire  un  chœur,  &  on  y  a  fait  quelques 
jours.  Les  murailles  du  palais  de  Dioclétien  qui  em* 
braflent  les  deux  tiers  de  la  ville  ,  oifrent  encore 
trois  portes  d'une  belle  architetlure ,  &  dont  les 
pierres  fous  l'arc  font  entées  en  mortaife  les  unes 
fous  les  autres. 

Spalato  pafta  en  1 1 Z4  fous  la  domination  des  Véni- 
tiens qui  ont  agrandi  fes  murailles,  6l  les  ont  forti- 
fiées. Elle  a  eu.  le  titre  d'archevêché  vers  l'an  6  50  ;  & 
fon  archevêque  fe  dit  primat  de  laDalmatie,  quoiqu'il 
foit  fujet  lui-même  à  la  primatie  de  Venife.  Il  a 
douze  fuffragans,  &  prefque  tous  dans  un  trille  état 
par  le  voifmage  du  Turc. 

Le  fameux  (Marco- Antonio  de) '2?0/72i,7/5  devint 
archevêque  de  cette  ville;  c 'étoit  un  phyficien  de 
quelque  mérite,  &  un  homme  plein  de  vîies  pour 
la  pacification  des  troubles  de  religion.  Il  chercha 
une  retraite  en  Angleterre  fous  le  règne  de  Jacques 
premier;  &  ce  fut  un  grand  fujet  de  triomphe  à  la 
nation,  qui  enlevoit  un  profélyte  de  ce  rang  aus 
cathohques  romains;  mais  le  prélat  de  Dalmatie, 
quoique  fort  accueilli ,  6l  élevé  à  quelques  hoil^ 
neurs ,  ne  les  trouva  pas  capables  de  fatisfaire  fon 
ambition  ;  il  prit  le  mauvais  parti  de  retourner  en 
Italie  ,  à  la  foUicitation  de  rambanadour  d'Efpagne  , 
qui  lui  fit  efpérer  un  chapeau  de  cardinal.  Etant  ar- 
rivé ci  Rome,  il  y  fit  une  abjuration  publique  de  la 
religion  proteftante  ;  cependant  il  n'obtint  aucune 
dignité  ,  &  même  quelque  tems  après  il  fut  arrêté 
fiir  quelques  loupçons  de  fes  vrais  fentiinens  ,  6»:  il 
fut  enfermé  dans  le  château  faint  Ange ,  oii  il  finit 
fa  vie  en  1625 ,  â^'é  de  64  ans. 

Pendant  fon  féjour  en  Angleterre,  il  fit  imprimer 
Vhiftoire  du  concile  de  Trente  de  Fra  Paolo.  Il  p\iblia 
dans  le  même  pavs  un  grand  ouvrage  ,  intitulé  ,■  dé 

H  h  h  ,j 


4i8 


S  P  A 


repiih/ica  ecclc/îa/iiccz,  Londini  1617  &  i  6lî,  cn  deux 
volumes  In-fol.  is:  Ton  cn  a  donne  depuis  un  troi- 
llenie  volume  en  AUem  igne  en  1658.  La  Sor])onne 
a  ccnfurc  plufieurs  propoiitions  du  premier  tome 
tle  cet  ouvrage;  &  Richer  a  t'ait  l'ur  cette  ceniure 
quelques  notes,  dans  Idquelles  il  n'eft  pas  du  kn- 
timent  de  les  confrères. 

Dominis  eft  connu  des  Phyficicns  par  un  petit 
\xz\\.cdiTadns  vijus  ù  /«c/i',  imprime  AVenife  en  161 1 
i«-4°.  dans  lequel  il  explique  les  couleurs  de  l'arc- 
en-clel,  par  deux  rétractions  de  la  lumière  foiaire 
&  une  réflexion  entre-deux.  Kepler  avoit  déjà  eu  la 
même  penlce.  Del'cartes  a  fuivi  cn  partie  l'explica- 
tion de  Dominis  ;  niais  la  véritable  expolition  de  ce 
phénomène  étoit  rélervée  à  Newton  par  le  moyen 
de  la  do£trine  des  couleurs,  qui  ell  la  feule  véri- 
table. {D.  y.) 

SPALDYNG,  {Gcog.  mod.)  owSPALDING, petite 
ville  à  marché  d'Angleterre,  dans  l'incolnshire  ,  au 
quartier  du  HoUand ,  vers  l'embouchure  du  \ycl- 
land.  Elle  elt  toute  renfermée  de  rivières,  de  cou- 
pures &  de  marais.  (Z>.  /.) 

SPALETHRA  ,  {Gcog.  anc.)  ville  qu'Etienne  le 
géographe  place  dans  la  Thelfalie.  C'eft  la  Spalathra 
que  Pline ,  liv.  IK  ch.  ix.  met  dans  la  Magnélie. 
Le  ptrypU  de  Scylax  fait  de  Spalathra  une  ville  ma- 
ritime de  la  Magnéfie.  {D.  7.) 

SPALMADORI ,  {Gcog.  mod)  petite  île  de  l'Ar- 
chipel, près  de  l'île  de  Scio  ,  vis-à-vis  de  Porto-Del- 
phino.  Ce  fut  aux  environs  de  Spalmadori ,  que  les 
Turcs  dé.^rent  l'armée  navale  des  Vénitiens  en  1695. 

(z?.  y.) 

SPANDAW,  {Gcog.  mod.)  ou  SPANDOW,  ville 
d'Allemagne  ,  dans  la  moyenne  marche  de-Brande- 
bourg ,  fur  le  Havel ,  près  de  fon  embouchure  dans  la 
Sprée ,  à  trois  lieues  au  nord-ouell:  de  Berlin.  Avant 
que  d'entrer  dans  Spandaw ,  on  palTe  fur  la  chauffée 
d'un  étang,  au  milieu  duquel  efl:  une  citadelle  très- 
forte  ,  qui  renferme  un  arlenal  des  mieux  fournis 
d'Allemagne  ,  avec  une  grofle  garnilon  à  caufe  de 
l'importance  de  cette  place.  La  ville  eft  éloignée  de 
la  citadelle  d'une  moufquetade  :  elle  eft  fortifiée  de 
remparts  de  terre,  &  de  murailles  de  brique.  Plu- 
sieurs françois  protellans  s'y  font  réfugiés,  comme 
clans  un  fur  afyle.  Longitude  j  /.  20.  latitudi  6x.  j  4. 
{D.  J.) 

SPANGENBERG,  {^Gcog.  mod.  )  ville  d'Allema- 
gne, dans  le  bas  landgraviat  de  Hefle,  au  quartier 
appelle  Jmpt  -  Spangenbergy  dont  elle  eft  le  chef- 
lieu.  Sa  fituation  ef^  à  environ  4  milles  germaniques 
au  fud-eft  de  Caffel ,  fur  une  petite  rivière  qui  le 
jette  dans  la  Fulde.  Longitude,  27.  ij.latie.5i.  ly. 
{D.  J.) 

S  P  A  N  H  E I M ,  {^Gcog.  mod.)  ou  S  P  ON  H  E I M  , 
comté  d'Allemagne  ,  dans  le  bas  palatinat.  Il  cil  borné 
au  nord  par  l'éledorat  de  Mayence,au  midi  par  les 
duchés  de  Lorraine  &  de  Deux-Ponts,  à  l'orient  par 
l'cledorat  du  Palatinat ,  6l  au  couchant  par  l'élcc- 
torat  de  Trêves.  L'éle6teur  palatin  polfede  la  plus 
grande  partie  de  ce  comté.  (Z>.  /) 

SPARADRAP,  f.  m.  terme  de  Chirurgie  &  de  Phar- 
macie ,  lorte  de  toile  enduite  d'emplâtre  de  chaque 
côté.  Elle  le  fait  en  trempant  de  la  toile  demi-ufcc 
dans  une  compolltion  emplaltrlque ,  fondue  &:  un 

fieu  refroidie.  On  la  polit  en  la  raclant  avec  une 
ongue  li)atule.  Il  y  a  autant  de  fortes  de  fparadrap 
qu'il  y  a  d'emplâtres  dans  lefquels  on  trempe  cette 
toile.  On  l'appelle  communément  toiU  à  Gautier, 
probablement  du  nom  de  Ion  inventeur.  Elle  lert  à 
couvrir  le  pois  qu'on  met  dans  le  trou  d'un  cau- 
tère, &  peut  être  employée  alteinativement  plu- 
fieurs  fois  ,  d'un  côté  &  d'un  autre.  On  préfère 
dans  ce  cas ,  une  feuille  fraîche  de  lierre.  Le  fpara- 


S  P  A 

drap  fert  h  Former  des  bougies  pour  le  canal  de  l'Ui 
rcthre,  &  des  londes  ou  tentes  emplaftriques  pour 
les  linus,  &c.  (1) 

SPARAGON  ,  f.  m.  (Com.)  forte  de  baffe  laine 
qui  le  fabrique  en  Angleterre. 

SPARAILLON,  f.  m.  {Hi[l.  nat.  Ichthiolog) 
SPARGOIL  ,  SPARLE  ,  fpnrgus  .,  jparus  .^  pollVon 
de  mer  fi  reffemblant  à  la  dorade  ,  que  les  pêcheurs 
mcines  s'y  trompent  au  premier  coup-d'œil  ;  il  en 
diffère  cependant ,  en  ce  qu'il  a  le  corps  plus  rond, 
moins  épais ,  j)lus  applati  6i.  moins  long  :  il  a  rare- 
ment plus  d'un  empan  de  longueur.  L'ouverture  de 
la  bouche  ell  moins  grande  ,  6c  la  tête  plus  appla- 
tie  que  dans  la  dorade  ,  mais  le  bec  a  plus  de  lon- 
gueur. On  reconnoît  très-aifément  ce  poiffon  par  une 
taehe  noire  qu'il  a  fur  la  queue,  hcs/paraillons  reffcnt 
fur  les  rivages  de  la  mer  :  ils  le  réu  mirent  plulieurs  en- 
lemble  pendant  les  froids  :  leur  chair  efl:  tendre,  mais 
moins  ferme  que  celle  de  la  dorade.  Rondelet ,  hijl. 
natur.  des  foijf,  part.  I.  Uv.  f^.  ch,  iij,  f^'^oye^  POIS- 
SON. 

SPARGANÎUM  ,  f.  m.  {^Botan.)  genre  de  plante 
nommée  vulgairement  en  françois  ruban  d'eau  ,  & 
dont  voici  les  caractères.  Ses  fleurs  font  mâles  ,  poly- 
pétales  ,  herbacées,  garnies  d'un  grand  nombre  d'é-  j, 
tamines ,  6l  fortement  attachées  à  la  tige  en  forme 
de  globes.  Ses  ovaires  font  fitués  fur  la  même  tige, 
au  -delious  des  fleurs  mâles  dont  nous  venons  de 
parler.  Ce  font  de  petits  tubes  recourbés ,  fembla- 
blés  à  des  flllques  ,  &  qui  deviennent  en  murif- 
lant  offeux  ,  mono-capfulaires  ou  bi-capfulaires  ;  ils 
contiennent  un  noyau  farineux.  Ses  ovaires  font 
aufli  en  globes  femblables  à  des  nœuds.  Tournefort 
en  compte  trois  elpeces  ,  qui  ne  méritent  aucune 
delcrlption  particulière.  {Ô.  J.) 

SPARGELLE  ,  f.  f.  ÇBotan.)   royei  Spergula. 

(i).  y.) 

SPARGOIL  ,    Foye^  SPARAILLONi 

SPARLE,  ^ojf^  Sparaillon. 

SPARTARlVS  CAMPUS.^  {^Gcogr.  anc.)  campa- 
gne dansSirabon,  Ub.  pag.  /Oo.  Il  la  met  en  Eipagne, 
ôc  dit  que  le  chemin  de  Sagunte  &  de  Sétabis  à  Cor- 
doue ,  s'éloignoit  un  peu  de  la  mer,  &  paffoit  par 
cette  campagne:  Strabon  entend  parler  delà  campa- 
gne qui  étoit  aux  environs  de  Carthagenc-la-neuve, 
Ôt  OLi  on  trouvoit  cette  elpece  de  jonc  appelle  y/^^r^ 
tum  ,  qui  avoit  donné  à  la  ville  le  nom  de  Spuriaria^ 
&  à  la  campagne  celui  de  Spartanus  campu%.  C'étoit 
une  elpece  de  jonc  blanc  6l  lec ,  qui  croiffoit  lans 
eau.  Il  étoit  d'un  ulage  prelque  univerfel;  il  le  filoit 
&  on  en  failoit  des  cordes  pour  les  cnariots  ,  des  ca- 
bles pour  les  valUeaux  ,  des  nattes  pour  lervir  de  lits, 
des  nalfes  pour  la  pèche  ,  des  louliers  &  des  habits 
pour  les  pauvres  gens ,  &  enfin  il  lervoit  à  brûler  :  on 
le  traniportoit  de  toutes  parts,  6l  lurtout  en  Italie. 
Cette  elpece  de  jonc  le  trouve  encore  à-préfent  dans 
la  même  campagne ,  aux  environs  de  Carthagène» 

SPARTE  ou  LACÉDÉMONE,  (G^e'o^.a/zc.)  ville 
du  Péloponnefedans  la  Laconie. 

J'ai  promis  au  mot  Lacédémonc ,  de  la  décrire  ;  & 
comment  pourrols-je  l'oublier  ?  Son  nom  leui  rap-  » 
pelle  de  plus  grandes  choies ,  &  furtout  de  plus  fl 
grandes  vertus,  que  celui  de  toutes  les  autres  villes 
de  la  Grèce  enlemble.  Sa  gloire  a  fait  tant  de  bruit 
dans  le  monde,  &  dans  les  annales  de  rUlfloire,  qu'on 
ne  le  laflè  point  d'en  parler.  Les  auteurs  ont  coutume 
de  donner  le  nom  de  Spartiates  aux  habitans  de  la 
ville,  &;  celui  de  Laccdcmoriiens  ^\.\x\\■dh\Xdns  de  la 
campagne.  Hérodote  ,  Xénophon  6c  Diodore  ,  ont 
prelque  toujours  obfervé  cet  ulage. 

Cette  villf  a  été  bâtie  par  Lacédémon ,  qui  regnoit 
avec  Eurotai  en  Lacorue,  la  67  année  de  l'ère  atti- 


s  P  A 

que,  &  la  1 5Î9  année  avant  J.  C.  Il  la  nomma  Spcif- 
tc ,  du  nom  de  la  femme  ;  &  c'eil  le  l'eut  nom  dont  Ho- 
mère faffe  ufage  pour  déùgner  la  capitale  de  la  Laco- 
tîie. 

Plus  ancienne  que  Rome  de  983  ans;  plus  que 
Carthage  de  867  ans  ;  plus  que  Syracufe  de  995  ans  ; 
jlus  qu'Alexandrie  de  1405  années;  plus  que  Lyon 
le  1693  années  ;  &  plus  que  Marfeille  àz  1136,  car 
Lufcbe  prétend  que  cette  dernière  ville  a  été  bâtie 
[736  ans  avant  la  nailTance  de  J.  C, 

La  forme  de  Spam  étoit  ronde ,  &  fon  terrein  iné- 
gal &  coupé  par  des  collines,  félon  la  defcription  de 
^olybe.  Cet  hiftorien  lui  donne  48  ilades  de  circuit, 
:'efî-à-dire  un  peu  plus  de  deux  lieues  de  France  ; 
ircuit  bien  différent  de  celui  d'Athènes,  qui  appro- 
:hoit  de  100  llades.  C'eiHà-delRis  que  Thucyciiue 
ait  une  fi  belle  remarque  fur  la  fortune  de  ces  deux 
ailles  ,  qui  ont  autrefois  partagé  toute  la  Grèce  pour 
eurs  intérêts.  «  Imaginons-nous,  dit-il,  que  la  ville 

>  de  Sparte  foit  rafée ,  &  qu'il  en  refle  ieulemcnt  les 
'  temples  &  le  plan  de  les  édifices  ;  en  cet  état ,  la 
•  poilérité  ne  pouiroit  jamais  fe  figurer  que  fa  pulf- 

>  fance  £>:  fa  gloire  fulfent  montées  au  point  oii  elles 
<  font.  Si  nous  fuppcfons ,  au  contraire ,  que  la  ville 
'  d'Athènes  ne  foit  plus  qu'une  efplanade,  fon  afpeâ: 

nous  devroit  toujours  perfuader  que  la  puifuncc 
'  aura  été  deux  fois  plus  grande  ou 'elle  n'cil  ». 

^  1  w  i. 

Dans  les  premiers  teras,  Sparte  n'eut  point  de  mu- 
ailles ,  &  quolqu'ouverte ,  Agéf  laiis  la  détendit  coa- 
•e  Epaminondas  ,  après  la  bataille  de  Leurres;  elle 
emeura  telle  6  ou  700  ans,  félon  la  plupart  des  hi- 
:oriens;  ce  flit  du  tems  de  Pyrrhus  que  le  tyran  Na- 
is éleva  des  murs  à  cette  ville.  Philopocmcn  les  fit 
battre  ,  &  Appius  Claudius  les  rétablit  bientôt 
[)rès. 

Hérodote  dit  que  du  tems  de  Xerxès ,  la  ville  de 
parte  pouvoit  fournir  huit  mille  hommes  capables 
e  porter  les  armes;  mais  ce  nombre  augmenta  bien 
ans  la  fuite  y  &:  rien  ne  preuve  mieux  la  multitude 
es  habitans  de  la  république  de  Lacédémone,  que 
;s  colonies  qui  en  font  forties.  Elle  peupla  Byzancc, 
uatre  ou  cinq  villes d'Afie, une  dans  l'Afrique,  cinq 
ufixdans  la  Grèce, trois  ou  quatre  provinces  d'ita- 
e ,  une  ville  en  Portugal,  6l  une* autre  en  Efpagne 
uprès  de  Cordoue.  Cependantlcnombredefciiiabi- 
ins  n"a  roulé  que  fur  la  fécondité  de  leurs  mariages. 
'parts  ne  fouftriî  point  que  des  familles  étrangères 
inffent  s'établir  dans  fcn  enceinte  ,  ^.i  jamais  ville 
'a  étt  plus  jaloufe  de  fon  droit  de  bourgcoifie. 

Elle  fut  toujours  diflinguée  parles  Romains,  tant 
u'ils  en  furent  les  maîtres  ;  cnlin  elle  tomba  fous  la 
omination  des  Turcs,  l'an  deJ.C*  1460,  7  ans  après 
i  prife  de  Conftantinople ,  5  ans  après  celle  d'Athè- 
cs  ,  &  3210  ans  après  fa  fondation.  On  la  nomme 
ujourd'hui  Mijîjlra  ^  dont  il  efl:  bon  de  voir  VunicU. 
e  pafle  maintenant  à  ce  qu'elle  étoit  du  tems  de  Pau- 
anias.  Voici  la  defcription  qu'il  en  fait ,  dont  j'cla- 
ucrai  peu  de  chofe. 

En  deicendant  de  Thornax,  dit-il,  on  trouvoit  de- 
'ant  foi  la  ville  de  Sparte ,  qui  étoit  appellée  ainfi  de 
a  fondation  ;  mais  qui  dans  la  fuite  prit  le  nom  de  La- 
édimone ,  parce  que  c'ctoit  le  nom  du  pays.  Il  y  avoit 
lans  cette  ville  beaucoup  de  chofcs  dignes  de  curioli- 
é.  En  premier  lieu,  la  place  publique  oii  fe  tenoit  le 
énat  des  vieillards,  qui  étoicnt  au  nombre  de  iS  ; 
z  iénat  de  ceux  qui  font  les  confervateurs  des  lois  ; 
e  fénat  des  éphores ,  &  le  fénat  de  ces  maglfîrats 
[u'ils  appelloient^i^w/7^.  Le  fénat  des  vieillards  étoit 
c  fouverain  tribunal  des  Lacédémoniens ,  &  celui  qui 
égloit  toutes  les  affaires  de  l'état.  Les  autres  féna- 
eurs  étoient,  à-proprement  parler,  des  archontes  ; 
es  éphores  croient  au  nombre  de  cinq ,  &;  les  l)i- 
liéens  de  même.  Ceux-ci  étoient  commis  pour  veil- 
er  fur  les  jeiuies  gens,  ik  pour  préfidcr  à  leurs  exer- 


S  P  A 


42t) 


ciccs ,  foit  dans  k'  lieu  qu'ils  nommoionîîe  platam^c'* 
loit  par-tout  ailleurs.  Ceux-là  étoient  charcés  de 
foins  plus  importans ,  &  chaque  année  ils  en%om» 
moient  \\\\  d'cnlr'eux  qui  prcfiJoit  aux  autres ,  &  dor.t 
le  nom  fervoit  à  marquer  Tannée,  de  la  mcme  ma- 
nière qu'à  Athènes  les  neuf  élifoient  un  d'entr'eux 
qui  avoit  le  nom  dCarchonte  par  excellence. 

Le  plus  bel  édifice  qu'il  y  eût  dans  la  place,  étoit 
le  portique  des  Perfes,  ainfi  nommé  parce  cu'il  avoit 
été  bâti  des  dépouilles  rem.portées  fur  les  Perfes. 
Dans  la  fuite  on  l'avoit  beaucoup  agrandi  tk  orné. 
Tous  les  chefs  de  l'armée  des  Barbares,  &  entr'au- 
très  Mardonius  ,  fils  de  Gobryas ,  avoient  là  chacun 
leurs  ftatuesde  marbre  blanc,  &  ces  ûatues  étoient 
fur  autant  de  colonnes  :  on  y  voyoit  aufTi  la  flatue 
d'Arthémife,  fille  de  Lygdamis  &c  d'HalicarnalTe.  On 
dît  que  cette  reine  de  fon  propre  mouvement,  joi-^ 
gnit  les  forces  à  celles  de  Xerxès  pour  faire  là 
p,ucrre  aux  Grecs ,  &  que  dans  le  combat  naval  qui 
fut  donné  auprès  de  Salamine ,  elle  fit  des  prodiges  de 


Augufte  fjn  fils.  On  remarquoit  fur  l'autel  de  ce  der- 
n.nr  une  figure  d'Agias,  gravée  fur  du  cuivre  :  c'efl 
cet  Agias  qui  prédit  à  Lyfander  qu'il  fe  rendroit  maî- 
tre de  toute  la  flotte  d'Athènes  à  Aigofpotamos,  à  la 
rclerve  de  dix  galères ,  qui  en  effet  fe  fauverent  en 
Chypre. 

Dans  la  place  de  Sparte  on  voyoit  encore  trois  fla- 
t;îes ,  un^  d'Apollon  pythie n ,  l'autre  de  Diane ,  &  la 
troifiemede  Latone.  L'endroit  où  étoient  ces  fiatues, 
étoit  une  enceinte  qu'ils  appelloient  du  nom  ds 
chœt:ry  parce  que  dans  ces  jeux  publics  auxquels  les 
jeunes  genss'exerçoient,  &  qui  fe  célébroient  avec 
be^tucoup  de  folemnitc,  toute  la  jcunefî'e  alloit  là,  ce 
y  forrnoit  des  choeurs  de  muliquc  en  l'honneur  d'A.* 
poUon. 

Près  de-là  étoient  plufieurs  temples,  l'un  confacré 
à  la  Terre  ,  l'autre  à  Jupiter  agoréus  ,  un  autre  à  Mi- 
nerve agcréa,&:  un  quatrieme'à  Neptune  furnomm.é 
afphalius.  Apollon  &  Junon  avoient  aulH  chacun  le 
Luu-  :  on  voyoit  aufii  une  grande  flatue  qui  repréfen- 
îoitle  peuple  de  Sparte  ;  &  un  peu  plus  bas  le  temple 
des  Parques.  Tout  joignant  ce  temple  étoit  le  tom- 
beau d'Orcfle  :  auprès  de  fa  fépulture  on  remarquoit 
le  portrait  du  roi  Poly dore,  fils  d'Alcamène.  Les  La- 
cédémoniens onttellcment  uillingué  ce  roi  entre  tous 
les  autres,  que  les  ades  publics  ont  été  long-îems  fcel- 
lés  de  fon  fceau. 

Au  même  lieu  il  y  avoit  un  Mercure  qui  portoit 
un  petit  Bacchus ,  &  ce  Mercure  étoit  furnommé/j^c- 
leus.  Il  y  avoit  aufîi  dans  le  même  endroit  des  ran- 
gées d'anciennes  fiatues,  qui  repréfentoient  les  épho- 
res de  CCS  tems- là.  Parmi  ces  fiatues  on  voyoit  le 
tombeau  d'Epiménide  ,  &  celui  d'Aphareus  j^ils  de 
Périérès.  Du  côté  droit  éiolcnt  les  Parques;  on  voyoit 
les f ailes  oii  les  Lacédémoniens  prcnoic-nr  ces  repas 
publics  qu'ils  nommoient  phidities,6L  là  étoit auPù  Ju- 
piter hofpitaiier  &  Minerve  hofpitaliere. 

En  fortant  de  la  place,  &  pafiant  par  la  rue  des 
Barrières  ,  on  trouvoit  une  m.aifon  qu'ils  appel'.oient 
U  Boonm.  Au-deffus  du  fénat  des  bidiéens  il  y  avoit 
un  temple  de  Minerve,  où  l'on  d''t  qu'UlylFe  confa- 
cra  une  llatue  à  la  déelfe  ,  fous  le  nom  de  Minerve  cc- 
lait '1  eu,  comms  un  monument  de  la  vidoire  qu'il 
a.  oit  remportée  fur  les  amans  de  Pénélope  ;  &  il  fit 
bâtir  fous  le  même  nom  ,tro-s  î-emplcs  en  trois  diffé- 
rens  endroits.  Au  bout  de  la  rue  des  Barrières ,  on 
trouvoit  une  fépulture  de  héros,  entr'autres  Celle 
d'îops ,  qu'on  croit  avoir  vécu  en\i!on  le  tc^^s  d^ 
Lclex  &  de  Mylès,  celle  encore  d'Amphiaraiis ,  fils 
d'Oïclès. 


43  o 


S  P  A 


Près  de-lù  ctolt  le  temple  de  Neptune  liirnommé 
ténarien,&C  aflez  près  onvoyoit  une  ftatue  de  Miner- 
ve. Du  même  cùtéontrouvoitla  place Hcllénlc,ainfi 
appelléc  parce  que  dans  le  tems  que  Xerxès  pafla  en 
Europe ,  tontes  les  villes  grequcs  qui  prirent  les  ar- 
mes contre  lui ,  envoyèrent  leurs  députés  ;\  Spam , 
&  CCS  députés  s'abouchèrent  1;\  pour  avifer  aux 
moyens  de  rélilleràune  puiilance  fi  formidable. D'au- 
tres dilbient  que  cette  dénomination  étoit  encore  plus 
yncienne  ,  (!k  qu'elle  venoit  de  ce  que  tous  les  prin- 
ces de  la  grece  ayant  pour  l'amour  de  Ménélas ,  entre- 
pris le  licgc  de  Troye,ils  s'aflcmblerent  en  ce  lieu 
pour  délibérer  llir  cette  expédition ,  &  lur  les  moyens 
de  tirer  une  vengeance  de  Paris  qui  avoit  enlevé  Hé- 
lène. 

Près  de  cette  place  ,  on  montroit  le  tombeau  de 
Talthybius  ;  mais  ceux  d'Egion  en  Achaie  avoient 
aufli  dans  le  marché  de  leur  ville  un  tombeau  ,  qu'ils 
alîuroient  être  celui  de  Tahhybius.  Dans  le  même 
quatier  ,  on  voyoit  un  autel  dédié  à  Apollon  Acri- 
tas  ,  ainfi  appelle  ,  parce  que  cet  autel  étoit  bâti  iiir 
une  hauteur.  On  trouvoit  dans  le  même  endroit  un 
temple  de  la  Terre  ,  qu'ils  nommoient  Gafepton  ,  & 
\\n  peu  au-deffiis  un  autre  temple  d'Apollon ,  fur- 
nommé  MuUdtis:  palTé  la  rue  des  Barrières  contre 
les  murs  de  la  ville  ,  on  trouvoit  une  chapelle  dédiée 
à  Didynne ,  &  enfuite  les  tombeaux  de  ces  rois, qui 
ont  été  appelles  Eurypontides. 

Auprès  de  la  place  Hellénienne  ,  il  y  avoit  le  tem- 
ple d'Arfmoé  ,  qui  étoit  fille  de  Leucippe  ,  &  belle- 
ibeur  de  Caflor  &  Pollux.  Du  côté  des  remparts ,  on 
voyoit  un  temple  de  Diane  ,  &  un  peu  plus  loin  la 
fépulture  de  ces  devins  qui  vinrent  d'EHs  ,  &  qu'on 
appelloit  Jamidcs.  Maron  &  Alphée  avoient  aufTi-là 
leurs  temples.  C'étoit  deux  grands  capitaines  ,  qui , 
après  Léonidas  ,  fignalerent  le  plus  leur  courage  au 
-combat  des  Thermopyles.  A  quelques  pas  de-là  ,  on 
voyoit  le  temple  de  Jupiter  Tropeus.  Mais  de  tous 
les  temples  qui  étoient  à  Sparu  ,  le  plus  révéré  étoit 
celui  de  la  mère  des  dieux.  On  voyoit  auprès  le  mo- 
nument héroïque  d'Hyppohte  ,  fils  de  ïhéfée  ,  & 
celui  d'Aulon  Arcadien ,  fils  de  Tléfimene  ,  frère  de 
Parthenopée. 

La  grande  place  de  Sparu  avoit  encore  une  autre 
ifllie  ,  &  de  ce  côté-là  on  trouvoit  un  édifice  où  les 
habltans  venoient  prendre  le  frais.  On  difoit  que  ce 
bâtiment  étoit  un  ouvrage  de  Théodore  de  Samos  , 
qui  le  premier  trouva  l'art  de  fondre  le  fer  &  d'en 
faire  des  ftatues.  C'eftà  la  voûte  de  cet  édifice  que 
les  Lacédémoniens  avoient  fufpendu  la  lyre  de  Ti- 
niothée  de  Milet ,  après  l'avoir  puni  de  ce  qu'aux 
fept  cordes  de  l'ancienne  lyre ,  il  en  avoit  ajouté 
quatre  autres. 

A  quelques  pas  du  temple  d'Apollon  ,  étoient 
trois  autels  dédiés  à  Jupiter  Ambulius  ,  à  Minerve 
Ambulia  ,  &  aux  Diofcures ,  qui  avoient  auffi  le  fur- 
nom  ôiAmbuUi.  Vis-à-vis  étoit  une  éminence  appel- 
lée  Colona  ,  où  il  y  avoit  un  temple  de  Bacchus  Co- 
lonate  :  ce  temple  tenoit  prefque  à  un  bois  qu'ils 
avoient  confacré  à  ce  héros  ,  qui  eut  l'honneur  de 
conduire  Bacchus  à  Sparte.  Du  temple  de  Bacchus  à 
celui  de  Jupiter  Evanemus  ,  il  n'y  avoit  pas  loin  ,  & 
ûe  ce  dernier  on  voyoit  le  monument  héroïque  de 
Fleuron  ,  dont  les  enfans  de  Tyndare  defcendoient 
par  leur  mère. 

Près  de  là  étoit  une  colline  où  Junon  Argiva  avoit 
un  temple,  qui  avoit  été  confacré ,  dit-on  ,  par  Eu- 
rydice ,  fille  de  Lacédémon,  &  femme  d'Acrifius, 
ik.  qui  étoit  fils  d'Abas  :  car  pour  le  temple  de  Junon 
Hyperchiria  ,  il  avoit  été  bâti  par  le  confcil  de  l'o- 
racle, dans  le  tems  que  le  fleuve  Eurotas  inondoit 
toute  la  campagne.  On  voyoit  dans  ce  temple  une 
ftatue  de  bois  d'un  goût  fort  ancien,  &  qui  repréfcn- 
toit,  à  ce  qu'ils  difoient,  Vémis-Junon.  Toutes  les    j 


S  P  A 

femmes  qui   avoient   des  filles  à  marier,  faifoienl 
des  facrificcs  à  cette  déefîe. 

Au  fortir  de  la  place,  vers  le  couchant,  étoit  le 
théâtre  bâti  de  marbre  blanc.  Vis  -à- vis  du  théâtre 
étoit  le  tombeau  du  roi  Paufanias  ,  qui  commandoit 
les  Lacédémoniens  au  combat  de  Platée.  La  fépul- 
ture de  Léonidas  étoit  tout  auprès.  Tous  les  ans  on 
taifoit  les  oraifons  funèbres  de  ces  grands  capitaines 
fur  leurs  tombeaux  ,  6c  ces  oraifons  étoient  fuivies 
de  jeux  funéraires  ,  où  il  n'y  avoit  que  les  Lacédé- 
moniens qui  fulient  reçus  à  difputer  le  prix.  Léoni- 
das étoit  véritablement  inhumé  dans  ce  lieu-là;  car 
fes  os  avoient  été  rapportés  des  Thermopyles  par 
Paufanias  quarante  ans  après  fa  mort.  On  voyoit 
aufTi-là  une  colonne  ,  fur  laquelle  étoient  gravés  les 
noms  de  ces  grands  hommes  ,  qui  foutinrent  l'effort 
des  Perfes  aux  Thermopyles  ,  &:  non-feulement  leurs 
noms  ,  mais  ceux  de  leurs  pères.  Il  y  avoit  un  quar- 
tier dans  la  ville  qu'on  nommoit  le  Théoméllde ,  oh 
étoient  les  tombeaux  des  rois  ,  dits  Agides.  Le  lefché 
étoit  tout  contre.  C'étoit  le  lieu  où  les  Crotanes 
s'afîombloient  ,  &  les  Crotanes  étoient  la  cohorte 
des  Pitanares. 

On  trouvoit  enfuite  le  temple  d'Efculape  ,  qu'ils 
nommoient  VEnapadon  ,  &  un  peu  plus  loin  le  tom- 
beau de  Ténarus  ,  d'où  un  promontoire  fort  connu 
avoit  pris  fa  dénomination.  Dans  le  même  quartier 
on  voyoit  le  temple  de  Neptune  Hyppocurius  ,  & 
celui  de  Diane  Eginea.  En  retournant  vers  le  lefché, 
on  trouvoit  fur  fon  chemin  le  temple  de  Diane  Iffo-' 
ria  ,  autrement  dite  Liminéa.  Près  de  ces  tombeaux: 
des  Agides  ,  on  voyoit  une  colonne  ,  fur  laquelle  on 
avoit  gravé  les  viûoires  qu'un  lacédémonien  ,  nom- 
mé Anchionis.^  avoit  remportées  ,  au  nombre  de  fept, 
tant  à  Olympie  qu'ailleurs.  On  voyoit  aufîi  le  tem* 
pie  de  Thétis  dans  ce  quartier-là.  Pour  le  culte  de 
Cérès  Cthonia  ,  qui  étoit  établi  à  Sparte  ,  les  habi- 
tans  croyoient  l'avoir  reçu  d'Orphée  ;  mais  il  y  a 
plus  d'apparence  qu'ils  l'avoient  pris  des  habitans 
d'Kermione  ,  chez  qui  cette  déefle  étoit  honorée 
fous  le  même  nom.  On  voyoit  auffi  à  Sparte  un  tem- 
ple de  Scrapis  ,  &  un  temple  de  Jupiter  Olympien. 

Il  y  avoit  un  lieu  qu'ils  appelloient  Dromos  ,  où 
ils  exerçoient  leilrs  jeunes  gens  à  la  courfe.  Si  l'on 
y  entrolt  du  côté  qui  regardoit  la  fépulture  des  Agi- 
des ,  on  voyoit  à  main  gauche  le  tombeau  d'Eumé- 
dès,  qui  étoit  un  des  fils  d'Hippocoon  ,  &  à  quelques 
pas  de-là  une  vieille  ftatue  d'Hercule.  C'étoit  à  ce 
dieu  ,  &  en  ce  lieu-là  ,  que  facrifioient  les  jeunes 
gens  qui  fortoient  de  l'adolefcence  pour  entrer  dans 
la  clafle  des  hommes.  Le  Dromos  avoit  deux  gym- 
nafes  ou  lieux  d'exercices ,  dont  l'un  avoit  été  con- 
facré à  cet  ufage  par  Euryclide  de  Sparte.  Au  dehors 
&  près  de  la  ftatue  d'Hercule  ,  on  montroit  une  mai- 
fon  qui  étoit  autrefois  la  maifbn  de  Ménélas.  Plus 
loin  on  trouvoit  les  temples  des  Diofcures,  des  (>ra- 
ces  ,  de  Lucine  ,  dApollon  Carnéus  &  de  Diane 
Hégémaque.A  droite  du  Dromos,on  voyoit  le  temple 
d'Agnitas;c'étoit  un  furnom  qui  avoit  été  donné  à  Ef- 
culape  ,  à  caufe  du  bois  dont  la  ftatue  avoit  été  faite. 

Quand  on  avoit  pafTé  le  temple  d'Efculape  ,  on 
voyoit  un  trophée  que  Pollux,  à  ce  qu'on  dit,  avoit 
érigé  lui-même  après  la  viftoire  qu'il  avoit  rempor- 
tée fïir  Lyncée.  Les  Diofcures  avoient  leurs  ftatues 
à  l'entrée  du  Dromos  ,  comme  des  divinités  qui  pré- 
fidentà  la  barrière.  En  avançant  plus  loin  ,  onvoyoit 
le  monument  héroïque  d'Alcon  ;  à  quelques  pas  de- 
là étoit  le  temple  de  Neptune  ,  furnommé  Domat'dcs. 
Plus  loin  étoit  un  endroit ,  qu'ils  nommoient  le  Pla^ 
tanifle  ,  à  caufe  de  la  grande  quantité  de  grands  pla- 
tanes dont  il  étoit  rempli.  Fc)>'e{PLATANiSTE. 

Vers  ce  bois  de  platanes,  on  voyoit  aufîi  le  monu- 
ment héroïque  de  Cynifca  ,  fille  du  roi  Archidame. 
Derrière  un  portique  qui  étoit-là  ,  on  trouvoit  en- 


I 


s  P  A 

:ore  (^'autres  monumens  héroïques  ,  comme  ceux 
l'Alcime  &:  d'Enarephore  ;  un  peu  plus  loin  ceux  de 
forcée  &  de  Sébrus.  Dorcée  avoit  donné  fon  nom 
i  une  fontaine  qui  étoit  dans  le  voifinage  ,  &  Sébrus 
eilen  à  une  rue  de  ce  quartier-là.  A  droite  du  mo- 
lunientde  Sébrus,  on  remarquoit  le  tombeau  d'Alc* 
nan.  Là  le  trouvoit  aulTi  le  temple  d'Helene  &i.  le  tem- 
lie  d'Hercule  ;  le  premier  plus  près  de  la  lépulture 
i'Alcman  ;  le  fécond  contre  les  murs  de  la  ville.  Dans 
e  dernier  il  y  avoit  une  ftatue  d'Hercule  armé  ;  on 
.it  qu'Hercule  étoit  rcpréfenté  ainfi ,  à  caufe  de  fon 
ombat  avec  Hippocoon  &  avec  ics  enfans. 

En  fortant  du  Dromos  ,  du  côté  de  l'orient ,  on 
rouvoit  un  temple  dédié  à  Minerve  Axiopœnas  ,  ou 
engerelTe.  Minerve  avoit  encore  dans  cette  rue  un 
;mple ,  qu'on  trouvoit  à  gauche  au  fortir  du  Dro- 
105.  On  rencontroit  enluite  le  temple  d'Hippofthè- 
e  ,  homme  célèbre  pour  avoir  été  plufieurs  fois 
ainqueur  à  ta  lutte  ;  6c  vis-à-vis  de  ce  temple  ,  il  y 
vok  une  liatue  fort  ancienne ,  qui  repréfentoil  Mars 
nchaîné ,  fur  le  même  fondement  qu'on  voyoit  à 
thènes  une  Viftoire  fans  ailes  :  car  les  Lacédémo- 
iens  s'étoient  imaginés  que  Mars  étant  enchaîne  , 
;meureroit  toujours  avec  eux  ,  comme  les  Athé- 
lens  avoient  cru  que  la  Vidoire  n'ayant  point  d'aî- 
s ,  elle  ne  pourroit  s'envoler  ailleurs  ni  les  quitter, 
'étoit  la  raifon  qui  avoit  porté  ces  deux  peuples  à 
;préfenter  ainfi  ces  divinités.  Il  y  avoit  encore  à 
pane  un  autre  lefché  ,  qu'ils  nommoient  le  PœciU. 

On  voyoit  tout  près  les  monumens  héroïques  de 
admus  ,  fils  d'Agenor  ;  d'Oéolicus ,  fils  de  Théras  ; 
;  d'Egée  ,  fils  d'Oéolicus.  On  croyoit  que  c'étoit 
[éiis  ,  Léas  &  Europas ,  fils  d'Hyrée  &  petit  -  fils 
Egée  ,  qui  avoient  fait  élever  ces  monumens.  Ils 
'^oient  même  ajouté  celui  d'Amphiloque  ,  parce  que 
ifamène  ,  leur  ancêtre ,  étoit  né  de  Démonafle  , 
eur  d'Amphiloque.  Les  Lacédémoniens  étoient  les 
uls  grecs  qui  révéroient  Junon  fous  le  nom  de  la 
;effe  Egophagc  ,  &  qui  lui  immoloient  une  chèvre. 

on  reprenoit  le  chemin  du  théâtre  ,  on  voyoit  un 
mple  de  Neptune  Généthlius,  &  deux  monumens 
éroïques  ,  l'un  de  Cléodée ,  fils  d'HylIus  ,  l'autre 
Oébalus  ;  Efculape  avoit  plufieurs  temples  dans 
vaTte  ;  mais  le  plus  célèbre  de  tous  étoit  celui  qui 
oit  auprès  de  Boonete  ,  &  à  la  gauche  duquel  on 
jyoit  le  monument  héroïque  de  Teleclus. 

Plus  avant  on  découvroit  une  petite  colline  ,  au 
lut  de  laquelle  il  y  avoit  un  vieux  temple  de  Vénus, 
:  dans  ce  temple  uneûatue  qui  repréfentoitla  déefie 
■mée.  Ce  temple  étoit  lingulier;  mais  à  proprement 
irler ,  c'étoient  deux  temples  l'un  fur  l'autre  ;  celui 
;  deffus  étoit  dédié  à  Morpho  :  ce  nom  Morpho 
:oit  un  furnom  de  Vénus.  La  déefî'e  y  étoit  voilée , 
;  elle  avoit  des  chaînes  aux  pies.  Les  habitans  de 
parie  difoient  que  c'étoit  Tyndare  qui  lui  avoit  mis 
;s  chaînes ,  pour  donner  à  entendre  combien  la  fi- 
îllté  des  femmes  envers  leurs  maris  devoit  être  m- 
iolable  :  d'autres  difoient  que  c'étoit  pour  té  ven- 
?r  de  Vénus,  à  qui  il  imputoit l'incontinence  &  les 
lulteres  de  fes  propres  filles. 

Le  temple  le  plus  proche  qui  fe  préfentolt  enfuite  , 
:oit  celui  d'Hilaire  &:de  Phœbé.  Un  œuf  enveloppé 
î  bandelettes  étoit  fuipendu  à  la  voûte  du  temple  , 
:  le  peuple  croyoit  que  c'étoit  l'œuf  dont  accoucha 
éda.  Des  femmes  de  Sparte  filoient  tous  les  ans  une 
inique  pour  la  (îatue  d'Apollon  qui  étoit  à  Amy- 
e  ,  &  le  lieu  où  elles  filoient ,  s'appelloit  par  ex- 
dlence  la  Tunique.  On  voyoit  auprès  une  maifon 
ii'avoient  habitée  autrefois  les  fils  de  Tyndare  ,  6c 
u'avoit  achetée  depuis  un  particulier  de  Sparte 
ommé  Phormion.  Un  jour  ,  à  ce  qu'on  rapporte , 
;s  Diofcures  étoient  arrivés  chez  lui ,  fc  dilant  des 
[rangers  qui  venoient  de  Cyrène  ;  ils  lui  avoient 
cmandé  l'hofpiîalité  ,  &  l'avoient  prié  de  leur  don- 


S  P  A 


431 


c'étoit 


ner  une  certaine  chambre  dans  fa  maifon  : 

celle  oii  ils  s'étoient  plu  davantage  lorfqu'ils  étoient 
parmi  les  hommes.  Phormion  leur  dit  que  toute  fa 
maifon  étoit  à  leur  fervice  ^  à  la  referve  pourtant 
de  cette  chambre  ,  qui  étoit  occupée  par  une  jeune 
fille  qu'il  avoit.  Les  Diofcures  prirent  l'appartement 
qu'on  leur  donna  ;  mais  le  lendemain  la  jeune  fille 
éc  les  femmes  qui  la  fervoient ,  tout  difparut ,  &  on 
ne  trouva  dans  fa  chambre  que  deux  ftatues  des 
Diofcures,  une  table,  &  fur  cette  table  du  benjoin; 
voilà  ce  que  racontoient  les  habitans  de  Sparte. 

En  allant  vers  la  porte  de  la  ville  ,  on  trouvoit  fut* 
fon  chem.in  le  monument  héroïque  de  Chilon  ,  qui 
avoit  été  autrefois  en  grande  réputation  de  fageffe, 
&  celui  d'un  héros  athénien  ,  qui  étoit  un  des  prin- 
cipaux de  cette  colonie  ,  que  Doricus  ,  fils  d'Ana- 
xandride  ,  avoit  débarqué  en  Sicile. 

Les  Lacédémoniens  avoient  aufiî  bâti  un  temple  à 
Lycurge  leur  légiflateur  ,  comme  à  un  dieu  ;  derrière 
fon  temple  on  voyoit  le  tombeau  de  fon  fils  Eucof- 
mus  ,  auprès  d'un  autel  qui  étoit  dédié  à  Lathria  & 
à  Anaxandra  ,  qui  étoient  eleux  fœurs  jumelles  ,  qui. 
avoient  épouféles  deux  fils  d'Ariftodème,  qui  étoient 
auifi  jumeaux.  Vis-à-vis  du  temple  de  Lycurgue  , 
étoit  la  fépulture  de  Théopompe  ,  fils  de  Nicandre , 
&  celle  de  cet  Eurybiade  ,  qui  commandoit  la 
flotte  des  Lacédémoniens  au  combat  d'Artémifium , 
&  à  celui  de  Salamine  contre  les  Perfes. 

On  trouvoit  enfuite  le  monument  héroïque  d 'M- 
trabacus.  On  paflbit  de-là  dans  une  rue  qu'ils  nom- 
moient Limnce  ,  où  il  y  avoit  un  temple  dédié  à  Dia» 
ne  Orthla.  Du  temple  de  Diane  ,  il  n'y  avoit  pas 
loin  à  celui  de  Lucine.  Les  Lacédémoniens  difoient 
que  c'étoit  l'oracle  de  Delphes  qui  leur  avoit  con- 
leiilé  d'honorer  Lucine  comme  une  déeffe. 

Dans  la  ville  il  n'y  avoit  point  de  citadelle  bâtie 
fur  une  hauteur  ,  comme  la  Cadmée  à  Thèbes  ,  ou 
Lariffa  à  Argos  ;  mais  il  y  avoit  plufieurs  collines 
dans  l'enceinte  de  leur  ville  ,  &  la  plus  haute  de  ces 
collines  tenoit  lieu  de  citadelle.  Minerve  y  avoit  fon 
temple  ,  fous  les  noms  de  Minerve  PoUnchos  &  Clial- 
cicecos  ,  comme  qui  diroit  de  Minerve  gardienne  da 
la  ville.  Tyndare  avoit  commencé  cet  édifice  ;  après 
lui  fes  enfans  entreprirent  de  l'achever  ,  &  d'y  em- 
ployer le  prix  des  dépouilles  qu'ils  avoient  rem- 
portées fur  les  Aphidnéens;  mais  l'cntreprife  étant 
encore  reftée  imparfaite  ,  les  Lacédémoniens ,  long- 
tems  après  ,  conflruifirent  un  nouveau  temple ,  qui 
étoit  tout  d'airain  comme  la  ftatue  de  la  déeffe.  L'ar- 
tifîe  dont  ils  s'étoient  fervi  fe  nommoit  Gitiadas.  Au- 
dedans  du  temple  ,  la  plupart  des  travaux  d'Hercule 
étoient  gravés  fur  l'airain.  Là  étoient  aufîî  gravés  les 
exploits  des  Tyndarides ,  &  fur-tout  l'enlèvement 
des  filles  de  Leucippe.  On  voyoit  enfuite  d'un  côté 
Vulcain ,  qui  dégageoit  fa  mère  de  fes  chaînes  ,  6c 
d'un  autre  côté  Perlée  prêt  à  partir  pour  aller  com- 
battre Médufe  en  Lybie.  Des  nymphes  lui  mettoienC 
un  calque  fur  la  tête  ,  &  des  talonieres  aux  pies ,  afin 
qu'il  pût  voler  en  cas  de  befoin.  On  n'avoit  pas  ou- 
bhé  tout  ce  qui  avoit  rapport  à  la  naiffance  de  Mi- 
nerve ;  &  ce  qui  effacoitle  refle,  c'étoient  un  Nep- 
tune &une  Amphitrite, qui  étoient  d'une  beauté  mer- 
veilleufé.  On  trouvoit  enfuite  une  chapelle  de  Mi- 
nerve Ergané. 

Aux  environs  du  temple  il  y  avoit  deux  portiques, 
l'un  au  midi ,  l'autre  au  couchant  ;  vers  le  premier 
étoit  une  chapelle  de  Jupiter  ,  furnommé  CoJ'mctcs  , 
6c  devant  cette  chapelle,  le  tombeau  de  Tyndare.  Sur 
le  fécond  portique  on  voyoit  deux  aigles  éployces, 
qui  portoient  chacun  une  vidloire  ;  c'ctoit  un  pré- 
fent  de  Lyfander,  &  en  même-tcms  un  monument 
des  deux  viûoires  qu'il  avoit  remportées,  l'une  près 
d'Ephèfé  ,  fur  Antiochus  ,  le  lieutenant  d'Alcibiadc  , 
qui  commandoit  les  galères  d'Athènes  ;  l'autre  encc»- 


4?! 


SP  A 


S  P  A 


teTiirlatlote  athénienne,  qu'il  avcit  dctaite  éntiofe- 
inem  ;\  Aigoi'potainos.  A  Tnile  gauche  du  temple  d'ai- 
rain ,  il  y  avoit  une  chapelle  coni'acrée  aux  mules  , 
parce  que  les  Laccdcmonicns  marchoicnt  à  l'ennc- 
tni ,  non  au  fon  de  hi  trompette ,  mais  au  fon  des  flu- 
*cs  &  de  la  lyre. 

Derrière  le  temple  ,  étoit  la  chapelle  de  Venus 
Arcnjl'on  y  voyoitdesftatucs  de  bois  auffi  anciennes 
qu'il  y  en  eût  dans  toute  la  Grèce  ;  à  l'aile  droite,  on 
voyoit  un  Jupiter  en  bronze, qui  ctoit  de  toutes  les 
llatucs  de  bronze,  la  plus  ancienne  ;  ce  n  étoit  point 
\m  ouvrage  d'imc  feule  6c  même  tabriqu'e  ;  il  avoit 
ctc  tait  fucccnivement ,  &  par  pièces  ;  enfuite  ces 
pièces  avoient  étcfi  bien  enchaffces  ,  fi  bien  jointes 
enfcmble  avec  des  clous  ,  qu'elles  fallbient  un  tout 
fort  folide.  A  l'égard  de  cette  itatue  de  Jupiter,  les 
Lacédémonlens  foutcnoient  que  c'étoit  Léarque,  de 
Rhcgium  ,  qui  l'avoit  faite;  félon  quelques  uns,  c'é- 
toit un  élevé  de  Dipœne  Ôc  de  Scyllis;  &  félon  d'au- 
tres ,  de  Dédale  même.  - 

De  ce  côté-là ,  étoit  un  ertdroit  appelle  Scenoma , 
où  l'on  trouvoit  le  portrait  d'une  femme  ;  les  Lacé- 
démoniens  difoient  que  c'étoit  Euryléonis,  qui  s'é- 
toit  rendue  célèbre  pour  avoir  conduit  un  char  à  deux 
chevaux  dans  la  carrière  ,  &  remporté  le  prix  aux 
jeux  olympiques.  A  l'autel  môme  du  temple  de  Mi- 
nerve ,  il  y  avoit  deux  ftatues  de  ce  Paulanias  ,  qui 
commandoit  l'armée  de  Lacédémone  au  combat  de 
Platèé;  on  difoit  que  ce  même  Paufanias  ,  fe  voyant 
atteint  £c  convaincu  de  trahifon ,  avoit  été  le  feul  qui 
Te  fût  réfugié  à  l'autel  de  Minerve  Chalciœcos,  &  qui 
n'y  eût  pas  trouvé  fa  fureté;  la  raifon  qu'on  en  rap- 
pôrtoit ,  c'eft  que  Paufanias  ayant  quelque  tems  au-^ 
"paravant  commis  un  meurtre  ,  il  n'avoit  jamais  pu 
s'en  faire  purifier.  Dans  le  tems  que  ce  ptince  Com- 
mandoit l'armée  navale   des  Lacédémoniens  &  de 
leurs  alliés ,  fur  THélefpont  ,  il  devint  amoureux 
d'une  jeune  Byfantine  :  ceux  qui  avoient  ordre  de 
l'introduire  dans  fa  chambre, 'y  étant  entrés  fur  le 
commencement  de  la  nuit ,  le  trouvèrent  déjà  en- 
dormi ;  Cléonice  ,  c'étoit  le  nom  de  la  jeune  per- 
fonne  ,  en  approchant  de  fon-  lit,  renverfa  par  mé- 
gardeune  lampe  qui  étoit  allumée  :  à  ce  bruit ,  Pau- 
fanias fe  réveille  en  furfaut;  &  comme  il  étoit  dans 
des  agitations  continuelles  ,  à  caufe  du  defiTein  qu'il 
avoit  formé  de  trahir  fa  patrie  ,  fe  croyant  décou- 
vert ,  il  fe  levé  ,  prend  fon  cimeterre  ,  en  frappe  fa 
maîtrefie  ,  &  la  jette  morte  à  fes  pies.  C'cfi:-l.\  le 
meurtre  dont  il  n'avoit  jamais  pu  fe  purifier  ,  quel- 
ques fupplications ,  quelque  expédient  qu'il  eût  em- 
ployé. Envam  s'ctoit-il  adrefîe  à  Jupiter  Phyxius  : 
envainétolt-ilallé  à  Phigalée,  en  Arcadie  ,  pour  im- 
plorer le  fecours  de  ces  gens  qui  fçavoient  évoquer 
les  âmes  des  morts:  tout  cela  lui  avoit  été  inutile  ,  & 
il  avoit  payé  enfin  à  Dieu  ,  &  à  Cléonice ,  la  peine 
de  fon  crime.  Les  Lacédémoniens  ,  par  ordre  ex- 
près de  l'oracle  de  Delphes  ,   avoient  depuis  érigé 
deux  ftatues  en  bronze  à  ce  prince,  &  avoient  rendu 
une  efpcce  de  culte  au  génie  Epidote  ,  dans  la  pen- 
fée  que  ce  génie  appaiferolt  la  déefle. 

Après  ces  ftatues ,  on  en  voyoit  une  autre  de  Vé- 
nus ,  furnommée  Ambologera  ,  c'eft-à-dlre  Vénus 
qui  éloigne  la  vielllefl'e  ;  celle-ci  avoit  été  aufli  éri- 
gée par  l'avis  de  l'oracle  ;  enlulte  étolent  les  ftatues 
du  Sommeil  &i  de  la  Mort ,  qui  font  frères  ,  au  rap- 
port d'Homère ,  dans  l'iliade.  Si  de-là  on  pafibltdans 
la  rue  Alpia,  on  trouvoit  le  temple  de  Minerve,  dite 
O pluhalmitis y  comme  qui  dlroit  Minerve  quiconfer- 
ve  les  yeux  :  on  difoit  que  c'étoit  Lycurguemême, 
qui  avoit  confacré  ce  temple  fous  ce  titre  à  Minerve, 
en  mémoire  de  ce  que  dans  une  émeute,  ayant  eu  un 
œil  crevé  par  Alcandre  ,  à  qui  fes  lois  ne  plaifolent 
pas ,  il  avoit  été  fauve  ,  en  ce  lleu-h\  ,  par  le  peuple , 
îans  le  fecours  duquel  il  auroit  peut-ctre  perdu  1  au- 
tre œil ,  ôc  la  viç  même. 


Plus  loin  étoit  le  temple  d'Ammon ,  car  iî  parolt 
que  les  Lacédémoniens  étoient  ,  de  tous  les  Grecs 
ceux  qui  recouroient  le  pUis  volontiers  à  l'oracle  de 
la  Lyble  :  on  dit  même  que  Lyfander  ,  afllé^cant 
la  ville  d'Aphytls  ,  près  de  Pallène  ,  eut  durant  la 
nuit  une  apparition  du  dieu  Ammon  ,  qui  lui  confeil- 
la,  comme  une  chofe  également  avantageufe,  à  lui 
&  à  Lacédémone  ,de  lalfll^  lesaftiégés  en  palx;con-' 
feil  auquel  il  déféra  fi  bien  ,  qu'il  leva  le  ficge  ,  Se 
qu'il  porta  enfuite  les  Lacédémoniens  à  honorer  Am- 
mon, encore  plus  qu'ils  ne  falfolent  ;  ce  qui  eft  de 
certain  ,  c'eft  que  les  Aphltéens  revérolcnt  ce  dieu 
comme  les  Lybiens  mêmes. 

Si  quelqu'un  trouve  un  peu  longue  cette  defcrip- 
tlon  de  Sparte  ,  par  Paulanias  ,  je  ])rle  ce  quelqu'un 
de  fe  rappeller  qu'il  n'y  a  pas  jufqu'aux  portes  &  aux 
clés  des  anciens  Spartiates  ,  que  l'hlftoire  n'ait  dé- 
crites. Comment  vous  imaglneriez-vous  qu'étoient 
faites  leurs  portes  ,  dit  joliment  M.  de  la  GuUlctle- 
re  ?  crolrlei-vous  que  les  étoiles  en  enflent  formé 
les  traits  ?  vous  les  trouverez  cependant  dans  la  conf- 
tcUatlon  de  Caffiopée.  Après  que  vous  aurez  démê- 
lé ,  dans  un  jour  ferein ,  l'étoile  méridionale  qui  eft  à 
la  tête  ,  &  la  feptentrionalc  qui  clt  à  la  chaife  ,  remar- 
quez bien  les  deux  autres  qui  fontfituées  entre  celles- 
là  ;  toutes  les  quatre  vous  traceront  la  peinture  d'une 
porte  des  Lacédémoniens  ,  coupée  par  le  milieu  ,  &: 
qui  s'ouvre  des  deux  côtés.  C'eft  Théon  qui  nous 
l'apprend  dans  fes  commentaires  fur  Aratus  ;  ceux 
qui  ne  peuvent  s'élever  jufqu'au  ciel,  trouveront 
dans  les  figures  de  Bayerus  ,  celles  des  portes  des 
Spartiates. 

Pour  leurs  clés,  il  faut  bien  en  reconnoître  la  ce* 
lébrité  malgré  nous.  Ménandre  ,  Suidas,  &  Plaute  y 
en  conviennent  de  bonne  foi.  Je  fais  C{u'Arlftophane 
dit  qu'elles  avoient  trois  dents ,  qu'elles  étoient  dan- 
gereufes  ,  &  propres  à  crocheter  ;  mais  les  traits 
odieux  d'un  fatyrique  ,  qui  ne  cherche  qu'à  faire 
balfement  fa  cour  au  peuple  d'Athènes  ,  dont  il  avoit 
tous  les  vices ,  font  peu  propres  à  nous  iéduire.  Ce 
poète ,  plein  d'imaginations  où  régnoient  la  méchan» 
ccté  de  fon  naturel ,  ne  pouvoit  attaquer  les  Spar- 
tiates fur  leur  courage  &  fur  leurs  vertus  ;  il  ne  lui 
reftoit  que  leurs  clés  à  ridiculifer.  (  Le  cluvalier  DE 

J  AU  COURT. ^) 

Après  avoir  confervé  la  ville  des  Spartiates  au  mi* 
lieu  de  fes  ruines  ,  tranfmettons  à  la  poftérité  la  mé- 
moire de  fes  lois ,  le  plus  bel  éloge  qu'on  puifie  fai* 
re  de  fon  léglflateur. 

On  ne  confidere  ordinairement  Lycurguc  que 
comme  le  fondateur  d'un  état  purement  militaire,  & 
le  peuple  de  Sparte  ,  que  comme  un  peuple  qui  ne 
favolt  qu'obéir  ,  foulFrir  ,  &  mourir.  Peut-être  fau- 
droit-il  voir  dans  Lycurgue  celui  de  tous  les  phllo- 
fophes  qui  a  le  mieux  connu  la  nature  humaine  ,  ce- 
lui ,  fur-tout ,  qui  a  le  mieux  vu  jufqu'à  quel  point 
les  lois  ,  l'éducation,  la  foclété  ,  pouvoient  changer 
l'homme  ,  &  comment  on  pouvoit  le  rendre  heureux 
en  lui  donnant  des  habitudes  qui  femblent  oppofées 
à  fon  inftincl  ôc  à  fa  nature. 

Il  faudroit  voir  dans  Lycurgue  ,  l'efprlt  le  plus 
profond  &  le  plus  conféqucnt  qui  ait  peut-être  ja- 
mais été  ,  &  qui  a  formé  le  fyftènie  de  légiflatlon  le 
mieux  combiné  ,  le  mieux  lié  qu'on  ait  connu  jufqu'à 
prélent. 

Quelques  unes  de  fes  lois  ont  été  généralement 
cenlurées ,  mais  fi  on  les  avoit  confiderées  dans  leur 
rapport  avec  le  fyftème  général ,  on  ne  les  auroit 
qu'admirées  ;  lorfqu'on  falfit  bien  ion  plan,  on  ne 
volt  au  cime  de  fes  lois  qui  n'entre  néceflairement 
dans  ce  plan  ,  &  qui  ne  contribue  à  la  perfedlon  de 
l'ordre  qu'il  vouloit  établir. 

Il  avoit  à  réformer  un  peuple  fédltieux  ,  féroce , 

&  foible  y  il  falloit  mettre  ce  peuple  en  état  de  rc- 

fifter 


s  P  A 


♦ 


S  P  A 


fifter  aux  éhtreprifes  de  plulleiirs  villes  qui  mèni- 
çoient  l'a  liberté;  il  f.illolr  donc  lui  infpirer  l'obcil- 
iànceés:  les  voTtiis  guerrières  ,  il  falloir  faire  un  peu- 
ple de  héros  dociles. 

II  commença  d'abord  par  changer  la  forme  du 
gouvernement  ;  il  établit  un  fénat  qui  fût  le  dépoû- 
taire  de  Pautorité  des  lois ,  &  de  la  liberté.  Les  rois 
de  Lacédémone  n'eurent  plus  que  des  honneurs 
fans  pouvoir  ;  le  peuple  fut  fournis  aux  lois  :  on  ne 
vit  plus  de  dillenfions  domeftiques  ,  &  cette  tran- 
quiUité  ne  fut  pas  feulement  l'cftét  delà  nouvelle  for- 
me du  gouvernement. 

Lycurgue  fut  perfu.ader  aux  riches  de  renoncer  à 
leurs  richeiTes  :  il  partagea  la  Laconie  en  portions 
égales  :  il  prolcrivit  l'or  &  l'argent ,  &  leur  lubfliiua 
une  monnoie  de  fer  dont  on  ne  pouvoir  ni  tranipor- 
ter,  ni  garder  une  fomnie  confidcrable.    • 

Il  inilitua  fes repas  publics,  où  tout  le  monde  étoit 
obligé  de  fe  rendre ,  &  oii  régnoit  la.  plus  grande  lo- 
briéîé. 

Il  régla  de  même  la  manière  de  fe  loger ,  de  fe 
meubler,  de  fe  vêtir  ,  avec  une  uniformité  &  Une 
fimpllcité  qui  ne  permettoient  aucune  forte  de  luxe. 
On  cefla  d'aimer  <i  Spam ,  des  richefles  dont  on  ne 
pouvoit  faire  aucun  ufage  :  on  s'attacha  moins  à  fes 
propres  biens  qu'à  Pétat,  dont  tout  inipiroit  l'amour  ; 
l'efprit  de  propriété  s'éteignit  au  point  qu'on  fe  fer- 
voit  indiifcreniment  des  eklaves,  des  chevaux  ,  des 
chiens  de  ion  voifin ,  ou  des  ficns  propres  :  on  n'o- 
foit  refufer  fa  femme  à  un  citoyen  vertueux. 

Dès  la  plus  tendre  QvJ^-àViZQ ,  on  accoutum.oit  le 
corps  aux  exercices  ,  à  la  fatigue  ,  &  même  à  la 
douleur. 

On  a  beaucoup  reproché  à  Lycurgue  d'avoir  con- 
damné à  mort  les  enfans  qui  naiffoient  tijibles  &  mal 
ccnftitués:  cette  loi ,  dit-on  ,  eft  injuftt  &  barbare  ; 
elle  le  icroit  fans  doute  ,  dans  une  légiilationoii  les 
richefîcs  ,  les  talens  ,  les  agrémensde  l'efprit  ,pour- 
roientrerdrc  heureux  ,  ou  utiles,  des  hon^mes d'u- 
ne lanté  délicate  ;  mr.is  à  Sparte ,  où  Phoujpie  foi- 
ble  ne  pouvoit  être  que  méprifé  &  malheureux,  il 
étoit  humain  de  prévenir  {^s  peines  en  lui  ôtant  la 
vie. 

On  fait  encore  à  Lycurgue  un  reproche  de  cruau- 
té ,  à  Poccafion  des  fctes  de  Diane  :  on  fouettoit  les 
enfans  devant  Pautel  de  la  déeife  ,  &  le  moindre  cri 
qui  leur  leroit  échappé ,  leur  auroiî  attiré  un  long 
fupplice  :  Lycurgue ,  dans  ces  fêtes  ,  accoutumoit  les 
enfans  à  la  douleur ,  il  leur  en  ôtoit  la  crainte  qui 
aôbibht  plus  le  courage  ,  que  la  crainte  de  la  mort. 

Il  ordonna  que  des  Page  de  cinq  ans  ,  les  enfans 
appriffent  à  danfer  la  pyrriquc  ;  les  daafeursy  étoient 
srm.és  ;  ils  failoient  en  cadence,  &  au  (on  de  la  flûte  , 
tous  les  mouvemens  militaires  qui ,  fans  le  fecDurs  de 
la  mefure ,  ne  peuvent  s'exécuter  avec  précifion  ;  on 
n'a  qu'à  lire  dans  Xénophon,  ce  qu'il  dit  de  la  taÛique 
&  des  évolutions  des  Spartiates  ,  &  on  jugera  que 
fans  l'habitude ,  oc  un  exercice  continuel ,  on  ne  pou- 
voir y  exceller. 

Après  la  pyrrique  ,  la  danfe  la  plus  en  ufage  étoit 
la  gymnopcedie  ;  cette  danfe  n'étoit  qu'une  image  de 
la  lutte  6c  du  pancrace  ,  6l  par  les  mouvemens  vio- 
Icns  qu'elle  exigcoit  desdanfeurs,  elle  contribuoit 
encore  à  affouplir  &  à  fortifier  le  corps. 

Les  Lacédémoniens  étoient  obliges  de  s'exercer 
beaucoup  à  la  courfe,  &  fcuv«nt  ils  en  remportoient 
le  prix  aux  jeux,  olympiques. 

Prelque  tous  les.  momens  de  la  jeunefTe  étoient 
employés  à  ces  exercices  ,  &  Page  nu'u-  n'en  étoit 
pas  dilpenfé.  Lycurgue,  fort  différent  de  tant  de  mé- 
diocres légidateurs  ,  avoit  combine  les  effets  ,  l'ac- 
tion ,  la  réaftion  réciproque  du  phyiinue  Si  du  moral 
de  .l'homme,  &  il  voulut  former  des  corps  capables 
de  foutenir  les  mœurs  fortes  qu'il  vouloir  donner; 
Tome  Xr> 


m 


c'étbit  à  Pédiicatlon  à  infpirer  &  à  conferver  ces 
mœurs ,  elle  fut  ôtée  aux  pères ,  '6c  confiée  à  Pétat  ; 
un  magifîrat  préfidoit  à  Péducaîion  <;énerale ,  &  il 
avoit  fous  lui  des  hommes  connus  par  leur  fageflé  6c 
par  leur  vertu. 

On  apprenoiîles  lois  aux  enfans  ;  on  leurinfpiroit 
le  refpedt  de  ces  lois,  Pobciflance  aux  mat^irrrats,  le 
mépris  de  la  douleur  6c  de  la  vie ,  l'amour  de  la  gloire 
6c  l'horreur  de  la  honte  ;  te  refpeft  pour  les  vieillards 
étoit  fur-tout  inipiré  aux  enfans  ,  qui ,  parvenus  à. 
Page  viril ,  leur  donnoicnt  encore  des  témoignages 
de  la  plus  profonde  vénération.  A  ^'/j^a^ê  ,Péducation 
étoit  continuée  jufque  dans  un  âge  avancé  :  l'en- 
fant 6c  l'homme  y  étoient  toujours  les  difciples  de 
Pétat. 

Cette  continuité  d'obéiffance  ,  cette  fuite  de  pri- 
vation ,  de  travaux  6c  'd'aultérités  donnent  d'abord 
l'idée  d'une  vie  trifte  6c  <lure  ,  6c  préfentent  Pimaae 
d'un  peuple  malheureux. 

Voyons  comment  des  lois  fi  extraordinaires  ,  des 
mœurs  fi  fortes  ont  fait  des  Lacédémoniens  ,  felcn 
Platon  ,  Plutarque  6c  Xénophon  ,  le  peuple  le  plus 
heureux  de  la  terre. 

On  ne  voyoit  point  à  Sparte  la  mifere  à  côté  de 
Populence  ,  &  par  conféquent  on  y  voyoit  mo:iis 
que  par-tout  ailleurs  l'envie  ,  les  rivalités  ,  la  mol- 
lefPe,  mille  paiTions  qui  affligent  Phomme ,  &  cette 
cupidité  qui  oppofe  l'intérêt  perfonncl  au  bien  pu- 
blic ,  6c  le  citoyen  au  citoyen. 

La  jurifprudence  n'y  étoit  point  chargée  d'une 
multitude  de  lois  ;  ce  font  les  fuperfluités  6c  le  luxe, 
ce  font  les  divifions  ,  les  inquiétudes  &  les  jaloufies 
qu'entraîne  Pinégalité  des  biens  ,  qui  multiplient  6c 
les  procès  6c  les  lois  qui  les  décident. 

Il  y  avoit  à  Spam  peu  de  jaloufie  ,  &  beaucoup 
d'émulation  delà  vertu.  Les  fénateurs  y  étoient  élus 
parle  peuple,  qui  défignoit,  pour  remplir  une  place 
vacante  ,  Vkfymme  le  plus  vertueux  de  la  ville. 

Ces  repas  il  fobres  ,  ces  exercices  violent  étoient 
afTaiiTonnés  de  mille  plaifirs  ;  on  y  portoit  une  paf- 
fion  vive  ôc  toujours  fatisfalte  ,  celle  de  la  vertu. 
Chaque  citoyen  étoit  un  enthoufiafîe  de  l'ordre  6c 
du  bien ,  &  il  les  voyoit  toujours  ;  il  alloit  aux  af- 
iémblées  jouir  des  vertus  de  lés  concitoyens  ,  &  re- 
cevoir les  témoignages  de  leur  eilime. 

Nul  lé^Wlateur  ,  pour  exciter  les  hommes  à  la 
vertu,  n'a  fait  autant  d'uiage  que  Lycurgue  du  pen- 
chant que  la  nature  donne  aux  deux  fexes  l'im  pour 
l'autre. 

Ce  n'étoit  pas  feulement  pour  que  les  femmes  de- 
venues robufies  donnafî'ent  à  Pétat  des  enfans  bien 
conilitués  ,  que  Lycurgue  ordonna  qu'elles  feroient 
les  mêmes  exercices  que  les  hommes  ;  il  favoit  qu'un 
fexe  le  plaît  par-tout  où  il  eit  iùr  de  trouver  l'autre. 
Quel  attrait  pour  faire  aimer  la  lutte  &  les  exercices 
aux  jeunes  fpartlates  ,  que  ces  jeunes  fîUes  qui  dé- 
voient ou  combattre  avec  eux  *  ou  les  regarder  com- 
battre !  qu'un  tel  fpedfacle  avoit  encore  de  charmes 
aux  yeux  des  vieillards  qui  préfidoient  aux  exerci- 
ces ,  6c  qu.l  dévoient  y  inipofer  la  chafleté  dans  les 
momens  où  la  loi  difpcnfolt  de  la  pudeur! 

Ces  jeunes  filles  élevées  dans  des  familles  ver- 
tueufes  &:  nourries  des  maximes  de  Sparte  ,  récom- 
pcnfoicnt  ou  puniiîbient  par  leurs  éloges  ou  par  leurs 
ceniùres  ;  il  falloit  en  être  efllmé  pour  les  obtenir 
en  mariage  ,  &  mille  difficultés  irritoient  les  defirs 
des  époux  ;  ils  ne  dévoient  voir  leurs  époufes  qu'en 
lécret,  ils  pouvoient  jouir  &  jamais  fe  raflafier. 

La  religion  d'accord  avec  les  lois  de  Lycurgue  , 
infpiroit  le  plaifir  6c  la  vertu  ;  on  y  adoroit  Vénus  , 
mais  Vénus  armée.  Le  culte  religieux  étoit  llmple; 
6c  dans  des  temples  nuds  &  fréquentés  ,  on  otiVoit 
peu  de  chofe  aux  dieux  ,  pour  être  en  état  de  leur 
oifrir  toujours. 

lii 


434 


S  P  A 


Apres  Vénus ,  Caftor  cC  PoUux  ctolent  les  deuîT 
cUvir.itcs  les  plus  iionorces  ;  ils  avolent  excelle  clans 
les  exercices  cultivés  à  Spam;  ilsctoient  des  mode- 
lés d'iui  couraoe  héroïque, &  dAuie|aiTiitié  générculc . 

Les  Lacédemoniens  mêioient  à  leurs  cxeicices  des 
chants  &  des  fctes.  Ces  Ictes  étoient  inllituées  pour 
leur  rappellcr  le  ibuvenir  de  leurs  vidoires ,  6c  ils 
chantoicnt  les  louanges  de  la  divinité  &  des  héros. 

On  liCoit  Homère  Tqni  inlpire  rcnthouliaimc  de  la 
gloire  ;  Ly  curgue  en  donna  la  meilleure  édition  qu'on 
eût  encore  vue. 

Le  poëte  Terpandrc  hit  appelle  de  Lesbos  ,  &:  on 
lui  demanda  des  chants  qui  adoucillent  les  hommes. 
On  n'alloit  point  au  combat  fans  chanter  les  vers  de 
Tirtée. 

Les  Lacédéir.onlens  avoient  élevé  un  temple  aux 
Grâces  ,  ils  n'en  honoroient  que  deux  ;  elles  étoient 
pour  eux  les  dceffes  à  qui  les  hommes  dévoient  la 
bientaifance  ,  l'égalité  de  Thumeur ,  les  vertus  ibcia- 
les  ;  elles  n'étoient  pas  les  compagnes  de  Vénus  &: 
des  mules  frivoles. 

Lycurgue  avoit  fait  placer  la  ftatue  du  Ris  dans  le 
temple  des  Grâces  ,  la  gaieté  regnolt  dans  les  aflem- 
blées  des  Lacédemoniens ,  leur  plailante;rie  étoit  vive; 
ik  chez  ce  peuple  vertueux  ,  elle  étoit  utile  ,  parce 
que  le  ridicule  ne  pouvoit  y  tomber  que  fur  ce  qui 
étoit  contraire  à  l'ordre  ;  au-lieu  que  dans  nos  mœurs 
corrompues  la  vertu  étant  hors  d'ufage  ,  elle  efl  fou- 
vent  l'objet  du  ridicule. 

Il  n'y  avoit  à  Sparte  aucune  loi  conftitutive  ou  ci- 
vile ,  aucun  ufage  qui  ne  tendît  à  augmenter  les  paf- 
fions  pour  la  patrie  ,  pour  la  gloire  ,  pour  la  vertu  ,  & 
à  rendre  les  citoy ensheureux  par  ces  nobles  paffions. 

Les  femmes  accouchoientfur  un  bouclier-  Les  rais 
étoient  de  la  poflérité  d'Hercule  :  il  n'y  avoit  de  mau- 
folées  que  pour  les  hommes  qui  étoient  morts  dans 
les  combats. 

On  lifoit  dans  les  lieux  publics  l'éld^e  des  grands 
homm.es ,  &:  le  récit  de  leurs  belles  aâions.  Il  n'y  a 
jamais  eu  de  peuple  dont  on  ait  recueilli  autant  de 
ces  mots  qui  font  les  faillies  des  grandes  âmes  ,  & 
dont  les  monumens  attellent  plus  la  vertu.  Quelle 
infcription  que  celle  du  tombeau  des  trois  cens  hom- 
mes CTui  fe  dévouèrent  auxTermopiles  !  Pajfant ,  vas 
dire  ^Sparte  que  nous fonimcs  morts  ici  pouroblir  àfes 
faiiitis  lois. 

Si  l'éducation  &  l'obéiflance  s'étendoient  jufque 
dans  l'âge  avancé ,  il  y  avoit  des  plaifirs  pour  la  yieil- 
lefle  ;  les  vieillards  étoient  juges  des  comba<-s  ,  juges 
de  Tefprit  &  des  belles  avions;  le  refpeû  qu'on  avoit 
pour  eux  ,  les  engageoit  à  être  vertueux  iufqu'au 
dernier, moment  de  la  vie  ,  &  ce  refpeft  étoit  une 
douce  confolation  dans  l'âge  des  infirmités.  Nul  rang, 
nulle  dignité  ne  difpenfoit  un  citoyen  de  cette  confi- 
dération  pour  les  vieillards  qui  eft  leur  leule  jouif- 
fance.  Des  étrangers  propofoient  à  un  général  lacé- 
démOnien  de  le  faire  voyager  en  litière.  Q}'^  les 
dieux  me  préfervent  ,  répondu-il ,  de  ni' enfermer  dans 
une  voiture^  où  jt  ne  pourrais  me  lever  fi  je  rencontrais 
un  vieillard. 

La  légiflation  de  Lycurgue  fi  propre  à  faire  un 
peuple  de  philofophes  &  de  héros  ,  ne  dcvoit  point 
infpirer  d'ambition.  Avec  fa  monnoie  de  îtx^Sparte  ne 
pouvoit  porter  la  guerre  dans  des  pays  éloignés  ;  & 
Lycurgue  avoit  défendu  que  fon  peuple  eut  une  ma- 
rine, quoiqu'il  lut  entouré  de  la  mer.  Sparte  étoit 
conliituée  pour  refter  libre  ,  &  non  pour  deverùr 
conquérante  ;  elle  devoit  faire  refpeder  fes  mœurs, 
&  en  jouir  ;  elle  fut  long-tems  l'arbitre  de  la  Grèce  , 
on  lui  demandoit  de  fes  citoyens  pour  commander 
les  armées  ;  Xantippe ,  Gilippe ,  Brafidas  en  iont  des 
exemples  fameux. 

Les  Lacédemoniens  dévoient  ctre  un  peuple  fier 
&  dédaigneux  ;  quelleidée  ne  devoient-ils  pas  avoir 
rf'eux-niôiî^es  lorsqu'ils  fe  comparoient  au  refle  dt 


S  P  A 

la  Grcce?  Mais  ce  peuple  fier  ne  devoit  pas  être  fé- 
roce ,  il  cultivoit  trop  les  vertus  foclales  ,  &■  il  avoit 
beaucoup  de  cette  indulgence  ,  qui  eil  plus  Teffet  du 
dédain  que  de  la  bonté.  Des  Clazomeniens  ayant  in- 
lulté  les  magillrats  de  Sparte  ,  ceux-ci  ne  L-s  puni- 
rent que  par  une  plaifanterie  :  fes  éphores  firent  af- 
ficher ,  quil  étoit  permis  aux  Claipméniens  défaire  des 
fotûfcs. 

Le  gouvernement  &  les  mœurs  de  Sparte  fe  font 
corrompus ,  parce  que  toute  efpece  de  gouverne- 
ment ne  peut  avoir  qu'un  tems  ,  &  doit  nécefiaire- 
ment  le  détruire  par  des  circonilances  que  les  légif- 
lateurs  n'ont  pu  prévoir  ;  ce  fut  l'ambition  &  la  puif- 
fance  d'Athènes  qui  forcèrent  Lacédhnone  de  fe  cor- 
rompre ,  en  l'obligeant  d'introduire  chez  elle  l'or  & 
l'argemt ,  &  d'envoyer  au  loin  lés  citoyens  dans  des 
^)ays  ,  dont  ils  revenoient  couverts  de  gloire  &  char- 
gés de  vices  étrangers. 

Il  ne  relie  plus  de  Lacédémone  que  quelques  ruines; 
&  il  ne  faut  pas ,  comme  le  Diclionnaire  de  Trévoux^ 
en  faire  une  ville  épifcopalc  ,  fufiragante  de  l'arche- 
vêché de  Corinthe. 

SPARTE-GENET,  f.  m.  {Hifl.  nat.  Bot.)  genifla-. 
fpartium ,  genre  de  plante  qui  ne  diffère  du  jpar- 
tium  &  du  genêt  que  par  fes  pointes.  Voyei  Genêt 
ë*:.S'i'^y{T/:/M.Tournelort,  /.  II.  H.  Foye^  Plante. 

SPARTIVENTQ  ,  le  cap  ,  (  Gèog.  mod.  )  cap 
d'Italie.,  au  royaume  de  Naples  ,  à  l'extrémité  de  la 
Calabre  ultérieure.  Magin  dit  que  c'eft  Herculis  pro» 
tnontorium  des  anciens.  (^D.  J.)  » 

SPARTIUM  ,  f.  m.  (i//y?.  nat.  Bot.)  genre  de 
plante  à  fleur  papilionacce.  Le  pillil  fort  du  calice, 
&  devient  dans  la  fuite  une  filique courte,  arrondie, 
&  un  peu  gonflée  ,  &  renferme  une  femence  dont  la 
forme  refl'emble  le  plus  fouvent  à  celle  d'un  rein. 
Tournefort,  Infi.  rei  lierb.   Foye^  PLANTE. 

Tournefort  en  dillinguc  quatre  elpeces  ,  dont  la 
principale  efl  le  fpartium  monofpermon  ,  flore  luteo , 
jemine  reni  fimili .^  I.  R.  H.  C^S.  Cette  êlpece  d'ar- 
brifleau  poufl'e  une  tige  à  la  hauteur  de  deux  ou  trois 
pies  ,  fe  divifant  en  plufieLirs  rameaux  qui  jettent  de 
petites  verges  femblables  à  celles  du  jonc.  Ses  fleurs 
font  Icgumineufes ,  petites  ,  jaunes,  d'une  odeur  de 
jonauJHe  ,  attachées  à  des  pédicules  qui  fortent  des 
C()tcs  des  petites  verges,  A  cette  fleur  fuccede  une 
capfuie  fort  courte ,  qui  ne  contient  qu'une  feule  fe- 
mence dure ,  noire  ,  &  faite  en  petit  rein.  L'efpecè 
àç fpartium  que  nous  venons  décrire ,  fe  nomme  com- 
munément en  françois  ginct-jonquille.  (  D.  J.  ) 

SPARTON  ,  f.  m.  (  Marine.  )  c'efl  un  cordage  de 
genêt  d'Efpagne,  d'Afrique  &  de  Murcie,  dontl'u- 
lage  ell  fort  bon  ,  foit  qu'il  aille  dans  Peau  falée  ou 
dans  l'eau  douce. 

SPASME ,  f  m.  {hièdtc.  Patholog.)  ce  mot  efl  pris 
afl'ez  ordinairement ,  fur-tout  par  les  auteurs  grecs 
&  latins  ,  comme  fynonyme  à  convulfion  ,  6c  dans 
ce  fens  il  efl  employé  pour  défigner  la  contraftioa 
non-naturelle  de  quelque  partie.  Quelques  méde- 
cins françois  ont  évité  de  confondre  ces  deux  mots, 
appellant//'<r///«e  la  difpofition  des  parties  à  la  coa" 
vulfion ,  &  convulfion  le  complément  de  cette  dif- 
polition  ,  ou  ce  qui  revient  au  même  ,  un JpaJ'me  plus 
fort  &C  plus  fenfible  :  il  me  femble  qu'on  pourroit  en 
diftinguant  ces  deux  états,  établir  la  diftindion  fur  des 
fondemens  moins  équivoques,  ôi  pour  cela  je  remar- 
que que  deux  fortes  de  parties  peuvent  être  le  fujet 
ou  le  flege  dufpafme ,  ou  de  la  convulfion  :  les  unes 
ont  un  mouvement  confidérable  ,  mais  fournis  à  l'em- 
pire de  la  volonté  ;  tels  font  les  mufcles  dcflinésà 
exécuter  les  mouvemens  animaux  :  les  autres  ont 
uneadion  plus  cachée  ,  un  mouvement  moins  remar- 
quable ,mais  indépendant  de  Parbitre  delà  volonté; 
de  ce  nombre  font  tous  les  organes  qui  fervent  aux 
fondions  vitales  &  naturelles.  Lefpafme  ou  la  con- 
vulfion ne  fauroient  s'évaluer  de  la  même  façon  dans 


s  P  A 

l'un  &  l'atitrc  cas  :  on  juge  que  les  mufcîes  fournis  à 
la  voionté  fout  dans  une  contradlon  contre  nature  , 
lorfque  cette  contraction  n'eft  point  volontaire,  c'efi 
ce  que  j'appelle  proprement  convuljion.  Cette  me- 
fure  l'eroit  fautive  à  l'égard  des  parties  qui  fe  con- 
tradent  naturellement  fans  la  participation  de  la  vo- 
lonté ;  on  ne  doit  don:  décider  leur  contraéïion  non- 
naturelle  que  lorfqu'elle  fera  portée  à  un  trop  haut 
point ,  que  le  mouvement  tonique  fera  augmenté 
de  façon  à  entraîner  une  léfion  fenfible  dans  l'exer- 
cice des  fonctions.  Cette  féconde  cfpece  me  paroît 
devoir  retenir  le  nom  plus  approprié  de  fpafrm  ;  la 
différence  que  je  viens  d'établir  dans  la  nomencla- 
ture fe  trouve  encore  fondée  fur  la  façon  ordinaire 
de  s'exprimer  ;  ainfi  on  dit  :  Un  homme  cjl  tombé  dans 
liS  convul fions  ,  il  avoit  le  bras  en  convuljion,  6lc.  lorf- 
qu'il  s'agit  de  ces  contrarions  contre  nature  exté- 
rieures involontaires ,  &  l'on  dit  au  contraire  :  Le 
ipafme  des  inteflins^  de  la  vcjjie^  des  extrémités  artérïdUs 
dis dijfcrens  organes^  &CC.  lorfqu'on  veut  exprimer 
l'augmentation  de  ton  de  ces  parties  intérieures.  En 
partant  de  ces  principes ,  je  crois  qu'on  peut  dire 
qu'une  convulfion  fuppofe  wnfpafme  violent  ;  &  dans 
ce  cas  ,  il  fera  vrai  qu.e  lefpafme  eu:  une  difpofition 
prochaine  à  la  convulfion.  Cette  affertion  eft  fondée 
iur  ce  que  tous  les  fymptomes  apparens  ont  pour 
caufe  un  dérangement  intérieur  que  nous  croyons 
analogue. 

Quel  eu  donc  ce  dérangement  intérieur,  ^quellï* 
en  eli  la  caufe  }  Champ  vafte  ouvert  aux  théoriciens, 
fujet  fertile  en  difcuffions  ,  en  erreurs  &  en  abfurdi- 
lés.  Les  partifans  de  la  théorie  ordinaire  confondant 
toujours  ffûfme  &  convulfion,  les  ont  regardés  com- 
me des  acciclens  très-graves,  qu'ils  ont  fait  dépendre 
d'un  vice  plus  ou  moins  confidérable  dans  le  cer- 
veau ;  les  uns  ont  cru  que  ce  vice  confiftoit  dans  un 
engorgement  irrégulier  des  canaux  nerveux  ;  d'au- 
tres l'ont  attribué  à  un  fluide  nerveux  ,  épais  &  gru- 
melé ,  qui  pafloit  avec  peine  &  inégalement  dans  les 
Ticrfs ,  &:  excitoit  par-ià  cette  irrégulaiité  dans  les 
niouvemens.  La  plupart  ont  penlé  que  la  caufe  du 
mal  étoit  dans  les  vaifi'eaux  fanguins  du  cerveau  ,  & 
que  leurdifpofition  vicieuJe  confiftoit  en  des  efpeces 
de  petits  anévriim.es  extrêmement  multipliés,  qui 
rendoient  la  circulation  du  fang  déjà  épais  éi.  iec ,  plus 
difficile ,  &  en  troublaient  en  même  tems  l'unifor- 
mité. Tous  enfin  ont  recours  à  des  caufes  particu- 
lières, prefque  toutes  vagues  ,  chimériques  ,  ou  peu 
prouvées  pour  l'explication  d'un  fait  plus  général 
qu'on  ne  le  penfe  communément. 

Et  c'eft  précifément  de  tous  les  défauts  qu'on  pour- 
rolt ,  par  le  plus  léger  examen  ,  découvrir  dans  ces 
théories,  celui  qui  elt  le  plus  reniarquable ,  &:  qu'il  efl 
le  plus  important  d'approfondir  ;'  rien  n'eft  plus  nui- 
fîble  aux  progrès  d'une  fcience  ,  que  de  trop  géné- 
ralifcr  certains  principes  ,  &  d'en  trop  parcicularifer 
d'autres.  La  circulation  du  fang ,  fimple  phénomène 
de  Phyfiologie ,  dont  la  découverte  auroit  dû  ,  ce 
femble,  répandre  un  nouveau  jour  fur  la  Médecine 
théorique  ,  n'a  fait  qu'éblouir  les  efprits  ,  obicurcir 
&  embrouiller  les  matières ,  parce  que  tout  auffi-tôt 
on  l'a  regardée  comme  un  principe  général  ,  &  qu'on 
en  a  fait  un  agent  univerlel.  Erreur  dont  les  confé- 
quenceis  ont  toujours  été  de  plus  en  plus  éloignées 
du  fanftuaire  de  la  vérité  ou  de  l'obfcrvation  ;  don- 
nant dans  recueil  oppofé ,  on  n'a  confuléré  lejpafme 
que  fous  l'afpeû  effrayant  d'un  fymptome  dange- 
reux ,  tandis  qu'avec  une  idée  plus  julte  de  l'écono- 
mie animale  on  n'y  auroit  vu  qu'un  principe  plus  ou 
moins  général ,  qui ,  vrai  Protéc  ,  changcoit  de  forme 
à  chaque  infiant ,  &  produifoit  dans  différentes  par- 
ties &  dans  différentes  circonftanccs  des  effets  très- 
différens.  C'cfl  par  la  lefturc  de  quelques  ouvrages 
modernes ,  fpecimen  novi  medidna:  çonfpiclus  ,  idée 


S  P  A 


4Î 


Tom6  Xr, 


\ 


de  l'homme  phyfique  &  moral ,  &c.  &  des  différent 
écrits  de  M.  de  Bordeu  ,  que  partant  d'une  connoif- 
fance  exa£f  e  de  l'économie  animale  ,  voye^  ce  mot  i 
on  pourra  fentir  de  quelle  importance  il  efl  d'ana- 
lyfer  plus  profondément  qu'on  ne  l'a  fait  jufqu'ici  lé 
J'pafme  ,  &  d'en  examiner  de  beaucoup  plus  près  la 
nature ,  le  méchanifmc ,  la  marche ,  les  efpeces  &  les 
variations. 

A  mefure  que  les  fujets  font  plus  intéreffans ,  on 
doit  chercher  davantage  à  trouver  de  grands  points 
de  vue  pour  les  mieux  appercevoir,  pour  les  confidé- 
rer  en  grand  ,  &  les  fuivre  dans  toutes  leurs  appli^ 
cations  ;  mais  il  faut  bien  prendre  garde  aux  fonde- 
mens  fur  lefquels  on  établit  de  grands  principes.  Il 
efl  inconteflable  qu'en  Médecine  de  pareils  fonde- 
mens  ne  peuvent  être  affis  que  fur  l'obfcrvation  ;  & 
comme  les  différentes  théories  qui  fe  font  fuccédées 
jufqu'à  préfènt  n'ont  été  reçues  que  fur  la  foi  d'un 
pareil  appui ,  &  qu'il  efl  probable  que  leurs  auteurs 
étoient  perfuadés  de  les  avoir  ainli  fondés ,  il  en  ré- 
fulte  néceffairement  qu'il  en  efl  de  l'obfervation  , 
comme  Montagne  le  difoit  de  la  raifon  ,  que  c'eft  un 
pot  à  deux  anfes  ,  une  règle  de  plomb  6'  de  cire  alon- 
geable  j  ployable  &  accommodabU  ,  à  tous  fens  &  à  tou- 
tes mefures.  11  y  a  donc  une  m.aniere  de  faifir  l'obfer- 
vation pour  en  tirer  les  lumières  qu'elle  doit  fournir; 
il  faut  donc  un  point  de  vue  propre  à  faiftr  le  fonds 
de  l'obfervation  ,  avant  que  de  pouvoir  fe  flatter  d'en 
tirer  affez  de  parti  pour  former  une  théorie  égale* 
ment  folide  &  profonde. 

înfantum  corpus  lœditiir  in  quantum  convellltur  i 
c'eft  un  grand  &  important  axiome  que  le  célèbre 
auteur  des  ouvrages  cités  plus  haut,  établit  pour  fon- 
dement de  la  théorie  des  maladies  ,  il  découle  natu- 
rellement des  principes  juftes  &  féconds  qu'il  a  ex- 
pofés  fur  l'économie  animale  ;  il  eft  d'ailleurs  appuyé 
fiir  des  obfervations  multipliées ,  &  fur-tout  fur  la 
genre  d'obiervation  le  plus  lumineux  &  le  moins  équi- 
voque ;  c'eft  celui  dont  on  eft  foi-même  l'objet  :  voi- 
là donc  le  /pa/mt  propofé  comme  caufe  générale  de 
maladie  ,  fuivons  l'auteur  dans  les  différens  pas  qu'il 
a  faits  pour  venir  à  cette  conféquence,  &C  examinons 
fans  prévention  les  preuves  fur  lefquelles  il  en  étaye 
la  vérité.  lettons  d'abord  un  coup  d'oeil  fur  l'homm» 
fain  ,  &C  fans  remonter  aux  premiers  élémens  peu 
connus  dont  il  eft  compofé,  fixons  plus  particulière- 
ment nos  regards  fur  le  tableau  animé  que  préfentent 
le  jeu  continuel  des  différentes  parties  &  les  fonc- 
tions diverfifîées  qui  en  réfultent. 

Qu'eft-ce  que  l'homme  ?  ou  pour  éviter  toute  équî« 
voque  ,  que  la  méchanceté  6c  la  mauvaife  foi  font  fi 
promptes  à  faire  valoir;  qu'eft-ce  que  la  machine 
humaine  ?  Elle  paroît  à  la  première  vue  ,  un  compofé 
harmonique  de  différens  refforts  qui  mus  chacun  en 
particulier ,  concourent  tous  au  mouvement  géné- 
ral ;  une  propriété  générale  particulièrement  ref- 
treinte  aux  compofés  organiques  ,  connue  fous  les 
noms  d'irritabilité  ou  J'en [îbilité  ,  fe  répand  dans  touS 
les  refforts  ,  les  anime,  les  vivifie  &  excite  leurs  mou- 
vemens  ;  mais  modifiée  dans  chaque  organe ,  elle  en 
diverfifîe  à  l'infini  l'affion  &  les  mouvc.mcns  ;  par 
elle  les  différens  refforts  fe  bandent  les  uns  contre 
les  autres,  fe  réfiftcnt ,  fe  preflent,  agiffent  &  in- 
fluent mutuellement  les  uns  fur  les  autres  ;  cette  com- 
mixture  réciproque  entretient  les  mouvemens,  //«//< 
action  fans  réaclion.    De  cet  antagonifme  continuel 
d'aiSfions  ,  réfulte  la  vie  &  la  fanté  ;  mais  les  refforts 
perdroicnt  bientôt  &  leur  force  ,  &  leur  jeu ,  les 
mouvemens  languiroient,  la  machine  fe  détruiroit,  (i. 
l'Etre  fuprème  qui  l'a  conftruite  n'avoit  veillé  A  fa 
confervation  ,  en  préfentant  des  moyens  pour  rani- 
mer les  refforts  fatigués ,  &  pour  ainii  dire  débandés, 
pour  rappeller  les  mouvemens  &  remonter  en  un 
mot  toute  la  machine  i  ç'eft-U  l'ufage  des  ûxchofcs 

lii  ij 


436 


S  P  A 


connues  dans  le  langage  de  YUolc  fous  le  nom  des 
Jlx  chofcs  non  nanircllci ,  &  qui  (ont  ablblumcnt  né- 
ceflaires  à  la  vie  :  l'examen  rcl^lcchi  tlt- s  ellets  qui  re- 
lu Itent  de  Taclion  de  ces  caufes  lur  le  corps  &  c!c 
quclq\ics  phcnomcnes  peu  approfondis  ,  l'analogie 
qu'il  doit  y  avoir  nccclVairenicnt  entre  la  machuiC 
humaine  &  les  autres  que  la  main  des  hommes  a  lu 
fabriquer,  6i.  pluheurs  autres  railbns  de  convenance, 
ont  fait  pcnfer  qu'il  devoit  y  avoir  dans  le  corps  un 
premier  6c  principal  relFort ,  dont  le  mouvement  ou 
le  repos  entraîne  l'exercice  ou  l'inaftion  de  tous  les 
autres  ,  voyci  Économie  animale;  obfervation  fi 
frappante  ,  qu'il  eft  inconcevable  comment  elle  a  pu 
échapper  à  Tefprit  de  comparaifon  &  aux  recherches 
des  Méchanicicnsmodernes.  Parmi  les ditfcrentcs  par- 
ties ,  celles  dont  le  département  cil  le  plus  étendu  , 
ibnt  fans  contredit ,  la  tête  &  le  ventre  ,  l'influence 
de  leurs  fondions  eft  la  plus  générale  ;  ces  deux  puii- 
fanccs  réagifient  mutuellement  l'une  fur  l'autre  ,  & 
par  cette  contranitence  d'adion  ,  lorfqu'ellc  ell-  mo- 
dérée ,  fe  confcrv'cnt  dans  une  tcnfion  nécelFaire  à 
l'exercice  de  leurs  fondions  refpedives  ;  mais  leurs 
efforts  fe  réuniffent  fur  le  diaphragme,  cet  organe 
le  premier  mù  dans  l'entant  qui  vient  de  naître  ,  doit 
Ctrc  regardé  comme  le  grand  mobile  de  tous  les  au- 
tres reflbrts  ,  comme  la  roue  maîtreffe  de  la  machine 
humaine  ,  comme  le  point  ou  les  dérangemens  de 
cette  machine  viennent  fe  concentrer  ,  où  ils  com- 
mencent &  d'où  ils  fe  répandent  enfuite  dans  les  par- 
ties analogues. 

Partons  de  ce  point  de  vue  lumineux  ,  pour  pro- 
mener avec  plus  de  fruit  nos  regards  attentifs  fur  l'in- 
nombrable cohorte  de  maladies  qui  fe  préfente  à  nos 
yeux  ;  tachons  de  pénétrer  dans  l'intérieur  de  la  ma- 
chine pour  y  appercevoir  les  dérangemens  les  plus 
cachés  :  fuppofons  parmi  cette  multitude  de  refTorts 
qui  fe  réfiltent  mutuellement  &  qui  par  cette  con- 
tranitence réciproque  ,  entretiennent  leurs  mouve- 
mcns  &  concourent  par- là  à  l'harmonie  générale; 
fuppofons ,  dis-je  >  un  de  ces  refforts  altéré ,  affoibli, 
par  l'abus  de  ce  qui  fert  à  1  entretenir ,  defiitué  de  la 
force  néceflaire  pour  réagir  efficacement  contre  le 
reflbrt  fympathlque  ;  auiii-tôt  cette  égalité  d'adion 
&  de  réadion  qui  conltitue  une  tfpcce  àQfpofme  na- 
turel ell  troublée  ;  ce  dernier  reffort  augmente  la  fphe- 
rc  de  fes  mouvemens ,  les  fibres  qui  le  compofent 
font  irritées  ,  tendues  ,  reflerrées ,  &  dans  un  orgaf- 
me  qiû  conflitue  proprement  Vétztfpaf modique  con- 
tre nature.  Mais  remontons  à  la  fourcc  du  dérange- 
ment d'un  organe  particulier,  nous  la  trouverons  dans 
le  diaphragme ,  qui  par  le  tiffu  cellulaire ,  par  des  ban- 
des aponévrotiques  &  par  les  nerfs ,  communique 
comme  par  autant  de  rayons  aux  différentes  parties  ; 
l'adion  de  cet  organe  important  efl  entretenue  dans 
l'uniformité  qui  forme  l'état  fain  par  l'effort  récipro- 
que &  toujours  contre-balancé  de  la  tête  &  de  l'épi- 
g-iflre  ;  fi  l'une  de  ces  deux  puiflances  vient  ù  agir 
avec  plus  ou  moins  de  force  ,  dès-lors  l'équilibre  efl: 
rompu ,  le  diaphragme  cft  affedé  ,  (on  adion  cefle 
d'être  uniforme,  une  ou  plufieurs  de  les  parties  font 
dérangées,  &  par  une  fuite  de  fon  influence  généra- 
le fur  tous  les  vifceres ,  le  dérangement ,  l'affcdion , 
la  maladie  plus  ou  moins  confiderablc  fe  propage  & 
fe  manifefle  dans  les  organes  qui  répondent  aux  par- 
ties du  diaphragme  altérées ,  par  un  fpafine  plus  ou 
moins  fcnfi])le  ,  plus  ou  moins  facilement  rédudible 
à  l'atat  naturel. 

Les  deux  pivots  fur  lefquels  roule  le  jeu  du  dia- 
phragme &  en  conféquencc  tous  les  mouvemens  de 
la  machine ,  &:  oîi  prennent  naiflance  les  caufes  or- 
dinaires de  maladie  ,  font  comme  nous  l'avons  déjà 
remarque ,  la  tête  &  le  bas-ventre  ;  toute  la  force  du 
bas-ventre  dépend  de  l'adion  tonique  des  intcfiins  &: 
iie  l'ellomac,  &  de  leur  effort  contre  le  diaphragme; 


S  P  A 

les  alimens  qu'on  prend  en  attirent  par  le  méchanii^ 
me  de  la  digeltion  ,  l'influx  plus  confidéiable  de  tou- 
tes les  parties  lur  la  maffe  inteltinale,  en  augmente  le 
jeu ,  6c  remonte  pour  ainfi  dire  ce  reffort  qu'une  trop 
longue  abllinence  laiffoit  débandé  ,  fans  force  &  fans 
adion  ;  il  agit  donc  alors  plus  fortement  fur  le  dia- 
phragme ;  le  dérangement  qui  en  réfulte  très-fenfible 
chez  certaines  perlonnes  leur  occafionne  pendant  la 
digcfi:ion  une  clpece  de  fièvre  ;  fi  la  quantité  des  ali- 
mens ell  trop  grande  ,  ou  fi  par  quelque  vice  de  di- 
gcftion  ils  fcjournent  trop  long-tems  dans  l'eflomac  , 
l'égalité  d'adion  &  de  réadion  de  la  tête  avec  cet 
organe  eft  fenllblement  troublée,  &:  ce  trouble  fe 
peint  toutauffi-tôt  par  l'affedion  du  diaphragme  6l 
des  parties  correfpondantcs.  Les  mêmes  effets  fui- 
vront  fi  les  humeurs  abondent  en  quantité  à  l'ellomac 
&  aux  inteffins,  fi  leurs  couloirs  font  engorgés ,  fi  des 
mauvais  fucs  s'accumulent  dans  leur  cavité  ,  &c.  ap- 
pliquons le  même  raifonnement  à  la  tête  ,  &  nous 
verrons  l'équilibre  difparoître  par  l'augmentation  des 
fondions  auxquelles  la  rruiffe  cérébrale  eft  deftinée; 
ces  fondions  iont  connues  fous  le  nom  générique  de 
paffîor.s  ou  affections  de  l'ame ,  elles  le  réduiient  au 
fentiment  intérieur  qui  s'excite  par  Timpreffion  de 
quelque  objet  fur  les  fens ,  &i  à  la  durée  du  fentiment 
produit  par  ces  impreffions  ;  ce  font  ces  deux  eaufes 
dans  la  rigueur,  rédudibles  à  une  feule,  qui  entretien- 
nent le  reffort  de  la  tête  ;  &  fon  augmentation  con- 
tre nature  eft  une  fuite  de  leur  trop  d'adivité  ;  ainfi 
le3  paffions  modérées  ne  concourent  pas  moins  au 
bonheur  phyfique  ,  c'eft-à-dire  à  la  fanté ,  qu'au  bon- 
heur moral  :  le  corps  feroit  bien  moins  adif,  les  fom-» 
meils  ferolent  bien  plus  longs ,  les  fens  feroient  dans 
un  engourdiflement  continuel ,  fi  nous  n'éprouvions 
pas  cette  fuite  conftante  de  lenlations  ,  de  craintes  , 
de  réflexions ,  d'efpérance  ;  fi  nous  étions  moins  oc-^ 
cupés  de  notre  exiilencc  &  des  moyens  de  l'entrete- 
nir ,  &  fi  à  melure  que  le  foin  de  la  vie  animale  nous 
occupe  moins,  nous  ne  cherchions  à  donner  de  l'e- 
xercice à  la  tête  par  l'étude ,  par  l'accompliffement 
de  nouveaux  devoirs  ,  par  des  recherches  curieufes  , 
par  l'envie  de  fe  diftinguer  dans  la  fociété  ,  par  l'am- 
bition ,  l'amour,  &c.  ce  font-là  tout  autant  de  caufes 
qui  renouvellent  le  reffort  de  la  tête ,  &  qui  entre- 
tiennent fon  antagonifme  modéré  avec  celui  du  bas- 
ventre  ;  mais  fi  ces  caufes  deviennent  plus  adives  ;  fi 
une  crainte  exceflive  ou  une  joie  trop-vive  nous  fai- 
fit  ;  fi  l'elprit  ou  le  fentiment  eft  trop  occupé  d'un 
feul  objet  ,  il  fe  fatigue  &  s'incommode ,  le  reffort 
de  la  tête  augmentant  &  furpaffant  celui  du  bas-ven- 
tre, devient  caufe  de  maladie.  Théorie  importante 
qui  nous  manquoit ,  qui  nous  donne  un  june  coup- 
d'œil  pour  exciter  &  modérer  nos  pafiîons  d'une  ma- 
nière convenable. 

De  cette  double  obfervation  naît  une  divifion  gé- 
nérale de  la  pathologie  en  maladies  dues  au  reffort 
augmenté  de  la  tête  ,  &  en  celles  qui  font  produites 
par  l'augmentation  du  reffort  du  bas-ventre  :  cette 
divifion  va  paroître  plus  importante  &  plus  féconde 
en  fe  rapprochant  du  langage  ordinaire  des  médecins; 
pour  cela  qu'on  faffe  attention  que  le  dérangement 
du  reflbrt  du  bas-ventre  reconnoît  pour  caufc,  des 
mauvaifes  digeftions  ,  des  amas  d'humeurs  viciées , 
&c.  dans  l'eftomac  &  les  inteftins  ;  &  d'un  autre  côté 
que  le  reffort  de  la  tête  eft  altéré  par  des  fenfations 
trop  vives  ,  par  des  pafiîons  violentes  ,  par  des  mé- 
ditations profondes ,  des  veilles  exceffives ,  des  étu- 
des forcées  ,  &  l'on  s'appercevra  que  la  divifion  pré- 
cédente fe  réduit  à  la  diftindion  connue ,  mais  mal 
approfondie  ,  des  maladies  en  humorales  &  ner- 
veufes  :  double  perfpedive  qui  fe  préfente  dans  un 
lointain  très-éclairé  au  médecin  observateur. 

Les  maladies  purement  nerveufes  dépendantes  d'u- 
Hjléiion  particulière  de  ![îsntin>ent,doivent  être  appel- 


s  P  A 

pellécsplus  ûx'xSt&ment  fpafmodiques  ;  Vétat  dej/^af- 
rHi  efl  l'état  prenîier&  dominant,  le  feul  qu'il  foit  alors 
néceflaire  d'attaquer  &  de  détruire  ;  mais  il  arrive 
ion  Vent  qu*à  la  longue  la  mafle  inteftinale,  dérangée 
par  l'afîeftion  conuante  du  diaphrae;me  ,  donne  lieu 
à  de  mauvailes  digeftions ,  &  entraîne  bientôt  après 
un  vice  humoral  ;  ou  au  contraire  dans  des  fujets  fen- 
libles  très-impreffionables ,  qui  ont  le  genre  nerveux 
très-mobile ,  Uaftèftion  humorale  étant  effentielle  & 
protopathique  ,  occafionne  par  la  même  raifon  des 
lympromes  nerveux  ;  le  genre  mixte  de  maladies  qui 
réluîte  de  cette  complication  de  quelque  façon  qu'elle 
ait  lieu,  eft  le  plus  ordinaire  ;  lorfque  la  maladie  efl: 
humorale  ou  mixte,  la  caufe  morbifîque  irrite,  fli- 
mule  les  forces  organiques,  augmente  leurs  mouve- 
mens  ,  &  les  dirige  à  un  effort  critique  ,  ou ,  ce  qui 
cil  le  même,  excite  la  fièvre  ,  pendant  le  premier 
tcms  de  la  fièvre ,  qu'on  appelle  tems  di  crudité  ou 
d'irritation  ;  Vét^X.Jpafmodique  des  organes  affeftés,  & 
même  de  toute  la  machine  ,  efl:  peint  manifeflement 
fur  le  pouls,  qui,  pendant  tout  ce  tems,  efl  tendu  , 
ferré,  précipité ,  convulflf :  lorfque  parla réuffite  des 
efforts  fébrils  le  fpafme  commence  à  fe  difllper  ,  les 
fymptomes  diminuent ,  le  tems  de  la  coftion  arrive, 
le  pouls  efl  moins  tendu ,  il  commence  à  fe  dévelop- 
per ;  là  folution  An  fpafme  annonce,  détermine,  & 
prépare  l'évacuation  critique  qui  terminera  la  mala- 
die; à  mefure  qu'elle  a  lieu,  les  accidens  difparoiflTent, 
la  peau  efl  couverte  d'une  douce  moiteur,  l'harmo- 
monie  fe  rétablit  dans  la  machine ,  le  fpafme  fe  difll- 
pe ,  le  pouls  devient  plus  mol ,  plus  égal ,  plus  rap- 
prochant en  un  mot  de  l'état  naturel  :  fi,  au  contrai- 
re ,  quelqu'obftacle  vient  s'oppofer  à  l'accompliffe- 
rnem  de  la  cnfe,toUt  aufli-tôt  les  efforts  redoublent, 
la  conflriftion  des  vaiffeaux  augmente ,  leur  fpafme 
devient  plus  fenfible ,  le  pouls  reprend  un  caradere 
d'irritation  ;  dans  les  maladies  nerveufes  où  il  ne  fe 
fait  point  de  crife ,  le  pouls  conferve  pendant  tout  le 
cours  de  la  maladie  fon  état  convulfif ,  image  natu- 
rel de  ce  qui  fe  paffe  à  l'intérieur. 

Nous  ne  pouffons  pas  plus  loin  ces  détails ,  ren- 
voyant le  ledeur  curieux  aux  ouvrages  mêmes  dont 
nous  les  avons  tirés  ;  les  principes  plus  rapprochés 
des  faits  y  paroîtront  plus  îolidement  établis  ,  &  plus 
féconds  ;  les  conféquences  mieux  enchaînées  &  plus 
naturellement  déduites,  les  vues  plus  vaftes,les  idées 
plus  jufles  &  plus  lumineiifes  ;  mais  pour  juger  fai- 
nement  de  la  bonté  de  cette  doétrine  ,  il  ne  faut  pas 
chercher  à  la  plier  aux  minutieufes  recherches  anato- 
miques;  ce  n'eft  point  à  latoife  des  théories  ordi- 
naires qu'il  faut  La  mefurer  ;  on  tâcheroit  envain  de 
la  foumettre  aux  lois  peu  connues  &  mal  évaluées 
de  la  circulation  du  fang  ;  mefures  fautives  &  fur  la 
valeur  defquelles  tous  ceux  qui  les  admettent  ne 
font  pas  d'accord  ;  c'efl:  dans  l'obfervation  répétée  , 
&  furtout  dans  l'étude  de  foi-même,  qu'il  faut  cher- 
cher des  raifons  pour  la  détruire  ou  la  confirmer  ; 
appHquons-lui  avec  l'auteur  ce  que  Stahl  difoit  avec 
raifon  de  toutes  ces  difcufllons  frivoles,  qui  ne  font 
qu'embrouiller  les  faits  ,  avec  lefquels  elles  font  fi 
rarement  d'accord  :  mufjîtant  hic  fubtilitates  nudœ^  eo 
nil  faciuntfpecalationes  anatomicorum  à  viis  &  mentibus 
petiiœ  ,  fed  motus  naturœ  hic  confidtrari  débet.  Qu'on 
faffe  attention  d'ailleurs  que  ces  principes  patholo- 
nformes  aux  lois  bien  fixées  de  l'éco- 


S  P  A 


437 


El 


ques 


trcs-cont 


nomie  animale,  aux  dogmes  les  plus  facrés  ,  établis 
par  les  anciens,  &  reconnus  par  les  modernes,  à  la 
doctrine  des  crlfes ,  aux  nouvelles  découvertes ,  enfin 
à  la  plus  exafte  obfervation ,  fourniffent  encore  l'ex- 
plication naturelle  de  plufieurs  phénomènes  dont  les 
théoriftes  modernes  avoient  inutilement  cherché  les 
raifons  ;  les  métaftafcs  entr'autres  ,  les  douleurs  va- 
gues qu'on  fent  courir  en  différens  endroits  du  corps, 
les  maladies  qvii  changent  à  chaque  inflant  de  place, 


&  plufieurs  autres  faits  analogues  ,  écueils  où  fe 
venoient  brifer  la  fagacité  &  l'imagination  de  ces  au* 
teurs ,  fe  déduifent  fi  naturellement  de  ce  fyftème  > 
qu'ils  en  paroiffent  la  confirmation. 

Quelle  que  foit  la  fécondité  des  principes  que  nous 
venons  d'expofer ,  quelle  que  foit  la  multiplicité  & 
la  force  des  preuves  qui  étaient  la  doûrine  dont  ils 
font  les  fondemens  ;  une  raifon  plus  vidorieufe  en- 
core combat  en  leur  faveur; un  avantage  infiniment 
plus  précieux  aux  yeux  du  praticien  éclairé  s'y  ren- 
contre ;  c'efl  que  cette  théorie  loin  de  gêner  ,  d'af- 
fervir  l'obfervateur ,  de  lui  fafciner  pour  ainfi  dire 
les  yeux ,  &  de  diriger  fa  main  ,  ne  foit  au  -  con- 
traire que  lui  fervir  de  point  de  vue  fixe  pour  difcer- 
ner  plus  exaftement  les  faits  ;  bien  éloignée  en  cela 
des  théories  ordinaires  qui  tyrannifent  le  praticien  , 
&  l'afferviffent  au  joug  fouvent  fi.mefle  du  raifonne- 
ment.  Pour  faire  fentir  cette  différence  &  le  prix  de 
cet  avantage ,  je  propofe  l'épreuve  décifive  de  la  pra- 
tique :  qu'un  malade  fe  préiente  avec  une  fièvre  affez 
confiderable,  difficulté  de  refpirer,  point  de  côté  af- 
fez vif,  crachement  de  fang ,  &c.  le  médecin  imbu 
des  théories  ordinaires  ,  s'avance  avec  d'autant  plus 
de  courage  qu'il  a  moins  de  lumière,  &  au  premier 
afpeft  de  ces  fymptomes  ,  ce  defpote  abfolu  dit  :  «je 
»  prouve  par  mes  raifonnemens  que  ces  phénome- 
»  nés  font  des  fignes  aflùrés  d'une  inflammation  de  la 
»  plèvre  ou  du  poumt)n  ;  je  tiens  pour  maxime  in- 
»  conteflable  que  les  faignées  font  le  remède  unique 
»  &  par  excellence  de  toute  inflammation  ;  on  ne 
»  fauroit  trop  en  faire  ,  &  le  moindre  retardement 
»  efl  un  grand  mal  ».  En  conféquence  ,  il  ordonne 
qu'on faffè  coup-fur-coup  plufieurs  faignées  ,  fecours 
jamais  curatif ,  quelquefois  foulageant ,  &  fouvent 
inutile  ou  pernicieux  ;  il  fait  couler  à  grands  flots  le 
fang  de  l'infortuné  malade,  qui  atteint  d'une  affedion 
humorale,  meurt  bientôt  après  viftime  de  ce  théo- 
rifle  inconfidéré  ;  que  le  même  malade  tombe  entre 
les  mains  d'un  médecin  qui  aura  adopté  la  théorie 
que  nous  venons  d'expofer  ;  moins  prompt  à  fe  dé- 
cider ,  s'il  efl:  conféquent  à  {ts  principes  ,  il  exami- 
nera attentivement,  &  les  fymptomes  qui  paroiffent, 
&  les  caufes  qui  ont  précédé ,  attribuant  tous  ces 
fymptomes  au  pervertiffement  de  Faûion  du  dia- 
phragme ,  à  un  fpafme  plus  ou  moins  étendu  ,  il  fe 
rappellera  en  même  tems  que  ce  dérangement  inté- 
rieur peut  être  l'effet  de  deux  vices  très-différcns,  ovt 
produit  par  l'augmentation  du  reffort  de  la  maffe  in- 
teflinale  qu'auront  occafionnée  la  préfence&  l'accu- 
mulation de  mauvais  fucs  dans  les  premières  voies  , 
ou  tout- à-fait  indépendant  de  cette  caufe;  confide- 
rant  la  maladie  fous  ce  double  afpe£t ,  il  vient  à-bout 
de  décider  par  un  examen  plus  réfléchi  des  fympto- 
mes propres ,  à  quelle  caufe  elle  doit  être  attribuée  : 
c'efl  là  que  s'arrête  le  théoricien  ;  le  praticien  obfer- 
vateur  muni  de  ces  connoiffances ,  appelle  à  fon  fe- 
cours les  obfervations  antérieures  pour  claffer  la  ma- 
ladie, &  déterminer  par  quel  genre  de  remèdes  il 
doit  attaquer  la  caufe  qui  fe  prcfente  ,  comment  il 
doit  employer  ces  remèdes ,  les  varier ,  &  dans  quel 
tcms  il  doit  les  adminiflrer.  Suivons-le  dans  le  trai- 
tement de  cette  maladie  pour  indiquer  combien  cette 
théorie  s'applique  heureufement  à  la  pratique  :  fup- 
pofons  que  cette  prétendue  fluxion  de  poitrine  foit 
du  nombre  de  celles  qui  ne  dépendent  que  du  mau- 
vais état  de  l'cflomac  &  des  inteflins  ;  après  une  ou 
deux  faignées  &  l'émctique  que  la  violence  d£S  acci- 
dens peut  exiger ,  il  tournera  toutes  fes  vues  du  côti 
du  bas-ventre  ,  il  follicitera  par  des  purgatifs  légers 
la  folution  à\xjpafme  de  ce  côté ,  &  préparera  par-là 
une  crife  prompte  &  falutaire.  Attentif  à  fuivre  tous 
les  mouvemens  de  la  nature  ,  fi  \q  fpafme  critique  pa- 
roît  fe  diriger  vers  quelqu'autrc  couloir;  inftrult  par 
divers  fignes ,  &  furtout  par  le  pouls  de  cette  déter- 


4^8 


S 


P  A 


inination,  il  fécondera  la  nature  en  poufiant  Icshu- 
meurs  vers  les  couloirs  indiques  ;  aniii ,  jamais  ai.cr- 
vi  par  la  théorie  ;\  telle  ou  telle  pratique  ,  il  n  jn  lera 
que  plus  éclairé  pour  mieux  laiur&  luivrcTobierva- 
tien  ;  d'où  11  rélulte  évidemment  que  quand  même 
les  fondcmens  de  ce  fyllèmc  leroient  aulîi  foibles 
qu'ils  Ibnt  folides,  il  n'en  lerolt  pas  moins  inhmment 
préférable  à  tous  ceux  que  nous  connoilfons.  (w) 

SPASMODU^UES  OM  convulsives,  maladus  , 
(McJicinc.)  en  inntant  des  principes  que  nous  avons 
expofésà  raiticteprécédentSi'ASME,toutes  les  mala- 
dies mériteroienr  cette  qualification  ,  parce  que  tou- 
tes dépendent  d'un  fpaihie  plus  ou  moins  général  ; 
mais  nous  avons  remarqué  qu'il  y  en  avoitoii  cet 
état  n'étoit  que  fecondaire  produit  par  un  vice  hu- 
moral ,&  que  dans  d'autres  le  fpafme  étoit  efTentlcU 
ce  font  celles  que  nous  avons  plus  particulière- 
ment appellées  fpajhodujucs  ,  &  auxquelles  ou  a 
ibuvent  donné  le  nom  de  maladiis  nervcujis.  Voyei 
<j  //;o/.  Dans  celles-ci  Icjpafme  beaucoup  plus  con- 
fiderable  ,  fe  manifelle  pour  l'ordinaire  par  des 
fymptomes  extérieurs  plus  appropriés  ;  tels  iont  les 
convuUions ,  les  frillons,  les  tremblemens,  les  ho- 
quets, les  naufées,les  douleurs  vagues,  les  dé- 
faillances fréquentes  ,  les  laflitudes  ,  les  vents  , 
&c.  Tous  ces  fymptomes  varient  ,  fuivant  l'ef- 
pece  de  maladie  qu'ils  accompagnent ,  &  fe  réii- 
niflent  en  plus  ou  moins  grand  nombre  ;  on  connoit 
eue  ces  maladies  font  purement7/'^y>«o^'>««ou  ner- 
veufes  ,  par  l'abfence  des  fignes  qui  caractérilent  les 
affeaions  humorales  ,  &  le  genre  mixte  qui  rélulte 
de  la  combinaifon  de  ces  deux  efpeces  eft  marque  par 
le  mélange  de  leurs  phénomènes. 

Les  maladies  qui  font  en  général  reconnues  pour 
fpafmodiqncs  font  l'épilepfie  ,  l'hypocondriacité  , 
l'hyftéricité ,  les  attaques  de  convulfion ,  l'afthme 
convulfif,  les  palpitations  de  cœur,  le  hoquet,  l'opif- 
totone  &  l'emproftotone,  l'incube  ,  les  mouvemens 
convulfifs ,  le  priaplfme ,  le  ténefme  ,  quelques  efpe- 
ces de  colique  ,  &  furtout  la  collique  vulgairement 
appellée  de  plomb  ou  des  peintres  ,  le  ris  fardonique, 
l'éclampfie  ou  épilepfie  des  enfans  ,  Vhieranofos  ,  le 
ckorea  fancîi  vin,  le  bcriberri ,  maladie  indienne  ,  la 
toux  ,  l'éternument ,  le  bcâillement  ;  &  plufieurs  au- 
teurs y  rangent  aufii  les  affe^ions  arthritiques  ,  la  mi- 
graine ,  les  fièvres  intermittentes  &  généralement 
toutes  les  maladies  périodiques;  on  pourroir  augmen- 
ter encore  cette  lilte  par  l'énumération  des  maladies 
des  différentes  parties  qui  peuvent  être  fpafmodiques; 
il  n'ellpas  poffible  de  déterminer  parmi  ces  maladies 
celles  qui  font  ûnQ.ement  fpafmodiques  ,  d'avec  cel- 
les qui  font  mixtes  ,  parce  que  les  mêmes  maladies 
peuvent  varier  dans  différens  fujets  au  point  de  méri- 
ter d'être  rangées  tantôt  dans  une  claile  6c  tantôt  dans 
une  autre. 

Il  n'ell  pas  pofiîble,  par  la  même  raifon,  de  donner 
im  pronoftic  général  qui  puiffe  convenir  à  toutes  ces 
maladies ,  parce  que  les  unes  font  très-dangereufes, 
comme  l'épilepfie,  les  attaques  de  convulfion  ,  &c. 
les  autres  n'entraînent  à  leur  fuite  aucune  efpcce  de 
danger ,  comme  la  plupart  des  fièvres  intermittenies; 
nous  renvoyons  le  Icfteur  aux  articles  particuliers 
de  chaque  maladie  que  nous  n'avons  fait  que  nom- 
iner  ;  nous  n'entrons  pas  non  plus  dans  aucun  détail 
fur  le  traitement  qui  convient  à  chaque  maladie  ,  il 
doit  varier  non-feulement  félon  les  maladies,mais  fé- 
lon les  différentes  caufes  auxquelles  elles  doivent  être 
attribuées;  il  faut  attaquer  le  vice  humoral  dans  cel- 
les oîi  le  fpafme  apparent  en  eft  le  produit ,  dans  les 
autres  il  faut  avoir  recours  aux  nervins,  roborans, 
toniques  ,antl-fpafmodiques  :  de  ce  nombre  font  les 
préparations  d'opium ,  les  odeurs  fétides  ,  le  fel  féda- 
tif ,  les  amers  &  furtout  le  quinquina  ;  les  caïmans  , 
anodins ,  narcotiques  ne  doivent  être  employés  que 


S  P  A 

pour  calmer  la  violence  des  accidens  ;  les  flomachi- 
qucs  amers  ,  les  martiaux  font  très-efficaces  pour  dé- 
truire la  caufe  de  la  maladie ,  pour  donner  le  ton  aux 
valffeaux ,  fortifier  les  nerfs ,  &  les  rendre  moins  mo- 
biles; mais  dans  leur  adminlflratlon  ,  il  faut  bien 
prendre  garde  qu'il  n'y  ait  aucun  vice  humoral ,  ils 
ferolent  alors  funeiles  en  arrêtant  des  mouvemens 
fpafmodiques  fouvent  falutaires  ;  les  plalfirs  ,  la  difil- 
pation  ,  les  promenades  en  voiture  ou  h.  cheval ,  ou 
même  à  pié  ,  les  fpedacles  ,  les  concerts  aident  très- 
cfiicacement  à  leurs  eftets  fans  qu'il  en  réfulte  le 
moindre  inconvénient. 

Spas  MODIQUES,  mouvemcns  ,  &  SPASME  , 
(  Scmciot.  )  outre  les  maladies  dont  les //-.i/we^,  con- 
vulfions  ,  ou  mouvemens  fpafmodiques  font  les  fymp- 
tomes effentlels  &  caracl:érlfiiques  ,  il  y  en  a  où  ces 
fymptomes  ne  font  que  des  accidens  plus  ou  moins 
graves  ,  qui  en  varient ,  &  pour  l'ordinaire  augmen- 
tent le  danger.  Sans  entrer  dans  aucune  difcuffion 
théorique ,  nous  allons  extraire  des  ouvrages  du  grand 
Hippocrate  ,  &  de  quelques  autres  médecins  obfer- 
vateurs  ,  les  faits  &  les  axiomes  au  fujet  des  fignes 
qu'on  peut  tirer  du  fpafme  &  des  mouvemens  fpafmodi- 
ques ,  ou  convulfif.  he  fpafme  doit  être  ici  regardé 
comme  exadiement  fynonyme  à  convulfion  :  nous 
nous  fervirons  indifféremment  de  l'un  &  l'autre 
mot. 

Les  convulfions  qui  furviennent  à  Vt  ffet  d'un  émé- 
tlque ,  à  une  fuperpurgatlon  ,  à  la  paffion  illaque  ,  à 
un  flux  immodéré  des  règles  ,  ou  deshémorrhoïdes , 
à  une  hémorragie  confidérable  ,  à  une  bleflùre ,  à 
des  veilles  excelfives  ,  à  un  délire  continuel  ,  &c, 
font,  fuivant  les  obfervations  d'Hlppoctate  ,  de 
^yaldfchmid ,  de  Baglivi ,  &c.  prefque  toujours  mor- 
telles. 

Dans  les  fièvres  aiguës  avec  beaucoup  d'ardeur  , 
les  ôii^erSions  fpafmodiques  font  d'un  mauvais  augure. 
Hippoc.  aphor.  /j.  lib.  Fil.  Il  en  eft  de  même  des 
fpafmes  qu'accompagnent  les  douleurs  vives  dans  les 
entrailles  ,  aphor.  66.  lib.  IF.  les  mouvemens  convul- 
fifs des  mains  ou  des  pies  furvenus  dans  le  cours  d'une 
fièvre  aiguë ,  indiquent  de  la  malignité  ,  coac.  prxnot. 
cap.  j.  n°.  44.  ils  annoncent  une  mort  prochaine  au 
phrénéîique  qui  en  elt  attaqué,  ibid.  cap.  ij.  n°.  16. 
Les  mouvemens  fpafmodiques  font ,  fuivant  l'obferva- 
tlon  de  Rivière  ,  moins  dangereux  au  commence- 
ment d'une  maladie ,  que  lorfqu'elle  eft  parvenue  à 
l'état  fixe  ;  m,olns  dangereux  aufii  dans  les  enfans  que 
dans  les  adultes  ,  &  dans  les  femmss  que  dans  les 
hommes.  Hippocrate  a  remarqué  qu'elles  y  étoient 
beaucoup  plus  fujettes. 

Il  y  a  moins  à  craindre  de  la  ficvre  qui  furvientaux 
convulfions  ,  que  des  convulfions  qui  furviennent  à  la 
fièvre  ,  Hippoc.  aphor.  26.  lib.  IL  il  arrive  même  fou- 
vent  que  la  fièvre  dlffipe  toutes  les  ^^c^ions  fpafmo- 
diques  ,  aphor.  Sy.  lib.  IF.  cependant  lorfque  les  ws- 
vulfîons  arrivent  dans  le  cours  de  la  fièvre ,  &  qu'el- 
les dlfparoifient  le  même  jour ,  elles  font  ceffer  la  fiè- 
vre le  même  jour  ou  le  lendemain  ,  ou  le  fur-lende- 
main ;  mais  11  elles  durent  plus  d'un  jour,  elles  de- 
viennent un  mauvais  ngne,  coac.  pranot.  Ij.  rf*.  2J0. 
Les  mouvemens  convulfifs  font  les  avant  -  coureurs 
de  plufieurs  maladies  ;  &  Sydenham  a  remarqué  que 
les  petites  véroles  qui  en  étoient  précédées  dans  les 
entans,  étoient  ordinairement  bénignes  &:  dlfcretes; 
les  tentions  fpafmodiques  du  dos  font ,  fuivant  Waldf- 
chimld  ,  familières  aux  malades  attaqués  de  la  petite 
vérole  ,  de  la  rougeole  ,  &:  des  fièvres  pétéchiales. 

Les  interruptions  de  voix  convulfives  qui  s'obfer- 
vent  dans  quelques  fièvres  ,  annoncent  la  folie  ,  & 
un  danger  prefilmt ,  Hippocr.  coac.  pnenot.  cap.  jx. 
TÎ^.  4.  la  diûorCion  fpafnodique  du  nez  ,  des  fourclls  , 
des  yeux ,  ou  des  lèvres ,  eft  un  figne  mortel  dans  les 
malades  déjà  aSoMiS ,  id.  ibid,  cap.J,  n°.  y 4,  le  tel-, 


s  P  A 

îcuîe  df oît  refroidi ,  &:  dans  un  état  convuIli^>  fouf- 
it  le  même  préfage  ,  aphor,  2.  lib.  VIII. 

On  doit  s'attendre  qu'il  fiirviendra  des  convuljîons 
u  mouvemcns  fpafmodicjiies  i",  lorfque  dans  un  ul- 
ere  fitué  aux  parties  poliérieures  du  corps  ,  les  hu- 
leurs  viennent  à  diiparoître  ,  aphor.  65.  lib.  V.  2°. 
près  des  veilles  opiniâtres  ,  aphor.  18.  lib.  FIL  3°, 
orfque  dans  le  courant  d'une  maladie  les  yeux  s'obf- 
Lirciront  avec  défaillance  ,  coac.prtznot.  ij.  n°.  ijS. 
°.  Lorfque  les  délires  font  violens  &  variés ,  ou 
nnts  avec  une  affeftion  foporeule ,  iur-tout  fi  un  frif- 
m  occupe  alors  le  cou  &  le  dos  ou  même  tout  le 
Drps,  dans  ces  circonftances  les  urines  que  le  malade 
?nd  contiennent  beaucoup  de  pellicules  ,  ou  font 
'.embrancufis ,  Cfjt&fvutS'iiç.  5".  Dans  les  maladies  lon- 
iies ,  s'il  paroît  l'ans  raifon  apparente  quelque  tu- 
leur  contre  nature  dans  le  bas-ventre ,  coac.  prainot. 
tp.  ij.  rf.  8-11.  6".  Lorfque  dans  les  fièvres  l'haleine 
(t  defagréable ,  aphor.  68.  lib.  IV.  7".  Lorfqu'un 
'rogne  devient  tout-à-coup  muet ,  il  meurt  bientôt 
près  dans  les  convulfions  ,  à-moins  que  la  fièvre  ne 
)it  excitée  ,  ou  qu'il  ne  recouvre  la  parole  au  mo- 
lent  que  l'accès  d'ivrognerie  eft  diflipé,  ou  que  le 
in  eft  cuvé  ,  aphor.  i.  lib.  V.  8°.  A  la  lliite  des  dou- 
:urs  de  tête  aiguës,  &  des  pefanteurs  avec  engour- 
ifTement,  coac  prœnot.  jv.  n° .  12.  9".  Les  femmes 
ui  font  attaquées  de  fuîîbcation  de  matrice  font  très- 
ijettes  aux  convulfions.  Dorcas  en  fournit  un  exem- 
Ic  ,  coac.  prœnot.  cap.  xxjv.  n°.  ^j}.  Elles  font  plus 
ires  &  plus  dangereufes  dans  les  hommes  qui  ont 
afle  l'âge  de  fept  ans ,  cap.  x/v.  n°.  11.  10°.  Les  con- 
ulfions  font  annoncées  chez  certains  malades  in- 
uiets,  tremblans,  par  des  petits  abfcès  aux  oreilles, 
Lixquels  fe  joint  une  mauvaife  difpofition  des  pre- 
lieres,  voyti^  n°.  y. 

Les  malades  attaqués  de  mouvemens  fpafmodîques 
ont  les  yeux  ont  beaucoup  d'éclat ,  font  hors  d'eux- 
Jcmes  ,  &  rifquent  d'être  long  tems  malades  ,  cap. 
jv.  n°.  5.  la  taciturnité  pendant  les  convulfions  ,  eft 
'un  mauvais  augure,  fielle  dure  long  tems  ;fi  elle 
;  diffipe  bien-tôt ,  elle  indique  la  paralyfie  de  la  lan- 
ue  ,  du  bras  ou  du  côté  droit ,  72°.  it,  .  Ceux  qui  font 
ttaqués  de  rnouvemens  convidfifs  meurent  en  quatre 
>urs  ,  s'ils  partent  ce  tems  ils  reviennent  en  fanté  , 
phoT.  6.  lib.  VI.  La  fièvre  aiguë  qui  furvient  aux 
oafmes  les  fait  ceffer;  fi  elle  exiftoit  auparavant,  fon 
edoublement  produit  cet  effet;  le  fommeil,  le  cours 
e  ventre  &  une  excrétion  abondante  d'urine  vitrée 
arviennent  au  même  but  ;  mais  les  convulfions  fou- 
aines  font  terminées  par  la  fièvre  &  le  devoiement , 
oac. prxnot.  cap.  xjv.  n° .  i-2.  Quelquefois  les  douches 
'eau  froide  font  difparoître  les  fpafmes ,  fur-tout  dans 
les  jeunes  gens  robuftes,  &  jouiffant  d'ailleurs  d'une 
lonne  fanté  ,  aphor.  2/  &  25.  lib.  V.  Plus  fouvent  la 
haleur  ramollit  la  peau ,  calme  les  douleurs  &  adou- 
:it  \qs  convulfions  ,  ibid.  aphor.  22.  Galien  a  prouvé 
)ar  l'heureufe  expérience  qu'il  a  faite  fur  lui-même  , 
[ue  rien  n'eft  fi  efficace  dans  pareil  cas  que  de  répan- 
îre  fur  la  partie  amc[uce  de  mouvemens fp.nfmodiques , 
le  l'huile  douce  bien  chaude.  Dans  les  femmes  l'é- 
uption  des  règles  refout  fur  le  champ  les  fpafmes  ;  il 
irrive  quelquefois  que  ces  mouvemens  fpafmodicjues 
eur  font  d'un  grand  fecours,  lorfqu'étant  enceintes, 
?lles  font  incommodées  de  douleurs  de  tête  grav;i- 
ives,  avec  un  penchant  infurmontable  au  fommeil , 
'Oac.pranot.  cap.  xxjv.  n^ .  2/  6"  24. 

Le  friffon ,  le  vomifl*ement ,  le  hoquet ,  l'éternu- 
Tient ,  fi-c.  étant  des  efpeces  de  mouvemens  fpafmodi- 
;îit;5,  fourniffent  aufti  différens  fignes  qu'on  doit  trou- 
ver détaillés  à  \curs  articles  particuliers  ;  nous  n'ajou- 
terons qu'un  mot  par  rapport  à  l'éternument ,  pour 
fuppléer  ce  qui  manque  ;\  cet  article.  L'éternument 
(urvenantau  hoquet,  ie  fait  céder  tout-de-fuite /^//'^v. 
aphor.  IJ .  liv,  VI.  Il  eft  très-avantageux  aux  femmes 


S  P  A 


4?  9 


âîtâqiîéôS  de  vapeurs  ,  &  à  celles  qtiî  ne  pèUvéîîî 
accoucher  ^  aphor.  j6.  lib.  V.  &  fi  propre  à  chàffef 
l'arriere-faix  ,  qu'Hippocrate  confeille  ,  dans  Ces  cir* 
confiances  ,  de  donner  un  fternutatoire  ,  ibid.  aphor^ 
45).  L'éternument  eft  mauvais  dans  toutes  les  affec^ 
tions  de  la  poitrine ,  folt  qu'il  les  accompacrae  ciî 
qu'il  les  précède  ;  du  refte  il  n'eft  point  défavorable 
dans  les  autres  maladies,  coac.  prœnot.  cap.  xvj.  rP„ 
24.  Rivière  rapporte ,  d'après  Foreftus  ,  une  obfer» 
vation  fmguliere  fur  l'éternument ,  il  affure  que  fi  un 
homme  malade  eternue  une  feuie  fois  ,  il  fuccombera 
sûrement  à  la  violence  de  fa  maladie  ,  &  en  rechap* 
pera  s'il  éternue  deux  fois  ;  le  contraire  arrive  à  k 
femme  ,  \\k\  éternument  lui  annonce  ou  prépare  une 
convalefcence  prochaine ,  &  fa  mort  eft  afiiirée  apiis 
deux  éternumens.  Le  fait  aftiirément  mérite  bien  d'ê^ 
tre  vérifié  plus  d'une  fois  ,  en  atipnà^ni  ^  fides  fit pi- 
nes  autorcm.  (ot) 

SPATAllA  ,  (  Géog.  mod.  )  petite  île  de  Laconie  ^ 
famcufe  autrefois  fous  le  nom  d'//e  de  Cranaë  ,  où  la 
belle  Hélène  accorda  fes  premières  faveurs  à  Paris» 
Sur  le  rivage  de  la  terre  ferme  qui  eft  vis-à-vis  ;  cet 
heureux  amant  fit  bâtir  après  fa  conquête, un  temple 
à  Vénus,  pour  marquer  les  tranfpOrts  de  fa  joie  &  de 
fa  reconnoiifance.  11  donna  à  cette  Vénus  le  furnom 
de  Migonitis  ,  &  nomma  le  territoire  Migonion  ,  du 
mot  qui  fignifioit  l'amoureux  myftere  qui  s'y  étoit 
pafiTé,  Ménéias,  le  malheureux  époux  de  cette  prin- 
ce fie  ,  dix-huit  ans  après  qu'on  la  lui  eut  enlevée  ^ 
vint  vifiter  ce  temple  ,  dont  le  voifinage  avoit  été  le 
témoin  de  fon  malheur  &  de  l'infidélité  de  fa  femme* 
Il  n'cfa  point  ruiner  cet  édifice  facré  ;  mais  il  fit  mct^ 
tre  aux  deux  côtés  de  la  ftatue  de  Vénus  les  tableaux 
de  deux  autres  déefiTes  ,  celle  de  Thétis  &  celle  de 
Praxidice  ,  la  déefi'e  des  châtimens,  pour  montrer 
qu'il  ne  laifiTeroit  jamais  fOn  affi-ont  impuni.;  cepen- 
dant il  n'eut  pas  l'avantage  de  fe  voir  vengé  d'Hélène» 
Cette  belle  veuve  luifurvéquit  ;  il  eft  vrai  qu'on  pré- 
tend que  dans  fon  dernier  refuge  à  Rhodes  ,  Polixo 
eut  la  barbarie  de  la  faire  pendre  à  un  arbre,  loin  de 
lui  accorder  le  droit  d'afyle  qu'elle  lui  devoit  comme 
malheurcufe  &  comme  parente.   (  Z?.  /.  ) 

SPATH ,  SPA AT  ,  ou  SPAR ,  f.  m.  (  Hifi.  nat.  MU 
nèralogiz?)  j'pitum  .^  marmor  tnctallicum  ;  \ç.vaoxfpath 
a  été  introduit  par  les  minéralogiftes  allemands  &  a 
été  adopté  par  les  François.  Les  Anglois  difenty/j^.T» 
On  défigne  fous  ce  nom  une  pierre  calcaire  allez  ^-^ 
faute  ,  compofée  de  lames  ou  de  feuillets  qui  ne  peu- 
vent ié  plier  ,  &  qui  font  tantôt  plus  tantôt  moins 
fenfiblcs  à  l'œil;  elle  fc  diflout  avec  etTervefcence  dans 
les  acides  ;  elle  fe  briie  &  pétille  dans  le  feu  ,  fes  la- 
mes y  perdent  leur  liaifon  ,  &:  enfin  elle  s'y  change 
en  une  vraie  ciiaux  ;  en  un  mot ,  le  fpath  a  toutes  loS 
propriétés  des  pierres  calcaires.  Voye:^  l'article  Cal-* 
CAIRES. 

V/al!erius  compte  neuf  efpeces  de  fpnhs  ;  favoir, 
1°.  Xefp^ith  opaque  &  rhomboïdal ,  c'cft-à-dire  qui  fô 
caflTe  toujours  en  rhomboïdes  ;  il  eft  pefant ,  compa* 
de  &  de  différentes  couleurs. 

1°.  hç  fpath  feuilleté  ou  en  lames  .^fpathum  lamel- 
lofum  ;  il  eft  très  -tendre  ,  il  pétille  &  fe  brife  dans 
le  feu  ,  cependant  il  finit  j)ar  entrer  en  tiifion.  L'ar-' 
rangement  des  lames  dont  ce  fpath  eft  compofé  hiî 
fait  prendre  fouvent  des  figures  très-fingulieres  ,  Se 
qui  varient  à  l'infini. 

3°.  hé  fpath  en  particules  fixes  &  placées  fans  or- 
dre ni  régularité ,  de  façon  qu'il  n'eft  point  aifé  dd 
diftinguer  la  figure  des  lames  ou  des  cubes  dont  il  eft 
compofé  ;  il  y  en  a  de  différentes  couleurs. 

4°.  Le  fpath  tendre  &  tranfparent ,  il  eft  en  rhom- 
boïdes ,  fes  couleurs  font  varices  ,  il  y  en  a  quelque- 
fois qui  eft  veiné. 

5°.  LeJ'path  en  rhomboïdes  ,  clairs  &  tranfparens 
qui  doublent  les  objets  que  l'on  regarde  au-travcrj  l 


440 


S  P  A 


ce  fpath  crt;  blanc  &  tranfparcnt  comme  dit  Cryftal 
de  roche  ,  c'eft  ce  qu'on  appelle  cryflal  d'IflanJi. 

6".  î-.c  fpath  en  cryllaux  ;  ils  différent  du  cryilal 
de  roche  en  ce  que  leurs  colonnes  Ibnt  ordinairc- 
menr  tronquées  ou  tranchées  par  le  fommet.  Ces  cryl- 
taiix  de  fputh  varient  conlidérablement  pour  le  nom- 
bre de  kurs  côtés  ;  il  y  en  a  de  cubiques  ,  d'exago- 
nes  ,  d'ockigones  ,  de  nentcûtés  ,  de  quatorze  co- 
tés ;  les  uns"^ l'ont  prilmatiquesou  i\  colonnes  ,  d'au- 
tres font  par  mafles  cryflalliiees  qui  préCentent  tou- 
tes fortes  de  figures  lingulieres.  Ils  varient  auiVi  pour 
les  couleurs  ;  il  y  en  a  de  blancs  ,  de  jaunes  ,  de  rou- 
ges ,  de  violets ,  de  verdâtres  ,  &c.  c'ell  proprement 
a  ces  cryflaux  j'piithlqucs  que  l'on  doit  donner  le  nom 
dejluors.  Ils  ont  tous  la  propriété  de  devenir  pholpho- 
riques  Jorl'qu'on  les  frotte  les  uns  contre  les  autres  , 
ou  lorsqu'on  les  chauffe  légèrement  fans  les  faire 
rougir. 

7".  Le  fpntli  fétide  ,  appelle  lapis  fui/lus  ,  qui  eft 
ou  fphérique  ,  ou  rayonné,  ou  prilmatique.  Cette 
pierre  répand  une  odeur  defagréable  lorfqu'on  la 
frotte  ;  mais  fon  odeur  étant  une  chofe  purement  ac- 
cidentelle ,  ne  mérite  pas  tju'on  en  fafle  une  efpece 
particulière. 

8°.  Lefpiith  compare  &  folide ,  que  l'on  nomme 
fpath  v/Vr<fwx  parce  qu'il  redcmble  aflezà  une  maffe  de 
verre.  Il  eft  plus  ou  moins  tranfparent ,  fa  couleur 
efl  ou  blanche ,  ou  grife ,  ou  verdâtre ,  ou  violette.  Il 
n'aftefte  point  de  ngure  déterminée  ,  mais  il  fe  brife 
en  morceaux  irréguliers  ,  comme  le  quartz  avec  qui 
il  a  beaucoup  de  reffcmbiance  au  premier  coup  d'œil; 
il  ne  fait  point  cfFervcfcence  avec  les  acides  non  pUis 
que  lui  ;  mais  ce  qui  le  diltingue  du  quartz,  c'efl  qu'il 
ne  fait  point  feu  loriqu'on  le  frappe  avec  de  l'acier  ; 
échauffé  il  devient  phofphorique  ou  lumineux  lorf- 
qu'on le  frotte  dans  un  endroit  obfcur.  D'ailleurs  il 
ell  rare  qu'il  foit  d'un  tilVu  afTez  compade  pour  qu'un 
œil  exercé  n'y  apperçoive  en  quelque  endroit  une  dif- 
pofition  à  fe  mettre  en  lames  ,  ou  quelques  furfaces 
imies.  C'cfl  ce  fp^uh  que  l'on  nomme  fpath  fufibk  ; 
nous  parlerons  de  fes  propriétés  dans  la  fuite  de  cet 
article ,  &:  des  expériences  qui  ont  été  faites  avec  lui. 

9^^.  M'allerius  enfin  ajoute  à  ces  différentes  efpeces 
àeffaths  celui  qu'il  nomme  fpath  dur  owfpathum  py- 
rimachiim  ,  parce  qu'il  donne  des  étincelles  lorfqu'on 
le  frappe  avec  de  l'acier.  M.  Pottfoupconne  que  cela 
vient  de  ce  que  ce  fpath  eft  intim.ement  combiné  avec 
des  parties  de  quartz  ;  en  effet,  il  efl  confiant  que  de 
faire  feu  efl  une  propriété  étrangère  an  fpath.  Quoi 
qu'il  en  foit,  M.  Wallerius  dit  que  ce  fpath  fc  par- 
tage en  morceaux  cubiques  reélanguiaires  ,  dont  les 
furfaces  font  très-unies,  /^oyq  la  mïncralo^n  ^e  Wal- 
lerius. 

Onvoit  parce  qui  précède  que  le  T/^^i/A  efl:  un  vrai 
protée  ;  il  le  montre  fous  une  infinité  de  formes  dif- 
férentes ,  par  les  arrangemens  divers  que  prennent 
les  lames  ou  feuillets  dont  cette  pierre  efl:  toujours 
compolée,  &  qui  ordinairement  caraif  érif  ent  \e fpath. 
C'eft  de  l'arrangement  &  de  la  liaifbn  plus  ou  moins 
forte  de  ces  lames  que  dépend  le  plus  ou  le  moins  de 
dureté  &  de  folidité  de  cette  pierre,  he fpath  acom- 
pagne  un  très-grand  nombre  de  mines  ;  plus  il  efl  ten- 
dre ,  plus  il  donne  d'efpérance  que  l'on  trouvera  de 
métaux  précieux  ,  parce  qu'alors  il  efl  plus  propre  à 
donner  entrée  aux  exhalailons  minérales  qui  forment 
les  mines.  ^qyc{/'d/m7c  Mine  &  Matrice. 

Les  propriétés  que  nous  avons  afhgnées  au.x  diffé- 
rentes efpeces  dejpath  ,  fuffifent  pour  le  mettre  en 
état  de  le  dillinguer  du  quartz.  En  effet  ,  cette  de: s 
niere  pierre  ne  le  change  point  en  chaux  par  la  cal- 
cination  ;  elle  ne  fait  point  d'effervefcence  avec 
les  acides;  elle  ne  devient  point  phofphorique  après 
avoir  été  chauffée  ;  elle  ne  montre  point  de  feuillets 
ni  de  difpofition  à  fe  partager  fuivant  des  plans  ou 


SP'A 

hn-faccs  unies ,  tandis  que  ces  figncs  convloniîent  cri 
tout  ou  en  partie  ^nxfpaths.  Joignez  h  cela  que 
le  ([uartz  efl  beaucoup  plus  dur;  il  efl  d'un  tilîu  com- 
paéte  comme  celui  du  verre  ;  il  donne  toujours  des 
étincelles  lorfqu'on  le  frappe  avec  de  l'acier.  Foyez 
Quartz. 

On  a  déjà  fait  remarquer  qu'il  y  avoit  une  efpece 
dejpath  que  les  Allemands  ont  nomme flujj fpath  ou 
fpath  fufibU.  Ce  nom  lui  a  été  donné ,  foit  parce  qu'on 
s'en  fért  comme  d'un  fondant  dans  les  fonderies  ,foit 
parce  qu'il  entre  en  fufion  avec  une  facilité  linou. 
liere  pour  peu  qu'on  y  joigne  de  fel  alkali. 

M.  Pctt  croit  que  ce  fpath  fufible  eft  redevable  de 
fa  fufibilité  &  de  fa  dureté  ,  à  une  portion  de  terre 
de  caillou  (  tcn a  filicca')  qui  s'y  trouve  combinée 
avec  la  terre  fpathique  ou  calcaire.  On  a  lieu  de  loup- 
çonner  outre  cela  quelqu'autre  fubftance  dans  le 
Jpath  fufible.  En  effet ,  la  pefanteur  extraordinaire  de 
cette  pierre  donne  lieit  de  croire  qu'elle  contient 
quelque  fubflance  métallique.  Quelques  auteurs  ont 
cri!  que  c'étoit  de  Pariénic  ;  mais  M.  Pott  affure  qu'- 
ayant fondu  quelquefois  du  Jpath  fufble  avec  du 
marbre  blanc ,  a  obtenu  quelques  grains  de  plomb  ; 
mais  il  convient  cjue  cette  expérience  ne  lui  a  point 
toujours  réufii  ;  ce  qui  vient ,  félon  lui ,  de  ce  que 
l'aflion  trop  violente  du  feu  a  pu  difllper  la  partie  mé- 
tallique durant  la  tulîon. 

M.  de  Jnfti  ,  très-habile  chimifte  allemand,  con- 
tefle  la  vérité  de  cette  expérience  de  M.  Pott  ;  il  pa- 
roît  que  ce  n'efl  point  fans  raifbn  ,  vu  que  le  mar- 
bre blanc  ne  contient  point  de  matière  propre  à  pro- 
duire la  rcduflion  d'un  métal.  D'un  autre  côté  ,  M. 
de  Jufti  affure  n'avoir  jamais  pu  tirer  le  moindre 
atome  d'une  fubftance  métallique  dn fpath  ,  quelque' 
fondant  ou  quelque  matière  qu'il  ait  employé  pour 
eh  faire  la  réduélion.  De  plus  ,  il  dit  n'avoir  jamais 
pu  parvenir  à  faire  entrer  en  fufion  un  mélange  dé 
fpath  &  de  marbre  ,  quelque  degré  de  feu  qu'il  aiAk 
donné ,  &  quelque  variété  qu'il  ait  mife  dans  les 
proportions.  M.  Pott  n'a  pas  manqué  de  répliquera 
M.  de  Jufti ,  &:  dans  fes  réponfes  il  perfifle  toujours 
à  maintenir  la  vérité  de  fes  expériences ,  &  il  en 
rapporte  encore  de  nouvelles  ,  par  lefquelles  il  per- 
ftfte  à  maintenir  la  fufibilité  dn  fpath  avec  le  marbre  ; 
expérience  que  M.  de  Jufti  n'a  jamais  pu  effefluer  : 
fur  quoi  ce  dernier  foupçonne  fon  adverf  aire  de  s'être 
trompé  fur  la  qualité  de  la  pierre  qu'il  travailloit ,  & 
l'accule  de  ne  pas  connoître  \e  fpath  pefant.  En  effet , 
H  la  vue  de  réfidtats  fi  différents ,  on  a  lieu  de  croire 
que  ces  deux  chymiftes  ont  opéré  fur  des  matières 
tout-à-fiiit  différentes.  Selon  M.  de  Jufti  ,  le  fpath 
qu'il  appelle  pefant ,  fe  diftingue  de  toutes  les  efpe- 
ces de  f pat hs  "^Tiv {on  poids  extraordinaire,  qui  furpaffe 
non-feulement  celui  de  toutes  les  autres  pierres  , 
mais  encore  qui  eft  plus  grand  que  celui  de  pluficurs 
mines  métalliques  ,  &:  qui  égale  prefque  celui  de  l'hé- 
matite ,  qui  eft  une  mine  de  fer  très-pefanîe.  M.  de 
Jufti  préfume  du  poids  de  ce  fpath,  o^yj^W  doit  nécef- 
fairement  contenir  une  portion  confidérable  de 
quelque  fubftance  métallique;  il  fe  fonde  encore  fvr 
les  effets  que  ce  Jpath  pefant  produit  dans  les  diffol- 
vans.  Les  dlflblvans  agiffent  très-promptement  fur 
les  difterens  7/7^r/2i  ,  fur-tout  lorfqu'ils  font  réduhs 
enpoudre,  &  les  diffolvent  entièrement;  au  lieu  que 
l'eau-forte  n'agit  point,  félon  lui ,  fur  \e  Jpath  pefant^ 
à  moins  que  d'être  bouillante  ,  &  même  alors  il  dit 
que  Ton  voit  clairement  que  ce  diffolvant  n'attaque 
pas  la  totalité  de  cette  pierre  ,  mais  feulement  quel- 
ques-unes de  fes  parties.  L'eau  régale  ne  paroît  point 
non  plus  avoir  d'abord  aucune  ailion  fur  ce  Jpath  ; 
mais  lorfqu'elle  commence  à  bouillir ,  elle  attaque 
vivement  la  totalité  de  la  pierre  ;  mais  elle  lâche 
bientôt  les  parties  qu'elle  avoit  diffoutes  ,  ce  qui,, 
félon  lui ,  annonce  la  préfence  d'une  fubftance  mc'- 

t3llique 


s  P  A 

illîqin?  iit!"  îciqitelle  l'eau-fos^te  a  de  la  prïie  ,  tandis 
ue  i'eau  rtgnîc  ne  peut  la  difToudre. 

M.  de  Juiti  a  pouffé  plus  loin  les  expériences  fur 
•fl>a:h  qu'il  nomme pefane.  Il  en  prit  un  quintal  poids 
eUhi ,  qu'il  vnch  avec  trois  quintaux  de  Cable  blanc 
îrfaitcn-.enîpur,  &  dans  lequel  la  cakination  n'a- 
git développé  aucune  couleur  ;  il  y  joignit  un  quin-^ 
il  ôc  demi  de  ootaffe  bien  purifiée ,  6c  un  quintal  de 
Dra.v  calciné.  Il  fît  fondre  ce  mélange  pendant  deux 
cures  au  feu  le  plus  violent  :  par-là  il  obtint  un  verre 
'un  beau  jaune  d'or  foncé  tirant  fur  le  rouge.  Il  de- 
lent  plus  foncé  encore  quand  on  ne  fait  entrer  dans 

mélange  que  deux  quintaux  de  fable  contre  un 
iintal  AQfpatlipeJant.  Voulant  rendre  la  couleur  de 
;  verre  plus  claire,  M.  de  Jufti  fit  le  mélange  d'une 
itre  manière  ;  il  prit  un  quintal  poi^ds  d'elîai  de 
'aili  pefant ,  c[i.C[[  joignit  avec  fix  quintaux  de  fable, 
ois  quintaux  de  poîafié  ,  &  un  quintal  &  demi  de 
3rax.Il  fit  fondre  ce  nouveau  mélange  pendant.deux 
=ures  ,  &  obtint  un  vt-rre  de  très-beau  jaune  d'or 
rant  toujours  fur  le  rouo;e.  Il  afùire  avoir  fait  ces 
cpériences  avec  le  même  fuccès  fur  des  fpaeks  pe-- 
ns  venus  de  différens  endroits. 

D'un  autre  côté  ,  M.  Pott ,  par  fes  expériences,  a 

1  des  produits  très-dilTerens.  î!  prit  deux  onces  de 
tnfpatk  ,  lix  gros  de  nitre  &  autant  de  borax ,  ce 
Lii  lui  donna  un  verre  verdâtre  ;  pareillement  trois 
irties  defpat/i  avec  une  partie  de  fel  alkali  fixe  bien 
jr,  lui  ont  donné  une  cfpece  de  fcoriequirefiembloit 
une  agate  d'un  gris  noirâtre.  Enfin  une  partie  de 
'atk  avec  trois  parties  d'alkali  fixe  pur  ont  produit 
ne  maiTe  noire. 

Des  produits  fi  différens  doivent  faire  conjefturer 
Lî'il  n'ell  guère  poffible  que  ces  deux  auteurs  habiles 
ent  travaillé  fur  la  même  fubilance.  Pour  convenir 

2  leurs  faits  ,  il  faudroit  que  ces  deux  chimifles  fe 
iffent  communiqué  une  portion  de  la  pierre  que 
lacun  d'eux  appcUoit  l'un  Jpaih  fujîhL  & ,  l'autre 
7ath  pefanf  ,  &  que  féparément  ils  euifent  traité  Ja 
lême  fubflance  de  la  même  manière.  Il  peut  fe  faire 
Lte  leurs  fpaihs ,  quoique  très-conformes  les  uns  aux 
Litres  à  l'extérieur  ,  renfermaffent  des  mélanges  , 
es  combinaifons  &  même  des  métaux  très  -  ditfé- 
îns. 

Le  fpath  qu'on  nomme  fujib le  n'entre  point  en  fu- 
on  tout  leul  &:  fans  addition  ;  il  ne  fait  alors  que  fe 
eloîonner  ,  fans  entrer  en  fuf:on  dans  les  vaiffeaux 
;rmés.  Quant  zwxfpatks  cryllaliifés  &  colorés, que 
on  nommç  jîuors  ,  ils  perdent  leurs  couleurs ,  &  de- 
iennent  tendres  &  friables.  Mais  \ejpatk  fafible  a  la 
ropriéîé  de  communiquer  une  fulibiiité  étonnante 
Lix  pierres  &  aux  terres  les  moins  fiîfsbles  par  elles- 
icmes  ;  c'efl ,  félon  M.  Pott ,  cette  propriété  qui  fait 
ue  l'on  a  trouvé  très-avantageux  de  traiter  les  ini- 
es  qui  ont  \e  fpath  fufible  pour  matrice  ,  vu  que  ces 
lines  portent  leur  fondant  avec  elles.  Foyei  la  con- 
Inuaùon  de  la  luhogéognofîe  de  M.  Pott  ,  pa^e  120- 
37.  Cependant  M.  de  JulH  croit  que  Icjpat/i  n'agit 
loint  comme  fondant  dans  le  traitement  des  mines  , 
nais  comme  précipitant ,  en  fe  chargeant  de  la  por- 
ion  de  foutre  que  ces  mines  contiennent. 

La  différence  que  l'on  remarque  entre  \e  fpath  cal- 
:aire  &;  le  fpath  fufible  dont  on  vient  de  parler  ,  pa- 
oîtdùe  à  la  partie  métallique,  c'eft-à-dire  ,  au  plomb 
jui  efl: ,  fulvant  les  apparences  ,  contenu  dans  ce  der- 
lier ,  d'autant  plus  que  le  plomb  efl  toujoursun  trcs- 
miflnnt  fondant  ,  comme  le  prouvent  tous  les  tra- 
vaux de  la  métallurgie.  ïi  y  a  une  mine  de  plomb  que 
'on  Tiommejpaïkique  ,  qui  reffemble  parfaitement  ;\ 
h.\  fpath  par  Ivm  tliui  feuilleté  ,  &  qui  cil  une  vraie 
r.inc  de  plomb.  ^^y';^/'arr/c/e Plomb.  Ily  a  aulfi  une 
Tiinc  de  ï^'ïfpathique  ,  qui  contient  une  trcs-grando 
quantité  de  métal  ,  ce  qui  n'empêche  point  tju'cUe 
le  reflcmblc  parfaitement  ;\  du  fpath.  IVlle  crt  la 
Tome  ^Cy, 


S  P  A  441 

Snine  de  fer  blanche  d'Alvare  en  Dauphiné.  Voye^ 
rariicle  Fer.  Tout  cela  prouve  que  le  coup-d'œil  ejo^ 
térieur  ne  peut  fuffire  pour  nous  faire  connoitrc  là 
nature  des  pierres  ,  qui  ne  font  prefque  jamais  ho^ 
mogenes  &  pures ,  lors  même  qu'elles  le  paroiffènt. 

On  peut  donner  le  nom  de  fpath  calcaire  à  toute 
pierre  calcaire  oui  paroît  compofée  d'un  affen;bia?e 
de  lames  ou  de  feuillets  luifans  ;  ainfi  les  flalaflites  ^ 
les  congélations,  &c.  {ont  An  fpath.  Les  particules 
luifantes  que  l'on  remarque  dans  le  marbre  de  Paros 
font  aufli  fpathiques  ;  mais  elles  font  enveloppées 
d'un  gluten  qui  leur  donne  la  dureté  du  marbre.  Voy^ 
Paros  ,  marbre  de.  En  général  il  paroît  que  "le 
fpath  efl  la  pierre  calcaire  la  plus  pure,  &  que  les 
feuillets  ou  lames  dont  il  efl  compofé  efl  la  iiaure 
propre  à  cette  pierre  ,  lorfqu'elle  efl  dans  fa  plus 
grande  pureté. 

On  a  cru  devoir  s'étendre  fur  cet  article  ,  vu  que 
le  fpath  ,  parla  variété  de  fes  figures  ,  de  fes  couleurs 
&  de  fes  propriétés  ,  efl  une  pierre  d'achoppement 
pour  tous  ceux  qui  commencent  à  s'appliquer  à  l'é- 
tude de  la  minéralogie.  On  fe  flatte  qu'au  moyen  de 
ce  qui  a  été  dit  ici  ,  on  pourra  fe  faire  une  jufleidée 
dujp.ith  ;  qu'on  le  diflinguera  des  pierres  gypfeufes 
&  des  pierres  talqueufes  qui  font  fetiilletées  comme 
ill'efl  ordinairement ,  &  fur-tout  qu'on  ne  le  ccnfon- 
dra  point  avec  le  quartz  ;  inconvénient  dans  lequel 
foiît  tombés  prefque  par-tout  les  auteurs  anglois, 
qui  donnent  indiflinftement  le  nom  de  fpath  à  toutes 
les  cryflaliifations  qui  accompagnent  les  mines.  D'un 
autre  côté  ,  l'on  ne  fera  point  furpris  des  grandes  va-^ 
riétés  de  cette  pierre, quand  on  confidéreraque  dans 
fa  formation  elle  a  pu  fe  combiner  avec  des  fucs  la- 
pidifiques  d'une  nature  différente  de  la  fienne  ,  ce  cui 
en  a  pu  faire  un  corps  dont  les  propriétés  ont  été  al- 
térées. Tout  fpath  pur  efl  une  pierre  calcaire  &  en  a 
les  propriétés.  f^oye{  Pierre.  (— ) 

S  PAT  H  A  ,  (  Uxic.  médic.  )  (TTra^»  ;  ce  terme  efl 
fingulierement  équivoque  ;  il  lignifie  quelquefois  une 
côte,  fouvent  une  fpatule  dont  fe  fervent  les  Apoti- 
caires;  dans  Celfe,  /.  f^II.  c.  x.  une  efpece  de  bi- 
llouri  ;  d'autres  fois ,  une  forte  d'épée  tranchante  ; 
enfin  ,  il  défigne  l'enveloppe  extérieure  du  fruit  du 
palmier.  (  Z?.  /.  ) 

SPATHALIUM ^  (^Littérat.^  rTrtôuXioy  ^  efpece 
de  bracelet  rouge  que  les  dames  romaines  portoient 
fur  le  poignet ,  tel  àpeu-pres  que  feroit  un  bracelet 
fait  de  grains  de  corail  ;  mais  le  môme  mot  dans  Mar- 
tial, déligne  une  branche  de  palmier  avec  Ion  fruit. 

SPATULE  ,  f.  f  efl  un  inflrument  dont  les  C/ii- 
rurgiens  &C  les  Apoticaires  fe  fervent ,  qui  efl  plat  par 
un  bout  &  rond  par  l'autre  ,  &  qui  fert  à  étendre  les 
onguens. 

Ce  mot  vient  du  htm  fpatha ,  du  grec  srraSuv ,  qui 
a  la  même  fignificatlon. 

Les  Chirurgiens  ont  de  petites  fpatu/es  d'acier; 
les  Apoticaires  ont  auffi  de  s^randes  '/patulcs  de  briis^' 
pour  remuer  leurs  drogues  quand  ils  les  délayent , 
les  mélangent ,  èc  les  font  bouillir. 

L-dJpaiiile  des  Chirurgiens  efl  longue  de  cinq  pou- 
ces deux  ou  quatre  lignes  ;  on  la  div'iie  en  deux  par- 
ties ,  dont  une  qui  eil  véritablement  \à  fpaïuU ,  fe 
nomme  h  palette ,  &  l'autre  fon  manche.  La  palette 
va  du  manche  en  augmentant  jufqu'à  fa  fin  ;  elle  a 
deux  pouces  de  long  lur  une  ligne  6c  demie  d'épaif- 
feur  ;  un  des  côtés  efl  exadfement  plane  ,  6c  l'autre 
va  doucement  en  arrondiffant. 

Le  manche  efl  une  tige  irrégulièrement  cylindri- 
que ;  il  va  un  peu  en  diminuant  )ulqu'A  (on  extrémi- 
té ,  où  ilfe  termine  différemment  fuivant  la  \olonté 
des  chirurgiens. 

Les  uns  y  font  ajouter  de  petites  rainures  rmuCvel"-- 
fales  après  l'avoir  un  peu  applatie  &  recourbée;  c« 
I  Kkk 


441 


S  P  A 


qui  conftruk  un  clcvatoire  :  d'autres  y  tbnt  ajouter 
une  Tonde  boutonnée  ou  cannelée. 

Le  manche  doit  avoir  trois  pouces  deux  ou  qua- 
tre lignes  de  long  ;  la  matière  des  Jjnitulcs  elt  de  ter 
ou  d'mi;ent.  Les  premières  iont  plus  fortes  &  con- 
viennent i\  la  conltrudion  d'un  élévatoire  ;  les  autres 
l'ont  plus  propres  6c  ne  lé  rouillent  pas. 

La  palette  des  //'j/«/o  lert  à  étendre  les  onguens 
tenaces  d.:  les  emplâtres  fur  le  linge,  le  cuir,  ou  le  taf- 
fetas ,  6c  à  charger  les  plumaceaux  ,  tentes  &  bour- 
donnets  ,  des  mcdicamens  convenables,  comme  bau- 
mes, digelKfs  ,  &:  onguens  affe/.  mois;  6c  comme 
cette  patette  a  un  côté  plat,  &  l'autre  d'une  rondeur 
évafée ,  ces  mêmes  médicamens  font  étendus  6c  char- 
gés en  plus  ou  moindre  quantité  :  on  le  fert  de  la 
rondeur  pcnir  charger  les  plumaceaux  un  peu  gras  , 
hc  du  côté  plat  pour  les  charger  plus  maigres.  P'ojei 
lu  figure  2 .  Planche  /.  (  I  ) 

Spatule  ,  en  terme  de  Blanchiffcric ;  c'eft  un  mor- 
ceau de  bois  rond  jufqu'à  une  de  fes  extrémités  qui 
«ft  plate  ;  on  s'en  fert  pour  remuer  la  matière  dans 
ia  chaudière,  royei  les  Plane.  Il  y  a  encore  une  fpa- 
tule  de  fer  beaucoup  plus  petite ,  avec  laquelle  on 
•grate  les  bords  de  la  chaudière.  Voye^  auprès  de  la 
•premïen  chaudière  ,   Planches  de  la  Blanchififer'u   des 


Cires. 


Spatule  ,  sn  terme  de  Cïrlcr  ;  c'ell:  un  inftrument 
-de  bois  aflez  long  &  taillé  en  forme  de  lame  de  cou- 
teau ;  on  s'en  fert  pour  faire  tomber  dans  la  pocle  les 
croûtes  qui  fe  forment  autour,  &  même  fur  la  cuil- 
liere.  /^oye^  Cuilliere. 

Spatule  ,  en  terme  de  Doreur  ,  fe  dit  d'un  outil  à 
■manche  dont  le  fer  efl  large  &  arrondi  par  l'extré- 
mité tranchante  ;  elle  fert  à  reparer  dans  les  moulu- 
res.  Foyei  les  figures  &  les  Planches  du  Doreur. 

Spatule  ,  terme  de  Peintre  ,  inilrument  de  bois 
plat  par  un  bout  6c  rond  par  l'autre  ,  dont  fe  fervent 
les  Peintres  pour  délayer  &  pour  broyer  leurs  cou- 
leurs ;  on  donne  aux  fpatuUs  la  figure  qu'on  veut. 

Spatule  ;  les  Pdtiffiers  appellent  amfiune  petite 
cuitliere  plate  dont  ils  lé  fervent  pour  battre  leurs 
pâtes.  Foyei  lesfiijures  &  Planches. 

Spatule  ,  en  terme  de  pKaffineur ,  n'eft  autre  chofe 
qu'une  verge  de  fer  applatie  &  ronde  dans  fon  con- 
tour ;  fa  douille  &  fon  manche  compofent  cinq  à  lîx 
pies  de  hauteur.  On  s'en  fert  pour  gratter  l'empli  & 
les  greniers ,  &  ramafl'er  le  lucre  qui  y  efl  tombé  , 
tant  en  empliflhnt  qu'en  mouvant.  Voyti^  Empli, 
Emplir  ,  6-  Mouver.  yoye':^^  aujfiles  PL 

Spatule  d'empli  ,eft  un  morceau  de  fer  applati 
par  un  bout ,  terminé  à  l'autre  par  un  bouton  qui  ne 
lui  iert  que  d'ornement ,  au-deflbus  duquel  efl:  un 
petit  crochet  pour  l'arrêter  aux  bords  du  rafraîchif- 
Icir  ;  elle  fert  à  gratter  le  rafraîchilToir  après  l'empli. 
Voyei  Empli  &  Rafraîchissoir.  Voye:^  Us  figures 
&  les  PL 

Spatule  petite  ,  en  terme  de  Raffîneur,  ne  diffère 
de  la  grande  que  par  fa  pctiteffe  6c  fon  ufage ,  qui 
efl:  de  gratter  le  grain  qui  fe  forme  dans  les  pots. 
yoyei  Pots  &  Grain,  yoye^  encore  les  PL 

SPAUTA  ,  (  Géog.  anc.  )  lac  de  la  Médie-Atropa- 
tie.  Ce  lac  produit  un  fel  auquel  Strabon  ,  liv.  II. p. 
424.  attribue  dcsqualitésqu'il  n'a  pas  à-préfent.  Pier- 
re Gilles,  dans  une  lettre  dont  Ortelius  a  eu  commu- 
nication ,  appelle  ce  lac  Spota ,  6c  le  décrit  de  la  forte  : 
Nous  trouvâmes  ce  lac  li  falé  ,  que  fon  rivage  étoit 
couvert  d'une  glace  continuelle  de  fel  l'efpace  de  qua- 
tre ftades.  J'eus  la  curiolité  ,  ajoute-t-il ,  de  faire  l'é- 
preuve de  ce  que  Strabon  avoit  dit  de  ce  fel.  Je  me 
promenai  dans  le  lac  l'elpace  de  deux  cens  pascn  avan- 
çant vers  le  milieu,  &  l'eau  me  venoit  à-peine  au  mi- 
lieu du  corps.  Je  voyois  le  lac  couvert  d'une  croûte  de 
fel  continuelle  fans  pouvoir  découvrir  la  terre  d'au- 


S  P  E 

cun  côté.On  prétend  qu'il  faut  fix  jours  pour  faire  le 
tour  de  ce  lac.  CD.  J.) 

SP£AN  ,  {Geog.  mod.)  petite  rivière  d'Ecofle  ;  elle 
fort  du  lac  de  Laggan  ,  6c  vafe  jetter  dans  le  lac  Aber. 

SPKCIA ,  1.  f.  (  Commerce.  )  terme  dont  quelques 
marchands ,  négocians  &  banquiers ,  fe  fervent  alTez 
louvent  dans  leurs  écritures  pour  lignifier  ce  qu'on 
nomme  ordinairement  folde^  foute  ,  ou  fonde  d'un 
compte.  Diclionnaire  de  Commerce  &  de  Trév.  Foyer 
Solde  ,  Soujje,  &  Compte. 

SPÉCIAL ,  adj.  (  Qram.  &  Jurifprud.  )  fe  dit  de 
ce  qui  fe  réfère  lingulicrement  à  un  certain  objet. 
Ce  terme  eft  ordinairement  oppolc  à  général  ;  une 
procuration  efl:  générale  ou  JpéciaU  ;  celle  qui  elt 
générale  ,  cil  pour  faire  toutes  les  affaires  du  confti- 
tuant  ;  la  procuration  y/^'e'c/Vz/e  n'efl:  que  pour  une  cer- 
taine affaire  ;  on  dit  de  même  une  autorifation  fpé- 
ciale  ,  une  chiiie  Jjpéciale.   {_  A') 

SPECIES  ,  dans  la  Aîédecine  ,  font  proprement  les 
ingrédiens  fimples  dans  les  boutiques  des  Droguiftes 
6c  des  Apoticaires  ,  dont  ils  font  les  médecines  com- 
pofées.  Cependant  les  auteurs  de  Pharmacie  donnent 
communément  ce  nom  à  certaines  poudres  aroma- 
tiques ou  cathartiques  ;  parce  que  probablement  on 
les  tenoit  autrefois  prêtes  &  préparées  d'avance , 
pour  faire  des  éleftuaires ,  des  tablettes  ,  des  pillu- 
les  ,  &c.  comme  l'on  en  a  encore  préfentement. 

SPECIEUX  ,  adj.  (  Qram.  )  qui  a  une  apparence 
féduifante  &  trompeufe  ;  vos  railons  font y/^eciew/èi; 
vous  avez  trouvé  un  prétexte  fpécieux  ;  vous  avez 
rendu  votre  projet  hiQw  fpécUux.  Cet  homme  a  cou- 
vert la  noirceur  à  mon  égard  d'un  voile  bien  fpécieux; 
il  a  commencé  ,  avant  que  de  m'accufer  ,  d'avouer 
une  partie  des  obligations  qu'il  m'avoit ,  puis  il  a 
laiffé  entrevoir  qu'il  avoit  les  raifons  les  plus  fortes 
de  fe  plaindre  de  moi.  Plus  il  connoiflbit  la  fauffeté 
de  toute  fa  conduite  ,  plus  il  a  mis  d'art  à  lui  donner 
une  honnêteté  fpécieufe  ;  j'avois  lu  au  fond  de  fon 
ame  vile  &  corrompue  ;  il  s'en  étoit  apperçu,  il  ne 
pouvoit  plus  me  fouffrir. 

Spécieuse  ,  (  Alg.  )  Arithmétique  fpécieufe  ,•  efl 
cette  efpece  d'Arithmétique  qui  enfeigne  à  calculer 
les  quantités  exprimées  par  les  lettres  de  l'alphabet, 
que  les  premiers  algébriltes  appelloient  //^ecici  ,  efpe- 
ces ,  apparemment  parce  que  ces  lettres  fervent  à  ex- 
primer généralement  toutes  les  quantités  ,  &  en  mar- 
quent ainfil'efpece  générale,  pour  ainfi  dire.  On  ap- 
pelle cette  arithnîétique  y/;meK/è ,  pour  la  diflinguer 
de  celle  où  les  quantités  font  exprimées  par  des  nom- 
bres ,  qu'on  appelle  Arithmétique  numérique.  Voy(^ 
Arithmétique. 

L'Arithmétique  fpécieufe ,  efl  ce  que  nous  appel- 
ions communément  Algèbre.  Foyei  ALGEBRE.  (0) 

SPÉCIFICATION  ,  f.  f.  (Gram.  &  Jurifp.)  efl  ce 
qui  déligne  l'efpece  d'une  chofe  ,  ce  qui  fert  à  expli- 
quer que  l'on  a  eu  en  vue  fingulierement  telle  &  telle 
chofe;  comme  quand  on  lègue  tous  fes  meubles  & 
effets  mobiliers ,  &  que  l'on  explique  que  l'argent 
comptant  fera  compris  dans  ce  legs  :  c'efl:  une  fpéci- 
fication  que  l'on  fait  par  rapport  à  l'argent.  Foye:^  ci-  ]M 
devant  Spécial.  (A)  I 

SPÉCIFIQUE,  Pesanteur,  en  Hydroftatique ,^ 
fignifie  cette  gravité  ou  pefanteur  particulière  à  cha- 
que efpece  de  corps  naturel ,  6>C  par  laquelle  on  le 
diflingue  de  tous  les  autres,  ^oye^  Pesanteur,  Poids 
&  Gravité. 

On  dit  qu'un  corps  efl  fpécifiquement  plus  pefant 
qu'un  autre,  lorfquc  fous  le  même  volume  il  a  un 
poids  plus  grand  qu'un  autre  corps ,  6c  on  dit  que 
cet  autre  efflpécifiquement  plus  léger  que  le  premier. 
Ainfi ,  fi  de  deux  fpheres  égales,  chacune  d'un  pié  de 
diamètre ,  l'une  ell  de  plomb  &  l'autre  de  bois  ;  com- 
me on  trouve  que  celle  de  plomb  efl  plus  pelante  que 
celle  de  bois,  on  dit  qu'elle  eflfpécifiquement  plus  pe- 


s  P  E 

fante  ;  &  que  celle  qui  eft  de  bois,  eft  fpécifîquement 
plus  légère. 

Quelques  uns  appellent  cette  efpece  depefanteur, 
rilacive  ,  par  oppolition  à  la  pefanteur  ablblue ,  qui 
efl  la  même  dans  les  petites  parties  de  chaque  corps , 
égales  en  niaffcs ,  ce  qui  les  iàit  defcendre  également 
vite  dans  le  vuide. 

Lois  di  la  pefanteur  &  de  la  légèreté  fpécifique  des 
corps.  I  ".  Quand  deux  corps  font  égaux  en  volume , 
leurs  pefanteursy^t/cz/î^KM  lont  l'une  à  l'autre  comme 
leurs  maffes.  Ainli  on  dit  qu'un  corps  eft  d'une  pefan- 
tewrfpécifiquc  double  d'un  autre ,  lorfqu'ii  a  deux  fois 
fa  malle  Ibus  le  même  volume. 

Donc  les  pefanteurs  fpéclfiques  des  corps  égaux , 
font  comme  leur  denfité.  Voyei  Densité. 

2°.  Les  pefanteurs  7^ec/^^««  des  corps  qui  font  du 
même  poids,  font  en  raifon  réciproque  de  leurs  vo- 
lumes. Ainfi  les  denfités  de  deux  corps  du  même 
poids ,  font  en  raifon  réciproque  de  leurs  volumes. 

3".  Les  pefanteurs  y^m)f^«ei  de  deux  corps  font 
m  raifon  compofée  de  la  rail'on  direûe  de  leurs  maf- 
"es  ,  &  de  la  raifon  réciproque  de  leurs  volumes. 

4°.  Un  corps  fpécifiquement  plus  pefant  qu'un  ilui- 
le  ,  perd  dans  ce  fluide  une  portion  de  fa  pefanteur, 
îgale  à  celle  d'un  pareil  volume  de  fluide. 

Car  fuppofons  qu'un  pouce  cubique  de  plomb  foit 
)longé  dans  l'eau,  un  pouce  cubique  d'eau  fera  par  ce 
aoyen  chafl^é  du  lieu  qu'il  occupoit;  mais  le  poids 
le  cette  eau  étoit  foutenu  par  la  réfiftance  de  l'eau 
[ui  l'environnoit.  Il  faut  donc  qu'une  partie  du  poids 
lu  cube  de  plomb  foit  foutenue  par  l'eau  environ- 
ante,  &  que  cette  partie  foit  égale  au  poids  de  l'eau 
[ui  a  été  repoufiTée  ;  par  conféquent  la  pefanteur  du 
orps  plongé  doit  être  diminuée  d'autant.  Voye^YLVi- 

Ainfî,  I**.  puifqu'un  fluide  fpécifiquement  plus  pe- 
int, a  plus  de  poids  fouslemême  volume,  qu'un  au- 
re  plus  léger;  le  même  corps  perdra  davantage  de 
)n  poids  dans  un  fluide  fpécifiquement  plus  pefant 
ue  dans  un  plus  léger  ;  &  par  conféquent  il  pefera 
lus  dans  un  fluide  plus  léger  que  dans  un  autre  plus 
efant. 

2".  Des  corps  égaux  homogènes ,  par  exemple  , 
eux  balles  égales  de  plomb,  qui  pefent  égalem.ent 
ans  l'air,  perdront  leur  équilibre  fi  on  les  plonge  dans 
eux  fluides  différens. 

3°.  Puifque  les  pefanteurs  fpécifiques  font  comme 
:s  maflTes  fous  le  même  volume  ,  la  pefanteur  fpccifi- 
'le  du  fluide  fera  à  la  pefanteur  fpécïfique  du  corps 
longé,  comme  la  partie  du  poids  que  perd  le  corps 
)lide  ,  eft  à  tout  le  poids  du  corps. 

4°.  Deux  folides  de  volume  égaJ ,  perdent  autant 
e  poids  l'un  que  l'autre  dans  le  même  fluide  ;  mais  le 
oids  de  celui  qui  eft  fpécifiquement  plus  pefant,  eft 
lus  grand  que  celui  du  corps  fpécifiquement  plus  Ic- 
er  :  donc  le  corps  fpécifiquement  plus  léger ,  perd 
lus  de  fon  poids  à-proportion  que  celui  qui  eft  fpé- 
fiquement  plus  pefant. 

5".  Puifque  les  volumes  des  corps  de  poids  égal, 
>nt  réciproquement  comme  \t\\r%  pefanteurs  fpkifi.- 
«5,un  corps  fpécifiquement  plus  léger,  perd  davanta- 
i  de  fon  poids  dans  le  même  fluide ,  qu'un  autre  corps 
e  même  poids  &  d'une  plus  grande  pefanteur  fpéci- 
jue,  ou  d'un  moindre  volume.  C'eft  pourquoi  s'ils 
mt  en  équilibre  dans  un  fluide ,  ils  ne  le  feront  pas 
s  même  dans  un  autre  ;  mais  celui  qui  eft  fpécifiquc- 
lent  plus  pefant  l'emportera ,  d'autant  plus  que  le 
uide  fera  plus  denfe. 

Trouver  la  pefanteur  {c\)C\^ç[\\t  d'un  fluide.  Sufpcn- 
2Z  un  globe  de  plomb  ;\  un  des  côtés  d'une  balance  , 
:  attache/  i\  l'autre  côté  un  poids  qui  foit  en  équili- 
re  avec  l'autre  en  plein  air;  plongez  fuccefllvcment 
:  globe  dans  les  diflérens  fluidesdont  les  pefanteurs 
Totiie  Xr, 


S  P  E 


44Î 


fpéciflques  font  inconnues  ,  &  obfervez  combien  il 
pcfe  dans  chacun.  Ces  différentes  pefanteurs  étant 
fouftraites  chacune  à-part  du  premier  poids,  ce  qui 
refte  eft  Li  quantité  de  poids  qui  fe  perd  dans  chaque 
fluide.  D'où  on  coHnoît  la  pej'arzteur fpècifique àç  cha- 
cun de  ces  fluides. 

Donc ,  puifque  les  denfités  font  comme  les  pefan- 
teurs fpécifiques  ,  on  trouve  en  même  tems  la  raifon  des 
denfités  des  fluides. 

Ce  problème  eft  d'un  fort  grand  ufage  ;  car  on  trouJ 
ve  par  ce  moyen  le  degré  de  pureté  ou  de  bonté  des 
fluides  ;  connoiflance  dont  l'utilité  s'étend  non  feule- 
ment à  la  philofophie  naturelle  ,  mais  encore  aux 
ufages  de  la  vie  &  à  la  pratique  de  la  médecine. 

On  remarque  que  \çs pefanteurs  fpêcifiques  des  mêmes 
fluides  varient  dans  les  différentes  faifons  de  l'année. 
M.  Eifenfchmid,  dans  fon  livre  mûtnlé, difquifitio  nova, 
de  ponderibus^  &c.  rapporte  quantité  d'expériences 
fur  ce  fujet,  dont  nous  ne  citerons  ici  que  les  prin- 
cipales. 

Table  des  pefanteurs  fpécifiques^/e  différens  fluides: 
un  pouce  cubique,  à  Paris  en  été.      en  hiver. 
Pefe  onc.  dr.  g.  orfc.  dr.  g. 

de  Mercure 
Huile  de  vitriol 
Efprit  de  vitriol 
Efprit  de  nitre 
Efprit  de  fel 
Eau  forte 
Vin  aigre 
Vinaigre  diftillé 
Vin  de  Bourgogne 
Efprit-de-vin 
Bière  pale 
Bière  foncée 
Lait  de  vache 
Lait  de  chèvre 
Urine 

Efprit  d'urine 
Huile  de  tartre 
Huile  d'olive 
Huile  de  térébenthine 
Eau  de  mer 
Eau  de  rivière 
Eau  de  fontaine 
Eaudiftillée 

6°.  Pour  déterminer  en  quelle  raifon  la  pefanteur 
fpécifique  d'un  fluide ,  eft  à  la  pefanteur  fpécijîque  d'un 
folide  qui  eft  fpécifiquement  plus  pefant  que  le  flui- 
de; 

Pefez  la  mafl*e  du  folide  dans  le  fluide ,  &  remar- 
quez quel  eft  précifement  fon  poids  dans  le  fluide  & 
dans  l'air:  \z '^vdi\\té  fpécifique  au  fluide  fera  à  celle 
du  folide ,  comme  la  partie  de  la  pefanteur  que  perd 
le  folide  ,  eft  à  fon  poids  dans  l'air. 

7°.  Les  pefanteurs  fpédfiques  des  corps  également 
pefans,font  réciproquement  comme  les  quantités  de 
pefanteurs  qu'ils  perdent  dans  le  même  fluide. 

Par  ce  moyen  on  trouve  la  raifon  des  pefanteurs. 
fpédfiques  des  folides,  en  pefant  dans  le  même  fluide, 
des  portions  de  ces  folides  qui  l'oient  également  pe- 
lantes dans  l'air,  &  en  remarquant  quelle  eftla  pefan- 
teur que  chacun  perd. 

Plufieurs  auteurs  ont  déterminé  les  pefanteurs  fpé~ 
cifiquis  de  difiérens  folides.  Ghétaldus  a  examina 
particulièrement  les  pefanteurs  fpédfiques  des  corps 
métalliques  ;  &  c'eft  de  lui  qu'Oughtrod  les  a  em- 
pruntées. On  trouve  dans  les  Tranfu'lions  pluhfh» 
phiques^  des  tables  fort  amples  des /'^Jrtrcwrj/^â/yi- 
^«c-.ç,  faites  par  diftérens  auteurs. 

Voici  celles  de  quelques-uns  des  corps  les  plus  or- 

Kkk  ij 


I  (>(>. 

7       i 

14. 

7  59- 

7 

71- 

5  33- 

5 

38. 

6  24. 

6 

44. 

5  49- 

6  23. 

5 
6 

5  5- 
35- 

5   15- 

5 

21. 

5   II- 

4  67. 

5 

4 

i?- 

75- 

4  3i- 

4 

42. 

5      I- 

5 

9- 

5     2.. 

5 

7' 

5  20. 

5 

^5- 

5   M- 

5 

28. 

5   14- 

5 

19. 

5  45- 

5 

53- 

7  ^7- 
4  53- 

7     43- 
eft  gelée  en  hiver; 

4  39- 
6   12. 

4 
6 

46. 
18. 

5    10. 

5 

13- 

5   II- 
5     8. 

5 
5 

14. 
II. 

444 


S  P  E 


dinaires ,  qui  ont  ctc  publices  par  le  P.  Merfcnne,  & 
depuis  par  ditiercns  auteurs. 

Table  des  pefanteurs  fpccifiques  de  difcrcnsfoUJcs. 
Un  poids  de  cent  livres  d'or  ell  égal  en  volume  à 

71  V  fie  mercure.              n       de  marbre. 

■60  ^  de  plomb.                  14       dcpicrre. 

54  {  d'argent.                    ^^  \  de  ioutre. 

.47  r^  de  cuivre.                    5       de  cire. 

45  d'airain.                       5  y  d'eau. 

4i  de  ter. 

39  d'ctain. 

38  î-  d'ctain  fin. 

26  d'aimant. 

Woyei  A  Canule    BALANCE     HYDROSTATIQUE  imc 
ïable  plus  étendue. 

8°.  Un  corps  rpécifiqiiement  plus  pefant  qu'un 
fluide  ,  y  dcfcend  avec  une  pelantcur  égale  à  l'excès 
de  Ion  poids  lur  celui  d'un  pareil  volume  de  ce  fluide. 

Donc  i".  la  force  qui  peut  l'outenir  dans  un  fluide 
un  corps  ipécifiquement  plus  pelant,  ell  égale  à  l'ex- 
cès de  la  pefantcur  abtblue  de  ce  corps, fur  celle  d'un 
pareil  voliune  de  fluide.  Par  exemple  ,  47  liv.  4-  de 
cuivre,  perdent  cinq  liv.  &  un  tiers  de  leur  poids 
dans  l'eau  ;  donc  une  puiffancc  de  41  liv.  fuflit  pour 
les  y  foutenir. 

i°.  Puifque  l'excès  de  poids  d'un  folide  fur  îe  poids 
d'un  fluide ,  eft  moindre  que  l'excès  du  même  fur  le 
poids  d'un  fluide  plus  léger,  ce  folide  defcendra  avec 
inolns  de  vîtelfe  dans  un  fluide  plus  pefant  que  dans 
un  autre  plus  léger. 

9°.  Un  corps  Spécifiquement  plus  léger  qu'un  flui- 
de ,  enfonce  dans  ce  fluide  jufqu'à  ce  que  le  poids 
d'une  quantité  de  ce  fluide  ,  égale  en  mafle  à  la  par- 
tie qui  eft  plongée ,  foit  égal  au  poids  du  corps  en- 
tier. 

Donc  i".  puifque  les  pefanteurs  ffKcifiques  des 
corps  qui  ont  le  même  poids ,  font  réciproquement 
comme  leurs  volumes ,  &  que  des  volumes  de  même 
poids  dans  différens  fluides,  font  comme  les  parties 
du  même  folide  qui  y  font  plongées  ;  les  pefanteurs 
fpécifiques  des  fluides  font  réciproquement  comme  les 
parties  du  même  corps  qui  y  font  plongées. 

2°.  Un  folide  donc  enfonce  plus  avant  dans  un  flui- 
de plus  léger  que  dans  un  plus  pefant,  &  d'autant 
plus  profondément  que  le  rapport  de  la  pcfanteur  fpé- 
clfiqut  du  folide  à  celle  du  fluide  efl  plus  grand. 

3".  Si  un  corps  ell  de  la  même pefanteur  fpéc'fique 
qu'un  fluide ,  tout  le  corps  y  enfoncera  ;  &  il  s'arrê- 
tera dans  quelque  endroit  du  fluide  qu'on  le  place. 

4°.  Si  un  corps  Ipécifiquement  plus  léger  qu'un 
fluide  ,  y  efi  entièrement  plongé  ,  il  fera  forcé  par 
les  colonnes  collatérales  du  fluide  de  remonter  avec 
une  force  égale  à  l'excès  de  pefanteur  d'un  pareil  vo- 
lume du  fluide  fur  la  pefanteur  du  folide. 

5".  Donc  un  corps  Ipécifiquement  plus  léger  qu'un 
fluide ,  &  placé  dans  le  fond  d'un  vafe  que  ce  fluide 
remplit ,  fera  foulevé  &  remontera. 

10".  La  pefanteur  fpécifique  d'un  folide  efl  à  la  pe- 
fanteur fpécif  que  d'un  fluide  plus  léger,  où  il  ell  plon- 
gé ,  comme  la  mafTe  de  la  partie  qui  y  efl  plongée  cil 
à  toute  la  mafle  entière. 

II''.  Les  pefanteurs  fpécifiques  des  folides  égaux, 
4bnt  comme  leurs  parties  plongées  dans  le  même 
fluide. 

1 2".  La  pefanteur  &:  la  mafle  d'un  corps ,  &  la  pe- 
fanteur d'un  fluide  fpccifiquement  plus  pefant  étant 
données,  trouver  la  force  requife  pour  tenir  le  folide 
plongé  entièrement  dans  le  fluide. 

Comme  cette  force  efl  égale  à  l'excès  de  pefanteur 
d'un  pareil  volume  de  fluide ,  fur  celle  du  folide ,  au 
moyen  de  la  mafle  donnée  du  folide  &  du  poids  d'un 
pic  cubique  du  fluide  ,  trouvez  par  la  règle  de  trois  , 
le  poids  d'un  volume  de  fluid©  égal  à  celui  du  corps. 


S  P  E 

Otez-enle  poids  du  folide;  le  refte  efl  la  force  deman- 
dée. Par  exemple,  luppofez  que  l'on  demande  la  for- 
ce nécefi'aire  pour  foutenir  dans  l'eau  un  folide  de 
8  plés  cubes  de  volume ,  6c  de  100  liv.  de  pefanteur; 
puilqu'un  pié  cubique  d'eau  pelé  70  liv.  le  poids  de 
8  pies  cubes  d'eau  efl  560,  ôtez-en  100  liv.  qui  efl: 
la  pelanteur  du  folide  ,  les  460  liv.  reftantes  l'ont  la 
force  néccjTaire  pour  tenir  le  folide  dans  l'eau  &  l'em- 
pêcher de  remonter. 

D'oii  il  fuit  que  pulfqu'un  corps  monte  dans  un 
folide  fpccifiquement  plus  pefant ,  avec  une  force 
égale  à  celle  qui  pourroit  l'empêcher  de  monter,  on 
peut  pareillement  par  le  préfent  problème,  trouver 
la  force  avec  laquelle  un  corps  fpécifiquement  plus 
léger  monte  ,  ou  tend  à  monter ,  dans  un  fluide  plus 
pelant. 

1 3*^.  La  pefanteur  d'un  corps  qui  doit  être  conf- 
truit  d'une  matière  fpécifiquement  plus  pelante,  8c 
celle  d'un  fluide  fpécifiquement  plus  léger,  étant 
donnée,  déterminer  la  cavité  que  le  corps  doit  avoir 
pour  nager  fur  le  fluide. 

La  pefanteur  d'un  pié  cubique  de  fluide  étant  don- 
née ,  on  trouve  par  la  règle  de  trois ,  le  volum.e  de  la 
portion  du  fluide  égale  en  poids  au  corps.  Si  donc 
on  fait  la  cavité  du  corps  telle  que  le  volume  foit  un 
peu  plus  gi-and  que  ce  volume  trouvé  ,  le  corps  aura 
moins  de  pefanteur  fous  le  même  volume ,  que  le  fliii-; 
de  ,  &  par  conféquent  fera  fpécifiquement  plus  lé- 
ger, &  ainfl  nagera  fur  le  fluide.  Par  exemple,  fup- 
pofez  qu'on  propofe  de  faire  une  boule  de  fer  du 
poids  de  30  liv.  de  telle  forte  qu'elle  pullTe  nager  fur 
l'eau.  Puifque  le  poids  d'un  pié  cubique  d'eau  efl  70 
liv.  une  mafle  d'eau  égale  en  poids  à  30  liv.  contien- 
dra les  ~  d'un  pié  cube ,  &  on  trouvera  facilement  Id 
diamètre  d'une  fphere  qui  ait  y  de  plés  cubes  de  fo- 
lidlté.  On  fera  enfulte  la  boule  de  fer  de  manière 
qu'elle  foit  creufe  en-dedans,  &;  que  fon  diamètre  foit 
plus  grand  que  le  diamètre  trouvé  ;  cette  boule  fur* 
nagera. 

Ces  différens  théorèmes  qu'on  a  annoncés  ,  peu-' 
vent  non  feulement  fe  démontrer  par  les  principes 
de  méchanique,mais  encore  être  confirmés  par  l'ex- 
périence. Foye^  le  cours  de  phyfique  expérimentale  de 
M.  Cottes,  traduit  de  l'anglois  M.  le  Monnier, 
doûeur  en  médecine  de  la  faculté  de  Paris ,  &  de  l'a- 
cadémie royale  des  Sciences  de  Paris  ,  1741.  Foye^ 
aufll  Particle  FluIDE.  fFolfSi.  Chambers.  (£  ) 

Spécifique,  (iVf^'^tc.)  nous  entendons  par  ^e- 
cifiquis  ,  les  médicamens  dont  la  vertu  efl  telle  qu'ils 
font  plus  efficaces  contre  certaines  maladies  détermi- 
nées ,  que  contre  d'autres  ;  enlorte  que  leurs  vertus 
réunies  ,  rempliffent  plufleurs  indications  curatives 
de  la  même  maladie.  La  rhubarbe ,  par  exemple ,  mé- 
rite la  préférence  fur  les  autres  médicamens  laxatifs 
dans  la  diarrhée  ,  en  ce  que  non-feulement  elle  éva- 
cue ,  mais  tempère  par  fon  amertume  balfamique  les 
fucs  cauftiqucs  ,  &  qu'en  celfant  d'opérer  comme 
purgatif,  elle  fortifie  le  ton  des  inteftins  trop  afFoi- 
bll ,  à  caufe  des  particules  légèrement  aftringentes 
qu'elle  contient. 

On  donne  à  d'autres  médicamens  le  nom  Ae.fpéci-' 
fiquis  ,  parce  qu'une  longue  expérience  a  fait  con- 
noître  la  vertu  qu'ils  ont  de  produire  des  eflets  favo- 
rables dans  certaines  maladies  ;  c'eft  ce  qui  a  fait 
donner  au  quinquina  le  nom  ào.  fpécifique  ,  pour  arrê- 
ter les  accès  des  fivres  Intermittentes  ;  à  l'opium, pour 
calmer  les  douleurs  ;  aux  mercuriels  ,  pour  guérir  les 
maladies  vénériennes. 

Enfin ,  il  y  a  des  remèdes  que  les  médecins  ap- 
Y'i^llQnt  fpécifiques,  pour  défigner  feulement  qu'ils  font 
plus  amis  que  d'autres  des  parties  qu'attaque  la  mala- 
die ,  &  qu'ils  leur  font  principalement  reffcntir  leur 
opération  ;  c'cfl  ainfl  que  les  nerfs  &  les  parties  ner- 
veufes  fe  trouvent  très  bien  des  remèdes  empreints 


s  P  Ê 


'une  huile  fiibtile  ,  aromatique  ,  de  bonne  odeur  ;    * 
:  qu'ils  Te  trouvent  mal  des  remèdes  irritans.  Dans 

putridité  ,  l'eiloniac  eft  réjoui  par  les  acides  qui  le 
ouvent  contraires  aux  maladies  des  bronches  des 
jumons.  Les  cantharides  ne  font  point  d'impreffion 
r  l'ellomac  ,  mais  elles  picotent  les  canaux  urinai- 
:s  des  reins ,  les  uretères ,  la  veffie  ^  &  leur  caufent 
:s  contrarions  l'palmodiques. 

Après  avoir  indiqué  les  divers  fens  qu'on  peut 
3nner  aux  remèdes  nommés fpccifiques  en  médecine, 
3US  allons  indiquer  en  peu  de  mots  ,  ceux  qui  con- 
ennent  davantage  pour  la  guérifon  de  différentes 
aladies  les  plus  communes. 

Le  quinquina  n'a  point  perdu  la  réputation  qu'il 
îft  acquife  àhs  le  commencement,  d'être  ÏQfpécifi- 
'.c  des  fièvres  intermittentes  ,  ou  du  moins  d'en  re- 
•imer  les  accès  :  le  fait  eu  certain  ,  quoique  la  ma- 
ere  foit  inconnue.  On  loue  encore  avec  raifon  ^ 
ms  les  mômes  lièvres,  \qs  fleurs  de  camomille  or- 
naire,  parce  que  leur  amertume  &  leur  huile  ont 
le  vertu  antifpafmodique  ,  &  une  autre  tonique  lé- 
:rement  aftringente. 

La  teinture  de  rhubarbe  &  de  gentiane  ,  prépa- 
c  avec  une  leflive  de  celle  de  tartre ,  &  l'efprit  uri- 
;ux  dufel  ammoniac,a  dans  plulieursefpeces  de  fie- 
■es  quartes  ,  une  efpece  de  vertu  fpiafiquz  ;  mais 
land  cette  fièvre  ne  cède  pas  à  ce  remède  ,  il  pa- 
•k  qu'on  peut  recourir  avantageufement  au  m.ercu- 
:  doux ,  ou  diaphorétique  ,  bien  préparé. 

Le  nitre  dépuré  avec  un  peu  de  camphre, les  adou- 
ffans ,  les  doux  anodins,  \ts  émuiïions,  &:  les  dia- 
lorétiques  fixes  ,  ont  ime  efpece  de  vertu  particu- 
;re  dans  toutes  les  inflammations  qui  font  accompa- 
lées  de  fièvre  ,  &  qui  communément  attaquent  les 
irtics  nerveufes  ,  comme  font  les  membranes  du 
irveau,  les  tuniques  de  l'eflomac,  la  plèvre,  les 
ronches  des  poumons. 

Lorfque  les  humeurs  ont  une  ^pofition  maligne  , 
eft-à-dire  une  difpofition  à  la  putréfaftion,lecam- 
we  marié  avec  le  nitre ,  mérite  des  éloges  ,  foit  que 
s  maladies  foient  aiguës  ou  chroniques.  On  doit 
:garder  ie  vinaigre ,  ou  (împle ,  ou  chargé  de  la  tein- 
ire  des  racines  cordiales ,  com.me  le  meilleur  des 
exiteres,  dans  la  peftemême.  Le  fuc  de  limons, de 
trons  ,  le  firop  de  limon  aromatifé  avec  Thuile  de 
;dre  ,  refifient  puilTamment  en  qualité  d'acides  ,  à 

diflbluîion  corruptible  des  humeurs. 

Les  douleurs  caufées  par  un  refierrement  fpafmo- 
ique  ,  font  utilement  mitigées  par  la  liqueur  ano- 
ine  minérale  d'Holfraan  ;  les  vents  dont  la  raréfac- 
on  caufe  une  extenfion  douloureufe  des  m.embra- 
2S  de  reflomac  &  des  inteftins ,  fe  difiipent  avanta- 
nilement ,  toutes  les  fois  qu'il  n'y  a  point  d'inflam- 
lation ,  par  l'écorce  d'orange  jointe  aux  fleurs  de  ca- 
romille  ,  &  par  d'autres  remèdes  femblables,  qui 
nt  une  huile  iubtile,  vaporeufe  ,  réunie  à  un  prin- 
ipe  aromatique  ,  qui  fortifient  &  adoucifient. 

Les  goutteux  font  foulages  par  l'ulage  abondant 
l  continué  d'une  décoclion  de  racine  d'armoife  , 
e  fcorzonerc  ,  de  fqifme  ,  de  régliflé,  &  de  polypo- 
e  ;  le  rob  de  fureau  ,  pris  intérieurement  à  la  dofe 
'une  once  ,  dans  un  liquide  convenable ,  eft  une  ef* 
cce  àc  fpécijique  pour  exciter  la  tranlpiration. 

Les  accidens  hyftériqucs  &:  hypocondriaques,  qui 
reviennent  de  la  contraction  fpaimodique  du  fyllc- 
le  des  nerfs  ,  ne  connoiffent  point  de  meilleur  re- 
»cde  que  l'exercice  du  corps  ,  les  gommes  balfa- 
fiques  ,  comme  l'alTa  foetida  ,  le  liigapenum  ,  l'opo- 
anax ,  le  calloreum ,  l'extrait  de  rhubarbe  ,  la  myr- 
lie  &  le  fafran  ,  pris  fouvcnt  à  dofe  modérée  ,  par- 
e  que  ces  remèdes  dillblvent  les  liqueurs  tenaces, 
k;  fortifient  le  ton  des  parties  nerveufes. 

Lorfque  le  tiffu  véficulaire  des  poumons  cft  en- 
gorgé dans  l'allhine  par  une  pituite  cpaiflc ,  la  gom- 


S   P  Ë  4^^ 

nte  ammoniaque  ,  le  baume  du  Pérou  ,  ï'opopanax  ^ 
réduits  en  pilules ,  ou  en  effence ,  avec  la  teinture  de 
tartre ,  {onx.  les  remèdes  les  plus  fpccifiqucs  ,  e'efl-à- 
dire  les  plus  appropriés  à  cette  maladie. 

Quand  les  mêmes  poumons  commencent  à  être  at- 
taqués de  phthifie  ,  c'eft  fur-tout  dans  le  lait  d'anef- 
fe  ,  ou  feul,  ou  coupé  avec  les  eaux  de  Sîlter ,  qu'iî 
faut  chercher  le  rem.ede  fpécifique  à  ce  mal  ,  en  y 
joignant  l'exercice  modéré  à  cheval,  avec  le  régime 
convenabl-e  d'ailleurs ,  pour  prévenir  la  putridité  des 
humeurs. 

L'hydropifie  dépendant  d'une  infinité  de  caufes 
particulières ,  n'a  point  de  remèdes  fpécifyues  ;  mais 
comme  l'écoulement  des  urines  eft  quelquefois  un 
des  moyens  deftinés  à  évacuer  les  eaux  des  hydro- 
piques ,  on  peut  confeiller  la  poudre  des  canthari- 
des ,  mêlée  avec  le  fel  de  tartre ,  quelques  grains 
de  nitre  dépuré ,  &  de  camphre  ,  fi  les  hum.eurs  ont 
difpofition  à  prendre  le  cours  des  urines  pour  s'éva- 
cuer ;  il  faut  enfuite  fortifier  le  corps  par  de  s  ban- 
dages, 

La  difpofition  des  reins  à  former  du  gravier ,  de-^ 
mande  un  long  &  fréquent  ufage  de  l'infufion  des 
fommités  de  mille  feuilles ,  ainfi  que  l'écorce  des  ra-. 
cincs  d'acacia  >  infufée  dans  l'eau. 

La  diffenterie ,  maladie  contagieufe  qui  fait  quel- 
quefois de  grands  ravages  ,  eft  ordinairement  heu- 
reufement  guérie  par  la  racine  de  l'Amérique,  con- 
nue fous  le  nom  à' ipecacuanha ,  quipaffe  dans  ce  mal 
pour  un  fpécifique. 

On  prefcrit ,  entre  les  remèdes  qui  peuvent  émouf- 
fer  l'acrimonie  ,  les  diaphorétiques  doux  ,  les  tem- 
pérans  ,  &  l'infufion  légère  de  rhubarbe  ;  enfin  on 
emploie  avec  fuccès,  l'écorce  de  cafcarille,pour  raf- 
fermir les  fibres  relâchées  des  inteftins,  &  calmer  les 
mouveniens  défordonnés. 

Les  vers ,  qui  préfentent  quelquefois  la  fcène  de 
plufieurs  accidens  ,  font  heureufement  attaqués  Sc 
chaffés  du  corps  par  l'extrait  de  rhubarbe ,  &  fur- 
tout  par  le  diagrède  ,  &le  mercure  doux  :  on  peut , 
dans  les  enfans  ,  faire  précéder  l'ufage  de  ces  remè- 
des ,  par  quelques  cuillerées  d'huile  d'olive  ,  ou  d'a- 
mande douce  ,  lefquels  comme  tous  les  huileux ,  cau- 
fent la  mort  des  vers  ,  fur-tout  fi  les  enfans  font  à 
jeun. 

Dans  les  maladies  vénériennes,  le  bois  &  l'écorcô 
de  gayac  ,  mais  fur-tout  le  mercure  ,  pafTent  depuis 
long-tems  pour  être  les  meilleurs y^ecZ/f^tt^i  connus. 
Le  gayac  empreint  l'eau  dans  laquelle  On  le  fait  bouil- 
lir ,  d'un  fel  fubtil  refineux  ,  qui  accélère  la  circula- 
tion de  la  mafle  du  fang  &  des  humeurs  ;  ce  qui  tend 
à  dilToudre  les  fucs  tenaces ,  &  à  lever  les  obftruc- 
tions. 

On  attaque  avec  fuccès  les  maladies  cutanées  i 
telles  que  l'herpès,  la  gale ,  &  aiUres  exulcérations  da 
la  peau  ,  par  le  foufre  diaphorétique  d'antimoine  ,  &C 
en  général  par  les  antimoniaux. 

La  ftagnation  des  humeurs  &  du  fang  ,  qui  procè- 
de d'une  contufion  des  parties  extérieures,  outre  les 
remèdes  externes  ,  admet  intérieurement  l'ufage  de 
l'infufion  ,  ou  de  la  décoftion  du  damozanium  ,  &C 
autres  plantes  de  ce  genre ,  qui  pofTcdent  des  vertus 
incifives  ,  réfolutives  ,  &  diicuflives. 

Voilà ,  dans  plufieurs  maladies,  les  remèdes  chol- 
fis  que  l'expérience  a  fait  connoîtrepour  les  plus  uti- 
les ,  &  dont  la  plupart  font  honorés  du  titre  àcj'pài- 
fqnas  ;  cependant  les  vertus  de  tous  ces  médicamcns» 
même  des  plus  vantés,  ne  font  jamais  que  relatives, 
l>()rnécs  &  limitées  à  certaines  difpofitions&circonl- 
tances;  ils  demandent  tous  d'être  réglés parune  mé- 
thode convenable  ,  &  par  les  lumières  d'un  fage  mé- 
decin qui  connoifle  les  caufes  de  la  maladie,  le  ré;j;i- 
me ,  le  genre  de  vie  qu'il  faut  fiiivre  pendant  l'ufage 


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S  P  E 


de  ces  remèdes ,  la  manière  de  les  combiner ,  &  com- 
bien de  tems  il  faut  les  continuer. 

Nous  n'avons  donc  garde  d'imaginer  qu'il  y  ait  des 
remèdes  qui  produiient  toujours  un  cltet  lalutaire 
dans  tous  les  lujets  :  nous  n'entendons  \^z.r  J'picifiques , 
comme  nous  l'avons  déjà  dit ,  que  les  remèdes  con- 
nus ,  qui  ont  généralement  une  taculté  particulière  , 
ou  Ipéciale,  dans  certaines  maladies  préfcrablement 

à  d'autres. 

A  plus  forte  raifon  fommes-nous  convaincus  qu'il 
n'y  a  ni  panacées ,  ni  fecrets ,  nij'pccifiqiics  univerfels. 
Ceux  qui  prétendent  d'en  poffeder  ,  ne  font  que  des 
fourbes  &  des  charlatans  :  fi  l'on  croit  ces  gens-là  , 
dit  la  Bruyère  ,  le  remède  qu'ils  ont  eft  un  bien  de 
famille  quis'eft  amélioré  dans  leurs  mains  ;  de  fpéciji- 
que  qu'il  étoit  contre  un  feul  mal,  il  les  guérit  tous 
par  les  expériences  qu'ils  en  ont  faites  ;  forcez  un 
peu  votre  mémoire  ,  ajoute-t-il ,  nommez  une  ma- 
ladie ,  la  première  qui  vous  viendra  dans  l'efprit , 
l'épilepfie  ,  dites-vous  ,  ils  la  guériflent.  Ils  ne  ref- 
fufcitent  perfonne ,  à  la  vérité  ,  ils  ne  rendent  pas  la 
.vie  aux  hommes,  mais  ils  les  conduifent  nécélfaire- 
jnent  à  la  décrépitude  ,  &  ce  n'eft  que  par  hafard 
que  leurs  pères  &l  leurs  ay  euls ,  qui  avoient  leurs  />^'- 
cifiquts  6c  leurs  fecrets ,  font  morts  fort  jeunes.  (  Le 
chevalier  DE  J  AU  COURT.  ) 

SPECILLUM,  ou  SPECULUM ,  eft  un  inftrument 
'de  chirurgie  ,  qui  fert  à  fonder  &  écarter  les  plaies  , 
&c.  c'eft  la  même  choie  que  fonde.  Foye^  Sonde.  (F) 

SPECTABILES  ,  (  Littérature  )  titre  d'honneur 
qu'on  donnoit  aux  nobles  du  fécond  rang  fous  les 
empereurs  romains  ;  mais  c'étoit  un  titre  inconnu 
du  tems  de  la  république.  Il  y  avoit  deux  autres  qua- 
lifications dans  le  difcours  ,  accordées  àlanobleffe, 
"dont  la  principale  étoit  celle  de  illupes ,  &  la  moin- 
'dre  celle  de  clarifflmi.  (^D.  J.^ 

SPECTACLES  ,  (  Invent.  anc.  &  mod.)  repréfen- 
tations  publiques  imaginées  pour  amufer,  pour  plai- 
re ,  pour  toucher ,  pour  émouvoir,  pour  tenir  l'ame 
occupée  ,  agitée  ,  àc  quelquefois  déchirée.  Tous  les 
fpeclacles  inventés  parles  hommes,  offrent  aux  yeux 
du  corps  ou  de  l'efprit,  des  chofes  réelles  ou  feintes  ; 
&  voici  comme  M.  leBatteux,  dont  j'emprunte  tant 
de  chofes  ,  envifage  ce  genre  de  plaifir. 

L'homme  ,  dit-il ,  eft  né  fpedtateur;  l'appareil  de 
tout  l'univers  que  le  Créateur  femble  étaler  pour  être 
vu  &  admiré  ,  nous  le  dit  affez  clairement.  Aufli  de 
tous  nos  fens  ,  n'y  en  a-t-il  point  de  plus  vif,  ni  qui 
nous  enrlchifle  d'idées  ,  plus  que  celui  de  la  vue  ; 
■mais  plus  ce  fens  eft  aftif ,  plus  ilabefoin  de  chan- 
ger d'objets  :  auflltôt  qu'il  a  tranfmis  à  l'efprit  l'ima- 
ge de  ceux  qui  l'ont  frappé ,  fon  aftivité  le  porte  à 
en  chercher  de  nouveaux  ,  &  s'il  en  trouve ,  il  ne 
manque  point  de  les  iaifir  avidement.  C'eft  de -là 
que  font  venus  les  fpeclacles  établis  chez  prefque  tou- 
tes les  nations.  Il  en  faut  aux  hommes  de  quelque 
«fpece  que  ce  foit  :  &  s'il  eft  vrai  que  la  nature  dans 
fes  effets ,  la  fociété  dans  fes  cvénemens ,  ne  leur  en 
iburnlft'ent  de  piquans  que  de  loin  à  loin  ,  ils  auront 
grande  obligation  à  quiconque  aura  le  talent  d'en 
créer  pour  eux,  ne  fût-ce  que  des  phantômes  &  des 
reffemblances  ,  fans  nulle  réalité. 

Les  grimaces,  les  prcftiges  d'un  charlatan  monté 
fur  des  tréteaux,  quelque  animal  peu  connu ,  ou  inf- 
truità  quelque  manège  extraordinaire,  attirent  tout 
un  peuple ,  l'attachent ,  le  retiennent  comme  mal- 
gré lui  ;  &  cela  dans  tout  pays.  La  nature  étant  la 
mime  par-tout ,  &  dans  tous  les  hommes  ,  favans 
&  ignorans ,  grai^ds  &  petits ,  peuple  &  non  peu- 
ple ,  il  n'étoit  pas  poffiblc  qu'avec  le  tems  \es  fpecla- 
cles de  l'art  n'euffent  pas  lieu  dans;  la  fociété  humai- 
ne ;  mais  de  quelle  elpece  devoient-ils  être ,  pour 
faire  la  plus  grande  impreffion  de  plaifir  .> 

On  peut  préfcnter.les  effets  de  la  nature ,  luie  ri- 


S  P  E 

viere  débordée ,  des  rochers  efcarpés ,  des  plaines  ' 
des  forêts  ,  des  villes,  des  combats  d'animaux  ;  mais 
ces  objets  qui  ont  pau  de  rapport  avec  notre  être 
qui  ne  nous  menacent  d'aucun  mal ,  ni  ne  nous  pro- 
mettent aucun  bien  ,  font  de  pures  curiofités  :  ils  ne 
frappent  que  la  première  fois  ,  &  parce  qu'ils  font 
nouveaux  :  s'ils  plaifent  une  féconde  fois  ,  ce  n'eft 
que  par  l'art  heu  reniement  exécuté. 

Il  faut  donc  nous  donner  quelque  objet  plus  inté- 
reffant ,  qui  nous  touche  déplus  près;  quel  fera  cet 
objet  ?  nous-mêmes.  Qu'on  nous  faffe  voir  dans  d'au- 
tres hommes  ,  ce  que  nous'fommes,  c'eft  de  quoi 
nous  intérefl'er  ,  nous  attacher  ,  nous  remuer  vive- 
ment. 

L'homme  étant  compofc  d'un  corps  &  d'une  ame, 
il  y  a  deux  fortes  àe  fpeclacles  qui  peuvent  l'intéref- 
fer.  Les  nations  qui  ont  cultivé  le  corps  plus  que  l'ef- 
prit, ont  donné  la  préférence  aux  y/7ef7<zc/t'i  oii  la  for- 
ce du  corps  &  la  foupleffe  des  membres  fe  mon- 
troient.  Celles  qui  ont  cultivé  l'efprit  plus  que  le 
corps  ,  ont  préféré  les  fpeclacles  oii  on  voit  les  ref- 
fources  du  génie  &  les  refforts  des  paflions.  Il  y  en 
a  qui  ont  cultivé  l'un  &  l'autre  également ,  &  les 
fpeclacles  des  deux  efpeces ,  ont  été  également  en 
honneur  chez  eux. 

Mais  il  y  a  cette  différence  entre  ces  deux  fortes 
àejpeclacles,q\.ie  dans  ceux  qui  ont  rapport  au  corps, 
il  peut  y  avoir  réalité,  c'eft-à-dire  que  les  chofes  peu- 
vent s'y  paffer  fans  feintes  &  tout  de  bon ,  comme 
dans  les  fpeclacles  des  gladiateurs,  où  il  s'agiffoit  pour 
eux  de  la  vie.  Il  peut  le  faire  auftl  que  ce  ne  foit  qu'- 
une imitation  de  la  réabté ,  comme  dans  ces  batailles 
navales  où  les  Romains  flatteurs  repréfentoient  la 
vidoire  d'Aclium.  Ainfi  dans  ces  fortes  de  fjjeclacles^ 
l'aûion  peut  être  ou  réelle  ,  ou  feulement  imitée. 

Dans  les  fpeclacles  où  l'ame  fait  fes  preuves,  if 
n'eft  pas  poffible  qu'il  y  ait  autre  chofe  qu'imitation  , 
parce  que  le  deffein  feul  d'être  vu  contredit  la  réali- 
té des  paffions  :  un  homme  qui  ne  fe  met  en  colère^ 
que  pour  paroître  fâché  ,  n'a  que  l'image  de  la  colè- 
re ;  ainfi  toute  paftion ,  dès  qu'elle  n'eft  que  pour  le 
fpeclucle ,  eft  néceffairement  paiîion  imitée,  feinte^ 
contrefaite  :  &  comme  les  opérations  de  l'efprit  font 
intimement  liées  avec  celles  du  cœur,  en  pareil  cas,' 
elles  font  de  même  que  celles  du  cœur ,  feintes  &  ar- 
tificielles. 

D'où  il  fuit  deux  chofes  :  la  première  qwe  lesfpec» 
tacles  où  on  voit  la  force  du  corps  &  la  foupleffe ,  ne 
dem.andent  prefque  point  d'art,  puifque  le  jeu  en  efl 
franc ,  férieux  ,  &  réel  ;  6c  qu'au  contraire  ceux  oti  ■ 
l'on  voit  l'adion  de  l'ame  ,  demandent  un  art  infini  ,■ 
puifque  tout  y  eft  menfonge  ,  &  qu'on  veut  le  faire 
paffer  pour  vérité. 

La  féconde  conféquence  eft  que  les  fpeclacles  du 
corps  doivent  faire  une  impreffion  plus  vive  ,  plus 
forte  ;  les  fecoulles  qu'ils  donnent  à  l'ame  ,  doivent 
la  rendre  ferme  ,  dure ,  quelquefois  cruelle.  Lesfpec' 
tacles  de  l'ame  au-contraire,  font  une  impreffion  plus 
douce,  propre  àhumanifer,  àattendrirle  cœurplu- 
tôt  qu'à  l'endurcir.  Un  homme  égorgé  dans  l'arène ,'  " 
accoutume  le  fpeclateur  à  voir  le  fang  avec  plaifir. 
Hippolyte  déchiré  derrière  la  fcene  ,  l'accoutiime  à 
pleurer  fur  le  fort  des  malheureux.  Le  premier  fpsc- 
tacle  convient  à  un  peuple  guerrier  ,  c'eft-à-dire  def- 
trudeur;  l'autre  eft  vraiment  un  art  de  la  paix,  puil- 
qu'il  lie  entr'eux  les  citoyens  par  la  compailion  & 
l'humanité. 

Les  derniers  fpeclacles  font  fans  doute  les  plus  di- 
gnes de  nous,  quoique  les  autres  foient  une.paffion 
qui  remue  l'ame  6c  la  tient  occupée.  Tels  étoient 
chez  les  anciens  lefpeclacle  des  gladiateurs  ,  les  jeux 
olympiques,  circenfes  &  funèbres  ;  &  chez  les  mo- 
dernes ,  les  combats  à  outrance  ,  &  les  joutes  à  fer 
émoulu  qui  ont  çeffé,  La  plupart  des  peuples  poli* 


s  P 


E 


ne  joutent  plus  que  les  fpeclacles  menfongers  qui 
ont  rapport  à  l'ame  ,  les  opéras  ,  les  Goméclies ,  les 
tra<:;édi^s  ,  les  pantomimes.  Mais  une  choie  certaine, 
c'clt  que  dans  toute  tï^QccàeJpzclacles^on  veut  être 
ému,  touché,  agité  ou  par  le  plailir  de  TépanouilTe- 
ment  du  cœur  ,  ou  par  ion  déchirement ,  eipece  de 
plailir  ;  quand  les  adeurs  nous  laiiTent  immobiles  ^ 
on  a  regret  à  la  tranquillité  qu'on  emporte  ,  &  on 
cfl  indigné  de  ce  qu'ils  n'ont  pas  pu  troubler  notre 
repos. 

C'efl  le  même  attrait  d'émotion  qui  fait  aimer  les 
inquiétudes  6c  les  alarmes  que  caulent  les  périls  où 
l'on  voit  d'autres  hommes  expoiés  ,  fans  avoir  part 
îi  leurs  dangers.  Il  eil  touchant ,  dit  Lucrèce  ,  de  nat. 
nr.  iib,  IL  de  conlldérer  du  rivage  un  vailfeau  luttant 
contre  les  vagues  qui  le  veulent  engloutir ,  comme 
de  regarder  une  bataille  d'une  hauteur  d'où  l'on  voit 
en  fureté  la  mêlée. 

Suave  mari  magno  turbantibus  œquora  vends 
E  terra  alteriui  rnagnam  fpecïare  laborern  ; 
Suave  etiam  beiii  certamïna  magna  tueri 
Per  campos  injlrucla  tuijine  parte  perïcli, 

Perfonne  n'ignore  la  dépenfe  exceiîlve  des  Grecs 
&  des  Romains  en  fait  de  fpeclacles  ,  &  fur-tout  de 
ceux  qui  tendoient  à  exciter  l'attrait  de  l'émotion. 
La  repréfentation  de  trois  tragédies  de  Sophocle 
coûta  plus  aux  Athéniens  que  la  guerre  du  Péiopon- 
ixt^Q.  On  fait  les  dépenfes  immenies  des  Romains 
pour  élever  des  théâtres  ,  des  amphithéâtres  &:  des 
cirques  ,  même  dans  les  villes  des  provinces.   Quel- 
ques-uns de  ces  bâtimens  qui  lubliitent  encore  dans 
[cur  entier  ,  font  les  monumens  les  plus  précieux  de 
i'architefture  antique.  On  admire  même  les  ruines 
de  ceux  qui  font  tombés.  L'hilîoire  romaine  ell:  en- 
core remplie  de  faits  qui  prouvent  la  paliion  déme- 
furée  du  peuple  pour  \tsfpectucles  ,  &  que  les  prin- 
ces &  les  particuliers  faiioient  des  frais  immenfes 
pour  la  contenter.   Je  ne  parlerai  ceperidant  ici  que 
du  payement  des  adeurs.  iEibpus ,  célèbre  comé- 
dien tragique  &  le  contemporain  de  Cicéron  ,  laiifa 
en  mourant  à  ce  fils ,  dont  Horace  &  Pline  font  men- 
:ion  comme  d'un  fameux  dillipateur  ,  une  lùccelfion 
de  cinq  millions  qu'il  avoit  amafles  à  jouer  la  comé- 
die. Le  comédien  Rofcius  ,   l'ami  de  Cicéron ,  avoit 
par  an  plus  de  cent  mille  francs  de  gages.    11  faut 
même  qu'on  eût  augmenté  les  appointemens  depuis 
l'état  que  Pline  en  avoit  vu  drelfé,  puifque  Macro- 
bé  dit  que  ce  comédien  touchoit  à.QS  deniers  publics 
près  de  neuf  cens  francs  par  jour,  &  que  cette  ibmme 
étoit  pour  lui  iéul  :  il  n'en  partageoit  rien  avec  fa 
troupe. 

Voilà  comment  la  république  romaine  payoit  les 
gens  de  théâtre.  L'hiftoire  dit  que  Jules  Celar donna 
vingt  mille  écus  à  Laberius  ,  pour  engager  ce  poëte 
;\  jouer  lui-même  dans  une  pièce  qu'il  avoit  compo- 
fée.  Nous  trouverions  bien  d'autres  profulions  ious 
les  autres  empereurs.  Enfin  Marc-Aurele ,  qui  l'ou- 
vent  eil  défigné  par  la  dénomination  d'Antonin  le 
philofophe  ,  ordonna  que  les  afteurs  qui  jouroient 
dans  les  fpeclacles  que  certains  magiitrats  étoient  te- 
nus de  donner  au  peuple  ,  ne  pourroient  point  exi- 
ger plus  de  cinq  pièces  d'or  par  repréfentationj,  & 
que  celui  qui  en  faifoit  les  frais  ne  pourroit  pas  leur 
donner  plus  du  double.  Ces  pièces  d'or  étoient  à-peu- 
près  de  la  valeur  de  nos  louis ,  de  trente  au  marc  ,  &c 
qui  ont  cours  pour  vingt-quatre  francs.  Tite-Live 
dfinit  fa  diiîértation  fur  l'origine  6c  le  progrès  des  re- 
préfentations  théâtrales  à  Rome  ,  par  dire  cm'un  di- 
vertiifcmcnt ,  dont  les  commencemens  avoient  été 
peu  de  choie,  étoit  dégénéré  en  des  Jpecf ai  les  ii 
fomptueux ,  que  les  royaumes  les  plus  riches  au- 
roient  eu  peine  à  en  foutenir  la  dépenie. 

Quant  aux  beaux  arts  qui  préparent  les  lieux  de 


S  P  E 

la  fcene  des  fpeclacles  ,  c'étoit  une  chofe  magnifique 
chez  les  B.omains.  L'architeûure ,  après  avoir  formé 
ces  lieux  ,  les  embellifibit  par  le  fecours  de  la  pein- 
ture &  de  la  fculpture.  Comme  les  dieux  habitent, 
dans  l'olympe ,  les  rois  dans  des  palais ,  le  citoyen 
dans  fa  maiion  ,  &  que  le  berger  eft  aifis  à  l'ombrô 
des  bois  ,  c'eil  aux  arts  qu'il  appartient  de  repréfen- 
ter  toutes  ces  chofes  avec  goût  dans  les  endroits 
deilinés  aux  fpeclacles.  Ovide  ne  pouvoit  rendre  le 
palais  du  ioleil  trop  brillant ,  ni  Miiton  le  jardin  d'E- 
den  trop  délicieux  :  mais  fi  cette  magnificence  eft 
au-deilus  des  forces  des  rois ,  il  faut  avouer  d'un  au^ 
tre  côté  que  nos  décorations  iont  fort  mefquines  ,  & 
que  nos  lieux  de  fpeclacles^  dont  les  entrées  reiTem- 
blent  à  celles  des  priions ,  offrent  une  perfpeftive 
des  plus  ignobles.  (  Le  CnevaVur  DE  Jav COURT.  ) 

SpECIATEUR  ,  eil  une  perfonne  qui  ainile'àun 
fpecvacle.  ^oye.^  Spectacle. 

Chez  les  Romains ,  i'^tkXdXewts  ^  fpeclatores ,  figni- 
fîoient  plus  particulièrement  une  forte  de  gladiateurs 
qui  avoient  obtenu  leur  congé  ,  &  qui  étoient  fou- 
vent  gagés  pour  a/fiiter  comme  fpeciatews  aux  com- 
bats de  gladiateurs ,  &c.  dont  on  régaloit  le  peuple* 
f^ojei  Gladiateur. 

SPECTRE  ,  f  m.  {Métaphyfiqiie.)  on  appeîle7>ec- 
très  certaines  lubflances  fpirituelles  ,  quiie  font  voir 
ou  entendre  aux  hommes.  Quelques-uns  ont  cru  que 
c'étoient  des  âmes  des  défunts  qui  reviennent  &  fe 
montrent  fur  la  terre.  C'étoit  le  fentiment  des  Pla- 
toniciens ,  comme  on  le  peut  voir  dans  le  Phédon  da 
Platon  ,  dans  Porphyre  ,  &c.  En  général  l'opinion 
touchant  l'exiilence  des  fpeclres  étoit  affez  commune 
dans  le  paganilme.  On  avoit  même  établi  des  fjtes 
6c  des  foleinnités  pour  les  âmes  des  morts ,  afin 
qu'elles  ne  s'avifalîént  pas  d'effrayer  les  hommes  par* 
leurs  apparitions.  Les  cabaliftes  6c  les  rabbins  parmi 
les  Juifs  n'étoient  pas  m.oins  pour  ks  Jpe&rcs.  Il  taut 
dire  la  même  chofe  des  Turcs ,  &  même  de  prefque 
toutes  les  feftes  de  la  religion  chrétienne.  Les  preu- 
ves que  les  partifans  de  cette  opinion  en  donnent 
font  des  exemples  ou  profanes  ou  tirés  deFEcriture- 
fainte.  Baronius  raconte  uh  fait,  dont  il  croit  que 
perfonne  ne  peut  douter  :  c'efl  la  fameufe  apparition 
de  Marfilius  Ficinus  à  fon  ami  Michael  Mercato.  Ces 
deux  amis  étoient  convenus  que  celui  qui  mourroit 
le  premier;  reviendroit  pour  inflruire  l'autre  delà 
vérité  des  chofes  de  l'autre  vie.  Quelque  tems  après, 
Mercato  étant  occupé  à  méditer  fiir  quelque  choie  , 
entendit  tout-d'un-coup   une   voix  qui  l'appelloit: 
c'étoii  Ion  ami  Ficinus  qu'il  vit   monté  fur  un  che- 
val blanc ,  mais  qui  difparut  dans  le  moment  que 
l'autre  l'appclla  par  ion  nom. 

La  féconde  opinion  fur  l'efTence  des  fpecircs  eil 
celle  de  ceux  qui  croient  que  ce  ne  font  point  les 
âmes  qui  reviennent, mais  une  troifieme  partie  dont 
l'homme  eil  compofé.  C'efl-là  l'opinion  de  Théo- 
phraile  ,  Paracelfe,  &  tous  ceux  qui  croient  que 
l'homme  efl  compofé  de  trois  parties;  lavoir  de  l'ame,  • 
du  corps  6c  de  l'efprit.  Selon  lui,  chacune  de  les  par- 
ties s'en  retourne  après  la  mort  à  l'endroit  d'oh  elle 
étoit  fortie.  L'ame  qui  vient  de  Dieu  ,  s'en  retourne 
à  Dieu.  Le  corps  qui  eil  compofé  de  deux  élémens 
inférieurs ,  la  terre  6c  l'eau  ,  s'en  retourne  à  la  terre, 
&  la  troifieme  partie  ,  qui  ell  l'efprit ,  étant  tirée  des 
deux  elémens  iiipéricursl'air  &  le  feu  ,  s'en  retourne 
dans  l'air,  où  avec  le  tems  elle  efl  di (foute  comme 
le  corps  ;  &  c'efl  cet  efprit ,  &  non  pas  l'ame ,  qui  fe 
mêle  des  apparitions.  Théophralle  ajoute  qu'il  fe  fait 
voir  ordinairement  dans  les  lieux  &  auprès  des  cho- 
fes qui  avoient  le  plus  frappé  la  perfonne  qu'il  ani- 
moit;  parce  qu'il  lui  en  étoit  relié  des  imprellions 
extrêmement  fortes. 

La  troifieme  opinion  efl  celle  qui  attribue  les  ap- 
paritions auxelprits  élémentaires.  Paracelie  ôcquel- 


448  S  P  E 

ques-uns  de  fes  fc£tr.tcurs  croient  que  chaque  clé- 
ment eft  rempli  d'un  cci  tain  nombre  d'el'prits  ,  que 
les  altrcs  iont  la  demeure  des  lalamandres  ,  l'air  cel- 
le des  iylnhes ,  l'eau  celle  des  nymphes  ,  &  la  terre- 
ce  lie  des  pigmées. 

La  quatrième  opinion  regarde  comme  des  fpcc/rcs 
les  exhalailbns  des  corps  qui  pourriffent.  Les  parti- 
fans  de  cette  hypothefe  croient  que  ces  exhalailbns 
rendues  plus  épailies  par  l'air  de  la  nuit ,  peuvent  re- 
préfcnter  la  figure  d'un  homme  mort.  C'ert  la  philo- 
ibphic  de  Cardan  6c  d'autres  :  elle  n'eft  pas  nouvelle. 
On  en  trouve  des  traces  dans  les  anciens  ,  &i"ur-tout 
dans  la  troade  de  Séneque. 

Enfin  la  cinquième  opinion  donne  pour  caufe  des 
fpeclns  des  opérations  diaboliques.  Ceux-ci  fiippo- 
lent  la  vérité  des  apparitions  comme  un  tait  hilîori- 
que  ,  dont  on  ne  peut  point  douter  ;  mais  ils  croient 
que  c'cll  l'ouvrage  du  démon  quife  formant  un  corps 
de  l'air,  s'en  fert  pour  fes  ditTérens  dcffeins.  Ilsfou- 
tiennentque  c'eil  la  manière  la  plus  convenable,  & 
la  moins  embarraflante  pour  expliquer  les  appari- 
tions. 

Nonohftant  le  grand  nombre  de  ceux  qui  croient 
les Jpeclrn  6c  qui  cherchent  à  expliquer  leur  pollibi- 
lité  ,  il  y  a  eu  de  tout  tems  des  philofophes  qui  ont 
ofé  nier  leur  exiftence.  On  en  peut  faire  trois  c'affes. 
On  peut  mettre  dans  la  première  ceux  qui  n'admet- 
tent aucune  différence  entre  le  corps  &C  l'efprit , 
comme  Spinofa  ,  qui  foutenant  qu'il  n'y  a  qu'une 
feule  fubftance  ,  ne  peut  point  admettre  àes/pdHres. 
On  peut  mettre  dans  la  féconde  claffe  ceux  qui  pa- 
roifTent  croire  l'exillence  du  diable  ,  mais  qui  lui 
ôtent  tout  pouvoir  fur  la  terre.  La  troifieme  claffe 
comprend  ceux  qui  admettent  le  pouvoir  du  diable 
fur  la  terre  ,  mais  qui  nient  qu'il  puilfe  prendre  un 
corps. 

Spectres  ^  ks  ,  f.  m.  pi.  (Conc/iy/iolog.')  en  latin 
conchafpccïromni  ,  en  anglois  du  [pcârt-shelL  ;  les  au- 
teurs appellent  ainli  une  volute  fmguliere  de  la  claffe 
de  celles  qui  ont  le  fommet  élevé,  ^oyc^  Volutes. 

Ce  nom  lui  vient  de  figures  bifarres  &:  frappantes 
dont  elle  eft  chargée.  Ces  figures  font  rougeâtres  fur 
im  fond  blanc  ,  ce  qui  les  fait  paroître  plus  effrayan- 
tes. Elles  forment  deux  grandes  &  larges  fafcies  qui 
environnent  toute  la  volute  depuis  le  fommet  juf- 
qu'au  bas,  &  entre  ces  fafcies  régnent  des  cordons 
affez  réguliers  de  taches  &:  de  différens  points.  Cette 
coquille  ell:  rare  ,  &  fe  vend  ordinairement  fort  cher. 
(Z)./.) 

Spectre  colore  ,  (  Optique.  )  eft  le  nom  que 
l'on  donne  à  l'image  oblongue  &  colorée  du  foleil , 
formée  par  le  prifme  dans  une  chambre  obfcure. 
Voyti  Couleur  6-  Prisme. 

SPÉCULAIRE,  pierre  ,  ijî'ifi.  nat?)  nom  donné 
par  quelques  naturalises  à  luie  pierre  gypfeufe  ou 
pierre  à  plâtre ,  qui  cft  compoiée  de  feuillets  bril- 
lans  comme  ceux  du  talc  ;  on  l'appelle  aufii  miroir 
•des  ânes.  Elle  eff  ou  blanche,  ou  jaunâtre,  ou  de  cou- 
leur d'iris.  Il  s'en  trouve  beaucoup  à  Montmartre. 

SPECULARl  A  ,  (  Andq.  rom.  )  on  nommoit  ainfi 
l'efpece  de  vitrage  faite  de  pierres  fpéculaires  ,  & 
qu'on  employoit  aux  fenêtres  avant  que  le  verre  fut 
d'ufage.  (Z?.  y.) 

SPECULATIF,  adi.(P/n7.)  on  appelle  ainfiles, 
connoiffances  qui  fe  bornent  à  la  fpéculation  des  vé- 
rités, &  qui  n'ont  point  la  pratique  pour  objet.  A'oje^ 
Pratique. 

SPÉCULATION  J.i.{  Gram.)  examen  profond 
&  réfléchi  de  la  nature  &  des  qualités  d'une  chofe. 
Ce  mot  s'oppoié  l\  pratique,  hz  fpéculation  recherche 
ce  que  c'eft  que  l'objet  ;  la  pratique  agit.  Ainfi  l'on 
peut  dire  que  laphilolbphie,la  vertu  ,  la  religion  ,  la 
morale,  ne  font  pas  des  fcicnces  de  pure  fpccu/ation. 
■Celui  qui  n'en  a  que  lajpéculatioriy  n'elt  que  le  fantôme 


S   P  E 

d^'unpVilofophc,  d'unhcmme  vertueux, religieux,  mo- 
ralilte.  La  phy  fique  a  (tsfpkulations  ,  qu'il  faut  met- 
tre à  l'épreuve  de  l'expérience  ;  que  feroit-cc  qu^ 
les  mathématiques  fans  les  problèmes  d'utilité  ,  aux- 
quelles on  arrive  par  la  démontlration  de  fes  propo- 
fuionsfpéculatives?  Les  théorèmes  font  la  partie  de 
fpéaduùon.  Les  problèmes  font  la  partie  de  pra- 
tique. 

Spéculation  ,  terme  de  marchand  d'ctofcs  ,  forte 
d'étoffe  non-croifée  qui  fe  fabrique  pour  l'ordinaire 
à  Paris ,  dont  la  chaîne  ell:  de  foie  cuite  ou  teinte  , 
&  la  trème  de  fil  blanc  de  Cologne ,  ou  de  fil  de  co- 
ton blan.  Sa  largeur  efl  communément  de  demi-aune, 
moins  un  feize ,  mefiare  de  Paris.  Il  s'en  fait  de  moi- 
rée &  de  non-moirée  de  différentes  couleurs.  Savury, 
{D.J.) 

SP ELULUM  ,  terme  de  Chirurgie  ,  nom  qu'on  a 
donné  à  différens  inffrumens  qui  dilatent  des  cavités. 
Ce  mot  efl  latin  ,  &  fignifie  miroir.  On  s'en  efl  fervi 
pour  les  inffrumens  qui  font  voir  ce  qui  fe  trouve 
contre  nature  dans  les  cavités  qu'ils  tiennent  ou- 
vertes. 

SpectUurn  ani ,  efl  un  inflrument  dont  on  fe  fert 
pour  écarter  le  foudement ,  examiner  le  mal ,  tirer 
des  os  ,  &  enlever  toute  matière  qui  peut  s'y  être 
fixée.  Voyei^  Dilatatoire. 

Spéculum  matricis  ,  efl  un  infiniment  dont  on  fe 
fert  pour  examiner  &  panfer  les  endroits  qui  fe  trou- 
vent viciés  dans  les  parties  fecretes  des  femmes.  Il  a 
la  même  forme  que  \q  fpeculum  arû.  Foye^^  Dilata- 
toire. 

Spéculum  oris ,  efl  un  inflrument  qui  fert  à  examiner 
les  maux  de  bouche.  Il  y  en  a  de  deux  fortes.  L'un 
fert  à  contenir  la  langue  afin  de  voir  plus  aifément 
le  fond  de  labouche. /^V>'e;(;  Glossocatoche.  L'au- 
tre efl  un  inflrument  qui  fert  à  ouvrir  &  dilater  la 
bouche  par  force  ,  afin  de  faire  prendre  au  malade 
du  bouillon  ou  des  remèdes  liquides. 

Cet  inflrument  efl  compofé  de  deux  colonnes  cy- 
lindriques ,  hautes  pour  le  moins  de  trois  pouces  , 
parallèles  entr'elles  ,  diflantes  l'une  de  l'autre  d'ua 
pouce  &  demi ,  pofées  fur  un  piédcflal ,  dont  la  bafe 
ell  percée  perpendiculairement  en  écrou.  Au  haut 
des  colonnes  font  fituées  horifontalement  deux  pla- 
ques d'acier  de  figure  pyramidale  tronquée,  c'efl-à- 
dire  ,  qu'elles  font  plus  larges  du  côté  des  colonnes 
que  vers  leur  pointe.  L'inférieure  efl  mobile  ,  la  fu- 
péricure  efl  nxe.  Elles  ont  extérieurement  quatre 
entaillures  formées  par  autant  de  bifeaux  pour  les  em- 
pêcher de  gliffer  quand  elles  font  entre  les  dents.  La 
plaque  inférieure  a  trois  trous.  Ceux  des  côtes  fer- 
vent à  loger  les  colonnes  fur  lefquelles  elle  gliffe  ; 
celui  du  milieu  reçoit  la  foie  d'une  vis  à  double  pas  , 
qui  paffe  par  l'écrou  du  piédeflal ,  &  dont  l'extré- 
mité inférieure  efl  terminée  en  trèfle  pour  le  tour- 
ner. Quand  on  tourne  cette  vis  ,  dont  le  fommet  efl 
un  chaperon  ou  tête-demi-fphérique,  au-deffus  delà 
plaque  mobile  ;  cette  plaque  s'éloigne  plus  ou  moins 
de  celle  qui  efl  fixe,  en  ib  baiffant  ou  fe  hauffant 
comme  on  veut,  &  fait  par  conféquent  ouvrir  lac 
bouche  autant  qu'il  efl  néceffaire.  Foyei  ^'^  fiS-  "' 
PL  XXV I.  On  trouve  dans  le  traité  d'inflrumens  de 
M.  de  Garengeot ,  une  defcription  beaucoup  plus 
ample  de  cet  inflrument. 

M.  Levret  a  fait  graver  ,  dans  fon  traité  des  poly- 
pes ,  un  fpeculum  oris  de  fon  invention.  Pour  opérer 
aifément  dans  le  fond  de  la  bouche  ,  foit  par  la  liga- 
ture des  polypes  du  nez  qui  s'étendent  derrière  le 
voile  du  palais  ,  foit  pour  amputer  les  amygdales 
cxtraordinairement  tuméfiées  ,  il  faut  fc  rendre  maî- 
tre du  mouvement  de  la  mâchoire  inférieure  &  de 
la  langue.  Les  ^WQVsJpeculum  oris  ne  rempliffent  que 
fort  imparfaitement  ces  intentions  i  ils  gênent  beau- 
coup l'opérateur,  &.  dans  quelques  cas  ils  empêchent 

ablblument 


s  P  E 

(abfoliiment  ropcration.  Le  iiouve^w  fpcculum  gravé 
PL  XXXIV.  jig.  S.  n'a  pas  ces  inconvéniens.  On 
monte  à  vis  le  coin  de  bois  ,  fur  la  branche  du  côté 
oppofé  à  celui  où  l'on  doit  opérer.  Ce  coin  eft  entre 
les  dents  molaires.  La  plaque  contient  la  langue.  On 
avoit  cru  mal-à-propos  que  lalurf'ace  polie  delà  pla- 
que refléchiroit  dans  le  fond»  de  la  gorge  les  rayons 
de  lumière  d'une  bougie  :  mais  c'eitune  fauffe  fpé- 
culation  ,  puifque  l'haleine  ternit  cette  plaque. 

Spéculum  «cuH  ,  ou  miroir  de  Vail ,  inllrument 
qui  tient  l'œil  ouvert  &  affujetti  de  manière  à  per- 
mettre au  chirurgien  d'y  faire  les  opérations  conve- 
nables. M.  Petit  a  imaginé  le  fpeculum  annulaire. 
Celui  qui  eft  repréfenté  Pl.2^.fig.  6.  fert  pour  les 
injections  dans  le  point  lacrimal  inférieur  ,  &  on 
t'oit  ,  fig.  7.  celui  qui  convient  pour  affujettir  la 
peau  de  la  réunion  des  deux  paupières  ,  &  la  bander 
ifin  de  faire  l'opération  de  la  fiftule  lacrimale. 

Il  y  a  un  autre  inftrument  propre  pour  l'opération 
îe  la  cataraûe,  C'eft  une  efpece  de  coulifTe  plate  &  à 
our,  compoiee  de  deux  jumelles  exadement  quar- 
■ées,  qui  ont  environ  trois  pouces  de  longueur  &  de 
•eûitude  ,  fur  une  hgne  de  large.  Elles  fe  recourbent 
înfuite  ,  &  fe  jettent  en-deflbus  de  la  longueur  de 
ix  à  fept  lignes,  pour  s'approcher  &  ne  former  plus 
ju'un  corps ,  dont  l'extrémité  eft  attachée  à  la  corne 
l'un  demi-cercle  ,  dont  la  corde  horifontalement  fi- 
uée  peut  avoir  un  pouce  de  longueur. 

Ces  jumelles  font  éloignées  l'une  de  l'autre  ,  de 
raniere  qu'elles  laiftcnt  un  vuide  ou  une  fente  qui  a 
me  ligne  de  diamètre  :  elles  fe  tiennent  à  la  même 
liftance  par  de  petites  bandes  traverfieres  ,  deux  en 
leftiis  &  deux  en  deftbus  qui  forment  une  canule  à 
our  ,  obfervant  que  la  bande  qui  eft  à  fept  lignes  du 
:oude  foit  large ,  &  ait  dans  fon  milieu  un  trou  gravé 
m  écrou  ,  pour  les  ufages  que  l'on  rapportera. 

Ces  jumelles  font  loudées  par  leur  partie  pofté- 
ieure  fur  une  plaque  alongée  6c  artiftement  figurée , 
le  quatorze  lignes  de  long  ,  &  qui  fert  de  manche  à 
'inftrument. 

La  féconde  pièce  de  cet  inftrument  eft  mobile  ; 
:'eft  une  verge  aufti  quarrée  ,  de  trois  pouces  de  long 
ur  une  ligne  de  diamètre  :  elle  eft  de  même  que  les 
Limelles  ,  coudée  à  la  partie  antérieure  ,  &  fe  jette 
:n-deflbus  ,  pour  former  une  petite  tige  de  fix  à  fept 
ignés  de  long ,  qui ,  de  même  que  la  précédente  , 
ft  attachée  à  la  corne  d'un  demi-cercle  aufti  hori- 
ontalement  fitué,  de  forte  que  les  deux  demi-cercles 
e  touchent  par  leurs  bouts,forment  un  anneau  ovale 
l'un  pouce  de  longueur  &  de  huit  lignes  de  large. 

L'anneau  ovale  que  nous  venons  d'examiner  a 
leux bords,  l'un  inférieur  ,  ou  qui  regarde  ledeflbus 
le  l'inftrument ,  &  l'autre  fupérieur  ,  qui  regarde  le 
lefllis.  Le  premier  devant  être  appliqué  immédiatc- 
nent  fur  les  paupières  ,  doit  préfenter  une  ouver- 
ure  plus  fpacieufe  ,  afin  de  s'accommoder  à  la  figure 
^lobuleufe  de  l'œil. 

La  fituation  de  la  féconde  pièce  à.\\  fpeculum  oculi , 
:ft  d'occuper  le  vuide  ou  la  fente  qui  le  trouve  entre 
,es  jumelles  &  entre  les  bandes  traverfieres  qui  font 
;n-dcftus  ôien-delîbus  ,  de  manière  qu'elle  gliffehV 
ledans  comme  une  couliflé  ;  mouvement  qid  s'exé- 
:ute  en  pouflant  un  petit  bouton  ,  qui  eft  foudé  ou 
iionté  à  vis  fur  la  partie  poftérieure  du  corps. 

Enfin  la  dernière  pièce  de  cet  inftrument  eft  une 
petite  vis  ,  qui  s'engageant  dans  l'écrou  qui  eft  pra- 
iqué  fur  la  bande  large  des  jumelles  ,  tient  l'anneau 
erme  dans  l'ouverture  qu'on  lui  a  donnée. 

Pour  ie  fervir  de  cet  inftrument ,  on  pofe  la  cir- 
:onfcrence  antérieure  de  l'anneau  fiir  le  bord  des 
îaupiercs  ,  &  en  pouflant  l'anneau  ,  on  les  écarte  de 
nanicre  à  voir  le  globe  de  Tœil  fixé  ^  arrêté,  /''oyq 
'afig.d.Pl.XXÙl. 

On  fefert  de  cet  inftrument  pour  l'opération  de  la 


S  P  E 


449 


catafade  ,  &pour  l'extirpation  de  quelques  excroiT- 
fances  ,  &c.  La  nouvelle  méthode  d'opérer  par  l'ex- 
tradion  du  cryftaUin,  rend  ces  ingénieufes  inven- 
tions  inutiles. 

Pour  l'extradion  des  corps  étrangers  nichés  dans 
l'angle  que  la  membrane  interne  des  paupières  fait 
avec  le  globe  de  l'œil ,  il  n'y  a  point  de  meJll2ur7/>£* 
culum  qu'une  bandelette  ,  dont  Textrémiré  garnie 
d'un  emplâtre  agglutinatif ,  s'applique  fur  la  paupière 
pour  l'écarter  du  globe.  (  JT) 

SPEl  FANUM  ,  (  Géog.  anc.  )  ou  Spà  umpliim  , 
temple  d'Italie.  Denys  d'Halicarnaffe ,  liv.  IX.  ch» 
XXX.  le  met  à  huit  ftades  de  la  ville  de  Rome.  Tite- 
Live  ,  liv.  XXIV.  chap.  xlvij.  en  parlant  de  l'incen- 
die &:  du  rétabhffement  du  temple  de  l'Efpérance 
dit  qu'd  étoit  au-dehors  de  la  porte  Carmentale. 
(Z?./.) 

SPEISS  ,  (  Métallurgie.  )  dans  les  atteliers  où  l'on 
traite  la  mine  de  cobalt  pour  faire  le  verre  bleu  qu'on 
appelley>/îû^e  owfafk  ,  on  donne  le  nom  de  fpeifs  à 
une  matière  qui  le  dépofe  au  fond  des  creufets  où 
l'on  a  fait  vitririer  le  cobalt  avec  la  fritte  du  verre. 
Lorfque  la  mine  de  cobalt  fe  trouve  jointe  avec  de 
la  mine  de  plomb,  en  faiiant  fondre  cette  mine  ,  le 
fpeij's  vient  nager  à  la  furface  du  plomb  qui  eft  plus 
pelant  que  lui.  Cette  matière  ,  qui  eft  du  cobalt  pur 
&  dans  l'état  de  chaux  ,  eft  ,  iuivant  M.  Gellert,  en 
état  de  colorer  trente  ou  quarante  fois  fon  poids  de 
fritte  ou  de  verre ,  au  Ueu  que  la  mine  de  cobalt  «ril- 
lée  de  la  manière  ordinaire  ,  à  proportion  du  cobalt 
qu'elle  contient ,  ne  peut  en  colorer  que  de  huit  à 
quinze  fois  fon  poids.  Voyei  r article  Saffre  ,  où  l'on 
trouvera  les  diftérentes  opinions  des  chimiftes  mo- 
dernes fur  la  nature  du  cobak  6càiijpeijs.  (— ) 

SPELARITE  ,  (  Mjtkol.  )  furnom  d'Apollon,  de 
Mercure  6c  d'Hercule ,  dont  les  ftatues  le  plaçoient 
fouvent  dans  des  cavernes. 

SPELLO  ,  (  Géng.  mod.  )  bourg  d'Italie  ,  dans 
l'Ombrie  ,  au  duché  de  Spolete  ,  à  cinq  milles  de  Fo- 
ligno  ,  fur  une  colline  de  l'Apennin.  C'eft  l'ancienne 
ville  que  Pline  nomme  HifpelUum^  &  Strabon  Hyf- 
pellum.  Ce  bourg  fut  faccagé  en  i  5  20  paj  les  troupes 
de  l'empereur  ,&;  le  pape  Paul  III.  fit  enfuite  abattre 
fes  murailles  ,  qu'on  n'a  pas  relevées  depuis  ;  cepen- 
dant les  ruines  d'un  ancien  théâtre,  &  quelques  au- 
tres monumens  ,  marquent  que  c'étoit  une  ville  flo- 
riilante  ;  ce  qui  le  prouve  encore  ,  c'eft  que  le  tom- 
beau de  Properce  a  été  trouvé  en  1712  dans  ce  bourg 
d'Ombrie  ,  qui  eft  à  fix  milles  de  Bévania,  lieu  de  la 
naiffance ,  fous  les  ruines  d'une  maifon  qu'on  ap- 
pelle aujourd'hui  la  maifon  du  poète.  Properce  mou- 
rut à  l'âge  de  41  ans  ,  l'an  de  Rome  739 ,  &  15  ans 
avant  J.  C.  (  D. ./.  ) 

SPELUNC^  ,  (  Géog.  aru.  )  1°.  lieu  d'Italie ,  au 
territoire  de  Frondi  ;  ce  lieu  ,  lelon  Suétone  ,  étoit 
un  prétoire  ,  &  les  Jurifconfultes  donnent  quelque- 
fois le  nom  de  y/t'/o/Ve  ,  à  une  maifon  de  campagne 
bâtie  avec  quelque  magnilîcence.  2".  Spcluncis .,  dans 
l'itinéraire  d'Antonîn  ,  étoit  un  heu  d'Italie  ,  i\  dix- 
huit  milles  de  Brindes.  (^D.J.^ 

SPERAKE  ^  V.  ad.  (  Lang.  lut.  )  on  trouve  chez 
les  anciens  le  veihe  fpe^are  ,  pour  fignifier  prévoir  ; 
c'eft  ainfi  que  dans  Virgile  ,  JEneid.  liv.  IV.  v.  4/^. 
Didon  dit  à  la  fœur  : 

Hune  cgofipotui  tantum  fperarc  àolorem. 

«  Si  j'avois  pu  prévoir ,  imaginer ,  me  préparer  \ 
»  un  coup  fl  terrible.  Les  Anglois  difent  aufti  to 
»  hope  pour  to  helieve ,  c'eft-à-dire  efpirer  pour  croi- 
re.  {D.J.) 

SP  E  R  CHE  A  ,  {Géog,  anc.)  promontoire  de  la 
Macédoine;  Ptolomée ,  liv.  III.  c/i.xii/.  le  marqua 
fur  la  côte  delà  Pththide  ,  dans  le  golfe  Pélafgique 
vntre  Echinas  6c  Tàeùa  PhtliioJes.  Le  nom  moderne 

LU 


450 


S  P  E 


ef"  Comcn  ^  félon  Niger  ;  &  Pluhdia  ,  fclon  Sophlen. 
Il  V  avoit  fur  ce  promontoire  une  ville  de  mcmc  nom, 

{b.j.) 

SFERCHIUS  ,  (  Géogr.  ancA  fleuve  de  la  Macé- 
doine; Ptolomée  ,  /.  ///.  c.  xiij.  te  marque  fur  la  côte 
de  PInhiotide  ,  dans  le  golfe  Pélafgique  ,  entre  Echi- 
nus  &  Phtliiotidis.  Homorc  parle  de  ce  fleuve,  &  dit 
que  Pelée  lui  voua  la  chevelure  d'Achille  fon  fils , 
s'il  revenoit  heureufement  dans  fa  patrie  après  la 
guerre  de  Troie.  (/?.  /.) 

SPERGULA,f.  f.  {Hijl.  nat.  Botan.)  efpece  de 
morgeline  ,  nommée  par  Tournefort ,  al jlm  major  ; 
c'eft  une  petite  plante  qui  pouffe  plufieurs  tiges  , 
nouées  à  la  hauteur  d'environ  un  demi-pié;  fes  feuil- 
les font  petites  ,  étroites  ,  jaunâtres,  difpofées  en 
rayons  autour  de  chaque  nœud  des  branches  ;  fes 
fleurs  naillent  au  fbmniet  des  tiges  ;  elles  font  com- 
pofées  de  plufieurs  petits  pétales  blancs,  difpofés  en 
rofe,  ioutcnus  par  un  calice  à  cinq  feuilles.  Ses  grai- 
nes font  petites ,  rondes ,  noires ,  plus  menues  que 
celles  de  la  rave  ;  cette  plante  croît  dans  les  champs 
&  dans  les  pâturages  ;  les  Anglois  la  x\o\Vi\\\ç.x\\.  fpur- 
r>'  ,  &  la  femcnt  deux  fois  dans  un  été  ;  la  première 
femaille  eft  au  mois  de  Mai  ;  la  féconde  fé  fait  après 
la  molflbn  du  feigle.  Sa  récolte  efl  d'une  utilité  ad- 
mirable pour  les  befliaux  pendant  l'hiver  ;  les  vaches 
cul  s'en  nourriffent  donnent  de  meilleur  lait  &  de 
meilleur  beurre  qu'en  prenant  tout  autre  pâturage; 
la  volaille  en  fait  aufii  fes  délices.  (  Z>,  7.  J 

SPERMACOCÉ  ,  (  Hifl.  nat.  Botan.  )  genre  dif- 
tinft  de  plante  dans  le  fylteme  de  Llnna;us;  le  calice 
ell  une  enveloppe  très-petite ,  dlvifée  par  quatre  dé- 
coupures à  l'extrémité  ;  il  efî  placé  ilir  le  germe  ,  & 
fublille.  La  fleur  efl  compofée  d'une  feule  feuille  qui 
forme  un  tuyau  divilé  à  l'extrémité  en  quatre  feg- 
mens  obtus ,  &  un  peu  panchés  en  arrière  ;  les  éta- 
mines  font  quatre  filets  pointus  plus  courts  que  la 
fleur  ;  leurs  bortettes  font  fimples  ;  le  germe  du  piftil 
cfl  arrondi ,  applati ,  &  fitué  fous  le  réceptacle  ;  le 
ftile  eft  fendu  au  fommet  ;  les  ftigma  font  obtus  ;  le 
fruit  eft  compofé  de  deux  capfules  oblongues  jointes 
enfemble  ,  convexes  d'un  côté,  applaties  de  l'autre, 
&  finiflant  en  deux  cornes  ;  les  graines  font  uniques, 
de  forme  rondelettes.  Linn.  ^in.  du  plant,  pag.  zS. 
(D.J.) 

SPERMATIQUE  ,  en  Anatomie  ,  efl  ce  qui  a  rap- 
port à  la  feinence  ou  fperme.  yoyei^  Séminal. 

Les  anciens  divifoient  en  général  les  parties  du 
corps  animal  tn  fpcrmatiqms  &  fanguines.  Les  ^tlx- 
i\QS  fpermatiqucs  font  celles  qui  par  leur  couleur ,  &c. 
ont  quelque  refTemblance  avec  la  lemence ,  &  qu'on 
fuppofoit  en  être  formées  ;  tels  font  les  nerfs ,  les 
membranes ,  les  os ,  &c.  les  parties  fanguines  qu'on 
fuppofoit  être  formées  du  fang  après  la  conception. 

Mais  les  modernes  prétendent  avec  bien  plus  de 
fondement  ,  que  toutes  les  parties  (ont  fpermatiqucs 
en  ce  fens ,  &  qu'elles  font  formées  de  l'œuf  de  la 
femelle  ou  de  la  femenca  du  mâle.  Foye:^  Généra- 
tion. 

M.  Andry  parle  de  vers  fpermatiques  qui  fe  trou- 
vent dans  le  corps  humain,  f^oye^  Vers. 

YmiïeauxfpcrmûtiquesappeWés  aufîî  vafapreparantia, 
font  de  certains  vaifTeaux  qui  font  dellinés  à  porter 
le  fang  aux  tefticules  ,  &c.  pour  y  être  féparé  &  pré- 
paré en  femence  ;  &  à  tranlporter  enfuite  le  fans-  qui 
refle  après  la  fecrétion.  Foyei  Semence  ,  Testi- 
cule, &c. 

Les  \z\Rqvl\\x  fpermatiqiies  font  deux  artères  &  au- 
tant de  Veines. 

Les  iuxcrçs  fpermaiiques  viennent  de  la  partie  an- 
térieure du  tronc  de  l'aorte,  au-dcfl"ous  des  émulgen- 
tes.  f^fy'l  lis  Planches  G*  Us  Jig.  d'Anat.  &  leur  ex- 
plication. 

Leur  ftrufturc  efl:  bien  fingulicrc  ,  en  ce  que  con- 


S  P  E 

traires  à  la  forme  des  autres  artères  qui  font  très- 
groffes  à  leur  fortie  du  tronc  ,  elles  font  très-petites 
dans  leur  origine  &  deviennent  plus  grofTes  ;\  me- 
fure  qu'elles  s'avancent  vers  les  teflicules.  Par  ce 
moyen  le  fang  eft  comprimé  quand  il  commence  à 
fortir  de  l'aorte  pour  aller  dans  ces  parties ,  ce  qui 
le  difpofe  aux  ditFérens  changemens ,  &c.  qu'il  doit 
clfuyer.  Dans  les  quadrupèdes  ,  ces  artères  font  tor- 
tillées &  contournées  comme  une  vis ,  ce  qui  ré- 
pond au  même  but. 

Cowper  obferve  ,  que  la  raifon  pour  laquelle  la 
nature  a  fuivi  une  autre  méthode  dans  les  hommes 
efl  que  dans  ce  cas  ,  il  auroit  fallu  que  les  mui'cles 
de  l'abdomen  eulTent  été  plus  larges  qu'ils  ne  font, 
au  moyen  dequoi  les  inteflins  auroicnt  pCi  tomber 
fouvent  dans  le  fcrotum  ;  inconvénient  auquel  les 
quadrupèdes  ne  font  point  expofés  ,  à  caufe  de  la  fi- 
tuation  horifontale  de  leur  corps. 

Les  zrteres  fpermatiques  rencontrent  dans  leur  rou- 
te les  vQmQsfpermatiques  &  elles  entrent  enfemble 
dans  le  tifTu  cellulaire  du  péritoine  ,  où  s'infinuant 
dans  la  membrane  vaginale  ,  &  y  étant  enveloppées 
enfemble  ,  elles  vont  pafTer  à  trois  ou  quatre  travers 
de  doigts  des  teflicules  ,  où  elles  fe  diviient  en  deux 
branches  inégales  ,  dont  la  plus  grofTe  va  aux  teflicu- 
les &  s'y  partage ,  voye^ Testicule,  &  la  plus 
courte  va  fe  rendre  dans  le  paraftate  ou  épididyrae. 
Foyei  ParASTATE. 

Les  veines  fpermatlques  prennent  le  même  cours 
que  les  artères  ;  fi  ce  n'eft  qu'un  peu  au  -  defTiis  des 
teflicules  elles  fe  divifent  en  plufieurs  branches,  qui 
en  s'unlfTant  forment  un  plexus  qu'on  appelle  corps 
variqueux  pampiniforme  ou  pyramidal.  Le  fang  que 
les  ysincs  fpermatiques  reportent  ,  efl  rapporté  du 
côté  droit  à  la  veine  cave ,  &  du  côté  gauche  aux 
veines  émulgentes.  Foyei  encore  les  PI.  &  les  figures 
anat.  avec  Uur  explic. 

Ces  vaifTeaux  font  fujets  comme  les  autres  ,  à  des 
jeux  de  la  nature.  Verheyen  a  vit  deux  arteresy/7i:r- 
matiqucs  d'un  côté  ,  dont  l'une  fortoit  de  l'artère 
émulgente,  Kerckringius  dit  avoir  trouvé  quatre 
znçras  fpcrmatiques ,  dont  les  deux  gauches  naifîbient 
de  l'émulgente  ,  &  une  des  deux  droites  ,  procédoit 
de  l'aorte.  Mais  Ambroife  Paré  prétend  avoir  vu 
dans  un  fujet ,  fept  veines  émulgentes  &  autant  d'ar- 
tères ;  il  ne  faut  pas  beaucoup  compter  fur  une  ob- 
fervation  unique  ;  mais  il  efl  afTez  commun  de  trou- 
ver la  ye'inçfpcrmatique  double  de  chaque  côté.  Mar- 
chettis  dit  même  en  avoir  vu  trois,  qui  nées  du  tronc 
de  la  veine  cave  ,  fe  réunifToient  eîT  une  feule  avant 
que  d'entrer  dans  le  tefticule. 

Les  Anatomifles  curieux  ne  doivent  pas  manquer 
de  lire  dans  les  mémoires  de  Médecine  d  Edimbourg, 
tom.  V.  un  favant  morceau  de  M.  Martin,  dans  le- 
quel il  combat  les  anaflomofes  des  veines  &  des  ar- 
ttXQsfpermatiques.,  adoptées  par  M.  Boerhaave. 

SPERMATOCELE  ,  f.  f.  en  Chirurgie  ,  tumeur  des 
teflicules  &  des  vaifleaux  déférens  ,  caufée  par  le  fé- 
jour  &C  l'épaifTifTement  de  la  matière  fpermatique. 
Foye^  Semence  ,  Testicule  ;  ce  terme  efl  com- 
polé  de  deux  mots  grecs,  (mi>/A.ct,  etroç,  femen^  femen- 
ce ,  &  de  x»^»  y  tumeur. 

La  rétention  de  la  matière  prolifique  donne  lieu  à 
un  gonflement  très-douloureux  qui  le  diinpe  par  les 
faignées  ,  la  dicte  rafraichill'ante  ,  6c  les  cataplai'mes 
anodins.  Si  cette  maladie  n'ell  pas  calmée  prompte- 
ment  par  ces  moyens  ,  elle  dégénère  en  larcocele. 
^fycr{  Sarcocele.  (F) 

SPERMATOLOGIE  ,  f.  f.  dans  C  économie  animak^ 
la  partie  qui  traite  de  la  femence  :  ce  mot  efl  compolé 
du  grec  a-wi^ixa.  ^j'ememe  ,  &  >oyo(; ,  traité. 

Nous  avons  un  livre  de  Schurig  fous  le  titre  de 
fpcrmatologia  ^  imprimé  à  Francfort ,  w-4^.  1710, 


s  P  E 


S  P  H 


SPERME  ,  f.  m.  (  Gram.  )  liqueur  femînale  des 
animaux.  ^oye{  Spf.rmatique. 

Sperme  de  B ALElf^V. ,  Jperma  ccÙ  ,  en  Pharmacie, 
eu  une  fubflance  blanchâtre  &  iade,prcpai-ée  avec  une 
luiik  qu'on  trouve  clans  la  tête  d'un  poilfon  cetacé  , 
que  quelques-uns  appellent  haleine  màU  ^  d'autres  ca- 
chalot, &  les  Latins  orca  ,  &  qui  eft  difrérente  de  la 
baleine  ordinaire  ,  en  ce  qu'elle  a  des  dents ,  au  lieu 
des  os  de  baleine ,  &  une  bofie  fur  le  dos.  Voyc^^  Ba- 
leine. 

Les  anciens  ignoroient  entièrement  la  nature  de 
cette  préparation  :  de  forte  que  Schroder  femble  dou- 
ter fi  on  doit  la  regaTder  comme  une  fubilance  ani- 
male ou  minérale. 

On  lui  a  donné  le  nom  àt/perme  de  baleine  affer- 
ma cai ,  fans  doute  pour  en  augmenter  la  valeur  ,  en 
donnant  une  idée  de  fa  rareté.  L'huile  dont  on  le  tire 
fe  trouve  dans  un  grand  rélcrvoir  de  quatre  ou  cinq 
pies  de  profondeur  ,  &  de  dix  ou  douze  pies  de  lon- 
gueur ,  qui  remplit  toute  la  cavité  de  la  tête  ,  &  cjui 
femble  tenir  lieu  du  cerveau  &  du  cervelet. 

La  manière  de  le  préparer  elT:  un  fecret  connu,  de 
fcien  peu  de  perfonnes.  Voici  comme  on  dit  que  cette 
préparation  fe  fait.  Quand  on  a  tiré  l'huile  ou  cer- 
veau de  la  tête  de  l'animal ,  on  le  fait  fondre  fur. un 
feu  modéré  ,  &  on  le  jette  dans  des  moules  tels  que 
ceux  danslefquelson  forme  les  pains  de  lucre.  Quand 
il  eft  refroidi  &  féché  ,  on  le  retire  des  moules ,  & 
on  le  fait  encore  fondre  ,  &  on  continue  de  la  forte 
jufqu'à  ce  qu'il  foit  bien  purifié  &  devenu  blanc.  En- 
fuite  on  le  hache  avec  un  inlfrument  fait  exprès  ,  & 
on  le  réduit  en  miettes  ,  dans  l'état  où  on  le  trouve 
chez  les  droguiftes.  On  doit  le  choifir  bien  blanc , 
net  &  tranfparent,d'une  odeur  douce,  que  quelques- 
tms  s'imaginent  tenir  de  celle  de  la  violette.  On  le 
falfifîe  avec  la  cire  ;  mais  il  eft  facile  de  découvrir  la 
tromperie ,  foit  par  l'odeur  de  la  cire  ,  ou  par  la 
foibleffe  de  la  couleur.  On  vend  aufTi  une  compofi- 
tion  d'huile  tirée  de  la  queue  de  la  baleine  au  lieu 
tde  celle  du  cerveau  :  mais  cette  dernière  efpece  jau- 
nit auffitôt  qu'elle  prend  l'air.  En  général ,  il  n'y  a 
point  de  marchandife  qui  ait  plus  befoin  d'être  te- 
nue couverte  que  \cfpenne  de  baleine. 

hçfperme  de  baleine  ell:  d'une  grande  utilité  pour  la 
médecine.  Le  doûeur  Quincy  dit  que  c'eft  un  ex- 
cellent remède  pourl'afthme,  &c...  On  s'en  fertaulîi 
pour  les  contufions  ,  les  bleffures  intérieures  ,  & 
après  l'accouchement.  Mais  il  eft  certain  que  la  plus 
grande  vertu  ,  &  celle  qui  lui  a  donné  tant  de  vogue, 
eft  la  propriété  qu'il  a  d'adoucir  la  peau  ,  &  de  dif- 
foudre  les  tumeurs  de  la  poitrine.  C'eft  pourquoi  nos 
dames  s'en  fervent  dans  leurs  pâtes  ,  &c. 

On  fait  depuis  peu  des  bougies  avec  X^fpermede  ba- 
leine ;  on  les  adoucit  avec  un  vernis  léger  ;  elles  ne 
font  point  rayées  ni  cicatrilées  ;  elles  l'emportent 
fur  les  plus  belles  bougies  de  cire  pour  la  couleur  & 
le  poli  ;  &  quand  elles  ne  font  pas  falfifiées ,  elles 
ne  tachent  point  la  foie  ,  les  étoffes  ni  la  toile  la  plus 
£ne. 

SPERONNELLE  ou  ÉPERON  DE  CHEVALIER, 
(Jardinage^  fymphyturn  ,  fe  nomme  encore  confonde 
rciya/e;fleurquieft  double  &  varie  dans  fes  couleurs; 
elle  eft  tantôt  blanche-bleue  ,  tantôt  incarnate  & 
d'autres  couleurs.  Ses  brins  font  déliés  ,  revêtus  de 
petites  feuilles  longues ,  étroites  6c  jointes  enfem- 
ble.  Elle  demande  un  grand  air  ,  une  terre  ordinai- 
re ,  &  vui  arrofement  fréquent.  Elle  fe  feme  au  prin- 
tems  comme  les  autres. 

SPET,  BROCHET  DE  MER,  H AUTIN,  HAU- 
TAIN., OUTIN  ,  f  m.  {Hill.  nat.  Ichthiolog.)  fphyrœ- 
na  ,  poifton  de  mer  qui  relfemule  au  brochet  par  la 
forme  du  corps ,  &  dont  il  y  a  deuK  cfpeces  :  la  pre- 
mière a  le  corps  alongé  &  menu  &  le  bec  ])ointu  ; 

mâchoire  intérieure  eft  plus  longue  que  la  fupé- 

Jomi  xr. 


45  ï 

rîeure  &  terminée  en  pointé;  elles  joignent fi  exac- 
tement l'une  contre  l'autre ,  que  l'on  ne  diftingue  pas 
la  bouche,  quoique  l'ouverture  en  foit  grande  ;  les 
dents  font  fort  pointues  &  courbées  en  arrière ,  le 
dedans  de  la  bouche  a  une  couleur  jaune  :  il  y  a'  au 
milieu  de  la  mâchoire  du  deflbus  une  dent  qui  eft  plus 
longue  que  les  autres,  &  qui  entre  dans  un  trou  de  la 
mâchoire  de  deflbus.  Les  yeux  font  grands  ,  &  i^y 
a  deux  trous  entre  eux  &  l'extrémité  de  la  mâchoire. 
Ce  iJoifton  n'a  qu'un  rang  d'écaillés  qui  s'étend  de- 
puis la  tête  jufqu'à  la  queue,  à-peu-pres  fur  le  milieu 
du  corps  ;  le  ventre  a  une  couleur  blanche  ,  &  l'ex- 
trém.ité  du  bec  eft.noire.  Il  y  a  deux  nageoires  auprès 
des  ouïes ,  deux  plus  petites  à  la  partie  antérieure  du 
ventre ,  une  au-deffous  de  l'anus,  &  deux  au  dos  ;  la 
première  des  nageoires  du  dos  a  cinq  aiguillons  ,  &: 
la  féconde  n'en  a  point.  La  chair  de  ce  poifîbn  eft 
feche ,  blanche ,  dure-,  &  de  bon  goût. 

Lefpa  de  la  féconde  efpece  refîemble  beaucoup  au 
premierpar  la  forme  du  corps.mais  il  en  diffère  prin- 
cipalement en  ce  qu'iln'a  ni  dents  ni  écailles  :  le  bec  eft 
aufîi  plus  court ,  &  il  n'a  jamais  plus  d'un  empam  de 
longueur  ;  fa  chair  eft  blanche  ,  mais  moins  dure  :  la 
queue  s'élargit  à  l'extrémité  ;  les  os  &  la  chair  fonl 
prefque  trânijjarens.  Rondelet ,  Ai/?,  nat.  des  poijfons, 
première panii  ,Hv.  Vlll.  chap.j.  &  ij.  Voyc^  POIS- 
SON, ... 

SPEY ,  LA  ,  ou  SP AEA ,  (  Géog.  mod.  )  grande  ri- 
vière d'Ecoife  ,  la  plus  grofi'e  de  ce  royaume  après 
le  Tay ,  &  la  plus  rapide  de  toutes.  Sa  fource  eft  au 
pié  d'une  montagne  ,  iur  les  coniins  des  provinces  de 
Lochabir  &  de  Badenoch.  Elle  reçoit  dans  fon  cours 
qui  eft  de  foixante  milles,  plufieurs  autres  rivières, 
&  fe  jette  avec  rapidité  dans  l'Océan  ,  au-deflbus  de 
Bagie ,  maifon  du  duc  de  Gordon.  Tout  l'avantage 
que  procure  cette  rivière  à  ceux  qui  habitent  fur  {qs 
bords  ,  eft  la  pêche  des  faumons  qui  s'y  rencontrent 
en  quantité.  Les  pêcheurs  fe  mettent  de  nuit  fur  l'eau 
dans  des  canots  d^ofier  entourés  de  cuir.  Ils  fuivent 
les  faumons  à  la  trace  ,  les  dardent  avec  des  bâtons 
pointus ,  &  les  prennent  à  la  main.  Dans  le  jour  ,  ils 
les  attendent  fur  le  bord  de  l'eau.  (Z>.  7.) 

SPEZZE,  golfe  DE  LA,  (Géog.  mod.)  golfe  d'I- 
talie dans  l'état  de  Gènes  ,  entre  la  bouche  de  Magrâ 
au  levant ,  &  Porto-Venere  au  couchant. 

Spezze  ,  ÇGc'og.  mod.)  Specie  ,  Specia  ,•  petite  ville 
d'Italie,  dans  l'état  de  Gènes,  fur  le  golfe  du  même 
nom  ,à  quatre  milles  de  Porto-Venere  ,  &  à  fept  de 
Sarzane,  dans  un  terroir  agréable  &c  fertile.  Long.  2y. 
jo.  latit.  44.,  6'.   (Z>.  /.  ) 

SPHACELE,  f.  m.  en  Chirurgie  ,  eft  une  corrup- 
tion ou  mortification  totale  de  quelque  partie  ,  caufée 
par  l'interception  du  fang  &  desefprits.  f^oyei  Mor- 
tification. 

Ce  mot  eft  grec  ,  o-ipctiaXcç ,  formé  peut-être  de  a^ur- 
tsw  ,  je  fais  jnonrir.  On  l'appelle  aufll  quelquefois  nc- 
crofis,  &  quelquefois  fideratio,  Voye^^  Necrosis  & 
SiDERATION. 

'Lçfphaccle  eft  différent  de  la  gangrené,  en  ce  que 
celle-ci  n'eft  qu'une  mortification  commencée  ,  &, 
pour  ainfi  dire  ,  le  commencement  du  fphacelc  ,  qui 
eft  une  mortification  parfaite  &  achevée.  f'qye{ Gan- 
grené. 

On  diftingue  le  fphacele  par  la  noirceur  ou  la  livi- 
dité de  la  partie  affedlée  ,  par  fa  mollefl'e ,  fon  infen- 
fibilité  ,  &  fon  odeur  de  cadavre. 

Les  autres  caules  du  fphacelc  font  des  ligatures 
trop  ferrées ,  des  froids  exceftifs  ,  les  grandes  inflam- 
mations ,  la  morfure  des  chiens  enragés  ,  &c. 

Un  pié  <]:)haccleUx  ,  lliivant  Aquapendente  ,  doit 
être  coupé  dans  la  partie  mortifijîe  un  peu  au-dcftous 
du  vif  Quand  le  pié  eft  «oupé  ,  la  chair  morte  qui 
refte  doit  être  conlumée  en  y  appliquant  un  cautère 
aducl ,  répété  à  plufieurs  reprilcs,  jufquVi  ce  que  lo 

LU  ij 


45^ 


S  P  H 


malade  fente  la  chaleur  du  feu.  Voyei^  Amputation 
&  Gangrené.  (F) 

SPHACTÉRIE  ,  (  Gio^.  anc.  )  Sphacîcrla  ,  île  du 
Péloponncfe  ,  fur  la  côte  de  la  Melîeiiie  ,  vis-à-vis  de 
la  ville  de  Pylos.  On  la  nommoit  aulfi  i^/^/wo'/V/;  Pli- 
ne ,  A  IK  c.  xi/,  comprend  trois  îles  fous  le  nom  de 
Sph.i£;ia:  ;  mais  deux  de  ces  îles  ne  font  proprement 
que  des  écueils.  La  troifienie  ,  qui  ctoit  la  plus  gran- 
de, s'appelloit  Sphagia  6c  Sp/iaclcria,  comme  le  di- 
ie:M  pofttivemcnt  Strabon,  /.  l^III.p. ;^6c) ,  6c  Etien- 
ne le  ci^oijjraphe.  Le  nom  de  SpkacUnu  purcît  néan- 
moinsle  plus  uilté  ,  6i  c'ell  ainfi  qu'elle  efl  ap])cllée 
par  Thucydide,  /.  IF.  p.  i66\  &c  par  Diodore  de  Sicile, 
/.  XII/.  c.  xxiv. 

Paufanias  ,  /.  If^.  c.  xxxvj.  après  avolrdit  que  Ij'e 
de  SphaHèrii  ,  ell  vis-à-vis  du  port  de  Pylos ,  ajoute: 
il  eft  affez  ordinaire  que  des  lieux  obfcurs  &  incon- 
nus par  eux-mêmes  deviennent  tout-à-coup  célèbres, 
pour  avoir  fervi  de  théâtre  aux  jeux  de  la  fortune  , 
ou  à  quelque  événement  conlidérable  :  c'eft  ce  qui 
efl  arrivé  à  l'île  de  SphacUrïe.  La  défaite  des  Lacédé- 
moniens  la  tira  de  cette  obfcurité  oii  elle  étoit ,.  &  du 
tems  de  Paufaniason  y  voyoit  encore  dans  la  citadelle 
une  ilatuede  la  Vi£ioire  que  les  Athéniens  y  avoient 
lailTée,  pour  monument  de  l'avantage  qu'ils  avoient 
remporté  fur  Laccdcmone. 

Paufanias ,  /.  /.  c.  xij.  déclare  dans  un  autre  en- 
droit ,  que  ce  qui  s 'étoit  paffé  dans  l'île  de  Sphacicrle^ 
où  les  Athéniens  ,  commandés  par  Démoflhene  , 
avoient  eu  quelque  avantage ,  étoit  plutôt  une  rufc 
de  guerre,  &  s'il  faut  ainfi  dire  ,  uu  larcin  qu'une  vi- 
ùo\rQ.{D.  J.) 

SPHMCULJE ,  (^Littérature.')  nom  qu'on  donnoit 
chez  les  Romains  à  des  efpeces  de  marrons  de  bois , 
tejferx  Hgmœ  ,  fur  lefquels  les  empereurs  défignoient 
les  préfens  qu'ils  failoient  à  certaines  perfonncs  de 
l'un  &  de  l'autre  fexe ,  qui  fe  trouvoient  avec  eux  au 
théâtre  ou  au  cirque.   (  Z^.  /.) 

SPHENO-ÉPINEUSE ,  en  Anatomie ,  nom  de  l'ar- 
tere  maxillaire  interne  ,  appellce  auffi  épineiife.  Foye^ 
Maxillaire. 

SPHÉNOIDAL ,  LE ,  adj.  en  Anatomie ,  ce  qui  ap- 
partient à  l'os  fphénoïde. 

L'apophyfe/z'AJ/zoiij/*;  eft  une  éminencede  l'os  de 
la  pommette  qui  eft  articulée  avec  l'os  fphénoïde. 
Voyei  Pommette  6*  Sphénoïde. 

La  iinx.ç.  fphênoidale  ou  fente  orbitaire  fupérieure 
eft  celle  qui  fe  remarque  entre  les  grandes  &  les  pe- 
tites ailes  de  l'os  fphénoïde. 

Les  {\nns  fphénoïdaux  font  frtués  dans  le  corps  de 
l'os  fphénoïde;  ils  font  divifés  par  une  cloifon  ver- 
ticale. 

SPHÉNOÏDE,  os  ,  (^Anatomie.")  os  du  crâne,  au- 
trement dit  l'os  bafilain  on  cunéiforme  ;  il  efl  litué  au 
milieu  de  la  bafe  du  crâne ,  &  a  une  figure  appro- 
chante de  celle  d'une  chauve  fouris ,  dont  les  ailes 
font  étendues.  On  diflingue  à  cet  os  un  corps  &  deux 
branches  communément  appellées  les  apophyjés  pla- 
tes du  fphénoïde. 

On  y  confidere  auffi  deux  faces  ,  une  externe ,  & 
l'autre  interne.  On  remarque  dans  la  face  externe 
cinq  apophyfes ,  deux  trous ,  deux  finus  &  fix  échan- 
crures.  Des  apophyfes  il  y  en  a  deux  que  l'on  nom- 
me ptérygoïdes .,  à  chacune  defquelles  on  diftingue 
deux  ailes  ,  une  externe  ,  &  l'autre  interne  :  dans  la 
partie  inférieure  de  l'aile  interne  fe  remarque  un  bec 
ofTeux,  autour  duquel  paffe  le  tendon  d'un  mufcle. 
La  troificme  &  quatrième  apophyfes  font  dites  épi- 
n:ufes^  &  la  cinquième ,  qui  efl  placée  entre  les  deux 
ptérygoïdes  ,  efl:  appellée  la  crête  du  fphénoïde  ;  les 
trous  font  nommes  ptérygoïdiens.  Les  fmus  appelles 
fphénoïdaux  s'ouvrent  dahs  le  nez.  Deséchancrures, 
il  y  en  a  deux  inférieures ,  deux  poflérieures  ,  &  deux 
antérieures  ;  celles-ci  aident  à  former  les  fentes  fphé- 


S  P  H 

no-maxlllaires,  Scies  trous  nonimc^ fphéno-palatîrts. 
Les  Inférieures  fe  trouvent  entre  les  ailes  des  apo- 
phyfes ptérygoïdes  ,  pour  recevoir  une  portion  des 
os  du  palais. 

Cet  os  fait ,  outre  cela ,  partie  de  huit  fofTes  ;  fa- 
voir  ,  des  deux  nafales  ,  des  deux  ptérygoïdiennes 
des  deux  orbitaires  ,  &  des  deux  zygomatiques. 

On  confidere  dans  la  face  interne  du  /phénoïJe 
quatre  apophyfes  nommées  clinoïdes,deu\  fentes  ap-' 
pellées  IplicnoïduUi  ;  t\ult  trous  ,  quatre  de  chaque 
côté  ;  favoir,  l'optique  ,  le  maxillaire  fiipérieur  ,  le 
maxillaire  inférieur  ,  &  le  trou  pour  l'artère  de  la 
dure-mere  ;  une  fofTe  nommée  pituituire  owfelUà  che* 
v.z/,  aux  côtés  de  laquelle  fe  trouvent  deux  échan- 
crures.  Cet  os  fait  partie  des  deux  foflcs  temporales. 

Vos  fphénoïde  eiï  joint  avec  tous  les  os  du  crâne  , 
&  outre  cela  avec  ceux  de  la  pommette,&  les  os  ma-  • 
xillaires,  ceux  du  palais  ,  6l  le  vomer. 

Les  jeux  de  la  nature  fe  rencontrent  dans  les  fmus 
de  cet  os,  comme  dans  d'autres  os  du  crâne.  D'abord 
quelquefois  la  lame  olleufe  qui  partage  ces  fmus  ,  ne 
te  trouve  pas  direilement  au  milieu  ,  &C  par-là  rend 
un  des  finus  plus  grand  que  l'autre.  Quelquefois  en- 
core il  n'y  a  qu'un  grand  fmus  au  milieu  de  l'os ,  avec 
une  feule  ouverture. 

Riolan  aflure  qu'il  a  examiné  un  grand  nombre  de 
crânes,  dans  lefquels  il  n'a  point  trouvé  de  fmus  fphé- 
noïdaux ,  fur  quoi  il  dit  i"*.  qu'on  ne  les  trouve  pas 
dans  les  enfans  ;  2°.  dans  ceux  qui  ne  croifTent  plus; 
3°.  dans  ceux  qui  ont  le  crâne  fort  épais  ;  4".  enfin 
dans  ceux  chez  qui  les  finus  fourciliers  manquent  ; 
mais  les  autres  anatomifles  ne  convieiment  point  de 
Id  vérité  générale  de  ces  quatre  obf  ervations ,  ou  pour 
mieux  dire,  elles  fe  fent trouvées  le  plus  communé- 
ment faufîes.  (/^.  /.  ) 

SPH£NO-PAL^TIN,e«  Anatomie,  nom  d'un  muf- 
cle qu'on  nomme  ^uffifphéno-liaphy lin,  &  d'un  trou 
formé  par  l'os  du  palais ,  6c  par  l'os  fphénoïde.  f^oyei 
Sphéno-staphylin. 

SPHENO-PHARINGIEN  ,  en  Anatomie  ,  efl  une 
paire  de  mufcles  qu'on  jiomme  auiïi  fp/ieno-J'alpin<ro- 
pharingicn,6cc.  Foyei  SphÉNO-SALPINGO-PHARIN- 
gien, 

SPHÉNO-PTÉRIGO-PALATIN  de  Cowper,ou 
le  flaphylin,  en  Anatomie.  Foyei  Staphylin. 

SPHÉNO-SALPINGO-PHARINGIEN  ,  en  Ana^ 
tomie  ;  nom  des  mufcles  qui  s'attachent  en  partie  à 
l'os  fphénoïde  ,  diredement  au-defTus  de  l'aile  inter- 
ne de  l'apophyfe  ptérygoïde,&  en  partie  à  la  portion 
voifine  &  cartilagineufe  de  la  trompe  d'Euflache  ,  & 
fe  termine  à  la  ligne  blanche  du  pharinx.  Winjlow. 
Voye?  Pharinx. 

SPHENO-SALPINGO-STAPKYLIN,  ou  PERI- 
STAPHYLIN  EXTERNE,  en  Anatomie}  c'eft  un 
mufcle  qui  naît  large  &  tendineux  du  bord  poflé- 
rieur  des  os  du  palais,  &  répand  \\n  grand  nombre 
de  fibres  fur  la  cloifon  du  palais  ;  puis  devenu  par 
la  réunion  de  fes  fibres,  un  petit  tendon  délié,  il 
fe  réfléchit  vers  le  petit  crochet  de  l'aile  interne 
de  l'apophyfe  ptérigoïde,&  s'infère  charnu  dans  tou- 
tes les  parties  membraneufes,  charnues  &  cartilagi- 
neufes  de  la  trompe  d'Euflache, ic  un  peu  à  l'os  fphé- 
noïde. 

SPHENO-STAPHYLIN,  en  Anatomie,  nom  d'un 
paire  de  mufcles  de  la  luette,  appelles  imCfifalpingo' 
JUphylins.  Voye^  SaLPINGO-StapHYLIN. 

SPHERE ,  f.  f.  en  Géôm.  efl  un  corps  folide  con- 
tenu fous  une  feule  furface ,  &  qui  a,dans  le  milieu 
un  point  qu'on  appelle  centre ,  d'oii  toutes  les  lignes 
tirées  à  la  furface,  font  égales.  Foyei  Solide,  &c. 

On  peut  fuppofer  que  [■àfphere  efl  engencfrée  par 
la  révolution  d'un  demi-cercle  ABC  (^Fl.  de  Géo- 
métr.  /rg.j 4.), autour  de  fon  diamètre  AC ,  qu'on 
appelle  aufîi  Xaxt  de  la  Jplure  ;  6c  les  points  A  6i.C 


s  P  H 

[ui  lont  les  extrémités  de  l'axe  >  font  nommes  îes 

<ol£S  ik  ta  fphen. 

ProprU'.cs  de  la  fphcre.  i°.  Une  fp Itère  efl  égale  à 
ne  pyramide  dont  la  bafe  eft  égale  à  la  furface  de 
ifpherc,  6c  la  hauteur  au  rayon  de  là  Jp hère. 

2"»  Une  /phere  ell  à  im  cylindre  circonlcrit  autour 
l'eîle,  comme  2  eu  à  3.  Fojei  Cylindre. 

3".  Le  cube  du  diamètre  d'une  Jpkere  eft  au  folide 
ue  contient  lajphere  ,  à-peu-preS  comme  300  à  i  57. 
)n  peut  donc  par-là  melarcr  à-peu-près  la  ioiidité 
l'une  J'phere. 

\°.  La  furface  à\\nefphere  efl  quadruple  de  l'aire 
'un  cercle  décrit  avec  le  rayon  de  lufphcre. 

Le  diamètre  d'une  fphere  étant  donné,  trouver 
1  furface  &  fa  folidité.  i".  Trouvez  la  circonférence 
u  cercle  décrit  par  le  rayon  àtl^ fphere.  Voye^  CiR- 

:ONFÉRENXE. 

Multipliez  ce  que  vous  avez  trouvé  par  le  dia- 
letre  ,  le  produit  fera  la  furface  de  là  fphere. 
Multipliez  la  furface  par  la  fixieme  partie  du  dia- 
mètre, le  produit  fera  la  folidité  de  la.Jphere. 

Ainfi,  en  fuppofant  que  le  diamètre  de  la  fphere 
û  56,  la  circonférence  fera  175,  qui  multipliée 
lar  le  diamètre  ,  produira  9800  qui  ell  la  furface  de 
ijphere  :  cette  furface  nmltipàée  par  la  fixiem.e  par- 
ie du  diamètre ,  donnera  919057,  qui  elf  la  folidité  : 
ai  bien  opérez  comme  il  fuit  : 

Trouvez  le  cube  du  diamètre  1 7  5  6 1 6  :  enfuite  cher- 
hez  une  quatrième  proportionnelle  à  ces  nombres 
00,  157,  175616,  cette  quatrième  proportion- 
elle  fera  919057.  f^oje{  Proportionnel  :  c'eil  la 
Dlidité  de  la  jphere  qu'on  cherchoit. 

Pour  ce  qui  regarde  les  fegmens  &  les  fefteurs  des 
"pheres,  voyei  SegMENT  &  SECTEUR. 

Projeciion  de  la  fphere.  Foye^^  PROJECTIONi 

Sphère  d'aflivité  d'un  corps  efl:  un  efpace  déter- 
niné  &  étendu  tout-autour  de  lui ,  au-delà  duquel 
eà  émanations  qui  fortent  du  corps,  n'ont  plus  d'ac- 
ion  fenfible.  Voye^  Atmosphère. 

Ainfi  nous  difons  qiie  la  vert\i  de  l'aimant  à  de 
certaines  bornes-  au-delà  defquelles  cette  pierre  ne 
)eut  point  attirer  %me  aiguille  ;  mais  partout  oikl  ai- 
guille efl:  placée ,  pourvu  qu'elle  puill'e  être  mife  en 
mouvement  par  l'aimant,  on  dit  qu'elle  efl:  dans  la 
"phere  d'aftivité  de  l'aimant.  Foyei  Aimant. 

Sphère,  en  Afronemie ,  efl:  cet  orbe  ou  étendue 
:oncave  qui  entoure  notre  globe, &  auquel  les  corps 
rcleftes ,  le  foleil ,  les  étoiles  ,  Içs  planètes  &  les  co- 
netes  femblent  être  attachées.  Foye[  Ciel. 

On  l'appelle  aufll  hfp/ure  du  inohde,&  elle  efl: 
.'objet  de  rAfl:ronomie  Iphérique.  Foye^  Astrono- 
mie 6'  Sphêrique. 

Cette  fphere  efl:  extrêmement  grande,  puifqu'elle 
renferme  les  étoiles  fixes;  ce  qui  la  fait  quelquefois 
nommer  la  fphere  des  étoiles  fixes.  Le  diamètre  de 
l'orbite  de  la  terre  efl:  fl  petit ,  quand  on  le  compare 
au  diamètre  de  la  fphere  du  monde ,  que  le  centre 
de  \d fphere  ne  Ibuffre  point  de  changement  fenfible, 
quoique  l'obfervatcur  fe  place  fucceffivement  dans 
les  diftérens  points  de  l'orbite  :  mais  en  tout  tems  &C 
à  tous  les  points  de  la  furface  de  la  terre,  les  habi- 
tans  ont  les  mêmes  apparences  de  h  fphere;  c'eft-à- 
dire,  que  les  étoiles  fixes  paroiflênt  occuper  le  mê- 
me point  dans  la  furface  de  la  fphere,  voyci  Paral- 
laxe. Notre  manière  de  juger  de  la  fituation  des  af- 
tres  efl  de  concevoir  des  lignes  droites  tirées  de 
l'œil  ou  du  centre  de  la  terre,  à-travers  le  centre  de 
l'aftre,  &  qui  continuent  encore  jufqu'à  ce  qu'elles 
coupent  cette  fphere;  les  points  oii  les  lignes  fe  ter- 
minent, font  les  lieux  apparens  de  ces  aflres.  Foyc^ 
Lieu. 6*  Parallaxe. 

Pour  déterminer  mieux  les  lieux  que  les  corps  oc- 
cupent dans  h  Jphere ,  on  a  imagin^  différens  eercles 


S  P  H  A53 

fùf  là  furface  ,  &  qu'on  appelle  par  cette  raifon  cer^^ 
des  de  la  fphere.   ^oyej  CerclE. 

Il  y  en  a  quelques-uns  qu'(?n  appelle  grands  cer- 
cles, comme  récliptique,le  méridien,  l'équateur  &c, 
les  autres  petits  cercles,  comme  les  tropioues  ,  les 
parallèles  ,  &c.  Foye^  chacun  de  ces  cercles  fous  ion 
nom  particulier ,  Equateur,  Horison,  Eclip- 
tique,  &c. 

Sphère  ,  en  Géographie ,  &c.  fignifie  une  cerîai.'ie 
difpoîition  de  cercles  far  la  furface  de  la  terre ,  dont 
la  plupart  gardent  toujours  entre  eux  la  même  fitua- 
tion ,  mais  l'ont  différemment  difpoles  par  rapoort 
aux  dilférens  points  de  la  furface  de  notre  globe. 

Les  cercles  qu'on  concevoit  originairement  fur  la 
furface  de  la  fphere  du  monde ,  ont  été  pour  la  plus, 
grande  partie,  transférés  par  analogie  à  la  furface 
de  la  terre  ;  où  on  les  conçoit  tracés  diredement 
fous  ceux  de  la  Jphere  &C  dans  les  mêmes  plans,  de 
manière  que  fi  les  plans  des  cercles  de  la  terre  étoient 
continués  jufqu'à  la  y/^AeAÊ,  ils  co-lncideroient  avec 
les  cercles  refpedifs  qui  y  font  placés  :  c'eft  ainfi  que 
nous  avons  fur  la  terre  un  horifon,un  méridien, 
un  équateur,  &c.  Foye^  HoRiSON,  &c. 

Comme  l'équateur  qui  efl  dans  le  ciel  divife  la 
fphere  en  deu  parties  égales,  l'une  feptentrionale, 
l'autre  méridionale  ;  de-même  auifi  Téquateur  qui 
efl  fur  la  furface  de  la  terre ,  la  divife  en  deux  parties 
égales.  Foyei  Equateur. 

Et  comme  les  méridiens  qui  font  dans  la  Jphere", 
pafl'ent  par  les  pôles  du  monde,  il  en  efl  de  même 
de  ceux  qui  font  fur  la  terre.  Foyej  iMéridien. 

Toute  la  fphere,  ou  le  globe  terreflre  pouvant 
amener  tour-à-tour  tous  fes  points  fofis  le  méri- 
dien ;  &  le  méridien  pouvant  hauffer  ou  baifl'er  l'axe 
du  monde  en  gliffant  dans  les  entailles  de  l'horifon: 
cela  fert  à  déterminer  les  afpe6ts  du  ciel  à  l'égard  de 
tous  les  peuples  de  la  terre,  à  melurer  les  dillances 
des  lieux ,  à  connoître  la  durée  des  nuits  &  des  jours 
pour  tel  lieu  ,  le  moment  du  lever  &  du  coucher  du 
Soleil ,  l'heure  qu'il  efl  en  tel  endroit ,  quand  il  eft 
midi  dans  un'  autre  ;  en  un  mot ,  à  réfoudre  toutes 
les  queflions  qui  regardent  la  dilpofition  des  lieux  ^ 
tant  entr'eux  fur  le  globe ,  qu'à  l'égard  du  Soleil  &C 
de  tout  le  ciel.  Foye^  Globe, 

Donc,  fuivantla  différente  pofition  de  quelques- 
uns  de  ces  cercles  par  rapport  aux  autres ,  il  arrive 
que  nous  avons  lajphere  droite  parallèle  ou  oblique. 

La  fphere  droite  efl  celle  dans  laquelle  l'équateur 
coupe  l'horifon  du  lieu  à  angles  droits. 

Dans  cette  fituation,  l'équateur  &  tous  les  cercles 
parallèles  à  l'horifon  ,  doivent  couper  direûement 
l'horifon  ,  fans  s'incliner  d'un  côté  plus  que  de  l'au- 
tre. Récijjroquement  l'horifon  coupe  l'équateur  ,  &c 
tous  les  cercles  parallèles  à  l'équateur  en  deux  por- 
tions égales.  Telle  efl  la  fphere  droite ,  &  voici  fes 
effets.  On  a  le  jour  en  général  tant  que  le  foleil  ell 
fous  l'horifon.  Or  tous  les  cercles  que  le  foleil  décrit 
d'un  tropique  à  l'autre  font  coupés  en  deux  portions 
égales  par  cet  horifon  ,  puifqu'ils  tombent  dire£le- 
ment  deffus.  Les  jours  y  font  donc  égaux  aux  nuits  , 
&  durant  toute  l'année  il  y  a  douze  heures  de  jour  &C 
autant  de  nuit.  Le  foleil  y  defcendant  direftement 
fous  l'horifon  ,  s'en  éloigne  plus  vite  que  s'il  s'y  plon- 
geoit  obliquement  ;  ainfi  le  crépufcule  efl  plus  court. 
Lajphere  parallèle  eft  celle  dans  laquelle  l'équateur 
efl  parallèle  à  l'horifon  fenfible  ,  &C  dans  le  plan  de 
l'horifon  rationnel. 

Elle  efl  telle  pour  ceux  auxquels  le  pôle  fert  de 
zénith.  Si  ce  coin  du  monde  efl  habitable  ,  on  doit 
y  avoir  l'horifon  dans  l'équateur,  puif'que  le  pôle  6c 
le  zénith  y  étant  la  même  chofe,  à  90  degrés  de-là  , 
on  trouve  également  l'horifon  &:  l'équateur  qui  fe 
confondent,  ou  deviennent  parallèles  l'un  à  l'autre; 
ce  qui  fait  donner  à  cette  diipofition  du  monde  le  nom 


454 


S  P  H 


àc/phcn  parallck.  En  voici  les  fuites.  Lefoleilellfix: 
mois  en-deçà  de  réquateur  vers  le  polo  ardique,  & 
fix  mois  au-delà.  Si  l'cquateur  efl:  l'horifon  des  pcu7 
pies  qui  peuvent  être  fous  le  ])ole  ,  ils  devroicnt  voir 
le  folell  tourner  fix  mois  de  fuite  autour  d'eux  ,  s'éle- 
ver peu-à-peu  durant  trois  mois  jufqu'à  la  hauteur  de 
23  T  degrés  ,  &  pendant  trois  autres  mois  s'abaiffer 
par  des  cercles  diipofés  en  forme  de  ligne  fplrale ,  juf- 
cu'à  ce  que  décrivant  un  parallèle  qui  commence  à 
ie  détacher  de  l'équateur ,  il  abandonne  auflileur  ho- 
rifon. 

La  fphen  oblique  eft  celle  dans  laquelle  l'équateur 
coupe  1  horifon  obliquement. 

Dans  cette  pofition  l'horifon  &c  l'équateur  fe  cou- 
pent obliquement ,  faifant  un  angle  aigu  d'un  coté, 
6i.  obtus  de  l'autre  ;  de  forte  que  les  révolutions 
diurijes  de  Infplurc  fe  font  à  angles  obliques  à  l'ho- 
tifon.  L'un  des  pôles  du  monde  efl:  toujours  élevé  au- 
defliis  de  l'horifon  ,  &i.  toujours  vifible  ;  mais  l'autre 
ert  perpétuellement  au-deflbus  &  invifible  ,  &  la  hau- 
teur de  l'un  ci\  toujours  égale  à  l'abaiffement  de  l'au- 
tre. Le  zénith  elt  hors  de  l'équateur,  entre  lui  &  le 
pôle.  Il  en  ell  de  même  du  nadir. 

Sphère  armillaire  OU  anificidU  eft  un  inftrument  af- 
tronomique  qui  repréfente  les  difféfens  cercles  de  la 
fphere  dans  leur  ordre  naturel,  &  qui  fert  à  donner 
une  idée  de  l'ufage  &  delà  pofition  de  chacun  d'eux  , 
&  à  réfoudre  différens  problèmes  qui  y  ont  rapport. 

On  l'appelle  ainfi  parce  qu'elle  eft  compofée  d'un 
nombre  de  bandes,  ou  anneaux  de  cuivre  ou  d'autre 
matière ,  appelles  par  les  Latins  armilla  ,  à-caufe  de 
la  reflemblance  qu'ils  ont  avec  des  bracelets  ou  an- 
neaux. 

On  la  diftingue  d'avec  le  globe  en  ce  que  quoique 
le  globe  ait  tous  les  cercles  de  la  fphtrc  tracés  fur  fa 
furïace  ,  il  n'eft  cependant  pas  coupé  en  bandes  ou 
anneaux  pour  repréfenter  les  cercles  purement  & 
fimplement;maisil  offre  aufti  les  efpaces  intermédiai- 
res qui  fe  trouvent  entre  les  cercles.  Voye^^  Globe. 

Tout  ce  que  nous  voyons  dans  le  ciel  marche  pour 
nous,  comme  étant  vu  dans  wnc  fphere  concave.  Un 
globe  convexe  ,  &  qu'on  ne  voit  que  par  dehors , 
n'étant  pas  naturellement  propre  à  nous  peindre  cette 
concavité  ,  on  s'avifa  de  conftruire  une  fphere  évui- 
dée  ,  &  où  l'on  pût  voir  intérieurement  tous  les 
points  qu'on  a  intérêt  de  connoître,  en  ne  la  compo- 
fant  que  de  ces  points  mis  bout-à-bout,  &  enfuppri- 
mant  les  autres. 

Il  y  a  àesfpheres  armillaires  de  deux  fortes ,  fuivant 
l'endroit  oii  la  terre  y  eft  placée-;  c'eft  pourquoi  on 
les  diftingue  en  fphere  de  Ptolomée  &  fphere  de  Co- 
pernic :  dans  la  première  la  terre  occupe  le  centre,  & 
dans  la  dernière  elle  eft  fur  la  circonférence  d'un  cer- 
cle ,  fuivant  la  place  que  cette  planète  remplit  dans 
le  fyftèmefolaire.  I^oyei  Système. 

'La  fphere  de  Ptolomée  eft  celle  dont  on  fe  fert  com- 
munément ,  &  qui  eft  repréfentée ,  PL  aflronomique  y 

fis-  21. 

Au  milieu  fur  l'axe  deh  fphere  ,  ily  a  unebotile  T, 
qui  repréfente  la  terre ,  &c.  Tous  les  problèmes  qui 
ont  rapport  aux  phénomènes  du  folcil  &  de  la  terre 
peuvent  fe  refoudre  au  moyen  de  cette  Jphere  ,  à-peu- 
près  "comme  on  le  fcroit  par  le  moyen  du  globe  cé- 
lefte.  yoye^  ces  problèmes  fous  Varncle  Globe. 

La  fphere  de  Copernic  diffère  à  plufieurs  égards 
de  celle  de  Ptolomée.  Le  folell  y  occupe  le  centre, & 
au-tour  de  cet  aftre  font  placées  à  différentes  diftan- 
ces  les  planètes ,  au  nombre  defquelles  eft  la  terre. 
Cet  inftrument  eft  de  fi  peu  d'ufage,  qu'on  nous  ex- 
çufera  facilement  fi  nous  nous  dlipenlons  d'en  don- 
ner la  dcfcription  détaillée.  Chanibers. 

Sphère  ,  f  f  (  ^rchit.  )  c'eft  un  corps  parfaite- 
ment rond  ,  qu'on  nomme  auffi  <jlohe  ou  boule;  il  fert 
d'ornement  fur  la  rampe  d'un  efcalier. 


S  P  H 

Sphère  ,  I.  f.  (  Miroiterie.  )  ou  boitle  ;  inftrument 
dont  fe  fervent  les  miroitiers-lunetiers  ,  pour  tra- 
vailler les  verres  concaves  qui  font  propres  aux 
opérations  d'Optique  ,  ou  autres  ouvrages  de  miroi- 
terie. {D.  J.) 

SPMERICITÉ  ,  f.  f.  eft  la  qualité  qui  conftitue  la 
figure  fphcrlquc  ,  ou  ce  q\ii  fait  que  quelque  corpâ 
eft  rond  ou  fphérique.  t^oyei  Sphere. 

h^  fphériciié  des  cailloux  ,  des  fruits,  des  graines, 
&c.  &  des  gouttes  d'eau  ,  de  vif-argent ,  &c.  &  des 
bulles  d'air  dans  l'eau,  &c.  vient  ,  fuivant  Hool^e  , 
du  peu  de  convenance  de  leurs  parties  avec  celles  du 
fluide  environnant  \  ce  fluide  ,  félon  lui  ,  les  empê- 
che de  fe  mêler  &  les  contraint  de  jjrendre  une  forme 
ronde  en  les  preflant  également  de  toutes  parts.  Foyef 
Goutte. 

Les  Newtoniens  expliquent  cette  fphéricité  par  leuf 
grand  principe  de  l'attradion,  fuivant  lequelles  par- 
ties de  la  même  goutte  fluide  ,  &c.  fe  rangent  natu- 
rellement le  plus  proche  du  centre  de  cette  goutte 
qu'il  eft  poffible  ,  ce  qui  occafionne  néceffairement 
une  figure  ronde,  f^oyei  Attraction  6-  Cohé- 
sion. Charnbers.  (O) 

SPHÉRIE  ,  (  Gécig.  anc.)  Sphœria  ;  île  du  Pélo- 
ponnèfe  ,  fur  la  côte  de  l'Argolide  ,  fous  la  domina- 
tion de  Trœsène.  Cette  île  ,  dit  Paufanias ,  liv.  II.  c» 
xxxij.  eft  fi  près  du  continent ,  que  l'on  y  peut  paffer 
à  pié.  Elle  s'appelloit  originairement  Vile  Sphérie  ;, 
mais  dans  la  luite  on  lui  donna  le  nom  d'//e  Sacrée 
Sphérus  ,  qui,  félon  les  Trœzéniens,  fut  l'écuyer  de 
Pélops ,  étoit  inhumé  dans  cette  île.  Ethra,  fille  de 
Pithée  ,  femme  d'Egée  &  mère  de  Théfée  ,  fut  aver- 
tie en  fonge  par  Minerve  ,  d'aller  rendre  à  Sphérus 
les  devoirs  que  l'on  rend  aux  morts.  Etant  venue 
dans  l'île  à  ce  deffein,  il  arriva  qu'elle  eut  commerce 
avec  Neptune.  Ethra,  après  cette  aventure,  confacra 
un  temple  à  Minerve  furnommée  apaturie,  ou  la  trom- 
peufe^  6c  voulut  que  cette  île  ,  qui  fe  nommoit  Sphé- 
rie ,  s'appellât  Vile  facrée.  Elle  inftitua  même  l'ufage 
que  toutes  les  filles  du  pays  ,  en  fe  mariant ,  confa- 
crerolent  leur  ceinture  à  Minerve  apaturie  ;  c'étoit-là 
ffeii,t-être  une  méchanceté  de  cette  princefl'e.  (/J./.) 

SPHÉRIQUE,  adj.  {Géom.  &  Aftronomie.)  fe 
dit  en  général  de  tout  ce  qui  a  rapport  à  la  fphere  , 
ou  qui  lui  appartient.  Un  zngle  Jphérique  eftl'incli- 
naifon  mutuelle  de  deux  plans  qui  coupent  une  fphé* 
re.  f^oyei  Plan  6-  Angle. 

Ainfi  l'inclinaifon  des  deux  plans  CAF  &c  C  E  F , 
PL  de  Trigonométrie' ,  fig.  2/.  forme  Van^le  fphérique 
ACE.  Voyei  Sphère. 

La  mefure  d'un  zn^e  fphérique  A  C  E  eu  un  arc  de 
grand  cercle  A  E  ,  décrit  dulommet  C ,  commepole, 
ik  compris  entre  les  côtés  CA  &  CE. 

D'oii  il  s'enfuit  que  puifque  l'inclinaifon  du  plan 
CE  Fan  plan  C  A  F  eft  par-tout  la  même,  les  angles 
qui  font  aux  interférions  oppoféesCÔC  /^ font  égaux. 

Si  un  cercle  de  la  fphere  A  E  B  F  coupe  un  autre 
cercle  CED  F .,fig.  ic).  les  angles  adjacens  A  EC&C 
A  E  D  font  égaux  à  deux  droits  ;  &  les  angles  oppo- 
{ésAEC&c  DE  B  font  égaux  entr'eux.  Ainfi  tous 
les  angles  fphériques  comme  A  E  C  .,  A  E  D  ^D  E  B, 
B  E  C\  é'c.  faits  autour  du  même  point  E ,  font  égaux 
pris  eniemble  à  quatre  angles  droits. 

Un  triangle //j/îm^Ke  eft  un  triangle  compris  entre 
trois  arcs  de  grands  cercles  d'une  fphere  qui  fe  cou- 
pent l'un  l'autre.  ^qye^TRlANGLE. 

Propriétés  des  triangles  fphériques.  1°.  Si  dans  deuX 
triangles  fphériques  ,  PL  de  Trigonomét.  fig.  10.  &  11. 
ABC&c  abc,  l'angle^=^  ,BA  =  ba,  &cCA^ 
c  a  ;  les  angles  B  b  ,  &  les  côtés  qui  renferment  les 
angles  ,  feront  refpeftivement  égaux  ;  &  par  con- 
féqucnt  les  triangles  entiers  feront  égaux  ;  c'eft-à-due 
BC  =  bc,B  =  )^,  &cC=c. 

De  plus,  û  dans  deux  tïïdns,\es  fphériques  A  =a, 


s  P  H 


S  P  H 


4J5 


=  c.  Si  ^C=ac,  alors  B  =  h,  ^B  =  a  if  ,  & 
cz=.BC.  Enfin  fi  dans  deux  trvdns,\QS  fp/ién<juef 
'B=al> ,  JC=ac,ScB  C=bc  ;  donc  ^feraég?.l 
:  a  ,  B  =  b  &z  C  =^c  :  les  dcmonftrations  de  ces 
ropriétés  (ont  les  mêmes  que  celles  des  propriétés 
mblables  qui  fe  rencontrent  dans  les  triangles  plans; 
ir  les  propofitions  fur  l'égalité  des  triangles  redHli- 
les  s'étendent  à  tons  les  autres,  f-cpourvu  qiic  leurs 
jtésibientfemblables.  Foye^  Triangle  j'ylanquc 
oceU. 

i".  Dansun  triangle  J  B  C ,  fig.  n.  les  angles  à  la 
^{e  B  Se  C  font  égaux  ;  &  û  dans  un  triangle y/^/ztV/- 
u  les  angles  ^  &  C  à  la  bafe  B  C  font  égaux  ,  le 
iangle  eft  ifofcele. 

3*^.  Dans  tout  triangle  fphérlque  chaque  côté  eft 
loindre  qu'un  demi-cercle;  deux  côtés  quelcon- 
ues  pris  enfemble  font  plus  grands  queletroifieme; 
nis  les  trois  côtés  pris  enfemble  font  moindres  que 
;  circonférence  d'un  grand  cercle  ,  le  plus  grand  cô- 
;  efl  toujours  oppofé  au  plus  grand  angle  ,  &  le 
loindre  côté  au  moindre  angle. 

4".  Si  dans  un  triangle  fphérique  BAC,  fig.  ij . 
eux  côtés  A  B  Se  B  C  pris  enfemble  lont  égaux  à  un 
emi-cercle ,  la  bafe  A  C  étant  continuée  en  Z> ,  l'an- 
le  externe  B  CD  fera  égala  l'angle  interne  oppofé 
i  /IC. 

Si  deux  côtés  pris  enfemble  font  moindres  ou  plus 
rands  qu'un  demi-cercle ,  l'angle  externe  B  CD  fera 
loindreou  plus  grand  que  l'angle  interne  oppofé^, 
c  la  converfe  de  toutes  ces  propofitions  eft  vraie  ; 
ivoir ,  fi  l'angle  B  CD  çû  égal  ou  plus  grand  ,  ou 
moindre  que  A ,  les  côtés  A  B  6c  B  C  font  égaux ,  ou 
lus  grands,  ou  moindres  qu'un  demi-cercle. 

ç°.  Si  dans  un  triangle  fphérlque  A  B  C ,  fig.  12. 
eux  côtés  A  B  6c  B  C  ibnt  égaux  à  un  demi-cercle, 
es  angles  à  la  bafe  A  Se  C  font  égaux  à  deux  angles 
roits  ;fi  les  côtés  font  plus  grands  qu'un  demi-cercle , 
es  angles  font  plus  grands  que  deux  droits  ;  &  files 
ôtés  font  moindres  ,  les  angles  font  moindres  ,&  ré- 
iproquement. 

G^.  Dans  tout  triangle  fphérique  chaque  angle  efl 
noindre  que  deux  droits  ;  &  les  trois  enfemble  font 
noindres  que  fix  angles  droits  ,  &  plus  grands  que 
leux- 

7°.  Si  dans  un  tnang).e  fphérique  BAC,  les  côtés 
4B  6cB  Cfont  des  quarts  de  cercle ,  les  angles  à  la 
)afe  B  6c  C  feront  des  angles  droits  ;  fi  l'angle  A 
rompris  entre  les  cotés  A  B  6c  A  C  eu  un  angle  droit, 
B  Ciera.  un  quart  de  cercle  ;  fi  ^  eft  un  angle  obtus , 
B  C  fera  plus  grand  qu'un  quart  de  cercle  ;  &  s'il  efl 
ligu  ,  B  (7  fera  moindre  ,  &  réciproquement. 

8*^.  Si  dans  un  triangley^Am^Mereûangle,  le  côté 
E  C,  fig  14.  adjacent  à  l'angle  droit  5  ,  efl  un  quart 
ie  cercle ,  l'angle  A  fera  un  angle  droit  ;  fi  B  E  cû 
plus  grand  qu'un  quart  de  cercle ,  l'angle  A  fera  ob- 
tus ;  &  fi  >6  Z>  efl  moindre  qu'un  quart  de  cercle  , 
l'angle  A  fera  aigu ,  &  réciproquement. 

9°.  Si  dans  un  triangle  fphérique  reâangle  chaque 
côté  e/l  plus  grand  ou  plus  petit  qu'un  quart  de  cer- 
cle, l'hypothénufe  fera  moindre  qu'un  quart  de  cer- 
cle ,  6c  réciproquement. 

I  o".  Si  dans  un  tnzn^le fphérique  A  B  C,fig.  \5.  rec- 
tangle feulement  en  B  ,  un  côté  C  5  efl  plus  grand 
qu'un  quart  de  cercle ,  6c  l'autre  côte  A  B  moindre  , 
l'hypothénufe  A  B  fera  plus  grande  qu'un  quart  de 
cercle, &:  réciproquement, 

1 1".  Si  dans  un  trhnglc  Jphérique  obliquangle  ABC, 
fig.  I  G.  les  deux  angles  à  la  bafe  A  6c  B ,  font  obtus  ou 
aigus  ,  la  perpendiculaire  C  D  qu'on  laifl'era  tomber 
du  troifieme  angle  (7 fur  le  côté  oppofé  A  ^ff,  tombera 
dans  le  triangle  ;  fi  l'un  d'eux  A  efl  obtus  ,  &  l'autre 
.6  aigu  ,  la  perpendiculaire  tombera  hors  du  triangle. 
I  i°.  Si  dans  un  Xx'\zx\^ç  fphcriquz  ABC  tous  les  an- 
gles AjByàcC  font  aigus ,  les  côtés  font  chacun 


moindres  qu'un  quart  de  cercle.  Ainfi,  fi  dans  un 
triangle  y>/zm^.v<r  obliquangle  un  côté  efl  plus  grand 
qu'un  quart  de  cercle  ,  il  y  a  un  angle  obtus  ,  favoir 
celui  qui  efl  oppofé  à  ce  côté. 

13*^.  Si  dans  un  triangle  Jphérique  A  CB  ,  deux  an- 
gles  A  6c  5 font  obtus,  &  le  troifieme  Caigu  ,  les 
côtés  A  C  6cC  B  oppofés  aux  côtés  obtus  font  plus 
grands  qu'un  quart  de  cercle  ;  ainfi  fi  les  deux  côtés 
font  moindres  qu'un  quart  de  cercle ,  les  deux  angles 


font  aigus 


14°.  Si  dans  un  triangle_//?At;V/^a.'tou5  les  côtés  font 
plus  grands  qu'un  quart  de  cercle ,  ou-bien  s'ii  y  en  a 
deux  plus  grands  ,  6c  un  qui  foit  égal  à  un  quart  de 
cercle  ,  tous  les  angles  font  obtus. 

I  5°.  Si  dansun  triangleyi'/'m^weobhquangle  deux 
côtés  font  moindres  qu'un  quart  de  cercle,  6:  le  troi- 
fieme plus  grand  ,  l'angle  oppofé  au  plus  grand  fera 
obtus  &  les  autres  aigus.  Wolf&  Chamhers. 

Sur  la  réfolutlon  des  irningles  fphériques ,  voyer 
Triangle. 

Les  propriétés  des  trhnglesfpheriquesContdémon- 
tréesavec  beaucoup  d'élégance  6c  de  fimplicité  dans 
un  petit  traité  qui  efl  imprimé  à  la  fin  de  Vintroduclio 
adveram  Afironomiam  ,  de  M.  Keill.  M.  Deparcieux, 
de  l'académie  royale  des  Sciences  de  Paris  &  de  cclls 
de  Berlin  ,  a  donné  au  public  en  1741  ,  un  traité  de 
Trigonornéirie  fphérique  ,  i/z-4".  imprimé  à  Paris  chez 
Guérin  ;  l'auteur  démontre  dans  cet  ouvrage  les  pro- 
priétés des  tr'i^n^les  fphériques  ,  en  regardant  leurs 
angles  comme  les  angles  formés  par  les  plans  oui  fe 
coupent  au  centre  de  la  fphere  ,    &  les  cotés  des 
triangles  fphériques  comme  les  angles  que  forment 
entr'elles  les  lignes  tirées  du  centre  de  la  fphere  aux 
extrémités  du  triangle  ;  c'eftàdire  qu'il  fubflitue 
aux  triangles  fphériques  des  pyramides  qui  ont  leur 
fommet  au  centre  de  la  fphere.  L'académie  royale  des 
Sciences  ayant  fait  examiner  cet  ouvrage  par  des  com- 
mifTaires   qu'elle  nomma  à  cet  effet  ,  a  jugé  que 
quoique  l'idée  de  M.  Deparcieux  ne  foit  pas  abfolu- 
ment  nouvelle,  &  qu'elle  l'ait  obligé  de  charger  quel- 
ques-unes de  fes  démonflrations  d'un  afTez  grand  dé- 
tail ,  elle  lui  avoit  donné  moyen  d'en  éclaircir  &  d'en 
fimplifier  un  plus  grand  nombre  d'autres  ,  &  auQ  cet 
ouvrage  ne  pouvoit  manquer  d'être  fort  utile.  (  O  ) 
L'aflronomie  fphérique  efl  la  partie  de  l'AflronO' 
mie  qui  confidcre  l'univers  dans  l'état  où  l'œil  l'ap» 

perçoit,    f^oyei  ASTRONOMIE. 

L'aflronomie  fphérique  comprend  tous  les  phéno- 
mènes &  les  apparences  des  cieux&:  des  corps  célef- 
tes  ,  telles  que  nous  les  appercevons  ,  fans  en  cher* 
cher  les  raifons  &  la  théorie.  En  quoi  elle  efl  dillin- 
guée  d'avec  l'aflronomie  théorique  ,  qui  confidere 
la  flrufture  réelle  de  l'univers  ,  &  les  caufes  de  fes 
phénomènes. 

Dans  l'aflronomie  fphérique  on  conçoit  le  monde 
comme  une  (urface  Jp hé nque  concave  ,  au  centre  de 
laquelle  efl  la  terre  ,  autour  de  laquelle  le  monde  vi- 
fible  tourne  avec  les  étoiles  6c  les  planètes  ,  qui  font 
regardées  comme  attachées  à  ù  circonférence  ;  & 
c'eflfur  cette  fuppofition  qu'en  détermine  tous  les 
autres  phénomènes.      ■  -  -- - 

L'aflronomie  théorique 'nous  apprendpar  les  loris 
de  l'optique  ,  &c.  à  corriger  ces  apparences,  6c  à  ré- 
duire le  tout  à  un  fyfleme  plus  çxaQ. 

Compas  fphérique  ,  icve^  CôMPAS. 

Géométrie  fphérique  çiïh  dotlrine  de  la  fphere  & 
particulièrement  des  Cefciés  qui  font  décrits  fur  fa 
furface  ,  avec  la  méthode  d^>  les  tracer  fin-  un  pl.in  , 
&  d'en  mclurer  les  arcs  6c  les  angles  quand  on  les  a 
tracés.  •     ' 

LaTrigonométrie  //'^iV/Ynccfl  l'art  deVéfoudrelcs 
triangles  y/^/ji.W<;«ùA- ,  c'cfl-à-dirc  ,  trois  chofcs  cMnt 
données  dans  un  triimoïcjphcrique,  trouver  tout  le 
rcfle  :  par  exemple  ,dcux  côtéii  &  un  angle  étant 


45^ 


S  P  H 


donnés  ,  trouver  les  deux  autres  angles,  &letroi- 
lleme  cote.  A'ojt^  TiuanoLE  6'Trigonométril. 
Clianihen. 

SphÉriques  ,  (  Céom.  )  c'eft  proprement  la  do- 
ftiine  d.'s  proprictcs  de  la  Ipherc  ,  conlidcrce  com- 
me un  corps  géométrique  ,  &  particulièrement  des 
dlfférens  cercles  qui  font  décrits  lur  laiurlace.  ^oyc^ 
Sphère.  .  . 

C'ell  fur  cette  matière  que  le  mathématicien  Théo- 
dore a  écrit  les  livres  qui  nous  reftent  encore  de  lui , 
&:  qu'on  appelle  Xcs/phénqucs  de  Théodole. 

Voici  les  principales  propolitions  ,  ou  les  princi- 
paux théorèmes  (Xnsfphcriqncs. 

i".  Si  on  coupe  une  l'phere  de  quelque  manière 
que  ce  loit,  le  plan  de  la  ledion  iera  un  cercle  dont 
le  centre  cit  dans  un  diamètre  de  la  iphere. 

D'où  il  luit,  i".  que  le  diamètre  H I  {  Planche 
de  Tr'i^onom.fig.  z/.)  d'un  cercle  qui  paffe  par  le  cen- 
tre cV'eft  égal  au  diamètre  AB  du  cercle  générateur 
de  la  iphere,  &  le  diamètre  d'un  cercle  ,  comme 
FE  ,  qui  ne  pafle  pas  par  le  centre,  eft  égal  à  quel- 
que corde  du  cercle  générateur. 

2°.  Que  comme  le  diamètre  ert  la  plus  grande  de 
toutes  les  cordes,  un  cercle  qui  paffe  par  le  centre 
eft  un  grand  cercle  de  la  Iphere ,  6c  tous  les  autres 

font  plus  petits.  ,    ,    /-  i.        r 

^°.  Que  tous  les  grands  cercles  de  la  iphere  lont 

égaux  les  uns  aux  autres. 

4°.  Que  fi  un  grand  cercle  de  la  fphere  paffe  par 
quelque  point  donné  delà  fphere  ,  comme  ^  ;  il  doit 
palier  auiii  par  le  point  diamétralement  oppofé,  com- 
me B. 

5°,  Que  fi  deux  grands  cercles  fe  coupent  mutuel- 
lement Tun  l'autre ,  la  ligne  de  feûion  efl  un  diamè- 
tre de  la  fphere  ;  &  que  par  conléquent  deux  grands 
cercles  fe  coupent  l'un  l'autre  dans  des  points  dia- 
métralement oppofés.  _ 

6°.  Qu'un  grand  cercle  de  la  fphere  la  divife  en 
deux  parties  ,  ou  hémifpheres  égaux. 

1°.  Tous  les  grands  cercles  de  la  fphere  fe  cou- 
pent l'un  l'autre  en  deux  parties  égales  &  récipro- 
quement tous  les  cercles  qui  fe  coupent  en  deux  par- 
ties égales ,  font  de  grands  cercles  de  la  fphere. 

3°.  Un  arc  d'un  grand  cercle  de  la  fphere  compris 
entre  un  autre  arc  ,  ri I L  {fig.  i8.)  ^  fes  pôles  A 
&  5  ,  ell  un  quart  de  cercle. 

Celui  qui  eft  compris  entre  un  moindre  cercle 
VE  F,&i  un  de  fes  pôles  A ,  eu  plus  grand  qu'un 
quart  de  cercle  ;  &  celui  qui  eil  compris  entre  le 
même ,  &  l'autre  pôle  B  ,  elt  plus  petit  qu'un  quart 
de  cercle. 

4°.  Si  un  grand  cercle  d'une  fphere  paffe  par  les 
pôles  d'un  autre  ,  cet  autre  paffe  par  les  pôles  de  ce- 
lui-ci ;  &  fi  un  grand  cercle  paffe  par  les  pôles  d'un 
autre  ,  ils  fe  coupent  Tun  l'autre  à  angles  droits ,  & 
réciproquement. 

5°.  Si  un  grand  cercle  ^F5  D  paffe  par  les  pô- 
les ^  &  5  d'un  plus  petit  cercle  D  £f,'i]\c  divile 
en  parties  égales,  èc  le  coupe  à  angles  drous, 

6".  Si  deux  grands  cercles  j4  E  B  F ,  &cCE  D  F, 
{fig->  'D-)^^  coupent  l'un  l'autre  aux  pôles  E  6c  F , 
d'un  autre  grand  cercle  A  C  B  D  ,  cat  autre  paflera 
par  les  pôles  H &c  h  ,  I  6i.  ide$  cercles  A  E  B  F ,&c 
CEDF. 

7°.  Si  deux  grands  cercles  ^£^  ^,  ^C  E  DF^ 
«n  coupent  chacun  un  autre  miuuellement ,  l'angle 
d'obliquité  AE  E  fera  égal  à  la  diffance  des  pôles 

H  L 

8".  Tous  cercles  de  la  fphere,  comme  G  E ,  &c 
L  K  ,  (/%.  20.  )  également  dlflans  de  Ion  centre  C, 
font  'égatfx  :  &  plus  ils  font  éloignés  du  centre ,  plus 
ils  font  petits;  alnfi,  comme  de  toutes  les  cordes 
parallèles  il  n'y  en  a  que  deux  qui  foient  égaleruent 
«loignces  du  centre  ,  de  tous  les  cercles  parallèles  au    J 

1 


S  P  H 

même  grand  cercle ,  il  n'y  en  a  que  deux  qui  fuient 
égaux. 

9<*.  Si  les  arcs  E  H  S>c  KH,  G  I  Si  I L,  compris 
entre  un  grand  cercle  I H  M  ,6c  les  cercles  plus  pe- 
tits G  N  E  f6c  LO  K  font  égaux  ,  les  cercles  font 
égaux. 

lo''.  Si  les  arcs  E  H  &C  G  f  ,dn  même  grand  cer- 
cle A I B  H  ^  compris  entre  deux  cercles  G  N  E  yS>c 
I M  H,  font  égaux  ,  Les  cercles  font  parallèles. 

1 1®.  Un  arc  d'un  cercle  parallèle  I  G,  (/^.  2/.  ) 
efl  femblable  à  un  arc  d'un  grand  cercle  A  £  ,{i  cha- 
cun d'eux  eff  compris  entre  les  mêmes  grands  cer- 
cles C^  F,  &CCEF. 

Ainfi ,  les  arcs  A  E  Se  I  G  ,  ont  la  même  raifon  à 
leur  circonférence  ;  ik  par  conlequent  contiennent 
le  même  nombre  de  degrés;  6c  l'arc  I  G  y  ei\  plus 
petit  que  l'arc  A  E. 

I  2°.  L'arc  d'un  grand  cercle  cû.  la  ligne  la  plus 
courte  qu'on nuiflc  tirer  d'un  point  delà  furface  d'une 
fphere  k  un  autre  point  de  la  même  furface. 

De-là  il  s'enfuit  que  la  vraie  diltance  de  deux  lieux 
fur  la  l'urface  de  la  terre  ,  eff  un  arc  d'un  grand  cercle 
compris  entre  ces  lieux,  royei  NAVIGATION  &  Car- 
te. JFo/f  &  Cliambars.  (  £  ) 

SPHERISTERE,  f.  m.  (^Gymnaftiq.)  fphxrlfli- 
rlum ,  lieu  confacré  à  tous  les  exercices  dans  lefquels 
on  employoit  la  balle. 

Quoiqu'entre  les  divers  exercices  oii  l'on  fe  fer- 
voit  de  balles ,  il  y  en  eût  plufieurs  qu'on  ne  pouvoit 
pratiquer  qu'en  plein  air  &  dans  les  endroits  les  plus 
Ipacieux  desgymnafes,  tels  qu'ëtoient  les  xyftes, 
xyjla  ,  ou  les  grandes  allées  découvertes  ;  on  ne 
laiffoir  pas  chez  les  Grecs  de  conftruire  dans  ces  gym- 
naiés  quelques  pièces  convenables  à  certaines  elpe- 
ces  de  fphérilHques. 

Les  Romains  qui  avoient  imité  les  Grecs  dans  la 
conftripftion  de  la  plupart  de  leurs  bâtimens ,  &  en- 
tre autres  dans  celle  de  leurs  gymnafes  ou  paleftres, 
&  de  leurs  thermes ,  y  plaçoient  aulîi  de  ces  fp/tîn- 
fieres ,  qui  n'étoient  pas  tellement  affeftés  à  ces  édi- 
fices publics  ,  qu'il  ne  s'en  trouvât  fouvent  dans  les 
maifons  des  particuliers  tant  à  la  ville  qu'à  la  campa- 
gne. L'empereur  Vefpafien ,  par  exemple,  en  avoit 
un  dans  fon  palais  ;  &  c'étoit-là  ,  qu'au  rapport  de 
Suétone ,  il  fe  faifoit  frotter  la  gorge  6c  les  autres  par- 
ties du  corps  un  certain  nombre  de  fois.  Alexandre 
Severe  s'exerçoit  auffx  très-fouvent  dans  (on  fphéri- 
Jicrc  ,  fui  vaut  le  témoignage  de  Lampridius. 

Pline  le  jeune,  dans  les  dcfcriptions  qu'il  nous  a 
lalffées  de  les  deux  maifons  de  campagne  du  Lauren- 
tin  &L  de  celle  de  Tofcane,  place  dans  l'une  &  dans 
l'autre  nnfphœnjlcrhirn.  11  dit  en  parlant  du  Lauren- 
tin ,  cohccni  calida  pifcina  mirificè  ex  quâ  naianies  mari 
adfplciuni  ;  nec/?/-ocw/fph3srilierium,  quod  calidifjimo 
Jbli^  inclinato  jam  die  ^  occurrit ,  c'elt-à-dire,  il  y  a 
une  grande  baignoire  d'eau  chaude  fi  avantageule- 
ment  fituée ,  que  ceux  qui  s'y  baignent  voyent  la 
mer  ;  &:  non  loin  de-là  elt  un  jeu  de  paume  expofé 
à  la  plus  grande  chaleur  du  folell  vers  la  fin  du  jour. 
Et  en  parlant  de  fa  mailon  de  Tofcaoe ,  il  s'exprime 
ainfi  :  apodytcrio  fuperpojitum  efi  fphïrifterium  f«oi 
plura  gcncra  exercitationis  ,  plurefque  circulas  capit  ; 
une  efpece  de  jeu  de  paume  propre  à  divers  exerci- 
ces, occupe  le  deffus  du  lieu  qui  fert  de  garde-robe; 
&  ce  jeu  de  paume  efi  accompagné  de  plufieurs  ré- 
duits &i.  détours  particuliers. 

Comme  Vitruve,  dans  la  defcription  qu'il  donne 
des  gymnafes  ou  paleftres ,  tels  qu'on  les  voyoit  en 
Grèce  de  fon  tems  (  car  ils  n'étoient  pas  fort  com- 
muns en  ItaUe  )  ne  dit  pas  un  mot  Anjpxrijlerium,  en 
fiiifant  le  dénombrement  des  différentes  pièces  delà 
paleltre;  il  y  a  apparence  que  le  coryceum  dont  il 
parle  ,  efi:  le  véritable  fphœrijhrium  des  paleftres, 
c'efi-à-dire ,  un  lieu  d«ftinc  à  la  plupart  des  exerci- 
ces 


S  P  H 

'ces  ùh.  Ton  fe  fcrvoit  d'une  balle,  &:  qui  f^iifoier:.' 
■partie  de  la  fphérijlique.  Foye^  SPHÉRISTIQUE  «S* 
-SPHj£RIST1CI.  (Z?,  /.  ) 

SPHjFJUSTICI ,  {Gymnafiq,)  maîti^es  quî  en* 
"feignoient  la  fphcriftiqiie.  Voye[  Sphéristiqxje  & 
Skhéristere.  (D.J.) 

SPHÉRISTIQUE ,  (  Gymna/llq.)  chez  les  anciens 
ia  fphérijUque    comprenoit  tons   les  exercices   où 
l'oîi  le  lert  d'une  balle  :  elle  faifoit  une  partie  confi- 
"dérable  de  l'orcheftique.  On  a  fait  honneur  de  Ion 
'invention  à  Pithus ,  à  Nauficaa ,   aux  Sicyoniens  > 
aux  Lacédémoniens  ,  &  aux  Lydiens.  Il  paroît  que 
dès  le  tems  d'Homère  cet  exercice  étoit  fort  en  ufage, 
puiique  ce  poète  en  fait  un  amufement  de  fes  héros. 
Il  étoit  fort  fimple  de  fon  tems  ,  mais   il   fît    de 
■grands  progrès  dans  lesfiecles  fuivans  chez  les  Grecs. 
•Ces  peuples  s'appliquant  à  le  perfeftionner,  y  intro- 
iduiiirent  mille  variétés  qui  contribuoient  à  le  rendre 
Y'k's  divertîffant',  &  d'un  plus  grand  commerce.  Ils 
ne  le  contentèrent  pas  d'admettre  Idifpkérijîique  dans 
leurs  gymnafes  oii  ils  eurent  foin  de  faire  conllruire 
des  lieux  particuliers ,  deilinés  à  recevoir  tous  ceux 
qui  vouloient  s'inftruire  dans  cet  exercice ,  ou  don- 
ner des  preuves  de  l'habileté  qu'ils  y  avoient  acqui- 
fe  :  ils  propoferent  encore  des  prix  pour  ceux  qui  fe 
ciftingueroient  en  ce  genre  dans  les  jeux  publics  ; 
îiinfi  qu'on  peut  leconjeflurer  de  quelques  médailles 
grecques  rapportées  par  Mercurial>  &  llir  lefquelles 
ou  voit  trois  athlètes  nuds  s'exerçant  à  la  "balle  au- 
devant  d'une  efpece  de  table  qui  foutient  deux  vafes, 
de  l'un  defquels  fortent  trois  palmes  avec  cette  ifaf- 
cription  au-deffous,  n^î'eiA  aktia.  Les  Athéniens, 
rentre  Hwtres  donnèrent  un  témoignage  fignalé  de  l'e- 
ftime  qu'ils  failoient  AeXzfphériJiiquc  ^  en  accordant 
le  droit  de  bcurgeoifie ,  &  en  érigeant  des  itatues  à 
im  certain  ariftonique  Caryftien,  joueur  de  paume 
«d'Alexandre  le  grand,  &  qui  excelloit  dans  cet  exer- 
cice. 

Les  balles  à  jouer  fe  nomfnoïent  eh  grée  é^^if^ti , 
fpheres ,  g/ol>es',  &  en  latin  elles  s'appelloient />//«.  La 
■matière  de  ces  balles  étoit  de  plufieurs  pièces  de  peau 
Roupie  &  courroyée ,  ou  d'autre  étofte ,  coufues  en- 
semble en  manière  de  fac  que  l'on  rempliflbit  tantôt 
rie  plume  ou  de  laine,  tantôt  de  farine ,  de  graine  de 
•h'guier ,  ou  de  fable.  Ces  diverfes  matières  plus  ou 
ïnoins  preffées  &  condenfées ,  compofoient  des  bal- 
les plus  ou  moins  dures.  Les  molles  étoient  d'un  ufa- 
ge  d'autant  plus  fréquent,  qu'elles  étoient  moins  ca- 
pables de  bleffer  &  de  fatiguer  les  joueurs  ,  qui  les 
poufîbient  ordinairement  avec  le  poing,  ou  la  paume 
de  la  main.  On  donnoit  à  ces  balles  différentes  grof- 
feurs  ;  il  y  en  avoit  de  petites ,  de  moyennes ,  6c  de 
très-groffes  ;  les  unes  étoient  plus  pefantes  ,  les  au- 
tres plus  légères  ;  &  ces  différences  dans  la  pefanteur 
■&dans  le  volume  de  ces  balles,  ainfi  que  dans  la  ma- 
nière de  les  poufler  ,  ctabliffoient  diverfes  fortes  de 
fpkérifiiques.  Il  ne  paroît  pas  que  les  anciens  ayent 
employé  des  balles  de  bois ,  ni  qu'ils  ayent  connu 
Tulage  que  nous  en  faifons  aujourd'hui  pour  jouer  à 
la  boule  &  au  mail  ;  mais  ils  ont  connu  les  balles  de 
Verre ,  ce  que  nous  ohfervons  en  paffant, 

A  l'égard  des  ihffrumens  qui  fervoient  à  pouffer 
les  balles ,  outre  le  poing  &  la  paume  de  la  main ,  on 
tmployoit  les  pies  dans  certains  jeux  ;  quelquefois 
on  fe  garninbit  les  poings  de  courroies  qui  faifoient 
plufieurs  tours  ,  &  qui  iormoient  une  efpece  de  gan- 
telet ou  de  braffard  ,  fur-tout  lorfqu'il  étoit  qucilion 
de  pouffer  des  balles  d'une  groffeur  ou  d'une  dureté 
extraordinaire.  On  trouve  une  preuve  convaincante 
de  cette  coutume  fur  le  revers  d'une  médaille  de 
l'empereur  Gordien  III.  rapportée  par  Mercurial,oii 
l'on  voit  trois  athlètes  nuds  ceints  d'une  efpece  d'é- 
charpc ,  Iclqucls  foutiennent  de  leur  main  gauche 
une  balle  ou  un  balon ,  qui  paroît  une  fois  plus  gros 
Tome  XK, 


$  f"à 


Aft 


qu?  leur  t'itt ,  ^  qu'ils  fembîent  fe  mettre  en  devôrr 
de  frapper  du  poing  de  leur  main  droire  armée  d'une 
elpeçe  de  gantelet.  Ces  fortes  de  gantelets  cudebraf- 
fard's  i  rénoient  heu  auxanciens  de  ■ra:qdettes  &  de 
battoirs  qui ,  fcion  toute  apparehce',  leiir  ontéié  ab- 
folument  inconnus. 

Les  exercices  de  la  fphérifilque  ,  qui  étoient  eiî 
grand  nombre  chez  les  Grecs  ,  peuvent  fe  l'spporter 
Ù  quatre  principales  efpeces  ,  dent  les  diitérences 
fe  tiroient  de  la  groffeur  &  du  poids  des  balles  que 
l'crî  y  employoit.  Il  y  avoit  donc  l'exercice  de  la 
petite  balle ,  celui  de  lagroffe  ,  celui  du  balon  &  -ce- 
lui du  corycus. 

De  ces  quatre  efpeces  de'fpkénjiiquis',celui  de  la  pe- 
tite balle  étoit  chez  les  Grecs  le  plus  en  ufage,&:  celui 
qui  avoit  le  plus  mérité  l'approbation  des  Médecins,' 
Antyllus,  dont  Oribafe  nous  a  confervé  des  fragmens 
confidérables,  &  qui  ell  l'auteur  dont  nous  pouvons 
tirer  plus  d'éclairciffemens  fur  cette  matiei'ë,yéc'on-=. 
noît  trois  différences  dans  cet  exercice  de  la  petite' 
balle,  non-feulement  par  rapport  à  la  diverfe  grof- 
feur des  balles  dont  oh  jouoit  ;mais  auffi  par  rapport 
à  la  diverfe  manière  de  s'en  fervir.  Dans  la  première"  ' 
où  l'on  employoit  les  plus  petites  balles  ,  les  joueurs 
fe  tenoient  allez  près  les  uns  des  autres.  Ils  avoient 
le  corps  ferme  6c  droit  ,  &  fans  branler  de  leur 
place  ,  ils  s'envoyoient  réciproquement  les  balles  de 
main  en  main  avec  beaucoup  de  vîteffe  &  de  dexté- 
rité. Dans  la  féconde  efpece ,  où  l'on  jouoit  avec  des 
balles  un  peu  plus  grôfles,  les  joueurs  ,  quoiqu'affez: 
voifms  des  uns  des  autres ,  déployoient  davantage 
les  mouvemens  de  leurs  bras  ,  qui  fe  croifcient  &  le 
rencontroient  fouvent  ;  &  ils  s'élançoient  çà  &  là 
pour  attraper  les  balles ,  feloii  qu'elles  boiidiffoient 
ou  bricoloient  différemment.  Dans  la  troifieme  ef- 
pece, où  l'on  fe  fervoitde  balles  encore  plus  groffes,' 
on  jouoit  à  une  diilance  conftdérable  ,  &  les  "joueurs 
fe  partageoient  en  deux  bandes  ,  dont  l'une  fe  tenait 
ferme  en  fon  poffe,  &  envoyoit  avec  force  &  coup 
ftir  coup  les  balles  de  l'autre  côté ,  où  l'on  fe  don- 
nât tous  les  mouvemens  nécceffaires  poUr  les  rece- 
voir &  les  renvoyer. 

On  doit  rapporter  à  l'exercice  de  la  petite  balle  ^ 
dont  on  vient  de  décrire  les  trois  efpeces  alléguées 
par  Antyllus ,  trois  axitres  fortes  de  jeux  appelles 

a7ropfctc,iç  ^  6vfa.vix  oc  ap7rxç-oi\ 

Le  jeu  nommé  aporrhaxis,  d'ol.7rôppnyvujù(,  abrumpo^ 
frango  ,  &  dont  Pollux  nous  a  confervé  la  defcrip- 
tion  ,conffftoit  à  jetter  obliquement  une  balle  contre 
terre  ,  lui  donnoit  occafion  de  rebondir  une  féconde 
fois  vers  l'autre  côté  d'où  elle  étoit  renvoyée  de  la 
même  manière  &  ainfi  de  fliite  j  jufqu'à  ce  quelqu'un 
des  joueurs  manquât  fon  coup  ,  &  l'on  avoit  foin  de 
compter  les  divers  bonds  de  la  balle. 

Dans  le  jeu  appelle  ourania  ,  l'un  des  joiieurs  fe 
courbant  en  arrière  ,  jettoit  en  l'air  une  balle  qu'ua 
autre  tâchoit  d'attrapper  en  fautant  avant  qu'elle  re- 
tombât à  terre ,  &  avant  que  lui-même  fe  trouvât 
fur  fes  pics  :  ce  qui  demandoit  une  grande  juffefTe 
de  la  part  de  celui  qui  recevoit  cette  balle,  &  qui 
devoit  pour  lauter  prendre  précifément  l'inffant  que 
la  balle  qui  rctomboit  pût  être  à  la  portée  de  fa 
main. 

Uharpaflon  â  foh  nom  dérivé  d'af^ra^à  ,  raplo  > 
parce  qu'on  s'y  arrachoit  la  balle  \zs  uns  aux  autres. 
Pour  y  jouer  ,  on  le  divifoit  en  deux  troupes  ,  qui 
s'éloignoient  également  d'ime  ligne  nommée  <r;;u/:--f , 
que  Ton  traçoit  au  milieu  du  terrein ,  &;  fur  laquelle 
on  poloit  une  balle.  On  tiroit  derrière  chaque  troupe 
une  autre  ligae  ,  qui  marquoit  de  part  6c  d'autre  les 
limites  du  jeu.  Enlùite  les  joueurs  de  chaque  côté 
couroient  vers  la  hgne  du  milieu  ,  &  chacun  tâ- 
choit de  fe  failir  de  la  balle  ,  &  de  la  jetter  au-delà 
de  l'une  des  deux  lignes  qui  marquoient  le  but,  pea- 

M  m  m 


45? 


S  P  H 


S  P  H 


dant  que  ceux  du  parti  contraire  tailoient  tous  leurs 
efforts  pour  détendre  leur  terreicn ,  &C  pour  envoyer 
la  balle  vers  l'autre  ligne.  Cela  cauloit  une  cfpece  de 
combat  tort  échauffé  entre  les  joueurs  qui  s'arra- 
cholent  la  balle ,  qui  la  chaffoient  du  pié  6c  de  la 
main ,  en  foifant  diveri'es  teintes,  qui  le  pouffoient 
les  uns  les  autres ,  le  donnoicnt  des  coups  de  poing , 
&  fe  renverlbient  par  terre.  Enfin  le  gain  de  la  par- 
tie étoit  pour  la  troupe  qui  avoit  envoyé  la  balle  au- 
delà  de  cette  ligne  qui  bornoit  le  terrein  des  antago- 
niffes.  On  voit  par-là  que  cet  exercice  tenoit  en 
quelque  façon  de  la  courte ,  du  faut ,  de  la  lutte  &  du 
pancrace. 

L'exercice  de  la  greffe  balle  ctoit  différent  des 
précédens ,  non  feulement  à  raifon  du  volume  des 
balles  que  l'on  y  employoit ,  mais  auffi  par  rapport 
à  la  fituation  des  bras  ;  car  dans  les  trois  principales 
efpeces  de  T^cûte  fplurijh^ue ,  dont  on  vient  de  par- 
ler ,  les  joueurs  tenoient  toujours  leurs  mains  plus 
baffes  que  leurs  épaules  ;  au-lieu  que  dans  celle-ci , 
ces  mêmes  joueurs  clevoient  leurs  mains  au-deffus 
de  leur  tête ,  fe  dreffant  même  fur  la  pointe  du  pic, 
&  faifant  divers  fauts  pour  attraper  les  balles  qui 
leur  paffoient  par-deffus  la  tête.  Cet  exercice ,  com- 
me l'on  voit ,  devoit  être  d'un  fort  grand  mouve- 
ment, &  d'autant  plus  pénible,  qu'outre  qu'on  y 
mettoit  en  œuvre  toute  la  force  des  bras  pour  pouffer 
des  balles  d'une  groffeur  confidérable  à  une  grande 
diftance,  les  courtes,  les  fauts,  &  les  violentes  con- 
torfions  que  l'on  s'y  donnoit ,  contribuoient  encore 
à  en  augmenter  la  tatigue. 

La  troifieme  efpecc  de  fphérifîlque  connue  des 
Grecs ,  étoit  l'exercice  du  ballon ,  appelle  a-^it^a.  ntv» , 
dont  nous  favons  peu  de  circonffances ,  fi  ce  n'eft 
que  ces  ballons  étoient  vraiffemblablement  faits 
comm.e  les  nôtres,  qu'on  leur  donnoit  une  groffeur 
énorme,  &  que  le  jeu  en  étoit  ditScile  &  fatiguant. 

L'exercice  du  corycus, qui  étoit  la  quatrième  efpe- 
ee  de  fphénjltqui  greque ,  la  feule  dont  Hippocrate 
ait  parlé,  &  qu'il  appelle  xupvKo/xcf.)ci» ,  qui  eff  la  mê- 
me choie  que  le  Ku^um^oXiu ,  du  médecin  Arétée , 
confiftc>it  à  fufpendre  au  plancher  d'une  falle,  par  le 
moyen  d'une  corde ,  une  efpece  de  fac  que  l'on  rem- 
pliffoit  de  farine  ou  de  graine  de  figuier  pour  les  gens 
foibles  ,  &  de  fable  pour  les  robulles,  &  qui  defcen- 
doit  julqu'à  la  hauteur  de  la  ceinture  de  ceux  qui  s'e- 
xerçoient.  Ceux-ci  preffant  ce  fac  à  deux  mains ,  le 
portoient  auffi  loin  que  la  corde  pouvoit  s'étendre, 
après  quoi  lâchant  ce  fac  ils  le  tuivoient ,  &  lorfqu'il 
revenoit  vers  eux,  ils  fe  reculoient  pour  céder  à  la 
violence  du  choc  ;  enfuite  le  reprenant  à  deux  mains, 
ils  le  pouffoient  en  avant  de  toutes  leurs  forces ,  & 
tâchoient  malgré  l'impétuofité  qui  le  ramenoit ,  de 
l'arrêter,  foit  en  oppotant  les  mains,  foit  en  présen- 
tant la  poitrine  leurs  mains  étendues  derrière  le  dos  ; 
en  forte  que  pour  peu  qu'ils  négligeaffent  de  fe  tenir 
fermes,  l'effort  du  fac  qui  revenoit  leur  faifoit  quel- 
quefois lâcher  le  pié ,  &  les  contraignoit  de  reculer. 

Il  réfultoit,  félon  les  Médecins ,  de  ces  différentes 
efpeces  de  Jjphéri/îiqucs,  divers  avantages  pour  la  fan- 
té.  lis  croyoient  que  l'exercice  de  la  groffe  &  de  la 
petite  balle  étoit  très-propre  à  fortifier  les  bras,  auf- 
ii-bien  que  les  mufcles  du  dos  &C  de  la  poitrine,  à 
débarrafter  la  tête ,  à  rendre  l'épine  du  dos  plus  fou- 
pie  par  les  fréquentes  inflexions ,  à  affermir  les  jam- 
bes &  les  cuiffes.  Ils  n'eftimoient  pas  que  le  jeu  de 
ballon  fut  d'une  grande  utilité ,  à  caufe  de  fa  diffi- 
culté &  des  mouvemens  violens  qu'il  exigeoit;  mais 
en  général  ils  croyoient  tous  ces  exercices  contrai- 
res à  ceux  qui  étoient  fujets  aux  vertiges, parce  que 
les  fréqucns  tournoiemens  de  la  tête  &  des  yeux, 
néceffaires  dans  h  Jphérijli(juc,  ne  pouvoient  man- 
quer d'irriter  cette  indifpofition.  Pour  ce  qui  concer- 
ne l'exercice  du  corycus ,  ou  de  la  balle  fufpendue,ils 


le  jugeoient  tris-convenable  à  la  diminution  du  trop 
d'embonpoint ,  &  à  l'affermiffement  de  tous  les  nnil- 
clés  du  corps;  fe  perfuadant  auffi  que  les  fecouffes 
réitérées  que  la  poitrine  &  le  ventre  recevoient  du 
choc  de  cette  balle,  n'étoient  pas  inutiles  pour  main- 
tenir la  bonne  conftitution  des  vifceres  qui  y  font 
renfermés.  Arétée  en  confeilloitTufage  aux  lépreux; 
mais  on  le  défendoit  à  ceux  qui  avoient  la  poitrine  dé* 
licatc. 

Après  avoir  parcouru  les  efpeces  de  fphérijllqucs 
en  ulàge  chez  les  Grecs ,  examinons  préfentement  ce 
que  les  Romains  ont  emprunté  d'eux  par  rapport  à 
cet  exercice,  &c  ce  qu'ils  y  ont  ajouté  de  nouveau. 
On  ne  trouve  dans  l'antiquité  romaine  que  quatre 
fortes  de Jphéripiques ii'zivo'ir  le  ballon,  appelle yô//w; 
la  balle ,  lurnommée  irigonalis  ;  la  balle  villageoife, 
pila  paqanica,  &C  Vharpajiu-n.  Cœlius  Aurélianus  les 
dâfigne  toutes  par  l'expreffion  générale  de  fphœra 
ïtaiica ,  paume  naiunne.  Le  poète  Martial  les  a  toutes 
comprîtes  dans  ces  vers. 

Non  pila ,  nonfoUls  ,  non  te  paganîca  thermis 
Prceparat^  aut  nudi  jlipitis  icius  hcbes  : 

Vara  nec  injeclo  ceromatc  brachia  tendis. 
Non  harpajla  vagus pulverulenta  rapis. 

Le  ballon  étoit  de  deux  efpeces ,  de  la  grande  &  de 
la  petite.  On  pouffoit  les  grands  ballons  avec  le  bras 
garni  comme  nous  l'avons  dit  en  parlant  de  celui  des 
Grecs.  La  petite  efpece  qui  étoit  le  plus  en  ufage  ,  fe 
pouffoit  avec  le  poing ,  d'oii  elle  recevoit  le  nom  de 
foUis  pugillaris  ou  pugilatorius.  La  légèreté  de  ce  bal- 
lon le  mettoit  le  plus  à  la  portée  des  perfonnes  les 
moins  robuffes ,  tels  que  font  les  enfans  ,  les  vieillards 
&  les  convalefcens. 

La  paume  appellée  trigonalis  ,  fe  jouoit  avec  une 
petite  balle  nommée  trigon  ,  non  pas  de  fa  figure  qui 
étoit  ronde  &  nullement  triangulaire,  mais  du  nom- 
bre des  joueurs  qui  étoient  ordinairement  trois  dif- 
pofés  en  triangle  ,  &  qui  fe  renvoyoient  la  balle , 
tantôt  de  la  main  droite  ,  tantôt;  de  la  gauche  ,  & 
celui  qui  manquoit  à  la  recevoir,  la  laiffoit tomber, 
perdoit  la  partie.  Il  y  a  trois  expreffions  latines  qui 
ont  rapport  à  ce  jeu  ,  &  qui  méritent  d'être  remar- 
quées. On  appclloit  rapiim  ludcre ,  lorfque  les  jovteurs 
failoient  en  Ibrte  de  prendre  la  balle  au  premier  bond. 
Datatim  ludcre  fe  diloit  d'un  joueur  qui  envoyoit  la 
balle  à  un  autre  ,  &  qui  accompagnoit  ce  mouve- 
ment de  diverfes  feintes  pour  tromper  les  joueurs. 
Enfin  ,  expuljum  ludere  s'appliquoit  à  l'adion  des 
joueurs  qui  le  repouffoient  les  uns  les  autres  pour  at- 
traper la  balle ,  &  la  renvoyer. 

La  paume  de  village ,  &]^^t\\èQ  pila  paganîca. ,  n'é- 
toit  pas  tellement  abandonnée  aux  payfans , qu'elle 
ne  fiit  auffi  reçue  dans  les  gymnafes  &  dans  les  ther- 
mes ,  comme  il  eff  facile  de  s'en  convaincre  par  les 
vers  de  Martial  ci-deffus  rapportés.  Les  balles  qu'où  « 
employoit  dans  cette  forte  de  paume  étoient  faites 
d'une  peau  remplie  de  plume  bien  foulée  &  bien  en- 
taffée ,  ce  qui  donnoit  une  dureté  confidérable  à  ces 
balles.  Elles  furpaffoient  en  groffeur  les  balles  trigo- 
nes  &  les  ballons  romains.  La  dureté  de  ces  balles 
jointe  à  leur  volume  en  rendoit  le  jeu  plus  difficile  Si 
plus  fatiguant. 

La  dernière  efpece  defphcriflique  en  ufage  chez  les 
Romains  &  nommée  harpaftum ,  n'étoit  en  rien  diffé- 
rente de  l'harpafton  des  Grecs  ,  de  qui  les  Romains 
l'avoient  empruntée  ;  ainfi ,  fans  répeter  ce  qui  a  été 
drt ,  on  remarquera  feulement  que  l'on  s'excrçoit  à 
ce  jeu  fur  un  terrein  fable ,  que  la  balle  qui  y  fervoic 
étoit  de  la  petite  cfpece  ,  &  que  l'on  y  employoit 
plutôt  les  mains  que  les  pies  ,  comme  il  paroît  par 
cette  épigramme  de  Martial  fur  des  harpafies  : 

Hœc  rapît  antxi  vthx  inpulyert  Drauçus^ 


s  P  H 

Grandla  qui  vano  colla  laborc  factt, 

Etpar  ces  vers  du  même  poëte  : 

Sivt  hjrpajla  manu  pnlverulcnta  rapis 
Non  harpajîa  vagus  pulveruknta  rapis. 

L'antiquité  grecque  &  romaine  ne  nous  fournit 
rien  de  plus  touchant  les  différentes  efpeces  dejpké- 
rifiiques  ;  mais  on  en  découvre  une  tout-à-fait  fingii- 
liere  qui  eft  le  jeu  de  balles  de  verre  dans  une  ancien- 
ne infcription  trouvée  à  Rome  en  i  59 1  ,  fous  le  pon- 
tificat d'Innocent  XI.  &  que  l'on  voit  encore  aujour- 
d'hui attachée  aux  murs  du  Vatican  :  elle  efl  le  feul 
monument  dont  nous  ayons  connoifTance ,  qui  faffe 
mention  du  jeu  de  la  balle  de  verre  inconnu  julqu'au 
tems  d'un  Urfus  Togatus  mentionné  dans  l'infcrip- 
tion ,  lequel  s'en  dit  l'inventeur.  Il  efl  difficile  de  de- 
v'mQT  précifément  en  quoi  confilloit  ce  jeu,  &  il  faut 
néceflairement ,  au  défaut  d'autorités  fur  ce  point , 
hafarder  quelques  conjectures.  M.  Burette ,  dans  une 
diiTertation  fur  {-â.  fphcrifllquc  des  anciens ,  qu'il  a  mife 
dans  le  recueil  des  mémoires  de  l'académie  des  Inf- 
criptions  ,  &  dont  nous  avons  tiré  ctt.  article ,  a  de  la 
peine  à  fe  perfuader  que  les  balles  de  verre  qu'on 
employoit  fuffent  folides  :  car  ,  dit-il ,  fi  l'on  veut 
leur  attribuer  une  groffeur  proportionnée  à  celle  de 
nos  balles  ordinaires ,  elles  euffent  été  d'une  pefanteur 
incommode  &:  dangereufe  pour  les  joueurs;  fi  au  con- 
traire on  les  fuppole  très-petites ,  elles  euffent  donné 
trop  peu  de  prife  aux  mams,&; euffent  échappé  aux 
y^eux.  Il  y  auroit  donc  lieu  de  croire  que  ces  balles 
étoient  autant  de  petits  ballons  de  verre  que  les 
joueurs  s'envoyoient  les  uns  aux  autres  ;  &  l'adrefle 
dans  ce  jeu  confifloit  fans  doute  à  taire  en  forte  que 
ces  ballons  fufîent  toujours  foufenus  en  l'air  par  les 
diverfes  impulfions  qu'ils  rece voient  des  joueurs  qui 
les  frappoient  de  la  paume  de  la  main ,  &  à  empê- 
cher qu'ils  ne  heurtaffent  contre  les  murs ,  ou  qu'ils 
ne  tombaffent  par  terre ,  auquel  cas  ils  ne  manquoient 
guère  de  fe  brifer.Ce  qui  achevé  de  déterminer  à  cette 
opinion  efl  un  paffage  de  Pline  le  naturaiifle ,  qui  em- 
ploie l'exprefîion  At  pila  vitrea  dans  une  occafion  où 
ce  ne  peut  être  qu'une  bovde  de  verre  creufe  :  Cum , 
additâ  <z^wa,vitrese  pilae/ô/e  adverfo^  in  tantum  excan- 
dtfcant ,  ut  vejies  exurant.  «  Les  boules  di  verre  pleines 
»  d'eau ,  &  expofées  aux  rayons  du  foleil ,  s'échauf- 
>•  fent  jufqu'au  point  de  brûler  les  habits  ».  Voilà  du- 
moins  ce  qu'on  a  penfé  de  plus  vraiffemblable  par 
rapport  à  cette  dernière  efpece  ùq  Jpkénjiique  ,  fi  peu 
connue  d'ailleurs ,  &  qui  mériteroit  certainement 
d'être  plus  particulièrement  éclaircie.  ÇD.J,') 

SPHÉROÏDE,  f  m.  en  Géométrie,  eu  le  nom  qu'Ar- 
chimede  a  donné  à  un  folide  qui  approche  de  la  fi- 
gure d'une  fphere  ,  quoi  qu'il  ne  foit  pas  exaûement 
rond  ,  mais  oblong  ,  parce  qu'il  a  un  diamètre  plus 
grand  tjue  l'autre  ,  &  qu'il  efl  engendré  par  la  ré- 
volution d'une  demi-ellipfe  fur  fon  axe.  Ce  mot  vient 
de  a^ctifo.  f  fphere  ,  &  ùS'oç ,  figure. 

Quand  il  eft  engendré  par  la  révolution  d'une  demi- 
ellipfe  fur  fon  plus  grand  axe  ,  on  V^^T^tWefphéroïdi 
oblong  ou  alongé  ;  6c  quand  il  efl  engendré  par  la 
révolution  d'une  ellipfe  fur  fon  petit  axe,  on  l'appelle 
fphéroïde  applati. 

Pour  ce  qui  regarde  les  dimenfions  folides  d'un 
fphéroïde  alongée ,  il  efl  les  deux  tiers  de  fon  cylindre 
circonfcrit. 

XJnJpkéraide  alongé  efl  à  une  fphere  décrite  fur  fon 
grand  axe  ,  comme  le  quarré  du  petit  axe  efl  au 
quarré  du  grand  ;  &  un  fphéroïde  applati  efl  à  une 
fphere  décrite  fur  le  petit  axe  ,  comme  le  quarré  du 
grand  axe  efl  au  quarré  du  petit. 

On  appelle  aujourd'hui  affez  généralement  fphé- 
roïde tout  folide  engendré  par  la  révolution  d'une 
courbe  ovale  autour  de  fon  axe,  foit  que  cette  courbe 
ovale  foit  une  ellipfe  ou  non.  (.  ^  ) 
Tome  XF, 


S  p  H 

SPHÈROMACHlE,f  f.  {Antiq.  greq.)  ^.;p.^.;,;«, 
efpece  particulière  de  jeu  de  paume  ,  dont  les  balles 
étoient  de  plomb  ,  &  fé  nommoient  s-pcti-ci.  Potter 
Archœol.  grœc.  l.  II.  c.  xicj.  t.  î.p.  4^8.  Voye^  SPHÉ- 
RISTIQUF.    (D.  J.) 

SPHETTÙS,  (  Géog.  anc,^  municipe  de  la  tribu 
Acamantide ,  félon  Etienne  le  géographe.  Paufaniàs  , 
/.  //.  c.  XXX.  en  fait  une  bourgade  de  l'Attique  ;  ce 
qui  revient  au  même  ,  &  dit  qu'elle  fut  fondée  par 
Sphettui ,  fils  de  Troezen.  Phavorinus  lit  Sphittos 
pour  Sphettus.  Il  efl  fouvent  fait  metitiôn  de  cette 
bourgade  dans  les  orateurs  àc  autres  écrivains  grecs. 
Le  vinaigre  y  étoit  très-piquant ,  &  les  pc-rfonnes 
fort  fatyriques  ,  comme  nous  l'apprennent  Ariflô- 
phane  &  Athénée.  M.  Spon  ,  dans  la  lifle  des  bourgs 
de  l'Attique  ,  rapporte  une  infcription  qu'il  avoit 
vue  à  Conflantinople  chez  M.  de  Nointel ,  ambaffa- 
deur ,  qui  i'avoit  apportée  d'Athènes,  On  y  lifoit  ces 
mots  : 

AHM  HTI  ÔS 

AHMHTPIOY 

2$HTTI0  2v 

Dans  une  autre  infcription  qui  fe  voyoît  fur  îa 
bafé  d'une  flatue  à  Eleufine,  on  lit  aufTi  le  mot  2*HT- 
Tioi  vers  la  fin  de  finfcription.  (Z).  /.  ) 

SPHINCTER  ,  en  Anatomie  ,  efl  un  terme  dont 
on  fe  fert  pour  fignifier  une  efpece  de  mufcles  circu- 
laires ,  ou  mufcles  en  forme  d'anneaux  ,  qui  fervent 
à  former  &  rétrécir  différens  orifices  du  corps  ,  &  à 
empêcher  l'excrétion  de  ce  qui  y  efl  contenu.  Voyî^ 
Muscle.  -'. 

Ce  mot  efl  formé  du  grec  tr^iyx^^  ?  ftrlcior  on  con- 
flrïcleur,  quelque  chofe  qui  bouche  &  tient  une  chofe 
bien  clofe  ;  ces  mufcles  ont  un  effet  à-peu-près  fem-, 
blable  à  ceux  des  cordons  d  une  bourfe. 

Lq  fpkin3er  des  lèvres  ,  voye^ORBicuLAiRE. 
hefphincler  dli  vagin  efl  un  mufcle  conflrifteuf- ^ 
qui  fert  à  empêcher  le  reflux  du  fang  du  clilotis,  &c. 
pendant  le  coït,  foj/e^  Vagin,  Clitoris. 

Sphincter  de  l'anus  ,  {Anaiomie.)  c'efl  un  muf- 
cle large,  épais  ,  charnu,  qui  borde  l'anus  tout  au- 
tour :  fa  figure  &  la  tiflure  de  fes  fibres  en-dehors 
immédiatement  fous  la  peau  forme  une  efpece  d'ô- 
vale.  Il  tient  par-devant  à  l'accélérateur  de  l'urine  , 
&  par  derrière  à  l'os  coccyx.  A  mefure  qu'il  avance 
plus  loin  fur  le  corps  de  l'inteflin  droit ,  fes  fibres  de- 
viennent circulaires  ,  &  ont  à-peu-près  deux  doigts 
de  large.  Il  efl  beaucoup  plus  large  dans  les  hommes 
que  dans  les  animaux  ;  &  cela ,  parce  que  l'homme 
ayant  le  corps  dreffé  perpendiculairement ,  il  faut 
beaucoup  plus  de  force  à  ce  mufcle  pour  retenir  les 
excrémens  ,  fonâion  pour  laquelle  il  efl  fait,  (  D.  /.) 
Sphincter  de  la  vessie  ,  {Anatomie.)  Fallopô 
obferve  que  les  Anatomilles  de  fon  fiecle  n'ont  pas 
bien  décrit  la  fituation  de  ce  mufcle  ,  en  le  plaçant 
au-deffous  des  proflates  ;  car  fi  cela  étoit ,  dit- il  ,  la 
femence  dans  le  coït  ne  pourrolt  pas  être  éjaculée 
fans  urine  ;  oblérvation  que  les  auteurs  modernes 
n'ont  point  faite ,  ou  par  inadvertance  ,  Ou  parce 
qu'ils  ont  été  trompés  par  une  partie  des  levaiores 
ûrti,  qui  refloient  fur  les  proflates ,  &  que  Riolan  ap- 
pelle fphincler  externus. 

Le  fphinciir  de  la  vefjle  çÇt  fitué  à  la  partie  fupé- 
rieurc  du  cou  de  la  vefïie  ,  immédiatement  au-dclfus 
des  glandes  proflates,  où,  dit  Fallope  ,  nous  ne  de- 
vons pas  nous  attendre  à  trouver  un  mufcle  entier  , 
&  une  fubftance  diflinde  de  celle  du  canal ,  fembla- 
ble  à  celle  de  l'anus  ;  mais  feulement  la  partie  la  plus 
charnue  du  cou  de  la  veiFie  compolée  de  plufieurs 
fibres  tranf  verfales ,  dont  la  contrailion  empêche  la 
fortie  involontaire  de  l'urine.  Pour  découvrir  ces  fî-> 
bres  tranfverfales  ,  l'auteur  confeillc  de  ])longer  lai 
yefiie  dans  de  l'eau  bouillante  ,  en  commençant  pa^ 

M  m  m  ij 


4(50 


S  P  H 


ôter  les  fibres  droites  qui  l'ont  en-dehors ,  au  moyeu 
de  quoi  les  tranlVerfalcs  paroîtront. 

Les  principales  connexions  de  la  vcfuc  dans  l'hom- 
me l'ont  avec  l'inteilin  rccium  6c  les  vclicules  Icnii- 
naircs  ,  &  dans  hi  femme  avec  le  vagin ,  &c  outre 
cela  dans  l'un  &:  l'autre  l'cxe  avec  les  os  pubis  ,  non- 
feulement  par  pluhcurs  fibres  ligamenteufes  ,  mais 
encore  par  quelques  petits  troufieaux  de  fibres  char- 
nues qui  en  viennent  6c  qui  fe  portant  obliquement 
au  cou  de  la  veffie  ,  l'embrafient  par  leur  entrecroi- 
fement  en  le  confondant  avec  les  fibres  tranlverfes 
de  fa  tunique  charnue  ;  c'ell  l'entrecroifement  de  ces 
fibres  charnues  fur  le  cou  de  la  velfie  que  M.  Winf- 
low  foupçonne  être  l'on  véritabIey/'/u'/;<^?tT,  lequel  fe 
trouve  fortifie  par  quelques  fibres  du  fphinctcr  de 
l'anus. 

L'urine  qui  ell  déchargée  dans  la  velTie  n'en  fort 
que  dans  certains  tems  ,  à  caule  àwfphincicr  qui  em- 
bralle  fon  côté  ,  &  qui ,  comme  un  refi'ort  bandé  , 
ferme  l'ouverture  qui  y  répond  ;  elle  y  féjourne  juf- 
qu'à  ce  que  par  les  imprelhons  vives  qu'elle  fait  fur 
les  parois  de  la  vefiie  elle  ait  donné  lieu  à  la  contrac- 
tion des  fibres  charnues  de  fon  corps  ;  cette  con- 
tradion  jointe  à  celle  du  diaphragme  6c  des  mufcles 
de  l'abdomen  qui  agilTent  en  même  tems ,  le  trouvant 
pour-lors  plus  forte  que  celle  du  fphincler  ,  l'oblige 
à  céder  ,  &:  donne  à  l'urine  la  liberté  de  s'échapper. 
{D.J.) 

SPHINX , f.  m.  &  f.  {Mytholog.)  monflre  fabuleux, 
auquel  les  ar\ciens  donnoient  ordinairement  un  vifa- 
gede  femme,  av'ec  un  corps  de  lion  couché. 

Lejphinx\  célèbre  dans  la  fable,  ell  celui  deThè- 
bes  qu'Héfiode  fait  naître  d'Echidne  &  de  Typhon. 
Junon  irritée  contre  les  Thébains  ,  envoya  ce  monf- 
tre  dans  le  territoire  deThèbes  pour  le  défoler. 

On  repréfente  \q  fphinx  de  Thèbes  avec  la  tête  & 
le  fein  d'une  jeune  fille ,  les  griffes  d'un  lion ,  le  corps 
d'un  chien  ,  la  queue  d'un  dragon  ,  &  des  aîles.  Elle 
exerçoit  fes  ravages  fur  le  mont  Phycce  ,  d'où  fe  jet- 
tant  fin-  les  paffans ,  elle  leur  propofoit  des  énigmes 
difliciles ,  ô<;  mettoit  en  pièces  ceux  qui  ne  pouvqient 
lés  déchiffrer.  (Edipequi  flit  affez  heureux  pouri  ex- 
pliquer l'énigme  qu'elle  lui  propofa,  a  fait  lui-même 
fa  peinture  fuivante  de  cette  cxvxqWq  fphinx. 

Ni  parmi  les  rochers  aux  pies  du  Cythéron  , 
Ce  monflre  à  voix  humaine ,  aigle ,  femme  6-  lion  y 
De  la  nature  entière  exkrabk  a^emblage ^ 
Vomif[oit  contre  nous  C artifice  &  la  rage. 

Enfin  catiQ  fphinx  barbare ,  outrée  de  dépit  de  fe 
Voir  devinée  ,  le  caffa  la  tête  contre  un  rocher. 

Il  y  en  a  ,  dit  Paufanias  ,  qui  prétendent  que  la 
Sphinx  étoit  une  fille  naturelle  de  Laïus ,  &  que , 
comme  fon  père  l'aimolt  fort ,  il  lui  avoit  donné  con- 
noiffance  de  l'oracle  que  Cadmus  avoit  apporté  de 
Delphes.  Après  la  mort  de  Laïus  ,  î^s  enfans  s'entre- 
difputerent  le  royaume  ;  car  outre  fes  fils  légitimes, 
il  en  avoit  laifié  plufieurs  de  diverfes  concubines  ; 
mais  le  royaume  ,  fuivant  l'oracle  de  Delphes ,  ne 
devoit  appartenir  qu'à  un  des  enfans  de  Jocafte. 
Tous  s'en  rapportèrent  à  Sphinx  ,  qui ,  pour  éprou- 
ver celui  de  fes  frères  qui  avoit  le  fecret  de  Laïus , 
leur  faifoit  à  tous  des  queftions  captieufes  :  &  ceux 
qui  n'avoient  point  connoiffance  de  l'oracle ,  elle  les 
condamnoit  à  mort ,  comme  n'étant  pas  habiles  à 
fuccéder.  Œdipe  inftrult  de  l'oracle  par  un  fonge 
s'étant  préfenté  à  Sphi/ix  ,  fut  déclaré  fuccelTeur  de 
Laïus, 

D'autres  ont  dit  que  Sphinx  ,  fille  de  Laïus  ,  peu 
contente  de  n'avoir  aucune  part  au  gouvernement , 
s'étoit  mile  à  la  tête  d'un  troupe  de  bandits,  qui  com- 
mettoient  mille  dcfordres  aux  environs  de  Thèbes; 
ce  qui  la  fit  regarder  comme  un  monllre.  On  lui 
^onnoit  pour  mère  Ecliidne  ,  pour  perc  Typhon  ; 


c'étoient  toujours  les  pères  &  mères  de  ce  qu'il  y 
avoit  de  plus  monftrueux.  Les  griffes  de  lion  mar- 
quoient  la  cruauté  ;  fon  corps  de  chien,  les  dcfordres 
dont  une  fille  de  ce  caradere  ell  capable  ;  fes  aîies 
défignoient  Vagilité ,  avec  laquelle  elle  fe  tranfpor- 
toit  d'un  lieu  à  un  autre  ,  pour  éviter  les  pourùiites 
des  Thébains  ;  fes  énigmes  fignifioient  les  embûches 
qu'elle  drelloit  aux  palfans ,  les  attirant  dans  les  ro- 
chers &  dans  les  broffailles  du  mont  Phycée  où  elle 
habitoit ,  &C  dont  il  leur  étoit  impolfible  de  fe  déga- 
ger ,  faute  d'en  favoir  les  iffues  qu'elle  connoiffoit 
parfaitement.  (Edipe  la  força  dans  fes  retranche- 
mens  ,  &  la  fit  mourir.  Sphinx  vient  de  <ripmtiv  j  e/re- 
barraJJ'er. 

Rien  de  plus  commun  que  la  figure  àe  fphinx  avec 
des  aîles  ou  fans  aîles ,  dans  les  monumens  égyptiens. 
Plutarque  dit  qu'on  mettoit  des  fphinx  dans  leurs 
temples  ,  pour  marquer  que  la  religion  égyptienne 
étoit  toute  énigmatique.  Les  oracles  que  les  Egyp- 
tiens faifoient  rendre  à  leur  ccXthxp.  fphinx  ^  étoient 
une  fraudulcule  invention  de  leurs  prêtres,  qui  ayant 
creulé  fous  terre  im  canal  aboutiffant  au  ventre  &  à 
la  tête  de  cette  prétendue  divinité ,  entroient  aifé- 
ment  dans  fon  corps, d'où  ils  faifoient  entendre  d'une 
voix  fépulcrale  des  paroles  fuperltitieufes  en  réponfe 
aux  voyageurs  qui  venoient  confulter  l'oracle. 

Pline  dit  que  la  tête  an  fphinx ,  dont  nous  parlons , 
avoit  quarante-trois  pies  de  longueur,  douze  de  cir- 
cuit ,  &  qu'il  en  avoit  cent  foixante-douze  du  fom- 
de  la  tête  jufqu'au  ventre.  On  lit  dans  les  obferva- 
tions  curieufes  ^  qu'à  trois  cens  pas  de  la  grande  py- 
ramide &  prefque  vis-à-vis  du  vieux  Caire  ,  proche 
le  rivage  du  Nil ,  on  voit  encore  la  tête  de  ce  fameux 
fphinx ,  &  que  le  relie  du  corps  ell  enterré  fous  le 
lable  ;  mais  ce  récit  ell  un  nouveau  conte  à  ajouter 
aux  autres.  (  Z?.  /.  ) 

Sphinx  ,  (  Sculpt.  )  ouvrage  de  fculpture  imitant 
les  fphinx  de  la  fable  ;  on  les  repréfente  d'ordinaire 
avec  la  tête  &  le  fein  d'une  fille ,  &  le  corps  d'un 
hon  ;  tel  ell  le  fphinx  de  l'efcalier  qui  porte  ce  nom 
à  Fontainebleau  ;  tels  font  les  à^nx  fphinx  de  marbre 
blanc,  devant  le  parterre  de  la  dauphine  à  Verfail- 
les.  On  en  voit  plufieurs  autres  femblables  qui  or- 
nent des  rampes  de  terraffe  dans  les  jardins  ;  mais  il 
n'y  a  point  àz  fphinx  modernes  ,  qui  égalent  les  an- 
ciens en  goût  &  en  travail  exquis. 

C'ell  dommage  que  \e  fphinx  de  bronze  qui  a  été 
déterré  à  Rome  ,  fe  foit  trouvé  dans  un  fi  grand  dé- 
fordre ,  qu'on  a  eu  beaucoup  de  peine  à  le  rellaurer. 
On  ne  peut  nier  qu'il  n'ait  été  grec.  L'affemblage  des 
morceaux  met  les  connoilTeurs  en  état  de  juger  com- 
bien les  Grecs  avoient  altéré  la  première  forme  de 
.  ces  animaux.  Il  ell  vrai  qu'ils  n'y  attachoient  pas  les 
mêmes  idées  ,  6c  qu'ils  étoient  éloignés  de  l'allégorie 
des  fignes  céleftes,  qui  avoient  donné  naiffance  à  cet 
objet  fantallique.  hç  fphinx  n'étoit  en  quelque  façon 
connu  dans  la  Grèce  que  par  l'hifloire  d'CEdipe  ;  on 
le  voit  même  fur  quelques  pierres  gravées  ,  lorfqu'it 
propole  à  ce  prince  une.  énigme  qui  ne  mérite  guère 
d'être  fi  célébrée.  Le  fphinx  ell  encore  traité  de  la 
même  façon  fur  le  revers  des  médailles  des  Antio- 
chus ,  &  fur  un  poids  de  plomb  trouvé  dans  l'île  de 
Chlo.  Ces  différens  emplois  du  même  objet  méritent 
d'être  préfentés  ;  ils  font  capables  de  piquer  la  curio- 
fité ,  &  font  naître  l'envie  de  chercher  pourquoi  les 
Grecs  ont  adopté  le  fphinx  ;  pourquoi  ils  ne  l'ont 
point  repréfente  accroupi  ;  enfin  ,  pourquoi  ils  lui 
ont  donné  des  aîles  ,  de  l'arrondifl'ement  delquelles 
il  y  a  lieu  d'être  furpris  ?  Toutes  ces  réflexions  font 
de  M.  de  Caylus.  {D.  /.) 

SPHONDILIUM ,  f.  m.  (  Hifl.  nat.  Botan.  )  genre 
de  plante  que  les  Anglois  nomment  cowparjhcp ,  6c 
les  François  berce ,  mot  fous  lequel  vous  eji  trouve- 
rez les  carafteres^ 


s  P  ï 


s  P  I 


461 


Tournefort  dlflingue  huit  efpeces  de  ce  genre  de 
lante ,  dont  il  nous  hiffira  de  décrire  la  plus  com- 
ume-  Sphondilhim  vulgare  hirjutuvi  ^I.R.H.^yio. 

Sa  tiges'élevc  à  la  hauteur  d'une  coudée  &  phis, 
ouée  ,  velue  ,  cannelée  &  creule  en-dedans.  Ses 
milles  l'ont  larges,  laciniées ,  couvertes  deffus  &  def- 
3US  d'un  duvet  affez  doux  ,  &  d'un  goût  douçâtre. 
es  fleurs  naiflent  fur  des  ombelles ,  compofées  cha- 
une  de  cinq  pétales  difpolees  en  fleurs  de  lis ,  de 
ouleur  ordinairement  blanche ,  &  quelquefois  pur- 
urine.  Quand  cette  fleur  eft  tombée  ,  le  calice  qui 
i  foutenoit  devient  un  fruit ,  compofé  de  deux  gran- 
es  graines  ovales  ,  applaties ,  d'une  odeur  dcfagréa- 
le  ,  &  d'une  faveur  un  peu  acre  ;  fa  racine  eft  em- 
reinte  d'un  fuc  jaunâtre,  accompagné  d'âcreté.  Cet- 
z  plante  croît  dans  les  champs ,  &  fleurit  au  mois  de 
4ai  ou  de  Juin.  Ses  feuilles  paffent  pour  émoUientes, 
C  fa  graine  eft  recommandée  comme  antihyftérique, 
ar  le  d.  WiUis. 

Il  ne  paroît  pas  que  le  fphondil'ium  des  modernes  , 
:)it  celui  de  Diofcoride  ,  ni  de  Pline  ;  car  les  vertus 
u'ils  lui  attribuent  paroiflent  entièrement  étrange- 
es  à  notre  plante.  (Z).  /.) 

SPHRAGIDIUM  ,  (  Géo^.  anc)  Paufanias ,  /zV. 
X.  ch.  iij.  donne  ce  nom  à  un  antre  de  la  Béotie  , 
ans  le  mont  Cithéron  ;  c'étoit  l'antre  des  nymphes 
^ithéronides  ,  qui  a  ce  qu'on  difoit  avoient  eu  le 
ion  de  prophétie.  Du  nom  de  ce  lieu ,  ces  nymphes 
toient  auffi  appellées  Sphragindes  ,  comme  dit  Plu- 
arque  dans  la  vie  d'Ariilide.  (Z?.  /.) 
SPHRAGITIDES,  nymphes^  {Littérat.')  nymphes 
lu  mont  Cithéron  qui  avoient  eu  le  nom  defphragi- 
'des ,  de  l'antre  appelle  fphragidion.  Peut  -  être  que 
e  nom  venoit  du  refpeft  &  du  filence  que  l'on  gar- 
ioit  fur  ce  qui  fe  paffoit  dans  cet  antre ,  de  peur  de 
(l.'ffer  ces  nymphes  &  d'encourir  leur  indignation  ; 
ar  <T^f<tyio ,  fîgnifîe  iln  cachet ,  d'où  vient  le  prover- 
)e  mf.et.y'iS'a.  y^tùcs-»  iKtBiariâa.i  ^Jignatum  habere  ^  avoir 
m  cachet  fur  la  bouche  ,  pour  dire  ne  point  parler  ^ 
)u  garder  un  profond  filence.  {D.  /.) 

SPIAUTER,  {Hift.nat.Minérabg.)  nom  dohné 
jar  quelques  auteurs  au  zinc,  Voye^  rartick  Zinc. 

SPIAGGIA  ROMANA  ,  la  ,  (  Géog.  mod.  )  c'eft- 
i  dire  la  plage  romaine.  Les  Italiens  appellent  de  ce 
tom  une  partie  de  la  Méditerranée ,  le  long  de  la 
:ôte  de  l'EgUfe.  (Z).  /.) 

S  P I C  A  ,  terme  de  Chirurgie ,  nom  qu'on  donna  à 
.me  efpece  de  bandage  ,  parce  qu'il  repréfente  par 
fes  tours  de  bande  en  doloires ,  les  rangs  d'un  épi 
de  blé. 

hefpica  eft  différent ,  fuivant  les  parties  auxquel- 
les on  l'applique.  On  en  fait  un  pour  la  luxation  de 
l'humérus  &  pour  la  fraôure  de  l'acromion  &  celle 
du  bout  externe  de  la  clavicule  ,  voyei  Humérus  , 
AcROMioN,  Clavicule  ;  onfaitauftl  uny/^iivz  pour 
ïe  bubonocele  &  pour  la  luxation  de  l'os  de  la  cuifTe. 

Pour  faire  le  Jpica  qui  convient  à  la  luxation  de 
l'humérus ,  on  prend  une  bande  de  trois  doigts  de 
largeur ,  fur  fix  aunes  de  longueur ,  &  roulée  à  un 
chef.  On  pofe  l'exîrémitc  de  la  bande  fous  l'aiftelle 
oppofée  ;  on  tire  un  jet  de  bande  de  derrière  en  de- 
vant ,  en  croiiant  obliquement  les  deux  épaules  ;  on 
pafle  fur  la  tête  de  l'os  luxé ,  fous  l'aiftelle ,  &  on 
vient  eroifér  fur  le  deltoïde  :  on  defcend  fur  la  par- 
tie antérieure  de  la  poitrine  obliquement  ;  on  con- 
duit là  bande  fous  'l'aiftelle  oppofée ,  oii  l'on  affujct- 
tit  l'extrémité  de  la  bande.  On  revient  par  derrière 
le  dos  fur  le  premier  jet  de  bande  ,  pour  pafter  au- 
tour de  la  tête  de  l'humeruS  ,  en  formant  un  doloire 
avec  la  première  circonvolution  de  la  bande  :  on  fait 
trois  ou  quatre  doloires ,  &  enfuite  un  circulaire  au- 
tour de  la  partie  fupérieure  moyenne  du  bras.  Ce 
circulaire  laiffe  une  efpace  en  à  ou  triangle  équila- 
t«ral  avec  le  premier  croifi  de  la  bande ,  ce  que  les 


auteurs  appellent  gerani.  On  remonte  enfuite  par  liri 
rampant ,  &  on  conduit  le  globe  de  la  bande  fous 
l'aiftelle  oppofée  pour  terminer  par  des  circulaires 
autour  du  corps  ;  on  arrête  la  bande  avec  des  épin- 
gles à  l'endroit  où  elle  finit. 

Avant  l'application  de  ce  bandage ,  on  a  foin  de 
garnir  le  lieu  malade  &  le  deffous  de  l'aiftelle  avec 
des  compreffes. 

Le  fpica  pour  la  clavicule  fe  fait  de  même ,  à  l'ex- 
ception que  les  croifés  de  la  bande  fe  font  fur  la  cla- 
vicule. 

Pour  faire  le  fpica  de  Taine ,  on  pofe  le  bout  de  la 
bande  fur  l'épine  de  l'os  ilion  du  côté  de  la  maladie  ; 
on  defcend  obliquement  fur  l'aîne  entre  les  parties 
naturelles  ;  on  entoure  la  cuiffe  poftérieurement  ;  on 
revient  croifer  antérieurement  fur  l'aine  ,  on  con- 
duit la  bande  fur  i'os-pubis ,  au-deffus  de  l'os  des  iles 
du  côté  oppofé  ;  on  entoure  le  corps  au-defllis  des 
feft'es ,  &  on  revient  fur  le  bout  de  la  bande  pour  con- 
tinuer en  faifant  des  doloires ,  quatre  ou  cinq  circon- 
volutions comme  la  précédente  :  on  finit  par  des  cir- 
culaires autour  du  corps. 

Lq  fpica  de  la  cuifte  fe  fait  de  même ,  à  l'exception 
que  les  croifés  qui  forment  les  épis  fe  font  fur  la  par- 
tie extérieure  &  fupérieure  de  la  cuiffe.  Foye^  Band£ 
'&  Bandage.  (F) 

SPICNARD,  {Beean.)  Voyei  Nard.  (Z?.  7.) 

SPICCATO  ,  STACCATO  ,  ad.  mots  itaUens 
confacrés  à  la  mufique  ,  &  qui  indiquent  des  fons 
fecs ,  piqués ,  &  bien  détachés.  Voyei  Piqué  ,  DÉ= 

TACHE.  (5") 

SPIEGELBERG,  (  Géog.  mod.)  petit  pays  d'Alle- 
magne, dans  le  cercle  de  \yeftphalie  ,  entre  le  comté 
de  Shaumbourg  &  la  BafTe-Saxe.  Il  appartient  au 
Prince  de  Naffau-Dietz.  Il  n'a  que  fix  lieues  de  lon- 
gueur, quatre  de  largeur,  &  un  bourg  qui  prend  fon 
nom.  (  i?.  /.  ) 

SBIETZ  ,  (  Géogr.  mod.  )  petite  ville  de  Suifte  y 
dans  le  cantbn  de  Berne ,  fur  lé  bord  du  lac  deThoun. 
{D.J.) 

SPIGA  ,  (  Géogr.  mod.  )  ou  Ckiiico ,  petite  ville  de 
la  Turquie  afiatiqiie,  dans  l'Anatolie,  lur  la  côte  de 
lamerde^Harmora^àhuit  milles  de  l'île  de  ce  nom  au 
midi.  Elle  a  un  port  près  du  cap  de  Spigola.  Il  eft  fort 
douteux  que  Ce  foit  la  célèbre  Cyfique  des  anciens. 

(^••^•) 

Spiga  la,  {Géogr.  mod,  )    petite  rivière  de  la 

Turquie  afiatique ,  en  Anatolie.  Elle  a  fa  fource  au 

mont  Ida  ,  &  fe  décharge  dans  la  mer  de  Marmora  , 

à  onze  lieues  de  Spiga  ,  vers  le  couchant.  On  ne 

doute  pas  que  ce  ne  foit  l'yEfapus  de  Strahon,  ou 

l'^fepus  de  Pline  &  de  Ptolomée.  (  2?.  /.  ) 

SPIGELIUS  LOBE  DE,  Spigelius  de  Bruxelles, 
dlfciple  de  Cafferius  &  d'Aquapendente ,  profeffa  l'a- 
natomie  &  la  chirurgie  dans  l'uni verfité  de  Padoue  ; 
il  nous  a  laifféun  corps  d'anatomie.  Le  petit  lobe  du 
Foie  porte  fon  nom.  Nous  avons  de  lui  un  livre  inti- 
tulé i'/'/g^ci'zï  opéra  omnia.  Veriet.  iGo.y.  fol.  Amflclœd'o 
I S 4  4-.  fol. 

SPIGURNEL,  f.  m.  (  Hijî.  mod.  )  étoit  ancienne- 
ment celui  qui  avoit  la  charge  des  efpigurnantia  ,  ou 
de  fceller  les  aftcs  du  roi.  Spelman  &  du  Frefne  rap- 
portent ce  mot  fans  y  ajouter  aucune  interprétation. 
Mais  il  fcmble  qu'il  eft  pris  du  faxon  fparrau ,  qui  fi- 
gnifie  ferrer ,  fceller  ou  affurer.  Voyez  Ken/içt^s  glof, 
in  paroch.  antiquit.  •  ^ -  •- 

SPILEMBERGO,  (Géog.  mod.)  &  SPILEMBERG 
par  les  Allcmans  ;  ville  de  l'état  de  Vcnife  dans  le 
Frioul,  furleTajamcntOjà  10  milles  d'Udinc,  vers 
les  frontières  du  Boulonnois.  Lazius  croit  que  c'eftla 
Bihiinn  d'Antonin,  mais  Smiler  prétend  que  Bibitwi 
eft  Billigrati.  Long.  ^o.  46".  lat.  46".  11.  (Z?.  /.) 

SPINA ,  (Géog.  anc.)  ville  d'Italie  au  voifinagcdc 
Ravenne  ,  près  de  l'embouchure  la  plus  mcridionalç 


/l62  s   P   I 

clu  Vo.  C'ctolt  une  colonie  greque  &  qui  ayoit  été 
ilorillante ,  mais  qui  du  tems  de  Strabon ,  liv.  V.  fe 
trouvoit  réduite  à  un  iimple  village.  Cet  ancien  géo- 
î^raphc  ajoute,  qu'on  montroit  à  Delphes  le  trélbr 
des  Spuiites.  Cette  circonrtance  ell  confirmée  par 
-Pline  ,  lïv.  III.  ch.  xvj.  qui  marque  en  même  tems  la 
fituation  de  cette  ville  ,  en  diiant  que  l'embouchure 
du  Pu ,  nommée  Erldanum  ojlium ,  etoit  appcUée  par 
quelques-uns  Spïncùcum  Gpum,  de  la  ville  de  Spina, 
qui  avoit  été  bâtie  auprès  &  apparemment  à  la  gau- 
che ;  car  Butrium  le  trouvoit  à  la  droite,  entre  cette 
embouchure  6>:  Ravenne.  (/>.  /.) 

SPINuE,  (dog.  anc.)  ville  de  la  Grande-Breta- 
one.  L'itinéraire  d'Antonin  la  marque  fur  la  route 
à'IJldh  Cul/cva,  entre  DuracorrioviumSc  Callava^  à  i  5 
milles  de  chacune  de  ces  places. On  croit  que  le  bourg 
de  Newlxiry  s'eft  élevé  des  mines  de  cette  ville ,  qui 
n'elt  plus  aujourd'hui  qu'un  petit  village  appelle  .S>«;- 
ne  ,  à  un  mille  de  Newbury.  {D.  J.) 

SPINA-LONGA  ,  {Geog.  mo^.)  tbrterefTe  de  l'île 
de  Candie,  fur  un  rocher  efcarpé,  près  de  la  côte 
iéptentrionale  de  l'île  &  du  golfe  auquel  elle  donne 
fon  nom.  Cette  fortercflé  fituée  à  55  milles  de  Can- 
die ,  au  levant  en  tirant  vers  Sétia ,  étoit  autrefois 
une  ville  épifcopale ,  &  elle  a  un  port.  {D.J.) 

SPINARZA  ,  {Géog.  mod^  petite  ville  de  la  Tur- 
quie européenne  dans  l'Albanie,  fur  la  rivière  de  mê- 
jnc  nom, près  de  fon  emboucliure.Z,o/2g'.37.  /o.  lat:^i. 

SPINA  VENTOSA,  f.  m.  maladie  de  Chirurgie^ 
qui  conflue  dans  une  carie  interne  des  os,  principa- 
lement vers  les  jointures  où  elle  a  coutume  de  com- 
mencer fans  douleur  ;  enfuite  la  face  interne  du  corps 
de  Tos  &  la  moelle  même  fe  corrompent.  La  carie 
pénètre  peu-à-peu  jufqu'à  la  furface  externe;  les  os 
deviennent  mous  ou  vermoulus ,  &  fe  caffent  quel- 
quefois ,  ne  pouvant  réfifter  à  l'effort  des  mufcles  dans 
les  mouvemens  violens  &  fubits  auxquels  ils  font  ex- 
pofés  ;  ou  bien  ils  fe  gonflent ,  &  il  y  furvient  une 
exofîofe.  Quand  l'os  eft  carié,  le  périofle  fe  détache 
&  (q  corrompt  aulTi  fans  qu'il  paroifTe  aucune  tumeur 
au-dehors.  Pendant  que  l'humeur  qui  caufe  cette  ma- 
ladie ,  ronge  le  périofle ,  il  s'y  excite  à  caufe  de  fa 
fenfibilité,  une  douleur  vive  &  piquante,  comme  fi 
l'on  étoit  percé  par  une  épine ,  d'où  vient  le  nom  de 
ce  cruel  mal,  c'eft-à-dire  du  mot  \dX\n  fpina^  épine, 
Lorfque  le  périofle  eft  confumé,  la  douleur  cefTe, 
l'humeur  s'épanche  dans  les  chairs  &  forme  une  tu- 
meur lâche,  molle,  indolente,  fans  changement  de 
couleur  à  la  peau  ;  &  parce  que  cette  tumeur  fem- 
ble  remplie  d'une  humeur  venteufe  ou  flatueufe  , 
qu'elle  imite  l'édème ,  &  que  ventofitè  chez  les  Ara- 
bes fignifie  tumeur  èdîmatiuj'e  ,  on  a  ajouté  au  mot  de 
fpina^  celui  de  ventofa  ou  vmtofnas  fpinœ. Cette  ejTpece 
d'abfcès  étant  ouvert  par  lui-même  ou  par  l'opéra- 
tion ,  il  en  fort  un  pus  Icreux ,  &  il  en  réfulte  un  ul- 
cère finueux  ou  fifîuleux  ,  qui  ne  fe  peut  guérir  que 
la  carie  ne  foit  enlevée  par  le  fer  ou  parle  feu.  Il  s'y 
joint  ordinairement  une  fièvre  lente,  &  le  malade 
meurt  fouvent  en  confomption. 

La  caufe  de  cette  maladie  eftfouvent  un  virus  véné- 
TÎen  dégénéré  ^  ou  im  virus  fcorbutique  ou  écrouel- 
leux. 

Avicenne  a  parlé  àufpina  ventofa ,  lib.  IV.fenit.  4. 
tract.  4.  c.  ix.  Pandolfin  en  a  fait  un  traité  entier,  au- 
quel Merck  lin  a  ajouté  des  notes.  M.  A.Sévérins 
en  a  écrit  auffi  un  traité ,  fous  le  nom  de  pœdar- 
xhrocace ,  terme  compofé  de  trois  mots  grecs, 
'Tfctli^  -rrauSoçy  puer .,  enfant,  jeune  pcrfonne,  apôpovy 
articulus,  articulation ,  &C  x«X«  5  ^nalum ,  mal ,  à  caufe 
que  ce  mal  attaque  principalement  les  enfans  &  les 
jeunes  gens,  &  rarement  ceux  de  25  ou  30  ans,  à 
moins  qu'ils  n'en  aient  été  incommodés  auparavant 
fans  être  guéris,  &  parce  qu'il  commence  prefque 
jO'jjours  par  les  jointures. 


S  P  I 

Le  propnoftlc  eft  fort  douteux ,  on  a  fouvent  vu 
cette  maladie  fe  reproduire  ailleurs ,  après  l'avoir  dé' 
truite  dans  une  partie. 

Dans  le  commencement ,  lorfqu'il  n'y  a  point  en- 
core ulcération  à  l'os ,  on  peut  tâcher  de  guérir  cette 
maladie  après  les  remèdes  généraux,  par  un  régime 
convenable.  L'ufiige  de  la  dcco6lion  des  bois  fudori- 
fiques  ,  l'application  extérieure  des  cataplames  rcfo- 
lutifs  &  aromatiques  ,  les  onOions  mercurielles  ,  Se 
autres  remèdes  lùivant  la  fagaclté  du  guériffeur.  Si 
ces  fecours  loin  de  diminuer  les  accidens  femblent 
augmenter  les  douleurs,  c'eft  \\n  figne  qu'il  fe  fait 
ablcès  dans  l'os  ;  on  ne  peut  l'ouvrir  trop  prompte- 
ment ,  pour  éviter  les  progrès  de  la  carie  que  le  pus 
occafionne  dans  l'intérieur.  M.  Petit  rapporte  dans 
fon  Traité  des  maladies  des  os ,  à  V article  de  la  carie  ^ 
avoir  donné  iffue  par  l'opération  du  trépan ,  à  un  abf- 
cès  dans  la  cavité  du  tibia.  Un  homme  avoit  été  trai- 
té méthodiquement  de  la  vérole  ,  traitement  qui  fit 
dlfparoître  une  tumeur  à  la  partie  moyenne  du  tibia. 
Les  douleurs  ne  ceflerent  pas  entièrement  ;  elles  aug- 
mentèrent quinze  jours  après  être  forti  de  chez  M. 
Petit.  Le  malade  avoit  de  la  fièvre  ;  fa  jambe  étoit  de- 
venue rouge,  &  même  douloureufe  à  l'extérieur.  On 
délibéra  dans  une  confultation  qu'il  falloit  ouvrir 
l'endroit  où  il  y  avoit  eu  tumeur,  pour  donner  ifTue 
à  quelque  matière  qu'on  foupçonnoit  être  infiltrée 
dans  le  périofte,  &  caufer  ces  accidens.  L'incifion  ne 
procura  aucun  foulagement  ;  on  fe  détermina  deux 
jours  après  à  l'application  du  trépan  qui  procura  une 
évacuation  confidérable  d'un  pus  très-fétide.  La 
moelle  étoit  toute  fondue ,  &  le  canal  paroiflant 
prefque  vuide.  M.  Petit  appliqua  trois  autres  cou- 
ronnes de  trépan,  &  coupa  les  ponts  qui  reftoient 
des  uns  aux  autres.  Le  cautère  aduel  fut  appliqué 
plufieurs  fois  pour  détruire  la  carie ,  &  le  malade 
guérit.  Il  y  a  plufieurs  obfervations  de  cette  nature, 
6c  on  réufîit  prefque  toujours  lorfque  l'opération  n'a 
pas  été  trop  différée.  Cefpina  ventofa  eft  une  exofto- 
îé  fuppurée.  Foye:^  ExosTOSE. 

Il  n'eft  pas  toujours  pofTible  de  détruire  ces  exo- 
ftofes  &  ces  caries.  Lorfque  par  leur  fituation  elles 
ne  font  pas  accefîibles,  il  faut  en  venir  au  remède 
extérieur,  qui  eft  l'amputation  du  membre.  J'ai  eu 
occaGon  d'ouvrir  ime  tumeur  qui  fembloit  aquofla- 
tueufe  ,  à  la  partie  interne  &  inférieure  de  la  cuiffe 
d'un  jeune  homme  de  20  ans.  Cette  tumeur  qui  étoit 
fans  changement  de  couleur  à  la  peau ,  avoit  été  pré- 
cédée par  des  douleurs  afléz  vives  dans  l'os  du  fémur, 
ce  qui  caraftérifoit  un  fpinofa  ventofa.  Après  avoir 
donné  iiTue  par  une  incifion ,  à  une  grande  quantité 
de  matière  affez  fétide,  je  portai  mon  doigt  dans  le 
foyer  de  cet  abféès,  il  paffa  par-deffus  le  mufcle  va- 
fte  interne,  à  la  partie   poftérieure  du  fémur,  où  je 
fentis  un  trou  à  l'os  qui  pénétroit  dans  la  cavité.  Il 
fallut  néceffairement  faire  l'amputation  de  la  cuiffe, 
n'étant  pas  poffible  de  travailler  à  la  deftrudion  de 
la  carie  dans  un  lieu  où  l'os  eft  recouvert  d'une  aufS 
grande  quantité  de  mufcles  &  de  vaiffeaux  confidé- 
rables.  (  Y) 

SPINAL  ,  LE ,  adj.  ««  Anatomle ,  fe  dit  des  parties 
qui  ont  quelque  relation  avec  l'épine,  ^oje^  Épine. 

Les  artères  fpinales  font  principalement  les  deux 
produites  par  l'artère  vertébrale.  Fojei  Verté- 
brale. 

L'artère  fpinale  antérieure  eft  produite  par  la 
réunion  des  deux  rameaux  des  artères  vertébrales 
fur  l'apophyfe  bafilaire  de  l'os  occipital.  Foye^  Os 

OCCIPITAL. 

L'artère  fpinale  poftérieure  eft  produite  parla  réu- 
nion de  deux  rameaux  produits  parles  artères  verté- 
brales à  leur  entrée  dans  le  crâne.  Foye^  Crane. 

Ces  deux  artères  dcfccndent  le  long  de  la  par- 
tie antérieure  &  de  la  partie  poftérieure  de  la 


s  P  I 

moelle  alongée ,  &  communique  avec  des  rameaux 
des  intercottales  &  des  lombaires,  royc^  Intercos- 
tal, Lombaire,  6-^. 

SPINELLE,  adj.  (^Gram.  JoaUleric.)  on  dit  rubis 
Cfinelle  (Voyez  l'article  RuBis),  lorfqu'il  eft  de  cou- 
.eur  de  vinaigre  ou  de  pelure  d'oignon.  Quoiqu'il 
lit  la  dureté  du  rubis  balai ,  il  n'en  a  pas  le  prix. 

SPINEUSES  ,  f.  m.  {Mythol.  )  dieu  qui  préildoit 
m  défrichement  des  ronces  &  des  épines. 

SPINHUYS  ,  f.  m.  {Hiji.  mod.  Econom.polinqiu) 
:e  mot  efl  hoUandois ,  6c  fignifie  maifon  où  Con  file; 
•>n  donne  ce  nom  en  Hollande  à  des  maifons  de  force 
établies  dans  prefque  toutes  les  villes,  dans  lefquelles 
jn  renferme  les  femmes  de  mauvaife  vie  ,  qui  ont  at- 
iré  l'attention  de  la  police  ;  on  les  y  occupe  à  filer 
k  à  différens  autres  travaux  convenables  à  leur  fexe; 
)n  ne  leur  épargne  point  les  correftions,  lorfqu'el- 
cs  manquent  à  remplir  la  tâche  qui  leur  efl:  impofée. 
2es  fortes  de  maifons  font  ordinairement  fous  la  di- 
■e£lion  de  deux  échevins  ,  qui  nomment  un  infpec- 
eur  &  une  infpeftrice  ,  qui  leur  rendent  compte. 

SPINOSA,  PHILOSOPHIE  DE  ,  (^Hifî.  delà  philo f^ 
Benoît  Spinofa ,  juif  de  naiffance  ,  &  puis  déferteur 
lu  judaifme,  &  enfin  athée,  étoit  d'Amflerdam.  lia 
Ité  un  athée  de  fyflème,&  d'une  méthode  toute  nou- 
reWe,  quoique  le  fond  de  fa  doftrine  lui  fût  commun 
ivec  plufieurs  autres  philofophes  anciens  &  moder- 
les ,  européens  &  orientaux.  Il  efl  le  premier  qui 
lit  réduit  en  fyftème  l'athéïfme ,  &  qui  en  ait  fait  un 
:orps  de  dodrine  lié  &  tiffu  ,  félon  la  méthode  des 
;éométres  ;  mais  d'ailleurs  fon  fentiment  n'eft  pas 
louveau.  Il  y  a  long-tems  que  l'on  a  cru  que  tout 
'univers  n'eft  qu'une  fubrtance ,  &  que  Dieu  &  le 
nonde  ne  font  qu'un  feul  être.  Il  n'eil  pas  fur  que 
Itraton ,  philofophe  péripatéticien  ,  ait  eu  la  même 
jpinion ,  parce  qu'on  ne  fait  pas  s'il  enfeignoit  que 
'univers  ou  la  nature  fût  un  être  fimple  &  une  fubf- 
ance  unique.  Ce  qu'il  y  a  de  certain  ,  c'eft  qu'il  ne 
econnoiflbit  d'autre  dieu  que  la  nature.  Comme  il 
e  moquoit  des  atomes  &  du  vuide  d'Epicure ,  on 
jourroit  s'imaginer  qu'il  n'admettoit  point  de  diflin- 
^ion  entre  les  parties  de  l'univers  ;  mais  cette  con- 
séquence n'efl  point  néceffaire.  On  peut  feulement 
:onclure  que  fon  opinion  s'approche  infiniment  plus 
îu  fpinofifme  que  le  fyftème  des  atomes.  On  a  même 
ieu  de  croire  qu'il  n'enfeignoit  pas,  comme  faifoient 
.esatomi{tes,que  le  monde  fut  un  ouvrage  nouveau, 
k  produit  par  le  hazard  ;  mais  qu'il  enfeignoit,  com- 
nc  font  les  fpinofifles,  que  la  nature  l'a  produit  nc- 
;eflairement  &  de  toute  éternité. 

Le  dogme  de  l'ame  du  monde ,  qui  a  été  fi  com- 
mun parmi  les  anciens  ,  &  qui  faifoit  la  partie  prin- 
:ipale  du  fyftème  des  ftoiciens ,  eft ,  dans  le  fond  , 
:elui  de  Spinofa  ;  cela  paroîtroit  plus  clairement ,  li 
des  auteurs  géomètres  l'avoient  expUqué.  Mais  com- 
me les  écrits  où  il  en  eft  fait  mention  ,  tiennent  plus 
de  la  méthode  des  rhétoriciens ,  que  de  la  méthode 
dogmatique  ;  &  qu'au  contraire  Spinofa  s'ell  attaché 
à  la  précifion  ,  fans  fe  fervir  du  langage  figuré ,  qui 
nous  dérobe  fi  fouvent  les  idées  juftes  d'un  corps  de 
doârine  :  de-là  vient  que  nous  trouvons  plufieurs 
différences  capitales  entre  fon  fyftème  &  celui  de 
l'ame  du  monde.  Ceux  qui  voudroient  foutenir  que 
le  fpinofilrne  efl  mieux  lié ,  devroient  auffi  foutenir 
qu'il  ne  contient  pas  tant  d'orthodoxie  ;  car  les  floi- 
ciens  n'ôtoient  pas  à  Dieu  la  providence  :  ils  rcunif- 
foient  en  lui  la  connolfTance  de  toutes  chofes  ; 
au  lieu  que  Spinofa  ne  lui  attribue  que  des  con- 
noiflànces  iéparées  Si  très-bornées.  Lifez  ces  paro- 
les de  Seneque  :  «  Eundcm  queni  nos  ,  jovem  intelli- 
»  gunt ,  cujlodem  ,  reclorenique  univerfi  ,  animttm  ac 
»  fpiritum  ,  mundani  hujus  operis  dominiirn  (jr  ariifi- 
»  cem  ,  cui  nomem  omne  convenit.  Vis  illum  fitum  vo- 
»  cart  t^Non  errabis  :  hic  eji  ex  quofitfpcnfi  funt  om- 


S  p  I 


4^3 


»  7ua ,  caiifa  cau/arum.  Vis  illum  provldentlam  dicere  /* 
»  Recle  dicis.  Efl  enim  cujus  confdio  huic  mundo  pro- 
»  videtur.  Vis  illum  naluram  vocare  ?  Non  peccabis.  Efl 
>}  enim  ex  quo  nata  junt  omnia ,  cujus  fpiritu  vivimus^ 
»  Vis  illum  vocare  mundum  ?  Nonfalleris.  Ipfe  eftenim. 
»  totum  quod  vides  ,  totus  fuis  partibus  inditur  6"  ft 
»  fujlinens  vifuâ.  Qjiafl.  naiur.  lib.  XI.  cap.  xlv.  Et 
ailleurs  il  parle  ainfi:  «  Q^uid  efl  autem  ,  cur  non  exif- 
»  times  in  eo  divini  aliquid  exiflere  ,  qui  Dei  par  e(l  .-* 
»  Totum  hoc  quo  continemur ,  &  unum  efl  &  Deus  ,  & 
»  focil  eJTisfumus  &  membra.  Epifl.  c)x.  Lifez  ainfi  le 
difcours  de  Caton,  dans  le  IV.  Uv.  de  la  Pharfale,  ôc 
fur-tout  confidérez-y  ces  trois  vers. 

Efl-  ne  Deifedes  nifi  terra  &  pontus  &  aer . 

Et  cœlum  &  virtus?  Superos  quid  qaœrimus  ultra  > 

Jupiter  ef  quodcumque  vides  .^  quocumque' moveris. 

Pour  revenir  à  Spinofa  ,  tout  le  monde  convient 
qu'il  avoit  des  mœurs  ,  fobre ,  modéré ,  pacifique  , 
défintéreffé ,  même  généreux  ;  fon  cœur  n'étoit  taché 
d'aucun  de  ces  vices  qui  déshonorent.  Cela  efl  étran- 
ge ;  mais  au  fond  il  ne  faut  pas  plus  s'en  étonner  > 
que  de  voir  des  gens  qui  vivent  très-mal ,  quoiqu'ils 
aient  une  pleine  perliiafion  de  l'Evangile  ;  ce  que 
l'attrait  du  plaifir  ne  fit  point  dans  Spinofa;  la  bon- 
té &  l'équité  naturelles  le  firent.  De  fon  obfcure 
retraite  fortit  d'abord  l'ouvrage  qu'il  intitula ,  traité, 
théologicorpolitique ,  parce  qu'il  y  envifage  la  reli- 
gion en  elle-même  ,  &  par  rapport  à  fon  exercice, 
eu  égard  au  gouvernement  civil.  Comme  la  certitude 
de  la  révélation  efl  le  fondement  de  la  foi  ;  les  pre- 
miers eflbrts  de  Spinofa  font  contre  les  prophètes.  Il 
tente  tout  pour  affoibhr  l'idée  que  nous  avons  d'eux, 
&  que  nous  puifons  dans  leurs  prophéties.  Il  borne 
à  la  fcience  des  mœurs  tout  le  mérite  des  prophètes. 
Il  ne  veut  pas  qu'ils  aient  bien  connu  la  nature  & 
les  perfections  de  l'Etre  fouverain.  Si  nous  l'en 
croyons ,  ils  n'en  favoient  pas  plus  ,  &  peut-être 
qu'ils  n'en  favoient  pas  tant  que  nous. 

Moïfe  ,  par  exemple  ,  imaginoit  un  Dieu  jaloux  , 
complaifant  &  vindicatif,  ce  qui  s'accorde  mal  avec 
l'idée  que  nous  devons  avoir  de  la  divinité.  A  regard 
des  miracles  ,  dont  le  récit  efl  fi  fréquent  dans  les 
Ecritures ,  il  a  trouvé  qu'ils  n'étoient  pas  véritables. 
Les  prodiges  ,  félon  lui ,  font  impofublcs  ;  ils  déran- 
geroient  l'ordre  de  la  nature ,  &  ce  déranaement  efl 
contradidloire.  Enfin  pour  nous  afFranchir'tout-d'un- 
coup  &  pour  nous  mettre  à  l'aife ,  il  détruit  par  un 
chapitre  feul  toute  l'autorité  des  anciennes  Ecritures. 
Elles  ne  font  pas  des  auteurs  dont  elles  portent  les 
noms  ,  ainfi  le  pcntateuque  ne  fera  phis  de  Moïfe  , 
mais  une  compilation  de  vieux  mémoires  mal  dirio^és 
par  Efdras.  Les  autres  livres  facrés  n'auront  pas  une 
origine  plus  refpeûable. 

Spinofa  avoit  étonné  &  fcandalifé  l'Europe  par 
une  théologie  qui  n'avoit  de  fondement  que  l'auto- 
rité de  fa  parole.  Il  ne  s'égara  pas  à  demi.  Son  pre- 
mier ouvrage  n'ctoit  que  l'efTai  de  fcs  forces.  Il  alla 
bien  plus  loin  dans  un  fécond.  Cet  autre  écrit  efl  fa 
morale  ,  où  donnant  carrière  à  fes  méditations  phi- 
lofophiques  ,  il  plongea  fon  lefteur  dans  le  fein  de 
l'athéifme.  C'efl  principalement  à  ce  monftre  de  har- 
dieffe,  qu'il  doit  le  grand  nom  qu'il  s'efl  fait  parmi  les 
incrédules  de  nos  jours.  Il  n'efl  pas  vrai  que  fes  fec- 
taleurs  foient  en  grand  nombre.  Très -peu  de  per- 
fonnes  font  foupçonnécs  d'adhérer  à  fa  dodrine  ,  6c 
parmi  ceux  que  l'on  en  foupçonne  ,  il  y  en  a  peu  qui 
l'aient  étudié ,  &  entre  ceux-ci  il  y  en  a  peu  qui 
l'aient  comprife,  &:  qui  foient  capables  d'en  tracer  le 
vrai  plan  ,  tk  de  développer  le  fil  de  fcs  principes. 
Les  plus  finceres  avouent  que  Spinofa  efl  incompré- 
henfible ,  que  fa  phflofophie  liir-tout  ell  pour  eux  une 
énigme  perpétuelle  ,  Ôc  qu'enfin  s'ils  fe  rangent  de 
fon  parti ,  c'efl  qu'il  nie  avec  intrépidité  ce  qu'eux- 
mêmes  avoicnt  un  penchant  fecret  ù  ne  pas  croire. 


i|C^. 


p  ï 


s 


p  î' 


Pour  peu  qu'on  enfonce  dans  ces  noires  ténèbres 
-où  il  s'eft  enveloppé  ,  on  y  découvre  une  iulte  d'a- 
iyines  où  ce  téméraire  railbnncur  s'eft  précipité  pref- 
que  dès  le  premier  pas ,  des  propolitions  évidemment 
fàuliés  ,  6c  les  autres  contellahles  ,  des  principes  ar- 
bitraires fubftitués  aux  principes  naturels  &  aux  vé- 
rités fenfibles,  un  abus  des  termes  la  plvpart  pris  h 
contre-lens  ,  un  amas  d'équivoques  trojnpeufcs ,  une 
nuée  de  contradlftions  palpables. 

De  tous  ceux  qui  ont  réfuté  le  fprnofifme  ,  il  n'y 
a  perfonne  qui  l'ait  dévelopé  aufTi  nettement,  ni  com- 
battu avec  autant  davantage  que  l'a  fait  M.  Bayle. 
C'eft  pourquoi  je  me  fais  un  devoir  de  tranfcrirc  ici 
iMi  précis  des  raifonnemenspar  lefquels  il  a  ruiné  de 
fjnd-en-comble  ce  fyllème  monflrueux.  Mais  avant 
d'en  faire  fentir  le  ridicule  ,  il  eft  bon  de  l'expofer. 
Spinofd  Ibutient  i".  qu'une  fubllance  ne  peut  produire 
une  autre  liibftance  ;  2°.  que  rien  ne  peut  être  créé 
de  rien ,  parce  que  ce  feroit  une  contradiftion  ina- 
nifelte  que  Dieu  travaillât  fur  le  néant ,  qu'il  tirât 
l'être  du  non-ctre ,  la  lumière  des  ténèbres ,  la  vie  de 
Ja  mort  ;  3  '^.  qu'il  n'y  a  qu'une  ferile  fubftance ,  parce 
qu'on  ne  peut  appeller  y/^/yZ^z/zce  que  ce  qui  eft  éter- 
nel ,  indépendant  de  toute  caufe  fupérieure  ,  que  ce 
qui  exifte  par  foi-même  &:  nécelîairement.  Or  tou- 
tes ces  qualités  ne  conviennent  qu'à  Dieu  ,  donc  il 
n'y  a  d'autre  fubftance  dans  l'univers  que  Dieu 
feul. 

Splnofa  ajoute  que  cette  fubftance  unique  ,  qui 
n'eft  ni  divifée  ,  ni  divifible  ,  eft  douée  d'une  infinité 
d'attributs,&:  entr'autres  de  l'étendue  &  de  la  penfée. 
Tous  les  corps  qui  fe  trouvent  dans  l'i^nivers  font 
des  modifications  de  cette  fubftance  en  tant  qu'éten- 
due ,  &  que  les  âmes  des  hommes  font  des  modifi- 
cations de  cette  fubftance  en  tant  que  penfée.  Le 
tout  cependant  refte  immobile  ,  &  ne  perd  rien  de 
fon  eflénce  pour  quelques  changemens  légers  ,  rapi- 
des ,  momentanés.  C'eft  ainfi  qu'un  homme  ne  ceffe 
point  d'être  ce  qu'il  eft  en  effet,  foit  qu'il  veille ,  foit 
qu'il  dorme,  foit  qu'il  fe  repofe  nonchalamment,  foit 
qu'il  agifle  avec  vigueur.  Ecoutons  ce  que  Bayle  op- 
pofe  à  cette  doftrine. 

I  °.  Il  eft  impoftible  que  l'univers  foit  une  fubftan- 
ce unique  ;  car  tout  ce  qui  eft  étendu  a  néceflaire- 
ïtient  des  parties ,  &  tout  ce  qui  a  des  parties  eft 
compofé  :  &  comm.e  les  parties  de  l'étendue  ne  fub- 
fiftent  point  l'une  dans  l'autre ,  il  faut  néceftairement 
ou  que  l'étendue  en  général  ne  foit  pas  une  fubftan- 
ce ,  ou  que  chaque  partie  de  l'étendue  foit  une  fubf- 
tance particulière  &  diftlnfte  de  toutes  les  autres.  Or 
félon  Spinofa  ,  l'étendue  en  général  eft  l'attribut  d'u- 
ne fubftance  :  d'un  autre  côté ,  il  avoue  avec  les  au- 
tres philofophes  ,  que  l'attribut  d'une  fubftance  ne 
diifere  peint  réellement  de  cette  fubftance  ;  d'oii  il 
faut  conclure  que  chaque  partie  de  l'étendue  eft  une 
fubftance  particulière  :  ce  qui  ruine  les  fondemens  de 
tout  le  fyftème  de  cet  auteur.  Pour  excufer  cette  ab- 
furdité  ,  Spïnofa  ne  fauroit  dire  que  l'étendue  en  gé- 
néral eft  diftin£fe  de  la  fubftance  de  Dieu  ,  car  s'il  le 
dilbit ,  il  enfeigneroit  que  cette  fubftance  eft  en  elle- 
même  non-étendue  ;  elle  n'eût  donc  jamais  pCi  ac- 
quérir les  trois  dimenfions  ,  qu'en  les  créant ,  puif- 
qu'il  eft  vifible  que  l'étendue  ne  peut  fortir  ou  éma- 
ner d'un  fu  jet  non  étendu ,  que  par  voie  de  création  : 
or  Splnofa  ne  croyoit  point  que  de  rien  on  pût  faire 
rien.  Il  eft  -^ncore  vifible  qu'une  fubftance  non  éten- 
due de  fa  nature,  ne  peut  jamais  devenir  le  fujetdes 
trois  dimenfions  :  car  comment  feroit-il  poflible  de 
Jts  placer  fur  ce  point  mathématique  }  elles  fubfifte- 
i-oient  donc  fans  v.ïï  fujet ,  elles  feroient  donc  une 
fubftance  ;  de  forte  que  fi  cet  airteur  admcttoit  une 
diftinction  réelle  entre  la  fubftance  de  Dieu  ,  &  l'é- 
tendue en  général ,  il  léroit  obligé  de  dire  que  Dieu 
ieroit  compofé  de  deux  fubftances  diftinite's  l'une  de 


r.iutre  ,  favolr  de  fon  être  non-étendu ,  &  deréten-; 
due  :  le  voilà  donc  obbgé  à  reconnoîtrc  que  l'étçn- 
due  &  Dieu  ne  font  que  la  même  cliofe  ;  ëc  comme 
d'ailleurs,  dans  lés  principes  ,  il  n'y  a  qu'une  fubf- 
tance dans  l'univers  ,  il  faut  qu'il  enfeigne  que  l'é- 
tendue eft  un  être  fimple ,  <6l  auiîi  exempt  de  compc- 
fuion  que  les  points  mathématiques  ;  mais  n'eft-ce 
pas  fe  moqïier  du  monde  que  de  Ibutenir  cela  ?  eft-il 
plus  évident  que  le  nombre  millénaire  eft  compofé  de, 
nulle  unités  ,  qu'il  eft  évident  qu'un  corps  de  cent 
pouces  ell  compolé  de  cent  parties  réellement  diftinc- 
tes  l'une  de  l'autre  ,  qui  ont  chacune  l'étendue  d'un 
pouce } 

Pour  fe  débarraflTcr  d'une  difticulré  fi  prefl'ante-,; 
Spinofd  répond  que  l'étendue  n'eft  pas  conipoiéede 
parties,  mais  de  modifications.  Maisa-t-il  bien  pu 
le  promettre  quelqu'avantage  de  ce  changement  de 
mot  ?  qu'il  évite  tant  qu'il  voudra  le  nom  de  partie., 
qu'il  fubftitue  tant  qu'il  voudra  celui .  de  modalité,  ou 
modification  ,  que  tait  cela  à  l'affaire  ?  les  idées  que 
l'on  attache  au  mot  partie ,  s'effaceront-elles  ?  ne  les 
appliquera-t-on  pas  au  mot  modification  }  les  figncs 
tk.  les  caraderes  de  différence  font-ils  moins  réels  , 
ou  moins  évldens  ,  quand  on  divife  la  matière  en  mo- 
difications, que  quandonla  divile  enpartîes?  vifions 
que  tout  cela  :  l'idée  de  la  matière  demeure  toujours 
celle  d'un  être  compofé,  celle  d'un  amas  de  plulieurs 
fubftances.  Voici  de  quoi  bien  prouver  cela. 

Les  modahtés  font  des  êtres  qui  ne  peuvent  exif-! 
ter  fans  la  fubftance  qu'elles  modifient ,  il  faut  donc 
que  la  ftibftance  fe  trouve  par-tout  où  il  y  a  des  mo* 
dalités,  il  faut  même  qu'elle  fe  multiplie  à  propor-; 
tion  que  les  modifications  incompatibles  entre  elles 
fe  multiplient.  Il  eft  évident,  nul  fpinofifte  ne  le  peut 
nier  ,  que  la  figure  quarrée  ,  &  la  figure  circulaire  j 
font  incompatibles  dans  le  même  morceau  de  cire  ; 
il  faut  donc  néceffairement  que  la  fubftance  modifiée 
par  la  figure  quarrée  ne  foit  pas  la  même  fubftance 
que  celle  qui  eft  modifiée  par  la  figure  ronde  :  au- 
trement la  figure  quarrée  &,  la  figure  ronde  fe  trou-i 
veroient  en  même  tems  dans  un  feul  &  même  fujet  î 
or  cela  eft  impoftible. 

a**.  S'il  eft  abfurde  de  faire  Dieu  étendu,  parce' 
que  c'eft  lui  ôter  fa  fimpllcité  ,  &  le  compofer  d'un 
nombre  infini  de  parties  ,  que  dirons-nous  ,  quand 
nous  fongerons  que  c'eft  le  réduire  à  la  condition  de 
la  nature  la  plus  vile,  en  le  faifant  matériel  ,  lama-* 
tiere  étant  le  théâtre  de  toutes  les  corruptions  &  de 
tous  les  changemens  ?  Les  fpinofiftes  foutiennent 
pourtant  qu'elle  ne  fouffre  nulle  divifion  ,  mais  ils 
foutiennent  cela  par  la  plus  frivole ,  &  par  la  plus 
froide  chicanerie  qui  puiffe  fe  voir.  Afin  que  la  ma- 
tière fut  divifée  ,  difent-ils  ,  il  faudroit  que  l'une  de 
fes  portions  fut  féparée  des  autres  par  des  efpaces 
vuides  :  ce  qui  n'arrive  jamais  ;  mais  c'eft  très-mal 
définir  la  divifion.  Nous  fommes  aufii  réellement  lé- 
parés  de  nos  amis  ,  lorfque  l'intervalle  qui  nous  fé* 
pare  eft  occupé  par  d'autres  hom.mes  rangés  de  file  , 
que  s'il  étoit  plein  de  terre.  On  rcnverfe  donc  &  les 
idées  &  le  langage ,  quand  on  nous  foutient  que  la 
matière  réduite  en  cendres  &  en  fumée  ,  ne  fouffre 
point  de  féparation  ? 

3°.  Nous  allons  voir  des  abfurdités  encore  plus 
monftrueufes  ,  en  confidérant  le  dieu  de  Spinofa  j 
comme  le  fujet  de  toutes  les  modifications  de  la  pen-, 
fée  ;  c'eft  déjà  une  grande  difficulté  que  de  concilier 
rétendue  &  la  penfée  dans  une  léule fubftance  ;  &  il 
ne  s'agit  point  ici  d'un  alliage  comme  celui  des  mé- 
taux ,  ou  comme  celui  de  l'eau  &  du  vin  ;  cela  ne 
demande  o^wqXz  juxta  -pofition  :  mais  l'alliage  delà 
penfée  &  de  l'étendue  doit  être  une  identité.  Je  fuis 
fur  que  fi  Spinofa  avoit  trouvé  un  tel  embarras  dans 
une  autre  lécte  ,  il  l'auroit  jugée  indigne  de  fon  at- 
tention i  mais  il  ne  s'en  eft  pas  fait  une  affaire  dans  fa 

propr<| 


s  P  î 

propre  caufe  :  tant  il  eft  vrai  que  ceux  qui  cenfurertt 
Je  plus  dcJai^acul'ement  les  penlct^sdes  autres  ,  lont 
fort  indul-ciib  tnvtirs  eux-mêmes.  11  le  moquoit  l'aas 
doute  du  myllere  de  la  Trinité,  &  il  admiroit  qu'une 
intiiiitc  de  ^cns  ofalFent  parler  d'une  nature  formée 
de  trois  hypoftafes  ,  lui ,  qui  à  proprement  parler  , 
donne  à  la  nature  divine  autant  de  perlonnes  qu'il  y 
a  de  gens  fur  la  terre  ?*il  regardoit  comme  des  fous 
ceux  OUI  admettant  latranlubllantiation,  dii'ent  qu'un 
homme  peut  êtretoui-à-la-fois  en  plufieurs  lieux,  vi-' 
vreàParis,  être  mort  à  Rome  ,  &c.  lui  qui  foutient 
que  lafubftance  étendue ,  unique,  &  indivilible,  elî: 
tout- à-la-fois  par-tout,  ici  froide,  ailleurs  chaude  , 
ici  trifte  ,  ailleurs  gaie  ,  ^c 

S'il  y  a  quelque  chofe  de  certain  &  d'inconteftable 
dans  les connoiâances  humaines,  c'ell  cette  propoii- 
tion-ci  :  on  ne  peut  affirmirvèritabUmcnt  d'un  même,  fu- 
jet,  aux  mémes*égards  y  &  en  même  tans  ,  deux  termes 
qui  font  oppi'fés  ;  p^r  exemple ,  on  ne  peut  pas  dire  fans 
mentir ,  Pierre  fe  porte  bien  ,  Pierre  effort  malade.  Les 
fpinofiiles  ruinent  cette  idée ,  &  la  juftinent  de  telle 
forte ,  qu'on  ne  fait  plus  oii  ils  pourront  prendre  le 
:aradt-cre  de  la  vérité  :  car  li  de  telles  propolitions 
étoient  faufles  ,  il  n'y  en  a  point  qu'on  put  garantir 
50ur  vraies.  Montrons  que  cet  axiome  eft  très-faux 
ians  leur  fyftème ,  &  pofons  d'abord  pour  maxime 
nconteftable  que  tous  les  titres  que  l'on  donne  à  ce 
"ujet ,  pour  fignifier  ou  tout  ce  qu'il  fait ,  ou  tout  ce 
qu'il  (oufFre  ,  conviennent  proprement  &  phylique- 
nent  à  la  fubftance ,  &  non  pas  à  les  accidens.  Quand 
ion»  diibns  le  fer  eft  dur  ,  le  fer  eft  pelant ,  il  s'en- 
fonce dans  l'eau  ;  nous  ne  prétendons  point  dire  que 
a  dureté  cft  dure  ,  que  fa  pefanteur  eft  pelante  ,  &c. 
:e  langage  ferolt  très-impertinent  ;  nous  vouions  di- 
•e  que  la  fubftance  étendue  qui  le  compofe  ,  réfifte  ,• 
qu'elle  pefe  ,  qu'elle  defcend  fous  l'eau.  De  même 
]uand  nous  difons  qu'un  homme  nie  ,  affirme ,  fe  fâ- 
:he ,  carefie  ,  loue  ,  &c.  nous  failbns  tomber  tous 
;es  attributs  fur  la  fubftance  même  de  ion  ame  ,  & 
ion  pas  fur  fes  penfées  ,  entant  qu'elles  font  des  ac- 
:idens  ou  des  modifications.  S'il  étoit  donc  vrai  , 
:omme  le  prétend  Spinofa  ,  que  les  hommes  fuft'ent 
k'S  modalités  de  Dieu,  on  parleroit  fauliément  quand 
5n  diroit ,  Pierre  nie  ceci ,  il  veut  ceci ,  il  veut  cela, 
1  afHrme  une  telle  chofe  :  car  réellement ,  félon  ce 
yftème  ,  c'eft  Dieu  qui  nie  ,  qui  veut ,  qui  affirme  , 
v:  par  conféquent  toutes  les  dénominations  qui  réfui- 
ent de  toutes  les  penfées  des  hommes ,  tombent  pro- 
)i-ement  &  phyliquément  fur  la  fubftance  de  Dieu  : 
i'oii  il  s'enfuit  que  Dieu  hait  &  aime ,  nie  &  affirme 
es  mêmes  choies  ,  en  même  tems  ,  &  félon  toutes 
es  conditions  requifes  ,  pour  laire  que  la  règle  que 
lous  avons  rapportée  touchant  les  termes  oppolcs  , 
"oit  faufTe  :  car  on  ne  fauroit  nier  que  félon  toutes  ces 
:onditiôns  prifes  en  toute  rigueur,  certains  hommes 
l'aiment  &  n'affirnient,  ce  que  d'autres  hommes  haïf- 
ént  &  nient.  Paflbns  plus  avant  :  les  termes  contra- 
liÛolrcs  vouloir ,  &  ne  vouloir  pas  ,  conviennent , 
élon  toutes  ces  conditions  ,  en  même  tems  ,  ;\  difî'é- 
•ens  hommes;  il  faut  donc  que  dans  le  fyfteme  de 
Spinofa,  ils  conviennent  à  cette  fubftance  unique  &: 
ndivifible  qu'on  nomme  Dieu.  C'eft  donc  Dieu 
qui  forme  en  même  tems  l'aclcde  vouloir,  &:qui 
le  le  forme  pas  à  l'égard  d'un  même  objet.  On 
vérifie  donc  de  lui  deux  termes  contradidoires ,  ce 
qui  eft  le  renveriemenfdes  premiers  principes  de  la 
iiétaphyfique  :  un  cercle  quarré  n'cft  pas  plus  une 
:ontradidlion  ,  qu'une  iubiiance  qui  aime  ik.  hait  en 
nêmetenis  le  même  objet  :  voilà  ce  que  c'eft  que  la 
"aufl'e délicatefte.  Notre  homme  ne  pouvoit  ibulliir 
es  moindres  obfcurités  ,  ni  du  péripatétiime  ,  ni  du 
udaïime  ,  ni  du  chriftianiline ,  &  il  embraifoit  de 
out  ion  cœur  une  hypothèié  qui  allie  cniemble  deux 
ermes  auHi  oppolés  que  la  figure  quarrce  ôc  la  cir- 
Tomc  Xy. 


S  P  I 


455 


culaire  ,  &  qui  foit  qu'une  infinité  d'attributs  difcor- 
dans  &  incompatibles  ,  &  toute  la  variété  6l  i'anti-^ 
pathie  des  peniees  du  genre  humain  fe  certifient  tout- 
à-la-fois  ,  d'une  ieule  &  même  fubftance  très-ftmple 
&  indivifible.  On  dit  ordinairement ,  quot  capita  ,  toi 
fenfus  ;  mais  (don  S  pi  noja  ,  tous  les  fentimens  de 
tous  les  hommes  font  dans  une  ieule  tête.  Rappor- 
ter fimplement  de  telles  choies  ,  c'eft  les  réfiiter, 

4'^.  Mais  fi  c'eft  phyfiqaemcnt  parlant ,  une  ab- 
furdité  prodigieule  ,  qu'un  lujetfimple  &  unique  ibit 
modifié  en  meme-tems  par  les  peniees  de  tous  les 
hommes,  c'eft  une  abomination  exécrable  quandoii 
confidere  ceci  du  côté  de  la  morale.  %, 

Quoi  donc  !  l'être  infini ,  l'être  nécelTaire  ,  fou- 
verainement  parfait ,  ne  fera  point  ferme,  conftant, 
&  immuable  .>  que  dis-je,  immuable  ?  ilne.iérapas 
un  moment  le  même;  {'zs  peniees  le  fuccéderont  les 
unes  aux  aiures ,  fans  fin  6c  fans  at^Q  ;  la  môme  bi- 
garrure de  paffions  &  de  fentimens  ne  fe  verra  pas 
deux  fois  :  cela  eft  dur  à  digérer.  Voici  bien  pis  : 
cette  mobilité  continuelle  gardera  beaucoup  d'uni- 
formités en  ce  fens ,  que  toujours  pour  une  bonne 
penfée  ,  l'être  infini  en  aura  mille  de  ibrtes  ,  d'extra- 
vagantes ,  d'impures  ,  d'abominables;  il  produira  ea 
lui-même  toutes  les  folies  ,  toutes  les  rêveries  ,  tou- 
tes les  faletés ,  toutes  les  iniquités  du  genre  humain  ; 
il  en  fera  non-leulement  la  caufe  efficiente  ,  mais  aui^ 
fi  leiujetpaffif  ;  il  le  joindra  avec  elles  par  l'uniôri 
la  plus  intime  que  l'on  puiffe  concevoir  :  car  c'eft  une 
unioji  pénétrable,  ou  plutôt  c'eft  une  vraie  identité, 
puhque  le  mode  n'eft  point  diftind  réellement  delà 
fubftance  modifiée.  Plufieurs  grands  philolbphes 
ne  pouvant  comprendre  qu'il  foit  compatible  avec 
l'être  Ibuverainement  bon  ,  de  ibufïrir  que  l'homma 
foit  fi  méchant  6c  fi  malheureux ,  ont  luppofé  deux 
principes  ,  l'un  bon  ,  &  l'autre  mauvais:  &  voici  ua 
philoibphe  qui  trouve  bon  que  Dieu  ibitbien  lui- 
même  &  l'agent  &  le  patient  de  tous  les  crimes,  & 
de  toutes  les  miiéres  de  l'homme.  Que  les  hommes 
fe  haiftént  les  uns  les  autres  ,  qu'ils  s'entr'alîdinnent 
au  coin  d'un  bois ,  qu'ils  s'aflemblent  en  corps  d'ar-» 
mée  pour  s'entretuer,  que  les  vainqueurs  mangent 
quelquefois  les  vaincus:  cela  fe  comprend  ,  parce 
qu'ils  ibnt  diftinds  les  uns  des  autres;  mais  que  les 
hommes,  n'étant  que  la  modification  du  même  être 
n'y  ayant  par  coniéquent  que  Dieu  qui  agifle  ,  &  la 
même  Dieu  en  nombre  ,  qui  fe  modifie  en  turc  ,  ea 
fe  modifiant  en  hongrois,  il  y  ait  4es  guerres  Si  des 
batailles;  c'eft  ce  qui  ilirpaife  tous  les  monftres  & 
tous  les  déreglemens  chimériques  des  plus  folles  tê- 
tes qu'on  ait  jamais  enfermées  dans  les  petites-mai- 
ibns.  Ainfi  danslefylième  de  Spinofa,  tous  ceux  qui 
dlient  ,  les  Allemands  ont  tué  dix  mille  Turcs,  parlent 
mal  &  faulTement ,  à  moins  qu'ils  n'entendent ,  Dieu 
modifié  en  Allemand ,  a  tué  Dieu  modfié  en  dix  mille 
Turcs  ;  &c  ainfi  toutes  les  phrafes  par  leiiquelles  oa 
exprime  ce  que  ibnt  les  hommes  les  uns  contre  les 
autres  ,  n'ont  point  d'autre  fens  véritable  que  celui- 
ci  ,  Dieu  fe  liait  lui-même  ,  il  fe  demande  des  (fraces  à 
lui-même  ,  &  fe  les  refufe ,  il  fe  perjécute  ,  il  Je  tue ,  il 
fe  rnange  ,  il  fe  calomnie,  il  s'envoie  fur  Véchaf.iut, 
Cela  ieroit  moins  inconcevable,  ^\  Spmofa  s'étoit  re- 
préi'enté  Dieu  comme  un  alfemblage  deplufieurs  par- 
ties diftincles  ;  mais  il  l'a  réduit  à  la  plus  parfaiu  lim- 
piicité,  à  l'unité  de  ilibftance  ,  à  findivifibilité.  H 
débite  donc  les  plus  iniames  &  les  plus  furieuies  ev- 
trav.iganceî,  &  infinim^Mit  plus  ridicules  <^lk  celles 
des  poètes  touj^hant  les  dieux  du  paganifnje. 

5".  Encore  deux  objections.  Il  y  a  eu  des  philo- 
ioj>hes  aircz  impies  j)0ur  nier  qii'il  y»cùt  un  Die  , 
mais  ils  n'ont  point  poulie  leur  evtravagan^  jufqu'à 
dire  ,  que  s'il  exilloit,  il  ne  Ieroit  point  une  nature 
parliîitenient  heuroule.  Les  plus  grands  Sceptiqu  s 
de  l'antiquité  ont  dit  que  tous  les  hommes  ont  une 

N  n  a 


s  P  I 

idée  de  Dieu,  félon  laquelle  il  cft  une  nature  vivan- 
te ,  hcureufe  ,  incorruptible ,  parfaite  dans  la  félicité, 
&  nullement  lufceptible  de  maux.  C'étoit  lans  doute 
une  extravagance  qui  tcnoit  de  la  tolie,  que  de  ne 
pas  réunir  dans  fa  nature  divine  l'immortalité  &  le 
îîonhcur.  Plutarque  réfute  très-bien  cette  abiurdité 
des  Stoiques  :  mais  quelque  folle  que  tùt  cette  rêve- 
rie des  Stoïciens  ,  elle  n'ôtoit  point  aux  dieu*  leur 
bonheur  pendant  la  vie.  Les  Spinofirtes  font  peut- 
être  les  feuls  qui  aient  réduit  la  divinité  h  la  miiere. 
Or  ,  quelle  mifere  ?  Quelquefois  fi  grande  ,  qu'il  fe 
jette  dans  le  defefpoir  ,  6i  qu'il  s'anéantiroit  s'il  le 
poiivoit  ;  il  y  tache  ,  il  s'ôte  tout  ce  qu'il  peut  s'ôter  ; 
il  fe  pend  ,  il  fe  précipite  ne  pouvant  plus  fupporter 
la  trirteffe  affrcule  qui  le  dévore.  Ce  ne  font  point 
ici  des  déclamations,  c'eft  un  langage  exaft  &  phi- 
lofophique  ;  car  fi  l'homme  n'elt  qu'une  modification, 
il  ne  fait  rien  :  ce  (croit  une  phrafe  impertinente, 
boutonne  ,  burlefque  que  de  dire  ,  ia  joie  eft  gaie  ,  la 
trijiejfe  e^l  trijie.  C'efl  une  femblablc  phraie  dans  le 
fylfème  de  Spinofa  que  d'affirmer  ,  l'homme  penfe  ^ 
V homme  s'afflige  ,  C homme  je  pend  ^  &c.  Toutes  ces 
proportions  doivent  être  dites  de  la  fubflance  dont 
l'homme  n'ell  que  le  mode.  Comment  a  t-on  pu  s'ima- 
giner qu'une  nature  indépendante  qui  exifte  par  elle- 
même  &  qui  pofTede  des  perfeft ions  infinies ,  foit  fu- 
jette  ;\  tous  les  malheurs  du  genre  humain  ?  Si  quel- 
qu'autre  nature  la  contraignoit  à  fe  donner  du  cha- 
grin, à  fentir  de  la  douleur  ,  on  ne  trouveroit  pas  fi 
étrange  qu'elle  employât  fon  aftivité  à  fe  rendre  mal- 
heureufe  ;  on  diroit ,  il  faut  bien  qu'elle  obéifTe  à  une 
force  majeure  :  c'efl  apparemment  pour  éviter  un 
plus  grand  mal ,  qu'elle  fe  donne  la  gravclle ,  la  co- 
lique ,  la  fièvre  chaude  ,  la  rage.  Mais  elle  efl  feule 
dans  l'univers,  rien  ne  lui  commande  ,  rien  ne  l'ex- 
horte ,  rien  ne  la  prie.  C'efl  fa  propre  nature  ,  dit 
Spinofa^  qui  la  porte  à  fe  donner  elle-même  en  cer- 
taines circonflances  un  grand  chagrin  ,  &  une  dou- 
leur très-vive.  Mais,  lui  répondrai-je  ,  ne  trouvez- 
vous  pas  quelque  chofe  de  monflrueux  &;  d'inconce- 
yable  dans  une  telle  fatalité  } 

Les  raifons  très-fortes  qui  combattent  la  dodrine 
que  nos  âmes  font  une  portion  de  Dieu  ,  ont  encore 
plus  de  folidité  contre  Spinofa.  On  objede  à  Pytha- 
goras  dans  un  ouvrage  de  Cicéron  ,  qu'il  réfulte  de 
cette  doftrine  trois  fauffetés  évidentes  ;  i°.  que  la 
nature  divine  feroit  déchirée  en  pièces  ;  2.^.  qu'elle 
feroit  malheureufe  autant  de  fois  que  les  hommes  ; 
3  ".  que  l'efprit  humain  n'ignoreroit  aucune  chofe , 
puifqu'il  feroit  Dieu. 

6°.  Je  voudrois  favoir  à  qui  il  en  veut ,  quand  il 
rejette  certaines  doftrines  ,  6c  qu'il  en  propofe  d'au- 
tres. Veut-il  apprendre  des  vérités  ?  Veut-il  réfuter 
des  erreurs  ?  Mais  eft-il  en  droit  de  dire  qu'il  y  a  des 
erreurs  ?  Les  penfées  des  philolbphes  ordinaires  , 
celles  des  juifs  ,  celles  des  chrétiens  ne  font-elles 
pas  des  modes  de  l'être  infini ,  aufTi-bien  que  celles 
de  fbn  éthique  ?  Ne  font-elles  pas  des  réalités  aufîi 
néceffaires  à  la  perfecfion  de  l'univers  que  toutes 
les  fpéculations  ?  N'émanent  -  elles  pas  de  la  caufe 
néceflaire?  Comment  donc  ofe-t-il  prétendre  qu'il 
y  a  là  quelque  chofe  à  rectifier?  En  fécond  lieu  ,  ne 
prétend-il  pas  que  la  nature  dont  elles  font  les  mo- 
dalités ,  agit  néceffaircment ,  qu'elle  va  toujours  fon 
grand  chemin ,  qu'elle  ne  peut  ni  fe  détourner ,  ni 
s'arrêter,  ni  qu'étant  unique  dans  l'univers,  aucune 
caule  eictérieure  ne  l'arrêtera  jamais  ,  ni  le  redref- 
iera  }  Il  n'y  a  donc  rien  de  plus  inutile  que  les  leçons 
de  ce  philofophe  .'*  C'efl  bien  à  lui  qui  n'efl  qu'une 
modification  de  fiibflance  à  prefcrire  à  l'Etre  infini  , 
ce  qu'il  faut  faire.  Cet  être  l'entendra-t-il  ?  Et  s'il 
i'entendoit  ,  pourroit-il  en  profiter?  N'agit-il  pas 
toujours  lelon  toute  l'étendue  de  fes  forces,  fans  fa- 
yoir  ni  où  il  va ,  ni  ce  qu'il  fait }  Vn  homjne ,  comme 


S  P  I 

Spinofa  ,  fe  tiendroit  en  repos  ,  s'il  rnifonnoit  bien. 
S'il  ell  i)ofîible  qu'un  tel  dogme  s'établifle,  diroit-il 
la  néceiîité  de  la  nature  l'ciablira  lans  mon  ouvraoe- 
s'il  n'ell  pas  polîible  ,  tous  mes  écrits  n'y  feront 
rien. 

Le  fyfième  dcSpinafi  choque  fi  vifiblement  la  rai- 
fon  ,  que  les  plus  grands  admirateurs  reconnoill'ent 
que  s'il  avoit  enfeigné  les  do^es  dont  on  l'accufe 
il  leroit  digne  d'exécration  ;  mais  ils  prétendent  qu'on 
ne  l'a  pas  entendu.  Leurs  apologies  ,  loin  de  le  dif- 
culper,  font  voir  clairement  que  les  adverfaires  de 
Spinofa  l'ont  tellement  confondu  6c  abyliné ,  qu'il  ne 
leiH-  relie  d'autre  moyen  de  leur  répliquer  que  celui 
dont  les  Janlénifles  le  fonifcrvis  contre  lesJéfuites 
qui  efl  de  dire  que  fon  fentiment  n'efl  pas  tel  qu'on 
le  fuppofe  :  voilà  à  quoi  fe  réduifent  les  apologilles. 
Afin  donc  qu'on  voie  que  perfonne   ne  fauroit  dif- 
puter  à  fes  adverfaires  l'honneur  du  triomphe  ,  il  fuf- 
fit  de  confidérer  qu'il  a  enfeigné  effedivemcnt  ce 
qu'on  lui  impute  ,  &  qu'il  s'efl  contredit  grolTiere- 
mcnt  &:  n'a  fu  ce  qu'il  vouloit.  On  lui  ftdt  un  crime 
d'avoir  dit  que  tous  les  êtres  particuliers  font  des 
modifications  de  Dieu.   Il  efl  manifefle  que  c'efl  fa 
doctrine  ,  puilque  la  propofition    14^  efl  celle-ci 
prater  Deiini  nulLa  dari  neque  concipi poteji  jubflantia  & 
qu'il  allure  dans  la  1  5^,  quidqiùdêfl.^  in  Deo  eft,  &  nihil 
JineDeo  neque  cffc  neque  concipi potejl.  Ce  qu'il  prouve 
par  la  raifon  que  tout  efl  mode  ou  fubflance ,  &  que 
les  modes  ne  peuvent  exiller  ni  être  conçus  fans  la 
fubflance.  Quand  donc  un  apologifle  de  Spinofa  parle 
de  cette  manière  ,  s'il  étoit  vrai  que  Spinofa  eût  en- 
feigné que  tous  les  êtres  particuliers  font  des  modes 
de  la  fubflance  divine  ,  la  vidcire  de  i^s  adverfaires 
feroit  complette  ,  &;  je  ne  voudrois  pas  la  leur  con- 
tefler,  je  ne  leur  conteflc  que  le  fait ,  je  ne  crois  pas 
que  la  doflrine  qu'ils  ont  réfutée  foit  dans  fon  livre. 
Quand  ,  dis-je  ,  un  apologiile  parle  de  la  forte  ,  que 
lui  manque-t-il?  qu'un  aveu  formel  delà  défaite  de 
fon  héros  ;  car  évidemment  le  dogme  en  queilion  eil 
dans  la  morale  de  Spinofa. 

Il  ne  faut  pas  oublier  aue  cet  impie  n'a  point  mécon- 
nu les  dépendances  inévitables  de  fon  fyflème  ,  car 
il  s 'ell  moqué  de  l'apparition  des  efprits  ,  &  il  n'y  a 
point  de  philofophic  qui  ait  moins  droit  de  la  nier  : 
il  doit  reconnoitre  que  tout  penfé  dans  la  nature  ,  & 
que  l'homme  n'ell  point  la  plus  éclairée  &  la  plus 
intelligente  modification  de  l'univers  ;  il  doit  donc 
admettre  des  démons.  Quand  on  fuppofe  qu'un  ef- 
prit  fouverainement  partait  a  tiré  les  créatures  du  ■ 
fein  du  néant ,  fans  y  être  déterminé  par  fa  nature  ,  " 
mais  par  un  choix  libre  de  fon  bon  plaifir  ,  on  peut 
nier  qu'il  y  ait  des  anges.  Si  vous  demandez  pour- 
quoi un  tel  créateur  n'a  point  produit  d'autres  ef- 
prits que  l'ame  de  l'homme  ,  on  vous  répondra  ,  tel 
a  été  fon  bon  plaifir  ,  (lac  pro  ratione  voluntas  :  vous 
ne  pourrez  oppofer  rien  de  railbnnable  à  cette  ré-  Il 
ponle  ,  à-moins  que  vous  ne  prouviez  le  fait ,  c'efl- 
à-dire  qu'il  y  a  des  anges.  Mais  quand  on  fuppofe  que 
le  Créateur  n'a  point  agi  librement,  &  qu'il  a  épuifé 
fans  choix  ni  règle  toute  l'étendue  de  fa  puilfance, 
6c  que  d'ailleurs  la  penfée  efl  l'un  de  fes  attributs  , 
on  ell  ridicule  li  l'on  foutient  qu'il  n'y  a  pas  des  dé- 
mons. On  doit  croire  que  la  penfée  du  Créateur  s'eft  ;l 
modifiée  non-feulement  dans  le  corps  des  hommes, 
mais  auffi  par  tout  l'univers ,  &  qu'outre  les  animaux 
que  nous  connoiffons ,  il  y  en  a  une  infinité  que  nous 
ne  connoifTons  pas  ,  6c  qui  nous  furpaffent  en  lumiè- 
res &  en  malice  ,  autant  que  nous  lurpafîons  ,  à  cet 
égard  ,  les  chiens  6i  les  bœufs.  Car  ce  leroit  la  chofe 
du  monde  la  moins  railbnnable  que  d'aller  s'imagi- 
ner que  l'efprit  de  l'homme  efl  la  modification  la  plus  ix 
parfaite  qu'un  Etre  infini,  agifîant  félon  toute  l'éten-  ^ 
duc  de  fes  forces  ,  a  pu  produire.  Nous  ne  concevons 
nulle  liaiibn  naturelle  entre  l'entendement  ôi  le  cer- 


s  P  ï 

veau  ,  c*eft  pourquoi  nous  devons  croire  qu'une 
créature  fans  cerveau  efl  auili  capable  de  penler  , 
cu'une  créature  organilce  comme  nous  le  lommes. 
Qii'eli-ce  donc  qui  a  pu  ^on^xSpinoJ'u  à  nier  ce  que 
l'on  dit  des  erprits  ?  Pourquoi  a-t-il  cru  qu'il  n'y  a 
rien  dans  le  mondç  qui  loir  capable  d'exciter  dans 
notre  machine  la  vuo  d'un  Ipeûre  ,  de  taire  du  bruit 
dans  une  chambre ,  &  de  cauler  tous  les  phénomènes 
magiques  dont  les  livres  font  mention  ?  Eft-ce  qu'il 
a  cru  que ,  pour  produire  ces  eftets ,  il  faudroit  avoir 
un  corps  aufîi  malfif  que  celui  de  l'homme  ,  &  qu'en 
ce  cas-là  les  démons  ne  pourroient  pas  iubfifter  en 
l'air ,  ni  entrer  dans  nos  mailons ,  ni  le  dérober  à  nos 
yeux  ?  Mais  cette  penfée  i'eroit  ridicule  :  la  mafl'e  de 
chair  dont  nous  lommes  compolcs  ,  eit  moins  une 
aide  qu'un  obftacle  à  l'elprit  &  à  la  force  :  j'entends 
la  force  médiate,  ou  la  faculté  d'appUquer  les  initru- 
mens  les  plus  propres  à  la  production  des  grands  ef- 
fets. C'efî  de  cette  faculté  que  naiilent  les  adious  les 
plus  furprenantes  de  l'homme  ;  mille  &  mille  exem- 
ples le  iont  voir.  Un  ingénieur ,  petit  comme  un  nain, 
maigre  ,  pâle  ,  tait  plus  de  choies  que  n'en  fei oient 
deux  mille  lauvages  plus  forts  que  Milon.   Une  ma- 
chine animée  plus  petite  dix  mille  fois  qu'une  four- 
mi ,  pourroit  être  plus  capable  de  produire  de  grands 
effets  qu'un  éléphant  :  elle  pourroit  découvrir  les 
parties  infenfibles  des  animaux  &c  des  plantes ,  6i.  s'al- 
ler placer  fur  le  liège  des  premiers  refforts  de  notre 
cerveau  ,  &y  ouvrir  des  valvules  ,  dont  l'effet  feroit 
que  nous  villions  des  fantômes  6i.  entendiffions  du 
bruit.  Si  les  Médecins  connoiiioient  les  premières 
fibres  &  les  premières  combinaiions  des  parties  dans 
les  végétaux  ,  dans  les  minéraux ,  dans  les  animaux, 
ils  connoîtroient  aulll  les  inllrumens  propres  à  les 
déranger  ,  &  ils  pourroient  appliquer  ces  inftrumens 
comme  il  feroit  nécelfaire  pour  produire  de  nou- 
veaux arrangemens  qui  convertiroient  les  bonnes 
viandes  en  poifon  ,  &  les  poifons  en  bonnes  vian- 
des. De  tels  médecins  feroient  fans  comparaifon  plus 
habiles  qu'Hippocrate  ;  &  s'ils  étoient  allez  petits 
pour  entrer  dans  le  cerveau  &  dans  les  vifceres  ,  ils 
guériroient  qui  ils  voudroient,  &ils  cauferoient  aulii 
quand  ils  voudroient  les  plus  étranges  maladies  qui 
fe  puiffent  voir.  Tout  fe  réduit  à  cette  queillon  ;  elt- 
il  polTible  qu'une  modification  invifible  ait  plus  de 
lumières  que  l'homme  &  plus  de  méchanceté  ?  Si 
Spinofa  prend  la  négative  ,  il  ignore  les  coniéquen- 
ces  de  fon  hypothele  ,  6c  fe  conduit  témérairement 
&  fans  principes. 

S'il  eût  raifonné  conféquemment ,  il  n'eût  pas  aulIi 
traité  de  chimérique  la  peur  des  enfers.  Qu'on  croie 
tant  qu'on  voudra  que  cet  univers  n'ell  point  l'ou- 
vrage de  Dieu ,  &  qu'il  n'elt  point  dirigé  par  une  na- 
ture fimple  ,  fpirituelle  &  dilîinde  de  tous  les  corps  , 
il  faut  pour  le  moins  que  l'on  avoue  qu'il  y  a  certai- 
nes choies  qui  ont  de  l'intelligence  &  des  volontés  , 
&  qui  font  jaloufés  de  leur  pouvoir  ,  qui  exercent 
leur  autorité  fur  les  autres,  qui  leur  commandent 
ceci  ou  cela  ,  qui  les  châtient ,  qui  les  maltraitent , 
qui  fe  vengent  févérement.  La  terre  n'eft-elle  pas 
pleine  de  ces  fortes  de  choies  ?  Chaque  homme  ne 
le  fait-il  pas  par  expérience  ?  De  s'imaginer  que  tous 
les  êtres  de  cette  nature  le  loient  trouvés  précifément 
fur  la  terre  ,  qui  n'ell  qu'un  point  en  comparaifon 
de  ce  monde  ,  c'efl  affurément  une  penfée  tout-à-fait 
déraifonnable.  La  railon ,  l'efprit  ,  l'ambition  ,  la 
haine  ,  feroient  plutôt  fur  la  terre  que  par-tout  ail- 
leurs. Pourquoi  cela  ?  En  pourroit-on  donner  une 
caufe  bonne  ou  mauvaifc  ?  Je  ne  le  crois  pas.  Nos 
yeux  nous  portent  à  être  perluadés  que  ces  efpaces 
immenfes  ,  que  nous  appelions  le  ciel ,  oii  il  le  fait 
des  mouvcmcns  fi  rapides  &  li  adifs,  font  aufli  capa- 
bles que  la  terre  de  former  des  hommes  ,  &  aulîi  dig- 
nes que  la  terre  d'être  partagés  en  plulieurs  domina- 
Tomc  XF. 


S  p.-  î 


467 


tlons.  Nous  ne  favons  pas  ce  qui  s'y  paffe  ;  mais  fi 
nous  ne  coniultons  que  îa  raifon  ,  il  nous  faudra 
croire  qu'il  ell  très-probable  ,  ou  du-moins  poifible^ 
qu'il  s'y  trouve  des  êtres  puiffans  qui  étendent  leur 
empire,  aulfi-bien  que  leur  lumière  fur  notre  monde. 
Nous  lommes  peut-être  une  portion  de  leurfeigneu- 
rie  :  ils  font  des  lois,  ils  nous  les  révèlent  par  les  lu- 
mières delaconf"cience,&ilsfe  fâchent violeipm^eat. 
contre  ceux  qui  les  trangreffent.  Il  fiiffit  que  cel^i  foit 
poiTible  pour  jetterdans  l'inquiétude  les  athées,  ÔCil 
n'y  a  qu'un  bon  moyen  de  ne  rien  craindre  ,  c'elï  de 
croire  la  mortalité  de  l'ame.  On  échapperoit  par-là 
à  la  colère  de  ces  efprits  ,  mais  autrement  ils  pour- 
roient être  plus  redoutables  que  Dieu  lui-même.  En 
mourant  on  pourroit  tomber  fous  le  pouvoir  de  quel- 
que maître  farouche ,  c'efl  en  vain  qu'ils  efpéreroient 
d'en  être  quittes  pour  quelques  années  de  tourment. 
Une  nature  bornée  peut  n'avoir  aucune  forte  de  per^ 
fedion  morale,  ne  t'uivre  que  fon  caprice  &  fà  pafliort 
dans  les  peines  qu'elle  inflige.  Elle  peut  bien  reffem- 
bler  à  nos  Phalaris  &  à  nos  Nérons  ,  gens  capables  de 
laifferleur  ennemi  dans  un  cachot  éternellement,  s'ils 
avoient  pu  pofféder  une  autorité  éternelle.  Efpérera- 
t-on  que  les  êtres  malfaifans  ne  dureront  pas  toujours? 
Mais  combien  y  a  t-il  d'athées  qui  prétendent  que  le 
foleil  n'a  jamais  eu  de  commencement ,  &  qu'il  n'aura 
point  de  fin  ? 

Pour  appliquer  tout  ceciàunfplnofifle,  fouvenons- 
nous  qu'il  ell  obligé  par  fon  principe  à  reconnoître 
l'immortalité  de  l'ame ,  car  il  fe  regarde  comme  la  mo- 
dalité d'un  être  effentiellemeut  penfant  ;  fouvenons- 
nous  qu'il  ne  peut  nier  qu'il  n'y  ait  des  modalités  qui 
fe  fâchent  contre  les  autres ,  qui  les  mettent  à  la  gêne, 
à  la  queflion,  qui  font  durer  leurs  tourmens  autant 
qu^elles  peuvent,  qui  les  envoient  aux  galères  pour 
toute  leur  vie ,  &  qui  feroient  durer  ce  fupplice  éter- 
nellement fi  la  mort  n'y  mettoit  ordre  de  part  &  d'au- 
tre. Tibère  &  Caligula  ,  monflres  affamés  de  carna- 
ges ,  en  font  des  exemples  illullres.  Souvenons-nous 
qu'un  fpinofiflefe  rend  ridicule  ,  s'il  n'avoue  que  tout 
l'univers  efl  rempli  de  modalités  ambitieufes  ,  cha- 
grines ,  jaloufés  ,  cruelles.  Souvenons  -  nous  enfin 
que  l'effence  des  modalités  humaines  ne  confille  pas 
à  porter  de  groffes  pièces  de  chair.  Socrate  étoitSo- 
crate  le  jour  de  la  conception  ou  peu  après  ;  tout  ce 
qu'il  avoit  en  ce  tems-là  peut  fubfiller  en  fon  entier 
après  qu'une  maladie  mortelle  a  fait  ceffer  la  circula- 
tion du  fang  &  le  mouvement  du  cœur  dans  la  ma- 
tière dont  il  s'étoit  agrandi  :  il  ell  donc  après  fa  mort 
la  même  modalité  qu'il  étoit  pendant  fa  vie ,  à  ne  con- 
fidérer  que  l'effentiel  de  fa  perfonne  ;  il  n'échappa 
donc  point  par  la  mort  à  la  jullice ,  ou  au  caprice  de 
(ts  perfécuteurs  invifibles.  Ils  peuvent  le  fuivre  par- 
tout où  il  ira  ,  &  le  maltraiter  fous  les  formes  vifibles 
qu'il  pourra  acquérir. 

M.  Bayle  appliqué  fans  ceffe  à  faire  voir  l'inexac- 
titude des  idées  des  partifansde^/^i/zq/i,  prétend  que 
toutes  leurs  dilputes  fur  les  miracles  n'ell  qu'un  mifé- 
rable  jeu  de  mots,  &  qu'ils  ignorent  les  conféquences 
de  leur  fyflème ,  s'ils  en  nient  la  poffibilité.  Pour  faire 
voir  ,  dit -il ,  leur  mauvaifc  foi  &  leurs  illufions  fur 
cette  matière  ,  il  fulîit  de  dire  que  quand  ils  rejettent 
la  poffibilité  des  miracles  ,  ils  allèguent  cette  raifon  , 
c'efl  que  Dieu  6l  la  nature  font  le  même  être  :  de 
forte  que  fi  Dieu  talfoit  quelque  chofe  contre  les 
lois  de  la  nature  ,  il  feroit  quelque  chofe  contre  lui-, 
même ,  ce  qui  efl  impoffible.  Parlez  nettement  &C 
fans  équivoque ,  dites  que  les  lois  de  la  nature  n'ayant 
pas  été  faites  par  un  légiflateur  libre  ,  &  qui  connut' 
ce  qu'il  faifoit ,  piais  étant  l'aftion  d'une  caul'e  aveu- 
gle &  néceffaire, rien  ne  peut  arriver  qu  i  foit  contraire 
à  ces  lois.  Vous  alléguerez  alors  contre  les  miracles 
votre  propre  thefe  :  ce  fera  la  pétition  du  principe  < 
mais  au-moins  vous  parlerez  rondement,  l'irons-les 

N  n  n  ij 


^ 


468 


JL 


I 


lie  cette  gcnéralilc ,  clemandons-leur  ce  qu'ils  pcnfent 
des  miracles  rapportes  dans  TEcriturc.  Us  en  nieront 
ablolument  tout  ce  qu'ils  n'en  pourront  pas  attribuer 
à  quelque  tour  de  louplefîe.  Laifions-leur  pailcr  le 
front  d'airain  qu'il  faut  avoir  pour  s'inicrire  en  faux 
contre  des  faits  de  cette  nature,  attaquons-les  par 
leurs  principes.  Ne  dites-vous  pas  que  la  puiftance 
de  la  nature  ell  infinie  ?  &:  la  feroit-ellc  s'il  n'y  avoit 
rien  dans  l'univers  qui  pût  redonner  la  vie  à  un  hom- 
me mort?  la  feroit-elles'iln'y  avoit  qu'un  feul  moyen 
de  former  des  hommes  ,  celui  de  la  génération  ordi- 
naire ?  Ne  dites  pas  que  la  connoilîance  de  la  nature 
eft  intinie.  Vous  nie/,  cet  entendement  divin  ,  où, 
félon  nous,  la  connoiCîance  de  tous  les  êtres pofiTibles 
tft  réunie  ;  mais  en  difpcrfant  la  connoiflance,  vous 
ne  niez  point  fon  infin-.té.  Vous  devez  donc  dire  que 
la  nature  connoît  toutes  chofes  ,  à-peu-près  comme 
nous  difoas  que  Thomme  entend  toutes  les  langues. 
Un  feul  homme  ne  les  entend  pas  toutes ,  mais  les  uns 
entendent  celle-ci  &  les  autres  celle-l;\.  Pouvez  vous 
nier  que  l'univers  ne  contienne  rien  qui  connoifle  la 
conllruftion  de  notre  corps  ?  Sicelaétoit ,  vous  tom- 
beriez en  contradidVion  ,  vous  ne  reconnoîtriez  plus 
que  la  connoifTance  de  Dieu  fût  partagée  en  une  in- 
finité de  manières  :  l'artifice  de  nos  organes  ne  lui 
feroit  point  connu.  Avouez  donc  ,  fi  vous  voulez 
raifonner  confcquemnient ,  qu'il  y  a  quelque  modifi- 
cation qui  le  connoît  ;  avouez  qu'il  efl  très-poffible 
à  la  nature  de  reflufciter  un  mort ,  &  que  votre  maître 
confondoit  lui-même  fes  idées  ,  ignoroit  les  fuites  de 
fon  principe  lorfqu'il  difoit,  que  s'il  eut  pu  fe  perfua- 
der  la  rcfurredion  du  Lazare,  il auroit  briléen  pièces 
tout  fon  fyftème  ,il  auroit  embraÛc  fans  répugnance 
la  foi  ordinaire  des  Chrétiens.  Cela  fuffit  pour  prou- 
ver à  ces  gens-là  qvi'ils  démentent  leurs  hypoth<jiés 
iorfqu'ils  nient  la  poiTibilité  des  miracles,  je  veux 
dire  ,  afin  d'ôter  toute  équivoque  ,  la  poffibilité  des 
événemens  racontés  dans  l'Ecriture. 

Plufieurspcrfonnesont  prétendu  que  M.  Bayle  n'a- 
voit  nullement  compris  la  doftrine  de  Spinofa  ,  ce 
qui  doit  paroître  bien  étrange  d'un  efprit  auffi  iubtil  & 
aulfi  pénétrant.  M.  Bayle  a  prouvé, mais  aux  dépens 
de  ce  fyftcme  ,  qu'il  l'avolt  parfaitement  compris.  Il 
lui  a  porté  de  nouveaux  coups  que  n'ont  pu  parer  les 
fpïnofflcs.  Voici  comme  il  raifonne.  J'attribue  à  Spi- 
nofa d'avoir  enfeigné,  i°.  qu'il  n'y  a  qu'une  fubftance 
dans  l'univers  ;  2°.  que  cette  fubftance  eft  Dieu;  3°. 
que  tous  les  êtres  particuliers  ,  le  foleil ,  la  lune  ,  les 
plantes ,  les  bêtes  ,  les  hommes ,  leurs  mouvemens , 
leurs  idées,  leurs  imaginations,  leurs  defirs,  font  des 
modifications  de  Dieu.  Je  demande  préfcntement  aux 
ipinofiftes  ,  votre  maître  a-t-il  enfeigné  cela  ,  ou  ne 
l'a-t-il  pas  enfeigné  ?  S'il  l'a  enfeigné,  on  ne  peut  point 
dire  que  mes  objeftions  aient  le  défaut  qu'on  nomme 
ignoratio  cUnchi ,  ignorance  de  l'état  de  la  queftlon. 
Car  elles  fuppofent  que  telle  a  été  la  dodlrinc  ,  &  ne 
l'attaquent  que  fur  ce  pic-là.  J  e  fuis  donc  hors  d'affaire , 
&  l'on  fe  trompe  toutes  les  fois  que  l'on  débite  que 
j'ai  refuté  ce  que  je  n'ai  pas  compris.  Si  vous  dites  que 
Spinofa  n'a  point  enfeigné  les  trois  doiSrinesci-delfus 
articulées  ,  je  vous  demande  ,  pourquoi  donc  s'ex- 
primoit-il  comme  ceux  qui  auroient  eu  la  plus  forte 
paflîon  de  perfuader  au  lefteur  qu'ils  enfeignoient 
ces  trois  chofes  ?  Eft-ilbeau  &  louable  de  fe  fervirdu 
ftyle  commun ,  fans  attacher  aux  paroles  les  mêmes 
idées  que  les  autres  hommes,  &  î'ans  avertir  du  fens 
noiiveau  auquel  on  les  prend  ?  Mais  pour  difcuter 
un  peu  ceci ,  cherchons  où  peut  être  la  méprife.  Ce 
n'eft  pas  à  l'égard  du  mot  Juhfancc  que  je  me  ferois 
abufé ,  car  je  n'ai  point  combattu  le  fentiment  de  Spi- 
nofa fur  ce  point-là  ,  je  lui  ai  laifie  paffer  ce  qu'il  fup- 
pofe  que  pour  mériter  le  nom  de  fubftance  il  faut  être 
indépendant  de  toute  caufe,  ouexifter  par  foi-même 
éternellement  néccffairement.  Je  ne  penle  pas  que  j 'aie 


S  P  ï 

pu  m*abufer  en  lui  imputant  de  dire  ,  qu'il  n'y  3  que 
Dieu  qui  ait  la  nature  de  fubftance.  S'il  y  avoit  donc 
de  l'abus  dans  mes  objedVions  ,  il  confiftcrolt  unique- 
ment en  ce  que  j'aurois  entendu  par  modalités  ,  mo' 
difcaiiom  ,  modes  ,  ce  que  Spinofa  n'a  point  vou- 
lu fignifier  par  ces  mots-là,  mais  encore  un  coup, 
fi  je  m'y  étois  abufé  ,  ce  feroit  fa  faute.  J'ai  pris  ces 
termes  comme  on  les  a  toujours  entendus.  La  doc- 
trine générale  des  philofophcs  eft  que  l'idée  d'être 
contient  fous  foi  immédiatement  deux  eipeces  ,  la 
iubftance  &C  l'accident ,  &  que  la  iùbftance  lubfîftc 
par  elle-même  ,  cns  pcr  fc  fubj,'ji:ns  ,  &  que  l'accident 
fubfille  dans  un  antre  ,  ens  in  alio.  Or  fubfifter  par 
foi ,  dans  leurs  idées ,  c'eft  ne  dépendre  que  de  quel- 
que fujet  d'inhéfion;  &  comme  cela  convient  ,leion 
eux ,  à  la  matière,  aux  anges,  à  l'ame  de  l'homme  ,ils 
admettent  deux  fortes  de  fubftances,  l'une  incréée, 
l'autre  créée  ,  &  ils  fubdivifent  en  deux  efpeces  la 
fubftance  créée;  l'une  de  ces  deux  efpeces  eft  la  ma- 
tière ,  l'autre  eft  notre  ame.  Pour  ce  qui  regarde  l'ac- 
cident, il  dépend  fi  eftentiellement  de  fon  fujet  d'in- 
héfion ,  qu'il  ne  fauroit  fubfifter  fans  lui  ;  c'eft  fon  ca- 
raftere  fpéclfique.  Defcartes  l'a  toujours  ainfi  en- 
tendu. Or  puifque  Spinofa  avoit  été  grand  cartéfien, 
la  raifon  veut  que  l'on  croie  qu'il  a  donné  à  ces  ter-* 
mes  là  le  même  fens  que  Defcartes.  Si  cela  eft,  il  n'en* 
tend  par  modification  de  fubftance  qu'une  façon  d'ê- 
tre (jui  a  la  même  relation  à  la  fubftance ,  par  la  figu- 
re ,  le  mouvement ,  le  repos  ,  la  fituation  à  la  ma- 
tière, &c.  que  la  douleur,  l'affirmation  ,  l'amour, ô-c, 
à  l'ame  de  l'homme  :  car  voilà  ce  que  les  cartéfieas 
appellent  modes.  Mais  en  fuppoiant  une  fois  que  la 
Iubftance  eft  ce  cjui  exifte  de  foi ,  indépendamment 
de  toute  caufe  efficiente  ,  il  n'a  pas  dû  dire  que  la  ma- 
tière ,  ni  que  les  hommes  fulTent  des  fubftances  ;  Ô£ 
puifque,  félon  la  doctrine  commune,  il  ne  divilbit 
l'être  qu'en  deux  efpeces  ,  favoir  en  Iubftance  &  ea 
modification  de  fubftance,  il  a  dû  dire  que  la  matière, 
&  que  l'ame  des  hommes  n'étoient  que  des  modifica- 
tions de  fubftance  ,  qu'il  n'y  a  qu'une  feule  fubftance 
dans  l'univers  ,  &  que  cette  Iubftance  eft  Dieu.  Une 
fera  plusqueftion  que  de  favoir  s'il  fubdivile  en  deux 
efpeces  la  modification  de  fubftance.  En  cas  qu'il  fe 
ferve  de  cette  fubdivifion  ,  &  qu'il  veuille  que  Tune 
de  ces  deux  efpeces  loient  ce  que  les  carîéfiens  &  les 
autres  philofophes  chrétiens  nomment fubjiance  criée  ^ 
&  que  l'autre  efpece  foit  ce  qu'ils  nomment  ccddeni 
ou  mode  ,  il  n'y  aura  plus  qu'une  difpute  de  mot  entre 
lui  oc  eux  ,  &  il  fera  très-aifé  de  ramener  à  l'ortho* 
doxie  tout  fon  fyftème  ,  &  de  faire  évanouir  toute 
fa  fefte  ;  car  on  ne  veut  être  fpinofifte  qu'à  caufe 
qu'on  croit  qu'il  a  renverfé  de  fond  en  comble  le  iy^ 
tème  des  Chrétiens  &  l'exiftence  d'un  Dieu  imma- 
tériel &  gouvernant  toutes  chofes  avec  une  fou  verai- 
ne  liberté.  D'où  nous  pouvons  conclure  en  pafiànt , 
que  les  fpinofiftes  &  leurs  adverfaires  s'accordent 
parfaitement  bien  dans  le  fens  du  mot  modification  dt 
fubflance.  Ils  croient  les  uns  les  autres  que  Spinofa 
ne  s'eneftfervi  que  pour  défignerun  être  qui  a  la  mê- 
me nature  que  ce  que  les  Cartéfiens  appellent  wzo/^;, 
&  qu'il  n'a  jamais  entendu  par  ce  mot-là  un  être  qui 
eût  les  propriétés  ou  la  nature  de  ce  que  nous  ap- 
pelions fubflance  créée. 

Si  l'on  veut  toucher  la  queftlon  au  vif,  voici  com- 
me on  doit  raifonner  avec  un  fpinofifte.  Le  vrai  & 
le  propre  caraftere  de  la  modification  convient-il  à 
la  matière  par  rapport  à  Dieu  ,  ou  ne  lui  convient- 
il  point  ?  Avant  de  me  répondre ,  attendez  que  je 
vous  explique  par  des  exemples  ce  que  c'eft  que  le 
caradf  ère  propre  de  la  modification.  C'eft  d'être  dans 
un  fiijet  de  la  manière  que  le  mouvement  eft  dans  le 
corps  &  la  penfée  dans  l'ame  de  l'homme.  Il  ne  iuffit 
pas  pour  être  une  modification  de  la  fubftance  divi- 
ne ,  de  fubfifter  dans  l'uiimenfité  de  Dieu ,  d'en  être 


s  P  I 

péilétré ,  entouré  de  toutes  parts ,  dVxiîler  par  la 
vertu  de  Dieu,  de  ne  pouvoir  exiller  ni  fans  lui ,  ni 
hors  de  lui.  Il  faut  de  plus  que  la  fubilance  divine 
foit  le  liijet  d'inhérence  d'une  choie  ,  tout  comme  fé- 
lon l'opinion  commune  l'ame  humaine  cft  le  fnjet 
d'inhérence  du  fentiment  &  de  la  douleur,  &:  le  corps 
le  fujet  d'inhérence  du  mouvement ,  du  repos  &  de 
la  figure.  Répondez  préfentement  ;  &Z  û  vous  dites 
que ,  félon  Spinofa ,  la  fubftance  de  Dieu  n'cft  pas  de 
cette  manière,  le  fujet  d'inhérence  de  cette  étendue, 
ni  du  mouvement ,  ni  des  penlées  humaines  ;  je  vous 
avouerai  que  vous  en  faites  un^philofophe  orthodoxe 
qui  n'a  nullement  mérité  qu'on  lui  fît  les  objeâions 
qu'on  lui  a  faites  ,  &  qui  méritoit  feulement  qu'on 
lui  reprochât  de  s'être  fort  tourmenté  pour  embar- 
rafler  une  doûrine  que  tout  le  monde  favoit ,  &  pour 
forger  im  nouveau  fyflème ,  qui  n'étoit  bâti  que  fur 
l'éouivoque  d'un  mot.  Si  vous  dites  qu'il  a  prétendu 
que  la  fubllance  divine  e(l  le  lujet  d'inhérence  de 
la  matière  &  de  toutes  les  diverfités  de  l'étendue  & 
de  la  penfée,  au  même  fcns  que  ,  félon  Defcartes  , 
l'étendue  eil:  le  fujet  d'inhérence  du  mouvement , 
l'ame  de  l'homme  eft  le  fujet  d'inhérence  des  fenfa- 
tions  &  des  paffions  ;  j'ai  tout  ce  que  je  dem.ande , 
c'eft  ainfi  que  j'ai  QwttnAwSp'wofa ,  c'eil  là-delTus  que 
tovites  mes  objedions  font  fondées. 

Le  précis  de  tout  ceci  eil  une  queilion  de  fait  tou- 
chant le  vrai  fens  du  mot  modification  dans  le  fyfte me 
de  Spinofa.   Le  faut-il  prendre  pour  la  même  chofe 
qu'une  fubflance  créée,  ou  le  faut-il  prendre  au  fens 
qu'il  a  dans  le  fyftème  de  M,  Defcartes?  Je  crois  que 
le  bon  parti  eft;  le  dernier  ,  car  dans  l'autre  fens  Spi- 
nofa auroit  reconnu  des  créatures  diilindfes  de  la  lub- 
ftance  divine  ,  qui  eulTent  été  taites  ou  de  rien  ou 
d'une  matière  diftinéle  de  Dieu.  Or  il  feroit  facile  de 
prouver  par  un  grand  nombre  de  pallages  de  les  li- 
vres ,  qui  n'adffi^t  ni  l'une,  ni  l'autre  de  ces  deux 
choies.  L'étendue ,  félon  lui ,  eflun  attribut  de  DieUi 
Il  s'enfuit  de-là  que  Dieu  efiVnîiellement ,  éternel- 
lement, néceflairement  eft  une  fubllance  étendue,  & 
que  l'étendue  lui  eil  auiîi  propre  que  l'exiflence  ;  d'où 
il  réfulte  que  les  diverfités  particulières  de  l'étendue, 
qui  font  le  foleil,ia  terre,  les  arbres,  les  corps  des  bê- 
tes ,  les  corps  des  hommes  font  en  Dieu  ,  comme  les 
philofophes  de  l'école  fuppofent  qu'elles  font  dans  la 
matière  première.  Or  fi  ces  philoiophes  fuppoioient 
que  la  matière  première  eil  une  i'ubilance  iimp'e  & 
parfaitement  unique  ,  ils  concluroient  que  le  ioleil 
6l  la  terre  font  réellement  la  même  fubflance.  11  faut 
donc  que  Spinofa  conclue  la  même  choie.  S'il  ne  di- 
foit  pas  que  le  foleil  eil  compofé  de  l'étendue   de 
Dieu  ,  il  faudroit  qu'il  avouât  que  l'étendue  du  foleil 
a  été  faite  de  rien  ;  mais  il  nie  la  création  :  il  eft  donc 
obligé  de  dire  q^ue  la  fubitance  de  Dieu  eft  la  cauie 
matérielle  du  foleil ,  ce  qui  compofe  le  foleil ,  fuhji- 
cliim  ex  quo  ;  &C  par  conféqucnt  que  le  foleil  n'eil  pas 
diilingué  de  Dieu  ,  que  c'eft  Dieu  lui-même,    & 
Dieu   tout  entier  ,  puifque  ,  félon  lui ,  Dieu  n'efl 
point    un   être    compoié    de    parties.     Suppofbns 
pour  un  moment  qu'une  maffe  d'or  ait  la  force  de 
fe  convertir  en  afîiettes,  en  plats,  en  chandeliers, 
en  écuellcs ,  &c.  elle  ne  iera  point  diftinfte  de  ces  al- 
fiettes  &  de  ces  plats  :  &C  fi  l'on  ajoute  qu'elle  eil  une 
maife  firHple  &  non-compoice  de  parties,  il  fera  cer- 
tain qu'elle  eil  toute  dans  chaque  aifictte  6c  dans  cha- 
que chandelier;  car  fi  elle  n'y  étoit  point  toute,  elle 
fe  feroit  partagée  en  diverfes  pièces  ;  elle  feroit  donc 
compofée  de  parties  ,  ce  qui  eft  contre  la  iiippofi- 
tion.  Alors  ces  propofitions  réciproques  ou  conver- 
tibles feroient  véritables ,  le  chandelier  eji  la  majje  d'or^ 
la  majf'e  d'or  ejl  le  chandelier.    Voilà  l'image  du  Dieu 
de  Spinofa  ,  il  a  la  force  de  fe  changer  ou  de  ié  mo- 
difier en  terre  ,  en  lune,  en  mer,  en  arbre  ,  &c.  Se  il 
eil  abfolument  un ,  6c  fans  nulle  compofition  de  par- 


S  P  I 


469 


tîes.  Il  eft  donc  vrai  quVri  petit  afTurer  que  la  terré 
eil  Dieu ,  que  la  lune  eil  Dieu,  qvie  la  terre  eil  Dieu 
tout  entier  ,  que  la  lune  l'efl  aufïï  ,  que  Dieu  eft  la 
terre  ,  que  Dieu  tout  entier  eft  la  lune. 

On  ne  peut  trouver  que  ces  trois  manières,  félon 
lefquelles  les  modifications  de  Spinofa  [oient  en  Dieu; 
mais  aucune  de  ces  manières  n'efl  ce  que  les  autres 
philoiophes  dii'ent  de  la  fubflance  créée.  Elle  eft  eh 
Dieu  ,  diient-ils  ,  comme  dans  fa  caufe  cfîiciente,  6c 
par  conitquent  elle  eft  diflinde  de  Dieu. réellement 
&  totalement.  Mais  ,  félon  Spinofa ,  les  créatures  font 
en  Dieu ,  ou  comme  l'effet  dans  la  caufe  matérielle, 
ou  comme  l'accident  dans  fon  fujet  d'inhéfion  ,  oit 
comme  la  forme  du  chandelier  dans  l'éîain  dont  on 
le  compofe.  Le  ioleil ,  la  lune  ,  les  arbres  en  tant  que 
ce  font  des  chofes  à  trois  dimenfions  ,  font  en  Dieu 
comme  dans  la  caul'e  matérielle  dont  leur  étendue  efl 
compolée  :  il  y  a  donc  identité  entre  Dieu  &  le  fo- 
leil ,  &c.  Les  mêmes  arbres  en  tant  qu'ils  ont  une 
forme  qui  les  diilingué  des  pierres,  font  en  Dieu  , 
comme  la  forme  du  chandelier  eil  dans  l'ctain.  Etre 
chandelier  n'eil  qu'une  manière  d'être  de  l'étain.  Le 
mouvement  des  corps  6c  des  peniées  des  hommes 
font  en  Dieu,  co.mme  les  accidens  des  péripatéticiens 
font  dans  ia  iubilance  a-éée.  Ce  font  des  entités  in- 
hérentes à  leur  lujct ,  6c  qui  n'en  font  point  compo- 
fées  ,  6c  qui  n'en  font  point  partie. 

Un  apologifte  de  Spinofa  foutient  que  ce  philofo- 
phe  n'attribue  point  à  Dieii  l'étendue   corporelle, 
mais  feulement  une  étendue  intelligible  ,  &  qui  n'eil 
point  imaginable. Mais  fi  l'étendue  des  corps  que  nous 
voyons  6c  que  nous  imaginons  n'efl  point  l'étendue 
de  Dieu  ,  d'où  eft-elle  venite  ,  comment  a-t-elle  été 
faite  ?  Si  elle  a  été  produite  de  rien  ,  Spinofa  efl  or- 
thodoxe ,  fon  fyftème  devient  nul.  Si  elle  a  été  pro- 
duite de  l'étendue  intelligible  de  Dieu,  c'efl  encore 
une  vraie  création  ,  car  l'étendue  intelligible  n'étant 
qu'une  idée,  &  n'ayant  point  réellement  les  trois  di-» 
menfions ,  ne  peut  point  fournir  l'étoffe  ou  la  ma- 
tière de  l'étendue  formellement  exiflante  hors   dô 
l'entendement.  Outre  que  fi  l'on  diflingue  deux  ef- 
peces  d'étendue ,  l'une  intelligible  ,  qui  appartient 
à  Dieu ,  l'autre  imaginable,  qui  appartient  aux  corps, 
il  faudra  aufîi  admettre  deux  fujets  de  ces  étendues 
diflinéts  l'un  de  l'autre  ,  &  alors  l'unité  de  fubflan- 
ce efl  renverfée,  tout  l'édifice  de  Spinofi  va  par  terre. 
M.  Bayle  ,  comme  on  peut  le  voir  par  tout  ce  que 
nous  avons  dit ,  s'cft  principalement  attaché  à  la  fup* 
pofition  que  l'étendue  n'efl  pas  un  être  compoié, 
mais  une  iùbflance  unique  en  nombre.  La  raifbn  qu'il 
en  donne  ,  c'ell  que  les  fpinofiiles  témoignent  que 
ce  n'eil  pas  là  en  quoi  confiilcnt  les  diificultés.    Ils 
croient  qu'on  les  embarraife  beaucoup  plus  ,  lorf- 
qu'on  leur  demande  comment  la  penlée  6c  l'étendue 
fe  peuvent  unir  dans  une  même  fubitance.    Il  y  a 
quelque  bifarrerie  là-dedans.   Car  s'il  eil  certain  pai' 
les  notions  de  notre  eiprit  que  l'étendue  &  la  penfée 
n'ont  aucune  affinité  l'une  avec  l'autre ,  il  eil  encore 
plus  évident  que  l'étendue  eil  compofée  de  parties 
réellement  diilinétes  l'une  de  l'autre  ,  &  néanmoins 
ils  comprennent  mieux  la  première  diificulté  que  la 
féconde,  6c  ils  traitent  celle-ci  de  bagatelle  en  com- 
parailbn  de  l'autre.  M.  Bayle  les  ayant  fi  bien  battus 
par  l'endroit  de  leur  i'yfleme  ,  qu'ils  penfoient  n'a- 
voir pas  bcibin  d'être  i'ecoiu-u  ,  comment  repouiîe- 
ront  ils  les  attaques  aux  endroits  foibles  ?  Ce  qui 
doit  iùrprendre  ,  c'eil  que  Spinofa  refpe£tant  fi  peu 
la  raifon  6c  l'évidence,  ait  eu  des  partiians  &  des  icc- 
tateurs  de  fon  fyilème.   C'eft  ia  méthode  fpécieui'e 
qui  les  a  trompés,  6c  non  pas ,  comme  il  arrive  quel- 
quefois ,  un  éclat  de  principes  féduifans.  Ils  ont  cm 
que  celui  qui  employoit  la  géométrie,  quiprocédoit 
par  axiomes,  par  définitions  ,  par  théorèmes  &  par 
lemmes,iuivoit  trop  bienia  marche  de  lavérité,pour 


47° 


S  P  I 


ne  trouver  que  l'erreur  au  lieu  d'elle.  Ils  ont  jugé 
du  tond  lur  les  apparences,  décilion  précipitée  qu'- 
inlpire  notre  pa relie.  Ils  n'ont  pas  vu  que  ces  axio- 
mes n'ctoient  que  des  propolitions  très-vagues,  très- 
incertaines  ,  que  ces  dcHnitions  étoient  inexactes  , 
bilcirres  ik  délechieulLS  ,  que  leur  chet'alloit  entin  au 
milieu  des  paralogilnies  oii  la  prélomption  Ôiles  fan- 
taifies  le  conduiloienr. 

Le  premier  point  d'éi;arement  ,  qui  cû  la  fource 
de  l'erreur  ^  le  trouve  dans  la  définition  que  Spinoja 
donne  de  la  fubftance.  J'entends  par  lafubjiance ,  dit- 
il  ,  ce  qui  cfi  en  foi  6-  ejl  conçu  par  J'oi-mênie.,  cijl-à- 
dire^ce  dont  la  conception  n\i  pas  befoinde  La  conception 
d'une  autre  chofe  dont  elle  doive  être  formée.  Cette  défi- 
nition cil  captieul"e,car  elle  peut  recevoir  un  lens  vrai 
Ck  taux  :  ou  Spinofu  détînit  la  fubflance  par  rapport 
aux  accidens  ,  ou  par  rapport  à  l'exlltence  ;  or  de 
quelque  manière  quil  la  déliniffe,  la  définition  ell: 
fauiîé,  ou  du  moins  lui  devient  inutile.   Car  i".  s'il 
dcHnic  la  iubllance  par  rapport  aux  accidens  ,  on 
pourra  conclure  de  cette  définition  que  la  fubflance 
«il  un  être  qui  fubflllc  par  lui-même  indépendamment 
d'un  flijet  d'inhéllon.  Or  Spinoja  ne  peut  taire  fcrvir 
une  telle  définition  à  démontrer  qu'il  n'y  a  dans  le 
monde  qu'une  feule  &  unique  flibfîance.  Il  efl  évident 
que  les  arbres,  les  pierres,  les  anges, les  hommes  exif- 
tent   indépendamment  d'un  l'ujet  d'inhérence.  2°.  Si 
SpincfaAcimM  laflibflancepar  rapport  àl'cxillancejûi 
définition  efl  encore  faufTe.  Cette  définition  bien  en- 
tendue ,  figniîîc  que  la  fubllance  efl  une  chofe  ,  dont 
l'idée  ne  dépend  point  d'une  autre  idée  ,  &  qui  ne 
liippof'e  rien  qui  l'ait  formée ,  mais  renferme  une 
lexillence  néceflaire  ;  or  cette  définition  efl  faufîe  , 
car  ou  Spinoja  veut  dire  par  ce  langage  myflérieux  , 
que  l'idée  même  de  la  fubllance  ,  autrement  l'elfence 
&  la  définition  de  la  fubflance  ,  efl  indépendante  de 
toute  caufe  ,  ou  bien  que  la  fubflance  exiflante  fub- 
fifle  tellement  par  elle-même  qu'elle  ne  peut  dépen- 
dre d'aucune  caufe.    Le  premier  fens  efl  trop  ridi- 
cule, (k.  d'ailleurs  trop  inutile  à  Spinofa^  pour  croire 
qu'il  l'ait  eu  dans  l'efprit;  car  ce  fens  fe  reduiroit  à 
dire  ,  que  la  définition  de  la  fubflance  ne  peut  pro- 
duire une  autre  définition  de  fubflance ,  ce  qui  efl 
abfurde  &  impertinent.  Quelque  peu  conséquent  que 
foit  Spinoja  ,  je  ne  croirai  jamais  qu'il  emploie  une 
telle  définition  de  la  fubflance  ,  '^our  prouver  qu'u- 
ne fubflance  n'en  peut  produire  une  autre  ,  comme 
û  cela  étoit  impollible  ;  fous  prétexte  qu'une  défini- 
tion de  fubllance  ne  peut  produire  une  autre  défini- 
tion de  fubflance.    Il  faut  donc  que  Spinofa ,  par  {^ 
définition  entortillée  de  la  fubflance  ,  ait  voulu  dire 
que  la  fubflance  exifle  tellement  par  elle-même , 
qu'elle  ne  peut  dépendre  d'aucune  caufe.  Or  c'efl: 
cette  définition  que  tous  les  philofophes  attaquent. 
Ils  vous  diront  bien  que  la  définition  de  la  fubflance 
efl  funple  &c  indivifible,  fur-tout  fi  on  la  conlidere 
par  oppofition  au  néant  ;  mais  ils  vous  nieront  qu'il 
n'y  ait  qu'une  fubflance.  Autre  chofe  efl  de  dire  qu'il 
n'y  a  qu'une  feule  définition  de  fubflance,  &  autre 
choie,  qu'il  n'y  a  qu'une  fubflance. 

En  mettant  à-part  les  idées  de  métaphyfique  ,  & 
ces  nom  ifc^fence  ,  d'exijlance  ,  defiib[lance  ,  qui  n'ont 
aucune  diflindion réelle  entre  elles,  mais  feulement 
dans  les  diverfes  conceptions  de  l'entendement  ;  il 
faudra  ,  pour  parler  plus  intelligiblement  &  plus  hu- 
mainement, dire  ,  que  puifqu'il  y  a  deux  fortes  d'e- 
xillences  ,  l'une  néceflaire  ,  &  l'autre  contingente  , 
il  y  a  auffi  de  toute  néceffité  deux  fortes  de  fubflan- 
ces  ,  l'une  qui  exifle  néceffairement ,  &  qui  efl  Dieu, 
&  l'autre  qui  n'a  qu'une  cxiflence  empruntée  de  ce 
premier  être,  &:  de  laquelle  elle  ne  jouit  que  par  fa 
vertu  ,  qui  font  les  créatures.  La  définition  de  Spi- 
noja ne  vaut  donc  rien  du  tout  ;  elle  confond  ce  qui 
«bit  être  néceflairement  dillingué  ,  l'eflence  ,  qu'il 


S  P  1 

norùtnçfupjljnce,  avec  l'exlflence.  La  définition  ou'lj 
apporte  pour  prouver  qu'une  fubflance  n'en  peut 
produire  une  autre  ,  efl  aufli  ridicule  que  ce  raifbn- 
nement  qu'on  feroit  pour  prouver  qu'un  homme  efl 
un  cercle  ;  Par  homme  ,  j'entends  une  figure  rende" 
or  le  cercle  efl  une  figure  ronde  ,  donc  l'homme  efl 
un  cercle.  Car  voici  comme  raifonne  Spinofu  :  il  me 
plaît  d'entendre  par  fubflance  ce  qui  n'a  point  de 
caufe;  or  ce  qui  efl  produit  par  un  autre  a  une  caufe 
donc  une  fubilance  ne  peut  être  produite  par  une  au' 
tre  fubflance. 

La  définition  qu'il  donne  du  fini  &  de  l'infini  n'efl 
pas  plus  heureuie.  Une  choie  efl  finie,  félon  lui 
quand  elle  peut  être  terminée  par  une  chofe  de  la 
même  nature.  Ainli  un  cqrps  efl  dît  Jini ,  parce  que 
nous  en  concevons  un  plus  grand  que  lui;  ainfi  la 
pcnlée  efl  terminée  par  une  autre  penfée.  Mais  le 
corps  n'cll  point  terminé  par  la  penfée,  ainfi  que  la 
penfée  ne  l'cll  point  par  le  corps.  On  peut  fiippofer 
deux  fujets  ditl^rens ,  dont  l'un  ait  une  connoifTance 
infinie  d'un  objet,  6c  l'autre  n'en  ait  qu'une  con- 
noifl'ance  finie.  La  connoiflance  infinie  du  premier 
ne  donne  point  l'exclufion  à  la  connoiflance  finie  du 
fécond.  De  ce  qu'un  être  connoît  toutes  les  pro- 
priétés &  tous  les  rapports  d'une  chofe,  ce  n'efl  pas. 
une  raifon,pour  qu'un  autre  n'en  puifTe  du-moins 
faifir  quelques  rapports  &  quelques  propriétés.  Mais, 
dira  Spinoja ,  les  degrés  de  connoifl'ance  qui  fe  trou- 
ve dans  l'être  fini,  n'étant  point  ajoutés  à  cette  con- 
noiflance que  nous  fuppofbns  infinie,  elle  ne  peut 
pas  l'être.  Pour  répondre  à  cette  objetlion,  qui  n'efl 
qu'une  pure  équivoque,  je  demande,  fi  les  degrés 
de  la  connoifTance  finie  ne  fe  trouvent  pas  dans  la 
connoifTance  infinie ,  on  ne  fauroit  le  nier.  Ce  ne 
feroit  pas  à  la  vérité  les  mêmes  degrés  numériques, 
mais  ce  feront  les  mêmes  fpécifiquement,  c'efl-à- 
dire,  qu'ils  feront  femblables.  Or«il  n'en  faut  pas 
davantage  pour  la  connoifTance  infinie.   Quant  aux: 
degrés  infinis  dont  elle  efl  compofée  on  ajouteroit 
encore  tous  les  degrés  qui  fe  trouvent  épars  & 
défunis  dans  toutes  les  connoifTances  finies ,  elle  n'en 
deviendroit  pas  plus  parfaite  ni  plus  étendue.  Si  j'a- 
vois  précifément  le  même  fonds  de  connoifTances 
que  vous  fur  quelqu'objet ,  en  deviendrois-je  plus 
habile  &  mes  lumières  plus  étendues,  parce  qu'on 
ajouteroit  vos  connoiiTances  numériques  à  celles  que 
je  pofî'ede  déjà?  Vos  connoifTances  étant  abfolument 
femblables  aux  miennes,  cette  répétition  de  la  même 
fcience  ne  me  rendroit  pas  plus  favant.  Donc  une 
connoifTance  infinie  n'exige  point  les  degrés  finis  des 
autres  connoifTances  ;  donc  une  chofe  n'efl  pas  pré- 
cifément finie ,  parce  qu'il  exifle  d'autres  êtres  de 
la  même  nature. 

Ses  raifonnemens  fur  l'infini  ne  font  pas  plus  ju- 
fles.  Il  appelle  infini ,  ce  dont  on  ne  peut  rien  nier, 
&  ce  qui  renferme  en  foi  formellement  toutes  les 
réalités  pofïïbles.  Si  on  lui  pafTe  cette  définition,  il 
efl  clair  qu'il  lui  fera  ailé  de  prouver  qu'il  n'y  a 
dans  le  monde  qu'une  fubflance  unique,  &  que  cette 
fubflance  efl  Dieu  ,  &  que  toutes  les  chofes  font  les 
modes  de  cette  fubflance.  Mais  comme  il  n'a  pas 
prouve  cette  définition,  tout  ce  qu'il  bâtit  defTus, 
n'a  qu'un  fondement  ruineux.  Pour  que  Dieu  foit 
infini ,  il  n'efl  pas  nécefTaire  qu'il  renferme  en  lui 
toutes  les  réalités  pofTibles  qui  font  finies  &  bornées  , 
mais  feulement  les  réalités  &  perfe£lions  pofîibles 
qui  font  immenfes  &  infinies  :  ou  ,  fi  l'on  veut ,  pour 
parler  le  langage  ordinaire  de  l'école ,  qu'il  renferme 
éminemment  toutes  les  réalités  &  les  perfeftlons 
poffibles  ;  c'efl-à-dire  ,  que  toutes  les  perforions 
&  réalités  qui  fe  rencontrent  dans  les  individus 
de  chaque  être  que  Dieu  peut  former,  fe  trouvent 
en  lui  dans  un  degré  émincnt  &  fouverain  :  d'où  il 
ne  s'enfuit  pas  que  la  fubflance  de  Dieu  renferme 


s  P  I 

la  fubflance  des  individus  fortis  de  tes  maîns. 

Les  axiomes  de  Spinofa  ne  font  pas  moins  faux  & 
captieux  que  fes  définitions  :  choififfons  ces  deux 
qui  font  les  principaux  :  La  connoijfance  de  rejfet  dé- 
pend de  la  connoijfancc  de  la  cauj'e ,  &  la  renferme  né- 
cejfairement  :  Des  clioj'es  qui  n'ont  rien  de  commun  entre 
elles ,  ne  peuvent  fervir  à  je  faire  connoître  mutuellement. 
On  fenttout-d'un-coup  le  captieux  de  ces  deux  axio- 
mes ;  &  pour  commencer  par  le  premier,  voici  com- 
me je  raifonne.  On  peut  confidérer  l'effet  de  deux 
manières ,  en-tant  qu'il  eft  formellement  un  effet,  ou 
matériellement,  c'eft-à-dire,  tout  fimplement,  en- 
tant qu'il  ell  en  lui-mcme.  Il  efl  vrai  que  l'effet  confi- 
déré  formellement  comme  effet ,  ne  peut  être  connu 
féparément  de  la  caufe,  félon  cet  axiome  des  écoles , 
correlata  funt  fimul  cognitione.  Mais  fi  vous  prenez 
l'effet  en  lui-même,  il  peut  être  connu  par  lui-même. 
L'axiome  de  Spinoja  eii  donc  captieux,  en  ce  qu'il 
ne  diflingue  pas  entre  les  différentes  manières  dont 
on  peut  envifager  l'effet.  D'ailleurs  ,  quand  Spi- 
Tiofa  dit  que  la  connoiffance  de  l'eflet  dépend  de 
la  connoiffance  de  la  caule  &  qu'elle  la  renferme, 
veut- il  dire  que  la  connoiffance  de  l'effet  entraî- 
ne néceffairement  une  connoiffance  parfaite  de  la 
caufe  }  Mais  en  ce  fens  ,  l'axiome  ell  très-faux  , 
puifque  l'effet  ne  contient  pas  toutes  les  perfedions 
<le  la  caufe ,  qu'il  peut  avoir  une  nature  très-diffé- 
rente de  la  ficnne  :  favoir  fi  la  caufe  agit  par  fa  feule 
volonté  ;  car  tel  fera  l'effet  qu'il  plaira  à  la  volonté 
de  le  produire.  Mais  fi  Spinofa  prétend  feulement 
que  l'idée  de  l'effet  efl  relative  à  l'idée  de  la  caufe, 
l'axiome  de  Spinofa  efl  vrai  alors ,  mais  inutile  au 
but  qu'il  fe  propofe  ;  car ,  en  partant  de  ce  prin- 
cipe, il  ne  trouvera  jamais  qu'une  fubflance  n'en 
puiffe  produire  une  autre  dont  la  nature  &  les  attri- 
buts feront  différens.  Je  dis  plus  :  de  ce  que  l'idée 
de  l'effet  ell  relative  à  l'idée  de  la  caufe ,  il  s'enfuit 
dans  les  principes  de  Spinofa  ,  qu'une  lubflance 
douée  d'attributs  différens  peut  être  la  caufe  d'une 
autre  fubflance.  Car  Spinofa  reconnoît  que  deux 
chofes  dont  l'une  ell  caufe  de  l'autre,  fervent  mu- 
tuellement à  fe  faire  connoître  :  or,  fi  l'idée  de  l'ef- 
fet cil  relative  à  l'idée  de  la  caufe  ,  il  efl  évident 
que  deux  fubflances  de  différent  attribut  pourront 
fe  faire  connoître  réciproquement ,  pourvu  que 
l'une  foit  la  caufe  de  l'autre,  non  pas  qu'elles  aient 
ime  même  nature  &  les  mêmes  attributs ,  puifqu'on 
les  fuppofe  différens;  mais  par  le  rapport  qu'il  y  a 
de  la  caufe  à  l'effet.  Pour  l'autre  axiorne ,  il  n'efl  pas 
moins  faux  que  le  précédent  :  car,  quand  Spinofa 
dit,  que  les  chofes  qui  n'ont  rien  de  commun  entre 
elles,  ne  peuvent  fervir  à  fe  faire  connoître  réci- 
proquement ;  par  le  mot  de  commun  ,  il  entend  une 
même  nature  fpécifîque.  Or  l'axiome  pris  en  ce  fens, 
ell  très-faux  ;  puifque  ,  foit  les  attributs  génériques , 
foit  la  relation  de  la  caufe  à  l'effet ,  peuvent  les  faire 
connoître  les  uns  par  les  autres. 

Examinons  maintenant  les  principales  propofi- 
tlons  qui  forment  le  fyflême  de  Spinofa.  Il  dit  dans 
fa  féconde ,  que  deux  fubflances  ayant  des  attributs 
différens,  nont  rien  de  commun  entr'elles.  Dans  la 
dcmonflration  de  cette  propofition ,  il  n'allègue 
d'autre  preuve  que  la  définition  qu'il  a  donnée  de 
la  fubflance  ,  laquelle  étant  faulfe,  on  n'en  peut  rien 
légitimement  conclure ,  &  par  conféquent  cette  pro- 
pofition efl  nulle.  Mais  afin  d'en  faire  mieux  com- 
prendre le  faux,  il  n'y  a  qu'à  confidéter  l'exiflence 
&  l'effence  d'une  choie  pour  découvrir  ce  fbphlfme. 
Car,  puifque  Spinofa  convient  qu'il  y  a  deux  fortes 
d'exillence ,  l'une  néceffaire  &  l'autre  qui  ne  l'efl 
pas  ;  il  s'enfuit  que  deux  fubflances  qui  auront  diffé- 
rens attributs,  comme  l'étendue  &  la  penfée,  con- 
viendront entr'ellcs  dans  une  exiflence  de  même 
çfpece,  c'efl-à-dirc,  qu'elles  feront  fe-mblables  en  ce 


S  P  I 

que  Tune  &  l'autre  n'exlfleront  pas  néce/Talrement, 
mais  feulement  par  la  vertu  d'une  caufe  qui  les  aura 
produites.  Deux  effences  ou  deux  fubflances  parfai- 
tement femblables  dans  leurs  propriétés  effemielles 
feront  différentes ,  en  ce  qlie  l'exiflence  de  l'une 
aura  précédé  celle  de  l'autre ,  ou  en  ce  que  l'une 
n'efl  pas  l'autre.  Quand  Pierre  fcroit  femblable  à 
Jean  en  toutes  chofes ,  ils  font  différens ,  en  ce  que 
Pierre  n'efl  pas  Jean,  &  que  Jean  n'efl  pas  Pierre» 
Si  Spinofa  dit  quelque  chofe  de  concevable,  cela 
ne  peut  avoir  de  fondement  &  de  vraiffemblance  , 
que  par  rapport  à  des  idées  métaphyfiques  qui  ne 
mettent  rien  de  réel  dans  la  nature.  Tantôt  Spinofa 
confond  l'efpece  avec  l'individu,  &  tantôt  l'indi- 
vidu avec  l'efpece. 

Mais ,  dlra-t-on ,  Spinofa  parle  de  la  fubflance  pré^ 
cifément,  &  confidérée  en  elle-mê^me.  Suivons  donc 
Spinofa.  Je  rapporte  la  définition  de  la  fubflance  à 
l'exiflence;  &  je  dis,  fi  cette  fubflance  n'exifle  pas, 
ce  n'efl  qu'une  idée,  une  définition  qui  ne  met  rien 
dans  l'être  des  chofes  ;  fi  elle  exifle ,  alors  l'efprit 
&  le  corps  conviennent  en  fubflance  &  en  exif- 
tence.  Vidas,  {e\on  Spinofa  y  qui  dit  une  fubflance, 
dit  une  chofe  qui  exifle  néceffairement.  Je  réponds 
que  cela  n'efl  pas  vrai ,  &  que  l'exiflence  n'efl  pas 
plus  renfermée  dans  la  définition  de  la  fubflance  en 
général  que  dans  la  définition  de  l'homme.  Enfin  , 
on  dit,  &  c'efl  ici  le  dernier  retranchement,  que  la 
fubflance  efl  un  être  qui  fubfifle  par  lui-même.  Voici 
donc  où  efl  l'équivoque;  car  puifque  le  fyftème  de 
Spinofa  n'efl  fondé  uniquement  que  fur  cette  défini- 
tion ,  avant  qu'il  puiffe  argumenter  &  tirer  des  con- 
féquences  de  cette  définition ,  il  faut  préalablement 
convenir  avec  moi  du  fens  de  la  définition.  Or  , 
quand  je  définis  la  fubflance  un  être  qui  fubfifle  par 
lui-même,  ce  n'efl  pas  pour  dire  qu'il  exifle  néceffai- 
rement, je  n'en  ai  pas  la  penfée;  c'efl  uniquement 
pour  la  diflinguer  des  accidens  qui  ne  peuvent  exi- 
fier  que  dans  la  fubflance  &  par  la  vertu  de  la  fub- 
flance. On  voit  donc  que  tout  ce  fyflème  de  Spi- 
nofa, cette  faflueufe  démonftration  n'efl  fondée*  que 
fur  une  équivoque  frivole  &  facile  à  difiîper. 

La  troifieme  propofition  de  Spinofa  efl  que  dans 
les  chofes  qui  nont  rien  de  commun  entr' elles ,  tune  m 
peut  être  la  caufe  de  l^ autre.  Cette  propofition ,  à  l'ex- 
pUquer  précifément,  efl  aufii  fauffe;  ou  dans  le  feul 
fens  véritable  qu'elle  peut  avoir ,  on  n'en  peut  rien 
conclure.  Elle  efl  fauffe  dans  toutes  les  caufes  mo- 
rales &  occafionnelles.  Le  fon  du  nom  de  Dieu  n'a 
rien  de  commun  avec  l'idée  du  créateur  qu'il  pro- 
duit dans  mon  efprit.  Un  malheur  arrivé  à  mon  ami 
n'a  rien  de  commun  avec  la  trifleffe  que  j'en  reçois. 
Elle  efl  fauffe  encore  cette  propofition ,  lorfque  la 
caufe  efl  beaucoup  plus  excellente  que  l'effet  qu'elle 
produit.  Quand  je  remue  mon  bras  par  l'acle  de  ma 
volonté ,  le  mouvement  n'a  rien  de  commun  de  fa 
nature  avec  l'afte  de  ma  volonté,  ils  font  très- diffé- 
rens. Je  ne  fuis  pas  un  triangle  ;  cependant  je  m'en 
forme  une  idée, &  j'examine  les  propriétés  d'un  trian- 
gle. Spinofa  a  cru  qu'il  n'y  avoit  pbint  de  fubflance 
fjjirituelle ,  tout  efl  corps  félon  lui.  Combien  de  fois 
cependant  Spinofa  a-t-il  été  contraint  de  fe  repréf'en- 
ter  une  fubflance  fpirituelle,afin  de  s'efforcer  d'en 
détruire  l'exiflence  ?  Il  y  a  donc  des  caufes  qui  pro- 
duifent  des  effets ,  avec  lefquels  elles  n'ont  rien  de 
commun ,  parce  qu'elles  ne  les  produilent  pas  par 
une  émanation  de  leur  effence ,  ni  dans  toute  l'éten- 
due de  leurs  forces. 

La  quatrième  propofition  de  Spinofa  ne  nous  ar- 
rêtera pas  beaucoup  :  Deux  ou  plufleurs  chofes  dijlin- 
cles  font  dijiinguées  entr'' elles ,  ou  par  la  diverfité  des 
attributs  des  Jubfances  ,  ou  par  la  diverfîté  de  leurs 
accidens  qu  il  appelle  des  affe6lions.  Spinofa  confond 
ici  la  diverfité  avec  la  diftintlion,  La  diverfité  vient 


47i 


S  P   I 


À  la  vérltc  de  la  cllverlité  ipécifique  des  attributs  & 
des  afiedions.  Ainù  il  y  a  divcriitô  d'eflence ,  quand 
l'une  eft  conçue  &  définie  autrement  que  l'autre  ; 
ce  qui  tait  Teipcce ,  comme  on  parle  dans  l'école. 
Ain?i  un  cheval  n'ell  pas  un  honune  ,  un  cercle  n'eil 
pas  un  triangle  ;  car  on  définit  toutes  ces  chofes 
diverlcmcnt  ,^  mais  la  diilinflion  vient  de  la  diftin- 
ftion  numérique  des  attributs.  Le  triangle  A ,  par 
exemple ,  n'cll  pas  le  triangle  B.  Titius  n'eft  pas 
Mœvius ,  Davus  n'efl  pas  Œdipe.  Cette  propofition 
ainli  expliquée ,  la  fuivante  n  aura  pas  plus  de  dif- 
ficultés. 

C'elt  la  cinquième  conçue  en  ces  termes  :  //  ne 
peut  y  avoir  dans  tunivers  deux  ou  plujicursfubjlanus 
de  même  nature  ou  de  même  attribut.  SiSpinoJa  ne  parle 
que  de  l'eflence  des  choies  ou  de  leur  définition  ,  il 
ne  dit  rien  ;  car  ce  qu'il  dit ,  ije  fignifie  autre  chofe , 
fmon  qu'il  ne  peut  y  avoir  dans  l'univers  deux  elTcn- 
ces  différentes  ,  qui  aient  une  même  effence  :  qui  en 
doute  ?  Mais  fi  Spinofa  entend  qu'il  ne  peut  y  avoir 
une  eflcnce  qui  i"e  trouve  en  plufieurs  liijets  fingu- 
liers ,  de  même  que  l'eflence  de  triangle  le  trouve 
dans  le  triangle  J  &  dans  le  triangle  B  ;  ou  comme 
l'idée  de  l'eflence  de  la,l'ubflance  le  peut  trouver  dans 
l'être  qui  pcnle  &  dans  l'être  étendu  ,  il  dit  une  chofe 
maniteflement  faufle  /"&  qu'il  n'entreprend  pas  mê- 
me de  prouver. 

Nous  voici  enfin  arrivés  à  la  fixleme  propofition 
que  Spinofa  a  abordée  par  les  détours  &  les  che- 
mins couverts  que  nous  avons  vus.  Unefubftance ,  dit- 
il  ,  ne  peut-être  produite  par  une  autre  Jub fiance.  Com- 
ment le  dém.ontre-t-il  ?  Par  la  propofition  précéden- 
te ,  par  la  féconde  &  par  la  troifieme  ;  mais  puifque 
nous  les  avons  réfiitées  ,  celle-ci  tombe  6c  fe  détruit 
fans  autre  examen.  On  comprend  aifément  que  Spi- 
nofa  ayant  mal  défini  la  fubflance ,  cette  propofition 
qui  en  efl  la  conclufion ,  doit  être  néccflairement 
faufile.  Car  au  fond^la  fubftance  de  Spinofa  ne  fignifie 
autre  chofe ,  que  la  définition  de  la  fubflance  ou  l'i- 
dée de  fon  eflence.  Or  ,  il  efl:  certain  qu'une  défini- 
tion n'en  produit  pas  une  autre.  Mais  comme  tous 
ces  degrés  métaphyfiques  de  l'être  ne  fubfiftent  & 
ne  font  diflingués  que  par  l'entendement  ,  &  que 
dans  la  nature  ils  n'ont  d'être  réel  &  efFeûif  qu'en 
vertu  de  l'exiftence  ;  il  faut  parler  de  la  fubflance  , 
comme  exiftante  ,  quand  on  veut  confidérer  la  réa- 
lité de  fes  effets.  Or  dans  un  tel  rocher,  être  exillant, 
être  fubfl:ance  ,  être  pierre  ,  c'eft  la  même  chofe  ;  il 
faut  donc  en  parler  comme  d'une  fubflance  exiftan- 
te ,  quand  on  le  confidere  comme  étant  aftuellement 
dans  l'être  des  chofes ,  &  par  conféquent  comme 
fubflance  exiflante  ,  pour  exiftcr  néccflTairement  & 
par  elle-même  ou  par  la  vertu  d'autrui  ;  il  s'enfuit 
qu'une  fubflance  peut  être  produite  par  une  autre 
fubflance  ;  car  qui  dit  une  fubflance  qui  exifle  par  la 
vertu  d'autrui ,  dit  une  fubflance  qui  a  été  produite, 
&  qui  a  reçu  fon  être  d'une  autre  fubflance. 

Après  toutes  ces  équivoques  &:  tous  ces  fophif- 
jTies ,  Spinofa  croyant  avoir  conduit  fon  leûeur  où 
il  fouhaitoit ,  levé  le  mafque  dans  la  feptieme  pro- 
pofition. Il  appartient ,  dit-il ,  à  la  fubflance  d'exifter. 
Comment  le  prouve-t-il  ?  Par  la  propofition  précé- 
dente qui  efl  faufle.  Je  voudrois  bien  firvoir  ,  pour- 
quoi Spinofa  n'a  pas  agi  plus  franchement  &  plus 
fmcérement  ;  car  fi  l'eflence^e  la  fubflance  emporte 
néceflairemcnt  l'exiflence,  comme  il  le  dit  ici,  pour- 
quoi ne  s'en  efl-  il  pas  explique  clairement  dans  la 
définition  qu'il  a  donnée  de  la  fubflance  ,  au  lieu  de 
fe  cacher  fous  l'équivoque  facheule  de  fubfijler  par 
foi-même  ,  ce  qui  n'efl  véritable  que  par  rapport  aux 
accidens  &:  point  du-tout  à  l'exiflence  ?  Spinofa  a 
beau  faire  ,  il  ne  détruira  pas  les  Idées  les  plus  clai- 
res &:  les  plus  naturelles. 

I.a  fubflance  ne  dit  autre  chofe  qu'un  être  qui  exif- 


S  P  I 

te  ,  fans  être  un  accident  attaché  à  un  fujet.  Or  on 
iait  naturellement  que  tout  ce  qui  exifle  fans  être  ac- 
cident ,  n'exi^  pas  néanmoins  néceffairement  donc 
l'idée  &  l'eflence  de  la  même  fubflance  n'emnortent 
pas  néceflairemcnt  l'exiflence  avec  elles. 

On  n'entrera  pas  plus  avant  dans  l'examen  des 
propofitions  de  Spinofa  ,  parce  que  les  fondemens 
étant  détruits,  11  fcroit  inutile  de  s'appliquer  davan- 
tage à  renverfer  le  bâtiment  ;  cependant  comme  cet- 
te matière  efl  difficile  à  comprendre ,  nous  la  retou- 
cherons encore  d'une  autre  manière  ;  &  quand  ce 
ne  feroitque  des  répétitions,  elles  ne  feront  pas  néan- 
moins inutiles. 

Le  principe  fur  lequel  s'appuie  i'/'/'/zo/Ji  efl  de  lui- 
même  obfcur  &  incompréhenfible.  Quel  efl -il  ce 
principe  ou  fondement  de  fon  fyflème?  C'efl  qu'il  n'y 
a  dans  le  monde  qu'une  feule  fubflance.  Certaine- 
ment la  propofition  efl  obfcure  &  d'une  obfcurité 
fingullere ,  &  nouvelle  :  car  les  hommes  ont  toujours 
été  perfuadés ,  qu'un  corps  humain  &  un  muid  d'eau 
ne  iont  pas  la  même  fubflance,  qu'un  efprlt  &  un 
autre  efprlt  ne  Iont  pas  la  même  fubflance ,  que  Dieu 
&  mol,  &  les  autres  différentes  parties  de  l'univers 
ne  font  pas  la  même  fubflance.  Le  principe  étant 
nouveau  ,  furprenant  ,  contre  tous  les  principes  re- 
çus ,  &  par  conféquent  fort  obfcur',  Il  faut  donc  l'é- 
clalrcir  &  le  prouver.  C'cfl  ce  qu'on  ne  peut  faire 
qu'avec  le  fecours  des  preuves ,  qui  foient  plus  clai- 
res que  la  choie  même  à  prouver  :  la  preuve  n'étant 
qu'un  plus  grand  jour  ,  pour  mettre  en  évidence  ce 
qu'il  s'agit  de  faire  connoître  &  de  perfuader.  Or 
quelle  efl ,  félon  Spinofa  ,  la  preuve  de  cette  propo- 
fition générale,  iltiy  a  &  il  ne  peut  y  avoir  qu  une 
feule  fubflance  ?  La  voici:  c'efl  qu  une  fubflance  nen 
fiuroit  produire  une  autre.  Mais  cette  preuve  n'enfer- 
me-t-elle  pas  toute  l'obfcurlté  &  toute  la  difllculté 
du  principe  ?  N'efl -elle  pas  également  contraire  au 
fentiment  reçu  dans  le  genre  humain  ,  qui  efl  per- 
fuadé  qu'une  fubflance  corporelle ,  telle  qu'un  arbre, 
produit  une  autre  lubflance  ,  telle  qu'une  pomrae  , 
&  que  la  pomme  .produite  par  un  arbre  ,  dont  elle 
efl  aftuellement  féparée  ,^  n'efl  pas  actuellement  la 
même  fubflance  que  cet  arbre  ?  La  féconde  propoli- 
tion  qu'on  apporte  en  preuve  du  principe  ,  efl  donc 
aufll  obfcure  pour  le  moins  que  le  principe  ,  elle  ne 
l'éclalrcit  donc  pas  ,  elle  ne  prouve  donc  pas.  Il  efl 
ainfi  de  chacune  des  autres  preuves  de  Spinofa  :  au 
lieu  d'être  un  éclairciflement ,  c'efl  une  nouvelle  ob- 
fcurité. Par  exemple  ,  comment  s'y  prend-il  pour 
prouver  qu'une  fubflance  ne  faurolt  en  produire  une 
autre  ?  C'efl  ,  dit-il,  parce  qu  elles  ne  peuvent  fe  conce- 
voir l'une  par  Vauth.  Quel  nouvel  abîme  d'obfcurité? 
Car  enfin ,  n'al-je  pas  encore  plus  de  peine  à  démê- 
ler ,  fi  deux  fubflances  peuvent  fe  concevoir  l'une 
par  l'autre  ,  qu'à  juger  fi  une  fubflance  en  peut  pro- 
duire'une  autre  ?  Avancer  dans  chacune  des  preuves 
de  l'auteur ,  c'efl  faire  autant  de  démarches  d'une  ob- 
fcurité à  l'autre.  Par  exemple ,  il  ne  peut  y  avoir  dcuK 
fubfances  de  même  attribut ,  &  qui  aient  quelque  chofe 
de  commun  cntr'elles.  Cela  efl-11  plus  clair ,  ou  s'en- 
tend-il mieux  que  la  première  propofition  qui  ctoit 
à  prouver  ;  lavoir ,  quil  n^y  a  dans  le  monde  quune 
feule  fubfance. 

Or ,  puifque  le  fens  commun  fe  révolte  à  chacune 
de  ces  propofitions,  aufll-bien  qu'à  la  première,  dont 
elles  font  les  prétendues  preuves  ;  au  Ueu  de  s'arrê- 
ter à  raifonner  fur  chacune  de  ces  preuves  ,  où  fe 
perd  le  fens  commun  ,  on  feroit  en  droit  de  dire  à 
Spinofa  ,  votre  principe  efl  contre  le  fens  commun; 
d'un  principe  où  le  fens  commun  fe  perd  ,  il  n'en 
peut  rien  fortir  où  le  fen^  commun  fe  retrouve.  Ainfi 
de  s'amufer  à  vous  fuivre  ,  c'efl  manifeflement  s'ex- 
pofer  à  s'égarer  avec  vous  ,  hors  de  la  route  du  fens 
commun.  Pour  réfuter  Spinofa^  il  ne  fout,  ce  me  fem- 

ble. 


s  P  ï 

blc: ,  QVi?  Tarrèter  au  premier  pas ,  fans  prendre  la 
pci.-.e  'ie  iuivre  cet  auteur  dans  ua  tas  de  conleqiien- 
ces  qu':i  lire  lelon  i"a  méthode  prctendue  géomctri- 
q.ij  ,  ii  iK  l'uit  quefub'iituer  aa  principe  oblcur  dont 
il  a  fait  la  hafc  de  l'on  fyltcme  ,  celui-ci  ,  il  y  a  plu- 
(leurs  fiùhftiinccs ,  principe  qui  dans  ion  genre  eft  clair 
au  fuprème  degré.  Et  en  effet  ,  quelle  propofition 
plus  claire,  plus  frappante,  plus  intime  à  l'intelli- 
D^ence  &  à  la  conlcicnce  de  fliomme  ?  Je  ne  veux 
point  ici  d'autre  juge  que  le  fentiment  naturel  le  plus 
droit ,  &  que  l'imprenion  la  plus  ^ufte  du  fens  com- 
mun répandu  dans  le  genre  humain.  Il  ell  donc  na- 
turel de  répondre  fimplement  à  la  première  propo- 
(ition  qui  leur  fert  de  principe  :  vous  avancez  une 
extravagance  qui  révolte  le  iens  commun  ,  &  que 
i^ous  n'entendez  pas  vous-même.  Si  vous  vous  obf- 
:inez  à  foutenir  que  vous  comprenez  une  chofe  in- 
:ompréhenfible  ;  vous  m'autoriîez  à  juger  que  votre 
îfprit  eft  au  comble  de  l'extravagance ,  &:  que  je  per- 
Irois  mon  tems  à  raifonner  contre  vous  &  avec  vous, 
o'eft  ainfi  qu'en  niant  abfolument  la  première  pro- 
jofiîion  de  fes  principes  ,  ou  en  éclairciifant  les  ter- 
mes obfcurs  dont  il  s'enveloppe  ,  on  renverfe  i'é- 
iince  &  le  fyilème  par  fes  fondemens.  En  effet ,  les 
principes  des  feôateurs  àeSpinofa,  ne  rélultent  que 
ie»ténebres  où  ils  prennennt  plaifir  à  s'égarer,  pour 
/"engager  avec  eux  ceux  qui  veulent  bien  être  la 
lupe  de  leur  obfcurité  ,  ou  qui  n'ont  pas  alfez  d'in- 
;elligence  pour  appercevoir  qu'ils  n'entendent  pas 
nix-mêmes  ce  qu'ils  diicnt. 

Voici  encore  quelques  raifons  dont  on  peut  fe  fer- 
nr  pour  renverfer  ce  fyiilème.  Le  mouvement  n'é- 
:ant  pas  effentiel  à  la  matière  ,  &  la  matière  n'ayant 
)ù  fe  le  donner  à  elle-même,  il  s'enfuit  qu'il  y  a 
juelque  autre  fubllance  que  la  matière ,  &  que  cette 
libftance  n'eft  pas  un  corps ,  car  cette  même  difH- 
;ulté  retourneroit  à  f  infini.  Splnofu  ne  croit  pas  qu'il 
■f  ait  d'abfiu-diîé  à  remonter  ainfi  de  caufe  en  caufe 
î  l'infini  ;  c'eft  fe  précipiter  dans  l'abîme  pour  ne  pas 
irouloir  fe  rendre  ,  ni  abandonner  fon  fyllème. 

J'avoue  que  notre  efprit  ne  comprend  pas  l'infini , 
mais  il  comprend  clairement  qu'un  tel  mouvement , 
un  tel  effet ,  un  tel  homme  doit  avoir  fa  première 
caufe  ;  car  fi  on  ne  pouvoit  remonter  à  la  première 
caufe  ,  on  ne  pourroit  en  defcendant ,  rencontrer  ja- 
mais le  dernier  effet,  ce  qui  efl  manifeftement  faux , 
puifque  le  mouvement  qui  fe  fait  à  l'inftant  que  je 
parle  ,  efl  de  néceffité  le  dernier.  Cependant  on  con- 
çoit fans  peine,  que  remonter  de  l'effet  à  la  caufe,  ou 
defcendre  de  la  caufe  à  l'effet ,  font  des  chofes  unies 
de  la  même  manière  qu'une  montagne  avec  fa  vallée; 
deforte  que  comme  on  trouve  le  dernier  effet,  on 
doit  aufli  rencontrer  la  première  caufe.   Qu'on  ne 
dife  pas  qu'on  peut  commencer  une  ligne  au  point 
où  je  fais  ,  &  la  tirer  jufqu'à  l'infini,  de  même  qu'on 
peut  commencer  un  ncm.bre  &  l'augmenter  juiqu'à 
i'infîni  ;  de  telle  forte  qu'il  y  ait  un  premier  nombre  j 
un  premier  point ,  fans  qu'on  puifîe  trouver  le  der- 
nier. Ce  feroit  un  fophifme  facile  à  reconnoître ,  car 
il  n'efi:  pas  queflion  d'une  ligne  qu'on  puiffe  tirer  ,  ni 
d'un  nombre  qu'on  puiffe  augmenter ,  mais  il  s'agit 
d'une  ligne  formée  &  d'un  nombre  achevé.  Et  com- 
ïT.e  toute  ligne  qu'on  achevé  après  l'avoir  connnen- 
cée;  tout  nombre  qu'on  ceffe  d'augmenter,  eft  né- 
ceffairement  fini  ,  ainfi  de  même ,  le  mouvement , 
l'effet  qu'il  produit  à  l'infîant  étant  fini ,  il  faut  que 
le  nombre  des  caufes  qui  concourent  à  cet  effet  le 
foit  aufîi. 

On  peut  éclaircir  encore  ce  que  nous  difons  par 
un  exemple  allez  fenfible.  Les  Philofophes  croyent 
que  la  matière  eft  divifible  à  finfini.  Cependant , 
quand  on  parle  d'une  divifion  atfucUe  &  réelle  des 
parties  du  corps,  elle  eft  toujours  nécefî'airemcnt  fi- 
nie. 11  en  de  même  dc$  caufes  6c  des  elfets  de  la  na- 
Tomt  XK 


S     P     ï 


47^ 


ture.  Ouand  elle  en  pourroit  produire  d'autres  & 
encore  d'autres  à  l'infini ,  les  caufes  néanmoins'  & 
les  effets  qui  exiftent  actuellement  à  cet  inftant,  doi- 
vent être  finis  en  nombre;  &  il  eft  ridicule  de  croire 
qu'il  faille  remonter  à  l'infini  pour  trouver  la  pre= 
miere  caufe  du  mouvement.  De  plus  ,  quand  ort 
parle  du  mouvement  de  la  matière  ,  on  ne  s'arrête 
pas  à  une  feule  partie  de  la  matière,  pour  pouvoii* 
donner  lieu  à  Spinofa  d'échapper,  en  difant  que  cette 
partie  de  la  matière  a  reçu  fon  mouvement  d'une  au- 
tre partie ,  &  celle-là  d'une  autre  ,  &  ainfi  de  même 
jufqu'à  l'infini  ;  mais  on  parle  de  toute  la  matière 
quelle  qu'elle  foit ,  finie  &  infinie  ,  il  n'importe.  On 
dit  que  le  mouvement  n'étant  pas  de  l'efîènce  de  la 
matière  ,  il  faut  nécefîairement  qu'elle  l'ait  reçu 
d'ailleurs.  Elle  ne  peut  l'avoir  reçu  du  néant  ;  car 
le  néant  ne  peut  agir.  Il  y  a  donc  une  autre  caufé 
qui  a  imprimé  le  mouvement  à  la  matière,  qui  ne 
peut  être  ni  matière  ni  corps.  C'eft  ce  que  nous 
appelions  efprit. 

On  démontre  encore  parl'hiftoire  du  monde,  que 
l'univers  n'a  pas  été  formé  par  une  longue  fucceffion 
de  tems  ,  comme  il  faudroitnéceffairement  le  croire 
&  le  dire  ,  fi  une  caufe  toute-puiffante  &  intelli- 
gente n'avoit  pas  préfidé  dans  la  création  ,  afin  de 
l'achever  &  de  le   mettre  en  fa  perfection.  Car  s'il 
s'étoit  formé  par  le  feul  mouvement  de  la  matière  j 
pourquoi  feroit-elle  fi  épuifée  dans  (qs  commence- 
mens,  qu'elle  ne  puiffe  plus  ,  &  n'ait  pu  depuis  plu- 
fieurs  liecles  former  des  aiîres  nouveaux }  pourquoi 
ne  produiroit-elle  pas  tous  les  jours  des  animaux  & 
des  hommes  par  d'autres  voies  que  par  celles  de  la 
génération  ,  fi  elle  en  a  produit  autrefois  ?  ce  qui  eft 
pourtant  inconnu   dans  toutes  les  hiftoires.  Il  faut 
donc  croire  qu'une  caufe  intelligente  &  toute-puif- 
fante a  formé  dès  le  commencement  cet  univers  en 
cet  état  de  perfedtion  où  nous  le  voyons  aujourd'hui. 
On  fait  voir  aufîi  qu'il  y  a  du  deffein  dans  la  caufe  qui 
a  produit  l'univers.  Spinofa  n'auroit  pu  néanmoins 
attribuer  une  vue  &  une  fin  à  fa  matière  informe.  Il 
ne  lui  en  donne  qu'entant  qu'elle  eft  modifiée  de 
telle  ou  telle  manière,  c'eft-à-dirc  que  parce  qu'il  y 
a  des  hommes  &  des  animaux.  Or  c'eft  pourtant  la 
dernière  des  abfurditésde  croire  &:  de  dire  que  l'œil 
n'a  pas  été  fait  pour  voir ,  ni  l'oreille  pour  entendrci 
Il  faut  dans  ce  malheureux  fyftème  réformer  le  lan- 
gage humain  le  plus  raifonnable  &  le  mieux  établi  ^ 
afin  de  ne  pas  admettre  de  connoiffance  &  d'intelli- 
gence dans  le  premier  auteur  du  monde  &  des  créa- 
tures. 

Il  n'eft  pas  moins  abfurde  de  croire  que  fi  les  pre- 
miers hommes  font  fortis  de  la  terre  ,  ils  ayent  reçu 
partout  la  même  figure  de  corps  &:  les  mêmes  traits^ 
fans  que  l'un  ait  eu  une  partie  plus  que  l'autre  ,  ou 
dans  une  autre  fituation.  Mais  c'cft  parler  confor- 
mément à  la  raifon  Se  à  l'expérience  ,  de  dire  que 
le  genre  humain  foirfortid'un  même  moule,  &  qu'il 
a  été  fait  d'un  même  fang.  Tous  ces  argumens  doi- 
vent convaincre  la  raifon  qu'il  y  a  dans  l'univers  wa 
autre  agent  que  la  matière  qui  le  régit,  &  en  difpoté 
comme  il  lui  plaît.  C'cft  pourtant  ce  que  Spinofa  a 
entrepris  de  détruire.  Je  finis  par  dire  que  plufieurs 
perfonnes  ont  affuré  que  fa  do£trinc  confiderée  mê- 
me indépendamment  des  intérêts  de  la  religion  ,  a 
paru  fort  méprifablc  aux  plus  grands  mathémati- 
ciens. On  le  croira  plus  facilement,  li  l'on  fe  fbuvient 
de  ces  deux  chofes  ,  l'une  ,  qu'il  n'y  a  point  de  gens 
qui  doivent  être  plus  perfuadés  de  la  multiplicité 
des  fubftances  ,  que  ceux  qui  s'appliquent  à  la  con- 
fidération  de  l'étendue  ;  l'autre  ,  que  la  plupart  de 
ces  fçavans  admettent  du  vuide;  Or  il  n'y  a  rien 
de  plus  oppofé  à  l'hypothèfe  de  Spinofa  ,  que  de  fou* 
tenir  que  tous  les  corps  ne  fc  touchent  point,  &ja« 
mais  deux  fyftèmcs  n'ont  été  plus  oppofés  que  1« 
*  Oo  o 


474 


S  P  I 


iien  &  celui  des  Atomlftes.  Il  eft  d'accord  avec  Epi- 
cure  en  ce  qu;  regarde  la  rejcct.on  de  la  Providen- 
ce ;  mais  dans  tout  le  relie  leurs  lylienies  lont  com- 
me l'eau  6i.  le  feu. 

SPINOSISTE,  f.  m.  (  Gram.)  fedateur  de  la  phi- 
lofophie  do  Spinoia.  Il  ne  taut  pas  confondre  les5/'i- 
no////t'S  anciens  avec  les  S^inoj/fics  modernes.  Le 
principe  général  de  ceux-ci ,  c'eft  que  la  matière  eft 
lenlible,  ce  qu'ils  démontrent  par  le  développement 
de  l'œuf,  corps  inerte,  qui  par  le  feul  inlhument  de 
la  chaleur  graduée  paÛe  h  l'éiat  d'être  fentant  &  vi- 
vant ,  &c  par  l'accroillement  de  tout  animal  qui  dans 
fon  principe  n'eft  qu'un  point ,  &C  qui  par  l'ainmila- 
tion  nutritive  des  plantes  ,  en  un  mot ,  de  toutes  les 
fubllances  qui  fervent  à  la  nutrition  ,  devient  un 
grand  corps  fentant  ik;  vivant  dans  un  grand  efpace. 
De-U\  ils  concluent  qu'il  n'y  a  que  de  la  matière  ,  & 
qu'elle  funit  pour  tout  expliquer;  du  relte  ils  fuivent 
l'ancien  lj)inofifme  dans  t.nites  fes  conféquences. 

SPINÏHEil  ,  f.  m.  (  Liticrat.  )  ce  mot  ie  trouve 
dans  Plante  ;  c'eli  une  cl'pece  de  DracLlet  que  les  da- 
mes romaines  ,  dans  les  premiers  fiecles  de  la  répu- 
blique, portoient  au  haut  du  bras  gauche.  {D.  /.) 

SPINUS  ,  f.  m.  (^HijLnat.dcsunc.  )  corps  foifile 
d'une  qualité  bien  remarquable ,  s'il  e(l  vi  ai  ce  qu'en 
dit  Théophrafle  &  d'autres  naturalises,  qu'on  cou- 
poit  \q  J'pinus  en  pièces  ,  &  qu'après  l'avoir  mis  en 
tas  A  l'expolition  dulbleil,  il  prenoit  feu,  s'allumoit, 
&:  bruloit  encore  mieux  quand  on  l'humectoit  avec 
de  l'eau.  {D.J.) 

SPINY  L.\c  ,  {Géog.  mod^  lac  d'EcofTe  ,  dans  la 
pro\  incc  de  Murray.  Il  eft  couvert  de  cygnes,  & 
bordé  de  deux  châteaux  ,  l'un  à  l'occident  6l  l'autre 
au  midi.  (Z).  /.) 

SPIRALE  ,  f.  f.  (^Gêom.  )  eft  en  général  une  ligne 
courbe  ,  qui  va  toujours  en  s'éloignant  de  fon  cen- 
tre ,  &  en  faifant  autour  de  ce  centre  plufieurs  révo- 
lutions. 

On  appelle  plus  proprement  &  plus  particulière- 
ment fp'rali  en  Géométrie  ,  une  ligne  courbe  dont 
Archiuiede  eft  l'inventeur  ,  &  qu'on  nomme  pour 
cette  ïM\onJpiraU  d' '^rJniiudi. 

En  voici  la  génération.  On  fuppofe  le  rayon  d'un 
cercle  divifé  en  autant  de  parties  que  fa  circonféren- 
ce ,  par  exemple  en  360.  Le  rayon  le  meut  iur  la  cir- 
confvrence  ,  &  la  parcourt  toute  entière.  Pendant  ce 
même  tems ,  un  point  qui  part  du  centre  du  cercle, 
Te  meut  kir  le  rayon  ,  &:  le  parcourt  tout  entier ,  de 
forte  que  les  paities  qu'il  parcourt  à  ch  que  inilant 
fur  le  rayon  ,  font  proportionnelles  à  celles  que  le 
rayon  parcourt  dans  le  même  inftant  Iur  la  circonfé- 
rence, c'eft-à  dire  eue  tandis  que  le  rayon  parcourt, 
par  exemple,  un  degré  delà  circonférence  ,  le  point 
qui  le  meut  Iur  le  rayon,  en  parcourt  la  300^  partie. 
il  eft  évident  que  le  mouvement  de  ce  point  eit  com- 
pofé,  &  li  l'on  luppole  qu'il  lailfe  une  trace,  c'eft  la 
coinbc  qu'Archimede  a  noniméey/>/V.î/<r,dont  le  cen- 
tre eft  le  même  que  celui  du  cercle  ,  ôc  dont  les  or- 
données ou  rayons  font  les  diiférentes  longueurs  du 
rayon  du  cercle  ,  priles  depu:s  le  centre,  &  à  l'extré- 
mité delqueiles  le  point  mobile  s'eft  trouvé  à  chaque 
inftant:  par  conféquent  les  ordonnées  de  cette  cour- 
be concourent  toutes  en  un  point,  6l  elles  font  en- 
tre elles  comme  les  parties  de  la  circonlérence  du 
cercle  correlpondantes  qui  ont  été  parcourues  parle 
rayon,  &C  qu'on  peutappeller^/'Ci^e  nvoLutïon.  ^oy. 
V*.  ji^  J_9.  di  g'.'om.  la  coiube  CM  mm  eft  une  Ipiralc. 
Lorique  le  rayon  C  -^  ^fg'  331  •  géom.  a  f.iit  une  ré- 
volution ,  &:  que  le  point  mobile  parti  de  C,  eft  arri- 
vé en  A  ,  on  peut  luppoler  que  ce  point  continue  à 
fe  mouvoir,  6i.  le  rayon  à  tourner,  ce  qui  produira 
une  continuation  de  la  IpiraU  ,  ik.  oji  voit  que  cette 
courbe  peut  être  continuée  parce  moyen ,  anîn  loin 
qu'on  voudra,  yoyc^jig.  40. 


S  P  I 

Afchimede  ,  inventeur  de  la  fp'naU  ^  en  l'exami- 
jiant,  en  trouva  les  tangentes  ,  ou  ce  qui  revient  au 
même  les  lous  tangcn£ei,oc  enfuue  les  efpaces.  il  dé- 
montra qu'à  la  lin  de  la  première  révolution ,  la  Ibus- 
tangente  de  XàjpïraU  eft  égale  à  la  circonférence  du 
cercle  circonlcnt  ,  qui  eft  alors  le  même  que  celui 
fur  lequel  on  a  pris  les  arcs  de  la  révolution  :  qu'à' la 
lin  de  la  leconde  révolujion  ,   la  fous-tangente  eft 
double  de  la  circonférence  du  cercle  circonfcrit    tri- 
ple à  la  lin  de  la  iroilitme  rcvolution  ,  tk  toujours 
ainfi  de  luite.   Quant  aux  efpaces ,  qui  font  toujours 
compris  entre  le  rayon  qui  termine  une  révolution 
&  XàXQJ'piraL  qui  s'y  termine  aulfi ,  pris  depuis  le  cen- 
tre ,  Archimede  a  prouvé  que  letpace  fpir.it'  de  la 
première  révolution  ,  eit  ù  i'elpace  de  fon  cercle  cir- 
confcrit,  comme  1  à  3;  que  I'elpace  de  la  féconde 
révolution  eft  au  cercle  circonlcrit  ,  couîme  7  à  11  ; 
celui  de  la  troifteme',  comme  19  à  2.7,  £v.   Ce  font 
là  les  deux  plus  conlidérablcs  découvertes  du  traité 
d  Archimede.  Nous  avons  les  propres  demonftra- 
lions  :  elles  font  li  longues  tk;  ft  difficiles  ,  que  com- 
me on  le  peut  voir  par  un  pallage  latin ,  rapporté  dans 
la  préface   des  inimimens  petits  de  M.  de  l'Hôpital, 
liouillaud  avoue  qu'il  ne  les  a  jamais  bien  entendues, 
&que  Viette,  par  cette  même  raifon  ,  les  a  injufte- 
ment  foupçonnées  de  paralogifme  ;  mais  par  le  fe- 
cours  des  nouvelles  méthodes ,  les  démonftrations 
.    de  ces  propriétés  de  la  jpuaU ,  ont  été  fort  fimpKfiées 
&  étendues  à  d  autres  propriétés  pliss  générales.  En 
elfet,  l'elprit  de  la  géométrie  moderne  eft  d'élever 
toujours  les  vérités,  foit  anciennes,  foit  nouvelles, 
à  la  plus  grand::  univerialité  qu'il  fe  puiflé.  Dans  la 
fpirale  d'Archimede  ,  les  ordonnées  ou  rayons  font 
comme  les  arcs  de  révolution  :  on  a  rendu  la  géné- 
ration de  cette  courbe  plus  univerfelle,  en  fuppofmt 
que  lesrayonsy  fuflént,  comme  telle  puifîancequ'on 
voudroit  de  ces  arcs  ,  c'eft-à-dire,  comme  leurs  quar- 
rés,  leurs  cubes,  6f.  ou  mêuie  leurs  racines  quarrécs, 
cubiques  ,  &c.  car  les  géomètres  lavent  que  les  raci- 
nes lont  des  puilfances  mifes  enfraftions.  Ceux  qui 
fouhaitent  un  plus  grand  détail  fur  l'univerfalité  de 
cette  hypothele  ,  le  trouveront  dans  Thiftoirede  l'a- 
cadémie royale  des  Sciences,  an.  1704,  p.  5y.  & 
Juiv, 

Spirah  logarithmique  ,  ou  logiflique,  voyez  LOGA- 
RITHMIQUE.    (  O) 

Si'IRAL  ,  rcjjon  ,  (  Horlogerie.')  c'eft  une  lame  d'a- 
cier ployée  en  ligne  ipirale  ,  lufceptible  de  contrac- 
tion 6c  de  dilatation ,  élaftique  ,  que  les  horlogers 
emploient  de  deux  manières  dirterentes  ,  l'une  pour 
fervirde  force  motrice,  &  l'autre  de  force  réghmte. 

Les  relforts  tirent  toute  leur  éner<iie  defélafticité 
de  la  matière  ;  cette  propriété  qui  eft  généralement 
connue  ,  6c  même  |)alpable  dans  prelque  tous  les 
corps  ,  nous  lailTe  néanmoins  encore  dans  une  pro- 
fonde ignorance  Iur  la  caule  qui  la  produit  ;  ce  ne 
fera  donc  que  par  les  effets  ,  &  fur-tout  par  l'ufage 
que  les  horlogers  en  fjnt  pour  en  tirer  la  force  mo- 
trice ,  &C  la  force  réglante  ,  que  je  me  propofede  la 
traiter  dans  cet  article  :  par  cette  raifon  ,  je  fuppri- 
merai  l'énumération  qu'il  y  auroit  à  faire  des  diifé- 
rentes matières  fufceptibles  d'élafticité ,  &  je  me  bor- 
nerai à  parler  feulement  de  celles  de  l'acier  trempé, 
que  les  horlogers  emploient  avec  tant  d'avantage.    ■ 

L'on  fait  en  général  que  la  force  élaftique  peut  être 
priie  pour  une  pulfl'ance  aftive  qui  réagit  proportion- 
nellement aux  etforts  qui  la  compriment,  ou  qui 
la  prelfent  ;  ainfi  de  quelque  figure  que  foit  un  corps 
parfaitement  élaftique  ,  il  la  reprendra  toujoirrs ,  dès 
que  la  comprelîion  cefTera  :  par  exemple  ,  lorfqu'on 
ploie  une  lame  d'épée,  elle  le  redreilé  avec  d'autant 
plus  de  vîtelTe  ,    qu'elle  a  exigé  plus  de  force  pour 

Iêtre  ployée  ;  c'eft  donc  par  cette  réaction  que  les 
reftorts  peuvent  tenir  lieu  de  poids,  ou  de  force  mo- 


s  P  I 

rrice,  pour  animer  &  faire  marcher  les  montres  & 
les  pendules  ,  6c  par  cette  raiibn  on  les  nomme  ref- 
forts  moteurs. 

Comme  refTorts  moteurs  ,  ils  peuvent  être  fufcep- 
tibles  de  dil^crentesfigures  plus  ou  moins  avantageu- 
les  pour  l'intenfité  de  cette  force  ;  d'où  il  fuit  qu'on 
pourroit  fiire  cette  queflion  :  la  matière  &  fa  quan- 
tité étant  donnée,  trouver  la  figure  qui  donnera  la 
plus  grande  puiffance  élaftique  ;  mais  outre  que  la 
folution  en  eft  très-difficile ,  &  qu'elle  tient  à  un 
grand  nombre  d'expériences  qu'il  y  auroit  à  faire , 
dignes  d'occuper  même  les  plus  habiles  phyficiens  , 
je  dois  ,  quant  à  prélent,  me  bornera  rendre  comp- 
te de  ce  qu'on  fait ,  plutôt  que  de  ce  qu'il  y  auroit 
à  faire. 

Dî  rexécution  &  application  des  rejforts  ,  en  qualité 
di  force  motrice.  Pour  faire  les  refforts  de  montres , 
l'on  prend  de  l'acier  en  barre ,  que  l'on  fait  dégroiFir 
aux  grandes  forges  ,  pour  enfuite  le  tirer  rond  à  la  ri- 
llere  ,  plus  ou  moins  gros  ,  fuivant  les  refforts  qu'on 
a  à  faire  ;  ou  bien  l'on  prend  de  l'acier  rond  d'Angle- 
terre ,  ôc  c'ell  le  meilleur,  l'on  coupe  ce  fil  par  bout 
de  20  à  30  pouces  ;  après  l'avoir  fait  recuire  ,  on  le 
forge  pour  l'applatir  &  le  réduire  à  l'épaiffeur  d'un 
quart  de  ligne  ,  on  le  dreffe  fur  le  plat,  Scl'onfup- 
plée  ainfiàla  lirne,  aux  inégalités  que  le  marteau  a 
pu  laiffcr;  celas'apperçoit  à  la  différence  decourbu- 
]re  que  prend  le  reiiort ,  en  le  faifant  ployer  de  place 
en  place  dans  toute  fa  longueur.  On  le  lime  auffi  d'é- 
gale largeur ,  en  le  faiiant  paffer  dans  toute  fa  lon- 
gueur ,  dans  un  calibre.  Plufieurs  de  ces  refforts  ainfi 
préparés  ,  on  les  entortille  chacun  de  lil-d'archal  fur 
toute  leur  longueur  ,  enlailfant  un  demi-pouce  d'in- 
tervalle ;  l'on  prend  un  de  ces  refforts ,  on  en  forme 
un  cercle  qui  peut  avoir  7  à  8  pouces  de  diamètre  . 
l'on  en  ploie  ainli  une  douzaine  de  même  largeur  , 
concentriquement  les  uns  dans  les  autres  ,  ce  qui 
forme  une  trempe  cylindrique  ,  épaiffe  de  la  largeur 
des  refforts ,  &  large  de  toutes  les  épaiffeurs  réu- 
nies ,  &  il  refle  encore  un  vulde  dans  le  milieu  ,  & 
tous  les  jours  que  laiffentles  fils-d'archal  ;  ces  jours 
font  utiles,  parce  que  l'huile  ouïe  liquide  dans  le- 
quel on  les  plonge  pour  les  tremper  ,  faifit  aifément 
toutes  les  furfaces  des  refforts:  l'on  prend  ce  paquet 
de  douze  refforts,  pour  le  placer  dans  un  cercle  de 
fer  fait  en  forme  de  roue  de  champ  ,  qui  a  une  croi- 
lée  au  centre  de  laquelle  efl  un  pivot  qui  tient  à  l'ex- 
trémité d'une  verge  de  fer  ,  &  qui  laiffe  mobile  le 
cercle,  pour  être  tourné  dans  le  fourneau  au  moyen 
d'une  autre  baguette,  dont  on  fe  fert  pour  faire  tour- 
ner ce  cercle  par  fa  circonférence  ;  Ton  voit  aifé- 
ment que  cette  méchanique  n'eff  là  que  pour  la  faci-- 
lité  de  donner  une  égale  chaleur  dans  toutes  les  par- 
îles  de  la  circonférence. 

L'on  porte  le  tout  dans  un  fourneau  de  réverbère 
où  le  charbon  doit  être  bien  allume  ;  &  lorfque  les 
i efforts  ont  acquis  le  degré  de  chaleur  que  l'expé- 
rience feule  peut  apprendra,  ce  qui  revient  A-pcu- 
près  d'un  rouge  couleur  de  charbons  allumés  :  alors 
on  retire  le  tout  des  fourneaux,  &  Ton  fait  tomber 
fubitement  le  paquet  de  rclTorts  dans  une  fuiTifante 
quantité  d'huile  de  navette  ,  &  l'on  répète  cette  ex- 
périence autant  de  fois  qu'on  a  de  douzaine  de  ref- 
forts à  tremper. 

Retirezde  l'huile  ces  refforts,  coupez  de  placcen  pla- 
ce les  fils-d'archal, pour  les  féparer  les  uns  des  autres, 
les  blanchir  avec  du  grai,  les  bleuir  fur  un  fer  chaud, 
les  redreffer  à  coup  de  marteau ,  les  limer  de  nou- 
veau pour  les  égaler  fur  la  largeur  comme  lur  l'épaif 
feur  ,  avec  cette  différence  qu'il  faut  que  la  lame  aille 
en  diminuant  d'épaiffeur  infcnfiblement  fur  le  bout 
cjui  doit  taire  les  tours  intérieurs  du  reffort. 

Cette  dernière  opération  exige  toute  l'attention  , 
pour  qu'ils  prennent  des  courbures  régulières  &fem- 
"Toiiu  xy. 


S  P  1 


475 


blables,  déplace  en  place  ;&  lorfqu'on  les  paffe  en- 
tre les  doigts,  en  ployant  légèrement  la  lame,  il  ne 
faut  plus  (cntir  aucune  différence ,  aucune  dureté 
en  un  mot ,  une  flexibilité  égale  dans  toute  la  lar-^eur 
comme  li  l'on  pnffoit  un  fimple  ruban  entre  fes  doigts  ; 
mais  l'expérience  &  la  déiicateffe  du  taâ^  font  bien 
plus  propres  à  faire  l'entir  cette  épreuve  ,  que  tout 
ce  que  l'on  pourroit  dire. 

Après  avoir  fait  aux  refforts  ce  qu'on  pouvoit  de 
mieux  avec  la  hme  ,  il  faut  enfuite,  pour  les  égaler 
parfaitement,lespaffer&repaffer  plufieurs  fois  entre 
deux  morceaux  de  bois  dur  ,  de  quatre  à  cinq  pouces 
en  quarré ,  bien  drefîé  ,  &  qui  tout  raffemblé  par  une 
charnière  &L  le  morceau  de  deffus  ,  porte  un  bras  de 
levier  d'un  pié  avec  lequel  l'on  preffe  :  l'on  eft  deux 
pour  pafl'er  le  reffort  dans  cette  machine;  l'unie 
tient  par  un  bout  de  la  tenaille  &  le  tire,  pendant 
que  l'autre  preffe  avec  le  bras  de  levier  ;  l'on  place 
entre  ces  machines,de  l'émeri  rude  dans  le  commien- 
cement ,  &  doux  fur  la  fin  ,  &  on  le  polit. 

C'ell  par  cette  dernière  opération  que  l'on  par- 
vient à  donner  au  reiiort  cette  uniforme  fîexibiUté 
qui  lui  efl  fi  effentielle  ;  après  quoi  on  le  bleuit  une 
féconde  fois  le  plus  également  qu'il  eft  poffible  ,  par 
une  chaleur  douce.  L'on  recuit  également  les  deux 
extrémités  pour  y  faire  une  ouverture  qui  s'appelle 
œil;  l'on  ployé  avec  une  pince  ronde  le  bout  qui  doit 
faire  le  tour  intérieur  autour  de  l'arbre  ,  &  l'on  pro- 
cède à  lui  donner  fa  figure  fpirj.U  en  le  ployant  au- 
tour d'un  arbre  au  moyen  d'im  crochet  qui  entre 
dans  l'œil  du  reffort,  tournant  l'arbre  d'une  main  ,  & 
de  l'autreappuyantdupoucefiirlepremiertoiir,  l'on 
fait  pafîér  ainfi  la  longueur  du  reffort  ;  ce  reffort  ainfi 
ployé  fpiralement  tend  par  faréadion  àfe  redreffer; 
c'efl  pourquoi  il  faut  lâcher  par  degrés.  D'où  il  fuit, 
que  la  réacfion  eft  moindre  que  l'adion,  6l  qu'elle 
perd  d'autant  plus  cette  qualité,  que  les  refforts  font 
plus  comprimés  &  qu'ils  rcftent  plus  long-tems  dans 
cet  état.  Si  la  matière  des  refforts  étolt  parfaitement 
élaftique  ,  bien  loin  de  refter  ployés  en  ligne /i^i'iz/e, 
ils  reviendroient  droit  au  môme  point  dont  ils  fe- 
roicnt  partis  ;  &  au  contraire,  fi  la  matière  étoit  par- 
faitement fans  élafticité  ,  le  reffort  refteroit  com:ne 
on  l'auroit  ployé  &  ne  vaudroit  rien;d'oii  il  fuit  que 
les  meilleurs  refforts  font  ceux  qui  rendent  le  plus 
de  réaftion  ,  ou  qui  perdent  le  moins  de  leur  élafti- 
cité. Or  l'acier  trempé  étant  de  toutes  les  matières 
celle  qui  a  le  plus  cette  propriété  ;  c'eft  donc  avec 
raifon  que  les  Horlogers  la  préfèrent.  L'on  augmente 
prodigieufem.ent  l'élafticité  de  l'acier  par  la  trempe 
qu'on  lui  donne  ;  mais  on  eft  obligé  de  la  lui  dimi- 
nuer pour  qu'il  ne  caffe  pas  lorfqu'on  le  met  au  tra- 
vail ;  &  l'on  a  raifon  dédire  que  les  meilleurs  refforts 
font  fujetsà  caffer  ,  parce  que  ce  font  ceux  à  qui  on 
a  confervé  le  plus  d'élafticité;  mais  lorfqu'on  dimi- 
nue trop  cette  qualité  élaflique  par  le  revenir  ou  re- 
cuit qu'on  donne  aux  refforts  après  la  trempe ,  ils  ne 
caffent  pas  ,  il  eft  vrai  ;  mais  ils  perdent  trop  fenfible- 
ment  leur  élafticité,  &:  conféquemment  leur  force; 
il  y  a  donc  par-tout  des  extrêmes  qu'il  faut  éviter. 
C'eft  un  point  qu'il  faudroit  pouvoir  faifir;  mais  qui 
eft  infiniment  diilicile,  pour  ne  pas  dire  impoffible. 
L'on  préfère  donc  dans  cette  alternative  qu'un  ref- 
fort foif  plus  près  du  cafter  par  trop  d'élafticité  ,  que 
de  fe  rendre  en  en  manquant.  Enfin  ,  pour  refumer 
ce  que  l'expérience  &  le  raifonnement  m'ont  donné 
fur  les  dilférens  refforts  que  j'ai  éprouvés  ,  j'ai  trou- 
vé, toutes  chofes  égales  d'ailleurs,  qu'une  lame  de 
reftbrt  étoit  d'autant  plus  élaftique  ,   &  confervoit 
d'autant  plus  long-tems  cette  qualité ,  que  la  lame 
étoit  plus  mince  ,  plus  large ,  plus  longue  ;  en  forte 
que  cette  lame  étant  nloyée  en  /puaU  autour  de 
l'arbre  dans   fon  barillet ,   fon  rayon  fut  égal  h  la 
largeur  ou  hauteur  des  reflbrts,  &  réciproquement; 
^  O  o  o  ij 


476 


S  P  I 


ccû  pourquoi  les  reflbrts  de  montre  plate  Te  rendent 
ou  le  caHcnt  plus  trcquenimcnt  que  les  autres.  Le 
reflbrt  placé  dans  le  barillet  porte  un  crochet  qui  ac- 
croche le  bout  extérieur  du  reflbrt,  ôiTarbie  accro- 
che le  bout  intôrieuf.  Dans  cet  état,  li  l'on  vient  à 
tourner  l'arbre,  le  barillet  étant  fixé ,  le  reflbrt  s'cn- 
vcloppcra  immcùiatemcnt  fur  le  corps  de  l'arbre, 
ainli  de  tous  les  lours  rucccfl^ivement  ;  dans  cet  état 
le  reflbrt  lera  bandé,  li  l'on  lui  oppole  un  rouage  à 
faire  tourner  par  le  moyen  des  dents  qu'on  aura  pra- 
tiquées à  lacirconférence  du  ])arillet  ;  ce  qui  engrè- 
nera dans  le  premier  pignon  ;  le  reflbrt  en  fe  déten- 
dant fera  tourner  le  rouage  avec  une  vîtcfle  qui  di- 
minuera comme  la  détente  du  reflbrt. 

Mais  fi  au  lieu  d'oppofer  au  barillet  des  rayons 
égaux  comme  font  les  ailes  de  pignons  fur  Icfquellcs 
il  agit ,  on  lui  adapte  une  chaînette  qui  communi- 
que &:  s'entortille  fur  une  fii>,ure  conique  taillée  en 
Jpir.i/c,  dont  les  rayons  diminuent  précifément  com- 
me la  force  du  reflbrt  augmente  ,  c'elt  ce  qui  for- 
mera la  fufée.  f^ojei  FusÉE.  Alors  la  fufée  por- 
tant la  roue  du  barillet  communiquera  au  premier 
pignon  une  égale  vitefl'e  pour  tous  les  tours ,  &z  par- 
confcquent  la  force  motrice  fera  uniforme  fur  tout 
le  rouage. 

DcCcxlcutlon  du  nffort  fpiral  &  de  fon  application 
en  qualité  de  fora  réglante,  he  rejfort  fpiral  d\\rie  mon- 
tre ordinaire  eft  une  lame  d'acier  très-déliée  qui 
peut  avoir  trois  ou  quatre  pouces  de  longueur  ,  & 
d'un  neuvième  à  un  douzième  de  ligne  de  largeur  , 
fur  un  trente  à  quarante-huitième  d'epaiflleur  ployée 
en  Vigne fpira/e  de  quatre  à  trois  tours  au  moins;  ces 
tours  doivent  avoir  des  intervalles  plus  ou  moins 
grands  ,  fuivant  la  force  du  fpiral  &C  la  grandeur  du 
balancier  ;  la  lame  doit  diminuer  d'épaifleur  imper- 
ceptiblement du  dehors  au-dedans ,  en  forte  que  lorf- 
qu'on  fufpend  un  petit  poids  par  le  bout  intérieur , 
&  qu'on  le  levé  en  tenant  avec  une  pincette  l'autre 
extrémité  extérieure ,  il  prenne  la  figure  d'un  cône 
renverlé  ;  c'efl  à  cette  épreuve  qu'on  juge  fi  le  ref- 
fort  fe  déployé  bien,  &  s'il  garde  les  intervalles  pro- 
portionnés au  diamètre  du  fpiral;  il  faut  aufll  que 
les  tours  de  lame  foient  exadement  parallèles  entre 
eux  &  dans  le  même  plan. 

Pour  faire  ces  petits  reflbrts,  l'on  prend  de  l'acier 
d'Angleterre  qui  n'eli:  point  trempé ,  mais  qui  efl 
pafl"é  au  laminoir;  ce  qui  lui  donne  afl'ez  de  corps 
pour  avoir  de  l'élafliicité.  Plufleurs  horlogers  s'en 
fervent  &  font  eux-mêmes  leurs  refforts  fpiraux  ;  ils 
redreflfent,  réforment  même  ceux  qui  font  faits  ,  mais 
il  n'y  a  guère  que  les  habiles  artiftes  capables  de  les 
bien  faire  ;  Genève  efl:  la  feule  ville  que  je  connoifl'e 
où  il  y  ait  des  gens  qui  ne  s'occupent  qu'à  faire  de  ces 
reflbrts  ,  &  qui  les  font  d'autant  mieux,  que  la  rou- 
tine &  la  délicateflTe  du  ta£t  l'emportent  de  beaucoup 
fur  la  théorie  :  ils  ne  fe  fervent  point  de  fil  d'Angle- 
terre ;  ils  prennent  une  lame  d'acier  trempé ,  &  re- 
venue comme  xme  lame  de  reflbrt  moteur  qu'ils  af- 
foibliflbnt  à  la  lime  jufqu'à  une  certaine  épaifl'eur; 
après  quoi  ils  les  coupent  par  petites  bandes.  Les  re- 
drefler,  limer  fur  la  largeur  &;répaiflbur  ,  les  adou- 
cir &  les  ployer  en  Wgns  Jpiralc,  font  toutes  opéra- 
tions trop  longues  à  détailler ,  &  qui  feroient  encore 
infufiifantes  pour  donner  une  idée  de  leur  délica- 
tefl^e  ;  il  n'y  a  guère  que  l'expérience  qui  puiflb  la 
faire  fentir. 

Je  ne  déciderai  pas  lefquels  des  deux  fpiraux  font 
les  meilleurs  d'être  d'acier  trempé,  ou  non  trempé  ; 
ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'efl  que  j'ai  vu  de  bons  effets 
par  les  uns  &  les  autres;  je  ne  penfe  pas  qu'il  foit 
connu  de  perfonne  ,  autrement  que  par  conjectures  , 
auxquelles  on  doit  donner  la  préférence;  les  raifons 
qu'on  donne  de  parr  ou  d'autre ,  me  paroiflant  trop 
fçibles  pour  être  rapportées. 


S  P  I 

De  rapplication  du  reflbrt  fpiral  au  balancier.  Sur 
l'axe  du  balancier  efl  ménagée  une  petite  afllette  pour 
recevoir  6c  faire  tenir  à  frottement  une  virole  qui 
cft  percée  par  une  ligne  qui  feroit  tangente,clnns  l'é- 
paiifcur  de  la  circonférence  :  ce  trou  efl  pour  rece- 
voii"  l'extrémité  intérieure  du  fpiral  ;  &  au  moyen 
d'une  goupille  qu'on  y  fait  entrer  avec  ,  ce  fpiral  fe 
fixe  &  s'arrête  fur  la  virole;  elle  efl  coupée  pour 
faire  un  peu  reflbrt  en  entrant  fur  l'afTiette  du  ba- 
lancier ;  ce  qui  donne  la  facihté  de  tourner  la  virole 
qui  tient  alors  par  une  preflion  élaflique  ;  le  balan- 
cier étant  placé  fur  la  platine  ,  la  cheville  de  renvcr- 
fement  eft  en  repos  fur  le  centre  d'échappement. 
Foyei  Renversement.  A  l'extrémité  extérieure 
du //^/r^z/ ,  fe  trouve  fur  la  platine  un  piton  percé 
pour  la  recevoir  avec  une  goupille  qui  la  ferre  &  la 
fixe.  Par  ce  moyen  le  balancier  ne  peut  point  tour- 
ner d'un  côté  ni  d'un  autre ,  fans  tendre  le  refjort 
fpiral.  Le  balancier  ainfi  placé  ,  la  roue  de  rencon- 
tre agit  par  une  de  ces  dents  fur  la  palette  fl  c'efl: 
une  verge  ,  &  fur  les  tranches  du  cylindre,  fi  c'en 
eft  un  ;  alors  elle  tend  le  reffort  fpiral  en  décrivant 
l'arc  de  levée  ;  mais  le  balancier  ne  parcourt  point 
fon  arc  de  levée  fans  gagner  de  la  force  pour  conti- 
nuer fon  arc  commencé  ,  qui  devient  par  cette  rai- 
fon  cinq  ou  fix  fois  plus  grand,  voye^  Recul  ,  Re- 
pos ,  Arc  de  supplément  ,  6-  Arc  de  levée  ,  oii 
le  refjon  fpiral  fait  un  fi  grand  rôle  en  s'oppofant 
aux  vibrations  du  balancier,  &  en  les  accélérant. 
(  Voyei  RÉGULATEUR  ÉLASTIQUE.  )  Sous  k balan- 
cier efl  placé  une  méchanique  qu'on  nomme  h  cou- 
llffcrie;  elle  confifte  en  une  roue  dentée  qui  engrène 
dans  le  râteau  qui  eft  une  portion  de  cercle  trois  ou 
quatre  fois  plus  grand  que  la  roue  ;  ce  râteau  eft 
denté  en  dehors  &  placé  concentriquement  au  ba- 
lancier ,  au-dedans  duquel  eft  réfervé  une  portion 
de  rayon  fous  lequel  eft  placé  deux  goupilles  entre 
lefquelles  fc  place  le  grand  trou  du  refjort  fpiral;  en 
fbrte  que  lortqu'on  tourne  la  roue  qui  porte  une  ai- 
guille de  rofette ,  ce  râteau  fe  meut,  &  les  deux  che- 
villes en  fourchettes  fui  vent  le  tour  du  fpiral^  &c  par 
conféquent  le  raccourciflent  ou  l'alongent ,  parce 
qu'il  efl  cenfé  prendre  naiflance  à  cette  fourchette. 
Il  faut  donc  faire  abftradtion  de  la  partie  excédante 
qui  va  de  la  fourchette  au  piton  où  l'extrémité  eft 
fixée ,  parce  que  cette  partie  ne  doit  avoir  aucun 
mouvement  par  les  vibrations  du  balancier  ;  c'eft 
pour  cela  qu'on  place  les  chevilles  très-proches  l'une 
de  l'autre  ,  pour  ne  laifTer  que  la  liberté  au  fpiral  de 
glifler  dedans;  puifque  par  cette  méchanique  l'on 
raccourcit  ou  alonge  le  rejfort  fpiral ,  il  devient  donc 
plus  fort  ou  plus  foible ,  il  retarde  ou  accélère  la  vî- 
teife  du  balancier  ;  c'eft  donc  véritablement  une  for- 
ce réglante  ;  j'ai  trouvé  par  l'expérience  que  les  pe- 
tits refjorts fpiraux  ,  relativement  au  balancier,  tou- 
tes chofes  égales  d'ailleurs  ,  étoient  ceux  qui  per- 
mettoient  les  plus  grands  momens  au  balancier  fans 
arrêter  au  doigt.  Pour  bien  placer  un  fpiral ,  il  faut 
qu'il  ne  bride  en  aucun  fens  ,  qu'il  laifte  le  balancier 
libre  d'opérer  les  vibrations  dans  toutes  leurs  éten- 
dues ;  ce  qui  fe  voit  aifément.  En  regardant  marcher 
la  montre  l'on  voit  s'il  tourne  bien  droit ,  fi  les  tours 
de  lames  jouent  dans  leurs  véritables  proportions, 
&c. 

Les  refforts  fpiraux  ne  perdent  point  de  leur  éla- 
fticité  par  le  mouvement  des  vibrations  ;  ils  fe  con- 
tractent &  fe  dilatent  par  des  efforts  parfaitement 
égaux;  j'ai  fait  à  ce  fujet  quelques  expériencesqui 
fervent  à  le  prouver.  Avec  la  machine  pour  le  frot- 
tement des  pivots,  le  balancier  étant  arrêté  par  le 
fpiral.,  je  donnois  jufqu'à  trois  tours  de  tention , 
ce  qui  comprimoit  \e  fpiral  autour  de  la  virole  ;  je  l'a- 
bandonnois  alors,  6c  ley/'/Viz/non-feuIcment  fé  déten- 
doit  des  trois  tours  i  il  faifoit  encore  trois  tours  à-r 


s  P  I 

peu-près  dans  le  fens  contraire ,  ce  qui  rendoit  le 
//>/r<î/ prefque  en  ligne  droite  ;  ilfaifoit  donc  fix  tours 
par  CCS  prciûiorcs  vibrations  qui  alloient  en  dimi- 
nuant d'étendue  jufqu'à  ce  qu'elles  s'arrêtaffcnt. 

J'ai  répété  cette  expérience  plufieurs  fois;  je  n'ai 
vu  aucune  altération  dans  Félafticité  du  f/nral  ;  donc 
à  plus  forte  raifon  ,  ne  la  perdra-t-il  pas  dans  les 
montres  où  les  plus  grandes  tenfions  ne  vont  jamais 
à  un  tour.  (  Anidz  de.  M.  Romilly^  Horlog.') 

SPIR,  VAL  PF. ,  {Géog.  mod.)  en  latin  FaUlsAfpe- 
TÎa  ;  vallée  de  France  dans  le  Roufîillon ,  arrofée  par 
le  Tec,  en  latin  Tedis  ,  &  environnée  des  Pyrénées 
de  tous  côtés ,  excepté  du  côté  de  l'orient.  Le  val 
de  Spir  étoit  autrefois  un  comté  qui  a  appartenu  aux 
comtes  de  Ccrdagne  ;  ce  n'efl  aujourd'hui  qu'une 
fous-viguerie  de  Perpignan.  Le  principal  lieu  de  cette 
vallée  efl  Prats  de  Moillo ,  que  Louis  XIV.  a  fait  for- 
tifier ,  &  qui  l'avoit  déjà  été  anciennement  en  1232.. 
[D.J.) 

SPIRACULA  ou  CHARONEJE  SCROBES , 
[Géog.  anc.')  Pline,  /.  //.  c.  xciij.  appelle  ainfi  des 
lieux  ou  des  cavernes  qui  exhaloient  des  vapeurs 
împeftées ,  capables  de  donner  la  mort  feulement 
lux  oifeaux ,  comme  une  caverne  du  mont  Sorafte , 
m  voifmage  de  Rome  ;  ou  capables  de  la  donner  à 
:outes  fortes  d'animaux  ,  à  l'exception  de  l'homme , 
:omme  on  trouvoit  quelques-unes  de  ces  cavernes 
m  difFérens  endroits  ;  ou  qui  quelquefois  la  don- 
loient  même  aux  hommes ,  comme  les  cavernes  des 
;erritoires  de  SinuefTa  &  de  Pouzzol.  Il  eft  parlé  dans 
5éneque  ,  natur.  quœjl.  1.  VI.  c.  xxv'ùj.  des  cavernes 
ritahe  ,  dont  les  exhalaifons  étoient  fatales  aux  oi- 
seaux ,  &  dangereufes  pour  les  autres  animaux ,  & 
iîîême  pour  les  hommes. 

Près  de  Naples,on  voit  une  caverne,  dont  on  a  parlé 
dans  ce  Diâionnaire,  appellée  par  les  Italiens  Grotia 
id cane, c'eft-à-dire, la  Grotte  du  ch'un^  parce  que fi  on 
^  jette  un  chien,  il  perd  fur  le  champ  tout  mouvement 
S<:  tout  fentiment ,  jufqu'à  ce  qu'on  le  plonge  dans  une 
sau  voifme  qui  lui  fait  reprendre  les  efprits  ,  &  lui 
rend ,  pour  ainfi  dire ,  la  vie  ;  d'un  autre  côté ,  cette 
vapeur  ne  nuit  point  aux  hommes.  Enfin  la  caverne 
du  territoire  de  Pouzzol ,  dont  Pline  fait  mention,  fe 
trouve  encore  aujourd'hui  à  la  gauche  du  lac  d'Agna- 
ni ,  appelle  vulgairement  lago  Agnano.  (Z>.  7.) 

S  PI  RARE  A  MORES  ,  (  Littérature.  )  refpirer  les 
amours  ;  dans  le  ftyle  des  Grecs  &  des  Latins  n'efl 
pas  ce  que  nous  entendons  ,  en  difant ,  refpirer  l'a- 
mour. Ces  deux  façons  de  parler  font  entièrement 
différentes  ,  &  fignifioient  des  chofes  fort  oppofées. 
Spirare  amores ,  &  en  grec ,  Ttulv  ipcùTAç  ,  refpirer  les 
amours  ,  c'efl-à-dire ,  les  faire  fortir  de  fes  yeux  ,  de 
fa  bouche  ,  &c.  ne  dire  pas  une  parole  ,  ne  pouffer 
pas  un  foupir  ,  ne  donner  pas  un  coup-d'œil  qui  ne 
faffe  naître  l'amour,  &  n'allume  cette  paifion.  Notre 
langue  n'a  point  de  terme  qui  puifTe  bien  exprimer 
cela.  Horace  difoit  à  Lycé  : 

Quofugit  Venus  ?  Heu  !  quove  color  decens  ? 
Quo  motus  ?  Qjiid  habes  illius  ,  illius  , 

Quœ  fpirabat  amores , 

(^uœ  me  furpuerat  mihi. 

»  Hélas  !  qu'efl  devenu  cette  fleur  de  jeunefTe  ,  ce 
»  gracieux  coloris  ,  ces  manières  enjouées  &  en- 
*>  gageantes  qui  animoient  toutes  vos  démarches  } 
»  Que  vous  refle-t-il  de  cette  Lycé  ,  de  cette  char- 
»  mante  Lycé  ,  qui  faifoit  naître  tant  d'amours  & 
»  qui  m'avoit  enlevé  à  moi-même  »  ?  La  traduftion 
qu'on  vient  de  lire  efl  paffable  ;  cependant  faire 
naître  tant  d'amours  ,  ne  rend  point  la  force  &  la 
beauté  du  latin  .,fpirare  amores.  {D.  /.) 

SPIRATION  ,  f  f.  terme  ufité  parmi  les  Théolo- 
giens ,  lorfqu'ils  traitent  du  myflere  de  la  Ste  Trinité, 
&  de  la  manière  dont  le  S.  Efprit  procède  du  Pcre 
&  du  Fils. 


S  P  I 

Ils  diflingucnt  deux  fortes  de  fpirations ,  l'une 
aftive  &  l'autre  pafTive.  h^fpiration  aftive  efl  raâion 
ou  la  notion  ,  par  laquelle  le  Père  &  le  Fils  de  toute 
éternité  produifent  le  S.  Efprit.  h^ifpiration  pafîive 
efl  la  notion  ou  le  caraftcre  ,  par  lequel  le  S.  Efprit 
efl'défigné  comme  procédant  du  Père  &  du  Fils. 

LesScholaftiques  difent  que  hjpiration  adive  n'efl 
pas  diflinguée  rcelleînent  de  la  paternité  &  de  la  fi- 
liation ,  parce  qu'elle  n'a  point  d'oppofition  relative 
ni  avec  l'une ,  ni  avec  l'autre.  Mais  ils  ajoutent  qu'elle 
en  efl  diflinguée  formellement ,  parce  qu'elle  ne  pré- 
fente pas  les  mêmes  idées  que  la  paternité  &  la  filia- 
tion, qu'on  la  définit  tout  différemment  ,  &  que  ce 
n'efl  pas  par  elle  ,  mais  par  la  paternité  &  la  filiation 
que  le  Père  &  le  Fils  font  confliîués  en  qualité  de 
perfonnes.  Voye^  Personne  ,  Paternité,  Filia- 
tion ,  Notion  ,  Trinité  ,  &c. 

SPIPv.E,  f.  f.  dans  r ancienne  Architecture ,  efl  quel- 
quefois employé  pour  la  bafe  d'une  colonne,  &  quel- 
quefois pour  aflragale.  Voye^  Base,  Astragale. 

Ce  mot  vient  du  latin  fpccrce ,  les  replis  d'un  fer- 
pent  qui  font  femblables  à  cela  ,  quand  ils  font  cou- 
chés par  terre  ,  ou  bien  du  grec  s-Tiiifse, ,  le  roulement 
d'un  cable.  Voyei  Base. 

SPIRE ,  (  Géog.  mod.  )  ville  d'Allemagne  dans  le 
bas  Palatinat ,  capitale  de  l'évêché  de  même  nom  , 
fur  le  bord  du  Rhin,  à  z  lieues  de  Phjlisbourg,  à  5  de 
Heidelberg ,  à  16  ou  environ  de  Strasbourg,  pref- 
qu'au  milieu  entre  ces  deux  places  ,  &  à  1 12  de  Pa- 
ris. Longit.  xG.y.  latit.  4^).  ly. 

Elle  étoit  anciennement  habitée  par  les  Nemetes  J 
&  ce  fut  pour  cette  raifon  qu'on  l'appella  Novioma- 
gus  Nemctum ,  civitas  Nemetum.  Elle  prit  avant  le  viij, 
fiecle  le  nom  de  Spire  ,  d'une  petite  rivière  qui  la 
baigne.  Roger  ,  qui  en  étoit  évêque  ,  la  fit  entourer 
de  murailles  dans  le  xj.  fiecle.  L'empereur  Henri  IV". 
la  mit  au  nombre  des  villes  libres.  Henri  V,  Frédéric 
II.  &  Venceflas  lui  accordèrent  fuccefrivement  de 
grands  privilèges.  Charles- Quint  y  fixa  la  chambre 
impériale  en  1530. 

Cette  ville  éioit  riche ,  grande  ,  heureufe  ,  libre  i 
&  bien  bâtie ,  lorfque  les  troupes  françoifes  en  1689, 
la  réduifirent  en  cendres,  conformément  aux  ordres 
de  Louis  XIV.  elle  fut  confumée  toute  entière  dans 
l'intervalle  de  quelques  heures  ,  &  elle  n'a  jamais  pu 
fe  rétablir  depuis  dans  jm  état  un  peu  favorable.  L'é- 
glife  cathédrale  qui  appartenoit  aux  catholiques  ,  & 
qui  pafToit  pour  un  chef-d'œuvre  de  fculpture  ,  dé- 
corée de  grandes  tours  pyramidales  aux  quatre  coins, 
ne  fut  pas  plus  épargnée  que  les  temples  des  calvinif- 
tes.  Ainfile  nom  françois  fut  également  abhorré  dans 
ce  terrible  défaflre  par  les  feftateurs  de  l'une  &  de 
l'autre  religion. 

Bêcher  (Jean-Joachim),  un  des  grands  chimifles  de 
l'Europe,  naquit  à  Spire  en  1645  ,&  mourut  en  i68i 
à  l'âge  de  37  ans.  Privé  des  biens  de  la  fortune  ,  il 
employoit  lanuit  à  étudier,  &  le  jour  à  enfeigner  , 
pour  pouvoir  fubfifler  &  faire  vivre  fa  pauvre  mère. 
Malheureux  à  Mayence  ,  à  Munich  &  à  Wirtzbourg 
par  la  jaloufie  de  {qs  ennemis  ,  il  fut  errant  pendant 
plufieurs  années  fans  pouvoir  trouver  en  Allemagne 
un  domicile  affuré.  Il  paffa  donc  en  Angleterre  ,  & 
mourut  à  Londres.  S'a  phyficafubterrama  efl  un  ou- 
vrage profond  ,  ainfi  que  fbn  trifoUum  HoUandicum  , 
feu  de  machinis  necejjariis  ad  opéra  ferici  aquarum  mo~ 
lendinorum  ^  &  artis  fujorix  metallo'-um.  Il  prétendit, 
dans  fon  livre  Intitulé  caracler  pro  notitià  Unguarum 
univerfali ,  fournir  une  langue  univcrfelle  par  le 
moyen  de  laquelle  toutes  les  nations  s'entcndroiont 
aifement;  c'efl  du  moins  le  fyflcme  d'un  homme  de 
génie.  Dans  un  de  fes  livres  écrit  en  allemand  ,  fous 
le  titre  de  \a  folie  fage  ,  &  de  \a  folle  fa  gijj'e.,'\\  rappor- 
te plufieurs  inventions  fort  utiles.  (D.  J.) 

Spire  ,  éyéché  de ,  {Géog.  mod.)  cvêchc  d'AUc- 


478 


S  P  I 


magne  clans  le  bas  Pal;itinat ,  entre  les  bailliages  de 
Neullat ,  de  Geanicrslieim  ,  de  Brctten  iSc  de  Hoidci- 
berg  ;  le  Rhein  le  divil'c  en  deux  parties.  On  ne  iau- 
roit  marquer  prcciléinent  Ictems  de  la  fondation  de 
cet  évcché.'On  lait  feulement  qu'il  eftdéja  fait  men- 
tion d'evc(.|ues  des  Ncmeies  dans  le  quatrième  fiecle. 
Les  empereurs  Othon  alFranchirent  l'cvêque  deS/>ire 
delà  jurifdit^ion  des  comtes;  Henri  II.  Conrad  II, 
Henri  III.  lui  rirent  des  donations  confidcrablcs.  L'é- 
tendue de  cet  évcchc  n'ell  pas  grande  ;  elle  conftfte 
en  des  plaines  fertiles,  fituées  avantageufemcnt  à  cau- 
fe  de  la  comnodité  du  Rhein.  Son  domaine  eft  com- 
pofc  de  cinq  ou  fix  bailliages.  Les  bourgs  les  plus  re- 
marquables font  W'eibftad  &  Bruchfal ,  fur  la  petite 
rivière  de  Saltz  ,  qui  ed  le  lieu  de  la  rcfidcnce  ordi- 
naire de  l'évêque.  Le  chapitre  de  Spire  eft  compofé 
de  neuf  chanoines  capitulaires  ,  &  de  douze  domici- 
liés. L'évêque  n'a  aucune  jurifdidion  dans  la  ville  de 
Spire  ;  elle  eft  libre  &:  impériale.  /-■6>j'é--en  V article. 
{D.J.) 

SPIREA  ,  f.  f.  {  Hift-  nat.  Bo:an.)  fpirœa  ;  genre 
de  plante  à  fleur  en  rofe  compofce  de  plufieurs  péta- 
les difpofces  en  rond.  Le  piflil  fort  du  calice  &C  de- 
vient dans  la  fuite  un  fruit  compolé  de  plufieurs  fili- 
ques  qui  renferment  une  femence  oblongue.  Tour- 
nefort ,  /.  R.  H.  vnye^  Plante. 

La  principale  des  efpcces  defpirœa  eft  à  feuilles  de 
faule  ;  c'eft  un  arbrilfcau  qui  croît  à  la  hauteur  d'en- 
viron trois  pies  ,  pouffant  plufieurs  rameaux  grêles 
couverts  d'une  ccorcc  rouge  ,  portant  beaucoup  de 
feuilles  longues  &  étroites  comme  celles  du  faule  , 
dentelées  en  Leurs  bords,  vertes  en-deifus,  rougeft- 
tres  en-deffous  ;  d'un  goût  aflringent ,  tirant  fur  l'a- 
mer. Ses  fleurs  font  petites  ,  difpofées  aux  fommités 
des  branches  en  manière  de  grappes  ou  d'épis  longs 
prefque  comme  le  doigt ,  &  aflTez  gros.  Chacune  de 
ces  fleurs  ell  compofée  de  cinq  pétales  incarnats  dif- 
pofés  en  rofe,  &  foutenus  par  un  calice  découpe  en 
étoile.  Après  qu'elles  font  paflTées  ,  il  paroît  un  fruit 
compcfé  de  plufieurs  gaines  difpoiées  en  manière  de 
tête  ;  on  trouve  dans  chacune  de  ces  gaines  des  fe- 
mences  menues  ,  applaries ,  jaunâtres.  On  cultive 
cet  arbrifleau  dans  les  jardins  ,  aux  lieux  fombres  &c 
ombrageux.  (D.J.) 

SPIREO ,  {Gdog.  mod.  )  cap  de  la  Morée  ,  dans  la 
Zacanie  fur  la  côte  du  golfe  d'Engia  ,  au  midi  de 
l'île  de  ce  nom ,  &  au  fud-ouefl  de  celle  de  Doruffa. 

SPIRES  ,  (  Conchyl.  )  contours  ,  circonvolutions 
de  la  vis  d'une  coquille ,  ou  que  la  coquille  forme  au- 
tour de  fon  fût. 

SPIRIQUES,  LiGNFS  ,  (  Gcom.  )  efpeces  de  cour- 
bes inven-tées  par  Perléus  ,  &  qu'il  ne  faut  pas  con- 
fondre avec  les  fpirales.  M.  Montucla  a  trouvé  dans 
Proculus  ce  que  c'étoit  que  lignes  fpiriques.Qç  com- 
mentateur les  décrit  afl'ez  clairement.  Il  nous  apprend 
que  c'étoicnt  des  courbes  qui  fe  formoicnt  en  cou- 
pant le  folide  fait  par  la  circonvolution  d'un  cercle  au- 
tour d'une  corde  ,  ou  d'une  tangente  ,  ou  d'une  ligne 
extérieure.  De-là  naiffoit  un  corps  en  forme  d'an- 
neau ouvert  ou  fermé  ,  ou  en  forme  de  bourlet  ;  ce 
corps  étant  coupe  par  un  plan ,  donnoit ,  fuivant  les 
circonflanccs  ,  des  courbes  d'une  forme  fort  fingu- 
liere  ,  tantôt  alongées  en  forme  d'ellipfe  ,  tantôt 
applaties  &  rentrantes  dans  leur  milieu,  tantôt  fe 
coupant  en  forme  de  nœud  ou  de  lacet.  Perféus  con- 
fidéra  ces  courbes,  &  crut  avoir  fait  une  découverte 
fi  intéreflantc  ,  qu'il  facrifia  à  fon  bon  génie.  Montu- 
cla ,  hiji  des  Matkcm.  lom.  I.  (D.J.) 

SPIRITUALITÉ  ,  f.  f  (  Cramrti.  )  on  dit  la^m- 
tualité  de  l'ame,  pour  défigner  cette  qualité  qui  nous 
efl  inconnue  ,  &  qui  la  diflingue  efiéntiellementdela 
matière.   Voye^  l'article  k^it.. 

Le  même  mot  fe  prend  aufll  pour  ime  dévotion 
honnête  ,  recherchée  ^  qui  s'occupe  de  la  méditation    j 


S  P  I 

de  ce  qu'il  y  à  de  plus  fubtil  &  de  plus  délié  dans  l*" 
religion. 

SPIRITUEL,  adj.  (Gramm.)  qui  efl:  efprit,  qui 
efl  d'une  nature  cffcntiellement  différente  de  la  ma- 
tière ;  en  ce  fens  il  s'oppole  à  maicrid.  Vètrç  f'jïn- 
t//e! ;  l'être  matériel.  Il  fe  prend  auffi  pour  défigner  l,i 
qualité  de  l'homme  que  nous  appelions  Vefprit.  C'cfl: 
un  homme  très  -  fpiritucl  ;  cette  penfée  eft  tris-Jpiri- 
iiulli.  On  le  dit  des  perfonnes  qui  s'occupent  de  la 
contempUition  des  chofcs  divines.  Les  religieux  ont 
des  pères  f^irhiids  &  des  pères  temporels.  La  vie 
fpiriiiullc  a  des  douceurs.  Spirituel  s'oppofc  à /t;/7?;>o- 
nl  (k  à  civil  dans  ces  phrafes  :  le  glaive  J'pirituel  ;  la 
puifI"ance//'/r/V«t//<;,  S'il  efl;  fi  difficile  de  pofer  des 
bornes  entre  la  [niiffance  temporelle  &  la  puifîance 
JpiriiuclU  ,  c'efl  que  chacune  cherche  à  étendre  (cg 
prérogatives.  L'alliance  fpiiituclU  efl  celle  que  l'on 
contrade  avec  Dieu  pnr  des  vœux  religieux.  J^ 
co\-Mx\\.\\-\\ox\fpiritudk  efl  la  part  que  les  affiflans  pren- 
nent A  la  conimunion  du  prêtre.  Il  y  -ù.  des  incefles 
fpiritusls.  Les  Valentiniens  s'appelloienty/?i/7/«^/i,  ôc 
ils  donnaient  aux  Catholiques  le  nom  é.<i  pfy  chique  s. 
Ceux  d'entre  les  frères  mineurs  qui  dans  le  xjv.  fiecle 
s'attachèrent  à  toute  l'auflcrité  de  la  règle  de  S.  Fran- 
çois ,  fe  diftinguerent  des  autres  par  l'épithete  dej^i- 
rittiils. 

SPIRITUEUX,  adj.  (Gram.)  qui  efl  pWin  de  ce 
que  les  chimifles  appellent  efpiits.  Foye^  Esprit, 
Chimie.  La  diflillation  extrait  des  corps  ce  qu'ils 
ont  de  plus  J/uriiucux.  Les  bons  vins  fonîtrès-yz-iri- 
tueux. 

SPIRITU-SJNCTO  ,  (Gcog.  mod.)  capitainie  de 
l'Amérique  méridion.ile  au  Bréfil ,  fur  la  côte  orien- 
tale ,  ù  lO  degrés  de  latitude  méridionale.  Elle  efl: 
bornée  au  nord  par  la  capitainie  de  Porto-Séguro, 
au  midi  par  celle  de  Rio-Janeiro  ,  &  à  l'orient  par 
la  mer.  Ses  limites  ne  font  point  fixées  du  coté  de 
l'occident.  Ce  gouvernement  pafl^e  pour  le  plus  fer- 
tile de  ceux  du  Bréfil ,  &  le  mieux  fourni  de  toutes 
les  chofes  néceffaires  à  la  vie.  L'on  y  fait  comincrce 
de  coton  &:  de  bois  de  Bréfil.  Il  n'y  a  dans  ce  eou- 
vernement ,  qui  appartient  aux  Portugais  ,  qu'une 
feule  ville  de  même  nom.  (Z).  /,  ) 

SpiRITU-SanCTO  .,  la  ville  de,  (Géog.  mod.) 
ville  de  l'Amérique  méridionale  au  Bréfil ,  capitale 
du  gouvernement  de  ce  même  nom,  fur  le  bord  de 
la  mer,  avec  un  port.  Elle  n'a  ni  remparts  ,  ni  mu- 
railles ;  elle  efl  fituée  furie  bord  de  la  mer  avec  un 
port,  qui  efl  une  petite  baie,  ouverte  vers  l'orient, 
&  parfemée  de  petites  îles. 

SPIROLE  ,  i.  f.  terme  d'Jrtillerie  ,  vieux  mot  ;  Ra- 
belais dit,  /.  /.  c.  xxvj.  bombards,  ïàvdccns ,J puais, 
&C  autres  pièces.  Lajpiro/e  étoit  une  manière  de  pe- 
tite colevrine  ,  ainfi  appcllée  de  fpira ,  tortillement 
en  ligne  fpirale  ;  ik  l'on  a  donné  ce  nom  à  hfpirolc^ 
foit  à  cauf'e  de  la  tortuofité  du  chemin  que  faiioit  (oa 
boulet  ;  foit  pour  diflinguer  cette  pièce  d'artillerie 
de  plufieurs  autres  ,  que  le  fiflement  de  leurs  boulets 
feaiblable  à  celui  des  ferpens ,  avoit  déjà  fait  nommer 
bajilics  ,  Jerpcmiries  ,  &  coulevnnes.  (  D.  J.  ) 

SPITALL,  (  Géog.  tîiod.)  petite  ville  d'Allemagne, 
dans  la  haute  Carimhie,aux  frontières  del'évêchéde 
Saltzbourg  ,  fur  la  Lifer  ,  près  fon  embouchure  dans 
laDrave. 

SPITHAME  ,(.ï.(  M.fure  anc.  )  nom  équivoque 
qu'on  avoit  donné  chez  les  Grecs  à  deux  mefures  dif- 
férentes, dont  l'une,  afl'ez  rare  faifôJt  feulement  ta 
moitié  de  l'autre  ,  &  n'étoit  que  la  quatrième  partie 
de  la  coudée ,  compofée  de  fix  doigts  grecs  ,  qui  re- 
venoient  à  quatre  doigts  romains.  La  g^r^nde Jpithamt 
étoit  la  moitié  de  la  coudée  greque ,  &C  les  trois  quarts 
du  pié ,  d'où  vient  qu'on  y  comptoit  douze  doitgs  , 
comme  on  en  comptoit  fix  à  la  petite.  C'efl  du  moins 
là  l'opinion  de  M.  de  la  Barre  que  nous  ne  préteu- 


s  P  L 

îons  pas  garantir ,  mais  on  peut  le  confultér  dans  les 
vém.  desinfcript.  tom.  XIX.  {D.  7.) 

SPITHÉAD,  (Geog^  wo^O'   ^^'^^   d'Angleterre, 
lans  le  Hant-Shire  ,  au  nord-efl ,  entre  la  ville  de 
'ortlinouth  &  l'île  de  \Vi^ht.  C'cit  le  rendez-vous 
le  la  flotte  royale,  foit  qu'elle  aille  à  l'oueft,  oir 
[u'elle  rr vienne  à  i'eft. 

SPIÏZBiiRG  ,  I.P  ,  (o%.  mod.)  pays  de  la  terre 
\rdique  ,  dans  i  Océan  fententriona! ,  ainfi  nommé 
L  caufe  de  la  quantité  de  iiii  moatagnes  aiguës.  Les 
^nglois  rappelîe.i.'  Niiw-lund,  11  e(i  fort  avancé  au- 
lefiiis  de  la  Norv/ege.  vers  le  norci,  à  la  haut>.ur  d-^  80 
legrés  de  latitude  ,  entre  la  nouvelle  Zemble  à  l'o- 
ient, &  le  Groenland  à  l'occidr-nt,  à  près  de  trois 
ens  lieues  de  chacui.e  de  ces  contrées.  Il  fut  décou- 
vert en  1 596 ,  &  ainfi  nommé  par  Guillaume  Barents 
'•C  Jean  Cornelis  ,  hoUandois  ,  qui  cherchoient  un 
hemin  pour  aller  à  la  Chine  ,  par  la  mer  Glaciale. 

On  a  reconnu  que  le  Spit{birg  eiî  divilé  en  deux 
»arties  :  celle  qui  ell  au  couchant  elt  une  grande  île, 
[ui  s'étend  du  ieptentrion  au  midi  l'efpace  de  près 
le  deux  cens  mille  pas  ;  &  celle  qui  eft  au  levant , 
'ft  une  autre  île  plus  petite ,  nommée  la  nouvdU 
uife. 

Il  n'y  a  ni  villes  ,  ni  vlll?igcs  connus  dans  ce  pays 
.  caufe  du  grand  froid  qu'il  y  foit ,  mais  feulement 
[uelques  ports ,  comme  la  baie  de  Hoorn ,  la  baie  des 
iinglois  ,  la  baie  des  Bafques  ,  le  golfe  de  Way  ,  & 
[uelques  autres  ports  fréquentés  par  les  Anglois , 
£S  HoUandois  ,  les  Hambourgeois ,  pour  la  pèche  de 
a  baleine  ,  qui  y  eft  meilleure  qu'en  aucun  autre 
•ays  du  pôle  arftique  ;  m.ais  les  glaces  dont  toutes  les 
ôtes  du  Spit^l^erg  font  couvertes,  en  rendent  la  na- 
'igation  très-dangereufe.  {D.  /.) 

SPLANCHNOLOGIE,f  f.  en  Anatomk^  traité  ou 
xplication  des  vifceres  ,  où  eft  repréfenté  Tobjet  de 
ette  partie  de  l'anatomie.  Ko^e^  Viscère. 

Ce  mot  eft  formé  du  grec  «■■mK^yx^'^^  ->  vifczn ,  in- 
eflin  ,  Ai?>ef ,  dijcours, 

La  farcologie  eft  divifée  en  trois  parties  ;  fa  voir, 
\Jplunclinologie  ,  lamyologle  ô^l'angeiologie.  f^oye^ 
Iarcologie.  La  Jplancknologie  eft  celle  qui  traite 
les  parties  internes,&;  particulièrement  des  vifceres. 

SPLENDEUR  ,  f  f.  (  Gram.  )  éclat.  La  fplendcur 
les  aftres.  Il  fe  prend  au  figuré  ;  lafplendiur  de  fon 
lom  ,  de  fa  maifon,  de  fes  digiùtés.  hzfpUndmr  de 
'ancienne  Rome. 

SPLENDIDE,  adj.  {Gram.)  fomptueux.  Un  re- 
las /plcndide  ,  une  tdblefplendid:. 

SPLÉNETIQUE  ,  adj.  {Médecine.)  il  fe  dit  de  ce- 
ui  qui  eft  attaqué  d'opilations  &  d'obftruûions  dans 
a  rate.   f^ojeiRATE. 

Dans  \ts  fplénaïques ,  la  ratte  eft  gonflée  plus  qu'à 
'ortlmaire  ,  ou  durcie  ,  de  façon  qu'on  y  apperçoit 
me  tumeur  skirrheufe. 

On  connoît  les  perfonnes^/eW/^aei  par  leur  teint 
Ivide  &  plombé.  Leur  caractère  eft  d'être  portées  à 
ire;  ôi  c'eft  un  expédient  dont  on  iuppoie  que  la  na- 
ure  fe  fert  pour  évacuer  l'humeur  trop  abondante 
lont  la  rate  eft  furchargée  ;  c'eft  pourquoi  les  an- 
:iens  difoient  que  l'organe  du  rire  réfidoit  dans  la 
ate  ;  c'eft  auifi  à  caufe  de  cela  que  quand  quelqu'un 
■it  bien  ,  on  dit  qu'il  décharge  la  rate.   /^oj-e^RiKE. 

Splénetique,  fe  dit  aulfi  des  remèdes  indiqués 
Inns  les  obftrudiions  de  la  rate  ;  tels  font  les  eaux 
minérales  ferrugineulcs  ,  favonneufes  ,  &  autres  de 
)areine  nature,  t'^oyei  Obstruction  &  Rate. 

SPLÉNIQUE  ,  adj.  en  Anatomic,  fe  dit  des  parties 
5u''  ont  quelque  relation  avec  la  rate.  A'oye^RATE. 

L'artère  ipUnique  ,  arariaJpUnica  ,  eft  un  tronc  de 
a  ccliaque  gauche  qui  lert  à  porter  le  lang  de  cette 
irtcre  à  la  rate  ,  pour  y  être  iéparé  ,  préparé  ,  &c. 
on  cours  eft  bien  tortueux  ,  Se  après  qu'elle  eft  arri- 
iQQ  à  la  furxace  de  la  ratte  ,  elle  le  répand  dani  toute 


S  P  L 


479 


'   fa  fubftance  en  petites  branches  ,  cjiii  femblent  abou- 
tir aux  petites  cellules. 

La  veine  fpUniqm ,  venafplenica  ,  fe  form.e  au-de* 
hors ,  des  différentes  petites  veines  de  la  rate  oui  s'u- 
niffent  en  quittant  fa  furface.  Elle  porte  le  iang  qui 
refte  après  la  fécrétion  qui  s'eft  faite  dans  la  rate  ,  à 
la  branche  gauche  de  la  veine  porte,  pour  être  de-là 
portée  au  foie  ,  où  il  doit  être  préparé  davantage ,  & 
converti  en  bile.  Noyei  Foie  &  Bile. 

La  veine  &  l'artère  fplénique  communiquent  vifi- 
blement  l'une  à  l'autre  ;  car  aufli-tôt  qu'on  a  verfé 
de  l'eau  dans  l'une ,  elle  fe  vuide  aufli-tôt  par  l'autre, 
f^oyei  Rate. 

Splénique  ;  ce  terme ,  outre  fa  fignification  ana- 
tomique,  exprime  la  vertu  des  médicamens  qui  con- 
viennent aux  maux  de  la  rate.  F'oyei  au  mot  Rate, 
les  opérations  &  remèdes  propofés  en  faveur  deS 
ratileux.  (F) 

SPLENIUS ,  en  j4natomie  ^  eft  une  paire  de  muf- 
clés,  qu'on  appelle  aufli  triangulaires  à  caufe  de  leur 
forme. 

Ils  viennent  des  cinq  apophyfes  éplneufes  fupé- 
rieures  des  vertèbres  du  dos ,  &  de  la  dernière  du 
col,&  du  ligament  cervical ,  &  montant  oblique- 
ment s'attache  aux  apophyfes  tranfverfes  des  deux  ou 
trois  vertèbres  fupérieures  du  col,  &  s'infèrent  à  la 
partie  poftérieure  de  l'apophyfe  maftoïde ,  &  à  la 
partie  voifme  de  la  ligne  tranfverfe  de  l'occipital/ont 
a^^eWés  fplénius ,  parce  qu'ils  reffemblent  à  la  rate 
d'un  bœuf.  On  les  appelle  encore  majloïdiens  pof- 
térieurs. 

SPLUGERBERG  ,  montagne  de  ,  {Gêog.  mod.^ 
montagnes  des  Grifons ,  de  la  haute  ligue  ,  dans  la 
communauté  de  Schams.  Cette  montagne  a  2  lieues 
de  m.ontée  jufqu'au  fommet ,  &  environ  3  lieues  de 
defcente  du  côté  de  FltaUe.  Il  y  a  un  hôtellerie  fur 
la  cime ,  &  une  grande  plaine  qui  produit  de  la  bonne 
herbe  ,  qu'on  fauche  en  été.  {D.  J.) 

SPODIUM,  f.  m,  {Minéralogie.)  eft  une  efpece  de 
chaux  ou  de  cendre  de  métaux  ,  qu'on  regarde  com- 
me un  cardiaque  ,  &  à  laquelle  quelques-uns  accor- 
dent les  mêmes  vertus  qu'au  corail,  yoyci  Corail. 

Le  fpondium  des  anciens  grecs  étolt  une  efpece  de 
récrément  grisâtre  qu'on  trouve  en  forme  de  cen- 
dres dans  la  terre  des  fourneaux  où  on  a  fondu  de  l'ai- 
rain ;  ils  l'appelloient  <j<moS'iiiv ,  qui  lignifie  à  la  lettre 
ceîidres. 

S  podium  eft  une  poudre  de  métaux ,  qui  refTemble 
beaucoup  ,  par  fon  origine  &  fon  ufage  ,  à  la  tutie  & 
au  pompholix  ,  à  l'exception  qu'il  eft  plus  pefant. 
Voye^  TuTiE  &  Pompholix. 

Les  [podium  des  médecins  arabes  ,  comme  Avi- 
cenne  &  autres  ,  étoit  compofé  des  racines  de  buif- 
fons  &  de  rofeaux  brûlés. 

Quelques  modernes  font  aulîi  une  forte  àefpodium 
d'ivoire  brûlée  &  calcinée.  On  le  contrefait  fouvent 
avec  des  os  de  bœuf  ou  de  chien  brûlés  ;  mais  il  n'eft 
pas  fi  bon. 

L'antifpodium  que  les  anciens  ont  fubftitué  à  leur 
fpodium  étoit  fait  de  feuilles  de  mirthes  ,  de  noix  de 
galle  ,  ik.  autres  drogues  calcinées. 

SPOLETE,  DUCHÉ  DE,  {Géogr.  mod.)  duché  d'I- 
talie ,  dans  l'état  de  l'Eglife.  Il  eft  borné  au  nord  par 
la  marche  d'Ancone  ôc  le  duché  d'Urbln  ;  au  midi 
par  la  Sabine  &i  le  patrimoine  de  S.  Pierre  ;  à  l'orient 
l'Abruzze  ultérieure  ;  6c  à  l'occident  par  l'Orvictano 
Sl  le  Pérufin.  Son  terroir  ,  quoique  marécageux, eft 
extrêmement  fertile.  Les  rivières  qui  l'arrolont  font 
le  Tibre  ,  la  Ncra  Se  leTopino.  Ses  principaux  lieux; 
font  Spolcto  ,  capitale  ,  Trevi ,  Foligni ,  Bev.igna  , 
Otricoli ,  lliéti ,  Spello,  &c. 

Cette  province  ,  qu'on  appelle  indifféremment 
Omb'ie  ou  duché  di  Spvlctc  ^  commcnçi  A  être  con- 
nue fous  ce  dernier  nom  en  572 ,  que  Longin  ,  exar- 


4^0 


S  P 


o 


«lie  de  Ravcnné ,  y  établit  des  ducs ,  fous  l'autorîté 
des  empereurs  d'oVient.  Celt  Charlcmagnc  qui  vers 
i\m  780  ,  tît  prêtent  à  l'Eglile  du  dncki  de  Spoletc  6i 
de  fcs  dépendances  ,  cjui  peuvent  avoir  47  milles  du 
nord  au  I'lkI  ,  &:  65  milles  de  l'elt  à  l'oueft.  {D.  /.) 

SPOLETIUM  ,  (  6Vcw.  'inc.  )  ville  d'Italie  chez 
!es  Villumbres  ,  lelon  Ptolomée ,  /.  IIL  c.j.  Velléius 
Paterculus  ,  /.  /.  c.  xiv.  &  Tite-Live  ,  eplfi.  20.  eu 
font  une  colonie  romaine  ;  6c  Florus  la  compte  au 
nombre  des  municipcs  les  plus  célèbres  d'Italie.  Ses 
habitans  font  appelles  SpoUtinï  dans  Pline  ,  /.  ///. 
•c.  xiv.  &  pcpulus  fpoUtïnus  dans  Ciceron ,  pw  balbo , 
c.  XX}.  On  lit  dans  une  ancienne  infeription  ,  rap- 
portée par  Gratter  ,  p.  4y6'.  nP.  7,  ordoJ'poUtinorum, 
génitif  torméiiejpo/etium,  félon  Cellarius,&  noudc 
Jpol:tum,  comme  écrivent  par  erreur  quelques  mo- 
dernes ,  qui  ont  voulu  former  le  nom  latin  de  cette 
ville  fur  celui  qu'elle  porte  aujourd'hui  ;  car  c'eft  de 
la  y'iWe  S folcie  dont  il  eft  quellion.Symmaquc,  /.  II I. 
epifl.  11.  donne  à  SpoUu  le  nom  de  bonne  ville  ,  & 
lui  attribue  la  gloire  d'être  la  mère  des  meilleurs  ci- 
toyens. (Z).  J.) 

SPOLETO,  {Géogr.  mod.')  les  François  écrivent 
SpoUte  ,  en  latin  Spoletum  ^  ou  SpoUtium,  dont  le 
territoire  s'appelloit  Jger  fpoUiinus. 

SpoUto  eft  une  ville  d'Italie ,  dans  l'état  de  l'Eglife, 
capitale  du  duché  de  même  nom,  à  10  lieues  au  fud- 
çfl  de  Péroufc ,  &  à  20  au  nord  de  Rome  ;  elle  eft 
bâtie  en  partie  fur  une  colline  ,  &  en  partie  dans  la 
plaine  ,  dont  la  communication  fe  friit  par  le  moyen 
d'un  pont  foutenu  de  vingt-quatre  gros  pilaflres,  que 
l'on  a  rangés  avec  beaucoup  d'art. 

Son  château  paffe  pour  un  des  plus  forts  de  l'Italie; 
fon  évcchc  ne  relevé  que  du  faint  fiege  ;  la  cathédra- 
le efl  un  affez  beau  bâtiment  ;  le  territoire  de  cette 
ville  produit  beaucoup  de  bons  fruits  ,  d'huile  ,  d'a- 
mande ,  du  blé  ,  &  des  vins  ;  il  étoient  autrefois  fa- 
meux, car  Martial  en  parle  ,  &  les  préfère  aux  vins 
de  Salerne  même.  Long.^O.xC  l'util.  42.44. 
"  Tous  les  anciens  ont  parlé  de  Spolete,  capitale  des 
Villumbres  ;  Tite-Livc  en  particulier  fait  l'éloge  de 
cette  ville  ,  dont  Annibal  tenta  vainement  le  liege , 
après  fa  défaite  par  les  Romains ,  auprès  du  lac  de  Pe- 
rugia.  Théodoric  ,  roi  des  Goths  ,  y  fit  bâtir  un  pa- 
lais que  les  Goths  détruifirent  après  fa  mort ,  ainli 
que  le  théâtre.  Frédéric  Barberouffe  faccagea  cette 
ville  ,  parce  qu'elle  foutenoit  le  parti  du  pape  Ale- 
xandre III.  Les  Pérufms  la  furprirent  &  la  brûlèrent 
en  1314  ;  mais  elle  s'eft  rétablie  de  tous  fes  mal- 
heurs. On  y  voit  encore  quelques  fragmens  anti- 
ques, de  foibles  relies  d'unamphitéâtre ,  &  quelques 
marbres  détachés  ;  mais  fon  aqueduc  eil  un  ouvra- 
ge digne  de  la  curiofité  des  voyageurs. 

Cet  aqueduc  ,  fondé  fur  le  roc,  s'élève  à  105  toi- 
fcs  ,  c'ell-à-dire  à  630  pies  ,  pour  joindre  enfemble 
deux  montagnes  voifmes  ;  cet  ouvrage,  que  k  tra- 
dition du  pays  attribue  à  Théodoric  ,  eft  peut-être  le 
morceau  d'architefture  gothique  le  plus  hardi  &  le 
plus  haut  que  l'on  connoifle  dans  le  monde  ;  il  fubfif- 
'te  prefque  dans  fon  entier,  &  continue  depuis  tant 
de  fiecles  à  porter  de  l'eau  dans  la  ville;  il  fert  auffi 
de  pont  pour  y  pafter.  (Z?.  7.) 

SPOLIARIL^M  ,  f.m.  {Antiq.  rom.)  c'étoitchez 
les  Romains  la  chambre  des  bains,  deftinée  à  s'habil- 
ler ci  fe  déshabiller  avant  &  après  le  bain.  Ce  mot 
défi^noit  encore  l'endroit  de  Rome  oiil'on  traînoit  , 
&  ou  l'on  dépouilloit  les  corps  des  gladiateurs  qui 
avoient  été  tués  en  combattant.  (^D.J.) 

SPOLIATION  ,  f.  f  (  Gram.  &  Jurifpr.  )  eft  l'ac- 
tion de  dépouiller  quelqu'un  de  quelque  chofc,  com- 
me de  les  papiers  ,  de  ion  argent ,  de  fes  meubles , 
&  autres  effets.  Ld  fpoliacion  d'une  hoirie  eft  lorf- 
qu'on  enlevé  d'une  fuccelfion  le  tout  ou  partie  des 
effets  qui  la  compofoient ,  ce  qui  eft  appelle  en  droit, 


SPC 

crtmen  expllaia  hxreditatis.  /^"oyc^DlVERTISStlVÏEN'f^ 
Enlf.vemf.nt  ,  RÉCELÉ,  Vol.  (  A) 

SPONDAIQUE,  adj.  (  Linêrat.  )  forte  devers 
hexamètre  dans  la  poéfie  greque  &  latine,  ainfi nom- 
mé parce  qu'au  lieu  d'une  dattyle  au  cinquième  pie 
il  a  un  l'pondée,  ce  qui  eft  une  exception  à  la  règle 
générale  de  la  conftru^lion  du  vers  hexamètre.  Tels 
lont  ceux-ci  : 

Nec  trachia  longo , 

Margine  tcrramm  porrexerai  aniphiirite.  Ovid. 

Suprcmamque  auram^  poncns  capin^  expiravit.\'\àa.i 

Ces  fortes  de  vers  l'ont  fort  exprefïifs  par  leur  ca- 
dence ,  mais  il  n'eft  permis  qu'aux  grands  poètes  de 
les  employer.  Homère  en  eft  plein.  Perîbnne  n'a 
peut-être  remarqué  ,  dans  ce  poète  ,  qu'il  eft  rare  de 
lire  vingt  vers  de  l'Iliade  ,  fans  en  rencontrer  un  ou 
deux  Jpondaïques. 

SPONDAULA  ,  f.m.  (^3rot■<^o^t/^H? ,  dansl'antiqui* 
té  étoit  un  joueur  de  fliue  ,  ou  d'autre  inftrumcnt  à 
vent  de  cette  efpece ,  qui ,  pendant  qu'on  offroit  les 
facrifices,  jouoit  à  l'oreille  du  prêtre  quelque  aircon-' 
venable  ,  pour  l'empêcher  de  rien  écouter  qui  pût 
lediftraire  ou  diminuer  Ion  attention.  Foye^  Sacri- 
fice. Ce  mot  eft  formé  du  grec  av^ovS'»  ,  Ubadon^  & 
«i/Acç  ,  pûtc.  (>S'  ) 

SPONDÉE  ,  f.  m.  (  Littérature^  dans  la  profodie 
greque  &  latine ,  c'eft  une  mefure  de  vers  ou  pié  com- 
pofé  de  deux  fyllabes  longues,  comme  vërtûnt^dïvds^ 
càmpbs.  Voyci  PlÉ,  QUANTITÉ. 

hcfpondée  eft  une  mefure  grave  &  lente  ,  à  la  dif- 
férence du  daftile ,  qui  eft  rapide  &  léger  ;  tous  les 
vers  hexamètres  grecs  &  latins ,  finiflent  ordinaire- 
ment par  un7/7o/2</ee.  Fo>'e{  Vers  &  Mesure. 

SPONDIAS  ,  f.  m.  (  Hijl.  nat.  Bot.  )  nom  donné 
parLinnaeus  au  genre  de  plante  que  le  P.  Plumier  ap- 
pelle moubin ,  en  voici  le  caraftere. 

Le  calice  de  la  fleur  eft  permanent ,  il  eft  d'une  feu- 
le feuille  divifée  dans  les  bords  en  cinq  quartiers  :  la 
fleur  eft  compofée  de  cinq  pétales  ovoïdes  &  dé- 
ployées ;  les  étamines  font  neuf  filets,  de  la  longueur 
du  calice,  &  du  nombre  defquels  il  y  en  a  cinq  placés 
circulairement  ;  les  boflctes  des  étamines  font  fim- 
pies ,  le  germe  du  piftil  eft  ovale  ,  le  ftile  eft  très-pe- 
tit ,  &c  fe  termine  par  trois  ftigma  obtus  ;  le  fruit  eft 
une  baie  ovale  ,  renfermée  dans  chaque  cellule ,  & 
quelquefois  cette  baie  contient  quatre  noyaux.  V\\X' 
nv.er  .,gen.  21.  lÀnn.  gen.  plant,  p.  iy5.{JD.  /.) 

SPONDIASME  ,  f.  m.  {Mufique  anc.  )  c'eft  ,  dit 
Ariftide-Quintilien,  une  forte  d'intervalle  qui,  avec 
deux  autres  nommées  Ik^vg-h  &  îiiÇoXti ,  exolutio  & 
ejeclio.,  étoient  mis  en  œuvre  par  les  anciens  ,  pour 
caraftérifer  différentes  harmonies  ,  ou  diffcrens  mo- 
des. Selon  lui,  ïiKXua-iç  étoit  un  relâchement  qui  baif- 
foit  la  corde ,  ou  le  fon  de  la  quantité  de  trois  dièfes, 
ou  de  trois  quarts  de  ton  :  le  fpondiafme  les  hauffoit 
de  la  même  quantité  ,  &:  ViiiCo'ht\  de  cinq  dièfes.  Le 
Le  vieux  Bacchius  définit  de  même  rê'«>,i;.j-/f  &  l's  kCoXv  ; 
mais  il  ne  dit  pas  un  mot  du  fpondiafme,  non  plus  que 
Méibom.  Malgré  leur  filence ,  on  doit  préfumer  que 
le  fpondiafme ,  ainfi  que  les  deux  autres  intervalles, 
n'avoit  lieu  que  dans  le  genre  enharmonique.  {D.  /.) 

SPONDIUS ,  (  Mychol.  )  Apollon  avoit  un  autel 
dans  le  temple  d'Hercule,  à  Thèbes,  fous  le  nom  de 
fpondius,  c'eft-à-dire  Apollon  qui  préfide  aux  traités. 
Cet  autel  étoit  fait  de  la  cendre  des  viftimes  ;  là  fe 
pratiquolt  une  efpece  de  divination  tirée  de  tout  ce 
que  l'on  a  pu  apprendre ,  foit  par  la  renommée ,  foit 
autrement.  (Z>.  /.) 

SPONDYLE  ;  f.  m.(Hif.  nat.Conchyliog.)  nom 
générique  que  l'on  a  donne  à  différentes  efpects  de 
coquilles,  /^oye^ Coquille. 

Spondyle,  ou  Pié-d'ane,  f.  m.  (Conckyliol.) 
en  latin,  par  les  naturallftes  modernes  ^fpondylm ; 
efpece  d'huitre  ainfi  nommée;  elle  n'a  d'autre  diftc- 

rence 


s  P  o 

rence  de  rhuître  ordinaire  ,  que  dans  fa  charnière  , 
aqiielle  confiée  en  deux  boutons  arrondis,  qui  ren- 
"ennent  le. ligament ,  difpofé  de  façon  que  les  bou- 
ons  de  la  valve  fupérieure  font  reçus  dans  les  cica- 
rices  de  l'inférieure ,  &  que  pareillement  les  boutons 
le  cette  dernière  fe  logent  dans  les  trous  de  la  iupé- 
ieure.  Le  ligament  de  nature  coriace  fe  trouve  entre 
es  boutons ,  &  fert  à  la  charnière  des  deux  valves. 

On  connoit  des  fpondjles  unis  ,  &  d'autres  rabo- 
eux  fans  pointes;  il  y  en  a  qui  font  couverts  de  la- 
nes  blanches, &;  armés  dans  leur  pourtour  depo'ntes 
:ouleur  de  rofe  ;  d'autres  font  diftingués  par  des  lames 
aunâtres ,  &  par  un  mamelon  en  partie  rouge  &  en 
lartie  blanc  ;  cette  dernière  efpece  de  fpondyU  ell: 
ppellé  gaidaron  par  Rondelet ,  en  latin  gaiderona. 
D.J.) 

Spondyle  ,  (  Conchyl.  )  c'eft  le  cal  nerveux  de  la 
:hair  de  l'huitre.  (Z>,  /.  ) 

Spondyle,  <r7!ù\^\j>oi^  cfl  un  terme  dont  on  fe 
ervoit  anciennement ,  pour  exprimer  une  vertèbre 
le  répine  du  dos.    Voyc^^  VERTEBRE  ,  &c. 

SPONDYLOLITE  ,  f  m.  (^Hijl.  nat.  Luholog.) 
lom  donné  par  quelques  auteurs  aux  vertèbres  de 
loiffons  qui  fe  trouvent  dans  le  fein  de  la  terre  en 
ilufieurs  endroits  ,   comme  en  Tyrol ,  à  Dax  ,  &c. 

SPONDYLUS  ,  f.  m.  (  Antiq.  g'ec.)  tr'ziroyS'ù^oç  , 
ifpecedemaron  de  cuivre  dont  on  fe  fervoit  pour 
lonner  fon  fuffrage  au  barreau  ou  ailleurs,  avant 
ju'on  eut  mis  les  fèves  en  ufagc.  Potter  ,  Archœol. 
rrec.  tom,  1.  p.  iic).  {^D,  /.  ) 

SPONGIEUX  ,  SE,  adj.  en  Anatowie,  nom  qu'on 
lonne  à  plufieurs  parties  du  corps  ,  à  caufe  de  leur 
;ontexture  qui  efl  poreufe  &  caverneule  comme  cel- 
e  d'une  éponge  ;  comme  les  corps  fpngieux  du  pénis , 
i^u'on  nomme  auflî  corps  caverneux  &  nerveux.  Foy. 

l^ORPS  CAVERNEUX. 

Les  os  fpongicux  du  nés ,  qu'on  appelle  aufïi  os  tur- 
nnés  ^  &  os  crïbrif ormes.  Foye^  CriBRIFORME  & 
ÉPONGE. 

SPONGIOLITE  ,  f  {.  {HiJI.  nat. Lnholog.) pier- 
re femblable  à  des  champignons,  qui  fe  trouve  dans 
le  voifmage  de  Bologne  en  Italie.  Foye^  Fungite. 
SPONGITE,  f.  f.  (^hijî.  nat.  Bot.  )  nom  fous  lequel 
quelques  naturalifles  ont  voulu  défigner  des  pierres 
légères  &  fpongieufes ,  qui  ne  font  que  des  incrufla- 
tions  formées  dans  l'eau  fur  des  végétaux ,  ou  des 
corps  marins  ;  cette  pierre  eu.  de  la  nature  du  tuf  6c 
des  incruftations.   Foye^  ces  deux  articles. 

SPONSC/S,  S  PONS  A ,  {Littéra!.)  Ces  deux  mots 
ne  fe  prennent  pas  feulement  dans  les  auteurs ,  pour 
des  perfonnes  fiancées  ,  promiles  en  mariage  ;fpon- 
fus  fe  prend  aufîi  dans  le  même  fens  que  maritus 
&  Wr,  comme  on  le  voit  dans  Horace ,  Ode  IL  l.  III. 
verf.  J  '.  JJ.  &  42.  On  a  donc  cenfuré  mal-à-propos 
Santeuil  le  viftorin  d'avoir  mis  Jponfus  pour  mari  ^  & 
fponfa  pour  femme. 

Sponfus  fe  prend  aufîî  pour  une  caution.  Sponjum 
au  neutre,  auffi-bien  que  auditum^  cil:  un  de  ces 
noms  fubftantifs  verbaux  qu'il  a  plu  à  nos  grammai- 
riens d'appelleryi^/7i/zi ,  &  qui  fe  prend  pour J'ponjor, 
\m  répondant,  une  caution.  Séneque  a  dit  au  IF.  liv. 
des  Bienfaits,  ch.  xxxix.  fponfum  defcendam ,  quia 
promifi.   (  Z).  /.  ) 

SPONTANÉE,  adj.  fe  dit,  en  Grammaire,  de  tout 
ce  qui  s'exécute  de  ibi-mcme  ;  &  en  Médecine ,  on 
appelle  évacuation  _//'o/2^rt/2i/t;,  celle  qui  fe  fait  fans 
qu'on  ait  rien  pris  pour  cet  effet  ;  faûgiie  fpontanée^ 
une  laffitude  qui  n'a  été  caufée  par  aucune  fatigue 
précédente  :  hcmorrhagie //70/2/«/zf'e  celle  qui  arrive 
ians  avoir  été  excitée  :  iucarfpontance  celle  qui  ar- 
rive par  le  feul  mouvement  de  la  nature. 

Selles  fpontanées ,  ou  qui  fe  font  fans  l'aide  ou  de 
lavemcns  ou  de  fuppofitoires. 

SPONTANÉITÉ,  f.  f.  {Gram.)  la   qualité  qui 
Tome  XK. 


S   P  O 


481 


conflltue  le  fpontance.  Foyei  Spontanée.  Si  l'on 
attache  au  moi  fpontanéite  d'autre  idée  que  l'italien 
met  dans  cette  phrafe ,  il  mondo  va  dafe ,  c'eft  une 
chimère. 

^  SPONTON  07/  ESPONTON,  f  m.  {Art  milit.-) 
c'eft  une  demi-pique  dont  fc  l'ervcnt  les  officiers , 
qui  a  fept  à  huit  pies  de  longueur.  (Q  ) 

SPORADES,  f  f.  pi.  en  Aflronomie  ,  eft  un  nom 
que  les  anciens  donnoient  aux  étoiles  qui  ne  fai- 
foient partie  d'aucune  confiellation.  Foye\  Etoile. 

Ce  font  celles  que  les  modernes  appellent  ordi- 
nairement e/oi/ui  informes.  A'oyq  CONSTELLATION. 

Plufieurs  ôiCs/poradei  des  anciens  ont  depuis  formé 
de  nouvelles  conilellatlons  :  par  exemple ,  de  celles 
qui  font  entre  le  lion  &  la  grande  ourfe ,  Hévelius 
a  formé  une  conllellation  appellée  le  petit  lion.  Il 
en  a  formé  une  autre  de  celles  qui  font  fous  la  queue 
de  la  grande  ourfe;  on  la  nomme  canis  venaticus  ,  &c. 
Chanibers.  (O) 

Sporades,  îles,  {Géog.  mod.^  îles  de  l'Archipel, 
ainfi  nommées  ,  parce  qu'elles  font  diiperfées ,  ôc 
non  raffemblées  en  un  tas  comme  les  cyclades.  II 
y  a  une  partie  de  ces  îles  dans  la  mer  de  Crète , 
d'autres  dans  la  mer  Carpathienne,  &  les  plus  confi- 
dérables  dans  la  mer  Icarienne.  (Z>.  /.) 

SPORADIQUE,  MALADIE,  {Médcc.)  morbus  fpo- 
radicus.  Les  rmi-Siôiiesfporadiques  font  celles  qui  atta- 
quent diverfes  perfonnes ,  dans  différens  îems  ou  en 
différens  lieux  ;  au  -  lieu  que  les  maladies  épidémi- 
ques  fent  particulières  à  certains  tems  oufaifons,  & 
les  endimiques  à  certains  lieux.  Ce  mot  eft  dérivé 
du  grec  s-'onipu  fcnier.  Ainfi  maladie  j'poradique  veut 
dire  une  maladie  fanée ,  difperfk  çà  &  là.  {D.J.^ 

SPORCO.,  f.  m.  {Com^  terme  ufité  parmi  les  né- 
gocians  des  provinces  de  France  pour  fignifier  une 
inarchandife  dans  laquelle  il  n'y  a  point  de  tare. 
^oye{  Tare.  Dictionnaire  de  Commerce. 

SPORI,  {Géog.  anc.^  Les  anciens  appelloient  les 
Antes  &  les  Sclavons  du  même  nom  grec  Jpori , 
qui  fignifie  difperfés ;  parce  que,  dit  Procope,  leurs 
cabanes  occupoient  une  grande  étendue  de  pays  : 
&  du  tems  de  cet  hiilorien,  ces  peuples  barbares 
couvroient  en  effet  une  grande  partie  d'un  des  bords 
du  Danube.  {D.  /.) 

SPORTULA  ,  f.  f.  {^Littéral.  &  Hifi.  anc.)  Ce  mot 
eft  fans  contredit  le  diminutif  de  fporia  ,  mais  il  fe- 
roit  difficile  d'en  marquer  la  véritable  étymologie. 
Quoi  qu'il  en  {oit,  fporta  ^fportula  ont  lignifié  ori- 
ginairement dans  la  langue  latine ,  une  corbeilU  ou 
panier  î?i\\.  de  joncs  ,  de  rofeaux,  de  branches  d'ofier 
tiffues  &  entrelacées. 

On  l'a  étendu  enfuite  à  fignifier  les  vafes  ou  mefures 
propres  à  contenir  les  pains  ,  les  viandes  ,  &  les  au- 
tres mets  que  l'on  diftribuoit  en  certaines  occafions: 
&  lorfque  l'ufage  fe  fut  introduit  chez  les  grands  de 
Rome ,  de  faire  diftribuer  à  leurs  cliens ,  &  à  ceux 
qui  leur  faifoient  la  cour,  de  certaines  portions  pour 
leur  nourriture  ;  ces  portions  que  l'on  mcttoit  dans 
des  corbeilles  ,  furent  appcUées  ,  par  métonymie  , 
fportula.  Enfuite  on  l'employa  pour  fignifier  une  forte 
de  repas  public  ,  différent  de  ceux  qu'on  appelloit  cœ- 
ncz  reclx  qui  étoient  des  repas  fervis  par  ordre,  où 
l'on  n'admcttoit  que  des  gens  chcifis.Tels  étoient  les 
repas  que  donnoit  Auguitc ,  au  rapport  de  Suétone  : 
Convivabatur  &  ajjîdué  nec  unquam  nifi  recld.  Cafail- 
bon  explique  ce  mot  recîâ  par  îvuxiç  S"ii-raviv,  &  lui 
oppofe  le  repas  appelle  fportula  ,  S'u-nvcv  a-ia  «rs-v- 
piJ's!;,  où  l'on  invitoit  tout  le  peuple  indiftinctemcnt, 
&  où  chacun  recevoit  ià  portion  dans  une  corbeille. 

Les  diftributions  que  les  particuliers  répandoient 
fur  leurs  cliens,  fe  l^ilbicnt  tantôt  en  argent ,  tantôt 
en  viandes,  quelqufois  même  de  ces  deux  manières, 
&  s'appelloient  également  du  nom  àe  fportulœ.  Ces 
prclens  étoient  iouvent  de  petites  médailles  d'ar- 


S  P  U 


S  o  u 


gent  cnil  fervoieht  de  monhoie  ;  mais  les  empereurs 
ou  autres  pcrfonnes  de  qualité  donnoient  des  mé- 
dailles d'or.  Aulli  Trebellius  PoUio ,  parlant  des  pe- 
tits prciens  que  l'empereur  Galicn  fit  à  for.  conliilat, 
dit  qu'il  doiina  une  jpoitulc  ;\  chaque  Jcnateur  ,  &  à 
chaque  dame  romaine  quatre  médailles  d'or  :  Scnatui 
fportulam  fcdens  croguvif.  Matronas  ad  cor:Ju!atum 
fuum  rogav'tt ,  Us  dcniqiu  mantirnjibï  ofcuiantïbus  qua- 
urnos  aureos  fui  nominis  didit. 

C'ctoit  auffi  la  coutume  que  ceux  qui  entroient 
dans  le  confuUit ,  cnvoyaflcnt  à  leurs  amis  de  ces 
prélens  :  Sportulam  conjulatùs  mei  &  amicUicz  7iojh(z  , 
^•f  honori  tuo  dcbeo  ,  hanc  in  Jol'uîo  viifi ^  dit  Symma- 
chus.  Le  mot  de  fponula  ,  qui  fignifie  une  petite  cor- 
•bcille ,  fut  donné  à  ces  préfens  ,  parce  qu'on  les  en- 
voyoit  dans  une  corbeille.  Les  vers  fuivans  de  Cori- 

Îius,  /.  If"',  fur  le  confulat  de  l'empereurjuftin,  nous 
e  confirment. 

Dona  calcndaTiim  ,  quorum  e(l  ea  cura ,  parahant 
Officia  ,  &  turmis  implcnt  fclicihus  aulatn  , 
CoTïvcÛant  rutilum  fportis  capacibus  aurum. 

C'eft  potirquoi  les  glofes  grecq^ies  qui  expliquent 
•le  mot  de  fportula ,  difcnt  que  ce  font  des  prélens 
qu'on  cnvoyoit  dans  des  corbeilles. 

Outre  ces  fportulcs ,  les  confuls  donnoient  de  pe- 
-tites  tablettes  de  poche  d'argent  ou  d'ivoire  dans  lef- 
quelles  étoicnt  leurs  noms;  &  c'cft  ce  qu'on  appel- 
loit  les  fcfîes.  Sidonius ,  /.  f^lll.  c.  vj.  parlant  du 
confulat  d'Aiterius,  nomme  \qs  fportulcs  6c  les  fallcs 
•qui  furent  diflribués. 

Enfin ,  le  mot  fportula  s'efl  applique  généralement 
à  toutes  fortes  de  prciens,  de  gratifications  &  de  diftri- 
■butions,  de  quelque  nature  qu'elles  fufïent.  (Z).  7.) 

SPRÉE,  l.A,  {Géog.  mod,')  rivière  d'Allemagne. 

.Elle  prend  fa  fource  dans  la  partie  feptentrionale  de 

la  Bohème  ,  traverfe  la  Luface  ;  &,  groffie  dans  ion 

cours  de  plufieurs  rivières,  entre  dans  la  moyenfie 

•marche  de  Brandebourg,  arroi'e  Berlin  &  Spandaw, 

où  elle  f'e  joint  au  Havel,  &  y  perd  fon  nom.  (Z>.  /.) 

SPREHENBERG ,  {Géog.  mod.)  petite  ville  d'Al- 
îcmr.gne  ,  dans  la  Luface.  Elle  eft  fituée  fur  une  col- 
line, dont  le  bord  efl  arrofé  par  la  rivière  de  Sprée, 
!d'oii  lui  vient  ion  nom.  (/).  /.) 

SPROTTA,  LA,  {Géog.  niod.')  rivière  d'Allema- 
gne ,  en  Siléfic ,  dans  la  principauté  de  Glogaw.  Elle 
prend  fa  fource  au  pays  de  Lignitz,  forme  dans  celui 
<le  Gloga-w-  un  lac ,  d'où  elle  fort  pour  le  perdre  dans 
le  Bober  à  Sprottaw.  (Z).  7.) 

SPROTTAW ,  {Géog.  mod.)  ville  d'Allemagne , 
dans  la  Siléfie,  au  duché  de  Glogaw,  au  confluent  du 
Bober  &  du  Sprotta ,  à  deux  milles  au-defTus  de  la 
ville  de  Szg^n.  Long.  J2.C).  lat.  6i.  jj.{D.  7.) 

SPUMA  LUNJe  ,  {HÎft.  nat.  Lythol.)  nom  lous 
lequel  plufieurs  naturalilles  ont  déligné  \d.  pierre  fpé- 
cuLaire.  Voye^  SPÉCULAIRE. 

S  PUMA  lunj£,  {Hijl.  nat.)  Quelques  auteurs 
fe  font  fervi  de  ce  nom  pour  déligner  le  talc,  roje^ 
Talc. 

6 PL/MA  LUPI,  {Hijl.  nat.)  nom  donné  par 
quelques  naturalilles  à  une  mine  de  fer  arlenicale, 
qui  ell  noire,  luiiante,  &C  en  petits  cryllaux  qui  don- 
nent une  poudre  rouge  quand  on  les  écrafe.  Elle 
refiemble  aux  cryllaux  d'étain,  &  fe  trouve  fou- 
vent  dans  les  mines  de  ce  métal  qu'il  faut  en  fépa- 
arer  foigneulemcnt  avant  que  de  les  faire  fondre  , 
parce  qu'elles  rendroient  l'étain  d'une  mauvaife  qua- 
lité. Cette  fubllance  cil  li  dure  qu'elle  fait  feu  con- 
tre l'acier.  11  y  en  a  de  cubique  ,  de  ftriée  ,  compo- 
iée  de  particules  polyhédres  &  demi-tranfparentes. 
Les  Allemands  nomm.ent  cette  iublhnce  minérale 
wolfram  ou  écume  de  loup  ;  elle  n'eft  point  propre  ;\ 
erre  exploitée  dans  les  forges,  f^oycih  minéralogie 
-de  "Wallerius, 


SPUMEUX, adj.  (C?r«w.)  mauvais  mot  technique 
qui  n'emporte  aucune  idée  de  plus  c\\.\^écumeux. 

SPUMOSITÈ  ,  f.  f.  celui-ci  peut  être  reçu  ,  car  il 
déiigne  la  propriété  de  fe  mettre  en  écume  ,  pour 
laquelle  nous  n'avons  que  ce  mot. 

SPURN-HËAD  ,  (  Géog.  mod.)  c'efl-à-dire ,  le  cap- 
d'éperon  ,  cap  avancé  d'Angleterre ,  fur  la  côte 
d'Yorck-Shire,  au  quartier  d'En-Riding.  Sur  ce  cap 
il  y  a  un  village  nommé  Kellenfej.  C'eft  ce  village 
ou  Spurn-Hcid  ^  qu'on  doit  prendre  pour  être  ce 
que  Ptolomée ,  /.  //.  c.  iij.  nomme  Ocilli  promon- 
torium.,  oV.6XX«   àyfa.   (Z).  7.) 

SPUTATION  ,  f.  {Médec.)  c'ell  l'afllon  de  cra- 
cher.    Il  y  a  des  maladies  où  l'on  cil  fatigué  d'iinç 
fputaiion  fréquente. 

S     Q 

SQUALUS  ,  f.  m.  {Hifl.  nat.  Ichthyol?)  efpecedc 
chien  de  mer  que  les  naturalilles  nomment  gaUui 
glaucus  ,  dentibus  granulofs  ,  foraminibus  circa  oculou 
C'ell  un  poilîbn  dont  la  peau  efl  tres-rude.  On  en 
trouve  qui  ont  plus  de  lo  pies  de  longueur ,  fur  8  à  51 
de  circonférence  dans  la  partie  la  plus  grolTe  du 
corps,  &  qui  pèlent  au-delà  de  trente  quintaux.  L'or- 
gane le  plus  fingulicr  de  ces  fortes  de  poilTons  con- 
lifte  en  un  filtre  placé  entre  la  pointé  du  mufcau  & 
du  cerveau  ,  de  la  confiftance  &  de  la  couleur  du 
corps  vitré,  &  l'humeur  tranlude  par  quantité  de  pe- 
tits trous  de  la  peau.  Prelque  tous  les  poiflbns  font 
enduits  d'une  efpece  d'huile  ou  de  grailTe  ,  qui  fert  à 
les  défendre  des  imprelfions  nuilibles  que  l'eau  pour- 
roit  taire  fur  leur  peau  &  fur  leurs  écailles;  cette 
huile  ell  apparemment  \m  produit  de  leur  tranfpira- 
tion;  mais  \q  fqualus  efl  encore  doué  à  fa  partie  an- 
térieure ,  deltinée  i\ fendre  l'eau,  d'un  magalin abon- 
dant de  cette  matière  huileufe,  qui  lui  fert  fans  doute 
à  lubrifier  cette  partie ,  &  peut-être  à  bien  d'autres 
ufages  qui  nous  font  inconnus.  {D.  7.) 

SQU AMMEUX,  ÉCAILLEUX,  adj.  tn  AnatomU. 
c'ell  une  épithete  des  futures  fauffés  ou  bâtardes  du 
crâne  ;  parce  qu'elles  font  compolées  d'écaillés  lem- 
blables  à  celles  des  poiflbns  ,  ou  comme  des  tuiles 
qui  avancent  les  unes  fur  les  autres.  Foye^  Su* 
TU  RE. 

Les  futures  fquammeufes  font  aulîi  appcllées  ttm~ 
porales  ,  parce  qu'elles  lont  formées  par  les  os  des 
~>yei  Temporal. 

SQUELETE ,  f.  m.  {Anatomie^  on  entend  par  urt 
fqutlcte  tous  les  os  d'un  animal  dépouillé  des  tégu- 
rnens  ,  des  mufcles  ,  des  vailleaux  ,  des  glandes  & 
des  vilceres ,  &  rangés  dans  leur  lituation  naturellei 
On  peut  étendre  l'acception  de  ce  terme  à  toute  pré-* 
paration  feche;  mais  le  gros  des  anatomilles  l'aref- 
traint  à  la  préparation  des  os. 

Il  y  a  deux  fortes  Aefqudetes  ,  \q  fqucUte  naturel ,' 
dans  lequel  les  os  tiennent  enfemble  par  leurs  liga- 
mens  ;  lejqueletc  artificiel ,  oii  ils  font  attachés  avec 
du  fil-d'archal ,  ou  quelqu'autre  fubllance  qui  ne  fai- 
foit  point  partie  de  l'animal  à  qui  les  os  appartien-, 
nent. 

On  préparc  de  la  première  manière  les  petits  fu- 
jets  ,  &  ceux  dont  les  os  ne  font  pas  entièrement  of- 
ûhés ,  parce  que  fi  toutes  leurs  parties  étoicnt  fépa- 
rées ,  leur  petitefie  &  leur  peu  de  folidité  ne  per- 
mcîtroient  pas  au  plus  habile  artifte  de  les  réunir,  an 
lieu  que  les  os  des  adultes  font  proprement  &C  com- 
modément nettoyés  lorfqu'ils  font  Icparés,  &:  il  n'ell 
pas  difficile  de  les  replacer  enfuiîe  ,  &  de  les  fixer 
dans  leur  état  naturel. 

On  fuit  quelquefois  les  deux  méthodes  dans  la 
préparation  d'un  même  fquclcte  ;  on  laiflé  les  petits 
os  unis  par  leurs  ligamcns  naturels,  &  l'on  fépare  les 
gros ,  on  les  nçttoie  ,  6i  çn  Içs  attache  enfuite  avec 


tempes 


s  Q  U 


S  Q  U 


à\i  fil-d'archal  »  ou  quelqu'autre  matière  fenibla- 
ble. 

Une  remarque  finguliere  ,  c'efî:  que  quand  les  os 
tlu  l'queleti  font  rcùuits  dans  leur  fituation  naturelle  , 
il  n'y  en  a  prefque  pas  un  feul  qui  foit  placé  perpen- 
diculairement fur  un  autre  ,  quoique  la  machine  en- 
tière qu'ils  compofent ,  foit  conftruite  de  manière  , 
que  quand  elle  eft  droite,  la  ligne  perpendiculaire  , 
tirée  de  leur  centre  de  gravité  commun ,  pafTe  par  le 
milieu  de  leur  bafe  commune.  C'efl  par  ce  moyen 
que  nous  nous  tenons  fermes  fur  nos  jambes  ,  com- 
me lî  l'axe  de  tous  les  os  étoit  une  ligne  droite  per- 
pendiculaire à  l'horifon.  Cette  propriété  facilite  en 
même  tems  les  difïerens  mouvemens  que  nous  avons 
à  faire. 

II  eft  vrai  que  toutes  les  fois  que  les  os  deilinés 
à  fupporter  quelque  partie  de  notre  corps  ,  s'écar- 
tent de  leur  direÛion  naturelle ,  la  force  rcquifc  dans 
les  mufcles ,  pour  balancer  la  pefanteur  de  cette  par- 
tie ,  devient  plus  grande  qu'elle  ne  feroit  fans  cela. 
Et  il  n'y  a  aucun  endroit  de  notre  corps  où  le  nom- 
bre &  la  force  des  mufcles  ,  ne  puifle  fuffire  à  cet 
etîct. 

Tant  que  nous  demeurons  dans  la  même  poûure  , 
il  y  a  un  nombre  confidérable  de  mufcles  qui  font 
dans  un  état  de  contradion ,  ce  qui  doit  à  la  longue 
produire  une  fenfation  defagrcable;  la  raifqn  &  l'ex- 
périence font  d'accord  en  ceci.  Voilà  ce  que  nous 
appelions  être  las  de  la  même  pofture  ,  inconvénient 
que  nous  n'éprouverions  point  droits  ,  fi  tous  les  os 
etoient  perpendiculaires  les  uns  aux  autres.  Mais  ce 
défaut ,  fi  c'en  eil  un  ,  efl:  bien  compenfé  ,  par  la  fa- 
cilité, la  promptitude,  &  la  force  avec  laquelle  nous 
exécutons  une  infinité  de  mouvemens. 

Les  os  des  femmes  font  plus  petits  ,  relativement 
à  leur  grandeur  ,  que  ceux  des  hommes  ,  parce  que 
la  force  de  leurs  mufcles  n'eft  pas  allez  grande  ,  ni 
[e  poids  qui  leur  eil  appliqué  perpendiculairement 
aflez  grave  pour  les  empêcher  de  s'étendre. 

Les  enfoncemens  ,  les  rebords  ,  les  afpérités  ,  & 
les  autres  inégalités  eau  fées  par  les  mufcles  ,  font 
encore  moins  fenfibles  en  elles  qu'en  nous ,  parce 
que  leurs  mufcles  étant  m.oins  forts ,  moins  épais  & 
moins  exercés  ,  font  des  imprelîions  moins  confidé- 
râbles  fur  leurs  os. 

Elles  ont  plus  fréquemment  l'os  du  front  divifé  par 
la  continuation  de  la  future  fagittale,  ce  qui  provient 
des  caules  générales  de  la  différence  de  leurs  os  d'a- 
vec les  nôtres  ;  ainfi  qu'on  s'en  apperccvra  ,  en  con- 
fidérant  la  Itrudfure  de  leur  épine  interne  6c  moyenne. 

Leurs  clavicules  font  moins  recourbées  ,  parce 
que  leurs  bras  ont  été  moins  violemment  tendus  en- 
devant  ;  car  l'ajuftement  de  nos  européennes,  fur- 
tout  de  celles  qui  ont  de  la  nailfance ,  eff  contraire  à 
ce  mouvement. 

Leur  flernum  efl  plus  élevé  par  de  longs  cartila- 
ges inférieurs  ,  afin  que  la  poitrine  s'étende  en  pro- 
portion de  ce  qu'elle  eft  retrécie ,  par  la  compref- 
fion  du  diaphragme  qui  fe  fait  dans  la  groflelîc. 

Elles  manquent  affez  Ibuvent  d'un  os, ou  ont  un  trou 
dans  le  milieu  du  fternum  ,  qui  lert  de  paflage  aux 
vaiiTeaux  des  mamelles  ;  ce  qu'il  faut  peut-être  attri- 
buer à  leur  conltitution  lâche,  dans  laquelle  l'offiH- 
cation  ne  fe  fait  pas  aufli  promptement  que  dans  les 
fujets  en  qui  l'adlion  des  folides  a  de  la  vigueur,  & 
la  circulation  des  fluides  de  la  vîrefl'e  ;  car  un  trou 
beaucoup  plus  petit  fuffifoit  à  cet  eftet  ;  les  branches 
des  vaifléaux  internes  des  mamelles  deflinéc-s  aux 
parties  extérieures  de  la  poitrine  partent  entre  les 
cartilages  des  côtés  ,  avant  qu'elles  palfent  au  Ifer- 
num. 

Le  cartilage xlphoïde  efl  plusfouvcnt  fourchu  dans 
les  femmes  que  dans  les  hommes;  ce  qui  provient 
de  la  même  caufe  que  nous  venons  d'apporter  dans 


483 


l'article  précédent, fdvoir  la  lenteur  de  l'offif^cat-on. 

Les  cartilages  fupérieurs  des  côtes  qui  ont  à  fupl 
porter  les  mamelles  ,  s'ofïïfîent  plus  promntementf 

Le  poids  des  mamelles  leur  rend  les' cartilages 
moyens  plus  plats  &  plus  larges.  ^ 

Les  cartilages  Inférieurs  font  plus  longs  ,  &  leur 
rendent  la  poitrine  plus  large. 

Elles  ont  l'os  facrum  plus  tourné  en  arrière  ;  ce  qui 
contribue  à  la  grandeur  du  baffin. 

Les  femmes  foibles  qui  ont  mis  au  monde  plwfieurs 
enfans  dans  leur  jeuneffe,  ont  quelquefois  les  ver- 
tèbres du  dos  courbées  en-dedans ,  &  leur  llernum 
enfoncé  ,  ou  deviennent ,  comme  Chef-lden  l'obf  er- 
re ,  voûtées  ,  &  ont  la  poitrine  enfoncée  ,  à  caufe 
du  poids  &  de  la  prefïïon  de  l'utérus  ,  &  de  l'adion 
violente  des  mufcles  épjgaifriqucs. 

Le  coccyx  eft  plus  mobile  &  plus  reculé. enrarrie* 
re  ,  pour  fortifier  la  forîie  de  l'enfant. 

Les  os  des  iles  font  plus  creux,  fe  portent  plus  en-      ^ 
dehors,  &  font  par  coniéquent  fort  écartés 'l'un  de 
l'autre  ,  pour  donner  plus  de  c^ipacité  à  la  partie  in- 
férieure du  bas-ventre,  &  procurer  plus  de  place  à 
la  matrice  durant  la  grofrefTc. 

L'arcade  ou  partie  fupérieure  de  l'os  pubis,  efl 
beaucoup  plus  ample  dans  les  femmes  qui  ont  eu  des 
enfans ,  eue  dans  les  autres ,  éta.nt  dilatée  par  l'adtioa 
du  mufcie  droit  du  bas  ventre. 

Le  cartilage  qui  joint  les  deux  os  du  pubis ,  efl  ex- 
trêmement épais ,  ce  qui  donne  beaucoup  plus  de 
capacité  au  bafîin. 

Les  furfaces  conjointes  des  os  pubis  ,  des  os  inno- 
minés  &  de  l'os  lacrum  ,  ont  peu  d'étendue  ,  aim  de 
procurer  avec  i'osfacrum  qui  eft  fort  étrot ,  un  pal- 
fage  plus  libre  à  l'enfant  dans  l'accouchement. 

La  groffe  tubérofité  de  l'os  ifchion  efl  plus  plate 
dans  les  femmes  que  d^ms  les  hommes  ,  à  caufe  de  la 
prefïïon  continuelle  qu'il  fouiTre,  par  la  vie  féden- 
tairc  que  les  premières  mènent. 

La  grande  capacité  du  balfin  dans  les  femmes  eft 
caufe  que  les  articulations  des  os  des  cuifies  font  plus 
éloignées  que  dans  les  honimes  ;  ce  qui  laifle  ,  com- 
me Albinus  l'obferve  très-bien  ,  un  plus  grand  efpace 
à  la  matrice  pendant  la  groflefie.  Cet  tloisnement 
des  cuifles  ell:  peut-être  une  des  caufes  quilait  que 
les  femmes  panchent  plus  d'un  côté  que  de  l'autre  en 
marchant  que  les  hommes  ,  pour  empêcher  le  cen- 
tre de  gravité  de  leur  corps ,  de  trop  fe  jetter  fur  l'ar- 
ticulation de  la  cuiife  qui  pofe  à  terre  ,  tandis  que 
l'autre  efî  levée  ;  ce  qui  les  expoi'eroit  à  tomber. 
Tous  ces  faits  prouvent  que  la  deflination  des  fem- 
mes eft  d'avoir  des  enfans  &  de  les  nourrir.  (/).  /.) 

SQUILLACI,  {Géog.mod.)  ville  d'Italie  ,  au 
royaume  de  Naples,  dans  la  Calabre  ultérieure  ,  près 
du  golfe  de  même  nom ,  fur  le  torrent  de  Pavelone, 
à  12  lieues  de  Cofenza  ,  à  14  de  Girace ,  avec  titre 
de  principauté,  fous  la  métropole  de  Rhegio.  Long. 

Quoique  la  fondation  de  cette  ville ,  qu'on  rap- 
porte à  Ùlyffe ,  foit  fabuleufe  ,  on  fait  néanmoins 
que  la  Calabre  a  été  autrefois  habitée  par  des  grecs, 
&  que  même  on  appelloit  ce  pays-là ,  6c  tout  ce  qui 
eft  à  l'extrémité  de  l'Italie  ,  /a  mindc  Grccc.  Sîrabon 
veut  que  Sqtidlaci  fut  une  colonie  des  Athéniens, 
dont  elle  avoit  confervc  la  politeffe  &:  les  inclina- 
tions. 

Quoi  qu'il  en  foit ,  cette  ville  fe  glorifie  d'avoir 
donné  la  naiffance  à  Calfiodore  (Magnus  Aurelius  ) 
fccrétaire  d'état  de  Théodorlc  ,  roi  des  Goths,  & 
l'un  des  plus  grands  niiniltres  de  ion  fioclc  dans  l'art 
de  gouverner.  Il  fut  coniiil  en  5 14  ,  &  eut  beaucoup 
de  crédit  fous  Athalaric  &  fous  Vitiges.  I!  trouva  le 
tems  de  compofer  divers  ouvrages  ,  dont  la  meilleure 
édition  eft  celle  du  P.  Garet,  à  Rouen,  en  1679  ,  in- 
fol.  Il  fe  retira  du  monde  fur  (qs  \ic\\\  jours ,  & 

P  p  p  ij 


4^4 


s  Q  u 


s  Q  U 


mourut  clans  le  monaOtiro  qvi'il  fit  bâtir  î\  SquUlaci , 
à  ITigc  d'environ  qiiatrc-vin^t-trci/e  ans ,  vers  l'an 

561  de  J.C. 

Nous  lui  devons  une  peinture  riante  de  la  fituation 
de5<7wVAK/ lur  la  merAdriatic(iie,qu  on  appelle  aujour- 
d'hui mtr  de  SuUc  de  ce  côte-là  ,  6c  qui  tait  en  cet  en- 
droit un  s;olt'e,qu'on  nomme  auiourdhui5'o//^^^evi>«//- 
îaci.  *<  Cette  ville,  dit-il,  s'éloigne  du  rivaoe  en  s'cle- 
»  vaut  doucement,  environnée  d'un  côte  de  lert^iles 
M  campagnes  ,  &  de  l'autre  baignée  de  la  mer  ;  l'au- 
n  rore  du  l'oleil  eft  pour  elle  ,  &  jamais  nuage  m 
»  brouillard  ne  lui  en  dérobent  la  lumière  ;  l'air  en  ell 

V  pur,  Cx:  les  laifons  y  font  toujours  tempérées.  Son 
»  territoire  offre  des  campagnes  couvertes  d'oli- 
»>  viers ,  des  aires  pleines  de  riches  moiffons  ,  & 

V  des  vignes  qui  promettent  une  abondante  ven- 

w  dange.  >»  ,  -       ■  < 

Cette  del'crlption ,  qui  a  quelque  chofe  d'etudie  , 
marque  du  moins  l'inclination  natiuelle  que  cet  hom- 
me illullrc  avoit  conl'ervée  pour  la  patrie.  Il  en  don- 
na de  bonnes  preuves  par  les  travaux  ^u'il  entreprit 
pour  l'utilité  de  cette  ville  ,  lorsqu'il  etoit  go\iver- 
neur  de  l'Abruz/.e  &  de  laLucanie,  qu'on  comprend 
aujourd'hui  tous  le  nom  de  Calabre._   11  fit  creuler  de 
valtes  réfervoirs  dans  la  concavité  d'un  rocher  , 
pour  y  attirer  des  poiflbns  de  toute  efpece ,  &  c'eft 
dans  ce  même  lieu  qu'il  bâtit  depuis  fon  monaftere. 
«  La  fituation  de  ce  monaftere  ,  écrivit-il  à  fes 
»  moines  ,  nous  invite  à  préparer  toutes  fortes  de 
»  foulagemens  pour  les  étrangers,  &  pour  les  pau- 
>.  vres  du  pays.    Vous  avez  des  jardins  arrofés  de 
»>  plufieurs  canaux  ,  &  le  voifinage  du  fleuve  Pelle- 
»  ne  ,  qui  eft  fort  poiffonneux ,  &  qui  a  cela  de  com- 
»  mode,  que  vous  ne  devez  pas  craindre  d'inonda- 
»  tion  de  l'abondance  de  fes  eaux  ,  quoiqu'il  en  ait 
»  aflez  pour  n'être  pas  à  méprifer.   On  le  trouve  à- 
>♦  propos  lorfqu'on  en  a  beloin  ,  &  dès  qu'il  a  rendu 
»  le  fervice  qii'on  en  attendoit ,  on  le  voit  fe  retirer. 
»  Il  eft,  pour  ainfi  dire,  dévoué  à  tous  les  minifteres 
»  de  votre  maifon  ,  prêt  à  rafraîchir  vos  prairies  ,  à 
>)  arrofer  vos  jardins ,  &  à  faire  tourner  vos  moulins. 
»  Vous  avez  auîTi  la  mer  au  bas  du  monaftere  ,  & 
»  vous  pouvez  y  pêcher  commodément.  Vous  avez 
»>  encore  de  grands  réfervoirs  où  le  poifl'on  fe  rend 
»  de  lui-même.  Je  les  ai  fait  creuler  dans  la  conca- 
»  vite  de  la  montagne  ,  de  forte  que  le  poifl'on  qu'on 
»  y  met ,  ayant  la'libertc  de  s'y  promener,  de  s'y 
»  nourrir  ,  6c  de  fe  cacher  dans  le  creux  des  rochers, 
»  comme  auparavant ,  ne  feht  point  qu'il  eft  captif, 
»  &c.  »  Pline  le  jeune  n'a  pas  jette  plus  de  fleurs  que 
Cafliodore  dans  les  peintures  agréables  de  fes  mai- 
fons  de  plailance.  {Le  CkcvaliernE  Jav COURT.) 

Sqi;illa.ci  ,  golfe  de,  {Géog.  mod.)  on  appelle 
go/Jc  de  Sqiùllad  une  jxirtie  de  la  mer  Ionienne  ,  fur 
la  côte  de  la  Calabre  ultérieure  ,  entre  le  cap  de  Riz- 
zuto  ,  &  celui  de  Stilo  ,  qui  le  fépare  du  golfe  de  Gi- 
race.  {D.  /.) 

SQUILLE ,  f.  f.  {Hi(l.  nat:)  CHEVRETTE  ,  SO- 
LICOQUE  ,  CREVETTE  ^fqnilla  ;  cruftacée  dont 
il  y  a  plufieurs  efpeces  qui  différent  principalement 
par  la  grandeur  &  par  les  couleurs.  LQhfquilUs  de 
mer  font  beaucoup  plus  grandes  que  celles  d'eau  dou- 
ce ;  celles-ci  ont  le  corps  couvert  d'une  foie  très- 
mince  ,  jaune  ou  blanchâtre  ,  &  tranfparente.  Elles 
naiflent  dans  les  ruiflTeaux  dont  les  eaux  font  claires  , 
&  elles  fe  retirent  fous  les  racines  des  rofeaux  &  des 
glaycux ,  ou  fous  les  pierres.  Les  fquil/es  de  mer  ont 
la  chair  tendre  ,  délicate  &  de  bon  goût.  Di&.  univ. 
des  drogues  fimples  par  M.  Lemery.  Voyti  Crusta- 

CÉE. 

SquiLLE,  (  Botan.  )  voyei  SciLLE. 

Squille  AQUATIQUE,  {Inficlolog.)  M.  Dcrham 
dit  que  les  fiuUles  aquaùqucs  étant  du  nombre  des 
iaafectes  les  plus  rapaces  ,  elles  ont  auflî  des  organes 


proportionnés  à  leur  état ,  en  particulier  la  grande 
Jquilie  aquatique  recourbée  a  quelque  chofe  de  hi- 
deux dans  la  pofture  qu'elle  tient  dans  l'eau ,  dans 
fon  afped^ ,  fur-tout  dans  la  ftruûure  de  fa  bouche 
qui  paroît  armée  de  longs  crochets  aigus  ,  avec  lef- 
quels  elle  failit  goulumeut  &  hardiment  tout  ce  qu'- 
elle rencontre  ,  même  jufqu'aux  doigts  des  hom- 
mes!  Lorfqu'cUe  tient  fa  proie  ,  elle  la  ferre  fi  for- 
tement avec  fes  pinces  ,  qu'elle  ne  lâche  point  prife 
après  même  qu'on  l'a  tirée  de  l'eau ,  &  lorfqu'on  la 
roule  dans  la  main.   Quand  ces  inledes  ont  attrapé 
quelque  choie  de  fucculent  pour  leur  nourriture,  ou 
quelqu'autre  petit  inleûe ,  ils  percent  avec  leurs  pin- 
ces creufes  leur  proie  ;  &  à-travers  les  creux  de  ces 
pinces  ,  ils  en  fucent  tout  le  fuc  ou  le  lang.  (Z).  /.) 
SQUILONE  ,  f.  m.  (////?.  nat.  ichthialog.)  c'eft  le 
nom  que  les  Portugais  ont  donné  à  un  poifton  d'eau 
douce  ,  qui  a  huit  ou  neuf  pouces  de  longueur  ;  il  eft 
fort  gras  6i  d'un  goût  exquis.  Il  eft  rem^u-quable  par 
une  efpece  de  duvet  qui  lui  vient  autour  de  la  bou- 
che. Il  fe  trouve  abondament  dans  le  royaume  de 
Congo  en  Afrique. 

SQUINE,  f.  f  (  liifi.  des  drog  exot.  )  racine  exo- 
tique nommée  c/iinna,  ceà  c'tnna  ,  par  Celalp.  chincea 
m<-//A.-,  par Cordus,  hift.  china^cfcliima.^  parTabern. 
C'eft  une  racine  qui  tire  Ion  nom  du  pays  de  la  Chi- 
ne d'où  elle  a  d'abord  été  portée  dans  les  Indes  orien- 
tales. Elle  eft  bien  différente  par  i"a  nature  &:  par  fes 
vertus  de  l'écorce  appellée  china  china  ,  qui  vient  du 
Pérou  ,  &  que  nous  nommons  en  françois  quinquina. 
On  trouve  chez  les  droguiltes  deux  efpeces  dey^/^i/ze, 
l'une  orientale  ,  6C  l'autre  occidentale. 

La  J'quine  orientale  ,  china  orientalis  off.  eft  une 
grollè  racine  lans  odeur  ,  noueule  ,  genouillée  ,  pe- 
lante ,  ligneufe ,  à  tubercules  inégaux  ,  extérieure- 
ment d'un  blanc  rougeâtre  ,  &  intérieurement  d'un 
blanc  tirant  fur  le  rouge  ;  quelquefois  elle  eft  un  peu 
réfineufe.  Elle  a  dans  fa  fraîcheur  un  goût  un  peu 
acre  &  pâteux  ;  mais  lorfqu'elle  eft  feche  fon  goût 
eft  terreux  &:  légèrement  aftringent. 

La  meilleure  eft  celle  qui  eft  récente  ,  compafte , 
folide  ,  pefante ,  qui  n'eft  point  cariée  ni  rongée  par 
les  teignes;  on  veut  qu'elle  foit  prefque  infipide  , 
pleine  cependant  d'une  efpece  d'humeur  grafle  &  on- 
ducufe  ;  ce  que  l'on  connoît  affez  évidemment  en  la 
mâchant  ,  mais  encore  plus  lorfqu'on  la  fait  bouillir. 
On  rejette  celle  qui  eft  trop  vieille  ,  qui  n'a  point  de 
lue  ,  qui  eff  i'pongieufe  ,  légère  6l  cariée. 

La  plante  eft  ^\>\)e\\iç.  fniilax  afpera  chinenjîs  ,  lam- 
patam  dicla  ,  par  Herman  ,frnilax  minus  fpinofa  ,  fru- 
clu  rubicundo  ,  radiée  virtuosd,  par  Kaempfer.  Sa  racine 
eft  groll'e  ,  dure  ,  noueufe  ,  inégale  ,  un  peu  fîbreufe, 
longue  ,  roufte  ou  noirâtre  en  dehors,  blanchâtre  en 
dedans  ,  d'un  goût  foible  &  prefque  infipide.  Voilà 
ce  que  les  médecins  appellent  racine  de  fqidne ,  égale- 
ment célèbre  par  fes  effets. 

Elle  s'élève  d'une  ou  de  deux  coudées  lorfqu'elle 
n'eft  pas  foutenue  ,  mais  étant  appuyée  fur  les  buif- 
fbns  voiftns  ,  elle  monte  plus  haut.  Ses  farmens  font 
ligneux  ,  de  la  grofl'eur  d'une  paille  d'orge ,  d'un 
rouge  brun  près  de  la  terre  ,  &  noueux  de  deux  pou- 
ces en  deux  pouces  ;  les  parties  comprifes  entre  les 
nœuds  font  alternativement  courbées  &  un  peu  ré- 
fléchies, &  chaque  nœud  a  quelquefois  deux  petites 
épines  crochues  &  oppofées  fur  le  même  côté.  De 
chaque  nœud  fort  une  feuille  portée  fur  une  queue 
creufce  en  gouttière  ,  membrancufe  ,  repliée  ,  d'où 
naifTent  deux  mains  ou  vrilles  ,  une  de  chaque  côté  , 
femblables  à  celles  de  la  vigne ,  par  lefquclles  elle 
s'attache  fortement  à  tout  ce  qui  eft  autour. 

De  l'aifl^'elle  des  queues  de  chaque  feuille  pouffent 
des  bouquets  de  fleurs  ou  des  bourgeons  ;  quelque- 
fois les  vrilles  font  à  l'extrémité  de  la  queue  &  tou- 
chent à  la  feuille  qui  eft  en  forme  de  cœur,  de  trois 


s  Q  U 


S  S  I 


pôuees  âe  diamètre ,  &  qui  fe  termine  en  ittie  pointe 
courte  &  obtuCe. 

Cette  feuille  eft  mince  ,  membraneufe,  luilante  , 
noirâtre  des  deux  côtés  ,  &  fort  ondée  vers  la  pointe; 
le  bord  eil  entier  ,  &  quelquefois  inégal  ;  elle  a  cinq 
nervures  branchues  qui  dès  leur  origine  vont  les  unes 
diredemcnt ,  &les  autres  en  forme  d'arc ,  fe  réunir  à 
ia  pointe. 

Les  fleurs  de  cette  plante  font  petites ,  portées  fur 
an  pédicule  grêle ,  délié,  de  la  longueur  d'un  pouce, 
de  couleur  rougeâtre  ou  jaunâtre  ;  elles  font  au  nom- 
bre de  dix  ,  plus  ou  moins  difpofées  en  ombelles  fans 
calice  ,  d'un  jaune  tirant  fur  le  verd ,  à  fix  feuilles 
difpofées  en  étoile  autour  d'un  embryon  qui  appro- 
;he  par  fa  figure  de  la  femence  de  coriandre  ,  6c  eft 
entouré  par  fix  étamines  ou  filets  tranfparens  garnis 
i'un»fommet  jaunâtre.  Cet  embryon  qui  occupe  le 
:entre  ,  porte  un  petit  'ftile  furmonté  d'une  tête  de 
;ouleur  bleuâtre. 

Lorfque  la  fleur  eft  pafTée  ,  l'embryon  en  grofTif- 
fant  devient  un  frilit  qui  a  la  figure  ,  la  groffeur  ,  la 
:ouleur  &  l'éclat  de  la  cerife  ,  plus  fpongieux  que 
:harnu  ;  fa  pulpe  eft  peu  confidérable  ,  feche  ,  fari- 
leufe,  de  couleur  de  chair,  d'un  goût  acerbe,  &  fem- 
îlable  à  celui  des  nèfles.  Dans  l'intérieur  de  ce  fruit 
"ont  renfermées  quatre  ,  cinq  ou  fix  femences  de  la 
grandeur  d'une  petite  lentille ,  de  la  figure  d'un  croif- 
fant ,  raffemblées  en  rond  comme  les  grains  de  mau- 
ve  ;  étant  feches,  elles  ont  une  couleur  de  châtaigne 
tirant  fur  le  noir;  elles  font  blanches  en-dedans  ,  tres- 
Jures,  &  d'une  fubftance  de  corne.  Cette  plante  croît 
en  abondance  dans  le  royaume  de  la  Chine  parmi  les 
cailloux ,  les  épines  &  dans  les  lieux  incultes. 

La  y^«/^/e  a  été  félon  toute  apparence,  inconnue 
îux  anciens  médecins.  Les  nouveaux  auteurs  l'ont 
Fort  recommandée  &  pendant  long-tems  pour  guérir 
les  maux  vénériens.  Des  marchands  chinois  lui  ont 
donné  de  l'autorité  pour  la  première  fois  vers  l'an 
1535,  par  leurs  aflurances  que  cette  racine  guériffoit 
la  goutte,  les  maladies  vénériennes  &C  plufieurs  au- 
tres ,  fans  qu'on  tilt  obligé  d'obferverle  régime  exaft 
que  l'on  fuivoit  alors,  en  ufant  du  gayac  ;  ils  ajou- 
toient  encore  qu'il  ne  falloir  pas  tant  de  tems ,  &  que 
{■àjcjuine  ne  eau  toit  pas  tant  de  dégoût.  Les  Efpagnols 
la  vantèrent  par  toutes  cesraifons  à  l'emoereur  Char- 
les-quint, comme  le  rapporte  Davila  &  Véfale  ;  con- 
féquemment  ce  prince  en  fit  ufage  de  fon  propre  mou- 
vement fans  confulter  les  médecins  ;  mais  ce  fut  fans 
fuccès  puifqu'il  n'obfervoit  point  de  régime  ,  &  qu'il 
n'en  continua  pasl'ulage ,  ce  qui  l'obligea  de  repren- 
dre fon  gayac:  cependant  tout  le  monde  le  preffa  de 
publier  la  ipaniere  d'employer  h  fouine ,  &  tous  ceux 
qui  fuivirent  fon  exemple  furent  également  trompés; 
cette  licence  téméraire  eut  fa  mode  ;  on  en  revint  à 
la  diète  du  gayac  avec  lajijuine  ,  car  tous  les  auteurs 
de  médecine  conviennent  encore  que  ce  remède  bien 
adminiftré  ,  ell:  un  excellent  antidote  contre  les  ma- 
ladies vénériennes. 

Ce  remède  atténue  les  humeurs  épaifTes ,  les  tem- 
pere,les  réfout,  6c  lesdifîipeenfuite  par  les  fueurs  & 
par  les  urines  ;  cependant  la  /aulne  ,  la  farfepareille 
6c  le  gayac  font  bien  inférieurs  au  mercure  pour  la 
guérifbn  des  maladies  qu'on  contradepar  le  commer- 
ce avec  une  perfonne  gâtée. 

Je  n'ajoute  qu'un  mot  fur  lafijuine  d'occident.  Elle 
eft  nommée  china  occidcntalis  ;  c'cft  une  racine  ob- 
longue  ,  grofî'e  ,  noueufe  ,  tubéreufe  ,  qui  ne  diffère 
de  la.  fquinc  d'orient  que  par  la  couleur  qui  eft  plus 
touffe  ou  noirâtre  en  dehors ,  &  plus  rougeâtre  en 
dedans.  La  plante  eft  appellée  J'miUix  aj'pera  fructu 
nigro ,  radies  nodosdy  magnâ ,  farinaced  ,  china  dicia  , 
Siozne  catal.  plant.  Jiirn.  On  apporte  cette y^w/V/e  de 
la  nouvelle  Efpagne  ,  du  Pérou  ,  du  Bréfil  6c  d'au- 
tres pays  de  l'Amérique.  Elle  aies  mêmes  vertus  que 


'4^$ 


h  fquim  d*orîent ,  qitoiqu'on  la  regarde  comme  lui 
étant  inférieure.   (JD.  /.) 

SquINE  BATARDE  ,  (  Botan.  )  fmecio  afiaticus  * 
j ccohao  folio  .^  radia  Ugnosd ,  c\\\r\d  officin arum  dicla 
nobis ,  Commel  Boerh.  Ind.  A.i  ly.  Senecio  madra- 
■patenfis  .^  rapi folio  ,  floribus  maximis  ,  cujus  radix  à 
nonnullis  china  dicitur  ^  Petiv.  Muf.  6'8o.  Hon,  dth-, 
2i'^i-  Cette  plante  croît  au  Malabar,  &  y  eft  nommée 
perinchakka  ;  il  en  eft  parlé  fort  au  long  dans  les  Tranf 
pkilof.  n°.  2.y^.  p.  C)^^.  (Z).  /,) 

SQUINQUE  ,  voyei  SCINE. 

SQUIRHE,  f.  m.  (  Chirurgie.^  voye^  SKIRRHEi 

S  S 

S  S  1 ,  07^  G  U  S  ,  f .  m.  (  ffifl.  natur.  Botanique.  ) 
c'efl  un  oranger  fauvage  du  Japon  ,  dont  lé  fruit  eft 
de  fort  mauvais  goût.  Ses  branches  font  inégales  & 
tortueufes  ,  garnies  d'épines  longues  ,  fortes  &  pi- 
quantes.  Son  bois  n'efl  pas  dur.  L'écorce  qui  eft 
graffe  &  d'un  verd  brillant  fe  fépare  fans  peine.  Cha- 
cune des  feuilles  eft  compofée  de  trois  petites  feuil- 
les qui  fe  réuniffent  au  centre  fur  un  pédicule  mince  , 
long  d'un  demi-pouce  ,  garni  d'un  bord  de  chaque 
côté.  Ces  petites  feuilles  font  ovales  ,  longues  d'un 
pouce ,  d'un  verd  foncé  par-deffus  &  plus  clair  au  re- 
vers, celles  du  milieu  un  peu  plus  longues  que  les 
autres.  Les  fleurs  reflemblent  à  celles  du  néflier ,  6c 
croifTent  près  des  épines  ou  jointes  aux  feuilles  une  à 
une  ,  ou  deux  à  deux  fans  pédicules.  Elles  ont  cinq 
pétales  d'un  demi-pouce  de  long;  elles  font  blanches^ 
garnies  d'un  calice  ,  &  prefque  fans  odeur.   Le  piftil 
eft  court  j  environné  de  plufieurs  étamines  courtes 
&  pointues.  LefruitrefTembleàl'orangeparfa  figure^' 
&  n'en  diffère  intérieurement  que  par  l'odeur  défa- 
gréable  ,  &  le  mauvais  goût  de  fa  poulpe  qui  eft  vif< 
queufe.   On  fait  fécher  l'écorce  de  ce  fruit  pour  en 
faire  avec  d'autres  drogues  un  remède  célèbre  au 
Japon  ,  qui  fe  nomme  ki~kolum. 

Ssi  ou  KuTSPiNAS  ,  f  m.  i^Hifi.  nat.  Botan.)  c'eft 
un  arbre  du  Japon,  qui  eft  une  efpece  de  nefïlier  ;  fa 
feuille  eft  grande ,  fa  fleur  très-blanche ,  l'odeur  très- 
agréable  ,  &  la  forme  en  tuyau ,  partagé  en  fix  lè- 
vres ,  longues ,  étroites  ,  &  qui  s'ouvrent  de  la  gran- 
deur d'une  rofe.  Son  fruit  efl  exagone  &  de  figure 
conique  ;  il  a  la  poulpe  jaune  ,  d'un  goût  defagréa- 
ble  ,  &  rempUe  d'une  infinité  de  petites  femences  > 
femblables  à  celles  du  féfame.  Cette  poulpe  fert  aux 
teintures  en  jaune.  Un  autre  arbre  de  même  nom,  a 
la  feuille  plus  petite  ,  &  la  fleur  blanche  &  double. 
Son  bouton,  lorfqu'il  n'eft  point  ouvert ,  préfente  là 
figure  d'une  belle  coquille  de  limaçon  de  figure  oblon-« 
gue. 

SSIO  ,  f.  m,  {ffif.  nat.  Botan.)  arbre  du  Japon  ," 
qui  eft  une  efpece  de  laurier  qui  donne  du  camphre, 
fur-tout  par  fes  racines.  Il  eft  de  l'épaifleur  6c  de  la 
hauteur  de  nos  tilleuls.  On  en  tire  le  camphre  dans  la 
province  de  Saxuma  ,  &  dans  les  îles  de  Gotto  ,  oit 
il  croît  uniquement ,  par  la  dccoftion  des  racines  & 
du  bois  coupés  en  petits  morceaux  ;  mais  quoiqu'on 
le  fublime  enfuite ,  il  eft  plus  de  quatre-vingt  fois 
meilleur  marché  que  celui  de  Bornéo  ,  qui  fe  tire  deà 
arbres  par  de  fimples  incifions  entre  l'écorce  &  lô 
bois.  L'arbre  japonnois  a  peu  de  branches;  fon  écor- 
ce  eft  dure  6c  d,'iin  gris  obfcur  j  mais  celle  des  jeunes 
branches  eft  gluante  &  s'enlève  aifémcnt.  La  mocllo 
en  eft  dure  6c  ligneufe  ;  le  bois  eft  naturellement 
blanc  ;  mais  en  fe  féchant ,  il  prend  une  petite  tein- 
ture de  rouge.  Quoique  peu  compacte  ,  il  a  des  fi- 
bres aflîez  dures  qui  le  rendent  propre  à  faire  des 
ouvrages  de  menuiferie ,  comme  cabinets,  bottes^ 
6'c.* mais  à  mefiire  que  in  réfinc  s'évapore ,  il  devient 
raboteux.  Les  plus  beaux  cabinets  du  Japon  font  faits 
de  la  racine  de  cet  arbre  ,  &rde  celle  du  futz-no-kr< 


4» 


"•■6 


S  T  A 


Les  veines  &  les  nuances  de  l'une  Sz  de  Tautre  ont 
beaucoup  d'agrément. 

Les  feuilles  du  cainphier  japonois  tiennent  à  des 
pédicules  aflt'/ longs, q\ii  rougifrent  un  peu  après  avoir 
été  verds  d'abord.  Elles  lont  toujours  leulvs  ,  laus 
ordre  ,  ineinbraneufcs  ,  de  forme  tirant  fur  l'ovale  , 
pointues  ;\  l'extrémité  ,  ondées  fur  les  bords ,  fans 
^■tre  dentelées,  avec  beaucoup  de  ribrcs  d'une  couleur 
plus  pâle.  Le  deifus  ell  d'un  verd  foncé,  mais  lui- 
îant  ;  le  dcffous  a  la  couleur  de  l'herbe  &:  la  douceur 
de  la  foie.  Le  nerf  qui  cil  prominant  des  deux  côtés, 
cû  d'un  verd  blanchâtre ,  &  jette  fes  rameaux  en  arc 
le  long  de  la  feuille.  De  ces  rameaux ,  il  en  fort  d'au- 
tres plus  déliés.  L'extrémité  des  fibres  forme  allez 
fouvent  de  petits  porcaux  qui  font  particuliers  à  cet 
arbre.  Lorfqu'il  eil  dans  toute  la  grandeur ,  il  com- 
mence à  poulTcr  de  petites  fleurs  ,  aux  mois  de  Mai 
&  de  Juin.  Elles  naillent  aux  extrémités  des  petites 
branches  fous  les  pédicules  des  feuilles  ;  &  leurs  pro- 
pres i)édicules  font  d'un  tiers  plus  courts  que  ceux 
des  feuilles ,  forts  ,  menus ,  divifés  en  petites  bran- 
ches ,  dont  chacune  porte  une  fleur  blanche  hexapc- 
tale  avec  neuf  étamines  ;  trois  au  milieu ,  &C  les  fix 
autres  difpofées  en  rond  autour  des  premières.  A  me- 
fure  que  le  calice  augmente ,  la  graine  mûrit;  &  dans 
fa  maturité  ,  elle  efl  de  la  groffeur  d'un  poids  ,  lui- 
fante  ,  &:  d'un  pourpre  foncé.  Sa  figure  eft  ronde  , 
alongée  comme  une  poire  ,  avec  une  petite  envelop- 
pe de  couleur  tirant  fur  le  pourpre ,  d'un  goût  de 
camphre  girofle.  Elle  renferme  un  noyau  ,  de  la  grof- 
feur d'un  grain  de  poivre,  dont  l'écorce  cfl  d'un  noir 
luifant ,  &:  qui  fe  fipare  en  deux  ;  il  eft  de  nature  hui- 
leufe,  &  d'un  goût  fade.  Foye^  Kempfer,  hljloirc  du 
Japon. 

SSIBU-KAKI ,  f.  m.  (  Hl{î.  nat.  Boum.)  c'efl  un 
figuier  du  Japon,  qui  donne  un  fruit  qui  ne  fe  mange 
point ,  mais  qu'on  enterre  dans  un  pot ,  pour  le  faire 
pourrir  &  fondre,  &  dans  le  fuc  qu'on  palfe  foigneu- 
îement,  on  trempe  le  papier,  dont  on  fait  des  habits, 
pour  le  garantir  de  la  pourriture.  On  s'en  fert  aulli 
pour  fei.'idre  les  toiles  d'ortie  &  de  chanvre. 

S  T 

S  T ,  eft  un  terme  indéclinable ,  dont  on  fe  fert 
ordinairement  quand  on  recommande  le  filence. 

Les  Romains  écrivoient  ces  deux  lettres  fur  les 
portes  des  chambres  où  ils  mangeoient,  comme  s'ils 
avoient  voulu  dire  ,/è^  tau  owfiknnum  tenz. 

Porphire ,  remarque  que  les  anciens  fe  faiibient 
un  point  de  religion  de  ne  pas  dire  un  feul  mot  en 
fortant  ou  en  entrant  par  les  portes. 

STABIE  ,  {Géo^.  anc.)  Stabiœ ,  ville  d'Italie  ,  dans 
Ja  Campanie.  Elle  ne  fubfilloit  plus  du  tcms  de  Pli- 
ne ,  liv.  III.  c.  V.  qui  nous  apprend  qu'elle  avoit  été 
détruite,  fous  le  confulat  de  Cn.  Pompée  ,  &:  de  L. 
Caton,  par  Sylla ,  le  dernier  d'Avril,  &  qu'elle  étoit 
réduite  à  un  fimplc  village. 

Pline  le  jeune  ,  /.  yJI.  ep'iji.  xvj.  après  avoir  rap- 
porté que  Ion  oncle  ,  curieux  d'examiner  l'embrafe- 
jnent  du  mont  Vcfuve  ,  dit  à  Ion  pilote  de  tourner 
du  côté  de  Pomponianus  ,  ajoute  que  Pomponianus 
étoit  à  Stable ,  dans  un  endroit  féparé  par  un  petit 
golfe,  que  forme  infenfiblement  la  mer  fur  fes  riva- 
ges qui  fe  courbent.  Ovide  parle  de  Stabiœ  au  qum- 
zieme  livre  de  fes  Métamorpholes  ,  v.  yii. 

HiTcuUamquc  urban ,  Stabiafque.  /' 

On  voit  dans  Galien  ,  Uv.  V.  Mkh.  medec.  Se  dans 
Symmaquc,  iiv.  FI.  cpift.  ty.  que  le  lait  des  vaches 
de  Stabïz  étoit  en  ufage  dans  la  Médecine.  Charles 
Patin  confirme  ce  fait  par  une  médaille  curieufe  de 
l'empereur  Géta  ,  fur  le  revers  de  laquelle  eft  une  va- 
che, qui  déli^ne  l'excellence  du  lait  que  produiloient 


S  T  A 

les  pâturages  de  Stable.    Columelle  ,  llv.  X.  v.  zjg, 
fait  l'éloge  des  eaux  &  des  fontaines  de  Stable, 

Fontlbus  &  Stabiae  célèbres ,  &  vefvla  rura. 

La  table  de  Peutinger  place  Siablœ  entre  Pompelt 
&  Surrtntum.  C'eft  aujourd'hui  C<ï/?e/<z  mare  dl  Sta- 
bia  ,  ou  fimj)lement  Cujlel  a  mare.  (Z>.  /.) 

STABILITÉ  ,  1.  ï.  (Gratnm.')  qualité  de  ce  qui  eft 
fixe  ,  immobile.  On  dit  Idjiabuité  de  la  terre  ;  [^  fia. 
blllté  d'une  convention ,  du  caraâere ,  de  l'efprit  , 
des  vues  ,  des  vertus  ,  &c. 

STABLAT ,  f.  m.  {Lang.  Franc.')  c'eft  une  habita- 
tion que  font  les  habitans  des  pays  des  hautes  mon- 
tagnes dans  des  établcs ,  oîi  ils  s'enferment  en  hiver 
pendant  la  chute  des  neiges,  (Z).  /.) 

STACHIR ,  (  Gcog.  anc.)  fleuve  de  la  Lyble  inté- 
rieure. Ptolomée ,  /.  IF.  c.  vj.  dit  que  ce  fleure  fort 
du  mont  Ryjadlus ,  &  qu'auprès  de  cette  montagne, 
il  forme  un  marais  Clonia..  Marmol  prétend  que  ce 
fleuve  eft  le  Scnega.  {D.  /.) 

S  T  A  CH  YS  ,  f.  m.  (  Hifl.  nat.  Botan.  )  genre  de 
plante  à  fleur  monopétale  labiée  ,  dont  la  lèvre  fupé- 
rleure  eft  un  peu  concave  &  droite  ,  la  lèvre  infé- 
rieure eft  divifée  en  trois  parties  ;  dont  les  deux  ex- 
térieures font  beaucoup  plus  petites  que  celle  du  mi- 
lieu. Le  piftU  iort  du  calice  ,  il  eft  attaché  comme  un 
clou  à  la  partie  poftérieure  de  la  fleur  ,  &  entouré 
de  quatre  embryons  qui  deviennent  dans  la  lûite  au- 
tant de  femences  arrondies  &  renfermées  dans  une 
capfule  qui  a  lervi  de  calice  à  la  fleur.  Ajoutez  aux 
cara£leres  de  ce  genre  ,  que  les  feuilles  font  velues 
&  blanches.  Tourn.  i/?/?.  rel  herb.  Foye^  Plante. 

Tournefort  établit  fix  efpcces  de  ce  genre  de  plan- 
te, dont  nous  décrivons  la  principale,  la  grande  d'Al- 
len agne,  Jlachys  major  gerjjianlca.  I.  R.  H.  i8G. 

Saracineeft  dure,  fibrée,  jaunâtre,  &vivace.  Elle 
poufl'e  une  ou  plufieurs  tiges  à  la  hauteur  d'environ 
2  pies  ,  groflTes  ,  quarrées  ,  nouées  ,  velues,  blan- 
ches ,  veloutées ,  mocUeufes  en-dedans.  Ses  feuilles 
font  oppofées  l'une  à  l'autre  à  chaque  nœud  de  fa  ti- 
ge, feniblables  à  celles  du  marrhube  blanc,  mais  beau- 
coup plus  longues  ,  plus  blanches  ;  cotannées ,  den- 
telées en  leurs  bords,  d'une  odeur  alTez  agréable,  d'un 
goût  aftringent  fans  aucune  âcreté. 

Sqs  fleurs  font  verticillées  &  difpofées  en  manière 
d'épis  entre  les  feuilles  ,  au  fommet  de  la  tige  ,  ve- 
lues en -dehors,  glabres  en-dedans,  ordinairement 
purpurines  ,  quelquefois  blanches  ,  approchantes  de 
celles  du  lamium  :  chacune  de  ces  fleurs  eft  en  oueu- 
le ,  ou  en  tuyau  découpe  par  le  haut  en  deux  lèvres; 
la  fupérieure  eft  creufée  en  cueilleron  ,  relevée  & 
échancrée  :  l'intérieure  eft  divifée  en  trpis  parties  , 
dont  celles  des  côtés  font  beaucoup  plus  petites  que 
celles  du  milieu. 

Après  que  la  fleur  eft  tombée  ,  il  lui  fuccédc  qua- 
tre lemences  prelque  rondes ,  noirâtres ,  renfermées 
dans  une  capfule  qui  a  fervi  de  calice  à  la  fleur.  Tou- 
te la  plante  rend  une  odeur  forte  ;  elle  croît  aux  lieux 
montagneux ,  rudes ,  incultes ,  &  fleurit  en  été.  Son 
nom  lui  vient  de  ces  fleurs  rangées  en  épis,  car  çax^i 
en  grec  veut  dire  épi.  (Z>.  /.) 

STaCKI  ,  lac  ,  (  Gêog.  mod.  )  lac  d'Ecofîe  dans 
la  province  de  StrahNavern.  (i^.  /.)     . 

STACTÉ  ,  f  m.  {Hijl.nat.  des  drog.)  c'eft  ainfi  que 
les  anciens  nommoient  la  plus  précieufe  forte  de 
myrrhe  liquide  ,  qui  découloit  des  arbres  fans  inci- 
fion.  Ce  n'étoit  point  le  ftorax  de  nos  boutiques, 
comme  quelques  modernes  l'ont  imaginé,car  le  ftorax 
eft  même  fort  différent  de  notre  myrrhe  en  larmes. 
C'eft  une  myrrhe  liquide  ,  naturelle  ,  d'un  grand 
ufage  dans  les  choies  de  luxe.  On  la  mêloit  dans  des 
vins  de  liqueur,  qu'on  appcllolt  vlna  myrrkata  ,  & 
qu'on  eftimoit  fingulierement.  Dc-là  vient  que  dans 
Plaute  une  vieille  dit  : 


s  T  A 

Tu  mlhi  flafte  j  c'innamomum.  Tu  rofa  j 
Tu  crocum  &  sajfui  es  ! 

Les  anciens  compofoient  encore  avec  lejîacîé  des 
)arfLims  odoriférans  ,  des  pommades  pour  les  chi;- 
,-eux  &  des  baufnes  de  grand  prix.  Piufieurs  com- 
nentateurs  de  l'Ecriture  prétendent  que  c'eil  de  ce 
)aume  de  myrrhe  que  les  mages  portèrent  à  Beth- 
éem  au  Sauveur  du  monde  ,  avec  de  l'or  &  de  l'en- 
:ens. 

Nos  parfumeurs  appellent  à  leur  towrjiacîe  quel- 
ques morceaux  choiûs  de  myrrhe  ,  qu'ils  font  diiîou- 
Ire  dans  de  l'huile ,  &  y  mettent  de  l'odeur  ;  car 
lous  ne  connoifîbns  plus  \zjiacîc  des  anciens  ;  nous 
le  connoiiïbns  uniquement  que  la  myrrhe  feche  en 
armes,  /'oj'c:^ Myrrhe  ,  6» Myrrhe,  vin.  (D.J.) 

SÏADE ,  i.  m.  (^Mejun  itlniraire  des  anciens.  )  me- 
iire  de  longueur  des  Grecs  ;  leur  Jiade  ,  félon  Pline , 
:tôitde  115  pics  romains,  &  chacun  de  ces  pies  ro- 
nains  étoit  de  ï  z  pouces  :  il  falloit  5  pies  romains 
>our  faire  un  pas  géométrique  ;  ainfi  625  pies  ro- 
nains  faifoient  125  pas  géométriques,  par  confé- 
nKnt'ûhWdltS  fiades  pour  flùrc  un  mille  romain; 
!onc  les  Soùjindes  faifoient  100  inilles  romains. 

Pour  réduire  maintenant  %oo  fiades  romains  à  nos 
ieucs  de  France ,  les  lieues  communes  de  France 
ont  de  deux  mille  400  pas  géométriques  ;  donc  800 
ladis  faifoient  41  de  nos  lieues  de  France  &  j  de 
ieue. 

Je  fais  bien  que  M.  de  la  Barre  a  établi  un  fyllème 
out  différent  de  celui-ci  ;  il  donne  aux  Grecs  deux: 
}iides  ,  un  grand  &  un  petit.  Le  grand  Jiadc ,  félon 
[li ,  étoit  d'e  1 3  3  pas  romains ,  deux  tiers  ,  &  il  y  en 
,voit  fept  &  demi  au  mille  ;  le  petit  ftade  étoit  de  80 
las  ou  de  400  pies  romains,  On  peut  lire  dans  les 
Mcrnoires  de  V académie  des  Infcription's  ,  tome  XIX. 
es  raifons  fur  lefquelles  il  appuie  fon  hypothèfe  ; 
nais  quoiqu'elle  loit  accompagnée  de  favantes  re- 
herches  ,  je  ne  crois  pas  devoir  abandonner  l'opi- 
lion  commune.  (  Z).  /.  ) 

Stade  D'OLYMPIE,(^>i//7.  gnq^  Itfiaded'Olym^ 
7/V  étoiî  urt  efpace  de  600  pas  qu'on  avoit  renfermé 
ie  murs  près  de  la  ville  d'Elis  &  du  fleuve  Alphée  , 
k:  qu'on  avoit  orné  de  tout  ce  qu'on  avoit  cru  pro- 
)re  ^  rembellir  ;^  mais  comme  on  avoit  été  contraint 
le  s'aff.ijettir  au  terrein  qui  étoit  inégal,  cq  ftade  étoit 
ort  irrégulier  ,  ainfi  qu'on  peut  le  voir  par  le  deifein 
ju'en  a  tracé  fur  la  defcription  de  Paulanias  ,  M.  le 
:hevalier  Folard  ,  &  que  M.  l'abbé  Gédoyn  a  fait 
graver  pour  l'inférer  dans  la  tradudion  de  cet  auteur  • 
;rec. 

Ce  y?^^e  étoit  compofé  de  deux  parties  :  la  pre|L 
niere ,  dont  la  figure  reffembloit  aflez  à  la  prouP' 
i'uh  vaiffeaù  ^  étoit  nommée  Xz  barrière.  C'étoit-là 
:{u'étoient  les  écuries  &  les  remifes  où  fe  tenoient 
:es  chevaux  &  les  chariots  ,  &  où  ils  s'apparioient. 
La  féconde  étoit  nommée  la  Uce  ,  &  c'étoit  dans  l'ef- 
pace  qu'elle  contenoit  que  fe  faifoient  les  courfes , 
foit  à  cheval ,  foit  avec  les  chariots.  Au  bout  de  la 
lice  étoit  la  borne  ,  autour  de  laquelle  il  falloit  tour- 
ner ^  &  comme  celui  qui  en  approchoit  le  plus ,  for- 
moit  un  cercle  plus  court ,  il  étoit  toutes  chofes  éga- 
les ,  plutôt  revenu  au  lieu  d'où  il  étoit  parti.  C'étoit- 
là  principalement  que  confiftoit  l'adrefte  de  ceux  qui 
conduifoient  les  chars ,  &  où  au  même  tems  ils  cou- 
roient  le  plus  grand  danger.  Car  indépendamment 
de  ce  qu'ils  pouvoicnt  s'y  rencontrer  avec  un  autre 
char  ;  fi  on  venoit  à  toucher  cette  borne ,  l'efTieu  fe 
brifoit  en  mille  pièces  ,  ou  recevoit  du-moins  quel- 
que échec  qui  faifoit  perdre  tout  l'avantage.  Voilà 
ce  qu'Horace  exprime  par  ces  mots  ,  metaque  fcryi- 
dis  evitata  rôtis. 

Au  dch\  de  cette  borne  étoit  encore  une  autre  oc- 
£afion  de  danger.  Ç'étoit  [a  figure  du  génie  Tarafeip- 


S  T  A  4? 

pas,  qui  ctolt  faite  de  manière  à  effrayer  les  chevaux-. 
On  ne  fait  fi  on  l'avoit  mife  là  exprès  pour  augmen- 
ter le  danger  de  la  courfe  ,  ou  û  par  refpeft  pour  ce 
génie  on  l'y  avoit  laiffée ,  fuppofé  qu'elle  y  fût  avant 
la  côniîruftion  dn  ftade  ;  mais  il  efl:  toujours  vrai  que 
c'étoit  un  endroit  fort  dangereux. 

Des  deux  côtés  de  cette  lice  dans  fOute  fà  lon^ 
gueur  étoient  les  places  des  fpeftateurs.  Les  princi- 
pales étoient  pour  les  juges  &  pour  les  perfonnes  de 
confidération  ;  le  peuple  qui  y  accouroit  en  foule  fe 
metioit  où  il  pouvoit  :  car  rien  n'efl  égal  à  la  curio- 
lité  qu'on  àvoit  pour  ces  ibrtes  d'exercices. 

J'ai  dit  que  de  la  barrière  les  chars  entroient  dans 
la  lice,  &  je  dois  ajouter  que  la  léparation  de  ces 
deux  lieux  étoit  fermée  avec  une  corde  qui  fe  baif- 
foit  par  une  efpece  de  méchanique  ,  qire  décrit  Pau- 
fanias  ;  &  c'étoit  le  fignal  qui  avertillbit  d'entrer  dans 
la  hce.  Ban'ur.  (Z>.  J.) 

STADEN  ,  {Géogr.  mod.  )  en  îatin  Staùo  ,  ville 
d'Allemagne  dans  le  cercle  de  la  baffe-Saxe ,  au  du- 
ché de  Brème  ,  fur  la  rivière  de  Schwinge  ,  près  de 
l'Elbe ,  à  15  lieues  au  nord-efi  de  Brème.  Cette  ville 
a  été  conlidérable  du  tems  des  Romains ,  qui  y  te*- 
noient  des  troupes  pour  défendre  les  paffac^es  de* 
l'Elbe.  Après  avoir  fubi  la  domination  des  archevê- 
ques de  Brème  ,  elle  devint  ville  anféatique  &  flo- 
riffante  ;  mais  elle  déchut  beaucoup,  lorfque  lesAn- 
glois  eurent  tranfporté  à  Hambourg  le  commerce  de 
leurs  draps.  Le  feu  la  confuma  prefque  entièrement 
en  1659.  Lesducs  deBrunfwick-Lunebourg  la  pri- 
rent en  1676.  Elle  appartient  aujourd'hui  à  l'élefteuar 
d'Hanovre.  Lon^u.  iG.  6^.  latit.  ij.  ^z.  (£).  /,) 

STADHOUDER,  V0y,f;j;STATHOUDER. 

STADIA  ,  {Géo^.  mod.)  petite  ville  de  la  Turquie 
européenne  ,  dans  le  Coménolitari ,  fur  le  bord  oc- 
cidental du  Golfe  Theffalonique  ,  au  midi  de  l'embou- 
chure de  la  Platamona.  C'cfl  le  Dium  en  Macédoine 
de  Strabon.  (  Z>.  /.  ) 

STADIASMOS,  f.  m.  {Littéral,  greq.)  ç-x^,ar/jôç 
lignifie  la  mefureparftades.  Ce  mot ,  quoique  bon  &Q 
ancien  ,  ne  fe  trouve  pourtant  dans  aucun  de  nos 
didionnaires  grecs.  Perfonne  n'ignore  que  les  an- 
ciens Grecs  étoient  accoutumés  à  mefurer  les  diflan- 
ces  des  lieues  par  flades  ;  ils  appelaient  cela  «-TacT/a- 

'^iiv  ,  d'où  vient  ina.S'ia.G-iJ.U.  {D.J.) 

STADIDROME,  f.  m.  {Gymnaft.)  riom  que  l'on 
donnoit  à  ceux  qui  dans  l'exercice  de  la  courfe  na 
couroient  que  l'efpace  d'un  flade  ,  à  là  différence  de 
ceux  qui  en  couroient  deux ,  &  que  l'on  nommoit 
dolcodromes y  &  de  ceux  qui  retournoient  après  avoir 
couru  les  deux  ûades  ,  &  qu'on  nommoit  dianlodro- 
fnes  ,  enfin  de  ceux  qui  couroient  armés  &  qui  s'ap- 
pelloient  opliiodromes.  {D.  /.) 

STADISIS  ,  {Géog.  anc.  )  ville  dé  l'Ethiopie  fous 
l'Egypte  ,  près  de  la  grande  cataracle  du  Nil  ;  c'eit: 
la  Tafitla  de  Ptolomce.  (  Z?.  7.  ) 

S  FADIUM,  f.  m.  {Jeux  de  la  Grèce.)  ^TaSicv ,  car-' 
ricre  pour  les  courfes  publiques  dans  l'ancienne 
Grèce.  Cette  carrière  étoit  environnée  de  piufieurs 
rangs  de  degrés  élevés  fur  une  enceinte  faite  en  por- 
tion d'ovale  ,  dont  chaque  côté  étoit  de  600  pics 
athéniens  ,  ce  qui  déterminoit  le  (lade  fimple  qut 
étoit  de  125  pas  géométriques;  le y?<î^<;  doublé,  c'efl- 
àdire  parcouru  deux  fois  ,  formoit  150  pas  ;  l'hip* 
podromc  deNémée  étoit  d'une  grande  étendue,  caf 
il  dcvoit  avoir  750  pas  ,  étant  deux  fois  plus  long 
que  le  Ao\\h\Q  ftade. 

Mais  le  plus  beau  ftade  de  la  Grèce  étoit  \q  fladion 
panathenaicon  d'Athènes  ,  dont  les  débris  frappoient 
encore  tellement  les  curieux  voyageurs  dans  le  der- 
nier ficelé ,  q^u'ils  ne  pouvoient  s'empêcher  d'en  dire 
ce  que  Paulanias  avoit  dit  de  l'ouvrage  entier  :  on  nô 
le  fanroit  voir  fans  l'admirer.  Sa  fîgurel^toit  une  por- 
tion d'ovale,  coupée  fclon  fa  largeur  ;  &  il  fembls 


488 


S  T  A 


«que  la  nature  fe  tut  jouce  pour  fermer  îi  plaifir  une 
■colline  qui  règne  pareillement  en  portion  crovalc  , 
comme  pour  borner  le  terrein  de  cette  carrière.  Les 
rangs  des  degrés  ctoicnt  tous  de  marbre  blanc.  L'em- 
pereur Adrien  donna  un  jour  aux  Athéniens  dans  ce 
Jîjdc  le  Ipedaclc  d'une  chailc  de  mille  bêtes  lauva- 
ges.  (£>.  J.) 

STADSBERG  ou  STADBERG  ,  {Géog.  mod.) 
bourgade  d*Allema|:ne  dans  le  cercle  de  Weftphalie, 
aux  confins  du  conité  de  Waldeck  ,  fur  la  rivière  de 
Dimcl.  On  nommoit  autrefois  cette  bourgade  Eref- 
bcre  &  Mcrshcrg  ,  &:  c'étoit  là  que  les  anciens  Sa- 
\ons  avoient  bâti  un  temple  à  leur  dieu  Irmini'ul. 

\d.  J.) 

STAFARDE ,  (  Gcogr.  mod.  )  bourgade  des  états 
de  Savoie,  au  marquilat  de  Saluées  ,  entre  Cavours 
êc  Pignérol  fur  le  Po.  Elle  eft  connue  par  fon  abbaye 
■d'hommes  de  l'ordre  de  citeaux  ,  &  par  la  viftoire 
que  le  maréchal  de  Catinat  y  remporta  en  1690 
fur  le  duc  de  Savoie.  Longu.  zS.  4.  lat'u.  44.  ji. 
{D.J.) 

STAhFORA,  LA,  {Géosr.mod.)rWierQ  d'Italie 
<lans  le  Milanez.  Elle  arrofe  le  Pavefan ,  &  après 
avoir  pafle  à  Voghera ,  elle  fe  perd  dans  le  Po.  (Z?.  /.) 

SJ A¥lOKD ,{G£og.  mod.)  ville  d'Angleterre ,  ca- 
pitale du  comté  de  même  nom ,  fur  la  Saw  ,  dans  une 
agréable  campagne  ;  elle  eft  bien  bâtie  ,  a  deux  pa- 
roiffes  ,  une  école  publique  ,  &:  un  château  pour  fa 
défenfe.  Long,  fuivant  Harris,  i5.  3  o.  latii.  Sx.  64. 
{D.J.) 

STAf  FORD-SHIRE ,  (  Géog.  mod.  )  province  mé- 
diterranée  d'Angleterre ,  dans  le  diocèfe  de  Lichfïeld 
&  Conventry.  Elle  eft  bornée  au  nord-oueft  par  le 
comté  de  Cheller;  à  l'occident  par  celui  de  Shrews- 
bury  ;  au  midi  par  ceux  de  W'orcefter  &  de  War- 
vick  ;  &  à  l'efl:  &  au  nord-eft  par  celui  de  Darby. 
Elle  s'étend  du  nord  au  fud  l'efpace  de  quarante- 
quatre  milles  ;  elle  en  a  vingt-fept  de  large  ,  &  cent 
quarante  de  circuit  :  on  y  compte  cinq  hundreds  ou 
quartiers,  &  cent  trente  églifcs  paroiifiaies.  Il  y  a 
quatre  villes  qui  ont  droit  de  députer  au  parlement; 
favoir  Stafford ,  la  capitale  ,  Lichfield  ,  Newcaftle , 
Tacnworth  ,  &  quinze  bourgs  à  marché. 

Les  principales  rivières  de  cette  province  ,  font 
la  Trent ,  la  Tame  ,  la  Dove  ,  la  Blithe ,  &  la  Saw. 
La  partie  feptentrionale  du  comté  de  Stafford  eil 
montueufe  ,  froide ,  &  affez  flérile  ;  mais  la  partie 
méridionale  cft  fertile.  Outre  les  pâturages  &  les 
grains ,  on  y  trouve  des  carrières  de  charbon  de  ter- 
re,  d'albâtre,  &  de  pierres  de  moulin.  Nous  avons 
un  excellent  ouvrage  fur  fon  hiftoire  naturelle  :  Plot 
(  Robert  )  thc  natiiral  hlflory  of  Stafford-Shirs  ,  Oxo- 
nias ,  1686.  in- fol. 

Les  anciens  habitans  de  ce  pays  ont  été  les  Car- 
Tiariens ,  qui  poffédoient  outre  cela  les  terres  com- 
prifes  dans  les  comtés  de  Shrewsbury  ,  de  Worce- 
fler ,  ôc  de  Chefter  :  après  eux  ce  comté  fut  le  par- 
tage des  Saxons  Merciens. 

Il  a  produit  depuis  la  renaiflance  des  Lettres  des 
favans  dilîingués  ,  entre  lelquels  on  peut  nommer 
Allcyn  (  Thomas  ) ,  Lighifoot  (  Jean  ),  \Vollallon 
(  Guillaume  ) ,  & Sheldon  (  Gilbert) ,  qui  méritent 
tous  quatre  nos  éloges. 

^//cy/z  naquit  en  1542,  &  mourut  en  1631;  fa 
fcience  dans  les  Mathématiques  l'expofa  de  même 
que  le  Moine  Bacon  ,  aux  jugemens  delavantageux 
du  peuple ,  qui  le  regardoient  com.me  un  forcier,  tan- 
dis que  les  hommes  éclairés  le  relpedoient  comme 
un  beau  génie.  Henri  Savile ,  Cambden ,  Robert  Cot- 
ton,  Sptlman,  Sclden  ,  &c.  ont  chanté  les  louanges. 
Ce  dernier  l'appelle  acadaniœ  Oxonenfis  dccus ^  om- 
nii  eruditionis  génère  ornatiffîmum.  Henri  ,  comte  de 
Korihumberland ,  ^<.  Robert  comte  de  Leiceftcr , 
favori  de  la  reine  Elifabeth ,  l'aimèrent  linguliere- 


S  T  A 

ment.  Il  n'épargna  ni  fes  foins,  ni  fon  crédit ,  ni  fa 
bourfe  ,  pour  rafiembler  des  manufcrits  dans  toutes 
les  Sciences ,  &  pour  favorifer  leurs  progrès.  Mais 
fes  propres  ouvrages,  {qs  recueils,  &  fes  obfcrva- 
tions  lur  l'Allronomie  ,  les  Mathématiques,  &  la 
nouvelle  philofophie  ,  font  tombées  dans  des  malus 
inconnues. 

Lightfooc  naquit  en  1601 ,  &  mourut  en  1675  ^ 
74  ans;  c'étoir  un  homme  prodigiculemcnt  habile 
dans  les  antiquités  judaïques;  fes  ouvrages  précédés 
de  fa  vie,  ont  été  railemblés  &  imprimés  à  Londres, 
en  1684.  On  fit  une  nouvelle  édition  de  ce  recueil 
à  Rotterdam ,  en  1686  ,  en  2  vol.  Infol.  La  troifieme 
édition  parut  îl  Utrccht  en  1699  ,  par  les  foins  de 
Jean  Leveden  ;  il  y  a  ajouté  un  nouveau  volume 
contenant  les  ouvrages  pofthumes  latins  de  l'auteur, 
qui  n'avoient  point  encore  vu  le  jour ,  &  que  M. 
Jean  Strype  lui  avoit  envoyé  d'Angleterre.  Le  troi- 
fieme volume  contient  21  traités,  dont  la  plupart 
font  courts  ,  &  quelques-uns  imparfaits. 

Enfin,  M.  Strype  a  publié  à  Londres  en  1700, 
in-8°.  de  nouvelles  oeuvres  poflhumes  deLlghtfoot; 
il  avoit  eu  defléin  d'inférer  dans  cette  colledion, 
une  chronique  de  ce  qui  s'cfi:  paffé  dans  le  monde 
au  fujet  des  Juifs ,  fous  les  empereurs  Ottomans,  fur 
la  fin  du  xj.  fiecle.  Cet  ouvrage  qui  dépeint  les  mal- 
heurs &  la  deflrudion  des  Juifs  dans  ce  tems  -  là  , 
avoit  été  compofé  par  un  certain  facrificateur  nom- 
mé Jofeph ,  qui  vivoit  fous  le  règne  d'Henri  VIII. 
La  traduftion  de  l'hébreu  en  anglois  étoit  de  Light- 
foot ,  &  de  fa  propre  main. 

On  voit  par  la  lefture  des  œuvres  de  ce  favant  ,' 
qu'il  avoit  quelques  fentimens  particuliers  :  par  exem- 
ple ,  il  croyoit ,  1°.  que  les  Juifs  étoient  entièrement 
rejettes  de  Dieu.  2°.  Il  penfoit  que  les  clés  du  royau- 
me des  cieux  n'avoient  été  données  qu'à  faint  Pierre. 
3°.  Que  le  pouvoir  de  lier  &  de  délier^  accordé  à  cet 
apôtre  ,  regardoit  la  doftrine  ,  &  non  la  djfcipline, 
4°.  Dans  fon  interprétation  de  ces  paroles  de  Diea 
à  Caïn  :  Ji  tu  fais  mal ,  le  péché  ejl  à  la  porte  ;  il  pré- 
tend que  par  le  péché ,  il  ne  faut  pas  entendre  la  pu- 
nition ,  mais  l'oblation  pour  le  péché  ,  pour  en  faire 
l'expiation. 

Wollaflon  naquit  en  1659,  &  fit  d'excellentes 
études  ;  mais  comme  il  étoit  pauvre  ,  il  prit  l'emploi 
du  fécond  maître  d  école  dans  la  province  à  70  li- 
vres fterlings  par  an.  Peu  de  tems  après,  la  mort  d'un 
de  fes  parens ,  arrivée  en  1688  ,  le  mit  en  polTelfion 
d'un  bien  tres-confidérable.  Un  changement  aufli 
imprévu  qu'avantageux,  auroit  été  capable  de  tour- 
ner la  tête  à  bien  des  gens  ;  mais  la  môme  fermeté 
d'ame  qui  avoit  loatenu  Wollaflon  dans  la  mauvaife 
fortune  ,  lui  fit  lupporter  la  bonne  avec  modération; 
fa  philofophie  lui  apprit  à  fe  polféder  égalentent  dans 
les  deux  états  oppolés. 

Il  fe  fixa  à  Londres  ,  cpoufa  une  femme  de  mérite,' 
&  cependant  continua  toujours  de  pafTer  fa  vie  dans 
la  retraite  &dans  l'étude.  Il  avoit  des  amis ,  du  loifir, 
&:  des  livres ,  dont  il  Ait  profiter.  Il  cultiva  prefquc 
toutes  les  fciences ,  &  travailla  fur-tout  à  perfeclion- 
ner  fa  raifon  ,  en  s'aflranchiflTant  des  préjugés ,  en  * 
obfervant  l'étendue  &  l'influence  des  axiomes,  la 
nature  &  la  force  des  conféqucnces  ;  enfin  ,  en  fui- 
vant la  bonne  méthode  dans  la  recherche  de  la  vé- 
rité. Il  mourut  en  17x4  ,  de  la  même  manière  qu'il 
avoit  vécu  en  philofophe  chrétien. 

La  reine  d'Angleterre  fit  placer  fon  bufte  dans  une 
grotte  de  fon  jardin  de  Richemont  avec  ceux  de 
Newton ,  de  Locke ,  de  Samuel  Clarck ,  &c. 

Mais  fon  fameux  ouvrage ,  ébauche  de  la  religion 
naturelle  ,  the  religion  of  nature  delineated  ^  qu'il  mit 
au  jour  l'année  de  fa  mort,  afait  fa  principale  gloire. 
Le  débit  prodigieux  qu'a  eu  cet  ouvrage  en  Anj^lc- 
terre ,  dont  il  s'eft  vendu  plus  de  dix  mille  exemplai- 
res 


s  T  A 

es  en  peu  d'années ,  prouve  afTcz  fon  mérîte.  Il  ert 
»eu  d'ouvrages  finis  qu'on  puifl'e  oppofer  à  celui  qu'il 
donné  Ibus  le  modelle  titre  d'£''/'ûH<:/(£.Ledeffcin  exé- 
uté  de  main  de  maître ,  a  non-feulement  toutes  les 
reportions  ,  mais  auflî  toutes  les  grâces  de  l'cxpref- 
on  ,  du  tour,  de  la  iblidité,  du  lavoir,  &  de  la  nou- 
eauté. 
La  traduction  françoife  de  ce  beau  livre  a  paru  à 
i  Haye  en  1726,  in-^°.  L'auteur  a  eu  l'art  de  dé- 
rouiller le  cahos  des  notes  qui  rcgne  dans  l'édition 
ngloiié  ;  mais  il  ieroit  à  iouhaiter  que  (d  traduûidn 
"xx.  moins  défedueufe  pour  le  flyle ,  &  llir-tout  pour 
;  lens;  car  il  fait  fouvent  dire  à  M.  Wollalton  ce 
[u'il  ne  dit  point ,  &  quelquefois  le  contraire  de  ce 
[u'il  dit. 
Shddon  (  Gilbert  )  archevêque  de  Cantorbéri , 
aquit  dans  la  province  de  Staffnrd ,  en  1598,  & 
lourut  à  Lambeth  en  iGjj ,  Agé  de  80  ans.  C'étoit 
n  homme  adroit  au  maniment  des  affaires ,  géné- 
eux  ,  charitable  ,  d'une  converfation  pleine  d'agré- 
lent ,  peut-être  même  à  l'excès,  honnête  homme  , 
ms  avoir  beaucoup  de  religion  ,  dont  il  ne  parloit 
l'ordinaire  que  comme  d'unmyftere  d'état ,  &  d'une 
ffaire  de  pure  politique  mondaine  très  -  fagement 
tablie.  Il  a  employé  37  mille  livres  fterling  en  œu- 
res  de  piété.  Il  a  élevé  le  magnifique  théâtre  d'Ox- 
3rd  qui  porte  Ion  nom  ,  &  y  a  employé  14470  liv. 
I.  f.  1 1.  d.  Enfin,  il  légua  à  l'univerlité  deux  mille 
.vres  ilerling,  dont  la  rente  eft  dellinée  à  l'entre- 
ien  du  théâtre.  (^Lc  chevalier  de  Jauc ou RT.') 

STAGE  ,  1.  m.  (  Gram.  &  Jurifprud.  )  eil  une  ré- 
idence  aftuelle  îk  exafte  que  chaque  nou^u  cha- 
loine  doit  faire  dans  Ion  églife  pendant  fix  mois  ou 
in  an ,  félon  les  Itatuts  du  chapitre ,  lorl'qu'il  a  pris 
(offeffion  ,  pour  pouvoir  jouir  des  honneurs  &  des 
evenus  de  la  prébende. 

Le  tems  du  jia^e  dépend  des  flatuts  du  chapitre; 
1  y  a  même  quelques  chapitres  où  les  nouveaux  cha- 
loines  ne  font  point  affujettis  d^.\Jiage ,  dans  les  cha- 
)itres  où  il  a  lieu  ,  les  confeillers  de  cour  fouveraine 
;n  font  difpenlés.  /^oye{  Brillon,  au  moi  St AGE ,  Sc 
es  mots  Canonicat, Chanoine, Chapitre, RÉ- 
SIDENCE, (y^) 

STAGIER  ,  f.  m.  terme  d'ég/ife ,  chanoine  qui  fait 
fon  ftage,  c'elt-à-dire ,  qui  aiuiïe  régulièrement  aux 
offices  de  fon  églife  pendant  le  tems  fixé  par  les  fla- 
tuts  du  chapitre  ,  afin  de  pouvoir  jouir  des  honneurs 
Se  des  revenus  attachés  à  la  prébende  dont  il  a  pris 
pofTeffion.  (Z>. /.) 

STAGIRE  ,  (  Géog.  anc.  )  Stagirus ,  par  Thucy- 
dide ,  &  par  Hérodote ,  Stagira  ,  gén.  orum  ,  par 
Pline  ,  &  par  Etienne  le  géographe  ,  ville  de  la  Ma- 
cédoine ,  au  voifinage  du  mont  Athos,  lur  le  golfe 
Strymonique,  entre  Amphipolis,  &  Acanthus.  Thu- 
cydide ,  /.  IF. yP.  j  <  /.  dit  que  Stagirus  étoit  une  co- 
lonie des  Andriens  ,  &  que  conjointement  avec  la 
ville  à^Acanthus  ,  elle  abandonna  le  parti  des  Athé- 
niens. Cette  ville  eft  appellée  dans  un  endroit  Liba- 
nova  par  Sophien ,  &  dans  un  autre  pafiage ,  il  la 
nomme  Orthagoria;  Nicetor  lui  donne  le  nom  de 
Macra. 

Stagire  n'étoit  qu'une  petite  ville ,  mais  elle  s'eft 
immortalifée  par  la  naiflance  d'Arillote ,  le  plus  illu- 
ûre  des  élevés  de  Platon,  le  chef  &  le  fondateur  de 
la  philofophie  péripatéticienne.  Il  vit  le  jour  à  Stu- 
gire,  la  première  année  de  la  99^  olympiade,  l'an 
384  avant  Jefus-Chrill  ;  il  étoit  fils  de  Nicomaque 
fameux  médecin ,  petit-fils  de  Macaon  ,  fils  d'Efcu- 
lape  même.  On  voit  qu'il  dcfccndoit  de  bonne  race 
dans  la  connoiifance  de  la  nature  ;  aulfi  s'eil-il  illultré 
dans  cette  partie. 

A  l'âge  de  feize  ans  il  vint  à  Athènes  ,  &  y  étudLi 
fous  Platon  tant  qu'il  vécut  :  après  fa  mort ,  Arlftote 
1«  rendit  en  Afie  auprès  d'Heniilas ,  qui  étoit  roi  d'A- 
TomeXK 


fTf^ 


489 

tarnès  vîile  de  Myfie ,  &  il  époufa  la  nièce  de  ce 
prince.  Il  demeura  trois  ans  avec  lui ,  au  bout  def- 
quels  Hermias  étant  tombé  dans  un  piège  que  lui 
tendit  le  général  d'Ocus  roi  de  Perfe  ,  fut  arrêté  ôc 
envoyé  à  la  cour  de  Perfe  ,  où  on  le  fit  mourir. 

Aniiote  accablé  de  ce  malheur,  paffa  à  Mitylene 
&  de-là  en  Macédoine,  où  fa  réputation  l'avoit  de- 
vancé. Philippe  fe  propofant  de  le  mettre  auprès 
d'Alexandre  ,  lui  manda  qu'il  remercioit  moins 
les  dieux  de  lui  avoir  donné  un  fils  ,  que  de  l'avoir 
fait  naître  du  tems  d'Arillote  ;  il  accepta  la  place  de 
précepteur  du  jeun;e  prince,  &  demeura  huit  ans 
auprès  j^e  lui.  Enfuite  Alexandre  alla  conquérir  la 
Perfe  ;  mais  Ariftote  dévoué  aux  Mufes ,  choifit  pour 
fon  féjour  la  ville  d'Athènes  ,  &  y  enfeigna  dans  le 
Lycée  avec  une  gloire  unique  la  Philofophie  pendant 
douze  ans. 

Sa  haute  réputation  excita  l'envie  ;  on  l'accufa  , 
fuivant  la  coutume  ,  d'avoir  des  fentimens  contraires 
à  la  religion  ;  &  cette  accufation  fiit  fi  violente  ,  que 
craignant  le  fort  de  Socrate ,  il  fe  fauva  à  Chalcis , 
ville  d'Eubée  ,  où  il  mourut  deux  ans  après  ,  l'an  3 
de  la  114^  olympiade  ,  âgé  de  63  ans. 

Diogene  Laèrce  parmi  les  anciens,  &  Stanley 
parmi  les  modernes,  vous  donneront  fa  vie  ;  elle  ell 
digne  de  votre  curiofité.  Je  ne  dirai  rien  ici  du  nom- 
bre &  du  mérite  des  ouvrages  de  ce  grand  homme; 
on  n'a  pas  oublié  d'en  faire  mention  en  plufieurs  en- 
drohs  de  l'Encyclopédie,  (  Z>.  J.) 

STAGNAKk,  (Géog.  mod.)  petite  ville  de  la  Tur- 
quie européenne  dans  la  Remanie ,  près  de  la  côte 
de  la  mer  Noire,  entre  Siropoli  &  les  bouches  du 
détroit  de  Conflantinople. 

Stagnara  lac  ,  {Géog.  mod.)  lac  de  Turquie  en 
Europe ,  dans  la  Remanie ,  près  de  la  ville  ou  bourga- 
de de  Deveko.  {D.J.) 

STAGNATION  ,  f.  f.  (  Gramm.  &  Méd.  )  ralen- 
tiffement  ou  perte  totale  du  mouvement  progreffif. 
Les  humeurs  font  en  flagnation. 

STAGNO  ,  (  Géog.  mod.  )  petite  ville  de  la  Dal- 
matie ,  dans  laprefqu'île  de  Sabioncello  ,  fur  le  golfe 
de  Venife  ,  où  elle  a  un  petit  port ,  qui  efl  à  30  mil- 
les au  nord-ouefl  de  Ragufe  ,  dont  fon  évêque  eil 
fuffragant.  Long.  ji.  jé*.  lat.  42.  Jj. 

STAINFORD-BRIDGE  ,  (  Géog.  mod.  )  bourg  A 
marché  d  Angleterre ,  dans  Yorck-Shire ,  au  quartier 
oriental  de  cette  province  ,  &  fur  le  Derwent.  C'eft- 
là  que  Harold  roi  d'Angleterre  défit  en  1066  le  roi 
de  Norvège  ;  &  c'eft-là  que  neuf  jours  après  ce  mê- 
me prince  livra  la  bataille  à  Guillaume  le  conqué- 
rant ,  &  perdit  la  couronne  &  la  vie.  (D.  J.^ 

STAINTHORPE,  (Géog.' mod.)  gros  bourg  d'An- 
gleterre  ,  dans  la  province  de  Durham  ,  à  quatre  ou 
cinq  milles  de  Bernard-Caflle ,  au  nord-eft. 

STAJOLUS ,  f.  m.  (  Littéral.  )  nom  qu'on  don- 
noit  chez  les  Romains  à  une  mefure  de  longueur'qu'- 
on  employoit  pour  arpenter  le  terrein  ;  cette  meuire 
étoit  égale  à  cinq  palmes  &  trois  quarts  de  palme. 
{D.  J.) 

STALACTITE,  {.{.{HiJI.  nat.  )fialaHites,(îaLag^ 
mites  ,  lapis fiUlatitius ;  c'ell  ainfi  que  les  naturalises 
nomment  des  concrétions  pierreules  qui  le  forment 
peu-à-peu  à  la  partie  fupérieure  d'un  grand  nombre 
de  grottes  &  de  cavernes  ,  &:  qui  y  font  fufpenducs 
de  la  même  manière  que  les  glaçons  s'attachent  en 
hiver  aux  toits  des  maifons.  Ces  concrétions  ou  Jla- 
la'dites  font  toujours  calcaires  ,  &  doivent  être  re- 
gardées comme  un  vrai  fpath.  Foyei  Spath.  Elles 
prennent  iuivant  les  circonllances  ,  des  formes  diri'é- 
rcntes,  cependant  communément  elles  Ibnt  coniques, 
&  elles  font diverfcment  colorées  ,  fui\aiit  les  ditic- 
rentes  fubflances  qui  y  font  jointes. 

Il  cil  évident  que  les  (iaUcliKS  doivent  lem*  for- 
mation ùdes  eaux  ,  qui  après  avoir  détrempé  1!^  JU'- 

Qqq 


490 


S  T  A 


S  T  A 


Ibus  des  terres  ou  des  pierres ,  le  tîltrcnt  au-travcrs 
des  roches  &:  de  leurs  tentes  ,   forment  des  gouttes 
dont  la  partie  terreule  le  dégage  peu-;\-peu  par  l'c- 
vaporation  &  le  contadl  de  l'air  ,  &c  s'augmentent  k 
tîroportion  de  l'abondance  du  fluide  qui  charrie  lu 
inatierc  dont  elles  lont  composées,  ^oj-q  Pierres. 
Les  ftalaîlites  lont  de  toutes  les  fubftances  miné- 
rales les  plus  propres  i\  nous  donner  une  idée  de  la 
formation  des  pierres.   Elles  nous  prouvent  d'une 
façon  lenlible  que  l'eau  eft  leur  véhicule  ,  &  qu'elles 
fe  forment  journellement.    Souvent  les  eaux  con- 
tiennent en  li  grande  abondance  des  matières  diflbu- 
tes  ou  détrem^pées  ,  qu'elles  parviennent  à  la  fin  à 
remplir  entièrement  des  cavités  très-confi«lérables , 
&  à  boucher  à  la  longue  des  endroits  ovi  auparavant 
on  pouvoit  paffer  librement  ;  c'ell  ce  qui  arrive  dans 
les  .'rottcsd'Arcy&:  dans  beaucoupd'autres qui  chan- 
gent perpétuellement  de  face  par  les  concrétions  & 
\cs  fialaciitis  ç[\\\  s'y  forment  journellement.  Lorlqu'-à 
force  de  s'amafler  ,  ces  JîaLicîltcs  ont  rempli  une 
crotte  ou  un  efpace  vuide  ,  elles  forment  à  la  fin  une 
mafTelblide,  qui  prend  de  la  confilhmce  &:  ne  fait  plus 
qu'une  roche  ou  pierre  ,  dans  laquelle  cependant  on 
voit  lùuvent  des  couches  &  des  veines  qui  font  les 
endroits   oii  les  ffalacliies  fe  font  réunies  &  ,  pour 
ainfi  dire ,  collées  les  unes  aux  autres  ;  c'eft  alnfi  que 
l'on  peut  conjedurer  que  le  font  formés  les  albâtres 
d'Orient ,  qui  ne  font  autre  chofe  que  des /ialacîius 
calcaires  de  la  nature  du  marbre. 

Les  Ilidaclucs  font  plus  ou  moins  tranfparentes  ou 
opaques  en  raifon  de  la  pureté  de  la  terre  que  les  eaux 
ont  dépofée  ,  &  fuivant  que  la  dilVolution  s'ell  faite 
plus  ou  moins  parfaitement.  En  effet  nous  voyons 
des  Jlaldciltcs  prefque  tranfparentes ,  tandis  que  d'au- 
tres font  opaques  &  remplies  de  matières  étrangères 
&  colorantes. 

En  conlidérant  attentivement  prefque  toutes  les 
jlalaclius  ,  on  apperçoit  qu'elles  font  formées  d'un  af- 
femblage  de  petites  lames  ou  de  feuillets  plus  ou 
moins  fenfibles ,  telles  que  celles  des  fpaths  :  ces  feuil- 
lets forment  des  efpeces  de  ftries  ou  d'aiguilles  qui 
vont  aboutir  à  un  centre  commun  ,  qui  elt  quelque- 
fois creux  ou  filhileux.  D'autres  JinUclites  font  en- 
tièrement folides.  A  l'extérieur  leur  figure  eft  ordi- 
nairement conique  ;  cependant  quelquefois  elle  pré- 
fente des  formes  bizarres  ,  dont  la  fingularité  efi:  en- 
core augmentée  par  l'im-agination  des  curieux  ,  qui 
trouvent  ou  croient  fouvent  trouver  à  ces  pierres  des 
reffemblancesqu'elles  n'ont  que  très-imparfaitement. 
Il  y  en  a  pourtant  qui  repréfentent  aflez  bien  des 
chouxfleurs  ,  des  fruits  confits  ,  des  arbultes  ,  &c, 

La  couleur  àesftalacîius  eft  ou  blanche ,  ou  brune  , 
ou  rougeâtre  ;  leur  furface  eft  ou  lifTe  ,  ou  inégale, 
ôcrabou-ufe.  (  — ) 

STALAGMITE ,  f.  f.  (  Hlfl.  nat.  )  nom  donné  par 
quelques  auteurs  à  la  pierre  z^^ttWcc  Jîalaclue  ,•  cepen- 
dant quelques  perfonnes  ont  reftreint  ce  nom  à  une 
efpece  de  concrétion  opaque  compoléc  de  plufieurs 
couches  concentriques ,  &c  formant  un  amas  de  ma- 
melons. 

STALIMENE ,  île  ,  ou  STALIMINI,  (Gèog.  mod.) 
&C  quelquefois  par  les  Turcs  Limio  ;  c'ell  l'ancienne 
Lemnos  ;  ile  de  l'Archipel ,  placée  dans  les  cartes  ma- 
rines à  quatre  lieues  d'Allemagne,  à  l'oueft  de  l'île 
de  Ténédos,  à  fept  au  fud-oueft  des  îles  d'Imbros  & 
deSaman(!rachi,huit  à  l'oucft-quart-au-lud  du  détroit 
des  Dardanelles  ,  6l  environ  à  dix  au  lud-efl:  du  mont 
Athos. 

Cette  île  fut  appcllée  Lemnos  de  fa  fituation  qui 
reflemble  à  un  lac  ou  à  un  étang  ,  que  les  Grecs  a()- 
pellent  Ai/wih.  On  la  nomma  HypftpyLu  d'une  des  fil- 
les du  roi  Thoas,  qui  avoir autretois  régné  fur  ces  in- 
fulaires.  Elle  étoit  confacrée  à  V'ulcain  ,  &  en  con- 
féquence  on  la  furnomma  VuUanla,  Homerç  nous  dit 


que  Vulcaln  la  chérilToit  par-deffus  tous  les  pays  dû 
monde ,  &  c'eft  pour  cela  que  ce  dieu  eft  appelle  dans 
Virgile  le  ptri.  Lemnien. 

On  donne  à  cette  île  cent  milles  d'Italie  ,  ou  vinot- 
clnq  lieues  d'Allemagne  de  circuit.  Elle  eft  plus  éten- 
due en  longueur  d'orient  ù  l'occident ,  qu'en  largeur 
du  nord  au  midi.  Elle  avoir  anciennement  deux  vil- 
les ,  dont  la  capitale  étoit  appellée  Htphccjlia  ,  la  vUU 
de  Vnlcain  ,  &  l'autre  Myrina.  On  ne  lait  laquelle  de 
ces  deux  villes  eft  ;\  prélent  celle  de  Stalimene,^ 
même  quelques  auteurs  veulent  que  c'eft  le  village 
Cochino  qui  eft  près  de  la  mer.  Quoi  qu'il  en  foit , 
les  Pélalgiens  ont  autrefois  habité  une  des  deux  villes 
de  cette  île  ,  où  ils  fe  retirèrent  après  avoir  été  chaf- 
fés  de  l'Attique  par  les  Athéniens, 

L'île  de  Stalimcne  n'eft  pas  haute  ,  mais  fort  Iné- 
gale ,  &  diverfifiée  par  des  coteaux  &  des  vallons. 
Ses  plus  hautes  montagnes  font  fituées  du  côté  de  la 
Macédoine.  Celle  qui  eft  nommée  Aîojychle  par  He- 
fichius  ,  vomit  à  Ion  lommet  des  feux  6c  des  flammes , 
dont  les  poètes  n'ont  pas  oublié  de  parler  ;  de-là  vient 
la  fiûion  poétique  des  forges  que  Vulcain  avoit  dans 
cette  île  ,  comme  en  Sicile  ,  travaillant  tantôt  dans 
l'une  ,  tantôt  dans  l'autre  à  forger  les  foudres  de  Ju- 
piter &  les  armes  des  grands  hommes.  De-là  vient 
que  cette  île  fut  appellée  Œthalie  ,  c'eft  à-dire  brûlan- 
te ;  auflx  Séneque  lui  donne  toujours  l'éphitete  d'ar- 
dente. 

On  y  compte  plus  de  70  villages ,  habités  prefque 
tous  par  des  grecs  laborieux  ;  cependant  cette  île  n'a 
point  de  rivières  ,  mais  feulement  quelques  fontai- 
nes ÔCjuifteaux.  Elle  a  un  beau  |K)rt  poiftbnneux, 
nommrPor/o  S.  Antoni.  Elle  eft  dépourvue  de  bois, 
en  forte  que  les  habitans  le  fervent  à  la  place  de  tiges 
d'alphodele  &:  d'autres  plantés.  On  y  recueille  par  la 
culture  de  bons  vins  ,  du  blé  ,  du  chanvre  ,  du  lin, 
des  fèves ,  des  pois  &  plufieurs  autres  fortes  de  légu- 
mes. Diverfes  fortes  d'animaux  domeftiques  &  fau- 
vages  n'y  manquent  point  ,  non  plus  que  de  fer- 
pens  de  plufieurs  efpeces. 

Mais  c  eft  la  terre  lemnlenne  qui  a  fait  la  principale 
gloire  de  cette  île  chez  les  anciens ,  &  qui  la  fait  en- 
core aujourd'hui  parmi  les  Turcs.  Galien  vint  exprès 
fur  les  lieux  pour  connoître  ce  bol  médicinal  dont  on 
chantolt  les  vertus;  &  de  nos  jours  le  grand-feigneur 
pour  honorer  les  miniftres  des  têtes  couronnées  qui 
font  à  la  Porte  ,  leur  donne  de  cette  terre  figillée  en 
préfent ,  comme  un  excellent  remède  pour  la  guéri- 
ion  des  plaies  &  les  morfures  de  vipère.  Philoftete  , 
fils  d'Ajîollon  ,  qui  avoit  accompagné  les  Grecs  à  la 
guerre  de  Troie  ,  ayant  été  blefte  au  pié  par  une  flè- 
che empoifonnée ,  tut  lailTé  dans  l'île  de  Lemnos  pour 
y  être  guéri  de  fa  plaie  par  le  moyen  de  la  terre  lem- 
nlenne ;  cependant  les  corroyeurs  de  Stallmene  ne 
font  pas  un  li  grand  cas  de  cette  terre  que  les  anciens 
&  le  grand-feigneur ,  car  ils  l'emploient  pour  tanner 
leurs  cuirs. 

Le  mont  Athos  ,  que  les  Grecs  nomment  Jglos 
Gros  ,  c'eft-à-dire  la  montagne fainte  , couvre  lîle  Sta- 
Umcneàt  fon  ombre  lorlque  le  loleil  approche  de  Ion 
coucher  ;  &  c'eft  ce  que  Belon  a  eu  occalion  de  vOir 
au  folftice  d'été.  On  dit  qu'il  y  avoit  anciennement 
dans  cette  île  laftatue  d'un  bœuf  faite  de  pierre  blan- 
che ,  &  que  le  mont  Athos  l'oblcurcifloit  de  fon  om- 
bre ;  d'où  vient  le  proverbe  ,  le  mont  Athos  couvre 
le  côié  du  bœuf  de  Lemnos  ;  &  l'on  appliquoit  ce 
proverbe  à  ceux  qui  tâchoient  d'obfcurcir  la  gloire 
des  autres  par  leurs  calomnies. 

Pline  fait  mention  d'un  labyrinthe  célèbre  qui 
étoit  dans  cette  ile  ,  &  qui  paftbit  pour  être  plus 
magnifique  que  ceux  de  Crète  &  d'Egypte  ;  mais  il 
n'eft  pas  refté  la  moindre  trace  de  ce  fupcrbe  édifice , 
ni  même  de  l'endroit  où  il  avoit  été  bâti. 

L'ile  de  Stalimens ,  après  avoù:  été  fucçeflivement 


I 

I 


s  T  A 

envahie  par  les  Turcs  &  les  Vénitiens ,  efl:  enfin  de- 
meurée entre  les  mains  des  premiers  ,  qui  s'en  rendi- 
rent maîtres  en  1657 ,  après  un  fiege  de  deux  mois , 
&  ils  l'ont  toujours  pofledée  depuis.  (Z>.  /  ) 

Stalimene  ,  (  Gcog.  moi.  )  ville  capitale  de  l'île 
le  même  nom  fur  un  coteau  proche  de  la  mer ,  avec 
m  bon  port ,  &  un  château  où  les  Turcs  tiennent 
jarnifon  ,  fous  l'autorité  d'un  gouverneur  qui  y  fait 
on  féjour.Les  maifons  de  cette  petite  ville  font  ba- 
ies le  long  d'une  colline  qui  eft  toute  plantée  de  vi- 
gnes. Quelques-uns  prétendent  que  Stalimene  eft  l'an- 
rienne  Myrina  que  Ptolomée  femble  placer  près  de 
a  mer ,  au-lieu  qu'il  met  Hephyftia ,  autrefois  ca- 
>itale  de  l'île  ,  au  milieu  des  terres.  Long.  43.  4.  lat. 
^0.6.  (D.J.) 

STALIOCJNUS  PORTUS,  {Géog.  anc.)  port 
le  la  Gaule  lyonnoife  ;  Ptolomée  ,  l.  II.  c.  viij,  le 
narque  fur  la  côte  de  la  mer  Britannique  ,  entre  le 
(romontoire  Gobaeum  &  l'embouchure  du  fleuve  Ti- 
ns.   Cefl  aujourd'hui  Rofcou ,  félon  d'Argentré. 

n.j.) 

STALLE  ,  f.  m.  &  f.  (temu  d'églife.)  c'eft  un  fiege 
e  bois  qui  fe  haufle  &  fe  baiffe  au  moyen  de  deux 
'ches  ;  quand  il  eft  baiffé  il  forme  un  fiege  affez  bas  ; 
tant  levé  ,  il  préfente  un  étui  attaché  fur  le  fiege 
nême  comme  la  moitié  d'un  cul-de-lampe  ,  un  peu 
ilus  ample  que  la  paume  de  la  main.  A  proprement 
larler  ,  on  n'eft  ni  affis  ni  debout  fur  une Jlaile ,  mais 
nilement  un  peu  appuyé  par-derriere ,  les  coudes 
ortant  par-devant  fur  une  efpece  de  paumelle  qui 
vance  ,  &  qui  eft  foutenue  par  une  double  confole. 

Il  y  a  deux  rangs  de  galles  ou  formes  dans  les  égli- 
;s  ,  l'un  haut  &i.  l'autre  bas.  Les  hautes  fialles  font 
lour  les  prêtres  &  religieux  profes  ,  les  baffes  font 
•our  les  clercs  &  les  novices. 

L'appui  attaché  fur  le  fiege  en  forme  de  cul-de- 
impe  porte  le  nom  de  patience  ,  &  dans  quelques  or- 
ires  religieux  on  lui  donne  encore  celui  de  w.ifcri- 
orde ,  parce  que  l'ancien  ufage  étoit  de  chanter  de- 
lout  l'office  divin  ;  ce  n'eft  que  par  indulgence  que 
'on  a  permis  au  clergé  de  s'y  appuyer.  (£).  /.) 

STALl.EN  ,  (Géog.  mod.')  en  italien  Bevio;  com- 
mmauté  du  pays  des  Grifons  dans  la  ligue,  de  la  mai- 
on  de  Dieu  ,  où  elle  a  le  fixieme  rang ,  &  eft  com- 
•ofée  de  deux  jurifdiclions. 

STAM  ATE  ,  f.  f.  pi.  (Comm.)  efpece  d'étoffe  dont 
1  eft  fait  mention  dans  un  tarif  de  Hollande  ;  c'eft 
out  ce  au'on  en  fait. 

STAMEN  ,  SUBTEMEN  ,  (  Littérature. ) 
l  faut  bien  diftinguer  la  fignifîcation  de  ces  deux 
nots  qui  dans  les  auteurs  latins  défignent  deux  for- 
es de  fils  dans  le  métier  des  Tifferans.  Le  premier  , 
lamen  ,  forme  ce  que  l'on  appelle  la  chaîne  qui  paffe 
;ntre  les  dents  du  peigne,  &  tient  à  des  rouleaux  par 
€S  extrémités.  Subtemen  ou  trama  eft  la  trame,  c'efl- 
i-dlre  ,  le  fil  que  la  navette  conduit  entre  les  fils  de 
a  chaîne  pour  les  lier  enfemble  &  leur  donner  de  la 
ronfiftance.  On  dit  la  trame  dans  le  fcns  propre  &  la 
rame  dans  le  fens  figuré.  Telam  texere^  fignifie  ourdir 
ine  toile  ;  retexcre ,  la  défourdir.  Par  la  même  raifon , 
^cribere  ,  étoit  paffer  une  obligation ,  &  rejaibere,  bif- 
"er  ,  rayer  cette  obligation. 

Subtemen  fe  prend  encore  dans  les  auteurs  au  fi- 
guré. C'eft  ainfi  qu'Horace  ,  en  parlant  des  parques 
qui  ont  fixé  le  terme  des  jours  d'Achille  dans  les  plai- 
nes du  Scamandre  ,  çm\Ao\Q fiibtemen  fîgurémcnt  pour 
llum  ;  car  les  parques  ne  failbient  que  filer.  Dans  Ca- 
tule  elles  fe  fervoient  elles-mêmes  du  mot  fubtemea 
dans  ce  fens-là  : 

Currite  duccntes (ubtcmim  ,  curritefujt, 
{D.J.) 

STAMENA ,  f.  f.  {Marine.  )  c'eft  la  mcme  chofc 

que  genoux  ,  roje^  GeNOUX. 
TomeXr, 


S  T  A 


491 


STAMETTE  ,  f.  f.  (  Comm.  &  Manuf.  )  étoffe  de 
laine  qui  fe  fabrique  en  différens  endroits  des  Pro- 
vinces-Unies. 

STAMPALÏE  ,  ou  STAMPALÉE,  {Giogr.  mod. ) 
comme  les  Italiens  ,  les  Turcs  &  les  Grecs  la  nom- 
ment ;  île  de  l'Archipel ,  à  fept  lieues  au  couchant  de 
l'île  de  Stanchio  ou  Longo  ,  6l  à  quatre  lieues  eft- 
nord-eft  de  celle  de  Namphia.  Porcachi  lui  donne , 
comme  Pline,  87  milles  d'Italie  de  circuit;  mais  d'au- 
tres auteurs  ne  lui  en  donnent  que  60.  Son  terroir  etl: 
fertile  ,  &  fa  pêche  abondante.  Strabon  ,  Ptolomée 
&  Pline  appellent  cette  île  AJlypalée  ,  &  elle  reçut 
ce  nom  d'Aftypalée  la  mère  d'Ancée ,  qu'elle  eut  de 
Neptune.  Lorfque  les  Cariens  étoient  en  poffefîîon 
de  cette  île  ,  elle  étoit  appellée  Pyrrha  ,  enfuite  on 
la  nomma  PiUa  ,  &  quelque  tems  après  elle  reçut  un 
nom  grec ,  qui  fignifioit  la  table  des  dieux  ,  foit  parce 
qu'elle  étoit  toute  embellie  de  fleurs  ,  foit  à  caufe  du 
nom  d'une  de  fes  montagnes.  Ses  anciens  habitans 
révcroient  Achille  comme  un  dieu  ,  &  avoient  bâti 
un  petit  temple  en  fon  honneur  fur  la  pointe  fepten- 
trionale  de  leur  île.  (£>./,) 

STAMPE  ,  f.  f. {Comm. des negres^'m^mment  dont 
l'on  fc  feit  pour  marquer  les  nègres  dans  l'île  de  Saint 
Domingue,afin  de  les  pouvoir  reconnoître.  La.  Jîam- 
pe  eft  faite  ordinairement  d'une  lame  d'argent  très- 
mince  tournée  de  m.aniere  qu'elle  forme  les  chifres 
de  chaque  propriétaire  de  nègres.  Elle  eft  attachée 
à  un  petit  manche  de  bois  afin  de  la  tenir  lorfqu'on 
veut  l'appliquer  après  l'avoir  fait  raifonnablement 
chauffer.  Nous  avons  dit  ailleurs  ce  qu'on  doit  penfer 
de  cette  odieufe  pratique.  (  D.  .J.  ) 

STANCE  ,  f.  f.  (  Poéjie.  )  on  nomme  fiance^  un 
nombre  arrêté  de  vers  comprenant  un  fens  parfait , 
&  mêlé  d'une  manière  particulière  qui  s'obferve  dans 
toute  la  pièce. 

Une  loi  effentielle  ,  c'eft  de  ne  point  enjamber 
d\\ne  Jiance  à  l'autre.  Il  eft  néceffaire  de  régler  fes 
vers  ;  enforte  que  paffant  d'une  fiance  à  l'autre  ,  on 
ne  rencontre  pas  deux  vers  mafcuhns ,  ou  deux  vers 
féminins  confécutifs  qui  riment  enfemble  ;  favoir  , 
le  dernier  de  \^  Jiance  qu'on  a  lue  ,  &  le  premier  de 
celle  qu'on  va  lire. 

Il  y  a  des  Jlances  régulières  ,  &  des  fiances  irrégu~ 
Hères  :  on  appelle _/?û/2ce  irré^uUere  des  fiances  de  fui- 
te ,  qui  ne  font  pas  affujetties  à  des  régies  détermi- 
nées. Le  poëte  emploie  indifféremment  toutes  fortes 
de  fiances.  Le  mélange  des  rimes  y  eft  purement  ar- 
bitraire ,  pourvu  toutefois  de  ne  mettre  jamais  plus 
de  deux  rimes  mafcuhnes  ou  féminines  de  fuite. 

Les  fiances  font  de  4,  6,  8  ,  10  ,  12  &  14  vers.  On 
fait  auffi  des  fiances  de  5  ,de  7,  de  9  &  de  i  o,  vers.  Les 
fiances  de  4  vers  font  un  quatrin  ;  5  vers  font  un 
quintil  ;6  ,un  fixain  ;  8,  un  huitain  ;  10 ,  un  dixain. 

Il  n'y  a  que  les  fiances  compofées  de  fept,  de  neuf, 
de  douze,  de  treize  &  de  quatorze  vers ,  qui  n'ont 
pas  un  nom  particulier.  Il  en  faut  dire  un  mot.  Les 
fiances  de  douze  ,  fe  compofcnt  comme  le  dixain,  ou 
fiance  de  dix  vers  ,  à  laquelle  on  ajoute  deux  vers, 
qui  font  pour  l'ordinaire  de  même  rime  que  ceux  qui 
les  précèdent.  Les  fiances  de  quatorze  vers ,  font  des 
fiances  de  dix  vers ,  à  la  fin  defquels  on  ajoute  quatre 
vers ,  qu'on  peut  faire  rimer  avec  ceux  qui  précé- 
dent. Ces  fortes  de  fiances ,  encore  plus  celles  de 
treize  &  de  f  eize  vers  font  très-rares.  Les  fiances  de 
fept  vers ,  fe  compofent  d'un  quatrain  &  d'un  tercet, 
ou  autrement  d'un  tercet  &  d'un  quatrain  ;  dans  la 
première  manière ,  il  doit  fe  trouver  un  repos  après 
le  quatrième  vers  ;  &  dans  la  féconde  manière ,  ce  re- 
pos doit  être  après  le  troifieme  vers.  Les  fiances  de 
neuf  vers,  ne  le  compofent  que  d'une  façon  ,  c'eil- 
ù-dire,  que  l'on  fait  un  quatrain  ,  fuivi  d'un  quintil; 
ainfi  le  repos  dans  cette  fiance,  eft  placé  après  le  qua- 
trième vers.  Exemple  : 

Q  q  q  ii 


49^  S  T  A 

Jt  nt  prends  point  pour  vertu 
Les  noirs  accès  de  triflej/è 
D'un  loup-^aroii  rcvctu 
Des  habits  de  lu  f^i-^ijfe; 
Plus  légère  que  le  vent , 
Elle  fuit  d'un  faux  J avant 
La  forr.bre  nicUnchoUe  , 
Et  je  fauve  bien  jouvent 
Dans  les  bras  de  la  folie. 

"Les Jïances  n'ont  été  introdiiiles  dans  la  pocfie  fran- 
çollc  ,  que  fous  le  legne  de  Henri  III.  en  i  580.  Lin- 
gendcs ,  dont  les  poclîcs  ont  beaucoup  de  douceur 
&  de  facilité  ,  eft  le  premier  de  nos  poètes  qui  ait 
fait  des  [iancts.  Les  irréfolutions  ,  les  douces  rêve- 
ries s'accommodent  allez  à  leur  cadence  inégale.  Ce- 
pendant leur  matière  peut  être  enjouée,  ik  on  ar- 
range de  telle  façon  les  vers,  que  dans  les  fujets  ga- 
lants ,  chaque y?<z'ï a-  fe  termine  par  un  mafculin  ,  & 
dans  les  trilles  par  un  féminin  :les  rimes  maiculines 
étant  moins  languifTantes  que  les  féminines. 

Stance  vient  de  l'italien  fiança  ,  qui  fignifîe  demeu- 
re, parce  qu'à  la  hn  de  chaque  fance  ,  il  faut  qu'il  y 
ait  un  i'cns  complet  &  un  repos.  Ce  que  le  couplet 
cft  dans  les  chanfons ,  la  ftrophe  dans  les  odes  ,  les 
(Imces  le  font  dans  les  matières  graves  ôcfpirituelles. 
•(  D.  J.  ) 

STANCHIO  ou  STANCON  ou  LANGO ,  {Géog. 
mod.')  comme  difent  les  Grecs  &  les  Italiens  ;  île  de 
l'Archipel  fur  la  côte  de  l'Afie  mineure,  à  7  lieues  au 
levant  de  Stampalie  ,  entre  les  îles  de  Nifarée  &  de 
Calamine,  &  à  3  lieues  du  cap  de  la  Terre-ferme,  qui 
eft  appelle  Calono. 

Les  cartes  marines  lui  donnent  l'île  de  Rhodes  au 
fud-eft  ,  l'île  de  Calamine  il  l'occident ,  celle  de  Scar- 
panto  du  côté  du  midi ,  &  l'Afie  mineure  au  nord.  Sa 
longueur  eft  de  40  milles  d'Italie  d'orient  en  occident. 
Son  terroir  eft  fertile  fur-tout  en  excellens  vignobles, 
mais  l'air  y  eft  mal-fain  ,  ce  qui  fait  qu'elle  eft  pref- 
que  deferte. 

La  capitale  qui  porte  le  même  nom  de  Lango  ou 
Stanckio  ,  eft  fituée  dans  la  partie  occidentale  ,  au 
fond  d'un  grand  golfe  d'une  étroite  embouchure,  & 
au  pic  d'une  montagne  qui  aboutit  en  plaine.  Les 
vaifleaux  pourroient  fe  venir  mettre  à  l'ancre  dans 
ce  î^olfe  fur  fix  à  fept  braftes  d'eau ,  mais  le  port  voi- 
fm  eft  meilleur  pour  l'ancrage.  On  trouve  encore  en 
quelques  endroits  de  la  ville  ,  des  reftes  de  colom- 
nes  &  de  ftatues  ,  qui  font  juger  par  la  matière  &: 
par  l'ouvrage  de  la  première  fplendeur  de  cette  place. 
Aufti  perfonne  n'ignore  que  l'île  de  Stanckio  eft  l'an- 
cienne Cos,  immortelle  pour  avoir  été  la  patrie  d'Hip- 
pocrate.  {D.  J.) 

STANDAERT-BUITEN,  (  Géog.  mod.  )  feigneu- 
rie  des  Pays-bas,  dans  le  marquifat  de  Berg-op-zom, 
fnr  la  rive  de  la  Merck  ,  vis-à-vis  le  havre  d'Ouden- 
Bofch.  Standaen-Buiten  eft  le  fiege  d'un  bureau  de 
l'amirauté  de  Rotterdam.  Il  y  a  une  égUfe  protef- 
tante  ,  &  une  chapelle  pour  les  catholiques. 

STANDIA  ,  {Gcog.  OTorf',)îlcfur  la  côte  fepten- 
trionalede  l'île  de  Candie,  à  environ  6  milles  d'Ita- 
lie ,  au  nord-eft  de  la  ville  de  Candie  ,  &C  à  pareille 
diftance  ,  eft  du  cap  Frefchia. 

Cette  île  n'eft  ,  à  proprement  parler  qu'un  rocher, 
ou  une  grande  &  longue  montagne  ,  qui  défend  par 
fa  hauteur  les  vailTenux  du  vent  &  de  la  tempête. 
C'eft-là  que  les  Vénitiens  ,  dans  la  guerre  de  Candie 
contre  les  Turcs ,  fe  portoient  avec  leur  flotte  ,  pour 
pouvoir  porter  du  fecours  à  la  ville  de  Candie.  Ils  ne 
retirèrent  aucun  autre  avantage  de  l'île  Standia  ,  qui 
eft  deferte  &  ftérilc.  Sa  petite  baie,  nommée  Conca^ 
eft  aflez  fûre.  Son  meilleur  port ,  qui  eft  le  plus  orien- 
tal ,  fe  nomme  Pono-della-Madona.  Les  anciens  ont 
coanu  cette  île  ;  Ptolomée  &  Strabon  la  nomment 


S  T  A 

Din  ,  &  Pline  en  parle  fous  le  nom  de  Cia.   (D.J.) 

STANES  ,  (  Gcog.mod.')  bourg  à  marché  d'Anale- 
terre  ,  dans  la  province  de  Middlefex  ,  fur  le  bord  de 
la  Tamife. 

STANFORD ,  {Géogr.  mod.")  nom  commun  à  deux: 
villes  d'Angleterre.  La  première  eft  dans  la  province 
de  Lincoln ,  avec  titre  de  comté  ,  fur  le  Wéland ,  à 
75  milles  au  nord-oueft  de  Londres ,  vers  les  confins 
de  la  province  de  Leicefter.  Elle  eft  fermée  de  mu- 
railles ,  bien  peuplée ,  &  jouiflant  de  plufieurs  pri- 
vilèges. Elle  a  fix  ou  fept  églifes  paroil^ales,  &  deux 
beaux  hôpitaux.  Longitude  i^.4J.  latitude  62.  46. 

La  féconde  ville  d'Angleterre  qui  porte  le  nom  de 
Stanford ,  eft  dans  Nottingham  -  Sbire  ,  fur  le  bord 
de  la  Stoure,  &  vers  les  frontières  de  la  province  de 
Leicefter.  On  a  trouvé  dans  cette  ville  quelques 
monumens  d'antiquité,  &  particulièrement  des  mé- 
dailles. Long.  i€.  iS.  latit.  ij.  4.  (^D.  J.) 

STANGUE  ,  f.  f.  terme  de  Blafon  ;  c'eft  la  tige 
droite  d'une  ancre,quiefttraverfée  en  fa  partie  fupé- 
rieure  ,  vers  l'anneau  d'une  pièce  de  bois  qu'on  ap- 
pelle la  trabe. 

STANTÉ ,  adj.  (^Peint.)  terme  dont  on  fe  fert  quel- 
quefois en  peinture  ,  au  lieu  de  peiné  :  un  tableau 
Jianté,  eft  donc  un  ouvrage  où  l'on  découvre  la  pei- 
ne ,  la  gêne ,  le  travail  qu'il  a  coûté  à  l'artifte.  Ce 
défaut  de  facilité  ne  laifl"e  jouir  qu'imparfaitement  du 
piaifir  que  les  beautés  d'un  morceau  de  peinture 
peuvent  d'ailleurs  offrir  au  fpedtateur.  C'eft  fur-tout 
dans  les  arts  d'agrément,  que  le  talent  doit  s'annon- 
cer fous  un  dehors  libre  &  aifé.  Il  faut  qu'un  tableau 
foit  fini  ,  mais  fans  qu'on  juge  qu'il  ait  beaucoup 
fatigué  le  peintre ,  en  un  mot ,  fans  paroître /?drt/e. 
{D.J.) 

STANTZ ,  {Gcog.  mod.)  gros  bourg  de  Suifte ,  au 
canton  d'Underwald  ,  à  une  lieue  au  -  deftiis  du  lac 
des  quatre  cantons.  Ce  bourg  étoit  autrefois  la  capt- 
taie  de  tout  le  canton  ;  il  ne  l'eft  plus  que  de  la  val- 
lée inférieure  ,  depuis  le  partage  de  religion ,  mais  il. 
eft  toujours  confidérable.  (-D.  /.) 

S  T  A  P  HI S  A I G  R  E  ,  f.  f.  {Hijt.  nat.  Bot  an.)  cette 
plante  eft  l'efpece  de  delphinium  nommée  delphinium 
plantant  tolio  ,  fiaphifagria  diclum  ,  /.  R.  H.  ^28,  Sa 
racine  eft  longue  ,  ligneufe  ,  annuelle  :  elle  pouffe 
une  tige  à  la  hauteur  d'environ  deux  pies ,  droite  , 
ronde  ,  rameufe  ;  fes  feuilles  font  grandes  ,  larges , 
découpées  profondément  en  plufieurs  parties,  ver- 
tes ,  velues  ,  reftemblantes  à  celles  du  platane  ou  de 
la  vigne  ,  attachées  à  des  queues  longues.  Ses  fleurs 
nalflent  au  fommet  de  la  tige  &  des  rameaux  ,  & 
dans  les  aiftelles  des  f^'ulllcs  ;  elles  font  composées 
chacune  de  cinq  pétales  inégales ,  difpofées  en  rond, 
&  d'un  bleu  foncé  ;  la  fjuille  fupérieure  s'alonge 
poftéricurement,  &  reçoit  dans  fon  éperon  l'éperon 
d'une  autre  feuille.  Quand  la  fleur  eftpafîée,  il  lui 
fuccéde  un  fruit  compofé  de  trois  ou  quatre  cornes 
ou  gaines  verdâtres ,  qui  s'ouvrent  en- dedans ,  félon 
leur  longueur ,  &c  qui  renferment  plufieurs  femences 
groffes  comme  de  petits  pois  ,  de  figure  triangulaire, 
ridées  ,  jointes  étroitement  enfemble  ,  noirâtres  en- 
dehors,  blanchâtres  ou  jaunâtres  en  -  dedans ,  d'un 
goût  acre ,  brûlant ,  amer ,  fort  défagréable. 

Cette  plante  croît  aux  lieux  fombres  dans  les  pays 
chauds ,  comme  en  Italie ,  en  Provence  Si.  en  Lan- 
guedoc ,  d'oii  la  graine  nous  eft  apportée  feche;  elle 
fleurit  en  été  ,  6c  fa  femence  mtuit  en  automne  ;  on 
s'en  fert  extérieurement  pour  tuer  les  poux,  &c  quel- 
quefois pour  confumcr  les  chairs  des  ulcères,  (Z>.  /.) 

STAPHYLIN  ,  en  j4natorniey  nom  d'un  inufcle  de. 
la  luette  qui  vient  de  la  pointe  commune  du  rebord 
poftérieur  des  os  du  palais ,  &  vient  en  fe  portant  le 
long  de  la  partie  moyenne  de  la  cloifon  du  palais, 
environner  la  luette. 

STAPHYLODENDRON,  f  m.  {Hifl.mt.Bot.) 


s  T  A 

enre  de  plante  qui  fe  caraClerife  ainfî  ;  (on  calice  eÛ. 
'une  ieule  pièce ,  découpée  en  cinq  quartiers.  Sa 
eur  eft  pentapétale  ,  droite  ,  en  clociie ,  à  cinq  éta- 
lines  au  milieu.  L'ovaire  au  tond  du  calice  eft  gar- 
i  de  deux  tuyaux,  &  devient  un  trait  membraneux, 
iviie  en  deux  loges  ,  dont  les  lemences  Ibnt  à  cô- 
nes ligneufes. 

Les  Botaniiîes  comptent  quatre  efpeces  de  ce  genre 
2  plante  ,  dont  la  plus  commune  eft  \Qjiaphyloden- 
-o«  de  Tournetbrt,  /.  R.  H.  616.  pifiachiajilvellris^ 
.  B.  P.  40/.  Nux  vejicarla.  Park.  Tluat.  i-i-iy. 

C'efl  un  arbrifîeau  dont  le  bois  eft  rempli  de  moël- 

blanche  ;  festeuilles  rellemblent  à  celles  dufureau, 
les  font  feulement  plus  petites  ,  &  dentelées  en 
urs  bords  ;  les  fleurs  font  attachées  par  grappes  à 
?s  pédicules  longs  &  menus  ;  chacune  d'elles  eft 
irmée  de  cinq  pétales  blancs  ,  dilpofés  en  rond  ,  & 
iUtenus  fur  un  calice  d'une  feule  pièce,  découpé  en 
nq  parties  :  lorfque  cette  fleur  eft  tombée,  il  paroît 
1  fa  place  un  fruit  membraneux  ou  une  efpece  de 
;ffie  verdâtre,  divifée  en  deux  loges ,  dans  lefquel- 
s  fe  trouvent  quelques  femences  couvertes  d'une 
:orce  ligneufe,  rougeâtre  ,  facile  à  cafTer;  leur  fub- 
mce  eft  verdâtre  ,  d'un  goût  fade  &  doucereux, 
et  arbrifîeau  croît  dans  les  bois ,  dans  les  haies  & 
ms  les  buifTons  des  pays  chauds.  Son  nom  eft  com- 
>fé  de  rroLtpuX-À  ,  raijins  ,  &  «Tti'tTpoV  ,  arbre  ,  comme 
-li  diroit  arbre  de  raïjin  ,  parce  c^ue  fon  fruit  eft  dif- 
Dfé  en  grappes  ;  il  peut  fournir  de  l'huile  par  ex- 
reftîon.  (Z>!y.) 

STAPHYLOME  ou  CHUTE  DE  L'UVÉE  ,  f.  m. 
?hirurg.^  maladie  de  l'œil,  formée  par  la  membrane 
/ée  qui  pafTe  au-travers  de  la  cornée  ouverte  ,  par 
le  plaie  ou  un  ulcère ,  voye^  Uvée  &  Cornée,  Ce 
ot  vient  du  grec  rra^ux»,  uvée,  grain  de  raifin,  à  rai- 
in  de  la  couleur  noire  de  la  membrane  qui  fait 
illie. 

hc  flaphylome  dlfrere ,  fuivant  le  volume  de  la  tu- 
eur :  lorfqu'elle  eft  confidérable  ,  elle  ocCafionne 
îaucoup  de  difformité  àroeil,&  de  douleur  au  mala- 
?,  par  l'imitation  que  caufe  la  rencontre  des  cils  6c  le 
[ouvement  des  paupières. Cette  efpece  detumeur  dé- 
uit  entièrement  la  vue  ;  on  ne  peut  gu^ir  les  mala- 
es,  qu'en  liant  la  tumeur  fi  la  baie  eft  étroite,  ou  en 
:>uvrant  ft  la  bafe  eft  large  ;  dans  l'un  &  l'autre  cas 
ueil  fe  vuide  dès  l'infbnt  par  Pincifion ,  ou  après  la 
lùte  de  la  ligature  ,  &  le  malade  perd  l'organe  af- 
:£fé.  Si  l'ouverture  ou  l'ulcère  de  la  cornée  eft  pè- 
te ,  la  tumeur  de  l'uvée  eft  apptllée  myocephalon  , 
:te  de  mouche  par  rapport  à  fa  reffemblance  à  la 
Ite  de  cet  infefte.  J'en  ai  guéri  plufieurs  de  cette 
alure ,  en  faifant  foulïler  fiir  la  tumeur  deux  ou  trois 
)is  par  jour  un  collyre  fec,  avec  la  tuthie  &  le  fucre 
andi  en  poudre.  S'il  y  a  inflammation  à  la  conjonc- 
,ve,  ona  égard  à  cet  accident,  ^oyt'^  Ophthalmie. 

Le  flaphylome  eft  une  efpece  d'hernie  de  l'uvée;  on 
lourroit  efl'ayer  de  le  guérir  ,  pourvu  qu'il  ne  loit 
loint  d'un  volume  trop  confidérable,  en  le  compri- 
iiant  légèrement  par  des  compreffes  &  un  bandage 
ppliqués  fur  la  paupière  à  l'endroit  qui  répond  à  la 
umeur ,  ou  comme  le  propofe  M.  de  la  Paye  dans 
"es  remarques  fur  les  opératiorts  de  Diofais,  par  une 
)ctite  lame  de  corne  fort  mince  &:  concave  ,  qui 
•tant  mife  entre  l'œil  &  la  paupière  ,  entoureroit 
;xa£lemcnt  6c  immédiatement  le  globe  de  l'œil.  Ce 
Tioyen  ,  dit  cet  auteur ,  pourroit  faire  rentrer  peu-à- 
3eu  la  partie  de  l'uvée  qui  forme  le  (iaphylomè.  (F) 

STAR  ACHINO ,  {Géog.  mod.)  petite  ville  ou  plu- 
tôt bourg  de  la  Turquie  européenne  ,  dans  la  Macé- 
doine :  à  4  lieues  de  Voftan/a,  proche  de  la  rive  gaU' 
che  du  Vardari.  Quelques-uns  prétendent  que  c'eft 
l'ancienne  Stobi  qui  devint  colonie  romaine.  (Z)./.) 

STARAIA-RUSSA  ou  STARO-RUSSA  ,  {Géog. 
mod.  )  ville  de  l'empire  RulTien ,  dans  le  duché  de 


S  T  A 


493 


Novogorod  ,  fur  le  lac  îlmen  ,  à  l'en  droit  oh  la  ri* 
viere  Lovât  fe  jette  dans  ce  lac.  {D.  /.) 

STAR  GARD,  {Géog.  mod.)  il  y  a  trois  petites 
villes  de  ce  nom  en  Allemagne.  La  première  eft  la 
capitale  de  la  Poniéranie  ultérieure  ,  fur  la  rivière 
d'ihne  ,  à  5  lieues  au  levant  de  Stetin  ;  elle  appar- 
tient aujourd'hui  au  roi  de  PrufTe ,  &  efî  fort  dépeu- 
plée. La  féconde  Stargard,  eft  une  ville  du  royau- 
n>e  de  PrufTe  ,  fur  la  rivière  de  Fers  ,  à  fept  grandes 
lieues  de  Dantzic.  La  troifieme  eft  au  duché  de  Mec- 
klenbourg ,  vers  les  confins  de  l'Uckermark ,  au  mi- 
di de  la  petite  ville  de  Brandebourg.  (Z>,  /.) 

STARIE  ,  f.  f.  terme  de  commtrce  de  mer ,  ulité  par- 
ticulièrement dans  le  levant. 

Lqs  HoUandois  nomment ^.^rw  le  tems  que  ceux 
qui  commandent  les  efcortes  que  l'amirauté  de  Hol- 
lande accorde  aux  convois  qui  vont  au  levant ,  ref- 
tent  à  Smyrne  ,  au-delà  de  celui  qui  leur  eft  permis 
par  leur  commifTion. 

Au  retour  des  convois ,  les  commandans  des  ef- 
cortes font  tenus  de  remettre  un  journal  de  leur  voya- 
ge entre  les  mains  du  procureur-général  de  l'ami-» 
rauté  ;  s'il  n'approuve  pas  les  (larks  faites  extraordi- 
nairement,  il  en  rejette  la  dépenfe  fur  le  compte  des 
commandans.  Voye^^  AMîRAtjTÉ.  Dicl.  de  Commerc, 

STARO  ,  f,  m.  {Comm.  )  mefure  d'Italie,  feche Si 
liquide.  Comme  mefure  de  liquides  ,  elle  eft  à  Ho* 
rence  de  trois  barils,  &  le  baril  de  vingt  fiafques. 
On  fe  fert  aufîi  du  (îaro  dans  la  Calabre  &  dans  la 
Pouille.  Dans  ces  deux  provinces  du  royaume  de 
Naples,  il  faut  dix  (iari  pour  la  falme  ,  trente-deux 
pignatoli  pour  iefiaro.  C'eft  aufïi  le  boifleau  dont  on 
fe  l'ert  en  plufieurs  villes  d  Italie  pour  melurer  les 
grains  ,  particulièrement  à  Venife,  à  Livourne,  &c  à 
Luques.  Le  /faro  onjlara  de  Livourne  pefe  ordinai- 
rement 1)4  livres  :  1 1  zjiari  fept  huitièmes  font  le  laft 
d'Am.fterdam.  Les  grains  fe  mefurent  auffi  à  Luques 
au  fiaro,  dont  les  119  font  un  laft  d'Amfterdam  :  le 
Jiaro  de  Venife  pefe  1 28  livres  gros  poids  ;  chaque 
ftaro  contient  quatre  quartes  ;  3  <^^ari  un  cinquième, 
ou  140  quartes  quatre  cinquièmes  font  le  laft  d'Am- 
fterdam, i'^v^ry.  {D.J.) 

STAROSTE,  {.  m.  {Hijî.mod.)  en  Pologne  on 
donne  ce  nom  à  d'es  gouverneurs  de  ville*  &  de 
chAteaax-;  ils  font  nommés  par  le  roi '-pour  veiller 
fur  fes  revenus  ,  &  pour  rendre  la  juftice  en  fon 
nom;  on  appelle  (iarojUe  le  difîrift  fous  leur  jurifdic- 
tion  :  cependant  il  y  a  des  ftarojhs  qui  n'ont  point  de 
jurifdidion  ,  alors  ils  ne  doivent  êt#e  regardés  que 
comme  des  châtelains. 

STAROSTIE,  f  f.  ( mj{.  de  Folc^tie.)  on  appelle 
Jlarojîie  çw  Pologne,  des  terres  que  les  rois  de- Polo* 
gne  diftribuent  comme  bon  leur  femble ,  pourvu  que 
ce  foit  à  des  Polonois.  Autrefois  elles  faifoient  le 
domaine  de  ces  princes  ,  &  c'eft  pour  cela  qu'on  les 
nomme  biens  roy^ttA;.  Slgifmond- Augufte  céda  vo- 
lontairement ce  domaine  aux  gcnîilshonmies,  pour 
leur  aider  à  foutenir  leurs  dépenlés  militaires.  Il  fe 
referva  feulement,  pour  lui  6c  pour  (es  fuccefléurs, 
le  droit  de  nommer  à  ces  feigneurics ,  &  que  le  tré- 
for  de  la  république  jouiroit  du  revenu  pendant  la 
vacance  ,  jufqu'à  la  nomination  d\in  /iarcjU^  comme 
les  rois  de  France  ont  droit  de  jouir  des  évcchés  6c 
autres  bénéfices  de  leur  nomination  par  économat. 
Outre  cela  il  chargea  les  fînrojl'us  d'un  impôt  ap- 
pelle quarta  (  kwarta  ),  parce  qu'il  eft  la  quatrième 
partie  du  revenu  de  la  terre,  ce  qui  fait  avec  ce 
qu'on  levé  fur  les  biens  d'églife  ,  le  fo.ids  pour  l'en- 
tretien des  avfenaux  ,  de  l'artillerie,  6l  de  la  cava- 
lerie polonoife. 

Il  y  a  deux  fortes  de  ftaropcs,  les  unes  fimples , 
les  autres  i\  jurifdidion.  Ces  dernières  font  un  tribu- 
nal appelle  grade  ,  avec  un  juge  ,  &  un  tabelllona|;e, 
où  s'enregiftrent  tous  les  a^cs  pafl'és  dans  le  reftort 


494 


S  T  A 


a: 


<îe  \aJIaroJIte,  les  proteftatlons ,  les  contrats,  &  au- 
tres ;  comme  elles  ont  aufTi  le  privilège  de  pouvoir 
juger  à  mort ,  les  femmes  ne  poflcdcnt  jamais  de  ces 
fortes  dc/IctrcJUcs,  ni  aucun  jeune  homme  avant  la 
majorité.  (^D.J.) 

STASE ,  1. 1'.  {Gram.  &  Mcd.  )  repos  des  humeurs 
dans  quelques  parties  du  corps,  où  elles  ne  devroicnt 
point  s'arrcter.  La  flagnationfuppofe  encore  un  peu 
t)e  mouvement ,  il  n'y  en  a  plus  dans  lay?<{/2'. 

STATA  MATER  ,  {MythoL)  la  men  Stata,à\w\- 
rltc  qu'on  honoroit  à  Rome  dans  le  marché  public, 
en  allumant  de  grands  feux  en  fon  honneur  ;  c'étoit 
la  di\inité  protethice  de  Rome  qu'on  vénéroit  ainli. 

(D.  J.) 

STATANUM  VINC/M,  {Littérature.)  Strabon , 

iiv.  y.pa".  243.  vante  une  forte  de  vinainfi  nommé 
tlu  heu  où  on  le  recueilloit.  Ce  heu  devoir  être  dans 
le  Latium  ou  dans  la  Campanic.  Pline  ,  /.  XIK  c.  vj. 
qui  connoit  ce  vin ,  dit  qu'il  croiflbit  au  voifinage 
de  Fakrne ,  &  peut  -  ctre  aux  environs  des  marais 
Statines ,  qui  pouvoient  lui  donner  leur  nom.  Athé- 
née ,  /.  /.  c.  xxj.  fait  aufTi  mention  de  ce  vin.  {D.  J.  ) 

STATEN-EYLAND,  {Géos- mod.)  c'eft-à-dire 
îles  des  Et.i!s ,  parce  qu'elles  ont  été  découvertes  par 
les  fujeib  des  Etats-généraux.  Ce  font  trois  îles  de 
la  mer  Glaciale  ,  éloignées  les  unes  des  autres ,  mais 
[ui  appartient  à-prélcnt  à  la  Rulïïe  :  la  difficulté  eil 
,e  les  rendre  habitables.  (Z>.  7.  ) 

STATER^{Mon.  des  Hébreux.)  iTTciTnp,  pièce  de 
monnoie  qui  valoit  un  ficle ,  ou  quatre  drachmes. 
Les  receveurs  du  temple  ayant  demandé  à  faint 
Pierre,  fi  leur  maître  ne  payoit  pas  le  didrachmc  (j'ai 
vu  plufieurs  anciennes  éditions  du  Nouveau-Tella- 
nient  en  françois  où  il  y  a  les  dix  drachmes ,  les  tra- 
ducteurs ayant  ignoré  que  didrachme  étoit  deux  dra- 
chmes ,  &  non  dix.  )  Jefus-Chrift  voulant  fatisfaire  à 
cet  impôt ,  envoya  Pierre  pêcher  dans  le  lac  de  Tibé- 
riade ,  &  l'apôtre  y  prit  à  la  Hgne  un  poiffon  qui 
avoit  dans  fon  gofier  un  fîater.  Cette  pièce  de  mon- 
noie fervit  à  acquitter  ce  que  Jefus-Chrift  &  faint 
Pierre  dévoient  pour  le  temple  ,  favoir  un  didrachme 
ou  un  dcmi-ficle  chacun  par  année.  Matt.  xvij.  24, 
uy.{D.J.) 

STA  TE  RA ,  {Littérature,  )  la  différence  étoit 
■grande  entre  fiatcra  ,jlrutina  ,  &  libra,  chez  les  Ro- 
anains.  Libra  étoit  une  balance  compofée  comme  les 
nôtres  ,  de  deux  baffins,  d'un  fléau,  d'une  languette, 
&  chafle.  Trutina  étoit  proprement  la  languette  de 
la  balance  qui  marque  l'égalité  du  poids  ;  ÔcJIatera 
étoit  ce  qu'eft  parmi  nous  la  romaine  :  mais  au-lieu 
du  crochet  qui  porte  le  fardeau ,  il  y  avoit  un  baftin. 
(D,  J.) 

STATÈRE,f.  f.  ( Antiq.  rom. )  ftatera ,  balance 
romaine  ;  voici  la  dcfcription  qu'en  donne  Vitruve, 
iiv.  X.  c.  viij.  l'anfe  qui  elt  comme  le  centre  du  fléau, 
étant  attachée  comme  elle  eft,  proche  de  l'extré- 
mité i\  laquelle  le  balfin  eft  pendu ,  plus  le  poids  qui 
coule  le  Lng  de  l'autre  extrémité  du  fléau,  eft  pouflc 
en  avant  fur  les  points  qui  y  font  marqués  ,  plus  il 
aura  la  force  d'égaler  une  grande  pelanteur ,  félon 
que  le  poids  étant  éloigné  du  centre ,  aura  mis  le 
fléau  en  équilibre  ;  ainft  le  poids  qui  étoit  trop  foi- 
ble  lorfqu'il  étoit  trop  prés  du  centre  ,peut  acquérir 
en  un  moment  une  grande  force ,  &  élever  en-haut 
fans  beaucoup  de  peine  un  très-lourd  fardeau.  Dans 
cette  ancienne  balance  il  y  avoit  un  baftin  au-lieu 
de  crochet  qu'on  met  maintenant  au  pezon ,  pour 
porter  le  fardeau,  f^oyei  Balance  romaine. 
(D  J.) 

StatÈRE,  f.  m.  {Monnaie  atîc.  de  Grèce.)  mon- 
noie d'or  ou  d'argent  que  l'cm  fabrique  en  Grèce. 
hes  ftateres  d'or  de  Cyzique  étoient  en  particulier 
fort  eftimés  ,  à  caufe  de  la  beauté  de  la  fabrique  ;  le 
<ype  étoit  d'un  côté  ime  têtede  ignuiie,  5ç  çlç  l'au- 

- 


STA 

îre  une  tête  de  lion  :  ils  étoient  du  poids  de  deux 
drachmes,  &  valoient  vingt-huit  drachmes  d'argent 
d'Athènes.  Le  Jlatère  d'or  d'Athènes  valoit  vingt 
drachmes  ,  dans  le  rapport  de  l'or  à  l'argent ,  qui 
étoient  dans  ce  tems  -là  chez  les  Grecs  de  dix  à  un 
c'eft-à -dire  qu'une  drachme  d'or  valoit  dix  drachmes 
d'argent.  Le  Jlatère  d'or  de  Cyzique  valant  vingt- 
huit  drachmes  d'Athènes  ;  la  drachme  de  Cyzique 
devoir  pefer  une  drachme  attique  ,  &C  deux  cinquiè- 
mes ou  huit  oboles  &:  deux  cinquièmes  d'Athènes. 

Ainft  le  Jlatère  de  Cyzique  ,  en  l'évaluant  par 
vingt-huit  drachmes  d'Athènes  ,  vaudroit  de  la  mon- 
noie qui  a  cours  en  France  ,  environ  vingt  &  une 
livres  ;  mais  le  rapport  de  l'or  à  l'argent  étant  aftuel- 
lement  en  France  environ  de  quatorze  à  un,  ley?d- 
tère  d'or  de  Cyzique  vaudroit  environ  vingt  -  neuf 
livres  de  notre  monnoie. 

A  l'égard  du  Jlatère  d'argent ,  il  pefoit  ordinaire- 
ment quatre  drachmes ,  ce  qui  revient  à-peu-près  à 
trois  livres  de  notre  monnoie.  (  Z).  /.  ) 

STATEUR  ,  {Mythol.)  lurnom  de  Jupiter.  Romu- 
lus  voyant  les  foldats  plier  dans  un  combat  contre 
les  Samnites ,  pria  Jupiter  de  rendre  le  courage  aux 
Romains ,  &  de  les  arrêter  dans  leur  fuite.  Sa  prière 
fut  exaucée ,  &:  en  mémoire  de  cet  événement ,  Ro- 
mulus  bâtit  un  temple  à  Jupiter  au  pié  du  mont  Pala- 
tin ,  tous  le  titre  de  Stator ,  le  dieu  qui  arrête.  La 
ftatue  qu'on  lui  confacra  repréfentoit  Jupiter  debout 
tenant  la  pique  de  la  main  droite ,  &  le  foudre  de  la 
gauche.  Ciceron  met  dans  la  bouche  d'un  de  fes  in- 
terlocuteurs ,  que  le  conful  Flaminius  marchant  con- 
tre Annibal,  tomba  tout  d'un-coup,  lui  &  fon  che- 
val ,  devant  la  ftatue  de  Jupiter  Stator ,  fans  qu'il  en 
pariu  aucune  caufe.  Cet  accident  fut  pris  par  fes 
troupes  pour  un  mauvais  augure ,  ou  plutôt  pour  un 
avis  que  le  dieu  lui  donnoit  de  s'arrêter  &  de  ne  pas 
aller  combattre  ;  mais  le  conful  méprifa  l'avis ,  ou 
l'augure ,  6c  fut  battu  à  la  journée  de  Trafimènes. 
{D.J.) 

STATHMOS ,  f.  m.  (  Littéral.  )  SraS/i-toç  ,  c'étoit 
une  maifon  royale  ou  pubhque  qu'il  y  avoit  fur  les 
routes  en  Afie  ,  félon  le  rapport  d'Hérodote ,  dans 
laquelle  on  pouvoit  s'arrêter ,  amant  qu'on  le  defi- 
roit ,  &  y  prendre  le  repos  dont  on  avoit  befoin. 
On  fait  qu'encore  aujourd'hui  les  voyageurs  trou- 
vent par  tout  dans  le  Levant  des  maifbns  appellées 
cûmva«/èr^i,  qui  fervent  au  même  ufage.  {D.  J.) 

STATHOUDER  ou  STADHOUDER,  f.  m.  {Hijl. 
mod.  )  c'eft  ainft  que  l'on  nomme  ,  dans  la  républi- 
que des  Provinces  Unies  des  Pays-Bas,  un  prince  à 
qui  les  états  donnent  le  commandement  des  troupes, 
&  une  grande  part  dans  toutes  les  affaires  du  gou- 
vernement. Ce  titre  répond  à  celui  de  lieutenant- 
général  de  l'état  ;  il  ne  confère  point  les  droits  de  la 
fouveraineté ,  qui  réftde  toujours  dans  l'affemblce 
des  états-généraux  ,  mais  il  jouit  de  prérogatives  <\\xi 
lui  donnent  la  plus  grande  influence  dans  la  républi- 
que. 

Dans  le  tems  de  la  naiffance  de  la  république  des 
Provinces-Unies  ,  elle  avoit  befoin  d'un  chef  habile 
&  propre  à  foutenir  fa  liberté  chancellante  contr(î 
les  efforts  de  Philippe  IL  &  de  toute  la  monarchie 
efpagnole.  On  jetta  les  yeux  fur  Guillaume  I.  de  Naf- 
fau-DiUembourg  ,  prince  d'Orange,  qui  poffédoit  de 
grands  biens  dans  les  pays  qui  venoient  de  fe  fouf- 
traire  au  delpotifme  du  roi  d'Elpagne  ,  &L  qui  d'ail- 
leurs étoit  déjà  gouverneur  des  provinces  de  Hol- 
lande ,  de  Zélande  &  d'Utrecht.  Ce  prince  par  fon 
amour  pour  la  Uberté,  &  par  fes  talens,  parut  le 
plus  propre  à  affermir  l'état  qui  venoit  de  fe  former; 
dans  cette  vue  les  provinces  de  Hollande  &  de  Zé- 
lande lui  confièrent ,  en  1576,  la  dignité  Aq  Jlad- 
houder  ou  de  lieutenant- général  de  Cétat  ;  l'exemple  de 
ces  provinces  ne  tarda  point  à  être  fuivi  par  celles 


s  T  A 

e  Gueldre  ,  d'Utrecht,  &  d'Overyflcl.  On  attacha 
cette  dignité  le  commandement  des  armées,  tant 
ar  terre  que  par  mer,  avec  le  titre  de  capitaine- 
fnéral  &  d'amiral  ;  \e  flathouder  eut  le  droit  de  dlf- 
ofer  de  tous  les  emplois  militaires ,  celui  de  nom- 
;er  les  magiftrats ,  fur  la  nomination  des  villes,  qui 
li  étoient  préfcntées, enfin  celui  de  faire  grâce  aux 
■iminels.  Outre  cela  il  affiftoit  aux  afîemblées  des 
:ats,  dans  lefquelles  on  ne  prenoit  aucune  réfo- 
ition  que  de  fon  confentement.  Il  préfidoit  dans 
laque  province  à  toutes  les  cours  de  juftice  ;  il  étoii: 
tiargé  de  l'exécution  des  décrets  de  la  république  ; 
étoit  l'arbitre  des  ditï"éren4s  qui  furv.enoient  entre 
;s  villes  &  les  provinces  de  la  république.  Tous  les 
fficiers  étoient  obligés  de  lui  prêter  ferment  de 
délité  ,  après  l'avoir  prêté  aux  états  des  provinces 
:  au  conleil  d'état. 

Guillaume  I.  ayant  été  afîaffiné  en  1 584,168  mêmes 
rovinces  ,  en  reconnoiflance  des  fervices  éminens 
e  ce  prince ,  conférèrent  la  dignité  de  Jladhcudcr 
Li  prince  Maurice  fon  fils,  avec  la  même  autorité  & 
:s  mêmes  prérogatives.  Frédéric  Henri,  frère  du 
rince  Maurice,  lui  fuccéda  en  1625  ;  après  avoir 
lit  refpefter  fa  république  ,  il  mourut  en  1 647 ,  & 
îuillaume  II.  fon  fils  prit  poffefllon  du  fladhouderat, 
ont  on  lui  avoit  accordé  la  furvivance  du  tems 
lême  de  fon  père.  Il  en  jouit  jufqu'à  fa  mort  arrivée 
n  1650.  Comme  les  vues  ambitieufes  de  ce  prince 
voient  donné  de  l'ombrage  aux  provinces  de  la 
épublique,  elles  prirent  des  mefures  pour  renfermer 
autorité  du  flathouder  dans  des  bornes  plus  étroi- 
ts ,  &  même  la  province  de  Hollande  forma  le  def- 
;in  d'exclure  fon  fils  Guillaume  III.  depuis  roi  d'An- 
leterre ,  de  toutes  les  charges  pofîédées  par  fes  an- 
êtres.  Cependant  en  1672,  la  Hollande  étonnée  des 
irogrès  de  Louis  XIV.  nonobftant  l«s  efforts  de  la 
aftion  républicaine,  déclara  le  prince  Guillaume 
^.adhouder  &  capitaine-général  des  forces  de  la  répu- 
lique,  avec  le  même  pouvoir  dont  avoient  joui  fes 
(rédéceffeurs.  Cet  exemple  fut  fuivi  de  quatre  au- 
res  provinces.  En  confidération  de  fes  fervices,  les 
:tats  de  Hollande  déclarèrent,  en  1674,  la  charge 
[e flathouder  héréditaire,  &  accordèrent  qu'elle  paf- 
"eroit  aux  héritiers  mâles  de  Guillaume  III.  De  cette 
naniere  il  fut  fladhouder  de  cinq  provinces  ,  &  il 
ronferva  cette  dignité  ,  même  après  être  monté  fur 
e  trône  d'Angleterre.  Ce  prince   exerçoit  en  Hol- 
ande  un  pouvoir  fi  abfolu  ,  qu'on  difoit  de  lai ,  qu'il 
•toit  roi   de    Hollande  &  flathouder   d' Angleterre.  Il 
«ourut  fans  enfans  en  1702 ,  &  déclara  pour  fon  lé- 
gataire univerfel  le  jeune  prince  de  Naffau-Dieiz, 
"on  parent,  defcendu  de  Guillaume-Louis  de  Naffau- 
Dietz,  coufm  de  Guillaume  I.  fondateur  de  la  répu- 
îlique ,  qui  étoit  Aé]h. fladhouder  héréditaire  des  pro- 
vinces de  Frife  &  de  Groningue;  ce  prince  eut  le 
Tialheur  de  fe  noyer  en  171 1 ,  en  pafiîînt  un  bras  de 
mer  appelle  le  Moerdyck.  Il  n'avoit  point  été  fladhou- 
der de  toute  la  république,  mais  fimplement  des  deux 
provinces  fufdites.  Son  fils  pofthume ,  Guillaume- 
Charles-Henri  Frifon,  prince  de  Nafiau-Dietz ,  fuc- 
céda à  fon  père  dans  fes  biens  &  dans  le  fladhoude- 
rat des  provinces  de  Frife  &  de  Groningue  ;  en  1722 
la  province  deGueldre  le  nomma  aufil  fon /?<3<//!o«^fr, 
mais  les  quatre  autres  provinces,  dans  lefquelles  le 
parti  républicain  dominoit ,  ne  voulurent  jamais  lui 
accorder  cette  dignité.  Enfin  en  1747,  ces  provin- 
ces forcées  par  le  peuple ,  &  d'ailleurs  effrayées  des 
viûoires  de  la  France  ,  déclarèrent  ce  prince  flat- 
houder ,  lui  accordèrent  une  autorité  plus  grande 
cju'à  aucun  de  fes  prédéceffeurs  ,  déclarèrent  le  flad- 
houderat héréditaire  dans  fa  famille  ,  &  y  appelle- 
rent  même  les  femmes  au  défaut  des  mfdcs.  Ce  prince 
a  joui  de  la  dignité  de  fladhouder  j\|iqu'i\  fa  mort  ; 
après  lui  elle  cà  pafféç  au  prince  Guillaume  fon  fils. 


S  T  A 


49? 


né  en  1746 ,  qui  la  poffede  aujourd'hui. 

On  donne  auffi  dans  les  Pays-Bas  lé  nom  de  flat- 
houdirs  à  des  officiers  municipaux,  qui  font  dans  de 
certains  diûrifts  les  fondions  des  fubdélégués  deS 
intendans  de  province  en  France.  (— ) 

STATICE, flatice  ,  f.  f.  (^Hift.  nat.  Bot.)  genre  de 
plante  dont  les  fleurs  font  réunies  en  une  forte  de  tête 
prefque  fphérique  ,  &  foutenues  par  un  calice  com- 
mun. Cette  tête  eft  formée  par  plufieurs  fleurs  ,  qui 
ont  la  forme  d'un  œillet ,  &c  qui  font  compofées  de 
plufieurs  pétales;  ces  pétales  fortcntd'un  calice  par- 
ticulier à  chaque  fleur,  &  fait  en  forme  d'entonnoir; 
Le  piflil  fort  aulîi  du  calice  ,  &  devient  dans  la  fuite, 
une  femence  oblongue  &  enveloppée  par  le  calice 
çu  par  une  capfule.  Tournefort,  infl,  ru  herb,  Foje:^ 
Plante. 

Entre  les  neuf  efpeces  de  ce  genre  de  plante ,  nous 
décrirons  la  première  de  Tournefort  ^flatice  vulgaris 
major.,  I.  R,  H.  J40.  on  l'appelle  en  anglois  thefca. 
july  flower.  Sa  racine  efl:  longue  ,  affez  grofl'e  ,  ronde^ 
ligneufe,  rougeâtre  ,  vlvace  ,  dlvifée  en  plufieurs  tê- 
tes. Elle  pouffe  un  grand  nombre  de  feuilles  longues 
&  étroites  comme  celles  du  gramen  ,  de  couleur  de 
verd-de-mer.  Il  relevé  d'entre  ces  feuilles,  plufieurs 
tiges  à  la  hauteur  d'environ  un  pié  ,  droites  ,  fans 
noeuds ,  creufes  ,  prefque  toutes  nues  ;  elles  portent 
à  leur  fommet  un  bouquet  fphérique  de  petites  fleurs 
à  cinq  pétales,  blanches,  purpurines  ,  dîfpolées  en 
œillet ,  dans  un  calice  formé  en  entonnoir  ;  ce  bou- 
quet de  fleurs  efl  encore  foutenu  par  un  calice  géné- 
ral écailleux.  Lorfque  les  fleurs  font  tombées ,  il  fuc- 
cede  à  chacune  d'elles  vme  femence  oblongue  ,  poin- 
tue par  les  deux  bouts,  enfermée  dans  uns  capfule 
qui  a  fervi  de  caHce  à  la  fleur. 

Cette  plante  croît  aux  lieux  montagneux  ,  un  peu 
humides  ;  elle  fleurit  en  été ,  6c  comme  fes  fleurs  ne 
s'ouvrent  pas  toutes  cnfemble  ,  mais  les  unes  après 
les  autres ,  elle  refle  fleurie  jufqu'au  milieu  de  l'au- 
tomne. On  l'eflime  vulnéraire,  aftringente  ,  &  con- 
venable pour  arrêter  le  fang  dans  la  diffenterie  ,  &: 
les  règles  trop  abondantes.  (  Z?,  /.  ) 

STATION  ,  f.  i.CGram.)  lieu  où  l'on  s'arrête. 
Station  ,  en  Géométrie ,  &c.  efl  un  Ueu  qu'on 
choifit  pour  faire  une  obfervation,  prendre  un  angle 
ou  autre  chofe  fcmblable. 

On  ne  peut  mefurcrune  hauteur  ou  une  diflance 
inacceffible ,  qu'on  ne  faffe  deux  fldtions  dans  deux: 
endroits,  dont  la  diflance  efl  connue.  Quand  on  fliit 
des  cartes  géométriques  de  provinces  ,  &c.  on  fixe 
les  fiations  lur  plufieurs  émtnences  du  pays  ,  &  de-là 
on  prend  les  angles  aux  différentes  villes ,  villages  j 
iyc. 

Dans  l'arpentage  ,  on  mefiu-e  la  diflance  qu'il  y  a 
d'une  flation  à  une  autre  ;  &  on  prend  l'anale  que 
l'endroit  oii  on  fe  trouve  forme  avec  h  flation  fui- 
vante.  f^oye^  Arpentage.  ǣ) 

Station  ,  en  Jflronomic ,  efl  la  pofulon  ou  l'appa- 
rence d'une  planète  au  même  point  du  zodiaque  pUi* 
fleurs  jours  de  fuite.  Voye^  Planfte. 

Comme  la  terre  ,  d'où  nous  appercevons  le  mou- 
vement des  planètes  ,  efl  placée  hors  du  centre  àè 
leurs  orbites ,  les  planettes ,  vues  de  la  terre ,  ont  un 
cours  irrégulicr  ;  quelquefois  on  les  voit  aller  en 
avant,  c'efl-à-dirc,  d'occident  en  orient,  c'efl  ce 
qu'on  appelle  étrcdire&es  ;  quelquefois  on  les  volt  al- 
ler en  arrière,  c'efl-ù-dire  ,  d'orient  en  occident, 
c'efl  ce  qu'on  appelle  être  rétrogrades.  Voyei  DIRECT 
&  Rétrograde. 

De  plus  ,  entre  ces  deux  états,  il  y  en  n  urt 
autre  intermédiaire  ,  dans  lequel  les  pianotes  ne  pa- 
rolffcnt  aller  ni  en  avant ,  ni  en  arrière  ,  mais  rcfter 
à  la  même  place  dans  leur  orbite  :  c'efl  ce  ou'on  ap- 
pelle leur  flation  ;  c'efl  ce  qui  arri\-e  quand  les  li^nçs 
luivaut  lefquelles  on  voit  vinc  planète  de  dcfliis  lé 


496 


S  T  A 


terre,  placée  en  deux  difFérens  endroits  de  fon  orbîtc, 
l'ont  parallèles  entr'ellcs  ;  car  alors  ,  les  deux  lieux  où 
on  voit  la  planète  dans  le  ciel  font  Icnfiblement  le 
même  à  caul'e  de  la  petiteflc  du  rayon  de  l'orbe  ter- 
rellre  en  comparaiibn  de  la  dillance  des  étoiles. 

Soit  un  cercle  Z^ZXj  (Jii;.  6'j.  uflronomiq.^,  dans 
lequel  la  terre  eft  luppolée  le  mouvoir,  de  B  en  D. 
Si  pendant  ce  tcms  la  planète  yi  décrit  Tare  C.4  ,  qui 
foit  tel  que  B.-i ,  DC  Ibient  parallèles  ,  elle  paroîtra 
répondre  (enliblement  au  même  point  du  ciel ,  ôcpar 
conféquent  ftationnaire. 

Dans  le  ftcond  volume  de  f  académie  de  Pctcrsbourg  , 
p.  Si.  M.  Mayer  donne  une  méthode  pour  détermi- 
ner les  lieux  de  la  terre  d'où  une  planète  vue  dans 
un  point  donné  de  Ion  orbite  doit  paroître  Itation- 
naire  ;  ^c  M.  Halley  a  donné  une  méthode  pour  trou- 
ver le  tems  ôîwnç  jiation.  f^oye^  les  injli'utions  ajlro- 
nomiques  de  M.  le  Monnier  ,yP.  S8c).  (O) 

Station,  (^Hy  drauj .')  (c  dit  dans  un  nivellement 
de  l'endroit  où  Ce  pôle  le  niveau ,  de  forte  qu'un  coup 
de  niveau  eft  compris  entre  ùeuxjfadons.  Ce  fi;  ainli 
qu'on  connoît  la  pente  d'une  montagne,  (/i^) 

Station  ,  dans  fhifloire  de  tEgtife^  eft  un  terme 
qui  s'applique  aux  jeûnes  des  quatrième  &  fixieme 
jours  de  la  femaine,  c'eft-à-dire  ,  le  mercredi  &L  le 
vendredi ,  que  beaucoup  de  perfonnes  chez  les  an- 
ciens obfervoient  très-fcrupuleufement  jufqu'à  trois 
heures  après-midi,  ^oy^ç  Fête. 

S.  Pierre  d'Alexandrie,  dans  fon  épitre  canonique, 
can.  iS.  obferve  qu'il  étoit  ordonné  conformément  à 
l'ancienne  tradition ,  de  jeûner  toutes  les  femaines 
pendant  ces  deux  jours;  le  mercredi,  en  mémoire  du 
confeil  que  les  juifs  tinrent  pour  mettre  à  mort  notre 
Sauveur;  &  le  vendredi  à  caufe  de  fa  paffion.  On  a 
encore  quelqu'égard  à  cette  tradition  dans  l'Eglile 
d'Angleterre.  Foyer  Abstinence. 

Station  fe  dit  aullï ,  dans  l'Eglife  romaine  ,  d'une 
églife  où  on  peut  aller  gagner  des  indulgences  dans 
de  certains  jours.  Foyf^  Indulgence. 

Ce  fut  faint  Grégoire  qui  fixa  les  (iations  à  Rome  , 
c'eft-à-dire  ,  les  ëglifes  dans  lefquelles  on  devoit  faire 
l'office  tous  les  jours  du  carême ,  &  les  fêtes  folem- 
nelles.  Ces  flattons  font  marquées  dans  Ion  facramen- 
taire  ,  telles  qu'on  les  voit  dans  le  miflel  romain  ;  el- 
les font  appropriées  principalement  aux  églifes  pa- 
triarchales  &  titulaires.  Mais  quoique  ces  flations 
foient  réglées ,  l'archidiacre  ne  manque  point  à  cha- 
que Jiation  ,  d'annoncer  au  peuple  la  jlation  fui- 
vante. 

Station  efl  auflî  une  cérémonie  de  l'Eglife  romai- 
ne ,  dans  laquelle  les  prêtres  ovi  chanoines  vont  en 
proceffion  hors  du  cœur  pour  chanter  une  antienne 
devant  le  crucifix  ,  ou  devant  l'image  de  la  Vierge. 
On  attribue  cette  cérémonie  à  faint  Cyrille. 

Stations, (///y?.  eccUjîafl.')  ce  terme  ne  défignoit 
chez  les  Hébreux  que  le  rang  de  ceux  qui  alTifloient 
aux  facrifices  ;  &C  chez  les  Romains  ,  le  lieu  où  les 
avocats  fe  tenoient  pour  répondre  aux  confultations; 
mais  dans  l'Eglife  primitive  ,  ce  terme  fut  ufité  pour 
fignifîer  un  jour  que  les  chrétiens  paflbient  en  priè- 
res ,  &:  dans  lequel  ils  jeûnoient  jufqu'à  l'heure  de 
none.  Suivant  l'ufage  récent  de  l'Eglife  romaine,  le 
moxjîat.on  dénote  les  chapelles  où  le  clergé  &  le  peu- 
ple vont  en  proceflion  ,  6c  s'arrêtent  pour  y  célébrer 
une  partie  de  l'office  divin.  Enfin  dans  les  derniers 
tems  ,  les  papes  &  les  évêques  ayant  indiqué  des 
églifes  particulières  où  l'on  eft  obligé  d'aller  prier 
pour  gagner  le  jubilé  ,  l'ulage  a  donné  à  ces  églifes 
le  nom  ô^ç  Jiation.  Cet  ufage  femble  venir  des  anciens 
Romains  ,  qui ,  dans  les  fêtes  extraordinaires  de  ré- 
jouifiances  ou  de  deuil ,  avoient  ordonné  dçs/iations 
du  peuple  dans  les  principaux  temples  des  dieux. 
iD.J.) 

STATIONNAIRE ,  adj.  en  JJlronomie,  fe  dit  d'u- 


_     S  T  A 

ne  planète  qui  paroît  relier  immobile  au  jucme  point 
du  zodiaque.  AV/e^  Station. 

Quoique  les  planètes  aient  quelquefois  un  mou- 
vement progrellif,  &  quelquefois  un  mouvement  ré- 
trograde ;  il  peut  y  avoir  quelque  point  dans  lequel 
elles  paroiifent  ficHionnaires.  Une  planète  paroîtra 
flationnuire  ,  lorique  la  ligne  qui  joint  la  terre  ik.  le 
centre  de  la  planète  ,  eft  dirigée  au  même  point  du 
firmament ,  c'cft-à-dire  ,  quand  cette  ligne  eft  pen- 
dant quelque- tcms  parallèle  à  elle-même. 

Saturne  paroît  flationnaire  à  la  diftance  de  90  de- 
grés du  foleil  ;  Jupiter  à  la  dillance  de  52  ,  ôi  Mars 
à  une  diihince  beaucoup  plus  grande. 

Saturne  qÇi  flationnaire  huit  jours  ,  Jupiter  quatre, 
Mars  deux  ,  Vénus  un  &  demi ,  &  Mercure  un  demi; 
cependant  les  tems  de  ces  différentes  ftacions  ne  font 
pas  toujours  égaux  ,  parce  que  les  orbites  de  ces 
planètes  ne  lont  pas  des  cercles  qui  aient  le  foleil 
pour  centre  ;  mais  des  ellipies  dont  le  foleil  occuj)c 
le  foyer  ,  &  dans  lefquelles  les  planètes  ne  fe  meu- 
vent pas  uniformément.  Chatnbers.   (O) 

Stationnaire,  (  Milice  rcmaine.  )  ce  nom  s'eft 
donné  dans  le  bas  Empire  romain  à  des  foldats  ou 
des  officiers  que  l'on  mettoit  en  certains  polies,  d'où 
ils  avertilloient  les  gouverneurs  &  les  magiftrats  de 
ce  qui  fe  palToit,  (^D.J.) 

Stationnaire  ,^'evAe,  (^Médec.')  épithete  qu'on 
donne  à  certaiiies  fièvres  continues  ,  qui  dépendent 
d'une  dilpofition  particulière  des  failbns  &  des  ali- 
mens  ,  &  qui  régnent  plus  conftamment  &  plus  gé- 
néralement que  les  autres  pendant  une  ou  plufieurs 
années.  Elles  font  oppofées  aux  fièvres  intercurren- 
tes. Sydenham  a  parfaitement  traité  des  unes  &  des 
autres  ;  il  faut  le  lire  &  le  relire.  On  les  appelle  fta- 
tionnaires  ,  ^ /?i;/zio,  refter  ,  demeurer.  (Z).  J.) 

Stationnaire  ,  {f^ijl-  eccléfiajî.^  épithete  qu'on 
a  donné  dans  l'Eglife  au  diacre  qui  étoit  de  femaine, 
pour  chanter  l'évangile  aux  mefîes  que  le  pape  ou 
î'évêque  du  diocèfe  venoit  dire  dans  différentes  Hâ- 
tions. {D.  /.) 

STATIQUE,  f.  f.  (Ordre  encydop.  entend,  raifon , 
Philof.  oujcience  ,J(:icnce  de  la  natwe  ,  Mathcmariq, 
Matkém.  mixtes  ,  Micluiniq.  Statique.  )  efl  vme  partie 
de  la  méchanlque  ,  qui  a  pour  objet  les  lois  de  l'é- 
quilibre des  corps  ou  des  puifTances  qui  agilTent  les 
unes  fîir  les  autres. 

La  méchanique  en  général  a  pour  objet  les  lois 
de  l'équilibre  &  du  mouvement  des  corps  ,  mais  on 
donne  plus  parfaitement  le  nom  de  méchanique  à  la 
partie  qui  traite  du  mouvement  ,  &  celui  àç^ftatique 
à  la  partie  qui  traite  de  l'équilibre  ;  ce  nom  vient  du 
Vdùn flare  ,  s'arrêter  être  en  repos,  parce  que  l'effet 
de  l'équilibre  efl:  de  produire  le  repos  ,  quoiqu'il  y 
ait  dans  le  corps  en  équilibre  une  tendance  au  mou- 
vement. 

L-dflatiquc  fe  dlvife  en  deux  parties  ,  l'une  qui  con- 
ferve  le  nom  de  flatique  ,  a  pour  objet  les  lois  de  l'é- 
quilibre des  folidcs  C'eft  dans  cette  partie  qu'on 
traite  fes  différentes  machines  fimples  ou  compofées, 
comme  la  poulie ,  le  levier  ,  le  plan  incliné  ,  &c.  l'au- 
tre partie  ,  qu'on  appelle  hydroflatique^  a  pour  objet 
les  lois  de  l'équilibre  des  fluides. 

L'ouvrage  le  plus  étendu  que  nous  ayons  fur  la 
(latique.,  eft  la  nouvelle  méchanique  de  M.  Varignon., 
imprimée  à  Paris  en  1715  ,  en  deux  volumes  i/2-4''. 
Dos  l'année  1687  l'auteur  avoit  donné  un  ouvrage    ■ 
fur  ce  même  fujet  avec  le  titre  de  projet  d'une  non-    ™ 
yelle  méchanique. 

Dans  ce  premier  ouvrage ,  qui  a  paru  la  même  an- 
née que  les  principes  de  Newton  ,  M.  Varignon  don- 
ne \\\\e  méthode  générale  pour  déterminer  l'équili- 
bre fur  toutes  les  machines  ,  &  cette  méthode  efl 
peu  diffcrente'Ide  celle  que  M.  Newton  donne  dans  le 
premier  livre  de  fon  outrage.  Elle  confifîe  à  réduire 

par 


s  T  A 

p^t  \è  principe  de  la  cônipolition  des  rbrôës ,  tôlitês 
les  piiiflanccs  qui  agiffent  Uir  une  machine  à  une  Icule 
putiii'.nce  ,  dont  la  diredion  doit  pafler  par  quefque 
point  d'appui  fixe  &  immobile  lorfqu'il  y'%  équili- 
bre. Ainli  dans  la  poulie  ,  par  exemple  ,  il  faut  que 
la  direftion  de  la  puiiiance  qui  rciulte  des  deux  puif- 
'ances  i'.pj-'iquées  à  la  poulie,  pafl'c  par  le  centre  fixe 
ie  la  poulie  :  de  même  dans  le  levier  ,  il  faut  que  la 
îuilfance  qui  réfulte  des  deux  puiiîanccs  appliquées 
aux  extrémités  du  levier  ,  ait  une  dircélion  qui  paffe 
jar  le  point  d'appui.  L'auteur  a  étendu  ce  principe 
lans  la  nouvclU  mcchanique  ^  qui  n'a  été  imprimée 
]u'après  fa. mort ,  &:  il  y  a  joint  la  manière  de  déter- 
niner  par  le  nrênie  moyen  les  lois  de  l'équilibre  à^s 
kiidcs.  (O) 

Statique,  colonne^  (^Anhk.')  efpece  de  pilier 
ond  ou  à  pans  ,  pofé  fur  un  focle ,  à  hauteur  d'ap- 
)ui ,  au  milieu  d'un  marché  :  on  pend  à  une  t)otence 
le  fer,  une  balance  ou  romaine  ,  pour  pefer  publi- 
[uement ,  &  à  poids  étalonnés  par  la  police  ,  les  vi- 
'res  &  denrées  que  le  peuple  acheté  ,  comme  on  le 
fratique  en  quelques  villes  du  Languedoc.  Le  mot 
htiqueVitntàQ  jlauru  ^  balance.  (Z?.  /.  ) 

Statiques  ,  (laùci ,  (^Medec.')  font  une  efpece  d'é- 
liîeptiques ,  ou  de  perlonnes  attaquées  d'épilepfie. 

'^oyei  ÊPILEPSIE. 

htsjiadques  différent  des  cataleptiques  en  ce  que 
es  derniers  n'ont  aucun  fentiment  des  objets  exté- 
ieurs  ,  &  ne  fe  reifouviennent  point  de  ce  qui  s'eft 
aflé  dans  le  tems  du  paroxifme  :  au  lieu  que  les Jia- 
qiKs  font  occupés  pendant  tout  ce  tems  d'idées  for- 
es &  vives  ,  dont  il  fe  relîouviennent  affez  bien 
près  que  l'accès  elî  paflé.  Foy^i  Cataleptique  & 
Ifilfpsie. 

STATO  DELLÎ  PRESIDil »  lo  ,  (  Géogr.  mod.) 
'efl  ainfi  qu'on  appelle  un  petit  canton  d'Italie,  dans 
1  Tofcane  ,  fvir  la  côte  de  la  mer  ,  &  qui  efl:  la  par- 
ie méridionale  de  l'état  de  Sienne.  Cet  état  com- 
rend  le  mont  Argentaro  ,  les  places  d'Orbitello,  de 
"alamone  ,  de  Porto-Hercole ,  &  de  Porto-San-Sté- 
ano  ,  avec  leurs  petits  territoires.  (^D.  /.  ) 

STJTONES  ^  {Géog.  ajzc.)  peuples  d'Italie,  dans 
1  Tofcane  ,  félon  Pline  ,  /.  Ili.  c.  v.  Strabon ,  /.  i^; 
'.  22  6",  nomme  leur  ville  Statonia  ,  &  la  place  dans 
zs  terres.  Du  tems  de  Vitruve  ,  i.  IL  c.  ij.  de  La- 
idicin.  le  territoire  de  cette  ville  étoit  une  préfec- 
Lire ,  prœf.clura  Suiionienfis  ;  &  on  s'accorde  à  dire 
lie  c'eft  aujourd'hui  le  duché  de  Caftro.  Les  vins  de 
e  quartier,  vina  Statonienjia  ,  font  vantés  par  Pline, 
.  XI f^.  c.  vj.  Séneque ,  dans  les  queftions  naturelles, 
.  ///.  c.  XXV >  fait  mention  d'un  lac  de  ce  territoire  :  il 
t  nomme  lacus  Statonienfis ,  &  il  y  met  une  île  flo- 
ante.   C'eft  préfentement  le  lac  de  Mei^ano.  CD.  /.) 

STATUAIRE  ,  f.  m.  (  Sculpt.  )  fculpteur  qui  fait 
les  flaîues,  mais  la  flatuaire  défigne  l'art  de  faire  des 
latucs.  Foyei  Sculpteur  ,  Sculpture  ,  Statue 
y  Statues  des  Grecs  &  des  Romains,  (Z).  /.  ) 

Quant  à  Vaxx. Jiatuaire^our  la  fonte, voj'c^ Bronze. 
'D.  J.) 

Statuaire  ,  colonne,  (^Ar chu. ')co\onnç.  qui  porte 
me  ilatue ,  comme  la  colonne  que  le  Pape  Paul  V.  a 
^ait  élever  fur  un  piédeltal  devant  l'égliie  de  Sainte 
Marie-Majeure  à  Rome ,  &  qui  porte  ime  ftatue  de  la 
fainte  Vierge  de  bronze  doré.  Cette  colonne  qui  a  été 
tirée  des  ruines  du  temple  de  la  paix  ,  &  dont  le  fût 
d'unfeul  bloc  de  marbre  blanc,  a  5  pies  8  pouces  de 
diamètre  fur  49  &  demi  de  hauteur ,  efl:  d'ordre  co- 
rinthien &  cannelé. 

On  peut  aufîl  appeller  colonnes Jiatiialres ,  les  carya- 
fides  ,  perfiques  ,  termes  ,  &:  autres  figures  humai- 
nes qui  font  l'office  des  colonnes ,  comme  celles  du 
gros  pavillon  du  Louvre  ,  que  Vitruve  ifomme  ttlo- 
mones  &C  atlantes.  Daviler.  CD.  J.) 

STATUE  ,  f.  f.  (Sculpt.  &Arch'u,  Décorât^  figure 
Tome  XVt 


S  T  A 


497 


(îe  plein  relief  taillée  ou  fondue  ,  iquî  imite  dans  la 
repréfcntation  tous  les  êtres  de  la  nature.  Mais  ordi- 
nairement une  flatuc  repréfente  un  dieu  ,  un  homme  • 
une  femme  ;  &;  l'on  a  coutume  d'embellir  de  jiatues 
les  palais  ou  les  places  publiques.  On  difHngue  diffé- 
rentes efpeces  de  jiatues ,  dont  nous  ne  donnerons  ici 
que  de  courtes  définitions  ,  renvoyant  les  détails  ail 
mot  Statues  des  Grecs  &  des  Romains. 

Statue  allégorique.  Statue  qui  repréfente  quelque 
fym.bolc ,  cci.ir.ie  les  parties  de  la  terre  ,  les  faifons  j 
les  âges ,  les  éi^mens  ,  les  tcmpéramens ,  les heures*du 
jour.  Telles  fo,nt  les /?««/«  modernes  de  marbre  du 
parc  de  Verfai  lies. 

Statue  colojjale.  Statue  qui  excède  le  double  ou  lè 
triple  du  naturel ,  ou  Jlatue  d'une  hauteur  déme- 
furée. 

Statue  curuh.  On  appelle  ainfi  les  flatues  Qvii  (ont 
dans  des  chariots  de  courfe  tirés  par  deux  ,  quatre  ou 
fix  chevaux  ,  comme  ily  enavoitauxcirques  jhyp- 
podromes  ,  &c.  ou  dans  les  chars  ,  comme  on  en  voit 
à  des  arcs  de  triomphe  fur  quelques  médailles  an- 
tiques. 

Statue  éqiiffîre.  Statue  qui  repréfente  un  homme  à 
cheval,  comme  celledeMarc-AureleàRome  ,  d'Hen- 
ri IV.  de  Louis  Xllf.  de  Louis  XI'V.  à  Paris  ,  &c. 

Statue  de  fonte.  Statue  de  plufieurs  morceaux  fé- 
parés  &  remontés  fur  une  armature  de  fer  ,  ou  Jlatue 
formée  de  grands  morceaux  fondus  d'un  jet.  Telle  efl: 
la  flatue  équeftre  érigée  dans  la  place  de  Vendôme  j 
&  qu'on  peut  regarder  comme  un  chef-d'œuvre  de 
fonderie,  f^oj.  les  détails  de  cet  art  au  mot  Bronze. 

Statue  grecque.  C'efl:  une  Jlatue  nue  &  antique.  Les 
Grecs  fe  fervoient  de  ces  Jlatues  pour  repréfenter 
leurs  divinités  ,  les  athlètes  des  jeux  olympiques  8c 
les  héros  ;  celles-ci  étoient  appeliées  Jlatues  d  Achil- 
le ,  parce  qu'il  y  en  avoit  quantité  qui  repréfentoicnt 
Achille  dans  la  plupart  des  villes  de  GrecCi 

Statue  hydraulique.  C'eil:  toute  figure  qui  fert  d'or- 
nement à  quelque  fontaine  &  grotte  ,  ou  qui  faitl'oA 
fice  de  jeu  ou  de  robinet  par  quelqu'une  de  fes  par- 
ties ,  ou  par  un  attribut  qu'elle  tient.  C'efl:  aulfi  tout 
animal  qui  fert  au  même  ufage  ,  comme  les  grouppes 
des  deux  baflins  quarrés  du  haut  parterre  de  Ver- 
failles. 

Statue  iconique  ,  efl:  toute  Jîatiie  qui  a  la  taille  &  la 
refiTemblance  de  la  perfonne  qu'elle  repréfente. 

Satuè  pedejlre.  Statue  qui  efl:  en  pié  ou  debout.  Il 
y  a  à  Paris  deux.  Jlatues  de  cette  efpece  qui  ont  été  éle- 
vées à  la  gloire  de  Louis  XÏV.  l'une  dans  la  place  des 
Viftoires  ,  faite  par  Desjardins,  l'autre  dans  i'hôtel- 
de-ville  par  Coilevox. 

Statue  per/ique.  Figure  d'homme  en  pierre  ou  en 
terme ,  qui  fait  l'office  de  colonnes  dans  les  bâtimens. 
On  appeWe  Jlatue  caryatide  celle  d'une  femme  qui  lért 
au  même  ulage. 

Statue  rqrnaini.,  eft  une  Jl^i tue  couverte  de  quelque 
habillement. 

Statue  facréi.  On  appelle  ainfi  une  figure  qui  re- 
préfente Jefus-Chrift  ,  la  Vierge,  ou  quelque  iaint^ 
dont  on  décore  les  autels  ,  l'extérieur  ou  l'intérieur 
des  églifes.  (  Z>.  /.  ) 

Statues  des  Grecs  &  des  Renains  ,  ÇAntiq.  greq. 
&  rorr:.')  quoique  les  Grecs  &c  les  Romains  ayent  eu 
des  termes  dlfterens  pour  préfenter  à  l'efprit  l'idée 
que  nous  mettons  au  mot  de  flatucs ,  ils  n'en  ontafîe- 
ùé  fpécialement  aucun  pour  diltinguer  les  fhtues 
des  dieux  &  des  demi-dieux  ,  Ik.  celles  des  hommes, 
des  animaux  &  des  choies  inanimées.  Les  Grecs  ont 
employé  en  général  les  termes  ùncn;,  à>i"fi<xi~i;,  u)j.X' 
fAoïTa,  tV/s-Di^aTct  ,  ^pêTsa  ,  ^cdva.  ,  comme  les  Ro- 
mains ceux  deJlatUiS ,  imagines  ,  fimulachra  ,  fculp- 
tilia. 

Comme  l'explication  de  ces  divers  fynonymesfe- 
roit  fort  cnnuyeide  ,  il  vaut  mieux  remarquer  que 

R  r  r 


498 


S  T   A 


tous  les  peuples  (lu  monJe  ont  confacrc  de  bonne  I 
heure  les Jhit lies lil\  religion.  Les  Egyptiens  montrè- 
rent l'exemple:  ces  peuples  ,  dit  Diodore  de  Sicile  , 
liv.  I.  trappes  d'admiration  en  oblcrvant  le  mouve- 
ment rcouUcr  du  ioleil  &  de  la  lune  ,  les  regardèrent 
comme  les  premières  divinités  auxquelles  ils  ie 
croyoient  redevables  de  toute  la  douceur  de  leur  vie. 
Ils  bâtirent  des  temples  à  leur  bonncur  ,  poferent  à 
l'entrée  de  ces  édifices  lacrés  des  figures  de  fphinx^ 
6c  dans  l'intérieur  des /Z^WKC5  de  lions,  h  caufedcl'en- 
triie  du  foleil  dans  le  iigne  du  lion  ,  au  tems  des  dé- 
bordemcns  du  Nil ,  principe  de  la  fertilité  de  leurs 
terres  dans  toute  retendue  de  fon  inondation.  Ofiris 
leur  avoit  enfeigné  l'agriculture  ;  ils  l'honoi-crent , 
après  la  mort,  fous  la  figure  d'une  gcnifTe. 

La  proniptitude  des  Ifraélitcs  à  élever  le  fcrpent 
d'airain  ,  montre  que  cette  nation  avtiit  appris  en 
Egypte  l'art  de  la  flatuaire.  CetartpafTa  prompte- 
ment  chez  les  Grecs  &  chez,  les  Romains ,  qui  char- 
gèrent leurs  temples  de  fuperbes/jw«,  depuis  celle 
de  Cybelle  jufqu'à  celle  d'Ilis  ,  "après  qu'ils  eurent 
adopté  le  polythiïfme. 

Il  féroit  peut-être  à  fouhaiîer  que  les  paycns  n'euf- 
fent  jamais  fbngé  A  faire  entrer  les  Jlmu^s  &  les  ima- 
ges dans  leur  culte  religieux,  du-moins  le  Chrifîia- 
nifme  épuré  pouvoit  s'en  pailer.  Le  peuple  n'eil  pas 
capable  de  s'élever  au-defùis  des  Içns.;  nicttant  tou- 
jours l'acceiToire  à  la  place  du  principal ,  il  cherche  à 
s'acquitter  aiiementtici  la  fuperflition  le  fubji'.gue ,  Sz 
là  la  dépravation  l'entraîne  dans  des  excès  criminels. 

Elicn  ,  Hip.  var.Uv.  IX.  c.  xxxjx.  rapporte  qu'un 
jeune  athénien  devint  amoureux  de  la  jîatuc  de  la 
Bonne-Fortune  qui  étoit  dans  le  Prytanée.  Les  vœux 
fréquens  qu'il  lui  prélentoit  l'échauiTtrent  à  un  tel 
point ,  qu'après  avoir  trouvé  des  raifons  pour  excu- 
ser dans'lbn  cf'prit  la  folie  de  ïà  palfion  ,  il  vint  à  l'af- 
femblée  des  prytanes  ,  &  leur  offrit  une  grofle  fom- 
me  pour  l'acquifition  de  la  (latuc  :  on  le  refufa  ;  il 
orna  la  ftaïuz  avec  toute  la  magnificence  qui  pouvoit 
être  pcrmife  à  un  particulier  ,  lui  fit  un  facrifice  ,  & 
fe  donna  la  mort.  Piinc  ,  /.  XXXyi.  c.  jv.  Valere- 
Maximc  ,  VIII.  xj.  Athénée  ,  /.  VII î.  Fluîarque  ,  in 
Çryllo  ;  Clément  d'Alexandrie ,  admonlt.  ad  G-zntïks; 
Arnobe  ,  lib.  adverfus  Gcntïlcs  ,  font  remplis  d'exem- 
ples de  ces  foibUfTes  humaines  pour  les  {latuts  de 
.Vénus  qu'on  voyoit  à  Gnide  &  dans  l'île  deChypre. 

Quoi  qu'il  en  foit ,  après  les  dieux  ,  l'honneur  des 
fiâmes  fut  communiqué  aux  demi-dieux  î^  aux  hé- 
ros que  leur  valeur  élevoit  au-defïïis  des  autres  ,  & 
qui  par  des  fervices  édatans  s'étoient  rendus  véné- 
rables à  leur  ficcle. 

Quelques-uns  ont  reçu  ces  honneurs  pendant  leur 
vie  ,  &  d'autres  les  ayant  refufés  ,  les  ont  mérités 
après  leur  mort  par  un  motif  de  reconnoiffance  enco- 
re moins  équivoque.  Tel  fut  Scipion,  à  qui  Rome 
ne  rendit  cet  éclatant  témoignage  de  fon  efHme  que 
quand  il  ne  fut  plus  en  état  de  s'y  oppoler'lui-même. 
Etant  ccnfeur  ,  il  avoit  fait  abattre  toutes  les  (iatues 
que  les  particuliers  s'étoient  érigées  dans  la  place 
publique  ,  à-moins  qu'ils  n'euflent  été  autorifés  à  le 
faire  par  un  décret  du  fénat;  &Caton  aima  mieux  que 
l'on  demandât  pourquoi  on  ne  lui  en  avoit  point  éle- 
vé ,  que  fi  on  pouvoit  demander  à  quel  titre  on  lui 
avoit  fait  cet  honneur-la. 

Suétone  dit  qu'Augufte  déclara  par  un  édit  que 
les  patues  qu'il  avoit  fait  élever  en  l'honneur  des 
grands  hommes  de  toutes  les  nations,  ncl'avoient  été 
que  pour  leur  fervir  d'exemple  ,  de  même  qu'aux 
princes  fes  fuccefTcurs  ,  &  afin  que  les  citoyens,  en 
défiraffent  de  fcmblablcs.  Mais  on  fait  aile/,  que  la 
plupart  de  fes  fuccefTcurs  en  furent  plus  redevables 
à  la  crainte  de  leurs  fujets  qu'à  leur  propre  mérite  ; 
aufîî  fentanr  bien  qu'ils  n'avoientrien  de  femblablc  à 
çfpérer  après  leur  mort ,  ils  fe  hâtoient  de  fe  faire 


S  T  A 

rendre  par  force  ou  par  complaifance  un  hommage 
qui  n'étoit  dii  qu'à  la  vertu. 

Les  jlattics  ,  comme  les  temples  ,  faifoient  une 
partie  cenfidérablo  des  apothéofes  dont  11  eft  li  fou- 
vcnî  parlé  dans  les  auteurs  de  l'hilîoire  d'Augufle  ; 
on  y  trouve  un  grand  détail  des  cérémonies  cfTcn- 
tiellcs  qui  fe  pratiquoient  en  ces  occafions  ,  &  de 
tout  ce. que  la  flatterie  y  ajouta  pour  plaire  davan- 
tage aux  vivans  dans  des  honneurs  il  légèrement 
décernés  aux  déflmts.  Les  Romains  étoient  fi  fcru- 
pulcux  dans  ces  dédicaces  de  temples  ou  dejîaïu^s^ 
qu'ils  les  auroient  recommencées  s'ils  s'étoient  ap- 
perçus  qu'un  feul  mot  ou  même  une  feule  fyllabe  y 
eût  été  obmife  ;  &  Pline  obfervc  que  le  pontife  Mé- 
telîus  ,  qui  étoit  bègue  ,  fe  prépara  pendant  llx  mois 
à  prononcer  le  nomade  la  déeffe  Ops-opifera,  à  ia- 
c[ueile  on  devoit  dédier  wnQJîatus. 

Les  légiflateurs  ont  été  honorés  de  [ÎAtncs  dans 
prcfque  tous  les  états  ;  quelques  hommes-  illuflres 
ont  partagé  avec  eux  cet  honneur  ;  mais  d'autres  fe 
défiant  de  la  reconnoiffance  &  de  l'cltime  publique, 
n'attendirent  pas  qu'on  le  leur  accordât ,  ils  élevè- 
rent à  eux-mêmes  des  (latins  à  leurs  frais  ;  &  c'efl 
peut-être  à  cette  liberté  que  l'on  doit  les  réglemens 
qui  défendirent  d'en  ériger  fans  l'aveu  des  cenfeurs. 
M.iis  ces  ordonnances  ne  s'étcndoient  pas  fur  les  (Ia- 
tues que  les  perfonnes  de  quelque  conlidération  fai- 
foient pofer  pour  l'ornement  de  leurs  maifons  de 
campagne ,  où  quelquefois  à  côté  des  leurs ,  ils  en 
élcvoient  pour  des  efclaves  dont  les  fervices  leur 
avoient  été  agréables  ,  ce  qui  n'étoit  pas  permis  à  la 
ville  ,  du-moins  pour  les  efclaves. 

Valere  -  Maxime  dit  <\\x\\ne  Jîatuc  de  Sémiramis  la 
repréfentoit  au  même  état  où  elle  fe  trouvoit  lorf- 
qu'on  vint  dire  que  les  habitans  de  Babylone  s'étoient 
révoltés  ;  elle  étoit  à  fa  toilette  ,  n'ayant  qu'un  côté 
de  fes  cheveux  relevés  ;  &  s'étant  préfentée  en  cet 
état  à  fon  peuple  ,  il  rentra  aufli-tôt  dans  le  devoir. 

Cornélius  Népos  ,  dans  la  vie  de  Chabrias  ,  rap- 
porte que  les  Athéniens  quihonoroient  d'uney?û^//e 
les  athlètes  vi£l:orieux  à  quoique  jeu  que  ce  fût  de  la 
Grèce,  le  firent  repréfenfer  appuyé  fur  un  genou, 
couvert  de  fon  bouclier ,  la  lance  en  arrêt ,  parce  que 
Chabrias  avoit  ordonné  à  fes  fbldats  de  fe  mettre  dans 
cette  attitude  pour  recevoir  l'attaque  des  foldats 
d'Agéfilaiis  ,  qui  furent  défaits.  Ces  mêmes  Athé- 
niens élevèrent  à  Bérofe  ,  qui  a  vécu  du  tems  d'A- 
lexandre ,  &  non  au  tems  de  Moïfe  ,  ainfi  que  l'éta- 
blit Eufebe  ,  xmejlatue  dont  la  langue  étoit  dorée  ,  & 
qui  fut  pofée  dans  le  lieu  des  exercices  publics  par 
eftime  pour  fes  écrits  ,  6c  pour  fes  obfervations  af- 
tronomiques. 

Pline  dit  que  Lucius  Minucius  Augurinus ,  qui 
s'oppofa  aux  deffeins  ambitieux  de  Mélius ,  &  qui  de 
l'état  de  fénateur  où  il  étoit  né ,  paffa  à  celui  de  plé- 
béien pour  pouvoir  être  tribun  du  peuple  ,  ayant 
rétabli  l'abondance  à  Rome  ,  fut  honoré  d\\ne  Jîatud 
à  la  porte  Trégemina  ;  &  Patin  cite  la  médaille  qui  le 
reprélénte  comme  il  l'-étoit  dans  cette  flatue ,  tenant 
en  fa  main  deux  épis,fymbole  de  l'abondance. 

Les  femmes  môme  qui  avoient  rendu  quelque  fer- 
vice  à  la  république ,  furent  aflb liées  à  la  prérogative 
d'avoir  des  jhuucs.  On  ordonna  une  fîatuc  équellre  à 
Clélia,  échappée  des  mains  de  Porfenna  qui  la  gardolt 
en  otage.  LavcftaleSuffétia  eut  par  un  décret  du  fé- 
nat ,  la  permifFion  de  choifir  le  lieu  qui  lui  plairoit 
pour  pofer  la  Jiatuc  qui  lui  fut  décernée  en  recon- 
noifTance  de  quelques  terres  dontelle  fit  préfentàla 
ville  de  Rome  ;  &c  Denys  d'Halicarnafï'e  en  allègue 
quelques  autres  exemples. 

Quand  le  fénat  ordonnoit  wne  Jlaciie ,  il  chargeoit 
les  entrepraneurs  des  ouvrages  publics  de  prcndreau 
tréforde  l'état  de  quoi  fournira  la  depenfe  <^ii  ccn- 
venoit.  il  y  avoit  un  terme  fixé  pour  l'exécution  de 


s  T  A 

tfft  ordre  ,  &  des  officiers  préporés  pour  y  tenir  la 
main. 

En  accordant  la  permiffion  ou  le  droit  d'ëlever 
àesjiatues ,  le  fénat  en  déterminoit  le  lieu  ,  avec  un 
terrein  de  cinq  pies  d'étendue  autour  de  la  bafe,  afin 
que  la  famille  de  ceux  à  qui  il  avoit  fait  cette  faveur 
eût  plus  de  commodité  pour  affifter  aux  fpeftacles  qui 
fe  donnoient  dans  les  places  publiques  ,  avant  qu'on 
eût  bâti  les  amphithéâtres  &  les  cirques.  La  concef- 
lion  du  lieu  étoit  proportionnée  à  la  dignité  de  celui 
que  l'on  voulolt  honorer,  &  à  Patl^ion  qui  lui  pro- 
curoit  l'avantage  d'avoir  une  Jlacm  par  autorité  pu- 
blique. 

Qii.;lnues-unes  étoient  placées  dans  les  temples  ou 
dans  ks  cirques  ,  où  le  fénat  s'affembloit ,  d'autres 
dans  la  place  de  la  tribune  aux  harangues  ,  dans  les 
lieux  les  plus  éminens  de  la  ville  ,  dans  les  carrefours, 
dans  les  bains  publics  ,  fous  les  portiques  deftinés  à 
[a  promenade,  à  l'entrée  des  aqueducs ,  fur  les  ponts; 
&:  avec  le  tems  il  s'en  trouva  un  fi  grand  nombre , 
que  c'cîoit  un  peuple  de  pierres  ou  de  marbre  :  par- 
tout ,  dit  Cicéron  ,  on  les  honoroit  en  brûlant  de 
l'encens  devant  ces  repréfentations;onyportoitdes 
offrandes,  on  y  allumoit  des  cierges  ;  &  comme  on 
en  pofoit  félon  les  occurrences ,  à  l'occafion  de 
quelque  aftion  linguliere ,  dans  des  lieux  moins  fré- 
quentés ,  il  y  avoit  des  officiers  chargés  du  foin  de 
[es  faire  garder  ;  ces  officiers  font  appelles  dans  le 
droit  romain  ,  comités  ,  curatores  fiatuarum ,  &  tute- 
'arii. 

Les  lieux  deflinas  à  la  repréfentation  des  comé- 
lies  &  des  tragédies  ,  étoient  accordés  pour  élever 
itsjîaïues  à  ces  fameux  afteurs  qui  faifoient  les  déli- 
ces du  peuple  ;  les  auteurs  des  belles  pièces  de  théâ- 
tre n'y  avoient  pas  moins  de  droit ,  mais  le  plus  fou- 
fcnt  on  les  plaçolt  dans  les  bibliothèques ,  fur-tout 
depuis  que  Pollion  en  eût  ouvert  de  publiques. 

On  ordonnoit  quelquefois  des  jiataes  pour  faire 
pafTer  à  la  poftérité  la  punition  de  quelque  trahifon 
ou  de  quelque  crime  contre  l'état;  on  les  pofoit  cou- 
chées par-terre  &  fans  bafe ,  pour  les  tenir  à  la  por- 
tée des  infultes  dont  parle  Juvénal. 

Solin  remarque,  que  Dédale  fut  le  premier  qui  ima- 
gina de  donner  aux  (iatuts  l'attitude  naturelle  d'une 
perfonne  qui  marche  ;  avant  lui  elles  avoient  les  pies 
joints  ,  &  on  les  appelloit  chez  les  Romains  coin- 
pcrncs. 

'Ltsjlatuis  affifii  étoient  communément  employées 
pour  repréfenter  les  dieux  &  les  déciles ,  comme  un 
tymbole  du  repos  dont  ils  jouiiibient.  On  repréfen- 
toit  de  même  les  premiers  magilirats  pour  exprimer 
la  fituation  tranquille  de  leur  ame ,  dans  l'examen  & 
la  difcuffion  des  affaires. 

Quant  A  la  matière  dont  elles  étoient  compofées, 
il  y  a  apparence  que  l'argille  comme  la  plus  mania- 
ble ,  &  la  plus  fufceptible  de  formes  arbitraires ,  y 
fiit  d'abord  employée.  Après  lui  avoir  donné  la  fi- 
gure qui  convenoit  au  dellein  ,  l'ouvrier  la  laiflblt 
durcir  au  foleil ,  ou  la  faifoit  fécher  au  feu ,  pour  la 
mettre  en  état  de  réfifler  plus  long-tems  aux  injures 
de  l'air;  peut-être  même  que  l'incrullation  de  quel- 
que matière  plus  dure  pour  la  préferver  d'altération , 
conduilit  ceux  qui  inventèrent  l'art  de  fondre  les 
métaux  ,  à  fc  fervir  de  l'argille  pour  la  compofulon 
des  moules. 

Le  bois  fut  enfuite  mis  en  œuvre  comme  plus  trai- 
table  que  la  pierre  ou  les  métaux  ;  les  Romains  n'eu- 
rent pendant  long-tems  dans  leurs  temples  que  des 
dieux  de  bois  grofficrcment  taillés  ,  même  après  que 
les  Sculpteurs  eurent  affiijetti  la  pierre  &  le  marbre. 
Les  flattas  des  dieux  fe  faifoient  fouvent  par  préfé- 
rence d'un  certain  bois  ,  plutôt  que  d'un  autre.  Pria- 
pe  fut  d'abord  de  bois  de  figuier  pour  le  jardinier  qui 
imploroit  fon  affiftance,  contre  ceux  qui  voloient  fes 
Toiiu  X  V, 


1 


S  T  A 

fruits  ;  le  vigneron  voulut  que  fon  Bacchus  fût  de 
bois  de  vigne  ;  &  l'on  employoit  celui  d'olivier  pour 
Usfiatucs  de  Minerve  :  Mercure  ,  en  fa  qualité  de 
dieu  des  Sciences ,  ne  fe  tailloit  pas  tout  de  bois,  fur- 
tout  pour  être  joint  à  Minerve  par  les  hermathè'nes 
&  à  Hercule  par  les  hermeracles. 

Hérodote  rapporte  que  les  Epidauriens  réduits  à 
la  dernière  mifere  par  la  ftérilité  de  leurs  terres  en- 
voyèrent confulter  l'oracle  de  Delphes  ,  qui  leur  ré- 
pondit, que  le  remède  à  leurs  maux  étoit  attaché  à 
l'éreftion  de  deux  Jîaïues  à  l'honneur  des  déeffes  Da« 
mia  &  Auxefia  ,  en  les  faifant  tailler  d'olivier  franc. 
Comme  le  feul  territoire  d'Athènes  nourriffoit  de  ces 
fortes  d'arbres  ,  ils  envoyèrent  en  demander  ;  on 
leur  en  promit ,  fous  la  condition  que  tous  les  ans  à 
certains  jours  les  Epidauriens  députeroient  quel- 
ques-uns de  leurs  citoyens  ,  pour  faire  à  Athènes  des 
facrifices  à  Minerve  &  à  Erechthée.  Après  quelques 
années,  cette  fervitude  déplut  aux  Epidauriens,  cui 
voulurent  s*en  affranchir ,  &  on  leur  déclara  la  guôr- 
re.  (1  paroît  en  examinant  le  nom  de  ces  deux  divi- 
nités peu  connues  ,  que  ce  n 'étoit  qu'un  avprtifïe- 
ment  de  l'oracle  ,  pour  engager  les  Epidauriens  à 
donner  plus  de  foin  qu'ils  n'en  donnoient  à  la  culture 
de  leurs  terres. 

Paufanias  fait  mention  de  qu^lciues  Jîatues  de  bois 
qui  avoient  le  vifage ,  les  mains  &  les  pies  de  mar- 
bre ;  d'autres  de  bois  doré  &  peint ,  avec  le  vifage  , 
les  plés  &  les  mains  incruflés  d'ivoire.  Le  même 
hiflorien  dit  que  Théodore  de  Samos  fut  le  premier 
qui  découvrit  l'art  de  fondre  le  fer  ,  &  que  Tifago- 
ras  tut  le  premier  qui  en  fit  ufage  pour  fondre  p1u- 
fieurs/^/r«ei  ;  mais  ce  métal  efl  trop  poreux  ,  6c  par- 
là  trop  fufceptible  de  la  rouille  pour  avoir  été  lon'?- 
tems  mis  en  œuvre ,  fur- tout  pour  être  expoîé  en 
plein  air  ou  dans  des  lieux  humides.  Le  cuivre  qui 
devint  bionze  par  fon  alliage  avec  l'étainouleplomb 
de  douze  jufqu'à  vingt-cinq  livres  par  cent ,  a  une 
confilhince  bien  plus  fufible,  &  fe  trouve  moins  fujet 
à  l'altération. 

L'or  6c  l'argent  ont  encore  été  employés  pour  les 
famés  ,  il  ne  faut  qu'ouvrir  Paufanias  pour  en  trou- 
ver de  fréquens  exemples  :  mais  Valere-Maxime  ob- 
ier ve  que  ni  à  Pvome ,  ni  en  aucun  endroit  de  l'Ita- 
lie ,  on  n'.ivoit  vu  de Jiuiues  d'or,  avant  que  Gla- 
brion  en  exposât  une  équelire  pour  Marcus-Acilius 
Glabrion  ion  père  ,  dans  le  temple  de  la  piété ,  après 
la  défaite  d'Aïuiochus  le  grand  aux  Thermopyles, 
Les  magiflrats  d'Athènes  ,  lors  de  leur  inllallation , 
faifoient  ferment  qu'ils  feroient  exafts  obiérvaîeurs 
des  lois,  &  qu'ils  ne  recevroicnt  aucuns  préiens  pour 
l'adminiliration  de  la  juflice  ,  ibus  peine  de  faire  éle- 
ver à  leurs  dépens  une  fiattic  d'or  d'un  certain  poids; 
l'ivoire  cntroit  encore  dans  la  fabrique  des  fiuiues. 

J'ignore  s  il  y  avoit  des  Jiatues  maglqtics  faites  avec 
de  la  cire  pour  être  plus  fufceptibles  des  maléfices  , 
mais  il  efl  certain  que  le  bois  de  buis  comme  le  plus 
compadf ,  étoit  employé  dans  les  iécrets  de  la  magie. 
Photius,  dans  l'extrait  des  XXII.  livres  des  hilloiVes 
d'Olympiodore  ,  fait  mention  d'une  fiatue  élevée  à 
Reggio ,  qui  avoit  la  vertu  d'arrêter  les  feux  du  mont 
Etna  ,  dk  qui  empêchoit  les  Barbares  de  venir  déibler 
les  côtes. 

Pline  &  beaucoup  d'hllloriens  ont  parlé  de  la  ftw- 
ttic  artificielle  de  Memnon ,  qui  retentiifoit  tous  les 
matins  au  lever  du  ibleil ,  &  dont  les  débris,  à  ce  que 
difent  quelques  auteurs ,  rendoicnt  au  lever  du  ibleil 
\\n  fon  femblablc  à  celui  des  cordes  d'un  inilruniont 
loriqu'ellcs  viennent  à  fe  callér, 


M. 

pédocle  appr 

de  prendre  le  gouvernement  républicain,  &  qu'ayant 
fiiit  de  grandes  libéralités  au  peuple  ,  &  dote  les  fil* 

H  r  r  i) 


\ 


■iCO 


s  T  A 


les ,  qui  faute  de  bien  ne  trouvoient  pas  à  fe  maner , 
il  avoit  couvert  de  pourpre  lixjianu  qu'on  avoit  fait 
dreller  à  Ion  honneur ,  &  y  avoit  fait  rapporter  une 
cuiralfe  dorée  &  d'autres  omemens ,  qui  furent  pil- 
lés par  les  Romains. 

Voilà  la  premiere/^^K.'  grecque  qui  irrita  leur  cu- 
pidité ,  mais  dès  c,u  ils  furent  vainqueurs  ôc  maîtres 
d^  la  terre ,  ils  embellirent  leur  ville  des  |)lus  fameu- 
l'es  piiUitcs  répandues  dans  le  monde.  Metrodore  de 
Scepfis  dit  que  les  Volociniens  furent  attaqués  par 
les  Romains,  l'ans  autre  motif  c[uc  celui  de  s'einpa- 
rer  de  deux  milleyA«"W;qui  iervoient  à  Tornement 
de  leur  ville.  Mummius  en  enleva  un  i^rand  nombre 
de  l'Achaïe  ,  LucuUus  du  Pont,  Antoine  d'Ephèfe  ; 
Néron  fit  enlever  toutes  celles  qui  étoient  à  Olym- 
pie  ;  le  feul  Caton  fe  contenta  d.^  tranfportcr  de  Cy- 
pre  à  Pvomc  hxflanu  de  Zenon  par  confidération  pour 
le  mérite  de  ce  philofophe. 

Il  éîoit  ordinaiVÇjà  Rome  de  mettre  des  faims  juf- 
ques  lur  les  tombeaux.  Felius  Poiiipeius  raconte  qu'on 
trouvoit.près  de  la  porte  romaine  un  lieu  appelle  Sù- 
tiLie  Cinciœ  ,  à  caufe  du  grand  nombre  ù.tt  ftattui  qui  y 
étoient .ilir  le:S  fépultures  de  la  famille  Cincia  ;  mais 
les  lois  Athéniennes  défendoient  même  de  pofer  des 
fiatucs  de  Mercure  au-deffus  des. colonnes  fépulchra- 
Ics  ;  &  Démétrius  de  Phalere  à  qui  l'on  avoit  élevé 
plus  d'i  trois  c^ns  fiatucs ,  réduifit  la  hauteur  des  co- 
lonnes ou  des  pyramides  fépuchrales  à  trois  cou- 
dées. _  ,    .      , 

Lucien  dans  le  dialogue  intitulé  Philopfîud:s ,  ou 
h  Crîdidi ,  fait  mention  d'une_/?"/«ï  qui  avoit  la  vertu 
de  guérir  la  fièvre  ,  &  dont  les  genoux  étoient  char- 
gés àzi,  marques  de  la  reconnoilfance  de  ceux  qui  en 
avoient  obtenu  quelque  foulagement;  &  il  rapporte 
tout  de  fuite  la  punition  d'un  malheureux  qui  avoit 
volé  le  petit  tréfbr  do  cette /^/«e.  Mais  le  rnerae  au- 
teur fe  moque  d^sflatuis  qu'on  prétendoit  qui  fuoient, 
qui  fe  remuoient ,  &  qui  rendoieaî  des  oracles.  Ce- 
pendant les  Romains  portoient  un  tel  refpccl: ,  «ne 
telle  vénération  3x\:i.  fiatucs  de  leurs  princes  ,  que  la 
loi  défendoit  à  un  maître  de  maltraiter  fon  efclave 
qui  s'étoit  réfugié  auprès  de  Idfiatuc  d'un  empe- 
reur ;  &  du  tems  de  Tibère  ,  c'étoit  une  efpcce  de 
crime  ,  que  d'avoir  feulement  changé  de  robe  devant 
wnz  fiatuc.  L'empereur  Claude  fit  ôter  celle  d'Au- 
gufte  de  la  place  publique ,  où  l'on  exécutoiî  les  cou- 
pables condamnés  j,pour  ne  la  point  profaner  par  un 
pareil  fpeclacle. 

Paufanias  obferve  auffi  que  les  Grecs  regardoient 
comme  une  afëiire  capitale  de  voler  une  fia  lue ,  ou 
de  l'ôter  de  la  place.  Il  nous  a  confcrvé  là-deflus 
l'hlfroire  de  Théagene  ,  fils  de  Thémoflhcne ,  prêtre 
d'Hercule  à  Thafos.  Dans  fon  enfance  il  étoit  d'une 
fi  grande  force  ,  qu'à  l'âge  de  neuf  ans,  .revenant  du 
lieu  où  il  alloit  faire fes  exercices  ,  il  enleva,  dit-on, 
une  fiiituc  d'airain  ;  il  fut  arrêté ,  &  on  ne  fit  grâce  à 
fon  âge  ,  qu'à  condition  qu'il  la  replaceroiî  ;  ce  qu'il 
exécuta  dans  le  moment.  Il  remporta  jufqu'à  1400 
prix  en  différens  jeux  de  la  Grèce,  fi  nous  en  croyons 
le  texte  grec  du  même  Paufanias  ;  car  le  tradufteur 
qui  les  a  réduits  à  400 ,  ne  s'y  eft  déterminé  que 
par  le  motif  d'une  plus  grande  vraiffemblance.  Un  de 
fes  concurrens  qui  l'avoit  trop  fouvent  rencontré 
dans  fon  chemin  pendant  qu'il  vivoit ,  avoit  palTé 
de  la  jaloufie  à  une  haine  fi  forte  contre  lui ,  qu'il 
alloit  toutes  les  nuits  charger  de  coups  de  fouet  la 
Jlatue  de  ce  vainqueur;  6c  cette  fi  j  tue  étant,  tombée 
fur  celui  cui  la  iraitoit  fi  indignement,  l'écrala.  Ses 
enfans  demandèrent  en  juuice  vengeance  de  la  mort 
de  leur  père  ,  fondés  fur  la  loi  de  Dracon  qui  con- 
damnoit  à  l'exil,  les  chofes  même  inanimées,  qui 
avoient  occafionné  la  mort  d'un  homme  ;  les  Tha- 
fiens  ordonnèrent  que  lafiatue  feroit  précipitée  dans 
la  mer  ;  mais  ils  en  furent  punis  par  la  ftérilité  de 


S  T  A 

leurs  terres.  Ils  envoyèrent  à  Delphes  ;  î'oracîe  leiif 
confeilla  de  rappeller  les  exilés;  on  oublia  h  fia  tus 
de  Théagene,  6c  la  ftérilité  continua  :  nouvelle  dé- 
putation  ;  l'oracle  rappella  le  Ibuvenir  de  l'injure 
faite  à  Théagene  :  des  plongeurs  tirèrent  hfiatue  de 
la  mer  ;  on  la  rétablit  avec  honneur.  Elle  fut  depuis 
en  très-grande  vénération  ;  6c  on  imploroit  fon  fe- 
cours  en  dilîérentcs  m.aladies. 

On  profanoit  les  fiutucs  en  les  renverfant  par  terre, 
en  les  couvrant  de  bouc ,  en  arrachant  o\i  biffant 
les  inlcriptions,  comme  Pline  le  fait  connoître  dans 
'le  panégyrique  de  Trajan;  Suétone  exprime  avec 
bien  de  la  force  ce  fentiment  du  fénat  lui-même  à  la 
mort  de  Domitien;  voici  ies  termes  :  Contra  jaiatuÉ 
adcb  Icetdtus  cfi  ^  ut  rcpUta  certatim  caria  non  tcmptra* 
ret  ^  quin  mortuuin  contnmillofijjimo  atqiii  acerbifitmo 
acclamatïonuin  gcnzrc  laccrarct ,  fcalas  etiam  aff'.rri , 
clypeoj'que  ^  &  imagines  ejus  coïkm  dctrahi  ^  &  ibidan 
fiolo  affigijubcnt ,  novijfinû  cradzndos  ubiqut  titulos  , 
&  aboUndain  oniium  v-cmoriain  dzccrneret. 

Cesobfervations  générales  fur  le'ifiaiues,  fuffiront 
à  la  plupart  des  ledeurs  ;  mais  les  curieux  defireront 
encore  des  détails  particuliers  qui  leur  facilitent  l'in- 
telligence de  Pline  ,  de  Paufanias  ,  &  des  autres  écri* 
vains  de  la  Grèce  6c  de  Rome  :  tâchons  de  les  fervir 
en  quelque  chofe. 

La  liberté  de  faire  des  fiatucs  ,  multiplia  les  tem- 
ples 6z  les  divinités  :  nous  ne  connoilïbns  les  dieux 
par  le  vifage ,  dit  Cicéron ,  que  parce  qu'il  a  plu  aux 
Peintres  &c  aux  Sculpteurs  de  nous  les  repréfenter 
ainfi  :  dcos  ed  fade  novimus  qud  Ficlores  £■  SculptO' 
res  volucrunt.  Auffi  Ariftophane  appelle  les  Seul-' 
pîeurs  6ecT7:rrf'ç  ,  falfeurs  de  dieux  ,  6c  Julius  Pollux, 
la  fiatuairc  ,  Ôsctts/mt;;:!)  ,  la  fabrication  des  dieux. 

La  matière  de  cet  art  û^înmre  ^  artis  fiatuaria  ^ 
comme  Pline  l'appelle  ,  fut  le  métal  de  toutes  cfye- 
ces;  car  quoique  le  cuivre  &C  le  bronze  en  fufTent  la 
matière  la  plus  commune, cependant, les  Egyptiens, 
&  d'autres  peuples,  y  employèrent  le  fer,  l'or,  6c 
l'argent.  La  première  fatue  de  bronfe  qu'on  vit  à 
Rome ,  fut  celle  de  la  déeffe  Cérès  ;  on  la  fit  des  de- 
niers provenans  de  la  vente  des  meubles  de  Caffius  , 
qui  fut  tué  par  fon  propre  père  ,  parce  qu'il  afpiroit 
à  la  royauté.  îl  efl  vrai  que  lafiatue  d'Hercule  dé- 
diée par  Evandre ,  6c  celle  de  Janus  confacrée  par 
Numa  ,  étoient  plus  anciennes  &  de  m.ême  métal  ; 
mais  la  fonte  en  venoit  de  dehors ,  «••c  dublum  in 
Hitruriâ  faciitatas,  dit  Pline  ,  /.  XXX IF.  c,  vij. 

Les  premières  flatues  d'argent  qu'on  vit  à  Rome 
étoient  d'Afie  ;  je  parle  de  celles  de  Pharnacc  6c  de 
Mithridate,  rois  de  Pont,  que  Pompée  fit  porter 
dans  fon  triomphe  ;  il  efl  vrai  que  bientôt  après-  ou 
comm.ença  d'en  fondre  à  Rorne,  6c  dans  les  provin- 
ces de  l'empire.  Les  premières  furent  à  l'honneur 
d'Augufle  ,  6c  on  en  fit  un  grand  nombre.  Dans  )s^. 
fuite  ,  on  fondit  deux  fiutucs  d'argent  en  l'honneur  de  ' 
Commode  ,  dont  l'une  pefoit  quinze  cens  livres  ,  & 
dont  l'autre  étoit  accompagnée  d'un  taureau  6c  d'une 
vache  d'or ,  à  caufe  que  ce  prince  afFedoit  le  titre 
de  fondateur  de  Rome ,  &  qu'il  s'avifa  d'appeller 
cette  ville   coloniarn  corninodunum.  Domitien ,  au 
rapport  de  Suétone  ,  ordonna  qu'on  ne  fit  aucune 
fatue  à  fa  reflemblance  pour  mettre  au  capitole  ,  fi 
elle  n'étoit  d'or  ou  d'argent ,  6c  d'un  certain  poids  , 
par  lui  défigné  :  (laïuasfbi  in  capitolio  non  nif  au- 
reas  &  argenteas poni  permift  ^  ac  ponderis  certi.  Il  me 
femble  par  les  vers  îuivans  de  Stace ,  que  le  poids 
des  fatucs  d'or  fixé  par  Domitien ,  étoit  de  cent 
livres. 

Da  capitolinis  œternum  fedibus  annum  , 
Qiio  niteant  facri  centeno  pondère  vulius 
Ccejitris. 

Toutefois  les  empereurs  romains  ne  furent  pas 


s  T  A 

les  premiers  <îu  monde  qui  ci:rent  dos  jtatut's  d'or  \ 
leurs  images  ;  car  Georgias  Léontin,  cjuivivoiè  long- 
tems  avant  eux,  &  qui  n'éîoit  qu'un  limple  particu- 
lier, fe  fit  reprélenter  en  une  fiatus  iblidc  de  pur  or , 
qu'il  dédia  au  temple  d'Apollon  à  Delphes ,  vers  la 
70^  olympiade  :  tant  étoient  grandes  les  richeffes  que 
procuroit  alors  Jetaient  de  ia  parole.  C'ell  Pline  , 
/.  XXXIII.  c.  iv.  qui  nous  apprend  cette  particu- 
larité :  hominum  primus  &  aurzain  fliuuam  &  folidarn 
Georgias  Lcoiiùmis  Dclphis  in  tcmplo  Jîbi  pojuit,  Ixx. 
circiUr  olyrnpiadtz  ,  tancus  erac  doccndœ  artis  orutorix 
quœfius. 

Les  Jiatues  ne  diffcroient  pas  feulement  par  la  ma- 
tière ;  elles  diffcroient  encore  par  !a  forme  &  par  la 
grandeur.  Pour  ce  qui  regarde  la  forme  .  il  faut  d'a- 
bord obferver  que  les  unes  étoient  nues  ,  &  les  au- 
tres vêtues  ;  chez  les  Grecs ,  toutes  hs Jldtues  étoient 
nues  ,  à  l'exception  de  celles  de  Lucine  qu'en  cou- 
vroit  jufqu'aux  pies  ;  chez  les  Pvomains ,  elles  étoient 
couvertes  d'un  habit  conforme  au  rang,&au  fexc. 
Pline  le  dit  en  ces  termes  :  Gmca  r:s  cjl  ni'iiLvclan ^ 
at  contra  roniana  &  miiuari.'î  ,  thoracas  adderc. 

Les  Grecs  faifoient  leurs  (Litues  toutes  nues ,  afin 
de  mieux  représenter  la  nature  ,  &  de  mettre  dans 
leurs  ouvrages  la  refpiration  &  la  vie.  Aufli  faut-il 
convenir  qu'on  apperçcit  dans  les  patues  grecques 
une  légèreté  6l  une  fineffe  dans  les  draperies ,  ci- 
travers  defquelîcs  le  nud  fe  découvre  ,  une  élégan- 
ce ,une  délicaîefie  dans  les  contours,  une  correcîlon 
[le  dciTein  ,  une  majcflé  dans  les  attitudes  ;  qualités 
auxquelles  les  fculptcurs  romains  ne  purent  jamais 
atteindre.  Virgile  le  favoit  bien  ,  quand  il  attribue 
la  Iclence  de  bien  gouverner  à  la  nation  ,  &:  qu'il 
ne  peut  refufer  aux  Grecs  l'excellence  de  la  fonte 
&  de  la  fculpture  :  c'ell  d'eux  qu'il  dit ,  Enétd.  Uv, 
VI.  V.  848. 

Excudent  alii  fplrantia  molliiis  ara. 

Credo  equidem  ,  vivos  diiccnt  de  marinore  vultus  j 

Orabunt  caufas  meliàs ,  cœliqui  rncatus 

Dcf-ribint  radio.,  & furgcntia  Jidera  diccnt. 

Tu  regere  impirio  populos  ,  liomam  ,  mzmcnto  , 

Parczrc  fubjecîis  ,  &  dzbcLUre  fuperbos . 

«  D'autres  peuples  plus  induftrieux  feront  refpi- 
»>  rer  l'airain  ,  &  fauront  animer  le  marbre  ;  ils  au- 
»  ront  des  orateurs  plus  éloquens  ,  &  des  aftrono- 
»  mes  plus  habiles ,  qui  liront  dans  les  cieux ,  &  me- 
►>  lureront  le  cours  des  étoiles.  Pour  toi,  romain, 
►>  fonge  à  fubjuguer  &  à  régir  les  nations  ;  c'eft  à  toi 
»  de  faire  la  guerre  &  la  paix ,  de  pardonner  aux 
»>  peuples  fournis ,  &  de  dompter  ceux  qui  te  réfi- 
»  lîent  :  tels  font  les  arts  qui  te  font  réfervés  ». 

Les  Romains  diflinguoient  leurs  jhituis  par  les  ba- 
fcillcmcns.  Ils  appelloient  planta  paliidata  celles  des 
empereurs  qui  étoient  revêtus  à\x  pcdud^mentum  ^ 
long  manteau  de  guerre  ;  telles  étoient  les  (iatius 
d.e  Jules-Céfar  placées  au  capitole,&  gravées  en 
taille -douce  dans  le  ruuciL  dzs  (iarucs  ^  publié 
à  Rome  en  1584  par  Laurentius  Vaccarius.  Lcs/i^- 
mes  thorocatœ ,  étoient  celles  des  capitaines  &  ans 
chevaliers  avec  leur  cottc-d'armcs.  Loricatœ  ,  étoient 
celles  des  foldats  avec  leur  cuiralle.  Mais ,  dit  Pline  , 
Cœjar  quidem  dichitor  loricatam  Jibi  dicari  in  foro  fuo 
pajjui  eji.  Les  trahi ées,  rr^i^'az/œ,  étoient  celles  des 
fcnateurs  &  des  augures,  "fvgcitœ,  celles  des  magi- 
flrats  en  robes  longues;  tunicatiz,  celles  du  peuple 
avec  une  fimple  tunique;  QW^nJlolatœ  (îutuo:^  étoient 
celles  des  femmes  habillées  de  leurs  fioles  ou  lon- 
gues robes. 

Mais  on  peut  divifer  commodément  les  (icttucs 
antiques  en  pédeflres ,  équcflres,  &  curules ,  c'eft-à- 
dire,  îi  plé,  à  cheval,  &  en  char.  Entrons  dans  quel- 
ques détails  fur  cette  divifion  ,  parce  qu'elle  fournit 
«luaniité  de  faits  curieux, 


S  T  A 


î^^> 


\.C%  Puitùls  eqt!cJlres(or^  de  l'invenliCi\  4.çà  Gi'èc^ 
qui  les  appeiloient  ceUtas ,  àw  moi  Xi'h^ç-,  ckè'vcl.aè., 
monture  ;  Hc  c'efl  par  de  telles  fa::ies  qu'on  repre^  ' 
fentoiî  en  marbre  ou  en  bron2e  les  vainqueur!?  aux 
quatre  grands  jeux  de  la  Grèce  ;  enfuite  on  les/i'^ur^ 
fur  des  chars  tirés  à  deux,  à  quatre  ,  ou  à  fix  che- 
vaux de  front,  qu'on  appelloit  bigx ,  qnad'rigx.  Sa 
fcjugis  ;  c'efl  ainfi  qu'en  parle  Pline,/.  XXXIiK, 
c.  V.  Eqnejlrzs  uiiquè  flatuas  romanam  cdthraùoiiejft 
habcnt ,  ortofan  dubio  à  Grcecis  exzmplo ,  fzd.  illi  celetai 
tantùm  dicabant  in  facris  viclores  ;  popcà  vtrh  &  qui 
bigis  &  quadrigis  vicijfmt ,  undi  &  nojèris  currtis  i/l 
/lis ,  qui  triumpkabant  veràm  hoc  &  in  his ,  non  nijz  A 
divo  Aiigu^o  fîjn-gis. 

Les  fiaiuts  pidc(ire.s  occupoient  trois  endroits  re-* 
marquables  à  Rome.  1°.  On  les  mettoit  dans  des  ni» 
ches  pratiquées  dans  les  entre -colomnes  .des  bâti- 
mens  ,  ou  bien  fur  les  chapiteaux  dcldites  colon- 
nes. C'eû  ainfi  que  M.  Scaurus  étala  publiquement 
trois  mxV'.Q  jlatuzs  de  bronze  dans  fon  théâtre  ;  &  c'efl 
ainfi  qu'Aagufle  décora  deux  galeries  de  fon /à/a/;2i 
Dans  l'une,  il  plaça  tous  les  rois  latins  ,  depuis  Enée 
portant  fon  père  fur  fes  épaules,  jufqu'à  Amulius  j 
d.ms  l'autre  étoient  les  rois  de  Rome,  depuis  Ro- 
mains jufqu'à  Tarquin-le-fuperbe  ,  co.njo internent 
avec  les  généraux  qui  avoieat  reculé  les  frontières 
de  l'empire  ,  tous  revêtus,  die  leurs  habits  triom- 
phaux; ce  funî  à  ces  deux- rangs  -l-c  (î.ituis  qu'Ov^idi 
fait  allulion ,  quand  il  dit ,  trait,  lib.  F. 

Hlnc  videt  jEneam  oncrasum  pondère  cbarô^ 

Et  tôt  Juhcz  nobilitztis  avos  : 
Hinc  videt  ilUadem  humcro  diicis  arm.t  fercnti  m  ^ 

Claraque  difpojitis  acia  fubeffe  viris. 

Par  ce  dernier  vers,  Ovide  nous  fait  entendre 
qu'il  y  avoit  fous  chaque  l?.:iuc  une  infcriptiOn  en 
l'honneur  de  celui  qu'elle  repréfentoit.  Augufle  qui 
fe  trouvoit  du  nombre ,  avoit  la  fienne  qui  nom- 
iTioit  toutes  les  provinces  qu'il  avoit  réunies  à  l'em- 
pire ,  comme  Velleius  Pateroidus  le  rapporte  ,  /.  XL 
c.  xxxix.  Quarum  provincia-um  tiîidis  forum  ejus  pra- 
nitet ;  ce  font  ces  infcriptions  que  hs  Hiîloricns  ap- 
pelloient acta  ,  tiiuli ,  indices.  Il  y  en  avoit  de  fem- 
blabies  toutes  dorées  dans  le  forum  de  T:a^m  & 
l'empereur  Antonin  en  augmenta  le  nombre  qu'il 
plaça  dans  \c  fj'um  ulpien  :  Qui  bus  nobilibus  viris  ^ 
bcllo  gennanico  dcfuncUs  flatuas  in  foro  ulpio  coHocuvity 
dit  Aulu-Gelie,  /.  XI Lî.  c.  xxHj. 

2°.  On  pofolt  auiTi  les  jlatues  pédcflres  fur  des  pi-* 
laflres  Jque  l'on  élevoit  au  milieu  &:  aux  deux  côtés 
des  frontifpices  d'une  pleine  architeclure.  Ces  en- 
droits étoient  par  leur  élévation  ,  les  vraies  places 
d'honneur  dcs/ijtues  pédefres.  C'étoit  aufîi  en  pareils 
lieux  que  fé  trouvoit  dans  \e  forum  d'Auguftc  la  belle 
fiatue  de  Minerve  ,  toute  d'ivoire.  Paufanias  ajoute , 
qu'à  l'exemple  d' Augufle,  fes  fuccefléurs  recher-^ 
cherent  dans  tous  les  coins  du  monde  les  plus  belles 
fatucs  pcdcjlrcs  ,  pour  en  orner  leurs  ouvrages  pu- 
blics &  embellir  la  ville  de  Rome  :  Et  ipfum ,  &  rcli- 
quos  principes ,  pUraqui  ornamtntorum  talia  undiqui 
avcxijj'e  ,  &  ad  opéra  fu-t  ornandu  traduxiije. 

Le  trolfieme  lieu  deftiné  à  porter  les  fatuts  pl- 
defîres,  étoit  les  colonnes  Iblitaires,  c'eft-à-dire,non 
appliquées  au  bâtiment.  Ces  Jîatucs  fur  colonnes  (c 
dreffoient  pour  l'ordinaire  à  l'honneur  de  ceux  qui 
avoient  rendu  des  fervices  fignalés  à  la  république, 
par  leurs  exploits  ,  leur  favoir  ,  ou  leurs  vertus. 
Caïus  Mecvius  fut  le  premier  que  le  icnat  honora 
de  ce  genre  de  récompenfe ,  après  fa  vidoire  con- 
tre les  Latins  ,  &  celle  qu'il  gagna  fur  mer  contre  les 
Antiates.  On  mit  de-même  la  jl-ituc  de  Trajan  fur  la 
colonne  de  cet  empereur  plantée  au  milieu  àwforwn 
magniliquc  dont  il  embellit  Rome.  On  plaça  de- 
même  la  Jlatue  d'Antonin-le-débonnaire  fur  la  «o- 


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S  T  A 


ionne  \)\antée  a\i  champ  de  Mars,  haute  de  i6i  pics, 
îk.  percée  d'un  bout  à  l'autre  d'un  elcalicr  de  loy 
marches  qui  tiroient  lo  jour  de  cinquante  petites 
ouvertures. 

On  voyoit,tant  à  Rome  que  dans  les  campagnes , 
plulicurs  autres  Jhtttus  pédiflrcs  de  particuliers ,  pla- 
cée s  liir  des  colonnes  folitaires.  C'ell  alfez  de  citer 
ici  celle  de  Caius  Duellius  qui  vainquit  fur  mer  les 
Carthaginois;  &C  celle  que  le  Icnat  &  le  peuple  ro- 
main décernèrent  à  P.  Minutius  au-delà  de  la  porte 
dite  Trejcmina.  Voyez  les  Ornamcnd  di  fubriche  anti- 
ch't  è  mnderni  dl  Romà ,  de  Bartolomteo  Roifi  rioren- 
tino> 

Les  ftatucs  pèdeflres  furent  connues  dans  Rome 
avant  les  équellres.  Cependant  les  deux  premières 
éqiicilres  qu'en  y  vit,  ctoient  affez  anciennes  ;  puif- 
que  l'une  tiit  élevée  en  l'honneur  de  Clélie  qiis  s'é- 
chappa des  mains  de  Porl'enna,  &  paŒi  le  Tibre  à  la 
na^e  fur  un  bon  cheval;  &C  l'autre  éroit  à  la  gloire 
d'Horatius  furnommé/.'  borgne  :  c'elt  Pline  qui  nous 
l'apprend.  Pedcjîres ,  dit-il ,  Jine  dtiblo  Komœ  fucn  in 
aut-ontatt  longo  tcmpoic.  Equcflrlum  tame/i  ori^o  ptr 
quam  vêtus  cji ^  cumfœminis  etiam  honore  comniunlcato; 
Clciict  enim  ftatua  efi  equejîns.  Hanc  priinain  &  Jlora- 
t'ù  codais  public^  dicatam  crcdidertm. 

Les  marchés  de  Rome  &  les  places  publiques 
étolcnt  décorées  des  plus  hçW^s  jlatues  équcfires.  Jules 
Ccfar  ordonna  de  mettre  celle  qui  le  repréfentcit 
dans  le  forum  de  (on  nom.  Le  cheval  &  la  Jlutut 
avoient  été  taillés  par  Lylippe  pour  Alexandre-le- 
grand.  Célar  fit  ôter  la  tête  d'Alexandre  de  deiVus  la 
fiutuc  ,  &  y  fubftitua  la  fienne.  Stace,  /.  /.  Syll.  nous 
apprend  cet  échange  ; 

Cœdat  eqiius  ,  Latice  qui  cOntrà  tcmpla  Diones 
Cafarei  fiât  fede  fort ,  quern  tradcre  es  aufus 
Pellcco  ,  Lyjippe  diici  :  mox  Ccefaris  ara 
jiuratâ  cervice  tulit. 

C'eft  ici  le  moment  de  remarquer  que  les  anciens 
faifoient  louvent  dçsjfaaas,  dont  la  tête  f'e  déîachoit 
du  refte  du  corps ,  quoique  l'une  &  l'autre  fuffent 
d'une  même  matière;  &  pour  faire  promptement  une 
nouvelley?awe,ilsfecontentoient  d'en  changer  la  tôte. 
Ainfî  nous  lifons  dans  Suétone,  qu'au-lien  de  brifer 
les  Jlaïues  des  empereurs  ,  dont  la  mémoire  étoit 
odieufe  ,  on  en  ôtoit  les  têtes,  à  la  place  defquelles 
l'on  mettoit  celles  des  empereurs  chéris  ou  confi- 
dérés.  De-là  vient  fans  doute  en  partie  qu'on  a  trou- 
vé dans  la  fuite  des  tems ,  quantité  de  têtes  antiques 
fans  corps. 

Les  Jlatues  èquejîres  de  Poliux  ,  de  Domitien  ,  de 
Trajan,  de  Marc-Aurele ,  d'Antonin-le-pieux  re- 
vêtu d'un  long  manteau  qui  lui  pend  de  l'épaule 
gauche  fur  la  croupe  du  cheval ,  ont  une  grande  cé- 
lébrité dans  l'hiftoire.  Elle  vante  auffi  celles  qu'Ale- 
xandre Severe  fît  mettre  dans  le  forum  tranjitorium 
de  Nerva.  Lampride  en  parle  en  ces  termes  :  Statuas 
colojfos  ,  vel pedejlres  nudas  ^  vcl  équcfires  ^  divis  impe- 
Taioribus  dicatas  yinforo  divi  Nervœ  quod  tranfitorium 
dicitur ,  locavil,  omnibus  cum  titulis  &  columnis  ccrcis 
quce  geforum  ordinern  continennt. 

Les  jlatues  curules ,  foit  de  marbre  ou  de  bronze , 
avoient  pour  lieu  propre  de  leur  emplacement,  les 
arcs  de  triomphe.  Comme  on  élevoit  de  tels  arcs  en 
l'honneur  de  ceux  à  qui  le  triomphe  étoit  décerne 
après  leurs  vidoires,  &  que  les  triomphateurs  ,  en 
entrant  dans  Rome ,  paflbient  par-deffous  ces  arcs 
fur  des  chars  attelés  de  plufieurs  chevaux  de  front , 
l'on  mettoit  leurs  flatues  curules  au-defliis  defdits 
arcs  pour  en  conferver  la  mémoire.  Ainfi  l'arc  de 
triomphe  érigé  en  l'honneur  d'Augurte  lur  le  pont 
du  Tibre,  étoit  orné  de  infatué  de  bronze  portée 
fur  un  char  attelé  de  quatre  chevaux.  Ce  même  em- 
pereur ayant  fait  élever  un  arc  de  triomphe  à  fon 


S  T  A 

père  0£tavc  ,  l'enrichit  d'un  quadrige ,  fur  îcqiteï 
ctoient  les  repréi'cntations  d'Apollon  &  de  Diiine. 
Le  tout,  char  ,  chevaux  ,  figures,  étoit  d'une  feule 
pièce  de  marbre,  ouvrage  de  Lyfias  dont  Pline, 
/.  XXXyi.  c.  V.  vante  extrêmement  rexcellence. 
Enfin ,  l'on  cftimoit  beaucoup  l'arc  de  triomphe  que 
le  iénat  &  le  peuple  romain  firent  ériger  en  l'hon- 
neur de  Trajan  ,  dans  la  ville  d'Ancône ,  &  qui 
étoit  orné  de  la  fiaiue  de  ce  prince  poiée  fur  un 
char  tiré  par  quatre  chevaux.  Eicherrius  dans  les 
dUices  d'Italie ,  /.  //.  en  parle  en  ces  termes  ;  la 
ejus  medlo  nofciiur  arcus  die  fublimis ,  quadri^'s  6» 
trophœis  in  fajUgio  onufus  A.  S.  P,  Q.  R.  in  ej.vs 
beneficii  memoriant  ,  Trajano  ibidem  ereBuSy  &  adJutc 
ternporis  extans^ 

C'eft  encore  une  belle  chofe  à  confidcrer  que  la 
di(îcrence  de  grandeur  des  futues  ,  car  quelle  qu'en 
fût  la  matière ,  de  métal ,  de  marbre  ou  d'ivoire  ,  il 
y  en  avoii  en  tout  genre  ,  de  grandes  ,  de  moyennes 
6l  de  petites.  On  appella  grandes  ftatues  celles  q\u 
furpaffoient  la  gr;:iideur  naturelle  desperfonnespoir 
lelquellcs  elles  étoient  faites  ;  on  nomma  moyenna 
ou  athlétiques  celles  qui  étoient  conformes  à  leur 
grandeur ,  6c  petites  celles  qui  étoient  au-dcfTous,  Cî 
n'eft  pas  tout ,  les  grandes  fe  divll'oient  en  trois  or- 
dres ;  quand  elles  n'excédolcnt  la  hauteur  naturelle 
que  d'une  moitié  ,  on  les  noinmoit  augujles  ,  &  eHe; 
fervolent  à  reprélenter  les  empereurs ,  les  rois  &  les 
grands  capitaines  de  Rome.  Celles  qui  avoient  deux 
fois  leur  grandeur  s'appelloient  héroïques  ,  &  on  les 
confacroit  aux  demi-dieux  &  aux  héros.  Enfin  lorf- 
qu'elles  s'étendoient  julqu'à  trois  hauteurs  ou  plus, 
elles  prenoient  le  nom  de  colojjales  ,  6c  étoient  deili- 
nées  pour  les  dieux. 

Quoique  les  premières  fortes  de  ftatuts  ,  c*eft-à- 
dire  les  augujhs  6c  les  héroïque  s  ^{ewWXçn.i  communé- 
ment à  reprefenter  en  marbre  ou  en  fonte  les  empe- 
reurs ,  les  rois  &  les  généraux  romains  ,  cependant 
on  en  étendit  l'ufage  à  quelques  gens  de  lettres. 
L.  Actlus ,  célèbre  entre  les  polites  de  Ton  tems,  mon- 
tra l'exemple  en  fe  falfant  faire  unç  fatae  de  bronze 
beaucoup  plus  grande  que  fa  taille  ,  &  qu'il  mit  daa> 
le  temple  des  muies  hors  la  porte  Capene.  Notatum 
ab  auHoribus  ,  dit  Pline ,  L.  Aclium  poetam  in  camiZ- 
narum  cède  ,  maxirnâ  forma  ftatuam  fibi prfuiffe  ,  quiim 
brcvis  admodum  fuijfet.  Mais  il  eil  étonnant  que  les 
hommes  ayent  ofé  le  faire  ériger  desy?i^^'^^5  fembla.- 
bles  à  celles  que  la  religion  avoit  fpécialement  coa- 
iacrées  pour  les  dieux,  je  veux  dire  àts  flatues  colof- 
fales  ;  cependant  on  vit  des  rois  6c  des  empereurs, 
Sélbftrls  ,  Attila,  Eumenes  ,  Néron  ,  Domitien, 
Commode,  &c.  qui  s'attribuèrent  tous  le  même  hon- 
neur. 

Tous  les  hiftoriens,  &  Pline  en  particulier,  fe  font 
fort  étendus  fur  la  defcription  Aij  (latues  cololTales 
de  marbre  ou  de  bronze ,  qui  faiioient  l'admiration 
publique,  ./^««/^aœ,  moles  llatuarum  excogitatas^quas 
coloffos  vacant  ,  vidirnus  turribus  pares  ,  dit  f  hiftorien 
naturalifte  de  Rome.  Telle  étoit  la  jîatue  de  Jupiter 
olympien  ,  chef-d'œuvre  de  Phidias  ;  fa  hauteur  étoit 
fi  prodigieufe  ,  ajoute  Paufanias  ,  que  ce  dieu  qui 
étoit  afiis  ,  n'auroit  pu  fe  lever  fans  percer  la  voûte 
du  temple.  Telle  étoit  la  Minerve  d'Athènes  haute 
de  36  coudées,  6c  tel  le  Jupiter  du  capitole  que  Sp. 
Carvilius  fit  élever  de  la  fonte  des  dépouilles  des 
Samnites,  Tel  étoit  encore  un  autre  Jupiter  au  champ 
de  Mars  que  l'empereur  Claude  y  fit  pofer.  Tel  un 
Hercule  ,  que  Fabius  Verrucanus  tira  de  Tarente  ; 
telle  eft  enfin  la/F^z^wecoloflale  d'Apollon  par  Lyfippe, 
dont  la  hauteur  étoit  de  40  coudées.  Je  pafTe  fous  fi- 
lence  le  cololfe  de  Rhodes  dédié  au  foleil. 

Pline ,  /.  XXXIV.  c.  vij.  ajoute  que  la  Gaule  avoit 
dans  une  ville  d'Auvergne  wnc  famé  de  Mercure  qui 
iurpaflbit  tout  ce  qu'on  connoillbit  de  flatues  colof. 


s  T  A 

ilis ,  ayant  400  pics  de  hauteur.  C'ctoit  l'ouvrage 
e  Zénodore ,  qui  y  avoit  employé  dix  ans  de  tra- 
ail  &  desibmmes  immenfes.  Voici  (es  paroles  :  Fe- 
\m  omnan  amplïtiuiinim  ftatuarum  ejus  gencris  vicie 
tau  nojîrà  Zenodorus  Mcrcurio Jaclo  in  civitau  Gal- 
a  Avemis  pcr  annos  deccm  ,  pedum  cccc.  immani pn- 
0.  Néron  ,  frappé  de  la  renommée  de  cette  (laiiu  , 
ttira  Zénodore  à  Rome  ,  &  l'engagea  de  faire  à  fa 
îlTemblance  xinejiatue  colofiale  de  100  pies  de  haut, 
;lon  Pline  ,  ou  de  izo  ,  félon  Suétone  ,  cap.  xxxj. 
ijlibuliim  fuit  in  quo  colojfus  cxx.Jîabat  ejus  efîgie.  Il 
It  vrai  qu'après  la  mort  de  ce  prince  on  ôta  le  nom 
e  AVr(>/2  à  cette  Jiutiie  colojjalc ,  &  on  la  dédia  au  fo- 
îil ,  ainfi  que  d'autres. 

Le  ledeur  jugera  fans  doute  qu'il  n'étoitpas  pofîl- 
le  de  travailler  à  un  feul  attelier  les  (îatues  coloJJaUs 
u'on  vient  de  décrire  ;  or  l'artifte ,  pour  pouvoir 
;s  exécuter  ,  diftribuoit  la  befogne  à  un  grand  nom- 
ire  d'ouvriers  choifis,  &  leur  traçoit  les  proportions, 
nforte  que  quand  ils  rendoicnt  les  parties  dont  ils 
.voient  été  charges  iéparément,  elles  fe  rapportoient 
vec  tant  de  jufteiïé,  qu'en  les  rejoignant  elles  com- 
»ofoicnt  un  tout  parfaitement  aflbrti ,  &  qui  fcnibloit 
itre  du  môme  bloc  &  de  la  même  main.  Paufanlas 
lous  a  donné  fur  ce  fujet  des  détails  de  l'art  de  la 
bnîe  qui  méritent  attention.  Le  Jupiter  de  bronze  , 
lit-il ,  la  plus  ancienne  des/latucs  de  ce  métal ,  n'é- 
oit  point  l'ouvrage  d'une  feule  &  mêine  fabrique. 
l  a  été  fait  dans  le  même  tems  par  parties  ;  enfuite 
es  pièces  ont  été  fi  bien  enchâfTées  &  fi  bien  jointes 
înfèmble  avec  des  clous ,   qu'elles  font  un  tout  fort 
'olide.  Nous  avons  vu  renouvellcr  de  nos  jours  le 
Tiême  procédé  par  un  artiiie  médiocre  ,  qui  a  exé- 
:uté  de  !a  même  manière  àDrefdc  une_y?^/t/<;équeitre 
dIus  grande  que  nature.  , 

Les  Grecs  mettoient  fur  la  bafe  de  leurs  (Iatues  le 
nom  de  celui  qu'elles  repref  entoienî  ou  qui  en  avoit 
fait  la  dépenfe  ;  ils  pouvoient  effacer  ce  même  nom 
&  en  fubflituer  uu  autre,  c'efl  ce  qu'ils  firent  fouvent 
par  flatterie,  quand  ils  furent  foumis  aux  Romains  ; 
quelquefois  ils  changeoient  en  même  tems  la  tête,  ou 
en  retouchoient  les  traits.  Plutarque  dit  qu'ils  uferent 
de  ce  flratagème  ,  &  mirent  le  nom  à^ Antoine  aux 
deux  (iûims  colojjdles  d'Attalus  &  d'Euménès. 

Confidérez  en  pafTant  les  progrès  de  l'art  ftatuaire, 
depuis  les  premières  (Iatues  taillées  pour  les  dieux  , 
jufqu'à  la  coloilalc  que  Néron  fe  ^it  faire  par  Zéno- 
dore. La  première  idole  de  la  Diane  d'Ephefe  étoit 
un  tronc  d'orme  ,  ou  ,  félon  Pline  ,  une  louche  de 
vigne.  Paufanias  parle  d'un  Mercure  de  bois  grofîier, 
qui  étoit  dans  le  temple  de  Minerve  Poliade.  Avant 
que  Rome  triomphât  de  l'Alie  ,  les  (îatues  des  dieux 
confacrées  dans  les  bocages  n'étoient  que  de  terre 
cuite.  Cicéron  ,  /.  /.  de  la  divination  ,  dit  que  \djla- 
tue  de  Summanus  placée  fur  le  faîte  du  temple  de 
Jupiter  étoit  pareillement  de  terre.  Les  Romains  ne 
penfoientpas  alors  qu'ils  feroient  un  jour  tellement 
épris  de  l'amour  des  Jîatucs  ^  qu'ils  publieroient  une 
loi  qui  condamneroit  à  l'amende  les  flatuaires  char- 
gés de  faire  des  (Iatues  ,  fi  dans  leurs  ouvrages  ils  pé- 
choient  en  quelque  choie  contre  la  règle  cie  leur  art 
&  contre  l'attente  de  ceux  qui  les  employeroient. 

Les  Jlatues  de  grandeur  naturelle  furent  nommées 
athlétiques  ou  iconiques,y?^/«<2  athleticœ  ,  flatuœ  ico- 
nicce  ^  parce  qu'elles  imitoient  mieux  que  les  grandes 
&  les  petites  la  reffemblance  de  ceux  pour  lefquels 
elles  étoient  faites. 

Les  peuples  de  la  Grèce ,  pour  perpétuer  le  fouve- 
nir  des  viftoires  remportées  par  les  athlètes ,  em- 
ployèrent tout  l'art  des  Sculpteurs,  afin  de  tranfmet- 
tre  aux  fiecles  à  venir  la  figure  &  les  traits  de  ces 
mêmes  hommes  qu'ils  regardoient  avec  tant  d'efli- 
me  &  d'admiration  :  on  leur  érigeoit  qq'^  (Iatues  ààns 
le  lieu  même  où  ils  avoient  été  couronnés ,  &  quel- 


S  T  A 


îo? 


quefois  dans  celui  de  leur  najfTance  ,  &  c'étoit  ordi- 
nairement la  patrie  du  vainqueur  qui  fatisfaifoit  les 
frais  de  ces  monuuiens.  Les  premiers  athlètes  pour 
qui  on  décora  Oiympie  de  ces  fortes  à.Q ftatues  (  ce 
qui  arriva  dans  la  lix.  '61  la  Ixj.  olympiade  ,  félon  Pau- 
fanias), furent  Praxidomes  vainqueur  au  puollat,  & 
Rhexibius  vainqueur  au  pancrace.  L?ijlatue  du  pre- 
mier étoit  de  bois  de  cyprès  ;  &  celle  du  fécond,  de 
bois  de  figuier.  Le  bronze  dans  la  fuite  devint  la  ma- 
tière la  plus  ordinaire  de  cqs  Jiatues. 

On  ne  les  faifoit  pas  néanmoins  toujours  de  gran- 
deur naturelle ,  mais  on  accordoit  cet  honneur  à  ceux 
qui  avoient  vaincu  aux  quatre  grands  jeux   de  la 
Grèce.  C^sfiatues  chez  les  Romains  repréfentoient 
les  athlètes  nuds  ,  fur  -  tout  depuis  le  tems  qu'ils 
avoient  ceflé  de  fe  couvrir  d'une  cfpece  d'écharpe 
ou  de  ceinture  ;  mais  comme  les  atljletes  rom'ains  ne 
l'avoiijSic  point  quittée,  ils  la  confervoient  dans  leurs 
Jlatues.  On  élevoit  de  ces  monumens  non-feulement 
aux  athlètes  ,  mais  encore  aux  chevaux  ,  à  la  vîtefîe 
defqviels  ils  étoient  redevables  de  la  couronne  ago- 
nivlique  ;   &  Paufanias  témoigne  que  cela  fe  fit  pour 
une  cavale  ,  entr'autres,  nommée  Aura  ,  qui  avoit , 
fans  conduQeur  ,  procuré  la  viûoire  à  Ion  maître  , 
après  l'avoir  jette  par  terre.   On  peut  lire  dans  le 
même  auteur  un  dénombrement  exaft  de  toutes  lesy?.'i- 
«/ji d'athlètes  qui  lé  voyoient  de  fbn  tems  àOlympie. 
Les  Hellanodiques  prcnoient  grand  ibin  que  ces  Jla- 
tues ne  fulfcnt  pas  plus  grandes  que  le  naturel  ;  &;  en 
cas  de  contravention  ,  ils  faifoient  renverferla /?^zwô 
par  terre.  C'étoit  fans  doute  de  crainte  que  le  peuple, 
qui  n'étoit  que  trop  porté  à  rendre  les  honneurs  di- 
vins aux  athlètes,  ne  s'avifât ,  en  voyant  \tms  JLitues 
d'une  taille  plus  qu'humaine  ,  de  les  mettre  au  rang 
des  demi-dieux. 

Les  Jlatues  plus  petites  que  nature  étoient  foudi- 
vifées  en  quatre  elpeces  ,  auxquelles  on  donna  des 
noms  tirés  de  leur  différente  hauteur  ,  celles  de  la 
grandeur  de  trois  pies  fé  nommoient  tripedancce.  Tel- 
les étoient  les  Jlatues  que  le  fénat  &  le  peuple  ordon- 
noient  pour  leurs  ambalfadeurs  qui  avoient  péri  de 
mort  violente  dans  leur  légation  ;  c'efl  ce  que  Pline, 
/.  LIK  c.  vj.  nous  apprend  :  à  romano  populo  tribut 
folere  injuria  cœjis  tripedaneas  flatuas  in  foro.  On  cite 
pour  exemple  \3.ftatue  de  TulliusCœlius ,  qui  fut  tué 
par  les  Fidénates  ,  Se  celles  de  P.  Junius  &  de  T.  Ca- 
rumanus  que  la  reine  des  Illyviens  fit  mettre  à  mort. 
Quand  les  yifiz^wei  n'étoient  que  delà  grandeur  d'une 
coudée ,  on  les  appelloit  cubitales.  Lorfqu'elles  étoient 
hautes  d'une  palme  ,  c'eft-à-dire  de  quatre  doigts  , 
elles  étoient  appellces  palmarès.  Enfin  quand  elles 
étoient  encore  moins  hautes,  on  les  nommoityz^'i//^z. 
On  faifoit  quantité  de  ces  Jlgilla  en  or  ,  en  argent , 
en  ivoire  ,  &  on  les  eftimoit  beaucoup  ,  fbit  pour 
leur  travail,  foit  à  caulé  qu'on  pouvoit  les  tranf- 
porter  commodément ,  ik.  même  les  avoir  fur  loi 
par  dévotion  pour  les  dieux  ,  par  reconnoiffance 
pour  des  princes  ,  par  admiration  pour  de  grands 
hommes ,  ou  par  attachement  pour  des  amis  qu'ils 
repréfentoient. 

Voilà  l'hiftoire  àes  Jlatues  dont  le  nombre  étoit  in- 
croyable chez  les  Grecs  &:  les  Romains.  lUufîit  de  lire 
Paulanias  pour  s'en  convaincre.  Sans  parler  de  l'Atti- 
que  &  d'Athènes  qui  fourmilloient  de  ce  genre  d'ou- 
vrages, la  feule  ville  de  Milet  en  lonie  en  ralfemblaune 
fi  grande  quantité,  quclorfqu'Alexandre  s'en  rendit 
maître  ,  il  ne  put  s'empêcher  de  demander  où  étoient 
les  bras  de  ces  grands  hommes  ,  quand  les  Perles  les 
fubjuguerent.  On  fait  que  Mummius  remplit  Rome 
des  (Iatues  de  la  feule  Achaïe  :  devicld  Achaiu^  flatuis 
iniplevit  urbern.  Plutarque  rapporte  que  Paul  Emile  em- 
ploya trois  jours  à  la  pompe  de  fbn  triomphe  de  Ma- 
cédoine, &quc  le  premier  put  à  peine  luffire  i\  t.ùre 
palier  en  revue  les  tableaux  6i  les  Jluiucs  d'cxccifiYe 


504 


S  T  A 


grandeur  priies  fur  les  ennemis ,  &  portées  fur  deux 
cens  cinquante  chariots. 

D'un  autre  coté,  la  multitude  des/?^///f5  qui  letai- 
foiciitperpctuellcnient  dans  Rome  étoit  fi  grande  , 
que  l'an  596  de  la  fondation  de  cette  ville  les  cen- 
feurs  P.  Cornélius  Scipio&:  M.  Popilius  fe  crurent 
oblicés  de  faire  orer  des  marches  publics  ksfatiics 
de  p^artlculiers  &  de  magillrats  ordinaires  ,  qui  les 
rcmplilloient  ,  attendu  qu'il  en  relloit  encore  aflez 
pour  les  embellir  ,  en  lailTant  feulement  celles  de 
ceux  qui  en  avoient  obtenu  le  privilège  par  des  dé- 
crets du  peuple  6c  du  fcnat. 

Entre  ksjhnucs  que  les  cenfcurs  réformèrent ,  je 
ne  dois  pas  oublier  celle  de  Cornélie  ,  merc  des 
Gracchcs,  ni  celles  d'Annibal ,  qui  prouvoient  du- 
moins  la  noble  façon  de  penfer  des  Romains.  Je  crois 
que  Pline  fe  dégtade  ,  quand  il  lui  échappe  de  dire 
à  l'occallon  de  ces  dernières  ,  &  adcb  dij^rimen  ownt 
fïihLatuni  ,  ut  AnnibaLis  etiam  ftatuae  ,  tribus  locis  vi- 
j'ibantur  in  urbe  cuj us  intrà  muros  joins  holîium  eiiùju 
hajîarn. 

Cependant  la  féverité  des  cenfeurs  que  nous  ve- 
nons de  nommer,  ne  put  éteindre  une  pafTion  ii  do- 
minante ,  &  qui  s'accrut  encore  fur  la  fin  de  la  répu- 
blique, ainfi  ()uc  fous  le  règne  d'Augufte  'Sç  de  lés 
fuccelfeurs.  L'empereur  Claude  fit  des  lois  inutiles 
pour  la  modérer.  Caifiodore  qui  fut  confui  463  ans 
aj)rcs  la  mort  de  ce  prince  ,  nous  apprend  que  le 
nombre  des  (latues  pidcjlrcs  qui  fe  trouvoient  dans 
Rome  de  fon  tems ,  égaloit  à-pcu-près  le  nombre 
des  habitans  de  cette  grande  ville  ,  &  les  figures 
équeftres  excédoient  celui  des  chevaux.  En  un  mot, 
hsûatiies  de  prix  étoient  lî  nombreufes  ,  qu'il  fallut 
créer  des  ofîiciers  pour  garder  nuit  &  jour  ce  peuple 
de  fiatues  ,  6c  ces  troupeaux  de  chevaux  ,  fi  je  puis 
narler  ainfi ,  diiperics  dans  toutes  les  rues  ,  palais  6c 
places  publiaucs  de  la  ville.  Cet  amas  prod.gieux  de 
fiatuis  demandoit  autant  d'habileté  pour  en  cmpc 
cher  le  pill-ige  qu'on  avoit  mis  d'art  h  les  fiiire  ,  ô. 


& 


de  foin  à  Ls  tîxer  en  place  :  nam  quidam  pnpulus  co- 
piofijjlmus  flatuarum  ,  ^reg-gj  ttiam  abundant'ijftmi 
equoniin  ,  talij'unt  cautilâ  Jïrvandi ,  quali  &  cura  ri- 
de mur  affixi. 

Mais  entre  tant  de  jiatius  publiques  de  Rome  ,  il 
s'en  trouva  une  feule  à  la  garde  de  laquelle  on  ima- 
gina de  pourvoir  d'une  façon  bien  fmguliere.  Peut- 
être  peniez-vous  que  c'étoit  une  jiatuî  d'or  niaflif , 
qui  fe  trouvoit  pofée  devant  la  maifon  d'un  riche 
affranchi  ,  d'un  traitant  ou  d'un  munitlonnaire  de 
vivres?  Point  du  tout.  Eh  bien,  \-a  jlaïut  en  bronze 
ou  en  marbre  de  quelque  divinité  tutélaire  des  Ro- 
mains ?  Non.  La  flatuc  d'un  demi-dieu,  de  l'Hercule 
de  Tarente  ,  de  Caftor,  de  Pollux  ?  Nullement.  La 
fiatue  de  quelque  héros  du  fang  des  empereurs  ,  de 
Marcellus  ,  de  Germanicus  ?  En  aucune  façon.  C'é- 
toit la  f  gure  d'un  chien  qui  fe  léchoit  une  plaie;  mais 
cette  figure  étoit  fî  vraie  ,  fi  naturelle  ,  d'une  exécu- 
tion fi  parfaite  ,  qu'on  décida  qu'elle  méritoit  d'être 
mifQ  fous  un  cautionnement  nouveau  dans  la  cha- 
pelle de  Minerve  ,  au  temple  de  Jupiter  capirolin. 
Cependant  comme  on  ne  trouva  perfonne  allez  ri- 
che pour  cautionner  la  valeur  de  ce  chien  ,  les  gar- 
diens du  temple  furent  obligés  d'en  répondre  au  pé- 
ril de  leur  vie.  Ce  n'eft  point  un  fait  que  j'imagine 
ou  que  je  brode  ,  j'ai  pour  garant  l'auioiité  &  le  té- 
moignage de  Pline  ,  dont  voici  les  propres  paroles  , 
/.  XXXlV.  c.  vij.  canis  eximium  miruculum  ,  6'  in- 
difcnta  virifimilitudo  ,  non  eb  Jolùm  inteUigitur ,  qudd 
ibi  dicata  fucrat  ,  vcrùm  ,  &  novd  J'atifdacione  ,  nam 
j'umma  nulla  par  videbaïur ,  capitc  tutdari  cav ère  p ra- 
tio ,  injlituti  publia  fuit. 

Il  faut  terminer  ce  difcours  qui ,  quoiqu'un  peu 
long  pour  cet  ouvrage,  n'eff  qu'un  précis  fort  abré- 
gé des  recueils  que  j'ai  faits  fur  les  _/?ar«ej  dg  la  Grèce 


S  T  A 

&  de  Rome.  AufTi  me  fuis-je  moins  propofé  de  tout 
dire  que  de  piquer  &:  d'étendre  la  curiofité.  Il  efl  bon 
de  joindre  à  la  leclurc  de  Paufanias  &  de  Pline  la 
difiértation  de  Frigelius,  de  Jhiiuis  illujlrium  romano~ 
rum,  dont  le  petit  livre  de  François  Lemée  n'eft  qu'un 
extrait.  Le  traité  desjlutucs  de  Caliltratc ,  traduit  par 
Vigenere  à  la  tin  ck'S  images  des  deux  Philoftrates 
avec  les  notes  du  tradud eur ,  eft  plein  d'érudition  • 
mais  les  ouvrages  des  favans  d'Italie  méritent  encore 
plus  d'être  éuidiés. 

Enfin  nous  n'avons  ici  confidcré  que  l'hiftorique  • 
l'art  fhituaire  ,  qui  renferme  d'autres  détails  intéref- 
fans  liés  de  près  à  cet  article  ,  a  été  difcuté  avec  re- 
cherches au  aict  Sculpture  ancienne  &  moderne  • 
&  les  artiftes  célèbres  ont  été  foigneufement  dénom- 
més avec  des  obfervatibns  fur  l'art  même  aux  mots 
Sculpteurs  anciens  ,  &  Sculpteurs  modernes.  Ow 
a  même  pris  foin  de  décrire  les  hç\\<is  Jlatues  anti- 
ques qui  nous  font  parvenues,  l^oyei  P)A$-Relief 
Gladiateur,  Hercule, Laocoon, Rotateur, 
VÉNUS  de  Méduis  ,  iy  autres,  (  Le  chevalier  de  JaU' 
COURT.  ) 

Statue,  (Critiqtiefacrèe.^  image  taillée  pour  être 
adorée  ;  Moife  les  défend  totalement  aux  Hébreux  , 
Deuter.  xvj.  22.  Il  eft  parlé  dans  l'Ecriture  de  la/?a- 
tut  i2?'orque  Nabuchodonofor  fiWrefTer  dans  la  plaine 
de  Dura  ;  elle  avoit  fbixante  coudées  de  haut ,  ck  fix 
de  large  ;  il  eff  apparent  qu'il  l'avoit  érigée  en  l'hon- 
neur de  Bel.  Mais  le  changement  de  la  femme  de  Loth 
en  fiatui  de  fel ,  Gznef  xix.  26'.  il  plus  excité  l'atten- 
tion des  commentateurs  de  l'Ecriture  que  la  fiatue  Aq 
Nabuchodonofbr.  Quelques  critiques  penicnt  quele 
corps  de  la  femme  de  Loth  s'éîant  incruflé  de  nitre 
de  la  mer-Morte  ,  Moife  a  pu  appeller  y/ZiZ/wc  de  fel  un 
corps  ainfi  pétrifié.  D'eutres  favans  prétendent  avec 
plus  de  vraifïemblance  ,  que  le  texte  de  l'Ecriture 
doit  s'entendre  figurément  d'un  état  d'immobilité, 
dans  lequel  cette  femme  curieuié  demeura  ;  Si  que 
ces  mots  changée  enjlatue  de  fel ,  lignifient  comme  en. 
jlaïue  de  fel.,  comparaifon  ordinaire  à  des  habitans 
d'un  pays  qui  abondoit  en  malfes  de  fel  nitreux. 
{D.J.) 

STATUER ,  v.  a£t.  {Grain?)  c'eft  arrêter  par  un 
fîatut  ,  après  examen  ,  délibération.  Voye^^  Sta- 
tut. 

STATURE ,  f  ï.  {Gram.)  eft  la  grandeur  &  la  hau- 
teur d'un  homme.  Ce  mot  vient  du  hmn  flutura y  qui 
eft  formé  de  fiare  ,  être  deÊout. 

La  future  ou  taille  d'un  homme  efl  admirablement 
bien  proportionnée  aux  circonflances  de  fon  exiftcn- 
ce.  Le  dofteur  Grew  obferve  que  fi  l'homme  eût  été 
nain  ,  il  eût  difficilement  pu  être  une  créature  raifon- 
nablc  :  car  pour  cet  effet ,  ou  il  auroit  eu  une  groffe 
tête  ,  &  fon  corps  &  fon  fang  n'auroient  pas  pu  four- 
nir affez  d'efprits  à  fon  cerveau  ;  ou  s'il  eût  eu  la  tcte 
petite  6c  proportionnée  ,  il  n'auroit  pas  eu  de  cervelle 
fufHfamment  pour  remplir  fes  fondions.  De  plus  ,  fi 
l'homme  eût  été  géant ,  il  n'eût  pas  pu  fl  commodé- 
ment trouver  des  nourritures  ,  parce  que  la  quantité 
des  bêtes  propres  à  la  nourriture  de  l'homme  n'au- 
roit pas  été  luffilante  ;  ou  fi  les  bêtes  avoient  été  plus 
groffes  à  proportion,  on  n'auroit  jamais  pu  trouver 
allez  de  pâturages  pour  les  nourrir ,  «S-c.  f^ojei  Nain, 

GÉANT. 

Cependant  c'efl  le  fentiment  commun  ,  même  de- 
puis le  tems  d'Homère  ,  que  dans  les  fiecles  les  plus 
reculés  les  hommes  furpafi'oient  de  beaucoup  les  mo- 
dernes en  grandeur  ;  &  nous  voyons  à  la  vérité  que 
les  hiltoires  ,tant  facrée  que  prophane  ,  font  mention 
d'hommes  dont  la  taille  étoit  furprenante  ;  aufTi  ces 
hiftoires  en  parlent-elles  comme  de  Géans. 

M,  Derham  obferve ,  qu'il  eft  très-probable  que  la 
taille  des  hommes  étoit  au  commencement  du  mon- 
de telle  qu'elle  ell  à  préfent  ;  comme  on  peut  l'ef- 

limer 


s  T  A 

iner  par  les  tombeaux ,  momies ,  &ci  qui  fubûftent 
'ncoie.  Le  plus  ancien  tombeau  qui  exille  eft  celui 
!o  Cheops  dans  la  première  pyramide  d'Egypte ,  qui 
iiivant  roblervation  de  M.  Gréaves  ne  lurpaffe  de 
;uercs  la. grandeur  de  nos  cercueils  ordinaires.  Sa 
:avité,  dit-il,  n'a  que  6.  488  pies  de  long,&  x.iiS 
»iés  de  large,  ÔC  z.  160  de  profondeur:  de  cesdimen- 
io;is  &  de  celles  de  diftérçns  corps  embaumés  qu'il 
!  apportés  d'Egypte,  cet  auteur  exaft  conclud  que  la 
;ature  ne  décroît  point ,  &  que  les  hommes  de  notre 
cms  fpnt  de  la  n]êrne  taille  que  ceux  qui  vivoient  il 
;  a  trois  mille  ans. 

•M.  Hakewell  nous  fournit  d'autres  exemples  plus 
nodernes  à  joindre  à  ces  obfervations  :  les  tombeaux 
}ui  font  à  Pife ,  &  qui  ont  quelques  miille  ans  d'anii- 
juité,  ne  font  pas  plus  longs  que  les  nôtres.  On  peut 
lire  la  même  chofe  de  celui  d'Athelllan  qui  efi:  dans 
'églife  de  Malm.sbury ,  de  celui  de  Sheba  ,  dans  falnt 
^aul ,  qui  font  de  Tannée  693  ,  &c. 

Les  anciennes  armures  ,  écus ,  vafes  ,  &c.  qu'on  a 
îéterrés  de  nos  "jours,  fournirent  la  même  preuve  : 
)ar  exemple ,  le  cafque  d'airain  qu'on  a  déterre  à  Me- 
aurum  ,  efl  propre  pour  fervir  à  un  homme  de  notre 
ems  ;  cependant  on  prétend  que  c'ell  un  de  ceux  qui 
)nt  été  laifies  loïs  de  la  défaite  d'Afdrubah  Joignez 
itout  cela  qu'Augufte  avoit  5  pies  9  pouces  de  haut, 
jui  étoit  la  taille  de  la  reine  Elifabeth  ;  avec. cette 
liilérencè  feulement  ,  qu'en  évaluant  le  pié  romain 
ivec  le  nôtre,  la  reine  avoit  deux  pouces  de  plus  que 
:et  enipereur. 

ST  ATUT ,  f.  jB.  (Gram.  &  Jurifprud.^  eft  un  ter- 
ne j^énérique  qui  comprend  toutes  fortes  de  lois  & 
ie  régie  mens. 

Chaque  difpofition  d'une  loi  eft  ixnjlatui^  qui  pef"- 
Tiet ,  ordonne  ou  défend  quelque  chofe. 

il  y  a  des  fianits  généraux  ,  il  y  en  a  de  particu- 
iers  ;  les  premiers  iont  des  lois  générales  qui  obli- 
>ent  tous  les  fujets  :  les  Jlaïuis  particuliers  font  des 
rcglemens  faits  pour  une  feule  ville  ,  pour  une  feule 
ïgiife  ou  communauté ,  foit  laïque  ,  loit  eccléfialil- 
que  ,  fécuUere  ou  régulière  :  chaque  corps  d'arts  & 
métiers  a  fes  Jlatuts  :  les  ordres  réguUers  ,  hofpita- 
licrs  &;  militaires  en  ont  auffi.  . 

Un  des  points  les  plus  difSciles  à  bien  dém.êler  dans 
la  jurlfprudence  ,  c  efl  de  déterminer  la  nature  &L  le 
pouvoir  àQS  Jiatuts,  c'eft-à-dire  ,  en  quel  cas  la  loi 
doit  recevoir  fon  application. 

En  général  les  coutumes  font  réelles  ,  clauduntur 
tenitorlo  ;  cependant  on  eft  fouvent  embarraffé  à  dé- 
terminer (\ViQ\Jlacut  ou  coutume  on  doitfuivre  pour 
la  décifion  d'une  contefiation.  Souvent  lajiatut  du 
domicile  fe  trouve  en  concurrence  avec  les  différens 
(iatuts  de  la  iltuation  des  biens,  avec  celui  du  lieu  oii 
l'adk  a  été  pafle  ,  du  lieu  où  l'exécution  s'en  fait;  & 
pour  connoître  le  pouvoir  de  chaquey?<2fwf ,  &  celui 
d'entr'cux  qui  doit  prévaloir ,  il  faut  d'abord  diûin- 
guer  deux  fortes  de  fiatuts  ,  les  uns  perfonnels ,  les 
autres  réels. 

Les  flânas  perfonnels  font  ceux  qui  ont  principa- 
lement pour  objet  la  pcrfonne ,  &  qui  ne  traitent  des 
biens  qu'acceflbiremtnt  ;  tels  font  ceux  qui  regar- 
dent la  naifiance  ,  la  légitimité  ,  la  liberté  ,  les  droits 
de  cité  ,  la  majorité,  la  capacité  ou  incapacité  de 
s'obliger,  de  telîer ,  d'eller  en  jugement,  &c. 

Lqs  Jlatuts  réels  font  ceux  qui  ont  poifr  objet  prin- 
cipal les  biens  ,  &  qui  ne  parlent  de  la  perfonne  que 
relativement  aux  biens  ;  tels  font  ceux  qui  concer- 
nent les  difpofitions  que  l'on  peut  faire  de  fcs  biens, 
loit  entre-vifs  ou  par  teftnment. 

Quelques  auteurs  dilUnguentunc  troifiemc  cfpece 
de  fuunts  ,  qu'ils  appellent  mixus  ,•  fayoir,  ceux  qui 
concernent  tout-à-la  fois  la  pcrfonne  &  fes  biens; 
mais  de  cette  manière  la  plupart  di's/Iaiuts  feroient 
mi.\tcs  ,  n'y  ayant  aucune  loi  qui  ne  foit  faite  pour 
Tome  XF. 


S  T  A 


50V 


les  perfonnes  ,  Si  au.Ti  prefque  toujours  pr.r  rapport  ' 
aux  biens.  A  dire  vrai ,  il  n'y  a  point  de  llaïut  mix- 
tes ,  ou  du  moins  qui  foient  autant  perfonnels  que 
réels  ;  car  il  n'y  a  point  àQ  jhuuts  qui  n'ait  un  objet 
principal  ;  cet  objet  eft  réel  ou  perfonnel,  &  déter- 
mine la  qualité  du  [îatuc. 

LeJIaiut  du  domicile  règle  l'état  de  la  perfonne  ,  ; 
&  fa  capacité  ou  incapacité  perfonnelle  ;  il  règle 
auffi  les  adtions  perfonnelles ,  les  meubles  &  etfets 
mobiliers  ,  en  quelque  lieu  qu'ils  fe  trouvent  fitués 
défait. 

Le  pouvoir  de  ce  fîat/u  du  domicile  s'étend  partout 
pour  ce  qui  eft  de  fon  reilbrt;  ainfi,  celui  qui  eft  ma-; 
jeur  ,  felon  la  loi  de  fon  domicile ,  eft  majeur  par-^r 
tout.  _  _  ,:.;o'  r 

Lq  fatut  de  la  iltuation  des  biens  ,  en^reglç  la  qu^,-- 
lité  &  la  difpofitjon.  .  •• 

Quand  \tjlaiui  du  domicile  &  celui  de  la  fituation 
font  en  çontradidion  l'un  avec  l'autre  ,  s'il  s'agit  de 
l'ctat  &  capacité  de  la  perfonne,  c'eiMeJintui  du  do-r 
micil^  qui  doit  prévaloir  ^  s'il  s'agit  de  la  difpofi— > 
tion  des  biens  ,  c'eft  la  loi  de  leur  lituation  qu'il  faut 
fuivre. 

Si  piufieursy?^/«/j  réels  fe  trouvent  en  concurren- 
ce ,  chacim  a  fon  effet  pour  les  biens  qu'il  régit. 

En  rnatiere  d'aéles ,  c'eft  lejlacui  du  lieu  où  on 
les  pafle  qui  en  règle  la  forme,. 

Mais  il  y  a  certaines  formalités  qui  fervent  à  habi- 
liter la  perfonne  ,  telles  que  l'autorifation  du  mari  à 
l'égard  de  la  femme  ;  celles-là  le  règlent  par  {QJlatut 
du  domicile  ,  comme  touchant  la  capacité  perfon- 
nelle ;  d'autres  font  de  la  fubftance  de  la  difpofition 
mcine ,  telles  que  la  tradition  &  l'acceptation  dans 
les  donations  ;  &  celles-ci  fe  règlent  par  le  jlatiu  du 
lieu  oii  font  les  biens  dont  on  difpenfe. 

Enfin  dans  Tordre  judiciaire  on  diftingue  deux  for- 
tes dcjlacuts  ,  ceux  qui  concernent  Tinlf  ruclion  ,  & 
ceux  qui  touchent  la  décifion:  pour  les  premiers, /ms 
ordi/iatoria ,  on  fuit  la  loi  du  lieu  où  Ton  plaide  ;  pour 
les  autres ,  litis  dicîforia  ,  on  fuit  la  loi  qui  régit  les 
perfonnes  ou  leurs  biens  ,  félon  que  l'un  ou  l'autre 
eft  Tobjet  principal  de  la  contelhuion. 

QyiQ\c\\xts  Jl.ituts  font  feulement  négatifs  ,  d'autres 
prohibitifs  ,  d'autres  prohibitifs-négatifs. 

hifiatut  Amplement  négatif,  ell  celui  qui  déclare 
qu'une  chofe  n'a  pas  lieu  ,  mais  qui  ne  défend  pas  de 
déroger  à  fa  difpofition  ,  comme  quand  une  coutume 
dit  que  la  communauté  de  biens  n'a  pas  lieu  entre 
conjoints ,  &  qu'elle  ne  défend  pas  de  Tétabiir. 

Le  Jlattu  prohibitif  eft  celui  qui  défend  de  faire 
quelque  chofe  ,  comme  la  coutume  de  Nornrmdie  , 
art.  jj-  qui  porte  que  quelqu'accord  ou  convenance 
qui  ait  été  faite  par  contrat  de  mariage  ,  &  en  fa- 
veur d'icelui  ,  les  femmes  ne  peuvent  avoir  plus 
grande  part  aux  conquêts  faits  par  le  mari ,  que  ce 
qui  leur  appartient  par  la  coutume,à  laquelle  les  con- 
tradhins  ne  peuvent  déroger. 

Le  patut  eft  prohibitif  -  négatif  lorfqu'il  déclare 
qu'une  chofe  n'a  pas  lieu  ,  6c  qu'il  défend  de  déro- 
ger à  fa  difpofition  :  on  confond  fouvent  le  jLitut 
prohibitif  avec  le  prohibitit-négatif. 

Quand  1^  flaciit  prononce  quelque  peine  contre 
les  contrevenans,onTappelley?^f»'^//;e«u/.  Foyc^Loi 

PENALE  û*  PEINK. 

Sur  la  matière  des  fiatuts  ,  on  peut  voir  Bartole , 
Baldc ,  Taul  do  Caftre  ,  Chriftineus  ,  Everard  ,  Ti- 
raqueau  ,  Dumoulin  ,  Dargentré  ,  Burgundus  ,  llo- 
demburgius,  Voet,  les  mémoires  de  Roland  ,  les  i]ucj- 
tionsfur  Us  démifjions  de  M.  Boulenois  ,  &  les  dtjfcr^ 
talions  fur  lis  qucflions  qui  ruujjiiit  de  la  contrarier  aa 
lois  &  coutumes,  (-^i) 

Statut  de  sang  ,  (Jlijl.  d'Angleterre:)  c'eft  alnfi 
qu'on  nomma  en  Angletei-re  le  règlement  qu'Henri 
VllI.  lit  en  1539  au  lujet  de  la  religion.  11  décerna 

S  s  s 


50(5 


S  T  A 


la  peine  de  feu  ou  cîu  fioct  contre  ceux  ;  j".  qui  nic- 
roient  la  tranfubllantiation  ;  z".  qui  loutieiulroicnt 
la  iiccefTité  de  la  comunuiion  (bus  les  deux  espèces  ; 
3^.  qu'il  étoit  permis  aux  prêtres  de  le  marier;  4''. 
Cfxron  peut  rompre  le  vœu  de  chaftcté  ;  5**.  que  les 
mell'es  privées  ibnt  inutiles  ;  6".  que  la  confeirion 
auriculaire  n'eft  pas  néceflaire  pour  le  i'alut.  Gardi- 
ner,  évcque  de  \Vincheller  ,  étoit  le  véritable  au- 
teur de  ces  lois.  Il  avoit  fait  entendre  au  prince,  que 
c'étoit  le  fcul  moyen  d'empêcher  qu'il  ne  fe  format 
une  ligue  contre  lui  ;  que  ce  qu'il  avoit  aboli  ii'étoit 
pas  el^entiel  à  la  religion  ;  &  qu'enfin  perlonnef  ne  le 
regardcroit  comme  hérétique  ,  pendant  qu'il  main- 
tiendroit  ces  fix  articles.  On  rechercha  ceux  qui  les 
condamnoienr ,  mais  on  en  découvrit  un  û  grand 
nombre  ,  que  le  roi  fe  vit  obligé  de  changer  la  peine 
de  mort,  en  celle  de  la  con;  Icarion  des  biens  contre 
ceux-là  feulement  qui  feroient  coupables  de  viola- 
tion du  quatri'jmey?^^:/-'.  Enfin,  en  i  5  47  fous  Edouard 
Vi,  la  loi  des  fi>:  articles  fut  révoquée  pour  toujours  ; 
ce  fut-!à  l'aurore  clos  jours  plus  heureux  qui  reparu- 
rent fous  le  règne  d'Elil'abeth.  (Z>. ./.) 

Statuts  ,  (^Commerce.)  ce  font  des  réglemens  faits 
par  autorité  publique  ,  &  confirmés  par  des  lettres- 
patentes  du  fouverain  pour  lervir  à  la  conduite,  gou- 
vernement &  difcipline  des  corps  des  Marchands  & 
des  communautés  des  Arts  &  Métiers. 

Les  (îûtuts  en  général  font  aufîi  anciens  que  l'union 
des  particuliers  en  certains  corps  6i  communautés  , 
parce  qu'il  elt  impoffible  d'entretenir  la  paix  entre 
plufieurs  perionnes  de  condition  égale ,  fi  elles  ne 
conviennent  de  certaines  lois  communes,  fuivant  Icf- 
quelles  elles  s'engagent  de  vivre  &  de  fe  conduire 
par  rapport  à  l'intérêt  commun  ;  mais  comme  il  efl 
du  bon  ordre  6c  de  la  fureté  des  états ,  qu'il  ne  s'y 
tienne  point  d'affembiée  fans  l'aveu  du  prince ,  les 
princes  eux-mêmes  ou  leurs  minilîres  ,  ou  officiers  , 
ont  trouvé  bon  de  veiller  à  l'établifTement  ou  à  la 
manutention  de  ces  Jiatuis. 

C'eft  ce  c[ui  efl  arrivé  en  France  fur  la  fin  du  dou- 
îieme  fiecle  ;  car  quoiqu'il  y  ait  des  communautés 
qui  produifent  des  Jlaïuis  qui  leur  ont  été  donnés  ,  à 
ce  qu'elles  prétendent,  des  le  commencement  du  on- 
zième liecle ,  on  doute  pourtant  de  leur  authenti- 
cité. 

Le  premier  règlement  général  qui  ait  été  fait  au 
fujet  des  Jlamcs  des  corps  &  communautés  ,  ell:  celui 
des  états-généraux,  tenus  à  Orléans  au  mois  de  Dé- 
cembre 1560.  l'article  98  ,  ordonnant  que  tous  les 
jlatuts  deidits  corps  &  communautés  feroient  revus 
&  corrigés  ,  réduits  en  meilleure  form.e  ,  mis  en  lan- 
gage plus  intelligible,  &  de  nouveau  confirmés  & 
autorilés  par  lettres-patentes  du  roi. 
•  L'exécutoire  de  cet  article  donna  lieu  à  quantité 
de  lettres-patentes  de  confirmation  ,  expédiées  Ibus 
Charles  IX.  Les  guerres  de  religion  qui  fliivirentfuf 
pendircnt  la  continuation  de  cette  police. 

Louis  XIV.  donna  au  m.ois  de  Mars  1673  "'^  ^"'^'^^ 
pour  le  renouvellement  général  des  Jlatuts  de  tous 
les  corps  &:  communautés,  6i  il  fut  môme  réglé  au 
confeil  un  rble  des  fommes  qu'il  leur  en  dcvoit  coû- 
ter. Il  paroît  par  ce  rôle  ,  qu'alors  ces  communau- 
tés n'étoient  dans  Paris  qu'au  nombre  de  quatrevingt- 
quaîrc  ;  mais  par  celui  du  mois  d'Avril  1691  ,  por- 
tant exécution  du  premier,  elles  fe  trouvent  monter 
à  cent  vingt-quatre,  yen  ayant  eu  plufieurs  nouvel- 
les, érigées  par  lettres-parentes  depuis  l'éditde  1673. 

Depuis  que  les  rois  ont  trouvé  à-propos  de  don- 
ner leurs  lettres  de  confirmation  des  fiatuts  &  régle- 
mens des  communautés  ,  elles  iont  obllaées  de  de- 
mander  cette  confirmation  au  commencement  de  cha- 
que règne  ;  mais  plufieurs  de  nos  rois  ont  bien  voulu 
ne  pas  uler  de  leurs  droits  à  cet  égard.  Diciionn.  de 
Commerce, 


S  T  E 

STAVELI..O  ,  (Cc'oo.  //W.)  petite  ville  d'AIlcm.v 
gn*,  entre  le  pays  de  l'évêque  de  Liège  ,  &  les  du- 
chés de  Limbourg  &  de  Luxembourg  ,  fur  la  rivière 
d'Aniblcve  ,  à  une  lieue  au-Jelius  de  Malrrjédie  &  à 
4  de  Limbourg.  Elle  a  une  ancienne  abbaye  de  l'or- 
dre de  S.  Benoît ,  fondée  dans  le  feprieme  liecle  ;  fon 
abbé  eli  prince  de  l'Empire,  6i.  fouverain  de  la  ville. 
Long.  23.  34.  lut.  So.  7.S.  (Z>.  7.) 

STAVEREN  ,  (  Gco<r.  mod.)  ville  des  Provinces- 
Unies  ,  da-ns  la  Frife  ,  au  Weltergo  ,  fur  le  Zuvder- 
zée  ,  i\  fix  lieues  d'Enckhuyién  ,  &  à  9  de  Vollen- 
hove. 

Staveren  étoit  autrefois  une  ville  pulfTante  ,  riche 
extrêmement  peuplée  ,  &  l'un  des  célèbres  ports  de 
mer  de  toutes  les  côtes  leptentrionales.  Les  anciens 
rois  de  Frlfe  y  faifoient  leur  féjour  ordinaire  ;  &  les 
annales  difent  que  Richolde  ,  premier  roi  du  pays, 
fit  bâtir  vers  l'an  400,  entre  StAvcrcn  6c  Médembllc, 
un  iuperbe  temple  ,  dont  l'enceinte  fervoit  d'afyle 
aux  criminels  6c  aux  bannis.  De  plus ,  Staveren  fut 
comprife  dans  l'alliance  des  villes  Ahiéatiaues. 

De  fréquentes  mondations  de  la  mer,  ont  extrê- 
mement diminué  fa  grandeur  &  fon  luftre  ;  cepen- 
dant c'elt  encore  une  bonne  ville  ,  peuplée ,  &  com- 
merçante ;  Ion  port  eft  à  l'embouchure  d'une  petite 
rivière  qu'on  retient  par  un  canal  qui  coule  dans  le 
pays.  Il  y  a  outre  cela  un  grand  mole  qui  s'avance 
dans  la  mer  ,  6l  qui  efl  foutenu  par  des  pilx)tis  pour 
empêcher  que  les  lablons  ne  bouchent  l'entrée  de  ce 
port.  Enfin  ,  elle  a  pour  fa  défenfe  de  fortes  murail- 
les &  de  boni  bafllons ,  qui  iont  environnés  de  ma- 
rais. Lon<:r.  22.  S4.  lat.  5i.  5y.  {D.  7.) 

STAUROLATRE  ,  f  m.  pi.  {Hifl.  eccUf.)  adora- 
teur de  la  croix  ;  hérétiques  qu'on  appelloit  auffi  en 
arménien  cha^ia^ariens  ,  qui  fignifie  la  même  chofe; 
ils  rendolent  à  la  croix  le  même  culte  qu'à  Dieu. 

STAUROLITE  ,  f.  f  {Hift.  nat.  Litholog.)  nom 
donné  par  quelques  auteurs  à  la  pierre  en  croix  ,  la- 
pis cmcïfir.  royci  Pierre  en  croix. 

STAUROPHYLAX  ,  f  m.  (Hijl.  ecc/éf.)  ^n^vpc^ù- 
XaÇ,  officier  de  l'églife  de  Confiantinople,  chargé  de 
garder  la  croix  trouvée  par  l'impératrice  Hélène  ;  ce 
mot  ell  compolc  de  (nfaùpo?  ,  une  croix  ;  &  <p<j>.a.iToxa  , 
Je  garde;  les  eccléfiaftiques  chargés  de  porter  la  croix 
en  procefîion  fe  nommoient  a-TAupoçiupoç  ^  fluurophori  , 
flaurophores.  (^D.J.) 

STAWANGER  ou  ST AVANCER ,  {Géog.  mod) 
ville  de  Norwege,  dans  le  gouvernement  de  Bergen, 
capitale  de  la  contrée  de  même  nom ,  fur  le  Bucken- 
fiord  ,  à  30  lieues  au  midi  de  Bergen  ,  avec  un  évê- 
ché  fuifragant  de  Dronthelm.  Long.  22.  48.  lat.5S, 
44-  {D.J.)  .  .  ,  .  . 

STAXIS  ,  ÇLexicog.  medic.  )  rrcL^îç,  de  rra^w  ,  dij- 
tilier  ;,  c'efl:  une  dlftillatlon  de  lang  goutte- à-goutte 
par  les  narines.  Telle  efl  l'acception  générale  de 
o-Tflf|/'çdans  Hlppocrate. 

L'effufion  de  lang  par  le  nez  goutte-à-goutte  eft 
regardée  comme  dangereufe  dans  ladoftrine  des  cri- 
fes ,  en  ce  qu'elle  indique  le  manque  de  force  &  la 
foiblefie  de  la  nature.  Hlppocrate  dit  qu'elle  eft  de 
mauvais  augure  loriqu'elle  arrive  l'onzième  jour. 
Gaiiei  ajoute  qvie  toutes  les  diilillations  légères  par  le 
nez  font  funefies  dans  les  pleuréfies  &  dans  les  phré- 
néfi:s  ;  au  contraire  les  évacuations  abondantes  &  li- 
bres de  iang  par  le  ne/,  pafi'ent  chez  tous  les  méde- 
cins anciens  é>C  modernes  pour  être  des  crifes  falutai- 
res  ,  &  pour  déugner  la  terminalfon  heureufe  de  la 
maladie.   (D.  J.) 

STEA1 ITE  ,  1".  f  (  HiJl.  nat.  )  nom  donné  par 
quelques  auteurs  à  une  terre  douce  au  toucher  com- 
me du  favon  ,  qui  eft  de  la  nature  de  la  terre  cimo- 
lée.  f^ofei  CiMOLÉE.  D'autres  ont  donné  le  nom  de 
Jltéatiie  à  la  pierre  de  lard.  Voye^  Lard  ,  pierre  de. 

STÉATOCELE  ,  f.  i.en  Chirurgie^  eft  une  tumeur 


s  T  E 

3u  fcrotum  j  qiù  eft  compofée  d'une  fubftance  graffe 
qui  s'y  eft  amafTée ,  &  qui  reflemblc  à  du  fuif.  Foyc^ 
Steatome.  (F) 

STÉATOME  ,  f.  m.  (  Médec.^  s-:itfTZfj.ei,àe  a-Ttetf, 
^uif  ;  efpecc  de  tumeur  enkiftée  ,  &  qui  ell  formée 
lans  les  parties  molles  par  une  matière  fembluble  à 
lu  fuif. 

hes  Jléatcmes  viennent  de  la  graiffe  qui  ne  pouvant 
»as  fortir  des  cellules  adipeufes ,  forme  des  tumeurs  , 
'■>L  Y  dégénère  en  une  efpece  de  fuif;  on  trouve  dans 
;cs  tumeurs  une  membrane  qui  s'épaiffit ,  &  qui  peut 
tre  féparée  de  toutes  les  parties  voifines.  On  ne  fau- 
oit  douter  que  cette  membrane ,  ou  ce  fac ,  n'ait  été 
lans  fon  origine  une  cellule  adipeufe.  La  méthode 
urative  de  cet  accident  eft  la  même  que  celle  de  l'a- 
bérome  &:  du  meliceris.  (-0.  /.) 

STEC  ,  f.  m.  au  jeu  du  romejlecq  ,  eft  une  marque 
ue  l'on  efface  pour  celui  qui  fait  la  dernière  levée. 

■'oycy  ROMESTECQ. 

STECKBOREN,  ou  STECKBUREN,  ou  STECK- 
iORU  ,  (  Giog.  mod.  )  petite  ville  de  Suifî'e  dans  le 
"hourgaw ,  au  bord  du  lac  de  Confiance ,  ;\  deux 
eues  au-defî"us  de  l'endroit  où  ce  lac  fe  dégorge  dans 
î  Rhein.  {D.  J.) 

STEEN ,  f.  m.  (^polds.  )  le  mot  Jléen  ou  (iéln ,  figni- 
ie  pierre  :  c'efl  une  forte  de  poids  plus  ou  moins  fort, 
Liivant  les  lieux  où  il  efl:  en  ufage.  A  Anvers  la  pierre 
Ù.  de  huit  livres,  qui  en  fontfept  de  Paris  &  d'Amf- 
srdam.  A  Hambourg  la  pierre  efl  de  dix  livres  ;  à 
>antzick:  &  à  Revel  il  y  a  la  petite  &  la  groffe  pier- 
e  pour  peler  les  marchandifes  plus  ou  moins  fines. 
.eurjiéin  de  vingt-quatre  livres  fait  à  Paris  vingt-une 
vres  cinq  onces  cinq  gros.  A  Konisberg  la  pierre  efl 
e  quarante  livres ,  qui  en  font  trente-deux  de  Paris. 
D.J.) 

STEENBERGUE ,  (  Géog.  mod.)  petite  ville  des 
*ays-Bas  au  Brabant  hoUandois  ,  dans  la  partie  fep- 
entrionale  du  marquifaî  de  Berg-op -zoom.  Cette 
jlle  efl  très-bien  fortifiée ,  &  elle  fait  avec  les  pol- 
ieers  des  environs  une  feigneurie  qui  appartient  à  la 
nuifon  de  NalVau-Orange;  mais  les  Etats  généraux  en 
ont  fouverains,  &c  y  lèvent  les  mêmes  impôts  que 
lans  les  autres  pays  de  la  généralité.  La  régence  efl 
:ompofée  d'un  droffard ,  d'un  bourguerheflre  &  de 
ix  échevins  ,  avec  un  fecrétaire.  Long.  zt.So.  Ut. 
M.J6-.  {D.J.) 

STEENKERCK  ,  ou  STEINCKERCK  ,  (  Geog. 
nod.  )  les  François  écrivent  Snnquerque  en  eflropiant 
'ortographe  de  ce  mot  ;  village  des  Pays-bas  dans  le 
[■lainaut ,  à  deux  lieues  &  demie  de  Halle  ,  &  à  une 
j'Enghien  ,  fur  les  confins  du  Brabant.  Ce  village  efl 
:élebre  par  le  fameux  combat  du  3  Août  1691 ,  le 
plus  fanglant  de  toute  la  guerre  de  ce  tems-là.  M.  le 
maréchal  de  Luxembourg  ne  fut  que  l'armée  ennemie 
s'approchoit ,  que  quand  la  brigade  de  Bourbonnois 
venoit  d'être  entamée.  Il  eut  le  bonheur  de  réparer 
cette  furprife  ,  en  forçant,  après  deux  attaques  inuti- 
les ,  le  prince  d'Orange  à  repaffer  les  défilés  par  lef- 
qucls  il  étoit  venu.  (Z>.7.) 

STEENWICK,  (  Géog.  mod.)  petite  ville  des 
Pays-Bas  ,  dans  la  province  d'Over-Iffel ,  vers  les 
confins  de  la  Frife,  fur  la  rivière  d'Aa.  Ses  fortifica- 
tions font  bonnes  &  régulières.  Elle  étoit  autrefois 
fous  l'évêché  de  Deventer.  Le  Prince  Maurice  de 
Naffau  la  prit  fur  les  Efpagnols  en  1 591  ,  &  elle  efl 
rcflée  depuis  fous  la  domination  des  Etats  généraux. 
Long.  23.  3^.  lat.  62.  4^. 

Cette  petite  ville  efl  la  patrie  cVO/carlus  (  Adam  )  , 
qui  s'efl  acquis  de  la  réputation  par  la  relation  du 
voyage  qu'il  fît  en  Perfc,en  Mofcovie  &  enTartarie, 
en  qualité  de  fecrétaire  de  l'ambafTade  du  duc  de 
Holflein.  M.  de  Wicqucfort  a  traduit  en  françois  cette 
relation  ,  &  l'a  faite  imprimer  ;\  Paris  en  1656  ,  en 
deux  vol.  in-4°.  Le  même  ouvrage  a  été  réimprime 
Tome  X  F, 


S  T  E 


507 


en  1716  ,  en  deux  vol.  in- fol.  avec  beaucoup  de  car- 
tes &  de  figures  copiées  fur  celles  de  l'édition  alle- 
mande ,  delfinées  par  Oléarius  lui-même.  Oléarius 
de  retour  dans  fa  patrie,  donna  un  abrégé  des  chro- 
niques de  HoLlein  ,  imprimé  à  Schlefwick  en  1663. 

Paludajius^Y^^xnzxA)  autrement  nommé  yanden- 
Broik ,  étoit  compatriote  d'Oléarius  ,  &  a  publié  en- 
tr'autres  ouvrages  de  favantes  remarques  fur  les 
voyages  de  Linlchoten.  {D.J.) 

STEGANOGRAPHIE  ,  f.  m.  {Linérat.)  efl  l'art 
de  l'écriture  fecrette ,  ou  d'écrire  en  chifres ,  de  ma- 
nière que  récriture  ne  puifTe  être  lue  que  par  le  cor- 
refpondant.  Foyei  Chifre. 

yl^neas  le  taéficien  inventa  il  y  a  plus  de  2000 
ans,  au  rapport  de  Polybe,  vingt  façons  différentes  ' 
d'écrire  de  manière  que  perfonnne  n'y  pouvoit  rien 
comprendre  s'il  n'étoit  dans  le  fecret. 

Maisà-préfentil  eftbien  difficile  de  rien  écrire  de 
cette  manière  qui  ne  puifTe  être  déchiffré ,  &  dont  on 
ne  trouve  le  fecret.  Le  dofteur  Wallis  ,  cet  excel- 
lent mathématicien  ,  a  beaucoup  contribué  à  l'art 
de  déchiffrer.  Voye^  Déchiffrer. 

La  fièganographïe ,  qui  efl  afuirément  un  art  fort 
innocent ,  n'a  pas  laiffé  que  de  pafTer  dans  des  fiecles 
peu  éclairés  ,  pour  une  invention  diabolique.  Tri- 
theme  ,  abbé  de  Spanheim  ,  ayant  entrepris  de  le 
faire  revivre  ,  &  compofé  à  ce  deffein  plufieurs  ou- 
vrages ,  un  mathématicien ,  fans  doute  ignorant , 
nommé  BovïLle ,  ne  comprenant  rien  à  certains  noms 
extraordinaires  que  Tritheme  n'avoit  employés  que 
pour  marquer  fa  méthode  ,  publia  que  l'ouvrage 
étoit  plein  de  myfleres  diaboliques.  PofTevin  l'a  co- 
pié ;  &  prévenu  de  ces  imputations  ,  l'élefteur  pala- 
tin Frédéric  II.  fit  brûler  l'original  de  la  Jlégj.nogra~ 
phie  de  Tritheme  qu'il  avoit  dans  fa  bibliothèque. Ce-' 
pendant  lorfqu'on  a  été  revenu  de  cespréjugés, divers 
auteurs  ont  donné  des  traités  de  Jîêgar:o graphie  ,  tels 
que  le  Caramuel ,  GafparSchot  ,  jéfuite  allemand, 
Wolfang  Ernefl  Eidel ,  autre  favant  allemand  ,  & 
entr'autres  un  duc  de  Lunébourg  ,  qui  fit  imprimer 
en  1614  un  traité  fur  cette  matière  ,  intitulé  crypto- 
graphia ,  c'efl -à-dire  écriture  cachée  ;  c'efl  aufîl  ce  que 
ûgmûe  Jïéganographie  ,  qui  efl  im  mot  formé  du  grec 
<rTiya.i'cç ,  cac/ié ,  &  de  '}pct(p»  ,  écriture.  On  trouve  plu- 
fieurs exemples  &C  manières  de  Jiéganographie  dans 
les  récréations  mathématiques  ^'Ozanam. 

STEGE  ,  ou  STEKE  ,  (  Géog.  mod.  )  petite  ville 
de  Dannemarck  ,  fur  la  côre  feptentrionale  de  l'île 
de  Mone,  dont  elle  efl  la  capitale ,  avec  un  château 
où  l'on  tient  garnifon. 

STEGEBORG  ,  {Géog.  mod.)  petite  ville  de  Sué- 
de dans  l'Oflrogothie  ,  fur  le  côte  de  la  mer  Balti- 
que ,  à  trois  lieues  à  l'orient  de  Suderkoping,  avec 
un  petit  port  commode.  {D.  J.) 

STEGNOSE  ,  f.  ï.  {Médcc.)  efl  une  obflruflion  de 
toute  tranfpiration  animale  ,  fur-tout  de  celle  qui  i'e 
fait  par  les  pores.  /^f>v£(  Transpiration. 

Il  lignine  aufîî  conjlipition ,  condcnfation.  Ce  mot  2 
rapport  aux  flcgnotiques  qui  font  deflinés  à  boucher, 
fermer ,  ou  refîcrrer. 

STEGNOTIQUE,ndj.  en  Médecine,  remède  pro- 
pre à  fermer  ou  à  boucher  l'orifice  des  vaifleaux  ou 
émunftoires  quand  ils  Ibnt  relâchés  ,  étendus  ,  dé- 
chirés ,   &C.    Foyei  StYPTIQUE  6- ASTRINGENT. 

Ce  mot  efl  formé  du  grec  «-té^w  ,  impedio ,  conf- 
tipo  ,  j'empêche  ,  je  refferre. 

Telles  font  les  feuilles  de  grenadiers  ,  les  rofes 
rouges,  les  feuilles  de  plantin,  les  racines  de  ror- 
mcntïlle  ,  &c.  Les  ftegnotiqucs  iont  propres  pour  les 
hémovrhoïdcs  &  autres  flux  de  fang.  Foyei  AsTRiN- 

GENS  ,   StYPTIQUES. 

STEIN ,  {Géog.  mod.)  ville  de  SuifTc,  dans  le  can- 
ton de  Zurich  ,  lûr  la  rive  droite  du  Rhein  ,  à  l'en- 
droit oh  ce  fleuve  fort  du  lac  de  Confiance.  Cette 

S  s  s  ij 


•508 


s  T  E 


ville  jouit  d'une  entière  liberté  ,  &  (c  gouverne  par    I 
les  propres  magiUrats  ,  Ibus  la  prote£tion  de  Zurich, 
depuis  l'an  14S4.  Long.  26".  44-  '''^-  47- -^o-  {D.J.) 

Stein  ,  (  Gcog.mod.)  petite  ville  d'Allemas^ne  , 
dans  la  lialTe  Autriche  ,  fur  le  Danube,  à  10  milles 
au-dc(liis  de  \'icnne  ,  &  A  10  au-deflbus  de  Lentz. 

STEIN  AW,  {Ccog.  mod.)  nom  de  deux  petites 
villes  d'Allemagne  en  Siléùe  ;  l'une  eft  dans  la  prin- 
cipauté d'Oppden  ,  Tur  la  petite  rivière  de  Stein; 
l'autre  dans  la  principauté  de  W'olaw  fur  le  bord  de 
roder.  {D.  y.) 

STEINBACH,  (<^.'p5'./nfl^/.)  petite  ville  d'Allema- 
gne ,  dans  le  marquilat  de  Bade ,  à  quelques  lieues 
au  iud-ouelt  de  la  ville  de  Bade. 

STEINFURT,  autrement  STENFORD  ,  {Géog. 
moJ.)  petite  ville  ou  bourg  d'Allemagne  ,  dans  le 
cercle  de  '^ellphalic  ,  fur  le  Wecht ,  à  fix  lieues  de 
la  ville  de  Munller  vers  le  couchant  méridional.  Ce 
bourg  donne  ("on  nom  à  un  comté  qui  a  eu  autrefois 
des  iVigneurs  particuliers.  (Z?.  7.) 

STEINHEIM,  {Géog.  mod.)  petite  ville  d'Allema- 
gne dans  l'archevêché  de  Mayence  ,  fur  la  gauche  du 
Mein  ,  près  de  Sclinglkd,  Long.  ■x6.  ^.lat.  60.  4. 

Rcineccius  (  Reinier)  ,  l'un  des  iavans  hommes 
d'Allemagne  du  xvj.  fiecle  dans  la  connoiflance  de 
l'hiiloire  °  naquit  à  Stânheim  ,  &  y  finit  fes  jours  en 
j  595.  On  a  de  lui  un  grand  nombre  d'ouvrages  la- 
tins fur  les  diti'érens  peuples  de  l'antiquité,  &  en  par- 
ticulier fur  les  Juifs  ,  les  Grecs  ,  les  Romains  ,  les 
familles  des  rois  de  Macédoine  ,  celles  des  Arfacides, 
des  Séleucides  ,  des  Lagides  ,  des  rois  d'Arménie  & 
de  Pergame  ,  des  rois  de  MeiTénie  ,  des  rois  de  Mé- 
die  &  de  Badriane ,  des  rois  d'Athènes  &  de  My- 
cène,  &c.  On  fait  un  cas  particulier  de  fon  liiflorla 
Jul'ia.  Son  traité  de  la  méthode  de  lire  &  d'étudier 
l'hiftoire,  methodus  Ugendi  hiflorias  y  efl  encore  efti- 
mè.  (D.  J.) 

SïEKAIMEN,  f.  m.  (Comm.)  mefure  de  liqui- 
des. ^qyeçSTEKAN. 

STEK AN  ou  STECKAN ,  f.  m.  (  Comm.  )  mefure 
de  Hollande  pour  les  liquides,  &  particulièrement 
pour  les  huiles.  Les  bottes  ou  pipes  d'huile  con- 
tiennent depuis  lo  jufqu'à  %y[îckans.  A  Amflerdam 
on  nomme  cette  mcdnejîckaimen.  Le  flekaimen  con- 
tient 1 6  mingies  ou  mingulles ,  à  raifon  de  deux  pin- 
tes de  Paris  le  mingle ,  ainfi  il  efl  de  32  pintes.  La 
banque  de  Bourdeaux  rend  ii  flekens  &C  demi.  Le 
tonneau  de  Bayonne  ,  Turfun  ,  &  ChalofTe  ,  140  Jle- 
kans  ,  &  le  poinçon  de  Nantes  1 2.  Dïclion.  de  comm. 
&  de  Trév. 

STÉLAGEjf,  m.  {Droit  de  feïgneur.)  droit  qui 
fe  perçoit  fur  les  grains  en  quelques  endroits  de 
France.  C'eft  un  droit  de  feigneur  qu'on  nomme 
ailleurs  minage.,  hallage.^  ^mejurage.  Il  confille  ordi- 
nairement en  une  écuellée  de  grains  par  chaque  fac 
qui  fe  vend  dans  une  halle  ou  marché.  Il  y  a  des 
lieux  cil  lejiélage  fe  levé  auffi  fur  le  fel ,  comme  dans 
la  principauté  de  Bouillon.  (  Z>.  /.  ) 

STELE,  f.  m.  {.întiq.  grec.)  a-T»'?»,  nom  qu'on 
donnoit  chez  les  Grecs  à  un  pilier  auquel  on  expo- 
loit  un  criminel  à  la  vue  du  public ,  &  fous  lequel 
on  l'enterroit  enfuite  pour  raifon  de  fon  crime  :  les 
coupables  ainfi  expofés  étoient  appelles yZc/i/^.  Pot- 
ter  ,  ArchceoL  grec.  L  I.  c.  xxv.  tom.  I.  p.iT,  0.  {  D.  J.) 

STELES,f.  f.  pi.  {Jrchit.)  les  Grecs  nommoient 
ainfi  les  pierres  quarrées  dans  leur  bafe ,  qui  confer- 
voient  une  même  grolTeur  dans  toute  leur  longueur , 
d'oii  font  venus  les  colonnes  attiques  ,  &  ils  appel- 
loient  (lyUi  les  pierres  qui  étant  rondes  dans  leur 
bafe,  finilîbient  en  pointes  par  le  haut,  d'où  font 
venus  les  colonnes  diminuées,  &  les  obélilques. 

STELECHITES  »  {.f.{  Hijl.  nat.  Litholog.  )  nom 
donné  par  quelques  auteurs  à  l'oftéocolle.  Voye^  cet 
article.  Aldrovande  a  donné  le  nom  dejielechiie  aux    I 
cmrochites. 


S  T  E  ! 

STELLA  TERR^,  {Hlft.  nat.)  quelques  ait-    j 
teurs  ont  donné  ce  nom  au  talc,  yoyei  Can.  Talc.       ' 

Stella  ,  (  Géog.  mod.)  ville  d'Efpagne,au  royau- 
me de  Navarre,  capitale  d'une  mérindade,  avec  un 
château  pour  fa  déienfe.  Elle  eft  fituée  fur  le  chemin 
de  Bifcaye  à  Pampelune ,  dans  une  plaine  agréable        1 
au  bord  de  la  rivière  Ega.  {D.  J.) 

Stella,  (  Géog.  mod.  )  montagne  de  Portugal 
près  de  Coimbre  ;  c'elt  une  chaîne  de  montagnes  qui 
tourne  de  Coimbre  :\  l'orient ,  entre  les  rivières  de 
Mondego  &:  de  Zezere.  Anciennement  elle  étoit  ap- 
pcllée  Hermenus  ou  Hcrmïnius  ,  &  elle  eft  différente 
d'une  autre  montagne  Herminius  ,  qui  eft  dans  la 
province  d'Alentéjo  à  l'orient,  jufques  dans  le  voifi- 
nage  de  Corilhana.  {D.J.) 

Stella ,  la  ,  {  Géog.  mod. )  rivière  d'Italie,  dans 
l'état  de  Venlfe,  au  Frioul.  Elle  prend  fa  fource  près 
de  Coloredo  ,  &  fe  jette  par  deux  embouchures  dans 
le  lac  de  Venife  :  c'eft  le  telumentum  minus  des  an- 
ciens ,  félon  Léander.  {D.J.) 

STELLARIS  LAPIS,  {Hifi.  nat.  Lithol.)  noin 
donné  par  quelques  auteurs  à  la  pierre  que  nous  ap- 
pelions ajlroite.  Voyez  cet  article. 

STELLATE,  plaine  de,  {Géog.  anc.)Stellatis 
ager  ou  campus ,  plaine  ou  campagne  d'Italie  ,  dans  la 
Campanie.  Tite-Live,  /.  IX.  c.  xliv.  parle  des  in- 
curfions  que  les  Samnites  firent  dans  cette  campa- 
gne. Il  en  donne  en  quelque  forte  la  fituation  lorf- 
qu'il  dit,  liv.  XXII.  chap.  xiij.  qu'Annibal  s'étant     ^ 
détourné  de  fon  chemin ,  &  ayant  traverfé  les  ter-     I 
ritoires  d'Allfa,  de  Calatia  ,  &  de  Cales  ,  defcendit     " 
dans  la  plaine  de  Scellate ,  qu'il  trouva  renfermée  de 
montagnes  &  de  fleuves. 

Ciceron  parle  de  cette  plaine  dans  fa  première 
harangue,  ch.j.  de  lige  agraria ,  ik  dans  fa  féconde  || 
harangue,  ck.  xxxj.  il  dit  que  la  plaine  de  Sttllate  fut 
unie  au  territoire  de  la  Campanie,  &  que  dans  la 
diftribution  qui  en  fut  faite ,  on  adjugea  douze  arpens 
à  chaque  homme. 

Selon  Suétone ,  in  Cœfare,  ck.  xx.  la  campagne  de 
Stcllate  avoit  été  autrefois  confacrée ,  ou  peut  -  être 
feulement  confervée  parles  anciens  Romains,  &  fiit 
divifée  conjointement  avec  la  Campanie  à  environ 
vingt  mille  citoyens  romains ,  qui  avoient  trois  en-  j^ 
fans  ou  davantage.   {D.J.)  1 

STELLATINÈ,  tribu,  {Antiq.  rom.)  la  tribti  1 
Stellatine  étoit  une  des  quatre  qui  furent  établies  en- 
femble  ,  l'an  de  Rome  3  3  7  ,  &  dont  voici  les  noms  : 
Stellatine,  Sabatine.,  Tormentinc  ,  &  Arnienjis  ou  Nar- 
nienfis:  félon  M.  Boivin,  le  véritable  nom  de  cette 
dernière  eft  Anienfis ;  j'y  confens,  l'objet  qu'il  im- 
porte de  connoître ,  c'eft  l'efprit  du  gouvernement 
de  Rome ,  dans  l'établiffement  des  tribus.  Les  cen- 
feurs ,  tous  les  cinq  ans,  diftribuoient  le  peuple  dans 
fes  diverfes  tribus,  de  manière  que  les  tribuns  &  les 
ambitieux  ne  puflent  pas  fe  rendre  maîtres  des  fuf- 
frages ,  &  que  le  peuple  même  ne  put  pas  abufer  de 
fon  pouvoir.  {D.J.)  1^ 

STELLINGU  ES ,  f.  m.  pi.  (  Hijl.faxone.  )  c'eft  le  r. 
nom  que  fe  donnèrent  les  Saxons ,  à  qui  Lothaire , 
fils  de  Louis-le-Débonnaire,  accorda  la  permifTioii 
de  profefTer  le  paganifme,  que  Charlemagne  avoit 
obligé  leurs  pères  d'abandonner.  Lothaire  fe  trou- 
vant enveloppé  de  grandes  affaires  à  caufe  des  guer- 
res qu'il  avoit  contre  fes  frères,  Louis  &  Charles-le- 
Chauve,  requit  les  Saxons  fes  fujets  de  le  fecourir 
de  troupes  &  d'argent ,  &  pour  les  y  difpofer  il  leur 
accorda  la  Uberté  de  fuivre  telle  religion  qu'ils  vou- 
droient.  Alors  la  plupart  des  Saxons  retournèrent  à 
leur  ancien  paganifme,  &  fe  nommQYQnt  StelUngues ., 
en  conféquence  de  la  permiffion  de  Lothaire. . 9/4/- 
ling  en  ancien  faxon  ,  fignifie  règlement ,  fyjléme ,  hy- 
pothl'fc ,  arrangement  ;  telle  eft  l'origine  du  nom  bi- 
iarre  qu'ils  prirent,  de  Stcllingues,  comme  qui  diroit 


s  T  E 

;ns  attachés  à  un  fyftème  ,  ou  à  un  règlement  de 
:ligion.  (-0.  /.) 

STELLIONAT  ,  f.  m.  (  Jtmfpmd,  )  eft  un  nom 
énérique  fous  lequel  les  lois  romaines  ont  compris 
Hites  les  efpeces  de  fraude  &  de  tromperies  qui 
suvent  fe  commettre  dans  les  conventions,  &  aux- 
Lielles  la  loi  n'avoit  pas  donné  de  défignation  par- 
culiere. 

Le  fidlionat  eft  mis  par  les  lois  au  nombre  des 
■imes,  &  a  été  ainfi  nommé  d'un  certain  léfard  ap- 
zWéfidlio,  remarquable  par  fon  extrême  fineffe  & 
ar  la  variété  de  fes  couleurs ,  parce  que  ceux  qui 
^mmettent  ce  crime  emploient  toutes  fortes  de 
étours  &  de  fubtilités  pour  cacher  leur  fraude. 

Entre  les  différentes  manières  de  commettre  ce 
■ime ,  on  en  remarque  flx  des  plus  ufitées  dont  les 
)is  romaines  font  mention. 

La  première  efl  lorfque  quelqu'un  vend  ou  engage 

même  chofe  à  deux  perfonnes  en  même  tems. 

La  féconde  eft  du  débiteur  qui  engage  ou  donne 
1  payement  à  fes  créanciers  une  chofe  qu'il  fait  ne 
li  pas  appartenir. 

La  troifieme  eft  le  cas  de  celui  qui  fouftrait  ou 
tere  des  effets  qui  étoient  obligés  à  d'autres. 

La  quatrième  eft  lorfque  quelqu'un  coUude  avec 
n  autre  au  préjudice  d'un  tiers. 

La  cinquième  eft  du  marchand  qui  donne  une 
larchandife  pour  une  autre,  ou  qui  en  fubftitue 
ne  de  moindre  qualité  à  celle  qu'il  a  déjà  vendue  ou 
changée. 

La  fixieme  enfin  eft  lorfque  quelqu'un  fait  fclern- 
lent.une  fauffe  déclaration  dans  un  afte. 

Ainfi ,  fuivant  le  droit  romain ,  le  fldiïonat  ne  fe 
:>mmettolt  pas  feulement  dans  les  conventions, 
lais  encore  par  le  feul  fait  &  fans  qu'il  fut  befoin 

une  déclaration  expreffe. 

Mais  parmi  nous  on  ne  répute  ftellionataire  que 
elui  qui  fait  une  déclaration  frauduleufe  dans  un 
ontrat,  foit  en  vendant  comme  fien  un  héritage 
ui  ne  lui  appartient  pas  ou  qui  eft  fubftitue ,  foit  en 
éclarant  comme  franc  &  quitte  de  toutes  charges , 
n  fonds  qui  fe  trouve  déjà  hypothéqué  à  d'autres; 
e  crime  peut  conféquemment  fe  commettre ,  non- 
sulement  dans  les  ventes  &  obligations ,  mais  auiîi 
[ans  les  conftitutions  de  rente. 

Chez  les  Romains  ce  crime  étoit  puni  d'une  peine 
xtraordinaire.  Quand  \t  fidlionat  étoit  joint  au  par- 
are  on  condamnoit  le  coupable  aux  mines,  fi  c'étoit 
.n  homme  de  vile  naiffance ,  &  à  la  rélégation  ou 
nterdiftion  de  fon  emploi,  fi  c'étoit  une  perfonne 
:onftituée  en  dignité. 

Parmi  nous  il  eft  rare  que  ce  crime  foit  pourfulvi 
ixtraordinairement  ;  à  moins  qu'il  ne  foit  accompa- 
;né  de  circonftances  de  fraude  extrêmement  graves , 
es  peines  ne  fe  prononcent  que  par  la  voie  civile. 

Les  plus  ordinaires  font ,  i°.  que  le  ftellionataire 
)eut  être  contraint  au  renibourfement  du  prix  de  la 
^ente  ,  ou  au  rachat  de  la  vente,  ordonnance  de  1 6^2^ . 
1°.  Il  peut  y  être  contraint  par  corps  ,  même  les  fcp- 
uagénaires ,  qui  dans  les  autres  cas  ne  font  pas  fiijets 
\  cette  contrainte  pour  dettes  purement  civiles  ,  or- 
donnance de  iG6y.  3°.  On  ne  reçoit  point  le  ftellio- 
lataire  au  bénéfice  de  ceffion. 

Les  femmes  étoient  aufli  autrefois  fujettes  aux 
tnêmes  peines,  lorfqu'en  s'obligeant  avec  leurs  ma- 
ris elles  déclaroient  leurs  biens  francs  &  quittes,quoi- 
qu'ils  ne  le  fuffent  pas  :  mais  l'édit  du  mois  de  Juillet 
i68o,  a  affranchi  dans  ce  cas  les  femmes  de  l'empri- 
fonnement  &  les  a  feulement  affujctties  au  payement 
folidalre  des  dettes  auxquelles  elles  lé  font  obligées 
avec  leurs  maris  ,  par  laifie&:  vente  de  leurs  biens. 
Il  y  a  néanmoins  troiscas  où  les  femmes  font  con- 
tralgnables  par  corps  pour  fieUionat  ;  le  premier  eft 
lorlqu'il  procède  de  leur  fait  feulement ,  ordonnance 


S  T  E 


J09 


dt  iGGy.  Le  fécond  lorsqu'elles  font  marchandes  pu- 
bliques ,  &  qu'elles  font  un  commerce  féparé  de 
celui  de  leurs  maris,  Faris  arnde  ^jS.  Le  troifieme 
eft  lorfqu'elles  font  féparées  de  biens  d'avec  leurs 
maris  ,  ou  que  par  leurs  contrats  de  mariage  elles  fe 
font  réfervé  l'adminiftratlon  de  leurs  biens. 

Au  refte,  notre  ufage  s'accorde  avec  le  droit  ro- 
main en  ce  que  la  peine  de  ce  crime  ceffe,  i''.  lorf- 
qu'avant  conteftation  en  caufe  le  ftellionataire  offre 
de  dédommager  celui  qui  fe  plaint  (  ce  qui  n'a  pas 
lieu  néanmoins  dans  le  cas  du  vol  ou  rapine.)  z°. 
Lorfque  celui  qui  le  plaint  eft  lui-même  complice  de 
la  fraude,  ne  pouvant  en  ce  cas  dire  qu'on  l'a  trompé, 

Foyei  au  Digefte  le  iitrejlellionatus  6c  celui  ad  Ug, 
cornd.  de  faljis  ;  &  au  code ,  de  crimine  flellionat.  Brod. 
fur  Louer ,  let.  S,  n.  18.  Dufart ,  /.  XXXH.  ch.  iGS. 
Greg.  Ta  Lof  anus  ;  les  Injïuutes  de  M.  de  Vouglans; 
l'ordonnance  de  1667,  titre  ^4.  &  les  mor^  Décla- 
ration ,  Faux,  Parjure  ,  Contrat  de  cons- 
titution, Remboursement,Rente,  Vente.(  //) 

STELLIONATAIRE  ,  f.  m.  {JuriCprud.)  eft  celui 
qui  a  commis  un  ftellionat.   f^oye^^  ci-devant  Stel- 

LIONAT.  (^) 

STELLITE  ,  f.  m.  (^Hifi.  nat.  Litholog^  nom  don- 
né par  quelques  auteurs  à  des  pierres  qui  ont  une 
refî'emblance  parfaite  avec  des  étoiles  de  mer.  Il  s'en 
trouve  de  cette  efpece  fur  le  mont  Liban.  On  en 
rencontre  auftl  en  plufieurs  endroits  d'Eurooe. 

STENAY ,  ÇGcog.  mod.)  en  latin  du  moyen  âffe, 
Sathanacum ,  ville  de  France  ,  capitale  du  pays  de 
Bar,  fur  la  Meufe  ,  à  3  lieues  de  Montmédi ,  &  à  7 
de  Verdun.  Le  duc  Charles  céda  à  perpétuité  à  Louis 
XIII,  &:  à  fes  fucceffeurs  la  ville  de  Stenay  ,  par  le 
traité  de  l'an  1 6 1 9  ,  confirmé  par  le  traité  des  Pyré-  *" 
nées,  l'an  1659,  ^  P^'"  celui  de  Vincennes,  l'an  1661. 
Ses  fortifications  furent  rafées  par  ordre  de  Louis  XIV. 
mais  elles  ont  été  relevées  depuis.  L0ng.22.S1.  latit. 
4z.3o.{D.J.) 

STENDAL  ou  STENDEL ,  (  Gèog.  woi.)  petite 
ville  d'Allemagne  ,  dans  la  vieille  Marche  de  Bran- 
debourg ,  fur  la  petite  rivière  d'Ucht ,  environ  à  cinq  * 
milles  au  nord-oueft  de  Tangermund,&  à4fud  eft 
d'Arneberg,  Les  guerres  d'Allemagne  l'ont  prefqu'en- 
tierement  ruinée.  Long.  2^9,  47.  Utit.  62.  28. (^D.  /.) 

STENFORD  ou  BÔRCH  STENFORDE  ,  {Géog. 
mod.^  &  quelquefois  Steinfun  ,  petite  ville  d'Alle- 
magne ,  dans  le  cercle  de  Weftphalie,  capitale  d'un 
comté  de  m.ême  nom ,  fur  le  Wecht ,  à  6  lieues  au 
nord-oueft  de  Munfter  ,  avec  une  académie.  Long. 
26.  41.  latit.  62.  24. 

STÉNIADE ,  (Myt/iol.)  Minerve  étoit  furnommée 
Sténiade ,  c'eft-à-dire  robiifie ,  pour  défigner  l'air  mâle 
&  vigoureux  qu'on  donnoit  à  cette  déeffe. 

STENOMARGA ,  (.  ï.  {  Hijl.  nat.  Lithol.  )  nom 
par  lequel  quelques  naturaliftes  ont  voulu  déligner 
une  marne  ,  qui  eft  compare  à-peu-près  comme  une 
pierre.  D'autres  entendent  par-là  la  marne  ou  craie 
légère  &  fine  que  l'on  nomme  agaric  minéral  ou  lait  de 
lune ,  &c. 

STÉNON,  PAROTIDE  DE  ,  RELEVEUR  DE.  Stenon  , 
s'eft  attaché  à  la  recherche  des  glandes  6c  des  con- 
duits lymphatiques.  Il  a  découvert  le  premier  les 
principaux  conduits  falivaires  lupérieurs.  Il  nous  a 
laifté  encore  différens  autres  ouvrages.  Le  conduit 
de  la  parotide  &  les  releveurs  des  côtes  portent  fon 
nom.  A'oye^  Parotide  6*  Releveur. 

STENTATO  ,  (^Mujîque  italienne.')  ce  terme  de  la 
mufique  italienne  ,  avertit  de  chanter  d'une  manière 
qui  exprime  la  douleur,  6i.  en  pouffant  avec  torce  , 
&  comme  avec  peine ,  les  fons  de  la  voix  ou  de  l'inf- 
trument.  Brojfard.  (D.  J.) 

STENYCLERUS  ,  (  Geog.  anc.)  ville  du  Pclopon- 
ncfe  dans  la  Meffénie  ,  félon  Hérodot»  &:  Strabon  , 
mais  ce  dernier  écrit  Stcnyclaros.  11  ajoute  que  Cref- 


5  to 


S  T  E 


phonîe ,  aprcs  s'être  rendu  maître  de  la  MefTcnic ,  la 
divii'a  en  5  parties ,  &  choilît  pour  la  demeure  la  ville 
de  Stcnyclaioi  ,  lituée  au  milieu  du  pays. 

StenycUrus  étoit  encore  le  nom  d'une  plaine  du  Pc- 
loponncle  ,  dans  la  McHcnie  ,  liir  le  chemin  d'Itho- 
mo  à  Alégalopolis  d'Arcadie.  Quand  vous  avez  pafTé, 
dit  l^aulaiiias  ,  /.  /r.  c  xxxiij.  les  rivières  de  Leuca- 
fie  &  d'Amphile  ,  vous  entrez  dans  la  plaine  <\q  Sté- 
nyckrc  ,  ainli  dite  du  nom  d'un  héros  des  Mcfleniens. 
Vis-à-vis  étoit  autrefois  Occhalie  :  mais  du  tems  de 
Paiitanias  c'étoit  un  bois  de  cyprès  ,  nomme  le  bois 
Carncfiiis.  (^D.  J.^ 

SI  EP  ,  ((»'%•  '"'("^-  )  plaine  de  l'empire  ruflîen, 
aux  environs  d'Altracan  ,  à  l'orient  du  Volga.  Cette 
vaite  plaine,  mais  inculte  &  fans habitans ,  produit 
une  grande  quantité  de  ici  eataflé  comme  des  cou- 
ches de  crirtal  d'elpacc  en  elpace. 

STEPHANE  ,  {Giog-  "«f-)  c'eft  un  des  noms  que 
Pline,  /.  ^.  c.  xxxj.  donne  à  l'Ile  de  Samos,  ainfi  que 
le  nom  de  la  ville  de  Préneile  ,  dans  le  Latium.  Le 
même  auteur  ,  /.  H^.  c.  vUj.  donne  encore  ce  nom  à 
tmc  montagne  de  laThellalie,dax)S  la  Phthiotide.  En- 
fin ,  c'cll  le  nom  d'une  ville  de  la  Phocide,  &L  d'une 
ville  de  l'Alîe  mineure  dans  la  Paphlagonie ,  fur  la 
côte  du  Pont-Euxin.  (  D.  J.  ) 

SfEPHANEPHORE  ,  f.  m.  {Àntiquitiapatiqui.) 
rT;(32ii;9sfc<  ;  on  nommoit  dans  l'antiquité  fUphani- 
fhorcs  ,  certains  prêtres  ou  pontifes  particuliers,  d'utî 
ordre  diftingué,  qui  portoient  une  couronne  de  lau- 
rier, &  quelquefois  une  couronne  d'or,  dans  les  cé- 
témonies  publiques.  Ce  lacerdoce  étoit  établi  dans 
plufieurs  villes  u  Afie,  à  Smyrne  ,  à  Sardes,  à  Ma- 
gnéfie  du  Méandre  ,  à  ïarfe,  &  ailleurs.  On  voit  par 
les  monumens  que  cette  dignité  étoit  annuelle  & 
4ponyme  dans  quelques  villes.  Lcsfilphanophorcs  an- 
ciennement confacrés  au  miniilere  des  dieux,  s'atta- 
chèrent enfuite  au  culte  même  des  empereurs.  Nous 
liions  dans  une  infcription  que  Tibère-  Claude  de  Sar- 
des ,  avoit  àtèficphanephore  ,  CYPATHrOT.  AIC.  KAI. 
CTEOANHOOPOT  ;  mais  nous  ignorons  s'il  étoit  pon- 
tife des  dieux  ou  des  empereurs. 

On  nommoit  aulfi  Jiipkanephon  le  prêtre  qui  étoit 
à  la  tête  des  femmes  dans  la  célébration  des  thefmo- 
phories.  Mais  on  nommoit  par  excellence  (léphano- 
plion  le  premier  pontife  de  Pallas,  comme  celui  d'Her- 
cule portoit  le  nom  de  Dadouqm.  Potter  ,  AnhaoL 
grcc.torn.  I.  p.  206'.   (Z).  /. ) 

STEPHANITES  ,  f.  m.  {Jnnq.  greq.  )  rTi<^avhaL,  ; 
•les  Grecs  novnmo'icnl. (Icphamjles  tous  les  jeux  &  les 
exercices  dont  le  prix  confilloit  dans  une  fimple  guir- 
lande.  Potter.  Archœol.  greq.  tom.  I.  p.  461. 

STEPNEY ,  {Gcogr.  mod.  )  village  d'Angleterre, 
dans  la  province  de  Middlefex  ,  à  l'orient  de  Lon- 
dres. C'efl  un  village  agréable  ,  brillant ,  plus  peu- 
plé que  beaucoup  de  places  qu'on  nomme  villes  zti 
France.  Il  y  a  trois  paroiffes  à  Stzpney  ,  une  épifco- 
copale ,  une  presbytérienne  ,  &  une  de  Quakers. 

(z?.y.) 

STERCORAIRE,  çKkm^,{HlJ}.  des  papes.)  c'cft 
ainfi  qu'on  nommoit  à  Rome,  au  rapport  de  M.  Len- 
fant ,  une  chaire  qui  étoit  autrefois  devant  le  porti- 
<}ue  de  la  bafilique  ,  fur  laquelle  on  faifoit  aiTeoir  le 
pape  le  jour  de  fa  conlecration.  Le  chœur  de  mufi- 
que  lui  chantmt  alors  ces  paroles  à\\ pfeaume  11  j.  fé- 
lon l'hcbreu,  &.  le  112.  felonla  Vulgate,  v.  (T.  &)uiv, 
*<  Il  tire  de  la  pouffierc  celui  qui  eft  dans  l'indigence 
»♦  &  il  élevé  le  pauvre  de  ion  avilifTement  pour  le 
»»  placer  avec  les  princes  de  fon  peuple  »  :  c'étoit  pour 
infinuet  au  pape,  dit  le  cardinal  Raj'pnn  ,  la  vertu  de 
rhumilité,  qui  doit  être  la  compagne  de  l'a  grandeur. 
Cet  uiage  fut  aboli  par  Léon  X.  qui  n'éioit  pas  né  pour 
ces  fortes  de  minuties.  (  Z>.  /.  ) 

STEllCORANITES,  f.  m.  pi.  {Hifl.  cccléf.)  nom 
fiue  quelques  écrivains  ont  donné  à  ceux  qui  pen- 


S  T  E 

foiont  qiie  les  fymboles  eucharifliques  ctoîent  fujets 
à  la  digeftion  &  à  toutes  iés  iuites  de  même  que  les 
autres  nourritures  corporelles. 

Ce  mot  eit  dérivé  du  latin  fierais  ,  excrément. 

On  ne  convient  pas  généralement  de  l'exlllence 
de  cette  erreur.  Le  préfidcnt  Manguin  l'attribue  ;\ 
Amalaire  ,  auteur  du  neuvième  fiecle  ;  &  le  cardi- 
nal Humbert ,  dans  i"a  réponlc  à  Nicetas  Pcftoratus 
l'appelle  nettement y/i.Tcor<z/?/y?f  ,  parce  que  celui-ci 
prétendoit  que  la  perception  de  l'hoilie  rompoit  le 
jeûne.  Enfin  Alger  attribue  la  même  erreur  aujc 
Grecs. 

Mais  ces  accufations  ne  paroiiTent  pas  fondées^ 
car  1°.  Amalaire  propoie  à  la  vérité  la  queftion  ,  (■ 
les  efpeces  eucharifliques  fe  confument  comme  les 
alimens  ordinaires  ,  mais  il  ne  la  décide  pas.  Niceta» 
prétend  aulfi  que  l'Euchariftie  rompt  le  jeûne, foit 
qu'il refte  dans  les  efpeces  quelque  vertu  nutritive, 
Ibit  parce  qu'après  avoir  reçu  l'Euchariftie ,  on  peut 
prendre  d'autres  alimens  ;  mais  il  ne  paroît  pas  avoir 
admis  la  conféquence  que  lui  impute  le  cardinal  Hum^' 
bert.  Il  ne  paroit  pas  non  plus  que  les  autres  grecs 
foient  tombés  dans  cette  erreur  ,  S.  Jean  Damafcen* 
les  en  diiculpe.  ; 

Mais  foit  que  le  ftercoranlfme  ait  exiflé  ou  non  ,| 
les  proteitans  n'en  peuvent  tirer  aucun  avantage  çon>. 
tre  la  préfence  réelle  ,  que  cette  erreur  fuppoie  plu. 
tôt  qu'elle  ne  l'ébranlé.  Foyei^M..  "Wuitafs  ,  traité  dt 
r Euchar. prernieri partie ,  quejl.  ij ,  art.  i.ficl.  i.p,  4* 6", 
&  fuiv. 

STERCULIUS ,  (Mythol.)  furnom  donné  à  Satur- 
ne ,  parce  qu'il  fut  le  premier  qui  apprit  aux  hommet 
à  fumer  les  terres  pour  les  rendre  fertiles.  (Z?.  7.) 

STERE  A  ,  ÇGcog.arjc.)  municipe  de  l'Attique, 
dans  la  tribu  Pandionide  ,  félon  Lucien. 

STÉRÉOB  ATE,  {Jrckit.)  Voy^^SoUB  ASSEMENT.' 
(D.J.) 

STÊRÉOGRAPHIE  ,  f.  f.  eft  l'art  de  defTmer  k 
forme  ou  la  figure  des  folides  fur  un  plan.  yoyeiSo^ 

LIDE. 

Ce  mot  eft  formé  du  grec  m-tpfcç^foUde,  &  ypâ^u  ,7e 
décris.  La  Jiéréo graphie  eft  une  branche  de  la  Perfpec- 
tive ,  ou  plutôt  c'eft  la  perfpeôive  même  des  corps 
folides  ;  c'eft  pourquoi  on  en  peut  voir  les  règles  auJc 
mots  Perspective,  &  Scénographie,  f^oye^auj^ 
Stéréographique  ,  €•  Projection.  (O) 

STÉRÈOGRAPHIQUE,  adj,  (  Per^ecZ.  )  prO- 
jçiïionjiéréographique  de  la  fphere  ,  eft  celle  dans  la- 
quelle on  fuppoie  que  l'œil  eft  placé  fur  la  lurface  dé 
la  fphere.   Toy^^  Projection. 

La  ^ro]Q£àon  ftéréographique  eft  la  proje£lion  dcs 
cercles  de  la  iphere  ,  iur  le  plan  de  quelque  grand 
cercle  ,  l'œil  étant  placé  au  pôle  de  ce  cercle.  Cettt 
projeftion.a  deux  avantages;   i*^.  les  projetions  de 
tous  les  cercles  de  la  fphere ,  y  font  des  cercles,  oa 
des  lignes  droites ,  ce  qui  rend  ces  projetions  facile» 
à  tracer.  2".  Les  degrés  des  cercles  de  la  fphere ,  qui 
iônt  égaux  ,  font  à  la  vérité  inégaux  dans  la  projec- 
tion ,  mais  ils  ne  iont  pas  à  beaucoup  près  fi  inégaux 
que  dans  la  projection  orthographique  ;  c'eft  ce  qui 
fait  qu'on  fe  iert  par  préférence  de  cette  projeâioii 
pour  lesmapemondes  ,  ou  cartes  qui  repréfentent  le 
globe  terrcftre  en  entier. 

Voici  la  méthode  &  la  pratique  de  cette  projec- 
tion ,  dans  tous  les  cas  principaux  ,  c'eft-à-dire  (\xt 
les  plans  du  méridien ,  de  l'équateur ,  >&  de  l'horifon. 

Projeciion  péréographique  fur  le  plan  du  méridien  ; 
foit  ZQNE  (^Pl.  de perfpecl.  fig.  22.  )  le  méridien; 
Z  6c  N  les  pôles,  comme  auiTi  le  zénith  &  le  nadir; 
EQ  l'équinoftial  ou  l'équateur;  ZN  le  colure  des 
équinoxcs  ,  &C  le  premier  cercle  vertical  ;  ZiSN ^ 
ZjoN ,  Z4SN,  &c.  l'ont  les  cercles  horaires  ou  mé- 
ridiens. Pour  décrire  ces  cercles,  trouvez  d'abord  les 
points  iS  »  jo  ,  43,  60,  &c.  dans  l'équinoûial  > 


s  T  E 

lour  cela  II  ne  f.iudra  que  trouver  les  tangentes  des 
iioitiés  des  angles  de  i  5  degrés ,  de  30  ,  de  45  ,  &c. 
lans  le  grand  cercle  ZEA'Q,  &  les  porter  depuis  Y, 
jlbu'aux  points  /.'>  ,  jo,  4S  ,  &c.  ou  bien  ,  ce  qui 
brct^era  encore  l'opération,  on  dlvifera  le  grand  de- 
li  cercle  £A'"32  en  180  degrés  ,  en  commençant  au 
oint  A'^,  90  de  chaque  cote  ;  enfuite  par  le  point  Z , 
:  par  les  points  de  /i  ,  de  3  o ,  de  4J>  clegrés  ,  &c. 
n  tirera  des  lignes  droites  qui  couperont  la  ligne  Y2. , 
.IX  points  /i  ,  30  ,  4-5,  &c.  Ces  points  étant  trou- 
és ,  il  ne  s'agira  plus  que  de  décrire  par  ces  points  , 
:  par  les  points  Z  6cN ,  des  arcs  de  cercle  ZiSN ^ 
' 2)ON ,  Z45N ,  &c.  qui  repréfcnteront  les  méri- 
lens  ;  ce  qu'on  exécutera  facilement  par  les  métho- 
;s  connues  de  géométrie ,  pour  tracer  un  cercle  par 
ois  points  donnés.  Si  on  ne  \'eut  pas  fe  fervir  de 
?s  méthodes  pour  décrire  ces  cercles  ,  on  pourra  en 
mploytr  d'autres  qui  leront  encore  plus  iimples  : 
ir  exemple,  pour  tracer  le  méridien  ZiSN ,  on  ti- 
;ra  du  point  Z  au  point  iS  ,  une  ligne  droite  ,  & 
ir  cette  ligr^e  droite  ,  on  élèvera  au  point  Z  une  per- 
endiculaire  qui  ira  couper  la  ligne  YE  ,  prolongée 
1  quelque  point  ;  la  diliance  entre  ce  point  de  ren- 
3ntre  &  le  point  iS ,  iera  le  diamètre  du  cercle 
iSN  ,  dont  on  trouvera  par  conléquent  le  centre  , 
1  divifant  cette  dlftance  en  deux  parties  égales.  On 
;'ut  aulTi  avoir  les  centres  d'une  autre  manière  :  par 
œmple ,  pour  avoir  le  centre  du  cercle  Z^SN  ,  on 
rera  parle  point  Y  &  par  le  jxjint  de  4S  degrés  du 
.lart  de  cercle  N(l ,  une  ligne  droite  ou  diamètre  , 
l'on  prolongera  julqu'au  quart  de  cercle  ZE  ;  cn- 
ite  par  le  point  Z  ,  &  par  les  points  d'interléélions 
î  ce  diamètre,  avec  les  deux  quarts  de  cercle -A'Q  , 
£  ,  on  tirera  deux  lignes  droites  qui  iront  couper 

ligne  Q^YE  ,  prolongée  ,  s'il  elt  néceffaire,  en 
Hix  points,  &  la  dillance  de  ces  points  donnera  le 
ametre;  de-là,  il  elt  facile  de  conclure  ,  par  les 
"incipes  de  la  Géométrie,  que  le  diamètre  du  cer- 
e  Z^SN ^  eft  égal  à  la  moitié  de  lafomme  de  la  tan- 
;nte  de  la  moitié  de  45  degrés  ,  &  ds  la  tangente 
Li  complément  de  cette  moitié  au  quart  de  cercle  ; 
ue  la  dillance  du  point  Yzw  centre  du  cercle  Z45N ^ 
[l  égale  à  la  tangente  du  complément  de  45  degrés  , 
'eft-à-dire  à  la  cotangente  de  45  degrés  ,  i<.  que  la 
Iflance du  point  43  à  ce  même  centre,  ell  égale  à  la 
îcantedu  complément  de  45  degrés,  c'eft-ù-dire  à  la 
olécante  de  4  5  degrés,&  ainfi  des  autres  ;  ce  qui  four- 
it  encore  de  nouvelles  méthodes  pour  déterminer 
?s  centres  des  projedions  des  diiïérens  méridiens  ; 
ar  pour  déterminer  par  exemple  le  méridien  Z^6K\ 
n'y  a  qu'à  prendre  depuis  le  point  43  ,  versE  ,  une 
gne  égale  à  la  cofécante  de  45  degrés  ,  ou  à  la  de- 
\\  lomme  des  tangentes  de  la  moitié  de  45  degrés  , 
C  du  complément  de  cette  moitié  ;  ou  bien  on  pren- 
dra depuis  le  point  Y  vers  £  ,  une  ligne  égale  à  la 
otangente  de  45  degrés. 

Dans  cette  même  projection  les  arcs  de  cercle  53  , 
5  ,  &;  r5  ,  ri ,  font  les  tropiques  feptentrional  & 
riéridional ,  qui  fe  projetteront  aulTi  par  des  arcs  de 
:ercle.  Pour  tracer  ces  cercles  ,  par  exemple  ?s>  > 
5  ,  on  prendra  d'abord  fur  le  demi-cercIe  F22  ,  les 
ircs  jE  <5  ,  Q  £p  de  13  degrés  &  demi ,  enfuite  par 
e  point  E  ,  &  par  le  point  "5  qui  en  eft  le  plus  éloi- 
îné,  on  tirera  une  ligne  droite  qui  coupera  la  ligne 
ZN  en  un  point ,  &  par  ce  point ,  &  les  deux  points 
ej  ,  on  décrira  un  arc  de  cercle  qui  repréfentera  le 
tropique  du  cancer.  On  peut  aulîi  s'y  prendre  de  la 
manière  fuivante  pour  décrire  le  tropique  55  o  £ë  ; 
on  portera  de  y  vers  o  une  ligne  yo  ,  égale  à  la  tan- 
gente de  la  moitié  de  23  degrés  jo',&  du  point  o  vers 
le  point  Z  ,  on  portera  une  ligne  égale  ù  la  coiécantc 
de  23*^  30' ,  çn  prenant  pour  linus  total  le  rayon  du 
tropique.  Oa  pourra  décrire  par  une  méthode  fem- 
blable  tous  les  autres  cercles  paralcUes  à  l'équateur. 


S  T  E 


511 


I 


Dans  cette  projedion  cj  ,  rs  «ft  iccriptlque  ,  el- 
le  ell  repréfentée  par  une  ligne  droite  &  on  la  divi- 
fera  en  degrés,conime  on  a  divifé  la  projcaion  £2  de 
l'équateur  ;  on  nommera  ces  degrés  par  les  lignes  du 
zodiaque  ,  en  comptant  30  '^.  pour  chaque  ligne. 

Proii:clionJlcréographiqu£  fur  k  plan  de  Ctaiiinodial 
ouéqiiauur:  Ibit  SC  {fig.  23.  )  le  méridien  Ôi  le  co- 
lure  des  folllices  ;  £A'  le  colure  équinodnal ,  •&::  la 
cercle  horaire  de  6  heures;  P  le  pôle  feptentrional  ; 
<!3,  53  ,  le  tropique  feptentrional;  ii'^A^  la  moitié 
feptentrionale  de  l'écliptique.  Pour  en  trouver  le 
centre ,  on  divifera  d'abord  la  ligne  PC  en  90  de- 
grés ,  comme  on  a  divifé  dans  la^,'-  22.  la  ligne  YQ  ; 
on  prendra  enfuite  la  portion  P53  ,  de  66  degrés  ÔC 
demi,  &  on  portera  depuis  <^  vers  i",, une  ligne 
égale  à  la  fécante  de  23  degrés  &  demi ,  enfuite  d'un 
rayon  égal  à  cette  fécante ,  on  décrira  un  cercle  qui 
paile  par  le  point  £3  ;  ou  bien  on  portera  depuis'le 
point  P ,  vers  S ,  une  ligne  égale  à  la  tangente  de  25, 
degrés  &  demi,  &  de  l'extrémité  de  cetteJigne,  com- 
me centre  ,  on  décrira  un  arc  de  cercle  qui  paflé  par 
les  points  N ^  E .  Le  pôle  a  de  l'écliptique  ell  à  l'in- 
terfeélion  du  cercle  polaire  &  du  méridien  ,  parce 
que  c'eft  Içlieu  par  011  doivent  paffer  tous  les  cercles 
de  longitude  ;  6l  EZN  fera  Thorifon  <lu  lieu  ,  par 
exemple  de  Paris.  Pour  la  décrire  ,  prenez  depuis  P 
jufqu'à  Z  la  tangente  de  la  demi-latitude;  alors  la 
tangente  de  la  coiatitude  ,  prife  depuis  P  jufqu'à  O  , 
ou  la  fécante  depuis  Z  juiqu'àO,  donne  le  centre  du 
cercle  qui  doit  repréfentcr  l'horitbn  ,  &  fon  pôle  qui 
repréfente  le  zénith  ,  fera  éloigné  du  poje  P  d'une 
•quantité  égale  à  ta  tangé^ite  de  la  demi  coiatitude. 

Tracer  tous  les  autres  cercles  dans  cette  projec- 
tion :  i*^.  pour  les  cercles  de  longitude  qui  doivent 
tous  palTer  par  a ,  &  par  les  dltlérens  degrés  de  l'é- 
cliptique ;  prenez  la  tangente  de  66  degrés  30  minu- 
tes ,  depuis  a  vers  :«■  fur  le  méridien  ,  ce  qui  donne- 
ra un  point  par  lequel  une  perpendiculaire  étant  tirée 
au  méridien ,  elle  contiendra  les  centres  de  tous  les 
cercles  de  longitude  ,  &  les  diitances  de  ces  centres 
au  rayon  PC ,  feront  les  tangentes  des  degrés  de  leurs 
diflances  au  méridien  SPC.  2".  On  décrit  tous  les 
paralelles  de  déclinaifon  ,   en  prenant  les  tangentes 
de  leurs  demi  dillances  au  pôle  P ,  &  dicrivant  du 
point  P  &  de  ces  demi  diftances,  comme  rayons, 
des  cercles  concentriques.    3°.  Tous  les  cercles  azi- 
muthaux  ou  verticaux  doivent  paflér  par  le  zénith  //  .- 
puis  donc  que  le  zénith  de  Paris  ell  éloigné  de  P  de 
41*'.  30'.  prenez-en  la  cofécante  ,  (  ou  la  fécante  de 
48  degrés  50  minutes  )  depuis  h  vers  6\  &  cela  don- 
nera le  point  X,  qui  ell  le  centre  de  l'azimuih  orien- 
tal &  occidental ,  c'ell-à-dire  EkN.  4".  Les  cercles 
de  hauteur,  ou  almicantarats  ,  font  des  cercles  plus 
petits  ,  dont  l_e^  pôles  ne  font  point  dans  le  plan  de  la 
projeàion;  ainfi  le  cercle  Oe  e-ft  un  cercle  de  hau- 
teur,  élevé  de  50  degrés  au-deffus  de  l'horifon.  5'', 
Tous  les  cercles  horaires  font  des  lignes  droites,  ti- 
rées du  centre  P  à  l'extrémité  du  grand  cercle  SNXE. 
Pr-ojiclioii  flirlographiqm  fur    le  plan  di  l'horifon. 
D'abord  décrivez  un  cercle  qui  repréfente  l'horiibn  ; 
pîtrtagez-le  en  quatre  parties  par  deux  diamètres  : 
Z  i^fg.  24.  )  fera  le  zénith  du  lieu  ;  /2  ç  /2  fera  le 
méridien  ;  67  6' fera  le  premier  vertical  ou  azimuth 
d'orient  &  d'occident  ;  faites  Z  P  cgal  à  la  tangen- 
te de  la  moitié  de  41**.  10  ;  P  fera  le  poic  du  monde  : 
faites  {yE  =  à  la  tangente  de  la  moitié  de  48".  30'.  ii 
vous  aurez  le  cercle  équinodlial  G  a  6. 

]3ans  cette  projection  ,  les  almicantarats  font  tous 
parallèles  au  cercle  de  projeclion  ,  &  les  azimutaux 
ibnt  tous  des  lignes  droites  qui  patient  par  Z,  centre 
du  cercle  de  projcclion.  Les  paralleU?s  de  déclinaifon 
font  tous  de  petits  cercles  parallèles  au  cercle  cqui- 
noftial  ;  &  on  trouve  Icirrs  intcrfedions  avec  le  mé- 
ridien ,  en  prenant  la  tangente  de  leurs  demi-diilau- 


5ï"^  S  ^    ii^ 

tes'  du  /cilitTi ,  vers  le  midioii  vers  le  nord,  ou  des 
deux  côlés  depuis  Z  rieurs  ccîitres  le  trouvent  en 
coupuBl  en  deux  la  dilhmcc  qui  elt  entre  ces  deux 
points"  car  le  milieu  lera  le  centre  du  jiaral'eie. 

Pour  ce  qui  regarde  les  cercles  horaires,  faites 
Zc  =z  h  la  tangente  de  48'.  50' ;  ou  Fc  =  à  la Iccan- 
re  de  48^-  50  .  tirez  par  le  point  6"  une  perpendicu- 
laire au  méridien  12ZC  prolonge;  enîiiite  (i  vous 
prenez  ZC'pour  rayon  ,  &  que  fur  la  ligne  CTvous 
portiez  les  tangentes. de  15*.  30".  45^  «S'c.  d'un  6c 
d'autre  côté  ,  vous  aurez  les  centres  de  chacun  des 
cercles  horaires ,  7&:  5 ,  8 ,  4  ,  6-c, 

Ueniarquc'/.  que  dans  toute  projeéHony?ereo^/'^/'A/- 
^e ,  tous  les  diametVes  font  divifés  en  degrés ,  ])ar  les 
tangentes  dos  demi  angles  correipondans  ;  ainndans 
lffj4c.  22.  ona  diviic  YQ  en  degrés  ,  aux  points  1 5 , 
irO,'  4^,  &£.  en  portant  depuis  Y  les  tangentes  des 
moitiés  de  1 5  degr.  de  3odegr.  de  45  degr.  &c.  6c 
c'ell-lù  lé  fondement  de  la  projedion  des  cercles  ho- 
raires de  la  fphere  ,  lur  lui  plan  donne.   Foye^  Gno- 


MONIQUE  ,    &C. 


-  Comme  dans  la  projeOion  fiérJographit^ue  tous  les 
cercles  fe  projettent  par  des  lignes  droites  ,  ou  par 
d'autres  cercles  ,  on  fe  fert  beaucoup  de  cette  forte 
de  projeftion.  Il  faut  toujours  imaginer  dans  ces  for- 
tes de  projeftions,  que  l'œil  eft  éloigné  du  plan,  d'une 
quantité  égale  au  rayon  du  grand  cercle  de  la  projec- 
tion ,  &  que  la  moitié  de  la  Iphere  projettée  eft  au- 
dciTous  du  papier,  en  forte  que  fon  centre  fe  confon- 
de avec  le  centre  du  grand  cercle  de  projedion.  Au 
refte,  cettf  efpece  de  projcélion  ,  malgré  tous  fes 
avantages,  a  un  inconvénieiit,  c'ell:  que  l'on  ne  peut 
pas  s'y  fei-\^ir  d'une  même  échelle  pour  trouver  les 
diftances  des  lieux:  car  par  exemple  ,  dans  la /^'.  2,1. 
les  point  ij^  jo  ,  4i  ,  &c.  font  inégalement  éloi- 
gnés les  uns  des  autres  fur  la  projection;  cependant 
les  points  de  la  fphere  dont  ces  lieux  font  la  projec- 
tion ,  font  tous  à  1 5  degrés  les  uns  des  autres.  Il  en 
eftde  même  de  tous  les  autres  points  de  la  projec- 
tion :  car  leurs  dillances  fe  projettent  par  des  arcs  de 
dilïérens  cercles  ,  &  dans  lefquelsles  degrés  font  re- 
préiéntés  par  des  divifions  inégales.  Ainfi  dans  une 
mapemonde  qui  n'eit  pas  à  l'horifon  de  Paris  ,  il  faut 
bien  fe  garder  de  fe  fervir  d'une  échelle  pour  trouver 
la  dillance  de  Paris  aux  différentes  villes  de  l'Euro- 
pe ;  on  ne  peut  fe  fervir  d'une  échelle  pour  mefurer 
ces  ditlances,  que  dans  les  mappemondes  dont  Paris 
occupe  le  centre  ,  c'ett-à  dire  dans  celles  dont  la 
projedfion  elt  fur  l'horifon  de  Paris  ;  encore  faudra- 
t-il  fe  fervir  d'une  échelle  dont  les  divifions  foient 
inégales,  comme  le  font  celles  de  la  ligne  YQ,Jig.  22. 
ôc  cette  échelle  ne  pourra  donner  que  les  diitances  de 
Paris  à  toutes  les  autres  villes ,  &C  non  pas  la  diftan- 
ce  de  ces  autres  villes  entre  elles.  (O) 

STÉRÉOMÉTRIE,  f.  f.  (Géom.)  cû  une  partie 
de  la  Géométrie  ,  qui  enfeigne  la  manière  de  mefu- 
rer les  corps  folides,  c'eft-à-dire,  de  trouver  la  foli- 
dité  ou  le  contenu  des  corps  ;  comme  des  globes ,  des 
cylindres  ,  des  cubes  ,  des  vafes ,  des  vaiffeaux,  &c. 
Foyei  Solide  &  Solidité, 

Ce  mot  qÙ.  formé  du  grec  «Tê'psoç  folidc. ,  &  ywê7f  si- 
mefure.  Voyei-cn  la  méthode  fous  les  articles  des 
dilFérens  corps ,  comme  Globe  ,  Cylindre , Sphè- 
re, &c.  /^oy«^  aufîi  Jauge.  Chambcrs.  (£■) 

STEREONTIUM,  (Géog.  anc.)  ville  de  la  Ger- 
manie ,  félon  Ptolomée,  /.  //.  c.  xj.  Quelques  fa- 
vans  veulent  que  ce  foit  aujourd'hui  Caffel.  {D.  /.) 

STÉRÉOTOMIE  ,f  f.  {Géom.)  eft  la  même  choie 
que  coupe  des  pierres.  Foye^  CoUPE  des  PIERRES. 

STÉRILITÉ  ,  f.  f.  {Maldd.)  maladie  appartenante 
au  fcxe.  Elle  dépend  de  plulicurs  caules  que  l'on  peut 
réduire  au  vice  des  folides^  à  celui  des  fluides  &c  à  un 
vice  combiné  de  ces  deux  premiers. 

La  plupart  des  femmes  conçoivent,  &  portent 


S  T  E 

leur  fruit  jufqn'au  neuvième  mois  ;  mais  beaucoup 
d'entr'elles  ne  peuvent  concevoir  ,  c'ell:  ce  que  l'on 
nomme  jîériitté.  C'ell  une  maladie  qui  affliae  les  fa- 
milles ,  leur  faifant  perdre  l'efpoir  d'avoir  des  héri- 
tiers. 

Le  vice  des  folides  confifte  dans  la  conformation 
irréguliere  des  parties  de  la  génération,  dansl'af- 
faiflément  &  l'étroiteifo  du  vagin  ,  dans  l'obftruc- 
tion  &  le  defléchemcnt  des  ovaires,  dans  le  relâ- 
chement &  la  foiblelle  de  la  matrice ,  du  vagin  ,  des 
trompes  &  des  autres  parties.  Souvent  il  fe  trouve 
que  le  vagin  n'eft  pas  ouvert,  (ou vent  les  parois 
font  oblitérés ,  &  l'art  ne  peut  remédier  à  leur  coa- 
lition. 

D'autres  fois  les  éminences  qui  font  contenues  en- 
tre les  ailes,  telles  que  le  clitoris ,  les  nymphes,  font 
Il  prodigieufes ,  qu'elles  ne  permettent  pas  Pintro- 
dudion  du  membre  viril  dans  le  grand  conduit  de  l'u- 
térus. On  a  vu  des  femmes  en  qui  cette  Itruéhire  bl- 
farre  a  donné  lieu  à  de  grands  defordres ,  en  leur 
facilitant  un  commerce  illicite  avec  des  perfonnes 
du  même  fexe. 

Le  vice  des  fluides  confifte  ou  dans  l'excès  des 
fluides  ou  dans  la  petite  quantité  de  ces  fluides. 
C'eft  ainfi  que  les  règles  immodérées,  les  pertes 
continuelles,  les  fleurs  blanches  continuelles,  en 
épuifant  les  humeurs  ,  relâchent  &  humeftent  fi  fort 
les  parois  de  l'utérus,  que  la  liqueur  féminale  & 
l'embryon  venu  de  l'ovaire  ne  peuvent  y  relier  ni 
y  être  retenu  :  de-là  vient  que  les  femmes  fujettes 
à  ces  incommodités,  ou  ne  conçoivent  point;  ou  li 
elles  font  aflez  heureufes  pour  concevoir,  elles  font 
fujettes  à  de  fréquens  avortemens.  Ces  fortes  de 
femmes  étant  toujours  mouillées  ,  les  parties  folides 
des  organes  n'ont  point  affez  de  reffort  pour  échauf- 
fer les  principes  de  l'embryon  ;  la  férofité  qui  les 
inonde  &  leur  humidité  étouffent  les  principes  ac-' 
tifs' de  la  femence  qui  auroient  pu  fans  cette  fA- 
cheufe  circonllance  le  développer,  &  porter  dans' 
l'œuf  cet  efprit  vivifiant  nécefl'aire  pour  former  on . 
développer  l'embryon. 

La  fanie  ou  plutôt  les  écoulemens  purulens  des . 
fleurs  blanches  lymphatiques ,  d'une  gonorrhée  vi- 
rulente, produifent  les  mêmes  effets,  &  difpofent 
l'utérus  aux  ulcérations  &  à  l'hydropifie.  Bailleurs 
tous  ces  vices  des  humeurs  ci-delTus  énoncés  empé- 
cheroient  l'utérus  de  fe  fermer,  &  de  garder  le  pré- 
cieux dépôt  dont  fes  parois  ont  été  arrofés. 

Souvent  les  vices  des  folides  fe  combinent  avec 
ceux  des  fluides.  C'efl:  à  cette  caufe  que  l'on  peut 
rapporter  la  fupprefllon  des  règles  ,  les  pâles  cou- 
leurs ,  ou  la  chlorofe ,  qui  font  toutes  des  caufes  & 
des  fignes  de  JtériUtc. 

Or  cette  fuppreflîon  dépend  également  du  vice 
des  folides  comme  de  celui  des  fluides:  la  roideur, 
la  féchereflTe ,  l'aridité  de  l'utérus  ,  la  trop  grande 
tenfion  de  (qs  fibres ,  font  des  caufes  fréquentes  de> 
la  diminution ,  de  la  fupprefllon  des  règles  ;  comme 
aulîl  le  fang  trop  épais,  trop  acre,  trop  abondant 
produit  encore  les  mômes  effets.  C'efl  Tordinaire 
,que  les  filles  en  qui  la  menflruation  efl:  pénible,  ne 
conçoivent  que  difficilement;  &  que  celles  en  qui 
les  règles  coulent  librement  &  régulièrement,  font 
plus  heureufes  dans  la  conception ,  dans  la  gefla- 
tion  comme  dans  l'accouchement,  C'ell  ainfi  que 
l'illuflrc  Ferncl  procura  à  la  France  un  dauphin, 
confcillant  au  roi  d'approcher  de  la  reine  pen- 
dant l'éruption  facile  des  règles  :  ce  font  aulTi  là 
les  vues  des  grands  praticiens  de  nos  jours. 

Mais  outre  ces  caufes ,  la  chaleur  de  l'utérus  efl 
quelquefois  fi  grande,  qu'elle  détruit  &  fuffoquç 
tous  les  principes  les  plus  a£lifs  de  la  liqueur  fémi- 
nale :  d'ailleurs  cela  arrivera  encore  plus  furement, 
fi  cette  liqueur  fe  trouve  trop  froide  ,  refpeftive- 

ment 


s  T  E 

lent  à  l'état  préfent  de  l'utérus  ,  fï  les  embraffe- 
lens  d'un  époux  font  froidi ,  languiilans  ;  ou  fi 
époufe  ne  fympathile  &  ne  correfpond  que  frôl- 
ement aux  embrafîemens  de  fon  époux ,  foit  par 
i  conftltution  foidc  &  inacîlve  de  fon  tem^jéra- 
lent  ,  foit  par  le  peu  d'inclination  ou  d'aifiitié 
[u'elle  f'e  fent  pour  lui. 

Enfin  l'expérience  fournit  d'autres  caufes  qui  con- 
rment  ces  premières  :  nous  voyons  tous  les  jours 
es  femmes  qui  conçoivent  avec  un  fécond  mari , 
L  qui  en  ont  des  cnfans ,  tandis  qu'elles  n'avoient 
u  en  avoir  du  premier.  Nous  voyons  de  même 
es  maris  avoir  des  enfans  en  fécondes  noces,  qui 
'ont  pu  en  avoir  du  premier  lit.  Ces  cas  ne  font 
oint  rares  ;  ils  tendent  à  prouver  le  rapport  qui 
oit  être  entre  les  humeurs  des  deux  époux,  de- 
lême  qu'entre  les  organes  deflinés  à  l'ouvrage  de 
i  génération. 

Voilà  les  caufes  de  la  (icrllm  qui  peuvent  avoir 
eu  du  côté  de  la  femme  :  il  en  ell  d'autres  qui  at- 
iquent  les  hommes ,  dont  la  froideur  ,  la  langueur 
ans  les  embrafTemens  vient  des  mêmes  cauies  du 
ice  des  folides ,  de  leur  mutilation ,  ou  du  peu  d'ac- 
vité  des  humeurs  féminales.  La  caufe  la  plus  com- 
lune  efî  le  libertinage,  l'habitude  des  plaifirs  qui  a 
puifé  les  fecours  de  la  fanté  &  les  marques  de  la 
irilité.  Car  la  vraie  caufe  prochaine  de  la  concep- 
on  eft  l'immifîîon  de  la  liqueur  féminale  vivifiante 
ans  l'utérus  pour  y  développer  les  rudimens  de 
'embryon  contenu  dans  l'ovaire. 

Traitemms,  Si  l'on  nous  demande  les  remèdes 
éceffaires  pour  détruire  ces  caufes ,  &  donner  à 
int  de  familles  cette  douce  confoiation  qui  ferre 
c  affermit  les  nœuds  des  alliances ,  qui  entretient 
a  concorde  &  l'union  dans  la  foclété  conjugale; 
.ous  répondrons  que  la  plupart  des  caufes  énon- 
;ées  ci-defîus'  font  fans  remèdes,  &  que  l'on  volt 
arement  les  médecins  réufîir  dans  l'adminiflration 
les  remèdes  pour  une  telle  fin. 

La  difficulté  vient  de  l'embarras  où  l*oil  efl  de 
:onnoître  les  vices  réels  que  l'on  doit  combattre. 
3n  voit  bien  les  vices  des  folides  dans  l'un  &  l'autre 
'exe  ,  qui  dépendent  de  la  conformation  extrin- 
!eque  ;  mais  on  ne  voit  pas  de  même  ceux  qui 
lépendent  du  vice  interne  des  fibres  ,  de  la  féche- 
•effe,  de  la  roldeur;  ou  des  fiuldes ,  foit  qu'ils  pé- 
:hent  par  excès,  foit  qu'ils  folent  en  trop  petite 
ijuantlté.  L'excès  des  liquides,  &  leur  médiocrité 
peuvent  provenir  de  caufes  également  capables  de 
produire  l'un  &  l'autre  :  d'ailleurs  les  différences  des 
:empéramens  &  des  affedions  mettent  encore  un  ob- 
ftacle  invincible  à  la  connoifî'ance  de  la  caufe  &  du 
remède. 

Nous  allons  cependant  donner  quelques  points 
de  vue  généraux. 

Dans  la  tenfion&  lafécherefTe  trop  grandes,  on 
doit  relâcher  par  les  remèdes  cmoUlens  ,  humeftans 
&  adouciffans,  par  un  régime  délayant,  tempérant 
&  rafraîchiffant  :  cette  indication  générale  a  lieu 
dans  les  deux  fexes. 

Les  eaux  légèrement  acidulés ,  les  limonades  ai- 
grelettes ,  les  cordiaux  acides  &i.  doux  ,  les  viandes 
de  jeunes  animaux  ,  leurs  bouillons,  font  donc  ici 
ipécialement  indiqués:  les  émulfions,les  bains  d'eau 
froide  ou  légèrement  ticde,  les  tVi^^ions  douces  fiir 
IcE  parties  avec  les  huiles ,  les  infulions  ou  décoc- 
tions émolllcntes,  les  demi-bains,  les  embrocations 
font  très-bien  indiqués  dans  ce  cas. 

Dans  la  foupklfc,  Thumidité  ëc  le  relâchement 
des  parties,  on  doit  employer  les  remèdes  aftrin- 
gens  &  toniques  :  tels  font  les  Inicdlons  ,  les  peffal- 
res,  les  bains;  les  demi-bains,  les  fomentations,  & 
autres  remèdes  conipoics  ou  préparés  de  niédica- 
Tornc  XK> 


i 


E 


Sïî 


mens  afîrîngens  ^  fortifians  &  toniques. \^flyé7  As-- 

TRiNGENS   &  TONIQUES. 

Les  fomentations  avec  les  infufions  de  plantes 
aromatiques  ,  telles  que  l'armoife,  la  matrieaire  ,  la 
millefeulUe  ,  la  tannefie  ,  la  fauge  ,  la  cataire  ,  les 
mentes  ,  les  marrubes,  les  abfynthes,  &  autres  dé 
même  vertu,  font  fort  recommandées. 

Les  opiats  faits  de  plantes  aphrodifiaques  ^  de 
leur  f  uc  ,  des  gommes  aromatiques  ,  les  teintures  de 
myrrhe,  d'aloes,  ae  caftoréum,  les  différens  élixlrs, 
la  teinture  d'ambre ,  de  mule ,  employés  en  fomen- 
tation, en  injeftion;  ces  fiibflances  même  employées 
en  linimens ,  ont  quelquefois  réufïi  ;  on  doit  com- 
mencer par  leur  ufage  intérieur. 

Les  emménagogues  font  les  remèdes  indiqués  dans 
le  cas  de  fiipprefîlon  de  règles  *,  mais  i!  finit ,  avant 
toute  choie ,  bien  confidérer  les  caufes  ^  fans  quoi 
on  ne  feroit  qu'irriter  le  mal.  En  général,  ces  re- 
mèdes doivent  être  donnés  long-tems  &  par  inter- 
valle. Foyei  Emménagogues. 

STERLING,  f  m.  {Monn.  de  compu£An^L')  nom 
de  la  monnoie  idéale  &  de  compte  d'Angleterre  ; 
quelques-uns  croyent  que  ce  mot  vient  de  la  ville 
Surling  en  Ecoffe ,  oii  ils  prétendent  qu'on  bdttolt 
anciennement  de  la  monnoie  très-pure ,  avec  fort 
peu  d'alliage.  D'autres  difent  avec  bien  plus  d'appa- 
rence ,  que  ce  nom  dérive  du  mot  hxon  Jlére  ^  qui 
fignlfie  règle;  ainfi,  félon  ce  fentiment ,  une  mon- 
noie jîerling ,  n'eft  autre  chofe  qu'une  monnoie  faite 
félon  la  règle  prefcrlie. 

Enfin,  Camden  eflime  que  le  mot  (lerlïng  efl  mo- 
derne, &  qu'il  a  été  vrailfemblabiement  pris  de  cer- 
tains ouvriers  flamands  ,  qui  fous  le  règne  de  Jean- 
Santerre  ,  furent  attirés  dans  la  grande  -  Bretagne 
pour  y  rafiner  l'argent  ;  à  quoi  ils  réufTiffoient  bien 
mieux  que  les  Anglois.  Comme  on  appellolt  commu- 
nément les  gens  de  ce  pays-là  Ejhrhngs ,  à  caufe  de 
leur  fituatlon  à  l'eft  de  l'Angleterre  ,  il  efl  arrivé  que 
la  monnoie  qu'ils  firent ,  fut  nommée  ejî<.rling ,  &  par 
abréviation  j?t;r//>z^ ,  c'eft-à-dire  ,  faite  par  les  EJhr- 
lings  ou  Flamands  ,  &  par  conféquent  plus  pure  que 
celle  qu'on  avoit  battue  julqu'alors. 

Quoi  qu'il  en  foit ,  les  négocians  anglois  tiennent 
leurs  comptes  par  livres  Jieriing ,  shillings,  &  far- 
things  ,  en  mettant  la  livre  Idéale  fhrling  pour  vin^t 
shlUings",  le  shilling  pour  douze  fols,  &  le  fol  pouc 
quatre  farthings.  {D,  J,') 

Sterling  ,  (  Géog.  /«o^.) province  d'EcofTe,  dans 
la  féconde  prefqu'île  de  ce  royaume ,  au  midi  du 
Tay.  Cette  province  eft  bornée  à  l'orient  par  l'A- 
von  ,  qui  la  fépare  de  la  Lothiane  ,  &  par  le  Forth  j 
qui  la  fépare  de  la  Fife.  Au  nord  elle  a  la  province 
deMenteith;  à  l'occident ,  celle  de  Lénox,  6c  au 
midi  celle  de  Cluydesdale.  Elle  s'étend  en  longueui' 
du  nord-oueft  au  fud-eft,  l'efpace  de  vingt  milles, 
&  fa  largeur  n'eft  que  de  douze  milles.  Mais  fi  cette 
province  eft  petite,  elle  eft  l'une  des  "plus  fertiles  de 
l'Ecoffe  ;  on  y  compte  environ  vingt  paroifl'es  ;  les 
rivières  qui  l'arrofènt  font  le  Carron ,  le  Kelvin  ,  le 
Coutyr  ,  le  Bannok  ,  &  le  Forth. 

En  paffant  de  la  Lothiane  dans  cette  province ,  ori 
voit  les  refles  de  la  muraille  des  Romains  ,  qui  s'é- 
tendoit  à-travers  les  provinces  de  Sterling  &  de  Lé- 
nox ,  jufqu'à  Kllpatrlclc,  fur  la  Cluyd,  dans  un  ef- 
pace  de  trente  à  trente-cinq  milles.  Les  vallées  de  la 
province  de  Sterling  font  entrecoupées  de  prairies; 
les  montagnes  du  midi  &  de  l'ouefl,  entretiennent 
de  gros  troupeaux  de  bêtes  à  cornes  ;  les  habitans 
brûlent  du  bois  ,  du  charbon  de  pierre  ,  ou  une  ef- 
pece  de  tombe ,  fulvant  les  lieux.  (  £>.  /.  ) 

Sterling  ,  {Gèog.  mod.)  y'xWeàc  l'Ecoffe  méri« 
dlonale  ,  capitale  de  la  province  de  même  nom,  for 
la  pente  d'un  rocher  ,  dont  le  Forih  mouille  le  pié  j 
&  qu'on  pafle  fur  un  pont  de  pierre,  à  i  x  lieues  ïih 

T  tt 


514 


S  T  E 


nord-ouefl  d'Edimbourg.  Elle  a  été  la  demeure  de 
pliifieurs  rois  d'Ecolll'.  On  y  voit  un  beau  6c  fort 
château.  Lon^.  ij.S.6.lut.  So,  S. 

Les  ancii-'osap^iclloient  cette  ville  Blnobara;  mais 
Ptolomée  Tappelle  Vindovura.  C'étoit  uae  des  bor- 
nes de  l'empire  romain  dans  la  Grande-Bretagne  ,  _ 
comme  il  paroit  par  une  inlcription  qu'on  trouve 
vers  le  pont  au  bas  du  château,  &c  qui  marque  qu'une 
desaîles  de  l'armée  romaine  tailoit  garde  dans  cette 
place.  Du  tems  de  la  religion  catholique  ,  il  y  avolt 
près  de  cette  ville  une  abbaye  magnitique  qui  portoit 
le  nom  de  Cumbuskcnnetli. 

A  deux  milles  au  nord  de  Surlins;,  efl  une  terre 
nommée  Anhrcy  ou  Ainhrcy  ,  dans  laquelle  on  trou- 
ve une  mine  de  cuivre  au  côté  méridional  d'une 
montagne.  La  matière  qu'on  tire  de  la  mine  eft  cou- 
verte d'une  croûte  métallique  ,  6i  le  reile  eft  bigarré 
de  couleurs  vives,  de  verd  ,  de  violet,  &  de  bleu. 
Un  quintal  de  cette  matière  rend  trente  livres  de 
cuivre  ;  une  fontaine  fort  de  la  même  montagpc  ;  & 
comme  elle  pall'e  à-travers  une  terre  ïninérale,  elle 
en  prend  une  légère  teinture ,  &  on  la  croit  bonne 
pour  guérir  quelques  maux  externes. 

Quoi  qu'il  en  foit ,  la  ville  de  Sterling  eft  la  patrie 
de  Marie  Lambrun  ,  femme  qui  méritée  d'occuper  fa 
place  dans  l'hiftoire  du  xvj.  fiecle.  Elle  avoit  époufé 
un  françois  nommé  Lambrun  ,  qui  lui  donna  le  nom 
fous  lequel  elle  eft  connue  ;  tous  les  deux  entrèrent 
fort  jeunes  au  fervice  de  Marie  Stuart  qu'ils  ado- 
roient.  L'époux  de  mademoileUe  Lambrun  fut  ft  tou- 
ché de  la  'n\\  tragique  de  cette  jjrincelTe  ,  qu'il  en 
mourut  de  douleur  au  bout  de  quelques  mois ,  6l  la 
femme  defefpérée  réfolut  aufli-tôt  de  venger  l'un 
&  l'autre  par  un  terrible  crime,  .Elle  s'habille  en 
homme  ,  prend  le  nom  SAntoim  Simrch ,  &  fe  rend 
à  Londres  ,  portant  fur  elle  deux  piftolcts  chargés  , 
l'un  pour  tuer  la  reine  Ellfabeth  ,  &  l'autre  pour  fe 
tuer  tout  de  fuite,  afin  d'éviter  l'échafaut. 

En  perçant  la  foule  avec  vivacité  pour  s'appro- 
cher de  la  reine  qui  fe  promenoit  dans  fes  jardins  , 
elle  laifl'e  tomber  un  de  fes  piftolets  ;  les  gardes  ac- 
courent ,  la  faififfent ,  &  ne  fongent  qu'à  la  traîner 
en  prifon  ;  mais  Elifabeth  vou'ant  fur  le  champ  l'ia- 
terroger  elle-même ,  lui  demanda  fon  nom ,  fa  pa- 
trie ,  &  fa  qualité. 

Mademoifelle  Lambrun  répondit  d'un  ton  ferm.e  : 
«  Madame,  je  luis  écoffoife  &  femme,  quoique  je 
»  porte  cet  habit  :  je  m'appelle  Marguerite  Lambrun. 
»  J'ai  vécu  plufieurs  années  auprès  de  la  reine  Ma- 
»  rie  ,  que  vuus  avez  iniultement  fait  périr;  &  par 
»  fa  mort ,  vous  avez  été  caufe  de  celle  de  mon  mari, 
»  qui  n'a  pu  furvivre  au  trépas  d'une  reine  innoceri- 
»  te  ,  à  laquelle  il  étoit  dévoué.  De  mon  côté  ,  ai- 
»  niant  l'un  &  l'autre  avec  palfion,  j'avois  réfokiau 
»  péril  de  ma  vie ,  de  venger  leur  mort  par  la  vôtre. 
»  Tous  les  efforts  que  j'ai  faits  pour  abandonner  ce 
»  defiein  ,  n'ont  abouti  qu'à  m'apprendre  qu'il  n'y 
»  a  rien  qui  foit  capable  d'empêcher  une  femme  ir- 
»  ritée  de  fe  venger ,  lorfqu'un  double  amour  enflam- 
»  me  fa  haine  &  fon  reffentiment  ». 

Quoique  la  reine  Elifabeth  eût  grand  fujet  d'être 
émue  d'un  tel  difcours  ,  elle  ne  lailfa  pas  de  l'écou- 
ter de  fens  froid ,  &  de  repartir  tranquillement  : 
M  Vous  avez  donc  cru  faire  votre  devoir  ,  &  rendre 
»  à  l'amour  que  vous  avez  pour  votre  maîtrelfe  & 
»  pour  votre  mari,  ce  qu'il  exigeoit  :  mais  quel  pen- 
»  fez-vous  que  doit  être  maintenant  mon  devoir  à 
»  votre  égard  »  ? 

Cette  femme  répondit  à  la  reine  avec  grandeur  : 
«  Je  dirai  franchement  à  votre  majefté  mon  avis  , 
M  pourvu  qu'il  lui  plaife  de  me  dire  premièrement , 
>♦  ft  elle  me  fait  ce-tte  queftion  en  qualité  de  reine, 
M  ou  en  qualité  de  juge  ».  Elifabeth  lui  déclara  que 
c'étoit  en  qualité  de  reine.  «  Votre  majefté  doit  m'ac- 


S  T  E 

»  corder  grâce  »  ,  repartit  Marguerite  Lambrun.' 

«  Mais  quelle  afturancc  me  donnerez-vous  ré- 
»  pliqua  la  reine ,  que  vous  n'en  abuferez  pas ,  6c 
»  que  vous  n'entreprendrez  pas  une  féconde  fois  un 
'>  attentat  lemblable  ?»  A  quoi  la  Lambrun  repartit 
encore  :  «  Madame  ,  la  grâce  que  l'on  veut  accor- 
»  der  avec  tant  de  précaution,  n'eft  plus ,  félon  moa 
»  idée,  une  véritable  grâce  :  ainft  votre  majefté  peut 
»  agir  contre  moi  comme  juge  ». 

Alors  la  reine  s'étant  retournée  vers  quelques 
membres  de  fon  confeil  qui  étoient  préfens,  leur 
dit  :  «  Il  y  a  trente  ans  que  je  règne  ;  mais  je  ne  me 
»  fouviens  pas  d'avoir  trouvé  perf.  ic  qui  m'ait  ja- 
»  mais  fait  une  pareille  leçon.  Kw.tz  (  co;itinua-t- 
»  elle  ,  en  s'adrefl'ant  à  mademoife'ie  Lambrun  )  ,  je 
»  vous  accorde  la  grâce  pure ,  entière  ,  &  fans  aii- 
»  cune  condition  ». 

Marie  Lambrun  fe  profterna  aux  genoux  de  la 
reine  ,  en  la  priant  d'avoir  la  générolité  de  la  faire 
conduire  sûrement  hors  des  royaumes  de  la  grande- 
Bretagne  jufqu'aux  côtes  de  France.  Elilàbeth  le  lui 
accorda  volontiers  ;  &  l'on  regarda  cette  requête  de 
Marie  Lambrun,  comme  un  trait  fmgulier  de,  pru- 
dence &  de  fageflc.  (  Le  chevalier  DE  Jaucourt.  ) 

STERNBERG  ,{Géog.  mod.  )  contrée  d'Allema- 
gne, dans  la  nouvelle  marche  de  Brandebourg  ,  aux 
confins  de  la  Pologne  6c  de  la  Slléfie  ;  c'eft  un  pays 
montagneux,  coupé  de  quelques  petites  rivières, 
Sternberg  fa  capitale  ,  lui  donne  fon  nom  ;  cette  pe- 
tite ville  eft  fituée  aux  confins  de  la  Siléfie ,  entre 
Cuftrin  ,  Schwerin  ,  Francfort  fur  l'Oder  ,  &  autres 
lieux.  (D.J.) 

STERNOMANTIS  ,  f.  f  (  Amiqult.  grecq.  )  ç-sp^o- 
[xixvTii  ;  c'étoit  un  des  noms  de  la  prêtrelTe  de  l'ora- 
cle de  Delohes  ,  plus  connu  encore  fous  celui  de 
Pithie  ;  mais  le  même  nom  de  c-Têpo/^afT/f  étoit  gé- 
néralement donné  à  tous  ceux  qui  agités  par  quel- 
que démon  ,  prophétifoient ,  ou  rendoient  des  ora- 
cles. {D.  J.) 

STERNO-CLYTHO-MASTOIDIEN ,  ou  STER- 
NO-MASTOIDIEN  ,  ou  MASTOÏDIEN  ANTE- 
RIEUR ,  en  Anatomie  ,  nom  de  deux  mufcles  dont 
chacun  vient  de  la  partie  fupéricure  &:  antérieure  du 
fternum  de  la  clavicule  ,  vers  l'extrémité  fternale  , 
&  fe  termine  à  l'apophyfe  maftoïde. 

STERNO-COSTAUX  ,  ou  U  triangulaire  du  fier- 
num ,  (  Anatomie.  )  nom  de  quelques  mufcles  qui 
s'attachent  aux  côtes  &  au  ftei^num.  Voye^^  Côtes 
&  Sternum. 

Ces  mufcles  viennent  de  chaque  côté  de  la  partie 
inférieure  &  interne  du  fternum  ,  &  s'infèrent  à. la 
féconde ,  troifieme ,  quatrième ,  cinquième ,  fixieme, 
&  feptieme  des  vraies  côtes. 

Sf  £RN0-HY01DIEN,c/z  Anatomie,  eft  une  paire 
de  mufcles  qui  viennent  de  la  partie  la  plus  lupé- 
rieure  &  interne  du  fternum  ,  de  la  portion  voifine 
de  la  clavicule  &  de  la  partie  adjacente  à  la  première 
côte  ;  ils  font  larges  &  fitués  le  long  de  la  trachée- 
artère  ,  des  glandes  thyroïdes  ,  &  du  cartilage  fcu- 
tiforme  ;  ils  fe  terminent  à  la  bafe  de  l'os  hyoïde. 

STERNO  -  MASTOÏDIEN  ,  en  Anatomie ,  nom 
d'un  paire  de  mufcles  appelles  aulîi  fîerno-clyio-maf- 

loidien.  /^(rv'£{  StERNO  CLYTO-MASTOIDIEN. 

STERNO-THYROIDE  ,  en  Anatomie ,  eft  une 
paire  de  mufcles  du  larynx  qui  s'infèrent  dans  la 
partie  fupéricure  &  interne  du  fternum ,  tout-au- 
tour du  rebord  inférieur  de  fa  cavité  articulaire  ,  &fe 
termine  à  la  tubérofité  oblique  du  cartilage  thyroïde. 

STERNO -THYRO  -  PHARINGIEN  ,  en  Anato- 
mie; nom  d'une  paire  de  mufcles  du  pharynx  ,  qui 
font  formés  par  un  paquet  de  fibres  qui  prend  fes  at- 
taches à  la  partie  interne  &  fupérieure  du  fternum  , 
s'unit  intimement  avec  le  fterno-thyroïdien  jufque 
vers  les  attaçheSjau  cartilage  thyroïde,  devient  s'unir 


s  T  E 


enfuîte  avec  le  lyro-pharinglen.  f^'oysi  SteRNO-tV- 

ROiDÎEr^  é-TYRO-PHARINGIEN. 

STERNUM iLm.cn  Anaiomie ,  nom  criitl  os  fitué 
loutlelongde  la  partie  antérieure  &  moyenne  de  la 
poitrine. 

Cet  os  eft  compofé  de  trois  pièces  dans  les  adul- 
tes ,  une  fupérieure  qui  a  la  figure  d'un  cxagone  ir- 
régulier, une  moyenne  de  figure  d'un  quarré  obiong, 
&  une  inférieure  la  moins  confidcrable  de  toutes  ; 
elle  elt  cartilaginenfe ,  &  fe  nomme  cartilage  xiphoidi. 
Foyci  XiPHOiDE. 

Mais  dans  les  enfans  il  eft  compofé  de  plufieurs 
pièces  fuivant  les  ditFérens  âges  ,  c'eft-à-dire  de  5  , 
de  6  ,  7  &  quelquefois  de  8  pièces. 

Deux  pièces  principales  àujhrnum  fent  unies  en- 
femblepar  diarthrofe  obfcure  ,  de  façon  qu'en  les  dé- 
crivant comme  n'étant  qu'une  feule  pièce  ,  leur  face 
antérieure  externe  eft  inégalement  convexe,  la  pof- 
térieure  interne  eft  légèrement  concave  ;  le  bordiii- 
périeur  qui  a  fur  le  m.iiieu  une  grande  échancrure , 
que  les  anciens  ont  nommée  Jourckaee  ,  6c  fur  les 
parties  latérales  deux  cavités  pour  y  recevoir  les  cla- 
vicules; le  bord  intérieur  a  cinq  petits  enfoncemens, 
un  mitoyen  ,  &  deux  à  chaque  partie  latérale  ,  qui 
font  quelquefois  confondus  enfen-jble;on  voit  fur  les 
bords  latéraux  quatre  petites  cavités  comme  divifées 
en  deux  ,  &  vers  la  partie  fupérieure  une  petite  por- 
tion du  cartilage  de  la  première  vraie  côte,  /^'yye^; 

CÔTE. 

L'os  àw  Jlernum  fouffre  des  jeux  de  la  nature  dans 
divers  fujets  ,  je  n'entends  pas  pour  le  nombre  des  os 
qui  le  compofent  comme  ont  fait  quelques  anatomif- 
tes,  en  les  confidérant  fur  deslujets  de  diifcrens  agcs, 
mais  pour  la  figure,  la  grandeur  ,  la  fituation  de  cet 
os  :  par  exemple  ,  on  a  trouvé  quelquefois  fa  pointe 
extrêmement  tournée  en-dehors  ou  en-dedans  ,  & 
alors  ce  jeu  de  la  nature  doitavoirnui  Aiafanté  ,  pro- 
duit des  difficultés  de  refpirer  &  de  fe  courber,  ou 
des  maladies  internes  incurables.  On  trouve  auifi 
quelquefois  à  la  partie  inférieure  du  ^Umum  un  trou 
qui  eft  plus  ou  moins  grand. 

Un  auteur  allemand  afllire  dans  \qs  fcUcla  medica 
Francofurunjia  ,  avoir  oblérvé  un  pareil  trou ,  &  que 
ce  trou  donnoit  pafTage  aux  artères  6c  aux  veines 
mammaires;  M.Hunauld  dit  qu'il  n'a  trouvé  ce  trou 
qu'une  iéule  fois  ;  qu'il  n'y  paifcitrien,  6c  qu'il  étoit 
rempli  par  une  forte  defubftance  cartilagineufe.  Voi- 
ci ,  peut-être  ,  continue-t-il ,  ce  qui  donne  occaîion 
à  la  formation  de  ce  trou.  Le  [iernum  ,  dans  les  pre- 
miers tems  ,  eft  tout  cartilagineux  ,  &  roffification  y 
commence  en  différens  endroits  ;  le  nombre  de  ces  ol- 
fifications  eft  incertain ,  elles  fc  réunifient  plus  ou 
moins  tard  pour  former  trois  pièces  qui  enfuite  f  e  fou- 
dent  pour  n'en  faire  qu'une.  Si  dorîc  lorfque  toutes 
ces  différentes  ofîifications  commencent  à  ie  réunir  , 
il  y  a  un  endroit  où  l'offification  ié  trouve  arrêtée  ; 
cet  endroit  reftera  rcmplide  la  fubftance  cartilagineu- 
fe qui  en  fe  détachant ,  lorfqu'on  fàt  le  fquelette  , 
laifîera  appercevoir  un  trou  dans  l'os  diijhrr.u/ri  ; 
peut-être  encore  que  les  trois  pièces  d'olfificaticn 
quife  rencontrent  parleurs  bords  ,  peuvent,  en  pre- 
nant de  l'accroiffement  &  de  la  fbîidité  ,  avant  que 
d'être  unies  ,  laiffer  un  vuide  entr'elles.  Comme  on 
ne  dit  point  avoir  vu  un  pareil  trou  ;\  la  partie  fupé- 
rieure du  (Icrnum^  c'eft  vraifTemblsblement  parce  que 
la  partie  fupérieure  de  cet  os  n'eft  ordinairement  qu'- 
une feule  pièce  dès  les  premiers  tems,  6c  qu'elle  ne 
s'ofTifie  point  en  différens  endroits  ,  au-lieu  que  la 
multitude  différente  d'ofTifications  fe  fait  à  la  partie 
inférieure  ,  oi\  le  trou  dont  il  s'agit  fe  rencontre  tou- 
jours. (D.  J.) 

Sternum  ,  /raclure  du  ,   (  maladie  de  Chirwg'e.  ) 
folution  de  continuité  de  l'os  fhmurn  à  l'occafion  ue 
c[uelque  coup  ou  chute.  Le  Jlemurn  ,  comme  les  os 
Tome  XF. 


S  T  E  .        jj 

flu  efâftè,  &ft{lifcepîibiêdefrââure&d'énroftcêméilr» 
On  reconnoîtlafradure  à  î'ioégalitc  des  pièces  oM\x^ 
les  ,  &  quelquefois  à  la  crépitation  qu'on  entend  ërt 
comprimant  alternativement  les  pièces  fépafêeéi 
L'enfoncement  fe  connoît  par  la  déprelîi.on  ;  la  doU' 
leur ,  la  difticulté  de  refpirer  ,  la  toux  ^  6c  quelcue- 
fois  le  crachement  de  fang  font  les  fyniptomes  de  la 
fraclure  &  de  l'enfoncement.  Le  crachement  eft  olu- 
tôt  l'eifet  de  la  commotion  que  de  la  fra£ture.  Âm- 
broife  Paré  rapporte  qu'il  a  été  envoyé  en  1563  par 
le  feu  roi  de  Navarre  pour  panfer  un  gentilhomme  de 
la  chambre,  blefle  devant  Ivieiun  d'un  coup  de  mouf* 
quet  au  milieu  An  Jlernum  ,  fur  fa  cuirauV;  il  tomba 
par  terre  comme  mort,  jettant  grande  quantité  de 
fang  par  la  bouche  ,  &  il  en  cracha  de  fuite  pendant 
l't  fpace  de  trois  mois.  Le  (Iernum  étoit  enfoncé.  Pour 
en  faire  la  réduftion  on  fit  coucher  le  bleffé  fur  le  dos  » 
ayant  un  carreau  entre  les  épaules  ,  &  les  os  furent 
r'.tabhs  dans  leur  état  naturel  par  la  prefïïon  latérale 
des  côtes.  On  appliqua  descomprefles  trempées  dans 
une  liqueur  vulnéraire  fpiritueufe,  &  un  bandage  qui 
ne  doit  pas  être  trop  ferré ,  ann  de  ne  pas  gêner  la  ref- 
piration.  Les  faignécs  font  dans  cette  frafture  d'un 
grand  fecours  pour  calmer  les  accidens  &  pour  les 
prévenir. 

Lajlernum  eft  \m  os  fpon-ieux  fujet  à  être  altéré 
par  la  carie.  On  peut  tenter  fur  cet  os  les  opérations 
convenables  pour  enlever  la  carie  ;  tel  que  le  trépan» 
Il  y  a  fur  la  poifibilité  de  la  réulîite  de  cette  deftruc- 
tion  des  parties  viciées  ,  deux  obfervations  très-im- 
portantes ,  l'une  dans  Galien  ,  &  l'autre  dans  Har- 
vcy ,  au  traité  de  aimratlone  anlnalium  ,  où  l'on  voit 
que  hftcrnumaété  détruit  en  partie  ,  &  que  les  ma- 
lades ont  furvécu.  Dans  l'un  &  dans  l'autre  cas  on 
touchoit  le  cœur ,  &  l'on  fentoit  fes  mouvemens  dans 
le  vuide  Oii'avoit  laiffé  la  déperdition  de  fubftance 
àufiernum.   (7) 

STERNU TATION,  f.  f.  (  P/;y/o/.)  en  grec^r^p- 
IA.U  ,  en  ïdûn  [lernutatio  ,  voyei  Éternument  ,  qui 
eft  le  terme  le  plus  en  ufage  ;  nous  n'ajouterons  ici 
que  peu  de  remarques  dit  ce  curieux  phénomène  de 
notre  crganifation. 

Tout  ie  monde  fait  que  c'eft  un  mouvement  con- 
vulfif ,  au  moyen  duquel  l'air  étant  poufté  violem- 
ment par  toutes  les  cavités  des  narines  ,  balaie  Rem- 
porte avec  bruit  la  mucofité  qu'il  trouve  flir  fon  paf- 
fage. 

Pour  entendre  cet  effet ,  il  faut  fe  rappeller  i®, 
qu'il  y  a  un  rameau  de  nerf  de  la  cinquième  paire  qui 
fe  rend  à  la  membrane  pituitaire  du  nez,  i*^.  Quand 
ce  nerf  vient  à  erre  irrité  ,  i 'intercoftal ,  le  vague ,  6c 
par  conféquent  les  nerfs  des  mufcles  qui  fervent  à  U 
refpiration  ,  doivent  femir  cette  irritation  ,  6c  (or-t 
ccr  les  mufcles  à  entrer  en  contraftion.  3°.  Comme 
les  nerfs  du  nez  l'ont  fort  fenfibles  ,  ils  produisent  de 
grands  mouvemens  dans  les  nerfs  qui  vont  aux  niufr 
des  infpirateurs;  c'eft  ce  qui  fait  que  le  thorax  fe  di- 
late tout  à-coup  exiraordinairement.  4'^.  Cette  dila- 
tation fubite  pourroit  être  fuivie  d'un  reiTerrement 
lent ,  fi  les  mufcles  qui  fervent  à  l'expiration  n'a- 
voient  pas  des  nerfs  qui  ïa\\çnt  irrités ,  de  même  que 
ceux  des  mufcles  infpirateurs  :  comme  ces  mufcles 
infpirateurs  font  plus  forts  que  les  mufcles  expira- 
tcurs ,  leur  aftion  a  d'abord  prévalu  ,  mais  durant  le 
tems  qu'ils  agiftent ,  la  réfiftance  augmente  ;  6c  les 
nerfs  des  mufcles  expirateurs  étant  toujours  irrités  , 
y  caufent  une  contra»if  ion  qui  l'emporte  cntin  fur  les 
mufcles  infpirateurs.  5**.  La  violence  avec  laquclia 
les  mufcles  expirateurs  fe  contractent, comprime c\- 
traordinaircmcnt  les  pointions,  en  ibrie  que  l'air  eft 
obligé  de  fortir  avec  force.  6°.  Par  la  communica^ 
tion  des  nerfs  ,  les  mufcles  qui  concoiucnt  à  élever 
la  racine  de  la  langue  ,  entrent  en  contradion  :  par 
ce  moyeu  l'air  ue  pouvant  fortir  par  la  bouche ,  eil 

T  t  t  ij  . 


5i6 


S  T  E 


jette  impctueufemcnt  dans  la  cavité  des  narines  ,  Se 
firhmncur  muq\ieufe  de  la  membrane  j^îituitaire  ert  ra- 
malTccdans  fes  rclcrvoirs  ,  les  lecoulies  de  l'air  l'en- 
lèvent &i  la  balaient.  j°.  Les  miilcles  qui  pouiTent 
l'air  des  [joumons  dans  la  trachée-arterc,  lont  princi- 
palement le  triangulaire  6>:  le  diaparagme. 

Ainli  réteriuuiKnt  le  tait  lorlquc  l'air  d'une  gran- 
de infpiration  ell  long-tcnis  lerenudansle  poumon  , 
&  en  fort  cnluite  avec  force  par  le  nez  ,  au  moyen 
d'un  mouvement  expiratcur  convuHif  de  tous  les 
niufcles  abdominaux  ,  des  intcrcollaux  &  du  dia- 
phragme. Quand  on  inlpire  beaucoup  d'air ,  les  mui- 
cles  poflcrieurs  de  la  tête  &C  du  cou  étendent  la  tête 
&C  le  corps  en  arrière  ,  &:  à  leur  tour  les  antérieurs 
la  plient  fortement  en  devant  dans  l'expiration.  11 
arrive  avant  l'éternument  une  elpece  de  petit  cha- 
touillement doux  dans  les  narines  ,  &  quelquefois 
dans  les  parties  avec  lefquelles  les  nerfs  olfactifs  cor- 
rcfpondent.  Lorfqu'on  éprouve  cette  fcnfation  ,  tou- 
tes les  aftions  du  corps  font  fufpendues  ,  &  l'on  relie 
un  inîlant  dans  l'attente  de  ce  qui  va  fe  palier.  L'inf- 
tant  fuivant ,  les  mufeles  qui  fervent  à  l'expiration  fe 
retirent  avec  une  force  que  rien  ne  peut  arrêter  ;  &c 
les  poumons  fubitenx'nt  reiTerrés ,  chaiTent  l'air  qu'ils 
contiennent  avec  un  bruit  fcmblable  à  celui  d'une  li- 
queur qu'on  jette  dans  le  feu.  Ainfi  dans  l'inflant  que 
le  fait  cette  forte  expiration  ,  le  fang  ne  fauroit  paf- 
fer  dans  les  poumons  ;  par  la  même  raifon  ,  le  lang 
veineux  qui  revient  de  la  tête  ,  ne  fauroit  fe  déchar- 
ger librement  dans  le  ventricule  droit  du  cœur  ;  ce 
qui  fait  que  non-feulement  les  vailTeaux  du  cerveau 
font  diilendus  ,  mais  aulH  que  l'impétuolité  du  fang 
artériel  cft  augmenté  par  la  violence  de  cette  commo- 
tion. Or  le  concours  de  ces  deux  caufes  produit  une 
forte  de  diftenfion  momentanée  dans  toute  la  maffe 
du  cerveau. Il  ell  clair  que  c'efl-là  ce  quife  paffedans 
l'éternument  ;  car  s'il  efl  réitéré  ,  tous  les  fens  &  le 
mouvement  niufculaire  manquant  à  la  fois  ,  le  vifage 
s'enfle  ,  il  fort  des  larmes  des  yeux ,  le  nez  coule  ;  6c 
û  réternument  ell  répété  bien  des  fois  ,  toutes  les 
adions  du  cerveau  en  font  prodigieufement  trou- 
blées. 

Il  efl  vraifTembluble  que  c'efl  à  la  commune  origine 
des  nerfs  eue  commence  cette  puilTante  irritation  qui 
mçt  en  branle  prefque  tous  les  nerfs  de  la  poitrine  , 
du  dos,  de  la  tête ,  &  les  enveloppe  tous  dans  les 
jnêmes  mouvemens,  comme  on  voit  que  la  piquure 
d'un  nerf,  d'un  tendon  quel  qu'il  foit  ,  produit  un 
ioafme  univcrfel.  On  peut  juger  de  toute  l'étendue 
de  cette  contraction  mufculaire  ,  puifqu'il  en  réfulte 
lui  ébranlement  général  de  toute  la  machine  au  mo- 
ment qu'on  y  fonge  le  moins  ,  &  par  la  plus  petite 
caufe,  l'émanation  de  quelque  corps  odoriférant  qu'- 
on infpire. 

On  étcrnue  même  en  regardant  le  foleil,  parce  qu'il 
entre  dans  le  nez  une  branche  h  peine  vifible  du  nerf 
ophtalmique  avec  le  nerfolfadif,  &;  qui  étant  ébran- 
lée par  une  vive  lumière ,  excite  dans  le  nert  des  or- 
ganes de  la  refpiration  les  mouvemens  convulfifs  de 
l'éternument.  C'efl  par  la  même  railbn  qu'on  pleure 
■quand  on  a  reçu  de  fortes  odeurs. 

L'irritation  de  la  membrane  pituitaire  fe  fait ,  ou 
extérieurement  par  ia  vapeur  d'efpriî-de-vin,de  fortes 
odeurs,  comme  par  celle  de  la  marjolaine,  desrofcs, 
du  tabac  ;  portées  aux  narines  par  des  poudres  qui 
volant  en  l'air  ,  font  reçues  par  l'infpiration  ;  par  des 
médicamens  acres  ,  comme  l'ellébore  ,  l'euphorbe 
&  autres  llcrnutatoires  qui  picotent  la  membrane  du 
ne/.;  ou  intérieurement  par  l'acrimonie  de  la  lymphe 
qui  humecte  naturellement  la  membrane  des  narines, 
comme  dans  le  cori/a. 

Les  matières  qui  font  rejettées  en  éternuant  vlen- 
neni  ,  i".  du  nez ,  de  la  gorge ,  parce  que  la  membra- 
ne pituitaire  y  cxudc  continuellement  de  la  lymphe  ; 


S  T  E 

1**,  de  la  trachée-artere  &  des  bronches  des  poumons. 
Mais  il  ne  faut  pas  croire  cjue  tout  ce  qui  irrite  les 
narines,  lolt  les' feules  caufes  de  \i\  (Icmutution  ;  car 
il  y  a  des  gens  qui  lavent  éternuer  plufieurs  fois  de 
fuite  au  gré  de  leur  volonté. 

L'éternument  peut  s'arrêter  ,  an  prefîant  l'angle 
interne  de  l'ctil.  Comprimc-t-on  le  nerf  récurrent 
qui  vient  de  l'ophtalaiique  de  la  cinquième  paire  ,  ôc 
qui  paroît  principalements'anaflomofér  avec  les  nerfs 
de  la  première  paire?  c'efl  l'opinion  de  Willis. 

Lajicmaraiion  ditîere  de  la  toux  ,  parce  qu'elle  fe 
fait  avec  moins  de  force  ,  &  que  l'air  qu'on  n'infpire 
6c  qu'on  n'expire  qu'une  feule  fois  dans  rétcrnament 
affede  de  palier  par  les  narines. 

L'émondion  ou  l'adion  par  laquelle  on  fe  mou- 
che ,  eil  une  efpcce  d'éternument  doux  &  volon- 
taire. 

Les  éternumens ,. quand  ils  ne  font  pas  naturels, 
peuvent  être  de  bons  ou  de  mauvais  lignes  en  Méde- 
cine ,  fuivant  leur  violence ,  leurs  caufes ,  &  les  ma- 
ladies dans  lefquelles  ils  arrivent.  Ils  font  quelque- 
fois, comme  dans  le  mouvement,  augmenté  de  la  cir- 
culation du  fang  ,  l'avant-coureur  d'une  hémorrha- 
gie  falutaire  ,  ou  d'une  métaflafe  favorable  dans  le 
hoquet  ;  mais  clans  les  maladies  épidémiques  ,  dans 
la  rougeole  ,  la  petite-vérole  ,  les  fièvres  continues  , 
où  la  métaflafe  s'eft  jetiée  fur  les  narines  ,  iQsJiernu- 
tations  n'apportent  aucun  foulagement;  elles  empi- 
rent le  mal  ,  lorfqu'ellcs  viennent  du  confentcment 
des  parties  ,  comme  dans  l'hyflérifme  ;  l'épilepfie , 
l'efquinancie,  les  maladies  des  yeux  Se  des  poumons. 
Dans  les  maladies  des  narines ,  telles  que  leur  inflam^ 
mation ,  leur  ulcération  ,  un  polype ,  un  cancer,  l'o- 
zœne,  il  en  réfulte  des  ^'ïer/zw/a/io/zi  qui  augmentent 
le  mal ,  par  la  commotion  qu'elles  caufent.  En  pareil 
cas ,  il  faut  adoucir  les  narines ,  en  injedant,  en  atti- 
rant ,  en  portant  dans  le  nez ,  des  baumes  ,  des  lini- 
mens  oppofés  à  la  nature  de  la  maladie. 

Les  humeurs  acres  ,  catharreufes ,  qui  agacent  les 
nerfs  olfadoires  provoquent  des  éternumens  fré- 
quens ,  qui  cefleront  en  attaquant  la  caufe  ,  &  en 
adoucifTant  les  lymptomes  par  des  drogues  ondueu- 
(qs  ,  ou  par  la  fumée  de  parfums  fecs  ,  dirigés  dans 
les  iiarines  ,  fl  les  humeurs  acres  font  extrêmement 
tenues. 

Enfin,  l'on  conçoit  aifément  que  \qs Jîcrnutations 
font  capables  de  procurer  plufieurs  autres  effets  fa- 
lutaires  ou  nuifibles.  Par  exemple  ,  i  °.  on  pourra  les 
exciter  artificiellement  dans  les  maladies  apopledi- 
ques  &  foporeufes.  On  pourra  de  même  s'en  fervir 
avec  fuccès  pour  aider  l'accouchement,  pour  facili- 
ter la  fortie  del'arrierc-faix  ;  c'efl  pourquoi  Hippo- 
crate  qui  favoit  fi  bien  tirer  parti  des  obfervations , 
ordonne  dans  ces  cas  de  faire  éternuer  la  femme  en 
couche ,  la  bouche  &  les  narines  fermées,  i?.  Par 
la  même  raifon ,  de  tcWçs  Jlernutatlons  produifant  une 
violente  fecoufîe  dans  tout  le  corps  pourroient  ex- 
citer l'avortement ,  l  hernie  ,  les  règles  ,  &  rompre 
même  des  vaiflcaux  dans  le  nez  ou  dans  la  poitrine. 
3°.  Non-feulement  les  [îcrnutations  violentes  &  con- 
tinuées ,  fatiguent  &  accablent  prodigieufement; 
mais  elles  peuvent  même  devenir  mortelles.  Les 
praticiens  en  citent  des  exemples  aifés  ^  compren- 
dre ,  puifque  hs/i émulations  ne  font  autre  chofe  que 
de  violentes  convulfions.  Elles  produifent  quelque- 
fois dans  l'hyflérifme  une  cœcité  momentanée  ,  qui 
fe  difTipe  avec  les  antlfpafinodiques ,  parce  qu'elle 
vient  de  la  fympathie  des  nerfs  ;  car  il  efl  naturel  de 
conjedurer  que  la  première  caufe  de  cet  accident, 
vient  de  la  commune  dillribution  des  nerfs  de  la  cin- 
quième paire  au  nez  &  à  l'œil. 

Le  remède  dans  les  (Icrnutations  violentes  &  répé- 
tées efl  de  porter  dans  les  narines  ,  du  lait ,  des  hui- 
les, des  infufious  de  graine  de  lin ,  de  pfyllium  i  ea 


s  T  E 

in  mot  tout  liquide  ,  onftaeux,  vifqueux ,  mucila- 
iincux,  adoiiciiîant ,  ballamique,  &  d'y  joindre  du 
audaniim  liquide.  C'ell  ainfi  qu'on  arrcrera  IcsJIer- 
lutations  caulces  parle  muguet ,  la  bctoine  ,  la  mar- 
olaine  ,  la  lavande  ,  la  racine  de  pyrethre  ,  l'eu- 
ihorbe  ,  l'ellébore  ;  enfin  ,  tout  ce  qu'il  y  a  de  plus 
cre  dans  la  clafle  des  végétaux. 

Cependant  il  arrive  très-rarement  pour  notre  con- 
Dlation ,  des  malhevu-s  caufés  par  les  éternumens  ; 
'expérience  nous  apprend  lans  cefl'e ,  c[u'ils  font  plus 
alutaires  que  nuifibles  ,  plus  propres  à  éloigner  une 
laladie  qu'à  y  conduire.  Semblable  à  la  toux  qui 
étache  pour  notre  bien  la  lymphe  viiqueufe  des 
oumons  ,  ils  emportent  la  mucoîité  fuperflue  de  la 
lembrane  pituitaire,  &  procurent  par  ce  moyen  plus 
e  fineffe  dans  l'odorat.  Ils  excitent  en  même-tems 
n  mouvement  plus  vif  dans  la  circulation  du  fang  , 
iigmentent  celui  des  humeurs  &  des  efprits  ,  &  ra- 
iment  prefque  tous  les  fens  à  la  fois.  La  nature  a 
une  été  fage  de  nous  faire  des  organes  délicats ,  que 
imprefTion  de  l'air ,  de  la  lumière  &  des  odeurs , 
branlent  prefque  toujours  à  notre  avantage.  (£>./,) 

STERNUTATOIRE  ,  adj.  (Thâapamque.)  Qi\^Q. 
ïd'errhins,  c'eft-à-dire  de  remèdes  défîmes  à  être 
itroduits  dans  le  nez,  voyc^  Errhins,  dont  la  ver- 
i  Spéciale  confifle  à  pouvoir  produire  l'éternu- 
lent.  Voyci  Éternument. 

Les  fl^rmaatolrcs  font  encore  connus  dans  les  au- 
lurs  grecs  oc  latins  ,  fous  le  nom  de  ptarrnica  ,  du 
iOt  grec  'zcTcti^où ,  féternue.  Les  effets  &  les  ufages 
:s  Jicrnutatolrcs  font  expofés  à  ^article  Éternu- 
ENT  ,  &  la  manière  de  les  appliquer  à  ^article.  Er- 
HIN  ,  \oyii^  cet  article.  Les  précautions  à  obferver 
ms  leur  adminiflration  &  les  confidérations  qui 
:)ntrindiqueat  leur  ufage,  ont  été  renvoyés  à  celui- 
.  Tous  les  praticiens  conviennent  que  ce  genre  de 
cours  ne  convient  point  aux  pléthoriques  fanguins, 
li  en  général  fupportent  mal  toute  forte  de  fccouf- 
s  violentes. 

Il  cfl  obfervé  que  dans  les  vertiges  qui  précédent 
Li  qui  annoncent  les  apoplexies  languines ,  l'ufage 
idifcret  des  (îcrniitatoires  hâte  fcuvenî  l'attaque  ,  & 
lême  la  détermine. 

Quoique  les  errhins  dont  l'effet  fe  borne  à  provo- 
Lier  puifTamment  l'évacuation  nafale ,  foient  utiles 
ans  les  ophthalmies  en  général ,  &;  même  dans  cel- 
;s  qui  ont  un  caradere  véritablement  inflammatoi- 
:  ;  l'ufage  des  Jlemutatoircs  eu  manifeltement  nuifi- 
ie  dans  ce  dernier  cas.  Ceux  qui  font  fujers  à  des 
émorrhagies  ,  &  fur-tout  à  des  haîmophtifies ,  & 
;ux  qui  font  menacés  de  phthifie  ne  doivent  pomt 
tre  expofés  à  l'aftion  des  (krnutatoires. 

Juncker  défapprouve  formellement  leur  ufage  con- 
e  l'épilepfie ,  &  il  affûre  même  que  cet  ufage  n'efl 
as  trop  lùr  dans  les  léthargies  ou  les  défaillances  ; 
nfîn,  il  ert  très -connu  qu'ofi  doit  préfèrvcr  autant 
u'il  eft  pofTiblc  de  l'éternument,  &  par  conféoucnt 
u'il  ne  faut  pas  faire  éternuer  à  deffein  les  fujets  qui 
nt  des  hernies  ,  des  chûtes  de  matrice  ,  &  les  fem- 
les  grofl'cs.  Quant  à  ce  dernier  chef,  il  eft  (ans  doute 
rès- évident  par  l'obfervation  même  de  l'utilité  de 
éternument  pour  chaffer  l'arriere-faix.  Foye::^  Eter- 
îument. 

Tous  les  corps  capables  d'irriter  puiffamment  la 
nembrane  pituitaire  provoquent  l'éternument ,  lorf- 
[u'ils  font  appliqués  fur  cet  organe  ;  &  ce  font  les 
nêmes  qui  étant  portés  dans  l'cflomac  &:  dans  les  in- 
cftins ,  font  capables  d'irriter  ces  derniers  organes 
'^railîemblablement  de  la  même  manière  ,  &  qui  ex- 
:itent  en  conféquencc  le  vomiflcment  ou  la  purga- 
ion  ;  &  enfin  qui  impriment  fur  les  organes  du  goût, 
a  fenfation  appellée  vive ,  piquante  ,  acre ,  ëc  qui  dé- 
ermincntiHifTi abondamment  l'écoulement  de  lafali- 
!e  i  ainli  tous  les  Ciuétiques  &  Igs  purgatifs  forts  font 


S  T  E 


517 


en  même  tems  ftemutatoires  &  falivans. 

Il  ell  cependant  un  certain  nombre  de  remèdes  ' 
tirés  pour  la  plupart  de  la  famille  des  végétaux,  dont 
la  vertu  Jlcrautatoire  paroît  avoir  quelque  chofc  de 
fpéclfîque  ,  ou  du  moins  dont  la  qualité  émétique  ou 
purgative  n'efl  point  conflatée  ;  telles  font  la  pîretre 
le  poivre  noir ,  le  gingembre  ,  la  femence  de  nielle , 
celle  de  moutarde  ,  de  roquette ,  &c.  la  bctoine ,  la 
marjolaine ,  le  marum ,  l'origan  &  le  plus  grand  nom- 
bre de  plantes  aromatiques  de  la  claffe  radiée  de 
Tournefort,  les  fleurs  de  muguet ,  lepterrmca  ou  her- 
be à  éternuer ,  é-c.  mais  lesjîernutatoires  les  plus  puif- 
fans  font  tirés  de  la  claffe  des  émétiques  &  des  pur- 
gatifs forts;  tels  font  le  vitriol  blanc  ,  l'euphorbe  , 
les  ellébores ,  la  racine  de  cabaret ,  l'iris ,  le  concom- 
bre fauvage ,  le  tabac,  &c.  Voyez  tous  ces  anic/es par- 
ticuliers. 

On  trouve  dans  pr-efque  tous  les  difpenfalres  des 
poudres  [lernutatoircs  coxnpofées  ;  voici  celles  de  la 
pharmacopée  de  Paris. 

Prenez  feuilles  feches  de  marjolaine ,  de  bétoine  & 
fleurs  feches  de  muguet,  de  chacun  un  gros;  de  feuil- 
les feches  de  cabaret  demi -gros  ;  faites  une  poudre 
félon  l'art.  (/>) 

STERTZINGEN ,  {Géo^  mod.)  petite  ville  d'Al- 
lemagne dans  le  Tirol ,  au  pié  du  mont  Brenner ,  fur 
le  torrent  d'Eifack  ,  à  5  lieues  au  nord-ouefl  de  Bri- 
xen.  Quelques-uns  croient  que  c'cft  le  Vipiternum 
d'Anionin.  Lom^.  ic).5t.  latit.  ^G.  18.  (D.  J.) 

STETIN  ou  STETTIN ,  {Géog.  rjwd.)  ville  d'Alle- 
magne dans  le  cercle  de  la  haute  Saxe,  capitale  de  la 
Poméranie  prufTienne,  &d'un  duché  de  même  nom, 
fur  la  gauche  de  l'Oder  ,335  lieues  au  nord  de  Franc- 
fort ,  ik:  à  56  au  fud-eft  de  Lubeck. 

Stain  6c  fon  territoire  furent  anciennement  habi- 
tés par  les  Sidirà,  &enfuite  par  les  Vendes.  En  1 1  zr, 
Boleilas  ,  duc  de  Pologne  ,  entreprit  d'y  établir  le 
Chriffianifme  parla  force  ,  mais  il  réufîit  beaucoup 
mieux  en  remettant  aux  habitans  le  tribut  qu'il  leur 
avoit  impofé  ;  cependant  la  religion  chrétienne  ne 
triompha  dans  cette  ville  qu'au  bout  d'un  fiecle ,  & 
alors  elle  fiit  gouvernée  par  les  mêmes  lois  que  Mac^- 
dcbourg.  La  paix  de  Veftphalie  donna  Stetin  aux 
Suédois.  En  1710,  elle  flit  obligée  de  recevoir  des 
troupes  de  PrufTe ,  de  Saxe  &  de  Holflein  ;  &  quelque 
tems  après  ,  le  roi  de  PrufTe  en  fiit  mis  en  pofTelIion. 
Ce  prince  y  a  établi  en  1720  la  régence  de  la  Pomé- 
ranie ,  &  une  chambre  de  guerre  &  de  domaine ,  mais 
en  même  tems  il  a  confirmé  aux  habitans  leurs  divers 
privilèges  qui  font  confidérables.  /.o/20'.fuivant  Street, 
3/.  66'\  iS".  lat.S^.^S. 

Kirjlenius  (  George  )  eft  le  fcul  homme  de  lettres 
de  ma  connoifTance  qui  foit  né  à  Stetin.  Il  cultiva  la 
poélie  latine  &  la  médecine.  Il  a  publié  dans  cette 
dernière  fcience  des  difquifitions  philologiques ,  & 
deux  excellentes  difTertations  ,  dejymptomatihus  vi- 
sas &  auditâs  ,  olfaclûs  &  taclâs  ,  fur  les  fymptomesi 
de  la  vue  &  de  l'ouïe ,  de  l'odorat  &  du  taft.  Chrif- 
tine  ,  reine  de  Suéde  ,  l'honora  de  fon  eftime  &  de 
fes  bontés.  Il  mourut  en  1660  ,  à  47  ans.  Le  P.  Nicé- 
ron  l'a  mis  au  rang  des  hommes  illuftres.  11  l'étoic 
pourtant  beaucoup  moins  que  Kirjhnius  (Michel)  , 
autre  médecin  du  xvij.  fiecle  ,  né  à  Bérone  ,  petite 
ville  de  Moravie  ;  ce  dernier  étoit  un  homme  verfj 
en  plufieurs  fcicnces.  Il  y  a  eu  qiuelques  autres  fa- 
vans  du  nom  de  Kirjhnius  ,  6c  que  les  Bibliographes 
n'ont  pas  toujours  bien  diflingucs  les  uns  des  autres. 

(2).  y.) 

s TEVENSWERT  ,  (  GJog.  rnoJ.  )  île  des  Pays- 
bas  ,  dans  le  quartier  &:  à  3  lieues  de  Riuemonde , 
fur  les  frontières  de  l'évêché  de  Licgc.  Cette  ilc  ell 
formée  par  la  Meule  ,  &  défendue  |)ar  une  fortcreife 
qui  fut  cédée  en  1705  aux  états  générauv  pAr  IVviv 
pcrcur ,  en  vertu  du  traité  de  Barrière.  ÇD.J.)       " 


5i8 


S  T  î 


STEUNOS  ,  (  Gio^.  anc.  )  grotte  ou  antre  de 
VAlic  mineure  ,  dans  la  Phrygle ,  au  quartier  de  ces 
Phrygiens  qui  habitoient  lur  les  bords  du  fleuve  Peu- 
ccUa,  &  qui  ctoient  originaires  d'Alanie.  Paufanias , 
/.  X.  c.  xxxij.  dit  :  «  C'cll  un  antre  qui  ^  par  fa  figure 
>►  ronde  &c  par  fon  exhauffement ,  plaît  fort  à  la  vue  ». 
Ils  en  ont  fait  un  tcn-vple  de  la  mère  des  dieux ,  où  la 
déefTcafaftatue.  (D. /.) 

^  STEWART,  GREAT.  (Hiji.  d' Angleterre.)  c'e(l--i- 
dlrc  gr>ind-fcnîclial ,  lequel  feul  pouvoit  prononcer 
f  arrêt  de  mort  contre  un  pair  accufé  de  haute  tra- 
hifon.  Cette  charge  ctoit  autrefois  perpétuelle  ,  &  la 

1)remiere  du  royaume  ;  mais  l'excès  du  pouvoir  qui 
ui  étoit  attribué  l'a  fait  abolir  en  Angleterre  ,  com- 
me on  a  aboli  en  France  celle  de  connétable  ;  avec 
cette  différence  toutefois,  que  la  charge  Ac  grand- 
Jlcwart  eft  rétablie  par  intérim  pour  le  couronne- 
ment du  roi ,  ik.  lorfqu'il  s'agit  de  la  vie  d'un  pair. 
Le  roi  Georges  I.  donna  cette  commifTion  au  lord 
Cowper  en  1716,  par  rapport  aux  auteurs  de  la  ré- 
bellion d'EcofTe  ,  dont  le  comte  de  Nithifdale  étoit 
du  nombre;  mais  fon  époufe  luifauvala  vie  la  veille 
de  l'exécution  ,  en  gagnant  le  principal  ofTicier  de  la 
garde  de  la  tour  de  Londres  ;  &  faifant  fauver  Ion 
mari  fous  fes  habits  ,  elle  refta  prifonniere  avec  les 
fiens.  Toute  la  grande  Bretagne  applaudit  à  l'aftion 
héroïque  de  cette  dame  ,  &  vint  lui  témoigner  fon 
eftime.  Quelqu'outré  qu'on  fût  dans  le  minifrere  de 
la  tendrelle  ingénieufe  de  la  comtefîe  de  Nithlldale , 
®n  ne  crut  pas  devoir  prendre  d'autre  parti  que  de 
la  mettre  en  liberté.  C'eft  ordinairement  le  lord  chan- 
celier que  le  roi  charge  de  la  commiffion  de  préfider. 
aux  procès  des  pairs  accufés  de  haute  trahilon.  Ce 
fut  aiifFi  le  chancelier  qui  préfida  en  1746  ?.u  juge- 
ment des  quatre  pairs  d'Ecoffe  ,  les  comtes  de  Kil- 
marnock  &  de  Cromarty ,  &  les  lords  BaLnérine  & 
Lovât.  (D.  J.) 

STEYP.  oa  SÏEYBPv  ,  {Géog.  mad.)  petite  ville 
d'Allemagne  dans  la  haute  Autriche  ,  fuuée  fur  une 
colline  ,  au  quartier  de  Traun  ,  au  confluent  àwSteyr 
&  de  rEns,a  3  lieues  au-defl'us  du  bourg  de  Traun. 
Quelques-uns  prennent  Steyr  pour  l'ancienne  Jfiu- 
ris.    Long.  ^z.  34.  latit.  48.  (£>,  7.) 

STHÉNIENS  ,  JEUX  ,  (  Ântiq.  gr^q.  )  l'antiquité 
nous  apprend  peu  de  chofe  touchant  \iis  jeux  Jîhé- 
niens.  Ils  furent  infiitués ,  félon  Plutarque  ,  par  les 
Argiens  en  l'honneur  de  l'égyptien  Danaiis,  neuviè- 
me roi  d'Argos ,  puis  rétablis  en  l'honneur  de  Jupi- 
ter ,  furnommé  le  fon  ^  lepuijfuni,  d'où  ils  prirent  le 
nom  de  jlhcniens.  Héfychius  fait  une  courte  mention 
de  ces  jeux.  Meurfms  ,  dans  fa  grœcia  feriata ,  n'allè- 
gue fur  ce  point  que  le  feul  paflàge  d'Héfychius,  fans 
rien  dire  de  celui  de  Plutarque  ,  ni  de  celui  de  Pau- 
fanias que  je  vais  rapporter  ,  ne  connoiflant  rien  de 
plus  en  ce  genre. 

Ce  dernier  hiftoricn  témoigne  que  de  fon  tems 
on  voyoit  encore  Air  le  chemin  qui  conduifoit  de 
Trézene  àHermione ,  une  roche  ou  une  pierre,  nom- 
mée originairement  V autel  de  Jupiter  jlhcni:n  ,  qu'on 
appcUoit  la  roche  de  Tliéfée ,  depuis  que  ce  prince  tout 
jeuiie  la  remua,  pour  tirer  de  deflbus  la  chaufTure  & 
Tçpée  qui  dévoient  le  faire  connoître  à  Egée  fon 
(>ere  ,  oc  que  celui-ci  dans  ce  defl^ein  y  avoit  ca- 
chées. 

Au  refle  il  ne  faut  point  confondre  ces  jeux  ou 
cette  fcte  d'Argos  avec  une  autre  fête  que  les  fem- 
mes athéniennes  célébroicnt  fous  le  nom  de  c-Twirj.  , 
&:  dans  laquelle  ces  femmes  fe  brocardoient  &  fe  di- 
foient  mille  injures.  Il  efl  parlé desy?/ieWs  d'Athènes 
dans  Héfychius  &:  dans  Suidas.  (  Z?.  /.  ) 

STIBADIC/M ,  f.  m.  (^Littérature.)  ce  mot em- 
pninté  des  Grecs  parles  Romains  ,  lignifîoit  un  Ut  de 
table  fait  de  joncs  ;  ces  fortes  de  lits  étoient  fort  com- 
modes pour  manger ,  à  caulc  de  leur  légèreté  &  de 


S  T  I 

leur  fraîcheiu*.  Ils  fuccéderent  à  ceux  qu'on  nommoit 
triclinia  ;  il  y  en  avoit  de  toutes  grandeurs  ,  à  fix,  4 
huit  &  h  neuf  places  ,  luivant  le  nombre  des  convi- 
ves qui  fe  trouvolent  au  repas.  (Z).  /.  ) 

STIBIÉ,  adj.  on  donne  cette  épithete  au  tartre; 
on  dit  tartre  Jlihic  :  ce  mot  vient  du  laùn  pibiurn  ^  an- 
timoine,  f^oyei  l'article  ANTIMOINE. 

STICHOMANTIE  ,  f  f.  (  Littérature.  )  mot  com- 
pofé  de  (TTix»-,  vers,  &C  juu\Tii<t ,  divination  ,  c'eft  donc 
l'art  de  deviner  par  le  moyen  des  vers  ;  après  avoir 
écrit  fur  de  petits  billets  des  vers  ,  on  jettoit  ces  bil- 
lets dans  une  urne  ,  6i.  celui  qu'on  tiroit  le  premier, 
étoit  pris  pour  la  réponle  de  ce  qu'on  vouloit  favoir. 
Les  vers  des  Sibylles  fervirent  long-tems  à  cet  ufage. 
Quelquefois  on  fe  contentoit  d'ouvrir  un  livre  de 
poéiie  ,  fur-tout  d'Homère  &  de  Virgile ,  &  le  pre- 
mier vers  qui  fe  prélentoit  aux  yeux  tenoit  lieu  d'o- 
racle. Lampride  rapporte  dans  la  vie  d'Alexandre 
Sévère  que  l'élévation  de  ce  prince  avoit  été  mar- 
quée par  ce  vers  de  Virgile,  qui  s'offrit  à  l'ouverture 
du  livre. 

Tu  regere  imperio  populos  ,  romane  ,  mémento, 

«  Pvomain  ,  ta  dcftinée  efl:  de  gouverner  les  peuples 
»  fous  ton  empire  ».  Voye^^  Sorts  d'Homère  &  de 
rirglle.  (D.J.) 

STIGLIANO,  {Géog.  mod.  )  petite  ville  d'Italie, 
au  royaume  de  Naples,  dans  la  Bafilicate  ,  près  la 
rivière  de  Salandrella  ,  à  ao  milles  de  la  côte  du 
golfe  deTarente.  Elle  a  titre  àe  principauté.  Ses  bains 
lont  affez  renommés  ,  on  les  appelle,  je  ne  fai pour- 
quoi , les  bains  de  Bracciano.  Ç  O.  J.) 

STIGMA ,  f.  m.  (  Botan.  )  [ejlig-na  dans  les  piftils 
eft  une  pointe  moufle  ,  qui  forme  fur  l'embryon  une 
pellicule  membraneufe  ,  tranfparente.  (Z>.  /.) 

STIGMATE ,  voyei  Fleur. 

Stigmates  ,  organes  extérieurs  de  la  rcfpiration 
de  plulieurs  inleftes  ,  &  principalement  des  chenil- 
les. C'eft  M.  Malpighi  qui  a  reconnu  le  premier  cette 
organifation.  Les  chenilles  ont  fur  chacun  des  douze 
anneaux  du  corps ,  à  l'exception  du  fécond,  du  troi- 
fteme  &c  du  dernier  ,  deux  taches  orales ,  une  de 
chaque  côté  ,  placées  plus  près  du  ventre  que  du 
dos  :  ces  taches  font  imprimées  en  creux  dans  la 
peau  ,  &  bordées  par  un  -petit  cordon  le  plus  fou- 
vent  noir.  Ces  taches  font  jaunes  dans  certaines  che- 
nilles ,  &  dans  d'autres  elles  ont  une  couleur  blan- 
che. La  petite  ouverture,  qui  eft  au  milieu  de  cha- 
cune de  ces  taches ,  communique  à  un  poumon  par- 
ticulier ,  de  forte  que  les  chenilles  ont  neuf  pou- 
mons de  chaque  côte ,  ou  plutôt  neuf  paquets  de  tra- 
chées qui  compofent  le  poumon  ,  &.  qui  s'étendent 
chacun  tout  le  long  du  corps. 

M.  Malpighi  a  découvert  que  ces  organes  fervoicnt 
à  la  refpiration  des  chenilles  ,  en  les  couvrant  d'huile 
ou  d'une  matière  grailfeufe  quelconque ,  alors  l'm- 
fecte  tombe  en  convulllons  lut^  le  champ.  Mais  fi 
on  ne  met  de  l'huile  que  fur  un  certain  nombre  de 
Jligmates  ,  les  parties  voifmes  de  celles  qui  font  hui- 
lées deviennent  paralytiques  par  la  privation  d'air, 
&  fouvent  rinfefte  meurt  quelque  tems  après.  Ou 
tient  cependant  fous  l'eau  un  ver  à  foie  pendant  des 
heures  entières  ,  fans  le  faire  mourir  ;  il  reprend  fes 
forces  ôc  fa  vigueur  en  le  remettant  àl'alr&ien  l'ex- 
pofant  au  foleil.  M.  de  Reaumur  croit  que  c'eft  parce 
que  l'eau  ne  peut  pas  pénétrer  dans  les  (ligmates  ^ 
comme  l'huile  ,  &  que  l'air  qui  fe  trouve  renfermé 
dans  le  creux  de  Q\\à(\\itjligmate  empêche  que  l'in- 
fede  ne  foit  fuffoqué.  M.  Malpighi  croyoit  que  l'air 
entroit  &;  fortoit  par  les  Jiigmates  ;  mais  M.  de  Reau- 
mur a  découvert  depuis  par  des  expériences  réité- 
rées en  plongeant  une  chenille  dans  l'eau ,  que  l'air 
avoit  fon  iflue  par  de  très-petites  ouvertures  répan- 
dues fur  tout  le  corps  ,  qui  communiquent  à  d.-  pe- 


s  T  I 

tits  canaux  ,'&  que  ces  canaux  ont  communication 
avec  les  trachées  dont  il  a  été  fait  mention.  Mém. 
pourfervir  à  rhijl.  dis  injccles  ,  par  M.  de  Reaumur  , 
tomel.  n°.  3,  Fcyq  INSECTE. 

Stigmates,  (-^{/?-  <2w. )  fignes  ou  caraderes 
dont  on  marquoit  ordinairement  les  efclaves  qui 
avoient  été  fugitifs.  La  marque  la  plus  commune 
étoit  la  lettre  F  ,  qu'on  leur  imprimoit  au  front  avec 
un  fer  chaud.  On  fe  contentoit  quelquefois  de  leur 
mettre  un  collier  ou  un  bracelet ,  fur  lequel  on  gra- 
voit  le  nom  du  maître.  Quelques-uns  ont  cru  qu'on 
imprimoit  aufïï  des  caraderes  fur  les  mains  ,  les  bras 
ou  les  épaules  des  nouveaux  foldats  chez  les  Ro- 
mains ;  mais  cet  ufage  n'a  pas  été  général ,  &C  l'on 
l'en  trouve  pas  des  tém.oignages  ali'ez  précis  chez 
les  anciens  ,  pour  affirmer  que  cette  coutume  fût 
ronftamment  établie  dans  les  troupes  romaines. 

Stigmates  ,  (Tkiolog.)  marques  ou  incifions 
^ue  les  payens  fe  faifoient  lur  la  chair  en  l'honneur  de 
quelque  fauffe  divinité. 

Ces7?/«'w<2feis'imprimoient  ou  par  un  fer  chaud  , 
)u  par  une  aiguille  avec  laquelle  on  faifoit  plufieurs 
)iquures ,  que  l'on  empli/îbit  eniuite  d'une  poadre 
loire ,  violetre  ,  ou  d'une  autre  couleur ,  qui  b'in'cor- 
)0.oit  avec  la  chair,  &;  demeuroit  imprimée  peri- 
iant  toute  la  vie".  La  plupart  des  femmes  arabes  ont 
es  bras  &  les  joues  chargés  de  ces  iorîes  de  fUgma- 
cs  :  Lucien  dans  fon  livre  de  la  déefl'e  de  Syrie  ,  dii 
[ue  tous  les  lyriens  portoient  de  ces  carafteres  im- 
iriniés  les  uns  fur  les  mains  ,  &  les  autres  fur  le  col. 
l'ioiTe  ,  Léviciq.  x.  xix.  verf.  28.  défend  aux  liraéli- 
es  de  fe  faire  aucune  figure  ,  ni  aucune  /iig'na:e  fur 
2  corps.  L'hébreu  porte ,  vous  ne  vous  fcn^  aucune 
criiuie  de  pointe ,  c'eit-à'dire ,  aucune  Jïig'nau  impri- 
aée  avec  des  pointes. 

PtoJ^mée  Philopator  ordonna  qu'on  imprimât  une 
îuille  de  lierre,  quieil:  un.arore  confacré  à  Bacchus 
ur  les  juifs  qui  avoient  quitté  leur  religion  pour  em- 
irafler  celle  des  payens.  S.  Jean  ,  dans  l'Apocalypfe, 
ait  allufion  à  cette  coutume  ,  qnand  il  dit ,  c.  xiiy. 
•erf.  iG.  &  ly.  que  la  bête  a  imprimé  fon  caraftere 
lans  la  main  droite  ,  &  fur  le  front  de  ceux  qui  font 
,  elle  ;  qu'elle  ne  permet  de  vendre  ou  d'acheter  qu'à 
:eux  qui  portent  le  caraûere  de  la  bête  ou  fon  nom, 
\l  S.  Paul ,  dans  fon  épitre  aux  Galates,  dit  qu'il  porte 
QS  jTigmatcs  de  J.  C.  fur  Ion  corps  en  parlant  des  coups 
le  fouet  qu'il  a  reçus  pour  la  prédication  de  l'évan- 
;ile. 

Fhilon  le  juif.,  de  monarch.  l.  L  dit  qu'il  y  a  des 
lommes  qui  pour  s'attacher  au  culte  des  idoles  d'une 
tianicre  plus  fo'cmn.dle  &  plus  déclarée,  fe  fontfur 
a  chair  avec  des  fers  chauds ,  des  carafteres  qui  prou 
/ont  leur  engagement  6l  leur  fervitude.  Procope ,  in 
Ifai.  xliv.  remarque  l'ancien  uiage  des  chrétiens,  qu 
e  faifoient  (ur  le  poignet  ë<:  fur  les  bras  des  (ligmatcs, 
jui  reprélentoient  la  croix  ou  le  monogramme  de 
I.C.  ufage  qui  fubfifte  encore  aujourd'hui  parmi  les 
:hrétiens  d'Orient ,  &  parmi  ceux  qui  ont  fait  le 
/oyagcde  Jcrufalem.  Prudence  ,  hynin.  x.  décrit  en 
ces  termes  la  manière  dont  les  payens  fe  faifoient  des 
fiigniates  en  l'honneur  de  leurs  dieux. 

Quid  cum facrandus  acc'pit  fphragitidas  ? 
j4cus  minutas  ingcrunt  foi  nacibus , 
His  membra  pcrgunt  urere  :  utquc  igniverint 
Q_uamcumque partent  corporisfcrvens  nota 
Stigrnavit ,  liane Jic  confecratam  prœdicant. 
Calmct ,  diclionn.  de  la  Bibl. 

Stigmates,  (T/iéo/og.)  terme  que  lesFrancifcains 
ont  introduit  pour  exprimer  les  marques  ou  emprein- 
tes des  plaies  de  Notre  Seigneur ,  qu'il  imprima  lui- 
même  fur  le  corps  de  S.  François  d'Àifife. 

Voici  ce  qu'en  dit  M.  l'abbé  Fleury  ,  dans  fon  hif- 
toire  eccléfialtique ,  tom.  X^l,  l,  LXXIX,  «°.  â. 


S  T  I 


519 


d'après  Vading  &  S.  Bonaventure.  «  En  î  2.14  faint 
»  François  fe  retira  fur  le  mont  Alverne  pour  y  paf- 
»  fer  fon  carême  de  faint  Michel ,  c'cft-à-dire  les 
»  quarante  jours  qu'il  avoit  coutume  de  j-  imer,  de- 
»  puis  l'affomption  de  Notre  Dame  ,  'uibu'a  la  fin,  de 

»  Septembre Un  matin,  vers  la  fête' de  l'exaha- 

»  tion  de  la  fainte  Croix,  qui  eft  le  14 Septembre 
»  comme  il  prioit  au  côté  de  la  montagae  ,  il  vit  un 
»  féraphin,ayant  fix  ailes  ardentes  <k.  lumineufes,qui 
»  defcendoit  du  haut  du  ciel  d'un  vol  très-raoide. 
»  Quand  il  fut  proche  ,  faint  François  vit  entre  fes 
»  ailes  la  figure  d'un  homme  ,  ayant  les  mains  6c 
»  les  pies  étendus  6c  attachés  à  une  croix.  Deux  aî- 
»  les  s'élevoient  au-defùis  de  fa  tête  ,  deux  étoient 
»  étendues  pour  voler ,  &  deux  couvroicnt  tuut  fon 

»  corps Lavifion  diiparoifTant  ,  le  faint  apper- 

»  eut  à  fes  mains  &  à  fes  pies  les  marques  des  cious 
»  comme  il  les  avoit  vus  à  l'image  du  crucifix.  Ses 
»  mains  &  fes  pies  paroifloient  percés  de  clous 
w  dans  le  milieu  ,  les  têtes  des  clous  fe  voyoitnt 
»  au-dedans  des  mains  &  au-delfus  des  pies ,  &  les 
»  pointes  rej^liécs  de  l'autre  côté,  &  enfoncées  dans 
»  la  chair.  A  ion  côté  droit  paroiflbit  une  cicatrice 
»  rouge  ,  comme  fi  elle  venoit  d'un  coup  de  iance  , 
»  &  fouvcnt  elle  jettoit  du  l'ang  ,  dont  fa  tunique  &C 
»  fes  fémoraux  étoient  arrolés.  » 

L'impreliîon  de  ces  Jiigmatesfnt  confirmée  par  plu- 
fieurs miracles  que  rapporte  le  même  auteur ,  qui 
continue  ainfi:  «  Quelque  foin  que  prît  François  de 
»  cacher  i'esjligmatcs  ,  il  ne  put  empêcher  que  l'on 
»  ne  vît  ceux  des  mains  &  des  pies ,  quoinue  de- 
»  puis  ce  tems-là  il  marchât  chauffé ,  6c  tînt  pref- 
►>  que  toujours  fes  mains  couvertes.'  Les  Jii'^matcs 
»  furent  vus  par  plufieurs  de  fes  confrères,  qui  bien 
«  que  très  dignes  de  foi  par  leur  fainteté  ,  l'alfure- 
»  rcnt  depuis  par  ferment ,  pour  ôter  tout  prétexte 
»  d'en  douter.  Quelques  cardinaux  les  virent  par 
»  la  familiarité  qu'ils  avoient  avec  le  faint  hom- 
»  me  ;  ils  ont  relevé  les  ftmagtes  ,  dit  faint  lîcna- 
»  vcnîure ,  dans  les  proies ,  les  hymnes  &:  les  an- 
>»  tiennes  qu'ils  ont  compofées  en  ion  honneur  ,  6c 
»  ont  rendu  témoignage  à  cette  vérité  de  vive  voix, 
»  6c  par  écrit.  Enfin  le  pape  Alexandre  IV.  prêchant 
»  au  peuple  ,  en  préfence  de  plufieurs  frères  &  de 
»  moi-même  (ce  font  les  propres  paroles  de  faint 
»  Bonaventure  )  ,  afiiira  que  pendant  la  vie  du  faint 
»>  il  avoit  vu  ces  (d.crésjligmates  de  fes  propres  veux. 
»>  Il  ajoute  qu'à  la  mort  de  iaint  François  plus  de  cin- . 
»>  quante  frères  les  virent,  &:  la  pieuie  vierge  Claire 
»  avec  fes  iœurs  ,  &  une  multitude  innombrable  de 
».  iéculicrs,dont  plufieurs  les  baiferent  &  les  touche- 
»  rent  de  leurs  mains  pour  plus  grande  certitude. 

»  Quant  à  la  plaie  du  côté  ,  il  la  cacha  fi  bien  , 
»  que  de  ion  vivant  peribnne  ne  put  la  voir  qu'à  la 
>»  dérobée  ,  mais  après  ia  mort  elle  parut  évidem- 
»  ment  comme  les  autres  ». 

On  a  infiitué  en  mémoire  de  ce  miracle  une  fête 
appellée  la/cfe  des  (ligmates  de  faim  François^  avec 
une  méfie  &.  un  olfice  particulier,  mais  qui  n'elî  obli- 
gatoire que  pour  les  Franciicalns.  Il  y  eut  aulli  à  la 
même  occafion  une  archi  confrérie  érigée  en  1594, 
par  François  Pizi ,  chirurgien  de  la  ville  de  Rome. 

STIGMITES  ,  i'.  f  {Hlfi.  nat.  Lithol.)  nom  donné 
par  quelques  naturalifles  aux  pierres  remplies  de  ta- 
ches ou  de  petits  points. 

STlGNIi  ES  ,  1.  f.  (^Hifl.  nat.  Lithol.)  nom  donné 
par  Pline  à  un  porphyre  rouge  avec  des  taches  noi- 
res ,  c'efl  le  même  qu'il  d^^eile  fyenites  6c  pjrropoi- 
cilon. 

STIL  DE  GRAIN,  (^Peint.)  pâte  jaune  faite  avec 
une  eipece  de  craie  ou  marne  blanche  ,  qu'on  teint 
par  une  décodion  de  graines  d'Avignon  dans  de  l'eau, 
jointe  à  de  l'alun  ordinaire.  De  ce  mélange  ,  on  en 
forme  cette  paie  fechc  Ôi  tortillée  qui  s  appelle  jéH 


520 


s  T  I 


de 
le 


grain  ;  c'eft  en  Hollande  qu'on  le  fiibrique  ;  il  faut 

choillr  tendre  ,  friable,  d'un  beau  jaune  doré.  On 
l'emploie  pour  peindre  en  huile  &  en  miniature. 

Le/fil (iegniin  le  compofe  ordinairement  avec  du 
blanc  de  Troie  &  de  la  graine  d'Avioiion;mais  l'efpecc 
en  eil  mauvailtsëc  il  chàn'j,c.  Il  vaut  mieux  le  taire  avec 
du  blanc  de  plomb  ou  de  cérufe  ;  broyer  ce  blanc 
bien  fin  ,  en  le  détrempant  fur  le  porphyre  ,  d'oii  il 
favit  le  lever  avec  une  fpatule  de  bois  ,  6c  le  laiflcr 
fécher  A  l'ombre  :  enfuite  prenez  de  la  graine  d'A- 
vignon ;  mettez-la  en  poudre  dans  un  mortier  de 
bois,  &;  faites-la  boifdlir  avec  de  l'eau  dans  un  pot 
de  terre  plombé ,  juCqu'à  ce  qu'elle  foit  confommce 
environ  du  tiers  ou  plus:  paflez  cette  dcco£lion  dans 
un  linge ,  &  jettez  y  la  groHcur  de  deux  ou  trois  noi- 
fettes  d'alun  pour  l'empêcher  de  chajigerde  couleur; 
quand  il  fera  fondu  ,  détrempez,  le  blanc  de  cette  dc- 
coftion ,  &  le  reduifez  en  forme  de  bouillie  affez 
cpalde  ,  que  vous  pétrirez  bien  entre  les  mains  ,  & 
vous  en  formerez  destrochifques,  que  vous  ferez  fé- 
cher dans  une  chambre  bien  aérée  ;  quand  le  tout 
fera  fec  ,  vous  le  détremperez  de  même  jufqu'à  trois 
ou  quatre  fols  avec  ladite  déco£lion  ,  félon  que  vous 
voudrez  que  \eJiUJ(  grain  foit  clair  ou  brun  ;  &C  vous 
le  laiffcrez  bien  fécher  à  chaque  fois.  Remarquez  qu'il 
eft  bon  que  ce  fuc  foit  chaud  ,  quand  on  en  détrempe 
la  pâte ,  &C  qu'il  faut  en  taire  d'autres  ,  lorfque  le 
premier  elt  gnté. 

Cette  couleur  jaune  que  donne  le///  de  grain  cû 
fort  fufcepiible  par  le  mélange  des  quabtés  des  autres 
couleurs.  Quand  on  mêle  XafiUde  grain  avec  du  brun 
rouge  ,  on  en  fait  une  couleur  des  plus  terreftres  ; 
mais  fi  on  la  joint  avec  du  blanc  ou  du  bleu  ,  on  en 
tire  une  couleur  des  plus  fuyantes.   (Z>.  J.) 

STiLAGE  ou  STELAGE  ,  f.  m.  {Comm.)  droit  qui 
fe  perçoit  fur  les  grains  en  quelques  endroits  de  Fran- 
ce. C'ell  un  droit  feigneurial ,  qu'on  nomme  aillem-s 
minage ,  hallage  &  rnejurag'\  Il  confilie  ordinairement 
en  une  écuellée  de  grain  par  chaque  fac  qui  fe  vend 
dans  une  halle  ou  marché. 

Il  y  a  des  lieux  où  lejielage  fe  levé  aufîi  fur  le  fel , 
comme  dans  la  fouveraineté  de  Bouillon.  Diclion.  de 
Commerce. 

STILE,  en  Botanique  ,  efl  la  partie  qui  eft  élevée 
au  milieu  d'une  fleur  ,  &  qui  pôle  par  la  partie  infé- 
rieure fur  le  rudiment  du  fruit  ou  de  la  graine. 

C'eft  ce  qu'on  appelle  plus  ordinairement /^iyAY.  Ce- 
pendant Bradley  les  diftinguc  :  ilTappelley/z/e  ,  quand 
il  n'eft  que  joint  ou  contigu  à  la  graine  ou  au  fruit  ; 
&/»//?//, lorfquil  contient  au-dedans  deluila  femence 
ou  le  fruit,  comme  l'ovaire  contient  les  œufs.  Foye^ 
Pistil. 

StiLE  ,  (Critiq.facrée.)  inftrument  de  fer,  d'acier, 
ou  d'autre  matière,  pointu  d'un  côté  pour  former  les 
lettres  fur  une  tablette  enduite  de  cire  ,  &  applatie 
de  l'autre  pour  les  effacer.  Foje^TABLETTE  de  cire. 

Cet  ufage  des  anciens  eft  très-bien  décrit  dans  ce 
paffage  du  4  des  Rois  ,  xxj.  73.  j'effacerai  Jérufalcm 
comme  on  efface  l'écriture  des  tablettes  ,  &  je  pafle- 
rai  mon  Jlile  delfus  plufieurs  fois.  Dieu  voulolt  faire 
entendre  par  cette  métaphore  ,  qu'il  ne  laifTeroit  pas 
la  moindre  trace  de  la  vie  criminelle  qu'on  y  menoit, 
mais  qu'il  la  détruiroit ,  comme  on  efface  l'écriture 
fur  une  tablette  de  cire,  en  tournant  \e  Jlile  &  le  pal- 
fant  par-deffus.  Jérémie  ,  c/i.  xvij.  1.  dit  que  le  crime 
de  la  tribu  de  Juda  eft  écrit  avec  im  flUe  de  fer  &C  une 
pointe  de  diamant ,  &  qu'il  efl  gravé  fur  leur  cœur 
comme  fur  des  tablettes.  Mais  ces  mots  d'Haie,  viij. 
à.fcrihe  fiilo  hominis ,  écrivez  cnJHle  d'homme,  figni- 
fient  une  manière  d'écrire  fimple  ,  naturelle  ,  intelli- 
gible, oppofée  -dujlile  figuré  &  énigmatiqusdes  pro- 
phètes. (Z?.  /.) 

Stile  ,  Jlilus  ,  f.  m.  en  Chirurgie,  eft  un  long  inf- 
trument  d'acier  qui  va  en  diminuant  par  un  bout ,  6i. 


S  T  î 

fe  termine  en  pointe ,  de  manière  qu'il  a  la  forme  d'un 
cône  ;  &i.  qui  lert  à  étendre  6c  découvrir  ime  partie 
ou  à  l'inlinuer  dedans. 

On  a  coutume  de  faire  rougir  au  feu  le  flile  pour 
l'inlinuer  dans  les  canules  cunnulœ.  ,&;  le  retiier  aul'i- 
tôt;  &  on  l'y  met  îk  l'en  retire  luccelfivement  aulfi 
luuvent  qu'il  ell  néceflaire  ;pour  cet  effet, il  eft  bon 
d'avoir  deux  iVdes  pour  les  introduire  alternativement. 
f^oye:^  C ANNULA. 

Stile  ,  en  Gnomonique  ,  fignifie  le  gnomon  ou  ai- 
guille d'un  cadran,  qu'on  drelfe  fur  un  plan  pour  jet- 
tcr  l'ombre.  Voyc^  Gnomon. 

STILET,  f.  m.  (^Gram.^  elt  une  forte  de  poignard  pe- 
tit ik  dangereux  qu'on  peut  fort  bien  cacher  dans  fa 
main,&  dont  les  lâches  fur-tout  fe  fervent  pouraflaf- 
fuier  en  trahifon.  f^oyei  Poignard. 

La  lame  en  ell  ordinairement  tiiangulaire  &fi  me* 
nue ,  que  la  plaie  qu'elle  fait ,  efl  prefque  impercep- 
tible. Le  [lilet  efl  féverement  défendu  dans  tous  les 
états  bien  policés. 

Stilet,  infirument  de  Chirurgie,  qu'on  introduit 
dans  les  plaies  &  ulcères,  t^oye^  Sonde.  Anel  a  ima- 
giné des  pçt'itsjiileis  d'or  extrêmement  déliés,  à-peu- 
près  comme  des  foies  de  porc,  &  néanmoins  bou- 
tonnés par  leur  extrémité ,  pour  fonder  les  points  la- 
crimaux,&:  defobflruer  le  conduit  nazal.  f^oye^fip, 
II.  PL  XXIII.  f^oyeiFiSTVLE  LACRIMALE.  {Y) 

STILLICIDIUM  ,  f  m.  (  Archiicct.  ro/«.)  onfalt 
que  ce  mot  fignifie  d'ordinaire  la  chute  de  l'eau 
goutte -à- goutte  ;  mais  dans  Vitruve  il  défigne  lia 
pente  du  toit  qui  ell  favorable  à  l'écoulement  des 
eaux  ;  il  appelle  au  figuré  les  toits  des  cabanes  des 
premiers  hommes Jhllicidia.  Pline  entend  aufîi  par/?i/- 
/ijzWia ,  l'épalffeur  du  feuillage  des  arbres  quand  elle 
ell  capable  de  mettre  à  couvert  de  la  pluie.  (  D.  J.) 

STÎLLYARD  ,  f.  m.  (^anc.  compag.  de  Comm.  y 
on  nommoit  autrefois  en  Angleterre  ,  la  compagnit 
dejUllyard,  une  compagnie  de  commerce  établie  en 
1 1 1 5  par  Henri  III.  en  faveur  des  villes  libres  d'Alle- 
magne. Cette  compagnie  étoit  maîtreffe  de  prefqua 
toutes  les  manufactures  angloifes  ,  particulièrement 
des  draperies.  Les  préjudices  que  ces  privilèges  ap- 
portoient  à  la  nation,  la  firent  caffer  fous  Edouard  IV. 
Elle  fubfifla  néanmoins  encore  quelque  tems  en  fa* 
vcur  des  grandes  avances  qu'elle  fit  à  ce  prince  ; 
mais  enîin  elle  fut  entièrement  fupprimée  en  1551 , 
fous  le  règne  d'Edouard  VI.  (Z).  7.) 

STILO ,  (  Gêog.  mod.')  bourg  d'Italie ,  au  royaume 
de  Naples,  dans  la  Calabre  ultérieure,  fur  le  Cacino, 
à  fix  milles  de  la  côte  de  la  mer  Ionienne.  > 

C'eff  dans  ce  bourg  qu'efl:  né  Campanella(T\\omzs\ 
fameux  philofophe  italien ,  qui  fit  grand  bruit  par 
fes  écrits ,  &C  dont  la  vie  fut  long-tems  des  plus  mal- 
heureufes.  Il  entra  dans  l'ordre  defaint  Dominique, 
&  un  vieux  profeffeurde  ce  même  ordre  conçut  \me 
haine  implacable  contre  Campanella ,  parce  qu'il  fe 
montra  plus  habile  que  lui  dans  une  difpute  publique. 

En  paffant  par  Bologne  on  lui  enleva  fes  manufcrits 
&  on  les  déféra  au  tribunal  de  l'inquifition.  Quel- 
ques paroles  qui  lui  étoient  échappées  fur  la  dureté 
du  gouvernement  d'Efpagne  &  fur  des  projets  de 
révolte ,  le  firent  arrêter  par  le  vice-roi  de  Naples  ; 
on  lui  fit  fouffrir  la  quellion,  &  on  le  retint  27  ans 
en  prilon.  Enfin UrbainVIlI.  qui  le  connoilfoit  par  les 
écrits,  obtint  fa  liberté  en  i6z6  du  roi  d'Efpagne, 
Philippe  IV.  Le  même  pape  le  prit  à  Rome  au  nom- 
bre de  fes  domefliques,  &  le  combla  de  biens;  mais 
tant  de  faveur  ralluma  la  jaloufie  des  ennemis  de 
Campanella  ;  il  s'en  apperçut  &  fe  fauva  fecrette- 
ment  de  Rome  en  1634,  dans  le  carroffe  de  M.  de 
Noailles,  ambaffadeur  de  France.  Arrivé  à  Paris,  il 
fut  accueilli  gracieufément  de  Louis  XIII.  &  du  car- 
dinal de  Richelieu,  qui  lui  procura  une  penfion  de 
deux  nulle  livres,  U  pafTa  le  refle  de  fa  vie  dans  la 

maifon 


s  T  ï 

aifcui  des  jacobins  de  la  fue  faint  Honoré,  &y  eft 
ort  en  1639,  à  71  ans. 

1  a  public  un  grand  nombre  de  livres  fur  la  Théolo- 
e,  la  Phlloibphie  ,  la  Morale ,  la  Phy fique ,  la  Politi- 
le,  la  Rhétorique  ,  la  Médecine,  &  l'Aftrologie.  Il 
roit  (liperflu  d'indiquer  les  titres  &  les  éditions  d'ou- 
ages ,  dont  on  ne  fait  aucun  cas  aujourd'hui.  Nous 
avons  plus  befoin  de  l'apologie  de  Galilée ,  ni  de 
éfervatif  contre  l'autorité  d'Arilîote.  On  méprif^ 
uverainemcnt  l'Altrologie  judiciaire.  Enfin ,  on  ne 
aint  plus  la  monarchie  univerfelle  du  roi  d'Efpagne. 
;s  idées  de  Can-.panella  pour  fonder  une  republique, 
l'il  nomme  allégoriquement  la  cité  du  Soleil  ,  ne 
ilentpas-,  à  beaucoup  près,  i'Uthopie  de  Thomas 
orus.  Ajoutez  que  c'eft  un  écrivain  plein  d'ima- 
nations  folles  ,  îk.  dont  le  flyle  eft  rebutant. 

Son  Atheifmus  crimnphatus  ,  eH:  de  tous  (es  ouVra- 
•s  celui  qui  a  fait  le  plus  de  bruit,  quoique  ce  foit 
îrdre  fon  tems  aujourd'hui  que  de  prendre  la  peine 
;  le  lire.  On  prétend  qu'en  faifant  fcmblant  de  com- 
ittre  les  athées  dans  cet  ouvrage,  il  a  cherché  à 
s  favorlfer,  en  leur  prêtant  des  argumens  auxquels 
;  n'ont  jannais  penfc ,  &  en  y  répondant  très-foible- 
ent  ;  d'où  vient  qu'on  a  dit  qu'il  auroit  dii  intituler 
in  ouvrage,  Atheifmus  triompkans  ^  &  peut-être 
eût-il  fait  s'il  l'eût  ofé. 

Ern.  Sal.  Cyprianus  a  donné  fort  au  long ,  en  latin, 

vie  de  "Canipanella  ;  c'elî:  dans  le  goût  des  favans 
z  fon  pays ,  mais  ils  s'en  corrigeront  bientôt.(Z?,  7.) 

STIMULANT,  adj.fe  dit  m  Médecine,  d'une  el- 
cce  de  douleur,  il  fignifie  alors  une  douleur  poi- 
aante  ou  pongitive.  Ce  ternie  vient  du  latin  jiimu- 
is ,  aiguillon ,  parce  que  la  douleur  eil  comme  un 
iguillon  qui  réveille  &  ranime  les  mouvemens  de 
L  machine  en  produilànt  une  irritation  ou  un  cha- 
3uilîe'ment  dclagréable, 

StIMULANS,  remèdes  acres,  irritans,  dont  l'énergie 
ft  très-confidérable.  Ces  remèdes  font  en  général 
DUS  li^s  amers  ,  tous  les  fels  volatils  &  fixes,  les  fels 
entres  ou  androgyns ,  les  icls  volatils  huileux ,  les 
aumes,  les  teintures  acres ,  telles  que  celle  de  Cou- 
re ,  de  fcories,  de  foie  &  de  régule  d'antimoine. 

Tous  ces  remèdes  iont  indiqués  dans  tous  les  cas 
lîi  l'atonie  de  nos  fibres  eft  trop  grande ,  &  où  la 
■ifcofité  de  nos  humeurs  obftrue  nos  vaifl'eaux  au 
loint  d'empêcher  leur  oicillation.  On  peut  conclure 
!e-là  que  tous  les  remèdes  atténuans  Iont  autant  de 
Vimulans ,  parce  qu'en  divifant  les  humxeurs  &  en  re- 
lonnant  du  reffort  aux  fibres ,  ils  rétabliiTent  l'équi- 
ibre  entre  les  folides  &  les  fluides. 

STINCHAR  ou  STINSIAR,  (G'%.  moi.  )  rivière 
l'Ecofie ,  dans  la  province  de  Carrik.  Elle  lort  d'un 
)etit  lac  de  cette  province,  &  fe  perd  dans  la  mer. 

D.J.) 

STINKERKE ,  f  f.  (  Modes.  )  mouchoir  de  cou, 
l'ufage  dans  le  dernier  fiecle;  on  le  bordoit  de  den- 
clle  ,  de  frange  de  foie,  de  filets  d'or  ou  d'argent; 
voici  l'origine  de  ce  nom.  Une  bataille  ,  fuivie  de  la 
viâoire,  ie  donna  en  1691,  près  d'un  village  du  Hai- 
naut,  nommé  Steinkerke  :  il  plut  à  nos  dames  d'illu- 
nrcr  ce  nom ,  en  le  faifant  palier  du  village  à  une 
eipece  de  mouchoir  de  cou  de  leur  invention  ,  & 
qui  prit  beaucoup  de  faveur ,  parce  que  plvilieurs 
dameis,  qui  crurent  devoir  cacher  leur  gorge,  y 
trouvèrent  un  double  avantage.   (  Z?.  7.  ) 

STIPENDl AIRE ,  f.  m.  (  Gram.  )  qui  eft  aux  ga- 
ges ou  ;\  la  iclde  d'un  autre. 

STIPENDIE,  adj.  (^Gram.')  payé,  foudoyé  par 
quelqu'un. 

Sl'lP-VISCH ,  f.  m.  (  Ickt/iio/og.^  nom  donné  par 

les  HoUandois  à  un  poifibn  des  Indes  orientales,  qui 

cft  de  la  claffe  de  ceux  de  l'Europe  ,  qui  ont  deux 

nageoires  de  derrière,  dont  l'antérieure  cil  armée  de 

Tone  X  K 


S  T  ï 


nr 


piqûans.  La  peau  ànftlp-vifch  eft  tachetée,  &  fa  chair 
eft  très  -  délicate  :  on  le  prend  communément  avec 
l'hameçon.  (Z>.  /.) 

STIPULATION  ,  f.  ï.jiipuUtio ,  {Gram,  &  Jurif- 
prudence.')  eft  une  forme  particulière  ,  par  laquelle 
on  fait  promettre  à  celui  qui  s'oblige  de  donner  ou 
faire  quelque  choie. 

Les  jurifconfultes  tirent  l'étymologie  de  ce  mot 
du  htm  Jiipulum  ,  qui  eft  la  même  chofe  qnsjirmum  .- 
dejiipulumon  a  izit/lipulation  ,  parce  que  c'eft  hJIi-J 
pulation  qui  atfermit  les  conventions  ,  &  leur  donne 
de  la  force. 

D'autres  font  venir  Jlipulation  de  fîips  ,  qui  figni- 
fie une  pièce  de  monnoie  ,  parce  que  \qs  Jlipulacions 
ne  fe  faifoient  guère  qu'à  propos  de  quelques  fom^» 
mes  pécuniaires, 

Ifidorefait  dériver  ce  mot  de /i/7«/a ,  qui  fignifie 
un  brin  de  paille  ,  parce  que  ,  félon  lui,  les  anciens  ^ 
quand  ils  fe  foifoient  quelque  promefte,  tenoient 
chacun  par  un  bout  un  brin  de  paille  qu'ils  rom^ 
poient  en  deux  parties ,  afin  qu'en  les  rapprochant 
cela  fervît  de  preuve  de  leurs  promeffes. 

Mais  cet  auteur  eft  le  feul  qui  fafte  mention  de  cette 
cérémonie,  &  il n'eft  pas  certain  que  les Jlipulations 
n'eufl^ent  lieu  que  dans  les  promefles  pécuniaires  ^ 
comme  Feftus  &  Varron  le  prétendent  ;  il  eft  plus, 
probable  que  ftipulatio  eft  venu  àe Jiipulum, 

hajiipulation  étoit  alors  un  aflèmblage  de  termes 
consacrés.  Pour  former  cette  manière  d'obligation  ^ 
on  l'appelloit  fouvent  i/?rêr/-<jg'a«o  ,  parce  que  le  fti- 
pulant ,  c'eft-à-dlre  celui  au  profit  de  qui  l'on  s'obli- 
geoit,  interrogeoit  l'autre  :  Mœvi, /pondes  rie  dure  de- 
cem;  &  Mœvius  ,  qui  étoit  le  promettant ,  répondoit 
fpondeo  ;  ou  bien  ,  s'il  s'aglflbit  de  fiiire  quelque 
chofe  ,  l'un  àA(o\t ,  faciès  ne  ,  &c.  l'autre  répondoit^ 
faciam  ,fide  jubés ,  fidejubeo,  &  ainfi  des  autres  con- 
ventions. 

Ces  (iipulations  étoient  de  plufieurs  fortes  ,  les 
unes  conventionnelles  ,  d'autres  judicielles  ,  d'au- 
tres prétoriennes ,  d'autres  communes  ;  mais  ces  dif- 
tinâions  ne  font  plus  d'aucune  utihté  parmi  nous  ; 
ceux  qui  voudront  s'en  inftruire  plus  à  fond  ,  peu- 
vent cocfulter  Gregorius  Tolofanus  ,  liv.  XXiy, 
chap.  j. 

Dans  tontes  ces  fiipulatioris ,  il  fallolt  interroger^ 
&  répondre  foi- môme  :  c'eft  de-là  qu'on  trouve  dans 
les  lois  cette  maxime  ,  alteri  nemo  flipulari  potefl. 

Mais  ces  formules  captieufes  furent  fupprimées 
par  l'empereur  Léon  ;  &  dans  notre  ufage  ,  on  n'en- 
tend autre  chofe  par  le  terme  àe  flipulaiion  ,  que  les 
claufis  &c  conditions  que  l'on  exige  de  celui  qui  s'o- 
blige envers  un  autre  ;  &  comme  on  peut  aujour- 
d'hui s'obliger  pour  autrui ,  à  plus  forte  raifon  peut- 
on  ftipuler  quelque  choie  au  profit  d'autrui.  f^oje:(^ 
au  dii^cfîe  le  lit.  I,  liv.  XLV.  le  liv.  VIII.  du  code  ,  tit. 
XXXVIIL  &  aux  inflit.  liv.  III.  tit.  VI.  &  les  mots 
Accord  ^  Contrat  ,  Convention  ,  Clause  j 
Obligation,  Pacte.  (^) 

STIPULER  j  {Scienc.  ctymol.)  on  fait  que  fipulcr^ 
en  latin  flipulari ,  fignifie  contracter  ;  ce  mot  vient  de 
fliptila ,  qui  veut  dire  une  paille  ,  parce  qu'ancienne- 
ment les  premïeresjlipulations  furent  faites  entre  les 
bergers  pour  des  terres ,  &  qu'alors  celui  qui  flipu- 
loii  ,  qui  contraftoir ,  tcnoit  en  fa  main  une  paille , 
fHpulam  ,  qui  repréfentoit  les  fonds  de  terre  qu'il 
vouloit  prendre  ou  engager.  CD.  J.^ 

STIPULES,  f.  f  pi.  (^c>rj«.)  ce  font  deux  petites 
feuilles  pointues  ,  qui  lé  trouvent  à  la  naifl'ance  de 
plufieurs  efpcces  de  plantes.  (  D.  /.  ) 

STIQUE,  (.  m.  (  Critique  ficréc  &  profane.  )  cm 
grec  (nixo'^  »  ce  mot  qu'il  importe  d'expliquer  ,  veut 
dire  la  même  chofe  que  le  mot  latin  vcrfis.  L'un  Si 
l'autre  de  ces  deux  termes  dans  leur  origine  fignihoil^ 

y  Y  V 


512 


s  T  I 


lîmplemcnt une  l'ignc  ouune  rangée  ;  car  ver/us  v'ient 
de  vcrure ,  qui  fignifie  tourner  ;  &L  quand  l'ccrivain 
ert  au  bout  de  la  lii^ne  ,  il  tdut  qu'il  retourne  ,  6c  le 
Icéieurtout  de  même,  yoye:^  Menagii  obfcrv.  inDiog. 
Lacnil^  l.  ly.  n'^.  24.  S.  Jérôme  dit  auffi  dans  la  pré- 
iace  à  la  vcrfion  latine  de  Daniel  ,  que  Méthodius  , 
Euiebe  6c  Apollinaire  avolent  répondu  aux  objec- 
tions de  Porphyre  contre  l'Ecriture  ,  muùis  ver/hum 
nùllihus ,  c'ell-à-dire  dans  des  ouvrages  qui  conte- 
noient  plulîeurs  milliers  de  lignes  ;  car  ces  auteurs 
ont  tous  écrit  en  proie.  Cornélius  Nepos ,  dans  Epa- 
minondus ,  /.  XVI.  vj.  dit  :  Uno  hoc  volumïnc  ■v'itas 
txcdlcnùum  virorum  conduJct:  con[lituinitis  ,  quorum 
feparaùin  muliis  millibus  verluiim  compluns  fcriptons 
anti  no$  (xpUcarunt.  Jolephe  ,  à  la  fin  de  les  antiqui" 
tés ,  dit  que  fon  ouvrage  contenoir  vingt  livres  & 
foixantc  mille  vers  owjttqucs.  Voyc^  Verset  ,  Crltiq. 
facrée.{D.J,) 

SlLlKl.,\Gé9g.  mod.)  montagne  de  la  Turquie 
européenne ,  dars  laLivadie  ,  avec  un  village  qui  lui 
a  communiqué  Ion  nom  ,  &lqui  elt  l'ancienne  Suris. 
On  volt  fur  .cette  montagne  le  monaftere  d'un  her- 
mite  de  ce  defert,  qu'on  nomme  le  couvent  de  S.  Luc 
Stiriti ,  6c  qui  elt  L'un  des  plus  beaux  de  toute  la 
Grèce  ;  il  elt  conipolé  de  plus  de  cent  caloyers ,  qui 
s'occupent  dans  leurs  cellules  &  dans  les  campagnes 
à  divers  ouvrages  néceflaires  ;  leur  cglife  eli  belle  & 
bâtie  à  la  greque.  Foye^  ce  qu'en  dit  Whéler  dans 
Ion  voyiige  de  Dalmat'u.  (^D.  J.^ 

-, iSTlRIE ,  en  alUniand STEYER ,  {Gtog.  mod.)  pro- 
vince d'Alkn-.agne  ,  6i  l'un  des  états  héréditaires  de 
lamaifon  d'Autriche,  au  cercle  de  ce  nom.  Elle  a 
pour  bornes  l'archiduché  d'Autriche  au  nord ,  la  Hon- 
grie à  l'orient  ,  la  Carniole  au  midi  ,  la  Carinthie  & 
l'archevêché  de  Saltxbourg  à  l'occident.  Elle  étoit  an- 
ciennement compril'e  partie  dans  la  Pannonie&  par- 
tie dans  la  Norique.  Elle  fut  fous  la  domination  des 
ducs  de  Bavière  jufqu'en  1030,  que  l'empereur  Con- 
rad II.  l'érigea  en  marquilat  ;  Frédéric  I.  érigea  ce 
marquifat  en  duché ,  &  par  la  donation  qu'il  en  fit 
à  Lcopold,  duc  d'Autriche  ,  fon  bcau-pere  ,  du  con- 
fentement  des  états  du  pays ,  la  Sdrie  pafia  dans  la 
mailbn  d'Autriche.  Cette  province  a  31  lieues  de 
long  fur  10  de  large.  C'eft  un  pays  fort  montagneux, 
arrofé  de  la  Drave  ,  du  Muer  ,  &  d'autres  rivières  , 
défert  &  ftérile  dans  fa  plus  grande  partie  ,  mais 
abondant  en  mines  de  fer.  On  le  divife  en  haute  & 
baffe  Stirie.  Gratz  en  eft  la  capitale.  (  Z).  /.  ) 

STIRIS  ,  (  Geog.  anc.  )  ville  de  la  Grèce  dans  la 
Phocide.  Paufanias  ,  /.  X.  c.  xxxv.  dit  :  *<  On  ne  va 
»  pas  feulement  de  Chéronée  dans  la  Phocide  par 
>>  le  chemin  qui  mené  à  Delphes  ,  ni  par  celui  qui 
»  traverfimt  Panopée  ,  paffe  auprès  de  Daulis  ,  & 
»  aboutit  au  chemin  qui  fourche  ;  il  y  en  a  encore 
»  un  autre  fort  rude,  par  lequel  en  montant  preique 
>>  toujours  ,  on  arrive  enfin  à  i'^/m ,  autre  ville  de  la 
»  Phocide.  Ce  chemin  peut  avoir  fix-vingt  fiades  de 
»  longueur  ». 

hes  S  tintes  fe  vantoicnt  d'être  athéniens  d'oHgine. 
Ils  difoient  qu'ayant  fuivi  la  fortune  de  Péteiis,  fils 
d'Orneus  ,  chaffé  d'Athènes  par  Egée  ,  ils  vinrent 
s'établir  dans  un  coin  de  la  Phocide ,  où  ils  bâtirent 
ime  ville  qu'ils  nommèrent  i'//>/5,  parce  qu'ils  étoient 
la  plupart  de  la  bourgade  Stirium  ou  Steirca  ,  qui  fai- 
foit  partie  de  la  tribu  Pandionide.  Ils  habitoient  fur  la 
cime  d'un  roc  fort  élevé ,  &:  par  cette  raifon  ils  man- 
quoient  (buvent  d'eau  ,  particulièrement  en  été  :  car 
ils  n'avoient  que  des  puits  ,  dont  l'eau  n'étoit  pas 
même  fort  bonne  :  aufTi  ne  s'en  fervoient-ils  qu'à  fe 
laver  &  à  abreuver  leurs  chevaux.  Ils  étoient  obligés 
de  defcendre  quatre  fiades  pour  aller  chercher  de 
l'eau  d'une  fontaine  creufée  dans  le  roc. 

On  voyoit  à  Utiris  un  temple  de  Cérès  ,  furnom- 
nié  Suriiis  :  ce  temple  étoit  bâti  de  briques  crues  ; 


S'  T  O  ' 

maïs  la  déeffe  étoit  du  plus  beau  marbre  ,  &  tenoît  i 
un  flambeau  de  chaque  main.  Près  de  cette  llatue    il 
yen  avoit  une  autre  fort  ancienne  ,  couronnée 'de 
bandelettes ,  6c  ces  peuples  rendôient  à  Cérès  tous 
les  honneurs  imaginables. 

De  Sttris  à  Ari.hrylJum  ,  on  comptoit  environ  60  ' 
fîades ,  &  l'on  y  alloit  par  une  plaine  qui  étoit  entre 
deux  montagnes.  Le  chemin  étoit  bordé  de  vignes 
à  droite  &  à  gauche  ,  6c  tout  le  pays  étoit  un  vigno- 
ble ;  mais  entre  les  ceps  de  vigne  ,  on  élevoit  une 
efpece  de  chcne-verd. 

Stlris  y  félon  M.  Spon  ,  voyage  de  Grèce  ,  tome  If, 
fubfille  encore  aujourd'hui ,  6t  conferve  fon  ancien 
nom  :  car  on  l'appelle  Stiri  ;  mais  ce  n'cftplus  qu'un 
village.  {D.  J.) 

sriRITIS,  (^Mythol.')  Cérès  avoit  un  temple  à 
Stiris  ,  ville  de  Phocide  ,  fous  le  nom  de  Céri-s  Siiri. 
tis  ,  dans  lequel  on  lui  rendoit ,  dit  Paufanias,  tous 
les  honneurs  imaginables.  Ce  temple  étoit  bâti  de 
briques;  mais  la  déeffe  étoit  du  plus  beau  marbre, & 
tenoit  un  flambeau  de  chaque  main.  (Z?.  /.  ) 

STI-RONE  ,  LE ,  {Gcog.  mod.)  rivière  d'Italie  dans 
le  Parmefan.  Elle  a  la  fource  dans  les  montagnes,  & 
après  s'être  groflie  de  la  Vezola  &  de  laParola,  elle 
fe  jette  dans  le  Tarro.  (Z>.  /.  ) 

STl VA  ,  LE  MONT ,  (  Gcog.  mod.  )  montagne  de 
la  Turquie  européenne  ,  dans  la  Livadie.  C'eft  le 
Cyrhis  des  anciens  ,  ielon  M.  Spon.  Les  Grecs  l'ont 
appelle  Stiva  ,  d'un  village  de  ce  nom  qui  eft  aii- 
deffus.  {D.  J.') 

STO JE,  {^  Antiq.  athén.)  çicti;  c'eft  ainfi  que  les 
Athéniens  nommoient  leurs  portiques  plantés  d'ar- 
bres pour  la  promenade  ,  de  fiegcs  pour  fe  repofer, 
&  de  cabinets  de  feuillage  pour  fe  retirer  ou  pour 
converfer.  Potter  ,  arcluzol.  gt<Ec.  L  I.  c.  viij.  t.  L  p»  » 
j8.  Voyez  auj^ /e  moi  PoRTiQVE.  (D.J.)  If 

STOBI ,  (  Géog.  anc.  )  ville  de  la  Macédoine  dans 
laPélagonie.  Il  y  a  apparence  qu'elle  prit  fes  accroif- 
femens  &  fon  luftre  après  la  deftruéiion  de  PélagO' 
nia  ,  ipétropole  de  la  province  :  car  perfonne  ,  de- 
puis Tite-Live  ,  ne  fait  mention  de  cette  dernière 
ville,  au-lieu  que  Sw/'i  eft  fort  connue,  Pline,  /.  IF. 
c.  X.  en  fait  une  colonie  romaine.  Il  en  eft  parlé  dans 
le  digefte  ,  leg.  ult.  de  cenjih.  &  on  a  des  médailles  de 
Vefpafien  &  de  Trajan,  où  elle  a  le  titre  de  muni" 
cipe  ,  MUMCIP.  Stobeus  ,  ou  MuNicip.  Stoben- 
siUM.  Ptolomée ,  LUI.  c.xiij.  connoît  auffi  cette 
ville  qu'il  donne  aux  Pélagoniens.  Il  y  en  a  qui  veu- 
lent que  le  nom  moderne  foit  Starachino.  (  Z>.  7.) 

STOC ,  f  m.  (  Forgis.  )  baie  fur  laquelle  eft  ap- 
puyée l'enclume  de  grolTes  forges.  Foyc^^  VanicU 
Grosses  forges. 

STOCFISH ,  f.  m.  ('  Commerce  de  poison.  )  poiftbn 
de  mer  falé  6c  defleché,  couleur  de  gris  cendré ,  ayant 
néanmoins  le  ventre  un  peu  blanc  ;  fa  longueur  or- 
dinaire eft  d'un  pié  ou  deux.  La  morue  feche  ou 
parée,  que  l'on  appelle  autrement  merlu  owmerlu- 
che ,  eft  une  efpece  de  (lockfish.  Savary.  (  Z>.  /.  ) 

STOCKHEIM  ,  (  Géog.  mod.  )  nom  de  deux  pe- 
tites villes  d'Allemagne.  La  première  eft  dansl'évê- 
ché  de  Liège ,  fur  la  Meufe  ,  à  5  lieues  au-deiTous  de 
Maftricht.  La  féconde  ,  autrement  nommé  Stookak^ 
eft  dans  la  Suabe  ,  au  landgraviat  de  Nellenbourg  , 
lur  une  petite  rivière  de  ce  nom  ,  à  deux  lieues  du 
lac  ,  &  à  fix  au  nord  de  la  ville  de  Conftance.  Long, 
de  cette  dernière,  zS.  ^2.  latit.  47.  6C).  (Z>.  /,) 

STOCKHOLM,  {Géogr.mod.)  ville  de  Suéde, 
dans  rUpland ,  la  capitale  du  royaume,  &  la  réfiden- 
ce  des  rois  ,  à  75  lieues  de  Copenhague ,  à  260  de 
Vienne  ,  &  à  environ  3  10  de  Paris. 

Cette  ville  eft  bâtie  à  l'embouchure  du  lac  Mêler 
dans  la  mer  Baltique  ;  tout  y  eft  fur  pilotis  ,  dans  plii- 
fieurs  îles  voifines  les  unes  des  autres;  il  n'y  a  qae 
deux  fauxbourgs  qui  fdient  en  terre  ferme, 


/ 


s  T  O 

StOckholiH  efl  grande  ,  fort  peuplée  ,  &  fait  un 
:ommerce  confidérable.  La  plupart  de  fes  maifons 
ont  aâiiellement bâties  en  brique,  au-lieu  que  précé- 
leniment  elles  étoient  prefque  toutes  de  bois.  On  y 
emarque  entr'autres  beaux  édifices  le  palais  du  chan- 
elier ,  celui  de  la  nobleile  ,  6c  le  château ,  qui  eft  un 
âtiment  f]3acieux  ,  où  non-feuleiiient  la  cour  loge, 
lals  oiis'aHemble  aufTi  la  plupart  des  cours  fupérieu- 
cs  du  royaume.  Ce  château  eft  fitué  de  façon  que 
'un  côté  il  a  vue  fur  le  port ,  &  de  l'autre  fur  la 
ille  ,  oii  il  fait  face  à  une  grande  place  décorée  des 
lus  belles  maifons.  Le  palais  de  la  nobleffe  eille  lieu 
Li  elle  tient  fes  féances. 

St:ockholm^LO\.MÀv^  jamais  la  (ct(^  funefle  de  ce  mê- 
le  palais,  dans  laquelle  Chrifliern  rétabli  roi,  &  fon 
rimât  Troll,  firent  égorger  en  i  520  le  fénat  entier, 
:  tant  d'honnêtes  citoyens.  Le  tyran  devenu  par- 
ait exécrable  ,  fut  enfin  dépofé,  &:  finit  fes  jours  en 
rifon  ;  Troll  mourut  les  armes  à  la  main  ;  dignes  l'un 
:  l'autre  d'une  fin  plus  tragique  ! 

On  divife  ordinairement  Stockholm  en  quatre  par- 
es ;  favoir  ,  Sud-Malm ,  &  Nor-Malm  ,  qui  font  les 
eux  fauxbourgs  ,  au  milieu  defquels  la  ville  eil  fi- 
lée ,  &  dans  une  île.  La  quatriem.e  partie  eft  Garce- 
nd  ,  &  le  tout  compofe  une  des  grandes  villes  de 
lurope. 

L'île  dans  laquelle  ia  plus  grande  partie  de  Stock- 
nm  fe  trouve  enfermée  ,  eft  environnée  de  deux 
•as  de  rivière  ,  qui  fortent  impétueufement  du  lac 
leler  ,  &  fur  chacun  de  ces  bras  ,  il  y  a  un  pont  de 
Dis  ;  enfuite  il  fe  forme  encore  quelques  autres  îles 
.li  n'en  font  féparées  que  par  un  peu  d'eau.  D'un 
;té  on  a  ia  vue  fur  le  lac  ,  &  de  l'autre  fur  la 
er  ,  laquelle  forme  un  golfe  qui  s'étend  à-travers 
ufteurs  rocners,enforte  qu'on  le  prendroit  pour  un 
Ure  lac.  L'eau  en  eft  fi  peu  falée ,  qu'on  en  pour- 
)it  boire  devant  Stockholm ,  à  caufe  de  la  quantité 
eau  douce  qui  y  tombe  du  lac  Mêler. 

On  rapporte  la  fondation  de  la  ville  à  Birger  ,  qui 
it  gouverneur  de  Suéde  après  la  mort  du  roi  Erric, 
irnommé  le  Bègue ,  &  on  prétend  qu'elle  reçut  le 
Dm  de  Stockholm  d'une  grande  quantité  de  poutres 
i'on  y  apporta  des  lieux  circonvoifins  ;  ftok  fignifie 
1  fuédois  une  poutre ,  &  holm  une  iU  ,  &  même  un 
e«  dcfert.  Quoi  qu'il  en  foit ,  outre  la  force  de  fa  ft- 
lation ,  elle  eft  encore  défendue  par  une  citadelle 
)ute  bordée  de  canons. 

Prefque  tout  le  commerce  de  Suéde  fefait  à  Stock- 
ilm  ;  il  confifte  en  fer,  fil-de-fer,  cuivre,  poix, 
'fine,  mâts  ,  &  lapins,  d'où  on  les  tranfporte  ail- 
:urs.  La  plupart  des  marchandliés  ôc  denrées  qu'on 
îçoit  des  pays  étrangers  viennent  dans  ce  port , 
ont  le  havre  eft  capatsle  de  contenir  un  miUier  de 
avires  :  il  y  a  encore  un  quai  qui  a  un  quart  de  lieue 
e  long ,  où  peuvent  aborder  les  plus  grands  vaif- 
;aux  ;  mais  fbn  incommodité  confifte  en  ce  qu'il  eft 

dix  milles  de  la  mer ,  &  que  fon  entrée  eft  dange- 
;ufe  à  caufe  des  bancs  de  fable. 

On  compte  dans  cette  ville  neuf  cgllfes  bâties  de 
rique  ,  &  couvertes  de  cuivre  ,  inidépendamment 
e  celles  des  f?uxbourgs.  La  nobleft'e  &  les  grands  du 
Dyaume  réfident  à  Stockholm  ,  où  l'on  a  établi  ,  en 
735 ,  une  académie  des  Sciences  &  de  Belles-Let- 
•es. 

Le  gouvernement  de  la  ville  eft  entre  les  mains  du 
adtholdcr  ,  qui  eft  auffi  confeiller  du  conleil  privé, 
près  lui  font  les  bourg-mcftres  ,  au  nombre  de  qua- 
■e  ,  l'un  pour  la  jufticc  ,  l'autre  pour  le  commerce, 
'  troifieme  pour  la  police  ,  &  le  quatrième  pour 
infpedion  iur  tous  les  bâtimens  publics  &:  particu- 
ers.  Les  tributs  qui  s'impofent  fur  les  habitans  pour 
;  mnintien  du  gouvernement  de  la  ville, les  bâtimens 
ublics,  la  paie  d'une  garde  de  trois  cens  hommes, 
'c,  les  tributs  ,  dis-je  ,  quç.  les  bourgeois  doivent 


S  T  O 


Jîl 


payer  pour  cette  dépehfe ,  fcroient  regardés  comme 
un  pefant  fardeau ,  même  dans  les  pays  le  plus  opu- 
lens  ;  aufti  tâche-t-on  de  dédommager  les  citoyens 
fur  lefquels  tombent  ces  charges  ,  par  les  privilèges 
qu'on  leur  accorde  ,  foit  pour  les  douanes ,  foit  pouf 
le  commerce  du  pays  qui  pafîe  néceffairement  paP 
leurs  mains.  Long.  Ac Stockholm^  fuivantHarris,  ji» 
/.  16.  latit.  5S.  jo.  Long,  fuivant  Gaffini ,  j6^.  ôG^ 
j  o.  latit.  5^.  10. 

La  célèbre  reine  Chriftine  naquit  à  Stockholm ,  en 
1626,  de  Guftave  Adolphe  ,  roi  de  de  Suéde  ,  &  de 
Marie-Eléonore  de  Brandebourg. Elle  avoit  beaucoup 
de  fagacité  dans  l'efprit ,  l'air  mâle ,  les  traits  grands, 
la  taille  un  peu  irréguliere.  Elle  étoit  affable  ,  géné- 
reufe  ,  &  s'illuftra  par  fon  amour  pour  les  fciences  , 
&  fon  affeftion  pour  les  gens  de  lettre.  Elle  fuccéca 
aux  états  de  fon  père  en  1653  ,  &  abdiqua  la  cou- 
ronne en  16^4  ,  en  faveur  de  Gharles  Guftave  ,  duc 
des  Deux-Ponts,  de  la  branche  de  Bavière  palatine, 
fon  coufin  germain ,  fils  de  la  fœur  du  grand  Gui* 
tave. 

Peu  de  tem.s  après  cette  abdication ,  Chriftine  vint 
en  France  ,  &  les  fages  admirèrent  en  elle  une  jeune 
reine  qui,  à  27  ans  ,  avoit  renoncé  à  la  fouveraineté 
dont  elle  étoit  digne  ,  pour  vivre  libre  &  tranquille. 
Si  l'on  veut  connoître  le  génie  unique  de  cette  reine, 
on  n'a  qu'à  lire  fes  lettres ,  comme  M.  de  Voltaire  l'a 
remarqué. 

Elle  dit  dans  celle  qu'elle  écrivit  à  Chanut,  autre- 
fois ambaffadeur  de  France  auprès  d'elle  :  «j'ai  pof- 
»  fédé  fans  fafîe  ,  je  quitte  avec  facilité.  Après  cela 
»  ne  craignez  pas  pour  moi ,  mon  bien  n'eft  pas  au 
»  pouvoir  de  la  fortune  ».  Elle  écrivit  au  prince  de 
Condé.  «Je  me  tiens  autant  honorée  par  votre  efti- 
»  me  qu^par  la  couronne  que  j'ai  portée.  Si ,  après 
»  l'avoir  quittée  ,  vous  m'en  jugez  moins  digne  , 
»  j'avouerai  que  le  repos  que  j'ai  tant  fouhaité  ,  me 
»  coûte  cher;  mais  je  ne  me  repentirai  point  pour- 
»  tant  de  l'avoir  acheté  au  prix  d'une  couronne ,  & 
»  je  ne  noircirai  jamais  par  un  lâche  repentir  une 
>»  aûion ,  qui  m'a  femblé  il  belle  ;  s'il  arrive  que  vous 
»  condamniez  cette  aftion ,  je  vous  dirai  pour  toute 
>>  excufe  ,  que  je  n'aurois  pas  quitté  les  biens  que  la 
»  fortune  m'a  donnés  ,  fi  je  les  eufTe  cru  nécefîaires 
>>  à  ma  félicité,  &  que  j'aurois  prétendu  à  l'empire 
»  du  monde  ,  fi  j'eufi'e  été  auffi  affuré  d'y  réufîir  que 
»  le  feroit  le  grand  Condé. 

Telle  étoit  l'ame  de  cette  perfonne  fi  finguliere  ; 
tel  étoit  fon  ftyle  dans  notre  lange  qu'elle  avoit  parlé 
rarement.  Ellefavoit  huit  langues;  elle  avoit  été  difci- 
ple  &:  amie  de  Defcartesqui  v[\Q\n\.\\ï.  Stockholm  dans 
fon  palais  ,  après  n'avojr  pu  obtenir  feulement  une 
penfion  en  France ,  où  fes  ouvrages  furent  même 
profcrits  pour  les  feules  bonnes  choies  qui  y  fuffent. 
Elle  avoit  attiré  en  Suéde  tous  ceux  qui  pouvaient 
l'éclairer.  Le  chagrin  de  n'en  trouver  aucun  parmi 
fts  fujets  ,  l'avoit  dégoûtée  de  régner  fur  un  peuple 
qui  n'étoit  que  foldat.  Elle  crut  qu'il  valoit  mieux 
vivre  avec  des  hommes  qui  penfent ,  que  de  comman- 
der à  des  hommes  fans  lettres  ou  fans  génie.  Elle  avoit 
cultivé  tous  les  arts  dans  un  climat  où  ils  étoient  alors 
inconnus.  Son  deffein  étoit  d'aller  fe  retirer  au  mi- 
lieu d'eux  en  Italie.  Elle  ne  vint  en  France  que  pour 
y  pafTer  ,  parce  que  ces  arts  ne  commençoient  qu'à 
y  naître. 

Son  goût  la  fixoit  à  Rome.  Dans  cette  vue  elle 
avoit  quitté  la  religion  luthérienne  pour  la  catholi- 
que; indifférente  pour  l'une  &  pour  rautre,elle  ne  fit 
point  fcrupule  de  le  conformer  en  apparence  aux  f en- 
timens  du  peuple  chez  lequel  elle  vouloit  palier  fi» 
vie.  Elle  avoit  quitté  fon  royaume,  en  1654  ,  &fait 
publiquement  à  Infpruck  la  cérémonie  de  Ion  abju- 
ration. Elle  plut  allez  peu  à  la  Cour  de  France,  paic« 
qu'il  ne  s'y  trouva  pas  une  femme  dont  le  génie  put 

V  V  v  ij 


5 M        S=T  (E 

atteindre  au  fien.  Le  roi  la  vit ,  &  lui  fit  de  grands 
honneuts  ,  mais  il  lui  parla  î^  peine. 

La  plupart  des  tommes  ck  des  courtifans  n'obfcr- 
vercnt  autre  choie  dans  cette  reine  philolophe ,  fmon 
qu'elle  n'ctoit  pas  coëttce  à  h  françoiie,  &  curdlc 
danl'oitmal.  Les  lagcs  ne  condamnèrent  en  clic  que 
le  meurtre  de  Monafdelchi  Ion  ccuyer  ,  qu'elle  lit  al- 
lalfiner  à  Fontainebleau  dans  un  lecond  vovage.  De 
quelque  faute  qu'il  tut  coupable  envers  elle  ,  ayant 
renoncé  à  la  royauté  ,  elle  devoit  demander  jiittice  , 
&  non  fe  la  taire.  Ce  n'étoit  pas  une  reine  qui  pu- 
nifToit  un  rujct ,  c'étoit  une  femme  qui  terminoit  une 
galanterie  par  un  meurtre  ;  c'étoit  un  italien  qui  en 
tailoit  aiTainncrun  autre  par  l'ordre  d'une  luédoile, 
dans  un  palais  d'an  roi  de  France.  Nul  ne  doit  être 
mis  à  mort  que  par  les  lois.  Chriltirie  en  Suéde  n'au- 
roit  eu  le  droit  de  faire  alîalGner  perionne;  6c  certes 
ce  qui  eut  été  un  crime  à  Stockholm ,  n'étoit  pas  per- 
mis ;\  Fontainebleau. 

Cette  honte  &  cette  cruauté  terniffent  prodigieu- 
femcnt  la  ohilofophie  de  Chriftine  qui  lui  avoir  fait 
quitter  un  trône.  Elle  eût  été  punie  en  Angleterre; 
mais  la  France  ferma  les  yeux  à  cet  attentat  contre 
l'autorité  du  roi ,  contre  le  droit  des  nations ,  & 
contre  l'humanité. 

C^hriiïine  fe  rendit  à  Rome  ,  où  elle  mourut  en 
1-689,  à  l'âge  de  63  ans.  Ejjai  fur  /'hifl.  imivajelU. 
(Z,£  duvalicr  DE  J AU  COURT.) 

STOECHADES ,  ÎLES ,  (^/o^.  û«c.)  îles  de  la  mer 
Méditerranée  ,  fur  la  côte  de  la  Gaule  narbonnoife, 
au  voilinasie  de  la  ville  de  Marfcille.  Pline  entre  les  an- 

... 

ciens  ,cft  celui  qui  paroit  les  avoir  le  mieux  connues. 
Il  en  donne  non-feulement  le  nombre  &  le  nom  gé- 
néral ;  il' en  marque  encore  les  noms  particuliers  & 
la  lituation.  Les  Madeillois ,  dit-il,  donnèrent  dos 
noms  particuliers  à  ces  trois  îles  Stocchudes  ,  félon 
leur  fnuaiion ,  c'elt-à-dire ,  à  l'égard  de  Marleille.  La 
pi-emiere  ,  ou  la  plus  proche  de  la  ville,  fut  nommée 
d'un  nom  grec  Pro:e ,  ce  qui  veut  dire  première  :  la 
féconde  fut  nommée  Mefi  ,  c'eft-à-dire  ,  celle  du  mi- 
lieu ,  ou  mcdiana  ,  comme  on  l'appella  après  l'aboli- 
tion de  la  langue  greque  dans  ce  pays-là  :  la  troifieme 
fut  nomm.ée  Hupcza ,  inférieure ,  c'ell-à-dire  ,  celle  qui 
eft  au-deffous  des  deux  autres,  &:  la'  plus  éloignée  de 
MarféiUe. 

A  cette  defcription  il  n'eft  pas  difficile  de  recon- 
noître  les  trois  îles,  que  l'on  trouve  dans  la  mer  voi- 
fme  de  la  ville  d'Hiercs  ,&qui  prennent  aujourd'hui 
leur  nom  de  cette  ville  ,  quoique  chacune  des  trois 
ait  aulîi  le  lien  en  particulier.  La  première  île  s'ap- 
pelle vulgairement  PorqueyroUs  ou  Porqueroles  ,  à 
caufe  qu'il  y  vient  beaucoup  de  fangliers  ,  qui  y  paf- 
fent  à  la  nage  de  la  terre  ferme,  pour  manger  le  gland 
des  chênes  verds  qui  s'y  trouvent  en  abondance.  La 
féconde  île  a  Te  nom  de  Portecro;^,  du  nom  du  port , 
où  il  y  a  un  petit  fort.  La  troifieme  fe  nomrne  l'île  du 
Titan  ou  du  Levant ,  à  caufe  qu'elle  cii  à  l'oiient  des 
deux  autres  ;  &  l'on  voit  par  les  anciens  regiflres  de 
Provence,  que  cette  troifieme  île  s'appelloit  autre- 
fois Cabaros. 

Cesîlesfurent  premierementhabitéespar  lesMar- 
feillois ,  qui  les  nommèrent  Stoecadis  ,  peut-être  à 
cauf"  de  la  plante  floechas  qui  y  abonde.  Les  trois 
écueils  ou  rochers  voilins  de  Marleille  ,  no.ntnés  If, 
Ratonmau  &c  Pomègue  ,  ne  font  point ,  comme  quel- 
ques-uns l'ont  imaginé  ,  les  Sroechada  des  anciens, 
parce  que  ces  rochers  font  flériles  ,  &  ne  produifent 
ni  la  plante  fioechas  ,  ni  prcfqu'aucunc  autre.  Les 
trois  îles  d'Hieres  font  auffi  nommées  les  iles  d'or , 
par  corruption  du  mot  latin  Araé .  q\ii  cfl:  l'ancien 
nom  de  la  ville  d'Hieres  ;  ainfi  le  nom  ÔLinfidœ  Ana- 
rum  ,  eft  celui  des  îles  d'Hieres  ou  des  Stoeckades  de 
l'antiquité.   (D.J.) 

STC£CHAS,i'.  m.^l/ijl.nat.  Bot.)  genre  de  plante, 


S  T 

il  fleur  monopétalc,  iai^iée,  dont  la  lèvre  fupérieure 
elt  relevée  &c  fendue  en  deux  parties,  &:  l'inférieure 
en  trois ,  de  façon  qu'au  preniier  alpedt  cette  fleur 
paroît  divifée  en  cinq  parties.  Le  piflil  fort  du  ca- 
lice ;  il  ell  attaché  coï.ime  un  clou  à  la  partie  pofté- 
rieure  de  la  fleur  ,  6c  entouré  de  quatre  embryons 
qui  deviennent  dans  la  fuite  autant  de  femences  ar- 
rondies 6c  renfermées  dans  une  capfule  qui  a  fervi 
de  calice  à  la  fleur.  Ajoutez  aux  caraderes  de  ce 
genre ,  que  les  fleurs  font  difpofées  par  rangs  fur  des 
têtes  ccailieufes ,  du  haut  delquelles  il  fort  quelques 
petites  feuilles.  Tournefort,  iaf.  rei  lierbar.  Foye-' 
Plante. 

La  première  des  cinq  efpeces  de  ftœcha<!  de  Tour- 
nefort fera  celle  que  nous  décrirons  ;  c'cft  la  flsechas 
purpurea  y  arabica  vulgb  dicla,  ,  inji.  ni  lurb.  201.  J.  B. 
3.  2;/^.  C.B.  P.  2/6'.  Raii  hij'i.  floechas  br^vioribus 
Ugutis  ^  Cluf.  hill.  J44.  G'efl:  un  fous-arbriiTeau 
haut  d'une  ou  de  deux  coudées  :  fes  tiges  font  li- 
gneufes  ,  quadrangulaires  :  fes  feuilles  naifîent  deux 
à  chaque  nœud,  de  la  figure  de  celles  de  la  lavande, 
longues  de  plus  d'un  pouce  ,  larges  de  deux  lignes, 
blanchâtres,  acres  ,  odorantes  &  aromatiques.  L'ex- 
trémité de  la  tige  efl  terminée  par  une  petite  tête 
longue  d'un  pouce  ,  épaiiîe ,  formée  de  plufieurs  pe- 
tites feuilles  arrondies,  pointues,  blanchâtres  &  fort 
ferrées.  D'entre  ces  feuilles  fortent  fur  quatre  faces, 
des  fleurs  d'une  feule  pièce,  en  gueule,  de  couleur 
de  pourpre  foncé  :  la  lèvre  fiipérieure  eft  droite,  & 
divifée  en  deux  :  &  rinfcrieure  partagée  en  trois  ; 
mais  cependant  elles  font  tellement  découpées  toutes 
les  deux ,  que  cette  Heur  paroît  du  premier  coup- 
d'œil  partagée  en  cinqquartiers.  Leur  calice  eft  d'u- 
ne feule  pièce,  ovalaire,  court,  légèrement  dentelé, 
permanent,  &  porté  fur  une  écaille.  Le  piftil  qui  efl 
attaché  à  la  partie  poflérieure  de  la  fleur ,  en  manière 
de  clou ,  efl  environné  de  quatre  embryons  qui  fe 
changent  en  autant  de  graines  arrondies  ,  &  renfer- 
mées dans  le  fond  du  calice  :  la  petite  tête  eft  cou- 
ronnée de  quelques  petites  feuilles  d'un  pourpre 
violet.  / 

Cette  plante  aime  les  lieux  chauds  &  fecs  ;  aufti 
croît-elle  abondamment  en  Languedoc ,  en  Provence 
&  fur-tout  aux  îles  d'Hieres  appellées  par  les  an» 
ciens  îU^  liéchadis.  Ses  fommités  fleuries ,  ou  petites 
têtes  delltchées ,  font  nommées  «tto./;)^*  par  Diof- 
coride ,  a-if^'/a-^  P^r  Galien ,  &  dansjles  ordonnances 
des  médecins  Jiœchas ,  (lœchas  arabica  ou  flores  fioC' 
chados. 

Ces  fommités  fleuries,  ou  ces  petites  têtes  font 
oblongues  ,  écailleufes ,  purpurines  ,  d'un  goût  un 
peu  acre  ,  amer ,  &:  d'une  odeur  pénétrante ,  qui 
n'efl:  pas  defagréable.  Ceux  qui  les  cueillent ,  &  qui 
font  un  peu  éclairés  ,  confervent  leur  coideur  & 
leur  odeur,  en  les  faifaat  fecher  enveloppées  dans 
du  papier  pris ,  &  on  les  met  enfuite  dans  une 
boite. 

On  multiplie  les  flœchas  de  graine*  qu'on  femc 
au  pi'intems  dans  une  terre  feche  &  légère.  Quand 
elles  fe  font  élevées  à  la  hauteur  de  trois  pouces ,  on 
les  tranfplante  ailleurs  à  fix  pouces  de  diftance  ;  on 
les  arrofe  ,  on  les  abric ,  jutqu'à  ce  qu'elles  aient 
pris  racine  ;  on  les  nettoie  de  mauvaHes  herbes  ; 
on  les  couvre  pendant  l'hiver ,  &  l'année  fuivante 
on  les  met  ailleurs  à  demeure;  on  doit  choifir  celles 
qui  font  nouvelles,  odorantes  ,  &  en  même  tems  un 
peu  ameres.  On  retire  l'huile  efTcntieile  de  ces  tê:es 
fleiiries  de  la  même  manière  que  des  fommités  de 
b  lavande  ;  elle  a  les  mêmes  vertus  ,  mais  on  en  fait 
peu  d'ufage  en  médecine. 

On  a  dans  les  boutiques  une  autre  plante  nommée 
fâchas  citrin ,  flœchas  citrina  ans^ufUfolia,  C.  B.  P. 
26^4.  mais  elle  n'a  ni  la  figure ,  ni  les  vertus  du  vrai 
fâchas ,  c'cft  une  efpece  CUdychrifum.  {D.  /.} 


s  T 

St(KCHAS  ou  Stoschas  araSiquê  ,  {Mut.  mcd.) 
cette  plante  croît  abondartiment  en  Pfovtnce  &  en 
Languedoc  ;  c'eft  des  îles  d'Yeres  &  des  environs  de 
Vlontpellicr  qu'on  la  tire  ,  principalement  pour  l'u- 
age  de  la  Médecine. 

C'eft  la  pianîe  entière  fleurie  &  fechée ,  ou  fcs  cois 
leuris  tl  léchés;  qu'on  emploie  ;  elle  efî:  de  la  clafTe 
les  labiées  de  Tournetbrt.  Elle  cft  très-aromatique; 
m  en  retire  par  confcquent  par  la  diltiliation  ,  une 
lau  diflillce  bisn  parfumée  &  très-analogue  en  ver- 
us  à  celles  que  foiirnillont  la  plupart  des  autres  plan- 
es ufuclles  de  la  même  claffe;  telles  que  la  lavande, 
a  faxige ,  le  thim  ,  &c.  on  en  retire  auffi  par  la  diftil- 
arion  une  bonne  quantité  d'huile  efTontielle  qui  eft 
(eu  d'ufage  en  Médecine ,  &  qiii  a  les  mêmes  ver- 
us  que  l'huile  effentielle  de  lavande ,  &c. 

LeJIccchas  eu  mis  au  rang  desremedês  ccphaliques 
s:  antiipafmodiques  ;  on  l'enlploie  quelquefois  en 
nfufion  dans  la  paralyfie,  les  tremblernens  des  mem- 
bres ,  le  vertige  <k  toutes  lés  maladies  appellées  nur- 
zuj'zs  &  fpafraodiques  ;  mais  \q  (îœchas  eft  beaucoup 
îoins  ufité  &  moins  efficace  dans  tous  ces  cas  ,  que 
eaucoup  d'autres  plantes  de  fa  ciaffe  ,  &  notam- 
lent  que  la  fauge  qui  paroît  lui  devoir  ôtrê  toujours 
référée,  /''ojc^  Sauge. 

Les  autres  vertus  attribuées  à  tétte  plante  ,  corn- 
ue d'exciîër  les  règles  &  les  urines,  &  niêiïie  de  pur- 
er  doucement  la  pituite  &  la  bité  noire, ne  font  pas 
ffez  réelles ,  ou  ne  lui  appaniennent  point  à  un  de- 
ré  affez  confîdérable  pour  Tavoir  rendue  ufuelle  à 
es  titres.  Ainfi ,  quoique  cette  plante  ne  foit  pas 
îns  vertus,  mais  feulement  parce  que  l'on  ne  rnan- 
ue  point  de  remèdes  abfolument  analogues  &  plus 
fficaces  ,  on  n'en  fait  que  rarement  uiage  d'ans  les 
refcriptions  magiftralès  :  elle  èûtie  cependant  dans 
luficurs  compôfitions  ofiicinales  ,  parce  que  dans 
es  compofitions  on  entafî'e  tout.  On  trouve  dans  les 
harmaco'péés  un  firop  fmipte  ,  &  un  fifop  conipofé 
Qjîœchas.  Le  premier  n'eft  point  ufîté ,  &  n'éft  pref 
ue  bon  à  rien ,  fi  on  le  prépare  félon  là  méthode 
ommune  ,  en  faifant  long-tems  bouiltif  avec  le  fu- 
re  une  infufion  où  une  décoftioh  de  cette  plante. 

Le  fifop  compofé  auquel  léjicechas  donne  loa  nom, 
ontient  toutes  les  particules  de  plufieurs  fubflances 
'égétales  très  aromatiques,  &  doit  être  regardé  com- 
leune  préparation  bien  entendue,  &;  comme  un  bon 
emede  trcs-propre  à  être  mêlé  dans  les  julcps  ,  les 
écot'nons  ,  lés  inlufions  ,  les  potions  fortifiantes  , 
ordiales  ,  {rômàchiqncs ,  céphatiques  ,  diaphoréti- 
|ues ,  hyiîériques  &  emménagoguts.  Ce  firop  eft  ab- 
olument  analogue  à  un  autre  lirop  compolé ,  très- 
onnu  dans  les  boutiques  foiis  le  nom  àtji'op  d'ar- 
nàïjc  ,  fi  même  le  firop  de  flmchas  ne  Vaut  mieux  que 
e  dernier.  En  voici  la  deléription  d'après  la  phar- 
nacopée  de  Paris. 

S'uàp  di  (Ixckas  conipofc.  Prenez  épis  fecs  de^ce- 
has  trois  onces  ;  fommités  fleuries  &  iechcs  de  thim, 
le  calament ,  d'origan  ,  de  chacun  une  onCe  &  dé- 
nie ;  de  fauge ,  de  bétoine ,  de  romarin ,  de  cha- 
un  demi-once  ;  femences  de  rue  ,  de  pivoine  mâle  , 
ie  fenouil ,  de  chacun  trois  gros  ;  canelle  ,  gingêm- 
ire  ,  rofeau  aromatique  ,  de  chacun  deux  gros  :  que 
outes  ces  drogues  hachées  &  pilées  lïiaCerent  pen- 
lant  deux  jours  dans  un  alembic  d'étain  Ou  de  ver- 
e,  avec  huit  livres  d'eau  tiède;  alors  retirez  par 
a  diflillation  au  bain-iharie  huit  onces  de  liqueur 
iromatique  ,  dont  vous  ferez  un  firop  en  y  faifant 
bndre  au  bain-marie  le  double  de  ion  poid?,  ti^'l- 
i-dire  une  livre  de  beau  lucre.  D'autre  part  ;  prenez 
e  marc  de  la  diftillatioh  avec  la  liqueur  réfidiu  ,•  paf- 
èz &  exprimez  fortement;  ajoutez  quatre  livres  de 
iicre  à  la  colature  ;  clarifiez  6l  cuilez  en  conlillénce 
le  firop ,  auquel,  lorfqu'il  fera  à  demi  refroidi ,  vous 
nêlerez.  le  précédent,  (J>) 


T 


O 


5^5 


ST.^.NIENS  ,  f.  m.  ^l{HiJI.  ancUnm.)  peuples 
de  l'ancienne  Gaule ,  qui  du  tcms  des  Romains  ha- 
bitoient  au  pic  des  Alpes  maritimes. 
^  STOSR  LE ,  »u  LÉ  STOR  ,  ( Géos.  mod.)  rivière 
d'Allemagne,  dans  la  baffe-Saxe,  au  duché  de  Hoî- 
flein.  Elle  le  forme  de  divers  petits  ruiffeaux,  aux 
confins  de  l'HoIface  &  de  fa  SfOrmari  > ,  baigne  la 
ville  de  Krempc ,  6c  va  fe  jetref  àiai  l'Elbe  un  peu 
au-defTous  de  Gluckfîad.  (z).  J.)  ^ 

STOÏCIEN  ,  StoÏQL'E  ,  {Synonym.  )  Jîoïckn  fi- 
gnifîe  ordinairement  u.i  ho-filiiîê  qui  fuit  la  philofo- 
phie  de  Zenon;  &Zjîol<jue,  un  homme  ferme  qui  ne 
s'émeut  de  rien  ,  qui  ell  i:ifenfible  à  tout ,  quoiqu'il 
ne  foit  point  inf^ruit  de  la  philofophic  du  portique. 
Stoïc'un  va  proprement  à  l'efprit  &  à  la  do6lrine;/or- 
que  au  caraèfcre  &  à  la  conduite.  Suivant  cette  di- 
Itinûion,  il  faudroit  dire,  les  Stoïciens  (ani  de  ce 
fentiment  ;  &  d'une  peffonne  que  les  fâcheux  évé- 
mens  ne  peuvent  ébranler ,  c'o/l  un  yvdàjîoïquc ,  une 
ame  froïque. 

Eniin ,  jloïcien  ne  fe  dit  guère  que  dans  le  propre, 
quand  il  s'agit  efïèftivement  de  Zenon  &  de  fes  dil- 
ciples  ;  la  philofophle  fioïcUnne  ;  la  feàe  ftoïcunni. 
StolqUi  fe  dit  au  contraire  prefque  toujours  au  iLui- 
ré  ;  voilà  une  aâion  flcïqiu  ;  cependant  l'on  peut 
dire  ,  voilà  l'aftion  à\\xïJl<Hchn  ;  il  a  reçu  cette  trifîe 
nouvelle  en(îoïc'un;  il  a  fini  fes  jours  caJioïcUn  ,  en 
grand  homme.  (  Z?.  /.  ) 

stoïcisme  ,  ou  Secte  stoïcienne  ,  ou  zé- 
NONISME  ,  (  Hiji.  de  U  Phïlofopku,  )  iQpicifmî  for- 
tit  de  l'école  cynique  :  Zenon  qui  avoit  étudié  là 
Morale  fous  Cratès ,  en  fut  le  fondateur.  AufTi'dilbit- 
on  que  d'un  fîoicien  à  un  cynique,  il  n'y  avoit  que 
l'habit  dediflerence.  Cependant  Zenon  rendit  fa  phi- 
lofophic plus  étendue  &:  plus  intércfTante  que  celle 
de  Diogcne;  il  ne  s'en  tint  pas  à  traiter  des  devoirs 
de  la  vie  ;  il  compofa  un  fyilème  de  philofophle  uni- 
verfelle  d'après  les  maîtres  (Tu'il  avoit  entendus ,  6c 
il  donna  aux  exercices  de  l'école  une  face  nouvelle. 

Zenon  naquit  à  Cittium  ,  ville  maritime  de  1  île 
de  Chypre  ;  Cittium  avoit  été  bâti  par  une  colonie 
phénicienne  ;  ce  qui  lui  attira  quelquefois  le  repro- 
che qu'il  n'étoit  qu'un  étranger  ignoble.  Mnéfms  fon 
père  faifoit  le  commerce  ;  l'éducation  de  fon  fils  nt^ 
fut  pas  plus  négligée  ;   les  affaires  du  bon-homme 
l'appelloient  fcuvent  à  Athènes ,  &  il  n'en  revtnoit 
point  fans  rapporter  au  jeune  Zenon  quelques  livres 
de  Socrate.  A  Tâge  de  trente  à  trente-deux  ans ,  il 
vint  lui  même  dans  la  ville  fàmeufe  pour  y  vendre 
de  la  poufpre ,  &  pour  entendre  les  hommes  dont  il 
avoit  lu  les  ouvrages.  Tout  en  débarquant ,  il  de- 
manda où  ils  demeuroient  ;  on  lui  montra  Cratès  qui 
paffoit,  &  on  lui  confeilla  de  Icfidvre.  Zenon  fuivit 
Cratès,  &c  devint  fon  dilciplo.  Il  ne  pouvoit  aflez  ad- 
mirer l'élévation  que  fon  maître  montrôit  dans  fa 
conduite  &  dans  les  dilcours  ;  mais  il  ne  fe  faifoit 
point  au  mépris  de  la  décence  qu'on  affeftoit  dans 
ion  école  ;  il  le  livra  tout  entier  à  la  méditation ,  (Se 
bientôt  il  parut  de  lui  un  ouvrage  intitulé  de  U  iié- 
publique ,  qu'il  avoit  écrit,  difoit-on,  affez  plaifam- 
ment,  fous  la  queue  du  chien.  Les  Cyniques  ne  s'oc- 
Cupoient  que  de  la  Morale;  ils  ne  faifoient  aucun  cas 
des  autres fciences.  Zenon  ne  les  approuvoit  pAs  en 
ce  point  ;  entraîné  par  le  dcfir  d'ctcnJre   (çs  con- 
noifiances,  il  cjuitta  Cratès,  qui  ne  digéra  pas  \\\ni 
peine  cette  délertlon.  Il  fVéquenta  les  autres  écoles; 
il  écouta  Stilpon  pendant  dix  ans;  il  cultiva  Zcno- 
crate;ilvit  Diodore  Cronus;  ilintcrroi!ca  Polcmon.^ 
enrichi  des  dépouilles  de  ces  hommes ,  il  ouvrit  bou- 
tique ;  il  s'établit  fous  le  portique  ;  cet  endroit  ctoit 
particulièrement  décoré  des  tableaux  de  Polygnotè 
6l  des  plus  gra..ds  maîtres  ,   on  l'appclloit  le  //oj  , 
d'où  la  fedle  de  Zenon  prit  le  nom  de  /hidinm  ;  il  ne 
manqua  pas  d'auditeur^ ,  l'a  morale  cioit  fiévere  ;  aiai5 


V 


52(5 


S  T  O 


il  favoit  tempérer  par  le  charme  de  l'éloquence  IVai- 
ftcrîté  (Je'fes  lc(,-ons  ;  ce  fut  ainfi  qu'il  arrêta  une  jcu- 
neile  libertine  que  les  préceptes  nuds  &  fecs  au- 
rolent  edarouchée  ;  on  l'admira  ;  on  s'attacha  i\  lui  ; 
on  le  chérit  i  la  réputation  s'étendit,  &;  il  obtint  la 
bienveillance  même  des  rois.  Antigonus  Gonatèsde 
Macédoine ,  qui  n'avoit  pas  dédaig^né  de  le  vifiter 
fous  le  portique,  Tappclla  dans  fcs  états  ;  Zenon  n'y 
alla  point,  mais  lui  envoya  Perfée  (on  difciple  ;  il 
n'obtint  pasleulement  des  Athéniens  le  nom  de  grand 
philofophe  ,  mais  encore  celui  d'excellent  citoyen  ; 
ils  dépolérent  chez,  lui  les  clés  des  châteaux  de  leur 
ville  ,  &  l'honorèrent  de  fon  vivant  d'une  ftatue 
d'airain;  il  étolt  d'une  foible  Hinté  ,  maisll  étoit  (o- 
bre  ;  il  vivoit  communément  de  pain ,  d'eau ,  de  fi- 
gues. Si.  de  miel  ;  fa  phyfiononiie  étoit  dure  ,  mais 
ion  accueil  prévenant  ;  il  avoit  confervé  l'ironie  de 
Dioi-ène  ,  mais  tempérée.  Sa  vie  fut  un  peu  troublée 
par  l'envie  ;  elle  fouleva  contre  lui  Arcélilaiis  &.  Car- 
néadcs ,  fondateurs  de  l'académie  moyenne  &  nou- 
velle; Epicure  niême  n'en  fut  pas  tout-à-fait  exempt; 
il  foutfrit  avec  quelque  peine  qu'on  donnât  particu- 
lièrement aux  lloïciens  le  nom  de  Juges.  Cet  hom.me 
qui  avoit  reçu  dans  fes  jardins  les  grâces  &  la  volup- 
té ,  dont  le  principe  favori  étoit  de  tromper  par  les 
plaifirs  les  peines  de  la  vie ,  &i.  qui  s'étoit  tait  une  ma- 
nière de  philoibpher  douce  &  molle ,  traitoit  h  /îoï- 
ci/me  d'hypocrifie.  Zenon  de  fon  côté  ne  ménagea 
pas  la  doftrine  de  fon  adverfaire ,  &C  le  peignit  com- 
ire  un  précepteur  de  corruption  ;  s'il  eft  vrai  que 
Zenon  prétendit  qu'il  étoit  auffi  honnête  ,  naturam 
mairis  fricarc  ,  quarn  doUntim  aliam  corporis  vartcm 
fricandojuvare  ;  &  que  dans  un  befoin  preiTant ,  un 
jeune  garçon  étoit  aulfi  com.mode  qu'une  jeune  fille  ; 
Epicure  avoit  beau  jeu  pour  lui  répondre.  Mais  il 
n'efî  pas  à  croire  qu'un  philofophe  dont  la  conti- 
nence avoit  pafTé  en  proverbe ,  enfeignât  des  fenti- 
mens  aufTi  monflrueux.  Il  ell  plus  vraiiiemblable  que 
la  haine  tiroit  ces  conféquences  odieufes  d'un  prin- 
cipe reçu  dans  l'école  de  Zenon  ,  &:  très-vrai ,  c'efl: 
qu'il  n'y  a  rien  de  honteux  dans  les  chofes  naturel- 
les. Le  livre  de  la  république  ne  fut  pas  le  feul  qu'il 
publia  ;  il  écrivit  un  commentaire  fur  Héfiode ,  où 
il  renverfa  toutes  les  notions  reçues  de  théologie , 
&  où  Jupiter  ,  Junon  ,  Vefla,  &  le  refte  des  dieux  , 
étoient  réduits  à  des  mots  vuides  de  fens.  Zenon 
jouit  d'une  longue  vie  ;  âgé  de  quatre-vingt  dix-huit 
ans ,  il  n'avoit  plus  qu'un  moment  à  attendre  pour 
mourir  naturellement  ;  il  n'en  eut  pas  la  patience  ; 
s'étant  laiflc  tomber  au  fbrtir  du  portique ,  il  crut 
que  la  nature  l'appcUolt  :  me  voilà  ,  lui  dit-il ,  en 
touchant  la  terre  du  doigt  qu'il  s'étoit  calfé  dans  fa 
chute  ,  je  fuis  prêt  ;  &  de  retour,  dans  fa  mailbn  ,  il 
fe  laifta  mourir  de  faim.  Antigone  le  regretta  ,  & 
les  Athéniens  lui  élevèrent  un  tombeau  dans  la  Cé- 
ramique. 

Sa  doctrine  étoit  un  choix  de  ce  qu'il  a  puifé  dans 
les  écoles  des  académiciens  ,  des  Erétriaques  ou  Eri- 
ftiques ,  &  des  cyniques.  Fondateur  de  fede  ,  il  fal- 
loit  ou  inventer  des  chofes  ,  ou  déguifer  les  ancien- 
nes fous  de  nouveaux  noms  ;  le  plus  facile  étoit  le  pre- 
mier. Zenon  dilbit  de  la  dialedique  de  Diodore ,  que 
cet  homme  avoit  imaginé  des  balances  très-jufles  , 
mais  qu'il  ne  pelbit  jamais  que  de  la  paille.  Les  floi- 
ciens  difbitnt  qu'il  falloit  s'oppofcr  à  la  nature  ;  les 
cyniques,  qu'il  falloit  fe  mettre  au  deffus  ,  &  vivre 
félon  la  vertu ,  &  non  félon  la  loi  ;  mais  il  eft  inutile 
de  s'étendre  ici  davantage  fur  le  parallèle  du  Jloïcif- 
me  ,  avec  les  fyftèmes  qui  l'ont  précédé  ;  il  réfulte- 
ra  de  l'extrait  des  principes  de  cette  philofophie  ,  Se 
nous  ne  tarderons  pas  à  les  expofer. 

On  reproche  aux  ftoïciens  le  fophifme.  Eft -ce 
pour  cela  ,  leur  dit  Séneque  ,  que  nous  nous  fommes 
coupé  la  barbe  ?  on  leur  reproche  d'avoir  porté  dans 


I 


S  T  O 

la  fociété  les  ronces  de  l'école  ;  on  prétend  qu'Us  ont 
méconnu  les  forces  de  la  nature,  que  leur  morale 
eit  impraticable  ,  6:  qu'ils  ont  infpiré  l'enthoufiafine 
au-licu  de  la  tagefie-.  Cela  le  peut;  mais  quel  enthou- 
fiatme  que  celui  c!ui  nous  immole  à  la  vertu,  Se  qui 
peut  contenir  notre  ame  dans  une  afîiettefi  tranquil- 
le Se  fi  ferme,  que  les  douleurs  les  plus  aiguës  ne 
nous  arriicheront  pas  un  f bupir  ,  une  larme  !  Que  la 
nature  entière  confpire  contre  un  ftoicien  ,  que  lui 
fera-J-elle  ?  qu'efi-ce  qui  abattra  ,  qu'eft-ce  qui  cor- 
rompra celui  pour  qui  le  bien  eft  tout ,  Si  la  vie  n'eft 
rien.''  Les  philofophes  ordinaires  font  de  chair  comme 
l^s  autres  hommes;  lefloacien  eft  unhommedefer , 
on  peutlcbrifcr,mais  non  le  faire  plaindre. Que  pour- 
ront les  tyrans  fur  celui  fur  qui  Jupiter  ne  peut  rien  ? 
il  n'y  a  que  la  raifbn  qui  lui  commande  ;  l'expérience, 
la  réflexion  ,  l'étude  ,  fufHf  ent  pour  former  un  fàge  ; 
un  ftoicien  eft  un  ouvrage  fingulier  de  la  nature  ;  il  y 
a  donc  eu  peu  de  vrais  ftoiciens  ,  &  il  n'y  a  donc  eu 
dans  aucune  école  autant  d'hypocrites  que  dans  cel- 
le-ci ;  [QjioiciJ'/ne  eft  une  affaire  de  tempérament ,  & 
Zenon  imagina ,  comme  ont  fait  la  plupart  des  légif- 
lateurs,  pour  tous  les  hommes, une  regîe  qui  necon- 
venoit  guère  qu'à  lui  ;  elle  eft  trop  forte  pour  les 
foibles  ,  la  morale  chrétienne  eft  un  zénonifme  miti- 
gé ,  &  conféquemment  d'un  ufage  plus  général  ;  ce- 
pendant le  nombre  de  ceux  qui  s'y  conforment  à  la 
rigueur  n'eft  pas  grand. 

Principes  généraux  de  la  philofophie  Jîoicienne.  La 
fasefte  eft  la  fcience  des  chofes  humaines  Se  descho- 
{qs  divines  ;  Si.  la  philofophie ,  ou  l'étude  de  la  fagef- 
fe  ,  eft  la  pratique  de  l'art  qui  nousy.conduit. 

Cet  art  eft  un ,  c'eft  l'art  par  excellence  ;  celui 
d'être  vertueux. 

Il  y  a  trois  fortes  de  vertus  ;  la  naturelle  ,  la  mo- 
rale ,  Si  la  difcurfive  ;  leurs  objets  font  le  monde, 
la  vie  de  l'homme,  Si  la  raifon. 

Il  y  a  aufli  trois  fortes  de  philofophies  ;  la  natu- 
relle, la  morale  ,  &  la  rationelle,  où  l'on  obfervela 
nature  ,  où  l'on  s'occupe  des  moeurs  ,  où  l'on  perfec- 
tionne fon  entendement.  Ces  exercices  influent  né- 
cefl'airement  les  uns  fur  les  autres. 

Logique  desjloïciens.  La  logique  a  deux  branches, 
la  rhétorique  Si  la  dialeftique. 

La  rhétorique  eft  l'art  de  bien  dire  des  chofes  qui 
demandent  un  difcours  orné  &  étendu. 

La  dialedique  eft  l'art  de  difcuter  les  chofes  ,  ok 
la  brièveté  des  demandes  Si  des  reponfes  fufîit. 

Zenon  comparoit  la  dialeftique  Si  l'art  oratoire  , 
à  la  main  ouverte  &  au  poing  fermé. 

La  rhétorique  eft  ou  délibérative ,  ou  judiciaire  , 
ou  démonftrative  ;  (es  parties  font  l'invention  ,  l'élo- 
cution  ,  la  difpofition  ,  Si  la  prononciation  ;  celles 
du  difcours  ,  l'exorde,  la  narration  ,  la  réfutation, 
Si  l'épilogue. 

Les  académiciens  récens  excluoient  la  rhétorique 
de  la  philofophie. 

La  dialeélique  eft  l'art  de  s'çn  tenir  à  la  perception 
des  chotes  connues ,  de  manière  à  n'en  pouvoir  être 
écarté;  fes  qualités  font  la  circonfpeclion  Si  la  fer- 
meté. 

Son  objet  s'étend  aux  chofes  &  aux  mots  qui  les 
défignent  ;  elle  traite  des  conceptions  Si  des  fenfa- 
tions;  les  conceptions  &  les  fenfationsfontla  bafe  de 
l'exprefîion. 

Les  fens  ont  un  bien  commun  ;  c'eft  l'imagina- 
tion. 

L'ame  confent  aux  chofes  conçues  ,  d'après  le  té- 
moignage des  fens  :  ce  que  l'on  conçoit  lé  conçoit 
par  foi-même  ;  la  compréhenfion  fuit  l'approbation 
de  la  chofe  conçue  ,  &la  fcience,  l'imperturbabilité 
de  l'approbation. 

La  qualité  par  laquelle  nous  difcernons  les  chofes 
les  une»  des  autres,  i'a^i^QÏk  Jugement. 


s  T  O 


S 


•p 


îl  y  a  d?U3c  hianieres  de  difcernet-  le  bon  Bc  le 
Ir.am'ais  ^  le  vrai  &  le  faux. 

Nous  jugeons  que  la  chofe  eft  ou  n'eft  pas ,  par  feii- 
fatlon  i,  par  expérience,  ou  par  raifonnement. 

La  logique  flippofe  Thomme  qui  juge  ,  &  une  ré- 
jîe  de  jugement. 

Cette  règle  fuppofô  ou  la-fenfation  ,  ou  l'imagi- 
lation. 

L'imagination  eftla  faculté  de  ft  rappellerles  ima- 
ges des  choies  qui  font.  "'\-  "  - 

La  fenfation  naît  de  l'adion  des  objets  extérieurs, 
k  elle  fuppofe  une  communication  de  l'ame  aux  or- 


;anes. 


Ce  qu'on  a  vu  ,  ce  qu*on  a  conçit  refte  dans  l'ame, 
:omme  l'impreffion  dans  la  vue,  avec  (es  couleurs, 
es  figures,  fes  éminences  ,  &fes  creux. 

La  compréhenfion  formée  d'après  le  rapport  des 
ens  ,  cfl  vraie  oC  fidelle  ;  la  nature  n'a  point  donné 
l'autre  fondement  à  la  fcience;  il  n'y  a  point  declar- 
é ,  d'évidence  plus  grande. 

Toute  appréhenfion  vient  originairement  des  fens; 
ar  il  n'y  a  rien  dans  l'entendement  qui  n'ait  été  au- 
paravant dans  la  fenfation. 

Entre  les  chofes  compril'es ,  il  y  en  a  de  plus  ou 
e  moins  fenfibles  ;  les  incorporelles  font  les  moins 
snfibles. 

Il  y  en  a  de  rationelles  &  d'irrationelles  ,  de  natu- 
elles  &  d'artificielles,  telles  que  les  mots. 

De  probables  &  d'improbables,  de  vraies  &  de 
îufî'es  ,  de  compréhenfibles  &d'incompréhenfibles  ; 
.  faut  pour  les  premières  qu'elles  naiffent  d'une  cho- 
?  qui  foit ,  qu'elles  y  foient  conformes  ,  &  qu'elles 
,'impliquent  aucune  contradiftion. 

II  faut  diflinguer  l'imagination  du  fantôme,  &  le 
intôme  du  fantaflique  qui  n'a  point  de  modèle  dans 
1  nature. 

Le  vrai  eu.  ce  qui  efl ,  &  ce  qui  ne  peut  venir  d'ail- 
:urs  que  d'où  il  eft  venu. 

La  compréhenfion  ,  ou  la  connoifTance  ferme  ,  ou 
3.  fcience  ,  c'cft  la  même  chofe. 

Ce  que  l'efprit  comprend  ,  il  le  comprend  ou  par 
(Timilation  ,  ou  par  compolition  ,  ou  par  analogie. 

L'homme  reçoit  la  fenfation  ,  &  il  juge  ;  l'homme 
âge  réfléchit  avant  que  de  juger. 

Il  n'y  a  point  de  notions  innées  ;  l'homme  vient  au 
nonde  comme  une  table  rafe  liir  laquellelesobjets  de 
a  nature  fe  gravent  avec  le  tcms. 

Il  y  a  des  notions  naturelles  qui  fe  forment  en 
lous  fans  art  ;  il  y  en  a  qui  s'acquièrent  par  induf- 
rie  &  par  étude  ;  je  laifl'e  aux  premières  le  nom  de 
lotions  ,  j'appelle  celles-ci  anticipations. 

Le  fenîi  eft  dans  l'animal ,  il  devient  le  conçu 
lans  l'homme. 

Les  notions  communes  le  font  à  tous  ;  il  eft  im- 
wfTible  qu'une  notion  foit  oppofce  à  une  notion. 

Il  y  a  la  fcience  ,  &  l'opinion  ,  &  l'ignorance  ;  fi 
'on  n'a  pas  éprouvé  la  fenfation  ,  on  efl  ignorant  ; 
i'il  refte  de  l'incertitude  après  cette  épreuve ,  on  eft 
ncertain  ;  fi  l'on  eft  imperturbable  ,  on  fait. 

Il  y  a  trois  chofes  liées  ,  le  mot ,  la  chofe  ,  l'ima- 
ge de  la  chofe. 

La  définition  eft  un  difcours  qui  analyfé, devient  la 
rcponfe  exa£f  e  à  la  qucftion,  qu'eft-ce  que  la  chofe  ? 
îlle  ne  doit  rien  renfermer  qui  ne  lui  convienne  ;  elle 
doit  indiquer  le  caraftcre  propre  qui  la  diftingue. 

Il  y  a  deux  fortes  de  définitions  ;  les  unes  des  cho- 
fes qui  font  ,  les  autres  des  choies  que  nous  con- 
cevons. 

Il  y  a  des  définitions  partielles  ,  il  y  en  a  de  to- 
tales. 

La  diftribmion  d'un  genre  dans  fes  efpeces  les  plus 
prochaines  ,  s'appelle '^/v/yî'o/;. 

Un  genre  s'étend  à  pluficurs  efpeces  ;  un  ggnre 
fuprème  n'en  a  point  au-defllis  de  lui  ;  une  eljpece 


O  527 

infinie  n'en  a  point  au-defTous  d'elle, 

La  connoifîance  complette  fe  forme  dé  la  chofe 
du  mot. 

Il  y  a  quatre  genres  ;  la  fubftailce  ,  la  qualité  ,  l'ab^ 
folu ,  le  rapport. 

Les  énonciations  gui  comprennent  fous  un  poinÉ 
commun  des  chofes  diverfes ,  s'appellent  catégories  ; 
il  y  a  des  catégories  dans  l'entendement ,  ainli  que 
dans  l'expreflioUi 

L'énonciation  eft  ou  parfaite,  ou  imparfaite  &  dé- 
feftueufe  ;  parfaite  ,  fi  elle  comprend  tout  ce  qui  eft 
de  la  choie. 

Une  énonciation  eft  ou  affirmative  ou  négative  ,' 
ou  vraie  ou  fauffe. 

Une  énonciation afKrmative^ou  négative,  parfaite, 
eft  un  axiome. 

Il  y  a  quatre  catégories  ;  la  direfte,  l'oblique,  là 
neutre  ,  &  l'aâive  ou  pafïïve. 

Un  axiome  eft  ou  fimple  ou  compofé  ;  fimple  ,  fi 
la  propofition  qui  l'énonce  eft  fimple  ;  compolc  fi 
la  propofition  qui  l'énonce  eft  compofée. 

Il  y  a  des  axiomes  probables  ;  il  y  en  a  de  ratio- 
nels  ,  il  y  en  a  de  paradoxals. 

Le  lemme ,  le  profiemme  &  l'épiphore ,  font  les 
trois  parties  de  l'argument. 

L'argument  eft  concluant  ou  non  ;  fylloglftique  014 
non. 

Les  fyllogifmes  font  ou  liés ,  ou  conjoints ,  ou  dif« 
joints. 

Il  y  a  des  modes  ,  félon  lefquels  les  fyllogifmeâ 
concluans  font  difpofés. 

Ces  modes  font  fimples  ou  compofés. 

Les  argumens  fyllogifliques  qui  ne  concluent  pas  ; 
ont  auffi  leurs  modes.  Dans  ces  argumens ,  la  conclu- 
fion  ne  fuit  pas  du  lien  des  prémifîés. 

Il  y  a  des  fophifmes  de  différens  genres  ;  tels  ,  par 
exemple  que  leforite  ,  le  menteur,  l'inexplicable  ,  le 
parefiéux ,  le  dominant ,  le  voile,  l'éledre,  le  cornu, 
le  crocodile  ,  le  réciproque  ,  le  déficient ,  le  moif- 
fonneur,  le  chauve,  l'occulte,  &c. 

Il  y  a  deux  méthodes  ,  la  vulgaire  &  la  philofo- 
phique. 

On  \o\\  en  effet ,  que  tout  cette  logique  n'a  riert 
de  bien  merveilleux.  Nous  l'avons  dépouillée  des 
termes  barbares  dont  Zenon  l'avoit  revêtue.  Nous 
aurions  laifTé  à  Zenon  fes  mots ,  que  les  chofes  n'en 
auroient  pas  été  plus  nouvelles. 

Phyjio/ogie  desfioïciins.  Le  cahos  étoit  avant  tout* 
Le  cahos  elî  un  état  confus  &  ténébreux  des  chofes, 
c'eft  fous  cet  état  que  fe  préfenta  d'abord  la  matière, 
qui  é«oit  la  fomme  de  toutes  les  chofes  revêtues  de 
leurs  qualités  ,  le  refervoir  des  germes  &  des  caufes, 
l'effence  ,  la  Nature  ,  s'il  eft  permis  de  s'exprimei? 
ainfi,  grofTc  de  fon  principe. 

Ce  que  nous  appelions  le  mond^  &  la  nature  ;  c'efl 
ce  cahos  débrouillé ,  &  les  chofes  tcnébreufes  &  con- 
fufes  prenant  l'ordre  &  formant  l'afpeâ:  que  nous 
leur  voyons. 

Le  monde  ou  la  nature  eft  ce  tout  ,  dont  les  être^ 
font  les- parties.  Ce  tout  eft  un;  les  êtres  font  fes 
membres  ou  parties. 

Il  faut  y  diftinguer  des  principes  différens  des  élé- 
mens. 

De  ces  principes ,  l'un  eft  efficient  ;  l'autre  eft  paf- 
fif  L'efficient  eft  la  raifon  des  chofes  qui  eft  dans  la 
matière  ,  ou  Dieu.  Le  palfif  eft  la  matière  même. 

Ils  font  l'un  &  l'autre  d'une  nature  corporelle.  Tout 
ce  qui  agit  ou  fbuffre,  eft  corporel.  Tout  ce  qui  efl, 
eft  donc  corps. 

La  caufc  efficiente  ou  Dieu  ,  eft  un  air  très -put* 
&  très-limpide,  un  feu  artificiel,  placé  ;\  la  circonfé- 
rence des  cieux  la  plus  éloignée  ,  féjour  de  tout  ce 
qui  eft  divin. 

Le  principe  paffif  ou  la  matière ,  eft  la  nature  coa* 


>52S 


S  T  O 


fidcrce  fans  qualité,  mérite,  choie  prête  à  tout,  n'é- 
•tant  rien  ,  îk  cciVant  d'ctrc  ce  qu  elle  devient ,  le  re- 
polaiit ,  fi  rien  ne  la  meut. 

Le  principe  acVif  eft  opporé  au  principe  paflîf.  Ce 
feu  artificiel  ell  propre  h  t'ormer  de  la  matière  ,  avec 
une  adrelle  liiprème  ëc  l'elon  les  rail'ons  qu'il  a  en 
■lui-mcmc  ,  les  lemences  des  choies.  Voilà  la  fécon- 
dité. Sa  liibtilité  permet  qu'on  l'appelle  incorpord , 
immatcrlcl. 

Quoiqu'il  foit  corps ,  en  conféquence  de  fon  op- 
•pofition  avec  la  matière  ,  on  peut  dire  qu'il  eft  cl- 

prit. 

Il  eft  la  caufe  rationnelle,  incorruptible,  fempiter- 
•nelle,  première,  originelle,  d'où  chaque  lubltance 
a  les  qualités  qui  lui  font  propres. 

Cette  caufe  elt  bonne.  Elle  elt  parfaite.  Il  n'y  a 
point  de  qualités  louables  qu'elle  n'ait. 

Elle  cft  prévoyante;  elle  régit  le  tout  &  fes  par- 
ties ;  elle  fait  que  le  tout  pcrfévere  dans  fa  nature. 

On  lui  donne  difterens  noms.  C'eft  le  monde  dont 
elle  ell  en  effet  la  portion  principale ,  la  nature,  le 
deftin  ,  Jupiter  ,  Dieu. 

Elle  h'eft  point  hors  du  monde  ;  elle  y  eft  com- 
prife  avec  la  matière  ;  elle  conllitue  tout  ce  qui  eft , 
'ce  que  nous  voyons  &  ce  que  nous  ne  voyons  pas  ; 
elle  habite  dans  la  matière  &  dans  tous  les  êtres  ;  elle 
la  pénétre  &  l'agite ,  félon  que  l'exige  la  raifon  uni- 
verfclle  des  choies  ;  c'eft  l'ame  du  monde. 

Puifqu'elle  pénétre  toutes  les  portions  de  la  matiè- 
re ,  elle  y  eft  intimement  préfente ,  elle  coiinoît  tout, 
tlle  y  opère  tout. 

C'eft  en  agitant  la  matière  &  en  lui  imprimant  les 
qualités  qui  étoient  en  elle  ,  qu'elle  a  formé  le  mon- 
de. C'eft  l'origine  des  chofes.  Les  chofes  font  d'elle. 
C'eft  par  fa  préfence  à  chacun  qu'elle  les  conferve; 
c'eft  en  ce  fens  que  nous  dilbns  qu'elle  eft  Dieu  ,  & 
que  Dieu  eft  le  perc  des  chofes  ,  leur  ordinateur  & 
leur  confervateur. 

Dieu  n'a  point  produit  le  monde  par  une  détermi- 
nation libre  de  fa  volonté  ;  il  en  étoit  une  partie  ;  il 
y  étoit  compris.  Mais  il  a  rompu  l'écorce  de  la  ma- 
tière qui  l'enveloppoit  ;  il  s'eft  agité  &  il  a  opéré  par 
une  force  intrinféque  ,  félon  que  la  néceffité  de  fa 
tiature  &  de  la  matière  le  permettoit.  ^ 

Il  y  a  donc  dans  l'univers  une  loi  immuable  & 
éternelle  ,  un  ordre  combiné  de  caufes  &  d'eftets  , 
enchaînés  d'un  lien  fi  néceffaire  ,  que  tout  ce  qui  a 
été  ,  eft  &  fera ,  n'a  pu  être  autrement  i  &  c'ell-là  le 
deftin. 

Tout  eft  fournis  au  deftin ,  &  il  n'y  a  rien  dans  l'u- 
■nivcrs  qui  n'en  fubiffe  la  loi ,  fans  en  exempter  Dieu  ; 
puifque  Dieu  fuit  cet  ordre  inexplicable  &  facré  des 
chofes  ;  cette  chaîne  qui  lie  nécefîairement. 

Dieu  ,  ou  la  grande  caufe  rationelle  n'a  pourtant 
rien  qui  la  contraigne  :  car  hors  d'elle  &  du  tout , 
il  n'y  a  que  le  vuide  infini  ;  c'eft  la  nature  feule  qui 
la  néceffité;  elle  agit  conformément  à  cette  nature  , 
&  tout  fuit  conformément  à  fonadion;  il  ne  faut  pas 
avoir  d'autre  idée  de  la  Hberté  de  Dieu  ,  ni  de  celle 
de  l'homme  ;  Dieu  n'en  eft  ni  moins  libre,  ni  moins 
puiflanî  ,  il  eft  lui-même  ce  qui  le  néceffité. 

Ce  font  les  parties  ou  les  écoulcmens  de  cet  cf- 
prit  univcrfel  du  monde  ,  diftribués  par- tout,  &  ani- 
mant tout  ce  qu'il  y  a  d'animé  dans  la  nature ,  qui 
iionnent  naifiance  aux  démons  dont  tout  eft  rempli. 

Chaque  homme  a  fon  Génie  &  fa  Junon  qui  dirige 
fes  aftions  ,  quiinfpire  fes  difcours,  &  qui  mérite  le 
plus  grand  refpc£t  ;  chaque  particule  du  rponde  a  fon 
démon  qui  lui  eft  prélent  &  l'affifte  ;  c'eft  là  ce  qu'on 
a  défigné  fous  les  noms  de  Jupiter  ,  de  Junon  ,  de 
Vulcaïn ,  de  Clrh.  Ce  ne  font  que  certaines  portions 
de  l'ame  univcrfelle,  réfidentes  dans  l'air,  dans  l'eau, 
fdans  la  terre  ,  dans  le  feu  ,  &c. 

Puifque  les  dieu.\  ne  font  que  des  écoulemens  de 


S  T  O 

l'ame  univerfcUc  ,  diftribuées  à  chaque  partiaile  de 
la  nature  ,  il  s'enfuit  que  dans  la  déflagration  géné- 
rale qui  finira  le  monde  ,  les  dieux,  retourneront  à 
un  Jupiter  conhis  ,  &  à  leurs  anciens  élemens. 

Quoique  Dieu  foit  préfcnt  à  tout ,  agite  tout ,  veil- 
le à  tout,  en  eft  l'ame,  &  dirige  les  chofes  fclon  la 
condition  de  chacune,  &  la  nature  qui  lui  cil  pro- 
pre ;  quoiqu'il  foit  bon  ,  &  qu'il  veuille  le  bien ,  il  ne 
peutfaircque  tout  ce  qui  eft  bien  arrive  ,  nique  tout 
ce  cpii  arrive  foit  bien  ;  ce  n'eftpas  l'art  qui  fe  répo- 
fe  ,  mais  c'eft  la  matière  cjui  eft  indocile  à  l'art.  Dieu 
ne  peut  être  que  ce  qu'il  eft,  ik  il  ne  peut  changer 
la  matière. 

Quoiqu'il  y  ait  un  lien  principal  &  univerfel  des 
chofes ,  qui  les  enchaîne  ,  nos  aines  ne  font  cepen- 
dant fujettes  au  deftin  ,  qu'autant  &  que  félon  qu'il 
convient  à  leur  nature  ;  toute  force  extérieure  a  beau 
confpirer  contre  elles ,  fi  leur  bonté  eft  originelle  & 
première  ,  elle  perféverera;  s'il  en  eft  autrement,  fi 
elles  font  nées  ignorantes  ,  groffieres  ,  féroces  ;  s'il 
ne  furvicnt  rien  qui  les  améliore  ,  les  inftruife ,  ^ 
les  fortifie  ;  par  cette  feule  condition ,  fans  aucuns 
influence  du  deftin,  d'un  mouvement  volontaire  & 
propre  ,  elles  fe  porteront  au  vice  &  à  l'erreur. 

Il  n'eft  pas  difficile  de  conclure  de  ces  principes  » 
que  les  ftoïciens  étoient  matérialiiles  ,  fataliftes ,  & 
ù  proprement  parler  athées. 

Nous  venons  d'expofer  leur  doûrine  fur  le  princi- 
pe efficient  ;  voici  maintenant  ce  qu'ils  penfoient  de 
la  caufe  paffive, 

La  matière  première  ou  la  nature  eft  la  première 
des  chofes  ,  l'eifence  &  la  bafe  de  leurs  qualités. 

La  matière  générale  &  première  eft  éternelle  ; 
tout  ce  qu'il  en  a  été  eft  ,  elle  n'augmente  ni  ne  di- 
minue ,  tout  eft  elle  ;  on  l'appelle  cQince  ^  confidérée 
dans  l'univerfalité  des  êtres;  matUrc,  confidérée  dans 
chacun. 

La  matière  dans  chaque  être,  eftfufceptibled'ac-' 
croiffement  &  de  diminution  ;  elle  n'y  relie  pas  la 
même  ,  elle  fe  mêle  ,  elle  le  fépare  ,  fes  parties  s'é- 
chappent dans  la  léparation  ,  s'uniffent  dans  le  mé- 
lange ;  après  la  déflagration  générale  ,  la  matière  fe 
retrouvera  une,  &  la  même  dans  Jupiter. 

Elle  n'eft  pas  ftable  ,  elle  varie  fans  celTe ,  tout  eli 
emporté  comme  un  torrent  ,  tout  pafTe,  rien  de  ce 
que  nous  voyons  ne  refte  le  même  ;  maii  rien  ne  chan- 
ge l'effence  de  la  matière  ,  il  n'en  périt  rien  ,  ni  de  ce 
qui  s'évanouit  à  nos  yeux;  tout  retourne  à  la  fource 
première  des  choies  ,  pour  en  émaner  derechef;  les 
chofes  ceflent  ;  mais  ne  s'anéantilTent  pas. 

La  matière  n'eft  pas  infinie  ;  le  monde  a  fes  li-» 
mites. 

11  n'y  arien  à  quoi  elle  ne  puifte  être  réduite, rien 
qu'elle  ne  puille  fouftrir ,  qui  n'en  puifte  être  fait  ;  ce 
qui  lerolt  impoffible  fi  elle  étoit  immuable  ;  elle  eft 
divillble  à  l'infini  ;  or  ce  qui  eft  divillble  ne  peut  être 
infini  ;  elle  eft  contenue. 

C'eft  par  la  matière  ,  par  les  chofes  qui  font  de  la 
matière,  &;  par  la  raifon  générale  qui  eft  prélente  à 
tout ,  qui  en  eft  le  germe  ,  qui  le  pénètre ,  que  le 
monde  eft  ,  cpie  l'univers  eft,  que  Dicueft  ;  on  en- 
tend quelquefois  le  ciel  par  ce  mot ,  Dieu. 

Le  monde  exifie  féparé  du  vuide  qui  l'environne ,' 
comme  un  œuf,  la  terre  eft  au  centre  ;  il  y  a  cette 
différence  entre  le  monde  &  l'univers  ,  que  l'univers 
eft  infini  ;  il  comprend  les  choies  qui  font ,  &  le  vui- 
de qui  les  comprend  ;  le  monde  eft  fini ,  le  monde  ell 
comp  ris  dans  le  vuide  qui  n'entre  pas  dans  l'acception 
de  ce  mot. 

Au  commencement  il  n'y  avoit  que  Dieu  &  la 
matière  ;  Dieu  ,  eftence  des  chofes  ,  nature  ignée  , 
être  prolifique  ,  dont  une  portion  combinée  avec  la 
matière  ,  a  produit  l'air  ,  puis  l'eau  ;  il  eft  au  monde 
comme  le  ggnne    à  la  plante  ;  il  a  dépofé  le  germe  du 

lïionde 


I 


i 


s  T  O 

lOnde  dans  Teau ,  pour  en  fiiciliter  le  dévelopement  ; 
ne  partie  de  lui-même  a  condcnfé  la  terre,  une  au- 
•e  s'ell  exhalée  ;  de-là  le  feu. 

Le  monde  ell:  un  grand  animal ,  qui  a  fens  ,  efprit , 
:  railon  ;  il  y  a  ,  ainfi  que  dans  Thomme  ,  corps  & 
ne  dans  ce  grand  animal  ;  l'ame  y  efl  préfente  à 
)utes  les  parties  du  corps. 

Il  y  a  dans  le  inonde  ,  outre  de  la  matière  nue  de 
)Ute  qualité  ,  quatre  élémens ,  le  feu ,  l'air ,  l'eau , 
:  la  terre;  le  feu  eft  chaud  ,  l'air  froid  ,  la  terre  fe- 
lie,  &c  l'eau  moite  ;  le  feu  tend  en  haut ,  c'eftfon 
;jour  ;  cet  élément ,  ou  fa  portion  connue  fous  le 
om  ÔLiEther  ,  a  été  le  rudiment  des  aftres  &  de  leurs 
)heres  ;  l'air  eft  au-deflbus  du  feu  ;  l'eau  coule  fous 
air  &  fur  la  terre;  la  terre  eft  la  bafe  du  tout ,  elle 
ftau  centre. 

Entre  les  élémens  deux  font  légers ,  le  feu&  l'air; 
eux  pcfans  ,  l'eau  &  la  terre  ;  ils  tendent  au  cen- 
•e  qui  n'eft  ni  pefant  ni  léger. 

Il  y  aune  converfion  réciproque  des  élémens  en- 
•c  eux  ;  tout  ce  qui  ceffe  de  l'un  ,  paffe  dans  un  au- 
•e;  l'air  dégénère  en  feu ,  le  feu  en  air  ;  l'air  en  eau, 
eau  en  air;  la  terre  en  eau  ,  l'eau  en  terre  ;  mais 
Licun  élément  n'eft  fans  aucun  des  autres  :  tous  font 
n  chacun. 

Le  feu  eft  le  premier  des  élémens ,  11  a  fon  féiour 
ers  le  ciel ,  &  le  ciel  eft  ,  comme  nous  l'avons  dit , 
i  limite  dernière  du  monde  ,  où  ce  qui  eft  divin  a  fa 
lace. 

Il  y  a  deux  feux;  l'artificiel  quifert  à  nos  ufages, 
;  naturel  qui  fert  aux  opérations  de  la  nature  ;  il 
ugmente  &  conferve  les  chofes ,  les  plantes  ,  les 
nimaux  ;  c'eft  la  chaleur  univerfelle  (ans  laquelle 
Dut  périt. 

Ce  feu  très-haut ,  répandu  en  tout ,  enveloppe 
ierniere  du  monde  ,  eft  l'sether  ,  eft  auffi  le  Dieu 
out-puiflant. 

Le  foleil  eft  un  feu  très-pur ,  il  eft  plus  grand  que 
a  terre ,  c'eft  un  orbe  rond  comme  le  monde  ;  c'eft 
m  feu  ,  car  il  en  a  tous  les  effets  ;  il  eft  plus  grand 
[ue  la  terre  ,  puifqu'il  l'éclairé  &  le  ciel  en  même 
ems. 

Le  foleil  eft  donc  à  jufte  titre  ,  le  premier  des 
lieux. 

C'eft  une  portion  très-pure  de  l'cether  ,  de  Dieu 
)u  du  feu  ,  qui  a  conftitué  les  aftres;  ils  font  ardens , 
Is  font  brillans,  ils  font  animés  ,  ilsfentent,  ils  con- 
çoivent ,  ils  ne  font  compofés  que  de  feu  ,  ils  n'ont 
ien  d'étranger  au  feu  ;  mais  il  n'y  a  point  de  feu  qui 
l'ait  befoin  d'aliment  ;  ce  font  les  vapeurs  des  eaux  , 
Je  la  mer  ,  &  de  la  terre,  qui  nourriflent  le  feu  des 
îftres. 

Puifque  les  aftres  font  des  portions  du  feu  natu- 
rel &  divin  ,  qu'ils  fentent  &  qu'ils  conçoivent , 
pourquoi  n'annonceroient-ils  pas  l'avenir?  ce  ne  font 
pas  des  êtres  où  l'on  pulfle  lire  les  chefes  particuliè- 
res &  individuelles  ,  mais  bien  la  fuite  générale  des 
deftlnées  ;  elle  y  eft  écrite  en  carafteres  très-évi- 
dens. 

On  appelle  du  nom  ^aflres  le  foleil  &  la  lune  ;  il 
y  a  cette  différence  entre  un  aflre  &  une  éioile ,  que 
l'étoile  eft  un  aftre ,  mais  que  l'aftre  n'eft  pas  une 
étoile. 

Voici  l'ordre  des  aftres  errans  ;  faturne ,  Jupiter  , 
mars  ,  mercure  ,  venus  ,  le  foleil ,  la  lune  ;  la  princi- 
pale entre  les  cinq  premières  ,  c'eft  venus ,  l'aftre  le 
plus  voifm  du  foleil. 

La  lune  occupe  le  lieu  le  plus  bas  de  l'aether  , 
c'eft  un  aftre  intelligent ,  fage  ,  d'une  nature  ignée  ; 
mais  non  fans  quelque  mélange  de  terreftre. 

La  Iphere  de  l'air  eft  &  commence  au  de  (Tous  de 
la  lune,  elle  eft  moyenne  entre  le  clel&  les  eaux  , 
fa  figure  eft  ronde  ,  c'efl:  Junon. 

La  région  de  l'air  fe  divife  en  haute  ,  moyenne  ,  ôc 
Tome  XK, 


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529 


baffe;  la  région  haute  eft très-feche  &  très-chaude; 
la  proximité  des  feux  céleftes  la  rend  très-rare  ÔC 
très-tenue  ;  fa  région  baffe  ,  volfme  de  la  terre  eft 
denfe  &  ténébreufe  ;  c'eft  le  réceptacle  des  exhalai- 
fons  ;  la  région  moyenne  plus  tempérée  que  celle 
quila  domine,  &  que  celle  qu'elle  prefîe  ,  eft  feche 
à  fa  partie  fupérieure  ,  humide  à  fa  partie  infé- 
rieure. 

Le  vent  eft  un  courant  d'air. 
La  pluie ,  un  changement  de  nue  en  eau  ;  ce  chan- 
gement a  lieu  toutes  les  fols  que  la  chaleur  ne  peut 
dlvifer  les  vapeurs  que  le  foleil  a  élevées  de  la  terre 
&  des  mers. 

La  terre  ,  la  portion  du  monde  la  plus  denfe ,  fert 
de  bafe  au  tout ,  comme  les  os  dans  les  animaux  ;  elle 
eft  couverte  d'eaux  qulfe  tiennent  de  niveau  à  fa  {iir« 
face  ;  elle  eft  au  centre  ;  elle  eft  une  ,  ronde  ,  finie , 
alnfi  que  l'exige  la  nat^jre  de  tout  centre  ;  l'eau  a  la 
même  figure  qu'elle  ,  parce  que  fon  centre  eft  le  mê- 
me que  celui  de  la  terre. 

La  mer  parcourt  l'intérieur  de  la  terre  ,  par  des 
routes  fccrettes  ;  elle  fort  de  fes  baffms  ,  elle  dlfpa- 
roît ,  elle  fecondenfe  ,  elle  fe  filtre,  elle  fe  purifie  , 
elle  perd  fon  amertume  ,  &  offre  ,  après  avoir  fait 
beaucoup  de  chemin  ,  une  eau  pure  aux  animaux  6c 
aux  hommes. 

La  terre  eft  immobile. 
Il  n'y  a  qu'un  feul  monde. 

Il  eft  éternel ,  c'eft  Dieu  &  la  nature  ;  ce  tout  n'a 
point  commencé  ,  &  ne  finira  point  ;  fon  afped 
pafTera. 

Comme  l'année  a  un  hyver  &  un  été  ,  le  monde 
aura  une  inondation  &  une  déflagration  ;  l'inonda- 
tion couvrira  toute  la  furface  de  la  terre  ,  &  tout  pé- 
rira. 

Après  cette  première  révolution  par  l'eau ,  le  mon- 
de fera  embraie  par  le  feu  ,  répandu  dans  toutes  fes 
parties  ,  il  confumera  l'humidité,  &  s'aflimilera  les 
êtres;  ils  prendront  peu-à-peu  fa  nature  ,  alors  tout 
fe  refondra  en  Jupiter  ,  &  le  premier  cahos  renaîtra. 
Ce  cahors  fe  débrouillera  comme  le  premier,  l'u- 
nivers fe  reformera  comme  il  eft  ,  &  l'efpece  humai- 
ne fera  reproduite. 

Le  tems  eft  à  la  dernière  place  entre  les  êtres. 
Anthropologie  des  Stoïciens.  L'homme  eft  une  ima- 
ge du  monde  ,  le  moilde  eft  en  lui ,  il  a  une  ame  5c 
un  corps  comme  le  grand  tout. 

Les  principes  de  l'efpece  humaine  étoient  dans  l'u- 
nivers naiffant  ;  les  premiers  hommes  font  nés  par 
l'entremife  du  feu  divin  ,  ou  par  la  providence  de 
Dieu. 

Dans  l'afte  de  la  génération  ,  le  germe  de  l'hom- 
me s'unit  à  la  portion  humide  de  l'ame. 

La  liqueur  fpermatique  ne  produit  que  le  corps  , 
elle  contient  en  petit  tous  les  corps  humains  qui  fe 
fuccéderont.  , 

L'ame  ne  fe  forme  point  dans  la  matrice  ,  elle 
vient  du  dehors  ,  elle  s'unit  au  corps  avant  qu'il  ait 
vie. 

Si  yous  remontez  à  la  première  origine  de  l'ame  , 
vous  la  ferez  dcfccndre  du  feu  primitif  dont  elle  efl 
une  étincelle  ;  elle  n'a  rien  de  pefant  ni  de  terrellre; 
elle  eft  de  la  même  nature  que  lafubftancc  qui  forme 
les  aftres  ,  &:  qui  les  fait  briller. 

L'ame  de  Phomme  eft  une  particule  de  Dieu,  une 
petite  portion  de  l'ame  univerfelle  qui  en  a  été,  pour 
alnfi  dire,  détachée  :  car  l'ame  du  monde  eft  la  four- 
ce  féconde  de  toutes  les  âmes. 

Il  eft  dlfHclle  d'oxpUquer  la  nature;  elle  eft  ignée  , 
ardente  ,  Intelhgente  ,  &  raifbnnal)lc. 

Il  y  a  des  âmes  mortelles  ,  ôc  11  y  en  a  d'immor- 
telles. 

Après  la  déflagration  générale,  &  le  renouvelle- 
ment des  chofes  ,  les  âmes  retourneront  dans  les 
•  Xxx 


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corps  qu'elles  ont  animes  avant  cet  cvcnemcnt. 

L'ame  eft  un  corps ,  car  elle  cfl ,  &  elle  agit  ;  mais 
ce  corps  ell  d'une  ténuité  &  d  une  lubtilité  extrêmes. 

On  y  diftingue  huit  facultés  ;  les  cinq  lens  ,  la  fa- 
culté d'engendrer  ,  celle  de  parler  une  partie  princi- 
pale. 

Après  la  mort ,  elle  remonte  aux  cicux  ;  elle  habi- 
te les  artres  ,  elle  converfe  avec  les  dieux  ,  elle  con- 
temple, &  cet  état  durera  jufqu'à  ce  que  le  monde 
confumé  ,  elle  &  tous  les  dieux  fe  confondent ,  &  ne 
forment  plus  qu'un  fcul  être  ,  Jupiter. 

L'ame  du  lagc  ,  après  la  dillbluiion  du  corps  , 
s'occupe  du  cours  du  foleil ,  de  la  lune ,  ik  des  autres 
aftres ,  &  véririe  les  connoilîanccs  qu'elle  a  acquifes 
ilir  la  terre. 

Principes  de  la  phïlofophie  morale  âes  Stoïciens,  Dans 
la  vie ,  c'ell  fur-tout  la  fin  qu'il  faut  regarder  ;  la  fin 
cft  l'ctre  par  qui  tout  fe  fait  ,  pour  qui  tout  eft ,  à 
qui  tout  le  rapporte.  * 

La  fin  peut  fe  confidcrcr  fous  trois  afpefts  ,  l'ob- 
jet ,  les  moyens  ,  &:  le  terme. 

La  fin  de  l'homme  doit  être  de  conformer  fa  con- 
duite aux  lois  de  la  nature. 

La  nature  n'eft  autre  chofe  que  la  raifon  univer- 
felle  qui  ordonne  tout;  conformer  fa  conduite  A  cel- 
le de  la  nature  ,  c'cll  fe  voir  comme  une  partie  du 
grand  tout  ,  &.  confpircr  à  fon  harmonie. 

Dieu  eil  la  portion  principale  de  la  nature  ;  l'ame 
de  l'homme  elt  une  particule  de  Dieu  ;  la  loi  de  la 
nature ,  ou  de  Dieu  ,  c'ell  la  règle  générale  par  qui 
tout  eft  coordonné,  mu  ,  &  vivifié;  vivre  confor- 
mément à  la  nature  ,  imiter  la  divinité  ,  fuivre  l'or- 
dre général ,  c'eil  la  même  chofe  fous  des  expref- 
fions  diiférentes. 
■   La  nature  eft  tout  ce  qu'il  y  a  de  ban  &  beau. 

La  vertu  a  ces  deux  qualités  comme  h  nature. 

Le  bonheur  en  eftuneluite. 

Bien  vivre  ,  aimer  le  beau ,  pratiquer  le  bien ,  & 
être  heureux ,  c'ell  une  même  chofe. 

La  vertu  a  fon  germe  dans  l'ame  humaine ,  c'ell  une 
conféquence  de  fon  origine  ;  particule  émanée  de  la 
divinité  ,  elle  tend  d'elle-même  à  l'imitation  du  prin- 
cipe de  fon  émanation  ;  ce  principe  la  meut,  la  pouf- 
fe &  l'infpire. 

Cette  p.irticule  détachée  de  la  grande  ame  ,  & 
fpécifiée  par  fon  union  à  tel  ou  tel  corps  ,  ell  le  dé- 
mon de  cet  homme  ,  ce  démon  le  porte  au  beau,  au 
bon  ,  &à  la  félicité. 

La  fouveraine  félicité  confille  à  l'écouter  :  alors 
on  choifit  ce  qui  convient  à  la  nature  générale  ou  à 
Dieu,  &  l'on  rejette  ce  qui  contredit  Ion  harmonie 
&faloi. 

Chaque  homme  ayant  fon  démon ,  il  porte  en  lui 
le  principe  de  fon  bonheur,  Dieu  lui  elt  préfent.  C'eft 
un  pontife  facré  qui  prélide  à  fon  autel. 

Dieu  lui  ell  préfent  ;  c'ell  Dieu-même  attaché  à 
un  corps  de  figure  humauie. 

La  nature  du  bonheur  de  l'homme  ell  la  même  que 
la  nature  du  bonheur  de  Dieu.  C'ell  la  vertu. 

La  vertu  ell  le  grand  inllrument  de  la  félicité. 

Le  bonheur  fouverain  n'ell  pas  dans  les  chofes  du 
corps  ,  mais  dans  celles  de  l'amç. 

Il  n'y  a  de  bien  que  ce  qui  ell  honnête.  L'honnête 
n'ell  relatif  qu'à  l'ame.  Rien  de  ce  qui  ell  hors  de 
l'homme  ne  peut  donc  ajouter  folidement  à  fon  bon- 
heur. 

Le  corps ,  les  jouiïïances ,  la  gloire  ,  les  digni- 
tés font  des  chofes  hors  de  nous  6c  de  notre  puiflan- 
ce;  elles  ne  peuvent  donc  que  nuire  à  cotre  bon- 
heur, fi  nous  nous  y  attachons. 

Le  dernier  degré  de  la  lageffe  confiAe  à  bien  dif- 
tinguer  le  bon  du  mauvais. 

Entre  les  chofes  ,  il  y  en  a  qui  font  bonnes  ;  il  y  en 
a  qui  font  mauvaifes ,  &  4'autres  qu'on  peut  regarder 
tummc  ijadiffércntes. 


Une  chofe  eft  bonne  relativement  à  la  nature  d'un 
être  :  une  créature  raifonnable  ne  peut  être  heureufe 
que  par  les  oijjcts  analogues  à  la  raiibn. 

Ce  qui  elt  utile  &  honnête  ell  bon.  La  bonté  ne  fe 
conçoit  point  léparée  de  l'utilité  &:de  l'honnêteté. 

L'utile  confifle  à  fe  conformer  à  la  fin  du  tout 
dont  on  ell  partie  ;  à  liiivre  la  loi  du  principe  qui 
commande. 

La  vertu  ell  le  vrai  bien  ;  la  chofe  vraiment  utile. 
C'efl-là  que  la  nature  parfaite  nous  invite.  ' 

Ce  n'ell  point  par  des  comparailons  de  la  vertu 
avec  d'autres  objets  ,  par  des  dilcours  ,  par  desjuge- 
mens  que  nous  découvrons  que  la  vertu  ell  le  bien. 
Nous  le  fentons.  C'efl:  un  elfet  énergique  de  fa  pro- 
pre uature  qui  le  développe  en  nous  ,  malgré  ncus. 

La  férénité  ,  le  plaifir  &c  la  joie  font  les  accelToirv:? 
tlu  bien. 

Tout  ce  qui  ell  oppofé  au  bien  e(l  mal.    Le  mal      it 
eil  nn  écart  de  la  railon  générale  du  tout.  W 

Les  accefl'oires  du  mal  font  les  chagrins ,  la  dou- 
leur ,  le  trouble. 

La  vertu  &  fcs  acccffoires  conitituent  la  féli- 
cité. 

11  y  a  des  biens  préfens  ;  11  y  en  a  de  futurs.  Des 
biens  conllans  ,  des  biens  intermittens,  de  durables 
&L  de  paffagers  ;  des  biens  d'objets,  de  moyens  ,  de 
fin,  d'utilité,  d'intérieurs,  d'extérieurs,  d'abfoIus,de 
relatifs  ,  6'c. 

Le  beau  c'efl  la  pcrfe£l;on  du  bien. 

Tous  les  biens  lont  égaux.  Il  faut  les  defirerîous. 
Il  n'en  faut  négliger  aucun. 

Il  y  a  entre  le  bien  ou  l'honnête  ;  entre  le  mal  ou 
le  honteux ,  des  chofes  intermédiaires  qui  ne  peu- 
vent ni  contribuer  au  bonheur  ,  ni  y  nuire.  On  peut 
ou  les  négliger  ,  ou  les  rechercher  fans  confé- 
quence. 

Le  fage  efl  févere;  il  fuit  les  diilraclions;  il  a  l'efpiit 
fain  ;  il  ne  fouffre  pas  ;  c'efl  un  homme  dieu  ;  c'efl  le 
feul  vrai  pontife  ;  il  ell  prophète  ;  il  n'opine  point» 
c'efl  le  Cynique  par  excellence;  il  ell  libre;  il  efl  roi; 
il  peut  gouvernerun  peuple  ;  il  n'erre  pas  ;  il  ei'  in- 
nocent;il  n'a  pitié  de  rien;  il  n'efl  pas  indulgent, il  n'eli 
point  fait  pour  habiter  un  defert;  c'efl  un  véritable 
ami  ;  il  fait  bien  tout  ce  qu"il  fait  ;  il  n'efl  point  en- 
nemi de  la  volupté  ;  la  vie  lui  eil  indifférente  ;  il  efl 
grand  en  tout  ;  c'efl  un  économe  intelligent  ;  il  a  la  m 
noblelTe  réelle  ;  perionne  n'entend  mieux  la  méde» 
cine  ;  on  ne  le  trompe  jamais;  il  ne  trompe  point; 
c'efl  lui  qui  fait  jouir  de  fa  femme,  de  fes  enfans,  de  la 
vie  ;  il  ne  calomnie  pas  ;  on  ne  fauroit  l'exiler , 
&c. 

Les  Stoïciens  à  ces  carafteres  en  ajoutolent  une  infî-r 
nité  d'autres  quiiembioient  en  être  les  contradictoi- 
res. Après  les  avoir  regardés  comme  les  meilleurs 
des  hommes  ,  on  les  eût  pris  pour  les  plus  méchans. 
C'étoit  une  fuite  de  leur  apathie ,  de  leur  imitation 
flricle  de  la  divinité  ,  &  des  acceptions  particulières 
des  mots  qu'ils  employoient.  La  définition  du  lloï- 
cien  étoit  toute  femblable  à  celle  queVanini  donnoit 
de  Dieu. 

L'ame  ,  fcmblable  îi  un  globe  parfaitement  rond  , 
efl  uniforme  ;  elle  n'efl  capable  ni  de  comprefTion, 
ni  d'cxpanfion. 

Elle  ell  libre;  elle  fait  ce  qu'elle  veut;  elle  a  fa 
propre  énergie.  Rien  d'extérieur  ne  la  touche ,  ni 
ne  peut  la  contraindre. 

Si  on  la  confidere  relativement  au  tout ,  elle  efl 
fujette  au  deflin;  elle  ne  peut  agir  autrement  qu'elle 
agit  ;  elle  fuit  le  lien  univerfel  8c  facré  qui  unit  l'ur 
nivers  &  fes  parties. 

Dieu  efl  foumis  au  deflin  ,  pourquoi  l'ame  humai- 
ne ,  qui  n'en  efl  qu'une  particule,  en  léroir-elle  affran- 
chie? 

Aufil-tôt  que  l'image  du  bien  l'a  frappée ,  elle  le 
defire. 


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531 


Le  principe  qui  fe  développe  le  premier  dans  un 
être  animé  ,  eft  celui  de  fa  propre  conlbrvation. 

S'il  atteint  ce  qui  efl  conforme  à  la  nature ,  fon 
bonheur  commence. 

Les  defu-sfuivent  laconnoiffance  on  l'opinion  des 
choies. 

C'efl  deia  connoiffance  de  l'ordre  univcrfel,  que 
dépend  celle  du  vrai  bien. 

Si  l'on  prélenîe  à  Thomme  un  bien  convenable  à 
fa  nature  ,  &  qu'il  s'y  porte  avec  modération  ,  il  eft 
fage  &  non  palîîonne  ;  s'il  en  jouit  paifiblement ,  il 
eftferein  &  content  ;  s'il  ne  craint  point  de  le  per- 
dre ,  il  eit  tranquille  ,  &c. 

S'il  fc  trompe  fur  la  nature  de  l'objet;  s'il  le  pour- 
iîîit  avec  trop  d'ardeur  ;  s'il  en  craint  la  privation  ; 
s'il  en  jouit  avec  tranfport  ;  s'il  fe  trompe  fur  fa  va- 
leur ;  s'il  en  efl  féduit  j-s'il  s'y  attache  ;  s'il  aime  la 
vie  ,  il  eft  pervers.     " 

Les  defirs  fondés  fur  l'opinion  ,  font  des  fources 
de  trouble.  L'intempérance  efl  une  des  fources  les 
plus  fécondes  du  trouble. 

Le  vice  s'introduit  par  l'ignorance  des  chofes  qui 
font  la  vertu. 

Il  y  a  des  vertus  de  théorie.  Il  y  en  a  de  prati- 
que. Il  y  en  a  de  premières.  Il  y  en  a  de  fecon- 
daires. 

La  prudence  qui  nous  inflruit  de  nos  devoirs  ;  la 
tempérance  qui  règle  nos  appétits  ;  le  courage  qui 
nous  apprend  à  fapporter  ;  la  juflice  qui  nous  ap- 
prend à  diilribuer  ,  font  des  vertus  du  premier  or- 
dre. 

Il  y  a  entre  les  vertys  un  lien  qui  les  enchaîne;  ce- 
lui à  qui  il  en  manque  une  ,  n'en  a  point.  Celui  qui 
en  poffede  bien  une  ,  les  a  toutes. 

La  vertu  ne  fe  montre  pas  feulement  dans  les  dif- 
cours  ;  mais  on  la  voit  auffi  dans  les  actions. 

Le  milieu  entre  le  vice  &  la  vertu  n'eft  rien.  ^, 

On  forme  un  homme  à  la  vertu.  Il  y  a  des  méchans 
qu'on  peut  rendre  bons. 

On  eft  vertueux  pour  la  vertu-même.  Elle  n'eft 
fondée  ni  dans  la  crainte  ,  ni  dans  l'efpérance. 

Les  aftions  font  ou  des  devoirs ,  ou  de  la  généro- 
fité  ;  ou  des  procédés  indliTérens. 

La  raifon  ne  commande  ni  ne  défend  les  procédés 
inoifterens  ;  la  nature  ou  la  loi  prilentles  devoirs.  La 
générofité  immole  l'intérêt  perfonnel. 

Il  y  des  devoirs  relatifs  à  foi-même-;  de  relatifs  au 
prochain  ,  &  de  relatifs  à  Dieu. 

Il  importe  de  rendre  à  Dieu  un  culte  raifonna- 
ble. 

Celui-là  a  une  jufle  opinion  des  dieux  qui  croit 
leur  exlftence,  leur  bonté  ,  leur  providence. 

Il  faut  les  adorer  avant  tout ,  y  penfer  ,  les  invo- 
quer ,  les  reconnoître  ,  s'y  foumettre ,  leur  aban- 
cionner  la  vie  ,  les  louer  même  dans  le  malheur , 
ùc. 

L'apathie  eft  le  but  de  tout  ce  que  l'homme  fe  doit 
à  lui-mcme.  Celui  qui  y  eft  arrivé  eft  lage. 

Le  lage  faura  quand  il  lui  convient  de  mourir  ;  il 
lui  lera  indifférent  de  recevoir  la  mort  ou  de  fe  la 
donner.  Il  n'attendra  point  à  l'extrémité  pour  ufer  de 
ce  remède.  Il  lui  fufîira  de  croire  que  le  fort  a 
changé. 

Il  cherchera  l'obfcurité. 

Le  loir  il  le  rappellera  fa  journée.  Il  examinera  fes 
aftions.  Il  reviendra  fur  fes  dlfcours.  Il  s'avouera 
fes  fautes.  Il  fe  propoféra  de  faire  mieux. 

Son  étude  particulière  fera  celle  de  lui-même. 
Il  niéprifera  la  vie  &  les  amufemens  ;  il  ne  redou- 
tera ni  la  douleur  ,  ni  la  mlferc  ,  ni  la  mort. 

Il  aimera  fes  femblables.  Il  aimera  même  fes  en- 
nemis. 

11  ne  fera  l'injure  i\  pcrfonne.  Il  étendra  fa  bien- 
veillance fur  tous. 
Tome  Xy. 


Il  vivra  dans  le  monde ,  comme  s'il  n'y  avoii  rien 
de  propre. 

Le  témoignage  de  fa  confclence  fera  le  premier 
qu'il  recherchera. 

Toutes  les  fautes  lui  feront  égales. 

Soumis  à  tout  événement ,  il  regardera  la  commi- 
feraiion  &  la  plupart  des  vertus  de  cet  ordre ,  com- 
me une  forte  d'oppolition  à  la  volonté  de  Dieit. 

Il  jugera  de  même  du  repentir. 

Il  n'aura  point  ces  vues  de  petite  blenfaifance  , 
étroite  ,  qui  difT:ingue  un  homme  d'un  autre.  Il  imi- 
tera la  nature.  Tous  les  hommes  feront  égaux  à  fes 
yeux. 

S'il  tend  la  main  à  celui  qui  fait  naufrage,  s'il  con- 
fole  celui  qui  pleure  ,  s'il  reçoit  celui  qui  manque 
d'afyle  ;  s'il  donne  la  vie  à  celui  qui  périt  ;  s'il  pré- 
fente du  pain  à  celui  qui  a  faim  ,  il  ne  lera  point  ému. 
Il  gardera  fa  ferénité.  Il  ne  permettra  point  au  fpe- 
dacle  de  la  milere  ,  d'altérer  fa  tranquillité.  Il  re- 
connoîtra  en  tout  la  volonté  de  Dieu  <k.  le  malheur 
des  autres  ;  &  dans  fon  ImpuifTance  à  les  fecourir  , 
il  fera  content  de  tout ,  parce  qu'il  faura  que  rien 
ne  peut  être  mal. 

Des  difciplcs  &  des  fuccejfcurs  de  Zenon.  Zenon  eut 
pour  difciple  Philonlde  ,  Calippe,  Pofidonius  ,  Ze- 
node  ,  Scion  &  Cléanthe. 

Perféc ,  Arifton  ,  Heriile ,  Denis ,  Spherus  &  Athé- 
nadore  fe  font  fait  un  nom  dans  fa  fefte. 

Nous  allons  parcourir  rapidement  ce  qu'il  peut  y 
avoir  de  remarquable  dans  leurs  vies  ÔC  dans  leurs 


opinions. 


Perfée  étoit  fîls  de  Démétrius  de  Cettlum.  Il  fut , 
difent  les  uns,  l'ami  de  Zenon  ;  d'autres  ,  un  de  ces 
efclaves  qu'Antigone  envoya  dans  fon  école  ,  pour 
en  copier  les  leçons.  Il  vivoit  aux  environs  de  la 
cxxx.  olympiade.  Il  étoit  avancé  en  âge  ,  lorfqu'il 
alla  à  la  cour  d'Antigone  Gonatas.  Son  crédit  auprès 
de  ce  prince  fut  tel,  que  la  garde  de  l'Acro-Corinthe 
lui  fut  conliée.  On  fait  que  la  fureté  de  Corinthe  &  de 
tout  le  Péloponnèfe  dépendoit  de  cette  citadelle.  Le 
philofophe  répondit  mal  à  l'axiome  ftoïque ,  qui  difoit 
qu'il  n'y  avoit  que  le  fage  qui  fâche  commander. 
Aratus  de  Sycione  fe  préfenta  fubltement  devant 
l'Acro-Corinthe  ,  &  le  furprit.  Il  empêcha  Antigone 
de  teniràAîenedemed'Erétrie  la  parole  qu'il  lui  avoit 
donnée  ,  de  remettre  les  Erétriens  en  république  ;  il 
regardoit  les  dieux  comme  les  premiers  inventeurs 
des  chofes  utiles  chez  les  peuples  qui  leur  avoient 
élevé  des  autels.  Il  eut  pour  difciplcs  Hermagoras 
d'Amphipolis. 

Arifton  de  Chio  étoit  fils  de  Miltiade.  Il  étoit  élo- 
quent ,  &  il  n'en  plailoit  pas  davantage  à  Zenon  oui 
affeftoit  un  dlfcours  bref.  Arillon  qui  almoit  le  plai- 
fir  ,  étoit  d'ailleurs  peu  fait  pour  cette  école  févere. 
Il  profita  d'une  maladie  de  fon  maître  pour  le  quit- 
ter. Il  fuivlt  Polémon  ,  auquel  il  ne  demeura  pas 
long-tems  attaché.  U  eut  l'ambition  d'être  chef  de 
fcde,  &:  il  s'étabht  dans  le  Cynofarge  ,  011  il  afîembla 
quelques  auditeurs,  qu'on  appella  de  fon  nom.  Us 
Arijionicns  :  mais  bientôt  fon  école  fut  méprifée  & 
délerte.  Arifton  attaqua  avec  chaleur  Arcefilaiis,  & 
la  manière  de  philoiopher  académique  Se  fceptlque. 
Il  Innova  plufieurs  chofes  dans  le  Scoiàfme  :  il  pré- 
tcndoit  que  l'étude  de  la  nature  étoit  au-deffus  de 
l'efprit  hum;;in  ;  que  la  Logique  ne  figiiifiolt  rien  ,  & 
que  la  Morale  étoit  la  feule  fclence  qui  nous  impor- 
tât ;  qu'il  n'y  avoit  pas  autant  de  vertus  différentes 
qu'on  en  comptoit  communément ,  mais  qu'il  ne  fal- 
loit  pas  ,  comme  Zenon  ,  les  réduire  à  une  feule  ; 
qu'il  y  avoit  entr'cUcs  \va  lien  commun;  que  les  dieux 
etoicnt  fans  intelligence  &  fans  vie  ,  &  qu'il  étoit 
impoiTible  d'en  déteiniiner  la  forme.  Il  mourut  d'un 
coup  de  folcll  qu'il  reçut  fur  fa  tête  qui  étoit  chauve, 
11  eut  pour  dliclplc  Eratofthene  de  Cy rené.  Celui-ci 

X  X  X  ij 


4> 


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S  T    O 


fut  grammairien  ,  pocte  &  philolophc.  Il  (c  diftln- 
gua  aufâ  parmi  les  Mathématiciens.  La  variété  de  les 
connoidanccs  lui  mérita  le  nom  (\q  philologue  ,  qu'il 
porta  le  premier ,  &:  les  Ptolomce  ,  Philopator  6c 
Epiphanc  lui  confièrent  le  loin  de  la  bibliothèque 
d'Alexandrie. 

Perlée  ne  fut  pas  le  feul  qui  abandonna  la  iedc 
de  Zenon.  On  fait  le  mCme  reproche  h  Denis  d'Hé- 
racléc.  On  dit  de  celui-ci  qu'il  regarda  la  volupté 
comme  la  hn  des  actions  humaines  ,  &:  qu'il  palîa 
dans  l'école  cyrénaïque  &  épicurienne. 

Herelle  de  Carthage  n'eut  pas  une  jcuncfie  fort 
innocente.  Lorfqu'il  le  prélenta  pour  difciple  à  Ze- 
non ,  celui-ci  exigea  pour  preuve  de  fon  changement 
de  mœurs ,  qu'il  ic  coupât  les  cheveux  qu'il  avoit  fort 
beaux.  Herello  le  rala  la  tctc  ,  ÙL  fut  reçu  dans  l'é- 
cole lloïquc.  Il  regarda  la  fcience  &  la  vertu  comme 
lés  véritables  fins  de  l'homme,  ajoutant  qu'elles  dé- 
pendoient  (juelquefois  des  circ'onltances,  &;  que  fem- 
blables  .\  l'airain  dont  on  fondoit  la  llaliie  d'Alexan- 
dre ou  de  Socrate ,  il  en  falloiî  changer  félon  les  oc- 
cafions  ;  qu'elles  n'étoient  pas  les  mêmes  pour  tous 
les  'nommes  ;  que  le  fage  avoit  les  fciences  qui  n'é- 
toient pas  celles  du  fou  ,  &c. 

Sphsrus  le  borylthénlte,  le  fécond  difciple  de  Ze- 
non ,  enfeigna  la  Philofophie  à  Lacédémone  ,  &  for- 
ma Cléomcnc.  Il  palla  de  Sparte  à  Alexandrie  :  il  mo- 
difia le  principe  des  Stoïciens ,  que  le  iage  n'opi- 
noit  jamais.  Il  difoit  à  Ptolomée  qu'il  n'étolt  roi ,  que 
parce  qu'il  en  avoit  les  qualités  ,  fans  Icfquelles  il 
celferoit  de  l'être.  Il  écrivit  plufieurs  traités  eue  nous 
n'avons  pas. 

Cléanthès ,  né  à  AlTe  en  Lycie  ,  fiiccéda  à  Zenon 
fous  leStoa.  Il  avoit  été  d'abord  athlète.  Son  extrême 
pauvreté  liii  fit  apparemment  goûter  une  philofophie 
qui  prcchoit  le  mépris  des  richeffes.  Il  s'attacha  d'a- 
bord à  Cratès  ,  qu'il  quitta  pour  Zenon.  Le  jour  il 
étudioit  ;  la  nuit  il  fe  louolt  ,pour  tirer  de  l'eau  dans 
les  jardins.  Les  Aréopagites  ,  touchés  de  fa  mifere 
àc  de  fa  vertu  ,  lui  décernèrent  dix  mines  lur  le 
tréfor  public  :  Zenon  n'étoir  pas  d'avis  qu'il  les  ac- 
ceptât. Un  jour  qu'il  ccnduiloit  des  jeunes  gens  au 
fpeftacle ,  le  vent  lui  enleva  fon  manteau ,  &  le  laiiTa 
tout  nud.  La  fortune  &  la  nature  l'avoicnt  traité 
prefqu'avcc  la  même  ingratitude.  Il  avoit  l'efprit 
lent  :  on  l'i'.ppelloit  rânc  de  Zenon  ,  &  il  difoit  qu'on 
avoit  raifon  ,  car  il  portolt  feul  toute  la  charge  de 
ce  philofophe.  Antigone  l'enrichit  ;  mais  ce  fut  fans 
conféqucnce  pour  la  vertu.  Cléanthès  pcrfifla  dans 
la  pratique  auilere  du  Sioïdfme.  La  fede  ne  perdit 
lien  fous  lui  de  fon  éclat  ;  le  portique  fut  plus  fré- 
quenté que  jamais  :  il  prcchoit  d'exemple  la  conti- 
nence ,  la  fobriétc  ,  la  patience  &  le  mépris  des  in- 
jures :  il  eftimoit  les  anciens  philofophcsde  ce  qu'ils 
avoient  négligé  les  mots ,  pour  s'attacher  aux  choies  ; 
&  c'étoit  la  raifon  qu'il  donnoit  de  ce  que  beaucoup 
moindres  en  nombre  que  de  fon  tems,  il  y  avoit  ce- 
])endant  paiml  eux  beaucoup  plus  d'hommes  fages. 
11  mourut  âgé  de  8o  ans  :  il  fut  attaqué  d'un  ulcère 
à  la  bouche  ,  pour  lequel  les  Médecins  lui  ordonnè- 
rent l'abftlnence  des  allmens  ;  il  pafla  deux  jours 
fans  manger  ;  ce  régime  lui  réuffit ,  mais  on  ne  put 
le  déterminer  à  reprendre  les  allmens.  Il  étoit ,  djfoit- 
il ,  trop  près  du  terme  pour  revenir  fur  fes  pas.  On 
lui  éleva  ,  tard  à  la  vérité  ,  une  très-belle  ftatue. 

Maisperfonnencs'eftfaitplus  de  réputation  parmi 
les  Stoïciens  que  Chrifippe  deTarfe.  Il  écouta  Zenon 
&  Cléanthès  :  il  abandonna  leur  dodlrine  en  plu- 
fieurs points.  C'étoit  un  homme  d'un  cfprlt  prompt 
6l  fubtil.  On  le  loue  d'avoir  pu  compoler  jufqu'à 
cinq  cens  vers  en  un  jour  :  mais  parmi  ces  vers  ,  y 
en  avoit-il  beaucoup  qu'on  put  louer  ?  L'elllme  qu'il 
faifoit  de  Uil-mcme  n'étolt  pas  médiocre.  Interrogé 
par  quelq  l'un  c|ul  avoit  un  enfant  ,  fur  l'homme  à 


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qui  11  on  fallolt  confier  l'inflrudlon  :  à  ir.ol  ,  lui  ré- 
pondit-il ;  car  fi  je  connoilTois  un  précepteur  qui 
valut  mieux ,  je  le  prendrois  pour  moi.  Il  avoit  de 
la  hauteur  dans  le  caraftere  :  il  méprifa  les  honneurs* 
Il  ne  dédia  point  aux  rois  fes  ouvrages  ,  comme  c'é- 
toit la  coutume  de  fon  tems.  Son  efprit  ardent  &c 
porté  à  la  contradidion  lui  fit  des  ennemis.  Il  éleva 
Carnéade  ,  qui  ne  profita  que  trop  bien  de  l'art  mal- 
heureux de  jetter  des  doutes.  Chrifippe  en  devint 
lui-même  la  viftim.e.  Il  parla  librement  des  dieux  :  il 
cxpliquolt  la  fable  des  amours  de  Jupiter  &:  de  Ju- 
non  d'une  manière  aulîl  peu  décente  que  religieufe. 
S'il  eil  vrai  qu'il  approuvât  l'incefte  &  qu'il  confeil- 
lât  d'ufer  de  la  chair  humaine  en  ahmens  ,  fa  morale 
ne  fut  pas  fans  tache.  11  laiffa  un  nombre  prodigieux 
d'ouvrages.  11  mourut  âgé  de  83  ans  :  on  lui  éleva 
une  llatue  dans  le  Céramique. 

Zenon  de  Tarfe ,  à  qui  Chrifippe  tranfmlt  le  por- 
tique ,  fit  beaucoup  de  dilclples  &:peu  d'ouvrages. 

Diogene  le  babylonien  eut  pour  maîtres  Chri- 
fippe &  Zenon.  Il  accompagna  Crltolaiis  &  Carnéade 
à  Rome.  Un  jour  qu'il  parlolt  de  la  colère ,  un  jeune 
étourdi  lui  cracha  au  vifage ,  &  la  tranquillité  du 
philofophe  ne  démentit  pas  Ion  difcours.  Il  mourut 
âgé  de  98  ans. 

Antipater  deTarfe  avoit  été  difciple  de  Diogene, 
&:  il  luifuccéda.  Ce  fut  un  des  antagonilles  les  plus 
redoutables  de  Carnéade. 

Panetius  de  P\.hodes  lalfia  les  armes  auxquelles  il 
étoit  appelle  par  la  naiffance  ,  pour  lulvre  fon  goût 
&  fe  livrer  à  la  Philofophie.  Il  fat  ellimé  de  Ciccron, 
qui  rintroduifit  dans  la  familiarité  de  Sciplon  &  de 
Lœlius.  Panetius  fut  plus  attaché  à  la  pratique  du 
Stoïclfrne  qu'à  fes  dogmes.  Il  eftlmoit  les  philolophes 
qui  avoient  précédé  ,  mais  fur-tout  Platon  ,  qu'il  ap- 
pelloit  leur  Honnrt.  Il  vécut  long-tems  à  Rome,  mais 
il  mourut  à  Athènes.  Il  eut  pour  difciples  des  hom- 
mes du  premier  mérite  ,  Mnelarque  ,  Pofidonius  , 
Lelius ,  Sciplon  ,  Fannius  ,  Hécaton  ,  Apollonius  , 
Polybe.  Il  rejettolt  la  diviiiation  de  Zenon  :  écrivit 
des  ofilces  ;  il  s'occupa  de  l'hlloire  des  fcftes.  Il  ne 
nous  refte  aucun  de  fes  ouvrages. 

Pofidonius  d'Apamée  exerça  à  Rhodes  les  fonc- 
tions de  magifi:rat  &  de  philofophe  ;  ôi  au  fortir  de 
l'école,  11  s'afleyolt  fur  le  tribunal  des  lo'S,  fans 
qu'on  l'y  trouvât  déplacé.  Pom.pée  le  vifita.  Pofido- 
nius étoit  alors  tourmenté  de  la  goutte.  La  douleur 
ne  l'empêcha  point  d'entretenir  le  général  romain. 
Il  traita  en  fa  préfence  la  quedion  du  bon  &  de 
l'honnête.  Il  écrivit  différens  ouvrages.  On  lui  attri- 
bue  l'invention  d'une  fphere  artificielle  ,  qiîi  imitoit 
les  mouvemens  du  fyftème  planétaire  :  il  mourut  fort 
âgé.  Cicéron  en  parle  comme  d'un  homme  qu'il  avoit 
entendu. 

Jafcn  ,  neveu  de  Pofidonius  ,  profefi'a  le  Stoïàfmc 
i\  Rhodes  ,  après  la  mort  de  fon  oncle. 

Voyei^  à  CarticUde  /a PHILOSOPHIE  DESPv-OMAINS 
l'hiflolre  des  progrès  de  la  fede  dans  cette  ville  fous 
la  répubUque  &  fous  les  empereurs. 

Des  kmmes  eurent  auifi  le  courage  d'embrafier  le 
Stouïfmc ,  &  de  fe  difilnguer  dans  cette  école  par  la 
pratique  de  fes  vertus  aulleres. 

La  {qô.q  JloicUnne  fut  le  dernier  rameau  de  la  fecle 
de  Socrate. 

Des  rejlaurateurs  de  la  Philofophie  floïcienne  parmi 
les  modernes.  Les  principaux  d'entr'eux  ont  été  Jufie- 
Lipfe,  Scioppius,  Heinfuis  &:  Gataker. 

Julie  Liplè  naquit  dans  le  courant  de  1447.  Il  fit 
fes  premières  études  A  Bruxelles  ,  d'où  il  alla  perdre 
deux  ans  ailleurs.  Il  étudia  la  Scholailique  chez 
les  jéfuites  ;  le  goût  de  l'éloquence  &  des  queftion^ 
grammaticales  l'entraînèrent  d'abord  ;  mais  Tacite 
t-c  Séneque  ne  tardèrent  pas  à  le  dér;;chcr  de  Donat 
&  de  Cicéron.  Il  fut  tenté  de  fe  faire  jctuite  ;  mais 


T 


O 


S  T  O 


àil 


parens  qui  n*approuvoient  pas  ce  delTeîn  ,  Td 
^crent  à  Louvain  où  fa  vocation  fe  perdit, .  Là 
ivra  tout  entier  à  la  Littcraturc  ancienne  &C  à  la 
ilprudence.  Il  fe  lia  fous  Corneille  Valcre ,  leur 
itre  commun ,  à  Delrio  ,  Gifclin  ,  Lermet,  Shott, 
d'autres  qui  fe  font  illulîrés  ))ar  leurs  connoiffan- 
.  Il  écrivit  de  bonne  heure.  Il  n'avoit  que  dix-neuf 
,  lorfqu'il  publia  fes  livres  c^c  vanis  Uctionlbus  :  il 
dédia  au  cardinal  Pernot  de  Granville  ,  qui  l'ai- 
es: le  protégea.  A  Rome  ,  il  fe  plongea  dans  l'é- 
le  des  antiquités  :  il  y  connut  Manuce,  Mercuria- 
le Muret.  De  retour  de  l'Italie  en  Flandres ,  il 
bandonna  au  plaifir  ,  &  il  ne  parut  pas  fe  relfou- 
!iir  beaucoup  de  (onEpidete  :  mais  cet  écart  de 
ineffe,  bien  pardonnable  à  un  homme  qui  étoit 
lé  fi  jeune  fans  père ,  fans  mère  ,  fans  parens ,  fans 
:eurs  ,  ne  dura  pas.  Il  revint  à  l'étude  &  à  la  ver- 
,  Il  voyagea  en  France  &:  en  Allemagne  ,  en  Saxe^ 
Bohème ,  fatisfaifant  par-tout  fa  palTion  pour  les 
ences  &  pour  les  favans.  Il  s'arrêta  quelque  tems 
Allemagne ,  où  le  mauvais  état  de  fa  fortune ,  qui 
oit  difparu  au  milieu  des  ravages  de  la  guerre  allu- 
ée  dans  fon  pays ,  le  détermina  à  abjurer  le  Catbo- 
:ifme  ,  pour  obtenir  une  chaire  de  profeffeur  chez 
?s  Luthériens.  Au  fond  ,  indifférent  en  fait  de  reli- 
on ,  il  n'éîoit  ni  cathoiiqvie  ,  ni  luthérien.  Il  fe  ma- 
a  à  Cologne.  Il  s'éloigna  de  cette  ville  pour  aller 
lercher  un  afyle  où  il  pût  vivre  dans  le   repos 
:  la  folitude  ;  mais  il  fut  obligé  de  préférer  la  fécu- 
té  à  ces  avantages  &:  de  fe  réfugier  à  Louvain  ,  où 
prit  le  bonnet  de  docteur  en  droit.  Cet  état  lui  pro- 
lettoit  de  l'aifance  :  mais  la  guerre  fembloit  le  fui- 
re  par-tout  ;  elle  le  contraignit  d'aller  ailleurs  en- 
^igner  parmi  les  Proteftans  la  Jurifprudence  Se  la 
'olitique.   Ce  fut  là  qu'il  prétendit  qu'il  ne  falloit 
ans  un  état  qu'une  religion  ,  &  qu'il  falloit  pendre, 
•rùler  ,  mafîacrer  ceux  qui  rcfufoient  de  fe  confor- 
ner  au  cidte  public  :  quelle  morale  à  débiter  parmi 
les  hommes  qui  venoient  d'expofer  leurs  femmes  , 
eurs  enfans  ,  leur  pays  ,  leurs  fortunes  ,  leur  vie  , 
50ur  s'affûrer  la  liberté  de  la  confcicnce  ,  Ôi  dont  la 
terre  fumoit  encore  du  fang  que  Tiniolérance  efpa- 
gnole  avolt  répandu  !  On  écrivit  avec  chaleur  contre 
Juftc-Lipfe.  Il  devint  o'dieux  :  il  médita  de  fe  retirer 
de  la  Hollande.  Sa  femme  fuperilitieufe  le  prefibit 
de  changer  de  religion  ;  les  jéluites  l'inveftifToient  : 
il  auguroit  mal  du  fuccès  de  la  guerre  des  Provinces- 
Unies.  Il  fimula  une  maladie  :  il  alla  à  Spa  ;  il  paffa 
quelques  années  à  Liège  ,  &  de-là  il  vint  à  Cologne  , 
où  il  rentra  dans  le  fein  du  Catholicifme.  Cette  in- 
conflance  ne  nuifit  pas  autant  à  fa  confidération  qu'à 
fa  tranquillité.  Les  jéfuites,  amis  aufTi  chauds  qu'enne- 
mis dangereux  ,  le  préconiferenî.  Il  fut  appelle  par 
des  villes  ,  par  des  provinces  ,  par  des  fouverains. 
L'ambition  n'étoit  certainement  pas  fon  défaut  :  il  fe 
refufa  aux  proportions  les  plus  avantageufcs  &  les 
plus  honorables.  Il  mourut  à  Louvain  en  1606  ,  âgé 
de  ^8  ans.  Il  avoit  beaucoup  foufî'ert ,  &;  beaucoup 
travaillé  ;  fon  érudition  étoit  profonde  :  il  n'étoit 
prefqu'aucune  fcience  dans  laquelle  il  ne  fut  verfé  ; 
il  avolt  des  lettres ,  de  la  critique  &C  de  la  philofo- 
phie.  Les  langues  anciennes  &  modernes  lui  étoient 
familières.  11  avoit  étudié  la  Jurllprudence  &  les  An- 
tiquités. Il  étoit  grand  moraliUe  ;  il  s'étoit  fait  un 
ftyle  particulier,  fcntentieux  ,  bref,  concis  &c  ferré. 
Il  avoit  reçu  de  la  nature  de  la  vivacité  ,  de  la  cha- 
leur, de  la  fagacité,  de  la  julîe/Te  même,  de  Timagi- 
nntion  ,  de  l'opiniâtreté  6c  de  la  mémoire.  Il  avoit 
cmbrafle  le  Stokifmc  ;  il  déteftoit  la  philofophie  des 
1     écoles.  Il  ne  dépendit  pas  de  lui  qu'elle  ne  s'amé- 
liorât. Il  écrivit  de  la  politique  &:  de  la  morale  ;  & 
,     quoiqu'il  aitlaiiïéun  allez  grand  nombre  d'ouvrages, 
I     qu'ils  ayent  prcique  tous  été  ccmpolés  dans  les  cm- 
j    barras  d'une  vie  tumultueufe,  il  n'y  en  a  pus  un  qu'on 


îîî 


î:fe  (ans  quelque  fruit  :  la  ^hy(io\ogiQ pïàenne .  fort 
traité  de  la  conftance  ,  (es  politiques  ,  fes  obferva- 
tions  fur  Tacite  ne  font  pas  les  moins  eftimés  :  il  eut 
des  m.œurs,  de  la  douceur ,  de  l'humanité  ,  aîTez  peu 
de  religion.  Il  y  a  dans  fa  vie  plus  d'imprudence  que 
de  méchanceté  :  (ts  apoilafies  continuelles  font  les 
fuites  naturelles  de  fes  principes. 

Gafpar  Scioppiiis  ,  dont  on  a  dit  t^ût  de  bien  & 
de  mal,  marcha  iiir  les  pas  de  Julle-Lipfe.  Il  publia 
des  élémens  de  la  philolbphie  (tokknnc  ;  ce  n'eft 
guère  qu'un  abrégé  de  ce  qu'on  (avolt  avant  lui. 

Daniel  Heinfius  a  fait  le  contraire  de  Scioppius» 
Celui-ci  a  délayé  dans  \\n^  oraifon  de  plulofophid 
floicd  ce  que  Scioppius  avoit  reiTerré. 

Gataker  s'eft  montré  fort  fupérieur  à  l'un  &  à  l'au- 
tre dans  fon  commentaire  fur  l'ouvrage  de  l'empereuf 
Antonin.  On  y  retrouve  par-tout  xxn.  homme  pro- 
fond dans  la  connoilTance  des  orateurs  ,  des  poètes 
&  des  philofophes  anciens  :  mais  il  a  fes  préjugés.  Il 
voit  Couvent  Jcius-Chrift,  S.  Paul ,  les  évangèlllles, 
les  pères  fous  le  portique  ,  &  il  ne  tient  pas  à  lui 
qu'on  ne  les  prenne  pour  des  dlfciples  de  Zenon.  Da- 
cJer  n'étoit  pas  éloigné  des  idées  de  Gataker. 

STOIDIS  ,  {Géog.  anc.)  île  de  l'Afie ,  vers  la  côte 
de  la  Carmanie  ,  ck  au  voifmage  de  l'Inde.  Pline  , 
liv.  VI.  c.  XXV.  nous  apprend  qu'on  pêcho'.t  des  per" 
les  fur  les  côtes  de  cette  île.  C'ell  en  vain  oue  Sau- 
maife  foutient  que  Pline  ,  au  lieu  de  Stoidls  ,  avoit 
écrit  Tyndis  ;  tous  les  manufcrits  de  Pline  s'oppofent 
à  la  correclion  de  Saumalfe.  (Z?.  7.) 

STOLBERG  ,  (  Géog.  mod.)^  petite  ville  d'Alle- 
magne ,  dans  la  Thuringe  ,  chef-lieu  d'un  petit  com- 
té de  même  nom.  Ce  comté  confine  avec  la  princi- 
pauté d'Anhalt ,  le  comté  de  Mansfeld  6l  de  Hohenf- 
tein,  &  le  comté  de  Schwartzbourg.  Les  comtes  de 
cette  maifon  po(redent  encore  le  comté  de  Werni- 
gérode. 

C'eil  dans  le  comté  de  Stolberg  que  naquit  en  1 546 
Rhodoman  (  Laurent  )  connu  dans  la  littérature  par 
plufieurs  ouvrages.  Il  étoit  poëte,&  très  verfé  dans  la 
langue  greque  \  il  a  fort  bien  réulTi  dans  la  traduction 
latine  de  Diodore  de  Sicile.  Scaliger  lui  fit  obtenir  la 
chaire  de  profelTeur  en  hiftoire  dans  l'académie  de 
Wirtemberg  ,  oîi  il  mourut  en  1606  ,  âgé  de  foixan- 
te  ans. 

Schtmdiwin  (.Tean)  favant  jurifconfulte,  né  à  Stol- 
berg en  I  5 19  ,  &  mort  en  1 568  ,  étoit  le  quinzième 
des  enfans  de  fon  père  qui  ne  l'en  aima  que  plus  ten- 
drement. Ce  fils  devint  un  habile  homme  ,  6l  fut 
employé  parl'éledeur  de  Saxe  dans  des  négociation^ 
importantes.  Son  commentarius  ad  injiicaca  ,  tll  un 
ouvrage  eflimé.  ÇD.J.) 

STOLE  ,  f.  f.  (^Antij,  rom.')  Jiola  ,  l'abc  traînante 
à  l'ufage  des  dames  de  qualité,  &  fur  laquelle  elles 
jettoient  dans  les  jours  de  cérémonie  ,  un  petit  man- 
teau. 

Cette  robe  des  dames  romaines  fe  mettoit  par-def- 
fus  la  tunique  ,  &  avoit  quelque  relfemblance  aux 
habits  de  cour  de  nos  tems  modernes.  Si  votre  maî- 
trelTe ,  dit  un  poète  ,  s'habille  de  quelque  robe  am- 
ple ô£  longue,  écriez -vous  de  toute  votre  force, 
que  fous  cet  équipage ,  elle  va  mettre  le  feu  par-tout  ; 
mais  en  mcme-tems  priez-la  d'une  voiv  timide,  qu'el- 
le ne  s'expofe  point  aux  rigueurs  de  l'hiver. 

La  queue  de  cette  robe  étoit  traînante  ,  &  le  bas 
garni  d'un  tifïii  très-large  ,  d'or  ou  de  pourpre ,  luLt 
fafcia.  Le  corps  de  la  robe  étoit  rave  de  différentes 
couleurs;  elle  reçut  infcnfiblement un  grand  nombre 
de  plis ,  s'augmenta  de  volume  ,  ht  to.nber  la  toge  , 
ou  du  moins  n'en  lailfa  l'ufage  qu'aux  hommes  &  aux 
courtifannes. 

Le  nom  de  (îole  peu  altéré  a  pafTé  dans  l'cglife.  Se 
cil  devenu  une  partie  de  l'habillement  du  prêtre  . 
quand  il  eÛ  devant  l'autel.  Mais  l'etole  cil  bien  dlf- 


534 


S  T  O 


fcrent  de  la/o/^des  Romains ,  car  c'eft  proprement 
les  cxtrémltcs  de  hi  lonu,Lic  robe  que  portoit  le  grand 
prêtre  des  Juits  ;  6«:  h  Von  veut  remonter  à  Torigine 
de  la  fiole  du  grand  prêtre  juif,  on  la  trouvera  dans 
la  Gcnèfe  ,  où  l'on  verra  que  Pharaon  voulant  éta- 
blir Joicph,  intendant  de  TEgypte  ;  il  le  ht  revêtir 
d'une  robe  de  iin  lin ,  appellée  j^'o/a  i^i/lina.  On  trou- 
vera encore  que  les  robes  qui  turent  dillribuces  aux 
frères  de  Joleph  (ont  nomr.iéesy/o/c;j  ,  ainfi  que  la 
robe  neuve  dont  fe  para  Judith  pour  tromper  Holo- 

phernc.  (  O.  J.) 

STOLHOFFEN,  (GJog.  mod.)  petite  ville  d'Alle- 
ma'Mie  ,  au  cercle  de  Suabe,  dans  le  marquiiat  de 
Bade  ,  proche  la  rive  droite  du  Rhin  ,  à  6  lieues  au 
nord-eii  de  Strasbourg.  Les  Allemands  y  furent  for- 
ces dans  leurs  lignes  parles  François  en  1707.  Long. 
zS.  24.  lut.  4S.  30.  (D.  J.) 

STOLPEN  ,  PIERRE  DE  ,  (  Hiji.  nat.  LuJwlog.  ) 
en  Mcmdnd  fo/pcripcin  ;  c'eft  le  nom  qu'on  donne 
à  une  pierre  de  touche  ou  à  une  efpece  de  hafalus 
qr;i  fe  trouve  en  Mifnie  ;  elle  ell  femblable  à  du  mar- 
bre noir  ou  gris  par  fa  couleur  ,  mais  fa  forme  eft 
très-fingulicre  ;  elle  fe  trouve  en  crillaux  ou  en  co- 
lonnes prilmatiques  ,  qui  ionî  ou  pentagones  ou  he- 
xagones ,  ou  eptagones ,  ou  octogones  ;  quelquefois 
même  il  y  a  de  ces  colonnes  qui  ont  la  figure  d'une 
folive  équarrie.  Les  furfaces  de  ces  prifmes  font  unies 
&  lilTes  ,  comme  fi  elles  avoient  éié  polies.  Ces  co- 
lonnes prifmatiques  font  placées  perpendiculaire- 
ment les  unes  à  côté  des  autres  comme  dts  tuyaux 
d'orgue  ;  elles  s'élèvent  d'environ  16  ou  17  pies  au- 
delïus  du  fomniet  d'une  montagne  ;  &  ces  prifmes 
ou  colonnes  fervent  de  fondement  au  château  de 
Stolpcn  ,  qui  efl  bâti  précifément  au-delTus. 

AI.  Pott  qui  a  examiné  cette  pierre ,  dit  qu'elle  eft 
d'une  très-grande  dureté  ;  elle  ne  fait  point  efFervef- 
ctnce  avec  les  acides  ,  &  l'action  du  feu  ne  la  con- 
vertit point  en  chaux.  Ce  favant  chimilte  conjectu- 
re ,  que  c'efl:  une  terre  argilleufe  comme  celle  de 
l'ardoife  combinée  avec  une  terre  ferrugineufe  qui 
fait  la  bafe  de  cette  pierre  ;  fans  aucune  addition  un 
feu  très- violent  peut  la  clianger  en  une  fcorie  noire 
fi  dure,  qu'elle  donne  des  étincelles  lorfqu'on  la  frap- 
pe avec  un  briquet ,  quoique  dans  fon  état  naturel 
elle  ne  fafle  point  feu.  Cette  pierre  eft  de  différen- 
tes nuances  ,  elle  ell  ou  noirâtre  ou  d'un  gris  de  fer 
ou  d'un  gris  de  cendre  ;  en  frottant  un  métal  deiTus 
ci!e  en  prend  la  couleur  ,  6c  plus  elle  eft  noire  ,  plus 
elle  eft  propre  à  fervir  de  pierre  de  touche,  f^oye^  la 
LiihogéogriofudcM.Pott,  voyeiaufH  Variic/eT OVCHE 
^pierre  de  ). 

Stolpfn  ,  (  Géogr.  mod.  )  ville  d'Allemagne  ,  au 
cercle  de  la  haute  Saxe  ,  dans  la  Poméranie  ukéneii- 
re,  fur  la  rivière  de  môme  nom,  à  30  lieues  au  nord- 
oueft  de  Dantziclc  ;  elle  dépend  du  roi  de  Prulïe. 
Long.  34.  48.  lac.  S4.  42.  (£>.  /.) 

Stolpen  ,  LA  ,  {Géog.  mod.)  ou  la  Sfo/pe  ;  riviè- 
re d'Allemagne  ,  dans  la  Poméranie  ultérieure  ,  au 
duché  de  Vandalie  ;  elle  fe, forme  de  divers  ruifteaux , 
&  fe  perd  dans  la  mer  Baltique.  (£>.  /.) 

STOLPMUND  ,  (  Géogr.  mod.  )  petite  ville ,  ou 
plutôt  bourgade  d'Allemagne ,  dans  la  Poméranie  ul- 
térieure, au  duché  de  Vandalie  ,  vers  l'embouchure 
de  la  Stolpe ,  qui  lui  donne  fon  nom.  (i9.  7.) 

STOMACFIIQUE,  adj.  en  AnatomU ,  ce  qui  ap- 
partient à  l'eftomac.  Foyei  Estomac. 

Stomachique,  adj.  (Ikérapcuiique.')  ou  remè- 
de approprié  auxiTialadics  particulières  de  l'eftomac; 
car  l'eftomac  étant  fujet  comme  tous  les  autres  orga- 
nes ,  aux  maladies  univerfelles  ou  communes  ,  telles 
oue  l'inflammation  ,  les  divers  genres  de  tumeurs  , 
&c.  à  des  maladies  propres  ou  particulières  ;  fa- 
voir,  colles  qui  ont  rapport  à  fa  conftitution ,  &:  ;\ 
ics  fondions  propres  ;  &  les  maladies  communes  fc 


S  T  O 

\  traitant  toujours  par  les  remèdes  généraux  ou  com  - 
muns  ;  reftent  leulement  les  maladies  particulières 
auxquelles  puifl'ent  convenir  les  remèdes  aporo- 
priés. 

Les  maladies  propres  de  l'eftomac  font  pour  la 
plupart  des  alfcdtions  légères  qui  ne  peuvent  qu'être 
miles  au  rang  des  incommodités ,  quoiqu'elles  foicnt 
fouvent  très- opiniâtres  &  très-importunes  ;  ce  font 
des  vices  dans  les  digeftlons  ,  &  des  vices  qui  pour 
refterdans  l'ordre  des  maladies  propres  de  l'eftomac 
doivent  ne  dépendre  d'aucune  caufe  manifefte ,  &c 
notamment  exclure  toutes  les  conformations  contre 
nature  ,  tous  les  vices  organiques  ou  des  folides  ,  & 
ces  maladies  font  outre  les  digeftions  pénibles  &  les 
digeftions  fougueufes  ;  font ,  dis-je  ,  les  douleurs  ou 
coliques  d'eftomac  ,  &  les  vomilTemcns  habituels. 

Ce  n'eft  abfolument  qu'aux  maladies  particulières 
de  l'eftomac  ainfi  circonfcrites ,  que  les  remèdes /?o- 
machiquii  lont  vraiment  confacres.  On  les  emploie 
toujours  dans  la  vue  de  rétablir  le  ton  naturel,  la  fen- 
libilité  naturelle  ,  l'attlvité  naturelle  ,  de  réveiller  le 
jeu  ,  de  remédier  à  la  parefle  ,  à  l'inertie ,  au  relâche- 
ment de  cet  organe  ,  ou  bien  au  contraire  d'émouf- 
fer  la  trop  grande  lenlibilité  ,  de  diminuer  fa  tenfiorj 
contre-nature  ,  de  modérer  fa  trop  grande  adtivité  , 
&c.  de  lup^jiéer  le  trop  peu  d'énergie  des  fucs  digef- 
tifs  ,  ou  leur  trop  peu  d'abondance  ,  de  leur  rendre 
leurs /tvtJi  ;  de  corriger  leur  acidité  ,  leur  âcreté, 
leur  biUjJcncc ,  de  les  adoucir  ,  de  les  épailîîr  ;  ou  au 
contraire  ,  de  les  rendre  plus  fluides  ,  &c.  toutes  in- 
dications déduites ,  comme  on  voit ,  de  vices  fort  oc- 
cultes &  dirigées  à  des  opérations  pour  le  moins  auflî 
peu  comprîtes,  du-moins  fort  peu  évidentes ,  annon- 
cées tout-au-plus  par  quelques  effets ,  mais  d'une  ma- 
nière très-éloignée. 

Quoique  les  vices  des  digeftions  foient  aflez  géné- 
ralement divifés  en  deux  elpeces,très-oppofées  qu'oa 
exprime  communément  par  le  relâchement  contre 
nature  ,  &  par  la  trop  grande  tenfion  ;  &  qu'on  peut 
fe  repréfenter  en  effet  par  ces  deux  états  oppofcs;  & 
qu'alnft  les  fiomachïqxus  duflent  être  partagés  auffi  en 
deux  claftes  ;  celles  des  toniques  ôd  celles  des  relâ- 
chans  ;  cependant  comme  il  a  été  obfervé  dans  Varti- 
cU  Digestion  ,  p.  1002.  col.  2.  &  'oo;^.  col.  1.  que 
rien  n'ell  fi  bifarre  que  les  atfeftions  propres  de  l'ef- 
tomac ,  6c  rien  de  fi  équivoque  que  les  lignes  d'après 
lefquels  on  prétend  communément  déduire  le  carac- 
tère des  deux  clafles  générales  de  ces  affeftions;  rien 
aulTi  de  moins  conllant  en  iMédecine,  que  les  règles 
de  détails  fur  l'adminiftration  des  divers  ftomachiques^ 
aufîi  comme  il  eft  obfervé  dans  l'endroit  que  nous 
venons  de  citer.  L'unique  manière  d'employer  utile- 
ment les  d'iv(^rs  Jiowachiques  dans  les  cas  où  ces  re- 
mèdes font  indiquas  en  général  ,  c'eft  l'empyrifme 
ou  le  tâtonnement  :  ce  dogme  général  eft  confirmé 
entr'autres  obfervations  par  celle-ci  ;  favoir  ,  qu'il 
n'eft  pas  rare  de  voir  des  maladies  de  l'eftomac  eau- 
fées  par  des  amas  d'acide  ,  ou  pour  le  moins  accom- 
pagnées de  ce  fymptome,  guéries  parl'ufage  du  lait, 
ce  qui  dément  formellement  les  deux  dogmes  les 
plus  reçus  de  la  doctrine  courante  fur  ce  point;  car       jll 
les  acides  de  l'eftomac  font  regardés  comme  un  des        I 
indices  les  plus  clairs  de  Ion  relâchement ,  de  fa  foi-        ™ 
blelfe  ;  &  le  lait  tient  le  premier  rang  parmi  les  re- 
mèdes relâchans. 

Au  refte  ,  foit  que  par  un  préjugé  très-ancien  & 
très-répandu  ,  les  remèdes  fortihans,  échautîans,  to- 
niques, loient  généralement  regardés  comme  amis 
de  l'eftomac  ,  6c  comme  capables  de  remédier  à  tous 
ces  dérangemens ,  les  (tomach'ujnes  proprement  dits 
font  tous  pris  dans  la  clafl'e  des  remèdes  fortifians, 
échauiF..ni,toniques ,  ou  même  tous  les  remtdcs 
fortifians  éch<.ufr,ms  toniques  font  en  même  tems 
regardés  comme /lo/nachiqucs ;  6i,  en  effet,  tous  les 


s  T  O 

îmedes  Je  cet  ordre  font  propres  à  guérir  pliilleurs 
[laladies  de  l'eftomac. 

Mais  une  obfervation  plus  éclairée  a  appris  auiH 
lu'un  grand  nombre  de  ces  incommodités  étoient 
•ès-efficacemcat  combattues  par  les  remèdes  rafraî- 
hiffans  &  par  les  remèdes  reiachans  ,  c"eft-à-dire  , 
u'cn  cherchant  par  le  ratonnement  des  remèdes 
our  chaque  cas  particulier  ,  il  failoit  f'e  retourner 
u  côté  des  rafraîchifFans  6z.  des  relàchans ,  auiFi-bien 
ue  du  côté  des  toniques  ;  en  forte  qu'on  pourra 
liflTer,  fi  l'on  veut,pour  obéir  à  l'ufage,  le  titre  àejlo- 
lachiqiiîs  aux  rcmedts  toniques,  mais  en  obfervaat 
ue  ce  ne  ibnî  j)as  les  feuls  qui  loienî  propres  aux 
ifcdions  de  l'eltomac,  ou  bien  diilinguer  Itsjioma- 
hiqucs  en  JIoma:hi^u£S  toniques  ,  &C  en  flomachiqitis 
sfraîchiiTans  &  relàchans.  Au  refle  ,  quoique  les  ab- 
3rbans  remédient  quelquefois  très-direftement  aux 
iffcftions  de  l'eilomac ,  nous  ne  les  comptons  point 
armi  les  fiomachiques  ,  parce  qu'il  ell  évident  qu'ils 
'opèrent  point  du  tout  ibr  l'organe  même  ,  fur  l'e- 
tomac  ,  tandis  que  Tadion  des  autres  paroît  évidem- 
nent  fe  porter  uniquement  iiir  les  folides. 

hes  Jiomachiqucs  tant  rafraîchiffans  &  relàchans  • 
[ue  toniques  ,  n'étant ,  comme  nous  l'avons  inilnué 
éja ,  que  ces  remèdes  généraux  confidérés  quant 
1  un  de  leurs  eiFets  particuliers ,  nous  ne  faurions 
ndiquer  ici  ces  remèdes  &  en  expofer  la  nature, 
ans  répéter  abfolument  &  inutilement  ce  qui  en  eft 
lit  aux  articles  rafraîchiffans,  relàchans,  &  toni- 
ques, yojei  ces  artiiles. 

STONE  ,  f.  m.  (  Poids  d'AngUum.  )  poids  dont 
es  bouchers  anglois  fe  fervent  pour  pefer  la  viande 
[u'iLs  débitent.  LeJIom  eft  de  huit  livres  d'avoir  du 
loids  ,  c'efl-à-dire  ,  de  la  livre  la  plus  pelante  des 
leux  ,  dont  on  fe  fert  en  Angleterre  :  cette  livre  efl 
le  feize  onces.  (  Z>.  /.  ) 

STONEHENGE  ,  (  Amlqulù,  )  c'eft  ainfi  que  les 
Anglois  nomment  un  monument  fmgulier  quife  voit 
ians  les  plaines  de  Salisbury ,  à  environ  deux  lieues 
ie  cette  ville.  Ce  monument  eft  compofé  de  quatre 
■angées  de  pierres  brutes  d'une  grandeur  énorme  , 
>lacées  circulairement. Quelques-unes  de  ces  pierres 
ont  vingt  pies  de  hauteur  fur  fept  de  largeur  ,  &  en 
foutiennent  d'autres  placées  horifontalernent  ;  ce  qui 
forme  comme  des  linteaux  de  porte  ;  l'on  préfume 
que  toutes  les  autres  pierres  étoient  anciennement 
liées  les  unes  aux  autres ,  &  ne  formoient  qu'un  ieul . 
édifice. 

La  grandeur  de  ces  pierres  &  la  difficulté  qu'il  y 
eùî  eu  à  les  tranfporter  à  caufe  de  l'énormité  de  leur 
poids  ,  a  fuit  croire  qu'elles  étoient  compofées,  & 
que  les  anciens  avoienî  le  fecret  d'un  ciment  au 
moyen  duquel  avec  du  fable  ou  de  petites  pierres,  ils 
venoient  à  bout  de  faire  des  mafles  très-confidéra- 
bles.  Mais  cette  raifon  ne  paroît  point  décifrve  ,  vu 
que  les  Egyptiens  avoieni  trouvé  le  moyen  de  faire 
venir  de  très-loin  des  mafl'es  de  pierres  bien  plus  con- 
fiJérables  qu'aucune  de  celles  dont  ce  monument  an- 
glois eft  compofé  ;  d'ailleurs  en  examinant  le  grain 
de  ces  pierres,  tout  le  monde  demeure  convaincu 
qu'elles  ioht  naturelles. 

Les  antiquaires  anglois  font  partagés  fur  les  ufages 
auxquels  cet  édifice  a  pu  fcrvir.  Quelques-uns  croient 
que  c'étoit  un  temple  des  druides  ou  prêtres  des  an- 
ciens Bretons  ;  d'autres  croient  que  c'étoit  un  tem- 
ple des  Romains  dédié  à  Caelus  ou  au  ciel,  parce 
qu'il  étoit  découvert  ;  d'autres  croient  que  c'étoit 
lin  monument  élevé  en  l'honneur  de  Hcngift  fameux 
héros  danois  ,  qui  conquit  l'Angleterre  ;  d'autres  en- 
fin croient  que  c'étoit  un  monument  élevé  par  Au- 
rdius  Ai7ibroJîus ,  fondés  fur  ce  que  le  nom  latin  de 

ce  lieu  eft  encore  mons  Anibroja. 

M.  Mallet,  dans  fon  Introducllon  à  Vh'ijlolri  de  Da- 
nemark ,  nous  apprend  que  les  anciens  peuplçs  du 


S  T  O 


53$ 


nord  éîevoient  fur  des  collines  ,  foit  naturelles  foit 
artificielles ,  des  autels  qui  n'étoient  compolés  que 
de  rochers  dreffés  fur  la  pointe  ,  &  quifervoient  de 
baie  à  de  grandes  pierres  plates  qui  formoient  les 
tables.  Quelques-uns  de  ces  autels  étoient  entourés 
d'un  double  rang  de  pierres  énormes  ,  qui  environ- 
noient  auiFi  la  colUne  même  fur  laquelle  ces  autels 
étoient  placés.  On  voit  encore  une  femblable  en^ 
ceinte  dans  l'île  de  Sélande  ,  où  ces  pierres  ont  du 
être  apportées  de  fort  loin ,  6c  par  un  travail  énor- 
me ;  fur  quoi  M.  Mallet  remarque  que  de  tout  terris  là. 
fuperjiltiona  irnaglnéquon  ne  pouvait  hononr  la  diviniti 
qu'en  faifant  pour  elle  des  ej'peces  de  tours  de  force.  Le 
même  auteur  obferve  encore  que  dans  les  lieux  o\x 
les  peuples  du  nord  faifoient  l'éleftion  de  leurs  rois^ 
on  formoit  une  enceinte  compofée  de  douze  rochers 
placés  fur  la  pointe  &  perpendiculairement ,  au  mi-^ 
lieu  defquels  il  s'en  élcvoit  un  plus  grand  que  les  au- 
tres ,  fur  lequel  on  mettent  un  fiége  pour  le  roi  ;  les 
autres  pierres  fervoient  de  barrière  entre  le  peuple 
&  lui.  On  trouve  trois  de  ces  monumens  grofîiers; 
l'un  près  de  Lund  en  Scanie,  l'autre  à  Leyre  en  Se-- 
lande ,  &  le  troifieme  prè^  de  Vibord  en  Jutlande.  11 
y  a  lieu  de  croire  que  le/ionchenge  des  Anglois  fcrvoit 
à  quelques  ufages  fembiables  ,  qui  étoient  communs 
aux  Bretons  61  aux  anciens  Danois  ,  ou  que  ces  dev^ 
niers  avoient  apporté  en  Angleterre,  lorlqu'ils  en  fi- 
rent la  conquête. 

SrONG  ,  (  Géog.  mod.  )  rivière  de  Suéde  ,  dans 
la  province  d'Oftrogothle  ,  qu'elle  fépare  en  deux 
parties  :  elle  fe  rend  dans  le  lac  de  R.oxen  ,  près  de 
Linkoping.  (  Z^.  /.  ) 

srONI ,  (  Géog.  anc.  )  peuples  des  Alpes  ,  Stra- 
bon  ,  /.  ly.p.  204.  les  joint  avec  les  Leponiim  &  les 
Tridentini  ;  &  Tite-Live ,  épitom.  l.  LXil.  dit  que  le 
conful  Q.  Marcius  les  fubjiigua.  Ils  font  nommés 
Siœni  y  6c  mis  au  nombre  des  Liguriens  ,  dans  l'inf- 
cription  de^  triomphes  du  capitole ,  rapportée  par 
Gruter ,  p.  %Ç)8.  de  Ugiiribus  Stœnis.  Ils  tiroient  fans 
dovue  leur  origine  des  Liguriens  ,  où  ils  avoient  une 
origine  commune  avec  eux.  Les  Stoni  étoient  aufîi 
apparemment  compris  fous  le  nom  général  des  Eu- 
garni ,  dont  la  capitale  eft  appellée  Stonos  par  Pline, 
L  m.  c.  XX.  Etienne  le  géographe  connoît  une  ville 
nommée  Stonos  ^  &  la  donne  aux  Liguriens.  On  ne 
fait  point  précifément  le  lieu  oii  habitoient  les  Stoni; 
Cluvier  les  place  par  conjefture  au  voifmage  du  fleu- 
ve Clufins  ,  au  nord  du  lac  Edrinus.  (  Z?.  /.  ) 

STONY-STRATFORD  ,  (  Géog.  mod.  )  bourg 
d'Angleterre,  dans  Bucklnghamshire,  fur  le  bord  de 
l'Oule.  C'eft  un  grand  &  beau  bourg  ,  où  fe  tient  un 
des  meilleurs  marchés  de  la  province  ;  fon  nom  lui 
vient  de  trois  choies  :  la  première ,  de  ce  que  toutes 
les  mailbns  y  iont  de  pierre  de  taille;  la  féconde, 
parce  qu'il  eft  fur  l'ancienne  voie  militaire  ,  autre- 
ment iur  un  chemin  battu ,  pavé  autrefois  par  les  Ro- 
mains, qu'on  nomme  aujourd'hui  WatUns^-Stnat ,  & 
dont  on  voit  encore  quelques  reftes  hors  du  bourg; 
la  troiiieme  ,  parce  qu'il  efl  fuué  près  d'un  gué  de 
l'Oufe.       ' 

Cependant .,  comme  la  rivière  n'elF  plus  guère 
guéable  dans  cet  endroit ,  on  y  a  coniFruit  un  pont. 
Ue  l'autre  côté  de  la  rivière  ,  il  y  avoit  ancienne- 
ment une  place  appellée  LaBorodum  ,  qui  tiroit  ion 
nom  de  ion  gué  pierreux;  car  en  langue  galloii'e, 
Icdi  iignifie  une  pierre  ,  &  ^hyd.,  un  gué  ;  mais  la 
place  n'eftplus  ,  6c  il  n'y  refte  qu'un  village  ,  nommé 
Pafsham^  pour  marquer  que  c'étoit  un  lieu  de  pafla- 
ge.  Sfony-Stratford  ei\  toujours  un  lieu  de  grand 
abord ,  parce  qu'il  eil  iur  la  route  do  Londres ,  au 
nord  d'Angleterre.  CD.  J.) 

STOOR  -  JUNKARE  ,  (  IdoUtrie  des  Lapons,  ) 
dieu  des  Lapons  idolâtres;  ils  croyent  que  tous  les 
animaux ,  6c  en  particulier  les  bêres  fauvages ,  corn- 


536 


S  T  O 


me  les  ours ,  les  loups,  les  renards ,  les  cerfs ,  &les 
rennes  ,  lont  lous  Ion  empire  ;  c'eft  pourquoi  ils  lui 
iacrifient  clc  tcms  h.  autre  un  renne  ni^le.  Chaque 
famille  a  Ibn  poor-Junkarc ,  &C  lui  rend  un  culte  lin- 
quelque  rocher  ,  ou  près  de  quelque  caverne  ,  ou 
lur  le  bord  d'un  lac.  La  ,figure  de  ce  dieu  eft  une 
efpcce  de  pierre  brute  ,  qui  femble  avoir  une  tôte  ; 
&  c'ell  à  cette  pierre  que  le  borne  la  religion  de  ce 
peuple  imbécille.  (  /?.  J-^ 

STOI'FORD,  (  G\'o-;.  mod.)  ville  d'Angleterre, 
en  Chellcr-Shire  ,  au  quartier  leptcntrional ,  près  de 
l'endroit  oii  la  Tamcr  fc  jette  dans  la  Merfey. 

STOPHIES ,  {Jmiq.griij.)  fêtes  que  l'on  célebroit 
;\  Erétrie  en  l'honneur  de  Diane.  Hélichius  qui  en 
parle  ne  nous  apprend  point  leur  origine.  (  Z>.  /.  ) 

STOQUER ,  en  terme  de  Rafineric ,  c'eft  l'aétion  de 
conduire  les  feux  de  manière  ù  rendre  la  chaleur 
égale  partout ,  en  tranfportant  le  charbon  d'une  pla- 
ce où  il  cil  moins  nécefl'aire  dans  une  autre  où  il  l'elt 
plus;  &  de  donner  de  l'air  aux  grilles  en  faifant  tom- 
ber les  cendres  au-deflbus,  &  en  ces  grilles  l'une  de 
l'autre.   Fovt-{  Grilles. 

STOQUEl'R  ,  1.  m.  en  terme  de  Rafinerie ,  eft  une 
verge  de  fer  appbtle  fur  les  extrémités  en  forme  d'u- 
ne Ipatule,  environ  de  trois  doigts  de  large.  Il  a  qua- 
tre pics  de  long  avec  fa  douille  ,  qui  reçoit  un  man- 
che de  même  longueur.  On  s'en  fert  à  gouverner  les 
fourneaux,  &  à  donner  de  l'air  aux  grilles.  Voyei_ 
Stoqu ER.  Voyei  aiijft  Us  PL 

STORA  o.vlSTUli  A ,  (Gîg.  mod.')  ville  ruinée  ;  elle 
étoit  Ctuée  fur  le  détroit  de  Négrepont ,  au  fond  d'un 
petit  golfe  ,  entre  Potiri  au  fud-eft ,  &  Carifto  au 
nord-oueft.  Mahomet  IL  brûla  cette  ville,  qui  ne 
s'cft  pas  rétablie  depuis.   (Z?.  /.) 

STORAX  ,  Stvrax  ,  f  m.  (À7/?,  nat.  Bot.)  genre 
de  plante  à  tlcur  monopétale  ,  en  forme  d'entonnoir, 
.&  profondément  découpée.  Le  piftil  fort  du  calice; 
il  eft  attaché  comme  un  clou  à  la  partie  poftérieure 
de  la  fleur  ,  &  il  devient  dans  la  fuite  un  fruit  arrondi 
&  charnu  ,  qui  renferme  ordinairement  un  ou  deux 
noy3J.i?£,  dans  lefquels  on  trouve  une  amande.  Tour- 
nefort ,  irzjl.  rei  herb.  Voye^^  PLANTE. 

Storax  ,  iJiijL  des  drog.  exot.)  on  diftingue  à  pré- 
fent  dans  la  matière  médicale ,  conformément  à  la 
doftrinc  des  Arabes  ,  deux  fortes  dejlorax  ;  favoir, 
le  liquide,.  &  le  folide  ou  le  fec  ,  au  lieu  que  les 
jGrecs  n'en  connoiflbient  qu'un  qui  eft  le  fec  ;  du 
moins'i^ne  paroît  pas  qu'ils  aient  connu  le  liquide  ; 
or  coinmé  ces  deux  fortes  ds/lorax  font  entièrement 
diiîérens,  &  qu'ils  tirent  leur  origine  de  difTérens  ar- 
bres ,  nous  en  formerons  deux  articles  féparés  ,  ou- 
tre que  c'eft  la  bonne  méthode  à  fuivre  dans  un  dic- 
tionnaire ;  ainft  voyei  Storax  liquide  &  Storax 
SOLIDE.  {D.J.)  ; 

Storax  liquide,  (^Hijl.des drog.  exot.)  fuc  nom- 
mé par  les  auteurs  ht'ins Jljrax  liquida^  &c  par  les 
arabes  rrrifia.  C'eft  un  fuc  réfmeux  dont  on  trouve 
deux  efpeces  dans  les  boutiques  d'apoticaire  ,  le  pur 
ôc  le  grolTier, 

Le  florax  liquide  p\n  eft  un  fuc  rcfineux',  d'une  fub- 
ftance  tenace  &  mielleufe  ,  femblable  h  la  térében- 
thine ,  à  demi-tranfparent ,  brun  ,  ou  d'un  brun  rou- 
geâtre  ,  ou  d'un  gris  bnm  ,  d'une  odeur  forte  ,  Se 
qui  approche  un  peu  du  fîorax  folide  ,  mais  prefque 
défngiiéable  ,  h  caule  de  ion  goût  un  peu  acre  ,  aro- 
matique ^  huileux.  On  eftime  celui  qui  eft  gluant , 
jaune ,  tranfparcnt  &:  très-odorant. 

Lc/Iorax  liquide ,  moins  pur  ou  grolTier,  eft  un  fuc 
îéfmer.x  femblable  à  de  la  lie  ,  brun  ou  grisâtre , 
opaque.^  gras,  peu  odorant.  Il  paroi  t  être  la  lie  du 
pi  'j.'cdent ,  &:  l'on  ne  doit  même  l'employer  dans  les 
remèdes 'externes ,  qu'après  l'avoir  paffé  &  purifié 
de  la  craflje  qu'il  contient. 

Le  çommiui  des*.apQticaii^cs  donnent  au  florax  U- 


S  T  O 

qii'idt ,  d'après  quelques  arabes  ^  &  mal-à-propos,  le 
nom  dejhicié ,  parce  que  le  ftadtc  des  Grecs  eft  la  co- 
lature  de  la  myrrhe  ,  comme  on  le  peut  voir  dans 
Diofeoride.  On  trouve  rarement  h  Jîorax  liquide 
pur  &  véritable  ;  car  outre  qu'il  eft  ordinairement 
î'ali  par  la  fciure  ou  par  la  pouffiere  de  bois  ;  il  arri- 
ve encore  que  l'on  fubftitue  trop  Ibuvent  d'aat:-es 
fucs  réfmeux  faftices  à  fa  place. 

Les  auteurs  font  bien  éloignés  d'être  d'accord  fur 
l'origine  du//ti/'^/A; //'i/K/Vc  ;  autant  de  favans  ,  autant 
d'avis.  Les  uns  penfent  que  c'eft  la  colature  de  la 
myrrhe  ,  ;\  caufe  du  nom  de  fîaclé  que  certains  écri- 
vains arabes  lui  donnent  ;  mais  outre  la  différence 
du  goût  &  de  l'odeur  qui  fe  trouve  entre  la  myrrhe 
&  \q  Jlorax  ,  il  eft  clair  que  ce  font  des  choies  entiè- 
rement dilïérenîes  ,  parce  que  la  myrre  qui  tient  le 
milieu  entre  la  gomme  &  les  réflncs,  fe  diffout  en 
partie  facilement  dans  toutes  fortes  de  liqueurs 
aqueufes  ,  &  que  le  fiorax  liquide  ne  fe  difïbut  que 
dans  des  liqueurs  huileufes  &  grafles ,  ainfi  que  les 
réfines. 

D'autres  écrivains  croient  que  le  Jiorax  liquide  eft 
fait  du  (lorax  calamité  diflbus  dans  de  l'huile  ou  du 
vin ,  mêlé  avec  de  la  térébenthine  de  Venifc  :  cette 
décoflion ,  difent-ils ,  étant  refroidie ,  Xq  Jiorax  liquide 
va  au  fond  ,  &  on  enlevé  la  fubftance  huileufe  qui 
furnage. 

Quelques  naturallftes  imaginent  que  c'eft  une  huile 
exprimée  des  noix  de  l'arbre  ,  d'où  découle  le  (lorax 
calamité  ;  mais  d'autres  adoptant  en  partie  cette  idée 
prétendent  que  le  Jiorax  liquide  fe  fait  plutôt  par  la 
décoûion  des  tendres  rameaux,  &  des  bourgeons  du 
Jiorax  ,  ou  du  liquidambar. 

D'autres  enfin  le  perfuadent  que  \z Jiorax  calamité 
&  \q  Jiorax  liquide  iont  le  même  fuc ,  6c  qu'ils  ne  dif- 
férent que  par  la  confiftence,  Dale  foutient  en  par- 
ticulier, que  tout  ce  que  l'on  vend  chez  les  apoticai- 
res  de  Londres  pour  du  florax  liquide  ,  eft  un  fuc 
tout-à-fait  factice. 

Cependant  Jacques  Petiver  célèbre  apoticalre  an- 
glois,  de  lafociété  royale,  &  favantnaturalifte,  rap- 
porte dans  les  Tranladlions  philofbphiques,/2**.  3/j. 
que  \c  florax  liquide  nommé  \:ia':  lesTurcs  &  les  Arabes 
cotteo  mija  ,  eft  le  fuc  d'un  arbre  qui  s'appelle  rofa.- 
rnallos  ,  lequel  croît  à  Cobras  ,  île  dans  la  mer  Rou- 
ge ,  éloignée  de  trois  journées  de  la  ville  de  Suez. 
On  enlevé ,  dit-il ,  l'écorce  de  cet  arbre  tous  les  ans , 
on  la  pile  ,  &  on  la  fait  bouillir  dans  l'eau  de  la  mei', 
jufqu'à  la  confiftance  de  glu:  enfuite  on  recueille  la 
fubftance  réfmeufe  qui  furnage.   Mais  comme  elle 
contient  encore  beaucoup  de  crafte  ou  d'écorce  en 
poudre ,  on  la  fond  de  nouveau  dans  Peau  de  la  mtr, 
&  on  la  pafTe.  On  renferme  féparement  dans  des  pe- 
tits tonneaux  cette  réline  ainft  purifiée  ,  &  cette  ef- 
pece  de  réfldu  épais  qui  refte  après  la  purification, 
&  on  les  tranfporte  à  Moca,  célèbre  foire  d'Arabie. 
Voilà  les  deux  efpeces  de  florax  que  l'on  trouve  dans 
les  boutiques.  Il  nous  manque  la  defcription  de  l'ar- 
bre dont  on  tire  \t  Jiorax  liquide  ;  mais  on  n'a  pas  été 
muet  fur  les  vertus  de  fon  fuc  réfmeux ,  qui  tout  cal- 
culé ,  ne  valent  pas  celles  des  autres  baumes.  Celui 
qui  eft  pur  eft  très-bon  pour  arrêter  le  progrès  de  la 
putréfaûion  des  plaies;  il  eft  la  bafe  de  l'onguent  de 
ftyrax.  Enfin  les  peuples  de  l'Orient  font  beaucoup 
d'ufage  de  cette  drogue.  Le  tonneau  qui  contient  en- 
viron 400  livres,  fe  vend  dans  le  pays  depuis  200 L 
de  notre  monnole  jufqu'à  400  liv.  félon  que  \e  Jiorax 
eft  plus  ou  moins  pur.  (D.  f) 

Storax  solide  ,  (f^ijl.  des  drog.  exot.)  réftne  ap- 
pcllée  florac  ou  /e^/zi  par  Avicenne,  <nùfa.^  par  Diof"» 
coriide  ,  &  florax  JoUdus  par  les  médecins  modernes. 
Nous  en  allons  parler  d'après  M.  Geoffroy.  C'eft  une 
ftibftànce  réfîneufe  ,  feçhe,  dont  les  anciens  Grecs 
Ont  diftingue  deux  efpeces  ,-  ÔC  qui  font  encore  con* 

mu.« 


i 


s  T  O 

nues  de  no<:  jours  ;  favoir,  le  p^orax  caîamHt  où  en 
larmes  ,  &  X^jlorax  ordinaire  ,  ou  en  lna(^e.^ 

hcjiorax  calamité  ,  o-rypo-^'  ■.ta.y.ttfxnï)?  ,'Gr^cork  fii- 
rax  caLarr.it.t ,  off.  efl  une  fubltance  réfineufë  brillan- 
te ,  Iblide ,  un  peu  graffe ,  qui  s'amollit  fous  les  dents; 
ell^elL  compol'ée  de  grumeaux  ou  de  miettes  blan- 
châtres &  roufsâtres ,  d'un  goût  réfineux ,  un  peu 
acre  ,  agréable,  &  d'une  odeur  pénétrante  ,  furtout 
lorfqu'on  le  jette  au  feu;  il  s'allume  lorfqu'on  l'ap- 
proche de  la  flamme ,  &  forme  une  lueur  très-claire. 
On  l'apportoit  autrefois  de  Pampailie  dans  des  ro- 
feaux  ,  iclon  le  témoignage  de  Galien  ;  c'eft  ce  qui 
fait  qu'on  l'a  nommé  calamité  :  il  étoit  très-ellimé. 

Le /?or^.v  commun  ou  en  m.aflcs,  autrement  dit 
la  réiine  du  llorax  ,  fiorax  vnlgaris ,  fui  in  gk- 
tfas  co-}7paclus  ,  off".  eft  une  fiibflarl^e  en  maffe  ,  ré- 
fmeufe  ,  d'un  jaune  brun  ou  rougeatrc  ,  bril- 
lante,  gralTe,  un  peu  gluante,  &  qui  jette  comme 
une  liqueur  mielleufe  ,  parfemée  de  quelques  miet- 
tes hlnnchàtres  :  elle  a  le  môme  goût  &  la  même  odeur 
que  lajlorax  calamité. 

Ces  deux  efpeces  de  réfmf,  ne  différent  pas  l'une 
de  l'autre  ;  la  première  efpece  eii:  la  larme  du  (îorax^ 
qui  découle  goutte-à-goutte  des  petites  fentes,  ou  des 
mcifions  de  cet  arbre  ,  èc  qui  a  été  féchée  auffi-tôt , 
&:  recueillie  promptement.  La  féconde  efpece  eftun 
n.ic  qui  coule  plus  abondamment  des  plus  grandes 
incidons  ,  &  qui  ne  s'épaiffit  qu'après  beaucoup  de 
tems  ;  de  forte  que  le  contaéf  de  l'air  chaud  la  rend 
roufTe  ou  noire  avant  qu'elle  feche. 

On  choifit  les  larmes  6.\.\  fiorax ,  ou  les  morceaux 
qui  fout  purs  ,  brillans  ,  odorans  ,  fans  être  mêlés 
d'aucune  fciure  de  bols ,  ou  d'autre  faletë.  On  nour. 
îpporte  iQJlorax  de  la  Syrie  ,  &  des  autres  pays  des 
[ndes  orientales  par  la  Hollande  ,  ou  par  Marfeille. 
Enfin  on  vend  chez  les  droguilrcs  une  certaine  fciure 
ie  bois  ,  que  l'on  appelieyîz/r/Y/fj-  du  fiorax  ;  elle  t'a. 
nutile  pour  la  médecine  ,  &  on  doit  la  rejctter-     ^ 

Quelques  auteurs  arabes,  &  fur- tout  Sérapion , 
ronfondcnt  le /?o/-<7.r  liquide  ,  qu'ils  appellent  r«i/za  , 
iont  nous  avons  déjà  parlé ,  avec  le  flo'àx  foiide,  ou 
e  fiorax  des  Grecs  ;  cependant  Avicenne  les  a  dlllin- 
çués  en  parlant  an  fiorax  llquipe,  fous  le  nom  de  mi- 
ïa  ;  &  àw fiorax  fec  ,  ou  des  Grecs  ,  tantôt  fous  le 
lom  ^afiorac  ,  tantôt  fous  celui  de  hbni. 

P.  Eginette,  Nicolas  Myrcpfe,  &  quelques  Grecs, 
"ont  mention  d\in  certain  fiorax  fiacïé  ,  que  plufieurs 
)erfonncs  regardent  comme  une  rcfine  pariicuhere 
k.  bien  différente  du  fiorax  :  d'autres  au-contralre  , 
:roienîque  ce  n'eft  autre  chofe  que  la  réluic  liquide 
lu  fiorax ,  que  l'on  a  ramaflce  &  Jecueillle  avaijt 
»u 'elle  fût  feche  ;Diofcoride en  a  fait  menticii^peut- 
:tre  auffi  que  les  Grecs  ont  donné  ce  nom  zwjlûrcx 
iquide  ,  ou  au  mika  des  Arabes.  M  efl  diHîcile  de  dé- 
rider ce  problème  ,  qui  ci\  d'ailleurs  de  pgu  de  con- 
cquence. 

L'arbre  d'où  découle  le /?(9r<7.v, s'appelle /^yr^Ar/i?- 
f/o  rmti/ti  coi  or:  à  ;  dans  C.B.  P.  452.  &  dans  les  L  II. 
^.  ^98.  Il  efl  de  lagrandeur  d'un  olivier ,  &  fe  trou- 
i^edans  les  forêts  de  la  Provence,  autour  de  lachar- 
:reufe  deMonrleu  à  Baugcncier  ,  à  Soliers  ,  &  entre 
a  Sainte-Eaume  &:  Toulon. 

îlrcfîemble  au  coignafîier  par  fon  tronc  ,  fonécor- 
:e  ,  &  fes  feuilles  ,  lefqueiles  naiffent  alternative- 
ment ,  font  arrondies,  &  terminées  en  pointe  ;  elles 
!bnt  l'ongues  d'un  pouce  &  demi ,  &  un  peu  moins 
larges ,  vertes  &  luifantcs  en-deffus  ,  blanches  & 
i-'elucs  en-  defTous. 

Ses  fleurs  viennent  fur  les  nouvelles  branches  , 
rjuatre  ,  cinq,  ou  fix  enfemble  ;  elles  font  blanches , 
odorrffites,  fcmblables  aux  flevu-s  de  l'oranger  ,  mais 
d'une  féule^iccc,  formant  un'tuyati  court  par  le  bas, 
5k  découpé  en  manière  d'étoile  par  le  haut ,  en  cinq 
ou  fix  quartiers ,  d'un  dcmi-pouee  de  longueur. 
Toirx  XV, 


S  T  O 


53^ 


/ 

Leur  calice  efl  creux  ,  en  forme  de  petite  clo- 
che, long  de  deux  lignes  ;  leur  piflil  cfl  arrondi  , 
attaché  à  la  partie  pollérieure  de  la  fleur  ,  en  ma- 
nière de  clou ,  &  devient  un  fruit  de  la  grofTeur  &: 
de  la  figure  d'une  noifette  :  ce  fruit  eft  bîanchâtre  , 
charnu,  douçâtre  dans  le  commencement,  enfuite 
un  peu  amer  ;  il  contient  un  ou  d'eux^ noyaux  très-- 
'durs,  lifTes,  luifans ,  d'un  rouge  brun  ,  rcuferraant 
une  amande  blanche  ,  gt;afre  ,  huileufe  ,  d'une  odeur 
qui  approche  beaucoup  de  celle  delà  réfine  àt  fiorax, 
&  d'un  goût  âcre&  defagréable. 

Ces  arbres  ne  donnent  que  très-peu ,  ou  point  du 
tout  de  réfme ,  en  Provence  ;  mais  on  en  retire  beau- 
coup de  ceux  qui  viennent  dans  les  pays  plus  chauds. 
Auffi  le/flMx-  dont  on  fe  fert  dans  les  boutiques  ,  eft 
tiré  des  arbres  qui  naiffent  en  Syrie  &  en  Cilicie. 

Il  efl  un  peu  plus  pénétrant  que  le  benjoin,  parce 
qu'il  contient  plus  d'huile  très-fubtile;  cependant  il 
efl  moins  déterfif ,  parce  qu'il  contient  moins  de  fel 
effentiel  ;  ainfi  le  benjoin  lui  efl  préférable  pour  difTi- 
per  l'engorgement  des  poumons  dans  l'aflhme humo- 
ral,  &  kl  toux  opiniâtre  qui  vient  de  la  même  caufe  ; 
mais  \q  fiorax  peut  récréer  les  efprits  ,  par  fa  douce 
odeur ,  &  calmer  le  mouvement  déréglé  des  nerfs  : 
on  l'emploie  intérieurement  dans  l'enrouement,  à 
caufe  de  fes  parties  huilcufes  :  on  le  donne  depuis 
demi-drachme  jufqu'à  deux  drachmes  :  onl'appîique 
fur  les  parties  qui  tendent ,  faute  de  chaleur,  à  deve- 
nir paralytiques  :  on  l'emploie  fréquemment  avec  le 
benjoin  ,  pour  faire  des  parfums  &  des  fumigations  : 
on  prépare  avec  le  fiorax  ,  une  huile  odorante  très- 
fuave,  en  le  macérant  dans  fuflifante  quantité  d'eau 
commune  ,  pendant  trois  jours  ;  on  diflllle  d'abord  • 
l'eau  ,  &  enfuite  il  vient  une  huile  jaune  ;  cette  huile 
efl  reconsmandée  dans  les  ulcères  ijîternes  de  la  poi- 
tnne  ,  à  la  dofe  d'une  douzaine  de  gouttes.  On  fait 
une  teinture  àe  fiorax  par  le  moyen  del'efprit-de-vin, 
de  la-"^ ■  '       ■  .    .      •   • 


même  manière  que  la  teinture  de  benjoin  ,  & 


thridat,  le  dlafcordiura,  plufieurs  onguens     emplâ- 
tres &  paflillcs.  {D.J.) 

STORE  ,  f.  m.  terme  de  ScUlcr  ,  Ce.  c'efc  une  forte 
de  rideau  que  l'on  met  aux  portières  des  voitures  ou 
des  croifées  des  appartemens  ;  il  fe  roule  de  lui-même 
fur  une  tringle  mile  en  mouvement  par  un  refîbît  ; 
quand  on  veut  s'en  fervir,  pour  fe  garantir  du  fo- 
leil,  on  le  tire,  &  on  rafïï^ettit  à  une  agratfe  qui  efl 
nu-bas  de  la  portière,  ou  de  la  croifée  ;  il  fe  relevé  de 
lui-même  dès  qu'on  l'ôtc  de  l'agralFc.  Les  pores,  quoi- 
qucd'une  grande  commodité,  &i.  d'une  petite  dépen- 
fe  ,  font  d'une  invention  toute  nouvelle  ;^n  fe  fer- 
voit  auparavant  de  rideaux  qui  n'ont  point  les  mê- 
mes avantages.  (Z?. /.) 

STORE  J  ,  (  Littérut.  )  nom  que  donnoicnt  les 
Romains  à  une  efpece  de  petit  panier  tiffu  de  nattes, 
de  paille  ou  de  jonc  ;  c'étoit  dans  ces  fortes  de  pa- 
niers qu'ils  cueilloicnt  les  fleurs  è'clcs  fruits  de  leurs 
jardins.  (  D.  J.  ) 

STORMARIE  ,  {Gtog.  nod. )  pays  d'Allemagne, 
nu  duché  de  Hoifléin.  Il  efl  borné  au  çord  par  le 
Holflein  propre  ;  à  l'orient  par  la  Wagrie,  &  le  du- 
ché de  Saxe-Lawenbourg  ;  au  midi  &  à  l'occident , 
par  l'Elbe  ,  qui  le  fépare  des  duchés  de  Luncbourg& 
i^l•êm'e.  On  peut  auffi  dire  qucccp;'ys  cfl  renfermé 
entre  cinq  rivières,  l'Elbe  ,  llS  Stoér,  la  Trave,  la 
Bille  ,  8c  le  Schonbcci:  ;  il  a  titre  de  principauté  ;  fa 
longueur  efl  de  dix  milles  gertnaniquo»;,  ^  fa  largeur 
defept  ;\  huit  milles.  La  ville  île  Hambourg  en  c'.l  re- 
gardée comme  la  capitale.  Quelques  auteurs  ont 
écrit  que  \a.Stormaric\\\d\X.  eu  anciennement  ce;  fei- 
gneurs  particuliers  ;  mais  il  efl  certain  que  depuis 

y  Y  V 


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S  T  R 


pluheurs  ficelés  ,  elle  n'en  a  point  eu  3'autf  es  que 
ies  cUics  de  HoUlein.  {D.  J.) 

STOURE  LA  ,  (  Gt:o<^.  inoJ.)  il  y  a  quatre  rivières 
de  ce  nom  en  Angleterre  ,  6c  qu'il  tkut  bien  clil- 


tint-ucr. 


La  première  qui  eu.  la  principale  ,  &  qu'on  nom- 
me en  an"lois  Sto^i'cr ,  fort  de  l'extrcmité  orientale 
du  comte  de  Surtolk. ,  pallc  entre  cette  provuice  oC' 
celle  d'Eil'ex  ,  &  va  i'e  jettpr  dans  l'Océan  par  une 
large  embouchure  ,  près  de  Harwich. 

La  l'econde  ,  qu'on  nomme  ia  petite  Stoure ,  en  an- 
gloisi/o/-/,  lépare  la  province  d'Eilcx,  du  comté  de 
Hartford  ,  &  le  perd  dans  le  Ley. 

La  troilieme  Tort  du  comté  de  Wilt,  traverfe  la  fo- 
ret de  Gillingham  ,  &C  coule  au  iud  jufqu'à  Stour- 
minfler ,  où  on  la  pafle  fur  un  pont  de  pierre  ;  enfui- 
te  elle  tourne  au  fud-eft ,  &  fe  perd  dans  la  baie  de 
Pool. 

La  quatrième  ,  en  latin  Soariis,  prend  fa  fource 
dans  la  province  de  Leicefter  ,  coule  au  nord,  entre 
cnfuite  dans  le  comté  de  Nottingham  ,  où  après  avoir 
baii?né  Stanford  ,  elle  va  fe  perdre  dans  la  Trent. 

(A/.) 

STOW-MARKET  ,  (  Géog.  mod.  )  ville  d'An- 
gleterre, dans  la  province  de  Suffolk  ,  avec  droit  de 
marché  ,  fur  rOfwell  ;  c'efi:  une  ville  riche  par  fes 
manufadures  d'étoffes.  (D.J.) 

STOW-OU-THE-WOULD  ,  (  Géograph.  mod.  ) 
bourg  d'Angleterre  ,  dans  Gloceiler-shire ,  aux  con- 
fins du  comté  de  Warwick  ,  entre  les  rivières  d'E- 
venlodc  ,  &  de  Windrush.  Ce  bourg  ,  bâti  fur  une 
cminence,  &  expofé  à  la  fureur  des  vents  ,  efl:  re- 
marquable par  fa  lituation  fur  l'ancienne  voie  romai- 
ne ,  pavée  de  greffes  pierres ,  &  connue  fous  le  nom 
vulgaire  de  Fofje-way.  CD.  /.) 

STOWER  LA ,  (  Géogr.  mod.  )  rivière  d'Angle- 
terre ,  au  comté  de  Kent;  elle  y  prend  fa  fource ,  & 
coulant  au  nord  ,  fe  partage  en  deux  bras  pour  en- 
trer dans  la  mer  ;  elle  forme  de  cette  manière  une  île 
célèbre  ,  nommée  Thanet.  Voye^^  Thanet.  (Z).  7.) 

STOZKOW  ;  (  Géog.  mod.  y  petite  ville  d'Alle- 
magne en  Siléfie  ,  fur  la  Viflule  ,  entre  Uftronie  & 
Ruclzica  ;  elle  a  fesléigneurs  particuhers.  (  Z).  7.  ) 

STRABISME  ,  f.  m.  terme  de  Chirurgie  ,  mauvaife 
conformation  des  yeux ,  qui  confu'le  dans  une  direc- 
tion dépravée  du  globe  de  l'œil,  qui  rend  louche  , 
qui  fait  regarder  de-travers  ,  folt  en-haut  ,  foit  en- 
bas  ,  foit  fur  les  côtés.  L'on  convient  affez  générale- 
ment que  cette  indifpofition  dépend  de  la  contrav:- 
tion  de  quelques  mufcles,de  l'œil ,  &  du  relâchei.ient 
de  leurs  antagoniftes ,  &  que  les  mufcles  contr?.ftés 
tirent  le  globe  de  leur  côté,  pendanfque  les  mufcles 
relâchés  cèdent  à  leur  aftion.  On  donne  pour  preu- 
ve de  ce  fentiment ,  que  les  enfans  font  fu;eîs  à  de- 
venir louches ,  par  la  faute  de  ceux  qui  les  placent 
dans  leurs  berceaux ,  de  manière  qu'ils  ne  voyent  la 
lumière  ,  ou  certains  objets  remarquables  ,  qu'obli- 
quement ;  les  mufcles  habitués  à  cette  contraftjon  , 
s'y  affermiffent  6c  tournent  toujours  les  yeux  de  ce 
côté-là.  Pour  y  remédier ,  on  change  la  fituation  des 
enfans  ,  on  met  du  côté  oppofé  les  objets  qui  les  at- 
tachoicnt  ;  on  leur  met  des  mouches  de  taffetas 
gommé  ,  pour  leur  faire  tourner  l'œil  de  ce  côté. 
Paul  d'yËgine  a  inventé  un  mafque  qui  couvre  les 
yeux  ,  6c  oii  il  n'y  a  que  deux  petits  trous  corref- 
pondans  au  centre  de  la  vue ,  pour  recevoir  direûe- 
mcnt  les  rayons  lumineux  :  c'eft  ce  que  les  moder- 
nes ont  nommé  béJicUs.  M.  de  Buffon  a  parlé  du  (Ira- 
blfrne ,  dans  les  mémoires  de  l'académie  royale  des 
Sciences ,  &  a  confeillé  d'obliger  les  enfans  de  fe  re- 
garder fouvcnt  dans  un  miroir,  afin  de  ié  redreffer 
la  vue.  Antoine  Maître-Jean,  fameux  chirurgien  & 
©culifte  ,  prétend  que  le  Jlrabifme  ne  dépend  pas 
<le  l'adion  des  mufcles  ,  mais  d'une  mauvaife  con- 


S  T  R 

fo rmadten  de  la  cornée  tranfparente  ,  plus  tournée 
d'un  côté  que  de  l'autre  ;  que  c'elt  un  vice  naturel 
irréparable  ,  &  que  tous  les  moyens  propofés  pour 
rendre  la  vue  droite  à  ceux  qui  l'avoient  de  travers 
ont  été  fans  effets.  Cette  matière  offre  encore  un. 
champ  à  des  obfervations  très-utiles.  (F)         ^ 

STRACCIA-CJPPA ,  (  Géog.  mod.  )  petit  lac  d'I- 
talie ,  dans  l'état  de  l'Eglife  ,  au  patrimoine  defaint 
Pierre ,  entre  le  lac  de  Hracciano  6c  celui  de  Bacano, 
environ  à  deux  milles  de  chacun  de  ces  lacs.  C'eil 
le  Papirins  ,  ou  Papirianus  iucus  des  anciens. 

STRACTION  ,  f.  f.  terme  d'Imprimerie ,  il  fe  dit 
particulièrement  lorfqu'on  ôte  avec  une  pointe,^quel- 
ques  lettres  d'une  forme  déjà  imprimée ,  pour  en  re- 
mettre d'autres  à  la  place,  qui  aient  été  leffivées,  afin 
de  les  imprimer^n  rubrique ,  &  que  l'encre  noire 
ne  gâte  point  la  rouge.  En  générdlJiracHon ,  qu'il  fau- 
droit  dire  extraction ,  fignliie  tirer  un  caraftere  ou  i;n 
quadrat ,  pour  les  remplacer  par  d'autres.  (^D.J.^ 

STRAFFORD ,  (  Géog.  mod.)  Foye^  Stratford. 

STRAGENICK,  f.  m.{HifL  mod.  )  c'eil  le  nom 
qu'on  donne  en  Pologne  à  un  officier  général  qui 
commande  l'avant -gardç  de  l'armée  de  la  républi- 
que. 

STRAGONA ,  (Géog.  mod.)  ville  de  la  Germanie, 
félon  Ptolomée ,  liv.  II.  cluip.  xj.  Quelques  favans 
croyent  que  c'efi  aujourd'hui  Pofnanie  ou  Pofen, 
ville  de  Pologne.  Il  eft  du-moins  certain  que  Pofen 
eil  fort  ancienne. 

STRALEN,  {Géog.  mod.)  \\\U  des  Pays -bas, 
dans  le  haut  quartier  de  Gueldre,  entre  Gueldre  6c 
Venlo.  Les  François  s'en  faifirent  en  1672 ,  &.en  rui« 
nerent  les  fortifications.  Long.  ai.  5o.  Utit.ôi.  x6. 
{D.J.) 

STRALSUNDE ,  (  Gcog.  mod.  )  ville  d'Allema- 
gne, dans  la  Poméranie  ultérieure,  fur  la  côte  de 
la  mer  Baltique  ,  vis-à-vis  llle  tleRugen.  Elle  fat  bâ- 
\\t  par  les  Danois  l'an  iiii,  devint  enfulte  libre, 
impériale,  &  anfcatique  ;  c'eft  aujourd'hui  une  àes 
fortes  villes  d'Allem^igne ,  6c  la  plus  confidérable  du 
cercle  de  la  haute  -  Saxe.  Elle  jouit  du  privilège  de 
battre  momoie ,  de  nommer  le  gouverneur  de  l'île 
de  Rugen ,  Se  de  ne  rien  fournir  lorfque  l'Empire  eft 
en  gi^erre.  Long.  ^1.  to.lat.  64.  20.  {D.  J.) 

STïiA MO NIl/M ,  f.  m.  {Botanique.)  Tournefort 
cta^:lit  douze  efpeces  de  ce  genre  de  plante,  &  nom- 
me pour  la  première  celle  qui  efl  à  fleurs  blanches  & 
à  fruit  rond  épineux.  /.  R.  H.  118.  datura  pericarpiis 
erecîis  f  ovctis^  Hort.  clif.  55-  en  anglois  ,  the  round 
thorny  friicîcd  appLe ,  &  vulgairement  en  françois , 
pomme  épineufe  :  fa  racine  eft  groffe ,  blanche,  fibreu- 
fe,  ligneufe,  annuelle.  Elle  pouffe  une  tige  à  la  hau- 
teur de  trois  pié; ,  quelquefois  même  à  la  hauteur 
d'un  homm"e ,  groffe  comme  le  pouce,  ronde,  creufe, 
divifée  en  plufieurs  branches  tant  foit  peu  velues  : 
fes  feuilles  font  larges,  anguleufes ,  pointues,  reffem- 
blantes  à  celles  du  folanum ,  mais  beaucoup  plus 
grandes,  placées  alternativement ,  finuées  fur  leurs 
bords ,  attachées  à  des  longues  queues ,  molles ,  graf- 
fes,  d'un  verd  foncé,  d'une  puanteur  exécrable  & 
affoupiffante. 

Sa  fleur  efl  une  grande  cloche  blanche ,  foutenue 
par  un  calice  oblong ,  découpé  dans  le  haut  en  cinq 
dentelures,  ayant  dans  le  milieu  cinq  étamines,  à 
fommets  jaunes ,  applatis. 

Lorique  cette  fleur  efl  paffce ,  il  lui  fuccede  uit 
fruit  comme  une  noix  commune  ,  encore  vctuc  de 
fa  première  écorce,  prefque  rond, garni  tout-au-tour 
de  pointes  courtes  ,  groffes,  peu  piquantes;  ce  fruit 
dans  fil  maturité  s'ouvre  en  quatre  parties  égales  , 
féparées  par  des  cloifons  membraneufes,  oit  font  at- 
tachées plufieurs  femences  noires ,  un  peu  applaties, 
femblables  à  un  petit  rein ,  d'un  goût  défagréable. 

On  cultive  cette  plante  dans  les  jardins  ;  on  \\ 


s  T  R 

trouve  quelquefois  à  la  campagne  dans  des  terreins 
gras;  elle  fleurit  en  été,  &  l'es  graines  mûriffent  en 
automne.  Toute  cette  plante  eit  narcotique  &  ilu- 
péfiante  ;  on  ne  doit  jamais  l'employer  intérieure- 
ment ,  pas  même  en  lavement,  à  caule  de  I'qs  mau- 
vais ettcts,  dont  on  a  plufieurs  obfervations.  Le 
meilleur  remède  peut-être  contre  cette  efpece  de 
poiibn  ,  feroit  d'employer  la  boifîbn  du  vinaigre,  & 
d'autres  acides;  on  confeille  communément  le  vo- 
miffement ,  la  thériaque ,  &  les  l'cls  volatils.  (Z>.  /,) 

STRAMULIPA  ou  STRAMUZUPA,  (Géog.  mod.) 
province  de  la  Grèce  ,  aujourd'hui  foumife  aux 
Turcs.  Elle  a  pour  bornes  au  midi  le  pays  d'Athènes, 
au  nord  de  la  province  d'Ianna,  à  l'orient  le  détroit 
de  Négrepont,  &  à  l'occident  la  Livadie  propre. 

Cette  contrée  efl:  l'ancienne  Béotie,  dont  l'air  paf- 
folt  pour  être  épais ,  &  les  habitans  pour  des  gens 
groiîiers.  C'cft  cependant  fous  cet  atmofphere  épais, 
<jui  donna  lieu  à  tant  de  proverbes  ,  qu'étoient  nés 
Pindare  &  Pluiarque  ,  l'un  le  poëte  le  plus  fublime, 
l'autre  un  des  elprits  des  plus  iénfés  &  des  plus  dé- 
liés qui  aycnt  jamais  paru  ;  mais  il  ne  faut  pas  croire 
que  les  habitans  modernes  de  Stramulipa  tirent  va- 
nité .de  ces  deux  beaux  génies  :  loin  de  favoir  qu'ils 
font  nés  dans  leur  pays,  ils  n'en  ont  jamais  entendu 
parler.  {D.  J.) 

STRAND-FRISEN,  (  Géog.  mod.  )  en  latin  Frif.a. 
chnbnca  ;  c'étoit  anciennement  une  grande  contrée 
de  lu  Cherlonnèfe  cimbrique.  Elle  efl  maintenant 
renfermée  dans  le  duché  de  Slefvic,  en  Jutland, 
{D.J.) 

STRANGFORD  ,  (  Gcog.  mod.  )  havre  ou  port 
d'Irlande,  dans  la  province  d'Ulfter ,  au  comté  de 
Dovn.  Ce  havre  eft  long  de  cinq  à  fix  milles,  mais 
fon  entrée  eft  traversée  d'une  barre  de  rochers,  les 
uns  cachés  ,  les  autres  découverts  ,  &  qui  tous  font 
fort  dangereux.  Vers  le  milieu  de  la  longueur  de  ce 
havre ,  eft  un  bourg  qui  lui  donne  fon  nom.  (Z)./,) 

STRANGURIE  ,  i.  f.  en  Médccim  ,  eft  une  mala- 
die qui  occafionne  une  émiftion  d'urine  fréquente  & 
involontaire  ,  mais  en  très-petite  quantité ,  &  pour 
ainfi  dire,  goutte-à-goutte, accompagnée  de  douleurs 
violentes.  ^oy^{URîNF.  Ce  mot  eft  formé  du  grec 
ç-/:«îÇ  ,  giitta  ,  goutte,  &  «pcf ,  lirim. 

La  difticulté  d'urine  vient  de  la  trop  grande  acri- 
monie de  l'urine,  qui  picotant  les  parties  nerveufes 
de  la  veiïie  ,  occafionne  une  envie  d'uriner  perpé- 
tuelle. 

La  bierre  nouvelle ,  &  autres  liqueurs  qui  n'ont 
pas  bien  fermenté  ,  caufe  ordinairement  cette  mala- 
die. La  grande  acreté  de  l'urine  dans  la  ftrangurie  , 
produit  quelquefois  un  ulcère  dans  la  veffie.  Quel- 
ques auteurs  confondent  la  flrangurk  que  les  Latins 
appellent  urinœ  flUiicidlum  avec  Vurina  incontinentia. 
La  différence  confifte  en  ce  que  dans  la  premàere  l'u- 
rine fort  avec  douleur  ,  &  dans  la  dernière  fans  dou- 
leur. La  première  vient  de  l'âcreté  de  l'urine  ,  &  la 
dernière  d'un  relâchement  ou  paralyfie  dufphinder 
de  la  veffie  qui  ne  peut  plus  tenir  le  col  de  la  veflie 
fermé.  Fojei  Urine. 

La  (langurie.  demande  les  remèdes  délayans  , 
adouciffans,  les  diurétiques  froids,  &c.  tels  font  l'in- 
fufion  de  racine  de  guimauve  ,  les  fleurs  de  mauve  , 
de  bouillon-blanc,  les  émulfions  avec  les  femences 
froides  ,  celle  de  pavot  &  de  graine  'de  lin  ,  les  eaux 
de  pariétaire  ,  de  mélilot ,  de  camomille  ;  l'eau  de 
poulet  &  de  veau  émulfionnée  ,  l'eau  de  gruau  ,  la 
i'emouille ,  &  autres  alimens  de  cette  nature,  font  les 
principaux  remèdes  qui  conviennent  dans  cette  ma- 
ladie. 

Les  lavemens  émolliens,  les  demi-bains,  les  fo- 
mentations émollientes  ,  les  cataplaiines  adoucif- 
fans appliqués  fur  le  bas  -  ventre  font  très-elfica- 
ces  ici. 

Tome  XF, 


S  T  R 


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STRANTAWER  ou  STRANTAVER  ,  (Géogr 
mod.)  petite  ville  d'Ecoflc ,  dans  la  province  de  Gai-* 
loway ,  au  fond  du  golfe  de  Rian ,  au  fud-oueft  d'E* 
dimbourg.  Long.  12.  So.  lat.Sz.  iS.  (D  J\ 

STRAPASSER ,  STRAPAS50NNER  XPànture.) 
fe  dit  d'un  defkin  ou  d'un  tableau ,  où  le  peu  de 
beauté  qui  s'y  trouvent  paroiffent  plutôt  l'effet  d'une 
boutade ,  fi  l'on  peut  ainli  parler ,  que  de  la  réflexion, 
dont  prefque  toutes  les  parties  font  forcées  ou  eftro- 
piées,&  oii  règne  enfin  laconfufion,le  defordre  &  la 
négligcnce,au  point  que  les  chofesne  font,comme  on 
dit ,  ni  faites  ,  ni  à  faire  ,  quoiqu'elles  foient  cepen- 
dant de  façon  à  laillér  voir  que  le  peimre  n'eft  pas 
fans  talent.  On  ne  fe  fert  cependant  guère  que  du 
terme  fircpaffcr. 

STRAPONTIN  ,  f.  m.  terme  de  Sellier  ,  petit  fiege 
qu'on  met  fur  le  devant  d'un  carroffe  coapé,  pour 
fuppléer  au  défaut  d'un  fécond  fond  ;  ce  ficge  peut  fe 
lever  &  fe  baiffer.  (Z?. /,) 

STRASBOURG,  ((S-c/j./^aV)  ville  de  France, 
capitale  de  i'Alface,  fur  la  rivière  d'Ill ,  proche  le 
^hein  ,  à  20  lieues  au  nord  de  Bafle ,  à  28  eft  de  Nan- 
cy, à  36  fud-eft  de  Luxembourg  ,  à  44  fud-eft  de 
Mayence,  à  145  oueft  de  Vienne ,  &à  102  au  le- 
vant de  Paris.  Long,  fuivant  Caffini,  2S.z1.30.lat, 
48.  2 S.  30. 

Cette  ville  eft  une  des  plus  confidérables  du  royau- 
me par  fa  fituation  ,  &  par  l'importance  des  fortifica- 
tions que  Louis  XIV.  y  fit  faire  après  s'en  être  rendu 
le  maître  en  1681.  Comme  la  rivieve  d'Ill  paffe  au- 
travers  de  Strasbourg  ,  avant  que  de  fe  jetter  dans  le 
Rhein  ,  il  y  a  fix  ponts  pour  la  comniunication  des 
différens  quartiers  de  la  ville.  Deux  de  ces  ponts  font 
de  pierre  ,  &  les  quatre  autres  ne  font  que  de  buis. 

Ses  principaux  édifices  font  bâtis  de  pierre  rouge, 
dure  &  folide  ,  qu'on  tire  des  carrières  qui  font  du 
côté  de  Saverne  ,  ou  le  long  du  Rhein.  On  compte 
parmi  les  édifices  publics,  l'hôtel-de- ville,  celui  de 
l'intendant ,  l'évêché ,  la  comédie ,  l'arfenul ,  l'hôpi- 
tal des  bourgeois  ,  &  celui  des  foldats. 

Les  habitans  montent  à  environ  vingt-huit  mille 
âmes.  La  ville  a  fix  paroiffes  &  fix  couvents  ,  trois 
d'hommes  &  trois  de  filles.  L'églife  cathtdr  le  ,  dé- 
diée à  Notre  Dame  ,  eft  belle  6l  ancienne  ;  fa  tour 
commencée  en  1229,  n'a  été  finie  qu'en  i_;49  ;  c'eft 
une  pyramide  de  574  pies  de  haut,  &  on  y  monte 
par  un  efcalier  qui  3635  '"arches.  L'horlcge  qui  eft 
dans  l'églife  eft  d'un  grand  travail ,  auifi  compofé 
qu'inutile. 

L'évêché  de  ^'/nzj/'owro',  fondé  vraiffemblablement 
dans  le  vij.  fiecle  ,  eft  le  plus  riche  de  France ,  ëc  fé- 
toit  encore  davantage  autrefois  ;  cependant  il  vaut 
encore  à  prélént  environ  deux  cens  quatre-vingt  mille 
livres ,  &c  a  deux  grands  bailliages  qui  en  dépendent. 
L'cvêque  eft  fuftVagant  de  Mayence,  &  prince  de 
l'Empire  :  quand  ce  fiege  devient  vacant,  ce  font  les 
douze  chanoines  capitulaires  qui  élifent  leur  évê- 
que  ,  &  c'eft  toujours  conformément  aux  defirs  du 


roi. 


Le  chapitre  de  la  cathédrale  de  Strasbourg  eft  un 
des  plus  nobles  qu'il  y  ait  dans  l'Eglife.  Ce  chapitre 
eft  compofé  de  12  chanoines  capitulaires  ,  &  de  ii 
chanoines  domiciliers.  Les  capitulaires  ont  entrée 
^  voix  délibérative  au  chapitre  :  le  revenu  de  leurs 
canonicats  eft  d'environ  fix  mille  livres  année  com- 
mune. Les  chanoines  domiciliers  n'entrent  point  au 
chapitre  ,  mais  ils  pirvlcnnent  par  ancienneté  aux: 
places  de  capitulaires ,  à  mefure  qu'elles  deviennent 
vacantes.  Les  chanoiiies  capitulaires  ne  peuvent  être 
admis  qu'après  avoir  pris  le  Ibuldiaconat.  Leur  pre- 
mière dignité  eft  celle  de  grand-prevôt;  c'eft  le  laint 
fiége  qui  y  nonmie,  fuivant  le  concorvlat  germanique 
pâlie  entre  le  pape  Nicolas  V.  &  l'empereur  Irede- 
ric  111.  l'an  H47. 

Y  y  y  i) 


UO 


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L'cvcqvie  de  Strasbourg  a  fon  officiai ,  &  le  chapi- 
tre a  le  fien.  Les  revenus  de  la  fabrique  de  la  cathé- 
drale peuvent  monter  ;\  quarante  mille  livres  par  an, 
&  font  dillinoués  des  revenus  de  l'cvcque ,  &  de 
'Ceux  du  chapitre.  L'admlniftration  en  appartient  aux 
magillrats ,  qui  les  emploient  aux  réparations  &C  à 
l'entretien  de  l'églile. 

L'univerlité  de  Strasbourg  a  obtenu  fes  premiers 
privilèges  l'an  i  566  de  l'empereur  Maximilien  II. Elle 
eft  compofée  des  quatre  tacultcs ,  &  régie  par  des 
profeffeurs  luthériens. 

Strasbourg  eft  un  gouvernement  de  place  du  gou- 
•vernement  militaire  d'Alface  ,  avec  état  major.  Le 
roi  a  dans  cette  ville  une  forte  garnifon  ,  dont  les  fol- 
dats  font  logés  dans  des  cazernes  bâties  aux  frais  des 
habitans. 

Le  premier  auteur  qui  ait  parlé  de  Strasbourg  eft 
Ptolomce  ,  qui  en  étoit  fort  mal  informé.  Il  la  place 
dans  le  canton  ou  province  des  Vangions  ;  mais  elle 
appartient  certainement  aux  Tribocques.  Les  Van- 
oions  &  les  Tribocques  n'étoient  pas  même  limitro- 
phes ,  puifque  lesNémetes  dévoient  être  fitués  entre 
ces  deux  peuples.  Je  ne  dirai  pas  pour  cela  qu'^r- 
gentoratuni  ait  commencé  en  ce  tcms-là  feulement  ; 
•comme  c'étoit  une  ville  déjafameufe  dans  le  fécond 
fiecle  ,  où  elle  eut  pour  garnifon  une  légion  entière, 
il  ne  faut  pas  douter  qu'elle  ne  doive  repeter  fon 
origine  de  tems  plus  reculés.  Cependant  comme  le 
nom  ^Arg:ntoratum  paroît  romain, je  ne  voudroispas 
placer  cette  origine  au-delà  des  tems  de  la  conquête 
<les  Gaules  par  Céfar.  Il  y  a  même  apparence  qu'elle 
étoit  un  des  cinquante  châteaux  ou  fortereffcs  que 
-Drufus ,  beau-fils  d'Augufte  avoit  bâties  le  long  du 
Rhein,  pour  la  détenfe  du  pays  contre  les  Germains, 
&  que  c'efl:  de-là  qu'elle  a  tiré  fon  origine.  L'empe- 
reur Julien  ,  dans  la  lettre  aux  Athéniens,  nomme 
cette  ville  Af;:^sVTopa,  en  quoi  il  a  été  fuivi  par  l'hilio- 
rien  Zofime. 

Le  nom  de  Strasbourg  ne  fe  trouve  point  avant  le 
vi.fiecle;Grégoire  de  Tours  efl:  le  premier  qui  enpar- 
\Q^V^r<^Q\\^ntStratcburgurn.\^QS  fréquentes  irruptions 
des  Allem.ands  dans  les  Gaules  ,  au  troifieme  &  qua- 
trième fiecles,  &  des  autres  barbares,  dans  le  cinquiè- 
me fiecle ,  défolcrent  &  ruinèrent  tellement  cette 
ville  ,  qu'elle  perdit  beaucoup  de  fon  luftre.  Elle  fut 
même  plus  maltraitée  que  les  autres  fituées  fur  le 
Rhein ,  ce  qui  eft  caufe  que  Worms  ,  Spire ,  Mayen- 
ce  ,  peuvent  encore  montrer  plus  de  relies  d'antiqui- 
tés romaines  que  Strasbourg. 

Cependant  cette  ville  fe  releva  infcnfiblement ,  & 
acquit  de  la  puiffance.   Elle  fe  fournit  avec  peine  à 
l'empereur  Othon  ,  ayant  tenu  avec  fon  évêque  Ru- 
thard  le  parti  du  duc  Gifelbert ,  oppofé  à  celui  des 
empereurs.  Les  ducs  d'Allemagne  n'en  étoient  point 
fouverains ,  quoiqu'ils  commandaffent  dans  la  pro- 
vince ;  &  les  évêques  même  malgré  leur  crédit ,  n'en 
étoient  pas  feigneurs  temporels,  ou  maîtres  abfolus. 
L'empereur  Lothaire  le  Saxon  ,  ayant  été  couron- 
né à  Liège  par  le  pape  Innocent  il.  l'an  1 121  ,  prit 
fpécialement  cette  ville  fous  fa  protedion.  Son  exem- 
ple fut  fuivi  par  Maximilien  I.  qui  lui  donna  le  pri- 
vilège de  battre  monnoie  d'or.    L'empereur  Sigif- 
mondlui  accorda  le  droit  de  tenir  une  foire  franche; 
Enfin  Maximilien  II.  Rudolphe  II.  Ion  fils ,  &  l'em- 
pereur Sigifmond  l'honorèrent  encore  de  nouvelles 
laveurs. 

Voici  quelques  hommes  de  lettres ,  dont  elle  efl  la 
patrie. 

£i/c/z/cA/72/^  (  Jean-Gafpard)  y  naquit  en  1656, 
&  mourut  en  171  2.  Il  s'ell  fait  connoître  par  un  li- 
vre fur  la  figure  de  la  terre  elliptico-fphéroïde  ,  & 
par  un  traité  fur  les  poids  ,  les  melures ,  &  les  mon- 
noies  anciennes. 

Micyllus  (  Jacques) ,  poëte  &  littérateur ,  s'acquit 


S  T  R 

de  la  réputation  par  des  commentaires  fur  Homère 
une  vie  d'Euripide ,  &  des  poéfies  latines.  Il  mourut 
en  1558,  âgé  de  55   ans.  Son  véritable  nom  étoit 
MolJ'er;  mais  il  repréfenta  fi  bien  au  collège  le  per- 
fonnage  de  Micyllus  ,  que  Lucien  introduit  dans  fon 
dialogue  intitulé  lejhrzgc  ,  qu'on  s'accoutuma  à  lu 
donner  le  nom  de  Micyllus  ,  qu'il  porta  toujours  de 
puis. 

Obreckt  (Ulric)  fut  d'abord  attaché  aux  intérêts 
de  la  maifbn  d'Autriche  ,  &  pubUa  quelques  ouvra- 
ges pour  les  foutenir;  mais  après  la  prile  de  Stras- 
bourg par  Louis  XIV.  il  changea  de  fentiment ,  & 
le  fît  catholique ,  ce  qui  lui  valut  la  charge  de  préteur 
royal  de  fa  patrie.  Il  mourut  en  1701  à  l'âge  de  55 
ans.  Il  a  fait  plufieurs  ouvrages  de  politique  ,  tant 
en  latin  qu'en  françois ,  &  quelques-uns  de  littéra- 
ture ;  mais  les  uns  &  les  autres  font  tombés  dans 
l'oubli. 

Scheffer  (  Jean  )  ,  né  à  Strasbourg  qh  161  i  ,  fut  ap- 
pelle tout  jeune  en  Suéde  par  la  reine  Chriftine  ,  qui 
le  fit  profefleur  à  Upfal ,  où  il  mourut  en  1679.  Il 
s'efl  dillingué  par  d'excellens  ouvrages;  tels  font  i**. 
Upfdlia  antiqua  ;  z°.  Suecia  Utterata;  3°.  de  militU 
navaii  vetcrum  ;  ^°.  de  torquibus  antiquorum  ;  5°.  dt 
îiaturâ  philojophiœ  pytliagoricœ  ;  6°.  Laponiœ  defcrip- 
tio.  (Z-e  Chevalier  DE  JaucoURT.') 

Strasbourg  ,  (Géog.  mod.)  petit  ville  d'Allema- 
gne, dans  l'Uckermarck  ,  aux  confins  de  la  Poméra- 
nie ,  fur  le  bord  d'un  petit  lac  ,  environ  à  trois  lieues 
au  nord  de  l'Uckerfée. 

STRASITES  ,  f.  m.  (  Hijl.  nat.  Lithologie.  )  nom 
d'une  pierre  inconnue  dont  parlent  quelques  au- 
teurs qui  lui  attribuent  la  vertu  d'exciter  à  l'amour , 
&  de  faciliter  la  digellion  ;  on  ne  nous  en  donne  au- 
cune defcription. 

STRASTNITS,  (  Géog.  mod.  )  petite  ville  d'Alle- 
magne, dans  la  Moravie, au  cercle  d'Olunitz, remar- 
quable par  fes  eaux  minérales  ,  bien  plus  que  pour 
avoir  donné  la  naiffance  à  Nicolas  Drabicius^  fameux 
enthoufiafle  du  xvij.  fiecle ,  qui  par  fes  vifions  &  (qs 
prophéties ,  fit  beaucoup  de  peine  à  la  maifon  d'Au- 
triche. Ses  révélations  extravagantes  furent  impri- 
mées fous  le  titre  de  lux  in  tenèbris  ,•  mais  la  cour  de 
Vienne  ayant  fu  qu'il  en  étoit  l'auteur ,  chercha  les 
moyens  de  le  punir  ;  en  forte  qu'il  fut  obligé  pour 
éviter  la  perte ,  de  fe  fauver  en  Turquie  où  il  mou- 
rut. Je  ne  crois  pas  que  Ragotski  ait  ajouté  la  moin- 
dre foi  aux  prophéties  de  Drabicius  ;  mais  il  a  pu 
croire  que  c'étoit  une  puilTante  machine  pour  ame- 
ner de  grandes  révolutions  fur  la  fcene  ,  que  d'y 
préparer  les  peuples  par  des  vilions  publiées  avec 
enthoufiafme.  (  Z>.  /.  ) 

STRAT A  ^  dans  CHiJïoire  naturelle  ,  font  plufieurs 
lits  ou  couches  de  différentes  matières  dont  le  corps- 
de  la  terre  ell  compofé,  Foje^  Terre. 

Les  Jîrata  comprennent  toutes  les  couches  de  ter- 
res ,  minéraux  ,  métaux,  pierres,  &c.  qui  font  fous 
la  dernière  couverture  ou  lit  qu'on  appelle  terre. 
Foyei  Fossile,  Minéral,  Métal,  &c. 

C'efl  fans  doute  dans  le  tems  de  la  création  ,  que 
ces.  différens  lits  ont  été  arrangés  ;  à-moins  qu'on  ne 
lùppofe  avec  quelques  grands  naturalilles  ,  comme 
Stenon ,  le  dodeur  Woodward,  &c.  que  le  globe 
de  la  terre  a  été  diffous  par  les  eaux  du  déluge.  Voye^ 

DÉLUGE. 

En  quelque  tems  que  ce  foit,  dit  M,  Derham , 
que  le  globe  terreilre  ait  été  dans  l'état  de  chaos ,  & 
que  les  particules  terreftres  fe  foicnt  affaiflées ,  ces 
différens  lits  ont  été  arrangés  alors  dans  cet  ordre 
commode  dans  lequel  nous  les  voyons  ;  &  ils  l'ont 
été,  à  ce  qu'on  dit ,  luivant  les  lois  de  la  pefanteur^ 
c'ell-à-dire ,  de  manière  que  les  plus  bas  font  toujours 
plus  pefàns  que  ceux  qui  font  au-dellbs. 
j       Mais  le  doâeur  Leigh,  parlant  des  mines  de  char- 


s  T  R 

son,  dans  fbn  hiiloire  naturelle  de  Lancailre,  nie 
nie  les  Jirata  foient  placés  lliivant  les  règles  de  la 
jcfanteur  ;  &  il  obferve  que  dans  ce  pays-là  les  cou- 
rbes font  arrangées  ainfi  ;  d'abord  un  lit  de  marne, 
;nfuite  trois  lits  de  pierre,  enfuite  un  lit  de  mine  de 
ér ,  enlliite  un  de  charbon ,  enfuite  quelques  autres 
its  ,  enfuite  un  autre  lit  de  charbon  ,  &c. 

Cela  détermina  M.  Derham  à  faire  une  recher- 
:he  plus  exaûe  fur  cette  matière  :  en  effet ,  en  1 7 1  z 
1  Ht  fouiller  la  terre  en  différens  endroits ,  mettant 
i  part  les  différens  lits ,  &  enfuite  il  détermina  bien 
^xadfement  leur  pefanteur  fpécifique.  Le  réfultat  fut 
ju'en  un  endroit  les  lits  étoient  par  degrés  fpécifi- 
juement  de  plus  pefans  en  plus  pefans,  à  mefure 
qu'ils  alloient  en-avant  ;  mais  dans  un  autre  endroit, 
1  ne  put  pas  appercevoir  de  différence  dans  les  pe- 
anteurs  fpécifîques. 

En  ayant  donné  avis  à  la  fociété  royale  ,  M. 
lauksbée  qui  en  ell  l'opérateur,  reçut  ordre  d'exa- 
niner  les  lits  d'une  mine  de  charbon,  qui  étoitcreu- 
ée  à  la  profondeur  de  30  lits.  Il  a  donné  dans  les 
tranfaftions  philofophiques  une  table  de  l'épaiffeur 
k  de  la  pefanteur  fpécifique  de  chacun  de  ces  lits  : 
5c  la  conféquence  qui  en  réfulte,  efl  qu'il  paroît  évi- 
lemment  que  les  différens  lits  ne  font  point  rangés 
lar  ordre  de  pefanteur,  mais  purement  au  hafard 
;omme  ils  fe  font  trouvés  mêlés.  Foye^^  Veines  , 
Charbon. 

STRATA  ^  (^Géog.  anc.^  contrée  de  la  Syrie; 
ce  pays ,  dit  Procope  Perficor ,  /.  //.  cj.  eft  proche 
de  la  ville  de  Palmyre  ;  &  il  efl  tellement  brûlé  du 
foleil  qu'il  ne  produit  ni  blé  ,  ni  arbres.  (Z).  /.  ) 

STRATAGEME  ,  f.  m.  (^An  m'dit.  )  rufe  de  guer- 
re ,  ou  artifice  pour  furprendre  &  tromper  l'ennemi. 
Ce  mot  vient  du  grec  <rTpa.ri-}iu  ,Je  commande,  une  ar- 
mée ;  les  anciens  employoient  beaucoup  les Jîratagè- 
mes  ;  mais  les  modernes  font  la  guerre  plus  ouver- 
tement ;  Polyen  &  Fronlin  ont  fait  une  coUeûion 
des  anciens  (îratagèmes  de  guerre.  Foye^  Ruses  mi- 
litaires. Chambifs. 

STRATARYHMÉTRIE  ,  f.  f.  (  TaUlq.  millt.  ) 
c'efl  l'art  de  ranger  en  bataille  un  bataillon  fur  une 
figure  géométrique  donnée  ,  &  de  trouver  le  nom- 
bre d'hommes  que  contient  ce  bataillon ,  foit  qu'on 
les  voie  de  près  ,  ou  qu'on  les  voie  de  loin.  (  D.  /.) 
STRATARITHMOMETRIE,  en  guerre,  efl  l'art 
de  tirer  le  plan  d'une  armée  entière  ,  ou  de  .partie 
d'une  armée  fous  quelque  figure  géométrique ,  & 
d'exprimer  le  nombre  des  ibldats  qu'elle  contient, 
fur  la  figure ,  de  même  qu'il  cil  fur  le  terrein ,  ou  pro- 
che les  uns  des  autres  ,  ou  à  quelque  dillance  don- 
née. Harrïs, 

Ce  mot  efl  formé  du  grec  s-rpctTsç  ,  armée,  apiBfxoç, 
nombre ,  &  imiçov  ,  mejure.  Chambas.  Ce  mot  n'ell 
point  d'ufage  ,  au-moins  en  France.  (  Ç  ) 

STRATEGE  ,  f.  m.  (  Amlq.  grec.  &  Médailles.  ) 
c-TpaTx^cç  ;  c'ell  dans  Démollhcne  le  nom  du  général 
d'armée  chez  les  Athéniens.  Tous  les  ans  fur  la  fin 
de  l'année  ,  les  Athéniens  en  élifoient  dix  pour  com- 
mander leurs  armées  ;  &  cette  éle£lion  fe  faifoit  dans 
le  pnyce  ,  en  même  tems  que  celle  des  magiflrats. 

Lemotde  <rTpaTM>i5ç  vint  infenfiblement  àdéfigner 
tout  chef ,  tout  fupérieur  ;  il  arriva  même  qu'on  don- 
na ce  nom  à  des  hommes  qui  exerçoient  des  charges 
purement  civiles  ou  lacrées.  On  trouve  dans  les  actes 
des  apôtres ,  ch.  xvj.  v.  zo.  ce  mot  employé  pour 
fignifier  les  magiflrats  d'une  ville  ,>;««  npoa-a-^ovTiç  ùo- 
Totç  Tuç  (TTpxT»yci(  ,  c'cll-à-dirc  ,  &  les  amenant  devant 
les  magijlrats.  gl 

Remarquez  auffi  que  le  mot  o-rpstToç,  d'où  efl  dérivé 
o-rpaTM>ûf ,  ne  lignifie  pas  toujours  une  armée,  6c  qu'il 
défîgne  quelquefois  plufleurs  gens  affemblcs ,  &  des 
fpedateurs  ,  comms  dans  l'Eledlro  de  Sophocle  , 
vers  y5o. 


S  T  R 


J4» 


Enfîn,  dans  les  fiecles  fuivans,  lorfqu*on  voulut 
défigner  uli  général  d'armée ,  on  ne  fe  fervoit  plus 
du  mot  rrpccrtiyoç  ,  feul,  dont  la  lignification  étoit  de 
venue  trop  vague  ;  mais  on  fe  vit  contraint  d'ajouter 
eV/ Twi/  o'wXw,  pour  la  déterminer  &c  la  reflreindre 
Cette  pratique  parut  d'autant  plus  nécc  flaire  ,  qu'au 
généraîat  de  l'armée  ,  on  joignit  plufieurs  autres  char- 
ges qui  n'ctoient  nullement  militaires ,  telles  qu'é- 
toient  l'édilité  &  l'intendance  des  grains. 

On  voit  par  ce  détail  que  le  mot  o-rpitT^ycç  a  reçu 
deux  figniîîcations  ,  l'une  militaire,  &  l'autre  civile; 
c'efl  dans  cette  dernière  fignifîcation  ,  qu'il  efl  em- 
ployé fur  les  médailles  des  villes  grecques,  pour 
défigner  un  magiflrat  dont  la  charge  répondoit  à 
celle  de  préteur.  Le  nom  de  cette  magiflrature  pafTa 
de  la  Grèce  en  lonie ,  où  il  fe  communiqua  à  plu- 
fieurs villes  d'Afie  ;  les  unes  ,  dit  Vaillant ,  ont  eu 
des  archontes  pour  magiflrats,  &  les  autres  des /Ira- 
teges.  L'expreffion  de  ce  favant  antiquaire  ne  paroît 
pasexaûe  dans  la  généralité  ,  fiiivant  la  remarque  de 
M.  1  abbé  du  Belley  ;  parce  que  quelques  villes  ont 
eu  l'une  &  l'autre  magiflrature  ,  l'archontat  &  le 
jîratégat.  M.  Spanheim  cite  pour  exemples,  les  villes 
d'ApoUonis  en  Lydie  ,  &  celle  de  Milet.  Il  leur  faut 
ajouter  la  ville  de  Sardes ,  comme  il  paroît  par  un 
médaillon  de  Caracalla,  &par  une  médaille  d'Ota- 
cilia.  Le  Jîratégat  étoit  annuel,  &  comme  il  y  avoit 
dans  une  ville  plufieurs  archontes ,  il  y  avoit  aufîl 
^\\.\{\ç\nsjlaccges  ,  ou  préteurs.  (D.  /.  ) 

STPv.ATÉGIEN ,  mois,  (  Caiend  'ur.)\e  mois  fira- 
tégicn  étoit  le  neuvieme^cics  Bithyniens  ;  il  répon- 
doit ,  félon  quelques  chrônologifles,  au  mois  de  Mai 
du  calendrier  julien  &  grégorien.  (D.J.) 

STRATEGUES  ,  terme  de  Marine  ancienne  ,  c'é- 
toient  des  officiers  chargés  de  nommer  les  triérar- 
giies.  Foyei^  TriÉrargues. 

STRATELATE  ,  f.  m.  (  Empire  grec.  )  nom  d'un 
officier  de  guerre  du  tems  de  l'empire  grec.  Zozlme 
&  Jormandès  en  parlent,  &  il  paroît  que  c'étoit  le 
commandant  des  troupes  d'un  canton  dans  une  pro- 
vince. (Z>.  /.) 

STRATFORD  ou  STRETFORD  ,  (^Géog.  mod.y 
bourg  à  marché,  d'Angleterre,  dans  Warvick-shire, 
fur  l'Avon  ,  qu'on  y  paffe  fur  un  fort  beau  pont  de 
pierre  de  taille  de  quatoi'ze  arches  ,  conflruit  aux  dé- 
pens de  Hugues  Clopton  ,  maire  de  Londres  ,  qui 
voulut  laiffer  à  fa  patrie  ce  monument  de  fon  affec- 
tion. Il  n'y  a  pas  long-tcms  qu'on  montroit  encore 
dans  ce  bourg,  la  maifonoù  SLikefpcare  (Guillaume) 
étoit  mort  en  16 16;  on  la  regardoit  même  comme 
une  curiofité  du  pays,  dont  leshabitans  regrettoient 
la  deflrudion  ;  tant  ils  font  jaloux  de  la  gloire  de  la 
naiflance  de  ce  génie  fublime  ,  le  plus  grand  qu'on 
connoiffe  dans  la  poéfie  dramatique. 

Il  vit  le  jour  à  Stratford  en  1 564,  fon  père  qui  étoit 
un  gros  marchand  de  laine,  ayant  dix  enfans  ,  dont 
Shakefpeare  étoit  l'aîné  ,  ne  put  lui  donner  d'autre 
éducation  ,  que  de  le  mettre  pendant  quelque  tems 
dans  une  école  publique,  pour  qu'il  fuivit  enfiilte  fon 
commerce.  Il  le  maria  à  l'âge  de  dix-fept  ans  avec  la 
fille  d'un  riche  payfan ,  qui  faifoit  valoir  fon  bien 
dans  le  voifinage  de  Stratford.  Shakefpeare  jeune  , 
&  abandonné  à  lui-même,  vit  des  libertins,  vint  à 
Londres  ,  &:  fît  connoifi'ance  avec  des  comédiens.  II 
entra  dans  la  troupe,  &  s'y  didingua  par  fon  génie 
tourné  naturellement  au  théâtre ,  linon  comme  grand 
adcur,  du- moins  comme  excellent  auteur.  Ce  Icroit 
un  plailir  pour  un  homme  curieux  des  anecdotes  du 
théâtre  anglols  ,  de  lavoir  quelle  a  été  la  première 
pièce  de  cet  auteur  ;  mais  c'ell  ce  qu'on  ignure.  On 
ne  fait  pas  non  plus  le  tems  précis  qu'il  quitta  le 
théâtre  pour  vivre  tranquillement  ;  on  fait  feulement 
que  ce  ne  fut  qu'après  l'année  16 10. 

Plufieurs  de  fcs  pièges  furent  repréfentées  devant 


54Î 


S  T  R 


ïa  reiae  EIîrabct"h ,  qiù  ne  manqua  pas  de  donner  au 
pocte  des  marques  de  la  faveur.  C'eft:  évidemment 
cette  princelle  qu'il  a  eu  en  vue  dans  ionjonge  d'Jic  , 
quand  il  dit  ;  »  une  belle  veftale  couronnée  d;ins  l'oc- 
»  cidcnî  «  ;  &  tout  cet  endroit  ei\  un  compliment 
joliment  amené,  &  adroitement  appliqué  à  la  reine. 
L'admirable  caractère  de  Falftaffe  dans  la  pièce  de 
Henri  IV.  lui  plCit  fi  fort ,  qu'elle  dit  à  Shakefpearc 
de  le  faire  paroitre  amoureux  dans  une  autre  pièce  ; 
&  ce  tut-là  ce  qui  produifit  les  commcns  de  IVindfor  , 
pièce  qui  prouve  que  la  reine  fut  bien  obéie. 

Mais  Shakefpeare  reçut  des  marques  extraordinai- 
res d'afFcèlion'du  comte  de  Southampton  ,  fameux- 
dans  l'hiltoirc  de  ce  tems-là  ,  par  fon  amitié  pour  le 
comte  d'Elîex.  Ce  feigneur  lui  fit  à  une  feule  fois  \\\\ 
préfent  de  mille  livres  flerling  ,  pour  Faider  d;  ns 
une  Ticquiluion  qu'il  fouhaitoit  de  fe  procurer.  Il 
palVa  les  dernières  années  de  fa  vie  dan-.;  J'aifance  & 
dans  le  commerce  de  fes  amis.  Son  efprit  &  fon  bon 
cara*Stcre  lui  valurent  la  recherche  &  l'amitié  de  la 
nobleffe  ,  &  des  gentilshommes  du  voifmage. 

M.  Rowe  dit  qu'on  raconte  encore  dans  la  comté, 
une  hiftoire  aflez  plaifante  fur  ce  fujet.  Il  étoit  par- 
ticulièrement lié  avec  un  vieux  gentilhomme  nom- 
mé Cojnkc ,  très  -  connu  par  fes  richefles  &  par  fon 
caraftere  ufurier.  Un  jour  qu'ils  étoient  en  compa- 
gnie d'amis  ,  M,  Combe  dit  en  riant  à  Sh^ikefpeare  , 
qu'il  s'imaginoit  qu'il  avoit  deffein  de  faire  fon  épi- 
taphe,  en  cas  qu'il  vînt  à  mourir,  &  que  com.me  il 
ne  fauroit  point  ce  qu'on  diroit  de  lui  quand  il  feroit 
mort,  il  le  prioit  de  la  faire  tout  de  fuite  :  fur  ce  dif- 
cours  ,  Shakefpeare  fit  quatre  vers  ,  dont  voici  le 
fcns  :  »  Cy  gît ,  dix  pour  cent  ;  il  y  a  cent  contre 
»  dix  ,  que  'on  ame  foit  fauvée  :  fi  donc  quelqu'un 
M  demande  qui  repofe  dans  cette  tombe  :  Ho  !  ho  ! 
M  répond  le  diable ,  c'eft  mon  Jean  de  Combe. 

Ce  M.  Combe  eil  vraiflemblablement  le  même , 
dont  Dugdale  dit  dans  fes  Antiquités  di  Warwick-sld- 
re ,  qu'il  a  un  monument  dans  le  chœur  de  l'cglife 
de  Stratford^  avec  l'épitaphe  fuivante  :  «  Ici  efl  en- 
»  terré  le  corps  de  Jean  Combe  ,  écuyer ,  mort  le 
«  lo  Juillet  1614.  Il  a  légué  diverfes  charités  an- 
»»  nucUes  à  la  paroifle  de  Stratford^  &  cent  liv.  fler- 
»  ling  pour  les  prêter  à  quinze  pauvres  marchands  , 
»  de  trois  en  trois  ans,  en  changeant  les  parties  cha- 
»  que  troifieme  année  ,  à  quinze  shellings  par  an  , 
»  dont  le  gain  fera  diftribué  aux  pauvres  du  lieu  ». 
Cette  donation  a  tout  l'air  de  venir  d'un  ufurier  ri- 
che &  raffiné. 

Shakefpeare  mourut  lui-même  deux  ans  après  dans 
la  cinquante-troiiieme  année  de  fon  âge,&:  laifla  très- 
peu  d'écrits  ;  mais  ceux  qu'il  publia  pendant  fa  vie 
ont  immortalifc  fa  gloire.  Ses  ouvrages  dramatiques 
parurent  pour  la  première  foie  tous  enfemble,  à  Lon- 
dres en  i6z3  ,  in-fol.  &  depuis  MM.  Rowe,  Pope  & 
Théobald  en  ont  publié  de  nouvelles  éditions.  J'i- 
gnore fi  celle  que  M.  Warburton  avoit  projettée  ,  a 
eu  lieu.  Il  devoit  y  donner  dans  un  difcours  préli- 
minaire ,  outre  le  caraélerc  de  Shakefpeare  &  de  fes 
écrits ,  les  règles  qu'il  a  obfervées  pour  corriger  fon 
auteur,  avec  un  ample  gloffaire,  non  de  termes  d'art, 
ni  de  vieux  mots  ,  mais  des  termes  auxquels  le  poè- 
te a  donné  un  fens  particulier  de  fa  propre  autorité , 
&  qui  faute  d'être  entendus  ,  répandent  une  grande 
obfcurité  dans  fes  pièces.  Voyons  maintenant  ce 
qu'on  penfe  du  génie  de  Shakefpeare ,  de  fon  efprit, 
de  fon  ftyle ,  de  fon  imagination  ,  &  de  ce  qui  peut 
excufer  fes  défauts.  Qu'on  ne  s'étonne  pas  fi  nous 
entrons  dans  ces  détails ,  puifqu'il  s'agit  du  premier 
auteur  dramatique  d'entre  les  modernes. 

A  l'égard  de  fon  génie  ,  tout  le  monde  convient 
qu'il  l'avoit  très -beau,  &  qu'il  devoit  principale- 
ment à  lui-même  ce  qu'il  étoit.  On  peut  comparer 
Shukcfpeare ,  félon  AdifTon ,  à  la  pierre  enchaiTce 


ST  R 

dans  l'anneau  de  Pyrrhus ,  qui  reprcfentolt  la  figurt 
d'Apollon  avec  les  neuf  mules  dans  {ç.^  veines ,  que 
la  nature  y  avoit  tracées  elle-même  ,  fans  aucun  fe- 
cours  de  l'art.  Shakefpeare  efl  de  tous  les  auteurs  le 
plus  original,  &  qui  ne  doit  rien  c\  l'imitation  des 
anciens  ;  il  n'eut  ni  modèles  ,  ni  rivaux ,  les  deux 
fources  de  l'émulation  ,  les  deux  principaux  aiguil- 
lons du  génie.  Il  efl  im  exemple  bien  remarquable 
de  ces  fortes  de  grands  génies ,  qui  ])?r  la  force  de 
leurs  talens  naturels ,  ont  produit  au  milieu  de  l'irré- 
gularité ,  des  ouvrages  qui  faifoient  les  délices  de 
leurs  contemporains  ,  &  qui  font  l'admiration  de  la 
poftérité. 

Le  génie  de  Shakefpeare  fe  trouvoit  allié  avec  la 
fînefle  d'efprit ,  &  l'adrefTe  à  ménager  les  traits  frap- 
pans.  M.  le  Blanc  rapporte  un  endroit  fin  de  la  tra- 
gédie de  Céfar.  E>écius  ,  parlant  du  diclateur  ,  dit: 
«  Il  fe  plaît  à  entendre  dire  ,  qu'on  furprend  les 
»  lions  avec  des  filets  ,  &  les  hommes  avec  des  flat- 
»  tcries,  &c.  mais  qu?.nd  je  lui  dis,  qu'il  hait  les  flat- 
»  teu;  s  ,  il  m'approuve  ,  &  ne  s'apperçoit  pas  que 
»  c'efl  en  cela  que  je  le  flatte  le  plus  ».  Dans  fa  tra- 
gédie de  Macheih  ,  il  repiéfente  avec  beaucoup  d'a- 
dreile  l'imprefïion  naturelle  de  la  vertu  ;  on  voit  un 
fcélérat  effrayé  fur  ce  qu'il  remarque  la  modération 
du  prince  qu  il  va  afiafîiner.  «  Il  gouvernoit ,  dit-il 
»  en  parlant  de  ce  pruice  ,  avec  tant  de  douceur  & 
»  d'humanité  »  ;  d'où  il  conclud  que  toutes  les  puif- 
fances  divines  &  humaines  fe  joindroient  enfemble 
pour  venger  la  mort  d'un  roi  fi  débonnaire.  Mais  il 
ne  fe  peut  rien  de  plus  intéreifant  que  le  monologue 
de  Kamlet ,  prince  de  Danemarck  ,  dans  le  troifieme 
adte  de  la  tragédie  de  ce  nom  :  on  fait  comme  M. 
de  Voltaire  a  rendu  es  morceau.  C'efl  Hamlet  qui 
parle. 

Demeure^  il  faut  choijir  ^  &  paffer  à  Vinflant 
De  la  vie  à  la  mort ,  eu  de  fétre  au  néant. 
Dieux  cruels  ,  s'il  en  efl ^  éclaire:!^  mon  courage  ! 
Faut-il  vieillir  courbé J'ous  la  main  qui  m'outrage  , 
Supporter  ou  finir  mon  malheur  &  mon  fort? 
Çhii  fuis-ji  ?  qui  m'' arrête?  &  qii'ejl-ce  que  la  mort? 
C'eft  la  fin  de  nos  maux  y  c'efi  mon  unique  afyle  ; 
Apres  de  longs  tranf ports  ,  <^e(l  unfommeil  trart- 

quile  ; 
On  f  endort ,  &  tout  meurt  ;  maïs  un  affreux  révâl 
D  oit  fuccéder  peut-être  aux  douceurs  dufommeiii 
On  nous  menace  ;  on  dit  que  cette  courte  vie  , 
De  tour  mens  éternels  efl  auffi-tôtfuivie. 
O  mort  !  moment  fatal  !  ajfreufe  éternité! 
Tn-it  cœur  à  tonfeul  nomfe  glace  épouvanté. 
Eh  ,  qui  pourroit  fans  toi  fupporter  cette  vie  i 
De  nos  prêtres  menteurs  bénir  Chypocrifie  ; 
D'une  indigne  maitreffe  encenfir  les  erreurs  ; 
Ramper  fous  un  minifre  ,  adorer  fes  hauteurs  , 
Et  montrer  les  langueurs  de  fon  ame  abattue 
A  des  amis  ingrats  qui  détournent  la  vue  ? 
La  mortferoit  trop  douce  en  ces  extrémités  , 
Mais  lefcrupule  parle  &  nous  crie  ,  arrête^  ; 
//  défend  il  nos  mains  cet  heureux  homicide  , 
Et  d'un  héros  guerrier  fait  un  chrétien  timide. 

Par  rapport  au  ftyle  ,  il  efl  certain  que  fes  expref- 
fions  font  quelquefois  fublimes.  Dans  les  tableaux 
de  l'Albane  ,  les  amours  de  la  fuite  de  Vénus  ne  font 
pas  repréfentés  avec  plus  de  grâce,  que  Shakeipcare 
n'en  donne  à  ceux  qui  font  le  cortège  de  Cléopatre, 
dans  la  defcription  de  la  pompe  avec  laquelle  cette 
reine  fe  préfente  à  Antoine  fur  les  bords  duCydneis; 
mais  à  des  portraits  où  V<^\  trouve  toute  la  nobleffe 
&  l'élévation  de  Raphaël,  fuccedent  quelquefois  de 
miférables  tableaux  dignes  des  peintres  de  taverne, 
qui  ont  copié  Téniers. 

Son  imagination  étoit  vive  ,  forte  ,  riche  &  har- 
die, Il  unimc  les  fantômes  c^u'il  fait  paroître  i  il  corn- 


s  T  R 

uinlque  toutes  les  impreffions  des  idées  qiiî  l'affec- 
înt ,  &i-  les  Ipedatcui'S  ont  de  la  peine  à  le  défendre 
e  la  terreur  qu'inipirent  les  (cènes  des  ipedres  de 
î  pocte.   Il  y  a  quelque  chofe  de  iî  bifarre  ,  &  en 
lûinc  tems  de  fi  grave  dans  les  dilcours  de  les  tan- 
)mes  ,  de  l"esY(4'-'!>  »  tle  fes  forclers  ,  &c  de  fes  autres 
crfonnages  chimériques  ,  qu'on  imagine  que  s'il  y 
/oit  de  tels  êtres  au  monde  ,  ils  parleroient  &  agi- 
jient  de  la  manière  dont  il  les  a  reprélenrés. 
L'obfcurité  des  oracles  de  Shakefpeare  n'eft  fou- 
ent  obfcurité  que  pour  ceux  qui  n'ont  pas  eu  l'avan- 
ige  d'en  découvrir  les  beautés.  Par  exeniple  ,  dans 
■  fonge  d'été ,  acle  II.  le  roi  des  fées  jlit  à  Ion  confi- 
ent :  «  Tu  te  louviens  du  jour  qu'affis  fur  le  haut 
d'un  promontoire  ,  j'écoutois  les  chants  d'une  fi- 
rene  portée  fur  le  dos  d'un  dauphin  ;  elle  remplif- 
foit  les  airs  d'accens  fi  doux  &  fi  mélodieux  ,  que 
la  pier  en  fureur  le  calma  aux  charmes  de  la  voix, 
&  que  certaines  étoiles  fe  précipitèrent  follement 
de  leurs  fpheres,  pour  prêter  l'oreille  aux  fons 
harmonieux  qu'elle  faifoit  retentir  ». 
Le  but  de  l'auteur  dans  cette  allégorie  a  été  de 
lire  l'éloge  &  la  fatyre  de  Marie  ,  reine  d'EcoiTe  , 
a  couvrant  néanmoins  les  deux  vues  qu'il  avoit. 
>'abord  la  manière  dont  il  place  le  lieu  de  la  fcene , 
lontre  que  c'ert  dans  le  voilinage  de  l'île  de  la  grande 
retagne  ;  car  il  rcpréfente  celui  qui  parle  ,  attentif 
la  voix  de  \Ajirem ,  dans  le  même  tems  qu'il  voyoit 
attentat  de  l'amour  contre  la  veJlaU  (la reine  Elifa- 
eth). 

1l?l  Jircnc  fur  le  dos  du  dauphin  défigne  clairement 
!  mariage  de  la  reine  Marie  avec  le  dauphin  de 
^ance.  Le  poète  la  repréfente  fous  l'image  A'wïioji- 
•nc  par  deux  raifons  ;  &  parce  qu'elle  étoit  reine 
'une  partie  de  l'île  ,  &  à  caufe  de  (qs  dangereux 
ttraits.  RempUjJhit  L'air  d'accens  Ji.  doux  &  ji  mélo- 
ieux  ;  voilà  qui  fait  allufion  à  Ion  efprit  &  à  fes 
onnoiffances  ,  qui  la  rendirent  la  femme  la  plus  ac- 
omplie  de  fon  tems. 
Les  hiiîoriens  françois  rapportent  que  pendant 
u'eiie  étoit  à  la  cou»;  de  France  &  dauphine  encore , 
lie  prononça  une  harangue  latine  dans  la  grande- 
sUe  du  Louvre  avec  tant  de  grâce  &  d'éloquence  , 
[ue  loute  l'aflemblée  en  fut  ravie  d'admiration. 

Q  ue  la  mer  en  fureur  fe  calma  aux  charmes  de  fa 
oix  ;  parla  l'auteur  entend  l'EcofTe  ,  qui  fut  long- 
sms  contre  elle.  Ce  trait  eil  d'autant  plus  jufte  ,  que 
opinion  commune  eft  que  les  firenes  chantent  du- 
ant  la  tempête. 

Certaines  étoiles  fe  précipitèrent  follement  de  leurs 
pheres ,  pour  prêter  l'oreille  aux  fons  harmonieux  quelle 
aifoit  retentir.  C'ell  ce  qui  fait  allufion  en  général 
ux  divers  mariages  qu'on  lui  propofa  ;  mais  cela 
egarde  plus  paiticulierement  la  fameule  négocia- 
ion  du  duc  de  Norfolk,  avec  elle  ;  négociation  qui 
Lii  ayant  été  fiéatale  ,  aufii-bien  qu'au  comte  deNor- 
humberland  &  à  plufieurs  autres  illufires  familles  , 
)n  pouvoit  dire  avec  afi'ez  d'exaûitude,  que  certai- 
les  étoiles  fe  précipiiei  ent  follement  de  leurs  fpheres. 

Shakefpeare  pofiede  à  un  degré  éminent  Tart  de 
emuer  les  palfions ,  fans  qu'on  apperçoive  qu'il  tra- 
vaille à  les  faire  naître  ,  mais  le  cœur  fe  ferre  Ôc  les 
armes  coulent  au  moment  qu'il  le  faut.  11  a  encore 
'art  d'exciter  les  paflions  oppoiées  ,  &  de  faire  rire 
luand  il  le  veut  ;  il  connoît  les  rcflbrts  de  notre  ten- 
Ircfle  &  ceux  de  nos  foibles  le  plus  frivoles  ,  les  ref- 
brts  de  nos  fentimens  les  plus  vifs ,  comme  ceux  de 
los  lenlations  les  plus  vaines. 

Il  eft  ridicule  de  lui  reprocher  fon  manque  de  lit- 
;érature  ,  puifqu'il  eft  certain  qu'il  montre  dans  fes 
pièces  beaucoup  de  connoilTances  ,  &  qu'il  nous  inij 
porte  fort  peu  de  favoir  dans  quelle  langue  il  les  a 
îcquifes.  On  voit  qu'il  avoit  une  bonne  teinture  de 
l'Hiftoire  ancienne  &  moderne ,  de  la  Mythologie  , 


S  T  R 


543 


&  de  ce  qui  conftitue  l'érudition  poétique.  Non" 
feulement  l'efprit ,  mais  les  moeurs  des  Romains  le 
trouvent  peintes  dans  Coriolan  6c  dans  Jules-Céfar 
fuivant  les  divers  tems  où  ils  ont  vécu.  Ses  defcrlp- 
tions  font  exaftes,  &fes  métaphores  en  général  aflez 
juftes.  Il  connoifibit  les  dramatiques  grecs  &  latins  , 
&  l'on  fait  qu'il  a  emprunté  de  Plaute  l'intrigue  d'une 
de  ies  pièces.  Il  ne  fe  montre  pas  quelquefois  moins 
habile  dans  la  critique  qu'il  fait  des  défauts  de  ftyle 
ou  de  compofition  des  autres  auteurs.  En  voici  deux 
exemples. 

Dans  la  pièce  intitulée  ,  Tout  ce  qui  finit  bien ,  ef 
bien ,  afte  V.  fçene  IL  ParolUs  repréfente  fes  mal- 
heurs au  payfin  par  une  métaphore  fale  &  grofïïere  ; 
voyant  que  \e payfanie.  bouchoit  lenez,Pdro//«dit: 
//  n'ejl  pas  nécejjairc  que  vous  vous  bouchie^  le  ne?  :  je 
parie  par  métaphore.   Le  payfin  répond  :  Si  votre 

métaphore  fnt  mauvais je  me  boucherai  U  ner 

pour  les  métaphores  de  qui  que  ce  foie. 

Dans  Timon,  acle  f^.  fcene  III.  le  poëte  flattant 
Timon  |S»ar  fes  invedives  contre  l'ingratitude  de  fes 
amis ,  dit  d'un  ton  ronflant  :  Je  fuis  tranfporté  de  fu- 
reur ,  &  je  ne  puis  couvrir  cette  monjirueiife  ingratitude 
d'aucune  façon.  Timon  répond  :  Laijfe^^  la  nue  ^  on 
ne  la  verra  que  mieux.  La  plaifanterie  de  cette  réponfe 
eft  excellente  :  elle  renferme  non-feulement  un  fou- 
verain  mépris  du  flatteur  en  particulier  ,  mais  cette 
utile  leçon  en  général ,  que  les  chofes  fe  voient  de  la 
manière  la  plus  claire ,  quapd  on  les  exprime  fimple- 
ment. 

En  admirant  Shakefpeare  ,  nous  ne  devons  pas 
fermer  les  yeux  fur  fes  défauts  ;  s'il  étonne  par  la 
beauté  de  Ion  génie  ,  il  révohe  quelquefois  par  foa 
comique  trivial, fes  pointes  &  fes  mauvaifes  plaifan- 
teries  ;  une  fcène  ridicule  fe  trouve  à  la  fuite  d'une 
Icene  admirable  :  cependant  M.  Pope  croit  qu'on 
peut  en  quelque  manière  excufer  de  pareils  défauts 
dans  ce  poète  ,  &  en  donner  des  raifons  ,  fans  quoi 
il  eft  difficile  de  concevoir  qu'un  li  grand  génie  y 
foit  tombé  de  gaieté  de  cœur.  Il  écrivit  d'abord  pour 
le  peuple  fans  fecours ,  fans  avis ,  6i.  fans  aucune  vue 
de  réputation  ;  mais  après  que  lés  ouvrages  eurent 
mérité  les  applaudifliemens  de  la  cour  &  de  la  ville, 
il  perfedionna  fes  productions  ,  &i.  refpeda  davan- 
tage fon  auditoire. 

Il  faut  encore  obferver  que  dans  la  plupart  des 
éditions  de  cet  auteur  il  s'y  eft  glilfé  des  erreurs  fans 
nombre ,  dont  l'ignorance  a  été  la  fource.  On  a  mis 
trés-injuftement  lur  le  compte  du  poëte  quantité  de 
fautes  ,  qui  ne  viennent  que  des  additions  arbitrai- 
res ,  des  retranchemens  ,  des  tranfpofitions  de  vers  , 
&  même  des  fcenes  ,  de  la  manière  dont  les  perlbi> 
nages  ont  été  confondus  &  les  difcours  de  l'un  at- 
tribués à  l'autre  ;  en  un  mot ,  de  l'altération  d'un 
nombre  infini  de  partages  ,  par  la  bêtife  &  les  mau- 
vaifes corrections  qu'ontfaites  les  premiers  éditeurs 
de  ce  poëte. 

Pope  conclud  que  malgré  tous  les  défauts  que  la 
plus  févere  critique  peut  trouver  dans  Shakefpeare  , 
&  malgré  toute  l'irrégularilité  de  fes  pièces  ,  on  doit 
confidérer  les  ouvrages  comparés  avec  d'autres  plus 
polis  &  plus  réguliers  ,  comme  un  ancien  bâtiment 
majeltueux  d'architedure  gothique  ,  comparé  avec 
un  édifice  moderne  d'une  architecture  régulière.  Ce 
dernier  eft  plus  élégant  6c  plus  brillant,  mais  le  pre- 
mier a  quelque  choie  de  plus  fort  6c  de  plus  grand. 
Il  faut  avouer  qu'il  y  a  dans  l'un  allez  de  matériaux 
pour  fournir  à  plfifieurs  de  l'autre  efpecc.  11  y  règne 
plus  de  variété  ,  6c  "les  appartemens  lont  bien  plus 
valtes  ,  quoiqu'on  y  arrive  louvent  par  des  partages 
obfcurs ,  bifarrement  ménages  &  dclagréables.  Tout 
ce  qu'il  y  a  de  défedueux  n'empêche  pas  que  tcMit 
le  corps  a'inlpire  du  refpcCt ,  quoique  pluùcurs  des 


544 


S  T  R 


parties  foicnt  de  mauvais  goût ,  mal  dirpofées  ,  &  ne 
répondent  pas  à  la  grandeur. 

Comme  je  goûte  beaucoup  le  jugement  plein  de 
déllcateilc  &  de  vérité  que  M.  Hume  porte  de  Sha- 
keipeare  ,  je  le  join>  ici  pour  clôture.  Si  dans  Shakel- 
pearc  ,  dit-il ,  on  coniidere  un  homme  né  dans  un 
ficclc  grofiicr  ,  qui  a  reçu  l'éducation  la  plus  bafle, 
fans  inltrikfciion  du  côté  du  monde  ni  des  livres  ,  il 
doit  ctre  regardé  comme  un  prodige  ;  s'il  eft  repré- 
senté comni^e  un  poëte  qui  doit  plaire  aux  fpeflateurs 
rafinés  îk  iiitelligcns  ,  il  faut  rabattre  quelque  chofe 
de  cet  éloge.  Dans  fcs  compofitions ,  on  reg/rette  que 
des  fccnes  remplies  de  chaleur  6c  de  paflion  foient 
fouvent  défigurées  par  un  mélange  d'irrégularités 
inliipportables  ,  &  quelquefois  même  d'abfurdités  ; 
pcut-ctre  aulTi  ces  diiformités  fervent-elles  à  donner 
plus  d'admiration  pour  les  beautés  qu'elles  environ- 
nent. 

Exprefîîons ,  defcriptlons  nerveufes  &  plttoref- 
qucs  ,  il  les  offre  en  abondance  ;  mais  en  vain  cher- 
cheroit-on  chez  lui  la  pureté  ou  la  funpliclté'du  lan- 
c;af;e.  Quoique  ion  ignorance  totale  de  l'art  Si  de  la 
conduite  du  théâtre  ioit  révoltante  ,  comm.e  ce  dé- 
faut affc^e  plus  dans  la  repréfentation  que  dans  la 
lecture  ,  on  l'excufc  plus  facilement  que  ce  manque 
de  goût  ,  qui  prévaut  dans  toutes  fes  produftions , 
parce  qu'il  efl  réparé  par  des  beautés  faillantes&  des 
traits  lumineux.  ^ 

En  un  mot ,  Shakefpeare  avoit  un  génie  élevé  & 
fertile,  6c  d'une  grande  richefle  pour  les  deux  gen-r 
rcs  du  théâtre  ;  mais  il  doit  être  cité  pour  exempte 
du  danger  qvi'il  y  aura  toujours  à  fe  repofer  unique- 
ment fur  ces  avantages,  pour  atteindre  à  l'excellence 
dans  les  beaux-arts  ;  peut-être  doitilrefter  quelque 
foupçon  ,  qu'on  relevé  trop  la  grandeur  de  fon  gé- 
nie ,  à-peu-prcs  comme  le  défaut  de  proportion  & 
la  mauvaife  taille  donnent  quelquefois  aux  corps 
une  apparence  plus  gigantefque.  (  Le  Chevalier  DE 

JjUCOVRT.) 

STRATH-ERNE  ,  (  GJogr,  mod.  )  provinre  de 
l'Ecoffe  méridionale.  Cette  province  a  pour  bornes 
au  nord ,  celle  d'Athol;  au  midi,  celle  deMenteith  ; 
à  l'orient ,  les  provinces  de  Trlfe  &  de  Perth  ;  &  au 
couchant,  celle  de  Braid-Albain.  Elle  tire  fon  nom 
ce  la  rivière  d'Erne ,  qui  la  traverfe  dans  fa  îon^ieur , 
car  dans  l'ancienne  langue  du  pays,  ^/ra^Afignineune 
vallée  fituée  le  long  d'une  rivière.  Les  comtes  de  la 
maifon  de  Drunimond  ont  été  long-tems  gouverneurs 
héréditaires  des  provinces  de  Menteithd:  de  Strath- 
Erne  ,  avec  titre  de  féncchal.  (7?.  /.) 
■  STRATH-NAVERN  ,  (  Géog.  mod.  )  province  de 
rEcofîefcptentrionale  ,  réunie  à  celle  de  Sutherland 
cpii  la  borne  au  niidi ,  comme  celle  de  Cathuen  à  l'o- 
rient. Sa  longueur  efl  de  trente-quatre  milles  ,  &fa 
plus  grande  largeur  de  douze  ;  c'cft  un  pays  entière- 
ment monîueux  ,  &  dent  les  montagnes  font  hautes 
&  couvertes  de  neige  ;  les  forêts  font  peuplées  de 
bêtes  fauvages  ,  de  cerfs  ,  de  daiifls  ,  de  chevreuils  , 
&  même  de  tant  de  Icups ,  que  leshabitans  font  obli- 
gés d'aller  chaque  année  ,  en  corps  de  commune,  à 
la  chaïïe  de  ces  derniers  animaux'.  Les  rivières  les 
plus  confidérables  de  cette  province ,  font  le  Navérn, 
le  Torrildail ,  TUrredell,  le  Durcnish,  &  le  Hallow- 
dail;  (çs  rivières  ,  les  lacs  ,  &  les  côte»  de  la  mer, 
foiu-nlffcnt  quantité  de  poiiTons  à  cette  province  ;  fes 
habitans  font  forts,  robullcs  ,  laborieux,  accoutumés 
à  fupporter  toutes  iortes  de  fatigues,  le  froid  6c  le 
chaud,  la  foif  6c  la  faim  ;  ce  font  de  bonnes  gens  , 
francs,  finceres  ,  vertueux  ;  ils  le  ftrvent  de  la  lan- 
gue ancienne  du  pays,  qui  cft  un  dialeéiede  l'irhin- 
doife  ;  ils  n'ont  ni  villes ,  ni  bourgs ,  mais  des  ha- 
meaux poi;r  habitation.  (^D.J.  ) 

STRaTH-YLA  ,  (  Gù>^r.  mod.)  petit  pays  d^E- 
cplfe ,  dans  la  province  de  Banf.  Il  ell  arrolé  par  la 


S  T  R 

rivière  Yla  ,  eft  fertile  en  pâturages  ,  &  abonde  en 
carrière  de  pierre  de  chaux.  (£>.  ./.) 

STRATIES  ,  STRATI^  ,  (  Géogr.  anc.  )  ville 
du  Péloponnèfe  dans  l'Arcadie.  Quelques-uns  ont 
cru,  dit  Fau'anias  ,  lïv.  Vlll.  c.  xxv.  que  Siraties 
Enil'pe  ,  &  Ripe  ,  dont  Homère  fait  mention  ,  Iliad. 
XI IL  V.  6o6.  éîoient  des  îles  du  Ladon  ;  mais  c'cft 
une  chimère  ;  cette  rivière  n'ell  pas  afTez  large  pour 
avoir  des  îles  comme  on  en  voit  fur  le  Danube  &  fur 
le  Pô.  (/^./.) 

STRATIFICATION  ,  f  f  (  Gram.  )  en  chimie, 
difpofition  de  différentes  matières  par  lits.  Il  y  a  pUi- 
fieurs  opérations  de  chimie  ,  au  fuccès  desquelles  cet- 
te manœuvre  cil  elTcntielle. 

STRATIFIER  ,  v.  ad.  mettre  par  lits. 

STRATIOTES  ,f  m.  (  Hifl.  nat.  Bot.)  nom  d'un 
genre  diftin£l  de  plante,  fuivant  le  fyftème  de  Lin- 
na:us ,  6c  dont  voici  les  caractères.  Le  calice  eft  con> 
pofé  d'une  membi'anc  à  deux  feuilles  ,  comprimées  , 
obtules ,  conniventes  ,  &  carennées  de  chaque  côté. 
Outre  cette  écorce  mcmbraneule  ,  la  fleur  a  fon  en- 
veloppe particulière ,  qui  eft  formée  d'une  feule  feuil- 
le ,  divifée  en  trois  fcgmens  ;  elle  efl  droite  6c  tom- 
be ;  la  fleur  ell  compofée  de  trois  pétales  ,  droits, 
déployés  ,  faits  en  cœur,  &  d'une  grandeur  double 
de  ce  le  du  calice  ;  les  étamines  font  au  nom!)rc  de 
vingt  filets,  de  la  longueur  de  la  longueur  de  l'enve- 
loppe de  la  fleur  ,  6c  inférées  dan?  le  réceptacle  ;les 
bolfetîes  des  étamines  font  fimplcs;  le  germe  du  pif-  1 
til  ell  porté  lous  le  réceptacle  du  caUce  particulier 
de  la  fleur  ;  il  y  a  fix  llyles  fendus  en  deux  parties, 
&  qui  font  de  la  longueur  des  étamines;  les  ftigma 
font  Amples  ;  le  fruit  efl  une  baie  ovale  ,  contenant 
fix  loges  ;  les  graines  font  nombreufes  ,  oblongues  , 
crochues ,  &  comme  ailées  ;  ce  genre  de  plante  ne 
contient  qu'une  feule  efpece.  Linnxi  ,  gcn.  plant. 
p.  253.  {D.J.) 

Stratiotes,  (  Botan.  exot.  )  plante  qui  croit  en 
Egypte ,  dans  le  tems  des  inondations  du  Nil.  Profper 
Alpin  ,  dit  qu'elle  reffemble  à  l'aizoon  ,  avec  cette 
feule  différence  que  fes  feuilles  font  plus  larges  ;  nous 
ne  l'avons  pas  cependant  fi  c'efl  le  flradotcs  de  Diof- 
corlde.  Celui  des  modernes  nage  fui"  la  furface  de 
'  l'eau  ,  comme  la  Imtlada  palujlns  ;  il  n'a  point  d'o- 
deiu",  6c  efl  aflringent  au  goût  ;  c'efl  la  hnticula. aqua- 
tica  palujlns  ,  agyptiaca ,  foliis  fedo  majore  ladori- 
bus,ào  C.B.  P.  36z.  {D.J.) 

STRATONICIE  ,  (  Gèog.  anc.  )  1°.  .'^traionicia, 
félon  Strabon  ,  Polybe,  Tite-Live,  &  Etienne  le 
géographe  ;  &  Stratonica  ou  Stratonict  ,  félon  PtO- 
lon-.ée,  /.  V.  c.  //.  vide  de  l'Afie  mineure,  dans  la  Ca- 
rie 6c  dans  les  terres ,  au  voifinage  d'Abanda  &  d'A- 
linda  ,  à  peu-près  entre  ces  deux  villes.  Strabon, 
/.  XI y.  p.  66.  en  fait  une  colonie  de  Macédoniens; 
mais  de  quels  Macédoniens?  apparemment  des  Sy- 
riens-Macédoniens ,  ou  Séleucides  ;  car  cette  ville 
avoit  pris  fon  nom  de  Stratonice  ,  femme  d'Antio- 


chus  Sotcr. 


Tite-Live  ,  /.  XXXIII.  c.  xxx.  nous  apprend 
que  Stratonicie  fut  donnée  aiux  Rhodiens  ;  elle  fut 
réparée  par  l'empereur  Hadrien  ,  félon  Etienne  le 
géographe,  qui  ajoute  qu'on  l'appelle  à  caufede  cela, 
Hadr'ianopolis  ;  mais  Tancien  nom  prévalut ,  même 
dans  les  notices  épifcopales  ,  &  dans  celles  des  pro- 
vinces. On  a  une  médaille  de  Géta,  avec  ce  mot, 
iTf «T5i';;iêoi' ;  Stratonicorum  ou  Straton'iunfium. 

Auprès  de  la  ville  de  Stratonicie  ,  de  Carie,  il  y 
avoit  un  temple  dédié  à  Jupiter  Chryfaorécn.  Ce 
temple  étoit  commun  aux  Cariens  ,  &  c'efl  où  fe  tc- 
noit  l'affcmblée  générale  du  pays  ,  dans  laquelle  les 
Stratoniciens  étoientadmis,  non  qu'ils  fuffent  carions 
d'origine,  mais  parce  qu'ils  pofl'edoient  des  villages 
de  la  Carie*;  il  y  avoit  aulTi  dans  le  territoire  de  Stra- 
tonicie ,  un  fameux  temple  d'Hécate. 


s  T  R 


S  T  R 


a*.  Stratonîc'u  ,  ville  de  l'Afie  mîne^ire  ,  près  da 
ïnont  Taurus.  Strabon  ,  /,  Xlf^.  p.  6Go.  l'appelle 
Stratonicia  ad  Tàurum  ,  pour  la  dillinguer  de  Strato- 
n'icudc  Carie;  mais  on  ignore  la  province  &  le  lieit 
où  elle  étoit  fituce.  (  D.  J.  ) 

STRATONIS  Insula  ,  (  Géo^r.  anc.  )  île  du 
golfe  Arabique  >  félon  Strabon  ,  /.  Xf^I.  p.  Gyo.  & 
Pline  ,  /,  VI.  p.  zç).  Elle  étoit  vers  l'embouchure  de 
ce  golfe  ,  &  dans  le  golphe  même.  (^D.  /.) 

STRATOPEDARCHA  ,  (  Hifi.  des  Emp.  grecs.) 
chef  de  la  garde  tzaconienne  ou  lacédémonienne , 
que  les  fucceffeurs  de  Conftantin  entretenoient  au- 
près de  leur  perfonne.  Cette  garde  étoit  armée  de 
hallebardes  ,  &  revêtue  de  corfelets  qui  avo'ient  des 
figures  de  lions  ;  elle  portoit  une  capote  de  drap , 
&  fur  la  tête  un  capuchon  ;  leiirspilaticia  étoient  à  ce 
qu'on  croit  des  maflès  d'armes,  ou  des  banderoles 
attachées  au  bout  d'un  javelot.  (D.  J.) 

STRATOR  ,  (  Antïq.  rom.  )  ce  mot  défigne  quel- 
qiiefois  un  officier  de  l'armée,  chargé  de  veiller  aux 
chemins  ,  pour  que  rien  n'arrêtât  la  marche  des  trou- 
pes ;  en  conféquence  ,  il  faifoit  raccommoder  les 
)onts ,  applanir  les  hauteurs  ,  couper  les  bois  incom- 
■nodes ,  &  difpofer  toutes  chofcs  pour  le  pafTage  des 
rivières. 

Quelquefois  (Iratorno.  défigne  que  l'officier  chargé 
ie  prendre  foin  des  chevaux  que  les  provinces  four- 
liflbient  pour  l'ufage  public. 

Enfin  ^wwfignifioit  dans  les  derniers  tems,  l'é- 
::uyer  qui  tenoit  la  bride  du  cheval  de  l'empereur,  & 
'aidoit  à  monter  delTus  ;  c'étoit  le  même  homme  que 
es  Grecs  nommoient  anabokus.  (  D.  J.  ) 

STRATOS,  (  Géog.  anc.)  i°.  ville  de  Grèce  dans 
'Acarnacie ,  fur  le  fleuve  Achéloiis.  Thucydide  , 
iv.  //.  p.  1S4.  dit  que  Stratus  eftune  très  -  grande 
^ille  de  l'Acarnanie  ,  &  plus  bas ,  en  décrivant  le 
:ours  du  fleuve  Achéloiis  ,  il  ajoute  que  dans  la  hau- 
e  Acarnanie  ,  ce  fleuve  arrofoit  la  ville  de  Stratus. 
rite-Llve  nous  apprend  que  cette  ville  étoit  très-for- 
e  ;  il  la  met  dans  l'Etolie ,  parce  qu'elle  étoit  aux 
:onfins  de  cette  contrée  ,  qui  étoit  féparée  de  l'A- 
:arnanie  par  le  fleuve  Achéloiis  :  d'ailleurs  les  bor- 
les  de  ces  deux  contrées  ne  furent  pas  toujours  les 
nêmes  ;  la  puiflance  des  Etoliens  s'étant  accrue  ,  ils 
Rendirent  leurs  frontières  aux  dépens  de  leurs  voi- 
ins.  Strabon  ,  /.  X.  donne  la  fituation  de  Straium  , 
\l  fa  diftance  de  la  mer  :  car  il  dit  que  pour  arriver  à 
:ette  ville ,  il  falloit  naviger  deux  cens  ftades  &  plus 
Lir  le  fleuve  Achéloiis. 

2°.  Fleuve  de  l'Hircanie  ;  c'étoit  un  de  ceux  qui 
)renoient  leur  fource  au  mont  Caucafe;  félon  Pline,  ■ 
'.  VI.  c.xvj.  ce  fleuve  que  Ptolomée;,  /.  VI.  c.  ix. 
lomme  Straton  ,  venoit  de  la  Médie  ,  couloit  par  le 
>ays  des  Anarins  ,  &  fe  jettoit  dans  la  mer  Cafpien- 
le.  (£)./.) 

STRAUBING,  {Giog.mod.)  ville  d'Allemagne, 
m  cercle  de  Bavière,  fur  le  Danube  ,  capitale  d'un 
jetit  territoire,  auquel  elle  donne  fon  nom  ,  à  huit 
ieues  au-deflbus  de  Ratisbonne;  les  Autrichiens  ra- 
yèrent fes  fortifications  en  1743.  Long.  2^.  40.  laiit. 

Naogeorgus  (Thomas)  ,  naquit  en  i  51 1  ù  Strau- 
^ing.,  &  mourut  vers  l'an  1578.  Il  entendoit  afîez 
îien  le  grec ,  &  tfaduifit  de  cette  langue  en  latin  di- 
,^ers  traités  de  Plutarque  ,  Dion  ,  Chryfoftome,  & 
es  lettres  de  Synéfius.  Il  fit  auflî  des  poèmes  en  vers, 
jui  ne  plaifent  ni  aux  Catholiques  romains,  ni  aux 
)rotefl:ans  qui  ont  un  peu  de  goût.  Tel  efl:  celui  qui 
i  pour  titre  ,  Bellurn papiJUcum.  Il  le  publia  en  1^53, 
le  le  dédia  à  Philippe  landgrave  de  HelTe.  Il  compofa 
les  tragédies  dans  le  même  efprit,  entre  autres  fon 
^ammacluus ,  &  fon  Mercator ,  le  Marchand  con- 
verti, car  cette  dernière  à  été  traduite  en  françois, 
Tome  XV, 


545 


&  imprimée  en  1  591  ;  le  nom  allemand  deNaoseor- 
gus  ,  étoit  Kirchmaier.  {D.J.)  ^ 

STRAVICO  ou  STRAVICHO,  {Géogr.  mod.) 
petite  ville  de  la  Turquie  européenne ,  dans  la  Ro- 
manie,  aux  confins  de  la  Bulgarie,  fur  le  bord  de  la 
mer  Noire ^  au  fond  d'un  golfe  de  même  nom,  entre 
Melembria  &  Sifopoli.  {D.  J.) 

STREL ,.  LA ,  (  Géog.  nwd.  )  &  par  les  Allemands 
Iftrig,  rivière  de  Hongrie ,  dans  la  partie  feptentrio- 
nale  de  laTranfilvanie,  qu'elle  arrofe  pour  le  perdre 
enluite  dans  la  rivière  de  Muros,  vers  les  confins  de 
la  Haute  -  Hongrie  ;  c'efl  la  Sargnia   des   anciens. 

STRELEN,  {Gèog.  mod.)  petite  ville  d'Allema- 
gne, enSiléfie,  dans  la  principauté  de  Bries,  fur  la 
rivière  d'OIaTç.  (Z?. /.)  ^' 

STRÉLITS,  {Hifl.  de  Ruffîe.)  milice  de  Ruffie^" 
caflée  &  abolie  par  le  czar  Pierre  I.  au  fujet  d'une 
grande  rébellion  qu'elle  excita  dans  fon  empire.  La 
mihce  àQsStrilus.,  comme  celle  des  JanifTaires,  dif- 
pofa  quelquefois  du  trône  de  Ruffie ,  &  troubla  l'état 
prelque  toujours  autant  qu'elle  le  foutint.  Ces  Strér 
lus  compofoient  le  nombre  de  quarante  mille  hom- 
mes. Ceux  qui  étoient  dlfperfés  dans  les  provinces  ,' 
fublifloient  de  brigandages  ;  ceux  de  Mofcou  vivoient 
en  bourgeois,  ne  fervoient  point,  &  pouflbient  à 
l'excès  l'infolence.  Enfin  après  plufieurs  révoltes  ces 
Strélhs^  marchèrent  vers  Mofcou  pendant  que  le  czar 
étoit  à  Vienne  en  1698  ;  ils  formèrent  le  deffein  de 
mettre  Sophie  fur  le  trône  ,  &  de  fermer  le  retour  à 
un  czar,  qui  ofa  violer  les  ufages ,  en  ofant  s'inf- 
truire  chez  les  étrangers.  Pierre  inllruit  de  cette  ré- 
volte ,  part  fecrettement  de  Vienne  ,  arrive  à  Mof- 
cou ,  &  exerce  fur  la  milice  des  Strélus  un  châtiment 
terrible  ;  les  prifons  étoient  pleines  de  ces  malheu- 
reux. Il  en  fit  périr  deux  mille  dans  les  fupplices,  & 
leurs  corps  réitèrent  deux  jours  expui'cs  iur  les  grands 
chemins.  Cette  févérité  étoit  fans  exemple  ;  ce  oriii- 
ce  eût  été  iage  de  condamner  les  chefs  à  la  mort,  ôc 
de  faire  travailler  les  autres  aux  ouvrages  publics  ^ 
car  ce  furent  autant  d'hommes  perdus  pour  lui  ÔC 
pour  l'état;  &  la  vie  des  hommes  doit  être  comptée 
pour  beaucoup ,  fur -tout  dans  un  pays  prefque  dé- 
fert,  &  où  par  conféquent  la  population  demande 
tous  les  foins  d'un  légiflateur.  Le  czar  au  contraire 
ne  montra  dans  cette  occafion  que  de  la  fureur  ^ 
parla  muhitude  des  fuppHces;  il  cafla  le  corps  des 
Strélits,&C  abolit  leur  nom  ;  ce  qu'il  pouvoit  fiilre  en 
les  difperfant  dans  fes  valles  états,  &  en  les  occu- 
pant à  défricher  des  terres.  HJl.  de  l'empire  de  Rujfic 
par  M.  de  Voltaire.   (  Z).  /.  ) 

STRELITZ ,  (  Giog.  mod.  )  petite  ville  d'Allema- 
gne, en  Siléfie,  dans  la  principauté  d'Oppelcn ,  à  4 
lieues  environ  de  la  ville  d'Oppelen  ,  entre  les  riviè- 
res de  Malpenaw  &  de  Kladinitz.  (D.J.) 

STRENGENBACH  ou  STRENGBACH  ,  le, 
{Géog.  mod.)  rivière  de  France,  dans  la  haute  Al- 
lace.  Elle  prend  fa  fource  près  de  Sainte-Marie  aux 
Mines ,  &  fe  perd  dans  le  Fecht.  (  D.  J.  ) 

STRENGNES,  (  Géog.  mod.)  petite  ville  de  Sué- 
de, dans  la  Sudermanic,  llir  la  rive  méridionale  du 
lac  Maler ,  &  à  i  5  lieues  au  fud  -  ôuelt  d'Upfal.  Le 
roi  Charles  IX.  ell  inhumé  dans  la  cathédrale.  Lon^^ 
ji.  14.  lat,  5^.  18. 

Peringskiold  ( /f^/z  )  ,  favant  antiquaire  fuédois, 
naquit  à  Sirengncs  en  1618  ,  &  mourut  en  1720, 
âgé  de  102  ans;  c'étoit  le  patriarche  des  hommes  de 
lettres.  Il  a  mis  au  jour  de  beaux  6c  grands  ouvrages 
pendant  le  cours  de  cette  longue  vie.  Oi-\  lui  doit  en- 
tre autres  celui  qui  eli  intitulé, /////.^r;\/  rcgum  j'ep- 
tentrionatium^  &  qui  forme  14  vol.  in -fol.  Voye^  le 
pcre  Nicéron,  Mém.  des  hommes  iiluflres,  1. 1.  p.  6'6't 
&Jtuv.  {D.J.) 

STRÈNIE,  f.f.  {Mjthol.)  nom  d'une  décile  des 

Z  z  « 


541^ 


S  T  R 


Romains.  C'étoit  elle  qui  prcfidoit  aux  étrennes  , 
c'cft-à-dirc  aux  prélens  qu'on  le  taifoit  le  premier 
jour  de  l'annce.  Elle  avoit  un  temple  A  Rome  dans 
la  quatrième  région  de  la  ville  Nonnus  Marcclius 
dit  qu'elle  tut  ainfi  appellée  de /?.'t:'/7///zi,  valeur,  par- 
ce que  Tortius  qui  inititua  la  coutume  de  donner 
tles  étrennes,  les  établit  comme  des  prélens  delHnés 
aux  vaillans  hommes.  (Z>. /.  ) 

STRETTO  ,  {Mufiq.  ital.)  ce  terme  italien  s'em- 
ploie ci'cK|uetbis  pour  marquer  qu'il  faut  rendre 
les  tems  de  la  mei'ure  ferrés  6:  courts,  &  par  confé- 
quent  fort  vîtes.  Brojj'urd.  (D.J.) 

STRIJTl/RJ ,  (  Architecture  da  Rom.)  ce  mot  fe 
prend  dans  \'itruve  pour  les  concavités  des  colonnes 
cannelées  ;  il  déligne  aufTi  dans  cet  auteur  l'eipacc  plat 
ou  le  lillel ,  qui  eft  entre  chaque  cannelure.  (Z).  ./.) 

STRIBORD,  TRIBORD,  DEXTRïbORD  , 
EXTRIBORD  ,  ou  TIENBORD ,  f.  m.  (  Munnc.  ) 
c'elt  le  côté  gauche  du  vaiffeau  quand  on  va  de  la 
poupe  à  la  proue. 

STRICT,  ad).  (  Gramm.  )  cxaft  ,  rigoureux.  On 
dit  d'un  terme ,  qu'il  faut  le  prendre  dans  vm  l'cns 

STPvîDON ,  (  Gèog.  anc.  )  ville  fituce  aux  confins 
de  la  Dalmatie,  au  nord  de  la  fourcc  du  Ertius  ,  & 
affez  près  de  la  Save,  à  la  droite  ;  elle  étoit  par  con- 
féquent  dans  l'Illyrie:  fonnoni  moderne  eftSdrjgna, 
félon  Biondo.  Les  Goths  ruinèrent  cette  ville ,  6l 
faint  Jérôme  nous  apprend  lui-même  que  c'étoit  fa 
patrie.  11  y  naquit  vers  l'an  340  de  Jefiis-Chriil ,  & 
mourut  l'an  420,  âgé  d'environ  80  ans.  J'ai  afTez 
parlé  de  ce  grand  dofteur  ,  au  rjiot  Pères  de 
l'Eglise.  {D.J.) 

STRIES ,  {.  f  (  Conchyl.  )  rayures  ou  gravures  en 
relief,  qui  le  voyent  fur  la  robbe  d'une  coquille  ; 
elles  lent  ditfcrentes  des  rides  qui  forment  des  ondes 
irrégulieres,  &  des  cannelures  qui  font  plus  grandes 
&  plus  égales.  (  Z>.  /.  ) 

Stries  ,  dans  C ancienne  A rckitc&ure, (ont  les  filets, 
rayons  ou  intervalles  qui  léparent  les  canelures  des 
colonnes,   f^oye^  StriGES  &  CANNELURES. 

STRIGA  ,  (^Litcératiire.')  ce  mot  fignifioit  chez  les 
Romains  un  efpace  de  terrain  vuide  dans  les  champs» 
defliné  à  la  promenade  des  chevaux;  cet  efpace  étoit 
long  de  cent  vingt  pies,  &  large  de  foixante.  Mais  le 
mot  de  firiga  flgnifie  au  propre  im  grande  raie  entre 
deu:^  filions ,  &  dans  l'arpentage ,  il  fignifioit  une 
gi-ande  mefure  de  longueur.  (Z>.  /,) 

Striga  ou  Striega,  (  Géog.  mod.)  petite  ville 
d'Allemagne,  en Siléfie  ,  dans  la  principauté  de  Sch- 
weidnitz,  liir  le  bord  de  la  rivière  de  Polsnitz. 

STRIGE ,  f.  f.  dans  Cancitnne.  Archluciure ;  c'eft  ce 
qu'on  appelle  cannelure  dans  l'architedure  moderne. 
Voyez  Cannelure. 

On  les  appelle  ainfi  ,  parce  qu'on  fuppofe  qu'ori- 
ginairement on  les  fail'oit  à  l'imitation  des  plis  des 
robes  de  femme  ,  qu'on  appelloit  en  làûnjlrigœ.  Les 
filets  ou  efpaces  qui  font  entre  ces  plis  s'appelloient 
ftria.   Voyc^  StRI^E. 

STRIGILE  ,  f  m.  {Gymnajl^  JlrlgiU  ,  inftrument 
de  fer  ,  de  cuivre  ,  d'argent ,  d'ivoire  ,  de  corne  , 
6  c.  avec  lequel  les  anciens  fe  décrafibicnt  le  corps. 

On  diftinguoit  dans  lejlrigile  deux  parties  ,1e  man- 
che Se  la  languette.  Le  manche  ,capulus ,  formoit  or- 
dinairement un  parallélépipède  reftangle  ,  creux  & 
oblong,  dans  le  vuide  duquel  on  pouvoit  par  les  cô- 
tés engager  la  main  dont  on  empoignoit  de  l'initru- 
menr.  La  languette  ,  iingua  ,  étoit  courbée  en  demi- 
cercle  ,  creulée  en  façon  de  gouttière,  &i.  arrondie 
dans  fon  extrémité  la  plus  éloignée  du  manche  ,  ce 
qui  faifoitune  cfpece  de  canal  pour  l'écoulement  de 
l'eau  de  la  fueur,  de  l'huile  &;  des  autres  impuretés 
qui  fe  féparoient  de  la  peau  par  le  mouvement  de 
cette  forte  d'étrillé.  Le  couteau  de  chaleur  dont  on 


S  1'  R 

fe  fert  pour  les  chevaux  a  quelque  rapport  avec  \t 
ftriglU  des  Romains. 

Ce Jlrigi/e  étoit  chez  eux  d'un  très-grand  ufage 
non-feulenvent  dans  les  bains  pour  frotter  ccu\  gui 
fe  baignoient ,  mais  auffi  dans  les  gymnafes  pour  lîé- 
toyer  la  peau  des  athlètes  de  l'efpecc  d'enduit  que 
formoit  le  mélange  d'huile  ,  de  fueur,  de  fable  de 
boue  &  de  pouiïïere  ,  dont  ils  étoient  couverts. 

Prefque  tout  le  monde  avoit  de  fl'igiles  dans  fa 
maifon  ,  &  ceux  à  qui  ils  appartenoient ,  failbient 
graver  leur  nom  fur  le  manche  ,  ainli  qu'il  paroît  par 
quelques-uns  de  ces  inllrumens  qu'on  a  trouvés  dans 
les  ruines  des  thermes  de  Trajan.  (£>.  /.  ) 

STRIGMENTUM  ^  (Gynmajhque.)  ce  mot  latin 
lignifie  dans  Pline  la  crajj'e  &c  les  ordures  qu'on  enle- 
voit  de  deffus  le  corps  dans  les  bains ,  &  dans  les 
lieux  des  exercices  publics.  Strigmentum  défigne 
aufîi  dans  le  même  auteur,  la  crajje  qu'on  ôtoit  de 
defilis  les  murs  ,  ou  les  llatues  qui  appartenoient  au 
public. 

Il  y  avoit  donc  trois  fortes  dejirigmenta;  les  unes 
qui  provenoient  des  bains  ,  étoient  compolées  de 
fueur ,  d'huile  &  de  craffe  du  corps,  D'autres  venoient 
de  l'arène ,  6c  contenoient  les  mêmes  chofes  ,  avec 
addition  de  la  pouffiere,  qui  avoit  été  réjjandue  fur 
le  corps ,  après  qu'on  avoit  été  frotté  d'huile.  Les 
troifiemes  étoient  détachées  des  murs  &  des  llatues 
dugymnafe.  Ces  dernières  contenoient  aulTi  de  l'hui- 
le ,  avec  des  particules  de  la  fubftance  particulière 
à  laquelle  elles  étoient  attachées  ,  &  dont  par  con- 
féquent  elles  empruntoient  quelque  propriété.  Si , 
par  exemple ,  elles  étoient  détachées  des  llatues  de 
cuivre,  c'étoit  un  mélange  d'huile  ,  de  poulfiere  ÔC 
de  verd-de-gris.    (Z>.  /,  ) 

STRIGONIE  ou  OSTROGON  ,  (  Géog.  mod.  )  & 
par  les  Allemands  Gran.  ^oy^^  ce  mot.  Cette  ville 
gû  la  capitale  du  comté  de  Strigonie  ,  dans  la  baffe 
Hongrie.  Elle  a  des  bains,  naturels  dont  la  chaleur 
ell  modérée  ,  &  elle  efi:  la  patrie  de  faint  Etienne , 
premier  roi  chrétien  de  Hongrie ,  mort  à  Bude  en 
1038. 

Strigonie,  comté  de,  (Géog.  mod.)  il  eft  coupé  en 
deux  par  le  Danube.  Il  a  les  comtés  de  Comore  &  de 
Bars  au  nord,  celui  de  Novigrad  au  levant ,  celui  de 
Piliez  au  midi ,  &  celui  de  Javarin  au  couchant.  Ses 
principaux  lieux  font  Strigonie  à  la  droite  duDanube, 
&  Piilen  à  la  gauche.   (Z>.  /.) 

STRIKE ,  f.  m,  (Corn.)  elt  une  mefure  qui  con-. 
tient  quatre  boilTeaux,  &  dont  les  deux  font  unquar- 
ter ,  ou  huit  boilleaux.  f^oyc^  Boisseau  &  Quar- 
ter. 

Le  Jirike  de  lin  ,  ell  la  quantité  de  lin  qu'on  peut 
prendre  en  une  poignée.  Diciionn.  de  Chambers. 

STRIPERTZ  ou  STRIPMALM ,  f.  m.  {Hift.  nut. 
Minéralogie.)  les  ininéralogilles  luédois  défigncnt 
fous  ce  nom  une  mine  de  plomb  ,  dans  laquelle  ce 
métal  le  trouve  combiné  avec  de  l'argent  &  de  l'an- 
timoine minéralifés  par  le  foufre.  Elle  a  la  couleur  de 
la  mine  de  plomb,  ou  galène  ordinaire;  elle  ell  corn- 
pofée  de  llripes  ou  d'aiguilles  plus  ou  moins  fines.  On 
trouve  cette  mine  dans  la  mine  de  Sahla  en  Suéde  ; 
elle  ell  dilficile  à  traiter  ,  parce  que  ces  fubltances 
le  nuilènt  les  unes  aux  autres. 

STRIURE,  f  f.  (Architeclure.)  il  fe  dit  de  la  can- 
nelure des  colonnes ,  &  de  cet  intervalle  creux  qui 
règne  du  haut  en  bas  du  fîit  de  la  colonne  ,  pour  la 
faire  paroître  plus  groffe  &C  plus  agréable. 

STRIX i  f.  m.  (^Littéral.)  efpece  d'oifeau  de  nuit 
dont  parlent  les  anciens  ;  nous  ne  le  connoifibns 
point  ;  eux-mêmes  n'en  favoient  pas  plus  que  nous 
du  tcms  de  Pline.  Il  ell  certain  qu'il  ne  paroiffoit  que 
la  nuit,  &  on  le  nommoity?A/A;  à  caufe  de  Ib.n  cri. 
Ovide  le  dit  dans  lefwcme  livre  des  faites. 


s  T  R 

EJi  illîs  ûrigihns  nomen  ,fed  nomînîs  hujus 
Caufa  quod  horrendd  jiridere  noclefolmt. 

Nos  auteurs  tradulfent /?r/Ar  par  ckoueUe.Les  poètes 
font  entrer  les  œufs  &  les  entrailles  de  cet  oifeau 
dans  toutes  les  compofitions  que  failbient  les  magi- 
ciennes. Médée  le  dit  dans  Séneque: 

Mifcetquc  &  obfcœnas  aves 
Mœjiique  cor  bubonïs  &  rauccs  flrigis 
Exjecla  vivût  vifcera. 

c<  Elle  y  mêle  les  chairs  des  plus  flmefles  oifeaux,  le 
»  cœur  d'un  crapaud  ,  &  les  entrailles  qu'elle  a  ar- 
»  rachées  à  une  chouette  vivante  ».  Horace ,  Ode  V. 
liv.  y.  dit  que  Canidie ,  la  tête  échevelée  &  entortil- 
lée de  vipères  ,  fît  préparer  fur  le  feu  magique  ,  une 
compofition  où  elle  mêla  enfemble  des  racines  de 
cyprès  &  de  figuier  fauvage  déterrées  dans  un  cime- 
tière ,  des  plumes  &  des  œufs  de  chouette ,  noclumœ 
firigis  ,  trempées  dans  le  fang  d'un  crapaud ,  des  her- 
bes de  ThefTalie  &  d'Ibérie  ,  pays  fertiles  en  poi- 
fons ,  &  des  os  arrachés  de  la  gueule  d'une  chienne  à 
jeun. 

Ces  détails  de  forcellerie  plaifoient  apparemment 
aux  anciens  ;  car  nous  voyons  que  leurs  poètes  s'é- 
tendent volontiers  fur  cette  matière.  îl  faut  pourtant 
auoucr  qu'Horace  l'a  fait  avec  modération  ;  mais  il 
n'en  efl  pas  de  même  de  Lucain ,  l'Ereôo  de  fon  fi- 
xieme  livre  eft  réellement  fort  dégoûtante.  Nous  vou- 
lons que  de  pareils  images  foient  préfentées  rapide- 
ment ,  &  en  peu  de  mots.  Mais  les  œufs  &  les  en- 
trailles de  l'oifeau  (Irlx  entroient  fi  néceffairement 
dans  les  compofitions  magiques,  que  les  anciens  nom- 
moi  ent/?/'/^';i  toutes  les  forcieres.  (^D.J.^ 

STROBULUS  ,  f.  m.  (  Linérat.  )  nom  que  don- 
noient  les  Romains  à  une  efpece  de  bonnet  que  por- 
loient  les  barbares  ,  &  qui  s'élevoit  comme  une  pom- 
me de  pin  par  plufieurs  circonvolutions  enfpirale;  le 
bonnet  des  Romains  au-contraire,  s'élevoit  en  pointe 
toute  droite. 

STROEKS  ,  f.  m.  pi.  (ya'ijfeaux  mofcovltes!)  petits 
vaifTeaux  plats  dont  on  fe  fert  fur  le  Volga  pour  le 
négoce  d'Aflracan  &  de  la  mer  Cafpienne.  Les  Jiroeks 
contiennent  environ  trois  cens  balots  de  foie  ,  qui 
font  quinze  lefts.  Ils  vont  à  voile  &  à  rames ,  &  ont 
pour  cela  feize  rames ,  un  feul  mât ,  &  une  feule 
voile.  Le  gouvernail  eft  une  longue  perche  ,  plate 
par  l'endroit  qui  eft  dans  l'eau.  Le  patron  le  guide 
par  le  moyen  d'une  corde  attachée  entre  deux  aîles 
qui  le  tiennent  en  état  ;  ils  peuvent  porter  contre  les 
marchandifes ,  2  5  matelots  6c  60  paffagers.  Diàion.  de. 
Commerce,.   (  D.  J .  ) 

STROMA  ,  {Géog.  mod.)  île  d'Ecoffe  ,  à  1  milles 
au  nord  de  la  pointe  de  CatnefT,  &  l'une  des  îles  qui 
font  au  midi  de  celles  de  Mainland.  Cette  île  qui  efl 
affez  fertile,  n'eft  point  comptée  entre  les  Orcades , 
parce  qu'elle  eft  trop  près  du  continent  de  l'EcofTe. 
<Z?./.) 

STROMATES  ,  f.  m.  pi.  (  Litiérai.)  ce  terme  eft 
grec  ,  &  fignifîe  mélanges  ;  il  a  fervi  de  titre  à  plu- 
fieurs ouvrages.  Plutarque  &  Origène  l'ont  employé; 
mais  S,  Clément  d'Alexandrie  a  particulièrement  il- 
luftré  ce  terme.  Ses  Jlromates  font  un  mélange  de  fes 
propres  penfées  ,  &  de  celles  des  meilleurs  auteurs 
qu'il  avoit  lus.  On  y  voit  de  l'hiftoire ,  de  la  littéra- 
ture ,  de  la  critique ,  du  facré  &  du  profane;  enfin, 
ce  mélange  différent  lui  fit  donner  le  nom  de  jlroma- 
tes. (D.J.) 

STROMBERG ,  (  Céog.  mod.  )  petite  ville  d'Alle- 
magne ,  dans  l'évcché  de  Munfter  ,  chef- lieu  d'un 
burgraviat ,  à  3  lieues  de  Lipftadt.  Long,  26.  5y.  lac. 
5,.  43.  (D.J.) 

S  T  R  O  M  B I T  E ,  f.  f.  (  Hif.  nat.  Litholog.  )  nom 
donné  par  quelques  naturaliftes  i\  des  coquilles  fofTi- 
Tome  XV. 


^  1   R  547 

les ,  que  l'on  nomme  plus  communément  turbinites, 

STROMBOL ,  LE ,  {Géog.  mod.)  montagne  de  l'île 
de  Candie ,  à  x  lieues  au  couchant  de  la  ville  de  Can- 
die.  Il  fort  de  cette  montagne  une  groflé  fource,dont 
les  eaux  font  falées.  (Z>.  J.) 

STROMBOLI ,  {Géog.  mod.)  île  de  la  mer  de  Si- 
cile ,  au  nord  de  cette  dernière  île ,  à  laquelle  elle 
femble  appartenir,  &  à  30  milles  de  Lipari,  au  le- 
vant d'été.  On  lui  donne  12  milles  de  circuit;  mais 
elle  eft  fans  habitans,  car  ce  n'eft  proprement  qu'une 
montagne  ronde  qui  brûle  toujours,  &  qu'on  décou- 
vre de  loin.  Les  anciens  l'ont  appeîlée  Strongylos. 
/^oye^  Strongyle  ,  Géog.  anc.  {D.J.) 

STROMONA ,  LA ,  {Géog.  mod.)  autrement  Ra- 
dini,  Ifchar,  Marmara,  Veratafar  ;  car  tous  ces  noms 
indiquent  le  Strymon  des  anciens  ,  rivière  de  la  Tur- 
quie en  Europe.  Elle  prend  fa  fource  dans  les  mon- 
tagnes de  la  Bulgarie  ,  traverfe  la  province  d'Iambo- 
li ,  arrofe  enfuite  Marmara  &  Tricala  ;  enfin ,  elle 
vient  fe  perdre  dans  le  golfe  de  ContefTa  &  les  ruines 
d'Emboli ,  ou  ChryfopoUs.  {D.  J.) 

STRONGOLI ,  {Géog.  mod.)  petite  ville  d'Italie , 
au  royaume  de  Naples ,  dans  la  Calabre  citérieure , 
fur  une  haute  montagne  ,  à  9  milles  au  nord-eft  de 
Santa-Severina,  dont  fon  évêché  eft  fuffragant.  Long. 
J2.  zS.  Ut.  40.  41. 

STRONGYLE ,  (  Géog.  anc.  )  île  fur  la  côte  fep- 
tentrionale  de  la  Sicile  ,  &  l'une  des  îles  Eolienaes  , 
aujourd'hui  Stromboli  ;  Strabon  dit  qu'elle  fut  appeî- 
lée 2tpo>^>Ja}i,  Strongyle ,  à  caufe  de  fa  figure  ronde. 
Silius-Italicus ,  liv.  14.  v.26'0.  écrit  Strongylos;  l'iti- 
néraire d'Antonin  ,  place  cette  île  à  320  ftades  de' 
MefTine.  {D.  J.) 

STRONGYLUS,  {Géog.  anc.)  montagne  d'Afie; 
dans  la  Carmanie  ;  c'eft  une  des  branches  du  mont 
Taurus ,  &  le  nom  moderne  eft  Techifanda  ,  feloa 
Caftald.  {D.J.) 

STRONS  ou  STRONZA ,  (  Géog.  mod.  )  île  de  la 
mer  d'Ecoffe ,  &  l'une  des  Orcades  ,  au  levant  de 
l'île  de  Sanda ,  à  4  milles  de  celle  de  Heth.  On  lui 
donne  6  milles  de  longueur ,  &  3  de  largeur.  Son 
terroir  eft  fertile  ,  &  très-peuplé.  {D.  J.) 

STROPHADES,  Îles,  (GVo^r.  anc.)  îles  de  b 
mer  Ionienne ,  fur  la  côte  du  Péloponnèfe.  Strabon, 
liv.  viij.  les  met  vis-à-vis  &  à  l'occident  de  la  ville 
CyparifTia ,  prefque  à  400  ftades  du  continent  ,  & 
cette  fituation  leur  avoit  fait  donner  le  nom  de  Cy- 
parijjiorum  infulœ.  Elles  étoient  au  nombre  de  deux, 
Virgile  ,  JEneid ,  l.  III.  v.  20c).  fait  mention  de  ces 
îles ,  qu'il  dit  habitées  par  la  cruelle  Celœno  &  par 
les  Harpyes  : 

Servdtum  ex  undis  Strophadum  me  litora primitm 
Accipiunt.  Strophadès  grajo  fiant  nomim  dicta 
Injulœ  lonio  in  magno  j  quas  dira  Celœno 
Harpyœ  que  coltine. 

Etienne  le  géographe  dit  aufîî  que  les  tUs  Stropha- 
dès font  au  nombre  de  deux.  Quelques-uns ,  félon 
Pline,  /.  iV.  c.  xij.  les  appelloient  Plotœ ;  &  Apol- 
lonius donne  à  entendre  qu'elles  furent  d'abord  ap- 
pcllées  Plotce  ,  &  que  dans  la  fuite  on  les  nomma 
Strophadcc  ,  parce  qu'elles  flottoicnt  &  nageoient  , 
pour  ainfi  dire ,  au  milieu  des  flots ,  Iclon  Apollo- 
nius ,  /.  //.  V.  2C) G. 

T.'lpo(pa.S'BLi;  «Ts  [xitAV.Xit  v.Ç  ^  av^fo  Trot 
'Snsvvçloii!-')-  mmi  '^ti pcç  7tA&it«'ç  «ctAsscTêç 
Strophadas  cognominarunt  homines 
Infulas  hujus  caufâ.^  prias  plotas  nominantes. 

Les  anciens  feignoient  que  ces  îles  étolcnt  le  rctîi- 
ge  des  harpyes ,  dont  le  vilage  étoit  de  femme ,  &  le 
corps  de  vautour.  Les  Grecs  &  les  Italiens  les  appel- 
lent Strofadi  OU  Strivali.  Ce  font  deux  petites  îles 
fort  bafles,  dont  la  plus  grande  n'a  que  3  ;\  4  milles 

L  L  i  ij 


Î4«  5>    1     K 

cic  circuit  :  mais  dans  un  petit  efpace  ,  elle  ne  laiffe 

pas  (le  porfer  une  grande  quantité  de  fruits  e:;cellens. 

Les  fources  y  ibnt  li  abondantes ,  qu'on  ne  (auroit 

îrefque  planter  un  bâton  en  terre  ,  qu'il  n'y  forte  de 

'eau.  On  dit  que  dans  les  fontaines  de  cette  î|c  ,  d 

ie  trouve  fouvcnt  des  feuilles  de  nhitane,  quoiquM 

n'en  croilTc  point  là  ,  mais  feulement  dans  la  Morce, 

qui  en  ell  éloignée  d'environ  30  milles.  C'ell  ce  qui 

ait  croire  aflez  vraiifcmblablemcnt ,  que  ces  fovirccs 

viennent  de  ce  pays-lù  par  des  canaux  foutcrreins  , 

que  la  nature  a  formés  fous  les  abîmes  de  la  mer. 

Les  habitans  des  ilis  Sirophadcs  ne  fe  marient  ja- 
mais ,  car  il  n'y  en  a  point  d'autres  que  des  caloyers 
ou  moines  grecs  ,  jufqu'au  nombre  de  foixante  ou 
quatre-vingt.  Leur  couvent  eft  bâti  en  manière  de 
torterefle  avec  une  terrafie  au-dcfuis ,  garnie  de  bons 
canons,  &  une  farrafmefque  à  leur  porte,  parla  crain- 
te ou'ils  ont  des  corfaircs.  On  dit  néanmoins  que  les 
Turcs  &  les  corfaires  de  Barbarie  rcfpedent  ces  bons 
vieillards  ,  &  qu'ils  n'abordent  leur  île  que  pour  y 
prendre  de  l'eau.  {D.  J.) 

STPvOPHE  ,  f.  f.  iLins  le  Foêfii  grec.  6-  latine ,  efl 
\me  fiance  ou  un  certain  nombre  de  vers  qui  renfer- 
ment un  fens  complet ,  &  qui  efl  faivi  d'une  autre 
de  la  même  mefure  &  du  même  nombre  de  vers  dans 
la  mêMiie  difpofition  qu'on  appelloit  antijîtophe.  Voyci 
Antistrophe. 

La  ftrophi  eft  dans  des  odes  ,  ce  que  le  couplet  eft 
dans  les  thanfons  5c  la  ftance  dans  les  poèmes  épiques. 
Fcyci  Couplet  &  Stance. 

Ce  mot  vient  du  grec  <fl^c^>\  qui  eft  formé  de  s-lpîçw, 
je  tourne ,  à  caufe  qu'après  qu'une  Jlrophe  eft  finie ,  la 
même  meiure  revient  encore  ;  ou  plutôt,  comme  ce 
terme  fe  rapporte  principalement  à  la  mulique  &  à 
Li  danfc  ,  parce  que  le  chœur  &  les  danfeurs  ,  qui , 
chez  les  anciens ,  marchoicnî  en  cadence  autour  de 
l'autel,  pendant  qu'on  chantoltles  odes  ou  hymnes 
en  l'honneur  des  dieux  ,  tournoient  à  gauche  durant 
qu'on  chanîoit  la  (Irophc ,  &  à  droite  lorfqu'on  cban- 
toit  l'antlftrophe.  Voyei  Antistrofhe. 

Dans  notre  poéfte  lyric^ue  ,  unejiropke  ne  fauroit 
être  m.oin  Jre  que  de  quatre  vers,  ni  en  contenir  plus 
de  dix  ;  &  la  première  frophe  fert  toujours  de  règle 
aux  awtrea  frop/us  de  la  même  ode  pour  le  nombre , 
foit  pour  la  mefure  des  vers  &  pour  l'arrangement 

des  rimes. 

STR OPHIUM  ,  f.  m.  (  Jntlq.  rom.  )  o-rpcipicr  ;  for- 
te de  ceinture  ou  bandelette  large  ,  dont  les  jeunes 
filles  fe  ferroient  lefein  ,  pour  ne  point  paroître  en 
avoir  trop  ;  de-là  vient  que  ftropha  ^  dans  Martial , 
fumlfie  une  nifc  ,  wn^fincp.  ;  l'ouvrier  qui  falfoit  les 
bandelettes  pour  ferrer  le  fein  des  jeunes  filles,  fe 
nommoil  flrophiariu s  ;  le  mot  Jlrophiurn  défigne  auflî 
des  guirlandes  de  fleurs  attachées  enfembie  fur  la 
tête  en  gulfe  de  bandelettes.  {D.J.) 

STRÔPPUS  ,  f.  m.  (  Litùrat.  )  ce  mot  ,  dans 
Feftus  ,  défigne  ou  la  couronne  ,  ou  le  bonnet  que 
les  prêîres  mettoient  fur  leurs  têtes  ,  dans  les  facrifi- 
ces  &  autres  cérémonies  religieufes.  (Z?.  /.) 

STR.OUD  ,  (  Gcog.  moi.  )  gros  bourg  à  marché 
d'Angleterre  ,  en  Gloceftcr-shire  ^  fur  la  rivière  de 
Siroiid^  entre  Glocefter  ÔcBriftol  ,  à  fept  milles  de 
la  première  ,  &  vingt-neuf  milles  de  la  féconde.  On 
voit  dans  ce  bourg  plufieurs  moulins  à  foulon  ,  & 
Ton  y  teint  le  drap  en  écarlate  ,  les  eaux  de  la  riviè- 
re étant  favorables  à  cette  teinture.  (  Z>.  7.  ) 

Stroud  li  >  (^  Gi^o-  ^o.i.  )  rivière  d'Angleterre , 
dans  Glocefter-shire  ;  elle  ibrt  des  monts  Cottefwold, 
traverfe  la  province  de  Glocefter  dans  fa  longueur  , 
&fe  jette  dans  la  Saverne.  (£>./.) 

STRUTERTJRII ,  (  yinûq.  rom.  )  Feftus  nom- 
moit  ainfi  les  frères  Arvaux  ,  qui  étoient  employés 
à  purifier  les  arbres  foudroyés;  ils  faifoient  dans  cet- 
te cérémonie  un  facrifice  avec  de  la  pâte  cuite  fous 


.^     1     K 

les  cendres.  Voici  les  termes  trouvés  à  Rome,  fur  une 
table  de  bronze  antique. 

LUI.  ID.  DEC. 
FRATRES.  ARVALE. 
IN  LUCO.  DE;€.  DL€. 
VIA.  CAMPANA.  APUD.  LAP.  V. 
CONVENER.  FER,  C.  PORC.  PRISCUM.  MAC. 
ET.  IBI.  IMMOLAV. 
QUODAB  ICTU.  FULMINIS. 
ARBORES  LUCI SACRI  D.  D. 
ATTACT^  ARDUERINT 
EARUMQUE  ADOLEFACTARUM 
ET.  IN.  EO  LUCO  SACRO.  ALl^E 
SINT  REPOSITiE. 

Le  dixième  jour  de  Décembre  ,  les  frères  Arvaux 
s'ailemblerent  au  bofquet  de  Junon  ,  fur  le  grand 
chemin  delà  Campanie,  ;\  cinq  milles  de  Rome  ,  par 
l'ordonnance  de  C.  Porcins  Prifcus  ,  doyen  du  cha- 
pitre ,  &  là  ils  facrifierent  pour  raifon  de  quelques 
arbres  du  facré  bofquet  dédié  à  la  déelfc  ,  qui  avoient 
été  frappés  de  la  foudre.  (  Z).  7.  ) 

STRUMETA  ou  STRUMITA  ,  (  Géog.  mod.  ) 
petite  ville  ,  ou  plutôt  bourgade  de  la  Turquie  afia- 
tique  ,  en  Anatolie  ,  fur  une  montagne,  dans  la  pro- 
vince de  Mentezili ,  près  de  l'embouchure  de  In  ri- 
vière de  Mari ,  dans  la  mer  de  Caramaaie.  C'ert  à  ce 
qu'on  croit  l'ancienne  Myra  ,  ville  de  Lycie,  oii 
S.  Paul  s'embarqua  poui  aller  à  Rome,  fur  un  vaif- 
feau  d'Alexandrie.  Le  texte  latin  des  atles  xj.  5, 
porte  £y/?/-rf/K,au-lieu  de  Myrcim^yÀ  eft  dans  le  grec; 
c'eft  une  faute,  parce  que  Lyftre  étoit  dans  la  Ly- 
caonie ,  &  ce  n'étoit  point  une  ville  maritime.  (£>./.) 

STF.UMUS ,  (  Botan.  anc.  )  nom  donné  par  quel- 
ques anciens  naturalifies  romains  au  cucuhalus^  mor- 
geline  baccifere.  Cette  plante  fut  ainfi  appeîlée  pour 
les  vertus  difcuftlves  qu'on  lui  attribuoit  dans  les 
tumeurs  fcrophuleufes.  (  Z?.  /.  ) 

STRUND-J  AGER ,  f.  m.  (  Hijl.  nat.  )  c'eft  le  nom 
que  les  navigateurs  hoUandois  donnent  à  un  oileau 
qui  fe  trouve  fur  les  côtes  de  Spitzberg  ;  ce  mot  fig- 
nifie  chajft  merde  ;  il  lui  a  été  donné  parce  qu'il  fuit 
fidellemcnt  l'oifeau  nommé  ^uyugef^  afin  de  fe  nour- 
rir de  fa  fiente  ;  il  a  le  bec  noir  ,  crochu  &  épais  ;  il 
n'a  aux  pattes  que  trois  ongles  liés  par  une  peau 
noire,  fes  jambes  font  courtes  ,  &  fa  queue  forme 
vui  éventail  ;  il  a  les  yeux  noirs  ainfi  que  le  deiTus  de 
la  tête  ,  un  cercle  jaunâtre  autour  du  cou  ,  les  aîles 
&  le  dos  de  couleur  brune  ,  &  le  ventre  blanc. 

STRUTHIUM ,  f.  m.  (  HiJÏ.  nat.  Bot.  anc.  )  nom 
donné  par  les  Grecs  à  la  plante  que  les  Latins  appcl- 
loient  lanaria  herba  ,  à  caufe  de  fon  ufage  dans  les 
manufoftures  de  laine.  Diofcoride  ,  en  parlant  du 
Jlruthium  ,  fe  contente  de  dire  quec'étoit  une  efpece 
de  chardon  ,  ou  de  plante  épineufe  ,  dont  la  racine 
étoit  large  ,  longue ,  de  la  grofîeur  de  deux  ou  trois 
doigts  ,  &  qui  pouflbit  des  feuilles  armées  de  petits 
piquans.  Quoique  ce  détail  ne  nous  fafle  point  con- 
noitrela  plante  dont  il  parle,  ilfufirt  néanmoins  pour 
nous  prouver  que  ce  n'étoit  point  celle  que  les  Ro- 
mains appelloient  antlrrhinum  ,  &  que  nous  nom- 
m.ons  en  françois  muffle  de  veau.  Il  feroit  trop  long 
d'indiquer  toutes  lesconjeduresdes  modernes,  pour 
découvrir  cette  plante  dans  les  écrits  des  Arabes  ;  11 
paroît  feulement  qu'ils  n'ont  pas  rencontré  ,  en  ima- 
ginant que  le  Jîruthium  des  Grecs  étoit  le  candifi  de 
Sérapion  &  autres.  (^D.J.^ 

STRUTOPHAGES ,  (  Géog.  anc.  )  peuple  de  l'E- 
thiopie ,  fous  l'Egypte  ,  Strabon  ,  /.  Xl^I.  p.  772. 
qui  place  ce  peuple  au  voifinage  àcs  Elephantopliagi , 
dit  qu'il  n'étoit  pas  bien  nombreux.  Selon  DioJur« 


s  T  U. 

de  Sicile  »  /.  ///•  c.  xxviij.  les  Strutophagl  habitoient 
au  midi  des  EUphantopha<^ï.  Agatharchidc  fait  aufîi 
mention  de  ces  peuples  &  des  guerres  qu'ils  avoieiit 
ave'c  les  Ethiopiens ,  l'urnomniés  Siml.  Ptolomée  , 
/.  IV.  c.  vïij.  marque  les  Strutophagi  à  l'occident  des 
Péchiniens.  Le  nom  de  Strutophaois  leur  avoit  été 
donné  ,  à  caufé  qu'ils  ne  s'occupoient  qu'à  la  chafFe 
des  autruches,  dont  ils  faiioitnt  Icurnourriture  or- 
dinaire ;  ilsfe  fervoientde  leurs  peaux  pour  s'habil- 
ler ,  &  pour  en  faire  des  couvertures.  (  D.  J.  ) 

STRYCHNODENDROS  ,  f.  m.  (  Hijl  nat.  Bot.  ) 
nom  que  Ray  donne  à  i'elpece  de  J'olunum  ^  nommé 
par  ToxxrnQtOTt  folanum  fruticofum  baccifirum.  Cette 
plante  s'élève  en  arbriffeau  haut  de  quatre  ou  cinq 
pies  :  fon  tronc  pouffe  des  rameaux  verts  ,  garnis  de 
feuilles  oblongues  ,  plus  étroites  que  celles  du  fola- 
mim  ordinaire  ;  fa  fleur  efl  une  roiette  blanche,  dé- 
coupée en  cinq  pointes  ;  il  lui  iuccede  un  fruit  rond  , 
mol ,  rouge ,  iémbiable  à  celui  de  coqueret ,  plein  de 
fuc,  &  renfermant  quelques  lemences  applalies,  d'un 
goût  fade.  Cette  plante  ell  cultivée  dans  les  jardins. 

(z>.y.) 

SIRYME  ,  (  Géog.  anc.')  ville  de  Thrace  ,  félon 
Hérodote  ,  /.  FIL  &  Etienne  le  géographe.  Suidas 
fait  de  Sfymt  ou  Strynia ,  une  colonie  des  l'hafiens, 
&  une  place  de  commerce.  S'il  efl:  vrai  que  c'étoit  en- 
core une  île  ,  comme  il  le  dit ,  il  falloit  que  cette  ile 
fut  bien  voifnie  du  continent,  à  moins  qu'il  n'enten- 
de une  île  du  lac  d'ifmaride,  qui  féparoit  Scryme  de 
Marcnée.  On  croit  que  \qs  habitans  de  cette  dernière 
ville  avoient  acquis  quelque  droit  lur  Scryme,  en 
qualité  de  proteâeurs  ou  de  bienfaiteurs  ;  ce  qui  don- 
^a  lieu  à  de  fréquentes  conteftations  entr'eux,  6l  les 
Thafiens  fondateurs  de  Stryma,  (^D.J.^ 

STRYMON,  {Géog.  anc.')  fleuve  qui fervoit  au- 
trefois de  borne  entre  la  Macédoine  &  la  Thrace, 
félon  le  périple  de  Scylax.  Pline  ,  /.  IV.  c.  x.  remar- 
quela  même  chofe  ,  &:  ajoute  que  ce  fleuve  prend  fa 
fource  au  mont  Haemus.  Le  Sirymon ,  félon  Etienne 
le  Géographe  ,  mouilloit  la  ville  d'Amphipolis  ,  & 
donnoit  le  nom  de  Strymonii ,  aux  peuples  qui  habi- 
toient fes  bords.  Il  avoit  fon  embouchure  fur  la  côte 
du  golfe  ,  qui  de-là  avoit  pris  le  nom  de  Sirymonicus 
finus. 

Le  nom  moderne  efl  Stromona ,  que  d'autres  ap- 
pellent Marmara  ,  Radini ,  ijcfiar.  JI  y  avoit  nombre 
de  grues  fur  les  bords  de  ce  fleuve  ;  Q\\es  y  venoient 
à  la  fin  du  printems  ,  &  en  partoient  à  la  fin  de  l'au- 
tomne, pour  fe  rendre  fur  les  rivages  du  Nil  ;  mais 
IcStrymon  eft  célèbre  dans  l'hifloirc  ,  parce  que  ce 
fut  fur  fes  bords  qu'une  poignée  d'athéniens  triompha 
des  Medes  ,  au-travcrs  des  plus  longues  fatigues  & 
des  plus  grands  dangers.  (£)./.) 

STRIMONICUS  SINUS ,  (  Géog.  anc.  )  golfe  de 
la  mer  Egée  ,  fur  la  côte  de  la  Macédoine  &  de  la 
Thrace ,  à  l'occident  du  golfe  Perfique  :  on  le  nom- 
me préfentement  ^o//è  deContefe. 

STUBN,  ou  Stuben  ,  ou  Studn-bad  ,  {Géog. 
mod.  )  petite  ville  de  la  haute  Hongrie  ,  aux  confins 
du  comté  de  ZoU  ,  à  trois  milles  de  Neu-ZoU,  &  h. 
deux  de  Cremnitz  ;  elle  efl:  remarquable  par  fes  bains 
chauds ,  &  par  les  mines  d'argent  6l  de  cuivre  qu'on 
trouve  dans  des  montagnes  de  fon  volfmage  ,  du  cô- 
te de  l'orient.  Long.  27,  j  /.  lai.  ^S.  37.   {D.  J.) 

STUC  ow  M  A.RBRE  FACTICE,  {Àrtnuchun.)  le 
/?wc  ou  U  marbre  ficUce  cfl  une  com])ofition  dont  le 
plâtre  fait  toute  la  bafe.  La  dureté  qu'on  fait  lui 
donner  ;  les  différentes  couleurs  que  l'on  y  môle ,  & 
le  poli  dont  il  cfl  fufceptiblc  ,  le  rendent  propre  à 
repréfenter  prefque  au  naturel  les  marbres  les  plus 
précieux. 

La  dureté  que  le  plâtre  peut  acquérir  ,  étant  la 
qualité  la  plus  effentielle  à  cet  art,  c'eil  auffi  la  pre- 
mière à  laquelle  les  ouvriers  doivent  s'appliquer. 


S   T  U 


549 


Elle  dépend  abfolumenî  du  degré  decalclnatîonaue 
1  on  doit  donner  au  plâtre  ;  &  comme  la  pierre  qui 
le  produit ,  efl  fufceptible  de  quelques  petites  diffé- 
rences dans  fa  qualité  intrinfeque,  fuivant  \ts  diffé- 
rens  pays  où  elle  fe  rencontre  ,  il  faut  tâtonner  & 
étudier  le  degré  de  calcination  qu'il  faut  lui  donner 
pour  que  le  plâtre  qui  en  viendra,  prenne  le  plus 
grand  degré  de  dureté  qu'il  eft  poffible.  On  ne  peut 
donner  ici  de  noiions  fur  cette  méthode  qu'en  ce 
qui  regarde  J.e  plâtre  de  Paris  ;  ce  fera  l'affaire  des 
ouvriers  a'eiTayer  de  calciner  plus  ou  moins  les  pier- 
res gypfeuies  des  autres  pays ,  afin  d?  trouver  le 
plus  grand  degré  de  dureté  où  l'on  puilfe  porter  le 
plâtre  qu'elles  produiront. 

On  caffe  les  pierx'es  à  plâtre  de  Paris  avec  des 
marteaux,  en  morceaux  à-peu-pres  gros  comme  un 
petit  œuf,  ou  comme  une  groffe  noix.  On  enfourne 
ces  morceaux  dans  im  four  que  l'on  a  fait  chauffer  , 
comme  fi  on  vouloit  y  cuire  du  pain  ;  on  bouche 
fouverture  du  four.  Quelque  tems  après  ondébou;^ 
che  le  four  pour  en  tirer  un  ou  deux  des  petits  mor- 
ceaux de  plâtre  que  Ton  caffe  avec  un  marteau.  Si 
l'on  s'apperçoit  que  la  caIcin„tion  a  pénétré  j.ifqu'au 
centre  du  petit  morceau  ,  de  façon  cependant  qu'on 
y  remarque  encore  quelques  points  briilans  ;  c'efl 
une  marque  que  la  calcin.,t'un  efl  à  fon  point  de 
peifeftion,&  alors  on  retire  du  four  promptement 
tout  1- plâtre  parle  moyen  d'un  rable.  Si  dans  la 
caflare  on  remarquoit  beaucoup  de  briilans  ,  ou 
qu'on  n'en  remarquai  point  du  tout  ,  ce  i'eroit  une 
preuve  dans  le  premier  ca>,  que  la  pierre  ne  (éroit 
point  affez  calcinée;  &  dans  le  fécond  cas,  qu'elle 
le  ieroit  trop. 

Quoique  le  plâtre  devienne  très-dur ,  lorfqu'il  efl 
Ccilciné  à  l'on  point  ,  ia  lurface  le  trouve  cependant 
remplie  d'une  infinité  de  pores,  6c  les  grains  font 
trop  faciles  à  en  détacher  pour  qu'il  puiffe  prendre 
ie  poh  comme  le  marbre.  C'ell  pour  remédier  à  cet 
inconvéïiient,  que  l'on  prend  !e  parti  de  détremper 
le  plâtre  avec  de  l'eau  dans  laquelle  on  a  fait  dif- 
foudre  de  la  colle  ,  qui  rempLifant  les  pores,  &  at- 
tachant les  grains  les  uns  aux  autres  ,  permet  que  , 
pour  ainfidire,  on  puiffe  u'.er  &  emporter  la  moi- 
tié de  chaque  grain  ,  ce  qui  forme  le  poli. 

Cette  colle  eit  ordinairement  de  la  colle  de  Flan- 
dre; il  y  en  a  qui  y  mêlent  de  la  colle  de  pohfon  ,  &C 
même  de  la  gomme  arabique.  C'efl  avec  cette  eau 
chaude  &L  collée  que  l'on  détrempe  le  plâtre  ;  mais 
comme  le  peu  de  loliJiré  du  p  âtre  ,  lur-rout  lorf- 
qu  il  n'efl  point  appuyé,  demande  qu'on  donne  une 
certaine  épaiffeur  aux  ouvrages,  pour  dim.nutr  la 
dépenfe,  on  fait  le  corps  de  l'ouvrage  ou  le  novau 
avec  du  plâtre  ordinaire,  &  on  le  couvre  avec  la 
compofition  de  plâtre  dont  on  vient  de  parbr  ,  en 
lui  donnant  tme  ligne  &  demie  ou  deux  li.-nes  d'é- 
paiffeur. 

Lorfque  l'ouvrage  eft  fuflifamment  (qc  ,  on   tra- 
vaille à  le  polir,  â-p  :u-pres  de  la  même  façon  que 
le  véritable  marbie.  On  employé  ordinairement  une 
efpece  de  pierre  qui   eft  affez   diUiciie  ^   irouver. 
C'efl  une  eli[)ece  de  cos  ou  pierre  à  aiguiier  ,  qui  a 
des  grnins  plus  fins  que  ceux  du  grès  ,  &  oui  ne  fe 
détachent  pas  ii  facilement  de  la  pierre  ;  la  pierre  de 
ponce  peutauffi  y  fervir.  On  frotte  l'ouvrage  avec 
\d  pierre  d'une  main  ;  Contient  de  l'autre  unecpo-ge 
imbibée  d'eau  ,  avec  laquelle  on  nettoyé  conli m,  I* 
lement  l'endroit  que  l'on  vient  de  frotter  ,  afin  d'o- 
ter  par  le  lavage  à  chaque  inftant  ce  qui  a  été  eui- 
porté  de  la  fu.facc  de  l'ouvrage  ;  pour  cet  citct,  .1 
faut   laver  l'éponge  de  tems  en  tems ,  &i.  la  tenir 
toujours  remplie   d'eau  fraiche.  On  trotte   cnfu.te 
avec  un  tampon  de  linge,  de  l'eau,  de  la  caie  ou  du 
tripoli.  On  lubditue  A  cela  du  charbon  cle^  laule, 
broyé  &:  paffé  tics-ùn,  ou  même  des  morceaux  de 


5  50 


S  T  U 


charbons  entiers ,  pour  mieux  pénétrer  le  tond  des 
moulures  ,  en  employant  toujours  l'eau  avec  l'c- 
pongc  qui  en  ell  imbibée.  On  finit  par  trotter  l'ou- 
vrage avec  un  morceau  de  chapeau  imbibé  d'huile 
&de  tripoli  en  poudre  très-fine  ,  &:  enfin  avec  le 
morceau  de  chapeau  imbibé  d'huile  Icule.  ^ 

Lorlqu'on  veut  un  fond  de  couleur ,  il  iiifîit  de  dé- 
layer la  couleur  dans  l'eau  de  colle ,  avant  de  s'en 
lervir  à  délayer  le  pUitrc. 

Il  lemble  qu'on  pourroit  ajurter  les  pierres  à  po- 
lir dont  on  vient  de  parler  ,  à  des  morceaux  de  bois 
faits  en  taçon  de  varloppes  ou  d'autres  outils  de  me- 
nuilier;  les  lurtaccs  de  l'ouvrage  en  feroient  mieux 
drcdécs,  &  les  moulures  plus  exaftes;  mais  il  faut 
fe  fouvenir  de  laver  toujours  à  mefure  que  l'on 
ti-otte. 

Lorfqu'on  veut  Imiter  un  marbre  quelconque ,  on 
détrempe  avec  l'eau  collée  chaude,dans  ditTérens pe- 
tits pots, les  couleurs  qui  fe  rencontrent  dans  ce  mar- 
bre ;  on  délaye  avec  chacune  de  ces  couleurs  un  peu 
de  plâtre  ;  on  fait  une  galette  à-peu-près  grande 
comme  la  main  ,  de  chaque  couleur  ;  on  met  tou- 
tes ces  galettes  alternativement  l'une  fur  l'autre  , 
en  mettant  celles  dont  la  couleur  eu  dominante,  en 
plus  grand  nombre  ou  plus  épaiffes.  On  tourne  lur 
le  côté  ces  galettes  qui  étoient arrangées  furie  plat; 
on  les  coupe  par  tranches  dans  cette  fituation  ,  & 
on  les  étend  cnfuite  promptement  fur  le  noyau  de 
l'ouvrage  oii  on  les  applatit.  C'eli  par  ce  moyen  que 
l'on  vient  à  bout  de  reprcfcnter  le  deffein  bifare  des 
différentes  couleurs  dont  les  marbres  font  pénétrés. 
Si  l'on  veut  imiter  les  marbres  qu'on  appelle  ci:s  brè- 
ches^ on  met  dans  la  compolition  de  ces  galettes, 
lorfqu'on  les  étend  fur  le  noyau  ,  des  morceaux  de 
différentes  groffcurs  de  plâtre  délayé  avec  la  cou- 
leur de  la  brèche  ;  &  ces  morceaux  venant  à  être 
applatis,  rcpréfentent  très-bien  la  brèche.  Il  faut  re- 
marquer que  dans  toutes  ces  opérations  l'eau  col- 
lée doit  être  un  peu  chaude  ,  fans  quoi  le  plâtre 
prendroit  trop  vite,  Se  ne  donneroit  pas  le  tems  de 
manoeuvrer. 

.  Si  c'efl:  fur  un  fond  de  couleur  que  l'on  veut  re- 
préfentcrdes  objets,  comme  des  forêts,  des  payfa- 
ges  ,  des  rochers  ,  ou  même  des  vafes  ,  des  fruits  & 
des  fleurs ,  il  faut  les  delTmer  fur  le  papier  ,  piquer 
enluite  les  contours  des  figures  du  defiein  ,  les  ap- 
pliquer fur  le  fond  ,  après  qu'il  aura  été  prefque 
achevé  de  polir ,  &  les  poncer  avec  une  poudre  d'une 
covdeur  différente  du  fond  ,  c'eft-à-dire  du  noir  fi  le 
fond  efl  blanc  ;  &  du  blanc  fi  le  fond  eft  noir.  On  ar- 
rête cnfuite  tous  les  contours  marqués  par  le  pon- 
cif, voyei  Poncif  ,  en  les  enfonçant  profondément 
avec  la  pointe  d'une  alêne  dont  fe  fervent  les  Cor- 
donniers ;  après  quoi ,  avec  plufieurs  alênes  dont  on 
aura  rompu  la  pointe  pour  ,  en  les  aiguifant  fur  une 
meule ,  en  former  de  petits  cifeaux  ,  on  enlèvera 
proprement  toute  la  partie  du  fond  qui  fe  trouve  con- 
tenue dans  les  contours  du  deffein  qui  eft  tracé;  ce  qui 
formera  fur  le  fond  des  cavités  à-peu-près  d'une  de- 
mi-ligne de  profondeur. 

Lorfque  tout  ce  qui  cfl  contenu  dans  l'intérieur 
des  contours  du  deflèin  ,  fera  ainfi  champlevé  ,  on 
aura  plufieurs  petits  pots  ou  godets ,  dans  lefquels 
on  tiendra  fur  du  fable  ou  de  la  cendre  chaude  de 
l'eau  collée,  dans  laquelle  on  aura  délayé  difleren- 
tcs  couleurs  ;  oii  mettra  un  peu  de  plâtre  dans  la 
paume  de  la  main ,  que  l'on  colorera  plus  ou  moins, 
en  y  mêlant  plus  ou  moins  de  cette  eau  colorée  ;  o\x 
remuera  bien  le  tout  fur  la  paume  de  la  main  avec 
un  couteau  à  couleur  dont  les  Peintres  fe  fervent , 
jufqu'à  ce  que  l'on  s'apperçoive  qu'il  commence  à 
prendre  un  peu  de  confiflance  ;  alors  on  en  prendra 
avec  le  couteau  la  quantité  que  l'on  jugera  à  pro- 
pos ,  que  l'on  placera  dans  un  côté  de  l'intérieur  du 


S  T  U 

creux  de  la  figure  que  l'on  veut  repréfenter,  enpref' 
fant  avec  le  couteau  &  uniffant  par-defuis  la  partie 
du  plâtre  coloré  que  l'on  vient  de  mettre ,  qui  tou- 
che les  contours  de  la  figure. 

On  détrempera  enfuite  promptement  danslamairi 
un  autre  plâtre  coloré  ,  mais  d'une  nuance  plus  clai- 
re ,  qu'on  placera  dans  le  même  creux  ,  à  côté  de 
celui  qu'on  vient  de  mettre  ;  on  aura  quatre  ou  cinq 
aiguilles  enfoncées  parallèlement  par  la  tête  au  bout 
d'un  petit  bâton  comme  les  dents  d'un  peigne,  avec 
lefquelles  on  mêlera  un  peu  la  dernière  couleur  avec 
celle  qu'on  a  pofée  la  première,  afin  que  l'on  n'ap- 
perçoive  pas  le  pafTage  d'une  nuance  à  l'autre ,  & 
que  la  dégradation  en  foit  obfervéc.  On  continuera 
à  pofer  ajnfi  des  nuances  plus  claires  du  côté  de  la 
lumière  ,  jufqu'à  ce  que  le  creux  de  la  figure  que 
l'on  veut  repréfenter  ,  foitexaftement  rempli.  Après 
on  applatira  légèrement  le  tout  avec  le  couteau,  ôc 
on  laiffera  fécher. 

Si  on  s'apperçoit,  après  avoir  poli ,  que  les  nuan- 
ces ne  font  pas  bien  obfervées  dans  quelque  endroit, 
on  pourra  avec  une  pointe  faire  des  hachures  dans 
cet  endroit ,  &  faire  entrer  dedans  im  plâtre  coloré 
plus  en  brun  &  fort  liquide;  il  faut  que  ces  hachu- 
res foient  affez  profondes  pour  ne  pouvoir  être  tout- 
à-faiî  emportées  par  le  poli  qu'on  fera  obligé  de 
donner  fur  tout  l'ouvrage.  On  fe  fert  de  cette  der- 
nière manoeuvre  pour  découper  les  feuilles  des  ar- 
bres &  celles  des  plantes ,  &c. 

En  général  les  figures  indéterminées ,  comme  les 
ruines ,  les  rochers  ,  les  cavernes  ,  &c.  réufTifTent 
toujours  beaucoup  mieux  dans  cette  façon  de  pein- 
dre ,  que  les  figures  qui  demandent  de  l'exaftitude 
dans  les  nuances  ,  &  de  la  correction  de  deffein. 

On  polit  les  peintures  de  la  même  façon  que  l'on 
a  dit  pour  les  fonds  ;  &  fi  l'on  s'apperçoit,  en  polif- 
fant,  cju'il  fe  foit  formé  quelques  petits  trous,  on 
les  remplit  avec  du  plâtre  délayé  très-clair  avec  de 
l'eau  collée  &  de  la  même  coideur.  Il  efl  môme  d'u- 
fage  ,  avant  d'employer  l'huile  pour  le  poli,  de  paf- 
fer  une  teinte  générale  de  plâtre  coloré  ,  &  d'eau 
collée  très-claire  fur  toute  la  furface  ,  pour  boucher 
tous  ces  petits  trous. 

Il  faut  choifu-  pour  toutes  ces  opérations ,  le  meil- 
leur plâtre  &  le  plus  fin  ;  celui  qui  efttranfparent^ 
paroît  devoir  mériter  la  préférence. 

Pour  les  couleurs  ,  toutes  celles  que  l'on  emploie 
dans  la  peinture  à  frefque  ,  y  font  propres.  Foye:^ 
Peinture  a  fresque. 

Comme  il  doit  paroître  finguller  que  dans  cette 
façon  de  peindre  on  ait  prefcrit  de  fe  fervir  de  la 
paume  de  la  main  pour  palette,  en  voici  la  raifon. 
Lorfqu'on  détrempe  le  plâtre  avec  l'eau  de  colle 
colorée  ,  on  eft  obligé  de  mettre  une  certaine  quan- 
tité d'eau  qui  s'écouleroit  fi  on  la  mettoit  fur  une 
palette  ;  au  lieu  que  l'on  forme  im  creux  dans  la 
main  qui  la  contient ,  &  qu'en  étendant  les  doigts 
à  mefure  que  le  plâtre  vient  à  fe  prendre  ;  cette  fm- 
guliere  palette  ,  qui  étoit  creufe  d'abord ,  devient 
plate  quand  il  le  faut.  On  pourroit  ajouter  à  cela 
que  la  chaleur  de  la  main  empêche  le  plâtre  de  fe 
prendre  trop  vite. 

STUCATEUR  ,  f.  m.  {Archit.  &  Sctilpt.)  un  ou- 
vrier ou  un  artifle  qui  travaille  enfluc. 

STUCIA  ,  (  Géogr.  anc.  )  fleuve  de  la  Grande- 
Bretagne  :  Ptolomée  ,  /.  //.  c.  ïij.  marque  fon  em- 
bouchure fur  la  côte  occidentale ,  entre  Cancanorum 
promontoriiim  ,  &  l'embouchure  du  fleuve  Tuerobis. 
Le  manufcrlt  de  la  bibliothèque  palatine  \\iStucciay 
au  lieu  de  Siucia.  Le  nom  moderne  efl  Scïous ,  félon 
Villeneuve:  maisCamden,  à  quije  m'en  rapporte 
davantage  en  pareille  m.atiere ,  dit  que  ce  fleuve  s'ap- 
pelle préfentement  IJiuyih.  (Z>,  /.) 


s  T  U 


S  T  Y 


m 


STUDIEUX  ^  adj.  (Gram,)  qui  aime  ï'étude.  Un 
txïïanX.JîuJieux  ;  un  homme  fiudieux^ 

STUDIOLO ,  f.  m.  {Hijî.  nat.)  c'eft  alnfi  qu'on 
nomme  à  Rome  un  aflemblage  ou  alTortimcnt  de  dif- 
férentes efpeces  de  marbres ,  tant  antiques  que  mo- 
dernes. Ils  font  taillés  en  morceaux  minces  6c  quar- 
tés ,  polis  par  un  côté.  On  vend  ces  fortes  d'affor- 
timens  aux  curieux  plus  ou  moins  cher  ,  à  propor- 
tion qu'ils  <ont  complets  ;  cela  eft  d'autant  plus  utile, 
que  les  Italiens  donnent  aux  marbres  ,  tant  anciens 
que  modernes  ,  des  noms  aflez  blfarres  &  difficiles  à 
arranger  dans  la  mémoire.  Il  faut  feulement  prendre 
garde  que  quelquefois  on  mêle  à  ces  collections,  des 
marbres  fadtices  ,  que  les  Romains  favent  très-bien 
imiter. 

STULINGEN,  {Géog.  mod.)  petite  contrée  d'Al- 
lemagne, avec  le  titre  de  landoraviat ,  dans  le  comté 
de  Furrtenberg  ,  fur  les  conhns  du  landgraviat  de 
Neliembourg  ^  &  du  canton  de  SchafFhoule.  (/?.  /.) 
STULPINI y  (  Géog.  anc.')  peuple  de  la  Liburnie. 
Pline,/.///,  c.  xxi.  compte  ces  peuples  au  nombre 
des  quatorze  cités  qui  compofoient  la  nation.  Le  P. 
Hardouin  lit  Stlupïni ,  parce  que  Ptolomée  ,  Llv.  //. 
c.  xvïj.  appelle  leur  ville  ï  T>icu-!i;i ,  Stlupï. 

STUPEUR,  f.  m.  engourdiffement  caufé  par  quel- 
que bandage  qui  arrête  le  mouvement  du  fang  &  des 
fluides  nerveux  ,  ou  par  un  afFoibiiffement  dans  les 
nerfs  ,  comme  dans  une  paralyfic  ,  &c.  Koye:^  Para- 
lysie. 

STUPEFACTIF,  adj.  (  Gram.  )  qui  engourdit  ;  il 
fe  dit  des  remèdes  qui  donnent  de  la  flupeur  aux 
parties  malades  ,  &  leur  ôtent  la  fenfibiiité. 

STUPEFACTION ,  f.  (.{Gram.)  engourdiffement 
d'une  partie  qui  la  rend  incapable  de  mouvement  &C 
defentiment.  Il  fe  dit  auffi  au  figuré  de  l'effet  d'un 
grand  ctonnement.  Dc-lk  Jiupefier ,  Jlupefiant  ^  Jlupe- 
faït ,  fluptur. 

STUPIDITÉ ,  DÉMENCE ,  i.  f.  {Mldec)  c'eff  une 
maladie  que  la  plupart  des  gens  regardent  comme  in- 
curable ,  quoique  les  médecins  les  plus  fam.eux  affû- 
tent qu'on  peut  la  guérir  parfaitement ,  ou  du  moins 
£n  partie,  au  moyen  de  remèdes  convenablesi 

Cette  maladie  provient  de  la  mauvalfe  conforma- 
tion du  cerveau,  ou  du  mauvais  état  des  efprits  ani- 
,maux  ,  ou  de  ces  deux  caufes  enfemble. 

Les  caufes  générales  de  la  ftupiduc  font  la  langueur 
des  efprits  animaux ,  l'obftruéHon  des  nerfs ,  leur  hu- 
midité ou  relâchement,  la  compreiîion  de  leur  origi- 
ne ;  c'eft  pour  cela  que  l'engorgement  de  fang  dans 
le  cerveau  ,  les  concrétions  polypeufes  ,  l'hydrocé- 
phale, l'apoplexie,  la  paralyfie  fontfuivis  de  \^Jiupl- 
due. 

Les  caufes  plus  éloignées  font  la  molleffe  des  fi- 
bres ,  leur  laxitétrop  grande,  leur  défaut  de  reffort , 
&  enfin  l'épaiffiffement  des  humeurs  ,  l'aquolité  6c 
l'humidité  ,  la  froideur  du  fang  &  des  fucs  qui  fer- 
vent aux  fondions  animales. 

De-là  vient  que  les  gens  qui  habitent  les  monta- 
gnes, les  lieux  marécageux  &:  aqueux ,  ceux  qui  font 
endurcis  au  travail,  quitranfpirent  plus  des  extrémi- 
tés que  de  la  tête  ,  font  fort  iujets  à  ï^.  JlupidUî. 

De-là  vient  aufîl  que  ceux  qui  ont  reçu  une  éduca- 
tion honnête  ,  qui  ont  été  inflruits  dans  les  belles- 
lettres  ,  accoutumés  à  la  réflexion,  font  moins  fujets 
à  la  fiupidué  que  les  gens  rufliques,  en  qui  l'habitude 
de  la  réflexion  ne  s'étant  pas  formée ,  l'incapacité  de 
la  réflexion  aftuelle  6c  du  jugement  paroît  plus  len- 
fible.  D'ailleurs  le  travail  déterminant  les  elprits  diius 
les  mufcles  ,  les  détourne  des  fibres  du  cerveau ,  qui 
étant  moins  vibratiles  6c  moins  adfives  ,  deviennent 
calleuies  &  infenfibles  aux  trémouffcmens  cjue  ces 
mêmes  fibres  produifent  dans  ceux  qui  ne  font  pas  .li- 
tedfés  de  même. 

Les  remèdes  indiqués  dans  la  démence  font  tous 


êèux  qui  peuvent  reveiller  les  efprits  ,  rétablir  le  toti 
des  fibres,  &  rendre  au  cerveau  fesolcillations;  mais 
ces  moyens  ont  peu  d'effet  dans  la  démence  innée,  & 
dans  la  démence  accidentelle  produite  par  l'apople- 
xie ,  la  léthargie  &  la  paralylie.  Fojci  ces  m.iU- 
d'us. 

STURÀ ,  LA ,  ÇGcogr.  rnod.)  ou  la  S  turc ,  nom  com= 
mun  à  trois  rivières  d'Italie. 

I  ".  Sfura ,  rivière  du  Piémont.  Elle  prend  fa  fourcè 
dans  la  partie  orientale  de  la  vallée  de  Barcelonette^ 
coule  dans  le  val  de  Stun  ,  arrofe  la  ville  de  Conl , 
celle  de  Foffano  ,  &  fe  rend  dans  le  Tanaro ,  au-dcf- 
fous  de  la  ville  Cherafco. 

2°.  Stura  ,  rivière  de  la  province  de  Turin.  Elle  a 
fa  fource  aux  confins  du  Val  de  Morienne  ,  dans  la 
montagne  de  Grofcaval ,  &  fe  jette  dans  le  Pu  ,  au- 
au-defîous  de  la  ville  de  Turin. 

'l''.  Stura,  rivière  du  haut  Montferrat.  Elle  naît 
près  de  Verrue  ,  au  lud-cff  ,  6c  vient  fe  perdre  dans 
le  Pô  ,  à  quelques  hcues  au-deffns  de  Cafal.  {D.  J.) 
SlURIl ,  (  Géog.  anc.  )  peuples  de  la  baffe  Ger- 
manie. Pline  ,  /.  IF.  c.  xv.  les  compte  au  nombre  des 
peuples  qui  habitoient  les  îles  Hdium  6c  FUvum-Of- 
tium ,  entre  les  embouchures  du  Rhin.  On  croit  que 
ces  peuples  demeuroient  dans  le  territoire  de  Stave- 
ren. 

STURIUM ,  {Géog.  anc.  )  île  de  la  mer  Méditer- 
ranée fur  la  côte  de  la  Gaule  de  Narbonnoife  ,  félon 
Pline  ,  /.  ///.  c.  V.  C'etoit  une  des  petites  Staecadcs^ 
aujourd'hui  Ribaudon.  (^D.  J.) 

^  STURMINSTER  ,  (  Géog.  mod.)  bourg  k  marché 
d'Angleterre,  dans  la  province  de  Dorfet ,  fiir  la  ri- 
vière de  Stoure  ,  qu'on  y  paffe  fur  un  pont  de  pier- 
re ,  au-deffus  de  Blanford. 

STUTGARD ,  (Géog.  mod.)  ville  d'Allemagne  , 
au  cercle  de  Suabe  ,  capitale  du  duché  de  Wirtem- 
berg  ,  dans  une  plaine  proche  le  Necker,  à  6  lieues 
de  Tubinge ,  à  i  z  à  l'eff  de  Bade  ;  c'ell:  la  réfidence 
des  ducs  quiy  ont  leur  palais.  Elle  a  trois  fauxboiirgs^ 
trois  temples  &  cinq  portes^  Longii.  26.  42.  latiCi. 
48.  3^. 

B-orrhaus  (Martin)  naquit  dans  cette  ville  en  1499. 
Il  voulut  établir  en  Allemagne  l'anabatifme  ,  6z 
n'ayant  pas  réuffi,  il  revint  à  ia  première  religion, 
enfeigna  la  rhétorique  6c  la  théologie  ,  mit  au  jour 
des  commentaires  fur  plulieurs  livres  du  vieux  Tetla- 
ment ,  fut  nommé  profefleui-  à  Bafle  ,  6c  y  mourut  dô 
la  pelle  l'an  1564. 

Jager  ( Jean-Volfgang  )  ,  théologien  luthérien  ^ 
naquit  à  Snagard  en  1647  »  ^  mourut  chancelier  dé 
Tubinge  en  1710  à  73  ans.  Il  a  mis  au  jour  en  latin 
un  grand  nombre  d'ouvrages  théologiques ,  qu'on 
ne  recherche  plus  aujourd'hui.  Ses  obfervations  fur 
Grotiiis  6c  Pufendorf  ne  montrent  pas  un  homme 
verfé   dans  le   droit  de  la  guerre  &  de  la  paix* 

STUYVER,  {.  m.  (  Commerce.  )  monnole  qui  a 
cours  dans  les  Provinces-unies  des  Pays-])as ,  6c  dans 
quelques  parties  de  la  bafie  Allemagne.  Elle  vaut  en- 
viron deux  fols  argent  de  France ,  VxnVjt  Jhyvcrs  font 
un  florin  d'Hollande. 

STY  GIENNES ,  eau  X  ,  {Ckiwie  &  Alchimie.)  quel- 
ques alchimifles  ont  alnfi  nommé  les  acides  ou  ilil^ 
folvans  qu'ils  employoient  dans  les  opérations,  f  V\  i { 
Dissolvant  &  Menstrue. 

STYLE  ,  (  Gramm.  Khétoriq.  Eloq.  Bel.  Ict.  )  ma- 
nière d'exprimer  l'es  pcnfées  de  vive  voix  ,  ou  par 
écrit  :  les  mots  étant  choifis  t^'  arrangés  Iclon  les 
lois  de  l'harmonie  &  du  nombre,  relativement  ;\  Té- 
Icvation  ou  à  la  fimplicitc  du  liijct  qu'on  traite ,  il 
en  réiulte  ce  qu'on  appelle //v.''*'. 

Ce  mot  fignifioit  autrefois /'i//js;/ii'AV  dont  on  le  Icr- 
voit  pour  écrire  fur  les  tablettes  enduites  de  cire^ 
Cette  aij^uille  éioit  pointue  par  un  bout ,  &  applatie 


s  T  Y 


552 

par  l'autre  ,  pour  effacer  quand  on  le  Voulolt  :  c'eft  « 
ce  qui  a  tait  dire  à  Horace,  fapcjlyiiim  vertas ,  effacez 
fouvent.  Ilfe  prend  aujourd'hui  pour  la  manière  ,  le 
ton,  la  couleur  qui  rcgne  fenliblement  dans  un  ou- 
vrage ou  dans  quelqu'une  de  les  parties. 

Il  y  a  trois  lortcs  de  jlylcs  ,  le  limplc  ,  le  moyen 
&  le  liiblime ,  ou  plutôt  \cfiylc  élevé. 

Lçjiylc  liniple  s'emploie  dans  les  entretiens  fami- 
liers ,  dans  les  lettres  ,  dans  les  fables.  Il  doit  être 
pur,  clair,  ians  ornement  apparent.  Nous  en  déve- 
lopperons les  caraftcres  ci-après. 

hQjlyhfubnmc  elt  ceUii  qui  tait  régner  la  noblefle, 
la  dignité ,  la  majefté  dans  un  ouvrage.  Toutes  les 
pcnlces  y  font  nobles  &  élevées  :  toutes  les  exprel- 
lions  graves ,  Ibnores  ,  harmonieufcs  ,  &c. 

hçjh'U  iliblime  &  ce  qu'on  appelle  \e  fubllme  ,  ne 
font  pas  k  même  chofe.  Celui-ci  cff  tout  ce  qui  en- 
levé notre  ame  ,  qui  la  faifit ,  qui  la  trouble  tout-à- 
coup  :  c'eft  un  éclat  d'un  moment.  Le  Jîylc  Jublime 
peut  le  Ibutenir  long-tems  :  c'eft  un  ton  élevé  ,  une 
marche  noble  &C  majeftueufe. 

J'ai  vu  rimp'u  adoré  fur  la  ttrrt  i 
Tarai  au  ccdrc ,  il  portoit  dans  Us  deux 
Son  front  audacieux  : 

llfmhloit  à  l'on  gré  gouverner  le  tonnerre , 
Fouloit  aux  pies  fis  ennemis  vaincus  : 

Je  n  ai  fait  que  pafj'cr ,  il  nétoit  déjà  plus. 

Les  cinq  premiers  vers  font  àwftyle  fublime  ,  fans 
ctrc  fublimes  ,  &  le  dernier  eil  fublime  fans  être  du 
flylefubitme. 

Lefiyle  médiocre  tient  le  milieu  entre  les  deux  :  il 
a  toute  la  netteté  du  Jiyle  fimple  ,  ik  reçoit  tous  les 
ornemens  &  tout  le  coloris  de  l'élocution. 

Ces  trois  fortes  defyUs  fe  trouvent  fouvent  dans 
un  même  ouvrage  ,  parce  que  la  matière  s'élevant 
&  s'abaiffant  ,  \e  fyle  qui  eft  comme  porté  fur  la 
matière ,  doit  s'élever  auffi  &  s'abaiffer  avec  elle. 
Et  comme  dans  les  matières  tout  fe  tient ,  fe  lie  pat- 
dés  nœuds  fecrets  ,  il  faut  auffi  que  tout  fe  tienne  & 
fe  lie  dans  les  fiyles.  Par  conféquent  il  faut  y  ména- 
ger les  paffages  ,  les  liaifons ,  affoiblir  ou  fortifier  in- 
fenfiblement  les  teintes  ,  à-moins  que  la  matière  ne 
fe  brifant  tout-d'un-coup  &  devenant  comme  efcar- 
pée ,  lefyle  ne  foit  obligé  de  changer  auffi  brufque- 
ment.  Par  exemple  ,  lorlque  Craffus  plaidant  contre 
vm  certain  Brutus  qui  deshonoroit  fon  nom  &  fa  fa- 
mille ,  vit  paffer  la  pompe  funèbre  d'une  de  fes  pa- 
rentes qu'on  portoit  au  bûcher ,  il  arrêta  le  corps,  & 
adreffant  la  parole  à  Brutus  ,  il  lui  fit  les  plus  terri- 
bles reproches  :  «  Que  voulez-vous  que  Julie  an- 
»  nonce  à  votre  père  ,  à  tous  vos  ayeux  ,  dont  vous 
»  voyez  porteries  images?  Que  dira- 1- elle  à  ce 
»  Brutus  qui  nous  a  délivré  de  la  domination  des 
»  rois  »  &c  t  II  ne  s'agiffoit  pas  alors  de  nuances  ni 
de  liaifons  fines.  La  matière  emportoit  ley?>'/£,  & 
c'efl  toujours  à  lui  de  la  l'uivre. 

Comme  on  écrit  en  vers  ou  en  profe  ,  il  faut  d'a- 
bord marquer  quelle  eft  la  différence  de  ces  deux 
genres  dc/tyle.  La  profe  toujours  timide,  n'ofe  fe  per- 
mettre les  inverhons  qui  font  le  lel  du  Jiyle  poétique. 
Tandis  que  la  profe  met  le  régiffant  avant  le  régime, 
la  poéfie  ne  manque  pas  de  faire  le  contraire.  Si 
i'adif  eft  plus  ordinaire  dans  la  profe  ,  la  poéfie  le 
dédaigne  ,  &  adopte  le  palfif.  Elle  entaffe  les  épi- 
ihctes ,  dont  la  proie  ne  le  pare  qu'avec  retenue  :  elle 
n'appelle  point  les  hommes  par  leurs  noms  ,  c'eft  le 
fils  de  Pelée  ,  le  berger  de  Sicile  ,  le  cygne  de  Dircée. 
L'année  eft  chez  elle  le  grand  cercle  ,  qui  s'achève 
par  la  révolution  des  mois.  Elle  donne  un  corps  à 
tout  ce  qui  eft  fpirituel  ,  &  la  vie  à  tout  ce  qui  ne 
Ta  point.  Enfin  le  chemin  dans  lequel  elle  marche 
eft  couvert  d'une  pouffiere  d'or  ,  ou  jonché  des  plus 
belles  fleurs.  f^oyei?okjiq\JE,fyle. 


S  T  Y 

Co  n'eft  pas  tout ,  chaque  genre  de  poéfie  a  fort 
ton  &  fes  couleurs.  Par  exemple  ,  les  qualités  prin* 
cipalcs  qui  conviennent  auy7j  le  épique  font  la  force  4 
l'élégance  ,  rharinonie  &  le  colons. 

Le  Jlyle  dramatique  a  pour  règle  générale  de  de- 
voir être  toujours  contormc  à  l'état  de  celui  qui 
parle.  Un  roi ,  un  fimple  particulier  ,  \m  coinraer- 
çant,  un  laboureur,  ne  doivent  point  parler  du  même 
ton  :  mais  ce  n'eft  pas  allez;  ces  mêmes  hommes  font 
dans  la  joie  ou  dans  la  douleur  ,  dans  l'cfpéranceou 
dans  la  crainte  :  cet  état  aduel  doit  donner  encore 
une  féconde  conformation  à  Xfcwxfiyle ,  laquelle  fera 
fondée  fur  la  première  ,  comme  cet  état  a£hiel  eft 
fondé  fiir  l'habituel  ;  &  c'eft  ce  qu'on  appelle  la  con- 
dition de  laperfonne.   Foye^  Trag  ÉDIE. 

Pour  ce  qui  regarde  la  comédie ,  c'eft  affez  de  dire 
que  ion  fyle  doit  être  fimple  ,  clair ,  familier  ,  ce- 
pendant jamais  bas  ,  ni  rampant.  Je  fais  bien  que  la 
comédie  doit  élever  quelquefois  fon  ton  ,  mais  dans 
fes  plus  grandes  hardieflcs  elle  ne  s'oublie  point  ;  elle 
eft  toujours  ce  qu'elle  doit  être.  Sicile  alloit  jufqu'avi 
tragique  ,  elle  feroit  hors  de  fes  limites  :  fon  fyle  de- 
m.ande  encore  d'être  affaiffonné  de  penlces  fines, 
délicates  ,  &  d'expreffions  plus  vives  qu'éclatantes. 

Le  fiyle  lyrique  s'élève  comme  un  trait  de  flamme  ^ 
&C  tient  par  fa  chaleur  au  lentiincnt  &  au  goiit  :  il  eft 
tout  rempli  de  l'emhoufialme  que  lui  infpire  l'ob- 
jet préfent  à  fa  lyre  ;  (es  images  font  fublimes ,  & 
fes  fentimens  pleins  de  feu.  De-là  les  termes  riches , 
forts ,  hardis ,  les  fons  harmonieux ,  les  figures  bril- 
lantes ,  hyperboliques  ,  &  les  tours  finguliers  de  ce 
genre  de  poéfie.  Foyei  Ode,  PoÉbiE  lyrique  & 
Poète  lyrique. 

Le  Jiyle  bucolique  doit  être  fans  apprêt,  fans  fafte, 
doux ,  fimple ,  naif  &  gracieux  dans  fes  defcriptions» 
Foyei  Pastorale  ,  poéji'e. 

Le  Jiyle  de  l'apologue  doit  être  fimple  ,  familier^ 
riant ,  gracieux  ,  naturel  &  naif  La  fimplicitc  de  ce 
Jiyle  confifle  à  dire  en  peu  de  mots  6c  avec  les  ter* 
mes  ordinaires  tout  ce  qu'on  veut  dire.  Il  y  a  cepen- 
dant des  fables  où  la  Fontaine  prend  l'eflbr  ;  mais 
cela  ne  lui  arrive  que  quand  les  perfonnages  ont  de 
la  grandeur  &  de  la  noblefie.  D'ailleurs  cette  éléva- 
tion ne  détruit  point  la  fimplicité  qui  s'accorde  ,  on 
ne  peut  mieux,  avec  la  dignité.  Le  familier  de  l'apo- 
logue eft  un  choix  de  ce  qu'il  y  a  de  plus  fin  &  de 
plus  délicat  dans  le  langage  des  conven'ations  ;  le 
riant  eft  cara£f  érifé  par  fon  oppofition  au  férieux  , 
6c  le  gracieux  par  Ion  oppofition  au  defagréable  : 
fa  majejlé  fourrée  ,  une  Hélène  au  beau  plumage ,  font 
du  fly le  riant.  L^ftyle  gracieux  peint  les  chofes  agréa- 
bles avec  tout  l'agrément  qu'elles  peuvent  recevoir. 
Les  lapins  s'égayaient  ^  &  de  thim  parfumoicnt  leurs 
banquets.  Le  naturel  eft  oppofé  en  général  au  recher- 
ché ,  au  forcé.  Le  naïf  l'eft  au  refléchi ,  &  femble 
n'appartenir  qu'au  fentiment,  comme  la  fable  delà 
laitière. 

Paflbns  au  fyle  de  la  profe  :  il  peut  être  périodique 
ou  coupé  dans  tout  genre  d'ouvrage. 

Le  Jiyle  périodique  eft  celui  où  les  propofitions  ou 
les  phrafes  font  liées  les  unes  aux  autres  ,  foit  par  le 
fens  même,  foit  par  des  coiljoncfions. 

Le  fyle  coupé  eft  celui  dont  toutes  les  parties  font 
indépendantes  &  ians  liaifon  réciproque.  Un  exem- 
ple fuffira  pour  les  deux  efpeces. 

«  Si  M.  de  Turcnne  n'avoit  fîi  que  combattre  & 
M  vaincre ,  s'il  ne  s'étoit  élevé  au-deffus  des  vertus 
»  humaines  ,  fi  fa  valeur  &  fa  prudence  n'avolent 
»  été  animées  d'un  clprit  de  foi  &  de  charité  ,  je  le 
»  mettrois  au  rang  des  Fabius  &  des  Scipions  ».  Voi- 
là une  période  qui  a  quatre  membres ,  dont  le  fens 
eft  lufpendu.  Si  M.  de  Turcnne  n'avoit  ffi  que  com- 
battre &;  vaincre ,  &c.  ce  fens  n'eft  pas  achevé,  parce 
que  la  conjonction  y?  promet  au-moins  un  fécond 

membre 


s  T  y 

metnbre  ;  ainfî  le  (îylc  eft  là  périodique.  Le-veut-on 
coupe,  ili'uifit  d'ôterla  conjondion  :  M.deTiirenne 
a  iu  autre  chofe  que  combattre  &  vaincre  ,  il  s'eft 
élevé  au-deflits  des  vertus  humaines  ;  l'a  vaieur  &  fa 
prudence  étoient  animées  d'un  efprit  de  foi  &  de 
charité  ;  il  ert  bien  au-defllis  des  Fabius  ,  des  Sci- 
pions.  Ou  fi  l'on  veut  un  autre  exemple  :  «  ïl  pafle 
>>  le  Rhin  ,  il  obferve  les  mouvemens  des  ennemis  ; 
♦  il  relevé  le  courage  des  alliés ,  «S'c  ». 

heJlyU  périodiqui  a  deux  avantages  fur  le/IjUcou- 
>é :  le  premier,  qu'il  eft  plus  harmonieux  ;  le  fécond, 
ju'il  tient  l'efprit  en  fufpens.  La  période  commen- 
:ée  ,  l'efprit  de  l'auditeur  s'engage  ,  S>c  efl  obligé  de 
"uivre  l'orateur  jufqu'au  point ,  fans  quoi  il  perdroit 
e  fruit  de  l'attention  qu'il  a  donnée  aux  premiers 
nots.  Cette  fufpcnfioneil:  très-agréable  à  Pauditeur, 
:11e  le  tient  toujours  éveillé  ôc  en  haleine. 

Le  J?y/e  coupé  a  plus  de  vivacité  &  plus  d'éclat  : 
)n  les  emploie  tous  deux  tour-à-tour  ,  fuivant  que 
a  matière  l'exige.  Mais  cela  ne  iuftît  pas  à-beaucoup- 
irès  pour  la  perfection  Aujiyle  :  il  faut  donc  obfer- 
'er  avant  toutes  chofcs  que  la  même  remarque  que 
ious  avons  faite  au  fujet  de  la  poéiie,  s'applique  éga- 
ement  à  la  profe  ,  je  veux  dire  que  chaque  genre 
l'ouvrage  profaique  demande  Icjîyle  qui  lui  elt  pro- 
re.  Le  Pyle  oratoire  ,  le  ^yk  hiftorique  &  Icpyle 
piftolaire  ont  chacun  leurs  règles ,  leur  ton ,  &  leurs 
L>is  particulières. 

Le ^yU  oratoire  requiert  un  arrangement  choifi  des 
'enfées  &  des  expreflions  conformes  au  fujet  qu'on 
loir  traiter.  Cet  arrangement  des  mots  &  des  pen- 
ses comprend  toutes  les  efpeces  de  figures  de  rhé- 
orique  ,  &  toutes  lés  combinaifons  qui  peuvent 
rodûire  l'harmonie  &  les  nombres,  f^oyei  Ora- 
:eur  ,  Orateurs  grecs  &  romains  ,  Elocution, 
ELOQUENCE ,  Harmonie  ,  Mélodie  ,  Nombre  , 

fC. 

Le  caraûere  principal  du  ^yle  hijîorique ,  eft  la 
larté.  Les  images  brillantes  figurent  avec  éclat  dans 
'hifloire  :  elle  peint  les  faits;  c'efl  le  combat  des 
loraces  &  des  Curiaces  ;  c'eft  la  pefle  de  Rome , 
arrivée  d'Agrippine  avec  les  cendres  de  Germani- 
us ,  ou  Germanicus  lui-même  au  lit  de  la  mort.  Elle 
eint  les  traits  du  corps ,  le  caraftere  d'efprit ,  les 
lœurs.  C'efl  Caton  ,  Catilina ,  Pifon  ;  la  fimplicité 
ed  bien  zxxjlyh  de  l'hidoire;  c'elt  en  ce  point  que 
>éfar  s'eft  montré  le  premier  homme  de  Ion  fiecle. 
[  n'eft  point  frifé,  dit  Cicéron,  ni  paré  ni  ajufîé, 
lais  il  eft;  plus  beau  que  s'il  l'étoit.  Une  des  princi- 
ales  qualités  à\x  JlyU  hijîorique^  c'efl 'd'être  rapide; 
nfîn  il  doit  être  proportionné  au  fujet.  Une  hifloire 
énérale  ne  s'écrit  pas  du  même  ton  qu'une  hifloire 
articuliere;  c'efl  prefque  un  difcours  foutenu  ;  elle 
fl  plus  périodique  &  plus  nombreufe. 

Le  jîyle  épifiolaire  doit  le  conformer  à  la  nature 
es  lettres  qu'on  écrit.  On  peut  diflinguer  deux  for- 
îs  de  lettres  ;  les  unes  philofophiques,  où  l'on  traite 
'une  manière  libre  quelque  fujet  littéraire  ;  lesau- 
res  familières ,  qui  font  une  efpece  de  converfation 
ntre  les  abfens  ;  Leflylc  de  celle-ci  doit  reffemblcr  à 
elui  d'un  entretien,  tel  qu'on  l'auroit  avec  la  per- 
3nne  même  il  elle  étoit  prcfente.  Dans  les  lettres 
hilofophiques ,  il  convient  de  s'élever  quelquefois 
vec  la  matière,  fuivant  les  circonflances.  On  écrit 
\in  Jîyle  fimple  aux  pcrfonnes  les  plus  qualifiées  au- 
efîlis  de  nous  ;  on  écrit  à  fes  amis  d'un  Jly/e  fami- 
ler.  Tout  ce  qui  efl  familier  eu  fimple;  mais  tout 
e  qui  efl  fimple  n'efl  pas  familier.  Le  caraftere  de 
mplicité  fe  trauve  fur-tout  dans  les  lettres  de  ma- 
ame  de  Maintenon  :  rien  de  fi  aifé,  de  fi  doux ,  de 
naturel. 

Le  Jîyle  épijio/aire  n''cfi  point  aflujctti  aux  lois  du 
ifcours  oratoire:  h  marche  efl  fans  contrainte  : 
'efl  le  trop  de  nombres  qui  fait  le  défaut  des  lettres 
Torne  XF. 


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de  Balzac.  Il  efl  une  forte  de  négligence  qui  plaî^ 
de  même  qu  il  y  a  des  femmes  à  qui  il  fied  bien  de 
n'être  point  parées.  Telle  efl  l'élocution  fimple 
agréable  &  touchante  fans  chercher  à  le  paroître  ; 
elle  dédaigne  la  fnfure,  les  perles,  les  diamans ,  le 
blanc,  le  rouge  ,  &  tout  ce  qui  s'appelle  fard  &'or- 
nement  étranger.  La  propreté  feule  ,  jointe  aux  grâ- 
ces naturelles,  lui  fuffit  pour  fe  rendre  agréable. 

Le  ftyle  épijlolaire  admet  toutes  les  figures  de  mots 
&  de  penfées ,  mais  il  les  admet  à  fa  manière.  Il  y  a 
des  métaphores  pour  tous  les  états;  les  fufr.enfions, 
les  interrogations  font  ici  permifes ,  parce  que  ces 
tours  font  les  exprelfions  même  de  la  nature. 

Mais  foit  que  vous  écriviez  une  lettre ,  une  hif- 
toire ,  une  oraifon ,  ou  tout  autre  ouvrage ,  n'oubliez 
jamais  d'être  clair.  La  clarté  de  l'arrangement  des 
paroles  &  des  penfées,  efl  la  première  qualité  du 
Jlyle.  On  marche  avec  plaifir  dans  un  beau  jour, 
tous  les  objets  fe  préfentent  agréablement  ;  mais  lorf- 
que  le  ciel  s'obfcurcit ,  il  communique  fa  noirceur  à 
tout  ce  qu'on  trouve  fur  la  route,  &  n'a  rien  qui 
dédommage  de  la  fatigue  du  voyage. 

A  la  clarté  de  votre  Jlyle,  joi|nez  s'il  fe  peut  la 
noblefTe  &  l'éclat;  c'efl  par-là  que  l'admiration  com- 
mence à  naître  dans  notre  efprit.  Ce  fut  par -là  que 
Cicéron  plaidant  pour  Cornélius ,  excita  ces  emoor- 
temens  de  joie  &  ces  battemens  de  mains,  dont  le 
barreau  retentit  pour-lors;  mais  l'état  dont  je  parle 
doit  fe  foutenir  ;  un  éclair  qui  nous  éblouit  pafle  1  ége- 
rement  devant  les  yeux  ,&  nous  laifTe  dans  la  tran- 
quillité où  nous  étions  auparavant  ;  un  faux  brillant 
nous  furprend  d'abord  &  nous  agite  ;  mais  bientôt 
après  nous  rentrons  dans  le  calme ,  &  nous  avons 
honte  d'avoir  pris  du  clinquant  pour  de  l*or. 

Quoique  la  beauté  au  Jlyle  dépende  des  ornemens 
dont  on  fe  fert  pour  l'embellir ,  il  faut  les  ménager 
avec  adrefTe  ;  car  un/y/e  trop  orijé  devient  infipide  ; 
il  faut  placer  la  parure  de  même  qu'on  place  les  per- 
les &  les  diamans  fur  une  robe  que  l'on  veut  enrichir 
avec  goût. 

Tâchez  fur-tout  d'avoir  un  Jiyle  qui  revête  la  cou- 
leur du  fentiment ,  cette  couleur  confifle  dans  cer- 
tains tours  de  phrafe  ,  de  certaines  figures  qui  ren- 
dent vos  expreffions  touchantes.  Si  l'extérieur  efl 
trille  ,  le  Jîyle  doit  y  répondre.  Il  doit  toujours  être 
conforme  à  la  fituation  de  celui  qui  parle. 

Enfin  il  ell  une  autre  qualité  du  Jlyle  qui  en- 
chante tout  le  monde ,  c'efl  la  naïveté.  Le  Jlyle  naïf 
ne  prend  que  ce  qui  efl  né  du  fujet  &  des  circonf- 
tances  :  le  travail  n'y  paroît  pas  plus  que  s'il  n'y  en 
avoit  point  ;  c'efl  le  dicendi  genus  fùnplex  ,  fincerum  , 
nativum  des  Latins.  La  naïveté  du  (îyle  confifle  dans 
le  choix  de  certaines  expreffions  fimples  qui  paroif- 
fent  nées  d'elles-mêmes  plutôt  que  choifies  ;  dans 
des  conllruftions  faites  comme  par  hafard,  dans  cer- 
tains tours  rajeunis ,  &  qui  confervent  encore  un  air 
de  vieille  mode.  Il  efl  donné  à  peu  de  gens  d'avoir 
en  partage  la  naïveté  du  Jîyle  ;  elle  demande  un  goût 
naturel  perfedionné  par  la  ledure  de  nos  vieux  au- 
teurs françois,  d'un  Amyot,  par  exemple  ,  dont  la 
naïveté  du  (îyle  efl  charmante. 

Il  paroît  affez  par  tous  ces  déjails ,  que  les  plus 
grands  défauts  âi\.i Jîyle  font  d'être  obfcur,  bas,  em- 
poulc,  froid,  ou  toujours  uniforme. 

Un  flyle  qui  ell  ohjcur&c  qui  n'a  point  de  clarté, 
cfi  le  plus  grand  vice  de  l'élocution ,  foit  que  l'obfcu- 
rité  vienne  d'un  mauvais  arrangement  de  paroles , 
d'une  conflrudion  louche  &  équivoque  ,  ou  d'une 
trop  grande  brièveté.  Il  faut,  dit  Quintilicn  ,  non- 
feulement  qu'on  pulffe  nous  entendre,  mais  qu'on 
ne  puifie  pas  ne  pas  nous  entendre  ;  la  lumière  dans 
un  écrit  doit  être  comme  celle  du  fi)lt!il  dans  l'uni- 
vers ,  laquelle  ne  demande  point  d'attention  pour 
être  vue,  il  ne  faut  qu'ouvrir  les  yeux. 

A  Aa  4 


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S  T  Y 


La  baffejfc  du  flylc ,  confille  principalement  clans 
\ine  diftion  vulgaire ,  groiuere,  lèche,  qui  rebute  6c 
dégoûte  le  iedleur.  i^ 

Le  jlyU  empoulc,  n'eft  qu'une  élévation  vicieufe, 
il  rclîémblc  ;\  la  bouffiffure  des  malades.  Pour  en 
connoître  le  ridicule,  on  peut  lire  le  fécond  chapi- 
tre de  Longin  ,  qui  compare  Clitarque  ,  qui  n'avoit 
que  du  vent  dans  fes  écrits  ,  à  un  homme  qui  ouvre 
une  grande  bouche  pour  Ibutller  dans  une  petite 
flûte.  Ceux  qui  ont  l'imagination  vive  tombent  ail'c- 
îiient  dans  l'enflure  du/?>'/e,  enlbrte  qu'au -Heu  de 
tonner,  comme  ils  le  croient ,  ils  ne  font  que  niaifer 
comme  des  entans. 

Le  flyU  froid  vient  tantôt  de  la  ftérilité ,  tantôt 
de  l'intempérance  des  idées.  Celui  -  là  parle  froide- 
ment, qui  n'échauffe  point  notre  ame,  &  qui  ne  fait 
point  l'élever  par  la  vigueur  de  les  idées  &L  de  les  ex- 
prelTions. 

Le/fy/e  trop  uni/orme-  nous  affoupit  &  nous  endort. 

Voulci^-vous  du  public  méritir  Us  amours^ 

Sans  Cijj'i  en  ccrivunt  variei  vos  difcours  ; 

Un  llyle  trop  égal  &  toujours  uniforme 

En  vain  brilU  à  nos  yeux,  il  faut  qu  il  nous  endorme. 

On  lit  peu  ces  auteurs  nés  pour  n<uis  ennuyer , 

Qui  toujours  fur  un  ton  femblent  pfalmodier. 

La  variété  nécelTiiire  en  tout ,  l'eft  dans  le  difcours 
plus  qu'ailleurs.  Il  faut  fe  défier  de  la  monotonie  du 
JlyU ,  &L  favoir  paffer  du  grave  au  doux  ,  du  plaifant 
au  févere. 

Enfin,  fj  quelqu'un  me  demandoit  la  manière  de 
fe  former  le  fîyU ,  je  lui  rcpondrois  en  deux  mots, 
avec  l'auteur  des  principes  de  littérature,  qu'il  faut 
premièrement  lire  beaucoup  &  les  meilleurs  écri- 
vains ;  fecondement,  écrire  foi-même  &  prendre  un 
cenfeur  judicieux  ;  troiliemement ,  imiter  d'exccl- 
lens  modèles ,  6c  tâcher  de  leur  reffembler. 

Je  voudrois  encore  que  l'imitateur  étudiât  les 
hommes  ;  qu'il  prît  d'après  nature  des  exprelfions 
qui  foient  non  -  feulement  vraies ,  comme  dans  un 
portrait  qui  reflemble ,  mais  vivantes  &  animées 
comme  le  modèle  même  du  portrait.  Les  Grecs 
avolent  l'un  &;  l'autre  en  partage,  le  génie  pour  les 
chofes,  &  lé  talent  de  l'expreffion.  Il  n'y  a  jamais 
eu  de  peuple  qui  ait  travaillé  avec  plus  de  goût  &C 
de  ftyU  ;  ils  burinoient  plutôt  qu'ils  ne  peignoient, 
dit  Denis  d'Halycarnaffe.  On  fait  les  efforts  prodi- 
gieux que  fît  Démofthène,  pour  forger  ces  foudres , 
que  Philippe  redoutoit  plus  que  toutes  les  flottes 
de  la  république  d'Athènes.  Platon  à  quatre -vingt 
ans  poliflbit  encore  fes  dialogues.  On  trouva  après 
fa  mort ,  des  correftions  qu'il  avoit  faites  à  cet  âge 
fur  fes  tablettes.  (  Z-e  c/zeva/Zer  de  Jaucourt,') 

Style  ,  harmonie  du.  Foye^  ORATOIRE  ,  HARMO- 
NIE ,  ÉLOQUENCE.  {D.J.') 

Style  ,  (  Logiq.')  le  (lyU  des  Logiciens  &  desPhi- 
lofophes  ne  doit  avoir  d'autre  but  que  d'expliquer 
exadement  nos  penfées  aux  autres  ;  c'ell  pourquoi 
il  convient  d'étabhr  quelques  règles  particulières  à 
ce  genre  de  JlyU  ;  telles  font  les  fuivantes. 

I  °.  De  ne  s'écarter  jamais  des  fignifîcations  reçues 
(des  termes. 

2°.  Que  les  mêmes  termes  foient  toujours  pris  dans 
le  même  f  cns. 

3°.  De  fixer  la  fignifîcatlon  des  mots  qui  ont  un 
fens  vague  &  indéterminé. 

4°.  De  défigner  les  objets  effentiellement  difFérens 
par  des  noms  différens. 

5  °.  Le  logicien  ou  le  philofophe  doit  toujours  ufer 
des  expreffions  les  plus  propres,  &  ne  point  employer 
plus  de  mots  que  ceux  qui  lui  font  précifément  nc- 
ceffaires  pour  établir  la  vérité  de  la  propofition  qu'il 
avance.  Foye^  à  ce  f  ujet  AVolf,  Dijc.  prèUmin,  de  la 
i^ogique^CV.  (-O./.  ) 


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Style  oriental,  {Profe  & Poéjîe.)  \q (fyU  Orien- 
tal d  cet  avantage,  qu'il  élevé  l'ame,  qu'il  foutient 
l'attention  ,  &C  qu'il  fait  lire  avec  une  forte  de  plaifir, 
des  choies  qui  pour  le  fond  ne  font  pas  toujours 
nouvelles.  (Z>.  /.  ) 

Style  ,  Poéjîe  du  ,  (  Pcéfe.  )  la  poéjîe  du  (îyUy 
comme  M.  le  13atteux  Fa  remarqué  ,  comprend  les 
penfées  ,  les  mots  ,  les  tours  ,  &  l'harmonie.  Toutes 
ces  parties  fe  trouvent  dans  la  profe  même  ;  mais 
comme  dans  les  arts,  tels  quclaPoéfie  ,  il  s'agit  non- 
feulement  de  rendre  la  nature  ,  &i  de  la  rendre  avec 
tous  lésagrémens  &  fes  charmes  pofïïbles  ;  la  Poéfie, 
pour  arriver  à  fa  fin  ,  a  été  en  droit  d'y  ajouter  un 
degré  de  perfe£lion  ,  qui  les  élevât  en  quelque  forte 
au-delTus  de  leur  condition  naturelle. 

C'clt  pour  cette  raifon  que  les  penfées ,  les  mots  ^ 
l:s  tours ,  ont  dans  la  Poélie  une  hardielfe,  une  li- 
berté ,  une  richefTe ,  qui  paroîtrolt  excelTive  dans  le 
langage  ordinaire.  Ce  font  des  comparaifons  toutes 
nues ,  des  métaphores  éclatantes  ,  des  répétitions 
vives,  des  apoflrophes  fmgulieres,  C'cfl  l'Aurore , 
fille  du  matin  ,  qui  ouvre  les  portes  de  l'orient  avec 
les  doigts  de  rôles  ;  c'ell  un  fleuve  appuyé  fur  fon 
urne  penchante ,  qui  dort  au  bruit  flatteur  de  fon  onde 
nailîante  ;  ce  font  les  jeunes  /éphirs  qui  folâtrent 
dans  les  prairies  émaillées ,  ou  les  nayades  qui  fe 
jouent  dans  leurs  palais  de  cryftal;  ce  n'eft  point  un 
repas ,  c'ell  une  tète. 

La  poéjic  du  JlyU  conliUe  encore  â  prêter  des  fen- 
timens  intércfians  à  tout  ce  qu'on  ûiit  parler  ,  com- 
me à  exprimer  par  des  ligures  ,  &  à  préfenter  fous 
des  images  capables  de  nouSj^mouvoir  ,  ce  qui  ne 
nous  toucheroit  pas,  s'il  étoit  dit  fmiplement  enjlyls 
profaïque. 

Mais  chaque  genre  de  pocme  a  quelque  chofe  de 
particuhér  dans  la  pocjie  deJonJlyU  ;  la  plupart  des 
images  dont  il  convient  que  le  JlyU  de  la  tragédie 
foit  nourri ,  pour  ainli  dire ,  font  trop  graves  pour 
le  flyU  de  la  comédie  ;  du-moins  le  poëme  comique 
ne  doit-il  en  faire  qu'un  ufage  très-fobre.  Il  ne  doit 
les  employer  que  comme  Chrêmes  ,  lorfque  ce 
perfonnage  entre  pour  un  moment  dans  une  paflîon 
tragique.  Nous  avons  déjà  dit  dans  quelques  arti- 
cles ,  que  les  églogues  empruntoient  leurs  peintures 
&  leurs  images  des  objets  qui  parent  la  campagne, 
&  des  événemens  de  la  vie  rullique.  LapoéJîeduJfyle 
de  la  fatyre  doit  être  nourrie  des  images  les  plus 
t  propres  à  exciter  notre  bile.  L'ode  monte  dans  les 
cieux ,  pour  y  emprunter  (es  images  &  fes  compa- 
raifons du  tonnerre  ,  des  allres  ,  6c  des  dieux  mê- 
mes :  mais  ce  font  des  chofes  dont  l'expérience  a 
.    déjà  inflruit  tous  ceux  qui  aiment  la  Poéue. 

Il  faut  donc  que  nous  croyions  voir ,  pour  ainli 
dire  ,  en  écoutant  des  vers  :  utpiclura  poejis  ,  dit  Ho- 
race. Cléopatre  s'attireroit  moins  d'attention ,  fi  le 
poète  lui  faifoit  dire  enjlyle  profaïque  aux  minillres 
odieux  de  fon  Irere  :  ayez  peur,  méchans  ;  Céfar 
qui  ell  jufte  ,  va  venir  la  force  à  la  main  ;  il  arrive 
avec  des  troupes.  Sa  penfée  a  bien  un  autre  éclat  ; 
elle  paroîî  bien  plus  relevée  ,  lorfqu'elle  ell  revêtue 
de  figures  poétiques ,  &c  lorfqu'elle  met  entre  les 
mains  de  Céfar ,  î'inflrument  de  la  vengeance  de  Ju- 
piter. Ce  vers, 

TrembUi ,  méchans ,  tremble:^  :  voici  venir  la  foudre! 

.me  préfente  Céfar  armé  du  tonnerre  ,  ôc  les  meur- 
triers de  Pompée  foudroyés.  Dire  fimplement  qu'il 
n'y  a  pas  un  grand  mérite  à  fe  faire  aimer  d'un  hom- 
me qui  devient  amoureux  facilement;  mais  qu'il  eft 
beau  de  fe  faire  aimer  par  un  homme  qui  ne  témoi- 
gna jamais  de  difpofuion  à  l'amour;  ce  feroit  dire 
une  vérité  commune  ,  &  qui  ne  s'attireroit  pas  beau- 
coup d'attention.  Quand  Racine  met  dans  la  bouche 
d'Aricie  cette  vérité ,  revctue  des  beautés  que  lui 


I 


s  T  Y 

jprete  la  poèjîc  defon  flylc ,  elle  nous  charme.  Nous 
ibmmes  féduits  par  les  images  dont  le. poète  fe  iert 
pour  l'exprimer  ;  &  la  penfee  de  triviale  qu'elle  i'e- 
roit ,  énoncée  en  fïyU  profaïque ,  devient  dans  îts 
vers  un  dil'cours  éloquent  qui  nous  frappe ,  &  que 
nous  retenons  : 

Pour  mol  ^jcfuisplus  fiiri ,  &  fuis  la  gloire  a'ifli 
D'arracher  un  hommage  à  mille  autres  offert  i. 
Et  (Centrer  dans  un  caur  de  toutes  parts  ouvert. 
Mais  de  faire  Jléchir  un  courage  inflexible  , 
De  porter  la  douleur  dans  une  ame  infenfible  , 
D^ enchaîner  un  captif  de  fes  fers  étonné  y 
Contre  un  joug  qui  lui  plaît  vainement  mutine^ 
^Voilà  ce  qui  me  plaît  ^  voilà  ce  qui  m^ irrite. 

Phèdre ,  acte  II. 

Ces  vers  tracent  cinq  tableaux  dans  l'imagination. 
Un  homme  qui  nous  diroit  amplement:  je  mour- 
rai dans  le  même  château  où  je  fuis  né,  ne  touche- 
roit  pas'  beaucoup.  Mourir  eft  la  deftinée  de  tous 
les  hommes  ;  &  finir  dans  le  fein  de  fes  pénates  , 
c'eil  la  deflinée  des  plus  heureux.  L'abbé  de  Chau- 
lieu  nous  préfente  cependant  cette  penfée  fous  des 
images  qui  la  rendent  capable  de  toucher  infîni- 
tiient  : 

Fontenay  ^  lieu  délicieux^  ' 

Où  je  vis  d'' abord  la  lumière ,  • 

Bien- tôt  au  bout  de  ma  carrière 

Clie[  toi  je  joindrai  mes  ayeux. 

MuJ'es  qui  dans  ce  lieu  champêtre 

Avec  foin  me  fîtes  nourrir  , 

Beaux  arbres  qui  m'ave:^  vu  naître'^ 
.   Bien-tôt  vous  me  verre^  mourir. 

Ces  apoflrophes  me  font  voir  le  poëte  en  conver- 
fation  avec  les  divinités  &  avec  les  arbres  de  ce  lieu. 
Je  m'imagine  qu'ils  font  attendris  par  la  nouvelle 
qu'il  leur  annonce;  &  le  fentirr^'nt  qu'il  leur  prête , 
fait  naître  dans  mon  cœur  un  fentiment  approchant 
du  leur. 

La  poéfe  dnflyle  fait  la  plus  grande  différence  qui 
foit  entre  les  vers  &  la  proie.  Bien  des  métaphores 
qui  pafl'eroient  pour  des  figures  trop  hardies  dans  le 
(iyle  oratoire  le  plus  élevé  ,  font  reçues  en  poéfie  ; 
les  images  &  les  figures  doivent  être  encore  plus  fré- 
quentes dans  la  plupart  des  genres  de  la  Poélie  ,  que 
dans  les  dilcours  oratoires  ;  la  Rhétorique  qui  veut 
perfuader  notre  raifbn,  doit  toujours  conferver  un 
air  de  modération  &  de  fmcérité.  Il  n'en  eil  pas  de 
même  de  la  Poéfie  qui  fonge  à  nous  émouvoir  pré- 
férablement  à  toutes  choies ,  &  qui  tombera  d'ac- 
cord ,  fil'on  veut,  qu'elle  efl  fouvent  de  mauvalfe 
foi.  Suivant  Korace  ,  on  peut  être  pocte  en  un  dif- 
cours  en  profe  ;  &  l'on  n'efl  fouvent  que  profateur 
dans  un  difcours  écrit  en  vers.  Quintihen  explique  fi 
bien  la  nature  &  l'ufage  des  images  &  des  figures 
dans  les  derniers  chapitres  de  fon  huitième  livre  ,  6c 
dans  les  premiers  chapitres  du  Uvrc  fuivant,  qu'il  ne 
laifTe  rien  à  faire ,  que  d'admirer  fa  pénétration  &:fon 
grand  fens. 

Cette  partie  de  la  Poéfie  la  plus  importante,  cfl  en 
même  tems  la  plus  difticile  :  c'efl  pour  inventer  des 
images  qui  peignent  bien  ce  que  le  poète  veut  dire  ; 
c'efi"  pour  trouver  les  exprefTions  propres  à  leur  don- 
ner l'être ,  qu'il  a  befoin  d'un  feu  divin  ,  &  non  pas 
pour  rimer.  Un  pocte  médiocre  peut ,  à  force  de 
confultatibns  &  de  travail ,  faire  un  plan  régulier  , 
&  donner  des  mœurs  décentes  à  fes  perfonnagcs  ; 
mais  il  n'y  a  qu'un  homme  doué  du  génie  de  l'art , 
qui  puifle  foutenir  fes  vers  par  des  fidions  continuel- 
les ,  &  par  des  images  renaiffantes  à  chaque  période. 
Un  homme  fans  génie,  tombe  bien-tôt  dans  la  froi- 
deur qui  naît  des  figures  qui  manquent  de  juficfre , 
t>L  qui  ne  peignent  point  nettement  leur  objet  ;  ou 
dans  le  ridicule  qui  naît  des  figures ,  lefquvUes  ne 
Tome  Xf^^ 


S  T  Y 


555 


font  point  convenables  au  fujet.  Telles  font,  par 
exemple  ,  les  figures  que  met  en  œuvre  le  carme 
auteur  du  poème  de  la  Magdelaine,  qui  forment  fou- 
vent des  images  grotefques  ,  où  le  poëte  ne  devoit 
nous  offrir  que  des  images  férieufes.  Le  confeil  d'un 
ami  peut  bien  nous  faire  fupprimer  quelques  fioures 
impropres  ou  mal  imaginées  ;  mais  il  ne  peut  nous 
infpirer  le  génie  néceffaire  pour  inventer  celles  dont 
il  conviendroit  de  fe  fervir,  &  qui  font  la  poéfe  du 
flyh  ;  le  fecours  d'autrui  ne  fauroit  faire  un  poëte; 
il  peut  tout  au  plus  lui  aider  à  fe  former. 

Un  peu  de  réflexion  fur  la  deflinée  des  poëmes 
françois  publiés  depuis  cent  ans  ,  achèvera  de  nous 
perfuader ,  que  le  plus  grand  mérite  d'un  poëme  , 
rient  de  la  convenance  bc  de  la  continuité  des  ima- 
ges &  des  peintures  que  fes  vers  nous  préfentent.  Le 
caraftere  de  la  poéfie  du  flyle  a  toujours  décidé  du 
bon  ou  du  mauvais  fuccés  des  poëmes ,  même  de 
ceux  qui  par  leur  étendue  ,  femblent  dépendre  le 
plus  de  l'économie  du  plan ,  de  la  diltribution ,  de 
l'adion  ,  &  de  la  décence  des  mœurs. 

Nous  avons  deux  tragédies  du  grand  Corneille  ,' 
dont  la  conduite  &  la  plupart  des  caraûeres  font  très- 
défëftueux ,  le  cid  &  la  mort  de  Pompée,  On  pour- 
roit  môme  difputer  à  cette  dernière  pièce  le  titre 
de  tragédie  ;  cependant  le  public  enchanté  par  \di poé- 
fie du  (iyle  de  ces  ouvrages  ,  ne  fe  laffe  point  de  les 
admirer  ;  &  il  les  place  fort  au-deffus  de  plufieurs 
autres,  dont  les  mœurs  font  meilleures,  &  dont  le 
plan  eit  régulier.  Tous  les  raifonnemens  des  criti- 
ques ne  le  perfuaderont  jamais,  qu'il  ait  tort  de  pren- 
dre pour  des  ouvrages  excellens  deux  tragédies ,  qui 
depuis  un  fiecle ,  font  toujours  pleurer  les  fpefta- 
teurs. 

Nos  volfins  les  Italiens  ont  aufTi  deux  poëmes  épi- 
ques en  leur  langue  la  Jérufalem  délivrée  du  TafTe  , 
&  le  Roland  furieux  de  l'Ariofte  ,  qui,  comme  l'Ilia- 
de &  l'Enéide  ,  font  devenus  des  hvrcs  de  la  biblio- 
thèque du  genre  humain.    On  vante  le  poëme  du 
TafTe  pour  la  décence  des  mœurs,  pour  la  dignité  des 
caracieres ,  pour  l'économie  du  plan  ;  en  un  mot  pour 
fa  régularité.  Je  ne  dirai  rien  des  mœurs  ,  des  carac- 
teres,de  la  décence  &  du  plan  du  poëme  de  l'Ariofte- 
Homere  fut  un  géomètre  auprès  de  lui  ;  &  l'on  fait 
le  beau  nom  que  le  cardinal  d'Efl  donna  au  ramas  in- 
forme d'hifloires  maltiflues  enfembie  qui  compofent 
le  Roland  furieux.  L'unité  d'adHon  y  eft  fi  mal  obfer- 
vée,  qu'on  a  été  obligé  dans  les  éditions  portérieu- 
res  d'indiquer  ,  par  une  note.mife  à  côté  de  l'endroit 
oii  le  poëte  interrompt  une  hifloire  ,  l'endroit  du 
poëme  oii  il  la  recommence ,  afin  que  le  leûeur  ])uifîe 
*luivre  le  fil  de  cette  hifloire.  On  a  rendu  en  cela  un 
grand  fervice  au  public  ;  car  on  ne  lit  pas  deux  fois 
l'Ariofte  de  fuite ,  &  en  paflant  du  premier  chant  au 
fécond,  &  de  celui-là  aux  autres  fucceirivement , 
mais  bien  en  fuivant  indépendamment  de  l'ordre  des 
livres ,  les  différentes  hilloires  qu'il  a  plutôt  incor- 
porées qu'unies  enfembie.   Cependant  les  Italiens  » 
généralement  parlant ,  placent  l'Ariofle  fort  au-del- 
liis  du  TafTe.  L'académie  de  la  Crufca ,  après  avoir 
examiné  le  procès  dans  les  formes ,  a  fait  une  déci- 
fion  autentique  qui  adjuge  à  l'Ariofte  le  premier  rang 
entre  les  poètes  épiques  italiens.  Le  plus  zélé  dcfen- 
leur  du  TafTe,  Camillo  Pelcgrini ,  confefîe  qu'il  at- 
taque l'opinion  générale,  &  que  tout  le  inonde  a  dé- 
cidé pour  l'Ariofle  ,  fédult  par  la  poéfie  de  ion  flyle. 
Elle  l'emporte  véritablement  lur  la  poéfie  de  la  Jéru- 
falem délivrée  ,  dont  les  figures  ne  font  pas  fouvent; 
convenables  à  l'endroit  oii  le  poète  les  met  en  œu- 
vre. Il  y  H  fouvent  encore  plus  ilc  brillant  6c  d'jclat 
dans  (es  figures  que  de  vérité.  Je  veux  dire  qu  elles 
furprenni'nt&;  qu'elles  ébloulfTontrimagination,  mais 
qu'elles  n'y  peignent  pas  dillintlement  des  images 
propres  ù  nous  cmcuyoir. .  ,  .  - 

A  A  a  a  i] 


5)5 


S  T  Y 


S  T  Y 


Il  rcfulte  de  tout  ce  clctall ,  que  le  meilleur  pocme 
eft  celui  dont  la  Icdure  nous  touche  davantage  ;  & 
que  c'cft  celui  qui  nous  icduit  au  point  de  nous  ca- 
cher la  plus  grande  partie  de  les  tautcs,  &i  de  nous 
faire  oublier  volontiers  celles  mêmes  que  nous  avons 
vues ,  &  qui  nous  ont  choques.  Or  c'eil  à-propor- 
tion des  charmes  de  la /oJ//«  dtiJIyU  qu'un  pocnie 
nous  intérelie.    Du  Bos  ,  réflexions  fur  la    poJJu. 

Styi.l,  {Pànt.)  \ç  (iylc  appartient  en  pemture  A 
la  compolition  6i  ùTexccution  ;  il  y  a  des  peintres 
qui  travaillent  dans  un  Jiyli  héroïque  ,  &  d'autres 
dans  wnfiylc  champêtre.  Pour  ce  qui  concerne  l'exé- 
cution ,  un  tableau  peut  être  à\w\  jiyU  terme  ,  ou 
à'unfyli  poli.  LcftyU  terme  eft  une  touche  hardie, 
qui  donne  de  la  force  S:  de  l'adHon  à  l'ouvrage  ,  tels 
lonr  les  tableaux  de  Michel-An^e.  Le  ftyle  poli  finit 
&  termine  toutes  choies  :  c'eft  a  quoi  le  lont  le  plus 
attaches  les  peintres  hollandois.  Lçfjle  ferme  efl 
quelquefois  trop  dur  ,  6c  le  fiyle  poli  trop  cotppofé, 
tiop  travaille  ,  mais  leur  union  fait  les  délices  des 
amateurs.    {D.  J.) 

Style,  e/z  Mufîque^  efl  la  manière  de  compofer  , 
d'exécuter  &  d'ènleigner.  Cela  varie  beaucoup  fé- 
lon les  pays ,  le  caractère  des  peuples  &  le  génie  des 
auteurs  ;  fclon  les  matières ,  les  lieux ,  les  tems ,  les 
iliicts  6i  les  expreffions ,  &c. 

On  dit  le  flyU  de  Handel ,  de  Rameau  ,  de  Lully  , 
de  Dellouches,  &c.  le  flyU  des  Italiens  ,  des  Fran- 
çois ,  des  Efpagnols  ,  &c. 

Le  Jiylc  des  mufiques  gaies  &  enjouées  efl  bien 
différent  du  Jlyle  des  mufiques  graves  ou  férieules. 
'Lejiyl:  des  mufiques  d'églife  n'elf  pas  le  même  que 
celui  des  mufiques  pour  le  théâtre  ou  pour  la  cham- 
bre, htjiyieàts  compof.tions  italiennes  eft  piquant, 
fleuri,  expreffif:  celui  des  compolitions  françoifes 
efl  naturel ,  coulant,  tendre  ,  &c. 

De-là  viennent  les  diverfes  épithetes  qui  diflin- 
gucnt  ces  (ïi'acrtns (îyUs  ;  on  dit  fiytc  ancien  &  mo- 
derne ;  JîyU  italien  ,  trançois ,  allemand  ,  &c.jîyk  cc- 
cléfialf  ique  ,  dramatique  ,  de  la  chambre  ,  &c.  jlyU 
gai,  enjoué,  fleuri  ; '/y /«:  piquant,  pathétique ,  ex- 
preffif ;y?y/e  grave,  lérieux,  majeftueux  ;  y?y/^  na- 
turel ,  coulant ,  tendre  ,  affectueux  i/j-Ze  grand  ,  fu- 
blîme,  galant  ; /j'/^  familier  ,  populaire,  bas,  ram- 


)ant. 


i'/y/Ê  dramatique  ou  récitatif ,  c'efl  un  JlyU  propre 
pour  les  paffions.  Foye^  RÉCITATIF. 

SiyU  ecc'éfiaflique  ,  c'efl  un  (lyU  plein  de  majeflé, 
grave  &  lérieux ,  6c  capable  d'inlpirer  la  piété. 

Stilc  de  motet ,  c'eft  wnftyU  varié  ,  fleuri  ,  &  fuf- 
ceptibie  de  tous  les  ornemens  de  l'art  ;  propre  par' 
conléquent  à  remuer  les  paiuons ,  mais  fur-tout  à  ex- 
ciser l'admiration  ,  l'étonnement ,  la  douleur  ,  &c. 
Foyti  Motet. 

\  Style  de  madrigal  ;  c'efl  un  ftyU  affefté  à  la  ten- 
drefie  ,  à  f  amour ,  à  la  compalfion  &  aux  autres  pal- 
lions douces.   Voyci  Madrigal. 

Style  hyporchematique  ,  c'ellley^j/^  qui  convient 
au  plaifir ,  à  la  joie ,  à  la  danfe ,  &c.  &  plein  par  con- 
féquent  de  mouvcmens  prompts  ,  vifs ,  gais  &  bien 
marqués. 

-  j"/y/e  fymphonlque  ;  c'efl  le  ftylc  des  inflrumens. 
Comme  chaque  inflriuuent  a  fa  deflination  particu- 
lière ,  il  y  a  aufa  ion  Jiyie.  Le  Jiylc  des  violons  ,  par 
exemple ,  efl  ordinairement  gai  ;  celui  des  flûtes  efl 
triflc ,  languiffant ,  &c.  celui  des  trompettes ,  animé, 
gai ,   martial ,  &c. 

Style  mélifmatique  ,  c'efl  un  ftyle  naturel ,  &  fur 
lequel  on  chante  prefique  fans  avoir  appris  ;  il  efl 
propre  pour  les  ariettes  ,  les  vilanelles  ,  les  vaude- 
villes, &c. 

Style  de  phantaiiic,  ou  phantaifie,y?y/o  jP/wn/^/z/co; 
c'efl  unjïyli  d'inftrument  ou  une  manière  de  com- 


pofer  &;  d'exécuter  ,  libre  de  toute  contrainte,  &t^ 

Style  de  danle ,  fy^o  clwraïco  ;  il  f"e  divife  en 
autant  de  branches  différentes  qu'il  y  a  de  différens 
caraâeres  de  danfe.  Il  y  a  donc  lejiyle  des  faraban- 
dcs  ,  des  menuets  ,  des  paflepiés  ,  des  gavottes,  des 
rigaudons  ,  dts  bourées,  des  gaillardes,  des  couran- 
tes ,  &c.  Foyei  ces  mots. 

Les  anciens  avoient  aufll  Xqwvs ftyles  différens  dont 
nous  avons  parlé  aux  mots  y  Modes  ,  Mélopée. 
&c.  {S) 

Style,  )Liticrat,^  fo'^'^^i  c'étolt,  comme  Je  viens 
de  dire,  un  poinçon,  ou  une  grofle  aiguille,  avec  la 
pointe  de  laquelle  les  anciens  écrivoient  fur  des  ta- 
blettes enduites  de   cire,   ^(^y^^  Tablette  en  cire, 

Quintilien  confeille  pour  apprendre  aux  en- 
fans  à  écr?re ,  de  faire  graver  toutes  les  lettres  fur 
une  planche  ,  afin  que  la  trace  des  caradcres 
dirigeât  le  ftyle  ,  &  que  la  main  trouvant  une 
égale  réfillance  aux  extrémités  ,  ne  fortît  point  de 
l'on  modelé  ;  par  cette  miéthode  l'enfant,  à  force  d'i- 
miter des  caractères  fixes  ,  ne  pouvoit  manquer  de 
rendre  promptement  fa  main  lûre,fans  aucun  befoin 
de  maître  pour  la  conduire  ;  car ,  ajoute  notre  judi- 
cieux critiquî  ,  c'efl  une  choie  fort  importante  de 
favoir  écrire  bien ,  6c  vite  ;  ôc  c'efl  ce  que  ks  per- 
fbnnes  de  condition  négligent  un  peu  trop.  Si  Quin- 
tilien vivoit  parmi  nous ,  il  auroit  dit  négligent  au 
point  y  qu'on  reconnolt  un  homme  ds  qualité  à  fbn 
cciiturc  illilible ,  6c  aux  fautes  d'ortographe.  (Z^.  /.) 

Style ,  en  Chronologie  ,  (  Hft.  niad.  )  fignifie une 
manière  particulière  de  fupputer  le  tems  par  rapport 
au  retranchement  de  dix  jours  du  calendrier  dans  la 
réforma;ion  qui  en  fut  faite  fous  Grégoire  XIII. 

Lç.  ftyle  efl  ancien  ou  nouveau  . 

Le  vieux yjy/i;  efl  la  manière  de  compter  félon  le 
calendrier  Julien,  qu'on  luit  en  Angleterre  6c  dans 
quelques  autres  états  proteftans ,  qui  ont  refufé  d'ad- 
mettre la  reformation,  Voyei^  Julien. 

Le  nouveau  ftyle  efl  la  manière  de  compter  fuî- 
vant  le  calendrier  Grégorien  ,  qui  efl  fuivi  par  les  ca- 
tholiques 6c  par  d'autres,  en  conféquence  de  la  ré- 
formation. A'w}'»;^  Grégorien. 

Ainfi  il  y  a  une  ditférence  de  dix  jours  entre  le 
vieux  yrj'/e  6c  le  nouveau  ;  le  dernier  avance  beau- 
coup devant  le  premier ,  de  façon  que  quand  les  ca- 
tholiques ,  par  exemple,  comptent  le  ii  de  Mai, 
nous  ne  comptons  que  le  ii. 

Cette  différence  de  dix  jours  efl:  accrue  d'un  jour 
en  1707,  6c  efl  maintenant  de  1 1  jours  ;  par  la  rai- 
fon  que  cette  année  n'ctoit  pasbifiextile  dans  le  vieux 
y^j  le  ,  61  qu'elle  l'éîoit  dans  le  nouveau  ;  de  forte  que 
le  dixième  de  l'un  répondoit  au  vingt-unième  de  l'au» 
tre. 

Cependant  il  y  a  différens  endroits  ,  même  parmi 
les  proteflans,où  on  a  commencé  à  admettre  le  nou- 
veau y?y/<;  ;  6i.  il  eft  affez  vraiffemblable  qu'avec  le 
tems  le  \\cwx  ftyle  fefa  tout-à-fait  abandonné.  A  la 
diette  de  Ratisbonne  ,  en  1700  ,  il  a  été  réiblu  par 
le  corps  des  proteftans  de  l'empire,  qu'on  retranche- 
roitonze  jours  du  v\ç.\xs.  ftyle  pour  l'ajurter  à  l'avenir 
au  nouveau  :  le  même  règlement  a  été  fait  depuis  en 
Suéde  ^  en  Danemark;  l'Angleterre  eft  prcfque  le 
feul  état  qui  retienne  le  vieux/zy/e.  Voye:^  Calen- 
drier. 

Style  de  chasse  ,  voye^^  Chasse. 

Style  ,  (Jurifprud.)  en  terme  de  pratique  fignifîe 
la  manière  dont  on  a  coutume  de  rédiger  les  attes  ; 
les  notaires  ont  {QxxrftyU  ,  c'eft-à-dire  un  certain  or- 
dre de  difcours,  de  certaines  expreiîions  qui  leur  font 
propres.  Il  y  a  des  claufes  àt  ftyle  ^  c'efl-à-dire  qui 
fe  trouvent  ordinairement  dans  tous  les  aftes  de  mô- 
me cipece  ;  quelques-unes  de  ces  claui'es  ne  font  que 
de  T^wx ftyle  fans  rien  ajouter  aux  conventions,  com- 
me le  prom.ettant ,  obligeant ,  renonçant  des  notai- 


s  T  Y 


Y 


557 


■ës  qui  feroient  fous-entendus ,  quand  même  on  ne 
es  aiiroit  pas  exprimés. 

ht  J'tyU  judiciaire  eft  la  forme  que  Ton  fuit  pour 
'iiîiîrudion  &  pour  les  jugemens  dans  les  tribunaux; 
lutrefois  chaque  tribunal  avoit  ion/ij/e  particulier  ; 
'ordonnance  de  1667  a  eu  pour  objet  de  rendre  par- 
out  la  procédure  uniforme  ;  on  avoit  même  delfein 
le  faire  des  formules  imprimées  pour  toutes  fortes 
l'adcs  ,  afin  d-.'  rendre  par-tout  le  fiy/e  uniforme  ; 
nais  les  difficultés  que  Ton  trouva  dans  l'exécution 
le  ce  projet  le  firent  abandonner,  ôc  l'on  le  conten- 
a  de  vendre  le  papier  qui  étoit  deftiné  à  contenir 
;es  formules  ,  que  l'on  timbre  en  tôîe  d'une  fleur-de- 
is;  telle  fut  l'origine  du  papier  &  du  parchemin  tim- 
iré  ,  dont  l'ufage  commença  en  France  en  1673. 

Ajlalgrc  les  précautions  que  les  ordonnances  ont 
)rifes  pour  rendre  par-tout  le/iy/e  uniforme  ,  il  fiib- 
iite  encore  bien  des  différences  dans  le  Jtyle  de  la 
>lûpart  des  Tribunaux. 

Nous  avons  plufieurs  fty^es  anciens  &  nouveaux  j 
[ui  font  des  inftruftions  fur  la  manière  de  procéder 
lans  chaque  tribunal;  tels  font  l'ancieny/j'/t'  du  par- 
ement qui  eft  dans  les  œuvres  de  Dumoulin  ,  les 
}yies  civil  ,  criminel  &  du  confeil ,  de  Gauret  ;  le 
}yle  de  Gaftier  ;  leftylc  du  châtelet ,  &c.  Voyc^  FoR- 
A^  ,  Formules  ,  Ordre  judiciaire  ,  Papier 
riMBRÉ  ,  Procédure.  {A') 

Style  mercandU ,  ÇComr;ierce.')c''e{l  celui  qu'em- 
)loyent  les  marchands  &  les  négoclans  dans  les  af- 
àires  de  leur  négoce  ,  6c  dont  ils  fe  fervent  dans 
eurs  écritures  pour  eux-mêmes ,  pour  leurs  afîbciés, 
eurs  Gorrefpondans  &  leurs  eommiffionnalres  ;  il 
î'efî  prs  étrange  que  le  commerce  ait  ion  ftyle  , 
:omme  toutes  les  autres  fciences ,  &  il  feroic  hon- 
eux  de  ne  le  pas  lavoir ,  quand  on  a  la  fagc'He  d'em- 
jralTer  cette  utile  profellion.  (Z?.  /.) 

STYLITES ,  f.  m.  pi.  (  Hi/i.  ecdéfaft.  )  eil  le  nom 
ju'on  donnolî  à  une  forte  de  lolitaires  qui  pafibient 
e  tems  de  leur  vie  fur  le  lommet  d'une  colonne  pour 
nieux  fe  livrer  à  la  méditation.  Foye^  Kermiïe  , 
\nachorete. 

Les  auteurs  ecclcfiafllques  citent  beaucoup  de  fo- 
itaires  qui  menolent  ce  genre  de  vie  ,  6c  Ton  en 
trouve  dès  le  fécond  fiecle.  Le  plus  célèbre  d'entre- 
Eux  efl  S.  Simon  Stylite  qui  vivoit  dans  le  cinquié- 
ine  iiecle  ,  &  qui  demeuroit  fur  une  colonne  élevée 
de  36  coudées  ,  oii  il  paffa  fa  vie  dans  les  exercices 
d'une  continuelle  pénitence. 

Le  haut  de  ces  colonnes  ou  la  plate-forme  qu'oc- 
cupoient  ces  folitaires  ;  n'avoit,  dit-on,  que  3  pies 
de  diamètre  ;  &  étoit  entourée  d'une  efpece  de  ba- 
luflrade  ou  de  rebord  qui  leur  venoit  jufqu'à  la  cein- 
ture ;  mais  il  n'y  avoit  point  au  bas  de  quoi  fe  cou- 
cher,  &  ils  y  habltolent  en  plein  air.  On  dit  que  les 
fakirs  ou  moines  des  Indes  Imitent  encore  aujour- 
d'hui ce  genre  de  vie  extraordinaire.  Voye^  Fakir. 

STYLO-HYOIDlEN  ,  en  AnatomU^  efl  une  paire 
de  mulcles  qui  viennent  de  la  partie  inférieure  de 
l'apophyle  flyloide ,  &  s'infèrent  à  la  bafe  de  l'os 
hyoïde  proche  la  grande  corne ,  oii  il  fe  partage  très- 
fouvcnt  en  deux  portions  entre  Iclquelles  palTent  le 
tendon  du  digafhique.   f^oye^  Digastrique* 

STYLO-GLOSSE  ,  en  yJnnio.Tue ,  eu  une  paire  de 
mufcles  qui  s'attachent  le  long  de  l'apophyle  ftyloide 
d'où  defcendant  obliquement  en  avant,  ils  s'inicrcr.t 
à  la  racine  de  la  langue.  Ces  mulcles  viennent  qucl- 
qvicfols  de  l'angle  de  la  mâchoire  inférieure  ,  ou  fcnt 
fortifiés  par  un  trouffeau  de  fibres  qui  viennent  de 
cet  angle. 

STYLOfDE  ,  en  ylnaiomie  ,  efl  une  apophyfe  de 
l'os  des  tempes  ainfi  nonnnéc  ,  parce  qu'elle  rtffeir.- 
blc  i\  un  iHlc  ou  llllet.  f''oyc:i  nos  PL  tTAnatow.  & 
leur  explication.  Voyc:^  aujll  Us  aiticLs  G  R  A PHO I C E 
&  Os  PKxaii. 


.  -StYLÔ  -  KERATO  -  HYOÏDIEN ,  en  Ànatomie  ; 
c'ell  le  nom  d'une  paire  de  mufcles  ,  qui  ne  s'obfer- 
vent  pas  toujours  &  qui  prennent  leur  attache  de  la 
partie  moyenne  de  l'apophyfe  ftylolde,  &  vont  s'in- 
lérer  à  la  petite  corne  de  l'os  hyoïde. 

STYLO-MASTOIDIEN  ,  en  Anatomiz  ,  trou  fi- 
tué  entre  les  apophylés  Ifyloide  &  malioide  de  l'os 
des  tempes,  ^oye^ Temporaux. 

STYLOMETRIE ,  f  ï.  en  Ar.hluclun  ,  eft  l'art  de 
dlflrlbuer  &  nief lirer  une  colonne  dans  toutes  les  par- 
ties pour  en  oblerver  les  julles  proportions ,  du  orec 
c-y/oç  ,  colonne  ^  &  /uîlpcv  ,  mefure. 

STYLO-PHARINGIEN,  enAnaîomie,  eflunenai- 
te  de  mulcles  qui  viennent  de  rapo])hyle  liylolde  ^ 
qui  en  defcendant  obliquement  le  dlfperfent  dans  les 
parties  poilérieures  du  pharinx  &  dans  la  face  inter- 
ne du  cartilage  thiroide  ,  oii  quelques  fibres  s'atta- 
chent. 

STYLOBATE  ,  f  m.  (  Architecl.  )  Voyei  Pié- 
destal. 

STYMMATA  ,  {Pharmac.  anc.)  (j-rviJ.,jJ.T<t  ;  ce 
mot  dérive  de  s-Ty'ço) ,  rejf errer  ^  ou  êpaiffir  ;  en  latin  , 
Jpijfainenta ,  corps  épailîis.  Les  anciens  appellolent 
alnil  leurs  onguens  les  plus  folldes;  ils  donnolentle 
même  nom  aux  ingrédlens  dont  ils  fe  fervoient  pour 
procurer  à  ces  onguens  de  la  confiflance  &  de  la  fo-  . 
lidité  ;  CCS  derniers  ^)aiiriirans  étoient  quelques  fim- 
ples  odorliérans  ,  comme  le  collus  ,  le  nard  ,  la 
marjolaine,  l'amome  ,  la  menihe  ,  &  autres,  capa- 
bles de  refferrer  ,  de  donner  aux  onguens  une  odeur 
agréable,  &  de  les  préferver  de  la  corruption.  Dlof- 
corlde  dit  que  les  ftynimaia  ,  ou  épailTiirans  de  l'huile 
rofat ,  font  le  lentilque,  le  jonc,  &  l'afphalate.  Les 
flymniata  dlftérent  des  hcdyfniata  ,  en  ce  que  ces  der- 
niers font  liquides.  {^D.J.') 

STYMPHALE,  (  GV«^.  anc)  Stymphatus ,  ville 
du  Péloponnèfe ,  dans  l'Arcadle  ,  aux  contins  de  l'Ar- 
gollde  ,  furie  bord  d'un  lac  de  même  nom.  Homère 
6l  Héfiche  écrivent  rf]ùfx;pnXcç ,  Siyinphdus,  Il  femble 
qu'il  y  avoit  auffi  une  montagne  nommée  Stympha~ 
lus  ;  cependant  Strabon ,  /.  Vlll.  la  pafle  fousfilence, 
lorfqu'il  décrit  les  montagnes  de  l'Arcadle  ;  mais 
Ptolomée  ,  /.  ///,  c.  xvf.  compte  Stymphilus  au 
nombre  des  montagnes  du  Péloponnèfe,  bc  une  ville 
du  même  nom  parmi  celles  de  l'Arcadle; 

Le  lac  étoit  au  nié  d'une  montagne ,  félon  Pline  ^ 
&  fur  le  bord  du  lac  étoit  la  ville  Stympalus ;  dans  lé 
fcholiafte  d'Apollonius  ,  adUb.  II.  v.  loSSi  la  ville 
elî  appellée  Stymphulus  ,  &  le  lac  Stymphalis.  Ovi- 
de ,  /.  ll.fajï.  V.  iy.  en  parlant  du  lac,  dit  Stympha- 
lides  undx.  Polybe  ,  /.  //.  c.  6S.  appelle  la  contrée 
Srymphaliu  ,  &  les  habltans  StyiuphalVu  Strabon 
compte  StyivphaUi  parmi  les  villes  détruites  ;  le  fleu- 
ve qui  fortoit  du  lac  portolt  aulTi  le  nom  de  Stymphu- 
lus ,  jufqu'à  l'endroit  où  il  fe  cacholt  fous  terre  ; 
•mais  lorlqu'il  re])arolfîblt  dans  l'Aigle  ,  il  prcnoit 
celui  à'Erafinus.  Paulanias  ,  /.  y III.  c.  xxij.  décrit 
ainfi  la  ville  ,  le  lac ,  &  le  fleuve  Stymplui'us. 

Le  mont  Géronte  étoit  comme  une  barrière  entre 
les  Phcnéates,  &  ceux  de  Jicynipfia/c.  Ces  derniers 
n'étoiciit  plus  cenlcs  du  corps  arcadique  ,  depuis 
qu'ils  s'en  étoient  volontairement  féparcs  ,  pour  ne 
plus  dépendre  que  des  états  d'Argos. 

Cependant  Homcre  témoigne  qu'ils  étoient  origi- 
nairement Arcadiens  ,  &  on  lait  d'ailleurs  que  Stym- 
plule  leur  fondateur  ,  étoit  petit  fils  d'Arcas  ;  ce  n'efl 
pas  qu'Arcas  eût  été  le  fondateur  de  Stymphale  ,  qui 
lubfiûoit  du  tcms  de  Paufanlas  ;  mais  il  en  avoit  bâti 
une  autre  qui  ne  fublilloit  plus.  Ces  peuples  prcten- 
doicnt  que  Téménus  avoit  habité  l'ancienni.'  S.ym- 
pLilc  ,  qu'il  y  avoit  élevé  Jmion ,  &i  qu'il  lui  avoit 
bâti  enfuite  trois  temples  ibus  divers  noms,  hiivant 
les  trois  états  où  il  l'avoit  vue  ;  l'un  ;\  Jimon  enfant , 
l'autre  à  Junon  femme  de  Jupiter,  ik  le  troifieir.j  à 


55S 


S  T  Y 


Jimon  veuve  ,  après  qu'elle  eut  fait  divorce  avec  Ju- 
piter ,  &  qu'elle  ie  tut  retirée  i\  Srymp.'uu'e.  Voiià  ce 
qu'ils  dilbient  ;  mais  cela  n'a  rien  de  commun  avec 
la  nouvelle  StymphaU  dont  il  s'agit  ici. 

Aux  environs  de  cette  ville  ,  il  y  avoitunc  fontai- 
ne ,  dont  l'empereur  Hadrien  avoit  fait  venir  l'eau 
jufque  dans  Corinthc.  Cette  fontaine  formoit  à  Stym- 
phaU ,  durant  l'hiver,  uneefpece  de  petit  lac  ,  d'où 
le  fleuve  StymphaU  fe  groffillbit  ;  l'été  ce  lac  étoit 
ordinairement  ù  fec,  &  pour  lors  c'étoit  la  fontaine 
qui  tburniiloit  de  l'eau  à  ce  fleuve ,  lequel,  à  quelque 
dillance  de  là ,  fe  précipitoit  fous  terre,,  &  alloit  re- 
paroître  dans  les  terres  des  Arglens ,  non  plus  fous  le 
nom  de  StymphaU ,  mais  fous  le  nom  A'EraJinus.  On 
dilbit  que  fur  les  bords  du  StymphaU  il  y  avoit  autre- 
fois des  oifeaux  carnalfiers  qui  vivoient  de  la  chair 
humaine,  &  qu'Hercule  les  tua  tous  ;\  coups  de  flè- 
ches. Pifandre  de  Camire  dit  qu'il  ne  fit  que  les  chaf- 
fer  par  le  bruit  des  tymbales. 

Les  déferts  d'Arabie,  qui  engendrent  tant  de  for- 
tes de  bêtes  ,  continue  Paufanias  ,  avoient  aulîi  des 
oifeaux  nommés  ftymphalicUs  ,  qui  ne  font  gueres 
moins  à  craindre  pour  les  hommes  ,  que  les  lions  & 
les  léopards  ;  car  lorfqu'ils  étoient  pourluivls  par  les 
chafl^eurs  ,  ils  fondoient  tout-à-coup  fur  eux  ,  les 
perçoient  de  leurs  becs  ,&  les  tuoient.  Le  fer  &  l'ai- 
rain étoient  de  foible  réfiftance^  mais  il  y  avoit  dans 
le  pays  une  ccorce  d'arbre  fort  épaiffe ,  dont  on  fe 
faifoit  des  habits  ;  le  bec  de  ces  animaux  rebrouflbit 
contre  ,  &  s'embarrafibit  de  la  môme  manière  que 
les  petits  oifeaux  fe  prennent  à  la  glu.  Les  %mpha- 
lides  étoient  de  la  grandeur  des  grues  ,  &  reffem- 
bioient  aux  cigognes,  avec  cette  différence,  qu'ils 
avoient  le  bec  beaucoup  plus  fort,  &  qu'ils  ne  l'a- 
voient  pas  recourbé. 

Je  ne  puis  décider,  dit  Paufanias ,  s'il  y  a  eu  autre- 
fois en  Arcadie  des  oifeaux  de  même  nom  que  ceux 
qui  fe  voient  aujourd'hui  dans  l'Arabie  ,  quoique 
d'une  forme  différente  ;  mais  fuppofé  ,  ajoute  le  mê- 
me Paufanias ,  que  l'efpece  des  Ity  mphalides  folt  uni- 
que ,  &  qu'elle  ait  toujours  exifté  comme  celle  des 
éperviers  ,  des  aigles,  &  des  autres  oifeaux;  je  me 
perfuadeque  les  lly  mphalides  font  des  oifeaux  d'Ara- 
bie ,  dont  quelques-uns  auront  volé  vers  les  rives  du 
StymphaU ,  &  que  dans  la  fuite  la  gloire  d'Hercule  & 
le  nom  des  Grecs ,  beaucoup  plus  célèbre  que  celui 
des  Barbares  ,  aura  fait  appeller  ces  oikaiix/iympha- 
Jides  dans  l'Arabie  même  ,  au  lieu  qu'auparavant  ils 
avoient  un  autre  nom. 

Il  y  avoit  à  StymphaU  un  vieux  temple  de  Diane , 
furnommé  zwKiftymphalU.  Laftatue  de  la  déefl^e  étoit 
de  bois  ,  &  dorée  pour  la  plus  grande  partie  ;  la  voû- 
te du  temple  etoit  ornée  de  figures  d'oifeaux  flym- 
phaUdes.  Sur  le  derrière  du  temple  on  voyoit  des 
îlatues  de  marbre  blanc  ,  qui  repréfentoient  de  jeu- 
nes filles  avec  des  cuiffes  &  des  jambes  d'oifeaux.- 
On  difoit  que  les  habitans  de  StymphaU  avoient 
éprouvé  la  colère  du  ciel  d'une  manière  terrible  :  la 
fête  de  Diane  étoit  négligée  ,  on  n'y  obfervoit  plus 
les  cérémonies  prefcrit^  par  la  coutume  :  un  jour  l'ar- 
cade qu'on  avoit  faite  pour  l'écoulement  des  eaux  du 
StymphaU ,  fe  trouva  tout  à-coup  engorgée  au  point 
que  l'eau  venant  à  refluer  ,  inonda  toute  la  campa- 
gne l'efpace  de  plus  de  quatre  cens  ftades  ;  un  chaf- 
ieur  qui  couroit  après  une  biche ,  fe  laifl'ant  emporter 
à  l'envie  d'avoir  fa  proie ,  fe  jetta  à  la  nage  dans  ce 
lac,  &  ne  ceffa  de  pourfuivre  l'animal ,  jufqu'à  ce 
que  tombés  tous  deux  dans  le  même  gouffre  ,  ils  dif- 
parurent  &  fe  noyèrent;  les  eaux  fe  retirèrent  à  l'inf- 
tant,  &  en  moins  d'un  jour  la  terre  parut  féche.  De- 
puis cet  événement ,  la  fête  de  Diane  le  célébra  avec 
plus  de  pompe  &  de  dévotion. 

Voila  le  récit  de  Paufanias.  La  ville  de  StymphaU  fe 
nomme  avijourd'hui  ndjfc ,  d'autres  difent  Fulji,  M. 


S  T  Y 

Founnont  y  pafîant  en  171 9  ,  ne  vit  point  dans  le 
environs  de  ce  lieu  ,  ëc  n'entendit  rien  dire  aux  ha- 
bitans ,  des  oileaux  ftymphalides  fi  célèbres  chez  les 
poètes,  &L  dans  Paufanias;  mais  M.  Fourmont  dé- 
couvrit au  voifinage  de  StymphaU  ,  les  ruines  du  tom- 
beau de  Térence  ,  lur  lequel  il  avoit  fait  efpérer  un 
mémoire  particulier,  qui  n'a  point  vu  le  jour.  CD  J\ 

STYMPHALIE,  {Mythol.}  roy^{  Stymphale 

ST YMPHALIDES  Oiseaux  ,  (  Mytho/.  )  ce  font 
des  oifeaux  monfhueux  qui ,  félon  la  fable,  voloicnt 
fur  le  StymphaU  ,  lac  d' Arcadie.  Les  ailes  ,  la  tête  & 
le  bec  de  ces  oifeaux  ,  étoient  de  fer  ,  &  leurs  ferres 
extrêmement  crochues  :  ils  lançoient  des  dards  de  fer 
contre  ceux  qui  les  attaquoient  :  le  dieu  Mars  les 
avoit  lui-môme  drefl^és  au  combat  ;  ils  étoient  en  fi 
grand  nombre  ,  &  d'une  groffeur  fi  extraordinaire, 
que  lorfqu'ils  voloient ,  leurs  aîles  ôtoicnt  la  clarté 
du  foleil.  Hercule  ayant-reçu  de  Minerve  une  efpcce 
de  tymbale  d'airain  ,  propre  à  épouvanter  ces  oi- 
feaux ,  s'en  fervit  pour  les  attirer  hors  du  bois  oii  ils 
fe  retiroient,  6c  il  les  extermina  tous  à  coups  de  flè- 
ches. 

On  croit  qu'il  s'agit  ici  de  quelques  troupes  de 
brigands  qui  ravageoient  la  campagne  ,  &  détrui- 
foient  les  paflans  ,  aux  environs  du  lac  Stymphale. 
Hercule  trouva  peut-être  le  moyen  de  les  faire  fortir 
de  leur  retraite ,  &  les  fit  périr  avec  le  fecours  de  fes 
compagnons.  (  Z?./.  ) 

STYPTIQUE  ,  adj.  (  Phyfolog.  chlmrg.  )  ce  mot 
vient  de  ifl-j^pu ,rcJJ errer. hcs  ftyp tiques  font  des  remèdes 
propres  à  arrêter  les  hémorrhagies.  Quand  une  hé- 
morrhagie  confidérable  eft  arrêtée  par  des  abforbans 
ou  àts  ftyptiques ,  la  caufe  de  la  fupprefTion  eft  tou- 
jours un  grumeau  de  fang  ,  contenu  parla  compref- 
fion  ,  de  manière  que  l'orifice  du  vaiffeau  en  efl  bou- 
ché ;  ce  grumeau  a  deux  parties ,  dont  l'une  eft  en- 
dedans,  l'autre  en  dehors  du  vaifTeau  ;  celle  qui  eft 
en-dehors  eft  formée  par  la  dernière  goutte  de  fang, 
qui  en  fe  coagulant,  s'eft incorporée  avec  la  charpie, 
la  mouffe  ,  &  les  poudres  dont  on  s'eft  fervi  pour  ar- 
rêter le  fang  ;  ces  deux  parties  ne  forment  fouvent 
qu'un  grumeau  tout  d'une  pièce  ,  qui ,  en-d;hors  du 
vaiffeau,  forme  comme  un  couvercle,  &  en-dedans 
comme  un  bouchon  :  elles  contribuent  toutes  deux  à 
arrêter  le  fang  au  moyen  de  la  foUdité  qu'elles  acquiè- 
rent par  la  coagulation  ,  par  leur  adhérence  en-de- 
dans, &  avec  les  parties  internes  des  vaiffeaux  ,  & 
en-dehors  ,  avec  fon  orifice  externe, 

Lorfqu'on  ufe  de  ftyptiques  &  d'cfcarotiques,  le 
grumeau  fe  forme  plus  vite  que  quand  on  n'emploie 
que  des  abforbans ,  ou  de  fimples  aftringens.  Dans 
le  premier  cas,  le  grumeau  occupe  un  plus  grand  ef- 
pace  dans  la  cavité  du  vaiffeau ,  &  le  bouchon  entre 
plus  profondément  ;  le  couvercle  ,  ou  la  portion  ex- 
terne du  grumeau  eft  auffi  plus  épaiffe ,  parce  qu'en 
même  tems  que  les  ftyptiqucs  &  les  efcarotiques 
coagulent  le  fang  ,  ils  brûlent  auffi  une  portion  du 
vaiffeau  &  de  la  chair  adjacente ,  qui ,  s'incorporant 
avec  le  fang  coagulé ,  forment  aveô  lui  un  couvercle 
plus  épais  &  plus  large.  Ces  réflexions  font  de  M. 
Petit. 

De  tous  les  ftyptiques  ,  le  plus  ordinaire,  &  peut- 
être  le  meilleur  ,  c'eft  l'alcohol ,  ou  l'efprit-de-viiî 
pur  ;  il  arrête  prefque  fur  le  champ  les  hémorrhagies, 
prévient  la  putréfa£fion ,  &  forme  une  efcarre  folide 
quoique  mince  :  de-là  vient  qu'il  eft  la  bafe  de  tous 
les  fecrets  les  plus  vantés  ,  pour  arrêter  les  hémor- 
rhagies ;  mais  ce  n'^ft  point  un  ftyptiquc  univcrlel , 
ni  qui  convienne  dans  tous  les  cas  :  il  en  eft  de  mê- 
me àwfiyp tique  de  Colbatch  ,  du/^v/'/Zi/webalfamique 
dudod^eur  Eaton  ,  du  ftyptique  royal  ,  &  dn  ftypii- 
qne  nommé  bouU  inîdiclnaU  ,  compofé  de  limaille 
d'acier  ,  d'une  égale  quantité  de  tartre  ,  porphirifés 
avec  de  la  meilleure  eau-de-vie  de  France.  (^.  /•) 


s  T  Y 

STYRA ,  (  Gcog.  arc.  )  ville  de  l'Eubée,  au  voifi- 
nage  de  la  ville  Caryftus ,  l'elon  Strabon ,  /.  X.  Pau- 
ianias  ,  /.  If^.  c.  x.xxiv.  dit  que  les  habitans  deSiyra 
étoient  Dryopes  d'origine.  (D.  /.  ) 

STYRAX ,  (M/r.  m^J.)  voyei  Storax. 

STYX  ,  f.  m.  {Mytholos.)  étoit  fille  de  l'Océan  & 
merc  de  l'Hydre  de  Lerne  ,  félon  les  poëres ,  qui  la 
changèrent  cnfuite  en  fleuve  d'enfer.  Le  Styx  ,  dit 
Virgile  >,  fe  repliant  neuf  fois  fur  lui-môme  ,  tient  les 
Tiiorts  pour  toujours  emprifonnés.  Le  ferment  par  les 
eaux  du^SV/ATiaifoit  trembler  les  dieux  même  ;  Jupi- 
ter ,  avec  toute  fa  puiflance  ,  n'ofoit  y  contrevenir. 
Quand  les  dieux  ,  dit  Héfiode  ,  ofoient  jurer  par  le 
Siyx^  ils  dévoient  avoir  une  main  fur  la  terre  &  l'au- 
tre fur  la  mer. 

Le  Styx  étoit  une  fontaine  de  l'Arcadie  fepten- 
trionale ,  près  des  monts  Cylléniens ,  qui  dégoiitoit 
d'un  rocher  extrêmement  élevé  ,  &  dont  l'eau  tom- 
boit  dans  le  fleuve  Crathis.  M.  Fourmont ,  en  voya- 
geant dans  la  Grèce  en  1730  ,  trouva  la  ville  déPhé- 
néos ,  après  avoir  pafîe  le  Styx  :  il  appelle  ainfi  un 
torrent  qui,  defcendant  du  Tricara  ,  coule  dans  trois 
gros  villages ,  &  forme  enfin  cet  étang  dont  les  poëtes 
ont  tant  parlé. 

La  defcription  qu'ils  en  font ,  dit  M-.  Fourmont , 
n'a  rien  de  plus  furprenant  ,  que  ce  qu'il  préfente 
aux  veux  de  ceux  qui  le  confiderent.  L'eau  claire  du 
flei  ve  s'y  méîamorphofe  en  quelque  chofe  de  îrès- 
hyciëuv.  Des  couleurs  fort  déplaifantcs  à  la  vue  s'y 
mêlent  les  unes  aux  autres  ;  une  moufle  épaifle  d'un 
verd  d'airain  tacheté  de  noir  fe  promené  defilis  au 
gré  des  vents  ,  &  les  bouillons  qui  s'y  forment  ne 
refiemblent  qu'au  bitume  &  au  gaudron  ;  le  poiiTon 
ne  p?ut  vivre  dans  ce  lac ,  les  vapeurs  qui  s'en  exha- 
lent brûlent  tous  les  arbres  d'alentour  ,  &  les  ani- 
maux fuyenffes  bords. 

Après  ce  détail  qu'on  lit  dans  Yhîjl.  des  Info.  IF.  iv. 
il  ne  iaut  plus  s'étonner  de  ce  que  les  poètes  grecs 
&  Paufanias  lui-même  ont  dit  du  Siyx.  (^D.  J.^ 

Styx  ,  (  Géog.  anc.')  fleuve  du  Péloponnèfe  ,  dans 
l'Arcadie  ,  au  territoire  de  Nonacris.  11  fortoit  du 
lac  Phénée.  Paufanias  nous  a  donné  la  defcription 
de  ce  fleuve  ,  &  rapporte  les  endroits  d'Homère  & 
d'Héfiode  ,  oh  il  en  efl:  parlé. 

Près  des  ruines  de  Nonacris ,  dit  Paufanias,  /.  FUI. 
c.  xvij.  &  xviij.  une  partie  de  la  montagne  Chély- 
dorée  s'élève  prodigieufement ,  &  de  Ion  fcmmet 
dégoûte  fans  cefl'e  une  eau ,  que  les  Grecs  nomment 
reau  du  Styx. 

Héflode  ,  dans  fa  Théogonie  (car  quelques-uns 
lui  attribuent  cet  ouvrage) ,  fait>%.v  fille  de  l'Océan 
&:  femme  de  Pallas  :  l'on  prétend  que  Linus  dit  quel- 
que chofe  de  femblable  dans  fcs  poéflcs.  Pcnirmoi, 
dit  Paufanias  ,  j'ai  lu  avec  foin  ces  ouvrages  ,  &;  je 
les  tiens  tous  les  deux  fuppofés.  Mais  Epiménide  de 
Crète  dit  aufll  que  Styx  fut  fille  de  l'Océan ,  &  il 
ajoute  que  mariée  àPiras  (on  ne  fait  pas  trop  qui 
étoit  Piras) ,  elle  enfanta  l'hydre.  Pour  Homère,  c'efl: 
de  tous  les  anciens  poètes  celui  qui  a  le  plus  fouvent 
employé  le  nom  de  Scyx  dans  fes  vers  ,  témoin  cet 
endroit  où  il  exprime  ainfl  le  ferment  que  fait  Junon. 

J'en  attelé  le  c'icl ,  la  terre  &  les  enfirs  , 
Ten  aitejie  de  Styx  Ctau  qui  tombe jans  ccfj'e. 

Il  femble  qu'en  homme  qui  avoit  vu  les  lieux ,  le 
poète  ait  voulu  décrire  l'eau  qui  dégoûte  continuel- 
lement de  ce  rocher.  Dans  un  autre  endroit ,  en  f;ii- 
fant  le  dénombrement  de  ceux  qui  avoient  fuivi  Cu- 
ncus ,  il  parle  du  fleuve  Titaréfius ,  &  en  parle  comme 
d'un  fleuve  qui  étoit  formé  des  eaux  du  Styx.  Enfin 
quand  il  nous  repréfente  Minerve  fe  plaignant  X  Ju- 
piter ,  &  lui  reprochant  qu'il  a  oublié  que  c'efl  par 
elle  &  par  fon  fecours  qu'Hercule  étoit  fi  heurcufe- 
mcnt  forti  des  travaux  qui  lui  avoient  été  impofés 


SUA 


559 


par  Euryflhçe  ,  il  fait  de  Styx  un  iîeuve  qu'il  placé 
dans  les  enfers. 

L'eau  qui  dégoûtoit  de  ce  rocher  près  de  Nona- 
cris ,  après  s'être  fait  une  route  à-travers  une  c/rofl'e 
roche  fort  haute  ,  tomboit  dans  le  fleuve  Crathisi. 
Cette  eau  étoit  mortelle  aux  hommes  &  à  tout  ani* 
mal,  &  les  chèvres  mouroientlorfqu'elles  en  avoient 
bù,  mais  en  fut  du  tems  à  s'en  appercevoir. 

Une  autre  qualité  fort  furprenante  de  cette  eauT 
c'efl  qu'aucun  vafe  ,  foit  de  verre  ,  foit  de  cryftal, 
folt  de  terre  cuite  ,  foit  même  de  marbre,  ne  pouvoit 
la  contenir  fans  fe  cafl"er.  Elle  diflblvoit  ceux  qui 
étoient  de  corne  ou  d'os ,  elle  diflblvoit  le  fer  ,  le 
cuivre  ,  le  plomb ,  l'étain ,  l'ambre ,  l'argent  &  mêmja 
l'or  ,  quoiqu'au  rapport  de  Sapho  ,  la  rouille  ne  l'al- 
tère jamais ,  ce  qui  efl  aufll  confirmé  par  l'expérience,' 
Cette  même  eau  du  Siyx  n'agiflbit  point  fur  la  corne 
dupiédes  chevaux.  Un  vafe^fle  cette  matière  étoit  le 
feul  où  l'on  en  pût  garder,  &  qui  réfiflât  h.  fon  impref^ 
flon.  J'ignore  ,  dit  Paufanias  ,'  fi  Alexandre  ,  fils  dô 
Philippe  ,  fut  empoifonné  avec  cette  eau  ,  mais  je 
fais  feulement  qu'on  l'a  dif. 

Paufanias  auroit  dû  tenir  le  même  langage  de  toii^ 
tes  les  prétendues  dilfolutions  qu'il  vient  de  racon- 
ter, m.ais  il  faut  pourtant  convenir  que  le  i'/y.rinfpire 
de  l'horreur.  C'efl:  d'abord  un  gros  torrent  qui  dcf^ 
cendant  du  Tricara ,  pafle  dans  trois  gros  villaoes  dé 
Wlaqs  ,  &  forme  enfin  un  étang  fort  vilain.  La  del'r. 
cription  que  les  poètes  en  font ,  n'a  rien  d'.aufli  fur- 
prenant  que  ce  qu'il  préfente  aux  yeux  de  ceux  quj[ 
le  confiderent.  L'eau  claire  du  fleuve  ,  dit  M.  Four- 
mont  ,  qui  étoit  lur  les  lieux  en  1730  ,  s'y  méîamor- 
phofe en  ce  qu'il  y  a  de  plus  hideux  ,  toutes  les  cou- 
leurs les  plus  déplaifantes  à  la  vue  s'y  mêlant  les  unes 
aux  autres  ;  une  moufife  épaifTe  d'un  verd  d'airain  ta-' 
cheté  de  noir  fe  promené  defTus  au  gré  des  vents ^ 
&les  boiùUons  qui  s'y  forment  ne  reflemblent  qu'au 
bitume  &  au  goudron.  Le  poifTon  ne  peut  vivre 
dans  ce  lac  ;  les  vapeurs  qui  s'en  exhalent ,  brûlent 
tous  les  arbres  d'alentour ,  &  les  animaux  fuyent  fes 


)orus. 

.  o 


2".  Styx  ,  marais  de  laThefliilie.  Pline  dit  que  le 
fleuve  Titaréfius  y  prenoit  fa  fource  ,  ce  qui  efl  en 
quelque  forte  confirmé  par  Homère ,  qui  appelle  ce 
ûenve'TitarcJîus. 

3  ".  Styx ,  fontaine  de  la  Macédoine ,  félon  Quinte- 
Curce,  qui  pourroit  bien  par-là  entendre  le  marais 
Siyx  ,  que  Pline  met  dans  la  Thefîalie  ,  ou  bien  I3 
û<:iive' Styx  dans  l'Arcadie.  (/?.  /.) 

S    u 

SUABE ,  (Géogr.  mod.)  prononcez  Souabe ,  en  al^ 
Icmand  Scliwaben  ,  &  en  latin  Siicvia  ;  grande  pro- 
vince d'Allemagne ,  &;  un  des  ïix  cercles  de  l'empire. 
EUc  efl  bornée  au  nord  par  la  Franconie  ,  &  le  cer- 
cle élcdoralduRhin,  au  midi  par  la  Suiffe,  au  levant 
par  la  Bavière  ,  &  au  couchant  par  le  Rhin  qui  la  fé- 
pare  de  l'Alface  ;  c'efl  un  pays  fertile  en  blé ,  en  vin 
&  en  pâturages.  Ses  principales  rivières  font  le  Ne- 
cker ,  le  Leck  &  le  Danube. 

Ce  pays  a  été  ainfl  nommé  des  Sueves  ,  peuples 
de  la  Germanie  feptcntrionale  qui  faifoient  partie 
des  Y/endiles ,  &  qui  s'étant  avancés  vers  le  Mein 
fous  les  derniers  empereurs  romains  ,  s'établirent 
dans  une  partie  du  pays  qui  étoit  habité  par  les  Ger- 
mains, &  qu'ils  étendirent  depuis  jufqu'auv  Alpes. 
Ils  turent  d'abord  gouvernés  par  des  rois  qui  n'é- 
toient  proprement  que  leurs  chefs  ;  tels  furent  Ahi- 
ric  &  Àdalgeric. 

Ce  pays  fut  enfuitc  du  partage  de  Thierry ,  fils 
aîné  de  Clovis  ,  &  il  demeura  Ibus  l'obéiflance  des 
rois  francs  de  la  première  race.  Charlemagnc  y  éta-. 
blit  pour  gouverneurs  des  ofîicicrs  de  fa  maifon  ,  & 


560 


SUA 


leurs  ("vicceffeurs,  profitant  de  la  foibleflc  des  rois  , 
en  ufiirperent  la  loin  eraineté. 

Les  empereurs  donneront  la  SiuibeA  diffcrens  prin- 
ces. Rodolphe  I.  en  invertit  Rodolphe  Ion  fils  aîné 
en  I  i88  ;  mais  .lean ,  fils  unique  de  Rodolphe  ,  ayant 
airaffiné  l'empereur  Albert  I.  l'on  oncle,  fut  privé  de 
ce  duché  ;  &i  depuis  ce  tems-lA  ,  les  archiducs  d'Au- 
triche ont  pris  ieulcment  la  qualité  de  princes  de 
Suahc. 

Quelque  grande  que  foit  la  Suahe  ,  qu'on  divife 
en  Suiihc  autrichienne  &  Suabe  impériale ,  le  cercle 
auquel  elle  donne  Ton  nom ,  a  encore  une  plus  grande 
étendue.  Ce  cercle  renferme  le  duché  de  Wurtem- 
berg ,  le  margraviat  de  Bade  ,  la  principauté  de 
Hohcn-Zollcrn  ,  la  principauté  d'CErtingcn  ,  la  prin- 
cipauté de  Mlndelhcim  ,  1  évéché  d'Augsbourg  ,  l'é- 
vêché  de  Confiance  ,  l'évcché  de  Coire  ,  enfin  di- 
vers comtés  de  l'empire  ,  grand  nombre  d'abbayes 
immédiats  d'hommes  &  de  femmes  ,  &  les  villes  li- 
bres fituces  en  Siuihc. 

L'évéque  de  Conliance  &  le  duc  de  Wurtemberg 
font  les  direfteurs  de  ce  cerclç  ,  dont  le  contingent 
ert  de  343  cavaliers  &  de  2640  florins  par  mois. 
{D.  J.) 

SUADA  ou  SUADELA  ,  f.  f.  {Mythologie)  c'étoit 
la  déefle  infmuante  de  la  perfuafion  &  de  l'éloquen- 
ce, que  les  Grecs  appelloient  Peiiho.  Plutarque  la 
met  au  nombre  de  celles  qui  prclidoient  au  mariage. 
On  lafaifoit  compagne  de  Venus.  Horace  ,  par  cette 
raifon,  les  joint  quelque  part  enlemble ,  dzcorantSiui- 
dcla  Vtnufqui  ,  dit-il  dans  wwQ  de  fes  épîtres  :  <♦  J'ai- 
»  merois  cependant  mieux  prendre  la  chofe  en  gé- 
M  néral ,  &  dire  c^wcSiiadela  rend  éloquent ,  &.  que 
»  Vénus  rend  aimable  ».  {D.  J.) 

SUAGE  ,  f,  m.  ler/ne  de  Marine  ,  ce  mot  fe  dit  du 
coût  des  fuifs  &  graifTes  ,  dont  de  tems  en  tems  on 
enduit  les  vaifTeaux  pour  les  faire  couler  fur  l'eau 
avec  plus  de  facilité.  Dans  la  mer  du  levant ,  parti- 
culièrement à  Marf  eille  ,  on  l'appelle  /perme  ,  d'où 
eft  venu  efpalmeronefparmer  y  c'efl-à-dire  enduin  un 
vaifTeau  de  fperme  ;  \efuage  des  vaifl'eaux  marchands 
fe  met  au  nombre  des  menues  avaries.  (D.  J.) 

Su  AGE  ,  f.  m.  {Outil  à  l'ufage  de  pliif.curs  ouvriers.') 
celui  des  Chaudronniers  efl:  un  tas  à  plufieurs  crans  , 
dans  lequel  on  refîerre  &  on  vmit  parfaitement  le 
cuivre  fur  les  bords  qu'on  met  dans  une  pièce.  Foye^ 
Us  Planches  du  Chaudronnier. 

SuAGER  ,  V.  aft.  {Chaudronnerie.')  c'efl  tellement 
approcher  le  cuivre  fur  le  bord  de  fer  d'un  chavi- 
dron  ,  &c.  par  le  moyen  dufuage  ,  qu'il  folt  parfaite- 
«icnt  uni  par-tout ,  &  qu'il  n'y  ait  aucune  efpace  en- 
tre le  cuivre  &  le  cordon  de  fer.  Foye^  Suage  ,  & 
les  Planches  du  Chaudronnier  ,  avec  leur  explica- 
tion. 

SUAIRE,  f.  m.  {Gram.  &  Critiq.  facrée.  )  en  grec 
cxi'a^ic.v  y  en  latin  J'udariurn  ,  mouchoir  ,  linge  pour 
efUiyer  la  fiteur  du  vKage  ,  d'où  cft  venu  fon  nom. 
On  lit  dans  les  aftes  des  apôtres  ,  xix.  1 2 .  qu'on  por- 
toit  fur  les  malades  des  mouchoirs  de  S.  Paul ,  r^S'dpta, 
&C  leurs  maladies  cefl'oient.  Le  mot  fuaire  défigne  en- 
core une  efpece  de  voile  ,  dont  on  couvroit  la  tête 
&  le  vifage  des  morts ,  Jean  xj.  44.  Mais  ce  mot  eft 
particulièrement  confacré  à  défigner  le  voile  que  le 
Sauveur  avoit  fin-  la  tête  dans  le  tombeau  ,  Jean. va;.  7. 
Plufieurs  églifes  fe  difputent  l'honneur  d'avoir  ce 
fuaire  ,  ce  qui  doit  au-moins  faire  fbupçonner  qu'au- 
cune ne  le  pofTede.  On  le  montre  à  Turin  ,  à  Tou- 
loufe  ,  à  Beiançon  ,  à  Sarlat ,  à  Compiegne  ,  fans 
parler  des  villes  d'Efpagne  &  d'Italie ,  où  on  le  mon- 
tre aufîi.  Celui  de  Turin  a  été  confirmé  pour  le  vé- 
ritable par  quatre  bulles  du  faint  fiege  ,  avec  des  in- 
dulgences en  fa  faveur  ;  mais  celui  de  Touloufe  efl 
autoriic  par  quatorze  bulles  des  papes,  à  commencer 
par  celle  de  Clément  III.  en  1190,  c'efl-à-dire  lur 


SUA 

la  fin  d'un  des  plus  grands  fiecles  d'ignorance  Si  de 
barbarie.  {  D.  J.) 

SL^ANE  ,  (  Géog.  mod.  )  province  de  l'Amérique 
méridionale.  Elle  s'étend  )ufqu'à  la  rivière  du  grand 
Kaketa  ,  &  comprend  toutes  les  campagnes  du  nord 
du  fleuve  des  Amazones.  Elle  a  dans  Ion  fein  une 
montagne  qui  produit  de  l'or  ;  cette  montagne  efià 
3  1 7  degrés  de  longitude  ,  &  à  z  degrés  de  lat'uudc 
auflrale.  {D.  J.) 

"SUANES,  LES  ,  ou  LES  SOUANES,  {Géog.  mod.) 
peuples  d'Afie,  Ils  habitent  les  montagnes  du  Cauca- 
fe  ,  où  ils  vivent  indépcndans  entre  les  Tartares  Cir- 
caffes  ,  6l  les  peuples  d'Imereti  &  de  Carduel  ;  ils 
vont  travailler  par  troupes  pendant  l'été  dans  la  Géor- 
gie, &  regagnent  leurs  montagnes  au  commencement 
de  l'hiver. 

SUANETES  ,  (  Gcog.  anc.  )  peuples  que  Pline  , 
/.  ///.  c.  XX.  met  parmi  ceux  des  Alpes  ,  qui  furent 
fùbjugués  par  Augufle.  Le  P.  Hardouin  foupçonne 
que  les  Siianetes  font  les  mêmes  que  les  Sarunetes; 
ce  fentiment  eft  d'autant  plus  probable,  que  les  Sim- 
netcs  de  Pline  font  les  Suanitœ  de  Ptolomée,  /.//.  c.xij, 
qui  fe  place  dans  la  Rhétie.  {D.  J.  ) 

SUANl  y  {  Géog.  anc.  )  peuples  de  la  Colchlde, 
félon  Pline ,  /.  A7.  c.  iv.  &  Cedrene.  Agathias ,  l.  IK 
en  fait  une  nation  hibcrique,  au-delà  du  Caucafe.  Ils 
font  comptés  parmi  les  Laziques  dans  les  authenti- 
ques. Ce  font  les  Seiiani  de  Ptolomée ,  /.  F.  c.  ix.  & 
les  Soanes  de  Strabon ,  /.  //.  p.  4()8.  &  d'Etienne  le 
géographe.  Il  y  a  apparence  que  c'eft  un  rcfte  de  ces 
peuples  que  l'on  connoît  encore  aujourd'hui  dans  les 
montagnes  du  Caucale  ,  6c  qu'on  nomme  Suanes, 
Voyez  ce  mot.  {D.  J.) 

SUANT,  adj.  {Gram.)  qui  efl  en  fueur.  FoyeiUs 
articles  SuER  &  SuEUR. 

SUANTEWITH ,  f  m.  {Mythologie.)  nom  d'une 
divinité  adorée  par  les  habitans  de  l'île  de  Rugen, 
dans  la  mer  Baltique ,  &  à  qui  ils  confacroient  le  tiers 
du  butin  qu'ils  faifoient  fur  leurs  ennemis, parce  qu'- 
ils croyoient  que  c'étoit  ce  dieu  qui  les  aflifloit  dans 
les  combats.  Quelques  auteurs  ont  nié  l'exiflencede 
cette  divmlté,  6l  ont  prétendu  que  le  Suantewith  des 
Rugiens  étoit  faint  Wit  martyr  ;  mais  il  y  a  lieu  de 
croire  que  cette  opinion  n'eft  point  fondée  ,  &  que 
ce  n'eft  qu'une  certaine  conformité  dans  les  noms 
qui  y  a  pu  donner  lieu.   Foye^  Keysfler  ,  voyage. 

SUAQUEN  ou  SUAQUIN ,  {Géogr.  mod)  île  d'A- 
frique ,  fur  la  côte  occidentale  de  la  mer  Rouge,  à 
peu  d'éloignement  de  Babelmandel.  Elle  a  environ 
I  5  lieues  de  tour,  qui  renferment  une  petite  ville  de 
fon  nom.  Son  port  eft  un  des  meilleurs  de  la  mer 
Rouge  ,  &  il  étoit  fort  commerçant  avant  'que  Mo- 
ka lui  eût  enlevé  fon  trafic.  Les  habitans  de  cotisa 
île  font  turcs  &  arabes.  Longitude  55.  16.  latit.  18.  ^i« 
{D.  J. 

SUAR  ,  (  Géog.  mod.  )  petite  contrée  de  l'Afie  mi- 
neure ,  dans  la  petite  Arménie.  Son  ancien  nom  eft 
Méliterne  ,  qui  s'appelloit  ainfi  de  fa  capitale.  Suar 
abonde  en  arbres  fruitiers  ,  &  produit  aufïi  de  l'huile 
&  du  vin. 

SUARDONES,  {Gog.  anc.)  peuples  de  la  Ger- 
manie ,  que  Tacite  comprend  parmi  les  Sueves ,  & 
qui ,  félon  la  conjefture  de  Peucer  ,  font  les  mêmes 
que  les  Pharodcni  de  Ptolomée  ,  l.  II.  c.  xj.  ils  hahi- 
toient  vraiffemblablement  une  partie  du  duché  de 
Stettin  ,  &  du  territoire  de  la  ville  de  BardL  (  D.  7.) 

SU  AS  A  ,  {Gééog.  anc.)  i^.  ville  de  l'Ethiopie  fous 
l'Egypte,  félon  Phne,  l.Vl.c.xxix.  2°.  ville  d'Ita- 
lie, dans  rUmbrle  ,  qui  étoit  un  mimicipc  ,  félon  une 
infcription  rapportée  par  Gruter ,  p.  46'c).  n°.  5.  On 
prétend  que  les  ruines  de  cette  ville,  fc  trouvent  dans 
le  duché  d'Urbin  ,  fur  la  rivière  de  Céfano,  dans  un 
lieu  appelle  Safa  ,  environ  à  huit  milles  de  FofToin- 
brone.  (D.J.) 

SUASSA 


i 


s  U  B 

SUASSA ,  f.  m.  {Chimie  MétalL)  c'eft  aînfi  que  l'on 
nomme  dans  les  Indes  orientales  un  alliage  métalli- 
que dont  on  fait  des  bagues  &  des  bijoux  de  toute  ef- 
rece.  On  dit  qu'il  entre  de  l'or ,  du  cuivre  &  du  fer. 
dans  cette  compofition ,  qui  eft  d'une  coi.ileur  plus 
vive  que  l'or  pur.  Quelques  perfonnes  ont  cru  que 
cet  alliage  étoit  VeUclrUm  des  anciens. 

SUAVE,  adj.  SUAVITÉ  ,  f.  f  {Langue  françoifc.) 
ces  deux  mots  ne  fe  difent  plus  qu'en  matière  de  dé- 
votion ,  d'odeurs  &  de  peinture.  Molière  a  dit  ingé- 
hieufement  : 

T aurai  toujours  pour  nous  ,  ô  fuave  merveille^ 
Une  dévotion  à  mille  autre  pareille.  Tartuffe. 
Ces  motsdans  tous  mes  fens^  font  couler  à  Longs  traits 
Une  fuavité  quon  ne  goûta  jamais. 

Le  même. 

Mais  ce  mot  ell:  furtdut  d'ufage  dans  les  écrits  de  fpi- 
ritualité.  «  Cet  encens,  dit  M.  Fléchier ,  que  vous 
»  avez  vu  fumer  fur  vos  autels ,  &  monter  vers 
»  le  ciel  en  odeur  àt  fuavité ,  efl:  le  fymbole  de  vos 
»  prières  ».  Cette  expreffion  efl  prife  de  l'Ecriture , 
comme  il  paroît  par  la  Genefe  ,  viij.  zi.  Exod.  xxix. 
^1.  Lévit.  ij.  verf.  c).  12.  &c.  où  l'on  lit  odeur  àe  fua- 
vité pour  oà&wr  fuave  ,  parce  que  les  Hébreux  met- 
:ent  fouvent  les  abftraits  pour  les  concrète.  Nous  di- 
fons  Vàfuavité  des  parfums  ;  &  en  fait  de  peinture , 
in  tableau  plein  à^  fuavité  ;  tels  font  les  tableaux  de 
'Albane  &  du  Correge.  {D.  /.) 

Suave  ,  {Peinture.)  couleur  Jaave  ,  fe  dit  d'un  ta- 
)leau  oii  la  couleur  a  une  certaine  férénité  &  une 
louleur  qui  affedle  agréablement  la  vue  fans  la  frap- 
Jer  trop  vivement, 

SUAVIARI,  OSCULARI,  {Littérature.)  ces  deux 
nots  font  à-peu-près  fynonymes ,  &  fignifient  balfcr 
endrement.  Atticus  en  faifant  à  Ciceron  les  compli- 
■nens  d'Attica  ,  lui  dit  dans  un  endroit ,  ofculatur  te 
dttica  mea  ;  &  dans  un  autre,  tibifuavium  dat  Attica. 
ZicixQti  en  réponfe  dit  :  Atticam  nofiram  cttpio  abfen- 
emfuaviari.  Il  fe  fert  du  terme  fuaviari ,  parce  qu'il 
l'agit  d'un  enfant.  Ce  terme  auroit  été  un  peu  fort^ 
i  la  fille  d'Atticus  avoit  eu  quelques  années  de  plus. 
Dans  une  autre  lettre  en  parlant  d'elle  ,  il  dit ,  ad 
fculum  Atticœ  ;  au  lieu  qu'en  parlant  de  Tullia  fa 
ille  ,  qui  étoit  une  femme  faite ,  il  dit  ad  complexum. 
ipift.  I.  lib.  XII.  Atque  utinam  continuo  ad  comple- 
aim  mcœ  Tullia  ,  ad  ofculum  Atticœ  poffim  currere. 

SUBALTERNE  ,  adj.  &  fubft.  {Gouvernement.)  ce 
not  depuis  quelque  tems  s'emploie  pour  défigner 
lans  tous  les  états  &  dans  toutes  les  profeffions;, quel- 
qu'un qui  efi:  fubordonné  aux  ordres  d'un  fupérieur. 
^artout  les  fubalternes  font  chargés  de  la  befogne  qui 
iemande  le  moins  de  génie  &  le  moins  de  talens. 
^infi  fe  trompent  les  miniftres  d'état  qui  fe  perfua- 
lent  qu'avec  du  zèle  ,  des  notions  générales ,  &  le 
"ecours  des  fubalternes ,  ils  parviendront  aifément  à 
•emplir  l'objet  de  leur  minillere.  Le  fecours  des  fu- 
'■>alternes  ,  quelque  grand  qu'il  foit  j  ne  produit  ni  la 
•éunion  des  vues  ,  ni  l'harmonie  d'opération  ,  qui  fait 
a  force  d'une  adminiftration  adive ,  habile  &  éclai- 
rée. Ce  fecours  même  peut  devenir  dangereux  ,  dès 
:jue  les  fubalternes  le  fentent  abfolument  néceflaire  à 
.eivcs  maîtres.  La  réalité  du  pouvoir  ne  tarde  pas  à 
paffer  dans  letirs  mains.  Ils  infpireht  eux-mêmes  les 
ordres  dont  on  leur  commet  l'exécution  ,  &  le  chef 
fe  trouve  par  amour  propre  obligé  de  les  juftifier,  & 
de  les  foutenir.  {D.  J.) 

SUB  ASCI  A  DEDICAVIT  ,  {Littérat.)  on  efl  fort 
ÉmbarrafTé  d'expliquer  cette  forte  d'infcription  qu'on 
trouve  quelquefois  fur  les  tombeaux. 

La  loi  des  douze  tables ,  qui  ne  fiit  point  obfervée 

par  les  Romains  dans  le  tems  de  leurs  richeffes ,  di- 

(bit,  rogum  ajciâne  polito  ,  que  le  bois  du  bûcher  ne 

foit  point  poli  avec  i'Qutil  ^ommé  afcia  ;  mais  cette 

Tome  XV. 


SUB 


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I  loi  ne  fournit  aucune  lumière  pour  entendre  l'infcrip: 
tion  fub  aj'cia  dedicavit.  M.  Chorier  a  eu  là-dcfllis 
une  idée  fort  ingénieufe  dans  fa  defcription  des  an- 
tiquités de  Vienne  en  Dauphinc.  s«/« ,  dit-il,  figni- 
fie  ombre  en  grec  ,  d'où  s'efl  fait  le  mot  «V^/=e ,  &  eii 
latin  afcia,  qui  veut  dire  un  lieu  fans  ombre  ;  confé- 
quemment^S^^  abfcia  dedicâre,  fignifieroit  confacrer  uii 
tombeau  à  découvert,  ou  dans  un  lieu  fans-  ombre. 
{D.J.) 

SUB-AUGUSTA ,  (  Géog.  anc.)  ville  de  là  Cam- 
pa me ,  entre  Rome  &  Tufculum.  Elle  devint  évêché 
vers  l'an  490,  &  a  été  détruite.  Oh  nomme  aujour- 
d'hui la  place  où  elle  étoit  fituée,  Torre-Pizizatura, 
{D.J.)  ^ 

^  SUBBIACO  ou  SUBIACO  ,  {Géog.  mod.)  ville 
d'itaUe,  dans  la  campagne  de  Rome.  Elle  eit  bâtie 
fur  une  coUine ,  près  du  Teverone,  vers  les  frontiè- 
res du  royaume  de  Naples,  à  10  milles  de  Paleflrine, 
à  18  deSegni&d'Anagni,&à  35  de  Rome  :  c'efl 
l'ancienne  Sublaqiuum ,  bâti  peut-être  des  ruines  de 
la  maifon  de  plaifance  de  Néron.  Long.  ^o.^z.  latit. 
4'.j3.  {D.J.) 

SUBDÉLÉG  ATÏON  ,  f.  f.  {Gram.  &  Jurifpmd.)  efl 
lorfque  celui  qui  efl  délégué  poiir  faire  quelque 
chofe,  délègue  lui-même  quelqu'un  pour  le  faire  en 
tout  ou  en  partie  à  fa  décharge. 

On  entend  auÇÇi^ar  fub  délégation,  la  fon£lion  de 
fubdélégué,  le  tems  pendant  lequel  il  l'a  exercée, 
quelquefois^  enfin  l'étendue  de  fon  département. 
Foyei  DÉLÉGUÉ,  COMMISSAIRE  DÉPARtI ,  INTEN- 
DANT ,  SuBDÉLÉGUÉ.    {A) 

SUBDÉLÉGUÉS,  {Grarn.  &  Jurifp:)  efl  en  géné- 
ral celui  que  le  délégué  a  commis  pour  faire  à  fa 
place  quelqu'une  de  l'es  fonctions. 

On  entend  ordinairement  ^zr  fubdélégué ,  une 
perfcnne  que  l'intendant  ou  commilTaire  départi  dans 
une  province  commet  dans  chaque  ville  ou  bourg  de 
fon  département,  pour  y  exécuter  les  ordres  &  man- 
démens  qu'il  lui  adreffe  ,  pour  y  faire  exécuter  les 
ordres  du  roi,  veiller  à  tout  ce  qui  intéreffe  fon  fer- 
vice  &  qui  efl  de  la  compétence  de  l'intendant,  6c 
lui  en  rendre  compte,  ^'ojt^^ Commissaire  départi 
DANS  LES  provinces.  Délégué,  Intendant, 
Subdélégation,  {A) 

SUBDIVISER,  verbe  adif,  SUBDIVISION,  f.  f. 
(  Gram.)  c'efl  l'aftion  de  divifer  les  parties  d'un  tout 
qu'on  a  déjà  divifé.  Les  biens  de  cet  homme  étoient 
confidérables ,  mais  on  en  a  fait  tant  defubdivijîons , 
que  chaque  portion  en  efl  devenue  bien  petite.  L'ac- 
tion de  Jubdivifer  s'appelle  fubdivijîon  :  l'effet  de  cette 
adion  retient  le  même  nom. 

SUBER  MONTANUM,{Hifl.nat.)  Foye^ 
Carticle  LiEGE   FOSSILE. 

SUBEYT ,  (  Géog.  mod.  )  petite  ville  d'Afrique , 
au  royaume  de  Maroc  ,  dans  la  province  de  Du- 
quda,  fur  l'Omnirabi.  Ses  habitans  commercent  en 
cire,  en  miel,  que  les  abeilles  font  dans  les  creux 
d'arbres  du  pays.  {D.  J.) 

SUBGRVNDM,  f.  f.  (  Archit.  rom.  )  nous  difons 
nufCi  fubgrondi  ou  fenerondc  ;  c'efl  la  partie  de  la  cou- 
verture d'une  màifon ,  qui  avance  en  -  dehors  pour 
jetter  les  eaux  pluviales  au-delà  du  mur,  &  empê- 
cher qu'elles  ne  l'altèrent.  Comme  les  anciens 
croyoient  que  leS  âmes  des  enfans  qui  mouroient 
avant  que  d'avoir  atteint  quarante  jours,  étoient 
changés  en  dieux  lares  au-deflbus  de  lafubgronde  ;  ils 
appellent  J'ubgrundarium ,  le  tombeau  où  ils  enter- 
roient  ces  petits  enfans.  {D.J.) 

SUBHAST ATION,  f  f.  {Gramm.  &JurlfpruJ.)  efl 
une  vente  d'un  ou  plulieurs  héritages  d'un  débiteur, 
qui  fe  fait  au  banc  de  cour  de  la  jullice  des  lieux  où 
les  héritages  font  fitués  ,  après  qu'ils  ont  été  publiés 
&  criés  trois  jours  confccutifs  audit  banc  de  cour,' 
&  la  troiiienie  6c  derni.Tc  de  ces  criées. 

BBbU 


56i 


S  U  B 


Ces  ventes  ont  été  ainli  appcUées  parce  qu'elles 
tirent  leur  origine  des  ventes 'jiKUcicUes  uiitces  chez 
les  Romains  qui  le  failoient/w/»  hajîu  ;  on  plantoii  une 
pique  au  lieu  oii  la  vente  le  failoit  k  l'encan ,  pour 
marque  de  l'autorité,  car  cette  vente  ne  fe  failoit 
qu'en  vertu  d'une  ordonnance  du  préteur. 

hcs  fubhajlutions  l'ont  ulitées  dans  quelques  provin- 
ces, comme  Brefie,  Bugey ,  Gex ,  6c  Valromey  ;  elles 
ont  été  confirmées  dans  cet  ulage  par  des  lettres- 
patentes  de  Novembre  1 602 ,  &  par  des  déchirations 
des  3  Juillet  &  6  Décembre  r  701. 

L'objet  de  ces  Juhhajiacions  efl:  le  mC-me  que  celui 
de  la  vente  par  décret ,  mais  elles  ne  purgent  pas  les 
hypothèques,  f^'oye;^  Revel  &;  Collci.  lur  les  Stututs  de 
Bicjji^^i.  le  Traité  de  la  vente  des  immeubles  par  décret , 
de  M.  Dhericourt.  A'ojej Criées,  Décret,  Saisie- 
réelle.  {A^ 
SUBI ,  (  Géog.  anc.  )  fleuve  d'Efpagne.  Pline  ,  /.  ///. 
c.  iij.  le  met  dans  la  ColTctanie.  Le  nom  moderne  ell: 
Befos,  lelon  Clulius,  &  Bclcs  ,  félon  Morales  :  c'ell 
aujoindhui ,  dit  le  père  Hardouin,  la  rivière  qui  pafl'e 
à  Tarragone  :  ce  feroit  donc  le  Francoli.   (  Z?.  7.  ) 

SUB.!ECTION,f  i.Ji^ure  dt  Rhétorique,  par  la- 
quelle Torateur  s'mterroge  6c  fe  répond  à  lui  même, 
ou  répond  lui-même  à  l'interrogation  qu'il  fait  à  fon 
adverfaire  ,  comme  dans  cet  endroit  de  Cicéron  dans 
la  harangue  pro  domo  jud. 

Tu  meain  domum  rcligiofam  facere  potutjii  ,  &  quâ 
mente  ?  qud  invaferas  :  quâ  manu  ?  qud  difturbaras  ? 
quâ  voce  ?  quâ  incendijujjeras  :  quâ  Icge  ?  quatn  non 
fcriuferas. 

Onrappelley/v^yVc?io«,  parce  qu'elle  fournit  la  ré- 
ponfe  immédiatement  après  l'interrogation  ,  quia 
quaftioni  jîatim  refponfu^i lubjicit. 

SUBiGUE ,  (  Mythol.  )  Jubigus ,  dieu  des  Athé- 
niens, c'éîoit  celui  qui  la  première  nuit  des  noces  fou- 
mettoit  la  jeune  époufe  à  fon  époux. 

SUBINTRANTE ,  fièvre  ,  (  Médec.  )  on  appelle 
fièvres  fubintrantes  ,  les  fièvres  intermittentes  dans 
lefquelles  l'accès  commence  avant  que  le  précédent 
foit  fini ,  ce  qui  rend  de  telles  fièvres  continues ,  & 
requiert  la  même  méthode  curative.  (2>.  7.) 

SUBJONCTIF,  VE  ,  {Gram.)  propontion/w^yor^ 
clive ,  mode  fubjoncîij  ;  c'efl  fur-tout  dans  ce  dernier 
fens  que  ce  terme  eli  propre  au  langage  grammatical, 
pour  y  défigner  un  mode  perfonnel  oblique  ,  le  feul 
qu'il  y  ait  en  latin,  en  allemand,  en  françois,  en 
italien  ,  en  efpagnol,  &  apparemment  eu  bien  d'au- 
tres idiomes. 

Lefubjoncli/eû.  un  mode  perfonnel ,  parce  qu'il 
admet  toutes  les  inflexions  perfonnelles  &C  numéri- 
ques ,  au  moyen  defquelles  le  verbe  peut  fe  met- 
tre en  concordance  avec  le  fujet  déterminé  auquel 
on  l'applique  :  èc  c'eft  un  mode  oblique,  parce  qu'il 
ne  conllitue  qu'une  propolition  incidente,  néceflai- 
remcnt  fubordonnée  à  la  principale.  * 

Quand  je  dis  que  lefubJonBijfne  conflitue  qu'une 
propolition  incidente  ,  je  ne  veux  pas  dire  qu'il 
îoit  le  feul  mode  qui  pulffe  avoir  cette  propriété  ; 
l'indicatif  &  le  luppofuif  font  fréquemment  dans  le 
même  cas  ;  par  exemple  ,  acheté:!^  le  livre  que  /ni  lu; 
vous  tene:^  le  livre  que  /e  lirais  le  plus  volontieis  :  je 
veux  marquer  par-là  que  lejub/onciifne  peut  jamais 
conflituer  une  propofition  principale  ;  ce  qui  le  dif- 
tingue  effentiellement  des  autres  modes  perfonnels  , 
qui  peuvent  être  l'ame  de  la  propofition  principale, 
comme ,  j'ai  là  le  livre  que  vous  ave^  acheté  ;  je  lirais 
volontiers  le  livre  que  vous  tener^.  De  cette  remarque  il 
fint  deux  conféquenccs  importantes. 

1.  La  première,  c'ell  qu'on  ne  doit  point  regarder 
comme  appartenant  a\\  fubjonciif,  un  tcms  du  verbe 
qui  peut  conllituer,  diredement  &  par  loi- même, 
Wne  propolition  principale. 

C'efl  donc  une  erreur  évidente  que  de  regarder 


SUE 

comme  fiitur  Awfubjonclif,  ce  tems  que  je  nomme 
prétérit  pojlérieur ,  comme  amavero  ,  j'aurai  aimé  • 
exivero  ,  je  lerai  lorti  ;  precatus  ero  ou  fiuro ,  j'aurai 
prié  ;  laudatus  ero  ou  Juero ,  j'aurai  été  loué  :  c'elt 
pourtant  la  décifion  commune  de  prefque  tous  ceux 
qui  fe  font  avifés  de  compofer  pour  les  commen- 
çans  des  livres  élémentaires  de  grammaire  ;  Ôc  l'au- 
teur même  de  la  Méthode  latine  de  P.  R.  a  fuivi  aveu- 
glément la  multitude  des  grammatiftes ,  qui  avoicnt 
répété  fans  examen  ce  que  Prilcien  avoit  dit  le  pre- 
mier fans  réflexion ,  lib.  Vlll,  de  cognât,  temp. 

Suivons  au  contraire  le  fil  des  conféquences  qui 
fortent  de  la  véritable  notion  àv\fubJonéIif.  Ce  tems 
peut  conflituer  une  propofition  principale,  comme 
quand  on  dit  en  françois  ,  J'aurai  fini  demain  cette  let- 
tre :  il  la  conllitue  dans  ce  vers  d'Horace ,  II.  fat.  ij. 
64.  ss,  ■ 

Frujîrà  vitltim  vitaveris  illud 

Si  te  alio  pravum  detorferis. 

Car  c'efl  comme  fi  nous  difions ,  vainement  aurej^- 
vous  évité  ce  défaut  ,fi  mal-à-propos  vous  tombe^  dans 
un  autre  ;  &  tout  le  monde  fent  bien  que  l'on  pour- 
roit  réduire  cette  phrafe  périodique  à  deux  propofi- 
tions  détachées  &  également  principales ,  vous  aure^ 
vainement  évité  ce  défaut  (voilà  la  première)  ,  car  vous 
tomberez  mal-à-propos  dans  un  autre  (  voilà  la  fécon- 
de )  ;  or  la  première  dans  ce  cas  fe  diroit  toujours 
de  même  en  Vaiin, fruJlrà  vitium  vitaveris  illud ,  &la 
féconde  léroit ,  num  te  alih  parvum  detorquebis. 

Concluons  donc  que  le  prétendu  futur  ùwfubjon- 
fli/n'appartient  point  à  ce  mode,  puifque  toute  pro- 
pofition dont  le  verbe  eft  auyM/y'(?/2f?{/"efl:ncceiraire- 
ment  incidente  ,  &  que  ce  tems  peut  être  au  con- 
traire le  verbe  d'une  propofition  principale.  Cette 
conféquence  peut  encore  fe  prouver  par  une  autre 
obfervation  déjà  remarquée  au  mot  Futur:  la  voici. 
Selon  les  règles  établies  par  les  méthodifies  dont  il 
s'agit ,  la  con-ondion  dubitative  an  étant  placée  en- 
tre deux  verbes,  le  fécond  doit  être  mis  zwfubjonc- 
tif.  A  partir  de -là,  quand  j'aurai  à  mettre  en  latin 
cette  phrc\ie{rançoiie,jenefaisfiJelr)uerai,  je  dirai 
que  \q  Jî  dubitatif  doit  s'exprimer  par  an,  qu'il  eft 
placé  entre  deux  verbes ,  &  que  le  fécond  Je  louerai 
doit  être  aiijubjonciij';  or  Je  louerai  eft  en  françois  le 
futur  de  l'indicatif  (je  parle  le  langage  de  ceux  que 
je  réfute  afin  qu'ils  m'entendent);  donc  je  mettrai 
en  latin  laudavero  ,  qui  eft  le  futur  du  fubjoncfif,  & 

je  dirai ,  nej'cio  an  laudavero Gardez-vous  bien , 

me  diront -ils,  vous  ne  parleriez  pas  latin:  il  faut 
dire ,  nefcio  an  laudaturus  fîm ,  en  vertu  de  telle  & 
telle  exception  ;  6c  quand  le  verbe  eft  au  futur  de 
l'indicatif  en  françois,  on  ne  peut  jamais  le  rendre 
en  latin  par  le  futur  àufubjonclif,  quoique  la  règle 

générale  exige  ce  mode  :  il  faut  fe  fervir Eh  ! 

melfieurs,  convenez  plutôt  de  bonne  foi  qu'on  m 
doit  pas  dire  ici  laudavero,  parce  qu'en  effet  lauda- 
vero n'eft  pas  z\\  fubj onclif ,  &  que  l'on  ne  doit  dire 
laudaturus  fun ,  que  parce  que  c'eft  là  le  véritable 
futur  de  ce  mode.  Voye^^  Tems. 

Ajoutons  à  ces  confidérations  une  remarque  de 
fait  :  c'eft  qu'il  eft  impofllble  de  trouver  dans  tous  les 
auteurs  latins  un  feul  exemple ,  oii  la  première  per- 
lonne  du  finguller  de  ce  tems  foit  employée  avec  la 
conjondion  ut  ;  &  que  ce  feroit  pourtant  la  feule  qui 
put  prouver  en  ce-cas  que  le  tems  eft  àwfubjonHf^ 
parce  que  les  cinq  autres  peribnnes  étant  femblables 
à  celles  du  prétérit  du  même  mode ,  on  peut  toujours 
les  rapporter  au  prétérit  qui  eft  inconteftablement 
àw Jubjonclif.  Périzonius  lui-même,  qui  regarde  le 
tems  dont  il  s'agit,  comme  futur  àwj'ubjonHif,  eft 
forcé  d'avouer  le  fait,  &C  il  ne  répond  à  la  conlé- 
quence  qui  s'en  tire  ,  qu'en  la  rejettant  pofitivemcnt 
èi.  en  recourant  à  i'ellipfe  pour  amener  m  devaiit  ca 


s  u 

:ems.  Sanft.  Mlnu'v.  î.  13.  not.  6.   Mais  enfîii ,  il 
:aut  convenir  que  c'ell  abuicr  de  l'ellipie  :  elle  ne 
Joit  avoir  lieu  que  dans  les  cas  où  d'autres  exem- 
sles  analogues  nous  autorii'ent  à  la  luppléer ,  ou  bien 
oriqu'on  ne  peut  ians  y  recourir ,  expliquer  la  con- 
Ktution  grammaticale  de  la  phrale  ;  c'ell  ainlî  qu'en 
jarle  Sanûius  même  ,  (  Minerv.  iv.  2.  )  avoué  en  ce- 
a  par  Périzonius  Ion  dilciple  :  Ego  iila  taniiim  fup- 
^Unda  prœàpio ,  quœ  venerandu  ïLla  fuppUvit  aniiqui- 
tas  ,  aia  ea  Jinc  quibîcs  grammaîkœ.  ratio  coj:Jlari  non 
ootcfi.  Or  ,  i".  il  eil  avoué  qu'on  ne  trouve  dans  les 
inciens  aucun  exemple  où  la  première  perfonne  lin- 
ndiere  du  prétendu  futur  du /àhjonaifioh  employée 
ivecut;  2".  en  confidérant  comme  principale  lapro- 
polition  où  entre  ce  tems  ,  on  en  explique  trcs-bien 
[a  conuitution  grammaticale  fans  recourir  à  l'ellip- 
fe  ,  aiûfi  qu'on  l'a  vu  plus  haut  :  c'eft  donc  un  fub- 
terfuge  fans  fondement ,  que  de  vouloir  expliquer 
ce  tems  par  une  ellipfe  ,  plutôt  que  d'avouer  qu'il 
n'appartient  pas  dMjiibJonclif. 

Il  y  a  encore  deux  autres  tems  des  verbes  fran- 
çois ,  italiens  ,  efpagnols,  allemands,  &c.  que  la  plu- 
part des  grammairiens  regardent  comme  appartenans 
au  mode  ficbjoncllf^  &  qui  n'en  font  pas  ;  comme  je 
lirais  ,  j'aurais  là  ;  je  fortirois ,  jcj'crois  forti.  L'abbé 
Régnier  les  appelle  premier  &  fécond  tutardu/z^i/o/zc- 
tif;  la  Touche  les  appelle  imparjuit  6c  plus-que-parfait 
conditionels  ,  &  c'eft  le  fyftème  coinmun  des  rudi- 
mentaires.  Mais  ces  deux  tems  s'employeiit  directe- 
ment &  par  eux-mêmes  dans  des  propolitions  prin- 
cipales :  de  même  que  l'on  dit ,  je  le  ferai,  Jl  je  puis  , 
on  dit ,  je  U  ferois  ,  fi  je  pouvais  ;  je  L' au  Roi  S 
FAIT  jji  j'avais  pu  :  or  il  eft  évident  c^ue  dans  trois 
phrafes  fi  femblables ,  les  verbes  qui  y  ont  des  fonc- 
tions analogues  font  employés  dans  le  môme  fens  ; 
par  conféquent  ,  je  ferois  &  /aurais  fait  font  à  un 
mode  direft  auffi-bien  o^\ç.  je  ferai  ;  les  uns  ne  font 
pas  plus  que  l'autre  à  un  mot  oblique  ;  tous  trois 
conftituent  la  proportion  principale  ;  aucun  des  trois 
n'ell:  dMfubjonclif. 

il.  La  féconde  conféquence  à  déduire  de  la  notion 
au  fubjonclif ,  c'eft  qu'on  ne  doit  regarder  comme 
primitive  &  principale  ,  aucune  proportion  dont  le 
verbe  eft  aujubjonciif;  elle  cil  néceflairement  fubor- 
donnée  à  une  autre ,  dans  laquelle  elle  eft  incidente , 
fous  laquelle  elle  eft  comprime  ,  &  à  laquelle  elle  elt 
jointe  par  un  mot  con]onLïi{ ,  Jubjungicur. 

C'eft  cette  propriété  qui  eft  le  fondement  de  la 
dénomination  de  ce  mode  :  fubjunciivus  modus ,  c'eft- 
à-dire  modus  jUFANS,ad  juvandam  propofîtionem 
SUB  alid  propofitione  :  enforte  que  les  grammairiens 
qui  ont  jugé  à  propos  de  donner  à  ce  mode  le  nom 
de  conjoncîif,  n'ont  abandonné  l'ufage  le  plus  géné- 
ral ,  que  pour  n'avoir  pas  bien  compris  la  force  du 
mot  ou  la  nature  de  la  chofe  ;  conjungere  ne  peut  fe 
dire  que  des  chofes  femblables  ,  fubjungere  regarde 
les  chofes  fubordonnées  à  d'autres. 

1°.  Il  n'eft  donc  pas  vrai  qu'il  y  ait  une  première 
perfonne  du  pluriel  dans  les  impératifs  latins  ,  com^ 
me  le  difent  tous  les  rudimens  de  ma  connoilfance  , 
à  l'exception  de  celui  de  P.  R.  amemus ,  doceamus  , 
legamus  ,  audiamus  ;  c'eft  la  première  perfonne  du 
tems  que  l'on  appelle  le  préjent  du  JubjoncHf;  &  fi 
l'on  trouve  de  tels  mots  employés  leuls  dans  la 
phrafe  ôi  avec  un  fens  dircâ:  en  apparence  ,  ce  n'eft 
point  immédiatement  dans  la  forme  de  ces  mots  qu'il 
en  faut  chercher  la  railbn  grammaticale  :  il  en  eft  de 
cette  première  perfonne  du  pluriel  comme  de  toutes 
les  autres  du  même  tems,  on  ne  peut  les  conftruire 
grammaticalement  qu'au  moyen  du  fupplcment  de 
quelque  ellipfe.  Quelle  eft  donc  la  conftrudion  ana- 
lytique de  ces  phrafes  de  Cicéron  ?  Nos  aurein  tene- 
hras  COGïTEMUS  tantas  quanta  quonda/n  ,  &c.  (  de 
nat.  deor.  ij.  38.  )  &  ,  FiDEAMUS  quanta  fint  qux 
Tome  XF, 


a  phdofophiâ  remédia  morbis  animorjim  adhibearitûr, 
Tufc.  iv.  27.  La  voici  telle  qu'on  doit  la  fuppofer 
dans  tous  les  cas  pareils  ,  res  esto  ita  ut  cogite- 
mu  s  ,  &c.  res  ESTO  ita  ut  ViDEAuus  ,  &c.  comme 
les  verbes  cngitemus  &  videamus  font  znfidjànclif,  je 
fupplée  la  conjonéiion  ut  qui  doit  amener  ce  mode  ; 
cette  conjonftion  exige  un  antécédent  qui  foit  modi- 
fié par  la  propofition  incidente  ou  y7i/yo/2c7ivt',  c'eft 
l'adverbe  ita ,  qui  ne  peut  être  que  le  complément 
modificatif  du  verbe  principal  efio  ;  je  fupplée  eflo  à 
l'impératif,  à  caufe  du  fens  impératif  de  la  phrafe  , 
&  le  fujet  de  ce  verbe  eft  le  nom  général  res. 

Ce  feroit  le  même  fupplément ,  fi  le  verbe  étoit  à 
la  troifieme  perfonne  dans  la  phrafe  prétendue  direc- 
te, y  EN  DAT  œdes  vir  bonus  propter  aliqua  vitia  que» 
ipfe  novit  ,  cœteri  ignorent  pcflUentes  si  NT ,  &  HA- 
BEANTU R  jalubres  :  lONORETUR  in  omnibus  cubi- 
culis  apparere  jerpcntes  :  male.materiatœ  ,  ruinofœ  :  fed 
hoc ,  prœter  dominum  ,  nemo  SCIAT.  Off.  iij,  13.  Il 
faut  mettre  par -tout  le  même  fupplément ,  res  ejlo 


Ita  ut. 


2".  Ceux  de. nos  grammairiens  françois  qui  éta- 
bliffent  une  troifieme  perfonne  finguHere ,  &  une 
troifieme  perfonne  plurielle  daps  nos  impératifs,  font 
encore  dans  la  même  erreur.  Qu'ils  y  prennent  garde, 
la  féconde  du  fingulier  &  les  deux  premières  du  plu- 
riel ont  une  forme  bien  différente  des  prétendues  troi- 
fiemes  perfonnes  ;  fuis^faljbns,  faites;  Us^  lifons^  ^ifili 
écoute  ,  écoutons ,  écoutci ,  ôiTc.  ce  font  comunément 
des  perfonnes  de  l'indicatif  dont  on  fupprime  les 
pronoms  perfonnels  ;  &  cette  fuppreffion  même  eft 
la  forme  quiconftitue  l'impératif,  voyei  Impératif. 
Mais  c'eft  tout  autre  chofe  à  la  prétendue  troifieme 
perfonne  ;  qu'il  ou  quelle  fajfe  ,  qu'il  ou  qji'elle  life  , 
qu'il  ou  qu'elle  écviue  ,  gu  fingulier  ;  quils  ou  qu  elles 
fa'Jcnt ^.qiûils  ou  quelles  Uj'ent ,  qu'ils  ou  qu'elles  écou- 
tent ,  au  pluriel  ;  il  y  a  ici  des  pronoms  perfonnels  , 
une  conjondion  que ,  en  un  mot ,  ces  deux  troifiemes 
perfonnes  prétendues  inipératives  ,  font  toujours  les 
mômes,  dit  M.  Reftaut ,  ch.  vj.  art.  3.  que  celles  du 
préfent  àufubjanclif. 

Or ,  je  le  demande  ,  eft-il  croyable  qu'aucune  vue 
d'analogie  ait  pu  donner  des  formations  fi  différentes 
aux  perfonnes  d'un  même  tems,  je  ne  dis  pas  par 
rapport  à  quelques  verbes  exceptés  ,  comme  chacun 
fent  que  cela  peut  être,  mais  dans  le  fyftème  entier 
de  la  conjugaifon  françoife  ?  Ce  ne  feroit  plus  analo- 
gie ,  puifque  des  idées  femblables  auroient  des  fignes 
différens ,  èc  que  des  idées  diftérentts  y  auroient  des 
fignes  femblables  ;  ce  feroit  anomalie  &  confufion. 

Je  dis  donc  que  les  prétendues  troifiemes  perfon- 
nes de  l'impératif  font  en  effet  du  fubjon&if,  comme 
il  eft  évident  par  la  forme  conftante  qu'elles  ont ,  6c 
■  par  la  conjonftion  qui  les  accompagne  toujours  :  j'a- 
joute que  dans  toutes  les  occafions  où  elles  paroif- 
lent  employées  directement,  comme  il  convient  en 
effet  au  mode  impératif,  il  y  a  nécefi^airement  une 
ellipfe  ,  fans  le  fupplément  de  laquelle  il  n'eft  pas 
polfible  de  rendre  de  la  phrafe  une  bonne  raiibit 
grammaticale.  Qu'il  médite  beaucoup  avant  que  d^écri' 
rc ,  c'eft-à-dire  il  faut  ^  il  efl  néceffairc  ,  il  e[i  convena- 
ble,  je  lui  conj'cille,  &c.  qu  il  médite  beaucoup  avant  que 
d'écrire  :  Cruelles  ayent  tout  préparé  quand  nous  arri- 
verons ;  c'eft-i\-dire  ,  par  exemple ,  je  defirc  ou  je  veux 
qu  elles  ayent  tout  préparé. 

Mais  ,  dira-t-on  ,  ces  fupplémens  font  difparoifre 
le  lens  impératif  que  la  forme  ufiicUc  montre  nette- 
ment ;  donc  ils  ne  rendent  pas  une  jufte  raifbn  de  la 
phrafe.  Il  me  femblo  au  contraire  ,  que  c'eft  mar- 
quer bien  nettement  le  fens  impératif ,  que  de  dire 
je  veux ,  fe  defire  ,  je  confeillc  {foye^  Impkratif):  & 
fi  l'on  dit ,  il  faut ,  //  e^  nécè^'airc  ,  //  efl  convenable  ; 
qu'eft-ce  à  dire ,  finon  la  loi  ordonne  ,  la  raifon  rend 
nccell'airc  ou  irnpojé  la  néceijité.,  la  bienféarxt  ou  U  crrx- 

B  B  b  b  ij 


564 


s  U  B 


nnancc  exige  ?  Et  tout  cela  n  eft-ll  pas  impérat*it7 

C'cft  donc  la  forme  de  la  phrafe ,  c'ell  le  tour  ellip- 
tique qui  avertit  alors  du  Icns  impératit;  &4I  n'elt 
point  ôttaché  à  la  forme  particulière  du  verbe  comme 
dans  les  autres  perfonnes  :  mais  la  forme  de  la  phra- 
fc  ne  doit  entrer  pour  rien  dans  le  l'yiième  de  la  con- 
juoaikm  ,  011  elle  n'cil  nullement  fenfible.  Que  je  di- 
Ic  à  un  étranger  que  ces  mots  qudfajji  iont  de  la 
tonjuoaifon  du  verbeyà/r<; ,  il  m'en  croira  :  mais  que 
je  lui  dile  que  c'eft  la  troifieme  pcrfonne  de  Timpé- 
•ratif ,  &  qiic  la  féconde  eft/</ii  ,  je  le  dis  hardiment, 
il  ne  m'en  croira  pas,  s'il  raifonne  julte  îk  conféqucm- 
mcnt.  S'il  connoit  les  principes  généraux  de  la  gram- 
maire, &  qu'il  fâche  que  notre  que  ell  une  conjonc- 
tion ,  je  ne  dovite  pas  qu'il  n'aUle  juiqu'à  voir  que 
ces  mots  quUfaJJe  iont  à\\  fuhjonclif,  parce  qu'il  n'y 
a  que  des  (onw^^s  fubjonclivcs  qui  exigent  indifpenfa- 
blement  des  conjonctions. 

3°.  Par-tout  oii  Ton  trouve  le  fubjonclif^  il  y  a, 
ou  il  faut  fupplccr  une  conjondion  ,  qui  puilfe  atta- 
cher ce  mode  à  une  phrafe  principale.  Ainfi  dans  ces 
vers  d'Horace,  II.  Ep-j.  '. 

Cum  tôt  SVSTINEAS  &  tanta  ncgotiafolus ; 
Rcs  ua/as  arrnis  TU  TE  RI  S  ,  morihus  ORNES  ^ 
Xecil'us  EMEND£S  :  inpublica  commoda  PEC- 

CF.M  , 
Si  Ion  go  ferma  ne  MOREtt.  tua.  tempora ,  Cccfar  : 

Il  faut  néceffairemcnt  fuppicer  «r  avant  chacun  de 
ces  fuhjonitifs  ,  &  tout  ce  qui  fera  néceflaire  pour 
amener  cet  ut  ;  par  exemple  :  Cùm  res  eft  ita  ut  tôt 
su STINEAS  &  tanta  ncgotiu  fo/us  ;  \\i  res  italas  ar- 
mis  TUTERIS  ,  ut  res  italas  rnorïhiis  ORNES  ,  ut  rcs 
italas  legibus  EH  en  DES  :  res  erit  ita  ut  in  publica 
commoda  PECCEM  ,  H  rcs  erit  ita  ut  lo/igo  Jlrmone 
morcr  tua  tcmpora ,  Cisjar. 

Fcrreus  ESSEM  ,  Ji  te  non  AMAREM  :  (Cic.  Ep. 
XV.  2  / .  )  c'ell-à-dire ,  res  ita  jam  dudum  fuit  ut  fer- 
reus  ESSEM ,  Jî  unquam  res  fuit  ita  ut  te  non  AMA- 
REM. 

Face  tud  DIXERIM  :  c'e ft -à-dire ,  ita  concède  ut 
pace  tud  DIXERIM. 

NonnuUi  etiam  Ca:fari  nuntiabant ,  quum  cafira  mo- 
veri  auc  Jigna  ferri  JUSSISSET ,  non  fore  diclo  au- 
dientes  milites  :  (Cœi.  I.  GaU.^  c'eft-à-dire  ,  quum  res 
futura  erat  ita  ut  cajlra  moveri  uut  figna.  jcrri  JUS- 
SISSET, 

La  nécelTitc  d'interpréter  ainfi  le  fubjonciif^  eft 
non-feulement  une  fuite  de  la  nature  connue  de  ce 
mode ,  c'ell  encore  une  chofe  en  quelque  forre  avouée 
par  nos  grammairiens  ,  qui  ont  grand  loin  de  mettre 
ia  conjondlion  que  avant  toutes  les  perfonnes  des 
tems  du  fuhjonclif  ^  parce  qu'il  eft  conftant  que  cette 
conjonclion  eft  elfentielle  à  la  (yntaxe  de  ce  mode; 
que  j'aime^  que  J'aimajfe  ,  que  faye  aimé  ^  &c.  Les 
Rudimcntaires  eux-mêmes  ne  traduifent  pas  autre- 
ment Itijubjoncli/ldùn  dans  les  paradigmes  des  con- 
jugaifons  :  amcm ,  que  j'aime  ;  amarem ,  que  j'aimafte  ; 
amaverim\  que  j'aye  aimé  ,  &c. 

On  trouve  dans  les  auteurs  latins  pluficurs  phra- 
fes  où  hjub/onaif^  l'indicatif  paroiifent  réunis  par 
la  co.njondtion  copulative ,  qui  ne  doit  exprimer 
cju'une  liuifon  d'unité  fondée  fur  la  fmiilitude.  {f^oyei 
Mot  ,  art.  ij.  «°.  J.  )  Les  Grammairiens  en  ont  con- 
clu que  c'étolt  une  énallage  on  vertu  de  laquelle  le 
fubjonciif  eft  mis  pour  l'indicatif  Mais  en  vérité  , 
c'eft  connoître  bien  peu  julqu'A  quel  point  eft  rai- 
fonnable  &:  conféqucnt  ce  génie  fupérieur  qui  diriç^e 
fecretement  toutes  les  langues,  que  de  croire  qu'il 
puifte  fuggérer  des  locutions  fi  contraires  àfes  prin- 
cipes fondamentaux  ,  &  conléquemment  fi  nuifibles 
à  la  clarté  de  renonciation  ,  qui  eft  le  premier  &  le 
plus  clTenticl  objet  de  la  parole. 

L'énallaj^e  eft  une  chimère  inventée  par  les  Gram- 


S   U 

matiftes  qui  n'ont  pas  fu  analyfer  les  plirafes  ufueTles, 
(  Voye:^  Enallage.  )  Chaque  tems  ,  chaque  mode 
chaque  nombre,  &c.  eft  toujours  employé  confor- 
mément i\  la  dellination  ;  jamais  une  conjondlion  co- 
pulative ne  lie  des  phrafes  difiemblables,  comme  il 
n'arrive  jamais  Q^\!amarc  fu;niiie  ka'ir  ,  que  i'gnis  fi- 
gnitie  eau ,  tkc.  l'un  n'eft  ni  plus  pofîibk  ,  ni  plus 
raiibnnable  que  l'autre. 

Que  falloit-il  donc  conclure  des  phrafes  où  la  con- 
jondion  copulative  femblc  réunir  l'indicatif  6c  le 
Jubjon'dif?  Par  exemple  ,  quand  on  lit  dans  Plante  : 
eloqucrc  quidtibi  EST  ,&  quid  nojïram  y  ELI  S  operam  • 
&C  ailleurs  :  nunc  dicam  cujus  jujfu  V EN lo  ,  &  quam- 
obrem  VENERIM  ,  &c  ?  Voici ,  fi  je  ne  me  trompe 
comment  il  falloit  railonncr;  la  conjondion  copula- 
tive &  doit  lier  des  phrafes  femblables  ;  or  la  pre- 
mière phrafe  quid  tihi  EST  d'une  part ,  ou  cujus  juiïîc 
VENio  de  l'autre,  eft  direde  ,  &  le  verbe  en  eft  à 
l'indicatif;  donc  la  féconde  phrafe  de  part  &  d'autre 
doit  également  être  direde  6c  avoir  fon  verbe  à  l'in- 
dicatif: je  trouve  cependant  \e  fubjoncltf?  C'eft  qu'il 
conftitucune  phrafe  fubordonnée  à  la  phrafe  direde 
qui  doit  fuivre  la  conjonftion,  dont  l'ellipfe  a  fup- 
primé  le  verbe  indicatif,  mais  dont  la  fuppreftion  eft 
indiquée  par  ley.ï^/o/ztï/ymôme  qui  eft  exprimé.  Ainft' 
je  dois  expliquer  ces  paffagcs  en  fuppléant  l'ellipfe  : 
eloquere  quidtibi  EST ,  &  ad  quid  res  eft  ita  ut  nojiram 
VELis  operam;  6c  l'autre,  nunc  dicam  cujus  juJfu 
VEMO,  &  quamcbrem  (aâum  EST  ita  ut  VENERIM, 

Mais  ne  m'obje£^era-t-on  point  que  c'eft  innover 
dans  la  langue  latine  ,  que  d'y  imaginer  des  fupplé- 
mens  de  cette  efpece?  Ces  res  ejl  o\i  crat^  o\\  futura. 
cfi  ,  ou  futura  erat  ita  ut ,  faclum  efl  ita  ut.,  &c.  pla- 
cées par-tout  avant  \q  fubjonciif ,  femblent  être  •«  des 
M  expreftions  qui  ne  font  point  point  marquées  au 
»  coin  public  ,  des  expreftions  de  mauvais  aloi ,  qui 
»  doivent  être  rejettées  comme  barbares  ».  Ainfi 
s'exprime  un  grammairien  moderne  dans  une  fortie 
fort  vive  contre  Sanftius.  Je  ne  me  donne  pas  pour 
l'apologifte  de  ce  grammairien  philofophe  :  je  con- 
viens au  contraire  qu'avec  des  vues  générales  très- 
bonnes  en  foi ,  il  s'eft  fouvent  mépris  dans  les  appli- 
cations particulières  ;  &  moi-même  j'ai  ofé  quelque- 
fois le  cenfurer  :  mais  je  penfe  qu'il  eft  exceflif  au- 
moins  de  dire  que  certaines  expreftions  qu'il  a  prifes 
pour  fupplément  d'ellipfe  ,  «  ne  Iont  les  produftions 
»  que  de  l'ignorance  ».  On  ne  doit  parler  ainfi  de 
quelqu'un  en  particulier,  qu  autant  que  l'on  feroit 
sur  d'être  infaillible.  Je  laifte  cette  digrtflion  &  je 
viens  à  l'objedion. 

Je  répons,  1°.  que  ces  fupplémens  ne  font  pas 
tout-à-fait  inconnus  dans  la  langue  latine  ,  &  qu'on 
en  trouvera  des  exemples,  &  la  preuve  de  ce  que  je 
foutiens  ici  fur  la  nature  du  fubjonciif,  dans  les  ex- 
cellentes notes  de  Perizonius  fur  Sanftius  même.  Mi- 
nerv.  I.  xiij. 

Je  répons,  1°.  qu'on  ne  donne  point  ces  fupplé- 
mens comme  des  locutions  ufttées  dans  la  langue , 
mais  comme  des  développemens  analytiques ,  des 
phrafes  ufuelles  ;  non  comme  des  modèles  qu'il  faille 
imiter ,  mais  comme  des  raifons  grammaticales  des 
modèles  qu'il  taut  entendre  pour  les  imiter  à  propos. 

Je  répons ,  3^.  que  dès  que  la  raifon  grammaticale 
&:  analytique  exige  un  fupplément  d'ellipfe,  on  eft 
fuffilàmment  autorifé  à  le  donner ,  quand  même  on 
n'en  auroit  aucun  modèle  dans  la  conftrudion  ufuel- 
le  de  la  langue.  Perfonne  apparemment  ne  s'eft  en- 
core avilé  de  dire  en  françois,  je  fouhaite  ardem- 
mzntqui  le  ciel  FASSE  enjorte  que  nous  ayons  bien-tôt 
J.a  paix  :  c'eft  pourtant  le  développement  analyti- 
que le  plus  naturel  &  le  plus  raifonnable  de  celte 
phrafe  Irançoife  ,  fasse  le  ciel  que  nous  ayons  bien- 
tôt la  paix  !  C'eft  une  règle  générale  dans  la  langue 
françoife ,  &  qui  peut-être  n'a  pas  encore  été  oL- 


s  U  B 

vce ,  que  quand  un  verbe  eiî  fitivi  de  fon  fujct , 
f  a  elliplc  du  verbe  principal  auquel  efl  liibor- 
iné  celui  qui  etî  dans  une  conftrudion  inverfe. 

en  peut  voir  des  exemples,  (^ariicU  Relatif, 
ifin  )  ,  dans  lefquels  le  verbe  elt  à  l'indicatif";  & 
1  avu  (^articU  Interrogatif) ,  que  c'elc  un  des 
yens  qui  nous  fervent  à  marquer  i'mterrogation, 
5  charger  la  phrafe  de  mots  iupcrflus  qui  la  ren- 
dent lâche.  Il  en  eft  de  même  pour  le  fcns  optatif 
la  phrafe  en  queftion  ;  &  l'cliipfe  y  cil  indiquée 
i-leulement  par  l'inverfion  du  fujct,  mais  encore 
■  la  {oxTsxe  fuljoncilve  du  verbe  ,  laquelle  fuppofe 
[jours  un  autre  verbe  i\  l'indicatif,  qui  ne  peut  ctrc 
que  le  verbe /e  foukalte  ;  l'adverbe  ardemment  que 
ajoute  ,  me  lemblc  ncceffairc  pour  rendre  l'éner- 
du  tour  elliptique  ;  &  en  forte  elf  l'antécédent  né- 
î'aire  de  la  conjonéfion  que ,  qui  doit  lier  la-propo- 
on  fubjonclive  à  la  principale. 
Pour  ce  qui  concerne  les  tems  àwfubjonclif^  il  en 
a  parlé  ailleurs.  /^<?y<;{  Tems. 
Remarquons,  en  fîniffant ,  que  \q  fubjoriciif,  ell 
mode  mixte  ,  &  par  conléquent  non  nécefiaire 
ns  la  conjugaifon  ;  c'eft  pour  cela  que  ia  langue 
braïque  ne  l'a  point  admis;  &  il  ell  évident  que 
,  Lavery  fe  trompe  dans  fa  grammaire  angloife  dé- 
:e  à  madame  du  Boccage ,  lorfqu'il  veut  faire  trou- 
r  \in  fubjoriclif  dans  les  verbes  anglois  :  il  ne  faut 
ur  s'en  convaincre,  que  comparer  les  tcms  du 
itendixfubjonciif  avec  ceux  de  l'mdicatit ,  (k.  l'on 
verra  l'identité  la  plus  exaâe  ;  ce  fera  la  même 
ofe  en  comparant  le  prétendu  fécond  fubjoncîif 
ec  le  prétendu  potentiel  ;  ils  font  également  idcn- 
jues,  &  j'ajoute  que  ni  l'un  ni  l'autre  ne  doit  pas 
LIS  être  compté  dans  la  conjugaifon  angloife  qu'on 
!  doit  compter  dans  la  nôtre  ;  je  puis  dîner  ^  je  pou- 
ls dîner  ^  6i.c.  je  veux  dîner  ^  je  voulais  dîner  ,  ÔCc 
lime  à  dîner  ^  j"* aimois  à  dîner,  &c.  ou  telle  autre 
îrafe  oii entreront  l'infinitif  «-//«tr.  lime  femble  diffi- 
le  de  bien  expofer  les  règles  d'auc\me  grammaire 
îrticuliere  ,  quand  on  ne  conncît  pas  à  fond  les 
incipes  de  la  Grammaire  générale.  {E.R.  M.  B.^ 
SUBIR  ,  V.  act.  (  Gram.  )  être  expofé  de  gré  ou 
î  ÏQvce -y  fubir  une  loi  dure  ;  fubir  un  châtiment; 
'.bir  la  rigueur  du  fort. 

SUBIT,  adj.  (^Gram.^  qui  s'exécute  tout-à-coup  ; 
y  a  des  coups  fubits ,  des  échecs  J'ubi/s  ,  des  bon- 
surs  Jubits ,  des  fortunes ,  des  élévations  fubites. 
l'eft  alors  qu'on  confiderc  les  hommes  élevés  fi  fu- 
Itemcnt,  &  qu'on  fe  demande  comment  cela  s'eft 
lit ,  fans  pouvoir  fe  répondre.    On  fe  rappelle  feu- 
:ment  un  endroit  où  Lucien  introduit  Jupiter  fa- 
gué  des  clameurs  qui  s'élevoient  de  la  terre  ,  nlet- 
:int  la  tête  à  fa  trape  ,  &  dilant  de  la  grêle  en  Scy- 
lîie  ,  un  volcan  dans  les  Gaules  ,  la  pefle  ici ,  la  fa- 
line  là  ;  refermant  fa  trape,  achevant  de  s'enyvrer, 
'endormant  entre  les  bras  de  Ganimede  ou  de  Ju- 
lon ,  ck.  appcUant  cela  gouverner  le  monde. 

SUBJUGAL  ,  adj.  terme  de  plein  chant ,  un  ton  fub- 
ugal ,  ou  fubordonné ,  tels  que  font  tous  les  tons 
•lagaux.  f^oye[  PlAGAU 

SUBJUGUER,  V.  aft.  vaincre,  dompter,  fou- 
meitre,  courber  fous  le  joug;  c'eft  un  homme  fubj li- 
gué par  la  f..mme  ;  les  conquérans  fe  plaifent  à  jïibju- 
guer  les  homnies  ;  ce  qu'ils  n'exécutent  pas  fans  en 
égorger  un  grand  nombre.  Philij)pe  divifa  les  répu- 
bliques de  laGrecc,  pour  les  fubjuguer  plus  facile- 
ment. Il  a  ,  je  ne  lais  quel  afcendant  fur  moi  ;  il  me 
fubjugue  malgré  que  j'en  aie;  la  gv^ce  Jub/t/gue  la  pa(- 
fion  dans  l'homme  religieux  ;  l'âge,  la  ralfûn.,  l'expé- 
rience ,  le  dégoût  dans  le  philofophc. 

SUBLAPSÂÏRE  ,  ou  POST-LAPSAIRF,  ou  Infra- 
LAPSAIRE  ,  f  m.  (^Tli/K  eccUJîaJiiquc.'^  qualification 
Lifitée  parmi  les  calviniftes  ,  pour  défigncr  ceux  d'en- 
tre leurs  théologiens  c|ui  penfent  que  Dieu  ne  reprou- 


S  U  B 


565 


ve  certains  hommes  ,  &  ne  les  deftine  aux  fupplices 
éternels  qu'en  conféquence  de  la  prévifion  de  la 
chute  d'Adam.  Ce  fentiment  eil  erroné,  félon  les  ca- 
tholiques ,  en  ce  que  les  fublapfuires  veulent  que  le 
péché  originel ,  quoique  remis  par  le  baptême  ,  folt 
la  caufe  primitive  61  radicale  de  la  damnation  des 
hommes  ,  &  les  porte  néceffairement  au  mal.  Foye? 
Calvin.  Injlit.  lib.  II.  c.  v.  «".  /. 

SUBLAQUEUM,  (  Géog.  anc)  ville  d'Italien , 
dans  le  Latium.  Pline  ,  /.  ///.  c.  xiij.  dit  que  l'Anio 
paffe  au-travers  de  trois  lacs  fort  agréables,quiavoient 
donné  le  nom  à  la  ville  do.  S  ublaqueum.T^ciiQ ,  Annal, 
l.  XIV.  p^  227.  appelle  ^uiTiSublaqueum  la  maifon  de 
plaifance  que  I^éron  avoit  fait  bâtir  dans  ce  quartier- 
là  ,  &  à  laquelle  il  avoit  donné  le  nom  de  la  ville, 
car  la  ville  étoit  au  bord  d'un  des  lacs  ,  &c  la  maifon 
de  plaifance  lur  une  élévation.  Hermolaiis  voudroit 
lire  Sublacum ,  au  heu  de  Sublaqueum ,  parce  que  la 
maifon  de  plaifance  de  Néron  eil:  appellée  Sublacenjîs 
villa,  dans  Frontaiu  ,  de  aquœducl.  p.  247.  Sublaqueum 
n'étoit  pas  beaucoup  au-deflbus  de  la  fource  de  l'A- 
nio. Paul  Diacre  le  met  à  quarante  milles  de  Rome. 
Le  nom  de  ce  lieu  eil  aujourd'hui  corrompu  en  celui 
de  Subiaco.  (Z>.  /.) 

SUBLAVIO  ,  ONIS  ,  (  Géog.  anc.)  ville  du  No- 
rique  ou  de  la  Rhétie ,  fuivanî  l'itinéraire  d'Antonin; 
mais  Clauier  croit  qu'il  faut  lire  Sub-favione ,  au  lieu 
de  Sublavione  y  &c  fa  correction  paroît  juite.  Quoi 
qu'il  en  foit ,  cette  ville  n'ell  plus  aujourd'hui  qu'un 
méchant  bourg  nommé  Siben  ou  SUben,  dans  le  comté 
deTirol.  (i9./.) 

SUBLIMATION ,  f.  f.  {Chimie.)  efpece  de  dlftll- 
lation  dont  le  caradere  Ipécial  eft  de  ne  fournir 
que  des  produits  fous  forme  feche. 

La  forme ,  ou  plutôt  la  confifrance  de  ces  produits 
eft  de  deux  efpeces ,  ou  elle  eft  ramaffée  en  une  feule 
mafte  folide  ,  qu'on  appelle  quelquefois  pain  ou  ga~ 
teau.,  tels  que  les  gâteaux  de  fcl  ammoniac ,  les  maf- 
fes  dénies  &  liées  de  fublimé  corrolif ,  &c.  Les  pro- 
duits de  ]âfublimacion comprennent  cette  confiftence, 
retiennent  fpécialement  le  nom  de  fublimé,  La  fé- 
conde efpece  ie  préfente  fous  la  forme  d'une  cou- 
che rare  &  fans  llaifon.  Ce  produit  eft  connu  dans 
l'art  fous  le  nom  de  fleurs;  c'eft  ainfi  qu'on  àitfieurs 
de  foufre  ,  fleurs  de  mars  ,  fleurs  de  benjoin ,  &c.  Les 
vaiffeaux  iublimatolresles  plus  ufités  font  l'alambic  à 
chapiteau  borgne, les  alludels,les  matras,les  bouteilles 
de  verre  mince  ,  appellées  dans  les  boutiques /jA/'o/^ 
à  medetine  ;  le  pot  de  terre  à  double  couvercle  pour 
les  fleurs  d'antunolne  en  particulier ,  la  cucurblte  de 
terre  baffe  furmontée  d'un  cône  de  papier  pour  celle 
de  benjoin  ,  &c.  tous  ces  vaiffeaux  &  appareils  font 
repréfentés  dans  les  planches  de  chimie  (  voye:;^  ces 
Planches), 

La  théorie  de  la  fubllmation  &  les  lois  manuelles 
de  cette  opération  doivent  fe  déduire  abfolument  de 
la  théorie  &  des  lois  manuelles  de  la  dlftillation  en 
général.  Foyei  Distillation.  La  feule  manœuvre 
particulière  doii.t  l'artiftc  pulffe  être  averti ,  c'eft  le 
moyen  de  donner  de  l'air  ou  de  ménager  une  Iffue 
aux  vapeurs  qui  le  raréfient  dans  l'intérieur  de  l'ap- 
pareil fragile  du  matras  ou  des  phioles  ,  &  de  tenir 
le  col  de  ces  vaiffeaux  ouverts  pendant  les  premiers 
tems  de  l'opération  ,  en  rompant  ou  abattant  le  fa- 
blimé,  ou  l